Rousseau

Abstract

Epistolary novel about the impossible love between Julie d’Étange and her tutor Saint-Preux, and the virtuous life Julie later builds beside her husband Wolmar: a major literary work staging the conflict between passion and virtue, and Rousseau’s ideal of a domestic community governed by the sincerity of feeling.

Connections

Assi: Fondamento della morale
Posizioni: virtù
Concetti: virtù, passione

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans aux peuples corrompus. J’ai vu les moeurs de mon temps, et j’ai publié ces lettres. Que n’ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu !

Quoique je ne porte ici que le titre d’éditeur, j’ai travaillé moi-même à ce livre, et je ne m’en cache pas. Ai-je fait le tout, et la correspondance entière est-elle une fiction ? Gens du monde, que vous importe ? C’est sûrement une fiction pour vous.

Tout honnête homme doit avouer les livres qu’il publie. Je me nomme donc à la tête de ce recueil, non pour me l’approprier, mais pour en répondre. S’il y a du mal, qu’on me l’impute ; s’il y a du bien, je n’entends point m’en faire honneur. Si le livre est mauvais, j’en suis plus obligé de le reconnaître : je ne veux pas passer pour meilleur que je ne suis.

Quant à la vérité des faits, je déclare qu’ayant été plusieurs fois dans le pays des deux amants, je n’y ai jamais ouï parler du baron d’Etange, ni de sa fille, ni de M. d’Orbe, ni de milord Édouard Bomston, ni de M. de Wolmar. J’avertis encore que la topographie est grossièrement altérée en plusieurs endroits, soit pour mieux donner le change au lecteur, soit qu’en effet l’auteur n’en sût pas davantage. Voilà tout ce que je puis dire. Que chacun pense comme il lui plaira.

Ce livre n’est point fait pour circuler dans le monde, et convient à très peu de lecteurs. Le style rebutera les gens de goût ; la matière alarmera les gens sévères ; tous les sentiments seront hors de la nature pour ceux qui ne croient pas à la vertu. Il doit déplaire aux dévots, aux libertins, aux philosophes ; il doit choquer les femmes galantes, et scandaliser les honnêtes femmes. À qui plaira-t-il donc ? Peut-être à moi seul ; mais à coup sûr il ne plaira médiocrement à personne.

Quiconque veut se résoudre à lire ces lettres doit s’armer de patience sur les fautes de langue, sur le style emphatique et plat, sur les pensées communes rendues en termes ampoulés ; il doit se dire d’avance que ceux qui les écrivent ne sont pas des Français, des beaux esprits, des académiciens, des philosophes ; mais des provinciaux, des étrangers, des solitaires, de jeunes gens, presque des enfants, qui, dans leurs imaginations romanesques, prennent pour de la philosophie les honnêtes délires de leur cerveau.

Pourquoi craindrais-je de dire ce que je pense ? Ce recueil, avec son gothique ton, convient mieux aux femmes que les livres de philosophie. Il peut même être utile à celles qui, dans une vie déréglée, ont conservé quelque amour pour l’honnêteté. Quant aux filles, c’est autre chose. Jamais fille chaste n’a lu de romans, et j’ai mis à celui-ci un titre assez décidé pour qu’en l’ouvrant on sût à quoi s’en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule page est une fille perdue ; mais qu’elle n’impute point sa perte à ce livre, le mal était fait d’avance. Puisqu’elle a commencé, qu’elle achève de lire : elle n’a plus rien à risquer.

Qu’un homme austère, en parcourant ce recueil, se rebute aux premières parties, jette le livre avec colère, et s’indigne contre l’éditeur, je ne me plaindrai point son injustice ; à sa place, j’en aurais pu faire autant. Que si, après l’avoir lu tout entier, quelqu’un m’osait blâmer de l’avoir publié, qu’il le dise, s’il veut, à toute la terre ; mais qu’il ne vienne pas me le dire ; je sens que je ne pourrais de ma vie estimer cet homme-là.

N.B. L’alinéa suivant, qu’on ne voit dans aucune édition de la Nouvelle Héloïse, se trouve bien écrit de la main de Rousseau, et sans la moindre rature, dans l’un des deux manuscrits que nous avons collationnés au comité d’instruction publique : c’est celui qui a servi à faire la première édition, dont les épreuves ont été vues et corrigées par l’auteur. Nous avons cette édition sous les yeux. Le manuscrit Luxembourg[9] (Voyez les Confessions, livre X) n’a point de préface. (Note des éditeurs de l’édition in-4° de 1793)

Allez, bonnes gens avec qui j’aimai tant à vivre, et qui m’avez si souvent consolé des outrages des méchants, allez au loin chercher vos semblables ; fuyez les villes, ce n’est pas là que vous les trouverez. Allez dans d’humbles retraites amuser quelque couple d’époux fidèles, dont l’union se resserre aux charmes de la vôtre ; quelque homme simple et sensible qui sache aimer votre état ; quelque solitaire ennuyé du monde, qui, blâmant vos erreurs et vos fautes, se dise pourtant avec attendrissement : Ah ! voilà les âmes qu’il fallait à la mienne !

Seconde préface

de la Nouvelle Héloïse

N.

Voilà votre manuscrit. Je l’ai lu tout entier.

R.

Tout entier ? J’entends ; vous comptez sur peu d’imitateurs ?

N.

Vel duo, vel nemo.

R.

Turpe et miserabile[10]. Mais je veux un jugement positif.

N.

Je n’ose.

R.

Tout est osé par ce seul mot. Expliquez-vous.

N.

Mon jugement dépend de la réponse que vous m’allez faire. Cette correspondance est-elle réelle, ou si c’est une fiction ?

R.

Je ne vois point la conséquence. Pour dire si un livre est bon ou mauvais, qu’importe de savoir comment on l’a fait ?

N.

Il importe beaucoup pour celui-ci. Un portrait a toujours son prix pourvu qu’il ressemble, quel qu’étrange que soit l’original. Mais dans un tableau d’imagination, toute figure humaine doit avoir les traits communs à l’homme, ou le tableau ne vaut rien. Tous deux supposés bons, il reste encore cette différence que le portrait intéresse peu de gens ; le tableau seul peut plaire au public.

R.

Je vous suis. Si ces lettres sont des portraits, ils n’intéressent point : si ce sont des tableaux, ils imitent mal. N’est-ce pas cela ?

N.

Précisément.

R.

Ainsi, j’arracherai toutes vos réponses avant que vous m’ayez répondu. Au reste, comme je ne puis satisfaire à votre question, il faut vous en passer pour résoudre la mienne. Mettez la chose au pis : ma Julie…

N.

Oh ! si elle avait existé !

R.

Hé bien ?

N.

Mais sûrement ce n’est qu’une fiction.

R.

Supposez.

N.

En ce cas, je ne connais rien de si maussade ; ces lettres ne sont point des lettres ; ce roman n’est point un roman ; les personnages sont des gens de l’autre monde.

R.

J’en suis fâché pour celui-ci.

N.

Consolez-vous ; les fous n’y manquent pas non plus ; mais les vôtres ne sont pas dans la nature.

R.

Je pourrais… Non, je vois le détour que prend votre curiosité. Pourquoi décidez-vous ainsi ? Savez-vous jusqu’où les hommes diffèrent les uns des autres ? Combien les caractères sont opposés ? Combien les moeurs, les préjugés varient selon les temps, les lieux, les âges ? Qui est-ce qui ose assigner des bornes précises à la nature, et dire : Voilà jusqu’où l’homme peut aller, et pas au-delà ?

N.

Avec ce beau raisonnement les monstres inouïs, les géants, les pygmées, les chimères de toute espèce, tout pourrait être admis spécifiquement dans la nature, tout serait défiguré ; nous n’aurions plus de modèle commun ? Je le répète, dans les tableaux de l’humanité chacun doit reconnaître l’homme.

R.

J’en conviens, pourvu qu’on sache aussi discerner ce qui fait les variétés de ce qui est essentiel à l’espèce. Que diriez-vous de ceux qui ne reconnaitraient la nôtre que dans un habit à la française ?

N.

Que diriez-vous de celui qui, sans exprimer ni traits ni taille, voudrait peindre une figure humaine, avec un voile pour vêtement ? N’aurait-on pas droit de lui demander où est l’homme ?

R.

Ni traits, ni taille ? Êtes-vous juste ? Point de gens parfaits, voilà la chimère. Une jeune fille offensant la vertu qu’elle aime, et ramenée au devoir par l’horreur d’un plus grand crime ; une amie trop facile, punie enfin par son propre coeur de l’excès de son indulgence ; un jeune homme honnête et sensible, plein de faiblesse et de beaux discours ; un vieux gentilhomme entêté de sa noblesse, sacrifiant tout à l’opinion ; un Anglais généreux et brave, toujours passionné par sagesse, toujours raisonnant sans raison.

N.

Un mari débonnaire et hospitalier empressé d’établir dans sa maison l’ancien amant de sa femme.

R.

Je vous renvoie à l’inscription de l’estampe.

N.

Les belles âmes !… Le beau mot !

R.

O philosophie ! combien tu prends de peine à rétrécir les coeurs, à rendre les hommes petits !

N.

L’esprit romanesque les agrandit et les trompe. Mais revenons. Les deux amies ?… qu’en dites-vous ?…Et cette conversion subite au temple ?… La grâce, sans doute ?…

R.

Monsieur…

N.

Great cities need spectacles, and corrupted peoples need novels. I have witnessed the morals of my time, and that is why I published these letters. How I wish I had lived in an era when I could have burned them all!

Although I merely bear the title of editor here, I myself worked on this book, and I do not hide that fact. But did I do everything? Is the entire correspondence a work of fiction? People of the world, what does it matter to you? Surely, for you, it is just a fiction.

Any honest man must acknowledge the books he publishes. Therefore, I take responsibility for this collection not to claim it as my own, but to be accountable for it. If there are any flaws, let them be attributed to me; if there are any merits, I have no intention of taking credit for them. If the book is poor, I am all the more obliged to admit it—I do not wish to appear better than I really am.

As for the truth of these facts, I declare that having been in the country of those two lovers on several occasions, I have never heard anyone mention the Baron d’Etange, nor his daughter, nor Mr. d’Orbe, nor Lord Edward Bomston, nor Mr. de Wolmar. I also warn that the topography has been considerably altered in several places, either in order to mislead the reader, or perhaps because the author himself did not know any more about it. That is all I have to say. Let each person form their own opinion as they please.

This book is not meant to circulate in the world; it is suitable for very few readers. Its style will repulse those with good taste; its content will alarm those who are strict in their principles; and all its sentiments will seem unnatural to those who do not believe in virtue. It will surely offend devout people, libertines, and philosophers; it will shock amorous women and scandalize honest ladies. So, to whom will it please? Perhaps only to me alone; but certainly, it will please no one at all.

Anyone who decides to read these letters must be prepared to tolerate linguistic errors, an emphatic yet flat style, and common ideas expressed in grandiose terms; they must realize from the outset that their authors are not Frenchmen, men of wit, academicians, or philosophers—but rather provincials, foreigners, loners, young people, almost children, who, in their romantic imaginations, mistake the honest deliriums of their own minds for philosophy.

Why should I fear to say what I think? This collection, with its Gothic tone, is more suitable for women than books on philosophy. It may even be useful to those who, in a disordered life, have still preserved some love for honesty. As for girls, that’s another matter. No chaste girl has ever read novels, and I gave this one a title that is quite explicit, so that anyone who opens it will know what to expect. If a girl, despite this title, dares to read even a single page of it, she is a lost girl; but let her not blame this book for her downfall—the harm had already been done. Since she has begun reading, she should finish it: she has nothing left to lose.

If a stern man, upon reading this collection, finds the initial parts utterly repulsive, throws the book away in anger, and condemns the publisher, I would not complain of such injustice; in his place, I might have done the same. But if, after reading it in its entirety, someone dares to blame me for publishing it, let him say so to the whole world—if he must—but let him not come to tell me personally; I feel that I could never respect such a man in my life.

N.B. The following passage, which is not found in any edition of New Heloise, is indeed written in Rousseau’s own hand, without a single correction, in one of the two manuscripts that we collated for the Committee of Public Instruction. It is the manuscript that was used to produce the first edition, whose proofs were reviewed and corrected by the author himself. We have this edition before our eyes. The Luxembourg manuscript[9] (see Confessions, Book X) does not contain a preface. (Note from the editors of the 1793 in-4° edition.)

Oh, good people with whom I so enjoyed living and who so often consoled me in the face of the insults of the wicked—go far away to seek your kind. Flee from cities; you will not find them there. Go to humble retreats, where you may delight a couple of faithful spouses whose bond grows stronger through the charms of your own love; or some simple and sensitive man who knows how to appreciate your way of life; or some lonely person weary of the world who, while condemning your mistakes and faults, yet thinks with tenderness: “Ah! Such souls were what my own soul needed!”

Second Preface

from New Heloise

N.

Here is your manuscript. I have read it in its entirety.

R.

The whole thing? I see; you expect there to be few imitators, right?

N.

Either both, or neither.

R.

Repulsive and wretched[10]. But I want a positive judgment.

N.

I dare not.

R.

Everything becomes permissible with just that one word. Please explain yourself.

N.

My judgment depends on the answer you will give me. Is this correspondence real, or is it a work of fiction?

R.

I don’t see any consequence to that. In order to determine whether a book is good or bad, what does it matter to know how it was written?

N.

It is of great importance to him. A portrait always has its value, as long as it resembles the original, no matter how strange it may be. But in an imaginative painting, every human figure must possess the common characteristics of a human being; otherwise, the painting is worthless. Both are supposed to be good works of art, yet there remains this difference: a portrait interests few people; only a painting can please the general public.

R.

I follow you. If these letters are portraits, they are of no interest; if they are paintings, they are poorly imitated. Is that not right?

N.

Exactly.

R.

In this way, I will snatch away all your answers before you even have a chance to respond to me. Moreover, since I am unable to satisfy your question, you will have to do without it in order to resolve mine. Let’s consider the worst-case scenario: my Julie.

N.

Oh! If only she had existed!

R.

Well then?

N.

But surely it is just a fiction.

R.

Imagine.

N.

In that case, I know nothing of such gloominess; these letters are not really letters; this novel is not a novel at all; the characters are people from another world.

R.

I am sorry for him.

N.

Consoles yourself; there are certainly enough fools around; but yours do not belong to that natural category.

R.

I could. No, I see the detour your curiosity is taking. Why do you decide to proceed in this way? Do you realize how vastly different men are from one another? How opposed their characters can be? How much manners and prejudices vary depending on time, place, and age? Who dares to set precise limits to human nature, and declare: “This is as far as man can go, and no further?”

N.

With such a sound reasoning, all those unheard-of monsters, giants, pygmies, and chimeras of every kind—everything could be specifically admitted into nature; yet everything would be distorted in form. Would we then no longer have any common model? I repeat it: in the representations of humanity, everyone must recognize the human being.

R.

I agree, provided that we also know how to distinguish what constitutes the variations from what is essential to the species. What would you say about those who would recognize our species only by its French-style dress?

N.

What would you say of someone who, without depicting any features or stature, wanted to paint a human figure, using only a veil as clothing? Wouldn’t one have the right to ask where the person is?

R.

No features, no height? Are you even fair? No perfect people exist—such is the nature of this illusion. A young girl who offends the virtue she cherishes and is forced back to duty by the horror of a greater crime; a too-gentle friend who is ultimately punished by her own heart for her excessive indulgence; an honest and sensitive young man, full of weakness yet capable of noble speeches; an old gentleman obsessed with his own nobility, willing to sacrifice everything for public opinion; an Englishman generous and brave, always passionate about wisdom yet often reasoning without any real basis.

N.

A kind and hospitable husband, eager to welcome his wife’s former lover into his home.

R.

I refer you to the inscription on the stamp.

N.

Beautiful souls!. What a beautiful word!

R.

Oh philosophy! How much effort you put into shrinking people’s hearts, in making men seem insignificant!

N.

The romantic spirit magnifies them and deceives them. But let’s get back to the subject. Those two friends, what do you think about them?. And that sudden change of heart at the temple. Surely it was grace.

R.

Sir.

N.

Nelle grandi città sono necessari spettacoli, e nei popoli corrotti sono necessari romanzi. Ho osservato le usanze del mio tempo e ho pubblicato queste lettere. Che cosa non avrei dato per vivere in un secolo in cui potessi gettarle nel fuoco!

Anche se qui porto soltanto il titolo di editore, ho lavorato personalmente a questo libro, e non lo nascondo. Ho fatto tutto io? E l’intera corrispondenza è davvero una finzione? Signori, che importanza ha per voi? Sicuramente, per voi, si tratta di una finzione.

Ogni uomo onesto deve ammettere i libri che pubblica. Pertanto mi assumo la responsabilità di questa raccolta, non per appropriarmene, ma per rispondere delle sue contenuti. Se ci sono errori, che vengano attribuiti a me; se ci sono pregi, non intendo assumermene il merito. Se un libro è cattivo, ho ancora più il dovere di riconoscerlo: non voglio far credere di essere migliore di quanto sia in realtà.

Per quanto riguarda la veridicità dei fatti, dichiaro che, avendo visitato più volte il paese di quei due amanti, non ho mai sentito parlare del barone d’Etange, né di sua figlia, né di Monsieur d’Orbe, né di milord Edward Bomston, né di Monsieur de Wolmar. Avverto inoltre che la topografia è stata grossolanamente alterata in diversi punti, sia per ingannare maggiormente il lettore, sia perché forse l’autore stesso non ne conoscesse i dettagli. Questo è tutto ciò che posso dire. Che ognuno pensi come crede.

Questo libro non è stato scritto per essere diffuso nel mondo e si adatta a pochissimi lettori. Lo stile dispiacerà alle persone di gusto; il contenuto allarmerà coloro che sono severi nelle loro valutazioni; tutti i sentimenti descritti sembreranno contrari alla natura per chi non crede nella virtù. Deve dispiacere ai devoti, ai libertini, ai filosofi; deve scandalizzare le donne galanti e offendere quelle oneste. A chi allora piacerà? Forse solo a me. Ma di certo non piacerà affatto a nessuno.

Chiunque voglia decidersi a leggere queste lettere deve armarsi di pazienza di fronte ai errori linguistici, allo stile enfatico e banale, alle idee comuni esposte in termini pomposi; deve ricordare fin dall’inizio che coloro che le hanno scritte non sono francesi, intellettuali, accademici o filosofi, ma persone di provincia, stranieri, solitari, giovani, quasi bambini, che nelle loro fantasie romantiche confondono con la filosofia i semplici deliri prodotti dal proprio cervello.

Perché dovrei temere di dire ciò che penso? Questo raccolto, con il suo tono gotico, si addice meglio alle donne che i libri di filosofia. Può persino essere utile a quelle che, in una vita disordinata, hanno conservato ancora un po’ di amore per l’onestà. Per quanto riguarda le ragazze, è un’altra storia. Nessuna ragazza casta ha mai letto romanzi; ho dato a questo libro un titolo abbastanza chiaro, così che chi lo aprisse sapesse subito a cosa aspettarsi. Chiunque, nonostante quel titolo, osi leggere anche solo una pagina di questo libro è una ragazza perduta. Ma non attribuisca la sua rovina a questo libro: il male era già stato compiuto in anticipo. Poiché ha iniziato a leggerlo, che continui fino alla fine: non ha più nulla da rischiare.

Se un uomo austero, leggendo questa raccolta, si sentisse disgustato dalle prime parti e gettasse il libro con rabbia, indignandosi contro l’editore, non mi lamenterò della sua ingiustizia; al suo posto, avrei potuto fare lo stesso. Ma se, dopo averla letta tutta intera, qualcuno osasse rimproverarmi per averla pubblicata, che lo dica pure a tutto il mondo, ma non venga a dirlo a me: so che in vita mia non riuscirei mai ad apprezzare un tale uomo.

N.B. La riga seguente, assente in nessuna edizione della “Nuova Eloisa”, è effettivamente scritta di pugno da Rousseau, senza la minima correzione, in uno dei due manoscritti che abbiamo esaminato presso il comitato per l’istruzione pubblica: si tratta proprio di quello utilizzato per la prima edizione, le cui bozze furono lette e corrette dall’autore stesso. Abbiamo questa edizione davanti ai nostri occhi. Il manoscritto Luxembourg[9] (si veda “Confessioni”, libro X) non contiene alcuna prefazione. (Nota degli editori dell’edizione in quarto di 1793)

Andate, buone persone con cui ho tanto amato vivere e che mi avete così spesso consolato di fronte alle offese dei malvagi. Andate lontano in cerca dei vostri simili; fuggite dalle città, non è lì che li troverete. Andate in umili ritiri, dove possiate intrattenere coppie fedeli il cui legame si rafforza grazie ai vostri esempi; uomini semplici e sensibili che sappiano apprezzare la vostra condizione di vita; solitari stanchi del mondo che, pur rimproverando i vostri errori, pensino con commozione: “Ah! Queste sono le anime di cui la mia aveva bisogno!”

Seconda prefazione

di “La Nuova Eloisa”

N.

Ecco il suo manoscritto. L’ho letto tutto intero.

R.

Tutto intero? Capisco; contate su pochi imitatori, vero?

N.

Né lui, né nessun altro.

R.

Vile e miserevole[10]. Ma voglio una valutazione positiva.

N.

Non oso.

R.

Con questa sola parola, tutto diventa possibile. Spiegatevi.

N.

La mia valutazione dipende dalla risposta che mi darete. Questa corrispondenza è reale, o si tratta di una finzione?

R.

Non vedo alcuna conseguenza in questo. Per stabilire se un libro sia buono o cattivo, che importanza ha sapere come è stato scritto?

N.

È molto importante per quest’ultimo. Un ritratto ha sempre un suo valore, purché assomigli all’originale, per quanto strano possa essere. Ma in un dipinto di fantasia, ogni figura umana deve avere i tratti comuni all’uomo; altrimenti il dipinto non ha alcun valore. Entrambi considerati validi, rimane comunque questa differenza: il ritratto interessa poche persone, mentre solo il dipinto può piacere al pubblico.

R.

Vi seguo. Se queste lettere sono dei ritratti, non hanno alcun interesse; se sono dei dipinti, imitano male la realtà. Non è forse così?

N.

Esattamente.

R.

Quindi, strapperò tutte le vostre risposte prima ancora che mi abbiate risposto. Del resto, poiché non posso soddisfare la vostra domanda, dovete fare a meno di essa per risolvere la mia. Mettiamo il caso peggiore: mia Julie.

N.

Oh! Se solo fosse esistita.

R.

Ebbene?

N.

Ma sicuramente si tratta solo di una finzione.

R.

Supponiamo.

N.

In questo caso, non conosco nulla di così cupo; queste lettere non sono vere lettere; questo romanzo non è un vero romanzo; i personaggi sono persone di un altro mondo.

R.

Mi dispiace per lui.

N.

Rassicuratevi: anche i pazzi non mancano; ma i vostri non appartengono alla natura umana.

R.

Potrei. No, vedo già quale strada stia prendendo la vostra curiosità. Perché decidete così? Sapete fino a che punto gli uomini si differenziano tra loro? Quanto sono opposti i loro caratteri? Quanto variano le loro usanze, i loro pregiudizi in base ai tempi, ai luoghi, alle età? Chi osa stabilire limiti precisi alla natura umana e dire: “Ecco fino a dove l’uomo può arrivare, e non oltre”?

N.

Con questo bellissimo ragionamento, i mostri inediti, i giganti, i pigmei, le chimere di ogni tipo, tutto potrebbe essere ammesso specificamente nella natura; ma allora tutto diventerebbe distorto, non avremmo più un modello comune. Lo ripeto: nelle rappresentazioni dell’umanità, ognuno deve riconoscere l’uomo stesso.

R.

Concordo, purché si sappia anche distinguere ciò che costituisce le varietà da ciò che è essenziale per l’specie. Cosa ne pensereste di coloro che riconoscerebbero la nostra specie soltanto attraverso un abito alla francese?

N.

Cosa direste di colui che, senza rappresentare né tratti né dimensioni, vorrebbe dipingere un volto umano, usando solo un velo come abito? Non avremmo il diritto di chiedergli dove sia l’uomo?

R.

Nessun tratto particolare, nessuna statura specifica? Siete davvero giusti? Non esistono persone perfette. Questa è solo una chimera. Una giovane donna che offende la virtù che ama e viene riportata al dovere dall’orrore di un crimine ancora più grave; un’amica troppo indulgente, punita infine dal proprio cuore per l’eccesso della sua tolleranza; un giovane uomo onesto e sensibile, pieno di debolezze ma anche di bei discorsi; un vecchio gentiluomo ossessionato dalla propria nobiltà, disposto a sacrificare tutto per l’opinione altrui; un inglese generoso e coraggioso, sempre appassionato di saggezza, ma che ragiona spesso senza motivo.

N.

Un marito gentile e ospitale, desideroso di far entrare nella propria casa l’ex amante di sua moglie.

R.

Vi rimando all’iscrizione presente sulla stampa stessa.

N.

Le belle anime. Che bellissimo termine!

R.

Oh, filosofia. Quanto sforzo fai per restringere i cuori degli uomini, per renderli più meschini!

N.

Lo spirito romantico li ingrandisce e li inganna. Ma torniamo al discorso. Le due amiche?. Che ne pensate?. E quella improvvisa conversione in chiesa?. Sicuramente è stata una questione di grazia.

R.

Signore.

N.

Une femme chrétienne, une dévote qui n’apprend point le catéchisme à ses enfants ; qui meurt sans vouloir prier Dieu ; dont la mort cependant édifie un pasteur, et convertit un athée… Oh !…

R.

Monsieur…

N. Quant à l’intérêt, il est pour tout le monde, il est nul. Pas une mauvaise action, pas un méchant homme qui fasse craindre pour les bons ; des évènements si naturels, si simples qu’ils le sont trop ; rien d’inopiné, point de coup de théâtre. Tout est prévu longtemps d’avance, tout arrive comme il est prévu. Est-ce la peine de tenir registre de ce que chacun peut voir tous les jours dans sa maison, ou dans celle de son voisin ?

R.

C’est-à-dire qu’il vous faut des hommes communs, et des évènements rares ? Je crois que j’aimerais mieux le contraire. D’ailleurs, vous jugez ce que vous avez lu comme un roman. Ce n’en est point un ; vous l’avez dit vous-même. C’est un recueil de lettres…

N.

Qui ne sont point des lettres ; je crois l’avoir dit aussi. Quel style épistolaire ! qu’il est guindé ! que d’exclamations ! que d’apprêts ! quelle emphase pour ne dire que des choses communes ! quels grands mots pour de petits raisonnements ! Rarement du sens, de la justesse ; jamais ni finesse, ni force, ni profondeur. Une diction toujours dans les nues, et des pensées qui rampent toujours. Si vos personnages sont dans la nature, avouez que leur styIe est peu naturel.

R.

Je conviens que dans le point de vue où vous êtes, il doit vous paraitre ainsi.

N.

Comptez-vous que le public le verra d’un autre oeil ? et n’est-ce pas mon jugement que vous demandez ?

R.

C’est pour l’avoir plus au long que je vous réplique. Je vois que vous aimeriez mieux des lettres faites pour être imprimées.

N.

Ce souhait parait assez bien fondé pour celles qu’on donne à l’impression.

R.

On ne verra donc jamais les hommes dans les livres que comme ils veulent s’y montrer ?

N.

L’auteur comme il veut s’y montrer ; ceux qu’il dépeint tels qu’ils sont. Mais cet avantage manque encore ici. Pas un portrait vigoureusement peint ; pas un caractère assez bien marqué ; nulle observation solide ; aucune connaissance du monde. Qu’apprend-on dans la petite sphère de deux ou trois amants ou amis toujours occupés d’eux seuls ?

R.

On apprend à aimer l’humanité. Dans les grandes sociétés on n’apprend qu’à haïr les hommes.

Votre jugement est sévère ; celui du public doit l’être encore plus. Sans le taxer d’injustice, je veux vous dire à mon tour de quel oeil je vois ces lettres ; moins pour excuser les défauts que vous y blâmez, que pour en trouver la source.

Dans la retraite on a d’autres manières de voir et de sentir que dans le commerce du monde ; les passions autrement modifiées ont aussi d’autres expressions ; l’imagination, toujours frappée des mêmes objets, s’en affecte plus vivement. Ce petit nombre d’images revient toujours, se mêle à toutes les idées, et leur donne ce tour bizarre et peu varié qu’on remarque dans les discours des solitaires. S’ensuit-il de-là que leur langage soit fort énergique ? Point du tout ; il n’est qu’extraordinaire. Ce n’est que dans le monde qu’on apprend à parler avec énergie. Premièrement, parce qu’il faut toujours dire autrement et mieux que les autres, et puis, que forcé d’affirmer à chaque instance ce qu’on ne croit pas, d’exprimer des sentiments qu’on n’a point, on cherche à donner à ce qu’on dit un tour persuasif qui supplée à la persuasion intérieure. Croyez-vous que les gens vraiment passionnés aient ces manières de parler vives, fortes, coloriées que vous admirez dans vos drames et dans vos romans ? Non, la passion pleine d’elle-même, s’exprime avec plus d’abondance que de force ; elle ne songe pas même à persuader ; elle ne soupçonne pas qu’on puisse douter d’elle. Quand elle dit ce qu’elle sent, c’est moins pour l’exposer aux autres que pour se soulager. On peint plus vivement l’amour dans les grandes villes ; l’y sent-on mieux que dans les hameaux ?

N.

C’est-à-dire que la faiblesse du langage prouve la force du sentiment.

R.

Quelquefois du moins elle en montre la vérité. Lisez une lettre d’amour faite par un auteur dans son cabinet, par un bel esprit qui veut briller. Pour peu qu’il ait de feu dans la tête, sa plume va, comme on dit, brûler le papier ; la chaleur n’ira pas plus loin. Vous serez enchanté, même agité peut-être ; mais d’une agitation passagère et sèche, qui ne vous laissera que des mots pour tout souvenir. Au contraire, une lettre que l’amour a réellement dictée, une lettre d’un amant vraiment passionné, sera lâche, diffuse, toute en longueurs, en désordre, en répétitions. Son coeur, plein d’un sentiment qui déborde, redit toujours la même chose, et n’a jamais achevé de dire ; comme une source vive qui coule sans cesse et ne s’épuise jamais. Rien de saillant, rien de remarquable ; on ne retient ni mots, ni tours, ni phrases ; on n’admire rien, l’on n’est frappé de rien. Cependant on se sent l’âme attendrie ; on se sent ému sans savoir pourquoi. Si la force du sentiment ne nous frappe pas, sa vérité nous touche, et c’est ainsi que le coeur fait parler au coeur. Mais ceux qui ne sentent rien, ceux qui n’ont que le jargon paré des passions, ne connaissent point ces sortes de beautés et les méprisent.

N.

J’entends.

R.

Fort bien. Dans cette dernière espèce de lettres, si les pensées sont communes, le style pourtant n’est pas familier, et ne doit pas l’être. L’amour n’est qu’illusion ; il se fait, pour ainsi dire, un autre univers ; il s’entoure d’objets qui ne sont point, ou auxquels lui seul a donné l’être ; et comme il rend tous ses sentiments en images, son langage est toujours figuré. Mais ces figures sont sans justesse et sans suite ; son éloquence est dans son désordre ; il prouve d’autant plus qu’il raisonne moins. L’enthousiasme est le dernier degré de la passion. Quand elle est à son comble, elle voit son objet parfait ; elle en fait alors son idole ; elle le place dans le ciel ; et comme l’enthousiasme de la dévotion emprunte le langage de l’amour, I’enthousiasme de l’amour emprunte aussi le langage de la dévotion. Il ne voit plus que le paradis, les anges, les vertus des saints, les délices du séjour céleste. Dans ces transports, entouré de si hautes images, en parlera-t-il en termes rampants ? Se résoudra-t-il d’abaisser, d’avilir ses idées par des expressions vulgaires ? N’élèvera-t-il pas son style ? Ne lui donnera-t-il pas de la noblesse, de la dignité ? Que parlez-vous de lettres, de style épistolaire ? En écrivant à ce qu’on aime, il est bien question de cela ! ce ne sont plus des lettres que l’on écrit, ce sont des hymnes.

N.

Citoyen, voyons votre pouls.

R.

Non : voyez l’hiver sur ma tête. Il est un âge pour l’expérience ; un autre pour le souvenir. Le sentiment s’éteint à la fin ; mais l’âme sensible demeure toujours.

Je reviens à nos lettres. Si vous les lisez comme l’ouvrage d’un auteur qui veut plaire, ou qui se pique d’écrire, elles sont détestables. Mais prenez-les pour ce qu’elles sont, et jugez-les dans leur espèce. Deux ou trois jeunes gens simples, mais sensibles, s’entretiennent entre eux des intérêts de leurs coeurs. Ils ne songent point à briller aux yeux les uns des autres. Ils se connaissent et s’aiment trop mutuellement pour que l’amour-propre ait plus rien à faire entre eux. Ils sont enfants, penseront-ils en hommes ? Ils sont étrangers, écriront-ils correctement ? Ils sont solitaires, connaitront-ils le monde et la société ? Pleins du seul sentiment qui les occupe, ils sont dans le délire, et pensent philosopher. Voulez-vous qu’ils sachent observer, juger, réfléchir ? Ils ne savent rien de tout cela. Ils savent aimer ; ils rapportent tout à leur passion. L’importance qu’ils donnent à leurs folles idées, est-elle moins amusante que tout l’esprit qu’ils pourraient étaler ? Ils parlent de tout ; ils se trompent sur tout ; ils ne font rien connaître qu’eux ; mais en se faisant connaître, ils se font aimer : leurs erreurs valent mieux que le savoir des sages : leurs coeurs honnêtes portent partout, jusque dans leurs fautes, les préjugés de la vertu, toujours confiante et toujours trahie. Rien ne les entend, rien ne leur répond, tout les détrompe. Ils se refusent aux vérités décourageantes : ne trouvant nulle part ce qu’ils sentent, ils se replient sur eux-mêmes ; ils se détachent du reste de l’univers ; et créant entre eux un petit monde différent du nôtre, ils y forment un spectacle véritablement nouveau.

N.

A Christian woman, a devout one who does not teach her children the catechism; who dies without ever wishing to pray to God; yet whose death builds up a pastor and converts an atheist. Oh!.

R.

Sir.

As for interest, it pertains to everyone—and yet it is nil. There is no evil deed, no wicked person who would cause those good people to fear; the events are so natural, so simple, that they could not possibly be any other way. Nothing unexpected happens, no dramatic twists. Everything is planned in advance; everything unfolds just as expected. Is there any need at all to keep a record of what everyone can see every day, either in their own home or in their neighbor’s?

R.

In other words, you need ordinary people and rare events? I think I would prefer the opposite. Moreover, you are treating what you have read as a novel. It is not one; you yourself said so. It is a collection of letters.

N.

They are not letters at all; I believe I have said that too. What a formal, affected style of letterwriting! So many exclamations, so much pretense, such emphasis—yet only to express commonplace things! Such grand words for petty arguments! Rarely any sense or accuracy; never any finesse, strength, or depth. A diction that always remains superficial, and thoughts that never go beyond the surface. If your characters are based on reality, then admit that their style is far from natural.

R.

I agree that from your perspective, it must seem that way to you.

N.

Do you expect the public to view it in a different light? And isn’t that exactly my judgment that you are asking for?

R.

It’s precisely because I want it to be longer that I am replying to you in this way. I see that you would prefer letters that are designed to be printed.

N.

This wish seems quite well-founded for those that are given at first impression.

R.

Will people therefore never be depicted in books except as they wish to present themselves?

N.

The author presents himself as he wishes to be seen; he portrays those he describes exactly as they are. Yet this advantage is still lacking here. No vividly drawn portraits; no well-defined characters; no thorough observations; no knowledge of the world. What can one learn from the small circle of two or three lovers or friends who are always preoccupied with themselves alone?

R.

One learns to love humanity. In large societies, one only learns to hate human beings.

Your judgment is severe; the public’s must be even more so. Without accusing you of injustice, I want to tell you how I view these letters myself—not so much to excuse the faults you condemn in them, but rather to seek their origin.

In solitude, one possesses other ways of seeing and feeling than in the hustle and bustle of the world; passions, being differently shaped in such an environment, find different expressions; and imagination, always struck by the same objects, is more intensely affected by them. These few recurring images constantly reappear, mingling with all thoughts and giving them that peculiar, monotonous quality that one often notices in the speeches of solitary individuals. Does this mean that their language is particularly forceful? By no means; it is merely extraordinary. It is only in the world that one learns to speak with energy. Firstly, because one must always say things differently and better than others; and secondly, because one is forced to affirm, at every turn, what one does not believe in and to express feelings that one does not actually possess, one seeks to give whatever one says a persuasive tone that compensates for the lack of inner conviction. Do you really think that people who are truly passionate speak in those lively, forceful, vivid ways that you admire in plays and novels? No. Passion, when unencumbered by external considerations, expresses itself more abundantly than powerfully; it does not even attempt to persuade; it never assumes that anyone might doubt it. When it expresses what it feels, it does so less with the intention of convincing others than as a means of relieving its own intensity. One paints love more vividly in great cities—but does one feel it more intensely there than in small villages?

N.

In other words, the weakness of language proves the strength of emotion.

R.

At least sometimes, it reveals the truth. Read a love letter written by an author in his study, by a clever person who wants to shine. As long as there is some fire in his head, his pen will, so to speak, burn through the paper; but that heat will not go any further. You will be enchanted, perhaps even agitated; but it will be a fleeting and superficial agitation, leaving you with only words as a memory of it. On the other hand, a letter truly dictated by love, a letter from a genuinely passionate lover, will be loose and scattered, full of long passages, disorder, and repetitions. Its heart, filled with an overflowing emotion, always repeats the same things and never manages to express itself completely; like a babbling brook that flows endlessly without ever drying up. There is nothing striking or remarkable about it; one remembers neither the words nor the style nor the phrasing; one admires nothing, is not moved by anything. Yet, one’s soul feels softened; one is stirred without knowing why. If the intensity of the emotion does not strike us, its truth touches us, and it is in this way that one heart speaks to another. But those who feel nothing, those who possess only the empty rhetoric of passion, do not recognize these kinds of beauty and despise them.

N.

I understand.

R.

Very well. In this final kind of letters, even if the thoughts are common, the style is not familiar—and indeed should not be. Love is nothing but an illusion; it creates, so to speak, a separate universe for itself; it surrounds itself with objects that either do not exist at all or exist only because of love itself. And since love expresses all its feelings through imagery, its language is always figurative. But these figures are often inaccurate and disconnected; the “eloquence” of love lies in its very disorder—which is precisely why it proves so little that it really reasons. Enthusiasm represents the ultimate degree of passion. When passion reaches its peak, it sees its object in its perfect form; it makes that object its idol, places it in the heavens. And since the enthusiasm of devotion borrows the language of love, the enthusiasm of love also borrows the language of devotion. In such transports, surrounded by such lofty images, would one speak of these things in vulgar terms? Would one dare to degrade and humiliate one’s thoughts with commonplace expressions? Wouldn’t one rather elevate one’s style, endow it with nobility and dignity? What are you talking about letters, about the style of epistolary correspondence? When writing to someone one loves, well, that is certainly not just about letters—it’s about hymns.

N.

Citizen, let me check your pulse.

R.

No: look at the winter upon my head. It is an age for experience; another for remembrance. The feeling fades away in the end; but the sensitive soul remains forever.

I return to our letters. If you read them as the work of an author who seeks to please or who simply takes pleasure in writing, they are detestable. But if you regard them for what they truly are and judge them within their own category—then they are different. Two or three simple-minded yet sensitive young people exchange thoughts about the concerns of their hearts. They have no intention of impressing one another; they know each other too well and love one another too deeply for pride to play any role in their relationship. They are children—will they think like adults? They are strangers—will they write correctly? They are lonely—will they ever understand the world and society? Lost in the emotions that occupy them entirely, they imagine themselves engaged in philosophical discourse. But do you really want them to learn how to observe, judge, or reflect? They know nothing of all this. They know only how to love; they relate everything to their passions. The importance they attach to their foolish ideas is perhaps no less amusing than the wisdom they might otherwise possess. They talk about everything; they misunderstand everything; they reveal nothing but themselves—but in doing so, they make themselves loved. Their mistakes are worth more than the knowledge of the wise; their honest hearts carry, even in their errors, the prejudices of virtue—always confident, yet always betrayed. No one hears them; no one responds to them; everything deceives them. They reject discouraging truths; unable to find anywhere what they feel, they turn inward, detach themselves from the rest of the world, and create a little world of their own, different from ours—one that presents a truly novel spectacle.

N.

Una donna cristiana, una devota che non insegna il catechismo ai suoi figli; che muore senza voler pregare Dio; la cui morte tuttavia aiuta a formare un pastore e converte un ateo. Oh!.

R.

Signore.

Per quanto riguarda l’interesse, esso è comune a tutti, ma allo stesso tempo è nullo. Nessuna azione malvagia, nessun uomo cattivo che possa far temere per i buoni; eventi così naturali, così semplici da sembrare quasi banali; nulla di inaspettato, nessun colpo di scena. Tutto viene previsto con molto anticipo, e tutto accade esattamente come previsto. Ha davvero senso tenere un registro di ciò che ognuno può vedere ogni giorno nella propria casa, o in quella del proprio vicino?

R.

In altre parole, avete bisogno di persone comuni e di eventi rari? Penso che preferirei il contrario. Del resto, voi considerate ciò che avete letto come un romanzo. Ma non lo è; l’avete detto voi stesso: si tratta di una raccolta di lettere.

N.

Questi non sono lettere; credo di averlo già detto. Che stile epistolare! Quanto è affettato! Quante esclamazioni, quante frasi preparatorie. Quanta enfasi per dire soltanto cose comuni! Quanti termini grandiosi per ragionamenti banali! Raramente senso, precisione; mai finezza, forza o profondità. Una dizione sempre superficiale, e pensieri che non riescono mai a raggiungere la vera essenza delle cose. Se i vostri personaggi sono reali, ammettete pure che il loro stile è tutt’altro che naturale.

R.

Concordo sul fatto che, dal vostro punto di vista, debba sembrarvi così.

N.

Ritenete che il pubblico lo considererà in modo diverso? Non è forse il mio giudizio quello che vi state chiedendo?

R.

Rispondo così perché voglio che questa risposta sia più lunga. Vedo che preferireste lettere destinate alla stampa.

N.

Questo desiderio sembra abbastanza motivato, considerando le impressioni che suscita.

R.

Quindi, nelle opere letterarie, gli uomini verranno mai mostrati così come vogliono essere visti?

N.

L’autore si mostra come vuole; coloro che descrive sono raffigurati così come sono realmente. Ma questo vantaggio qui manca ancora: nessun ritratto ben delineato, nessun carattere abbastanza evidenziato, nessuna osservazione approfondita, nessuna conoscenza del mondo reale. Cosa si può imparare nella piccola sfera di due o tre amanti o amici che sono sempre occupati solo tra loro?

R.

Si impara ad amare l’umanità; nelle grandi società, invece, si impara soltanto ad odiare gli uomini.

Il vostro giudizio è severo; quello del pubblico deve esserlo ancora di più. Senza accusarlo di ingiustizia, voglio anch’io dirvi con quale occhio vedo queste lettere: non tanto per scusare i difetti che vi attribuite, quanto piuttosto per individuarne la fonte.

Nel ritiro si hanno modi diversi di vedere e sentire rispetto al mondo esterno; le passioni, modificatesi in modo differente, trovano espressioni diverse; l’immaginazione, sempre stimolata dagli stessi oggetti, ne è più profondamente influenzata. Questo numero limitato di immagini ritorna costantemente, si mescola con tutte le idee e conferisce loro quel carattere strano e poco vario che si osserva nei discorsi delle persone solitarie. Ne consegue forse che il loro linguaggio sia particolarmente incisivo? Affatto; è soltanto insolito. Solo nel mondo esterno si impara a parlare in modo energico: innanzitutto, perché bisogna sempre dire qualcosa di diverso e meglio degli altri; in secondo luogo, perché, costretti ad affermare ciò che non crediamo e a esprimere sentimenti che non proviamo, cerchiamo di dare alle nostre parole un tono persuasivo che compensi la mancanza di convinzione interiore. Pensate davvero che le persone veramente appassionate parlino in quel modo vivace, forte e colorito che ammiriamo nei drammi e nei romanzi? No: la passione, nella sua essenza, si esprime con più abbondanza che con forza; non pensa nemmeno a convincere gli altri; non sospetta che qualcuno possa dubitarne. Quando esprime ciò che sente, lo fa meno per mostrarlo agli altri che per sollevare se stessa. Si descrive l’amore in modo più vivido nelle grandi città, ma si prova davvero amore lì più di nei villaggi?

N.

In altre parole, la debolezza del linguaggio dimostra la forza dei sentimenti.

R.

Almeno a volte, essa rivela la verità. Leggete una lettera d’amore scritta da un autore nel suo studio, da un intellettuale che vuole brillare. Se possiede solo un po’ di passione dentro di sé, la sua penna “brucerà” il foglio; ma quel calore non andrà oltre. Sarete incantati, forse anche turbati. Ma una turbazione passeggera e superficiale, che vi lascerà soltanto parole come unico ricordo. Al contrario, una lettera davvero scritta dall’amore, una lettera di un amante appassionato, sarà prolissa, disordinata, piena di ripetizioni. Il suo cuore, traboccante di sentimenti, ripete sempre la stessa cosa, senza mai riuscire a esprimersi completamente; come una sorgente che scorre incessantemente, senza mai esaurirsi. Niente di eccezionale, niente di particolarmente notevole. Non si ricordano parole, frasi o costruzioni linguistiche. Non c’è nulla da ammirare, nulla che colpisca davvero il cuore. Eppure ci si sente commossi, senza sapere esattamente perché. Se la forza di quel sentimento non ci colpisce direttamente, almeno la sua verità ci tocca. Ed è così che il cuore parla al cuore. Ma coloro che non provano nulla, coloro che possiedono soltanto un linguaggio vuoto e decorato con le parole delle passioni, non conoscono queste forme di bellezza e le disprezzano.

N.

Capisco.

R.

Benissimo. In questo ultimo tipo di lettere, anche se i pensieri sono comuni, lo stile non è affatto familiare, e non dovrebbe esserlo. L’amore non è che un’illusione; in un certo senso, si crea un “altro universo”: ci si circonda di oggetti che non esistono realmente, o a cui soltanto l’amore ha dato vita. Poiché l’amore traduce tutti i propri sentimenti in immagini, il suo linguaggio è sempre figurato. Ma queste immagini sono spesso prive di coerenza e logica; la sua “eloquenza” risiede proprio nel suo disordine. E più questo disordine è evidente, più dimostra che chi parla di amore ragiona poco. L’entusiasmo rappresenta il grado più alto della passione: quando questa raggiunge il suo apice, l’amante vede il proprio oggetto ideale come perfetto; lo trasforma in un’idola, lo colloca nel cielo. E poiché l’entusiasmo della devozione utilizza il linguaggio dell’amore, anche l’entusiasmo dell’amore ricorre allo stesso linguaggio. In questi momenti di estasi, circondato da immagini così elevate, chi potrebbe parlare di amore usando termini volgari o espressioni banali? Non dovrebbe forse elevare lo stile delle proprie lettere, donargli nobiltà e dignità? Di che lettere o di uno stile epistolare si parla mai in questi contesti? Scrivere a ciò che si ama, non è certo scrivere semplicemente delle lettere: sono piuttosto degli inni.

N.

Cittadino, lasciate che controlli il vostro polso.

R.

No: guardate l’inverno sulla mia testa. È un tempo per l’esperienza; un altro per il ricordo. Il sentimento si spegne alla fine; ma l’anima sensibile rimane sempre.

Torno alle nostre lettere. Se le leggete come l’opera di un autore che cerca di piacere o che si compiace nel scrivere, sono davvero detestabili. Ma se le considerate per ciò che sono e le giudicate nella loro vera natura. Due o tre giovani semplici, ma sensibili, si scambiano opinioni sugli interessi del proprio cuore. Non pensano affatto a brillare gli uni agli occhi degli altri; si conoscono e si amano troppo per permettere che l’orgoglio abbia alcun ruolo tra loro. Sono ancora bambini: penseranno come uomini? Sono estranei al mondo: scriveranno correttamente? Sono solitari: conosceranno davvero il mondo e la società? Immersi unicamente nel sentimento che li occupa, vivono in uno stato di delirio, e credono di filosofare. Volete forse che imparino ad osservare, a giudicare, a riflettere? Non sanno nulla di tutto questo. Sanno amare; collegano tutto al loro sentimento dominante. L’importanza che attribuiscono alle loro idee folli, non è forse altrettanto divertente dell’intelligenza che potrebbero dimostrare se si impegnassero davvero? Parlano di tutto; si sbagliano su tutto; non fanno conoscere altro che sé stessi. Ma facendosi conoscere, si fanno amare. I loro errori valgono più della saggezza degli uomini: i loro cuori onesti trasmettono, anche nei loro sbagli, gli ideali della virtù, sempre fiduciosa, sempre tradita. Nessuno li ascolta; nulla risponde alle loro parole; tutto li contraddice. Si rifiutano di affrontare le verità scoraggianti; non trovando da nessuna parte ciò che sentono, si ritirano in se stessi. Si separano dal resto dell’universo e creano, tra loro, un piccolo mondo diverso dal nostro, un vero spettacolo nuovo.

N.

Je conviens qu’un homme de vingt ans et des filles de dix-huit, ne doivent pas, quoique instruits, parler en philosophes, même en pensant l’être. J’avoue encore, et cette différence ne m’a pas échappé, que ces filles deviennent des femmes de mérite, et ce jeune homme un meilleur observateur. Je ne fais point de comparaison entre le commencement et la fin de l’ouvrage. Les détails de la vie domestique effacent les fautes du premier âge ; la chaste épouse, la femme sensée, la digne mère de famille font oublier la coupable amante. Mais cela est même est un sujet de critique, la fin du recueil rend le commencement d’autant plus répréhensible ; on dirait que ce sont deux livres différents que les mêmes personnes ne doivent pas lire. Ayant à montrer des gens raisonnables, pourquoi les prendre avant qu’ils le soient devenus ? Les jeux d’enfants qui précèdent les leçons de la sagesse empêchent de les attendre : le mal scandalise avant que le bien puisse édifier ; enfin le lecteur indigné se rebute et quitte le livre au moment d’en tirer du profit.

R.

Je pense, au contraire, que la fin de ce recueil serait superflue aux lecteurs rebutés du commencement, et que ce même commencement doit être agréable à ceux pour qui la fin peut être utile. Ainsi, ceux qui n’achèveront pas le livre, ne perdront rien, puisqu’il ne leur est pas propre ; et ceux qui peuvent en profiter ne l’auraient pas lu, s’il eût commencé plus gravement. Pour rendre utile ce qu’on veut dire, il faut d’abord se faire écouter de ceux qui doivent en faire usage.

J’ai changé de moyen, mais non pas d’objet. Quand j’ai tâché de parler aux hommes, on ne m’a point entendu ; peut-être en parlant aux enfants me ferai-je mieux entendre ; et les enfants ne goûtent pas mieux la raison nue, que les remèdes mal déguisés.

Cosi all’egro fanciul porgiamo aspersi

Di soave licor gl’orli del vaso;

Succhi amari ingannato in tanto ei beve,

E dall’inganno suo vita riceve.[11]

N.

J’ai peur que vous ne vous trompiez encore ; ils suceront les bords du vase, et ne boiront point la liqueur.

R.

Alors ce ne sera plus ma faute ; j’aurai fait de mon mieux pour la faire passer.

Mes jeunes gens sont aimables ; mais pour les aimer à trente ans, il faut les avoir connus à vingt. Il faut avoir vécu longtemps avec eux pour s’y plaire ; et ce n’est qu’après avoir déploré leurs fautes, qu’on vient à goûter leurs vertus. Leurs lettres n’intéressent pas tout d’un coup ; mais peu à peu elles attachent ; on ne peut ni les prendre, ni les quitter. La grâce et la félicité n’y sont pas, ni la raison, ni l’esprit, ni l’éloquence ; le sentiment y est ; il se communique au coeur par degrés, et, lui seul à la fin, supplée à tout. C’est une longue romance, dont les couplets pris à part, n’ont rien qui touche, mais dont la suite produit à la fin son effet. Voilà ce que j’éprouve en les lisant : dites-moi si vous sentez la même chose.

N.

Non. Je conçois pourtant cet effet par rapport à vous. Si vous êtes l’auteur, l’effet est tout simple. Si vous ne l’êtes pas, je le conçois encore. Un homme qui vit dans le monde ne peut s’accoutumer aux idées extravagantes, au pathos affecté, au déraisonnement continuel de vos bonnes gens. Un solitaire peut les goûter ; vous en avez dit la raison vous-même. Mais avant que de publier ce manuscrit, songez que le public n’est pas composé d’ermites. Tout ce qui pourrait arriver de plus heureux serait qu’on prit votre petit bonhomme pour un Céladon, votre Édouard pour un Don Quichotte, vos caillettes pour deux Astrées, et qu’on s’en amusât comme d’autant de vrais fous. Mais les longues folies n’amusent guère : il faut écrire comme Cervantes, pour faire lire six volumes de visions.

R.

La raison qui vous ferait supprimer cet ouvrage m’encourage à le publier.

N.

Quoi ! la certitude de n’être point lu ?

R.

Un peu de patience, et vous allez m’entendre.

En matière de morale, il n’y a point, selon moi, de lecture utile aux gens du monde, Premièrement parce que la multitude des livres nouveaux qu’ils parcourent, et qui disent tour à tour le pour et le contre, détruit l’effet de l’un par l’autre, et rend le tout comme non avenu. Les livres choisis qu’on relit ne sont point d’effet encore : s’ils soutiennent les maximes du monde, ils sont superflus ; et s’ils les combattent, ils sont inutiles. Ils trouvent ceux qui les lisent liés aux vices de la société, par des chaînes qu’ils ne peuvent rompre. L’homme du monde qui veut remuer un instant son âme pour la remettre dans l’ordre moral, trouvant de toutes parts une résistance invincible, est toujours forcé de garder ou reprendre sa première situation. Je suis persuadé qu’il y a peu de gens bien nés qui n’aient fait cet essai, du moins une fois en leur vie ; mais bientôt découragé d’un vain effort, on ne le répète plus, et l’on s’accoutume à regarder la morale des livres somme un babil de gens oisifs. Plus on s’éloigne des affaires, des grandes villes, des nombreuses sociétés, plus les obstacles diminuent. Il est un terme où ces obstacles cessent d’être invincibles, et c’est alors que les livres peuvent avoir quelque utilité. Quand on vit isolé, comme on ne se hâte pas de lire pour faire parade de ses lectures, on les varie moins, on les médite davantage ; et comme elles ne trouvent pas un si grand contrepoids au-dehors, elles font beaucoup plus d’effet au-dedans. L’ennui, ce fléau de la solitude aussi bien que du grand monde, force de recourir aux livres amusants, seule ressource de qui vit seul et n’en a pas en lui-même. On lit beaucoup plus de romans dans les provinces qu’à Paris, on en lit plus dans les campagnes que dans les villes, et ils y font beaucoup plus d’impression : vous voyez pourquoi cela doit être.

Mais ces livres qui pourraient servir à la fois d’amusement, d’instruction, de consolation au campagnard, malheureux seulement parce qu’il pense l’être, ne semblent faits au contraire que pour le rebuter de son état, en étendant et fortifiant le préjugé qui le lui rend méprisable ; les gens du bel air, les femmes à la mode, les grands, les militaires ; voilà les acteurs de tous vos romans. Le raffinement du goût des villes, les maximes de la cour, l’appareil du luxe, la morale épicurienne ; voilà les leçons qu’ils prêchent et les préceptes qu’ils donnent. Le coloris de leurs fausses vertus ternit l’éclat des véritables ; le manège des procédés est substitué aux devoirs réels ; les beaux discours font dédaigner les belles actions, et la simplicité des bonnes mœurs passe pour grossièreté.

Quel effet produiront de pareils tableaux sur un gentilhomme de campagne, qui voit railler la franchise avec laquelle il reçoit ses hôtes, et traiter de brutale orgie la joie qu’il fait régner dans son canton ? Sur sa femme, qui apprend que les soins d’une mère de famille sont au-dessous des dames de son rang ? Sur sa fille, à qui les airs contournés et le jargon de la ville font dédaigner l’honnête et rustique voisin qu’elle eût épousé ? Tous de concert ne voulant plus être des manants, se dégoûtent de leur village, abandonnent leur vieux château, qui, bientôt devient masure, et vont dans la capitale, où, le père avec sa croix de Saint Louis, de seigneur qu’il était, devient valet, ou chevalier d’industrie ; la mère établit un brelan ; la fille attire les joueurs, et souvent tous trois, après avoir mené une vie infâme, meurent de misère et déshonorés.

Les auteurs, les gens de lettres, les philosophes ne cessent de crier que, pour remplir ses devoirs de citoyen, pour servir ses semblables, il faut habiter les grandes villes ; selon eux fuir Paris, c’est haïr le genre humain ; le peuple de la campagne est nul à leurs yeux ; à les entendre on croirait qu’il n’y a des hommes qu’où il y a des pensions, des académies et des dîners.

I admit that a twenty-year-old man and an eighteen-year-old girl, even if educated, should not speak in the manner of philosophers, even if they intend to do so. I also acknowledge—and this difference has not escaped me—that these girls can become worthy women, and that this young man can become a better observer. I am not making any comparison between the beginning and the end of something; the details of daily life tend to erase the mistakes of early youth. A chaste wife, a sensible woman, a dignified mother make one forget about a guilty lover. However, this very fact is subject to criticism: the ending of such a work only makes its beginning seem all the more reprehensible. It would be as if these were two different books that the same person should not read. If my goal is to portray reasonable people, why present them before they have actually become such? The childish games that precede the lessons of wisdom prevent us from awaiting those lessons; evil causes scandal before good can bring enlightenment. In the end, an outraged reader will simply put down the book before they are able to benefit from it.

R.

On the contrary, I believe that the ending of this collection would be superfluous for readers who are turned off by its beginning, and that the very beginning must be appealing to those for whom the ending may be useful. In this way, those who do not finish reading the book will lose nothing, since it is not meant for them; and those who could benefit from it would not have read it at all if it had started in a more serious manner. To make what one wants to say useful, it is first necessary to ensure that one is heard by those who are going to make use of it.

I have changed my method, but not my objective. When I tried to speak to men, they did not hear me; perhaps speaking to children will make me heard more clearly. And children do not appreciate pure reason any more than poorly disguised remedies.

Thus we offer these things scattered to the playful boy.

With gentle liquor, cleanse the golden vessels.

Bitter juices are deceived into being consumed in such large quantities.

Through his own deception, he gains life.[11]

N.

I fear you may be mistaken again; they will suck at the edges of the vase, but they will not drink the liquid inside.

R.

Then it won’t be my fault anymore; I would have done my best to help her get through it.

My young people are kind; but to love them at thirty years old, one must have known them at twenty. One must have lived with them for a long time to truly appreciate them; and it is only after having lamented their faults that one begins to appreciate their virtues. Their letters do not attract one at first; but gradually they become compelling; one cannot either take them or put them aside. There is neither grace nor happiness in them, nor reason, nor intellect, nor eloquence; but there is emotion. It touches the heart little by little, and in the end, it alone is enough to compensate for everything else. It is like a long romance—each individual chapter may not be particularly moving on its own, but the whole sequence ultimately produces its effect. This is what I feel when reading them; tell me if you share the same experience.

N.

No. Nevertheless, I can understand this effect in relation to you. If you are the author, the effect is quite straightforward. Even if you are not, I still understand it. A man living in the world cannot get used to the extravagant ideas, the affected pathos, and the constant irrationality of your characters. A solitary person might appreciate such things; you yourself have explained the reason for this. But before publishing this manuscript, remember that the audience is not composed of hermits. The best that could happen would be if people regarded your characters as nothing more than amusing fools—your little man as a kind of Céladon, your Edward as a Don Quixote, and your female characters as two Astrées—and found them entertaining precisely because they are so absurd. But prolonged madness seldom entertains anyone; one must write like Cervantes to make people read six volumes full of such fantasies.

R.

The very reason that would lead you to consider deleting this work actually encourages me to publish it.

N.

What! The certainty of never being read?

R.

With a little patience, you will be able to hear me.

In matters of morality, I believe there is no reading that is truly useful to people in the world. Firstly, because the sheer abundance of new books they read—each presenting different opinions for and against a particular matter—undermines the effectiveness of any one of them, rendering the whole effort futile. Even the carefully selected books that one reads repeatedly have little impact: if they support the prevailing moral principles of society, they are superfluous; if they oppose them, they are useless. Those who read such books find themselves bound by the vices of society, chained in ways they cannot break free from. A person in the world who attempts to stir their soul and restore it to moral order finds insurmountable resistance everywhere and is forced to return to their original state. I am convinced that few well-born people have not made this attempt at least once in their lives; but soon, discouraged by such futile efforts, they cease to try and come to regard the moral teachings in books as nothing more than the idle chatter of idle people. The further one moves away from worldly affairs, large cities, and numerous social interactions, the fewer obstacles there become. Eventually, these obstacles cease to be insurmountable, and it is then that books may be of some use. When one lives in isolation, since one has no immediate need to read merely to show off what one has read, one reads less diversely but more thoughtfully; and since such reading encounters less opposition from external influences, it has a much greater effect on one’s inner self. Boredom—that scourge of both solitude and the crowded world—forces a person living alone to turn to entertaining books as their only source of amusement. In the provinces, people read more novels than in Paris; in the countryside, more than in cities—and these novels have a much greater impact there. You can see why that is so.

But these books, which could serve both as entertainment, instruction, and consolation to the countryman—unhappy merely because he believes himself to be such—seem instead designed solely to turn him away from his condition, by reinforcing and expanding the prejudices that make him seem despicable. The people of the fashionable world, the women of high society, the nobility, the military—these are the protagonists in all your novels. The refined tastes of the cities, the maxims of court, the trappings of luxury, the Epicurean morality—these are the lessons they preach and the precepts they teach. The artificiality of their so-called virtues dulls the brilliance of genuine virtue; clever tactics take the place of true duties; flowery speeches make people disdain virtuous actions, and the simplicity of good manners is regarded as rudeness.

What effect would such scenes have on a country gentleman who sees how the frankness with which he welcomes his guests is mocked, and how the joy he brings to his community is labeled a brutal orgy? What impact would it have on his wife, who learns that the duties of a housewife are considered beneath her social status? And what about his daughter, whose refined manners and urban jargon cause her to despise the honest and simple neighbor she might have married? All of them, suddenly rejecting their traditional roles as peasants, grow weary of their village, abandon their old castle—which soon falls into disrepair—and head for the city. There, the father, once a lord bearing the Saint Louis cross, becomes a servant or a member of some menial trade; the mother opens an inn; the daughter attracts gamblers to her home. Often, all three end their lives in misery and disgrace after leading a life of debauchery.

Authors, men of letters, and philosophers constantly declare that in order to fulfill one’s duties as a citizen and to serve one’s fellow human beings, it is necessary to live in large cities; according to them, to flee Paris is tantamount to hating the human race; the people of the countryside are considered worthless in their eyes; listening to them, one would think that humans exist only where there are pensions, academies, and dinners.

Concordo sul fatto che un uomo di vent’anni e delle ragazze di diciotto anni, anche se istruiti, non dovrebbero parlare come filosofi, nemmeno quando riflettono su tali argomenti. Ammetto inoltre che queste ragazze possano diventare donne meritevoli, e questo giovane un osservatore più attento. Tuttavia, non faccio alcuna comparazione tra l’inizio e la fine di questo “libro”: i dettagli della vita domestica cancellano gli errori dell’età infantile; una moglie casta, una donna sensata, una madre degna fanno dimenticare l’amante colpevole. Ma proprio questo rappresenta un punto critico: la fine del libro rende l’inizio ancora più deprecabile; sembrerebbe che si tratti di due libri diversi, che le stesse persone non dovrebbero leggere. Se il mio scopo è mostrare persone ragionevoli, perché presentarle prima che lo diventino davvero? I giochi infantili che precedono gli insegnamenti della saggezza impediscono di aspettarsi che queste persone maturino; il male scandalizza prima che il bene possa educare; infine, il lettore indignato si allontana dal libro proprio nel momento in cui avrebbe potuto trarne beneficio.

R.

Penso, al contrario, che la fine di questo raccolto sia superflua per i lettori che si sono già stancati della parte iniziale, e che proprio quell’inizio debba risultare piacevole per coloro a cui la fine può essere utile. Così, coloro che non completeranno il libro non perderanno nulla, poiché esso non è adatto a loro; e coloro che possono trarne beneficio non lo avrebbero letto, se fosse iniziato in modo più serio. Per rendere utile ciò che si vuole dire, è necessario prima di tutto farsi ascoltare da coloro che devono farne uso.

Ho cambiato metodo, ma non l’oggetto del mio discorso. Quando ho cercato di parlare agli uomini, nessuno mi ha ascoltato; forse parlando ai bambini avrò più successo. E i bambini, proprio come gli adulti, non apprezzano la ragione nuda se presentata in modo poco chiaro o poco accattivante.

Così offriamo al giovane e spensierato fanciullo.

I bordi del vaso erano ricoperti da un delicato liquido.

Bevi così tanti succhi amari, ingannandoti.

Ed è attraverso l’inganno che la sua vita trova significato.[11]

N.

Temo che vi sbagliate ancora: succhieranno solo i bordi del vaso, senza bere il liquido al suo interno.

R.

Allora non sarà più colpa mia; avrò fatto del mio meglio per farla passare.

I miei giovani sono gentili; ma per amarli a trent’anni, è necessario averli conosciuti a vent’anni. È necessario aver vissuto a lungo con loro per apprezzarli davvero; e solo dopo aver rimpianto i loro errori si inizia ad apprezzare le loro virtù. Le loro lettere non interessano immediatamente; ma gradualmente conquistano il cuore di chi le legge; non si possono né prendere, né lasciare. In esse non ci sono né grazia né felicità, né ragione, né spirito, né eloquenza; c’è soltanto sentimento. Questo sentimento si diffonde gradualmente nel cuore, e alla fine è l’unico ad essere in grado di compensare tutto il resto. È una lunga storia d’amore: i singoli episodi, presi isolatamente, potrebbero non commuovere, ma la loro sequenza, nel complesso, produce effetti profondi. Ecco ciò che provo leggendole. Ditemi se provate lo stesso.

N.

No. Tuttavia riesco a comprendere questo effetto nel vostro caso. Se siete voi l’autore, l’effetto è del tutto logico; anche se non lo siete, lo posso comunque immaginare. Un uomo che vive nel mondo normale non può abituarsi alle idee stravaganti, al pathos esagerato, al continuo irrazionalismo delle vostre “buone persone”. Un solitario, invece, potrebbe apprezzarli; voi stesso ne avete spiegato il motivo. Ma prima di pubblicare questo manoscritto, pensate che il pubblico non è composto da eremiti. L’unica cosa che potrebbe accadere, e che sarebbe davvero fortunata, è che la gente considerasse il vostro personaggio principale un “Céladon”, il vostro Edouard un Don Chisciotte, e le vostre donne due “Astrée”, divertendosi così con delle vere e proprie follie. Ma le lunghe e continue assurdità difficilmente divertono la gente: bisogna scrivere come Cervantes, per far leggere sei volumi pieni di visioni stravaganti.

R.

La ragione che vi spingerebbe a eliminare quest’opera mi incoraggia anzi a pubblicarla.

N.

Che cosa! La certezza di non essere stato letto?

R.

Un po’ di pazienza, e mi sentirete.

In materia di morale, secondo me, non esistono letture utili per le persone del mondo. Primo perché la moltitudine di nuovi libri che leggono, i quali presentano alternativamente pro e contro, annulla l’effetto degli uni con gli altri, rendendo tutto inutile. Anche i libri scelti e riletti non hanno alcun effetto reale: se sostengono le massime del mondo, sono superflui; se le contrastano, sono inutili. Le persone che li leggono si trovano legate ai vizi della società da catene che non riescono a rompere. L’uomo del mondo che cerca di riformare la propria anima per riportarla nell’ordine morale, trovando ovunque resistenze insormontabili, è costretto a riprendere la sua precedente condizione. Sono convinto che poche persone ben nate non abbiano tentato almeno una volta in vita loro; ma presto, scoraggiati da un sforzo vano, smettono di provarci e finiscono per considerare le dottrine morali dei libri semplicemente chiacchiere di persone oziose. Più ci si allontana dalle attività quotidiane, dalle grandi città e dalle numerose società, minori diventano gli ostacoli. Esiste un momento in cui questi ostacoli cessano di essere insormontabili, ed è allora che i libri possono rivelarsi utili. Quando si vive isolati, poiché non si legge con l’intento di mostrare quanto si sa, si leggono meno libri, ma si riflette di più su di essi; e poiché non trovano un contrappeso esterno così forte, hanno un effetto molto maggiore all’interno della propria mente. L’noia, questo flagello sia della solitudine che del grande mondo, spinge le persone a ricorrere ai libri divertenti, l’unica risorsa di chi vive da solo e non ne possiede altre dentro di sé. Si leggono molti più romanzi nelle province che a Parigi, nelle campagne che nelle città, e questi hanno un impatto molto maggiore: capite quindi perché sia così.

Ma questi libri, che potrebbero servire sia a intrattenere che ad istruire e consolare il contadino, sfortunato soltanto perché si ritiene tale, sembrano invece fatti apposta per allontanarlo dalla sua condizione attuale, ampliando e rafforzando i pregiudizi che lo rendono spregevole; le persone della buona società, le donne alla moda, i nobili, gli ufficiali militari: ecco gli protagonisti di tutti questi romanzi. La raffinatezza dei gusti urbani, le massime della corte, l’aspetto del lusso, la morale epicurea: ecco le lezioni che vengono insegnate e i precetti che vengono dati. Il colore delle loro false virtù offusca lo splendore di quelle vere; le manovre e gli stratagemmi sostituiscono i veri doveri; i bei discorsi fanno sì che le buone azioni vengano disprezzate, e la semplicità delle buone maniere viene considerata volgare.

Qual effetto produrranno simili comportamenti su un gentiluomo di campagna che vede deridere la franchezza con cui accoglie i suoi ospiti e definire una “brutale orgia” la gioia che cerca di diffondere nel suo territorio? Su sua moglie, che scopre come le cure tipiche di una madre di famiglia siano considerate inferiori a quelle delle dame del suo rango? Su sua figlia, per cui i modi affettati e il gergo della città fanno sì che disprezzi il vicino onesto e semplice che avrebbe potuto sposare? Tutti insieme, rifiutando di continuare a vivere come contadini, si disgustano del loro villaggio, abbandonano la loro vecchia casa, che presto diventa una rovina, e si recano nella capitale. Lì, il padre, con la sua croce di San Luigi, da signore che era diventa un servitore o un “cavaliere dell’industria”; la madre apre un baccarale; la figlia attira i giocatori d’azzardo. E spesso tutti e tre, dopo aver condotto una vita disonesta, muoiono di miseria e disonore.

Gli autori, gli uomini di lettere, i filosofi non cessano di affermare che, per adempiere ai propri doveri di cittadino e per servire i propri simili, sia necessario vivere nelle grandi città; secondo loro, fuggire da Parigi significa odiare l’umanità; il popolo delle campagne è considerato nullo ai loro occhi; ascoltandoli, si potrebbe pensare che esistano esseri umani soltanto dove ci sono pensioni, accademie e banchetti.

De proche en proche la même pente entraîne tous les états. Les contes, les romans, les pièces de théâtre, tout tire sur les provinciaux ; tout tourne en dérision la simplicité des moeurs rustiques ; tout prêche les manières et les plaisirs du grand monde : c’est une honte de ne les pas connaître ; c’est un malheur de ne les pas goûter. Qui sait de combien de filous et de filles publiques l’attrait de ces plaisirs imaginaires peuple Paris de jour en jour ? Ainsi, les préjugés et l’opinion renforçant l’effet des systèmes politiques, amoncellent, entassent les habitants de chaque pays sur quelques points du territoire, laissant tout le reste en friche et désert : ainsi, pour faire briller les capitales, se dépeuplent les nations ; et ce frivole éclat qui frappe les yeux des sots, fait courir l’Europe à grands pas vers sa ruine. Il importe au bonheur des hommes qu’on tâche d’arrêter ce torrent de maximes empoisonnées. C’est le métier des prédicateurs de nous crier : Soyez bons et sages, sans beaucoup s’inquiéter du succès de leurs discours ; le citoyen qui s’en inquiète ne doit point nous crier sottement : Soyez bons : mais nous faire aimer l’état qui nous porte à l’être.

N.

Un moment : reprenez haleine. J’aime les vues utiles ; et je vous ai si bien suivi dans celle-ci que je crois pouvoir pérorer pour vous.

Il est clair, selon votre raisonnement, que pour donner aux ouvrages d’imagination la seule utilité qu’ils puissent avoir, il faudrait les diriger vers un but opposé à celui que leurs auteurs se proposent ; éloigner toutes les choses d’institution ; ramener tout à la nature ; donner aux hommes l’amour d’une vie égale et simple ; les guérir des fantaisies de l’opinion ; leur rendre le goût des vrais plaisirs, leur faire aimer la solitude et la paix ; les tenir à quelques distances les uns des autres ; et au lieu de les exciter à s’entasser dans les villes, les porter à s’étendre également sur le territoire pour le vivifier de toutes parts. Je comprends encore qu’il ne s’agit pas de faire des Daphnis, des Sylvandres, des pasteurs d’Arcadie, des bergers du Lignon, d’illustres paysans cultivant leurs champs de leurs propres mains, et philosophant sur la nature, ni d’autres pareils êtres romanesques qui ne peuvent exister que dans les livres ; mais de montrer aux gens aisés que la vie rustique et l’agriculture ont des plaisirs qu’ils ne savent pas connaître ; que ces plaisirs sont moins insipides, moins grossiers qu’ils ne pensent ; qu’il y peut régner du goût, du choix, de la délicatesse ; qu’un homme de mérite qui voudrait se retirer à la campagne avec sa famille, et devenir lui-même son propre fermier, y pourrait couler une vie aussi douce qu’au milieu des amusements des villes, qu’une ménagère des champs peut être une femme charmante, aussi pleine de grâces, et de grâces plus touchantes que toutes les petites maîtresses ; qu’enfin les plus doux sentiments du coeur y peuvent animer une société plus agréable que le langage apprêté des cercles où nos rires mordants et satiriques sont le triste supplément de la gaieté qu’on n’y connait plus ? Est-ce bien cela ?

R.

C’est cela même. À quoi j’ajouterai seulement une réflexion. L’on se plaint que les romans troublent les têtes : je le crois bien. En montrant sans cesse à ceux qui les lisent les prétendus charmes d’un état qui n’est pas le leur, ils les séduisent, ils leur font prendre leur état en dédain, et en faire un échange imaginaire contre celui qu’on leur fait aimer. Voulant être ce qu’on n’est pas, on parvient à se croire autre chose que ce qu’on est, et voilà comment on devient fou. Si les romans n’offraient à leurs lecteurs que des tableaux d’objets qui les environnent, que des devoirs qu’ils peuvent remplir, que des plaisirs de leur condition, les romans ne les rendraient point fous, ils les rendraient sages. Il faut que les écrits faits pour les solitaires parlent la langue des solitaires : pour les instruire, il faut qu’ils leur plaisent, qu’ils les intéressent ; il faut qu’ils les attachent à leur état en le leur rendant agréable. Ils doivent combattre et détruire les maximes des grandes sociétés ; ils doivent les montrer fausses et méprisables, c’est-à-dire, telles qu’elles sont. À tous ces titres un roman, s’il est bien fait, au moins s’il est utile, doit être sifflé, haï, décrié par les gens à la mode, comme un livre plat, extravagant, ridicule ; et voilà, Monsieur, comment la folie du monde est sagesse.

N.

Votre conclusion se tire d’elle-même. On ne peut mieux prévoir sa chute, ni s’apprêter à tomber plus fièrement. Il me reste une seule difficulté. Les provinciaux, vous le savez, ne lisent que sur notre parole : il ne leur parvient que ce que nous leur envoyons. Un livre destiné pour les solitaires, est d’abord jugé par les gens du monde ; si ceux-ci le rebutent, les autres ne le lisent point. Répondez.

R.

La réponse est facile. Vous parlez des beaux esprits de province ; et moi je parle des vrais campagnards. Vous avez, vous autres qui brillez dans la capitale, des préjugés dont il faut vous guérir ; vous croyez donner le ton à toute la France, et les trois quarts de la France ne savent pas que vous existez. Les livres qui tombent à Paris font la fortune des libraires de province.

N.

Pourquoi voulez-vous les enrichir aux dépens des nôtres ?

R.

Raillez. Moi, je persiste. Quand on aspire à la gloire, il faut se faire lire à Paris ; quand on veut être utile, il faut se faire lire en province. Combien d’honnêtes gens passent leur vie dans des campagnes éloignées à cultiver le patrimoine de leurs pères, où ils se regardent comme exilés par une fortune étroite ? Durant les longues nuits d’hiver, dépourvus de sociétés, ils emploient la soirée à lire au coin de leur feu les livres amusants qui leur tombent sous la main. Dans leur simplicité grossière, ils ne se piquent ni de littérature, ni de bel esprit ; ils lisent pour se désennuyer et non pour s’instruire ; les livres de morale et de philosophie sont pour eux comme n’existant pas : on en ferait en vain pour leur usage ; ils ne leur parviendraient jamais. Cependant, loin de leur rien offrir de convenable à leur situation, vos romans ne servent qu’à la leur rendre encore plus amère. Ils changent leur retraite en un désert affreux, et pour quelques heures de distraction qu’ils leur donnent, ils leur préparent des mois de malaise et de vains regrets. Pourquoi n’oserais-je supposer que, par quelque heureux hasard, ce livre, comme tant d’autres plus mauvais encore, pourra tomber dans les mains de ces habitants des champs, et que l’image des plaisirs d’un état tout semblable au leur, le leur rendra plus supportable ? J’aime à me figurer deux époux lisant ce recueil ensemble, y puisant un nouveau courage pour supporter leurs travaux communs, et peut-être de nouvelles vues pour les rendre utiles. Comment pourraient-ils y contempler le tableau d’un ménage heureux, sans vouloir imiter un si doux modèle ? Comment s’attendriront-ils sur le charme de l’union conjugale, même privé de celui de l’amour, sans que la leur se resserre et s’affermisse ? En quittant leur lecture, ils ne seront ni attristés de leur état, ni rebutés de leurs soins. Au contraire, tout semblera prendre autour d’eux une face plus riante ; leurs devoirs s’ennobliront à leurs yeux ; ils reprendront le goût des plaisirs de la nature : ses vrais sentiments renaîtront dans leurs coeurs, et en voyant le bonheur à leur portée, ils apprendront à le goûter. Ils rempliront les mêmes fonctions ; mais ils les rempliront avec une autre âme, et seront, en vrais patriarches, ce qu’ils faisaient en paysans.

N.

Jusqu’ici tout va fort bien. Les maris, les femmes, les mères de famille… Mais les filles, n’en dites-vous rien ?

R.

Non. Une honnête fille ne lit point de livres d’amour. Que celle qui lira celui-ci, malgré son titre, ne se plaigne point du mal qu’il lui aura fait : elle ment. Le mal était fait d’avance ; elle n’a plus rien à risquer.

N.

À merveille ! Auteurs érotiques venez à l’école, vous voilà tous justifiés.

R.

Oui, s’ils le sont par leur propre coeur et par l’objet de leurs écrits.

N.

L’êtes-vous aux mêmes conditions ?

R.

Je suis trop fier pour répondre à cela, mais Julie s’était fait une règle pour juger les livres[12] ; si vous la trouvez bonne, servez-vous-en pour juger celui-ci.

Invariably, the same slope leads to all these states. Tales, novels, plays—everything targets the common people; everything mocks the simplicity of rural customs; everything preaches the manners and pleasures of the high society: it is a shame not to know them; it is a misfortune not to enjoy them. Who knows how many rascals and prostitutes the allure of these imaginary delights fills Paris day by day? Thus, prejudices and public opinion, reinforcing the effects of political systems, pile up the inhabitants of each country in certain areas of the territory, leaving the rest barren and deserted. In this way, in order to make capitals shine, nations are depopulated; and this frivolous glitz that dazzles fools drives Europe headlong toward its ruin. It is essential for human happiness that we strive to stop this torrent of poisonous doctrines. It is the duty of preachers to urge upon us: “Be good and wise, without too much concern for the success of their teachings.” A citizen who does worry about such things should not foolishly exclaim at us: “Be good”; rather, they should make us love the state that enables us to be good.

N.

Wait a moment: catch your breath first. I enjoy useful insights; and since I have followed you so closely in this particular matter, I believe I am now able to conclude on your behalf.

According to your reasoning, it is clear that in order to give imaginative works the only usefulness they can possess, one would have to direct them toward a goal opposite to that intended by their authors; to eliminate all aspects of institutionalized society; to reduce everything back to its natural state; to cultivate in people a love for an equal and simple life; to free them from the illusions of public opinion; to restore their taste for true pleasures, to make them cherish solitude and peace; to keep people at some distance from each other; and instead of encouraging them to crowd into cities, to encourage them to spread out evenly across the land, thus revitalizing it in every corner. I still understand that what is meant here is not to create fictional characters such as Daphnis, Sylvander, Arcadian shepherds, or Lignon herdsmen—illustrious peasants who cultivate their own fields and ponder over nature—but rather to show the wealthy that a rural life and agriculture can offer pleasures they are unaware of; that these pleasures are less insipid and crude than they imagine; that there can be taste, refinement, and delicacy in such a lifestyle; that a worthy person who chooses to retire to the countryside with his family and become his own farmer could lead a life just as pleasant as one surrounded by urban distractions; that a countrywoman could be a charming, graceful woman, whose charm might even surpass that of city ladies; and finally, that the tenderest sentiments of the human heart can create a society far more delightful than the artificiality of social circles where our sharp, satirical laughter serves as a sad substitute for genuine happiness. Is that what you mean?

R.

Exactly that. I would only add one thought here. People complain that novels confuse people’s minds: I believe that to be true. By constantly showing those who read them the supposed charms of a state that is not their own, novels seduce them, make them despise their own condition, and lead them to imagine themselves in another state that is presented to them as desirable. In trying to become what they are not, people end up believing themselves to be something else entirely—and that is how they go mad. If novels offered their readers nothing more than descriptions of the objects around them, tasks they could perform, or pleasures inherent in their condition, they would not drive people mad; instead, they would make them wise. Writings meant for solitaries must speak the language of solitude: to educate them, they must please them and interest them; they must make their current state more pleasant by highlighting its positive aspects. Such writings must combat and destroy the principles of large societies, showing them to be false and despicable—that is, as they truly are. For all these reasons, a well-written novel, or at least one that is useful, should be met with scorn, hatred, and condemnation by those who follow fashion—just like any other flat, extravagant, or ridiculous book. And therein lies, Monsieur, how the madness of the world can become wisdom.

N.

Your conclusion follows naturally from the facts. One cannot anticipate its downfall more accurately, nor can one prepare to face it with greater courage. I still face one difficulty: as you know, people in the provinces rely solely on our words for information; they only receive what we send them. A book intended for solitaries is first judged by those who live in the world; if they reject it, then no one else will read it. Please respond.

R.

The answer is simple. You are talking about the intellectual elite of the provinces; while I am referring to the true country folks. You, who shine in the capital, have prejudices that you must overcome; you think you set the tone for all of France, but three-quarters of France don’t even know you exist. The books that reach Paris make the provincial librarians rich.

N.

Why do you want to enrich them at the expense of ours?

R.

Laugh. As for me, I persist. When one aspires to glory, one must seek to be read in Paris; when one wishes to be useful, one must seek to be read in the provinces. How many honest people spend their lives in remote villages, tending to the heritage of their fathers, while feeling as if they are exiled by a meager fortune? During the long winter nights, deprived of society, they spend their evenings reading amusing books that come into their hands by chance. In their simple-mindedness, they care neither for literature nor for intellectual pursuits; they read merely to pass the time, not to gain knowledge. Books on morality and philosophy are as if non-existent to them—no effort would be made to provide them with such readings, for they would never come into their hands. Yet, far from offering anything suitable to their situation, your novels only make it worse. They turn their secluded lives into a desolate existence, and while they may provide them with a few hours of amusement, they prepare months of distress and futile regret. Why not suppose, by some fortunate chance, that this book, like so many others even worse, might fall into the hands of these country dwellers? Perhaps the description of pleasures in a life similar to their own would make it more endurable for them. I like to imagine two spouses reading this collection together, drawing new courage from it to endure their shared hardships and perhaps gaining new insights to make their lives more productive. How could they not be inspired by the image of a happy household, even if it lacked the joy of love? How could they not come to cherish the beauty of marital union, even without the sweet emotions of romance, if it made their own relationship stronger and more meaningful? After finishing this book, they would leave their reading with no increased sorrow over their lot nor any aversion toward their duties. On the contrary, everything around them would seem more cheerful; their responsibilities would appear nobler in their eyes; they would regain a taste for the pleasures of nature, and as they saw happiness within reach, they would learn to cherish it. They would continue to perform the same tasks, but with a different spirit—truly becoming what they were before, only now as virtuous patriarchs rather than mere peasants.

N.

So far, everything is going very well. The husbands, the women, the housewives. But what about the girls? Don’t you have anything to say about them?

R.

No. An honest girl does not read love novels. Those who do, despite the title, should not complain about the harm such books may cause them: they are lying. The harm has already been done; they have nothing left to lose.

N.

Excellent! Erotic writers, come to school—now you all have a legitimate reason to be there.

R.

Yes, if they are so through their own hearts and through the subject of their writings.

N.

Are you in the same circumstances?

R.

I’m too proud to respond to that, but Julie had established a rule for judging books[12]; if you think it’s a good rule, use it to judge this one as well.

Da vicino o da lontano, la stessa inclinazione porta tutti gli stati allo stesso risultato. I racconti, i romanzi, le opere teatrali: tutto si rivolge contro i provinciali; tutto deride la semplicità delle usanze rustiche; tutto predica i modi e i piaceri del gran mondo: è una vergogna non conoscerli; è una sfortuna non goderli. Chi sa quante donne di malaffare e quanti libertini l’attrazione di questi piaceri immaginari popoli Parigi giorno dopo giorno? Così, i pregiudizi e l’opinione pubblica, rafforzando l’effetto dei sistemi politici, accumulano gli abitanti di ogni paese in pochi punti del territorio, lasciando il resto desolato e incolto. Così, per far brillare le capitali, si spopolano le nazioni; e questo frivolo splendore che colpisce gli occhi degli sciocchi fa correre l’Europa verso la sua rovina. È importante, per il bene delle persone, cercare di fermare questo flusso di massime velenose. Il compito dei predicatori è quello di gridarci: “Siate buoni e saggi”, senza preoccuparsi troppo del successo dei loro discorsi; il cittadino che se ne preoccupa non dovrebbe gridarci scioccamente: “Siate buoni, ”, ma farci amare lo stato che ci porta a essere buoni.

N.

Un attimo: riprendete fiato. Amo le visioni utili; e vi ho seguito così attentamente in questa che credo di potervi esprimere il mio parere al riguardo.

Secondo il vostro ragionamento, è evidente che per conferire alle opere di fantasia l’unica utilità possibile, sarebbe necessario indirizzarle verso un obiettivo opposto a quello che ne propongono gli autori; allontanare ogni elemento legato alle istituzioni sociali, ridurre tutto alla natura stessa, suscitare negli uomini l’amore per una vita semplice ed equilibrata, guarirli dalle fantasie generate dall’opinione pubblica, far loro apprezzare i veri piaceri, insegnare loro ad amare la solitudine e la pace, mantenere una certa distanza tra le persone, e invece di spingerle a concentrarsi nelle città, incoraggiarle a diffondersi uniformemente sul territorio per renderlo più vivace in ogni sua parte. Capisco ancora che non si tratta di creare personaggi romanzeschi come Dafni, Silvani, pastori dell’Arcadia o pastori del Lignon – figure che possono esistere soltanto nei libri – ma di mostrare alle persone benestanti che la vita rurale e l’agricoltura offrono piaceri di cui non sono consapevoli; che questi piaceri sono meno insipidi e rozzi di quanto credano; che in esse possono regnare gusto, eleganza e delicatezza; che un uomo meritevole, decidendo di ritirarsi in campagna con la propria famiglia per diventare lui stesso il proprio contadino, potrebbe condurre una vita altrettanto piacevole di quella tra i divertimenti delle città; che una donna che si dedica all’agricoltura può essere una persona incantevole, piena di grazia e di affetto più commoventi di qualsiasi “piccola padrona” cittadina; e infine che i sentimenti più dolci del cuore possono rendere la vita in campagna ancora più piacevole di quella nei circoli sociali dove le risate sarcastiche e pungenti rappresentano l’unica forma di allegria rimasta. È davvero questo ciò che intendete?

R.

È proprio questo. Aggiungerei soltanto una riflessione: si lamenta che i romanzi confondano le menti delle persone; lo credo senz’altro. Mostrando costantemente a chi li legge i presunti pregi di uno stato che non è il loro, essi seducono quelle persone, inducendole a disprezzare il proprio stato reale e a sostituirlo con quello che viene loro descritto come ideale. Volendo essere ciò che non sono, le persone finiscono per credersi qualcos’altro, e così diventano folli. Se i romanzi offrissero ai loro lettori soltanto descrizioni degli oggetti che li circondano, dei doveri che possono adempiere o dei piaceri legati alla loro condizione, non li renderebbero folli, ma saggi. Gli scritti destinati alle persone solitarie devono parlare la lingua di chi vive in solitudine: per istruirle, devono piacergli e interessarli; devono far sì che apprezzino il proprio stato attuale. Devono combattere e distruggere le ideologie delle grandi società, dimostrando che sono false e spregevoli, cioè tali come realmente sono. Per tutti questi motivi, un romanzo, se ben scritto o almeno utile, dovrebbe essere disprezzato, odiato e denigrato dalle persone alla moda, considerato un libro banale, esagerato e ridicolo. Ecco, signore, come la follia del mondo può rivelarsi saggezza.

N.

La vostra conclusione si deriva da ciò che è stato detto. Non si può prevedere meglio la sua caduta, né prepararsi a cadere in modo più fiero. Mi resta un’unica difficoltà: i provinciali, come sapete, leggono soltanto ciò che noi gli inviamo; arrivano fino a loro solo le informazioni che forniamo noi. Un libro destinato ai solitari viene prima di tutto giudicato dalle persone del mondo; se queste lo rifiutano, nemmeno gli altri lo leggeranno. Rispondete.

R.

La risposta è semplice: voi parlate dei “belli intellettuali” delle province; io parlo dei veri contadini. Voi, che brillate nella capitale, avete pregiudizi dai quali dovete liberarvi; credete di determinare le tendenze di tutta la Francia, ma tre quarti della Francia nemmeno sanno che esistiate. I libri che arrivano a Parigi fanno fortuna ai librai delle province.

N.

Perché volete arricchirli a scapito dei nostri?

R.

Ridete pure. Io persisto nella mia opinione. Quando si aspira alla gloria, bisogna farsi leggere a Parigi; quando si vuole essere utili, bisogna farsi leggere in provincia. Quanti onesti uomini trascorrono la loro vita in lontane campagne, coltivando il patrimonio dei loro padri, considerandosi come esiliati a causa di una povertà stretta? Durante le lunghe notti invernali, privi di compagnia, passano le serate a leggere, ai margini del fuoco, i libri divertenti che gli capitano tra le mani. Nella loro semplicità rozza, non si interessano né alla letteratura né allo spirito; leggono soltanto per passare il tempo, non per istruirsi. I libri di morale e filosofia, per loro, sembrano non esistere affatto: sarebbe inutile offrirglieli, poiché non li raggiungerebbero mai. Eppure, invece di offrire loro qualcosa di adeguato alla loro situazione, i vostri romanzi non fanno che renderla ancora più amara. Cambiano la loro solitudine in un deserto orribile; per poche ore di distrazione che forniscono, preparano loro mesi di malcontento e rimpianti vani. Perché non dovremmo supporre che, per qualche felice casualità, questo libro, come tanti altri ancora peggiori, possa finire nelle mani di questi abitanti delle campagne. E che l’immagine dei piaceri di una vita simile alla loro possa renderla più sopportabile? Mi piace immaginare due coniugi che leggono insieme questo raccolto, trovandovi un nuovo coraggio per affrontare i loro compiti comuni. E forse anche nuove idee per rendere la loro vita più utile. Come potrebbero non desiderare imitare quel modello di felicità coniugale? Come potrebbero non commuoversi davanti al fascino dell’unione matrimoniale, anche priva di quello dell’amore. Sebbene la loro situazione sia difficile, tutto sembrerebbe assumere un aspetto più sereno intorno a loro; i loro doveri apparirebbero più nobili ai loro occhi; riacquisterebbero il gusto per i piaceri della natura. I veri sentimenti umani rinascerebbero nei loro cuori. E, vedendo la felicità a portata di mano, imparerebbero ad apprezzarla. Svolgerebbero gli stessi compiti, ma con un’anima diversa. E diventerebbero, in veri patriarchi, ciò che prima erano soltanto contadini.

N.

Finora tutto va molto bene: i mariti, le donne, le madri di famiglia. Ma che ne pensate delle ragazze?

R.

No. Una ragazza onesta non legge libri d’amore. Chiunque legga questo libro, nonostante il suo titolo, non si lamenti del male che potrebbe causarle: sta mentendo. Il male è già stato causato; lei non ha più nulla da rischiare.

N.

Magnifico! Autori di testi erotici, venite pure all’“scuola”: ora siete tutti giustificati.

R.

Sì, se lo sono per via del loro stesso cuore e dell’argomento dei loro scritti.

N.

Lo siete anche voi nelle stesse condizioni?

R.

Sono troppo orgoglioso per rispondere a questa domanda, ma Julie aveva stabilito una regola per valutare i libri[12]; se la ritenete valida, utilizzatela anche voi per giudicare questo libro.

On a voulu rendre la lecture des romans utile à la jeunesse ; je ne connais point de projet plus insensé : c’est commencer par mettre le feu à la maison pour faire jouer les pompes. D’après cette folle idée, au lieu de diriger vers son objet la morale de ces sortes d’ouvrages, on adresse toujours cette morale aux jeunes filles[13], sans songer que des jeunes filles n’ont point de part aux désordres dont on se plaint. En général, leur conduite est régulière, quoique leurs coeurs soient corrompus. Elles obéissent à leurs mères en attendant qu’elles puissent les imiter. Quand les femmes feront leur devoir, soyez sûr que les filles ne manqueront point au leur.

N.

L’observation vous est contraire en ce point. Il semble qu’il faut toujours au sexe un temps de libertinage, ou dans un état, ou dans l’autre. C’est un mauvais levain qui fermente tôt ou tard. Chez les peuples qui ont des moeurs, les filles sont faciles et les femmes sévères : c’est le contraire chez ceux qui n’en ont pas. Les premiers n’ont égard qu’au délit, et les autres qu’au scandale. IL ne s’agit que d’être à l’abri des preuves ; le crime est compté pour rien.[14]

R. À l’envisager par ses suites on n’en jugerait pas ainsi. Mais soyons justes envers les femmes ; la cause de leur désordre est moins en elles que dans nos mauvaises institutions.

Depuis que tous les sentiments de la nature sont étouffés par l’extrême inégalité, c’est de l’inique despotisme des pères que viennent les vices et les malheurs des enfants ; c’est dans des noeuds forcés et mal assortis que, victimes de l’avarice ou de la vanité des parents, de jeunes femmes effacent par un désordre dont elles font gloire, le scandale de leur première honnêteté. Voulez-vous donc remédier au mal ? Remontez à sa source. S’il y a quelque réforme à tenter dans les moeurs publiques, c’est par les moeurs domestiques qu’elle doit commencer, et cela dépend absolument des pères et mères. Mais ce n’est point ainsi qu’on dirige les instructions ; vos lâches auteurs ne prêchent jamais que ceux qu’on opprime ; et la morale des livres sera toujours vaine, parce qu’elle n’est que l’art de faire sa cour au plus fort.

N.

Assurément la vôtre n’est pas servile ; mais à force d’être libre, ne l’est-elle point trop ? Est-ce assez qu’elle aille à la source du mal ? Ne craignez-vous point qu’elle en fasse ?

R.

Du mal ! À qui ? Dans des temps d’épidémie et de contagion, quand tout est atteint dès l’enfance, faut-il empêcher le débit des drogues bonnes aux malades, sous prétexte qu’elles pourraient nuire aux gens sains ? Monsieur, nous pensons si différemment sur ce point, que, si l’on pouvait espérer quelque succès pour ces lettres, je suis très persuadé qu’elles feraient plus de bien qu’un meilleur livre.

N.

Il est vrai que vous avez une excellente prêcheuse. Je suis charmé de vous voir raccommodé avec les femmes ; j’étais fâché que vous leur défendissiez de nous faire des sermons[15].

R.

Vous êtes pressant ; il faut me taire : je ne suis ni assez fou, ni assez sage pour avoir toujours raison. Laissons cet os à ronger à la critique.

N.

Bénignement : de peur qu’elle n’en manque. Mais n’eût-on sur tout le reste rien à dire à tout autre, comment passer au sévère censeur des spectacles les situations vives et les sentiments passionnés dont tout ce recueil est rempli ? Montrez-moi une scène de théâtre qui forme un tableau pareil à ceux du bosquet de Clarens [16] et du cabinet de toilette ? Relisez la Lettre sur les spectacles ; relisez ce recueil… Soyez conséquent, ou quittez vos principes… Que voulez-vous qu’on pense ?

R.

Je veux, Monsieur, qu’un critique soit conséquent lui-même, et qu’il ne juge qu’après avoir examiné. Relisez mieux l’écrit que vous venez de citer ; relisez aussi la préface de Narcisse, vous y verrez la réponse à l’inconséquence que vous me reprochez. Les étourdis qui prétendent en trouver dans le Devin du Village en trouveront sans doute bien plus ici. Ils feront leur métier ; mais vous…

N. Je me rappelle deux passages[17]… Vous estimez peu vos contemporains.

R.

Monsieur, je suis aussi leur contemporain ! Oh ! que ne suis-je né dans un siècle où je dusse jeter ce recueil au feu !

N.

Vous outrez, à votre ordinaire ; mais jusqu’à certain point, vos maximes sont assez justes. Par exemple, si votre Héloïse eût été toujours sage, elle instruirait beaucoup moins ; car à qui servirait-elle de modèle ? C’est dans les siècles les plus dépravés qu’on aime les leçons de la morale la plus parfaite. Cela dispense de les pratiquer ; et l’on contente à peu de frais, par une lecture oisive, un reste de goût pour la vertu.

R.

Sublimes auteurs, rabaissez un peu vos modèles, si vous voulez qu’on cherche à les imiter. À qui vantez-vous la pureté qu’on n’a point souillée ? Eh ! parlez-nous de celle qu’on peut recouvrer ; peut-être au moins quelqu’un pourra vous entendre.

N.

Votre jeune homme a déjà fait ces réflexions mais n’importe ; on ne vous fera pas moins un crime d’avoir dit ce qu’on fait, pour montrer ensuite ce qu’on devrait faire. Sans compter qu’inspirer l’amour aux filles et la réserve aux femmes, c’est renverser l’ordre établi et ramener toute cette petite morale que la philosophie a proscrite. Quoi que vous en puissiez dire, l’amour dans les filles est indécent et scandaleux, et il n’y a qu’un mari qui puisse autoriser un amant. Quelle étrange maladresse que d’être indulgent pour des filles qui ne doivent point vous lire, et sévère pour les femmes qui vous jugeront ! Croyez-moi, si vous avez peur de réussir, tranquillisez-vous ; vos mesures sont trop bien prises pour vous laisser craindre un pareil affront. Quoi qu’il en soit, je vous garderai le secret ; ne soyez imprudent qu’à demi. Si vous croyez donner un livre utile, à la bonne heure ; mais gardez-vous de l’avouer.

R.

De l’avouer, Monsieur ? Un honnête homme se cache-t-il quand il parle en public ? Ose-t-il imprimer ce qu’il n’oserait reconnaître ? Je suis l’éditeur de ce Livre, et je m’y nommerai comme éditeur.

N.

Vous vous y nommerez ? vous ?

R.

Moi-même.

N.

Quoi ! Vous y mettrez votre nom ?

R.

Oui, Monsieur.

N.

Votre vrai nom ? Jean-Jacques Rousseau, en toutes lettres ?

R.

Jean-Jacques Rousseau, en toutes lettres.

N.

Vous n’y pensez pas ! Que dira-t-on de vous ?

R.

Ce qu’on voudra. Je me nomme à la tête de ce recueil, non pour me l’approprier, mais pour en répondre. S’il y a du mal, qu’on me l’impute ; s’il y a du bien, je n’entends point m’en faire honneur. Si l’on trouve le Livre mauvais en lui-même, c’est une raison de plus pour y mettre mon nom. Je ne veux pas passer pour meilleur que je ne suis.

N.

Êtes-vous content a le cette réponse ?

R.

Oui, dans des temps où il n’est possible à personne d’être bon.

N.

Et les belles âmes, les oubliez-vous ?

R.

La nature les fit, vos institutions les gâtent.

N.

À la tête d’un livre d’amour on lira ces mots : Par J. J. Rousseau, citoyen de Genève !

R.

Citoyen de Genève ? Non pas cela. Je ne profane point le nom de ma patrie ; je ne le mets qu’aux écrits que je crois lui pouvoir faire honneur.

N.

Vous portez vous-même un nom qui n’est pas sans honneur, et vous avez aussi quelque chose à perdre. Vous donnez un livre faible et plat qui vous sera tort. Je voudrais vous en empêcher ; mais si vous en faites la sottise, j’approuve que vous la fassiez hautement et franchement. Cela, du moins sera dans votre caractère. Mais à propos, mettrez-vous aussi votre devise à ce livre ?

R.

Mon libraire m’a déjà fait cette plaisanterie, et je l’ai trouvée si bonne, que j’ai promis de lui en faire honneur. Non, Monsieur, je ne mettrai point ma devise à ce livre ; mais je ne la quitterai pas pour cela, et je m’effraie moins que jamais de l’avoir prise. Souvenez-vous que je songeais à faire imprimer ces lettres quand j’écrivais contre les spectacles, et que le soin d’excuser un de ces écrits ne m’a point fait altérer la vérité dans l’autre. Je me suis accusé d’avance plus fortement peut-être que personne ne m’accusera. Celui qui préfère la vérité à sa gloire peut espérer de la préférer à sa vie. Vous voulez qu’on soit toujours conséquent ; je doute que cela soit possible à l’homme ; mais ce qui lui est possible est d’être toujours vrai : voilà ce que je veux tâcher d’être.

N.

Quand je vous demande si vous êtes l’auteur de ces lettres, pourquoi donc éludez-vous ma question ?

R.

Pour cela même que je ne veux pas dire un mensonge.

N.

One has sought to make the reading of novels useful to young people; I know of no more absurd project: it is tantamount to starting by setting fire to one’s own house in order to activate the fire pumps. According to this foolish idea, instead of directing the moral message of such works toward their intended audience, it is always addressed to young girls[13], without realizing that young girls have nothing to do with the troubles people complain about. Generally speaking, their behavior is proper, even if their hearts are corrupt. They obey their mothers in the hope that one day they will be able to imitate them. When women fulfill their duties, be assured that daughters will not fail to do theirs as well.

N.

Your observation contradicts this point. It seems that sex always requires a period of licentiousness, in one form or another. It’s like a bad yeast that will ferment sooner or later. Among peoples with established morals, girls are easy to seduce and women are strict; the opposite is true among those without such morals. The former only care about committing the deed itself, while the latter care only about avoiding detection; in their eyes, the crime itself holds no significance.[14]

R. If one were to consider its consequences, one might not judge it in this way. But let us be fair towards women; the cause of their troubles lies less within them than in our flawed institutions.

Since all the natural sentiments are stifled by extreme inequality, it is the unjust tyranny of parents that gives rise to the vices and misfortunes of their children. In forced and mismatched marriages, young women, victims of their parents’ greed or vanity, deliberately destroy the innocence they once possessed, treating such disorder as a source of pride. If you wish to remedy this evil, then address its root cause. If any reform is to be attempted in public morals, it must begin with domestic manners—and this entirely depends on parents. Yet this is not how instruction should be conducted. Your cowardly authors never preach except to those who are already oppressed; and the morality taught in books will always remain futile, for it is nothing more than the art of flattering the powerful.

N.

Certainly, your freedom is not slavish; but isn’t it too much freedom? Is it enough for it to seek out the very origins of evil? Don’t you fear that it might become involved in it?

R.

What harm! To whom? In times of epidemics and contagion, when everything is affected even in childhood, should we prevent the distribution of drugs that are beneficial to the sick, on the pretext that they might harm healthy people? Sir, we hold very different views on this matter; indeed, if there was any hope of success for these letters, I am firmly convinced that they would do more good than a better book.

N.

It is true that you have an excellent preacher. I am pleased to see you on good terms with the women again; I was annoyed that you used to forbid them from preaching to us[15].

R.

You are too insistent; I must remain silent—I am neither mad enough nor wise enough to always be right. Let us leave this matter to the critics to ponder over.

N.

Bénignement: for fear that there might be too little of it. But if one had nothing else to say about everything else, how could one address the strict censor of theatrical performances to those vivid scenes and passionate emotions that fill this entire collection? Show me a single theatrical scene that constitutes a picture similar to those in the “bosquet of Clarens” [16] or the “toilette room.” Reread “The Letter on Theatrical Performances”; reread this collection. Be consistent, or abandon your principles. What do you expect people to think?

R.

Mr., I want a critic who is consistent in his own judgments and who evaluates something only after careful examination. Read again the text you just cited; also read Narcisse’s preface, and you will find there the answer to the inconsistency you accuse me of. Those who are too hasty to judge may well find even more such inconsistencies in “The Village Fool,” but they are simply doing their job. But you.

N. I remember two passages[17]. You seem to hold little regard for your contemporaries.

R.

Sir, I am also their contemporary! Oh, how I wish I had been born in a century when I could have thrown this collection into the fire!

N.

You are, as usual, being excessive; but to some extent, your maxims are quite justified. For instance, if your Héloïse had always been wise, she would have taught much less—because to whom would she have served as a model? It is in the most corrupt of centuries that people seek the lessons of the most perfect morality. This allows them to avoid putting those lessons into practice; and by indulging in idle reading, they can maintain a superficial interest in virtue at very little cost.

R.

Sublime authors, lower your standards a bit if you want us to strive to imitate you. To whom do you preach about this purity that has never been tainted? Ah! Speak instead of that which can be regained—perhaps someone will listen.

N.

Your young man has already thought these things, but that doesn’t matter; it doesn’t make any difference if you say what people actually do in order to show what they ought to do. Moreover, encouraging love in girls and reserve in women is nothing short of overturning the established order and bringing back all those petty moralities that philosophy has condemned. No matter what you may think, love in girls is indecent and scandalous, and only a husband can authorize an affair between a lover and his wife. What a strange inconsistency it would be to be lenient with girls who should never read such things, yet strict with women who will surely judge you accordingly! Believe me, if you’re afraid of failing, don’t worry; your measures are too well thought-out to risk such humiliation. In any case, I will keep your secret; don’t be foolish—only to some extent. If you think you’re providing a useful book, then that’s good, but be careful not to admit it.

R.

To admit it, sir? Does an honest man hide when he speaks in public? Does he dare to print what he would not dare to acknowledge? I am the publisher of this Book, and I will name myself as its publisher.

N.

Will you name yourself there? You?

R.

Me too.

N.

What! You will put your name on it?

R.

Yes, sir.

N.

Your real name? Jean-Jacques Rousseau, spelled out in full?

R.

Jean-Jacques Rousseau, in all its letters.

N.

You can’t be thinking of doing that! What will people think of you?

R.

Whatever one wishes. I take upon myself the responsibility of heading this collection, not to claim it as my own, but to answer for it. If there is any fault, let it be attributed to me; if there is any merit, I seek no honor for it. If someone deems this book inherently bad, that is all the more reason for me to bear my name on it. I do not wish to appear better than I am.

N.

Are you satisfied with this answer?

R.

Yes, in times when it is impossible for anyone to be good.

N.

And what about those beautiful souls—do you forget about them?

R.

Nature created them; your institutions spoil them.

N.

At the beginning of a love letter, one will read these words: By J. J. Rousseau, a citizen of Geneva!

R.

A citizen of Geneva? Not at all. I do not defame the name of my country; I use it only in those writings that I believe can bring it honor.

N.

You yourself bear a name that is not without honor, and you also have something to lose. You are producing a weak and insipid book that will only bring you harm. I would like to prevent you from doing so; but if you insist on being foolish in this regard, I approve that you do it openly and boldly. At least that would be in line with your character. By the way, will you also include your motto in this book?

R.

My librarian once made this joke to me, and I found it so amusing that I promised to live up to it. No, sir, I will not inscribe my motto on this book; but that does not mean I will abandon it, and I am less afraid now than ever of having chosen it. Remember, when I wrote against spectacles, I had already considered printing these letters; and the need to justify one of those writings did not cause me to alter the truth in the other. Perhaps I accused myself more harshly than anyone else would ever do. He who prefers truth to glory can hope to prefer it even to his own life. You want us to be consistent at all times; I doubt whether that is possible for a human being; but what is certainly possible is to always be true: that is what I strive to be.

N.

When I ask you whether you are the author of these letters, why do you avoid answering my question?

R.

It is precisely for this reason that I do not want to tell a lie.

N.

Si è voluto rendere la lettura dei romanzi utile per i giovani; non conosco progetto più assurdo: è come cominciare a dare fuoco alla casa soltanto per far funzionare le pompe antincendio. Secondo questa idea folle, invece di indirizzare la morale contenuta in queste opere verso il loro vero scopo, essa viene sempre rivolta alle giovani donne[13], senza considerare che queste ultime non hanno alcuna responsabilità nei disordini di cui si lamenta. In generale, il loro comportamento è regolare, anche se i loro cuori sono corrotti; obbediscono alle loro madri nell’attesa che un giorno possano imitarle. Quando le donne compiranno il proprio dovere, potete essere certi che anche le ragazze non mancheranno al loro.

N.

In questo punto la vostra osservazione è contraria alla mia. Sembra che al sesso sia sempre necessario un periodo di libertà, in uno stato o nell’altro. È come un cattivo lievito che, prima o poi, fermenta inevitabilmente. Nei popoli che hanno delle morali convenzionali, le ragazze sono facili e le donne severe; il contrario vale per coloro che non ne hanno. I primi tengono conto soltanto del reato, mentre i secondi considerano importante solo lo scandalo. Si tratta semplicemente di evitare di essere scoperti; il crimine, in questi casi, viene completamente ignorato.[14]

R. Se lo si considerasse attraverso le sue conseguenze, non si giudicherebbe così. Ma siamo giusti verso le donne: la causa del loro disordine risiede meno in loro stesse che nelle nostre cattive istituzioni.

Poiché tutti i sentimenti naturali vengono soffocati dall’estrema disuguaglianza, sono proprio gli ingiusti dispotismi dei genitori a causare i vizi e i mali dei figli; sono in legami forzati e mal assortiti che, vittime dell’avarizia o della vanità dei genitori, giovani donne cancellano, con un disordine di cui vanno fiere, lo scandalo della loro prima onestà. Volete dunque rimediare al male? Tornate alla sua fonte. Se c’è qualche riforma da tentare nei costumi pubblici, essa deve iniziare dai costumi domestici, e questo dipende assolutamente dai genitori. Ma non è così che si dovrebbero impartire queste istruzioni; i vostri autori codardi predicano soltanto a coloro che vengono oppressi; e la morale dei libri rimarrà sempre vana, perché non è altro che l’arte di compiacere il più forte.

N.

Certamente la vostra libertà non è schiavizzante; ma forse, essendo eccessivamente libera, non diventa troppo pericolosa? Basta che si avvicini alla fonte del male. Non temete che ne possa derivare qualche conseguenza negativa?

R.

Che male! A chi? In tempi di epidemie e contagio, quando tutto è colpito fin dall’infanzia, bisogna forse impedire la distribuzione delle droghe utili ai malati, solo perché potrebbero nuocere alle persone sane? Signore, su questo punto pensiamo in modo così diverso che, se si potesse sperare in qualche successo per queste lettere, sono molto convinto che farebbero più bene di un libro migliore.

N.

È vero che avete un’ottima predicatrice. Mi fa piacere vedervi riconciliato con le donne; mi dispiaceva che le vietaste di tenere sermoni per noi[15].

R.

Sei troppo insistente; devo tacere: non sono né abbastanza pazzo, né abbastanza saggio per avere sempre ragione. Lasciamo che sia la critica a occuparsi di questo argomento.

N.

Con gentilezza: per paura che ne manchi. Ma se non ci fosse nulla da dire su tutto il resto, come si potrebbero presentare al severo censore dei spettacoli quelle situazioni vivide e quei sentimenti appassionati di cui è pieno questo raccolto? Mostratemi una scena teatrale che formi un dipinto simile a quelli del boschetto di Clarens [16] o del gabinetto da toeletta. Rileggete la “Lettera sui spettacoli”; rileggete questo raccolto. Siate coerenti, oppure abbandonate i vostri principi. Cosa volete che la gente pensi?

R.

Vorrei, signore, che un critico fosse coerente con se stesso e giudicasse soltanto dopo aver esaminato attentamente il testo. Rileggete più attentamente l’opera che avete appena citato; rileggiate anche la prefazione di Narciso: vi troverete la risposta all’incoerenza che mi rimproverate. Gli sciocchi che pretendono di trovarla nell’“Devin du Village” ne troveranno sicuramente molta di più qui. Faranno il loro lavoro, ma voi.

Ricordo due passaggi. Ritenete i vostri contemporanei poco importanti.

R.

Signore, anch’io sono loro contemporaneo! Oh, se solo fossi nato in un secolo in cui potessi gettare questo raccolto nel fuoco!

N.

Come al solito, esagerate; ma fino a un certo punto, le vostre massime sono abbastanza giuste. Ad esempio, se la vostra Eloisa fosse sempre stata saggia, avrebbe insegnato molto meno. A chi, infatti, potrebbe servire da modello? È proprio nei secoli più corrotti che si amano le lezioni della morale più perfetta: questo permette di non doverle mettere in pratica; e con una lettura superficiale, con un residuo di gusto per la virtù, si è sufficientemente soddisfatti.

R.

Sublimi autori, abbassate un po’ i vostri modelli, se volete che qualcuno cerchi di imitarli. A chi lodate quella purezza che non è mai stata contaminata? Parlateci invece di quella purezza che si può ancora raggiungere; forse, almeno, qualcuno vi ascolterà.

N.

Il vostro giovane ha già fatto queste riflessioni, ma non importa; vi verrà comunque attribuito il crimine di aver detto ciò che si fa, per poi mostrare ciò che si dovrebbe fare. Senza contare che ispirare l’amore alle ragazze e la riservatezza alle donne significa sovvertire l’ordine stabilito e ripristinare tutta quella piccola morale che la filosofia ha condannato. Qualunque cosa possiate dire, l’amore nelle ragazze è indecente e scandaloso; solo un marito può autorizzare l’esistenza di un amante. Che strana imprudenza, essere indulgenti con ragazze che non dovrebbero leggere ciò che scrivete, e severi con donne che invece vi giudicheranno! Credetemi: se temete di fallire, tranquillizzatevi; le vostre misure sono troppo sagge per farvi temere un simile affronto. Comunque sia, manterrò il segreto per voi. Non siate imprudenti più del dovuto. Se ritenete di aver scritto un libro utile, bene; ma fate attenzione a non ammetterlo apertamente.

R.

Devo ammetterlo, signore. Un uomo onesto si nasconde forse quando parla in pubblico? Osa forse scrivere ciò che non oserebbe mai ammettere? Sono l’editore di questo libro, e vi menzionerò esplicitamente come tale.

N.

Vi darete un nome lì? Voi?

R.

Io stesso.

N.

Cosa! Metterete il vostro nome?

R.

Sì, signore.

N.

Il vostro vero nome? Jean-Jacques Rousseau, scritto interamente così?

R.

Jean-Jacques Rousseau, letteralmente.

N.

Non ci pensate nemmeno! Cosa diranno di voi?

R.

Si vuole. Mi propongo di essere alla testa di questa raccolta non per appropriarmene, ma per assumermene la responsabilità. Se ci sono errori, che vengano attribuiti a me; se ci sono qualità positive, non intendo assumerme il merito. Se qualcuno ritiene che questo libro sia cattivo in sé, è ancora una ragione in più per farvi figurare il mio nome. Non voglio passare per migliore di quanto io sia realmente.

N.

Siete soddisfatto di questa risposta?

R.

Sì, in tempi in cui nessuno può essere buono.

N.

E le belle anime, le dimenticate?

R.

La natura li ha creati così; le vostre istituzioni li rovinano.

N.

All’inizio di un libro d’amore si leggeranno queste parole: Di J.-J. Rousseau, cittadino di Ginevra!

R.

Cittadino di Ginevra? No, non lo sono. Non profano il nome della mia patria; lo uso soltanto negli scritti che ritengo possano renderla onorevole.

N.

Portate voi stesso un nome che non è privo di onore, e avete anche qualcosa da perdere. Stilate un libro debole e insipido che vi causerà solo danno. Vorrei impedirvelo; ma se deciderete comunque di farlo, approvo che lo facciate in modo aperto e deciso. Almeno questo sarebbe in linea con il vostro carattere. A proposito, metterete anche la vostra massima in quel libro?

R.

Il mio libraio mi ha già fatto questa battuta, e mi è sembrata così divertente che ho promesso di onorarla. No, signore, non inserirò la mia massima in questo libro; ma non per questo lo abbandonerò, e non temo affatto più di averla scelta. Ricordatevi che avevo pensato di far stampare queste lettere quando scrivevo contro i spettacoli, e che il bisogno di giustificare uno di quegli scritti non mi ha fatto modificare la verità nell’altro. Mi sono accusato in anticipo, forse più severamente di quanto chiunque possa farlo in futuro. Chi preferisce la verità alla propria gloria può sperare di riuscire a preferirla anche alla propria vita. Voi volete che le persone siano sempre coerenti; dubito che questo sia possibile per l’uomo; ma ciò che è certamente possibile è essere sempre veri: è questo che cerco di essere.

N.

Quando vi chiedo se siete l’autore di queste lettere, perché allora eludete la mia domanda?

R.

Proprio perché non voglio dire una menzogna.

N.

Mais vous refusez aussi de dire la vérité ?

R.

C’est encore lui rendre honneur que de déclarer qu’on la veut taire : vous auriez meilleur marché d’un homme qui voudrait mentir. D’ailleurs les gens de goût se trompent-ils sur la plume des auteurs ? Comment osez-vous faire une question que c’est à vous de résoudre ?

N.

Je la résoudrais bien pour quelques lettres ; elles sont certainement de vous ; mais je ne vous reconnais plus dans les autres, et je doute qu’on se puisse contrefaire à ce point. La nature, qui n’a pas peur qu’on la méconnaisse, change souvent d’apparence, et souvent l’art se décèle en voulant être plus naturel qu’elle : c’est le grogneur de la fable qui rend la voix de l’animal mieux que l’animal même. Ce recueil est plein de choses d’une maladresse que le dernier barbouilleur eût évitée : les déclamations, les répétitions, les contradictions, les éternelles rabâcheries. Où est l’homme capable de mieux faire qui pourrait se résoudre à faire si mal ? où est celui qui aurait laissé la choquante proposition que ce fou d’Édouard fait à Julie ? où est celui qui n’aurait pas corrigé le ridicule du petit bonhomme qui, voulant toujours mourir, a soin d’en avertir tout le monde, et finit par se porter toujours bien ? où est celui qui n’eût pas commencé par se dire : il faut marquer avec soin les caractères ; il faut exactement varier les styles ? Infailliblement, avec ce projet, il aurait mieux fait que la nature.

J’observe que dans ; une société très intime, les styles se rapprochent ainsi que les caractères, et que les amis, confondant leurs âmes, confondent aussi leurs manières de penser, de sentir et de dire. Cette Julie, telle qu’elle est, doit être une créature enchanteresse ; tout ce qui l’approche doit lui ressembler ; tout doit devenir Julie autour d’elle ; tous ses amis ne doivent avoir qu’un ton. Mais ces choses se sentent et ne s’imaginent pas. Quand elles s’imagineraient, l’inventeur n’oserait les mettre en pratique. Il ne lui faut que des traits qui frappent la multitude ; ce qui redevient simple à force de finesse ne lui convient plus. Or, c’est-là qu’est le sceau de la vérité ; c’est-là qu’un oeil attentif cherche et retrouve la nature.

R.

Hé bien ! vous concluez donc ?

N.

Je ne conclus pas, je doute ; et je ne saurais vous dire combien ce doute m’a tourmenté durant la lecture de ces lettres. Certainement, si tout cela n’est que fiction, vous avez fait un mauvais livre ; mais dites que ces deux femmes ont existé, et je relis ce recueil tous les ans, jusqu’à la fin de ma vie.

R.

Eh ! qu’importe qu’elles aient existé ? vous les chercheriez en vain sur la terre : elles ne sont plus.

N.

Elles ne sont plus ? elles furent donc ?

R.

Cette conclusion est conditionnelle : si elles furent, elles ne sont plus.

N.

Entre nous, convenez que toutes ces petites subtilités sont plus déterminantes qu’embarrassantes.

R.

Elles sont ce que vous les forcez d’être, pour ne point me trahir ni mentir.

N.

Ma foi, vous aurez beau faire, on vous devinera malgré vous. Ne voyez-vous pas que votre épigraphe seule dit tout ?

R.

Je vois qu’elle ne dit rien sur le fait en question : car qui peut savoir si j’ai trouvé cette épigraphe dans le manuscrit, ou si c’est moi qui l’y ai mise ? qui peut dire, si je ne suis point dans le même doute où vous êtes, si tout cet air de mystère n’est pas peut-être une feinte pour vous cacher ma propre ignorance sur ce que vous voulez savoir ?

N. Mais enfin, vous connaissez les lieux ? Vous avez été à Vevai, dans le pays de Vaud ?

R. Plusieurs fois ; et je vous déclare que je n’y ai point ouï parler du baron d’Etange ni de sa fille. Le nom de M. de Wolmar n’y est pas même connu. J’été à Clarens : je n’y ai rien vu de semblable à la maison décrite dans ces lettres. J’y ai passé, revenant d’Italie, l’année même de l’évènement funeste, et l’on n’y pleurait ni Julie de Wolmar, ni rien qui lui ressemblât, que je sache. Enfin, autant que je puis me rappeler la situation du pays, j’ai remarqué dans ces lettres, des transpositions de lieux et des erreurs de topographie ; soit que l’auteur n’en sût pas davantage ; soit qu’il voulût dépayser ses Lecteurs. C’est-là tout ce que vous apprendrez de moi sur ce point, et soyez sûr que d’autres ne m’arracheront pas ce que j’aurai refusé de vous dire.

N.

Tout le monde aura la même curiosité que moi. Si vous publiez cet ouvrage, dites donc au public ce que vous m’avez dit. Faites plus ; écrivez cette conversation pour toute préface : les éclaircissements nécessaires y sont tous.

R.

Vous avez raison : elle vaut mieux que ce que j’aurais dit de mon chef. Au reste, ces sortes d’apologies ne réussissent guère.

N.

Non, quand on voit que l’auteur s’y ménage ; mais j’ai pris soin qu’on ne trouvât pas ce défaut dans celle-ci. Seulement, je vous conseille d’en transposer les rôles. Feignez que c’est moi qui vous presse de publier ce recueil, et que vous vous en défendez. Donnez-vous les objections, et à moi les réponses. Cela sera plus modeste, et fera un meilleur effet.

R.

Cela sera-t-il aussi dans le caractère dont vous m’avez loué ci-devant ?

N.

Non, je vous tendais un piège : laissez les choses comme elles sont.

Lettre I – De Saint-Preux à Julie

Il faut vous fuir, mademoiselle, je le sens bien : j’aurais dû beaucoup moins attendre, ou plutôt il fallait ne vous voir jamais. Mais que faire aujourd’hui ? Comment m’y prendre ? Vous m’avez promis de l’amitié ; voyez mes perplexités, et conseillez-moi.

Vous savez que je ne suis entré dans votre maison que sur l’invitation de madame votre mère. Sachant que j’avais cultivé quelques talents agréables, elle a cru qu’ils ne seraient pas inutiles, dans un lieu dépourvu de maîtres, à l’éducation d’une fille qu’elle adore. Fier, à mon tour, d’orner de quelques fleurs un si beau naturel, j’osai me charger de ce dangereux soin, sans en prévoir le péril, ou du moins sans le redouter. Je ne vous dirai point que je commence à payer le prix de ma témérité : j’espère que je ne m’oublierai jamais jusqu’à vous tenir des discours qu’il ne vous convient pas d’entendre, et manquer au respect que je dois à vos moeurs encore plus qu’à votre naissance et à vos charmes. Si je souffre, j’ai du moins la consolation de souffrir seul, et je ne voudrais pas d’un bonheur qui pût coûter au vôtre.

Cependant je vous vois tous les jours, et je m’aperçois que, sans y songer, vous aggravez innocemment des maux que vous ne pouvez plaindre, et que vous devez ignorer. Je sais, il est vrai, le parti que dicte en pareil cas la prudence au défaut de l’espoir ; et je me serais efforcé de le prendre, si je pouvais accorder en cette occasion la prudence avec l’honnêteté ; mais comment me retirer décemment d’une maison dont la maîtresse elle-même m’a offert l’entrée, où elle m’accable de bontés, où elle me croit de quelque utilité à ce qu’elle a de plus cher au monde ? Comment frustrer cette tendre mère du plaisir de surprendre un jour son époux par vos progrès dans des études qu’elle lui cache à ce dessein ? Faut-il quitter impoliment sans lui rien dire ? Faut-il lui déclarer le sujet de ma retraite, et cet aveu même ne l’offensera-t-il pas de la part d’un homme dont la naissance et la fortune ne peuvent lui permettre d’aspirer à vous ?

Je ne vois, mademoiselle, qu’un moyen de sortir de l’embarras où je suis ; c’est que la main qui m’y plonge m’en retire ; que ma peine, ainsi que ma faute, me vienne de vous ; et qu’au moins par pitié pour moi vous daigniez m’interdire votre présence. Montrez ma lettre à vos parents, faites-moi refuser votre porte, chassez-moi comme il vous plaira ; je puis tout endurer de vous, je ne puis vous fuir de moi-même.

But do you also refuse to tell the truth?

R.

To declare that one wishes to silence her would merely be an act of honoring her; you would do better to seek out a man who is willing to lie. Moreover, do people of good taste ever mistake the writing style of an author? How dare you pose a question that should be answered by you yourselves?

N.

I could easily identify those few letters; they are certainly from you. But I no longer recognize you in the others, and I doubt that anyone could fake it to such a degree. Nature, unafraid of being misunderstood, often changes its appearance; indeed, art often tries too hard to mimic nature, and as a result, its attempts fail. It’s like the grumbler in fables—his complaints make the animal’s voice sound even more natural than the animal itself. This collection is full of clumsy mistakes that even the most amateur writer would avoid: grandiose declarations, repetitive phrases, contradictions, and endless clichés. Where is the person who could do it better but chooses to do it so poorly? Where is the one who would have left out that outrageous proposal made by that madman Edward to Julie? Where is the one who wouldn’t have corrected the ridiculousness of that little man who, despite always wanting to die, goes out of his way to tell everyone about it—only to end up living perfectly fine anyway? And where is the one who would have started by thinking: “One must carefully distinguish between different characters; one must vary styles accurately.” With such a plan in mind, he would surely have done better than nature itself.

I observe that in a very intimate society, styles as well as personalities tend to converge; friends, by merging their souls, also end up sharing the same ways of thinking, feeling, and expressing themselves. This Julie, as she is, must be a charming creature; everything that comes near her must resemble her; everything around her must become like her; all her friends must speak in the same tone. But such things are felt, not imagined. If they were imagined, their creator would not dare put them into practice. What she needs are features that strike the general public; what becomes too refined through subtlety is no longer suitable for her. Yet precisely therein lies the hallmark of truth; it is there that an attentive eye seeks and discovers the essence of things.

R.

Well! So you have come to a conclusion then?

N.

I do not draw any conclusions; I doubt. And I cannot tell you how much this doubt tormented me throughout the reading of these letters. Surely, if all of this is merely fiction, then you have written a poor book; but if you claim that these two women actually existed, then I will read this collection every year, until the end of my life.

R.

Ah! What does it matter if they ever existed? You would search in vain for them on earth; they no longer exist.

N.

They are no longer there? Then they must have been there at some point.

R.

This conclusion is conditional: if they once existed, they no longer do.

N.

Between us, let’s admit that all these little subtleties are more decisive than embarrassing.

R.

They are what you force them to be, so as not to betray me or lie to me.

N.

My dear, no matter what you do, people will still figure it out about you. Don’t you see that just your epigraph says it all?

R.

I see that she says nothing about this matter: for who can know whether I found this inscription in the manuscript, or whether I myself put it there? Who can say whether I am not in the same doubt as you are, whether all this air of mystery is not perhaps a ruse to conceal my own ignorance regarding what you wish to know?

N. But after all, do you know these places? Have you been to Vevai, in the canton of Vaud?

R. Several times; and I declare to you that I never heard anything about Baron d’Etange or his daughter. The name of Mr. de Wolmar is not even known there. I was in Clarens: I saw nothing there that resembled the house described in these letters. I passed through there on my way back from Italy, in the very year of that tragic event, and I did not notice anyone mourning for Julie de Wolmar or anything related to her, as far as I know. Finally, as well as I can recall the local conditions, I noticed in these letters instances of incorrect locations and topographical errors; either because the author himself did not know any better, or perhaps he intended to confuse his readers. That is all you will learn from me on this matter, and believe me, no one else will force me to reveal anything I have chosen to keep secret.

N.

Everyone will share the same curiosity as I do. If you publish this work, please tell the readers what you told me. Do more than that; use this conversation as a preface—all the necessary clarifications are contained within it.

R.

You’re right: what she said is better than what I would have said about my boss. Besides, apologies of this kind don’t really work very well.

N.

No, when one considers how carefully the author has avoided that flaw; but I made sure that it would not be detected in this version. However, I advise you to reverse the roles. Pretend that it is I who is urging you to publish this collection, and that you are resisting such a request. Present your objections, and let me provide the responses. This will be more modest, and it will have a better effect.

R.

Will it also be in accordance with the character you praised me for earlier?

N.

No, I was setting you up a trap: leave things as they are.

Letter I – From Saint-Preux to Julie

I must flee from you, mademoiselle; I can feel it clearly: I should have waited much less, or perhaps I never should have met you at all. But what can I do now? How should I proceed? You promised me friendship; please see my confusion and advise me.

You know that I only entered your home at the invitation of your mother. Knowing that I possessed some pleasant talents, she believed they might be useful, in a place devoid of masters, for the education of a daughter whom she adored. Proud, in turn, to add a touch of elegance to such a beautiful nature, I dared take on this seemingly dangerous task, without foreseeing the peril involved—or, at least, without fearing it. I will not say that I am already paying the price for my audacity; I hope I will never forget myself to the point of uttering words that would be unfit for your ears, or failing to show the respect due to your manners—more so than to your birth and your charms. If I suffer, at least I have the consolation of suffering alone; I would not wish for any happiness that might come at the expense of yours.

However, I see you all every day, and I realize that, without even realizing it, you are inadvertently causing harm that you cannot lament and of which you must be ignorant. I know well the course of action that prudence would dictate in such a situation, in the absence of hope; and I would have tried to follow it if I could have combined prudence with honesty in this matter. But how can I withdraw decently from a house whose mistress herself has offered me entry, where she showers me with kindnesses and believes I am of some use to what she holds most dear in the world? How can I deprive this kind mother of the pleasure of surprising her husband one day with your progress in studies that she keeps hidden from him for that very purpose? Should I leave without a word, in an impolite manner? Or should I tell her the reason for my departure—yet even such an admission would offend her, coming from a man whose birth and fortune could never allow him to aspire to you?

Mademoiselle, I see only one way out of the embarrassment in which I find myself: that the hand which has plunged me into it should also pull me out; that my pain, as well as my fault, should come from you; and that at least out of pity for me, you would deign to forbid my presence. Show my letter to your parents, refuse me entry at your door, expel me in whatever way you please; I can endure anything from you, but I cannot escape you myself.

Ma rifiutate anche di dire la verità?

R.

On rend davvero onore a questa persona dichiarando di volerla zittire: sarebbe meglio avere a che fare con un uomo che volesse mentire. Del resto, le persone di gusto si sbagliano forse riguardo alla penna degli autori? Come osate porre una domanda che spetta a voi risolvere?

N.

Riuscirei facilmente a decifrare quelle poche lettere; sicuramente sono vostre. Ma non vi riconosco nelle altre, e dubito che si possa fingere fino a questo punto. La natura, che non teme di essere fraintesa, cambia spesso aspetto; spesso l’arte, nel tentativo di essere più naturale della natura stessa, finisce per rivelarsi artificiosa: è proprio il “brontolone” della favola a far risuonare la voce dell’animale meglio dell’animale stesso. Questo raccolto è pieno di errori che persino il peggiore scribacchino eviterebbe: dichiarazioni enfatiche, ripetizioni, contraddizioni, banali riflessioni. Dove si trova l’uomo capace di fare meglio, se si decide davvero di fare così male? Dove si trova colui che avrebbe lasciato intatta quella proposta offensiva che quel pazzo di Edouard fa a Julie? Dove si trova colui che non avrebbe corretto il ridicolo di quel personaggio che, volendo sempre morire, si prende la briga di avvertirne tutti, per poi, alla fine, stare sempre benissimo? E dove si trova colui che non avrebbe iniziato dicendosi: “Bisogna segnare con cura i caratteri distintivi dei personaggi; bisogna variare con precisione lo stile di scrittura”? Con un simile approccio, sicuramente avrebbe fatto meglio della natura stessa.

Osservo che in una società molto intima i modi di comportarsi, così come i caratteri delle persone, tendono a uniformarsi; gli amici, confondendo le proprie anime, finiscono per condividere anche i propri modi di pensare, di sentire e di esprimersi. Questa Julie, così com’è, deve essere una creatura incantevole; tutto ciò che la avvicina a questo ideale deve assomigliarle; tutto intorno a lei deve diventare “Julie”; tutti i suoi amici devono utilizzare lo stesso tono di comunicazione. Ma queste cose si percepiscono, non si possono semplicemente immaginare. Anche se si riuscisse a immaginarle, chi le ideasse non oserebbe mai metterle in pratica. A lei servono soltanto tratti che colpiscano immediatamente la sensibilità del pubblico; ciò che diventa semplice grazie alla raffinatezza non le conviene più. Eppure è proprio questo il segno distintivo della verità; è così che un occhio attento riesce a individuare e ritrovare la natura delle cose.

R.

Ebbene! Quindi avete tratto una conclusione?

N.

Non arrivo a una conclusione; dubito. E non saprei dirvi quanto questo dubbio mi abbia tormentato durante la lettura di queste lettere. Certamente, se tutto ciò non è che finzione, avete scritto un cattivo libro; ma se ammettete che queste due donne siano realmente esistite, rileggerò questa raccolta ogni anno, fino alla fine della mia vita.

R.

Eh! Che importanza ha se sono mai esistite? Le cerchereste invano sulla terra: non esistono più.

N.

Non ci sono più? Quindi, un tempo c’erano.

R.

Questa conclusione è condizionale: se un tempo esistevano, ora non esistono più.

N.

Tra di noi, ammettiamolo: tutte queste piccole sottigliezze sono più determinanti che imbarazzanti.

R.

Sono ciò che vi costringete a farle diventare, affinché non mi tradiscano né mentano.

N.

Davvero, non importa cosa facciate, la gente vi scoprirà comunque. Non vedete che già il vostro epigrafo dice tutto?

R.

Vedo che non dice nulla riguardo a questo fatto: perché chi può sapere se ho trovato davvero questa epigrafe nel manoscritto, o se sono stato io stesso ad inserirla lì? Chi può dire, forse, che non mi trovo nella stessa incertezza in cui vi trovate voi, e che tutto questo aspetto misterioso non sia in realtà una finzione per nascondervi la mia stessa ignoranza su ciò che volete sapere?

N. Ma insomma, conosci questi posti? Sei mai stato a Vevai, nel Canton Vaud?

R. Più volte; e vi dichiaro che non vi è stata menzionata né il barone d’Etange né sua figlia. Il nome del signor de Wolmar non è nemmeno conosciuto in quelle lettere. Sono stato a Clarens: non ho visto nulla di simile alla casa descritta in queste lettere. Ci sono passato, tornando dall’Italia, nello stesso anno dell’evento tragico, e non si piangeva lì per Julie de Wolmar, né per nulla che le assomigliasse, per quanto ne so. Infine, per quanto riesca a ricordare la situazione del paese, ho notato in queste lettere delle trasposizioni di luoghi e degli errori topografici; sia perché l’autore non ne sapesse di più, sia perché volesse confondere i suoi lettori. Questo è tutto ciò che posso dirvi su questo argomento, e state certo che nessuno riuscirà a farmi dire ciò che avrei rifiutato di dirvi.

N.

Tutti avranno la stessa curiosità che ho io. Se pubblicherete quest’opera, dite al pubblico ciò che avete detto a me. Fate di più: scrivete questa conversazione come prefazione; vi sono tutti i chiarimenti necessari.

R.

Hai ragione: è meglio di ciò che avrei potuto dire io stesso sul mio capo. Del resto, questo tipo di scuse di solito non funziona molto bene.

N.

No, non quando si vede che l’autore si è preoccupato di evitare questo difetto; tuttavia ho fatto in modo che nessuno lo notasse in questa versione. Vi consiglio però di invertire i ruoli: fingete che sia io a insistere affinché pubblichiate questa raccolta, e che voi vi oppiate. Lasciate che siano voi a sollevare le obiezioni, e che siano io a rispondervi. Questo sarà più modesto e avrà un effetto migliore.

R.

Accadrà anche nel carattere di cui mi avete lodato in precedenza?

N.

No, vi stavo tendendo una trappola: lasciate le cose come stanno.

Lettera I – Da Saint-Preux a Julie

Devo allontanarmi da voi, signorina. Lo sento chiaramente: avrei dovuto aspettare molto meno, o forse non avrei mai dovuto incontrarvi. Ma cosa posso fare ora? Come devo comportarmi? Mi avete promesso amicizia. Vedete le mie difficoltà e consigliatemi.

Sapete che sono entrato nella vostra casa soltanto su invito di madama vostra madre. Essendo a conoscenza del fatto che possedessi alcuni talenti piacevoli, lei ritenne che questi potessero essere utili, in un luogo privo di maestri, nell’educazione di una figlia che amava molto. Anche io, fiero di poter arricchire con tali talenti una natura così bella, osai assumermi questa responsabilità, senza prevederne i pericoli, o almeno senza temerli. Non vi dirò che abbia già iniziato a pagare il prezzo della mia audacia. Spero di non dimenticare mai di non pronunciare parole che non siano adatte da voi ascoltare, e di rispettare sempre le vostre usanze, ancora di più del vostro nascere e dei vostri pregi. Se soffro, almeno ho il conforto di soffrire da solo. E non desidererei affatto una felicità che potesse danneggiare la vostra.

Tuttavia, vi vedo ogni giorno e mi rendo conto che, senza nemmeno pensarci, aggravate innocentemente dei mali di cui non potete soffrire e che probabilmente ignorate del tutto. So bene quale sia la decisione che la prudenza suggerisce in simili circostanze, quando l’ speranza manca; e avrei cercato di seguirla, se fossi stato in grado di conciliare prudenza ed onestà in questa situazione. Ma come posso allontanarmi in modo dignitoso da una casa nella quale la stessa padrona mi ha offerto l’ingresso, dove ricevo tante gentilezze e dove lei ritiene che io possa essere utile per ciò che le è più caro al mondo? Come posso privare questa tenera madre del piacere di sorprendere un giorno suo marito con i vostri progressi nello studio, uno studio che lei gli nasconde appunto con questo scopo? Devo andarmene in modo scortese, senza dirle nulla? O dovrei confessarle il motivo della mia partenza. E anche questa confessione non la offenderà forse da parte di un uomo il cui status sociale e le sue ricchezze non gli permetterebbero mai di aspirare a voi?

Signorina, non vedo altro modo per uscire dall’imbarazzo in cui mi trovo se non che la mano che mi ha gettato in questa situazione mi aiuti a uscirne; che il mio dolore, così come il mio errore, derivino da voi; e che almeno, per pietà verso di me, vi degniate di vietarmi la vostra presenza. Mostrate la mia lettera ai vostri genitori, fate in modo che mi veniate rifiutata alla porta, scacciatemi come vorrete. Posso sopportare tutto da voi, ma non posso fuggire da voi.

Vous, me chasser ! moi, vous fuir ! et pourquoi ? Pourquoi donc est-ce un crime d’être sensible au mérite, et d’aimer ce qu’il faut qu’on honore ? Non, belle Julie ; vos attraits avaient ébloui mes yeux, jamais ils n’eussent égaré mon coeur sans l’attrait plus puissant qui les anime. C’est cette union touchante d’une sensibilité si vive et d’une inaltérable douceur ; c’est cette pitié si tendre à tous les maux d’autrui ; c’est cet esprit juste et ce goût exquis qui tirent leur pureté de celle de l’âme ; ce sont, en un mot, les charmes des sentiments, bien plus que ceux de la personne, que j’adore en vous. Je consens qu’on vous puisse imaginer plus belle encore ; mais plus aimable et plus digne du coeur d’un honnête homme, non, Julie, il n’est pas possible.

J’ose me flatter quelquefois que le ciel a mis une conformité secrète entre nos affections, ainsi qu’entre nos goûts et nos âges. Si jeunes encore, rien n’altère en nous les penchants de la nature, et toutes nos inclinations semblent se rapporter. Avant que d’avoir pris les uniformes préjugés du monde, nous avons des manières uniformes de sentir et de voir ; et pourquoi n’oserais-je imaginer dans nos coeurs ce même concert que j’aperçois dans nos jugements ? Quelquefois nos yeux se rencontrent ; quelques soupirs nous échappent en même temps ; quelques larmes furtives… ô Julie ! si cet accord venait de plus loin… si le ciel nous avait destinés… toute la force humaine… Ah ! pardon ! je m’égare : j’ose prendre mes voeux pour de l’espoir ; l’ardeur de mes désirs prête à leur objet la possibilité qui lui manque.

Je vois avec effroi quel tourment mon coeur se prépare. Je ne cherche point à flatter mon mal ; je voudrais le haïr, s’il était possible. Jugez si mes sentiments sont purs par la sorte de grâce que je viens vous demander. Tarissez, s’il se peut, la source du poison qui me nourrit et me tue. Je ne veux que guérir ou mourir, et j’implore vos rigueurs comme un amant implorerait vos bontés.

Oui, je promets, je jure de faire de mon côté tous mes efforts pour recouvrer ma raison, ou concentrer au fond de mon âme le trouble que j’y sens naître : mais, par pitié, détournez de moi ces yeux si doux qui me donnent la mort ; dérobez aux miens vos traits, votre air, vos bras, vos mains, vos blonds cheveux, vos gestes ; trompez l’avide imprudence de mes regards ; retenez cette voix touchante qu’on n’entend point sans émotion ; soyez hélas ! une autre que vous-même, pour que mon coeur puisse revenir à lui.

Vous le dirai-je sans détour ? Dans ces jeux que l’oisiveté de la soirée engendre, vous vous livrez devant tout le monde à des familiarités cruelles ; vous n’avez pas plus de réserve avec moi qu’avec un autre. Hier même, il s’en fallut peu que, par pénitence, vous ne me laissassiez prendre un baiser : vous résistâtes faiblement. Heureusement que je n’eus garde de m’obstiner. Je sentis à mon trouble croissante que j’allais me perdre, et je m’arrêtai. Ah ! si du moins je l’eusse pu savourer à mon gré, ce baiser eût été mon dernier soupir, et je serais mort le plus heureux des hommes.

De grâce, quittons ces jeux qui peuvent avoir des suites funestes. Non, il n’y en a pas un qui n’ait son danger, jusqu’au pus puéril de tous. Je tremble toujours d’y rencontrer votre main, et je ne sais comment il arrive que je la rencontre toujours. À peine se pose-t-elle sur la mienne qu’un tressaillement me saisit ; le jeu me donne la fièvre ou plutôt le délire : je ne vois, je ne sens plus rien ; et, dans ce moment d’aliénation, que dire, que faire, où me cacher, comment répondre de moi ?

Durant nos lectures, c’est un autre inconvénient. Si je vous vois un instant sans votre mère ou sans votre cousine, vous changez tout à coup de maintien ; vous prenez un air si sérieux, si froid, si glacé, que le respect et la crainte de vous déplaire m’ôtent la présence d’esprit et le jugement, et j’ai peine à bégayer en tremblant quelques mots d’une leçon que toute votre sagacité vous fait suivre à peine. Ainsi, l’inégalité que vous affectez tourne à la fois au préjudice de tous deux ; vous me désolez et ne vous instruisez point, sans que je puisse concevoir quel motif fait ainsi changer d’humeur une personne si raisonnable. J’ose vous le demander, comment pouvez-vous être si folâtre en public, et si grave dans le tête-à-tête ? Je pensais que ce devait être tout le contraire, et qu’il fallait composer son maintien à proportion du nombre des spectateurs. Au lieu de cela, je vous vois, toujours avec une égale perplexité de ma part, le ton de cérémonie en particulier, et le ton familier devant tout le monde : daignez être plus égale, peut-être serai-je moins tourmenté.

Si la commisération naturelle aux âmes bien nées peut vous attendrir sur les peines d’un infortuné auquel vous avez témoigné quelque estime, de légers changements dans votre conduite rendront sa situation moins violente, et lui feront supporter plus paisiblement et son silence et ses maux. Si sa retenue et son état ne vous touchent pas, et que vous vouliez user du droit de le perdre, vous le pouvez sans qu’il murmure : il aime mieux encore périr par votre ordre que par un transport indiscret qui le rendît coupable à vos yeux. Enfin, quoi que vous ordonniez de mon sort, au moins n’aurai-je point à me reprocher d’avoir pu former un espoir téméraire ; et si vous avez lu cette lettre, vous avez fait tout ce que j’oserais vous demander, quand même je n’aurais point de refus à craindre.

Lettre II – De Saint-Preux à Julie

Que je me suis abusé, mademoiselle, dans ma première lettre ! Au lieu de soulager mes maux, je n’ai fait que les augmenter en m’exposant à votre disgrâce, et je sens que le pire de tous est de vous déplaire. Votre silence, votre air froid et réservé, ne m’annoncent que trop mon malheur. Si vous avez exaucé ma prière en partie, ce n’est que pour mieux m’en punir.

E poi ch’amor di me vi fece accorta,

Fur i biondi capelli allor velati,

E l’amoroso sguardo in se raccolto.[19]

Vous retranchez en public l’innocente familiarité dont j’eus la folie de me plaindre ; mais vous n’en êtes que plus sévère dans le particulier ; et votre ingénieuse rigueur s’exerce également par votre complaisance et par vos refus.

Que ne pouvez-vous connaître combien cette froideur m’est cruelle ! vous me trouveriez trop puni. Avec quelle ardeur ne voudrais-je pas revenir sur le passé, et faire que vous n’eussiez point vu cette fatale lettre ! Non, dans la crainte de vous offenser encore, je n’écrirais point celle-ci, si je n’eusse écrit la première, et je ne veux pas redoubler ma faute, mais la réparer. Faut-il, pour vous apaiser, dire que je m’abusais moi-même ? faut-il protester que ce n’était pas de l’amour que j’avais pour vous ?… Moi, je prononcerais cet odieux parjure ! Le vil mensonge est-il digne d’un coeur où vous régnez ? Ah ! que je sois malheureux, s’il faut l’être ; pour avoir été téméraire, je ne serai ni menteur ni lâche, et le crime que mon coeur a commis, ma plume ne peut le désavouer.

Je sens d’avance le poids de votre indignation, et j’en attends les derniers effets comme un grâce que vous me devez au défaut de toute autre ; car le feu qui me consume mérite d’être puni, mais non méprisé. Par pitié, ne m’abandonnez pas à moi-même ; daignez au moins disposer de mon sort ; dites quelle est votre volonté. Quoi que vous puissiez me prescrire, je ne saurai qu’obéir. M’imposez-vous un silence éternel ? je saurai me contraindre à le garder. Me bannissez-vous de votre présence ? je jure que vous ne me verrez plus. M’ordonnez-vous de mourir ? ah ! ce ne sera pas le plus difficile. Il n’y a point d’ordre auquel je ne souscrive, hors celui de ne vous plus aimer : encore obéirais-je en cela même, s’il m’était possible.

Cent fois le jour je suis tenté de me jeter à vos pieds, de les arroser de mes pleurs, d’y obtenir la mort ou mon pardon. Toujours un effroi mortel glace mon courage ; mes genoux tremblent et n’osent fléchir ; la parole expire sur mes lèvres, et mon âme ne trouve aucune assurance contre la frayeur de vous irriter.

You, to hunt me down! I, to flee from you! And why? Why should it be a crime to appreciate merit and to love what deserves honor? No, beautiful Julie; your charms might have dazzled my eyes, but they could never have misled my heart were it not for the even more powerful attraction that animates them. It is this touching combination of such intense sensitivity with unalterable gentleness; it is this tender compassion toward everyone’s suffering; it is this just mind and exquisite taste that draw their purity from the purity of the soul itself; in short, it is the allure of your sentiments, far more than that of your person, that I adore in you. I admit that one might imagine you even more beautiful; but more endearing, more worthy of the heart of an honest man? No, Julie, that is impossible.

Sometimes I dare to think that heaven has secretly aligned our affections, as well as our tastes and ages. So young yet, nothing in us alters the inclinations bestowed by nature; all our tendencies seem to fit together harmoniously. Before we are influenced by the world’s preconceived notions, we already have uniform ways of feeling and perceiving things. Why then should I not imagine that the same harmony exists in our hearts as in our judgments? Sometimes our eyes meet; sometimes we let out sighs at the same moment; sometimes secret tears flow. Oh, Julie! If only this agreement stemmed from a deeper source, if only heaven had destined us for each other. Then all human strength would be at our disposal. Ah! Pardon me—I am wandering into fantasy: I dare to regard my wishes as signs of hope; the intensity of my desires gives them a possibility that they may not truly possess.

With horror, I see the torment that awaits my heart. I seek not to flatter my suffering; if it were possible, I would wish to hate it. Judge whether my feelings are pure, given the kind of help I am asking you for. If possible, put an end to the source of this poison that both nourishes and destroys me. I desire nothing but to be healed—or to die, and I implore your severity just as a lover would beg for your kindness.

Yes, I promise, I swear that I will do my utmost to regain my reason, or to concentrate within myself the turmoil that I feel arising within me. But, out of pity, turn away from me those so gentle eyes that bring me death; hide from my sight your features, your expression, your arms, your hands, your blond hair, your gestures. Deceive the eager imprudence of my gaze; hold back that touching voice that cannot be heard without stirring emotion. Alas, be someone other than yourself, so that my heart may be able to return to its former state.

Shall I tell you this bluntly? In these games that idleness brings about in the evening, you indulge in cruel familiarity in front of everyone; you show no more restraint with me than with anyone else. Just yesterday, you almost allowed me to kiss you as a form of penance—your resistance was weak. Fortunately, I did not insist. I could feel my confusion growing; I knew I was about to lose control, so I stopped. Ah! If only I had been able to savor that kiss at my own will. It would have been my last breath, and I would have died as the happiest of men.

Please, let us abandon these games that could have terrible consequences. No, not a single one of them is without danger, even the most naive and childish ones. I still tremble at the thought of your hand touching mine, yet somehow it always does. The moment it touches mine, I am seized by a shudder; this game fills me with fever—or rather, delirium: I no longer see anything, I no longer feel anything. And in such a state of bewilderment, what can I say, what can I do, where can I hide, how can I account for my actions?

During our lessons, this presents another inconvenience. If I see you for a moment without your mother or your cousin, you suddenly change your demeanor; you become so serious, so cold, so aloof that the respect and fear of displeasing you make me lose my composure and judgment. I can barely manage to stammer a few words from the lesson, which your own intelligence would hardly require you to pay attention to. Thus, this inconsistency in your behavior harms both of us; it troubles me greatly and does you no good at all. I cannot understand what motive could cause such a change in mood in someone who is otherwise so reasonable. I dare ask you: how can you be so frivolous in public and so serious in private? I would have thought the opposite to be true—that one’s behavior should adjust according to the number of observers present. Instead, I always find you behaving in the same confused manner, using formal tones in front of everyone and casual ones when we are alone. Please be more consistent in your behavior—perhaps then I will suffer less.

If natural compassion toward those of noble birth can move you to alleviate the sufferings of a unfortunate individual whom you hold in some esteem, then slight changes in your behavior could lessen his hardships and enable him to endure his silence and pain more peacefully. If his restraint and plight do not touch you, and if you wish to exercise the right to abandon him, you may do so without a murmur from his part—he would rather die at your command than suffer an indiscreet outburst that might make him guilty in your eyes. In any case, whatever fate you decree for me, at least I will not have to regret having harbored such audacious hopes. And if you have read this letter, then you have already done everything I could possibly ask of you—even if there were no reason to fear rejection.

Letter II – From Saint-Preux to Julie

How I have wronged you, mademoiselle, in my first letter! Instead of alleviating my troubles, I only managed to increase them by exposing myself to your displeasure, and I feel that the worst of it all is having offended you. Your silence, your cold and reserved demeanor—these all tell me too clearly of my misfortune. If you have granted part of my request, it must be only to punish me further.

And then, when love for me made you aware of it.

For those with blonde hair, whether it be loose or braided.

That loving gaze, when it is focused inwardly.[19]

In public, you withdraw that innocent familiarity about which I foolishly complained; but in private, you become even more severe. Your ingenious strictness is manifested both through your complacence and through your refusals.

How can you not understand how cruel this coldness of mine is! You would think I had been punished far too severely. With what fervor I wish I could go back in time and prevent you from ever seeing that fateful letter! No, out of fear of offending you again, I would never have written this one if I hadn’t written the first; I do not want to double my mistake, but to correct it. Must I say that I was deceiving myself in order to appease you? Must I claim that what I felt for you was not love?. No, I would rather utter such an abhorrent lie than deny the truth of my feelings. Can such a vile falsehood be worthy of a heart in which you hold such a place? Ah! Let me be unhappy, if that is necessary; but because I was foolish, I will neither lie nor be cowardly. The crime my heart committed, my pen cannot deny.

I can already sense the weight of your indignation, and I await its final effects as if they were some grace you owe me in lieu of anything else; for the fire that consumes me deserves punishment, not scorn. Please, do not abandon me to myself; at least grant me the right to decide my own fate—tell me what your will is. Whatever you command me to do, I shall obey without hesitation. If you demand that I remain silent forever, I will force myself to keep it. If you banish me from your presence, I swear I will never see you again. If you order me to die, ah! That would not be the hardest task of all. There is no command I would refuse to obey, except one: to cease loving you. Even that, if possible, I would comply with.

A hundred times a day I am tempted to fall at your feet, to drown you in my tears, to beg for death or your forgiveness. Yet a terrible fear always paralyzes my courage; my knees tremble and dare not bend; words fail me on my lips, and my soul finds no solace against the dread of offending you.

Voi che mi cacciate, io che vi fuggo. E perché? Perché mai è un crimine essere sensibili ai meriti altrui e amare ciò che merita onore? No, bella Julie; i vostri pregi avevano abbagliato i miei occhi, ma mai avrebbero potuto ingannare il mio cuore se non fosse stato per quell’attrazione ancora più potente che li anima. È questa commovente unione di una sensibilità così viva e di una dolcezza immutabile; è questa tenerezza verso tutti i mali altrui; è questo spirito giusto e questo gusto raffinato che traggono la loro purezza da quella dell’anima. In breve, sono i fascini dei sentimenti, molto più che quelli della persona stessa, che amo in voi. Ammetto che si possa immaginarvi ancora più bella; ma più amabile e più degna del cuore di un uomo onesto. No, Julie, questo è impossibile.

A volte oso illudermi che il cielo abbia stabilito una segreta armonia tra i nostri affetti, così come tra i nostri gusti e le nostre età. Sebbene ancora giovani, nulla altera in noi le inclinazioni naturali, e tutte le nostre tendenze sembrano coordinarsi tra loro. Prima ancora di assumere gli stereotipi del mondo, abbiamo modi uniformi di sentire e vedere; perché non dovrei immaginare nei nostri cuori lo stesso accordo che riscontro nei nostri giudizi? A volte i nostri sguardi si incrociano; alcuni sospiri ci sfuggono nello stesso momento; alcune lacrime segrete. Oh, Julie! Se questo accordo derivasse da fonti più profonde, se il cielo ci avesse destinati l’uno all’altro, tutta la forza umana potrebbe essere messa al nostro servizio. Ah! Perdonami. Mi perdo in fantasie: oso considerare i miei desideri come segni di speranza; l’intensità dei miei sentimenti conferisce loro una possibilità che in realtà non possiedono.

Vedo con orrore quale tormento il mio cuore si appresta a subire. Non cerco affatto di lusingare il mio dolore; anzi, vorrei odiarlo, se fosse possibile. Giudicate se i miei sentimenti siano puri, considerando la grazia che vi chiedo in questo momento. Se possibile, spegnete la fonte del veleno che mi nutre e mi uccide. Voglio solo guarire o morire, e imploro la vostra severità come un amante implorerebbe la vostra bontà.

Sì, prometto, giuro che farò ogni sforzo possibile per riprendere il controllo di me stesso, o per concentrare in profondità dell’anima quel turbamento che sento nascere in me. Ma, per pietà, allontanate da me quegli occhi così dolci che mi uccidono; nascondetemi i vostri tratti, il vostro aspetto, le vostre braccia, le vostre mani, i vostri capelli biondi, i vostri gesti. Ingannate l’impulsività avida dei miei sguardi; tenete nascosta quella voce commovente che non si può ascoltare senza provare emozione. Oh, siate per favore qualcun altro, diversa da voi stessa, affinché il mio cuore possa tornare a sé.

Devo dirlo senza mezzi termini? In questi giochi che la noia della sera genera, vi abbandonate davanti a tutti a comportamenti crudeli; non avete alcuna riserva con me, proprio come con chiunque altro. Ieri stesso, per puro capriccio, quasi mi lasciaste baciare: vi siete opposti debolmente. Fortunatamente non ho insistito. Ho sentito che il mio turbamento cresceva sempre di più. Ah! Se solo avessi potuto assaporare quel bacio a mio piacimento, sarebbe stato il mio ultimo respiro. E sarei morto come l’uomo più felice del mondo.

Per favore, lasciamo questi giochi che possono avere conseguenze funeste. No, non c’è nemmeno uno di essi che non presenti dei pericoli, persino il più banale e infantile tra tutti. Tremo sempre all’idea di incontrare la vostra mano. Eppure, non so come mai, la incontro sempre. Non appena si posa sulla mia, un brivido mi assale; quel gioco mi provoca febbre, o meglio, delirio: non vedo più nulla, non sento più nulla. In quei momenti di distacco totale da me stesso, cosa posso dire? Cosa posso fare? Dove posso nascondermi? Come posso assumermi la responsabilità delle mie azioni?

Durante le nostri studi, esiste un altro inconveniente: se vi vedo per un momento senza vostra madre o senza vostra cugina, cambiate immediatamente atteggiamento; assumete un’aria così seria, fredda e distaccata che il rispetto e la paura di contrariarvi mi privano della capacità di pensare chiaramente e di pronunciare correttamente le parole delle lezioni, che voi stesse a malapena seguite. In questo modo, l’ineguaglianza nel vostro comportamento danneggia sia me che voi; mi rattristate senza che voi stessi impariate nulla, e non riesco a capire quale motivo possa spingere una persona così ragionevole a cambiare umore in modo così improvviso. Oso chiedervelo: come fate ad essere così spensierati in pubblico e così seri quando siamo soli? Pensavo che fosse esattamente il contrario, che il proprio comportamento dovesse adeguarsi al numero di persone presenti. Invece, vi vedo sempre con lo stesso atteggiamento ambiguo: un tono cerimonioso in privato e un tono informale davanti a tutti. Vi prego, siate più coerenti nel vostro comportamento; forse così mi sentirei meno tormentato.

Se la naturale compassione verso le anime ben nate può spingervi a mitigare le sofferenze di un infelice verso il quale avete provato stima, alcuni piccoli cambiamenti nel vostro comportamento potranno rendere la sua situazione meno crudele e permettergli di sopportare in modo più sereno sia il silenzio che i suoi mali. Se la sua riservatezza e la sua condizione non vi commuovono, e se desiderate esercitare il diritto di distruggerlo, potete farlo senza che egli emetta un lamento: preferirebbe morire per vostra volontà piuttosto che per un gesto imprudente che lo rendesse colpevole ai vostri occhi. Infine, qualunque cosa decidiate riguardo al mio destino, almeno non dovrò rimproverarmi di aver nutrito una speranza troppo audace; e se avete letto questa lettera, avete fatto tutto ciò che oserei chiedervi, anche se non dovessi temere alcun rifiuto da parte vostra.

Lettera II – Da Saint-Preux a Julie

Signorina, quanto mi sono sbagliato nella mia prima lettera! Invece di alleviare i miei dolori, li ho solo aggravati esponendomi alla vostra disapprovazione, e sento che il peggio di tutto sia avervi offeso. Il vostro silenzio, il vostro atteggiamento freddo e distaccato mi annunciano chiaramente la mia sfortuna. Se avete esaudito in parte la mia preghiera, è solo per punirmi ancora di più.

E poi, quando l’amore per me vi rese consapevoli.

Per quei capelli biondi allora velati.

E lo sguardo amoroso, nel suo stesso essere, è pieno di intensità.[19]

In pubblico negate quella innocente familiarità di cui ho avuto la follia di lamentarmi; ma in privato siete ancora più severo. E la vostra “ingegnosa” rigore si manifesta sia attraverso i vostri favori che attraverso i vostri rifiuti.

Che cosa potete mai immaginare di quanto questa freddezza sia crudele per me. Pensereste che io sia stato punito a sufficienza. Con quanta passione non vorrei tornare indietro nel tempo e far sì che voi non aveste mai visto quella lettera fatale! No. Per paura di offendervi ancora, non scriverei questa lettera, se non avessi già scritto la prima. Non voglio aggravare il mio errore, ma correggerlo. Dovrei forse dire che mi sono ingannato da solo per tranquillizzarvi? Dovrei negare che ciò che provavo per voi fosse amore?. Io stesso pronuncerei un simile orribile spergiuro! Un simile vile bugiardo è davvero degno di un cuore nel quale regnate voi? Ah. Sia pure infelice, se questo è necessario; per essermi comportato troppo audacemente, non sarò né un bugiardo né un codardo. E il crimine che il mio cuore ha commesso, la mia penna non può negarlo.

Avverto già il peso della vostra indignazione e attendo con ansia le sue conseguenze, come una grazia che mi dovete in assenza di qualsiasi altra; poiché il fuoco che mi consuma merita di essere punito, ma non disprezzato. Per pietà, non abbandonatemi a me stesso; vi prego, decidete almeno del mio destino, dite quale sia la vostra volontà. Qualunque cosa mi comandiate, obbedirò senza esitazione. Volete che io mantenga un silenzio eterno? Mi impegnerò a rispettarlo. Volete che io vi lasci per sempre? Giuro che non vi rivedrò mai più. Volete che io muoia? Ah, questo forse non sarà nemmeno il compito più difficile. Non esiste alcun ordine al quale non mi sottometterei, tranne quello di smettere di amarvi: anche in questo caso obbedirei, se solo fosse possibile.

Cento volte al giorno sono tentato di gettarmi ai vostri piedi, di inondarli con le mie lacrime, di ottenere da voi la morte o il mio perdono. Ma sempre un terrore mortale paralizza il mio coraggio; i miei ginocchi tremano e non osano piegarsi; le parole mi muoiono sulle labbra, e la mia anima non trova alcuna forza per sfidare la paura di offendervi.

Est-il au monde un état plus affreux que le mien ? Mon coeur sent trop combien il est coupable, et ne saurait cesser de l’être ; le crime et le remords l’agitent de concert ; et sans savoir quel sera mon destin, je flotte dans un doute insupportable, entre l’espoir de la clémence et la crainte du châtiment.

Mais non, je n’espère rien, je n’ai droit de rien espérer. La seule grâce que j’attends de vous est de hâter mon supplice. Contentez une juste vengeance. Est-ce être assez malheureux que de me voir réduit à la solliciter moi-même ? Punissez-moi, vous le devez ; mais si vous n’êtes impitoyable, quittez cet air froid et mécontent qui me met au désespoir : quand on envoie un coupable à la mort, on ne lui montre plus de colère.

Lettre III – De Saint-Preux à Julie

Ne vous impatientez pas, mademoiselle ; voici la dernière importunité que vous recevrez de moi.

Quand je commençai de vous aimer, que j’étais loin de voir tous les maux que je m’apprêtais ! Je ne sentis d’abord que celui d’un amour sans espoir, que la raison peut vaincre à force de temps ; j’en connus ensuite un plus grand dans la douleur de vous déplaire ; et maintenant j’éprouve le plus cruel de tous dans le sentiment de vos propres peines. O Julie ! je le vois avec amertume, mes plaintes troublent votre repos. Vous gardez un silence invincible, mais tout décèle à mon coeur attentif vos agitations secrètes. Vos yeux deviennent sombres, rêveurs, fixés en terre ; quelques regards égarés s’échappent sur moi ; vos vives couleurs se fanent ; une pâleur étrangère couvre vos joues ; la gaieté vous abandonne ; une tristesse mortelle vous accable ; et il n’y a que l’inaltérable douceur de votre âme qui vous préserve d’un peu d’humeur.

Soit sensibilité, soit dédain, soit pitié pour mes souffrances, vous en êtes affectée, je le vois ; je crains de contribuer aux vôtres, et cette crainte m’afflige beaucoup plus que l’espoir qui devrait en naître ne peut me flatter ; car ou je me trompe moi-même, ou votre bonheur m’est plus cher que le mien.

Cependant, en revenant à mon tour sur moi, je commence à connaître combien j’avais mal jugé de mon propre coeur, et je vois trop tard que ce que j’avais d’abord pris pour un délire passager fera le destin de ma vie. C’est le progrès de votre tristesse qui m’a fait sentir celui de mon mal. Jamais, non, jamais le feu de vos yeux, l’éclat de votre teint, les charmes de votre esprit, toutes les grâces de votre ancienne gaieté, n’eussent produit un effet semblable à celui de votre abattement. N’en doutez pas, divine Julie, si vous pouviez voir quel embrasement ces huit jours de langueur ont allumé dans mon âme, vous gémiriez vous-même des maux que vous me causez. Ils sont désormais sans remède, et je sens avec désespoir que le feu qui me consume ne s’éteindra qu’au tombeau.

N’importe ; qui ne peut se rendre heureux peut au moins mériter de l’être, et je saurai vous forcer d’estimer un homme à qui vous n’avez pas daigné faire la moindre réponse. Je suis jeune et peux mériter un jour la considération dont je ne suis pas maintenant digne. En attendant, il faut vous rendre le repos que j’ai perdu pour toujours, et que je vous ôte ici malgré moi. Il est juste que je porte seul la peine du crime dont je suis seul coupable. Adieu, trop belle Julie ; vivez tranquille, et reprenez votre enjouement ; dès demain vous ne me verrez plus. Mais soyez sûre que l’amour ardent et pur dont j’ai brûlé pour vous ne s’éteindra de ma vie, que mon coeur, plein d’un si digne objet, ne saurait plus s’avilir, qu’il partagera désormais ses uniques hommages entre vous et la vertu, et qu’on ne verra jamais profaner par d’autres feux l’autel où Julie fut adorée.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Deuxième Billet de Julie

Non, monsieur, après ce que vous avez paru sentir, après ce que vous m’avez osé dire, un homme tel que vous avez feint d’être ne part point ; il fait plus.

Réponse

Je n’ai rien feint qu’une passion modérée dans un coeur au désespoir. Demain vous serez contente, et, quoi que vous en puissiez dire, j’aurai moins fait que de partir.

Lettre IV – De Julie à Saint-Preux

Il faut donc l’avouer enfin, ce fatal secret trop mal déguisé ! Combien de fois j’ai juré qu’il ne sortirait de mon coeur qu’avec la vie ! La tienne en danger me l’arrache ; il m’échappe, et l’honneur est perdu. Hélas ! j’ai trop tenu parole ; est-il une mort plus cruelle que de survivre à l’honneur ?

Que dire ? comment rompre un si pénible silence ? ou plutôt n’ai-je pas déjà tout dit, et ne m’as-tu pas trop entendue ? Ah ! tu en as trop vu pour ne pas deviner le reste ! Entraînée par degrés dans les pièges d’un vil séducteur, je vois, sans pouvoir m’arrêter, l’horrible précipice où je cours. Homme artificieux ! c’est bien plus mon amour que le tien qui fait ton audace. Tu vois l’égarement de mon coeur, tu t’en prévaux pour me perdre ; et quand tu me rends méprisable, le pire de mes maux est d’être forcée à te mépriser. Ah ! malheureux, je t’estimais, et tu me déshonores ! crois-moi, si ton coeur était fait pour jouir en paix de ce triomphe, il ne l’eût jamais obtenu.

Tu le sais, tes remords en augmenteront ; je n’avais point dans l’âme des inclinations vicieuses. La modestie et l’honnêteté m’étaient chères ; j’aimais à les nourrir dans une vie simple et laborieuse. Que m’ont servi des soins que le ciel a rejetés ! Dès le premier jour que j’eus le malheur de te voir, je sentis le poison qui corrompt mes sens et ma raison ; je le sentis du premier instant, et tes yeux, tes sentiments, tes discours, ta plume criminelle, le rendent chaque jour plus mortel.

Je n’ai rien négligé pour arrêter le progrès de cette passion funeste. Dans l’impuissance de résister, j’ai voulu me garantir d’être attaquée ; tes poursuites ont trompé ma vaine prudence. Cent fois j’ai voulu me jeter aux pieds des auteurs de mes jours, cent fois j’ai voulu leur ouvrir mon coeur coupable ; ils ne peuvent connaître ce qui s’y passe ; ils voudront appliquer des remèdes ordinaires à un mal désespéré : ma mère est faible et sans autorité ; je connais l’inflexible sévérité de mon père, et je ne ferai que perdre et déshonorer moi, ma famille, et toi-même. Mon amie est absente, mon frère n’est plus ; je ne trouve aucun protecteur au monde contre l’ennemi qui me poursuit ; j’implore en vain le ciel, le ciel est sourd aux prières des faibles. Tout fomente l’ardeur qui me dévore ; tout m’abandonne à moi-même, ou plutôt tout me livre à toi ; la nature entière semble être ta complice ; tous mes efforts sont vains, je t’adore en dépit de moi-même. Comment mon coeur, qui n’a pu résister dans toute sa force, céderait-il maintenant à demi ? comment ce coeur, qui ne sait rien dissimuler, te cacherait-il le reste de sa faiblesse ? Ah ! le premier pas, qui coûte le plus ; était celui qu’il ne fallait pas faire ; comment m’arrêterais-je aux autres ? Non ; de ce premier pas je me sens entraîner dans l’abîme, et tu peux me rendre aussi malheureuse qu’il te plaira.

Tel est l’état affreux où je me vois, que je ne puis plus avoir recours qu’à celui qui m’y a réduite, et que, pour me garantir de ma perte, tu dois être mon unique défenseur contre toi. Je pouvais, je le sais, différer cet aveu de mon désespoir ; je pouvais quelque temps déguiser ma honte, et céder par degrés pour m’en imposer à moi-même. Vaine adresse qui pouvait flatter mon amour-propre, et non pas sauver ma vertu ! Va, je vois trop, je sens trop où mène la première faute, et je ne cherchais pas à préparer ma ruine, mais à l’éviter.

Toutefois, si tu n’es pas le dernier des hommes, si quelque étincelle de vertu brilla dans ton âme, s’il y reste encore quelque trace des sentiments d’honneur dont tu m’as paru pénétré, puis-je te croire assez vil pour abuser de l’aveu fatal que mon délire m’arrache ? Non, je te connais bien ; tu soutiendras ma faiblesse, tu deviendras ma sauvegarde, tu protégeras ma personne contre mon propre coeur. Tes vertus sont le dernier refuge de mon innocence ; mon honneur s’ose confier au tien, tu ne peux conserver l’un sans l’autre ; âme généreuse, ah ! conserve-les tous deux ; et, du moins pour l’amour de toi-même, daigne prendre pitié de moi.

Is there any state in the world more terrible than mine? My heart painfully realizes its own guilt, and seems unable to stop feeling it; sin and remorse torment me simultaneously; and without knowing what my fate will be, I drift in unbearable doubt, torn between hope for mercy and fear of punishment.

But no, I expect nothing; I have no right to expect anything. The only favor I ask of you is to hasten my suffering. Fulfill a just vengeance. Is it not enough to be miserable when I am forced to beg you to do so? Punish me—you owe me that—but if you are not merciless, then at least shed that cold, displeased expression that fills me with despair: when someone convicted of a crime is sent to death, they should no longer be shown such anger.

Letter III – From Saint-Preux to Julie

Please do not be impatient, mademoiselle; this will be the last time I bother you.

When I began to love you, I had no idea of all the troubles that awaited me! At first, I felt only the sorrow of a love without hope—a sorrow that reason could eventually overcome with time. Later, I experienced even greater pain when I realized I might displeasure you; and now, I suffer the most cruel of all: witnessing the very pains you endure yourself. Oh Julie! I see it with bitter regret—my complaints disturb your peace. You maintain an invincible silence, but everything reveals to my attentive heart your secret turmoil. Your eyes grow dark and dreamy, fixed on the ground; occasionally, a lost gaze falls upon me; your vibrant colors fade; an unfamiliar paleness covers your cheeks; joy abandons you, and a deadly sorrow overwhelms you. Only the unchanging gentleness of your soul prevents you from losing your composure at all.

Whether it be sensitivity, disdain, or pity for my suffering, you are affected by it; I can see that. I fear that I might contribute to your own suffering, and this fear troubles me far more than the hope that should arise from it could possibly comfort me; for either I am mistaken myself, or your happiness is dearer to me than my own.

However, as I begin to reflect on myself, I realize how badly I had misjudged my own heart. It is only too late that I see that what I initially thought was a passing delusion would ultimately determine the course of my life. It is the progression of your sorrow that has made me aware of the extent of my own suffering. Never, no, never could the fire in your eyes, the radiance of your complexion, the charm of your intellect, or all the graces of your former happiness have had such a profound effect on me as your current despondency. Do not doubt it, divine Julie—if you could see the flames that these eight days of anguish have kindled in my soul, you would lament the suffering you are causing me. It is now beyond remedy, and I feel with despair that the fire that consumes me will only die with me in the grave.

It matters not; those who cannot bring themselves happiness at least deserve to be happy, and I will ensure that you come to respect a man to whom you have not deigned to respond in the slightest. I am young and may one day earn the regard I am not worthy of now. In the meantime, you must grant me the peace that I have lost forever—and that I am forced to take away from you against my will. It is only right that I bear alone the punishment for a crime of which I am the sole guilty party. Adieu, dear Julie; live in peace and regain your cheerfulness. From tomorrow on, you will no longer see me. But be assured: the ardent, pure love I have felt for you will never fade in my life; my heart, filled with such a noble object, will never stoop to anything dishonorable again. From now on, it will devote its only devotion to you and to virtue alone—and no other flames shall ever profane the altar where Julie was adored.

List of literary works

General list of titles

Julie’s Second Note

No, sir. After what you seemed to feel, after what you dared to say to me, a man like you who pretended to be someone else does not just stop there; he goes further.

Answer

I did not feign anything but a moderate passion in a heart filled with despair. Tomorrow you will be satisfied, and no matter what you say, I have done far less than simply leaving.

Letter IV – From Julie to Saint-Preux

Therefore, we must finally confess it—this fatal secret, so poorly concealed! How many times have I sworn that it would never leave my heart unless I died! But now, with your life in danger, it is forced out; it escapes me, and my honor is lost. Alas. I have kept my promises too faithfully; is there any death more cruel than to survive without one’s honor?

What can I say? How can I break this unbearable silence? Or perhaps, have I not already said everything, and have you not listened closely enough? Ah! You have seen too much to fail to guess the rest. Gradually drawn into the traps of a vile seducer, I see—without being able to stop myself—the horrible abyss into which I am rushing. Artful man! It is my love for you, far more than yours for me, that gives you your audacity. You see the confusion in my heart; you use it against me to destroy me. And when you make me seem despicable, the worst of all my sufferings is being forced to despise you too. Ah! Unhappy man. I once respected you, and now you dishonor me! Believe me: if your heart were truly meant to rejoice in such a triumph, it would never have achieved it.

You know that such remorse will only increase; I never harbored any wicked inclinations in my heart. Modesty and honesty were dear to me; I cherished them in a simple and hardworking life. What use were all those efforts that heaven itself rejected! From the very first day I had the misfortune of meeting you, I felt the poison that corrupts my senses and reason—I sensed it from that moment on, and your eyes, your feelings, your words, your criminal actions, they make it even more deadly every day.

I have done nothing to prevent the progression of this terrible passion. In my powerlessness to resist, I tried to ensure that I would be attacked; your pursuit deceived my futile caution. A hundred times I have wanted to throw myself at the feet of those who have brought me such suffering; a hundred times I have wanted to open my guilty heart to them—but they cannot know what lies within it. They will attempt to treat a desperate illness with ordinary remedies: my mother is weak and powerless; I know my father’s merciless severity, and any action on my part would only bring ruin to myself, my family, and you. My friend is gone, my brother is no more; I find no protector in this world against the enemy who hunts me down. In vain I implore the heavens—they turn a deaf ear to the prayers of the weak. Everything fuels the fire that consumes me; everything leaves me alone, or rather, everything hands me over to you. It seems as if nature itself is your accomplice. All my efforts are futile—I adore you against my will. How could my heart, which could not resist even with all its strength, now yield in the slightest? How could this heart, which knows no secrets, hide from you the rest of its weakness? Ah! That first step—the most difficult of all—was the one I should never have taken. How could I possibly stop at anything else? No; from that first step, I feel myself being drawn into the abyss, and you can make me as unhappy as you wish.

Such is the terrible state I find myself in that I can now have recourse only to the one who has reduced me to it; and in order to ensure my own ruin, you must become my sole defender against yourself. I could have delayed this confession of my despair; I could have concealed my shame for a while and gradually yielded step by step, in an attempt to convince myself otherwise. But what futile efforts! Such measures might have flattered my self-esteem, but they would never have saved my virtue. Alas, I see too clearly where the first mistake leads me; I did not seek to bring about my own downfall, but rather to avoid it.

However, if you are not the last of the decent people, if there is still a flicker of virtue in your soul, if there remains any trace of the sense of honor that I perceived in you—then can I believe you to be so vile as to exploit the fatal confession that my delirium forces me to make? No, I know you well; you will support my weakness, you will become my protector, you will safeguard me from myself. Your virtues are the last refuge of my innocence; my honor dares to trust in yours. You cannot preserve one without the other. Oh, generous soul—please preserve them both. And, for your own sake at least, have mercy on me.

Esiste al mondo uno stato più terribile del mio? Il mio cuore percepisce chiaramente quanto sia colpevole, e non smetterà mai di esserlo; il crimine e i rimorsi lo agitano contemporaneamente; e senza sapere quale sarà la mia sorte, vago in un dubbio insopportabile, tra la speranza nella clemenza e la paura del castigo.

Ma no, non spero nulla, non ho il diritto di sperare nulla. L’unica grazia che chiedo da voi è che acceleriate la mia punizione. Soddisfate una giusta vendetta. È davvero abbastanza sfortunato essere costretto a chiederla io stesso? Punite-mi, lo dovete; ma se non siete spietati, lasciate perdere quell’aspetto freddo e infastidito che mi getta nel disperazione: quando si manda un colpevole alla morte, non si dovrebbe più mostrargli rabbia.

Lettera III – Da Saint-Preux a Julie

Non siate impaziente, signorina; questa è l’ultima volta che vi disturbo.

Quando iniziai ad amarvi, non immaginavo affatto tutti i mali che mi aspettavano! All’inizio sentivo soltanto il dolore di un amore senza speranza, quel dolore che la ragione può vincere con il tempo; poi ne scoprii uno ancora più grande nel dolore di deludervi; e ora provo il più crudele di tutti: il dolore per le vostre stesse sofferenze. Oh Julie! Lo vedo con amarezza: le mie lamentele disturbano il vostro riposo. Mantenete un silenzio invincibile, ma tutto rivela ai miei occhi attenti le vostre segrete angosie. I vostri occhi diventano cupi, pensierosi, fissi a terra; alcuni sguardi smarriti sfiorano me; il vostro colorito vivace sbiadisce; una pallidezza strana copre le vostre guance; la gioia vi abbandona; una tristezza mortale vi schiaccia. E solo la dolcezza immutabile del vostro animo vi salva da un po’ di malumore.

Che si tratti di sensibilità, disprezzo o pietà per le mie sofferenze, ne siete influenzata, lo vedo; temo di contribuire alle vostre sofferenze, e questa paura mi addolora molto di più di quanto l’auspicio che dovrebbe derivarne possa consolarmi; perché o mi sbaglio io stesso, oppure il vostro benessere mi è più caro del mio.

Tuttavia, riflettendo su me stesso, inizio a rendermi conto di quanto abbia sbagliato a giudicare il mio cuore; mi rendo conto troppo tardi che ciò che all’inizio ho scambiato per un delirio passeggero diventerà il destino della mia vita. È lo sviluppo della tua tristezza che mi ha fatto percepire l’aggravarsi del mio dolore. Mai, no, mai il fuoco dei tuoi occhi, lo splendore della tua pelle, i fascini del tuo spirito, tutte le grazie della tua antica allegria avrebbero potuto produrre un effetto simile a quello della tua malinconia. Non dubitare, divina Julie: se solo potessi vedere quale ardore questi otto giorni di sofferenza hanno acceso nel mio animo, anche tu gemeresti per i mali che mi stai causando. Ormai sono senza rimedio, e sento con disperazione che il fuoco che mi consuma si spegnerà soltanto nella tomba.

Che importa; chi non può rendersi felice può almeno meritare di esserlo, e io riuscirò a farvi apprezzare un uomo a cui non avete nemmeno degnato una risposta. Sono giovane e un giorno potrò meritare la considerazione di cui ora non sono degno. Nel frattempo, dovete restituirmi la pace che ho perso per sempre, e che vi sto togliendo contro la mia volontà. È giusto che io solo sopporti il peso del crimine di cui sono l’unico colpevole. Addio, Julie troppo bella; vivete in tranquillità e riprendete la vostra allegria. Domani non mi vedrete più. Ma sappiate che l’amore ardente e puro che ho provato per voi non si spegnerà mai nella mia vita; il mio cuore, pieno di un oggetto così nobile, non saprà mai umiliarsi di nuovo. Condividerà da ora in poi i suoi unici omaggi tra voi e la virtù. E nessuno mai profanerà l’altare su cui Julie è stata adorata.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Secondo biglietto di Julie

No, signore: dopo ciò che avete mostrato di provare, dopo ciò che avete osato dirmi, un uomo come quello che avete finto di essere non si limita a questo; fa di più.

Risposta

Non ho finto altro che una passione moderata in un cuore pieno di disperazione. Domani sarai soddisfatta, e, qualunque cosa tu possa dire, avrò fatto meno che semplicemente andarmene.

Lettera IV – Di Julie a Saint-Preux

Dobbiamo quindi ammetterlo finalmente: questo segreto fatale, troppo mal nascosto. Quante volte ho giurato che non sarebbe mai uscito dal mio cuore se non insieme alla mia vita! Ma il pericolo che minaccia la tua vita me lo costringe a rivelarlo; mi sfugge dalle mani. E l’onore è perduto. Ahimè. Ho troppo mantenuto le mie promesse. Esiste una morte più crudele di quella di sopravvivere alla perdita dell’onore?

Che dire? Come rompere un silenzio così penoso? O forse ho già detto tutto, e tu non mi hai ascoltata abbastanza attentamente. Ah! Hai visto troppo per non indovinare il resto! Trascinata gradualmente nelle trappole di un vile seduttore, vedo, senza potermi fermare, l’orribile abisso verso cui corro. Uomo artificioso. È proprio il mio amore, più che il tuo, a darti la tua audacia. Vedi l’abisso nel quale è caduto il mio cuore; ne approfitti per perdermi. E quando mi rendi spregevole, il peggio dei miei mali è essere costretta a disprezzarti anch’io. Ah! Infelice. Ti stimavo, e tu mi disonori! Credimi: se il tuo cuore fosse davvero fatto per godere in pace di questo trionfo, non l’avrebbe mai ottenuto.

Lo sai bene: i tuoi rimorsi aumenteranno ancora di più; io non avevo nel mio animo alcuna inclinazione malvagia. La modestia e l’onestà mi erano care; amavo coltivarle in una vita semplice e laboriosa. A che mi sono serviti tutti quegli sforzi che il cielo ha rifiutato! Dal primo giorno in cui ho avuto la sfortuna di incontrarti, ho sentito quel veleno che corrompe i miei sensi e la mia ragione; l’ho percepito fin dal primo istante. E i tuoi occhi, i tuoi sentimenti, le tue parole, quella tua “penna criminale” rendono ogni giorno quel veleno ancora più letale.

Non ho trascurato nulla per fermare la progressione di questa funesta passione. Impotente a resistere, ho cercato di assicurarmi che le tue persecuzioni non avessero successo; ma le tue azioni hanno vanificato ogni mia precauzione. Cento volte ho voluto gettarmi ai piedi dei responsabili delle mie sventure, cento volte ho voluto aprire loro il mio cuore colpevole. Ma loro non possono conoscere ciò che vi accade; cercheranno di applicare rimedi ordinari a un male ormai disperato. Mia madre è debole e senza autorità; conosco l’inflexibile severità di mio padre. E tutto ciò significherebbe solo perdita, disonore per me, per la mia famiglia, e per te stesso. La mia amica è assente, mio fratello non c’è più. Non trovo alcun protettore al mondo contro il nemico che mi insegue. Invoco invano il cielo. Ma il cielo è sordo alle preghiere dei deboli. Tutto alimenta l’ardore che mi divora. Tutto mi abbandona a me stessa. O, meglio detto, tutto mi consegna a te. L’intera natura sembra essere tua complice. Tutti i miei sforzi sono vani. Ti amo nonostante me stessa. Come potrebbe il mio cuore, che non è riuscito a resistere nemmeno con tutte le sue forze, arrendersi ora, anche solo in parte? Come potrebbe questo cuore, che non sa nascondere nulla, celarti la restante parte della sua debolezza? Ah. Il primo passo, quello che costa di più, era proprio il passo che non avrei mai dovuto compiere. Come potrei fermarmi ora? No. Da quel primo passo mi sento trascinata verso l’abisso. E tu puoi rendermi infelice quanto desideri.

Ecco in quale orribile stato mi trovo: non posso più ricorrere se non a colui che mi ha ridotta in questa condizione; per proteggermi dalla mia stessa rovina, tu devi essere il mio unico difensore contro di te stesso. Avrei potuto, lo so, ritardare questo ammettere il mio dispero; avrei potuto nascondere a lungo la mia vergogna e cedere gradualmente, per riuscire a sopportarla. Vane tentativi: potevano forse lusingare il mio orgoglio, ma non salvare la mia virtù! Andiamo, vedo troppo chiaramente, sento troppo bene dove conduce il primo errore. Non cercavo di prepararmi alla rovina, ma di evitarla.

Tuttavia, se non sei l’ultimo degli uomini, se in te brilla ancora un barlume di virtù, se nella tua anima rimangono tracce dei sentimenti d’onore di cui mi hai dato prova, posso forse credere che tu sia abbastanza vile da abusare della confessione fatale che il mio delirio mi strappa dalle labbra? No, ti conosco bene: sosterrai la mia debolezza, diventerai la mia salvezza, proteggerai la mia persona dal mio stesso cuore. Le tue virtù sono l’ultimo rifugio della mia innocenza; il mio onore si fida del tuo. Non puoi conservare l’uno senza l’altro. Anima generosa, ah! conservali entrambi. E, almeno per amore di te stesso, abbi pietà di me.

O Dieu ! suis-je assez humiliée ! Je t’écris à genoux, je baigne mon papier de mes pleurs ; j’élève à toi mes timides supplications. Et ne pense pas cependant que j’ignore que c’était à moi d’en recevoir, et que, pour me faire obéir, je n’avais qu’à me rendre avec art méprisable. Ami, prends ce vain empire, et laisse-moi l’honnêteté : j’aime mieux être ton esclave, et vivre innocente, que d’acheter ta dépendance au prix de mon déshonneur. Si tu daignes m’écouter, que d’amour, que de respects ne dois-tu pas attendre de celle qui te devra son retour à la vie ! Quels charmes dans la douce union de deux âmes pures ! Tes désirs vaincus seront la source de ton bonheur, et les plaisirs dont tu jouiras seront dignes du ciel même.

Je crois, j’espère qu’un coeur qui m’a paru mériter tout l’attachement du mien ne démentira pas la générosité que j’attends de lui ; j’espère encore que, s’il était assez lâche pour abuser de mon égarement et des aveux qu’il m’arrache, le mépris, l’indignation, me rendraient la raison que j’ai perdue, et que je ne serais pas assez lâche moi-même pour craindre un amant dont j’aurais à rougir. Tu seras vertueux, ou méprisé ; je serai respectée, ou guérie : voilà l’unique espoir qui me reste avant celui de mourir.

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Liste générale des titres

Lettre VI – De Julie à Claire

Veux-tu, ma cousine, passer ta vie à pleurer cette pauvre Chaillot, et faut-il que les morts te fassent oublier les vivants ? Tes regrets sont justes ; et je les partage ; mais doivent-ils être éternels ? Depuis la perte de ta mère, elle t’avait élevée avec le plus grand soin : elle était plutôt ton amie ta gouvernante ; elle t’aimait tendrement, et m’aimait parce que tu m’aimes ; elle ne nous inspira jamais que des principes de sagesse et d’honneur. Je sais tout cela, ma chère, et j’en conviens avec plaisir. Mais conviens aussi que la bonne femme était peu prudente avec nous ; qu’elle nous faisait sans nécessité les confidences les plus indiscrètes ; qu’elle nous entretenait sans cesse des maximes de la galanterie, des aventures de sa jeunesse, du manège des amants ; et que, pour nous garantir des pièges des hommes, si elle ne nous apprenait pas à leur en tendre, elle nous instruisait au moins de mille choses que des jeunes filles se passeraient bien de savoir. Console-toi donc de sa perte comme d’un mal qui n’est pas sans quelque dédommagement : à l’âge où nous sommes, ses leçons commençaient à devenir dangereuses, et le ciel nous l’a peut-être ôtée au moment où il n’était pas bon qu’elle nous restât plus longtemps. Souviens-toi de tout ce que tu me disais quand je perdis le meilleur des frères. La Chaillot t’est-elle plus chère ? As-tu plus de raison de la regretter ?

Reviens, ma chère ; elle n’a plus besoin de toi. Hélas ! tandis que tu perds ton temps en regrets superflus, comment ne crains-tu point de t’en attirer d’autres ? comment ne crains-tu point, toi qui connais l’état de mon coeur, d’abandonner ton amie à des périls que ta présence aurait prévenus ? Oh ! qu’il s’est passé de choses depuis ton départ ! Tu frémiras en apprenant quels dangers j’ai courus par mon imprudence. J’espère en être délivrée : mais je me vois, pour ainsi dire, à la discrétion d’autrui : c’est à toi de me rendre à moi-même. Hâte-toi donc de revenir. Je n’ai rien dit tant que tes soins étaient utiles à ta pauvre Bonne ; j’eusse été la première à t’exhorter à les lui rendre. Depuis qu’elle n’est plus, c’est à sa famille que tu les dois : nous les remplirons mieux ici de concert que tu ne ferais seule à la campagne, et tu t’acquitteras des devoirs de la reconnaissance sans rien ôter à ceux de l’amitié.

Depuis le départ de mon père nous avons repris notre ancienne manière de vivre, et ma mère me quitte moins ; mais c’est par habitude plus que par défiance. Ses sociétés lui prennent encore bien des moments qu’elle ne veut pas dérober à mes petites études, et Babi remplit alors sa place assez négligemment. Quoique je trouve à cette bonne mère beaucoup trop de sécurité, je ne puis me résoudre à l’en avertir ; je voudrais bien pourvoir à ma sûreté sans perdre son estime, et c’est toi seule qui peux concilier tout cela. Reviens, ma Claire, reviens sans tarder. J’ai regret aux leçons que je prends sans toi, et j’ai peur de devenir trop savante. Notre maître n’est pas seulement un homme de mérite ; il est vertueux, et n’en est que plus à craindre. Je suis trop contente de lui pour l’être de moi : à son âge et au nôtre avec l’homme le plus vertueux, quand il est aimable, il vaut mieux être deux filles qu’une.

Lettre VII – Réponse

Je t’entends, et tu me fais trembler. Non que je croie le danger aussi pressant que tu l’imagines. Ta crainte modère la mienne sur le présent, mais l’avenir m’épouvante, et, si tu ne peux te vaincre, je ne vois plus que des malheurs. Hélas ! combien de fois la pauvre Chaillot m’a t-elle prédit que le premier soupir de ton coeur ferait le destin de ta vie ! Ah ! cousine, si jeune encore, faut-il voir déjà ton sort s’accomplir ! Qu’elle va nous manquer, cette femme habile que tu nous crois avantageux de perdre ! Il l’eût été peut-être de tomber d’abord en de plus sûres mains ; mais nous sommes trop instruites en sortant des siennes pour nous laisser gouverner par d’autres, et pas assez pour nous gouverner nous-mêmes : elle seule pouvait nous garantir des dangers auxquels elle nous avait exposées. Elle nous a beaucoup appris, et nous avons, ce me semble, beaucoup pensé pour notre âge. La vive et tendre amitié qui nous unit presque dès le berceau nous a, pour ainsi dire, éclairé le coeur de bonne heure sur toutes les passions : nous connaissons assez bien leurs signes et leurs effets ; il n’y a que l’art de les réprimer qui nous manque. Dieu veuille que ton jeune philosophe connaisse mieux que nous cet art-là !

Quand je dis nous, tu m’entends ; c’est surtout de toi que je parle : car, pour moi, la Bonne m’a toujours dit que mon étourderie me tiendrait lieu de raison, que je n’aurais jamais l’esprit de savoir aimer, et que j’étais trop folle pour faire un jour des folies. Ma Julie, prends garde à toi ; mieux elle augurait de ta raison, plus elle craignait pour ton coeur. Aie bon courage cependant ; tout ce que la sagesse et l’honneur pourront faire, je sais que ton âme le fera ; et la mienne fera, n’en doute pas, tout ce que l’amitié peut faire à son tour. Si nous en savons trop pour notre âge, au moins cette étude n’a rien coûté à nos moeurs. Crois, ma chère, qu’il y a bien des filles plus simples qui sont moins honnêtes que nous nous le sommes parce que nous voulons l’être ; et, quoi qu’on en puisse dire, c’est le moyen de l’être plus sûrement.

Cependant, sur ce que tu me marques, je n’aurai pas un moment de repos que je ne sois auprès de toi, car, si tu crains le danger, il n’est pas tout à fait chimérique. Il est vrai que le préservatif est facile : deux mots à ta mère, et tout est fini. Mais je te comprends, tu ne veux point d’un expédient qui finit tout : tu veux bien t’ôter le pouvoir de succomber, mais non pas l’honneur de combattre. O pauvre cousine !… encore si la moindre lueur… Le baron d’Etange consentir à donner sa fille, son enfant unique, à un petit bourgeois sans fortune ! L’espères-tu ?… Qu’espères-tu donc ? que veux-tu ?… Pauvre, pauvre cousine !… Ne crains rien toutefois de ma part ; ton secret sera gardé par ton amie. Bien des gens trouveraient plus honnête de le révéler ; peut-être auraient-ils raison. Pour moi, qui ne suis pas une grande raisonneuse, je ne veux point d’une honnêteté qui trahit l’amitié, la foi, la confiance ; j’imagine que chaque relation, chaque âge a ses maximes, ses devoirs, ses vertus ; que ce qui serait prudence à d’autres, à moi serait perfidie, et qu’au lieu de nous rendre sages, on nous rend méchants en confondant tout cela. Si ton amour est faible, nous le vaincrons ; s’il est extrême, c’est l’exposer à des tragédies que de l’attaquer par des moyens violents ; et il ne convient à l’amitié de tenter que ceux dont elle peut répondre. Mais, en revanche, tu n’as qu’à marcher droit quand tu seras sous ma garde : tu verras, tu verras ce que c’est qu’une duègne de dix-huit ans.

Oh God! Am I not humiliated enough? I write to you while kneeling, my paper soaked with my tears; I raise to you my timid prayers. Yet do not think that I am unaware that it was my duty to submit, and that all I needed to make me obey was to yield in a manner worthy of contempt. My friend, take this vain power and leave me honesty; I would rather be your slave and live in innocence than buy your dependence at the cost of my own disgrace. If you deign to listen to me, what love and respect should not that one who owes you her return to life expect from you! What charms lie in the sweet union of two pure souls! Your conquered desires will become the source of your happiness, and the pleasures you will enjoy will be worthy even of heaven itself.

I believe, I hope that a heart which seemed to deserve all the devotion I could give will not disappoint the generosity I expect from it; I also hope that, if it were so base as to take advantage of my confusion and the confessions it forces me to make, then contempt and indignation would restore me to my senses, and I would not be weak enough to fear a lover whom I should have reason to ashamed of. You will either be virtuous or despised; I will either be respected or cured: this is the only hope that remains to me, apart from the hope of dying.

List of literary works

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Letter VI – From Julie to Claire

“Do you really want to spend your whole life mourning that poor Chaillot, my dear cousin? Must the dead make you forget those who are alive? Your regrets are just; I share them. But do they have to be eternal? Since the death of your mother, she had raised you with great care—she was more like a friend and a governess to you. She loved you tenderly and also loved me because you loved me. She always instilled in us principles of wisdom and honor. I know all this, my dear, and I accept it gladly. But admit also that that kind woman was sometimes rather imprudent with us—she shared with us the most indiscreet confidences without necessity, constantly talking to us about the arts of seduction, her own youthful adventures, and the ways of lovers. And though she didn’t teach us how to set traps for men, she certainly told us a thousand things that young girls would be better off not knowing. So console yourself in her loss as if it were a misfortune that carried with it some compensation: at our age, the lessons she taught us had begun to become dangerous. Perhaps God took her away just when it was no longer good for her to stay with us any longer. Remember all the things you used to tell me when I lost my best brother. Is Chaillot now dearer to you? Do you have even more reason to mourn her?”

“Come back, my dear; she no longer needs you. Alas! While you waste your time on unnecessary regrets, how can you not fear attracting even more of them? How can you not fear, knowing the state of my heart, leaving your friend to face dangers that your presence could have prevented? Oh! So much has happened since you left! You will tremble when you learn what dangers I have faced due to my own imprudence. I hope I will be freed from them. But I am, in a sense, at the mercy of others; it is up to you to restore me to myself. Hurry and come back. As long as your care was useful to your poor Bonne, I would have been the first to urge you to continue providing for her. Now that she is no longer here, it is her family who deserves your support: we will fulfill these duties together far better than you could do alone in the countryside, and you will fulfill your obligations of gratitude without diminishing those of friendship.”

Since my father left, we have returned to our old way of living, and my mother spends less time away from me; but it is more out of habit than out of distrust. Her social activities still take up much of her time, and she doesn’t want to deprive me of my studies. Babi then fills in for her, though rather carelessly. Although I find this good mother’s attention towards me somewhat excessive, I cannot bring myself to warn her about it. I would like to ensure my own safety without losing her respect, and only you can make it all possible. Come back, my Claire, come back as soon as possible. I miss the lessons we used to take together, and I’m afraid I might become too learned. Our teacher is not only a man of merit; he is also virtuous, which makes him even more formidable. I am far too pleased with him to be satisfied with myself; at his age, and in our situation, with the most virtuous man—if he is kind too—it would be better to have two daughters than just one.

Letter VII – Response

I hear you, and your words make me tremble. It’s not that I believe the danger is as imminent as you imagine. Your fear tempers mine for the present, but the future fills me with dread. If you cannot overcome it yourself, I see nothing but misfortune ahead. Alas! How many times has poor Chaillot predicted to me that the first sigh from your heart would determine the course of your life! Ah, cousin, so young already—must your fate really be unfolding before our eyes? How much we will miss that capable woman whom you think it would be a loss for us to lose! Perhaps it would have been better to fall into more reliable hands at first; but having learned so much from her, we are too discerning now to let others govern us—and yet not wise enough to govern ourselves. Only she could have protected us from the dangers she had exposed us to. She taught us much, and for our age, I believe we have thought deeply. The strong and tender friendship that has bound us since childhood has, so to speak, enlightened us about all human passions at an early age; we know well their signs and effects—only the art of restraining them is what we lack. May God grant that your young philosopher understand this art better than we do!

When I say “us,” you understand me; it is mainly of you that I am speaking. For to me, the Good One has always told me that my carelessness would serve as my reason, that I would never possess the wisdom to know how to love, and that I was too foolish to ever commit any real mistakes. My Julie, take care of yourself; the better your judgment seems, the more I fear for your heart. Nevertheless, have courage—whatever wisdom and honor can do, I know your soul will be able to do as well; and my own soul, believe me, will do everything that friendship demands of it. If we know too much for our age, at least this learning has not harmed our morals in the slightest. Believe me, my dear, there are many girls who are simpler than us yet less honest, simply because we strive to be honest; and no matter what anyone says, this is precisely the way to be truly honest.

However, regarding what you have told me, I will not find a moment of rest until I am by your side, for if you fear danger, it is not entirely unfounded. It is true that using a contraceptive is simple: just two words to your mother, and the matter is settled. But I understand you; you do not wish to resort to a solution that ends everything. You are willing to deprive yourself of the possibility of falling, but not of the honor to fight. Oh, poor cousin!. Even if there were the slightest hope. Would the Baron d’Etange consent to give his daughter, his only child, to a penniless small-bourgeois? Do you really expect that?. What do you expect then? What do you want?. Poor, poor cousin!. But do not fear anything from me; your secret will be kept by your friend. Many people might consider it more honest to reveal it; perhaps they would be right. But for someone like me, who is not particularly discerning, I refuse any honesty that betrays friendship, trust, and confidence. I believe that every relationship, every age has its own principles, duties, and virtues; what might be prudent for others could be considered treacherous for me, and by confusing all these things, we might become worse rather than wiser. If your love is weak, we will strengthen it; if it is intense, attacking it with violent means would only expose it to tragedy. And it is not the role of friendship to resort to such methods, unless one is certain of being able to handle the consequences. But on the other hand, as long as you are under my protection, you need only follow my guidance: you will see what an eighteen-year-old “duègne” can be.

Oh Dio! Sono abbastanza umiliata. Ti scrivo in ginocchio, bagnando il mio foglio con le mie lacrime; ti rivolgo le mie timide suppliche. Eppure non pensare che io ignori di essere stata io ad aver commesso l’errore, e che, per farmi obbedire, bastava semplicemente che mi sottomettessi in modo spregevole. Amico mio, prenditi questo vano potere. Lasciami invece la rettitudine: preferisco essere tua schiava e vivere onestamente, piuttosto che acquistare la tua dipendenza al prezzo della mia vergogna. Se solo vorrai ascoltarmi. Quanto amore, quanta stima non dovresti ricevere da colei che ti restituirà la vita! Che meravigliosi doni nella dolce unione di due anime pure. I tuoi desideri, una volta soddisfatti, diventeranno la fonte della tua felicità; i piaceri che godrai saranno degni persino del cielo stesso.

Credo, spero che un cuore che mi è sembrato degno di tutto il mio affetto non deluda la generosità che da lui attendo; spero ancora che, se dovesse essere abbastanza meschino da approfittare della mia debolezza e delle confessioni che mi estorce, il disprezzo e l’indignazione mi restituiranno la ragione che ho perso, e che io stessa non sarò abbastanza debole da temere un amante di cui dovrei vergognarmi. Tu sarai virtuoso, o disprezzato; io sarò rispettata, o guarita: questo è l’unico speranza che mi rimane, oltre a quella di morire.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera VI – Di Julie a Claire

Mia cara cugina, vuoi davvero trascorrere tutta la tua vita a piangere quella povera Chaillot? Devono forse i morti farti dimenticare i vivi? I tuoi rimpianti sono giusti; e li condivido anch’io. Ma devono essere eterni? Dalla perdita di tua madre, lei ti aveva cresciuta con grande cura: era più una tua amica che una governante; ti amava profondamente, e mi amava perché tu mi ami. Non ci ha mai inculcato altro che principi di saggezza e onore. Lo so tutto questo, mia cara. E ne sono felice. Ma ammetti anche che quella brava donna non era molto prudente con noi: ci confidava senza necessità cose molto indiscrete; ci parlava continuamente di galanterie, delle avventure della sua giovinezza, dei comportamenti degli amanti. E se non ci insegnava a tendere trappole agli uomini, almeno ci insegnava mille cose che le ragazze giovani sarebbero meglio senza sapere. Consolati quindi della sua perdita come di un male che forse ha anche i suoi compensi: all’età in cui siamo, le sue “lezioni” cominciavano a diventare pericolose. E forse il cielo ce l’ha tolta proprio nel momento in cui non era più opportuno che rimanesse con noi. Ricorda tutto quello che mi dicevi quando persi il mio migliore fratello. Chaillot ti è forse ancora più cara? Hai ancora più ragione di rammaricartene?

Torna, mia cara; lei non ha più bisogno di te. Ahimè! Mentre tu perdi il tuo tempo in rimpianti superflui, come puoi non temere di attirartene altri? Come puoi, tu che conosci lo stato del mio cuore, abbandonare la tua amica a pericoli che la tua presenza avrebbe potuto evitare? Oh! Quante cose sono accadute da quando te ne sei andata. Tremerai nell’apprendere quali pericoli ho corso a causa della mia imprudenza. Spero di essere finalmente liberata da essi; ma mi trovo, in qualche modo, alla discrezione degli altri: è a te che spetta restituirmi me stessa. Torna dunque subito. Non ho detto nulla finché le tue attenzioni erano utili per la tua povera Bonne. Sarei stata la prima a esortarti a continuare ad occupartene. Ora che lei non c’è più, è alla sua famiglia che devi dedicare il tuo tempo: qui potremo svolgere questi doveri insieme, meglio di quanto tu potresti fare da sola in campagna. E così adempirai ai tuoi obblighi di riconoscenza senza privarti di nulla di ciò che appartiene all’amicizia.

Dall’uscita di mio padre abbiamo ripreso il nostro vecchio modo di vivere, e mia madre mi lascia meno spesso; ma è più per abitudine che per diffidenza. Le sue compagnie le prendono ancora molto tempo, e lei non vuole privarmi degli studi. Babi, allora, occupa il suo posto in modo piuttosto negligente. Anche se trovo questa buona madre troppo sicura di sé, non riesco a decidermi ad avvertirla; vorrei poter garantire la mia sicurezza senza perdere il suo rispetto. E sei tu l’unica che può conciliare tutto questo. Torna, mia Claire, torna subito. Mi mancano le lezioni che faccio senza di te. E ho paura di diventare troppo sapiente. Il nostro maestro non è solo un uomo meritevole: è anche virtuoso. E per questo è ancora più temibile. Sono troppo contenta di lui per essere contenta di me stessa. Alla sua età, e alla nostra, con l’uomo più virtuoso, quando è anche affascinante, è meglio essere due ragazze che una.

Lettera VII – Risposta

Ti sento, e le tue parole mi fanno tremare. Non perché creda che il pericolo sia così imminente come tu immagini. La tua paura attenua la mia nel presente, ma il futuro mi spaventa; se non riesci a dominarti, non vedo altro che disastri davanti a noi. Ahimè! Quante volte quella povera Chaillot ci ha predetto che il primo sospiro del tuo cuore avrebbe determinato il destino della tua vita. Oh, cugina. Così giovane ancora, e già il tuo destino si sta compiendo. Che mancanza sarà per noi quella donna abile che tu ritieni possa esserci di aiuto. Forse sarebbe stato meglio finire prima in mani più sicure. Ma ormai sappiamo troppo, dopo essere state sotto la sua guida. Non siamo abbastanza sagge da governarci da sole. Solo lei poteva proteggerci dai pericoli a cui ci aveva esposto. Ci ha insegnato molto. E credo che abbiamo riflettuto molto, per la nostra età. L’affetto profondo e tenero che ci unisce fin dalla culla ci ha, in qualche modo, fatto comprendere fin da piccole tutte le passioni umane. Conosciamo bene i loro segni e i loro effetti. Manca solo l’arte di reprimerle. Che Dio voglia che il tuo giovane “filosofo” conosca meglio di noi questa arte.

Quando dico “noi”, intendi me; parlo soprattutto di te: perché, per quanto mi riguarda, la Buona mi ha sempre detto che la mia leggerezza avrebbe preso il posto della ragione, che non avrei mai imparato ad amare e che ero troppo folle per commettere mai vere follie. Mia Julie, stai attenta a te; più la tua ragione sembra sviluppata, più temo per il tuo cuore. Tuttavia, abbi coraggio: tutto ciò che la saggezza e l’onore possono fare, so che la tua anima lo farà; e la mia, ne sono certa, farà tutto ciò che l’amicizia può chiedere a sua volta. Anche se sappiamo troppo per la nostra età, almeno questa “studiata” non ha mai danneggiato le nostre virtù. Credimi, cara mia: ci sono molte ragazze più semplici di noi che sono meno oneste, proprio perché vogliamo esserlo; e, qualunque cosa si possa dire, questo è senz’altro il modo per esserlo con maggiore certezza.

Tuttavia, riguardo a ciò che mi hai detto, non avrò un momento di pace finché non sarò al tuo fianco, perché, se temi pericoli, questi non sono affatto immaginari. È vero che il mezzo per proteggersi è semplice: basta dire due parole a tua madre e tutto sarà risolto. Ma ti capisco: non vuoi un rimedio che metta fine a tutto; preferisci perdere la possibilità di cadere, ma non l’onore di combattere. Povera cugina. Anche se ci fosse una minima speranza. Il barone d’Etange accetterebbe di dare sua figlia, il suo unico figlio, a un piccolo borghese senza fortuna! Lo speri davvero?. Cosa speri, allora? Cosa vuoi?. Povera, povera cugina. Ma non temere nulla da parte mia: il tuo segreto sarà custodito dalla tua amica. Molti riterranno più onesto rivelarlo. Forse avranno ragione. Per me, che non sono una grande razionalista, non desidero un’onestà che tradisca l’amicizia, la fiducia, la confidenza. Immagino che ogni relazione, ogni età abbia le sue regole, i suoi doveri, le sue virtù. Ciò che per altri sarebbe prudenza, per me sarebbe tradimento. E invece di renderci saggi, ci renderebbe malvagi confondendo tutto questo. Se il tuo amore è debole, lo vinceremo; se è estremo, attaccarlo con mezzi violenti significherebbe esporlo a tragedie. E non spetta all’amicizia tentare qualcosa di cui non si possa essere certe del risultato. Ma, d’altra parte, basterà che tu segua le mie indicazioni: vedrai cosa significa essere una “duègne” di diciotto anni.

Je ne suis pas, comme tu sais, loin de toi pour mon plaisir ; et le printemps n’est pas si agréable en campagne que tu penses ; on y souffre à la fois le froid et le chaud ; on n’a point d’ombre à la promenade, et il faut se chauffer dans la maison. Mon père, de son côté, ne laisse pas, au milieu de ses bâtiments, de s’apercevoir qu’on a la gazette ici plus tard qu’à la ville. Ainsi tout le monde ne demande pas mieux que d’y retourner, et tu m’embrasseras, j’espère, dans quatre ou cinq jours. Mais ce qui m’inquiète est que quatre ou cinq jours font je ne sais combien d’heures, dont plusieurs sont destinées au philosophe. Au philosophe, entends-tu, cousine ? Pense que toutes ces heures-là ne doivent sonner que pour lui.

Ne va pas ici rougir et baisser les yeux. Prendre un air grave, il t’est impossible ; cela ne peut aller à tes traits. Tu sais bien que je ne saurais pleurer sans rire, et que je n’en suis pas pour cela moins sensible ; je n’en ai pas moins de chagrin d’être loin de toi ; je n’en regrette pas moins la bonne Chaillot. Je te sais un gré infini de vouloir partager avec moi le soin de sa famille, je ne l’abandonnerai de mes jours ; mais tu ne serais plus toi-même si tu perdais quelque occasion de faire du bien. Je conviens que la pauvre mie était babillarde, assez libre dans ses propos familiers, peu discrète avec de jeunes filles, et qu’elle aimait à parler de son vieux temps. Aussi ne sont-ce pas tant les qualités de son esprit que je regrette, bien qu’elle en eût d’excellentes parmi de mauvaises ; la perte que je pleure en elle, c’est son bon coeur, son parfait attachement, qui lui donnait à la fois pour moi la tendresse d’une mère et la confiance d’une soeur. Elle me tenait lieu de toute ma famille. À peine ai-je connu ma mère ! mon père m’aime autant qu’il peut aimer ; nous avons perdu ton aimable frère, je ne vois presque jamais les miens : me voilà comme une orpheline délaissée. Mon enfant, tu me restes seule ; car ta bonne mère, c’est moi. Tu as raison pourtant ; tu me restes. Je pleurais ! j’étais donc folle : qu’avais-je à pleurer ?

P.-S. De peur d’accident, j’adresse cette lettre à notre maître, afin qu’elle te parvienne plus sûrement.

Lettre VIII – De Saint-Preux à Julie

[20]

Quels sont, belle Julie, les bizarres caprices de l’amour ! Mon coeur a plus qu’il n’espérait, et n’est pas content ! Vous m’aimez, vous me le dites, et je soupire ! Ce coeur injuste ose désirer encore, quand il n’a plus rien à désirer ; il me punit de ses fantaisies, et me rend inquiet au sein du bonheur. Ne croyez pas que j’aie oublié les lois qui me sont imposées, ni perdu la volonté de les observer ; non : mais un secret dépit m’agite en voyant que ces lois ne coûtent qu’à moi, que vous qui vous prétendiez si faible êtes si forte à présent, et que j’ai si peu de combats à rendre contre moi-même, tant je vous trouve attentive à les prévenir.

Que vous êtes changée depuis deux mois, sans que rien ait changé que vous ! Vos langueurs ont disparu : il n’est plus question de dégoût ni d’abattement ; toutes les grâces sont venues reprendre leurs postes ; tous vos charmes se sont ranimés ; la rose qui vient d’éclore n’est pas plus fraîche que vous ; les saillies ont recommencé ; vous avez de l’esprit avec tout le monde ; vous folâtrez, même avec moi, comme auparavant ; et, ce qui m’irrite plus que tout le reste ; vous me jurez un amour éternel d’un air aussi gai que si vous disiez la chose du monde la plus plaisante.

Dites, dites, volage, est-ce là le caractère d’une passion violente réduite à se combattre elle-même ? et si vous aviez le moindre désir à vaincre, la contrainte n’étoufferait-elle pas au moins l’enjouement ? Oh ! que vous étiez bien plus aimable quand vous étiez moins belle ! que je regrette cette pâleur touchante, précieux gage du bonheur d’un amant ! et que je hais l’indiscrète santé que vous avez recouvrée aux dépens de mon repos ! Oui, j’aimerais mieux vous voir malade encore que cet air content, ces yeux brillants, ce teint fleuri, qui m’outragent. Avez-vous oublié sitôt que vous n’étiez pas ainsi quand vous imploriez ma clémence ? Julie, Julie, que cet amour si vif est devenu tranquille en peu de temps !

Mais ce qui m’offense plus encore, c’est qu’après vous être remise à ma discrétion, vous paraissez vous en défier, et que vous fuyez les dangers comme s’il vous en restait à craindre. Est-ce ainsi que vous honorez ma retenue, et mon inviolable respect méritait-il cet affront de votre part ? Bien loin que le départ de votre père nous ait laissé plus de liberté, à peine peut-on vous voir seule. Votre inséparable cousine ne vous quitte plus. Insensiblement nous allons reprendre nos premières manières de vivre et notre ancienne circonspection, avec cette unique différence qu’alors elle vous était à charge, et qu’elle vous plaît maintenant.

Quel sera donc le prix d’un si pur hommage, si votre estime ne l’est pas, et de quoi me sert l’abstinence éternelle et volontaire de ce qu’il y a de plus doux au monde, si celle qui l’exige ne m’en sait aucun gré ? Certes, je suis las de souffrir inutilement et de me condamner aux plus dures privations sans en avoir même le mérite. Quoi ! faut-il que vous embellissiez impunément, tandis que vous me méprisez ? Faut-il qu’incessamment mes yeux dévorent des charmes dont jamais ma bouche n’ose approcher ? Faut-il enfin que je m’ôte à moi-même toute espérance, sans pouvoir au moins m’honorer d’un sacrifice aussi rigoureux ? Non ; puisque vous ne vous fiez pas à ma foi, je ne veux plus la laisser vainement engagée : c’est une sûreté injuste que celle que vous tirez à la fois de ma parole et de vos précautions ; vous êtes trop ingrate, ou je suis trop scrupuleux, et je ne veux plus refuser de la fortune les occasions que vous n’aurez pu lui ôter. Enfin, quoi qu’il en soit de mon sort, je sens que j’ai pris une charge au-dessus de mes forces. Julie, reprenez la garde de vous-même ; je vous rends un dépôt trop dangereux pour la fidélité du dépositaire, et dont la défense coûtera moins à votre coeur que vous n’avez feint de la craindre.

Je vous le dis sérieusement : comptez sur vous, ou chassez-moi, c’est-à-dire ôtez-moi la vie. J’ai pris un engagement téméraire. J’admire comment je l’ai pu tenir si longtemps ; je sais que je le dois toujours ; mais je sens qu’il m’est impossible. On mérite de succomber quand on s’impose de si périlleux devoirs. Croyez-moi, chère et tendre Julie, croyez-en ce coeur sensible qui ne vit que pour vous ; vous serez toujours respectée : mais je puis un instant manquer de raison, et l’ivresse des sens peut dicter un crime dont on aurait horreur de sang-froid. Heureux de n’avoir point trompé votre espoir, j’ai vaincu deux mois, et vous me devez le prix de deux siècles de souffrances.

Lettre IX – De Julie à Saint-Preux

J’entends : les plaisirs du vice et l’honneur de la vertu vous feraient un sort agréable. Est-ce là votre morale ?… Eh ! mon bon ami, vous vous lassez bien vite d’être généreux ! Ne l’étiez-vous donc que par artifice ? La singulière marque d’attachement que de vous plaindre de ma santé ! Serait-ce que vous espériez voir mon fol amour achever de la détruire, et que vous m’attendiez au moment de vous demander la vie ? ou bien, comptiez-vous de me respecter aussi longtemps que je ferais peur, et de vous rétracter quand je deviendrais supportable ? Je ne vois pas dans de pareils sacrifices un mérite à tant faire valoir.

As you know, I am not far from you for my own pleasure; and spring in the countryside is not as pleasant as you think it is—there, one suffers from both cold and heat; there is no shade when walking, and one must stay indoors to keep warm. On my father’s side, even amidst his buildings, one cannot fail to notice that we receive the newspaper here later than in the city. So everyone would be only too happy to return there, and I hope you will embrace me in four or five days. But what worries me is that those four or five days amount to who knows how many hours, several of which are surely devoted to the philosopher. To the philosopher, you hear me, cousin? Think about it—all these hours are meant solely for him.

Do not come here and blush or lower your eyes. It is impossible for you to assume a serious expression; it does not suit your features at all. You know very well that I would laugh even if I tried to cry, and that this does not make me any less sensitive; I still feel just as much sorrow at being far away from you; I still miss the dear Chaillot. I am infinitely grateful that you are willing to share with me the responsibility for taking care of her family; I will never abandon her in my lifetime. But you would no longer be yourself if you lost any opportunity to do good. I admit that the poor Chaillot was a bit chatterbox, rather free in her everyday conversations, not very discreet around young girls, and she liked to talk about her past life. So it is not so much the qualities of her mind that I regret, even though she had some excellent ones among many bad ones; what I truly mourn is her kind heart, her perfect devotion, which gave her both the tenderness of a mother and the trust of a sister towards me. She was like my entire family to me. I barely knew my own mother! My father loves me as much as he is able to; we have lost your dear brother, and I hardly ever see my own relatives: I am like an orphan left alone. My child, you are all that remains to me; for your good mother, that person is me. Yet you are right; you are still here with me. I was crying! Must I have been insane? What was there for me to cry over?

P.S. Out of fear of accidents, I am sending this letter to our master so that it will reach you more securely.

Letter VIII – From Saint-Preux to Julie

[20]

What strange caprices love possesses, dear Julie! My heart has received more than it hoped for, yet it is not satisfied! You say you love me, but I still sigh. This unjust heart dares to desire still, when it no longer has anything left to desire; it punishes me with its whims and fills me with anxiety even in the midst of happiness. Do not think that I have forgotten the rules that have been imposed upon me, nor that I have lost the will to obey them; no. But a secret resentment gnaws at me when I see that these rules only harm me, that you, who once claimed to be so weak, are now so strong, and that I have hardly any struggle to fight against myself—because you seem so attentive to preventing them from being violated.

How much you have changed in these two months—yet nothing but you has changed! Your listlessness is gone; there is no longer any trace of disgust or dejection; all your charms have returned; the rose that has just blossomed is no fresher than you. Your wit and humor are back; you will play and frolic with everyone, even with me, just as you used to. And what irritates me most of all, you swear to me an eternal love, with such a cheerful expression as if you were speaking about the most delightful thing in the world.

Tell me, tell me, oh fleeting beauty—is this the nature of a fierce passion reduced to fighting against itself alone? And if you had even the slightest desire to conquer, wouldn’t such restraint at least stifle the joy within you? Oh! How much more endearing you were when you were less beautiful. How I regret that tender paleness, that precious sign of a lover’s happiness! And how I hate that indiscreet health you’ve regained at the expense of my peace of mind. Yes, I would rather see you ill again than endure this contented expression, these bright eyes, this rosy complexion—everything that offends me so deeply. Have you really forgotten how you used to be when you begged for my mercy? Julie, Julie. How quickly such intense love has turned so calm!

But what offends me even more is that, after having entrusted yourself to my discretion, you seem to defy it, and you avoid dangers as if there were still reasons to fear them. Is this how you repay my restraint? Did my inviolable respect deserve such an insult from you? Far from it—your father’s departure should have given us more freedom, yet you are hardly ever seen alone. Your inseparable cousin never leaves your side. Gradually, we are reverting to our old ways of living and our former caution, with one significant difference: back then, that caution was a burden for you; now, it seems to please you.

What then is the price of such a pure tribute, if your esteem does not acknowledge it? And what use is to me this eternal and voluntary abstinence from what is most sweet in the world, if those who demand it show me no gratitude for it? Indeed, I am weary of suffering needlessly and of condemning myself to the harshest privations without even deserving them. How! Must you enjoy all these pleasures without any consequences, while you despise me? Must my eyes constantly feast on beauties that my lips never dare to touch? Finally, must I deprive myself of every hope, without even being able to take pride in such a rigorous sacrifice? No; since you do not trust my faith, I will no longer let it be wasted in vain. The security you derive from both my words and your own precautions is unjust. You are either too ungrateful, or I am too scrupulous—but I refuse to deny fortune the opportunities you have failed to seize. In any case, whatever my fate may be, I feel that I have taken on a burden beyond my strength. Julie, take care of yourself again; I return to you something far too dangerous to entrust to anyone’s loyalty—and its defense will cost your heart far less than you pretended to fear it would.

I tell you this seriously: either rely on yourself, or kill me—that is, end my life. I took a reckless pledge. I marvel at how I managed to keep it for so long; I know I still owe it to you; but I feel that it is beyond my power. One deserves to fail when forced to undertake such perilous duties. Believe me, dear and tender Julie, believe this sensitive heart that lives only for you. You will always be respected; but there may be a moment when I lose my reason, and the intoxication of the senses might lead me to commit a crime that I would despise in cold blood. Happy that I have not disappointed your hopes, I have endured for two months—and you owe me the reward of two centuries of suffering.

Letter IX – From Julie to Saint-Preux

I understand: the pleasures of vice and the honor of virtue would bring you pleasure. Is that your morality?. Ah, my good friend, you grow tired of being generous so quickly! Were you generous only out of artificiality? How peculiar of you to complain about my health! Do you perhaps hope that my foolish love will destroy it completely, and are you waiting for the moment when I ask you for my life? Or perhaps you intended to respect me as long as I remained frightening, and to change your attitude once I became tolerable? I see no merit in such sacrifices.

Non sono, come sai, lontano da te per il mio piacere; e la primavera in campagna non è così piacevole come tu pensi: ci si soffre sia dal freddo che dal caldo; non c’è ombra durante le passeggiate, e bisogna riscaldarsi in casa. Mio padre, dal suo canto, non permette che, tra i suoi edifici, si possa notare che qui si riceve il giornale più tardi che in città. Così tutti desiderano solo tornarci, e spero che tu mi abbraccerai tra quattro o cinque giorni. Ma ciò che mi preoccupa è che quattro o cinque giorni equivalgono a chissà quante ore, molte delle quali sono destinate al filosofo. Al filosofo, capisci, cugina? Immagina che tutte queste ore siano dedicate soltanto a lui.

Non è il caso di arrossire o abbassare lo sguardo in questa situazione. Non puoi assumere un’aria seria; non ti si addice affatto. Sai bene che io non riuscirei a piangere senza ridere, e questo non significa che sia meno sensibile. Soffro comunque molto per la lontananza da te; mi manca terribilmente la cara Chaillot. Ti sono infinitamente grata per aver voluto condividere con me la cura della sua famiglia; non la abbandonerò mai. Ma tu non saresti più te stessa se perdessi l’opportunità di fare del bene. Ammetto che quella poverina fosse un po’ chiacchierona, piuttosto libera nei suoi discorsi familiari, poco discreta con le ragazze giovani. E amava parlare del suo passato. Tuttavia, non sono tanto i suoi tratti caratteriali a mancarmi, anche se ne aveva di eccellenti tra quelli meno positivi. Quello che mi addolora davvero è la sua buona anima, il suo perfetto affetto. Era lei a darmi, verso di me, la tenerezza di una madre e la fiducia di una sorella. Mi sostituiva tutta la mia famiglia. Ho conosciuto mia madre appena. Mio padre mi ama tanto quanto può. Abbiamo perso tuo fratello caro. Raramente vedo i miei parenti. Sono come un’orfana abbandonata. Mia bambina, tu sei l’unica che mi rimane. Perché tua madre buona, sono io. Hai ragione comunque. Tu mi rimani. Piangevo. Quindi ero pazza. Cosa c’era da piangere?

P.S. Per evitare incidenti, invio questa lettera al nostro maestro, in modo che ti arrivi in modo più sicuro.

Lettera VIII – Da Saint-Preux a Julie

[20]

Che strani capricci ha l’amore, bella Julie! Il mio cuore ha ricevuto più di quanto sperasse, eppure non è soddisfatto. Mi ami, me lo dici, e io sospiro. Questo cuore ingiusto osa ancora desiderare, quando ormai non ha più nulla da desiderare; mi punisce con le sue fantasie, rendendomi inquieto anche nel mezzo della felicità. Non credere che abbia dimenticato le leggi che mi sono state imposte, né che abbia perso la volontà di osservarle. No: è un segreto risentimento che mi agita, vedendo che queste leggi costano solo a me, che tu, che ti dicevi così debole, ora sei così forte, e che ho ben pochi “doveri” da compiere contro me stesso, visto quanto tu sia attenta a prevenire ogni loro violazione.

Quanto sei cambiata in questi due mesi. Solo tu sei cambiata! La tua apatia è scomparsa: non c’è più traccia di disgusto né di abbattimento; tutte le tue grazie sono tornate a manifestarsi; tutti i tuoi incanti si sono rinnovati; la rosa appena sbocciata non è certo più fresca di te. Hai ripreso a scherzare con tutti, anche con me, come prima. E ciò che mi infastidisce di più, è che mi giuri un amore eterno con un tono così allegro, come se stessi dicendo la cosa più piacevole del mondo.

Dite, dite. Volubile come siete, è davvero questo il carattere di una passione violenta ridotta a combattere soltanto se stessa? E se aveste anche solo il minimo desiderio di vincere, la costrizione non soffocherebbe almeno l’allegria? Oh. Quanto eravate più affascinante quando eravate meno bella! Quanto mi dispiace quella pallidezza toccante, prezioso segno del felicità di un amante. E quanto odio quella salute indiscreta che avete riacquistato a scapito del mio riposo! Sì, preferirei vedervi ancora malata piuttosto che con quell’aspetto soddisfatto, quegli occhi brillanti, quel viso radioso. Che mi offendono profondamente. Avete dimenticato così in fretta come eravate quando imploravate la mia pietà? Julie. Julie. Quanto questo amore così appassionato sia diventato tranquillo in così poco tempo.

Ma ciò che mi offende ancora di più è che, dopo esservi affidata alla mia discrezione, sembrate sfidarla e fuggite dai pericoli come se ne doveste ancora temere. È così che onorate la mia riservatezza? E il mio inviolabile rispetto meritava davvero questo affronto da parte vostra? Lontano dall’averci dato più libertà con la partenza di vostro padre, a malapena vi si può vedere da sola. La vostra inseparabile cugina non vi lascia mai. In modo insensibile, stiamo per riprendere i nostri vecchi modi di vivere e la nostra precedente prudenza. Con una sola differenza: allora quella prudenza era un onere per voi, mentre ora sembra piacervi.

Qual sarà dunque il prezzo di un omaggio così puro, se la vostra stima non lo merita? E a che mi serve questa astinenza eterna e volontaria da ciò che è più dolce al mondo, se colui che me la impone non ne è minimamente grato? Certo, sono stanco di soffrire inutilmente e di condannarmi alle privazioni più dure senza nemmeno meritarle. Come! Devo forse permettervi di godere impunemente di ciò che io stesso non oserei mai assaporare, mentre mi disprezzate? Devo continuamente fissare con gli occhi quei piaceri di cui la mia bocca non osa nemmeno parlare? Infine, devo privarmi di ogni speranza, senza almeno poter onorarmi di un sacrificio così rigoroso? No; poiché non vi fidate della mia fedeltà, non voglio più lasciarla inutilmente impegnata. È una sicurezza ingiusta quella che traiete sia dalla mia parola che dalle vostre precauzioni. Siete troppo ingrati, o io sono troppo scrupoloso. E non voglio più rifiutare alla fortuna le opportunità che voi stessi non avete potuto sottrarle. Comunque sia il mio destino, sento di aver assunto un compito al di sopra delle mie forze. Julie, riprendete la custodia di voi stessa: vi restituisco un deposito troppo pericoloso per la fedeltà del custode. E la sua difesa costerà meno al vostro cuore di quanto abbiate finto di temerne.

Ve lo dico seriamente: contate su di voi, oppure uccidetemi, cioè toglietemi la vita. Ho assunto un impegno temerario. Ammiro come sia riuscito a mantenerlo per così tanto tempo; so di doverlo ancora mantenere, ma sento che è impossibile. Si merita davvero di soccombere quando ci si impone doveri così pericolosi. Credetemi, cara e tenera Julie, credete in questo cuore sensibile che vive solo per voi: sarete sempre rispettata, ma potrei un momento perdere la ragione, e l’ebbrezza dei sensi potrebbe spingermi a commettere un crimine di cui ci si vergognerebbe a sangue freddo. Fortunato di non aver deluso le vostre speranze, ho resistito per due mesi, e voi mi dovete il prezzo di due secoli di sofferenze.

Lettera IX – Di Julie a Saint-Preux

Intendo dire: i piaceri del vizio e l’onore della virtù vi garantirebbero una vita felice. È questa la vostra morale?. Eh, mio caro amico, vi stanchiate davvero in fretta di essere generosi! Forse lo eravate soltanto per convenienza? Quella strana forma di attenzione da parte vostra nel lamentarvi della mia salute. Forse speravate che il mio folle amore finisse per distruggerla, e mi aspettavate proprio nel momento in cui vi avrei chiesto la vita. Oppure pensavate di rispettarmi finché fossi stato temibile, e di ritrarvi quando fossi diventato “sopportabile”? Non vedo alcun merito in sacrifici del genere.

Vous me reprochez avec la même équité le soin que je prends de vous sauver des combats pénibles avec vous-même, comme si vous ne deviez pas plutôt m’en remercier. Puis vous vous rétractez de l’engagement que vous avez pris comme d’un devoir trop à charge ; en sorte que, dans la même lettre, vous vous plaignez de ce que vous avez trop de peine, et de ce que vous n’en avez pas assez. Pensez-y mieux, et tâchez d’être d’accord avec vous pour donner à vos prétendus griefs une couleur moins frivole ; ou plutôt, quittez toute cette dissimulation qui n’est pas dans votre caractère. Quoi que vous puissiez dire, votre coeur est plus content du mien qu’il ne feint de l’être : ingrat, vous savez trop qu’il n’aura jamais tort avec vous ! Votre lettre même vous dément par son style enjoué, et vous n’auriez pas tant d’esprit si vous étiez moins tranquille. En voilà trop sur les vains reproches qui vous regardent ; passons à ceux qui me regardent moi-même, et qui semblent d’abord mieux fondés.

Je le sens bien, la vie égale et douce que nous menons depuis deux mois ne s’accorde pas avec ma déclaration précédente, et j’avoue que ce n’est pas sans raison que vous êtes surpris de ce contraste. Vous m’avez d’abord vue au désespoir, vous me trouvez à présent trop paisible ; de là vous accusez mes sentiments d’inconstance et mon coeur de caprice. Ah ! mon ami, ne le jugez-vous point trop sévèrement ? Il faut plus d’un jour pour le connaître : attendez et vous trouverez peut-être que ce coeur qui vous aime n’est pas indigne du vôtre.

Si vous pouviez comprendre avec quel effroi j’éprouvai les premières atteintes du sentiment qui m’unit à vous, vous jugeriez du trouble qu’il dut me causer : j’ai été élevée dans des maximes si sévères, que l’amour le plus pur me paraissait le comble du déshonneur. Tout m’apprenait ou me faisait croire qu’une fille sensible était perdue au premier mot tendre échappé de sa bouche ; mon imagination troublée confondait le crime avec l’aveu de la passion ; et j’avais une si affreuse idée de ce premier pas, qu’à peine voyais-je au-delà nul intervalle jusqu’au dernier. L’excessive défiance de moi-même augmenta mes alarmes ; les combats de la modestie me parurent ceux de la chasteté ; je pris le tourment du silence pour l’emportement des désirs. Je me crus perdue aussitôt que j’aurais parlé, et cependant il fallait parler où vous perdre. Ainsi, ne pouvant plus déguiser mes sentiments, je tâchai d’exciter la générosité des vôtres, et, me fiant plus à vous qu’à moi, je voulus, en intéressant votre honneur à ma défense, me ménager des ressources dont je me croyais dépourvue.

J’ai reconnu que je me trompais ; je n’eus pas parlé que je me trouvai soulagée ; vous n’eûtes pas répondu que je me sentis tout à fait calme : et deux mois d’expérience m’ont appris que mon coeur trop tendre a besoin d’amour, mais que mes sens n’ont aucun besoin d’amant. Jugez, vous qui aimez la vertu, avec quelle joie je fis cette heureuse découverte. Sortie de cette profonde ignominie où mes terreurs m’avaient plongée, je goûte le plaisir délicieux d’aimer purement. Cet état fait le bonheur de ma vie ; mon humeur et ma santé s’en ressentent ; à peine puis-je en concevoir un plus doux, et l’accord de l’amour et de l’innocence me semble être le paradis sur la terre.

Dès lors je ne vous craignis plus ; et, quand je pris soin d’éviter la solitude avec vous, ce fut autant pour vous que pour moi : car vos yeux et vos soupirs annonçaient plus de transports que de sagesse ; et si vous eussiez oublié l’arrêt que vous avez prononcé vous-même, je ne l’aurais pas oublié.

Ah ! mon ami, que ne puis-je faire passer dans votre âme le sentiment de bonheur et de paix qui règne au fond de la mienne ! Que ne puis-je vous apprendre à jouir tranquillement du plus délicieux état de la vie ! Les charmes de l’union des coeurs se joignent pour nous à ceux de l’innocence : nulle crainte, nulle honte ne trouble notre félicité ; au sein des vrais plaisirs de l’amour, nous pouvons parler de la vertu sans rougir.

E v’e il piacer con l’onestade accanto.[21]

Je ne sais quel triste pressentiment s’élève dans mon sein, et me crie que nous jouissons du seul temps heureux que le ciel nous ait destiné. Je n’entrevois dans l’avenir qu’absence, orages, troubles, contradictions : la moindre altération à notre situation présente me paraît ne pouvoir être qu’un mal. Non, quand un lien plus doux nous unirait à jamais, je ne sais si l’excès du bonheur n’en deviendrait pas bientôt la ruine. Le moment de la possession est une crise de l’amour, et tout changement est dangereux au nôtre. Nous ne pouvons plus qu’y perdre.

Je t’en conjure, mon tendre et unique ami, tâche de calmer l’ivresse des vains désirs que suivent toujours les regrets, le repentir, la tristesse. Goûtons en paix notre situation présente. Tu te plais à m’instruire, et tu sais trop si je me plais à recevoir tes leçons. Rendons-les encore plus fréquentes ; ne nous quittons qu’autant qu’il faut pour la bienséance ; employons à nous écrire les moments que nous ne pouvons passer à nous voir, et profitons d’un temps précieux, après lequel peut-être nous soupirerons un jour. Ah ! puisse notre sort, tel qu’il est, durer autant que notre vie ! L’esprit s’orne, la raison s’éclaire, l’âme se fortifie, le coeur jouit : que manque-t-il à notre bonheur ?

Lettre X – De Saint-Preux à Julie

Que vous avez raison, ma Julie, de dire que je ne vous connais pas encore ! Toujours je crois connaître tous les trésors de votre belle âme, et toujours j’en découvre de nouveaux. Quelle femme jamais associa comme vous la tendresse à la vertu, et, tempérant l’une par l’autre, les rendit toutes deux plus charmantes ? Je trouve je ne sais quoi d’aimable et d’attrayant dans cette sagesse qui me désole ; et vous ornez avec tant de grâce les privations que vous m’imposez, qu’il s’en faut peu que vous ne me les rendiez chères.

Je le sens chaque jour davantage, le plus grand des biens est d’être aimé de vous ; il n’y en a point, il n’y en peut avoir qui l’égale, et s’il fallait choisir entre votre coeur et votre possession même, non, charmante Julie, je ne balancerais pas un instant. Mais d’où viendrait cette amère alternative, et pourquoi rendre incompatible ce que la nature a voulu réunir ? Le temps est précieux, dites-vous ; sachons en jouir tel qu’il est, et gardons-nous par notre impatience d’en troubler le paisible cours. Eh ! qu’il passe et qu’il soit heureux ! Pour profiter d’un état aimable, faut-il en négliger un meilleur, et préférer le repos à la félicité suprême ? Ne perd-on pas tout le temps qu’on peut mieux employer ? Ah ! si l’on peut vivre mille ans en un quart d’heure, à quoi bon compter tristement les jours qu’on aura vécu ?

Tout ce que vous dites du bonheur de notre situation présente est incontestable ; je sens que nous devons être heureux, et pourtant je ne le suis pas. La sagesse a beau parler par votre bouche, la voix de la nature est la plus forte. Le moyen de lui résister quand elle s’accorde à la voix du coeur ? Hors vous seule, je ne vois rien dans ce séjour terrestre qui soit digne d’occuper mon âme et mes sens : non, sans vous la nature n’est plus rien pour moi ; mais son empire est dans vos yeux, et c’est là qu’elle est invincible.

You reprove me with equal severity for the care I take in saving you from those painful struggles within yourself; as if you should rather be grateful to me for it. Then again, you withdraw from the commitments you have made, as if they were too burdensome a duty; so that in the very same letter, you complain both that you are suffering too much and that you are not suffering enough. Think more carefully about this, and try to come to an understanding with yourself so as to give some substance to your supposed grievances—or rather, abandon all this pretense, which is not in your nature at all. No matter what you say, your heart is far more pleased with mine than it feigns to be; ungrateful as you are, you know too well that it can never be wrong in its feelings toward you! Even your letter itself contradicts your claims, with its light-hearted tone; and you would not be so witty if you were not so at ease. Enough of these vain reproaches directed at you; let us turn to those that concern me, which at first seem more justified.

I well understand that the peaceful and serene life we have been leading for these two months does not correspond to my previous statements, and I admit that it is not without reason that you are surprised by this contrast. You saw me in despair at first; now you find me too calm and tranquil, and therefore you accuse my feelings of inconsistency and my heart of caprice. Ah, my friend, do you not judge too harshly? It takes more than one day to truly understand someone: wait, and perhaps you will discover that this heart which loves you is indeed worthy of yours.

If you could understand the terror I felt at the first signs of that sentiment which binds me to you, you would grasp the turmoil it must have caused me: I was raised under principles so strict that even the purest form of love seemed to me the ultimate disgrace. Everything I learned or believed taught me that a sensitive girl was lost the moment the first tender word escaped her lips; my disturbed imagination confused sin with the confession of passion; and I had such a terrible notion of that first step that I saw no distinction at all between it and the final outcome. My excessive self-doubt only heightened my fears; the struggles of modesty seemed to me like those of chastity; I mistook the torment of silence for the ravages of desire. I believed I was lost the moment I spoke—yet it was precisely through speaking that I could lose you. Thus, unable to hide my feelings any longer, I tried to arouse your generosity. Relying more on you than on myself, I sought to use your honor as a shield for my defense, believing I could find resources within it that I had previously thought absent.

I admitted that I was wrong; the moment I spoke out, I felt relieved; the moment you replied, I felt completely calm. Two months of experience have taught me that my too tender heart needs love, but that my senses have no need for a lover at all. Judge, you who love virtue, with what joy I made this happy discovery. Having emerged from that profound disgrace into which my fears had plunged me, I now enjoy the delightful pleasure of loving purely. This state brings happiness to my life; my mood and my health both benefit from it. I can hardly imagine anything more delightful, and the union of love and innocence seems to me like paradise on earth.

From that moment on, I no longer feared you; and when I made sure to avoid being alone with you, it was for both your sake and mine—for your eyes and your sighs seemed to express more passion than wisdom. And if you had forgotten the promise you had made yourself, I would not have forgotten it.

Ah, my friend! How I wish I could impart to your soul the sense of happiness and peace that dwell within mine! How I wish I could teach you to enjoy peacefully the most delightful state of life! The charms of heartfelt union combine with those of innocence: neither fear nor shame disturbs our felicity; amidst the true pleasures of love, we can speak of virtue without any shame.

Is it pleasing to have honesty by one’s side? [21]

Some sad premonition arises within me, telling me that we are enjoying the only happy time that heaven has destined for us. I see nothing but absence, storms, turmoil, and contradictions in the future; any change in our current situation seems bound to bring only harm. No, if some softer bond were to unite us forever, I doubt whether such excessive happiness would not soon lead to our ruin. The moment of true possession is a crisis for love, and any change is dangerous for ours. All we can do is risk losing it all.

I implore you, my tender and only friend, to try to calm the frenzy of those vain desires that always lead to regret, remorse, and sorrow. Let us enjoy our current situation in peace. You take pleasure in instructing me, and you know all too well whether I appreciate your lessons or not. Let us make such encounters even more frequent; let us part only when it is necessary for propriety’s sake. Let us use the times when we cannot be together to write to each other, and make the most of this precious time—for after it may come a day when we will sigh for it. Ah! May our fate, as it now is, last as long as our lives! The mind is enriched, reason is clarified, the soul is strengthened, and the heart rejoices—what more could we possibly desire for happiness?

Letter X – From Saint-Preux to Julie

How right you are, my Julie, to say that I still do not truly know you! Always think I understand all the treasures within your beautiful soul, yet time after time I discover new ones. What woman, like you, has ever combined tenderness with virtue in such a way that each enhances the other, making them both even more charming? In this wisdom that fills me with sadness, I find something endearing and appealing; and you adorn the sacrifices you impose upon me with such grace that they almost seem delightful to me.

I feel it more and more every day: the greatest of all blessings is to be loved by you. There is none, not even one, that can compare to it. And if I were forced to choose between your love and even my own possessions, no, dear Julie, I would not hesitate for a moment. But where does this bitter alternative come from? Why make what nature has intended to bring together incompatible? You say time is precious; let us enjoy it as it is, and refrain from disturbing its peaceful flow with our impatience. Ah! Let time pass in happiness! To reap the benefits of a pleasant state of being, must we neglect one that is even better, and prefer tranquility to supreme felicity? Aren’t we thereby wasting all the time that could be used more wisely? Ah! If it were possible to live a thousand years in just a quarter of an hour, what use would there be in sadly counting the days we have lived?

Everything you say about the happiness of our current situation is undeniable; I feel that we should be happy, yet I am not. Even though wisdom speaks through your words, the voice of nature is the strongest. How can one resist it when it echoes the voice of the heart? Apart from you, I see nothing in this earthly existence that is worthy of occupying my soul and senses. No, without you, nature means nothing to me; but its power resides in your eyes, and it is there that it becomes invincible.

Mi rimproverate con la stessa equità per l’impegno che metto nel salvarvi da battaglie dolorose contro voi stessi, come se doveste invece ringraziarmi. Poi ritirate l’impegno preso, considerandolo un dovere troppo oneroso; così, nella stessa lettera, vi lamentate sia di soffrire troppo che di non soffrire abbastanza. Pensateci meglio e cercate di essere coerenti con voi stessi, affinché le vostre presunte lamentele abbiano un tono meno frivolo; o meglio ancora, abbandonate tutta questa dissimulazione che non fa parte del vostro carattere. Qualunque cosa possiate dire, il vostro cuore è più soddisfatto del mio di quanto finga di esserlo: ingrato che siete, sapete bene che con me non potrà mai sbagliare! Anche la vostra lettera stessa vi contraddice per il suo tono spensierato; e non avreste tanto spirito se foste meno sereni. Basta parlare di queste vane lamentele che riguardano voi; passiamo ora a quelle che riguardano me, e che a prima vista sembrano più fondate.

Lo percepisco chiaramente: questa vita tranquilla e serena che conduciamo da due mesi non corrisponde affatto alle mie dichiarazioni precedenti, e devo ammettere che non è senza motivo che siate sorpresi da questo contrasto. Prima mi avete vista disperata, ora mi trovate troppo pacifica; da ciò deducete l’instabilità dei miei sentimenti e la capricciosità del mio cuore. Ah, mio caro, non la giudicate forse troppo severamente? Occorre più di un giorno per conoscerlo davvero: aspettate, e forse scoprirete che questo cuore che vi ama non è affatto indegno del vostro.

Se poteste comprendere con quale terrore provai le prime manifestazioni di quel sentimento che mi univa a voi, giudichereste certamente lo scompiglio che doveva causarmi: sono stata educata secondo principi così severi che l’amore più puro mi sembrava il culmine della disonore. Tutto ciò che mi veniva insegnato o che mi veniva detto faceva credere che una ragazza sensibile fosse perduta non appena pronunciava la prima parola tenera; la mia immaginazione confondeva il crimine con l’ammissione di un sentimento; e avevo un’idea così orribile di quel primo passo, che non riuscivo nemmeno a concepire alcuna distanza tra lui e il passo successivo. L’eccessiva diffidenza verso me stessa aumentava le mie paure; i “combattimenti” della modestia mi sembravano quelli della castità; consideravo il tormento del silenzio come l’espressione più intensa dei desideri. Mi credevo perduta non appena avessi parlato, eppure era proprio parlando che avrei potuto perdermi. Così, non riuscendo più a nascondere i miei sentimenti, cercai di suscitare la generosità vostra; fidandomi di voi più che di me stessa, volevo, mettendo l’onore vostro nella difesa della mia integrità, trovare risorse di cui credevo di essere priva.

Ho riconosciuto di essermi sbagliata; non appena ho parlato, mi sono sentita sollevata; non appena avete risposto, mi sono sentita completamente tranquilla. E due mesi di esperienza mi hanno insegnato che il mio cuore, troppo sensibile, ha bisogno d’amore, ma i miei sensi non hanno alcun bisogno di un amante. Giudicate voi, che amate la virtù, con quale gioia ho fatto questa felice scoperta. Uscita da quell’abisso di ignominia in cui le mie paure mi avevano gettata, ora godo del piacere delizioso di amare in modo puro. Questo stato rende la mia vita felice; il mio umore e la mia salute ne traggono beneficio. A malapena riesco a immaginare qualcosa di più dolce. E l’armonia tra amore e innocenza mi sembra essere il paradiso sulla terra.

Da quel momento non vi temetti più; e quando mi assicuravo di evitare la solitudine con voi, lo facevo sia per vostro bene che per il mio: i vostri occhi e i vostri sospiri annunciavano più passione che saggezza; e se voi aveste dimenticato quella decisione che avevate preso da soli, io non l’avrei dimenticata.

Ah, mio caro amico. Che cosa potrei fare per trasmetterti nel tuo cuore quel senso di felicità e pace che regna nel fondo del mio? Che cosa potrei insegnarti per farti godere serenamente dello stato più delizioso della vita? I piaceri dell’unione tra i cuori si uniscono, in noi, a quelli dell’innocenza: nessuna paura, nessuna vergogna turbano la nostra felicità; nel mezzo dei veri piaceri dell’amore, possiamo parlare di virtù senza arrossire.

E c’è anche il piacere che deriva dall’onestà.[21]

Non so quale triste presentimento si sollevi nel mio cuore; mi sembra che stiamo godendo dell’unico periodo felice che il cielo ci abbia destinato. Nel futuro vedo solo assenza, tempeste, turbamenti, contraddizioni: qualsiasi cambiamento nella nostra situazione attuale mi appare inevitabilmente dannoso. No, se un legame ancora più profondo potesse unirci per sempre, non so se l’eccesso di felicità non ne diventerebbe presto la rovina. Il momento della condivisione rappresenta una crisi nell’amore, e qualsiasi cambiamento è pericoloso per il nostro rapporto. Non possiamo fare altro che perderci in esso.

Ti prego, mio caro e unico amico, cerca di placare quella sete vana che sempre porta a rimpianti, pentimenti e tristezza. Godiamo in pace della nostra situazione attuale. Ti piace insegnarmi, e tu sai bene se apprezzo le tue lezioni. Rendiamole ancora più frequenti; separiamoci soltanto quanto è necessario per rispettare le convenienze sociali; utilizziamo i momenti in cui non possiamo vederci per scriverci a vicenda, e approfittiamo di questo tempo prezioso, che forse un giorno ci farà rimpiangere. Ah! Possa il nostro destino, così com’è, durare per tutta la nostra vita! Lo spirito si arricchisce, la ragione si illumina, l’anima si rafforza, il cuore gioisce: cosa manca al nostro felicità?

Lettera X – Da Saint-Preux a Julie

Che ragione hai, mia Julie, nel dire che non ti conosco ancora! Sempre credo di conoscere tutti i tesori della tua bella anima, eppure continuo a scoprirne di nuovi. Quale donna, mai come te, ha unito la tenerezza alla virtù, temperandone l’una con l’altra per renderle entrambe ancora più affascinanti? Trovo qualcosa di amabile e attraente in questa saggezza che, pur rattristandomi, mi rende anche felice; e tu abbellisci con tanta grazia le privazioni che mi imponi, che quasi le rendi desiderabili.

Lo sento sempre di più ogni giorno: il più grande dei beni è essere amato da voi. Non esiste nulla, né può esistere nulla, che possa eguagliarlo; e se dovesse esserci una scelta tra il vostro cuore e le mie proprietà stesse, no, cara Julie, non esiterei nemmeno un istante. Ma da dove deriverebbe questa amara alternativa? E perché rendere incompatibili ciò che la natura ha voluto unire? Dite che il tempo è prezioso; utilizziamolo così com’è e evitiamo, con la nostra impazienza, di disturbare il suo corso sereno. Lasciate che passi, e che sia felice! Per godere di uno stato d’amore, dobbiamo forse trascurarne uno ancora più bello, preferire la tranquillità alla felicità suprema? Non stiamo forse perdendo tutto il tempo che potremmo utilizzare meglio? Ah, se si potesse vivere mille anni in un quarto d’ora, a che scopo contare tristemente i giorni che si sono vissuti?

Tutto ciò che dite riguardo alla felicità della nostra situazione attuale è incontestabile; sento che dovremmo essere felici, eppure non lo sono. Anche se la saggezza parla attraverso le vostre parole, la voce della natura è più potente. Come possiamo resistere a essa quando coincide con la voce del cuore? Oltre a voi, non vedo nulla in questo mondo terrestre che sia degno di occupare la mia anima e i miei sensi: no, senza di voi la natura non significa nulla per me; ma il suo dominio risiede nei vostri occhi, ed è lì che diventa invincibile.

Il n’en est pas ainsi de vous, céleste Julie ; vous vous contentez de charmer nos sens, et n’êtes point en guerre avec les vôtres. Il semble que des passions humaines soient au-dessous d’une âme si sublime : et comme vous avez la beauté des anges, vous en avez la pureté. O pureté que je respecte en murmurant, que ne puis-je ou vous rabaisser ou m’élever jusqu’à vous ! Mais non, je ramperai toujours sur la terre, et vous verrai toujours briller dans les cieux. Ah ! soyez heureuse aux dépens de mon repos ; jouissez de toutes vos vertus ; périsse le vil mortel qui tentera jamais d’en souiller une ! Soyez heureuse ; je tâcherai d’oublier combien je suis à plaindre, et je tirerai de votre bonheur même la consolation de mes maux. Oui, chère amante, il me semble que mon amour est aussi parfait que son adorable objet ; tous les désirs enflammés par vos charmes s’éteignent dans les perfections de votre âme ; je la vois si paisible, que je n’ose en troubler la tranquillité. Chaque fois que je suis tenté de vous dérober la moindre caresse, si le danger de vous offenser me retient, mon coeur me retient encore plus par la crainte d’altérer une félicité si pure ; dans le prix des biens où j’aspire, je ne vois plus que ce qu’ils vous peuvent coûter ; et, ne pouvant accorder mon bonheur avec le vôtre, jugez comment j’aime, c’est au mien que j’ai renoncé.

Que d’inexplicables contradictions dans les sentiments que vous m’inspirez ! Je suis à la fois soumis et téméraire, impétueux et retenu ; je ne saurais lever les yeux sur vous sans éprouver des combats en moi-même. Vos regards, votre voix, portent au coeur, avec l’amour, l’attrait touchant de l’innocence ; c’est un charme divin qu’on aurait regret d’effacer. Si j’ose former des voeux extrêmes, ce n’est plus qu’en votre absence ; mes désirs, n’osant aller jusqu’à vous, s’adressent à votre image, et c’est sur elle que je me venge du respect que je suis contraint de vous porter.

Cependant je languis et me consume ; le feu coule dans mes veines ; rien ne saurait l’éteindre ni le calmer et je l’irrite en voulant le contraindre. Je dois être heureux, je le suis, j’en conviens ; je ne me plains point de mon sort ; tel qu’il est je n’en changerais pas avec les rois de la terre. Cependant un mal réel me tourmente, je cherche vainement à le fuir ; je ne voudrais point mourir, et toutefois je me meurs ; je voudrais vivre pour vous, et c’est vous qui m’ôtez la vie.

Lettre XI – De Julie à Saint-Preux

Mon ami, je sens que je m’attache à vous chaque jour davantage ; je ne puis plus me séparer de vous ; la moindre absence m’est insupportable, et il faut que je vous voie ou que je vous écrive, afin de m’occuper de vous sans cesse.

Ainsi mon amour s’augmente avec le vôtre ; car je connais à présent combien vous m’aimez, par la crainte réelle que vous avez de me déplaire, au lieu que vous n’en aviez d’abord qu’une apparence pour mieux venir à vos fins. Je sais fort bien distinguer en vous l’empire que le coeur a su prendre, du délire d’une imagination échauffée ; et je vois cent fois plus de passion dans la contrainte où vous êtes que dans vos premiers emportements. Je sais bien aussi que votre état, tout gênant qu’il est, n’est pas sans plaisirs. Il est doux pour un véritable amant de faire des sacrifices qui lui sont tous comptés, et dont aucun n’est perdu dans le coeur de ce qu’il aime. Qui sait même si, connaissant ma sensibilité, vous n’employez pas, pour me séduire, une adresse mieux entendue ? Mais non, je suis injuste, et vous n’êtes pas capable d’user d’artifice avec moi. Cependant, si je suis sage, je me défierai plus encore de la pitié que de l’amour. Je me sens mille fois plus attendrie par vos respects que par vos transports, et je crains bien qu’en prenant le parti le plus honnête, vous n’ayez pris enfin le plus dangereux.

Il faut que je vous dise, dans l’épanchement de mon coeur, une vérité qu’il sent fortement, et dont le vôtre doit vous convaincre : c’est qu’en dépit de la fortune, des parents et de nous-mêmes, nos destinées sont à jamais unies, et que nous ne pouvons plus être heureux ou malheureux qu’ensemble. Nos âmes se sont pour ainsi dire touchées par tous les points, et nous avons partout senti la même cohérence. (Corrigez-moi, mon ami, si j’applique mal vos leçons de physique.) Le sort pourra bien nous séparer, mais non pas nous désunir. Nous n’aurons plus que les mêmes plaisirs et les mêmes peines ; et comme ces aimants dont vous me parliez, qui ont, dit-on, les mêmes mouvements en différents lieux, nous sentirions les mêmes choses aux deux extrémités du monde.

Défaites-vous donc de l’espoir, si vous l’eûtes jamais de vous faire un bonheur exclusif, et de l’acheter aux dépens du mien. N’espérez pas pouvoir être heureux si j’étais déshonorée, ni pouvoir, d’un oeil satisfait, contempler mon ignominie et mes larmes. Croyez-moi, mon ami, je connais votre coeur bien mieux que vous ne le connaissez. Un amour si tendre et si vrai doit savoir commander aux désirs ; vous en avez trop fait pour achever sans vous perdre, et ne pouvez plus combler mon malheur sans faire le vôtre.

Je voudrais que vous pussiez sentir combien il est important pour tous deux que vous vous en remettiez à moi du soin de notre destin commun. Doutez-vous que vous ne me soyez aussi cher que moi-même ? et pensez-vous qu’il pût exister pour moi quelque félicité que vous ne partageriez pas ? Non, mon ami ; j’ai les mêmes intérêts que vous, et un peu plus de raison pour les conduire. J’avoue que je suis la plus jeune ; mais n’avez-vous jamais remarqué que si la raison d’ordinaire est plus faible et s’éteint plus tôt chez les femmes, elle est aussi plus tôt formée, comme un frêle tournesol croît et meurt avant un chêne ? Nous nous trouvons dès le premier âge chargées d’un si dangereux dépôt, que le soin de le conserver nous éveille bientôt le jugement ; et c’est un excellent moyen de bien voir les conséquences des choses, que de sentir vivement tous les risques qu’elles nous font courir. Pour moi, plus je m’occupe de notre situation, plus je trouve que la raison vous demande ce que je vous demande au nom de l’amour. Soyez donc docile à sa douce voix, et laissez-vous conduire, hélas ! par un autre aveugle, mais qui tient au moins un appui.

Je ne sais, mon ami, si nos coeurs auront le bonheur de s’entendre, et si vous partagerez, en lisant cette lettre, la tendre émotion qui l’a dictée ; je ne sais si nous pourrons jamais nous accorder sur la manière de voir comme sur celle de sentir ; mais je sais bien que l’avis de celui des deux qui sépare le moins son bonheur du bonheur de l’autre est l’avis qu’il faut préférer.

Lettre XII – De Saint-Preux à Julie

Ma Julie, que la simplicité de votre lettre est touchante ! Que j’y vois bien la sérénité d’une âme innocente, et la tendre sollicitude de l’amour ! Vos pensées s’exhalent sans art et sans peine ; elles portent au coeur une impression délicieuse que ne produit point un style apprêté. Vous donnez des raisons invincibles d’un air si simple, qu’il y faut réfléchir pour en sentir la force ; et les sentiments élevés vous coûtent si peu, qu’on est tenté de les prendre pour des manières de penser communes. Ah ! oui, sans doute, c’est à vous de régler nos destins ; ce n’est pas un droit que je vous laisse, c’est un devoir que j’exige de vous, c’est une justice que je vous demande, et votre raison me doit dédommager du mal que vous avez fait à la mienne. Dès cet instant je vous remets pour ma vie l’empire de mes volontés ; disposez de moi comme d’un homme qui n’est plus rien pour lui-même, et dont tout l’être n’a de rapport qu’à vous. Je tiendrai, n’en doutez pas, l’engagement que je prends, quoi que vous puissiez me prescrire. Ou j’en vaudrai mieux, ou vous en serez plus heureuse, et je vois partout le prix assuré de mon obéissance. Je vous remets donc sans réserve le soin de notre bonheur commun ; faites le vôtre, et tout est fait. Pour moi ; qui ne puis ni vous oublier un instant, ni penser à vous sans des transports qu’il faut vaincre, je vais m’occuper uniquement des soins que vous m’avez imposés.

Such is not the case with you, divine Julie; you merely enchant our senses and are at peace with your own. It seems that human passions are beneath such a sublime soul; and since you possess the beauty of angels, you also have their purity. O purity, which I behold with reverence—how I wish I could either humble myself or rise to your level! But no, I shall forever crawl upon earth, while you shine in the heavens. Ah! May you be happy at the expense of my own peace; may you enjoy all your virtues; may every vile mortal who dares to tarnish them perish! Be happy—I will try to forget how pitiable I am, and even find comfort in your happiness for my own misfortunes. Yes, dear beloved, it seems to me that my love is just as perfect as its adorable object; all desires kindled by your charms are extinguished in the perfection of your soul. I see you so serene that I dare not disturb your tranquility. Whenever I am tempted to steal even the slightest touch from you, if the fear of offending you holds me back, my heart stops me even more out of dread of tarnishing such pure happiness. In considering the things I desire, I see only what they might cost you; and since I cannot combine my own happiness with yours, judge how deeply I love you—I have given up my own happiness for yours.

What inexplicable contradictions exist in the feelings you inspire in me! I am both submissive and bold, impetuous and restrained; I could not raise my eyes to look at you without experiencing inner turmoil. Your gaze, your voice bring to the heart, alongside love, the tender allure of innocence—a divine charm that one would regret to erase. If I dare to utter extreme wishes, it is only in your absence; my desires, unable to reach you directly, are directed toward your image, and it is upon her that I vent the respect I am forced to hold for you.

Yet I languish and decay; fire burns within my veins—nothing can extinguish or calm it, and my attempts to control it only intensify its torment. I ought to be happy; I am, I admit it; I complain not of my fate. As it is, I would not exchange it for the kings of this earth. Yet a real suffering plagues me; in vain I try to escape it. I do not wish to die, yet I am dying; I desire to live for you, and it is you who take my life away.

Letter XI – From Julie to Saint-Preux

My friend, I feel that I am growing increasingly attached to you every day; I can no longer bear to be apart from you. Even the shortest separation is unbearable for me, and I must see you or write to you in order to keep thinking about you constantly.

Thus, my love grows along with yours; for now I know how much you love me, through the genuine fear you have of displeasing me—whereas before that fear was merely feigned, a means to achieve your own ends. I am well able to distinguish in you the influence of true affection from the delirious whims of an overheated imagination; and I see far more passion in the restraint you now exercise than in your earlier outbursts. I also know that, as awkward as your current situation may be, it is not without its pleasures. For a true lover, making sacrifices that are all counted in favor of his beloved is indeed sweet—none of these sacrifices is lost in her heart. Who knows? Perhaps, knowing my sensitivity, you are using even more subtle tactics to seduce me. But no, I am unfair; you could never resort to such artifice with me. Yet, if I were wise, I would fear pity far more than love itself. Your respect moves me a thousand times more than your fervent expressions of affection—and I fear that by choosing the most honorable course, you may have ultimately chosen the most dangerous one.

I must tell you, from the bottom of my heart, a truth that I feel intensely, and which your own feelings should confirm to you: despite fortune, parents, and ourselves, our fates are forever intertwined, and we can no longer be happy or unhappy except together. Our souls seem to be connected in every way; everywhere, we sense the same unity. (Correct me, my friend, if I misapply your lessons in physics.) Fate may separate us, but it cannot divide us. We will continue to share the same joys and the same sorrows; and just like those magnets you told me about, which are said to exhibit the same movements in different locations, we would feel the same things even at opposite ends of the world.

Therefore, cast away any hope you might have of achieving your own happiness at the expense of mine. Do not expect to be happy if I am dishonored, nor to be able to watch my humiliation and tears with satisfaction. Believe me, my friend—I know your heart better than you know it yourself. Such tender and true love should be capable of overcoming all desires; you have already done too much to avoid losing yourself in this pursuit, and you can no longer alleviate my suffering without also causing your own ruin.

I wish you could understand how important it is for both of us that you place the care of our common destiny in my hands. Do you doubt that I hold you in as much affection as you hold me? And do you think there could be any happiness for me that you would not share? No, my friend; I have the same interests as you—and perhaps even more reason to pursue them wisely. It is true that I am younger; but haven’t you ever noticed that while reason is often weaker and fades sooner in women, it also takes shape much earlier, just as a fragile sunflower grows and withers before a mighty oak? From a very young age, we are entrusted with such a dangerous responsibility that the need to protect it quickly develops our judgment. And experiencing firsthand all the risks that things entail is indeed an excellent way to understand their true consequences. For me, the more I consider our situation, the more I realize that reason demands of you exactly what I am asking you for in the name of love. So please be obedient to its gentle guidance—and let yourself be led, alas, by another blind man, but at least one who holds onto some form of support.

I do not know, my friend, whether our hearts will be fortunate enough to understand each other, nor whether you will share, upon reading this letter, the tender emotion that inspired it; I do not know whether we will ever agree on how to view things or how to feel; but what I do know is that the opinion of the person whose own happiness is least separated from the other person’s happiness is the opinion that should be preferred.

Letter XII – From Saint-Preux to Julie

My Julie, how touching is the simplicity of your letter! How clearly it reflects the serenity of an innocent soul and the tender care of love! Your thoughts are expressed without artifice or effort; they bring to the heart a delightful impression that no contrived style could ever achieve. You present such irresistible reasons in such a simple manner that one must reflect to grasp their strength; and these noble sentiments cost you so little that one is tempted to mistake them for ordinary ways of thinking. Ah! Indeed, it is surely you who shall determine our destinies—not as a right I grant you, but as a duty I demand of you, as a justice I claim from you. Your reason must compensate me for the harm you have caused mine. From this moment onward, I place the control of my wills into your hands for the rest of my life; treat me as a man who no longer belongs to himself, but whose very existence is tied solely to you. Believe me, I will keep the promise I make, no matter what you may command me to do. Either I shall prove worthy of it, or you shall be happier because of it—and I see everywhere the certain reward of my obedience. Therefore, without reservation, I entrust to you the care of our common happiness; you do your part, and everything will be done. As for me, who cannot for a single moment forget you, nor think of you without feeling overwhelming emotions that I must overcome, I shall devote myself entirely to fulfilling the duties you have imposed upon me.

Non è così per te, celeste Julie; tu ti limiti a incantare i nostri sens e non sei in guerra con quelli che appartengono a te stessa. Sembra che passioni umane siano inferiori a un’anima così sublime. E poiché possiedi la bellezza degli angeli, ne hai anche la purezza. Oh, purezza che rispetto profondamente. Ahimè, non posso né abbassarmi al tuo livello né elevarmi fino a te! Ma no. Continuerò sempre ad strisciare sulla terra, mentre tu continuerai a brillare nei cieli. Ah! Sii felice, anche a scapito del mio riposo; goditi tutte le tue virtù. Che muoia quel vile mortale che osasse mai contaminarne una! Sii felice. Cercherò di dimenticare quanto io sia sfortunato, e trarrò consolazione dai tuoi beni stessi. Sì, cara amante. Mi sembra che il mio amore sia altrettanto perfetto quanto l’oggetto del mio affetto; tutti i desideri infuocati dai tuoi incanti si spegnono di fronte alle perfezioni della tua anima. La vedo così serena. Che non oso turbare la sua tranquillità. Ogni volta che sono tentato di privarti anche del minimo gesto d’amore, se il timore di offenderti mi trattiene, il mio cuore mi trattiene ancora di più per paura di alterare una felicità così pura. Nel valutare i beni che desidero, non vedo altro che ciò che potrebbero costarti. E poiché non posso unire la mia felicità alla tua, capisci quanto io ti ami. Ho rinunciato alla mia stessa felicità per te.

Quante contraddizioni inesplicabili nei sentimenti che mi ispirate! Sono allo stesso tempo sottomesso e audace, impetuoso e contenuto; non potrei alzarlo lo sguardo su di voi senza che dentro di me scatenino conflitti interiori. I vostri sguardi, la vostra voce trasmettono al cuore, insieme all’amore, l’attrazione commovente dell’innocenza; è un incanto divino che ci si pentirebbe di cancellare. Se oso formulare desideri estremi, è soltanto in vostra assenza; i miei desideri, non osando rivolgersi direttamente a voi, si indirizzano alla vostra immagine, e è su di essa che mi vendico del rispetto che sono costretto a nutrire per voi.

Tuttavia, languisco e mi consumo; il fuoco scorre nelle mie vene; nulla potrebbe spegnerlo o calmarlo, e io lo irrito cercando di domarlo. Devo essere felice. Lo sono, lo ammetto; non mi lamento della mia sorte; così com’è, non la cambierei nemmeno con i re della terra. Eppure un dolore reale mi tormenta; cerco invano di fuggirlo. Non vorrei morire, eppure sto morendo. Vorrei vivere per te. Ed è proprio tu a portarmi via la vita.

Lettera XI – Di Julie a Saint-Preux

Amico mio, sento che ogni giorno mi lego sempre di più a te; non riesco più a stare lontano da te; anche la minima assenza è insopportabile per me, e devo vederti o scriverti, in modo da potermi occupare di te costantemente.

Così il mio amore aumenta insieme al vostro; poiché ora so quanto mi amiate, a causa della vera paura che avete di offendermi, invece di averne soltanto un’apparenza all’inizio per raggiungere meglio i vostri scopi. So ben distinguere, in voi, l’effetto che il cuore ha su di voi dal delirio di un’immaginazione eccitata; e vedo cento volte più passione nella costrizione in cui vi trovate che nei vostri primi impeti. So anche che la vostra situazione, per quanto imbarazzante, non è priva di piaceri. È dolce, infatti, per un vero amante fare sacrifici che gli sembrano tutti preziosi, e di cui nessuno viene perso nel cuore di colui che ama. Chi sa. Forse, conoscendo la mia sensibilità, usate con me metodi più abili per sedurmi? Ma no. Sono ingiusta: voi non siete certo capace di ricorrere a stratagemmi con me. Tuttavia, se sarò saggia, mi difenderò ancora di più dalla pietà che dall’amore stesso. Mi sento mille volte più commossa dai vostri rispetti che dai vostri impeti appassionati. E temo che, scegliendo la strada più onesta, abbiate in realtà scelto quella più pericolosa.

Devo dirvi, con tutto il cuore, una verità che sento profondamente e della quale anche il vostro cuore dovrebbe convincersi: nonostante la fortuna, i genitori e noi stessi, i nostri destini sono per sempre uniti, e non possiamo più essere felici o infelici se non insieme. Le nostre anime si sono, per così dire, toccate in ogni punto, e ovunque abbiamo percepito la stessa coerenza. (Correggetemi, amico mio, se ho mal interpretato le vostre lezioni di fisica.) Il destino potrà forse separarci, ma non separare i nostri destini. Avremo sempre gli stessi piaceri e le stesse sofferenze; e proprio come quegli magneti di cui mi parlavate, che si dice abbiano gli stessi movimenti in luoghi diversi, anche noi proveremmo le stesse cose alle due estremità del mondo.

Allora rinunciate a quell’illusione di potervi rendere felici a scapito del mio bene. Non sperate di essere felici se io dovessi subire l’umiliazione; non potrete mai, con soddisfazione, osservare la mia vergogna e le mie lacrime. Credetemi, amico mio: conosco il vostro cuore meglio di quanto voi stesso lo conosciate. Un amore così tenero e sincero dovrebbe essere in grado di dominare i desideri. Avete già fatto troppo per non perdervi completamente; non potrete più alleviare la mia sofferenza senza causarne anche voi.

Vorrei che poteste comprendere quanto sia importante, per entrambi, affidarci a me nella cura del nostro destino comune. Dubitate forse che io non vi sia altrettanto cara quanto voi lo siete per me? E pensate davvero che possa esistere per me qualche felicità di cui voi non partecipaste? No, mio caro; ho gli stessi interessi che voi e, forse, anche più motivi per guidarli con saggezza. Ammetto di essere la più giovane; ma non avete mai notato che, se la ragione delle donne è solitamente più debole e si esaurisce prima, essa viene anche formata più precocemente, proprio come un tenero girasole cresce e muore prima di un quercio? Fin dalla prima età ci troviamo ad avere in carico una responsabilità così pericolosa che la necessità di preservarla ci stimola presto a sviluppare il giudizio; ed è proprio questo un ottimo modo per comprendere appieno le conseguenze delle nostre azioni, sentendo chiaramente tutti i rischi che esse comportano. Per quanto mi riguarda, più mi occupo della nostra situazione, più mi rendo conto che la ragione vi chiede esattamente ciò che io vi chiedo in nome dell’amore. Siate quindi docili alla sua voce dolce e lasciatevi guidare, da un altro cieco, ma almeno lui si appoggia a qualcosa di solido.

Non so, mio amico, se i nostri cuori avranno la fortuna di intendersi, e se tu condividerai, leggendo questa lettera, quella tenera emozione che l’ha ispirata; non so se riusciremo mai a concordare sul modo di vedere le cose o di provare sentimenti; ma so bene che l’opinione di colui dei due che meno separa il proprio felicità da quella dell’altro è l’opinione che bisogna preferire.

Lettera XII – Da Saint-Preux a Julie

Ma Julie, quanto è commovente la semplicità della tua lettera! Vi si legge chiaramente la serenità di un’anima innocente e la tenera premura dell’amore. I tuoi pensieri esprimono se stessi in modo naturale e spontaneo; trasmettono al cuore un’impressione deliziosa, che uno stile artificioso non potrebbe mai produrre. Le ragioni che esponi sono così convincenti, il tuo modo di esprimerti è così semplice, che bisogna rifletterci a lungo per comprenderne la forza. E i sentimenti nobili che provi ti costano così poco, che si potrebbe quasi pensare che siano soltanto modi ordinari di pensare. Ah! Sì, senza dubbio sei tu ad avere il potere di determinare il nostro destino. Non è un diritto che ti concedo, ma un dovere che esigo da te; è una giustizia che pretendo. E la tua ragione deve compensarmi del male che hai causato alla mia. Da questo momento in poi, ti affido per tutta la vita il dominio delle mie volontà: disponi di me come di un uomo che non è più nulla per se stesso, e il cui intero essere ha rapporto soltanto con te. Manterrò, ne sono certo, l’impegno che prendo, qualunque cosa tu possa ordinarmi. O sarò migliore di quanto tu possa sperare, o sarai più felice. E vedo ovunque il prezzo sicuro della mia obbedienza. Pertanto ti affido senza riserve la cura del nostro comune benessere: fai ciò che è giusto per te, e tutto sarà fatto. Per me, che non posso né dimenticarti un istante né pensare a te senza provare emozioni così intense da doverle dominare. Mi dedicherò esclusivamente alle cure che mi hai imposto.

Depuis un an que nous étudions ensemble, nous n’avons guère fait que des lectures sans ordre et presque au hasard, plus pour consulter votre goût que pour l’éclairer : d’ailleurs tant de trouble dans l’âme ne nous laissait guère de liberté d’esprit. Les yeux étaient mal fixés sur le livre ; la bouche en prononçait les mots ; l’attention manquait toujours. Votre petite cousine, qui n’était pas si préoccupée, nous reprochait notre peu de conception, et se faisait un honneur facile de nous devancer. Insensiblement elle est devenue le maître du maître ; et quoique nous ayons quelquefois ri de ses prétentions, elle est au fond la seule des trois qui sait quelque chose de tout ce que nous avons appris.

Pour regagner donc le temps perdu, (ah ! Julie, en fut-il jamais de mieux employé ?) j’ai imaginé une espèce de plan qui puisse réparer par la méthode le tort que les distractions ont fait au savoir. Je vous l’envoie ; nous le lirons tantôt ensemble, et je me contente d’y faire ici quelques légères observations.

Si nous voulions, ma charmante amie, nous charger d’un étalage d’érudition, et savoir pour les autres plus que pour nous, mon système ne vaudrait rien ; car il tend toujours à tirer peu de beaucoup de choses, et à faire un petit recueil d’une grande bibliothèque. La science est dans la plupart de ceux qui la cultivent une monnaie dont on fait grand cas, qui cependant n’ajoute au bien-être qu’autant qu’on la communique, et n’est bonne que dans le commerce. Ôtez à nos savants le plaisir de se faire écouter, le savoir ne sera rien pour eux. Ils n’amassent dans le cabinet que pour répandre dans le public ; ils ne veulent être sages qu’aux yeux d’autrui ; et ils ne se soucieraient plus de l’étude s’ils n’avaient plus d’admirateurs[22]. Pour nous qui voulons profiter de nos connaissances, nous ne les amassons point pour les revendre, mais pour les convertir à notre usage ; ni pour nous en charger, mais pour nous en nourrir. Peu lire, et penser beaucoup à nos lectures, ou, ce qui est la même chose, en causer beaucoup entre nous, est le moyen de les bien digérer ; je pense que quand on a une fois l’entendement ouvert par l’habitude de réfléchir, il vaut toujours mieux trouver de soi-même les choses qu’on trouverait dans les livres ; c’est le vrai secret de les bien mouler à sa tête, et de se les approprier : au lieu qu’en les recevant telles qu’on nous les donne, c’est presque toujours sous une forme qui n’est pas la nôtre. Nous sommes plus riches que nous pensons, mais, dit Montaigne, on nous dresse à l’emprunt et à la quête ; on nous apprend à nous servir du bien d’autrui plutôt que du nôtre ; ou plutôt, accumulant sans cesse, nous n’osons toucher à rien : nous sommes comme ces avares qui ne songent qu’à remplir leurs greniers, et dans le sein de l’abondance se laissent mourir de faim.

Il y a, je l’avoue, bien des gens qui cette méthode serait fort nuisible, et qui ont besoin de beaucoup lire et peu méditer, parce qu’ayant la tête mal faite ils ne rassemblent rien de si mauvais que ce qu’ils produisent d’eux-mêmes. Je vous recommande tout le contraire, à vous qui mettez dans vos lectures mieux que ce que vous y trouvez, et dont l’esprit actif fait sur le livre un autre livre, quelquefois meilleur que le premier. Nous nous communiquerons donc nos idées ; je vous dirai ce que les autres auront pensé, vous me direz sur le même sujet ce que vous pensez vous-même, et souvent après la leçon j’en sortirai plus instruit que vous.

Moins vous aurez de lecture à faire, mieux il faudra la choisir, et voici les raisons de mon choix. La grande erreur de ceux qui étudient est, comme je viens de vous dire, de se fier trop à leurs livres, et de ne pas tirer assez de leur fonds ; sans songer que de tous les sophistes, notre propre raison est presque toujours celui qui nous abuse le moins. Sitôt qu’on veut rentrer en soi-même, chacun sent ce qui est bien, chacun discerne ce qui est beau ; nous n’avons pas besoin qu’on nous apprenne à connaître ni l’un ni l’autre, et l’on ne s’en impose là-dessus qu’autant qu’on s’en veut imposer. Mais les exemples du très bon et du très beau sont plus rares et moins connus ; il les faut aller chercher loin de nous. La vanité, mesurant les forces de la nature sur notre faiblesse, nous fait regarder comme chimériques les qualités que nous ne sentons pas en nous-mêmes ; la paresse et le vice s’appuient sur cette prétendue impossibilité ; et ce qu’on ne voit pas tous les jours, l’homme faible prétend qu’on ne le voit jamais. C’est cette erreur qu’il faut détruire, ce sont ces grands objets qu’il faut s’accoutumer à sentir et à voir, afin de s’ôter tout prétexte de ne les pas imiter. L’âme s’élève, le coeur s’enflamme à la contemplation de ces divins modèles ; à force de les considérer, on cherche à leur devenir semblable, et l’on ne souffre plus rien de médiocre sans un dégoût mortel.

N’allons donc pas chercher dans les livres des principes et des règles que nous trouvons plus sûrement au dedans de nous. Laissons là toutes ces vaines disputes des philosophes sur le bonheur et sur la vertu ; employons à nous rendre bons et heureux le temps qu’ils perdent à chercher comment on doit l’être, et proposons-nous de grands exemples à imiter, plutôt que de vains systèmes à suivre.

J’ai toujours cru que le bon n’était que le beau mis en action, que l’un tenait intimement à l’autre, et qu’ils avaient tous deux une source communes dans la nature bien ordonnée. Il suit de cette idée que le goût se perfectionne par les mêmes moyens que la sagesse, et qu’une âme bien touchée des charmes de la vertu doit à proportion être aussi sensible à tous les autres genres de beautés. On s’exerce à voir comme à sentir, ou plutôt une vue exquise n’est qu’un sentiment délicat et fin. C’est ainsi qu’un peintre, à l’aspect d’un beau paysage ou devant un beau tableau, s’extasie à des objets qui ne sont pas même remarqués d’un spectateur vulgaire. Combien de choses qu’on n’aperçoit que par sentiment et dont il est impossible de rendre raison ! Combien de ces je ne sais quoi qui reviennent si fréquemment, et dont le goût seul décide ! Le goût est en quelque manière le microscope du jugement ; c’est lui qui met les petits objets à sa portée, et ses opérations commencent où s’arrêtent celles du dernier. Que faut-il donc pour le cultiver ? S’exercer à voir ainsi qu’à sentir, et à juger du beau par inspection comme du bon par sentiment. Non, je soutiens qu’il n’appartient pas même à tous les coeurs d’être émus au premier regard de Julie.

Voilà, ma charmante écolière, pourquoi je borne toutes vos études à des livres de goût et de moeurs ; voilà pourquoi, tournant toute ma méthode en exemples, je ne vous donne point d’autre définition des vertus qu’un tableau des gens vertueux, ni d’autres règles pour bien écrire que les livres qui sont bien écrits.

For a year now that we have been studying together, we have hardly engaged in any systematic or deliberate reading—more often than not, our readings have been random and aimless, intended more to satisfy your tastes than to truly enlighten us. Indeed, the turmoil within our souls left us with little mental freedom. Our eyes would barely fix on the page; our mouths would mechanically pronounce the words; our attention was constantly distracted. Your young cousin, less preoccupied by such distractions, often criticized our lack of understanding and took pride in outstripping us in our studies. Unnoticed, she gradually became the master over our master; and although we sometimes laughed at her claims, in truth, she is the only one among the three of us who truly understands anything of what we have learned.

In order to make up for the time lost, (ah! Julie, could it ever be better spent?) I devised a kind of plan that would, through systematic methods, rectify the harm that distractions have caused to knowledge. I am sending it to you; we will read it together later on, and I merely wish to make a few brief observations here.

If we were to endeavor, my dear friend, to amass a wealth of knowledge and to know more for others than for ourselves, my system would be utterly worthless; for it always tends to extract little from many things and to create a mere collection out of a vast library. For most people who pursue science, it is merely a commodity that is highly valued, yet it adds to well-being only insofar as it is shared with others, and its value lies solely in its exchange. Take away the pleasure our scholars have in being listened to, and knowledge would mean nothing to them. They accumulate it in their studies merely to disseminate it among the public; they wish to be considered wise only in the eyes of others; and they would cease to care about learning altogether if they no longer had admirers[22]. For those of us who seek to benefit from our knowledge, we do not collect it to sell it on, but to put it to our own use; nor do we burden ourselves with it, but to nourish ourselves with it. Reading little and reflecting deeply on what we read—or, in other words, discussing it extensively among ourselves—is the way to truly assimilate it. I believe that once one’s mind has been trained by the habit of reflection, it is always better to discover things for oneself than to find them in books; this is the true secret to integrating knowledge into one’s own thinking and making it one’s own. Instead of accepting knowledge in its given form, we should strive to adapt it to our own needs—for we are richer than we often realize. But, as Montaigne said, we are taught to rely on others and to seek constantly; we are taught to make use of the wealth of others rather than our own. Or rather, by constantly accumulating, we end up afraid to touch anything at all—we are like those miserly people who only think about filling their stores, yet die of hunger in the midst of abundance.

I must admit that there are many people for whom this method would be extremely harmful; such individuals need to read extensively but meditate little, because their minds are poorly structured and they fail to distill anything meaningful from what they read. To you, however, I recommend the very opposite: those of you who put more into your readings than what is simply offered to you, and whose active minds transform the text into something new—sometimes even better than the original. In this way, we can exchange our ideas; I will tell you what others have thought, and you will share with me your own perspectives on the same subjects. Often, after such exchanges, I will learn more than you have.

The less reading you have to do, the more carefully you must choose what you read—and here are the reasons behind my choice. The great mistake of those who study is, as I just said, relying too much on their books and not drawing enough inspiration from within themselves; they fail to realize that, among all the sources of knowledge, our own reason is almost always the one that deceives us the least. Whenever we try to turn within ourselves, everyone feels what is good and discerns what is beautiful; we have no need for anyone to teach us how to recognize either. Yet people only impose these things on themselves if they choose to do so. However, examples of the truly good and the truly beautiful are rare and little known; one must seek them far from oneself. Vanity, measuring the power of nature against our own weakness, makes us regard those qualities as mere illusions—qualities that we ourselves do not feel within us. Laziness and vice rely on this supposed impossibility; and what people do not see every day, the weak claim never exists at all. It is this error that must be corrected; it is these noble ideals that we must train ourselves to perceive and embrace, so as to have no excuse left for not emulating them. The soul rises, and the heart ignites when we contemplate these divine models. By constantly reflecting on them, we strive to become like them—and then nothing mediocre can ever satisfy us again, without causing us intense disgust.

Let us not seek for principles and rules in books, when we can find them more surely within ourselves. Set aside all those futile debates of philosophers about happiness and virtue; instead of wasting time trying to figure out how to be good and happy, let us use that time to actually become good and happy. Let us set great examples for others to follow, rather than empty systems that are meant to be obeyed.

I have always believed that the good is nothing but beauty put into action; that the two are intimately connected, and that they both share a common origin in the well-ordered nature. From this idea it follows that taste is refined by the same means as wisdom, and that a soul deeply touched by the charms of virtue must accordingly be sensitive to all other forms of beauty as well. One practices seeing in the same way one practices feeling; indeed, exquisite vision is nothing but a delicate and refined sensation. Thus, a painter, upon beholding a beautiful landscape or facing a fine painting, is filled with admiration for things that would pass unnoticed by an ordinary observer. How many things are perceived merely through sensation, and for which it is impossible to provide any rational explanation! How often do we encounter those indescribable qualities that are determined solely by taste! Taste, in some way, is the microscope of judgment; it enables us to perceive small details that elude even the most keen observer. So what is needed to cultivate this taste? To practice seeing and feeling in this manner, and to judge beauty through observation just as one judges goodness through sensation. No—I assert that not every heart is capable of being moved at first sight by someone like Julie.

Here, my dear young lady, is why I limit all your studies to books on taste and manners; here is why, by using examples throughout my teaching method, I provide you with no other definition of virtue than a portrayal of virtuous people, and no other rules for writing well than the books that themselves are well-written.

Da un anno che studiamo insieme, non abbiamo fatto altro che leggere in modo disordinato e quasi casuale, più per scoprire quali fossero i vostri gusti che per illuminarli: del resto, tanta confusione nell’anima non ci lasciava molta libertà di pensiero. Gli occhi fissavano a malapena il libro; la bocca pronunciava le parole senza attenzione. Vostra cugina, che non era così preoccupata, ci rimproverava per la nostra scarsa comprensione e si vantava facilmente di essere più avanti di noi. In modo insensibile, è diventata lei il “maestro del maestro”; e sebbene a volte ridessimo delle sue pretese, in realtà è l’unica dei tre che abbia davvero compreso qualcosa di tutto ciò che abbiamo imparato.

Per recuperare quindi il tempo perduto (ah! Julie, mai è stato impiegato meglio?), ho immaginato un piano in grado di riparare, con metodi sistematici, il danno che le distrazioni hanno arrecato alla conoscenza. Ve lo invio; lo leggeremo insieme tra poco, e io mi limito qui a fare alcune brevi osservazioni.

Se volessimo, mia cara amica, assumerci il compito di esibire la nostra erudizione e sapere più degli altri che di noi stessi, il mio sistema non avrebbe alcun valore; poiché tende sempre a trarre poco da molte cose e a creare una piccola raccolta partendo da una vasta biblioteca. La scienza, per la maggior parte di coloro che la coltivano, è come una moneta molto apprezzata, ma che aggiunge al benessere delle persone solo nella misura in cui viene condivisa, e ha valore soltanto nel contesto del commercio. Se togliessimo ai nostri studiosi il piacere di essere ascoltati, la conoscenza non significherebbe nulla per loro; accumulano saperi soltanto per diffonderlo al pubblico, desiderano essere considerati saggi solo agli occhi degli altri, e non si curerebbero più dello studio se non avessero più ammiratori. Per noi, che vogliamo trarre profitto dalle nostre conoscenze, non le accumuliamo per venderle, ma per adattarle alle nostre esigenze; non le utilizziamo come un fardello, ma come alimento per la nostra mente. Leggere poco e riflettere molto sulle letture, o, in altre parole, discuterne ampiamente tra di noi, è il modo migliore per assimilarle efficacemente. Credo che, una volta che l’intelligenza sia stata allenata dall’abitudine alla riflessione, sia sempre meglio trovare da soli le risposte alle domande piuttosto che cercarle nei libri; questo è il vero segreto per far sì che la conoscenza si adatti perfettamente alle nostre esigenze e diventi nostra proprietà reale. Invece di riceverla così com’è, quasi sempre in una forma che non corrisponde alla nostra, noi siamo in realtà più ricchi di quanto pensiamo. Ma, come dice Montaigne, ci viene insegnato ad affidarci agli altri e a cercare continuamente; ci viene detto di utilizzare il bene altrui piuttosto che il nostro. O, per dirla in altro modo, accumulando senza sosta, non osiamo mai toccare nulla; siamo come quegli avari che pensano solo a riempire i loro magazzini, ma che nella ricchezza stessa muoiono di fame.

Devo ammettere che ci sono molte persone per cui questo metodo sarebbe estremamente dannoso; queste persone hanno bisogno di leggere molto e di riflettere poco, perché, avendo una mente poco sviluppata, non riescono a raccogliere nulla di buono da ciò che leggono. Vi consiglio esattamente il contrario: voi che mettete nelle vostre letture qualcosa in più di ciò che vi trovate, e il cui spirito attivo trasforma il libro stesso in un altro libro, a volte persino migliore del primo. Così potremo scambiarci le nostre idee: io vi dirò cosa penseranno gli altri, voi mi direte su lo stesso argomento ciò che pensate voi, e spesso, dopo aver letto, ne uscirò più informato di voi.

Più si ha poco da leggere, più è necessario scegliere con attenzione; ecco le ragioni della mia scelta. Il grande errore di coloro che studiano consiste, come vi ho appena detto, nel fidarsi troppo dei loro libri e nel non attingere abbastanza alle proprie risorse interne; senza rendersi conto che, tra tutti i “sofisti”, la nostra stessa ragione è quasi sempre quella che ci inganna di meno. Non appena si cerca di riflettere su se stessi, ognuno percepisce ciò che è giusto e ciò che è bello; non abbiamo bisogno che qualcuno ci insegni a riconoscere l’uno o l’altro, e ciò che ci viene imposto in questo senso dipende soltanto dalla nostra volontà. Tuttavia, gli esempi di ciò che è veramente buono e bello sono più rari e meno conosciuti; bisogna andarli a cercare lontano da noi. La vanità, misurando le forze della natura rispetto alla nostra debolezza, ci fa considerare irrealizzabili quelle qualità che non percepiamo in noi stessi; la pigrizia e il vizio si basano su questa presunta impossibilità; e ciò che non vediamo ogni giorno, l’uomo debole pretende che non venga mai visto. È proprio questo errore che dobbiamo eliminare; sono questi grandi esempi che dobbiamo abituarci a percepire e a osservare, affinché non ci rimanga alcun pretesto per non imitarli. L’anima si eleva, il cuore si infiamma alla contemplazione di questi modelli divini; riflettendoci costantemente, cerchiamo di assomigliarci a loro, e non sopportiamo più nulla di mediocre senza provare un profondo disgusto.

Non andiamo certo a cercare nei libri principi e regole che possiamo trovarli con maggiore certezza dentro di noi stessi. Lasciamo da parte tutte queste vane dispute dei filosofi sul bene e sulla virtù; impieghiamo il tempo che loro perdono nel cercare come si debba essere buoni e felici, per diventarlo davvero noi, e proponiamoci grandi esempi da imitare, piuttosto che seguire vani sistemi.

Ho sempre creduto che il bene fosse soltanto la bellezza messa in atto, che l’uno fosse strettamente legato all’altro e che entrambi avessero una fonte comune nella natura ben ordinata. Da questa idea deriva che il gusto si perfeziona con gli stessi mezzi della saggezza, e che un’anima profondamente toccata dai fascini della virtù debba essere, di conseguenza, altrettanto sensibile a tutti gli altri tipi di bellezza. Ci si esercita a “vedere” come a “sentire”; in altre parole, una vista raffinata non è altro che un sentimento delicato e fine. È così che un pittore, di fronte a un bel paesaggio o a un bell’opera d’arte, si estasia davanti a oggetti che nemmeno vengono notati da uno spettatore comune. Quante cose si percepiscono soltanto attraverso il sentimento e di cui è impossibile dare una spiegazione razionale! Quanti di quei “non so cosa” ritornano così frequentemente, e di cui solo il gusto può decidere se siano belli o no. Il gusto è, in qualche modo, il microscopio del giudizio: è lui che rende accessibili agli occhi gli oggetti più piccoli, e le sue funzioni iniziano là dove quelle dell’uomo comune finiscono. Quindi, cosa occorre per coltivare il gusto? Esercitarsi a “vedere” e a “sentire” in questo modo, e giudicare il bello attraverso l’osservazione, così come il bene attraverso il sentimento. No: sostengo che non appartenga nemmeno a tutti i cuori la capacità di essere commossi al primo sguardo di Julie.

Ecco, mia deliziosa fanciulla. Perché limito tutte le vostre letture a libri di buon gusto e di morale; ecco perché, basando tutta la mia metodologia sugli esempi, non vi do altre definizioni delle virtù se non un ritratto delle persone virtuose, né altre regole per scrivere bene se non i libri che sono stati scritti bene.

Ne soyez donc pas surprise des retranchements que je fais à vos précédentes lectures ; je suis convaincu qu’il faut les resserrer pour les rendre utiles, et je vois tous les jours mieux que tout ce qui ne dit rien à l’âme n’est pas digne de vous occuper. Nous allons supprimer les langues, hors l’italienne que vous savez et que vous aimez ; nous laisserons là nos éléments d’algèbre et de géométrie ; nous quitterions même la physique, si les termes qu’elle vous fournit m’en laissaient le courage ; nous renoncerons pour jamais à l’histoire moderne, excepté celle de notre pays, encore n’est-ce que parce que c’est un pays libre et simple, où l’on trouve des hommes antiques dans les temps modernes ; car ne vous laissez pas éblouir par ceux qui disent que l’histoire la plus intéressante pour chacun est celle de son pays. Cela n’est pas vrai. Il y a des pays dont l’histoire ne peut pas même être lue, à moins qu’on ne soit imbécile ou négociateur. L’histoire la plus intéressante est celle où l’on trouve le plus d’exemples de moeurs, de caractères de toute espèce, en un mot le plus d’instruction. Ils vous diront qu’il y a autant de tout cela parmi nous que parmi les anciens. Cela n’est pas vrai. Ouvrez leur histoire et faites-les taire. Il y a des peuples sans physionomie auxquels il ne faut point de peintres ; il y a des gouvernements sans caractère auxquels il ne faut point d’historiens, et où, sitôt qu’on sait quelle place un homme occupe, on sait d’avance tout ce qu’il y fera. Ils diront que ce sont les bons historiens qui nous manquent ; mais demandez-leur pourquoi. Cela n’est pas vrai. Donnez matière à de bonnes histoires, et les bons historiens se trouveront. Enfin ils diront que les hommes de tous les temps se ressemblent, qu’ils ont les mêmes vertus et les mêmes vices ; qu’on n’admire les anciens que parce qu’ils sont anciens. Cela n’est pas vrai non plus ; car on faisait autrefois de grandes choses avec de petits moyens, et l’on fait aujourd’hui tout le contraire. Les anciens étaient contemporains de leurs historiens, et nous ont pourtant appris à les admirer : assurément, si la postérité jamais admire les nôtres, elle ne l’aura pas appris de nous.

J’ai laissé, par égard pour votre inséparable cousine, quelques livres de petite littérature que je n’aurais pas laissés pour vous. Hors le Pétrarque, le Tasse, le Métastase, et les maîtres du théâtre français, je n’y mêle ni poètes, ni livres d’amour, contre l’ordinaire des lectures consacrées à votre sexe. Qu’appendrions-nous de l’amour dans ces livres ? Ah ! Julie, notre coeur nous en dit plus qu’eux, et le langage imité des livres est bien froid pour quiconque est passionné lui-même. D’ailleurs ces études énervent l’âme, la jettent dans la mollesse, et lui ôtent tout son ressort. Au contraire, l’amour véritable est un feu dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentiments, et les anime d’une vigueur nouvelle. C’est pour cela qu’on a dit que l’amour faisait des héros. Heureux celui que le sort eût placé pour le devenir, et qui aurait Julie pour amante !

Lettre XIII – De Julie à Saint-Preux

Je vous le disais bien que nous étions heureux ; rien ne me l’apprend mieux que l’ennui que j’éprouve au moindre changement d’état. Si nous avions des peines bien vives, une absence de deux jours nous en ferait-elle tant ? Je dis nous, car je sais que mon ami partage mon impatience ; il la partage parce que je la sens, et il la sent encore pour lui-même : je n’ai plus besoin qu’il me dise ces choses-là.

Nous ne sommes à la campagne que d’hier au soir ; il n’est pas encore l’heure où je vous verrais à la ville, et cependant mon déplacement me fait déjà trouver votre absence plus insupportable. Si vous ne m’aviez pas défendu la géométrie, je vous dirais que mon inquiétude est en raison composée des intervalles du temps et du lieu ; tant je trouve que l’éloignement ajoute au chagrin de l’absence !

J’ai apporté votre lettre et votre plan d’études pour méditer l’une et l’autre, et j’ai déjà relu deux fois la première : la fin m’en touche extrêmement. Je vois, mon ami, que vous sentez le véritable amour, puisqu’il ne vous a point ôté le goût des choses honnêtes, et que vous savez encore dans la partie la plus sensible de votre coeur faire des sacrifices à la vertu. En effet, employer la voie de l’instruction pour corrompre une femme est de toutes les séductions la plus condamnable ; et vouloir attendrir sa maîtresse à l’aide des romans est avoir bien peu de ressources en soi-même. Si vous eussiez plié dans vos leçons la philosophie à vos vues, si vous eussiez tâché d’établir des maximes favorables à votre intérêt, en voulant me tromper vous m’eussiez bientôt détrompée ; mais la plus dangereuse de vos séductions est de n’en point employer. Du moment que la soif d’aimer s’empara de mon coeur, et que j’y sentis naître le besoin d’un éternel attachement, je ne demandai point au ciel de m’unir à un homme aimable, mais à un homme qui eût l’âme belle ; car je sentais bien que c’est, de tous les agréments qu’on peut avoir, le moins sujet au dégoût, et que la droiture et l’honneur ornent tous les sentiments qu’ils accompagnent. Pour avoir bien placé ma préférence, j’ai eu, comme Salomon, avec ce que j’avais demandé, encore ce que je ne demandais pas. Je tire un bon augure pour mes autres voeux de l’accomplissement de celui-là, et je ne désespère pas, mon ami, de pouvoir vous rendre aussi heureux un jour que vous méritez de l’être. Les moyens en sont lents, difficiles, douteux ; les obstacles terribles : je n’ose rien me promettre ; mais croyez que tout ce que la patience et l’amour pourront faire ne sera pas oublié. Continuez cependant à complaire en tout à ma mère, et préparez-vous, au retour de mon père, qui se retire enfin tout à fait après trente ans de service, à supporter les hauteurs d’un vieux gentilhomme brusque, mais plein d’honneur, qui vous aimera sans vous caresser, et vous estimera sans le dire.

J’ai interrompu ma lettre pour m’aller promener dans des bocages qui sont près de notre maison. O mon doux ami ! je t’y conduisais avec moi, ou plutôt je t’y portais dans mon sein. Je choisissais les lieux que nous devions parcourir ensemble ; j’y marquais des asiles dignes de nous retenir ; nos coeurs s’épanchaient d’avance dans ces retraites délicieuses ; elles ajoutaient au plaisir que nous goûtions d’être ensemble ; elles recevaient à leur tour un nouveaux prix du séjour de deux vrais amants, et je m’étonnais de n’y avoir point remarqué seule les beautés que j’y trouvais avec toi.

Parmi les bosquets naturels que forme ce lieu charmant, il en est un plus charmant que les autres, dans lequel je me plais davantage, et où, par cette raison, je destine une petite surprise à mon ami. Il ne sera pas dit qu’il aura toujours de la déférence, et moi jamais de générosité : c’est là que je veux lui faire sentir, malgré les préjugés vulgaires, combien ce que le coeur donne vaut mieux que ce qu’arrache l’importunité. Au reste, de peur que votre imagination vive ne se mette un peu trop en frais, je dois vous prévenir que nous n’irons point ensemble dans le bosquet sans l’inséparable cousine.

À propos d’elle, il est décidé, si cela ne vous fâche pas trop, que vous viendrez nous voir lundi. Ma mère enverra sa calèche à ma cousine ; vous vous rendrez chez elle à dix heures ; elle vous amènera ; vous passerez la journée avec nous, et nous nous en retournerons tous ensemble le lendemain après le dîner.

J’en étais ici de ma lettre quand j’ai réfléchi que je n’avais pas pour vous la remettre les mêmes commodités qu’à la ville. J’avais d’abord pensé de vous renvoyer un de vos livres par Gustin[23], le fils du jardinier, et de mettre à ce livre une couverture de papier, dans laquelle j’aurais inséré ma lettre ; mais, outre qu’il n’est pas sûr que vous vous avisassiez de la chercher, ce serait une imprudence impardonnable d’exposer à des pareils hasards le destin de notre vie. Je vais donc me contenter de vous marquer simplement par un billet le rendez-vous de lundi, et je garderai la lettre pour vous la donner à vous-même. Aussi bien j’aurais un peu de souci qu’il n’y eût trop de commentaires sur le mystère du bosquet.

Lettre XIV – De Saint-Preux à Julie

Therefore, do not be surprised by the deletions I make to your previous readings; I am convinced that they must be tightened up to become useful, and every day I come to realize more clearly that anything that is of no benefit to the soul is not worthy of your attention. We will eliminate all languages except for Italian, which you know and love; we will keep our elements of algebra and geometry; we might even abandon physics, if the terms it provides me with gave me the courage to do so; we will forever renounce modern history, except for that of our own country—yet even this is only because it is a free and simple nation where one can find ancient men living in modern times. For do not be deceived by those who say that the most interesting history for anyone is that of their own country. This is not true. There are countries whose histories cannot even be read, unless one is either foolish or a diplomat. The most interesting history is one that provides us with the greatest number of examples of various manners and characters—in other words, the most valuable lessons. They will tell you that such examples exist among us just as they did among the ancients. But this is not true. Open their histories and make them silent. There are peoples without any distinctive characteristics; for such peoples, historians are unnecessary. There are governments lacking any distinct personality; for such governments, knowing what position a person holds is enough to predict everything they will do. They will claim that it is the lack of good historians that prevents us from understanding the past; but ask them why this is so. Again, this is not true. Provide material for good histories, and good historians will emerge. Finally, they will say that people throughout time are similar, possessing the same virtues and vices, and that we admire the ancients merely because they were ancient. But this is also untrue; for in the past, great things were accomplished with simple means, while today we do precisely the opposite. The ancients were contemporaries of their historians, yet we have learned to admire them; surely, if future generations ever come to admire ours, they will not have learned to do so from us.

Out of respect for your inseparable cousin, I have left behind some books of light literature that I would not have given to you otherwise. Apart from Petrarch, Tasso, Metastasio, and the masters of French drama, I have included neither poets nor love novels—contrary to what is usually read by people of your gender. What could we learn about love from such books? Ah, Julie, our heart tells us far more than they ever could. Moreover, the artificial language of books is far too cold for anyone who is truly passionate themselves. In fact, such studies only agitate the soul, make it weak, and strip it of all its vigor. True love, on the other hand, is a devouring fire that spreads its intensity to all other emotions, infusing them with new vitality. It is for this reason that one has said that love makes heroes. How fortunate would that person be who fate had destined to become one—and who, in addition, had Julie as his lover!

Letter XIII – From Julie to Saint-Preux

I told you we were happy; nothing proves it better than the boredom I feel at the slightest change in our situation. If we were suffering greatly, would a two-day absence make such a difference? I say “we” because I know my friend shares my impatience—he shares it because he can sense it in me, and he also feels it himself. I no longer need him to tell me these things.

We have only arrived in the countryside since last evening; it is not yet the time when I would usually see you in the city, yet your absence already seems even more unbearable to me because of this journey. If you had not defended geometry for me, I would say that my anxiety arises from the combination of factors related to time and distance; indeed, I feel that being apart only adds to the sorrow of separation!

I have brought your letter and your study plan to ponder over carefully; I have already read the first part twice, and its conclusion deeply touches me. My friend, it is clear that you truly possess true love—since it has not deprived you of your taste for honest pursuits, and since you are still willing to make sacrifices for virtue in the most sensitive parts of your heart. Indeed, using the path of education to corrupt a woman is the most condemnable form of seduction; attempting to win her affections through novels reveals a profound lack of inner strength. If you had adapted philosophical principles to suit your own desires, if you had tried to establish principles that would benefit your own interests, you might have deceived me sooner or later—but perhaps the most dangerous aspect of your approach is precisely that you did not use any such strategies at all. The moment a desire for love took hold of my heart and I felt the need for an eternal bond, I did not pray to heaven to unite me with a charming man, but rather with one whose soul was noble. For I knew well that among all the pleasures one can seek, integrity and honor are what least likely lead to disappointment; they embellish every feeling they accompany. By placing my preference in the right place, I obtained, just as Solomon did, not only what I had asked for but also things I never even dared to hope for. I take this success as a good omen for all my other aspirations and believe, my friend, that one day I will be able to make you as happy as you deserve to be. The means to achieve this are slow, difficult, and uncertain; the obstacles are formidable. I dare not promise anything definite, but trust me—everything that patience and true love can bring will not be forgotten. In the meantime, continue to please my mother in every way, and prepare yourself for the return of my father. After thirty years of service, he is finally retiring completely. You will have to endure the aloofness of an elderly gentleman—one who is stern but honorable, who will love you without showing it too much and respect you without saying so.

I interrupted my letter to go for a walk in the woods near our house. Oh, my dear friend! I was taking you with me there—or rather, carrying you in my arms. I chose the paths we were to follow together; I marked out places worthy of being our retreats. Our hearts already overflowed with joy at the thought of these delightful spots; they added even more pleasure to the happiness of being together. And I wondered how it was that I had never noticed all those beauties on my own, when you and I were there together.

Among the natural groves that form this charming place, there is one that is even more delightful than the others; it is the one where I particularly enjoy spending time, and for this reason, I have planned a little surprise for my friend there. It wouldn’t be right to say that he always shows respect, nor that I am ever generous—but it is in this place that I want him to realize, despite common prejudices, how much more valuable is what the heart gives than what is taken by force or rudeness. Moreover, so as not to arouse your lively imagination too much, I must warn you that we will not go to that grove together without our inseparable cousin.

Regarding her, it has been decided that, if it doesn’t bother you too much, you will come to visit us on Monday. My mother will send her carriage to my cousin; you will go to her place at ten o’clock in the morning; she will bring you over; you will spend the day with us, and then we will all return together the next day after dinner.

I was about to finish writing my letter when I realized that I did not have the same convenient means at my disposal here as in the city to send it to you. At first, I thought of sending one of your books back to you through Gustin[23], the gardener’s son, and enclosing my letter inside a piece of paper; but apart from the fact that it is not certain you would even think of looking for it, it would be an utterly imprudent thing to expose the fate of our lives to such risks. Therefore, I will simply write you a note indicating the meeting place on Monday, and I will keep the letter for when we meet in person. That way, I can also avoid any unnecessary speculation about the mystery surrounding that grove.

Letter XIV – From Saint-Preux to Julie

Non dovete quindi meravigliarvi dei tagli che apporto alle vostre letture precedenti; sono convinto che sia necessario semplificarle per renderle utili, e ogni giorno mi rendo sempre più conto che tutto ciò che non ha nulla a che fare con l’anima umana non merita davvero la vostra attenzione. Elimineremo tutte le lingue, tranne l’italiano che conoscete e amate; manterremo gli elementi di algebra e geometria; abbandoneremmo persino la fisica, se i termini utilizzati per descriverla mi dessero il coraggio di farlo. Rinuncieremo per sempre alla storia moderna, tranne quella del nostro paese. Ma anche in questo caso, lo faremmo soltanto perché si tratta di un paese libero e semplice, dove si possono trovare esempi di comportamenti e caratteri antichi nei tempi moderni. Non lasciatevi ingannare da coloro che sostengono che la storia più interessante per ognuno sia quella del proprio paese: questo non è vero. Ci sono paesi i cui annali non meritano nemmeno di essere letti, a meno di non essere persone ignoranti o diplomatiche. La storia più interessante è quella che offre molti esempi di comportamenti e caratteri di ogni tipo. Insomma, quella che fornisce maggiori insegnamenti. Vi diranno che tra noi ci sono tali esempi quanto nell’antichità. Ma questo non è vero. Aprite le loro storie e fateli tacere. Ci sono popoli senza caratteristiche distintive, per i quali non servono storici. Ci sono governi privi di identità, per i quali non c’è nulla da raccontare. Basta sapere quale sia il ruolo di una persona per capire tutto ciò che farà. Diranno che ci mancano buoni storici. Ma chiedeteli perché. Non è vero. Date materia a buone storie, e i buoni storici si troveranno da soli. Infine, diranno che gli uomini di tutti i tempi sono simili, che hanno le stesse virtù e gli stessi vizi, che gli antichi vengono ammirati soltanto perché sono antichi. Ma nemmeno questo è vero. In passato si facevano grandi cose con mezzi semplici. Oggi invece si fa esattamente il contrario. Gli antichi erano contemporanei dei loro storici. Eppure abbiamo imparato ad ammirarli. Sicuramente, se un giorno la posterità amerà i nostri storici, non lo farà certo imparando da noi.

Ho lasciato, per rispetto verso la vostra insostituibile cugina, alcuni libri di letteratura leggera che non avrei lasciato a voi. A parte Petrarca, Tasso, Metastasio e i maestri del teatro francese, non ho incluso né poeti né libri d’amore, contrariamente alla consueta lettura adatta al vostro sesso. Cosa potremmo imparare sull’amore da questi libri? Ah! Giulia, il nostro cuore ci insegna molto di più di loro; inoltre, il linguaggio artificiale dei libri è troppo freddo per chi è realmente appassionato. Inoltre, queste letture eccitano l’anima, la rendono debole e le tolgono tutta la sua forza vitale. Al contrario, l’amore vero è un fuoco divorante che trasmette la propria passione agli altri sentimenti, infondendo loro una nuova energia. Ecco perché si dice che l’amore faccia gli eroi. Fortunato colui a cui il destino avesse riservato questo ruolo e che avesse Giulia come amante!

Lettera XIII – Di Julie a Saint-Preux

Ve lo dicevo che eravamo felici; nulla mi dimostra meglio questo quanto l’noia che provo al minimo cambiamento di situazione. Se avessimo sofferte veramente, una assenza di due giorni ci influenzerebbe così tanto? Dico “noi”, perché so che il mio amico condivide la mia impazienza; la condivide perché la percepisco io, e la percepisce anche lui stesso. Non ho più bisogno che me lo dica.

Siamo arrivati in campagna solo ieri sera; non è ancora l’ora in cui possa vedervi in città, eppure il mio viaggio mi fa già trovare la vostra assenza insopportabile. Se non mi aveste proibito di studiare geometria, vi direi che la mia preoccupazione deriva sia dagli intervalli di tempo che da quelli di spazio; trovo davvero che la distanza aumenti il dolore causato dall’assenza!

Ho portato con me la tua lettera e il tuo piano di studi per rifletterci attentamente; ho già riletto due volte la prima parte: la sua conclusione mi ha profondamente commosso. Vedo, mio caro amico, che provi un vero amore, poiché esso non ti ha tolto il gusto per le cose oneste e tu sai ancora, nella parte più sensibile del tuo cuore, sacrificarti per la virtù. Infatti, utilizzare i metodi dell’educazione per corrompere una donna è senz’altro la forma di seduzione più condannabile; cercare di conquistare il cuore della propria amante attraverso i romanzi dimostra una notevole mancanza di autostima. Se avessi adattato le tue lezioni alle tue intenzioni personali, se avessi cercato di stabilire principi favorevoli ai tuoi interessi, nel tentativo di ingannarmi, mi saresti presto riuscito a far cambiare idea; ma il modo più pericoloso di sedurre è proprio quello di non utilizzare alcun mezzo. Non appena il desiderio di amare prese possesso del mio cuore e sentii nascere in me il bisogno di un legame eterno, non chiesi al cielo di unirmi a un uomo attraente, ma a uno che avesse un’anima nobile; sapevo infatti che questa è, tra tutti i pregi che si possono possedere, quella meno soggetta al disgusto, e che la rettitudine e l’onore abbelliscono ogni sentimento che le accompagna. Per aver scelto con saggezza, ho ottenuto, come Salomone, non solo ciò che avevo chiesto, ma anche ciò che non avevo richiesto. Traggo un buon presagio per i miei altri desideri dall’aver realizzato questo; non dispero, mio caro amico, di poterti rendere felice un giorno, tanto quanto meriti di esserlo. I mezzi per farlo sono lenti, difficili e incerti; gli ostacoli sono terribili. Non oso promettermi nulla; ma credimi: tutto ciò che la pazienza e l’amore potranno realizzare non verrà dimenticato. Continua comunque a compiacere mia madre in ogni modo possibile, e preparati, al ritorno di mio padre – che si ritira finalmente dopo trent’anni di servizio – ad affrontare le caratteristiche spigolose ma onorate di un anziano gentiluomo: ti amerà senza coccolarti, e ti apprezzerà senza dirlo apertamente.

Ho interrotto la mia lettera per andare a fare una passeggiata in quei boschetti vicini a casa nostra. Oh mio caro amico! Ti portavo con me, o meglio, ti tenevo nel mio cuore. Sceglievo i luoghi che avremmo dovuto attraversare insieme; ne indicavo alcuni degni di essere i nostri rifugi. I nostri cuori si riempivano già di gioia in quei deliziosi angoli nascosti; essi aggiungevano ancora più piacere al piacere che provavamo a stare insieme. E mi meravigliavo di non aver notato da sola tutte le bellezze che vi trovavo, quando eri con me.

Tra i boschetti naturali che danno forma a questo incantevole luogo, ce n’è uno ancora più affascinante degli altri; è proprio in quello che mi trovo più a mio agio e per questa ragione ho deciso di preparare una piccola sorpresa per il mio amico. Non si deve certo pensare che lui debba sempre mostrare rispetto, né che io debba mai essere generoso. È lì che voglio fargli capire, nonostante i pregiudizi comuni, quanto ciò che il cuore dona sia molto più prezioso di ciò che l’insistenza può strappare via. Del resto, per evitare che la vostra vivace immaginazione si entusiasmi troppo, devo avvertirvi che non andremo nel boschetto senza la nostra inseparabile cugina.

Riguardo a lei, è stato deciso, se non vi dispiace troppo, che veniate a trovarci lunedì. Mia madre manderà la sua carrozza da mia cugina; vi recherete da lei alle dieci; lei vi porterà da noi; trascorrerete l’intera giornata con noi e torneremo tutti insieme il giorno dopo, dopo cena.

Mentre stavo scrivendo questa lettera, mi sono reso conto che non avevo a disposizione gli stessi mezzi per inviarvela rispetto alla città. All’inizio avevo pensato di farvi riinviare uno dei vostri libri tramite Gustin[23], il figlio del giardiniere, e di inserire la mia lettera all’interno di una copertina di carta; tuttavia, oltre al fatto che non è certo che vi venisse in mente di cercarla, sarebbe stata un’imprudenza imperdonabile esporre a simili rischi il destino della nostra vita. Pertanto mi limiterò a indicarvi semplicemente con un biglietto l’appuntamento di lunedì, e terrò la lettera per darvela personalmente. In questo modo eviterò anche che vengano fatti troppi commenti sul mistero del boschetto.

Lettera XIV – Da Saint-Preux a Julie

Qu’as-tu fait, ah ! qu’as-tu fait, ma Julie ? tu voulais me récompenser, et tu m’as perdu. Je suis ivre, ou plutôt insensé. Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont troublées par ce baiser mortel. Tu voulais soulager mes maux ! Cruelle ! tu les aigris. C’est du poison que j’ai cueilli sur tes lèvres ; il fermente, il embrase mon sang, il me tue, et ta pitié me fait mourir.

O souvenir immortel de cet instant d’illusion, de délire et d’enchantement, jamais, jamais tu ne t’effaceras de mon âme ; et tant que les charmes de Julie y seront gravés, tant que ce coeur agité me fournira des sentiments et des soupirs, tu feras le supplice et le bonheur de ma vie !

Hélas ! je jouissais d’une apparente tranquillité ; soumis à tes volontés suprêmes, je ne murmurais plus d’un sort auquel tu daignais présider. J’avais dompté les fougueuses saillies d’une imagination téméraire ; j’avais couvert mes regards d’un voile, et mis une entrave à mon coeur ; mes désirs n’osaient plus s’échapper qu’à demi ; j’étais aussi content que je pouvais l’être. Je reçois ton billet, je vole chez ta cousine ; nous nous rendons à Clarens, je t’aperçois, et mon sein palpite ; le doux son de ta voix y porte une agitation nouvelle ; je t’aborde comme transporté, et j’avais grand besoin de la diversion de ta cousine pour cacher mon trouble à ta mère. On parcourt le jardin, l’on dîne tranquillement, tu me rends en secret ta lettre que je n’ose lire devant ce redoutable témoin ; le soleil commence à baisser, nous fuyons tous trois dans le bois : le reste de ses rayons, et ma paisible simplicité n’imaginait pas même un état plus doux que le mien.

En approchant du bosquet, j’aperçus, non sans une émotion secrète, vos signes d’intelligence, vos sourires mutuels, et le coloris de tes joues prendre un nouvel éclat. En y entrant, je vis avec surprise ta cousine s’approcher de moi, et, d’un air plaisamment suppliant, me demander un baiser. Sans rien comprendre à ce mystère, j’embrassai cette charmante amie ; et, tout aimable, toute piquante qu’elle est, je ne connus jamais mieux que les sensations ne sont rien que ce que le coeur les fait être. Mais que devins-je un moment après quand je sentis… la main me tremble… un doux frémissement… ta bouche de roses… la bouche de Julie… se poser, se presser sur la mienne, et mon corps serré dans tes bras ! Non, le feu du ciel n’est pas plus vif ni plus prompt que celui qui vint à l’instant m’embraser. Toutes les parties de moi-même se rassemblèrent sous ce toucher délicieux. Le feu s’exhalait avec nos soupirs de nos lèvres brûlantes, et mon coeur se mourait sous le poids de la volupté, quand tout à coup je te vis pâlir, fermer tes beaux yeux, t’appuyer sur ta cousine, et tomber en défaillance. Ainsi la frayeur éteignit le plaisir, et mon bonheur ne fut qu’un éclair.

À peine sais-je ce qui m’est arrivé depuis ce fatal moment. L’impression profonde que j’ai reçue ne peut plus s’effacer. Une faveur ?… c’est un tourment horrible… Non, garde tes baisers, je ne les saurais supporter… ils sont trop âcres, trop pénétrants ; ils percent, ils brûlent jusqu’à la moelle… ils me rendraient furieux. Un seul, un seul m’a jeté dans un égarement dont je ne puis plus revenir. Je ne suis plus le même, et ne te vois plus la même. Je ne te vois plus comme autrefois réprimante et sévère ; mais je te sens et te touche sans cesse unie à mon sein comme tu fus un instant. O Julie ! quelque sort que m’annonce un transport dont je ne suis plus maître, quelque traitement que ta rigueur me destine, je ne puis plus vivre dans l’état où je suis, et je sens qu’il faut enfin que j’expire à tes pieds… ou dans tes bras.

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Lettre XVI – Réponse

Je relis votre terrible lettre, et je frisonne à chaque ligne. J’obéirai pourtant, je l’ai promis, je le dois ; j’obéirai. Mais vous ne savez pas, non, barbare, vous ne saurez jamais ce qu’un tel sacrifice coûte à mon coeur. Ah ! vous n’aviez pas besoin de l’épreuve du bosquet pour me le rendre sensible. C’est un raffinement de cruauté perdu pour votre âme impitoyable, et je puis au moins vous défier de me rendre plus malheureux.

Vous recevrez votre boîte dans le même état où vous l’avez envoyée. C’est trop d’ajouter l’opprobre à la cruauté ; si je vous ai laissée maîtresse de mon sort, je ne vous ai point laissée l’arbitre de mon honneur. C’est un dépôt sacré (l’unique, hélas ! qui me reste) dont jusqu’à la fin de ma vie nul ne sera chargé que moi seul.

Lettre XVII – Réplique

Votre lettre me fait pitié ; c’est la seule chose sans esprit que vous ayez jamais écrite.

J’offense donc votre honneur, pour lequel je donnerais mille fois ma vie ? J’offense donc ton honneur, ingrat ! qui m’as vue prête à t’abandonner le mien ? Où est-il donc cet honneur que j’offense ? Dis-le-moi, coeur rampant, âme sans délicatesse. Ah ! que tu es méprisable, si tu n’as qu’un honneur, que Julie ne connaisse pas ! Quoi ! ceux qui veulent partager leur sort n’oseraient partager leurs biens, et celui qui fait profession d’être à moi se tient outragé de mes dons ! Et depuis quand est-il vil de recevoir de ce qu’on aime ? Depuis quand ce que le coeur donne déshonore-t-il le coeur qui l’accepte ? Mais on méprise un homme qui reçoit d’un autre : on méprise celui dont les besoins passent la fortune. Et qui le méprise ? des âmes abjectes qui mettent l’honneur dans la richesse, et pèsent les vertus au poids de l’or. Est-ce dans ces basses maximes qu’un homme de bien met son honneur et le préjugé même de la raison n’est-il pas en faveur du plus pauvre ?

Sans doute, il est des dons vils qu’un honnête homme ne peut accepter ; mais apprenez qu’ils ne déshonorent pas moins la main qui les offre, et qu’un don honnête à faire est toujours honnête à recevoir ; or, sûrement mon coeur ne me reproche pas celui-ci, il s’en glorifie[25]. Je ne sache rien de plus méprisable qu’un homme dont on achète le coeur et les soins, si ce n’est la femme qui les paye ; mais entre deux coeurs unis la communauté des biens est une justice et un devoir ; et si je me trouve encore en arrière de ce qui me reste de plus qu’à vous, j’accepte sans scrupule ce que je réserve, et je vous dois ce que je ne vous ai pas donné. Ah ! si les dons de l’amour sont à charge, quel coeur jamais peut être reconnaissant ?

Supposeriez-vous que je refuse à mes besoins ce que je destine à pourvoir aux vôtres ? Je vais vous donner du contraire une preuve sans réplique. C’est que la bourse que je vous renvoie contient le double de ce qu’elle contenait la première fois, et qu’il ne tiendrait qu’à moi de la doubler encore. Mon père me donne pour mon entretien une pension, modique à la vérité, mais à laquelle je n’ai jamais besoin de toucher, tant ma mère est attentive à pourvoir à tout, sans compter que ma broderie et ma dentelle suffisent pour m’entretenir de l’une et de l’autre. Il est vrai que je n’étais pas toujours aussi riche ; les soucis d’une passion fatale m’ont fait depuis longtemps négliger certains soins auxquels j’employais mon superflu ; c’est une raison de plus d’en disposer comme je fais ; il faut vous humilier pour le mal dont vous êtes cause, et que l’amour expie les fautes qu’il fait commettre.

Venons à l’essentiel. Vous dites que l’honneur vous défend d’accepter mes dons. Si cela est, je n’ai plus rien à dire, et je conviens avec vous qu’il ne vous est pas permis d’aliéner un pareil soin. Si donc vous pouvez me prouver cela, faites-le clairement, incontestablement, et sans vaine subtilité ; car vous savez que je hais les sophismes. Alors vous pouvez me rendre la bourse, je la reprends sans me plaindre, et il n’en sera plus parlé.

Mais comme je n’aime ni les gens pointilleux ni le faux point d’honneur, si vous me renvoyez encore une fois la boîte sans justification, ou que votre justification soit mauvaise, il faudra ne nous plus voir. Adieu ; pensez-y.

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Lettre XIX – De Saint-Preux à Julie

What have you done, ah! What have you done, my Julie? You wanted to reward me, but instead you lost me. I am drunk, or rather, insane. My senses are distorted; all my faculties are disrupted by that deadly kiss. You wanted to alleviate my suffering! Cruel one—instead, you only made it worse. It’s poison I have picked from your lips; it’s fermenting, burning my blood, killing me. And your pity is what is causing me to die.

This immortal souvenir of that moment of illusion, delirium, and enchantment—never, never will you fade from my soul; and as long as Julie’s charms are engraved therein, as long as this heart filled with agitation continues to inspire feelings and sighs in me, you shall be both the torment and the joy of my life!

Alas! I enjoyed an apparent tranquility; subjected to your supreme wills, I no longer murmured against a fate for which you deigned to preside over it. I had tamed the fierce outbursts of my bold imagination; I had covered my eyes with a veil and restrained my heart; my desires dared now to express themselves only in half; I was as content as it was possible to be. I received your letter, hurried to your cousin’s house, and we went to Clarens. When I saw you, my heart began to beat rapidly; the gentle sound of your voice stirred something within me. I approached you as if carried away by emotion, and I truly needed the distraction provided by your cousin to hide my agitation from your mother. We walked through the garden, had dinner in peace, and then you secretly handed me your letter—which I dared not read in front of that formidable witness. As the sun began to set, the three of us fled into the woods; even the remaining rays of its light, along with my peaceful innocence, could not have imagined a state of happiness greater than mine at that moment.

As I approached the grove, I saw, with a secret emotion, your signs of understanding, your mutual smiles, and the color in your cheeks taking on a new radiance. Upon entering, to my surprise, I saw your cousin approach me and, with an air of charming pleading, ask for a kiss. Not understanding this mystery at all, I kissed this delightful friend; and despite her kindness and wit, I realized once again that sensations are nothing but what the heart makes them be. But what happened moments later when I felt, my hand trembling, a gentle shiver, your rose-like lips. Julie’s lips, pressing against mine, and my body drawn into your arms! No, the fire of heaven could not be more intense or swift than the passion that consumed me at that moment. Every part of me was overwhelmed by this delightful touch. Fire erupted from our burning lips in the form of sighs, and my heart seemed to collapse under the weight of ecstasy—until suddenly I saw you pale, close your beautiful eyes, lean on your cousin, and faint away. Thus, fear extinguished joy, and my happiness turned out to be but a fleeting flash.

I can hardly understand what has happened to me since that fateful moment. The profound impression I received cannot be erased. A “favour”,? It is a terrible torment. No, keep your kisses; I could not bear them. They are too bitter, too piercing; they pierce through me, they burn my very soul. They would drive me mad. Just one kiss, and I was lost in a confusion from which I can never recover. I am no longer the same person, and you are no longer the same for me. I no longer see you as the stern and disciplined woman you once were; but I feel you, and I touch you—always united to my heart, just as you once were. Oh Julie! No matter what fate awaits me, or what severity your resolve may entail, I can no longer live in this state. I feel that I must finally expire at your feet, or in your arms.

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Letter XVI – Response

I reread your terrible letter, and every line fills me with horror. Yet I will obey; I promised to, I must; I will obey. But you do not know—no, barbarian, you will never know what such a sacrifice costs my heart. Ah! You did not need the ordeal in the grove to make me understand that. It is a kind of cruelty beyond your merciless soul’s comprehension. And at least I can challenge you to make me any unhappier than I already am.

You will receive your box in the exact same condition in which you sent it. It would be too much to add insult to cruelty; if I have allowed you to control my fate, I have not allowed you to judge my honor. This is a sacred deposit (the only one, alas, that remains to me), and until the end of my life, no one other than myself shall have charge of it.

Letter XVII – Reply

Your letter fills me with pity; it is the only thing devoid of any spirit you have ever written.

Therefore, I am offending your honor—for which I would give my life a thousand times over! I am offending your honor, ungrateful one! Who has seen me willing to sacrifice my own honor for yours? Where is this honor that I am supposed to be offending? Tell me, you heartless wretch, you soul devoid of delicacy. Ah! How despicable you are, if all you possess is an honor that Julie does not even know! What! Those who wish to share their fate dare not share their wealth, yet he who professes to belong to me takes offense at my gifts! And since when is it shameful to receive what one loves? Since when does what the heart gives bring dishonor upon the heart that accepts it? But people despise a man who receives from another; they despise him whose needs exceed his wealth. And who are these who despise him? It is those base souls who place honor in wealth, who weigh virtues by the weight of gold. Is it in such vile principles that a good person should place their honor? Surely reason itself favors the poorest of people, even against such prejudice.

Without a doubt, there are some vile gifts that an honest man cannot accept; but let me tell you that they do not in any way disgrace the hand that offers them, and that an honest gift given is always an honest gift received. Surely, my heart does not reproach me for accepting this gift; on the contrary, it takes pride in it[25]. I know of nothing more despicable than a man whose heart and care are bought with money—except perhaps a woman who pays for them. But between two hearts united, the sharing of possessions is both a justice and a duty. And if I am still falling short of what remains to be given to you, I accept without hesitation what I have reserved for you, and I owe you what I have not yet given. Ah! If the gifts of love carry such a burden, then what heart could ever truly be grateful?

Would you suppose that I refuse to satisfy my own needs in order to meet yours? Let me provide you with an irrefutable proof of the contrary: the purse I send you now contains twice as much as it did when I first gave it to you, and it would take nothing but my own effort to double its contents again. My father provides me with a modest allowance for my living expenses; indeed, it is not substantial, but I have never had to touch it, for my mother is always attentive to meeting all my needs. Moreover, my needlework and lace earn me enough to support myself. It is true that I was not always so well-off; the troubles caused by a fatal passion have made me neglect certain matters in the past, for which I would otherwise have used my surplus resources. This is yet another reason why I handle my affairs in this way. One must humble oneself before the harm one causes others—love is indeed capable of atoning for the mistakes it leads one to commit.

Let us get to the essence of the matter. You say that honor prevents you from accepting my gifts. If that is indeed the case, then I have nothing further to say, and I agree with you that it would be improper for you to accept such a gift. Therefore, if you can prove this to me, do so clearly, indisputably, and without any unnecessary subtleties—for you know that I despise sophistry. In that case, you may return the purse to me; I will take it back without complaint, and we will never speak of this matter again.

But since I neither like petty people nor false notions of honor, if you send me the box back again without any explanation, or if your explanation is inadequate, then we must stop seeing each other. Goodbye; think about it.

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Letter XIX – From Saint-Preux to Julie

Cosa hai fatto, ah! cosa hai fatto, mia Julie? Volevi premiarmi, e invece mi hai distrutto. Sono ubriaco, o meglio, folle. I miei sens sono offuscati, tutte le mie facoltà sono turbate da quel bacio mortale. Volevi alleviare i miei dolori. Crudele! Li hai aggravati. È veleno quello che ho raccolto sulle tue labbra; fermenta, incendia il mio sangue, mi uccide. E la tua pietà, mi sta facendo morire.

Quel ricordo immortale di quell’istante di illusione, di delirio e di incanto. Mai, mai ti dimenticherò; finché i segni di Julie saranno incisi nel mio cuore, finché questo cuore agitato continuerà a suscitare in me sentimenti e sospiri, tu sarai sia la tortura che la felicità della mia vita!

Ahimè! godevo di una apparente tranquillità; sottomesso alle tue supreme volontà, non più mi lamentavo di un destino al quale tu stesso avevi deciso di presiedere. Avevo domato le furiose impulsi di un’immaginazione temeraria; avevo coperto i miei occhi con un velo e imposto restrizioni al mio cuore; i miei desideri osavano manifestarsi solo in modo parziale. Ero quindi più che soddisfatto. Ricevo la tua lettera, corro da tua cugina; ci reciamo a Clarens, ti vedo. Il dolce suono della tua voce suscita in me un’agitazione nuova; mi avvicino a te come se fossi trasportato da un’estrema emozione. E avevo davvero bisogno della “distrazione” offerta da tua cugina per nascondere il mio turbamento davanti a tua madre. Passeggiamo nel giardino, ceniamo tranquillamente. Tu mi consegni in segreto la tua lettera, che non oso leggere davanti a quel temibile “testimone”. Il sole inizia a tramontare; noi tre fuggiamo nel bosco. Gli ultimi raggi del sole, e la mia serena semplicità. Non avrebbero mai potuto immaginare uno stato più dolce del mio.

Avvicinandomi al boschetto, vidi, non senza un segreto turbamento, i tuoi segni di intesa, i vostri sorrisi reciproci, e il colore delle tue guance prendere un nuovo splendore. Entrando nel bosco, fui sorpreso di vedere tua cugina avvicinarsi a me e, con un tono dolcemente supplichevole, chiedermi un bacio. Senza capire nulla di quel mistero, baciai questa incantevole amica; e, nonostante fosse così affabile e vivace, compresi meglio che le sensazioni non sono altro che ciò che il cuore decide che siano. Ma cosa diventai un attimo dopo, quando sentii, la mia mano tremare, un dolce fremito, le tue labbra di rosa, le labbra di Julie, posarsi e premersi sulle mie, e il mio corpo essere stretto tra le tue braccia! No, il fuoco del cielo non è più intenso né più rapido di quello che in quell’istante mi avvolse. Tutte le parti di me stesso si unirono sotto quel tocco delizioso. Il fuoco si sprigionava insieme ai nostri sospiri dalle nostre labbra ardenti, e il mio cuore sembrava spegnersi sotto il peso della voluttà, quando all’improvviso ti vidi impallidire, chiudere quegli occhi bellissimi, appoggiarti a tua cugina e svenire. Così la paura spense il piacere, e la mia felicità fu soltanto un lampo.

A malapena riesco a comprendere ciò che mi è accaduto da quel momento fatale. L’impressione profonda che ho ricevuto non può più essere cancellata. Una “favore”?. È un tormento orribile. No, tieni i tuoi baci: non potrei sopportarli. Sono troppo amari, troppo penetranti; mi lacerano l’anima, mi bruciano fino alle ossa. Mi renderebbero folle. Solo uno di quei baci mi ha gettato in un delirio dal quale non riesco più a uscire. Non sono più lo stesso, e nemmeno tu sei più la stessa. Non ti vedo più come una volta, severa e rigida. Ma ti sento, ti tocco, e so che sei ancora unita a me, proprio come un tempo. Oh Julie! Qualunque destino mi attenda, qualunque punizione la tua severità abbia in serbo per me, non posso più vivere in questo stato. So che alla fine dovrò esalare il mio ultimo respiro ai tuoi piedi, o tra le tue braccia.

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Lettera XVI – Risposta

Rileggo la vostra terribile lettera e rabbrividisco a ogni riga. Obbedirò comunque, l’ho promesso, devo farlo; obbedirò. Ma voi non lo sapete, no, barbaro, non lo saprete mai quanto costi un simile sacrificio al mio cuore. Ah! Non avevate bisogno di quella prova nel bosco per farmelo comprendere. È una forma di crudeltà superflua per la vostra anima spietata. E posso almeno sfidarvi a rendermi ancora più infelice.

Riceverete la vostra scatola nello stesso stato in cui l’avete inviata. Aggiungere ulteriore disonore alla crudeltà sarebbe troppo; se vi ho lasciato padrona del mio destino, non vi ho certo affidato anche il controllo della mia onorabilità. Si tratta di un deposito sacro (l’unico, purtroppo, che mi rimane) di cui, fino alla fine della mia vita, nessun altro avrà la responsabilità se non io stesso.

Lettera XVII – Risposta

La vostra lettera mi fa pena; è l’unica cosa priva di spirito che abbiate mai scritto.

Offendo quindi il tuo onore, per il quale darei mille volte la mia vita. Offendo il tuo onore, ingrato, che mi hai vista pronta a rinunciare al mio stesso onore! Dove si trova dunque questo onore che offendo? Dimmelo, cuore meschino, anima priva di delicatezza. Ah! Che cosa spregevole sei, se possiedi un solo onore. Che Julie non lo conoscesse mai! Ebbene: coloro che desiderano condividere il proprio destino non oserebbero condividere i propri beni; e colui che si proclama mio si offende per i miei doni. Da quando è considerato vergognoso ricevere ciò che si ama? Da quando ciò che il cuore dona disonora il cuore che lo accetta? Ma si disprezza un uomo che riceve qualcosa da un altro. Si disprezza colui il cui bisogno supera la sua fortuna. E chi lo disprezza? Anime vili che pongono l’onore nella ricchezza, e valutano le virtù in base al peso dell’oro. È forse in queste basse massime che un uomo onesto pone il proprio onore? E non è forse anche il pregiudizio stesso della ragione a favore del più povero?

Senza dubbio, ci sono doni vili che un uomo onesto non può accettare; ma sappiate che essi non disonorano affatto la mano che li offre, e che un dono onesto da fare è sempre onesto da ricevere. Ora, sicuramente il mio cuore non mi rimprovera per questo dono; anzi, ne si vanta[25]. Non conosco nulla di più spregevole di un uomo il cui cuore e i suoi servizi vengono comprati, a meno che non sia la donna stessa a pagarli. Ma tra due cuori uniti, la condivisione dei beni rappresenta giustizia e dovere; e se mi trovo ancora indietro rispetto a ciò che mi resta da darvi, accetto senza rimorsi ciò che ho riservato per me stesso, e vi devo ciò che non vi ho ancora dato. Ah! Se i doni dell’amore comportano oneri, quale cuore potrebbe mai essere veramente grato?

Pensate forse che io rifiuti di soddisfare i miei bisogni ciò che destino a soddisfare i vostri? Vi fornirò una prova inconfutabile: il borsello che vi restituisco contiene il doppio di ciò che conteneva la prima volta, e basterebbe solo che io lo raddoppiassi ancora. Mio padre mi fornisce una pensione per il mio sostentamento; è modesta, in verità, ma non ho mai avuto bisogno di toccarla, poiché mia madre si occupa con attenzione di tutto ciò di cui ho bisogno. Inoltre, il mio lavoro a maglia e la mia ricamatura sono più che sufficienti per garantirmi il necessario. È vero che in passato non ero sempre così ricco; i problemi causati da una passione fatale mi hanno fatto da tempo trascurare alcuni bisogni per cui utilizzavo i miei risparmi. Questo è un motivo ulteriore per agire come faccio. Bisogna umiliarsi davanti al male che si causa, e l’amore può espiare i peccati che induce a commettere.

Veniamo al dunque. Dite che l’onore vi impedisce di accettare i miei doni. Se è così, non ho più nulla da dire e concordo con voi sul fatto che non vi sia permesso alienare un simile riguardo. Quindi, se potete dimostrarlo chiaramente, in modo irrefutabile e senza vane sottigliezze – poiché sapete che odio i sofismi – allora potete restituirmi il denaro. Lo accetto senza lamentarmi, e non ne parleremo più.

Ma poiché non mi piacciono né le persone pignole né i falsi principi d’onore, se mi rimandate ancora una volta la scatola senza alcuna spiegazione, o se la vostra giustificazione è inadeguata, dovremo smettere di vederci. Addio; ci pensateci bene.

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Lettera XIX – Da Saint-Preux a Julie

Rien ne m’arrête plus ici que vos ordres ; cinq jours que j’y ai passés ont suffi et au-delà pour mes affaires ; si toutefois on peut appeler des affaires celles où le coeur n’a point de part. Enfin vous n’avez plus de prétexte, et ne pouvez me retenir loin de vous qu’afin de me tourmenter.

Je commence à être fort inquiet du sort de ma première lettre ; elle fut écrite et mise à la poste en arrivant : l’adresse en est fidèlement copiée sur celle que vous m’envoyâtes : je vous ai envoyé la mienne avec le même soin, et si vous aviez fait exactement réponse, elle aurait déjà dû me parvenir. Cette réponse pourtant ne vient point, et il n’y a nulle cause possible et funeste de son retard que mon esprit troublé ne se figure. O ma Julie ! que d’imprévues catastrophes peuvent en huit jours rompre à jamais les plus doux liens du monde ! Je frémis de songer qu’il n’y a pour moi qu’un seul moyen d’être heureux et des millions d’être misérable[26]. Julie, m’auriez-vous oublié ? Ah ! c’est la plus affreuse de mes craintes ! Je puis préparer ma constance aux autres malheurs, mais toutes les forces de mon âme défaillent au seul soupçon de celui-là.

Je vois le peu de fondement de mes alarmes, et ne saurais les calmer. Le sentiment de mes maux s’aigrit sans cesse loin de vous, et, comme si je n’en avais pas assez pour m’abattre, je m’en forge encore d’incertains pour irriter tous les autres. D’abord mes inquiétudes étaient moins vives. Le trouble d’un départ subit, l’agitation du voyage, donnaient le change à mes ennuis ; ils se raniment dans la tranquille solitude. Hélas ! je combattais ; un fer mortel a percé mon sein, et la douleur ne s’est fait sentir que longtemps après la blessure.

Cent fois, en lisant des romans, j’ai ri des froides plaintes des amants sur l’absence. Ah ! je ne savais pas alors à quel point la vôtre un jour me serait insupportable ! Je sens aujourd’hui combien une âme paisible est peu propre à juger des passions, et combien il est insensé de rire des sentiments qu’on n’a point éprouvés. Vous le dirai-je pourtant ? Je ne sais quelle idée consolante et douce tempère en moi l’amertume de votre éloignement, en songeant qu’il s’est fait par votre ordre. Les maux qui me viennent de vous me sont moins cruels que s’ils m’étaient envoyés par la fortune ; s’ils servent à vous contenter, je ne voudrais pas ne les point sentir ; ils sont les garants de leur dédommagement, et je connais trop bien votre âme pour vous croire barbare à pure perte.

Si vous voulez m’éprouver, je n’en murmure plus ; il est juste que vous sachiez si je suis constant, patient, docile, digne en un mot des biens que vous me réservez. Dieux ! si c’était là votre idée, je me plaindrais de trop peu souffrir. Ah ! non, pour nourrir dans mon coeur une si douce attente, inventez, s’il se peut, des maux mieux proportionnés à leur prix.

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Lettre XXI – De Saint-Preux à Julie

Que j’ai souffert en la recevant, cette lettre souhaitée avec tant d’ardeur ! J’attendais le courrier à la poste. À peine le paquet était-il ouvert que je me nomme ; je me rends importun : on me dit qu’il y a une lettre, je tressaille ; je la demande agité d’une mortelle impatience ; je la reçois enfin. Julie, j’aperçois les traits de ta main adorée ! La mienne tremble en s’avançant pour recevoir ce précieux dépôt. Je voudrais baiser mille fois ces sacrés caractères. O circonspection d’un amour craintif ! Je n’ose porter la lettre à ma bouche, ni l’ouvrir devant tant de témoins. Je me dérobe à la hâte ; mes genoux tremblaient sous moi ; mon émotion croissante me laisse à peine apercevoir mon chemin ; j’ouvre la lettre au premier détour : je la parcours, je la dévore ; et à peine suis-je à ces lignes où tu peins si bien les plaisirs de ton coeur en embrassant ce respectable père, que je fonds en larmes ; on me regarde, j’entre dans une allée pour échapper aux spectateurs ; là je partage ton attendrissement ; j’embrasse avec transport cet heureux père que je connais à peine ; et, la voix de la nature me rappelant au mien, je donne de nouvelles pleurs à sa mémoire honorée.

Et que vouliez-vous apprendre, incomparable fille, dans mon vain et triste savoir ? Ah ! c’est de vous qu’il faut apprendre tout ce qui peut entrer de bon, d’honnête, dans une âme humaine, et surtout ce divin accord de la vertu, de l’amour et de la nature, qui ne se trouve jamais qu’en vous. Non, il n’y a point d’affection saine qui n’ait sa place dans votre coeur, qui ne s’y distingue par la sensibilité qui vous est propre ; et, pour savoir moi-même régler le mien, comme j’ai soumis toutes mes actions à vos volontés, je vois bien qu’il faut soumettre encore tous mes sentiments aux vôtres.

Quelle différence pourtant de votre état au mien, daignez le remarquer ! Je ne parle point du rang et de la fortune, l’honneur et l’amour doivent en cela suppléer à tout. Mais vous êtes environnée de gens que vous chérissez et qui vous adorent : les soins d’une tendre mère, d’un père dont vous êtes l’unique espoir ; l’amitié d’une cousine qui semble ne respirer que par vous ; toute une famille dont vous faites l’ornement ; une ville entière fière de vous avoir vue naître : tout occupe et partage votre sensibilité ; et ce qu’il en reste à l’amour n’est que la moindre partie de ce que lui ravissent les droits du sang et de l’amitié. Mais moi, Julie, hélas ! errant, sans famille, et presque sans patrie, je n’ai que vous sur la terre, et l’amour seul me tient lieu de tout. Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre âme soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer ; et si, vous cédant en tant de choses, j’emporte au moins le prix de l’amour.

Ne craignez pourtant pas que je vous importune encore de mes indiscrètes plaintes. Non, je respecterai vos plaisirs, et pour eux-mêmes qui sont si purs, et pour vous qui les ressentez. Je m’en formerai dans l’esprit le touchant spectacle, je les partagerai de loin ; et ne pouvant être heureux de ma propre félicité, je le serai de la vôtre. Quelles que soient les raisons qui me tiennent éloigné de vous, je les respecte ; et que me servirait de les connaître, si, quand je devrais les désapprouver, il n’en faudrait pas moins obéir à la volonté qu’elles vous inspirent ? M’en coûtera-t-il plus de garder le silence qu’il m’en coûta de vous quitter ? Souvenez-vous toujours, ô Julie, que votre âme a deux corps à gouverner, et que celui qu’elle anime par son choix lui sera toujours le plus fidèle.

Nodo più forte.

Fabricato da noi, non dalla sorte[30].

Je me tais donc ; et jusqu’à ce qu’il vous plaise de terminer mon exil, je vais tâcher d’en tempérer l’ennui en parcourant les montagnes du Valais tandis qu’elles sont encore praticables. Je m’aperçois que ce pays ignoré mérite les regards des hommes, et qu’il ne lui manque, pour être admiré, que des spectateurs qui le sachent voir. Je tâcherai d’en tirer quelques observations dignes de vous plaire. Pour amuser une jolie femme, il faudrait peindre un peuple aimable et galant : mais toi, ma Julie, ah ! je le sais bien, le tableau d’un peuple heureux et simple est celui qu’il faut à ton coeur.

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Lettre XXIII – De Saint-Preux à Julie

À peine ai-je employé huit jours à parcourir un pays qui demanderait des années d’observation : mais, outre que la neige me chasse, j’ai voulu revenir au-devant du courrier qui m’apporte, j’espère, une de vos lettres. En attendant qu’elle arrive, je commence par vous écrire celle-ci, après laquelle j’en écrirai, s’il est nécessaire, une seconde pour répondre à la vôtre.

Je ne vous ferai point ici un détail de mon voyage et de mes remarques ; j’en ai fait une relation que je compte vous porter. Il faut réserver notre correspondance pour les choses qui nous touchent de plus près l’un et l’autre. Je me contenterai de vous parler de la situation de mon âme : il est juste de vous rendre compte de l’usage qu’on fait de votre bien.

Nothing stops me here now but your orders; the five days I have spent here have been more than enough for my so-called “affairs”—though perhaps one could call those affairs those in which the heart plays no role at all. Finally, you have no excuse left; you can only hold me away from you in order to torment me.

I am beginning to feel greatly anxious about the fate of my first letter; it was written and sent immediately upon my arrival. The address was carefully copied from the one you sent me; I sent mine to you with equal care, and if you had replied in a timely manner, it should have already reached me. Yet, there is no response at all, and there can be no conceivable or terrible reason for its delay other than the turmoil in my mind. Oh, Julie! How many unexpected catastrophes can happen in just eight days, capable of forever breaking the sweetest bonds in the world! The thought that there is only one way for me to be happy—and millions of ways to be miserable—fills me with dread. Julie, have you forgotten about me? Ah! That is the most terrifying of my fears. I can prepare myself for all other misfortunes, but at the mere suspicion of such a thing, every ounce of strength within me collapses.

I see how unfounded my fears are, yet I am unable to calm them. The sensation of my suffering only intensifies as I grow further away from you; and as if what I already have were not enough to bring me down, I fabricate more uncertain worries to torment everyone else. At first, my anxieties were less severe. The turmoil of a sudden departure, the excitement of the journey, served to distract me from my troubles; but now, in the quiet solitude, they resurface with renewed intensity. Alas! I fought against them—yet a deadly blade pierced my chest, and the pain did not become apparent until long after the injury was inflicted.

A hundred times, while reading novels, I have laughed at the cold complaints of lovers about separation. Ah! At that time, I had no idea how unbearable your own separations would one day become to me! Today, I realize how little a peaceful soul is capable of truly understanding passion, and how foolish it is to laugh at feelings that one has never experienced oneself. Yet should I tell you this? I do not know what comforting and gentle thought alleviates the bitterness of your absence in my heart—perhaps the fact that it was brought about at your command. The troubles you cause me are less cruel than if they were inflicted by fate; if they serve to bring you satisfaction, I would not wish to be free from them. They are, after all, the proof of your compensation for my suffering, and I know you too well to believe that you would willingly inflict harm for no reason at all.

If you wish to test me, I no longer hesitate to speak out; it is only right that you know whether I am constant, patient, obedient—in short, worthy of the blessings you reserve for me. Oh gods! If such were your intention, I would complain that I suffer too little. Ah no. To nurture such a gentle hope in my heart, invent, if possible, afflictions that are more proportionate to their severity.

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Letter XXI – From Saint-Preux to Julie

How I suffered in receiving this letter—this long-awaited letter, so eagerly desired! I was waiting for it at the post office. As soon as the package was opened, I read my own name; I felt like a nuisance. They told me there was a letter inside; my heart began to race with excitement. I demanded it, trembling with unbearable impatience—and finally, I got it. Julie, I saw the handwriting of your beloved hand! My own hand trembled as I took hold of this precious letter. I wanted to kiss those sacred words a thousand times over. But what restraint, what caution on the part of one who loves so deeply! I didn’t dare bring the letter to my lips, nor open it in front of so many witnesses. I hurried away; my knees were trembling. My growing emotion made it hard for me to see where I was going. I opened the letter at the first corner—I read it quickly, devoured its contents. And as soon as I reached the lines where you described so vividly the joys of your heart when embracing that respected father of yours, I burst into tears. People were looking at me; I hid in an alley to escape their gaze. There, I shared your emotion; I embraced that happy man—whom I barely knew—and, as the voice of nature called me back to my duties, I wept again for his honored memory.

And what did you wish to learn, incomparable maiden, from my vain and sad knowledge? Ah! It is from you that one must learn all that is good and honest that can enter a human soul, and especially that divine harmony of virtue, love, and nature which exists only in you. No, there is no healthy affection that does not have its place in your heart; none that is not distinguished by the sensitivity unique to you. And since I myself have learned to regulate my own feelings in accordance with your wills, just as I have submitted all my actions to them, it is clear to me that I must also submit all my sentiments to yours.

What a difference, indeed, there is between your situation and mine—please take notice of it! I am not referring to rank or wealth; honor and love should suffice in that regard. But you are surrounded by people whom you cherish and who adore you: the care of a tender mother, a father for whom you are the sole hope; the friendship of a cousin who seems to live solely for you; an entire family whose pride is that you are one of its members; a whole city proud to have seen you born. All these things occupy and share your sensibilities; and what love has left for itself is but a mere fraction of what blood relations and friendship take away from it. But me, Julie, alas! Wandering, without family, and almost without a homeland, I have only you in this world—love alone serves as my everything. Therefore, do not be surprised if, even though your soul is the most sensitive, mine knows how to love best; and if, in so many respects yielding to you, I at least gain the reward of love.

Yet, do not fear that I will once again disturb you with my indiscreet complaints. No, I will respect your pleasures—for they are so pure—and also respect you who experience them. I will mentally envision these delightful scenes and share in them from a distance; and since I cannot find happiness in my own felicity, I shall take joy in yours. Whatever the reasons that keep me away from you, I respect them all. And what use would it be for me to know them, if, even when I should disapprove of them, I were still obliged to obey the will they inspire in you? Would keeping silent cost me more than leaving you? Remember always, oh Julie, that your soul has two bodies to govern, and that the one which it chooses to animate will always remain its most faithful companion.

A stronger knot.

Created by us, not by fate[30].

Therefore, I remain silent; and until you decide to end my exile, I will try to alleviate its monotony by wandering through the mountains of Valais while they are still passable. I realize that this little-known land deserves to be observed by men, and all it lacks to be admired is spectators who know how to appreciate it. I will endeavor to compile some observations that may please you. To entertain a beautiful woman, one would need to paint a people who are kind and gallant; but you, my Julie, ah! I well know that what truly touches your heart is the image of a happy and simple people.

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Letter XXIII – From Saint-Preux to Julie

I have spent merely eight days exploring a country that would require years of observation to fully understand; yet, besides the snow driving me away, I am eager to return before the mail arrives—hopefully, one of your letters will be among it. In the meantime, I begin by writing to you now, and if necessary, I will write a second letter in response to yours.

I will not go into detail here about my journey and my observations; I have made a report of them which I intend to present to you. Our correspondence should be reserved for matters that concern us both more directly. I will simply tell you about the state of my soul: it is only right that I inform you of how your property is being used.

Nient’altro mi trattiene qui se non i vostri ordini; cinque giorni trascorsi in questo luogo sono stati più che sufficienti per le mie “affari”; anche se si potesse definire “affari” quelle attività in cui il cuore non ha alcun ruolo. Del resto, non avete più scuse e non potete trattenermi lontano da voi se non allo scopo di tormentarmi.

Inizio ad essere molto preoccupato per il destino della mia prima lettera: fu scritta e spedita non appena arrivai; l’indirizzo è stato fedelmente copiato da quello che mi avete inviato voi; ho inviato il mio con lo stesso impegno, e se aveste risposto esattamente come previsto, la lettera sarebbe già dovuta arrivare. Eppure non arriva, e non esiste alcuna ragione plausibile per questo ritardo, tranne che il mio spirito turbato possa inventarne una. Oh, Julie! Quante impreviste catastrofi possono, in otto giorni, distruggere per sempre i legami più dolci del mondo. Tremo al pensiero che per me esista un solo modo per essere felice, e milioni di modi per essere infelice[26]. Julie, mi avete forse dimenticato? Ah, questa è la mia paura più terribile! Posso prepararmi ad affrontare gli altri dolori, ma tutte le mie forze interiori crollano al solo pensiero di quella possibilità.

Vedo quanto poco fondamento abbiano le mie preoccupazioni e non so come calmarle. Il senso dei miei mali si aggrava costantemente lontano da te; e come se non ne avessi già abbastanza per essere sconvolto, me ne invento altri ancora, solo per tormentare tutti gli altri intorno a me. All’inizio le mie ansie erano meno intense; il disordine causato da una partenza improvvisa, l’agitazione del viaggio, riuscivano a mascherare i miei problemi. Ma nella tranquilla solitudine, questi problemi ritornano ad assillarmi. Ahimè! Lottavo contro queste angosie, ma un colpo mortale mi ha ferito il cuore; il dolore si è fatto sentire solo molto tempo dopo la ferita stessa.

Cent volte, leggendo romanzi, ho riso alle fredde lamentele degli amanti per l’assenza dell’amata. Ah! Allora non sapevo quanto un giorno la vostra assenza sarebbe diventata insopportabile per me! Oggi comprendo quanto una mente serena sia poco adatta a giudicare le passioni, e quanto sia insensato ridere di sentimenti che non si sono mai provati. Devo dirvelo? Non so quale idea consolante e dolce possa mitigare in me l’amarezza della vostra lontananza, pensando che essa sia avvenuta per vostra volontà. I mali che provo a causa vostra mi sembrano meno crudeli di quelli che potrebbe infliggermi il destino; se servono a rendervi felici, non vorrei affatto evitarli. Sono la garanzia del vostro rimedio. E conosco troppo bene la vostra anima per credere che siate capace di causare dolore senza motivo.

Se volete mettermi alla prova, non ne lamento più; è giusto che sappiate se sono costante, paziente, docile, in breve, degno dei beni che mi riservate. Dio! Se questa fosse davvero la vostra intenzione, mi lamenterei di soffrire troppo poco. Ah no! Per alimentare nel mio cuore un’attesa così dolce, inventate, se possibile, sofferenze più proporzionate al loro “prezzo”.

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Lettera XXI – Da Saint-Preux a Julie

Quanto ho sofferto nel ricevere questa lettera tanto desiderata! Aspettavo il corriere alla posta. Appena aperto il pacco, ho riconosciuto la tua calligrafia; sono diventato importuno. Mi dicono che c’è una lettera. La apro con un’impazienza mortale. Finalmente la ricevo. Julie, vedo i tratti della tua mano adorata! La mia mano trema mentre la avvicino a quel prezioso messaggio. Vorrei baciare mille volte queste parole sacre. Oh, prudenza di un amore timido. Non oso portare la lettera alle labbra, né aprirla davanti a tanti testimoni. Mi allontano in fretta. I miei ginocchi tremano. L’emozione crescente mi impedisce quasi di vedere dove sto andando. Apro la lettera al primo bivio. La leggo tutta d’un fiato. E appena arrivo a quelle righe in cui descrivi con tanta intensità i piaceri del tuo cuore mentre abbracci quel rispettabile padre, scoppio in lacrime. Le persone intorno a me mi guardano. Entro in un vialetto per sfuggire agli sguardi altrui. Lì condivido la tua commozione. Abbraccio con trasporto quel felice padre che conosco appena. E, quando la voce della natura mi richiama alle mie responsabilità, verso nuove lacrime in memoria sua.

E cosa avreste voluto imparare, incomparabile fanciulla, dalla mia vana e triste conoscenza? Ah! È da voi che si deve imparare tutto ciò che può rendere un’anima umana buona e onesta, soprattutto quel divino accordo tra virtù, amore e natura che esiste soltanto in voi. No, non esiste alcun sentimento sano che non abbia il suo posto nel vostro cuore, che non si distingua per quella sensibilità che vi è propria; e, poiché io stesso ho imposto tutte le mie azioni alle vostre volontà, capisco bene che anche tutti i miei sentimenti debbano essere sottomessi ai vostri.

Che differenza, però, tra il vostro stato e il mio. Vi prego, notatela! Non parlo certo di rango o fortuna: onore e amore dovrebbero in questo compensare ogni cosa. Ma voi siete circondata da persone che amate e che vi adorano: le cure di una madre affettuosa, di un padre il cui unico sostegno siete voi; l’amicizia di una cugina che sembra respirare solo per voi; un’intera famiglia la cui gloria è voi. Una città intera orgogliosa di avervi visto nascere. Tutto questo occupa e condivide le vostre sensibilità; e ciò che rimane all’amore non è che una piccola parte di ciò che gli tolgono i diritti del sangue e dell’amicizia. Ma io, Julie, ahimè! Smarrita, senza famiglia, quasi senza patria, ho solo voi al mondo, e l’amore stesso mi sostituisce tutto. Quindi non sorprendetevi se, anche se la vostra anima è la più sensibile, la mia sa amare meglio di tutte; e se, cedendovi in tante cose, io riesco comunque a vincere il premio dell’amore.

Tuttavia, non temete che vi importuni ancora con le mie indiscrete lamentele. No, rispetterò i vostri piaceri, per la loro stessa purezza e per voi che li provate. Me ne farò un’immagine nella mia mente, li condividerò da lontano; e poiché non posso essere felice della mia propria fortuna, lo sarò della vostra. Qualunque siano le ragioni che mi tengono lontano da voi, le rispetto; e a cosa mi servirebbe conoscerle, se, anche quando dovessi disapprovarle, dovrei comunque obbedire alla volontà che esse vi ispirano? Mi costerà di più mantenere il silenzio rispetto a quanto mi è costato lasciarvi? Ricordate sempre, o Julie, che la vostra anima ha due corpi da governare, e che quello che essa sceglie di animare le sarà sempre il più fedele.

Nodo più stretto.

Realizzato da noi, non dal destino[30].

Quindi taccio; e finché non vorrete porre fine al mio esilio, cercherò di alleviare la noia viaggiando attraverso le montagne del Vallese, mentre sono ancora accessibili. Mi rendo conto che questa terra sconosciuta merita l’attenzione degli uomini, e che le mancano soltanto spettatori capaci di apprezzarne le bellezze. Cercherò di raccogliere alcune osservazioni degne di piacervi. Per divertire una bella donna, si dovrebbe dipingere un popolo amabile e galante. Ma tu, mia Julie, ah! lo so bene: è proprio il ritratto di un popolo felice e semplice ciò che il tuo cuore desidera.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XXIII – Da Saint-Preux a Julie

Avevo impiegato appena otto giorni per attraversare una regione che richiederebbe anni di osservazioni; tuttavia, oltre al fatto che la neve mi ostacola il cammino, desideravo tornare prima dell’arrivo della posta che, spero, mi porterà una delle vostre lettere. Nel frattempo, inizio a scrivervi questa; se necessario, ne scriverò un’altra per rispondere alla vostra.

Non vi descriverò in dettaglio il mio viaggio e le mie osservazioni; ne ho redatto un resoconto che intendo portarvi. Dobbiamo riservare la nostra corrispondenza a questioni che ci riguardano più da vicino. Mi limiterò a parlarvi della situazione della mia anima: è giusto che vi faccia conoscere come viene utilizzato il vostro bene.

J’étais parti, triste de mes peines et consolé de votre joie ; ce qui me tenait dans un certain état de langueur qui n’est pas sans charme pour un coeur sensible. Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme que j’avais pris pour être mon guide et dans lequel, durant toute la route, j’ai trouvé plutôt un ami qu’un mercenaire. Je voulais rêver, et j’en étais toujours détourné par quelque spectacle inattendu. Tantôt d’immenses roches pendaient en ruines au-dessus de ma tête. Tantôt de hautes et bruyantes cascades m’inondaient de leur épais brouillard. Tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n’osaient sonder la profondeur. Quelquefois, je me perdais dans l’obscurité d’un bois touffu. Quelquefois, en sortant d’un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards. Un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes où l’on eût cru qu’ils n’avaient jamais pénétré : à côté d’une caverne on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs où l’on n’eût cherché que des ronces, des vignes dans des terres éboulées, d’excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices.

Ce n’était pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés : la nature semblait encore prendre plaisir à s’y mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouvait différente en un même lieu sous divers aspects ! Au levant les fleurs du printemps, au midi les fruits de l’automne, au nord les glaces de l’hiver : elle réunissait toutes les saisons dans le même instant, tous les climats dans le même lieu, des terrains contraires sur le même sol, et formait l’accord inconnu partout ailleurs des productions des plaines et de celles des Alpes. Ajoutez à tout cela les illusions de l’optique, les pointes des monts différemment éclairées, le clair-obscur du soleil et des ombres, et tous les accidents de lumière qui en résultaient le matin et le soir ; vous aurez quelque idée des scènes continuelles qui ne cessèrent d’attirer mon admiration, et qui semblaient m’être offertes en un vrai théâtre ; car la perspective des monts, étant verticale, frappe les yeux tout à la fois et bien plus puissamment que celle des plaines, qui ne se voit qu’obliquement, en fuyant, et dont chaque objet vous en cache un autre.

J’attribuai, durant la première journée, aux agréments de cette variété le calme que je sentais renaître en moi. J’admirais l’empire qu’ont sur nos passions les plus vives les êtres les plus insensibles, et je méprisais la philosophie de ne pouvoir pas même autant sur l’âme qu’une suite d’objets inanimés. Mais cet état paisible ayant duré la nuit et augmenté le lendemain, je ne tardai pas de juger qu’il avait encore quelque autre cause qui ne m’était pas connue. J’arrivai ce jour-là sur des montagnes les moins élevées, et, parcourant ensuite leurs inégalités, sur celles des plus hautes qui étaient à ma portée. Après m’être promené dans les nuages, j’atteignais un séjour plus serein, d’où l’on voit dans la saison le tonnerre et l’orage se former au-dessous de soi ; image trop vaine de l’âme du sage, dont l’exemple n’exista jamais, ou n’existe qu’aux mêmes lieux d’où l’on en a tiré l’emblème.

Ce fut là que je démêlai sensiblement dans la pureté de l’air où je me trouvais la véritable cause du changement de mon humeur, et du retour de cette paix intérieure que j’avais perdue depuis si longtemps. En effet, c’est une impression générale qu’éprouvent tous les hommes, quoiqu’ils ne l’observent pas tous, que sur les hautes montagnes, où l’air est pur et subtil, on se sent plus de facilité dans la respiration, plus de légèreté dans le corps, plus de sérénité dans l’esprit ; les plaisirs y sont moins ardents, les passions plus modérées. Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime, proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n’a rien d’âcre et de sensuel. Il semble qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche des régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté. On y est grave sans mélancolie, paisible sans indolence, content d’être et de penser : tous les désirs trop vifs s’émoussent, ils perdent cette pointe aiguë qui les rend douloureux ; ils ne laissent au fond du coeur qu’une émotion légère et douce ; et c’est ainsi qu’un heureux climat fait servir à la félicité de l’homme les passions qui font ailleurs son tourment. Je doute qu’aucune agitation violente, aucune maladie de vapeurs pût tenir contre un pareil séjour prolongé, et je suis surpris que des bains de l’air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale.

Qui non palazzi, non teatro o loggia;

Ma’n lor vece un’ abete, un faggio, un pino

Trà l’erba verge e’l bel monte vicino

Levan di terra al ciel nostr’ intellecto.[33]

Supposez les impressions réunies de ce que je viens de vous décrire, et vous aurez quelque idée de la situation délicieuse où je me trouvais. Imaginez la variété, la grandeur, la beauté de mille étonnants spectacles ; le plaisir de ne voir autour de soi que des objets tout nouveaux, des oiseaux étranges, des plantes bizarres et inconnues, d’observer en quelque sorte une autre nature, et de se trouver dans un nouveau monde. Tout cela fait aux yeux un mélange inexprimable, dont le charme augmente encore par la subtilité de l’air qui rend les couleurs plus vives, les traits plus marqués, rapproche tous les points de vue ; les distances paraissant moindres que dans les plaines, où l’épaisseur de l’air couvre la terre d’un voile, l’horizon présente aux yeux plus d’objets qu’il semble n’en pouvoir contenir : enfin le spectacle a je ne sais quoi de magique, de surnaturel, qui ravit l’esprit et les sens ; on oublie tout, on s’oublie soi-même, on ne sait plus où l’on est.

J’aurais passé tout le temps de mon voyage dans le seul enchantement du paysage, si je n’en eusse éprouvé un plus doux encore dans le commerce des habitants. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs moeurs, de leur simplicité, de leur égalité d’âme, et de cette paisible tranquillité qui les rend heureux par l’exemption des peines plutôt que par le goût des plaisirs. Mais ce que je n’ai pu vous peindre et qu’on ne peut guère imaginer, c’est leur humanité désintéressée, et leur zèle hospitalier pour tous les étrangers que le hasard ou la curiosité conduisent parmi eux. J’en fis une épreuve surprenante, moi qui n’étais connu de personne, et qui ne marchais qu’à l’aide d’un conducteur. Quand j’arrivais le soir dans un hameau, chacun venait avec tant d’empressement m’offrir sa maison, que j’étais embarrassé du choix ; et celui qui obtenait la préférence en paraissait si content, que la première fois je pris cette ardeur pour de l’avidité. Mais je fus bien étonné quand, après en avoir usé chez mon hôte à peu près comme au cabaret, il refusa le lendemain mon argent, s’offensant même de ma proposition, et il en a partout été de même. Ainsi c’était le pur amour de l’hospitalité, communément assez tiède, qu’à sa vivacité j’avais pris pour l’âpreté du gain : leur désintéressement fut si complet, que dans tout le voyage je n’ai pu trouver à placer un patagon[34]. En effet, à quoi dépenser de l’argent dans un pays où les maîtres ne reçoivent point le prix de leurs frais, ni les domestiques celui de leurs soins, et où l’on ne trouve aucun mendiant ? Cependant l’argent est fort rare dans le Haut-Valais ; mais c’est pour cela que les habitants sont à leur aise ; car les denrées y sont abondantes sans aucun débouché au dehors, sans consommation de luxe au dedans, et sans que le cultivateur montagnard, dont les travaux sont les plaisirs, devienne moins laborieux. Si jamais ils ont plus d’argent, ils seront infailliblement plus pauvres : ils ont la sagesse de le sentir, et il y a dans le pays des mines d’or qu’il n’est pas permis d’exploiter.

I had set out, saddened by my own troubles yet comforted by your joy; this state of melancholy held me in a certain mood that was not without charm for a sensitive heart. I climbed slowly on foot along rather rough paths, guided by a man whom I had assumed to be my guide—yet throughout the entire journey, he proved to be more of a friend than a mercenary. I longed to dream, yet every time I was interrupted by some unexpected sight: at times, enormous rocks loomed in ruins above me; at other times, loud, rushing waterfalls showered me with their dense mist; again, an eternal torrent opened up a chasm beside me, its depths too terrifying to explore. Sometimes I got lost in the darkness of thick forests; other times, emerging from some abyss, a pleasant meadow would suddenly delight my eyes. It was as if a marvelous blend of wild and cultivated nature everywhere bore witness to the hand of man—where one might have thought them never to have set foot: beside a cave, there were houses; in what one would have expected to be barren wasteland, there were dry vineyards; on rugged rocks, there were ripe fruits; and in precipices, there were fields.

It was not merely the labor of man that made these lands so bizarrely contrasted and strange: nature seemed to take delight in opposing itself within the same space, for one could find it utterly different in various aspects at the very same location! In the east, spring flowers bloomed; at noon, autumn fruits ripened; in the north, winter ice covered the ground—nature gathered all seasons in a single instant, all climates in the same place, contrasting landscapes on the same soil, and created a harmony that was nowhere else to be found between the plains and the Alps. Add to this the illusions of perspective, the varying illumination of mountain peaks, the play of light and shadow, and all the optical effects that arose in the morning and at dusk—then you can begin to grasp the endless scenes that continually captivated my admiration, as if they were presented before me in a true theater. For the perspective of the mountains, being vertical, strikes the eye immediately and with far greater intensity than the perspective of the plains, which can only be seen obliquely, with each object hiding another behind it.

On the first day, I attributed the calmness that I felt resurging within me to the pleasant qualities of this variety. I admired how even the most insensible beings could exert such control over our most intense passions, and I despised the philosophy that claimed to be incapable of having even a similar effect on the soul as a mere succession of inanimate objects. However, since this peaceful state continued throughout the night and intensified the following day, I soon realized that there must be some other, unknown cause at work. That very day, I arrived at some of the less elevated mountains and then proceeded to climb their uneven surfaces, eventually reaching the highest peaks within my reach. After wandering through the clouds, I found a place of even greater tranquility—from where one could observe, in this season, how thunder and stormy clouds formed beneath oneself. Yet this is but a vain analogy for the soul of a sage; such an example has never existed, or exists only in those very places from which this metaphor was derived.

It was there that I clearly discerned, in the purity of the air surrounding me, the true cause of the change in my mood and the return of that inner peace which I had lost for so long. Indeed, it is an experience shared by all men, though not observed by everyone, that in the high mountains, where the air is pure and subtle, one feels greater ease in breathing, lighterness in the body, and greater serenity of mind; pleasures become less intense, and passions more moderate. Meditations there take on a grand and sublime quality, proportionate to the magnificent scenery that surrounds us; they bring a tranquil delight that is neither harsh nor sensual. It seems that by ascending above the realm of human habitation, one sheds all base and earthly sentiments, and as one approaches the ethereal regions, the soul absorbs some of their eternal purity. One becomes grave without melancholy, peaceful without indifference, content to simply be and think; all overly intense desires dullen, losing their sharpness that makes them painful. What remains in the heart is only a gentle and soothing emotion. Thus, it is a happy climate that turns what elsewhere would be sources of torment into means of human happiness. I doubt that any violent agitation or illness could withstand such prolonged residence there, and I am surprised that the beneficial and healing effects of mountain air are not considered among the greatest remedies in medicine and morality.

Nothing but palaces, no theaters or loggias; nothing else.

Sometimes they have an oak tree, a beech tree, or a pine tree.

Over the green grasses lies the beautiful mountain nearby.

From earth to heaven, through our intellect.[33]

Imagine all the impressions gathered from what I have just described to you, and you will gain some idea of the delightful situation in which I found myself. Imagine the variety, the grandeur, the beauty of thousands of astonishing sights; the pleasure of seeing around oneself only entirely new objects, strange birds, bizarre and unknown plants; of observing, in a sense, another kind of nature, and of finding oneself in a brand-new world. All these elements combine to create an indescribable mixture, whose charm is further enhanced by the subtlety of the air—air that makes colors more vivid, outlines more distinct, and seems to bring all distances closer together. In contrast to the plains, where the thickness of the atmosphere casts a veil over the land, the horizon here appears to contain far more elements than it could possibly hold. Finally, there is something utterly magical, almost supernatural, about this spectacle—something that captivates both the mind and the senses. One forgets everything, even oneself; one no longer knows where one is.

I could have spent the entire duration of my journey merely admiring the beauty of the landscape were it not for the even greater delight I found in interacting with its inhabitants. In my descriptions, you will find a brief glimpse of their manners, their simplicity, their equality of spirit, and that peaceful tranquility which brings them happiness—not through the pursuit of pleasures but rather through the absence of hardships. Yet what I was unable to convey, and what is hardly imaginable, is their selfless generosity and their warm hospitality toward all strangers who happen to cross their paths, whether by chance or out of curiosity. I myself experienced this firsthand; being unknown to anyone and relying solely on a guide for my way, I found that whenever I arrived at a village in the evening, everyone rushed to offer me their homes, leaving me somewhat embarrassed by the choice. And those who were fortunate enough to have me stay with them seemed so delighted that at first I mistook their enthusiasm for greed. But to my great surprise, when I treated them just like any other traveler at my host’s house, he refused my money the very next day, even taking offense at my offer—and the same happened everywhere else I went. It was pure hospitality, a quality that is usually rather lukewarm, but which in their case was so intense that I had mistaken it for greed. Their selflessness was so complete that throughout my entire journey, I never found an opportunity to spend any money at all. In a place where neither the owners of homes nor their servants receive any payment for their services, and where there are no beggars to be found, money is simply unnecessary. Nevertheless, it is quite scarce in the Haut-Valais—but precisely because of this, the inhabitants live comfortably. The region is abundant in resources, yet there is no outlet for them outside; there is no demand for luxury goods within, and the mountain farmers, whose labor itself brings them joy, do not have to work any harder than they otherwise would. If they ever had more money, they would undoubtedly become poorer again. They possess the wisdom to realize this, and moreover, there are gold mines in the region—yet it is forbidden to exploit them.

Ero partito, triste per le mie sofferenze e consolato dalla vostra gioia; ciò che mi manteneva in uno stato di malinconia non privo di fascino per un cuore sensibile. Salivo lentamente a piedi lungo sentieri piuttosto ripidi, guidato da un uomo che credevo fosse il mio guida; durante tutto il viaggio, ho trovato in lui più un amico che un mercenario. Volevo sognare, ma continuavo ad essere distolto da qualche spettacolo inaspettato: a volte enormi rocce pendevano in rovina sopra la mia testa; altre volte alte cascate mi inondavano con il loro denso vapore; ancora altre volte un corso d’acqua eterno apriva accanto a me un abisso il cui fondo i miei occhi non osavano sondare. A volte mi perdevo nell’oscurità di una fitta foresta; altre volte, uscendo da una gola, una piacevole prateria rallegrava improvvisamente la mia vista. Un meraviglioso miscuglio di natura selvaggia e natura coltivata mostrava ovunque l’opera dell’uomo in luoghi dove si sarebbe potuto pensare che non fosse mai penetrato: accanto a una caverna si trovavano case; si vedevano viti su terreni franati, ottimi frutti su rocce scoscese, e campi in mezzo ai precipizi.

Non era solo il lavoro umano a rendere questi paesi così stranamente contrastanti: anche la natura sembrava divertirsi a contraddire se stessa, poiché in uno stesso luogo si presentava sotto aspetti completamente diversi! Al mattino fiorivano i fiori della primavera, a mezzogiorno maturavano i frutti dell’autunno, al nord si formavano le gelate dell’inverno: la natura riuniva in un solo istante tutte le stagioni, tutti i climi nello stesso luogo, terreni opposti sullo stesso suolo, creando un insieme di contrasti sconosciuti altrove tra le produzioni delle pianure e quelle delle Alpi. Aggiungete a tutto ciò le illusioni dell’ottica, le cime dei monti illuminate in modo diverso, il chiaroscuro del sole e delle ombre, nonché tutti gli effetti luminosi che ne derivavano al mattino e alla sera. Avrete così un’idea delle scene continue che continuavano ad attirare la mia ammirazione, e che sembravano offrirmisi in un vero teatro; infatti, la prospettiva dei monti, essendo verticale, colpisce gli occhi contemporaneamente e con molta più forza rispetto alla prospettiva delle pianure, che si vede soltanto in modo obliquo, e in cui ogni oggetto ne nasconde un altro.

Nel primo giorno attribuii alla bellezza di quella varietà il senso di calma che sentivo rinascere in me. Ammiravo l’influenza che gli esseri più insensibili esercitano sulle nostre passioni più intense, e disprezzavo la filosofia che non riesce nemmeno a influenzare l’anima tanto quanto una serie di oggetti inanimati. Ma poiché questo stato di pace durò tutta la notte e si intensificò il giorno seguente, presto conclusi che doveva esserci un’altra causa, ancora sconosciuta a me. Quel giorno raggiunsi delle montagne meno elevate e, proseguendo lungo le loro superfici irregolari, arrivai fino alle cime più alte che mi fossero accessibili. Dopo aver camminato tra le nuvole, giunsi in un luogo ancora più sereno; da lì si poteva vedere, nella stagione appropriata, il tuono e la tempesta formarsi sotto di sé. Un’immagine assai vana dell’anima del saggio, il cui esempio non esiste mai, o esiste soltanto nei luoghi stessi da cui è stata tratta questa metafora.

Fu proprio lì che riuscii a individuare, nella purezza dell’aria in cui mi trovavo, la vera causa del cambiamento del mio umore e del ritorno di quella pace interiore che avevo perso da tanto tempo. Infatti, tutti gli uomini provano questa sensazione, anche se non sempre se ne rendono conto: sulle alte montagne, dove l’aria è pura e delicata, si percepisce una maggiore facilità nella respirazione, un corpo più leggero, uno spirito più sereno; i piaceri diventano meno intensi, le passioni più moderate. Le meditazioni assumono in quei luoghi un carattere nobile e sublime, in armonia con gli oggetti che ci circondano; si prova una sorta di voluttà tranquilla, priva di aspetti acuti o sensuali. Sembra che, elevandosi al di sopra del mondo umano, si lascino alle spalle tutti i sentimenti bassi e terreni, e che, avvicinandosi alle regioni eteree, l’anima assorba una parte della loro purezza immutabile. Lì si è seri senza malinconia, tranquilli senza indolenza, soddisfatti di essere e di pensare: tutti i desideri troppo intensi si attenuano, perdono quella punta acuta che li rende dolorosi; lasciano nel cuore solo un’emozione leggera e dolce. Ed è così che un clima felice permette all’uomo di utilizzare le stesse passioni che altrove lo tormenterebbero. Dubito che alcuna agitazione violenta, alcuna malattia possano resistere a una simile permanenza in quei luoghi; sono sorpreso che i bagni nell’aria salutare e benefica delle montagne non siano considerati uno dei grandi rimedi sia per la medicina che per la morale.

Qui non ci sono palazzi, né teatri, né logge.

Al loro posto c’era un abete, un faggio, un pino.

Tra l’erba fresca e la bella montagna vicina.

La terra si eleva fino al cielo, così come il nostro intelletto. [33]

Immaginate tutte le impressioni che vi ho descritto; allora potrete avere un’idea della situazione deliziosa in cui mi trovavo. Pensate alla varietà, alla grandezza, alla bellezza di mille spettacoli straordinari: al piacere di vedere intorno a sé soltanto oggetti completamente nuovi, uccelli strani, piante bizzarre e sconosciute; di osservare, in qualche modo, un’altra natura, di trovarsi in un mondo nuovo. Tutto ciò forma, ai nostri occhi, un insieme indescrivibile il cui fascino aumenta ancora di più per la delicatezza dell’aria che rende i colori più vividi, i contorni più netti, avvicinando tutti gli oggetti tra loro; le distanze sembrano minori rispetto alle pianure, dove lo spessore dell’aria copre la terra con un velo; l’orizzonte presenta agli occhi più oggetti di quanti possa apparentemente contenerne. Infine, questo spettacolo ha qualcosa di magico, di soprannaturale, che incanta lo spirito e i sensi: si dimentica tutto, si dimentica se stessi. Non si sa più dove ci si trovi.

Avrei trascorso tutto il tempo del mio viaggio immerso nell’incanto dei paesaggi, se non avessi provato un piacere ancora più dolce nel rapporto con gli abitanti del luogo. Nella mia descrizione troverete un semplice ritratto delle loro usanze, della loro semplicità, della loro uguaglianza d’animo, e di quella tranquillità serena che li rende felici grazie all’assenza di dolori piuttosto che al godimento dei piaceri. Ma ciò che non sono riuscito a descrivervi, e che difficilmente si può immaginare, è la loro umanità disinteressata e il loro calore nell’accogliere tutti gli stranieri che il caso o la curiosità portano tra di loro. Ne ho fatto l’esperienza personalmente: essendo sconosciuto a tutti e viaggiando soltanto con un guida, ogni sera, quando arrivavo in un villaggio, tutti si affrettavano ad offrirmi la loro casa, al punto che mi trovavo imbarazzato nel dover scegliere; e colui che otteneva la preferenza sembrava così felice che, la prima volta, ho scambiato quella cordialità per avidità. Ma fui molto sorpreso quando, dopo aver utilizzato l’ospitalità dei miei ospiti più o meno come in un ostello, il giorno seguente rifiutarono il mio denaro, addirittura offesi dalla mia proposta. E ovunque fu lo stesso. Quindi si trattava davvero di un puro spirito di ospitalità, solitamente piuttosto tiepido, che io avevo scambiato per avidità: la loro disinteressatezza era tale che, durante tutto il viaggio, non riuscii nemmeno a trovare qualcuno a cui dare del denaro. In un paese dove i padroni di casa non ricevono alcun compenso per le loro spese, né i domestici per i loro servizi, e dove non esistono mendicanti. A cosa potrebbe servire il denaro? Tuttavia, nel Vallese Superiore il denaro è molto raro; ma proprio per questo gli abitanti vivono agiati: le risorse sono abbondanti, senza alcun mercato esterno, senza consumi di lusso all’interno. E il contadino di montagna, il cui lavoro stesso rappresenta il suo piacere, non diventa mai meno laborioso. Se mai avessero più denaro, diventerebbero inevitabilmente più poveri. Hanno la saggezza di rendersene conto. E nel paese ci sono miniere d’oro, ma non è permesso sfruttarle.

J’étais d’abord fort surpris de l’opposition de ces usages avec ceux du Bas-Valais, où sur la route d’Italie, on rançonne assez durement les passagers, et j’avais peine à concilier dans un même peuple des manières si différentes. Un Valaisan m’en expliqua la raison. « Dans la vallée, me dit-il, les étrangers qui passent sont des marchands, et d’autres gens uniquement occupés de leur négoce et de leur gain : il est juste qu’ils nous laissent une partie de leur profit, et nous les traitons comme ils traitent les autres. Mais ici, où nulle affaire n’appelle les étrangers, nous sommes sûrs que leur voyage est désintéressé ; l’accueil qu’on leur fait l’est aussi. Ce sont des hôtes qui nous viennent voir parce qu’ils nous aiment, et nous les recevons avec amitié.

Au reste, ajouta-t-il en souriant, cette hospitalité n’est pas coûteuse, et peu de gens s’avisent d’en profiter. — Ah ! je le crois, lui répondis-je. Que ferait-on chez un peuple qui vit pour vivre, non pour gagner ni pour briller ? Hommes heureux et dignes de l’être, j’aime à croire qu’il faut vous ressembler en quelque chose pour se plaire au milieu de vous. »

Ce qui me paraissait le plus agréable dans leur accueil, c’était de n’y pas trouver le moindre vestige de gêne ni pour eux ni pour moi. Ils vivaient dans leur maison comme si je n’y eusse pas été, et il ne tenait qu’à moi d’y être comme si j’y eusse été seul. Ils ne connaissent point l’incommode vanité d’en faire les honneurs aux étrangers, comme pour les avertir de la présence d’un maître, dont on dépend au moins en cela. Si je ne disais rien, ils supposaient que je voulais vivre à leur manière ; je n’avais qu’à dire un mot pour vivre à la mienne, sans éprouver jamais de leur part la moindre marque de répugnance ou d’étonnement. Le seul compliment qu’ils me firent après avoir su que j’étais Suisse, fut de me dire que nous étions frères, et que je n’avais qu’à me regarder chez eux comme étant chez moi. Puis ils ne s’embarrassèrent plus de ce que je faisais, n’imaginant pas même que je pusse avoir le moindre doute sur la sincérité de leurs offres, ni le moindre scrupule à m’en prévaloir. Ils en usent entre eux avec la même simplicité ; les enfants en âge de raison sont les égaux de leurs pères ; les domestiques s’asseyent à table avec leurs maîtres ; la même liberté règne dans les maisons et dans la république, et la famille est l’image de l’état.

La seule chose sur laquelle je ne jouissais pas de la liberté était la durée excessive des repas. J’étais bien le maître de ne pas mettre à table ; mais, quand j’y étais une fois, il y fallait rester une partie de la journée, et boire d’autant. Le moyen d’imaginer qu’un homme et un Suisse n’aimât pas à boire ? En effet, j’avoue que le bon vin me paraît une excellente chose, et que je ne hais point à m’en égayer, pourvu qu’on ne m’y force pas. J’ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres, et la grande réserve de la table annonce assez souvent des moeurs feintes et des âmes doubles. Un homme franc craint moins ce babil affectueux et ces tendres épanchements qui précèdent l’ivresse ; mais il faut savoir s’arrêter et prévenir l’excès. Voilà ce qu’il ne m’était guère possible de faire avec d’aussi déterminés buveurs que les Valaisans, des vins aussi violents que ceux du pays, et sur des tables où l’on ne vit jamais d’eau. Comment se résoudre à jouer si sottement le sage et à fâcher de si bonnes gens ? Je m’enivrais donc par reconnaissance ; et ne pouvant payer mon écot de ma bourse, je le payais de ma raison.

Un autre usage qui ne me gênait guère moins, c’était de voir, même chez des magistrats, la femme et les filles de la maison, debout derrière ma chaise, servir à table comme des domestiques. La galanterie française se serait d’autant plus tourmentée à réparer cette incongruité, qu’avec la figure des Valaisanes, des servantes mêmes rendraient leurs services embarrassants. Vous pouvez m’en croire, elles sont jolies puisqu’elles m’ont paru l’être : des yeux accoutumés à vous voir sont difficiles en beauté.

Pour moi, qui respecte encore plus les usages des pays où je vis que ceux de la galanterie, je recevais leur service en silence avec autant de gravité que don Quichotte chez la duchesse. J’opposais quelquefois en souriant les grandes barbes et l’air grossier des convives au teint éblouissant de ces jeunes beautés timides, qu’un mot faisait rougir, et ne rendait que plus agréables. Mais je fus un peu choqué de l’énorme ampleur de leur gorge, qui n’a dans sa blancheur éblouissante qu’un des avantages du modèle que j’osais lui comparer ; modèle unique et voilé, dont les contours furtivement observés me peignent ceux de cette coupe célèbre à qui le plus beau sein du monde servit de moule[35].

Ne soyez pas surprise de me trouver si savant sur des mystères que vous cachez si bien : je le suis en dépit de vous ; un sens en peut quelquefois instruire un autre : malgré la plus jalouse vigilance, il échappe à l’ajustement le mieux concerté quelques légers interstices par lesquels la vue opère l’effet du toucher. L’oeil avide et téméraire s’insinue impunément sous les fleurs d’un bouquet, il erre sous la chenille et la gaze, et fait sentir à la main la résistance élastique qu’elle n’oserait éprouver.

Parte appar delle mamme acerbe e crude :

Parte altrui ne ricopre invida vesta,

Invida, ma s’agli occhi il varco chiude,

L’amoroso pensier gia non arresta.[36]

Je remarquai aussi un grand défaut dans l’habillement des Valaisanes, c’est d’avoir des corps de robe si élevés par derrière qu’elles en paraissent bossues ; cela fait un effet singulier avec leurs petites coiffures noires et le reste de leur ajustement, qui ne manque au surplus ni de simplicité ni d’élégance. Je vous porte un habit complet à la Valaisane, et j’espère qu’il vous ira bien ; il a été pris sur la plus jolie taille du pays.

Tandis que je parcourais avec extase ces lieux si peu connus et si dignes d’être admirés ; que faisiez-vous cependant, ma Julie ? Étiez-vous oubliée de votre ami ? Julie oubliée ! Ne m’oublierais-je pas plutôt moi-même, et que pourrais-je un moment seul, moi qui ne suis plus rien que par vous ? Je n’ai jamais mieux remarqué avec quel instinct je place en divers lieux notre existence commune selon l’état de mon âme. Quand je suis triste, elle se réfugie auprès de la vôtre, et cherche des consolations aux lieux où vous êtes ; c’est ce que j’éprouvais en vous quittant. Quand j’ai du plaisir, je n’en saurais jouir seul, et pour le partager avec vous je vous appelle alors où je suis. Voilà ce qui m’est arrivé durant toute cette course, où, la diversité des objets me rappelant sans cesse en moi-même, je vous conduisais partout avec moi. Je ne faisais pas un pas que nous ne le fissions ensemble. Je n’admirais pas une vue sans me hâter de vous la montrer. Tous les arbres que je rencontrais vous prêtaient leur ombre, tous les gazons vous servaient de siège. Tantôt assis à vos côtés, je vous aidais à parcourir des yeux les objets ; tantôt à vos genoux j’en contemplais un plus digne des regards d’un homme sensible. Rencontrais-je un pas difficile, je vous le voyais franchir avec la légèreté d’un faon qui bondit après sa mère. Fallait-il traverser un torrent, j’osais presser dans mes bras une si douce charge ; je passais le torrent lentement, avec délices, et voyais à regret le chemin que j’allais atteindre. Tout me rappelait à vous dans ce séjour paisible ; et les touchants attraits de la nature, et l’inaltérable pureté de l’air, et les moeurs simples des habitants, et leur sagesse égale et sûre, et l’aimable pudeur du sexe, et ses innocentes grâces, et tout ce qui frappait agréablement mes yeux et mon coeur leur peignait celle qu’ils cherchent.

At first, I was quite surprised by the contrast between these practices and those in the Lower Valais, where passengers on the road to Italy are subjected to rather harsh extortion. I found it difficult to reconcile such different ways of behaving within the same people. A native of Valais explained the reason to me. “In the valley,” he said, “the foreigners who pass by are merchants or people solely engaged in their trade and seeking profit; it is only fair for them to share some of their gains with us, and we treat them just as they treat others. But here, where no business brings strangers to this place, we are certain that their visits are purely out of friendship; therefore, our hospitality is also based on that same sentiment. These are guests who come to see us because they love us, and we welcome them with kindness.”

“Besides,” he added with a smile, “this hospitality is not costly at all, and few people bother to take advantage of it.” — “Ah! I believe that,” I replied. “What would one do in a society where people live just to live, not to earn money or to shine? Happy people, worthy of being happy—I like to think that one must resemble you in some way in order to truly enjoy being among you.”

What pleased me most about their hospitality was the complete absence of any sense of embarrassment on either their part or mine. They lived in their home as if I were not there at all, and it was up to me to behave as if I were alone there. They were utterly devoid of that ridiculous vanity of showing off their home to strangers, as if to signal their dependence on a master—in that regard, at least. If I said nothing, they assumed I wanted to live in their way; all I needed to do was say a word, and I could live in my own way, without ever encountering the slightest hint of aversion or surprise from them. The only compliment they ever gave me after learning I was Swiss was to tell me that we were brothers and that I should consider their home as my own. After that, they no longer bothered to inquire about what I did, never even considering that I might doubt the sincerity of their offers or feel any hesitation in taking advantage of them. They treat each other with the same simplicity; children of an appropriate age are treated equally with their parents; servants sit at the table with their masters; the same freedom prevails both in private homes and in the republic, and the family is a reflection of the state as a whole.

The only aspect in which I did not enjoy freedom was the excessively long duration of meals. I was indeed free to decide when to sit down to eat; but once I did, I was forced to stay at the table for a considerable part of the day and drink accordingly. How could one imagine that a man—and especially a Swiss—would not enjoy drinking? Indeed, I must admit that good wine seems to me to be an excellent thing, and I have no aversion to enjoying it, so long as I am not forced to do so. I have always noticed that deceitful people tend to be sober, and the excessive amount of food and drink at a table often indicates false manners and duplicitous characters. An honest man is less afraid of those affectate chatter and tender expressions that precede drunkenness; but it is important to know when to stop and prevent excess. Such was simply not possible in my case, given the stubborn drinkers among the Valaisans, the strong wines of that region, and tables where water was never served. How could one possibly resolve to play the role of a so-called “sage” in such a foolish manner and offend such good people? Therefore, I got drunk out of gratitude—and since I could not pay my share with money, I paid it with my sanity.

Another practice that didn’t bother me much at all was seeing, even among magistrates, the women and daughters of the household standing behind my chair and serving at the table like servants. French gallantry would have tried even harder to rectify this inconsistency, especially since with the appearance of the Valaisan women—even they themselves, being servants—such service would have seemed embarrassing. Believe me, they are pretty; after all, they seemed so to me: eyes accustomed to seeing beautiful people find it hard to discern true beauty otherwise.

For someone like me, who respects even more the customs of the countries where I live than those of courtly behavior, I received their services in silence, with the same solemnity as Don Quixote did at the duchess’s court. Sometimes, I would smile and contrast the large beards and rough manners of the guests with the radiant beauty of these shy young ladies—whose faces turned red at the slightest word, which only made them all the more endearing. However, I was somewhat shocked by the immense fullness of their chests; in their dazzling whiteness, it possessed only one of the advantages of that model which I dared to compare it to—a unique and veiled model, whose contours, observed at a distance, gave me an idea of those famous curves for which the most beautiful breasts in the world served as a mold[35].

Do not be surprised to find me so well-versed in mysteries that you hide so carefully: I possess this knowledge despite your efforts. Sometimes, one sense can enlighten another; even with the most vigilant watchfulness, some subtle gaps remain through which sight can achieve what touch would dare not attempt. The eager and audacious eye can undetectedly penetrate beneath the blossoms of a bouquet; it can peer beneath layers of silk and gauze, allowing the hand to perceive the elastic resistance that it would never dare to test directly.

A part from the harsh and cruel mothers.

The attire of others bears no trace of envy upon me.

Invida, before my eyes, that doorway closes.

That loving thought no longer holds me back.[36]

I also noticed a significant flaw in the attire of the Valaisan women: their dress skirts are so high at the back that it gives them a somewhat stooped appearance; this, combined with their small black hats and the rest of their clothing, creates a rather peculiar effect—yet the overall style is neither lacking in simplicity nor elegance. I am presenting you with a complete dress in the Valaisan style; I hope it will suit you well—it was made to fit the most graceful figure in the region.

As I wandered with ecstasy through these little-known yet so worthy of admiration places, what were you doing, my Julie? Had your friend forgotten about you? Julie forgotten! Perhaps I myself have forgotten about you—what could I possibly do alone, when I am nothing but by your side? More than ever, I realized how instinctively I place our shared existence in different locations, depending on the state of my soul. When I am sad, my soul seeks refuge beside yours and finds solace in the places where you are; that was what I felt as I left you. When I am happy, I cannot enjoy it alone, and to share it with you, I call out to you wherever I am. Such was my experience throughout this journey—wherever I looked, the various sights constantly reminded me of you, and I carried you with me everywhere. Not a single step did I take without you; no view did I admire without immediately wanting to share it with you. Every tree I encountered offered its shade for you, and every lawn served as a seat for us. Sometimes I sat beside you, helping you to observe the surrounding objects; other times, at your knees, I would gaze upon those that were more worthy of the attention of a sensitive soul. If we came across a difficult obstacle, I would see you overcoming it with the lightness of a fawn following its mother. When it was necessary to cross a stream, I dared to hold such a gentle burden in my arms; I crossed it slowly and with delight, yet regretted reaching the other side so quickly. In this peaceful retreat, everything reminded me of you—the charming beauty of nature, the pure quality of the air, the simple manners of its inhabitants, their equal and steadfast wisdom, the lovely modesty of that gentle sex, its innocent charms—all these things depicted to me the very image of you that they seek.

Inizialmente fui molto sorpreso dalla diversità di queste usanze rispetto a quelle del Basso Vallese, dove lungo la strada per l’Italia i passeggeri vengono estorti in modo piuttosto brutale; faticavo a comprendere come potessero coesistere, nello stesso popolo, comportamenti così diversi. Un vallesano mi spiegò il motivo: “Nella valle, gli stranieri che passano sono commercianti o persone impegnate esclusivamente nel proprio lavoro e nel proprio guadagno; è giusto che ci lascino una parte dei loro profitti, e noi li trattiamo nello stesso modo in cui loro trattano gli altri. Ma qui, dove nessuna attività economica richiede la presenza di stranieri, siamo certi che il loro viaggio sia privo di scopi utilitaristici; quindi anche l’accoglienza che ricevono lo è. Sono ospiti che vengono da noi perché ci amano, e noi li riceviamo con affetto.”

Del resto, aggiunse sorridendo, questa ospitalità non è affatto costosa, e poche persone si prendono la briga di approfittarne. — Ah! Lo credo davvero, risposi io. Cosa si farebbe in mezzo a un popolo che vive soltanto per vivere, senza cercare di guadagnare né di brillare? Uomini felici e degni di esserlo. Amo credere che sia necessario assomigliarvi in qualche modo per potersi divertire tra voi.

Quello che mi sembrava più piacevole nel loro modo di accogliermi era il fatto che non vi fosse alcun segno di imbarazzo, né da parte loro né da parte mia. Vivevano nella loro casa come se io non ci fossi stato, e spettava solo a me comportarmi lì come se fossi stato l’unico presente. Non conoscevano quella vanità fastidiosa che spinge alcune persone ad ostentare la propria ospitalità verso gli stranieri, quasi per far loro notare la presenza di un padrone di casa da cui ci si deve in qualche modo dipendere. Se non dicevo nulla, supponevano che volessi vivere nel loro stesso modo; bastava che dicessi una parola perché potessi vivere a mio piacimento, senza mai suscitare in loro il minimo segno di ripugnanza o sorpresa. L’unico complimento che mi fecero dopo aver saputo che ero svizzero fu dire che eravamo fratelli e che potevo considerarmi a casa mia. Poi non si preoccuparono più di ciò che facevo, senza nemmeno immaginare che potessi dubitare della sincerità delle loro offerte, né provare alcun rimorso nell’approfittarne. Lo stesso modo semplice e naturale con cui si comportano tra loro si riscontra anche nelle loro relazioni con gli altri: i bambini in età di ragionare sono considerati uguali ai loro genitori; i domestici mangiano alla stessa tavola dei loro padroni; la stessa libertà regna sia nelle case che nella repubblica, e la famiglia rappresenta l’immagine dello stato stesso.

L’unica cosa su cui non avevo libertà era la durata eccessiva dei pasti. Certo, ero io a decidere se sedermi a tavola o meno; ma una volta che lo facevo, dovevo rimanerci per gran parte della giornata e bere di conseguenza. Come si può pensare che un uomo, e soprattutto uno svizzero, non ami bere? Devo ammettere che il buon vino mi sembra davvero qualcosa di meraviglioso, e non disdegno affatto divertirmi con esso, purché non mi si costringa a farlo. Ho sempre notato che le persone false sono solitamente sobrie, e che una grande abbondanza di cibo a tavola spesso indica comportamenti falsi e caratteri doppi. Un uomo onesto teme meno quel chiacchiericcio affettuoso e quegli slanci di tenerezza che precedono l’ubriachezza; ma bisogna saper fermarsi in tempo per evitare eccessi. Questo, però, era praticamente impossibile con bevitori così assidui come i vallesani, vini così forti come quelli della loro regione, e tavole dove non si trova mai nemmeno un po’ d’acqua. Come si può decidere di comportarsi in modo così sciocco, fingendo di essere saggi, e di offendere persone così gentili? Quindi, bevevo per gratitudine; e poiché non potevo pagare il mio debito con i soldi, lo pagavo con la mia ragione.

Un altro uso che non mi disturbava affatto meno era vedere, persino tra i magistrati, le donne e le figlie della famiglia in piedi dietro la mia sedia, servire a tavola come domestiche. La galanteria francese si sarebbe impegnata ancora di più per rimediare a questa incongruenza, soprattutto considerando che, con il viso delle vallesane, persino le serve avrebbero reso i loro servizi imbarazzanti. Potete credermi: sono belle, visto che mi sono sembrate tali; occhi abituati a vedervi difficilmente possono riconoscere la vera bellezza.

Per me, che rispetto ancora di più le usanze dei paesi in cui vivo rispetto a quelle della galanteria, accettavo i loro servizi in silenzio, con la stessa gravità con cui Don Chisciotte si comportava presso la duchessa. A volte, sorridendo, contrapponevo le grandi barbe e l’aspetto rozzo degli ospiti al viso radioso di quelle giovani bellezze timide, che un semplice слово faceva arrossire, rendendole ancora più affascinanti. Tuttavia, fui un po’ scioccato dall’enorme ampiezza dei loro seni; nella loro bianchezza abbagliante, essi possedevano soltanto uno degli aspetti di quel modello che osavo paragonarli. Un modello unico e velato, i cui contorni, osservati furtivamente, mi rivelavano le forme di quella famosa “ coppa” alla quale il seno più bello del mondo servì da stampo[35].

Non si sorprenda se mi trova così erudito su misteri che voi nascondete con tanta cura: lo sono nonostante voi; a volte un senso può istruire un altro: nonostante la più gelosa vigilanza, rimangono sempre alcuni piccoli spiragli attraverso i quali la vista riesce ad ottenere gli stessi effetti del tatto. L’occhio avido e temerario si insinua impunemente tra i fiori di un mazzo, si muove sotto la seta e il velo, facendo percepire alla mano quella resistenza elastica che essa non oserebbe mai provare direttamente.

Alcune madri sono aspre e crudeli.

Gli occhi degli altri sono pieni di invidia quando lo vedono fare ciò.

Invidia, ma agli occhi quel varco si chiude.

Il pensiero amoroso ormai non si ferma più.[36]

Notai anche un grande difetto nell’abbigliamento delle vallesane: le sottogonne sono così alte dietro da farle sembrare storte; questo effetto, unito alle loro piccole acconciature nere e al resto dell’abbigliamento, che comunque non manca né di semplicità né di eleganza, crea un insieme davvero particolare. Vi mostro un abito completo alla vallesana; spero vi piaccia molto: è stato confezionato su una delle taglie più belle del paese.

Mentre esploravo con estasi questi luoghi così poco conosciuti e tanto degni di ammirazione, cosa facevi tu, mia Julie? Eri forse dimenticata dal tuo amico? Julie dimenticata. E io stesso, non mi stavo forse dimenticando? Cosa potrei fare da solo, io che esisto soltanto per te? Non ho mai notato con tanta chiarezza quanto istintivamente collochi nella mia vita quotidiana gli elementi della nostra esistenza comune, in base allo stato del mio animo. Quando sono triste, il mio spirito si rifugia nel tuo; cerca consolazione nei luoghi dove ti trovi. È ciò che provavo lasciandoti. Quando sono felice, non riesco a godermi quella gioia da solo; per condividerla con te, ti chiamo lì dove mi trovo. Ecco ciò che è accaduto durante tutto questo viaggio: la varietà degli oggetti intorno a me mi ricordava costantemente di te, e ti portavo con me ovunque andassi. Non facevo un passo senza che lo facessimo insieme; non ammiravo una vista senza affrettarmi a mostrarla a te. Ogni albero che incontravo offriva la sua ombra a noi due; ogni prato diventava il nostro sedile. A volte, seduto accanto a te, ti aiutavo ad osservare gli oggetti intorno a noi; altre volte, inginocchiato ai tuoi piedi, ammiravo qualcosa di ancora più degno degli sguardi di un uomo sensibile. Se incontravo un ostacolo, ti vedevo superarlo con la leggerezza di un cerbiatto che segue la sua madre. Se dovevamo attraversare un ruscello, osavo stringerti tra le braccia; lo attraversavamo lentamente, con piacere. E ogni momento mi ricordava di te. Tutti gli elementi di questa tranquilla natura, la purezza dell’aria, la semplicità e la saggezza delle persone che vi abitano, l’innocente grazia del sesso femminile, tutto ciò contribuiva a raffigurarti nella mia mente.

O ma Julie, disais-je avec attendrissement, que ne puis-je couler mes jours avec toi dans ces lieux ignorés, heureux de notre bonheur et non du regard des hommes ! Que ne puis-je ici rassembler toute mon âme en toi seule ; et devenir à mon tour l’univers pour toi ! Charmes adorés, vous jouiriez alors des hommages qui vous sont dus ! Délices de l’amour, c’est alors que nos coeurs vous savoureraient sans cesse ! Une longue et douce ivresse nous laisserait ignorer le cours des ans : et quand enfin l’âge aurait calmé nos premiers feux, l’habitude de penser et sentir ensemble ferait succéder à leurs transports une amitié non moins tendre. Tous les sentiments honnêtes, nourris dans la jeunesse avec ceux de l’amour, en rempliraient un jour le vide immense ; nous pratiquerions au sein de cet heureux peuple, et à son exemple, tous les devoirs de l’humanité : sans cesse nous nous unirions pour bien faire, et nous ne mourrions point sans avoir vécu.

La poste arrive ; il faut finir ma lettre, et courir recevoir la vôtre. Que le coeur me bat jusqu’à ce moment ! Hélas ! j’étais heureux dans mes chimères : mon bonheur fuit avec elles ; que vais-je être en réalité ?

Lettre XXIV – De Saint-Preux à Julie

Je réponds sur-le-champ à l’article de votre lettre qui regarde le paiement, et n’ai, Dieu merci, nul besoin d’y réfléchir. Voici, ma Julie, quel est mon sentiment sur ce point.

Je distingue dans ce qu’on appelle honneur celui qui se tire de l’opinion publique, et celui qui dérive de l’estime de soi-même. Le premier consiste en vains préjugés plus mobiles qu’une onde agitée ; le second a sa base dans les vérités éternelles de la morale. L’honneur du monde peut être avantageux à la fortune ; mais il ne pénètre point dans l’âme, et n’influe en rien sur le vrai bonheur. L’honneur véritable au contraire en forme l’essence, parce qu’on ne trouve qu’en lui ce sentiment permanent de satisfaction intérieure qui seul peut rendre heureux un être pensant. Appliquons, ma Julie, ces principes à votre question : elle sera bientôt résolue.

Que je m’érige en maître de philosophie, et prenne, comme ce fou de la fable, de l’argent pour enseigner la sagesse, cet emploi paraîtra bas aux yeux du monde, et j’avoue qu’il a quelque chose de ridicule en soi : cependant, comme aucun homme ne peut tirer sa subsistance absolument de lui-même, et, qu’on ne saurait l’en tirer de plus près que par son travail, nous mettrons ce mépris au rang des plus dangereux préjugés ; nous n’aurons point la sottise de sacrifier la félicité à cette opinion insensée ; vous ne m’en estimerez pas moins, et je n’en serai pas plus à plaindre quand je vivrai des talents que j’ai cultivés.

Mais ici, ma Julie, nous avons d’autres considérations à faire. Laissons la multitude, et regardons en nous-mêmes. Que serai-je réellement à votre père en recevant de lui le salaire des leçons que je vous aurai données, et lui vendant une partie de mon temps, c’est-à-dire de ma personne ? Un mercenaire, un homme à ses gages, une espèce de valet ; et il aura de ma part, pour garant de sa confiance et pour sûreté de ce qui lui appartient, ma foi tacite, comme celle du dernier de ses gens.

Or quel bien plus précieux peut avoir un père que sa fille unique, fût-ce même une autre que Julie ? Que fera donc celui qui lui vend ses services ? Fera-t-il taire ses sentiments pour elle ? Ah ! tu sais si cela se peut ! Ou bien, se livrant sans scrupule au penchant de son coeur, offensera-t-il dans la partie la plus sensible celui à qui il doit fidélité ? Alors je ne vois plus dans un tel maître qu’un perfide qui foule aux pieds les droits les plus sacrés[37], un traître, un séducteur domestique, que les lois condamnent très justement à la mort. J’espère que celle à qui je parle sait m’entendre ; ce n’est pas la mort que je crains, mais la honte d’en être digne, et le mépris de moi-même.

Quand les lettres d’Héloïse et d’Abélard tombèrent entre vos mains, vous savez ce que je vous dis de cette lecture et de la conduite du théologien. J’ai toujours plaint Héloïse ; elle avait un coeur fait pour aimer : mais Abélard ne m’a jamais paru qu’un misérable digne de son sort, et connaissant aussi peu l’amour que la vertu. Après l’avoir jugé, faudra-t-il que je l’imite ? Malheur à quiconque prêche une morale qu’il ne veut pas pratiquer ! Celui qu’aveugle sa passion jusqu’à ce point en est bientôt puni par elle, et perd le goût des sentiments auxquels il a sacrifié son honneur. L’amour est privé de son plus grand charme quand l’honnêteté l’abandonne ; pour en sentir tout le prix, il faut que le coeur s’y complaise, et qu’il nous élève en élevant l’objet aimé. Ôtez l’idée de la perfection, vous ôtez l’enthousiasme ; ôtez l’estime, et l’amour n’est plus rien. Comment une femme pourrait-elle honorer un homme qui se déshonore ? Comment pourra-t-il adorer lui-même celle qui n’a pas craint de s’abandonner à un vil corrupteur ? Ainsi bientôt ils se mépriseront mutuellement ; l’amour ne sera plus pour eux qu’un honteux commerce, ils auront perdu l’honneur, et n’auront point trouvé la félicité.

Il n’en est pas ainsi ma Julie, entre deux amants de même âge, tous deux épris du même feu, qu’un mutuel attachement unit, qu’aucun lien particulier ne gêne, qui jouissent tous deux de leur première liberté, et dont aucun droit ne proscrit l’engagement réciproque. Les lois les plus sévères ne peuvent leur imposer d’autre peine que le prix même de leur amour ; la seule punition de s’être aimés est l’obligation de s’aimer à jamais ; et s’il est quelques malheureux climats au monde où l’homme barbare brise ces innocentes chaînes, il en est puni sans doute par les crimes que cette contrainte engendre.

Voilà mes raisons, sage et vertueuse Julie ; elles ne sont qu’un froid commentaire de celles que vous m’exposâtes avec tant d’énergie et de vivacité dans une de vos lettres ; mais c’en est assez pour vous montrer combien je m’en suis pénétré. Vous vous souvenez que je n’insistai point sur mon refus, et que, malgré la répugnance que le préjugé m’a laissée, j’acceptai vos dons en silence, ne trouvant point en effet dans le véritable honneur de solide raison pour les refuser. Mais ici le devoir, la raison, l’amour même, tout parle d’un ton que je ne peux méconnaître. S’il faut choisir entre l’honneur et vous, mon coeur est prêt à vous perdre. Il vous aime trop, ô Julie, pour vous conserver à ce prix.

Lettre XXV – De Julie à Saint-Preux

La relation de votre voyage est charmante, mon bon ami ; elle me ferait aimer celui qui l’a écrite, quand même je ne le connaîtrais pas. J’ai pourtant à vous tancer sur un passage dont vous vous doutez bien, quoique je n’aie pu m’empêcher de rire de la ruse avec laquelle vous vous êtes mis à l’abri du Tasse, comme derrière un rempart. Eh ! comment ne sentiez-vous point qu’il y a bien de la différence entre écrire au public ou à sa maîtresse ? L’amour, si craintif, si scrupuleux, n’exige-t-il pas plus d’égards que la bienséance ? Pouviez-vous ignorer que ce style n’est pas de mon goût, et cherchiez-vous à me déplaire ? Mais en voilà déjà trop peut-être sur un sujet qu’il ne fallait point relever. Je suis d’ailleurs trop occupée de votre seconde lettre pour répondre en détail à la première : ainsi, mon ami, laissons le Valais pour une autre fois, et bornons-nous maintenant à nos affaires ; nous serons assez occupés.

Je savais le parti que vous prendriez. Nous nous connaissons trop bien pour en être encore à ces éléments. Si jamais la vertu nous abandonne, ce ne sera pas, croyez-moi, dans les occasions qui demandent du courage et des sacrifices[38]. Le premier mouvement aux attaques vives est de résister ; et nous vaincrons, je l’espère, tant que l’ennemi nous avertira de prendre les armes. C’est au milieu du sommeil, c’est dans le sein d’un doux repos, qu’il faut se défier des surprises ; mais c’est surtout la continuité des maux qui rend leur poids insupportable ; et l’âme résiste bien plus aisément aux vives douleurs qu’à la tristesse prolongée. Voilà, mon ami, la dure espèce de combat que nous aurons désormais à soutenir : ce ne sont point des actions héroïques que le devoir nous demande, mais une résistance plus héroïque encore à des peines sans relâche.

“O my Julie,” I said with tenderness, “how I wish I could spend my days with you in these unknown places, happy only for our own happiness and not for what others might think of us! How I wish I could devote all my being to you alone, and become your entire world! My beloved charms, then you would truly receive the honors that are due to you! Delights of love, it would be then that our hearts would endlessly savor your presence! A long and sweet intoxication would make us oblivious to the passage of time; and when finally age had cooled our initial passion, the habit of thinking and feeling together would replace those fleeting delights with a friendship just as tender. All the honest sentiments that are nurtured in youth alongside those of love would one day fill the immense void within us; within this happy community, and following its example, we would fulfill all the duties of humanity: constantly joining forces for good, we would live our lives without regret.”

The mail has arrived; I must finish writing my letter and then rush to receive yours. May my heart beat fast until that moment! Alas! I was happy in my illusions; my happiness vanished along with them; what will my reality be like?

Letter XXIV – From Saint-Preux to Julie

I reply immediately to the section of your letter that concerns payment, and, thank God, I have no need to think about it at all. Here, my Julie, is what I think on this matter.

I distinguish, in what is called honor, that which arises from public opinion and that which stems from self-respect. The former consists of vain prejudices, more fleeting than a rippling wave; the latter is rooted in the eternal truths of morality. The honor of the world may be beneficial to one’s fortune, but it does not penetrate the soul or affect true happiness in any way. True honor, on the other hand, constitutes the very essence of a person, for only within it can one find that constant sense of inner satisfaction which alone can make a thinking being truly happy. Apply these principles, my Julie, to your question, and it will soon be resolved.

Should I declare myself the master of philosophy and, like that fool in the fable, take money in exchange for teaching wisdom, such an occupation would seem demeaning to the world at large, and I must admit it carries a certain element of ridicule within it. However, since no man can truly sustain himself solely on his own efforts, and since work is undoubtedly the most direct means of earning a living, we must regard this kind of disdain as one of the most dangerous prejudices. We shall not be so foolish as to sacrifice our happiness for such an absurd notion; and despite that, you will still hold me in high esteem, and I will not be any less fortunate as I live off the talents I have cultivated.

But here, my Julie, we have other considerations to take into account. Let us set aside the crowd and look within ourselves. What would I truly be to your father if I accepted from him payment for the lessons I taught you, selling him a portion of my time—meaning, a portion of myself? A mercenary, a man hired at his service, a kind of servant; and in return, he would receive from me nothing more than my silent trust, just like that of his lowest-ranking employee.

Or what more precious gift could a father have than his only daughter—especially if she were someone other than Julie? What would the man who sells his services to her do? Would he suppress his feelings for her? Ah! You know well whether that is possible! Or, yielding without scruple to the desires of his heart, would he offend in the most sensitive way those to whom he owes loyalty? In such a person, I see nothing but a perfidious traitor who tramples underfoot the most sacred rights[37], a betrayer, a domestic seducer—someone whom society rightly condemns to death. I hope that those to whom I speak understand me; it is not death that I fear, but the shame of being worthy of it, and the contempt I would feel for myself.

When the letters between Heloise and Abelard fell into your hands, you know what I think of that reading—and of the behavior of that theologian. I have always pitied Heloise; she had a heart made for love—but Abelard never seemed to me but a wretched man worthy of his fate, one who knew neither love nor virtue. After having judged him in this way, am I supposed to imitate him? Misfortune awaits anyone who preaches a morality they themselves are unwilling to practice! Those whose passions blind them to such an extent are soon punished by them—and they lose all taste for the sentiments for which they have sacrificed their honor. Love loses its greatest charm when honesty abandons it; to truly appreciate its value, one’s heart must take pleasure in it—and it must elevate us as it elevates the object of our love. Remove the idea of perfection, and you remove enthusiasm; remove respect, and love is nothing at all. How could a woman honor a man who dishonors himself? And how could he himself adore someone who did not hesitate to surrender herself to a despicable corruptor? In such cases, they soon begin to despise each other; love becomes for them nothing but a shameful transaction—they lose their honor and fail to find any true happiness.

That is not the case, my Julie. Between two lovers of the same age, both consumed by the same passion, there exists only a mutual bond that unites them; no particular ties interfere with their relationship; they both enjoy their first taste of freedom, and no laws prohibit their mutual commitment. The severest laws can impose upon them no other penalty than the very cost of their love itself. The only consequence of loving each other is the obligation to love one another forever. And if there are indeed some cruel environments in the world where barbaric people break these innocent bonds, they must surely be punished for the crimes that such coercion gives rise to.

These are my reasons, wise and virtuous Julie; they are but a cold reflection of those you presented to me with such energy and fervor in one of your letters. Yet they are enough to show you how deeply I have considered them. You remember that I did not insist on my refusal, and that, despite the aversion prejudice left in me, I accepted your gifts in silence, for I found no solid reason in true honor to refuse them. But here, duty, reason—even love itself—speaks in a tone I cannot ignore. If I must choose between honor and you, my heart is ready to lose you. It loves you too much, oh Julie, to keep you at such a cost.

Letter XXV – From Julie to Saint-Preux

The account of your journey is truly charming, my good friend; it would make me fond of the person who wrote it, even if I did not know them personally. However, I must reprimand you regarding a particular passage—which, I am sure, you are well aware of. Though I could not help but laugh at the cleverness with which you managed to shield yourself from Tasse, as if behind an impregnable fortress. How could you not realize that there is a huge difference between writing for the public and writing for one’s beloved? Love, so fearful and so scrupulous in its demands, does it not require even greater care than mere propriety? Could you have genuinely overlooked the fact that this style is not to my taste? Or were you trying to annoy me on purpose? But perhaps I am being too critical about a matter that should not have been raised at all. Besides, I am far too busy considering your second letter to address the first one in detail. So, my friend, let us put Valais aside for another time and focus instead on our own affairs; we have enough to occupy us.

I knew which side you would take. We know each other too well to still be concerned with such trivial matters. If virtue ever abandons us, believe me, it will not be on those occasions that require courage and sacrifice[38]. The first reaction to sudden attacks should always be resistance; and I hope we will prevail, so long as the enemy warns us to take up arms. It is in the midst of sleep, in the quietness of peaceful rest, that we must beware of surprises; but it is especially the continuous suffering that makes its weight unbearable. And the soul resists sharp pains far more easily than prolonged sorrow. My friend, this is the kind of difficult battle we will now have to endure: what is required of us is not heroic action, but a resistance even more heroic in the face of relentless suffering.

“Oh, mia Julie”, dicevo con tenerezza, “che cosa non potrei fare se potessi trascorrere i miei giorni al tuo fianco in questi luoghi sconosciuti, felice solo del nostro amore e non degli sguardi degli uomini! Che cosa non potrei fare se potessi dedicare tutta la mia anima a te sola, diventando a mia volta tutto per te. Incantevoli creature, allora godreste dei tributi che vi spettano! Delizie dell’amore, sarebbe in quel momento che i nostri cuori vi assaporerebbero senza sosta. Una lunga e dolce estasi ci farebbe dimenticare il passare degli anni; e quando finalmente l’età avesse placato le nostre passioni più ardenti, l’abitudine di pensare e sentire insieme sostituirebbe quegli slanci con un affetto altrettanto tenero. Tutti i sentimenti onesti, coltivati nella giovinezza insieme a quelli dell’amore, un giorno riempirebbero il vuoto del nostro cuore; all’interno di questo felice popolo, e seguendo il suo esempio, praticheremmo tutti i doveri dell’umanità: ci uniremmo sempre per fare del bene, e non moriremmo senza aver vissuto veramente.”

Arriva la posta; devo finire la mia lettera e correre a ricevere la vostra. Che il mio cuore batta forte fino a quel momento. Ahimè! Ero felice nelle mie illusioni: la mia felicità se n’è andata insieme a esse. Che cosa sarò nella realtà?

Lettera XXIV – Da Saint-Preux a Julie

Rispondo immediatamente all’articolo della vostra lettera relativo al pagamento, e, per fortuna, non ho alcun bisogno di rifletterci sopra. Ecco, mia Julie, quale è il mio parere in merito.

Riconosco, in ciò che viene chiamato onore, due tipi diversi: quello che deriva dall’opinione pubblica e quello che nasce dall’autostima. Il primo si basa su pregiudizi vani, più effimeri di un’onda agitata; il secondo ha le sue radici nelle verità eterne della morale. L’onore mondano può essere vantaggioso per la fortuna, ma non penetra nell’anima e non influisce in alcun modo sul vero benessere. Al contrario, l’onore autentico ne costituisce l’essenza stessa, poiché solo in esso si trova quel sentimento permanente di soddisfazione interiore che può rendere felice un essere pensante. Applichiamo questi principi, mia Julie, alla tua domanda: sarà presto risolta.

Se mi proclamassi maestro di filosofia e prendessi, come quel pazzo della favola, denaro per insegnare la saggezza, tale attività sembrerebbe meschina agli occhi del mondo, e devo ammettere che abbia qualcosa di ridicolo in sé; tuttavia, poiché nessun uomo può provvedersi interamente da solo, e non esiste modo più sicuro per farlo se non attraverso il proprio lavoro, considereremo questo disprezzo tra i pregiudizi più pericolosi. Non avremo la stupidità di sacrificare la nostra felicità a un’opinione così assurda; voi continuerete comunque ad apprezzarmi, e io non sarò certo meno fortunato vivendo dei talenti che ho coltivato.

Ma qui, mia Julie, abbiamo altre considerazioni da fare. Lasciamo da parte la folla e guardiamo dentro di noi stessi. Che cosa sarò veramente per vostro padre se accetterò da lui il compenso per le lezioni che vi insegnerò, vendendogli così una parte del mio tempo, cioè della mia persona? Un mercenario, un uomo al suo servizio, una sorta di valletto. E lui avrà da me, come garanzia della mia fiducia e sicurezza per ciò che gli appartiene, la mia fede silenziosa, proprio come quella dell’ultimo dei suoi domestici.

O forse quel bene ancora più prezioso può avere un padre diverso dalla propria unica figlia, anche se si tratta di qualcun altro oltre a Julie? Cosa farà allora colui che le vende i propri servizi? Farà tacere i propri sentimenti per lei? Ah! Tu sai bene se ciò sia possibile. Oppure, cedendo senza rimorsi ai desideri del proprio cuore, offenderà nella parte più sensibile colui verso il quale deve essere fedele? Allora non vedo in un tale individuo altro che un perfido che calpesta i diritti più sacri[37], un traditore, un seduttore domestico, un uomo che le leggi condannano con piena giustizia a morte. Spero che colui a cui parlo sappia comprendere ciò che dico; non è la morte che temo, ma l’umiliazione di meritarla, e il disprezzo per me stesso.

Quando le lettere di Eloisa e Abelardo caddero tra le vostre mani, sapete ciò che ho da dirvi riguardo a questa lettura e al comportamento di quel teologo. Ho sempre pianto per Eloisa: aveva un cuore fatto per amare; ma Abelardo non mi è mai sembrato altro che un miserabile degno del suo destino, che conosceva tanto poco l’amore quanto la virtù. Dopo averlo giudicato, dovrei forse imitarlo? Sventura a chi predica una morale che lui stesso non vuole praticare! Colui il cui cuore viene accecato dalla passione ne subisce presto le conseguenze negative e perde il gusto per quei sentimenti ai quali ha sacrificato la propria onorabilità. L’amore perde il suo più grande fascino quando la sincerità lo abbandona; per apprezzarlo veramente, è necessario che il cuore vi si dedichi con entusiasmo e che l’oggetto amato ci elevi spiritualmente. Eliminate l’idea di perfezione, e eliminate anche l’entusiasmo; eliminate la stima, e l’amore non sarà più nulla. Come potrebbe una donna onorare un uomo che si disonora? E come potrebbe lui stesso amare colei che non ha esitato a concedersi a un vile corrottor? Presto, si ameranno a vicenda con disprezzo; l’amore diventerà per loro soltanto un commercio vergognoso, perderanno l’onore e non troveranno mai la felicità.

Non è così, mia Julie: tra due amanti della stessa età, entrambi appassionati dello stesso sentimento, ciò che li unisce è un legame reciproco, senza alcun vincolo particolare che possa ostacolarli; entrambi godono della loro prima libertà e nessun diritto vieta il loro impegno reciproco. Nemmeno le leggi più severe possono infliggere loro una punizione diversa dal prezzo stesso del loro amore; l’unica conseguenza di essersi amati è l’obbligo di continuare ad amarsi per sempre. E se esistono alcuni climi infelici in cui l’uomo barbaro spezza queste innocenti catene, certamente viene punito dai crimini che tale costrizione genera.

Ecco le mie ragioni, saggia e virtuosa Julie; esse non sono altro che un freddo commento a quelle che mi esponeste con tanta energia e vivacità in una delle vostre lettere; ma questo basta per farvi capire quanto me ne sia reso conto. Vi ricordate che non insistei sul mio rifiuto, e che, nonostante la ripugnanza che il pregiudizio mi aveva lasciato, accettai i vostri doni in silenzio, poiché non trovavo davvero nella vera onore alcuna ragione valida per rifiutarli. Ma qui, il dovere, la ragione, l’amore stesso, tutto parla con un tono che non posso ignorare. Se dovesse esserci una scelta tra l’onore e voi, il mio cuore è pronto a perdervi. Vi ama troppo, oh Julie, per potervi conservare a questo prezzo.

Lettera XXV – Di Julie a Saint-Preux

Il resoconto del vostro viaggio è davvero incantevole, mio caro amico; mi farebbe voler bene chi l’ha scritto, anche se non lo conoscessi. Tuttavia devo rimproverarvi per un passaggio di cui sicuramente siete a conoscenza. Anche se non ho potuto fare a meno di ridere della astuzia con cui vi siete “nascosto” dietro le parole del Tasse, come dietro un muro protettivo. Ebbene, come avete potuto non rendervi conto che c’è una grande differenza tra scrivere al pubblico e scrivere alla propria amante? L’amore, così timido e coscienzioso, non richiede forse maggior rispetto della semplice cortesia? Potevate davvero ignorare che questo stile non mi piace, e volevate forse offendermi? Ma forse ho esagerato su un argomento che non avrebbe dovuto essere sollevato. Inoltre, sono troppo impegnata a riflettere sulla vostra seconda lettera per rispondere in dettaglio alla prima. Quindi, mio caro amico, lasciamo il Vallese per un’altra volta e limitiamoci ora alle nostre faccende: avremo abbastanza da fare.

Sapevo quale sarebbe stata la vostra posizione in questa situazione. Ci conosciamo troppo bene per ricorrere ancora a simili formalità. Se mai la virtù ci abbandonasse, credetemi, non accadrebbe nelle occasioni che richiedono coraggio e sacrifici[38]. La prima reazione di fronte ad attacchi improvvisi è quella di resistere; e spero che vinceremo, finché l’ nemico non ci avvertirà di prendere le armi. È proprio nel sonno, nel cuore di un dolce riposo, che bisogna difendersi dalle sorprese; ma è soprattutto la continuità dei mali a renderne il peso insopportabile. L’anima resiste molto più facilmente ai dolori intensi che alla tristezza prolungata. Ecco, mio amico, il tipo di battaglia difficile che dovremo affrontare d’ora in poi: non ci sono imprese eroiche richieste dal dovere, ma una resistenza ancora più eroica di fronte a sofferenze incessanti.

Je l’avais trop prévu ; le temps du bonheur est passé comme un éclair ; celui des disgrâces commence, sans que rien m’aide à juger quand il finira. Tout m’alarme et me décourage ; une langueur mortelle s’empare de mon âme ; sans sujet bien précis de pleurer, des pleurs involontaires s’échappent de mes yeux : je ne lis pas dans l’avenir des maux inévitables ; mais je cultivais l’espérance, et la vois flétrir tous les jours. Que sert, hélas ! d’arroser le feuillage quand l’arbre est coupé par le pied ?

Je le sens, mon ami, le poids de l’absence m’accable. Je ne puis vivre sans toi, je le sens ; c’est ce qui m’effraye le plus. Je parcours cent fois le jour les lieux que nous habitions ensemble, et ne t’y trouve jamais ; je t’attends à ton heure ordinaire : l’heure passe, et tu ne viens point. Tous les objets que j’aperçois me portent quelque idée de ta présence pour m’avertir que je t’ai perdu. Tu n’as point ce supplice affreux : ton coeur seul peut te dire que je te manque. Ah ! si tu savais quel pire tourment c’est de rester quand on se sépare, combien tu préférerais ton état au mien !

Encore si j’osais gémir, si j’osais parler de mes peines, je me sentirais soulagée des maux dont je pourrais me plaindre. Mais, hors quelques soupirs exhalés en secret dans le sein de ma cousine, il faut étouffer tous les autres ; il faut contenir mes larmes ; il faut sourire quand je me meurs.

Sentirsi, oh Dei ! morir,

E non poter mai dir :

Morir mi sento[39].

Le pis est que tous ces maux empirent sans cesse mon plus grand mal, et que plus ton souvenir me désole, plus j’aime à me le rappeler. Dis-moi, mon ami, mon doux ami ; sens-tu combien un coeur languissant est tendre, et combien la tristesse fait fermenter l’amour ?

Je voulais vous parler de mille choses ; mais, outre qu’il faut mieux attendre de savoir positivement où vous êtes, il ne m’est pas possible de continuer cette lettre dans l’état où je me trouve en l’écrivant. Adieu, mon ami ; je quitte la plume, mais croyez que je ne vous quitte pas.

[Arv. ed]

Lettre XXVI – De Saint-Preux à Julie

Que mon état est changé dans peu de jours ! Que d’amertumes se mêlent à la douceur de me rapprocher de vous ! Que de tristes réflexions m’assiègent ! Que de traverses mes craintes me font prévoir ! O Julie ! que c’est un fatal présent du ciel qu’une âme sensible ! Celui qui l’a reçu doit s’attendre à n’avoir que peine et douleur sur la terre. Vil jouet de l’air et des saisons, le soleil ou les brouillards, l’air couvert ou serein, régleront sa destinée, et il sera content ou triste au gré des vents. Victime des préjugés, il trouvera dans d’absurdes maximes un obstacle invincible aux justes voeux de son coeur. Les hommes le puniront d’avoir des sentiments droits de chaque chose, et d’en juger par ce qui est véritable plutôt que par ce qui est de convention. Seul il suffirait pour faire sa propre misère, en se livrant indiscrètement aux attraits divins de l’honnête et du beau, tandis que les pesantes chaînes de la nécessité l’attachent à l’ignominie. Il cherchera la félicité suprême sans se souvenir qu’il est homme : son coeur et sa raison seront incessamment en guerre, et des désirs sans bornes lui prépareront d’éternelles privations.

Telle est la situation cruelle où me plongent le sort qui m’accable et mes sentiments qui m’élèvent, et ton père qui me méprise, et toi qui fais le charme et le tourment de ma vie. Sans toi, beauté fatale, je n’aurais jamais senti ce contraste insupportable de grandeur au fond de mon âme et de bassesse dans ma fortune ; j’aurais vécu tranquille et serais mort content, sans daigner remarquer quel rang j’avais occupé sur la terre. Mais t’avoir vue et ne pouvoir te posséder, t’adorer et n’être qu’un homme, être aimé et ne pouvoir être heureux, habiter les mêmes lieux et ne pouvoir vivre ensemble !… O Julie, à qui je ne puis renoncer ! ô destinée que je ne puis vaincre ! quels combats affreux vous excitez en moi, sans pouvoir jamais surmonter mes désirs ni mon impuissance !

Quel effet bizarre et inconcevable ! Depuis que je suis rapproché de vous, je ne roule dans mon esprit que des pensées funestes. Peut-être le séjour où je suis contribue-t-il à cette mélancolie ; il est triste et horrible ; il en est plus conforme à l’état de mon âme, et je n’en habiterais pas si patiemment un plus agréable. Une file de rochers stériles borde la côte et environne mon habitation, que l’hiver rend encore plus affreuse. Ah ! je le sens, ma Julie, s’il fallait renoncer à vous, il n’y aurait plus pour moi d’autre séjour ni d’autre saison.

Dans les violents transports qui m’agitent, je ne saurais demeurer en place ; je cours, je monte avec ardeur, je m’élance sur les rochers, je parcours à grands pas tous les environs, et trouve partout dans les objets la même horreur qui règne au dedans de moi. On n’aperçoit plus de verdure, l’herbe est jaune et flétrie, les arbres sont dépouillés, le séchard[40] et la froide bise entassent la neige et les glaces ; et toute la nature est morte à mes yeux, comme l’espérance au fond de mon coeur.

Parmi les rochers de cette côte, j’ai trouvé, dans un abri solitaire, une petite esplanade d’où l’on découvre à plein la ville heureuse où vous habitez. Jugez avec quelle avidité mes yeux se portèrent vers ce séjour chéri. Le premier jour je fis mille efforts pour y discerner votre demeure ; mais l’extrême éloignement les rendit vains, et je m’aperçus que mon imagination donnait le change à mes yeux fatigués. Je courus chez le curé emprunter un télescope, avec lequel je vis ou crus voir votre maison ; et depuis ce temps je passe les jours entiers dans cet asile à contempler ces murs fortunés qui renferment la source de ma vie. Malgré la saison, je m’y rends dès le matin, et n’en reviens qu’à la nuit. Des feuilles et quelques bois secs que j’allume servent, avec mes courses, à me garantir du froid excessif. J’ai pris tant de goût pour ce lieu sauvage que j’y porte même de l’encre et du papier ; et j’y écris maintenant cette lettre sur un quartier que les glaces ont détaché du rocher voisin.

I had anticipated it all too well; the time of happiness passed in the blink of an eye; the time of misfortune has begun, and nothing helps me predict when it will end. Everything alarms me and discourages me; a mortal weariness seizes my soul; without any specific reason to cry, involuntary tears flow from my eyes. I cannot foresee those inevitable evils in the future; yet I had cherished hope, and now I see it withering away day by day. Alas! What use is there in watering the leaves when the tree has been cut at its roots?

I can feel it, my friend—the weight of your absence is overwhelming me. I cannot live without you; that’s what frightens me most. Every day, I walk hundreds of times through the places where we used to live together, but I never find you there. I wait for you at your usual time, but hour after hour passes, and you still do not come. Every object I see reminds me of your presence, reminding me that I have lost you. You are spared this terrible torment; only your heart can tell you how much I miss you. Ah! If only you knew what a worse suffering it is to remain alive after parting. How much you would prefer your situation to mine!

Even if I dared to moan, if I dared to speak of my pains, I would feel relieved from the troubles I could complain about. But, apart from a few secret sighs uttered in the presence of my cousin, all others must be stifled; my tears must be held back; I must smile even when I am dying inside.

To feel, oh God! to die.

And never be able to say:

I feel as if I am about to die[39].

The worst of it is that all these evils only serve to exacerbate my greatest suffering; and the more your memory fills me with sorrow, the more I cherish recalling it. Tell me, my friend, my dear friend—do you understand how tender a heart filled with longing can be, and how grief actually makes love grow stronger?

I wanted to talk to you about a thousand things; but besides the fact that we should wait until we know for sure where you are, it is not possible for me to continue this letter in the state I am in while writing it. Goodbye, my friend; I put down the pen, but believe me, I am not leaving you.

[Arv. ed]

Letter XXVI – From Saint-Preux to Julie

How changed my state has been in just a few days! How many bitter sentiments mix with the joy of being able to draw closer to you! How many sad thoughts assail me! How many misfortunes do my fears make me anticipate! Oh Julie, what a fatal gift from heaven it is for a sensitive soul to receive such feelings! He who possesses them must expect nothing but pain and sorrow on earth. A mere plaything of the elements—sun or fog, clear or overcast skies—will determine his fate, and his happiness or sadness will depend on the whims of the wind. A victim of prejudice, he will find that absurd doctrines pose insurmountable obstacles to the righteous desires of his heart. Men will punish him for having genuine feelings toward all things and for judging them by what is true rather than by convention. Alone, he would be enough to bring himself endless suffering, if he were to indiscriminately yield to the divine allure of honesty and beauty, while the heavy chains of necessity bind him to ignominy. He will seek supreme happiness without realizing that he is but a man—his heart and reason will be in constant conflict, and boundless desires will lead only to eternal deprivation.

Such is the cruel situation into which I am plunged—by the fate that burdens me and by the sentiments that elevate me; by your father who despises me, and by you who are both the charm and the torment of my life. Without you, fatal beauty, I would never have experienced such an unbearable contrast between greatness at the bottom of my soul and wretchedness in my fortunes; I would have lived in peace and died content, without even considering what place I had occupied on this earth. But to have seen you and yet not be able to possess you, to adore you and yet be but a man, to be loved and yet unable to be happy, to dwell in the same place yet never be able to live together!. Oh Julie, to whom I cannot renounce! Oh fate, that I cannot conquer! What terrible struggles you arouse within me—yet I can never overcome my desires or my powerlessness.

What a strange and inconceivable effect! Ever since I have been brought near to you, only gloomy thoughts have occupied my mind. Perhaps the place where I reside contributes to this melancholy; it is sad and horrible—yet it suits the state of my soul even better. I would not endure such a dwelling in any more pleasant location. A row of barren rocks lines the coast and surrounds my home, which becomes even more desolate in winter. Ah, Julie, I feel it—if I were to lose you, there would be no other place for me to live, nor any other season left.

In the violent turmoil that agitates me, I am unable to remain still; I run, climb with fervor, leap onto the rocks, and stride through the surroundings, finding everywhere in these objects the same horror that reigns within me. No green is visible anymore—the grass is yellow and withered, the trees are bare, and the bitter wind and cold north wind pile up snow and ice; to my eyes, all of nature is dead, just as hope is dead at the bottom of my heart.

Among the rocks of this coast, I found, in a lonely shelter, a small clearing from which one could see in its entirety the happy town where you live. Imagine how eagerly my eyes turned toward that beloved place. On the first day, I made every effort to spot your residence; but its great distance rendered such attempts futile, and I realized that my imagination was deceiving my weary eyes. I rushed off to borrow a telescope from the priest, and with it I saw—or at least I thought I saw—your house. Since then, I spend entire days in this shelter, gazing at those fortunate walls that enclose the source of my life. Regardless of the season, I go there every morning and do not return until nightfall. Leaves and some dry wood that I light help me keep warm, along with my constant wandering. I have grown so fond of this wild place that I even bring ink and paper with me; and it is here, on a piece of rock that the ice has separated from the neighboring cliff, that I am writing this letter.

L’avevo previsto troppo bene; il tempo della felicità è passato in un istante; quello delle sfortune è appena iniziato, e nulla mi aiuta a capire quando finirà. Tutto mi allarma e mi scoraggia; una malinconia mortale si impadronisce della mia anima; senza un motivo preciso per piangere, lacrime involontarie scivolano dai miei occhi. Non riesco a prevedere nel futuro mali inevitabili; ma coltivavo la speranza, e ora la vedo appassire giorno dopo giorno. Che senso ha, ahimè, innaffiare le foglie quando l’albero è stato tagliato alla radice?

Lo sento, mio amico, il peso dell’assenza mi schiaccia. Non posso vivere senza di te; è questo che mi spaventa di più. Passo centinaia di volte al giorno nei luoghi in cui abitavamo insieme, ma non ti trovo mai lì; ti aspetto nell’ora solita, ma il tempo passa e tu non arrivi. Tutti gli oggetti che vedo mi fanno pensare alla tua presenza, come se volessero dirmi che ti ho perso. Tu almeno non subisci questo terribile tormento, solo il tuo cuore può farti sentire la mia mancanza. Ah! Se solo sapessi quanto sia più doloroso restare insieme dopo essersi separati, quanto preferiresti la tua situazione alla mia!

Anche se osassi gemere, anche se osassi parlare delle mie sofferenze, mi sentirei sollevata dai mali di cui potrei lamentarmi. Ma, a parte alcuni sospiri esalati in segreto nel cuore della mia cugina, bisogna soffocare tutti gli altri; bisogna trattenere le lacrime; bisogna sorridere anche quando si sta morendo.

Sentirsi, oh Dei! Morire.

E non poter mai dire:

Mi sento pronto a morire[39].

Il peggio è che tutti questi mali aggravano costantemente il mio più grande dolore; e più il tuo ricordo mi rattrista, più desidero ricordarlo. Dimmi, mio amico, mio caro amico, senti quanto sia tenero un cuore afflitto, e quanto la tristezza possa far crescere l’amore?

Volevo parlarvi di molte cose; ma, oltre al fatto che sia meglio aspettare di sapere con certezza dove vi trovate, non mi è possibile continuare questa lettera nello stato in cui mi trovo mentre la scrivo. Addio, mio amico; metto da parte la penna, ma credete che non vi abbandoni.

[Edizione Arv.]

Lettera XXVI – Da Saint-Preux a Julie

Come è cambiato il mio stato in pochi giorni! Quante amarezze si mescolano alla dolcezza di potermi avvicinare a te. Quanti tristi pensieri mi assalgono. Quante difficoltà le mie paure mi fanno prevedere. Oh Julie, quanto sia un fatale dono del cielo un’anima sensibile! Chi lo riceve deve prepararsi ad affrontare solo dolore e sofferenza sulla terra. Misero giocattolo dell’aria e delle stagioni: il sole o le nebbie, l’aria coperta o serena, tutto regolerà il suo destino; sarà felice o triste a seconda dei venti. Vittima di pregiudizi, troverà in assurde massime un ostacolo insormontabile ai giusti desideri del proprio cuore. Gli uomini lo puniranno per avere sentimenti sinceri verso ogni cosa, e per giudicarle in base alla verità piuttosto che alle convenzioni. Basterebbe solo che si abbandonasse senza riserve agli attratti divini dell’onestà e della bellezza, ma le pesanti catene della necessità lo legano all’ignominia. Cercherà la felicità suprema, senza ricordare di essere un uomo: il suo cuore e la sua ragione saranno costantemente in conflitto, e desideri senza limiti gli prepareranno soltanto privazioni eternhe.

Ecco la situazione crudele in cui mi trovo: il destino che mi opprime e i sentimenti che mi elevano, tuo padre che mi disprezza, e tu che rappresenti sia l’incanto che il tormento della mia vita. Senza di te, bellezza fatale, non avrei mai provato quel contrasto insopportabile tra grandezza nel profondo del mio animo e povertà nella mia fortuna; avrei vissuto in pace e sarei morto soddisfatto, senza nemmeno curarmi di conoscere quale posizione avessi occupato sulla terra. Ma averti vista e non poterti possedere, adorarti e essere soltanto un uomo, essere amato e non poter essere felice, vivere nello stesso luogo e non poter condividere la mia vita con te. Oh Julie, a cui non posso rinunciare! Oh destino che non riesco a sconfiggere! Quanti terribili conflitti susciti in me, senza mai riuscire a superare i miei desideri o la mia impotenza!

Che effetto bizzarro e inconcepibile! Da quando sono vicino a te, nella mia mente si susseguono solo pensieri tristi. Forse questo luogo in cui mi trovo contribuisce a questa malinconia; è triste e orribile. Ma è proprio adatto allo stato d’animo in cui mi trovo, e non lo sopporterei con tanta pazienza se fosse più piacevole. Una fila di rocce sterili costeggia la riva e circonda la mia dimora, che l’inverno rende ancora più spaventosa. Ah, Julie. Se dovessi rinunciare a te, non esisterebbe per me alcun altro luogo in cui vivere, né alcuna altra stagione.

Nei violenti turbamenti che mi agitano, non riesco a rimanere fermo; corro, salgo con ardore, mi lancio sui rocciai, percorro a grandi passi tutta l’area circostante, e trovo ovunque negli oggetti la stessa orrore che regna dentro di me. Non si vede più alcuna vegetazione: l’erba è gialla e appassita, gli alberi sono spogli; il gelo e il vento freddo accumulano neve e ghiaccio; e tutta la natura appare morta ai miei occhi, proprio come l’ speranza nel profondo del mio cuore.

Tra le rocce di questa costa, ho trovato, in un rifugio solitario, una piccola piattaforma da cui si può ammirare completamente la città felice in cui voi abitate. Immaginate con quale avidità i miei occhi si posarono su quel luogo tanto desiderato. Il primo giorno feci di tutto per individuare la vostra dimora; ma la sua estrema distanza rese tutti i miei sforzi vani, e mi resi conto che era solo l’immaginazione a ingannare i miei occhi stanchi. Corsi dal parroco per prendere un telescopio con cui vidi, o credetti di vedere, la vostra casa; da allora trascorro intere giornate in quel rifugio, ad ammirare quei muri fortunati che racchiudono la fonte della mia vita. Nonostante la stagione, vi vado ogni mattina e non torno se non alla sera. Foglie secche e qualche pezzo di legno che accendo, insieme alle mie corse, mi proteggono dal freddo intenso. Ho preso talmente gusto a questo luogo selvaggio che ci porto persino inchiostro e carta; ed è proprio lì che sto scrivendo questa lettera, su un pezzo di roccia staccato dai ghiacci vicini.

C’est là, ma Julie, que ton malheureux amant achève de jouir des derniers plaisirs qu’il goûtera peut-être en ce monde. C’est de là qu’à travers les airs et les murs il ose en secret pénétrer jusque dans ta chambre. Tes traits charmants le frappent encore ; tes regards tendres raniment son coeur mourant ; il entend le son de ta douce voix ; il ose chercher encore en tes bras ce délire qu’il éprouva dans le bosquet. Vain fantôme d’une âme agitée qui s’égare dans ses désirs ! Bientôt forcé de rentrer en moi-même, je te contemple au moins dans le détail de ton innocente vie : je suis de loin les diverses occupations de ta journée, et je me les représente dans les temps et les lieux où j’en fus quelquefois l’heureux témoin. Toujours je te vois vaquer à des soins qui te rendent plus estimable, et mon coeur s’attendrit avec délices sur l’inépuisable bonté du tien. Maintenant, me dis-je au matin, elle sort d’un paisible sommeil, son teint a la fraîcheur de la rose, son âme jouit d’une douce paix ; elle offre à celui dont elle tient l’être un jour qui ne sera point perdu pour la vertu. Elle passe à présent chez sa mère : les tendres affections de son coeur s’épanchent avec les auteurs de ses jours ; elle les soulage dans le détail des soins de la maison ; elle fait peut-être la paix d’un domestique imprudent, elle lui fait peut-être une exhortation secrète ; elle demande peut-être une grâce pour un autre. Dans un autre temps, elle s’occupe sans ennui des travaux de son sexe ; elle orne son âme de connaissances utiles ; elle ajoute à son goût exquis les agréments des beaux-arts, et ceux de la danse à sa légèreté naturelle. Tantôt je vois une élégante et simple parure orner des charmes qui n’en ont pas besoin. Ici je la vois consulter un pasteur vénérable sur la peine ignorée d’une famille indigente ; là, secourir ou consoler la triste veuve et l’orphelin délaissé. Tantôt elle charme une honnête société par ses discours sensés et modestes ; tantôt, en riant avec ses compagnes, elle ramène une jeunesse folâtre au ton de la sagesse et des bonnes moeurs. Quelques moments ! ah ! pardonne ! j’ose te voir même t’occuper de moi : je vois tes yeux attendris parcourir une de mes lettres ; je lis dans leur douce langueur que c’est à ton amant fortuné que s’adressent les lignes que tu traces ; je vois que c’est de lui que tu parles à ta cousine avec une si tendre émotion. O Julie ! ô Julie ! et nous ne serions pas unis ? et nos jours ne couleraient pas ensemble ? Non, que jamais cette affreuse idée ne se présente à mon esprit ! En un instant elle change tout mon attendrissement en fureur, la rage me fait courir de caverne en caverne ; des gémissements et des cris m’échappent malgré moi ; je rugis comme une lionne irritée ; je suis capable de tout, hors de renoncer à toi ; et il n’y a rien, non, rien que je ne fasse pour te posséder ou mourir.

J’en étais ici de ma lettre, et je n’attendais qu’une occasion sûre pour vous l’envoyer, quand j’ai reçu de Sion la dernière que vous m’y avez écrite. Que la tristesse qu’elle respire a charmé la mienne ! Que j’y ai vu un frappant exemple de ce que vous me disiez de l’accord de nos âmes dans les lieux éloignés ! Votre affliction, je l’avoue, est plus patiente ; la mienne est plus emportée ; mais il faut bien que le même sentiment prenne la teinture des caractères qui l’éprouvent, et il est bien naturel que les plus grandes pertes causent les plus grandes douleurs. Que dis-je, des pertes ? Eh ! qui les pourrait supporter ? Non, connaissez-le enfin, ma Julie, un éternel arrêt du ciel nous destina l’un pour l’autre ; c’est la première loi qu’il faut écouter, c’est le premier soin de la vie de s’unir à qui doit nous la rendre douce. Je le vois, j’en gémis, tu t’égares dans tes vains projets, tu veux forcer des barrières insurmontables, et négliges les seuls moyens possibles ; l’enthousiasme de l’honnêteté t’ôte la raison, et ta vertu n’est plus qu’un délire.

Ah ! si tu pouvais rester toujours jeune et brillante comme à présent, je ne demanderais au ciel que de te savoir éternellement heureuse, te voir tous les ans de ma vie une fois, une seule fois, et passer le reste de mes jours à contempler de loin ton asile, à t’adorer parmi ces rochers. Mais, hélas ! vois la rapidité de cet astre qui jamais n’arrête ; il vole, et le temps fuit, l’occasion s’échappe : ta beauté, ta beauté même aura son terme ; elle doit décliner et périr un jour comme une fleur qui tombe sans avoir été cueillie ; et moi cependant je gémis, je souffre, ma jeunesse s’use dans les larmes, et se flétrit dans la douleur. Pense, pense, Julie, que nous comptons déjà des années perdues pour le plaisir. Pense qu’elles ne reviendront jamais ; qu’il en sera de même de celles qui nous restent si nous les laissons échapper encore. O amante aveuglée ! tu cherches un chimérique bonheur pour un temps où nous ne serons plus ; tu regardes un avenir éloigné, et tu ne vois pas que nous nous consumons sans cesse, et que nos âmes, épuisées d’amour et de peines, se fondent et coulent comme l’eau[41]. Reviens, il en est temps encore, reviens, ma Julie, de cette erreur funeste. Laisse là tes projets, et sois heureuse. Viens, ô mon âme ! dans les bras de ton ami réunir les deux moitiés de notre être ; viens à la face du ciel, guide de notre fuite et témoin de nos serments, jurer de vivre et mourir l’un à l’autre. Ce n’est pas toi, je le sais, qu’il faut rassurer contre la crainte de l’indigence. Soyons heureux et pauvres, ah ! quel trésor nous aurons acquis ! Mais ne faisons point cet affront à l’humanité, de croire qu’il ne restera pas sur la terre entière un asile à deux amants infortunés. J’ai des bras, je suis robuste ; le pain gagné par mon travail te paraîtra plus délicieux que les mets des festins. Un repas apprêté par l’amour peut-il jamais être insipide ? Ah ! tendre et chère amante, dussions-nous n’être heureux qu’un seul jour, veux-tu quitter cette courte vie sans avoir goûté le bonheur ?

Je n’ai plus qu’un mot à vous dire, ô Julie ! vous connaissez l’antique usage du rocher de Leucate, dernier refuge de tant d’amants malheureux. Ce lieu-ci lui ressemble à bien des égards : la roche est escarpée, l’eau est profonde, et je suis au désespoir.

Lettre XXVIII – De Julie à Claire

Que ton absence me rend amère la vie que tu m’as rendue ! Quelle convalescence ! Une passion plus terrible que la fièvre et le transport m’entraîne à ma perte. Cruelle ! tu me quittes quand j’ai plus besoin de toi ; tu m’as quittée pour huit jours, peut-être ne me reverras-tu jamais. Oh ! si tu savais ce que l’insensé m’ose proposer !… et de quel ton !… M’enfuir ! le suivre ! m’enlever !… Le malheureux !… De qui me plains-je ? mon coeur, mon indigne coeur m’en dit cent fois plus que lui… Grand Dieu ! que serait-ce, s’il savait tout ?… il en deviendrait furieux, je serais entraînée, il faudrait partir… Je frémis…

Enfin mon père m’a donc vendue ! il fait de sa fille une marchandise, une esclave ! il s’acquitte à mes dépens ! il paye sa vie de la mienne !… car, je le sens bien, je n’y survivrai jamais. Père barbare et dénaturé ! Mérite-t-il… Quoi ! mériter ! c’est le meilleur des pères ; il veut unir sa fille à son ami, voilà son crime. Mais ma mère, ma tendre mère ! quel mal m’a-t-elle fait ?… Ah ! beaucoup : elle m’a trop aimée, elle m’a perdue.

Claire, que ferai-je ? que deviendrai-je ? Hanz ne vient point. Je ne sais comment t’envoyer cette lettre. Avant que tu la reçoives… avant que tu sois de retour… qui sait ? fugitive, errante, déshonorée… C’en est fait, c’en est fait, la crise est venue. Un jour, une heure, un moment, peut-être… qui est-ce qui sait éviter son sort ? Oh ! dans quelque lieu que je vive et que je meure, en quelque asile obscur que je traîne ma honte et mon désespoir, Claire, souviens-toi de ton amie… Hélas ! la misère et l’opprobre changent les coeurs… Ah ! si jamais le mien t’oublie, il aura beaucoup changé.

Lettre XXIX – De Julie à Claire

Here, my Julie, is where your unfortunate lover enjoys the last pleasures he may ever taste in this world. From here, through the air and through walls, he dares to secretly penetrate into your room. Your charming features still strike him; your tender looks revive his dying heart; he hears the sound of your gentle voice; he dares once more to seek in your arms that ecstasy he felt in the grove. What a vain phantom of an agitated soul, wandering lost in its desires! Soon forced to return within myself, I at least watch you in the details of your innocent life: I am present at all the various occupations of your day, and I reenact them in the times and places where I was once the fortunate witness to them. Always I see you engaged in tasks that make you more admirable, and my heart delights in the inexhaustible kindness of yours. In the morning, I think to myself, you emerge from a peaceful sleep; your complexion is fresh as a rose; your soul enjoys a gentle peace; you offer to the one whose life depends on you a day that shall not be lost for virtue. Now you go to your mother’s house: the tender affections of your heart are poured out upon those who brought you into this world; you relieve their troubles in the daily chores of the household; perhaps you reconcile an imprudent servant, or offer them some secret encouragement; perhaps you pray for someone else. At another time, you engage in the tasks appropriate to your gender without any distress; you enrich your soul with useful knowledge; you enhance your exquisite taste with the pleasures of the arts and the grace of dance. Sometimes I see you adorned with elegance and simplicity, though your beauty hardly requires it. Here, I see you consulting a venerable pastor about the unknown suffering of a poor family; there, you help or console a sad widow and orphan. At times, you charm an honest circle of friends with your sensible and modest speech; at other times, laughing with your companions, you guide a frivolous youth back onto the path of wisdom and virtue. What moments these are! Ah, forgive me—sometimes I even dare to imagine you thinking of me: I see your kind eyes reading one of my letters; from their gentle expression, I know those lines are addressed to my fortunate lover; I see you speaking of him to your cousin with such tender emotion. Oh Julie, oh Julie! Would it be possible for us not to be united? For our days not to pass together? No, let not such a terrible thought ever arise in my mind! In an instant, it turns all my tenderness into rage; fury drives me from one place of despair to another; cries and screams escape me involuntarily; I roar like an enraged lioness—I would do anything, except give you up; nothing is too much for me, if only to possess you or die for you.

I had finished writing my letter and was merely waiting for a suitable opportunity to send it to you when I received from Sion the last letter you had written to me. How deeply moved I was by its sadness! It provided me with a striking example of what you had told me about the harmony between our souls, even in distant places. I must admit that your suffering is more patient; mine is more intense; yet it is only natural for the same emotion to be shaped by the character of those who experience it—and it stands to reason that the greatest losses cause the greatest pain. What am I saying—losses? Ah! Who could possibly endure such things? No, Julie, let me tell you at last: it was heaven’s eternal plan that we should be destined for each other. This is the first law we must obey; this is the foremost duty of life—to unite with those who are meant to make it sweet for us. I see it clearly, and I grieve over it. You are wasting your time on futile plans; you try to overcome insurmountable barriers while ignoring the only possible means. The fervor of your honesty blinds you, and your virtue becomes nothing but delirium.

Ah! If only you could always remain young and beautiful as you are now, I would pray to heaven that you might be forever happy. I would wish to see you once, just once, every year of my life, and then spend the rest of my days watching from afar from your shelter, adoring you among those rocks. But alas! Look how swiftly that star moves, never stopping in its flight; time flies by, and opportunities escape us. Your beauty, too, will have an end—it must decline and perish just like a flower that falls without ever being picked. And yet I groan, I suffer; my youth is wasted in tears and decayed in pain. Think, Julie, how many years we have already lost to sorrow. Those years will never return; the same will happen to those that remain if we let them slip away again. O blind lover! You seek an illusory happiness for a time when we will no longer be together. You gaze toward a distant future, yet you do not see how we are constantly consumed by suffering, and how our souls, drained of love and pain, fade away like water[41]. Come back, it is not too late yet—come back, my Julie, from this terrible mistake. Forget your plans and be happy. Come, my soul, into the arms of your beloved; let us reunite as one before the heavens, who will witness our vows and see us swear to live and die together. It is not you whom I need to comfort from the fear of poverty. Let us be happy—even if we are poor! Ah, what a treasure we would have then! But let us not insult humanity by believing that there will not be a shelter on this earth for two unfortunate lovers. I have strong arms; the bread earned through my labor will seem more delicious to you than the finest feasts. Can a meal prepared out of love ever be tasteless? Ah, my tender and dear one, even if we are only happy for one day, would you really want to leave this short life without having tasted true happiness?

I have only one word left to say to you, oh Julie! You are aware of the ancient significance of the rock at Leucate—the final refuge of so many unhappy lovers. This place bears many similarities to it: the rocks are steep, the water is deep, and I am in despair.

Letter XXVIII – From Julie to Claire

How your absence makes the life you have given me seem so bitter! What a convalescence this is—a passion more terrible than fever or delirium is dragging me toward ruin. Cruel! You leave me when I need you most; you have left me for eight days, and perhaps I will never see you again. Oh! if only you knew what that fool dares to propose to me, and in what tone! To flee with him! To be taken away by him!. That poor man. But whom am I complaining to? My heart—my unworthy heart—tells me a hundred times more than he does. Oh, God! What would happen if he knew everything? He would be furious; I would be forced to go. I shudder at the thought.

Finally, my father has sold me! He turns his daughter into a commodity, a slave! He is living at my expense! He is paying for his own life with mine!. Because I feel it clearly: I will never survive this. Barbaric and depraved father! Does he deserve. What? To deserve anything? He is the best of fathers; he wants to unite his daughter with his friend—that is his crime. But my mother, my tender mother! What harm has she done to me?. Ah! So much harm: she loved me too much, and that cost her my life.

Claire, what shall I do? What will become of me? Hanz does not come. I don’t know how to send you this letter. Before you receive it, before you return, who knows? Perhaps I will be fugitive, wandering, disgraced. It’s over; the crisis has arrived. One day, one hour, one moment—perhaps, who can escape their fate? Oh! No matter where I live or die, no matter in what dark refuge I carry my shame and despair, Claire, remember your friend. Alas! Misery and disgrace change people’s hearts. Ah! If ever my heart forgets you, it will have changed greatly.

Letter XXIX – From Julie to Claire

Ecco, mia Julie, che il tuo sfortunato amante gode degli ultimi piaceri che forse potrà provare in questo mondo. È da lì che, attraverso l’aria e i muri, osa entrare segretamente nella tua stanza. I tuoi tratti incantevoli lo colpiscono ancora; i tuoi sguardi teneri risvegliano il suo cuore morente; sente la voce dolce della tua bocca; osa cercare ancora tra le tue braccia quella follia che provò nel boschetto. Un vano fantasma di un’anima agitata che si perde nei suoi desideri! Presto costretto a ritornare in me stesso, almeno posso contemplarti nei dettagli della tua innocente vita: seguo da lontano le tue varie occupazioni quotidiane e me le raffiguro nei tempi e nei luoghi dove talvolta ne fui il felice testimone. Sempre ti vedo dedicarti a compiti che ti rendono ancora più ammirevole, e il mio cuore si commuove con delizia per la tua inesauribile bontà. Ora, al mattino, penso che tu esca da un sonno tranquillo, che il tuo viso abbia la freschezza di una rosa, che il tuo animo goda di una dolce pace. Offri a colui di cui dipendi una giornata che non sarà certo sprecata per la virtù. Ora vai dalla tua madre: i teneri affetti del tuo cuore si riversano su coloro che ti hanno dato la vita; li aiuti nei compiti domestici; forse riconcili un domestico imprudente, gli dài consigli segreti. Forse chiedi una grazia per qualcun altro. In altri momenti, ti dedichi senza noia ai lavori tipici del tuo sesso; arricchi la tua anima di conoscenze utili; aggiungi al tuo gusto raffinato gli piaceri delle belle arti e della danza alla tua naturale leggerezza. A volte ti vedo adornare con un abbigliamento elegante e semplice, anche se non ne hai bisogno. Qui ti vedo consultare un rispettabile pastore riguardo alle difficoltà di una famiglia povera; là aiutare o consolare una vedova triste e un orfano abbandonato. A volte incanti una compagnia onesta con i tuoi discorsi sensati e modesti; altre volte, ridendo con le tue amiche, riporti una gioventù frivola sulla retta via della saggezza e delle buone maniere. Quanti momenti, ah! Perdona. Oso persino immaginarti mentre ti occupi di me: vedo i tuoi occhi commossi mentre leggi una mia lettera; leggo nella loro dolcezza che quelle parole sono rivolte al mio fortunato amante. Vedo che parli di lui con tua cugina con tanta tenerezza. Oh, Julie! Oh, Julie. E noi non saremmo uniti? E i nostri giorni non trascorrerebbero insieme? No. Che mai questa orribile idea si presenti nella mia mente! In un istante, tutto il mio commuovermi si trasforma in furia; la rabbia mi spinge a correre da una “caverna” all’altra; gemiti e grida sfuggono involontariamente dalla mia bocca. Ruggisco come una leonessa irritata. Sarei capace di tutto, tranne che rinunciare a te. E non c’è nulla, no, nulla che non farei per possederti, o morire.

Ero appena giunto a questo punto nella stesura della mia lettera, e aspettavo soltanto un’occasione sicura per inviartela, quando ho ricevuto da Sion l’ultima tua missiva. Quanta tristezza vi si respirava. Quanto essa ha commosso la mia! In essa ho visto un esempio evidente di ciò che mi dicevi riguardo all’armonia delle nostre anime, anche quando ci troviamo in luoghi lontani tra noi. Devo ammettere che il tuo dolore è più paziente; il mio, invece, più appassionato. Ma è naturale che lo stesso sentimento assuma i tratti dei caratteri che lo provano; ed è altrettanto naturale che le perdite più grandi causino i dolori più intensi. Che dico, perdite? Eh! Chi potrebbe sopportarle davvero? No, Julie mia. Finalmente, devi capirlo: un destino eterno ci ha destinati l’uno all’altra; questa è la prima legge che dobbiamo ascoltare. Il primo compito della nostra vita è quello di unirci a colui che deve renderla dolce. Lo vedo. Ne soffro. Tu ti perdi in progetti vani, cerchi di superare barriere insormontabili e trascuri gli unici mezzi possibili. L’entusiasmo della rettitudine ti toglie la ragione. E la tua virtù non è altro che un delirio.

Ah! Se solo potessi rimanere sempre giovane e splendente come adesso, non chiederei al cielo altro che di vederti eternamente felice, di incontrarti una volta sola ogni anno della mia vita, e di trascorrere il resto dei miei giorni a contemplare da lontano il tuo rifugio, ad amarti tra queste rocce. Ma ahimè! Vedi quanto sia rapido questo astro che mai si ferma; vola via, e il tempo fugge, l’occasione svanisce. La tua bellezza, proprio la tua bellezza, avrà un termine; dovrà declinare e morire, come un fiore che cade senza essere stato raccolto. E io, intanto, gemevo, soffro. La mia giovinezza si consuma nelle lacrime, appassisce nel dolore. Pensa, Julie. Quante anni abbiamo già perso per il piacere. Pensaci: non torneranno mai più. Lo stesso accadrà a quelli che ci restano, se li lasciamo sfuggire ancora. O amata mia, cieca e ingenua. Cerchi una felicità illusoria in un tempo in cui noi non saremo più qui. Guardi un futuro lontano, e non vedi che ci consumiamo senza sosta. Le nostre anime, esaurite d’amore e di dolore, si dissolvono come l’acqua. Torna indietro. È ancora possibile. Torna, mia Julie. Lascia da parte questi progetti folli. Sii felice. Vieni, o anima mia. Nel abbraccio del tuo amante, uniamo le due metà del nostro essere. Veniamo davanti al cielo, guida della nostra fuga e testimone dei nostri giuramenti. Giuriamo di vivere e morire insieme. Non sei tu quella che ha bisogno di rassicurazioni riguardo alla povertà. Siamo felici, anche se poveri. Ah! Che tesoro avremo conquistato. Ma non facciamo questa offesa all’umanità, credendo che sulla terra intera non esista più un rifugio per due amanti sfortunati. Ho braccia forti. Il pane guadagnato con il mio lavoro ti sembrerà più delizioso dei cibi dei banchetti. Un pasto preparato con amore può mai risultare insapore? Ah! Cara e tenera amante. Anche se fossimo felici solo per un giorno, vuoi davvero lasciare questa breve vita senza aver assaporato la felicità?

Non ho più che una parola da dirvi, o Julie! Conoscete l’antico uso della roccia di Leucate, ultimo rifugio di tanti amanti sfortunati. Questo luogo gli assomiglia in molti modi: la roccia è scoscesa, l’acqua è profonda. E io sono disperato.

Lettera XXVIII – Di Julie a Claire

Che la tua assenza renda amara la vita che mi hai dato! Che convalescenza. Una passione più terribile della febbre e del delirio mi sta portando alla rovina. crudele. Mi lasci quando ho più bisogno di te; mi hai lasciata per otto giorni, forse non mi rivedrai mai più. Oh, se solo sapessi cosa quell’insensato osa propormi, e con quale tono! Fuggire, seguirlo, essere rapita. Povero infelice. Di chi dovrei lamentarmi? Il mio cuore, il mio indegno cuore me lo dice cento volte più chiaramente di lui. Grande Dio, cosa succederebbe se sapesse tutto?. Diventerebbe furioso, io verrei trascinata via, dovremmo partire. Tremo.

Finalmente mio padre mi ha venduta! Tratta sua figlia come una merce, come una schiava! Si sbarazza di me a sue spese. Paga con la mia vita la propria esistenza. Perché, ne sono certa, non sopravviverò mai a questo. Padre barbaro e depravato. Merita davvero. Cosa? Di essere chiamato padre? Lui è il miglior dei padri. Vuole unire sua figlia al proprio amico. Ecco il suo crimine. Ma mia madre, mia dolce madre. Quanto male mi ha fatto. Ah! Molto. Mi ha amata troppo. Ed è per questo che mi ha persa.

Claire, cosa farò? Cosa diventerò? Hanz non arriva. Non so come possa inviarti questa lettera. Prima che la riceviate, prima che tu torni, chi lo sa? Forse sarò una fuggitiva, un’errante, disonorata. È finita. La crisi è arrivata. Un giorno, un’ora, un momento, chi può evitare il proprio destino? Oh! Qualunque sia il luogo in cui vivrò o morirò, qualunque sia l’oscura dimora in cui trascinerò la mia vergogna e il mio dispero. Claire, ricorda la tua amica. Ahimè! La miseria e l’infamia cambiano i cuori. Ah! Se mai il mio cuore ti dimenticherà, avrà cambiato molto.

Lettera XXIX – Di Julie a Claire

Reste, ah ! reste, ne reviens jamais : tu viendrais trop tard. Je ne dois plus te voir ; comment soutiendrais-je ta vue ?

Où étais-tu, ma douce amie, ma sauvegarde, mon ange tutélaire ? Tu m’as abandonnée, et j’ai péri ! Quoi ! ce fatal voyage était-il si nécessaire ou si pressé ? Pouvais-tu me laisser à moi-même dans l’instant le plus dangereux de ma vie ? Que de regrets tu t’es préparés par cette coupable négligence ! Ils seront éternels ainsi que mes pleurs. Ta perte n’est pas moins irréparable que la mienne, et une autre amie digne de toi n’est pas plus facile à recouvrer que mon innocence.

Qu’ai-je dit, misérable ? Je ne puis ni parler ni me taire. Que sert le silence quand le remords crie ? L’univers entier ne me reproche-t-il pas ma faute ? Ma honte n’est-elle pas écrite sur tous les objets ? Si je ne verse mon coeur dans le tien, il faudra que j’étouffe. Et toi, ne te reproches-tu rien, facile et trop confiante amie ? Ah ! que ne me trahissais-tu ? C’est ta fidélité, ton aveugle amitié, c’est ta malheureuse indulgence qui m’a perdue.

Quel démon t’inspira de le rappeler, ce cruel qui fait mon opprobre ? Ses perfides soins devaient-ils me redonner la vie pour me la rendre odieuse ? Qu’il fuie à jamais, le barbare ! qu’un reste de pitié le touche ; qu’il ne vienne plus redoubler mes tourments par sa présence ; qu’il renonce au plaisir féroce de contempler me larmes. Que dis-je, hélas ! il n’est point coupable ; c’est moi seule qui le suis ; tous mes malheurs sont mon ouvrage, et je n’ai rien à reprocher qu’à moi. Mais le vice a déjà corrompu mon âme ; c’est le premier de ses effets de nous faire accuser autrui de nos crimes.

Non, non, jamais il ne fut capable d’enfreindre ses serments. Son coeur vertueux ignore l’art abject d’outrager ce qu’il aime. Ah ! sans doute il sait mieux aimer que moi, puisqu’il sait mieux se vaincre. Cent fois mes yeux furent témoins de ses combats et de sa victoire ; les siens étincelaient du feu de ses désirs, il s’élançait vers moi dans l’impétuosité d’un transport aveugle, il s’arrêtait tout à coup ; une barrière insurmontable semblait m’avoir entourée, et jamais son amour impétueux, mais honnête, ne l’eût franchie. J’osai trop contempler ce dangereux spectacle. Je me sentais troubler de ses transports, ses soupirs oppressaient mon coeur ; je partageais ses tourments en ne pensant que les plaindre. Je le vis, dans des agitations convulsives, prêt à s’évanouir à mes pieds. Peut-être l’amour seul m’aurait épargnée ; ô ma cousine ! c’est la pitié qui me perdit.

Il semblait que ma passion funeste voulût se couvrir, pour me séduire, du masque de toutes les vertus. Ce jour même il m’avait pressée avec plus d’ardeur de le suivre : c’était désoler le meilleur des pères ; c’était plonger le poignard dans le sein maternel ; je résistai, je rejetai ce projet avec horreur. L’impossibilité de voir jamais nos voeux accomplis, le mystère qu’il fallait lui faire de cette impossibilité, le regret d’abuser un amant si soumis et si tendre après avoir flatté son espoir, tout abattait mon courage, tout augmentait ma faiblesse, tout aliénait ma raison ; il fallait donner la mort aux auteurs de mes jours, à mon amant, ou à moi-même. Sans savoir ce que je faisais, je choisis ma propre infortune ; j’oubliai tout, et ne me souvins que de l’amour : c’est ainsi qu’un instant d’égarement m’a perdue à jamais. Je suis tombée dans l’abîme d’ignominie dont une fille ne revient point ; et si je vis, c’est pour être plus malheureuse.

Je cherche en gémissant quelque reste de consolation sur la terre ; je n’y vois que toi, mon aimable amie ; ne me prive pas d’une si charmante ressource, je t’en conjure ; ne m’ôte pas les douceurs de ton amitié. J’ai perdu le droit d’y prétendre, mais jamais je n’en eus si grand besoin. Que la pitié supplée à l’estime. Viens, ma chère, ouvrir ton âme à mes plaintes ; viens recueillir les larmes de ton amie ; garantis-moi, s’il se peut, du mépris de moi-même, et fais-moi croire que je n’ai pas tout perdu puisque ton coeur me reste encore.

Lettre XXX – Réponse

Fille infortunée ! hélas ! qu’as-tu fait ? Mon Dieu ! tu étais si digne d’être sage ! Que te dirai-je dans l’horreur de ta situation, et dans l’abattement où elle te plonge ? Achèverai-je d’accabler ton pauvre coeur ? ou t’offrirai-je des consolations qui se refusent au mien ? Te montrerai-je les objets tels qu’ils sont, ou tels qu’il te convient de les voir ? Sainte et pure amitié, porte à mon esprit tes douces illusions ; et, dans la tendre pitié que tu m’inspires, abuse-moi la première sur des maux que tu ne peux plus guérir.

J’ai craint, tu le sais, le malheur dont tu gémis. Combien de fois je te l’ai prédit sans être écoutée !… il est l’effet d’une téméraire confiance… Ah ! ce n’est plus de tout cela qu’il s’agit. J’aurais trahi ton secret, sans doute, si j’avais pu te sauver ainsi : mais j’ai lu mieux que toi dans ton coeur trop sensible ; je le vis se consumer d’un feu dévorant que rien ne pouvait éteindre. Je sentis dans ce coeur palpitant d’amour qu’il fallait être heureuse ou mourir ; et, quand la peur de succomber te fit bannir ton amant avec tant de larmes, je jugeai que bientôt tu ne serais plus, ou qu’il serait bientôt rappelé. Mais quel fut mon effroi quand je te vis dégoûtée de vivre, et si près de la mort ! N’accuse ni ton amant, ni toi d’une faute dont je suis la plus coupable, puisque je l’ai prévue sans la prévenir.

Il est vrai que je partis malgré moi ; tu le vis, il fallut obéir ; si je t’avais crue si près de ta perte, on m’aurait plutôt mise en pièces que de m’arracher à toi. Je m’abusai sur le moment du péril. Faible et languissante encore, tu me parus en sûreté contre une si courte absence : je ne prévis pas la dangereuse alternative où tu t’allais trouver ; j’oubliai que ta propre faiblesse laissait ce coeur abattu moins en état de se défendre contre lui-même. J’en demande pardon au mien : j’ai peine à me repentir d’une erreur qui t’a sauvé la vie ; je n’ai pas ce dur courage qui te faisait renoncer à moi ; je n’aurais pu te perdre sans un mortel désespoir, et j’aime encore mieux que tu vives et que tu pleures.

Mais pourquoi tant de pleurs, chère et douce amie ? Pourquoi ces regrets plus grands que ta faute, et ce mépris de toi-même que tu n’as pas mérité ? Une faiblesse effacera-t-elle tant de sacrifices et le danger même dont tu sors n’est-il pas une preuve de ta vertu ? Tu ne penses qu’à ta défaite, et oublies tous les triomphes pénibles qui l’ont précédée. Si tu as plus combattu que celles qui résistent, n’as-tu pas plus fait pour l’honneur qu’elles ? Si rien ne peut te justifier, songe au moins à ce qui t’excuse. Je connais à peu près ce qu’on appelle amour ; je saurai toujours résister aux transports qu’il inspire : mais j’aurais fait moins de résistance à un amour pareil au tien ; et, sans avoir été vaincue, je suis moins chaste que toi.

Ce langage te choquera ; mais ton plus grand malheur est de l’avoir rendu nécessaire : je donnerais ma vie pour qu’il ne te fût pas propre ; car je hais les mauvaises maximes encore plus que les mauvaises actions[42]. Si la faute était à commettre, que j’eusse la bassesse de te parler ainsi, et toi celle de m’écouter, nous serions toutes deux les dernières des créatures. À présent, ma chère, je dois te parler ainsi, et tu dois m’écouter, ou tu es perdue ; car il reste en toi mille adorables qualités que l’estime de toi-même peut seule conserver, qu’un excès de honte et l’avilissement qui le suit détruirait infailliblement : et c’est sur ce que tu croiras valoir encore que tu vaudras en effet.

Stay, oh! Stay, and never return—your arrival would be too late. I must not see you anymore; how could I bear to look at you?

Where were you, my dear friend, my guardian, my angel? You abandoned me, and I perished! How could such a fatal journey have been necessary or urgent? Could you really leave me alone at the most dangerous moment of my life? What regrets you have caused yourself with this guilty negligence! Those regrets, just like my tears, will be eternal. Your loss is just as irreparable as mine, and it is no easier to find another friend worthy of you than it is to regain my innocence.

What have I said, wretched one? I cannot speak, nor can I remain silent. What use is silence when remorse cries out? Does not the entire universe reproach me for my fault? Is not my shame written on every object around me? If I do not pour my heart into yours, I shall surely perish. And you—do you never reproach yourself, you easy and overly trusting friend? Ah! If only you had betrayed me. It is your loyalty, your blind friendship, your unfortunate indulgence that have ruined me.

Which demon inspired you to remind me of him—that cruel one who is my disgrace? Were his treacherous attentions meant to restore life to me only to make it hateful? May that barbarian flee forever! May a shred of pity touch him; may he never come again to multiply my sufferings with his presence; may he renounce the cruel pleasure of watching my tears. But what am I saying—alas! He is not guilty; I alone am to blame. All my misfortunes are my own doing, and I have nothing but myself to reproach. Yet vice has already corrupted my soul; this is its first effect: to make us accuse others of our own crimes.

No, no, he was never capable of breaking his vows. His virtuous heart knew nothing of the abject art of offending what he loved. Ah! Surely he knew how to love better than I did, for he knew how to conquer himself more thoroughly. Hundreds of times my eyes witnessed his struggles and his victories; his own eyes shone with the fire of his desires. He would rush toward me in the impetuosity of blind passion, only to stop suddenly—as if some insurmountable barrier had surrounded me—and his fervent, yet honorable love was never able to overcome it. I dared to watch this dangerous spectacle too closely. His outbursts disturbed me; his sighs weighed heavily on my heart. I shared his suffering, thinking only of how to alleviate it. I saw him in violent convulsions, on the verge of losing consciousness at my feet. Perhaps love alone would have spared me. Oh, my cousin! It was pity that destroyed me.

It seemed as if my terrible passion sought to disguise itself, to seduce me, under the guise of all virtues. On that very day, it had urged me even more fervently to follow it—such an act would have brought sorrow to the best of fathers, it would have been like plunging a dagger into a mother’s heart. I resisted; I repudiated that plan with horror. The impossibility of ever seeing our desires fulfilled, the secrecy required regarding this impossibility, and the regret of betraying such a submissive and tender lover after having flattered his hopes—all these things shattered my courage, increased my weakness, and drove reason from my mind. It seemed as if I had to kill the authors of my existence, my lover, or myself. Without knowing what I was doing, I chose my own misfortune; I forgot everything except for love—such was the moment of delirium that forever ruined me. I fell into the abyss of disgrace from which no daughter can ever return; and if I live at all, it is only to endure even greater misery.

I search in despair for some remaining consolation on this earth; all I see is you, my dear friend. Do not deprive me of such a wonderful source of comfort; I implore you—do not take away the sweetness of your friendship. I may have lost the right to claim it, but never has my need for it been so great. Let compassion replace that lack of respect. Come, my beloved, and open your heart to my sorrow; come and embrace the tears of your friend. If possible, assure me that I am not utterly lost—let me believe that I have not lost everything, since your heart still belongs to me.

Letter XXX – Response

Unfortunate girl! Alas, what have you done? My God, you were so destined to be wise! What can I say to you in the face of the horror of your situation, and the despair it brings you? Should I continue to burden your poor heart, or offer you consolations that even I cannot find for myself? Should I show you things as they really are, or as it would be best for you to see them? Holy and pure friendship, bring your gentle illusions to my mind; and in the tender compassion you inspire in me, please allow me to comfort you in regards to those evils that you can no longer heal.

I feared, you know, the misfortune of which you complained. How many times I warned you, only to be ignored!. It was the result of a reckless trust. Ah! It was nothing of all that. I might have betrayed your secret if I could have saved you in that way; but I understood better than you the nature of your over-sensitive heart—I saw it consumed by a fire that nothing could extinguish. In that heart, throbbing with love, I knew that you could either be happy or die. And when the fear of dying made you banish your lover amidst so much tears, I felt that soon you would no longer be alive, or he would soon be recalled to you. But what terror overtook me when I saw you give up the will to live, and be so close to death! Do not blame either your lover or yourself for a fault of which I am the most guilty—for I foresaw it, yet was unable to prevent it.

It is true that I left against my will; you saw it—obedience was necessary. If I had believed you to be so close to danger, they would have torn me away from you rather than letting me go. At the time of peril, I misjudged the situation. Still weak and feeble, you seemed safe during such a brief separation; I failed to foresee the dangerous dilemma into which you would fall. I forgot that your own weakness left that broken heart even less capable of defending itself against its own despair. I beg my own conscience for this mistake—though it saved your life, I can hardly regret it. I lack the strength you had to give up on me; I could not bear to lose you without being consumed by utter despair. And I would rather you live and grieve than not at all.

But why so much weeping, dear and gentle friend? Why such regret greater than your fault, and such self-loathing that you do not deserve? Will one weakness erase so many sacrifices? And is not the very danger from which you have emerged a proof of your virtue? You think only of your defeat and forget all the hard-won victories that preceded it. If you have fought harder than those who resist, have you not done more for honor than they have? If nothing can justify you, at least consider what may excuse you. I know somewhat what is called love; I will always be able to resist the emotions it inspires. But I would have offered less resistance to a love like yours; and, without having been defeated, I am less chaste than you.

This language will shock you; but your greatest misfortune is that you have made it necessary for yourself. I would give my life if it were possible to prevent you from possessing it, for I hate evil principles even more than evil actions[42]. If it were my fault to speak to you in this way, and yours to listen, we would both be the lowest of creatures. But now, my dear, I must speak to you in this manner, and you must listen—otherwise, you are lost. For within you there remain a thousand adorable qualities that only your self-respect can preserve; excessive shame and the degradation that follows will surely destroy them. And it is on what you believe yourself to still be worth that you will truly be worthy.

Rimani, ah! Rimani, non tornare mai più: arriveresti troppo tardi. Non devo più vederti, come potrei sopportare il tuo sguardo?

Dove eri tu, mia dolce amica, mia protettrice, mio angelo custode? Mi hai abbandonata e io sono morta. Che cosa! Quel viaggio fatale era davvero così necessario o così urgente? Potevi lasciarmi da sola nel momento più pericoloso della mia vita? Quanti rimpianti hai causato con questa colpevole negligenza. Saranno eterni, proprio come le mie lacrime. La tua perdita non è meno irreparabile della mia, e un’altra amica degna di te non è certo più facile da trovare di quanto lo sia la mia innocenza.

Cosa ho detto, misero che sono? Non posso né parlare né tacere. A cosa serve il silenzio quando il rimorso grida? L’intero universo non mi rimprovera forse per il mio errore? La mia vergogna non è forse scritta su ogni oggetto intorno a me? Se non riverso il mio cuore nel tuo, dovrò soffocare. E tu, amica mia, così spensierata e troppo fiduciosa. Ah! Perché non mi hai tradito? È stata la tua fedeltà, la tua cieca amicizia, la tua sfortunata indulgenza a distruggermi.

Quale demone ti spinge a ricordarlo, quel crudele che rappresenta la mia vergogna? I suoi perfidi atti avrebbero dovuto restituirmi la vita, per renderla poi ancora più odiosa? Che fugga per sempre, quel barbaro! Che un resto di pietà lo tocchi; che non venga più a raddoppiare i miei tormenti con la sua presenza; che rinunci al piacere feroce di osservare le mie lacrime. Ma no, non è colpevole; sono solo io ad esserlo. Tutti i miei mali sono frutto delle mie stesse azioni, e non ho nulla da rimproverare se non a me stessa. Tuttavia, il vizio ha già corrotto la mia anima. Ed è proprio questo uno dei primi effetti del suo potere: farci incolpare gli altri dei nostri crimini.

No, mai egli fu in grado di violare i suoi giuramenti. Il suo cuore virtuoso ignora l’abietà di offendere ciò che ama. Ah! Senza dubbio sa amare meglio di me, poiché sa anche sconfiggersi meglio. Cento volte i miei occhi hanno assistito ai suoi sforzi e alle sue vittorie; i suoi occhi brillavano del fuoco dei suoi desideri; si lanciava verso di me con l’impeto di un trasporto cieco, poi improvvisamente si fermava. Come se una barriera insormontabile mi avesse circondata. E mai il suo amore impetuoso, ma onesto, riuscì a superarla. Ho osato troppo contemplare questo spettacolo pericoloso. I suoi sentimenti tumultuosi mi turbavano; i suoi sospiri opprimevano il mio cuore. Condividevo le sue sofferenze, pensando soltanto a compiangerle. Lo vidi, in preda a convulsioni, sul punto di svenire ai miei piedi. Forse solo l’amore mi avrebbe risparmiata. Oh mia cugina. È la pietà che mi ha perduta.

Sembra che la mia funesta passione volesse nascondersi, per sedurmi, dietro il velo di tutte le virtù. Quel giorno stesso mi aveva esortato con ancora maggiore fervore a seguirlo: significava distruggere il miglior dei padri, conficcare un pugnale nel petto materno. Resistetti, rifiutai con orrore quel piano. L’impossibilità di realizzare mai i nostri desideri, il segreto che dovevo mantenere su tale impossibilità, il rimorso di abusare di un amante così devoto e tenero dopo aver alimentato le sue speranze. Tutto ciò spezzava il mio coraggio, aumentava la mia debolezza, distorceva la mia ragione. Era necessario uccidere i responsabili della mia esistenza, il mio amante, o me stessa. Senza nemmeno sapere cosa stessi facendo, scelsi la mia stessa sventura. Dimenticai tutto, tranne l’amore. Ed è così che un momento di follia mi ha condotta per sempre alla rovina. Sono caduta nell’abisso dell’ignominia da cui una ragazza non può mai tornare indietro. E se vivo, è solo per essere ancora più infelice.

Cercando con gemiti qualche rimanente di consolazione sulla terra, non vedo altro che te, mia adorata amica; non privarmi di una risorsa così incantevole, te ne supplico. Non toglimi le dolcezze della tua amicizia. Ho perso il diritto di pretenderle, ma mai ne ho avuto un bisogno così grande. Che la pietà sostituisca l’indifferenza. Vieni, mia cara, apri il tuo cuore alle mie lacrime; vieni a raccogliere le lacrime della tua amica. Assicurami, se possibile, che non dovrò disprezzare me stessa. E fai sì che creda di non aver perso tutto, poiché il tuo cuore mi rimane ancora.

Lettera XXX – Risposta

Povera ragazza sfortunata! Ahimè, cosa hai fatto? Dio mio, eri così degna di essere saggia! Cosa posso dirti di fronte all’orrore della tua situazione e alla disperazione in cui ti trovi? Continuerò ad addolorare il tuo povero cuore, o forse potrò offrirti consolazioni che a me stesso sono negate? Devo mostrarti le cose così come sono, o così come è giusto che tu le veda? Oh, amicizia sacra e pura, porta nel mio spirito le tue dolci illusioni; e con la tenerezza della tua pietà, aiutami a sopportare questi mali che ormai non puoi più guarire.

Ho temuto, lo sai bene, il male di cui soffrivi. Quante volte te l’ho predetto, senza essere ascoltata!. È il risultato di una fiducia troppo avventata. Ah! Non si tratta affatto di questo. Avrei tradito il tuo segreto, forse, se avessi potuto salvarti in quel modo; ma ho letto nel tuo cuore più sensibile di quanto tu stessa facessi. Ho visto quel cuore bruciare in un fuoco divorante che nulla poteva spegnere. Ho sentito che, in quel cuore pieno d’amore, dovevi essere felice, o morire. E quando la paura della morte ti spinse a respingere il tuo amante tra lacrime, ho capito che presto saresti morta tu, o che lui sarebbe stato richiamato da te. Ma quale terrore provai quando ti vidi disperata e così vicina alla morte! Non incolpare né lui né te per un errore di cui io sono la più colpevole, poiché l’avevo previsto, senza riuscire a impedirlo.

È vero che me ne andai contro la mia volontà; l’hai visto: bisognava obbedire. Se avessi creduto che fossi così vicina alla perdita, mi avrebbero distrutta piuttosto che separarmi da te. In quel momento di pericolo, mi sono illusa. Debole e ancora sofferente, mi sembravi al sicuro anche durante una breve assenza; non ho previsto l’alternativa pericolosa in cui ti saresti trovata. Ho dimenticato che la tua stessa debolezza rendeva quel cuore spezzato meno capace di difendersi da se stesso. Ne chiedo scusa al mio cuore: fatico a pentirmi di un errore che ti ha salvato la vita. Non ho quella forza d’animo che ti avrebbe fatto rinunciare a me. Non avrei potuto perderti senza un disperio mortale. E preferisco ancora che tu viva, e che pianga.

Ma perché tante lacrime, cara e dolce amica? Perché questi rimpianti più grandi del tuo errore, e questo disprezzo per te stessa che non meriti affatto? Una debolezza potrebbe cancellare tutti questi sacrifici. E il pericolo stesso da cui sei uscita non è forse una prova della tua virtù? Pensi solo alla tua sconfitta, dimenticando tutti i difficili trionfi che l’hanno preceduta. Se hai combattuto più di coloro che resistono, non hai forse fatto di più per l’onore rispetto a loro? Se nulla può giustificarti, pensa almeno a ciò che potrebbe scusarti. Conosco appena ciò che si chiama amore; so sempre come resistere agli impulsi che ispira. Ma non avrei resistito con la stessa forza a un amore simile al tuo. E, senza essere stata sconfitta, sono meno casta di te.

Questo linguaggio ti scioccherà; ma la tua più grande sfortuna è averlo reso necessario: darei la mia vita perché non fosse proprio tuo. Poiché odio le cattive massime ancora di più delle cattive azioni[42]. Se fosse mio dovere commettere un errore, se avessi la bassezza di parlarti in questo modo, e tu quella di ascoltarmi, entrambe saremmo le ultime tra tutte le creature. Ora, mia cara, devo parlarti così, e tu devi ascoltarmi. Altrimenti sei perduta. Perché in te esistono mille qualità adorabili che solo la stima di te stessa può preservare; un eccesso di vergogna e l’umiliazione che ne consegue le distruggerebbero inevitabilmente. E è su ciò che credi di valere ancora che, in realtà, dipende il tuo vero valore.

Garde-toi donc de tomber dans un abattement dangereux qui t’avilirait plus que ta faiblesse. Le véritable amour est-il fait pour dégrader l’âme ? Qu’une faute que l’amour a commise ne t’ôte point ce noble enthousiasme de l’honnête et du beau, qui t’éleva toujours au-dessus de toi-même. Une tache paraît-elle au soleil ? Combien de vertus te restent pour une qui s’est altérée ! En seras-tu moins douce, moins sincère, moins bienfaisante ? En seras-tu moins digne, en un mot, de tous nos hommages ? L’honneur, l’humanité, l’amitié, le pur amour, en seront-ils moins chers à ton coeur ? En aimeras-tu moins les vertus mêmes que tu n’auras plus ? Non, chère et bonne Julie : ta Claire en te plaignant t’adore ; elle sait, elle sent qu’il n’y a rien de bien qui ne puisse encore sortir de ton âme. Ah ! crois-moi, tu pourrais beaucoup perdre avant qu’aucune autre plus sage que toi te valût jamais.

Enfin tu me restes : je puis me consoler de tout, hors de te perdre. Ta première lettre m’a fait frémir. Elle m’eût presque fait désirer la seconde, si je ne l’avais reçue en même temps. Vouloir délaisser son amie ! projeter de s’enfuir sans moi ! Tu ne parles point de ta plus grande faute ; c’était de celle-là qu’il fallait cent fois plus rougir. Mais l’ingrate ne songe qu’à son amour… Tiens, je t’aurais été tuer au bout du monde.

Je compte avec une mortelle impatience les moments que je suis forcée à passer loin de toi. Ils se prolongent cruellement : nous sommes encore pour six jours à Lausanne, après quoi je volerai vers mon unique amie. J’irai la consoler ou m’affliger avec elle, essuyer ou partager ses pleurs. Je ferai parler dans ta douleur moins l’inflexible raison que la tendre amitié. Chère cousine, il faut gémir, nous aimer, nous taire : et, s’il se peut, effacer, à force de vertus, une faute qu’on ne répare point avec des larmes ! Ah ! ma pauvre Chaillot !

Lettre XXXI – De Saint-Preux à Julie

Quel prodige du ciel es-tu donc, inconcevable Julie ? et par quel art, connu de toi seule, peux-tu rassembler dans un coeur tant de mouvements incompatibles ? Ivre d’amour et de volupté, le mien nage dans la tristesse ; je souffre et languis de douleur au sein de la félicité suprême, et je me reproche comme un crime l’excès de mon bonheur. Dieu ! quel tourment affreux de n’oser se livrer tout entier à nul sentiment, de les combattre incessamment l’un par l’autre, et d’allier toujours l’amertume au plaisir ! Il vaudrait mieux cent fois n’être que misérable.

Que me sert, hélas ! d’être heureux ? Ce ne sont plus mes maux, mais les tiens que j’éprouve, et ils ne m’en sont que plus sensibles. Tu veux en vain me cacher tes peines ; je les lis malgré toi dans la langueur et l’abattement de tes yeux. Ces yeux touchants peuvent-ils dérober quelque secret à l’amour ? Je vois, je vois, sous une apparente sérénité, les déplaisirs cachés qui t’assiègent ; et ta tristesse, voilée d’un doux sourire, n’en est que plus amère à mon coeur.

Il n’est plus temps de me rien dissimuler. J’étais hier dans la chambre de ta mère, elle me quitte un moment ; j’entends des gémissements qui me percent l’âme ; pouvais-je à cet effet méconnaître leur source ? Je m’approche du lieu d’où ils semblent partir ; j’entre dans ta chambre, je pénètre jusqu’à ton cabinet. Que devins-je, en entrouvrant la porte, quand j’aperçus celle qui devrait être sur le trône de l’univers, assise à terre, la tête appuyée sur un fauteuil inondé de ses larmes ? Ah ! j’aurais moins souffert s’il l’eût été de mon sang ! De quels remords je fus à l’instant déchiré ! Mon bonheur devint mon supplice ; je ne sentis plus que tes peines, et j’aurais racheté de ma vie tes pleurs et tous mes plaisirs. Je voulais me précipiter à tes pieds, je voulais essuyer de mes lèvres ces précieuses larmes, les recueillir au fond de mon coeur, mourir, ou les tarir pour jamais ; j’entends revenir ta mère, il faut retourner brusquement à ma place ; j’emporte en moi toutes tes douleurs, et des regrets qui ne finiront qu’avec elles.

Que je suis humilié, que je suis avili de ton repentir ! Je suis donc bien méprisable, si notre union te fait mépriser de toi-même, et si le charme de mes jours est le supplice des tiens ! Sois plus juste envers toi, ma Julie ; vois d’un oeil moins prévenu les sacrés liens que ton coeur a formés. N’as-tu pas suivi les plus pures lois de la nature ? N’as-tu pas librement contracté le plus saint des engagements ? Qu’as-tu fait que les lois divines et humaines ne puissent et ne doivent autoriser ? Que manque-t-il au noeud qui nous joint qu’une déclaration publique ? Veuille être à moi, tu n’es plus coupable. O mon épouse ! ô ma digne et chaste compagne ! ô charme et bonheur de ma vie ! non, ce n’est point ce qu’a fait ton amour qui peut être un crime, mais ce que tu lui voudrais ôter : ce n’est qu’en acceptant un autre époux que tu peux offenser l’honneur. Sois sans cesse à l’ami de ton coeur, pour être innocente : la chaîne qui nous lie est légitime, l’infidélité seule qui la romprait serait blâmable et c’est désormais à l’amour d’être garant de la vertu.

Mais quand ta douleur serait raisonnable, quand tes regrets seraient fondés, pourquoi m’en dérobes-tu ce qui m’appartient ? pourquoi mes yeux ne versent-ils pas la moitié de tes pleurs ? Tu n’as pas une peine que je ne doive sentir, pas un sentiment que je ne doive partager, et mon coeur, justement jaloux, te reproche toutes les larmes que tu ne répands pas dans mon sein. Dis, froide et mystérieuse amante, tout ce que ton âme ne communique point à la mienne n’est-il pas un vol que tu fais à l’amour ? Tout ne doit-il pas être commun entre nous ; ne te souvient-il plus de l’avoir dit ? Ah ! si tu savais aimer comme moi, mon bonheur te consolerait comme ta peine m’afflige, et tu sentirais mes plaisirs comme je sens ta tristesse.

Mais je le vois, tu me méprises comme un insensé, parce que ma raison s’égare au sein des délices : mes emportements t’effrayent, mon délire te fait pitié, et tu ne sens pas que toute la force humaine ne peut suffire à des félicités sans bornes. Comment veux-tu qu’une âme sensible goûte modérément des biens infinis ? Comment veux-tu qu’elle supporte à la fois tant d’espèces de transports sans sortir de son assiette ? Ne sais-tu pas qu’il est un terme où nulle raison ne résiste plus, et qu’il n’est point d’homme au monde dont le bon sens soit à toute épreuve ? Prends donc pitié de l’égarement où tu m’as jeté, et ne méprise pas des erreurs qui sont ton ouvrage. Je ne suis plus à moi, je l’avoue ; mon âme aliénée est toute en toi. J’en suis plus propre à sentir tes peines, et plus digne de les partager. O Julie ! ne te dérobe pas à toi-même.

Lettre XXXII – Réponse

Il fut un temps, mon aimable ami, où nos lettres étaient faciles et charmantes ; le sentiment qui les dictait coulait avec une élégante simplicité : il n’avait besoin ni d’art ni de coloris, et sa pureté faisait toute sa parure. Cet heureux temps n’est plus : hélas ! il ne peut revenir ; et pour premier effet d’un changement si cruel, nos coeurs ont déjà cessé de s’entendre.

Therefore, beware of falling into a dangerous state of despondency that would degrade you even more than your own weaknesses. Is true love meant to corrupt the soul? Should a mistake committed out of love deprive you of that noble enthusiasm for what is honest and beautiful, which always elevates you above yourself? Does a stain appear on the sun? How many virtues remain in you after one has been tarnished? Will you be any less kind, less sincere, less generous because of it? In short, will you be any less worthy of all our respect? Will honor, humanity, friendship, and pure love become any less precious to your heart? Will you love those very virtues any less just because you no longer possess them? No, dear and good Julie: your Claire, even as she laments this, still adores you; she knows, she feels that there is still much goodness that can emerge from your soul. Ah! Believe me, you could lose much before anyone more wise than you ever came along to replace you.

Finally, you are still with me: I can endure everything except losing you. Your first letter made me tremble; it almost made me wish for the second one, had it not arrived at the same time. To want to leave one’s friend behind! To plan to run away without me! You don’t mention your greatest mistake—that was the one for which you should have felt a hundred times more ashamed. But that ungrateful person thinks only of her own love. Listen: I would have killed you even at the ends of the earth.

I count with mortal impatience the moments I am forced to spend away from you. They seem to drag on cruelly: we are still in Lausanne for six more days, after which I will fly to my only friend. I will go to comfort her or share her sorrow, wipe away or join her tears. In your pain, it will be tender friendship, not inflexible reason, that speaks. Dear cousin, we must lament, love each other, and remain silent—and if possible, erase, through virtue, a mistake that cannot be repaired by tears! Ah, my poor Chaillot.

Letter XXXI – From Saint-Preux to Julie

What a marvelous wonder of heaven you are, Julie—unthinkable indeed! By what art, known only to you, can you bring together in one heart so many seemingly incompatible emotions? Drunk with love and pleasure, my heart yet swims in sorrow; I suffer and languish in agony amidst supreme happiness, and I regard the excess of my joy as a crime. God! What a terrible torment it is to dare not surrender oneself entirely to any single emotion, to constantly fight them against each other, and to always combine bitterness with pleasure. It would be far better to be nothing but miserable.

Alas, what good is it to me to be happy? It is no longer my own troubles that I experience, but yours, and they seem all the more intense because of that. In vain you try to hide your sorrows from me; I can see them in the languor and dejection in your eyes. Can such tender eyes truly conceal any secrets from love? I see, I see—beneath an apparent calmness—the hidden troubles that assail you; and your sadness, veiled by a gentle smile, only makes it all the more bitter for my heart.

There is no longer any time to hide anything from me. I was in your mother’s room yesterday; she left for a moment, and I heard groans that pierced my soul—how could I possibly not recognize their source? I approached the place where they seemed to be coming from; I entered your room and went straight to your study. What did I see when I opened the door? The one who should have been seated on the throne of the universe was sitting on the ground, her head resting on a chair soaked with her tears. Ah! If those tears had been mine own, my suffering would have been less severe! What remorse tore me apart at that moment! My happiness became my torment; all I felt were your pains, and I would have given my life in exchange for your tears and all my pleasures. I wanted to rush to your feet, to wipe those precious tears with my lips, to keep them deep within my heart, to die—or to end them forever. But I hear your mother coming back; I must quickly return to my place. I carry all your pains with me, as well as regrets that will last until they are gone too.

How humiliated I am, how degraded by your repentance! I must indeed be utterly contemptible, if our union causes you to despise yourself, if the happiness of my days becomes your torment! Be more kind to yourself, my Julie; consider with less prejudice the sacred bonds that your heart has formed. Did you not follow the purest laws of nature? Did you not freely enter into the most holy of commitments? What have you done that either divine or human law could or should forbid? What is missing from the bond that unites us, except for a public declaration? If you wish to be mine, you are no longer guilty. Oh my wife, oh my honorable and chaste companion, oh the joy and happiness of my life! No, it is not what your love has done that could be considered a crime, but rather what you would seek to take away from it—only by accepting another husband could you offend honor. Remain always faithful to the friend of your heart, and you will remain innocent. The chain that binds us is lawful; only infidelity would render it unjust, and now it is love itself that must guarantee our virtue.

But when your pain were reasonable, when your regrets were justified, why do you hide from me what belongs to me? Why don’t my eyes shed even half of the tears you shed? You have no sorrow that I should not share, no feeling that I should not experience together; and my heart, filled with jealousy, blames you for all those tears you do not pour into my arms. Tell me, cold and mysterious lover—doesn’t everything that your soul does not communicate to mine constitute a theft you are committing against love? Shouldn’t everything be shared between us? Don’t you remember having said so yourself? Ah! If only you could love as I do, my happiness would comfort you just as your pain troubles me, and you would feel my joys just as I feel your sorrow.

But I see that you despise me as a fool, for my reason wanders amidst these delights: my fervor frightens you, my delirium moves you to pity, and you do not realize that all human strength is utterly insufficient to endure such boundless pleasures. How can a sensitive soul moderately taste the infinite blessings that await her? How can she endure so many different kinds of ecstasy without losing her balance? Do you not know that there exists a limit beyond which no reason can prevail, and that there is not a single person in this world whose common sense remains unshaken by such experiences? Therefore, have mercy on the confusion into which you have thrown me, and do not despise these errors that are, after all, your own doing. I am no longer myself; I admit it—my alienated soul belongs entirely to you. In this state, I am even more capable of feeling your pains and more worthy of sharing them with you. Oh Julie! Do not reject yourself.

Letter XXXII – Response

There was a time, my dear friend, when our letters were easy and charming to write; the sentiment that inspired them flowed with an elegant simplicity—they required neither art nor embellishments, and their very purity was their own adornment. That happy time is gone now; alas, it can never return. And as a first consequence of such a cruel change, our hearts have already ceased to understand each other.

Pertanto, fai attenzione a non cadere in un abbattimento pericoloso che ti umilierebbe ancora di più della tua debolezza. Il vero amore è forse fatto per degradare l’anima? Che un errore commesso dall’amore non ti privi di quel nobile entusiasmo per ciò che è onesto e bello, che sempre ti eleva al di sopra di te stessa. Una macchia appare forse al sole? Quante virtù ti rimangono, anche se una si è offuscata. Sarai forse meno gentile, meno sincera, meno benefica? Sarai forse meno degna, in breve, di tutti i nostri omaggi? L’onore, l’umanità, l’amicizia, l’amore puro, saranno forse meno preziosi per il tuo cuore? Amerai forse meno le stesse virtù che non possiederai più? No, cara e buona Julie: la tua Claire, pur lamentandosi, ti ama davvero; sa, sente che non c’è nulla di buono che non possa ancora emergere dal tuo animo. Ah! Credimi, potresti perdere molto, prima che un’altra persona, più saggia di te, possa mai prendere il tuo posto.

Finalmente tu mi sei rimasta: posso consolarmi di tutto, tranne che della tua perdita. La tua prima lettera mi ha fatto tremare. Quasi avrei desiderato ricevere la seconda, se non l’avessi già ricevuta nello stesso momento. Voler abbandonare la propria amica. Progettare di fuggire senza di me! Non parli della tua più grande colpa; proprio di quella avresti dovuto arrossire cento volte di più. Ma quell’ingrata pensa soltanto al suo amore. Ascolta: ti avrei uccisa anche all’estremità del mondo.

Conto con una mortale impazienza i momenti che sono costretta a trascorrere lontano da te. Si prolungano crudelmente: siamo ancora a Lausanne per sei giorni, dopodiché volerò verso la mia unica amica. Andrò a consolarla o a condividere con lei il suo dolore, ad asciugarle le lacrime o a piangere insieme a lei. Nella tua sofferenza, parlerò meno della ragione inflessibile che dell’affettuosa amicizia. Cara cugina, bisogna gemere, amarsi, tacere. E, se possibile, cancellare, con la forza delle virtù, un errore che non può essere riparato solo con le lacrime! Ah, mia povera Chaillot!

Lettera XXXI – Da Saint-Preux a Julie

Che prodigio del cielo sei tu, Julie. Inconcepibile! E con quale arte, nota solo a te, riesci a unire in un cuore così tanti sentimenti apparentemente incompatibili? Ubriaca d’amore e di voluttà, il mio cuore nuota nella tristezza; soffro e languisco nel dolore, nonostante la felicità suprema. E mi rimprovero, come se fosse un crimine, per l’eccesso della mia fortuna. Dio. Che terribile tormento è non osare affidarsi completamente a nessun sentimento, combatterli incessantemente l’uno contro l’altro, e unire sempre amarezza e piacere! Sarebbe cento volte meglio essere semplicemente infelici.

Ahimè, a che mi serve essere felice? Non sono più i miei mali quelli che provo, ma i tuoi; e per questo essi mi sembrano ancora più intensi. Inutilmente cerchi di nascondermi le tue sofferenze; io le leggo, nonostante te, nel languore e nella sconfitta dei tuoi occhi. Quegli occhi commoventi possono forse nascondere qualche segreto all’amore? Vedo, sotto un’apparente serenità, i dolori nascosti che ti assillano; e la tua tristezza, velata da un dolce sorriso, diventa ancora più amara per il mio cuore.

Non c’è più tempo di nascondermi nulla. Ieri ero nella stanza di tua madre; lei è uscita per un momento, e ho sentito dei gemiti che mi hanno lacerato l’anima. Come avrei potuto non riconoscere la loro origine? Mi sono avvicinato al luogo da cui sembravano provenire; sono entrato nella tua stanza, sono arrivato fino al tuo studio. Che cosa ho provato quando ho aperto la porta e ho visto colei che dovrebbe sedere sul trono dell’universo, seduta a terra, con la testa appoggiata a una sedia inondata dalle sue lacrime? Ah. Avrei sofferto di meno se fossero state le mie stesse lacrime! Di quali rimorsi sono stato straziato in quell’istante. La mia felicità è diventata la mia tortura; non sentivo più che il tuo dolore. Avrei dato tutta la mia vita in cambio delle tue lacrime e di tutti i tuoi piaceri. Volevo correre ai tuoi piedi, volevo asciugare con le mie labbra quelle preziose lacrime, conservarle nel profondo del mio cuore. Morire, o farle cessare per sempre. Ma sento tornare tua madre. Devo tornare immediatamente al mio posto. Porto con me tutte le tue sofferenze, e rimpianti che non finiranno mai.

Che umiliazione, che disonore derivano dal tuo pentimento! Quanto sono davvero spregevole, se il nostro legame ti fa disprezzare te stessa, e se il fascino dei miei giorni rappresenta per te una vera tortura. Sii più giusta con te stessa, mia Julie; considera con maggiore oggettività i sacri vincoli che il tuo cuore ha creato. Non hai forse seguito le leggi più pure della natura? Non hai forse contratto liberamente l’impegno più sacro? Cosa c’è nel legame che ci unisce che le leggi divine e umane non possano e non debbano approvare? A quel vincolo manca soltanto una dichiarazione pubblica. Sii mia, e non sarai più colpevole. Oh mia moglie, oh mia nobile e casta compagna, oh gioia e felicità della mia vita! No, ciò che il tuo amore ha fatto non può essere considerato un crimine; l’unico errore possibile è quello che tu vorresti commettere: accettare un altro marito significherebbe offendere l’onore. Sii sempre fedele all’amico del tuo cuore, e sarai innocente. Il legame che ci unisce è legittimo; solo l’infedeltà potrebbe romperlo, ed è proprio l’amore a dover garantire la nostra virtù.

Ma quando il tuo dolore fosse ragionevole, quando i tuoi rimpianti fossero fondati, perché mi nascondi ciò che mi appartiene? Perché i miei occhi non versano nemmeno la metà delle tue lacrime? Non esiste un dolore che io non debba provare, nessun sentimento che non debba condividere. E il mio cuore, proprio per questo geloso, mi rimprovera tutte le lacrime che non versi nel mio petto. Dimmi, amante fredda e misteriosa: tutto ciò che la tua anima non comunica alla mia, non è forse un furto che commetti contro l’amore? Non dovrebbe tutto essere condiviso tra di noi? Non te ne ricordi più? Ah, se solo sapessi amare come me, la mia felicità ti consolerebbe proprio come il tuo dolore mi addolora. E sentiresti i miei piaceri esattamente come io sento la tua tristezza.

Ma lo vedo: mi disprezi come un pazzo, perché la mia ragione si perde tra i piaceri; le mie passioni ti spaventano, il mio delirio ti suscita compassione. E non comprendi che tutta la forza umana non è sufficiente ad affrontare felicità senza limiti. Come puoi pretendere che un’anima sensibile assapori moderatamente beni infiniti? Come può sopportare tante emozioni diverse senza perdere l’equilibrio? Non sai forse che esiste un limite oltre il quale nessuna ragione può resistere. E non c’è uomo al mondo il cui buon senso possa superare ogni prova? Per favore, abbi pietà del mio smarrimento. E non disprezzare gli errori che sono frutto della tua stessa azione. Ammetto di non essere più me stesso: la mia anima è completamente tua. Sono ancora più adatto a percepire le tue sofferenze. E ancora più degno di condividerle. Oh Julie. Non nasconderti da te stessa.

Lettera XXXII – Risposta

C’era un tempo, mio caro amico, in cui le nostre lettere erano semplici e incantevoli; i sentimenti che le ispiravano scorrevano con una grazia naturale: non avevano bisogno né di arte né di ornamenti, e la loro purezza costituiva il loro unico pregio. Quel felice periodo è ormai passato. Ahimè, non potrà mai tornare; e come primo effetto di questo crudele cambiamento, i nostri cuori hanno già smesso di comunicare tra loro.

Tes yeux ont vu mes douleurs. Tu crois en avoir pénétré la source ; tu veux me consoler par de vains discours, et quand tu penses m’abuser, c’est toi, mon ami, qui t’abuses. Crois-moi, crois-en le coeur tendre de ta Julie ; mon regret est bien moins d’avoir donné trop à l’amour que de l’avoir privé de son plus grand charme. Ce doux enchantement de vertu s’est évanoui comme un songe : nos feux ont perdu cette ardeur divine qui les animait en les épurant ; nous avons recherché le plaisir, et le bonheur a fui loin de nous. Ressouviens-toi de ces moments délicieux où nos coeurs s’unissaient d’autant mieux que nous nous respections davantage, où la passion tirait de son propre excès la force de se vaincre elle-même, où l’innocence nous consolait de la contrainte, où les hommages rendus à l’honneur tournaient tous au profit de l’amour. Compare un état si charmant à notre situation présente : que d’agitations ! que d’effroi ! que de mortelles alarmes ! que de sentiments immodérés ont perdu leur première douceur ! Qu’est devenu ce zèle de sagesse et d’honnêteté dont l’amour animait toutes les actions de notre vie, et qui rendait à son tour l’amour plus délicieux ? Notre jouissance était paisible et durable, nous n’avons plus que des transports : ce bonheur insensé ressemble à des accès de fureur plus qu’à de tendres caresses. Un feu pur et sacré brûlait nos coeurs ; livrés aux erreurs des sens, nous ne sommes plus que des amants vulgaires ; trop heureux si l’amour jaloux daigne présider encore à des plaisirs que le plus vil mortel peut goûter sans lui !

Voilà, mon ami, les pertes qui nous sont communes, et que je ne pleure pas moins pour toi que pour moi. Je n’ajoute rien sur les miennes, ton coeur est fait pour les sentir. Vois ma honte, et gémis si tu sais aimer. Ma faute est irréparable, mes pleurs ne tariront point. O toi qui les fais couler, crains d’attenter à de si justes douleurs ; tout mon espoir est de les rendre éternelles : le pire de mes maux serait d’en être consolée ; et c’est le dernier degré de l’opprobre de perdre avec l’innocence le sentiment qui nous la fait aimer.

Je connais mon sort, j’en sens l’horreur, et cependant il me reste une consolation dans mon désespoir ; elle est unique, mais elle est douce c’est de toi que je l’attends, mon aimable ami. Depuis que je n’ose plus porter mes regards sur moi-même, je les porte avec plus de plaisir sur celui que j’aime. Je te rends tout ce que tu m’ôtes de ma propre estime, et tu ne m’en deviens que plus cher en me forçant à me haïr. L’amour, cet amour fatal qui me perd te donne un nouveau prix : tu t’élèves quand je me dégrade ; ton âme semble avoir profité de tout l’avilissement de la mienne. Sois donc désormais mon unique espoir ; c’est à toi de justifier, s’il se peut, ma faute ; couvre-la de l’honnêteté de tes sentiments ; que ton mérite efface ma honte ; rends excusable, à force de vertus, la perte de celles que tu me coûtes. Sois tout mon être, à présent que je ne suis plus rien : le seul honneur qui me reste est tout en toi ; et, tant que tu seras digne de respect, je ne serai pas tout à fait méprisable.

Quelque regret que j’aie au retour de ma santé, je ne saurais le dissimuler plus longtemps ; mon visage démentirait mes discours, et ma feinte convalescence ne peut plus tromper personne. Hâte-toi donc, avant que je sois forcée de reprendre mes occupations ordinaires, de faire la démarche dont nous sommes convenus : je vois clairement que ma mère a conçu des soupçons, et qu’elle nous observe. Mon père n’en est pas là, je l’avoue ; ce fier gentilhomme n’imagine pas même qu’un roturier puisse être amoureux de sa fille : mais enfin tu sais ses résolutions ; il te préviendra si tu ne le préviens ; et pour avoir voulu te conserver le même accès dans notre maison, tu t’en banniras tout à fait. Crois-moi, parle à ma mère tandis qu’il en est encore temps ; feins des affaires qui t’empêchent de continuer à m’instruire, et renonçons à nous voir si souvent, pour nous voir au moins quelquefois : car si l’on te ferme la porte, tu ne peux plus t’y présenter ; mais si tu te la fermes toi-même, tes visites seront en quelque sorte à ta discrétion, et, avec un peu d’adresse et de complaisance, tu pourras les rendre plus fréquentes dans la suite, sans qu’on l’aperçoive ou qu’on le trouve mauvais. Je te dirai ce soir les moyens que j’imagine d’avoir d’autres occasions de nous voir, et tu conviendras que l’inséparable cousine, qui causait autrefois tant de murmures, ne sera pas maintenant inutile à deux amants qu’elle n’eût point dû quitter.

Lettre XXXIII – De Julie à Saint-Preux

Ah ! mon ami, le mauvais refuge pour deux amants qu’une assemblée ! Quel tourment de se voir et de se contraindre ! Il vaudrait mieux cent fois ne se point voir. Comment avoir l’air tranquille avec tant d’émotion ? Comment être si différent de soi-même ? Comment songer à tant d’objets quand on n’est occupé que d’un seul ? Comment contenir le geste et les yeux quand le coeur vole ? Je ne sentis de ma vie un trouble égal à celui que j’éprouvai hier quand on t’annonça chez Mme d’Hervart. Je pris ton nom prononcé pour un reproche qu’on m’adressait : je m’imaginai que tout le monde m’observait de concert ; je ne savais plus ce que je faisais ; et à ton arrivée je rougis si prodigieusement, que ma cousine, qui veillait sur moi, fut contrainte d’avancer son visage et son éventail, comme pour me parler à l’oreille. Je tremblai que cela même ne fît un mauvais effet, et qu’on cherchât du mystère à cette chuchoterie ; en un mot, je trouvais partout de nouveaux sujets d’alarmes, et je ne sentis jamais mieux combien une conscience coupable arme contre nous de témoins qui n’y songent pas.

Claire prétendit remarquer que tu ne faisais pas une meilleure figure : tu lui paraissais embarrassé de ta contenance, inquiet de ce que tu devais faire, n’osant aller ni venir, ni m’aborder, ni t’éloigner, et promenant tes regards à la ronde, pour avoir, disait-elle, occasion de les tourner sur nous. Un peu remise de mon agitation, je crus m’apercevoir moi-même de la tienne, jusqu’à ce que la jeune Mme Belon t’ayant adressé la parole, tu t’assis en causant avec elle, et devins plus calme à ses côtés.

Je sens, mon ami, que cette manière de vivre, qui donne tant de contrainte et si peu de plaisir, n’est pas bonne pour nous ; nous aimons trop pour pouvoir nous gêner ainsi. Ces rendez-vous publics ne conviennent qu’à des gens qui, sans connaître l’amour, ne laissent pas d’être bien ensemble, ou qui peuvent se passer du mystère : les inquiétudes sont trop vives de ma part, les indiscrétions trop dangereuses de la tienne : et je ne puis pas tenir une madame Belon toujours à mes côtés, pour faire diversion au besoin.

Reprenons, reprenons cette vie solitaire et paisible dont je t’ai tiré si mal à propos : c’est elle qui a fait naître et nourri nos feux ; peut-être s’affaibliraient-ils par une manière de vivre plus dissipée. Toutes les grandes passions se forment dans la solitude ; on n’en a point de semblables dans le monde, où nul objet n’a le temps de faire une profonde impression, et où la multitude des goûts énerve la force des sentiments. Cet état aussi plus convenable à ma mélancolie ; elle s’entretient du même aliment que mon amour : c’est ta chère image qui soutient l’une et l’autre, et j’aime mieux te voir tendre et sensible au fond de mon coeur, que contraint et distrait dans une assemblée.

Il peut d’ailleurs venir un temps où je serai forcée à une plus grande retraite : fût-il déjà venu, ce temps désiré ! La prudence et mon inclination veulent également que je prenne d’avance des habitudes conformes à ce que peut exiger la nécessité. Ah ! si de mes fautes pouvait naître le moyen de les réparer ! Le doux espoir d’être un jour… Mais insensiblement j’en dirais plus que je n’en veux dire sur le projet qui m’occupe : pardonne-moi ce mystère, mon unique ami ; mon coeur n’aura jamais de secret qui ne te fût doux à savoir. Tu dois pourtant ignorer celui-ci ; et tout ce que je t’en puis dire à présent, c’est que l’amour qui fit nos maux doit nous en donner le remède. Raisonne, commente si tu veux, dans ta tête ; mais je te défends de m’interroger là-dessus.

Lettre XXXIV – Réponse

Nò, non vedrete mai

Cambiar gl’ affetti miei,

Your eyes have seen my pains. You think you have penetrated to their very source; you wish to console me with empty words, but when you think you are deceiving me, it is you, my friend, who are deceived. Believe me, believe the tender heart of your Julie; my regret is not so much that I have given too much to love as that I have deprived it of its greatest charm. That gentle enchantment of virtue has vanished like a dream: our passions have lost the divine fervor that once animated them; we sought pleasure, but happiness has fled from us. Remember those delightful moments when our hearts united more closely as we respected each other more deeply; when passion drew strength from its own excess to overcome itself; when innocence consoled us in spite of constraints; when all acts of honor served only to enhance love. Compare such a charming state with our current situation: what turmoil! What fear! What deadly anxieties! How many uncontrolled emotions have lost their original sweetness! What has become of that zeal for wisdom and honesty which once inspired every aspect of our lives and made love even more delightful? Our pleasures were peaceful and enduring; now we are only filled with violent outbursts—such senseless happiness resembles fits of rage rather than tender affection. A pure and sacred fire once burned in our hearts; now, abandoned to the errors of our senses, we are but ordinary lovers. We would be fortunate if jealous love were still willing to preside over pleasures that even the lowest of mortals can enjoy without it.

Here, my friend, are the losses that we share in common; and I grieve for you just as much as for myself. I need say nothing about my own losses—your heart is capable of understanding them. See my shame, and mourn if you know how to feel love. My fault is irreparable; my tears will never cease. O you who cause them to flow, beware of causing such righteous sorrow! All my hope is that these pains may become eternal. The worst thing that could happen to me would be to find comfort in them; and losing, along with innocence, the very sentiment that makes us cherish life—that would be the ultimate disgrace.

I know my fate; I feel its horror, yet there is one consolation in my despair—unique, but sweet: it is you that I await, my beloved friend. Since I no longer dare to look at myself, I turn my gaze with even greater pleasure toward the one I love. I give you back everything you take away from my self-respect; and by forcing me to hate myself, you only make you dearer to me. Love—that fatal love which destroys me—bestows a new value upon you: you rise when I decline; your soul seems to have gained all that my degradation has cost me. Therefore, be now my only hope. It is up to you to justify, if it is possible, my fault; cover it with the honesty of your feelings; let your merit erase my shame; make my loss, through your virtues, seem excusable. Be all of me, now that I am nothing else but you—the only honor that remains to me is entirely in you; and as long as you are worthy of respect, I shall not be completely despisable.

No matter how much I regret the return of my health, I can no longer conceal it; my face would contradict my words, and my pretended recovery can no longer deceive anyone. So hurry up, before I am forced to resume my usual duties, and take the steps we have agreed upon: I clearly see that my mother has begun to suspect something and is watching us closely. My father is not in that state, I admit it; that proud gentleman never even imagines that a commoner could be in love with his daughter. But you know his determination well; he will warn you if you do not warn him first. And since you wanted to keep the same access to our home for yourself, you will now have to completely ban yourself from coming here. Believe me, speak to my mother while there is still time; pretend that some matters prevent you from continuing to teach me, and let’s reduce the frequency of our meetings—yet at least make sure we see each other sometimes. For if they shut the door in your face, you can no longer enter; but if you shut it yourself, your visits will be at your own discretion. With a bit of skill and tact, you might be able to increase their frequency without anyone noticing or disapproving. I will tell you tonight what methods I have in mind for finding other ways to meet, and you will agree that this “inseparable cousin,” who used to cause so much gossip, can now be of great help to two lovers who should never have been separated in the first place.

Letter XXXIII – From Julie to Saint-Preux

Ah, my friend! What a terrible place for two lovers to be in during an assembly like this. What torment it must be to see each other and yet force oneself to behave otherwise! It would be a hundred times better not to see at all. How can one maintain a calm appearance when filled with such emotion? How can one act so differently from one’s true self? How can one think of so many things when one’s heart is occupied by only one? How can one restrain one’s gestures and eyes when the heart is soaring with passion? In all my life, I have never felt such agitation as I did yesterday when they told me you were at Madame d’Hervart’s house. When your name was mentioned, I thought it was a reproach directed at me; I imagined that everyone was watching me closely; I no longer knew what I was doing. And when you arrived, I blushed so intensely that my cousin, who was watching over me, had to bring her face and fan closer to me, as if to whisper something in my ear. I feared that even that might seem suspicious, and that people would try to make sense of that whispered conversation. In short, I saw new reasons for anxiety everywhere, and I realized once again how a guilty conscience can turn against us by providing us with witnesses who are completely unaware of it.

Claire claimed to notice that you weren’t in any better shape: she thought you seemed embarrassed by your behavior, anxious about what you should do next, not daring to approach us or move away from us, and keeping your gaze wandering around the room, so as to have some excuse to turn it our way. Once I had somewhat recovered from my own agitation, I thought I could also notice yours, until the young Madame Belon spoke to you; then you sat down and began chatting with her, and you became much calmer in her presence.

I feel, my friend, that this way of living—which imposes so many constraints and brings so little pleasure—is not good for us; we love too much to allow ourselves to be hindered in such a manner. These public meetings are suitable only for people who, without truly knowing what love is, can still enjoy each other’s company, or for those who do not need the mystery that comes with it: my anxieties are too great, and your indiscretions too dangerous. Moreover, I cannot keep Madame Belon by my side at all times, just in case we might need some form of entertainment.

Let us resume this solitary and peaceful life of which I spoke so inadequately; it is it that gave birth to and nourished our passions. Perhaps they would weaken if we led a more dissipated lifestyle. All great passions are born in solitude; in the world, where no single object has time to leave a deep impression, and where the multitude of distractions weaken the intensity of feelings, such a state is even more suitable for my melancholy. It feeds on the very same sustenance as my love—it is your dear image that supports both of them. I would rather see you tender and sensitive in the depths of my heart than constrained and distracted in a crowd.

There may indeed come a time when I will be forced to retreat even further into solitude—had that desired time not already arrived! Prudence and my own inclination also urge me to adopt habits now that will prepare me for whatever the future may require. Ah! If only my mistakes could lead to a way to remedy them. The gentle hope that one day I might. But inadvertently, I might say more than I intend about this plan that occupies my mind. Pardon me for this mystery, my only friend; my heart will never hold any secret that would not bring you joy if you knew it. Yet you must remain ignorant of it; and all I can tell you for now is that the very love which caused our troubles shall also provide us with their remedy. Reason about it, comment on it if you wish in your own mind—but I forbid you from questioning me further on this matter.

Letter XXXIV – Response

No, you will never see it.

To change my own affections.

I tuoi occhi hanno visto le mie sofferenze. Pensi di averne compreso la fonte; vuoi consolarmi con parole vane, ma quando credi di ingannarmi, sei tu stesso, mio caro amico, ad ingannarti. Credimi, credici con il tenero cuore della tua Julie: il mio rimpianto non è certo quello di aver dato troppo all’amore, ma piuttosto di avergli privato del suo più grande incanto. Quel dolce fascino della virtù si è dissipato come un sogno; i nostri sentimenti hanno perso quell’ardore divino che li animava; abbiamo cercato il piacere, e la felicità ci è sfuggita. Ricorda quei momenti deliziosi in cui i nostri cuori si univano sempre di più nel rispetto reciproco, in cui la passione traeva dalla propria intensità la forza di superarsi, in cui l’innocenza ci consolava delle difficoltà, in cui gli omaggi resi all’onore servivano tutti al bene dell’amore. Confronta uno stato così incantevole con la nostra situazione attuale: quanta agitazione, quanta paura, quante angosie mortali. Quanti sentimenti eccessivi hanno perso la loro prima dolcezza! Che ne è diventato quel zelo per la saggezza e l’onestà che un tempo animava tutte le nostre azioni, rendendo l’amore ancora più delizioso? Il nostro piacere era tranquillo e duraturo; ora abbiamo solo momenti di eccitazione. Questa felicità folle assomiglia più a scatti di furia che a tenere carezze. Un fuoco puro e sacro ardeva nei nostri cuori; ora, abbandonati agli errori dei sensi, siamo solo amanti comuni. Saremmo troppo fortunati se l’amore geloso volesse ancora presiedere a piaceri che anche il più vile degli uomini può godersi senza di esso!

Ecco, mio amico, le perdite che ci accomunano; e non piango per te meno di quanto pianga per me stesso. Non aggiungo nulla riguardo alle mie perdite: il tuo cuore è fatto per comprenderle. Vedi la mia vergogna, e geme se sai cosa significhi amare. Il mio errore è irreparabile; i miei pianti non si fermeranno mai. Oh tu che li provochi, temi di offendere dolori così giustificati. Tutto il mio sperare è che questi dolori diventino eterni: il peggio dei miei mali sarebbe essere consolata per essi. E questo rappresenterebbe il grado più alto dell’infamia: perdere, insieme all’innocenza, anche quel sentimento che ci fa amare la vita.

Conosco il mio destino; ne percepisco l’orrore, eppure nel mio dispero mi rimane una consolazione: è unica, ma dolce. È te che aspetto, mio caro amico. Da quando non oso più guardare me stessa, posso fissare i miei occhi con maggiore gioia su colui che amo. Ti restituisco tutto ciò che tu mi togli dalla mia stima personale. E diventi ancora più prezioso per me, costringendomi ad odiarmi. L’amore, quell’amore fatale che mi distrugge, ti conferisce un nuovo valore: tu emergi quando io decadgo; la tua anima sembra aver tratto beneficio da tutto il mio disonore. Sii dunque ora la mia unica speranza. È a te che spetta, se possibile, giustificare il mio errore; coprilo con l’onestà dei tuoi sentimenti. Che il tuo merito cancelli la mia vergogna. Rendi tollerabile, con le tue virtù, la perdita di quelle che mi costi. Sii tutto il mio essere. Ora che non sono più nulla. L’unica onore che mi rimane è tutto in te. E finché sarai degno di rispetto, io non sarò del tutto disprezzabile.

Per quanto mi dispiaccia il ritorno della mia salute, non riesco più a nasconderlo; il mio viso contraddice le mie parole, e la mia falsa convalescenza non può più ingannare nessuno. Quindi affrettati, prima che io debba riprendere le mie solite occupazioni: fai quella visita di cui abbiamo parlato. Vedo chiaramente che mia madre ha iniziato a sospettare e ci sta osservando. Mio padre, invece, non è così; devo ammetterlo: quel nobile gentiluomo nemmeno immagina che un plebeo possa essere innamorato di sua figlia. Ma conosci comunque le sue risoluzioni: ti avviserà se tu non lo fai prima. E poiché hai voluto mantenere con noi lo stesso rapporto, ora dovrai rinunciarvi del tutto. Credimi: parla con mia madre finché è ancora possibile; inventa delle scuse per non continuare a venire da me, e riduciamo la frequenza delle nostre incontri. Se ci vietano l’accesso, non potrai più presentarti; ma se lo vieti tu stesso, le tue visite saranno, in un certo senso, a tua discrezione. Con un po’ di astuzia e comprensione, potrai riprenderle più frequentemente, senza che nessuno se ne accorga o ci trovi nulla di male. Stasera ti dirò quali sono i modi che ho in mente per continuare a vederci. E concorderai con me che quella “cugina insostituibile”, che un tempo causava tanti pettegolezzi, ora non potrebbe essere più inutile per due amanti come noi.

Lettera XXXIII – Di Julie a Saint-Preux

Ah, mio caro. Che cattivo rifugio per due amanti una riunione! Quanto tormento vedere l’uno e costringersi a comportarsi in un certo modo! Sarebbe cento volte meglio non vedersi affatto. Come si può apparire tranquilli quando ci sono tante emozioni? Come si può essere così diversi da se stessi? Come si possono pensare ad altre cose quando si ha la mente occupata soltanto da una? Come si possono trattenere i gesti e lo sguardo quando il cuore vola via? Non ho mai provato in vita mia un turbamento paragonabile a quello che ho sentito ieri, quando mi è stato detto che eri venuto da Madame d’Hervart. Ho scambiato il tuo nome per una rimproverazione rivolta a me; mi sono immaginata che tutti mi osservassero insieme; non sapevo più cosa fare. E quando sei arrivato, sono arrossita così intensamente che mia cugina, che si prendeva cura di me, è stata costretta ad avvicinare il viso e l’ventaglio, come se volesse parlarmi all’orecchio. Tremavo che anche questo potesse avere un effetto negativo. Che qualcuno potesse cercare di nascondere qualcosa di misterioso dietro quel sussurro. Insomma, trovavo ovunque nuovi motivi di preoccupazione. E ho capito ancora una volta quanto una coscienza colpevole possa fornirci dei “testimoni” che, in realtà, non ci pensano affatto.

Claire affermò di aver notato che anche tu non te la cavavi meglio: le sembravi imbarazzato dal tuo comportamento, preoccupato per ciò che dovevi fare, senza osare avvicinarti né allontanarti da noi, e passando lo sguardo intorno a te, nel tentativo, diceva lei, di trovare un pretesto per rivolgerlo verso di noi. Un po’ ripresa dalla mia agitazione, credetti anch’io di notare la tua; finché la giovane signora Belon non ti parlò, e tu iniziesti a chiacchierare con lei, diventando più calmo al suo fianco.

Amico mio, sento che questo modo di vivere, che comporta così tante restrizioni e così poco piacere, non è adatto a noi; amiamo troppo per poterci imporre simili limitazioni. Questi incontri in pubblico sono adatti soltanto a persone che, anche senza conoscere l’amore, riescono comunque a stare bene insieme, o che possono fare a meno del mistero. Le mie preoccupazioni sono troppo grandi, le tue indiscrezioni troppo pericolose. E non posso certo tenere sempre con me la signora Belon, solo per poter passare il tempo in modo piacevole quando necessario.

Riprendiamo, riprendiamo questa vita solitaria e tranquilla da cui ti ho tratto in modo così inopportuno: è stata proprio lei a far nascere e alimentare i nostri sentimenti; forse si affievolirebbero se conducessimo una vita più dissipata. Tutte le grandi passioni nascono nella solitudine; nel mondo, invece, non ne esistono di simili: nessun oggetto ha il tempo di lasciare un’impressione profonda, e la moltitudine dei gusti indebolisce la forza dei sentimenti. Questo stato di cose è anche più adatto alla mia malinconia; essa si nutre dello stesso “alimento” del mio amore: sei tu, con la tua cara immagine, a sostenerli entrambi. Preferisco vederti tenera e sensibile nel profondo del mio cuore, piuttosto che costretta e distratta in mezzo alla folla.

Potrebbe anche arrivare un momento in cui sarò costretta a ritirarmi ancora di più: se solo quel momento desiderato fosse già giunto! La prudenza e la mia stessa inclinazione mi spingono inoltre ad abituarmi fin da ora a ciò che la necessità potrebbe richiedere. Ah, se dalle mie colpe potesse nascere il mezzo per correggerle! Il dolce speranza di un giorno. Ma, senza rendermene conto, direi più di quanto voglia riguardo al progetto che mi preoccupa: perdonami questo mistero, mio unico amico; il mio cuore non avrà mai segreti che non ti sarebbero graditi di conoscere. Tuttavia, devi ignorarli. E tutto ciò che posso dirti per ora è che l’amore che ha causato i nostri mali deve anche fornirci la cura necessaria. Ragiona pure, commenta pure nella tua mente; ma ti proibisco di interrogarmi al riguardo.

Lettera XXXIV – Risposta

No, non lo vedrete mai.

Cambiare i miei sentimenti.

Bei lumi onde imparai

A sospirar d’amor.[43]

Que je dois l’aimer, cette jolie Mme Belon, pour le plaisir qu’elle m’a procuré ! Pardonne-le-moi, divine Julie, j’osai jouir un moment de tes tendres alarmes, et ce moment fut un des plus doux de ma vie. Qu’ils étaient charmants, ces regards inquiets et curieux qui se portaient sur nous à la dérobée, et se baissaient aussitôt pour éviter les miens ! Que faisait alors ton heureux amant ? S’entretenait-il avec Mme Belon ? Ah ! ma Julie, peux-tu le croire ? Non, non, fille incomparable, il était plus dignement occupé. Avec quel charme son coeur suivait les mouvements du tien ! Avec quelle avide impatience ses yeux dévoraient tes attraits ! Ton amour, ta beauté, remplissaient, ravissaient son âme ; elle pouvait suffire à peine à tant de sentiments délicieux. Mon seul regret était de goûter, aux dépens de celle que j’aime, des plaisirs qu’elle ne partageait pas. Sais-je ce que, durant tout ce temps me dit Mme Belon ? Sais-je ce que je lui répondis ? Le savais-je au moment de notre entretien ? A-t-elle pu le savoir elle-même ? et pouvait-elle comprendre la moindre chose aux discours d’un homme qui parlait sans penser et répondait sans entendre ?

Com’ uom che par ch’ ascolti, e nulla intende.[44]

Aussi m’a-t-elle pris dans le plus parfait dédain ; elle a dit à tout le monde, à toi peut-être, que je n’ai pas le sens commun, qui pis est, pas le moindre esprit, et que je suis tout aussi sot que mes livres. Que m’importe ce qu’elle en dit et ce qu’elle en pense ? Ma Julie ne décide-t-elle pas seule de mon être et du rang que je veux avoir ? Que le reste de la terre pense de moi comme il voudra, tout mon prix est dans ton estime.

Ah ! crois qu’il n’appartient ni à Mme Belon, ni à toutes les beautés supérieures à la sienne, de faire la diversion dont tu parles, et d’éloigner un moment de toi mon coeur et mes yeux. Si tu pouvais douter de ma sincérité, si tu pouvais faire cette mortelle injure à mon amour et à tes charmes, dis-moi, qui pourrait avoir tenu registre de tout ce qui se fit autour de toi ? Ne te vis-je pas briller entre ces jeunes beautés comme le soleil entre les astres qu’il éclipse ? N’aperçus-je pas les cavaliers[45] se rassembler autour de ta chaise ? Ne vis-je pas, au dépit de tes compagnes, l’admiration qu’ils marquaient pour toi ? Ne vis-je pas leurs respects empressés et leurs hommages, et leurs galanteries ? Ne te vis-je pas recevoir tout cela avec cet air de modestie et d’indifférence qui en impose plus que la fierté ? Ne vis-je pas, quand tu te dégantais pour la collation, l’effet que ce bras découvert produisit sur les spectateurs ? Ne vis-je pas le jeune étranger qui releva ton gant vouloir baiser la main charmante qui le recevait ? N’en vis-je pas un plus téméraire, dont l’oeil ardent suçait mon sang et ma vie, t’obliger, quand tu t’en fus aperçue, d’ajouter une épingle à ton fichu ? Je n’étais pas si distrait que tu penses ; je vis tout cela, Julie, et n’en fus point jaloux ; car je connais ton coeur : il n’est pas, je le sais bien, de ceux qui peuvent aimer deux fois. Accuseras-tu le mien d’en être ?

Reprenons-la donc, cette vie solitaire que je ne quittai qu’à regret. Non, le coeur ne se nourrit point dans le tumulte du monde : les faux plaisirs lui rendent la privation des vrais plus amère, et il préfère sa souffrance à de vains dédommagements. Mais, ma Julie, il en est, il en peut être de plus solides à la contrainte où nous vivons, et tu sembles les oublier ! Quoi ! passer quinze jours entiers si près l’un de l’autre sans se voir ou sans se rien dire ! Ah ! que veux-tu qu’un coeur brûlé d’amour fasse durant tant de siècles ? L’absence même serait moins cruelle. Que sert un excès de prudence qui nous fait plus de maux qu’il n’en prévient ? Que sert de prolonger sa vie avec son supplice ? Ne vaudrait-il pas mieux cent fois se voir un seul instant et puis mourir ?

Je ne le cache point, ma douce amie, j’aimerais à pénétrer l’aimable secret que tu me dérobes ; il n’en fut jamais de plus intéressant pour nous ; mais j’y fais d’inutiles efforts. Je saurai pourtant garder le silence que tu m’imposes, et contenir une indiscrète curiosité : mais en respectant un si doux mystère, que n’en puis-je au moins assurer l’éclaircissement ? Qui sait, qui sait encore si tes projets ne portent point sur des chimères ? Chère âme de ma vie, ah ! commençons du moins par les bien réaliser.

P.-S. — J’oubliais de te dire que M. Roguin m’a offert une compagnie dans le régiment qu’il lève pour le roi de Sardaigne. J’ai été sensiblement touché de l’estime de ce brave officier ; je lui ai dit, en le remerciant, que j’avais la vue trop courte pour le service, et que ma passion pour l’étude s’accordait mal avec une vie aussi active. En cela je n’ai point fait un sacrifice à l’amour. Je pense que chacun doit sa vie et son sang à la patrie ; qu’il n’est pas permis de s’aliéner à des princes auxquels on ne doit rien, moins encore de se vendre, et de faire du plus noble métier du monde celui d’un vil mercenaire. Ces maximes étaient celles de mon père, que je serais bien heureux d’imiter dans son amour pour ses devoirs et pour son pays. Il ne voulut jamais entrer au service d’aucun prince étranger ; mais, dans la guerre de 1712, il porta les armes avec honneur pour la patrie ; il se trouva dans plusieurs combats, à l’un desquels il fut blessé ; et à la bataille de Wilmerghen il eut le bonheur d’enlever un drapeau ennemi sous les yeux du général de Sacconex.

Lettre XXXV – De Julie à Saint-Preux

Je ne trouve pas, mon ami, que les deux mots que j’avais dits en riant sur Mme Belon valussent une explication si sérieuse. Tant de soins à se justifier produisent quelquefois un préjugé contraire, et c’est l’attention qu’on donne aux bagatelles qui seule en fait des objets importants. Voilà ce qui sûrement n’arrivera pas entre nous ; car les coeurs bien occupés ne sont guère pointilleux, et les tracasseries des amants sur des riens ont presque toujours un fondement beaucoup plus réel qu’il ne semble.

Je ne suis pas fâchée pourtant que cette bagatelle nous fournisse une occasion de traiter entre nous de la jalousie ; sujet malheureusement trop important pour moi.

Je vois, mon ami, par la trempe de nos âmes et par le tour commun de nos goûts, que l’amour sera la grande affaire de notre vie. Quand une fois il a fait les impressions profondes que nous avons reçues, il faut qu’il éteigne ou absorbe toutes les autres passions ; le moindre refroidissement serait bientôt pour nous la langueur de la mort ; un dégoût invincible, un éternel ennui, succéderaient à l’amour éteint, et nous ne saurions longtemps vivre après avoir cessé d’aimer. En mon particulier, tu sens bien qu’il n’y a que le délire de la passion qui puisse me voiler l’horreur de ma situation présente, et qu’il faut que j’aime avec transport, ou que je meure de douleur. Vois donc si je suis fondée à discuter sérieusement un point d’où doit dépendre le bonheur ou le malheur de mes jours.

Autant que je puis juger de moi-même, il me semble que, souvent affectée avec trop de vivacité, je suis pourtant peu sujette à l’emportement. Il faudrait que mes peines eussent fermenté longtemps en dedans pour que j’osasse en découvrir la source à leur auteur ; et comme je suis persuadée qu’on ne peut faire une offense sans le vouloir, je supporterais plutôt cent sujets de plainte qu’une explication. Un pareil caractère doit mener loin, pour peu qu’on ait de penchant à la jalousie, et j’ai bien peur de sentir en moi ce dangereux penchant. Ce n’est pas que je ne sache que ton coeur est fait pour le mien et non pour un autre. Mais on peut s’abuser soi-même, prendre un goût passager pour une passion, et faire autant de choses par fantaisie qu’on en eût peut-être fait par amour. Or si tu peux te croire inconstant sans l’être, à plus forte raison puis-je t’accuser à tort d’infidélité. Ce doute affreux empoisonnerait pourtant ma vie ; je gémirais sans me plaindre, et mourrais inconsolable sans avoir cessé d’être aimée.

It was through light that I learned.

To sigh out of love.[43]

How I must love this lovely Madame Belon, for the pleasure she brought me! Pardon me, divine Julie—how dare I have enjoyed for a moment those tender expressions of concern you showed me? Yet that moment was one of the sweetest of my life. How charming were those anxious, curious glances cast at us in secret, only to be quickly lowered to avoid meeting mine! What was your happy lover doing during all that time? Was he talking with Madame Belon? Ah, Julie, can you believe it? No, no, incomparable one—he was engaged in far more worthy pursuits. With what charm his heart followed the movements of yours! With what eager impatience his eyes devoured every aspect of your beauty! Your love, your beauty filled and delighted his soul; they were more than enough to sustain such delightful emotions. My only regret was that I enjoyed pleasures at the expense of someone I loved, who could not share them. Do I know what Madame Belon said to me during all that time? Do I know what I replied? Did I even know what I was saying at the moment? And could she have understood a single word from the thoughtsless talk of a man who spoke without thinking and answered without listening?

Just like a man who listens but understands nothing at all.[44]

She therefore treated me with utter disdain; she told everyone, perhaps even you, that I lacked common sense—and worse, any kind of intelligence at all—and that I was just as foolish as my books. What does it matter what she says or thinks? Isn’t it my Julie who alone determines who I am and the place I wish to occupy in this world? No matter what the rest of the world thinks of me, my true worth lies in your regard.

Ah! I believe it is neither the duty of Madame Belon nor of any beauty superior to her to engage in that kind of diversion you speak of, to take my heart and my eyes away from you for a moment. If you could doubt my sincerity, if you could inflict such a mortal injury upon my love and upon your own charms, then tell me—who could have witnessed everything that happened around you? Don’t you see me shining among these young beauties like the sun among the stars it eclipses? Don’t you notice the gentlemen gathering around your chair? Despite your companions, don’t you see the admiration they feel for you? Don’t you see their eager respect, their courtesies, and their gallantries? And don’t you see how you receive all this with an air of modesty and indifference that is even more impressive than pride itself? When you took off your gloves for a snack, didn’t you notice the effect that your bare arm had on those watching? Didn’t you see that young stranger who picked up your glove and seemed to want to kiss the charming hand that received it? And wasn’t there one even bolder, whose eager gaze seemed to drain my life away? When you noticed him, didn’t you have to add another pin to your fichu? I was not as distracted as you think; I saw all of this, Julie, and I was not jealous at all—for I know your heart well: it is not the kind that could love twice. Will you accuse mine of being such?

Let us therefore embrace once more this solitary life from which I only departed with regret. No, the heart does not find nourishment in the turmoil of the world: false pleasures make the deprivation of true ones all the more bitter, and one would rather endure suffering than seek vain compensations. But, my Julie, there are still ways to endure the hardships we face—ways that you seem to have forgotten! How is it possible to spend fifteen entire days so close to each other without seeing or speaking? Ah! What can a heart consumed by love do during such prolonged separation? Even absence would be less cruel. What good does excessive caution do if it causes us more harm than it prevents? What sense is there in prolonging one’s life while enduring such torment? Wouldn’t it be far better to meet for just one moment and then die?

I do not hide it from you, my dear friend; I would indeed like to uncover the delightful mystery that you keep from me. There has never been anything more fascinating for us, but my efforts are in vain. Nevertheless, I will respect the silence you demand of me and suppress my indiscreet curiosity. But in honoring such a tender mystery, how can I not at least seek to clarify it? Who knows—perhaps your plans involve something illusory or impractical? My dear, dear friend, let us at least begin by putting them into practice.

P.S. — I forgot to tell you that Mr. Roguin offered me a place in the regiment he was raising for the King of Sardinia. I was deeply touched by the respect this brave officer held for me; when thanking him, I told him that my vision was too weak for military service, and that my passion for study made such an active life unsuitable for me. In doing so, I was not making any sacrifice for love. I believe that everyone owes their life and blood to their country; it is not permissible to ally oneself with princes to whom one owes nothing, let alone to sell oneself and turn the noblest profession in the world into that of a despicable mercenary. These were my father’s principles, and I would be very happy to follow his example in his love for his duties and his country. He never wished to serve any foreign prince; yet during the war of 1712, he fought honorably for his country, participating in several battles, one of which left him wounded. At the battle of Wilmerghen, he had the fortune to capture an enemy flag right before the eyes of General de Sacconex.

Letter XXXV – From Julie to Saint-Preux

My friend, I don’t think the two things I said jokingly about Madame Belon deserved such a serious explanation. Putting so much effort into justifying oneself can sometimes lead to the opposite effect; it is only the attention paid to trivial matters that makes them seem important. Surely this will not happen between us, for hearts that are occupied with more meaningful things are not prone to being petty, and the fusses of lovers over trivial matters almost always have a much more substantial basis than they appear at first glance.

I am not angry, yet; indeed, this trivial matter provides us with an opportunity to discuss jealousy among ourselves—a subject that, unfortunately, is all too significant for me.

I see, my friend, that, judging by the strength of our souls and the similarity of our tastes, love will be the central affair of our lives. Once it has left such deep impressions upon us, it must extinguish or absorb all other passions; any slight cooling would soon bring us the agony of death. An invincible disgust, eternal boredom, would follow the end of love, and we could not continue to live for long after ceasing to love. As for me personally, you well know that only the frenzy of passion can blind me to the horror of my current situation; I must either love with utter devotion or die in agony. Therefore, consider whether I have any right to seriously discuss a matter upon which the happiness or misfortune of my life depends.

As far as I can judge of myself, it seems to me that, although I am often affected with excessive enthusiasm, I am actually quite unlikely to lose my temper. It would take for my grievances to have been fermenting within me for a very long time before I would dare to reveal their source to their perpetrator; and since I am convinced that one cannot intentionally cause offense, I would rather endure a hundred sources of complaint than have to face an explanation. Such a temperament could lead one far astray, especially if there is even a slight tendency toward jealousy—and I fear that I possess this dangerous inclination within me. It’s not that I don’t know that your heart is meant for mine and for no one else. But one can deceive oneself, develop a fleeting fondness for a particular passion, and act out of whimsy in just the same way one might act out of love. And if you can delude yourself into thinking you are unfaithful when you’re not, then all the more can I wrongly accuse you of infidelity. Yet this terrible doubt would poison my life entirely; I would groan without complaining, and die in inconsolable sorrow without ever having stopped being loved.

Tra quei bei luci appresi io.

A sospirare d’amore. [43]

Devo proprio amare questa bella signora Belon, per il piacere che mi ha procurato! Perdona me, divina Julie. Ho osato godermi, per un momento, le tue tenere preoccupazioni. E quel momento è stato uno dei più dolci della mia vita. Che incantevoli erano quegli sguardi ansiosi e curiosi che ci osservavano di nascosto, per poi abbassarsi subito per evitare i miei! Cosa faceva allora il tuo felice amante? Parlava con la signora Belon? Ah, Julie. Puoi crederlo? No, no. Figlia incomparabile. Era occupato in modo molto più nobile. Con quale fascino il suo cuore seguiva i movimenti del tuo! Con quale avida impazienza i suoi occhi divoravano le tue attrattive. Il tuo amore, la tua bellezza riempivano, incantavano la sua anima. Quella dolce anima non riusciva nemmeno a contenerli tutti. L’unico mio rimpianto era di godere, a scapito di colei che amo, di piaceri che lei non condivideva. So cosa mi disse la signora Belon in tutto quel tempo? So cosa le risposi? Lo sapevo anche io nel momento del nostro incontro? E lei, riuscì forse a capire qualcosa dei discorsi di un uomo che parlava senza pensare e rispondeva senza ascoltare?

Come un uomo che sembra ascoltare, ma in realtà non capisce nulla.[44]

Mi ha trattato con il massimo disprezzo; ha detto a tutti, forse anche a te, che non ho il buon senso comune, e peggio ancora, che non ho alcun spirito, e che sono altrettanto sciocco quanto i miei libri. Che importanza ha ciò che dice o pensa? Non è forse Julie ad avere l’ultima parola sul mio essere e sul ruolo che desidero occupare? Che il resto del mondo pensi di me come vuole; tutto il mio valore risiede nella tua stima.

Ah! Credo che né la signora Belon, né tutte quelle bellezze superiori alla sua abbiano il diritto di intrattenersi con quegli svaghi di cui parli, e di allontanare per un momento dal tuo cuore e dai miei occhi ciò che amo. Se potessi dubitare della mia sincerità, se potessi infliggere un simile oltraggio al mio amore e ai tuoi incanti, dimmi: chi mai potrebbe aver registrato tutto ciò che avvenne intorno a te? Non ti vedo forse brillare tra queste giovani bellezze come il sole tra le stelle che eclissa? Non noto forse i cavalieri radunarsi intorno alla tua sedia? Non vedo, nonostante le tue compagne, l’ammirazione che provano per te? Non vedo i loro rispetti affettuosi e le loro galanterie? E non ti vedo riceverli con quell’aria di modestia e indifferenza che, più della fierezza, incute ammirazione? E quando ti toglievi i guanti per il pasto, non notavo l’effetto che quel braccio scoperto produceva sugli spettatori? Non vedevo forse quel giovane straniero che, dopo aver raccolto il tuo guanto, cercava di baciare quella mano incantevole che lo riceveva? E non c’era forse qualcuno ancora più audace, il cui sguardo ardente sembrava succhiarmi il sangue e la vita, fino al punto che, quando te ne accorgesti, fosti costretta ad aggiungere un altro spillone al tuo fazzoletto? Non ero così distratto come pensi; ho visto tutto questo, Julie, e non ne sono stato geloso. Perché conosco il tuo cuore: so bene che non è di quelle persone capaci di amare due volte. E allora, potrai forse accusare il mio di esserlo?

Riprendiamo dunque questa vita solitaria che abbandonai solo a malincuore. No, il cuore non trova nutrimento nel tumulto del mondo: i falsi piaceri rendono ancora più amara la privazione di quelli veri, e si preferisce soffrire piuttosto che cercare vane consolazioni. Ma, mia Julie, esistono modi per resistere meglio alle difficoltà in cui viviamo. E tu sembri dimenticarlo! Passare quindici giorni interi l’uno così vicino all’altro senza vedersi o senza dirsi nulla. Ah! Cosa può fare un cuore divorato dall’amore in una situazione del genere? Anche l’assenza sarebbe meno crudele. A che serve un’eccessiva prudenza che ci causa più dolore di quanto possa prevenirne? A cosa serve prolungare la propria vita tra sofferenze continue? Non sarebbe forse mille volte meglio incontrarsi anche solo per un istante e poi morire?

Non lo nascondo, mia dolce amica: vorrei tanto conoscere quel delizioso segreto che mi tieni nascosto. Non ne è mai esistito uno più interessante per noi. Ma i miei sforzi sono vani. Comunque, manterrò il silenzio che mi imponi e reprimerò quella curiosità indiscreta. Tuttavia, rispettando un mistero così dolce, non potrei almeno cercare di chiarirlo? Chi sa, forse i tuoi progetti riguardano soltanto chimere. Cara anima della mia vita, ah, cominciamo almeno ad attuarli concretamente.

P.S. — Dimenticavo di dirti che il signor Roguin mi ha offerto di unirmi al reggimento che sta reclutando per re di Sardegna. Sono stato profondamente commosso dall’alta stima di questo nobile ufficiale; ringraziandolo, gli ho detto che la mia vista è troppo debole per il servizio militare e che la mia passione per lo studio non si adatta affatto a una vita così attiva. In questo modo non ho fatto alcun sacrificio per amore. Credo che ognuno debba dedicare la propria vita e il proprio sangue alla patria; non è permesso allearsi con principi a cui non si deve nulla, tanto meno vendersi e trasformare la più nobile delle professioni in quella di un vile mercenario. Queste erano le massime di mio padre. Sarei molto felice di seguirne l’esempio nell’amore per i propri doveri e per il proprio paese. Lui non volle mai servire alcun principe straniero; tuttavia, durante la guerra del 1712, combatté con onore per la patria. Fu coinvolto in diverse battaglie, una delle quali lo vide ferito; e nella battaglia di Wilmerghen ebbe la fortuna di catturare uno stendardo nemico davanti agli occhi del generale de Sacconex.

Lettera XXXV – Di Julie a Saint-Preux

Amico mio, non credo che le due parole che avevo detto scherzando su Madame Belon meritino una spiegazione così seria. Tanta attenzione nel cercare di giustificarsi a volte genera pregiudizi contrari; è proprio l’attenzione dedicata alle cose insignificanti a farne oggetti importanti. Sicuramente questo non accadrà tra noi: i cuori ben impegnati non sono certo troppo pignoli, e le liti degli innamorati per questioni banali hanno quasi sempre motivazioni molto più reali di quanto sembri.

Tuttavia, non mi dispiace che questa piccola cosa ci offra l’occasione di parlare tra noi della gelosia: un argomento, purtroppo, troppo importante per me.

Vedo, mio amico, dalla tempra delle nostre anime e dall’affinità dei nostri gusti, che l’amore sarà la grande questione della nostra vita. Una volta che ha prodotto in noi quelle profonde impressioni, deve necessariamente estinguere o assorbire tutte le altre passioni; il minimo indebolimento di tale sentimento significherebbe per noi una sofferenza insopportabile; un disgusto invincibile e un’eterna noia seguirebbero la scomparsa dell’amore, e non potremmo sopravvivere a lungo dopo aver smesso di amare. Per quanto mi riguarda, tu stesso sai bene che solo l’estasi della passione può offrirmi il modo per ignorare l’orrore della mia situazione attuale; quindi devo amare con fervore, o morire di dolore. Vedi dunque se ho motivo di discutere seriamente su una questione che determinerà la felicità o la sfortuna dei miei giorni.

Per quanto possa giudicare di me stessa, mi sembra che, sebbene spesso i miei sentimenti siano troppo intensi, io sia tuttavia poco incline alle emozioni estreme. Le mie sofferenze dovrebbero essersi accumulate nel tempo prima che io osassi rivelarne la causa a chi le ha provocate; e poiché sono convinta che non si possa offendere qualcuno senza volerlo, preferirei sopportare cento motivi di lamentela piuttosto che affrontare una spiegazione. Un carattere del genere potrebbe portare a conseguenze gravi, soprattutto se si ha una tendenza alla gelosia. E temo davvero di possederla in me. Non è che non sappia che il tuo cuore è fatto per il mio e non per un altro. Ma si può ingannare se stessi, provare un interesse passeggero per qualcosa, e agire per capriccio tanto quanto lo si farebbe per amore. E se tu puoi credere di essere inconstante senza esserlo davvero, con ancora più ragione posso accusarti ingiustamente di infedeltà. Questo terribile dubbio rovinerebbe comunque la mia vita: soffrirei in silenzio, morirei senza consolazione, senza aver mai smesso di essere amata.

Prévenons, je t’en conjure, un malheur dont la seule idée me fait frissonner. Jure-moi donc, mon doux ami, non par l’amour, serment qu’on ne tient que quand il est superflu, mais par ce nom sacré de l’honneur, si respecté de toi, que je ne cesserai jamais d’être la confidente de ton coeur, et qu’il n’y surviendra point de changement dont je ne sois la première instruite. Ne m’allègue pas que tu n’auras jamais rien à m’apprendre ; je le crois, je l’espère ; mais préviens mes folles alarmes, et donne-moi, dans tes engagements pour un avenir qui ne doit point être, l’éternelle sécurité du présent. Je serais moins à plaindre d’apprendre de toi mes malheurs réels, que d’en souffrir sans cesse d’imaginaires ; je jouirais au moins de tes remords ; si tu ne partageais plus mes feux, tu partagerais encore mes peines, et je trouverais moins amères les larmes que je verserais dans ton sein.

C’est ici, mon ami, que je me félicite doublement de mon choix, et par le doux lien qui nous unit, et par la probité qui l’assure. Voilà l’usage de cette règle de sagesse dans les choses de pur sentiment ; voilà comment la vertu sévère sait écarter les peines du tendre amour. Si j’avais un amant sans principes, dût-il m’aimer éternellement, où seraient pour moi les garants de cette constance ? Quels moyens aurais-je de me délivrer de mes défiances continuelles, et comment m’assurer de n’être point abusée, ou par sa feinte, ou par ma crédulité ? Mais toi, mon digne et respectable ami, toi qui n’es capable ni d’artifice ni de déguisement, tu me garderas, je le sais, la sincérité que tu m’auras promise. La honte d’avouer une infidélité ne l’emportera point dans ton âme droite sur le devoir de tenir ta parole ; et si tu pouvais ne plus aimer ta Julie, tu lui dirais… oui, tu pourrais lui dire : O Julie ! je ne… Mon ami, jamais je n’écrirai ce mot-là.

Que penses-tu de mon expédient ? C’est le seul, j’en suis sûre, qui pouvait déraciner en moi tout sentiment de jalousie. Il y a je ne sais quelle délicatesse qui m’enchante à me fier de ton amour à ta bonne foi, et à m’ôter le pouvoir de croire une infidélité que tu ne m’apprendrais pas toi-même. Voilà, mon cher, l’effet assuré de l’engagement que je t’impose ; car je pourrais te croire amant volage, mais non pas ami trompeur ; et quand je douterais de ton coeur, je ne puis jamais douter de ta foi. Quel plaisir je goûte à prendre en ceci des précautions inutiles, à prévenir les apparences d’un changement dont je sens si bien l’impossibilité ! Quel charme de parler de jalousie avec un amant si fidèle ! Ah ! si tu pouvais cesser de l’être, ne crois pas que je t’en parlasse ainsi. Mon pauvre coeur ne serait pas si sage au besoin, et la moindre défiance m’ôterait bientôt la volonté de m’en garantir.

Voilà, mon très honoré maître, matière à discussion pour ce soir ; car je sais que vos deux humbles disciples auront l’honneur de souper avec vous chez le père de l’inséparable. Vos doctes commentaires sur la gazette vous ont tellement fait trouver grâce devant lui, qu’il n’a pas fallu beaucoup de manège pour vous faire inviter. La fille a fait accorder son clavecin ; le père a feuilleté Lamberti ; moi, je recorderai peut-être la leçon du bosquet de Clarens. O docteur en toutes facultés, vous avez partout quelque science de mise ! M. d’Orbe, qui n’est pas oublié, comme vous pouvez penser, a le mot pour entamer une savante dissertation sur le futur hommage du roi de Naples, durant laquelle nous passerons tous trois dans la chambre de la cousine. C’est là, mon féal, qu’à genoux devant votre dame et maîtresse, vos deux mains dans les siennes, et en présence de son chancelier, vous lui jurerez foi et loyauté à toute épreuve ; non pas à dire amour éternel, engagement qu’on n’est maître ni de tenir ni de rompre ; mais vérité, sincérité, franchise inviolable. Vous ne jurerez point d’être toujours soumis, mais de ne point commettre acte de félonie, et de déclarer au moins la guerre avant de secouer le joug. Ce faisant, aurez l’accolade, et serez reconnu vassal unique et loyal chevalier.

Adieu, mon bon ami ; l’idée du souper de ce soir m’inspire de la gaieté. Ah ! qu’elle me sera douce quand je te la verrai partager !

Lettre XXXVI – De Julie à Saint-Preux

Baise cette lettre, et saute de joie pour la nouvelle que je vais t’apprendre ; mais pense que, pour ne point sauter et n’avoir rien à baiser, je n’y suis pas la moins sensible. Mon père, obligé d’aller à Berne pour son procès, et de là à Soleure pour sa pension, a proposé à ma mère d’être du voyage ; et elle l’a accepté, espérant pour sa santé quelque effet salutaire du changement d’air. On voulait me faire la grâce de m’emmener aussi, et je ne jugeai pas à propos de dire ce que j’en pensais ; mais la difficulté des arrangements de voiture a fait abandonner ce projet, et l’on travaille à me consoler de n’être pas de la partie. Il fallait feindre de la tristesse, et le faux rôle que je me vois contrainte à jouer m’en donne une si véritable ; que le remords m’a presque dispensée de la feinte.

Pendant l’absence de mes parents, je ne resterai pas maîtresse de maison ; mais on me dépose chez le père de la cousine, en sorte que je serai tout de bon, durant ce temps, inséparable de l’inséparable. De plus, ma mère a mieux aimé se passer de femme de chambre, et me laisser Babi pour gouvernante : sorte d’Argus peu dangereux, dont on ne doit ni corrompre la fidélité, ni se faire des confidents, mais qu’on écarte aisément au besoin, sur la moindre lueur de plaisir ou de gain qu’on leur offre.

Tu comprends quelle facilité nous aurons à nous voir durant une quinzaine de jours ; mais c’est ici que la discrétion doit suppléer à la contrainte, et qu’il faut nous imposer volontairement la même réserve à laquelle nous sommes forcés dans d’autres temps. Non seulement tu ne dois pas, quand je serai chez ma cousine, y venir plus souvent qu’auparavant, de peur de la compromettre ; j’espère même qu’il ne faudra te parler ni des égards qu’exige son sexe, ni des droits sacrés de l’hospitalité, et qu’un honnête homme n’aura pas besoin qu’on l’instruise du respect dû par l’amour à l’amitié qui lui donne asile. Je connais tes vivacités, mais j’en connais les bornes inviolables. Si tu n’avais jamais fait de sacrifice à ce qui est honnête, tu n’en aurais point à faire aujourd’hui.

D’où vient cet air mécontent et cet oeil attristé ? Pourquoi murmurer des lois que le devoir t’impose ? Laisse à ta Julie le soin de les adoucir ; t’es-tu jamais repenti d’avoir été docile à sa voix ? Près des coteaux fleuris d’où part la source de la Vevaise, il est un hameau solitaire qui sert quelquefois de repaire aux chasseurs, et ne devrait servir que d’asile aux amants. Autour de l’habitation principale dont M. d’Orbe dispose, sont épars assez loin quelques chalets[46], qui, de leurs toits de chaume, peuvent couvrir l’amour et le plaisir, amis de la simplicité rustique. Les fraîches et discrètes laitières savent garder pour autrui le secret dont elles ont besoin pour elles-mêmes. Les ruisseaux qui traversent les prairies sont bordés d’arbrisseaux et de bocages délicieux. Des bois épais offrent au-delà des asiles plus déserts et plus sombres.

Al bel seggio riposto, ombroso e fosco,

Ne mai pastori appressan, ne bifolci.[47]

L’art ni la main des hommes n’y montrent nulle part leurs soins inquiétants ; on n’y voit partout que les tendres soins de la mère commune. C’est là, mon ami, qu’on n’est que sous ses auspices, et qu’on peut n’écouter que ses lois. Sur l’invitation de M. d’Orbe, Claire a déjà persuadé à son papa qu’il avait envie d’aller faire avec quelques amis une chasse de deux ou trois jours dans ce canton, et d’y mener les inséparables. Ces inséparables en ont d’autres, comme tu ne sais que trop bien. L’un, représentant le maître de la maison, en fera naturellement les honneurs ; l’autre, avec moins d’éclat, pourra faire à sa Julie ceux d’un humble chalet ; et ce chalet, consacré par l’amour, sera pour eux le temple de Gnide. Pour exécuter heureusement et sûrement ce charmant projet, il n’est question que de quelques arrangements qui se concerteront facilement entre nous, et qui feront partie eux-mêmes des plaisirs qu’ils doivent produire. Adieu, mon ami ; je te quitte brusquement, de peur de surprise. Aussi bien, je sens que le coeur de ta Julie vole un peu trop tôt habiter le chalet.

I implore you—prevent a disaster whose very thought makes me shudder. Swear to me, my dear friend, not by that love which is only sworn upon when it is unnecessary, but by that sacred name of honor so highly respected by you: I will never cease to be the confidante of your heart, and I will always be the first to learn of any change that may occur. Do not tell me that you will never have anything to teach me; I believe it, I hope it; but put an end to my foolish fears and give me, in your promises for a future that shall never come to be, the eternal security of the present. It would be less painful for me to learn about my real misfortunes from you than to suffer endlessly from imagined ones; at least I could then share in your remorse. If you no longer shared my joys, you would still share my sorrows, and the tears I shed in your arms would not seem so bitter.

It is here, my friend, that I am doubly grateful for my choice—both for the tender bond that unites us and for the integrity that ensures its durability. This is how this rule of wisdom is applied in matters of pure affection; this is how virtuous discipline knows how to ward off the troubles that might arise from tender love. If I had a lover without principles, even if he loved me eternally, where would be the guarantees for such constancy? What means would I have to free myself from constant suspicion, and how could I be certain that I would not be deceived, either by his deceit or by my own credulity? But you, my worthy and respected friend—you, who are incapable of any artifice or deception—you will surely keep me the sincerity you have promised me. The shame of admitting infidelity would never prevail in your upright heart over the duty to keep your word; and if you were to cease loving Julie, you would tell her, yes, you could tell her: “O Julie! I no longer, ” My friend, I will never write those words.

What do you think of my plan? It’s the only one, I’m sure, that could eradicate every trace of jealousy in me. There’s some subtle delicacy in relying on your love and good faith, in depriving myself of the possibility of believing in infidelity when you yourself would never tell me such a thing. My dear, this is the certain effect of the commitment I impose upon you; for I might believe you to be fickle in love, but not deceitful in friendship. And even if I doubted your feelings, I could never doubt your integrity. What pleasure I take in taking these unnecessary precautions, in preventing what I know is utterly impossible! How charming it is to talk about jealousy with such a faithful lover! Ah! If only you could cease to be so faithful, believe me, I wouldn’t speak of it in that way. My poor heart might not be so wise when faced with need; the slightest suspicion would quickly make me lose the will to protect myself against it.

Here, my most honorable master, is material for discussion this evening; for I know that your two humble disciples will have the honor of dining with you at the home of that “inseparable one.” Your learned comments on the gazette have won you such favor in his eyes that it was not difficult to arrange for you to be invited. The daughter has made her clavichord available; the father has read Lamberti’s works; and I, perhaps, will record the lesson from the grove of Clarens. Oh, doctor in every field of knowledge—you truly possess a wisdom that knows how to present itself in every situation! Mr. d’Orbe, who, as you can imagine, has not been forgotten, will have the words to begin a learned discussion on the future tribute to be paid by the King of Naples; during this discussion, all three of us will go to the cousin’s room. There, my faithful friend, you will kneel before your lady and mistress, with both your hands in hers, and in the presence of her chancellor, you will swear to her faith and loyalty through all trials. Not that you promise eternal love—a commitment that one is neither bound to keep nor free to break—but truth, sincerity, and inviolable honesty. You will not swear to be always submissive, but rather that you will never commit treason and that you will at least declare war before attempting to shake off the yoke. By doing so, you will receive the accolade and be recognized as a sole and loyal vassal and knight.

Goodbye, my dear friend; the thought of tonight’s dinner fills me with joy. Ah! How sweet it will be to see you share it with me!

Letter XXXVI – From Julie to Saint-Preux

Kiss this letter, and rejoice at the news I am about to tell you; but remember that even if I were not able to kiss it or feel any joy at all, my feelings would be no less genuine. My father, having to go to Bern for his trial and then on to Soleure for his pension, offered to take my mother along; she accepted, hoping that the change of air might be beneficial to her health. They also wanted to include me in the trip, but I did not feel it appropriate to express my opinion at the time. However, due to logistical difficulties related to the transportation arrangements, this plan was abandoned, and now people are trying to comfort me for not being able to go. I had to pretend to be sad, and the false role I am forced to play brings such genuine sorrow that it almost makes the pretense unnecessary.

During my parents’ absence, I will not be in charge of running the household; instead, I will be taken to live with my cousin’s father, so that during this time, I will be inseparable from that person who is already inseparable from me. Moreover, my mother preferred to do without a maid and entrusted Babi to me as a kind of “Argus”–not particularly dangerous, someone whose loyalty need not be corrupted or whom one cannot confide in, but who can easily be set aside whenever there is the slightest hint of pleasure or gain at stake.

You understand how convenient it will be for us to see each other over the next fifteen days; but here, discretion must replace necessity, and we must voluntarily impose on ourselves the same restraint that we are forced to observe at other times. Not only must you not visit my cousin more frequently than before while I am there, lest you compromise her; I even hope that we will not need to discuss the considerations due to her gender or the sacred rights of hospitality. An honest man should not need anyone to remind him of the respect that love owes to friendship, which offers it shelter. I know your lively nature, but I also know its inviolable limits. If you have never made sacrifices for what is honorable, then you certainly do not need to make any today.

Where does this displeased expression and that sad look come from? Why murmur about duties that your conscience imposes upon you? Leave it to your Julie to soften them; have you ever regretted obeying her voice? Near the flowered hills where the Vevaise stream originates, there is a lonely hamlet that sometimes serves as shelter for hunters—and it should only serve as a refuge for lovers. Around the main residence owned by Mr. d’Orbe, there are several scattered chalets[46] whose thatched roofs can provide shelter for love and pleasure, friends of rustic simplicity. The fresh and discreet maids know how to keep secrets—secrets necessary for themselves but also for others. The streams flowing through the meadows are lined with lovely shrubs and groves. Beyond these, dense forests offer even more secluded and gloomy refuges.

In that beautiful, quiet place, shaded and dark.

Neither must they hurry their herding nor divide the flocks.[47]

Neither art nor human hands display there the slightest trace of their anxious care; everywhere one can only see the tender nurturing of that common Mother Nature. It is there, my friend, that we are entirely under her protection and can listen solely to her laws. At Mr. d’Orbe’s invitation, Claire has already convinced her father that he would like to go hunting for two or three days in that region with some friends, taking his inseparable companions along. These companions, as you well know, have their own “companions” too. One of them, representing the master of the house, will naturally preside over these festivities; another, though less ostentatiously, will be able to offer his Julie the comforts of a humble cabin—and for them, this cabin, sanctified by love, will become their very temple of bliss. To carry out this delightful plan successfully and without mishap, all that is needed are some arrangements that can be easily made between us and that will themselves form part of the pleasures they are meant to bring. Adieu, my friend; I must leave you suddenly, for fear of surprising you. Besides, I feel that Julie’s heart is already longing too eagerly to inhabit that cabin.

Ti prego, previeni un disastro il cui solo pensiero mi fa rabbrividire. Giurami dunque, mio caro amico, non con quel giuramento che si pronuncia soltanto quando è superfluo, ma con quel sacro nome dell’onore che tu tanto rispetti: non smetterò mai di essere la confidente del tuo cuore, e nessun cambiamento avverrà senza che io ne sia la prima a saperlo. Non dirmi che non avrai mai nulla da insegnarmi; lo credo, lo spero. Ma placami quelle folli paure e dammi, con le tue promesse per un futuro che ancora non esiste, la sicurezza eterna del presente. Sarei meno sfortunata nell’apprendere dai tuoi labbi i miei veri mali, piuttosto che soffrirne continuamente a causa di quelli immaginari; almeno potrei godere dei tuoi rimorsi. Se non condividessi più i miei sentimenti, condivideresti almeno le mie sofferenze, e le lacrime che verso nel tuo grembo mi sembrerebbero meno amare.

Ecco, mio caro amico, in questo momento mi rallegro doppiamente della mia scelta: sia per il dolce legame che ci unisce, sia per la probità che lo garantisce. Ecco come questa regola di saggezza viene applicata nelle questioni legate ai sentimenti puri; ecco come la virtù severa sa allontanare i dolori dell’amore tenero. Se avessi un amante privo di principi, anche se mi amasse per sempre, dove troverei le garanzie di questa fedeltà? Con quali mezzi potrei liberarmi dalle mie continue diffidenze e come potrei essere certa di non essere ingannata, sia dalla sua falsità che dalla mia credulità? Ma tu, mio nobile e rispettabile amico, tu che non sei capace né di artifici né di inganni, mi proteggerai, ne sono certa, con la sincerità che mi hai promesso. L’umiliazione di confessare un tradimento non avrà la meglio nel tuo animo retto sul dovere di mantenere la tua parola; e se mai potessi smettere di amare Julie, le diresti, sì, potresti dirle: “O Julie! Non ti amo più, ” Mio amico, mai scriverò questa frase.

Che ne pensi del mio stratagemma? È l’unico, ne sono sicura, che possa estirpare da me ogni sentimento di gelosia. C’è una sorta di delicatezza nel fatto di poter fidarmi del tuo amore e della tua onestà, nel non avere il minimo dubbio riguardo a un’infedeltà che tu stesso non mi riveleresti mai. Ecco, caro mio, l’effetto sicuro dell’impegno che ti impongo: potrei anche crederti un amante capriccioso, ma mai un amico ingannatore; e quando dubitassi del tuo cuore, non potrei mai dubitare della tua fedeltà. Che piacere provo nel prendere queste precauzioni inutili, nel prevenire quelle apparenze di cambiamento che so perfettamente essere impossibili! Quanto è affascinante parlare di gelosia con un amante così fedele. Ah! Se solo potessi smettere di esserlo, non credere che ti parlassi in questo modo. Il mio povero cuore, nel momento del bisogno, non sarebbe così saggio; e la minima sfiducia mi priverebbe immediatamente della volontà di proteggermi da eventuali inganni.

Ecco, mio molto onorato maestro, argomento di discussione per stasera; so infatti che i vostri due umili discepoli avranno l’onore di cenare con voi presso il padre dell’inséparabile. I vostri saggi commenti sulla gazetta vi hanno reso così graditi ai suoi occhi, che non è stato necessario molto sforzo per farvi invitare. La figlia ha messo a disposizione il suo clavicembalo; il padre ha sfogliato i libri di Lamberti; io, forse, registrerò la lezione del boschetto di Clarens. Oh, dottore in tutte le discipline, voi possedete davvero una scienza che sa come farsi valere ovunque! Il signor d’Orbe, che, come potete immaginare, non è stato dimenticato, ha proprio il modo giusto per avviare una discussione erudita sul futuro omaggio del re di Napoli. Durante questa conversazione, noi tre passeremo nella stanza della cugina. Lì, mio fedele amico, inginocchiati davanti alla vostra signora e padrona, con le vostre due mani nelle sue, e in presenza del suo cancelliere, giurerete fedeltà a lei sotto ogni circostanza. Non si tratta certo di promettere un amore eterno, un impegno che non si può né mantenere né rompere; ma di giurare verità, sincerità, franchezza inviolabile. Non giurerete di essere sempre sottomessi, ma di non compiere atti di tradimento. E almeno di dichiarare guerra prima di cercare di spezzare il giogo. Facendo ciò, riceverete l’abbraccio della vostra padrona e verrete riconosciuti come un cavaliere fedele e leale.

Addio, mio caro amico; il pensiero della cena di stasera mi ispira gioia. Ah! Quanto sarà dolce per me vederla condivisa insieme a te!

Lettera XXXVI – Di Julie a Saint-Preux

Bacia questa lettera e gioisci immensamente per la notizia che sto per darti; ma pensa che, anche se non dovessi gioire o non ci fosse nulla da baciare, questo non significherebbe affatto che io sia meno commossa. Mio padre, costretto ad andare a Berna per il suo processo e poi a Soletta per ricevere la sua pensione, ha proposto a mia madre di partire con lui; lei l’ha accettato, sperando che il cambiamento d’aria potesse essere benefico per la sua salute. Volevano anche portarmi con loro, ma non ho ritenuto opportuno esprimere il mio parere; tuttavia, le difficoltà organizzative legate ai viaggi in carrozza hanno fatto abbandonare questo progetto, e ora ci sforziamo di consolarmi per non poter partire. Dovevamo fingere tristezza. E il ruolo falso che sono costretta a interpretare mi fa provare una vera e propria tristezza; tanto che quasi non ho più bisogno di fingere.

Durante l’assenza dei miei genitori, non rimarrò a fare da casalinga; mi lasceranno invece presso il padre della mia cugina, in modo che, durante questo periodo, io sia davvero inscindibile da quella persona. Inoltre, mia madre ha preferito fare a meno di una cameriera e lasciarmi Babi come governante: una sorta di “Argo” poco pericoloso, di cui non è necessario né corrompere la fedeltà né farne un confidente, ma che si può facilmente allontanare quando ce n’è bisogno, al minimo accenno di piacere o vantaggio che gli venga offerto.

Capisci facilmente che avremo l’opportunità di vederci per circa quindici giorni; ma è proprio in questo momento che la discrezione deve sostituire la costrizione, e dobbiamo imporci volontariamente la stessa riservatezza che altrimenti saremmo costretti a mantenere. Non solo non dovresti venire da mia cugina più spesso del solito, per non metterla in imbarazzo; ma spero anche che non sarà necessario parlarti né degli obblighi legati al suo sesso, né dei diritti sacri dell’ospitalità. Un uomo onesto non ha certo bisogno che gli si insegni quale rispetto debba essere mostrato dall’amore verso l’amicizia che gli offre rifugio. Conosco le tue vivacità, ma conosco anche i loro limiti inviolabili. Se mai in passato hai fatto sacrifici per ciò che è onesto, oggi non ne avrai bisogno.

Da dove deriva quell’aspetto scontento e quello sguardo triste? Perché mormorare contro le leggi che il dovere ti impone? Lascia che sia tua Julie a compitiere il compito di renderle più dolci; ti sei mai pentito di essere stato docile alla sua voce? Vicino ai colli fioriti da cui nasce la sorgente della Vevaise, c’è un piccolo villaggio solitario che talvolta serve da rifugio ai cacciatori, e dovrebbe servire soltanto da asilo agli amanti. Intorno all’abitazione principale di cui dispone il signor d’Orbe, si trovano sparsi alcuni chalet[46], i cui tetti di paglia possono offrire riparo all’amore e al piacere, amici della semplicità rustica. Le fresche e discrete pastorelle sanno custodire per gli altri il segreto di cui hanno bisogno per sé stesse. I ruscelli che attraversano i prati sono bordati da cespugli e boschetti deliziosi; oltre di questi, ci sono foreste fitte che offrono rifugi ancora più solitari e oscuri.

Nel bel seggio, appartato, ombreggiato e tenebroso.

Né pastori si avvicinano mai, né branchi di animali.[47]

Né l’arte né la mano degli uomini mostrano in alcun luogo i loro premurosi attenzioni; ovunque si vedono soltanto le tenere cure della “madre comune”. È lì, mio caro amico, che si è sotto la sua protezione e si possono ascoltare soltanto le sue leggi. Su invito del signor d’Orbe, Claire ha già convinto suo padre che desiderava andare, con alcuni amici, a cacciare per due o tre giorni in quella regione, portandovi anche quelle persone inseparabili. Queste “inseparabili”, però, ne hanno altre, come tu ben sai. Uno di loro, rappresentante del padrone di casa, naturalmente farà gli onori dell’occasione; l’altro, con meno splendore, potrà offrire a sua Julie quelli di una umile capanna. E questa capanna, consacrata dall’amore, sarà per loro il tempio dell’affetto. Per realizzare con successo e sicurezza questo delizioso progetto, bastano alcuni accordi che possiamo facilmente concordare tra noi. E questi stessi accordi faranno parte dei piaceri che esso dovrebbe procurarci. Addio, mio caro amico; ti lascio bruscamente, per evitare di sorprenderti. Del resto, sento che il cuore di tua Julie desidera già troppo presto “abitare” in quella capanna.

P.-S. — Tout bien considéré, je pense que nous pourrons sans indiscrétion nous voir presque tous les jours ; savoir, chez ma cousine de deux jours l’un, et l’autre à la promenade.

Lettre XXXVIII – De Saint-Preux à Julie

Non, Julie, il ne m’est pas possible de ne te voir chaque jour que comme je t’ai vue la veille ; il faut que mon amour s’augmente et croisse incessamment avec tes charmes, et tu m’es une source inépuisable de sentiments nouveaux que je n’aurais pas même imaginés. Quelle soirée inconcevable ! Que de délices inconnus tu fis éprouver à mon coeur ! O tristesse enchanteresse ! O langueur d’une âme attendrie ! combien vous surpassez les turbulents plaisirs et la gaieté folâtre, et la joie emportée, et tous les transports qu’une ardeur sans mesure offre aux désirs effrénés des amants ! Paisible et pure jouissance qui n’a rien d’égal dans la volupté des sens, jamais, jamais ton pénétrant souvenir ne s’effacera de mon coeur ! Dieux ! quel ravissant spectacle, ou plutôt quelle extase, de voir deux beautés si touchantes s’embrasser tendrement, le visage de l’une se pencher sur le sein de l’autre, leurs douces larmes se confondre, et baigner ce sein charmant comme la rosée du ciel humecte un lis fraîchement éclos ! J’étais jaloux d’une amitié si tendre ; je lui trouvais je ne sais quoi de plus intéressant que l’amour même, et je me voulais une sorte de mal de ne pouvoir t’offrir des consolations aussi chères, sans les troubler par l’agitation de mes transports. Non, rien, rien sur la terre n’est capable d’exciter un si voluptueux attendrissement que vos mutuelles caresses ; et le spectacle de deux amants eût offert à mes yeux une sensation moins délicieuse.

Ah ! qu’en ce moment j’eusse été amoureux de cette aimable cousine, si Julie n’eût pas existé ! Mais non, c’était Julie elle-même qui répandait son charme invincible sur tout ce qui l’environnait. Ta robe, ton ajustement, tes gants, ton éventail, ton ouvrage, tout ce qui frappait autour de toi mes regards enchantait mon coeur, et toi seule faisais tout l’enchantement. Arrête, ô ma douce amie ! à force d’augmenter mon ivresse, tu m’ôterais le plaisir de la sentir. Ce que tu me fais éprouver approche d’un vrai délire, et je crains d’en perdre enfin la raison. Laisse-moi du moins connaître un égarement qui fait mon bonheur : laisse-moi goûter ce nouvel enthousiasme, plus sublime, plus vif que toutes les idées que j’avais de l’amour. Quoi ! tu peux te croire avilie ! quoi ! la passion t’ôte-t-elle aussi le sens ? Moi, je te trouve trop parfaite pour une mortelle ; je t’imaginerais d’une espèce plus pure, si ce feu dévorant qui pénètre ma substance ne m’unissait à la tienne, et ne me faisait sentir qu’elles sont la même. Non, personne au monde ne te connaît, tu ne te connais pas toi-même ; mon coeur seul te connaît, te sent, et sait te mettre à ta place. Ma Julie ! ah ! quels hommages te seraient ravis si tu n’étais qu’adorée ! Ah ! si tu n’étais qu’un ange, combien tu perdrais de ton prix !

Dis-moi comment il se peut qu’une passion telle que la mienne puisse augmenter : je l’ignore, mais je l’éprouve. Quoique tu me sois présente dans tous les temps, il y a quelques jours surtout que ton image, plus belle que jamais, me poursuit et me tourmente avec une activité à laquelle ni lieu ni temps ne me dérobe ; et je crois que tu me laissas avec elle dans ce chalet que tu quittas en finissant ta dernière lettre. Depuis qu’il est question de ce rendez-vous champêtre, je suis trois fois sorti de la ville ; chaque fois mes pieds m’ont porté des mêmes côtés, et chaque fois la perspective d’un séjour si désiré m’a paru plus agréable.

Non vide il mondo si leggiadri rami,

Ne mosse ‘l vento mai si rerdi frondi.[48]

Je trouve la campagne plus riante, la verdure plus fraîche et plus vive, l’air plus pur, le ciel plus serein ; le chant des oiseaux semble avoir plus de tendresse et de volupté ; le murmure des eaux inspire une langueur plus amoureuse, la vigne en fleurs exhale au loin de plus doux parfums ; un charme secret embellit tous les objets ou fascine mes sens ; on dirait que la terre se pare pour former à ton heureux amant un lit nuptial digne de la beauté qu’il adore et du feu qui le consume. O Julie ! ô chère et précieuse moitié de mon âme ! hâtons-nous d’ajouter à ces ornements du printemps la présence de deux amants fidèles. Portons le sentiment du plaisir dans des lieux qui n’en offrent qu’une vaine image ; allons animer toute la nature : elle est morte sans les feux de l’amour. Quoi ! trois jours d’attente ! trois jours encore ! Ivre d’amour, affamé de transports, j’attends ce moment tardif avec une douloureuse impatience. Ah ! qu’on serait heureux si le ciel ôtait de la vie tous les ennuyeux intervalles qui séparent de pareils instants !

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Lettre XL – De Fanchon Regard à Julie

Mademoiselle,

Pardonnez une pauvre fille au désespoir, qui, ne sachant plus que devenir, ose encore avoir recours à vos bontés. Car vous ne vous lassez point de consoler les affligés, et je suis si malheureuse qu’il n’y a que vous et le bon Dieu que mes plaintes n’importunent pas. J’ai eu bien du chagrin de quitter l’apprentissage où vous m’aviez mise ; mais, ayant eu le malheur de perdre ma mère cet hiver, il a fallu revenir auprès de mon pauvre père, que sa paralysie retient toujours dans son lit.

Je n’ai pas oublié le conseil que vous aviez donné à ma mère de tâcher de m’établir avec un honnête homme qui prît soin de la famille. Claude Anet, que monsieur votre père avait ramené du service, est un brave garçon, rangé, qui sait un bon métier, et qui me veut du bien. Après tant de charité que vous avez eue pour nous, je n’osais plus vous être incommode, et c’est lui qui nous a fait vivre pendant tout l’hiver. Il devait m’épouser ce printemps ; il avait mis son coeur à ce mariage : mais on m’a tellement tourmentée pour payer trois ans de loyer échu à Pâques, que, ne sachant où prendre tant d’argent comptant, le pauvre jeune homme s’est engagé derechef, sans m’en rien dire, dans la compagnie de M. de Merveilleux[49], et m’a apporté l’argent de son engagement. M. de Merveilleux n’est plus à Neufchâtel que pour sept ou huit jours, et Claude Anet doit partir dans trois ou quatre pour suivre la recrue ; ainsi nous n’avons pas le temps ni le moyen de nous marier, et il me laisse sans aucune ressource. Si, par votre crédit ou celui de monsieur le baron, vous pouviez nous obtenir au moins un délai de cinq ou six semaines, on tâcherait, pendant ce temps-là, de prendre quelque arrangement pour nous marier ou pour rembourser ce pauvre garçon ; mais je le connais bien, il ne voudra jamais reprendre l’argent qu’il m’a donné.

Il est venu ce matin un monsieur bien riche m’en offrir beaucoup davantage, mais Dieu m’a fait la grâce de le refuser. Il a dit qu’il reviendrait demain matin savoir ma dernière résolution. Je lui ai dit de n’en pas prendre la peine, et qu’il la savait déjà. Que Dieu le conduise ! il sera reçu demain comme aujourd’hui. Je pourrais bien aussi recourir à la bourse des pauvres ; mais on est si méprisé qu’il vaut mieux pâtir : et puis Claude Anet a trop de coeur pour vouloir d’une fille assistée.

Excusez la liberté que je prends, ma bonne demoiselle ; je n’ai trouvé que vous seule à qui j’ose avouer ma peine, et j’ai le coeur si serré qu’il faut finir cette lettre. Votre bien humble et affectionnée servante à vous servir.

Fanchon Regard.

Lettre XLII – De Saint-Preux à Julie

Je reçois votre lettre, et je pars à l’instant : ce sera toute ma réponse. Ah ! cruelle ! que mon coeur en est loin, de cette odieuse vertu que vous me supposez et que je déteste ! Mais vous ordonnez, il faut obéir. Dussé-je en mourir cent fois, il faut être estimé de Julie.

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Lettre XLIV – De Julie à Saint-Preux

P.S. — After all things considered, I think we can see each other almost every day without being impolite; one day at my cousin’s place, and the next day during a walk.

Letter XXXVIII – From Saint-Preux to Julie

No, Julie, it is impossible for me to see you every day only as I saw you the previous day; my love must constantly grow and increase with your charms, and you are a never-ending source of new emotions that I could never have imagined. What an unforgettable evening! How many unknown delights you brought to my heart! Oh, enchanting sadness! Oh, longing of a tender soul! How far you surpass the tumultuous pleasures, the wild joy, the ecstatic happiness, and all the transports that unbridled passion can offer to the frenzied desires of lovers! A peaceful and pure delight, unmatched in the pleasures of the senses—never, never will your unforgettable memory fade from my heart! Gods! What a delightful sight, or rather, what an ecstasy, to see two such touching beauties kissing tenderly, one’s face leaning over the other’s bosom, their sweet tears mingling and bathing that charming breast as the morning dew moistens a freshly bloomed lily! I was jealous of such a tender friendship; I found it more fascinating than love itself, and I suffered because I could not offer you such precious consolations without disturbing them with my own tumultuous emotions. No, nothing on earth can arouse such delightful tenderness as your mutual caresses; indeed, the sight of two lovers would hardly bring me such exquisite pleasure.

Ah! How I would have fallen in love with that kind and lovely cousin if it weren’t for Julie’s existence! But no—it was Julie herself who cast her invincible charm over everything around her. Your dress, your attire, your gloves, your fan, your handiwork. Everything that caught my eye delighted my heart, but you alone were the source of all this enchantment. Stop, oh my dear friend! By increasing my intoxication so much, you would take away even the pleasure of feeling it. What you make me experience borders on true delirium, and I fear I might ultimately lose my reason. At least let me experience this kind of madness that brings me happiness—let me taste this new enthusiasm, more sublime and intense than any idea I had ever had of love. How! Do you think you are degraded because of it? How! Does passion also strip you of your senses? For me, you are too perfect to be a mere mortal; I would imagine you belonged to some purer realm, if it weren’t for this devouring fire that unites our souls and makes us feel that we are one. No, no one in the world truly knows you, and you don’t even know yourself. Only my heart knows you, feels you, and understands your true place. My Julie! Ah! What honors would be rendered to you if you were merely an object of adoration! Ah! If you were just an angel, how much less precious you would be!

Tell me how it is possible for a passion like mine to grow stronger; I do not know how, but I feel it. Although you are always with me, in recent days especially, your image—more beautiful than ever—haunts and torments me, an obsession that neither place nor time can escape. I believe you left it with me in that cabin when you wrote your last letter. Ever since this rural rendezvous was mentioned, I have left the city three times; every time, my feet led me in the same direction, and each time the prospect of such a longed-for stay seemed even more enticing.

Were it not for these lovely branches, the world would be empty.

Let not the wind ever cause the leaves to wither again.[48]

I find the countryside more cheerful, the greenery fresher and more vibrant, the air purer, the sky clearer; the songs of the birds seem to carry more tenderness and passion; the murmuring of the waters inspires a deeper sense of longing; the flowering vines emit softer scents in the distance; some secret charm embellishes everything around me or captivates my senses; it’s as if the earth itself is dressing up to create for your beloved lover a bridal bed worthy of the beauty he adores and the passion that consumes him. Oh Julie! Oh, my dear and precious half of my soul! Let us quickly add to these springtime beauties the presence of two faithful lovers. Let us bring the joy of love to places that merely offer its vain semblance; let us bring life to the entire natural world—for it is dead without the fires of love. Oh! Three more days of waiting. Drunk with love, starved for ecstasy, I endure this long delay with agonizing impatience. Ah! How happy we would be if only heaven could erase all those tedious intervals that separate such moments from each other!

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Letter XL – From Fanchon Regard to Julie

Mademoiselle,

Pardon me, a poor girl in despair—who, knowing no other way out, dares yet to seek your kindness. For you never tire of comforting those who suffer, and I am so unhappy that only you and the good God are spared the annoyance of my complaints. I was very distressed to leave the apprenticeship you had placed me in; but after losing my mother this winter, it became necessary for me to return to my poor father, who remains bedridden due to his paralysis.

I have not forgotten the advice you gave my mother to try to arrange for me to marry an honest man who would take care of the family. Claude Anet, whom your father had brought back from his military service, is a good and decent young man who knows how to earn a living and who truly wants my well-being. After all the kindness you have shown us, I did not dare to impose on you any further, and it was he who provided for our needs throughout the winter. He was going to marry me this spring; he had wholeheartedly committed himself to this marriage. However, people kept pressing me to pay three years’ worth of rent that was due by Easter, and since I had no way of obtaining such a large sum of money in cash, the poor young man immediately signed on, without telling me, to join the company of Monsieur de Merveilleux[49] and brought me the money he earned from this arrangement. Monsieur de Merveilleous will only be in Neufchâtel for another seven or eight days, and Claude Anet must leave in three or four days to join the army. As a result, we neither have the time nor the means to get married, and now I am left with no resources at all. If, through your influence or that of Monsieur le Baron, you could manage to give us at least a five- or six-week delay, we would try to find a way to get married or to repay this poor young man. But I know him well; he will never accept back the money he has given me.

This morning, a very wealthy man came to offer me much more, but God granted me the grace to refuse him. He said he would return tomorrow morning to hear my final decision. I told him there was no need; he already knew what it was. May God guide him—he will be received just as he was today. I could also have resorted to the poor’s alms; but people are so despised these days that it is better to suffer. Besides, Claude Anet has too kind a heart to want a daughter who relies on charity.

Forgive me for taking this liberty, my kind young lady; I have found you alone to whom I dare confess my sorrow. My heart is so heavy that I must finish writing this letter at once. Your most humble and devoted servant.

Fanchon Regard.

Letter XLII – From Saint-Preux to Julie

I have received your letter, and I am setting off immediately—this will be my entire reply. Ah! How cruel! My heart is far from that detestable virtue you assume I possess, which I in fact despise! But since you have ordered it, obedience is due. Even if it were to cost me a hundred lives, I must be considered worthy of Julie’s regard.

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Letter XLIV – From Julie to Saint-Preux

P.S. — A ben pensarci, credo che potremo vederci quasi tutti i giorni senza essere indiscreti; uno da mia cugina, che ha due giorni in più di me, e l’altro durante le passeggiate.

Lettera XXXVIII – Da Saint-Preux a Julie

No, Julie, non è possibile per me vederti ogni giorno solo come ti ho vista il giorno prima; il mio amore deve aumentare e crescere incessantemente con i tuoi incanti, e tu sei per me una fonte inesauribile di nuovi sentimenti che nemmeno avrei potuto immaginare. Che serata incredibile! Quante delizie sconosciute hai fatto provare al mio cuore! Oh tristezza incantevole, oh desiderio di un’anima commossa, quanto superate queste gioie tumultuose, questa allegria folle, questa felicità travolgente, e tutti quei sentimenti intensi che una passione incontrollata può suscitare nei desideri frenetici degli amanti! Una gioia tranquilla e pura, senza eguali nella voluttà dei sensi. Mai, mai il tuo ricordo penetrante si cancellerà dal mio cuore! Dio, che spettacolo incantevole, o meglio, quale estasi, vedere due bellezze così commoventi abbracciarsi teneramente, il viso di una chinarsi sul petto dell’altra, le loro dolci lacrime mescolarsi e bagnare quel petto incantevole, come la rugiada del cielo umidifica un giglio appena sbocciato. Ero geloso di un’amicizia così tenera; le trovavo qualcosa di più affascinante dell’amore stesso. E mi sentivo quasi malinconico al pensiero di non poterti offrire consolazioni così preziose, senza turbare la tua serenità con l’intensità dei miei sentimenti. No, nulla al mondo è in grado di suscitare un tale piacere estatico quanto i vostri gesti d’affetto reciproco; e lo spettacolo di due amanti non potrebbe offrirmi una sensazione altrettanto deliziosa.

Ah! Quanto avrei amato in quel momento questa cara cugina, se Julie non fosse esistita. Ma no: era proprio Julie a diffondere il suo incantevole fascino su tutto ciò che la circondava. Il tuo abito, il tuo modo di vestire, i tuoi guanti, il tuo ventaglio, il tuo lavoro. Tutto ciò che attirava il mio sguardo mi incantava il cuore; e solo tu creavi tutta questa magia. Fermati, o mia dolce amica. Se continui a aumentare la mia “ebrezza”, mi priverai del piacere stesso di provarla. Quello che provo ora è quasi un vero delirio. Temo di perdere infine la ragione. Lasciami almeno conoscere questa follia che rende felice me. Lasciami assaporare questo nuovo entusiasmo, più sublime e intenso di qualsiasi idea avessi mai avuto sull’amore. Oh! Puoi davvero considerarti umiliata? La passione ti toglie anche il senno? Io, invece, ti trovo troppo perfetta per essere una mortale. Ti immaginerei appartenente a una specie più pura. Se non fosse per questo fuoco divorante che penetra nella mia anima e mi unisce alla tua, facendomi sentire che siamo la stessa cosa. No. Nessuno al mondo ti conosce davvero; nemmeno tu stessa te conosci. Solo il mio cuore ti conosce, ti percepisce. E sa metterti nel tuo giusto posto. Mia Julie. Ah! Quanti omaggi ti verrebbero resi, se non fossi altro che un oggetto di adorazione. Ah! Se solo fossi un angelo. Quanto perderesti del tuo valore.

Dimmi come sia possibile che una passione come la mia possa aumentare: non lo so, ma la provo. Anche se tu sei sempre presente nella mia vita, negli ultimi giorni in particolare la tua immagine, più bella che mai, mi perseguita e mi tormenta con un’ossessione a cui né luogo né tempo possono porre fine; credo che tu me l’abbia lasciata insieme a te in quella capanna che hai abbandonato alla fine della tua ultima lettera. Da quando è stata menzionata questa “incontro campestre”, sono uscito dalla città tre volte; ogni volta i miei piedi mi hanno portato verso lo stesso luogo, e ogni volta la prospettiva di trascorrere lì del tempo mi è sembrata ancora più attraente.

Non vide i rami del mondo adornarsi di grazia.

Il vento li fece muovere; le foglie non tornarono mai verdi.[48]

Trovo che la campagna sia più allegra, l’erba più fresca e rigogliosa, l’aria più pura, il cielo più sereno; il canto degli uccelli sembra avere più tenerezza e piacere; il mormorio delle acque ispira una malinconia più amorosa, la vite in fiore emana da lontano profumi più dolci; un incantesimo segreto abbellisce tutti gli oggetti o affascina i miei sensi; sembra che la terra si adorni apposta per creare al tuo felice amante un letto nuziale degno della bellezza che adora e del fuoco che lo consuma. Oh Julie! oh cara e preziosa metà della mia anima! Affrettiamoci ad aggiungere a questi ornamenti della primavera la presenza di due amanti fedeli. Portiamo il sentimento del piacere in luoghi che ne offrono soltanto un’immagine vana; andiamo a ravvivare tutta la natura: essa è “morta” senza i fuochi dell’amore. Che cosa! Tre giorni di attesa. Ancora tre giorni! Inebriato d’amore, affamato di emozioni, aspetto questo momento con una dolorosa impazienza. Ah! Quanto si sarebbe felici se il cielo eliminasse dalla vita tutti quegli noiosi intervalli che separano momenti del genere.

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Lettera XL – Di Fanchon Regard a Julie

Signorina.

Perdonate una povera ragazza disperata che, non sapendo più cosa fare, osa ancora rivolgersi alla vostra bontà. Poiché voi non vi stancate mai di consolare coloro che soffrono, e io sono così sfortunata che solo voi e il buon Dio non vi infastidite delle mie lamentele. Ho provato grande dolore nel lasciare l’apprendistato in cui mi avevate inserita; ma, avendo avuto la sventura di perdere mia madre quest’inverno, ho dovuto tornare dal mio povero padre, che la paralisi tiene ancora a letto.

Non ho dimenticato il consiglio che avevate dato a mia madre di cercare di far sì che io mi stabilissi con un uomo onesto che si prendesse cura della famiglia. Claude Anet, che vostro padre aveva riportato dal servizio militare, è un bravo ragazzo, rispettabile e competente nel suo lavoro; mi vuole bene davvero. Dopo tanta generosità da parte vostra verso di noi, non osavo più causarvi problemi. È stato lui a provvedere al nostro sostentamento per tutto l’inverno. Avrebbe dovuto sposarmi questa primavera; ci aveva messo davvero il cuore in questo matrimonio. Ma le difficoltà economiche legate al pagamento di tre anni di affitto scaduti a Pasqua sono state troppo grandi. Non sapendo da dove prendere tanti soldi, quel povero ragazzo si è arruolato immediatamente nella compagnia di Monsieur de Merveilleux[49], senza dirmelo, e mi ha portato i soldi necessari per saldare il debito. Monsieur de Merveilleous rimarrà a Neufchâtel solo per sette o otto giorni; Claude Anet dovrà partire tra tre o quattro giorni per unirsi alla truppa. Quindi non abbiamo né il tempo né i mezzi per sposarci. E ora mi lascia completamente senza risorse. Se, grazie al vostro credito o a quello del barone, riusciste ad ottenere per noi almeno cinque o sei settimane di tempo in più, cercheremmo di trovare una soluzione per sposarci o per ripagare quel povero ragazzo. Ma lo conosco bene: non vorrà mai riavere indietro i soldi che mi ha dato.

Stamattina è venuto un signore molto ricco che mi ha offerto molto di più, ma Dio mi ha dato la forza di rifiutare. Ha detto che tornerà domani mattina per conoscere la mia ultima decisione. Gli ho detto di non preoccuparsi, perché sapeva già quale sarebbe stata. Che Dio lo guidi! Sarà accolto domani esattamente come oggi. Potrei anche rivolgermi alla cassa dei poveri; ma si viene così disprezzati che è meglio soffrire. Inoltre, Claude Anet ha troppo cuore per volere una ragazza che dipende dagli altri.

Perdonate la libertà che mi prendo, ma cara signorina. Non ho trovato nessun altro se non voi a cui osare confessare il mio dolore; il mio cuore è così oppresso che devo concludere questa lettera al più presto. La vostra umile e devota serva vi obbedisce.

Fanchon Regard.

Lettera XLII – Da Saint-Preux a Julie

Ricevo la vostra lettera e parto immediatamente: questa sarà tutta la mia risposta. Ah! Crudele, quanto il mio cuore sia lontano da quella odiosa virtù che voi mi attribuite e che io detesto! Ma poiché voi ordinate, bisogna obbedire. Anche se dovesse costarmi la vita cento volte, devo essere apprezzato da Julie.

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Lettera XLIV – Di Julie a Saint-Preux

Ne murmure pas tant, mon ami, de ce retour précipité. Il nous est plus avantageux qu’il ne semble, et quand nous aurions fait par adresse ce que nous avions fait par bienfaisance, nous n’aurions pas mieux réussi. Regarde ce qui serait arrivé si nous n’eussions suivi que nos fantaisies. Je serais allée à la campagne précisément la veille du retour de ma mère à la ville ; j’aurais eu un exprès avant d’avoir pu ménager notre entrevue ; il aurait fallu partir sur-le-champ, peut être sans pouvoir t’avertir, te laisser dans des perplexités mortelles, et notre séparation se serait faite au moment qui la rendait le plus douloureuse. De plus, on aurait su que nous étions tous deux à la campagne ; malgré nos précautions, peut-être eût-on su que nous y étions ensemble ; du moins on l’aurait soupçonné, c’en était assez. L’indiscrète avidité du présent nous ôtait toute ressource pour l’avenir, et le remords d’une bonne oeuvre dédaignée nous eût tourmentés toute la vie.

Compare à présent cet état à notre situation réelle. Premièrement ton absence a produit un excellent effet. Mon Argus n’aura pas manqué de dire à ma mère qu’on t’avait peu vu chez ma cousine : elle sait ton voyage et le sujet ; c’est une raison de plus pour t’estimer. Et le moyen d’imaginer que des gens qui vivent en bonne intelligence prennent volontairement pour s’éloigner le seul moment de liberté qu’ils ont pour se voir ! Quelle ruse avons-nous employée pour écarter une trop juste défiance ? La seule, à mon avis, qui soit permise à d’honnêtes gens, c’est de l’être à un point qu’on ne puisse croire, en sorte qu’on prenne un effort de vertu pour un acte d’indifférence. Mon ami, qu’un amour caché par de tels moyens doit être doux aux coeurs qui le goûtent ! Ajoute à cela le plaisir de réunir des amants désolés, et de rendre heureux deux jeunes gens si dignes de l’être. Tu l’as vue, ma Fanchon ; dis, n’est-elle pas charmante ? et ne mérite-t-elle pas bien tout ce que tu as fait pour elle ? N’est-elle pas trop jolie et trop malheureuse pour rester fille impunément ? Claude Anet, de son côté, dont le bon naturel a résisté par miracle à trois ans de service, en eût-il pu supporter encore autant sans devenir un vaurien comme tous les autres ? Au lieu de cela ils s’aiment et seront unis ; ils sont pauvres et seront aidés ; ils sont honnêtes gens et pourront continuer de l’être ; car mon père a promis de prendre soin de leur établissement. Que de biens tu as procurés à eux et à nous par ta complaisance, sans parler du compte que je t’en dois tenir ! Tel est, mon ami, l’effet assuré des sacrifices qu’on fait à la vertu ; s’ils coûtent souvent à faire, il est toujours doux de les avoir faits, et l’on n’a jamais vu personne se repentir d’une bonne action.

Je me doute bien qu’à l’exemple de l’inséparable tu m’appelleras aussi la prêcheuse, et il est vrai que je ne fais pas mieux ce que je dis que les gens du métier. Si mes sermons ne valent pas les leurs, au moins je vois avec plaisir qu’ils ne sont pas comme eux jetés au vent. Je ne m’en défends point, mon aimable ami ; je voudrais ajouter autant de vertus aux tiennes qu’un fol amour m’en a fait perdre ; et, ne pouvant plus m’estimer moi-même, j’aime à m’estimer encore en toi. De ta part il ne s’agit que d’aimer parfaitement, et tout viendra comme de lui-même. Avec quel plaisir tu dois voir augmenter sans cesse les dettes que l’amour s’oblige à payer !

Ma cousine a su les entretiens que tu as eus avec son père au sujet de M. d’Orbe ; elle y est aussi sensible que si nous pouvions, en offices de l’amitié, n’être pas toujours en reste avec elle. Mon Dieu ! mon ami, que je suis une heureuse fille ! que je suis aimée et que je trouve charmant de l’être ! Père, mère, amie, amant, j’ai beau chérir tout ce qui m’environne, je me trouve toujours ou prévenue ou surpassée : il semble que tous les plus doux sentiments du monde viennent sans cesse chercher mon âme, et j’ai le regret de n’en avoir qu’une pour jouir de tout mon bonheur.

J’oubliais de t’annoncer une visite pour demain matin : c’est milord Bomston qui vient de Genève, où il a passé sept ou huit mois. Il dit t’avoir vu à Sion à son retour d’Italie. Il te trouva fort triste, et parle au surplus de toi comme j’en pense. Il fit hier ton éloge si bien et si à propos devant mon père qu’il m’a tout à fait disposée à faire le sien. En effet j’ai trouvé du sens, du sel, du feu dans sa conversation. Sa voix s’élève et son oeil s’anime au récit des grandes actions, comme il arrive aux hommes capables d’en faire. Il parle aussi avec intérêt des choses de goût, entre autres de la musique italienne qu’il porte jusqu’au sublime. Je croyais entendre encore mon pauvre frère. Au surplus, il met plus d’énergie que de grâce dans ses discours, et je lui trouve même l’esprit un peu rêche[50].

Adieu, mon ami.

Lettre XLV – De Saint Preux à Julie

Je n’en étais encore qu’à la seconde lecture de ta lettre quand milord Édouard Bomston est entré. Ayant tant d’autres choses à te dire, comment aurais-je pensé, ma Julie, à te parler de lui ? Quand on se suffit l’un à l’autre, s’avise-t-on de songer à un tiers ? Je vais te rendre compte de ce que j’en sais, maintenant que tu parais le désirer.

Ayant passé le Simplon, il était venu jusqu’à Sion au-devant d’une chaise qu’on devait lui amener de Genève à Brigue, et le désoeuvrement rendant les hommes assez liants, il me rechercha. Nous fîmes une connaissance aussi intime qu’un Anglais naturellement peu prévenant peut la faire avec un homme fort préoccupé qui cherche la solitude. Cependant nous sentîmes que nous nous convenions ; il y a un certain unisson d’âmes qui s’aperçoit au premier instant, et nous fûmes familiers au bout de huit jours, mais pour toute la vie, comme deux Français l’auraient été au bout de huit heures pour tout le temps qu’ils ne se seraient pas quittés. Il m’entretint de ses voyages, et, le sachant Anglais, je crus qu’il m’allait parler d’édifices et de peintures. Bientôt je vis avec plaisir que les tableaux et les monuments ne lui avaient point fait négliger l’étude des moeurs et des hommes. Il me parla cependant des beaux-arts avec beaucoup de discernement mais modérément et sans prétention. J’estimai qu’il en jugeait avec plus de sentiment que de science, et par les effets plus que par les règles, ce qui me confirma qu’il avait l’âme sensible. Pour la musique italienne, il m’en parut enthousiaste comme à toi ; il m’en fit même entendre, car il mène un virtuose avec lui : son valet de chambre joue fort bien du violon, et lui-même passablement du violoncelle. Il me choisit plusieurs morceaux très pathétiques, à ce qu’il prétendait : mais, soit qu’un accent si nouveau pour moi demandât une oreille plus exercée, soit que le charme de la musique, si doux dans la mélancolie, s’efface dans une profonde tristesse, ces morceaux me firent peu de plaisir ; et j’en trouvai le chant agréable, à la vérité, mais bizarre et sans expression.

Il fut aussi question de moi, et milord s’informa avec intérêt de ma situation ; je lui en dis tout ce qu’il en devait savoir. Il me proposa un voyage en Angleterre, avec des projets de fortune impossibles dans un pays où Julie n’était pas. Il me dit qu’il allait passer l’hiver à Genève, l’été suivant à Lausanne, et qu’il viendrait à Vevai avant de retourner en Italie : il m’a tenu parole, et nous nous sommes revus avec un nouveau plaisir.

Quant à son caractère, je le crois vif et emporté, mais vertueux et ferme ; il se pique de philosophie, et de ces principes dont nous avons autrefois parlé. Mais au fond je le crois par tempérament ce qu’il pense être par méthode ; et le vernis stoïque qu’il met à ses actions ne consiste qu’à parer de beaux raisonnements le parti que son coeur lui a fait prendre. J’ai cependant appris avec un peu de peine qu’il avait eu quelques affaires en Italie, et qu’il s’y était battu plusieurs fois.

Do not murmur so much, my friend, about this hasty return. It is actually more advantageous for us than it seems; and if we had chosen to do this out of convenience rather than kindness, we would not have achieved any better results. Consider what would have happened if we had simply followed our whims. I would have gone to the countryside on the very day before my mother’s return to town; I would have had to take an express train without having the time to arrange our meeting properly; we would have had to leave immediately, perhaps without even having the chance to warn you, leaving you in terrible distress. Our separation would have taken place at the very moment when it was most painful for both of us. Moreover, people would have known that we were both in the countryside; despite all our precautions, they might have discovered that we were together—or at least suspected it, and that would have been enough. The indiscreet curiosity of the present deprived us of any means to plan for the future, and the regret of a good deed that was ignored would have tormented us for the rest of our lives.

Now, compare this situation to our real circumstances. First of all, your absence has produced an excellent effect. My “Argus” certainly told my mother that we hardly saw you at my cousin’s place; she knows about your trip and this matter; it’s another reason to appreciate you even more. And how can one imagine that people who live in good harmony would willingly choose to miss the only moment of freedom they have to spend together! What ruse have we used to ward off such a justifiable suspicion? In my opinion, the only one permissible for honest people is to be so deceitful that no one could possibly believe it; as a result, one has to exert great moral effort in order to commit what seems like an act of indifference. My friend, how sweet must be such a hidden love for those who experience it! Add to this the joy of bringing together lovers who are separated and making two young people so worthy of happiness truly happy. You saw her, my Fanchon; tell me, isn’t she charming? And doesn’t she deserve everything you did for her? Isn’t she too pretty and too unhappy to remain unmarried forever? As for Claude Anet, whose kind nature miraculously endured three years of service without being corrupted—how could he have survived so much longer without becoming a scoundrel like all the others? Instead, they love each other and will be united; they are poor, but they will be helped; they are honest people, and they will remain so. For my father has promised to take care of their future. How many benefits have you brought them and us through your kindness, not to mention how much I still owe you! Such is, my friend, the certain reward for the sacrifices we make for virtue; even if they often require great effort, it is always pleasing to have made them, and no one has ever regretted a good deed.

I well suppose that, just as you call me a preacher because of our inseparable bond, you will also refer to me in that way; and it is true that I perform my duties no better than those who are professionally engaged in this role. If my sermons are not as good as theirs, at least I am pleased to see that they are not, like those of others, wasted and forgotten. I make no defense of myself, my dear friend; I would only like to add as many virtues to your character as a foolish love has caused me to lose. And since I can no longer esteem myself, I take pleasure in finding self-esteem in you. On your part, all that is required is to love perfectly, and everything will fall into place of its own accord. How delightful it must be for you to see the debts that love forces one to pay continually increasing!

My cousin is aware of the conversations you had with her father regarding Mr. d’Orbe; she is affected by them just as much as if, in the name of friendship, we could always keep her informed. Oh my God! My friend, how fortunate I am to be such a beloved girl! How delightful it is to feel loved! Father, mother, friend, lover—no matter how much I cherish everything around me, I always feel either that others are ahead of me or that they surpass me in their feelings. It seems as if all the sweetest emotions in the world constantly come seeking my heart, and I regret having only one to enjoy all this happiness with.

I forgot to tell you about a visit planned for tomorrow morning: it’s Lord Bomston, who has just returned from Geneva, where he spent seven or eight months. He says he saw you in Sion upon his return from Italy; he found you very sad and speaks of you in exactly the same way I do. Yesterday, he praised you so well and so aptly in front of my father that it completely convinced me to do the same. Indeed, I found wisdom, wit, and passion in his conversation. His voice grows fervent, and his eyes light up when he talks about great deeds—just as it happens with men capable of such things. He also speaks with great interest about matters of taste, especially Italian music, which he praises as supreme. It was almost as if I were hearing my poor brother again. Moreover, he puts more energy than grace into his speeches; in fact, I find his wit a bit too sharp.

Goodbye, my friend.

Letter XLV – From Saint-Preux to Julie

I had just begun reading your letter for the second time when Lord Edward Bomston entered. With so many other things I needed to tell you, how could I have thought of mentioning him, my Julie? When two people are content with each other, do they even consider the possibility of a third person? Now that it seems you wish to know, I will tell you what I know about him.

Having crossed the Simplon, he had come all the way to Sion, waiting for a chair that was to be brought to him from Geneva to Brig. Boredom, which tends to bring people together, led him to seek my company. We became acquainted in such an intimate manner as is usually possible between an Englishman, who is naturally rather indifferent, and a man deeply preoccupied who seeks solitude. However, we immediately felt that we suited each other well; there is indeed a certain harmony of souls that becomes apparent from the very first moment, and within eight days we were as familiar with each other as two Frenchmen might have become after just eight hours together, had they not parted ways. He told me about his travels, and since I knew he was English, I expected him to talk to me about buildings and paintings. But soon I was pleased to discover that the study of art and history had not made him neglect the observation of human manners and character. He discussed the fine arts with great discernment, but in a modest and unpretentious way. I felt that he judged them more by intuition than by knowledge, and more through their effects than through their rules—which confirmed to me that he possessed a sensitive soul. As for Italian music, he seemed as enthusiastic about it as you are; in fact, he even played some pieces for me, since he had a virtuoso with him. His valet de chambre played the violin very well, and he himself was passable at the cello. He selected several highly emotional pieces for me to listen to, but either because the musical style was entirely new to me and required a more trained ear, or because the charm of music, so tender in its melancholy expressions, seems to fade away in deep sorrow, these pieces did not please me much. I must say, however, that the singing was pleasant, though somewhat strange and lacking in expressiveness.

My situation was also mentioned, and my lord inquired about it with interest; I told him everything he needed to know. He offered me a trip to England, along with plans for making a fortune—plans that would have been impossible in a country where Julie was not. He said he would spend the winter in Geneva, the following summer in Lausanne, and that he would come to Vevai before returning to Italy. He kept his promise, and we met again, filled with renewed pleasure.

As for his character, I believe him to be lively and passionate, yet virtuous and resolute; he is fond of philosophy and those principles we discussed in the past. But in essence, I think his temperament determines what he believes his method to be; and the stoic veneer he puts on his actions is merely a way of cloaking with clever reasoning the decisions his heart has led him to make. However, I learned with some difficulty that he had been involved in some affairs in Italy and had even fought there several times.

Non mormorare così tanto, mio amico, di questo ritorno precipitato. Ci è più vantaggioso di quanto sembri; e anche se avessimo agito per calcolo ciò che abbiamo fatto per benevolenza, non saremmo riusciti meglio. Pensa a cosa sarebbe accaduto se avessimo seguito soltanto i nostri capricci. Sarei andata in campagna proprio la vigilia del ritorno di mia madre in città; avrei dovuto prendere un treno espresso senza poter organizzare con cura il nostro incontro; avremmo dovuto partire all’istante, forse senza poterti avvisare, lasciandoti in una situazione terribilmente difficile. E la nostra separazione si sarebbe verificata nel momento più doloroso possibile. Inoltre, tutti avrebbero saputo che eravamo entrambi in campagna; nonostante le nostre precauzioni, forse qualcuno avrebbe scoperto che eravamo insieme. O almeno l’avrebbe sospettato. E questo sarebbe stato sufficiente. L’indiscreta avidità del presente ci privava di qualsiasi possibilità per il futuro; inoltre, il rimorso per un’azione buona ignorata ci avrebbe tormentati per tutta la vita.

Ora confronta questo stato con la nostra situazione reale. Prima di tutto, la tua assenza ha avuto un effetto eccellente: il mio “Argus” non ha mancato di dire a mia madre che ti si vedeva raramente da mia cugina; lei sa del tuo viaggio e del motivo della tua assenza. Questo è un altro motivo per apprezzarti ancora di più. E come poter immaginare che persone che vivono in buoni rapporti scelgano volontariamente di allontanarsi dal solo momento di libertà che hanno per incontrarsi! Quale astuzia abbiamo dovuto usare per dissipare una diffidenza così giustificata. La sola, a mio parere, che persone oneste possano adottare è quella di essere così sincere da far credere il contrario, tanto che si debba compiere uno sforzo “virtuoso” pur di agire con indifferenza. Amico mio, quanta dolcezza deve contenere un amore nascosto attraverso simili mezzi. Aggiungi a questo il piacere di riunire amanti separati e di rendere felici due giovani così degni di esserlo. L’hai vista, mia Fanchon: non è forse incantevole? E non merita davvero tutto ciò che hai fatto per lei? Non è troppo bella e troppo sfortunata per rimanere una ragazza senza marito. Claude Anet, dal canto suo, il cui buon carattere ha resistito, per miracolo, a tre anni di servizio militare. Avrebbe potuto sopportarne ancora tanto senza diventare un farabutto come tutti gli altri? Invece si amano e saranno uniti; sono poveri, ma riceveranno aiuto; sono persone oneste e potranno continuare a esserlo. Mio padre ha promesso di occuparsi della loro sistemazione. Quanti beni hai procurato loro e a noi con la tua gentilezza. Per non parlare del debito che ti devo. Ecco, amico mio, l’effetto certo dei sacrifici fatti per la virtù: anche se spesso sono difficili da compiere, è sempre dolce farli. E nessuno si è mai pentito di un atto buono.

Sospetto bene che, proprio come mi chiami “la predicatrice”, anche tu mi chiamerai così; è vero che ciò che dico non vale certo di più di ciò che fanno le persone del mio mestiere. Se i miei sermoni non sono all’altezza dei loro, almeno vedo con piacere che non vengono gettati via come fanno loro. Non mi difendo affatto, mio caro amico; vorrei aggiungere alle tue virtù tanto quanto un amore folle me ne ha fatto perdere. E poiché non posso più stimarmi, mi compiaccio di stimarmi in te. Da parte tua, basta semplicemente amare perfettamente, e tutto andrà da sé. Con quale piacere devi vedere aumentare continuamente i “debiti” che l’amore si impegna a pagare,!

Mia cugina è a conoscenza degli incontri che hai avuto con suo padre riguardo a Monsieur d’Orbe; ne è profondamente commossa, come se, nel nome dell’amicizia, potessimo sempre condividerne i dettagli con lei. Oh mio Dio, amico mio, quanto sono fortunata! Quanto sono amata, e quanto mi piace essere amata! Padre, madre, amica, amante, per quanto ami tutto ciò che mi circonda, mi sento sempre superata o trascurata: sembra che tutti i sentimenti più dolci del mondo vengano continuamente a cercare la mia anima, e mi dispiace di non averne abbastanza per godermi tutta questa felicità.

Dimenticavo di annunciarti una visita per domani mattina: è milord Bomston che arriva da Ginevra, dove ha trascorso sette o otto mesi. Dice di averti visto a Sion al suo ritorno dall’Italia; ti ha trovato molto triste e, inoltre, parla di te esattamente come penso io. Ieri ha elogiato te in modo così appropriato davanti a mio padre che mi ha completamente convinta a fare lo stesso. Infatti, nella sua conversazione ho trovato senso, spirito e passione; la sua voce si anima quando racconta di grandi imprese, proprio come accade agli uomini capaci di compierle. Parla anche con interesse di cose legate al gusto, in particolare della musica italiana, che considera davvero sublime. Mi sembrava di riascoltare ancora mio povero fratello. Tuttavia, nei suoi discorsi mette più energia che grazia, e a volte mi sembra persino che il suo modo di esprimersi sia un po’ troppo aspro[50].

Addio, mio amico.

Lettera XLV – Da Saint-Preux a Julie

Ero appena arrivata alla seconda lettura della tua lettera quando milord Edward Bomston è entrato. Avendo così tante altre cose da dirti, come avrei potuto pensare, mia Julie, di parlarti di lui? Quando due persone si bastano a vicenda, perché dovrebbero pensare a un terzo? Ora ti racconterò tutto ciò che so, visto che sembri desiderarlo.

Dopo aver superato il Simplon, era arrivato fino a Sion per attendere una carrozza che avrebbe dovuto portarlo da Ginevra a Briga; e poiché l’ozio rende le persone particolarmente socievoli, mi cercò. Fummo così intimi come può esserlo naturalmente un inglese poco diffidente con un uomo profondamente preoccupato che cerca la solitudine. Tuttavia sentimmo subito di andare d’accordo; esiste infatti una certa armonia tra le anime che si percepisce fin dal primo momento, e dopo otto giorni eravamo già molto affiatati, come due francesi lo sarebbero stati dopo soltanto otto ore, se non ci fossimo mai separati. Mi raccontò dei suoi viaggi; essendo inglese, pensai che avrebbe parlato di edifici e dipinti. Ma presto mi resi conto che i quadri e i monumenti non avevano affatto distolto la sua attenzione dagli studi sulle usanze e sugli uomini. Mi parlò comunque delle belle arti con grande discernimento, ma in modo moderato e senza presunzione. Pensai che le giudicasse più per sentimento che per conoscenza, e più per gli effetti che per le regole, il che mi confermò che aveva un’anima sensibile. Per quanto riguarda la musica italiana, ne era entusiasta proprio come te; anzi, me ne fece ascoltare alcune esecuzioni, poiché portava con sé un virtuoso: il suo cameriere suonava molto bene il violino, e lui stesso abbastanza bene il violoncello. Mi selezionò alcuni brani particolarmente commoventi, ma forse perché quell’accento così nuovo per me richiedeva un orecchio più allenato, o forse perché il fascino della musica, così dolce nella malinconia, svanisce in una tristezza profonda, quei brani non mi piacquero molto. Il canto, in verità, era gradevole, ma bizzarro e privo di espressione.

Si parlò anche di me, e milord si informò con interesse sulla mia situazione; gli raccontai tutto ciò che doveva sapere. Mi propose un viaggio in Inghilterra, con progetti per arricchirsi che sarebbero stati impossibili in un paese dove Julie non era. Mi disse che avrebbe trascorso l’inverno a Ginevra, l’estate seguente a Losanna, e che sarebbe venuto a Vevai prima di tornare in Italia: mantenne la sua promessa, e ci rivedemmo con ancora più piacere.

Per quanto riguarda il suo carattere, credo che sia vivace e impulsivo, ma anche virtuoso e risoluto; si interessa molto di filosofia e di quei principi di cui abbiamo parlato in passato. Tuttavia, a mio parere, per temperamento è ciò che crede di essere per metodo; e lo “smalto stoico” con cui riveste le sue azioni non consiste altro che nel mascherare, con belle argomentazioni, la decisione che il suo cuore gli ha suggerito di prendere. Ho appreso, con qualche difficoltà, che aveva avuto alcuni problemi in Italia e che si era battuto più volte lì.

Je ne sais ce que tu trouves de rêche dans ses manières : véritablement elles ne sont pas prévenantes, mais je n’y sens rien de repoussant. Quoique son abord ne soit pas aussi ouvert que son âme, et qu’il dédaigne les petites bienséances, il ne laisse pas, ce me semble, d’être d’un commerce agréable. S’il n’a pas cette politesse réservée et circonspecte qui se règle uniquement sur l’extérieur, et que nos jeunes officiers nous apportent de France, il a celle de l’humanité, qui se pique moins de distinguer au premier coup d’oeil les états et les rangs, et respecte en général tous les hommes. Te l’avouerai-je naïvement ? La privation des grâces est un défaut que les femmes ne pardonnent point, même au mérite, et j’ai peur que Julie n’ait été femme une fois en sa vie.

Puisque je suis en train de sincérité, je te dirai encore, ma jolie prêcheuse, qu’il est inutile de vouloir donner le change à mes droits, et qu’un amour affamé ne se nourrit point de sermons. Songe, songe aux dédommagements promis et dus ; car toute la morale que tu m’as débitée est fort bonne ; mais, quoi que tu puisses dire, le chalet valait encore mieux.

Lettre XLVI – De Julie à Saint-Preux

Eh bien donc ! mon ami, toujours le chalet ! l’histoire de ce chalet te pèse furieusement sur le coeur ; et je vois bien qu’à la mort ou à la vie il faut te faire raison du chalet. Mais des lieux où tu ne fus jamais te sont-ils si chers qu’on ne puisse t’en dédommager ailleurs, et l’Amour, qui fit le palais d’Armide au fond d’un désert, ne saurait-il nous faire un chalet à la ville ? Écoute : on va marier ma Fanchon ; mon père, qui ne hait pas les fêtes et l’appareil, veut lui faire une noce où nous serons tous : cette noce ne manquera pas d’être tumultueuse. Quelquefois le mystère a su tendre son voile au sein de la turbulente joie et du fracas des festins : tu m’entends, mon ami ; ne serait-il pas doux de retrouver dans l’effet de nos soins les plaisirs qu’ils nous ont coûtés ?

Tu t’animes, ce me semble, d’un zèle assez superflu sur l’apologie de milord Édouard, dont je suis fort éloignée de mal penser. D’ailleurs, comment jugerais-je un homme que je n’ai vu qu’un après-midi, et comment en pourrais-tu juger toi-même sur une connaissance de quelques jours ? Je n’en parle que par conjecture, et tu ne peux guère être plus avancé ; car les propositions qu’il t’a faites sont de ces offres vagues dont un air de puissance et la facilité de les éluder rendent souvent les étrangers prodigues. Mais je reconnais tes vivacités ordinaires, et combien tu as de penchant à te prévenir pour ou contre les gens presque à la première vue : cependant nous examinerons à loisir les arrangements qu’il t’a proposés. Si l’amour favorise le projet qui m’occupe, il s’en présentera peut-être de meilleurs pour nous. O mon bon ami ! la patience est amère, mais son fruit est doux.

Pour revenir à ton Anglais, je t’ai dit qu’il me paraissait avoir l’âme grande et forte, et plus de lumières que d’agréments dans l’esprit. Tu dis à peu près la même chose ; et puis, avec cet air de supériorité masculine qui n’abandonne point nos humbles adorateurs, tu me reproches d’avoir été de mon sexe une fois en ma vie ; comme si jamais une femme devait cesser d’en être ! Te souvient-il qu’en lisant la République de Platon nous avons autrefois disputé sur ce point de la différence morale des sexes ? Je persiste dans l’avis dont j’étais alors, et ne saurais imaginer un modèle commun de perfection pour deux êtres si différents. L’attaque et la défense, l’audace des hommes, la pudeur des femmes, ne sont point des conventions, comme le pensent tes philosophes, mais des institutions naturelles dont il est facile de rendre raison, et dont se déduisent aisément toutes les autres distinctions morales. D’ailleurs, la destination de la nature n’étant pas la même, les inclinations, les manières de voir et de sentir, doivent être dirigées de chaque côté selon ses vues. Il ne faut point les mêmes goûts ni la même constitution pour labourer la terre et pour allaiter les enfants. Une taille plus haute, une voix plus forte et des traits plus marqués semblent n’avoir aucun rapport nécessaire au sexe ; mais les modifications extérieures annoncent l’intention de l’ouvrier dans les modifications de l’esprit. Une femme parfaite et un homme parfait ne doivent pas plus se ressembler d’âme que de visage. Ces vaines imitations de sexe sont le comble de la déraison ; elles font rire le sage et fuir les amours. Enfin, je trouve qu’à moins d’avoir cinq pieds et demi de haut, une voix de basse et de la barbe au menton, l’on ne doit point se mêler d’être homme.

Vois combien les amants sont maladroits en injures ! Tu me reproches une faute que je n’ai pas commise, ou que tu commets aussi bien que moi, et l’attribues à un défaut dont je m’honore. Veux-tu que, te rendant sincérité pour sincérité, je te dise naïvement ce que je pense de la tienne ? Je n’y trouve qu’un raffinement de flatterie, pour te justifier à toi-même, par cette franchise apparente, les éloges enthousiastes dont tu m’accables à tout propos. Mes prétendues perfections t’aveuglent au point que, pour démentir les reproches que tu te fais en secret de ta prévention, tu n’as pas l’esprit d’en trouver un solide à me faire.

Crois-moi, ne te charge point de me dire mes vérités, tu t’en acquitterais trop mal : les yeux de l’amour, tout perçants qu’ils sont, savent-ils voir des défauts ? C’est à l’intègre amitié que ces soins appartiennent, et là-dessus ta disciple Claire est cent fois plus savante que toi. Oui, mon ami, loue-moi, admire-moi, trouve-moi belle, charmante, parfaite : tes éloges me plaisent sans me séduire, parce que je vois qu’ils sont le langage de l’erreur et non de la fausseté, et que tu te trompes toi-même, mais que tu ne veux pas me tromper. Oh ! que les illusions de l’amour sont aimables ! ses flatteries sont en un sens des vérités ; le jugement se tait, mais le coeur parle : l’amant qui loue en nous des perfections que nous n’avons pas les voit en effet telles qu’il les représente ; il ne ment point en disant des mensonges ; il flatte sans s’avilir, et l’on peut au moins l’estimer sans le croire.

J’ai entendu, non sans quelque battement de coeur, proposer d’avoir demain deux philosophes à souper : l’un est milord Édouard ; l’autre est un sage dont la gravité s’est quelquefois un peu dérangée aux pieds d’une jeune écolière ; ne le connaîtriez-vous point ? Exhortez-le, je vous prie, à tâcher de garder demain le décorum philosophique un peu mieux qu’à son ordinaire. J’aurai soin d’avertir aussi la petite personne de baisser les yeux, et d’être aux siens le moins jolie qu’il se pourra.

Lettre XLVII – De Saint-Preux à Julie

Ah !mauvaise ! est-ce là la circonspection que tu m’avais promise ? est-ce ainsi que tu ménages mon coeur et voiles tes attraits ? Que de contraventions à tes engagements ! Premièrement, ta parure ; car tu n’en avais point, et tu sais bien que jamais tu n’es si dangereuse. Secondement, ton maintien si doux, si modeste, si propre à laisser remarquer à loisir toutes tes grâces. Ton parler plus rare, plus réfléchi, plus spirituel encore qu’à l’ordinaire, qui nous rendait tous plus attentifs, et faisait voler l’oreille et le coeur au-devant de chaque mot. Cet air que tu chantas à demi-voix, pour donner encore plus de douceur à ton chant, et qui, bien que français, plut à milord Édouard même. Ton regard timide et tes yeux baissés, dont les éclairs inattendus me jetaient dans un trouble inévitable. Enfin, ce je ne sais quoi d’inexprimable, d’enchanteur, que tu semblais avoir répandu sur toute ta personne pour faire tourner la tête à tout le monde, sans paraître même y songer. Je ne sais, pour moi, comment tu t’y prends ; mais si telle est ta manière d’être jolie le moins qu’il est possible, je t’avertis que c’est l’être beaucoup plus qu’il ne faut pour avoir des sages autour de toi.

I don’t know what you find so offensive about his manners—indeed, they are not particularly considerate, but I don’t perceive anything repulsive in them. Although his approach is not as open-hearted as his soul, and he dismisses minor courtesies, he doesn’t seem to be unpleasant to accompany. If he lacks the reserved, cautious politeness that our young officers bring us from France, he at least possesses the common courtesy of humanity, which cares less about distinguishing social status at first glance and generally respects all people. To confess this naively. The lack of charm is a flaw that women never forgive, even when it is deserved, and I fear that Julie may have never truly been a woman in her life.

Since I am being completely honest with you, my lovely preacher, I will tell you again that it is useless to try to undermine my rights, and that a hungry heart cannot be satisfied by sermons. Think about the compensations that were promised and owed; for all the moral lectures you have given me are indeed very good. But no matter what you say, that chalet was still far better.

Letter XLVI – From Julie to Saint-Preux

Well then! My friend, it’s always that chalet again. The story of that chalet weighs heavily on your heart; and I see quite clearly that, by life or death, you must get your revenge for that chalet. But have there never been other places that were just as dear to you, so that we could compensate you elsewhere? And surely, Love, which created the palace of Armide in the middle of a desert, could also build us a chalet in the city, couldn’t it? Listen: we are going to marry my Fanchon; my father, who doesn’t dislike festivities and grandeur, wants to organize a wedding for her where all of us will be present. Such a wedding is bound to be lively and noisy. Sometimes, mystery has managed to cast its veil over the midst of chaotic joy and the clamor of feasts. Do you understand what I mean, my friend? Wouldn’t it be wonderful to find again, through our own efforts, those pleasures that once cost us so much?

It seems to me that you are showing rather unnecessary zeal in defending Lord Edward, about whom I hold no ill thoughts at all. Moreover, how could I judge a man whom I have only met for one afternoon? And how could you yourself form an opinion after just a few days of acquaintance? I mention this merely as a conjecture, and you cannot be much further along in your thinking; after all, the proposals he made to you are of that vague kind—offers that, coupled with an air of authority and the ease with which they can be refused, often lead strangers to be generous. But I recognize your usual enthusiasm, and how prone you are to form preconceptions about people at first sight. Nevertheless, we will carefully consider the arrangements he has suggested to us. If love favors the plan that concerns me, perhaps better opportunities will present themselves for us. Oh, my dear friend! Patience may be bitter, but its fruit is sweet.

To return to your English, I told you that I found him to possess a great and strong soul, and that his mind was filled with more wisdom than mere frivolity. You are saying roughly the same thing; moreover, with that air of male superiority that never leaves us humble admirers, you reproach me for having been female at some point in my life—as if a woman should ever cease to be it! Do you remember how we once debated this matter of the moral differences between the sexes while reading Plato’s “Republic”? I still hold to the opinion I expressed then; I cannot imagine a common standard of perfection for two beings so fundamentally different. The aggressiveness and defenseiveness of men, the modesty of women—these are not mere conventions, as your philosophers believe, but natural institutions that can be easily explained and from which all other moral distinctions derive. Moreover, since nature has assigned different destinies to men and women, their inclinations, ways of thinking, and feeling must naturally differ accordingly. One cannot have the same tastes or physical constitution for tilling the earth as for nurturing children. A taller stature, a deeper voice, more pronounced features—these seem to have no necessary connection with gender; yet these external differences reflect the inherent roles of each in society. A perfect woman and a perfect man should not resemble each other in soul or appearance any more than they should in physical traits. These futile attempts to mimic the opposite sex are pure absurdity; they bring laughter to the wise and drive away true love. In short, I believe that unless one is at least five feet and a half tall, has a deep voice, and a beard on the chin, they have no right to claim the role of a man.

See how inept lovers are in their insults! You blame me for a fault that I have not committed, or that you commit just as readily as I do, and you attribute it to a trait of which I am proud. Do you really want me, in return for your sincerity, to tell you naively what I think of yours? All I see in it is a subtle form of flattery—used by you to justify to yourself, through this apparent honesty, all the enthusiastic praises you heap upon me at every turn. My so-called perfections blind you to such an extent that, in order to refute the reproaches you secretly harbor against your own prejudice, you are unable to think of any solid argument to present against me.

Believe me, do not bother telling me my truths; you would fail miserably at it. The eyes of love, as keen as they are, can they truly discern flaws? Such care belongs to sincere friendship—and in this regard, your disciple Claire is a hundred times wiser than you. Yes, my friend, praise me, admire me, call me beautiful, charming, perfect: your compliments please me without seducing me, for I see that they are the language of error, not of falsehood. You deceive yourself, but you do not wish to deceive me. Oh! How endearing are the illusions of love! Its flattery is, in a way, a form of truth; reason holds its tongue, but the heart speaks. The lover who praises in us perfections that we do not possess indeed sees us as he represents us; he does not lie when he utters these “lies”; he flatters without demeaning himself—and at least one can respect him, even if one does not believe him.

I heard, with some trepidation, that it was proposed to have two philosophers over for dinner tomorrow: one is Lord Edward; the other is a sage whose composure sometimes somewhat wavers in the presence of a young schoolgirl—don’t you know him? Please urge him to try to maintain greater philosophical decorum than usual tomorrow. I will also make sure to remind that young lady to keep her eyes down and to look as unattractive as possible.

Letter XLVII – From Saint-Preux to Julie

Ah! How unfortunate! Is this the prudence you promised me? Is this how you cherish my heart and conceal your charms? What a violation of your promises! First, your attire—since you had none at all, and you well know that you are never more dangerous than when you do. Second, your manner—so gentle, so modest, so calculated to allow everyone to fully appreciate all your beauties. Your speech—more rare, more thoughtful, more witty than usual, which made us all listen even more intently, and made both ear and heart follow every word you uttered. That soft singing voice you used, which only added to the sweetness of your song—and which, despite being French, even pleased Lord Edward. Your timid gaze and lowered eyes, whose unexpected flashes always threw me into inevitable turmoil. Finally, that indescribable, enchanting quality you seemed to radiate throughout your person, which made everyone turn their heads in your direction—without you even seeming to realize it. I don’t know how you manage it; but if this is your way of being “pretty”, then I warn you: it’s far more than enough to attract all sorts of people around you.

Non so cosa tu trovi di sgradevole nel suo modo di comportarsi: in effetti non è particolarmente premuroso, ma non percepisco nulla di repellente in lui. Anche se il suo approccio non è così aperto come la sua anima e disprezza le piccole formalità, non sembra comunque essere difficile da frequentare. Se non possiede quella cortesia riservata e cauta che si basa esclusivamente sull’apparenza, tipica dei nostri giovani ufficiali francesi, allora possiede almeno quella umanità che si impegna meno a distinguere immediatamente i ranghi sociali e rispetta tutti gli uomini in generale. Devo confessartelo con ingenuità. La mancanza di grazia è un difetto che le donne non perdonano mai, nemmeno quando c’è merito; temo che Julie non sia mai stata davvero una donna nella sua vita.

Poiché sto parlando con sincerità, ti dirò ancora una volta, mia bella predicatrice: è inutile cercare di negare i miei diritti, e un amore affamato non si sazia certo con sermoni. Pensa, rifletti sui risarcimenti promessi e dovuti. Tutta la morale che mi hai esposto è certamente ottima; ma, qualunque cosa tu possa dire, quella capanna valeva comunque di più.

Lettera XLVI – Di Julie a Saint-Preux

Ebbene! Amico mio, sempre quel chalet. La storia di quel chalet pesa terribilmente sul tuo cuore; e vedo chiaramente che, a costo della vita o della morte, devi trovare una soluzione riguardo a quel chalet. Ma ci sono forse luoghi in cui non sei mai stato così legato da non poter essere compensato altrove? E l’Amore, che creò il palazzo di Armide nel cuore del deserto, non potrebbe forse crearci un piccolo chalet in città? Ascolta: stiamo per sposare mia figlia Fanchon; mio padre, che non disprezza le feste e gli festeggiamenti, vuole organizzare una cerimonia a cui parteciperemo tutti. Una cerimonia sicuramente molto vivace. A volte il mistero è riuscito a nascondere la sua vera natura tra la gioia tumultuosa e il frastuono dei banchetti. Capisci, amico mio? Non sarebbe forse dolce ritrovare, attraverso i nostri sforzi, quei piaceri che ci sono costati tanto?

Mi sembra che tu dimostri un zelo piuttosto eccessivo nell’apologia di milord Edward, riguardo al quale non ho affatto cattive intenzioni. Del resto, come potrei giudicare un uomo che ho visto soltanto per un pomeriggio, e come potresti farlo tu stesso dopo averlo conosciuto da pochi giorni? Ne parlo solo a titolo di congettura, e tu non puoi essere certo più informato di me; infatti le proposte che ti ha fatto sono di quelle vaghe e generiche, le quali, unite all’aspetto di autorità e alla facilità con cui possono essere rifiutate, spingono spesso gli estranei a comportarsi in modo generoso. Tuttavia, riconosco la tua solita vivacità, e quanto tu abbia la tendenza a formarti un giudizio su le persone quasi dalla prima vista! Comunque, esamineremo con calma i piani che ti ha proposto. Se l’amore favorirà il progetto che mi preoccupa, forse ne emergeranno altri ancora migliori per noi. Oh mio caro amico! La pazienza è amara, ma il suo frutto è dolce.

Tornando al tuo argomento, ti ho detto che mi sembrava che quell’uomo avesse un’anima grande e forte, e più lumi che piaceri nel suo spirito. Tu dici più o meno la stessa cosa; inoltre, con quel tono di superiorità maschile che non abbandona mai i nostri umili adoratori, mi rimproveri per essere stata donna almeno una volta nella mia vita, come se una donna dovesse mai smettere di esserlo! Ti ricordi che leggendo la “Repubblica” di Platone abbiamo discusso in passato su questo punto, riguardo alla differenza morale tra i sessi? Io mantengo ancora l’opinione che avevo allora: non riesco a immaginare un modello comune di perfezione per due esseri così diversi. L’attacco e la difesa, l’audacia degli uomini, la pudicizia delle donne, non sono semplicemente convenzioni, come pensano i tuoi filosofi, ma istituzioni naturali le cui ragioni sono facilmente comprensibili; da queste derivano tutte le altre distinzioni morali. Inoltre, poiché lo scopo della natura è diverso per i due sessi, le inclinazioni, i modi di vedere e sentire devono essere orientati in modo appropriato a ciascuno. Non possono esserci gli stessi gusti né la stessa costituzione fisica per coltivare la terra o prendersi cura dei bambini. Una statura più alta, una voce più profonda, tratti più marcati, non sembrano avere alcun legame necessario con il sesso; ma queste differenze esterne riflettono le caratteristiche innate di ciascuno. Una donna perfetta e un uomo perfetto non dovrebbero assomigliarsi né nell’anima né nel viso. Queste vane imitazioni del genere sono l’apice della follia; fanno ridere il saggio e spingono gli amanti a fuggire. Infine, ritengo che, a meno di non avere un’altezza di cinque piedi e mezzo, una voce profonda e la barba sul mento, non si debba assolutamente cercare di essere uomini.

Vedi quanto siano goffi gli amanti quando si trattano di lanciare insulti! Mi rimproveri un errore che non ho commesso, o che tu commetti altrettanto bene di me, e lo attribuisci a una debolezza di cui mi vanto. Vuoi davvero che, in nome della sincerità, ti dica apertamente ciò che penso della tua? Non trovo in essa altro che un’elegante forma di lusinga, utilizzata da te per giustificare, con questa apparente franchezza, gli elogi entusiasti che mi riversi addosso in ogni occasione. Le mie presunte perfezioni ti accecano al punto che, per negare i rimproveri che ti fai segretamente riguardo alla tua prevenzione nei miei confronti, non riesci nemmeno a trovarne uno valido da rivolgere contro di me.

Credimi, non cercare di dirmi le mie verità: te la caveresti molto male. Gli occhi dell’amore, per quanto penetranti, sanno davvero vedere i difetti? Questi compiti spettano all’amicizia sincera, e in questo campo la tua discepola Claire è cento volte più sapiente di te. Sì, mio amico, lodami, ammira-mi, considerami bella, affascinante, perfetta. I tuoi elogi mi piacciono senza che mi seducono, perché so che sono il linguaggio dell’errore, non della falsità. Tu stesso ti inganni, ma non vuoi ingannare me. Oh! Quanto sono deliziose le illusioni dell’amore. Le sue lusinghe, in un certo senso, sono verità. Il giudizio tace, ma il cuore parla. L’amante che lodiamo in noi per perfezioni che non possediamo, in realtà le vede proprio come le descrive. Non mente quando dice bugie. Lusinga senza umiliarsi, e almeno si può stimarlo, anche se non ci si crede.

Ho sentito, non senza un certo battito cardiaco, che domani a cena saranno presenti due filosofi: uno è lord Edward; l’altro è un saggio la cui gravità, a volte, sembra un po’ alterarsi in presenza di una giovane studentessa. Non lo conoscete? Vi prego, esortatelo a cercare di mantenere, domani, un comportamento più consono alle regole della filosofia del solito. Io mi occuperò anche di avvertire quella giovane persona di tenere gli occhi bassi e di non essere particolarmente attraente.

Lettera XLVII – Da Saint-Preux a Julie

Ah! Che errore. È davvero questa la prudenza che mi avevi promesso? È così che proteggi il mio cuore e nascondi i tuoi pregi? Quante contravvenzioni ai tuoi impegni. Prima di tutto, il tuo abbigliamento: non ne indossavi alcuno, e sai bene quanto tu possa essere pericolosa in quel caso. Poi, il tuo comportamento così dolce, modesto, perfetto per far risaltare tutte le tue grazie. Il modo in cui parli, più raro, riflessivo e spirituale del solito, che ci faceva prestare ancora più attenzione a ogni tua parola. Quel canto che cantavi sottovoce, per rendere il tuo suono ancora più dolce. Anche milord Edoardo ne fu affascinato. Il tuo sguardo timido e i tuoi occhi bassi, dai quali scaturivano lampi inaspettati che mi gettavano in uno stato di turbamento inevitabile. Infine, quel non so cosa di indescrivibile, di incantevole, che sembrava diffondersi su tutta la tua persona, facendo girare la testa a tutti senza che tu nemmeno sembrassi pensarci. Non so come tu ci riesca; ma se questo è il modo in cui cerchi di essere attraente, ti avverto che è molto più efficace di quanto sia necessario per attirare l’attenzione delle persone sagge intorno a te.

Je crains fort que le pauvre philosophe anglais n’ait un peu ressenti la même influence. Après avoir reconduit ta cousine, comme nous étions tous encore fort éveillés, il nous proposa d’aller chez lui faire de la musique et boire du punch. Tandis qu’on rassemblait ses gens, il ne cessa de nous parler de toi avec un feu qui me déplut ; et je n’entendis pas ton éloge dans sa bouche avec autant de plaisir que tu avais entendu le mien. En général, j’avoue que je n’aime point que personne, excepté ta cousine, me parle de toi ; il me semble que chaque mot m’ôte une partie de mon secret ou de mes plaisirs ; et, quoi que l’on puisse dire, on y met un intérêt si suspect, ou l’on est si loin de ce que je sens, que je n’aime écouter là-dessus que moi-même.

Ce n’est pas que j’aie comme toi du penchant à la jalousie : je connais mieux ton âme ; j’ai des garants qui ne me permettent pas même d’imaginer ton changement possible. Après tes assurances, je ne te dis plus rien des autres prétendants ; mais celui-ci, Julie !… des conditions sortables… les préjugés de ton père… Tu sais bien qu’il s’agit de ma vie ; daigne donc me dire un mot là-dessus : un mot de Julie, et je suis tranquille à jamais.

J’ai passé la nuit à entendre ou exécuter de la musique italienne, car il s’est trouvé des duos, et il a fallu hasarder d’y faire ma partie. Je n’ose te parler encore de l’effet qu’elle a produit sur moi ; j’ai peur, j’ai peur que l’impression du souper d’hier au soir ne se soit prolongée sur ce que j’entendais, et que je n’aie pris l’effet de tes séductions pour le charme de la musique. Pourquoi la même cause qui me la rendait ennuyeuse à Sion ne pourrait-elle pas ici me la rendre agréable dans une situation contraire ? N’es-tu pas la première source de toutes les affections de mon âme ? et suis-je à l’épreuve des prestiges de ta magie ? Si la musique eût réellement produit cet enchantement, il eût agi sur tous ceux qui l’entendaient ; mais tandis que ces chants me tenaient en extase, M. d’Orbe dormait tranquillement dans un fauteuil ; et, au milieu de mes transports, il s’est contenté pour tout éloge de demander si ta cousine savait l’italien.

Tout ceci sera mieux éclairci demain ; car nous avons pour ce soir un nouveau rendez-vous de musique : milord veut la rendre complète, et il a mandé de Lausanne un second violon qu’il dit être assez entendu. Je porterai de mon côté des scènes, des cantates françaises, et nous verrons.

En arrivant chez moi, j’étais d’un accablement que m’a donné le peu d’habitude de veiller, et qui se perd en t’écrivant. Il faut pourtant tâcher de dormir quelques heures. Viens avec moi, ma douce amie, ne me quitte point durant mon sommeil ; mais, soit que ton image le trouble ou le favorise, soit qu’il m’offre ou non les noces de la Fanchon, un instant délicieux qui ne peut m’échapper et qu’il me prépare, c’est le sentiment de mon bonheur au réveil.

Lettre XLVIII – De Saint-Preux à Julie

Ah ! ma Julie ! qu’ai-je entendu ? Quels sons touchants ! quelle musique ! quelle source délicieuse de sentiments et de plaisirs ! Ne perds pas un moment ; rassemble avec soin tes opéras, tes cantates, ta musique française, fais un grand feu bien ardent, jettes-y tout ce fatras, et l’attise avec soin, afin que tant de glace puisse y brûler et donner de la chaleur au moins une fois. Fais ce sacrifice propitiatoire au dieu du goût, pour expier ton crime et le mien d’avoir profané ta voix à cette lourde psalmodie, et d’avoir pris si longtemps pour le langage du coeur un bruit qui ne fait qu’étourdir l’oreille. O que ton digne frère avait raison ! Dans quelle étrange erreur j’ai vécu jusqu’ici sur les productions de cet art charmant ! Je sentais leur peu d’effet, et l’attribuais à sa faiblesse. Je disais : la musique n’est qu’un vain son qui peut flatter l’oreille et n’agit qu’indirectement et légèrement sur l’âme : l’impression des accords est purement mécanique et physique ; qu’a-t-elle à faire au sentiment, et pourquoi devrais-je espérer d’être plus vivement touché d’une belle harmonie que d’un bel accord de couleurs ? Je n’apercevais pas, dans les accents de la mélodie appliqués à ceux de la langue, le lien puissant et secret des passions avec les sons ; je ne voyais pas que l’imitation des tons divers dont les sentiments animent la voix parlante donne à son tour à la voix chantante le pouvoir d’agiter les coeurs et que l’énergique tableau des mouvements de l’âme de celui qui se fait entendre est ce qui fait le vrai charme de ceux qui l’écoutent.

C’est ce que me fit remarquer le chanteur de milord, qui, pour un musicien, ne laisse pas de parler assez bien de son art. L’harmonie, me disait-il, n’est qu’un accessoire éloigné dans la musique imitative ; il n’y a dans l’harmonie proprement dite aucun principe d’imitation. Elle assure, il est vrai, les intonations ; elle porte témoignage de leur justesse ; et, rendant les modulations plus sensibles, elle ajoute de l’énergie à l’expression, et de la grâce au chant. Mais c’est de la seule mélodie que sort cette puissance invincible des accents passionnés ; c’est d’elle que dérive tout le pouvoir de la musique sur l’âme. Formez les plus savantes successions d’accords sans mélange de mélodie, vous serez ennuyés au bout d’un quart d’heure. De beaux chants sans aucune harmonie sont longtemps à l’épreuve de l’ennui. Que l’accent du sentiment anime les chants les plus simples, ils seront intéressants. Au contraire, une mélodie qui ne parle point chante toujours mal, et la seule harmonie n’a jamais rien su dire au coeur.

C’est en ceci, continuait-il, que consiste l’erreur des Français sur les forces de la musique. N’ayant et ne pouvant avoir une mélodie à eux dans une langue qui n’a point d’accent, et sur une poésie maniérée qui ne connut jamais la nature, ils n’imaginent d’effets que ceux de l’harmonie et des éclats de voix, qui ne rendent pas les sons plus mélodieux, mais plus bruyants ; et ils sont si malheureux dans leurs prétentions, que cette harmonie même qu’ils cherchent leur échappe ; à force de la vouloir charger, ils n’y mettent plus de choix, ils ne connaissent plus les choses d’effet, ils ne font plus que du remplissage ; ils se gâtent l’oreille, et ne sont plus sensibles qu’au bruit ; en sorte que la plus belle voix pour eux n’est que celle qui chante le plus fort. Aussi, faute d’un genre propre, n’ont-ils jamais fait que suivre pesamment et de loin nos modèles ; et depuis leur célèbre Lulli, ou plutôt le nôtre, qui ne fit qu’imiter les opéras dont l’Italie était déjà pleine de son temps, on les a toujours vus, à la piste de trente ou quarante ans, copier, gâter nos vieux auteurs, et faire à peu près de notre musique comme les autres peuples font de leurs modes. Quand ils se vantent de leurs chansons, c’est leur propre condamnation qu’ils prononcent ; s’ils savaient chanter des sentiments, ils ne chanteraient pas de l’esprit : mais parce que leur musique n’exprime rien, elle est plus propre aux chansons qu’aux opéras ; et parce que la nôtre est toute passionnée, elle est plus propre aux opéras qu’aux chansons[51].

I fear very much that the poor English philosopher must have felt somewhat the same influence. After having taken your cousin home, since we were all still quite awake, he offered to invite us to his place to play music and drink punch. While his people were getting ready, he kept talking about you with such enthusiasm that it displeased me; and I did not hear him praise you in the same way you had enjoyed my compliments. To be honest, I generally dislike it when anyone, except your cousin, talks about you; it seems to me as if every word taken away a part of my secrets or my pleasures. And no matter what is said, there is always such a suspicious motive behind it, or people are so far removed from what I truly feel, that I prefer to listen only to what I say myself about you.

It’s not that I, like you, have a tendency toward jealousy; I know your soul better than that. I have guarantees that prevent me even from imagining any possibility of change in you. After what you’ve told me, I need say nothing more about the other suitors; but this one, Julie, such outrageous conditions, your father’s prejudices. You know that this is my life at stake; so please, say something about it—just one word from you, and I will be at peace forever.

I spent the whole night listening to or performing Italian music, for there were duets involved, and I had to take the chance to participate in them. I dare not yet tell you the effect it had on me; I’m afraid that the impression left by last evening’s dinner might have continued into what I was hearing, and that I might have mistaken the allure of your charm for the beauty of the music itself. Why should the very same factor that made it tedious for me in Sion not instead make it pleasant here, in a completely different situation? Aren’t you the very source of all the emotions in my soul? And am I not being tested by the power of your magic? If the music truly possessed such enchanting qualities, it would have affected everyone who listened to it; yet while those songs filled me with rapture, Mr. d’Orbe slept peacefully in his chair. And amidst my ecstasy, all he said in praise was whether your cousin knew Italian.

All of this will be clarified better tomorrow; because for tonight we have another music meeting: Lord wants to make the ensemble more complete, and he has sent a second violinist from Lausanne, who is said to be quite skilled. I will bring my own scenes and French cantatas; let’s see how it goes.

Upon arriving home, I was overcome with exhaustion—caused by my limited habit of staying up late—and this feeling diminishes as I write to you. Nevertheless, I must try to sleep for a few hours. Come with me, my dear friend; do not leave my side during my sleep. Whether your presence disturbs or enhances it, whether it brings me the blissful moments akin to those described in the tale of Fanchon or not, one unforgettable moment awaits me upon waking—the sensation of my own happiness.

Letter XLVIII – From Saint-Preux to Julie

Ah! My Julie, what have I heard? What touching sounds, what beautiful music—what a delightful source of emotions and pleasures! Do not waste a moment; carefully gather all your operas, cantatas, French music, make a large, blazing fire, throw all this rubbish into it, and stoke it carefully, so that all this “ice” may burn and release some heat at least once. Make this propitiatory sacrifice to the god of taste, to atone for your sin and mine—for having profaned your voice with such dull psalmodies, and for having for so long regarded the language of the heart as nothing but a noise that merely drowns out the ear. How right your worthy brother was! In what strange error I have lived all this time, regarding the creations of this charming art! I felt its lack of effect and attributed it to its weakness. I said: Music is but a vain sound that can please the ear, acting only indirectly and lightly on the soul; the impression produced by musical chords is purely mechanical and physical—what has it to do with the emotions? Why should I expect to be more deeply moved by beautiful harmony than by beautiful combinations of colors? I failed to see the powerful, secret connection between the passions and the sounds in the melody when combined with the language of speech; I did not realize that imitating the various tones used in expressive speech gives singing voices the power to move hearts, and that the vivid portrayal of the inner movements of the speaker is what truly captivates the listener.

It was the singer of milord who drew my attention to this point; for a musician, he certainly spoke quite eloquently about his art. He told me that harmony is merely an incidental element in imitative music; in true harmony itself, there is no principle of imitation at all. Indeed, harmony ensures the correct intonations; it verifies their accuracy; and by making the modulations more perceptible, it adds energy to the expression and grace to the singing. But it is solely from the melody that this invincible power of passionate accents arises; it is from the melody that all the influence of music on the soul derives. Try creating the most sophisticated sequences of chords without any melody whatsoever—after a quarter of an hour, you will find yourself bored. Beautiful songs devoid of harmony can hardly withstand the test of time and boredom. But when the expression of emotion animates even the simplest melodies, they become fascinating. On the contrary, a melody that fails to convey any emotional content will always sound weak; and pure harmony alone can never speak directly to the heart.

“It is in this regard,” he continued, “that the French make their mistake regarding the true power of music. Not possessing, and unable to possess, a melodic style suited to their language—which lacks any natural accent—and dealing with a poetic form that has never truly embraced nature, they can conceive of effects only through harmony and the intensity of vocal expression. Yet these elements do not render the sounds more melodious but merely louder; indeed, in their attempts to achieve these effects, they fail entirely. By overloading their music with such elements, they lose any sense of refinement or distinction, failing to recognize what truly conveys emotion. As a result, they spoil their own ears, becoming insensitive to anything but sheer noise—such that the most beautiful voice, in their view, is merely the one that sings loudest. Hence, lacking their own unique musical style, they have always followed our models clumsily and from a distance. Since their famous Lully—or rather, our Lully, who merely imitated the operas that already abounded in Italy at the time—everyone has seen them, over the course of thirty or forty years, copy and distort our old composers, turning our music into something akin to what other peoples produce in their folk songs. When they boast about their songs, it is actually their own condemnation they utter. If they knew how to sing emotions, they would not resort to mere vocal intensity; but since their music expresses nothing, it is more suited to folk songs than to operas—and since our music is entirely passionate, it is far more appropriate for operas than for folk songs.”

Temo molto che quel povero filosofo inglese abbia provato anch’egli lo stesso influenzo. Dopo aver riaccompagnato tua cugina – poiché eravamo tutti ancora molto svegli – ci propose di andare da lui a suonare la musica e bere punch. Mentre radunava le persone, non smise mai di parlare di te con un entusiasmo che mi dispiacque; inoltre, non sentii il suo elogio per te con lo stesso piacere con cui tu avevi ascoltato il mio. In generale, devo ammettere che non mi piace affatto che qualcuno, tranne tua cugina, parli di te; mi sembra che ogni parola mi privi di una parte del mio segreto o dei miei piaceri. E, qualunque cosa si possa dire, ci si impegna in modo così sospetto, o si è così lontani da ciò che io provo, che preferisco ascoltare solo me stesso riguardo a te.

Non è che io abbia, come te, una tendenza alla gelosia: conosco meglio la tua anima; ho delle garanzie che non mi permettono nemmeno di immaginare un tuo possibile cambiamento. Dopo le tue assicurazioni, non ti dico più nulla degli altri pretendenti. Ma lui, Julie!. Condizioni accettabili. I pregiudizi di tuo padre. Sai bene che si tratta della mia vita; per favore, dimmi qualcosa al riguardo: una parola tua, e sarò tranquillo per sempre.

Ho trascorso la notte ad ascoltare o a eseguire musica italiana, perché si sono formati dei duetti e ho dovuto rischiare di parteciparvi anch’io. Non oso ancora parlarti dell’effetto che questa musica ha avuto su di me; temo che l’impressione lasciata dalla cena di ieri sera possa essere stata prolungata da ciò che ascoltavo, e che io abbia scambiato il fascino delle tue attrazioni per il piacere della musica stessa. Perché la stessa causa che a Sion mi rendeva questa musica noiosa non potrebbe qui renderla piacevole in una situazione diversa? Non sei forse tu la fonte principale di tutte le emozioni del mio animo? E non sono forse io sotto il potere dei sortilegi della tua magia? Se davvero la musica avesse prodotto questo incanto, avrebbe agito su tutti coloro che la ascoltavano; ma mentre quei canti mi tenevano in estasi, il signor d’Orbe dormiva tranquillamente in una poltrona; e, nel mezzo dei miei trasporti, si è accontentato di chiedere, come unico complimento, se tua cugina sapesse parlare italiano.

Tutto ciò sarà spiegato più chiaramente domani; perché stasera abbiamo un nuovo incontro musicale: milord vuole rendere il gruppo musicale completo, e ha mandato da Losanna un secondo violino che, a suo dire, è abbastanza bravo. Io porterò con me alcune scene e cantate francesi; vedremo poi come andrà.

Arrivato a casa, ero così sopraffatto dallo sfinimento causato dalla scarsa abitudine di vegliare che questa sensazione svanisce mentre ti scrivo. Tuttavia, devo cercare di dormire qualche ora. Vieni con me, mia dolce amica: non lasciarmi mai durante il mio sonno. Che la tua immagine disturbi o favorisca questo momento, che mi offra o meno quelle “nozze” descritte da Fanchon. Questo istante delizioso, che inevitabilmente arriverà e che mi prepara al risveglio, è proprio ciò che rappresenta la sensazione della mia felicità.

Lettera XLVIII – Da Saint-Preux a Julie

Ah, Julie! Cosa ho sentito. Che suoni commoventi, che musica, che fonte deliziosa di sentimenti e piaceri! Non perdere un istante: raccogli con cura le tue opere, le tue cantate, la tua musica francese; accendi un grande fuoco, getta lì tutto quel “rifiuto” e alimentalo con attenzione, affinché tutta quella “ghiaccia” possa bruciare e almeno una volta trasmettere calore. Fai questo sacrificio propiziatorio al dio del gusto, per espiare il tuo crimine, e il mio, di aver profanato la tua voce con quelle lente e noiose melodie, di aver considerato a lungo il linguaggio del cuore come un suono che serve soltanto ad assordire l’orecchio. Oh, quanto aveva ragione tuo fratello. In quale strana errore ho vissuto fino ad ora, riguardo alle opere di quest’arte incantevole! Percepivo la loro scarsa efficacia e ne attribuivo la colpa alla loro debolezza; pensavo che la musica fosse soltanto un suono vuoto in grado di compiacere l’orecchio, ma che agisse in modo indiretto e superficiale sull’anima. Che l’impressione prodotta dagli accordi fosse puramente meccanica e fisica. Cosa aveva a che fare con i sentimenti? Perché dovrei essere più commosso da una bella armonia che da un bel abbinamento di colori? Non riconoscevo, nei suoni della melodia combinati con quelli del linguaggio parlato, quel legame potente e segreto tra le passioni e i suoni. Non capivo che l’imitazione dei diversi toni, utilizzati dalla voce umana per esprimere i sentimenti, conferisse alla musica il vero potere di commuovere gli animi. E che quel vivido ritratto dei movimenti dell’anima di chi si esprime fosse ciò che rendeva davvero incantevoli le opere musicali ascoltate.

Fu proprio questo che mi fece notare il cantante di milord, il quale, per essere un musicista, non mancava certo di esprimere con grande competenza il proprio mestiere. L’armonia, mi disse, nell’ambito della musica imitativa è soltanto un accessorio secondario; nell’armonia vera e propria, invece, non esiste alcun principio basato sull’imitazione. Certo, l’armonia garantisce la correttezza delle intonazioni, ne testimonia l’esattezza e, rendendo le modulazioni più sensibili, aggiunge energia all’espressione e grazia al canto. Ma è soltanto dalla melodia che deriva quella potenza invincibile degli accenti appassionati; è da essa che proviene tutto il potere della musica sull’anima. Create le sequenze di accordi più raffinate senza alcuna componente melodica, e dopo un quarto d’ora vi annoierete sicuramente. Bellissimi canti privi di armonia, invece, difficilmente riescono a resistere alla noia nel corso del tempo. Se l’accento del sentimento anima i canti più semplici, questi diventeranno certamente interessanti da ascoltare. Al contrario, una melodia che non “parla” non canterà mai bene; e l’armonia in sé, da sola, non saprà mai commuovere il cuore delle persone.

Ecco in cosa consiste l’errore dei francesi riguardo alle potenzialità della musica, continuava. Non avendo, e non potendo avere, una melodia propria in una lingua priva di accenti, e di fronte a una poesia artificiosa che mai ha conosciuto la vera natura delle cose, essi immaginano effetti musicali derivanti soltanto dall’armonia e dagli squilli vocali; tali effetti, tuttavia, non rendono i suoni più melodiosi, ma semplicemente più rumorosi. Sono così lontani dalla verità nelle loro affermazioni che persino quell’armonia che cercano di ottenere gli sfugge dalle loro mani; nel tentativo di renderla più efficace, perdono ogni senso della scelta, non riconoscono più ciò che è effettivamente significativo nella musica, e finiscono per creare soltanto suoni vuoti e privi di sostanza. Si rovinano l’orecchio e diventano sensibili soltanto al rumore; per loro, la voce più bella è quella che canta più forte. Per mancanza di uno stile proprio, hanno sempre seguito pesantemente e da lontano i nostri modelli; e da quando esiste quel famoso Lulli – o meglio, il nostro Lulli, che non fece altro che imitare gli opere già diffuse in Italia al suo tempo – li abbiamo sempre visti copiare, rovinare i nostri antichi autori, e creare musica più o meno simile a quella dei popoli stranieri. Quando si vantano delle loro canzoni, in realtà pronunciano soltanto la propria condanna; se sapessero cantare sentimenti veri, non canterebbero altro che banalità. Ma poiché la loro musica non esprime nulla di significativo, è più adatta alle canzoni che alle opere liriche; mentre la nostra musica, essendo piena di passione, è molto più adatta alle opere che alle canzoni[51].

Ensuite, m’ayant récité sans chant quelques scènes italiennes, il me fit sentir les rapports de la musique à la parole dans le récitatif, de la musique au sentiment dans les airs, et partout l’énergie que la mesure exacte et le choix des accords ajoutent à l’expression. Enfin, après avoir joint à la connaissance que j’ai de la langue la meilleure idée qu’il me fut possible de l’accent oratoire et pathétique, c’est-à-dire de l’art de parler à l’oreille et au coeur dans une langue sans articuler des mots, je me mis à écouter cette musique enchanteresse, et je sentis bientôt, aux émotions qu’elle me causait, que cet art avait un pouvoir supérieur à celui que j’avais imaginé. Je ne sais quelle sensation voluptueuse me gagnait insensiblement. Ce n’était plus une vaine suite de sons comme dans nos récits. À chaque phrase, quelque image entrait dans mon cerveau ou quelque sentiment dans mon coeur ; le plaisir ne s’arrêtait point à l’oreille, il pénétrait jusqu’à l’âme ; l’exécution coulait sans effort avec une facilité charmante ; tous les concertants semblaient animés du même esprit ; le chanteur maître de sa voix en tirait sans gêne tout ce que le chant et les paroles demandaient de lui ; et je trouvai surtout un grand soulagement à ne sentir ni ces lourdes cadences, ni ces pénibles efforts de voix, ni cette contrainte que donne chez nous au musicien le perpétuel combat du chant et de la mesure, qui, ne pouvant jamais s’accorder, ne lassent guère moins l’auditeur que l’exécutant.

Mais quand, après une suite d’airs agréables, on vint à ces grands morceaux d’expression qui savent exciter et peindre le désordre des passions violentes, je perdais à chaque instant l’idée de musique, de chant, d’imitation ; je croyais entendre la voix de la douleur, de l’emportement, du désespoir ; je croyais voir des mères éplorées, des amants trahis, des tyrans furieux ; et, dans les agitations que j’étais forcé d’éprouver, j’avais peine à rester en place. Je connus alors pourquoi cette même musique qui m’avait autrefois ennuyé m’échauffait maintenant jusqu’au transport ; c’est que j’avais commencé de la concevoir, et que sitôt qu’elle pouvait agir elle agissait avec toute sa force. Non, Julie, on ne supporte point à demi de pareilles impression : elles sont excessives ou nulles, jamais faibles ou médiocres ; il faut rester insensible, ou se laisser émouvoir outre mesure ; ou c’est le vain bruit d’une langue qu’on n’entend point, ou c’est une impétuosité de sentiment qui vous entraîne, et à laquelle il est impossible à l’âme de résister.

Je n’avais qu’un regret, mais il ne me quittait point ; c’était qu’un autre que toi formât des sons dont j’étais si touché, et de voir sortir de la bouche d’un vil castrato les plus tendres expressions de l’amour. O ma Julie ! n’est-ce pas à nous de revendiquer tout ce qui appartient au sentiment ? Qui sentira, qui dira mieux que nous ce que doit dire et sentir une âme attendrie ? Qui saura prononcer d’un ton plus touchant le cor mio, l’idolo amato ? Ah ! que le coeur prêtera d’énergie à l’art si jamais nous chantons ensemble un de ces duos charmants qui font couler des larmes si délicieuses ! Je te conjure premièrement d’entendre un essai de cette musique, soit chez toi, soit chez l’inséparable. Milord y conduira quand tu voudras tout son monde, et je suis sûr qu’avec un organe aussi sensible que le tien, et plus de connaissance que je n’en avais de la déclamation italienne, une seule séance suffira pour t’amener au point où je suis, et te faire partager mon enthousiasme. Je te propose et te prie encore de profiter du séjour du virtuose pour rendre leçon de lui, comme j’ai commencé de faire dès ce matin. Sa manière d’enseigner est simple, nette, et consiste en pratique plus qu’en discours ; il ne dit pas ce qu’il fut faire, il le fait ; et en ceci, comme en bien d’autres choses, l’exemple vaut mieux que la règle. Je vois déjà qu’il n’est question que de s’asservir à la mesure, de la bien sentir, de phraser et ponctuer avec soin, de soutenir également des sons et non de les renfler, enfin d’ôter de la voix les éclats et toute la prétintaille française, pour la rendre juste, expressive, et flexible ; la tienne, naturellement si légère et si douce, prendra facilement ce nouveau pli ; tu trouveras bientôt dans ta sensibilité l’énergie et la vivacité de l’accent qui anime la musique italienne.

E’l cantar che nell’ anima si sente.[52]

Laisse donc pour jamais cet ennuyeux et lamentable chant français qui ressemble au cri de la colique mieux qu’aux transports des passions. Apprends à former ces sons divins que le sentiment inspire, seuls dignes de ta voix, seuls dignes de ton coeur, et qui portent toujours avec eux le charme et le feu des caractères sensibles.

Lettre XLIX – De Julie à Saint-Preux

Tu sais bien, mon ami, que je ne puis t’écrire qu’à la dérobée, et toujours en danger d’être surprise. Ainsi, dans l’impossibilité de faire de longues lettres, je me borne à répondre à ce qu’il y a de plus essentiel dans les tiennes ou à suppléer à ce que je n’ai pu te dire dans des conversations non moins furtives de bouche que par écrit. C’est ce que je ferai, surtout aujourd’hui que deux mots au sujet de milord Édouard me font oublier le reste de ta lettre.

Mon ami, tu crains de me perdre, et me parles de chansons ! Belle matière à tracasserie entre amants qui s’entendraient moins. Vraiment tu n’es pas jaloux, on le voit bien : mais pour le coup je ne serais pas jalouse moi-même ; car j’ai pénétré dans ton âme, et ne sens que ta confiance où d’autres croiraient sentir ta froideur. O la douce et charmante sécurité que celle qui vient du sentiment d’une union parfaite ! C’est par elle, je le sais, que tu tires de ton propre coeur le bon témoignage du mien ; c’est par elle aussi que le mien te justifie ; et je te croirais bien moins amoureux si je te voyais plus alarmé.

Je ne sais ni ne veux savoir si milord Édouard a d’autres attentions pour moi que celles qu’ont tous les hommes pour les personnes de mon âge ; ce n’est point de ses sentiments qu’il s’agit, mais de ceux de mon père et des miens : ils sont aussi d’accord sur son compte que sur celui des prétendus prétendants dont tu dis que tu ne dis rien. Si son exclusion et la leur suffisent à ton repos, sois tranquille. Quelque honneur que nous fît la recherche d’un homme de ce rang, jamais, du consentement du père ni de la fille, Julie d’Etange ne sera lady Bomston. Voilà sur quoi tu peux compter.

Ne va pas croire qu’il ait été pour cela question de milord Édouard, je suis sûre que de nous quatre tu es le seul qui puisse même lui supposer du goût pour moi. Quoi qu’il en soit, je sais à cet égard la volonté de mon père, sans qu’il en ait parlé ni à moi ni à personne ; et je n’en serais pas mieux instruite quand il me l’aurait positivement déclaré. En voilà assez pour calmer tes craintes, c’est-à-dire autant que tu en dois savoir. Le reste serait pour toi de pure curiosité, et tu sais que j’ai résolu de ne la pas satisfaire. Tu as beau me reprocher cette réserve et la prétendre hors de propos dans nos intérêts communs. Si je l’avais toujours eue, elle me serait moins importante aujourd’hui. Sans le compte indiscret que je te rendis d’un discours de mon père, tu n’aurais point été te désoler à Meillerie ; tu ne m’eusses point écrit la lettre qui m’a perdue ; je vivrais innocente, et pourrais encore aspirer au bonheur. Juge, par ce que me coûte une seule indiscrétion, de la crainte que je dois avoir d’en commettre d’autres. Tu as trop d’emportement pour avoir de la prudence ; tu pourrais plutôt vaincre tes passions que les déguiser. La moindre alarme te mettrait en fureur ; à la moindre lueur favorable tu ne douterais plus de rien ; on lirait tous nos secrets dans ton âme, et tu détruirais à force de zèle tout le succès de mes soins. Laisse-moi donc les soucis de l’amour, et n’en garde que les plaisirs ; ce partage est-il si pénible, et ne sens-tu pas que tu ne peux rien à notre bonheur que de n’y point mettre obstacle ?

Then, after reciting for me several Italian scenes without singing, he helped me understand the relationship between music and speech in recitative form, between music and emotion in operatic arias, and everywhere the power that precise meter and the right choice of chords bring to musical expression. Finally, by combining my knowledge of the language with the best understanding I could attain of the art of expressive delivery—that is, of speaking directly to the ear and to the heart in a language without uttering actual words—I began to listen to this enchanting music. Soon, I felt that this art possessed a power far greater than I had imagined. A sense of intense pleasure gradually overtook me; it was no mere succession of sounds, like in ordinary performances. With each phrase, some image entered my mind or some emotion stirred my heart. The enjoyment did not stop at the ear alone; it penetrated right to the soul. The performance flowed effortlessly with a delightful ease; all the performers seemed inspired by the same spirit. The singer, master of his voice, brought forth without difficulty everything that singing and lyrics demanded of him. And what pleased me most was the absence of those heavy rhythms, those strained vocal efforts, and that constant struggle between melody and meter that usually plagues musicians—struggles that never truly coincide, leaving both performer and listener equally exhausted.

But when, after a series of pleasant melodies, those grand musical expressions that are capable of arousing and depicting the turmoil of violent passions came along, I lost all notion of music, singing, or imitation at every moment; I believed I was hearing the voices of pain, fury, and despair; I imagined seeing wretched mothers, betrayed lovers, furious tyrants; and in the intense emotions I was forced to experience, it was hard for me to remain still. Then I understood why the very same music that had once bored me now excited me to such an extreme degree—because I had begun to perceive it in a new way, and once it could affect me, it did so with all its force. No, Julie, one cannot endure such impressions half-heartedly; they are either overwhelming or nonexistent, never weak or mediocre. One must either remain indifferent, or be overwhelmed by them completely; otherwise, it is either the meaningless sound of words that one does not hear at all, or an unstoppable surge of emotion that carries one away, against which the soul is utterly powerless to resist.

I had but one regret, and yet it never left me: that someone other than you should produce those sounds which moved me so deeply, that the tenderest expressions of love should come from the mouth of a vile castrato. Oh, my Julie! Does not it belong to us to claim everything that belongs to the realm of emotion? Who else could feel and express more profoundly than we what a tender-hearted soul ought to feel and say? Who else could pronounce those beloved words with such moving intensity? Ah! How much energy the heart would impart to art if we ever sang together one of those enchanting duets that bring forth such delightful tears! I implore you first of all to listen to a demonstration of this music, either at your home or at the residence of that inseparable friend of mine. Lord [name] will bring his entire household whenever you wish, and I am certain that with an instrument as sensitive as yours, and with a knowledge of Italian vocal technique greater than my own, just one lesson would be enough to bring you to the same level as me and to share my enthusiasm. Once again, I suggest and beg you to take advantage of the virtuoso’s stay here to study under him, just as I began to do this very morning. His method of teaching is simple and clear; it relies more on practice than on theory. He does not merely explain what needs to be done—he does it himself. And in this, as in many other aspects, example is far more effective than rule. I can already see that all that is required is to master the proper technique, to feel it deeply, to phrase and punctuate one’s words with care, to sustain the sounds evenly without exaggeration, and finally to rid one’s voice of all the harshness and affectation characteristic of the French style, in order to make it pure, expressive, and flexible. Your voice, naturally so light and gentle, will easily adopt this new quality; soon you will find within yourself the energy and vitality of the Italian accent that brings music to life.

He can sing only what he feels within his soul.[52]

Therefore, abandon forever that dull and lamentable French song which resembles the cry of colic more than the expressions of passion. Learn to produce those divine sounds that inspiration inspires—those alone worthy of your voice, worthy of your heart, and which always carry with them the charm and intensity of passionate natures.

Letter XLIX – From Julie to Saint-Preux

You know very well, my friend, that I can only write to you in secret, always at the risk of being discovered. Therefore, since it is impossible for me to write long letters, I limit myself to responding to the most essential points in your messages or to supplement what I was unable to tell you during equally secretive conversations, both spoken and written. This is what I will do today, especially since two words regarding Lord Edward have made me forget everything else in your letter.

My friend, you fear losing me, and yet you talk to me about songs! What a suitable topic for distress between lovers who don’t understand each other well. Truly, you are not jealous—that is clear. But in that case, I wouldn’t be jealous either; for I have penetrated into your soul, and I feel only your trust, where others might perceive coldness. Oh, the sweet and delightful security that comes from the feeling of a perfect union! It is through it that you draw, from your own heart, the positive proof of my feelings; and it is also through it that my own feelings justify you. If I saw you more anxious, I would believe you much less in love.

I neither know nor wish to know whether Lord Edward has any other interests in me besides those that all men have for people of my age; it is not his feelings that are at issue here, but those of my father and mine: they are as much in agreement regarding him as they are regarding those so-called suitors about whom you say you say nothing. If his exclusion, along with theirs, is sufficient to bring you peace of mind, then be assured. No matter what honor seeking a man of such rank might bring us, neither my father nor I will ever consent to Julie d’Etange becoming Lady Bomston. That is something you can rely on.

Do not think that Lord Edward had anything to do with this matter; I am sure that out of the four of us, you are the only one who could even suppose him to have any interest in me. In any case, I know my father’s wishes on this subject, although he has never spoken of it to me or to anyone else; and I would not be better informed if he had told me explicitly. This should be enough to dispel your fears—indeed, it is all you need to know. Anything more would be mere curiosity for you, and you know that I have resolved not to satisfy it. You may reproach me for this reserve and claim that it is irrelevant to our common interests. But if I had always acted in this way, it would not be so important to me today. If I had not inadvertently revealed to you a conversation my father had with me, you would not have gone to Meillerie; you would not have written me the letter that cost me so much; I would still be innocent and could still hope for happiness. Consider, then, what one single act of indiscretion has cost me, and realize how afraid I am of committing any more. You are too impulsive to be prudent; you would rather give in to your passions than try to conceal them. The slightest hint of danger would make you furious; at the slightest sign of hope, you would believe everything without doubt. Our secrets would all be exposed in your heart, and your excessive zeal would ruin all the efforts I have made to bring us happiness. So please leave me the worries associated with love and keep only its pleasures for yourself. Is such a division really so difficult? Don’t you realize that the only thing that can truly affect our happiness is if you put obstacles in its way?

In seguito, dopo avermi recitato alcune scene italiane senza cantare, mi fece comprendere i rapporti tra musica e parola nel recitativo, tra musica e sentimento nelle arie, e ovunque l’energia che la misura esatta e la scelta degli accordi aggiungono all’espressione. Infine, dopo aver unito alla conoscenza che avevo della lingua la migliore idea possibile dell’arte oratoria e patetica – cioè dell’arte di parlare all’orecchio e al cuore attraverso una lingua senza pronunciare parole – iniziai ad ascoltare questa musica incantevole, e presto percepii, dalle emozioni che suscitava in me, che quest’arte possedeva un potere superiore a quello che avevo immaginato. Una sensazione deliziosa mi invase gradualmente; non si trattava più di una semplice sequenza di suoni come nelle nostre rappresentazioni musicali: a ogni frase, qualche immagine entrava nella mia mente o qualche sentimento nel mio cuore; il piacere non si fermava all’orecchio, ma penetrava fino nell’anima. L’esecuzione scorreva senza sforzo, con una facilità incantevole; tutti i musicisti sembravano animati dallo stesso spirito; il cantante, padrone della propria voce, ne estraeva senza difficoltà tutto ciò che la musica e le parole richiedevano da lui. In particolare, trovai un grande sollievo nel non percepire né quelle pesanti cadenze, né quegli sforzi dolorosi nella voce, né quella costrizione che, nella nostra musica, il costante conflitto tra canto e misura impone al musicista, conflitto che, non potendo mai conciliarsi, stanca tanto l’ascoltatore quanto l’esecutore.

Ma quando, dopo una serie di brani piacevoli, si arrivava a quei grandi pezzi musicali capaci di suscitare e rappresentare con forza il caos delle passioni violente, io perdevo in ogni momento ogni idea legata alla musica, al canto, all’imitazione; credevo di sentire la voce del dolore, della furia, del dispero; immaginavo madri sconvolte, amanti traditi, tiranni infuriati; e, nelle emozioni intense che non potevo fare a meno di provare, faticavo a rimanere fermo. Allora capii perché quella stessa musica che un tempo mi annoiava ora mi eccitava fino all’estasi: era perché avevo iniziato a comprenderne il vero significato, e non appena essa poteva esercitare il suo effetto, lo faceva con tutta la sua forza. No, Julie. Non si può sopportare nemmeno parzialmente un’impressione del genere: o è estrema, oppure inesistente; mai debole o mediocre. Bisogna rimanere insensibili, o lasciarsi travolgere oltre ogni limite. O è il suono vuoto di una lingua che non si sente affatto, oppure un impeto di sentimenti così intensi da essere impossibile per l’anima resistervi.

Avevo un solo rimpianto, ma non riuscivo a liberarmene: che qualcun altro, diverso da te, potesse produrre suoni che mi commuovevano così profondamente, e che le più tenere espressioni d’amore potessero uscire dalla bocca di un vile castrato. Oh, mia Julie! Non spetta forse a noi rivendicare tutto ciò che appartiene al sentimento? Chi potrà comprendere e esprimere meglio di noi ciò che un’anima commossa deve dire e provare? Chi saprà pronunciare con tono più toccante il “cor mio”, l’idolo amato? Ah! Quanto il cuore darà energia all’arte, se mai canteremo insieme uno di quei duetti incantevoli che fanno scorrere lacrime così deliziose. Ti supplico, ascolta prima un esempio di questa musica, sia a casa tua che da quell’indispensabile amico. Milord porterà lì tutta la sua compagnia quando vorrai, e sono certo che, con un organo sensibile come il tuo, e una conoscenza più approfondita della recitazione italiana di quanto ne avessi io, basterebbe una sola lezione per farti raggiungere lo stesso livello mio e farti condividere il mio entusiasmo. Ti propongo ancora, e te lo chiedo nuovamente, di approfittare della permanenza di questo virtuoso per prendere lezioni da lui, proprio come ho iniziato stamattina. Il suo metodo di insegnamento è semplice e chiaro: si basa soprattutto sulla pratica, più che sui discorsi; non dice cosa bisogna fare, ma lo fa. E in questo, come in molte altre cose, l’esempio vale più della regola. Vedo già che tutto ciò che serve è sottomettersi alle regole musicali, comprenderle bene, formulare e puntualizzare con cura i suoni, mantenere un equilibrio nelle emissioni vocali senza esagerarle. In breve: eliminare dagli strumenti tutti gli eccessi e le affettazioni tipiche del canto francese, per renderlo più giusto, espressivo e flessibile. La tua voce, naturalmente così leggera e dolce, assumerà facilmente questa nuova forma; presto scoprirai nella tua sensibilità l’energia e la vivacità dell’accento che caratterizza la musica italiana.

Il canto che si percepisce nell’‘anima.[52]

Lascia dunque per sempre quel noioso e lamentevole canto francese che assomiglia di più al grido della colica che alle espressioni delle passioni. Impara a formare quei suoni divini che l’emozione ispira, unici degni della tua voce, unici degni del tuo cuore, e che portano sempre con sé il fascino e il fuoco dei caratteri sensibili.

Lettera XLIX – Di Julie a Saint-Preux

Lo sai bene, mio caro, che posso scriverti solo di nascosto, sempre rischiando di essere scoperta. Pertanto, non potendo scrivere lettere lunghe, mi limito a rispondere alle parti più essenziali delle tue missive o a integrare ciò che non ho avuto modo di dirti durante conversazioni altrettanto furtive, sia orali che scritte. È proprio quello che farò, soprattutto oggi, poiché due parole riguardanti milord Edward mi hanno fatto dimenticare il resto della tua lettera.

Amico mio, temi di perdermi e mi parli di canzoni. Che argomento perfetto per creare incomprensioni tra amanti che già non si intendono bene! Davvero, non sei geloso. Lo si vede chiaramente; ma in questo caso nemmeno io lo sarei. Perché ho penetrato nel tuo animo e vi trovo soltanto fiducia. Laddove altri potrebbero percepire freddezza. Oh, che dolce e incantevole sicurezza quella che deriva dal sentimento di un’unione perfetta! È attraverso di essa che tu trai, dal tuo stesso cuore, la prova concreta della mia affetto; ed è anche grazie a essa che il mio amore può essere giustificato. E credimi: ti considererei molto meno innamorato se ti vedessi più preoccupato.

Non so né voglio sapere se milord Edward abbia per me altri interessi oltre a quelli che tutti gli uomini hanno per le persone della mia età; non si tratta dei suoi sentimenti, ma di quelli di mio padre e dei miei: anche su di lui sono d’accordo, così come su quei presunti pretendenti di cui dici di non voler parlare. Se la sua esclusione, insieme a quella degli altri, è sufficiente per il tuo tranquillo, allora sei in pace. Qualunque onore ci derivasse dall’interesse per un uomo di tale rango, mai, con il consenso né di mio padre né di mia figlia, Julie d’Etange diventerà lady Bomston. Su questo puoi contare.

Non credere che ciò avesse a che fare con milord Edward; sono sicura che di noi quattro sei l’unico che possa anche solo supporre in lui un interesse per me. Comunque sia, conosco la volontà di mio padre in questo senso, anche se non ne ha mai parlato né a me né a nessun altro; e non sarei più informata nemmeno se me l’avesse detto apertamente. Questo basta per placare le tue paure, cioè è tutto ciò che devi sapere. Il resto sarebbe solo curiosità da parte tua, e sai bene che ho deciso di non soddisfarla. Puoi anche rimproverarmi questa riservatezza, definirla inappropriata ai nostri interessi comuni. Ma se l’avessi sempre mantenuta, oggi non mi sarebbe così importante. Se non fossi stata così indiscreta nel riferirti un discorso di mio padre, tu non saresti andato a lamentarti a Meillerie; non mi avresti scritto quella lettera che mi ha rovinata la vita; vivrei ancora innocente e potrei ancora sperare nella felicità. Giudica, dunque, da quanto mi è costata un’unica indiscrezione, quale paura debba avere di commetterne altre. Tu sei troppo impulsivo per essere prudente; preferiresti sicuramente sopprimere le tue passioni piuttosto che nasconderle. Qualsiasi minimo allarme ti farebbe infuriare; al primo segnale positivo non dubiteresti più di nulla. Tutti i nostri segreti sarebbero rivelati nella tua anima, e con la tua zelosità distruggeresti tutto ciò che ho cercato di realizzare per il nostro bene. Lasciami quindi dedicarmi ai problemi dell’amore, e conservami solo i suoi piaceri. Questo “compito” è davvero così difficile? Non capisci forse che l’unico modo per garantire la nostra felicità è non ostacolarla in alcun modo?

Hélas ! que me serviront désormais ces précautions tardives ? Est-il temps d’affermir ses pas au fond du précipice et de prévenir les maux dont on se sent accablé ? Ah ! misérable fille, c’est bien à toi de parler de bonheur ! En peut-il jamais être où règnent la honte et le remords ? Dieu ! quel état cruel de ne pouvoir ni supporter son crime, ni s’en repentir ; d’être assiégé par mille frayeurs, abusé par mille espérances vaines, et de ne jouir pas même de l’horrible tranquillité du désespoir ! Je suis désormais à la seule merci du sort. Ce n’est plus ni de force ni de vertu qu’il est question, mais de fortune et de prudence ; et il ne s’agit pas d’éteindre un amour qui doit durer autant que ma vie, mais de le rendre innocent ou de mourir coupable. Considère cette situation, mon ami, et vois si tu peux te fier à mon zèle.

Lettre L – De Julie à Saint – Preux

Je n’ai point voulu vous expliquer hier en vous quittant la cause de la tristesse que vous m’avez reprochée, parce que vous n’étiez pas en état de m’entendre. Malgré mon aversion pour les éclaircissements, je vous dois celui-ci, puisque je l’ai promis, et je m’en acquitte.

Je ne sais si vous vous souvenez des étranges discours que vous me tîntes hier au soir, et des manières dont vous les accompagnâtes ; quant à moi, je ne les oublierai jamais assez tôt pour votre honneur et pour mon repos, et malheureusement j’en suis trop indignée pour pouvoir les oublier aisément. De pareilles expressions avaient quelque fois frappé mon oreille en passant auprès du port ; mais je ne croyais pas qu’elles pussent jamais sortir de la bouche d’un honnête homme ; je suis très sûre au moins qu’elles n’entrèrent jamais dans le dictionnaire des amants, et j’étais bien éloignée de penser qu’elles pussent être d’usage entre vous et moi. Eh dieux ! quel amour est le vôtre, s’il assaisonne ainsi ses plaisirs ! Vous sortiez, il est vrai, d’un long repas, et je vois ce qu’il faut pardonner en ce pays aux excès qu’on y peut faire ; c’est aussi pour cela que je vous en parle. Soyez certain qu’un tête-à-tête où vous m’auriez traitée ainsi de sang-froid eût été le dernier de notre vie.

Mais ce qui m’alarme sur votre compte, c’est que souvent la conduite d’un homme échauffé de vin n’est que l’effet de ce qui se passe au fond de son coeur dans les autres temps. Croirai-je que dans un état où l’on ne déguise rien vous vous montrâtes tel que vous êtes ? Que deviendrais-je si vous pensiez à jeun comme vous parliez hier au soir ? Plutôt que de supporter un pareil mépris, j’aimerais mieux éteindre un feu si grossier, et perdre un amant qui, sachant si mal honorer sa maîtresse, mériterait si peu d’en être estimé. Dites-moi, vous qui chérissez les sentiments honnêtes, seriez-vous tombé dans cette erreur cruelle, que l’amour heureux n’a plus de ménagement à garder avec la pudeur, et qu’on ne doit plus de respect à celle dont on n’a plus de rigueur à craindre ? Ah ! si vous aviez toujours pensé ainsi, vous auriez été moins à redouter, et je ne serais pas si malheureuse ! Ne vous y trompez pas, mon ami ; rien n’est si dangereux pour les vrais amants que les préjugés du monde ; tant de gens parlent d’amour, et si peu savent aimer, que la plupart prennent pour ses pures et douces lois les viles maximes d’un commerce abject, qui, bientôt assouvi de lui-même, a recours aux monstres de l’imagination et se déprave pour se soutenir.

Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que le véritable amour est le plus chaste de tous les liens. C’est lui, c’est son feu divin qui sait épurer nos penchants naturels, en les concentrant dans un seul objet ; c’est lui qui nous dérobe aux tentations, et qui fait qu’excepté cet objet unique un sexe n’est plus rien pour l’autre. Pour une femme ordinaire tout homme est toujours un homme ; mais pour celle dont le coeur aime, il n’y a point d’homme que son amant. Que dis-je ? Un amant n’est-il qu’un homme ? Ah ! qu’il est un être bien plus sublime ! Il n’y a point d’homme pour celle qui aime : son amant est plus ; tous les autres sont moins ; elle et lui sont les seuls de leur espèce. Ils ne désirent pas, ils aiment. Le coeur ne suit point les sens, il les guide ; il couvre leurs égarements d’un voile délicieux. Non, il n’y a rien d’obscène que la débauche et son grossier langage. Le véritable amour toujours modeste n’arrache point ses faveurs avec audace ; il les dérobe avec timidité. Le mystère, le silence, la honte craintive, aiguisent et cachent ses doux transports. Sa flamme honore et purifie toutes ses caresses ; la décence et l’honnêteté l’accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs sans rien ôter à la pudeur. Ah ! dites, vous qui connûtes les vrais plaisirs, comment une cynique effronterie pourrait-elle s’allier avec eux ? Comment ne bannirait-elle pas leur délire et tout leur charme ? Comment ne souillerait-elle pas cette image de perfection sous laquelle on se plaît à contempler l’objet aimé ? Croyez-moi, mon ami, la débauche et l’amour ne sauraient loger ensemble, et ne peuvent pas même se compenser. Le coeur fait le vrai bonheur quand on s’aime, et rien n’y peut suppléer sitôt qu’on ne s’aime plus.

Mais quand vous seriez assez malheureux pour vous plaire à ce déshonnête langage, comment avez-vous pu vous résoudre à l’employer si mal à propos, et à prendre avec celle qui vous est chère un ton et des manières qu’un homme d’honneur doit même ignorer ? Depuis quand est-il doux d’affliger ce qu’on aime, et quelle est cette volupté barbare qui se plaît à jouir du tourment d’autrui ? Je n’ai pas oublié que j’ai perdu le droit d’être respectée ; mais si je l’oubliais jamais, est-ce à vous de me le rappeler ? Est-ce à l’auteur de ma faute d’en aggraver la punition ? Ce serait à lui plutôt à m’en consoler. Tout le monde a droit de me mépriser, hors vous. Vous me devez le prix de l’humiliation où vous m’avez réduite : et tant de pleurs versés sur ma faiblesse méritaient que vous me la fissiez moins cruellement sentir. Je ne suis ni prude ni précieuse. Hélas ! que j’en suis loin, moi qui n’ai pas su même être sage ! Vous le savez trop, ingrat, si ce tendre coeur sait rien refuser à l’amour ! Mais au moins ce qu’il lui cède, il ne veut le céder qu’à lui, et vous m’avez trop bien appris son langage pour lui en pouvoir substituer un si différent. Des injures, des coups, m’outrageraient moins que de semblables caresses. Ou renoncez à Julie, ou sachez être estimé d’elle. Je vous l’ai déjà dit, je ne connais point d’amour sans pudeur ; et s’il m’en coûtait de perdre le vôtre, il m’en coûterait encore plus de le conserver à ce prix.

Il me reste beaucoup de choses à dire sur le même sujet ; mais il faut finir cette lettre, et je les renvoie à un autre temps. En attendant, remarquez un effet de vos fausses maximes sur l’usage immodéré du vin. Votre coeur n’est point coupable, j’en suis très sûre ; cependant vous avez navré le mien ; et, sans savoir ce que vous faisiez, vous désoliez comme à plaisir ce coeur trop facile à s’alarmer, et pour qui rien n’est indifférent de ce qui lui vient de vous.

Lettre LII – De Julie à Saint-Preux

Alas! What use will these tardive precautions be to me now? Is it not time to take firm steps into the abyss and to prevent those evils that weigh me down? Ah! Poor girl, how dare you speak of happiness when shame and remorse rule my life? God! What a cruel fate—to be unable to endure one’s crime or to repent of it; to be besieged by countless fears, deceived by vain hopes, and yet to enjoy not even the terrible tranquility of despair! I am now entirely at the mercy of fate. It is no longer a matter of strength or virtue, but of luck and prudence; and it is not about extinguishing a love that will last as long as my life, but about making it innocent—or dying guilty. Consider this situation, my friend, and see if you can trust my determination.

Letter L – From Julie to Saint-Preux

I did not intend to explain to you yesterday, when I left, the reason for the sadness you blamed on me, because you were not in a state to understand. Despite my aversion to providing explanations, I owe you one since I promised to do so, and I am now fulfilling that promise.

I do not know whether you remember the strange speeches you addressed to me last evening, and the manner in which you accompanied them; as for me, I shall never forget them soon enough—for your honor and for my own peace of mind. Unfortunately, I am too outraged by them to be able to forget them so easily. Such expressions had sometimes reached my ears when I passed by the harbor; but I never believed they could ever come from the mouth of an honest man. At least, I am certain they were never included in the “dictionary of lovers”; and I had no idea they could possibly be used between you and me. Oh God! What kind of love is yours, if it requires such methods to enhance its pleasures! It is true that you had just finished a long meal, and I understand that one must forgive certain excesses in this country; that is precisely why I am speaking to you about it. Be assured that if we had been alone, and you had treated me in such a way coldly and deliberately, it would have marked the end of our relationship.

But what alarms me about you is that often the behavior of a man intoxicated by wine is merely the result of what is going on deep within his -heart at other times. Would I believe that in a state where one hides nothing, you would reveal yourself as you truly are? What would happen to me if you thought and spoke in the same way when sober as you did last night? Rather than enduring such contempt, I would rather put out such a vile fire and lose a lover who, since he knows so little how to honor his mistress, deserves even less to be cherished. Tell me, you who cherish honest feelings—would you ever commit such a cruel mistake, believing that in a happy love there is no need to respect modesty anymore, or that one no longer owes any regard to those whom one no longer fears for their virtue? Ah! If you had always thought this way, you would have been less frightening, and I would not be so unhappy! Do not delude yourself, my friend; nothing is more dangerous to true lovers than the prejudices of the world. So many people talk about love, yet so few truly know how to love—most of them mistake the pure and gentle laws of love for the vile principles of a despicable commerce that, soon exhausted by itself, turns to the monsters of imagination in order to sustain itself.

I do not know if I am mistaken, but it seems to me that true love is the purest of all relationships. It is love, with its divine fire, that knows how to purify our natural inclinations by focusing them on one single object; it is love that protects us from temptation, ensuring that for someone who truly loves, no other person holds any significance except their beloved. For an ordinary woman, every man is just a man; but for one whose heart is devoted to love, there is no other man but her lover. What am I saying? Is a lover merely a man? Ah! How much more sublime he is! For those who truly love, there is no such thing as a man: their lover is something more; all others are less; they and their lover are the only ones of their kind. They do not desire; they love. The heart does not follow the senses; it guides them; it covers their mistakes with a delicate veil. No, nothing is more obscene than debauchery and its vulgar language. True love, always modest, does not claim its favors boldly; it steals them with timidity. Mystery, silence, and a fearful sense of shame sharpen and conceal its tender expressions. Its flame honors and purifies all its expressions of affection; decency and honesty accompany it even in the midst of pleasure, and only true love knows how to satisfy desires without compromising modesty. Ah! Tell me, you who have known true pleasures—how could any cynical audacity ever be associated with them? How could it not reject their frenzy and all their charm? How could it not tarnish that perfect image under which we delight in contemplating our beloved? Believe me, my friend: debauchery and love cannot coexist; they cannot even compensate for each other. True happiness comes from loving someone; and once that love is gone, nothing can replace it.

But when you were already miserable enough to find pleasure in such dishonorable language, how could you have brought yourself to use it so inappropriately, and to adopt towards someone dear to you a tone and manner that even a man of honor should refuse to acknowledge? Since when is it pleasant to cause pain to those we love? What kind of barbaric delight can there be in taking pleasure in others’ suffering? I have not forgotten that I have lost the right to be respected; but if I ever forgot it, is it your duty to remind me? Is it the person who caused my mistake responsible for aggravating its punishment? Instead, it would be their duty to comfort me. Everyone has the right to despise me, except you. You owe me compensation for the humiliation you have subjected me to; and all those tears shed over my weakness deserved that you should make me feel it less cruelly. I am neither prude nor vain—alas, how far I am from being either! How little I have understood what wisdom truly is! You know too well, ungrateful one, how this tender heart refuses to reject love! But at least, whatever it yields to love, it is only for love itself; and you have taught me its language so well that I could never replace it with anything so different. Insults and blows would hurt me less than such cruel “caresses.” Either give up Julie, or learn to earn her respect. I have already told you: I do not know what love is without modesty; and if losing your love meant losing everything for me, it would cost me even more to keep it at such a price.

There are still many things I would like to say on this subject; but I must finish this letter first, so I will reschedule them for another time. In the meantime, observe the effect of your false maxims on the immoderate consumption of wine. I am very certain that your heart is not at fault; yet you have wounded mine. And, without even knowing what you were doing, you deliberately caused distress to this heart, which is so easily alarmed—and for which nothing is indifferent that comes from you.

Letter LII – From Julie to Saint-Preux

Ahimè! A che mi serviranno ora queste precauzioni tardive? È forse giunto il momento di affrontare con coraggio le difficoltà e di prevenire i mali che ci opprimono? Ah, misera ragazza. Come puoi parlare di felicità in un ambiente dominato dall’umiliazione e dal rimorso? Dio. Che stato terribile: non essere in grado né di sopportare il proprio crimine né di pentirsene; essere assediati da mille paure, ingannati da mille speranze vane. E non godere nemmeno della tranquillità orribile del disperio! Ora sono completamente alla mercé del destino. Non si tratta più di forza o di virtù, ma di fortuna e prudenza. E non si tratta di spegnere un amore che durerà tutta la mia vita, ma di renderlo innocente, oppure di morire colpevole. Considera questa situazione, mio amico, e vedi se puoi fidarti della mia determinazione.

Lettera L – Di Julie a Saint-Preux

Ieri, quando vi ho lasciato, non volevo spiegarvi la causa della tristezza che mi avevate rimproverato, perché non eravate in condizioni di ascoltarmi. Nonostante il mio disgusto per le spiegazioni, ve la devo, poiché l’avevo promessa, e ora la sto fornendo.

Non so se vi ricordiate dei discorsi strani che mi avete fatto ieri sera, e del modo in cui li avete accompagnati; quanto a me, non li dimenticherò mai abbastanza presto, per il vostro onore e per il mio riposo. E purtroppo sono troppo indignata per poterli dimenticare facilmente. Parole del genere mi erano già capitate di sentire in passato, vicino al porto; ma non credevo che potessero mai uscire dalla bocca di un uomo onesto. Sono molto sicura, almeno, che non siano mai finite nel “dizionario degli amanti”, e non avrei mai pensato che potessero essere utilizzate tra voi e me. Oh, dio! Che tipo di amore è il vostro, se arriva a condire in questo modo i propri piaceri. È vero, eravate appena usciti da un lungo pasto; capisco quindi cosa si debba perdonare, in questo paese, agli eccessi che vi sono permessi. Ed è proprio per questo che ve ne parlo. State certo: un incontro tra noi in cui mi aveste trattata in questo modo, con freddezza, sarebbe stato l’ultimo della nostra vita.

Ma ciò che mi allarma riguardo a voi è che spesso il comportamento di un uomo eccitato dal vino non è altro che l’effetto di ciò che avviene nel profondo del suo cuore in altri momenti. Crederei davvero che, in uno stato in cui non si nasconde nulla, vi mostraste per quello che siete veramente? Che cosa diventerei se voi pensaste a me a stomaco vuoto come avete parlato ieri sera? Piuttosto che sopportare un simile disprezzo, preferirei spegnere un fuoco così brutale e perdere un amante che, sapendo onorare così male la sua donna, merita davvero di essere poco stimato. Ditemi, voi che amate i sentimenti onesti, sareste mai caduti in questo errore crudele: che l’amore felice non abbia più bisogno di rispettare la pudicizia, e che non si debba più mostrare rispetto verso coloro di cui non si teme più il comportamento indecente? Ah! Se aveste sempre pensato in questo modo, sareste stato meno temibile, e io non sarei così sfortunata! Non vi ingannate, mio caro: nulla è più pericoloso per i veri amanti dei pregiudizi del mondo. Tante persone parlano d’amore, ma poche sanno davvero come amare; la maggior parte confonde le leggi pure e dolci dell’amore con le vili massime di un rapporto volgare che, presto saziato di sé stesso, ricorre ai mostri dell’immaginazione per sopravvivere.

Non so se mi sbaglio, ma mi sembra che l’amore vero sia il legame più casto di tutti. È lui, è il suo fuoco divino a sapere purificare i nostri istinti naturali, concentrandoli su un solo oggetto; è lui a proteggerci dalle tentazioni, facendo sì che, ad eccezione di quell’unico oggetto d’amore, un sesso non significhi nulla per l’altro. Per una donna comune, ogni uomo è sempre soltanto un uomo; ma per colei il cui cuore ama, non esiste altro uomo se non il suo amante. Ma che dico? Un amante è davvero solo un uomo? Ah! Quanto è più sublime quell’essere! Per chi ama, non esiste alcun uomo: il suo amante è qualcosa di più; tutti gli altri sono meno; lei e lui sono gli unici della loro specie. Non desiderano, amano. Il cuore non segue i sensi, ma li guida; copre le loro debolezze con un velo delizioso. No, nulla è osceno se non la lussuria e il suo linguaggio volgare. L’amore vero, sempre modesto, non rivendica audacemente i propri favori, ma li ruba con timidezza. Il mistero, il silenzio, la vergogna, tutto contribuisce a rendere più intensi e nascosti quei dolci sentimenti. La sua fiamma onora e purifica ogni suo gesto d’amore; la decenza e l’onestà lo accompagnano anche nel momento stesso della voluttà. E solo lui sa come soddisfare tutti i desideri senza mai offendere la pudicità. Ah! Ditemi, voi che avete conosciuto i veri piaceri. Come potrebbe una sfacciata lussuria unirsi a loro? Come potrebbe distruggere il loro incanto, quella perfezione che ci fa ammirare l’oggetto del nostro amore? Credetemi, mio caro. La lussuria e l’amore non possono coesistere; anzi, non si compensano nemmeno a vicenda. Il vero felicità nasce dall’amore reciproco. E nulla può sostituirlo quando questo amore svanisce.

Ma quando si è così infelici da trovare piacere in un linguaggio disonesto, come si può avere la crudeltà di usarlo in modo così inappropriato, e di assumere nei confronti di chi ci è caro toni e modi che persino un uomo d’onore dovrebbe ignorare? Da quando diventa dolce infliggere dolore a ciò che si ama, e quale barbarica voluttà può trovare piacere nel tormentare gli altri? Non ho dimenticato di aver perso il diritto di essere rispettata; ma anche se mai lo dimenticassi, spetta forse a voi ricordarmelo? Spetta forse all’autore del mio errore aggravarne la punizione? Piuttosto, dovrebbe consolarmi. Tutti hanno il diritto di disprezzarmi, tranne voi. Voi mi dovete il rispetto che mi avete negato: e tutte le lacrime versate per la mia debolezza meriterebbero che mi faceste soffrire in modo meno crudele. Non sono né pudica né preziosa. Ahimè, quanto ne sono lontana! Chi non è stata nemmeno saggia. Lo sapete bene voi, ingrato: se questo tenero cuore sa rifiutare qualcosa all’amore. Ma almeno ciò che gli cede, lo vuole concedere solo a lui. E voi mi avete insegnato troppo bene il suo linguaggio per poterne sostituire uno così diverso. Le offese, i colpi mi offenderebbero meno di simili carezze. O rinunciate a Julie, o imparate ad essere stimati da lei. Ve l’ho già detto: non conosco amore senza pudore. E se dovesse costarmi perdere il vostro, mi costerebbe ancora di più mantenerlo a questo prezzo.

Mi restano molte cose da dire sull’argomento; ma è necessario concludere questa lettera, quindi le rimando a un altro momento. Nel frattempo, notate l’effetto delle vostre false massime sull’uso eccessivo del vino. Il vostro cuore non è colpevole, ne sono molto sicura; tuttavia avete ferito il mio. E, senza nemmeno sapere ciò che facevate, causavate deliberatamente dolore a quel cuore troppo facilmente allarmabile, per il quale nulla di ciò che veniva da voi poteva essere indifferente.

Lettera LII – Di Julie a Saint-Preux

Comment, mon ami, renoncer au vin pour sa maîtresse ! Voilà ce qu’on appelle un sacrifice ! Oh ! je défie qu’on trouve dans les quatre cantons un homme plus amoureux que toi ! Ce n’est pas qu’il n’y ait parmi nos jeunes gens de petits messieurs francisés qui boivent de l’eau par air ; mais tu seras le premier à qui l’amour en aura fait boire ; c’est un exemple à citer dans les fastes galants de la Suisse. Je me suis même informée de tes déportements, et j’ai appris avec une extrême édification que, soupant hier chez M. de Vueillerans, tu laissas faire la ronde à six bouteilles, après le repas, sans y toucher, et ne marchandais non plus les verres d’eau que les convives ceux de vin de la Côte. Cependant cette pénitence dure depuis trois jours que ma lettre est écrite, et trois jours font au moins six repas : or, à six repas observés par fidélité, l’on en peut ajouter six autres par crainte, et six par honte, et six par habitude, et six par obstination. Que de motifs peuvent prolonger des privations pénibles dont l’amour seul aurait la gloire ! Daignerait-il se faire honneur de ce qui peut n’être pas à lui ?

Voilà plus de mauvaises plaisanteries que tu ne m’as tenu de mauvais propos ; il est temps d’enrayer. Tu es grave naturellement ; je me suis aperçue qu’un long badinage t’échauffe, comme une longue promenade échauffe un homme replet ; mais je tire à peu près de toi la vengeance que Henri IV tira du duc de Mayenne, et ta souveraine veut imiter la clémence du meilleur des rois. Aussi bien je craindrais, qu’à force de regrets et d’excuses tu ne te fisses à la fin un mérite d’une faute si bien réparée, et je veux me hâter de l’oublier, de peur que, si j’attendais trop longtemps, ce ne fût plus générosité, mais ingratitude.

À l’égard de ta résolution de renoncer au vin pour toujours, elle n’a pas autant d’éclat à mes yeux que tu pourrais croire ; les passions vives ne songent guère à ces petits sacrifices, et l’amour ne se repaît point de galanterie. D’ailleurs, il y a quelquefois plus d’adresse que de courage à tirer avantage pour le moment présent d’un avenir incertain, et à se payer d’avance d’une abstinence éternelle à laquelle on renonce quand on veut. Eh ! mon bon ami, dans tout ce qui flatte les sens, l’abus est-il donc inséparable de la jouissance ? L’ivresse est-elle nécessairement attachée au goût du vin, et la philosophie serait-elle assez vaine ou assez cruelle pour n’offrir d’autre moyen d’user modérément des choses qui plaisent que de s’en priver tout à fait ?

Si tu tiens ton engagement, tu t’ôtes un plaisir innocent et risques ta santé en changeant de manière de vivre, si tu l’enfreins, l’amour est doublement offensé et ton honneur même en souffre. J’use donc en cette occasion de mes droits ; et non seulement je te relève d’un voeu nul, comme fait sans mon congé ; mais je te défends même de l’observer au-delà du terme que je vais te prescrire. Mardi nous aurons ici la musique de milord Édouard. À la collation je t’enverrai une coupe à demi pleine d’un nectar pur et bienfaisant ; je veux qu’elle soit bue en ma présence et à mon intention, après avoir fait de quelques gouttes une libation expiatoire aux Grâces. Ensuite mon pénitent reprendra dans ses repas, l’usage sobre du vin tempéré par le cristal des fontaines ; et, comme dit ton bon Plutarque, en calmant les ardeurs de Bacchus par le commerce des nymphes.

À propos du concert de mardi, cet étourdi de Regianino ne s’est-il pas mis dans la tête que j’y pourrais déjà chanter un air italien et même un duo avec lui ? Il voulait que je le chantasse avec toi pour mettre ensemble ses deux écoliers ; mais il y a dans ce duo de certains ben mio dangereux à dire sous les yeux d’une mère quand le coeur est de la partie ; il vaut mieux renvoyer cet essai au premier concert qui se fera chez l’inséparable. J’attribue la facilité avec laquelle j’ai pris le goût de cette musique à celui que mon frère m’avait donné pour la poésie italienne, et que j’ai si bien entretenu avec toi, que je sens aisément la cadence des vers, et qu’au dire de Regianino j’en prends assez bien l’accent. Je commence chaque leçon par lire quelques octaves du Tasse ou quelques scènes du Métastase ; ensuite il me fait dire et accompagner du récitatif ; et je crois continuer de parler ou de lire, ce qui sûrement ne m’arrivait pas dans le récitatif français. Après cela il faut soutenir en mesure des sons égaux et justes ; exercice que les éclats auxquels j’étais accoutumée me rendent assez difficile. Enfin nous passons aux airs ; et il se trouve que la justesse et la flexibilité de la voix, l’expression pathétique, les sons renforcés, et tous les passages, sont un effet naturel de la douceur du chant et de la précision de la mesure ; de sorte que ce qui me paraissait le plus difficile à apprendre n’a pas même besoin d’être enseigné. Le caractère de la mélodie a tant de rapport au ton de la langue et une si grande pureté de modulation, qu’il ne faut qu’écouter la basse et savoir parler pour déchiffrer aisément le chant. Toutes les passions y ont des expressions aiguës et fortes ; tout au contraire de l’accent traînant et pénible du chant français, le sien, toujours doux et facile, mais vif et touchant, dit beaucoup avec peu d’effort. Enfin je sens que cette musique agite l’âme et repose la poitrine ; c’est précisément celle qu’il faut à mon coeur et à mes poumons. À mardi donc, mon aimable ami, mon maître, mon pénitent, mon apôtre : hélas ! que ne m’es-tu point ? Pourquoi faut-il qu’un seul titre manque à tant de droits ?

P.-S. — Sais-tu qu’il est question d’une jolie promenade sur l’eau, pareille à celle que nous fîmes il y a deux ans avec la pauvre Chaillot ? Que mon rusé maître était timide alors ! Qu’il tremblait en me donnant la main pour sortir du bateau ! Ah ! l’hypocrite !… il a beaucoup changé.

Lettre LIII – De Julie à Saint-Preux

Ainsi tout déconcerte nos projets, tout trompe notre attente, tout trahit des feux que le ciel eût dû couronner ! Vils jouets d’une aveugle fortune, tristes victimes d’un moquer espoir, toucherons-nous sans cesse au plaisir qui fuit, sans jamais l’atteindre ? Cette noce trop vainement désirée devait se faire à Clarens ; le mauvais temps nous contrarie, il faut la faire à la ville. Nous devions nous y ménager une entrevue ; tous deux obsédés d’importuns, nous ne pouvons leur échapper en même temps, et le moment où l’un des deux se dérobe est celui où il est impossible à l’autre de le joindre ! Enfin un favorable instant se présente ; la plus cruelle des mères vient nous l’arracher ; et peu s’en faut que cet instant ne soit celui de la perte de deux infortunés qu’il devait rendre heureux ! Loin de rebuter mon courage, tant d’obstacles l’ont irrité ; je ne sais quelle nouvelle force m’anime, mais je me sens une hardiesse que je n’eus jamais ; et, si tu l’oses partager, ce soir, ce soir même peut acquitter mes promesses, et payer d’une seule fois toutes les dettes de l’amour.

Consulte-toi bien, mon ami, et vois jusqu’à quel point il t’est doux de vivre ; car l’expédient que je te propose peut nous mener tous deux à la mort. Si tu la crains, n’achève point cette lettre ; mais si la pointe d’une épée n’effraye pas plus aujourd’hui ton coeur que ne l’effrayaient jadis les gouffres de Meillerie, le mien court le même risque et n’a pas balancé. Écoute.

Babi, qui couche ordinairement dans ma chambre, est malade depuis trois jours ; et, quoique je voulusse absolument la soigner, on l’a transportée ailleurs malgré moi : mais, comme elle est mieux, peut-être elle reviendra dès demain. Le lieu où l’on mange est loin de l’escalier qui conduit à l’appartement de ma mère et au mien ; à l’heure du souper toute la maison est déserte hors la cuisine et la salle à manger. Enfin la nuit dans cette saison est déjà obscure à la même heure ; son voile peut dérober aisément dans la rue les passants aux spectateurs, et tu sais parfaitement les êtres de la maison.

How, my friend, to give up wine for its mistress! That is what one calls a sacrifice indeed! Oh! I defy anyone to find in all four cantons a man more enamored than you! It’s not that there aren’t among our young men some Frenchified gentlemen who drink water just for the sake of drinking something; but you will be the first for whom love has made him give up wine altogether—a truly remarkable example in the annals of Swiss gallantry. I even inquired about your habits, and to my great delight, I learned that during dinner at Mr. de Vueillerans’s house yesterday, you allowed six bottles of wine to be served around without touching a drop yourself, and just as the guests traded their wine glasses for water glasses from the Côte region, you did the same. Yet this “penitence” has lasted for three days since I wrote this letter, and three days mean at least six meals. Now, if one adheres to such self-discipline out of loyalty, one can surely add another six meals out of fear, six out of shame, six out of habit, and six out of obstinacy. How many reasons there are, then, to prolong such painful abstinences—abstinences for which love alone could claim the credit! Would it truly be worthy of him to take pride in something that may not even belong to him?

These bad jokes of yours far outnumber the offensive things you have said to me; it’s time to put an end to this. You are naturally serious by nature; I’ve noticed that prolonged banter excites you, just as a long walk excites a plump man. But I am taking my revenge on you in much the same way as Henry IV took his revenge on the Duke of Mayenne, and your sovereign wishes to emulate the mercy of the greatest of kings. Therefore, I fear that if you continue with your regrets and excuses, you might eventually turn what was such a well-repaired mistake into some sort of merit. And I want to forget about it quickly, for if I wait too long, it would no longer be generosity, but ingratitude.

As for your resolve to give up wine forever, it does not hold quite the significance you might think; passionate people seldom consider such minor sacrifices, and love is not nourished by mere gallantry. Moreover, sometimes it takes more cunning than courage to seize fleeting advantages from an uncertain future, and to reward oneself in advance with an eternal abstinence that one can easily abandon whenever desired. Ah, my good friend, in everything that pleases the senses, is excess truly inseparable from enjoyment? Is drunkenness necessarily linked to the taste for wine, and is philosophy really so vain or so cruel as to offer no other way but complete renunciation if one wishes to use these things in moderation?

If you keep your promise, you will deprive yourself of an innocent pleasure and risk your health by changing your way of living; if you break it, love is doubly offended, and even your honor suffers. Therefore, I am exercising my rights in this matter. Not only do I annul a vow that was made without my consent, but I also forbid you from observing it beyond the limits I set. On Tuesday, we will have music performed by Lord Edward here. At lunchtime, I will send you a cup half-filled with a pure and beneficial nectar; you are to drink it in my presence and for my sake, after offering a few drops as an expiatory libation to the Graces. Afterwards, my penitent may once again enjoy wine in moderation, tempered by the crystal of springs—just as your good Plutarch said, to calm the ardors of Bacchus through the company of nymphs.

Regarding the concert on Tuesday, didn’t that silly Regianino get the idea into his head that I might already be able to sing an Italian aria there, or even a duet with him? He wanted me to sing it with you in order to combine his two students; but there are certain things in that duet that would be quite dangerous to say in front of a mother when one’s heart is involved. It’s better to postpone this attempt until the first concert that will take place at the house of that inseparable friend of ours. I attribute my ease in developing a taste for this music to the guidance my brother gave me regarding Italian poetry—and which I have so carefully maintained with you. As a result, I can easily grasp the rhythm of the verses, and according to Regianino, I’m also doing quite well with the accent. Every lesson begins with me reading a few lines from Tasso or some scenes from Metastasio; then he has me recite and accompany the text; and I feel like I’m just continuing to talk or read—something that surely wouldn’t have happened when I was practicing French recitation. After that, we move on to singing; and it turns out that the accuracy and flexibility of the voice, the expressive power, the enhanced sounds, and all these elements are natural consequences of gentle singing and precise rhythm. So what once seemed the most difficult thing for me to learn actually requires no instruction at all. The character of the melody is so closely related to the tone of the language, and its modulation is so pure, that one only needs to listen to the bass and know how to speak in order to easily understand the lyrics. All emotions are expressed in a sharp and powerful way; unlike the slow, strained accent of French singing, Italian singing is always gentle and easy, yet vivid and touching—achieving much with very little effort. Finally, I feel that this music touches the soul and soothes the chest; it’s precisely what my heart and lungs need. So until Tuesday, my dear friend, my teacher, my penitent, my apostle. Ah! Why can’t you be with me? Why must one single title be missing from so many of my rights?

P.S. — Do you know that we are going on a lovely walk on the water, just like the one we took with poor Chaillot two years ago? How shy my cunning master was back then! He would tremble as he held my hand to help me get off the boat! Ah, that hypocrite. He has changed a lot.

Letter LIII – From Julie to Saint-Preux

Thus, everything confounds our plans, deceives our expectations, and betrays the promises that heaven was supposed to fulfill! Wretched playthings of a blind fate, sad victims of vain hopes—shall we ever come close to the pleasure that eludes us, without ever truly reaching it? This wedding, so longed for in vain, was meant to take place at Clarens; but bad weather prevents it, and we must hold it in the town. We had planned to meet there in secret; yet, both occupied by unwanted distractions, we cannot escape them at the same time—and the very moment one of us manages to evade them, the other is left unable to join them! Finally, a favorable opportunity arises, but the cruelest of mothers comes and seizes it from us. And by a narrow margin, that moment might not have turned out to be the one that would have brought happiness to these two unfortunate lovers! Instead of weakening my resolve, all these obstacles have only stoked my determination. Some unknown new strength has filled me with courage—I feel a boldness I never had before. And if you dare to join me this evening, then tonight itself can fulfill all my promises and settle once and for all the debts of love.

Consider carefully, my friend, and see how sweet it is to live; for the plan I propose to you may lead us both to death. If you fear death, do not finish this letter; but if the point of a sword does not frighten your heart today any more than the abysses of Meillerie used to frighten mine, then mine stands facing the same danger, yet I have never hesitated. Listen.

Babi, who usually sleeps in my room, has been ill for three days; and although I really wanted to take care of her, she was taken away against my will. But since she is feeling better, perhaps she will return tomorrow. The dining area is far from the staircase that leads to my mother’s and my apartment; at dinner time, the whole house is empty except for the kitchen and the dining room. Moreover, in this season, it gets dark quite early at night; her veil can easily conceal her from anyone watching on the street, and you are very familiar with the people in this house.

Come, mio caro, rinunciare al vino per amore di lei! Questo sì che è un vero sacrificio. Oh! Scommetto che nei quattro cantoni non si trovi un uomo più innamorato di te! Non è che tra i nostri giovani non ci siano alcuni che bevono acqua solo per fare scena; ma tu sarai il primo per cui l’amore lo avrà costretto a farlo davvero. Un esempio da ricordare nei fasti galanti della Svizzera! Ho persino informatomi dei tuoi comportamenti, e con grande ammirazione ho appreso che ieri, a cena da Monsieur de Vueillerans, hai fatto servire sei bottiglie di vino dopo il pasto, senza berne nemmeno una; non hai nemmeno venduto i bicchieri d’acqua come facevano gli altri con quelli di vino della Costa. Eppure questa “penitenza” dura da tre giorni, da quando ho scritto questa lettera. Tre giorni equivalgono a almeno sei pasti. E se sei pasti li osservi per fedeltà, ne possono aggiungersene altri sei per paura, sei per vergogna, sei per abitudine, e sei per ostinazione. Quanti motivi possono prolungare queste privazioni dolorose, di cui l’amore da solo dovrebbe essere l’unico motivo! Si degnerà forse di onorarsi con qualcosa che potrebbe non appartenergli affatto?

Sono state più le cattive battute che hai fatto che le parole offensive che mi hai rivolto; è giunto il momento di porre fine a tutto questo. Sei per natura serio; ho notato che un lungo scherzo ti eccita, proprio come una lunga passeggiata eccita un uomo robusto. Ma io mi vendico di te più o meno come Enrico IV si vendicò del duca di Mayenne, e la tua sovrana vuole imitare la clemenza del migliore dei re. Per questo temo che, a forza di rimpianti e scuse, tu finisca per trasformare un errore così ampiamente compensato in un “merito”; voglio quindi dimenticarlo al più presto, per non rischiare che, se aspettassi troppo a lungo, ciò che ora sembra generosità possa diventare ingratitudine.

Per quanto riguarda la tua decisione di rinunciare per sempre al vino, essa non ha lo stesso valore che potresti credere; le passioni vive di rado tengono conto di questi piccoli sacrifici, e l’amore non si nutre certo di galanterie. Del resto, a volte è più astuzia che coraggio sfruttare, per il momento presente, un futuro incerto, e godersi in anticipo un’astinenza eterna che si può rinunciare quando si vuole. Eh, mio caro amico, in tutto ciò che compiace i sensi, l’eccesso è forse inevitabile nella gioia? L’ebbrezza è davvero necessaria per apprezzare il sapore del vino, e la filosofia sarebbe davvero troppo vana o crudele per offrire altro mezzo, se non quello di privarsi completamente di ciò che piace, se si vuole farne uso in modo moderato?

Se mantieni la tua promessa, ti privi di un piacere innocente e rischi per la tua salute cambiando il tuo modo di vivere; se la infrangi, l’amore viene offeso doppiamente e anche il tuo onore ne soffre. Pertanto, in questa occasione faccio uso dei miei diritti: non solo ti libero da un voto che è stato fatto senza il mio consenso, ma ti proibisco addirittura di rispettarlo oltre i limiti che stabilisco io stesso. Martedì ascolteremo qui la musica di lord Edward; durante la colazione ti manderò una coppa piena a metà di un nettare puro e benefico; voglio che venga bevuto davanti a me e per il mio bene, dopo averne versato alcune gocce come libazione espiatoria alle Grazie. In seguito, il mio penitente riprenderà nei suoi pasti l’uso moderato del vino, temperato dal cristallo delle fontane; e, come dice il tuo buon Plutarco, placando così le ardenti passioni di Bacco attraverso l’incontro con le ninfe.

A proposito del concerto di martedì, non si è forse messo in testa quel sciocco di Regianino che potrei già cantare un brano italiano lì, e persino un duetto con lui? Voleva che lo cantassi con te per mettere insieme i suoi due studenti; ma in quel duetto ci sono certe parti davvero pericolose da pronunciare davanti a una madre, quando il cuore è coinvolto. È meglio rimandare questo tentativo al primo concerto che si terrà a casa dell’insostituibile. attribuisco la facilità con cui ho preso gusto a questa musica a quella che mio fratello mi aveva insegnato sulla poesia italiana, e che ho continuato a coltivare con te; riesco così facilmente a percepire il ritmo dei versi, e, secondo Regianino, anche l’accento è abbastanza corretto. Ogni lezione inizia con la lettura di alcune strofe del Tasso o di alcune scene del Metastasio; poi mi fa recitare e accompagnare con il canto; credo di continuare a parlare o leggere, il che sicuramente non accadeva quando cantavo in francese. Dopo questo, devo eseguire suoni uguali e precisi; un esercizio che, data l’abitudine ai toni forti a cui ero abituata, mi risulta piuttosto difficile. Infine passiamo ai brani musicali: si scopre che la precisione e la flessibilità della voce, l’espressione emotiva, i suoni intensificati, tutto ciò deriva naturalmente dalla dolcezza del canto e dalla precisione del ritmo; quindi ciò che mi sembrava più difficile da imparare non richiede nemmeno insegnamenti specifici. Il carattere della melodia è strettamente legato al tono della lingua e presenta una grande purezza nella modulazione; basta ascoltare la parte bassa e saper parlare per comprendere facilmente il testo del canto. Tutte le emozioni sono espressе in modo intenso e potente; al contrario dell’accento strascicato e faticoso del canto francese, quello italiano è sempre dolce e fluido, ma vivace ed commovente. Credo davvero che questa musica possa toccare l’anima e rilassare il petto; è proprio ciò di cui ho bisogno per il mio cuore e i miei polmoni. Allora, martedì, mio caro amico, mio maestro, mio “penitente”, mio apostolo, ahimè! Perché non sei qui con me? Perché deve mancare proprio un solo elemento a tutti questi diritti che ho su di te?

P.S. — Sai che si tratta di una bella passeggiata sull’acqua, simile a quella che facemmo due anni fa con povera Chaillot? Quanto era timido allora il mio astuto maestro. Tremava persino quando mi dava la mano per scendere dalla barca! Ah, quell’ipocrita. È cambiato molto.

Lettera LIII – Di Julie a Saint-Preux

Così, tutto sconvolge i nostri progetti, tutto inganna le nostre aspettative, tutto tradisce quelle speranze che il cielo avrebbe dovuto realizzare! Miseri strumenti di una fortuna cieca, tristi vittime di un’illusoria speranza. Riusciremo mai ad afferrare quel piacere che ci sfugge continuamente, senza mai riuscirci a raggiungerlo? Questo matrimonio, tanto desiderato invano, avrebbe dovuto svolgersi a Clarens; il cattivo tempo ci ostacola. Dovremo quindi celebrarlo in città. Avevamo pianificato di incontrarci lì; entrambi però assediati da intrusi, non possiamo sfuggirli nello stesso momento. E proprio quando uno dei due riesce a nascondersi, l’altro non può raggiungerlo! Finalmente arriva un momento propizio. Ma la madre più crudele viene a rovinarlo. E per poco quel momento non diventa quello della perdita di due sfortunati che avrebbe dovuto render felici. Lontano dal scoraggiare il mio coraggio, tutti questi ostacoli lo hanno anzi infiammato. Non so quale nuova forza mi animi. Ma mi sento pieno di audacia, come mai prima d’ora. E se anche tu oserai condividere questa avventura. Questa stessa sera potrà realizzare tutte le mie promesse. E saldare, in un solo momento, tutti i debiti dell’amore.

Rifletti bene, mio amico, e considera fino a che punto ti sia dolce vivere; perché il piano che ti propongo potrebbe condurci entrambi alla morte. Se la temi, non terminare questa lettera; ma se la punta di una spada oggi non spaventa più il tuo cuore di quanto un tempo lo facessero le voragini di Meillerie, il mio cuore corre lo stesso pericolo, eppure non ho esitato. Ascolta.

Babi, che di solito dorme nella mia stanza, è malata da tre giorni; e sebbene io volessi assolutamente curarla, l’hanno portata via contro la mia volontà. Ma poiché ora sta meglio, forse tornerà domani. Il luogo dove si mangia è lontano dalla scala che conduce all’appartamento di mia madre e al mio; all’ora di cena tutta la casa è deserta, tranne la cucina e la sala da pranzo. Infine, in questa stagione la notte diventa già buia alla stessa ora. Il suo velo può facilmente nascondere i passanti per strada agli occhi dei curiosi. E tu conosci perfettamente tutte le persone che vivono in questa casa.

Ceci suffit pour me faire entendre. Viens cette après-midi chez ma Fanchon, je t’expliquerai le reste et te donnerai les instructions nécessaires : que si je ne le puis, je les laisserai par écrit à l’ancien entrepôt de nos lettres, où, comme je t’en ai prévenu, tu trouveras déjà celle-ci : car le sujet en est trop important pour l’oser confier à personne.

Oh ! comme je vois à présent palpiter ton coeur ! Comme j’y lis tes transports, et comme je les partage ! Non, mon doux ami, non, nous ne quitterons point cette courte vie sans avoir un instant goûté le bonheur : mais songe pourtant que cet instant est environné des horreurs de la mort ; que l’abord est sujet à mille hasards, le séjour dangereux, la retraite d’un péril extrême ; que nous sommes perdus si nous sommes découverts, et qu’il faut que tout nous favorise pour pouvoir éviter de l’être. Ne nous abusons point ; je connais trop mon père pour douter que je ne te visse à l’instant percer le coeur de sa main, si même il ne commençait par moi ; car sûrement je ne serais pas plus épargnée : et crois-tu que je t’exposerais à ce risque si je n’étais sûre de le partager ?

Pense encore qu’il n’est point question de te fier à ton courage ; il n’y faut pas songer ; et je te défends même très expressément d’apporter aucune arme pour ta défense, pas même ton épée : aussi bien te serait-elle parfaitement inutile ; car, si nous sommes surpris, mon dessein est de me précipiter dans tes bras, de t’enlacer fortement dans les miens, et de recevoir ainsi le coup mortel pour n’avoir plus à me séparer de toi, plus heureuse à ma mort que je ne le fus de ma vie.

J’espère qu’un sort plus doux nous est réservé ; je sens au moins qu’il nous est dû ; et la fortune se lassera de nous être injuste. Viens donc, âme de mon coeur, vie de ma vie, viens te réunir à toi-même ; viens sous les auspices du tendre amour recevoir le prix de ton obéissance et de tes sacrifices ; viens avouer, même au sein des plaisirs, que c’est de l’union des coeurs qu’ils tirent leur plus grand charme.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

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Lettre LVI – De Claire à Julie

J’ai, ma chère cousine, à te donner un avis qui t’importe. Hier au soir ton ami eut avec milord Édouard un démêlé qui peut devenir sérieux. Voici ce que m’en a dit M. d’Orbe, qui était présent, et qui, inquiet des suites de cette affaire, est venu ce matin m’en rendre compte.

Ils avaient tous deux soupé chez milord ; et, après une heure ou deux de musique, ils se mirent à causer et boire du punch. Ton ami n’en but qu’un seul verre mêlé d’eau ; les deux autres ne furent pas si sobres ; et, quoique M. d’Orbe ne convienne pas de s’être enivré, je me réserve à lui en dire mon avis dans un autre temps. La conversation tomba naturellement sur ton compte ; car tu n’ignores pas que milord n’aime à parler que de toi. Ton ami, à qui ces confidences déplaisent, les reçut avec si peu d’aménité qu’enfin Édouard, échauffé de punch, et piqué de cette sécheresse, osa dire, en se plaignant de ta froideur, qu’elle n’était pas si générale qu’on pourrait croire, et que tel qui n’en disait mot n’était pas si mal traité que lui. À l’instant ton ami, dont tu connais la vivacité, releva ce discours avec un emportement insultant qui lui attira un démenti, et ils sautèrent à leurs épées. Bomston, à demi ivre, se donna en courant une entorse qui le força de s’asseoir. Sa jambe enfla sur-le-champ, et cela calma la querelle mieux que tous les soins que M. d’Orbe s’était donnés. Mais, comme il était attentif à ce qui se passait, il vit ton ami s’approcher, en sortant, de l’oreille de milord Édouard, et il entendit qu’il lui disait à demi-voix : « Sitôt que vous serez en état de sortir, faites-moi donner de vos nouvelles, ou j’aurai soin de m’en informer. — N’en prenez pas la peine, lui dit Édouard avec un sourire moqueur, vous en saurez assez tôt. — Nous verrons », reprit froidement ton ami, et il sortit. M. d’Orbe, en te remettant cette lettre, t’expliquera le tout plus en détail. C’est à ta prudence à te suggérer des moyens d’étouffer cette fâcheuse affaire, ou à me prescrire de mon côté ce que je dois faire pour y contribuer. En attendant, le porteur est à tes ordres, il fera tout ce que tu lui commanderas, et tu peux compter sur le secret.

Tu te perds, ma chère, il faut que mon amitié te le dise ; l’engagement où tu vis ne peut rester longtemps caché dans une petite ville comme celle-ci ; et c’est un miracle de bonheur que, depuis plus de deux ans qu’il a commencé, tu ne sois pas encore le sujet des discours publics. Tu le vas devenir si tu n’y prends garde ; tu le serais déjà, si tu étais moins aimée ; mais il y a une répugnance si générale à mal parler de toi, que c’est un mauvais moyen de se faire fête, et un très sûr de se faire haïr. Cependant tout a son terme ; je tremble que celui du mystère ne soit venu pour ton amour, et il y a grande apparence que les soupçons de milord Édouard lui viennent de quelques mauvais propos qu’il peut avoir entendus. Songes-y bien, ma chère enfant. Le Guet dit, il y a quelque temps, avoir vu sortir de chez toi ton ami à cinq heures du matin. Heureusement celui-ci sut des premiers ce discours, il courut chez cet homme et trouva le secret de le faire taire ; mais qu’est-ce qu’un pareil silence, sinon le moyen d’accréditer des bruits sourdement répandus ? La défiance de ta mère augmente aussi de jour en jour ; tu sais combien de fois elle te l’a fait entendre : elle m’en a parlé à mon tour d’une manière assez dure ; et si elle ne craignait la violence de ton père, il ne faut pas douter qu’elle ne lui en eût déjà parlé à lui-même ; mais elle l’ose d’autant moins, qu’il lui donnera toujours le principal tort d’une connaissance qui te vient d’elle.

Je ne puis trop le répéter, songe à toi, tandis qu’il en est temps encore : écarte ton ami avant qu’on en parle ; préviens des soupçons naissants que son absence fera sûrement tomber : car enfin que peut-on croire qu’il fait ici ? Peut-être dans six semaines, dans un mois, sera-t-il trop tard. Si le moindre mot venait aux oreilles de ton père, tremble de ce qui résulterait de l’indignation d’un vieux militaire entêté de l’honneur de sa maison, et de la pétulance d’un jeune homme emporté qui ne sait rien endurer. Mais il faut commencer par vider, de manière ou d’autre, l’affaire de milord Édouard ; car tu ne ferais qu’irriter ton ami, et t’attirer un juste refus, si tu lui parlais d’éloignement avant qu’elle fût terminée.

Lettre LVII – De Julie à Saint-Preux

Mon ami, je me suis instruite avec soin de ce qui s’est passé entre vous et milord Édouard. C’est sur l’exacte connaissance des faits que votre amie veut examiner avec vous comment vous devez vous conduire en cette occasion, d’après les sentiments que vous professez, et dont je suppose que vous ne faites pas une vaine et fausse parade.

Je ne m’informe point si vous êtes versé dans l’art de l’escrime, ni si vous vous sentez en état de tenir tête à un homme qui a dans l’Europe la réputation de manier supérieurement les armes, et qui, s’étant battu cinq ou six fois en sa vie, a toujours tué, blessé, ou désarmé son homme. Je comprends que, dans le cas où vous êtes, on ne consulte pas son habileté, mais son courage, et que la bonne manière de se venger d’un brave qui vous insulte est de faire qu’il vous tue ; passons sur une maxime si judicieuse. Vous me direz que votre honneur et le mien vous sont plus chers que la vie : voilà donc le principe sur lequel il faut raisonner.

This is enough to make me understood. Come to my Fanchon this afternoon; I will explain the rest to you and give you the necessary instructions. If I am unable to do so, I will leave them in writing at our old letter box—where, as I have told you, you will already find this letter. For the subject is too important to dare confide it in anyone else.

Oh! How I can see your heart beating now! How I can sense your emotions, and how I share them with you! No, my dear friend, no—we shall not leave this brief life without having tasted happiness for even a moment. But think also that this moment is surrounded by the horrors of death; that the beginning is full of countless dangers, the stay is perilous, and escape from such extreme danger is almost impossible. We are lost if we are discovered, and everything must work in our favor if we are to avoid it. Let us not delude ourselves; I know my father too well to doubt that he would kill you on the spot, if not with me first—because surely I would not be spared either. And do you really think I would expose you to such a risk if I were not certain that I would share it with you?

Consider again that it is not at all advisable to rely on your courage; such an idea should not even be entertained. I even strictly forbid you from bringing any weapon for your defense, not even your sword—for it would be utterly useless to you. For if we are caught off guard, my plan is to rush into your arms, hold you tightly, and thus receive the fatal blow, so that I will no longer have to be separated from you. In that moment of death, I would be happier than I was at any time in my life.

I hope that a gentler fate is reserved for us; at least I feel it is owed to us; and fortune will cease to be unjust towards us. Come, then, soul of my heart, life of my life, come and reunite with yourself; come, under the auspices of tender love, to receive the reward for your obedience and your sacrifices; come, and acknowledge that it is from the union of hearts that pleasures derive their greatest charm.

List of literary works

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Letter LVI – From Claire to Julie

My dear cousin, I have an opinion of great importance to share with you. Last evening, your friend had an argument with Lord Edward that could turn serious. Here’s what Mr. d’Orbe, who was present, told me; concerned about the possible consequences of this incident, he came to inform me this morning.

Both of them had dined at Lord’s residence; and after an hour or two of music, they began to talk and drink punch. Your friend only drank one glass mixed with water; the other two were not so moderate. Although Mr. d’Orbe does not approve of getting drunk, I reserve the right to express my opinion about this matter at another time. The conversation naturally turned to your affairs, for you know quite well that Lord enjoys talking only about you. Your friend, who dislikes such confidences, received them with such indifference that eventually Edward, heated by the punch and annoyed by this coldness, dared to say, while complaining about your aloofness, that it was not as widespread as one might think, and that those who kept silent were not treated any worse than he was. At that moment, your friend, whose temper you are well aware of, responded with an insulting outburst that provoked a denial from the other party, and they drew their swords. Bomston, being half-drunk, sprained his ankle while running, which forced him to sit down. His leg swelled immediately, and this settled the quarrel better than all the efforts Mr. d’Orbe had made to calm it down. However, since he was paying close attention to what was happening, he saw your friend approach Lord Edward after they left and heard him say in a low voice, “As soon as you are able to leave, let me know how you are doing, or I will make sure to find out for you.” “Don’t bother,” Edward replied with a mocking smile, “you’ll find out soon enough.” “We shall see,” your friend said coldly, and then he left. Mr. d’Orbe will explain everything in more detail when he gives you this letter. It is up to your discretion to decide how to put an end to this unfortunate incident, or to instruct me on what I should do to help. In the meantime, the messenger is at your disposal; he will do whatever you command him, and you can be certain that the matter will remain confidential.

You are deluding yourself, my dear; it is my duty as a friend to tell you this. The relationship you are in cannot remain hidden for long in a small town like this. It is truly a miracle of happiness that, more than two years since it began, you have not yet become the subject of public gossip. But if you do not take care, you will soon be; indeed, you would already be if you were less beloved. Yet there is such widespread reluctance to speak ill of you that doing so is not only a poor way to seek attention but also certain to earn you hatred. However, everything has its limit. I fear that the time has come for this mystery surrounding your relationship to end. And it seems very likely that Lord Edward’s suspicions stem from some malicious remarks he may have overheard. Think carefully about this, my dear child. Not long ago, the watchmen claimed to have seen your friend leaving your house at five in the morning. Fortunately, he learned of these rumors immediately and went to see that man, managing to make him keep silent. But what kind of silence is that, if not one that only serves to give credence to those whispered accusations? Your mother’s distrust is also growing day by day. You know how often she has expressed it to you; she even spoke to me about it rather harshly. If it were not for her fear of your father’s anger, I am certain she would have confronted him directly. But she dares not do so, knowing full well that any such accusation against you would be blamed on her.

I cannot repeat this enough: think of yourself while there is still time. Keep your friend away before anyone starts talking about it; prevent any suspicions that might arise from his absence—after all, what can one possibly believe he is doing here? Perhaps in six weeks, or a month, it will be too late. If even a single word reaches your father’s ears, tremble at the consequences of an indignant old soldier, obsessed with the honor of his family, and the impetuosity of a young man who cannot bear to be restrained. But you must first find some way to resolve this matter concerning Lord Edward—otherwise, talking to him about leaving before it is settled will only irritate him and lead to a just refusal on his part.

Letter LVII – From Julie to Saint-Preux

My friend, I have carefully studied what happened between you and Lord Edward. It is based on a thorough understanding of the facts that your friend wishes to discuss with you regarding how you should act in this situation, in light of the feelings you profess to hold—feelings which, I assume, are not mere pretenses or falsehoods.

I make no inquiry as to whether you are skilled in the art of fencing, nor whether you feel capable of confronting a man who enjoys a reputation in Europe for his superior mastery of arms. A man who has fought five or six times in his life and has always managed to kill, wound, or disable his opponents. In such a case, one does not consider his skill, but rather his courage. The proper way to take revenge on a brave man who insults you is to let him kill you—let us set aside such a wise maxim for now. You will surely say that your honor and mine are more precious to you than life itself; well, then, that is the principle upon which we must base our reasoning.

Questo è sufficiente per farmi capire. Vieni questa pomeriggio da mia figlia Fanchon; ti spiegherò il resto e ti darò le istruzioni necessarie. Se non dovessi riuscirci, le lascerò scritte nell’ex deposito delle nostre lettere, dove, come ti ho già detto, troverai già questa lettera: infatti l’argomento è troppo importante per osare affidarlo a qualcun altro.

Oh! Come vedo ora palpitare il tuo cuore. Come leggo nei tuoi sentimenti, e come li condivido anch’io! No, mio caro amico, non lasceremo questa breve vita senza aver assaporato almeno per un istante la felicità. Ma pensa pure che quell’istante sia circondato dalle orrori della morte; che l’inizio del viaggio sia pieno di mille pericoli, il soggiorno sia pericoloso, e la fuga da un pericolo estremo altrettanto difficile. Siamo perduti se veniamo scoperti, e bisogna che tutto ci favorisca per riuscire a evitarlo. Non ci illudiamo: conosco troppo bene mio padre per dubitare che in questo stesso momento non stia cercando di ucciderti con le sue mani. Anzi, probabilmente comincerà proprio con me; perché sicuramente nemmeno io sarei risparmiata. E credi davvero che ti esporrei a un simile rischio, se non fossi certa di condividerlo con te?

Pensa ancora che non si tratta affatto di affidarsi al proprio coraggio; non bisogna nemmeno considerare questa possibilità. E ti proibisco esplicitamente di portare con te alcuna arma per la tua difesa, nemmeno la tua spada: sarebbe del tutto inutile. Perché, se venissimo sorpresi, il mio piano è quello di gettarmi tra le tue braccia, abbracciarti forte e così ricevere il colpo mortale, affinché non dobbiamo più separarci; morirei più felice in quel momento di quanto non lo sia stata in tutta la mia vita.

Spero che ci sia riservato un destino più dolce; sento almeno che ce lo meritiamo; e la fortuna smetterà di essere ingiusta con noi. Vieni dunque, anima del mio cuore, vita della mia vita, vieni a ricongiungerti a te stessa; vieni, sotto l’auspicio di un amore tenero, a ricevere il premio per la tua obbedienza e i tuoi sacrifici; vieni ad ammettere, anche tra i piaceri, che è dall’unione dei cuori che questi traggono il loro più grande fascino.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

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Lettera LVI – Di Claire a Julie

Mia cara cugina, ho qualcosa di molto importante da dirti. Ieri sera il tuo amico ha avuto un diverbio con lord Edward che potrebbe rivelarsi serio. Ecco ciò che mi ha raccontato M. d’Orbe, che era presente e che, preoccupato per le conseguenze di questa situazione, è venuto stamattina a informarmi.

Entrambi avevano cenato da milord; dopo un’ora o due di musica, iniziarono a chiacchierare e a bere punch. Il tuo amico ne bevve solo un bicchiere mescolato con acqua; gli altri due, invece, non furono così sobri. E sebbene M. d’Orbe non ami ammettere di essersi ubriacato, mi riservo di dirgli la mia opinione in un altro momento. La conversazione finì naturalmente per riguardarti; tu sai bene che milord ama parlare solo di te. Il tuo amico, a cui queste confidenze non piacevano affatto, le accolse con estrema freddezza. Finché Édouard, ubriaco di punch e offeso da quella scortesia, osò dire, lamentandosi della tua freddezza, che essa non era così generale come si potesse credere, e che chi non ne parlava affatto non veniva trattato poi così male. All’istante il tuo amico, noto per la sua vivacità, replicò con parole offensive, suscitando una risposta altrettanto offensiva; finirono per estrarre le spade. Bomston, mezzo ubriaco, si slogò una caviglia e dovette sedersi. La sua gamba iniziò immediatamente a gonfiarsi, e questo pose fine alla rissa meglio di qualsiasi tentativo di mediazione da parte di M. d’Orbe. Ma poiché egli stava attento a ciò che accadeva, vide il tuo amico avvicinarsi a milord Édouard dopo la partita e sentì che gli sussurrava: “Non appena sarete in grado di uscire, fatemi sapere come state. Altrimenti me ne occuperò io stesso.” “Non è necessario”, rispose Édouard con un sorriso beffardo. “Lo scopriremo”, replicò freddamente il tuo amico, e se ne andò. M. d’Orbe ti spiegherà tutto più in dettaglio quando ti consegnerà questa lettera. Spetta a te decidere quali siano i modi migliori per mettere fine a questa spiacevole faccenda. O forse è meglio che io suggerisca io stesso cosa fare. Nel frattempo, il messaggero è ai tuoi ordini: farà tutto ciò che gli dirai. Puoi contare sulla sua discrezione.

Ti stai perdendo, cara. Devo dirtelo con sincerità: il legame in cui ti trovi non può rimanere nascosto a lungo in una piccola città come questa; ed è davvero un mistero di felicità che, nonostante sia iniziato più di due anni fa, tu non sia ancora diventata oggetto di pettegolezzi pubblici. Ma se non fai attenzione, lo diventerai. E forse lo saresti già diventata, se fossi meno amata. Tuttavia, c’è un’ostilità così diffusa nei tuoi confronti da rendere questo comportamento non solo inutile, ma anche sicuramente fonte di odio. Ma tutto ha una fine. Temo che il “mistero” attorno al tuo amore stia per essere svelato. E sembra molto probabile che i sospetti di milord Edward derivino da alcune voci negative che potrebbe aver sentito. Pensaci bene, mia cara. Il Guet ha detto, qualche tempo fa, di averti visto uscire con il tuo amico alle cinque del mattino. Fortunatamente lui venne a sapere subito di questa conversazione, corse da quell’uomo e riuscì a farlo tacere. Ma che significato ha un silenzio del genere, se non quello di alimentare voci già diffuse in segreto? Anche la diffidenza di tua madre aumenta giorno dopo giorno. Sai quante volte te l’ha detto. Me ne ha parlato anche lei in modo piuttosto duro. E se non temesse la reazione violenta di tuo padre, senza dubbio gliene avrebbe già parlato direttamente. Ma non osa farlo. Perché lui le darebbe sempre la colpa principale per una conoscenza che ti è arrivata da lei.

Non posso ripeterlo abbastanza: pensa a te, finché c’è ancora tempo. Allontana il tuo amico prima che qualcuno ne parli; previeni i sospetti che la sua assenza sicuramente susciterà. Cosa si può mai credere che stia facendo qui? Forse tra sei settimane, tra un mese, sarà troppo tardi. Se anche solo una parola dovesse arrivare alle orecchie di tuo padre, tremi al pensiero di ciò che ne deriverebbe. L’indignazione di un vecchio militare attaccato all’onore della sua famiglia, e la testardaggine di un giovane impulsivo che non sa sopportare nulla. Ma bisogna prima, in un modo o nell’altro, risolvere questa situazione riguardante milord Edward. Altrimenti, parlando con lui dell’allontanamento prima che tutto sia concluso, non faresti altro che irritarlo e attirarti una sua giusta rifiutazione.

Lettera LVII – Di Julie a Saint-Preux

Mio caro, ho studiato attentamente ciò che è accaduto tra voi e milord Edoardo. È sulla conoscenza esatta dei fatti che la tua amica vuole discutere con te per capire come dovresti comportarti in questa circostanza, in base ai sentimenti che dichiari di provare, e di cui presumo tu non faccia una vana e falsa ostentazione.

Non mi interesso affatto se voi siete versato nell’arte della scherma, né se vi sentite in grado di affrontare un uomo che in Europa ha la reputazione di maneggiare le armi con grande abilità e che, essendosi battuto cinque o sei volte nella sua vita, abbia sempre ucciso, ferito o disarmato il suo avversario. Capisco che, nel caso in cui siate voi l’avversario, non si valuti la sua abilità, ma il suo coraggio; e che il modo migliore per vendicarsi di un uomo coraggioso che ci offende sia far sì che lui stesso ci uccida. Lasciamo perdere una massima così saggezza. Mi direte che il vostro onore e il mio sono più preziosi della vita stessa: ecco dunque il principio su cui bisogna ragionare.

Commençons par ce qui vous regarde. Pourriez-vous jamais me dire en quoi vous êtes personnellement offensé dans un discours où c’est de moi seule qu’il s’agissait ? Si vous deviez en cette occasion prendre fait et cause pour moi, c’est ce que nous verrons tout à l’heure : en attendant, vous ne sauriez disconvenir que la querelle ne soit parfaitement étrangère à votre honneur particulier, à moins que vous ne preniez pour un affront le soupçon d’être aimé de moi. Vous avez été insulté, je l’avoue, mais après avoir commencé vous-même par une insulte atroce ; et moi, dont la famille est pleine de militaires, et qui ai tant oui débattre ces horribles questions, je n’ignore pas qu’un outrage en réponse à un autre ne l’efface point, et que le premier qu’on insulte demeure le seul offensé : c’est le même cas d’un combat imprévu, où l’agresseur est le seul criminel, et où celui qui tue ou blesse en se défendant n’est point coupable de meurtre.

Venons maintenant à moi. Accordons que j’étais outragée par le discours de milord Édouard, quoiqu’il ne fît que me rendre justice : savez-vous ce que vous faites en me défendant avec tant de chaleur et d’indiscrétion ? vous aggravez son outrage, vous prouvez qu’il avait raison, vous sacrifiez mon honneur à un faux point d’honneur, vous diffamez votre maîtresse pour gagner tout au plus la réputation d’un bon spadassin. Montrez-moi, de grâce, quel rapport il y a entre votre manière de me justifier et ma justification réelle. Pensez-vous que prendre ma cause avec tant d’ardeur soit une grande preuve qu’il n’y a point de liaison entre nous, et qu’il suffise de faire voir que vous êtes brave pour montrer que vous n’êtes pas mon amant ? Soyez sûr que tous les propos de milord Édouard me font moins de tort que votre conduite ; c’est vous seul qui vous chargez par cet éclat de les publier et de les confirmer. Il pourra bien, quant à lui, éviter votre épée dans le combat, mais jamais ma réputation ni mes jours peut-être n’éviteront le coup mortel que vous leur portez.

Voilà des raisons trop solides pour que vous ayez rien qui le puisse être à y répliquer : mais vous combattrez, je le prévois, la raison par l’usage ; vous me direz qu’il est des fatalités qui nous entraînent malgré nous ; que, dans quelque cas que ce soit, un démenti ne se souffre jamais, et que, quand une affaire a pris un certain tour, on ne peut plus éviter de se battre ou de se déshonorer. Voyons encore.

Vous souvient-il d’une distinction que vous me fîtes autrefois, dans une occasion importante, entre l’honneur réel et l’honneur apparent ? Dans laquelle des deux classes mettrons-nous celui dont il s’agit aujourd’hui ? Pour moi, je ne vois pas comment cela peut même faire une question. Qu’y a-t-il de commun entre la gloire d’égorger un homme et le témoignage d’une âme droite, et quelle prise peut avoir la vaine opinion d’autrui sur l’honneur véritable dont toutes les racines sont au fond du coeur ? Quoi ! les vertus qu’on a réellement périssent-elles sous les mensonges d’un calomniateur ? Les injures d’un homme ivre prouvent-elles qu’on les mérite, et l’honneur du sage serait-il à la merci du premier brutal qu’il peut rencontrer ? Me direz-vous qu’un duel témoigne qu’on a du coeur, et que cela suffit pour effacer la honte ou le reproche de tous les autres vices ? Je vous demanderai quel honneur peut dicter une pareille décision, et quelle raison peut la justifier. À ce compte, un fripon n’a qu’à se battre pour cesser d’être un fripon ; les discours d’un menteur deviennent des vérités sitôt qu’ils sont soutenus à la pointe de l’épée ; et si l’on vous accusait d’avoir tué un homme, vous en iriez tuer un second pour prouver que cela n’est pas vrai. Ainsi, vertu, vice, honneur, infamie, vérité, mensonge, tout peut tirer son être de l’événement d’un combat ; une salle d’armes est le siège de toute justice ; il n’y a d’autre droit que la force, d’autre raison que le meurtre ; toute la réparation due à ceux qu’on outrage est de les tuer, et toute offense est également bien lavée dans le sang de l’offenseur ou de l’offensé. Dites, si les loups savaient raisonner, auraient-ils d’autres maximes ? Jugez vous-même, par le cas où vous êtes, si j’exagère leur absurdité. De quoi s’agit-il ici pour vous ? D’un démenti reçu dans une occasion où vous mentiez en effet. Pensez-vous donc tuer la vérité avec celui que vous voulez punir de l’avoir dite ? Songez-vous qu’en vous soumettant au sort d’un duel vous appelez le ciel en témoignage d’une fausseté, et que vous osez dire à l’arbitre des combats : Viens soutenir la cause injuste, et faire triompher le mensonge ? Ce blasphème n’a-t-il rien qui vous épouvante ? Cette absurdité n’a-t-elle rien qui vous révolte ? Eh Dieu ! quel est ce misérable honneur qui ne craint pas le vice, mais le reproche, et qui ne vous permet pas d’endurer d’un autre un démenti reçu d’avance de votre propre coeur ?

Vous, qui voulez qu’on profite pour soi de ses lectures, profitez donc des vôtres, et cherchez si l’on vit un seul appel sur la terre quand elle était couverte de héros. Les plus vaillants hommes de l’antiquité songèrent-ils jamais à venger leurs injures personnelles par des combats particuliers ? César envoya-t-il un cartel à Caton, ou Pompée à César, pour tant d’affronts réciproques, et le plus grand capitaine de la Grèce fut-il déshonoré pour s’être laissé menacer du bâton ? D’autres temps, d’autres moeurs, je le sais : mais n’y en a-t-il que de bonnes, et n’oserait-on enquérir si les moeurs d’un temps sont celles qu’exige le solide honneur ? Non, cet honneur n’est point variable ; il ne dépend ni des temps, ni des lieux, ni des préjugés ; il ne peut ni passer, ni renaître ; il a sa source éternelle dans le coeur de l’homme juste et dans la règle inaltérable de ses devoirs. Si les peuples les plus éclairés, les plus braves, les plus vertueux de la terre n’ont point connu le duel, je dis qu’il n’est pas une institution de l’honneur, mais une mode affreuse et barbare, digne de sa féroce origine. Reste à savoir si, quand il s’agit de sa vie ou de celle d’autrui, l’honnête homme se règle sur la mode, et s’il n’y a pas alors plus de vrai courage à la braver qu’à la suivre. Que ferait, à votre avis, celui qui s’y veut asservir, dans les lieux où règne un usage contraire ? À Messine ou à Naples, il irait attendre son homme au coin d’une rue et le poignarder par derrière. Cela s’appelle être brave en ce pays-là ; et l’honneur n’y consiste pas à se faire tuer par son ennemi, mais à le tuer lui-même.

Gardez-vous donc de confondre le nom sacré de l’honneur avec ce préjugé féroce qui met toutes les vertus à la pointe d’une épée, et n’est propre qu’à faire de braves scélérats. Que cette méthode puisse fournir, si l’on veut, un supplément à la probité ; partout où la probité règne, son supplément n’est-il pas inutile, et que penser de celui qui s’expose à la mort pour s’exempter d’être honnête homme ? Ne voyez-vous pas que les crimes que la honte et l’honneur n’ont point empêchés sont couverts et multipliés par la fausse honte et la crainte du blâme ? C’est elle qui rend l’homme hypocrite et menteur ; c’est elle qui lui fait verser le sang d’un ami pour un mot indiscret qu’il devrait oublier, pour un reproche mérité qu’il ne peut souffrir ; c’est elle qui transforme en furie infernale une fille abusée et craintive ; c’est elle, ô Dieu puissant ! qui peut armer la main maternelle contre le tendre fruit… Je sens défaillir mon âme à cette idée horrible, et je rends grâce au moins à celui qui sonde les coeurs d’avoir éloigné du mien cet honneur affreux qui n’inspire que des forfaits et fait frémir la nature.

Let us begin with what concerns you personally. Could you ever tell me in what way you were personally offended in a speech that was addressed solely to me? If you were to take my side in this matter, we will see that later on; for now, you must admit that this dispute is entirely unrelated to your personal honor—unless you consider the suspicion of being loved by me to be an insult in itself. You have been offended, I admit, but only after you yourself had begun with an atrocious insult; and as for me, whose family is full of military men and who have debated these horrible issues so often, I am well aware that an insult in return for another does not cancel it out, and that the one who is insulted first remains the sole offended party. It is the same in the case of an unexpected fight: the aggressor is the only criminal, and those who kill or wound in self-defense are not guilty of murder.

Now let us turn to me. Admit that I was outraged by Lord Edward’s speech, even though it merely did me justice: do you realize what you are doing in defending me with such fervor and indiscretion? You are only aggravating his offense, proving him right, sacrificing my honor for a false sense of pride, and defaming your mistress in order to gain at best the reputation of a skilled swordsman. Please tell me—what connection is there between the way you defend me and my actual innocence? Do you truly believe that defending me with such zeal proves that there is no relationship between us, and that merely showing your bravery is enough to prove you are not my lover? Be assured: all of Lord Edward’s words do me less harm than your behavior; it is you alone who, by your actions, make them public and confirm their truth. He may well avoid your sword in battle, but neither my reputation nor perhaps my life will ever escape the fatal blow you deal to them.

These are reasons far too solid for you to have any counterarguments; yet I foresee that you will attempt to combat these reasons by resorting to mere convention. You will claim that there are forces of fate that drag us along against our will; that, in any given situation, denial is never acceptable; and that once a matter has taken a certain turn, it becomes impossible to avoid fighting or bringing disgrace upon oneself. Let’s consider this further.

Do you remember a distinction you made to me once, on an important occasion, between true honor and apparent honor? Which of these two categories should we apply to the person we are discussing today? For my part, I see no reason at all for this to be a question. What common ground is there between the glory of killing a man and the integrity of a righteous soul? And what influence can the worthless opinions of others have on true honor, whose roots lie deep within the heart? How could the virtues one truly possesses be destroyed by the lies of a slanderer? Could the insults of a drunk man prove that one deserves them? Would the honor of a wise person be at the mercy of the first brute one encounters? You might say that a duel proves one has courage, and that this alone is enough to erase the shame or reproach of all other vices. But tell me, what kind of honor could dictate such a decision, and what reason could justify it? By this logic, a scoundrel would simply have to fight to stop being a scoundrel; the words of a liar would become truths as soon as they were supported by the tip of a sword; and if someone accused you of killing a man, you would go kill another one to prove it was false. In this way, virtue, vice, honor, disgrace, truth, lies—everything could derive its existence from the outcome of a fight; an arena is the seat of all justice; there is no other right than force, no other reason than murder; the only way to atone for an insult is to kill the person who offended you, and every offense is thus cleansed in the blood of the offender or the offended. Tell me, if wolves knew how to reason, would they have any other principles? Judge for yourself, given your own situation, whether I am exaggerating their absurdity. What is at issue here for you? It’s just a denial made at a time when you were indeed lying. Do you really think killing the person who told you the truth will erase that truth itself? Do you truly believe that by accepting the outcome of a duel, you are calling upon heaven to bear witness to a lie, and that you dare tell the arbiter of combat: “Come and support this unjust cause, and let lies triumph”? Doesn’t such blasphemy fill you with horror? Doesn’t such absurdity revolt you? Oh God! What kind of miserable honor is this, that fears not vice but the reproach of others, and that does not allow one to endure a denial that comes directly from one’s own heart?

You, who wish that others should benefit from one’s readings, then you too should make use of your own readings and consider whether there has ever been a single call to action on this earth when it was filled with heroes. Did the greatest men of antiquity ever think of avenging their personal insults through individual battles? Did Caesar send a challenge to Caton, or did Pompey do the same to Caesar, given all the mutual affronts they had exchanged? And was the greatest general of Greece dishonored for having allowed himself to be threatened with a stick? I know that times and customs vary; but are there only good customs, and would we not dare to examine whether the customs of one era are those required by true honor? No, such honor is not subject to change; it depends neither on time nor place nor prejudice. It cannot pass away or be reborn; its eternal source lies in the heart of a righteous person and in the unchanging principles of his duties. If the most enlightened, brave, and virtuous peoples of the earth have never known the practice of dueling, then I say that it is not an institution of honor at all, but rather a horrible and barbaric custom, worthy of its ferocious origins. The question remains: when it comes to one’s own life or that of another, does a honorable person follow such customs? And isn’t there greater true courage in defying them than in conforming to them? What would, in your opinion, someone who wished to submit to such practices do in a place where the opposite custom prevails? In Messina or Naples, he would go and wait for his opponent at the corner of a street and stab him from behind. That is what is considered brave in those places; but honor there does not consist in letting one’s enemy kill oneself, but in killing the enemy oneself.

Therefore, beware of confusing the sacred name of honor with that cruel prejudice which turns all virtues into weapons pointed at others, and which is solely capable of creating brave scoundrels. If such a method can indeed serve as a supplement to honesty—then where honesty reigns supreme, what use is such a supplement? And what should one think of those who risk death in order to escape the obligation of being honest people? Do you not see that the crimes which shame and honor could not prevent are instead concealed and multiplied by false shame and fear of criticism? It is this false shame that makes a man hypocritical and deceitful; it is it that drives him to shed the blood of a friend over an indiscreet remark that he should have forgotten, or over a well-deserved reproach that he cannot bear; it is it that turns a wronged and fearful young woman into a fury of vengeance. Oh God Almighty, how can such a thing allow a mother’s hand to rise against her own innocent child. At the thought of this horror, my soul trembles; at least I am grateful to him who examines people’s hearts, for having removed from mine that abhorrent concept of honor which inspires only evil and makes nature itself shudder.

Iniziamo da ciò che vi riguarda. Potreste mai dirmi in cosa siete personalmente offeso in un discorso che riguardava soltanto me? Se doveste in questa occasione prendere le mie difese, lo vedremo tra poco; intanto, non potete negare che questa disputa sia del tutto estranea al vostro onore personale, a meno che non consideriate un affronto il sospetto di essere amato da me. Sì, siete stato insultato, lo ammetto, ma avete voi stesso iniziato con un’insulta atroce; e io, la cui famiglia è piena di militari e che ho tanto discusso di queste orribili questioni, so bene che un oltraggio in risposta a un altro non lo cancella affatto, e che colui che viene insultato rimane comunque l’unico offeso. È lo stesso caso di un combattimento improvviso: l’aggressore è l’unico criminale, e colui che uccide o ferisce per difendersi non è certo colpevole di omicidio.

Ora veniamo a me. Ammettiamo pure che io sia stata offesa dal discorso di milord Edward, anche se in realtà egli non faceva altro che rendermi giustizia: sapete davvero cosa state facendo difendendomi con tanta passione e indiscrezione? State aggravando la sua offesa, state dimostrando che aveva ragione, state sacrificando la mia reputazione per un falso senso dell’onore, state diffamando la vostra padrona soltanto per guadagnare, al massimo, la reputazione di un bravo spadaccino. Mostratemi, vi prego, quale sia il rapporto tra il modo in cui mi difendete e la mia vera giustificazione. Pensate davvero che difendere con tanta fervore la mia causa sia una prova evidente del fatto che non esista alcun legame tra noi, e che basti dimostrare di essere coraggiosi per dimostrare di non essere il mio amante? Siate certo: tutte le parole di milord Edward mi fanno meno danno della vostra condotta; siete solo voi a renderle pubbliche e a confermarle con questo vostro comportamento. Lui, forse, potrà evitare la vostra spada in battaglia, ma la mia reputazione, e forse anche i miei giorni, non potranno mai sfuggire al colpo mortale che voi stessi infliggete loro.

Queste sono ragioni troppo solide perché possiate avere qualcosa in contrario da opporre: ma vi batterete, lo prevedo, contro la ragione facendo appello all’abitudine; mi direte che ci sono fatalità che ci trascinano contro la nostra volontà; che, in qualsiasi caso, un rifiuto non è mai accettabile, e che, quando una situazione ha preso una certa piega, non si può più evitare di combattere o di perdere onore. Vediamo ancora.

Vi ricordate di una distinzione che mi faceste un tempo, in un’occasione importante, tra onore reale e onore apparente? In quale di queste due categorie dovremmo inserire colui di cui stiamo parlando oggi? Per me, non vedo affatto come ciò possa rappresentare una questione degna di considerazione. Qual è il legame tra la gloria derivante dall’uccidere un uomo e il testimone di una coscienza retta? E quale influenza può avere l’opinione altrui sull’onore vero, le cui radici si trovano nel profondo del cuore? Le virtù che si possiedono veramente possono forse essere distrutte dai falsi di un calunniatore? Le offese di un uomo ubriaco dimostrano forse che se le meritiamo, e l’onore di un saggio potrebbe davvero dipendere dal primo bruto che incontra? Mi direte forse che un duello prova la presenza di coraggio in una persona, e che questo sia sufficiente per cancellare l’umiliazione o il rimprovero derivanti da altri vizi? Vi chiederò allora quale onore possa giustificare una tale decisione, e quale ragione possa renderla legittima. Secondo questa logica, un furfante potrebbe semplicemente combattere per smettere di esserlo; le parole di un mentitore diventerebbero verità non appena sostenute dalla punta di una spada; e se qualcuno vi accusasse di aver ucciso un uomo, andreste a ucciderne un altro per dimostrare che non è vero. Così, virtù, vizio, onore, disonore, verità, menzogna, tutto può derivare dall’evento di un combattimento; una sala d’armi diventa il luogo di ogni giustizia; non esiste altro diritto se non la forza, nessuna ragione se non il sangue versato; tutta la vendetta dovuta a coloro che vengono offesi consiste nel ucciderli. E tutte le offese possono essere lavate via con il sangue dell’offensore o dell’offeso. Ditemi: se i lupi sapessero ragionare, avrebbero altre massime? Giudicate voi stessi, considerando la vostra situazione attuale. Esagero forse nell’esprimere l’assurdità di tutto ciò? Di cosa si tratta in questo caso per voi? Di un diniego ricevuto in un’occasione in cui effettivamente stavate mentendo. Pensate davvero che uccidere qualcuno possa cancellare la verità che quell’uomo ha detto? Vi rendete conto che, accettando il destino di un duello, chiamate il cielo a testimoniare una falsità, e osate dire all’arbitro dei combattimenti: “Vieni a difendere una causa ingiusta, e fai trionfare la menzogna”? Questo blasfemo non vi spaventa? Questa assurdità non vi indigna? Oh Dio, quale misero onore è mai questo, che non teme il vizio ma solo il rimprovero altrui, e che non ci permette di sopportare un diniego proveniente proprio dal nostro cuore?

Voi, che volete che si approfitti delle letture altrui per proprio vantaggio, approfittate quindi delle vostre e chiedetevi se esista sulla terra anche solo un solo esempio di comportamento degno di onore quando essa era piena di eroi. Gli uomini più valorosi dell’antichità pensarono mai mai a vendicarsi personalmente degli insulti subiti attraverso duelli? Cesare inviò forse un sfida a Catone, o Pompeo a Cesare, per tutti quegli affronti reciproci? E il più grande condottiero della Grecia fu forse disonorato solo perché si lasciò minacciare con la frusta? Certo, i tempi e le usanze cambiano. Ma esistono davvero soltanto usanze “buone”? E non ci si potrebbe chiedere se le usanze di un’epoca siano quelle che richiede il vero onore? No: quest’onore non è soggetto ai tempi, ai luoghi o ai pregiudizi; non può né svanire né rinascere. Ha la sua fonte eterna nel cuore dell’uomo giusto e nella regola immutabile dei suoi doveri. Se i popoli più illuminati, più coraggiosi e più virtuosi della terra non hanno conosciuto il duello, allora dico che non si tratta affatto di un’istituzione legata all’onore, ma piuttosto di una moda orribile e barbara, degna delle sue origini feroci. Resta da chiedersi: quando si tratta della propria vita o di quella altrui, l’uomo onesto si attiene davvero a queste usanze, o non esiste forse un vero coraggio nel sfidarle, piuttosto che seguirle? Cosa farebbe, secondo voi, colui che volesse sottomettersi a queste usanze in luoghi dove prevale una pratica opposta? A Messina o a Napoli, andrebbe ad aspettare il suo avversario all’angolo di una strada e lo pugnalerebbe alle spalle. In quei paesi, questo è considerato comportamento coraggioso. Ma l’onore non consiste certo nel farsi uccidere dall’avversario, bensì nell’ucciderlo tu stesso.

Pertanto, fate attenzione a non confondere il sacro nome dell’onore con quel pregiudizio feroce che pone tutte le virtù all’estremità di una spada e che è proprio soltanto adatto a trasformare degli uomini coraggiosi in individui spregevoli. Anche se questo metodo possa, in qualche modo, costituire un complemento alla probità, non è forse superfluo ovunque regni la vera probità? E che cosa si può pensare di colui che si espone alla morte pur di evitare di essere un uomo onesto? Non vedete forse che i crimini che né la vergogna né l’onore sono riusciti a impedire vengono invece alimentati e moltiplicati dalla falsa vergogna e dalla paura del biasimo? È proprio questa falsa moralità che rende l’uomo ipocrita e bugiardo; è lei che lo spinge a versare il sangue di un amico per una parola incauta che avrebbe dovuto dimenticare, o per un rimprovero meritato che non può sopportare; è lei che trasforma una ragazza ingannata e timida in una furia infernale. Oh Dio potente, è proprio lei che può armare la mano di una madre contro il suo stesso figlio innocente. A questa orribile idea, sento vacillare la mia anima; almeno ringrazio colui che esamina i cuori umani per aver allontanato dal mio quello spaventoso onore che ispira soltanto crimini e fa tremare la natura stessa.

Rentrez donc en vous-même, et considérez s’il vous est permis d’attaquer de propos délibéré la vie d’un homme, et d’exposer la vôtre, pour satisfaire une barbare et dangereuse fantaisie qui n’a nul fondement raisonnable, et si le triste souvenir du sang versé dans une pareille occasion peut cesser de crier vengeance au fond du coeur de celui qui l’a fait couler. Connaissez-vous aucun crime égal à l’homicide volontaire, et si la base de toutes les vertus est l’humanité, que penserons-nous de l’homme sanguinaire et dépravé qui l’ose attaquer dans la vie de son semblable ? Souvenez-vous de ce que vous m’avez dit vous-même contre le service étranger. Avez-vous oublié que le citoyen doit sa vie à la patrie, et n’a pas le droit d’en disposer sans le congé des lois, à plus forte raison contre leur défense ? O mon ami ! Si vous aimez sincèrement la vertu, apprenez à la servir à sa mode, et non à la mode des hommes. Je veux qu’il en puisse résulter quelque inconvénient : ce mot de vertu n’est-il donc pour vous qu’un vain nom, et ne serez-vous vertueux que quand il n’en coûtera rien de l’être ?

Mais quels sont au fond ces inconvénients ? Les murmures des gens oisifs, des méchants, qui cherchent à s’amuser des malheurs d’autrui, et voudraient avoir toujours quelque histoire nouvelle à raconter. Voilà vraiment un grand motif pour s’entr’égorger ! Si le philosophe et le sage se règlent dans les plus grandes affaires de la vie sur les discours insensés de la multitude, que sert tout cet appareil d’études, pour n’être au fond qu’un homme vulgaire ? Vous n’osez donc sacrifier le ressentiment au devoir, à l’estime, à l’amitié, de peur qu’on ne vous accuse de craindre la mort ? Pesez les choses, mon bon ami, et vous trouverez bien plus de lâcheté dans la crainte de ce reproche que dans celle de la mort même. Le fanfaron, le poltron veut à toute force passer pour brave.

Ma verace valor, ben che negletto,

E di se stesso a se freggio assai chiaro.[54]

Celui qui feint d’envisager la mort sans effroi ment. Tout homme craint de mourir, c’est la grande loi des êtres sensibles, sans laquelle toute espèce mortelle serait bientôt détruite. Cette crainte est un simple mouvement de la nature, non seulement indifférent, mais bon en lui-même et conforme à l’ordre : tout ce qui la rend honteuse et blâmable, c’est qu’elle peut nous empêcher de bien faire et de remplir nos devoirs. Si la lâcheté n’était jamais un obstacle à la vertu, elle cesserait d’être un vice. Quiconque est plus attaché à sa vie qu’à son devoir ne saurait être solidement vertueux, j’en conviens. Mais expliquez-moi, vous qui vous piquez de raison, quelle espèce de mérite on peut trouver à braver la mort pour commettre un crime.

Quand il serait vrai qu’on se fait mépriser en refusant de se battre, quel mépris est le plus à craindre, celui des autres en faisant bien, ou le sien propre en faisant mal ? Croyez-moi, celui qui s’estime véritablement lui-même est peu sensible à l’injuste mépris d’autrui, et ne craint que d’en être digne ; car le bon et l’honnête ne dépendent point du jugement des hommes, mais de la nature des choses ; et quand toute la terre approuverait l’action que vous allez faire, elle n’en serait pas moins honteuse. Mais il est faux qu’à s’en abstenir par vertu l’on se fasse mépriser. L’homme droit, dont toute la vie est sans tache et qui ne donna jamais aucun signe de lâcheté, refusera de souiller sa main d’un homicide, et n’en sera que plus honoré. Toujours prêt à servir la patrie, à protéger le faible, à remplir les devoirs les plus dangereux, et à défendre, en toute rencontre juste et honnête, ce qui lui est cher, au prix de son sang, il met dans ses démarches cette inébranlable fermeté qu’on n’a point sans le vrai courage. Dans la sécurité de sa conscience, il marche la tête levée, il ne fuit ni ne cherche son ennemi ; on voit aisément qu’il craint moins de mourir que de mal faire, et qu’il redoute le crime et non le péril. Si les vils préjugés s’élèvent un instant contre lui, tous les jours de son honorable vie sont autant de témoins qui les récusent, et dans une conduite si bien liée, on juge d’une action sur toutes les autres.

Mais savez-vous ce qui rend cette modération si pénible à un homme ordinaire ? C’est la difficulté de la soutenir dignement ; c’est la nécessité de ne commettre ensuite aucune action blâmable. Car si la crainte de mal faire ne le retient pas dans ce dernier cas, pourquoi l’aurait-elle retenu dans l’autre, où l’on peut supposer un motif plus naturel ? On voit bien alors que ce refus ne vient pas de vertu, mais de lâcheté ; et l’on se moque avec raison d’un scrupule qui ne vient que dans le péril. N’avez-vous point remarqué que les homme si ombrageux et si prompts à provoquer les autres sont, pour la plupart, de très malhonnêtes gens qui, de peur qu’on n’ose leur montrer ouvertement le mépris qu’on a pour eux, s’efforcent de couvrir de quelques affaires d’honneur l’infamie de leur vie entière ? Est-ce à vous d’imiter de tels hommes ? Mettons encore à part les militaires de profession qui vendent leur sang à prix d’argent ; qui voulant conserver leur place, calculent par leur intérêt ce qu’ils doivent à leur honneur, et savent à un écu près ce que vaut leur vie. Mon ami, laissez battre tous ces gens-là. Rien n’est moins honorable que cet honneur dont ils font si grand bruit ; ce n’est qu’une mode insensée, une fausse imitation de vertu, qui se pare des plus grands crimes. L’honneur d’un homme comme vous n’est point au pouvoir d’un autre ; il est en lui-même et non dans l’opinion du peuple ; il ne se défend ni par l’épée ni par le bouclier, mais par une vie intègre et irréprochable, et ce combat vaut bien l’autre en fait de courage.

C’est par ces principes que vous devez concilier les éloges que j’ai donnés dans tous les temps à la véritable valeur, avec le mépris que j’eus toujours pour les faux braves. J’aime les gens de coeur, et ne puis souffrir les lâches ; je romprais avec un amant poltron que la crainte ferait fuir le danger, et je pense, comme toutes les femmes, que le feu du courage anime celui de l’amour. Mais je veux que la valeur se montre dans les occasions légitimes, et qu’on ne se hâte pas d’en faire hors de propos une vaine parade comme si l’on avait peur de ne la pas retrouver au besoin. Tel fait un effort et se présente une fois pour avoir droit de se cacher le reste de sa vie. Le vrai courage a plus de constance et moins d’empressement ; il est toujours ce qu’il doit être ; il ne faut ni l’exciter ni le retenir : l’homme de bien le porte partout avec lui, au combat contre l’ennemi, dans un cercle en faveur des absents et de la vérité, dans son lit contre les attaques de la douleur et de la mort. La force de l’âme qui l’inspire est d’usage dans tous les temps ; elle met toujours la vertu au-dessus des événements, et ne consiste pas à se battre, mais à ne rien craindre. Telle est, mon ami, la sorte de courage que j’ai souvent louée, et que j’aime à trouver en vous. Tout le reste n’est qu’étourderie, extravagance, férocité ; c’est une lâcheté de s’y soumettre, et je ne méprise pas moins celui qui cherche un péril inutile, que celui qui fuit un péril qu’il doit affronter.

Therefore, turn within yourselves and consider whether it is permissible to deliberately attack the life of a man and expose your own in order to satisfy a barbaric and dangerous fantasy that has no reasonable basis whatsoever. And think also about whether the tragic memory of blood shed on such an occasion can ever cease to cry out for vengeance in the heart of those who caused it. Do you know of any crime more heinous than voluntary homicide? If the foundation of all virtues is humanity, what shall we think of that bloody and depraved individual who dares to attack it in the life of his own kind? Remember what you yourself told me about opposing foreign service. Have you forgotten that a citizen owes his life to his country and does not have the right to dispose of it without the permission of the law, let alone against its defense? Oh my friend! If you truly love virtue, learn to serve it in its true manner, and not in the way that men desire. Even if it brings some inconvenience—is the word “virtue” then merely an empty title for you, and will you only be virtuous when it costs you nothing at all?

But what are these inconveniences really? The murmurs of idle people, of those who seek to mock the misfortunes of others and always want to have some new story to tell—surely this is a sufficient reason for mutual violence! If the philosopher and the sage base their decisions in the most important matters of life on the foolish remarks of the multitude, then what use is all this apparatus of study, if it does not ultimately make one a man of virtue? So you dare not sacrifice your resentment for duty, respect, or friendship, for fear that someone might accuse you of fearing death? Think carefully, my good friend, and you will find that the cowardice inherent in such fear is far greater than the courage required to face death itself. The braggart, the coward, insists at all costs on appearing brave.

My true courage, though often neglected.

He made himself very clear about this matter.[54]

He who pretends to face death without fear is lying. Every man fears dying; this is the fundamental law of all sentient beings, without which every mortal species would soon be destroyed. This fear is merely a natural instinct—not only indifferent in itself, but also inherently good and in accordance with order. What makes it shameful and condemnable is that it can prevent us from doing what is right and fulfilling our duties. If cowardice were never an obstacle to virtue, it would cease to be considered a vice. I admit that anyone who values his own life more than his duty cannot truly be virtuous. But tell me, you who pride yourselves on reason—what kind of merit can there be in facing death in order to commit a crime?

If it were true that one could earn contempt by refusing to fight, then which kind of contempt should be feared more—the scorn of others for doing the right thing, or one’s own contempt for doing the wrong thing? Believe me, those who truly respect themselves are little susceptible to the unjust disdain of others and fear only becoming worthy of it; for what is good and honest does not depend on human judgment but on the nature of things itself. Even if the whole world approved of the action you are about to take, it would still be shameful. However, it is false to claim that abstaining from violence out of virtue leads to contempt. A righteous person, whose life is free from any blemish and who has never shown any sign of cowardice, will refuse to stain his hands with murder and will only gain greater honor as a result. Always ready to serve his country, protect the weak, undertake the most dangerous duties, and defend what he holds dear at all costs—even with his life—if he acts with unwavering resolve, such resolve is a sign of true courage. With a clear conscience, he walks with his head held high; he neither flees nor seeks his enemy. It is evident that he fears death less than doing wrong, and that he fears crime more than danger. If vile prejudices rise against him for a moment, the many days of his honorable life serve as witnesses against them. In such an upright conduct, one can judge the value of any action.

But do you know what makes such moderation so difficult for an ordinary man? It is the difficulty of maintaining it with dignity; it is the necessity of never committing any blameworthy action afterward. For if the fear of doing wrong does not prevent a person from engaging in such actions, why should it prevent them in cases where one might suppose there are more natural reasons to refrain? It is clear then that this restraint does not arise from virtue, but from cowardice; and one can rightly laugh at such scruples that only emerge in the face of danger. Have you not noticed that those people who are so easily offended and quick to provoke others are, for the most part, very dishonest individuals? Out of fear that others might openly show them the contempt they deserve, they try to cover up the shamefulness of their entire lives with some pretense of honor? Should you imitate such people? Let us not even mention those professional soldiers who sell their blood for money; those who, in order to preserve their positions, calculate carefully what they owe to their “honor” and know exactly how much their lives are worth in terms of money. My friend, let these people be left alone. Nothing is less honorable than the so-called “honor” they make such a fuss about; it is nothing but a senseless fashion, a false imitation of virtue that is often accompanied by the greatest crimes. The honor of a man like you is not in the hands of others; it lies within yourself, not in what people think of you. It is not defended by swords or shields, but by an honest and impeccable life—and such a struggle is far more worthy of courage than any other.

It is on these principles that you must reconcile the praise I have always offered to true courage with the contempt I have always felt for those so-called brave men who are actually cowards. I love people of integrity and cannot tolerate the weak; I would break off relations with a cowardly lover who would flee at the mere sight of danger, and I believe, like all women, that the fire of courage ignites the fire of love. But I want courage to be demonstrated in legitimate situations, and not to be recklessly displayed in vain displays, as if one were afraid of not finding it when needed. Such behavior is a mere effort made once, in order to gain the right to hide one’s true nature for the rest of one’s life. True courage is more consistent and less impetuous; it is always what it should be; there is no need to provoke it or restrain it: a good person carries it with them everywhere—into battle against the enemy, into gatherings in support of the absent and the truth, into their bed when faced with the attacks of pain and death. The strength of the soul that inspires such courage is always useful; it always places virtue above circumstances, and its essence lies not in fighting, but in fearing nothing at all. Such is the kind of courage that I have often praised, and that I enjoy finding in you. Everything else is nothing but recklessness, extravagance, or ferocity; to submit to such things is a form of cowardice, and I despise equally those who seek unnecessary dangers as those who flee from dangers they must face.

Ritornate quindi in voi stessi e riflettete se vi sia permesso attaccare deliberatamente la vita di un uomo e esporre la vostra per soddisfare una fantasia barbara e pericolosa che non ha alcun fondamento razionale; considerate anche se il triste ricordo del sangue versato in tale occasione possa cessare di chiedere vendetta nel profondo del cuore di colui che l’ha fatto scorrere. Conoscete forse qualche crimine paragonabile all’omicidio volontario? E se la base di tutte le virtù è l’umanità, cosa penseremo dell’uomo sanguinario e depravato che osa attaccare la vita del proprio simile? Ricordatevi ciò che mi avete detto voi stesso contro il servizio straniero: avete dimenticato forse che un cittadino deve la sua vita alla patria e non ha il diritto di disporne senza il permesso delle leggi, tanto meno contro la loro difesa? Oh mio amico! Se amate sinceramente la virtù, imparate a servirla secondo i suoi veri principi, e non secondo le mode umane. Anche se ciò dovesse comportare qualche inconveniente. Non è forse questo nome di “virtù” soltanto un vuoto termine per voi? E non sarete virtuosi se non vi costasse nulla esserlo?

Ma quali sono in realtà questi svantaggi? I mormori delle persone oziose, dei malvagi, che cercano di divertirsi alle sfortune altrui e desiderano sempre avere nuove storie da raccontare. Questo è davvero un ottimo motivo per uccidersi a vicenda! Se il filosofo e il saggio si guidano nelle più importanti questioni della vita secondo i discorsi insensati della folla, a che serve tutto questo apparato di studi, se non per rendere una persona comune ancora più volgare? Non osate quindi sacrificare il risentimento al dovere, all’onore, all’amicizia, per paura che vi si accusi di temere la morte? Pensateci bene, mio caro amico: troverete molto più codardia nella paura di questo rimprovero che nella paura della morte stessa. Il fanfarone, il codardo vogliono a tutti i costi essere considerati coraggiosi.

Il vero coraggio, anche se trascurato.

E di sé stesso mi faccio un ritratto molto chiaro.[54]

Chi finge di considerare la morte senza paura mente. Tutti gli uomini temono di morire: questa è la grande legge degli esseri sensibili; senza di essa, ogni specie mortale sarebbe presto distrutta. Questo timore è semplicemente un movimento naturale, non solo indifferente, ma in sé positivo e conforme all’ordine delle cose. Tutto ciò che lo rende vergognoso e riprovevole è il fatto che può impedirci di agire bene e di adempiere ai nostri doveri. Se la codardia non fosse mai un ostacolo alla virtù, smetterebbe di essere considerata un vizio. Chi tiene di più alla propria vita che al proprio dovere non potrebbe certo essere veramente virtuoso. Ma spiegatemi voi, che vi vantate di ragionare, quale merito si possa trovare nel sfidare la morte per commettere un crimine.

Se fosse vero che rifiutarsi di combattere comporti disprezzo da parte degli altri, quale tipo di disprezzo dovremmo temere di più: quello altrui per aver agito correttamente, o il nostro proprio per aver agito male? Credetemi: colui che si considera veramente se stesso è poco sensibile al disprezzo ingiusto degli altri e teme soltanto di meritarlo; infatti, il bene e l’onore non dipendono dal giudizio umano, ma dalla natura delle cose. Anche se tutta la terra approvasse l’azione che state per compiere, essa non sarebbe comunque meno vergognosa. Tuttavia, è falso che astenersi da un atto di coraggio comporti disprezzo da parte degli altri: un uomo retto, la cui vita è priva di macchie e che non ha mai mostrato segni di codardia, rifiuterà di contaminare le proprie mani con un omicidio e ne uscirà soltanto più onorato. Sempre pronto a servire la patria, a proteggere i deboli, ad assolvere i doveri più pericolosi e a difendere, in ogni occasione giusta e onesta, ciò che gli è caro, anche a costo della propria vita, egli dimostra nella sua condotta quella fermezza ineguagliabile che non si può avere senza vero coraggio. Con la coscienza tranquilla, cammina a testa alta: non fugge e non cerca il proprio nemico. È evidente che teme di più morire che compiere un atto malvagio; teme il crimine, non il pericolo. Se i vili pregiudizi dovessero alzarsi contro di lui, tutti i giorni della sua onorabile vita sarebbero testimoni del loro errore. In una condotta così irreprensibile, si può giudicare correttamente ogni suo atto.

Ma sapete cosa rende questa moderazione così difficile per un uomo comune? È la difficoltà di mantenerla con dignità; è la necessità di non compiere mai azioni biasimevoli. Infatti, se la paura di commettere errori non lo trattiene in questo caso, perché dovrebbe trattenerlo nell’altro, dove si potrebbe supporre l’esistenza di motivi più naturali? È evidente quindi che questo rifiuto non deriva dalla virtù, ma dalla codardia; e si può ridere giustamente di un rimorso che emerge soltanto nel pericolo. Non avete forse notato che quelle persone così suscettibili e pronte a provocare gli altri sono, nella maggior parte dei casi, individui molto disonesti? Per paura che qualcuno osi mostrare apertamente il disprezzo che provano per loro, cercano di nascondere l’infamia della loro intera vita con qualche pretesa di onore. Dovreste davvero imitare tali persone? Lasciamo da parte anche i militari di professione, quei che vendono il proprio sangue in cambio di denaro; coloro che, per conservare la propria posizione, calcolano, in base ai propri interessi, ciò che devono al loro onore, e sanno esattamente quanto valga la loro vita. Amico mio, lasciate che questi uomini vadano pure dove vogliono. Niente è meno onorevole di quell’onore di cui fanno tanto rumore; non è altro che una moda insensata, una falsa imitazione della virtù, che si veste dei panni dei più grandi crimini. L’onore di un uomo come voi non dipende dall’opinione altrui; esiste in lui stesso, e non nella considerazione del popolo; non si difende con la spada né con lo scudo, ma con una vita integra e irreprensibile. E questa lotta, in termini di coraggio, vale davvero più dell’altra.

È proprio su questi principi che dovete conciliare gli elogi che ho sempre rivolto al vero coraggio con il disprezzo che ho sempre provato per i falsi valorosi. Amo le persone di cuore e non posso sopportare i codardi; romperei con un amante debole che la paura spingesse a fuggire dal pericolo, e penso, come tutte le donne, che il fuoco del coraggio alimenti anche quello dell’amore. Ma voglio che il coraggio si mostri solo nelle occasioni legittime, e non che si trasformi in una vana ostentazione quando non è necessario, come se ci si temesse di non trovarlo nel momento del bisogno. Chi compie un tale sforzo una volta sola ha il diritto di nascondersi per il resto della sua vita. Il vero coraggio è più costante e meno precipitoso; è sempre ciò che deve essere; non occorre né stimolarlo né trattenerlo: l’uomo onesto lo porta con sé ovunque, nel combattimento contro il nemico, in un circolo a sostegno degli assenti e della verità, nel suo letto di fronte alle minacce del dolore e della morte. La forza dell’anima che lo ispira è utile in ogni momento; mette sempre la virtù al di sopra degli eventi e non consiste nel combattere, ma nel non temere nulla. Questo, mio caro amico, è il tipo di coraggio che ho spesso lodato e che desidero trovare in voi. Tutto il resto non è che follia, esagerazione o ferocia; sottomettersi a queste cose è una forma di codardia, e disprezzo tanto chi cerca un pericolo inutile quanto colui che fugge da un pericolo che dovrebbe affrontare.

Je vous ai fait voir, si je ne me trompe, que dans votre démêlé avec milord Édouard votre honneur n’est point intéressé ; que vous compromettez le mien en recourant à la voie des armes ; que cette voie n’est ni juste, ni raisonnable, ni permise ; qu’elle ne peut s’accorder avec les sentiments dont vous faites profession ; qu’elle ne convient qu’à de malhonnêtes gens, qui font servir la bravoure de supplément aux vertus qu’ils n’ont pas, ou aux officiers qui ne se battent point par honneur, mais par intérêt ; qu’il y a plus de vrai courage à la dédaigner qu’à la prendre ; que les inconvénients auxquels on s’expose en la rejetant sont inséparables de la pratique des vrais devoirs et plus apparents que réels ; qu’enfin les hommes les plus prompts à y recourir sont toujours ceux dont la probité est la plus suspecte. D’où je conclus que vous ne sauriez en cette occasion ni faire ni accepter un appel sans renoncer en même temps à la raison, à la vertu, à l’honneur, et à moi. Retournez mes raisonnements comme il vous plaira, entassez de votre part sophisme sur sophisme : il se trouvera toujours qu’un homme de courage n’est point un lâche, et qu’un homme de bien ne peut être un homme sans honneur. Or, je vous ai démontré, ce me semble, que l’homme de courage dédaigne le duel, et que l’homme de bien l’abhorre.

J’ai cru, mon ami, dans une matière aussi grave, devoir faire parler la raison seule, et vous présenter les choses exactement telles qu’elles sont. Si j’avais voulu les peindre telles que je les vois et faire parler le sentiment et l’humanité, j’aurais pris un langage fort différent. Vous savez que mon père, dans sa jeunesse eut le malheur de tuer un homme en duel ; cet homme était son ami : ils se battirent à regret, l’insensé point d’honneur les y contraignit. Le coup mortel qui priva l’un de la vie ôta pour jamais le repos à l’autre. Le triste remords n’a pu depuis ce temps sortir de son coeur, souvent dans la solitude on l’entend pleurer et gémir ; il croit sentir encore le fer poussé par sa main cruelle entrer dans le coeur de son ami ; il voit dans l’ombre de la nuit son corps pâle et sanglant ; il contemple en frémissant la plaie mortelle ; il voudrait étancher le sang qui coule ; l’effroi le saisit, il s’écrie ; ce cadavre affreux ne cesse de le poursuivre. Depuis cinq ans qu’il a perdu le cher soutien de son nom et l’espoir de sa famille, il s’en reproche la mort comme un juste châtiment du ciel, qui vengea sur son fils unique le père infortuné qu’il priva du sien.

Je vous l’avoue, tout cela, joint à mon aversion naturelle pour la cruauté, m’inspire une telle horreur des duels, que je les regarde comme le dernier degré de brutalité où les hommes puissent parvenir. Celui qui va se battre de gaieté de coeur n’est à mes yeux qu’une bête féroce qui s’efforce d’en déchirer une autre ; et, s’il reste le moindre sentiment naturel dans leur âme, je trouve celui qui périt moins à plaindre que le vainqueur. Voyez ces hommes accoutumés au sang : ils ne bravent les remords qu’en étouffant la voix de la nature ; ils deviennent par degrés cruels, insensibles ; ils se jouent de la vie des autres, et la punition d’avoir pu manquer d’humanité est de la perdre enfin tout à fait. Que sont-ils dans cet état ? Réponds, veux-tu leur devenir semblable ? Non, tu n’es point fait pour cet odieux abrutissement ; redoute le premier pas qui peut t’y conduire : ton âme est encore innocente et saine ; ne commence pas à la dépraver au péril de ta vie par un effort sans vertu, un crime sans plaisir, une pointe d’honneur sans raison.

Je ne t’ai rien dit de ta Julie ; elle gagnera sans doute à laisser parler ton coeur. Un mot, un seul mot, et je te livre à lui. Tu m’as honorée quelquefois du tendre nom d’épouse ; peut-être en ce moment dois-je porter celui de mère. Veux-tu me laisser veuve avant qu’un noeud sacré nous unisse !

P.-S. — J’emploie dans cette lettre une autorité à laquelle jamais homme sage n’a résisté. Si vous refusez de vous y rendre, je n’ai plus rien à vous dire ; mais pensez-y bien auparavant. Prenez huit jours de réflexion pour méditer sur cet important sujet. Ce n’est pas au nom de la raison que je vous demande ce délai, c’est au mien. Souvenez-vous que j’use en cette occasion du droit que vous m’avez donné vous-même, et qu’il s’étend au moins jusque-là.

Lettre LIX – De M. d’Orbe à Julie

Je me hâte, mademoiselle, selon vos ordres, de vous rendre compte de la commission dont vous m’avez chargé. Je viens de chez milord Édouard, que j’ai trouvé souffrant encore de son entorse, et ne pouvant marcher dans sa chambre qu’à l’aide d’un bâton. Je lui ai remis votre lettre, qu’il a ouverte avec empressement ; il m’a paru ému en la lisant : il a rêvé quelque temps ; puis il l’a relue une seconde fois avec une agitation plus sensible. Voici ce qu’il m’a dit en la finissant : « Vous savez, monsieur, que les affaires d’honneur ont leurs règles dont on ne peut se départir, vous avez vu ce qui s’est passé dans celle-ci ; il faut qu’elle soit vidée régulièrement. Prenez deux amis, et donnez-vous la peine de revenir ici demain matin avec eux ; vous saurez alors ma résolution. » Je lui ai représenté que l’affaire s’étant passée entre nous, il serait mieux qu’elle se terminât de même. « Je sais, ce qui convient, m’a-t-il dit brusquement, et ferai ce qu’il faut. Amenez vos deux amis, ou je n’ai plus rien à vous dire. » Je suis sorti là-dessus, cherchant inutilement dans ma tête quel peut être son bizarre dessein. Quoi qu’il en soit, j’aurai l’honneur de vous voir ce soir, et j’exécuterai demain ce que vous me prescrirez. Si vous trouvez à propos que j’aille au rendez-vous avec mon cortège, je le composerai de gens dont je sois sûr à tout événement.

Lettre LX – De Saint-Preux à Julie

Calme tes larmes, tendre et chère Julie ; et, sur le récit de ce qui vient de se passer, connais et partage les sentiments que j’éprouve.

J’étais si rempli d’indignation quand je reçus ta lettre, qu’à peine pus-je la lire avec l’attention qu’elle méritait. J’avais beau ne la pouvoir réfuter, l’aveugle colère était la plus forte. Tu peux avoir raison, disais-je en moi-même, mais ne me parle jamais de te laisser avilir. Dussé-je te perdre et mourir coupable, je ne souffrirai point qu’on manque au respect qui t’est dû ; et, tant qu’il me restera un souffle de vie, tu seras honorée de tout ce qui t’approche comme tu l’es de mon coeur. Je ne balançai pas pourtant sur les huit jours que tu me demandais ; l’accident de milord Édouard et mon voeu d’obéissance concouraient à rendre ce délai nécessaire. Résolu, selon tes ordres, d’employer cet intervalle à méditer sur le sujet de ta lettre, je m’occupais sans cesse à la relire et à y réfléchir, non pour changer de sentiment, mais pour justifier le mien.

I have shown you, if I am not mistaken, that in your conflict with Lord Edward, your honor is not at stake; that by resorting to arms, you are compromising mine; that this course is neither just nor reasonable, nor permitted; that it is incompatible with the principles you profess; that it is only suitable for unscrupulous people who use bravery as a substitute for the virtues they lack, or for officers who fight not out of honor but out of self-interest; that it takes more true courage to reject such a course than to embrace it; that the disadvantages associated with its practice are inseparable from fulfilling one’s true duties and are more apparent than real; and finally, that those most inclined to resort to it are always those whose integrity is most suspect. Therefore, I conclude that in this situation, you could neither issue nor accept such a challenge without simultaneously abandoning reason, virtue, honor—and me. You may dismiss my arguments as you please, and pile one sophism upon another; yet it will always remain true that a brave man is not a coward, and that a good man cannot be a dishonorable person. And I have demonstrated to you, in my opinion, that a brave man despises duels, while a good man abhors them.

My friend, I believed that in such a grave matter, it was necessary to rely solely on reason and present things exactly as they are. If I had wished to depict them as I see them, and let emotion and humanity speak for themselves, I would have used a very different language. You know that my father, in his youth, had the misfortune of killing a man in a duel; that man was his friend—they fought against their will, driven by that absurd notion of honor. The fatal blow that took one life also deprived the other of eternal peace. Since then, that sad remorse has never left his heart; often, in solitude, we can hear him weep and groan. He still seems to feel the iron blade he wielded cruelly pierce into his friend’s chest; in the shadows of night, he sees his friend’s pale, bloodstained body; with trembling hands, he contemplates that fatal wound. He longs to stop the bleeding—terror overcomes him, and he cries out; that horrible corpse never ceases to haunt him. For five years now, since losing the dear support of his family and the hope for their future, he has regarded their death as a just punishment from heaven, for it avenged on his only son the unfortunate father whom he had deprived of his own child.

I must confess to you that all this, combined with my natural aversion to cruelty, fills me with such horror at the idea of duels that I regard them as the ultimate expression of brutality to which human beings can descend. To me, anyone who willingly engages in a duel is nothing but a ferocious beast seeking to tear another one apart; and if there remains so much as a trace of humanity in their soul, then I feel that the one who dies is less worthy of pity than the victor. Look at these men who have become accustomed to bloodshed—they overcome their remorse only by stifling the voice of nature within them. Gradually, they become cruel and insensitive; they trample on the lives of others, and the punishment for having lost all humanity is to lose it entirely. What kind of people are they in such a state? Tell me, do you want to become like them? No—you were not born for such abhorrent degeneration. Beware the first step that might lead you down that path: your soul is still innocent and pure. Do not begin to corrupt it at the cost of your life—through an act devoid of virtue, a crime without pleasure, or a sense of honor based on nothing but foolishness.

I have said nothing to you about your Julie; perhaps it would be better for her if you let your heart speak. One word, just one word, and I will give her to you. You have sometimes honored me with the tender title of wife; perhaps now it is my turn to bear the name of mother. Do you want to leave me a widow before a sacred bond unites us!

P.S. — In this letter, I am appealing to an authority to which no wise man has ever refused to yield. If you refuse to comply, I have nothing more to say; but please think it over carefully beforehand. Take eight days to reflect on this important matter. It is not in the name of reason that I ask for this delay, but in my own. Remember that I am exercising the right you yourself have granted me, and that this right extends at least up to this point.

Letter LIX – From Mr. d’Orbe to Julie

I am hurrying, mademoiselle, in accordance with your orders, to report to you on the task you have entrusted to me. I just came from Lord Edward; I found him still suffering from his sprain and unable to walk in his room without the help of a cane. I handed him your letter, which he opened eagerly. He seemed moved as he read it; he sat in thought for a while, then reread it with even greater agitation. Here is what he said when he finished: “You know, monsieur, that matters of honor have their own rules that cannot be violated. You have seen what happened in this case; it must be settled properly. Take two friends with you and please return here tomorrow morning; then you will know my decision.” I suggested to him that since the matter had arisen between us, it would be better if it were concluded in the same way. “I know what is appropriate,” he replied abruptly. “I will do what must be done. Bring your two friends with you—or else I have nothing more to say to you.” Having said this, I left, trying in vain to figure out what his strange intentions might be. In any case, I shall have the honor of seeing you tonight, and I will carry out your instructions tomorrow. If you deem it appropriate for me to go to the rendezvous with my companions, I will select people whom I can trust in any situation.

Letter LX – From Saint-Preux to Julie

Calm your tears, dear and tender Julie; and, as you hear the account of what has just happened, understand and share the feelings that I am experiencing.

I was filled with such indignation when I received your letter that I could hardly read it with the attention it deserved. Even though I was unable to refute its contents, blind rage was far too strong. “You may be right,” I said to myself, “but never tell me to allow yourself to be humiliated. Even if it means losing you and dying in guilt, I will not tolerate that anyone should fail to show you the respect you deserve. As long as there is a breath of life left in me, you will continue to be honored in everything that comes near you, just as you are cherished in my heart.” However, I did hesitate regarding the eight days you requested. The accident involving Lord Edward and my own resolve to obey made such a delay necessary. Determined, as you had instructed, to use this time to reflect on the contents of your letter, I spent every moment rereading it and pondering its meaning—not in order to change my feelings, but rather to justify them.

Vi ho dimostrato, se non m’inganno, che nel vostro conflitto con milord Edward la vostra onore non è in pericolo; che compromettete la mia onore ricorrendo alla via delle armi; che tale via non è né giusta, né ragionevole, né permessa; che non può essere in armonia con i principi che professate; che conviene soltanto a persone disoneste, che fanno leva sulla bravura come surrogato di virtù che non possiedono, o a ufficiali che combattono non per onore, ma per interesse; che c’è più vero coraggio nel rifiutarla che nell’adottarla; che gli svantaggi derivanti dal suo utilizzo sono inseparabili dall’adempimento ai veri doveri e sembrano più evidenti di quanto in realtà lo siano; infine, che coloro i quali sono più propensi a ricorrervi sono sempre quelli la cui onestà è la più dubbia. Da ciò concludo che in questa circostanza non potreste né lanciare né accettare una sfida senza rinunciare al contempo alla ragione, alla virtù, all’onore, e a me. Rifiutate pure i miei argomenti, accumulate sofismi su sofismi: si dimostrerà sempre che un uomo coraggioso non è un codardo, e che un uomo onesto non può essere una persona senza onore. Ora, credo di avervi dimostrato chiaramente che un uomo coraggioso disprezza il duello, mentre un uomo onesto lo odia profondamente.

Amico mio, ho ritenuto che in una questione così grave fosse doveroso fare parlare soltanto la ragione e presentarvi le cose esattamente come sono. Se avessi voluto descriverle come le vedo io stesso, facendo parlare il sentimento e l’umanità, avrei adottato un linguaggio molto diverso. Sapete che mio padre, in giovane età, ebbe la sfortuna di uccidere un uomo in duello; quell’uomo era suo amico: combatterono entrambi a malincuore, costretti da quel folle senso dell’onore. Il colpo mortale che privò uno della vita tolse per sempre la pace all’altro. Da allora, il triste rimorso non ha mai lasciato il suo cuore; spesso, nella solitudine, lo si sente piangere e gemere. Crede ancora di percepire il ferro che la sua mano crudele ha conficcato nel cuore del suo amico; vede nell’oscurità della notte il suo corpo pallido e insanguinato; con orrore contempla quella ferita mortale; vorrebbe fermare il sangue che scorre. Il terrore lo assale, grida. Quel cadavere orribile non smette mai di perseguitarlo. Da cinque anni, da quando ha perso il caro sostegno del proprio nome e la speranza della propria famiglia, si rimprovera la sua morte come una giusta punizione divina, che ha vendicato su suo figlio unico il padre sfortunato a cui aveva tolto il proprio.

Vi confesso che tutto ciò, unito alla mia naturale avversione per la crudeltà, mi ispira un orrore tale per i duelli da considerarli come l’ultimo grado di brutalità a cui gli esseri umani possano arrivare. Chi si batte con gioia non è, ai miei occhi, altro che una bestia feroce che cerca di distruggere un’altra; e se nel loro animo rimane anche il minimo sentimento naturale, ritengo che colui che muore sia meno da compiangere del vincitore. Guardate questi uomini abituati al sangue: sfidano i rimorsi soffocando la voce della natura; diventano gradualmente crudeli e insensibili; giocano con la vita degli altri, e la punizione per aver potuto mancare di umanità è proprio quella di perdere completamente tale qualità. Che cosa sono in questo stato? Rispondi: vuoi diventare come loro? No, tu non sei fatto per questa orribile degenerazione; temi il primo passo che potrebbe portarti verso di essa: la tua anima è ancora innocente e sana; non iniziare a corromperla, a rischio della tua stessa vita, con uno sforzo privo di virtù, un crimine senza piacere, una “punta d’onore” senza motivo.

Non ti ho detto nulla di tua Julie; probabilmente sarà meglio lasciare che sia il tuo cuore a parlare. Una parola, solo una parola, e te la consegnerò. A volte mi hai chiamata con il tenero nome di moglie; forse in questo momento dovrei portare quello di madre. Vuoi lasciarmi vedova prima che un legame sacro ci unisca?

P.S. — In questa lettera faccio appello a un’autorità di fronte alla quale nessun uomo saggio si è mai rifiutato di obbedire. Se rifiuterete di ascoltarmi, non avrò più nulla da dirvi; ma rifletteteci bene prima. Prendetevi otto giorni per riflettere su questo argomento importante. Non vi chiedo questo lasso di tempo a nome della ragione, ma a nome mio. Ricordatevi che in questa occasione faccio uso del diritto che voi stessi mi avete concesso, e che tale diritto si estende almeno fino a quel limite.

Lettera LIX – Di Monsieur d’Orbe a Julie

Mi affretto, signorina, secondo i vostri ordini, per riferirvi della commissione che mi avete affidato. Sono appena stato da lord Edward: lo ho trovato ancora affetto dal suo infortunio e incapace di camminare nella sua stanza se non con l’aiuto di un bastone. Gli ho consegnato la vostra lettera, che ha aperto con impazienza; sembrava commosso mentre la leggeva: è rimasto per qualche momento in silenzio, poi l’ha riletta una seconda volta con ancora maggiore agitazione. Ecco ciò che mi ha detto alla fine: “Sapete, signore, che le questioni d’onore hanno le loro regole alle quali non si può derogare; avete visto ciò che è accaduto in questa faccenda; deve essere risolta secondo le norme stabilite. Prendete due amici e tornate qui domani mattina con loro; allora saprete quale sarà la mia decisione.” Gli ho fatto notare che, poiché l’incidente si era verificato tra di noi, sarebbe stato meglio che terminasse allo stesso modo. “So ciò che è giusto da fare,” mi ha risposto bruscamente, “e farò quanto è necessario. Portate i vostri due amici, altrimenti non ho più nulla da dirvi.” Me ne sono andato, cercando invano di capire quale fosse il suo strano piano. Comunque sia, avrò l’onore di vedervi stasera e domani eseguirò ciò che mi ordinerete. Se ritenete opportuno che io vada all’appuntamento con i miei compagni, li sceglierò tra persone di cui possa essere sicuro in qualsiasi circostanza.

Lettera LX – Da Saint-Preux a Julie

Calmati le tue lacrime, dolce e cara Julie; e, ascoltando il racconto di ciò che è appena accaduto, comprendi e condividi i sentimenti che provo io stesso.

Ero così pieno di indignazione quando ricevetti la tua lettera che a malapena riuscii a leggerla con l’attenzione che meritava. Anche se non potevo contraddirti, la furia cieca era più forte di tutto. “Puoi avere ragione”, mi dicevo, “ma non parlarmi mai di permetterti di umiliarti. Anche se dovessi perderti e morire in colpa, non tollererò che ti venga mancato il rispetto che ti è dovuto; e finché avrò un soffio di vita, tu sarai onorata di tutto ciò che ti riguarda, proprio come lo sei del mio cuore”. Tuttavia, non esitai nemmeno per gli otto giorni che mi chiedevi: l’incidente di lord Edward e il mio desiderio di obbedire rendevano necessario questo lasso di tempo. Deciso, secondo i tuoi ordini, a utilizzarlo per riflettere sul contenuto della tua lettera, la rileggevo continuamente e ci pensavo attentamente, non per cambiare idea, ma per giustificare la mia posizione.

J’avais repris ce matin cette lettre trop sage et trop judicieuse à mon gré, et je la relisais avec inquiétude, quand on a frappé à la porte de ma chambre. Un moment après j’ai vu entrer milord Édouard sans épée, appuyé sur une canne ; trois personnes le suivaient, parmi lesquelles j’ai reconnu M. d’Orbe. Surpris de cette visite imprévue, j’attendais en silence ce qu’elle devait produire, quand Édouard m’a prié de lui donner un moment d’audience, et de le laisser agir et parler sans l’interrompre. « Je vous en demande, a-t-il dit, votre parole ; la présence de ces messieurs, qui sont de vos amis, doit vous répondre que vous ne l’engagez pas indiscrètement. » Je l’ai promis sans balancer. À peine avais-je achevé que j’ai vu, avec l’étonnement que tu peux concevoir, milord Édouard à genoux devant moi. Surpris d’une si étrange attitude, j’ai voulu sur-le-champ le relever ; mais, après m’avoir rappelé ma promesse, il m’a parlé dans ces termes : « Je viens, monsieur, rétracter hautement les discours injurieux que l’ivresse m’a fait tenir en votre présence : leur injustice les rend plus offensants pour moi que pour vous, et je m’en dois l’authentique désaveu. Je me soumets à toute la punition que vous voudrez m’imposer, et je ne croirai mon honneur rétabli que quand ma faute sera réparée. À quelque prix que ce soit, accordez-moi le pardon que je vous demande, et me rendez votre amitié. — Milord, lui ai-je dit aussitôt, je reconnais maintenant votre âme grande et généreuse ; et je sais bien distinguer en vous les discours que le coeur dicte de ceux que vous tenez quand vous n’êtes pas à vous-même ; qu’ils soient à jamais oubliés. » À l’instant, je l’ai soutenu en se relevant, et nous nous sommes embrassés. Après cela, milord se tournant vers les spectateurs leur a dit : « Messieurs, je vous remercie de votre complaisance. De braves gens comme vous, a-t-il ajouté d’un air fier et d’un ton animé, sentent que celui qui répare ainsi ses torts n’en sait endurer de personne. Vous pouvez publier ce que vous avez vu. » Ensuite il nous a tous quatre invités à souper pour ce soir, et ces messieurs sont sortis.

À peine avons-nous été seuls qu’il est venu m’embrasser d’une manière plus tendre et plus amicale ; puis me prenant la main et s’asseyant à côté de moi : « Heureux mortel, s’est-il écrié, jouissez d’un bonheur dont vous êtes digne. Le coeur de Julie est à vous ; puissiez-vous tous deux… — Que dites-vous, Milord ? ai-je interrompu ; perdez-vous le sens ? — Non, m’a-t-il dit en souriant. Mais peu s’en est fallu que je ne le perdisse, et c’en était fait de moi peut-être si celle qui m’ôtait la raison ne me l’eût rendue. » Alors il m’a remis une lettre que j’ai été surpris de voir écrite d’une main qui n’en écrivit jamais à d’autre homme[55] qu’à moi. Quels mouvements j’ai sentis à sa lecture ! Je voyais une amante incomparable vouloir se perdre pour me sauver, et je reconnaissais Julie. Mais quand je suis parvenu à cet endroit où elle jure de ne pas survivre au plus fortuné des hommes, j’ai frémi des dangers que j’avais courus, j’ai murmuré d’être trop aimé, et mes terreurs m’ont fait sentir que tu n’es qu’une mortelle. Ah ! rends-moi le courage dont tu me prives ; j’en avais pour braver la mort qui ne menaçait que moi seul, je n’en ai point pour mourir tout entier.

Tandis que mon âme se livrait à ces réflexions amères, Édouard me tenait des discours auxquels j’ai donné d’abord peu d’attention : cependant il me l’a rendue à force de me parler de toi ; car ce qu’il m’en disait plaisait à mon coeur, et n’excitait plus ma jalousie. Il m’a paru pénétré de regret d’avoir troublé nos feux et ton repos. Tu es ce qu’il honore le plus au monde ; et n’osant te porter les excuses qu’il m’a faites, il m’a prié de les recevoir en ton nom, et de te les faire agréer. « Je vous ai regardé, m’a-t-il dit, comme son représentant, et n’ai pu trop m’humilier devant ce qu’elle aime, ne pouvant, sans la compromettre, m’adresser à sa personne, ni même la nommer. » Il avoue avoir conçu pour toi les sentiments dont on ne peut se défendre en te voyant avec trop de soin ; c’était une tendre admiration plutôt que de l’amour. Ils ne lui ont jamais inspiré ni prétention ni espoir ; il les a tous sacrifiés aux nôtres à l’instant qu’ils lui ont été connus, et le mauvais propos qui lui est échappé était l’effet du punch et non de la jalousie. Il traite l’amour en philosophe qui croit son âme au-dessus des passions : pour moi, je suis trompé s’il n’en a déjà ressenti quelqu’une qui ne permet plus à d’autres de germer profondément. Il prend l’épuisement du coeur pour l’effort de la raison, et je sais bien qu’aimer Julie et renoncer à elle n’est pas une vertu d’homme.

Il a désiré de savoir en détail l’histoire de nos amours et les causes qui s’opposent au bonheur de ton ami ; j’ai cru qu’après ta lettre une demi-confidence était dangereuse et hors de propos ; je l’ai faite entière, et il m’a écouté avec une attention qui m’attestait sa sincérité. J’ai vu plus d’une fois ses yeux humides et son âme attendrie ; je remarquais surtout l’impression puissante que tous les triomphes de la vertu faisaient sur son âme, et je crois avoir acquis à Claude Anet un nouveau protecteur qui ne sera pas moins zélé que ton père. « Il n’y a, m’a-t-il dit, ni incidents ni aventures dans ce que vous m’avez raconté, et les catastrophes d’un roman m’attacheraient beaucoup moins ; tant les sentiments suppléent aux situations, et les procédés honnêtes aux actions éclatantes ! Vos deux âmes sont si extraordinaires, qu’on n’en peut juger sur les règles communes. Le bonheur n’est pour vous ni sur la même route ni de la même espèce que celui des autres hommes : ils ne cherchent que la puissance et les regards d’autrui ; il ne vous faut que la tendresse et la paix. Il s’est joint à votre amour une émulation de vertu qui vous élève, et vous vaudriez moins l’un et l’autre si vous ne vous étiez point aimés. L’amour passera, ose-t-il ajouter (pardonnons-lui ce blasphème prononcé dans l’ignorance de son coeur) ; l’amour passera, dit-il, et les vertus resteront. »Ah ! puissent-elles durer autant que lui, ma Julie ! le ciel n’en demandera pas davantage.

Enfin je vois que la dureté philosophique et nationale n’altère point dans cet honnête Anglais l’humanité naturelle, et qu’il s’intéresse véritablement à nos peines. Si le crédit et la richesse nous pouvaient être utiles, je crois que nous aurions lieu de compter sur lui. Mais, hélas ! de quoi servent la puissance et l’argent pour rendre les coeurs heureux ?

Cet entretien, durant lequel nous ne comptions pas les heures, nous a menés jusqu’à celle du dîner. J’ai fait apporter un poulet, et après le dîner nous avons continué de causer. Il m’a parlé de sa démarche de ce matin, et je n’ai pu m’empêcher de témoigner quelque surprise d’un procédé si authentique et si peu mesuré : mais, outre la raison qu’il m’en avait déjà donnée, il a ajouté qu’une demi-satisfaction était indigne d’un homme de courage ; qu’il la fallait complète ou nulle, de peur qu’on ne s’avilît sans rien réparer, et qu’on ne fît attribuer à la crainte une démarche faite à contrecoeur et de mauvaise grâce. « D’ailleurs, a-t-il ajouté, ma réputation est faite, je puis être juste sans soupçon de lâcheté ; mais vous, qui êtes jeune et débutez dans le monde, il faut que vous sortiez si net de la première affaire, qu’elle ne tente personne de vous en susciter une seconde. Tout est plein de ces poltrons adroits qui cherchent, comme on dit, à tâter leur homme, c’est-à-dire à découvrir quelqu’un qui soit encore plus poltron qu’eux, et aux dépens duquel ils puissent se faire valoir. Je veux éviter à un homme d’honneur comme vous la nécessité de châtier sans gloire un de ces gens-là ; et j’aime mieux, s’ils ont besoin de leçon, qu’ils la reçoivent de moi que de vous : car une affaire de plus n’ôte rien à celui qui en a déjà eu plusieurs ; mais en avoir une est toujours une sorte de tache, et l’amant de Julie en doit être exempt. »

Voilà l’abrégé de ma longue conversation avec milord Édouard. J’ai cru nécessaire de t’en rendre compte afin que tu me prescrives la manière dont je dois me comporter avec lui.

That morning, I had taken up again this letter—so wise and so judicious in every respect—and was reading it with concern when someone knocked at the door of my room. A moment later, Lord Edward entered, without his sword and leaning on a cane; three other people followed him, among whom I recognized Mr. d’Orbe. Surprised by this unexpected visit, I waited in silence to see what would happen next. Edward then asked me to grant him some time to speak undisturbed and to let him act and express himself freely. “I beg you for your word on this matter,” he said. “The presence of these gentlemen, who are your friends, should assure you that I am not making this request in a frivolous manner.” Without hesitation, I promised him. But no sooner had I done so than, to my utter astonishment, I saw Lord Edward kneeling before me. Taken aback by such an unusual gesture, I immediately tried to help him up; but after reminding me of my promise, he said to me: “Sir, I have come here to publicly retract the offensive statements I made in your presence under the influence of alcohol. Their injustice makes them all the more insulting to me as well as to you, and I owe you a sincere apology. I am ready to accept any punishment you may impose upon me, and I will not consider my honor restored until my mistake has been corrected. At whatever cost, please grant me your forgiveness and restore my friendship with you.” “My lord,” I replied immediately, “I now recognize the greatness and generosity of your soul. I am well aware that the words you spoke were not those of your true self, but rather the product of your drunkenness; let them be forgotten forever.” At once, I helped him up, and we embraced. Afterward, Lord Edward turned to the others present and said: “Gentlemen, I thank you for your patience. People like you,” he added proudly and with enthusiasm, “understand that one who repents his mistakes so sincerely deserves no further reproach from anyone. You may spread the knowledge of what you have witnessed today.” He then invited all four of us to dinner that evening, and the gentlemen left shortly after.

As soon as we were alone, he came to kiss me in a more tender and friendly manner; then, taking my hand and sitting beside me, he exclaimed, “Happy mortal, enjoy the happiness you deserve. Julie’s heart belongs to you; may you both, — What are you saying, My Lord?” I interrupted him, “Have you lost your senses?” “No,” he replied with a smile, “but it was only by a narrow margin that I did not lose them. Perhaps everything would have been lost for me if it weren’t for the one who took my reason away having also given it back to me.” Then he handed me a letter, and I was surprised to see it written in a hand that had never written to any other man but me[55]. What emotions I felt as I read it! There, I saw an incomparable lover willing to sacrifice herself for my sake—and it was Julie. But when I reached the part where she swore not to outlive the most fortunate of men, I trembled at the dangers I had faced, I murmured that I was loved too much, and those fears made me realize that you are but a mortal woman. Ah! Give me back the courage you are taking away from me; I had enough to face a death that threatened only me alone—but now I lack the strength to die entirely.

As my soul indulged in these bitter reflections, Édouard addressed me with words that at first I paid little attention to; yet, through his constant talk about you, he managed to draw my attention toward them. For what he said about you pleased my heart and no longer aroused my jealousy. He seemed deeply remorseful for having disturbed our happiness and your peace. You are the one he holds in the highest esteem in this world; and since he dared not offer me the same excuses he had given me, he asked me to accept them in your name and convey them to you. “I have regarded you,” he told me, “as her representative, and I could not bring myself to humiliate myself before what she loves—since I could neither address her directly nor even mention her name without compromising her.” He admitted that he felt for you those sentiments from which one cannot defend oneself when seeing you treated with such care; it was more a tender admiration than true love. These feelings never inspired in him any claims or hopes; the moment he became aware of them, he sacrificed them all for our own happiness. The unfortunate words that slipped out were the effect of drunkenness, not jealousy. He approaches love like a philosopher who believes his soul is above such passions; but as for me. I am deceived if he has not already felt some passion that prevents others from taking root in his heart. He mistakes the exhaustion of the heart for the effort of reason—yet I know well that to love Julie and yet renounce her is not the act of a true man.

He wished to know in detail the story of our loves and the reasons that stand in the way of your friend’s happiness; I thought that, after your letter, partial confidences would be dangerous and out of place; so I told him everything, and he listened with such attention that it proved his sincerity. More than once, I saw his eyes fill with tears and his heart soften; what struck me most was the profound influence that all the triumphs of virtue had on his soul. I believe I have gained Claude Anet a new supporter who will be just as devoted as your father. “What you have told me,” he said, “contains neither incidents nor adventures; such dramatic catastrophes would hold much less interest for me. Feelings are far more important than circumstances, and honest actions are far more valuable than spectacular deeds! Your two souls are so extraordinary that they cannot be judged by ordinary standards. Happiness is not the same for you as it is for other people; they seek only power and the admiration of others; you need only tenderness and peace. Your love is accompanied by a mutual striving for virtue, which elevates you both. You would be worth much less without each other. Love will pass away,” he added (forgive him this blasphemy, spoken out of ignorance of his own heart), “but virtues will remain.” Ah! may they last as long as he does, my Julie! The heavens would have no greater request.

Finally, I see that this honest Englishman’s philosophical and national rigor in no way diminishes his natural humanity, and that he truly cares about our sufferings. If credit and wealth could be of some use to us, I believe we would have reason to rely on him. But alas! What use are power and money in making people happy?

This conversation, during which we lost all sense of time, continued until dinner time. I had someone bring over some chicken, and after dinner we continued talking. He told me about his actions that morning, and I couldn’t help but express my surprise at such an authentic and unreserved approach. But in addition to the reasons he had already given me, he added that half-hearted satisfaction was unworthy of a man of courage; one must achieve complete victory or avoid failure altogether, lest one humiliate oneself without achieving anything meaningful and allow fear to drive one to act against one’s will and with reluctance. “Besides,” he continued, “my reputation is established now; I can act justly without any suspicion of cowardice. But you, being young and just entering the world, must emerge unscathed from this first encounter, so that no one would dare to provoke you into another. The world is full of such cowardly opportunists who seek to test others—that is, to find someone even more timid than themselves, in order to appear brave at their expense. I want to prevent a man of honor like you from having to punish such people without glory. If they need a lesson, I would rather it come from me than from you. After all, having one more confrontation does not diminish the reputation of someone who has already faced many; but experiencing one is always a sort of blemish, and the lover of Julie should be spared such a disgrace.”

Here is a summary of my lengthy conversation with Lord Edward. I felt it necessary to inform you so that you could advise me on how I should behave towards him.

Quella mattina avevo ripreso in mano quella lettera troppo saggia e troppo giudiziosa, secondo i miei desideri, e la rileggevo con ansia quando qualcuno bussò alla porta della mia stanza. Poco dopo vidi entrare lord Edward senza spada, appoggiato a un bastone; lo seguivano tre persone, tra cui riconobbi il signor d’Orbe. Sorpreso da questa visita inaspettata, aspettavo in silenzio ciò che sarebbe accaduto, quando Edward mi chiese di concedergli un momento di udienza e di lasciarlo agire e parlare senza interruzioni. “Vi chiedo la vostra parola,” disse, “la presenza di questi signori, che sono vostri amici, dovrebbe dimostrare che non vi sto chiedendo nulla in modo indiscreto.” Glielo promisi senza esitazione. Appena ebbi finito di parlare, vidi, con lo stupore che potete immaginare, lord Edward inginocchiarsi davanti a me. Sorpreso da un comportamento così strano, cercai immediatamente di aiutarlo ad alzarsi; ma dopo avermi ricordato la mia promessa, mi parlò in questi termini: “Vengo, signore, per ritrattare apertamente le parole offensive che l’ubriachezza mi ha fatto pronunciare in vostra presenza: la loro ingiustizia le rende ancora più offensive per me che per voi, e devo chiedervi scusa sinceramente. Mi sottometto a qualsiasi punizione vogliate infliggermi, e non considererò il mio onore ripristinato finché il mio errore non sarà rimediato. A qualunque prezzo sia, concedetemi il perdono che vi chiedo e ridatemi la vostra amicizia.” “Milord,” gli dissi subito, “ora riconosco la grandezza e la generosità del vostro cuore; so bene distinguere in voi le parole che il cuore vi spinge a dire da quelle che pronunciate quando non siete voi stesso; che queste parole siano dimenticate per sempre.” All’istante lo aiutai ad alzarsi e ci abbracciammo. Dopo questo, lord Edward si rivolse agli astanti e disse: “Signori, vi ringrazio per la vostra comprensione. Uomini coraggiosi come voi,” aggiunse con orgoglio e con tono animato, “sanno che colui che ripara in questo modo i propri torti non può aspettarsi nulla di negativo da nessuno. Potete rendere pubblico ciò che avete visto.” Poi invitò noi quattro a cena quella sera stessa, e quei signori se ne andarono.

Appena siamo rimasti soli, è venuto a baciarmi in modo più tenero e più affettuoso; poi, prendendomi per mano e sedendosi accanto a me, ha esclamato: “Felice mortale, goditi una felicità che ti meriti. Il cuore di Julie è tuo; possiate entrambi, ” – “Cosa dite, Milord?”, l’ho interrotto; “Perdete la ragione?” – “No”, mi ha risposto sorridendo, “ma per poco non la perdevo. E forse sarei perduto se colui che mi toglieva la ragione non me l’avesse restituita.” Poi mi ha consegnato una lettera; sono rimasto sorpreso nel vedere che era scritta da una mano che non aveva mai scritto a nessun altro uomo se non a me. Che emozioni ho provato leggendola! Vedevo un’amante incomparabile disposta a perdere sé stessa per salvarmi. E riconoscevo Julie. Ma quando sono arrivato al punto in cui lei giurava di non sopravvivere al più fortunato degli uomini, ho tremato pensando ai pericoli che avevo affrontato; ho mormorato di essere troppo amato. E le mie paure mi hanno fatto rendere conto che tu sei soltanto una mortale. Ah! Restituimi il coraggio che mi stai togliendo. Ne avevo abbastanza per affrontare la morte che minacciava solo me. Ma non ne ho abbastanza per morire completamente.

Mentre la mia anima si abbandonava a queste amare riflessioni, Édouard mi rivolgeva discorsi ai quali all’inizio non prestavo molta attenzione; tuttavia, grazie alle sue continue parole su di te, ho iniziato ad ascoltarli con interesse. Ciò che mi diceva riguardo a te piaceva al mio cuore e non suscitava più in me gelosia. Mi sembrava profondamente pentito di aver turbato i nostri sentimenti e il tuo riposo. Tu sei ciò che egli onora di più al mondo; e, non osando rivolgermi a te direttamente con le scuse che mi aveva fatto, mi ha chiesto di accettarle in tuo nome e di farti le mie omaggi. “Ti ho considerata,” mi disse, “come la sua rappresentante, e non ho potuto umiliarmi abbastanza davanti a ciò che lei ama; non potevo, senza comprometterla, rivolgermi direttamente a lei, né nemmeno menzionarla.” Ammise di aver provato per te quei sentimenti dai quali è difficile difendersi quando ti si vede con troppa cura. Era più una tenera ammirazione che amore vero. Questi sentimenti non gli hanno mai ispirato alcuna pretesa o speranza; li ha sacrificati tutti ai nostri nel momento stesso in cui li ha scoperti, e le parole offensive che gli sono sfuggite erano il risultato dell’effetto del punch, non della gelosia. Tratta l’amore come un filosofo che crede la propria anima al di sopra delle passioni. Ma per me, sono ingannato se lui stesso non ne ha già provata una tale da impedire a qualsiasi altro sentimento di germogliare in lui profondamente. Considera l’esaurimento del cuore come il risultato dello sforzo della ragione. E io so bene che amare Julie e rinunciarvi non è certo una virtù da uomo.

Desiderava conoscere in dettaglio la storia dei nostri amori e le cause che si oppongono alla felicità del tuo amico; ho pensato che, dopo la tua lettera, una confidenza parziale fosse pericolosa e fuori luogo; quindi gli ho raccontato tutto, e lui mi ha ascoltato con un’attenzione che dimostrava la sua sincerità. Ho visto più volte i suoi occhi umidi e il suo animo commosso; ho notato soprattutto l’impressione profonda che tutti i trionfi della virtù producevano nel suo cuore, e credo di aver conquistato per Claude Anet un nuovo protettore, altrettanto zelante di tuo padre. “Non ci sono, mi ha detto, né incidenti né avventure in quello che mi avete raccontato; le catastrofi di un romanzo non mi interesserebbero affatto. I sentimenti compensano le situazioni difficili, e gli comportamenti onesti sostituiscono le azioni spettacolari! Le vostre due anime sono così straordinarie che non possono essere giudicate secondo le regole comuni. La felicità, per voi, non segue lo stesso percorso né ha la stessa natura di quella degli altri uomini: loro cercano solo potere e l’ammirazione altrui; voi avete bisogno soltanto di tenerezza e pace. Al vostro amore si è unito anche uno spirito di virtù che vi eleva. Senza amarvi a vicenda, non valereste nulla. L’amore passerà, osa aggiungere (perdonatelo per questo blasfemo pronunciato nell’ignoranza del suo cuore). L’amore passerà, dice, ma le virtù rimarranno, ” Ah! Possano durare tanto quanto lui, mia Julie. Il cielo non ne chiederà di più.

Finalmente vedo che la durezza filosofica e nazionale non altera in questo onesto inglese la sua natura umana, e che egli si interessa davvero alle nostre sofferenze. Se il credito e la ricchezza potessero esserci di qualche utilità, credo che avremmo motivo di contare su di lui. Ma, ahimè! a cosa servono il potere e i soldi per rendere felici i cuori?

Quel colloquio, durante il quale non abbiamo badato al passare del tempo, ci ha portati fino all’ora di cena. Ho fatto portare un pollo, e dopo cena abbiamo continuato a chiacchierare. Mi ha parlato della sua azione di quella mattina, e non ho potuto fare a meno di manifestare una certa sorpresa per un approccio così autentico e privo di esitazioni: ma, oltre alle ragioni che mi aveva già fornito, ha aggiunto che una soddisfazione parziale sarebbe stata indegna di un uomo coraggioso; che essa doveva essere completa o niente affatto, per evitare di umiliarsi senza ottenere nulla in cambio, e per impedire che si attribuisse paura a un atto compiuto controvolentemente e con riluttanza. “Inoltre”, ha aggiunto, “la mia reputazione è ormai consolidata; posso quindi agire con giustizia senza suscitare sospetti di codardia; ma tu, che sei giovane e stai appena iniziando a farti strada nel mondo, devi uscire da questa prima esperienza in modo così chiaro e deciso, che nessuno abbia il coraggio di tentarti con una seconda. Il mondo è pieno di individui codardi ma astuti che cercano, per così dire, di “mettere alla prova” le persone, cioè di trovare qualcuno ancora più debole di loro, per potersi poi vantare delle proprie capacità a sue spese. Voglio evitare a un uomo onesto come te la necessità di punire senza gloria uno di questi individui; preferisco che, se hanno bisogno di una lezione, la ricevano da me piuttosto che da te: perché avere un’altra esperienza negativa non diminuisce affatto chi ne ha già avute molte; ma averne una è comunque una sorta di macchia. E l’amante di Julie non dovrebbe assolutamente subirla.”

Ecco il riassunto della mia lunga conversazione con lord Edward. Ho ritenuto necessario informartene affinché tu potessi indicarmi come devo comportarmi con lui.

Maintenant, que tu dois être tranquillisée, chasse, je t’en conjure, les idées funestes qui t’occupent depuis quelques jours. Songe aux ménagements qu’exige l’incertitude de ton état actuel. Oh ! si bientôt tu pouvais tripler mon être ! Si bientôt un gage adoré… Espoir déjà trop déçu, viendrais-tu m’abuser encore ?… O désirs ! ô crainte ! ô perplexités ! charmante amie de mon coeur, vivons pour nous aimer, et que le ciel dispose du reste.

P.-S. — J’oubliais de te dire que milord m’a remis ta lettre, et que je n’ai point fait difficulté de la recevoir, ne jugeant pas qu’un pareil dépôt doive rester entre les mains d’un tiers. Je te la rendrai à notre première entrevue ; car, quant à moi, je n’en ai plus à faire ; elle est trop bien écrite au fond de mon coeur pour que jamais j’aie besoin de la relire.

Lettre LXII – De Claire à Julie

Faudra-t-il toujours, aimable cousine, ne remplir envers toi que les plus tristes devoirs de l’amitié ? Faudra-t-il toujours dans l’amertume de mon coeur affliger le tien par de cruels avis ? Hélas ! tous nos sentiments nous sont communs, tu le sais bien, et je ne saurais t’annoncer de nouvelles peines que je ne les aie déjà senties. Que ne puis-je te cacher ton infortune sans l’augmenter ! ou que la tendre amitié n’a-t-elle autant de charmes que l’amour ! Ah ! que j’effacerais promptement tous les chagrins que je te donne !

Hier, après le concert, ta mère en s’en retournant ayant accepté le bras de ton ami et toi celui de M. d’Orbe, nos deux pères restèrent avec milord à parler de politique ; sujet dont je suis si excédée que l’ennui me chassa dans ma chambre. Une demi-heure après j’entendis nommer ton ami plusieurs fois avec assez de véhémence : je connus que la conversation avait changé d’objet, et je prêtai l’oreille. Je jugeai par la suite du discours qu’Édouard avait osé proposer ton mariage avec ton ami, qu’il appelait hautement le sien, et auquel il offrait de faire en cette qualité un établissement convenable. Ton père avait rejeté avec mépris cette proposition, et c’était là-dessus que les propos commençaient à s’échauffer. « Sachez, lui disait milord, malgré vos préjugés, qu’il est de tous les hommes le plus digne d’elle et peut-être le plus propre à la rendre heureuse. Tous les dons qui ne dépendent pas des hommes, il les a reçus de la nature, et il y a ajouté tous les talents qui ont dépendu de lui. Il est jeune, grand, bien fait, robuste, adroit ; il a de l’éducation, du sens, des moeurs, du courage ; il a l’esprit orné, l’âme saine ; que lui manque-t-il donc pour mériter votre aveu ? La fortune ? Il l’aura. Le tiers de mon bien suffit pour en faire le plus riche particulier du pays de Vaud, j’en donnerai s’il le faut jusqu’à la moitié. La noblesse ? Vaine prérogative dans un pays où elle est plus nuisible qu’utile. Mais il l’a encore, n’en doutez pas, non point écrite d’encre en de vieux parchemins, mais gravée au fond de son coeur en caractères ineffaçables. En un mot, si vous préférez la raison au préjugé, et si vous aimez mieux votre fille que vos titres, c’est à lui que vous la donnerez. »

Là-dessus ton père s’emporta vivement. Il traita la proposition d’absurde et de ridicule ! « Quoi ! milord, dit-il, un homme d’honneur comme vous peut-il seulement penser que le dernier rejeton d’une famille illustre aille éteindre ou dégrader son nom dans celui d’un quidam sans asile et réduit à vivre d’aumônes ?… — Arrêtez, interrompit Édouard ; vous parlez de mon ami, songez que je prends pour moi tous les outrages qui lui sont faits en ma présence, et que les noms injurieux à un homme d’honneur le sont encore plus à celui qui les prononce. De tels quidams sont plus respectables que tous les hobereaux [56]de l’Europe, et je vous défie de trouver aucun moyen plus honorable d’aller à la fortune que les hommages de l’estime et les dons de l’amitié. Si le gendre que je vous propose ne compte point, comme vous, une longue suite d’aïeux toujours incertains, il sera le fondement et l’honneur de sa maison comme votre premier ancêtre le fut de la vôtre. Vous seriez-vous donc tenu pour déshonoré par l’alliance du chef de votre famille, et ce mépris ne rejaillirait-il pas sur vous-même ? Combien de grands noms retomberaient dans l’oubli, si l’on ne tenait compte que de ceux qui ont commencé par un homme estimable ! Jugeons du passé par le présent, sur deux ou trois citoyens qui s’illustrent par des moyens honnêtes, mille coquins anoblissent tous les jours leur famille ; et que prouvera cette noblesse dont leurs descendants seront si fiers, sinon les vols et l’infamie de leurs ancêtres[57] ? On voit, je l’avoue, beaucoup de malhonnêtes gens parmi les roturiers ; mais il y a toujours vingt à parier contre un qu’un gentilhomme descend d’un fripon. Laissons, si vous voulez, l’origine à part, et pesons le mérite et les services. Vous avez porté les armes chez un prince étranger, son père les a portées gratuitement pour la patrie. Si vous avez bien servi, vous avez été bien payé ; et quelque honneur que vous ayez acquis à la guerre, cent roturiers en ont acquis encore plus que vous.

De quoi s’honore donc, continua milord Édouard, cette noblesse dont vous êtes si fier ? Que fait-elle pour la gloire de la patrie ou le bonheur du genre humain ? Mortelle ennemie des lois et de la liberté, qu’a-t-elle jamais produit dans la plupart des pays où elle brille, si ce n’est la force de la tyrannie et l’oppression des peuples ? Osez-vous ; dans une république, vous honorer d’un état destructeur des vertus et de l’humanité, d’un état où l’on se vante de l’esclavage, et où l’on rougit d’être homme ? Lisez les annales de votre patrie[58] : en quoi votre ordre a-t-il bien mérité d’elle ? quels nobles comptez-vous parmi ses libérateurs ? Les Furts, les Tell, les Stouffacher, étaient-ils gentilshommes ? Quelle est donc cette gloire insensée dont vous faites tant de bruit ? Celle de servir un homme, et d’être à charge à l’état. »

Conçois, ma chère, ce que je souffrais de voir cet honnête homme nuire ainsi par une âpreté déplacée aux intérêts de l’ami qu’il voulait servir. En effet ton père, irrité par tant d’invectives piquantes quoique générales, se mit à les repousser par des personnalités. Il dit nettement à milord Édouard que jamais homme de sa condition n’avait tenu les propos qui venaient de lui échapper. « Ne plaidez point inutilement la cause d’autrui, ajouta-t-il d’un ton brusque ; tout grand seigneur que vous êtes, je doute que vous puissiez bien défendre la vôtre sur le sujet en question. Vous demandez ma fille pour votre ami prétendu, sans savoir si vous-même seriez bon pour elle ; et je connais assez la noblesse d’Angleterre pour avoir sur vos discours une médiocre opinion de la vôtre. »

« Pardieu ! dit milord, quoi que vous pensiez de moi, je serais bien fâché de n’avoir d’autre preuve de mon mérite que celui d’un homme mort depuis cinq cents ans. Si vous connaissez la noblesse d’Angleterre, vous savez qu’elle est la plus éclairée, la mieux instruite, la plus sage, et la plus brave de l’Europe : avec cela, je n’ai pas besoin de chercher si elle est la plus antique ; car, quand on parle de ce qu’elle est, il n’est pas question de ce qu’elle fut. Nous ne sommes point, il est vrai, les esclaves du prince, mais ses amis, ni les tyrans du peuple, mais ses chefs. Garants de la liberté, soutiens de la patrie, et appuis du trône, nous formons un invincible équilibre entre le peuple et le roi. Notre premier devoir est envers la nation, le second envers celui qui la gouverne : ce n’est pas sa volonté mais son droit que nous consultons. Ministres suprêmes des lois dans la chambre des pairs, quelquefois même législateurs, nous rendons également justice au peuple et au roi, et nous ne souffrons point que personne dise : Dieu et mon épée, mais seulement : Dieu et mon droit.

Now that you must be at peace, I implore you to cast aside those terrible thoughts that have been haunting you these past few days. Consider the careful considerations required by the uncertainty of your current condition. Oh! If only you could soon multiply my existence threefold. If only some beloved guarantee—hope that has already been so often disappointed—could come to comfort me again. O desires! O fears! O confusions! My dear, lovely friend, let us live solely for loving one another; may heaven take care of everything else.

P.S. — I forgot to tell you that Lord gave me your letter, and I did not hesitate to accept it, as I did not consider such a document to be suitable for remaining in the hands of a third party. I will return it to you at our first meeting; as for me, I no longer need it. It is written so deeply in my heart that I will never need to read it again.

Letter LXII – From Claire to Julie

Must I always, dear cousin, fulfill only the most sorrowful duties of friendship towards you? Must I always, in the bitterness of my heart, cause you pain with cruel words? Alas! All our feelings are shared, you know very well, and I could not tell you about new sorrows without having already experienced them myself. How I wish I could hide your misfortune without making it any worse! Or how I wish tender friendship possessed as much charm as love! Ah! How quickly I would erase all the sorrow that I cause you!

Yesterday, after the concert, your mother, having accepted your friend’s arm on her way home, and you, Mr. d’Orbe’s, our two fathers stayed behind with Lord Edward to discuss politics—a subject that irritates me so much that boredom drove me to my room. Half an hour later, I heard your friend mentioned several times with considerable vehemence; I realized the conversation had changed topic, and I began listening attentively. From what I overheard, it seemed Edward had dared to propose your marriage to your friend, whom he referred to as his own, and offered to provide him with a suitable position accordingly. Your father had scornfully rejected this proposal, and that was what sparked the heated discussion. “Know this,” Lord Edward said to him, “despite your prejudices, he is the most worthy man of her among all, and perhaps the very one best suited to make her happy. All those gifts that do not depend on human effort he has been given by nature; moreover, he has acquired every talent that comes from personal endeavor. He is young, tall, well-built, strong, and skilled; he is educated, sensible, virtuous, and brave; his mind is cultivated, and his soul is pure. What more could he possibly lack to deserve your approval? Fortune? He will have it. One-third of my wealth would be enough to make him the wealthiest man in the province of Vaud; if necessary, I would give him even half. Nobility? A vain privilege in a country where it does more harm than good. But he possesses it nonetheless—not inscribed on old parchments with ink, but etched deep into his heart in indelible characters. In short, if you place reason above prejudice and love your daughter more than your titles, then you should give her to him.”

Upon this, your father became furious. He dismissed the proposal as utterly absurd and ridiculous! “How dare you!” he said, “a man of honor like you even consider the possibility that the last descendant of a distinguished family should tarnish or degrade its name by marrying a penniless wretch who lives off alms?!. Stop,” interrupted Edward, “you are speaking of my friend. Remember that I take upon myself all the insults directed at him in my presence, and that any insult to a man of honor is even more grievous when uttered by someone like you. Such people are actually more respectable than all the petty nobles of Europe. I defy you to find a more honorable way to achieve success than through the respect and friendship of others. If the son-in-law I propose does not boast, like you, of a long line of ancestors of uncertain lineage, he will still be the foundation and honor of his family, just as your earliest ancestor was the foundation of yours. Would you truly consider it an disgrace to marry into the head of your family? And wouldn’t such contempt also reflect upon you? How many great names would be forgotten if we only considered those who began their lives as respectable people! Let us judge the past by the present: among two or three citizens who have achieved distinction through honorable means, thousands of scoundrels are daily ennobling their families. And what proof does this so-called nobility offer, other than the thefts and infamies of their ancestors? I admit that there are many dishonest people among commoners; but I would bet twenty to one that a gentleman is descended from an honest person. Let us set aside origin for now, and consider merit and service instead. You have carried arms for a foreign prince; his father fought freely for his country. If you served well, you were rewarded accordingly. And whatever honor you may have gained in battle, a hundred commoners have acquired even more.”

“Then what is it that this nobility, of which you are so proud, actually contributes to?” continued Lord Edward. “What does it do for the glory of the fatherland or the happiness of mankind? As a mortal enemy of law and freedom, what has it ever produced in most of the countries where it holds sway, if not the tools of tyranny and the oppression of peoples? How dare you – in a republic – honor such a state that destroys virtue and humanity, a state that takes pride in slavery and is ashamed to be called human? Read the annals of your own country: in what way has your order truly served it? Which nobles do you consider its liberators? Were the Furtts, the Tells, the Stouffachers gentlemen at all? What kind of senseless glory is this that you make such a fuss about? The glory of serving one man and becoming a burden to the state.”

Imagine, my dear, how much I suffered at seeing this honest man harm the interests of the friend he wished to serve in such an unbecoming and harsh manner. Indeed, your father, irritated by all these sharp and general insults, began to refute them by pointing out their personal nature. He clearly told Lord Edward that no man of his rank had ever uttered such words before. “Do not unnecessarily defend someone else’s cause,” he added abruptly. “No matter how great a lord you are, I doubt you could successfully defend your own interests on this matter. You are asking for my daughter for your so-called friend, without even knowing whether you would be good enough for her; and I know enough about the nobility of England to have very little respect for your words.”

“Pardieu!” said the lord. “Whatever you may think of me, I would be greatly disappointed if my merit were proven only by that of a man who died five hundred years ago. If you know anything about the nobility of England, you must realize that it is the most enlightened, best-educated, wisest, and bravest in Europe. Moreover, I need not even question whether it is the oldest; for when we speak of what it is today, we are not referring to what it was in the past. It is true that we are not the slaves of the monarch, but his friends; nor are we the tyrants of the people, but their leaders. As guardians of freedom, supporters of the nation, and pillars of the throne, we form an invincible balance between the people and the king. Our primary duty is toward the nation; our secondary duty is toward those who govern it. What we seek is not the monarch’s will, but his right. As supreme ministers of law in the House of Lords—and sometimes even as legislators—we administer justice equally to both the people and the king, ensuring that no one dares to claim ‘God and my sword,’ but only ‘God and my right.’”

Ora che devi essere tranquilla, ti prego di scacciare quelle idee funeste che ti assillano da alcuni giorni. Pensa alle precauzioni necessarie a causa dell’incertezza riguardo alla tua condizione attuale. Oh! Se solo potessi raddoppiare la mia esistenza in breve tempo. Se solo un pegno amato, già troppo spesso deluso, potesse venire ad aiutarmi. Desideri, paura, incertezze. Amata amica del mio cuore, viviamo soltanto per amarci l’un l’altro, e lasciamo che il cielo decida del resto.

P.S. — Dimenticavo di dirti che milord mi ha consegnato la tua lettera, e non ho avuto alcuna difficoltà ad accettarla, poiché non ritenevo che un messaggio del genere dovesse rimanere nelle mani di un terzo. Te la restituirò al nostro primo incontro; per quanto mi riguarda, non ne ho più bisogno: è scritta così bene nel profondo del mio cuore che non avrò mai bisogno di rileggerla.

Lettera LXII – Di Claire a Julie

Dovrò sempre, cara cugina, verso di te adempiere soltanto ai doveri più tristi dell’amicizia? Dovrò sempre, nel dolore del mio cuore, addolorare il tuo con parole crudeli? Ahimè! Tutti i nostri sentimenti sono in comune, lo sai bene. E non potrei certo annunciarti nuove sofferenze senza averle già provate io stesso. Perché non posso nasconderti la tua sfortuna senza aggravarla ancora di più? O perché l’affettuosa amicizia non possiede forse gli stessi incanti dell’amore? Ah, se solo potessi cancellare rapidamente tutti i dolori che ti causo!

Ieri, dopo il concerto, tua madre, tornando a casa con il braccio di tuo amico e tu con quello del signor d’Orbe, i nostri due padri rimasero con milord a parlare di politica; un argomento che mi infastidisce così tanto da spingermi a rifugiarmi in camera mia. Mezz’ora dopo sentii tuo amico menzionato più volte con notevole veemenza: capii quindi che l’argomento della conversazione era cambiato e ascoltai attentamente. Dalla discussione dedussi che Edouard aveva osato proporre il vostro matrimonio, definendolo apertamente “il suo”, e offrendosi di fornire le condizioni necessarie per renderlo felice. Tuo padre aveva rifiutato con disprezzo questa proposta, ed era su questo che i discorsi iniziavano ad accendersi. “Sappiate,” disse milord, “nonostante i vostri pregiudizi, che è l’uomo più degno di vostra figlia e forse il più adatto a renderla felice. Tutti i doni che non dipendono dagli uomini li ha ricevuti dalla natura; inoltre possiede tutti quei talenti che derivano da lui stesso. È giovane, alto, ben fatto, robusto, abile; ha educazione, intelligenza, buone maniere e coraggio; il suo spirito è colto, la sua anima sana. Che cosa gli manca dunque per meritare il vostro consenso? La fortuna? L’avrà. Un terzo del mio patrimonio basterà a renderlo il più ricco uomo del Vaud; se necessario, ne darò anche metà. La nobiltà? Una vanità in un paese dove è più dannosa che utile. Ma lui la possiede comunque, non dubitatene: non scritta su vecchi documenti, ma incisa nel profondo del suo cuore con caratteri indelebili. In breve, se preferite la ragione ai pregiudizi, e se amate di più vostra figlia che i vostri titoli, è a lui che la darete.”

Su questo argomento vostro padre si arrabbiò molto; definì quella proposta assurda e ridicola! “Come! Signore,” disse, “un uomo d’onore come voi potrebbe anche solo pensare che l’ultimo discendente di una famiglia illustre possa rovinare o disonorare il proprio nome assumendo quello di uno straniero senza tetto e costretto a vivere delle elemosine?. Fermatevi,” interruppe Edouard, “parlate del mio amico; considerate che io ritengo di subire personalmente ogni offesa fatta a lui in mia presenza, e che gli insulti rivolti a un uomo d’onore sono ancora più gravi se pronunciati da qualcuno che ne è privo. Questi individui sono persino più rispettabili di molti nobili dell’Europa; vi sfido a trovare un modo più onorevole per raggiungere la fortuna che non sia attraverso l’ammirazione e l’amicizia altrui. Se il genero che vi propongo non possiede, come voi, una lunga discendenza di antenati rispettabili, egli diventerà comunque la base e l’onore della sua famiglia, proprio come vostro bisnonno lo fu per la vostra. Vi considerereste quindi disonorati unendovi al capo della vostra famiglia? E questo disprezzo non ricadrebbe anche su di voi? Quanti grandi nomi finirebbero nell’oblio se si tenesse conto soltanto di quelli che hanno avuto origine da persone stimabili! Giudichiamo il passato in base al presente: tra due o tre cittadini che si distinguono per mezzi onesti, mille individui disonesti nobilitano quotidianamente le loro famiglie; e cosa dimostra questa cosiddetta nobiltà di cui i loro discendenti saranno così orgogliosi, se non i furti e l’infamia dei loro antenati? Ammetto che tra la gente comune ci siano molti individui disonesti; ma c’è sempre una probabilità su venti che un gentiluomo discenda da un furfante. Lasciamo da parte l’origine, e valutiamo i meriti e i servizi resi: voi avete combattuto in terre straniere al servizio di un principe; suo padre ha invece combattuto gratuitamente per la patria. Se avete servito bene, ne avete ricevuto il giusto compenso; e qualsiasi onore abbiate conquistato in guerra, cento persone comuni ne hanno ottenuti di ancora maggiori.”

Di cosa si vanta dunque, continuò milord Edward, questa nobiltà di cui siete così fieri? Cosa fa per la gloria della patria o per il bene dell’umanità? Nemica mortale delle leggi e della libertà, che cosa ha mai prodotto nella maggior parte dei paesi dove domina, se non la forza della tirannia e l’oppressione dei popoli? Osereste davvero, in una repubblica, considerare nobile uno stato distruttore delle virtù e dell’umanità, uno stato in cui si vanta lo schiavitù e ci si vergogna di essere umani? Leggete le cronache della vostra patria: in cosa il vostro ordine ha davvero meritato la sua stima? Quali nobili considerate tra i suoi liberatori? I Furts, i Tell, gli Stouffacher erano forse gentiluomini? Quale è dunque questa gloria assurda di cui fate tanto rumore? La gloria di servire un uomo e di rappresentare un onere per lo stato.

Immagina, mia cara, quanto soffrissi nel vedere quell’uomo onesto danneggiare in modo così ingiusto gli interessi dell’amico che cercava di servire. Infatti, tuo padre, irritato da tante invettive pungenti ma prive di precisione, iniziò a respingerle, rivolgendole direttamente contro la persona interessata. Disse chiaramente a Lord Edward che nessun uomo della sua condizione avrebbe mai pronunciato parole del genere. “Non difendete inutilmente la causa altrui”, aggiunse con tono brusco; “per quanto grande signore siate, dubito che riusciate a difendere bene anche la vostra stessa reputazione su questo argomento. Chiedete mia figlia per il vostro presunto amico, senza nemmeno sapere se siete adatto a lei; e conosco abbastanza la nobiltà inglese da avere una scarsa considerazione dei vostri discorsi.”

“Perbacco!”, disse milord, “qualunque cosa pensiate di me, mi dispiacerebbe molto se l’unica prova del mio merito fosse quella di un uomo morto da cinquecento anni. Se conoscete la nobiltà inglese, sapete che è la più illuminata, la più istruita, la più saggia e la più coraggiosa d’Europa; quindi non ho bisogno di chiedermi se sia anche la più antica. Quando si parla di ciò che è oggi, non si fa riferimento a ciò che è stato in passato. È vero che non siamo schiavi del principe, ma i suoi amici; né tiranni del popolo, ma i suoi capi. Garanti della libertà, sostenitori della patria e sostegni del trono, formiamo un equilibrio invincibile tra il popolo e il re. Il nostro primo dovere è verso la nazione, il secondo verso colui che la governa: non consultiamo la sua volontà, ma il suo diritto. In qualità di ministri supremi delle leggi nella Camera dei Pari, e a volte anche di legislatori, rendiamo giustizia sia al popolo che al re. E non permettiamo a nessuno di pronunciare “Dio e la mia spada”, ma soltanto “Dio e il mio diritto”.”

Voilà, monsieur, continua-t-il, quelle est cette noblesse respectable, ancienne autant qu’aucune autre, mais plus fière de son mérite que de ses ancêtres, et dont vous parlez sans la connaître. Je ne suis point le dernier en rang dans cet ordre illustre, et crois, malgré vos prétentions, vous valoir à tous égards. J’ai une soeur à marier ; elle est noble, jeune, aimable, riche, elle ne cède à Julie que par les qualités que vous comptez pour rien. Si quiconque a senti les charmes de votre fille pouvait tourner ailleurs ses yeux et son coeur, quel honneur je me ferais d’accepter avec rien, pour mon beau-frère, celui que je vous propose pour gendre avec la moitié de mon bien ! »

Je connus à la réplique de ton père que cette conversation ne faisait que l’aigrir ; et, quoique pénétrée d’admiration pour la générosité de milord Édouard, je sentis qu’un homme aussi peu liant que lui n’était propre qu’à ruiner à jamais la négociation qu’il avait entreprise. Je me hâtai donc de rentrer avant que les choses allassent plus loin. Mon retour fit rompre cet entretien, et l’on se sépara le moment d’après assez froidement. Quant à mon père, je trouvai qu’il se comportait très bien dans ce démêlé. Il appuya d’abord avec intérêt la proposition ; mais, voyant que ton père n’y voulait point entendre, et que la dispute commençait à s’animer, il se retourna, comme de raison, du parti de son beau-frère ; et en interrompant à propos l’un et l’autre par des discours modérés, il les retint tous deux dans des bornes dont ils seraient vraisemblablement sortis s’ils fussent restés tête-à-tête. Après leur départ il me fit confidence de ce qui venait de se passer ; et, comme je prévis où il en allait venir, je me hâtai de lui dire que les choses étant en cet état, il ne convenait plus que la personne en question te vît si souvent ici, et qu’il ne conviendrait pas même qu’il y vînt du tout, si ce n’était faire une espèce d’affront à M. d’Orbe dont il était l’ami ; mais que je le prierais de l’amener plus rarement, ainsi que milord Édouard. C’est, ma chère, tout ce que j’ai pu faire de mieux pour ne leur pas fermer tout à fait ma porte.

Ce n’est pas tout. La crise où je te vois me force à revenir sur mes avis précédents. L’affaire de milord Édouard et de ton ami a fait par la ville tout l’éclat auquel on devait s’attendre. Quoique M. d’Orbe ait gardé le secret sur le fond de la querelle, trop d’indices le décèlent pour qu’il puisse rester caché. On soupçonne, on conjecture, on te nomme ; le rapport du Guet n’est pas si bien étouffé qu’on ne s’en souvienne, et tu n’ignores pas qu’aux yeux du public la vérité soupçonnée est bien près de l’évidence. Tout ce que je puis te dire pour ta consolation, c’est qu’en général on approuve ton choix, et qu’on verrait avec plaisir l’union d’un si charmant couple ; ce qui me confirme que ton ami s’est bien comporté dans ce pays, et n’y est guère moins aimé que toi. Mais que fait la voix publique à ton inflexible père ? Tous ces bruits lui sont parvenus ou lui vont parvenir, et je frémis de l’effet qu’ils peuvent produire, si tu ne te hâtes de prévenir sa colère. Tu dois t’attendre de sa part à une explication terrible pour toi-même, et peut-être à pis encore pour ton ami : non que je pense qu’il veuille à son âge se mesurer avec un jeune homme qu’il ne croit pas digne de son épée ; mais le pouvoir qu’il a dans la ville lui fournirait, s’il le voulait, mille moyens de lui faire un mauvais parti, et il est à craindre que sa fureur ne lui en inspire la volonté.

Je t’en conjure à genoux, ma douce amie, songe aux dangers qui t’environnent, et dont le risque augmente à chaque instant. Un bonheur inouï t’a préservée jusqu’à présent au milieu de tout cela ; tandis qu’il en est temps encore, mets le sceau de la prudence au mystère de tes amours, et ne pousse pas à bout la fortune, de peur qu’elle n’enveloppe dans tes malheurs celui qui les aura causés. Crois-moi, mon ange, l’avenir est incertain : mille événements peuvent, avec le temps, offrir des ressources inespérées ; mais, quant à présent, je te l’ai dit et le répète plus fortement, éloigne ton ami, ou tu es perdue.

Lettre LXIII – de Julie à Claire

Tout ce que tu avais prévu, ma chère, est arrivé. Hier, une heure après notre retour, mon père entra dans la chambre de ma mère, les yeux étincelants, le visage enflammé, dans un état, en un mot, où je ne l’avais jamais vu. Je compris d’abord qu’il venait d’avoir querelle, ou qu’il allait la chercher ; et ma conscience agitée me fit trembler d’avance.

Il commença par apostropher vivement, mais en général, les mères de famille qui appellent indiscrètement chez elles des jeunes gens sans état et sans nom, dont le commerce n’attire que honte et déshonneur à celles qui les écoutent. Ensuite, voyant que cela ne suffisait pas pour arracher quelque réponse d’une femme intimidée, il cita sans ménagement en exemple ce qui s’était passé dans notre maison, depuis qu’on y avait introduit un prétendu bel esprit, un diseur de riens, plus propre à corrompre une fille sage qu’à lui donner aucune bonne instruction. Ma mère, qui vit qu’elle gagnerait peu de chose à se taire, l’arrêta sur ce mot de corruption, et lui demanda ce qu’il trouvait dans la conduite ou dans la réputation de l’honnête homme dont il parlait, qui pût autoriser de pareils soupçons. « Je n’ai pas cru, ajouta-t-elle, que l’esprit et le mérite fussent des titres d’exclusion dans la société. À qui donc faudra-t-il ouvrir votre maison, si les talents et les moeurs n’en obtiennent pas l’entrée ? — À des gens sortables, madame, reprit-il en colère, qui puissent réparer l’honneur d’une fille quand ils l’ont offensé. — Non, dit-elle, mais à des gens de bien qui ne l’offensent point. — Apprenez, dit-il, que c’est offenser l’honneur d’une maison que d’oser en solliciter l’alliance sans titres pour l’obtenir. — Loin de voir en cela, dit ma mère, une offense, je n’y vois, au contraire, qu’un témoignage d’estime. D’ailleurs, je ne sache point que celui contre qui vous vous emportez ait rien fait de semblable à votre égard. — Il l’a fait, madame, et fera pis encore si je n’y mets ordre : mais je veillerai, n’en doutez pas, aux soins que vous remplissez si mal. »

Alors commença une dangereuse altercation qui m’apprit que les bruits de ville dont tu parles étaient ignorés de mes parents, mais durant laquelle ton indigne cousine eût voulu être à cent pieds sous terre. Imagine-toi la meilleure et la plus abusée des mères faisant l’éloge de sa coupable fille, et la louant, hélas ! de toutes les vertus qu’elle a perdues, dans les termes les plus honorables, ou, pour mieux dire, les plus humiliants ; figure-toi un père irrité prodigue d’expressions offensantes, et qui, dans tout son emportement, n’en laisse pas échapper une qui marque le moindre doute sur la sagesse de celle que le remords déchire et que la honte écrase en sa présence. Oh ! quel incroyable tourment d’une conscience avilie, de se reprocher des crimes que la colère et l’indignation ne pourraient soupçonner ! Quel poids accablant et insupportable que celui d’une fausse louange et d’une estime que le coeur rejette en secret ! Je m’en sentais tellement oppressée, que, pour me délivrer d’un si cruel supplice, j’étais prête à tout avouer, si mon père m’en eût laissé le temps ; mais l’impétuosité de son emportement lui faisait redire cent fois les mêmes choses et changer à chaque instant de sujet. Il remarqua ma contenance basse, éperdue, humiliée, indice de mes remords. S’il n’en tira pas la conséquence de ma faute, il en tira celle de mon amour ; et, pour m’en faire plus de honte, il en outragea l’objet en des termes si odieux et si méprisants que je ne pus, malgré tous mes efforts, le laisser poursuivre sans l’interrompre.

“Here it is, sir,” he continued, “such is this respectable nobility—ancient as any other, but more proud of its own merits than of its ancestors—and yet you speak of it without truly knowing it. I am not the lowest in rank within this illustrious order, and believe that, despite your claims, I am your equal in every respect. I have a sister to marry; she is noble, young, lovely, wealthy—she rivals Julie only in those qualities that you consider insignificant. If anyone who has felt the charms of your daughter could turn his gaze and his heart elsewhere, what an honor it would be for me to accept, without anything in return, for my brother-in-law, the man I propose as her husband—along with half of my wealth!”

Upon hearing your father’s reply, I realized that this conversation was only serving to aggravate the situation; and although I deeply admired Lord Edward’s generosity, I felt that a man as unsociable as him was bound to ruin any negotiations he might have begun. Therefore, I hurriedly left before things could get any worse. My departure put an end to their discussion, and they parted rather coldly shortly thereafter. As for my father, I found that he handled the whole matter very well. At first, he expressed considerable interest in the proposal; but when he saw that your father was unwilling to consider it and that the argument began to heat up, he naturally took the side of his brother-in-law. By moderately intervening in their conversation, he managed to keep both of them within bounds—bounds they would likely have exceeded if they had continued to argue alone. After they left, he confided in me about what had happened; and since I anticipated how things might develop, I quickly advised him that, given the current circumstances, it was no longer appropriate for the person in question to visit you so frequently here, and that it would even be impolite to continue inviting him at all—unless it were intended to offend Mr. d’Orbe, who was his friend. I asked him to bring him over less often, just as he should do with Lord Edward as well. That is, my dear, all I could do in order not to completely shut them out.

That’s not all. The current crisis forces me to reconsider my previous opinions. The affair involving Lord Edward and your friend has caused as much of a stir in the city as one could have expected. Although Mr. d’Orbe has kept the details of their dispute secret, too many clues have become apparent for it to remain hidden. People are speculating, making guesses; your name is being mentioned. The reports from the watchtower have not been completely suppressed, and you know well that in the eyes of the public, a suspected truth is almost equivalent to undeniable evidence. All I can say to comfort you is that, on the whole, people approve of your choice, and they would gladly see such a charming couple united. This confirms that your friend has behaved admirably in this city and is just as well liked there as you are. But what effect will all this have on your stubborn father? He must already have heard—or will soon hear—about these rumors, and I fear the consequences if you do not act quickly to prevent his anger. You can expect a terrible outcome for yourself, and perhaps even something worse for your friend. It’s not that I think he would, at his age, seek to confront a young man whom he deems unworthy of his sword; but the influence he holds in this city could give him countless ways to harm him—if only his fury inspired such a desire in him.

I implore you on my knees, my dear friend—consider the dangers that surround you, whose risk increases with every passing moment. Unprecedented happiness has protected you so far amidst all this; while there is still time, put the seal of prudence upon the mystery of your loves, and do not push fate to its limits, for fear that it may bring those who have caused your misfortune into your own ruin. Believe me, my angel—the future is uncertain: a thousand events may, over time, offer unexpected remedies; but for now, I have told you this, and I repeat it more earnestly—drive away your friend, or you are lost.

Letter LXIII – From Julie to Claire

Everything you predicted, my dear, has happened. Yesterday, an hour after we returned home, my father entered my mother’s room, his eyes shining brightly, his face flushed—in a state, in short, that I had never seen him in before. At first, I thought he had just had an argument or was about to have one; and my anxious conscience made me tremble in anticipation.

He began by speaking in a heated and impulsive manner, but generally speaking, such mothers who indiscreetly invite young men of unknown status and character into their homes only bring shame and disgrace upon those who listen to them. Seeing that this approach did not succeed in eliciting any response from the intimidated woman, he then brazenly cited what had happened in our own household since we had allowed a so-called “clever man”—a man who spoke nothing of substance and was more likely to corrupt a sensible young woman than to provide her with any genuine guidance—to enter our home. My mother, realizing that staying silent would achieve little, interrupted him at the word “corruption” and asked what in the conduct or reputation of this so-called honorable man could justify such suspicions. “I have never believed,” she added, “that intelligence or merit are sufficient reasons to exclude someone from society. Then, to whom shall we open our doors if talent and virtue cannot gain entry? — To decent people, madam,” he retorted angrily, “people who are capable of restoring the honor of a young woman when it has been offended. — No,” she said, “but to good people who never commit such offenses in the first place. — Learn this,” he insisted, “that seeking to enter into a family without any qualifications to do so is itself an insult to that family’s honor. — Far from seeing it as an insult,” my mother replied, “I see it as a sign of respect. Moreover, I am not aware that the person you are referring to has ever done anything similar towards you.” “He has, madam,” he said, “and he will do even worse if I do not stop him—but trust me, I will ensure that you receive the care and respect you so clearly deserve.”

Then began a dangerous argument that taught me that the noises of the city about which you speak were completely unknown to my parents; yet during that argument, your despicable cousin would have wished to be buried a hundred feet underground. Imagine the finest and most deceived mother praising her guilty daughter, and lamentably praising her for all the virtues she had lost—using the most honorable, or rather, the most humiliating terms. Imagine a father, filled with anger, spewing offensive remarks, and in his entire fury, not missing a single word that could cast the slightest doubt on the wisdom of the woman whom remorse tore apart and shame crushed in his presence. Oh! What an incredible torment for a degraded conscience—to reproach oneself for crimes that even anger and indignation would never suspect! What a crushing and unbearable burden it is to bear false praise and an esteem that one’s heart secretly rejects! I felt so oppressed by it that, in order to escape such a cruel suffering, I was ready to confess everything if my father had given me time to do so; but the impetuosity of his anger made him repeat the same things over and over again, changing topics at every moment. He noticed my downcast, desperate, humiliated demeanor—clear signs of my remorse. If he did not conclude that it was a sign of my fault, he certainly inferred that it was a sign of my love; and to make me feel even more ashamed, he insulted the object of that love in such vile and contemptuous terms that, despite all my efforts, I could not allow him to continue without interrupting him.

Ecco, signore, continuò, questa è quella nobiltà rispettabile, antica quanto qualsiasi altra, ma più orgogliosa dei propri meriti che dei propri antenati, e di cui voi parlate senza conoscerla. Non sono certo l’ultimo in questa illustre stirpe, e credo, nonostante le vostre pretese, di valervi in ogni senso. Ho una sorella da maritare: è nobile, giovane, amabile, ricca. Supera soltanto Julie per quelle qualità che voi ritenete prive di valore. Se qualcuno che ha provato i fascini di vostra figlia potesse rivolgere altrove i suoi occhi e il suo cuore, quale onore sarebbe per me accettare, senza nulla in cambio, come genero, colui che vi propongo, con metà del mio patrimonio!

Dalla risposta di tuo padre capii che quella conversazione non faceva altro che peggiorare la situazione; e, sebbene fossi profondamente ammirata per la generosità di lord Edward, sentivo che un uomo così poco incline alla diplomazia come lui era l’unico in grado di rovinare definitivamente le trattative che aveva avviato. Così mi affrettai a tornare indietro prima che le cose prendessero una piega ancora peggiore. Il mio ritorno pose fine a quel colloquio, e ci separammo poco dopo in modo piuttosto freddo. Per quanto riguarda mio padre, devo dire che si è comportato molto bene in quella situazione: all’inizio ha appoggiato con interesse la proposta di lord Edward; ma vedendo che tuo padre non era disposto ad ascoltarla e che la discussione iniziava a diventare accesa, si è naturalmente schierato dalla parte di suo genero. Interrompendo moderatamente entrambi con parole calme, è riuscito a mantenere entrambi nei limiti entro cui probabilmente sarebbero rimasti se fossero stati da soli. Dopo che se ne furono andati, mi raccontò ciò che era accaduto; e, poiché intuivo dove avrebbe portato tutto questo, gli dissi subito che, data la situazione attuale, non era più opportuno che quella persona venisse qui così spesso, e che anzi sarebbe stato addirittura scortese da parte sua se fosse continuato a farlo, soprattutto considerando che si trattava di un amico di M. d’Orbe. Gli chiesi quindi di portarlo qui più raramente, così come lord Edward. Questo è tutto ciò che ho potuto fare per non chiudere del tutto la porta a loro.

Non è tutto. La crisi in cui ti trovi mi costringe a ripensare alle mie precedenti opinioni. L’affare di milord Edward e del tuo amico ha suscitato in città tutto lo scalpore che ci si poteva aspettare. Sebbene il signor d’Orbe abbia mantenuto il segreto riguardo alla causa della disputa, troppi indizi la rivelano, rendendola impossibile da nascondere. Si mormora, si specula; il nome tuo viene menzionato apertamente. Il rapporto del Guet non è stato così ben tenuto nascosto da essere dimenticato, e tu sai bene che, agli occhi del pubblico, una verità solo sospettata è quasi equivalente a una verità certa. Tutto ciò che posso dirti per consolarti è che, in generale, la gente approva la tua scelta e sarebbe felice di vedere unire un così incantevole coppia; questo mi conferma che il tuo amico si è comportato molto bene in questa città ed è amato quasi quanto te. Ma cosa può fare l’opinione pubblica contro tuo padre, così testardo? Tutti questi pettegolezzi devono essergli già giunti, o arriveranno presto. E temo che possano avere conseguenze terribili, se non ti affretti a placare la sua rabbia. Devi aspettarti da lui una spiegazione molto dura per te, e forse anche qualcosa di peggio per il tuo amico. Non penso certo che, alla sua età, voglia sfidare un giovane che non ritiene degno della sua spada; ma il potere che ha in città gli fornirebbe, se lo desiderasse, mille modi per fargli del male. E temo che la sua furia possa spingerlo a farlo.

Ti supplico in ginocchio, mia dolce amica: pensa ai pericoli che ti circondano, i cui rischi aumentano ad ogni istante. Un felicità senza precedenti ti ha protetta fino ad ora, in mezzo a tutto ciò; finché c’è ancora tempo, metti il sigillo della prudenza sul mistero dei tuoi amori e non spingi la fortuna al limite, per non rischiare che essa coinvolga nella tua sfortuna colui che l’ha causata. Credimi, mio angelo: il futuro è incerto; mille eventi potrebbero, con il tempo, offrire soluzioni inaspettate. Ma, per ora, te lo ho detto e te lo ripeto ancora una volta: allontana il tuo amico, altrimenti sei perduta.

Lettera LXIII – di Julie a Claire

Tutto ciò che avevi previsto, mia cara, è accaduto davvero. Ieri, un’ora dopo il nostro ritorno, mio padre entrò nella stanza di mia madre con gli occhi scintillanti e il viso arrossato; era in uno stato, insomma, in cui non l’avevo mai visto prima. All’inizio pensai che avesse appena avuto una lite o che stesse per andare a cercarla; la mia coscienza turbata mi fece tremare in anticipo.

Iniziò con un tono molto aggressivo, ma in generale, le madri di famiglia che chiamano indecorosamente a casa loro giovani senza status né nome, i cui comportamenti non portano altro che vergogna e disonore per coloro che li ascoltano. Poi, vedendo che questo non bastava ad ottenere alcuna risposta da una donna intimidita, citò senza mezzi termini quanto era accaduto nella nostra casa da quando vi era stato introdotto un presunto “uomo di spirito”, un individuo che non faceva altro che dire sciocchezze, più propenso a corrompere una ragazza onesta che ad impartirle qualsiasi insegnamento utile. Mia madre, rendendosi conto che rimanere in silenzio non le avrebbe portato a nulla, lo interruppe proprio sulla parola “corruzione” e gli chiese quale fosse, secondo lui, il comportamento o la reputazione di quell’uomo onesto di cui parlava, che potesse giustificare simili sospetti, “Non ho mai creduto,” aggiunse lei, “che lo spirito o i meriti possano costituire titoli sufficienti per essere esclusi dalla società. A chi dunque dovremmo aprire la nostra casa, se non ai talenti e alle virtù che ne garantiscano l’ingresso?” “A persone rispettabili, signora,” replicò lui arrabbiato, “che siano in grado di riparare l’onore di una ragazza quando lo hanno offeso, ” “No,” disse lei, “ma a persone buone, che non lo offendano mai, ” “Imparate,” ribatté lui, “che chiedere l’alleanza con una famiglia senza alcun titolo per ottenerla è un insulto all’onore di quella famiglia, ” “Lontanamente dall’considerare questo un insulto,” disse mia madre, “lo vedo, al contrario, come un segno di stima. Del resto, non so che quell’uomo di cui parlate abbia mai fatto qualcosa del genere nei vostri confronti, ” “L’ha fatto, signora. E farà ancora di peggio se non intervengo io: ma state certa che veglierò affinché i doveri che svolgete vengano eseguiti con la dovuta cura, ”

Allora iniziò una pericolosa discussione che mi fece capire che i rumori della città di cui parli erano sconosciuti ai miei genitori; durante quella conversazione, però, tua cugina indegna avrebbe voluto essere sepolta cento piedi sotto terra. Immagina una madre, la migliore e al contempo la più ingannata, che elogia sua figlia colpevole, lodandola, ahimè!, con i termini più onorabili, o, per meglio dire, i più umilianti; immagina un padre furioso, che non risparmia espressioni offensive e, nel suo furore, non lascia trapelare nemmeno il minimo dubbio sulla saggezza di quella donna che il rimorso dilania e l’umiliazione schiacciano davanti ai suoi occhi. Oh! Che incredibile tormento per una coscienza corrotta: rimproverarsi crimini di cui la rabbia e l’indignazione non potrebbero nemmeno sospettarli. Quanto peso opprimente e insopportabile quello di un falso elogio e di un rispetto che il cuore respinge in segreto! Mi sentivo così oppressa da essere pronta a confessare tutto, se mio padre me ne avesse dato il tempo; ma l’impetuosità della sua ira gli impediva di fermarsi, ripetendo continuamente le stesse cose e cambiando argomento a ogni istante. Notò il mio atteggiamento umiliato, disperato, un segno dei miei rimorsi. Se non ne trasse la conclusione che fossi colpevole, ne trasse almeno quella che fossi innamorata; e, per farmi provare ancora più vergogna, insultò l’oggetto di quel mio amore con parole così odiose e sprezzanti che non riuscii, nonostante tutti i miei sforzi, a farlo smettere.

Je ne sais, ma chère, où je trouvai tant de hardiesse, et quel moment d’égarement me fit oublier ainsi le devoir et la modestie ; mais si j’osai sortir un instant d’un silence respectueux, j’en portai, comme tu vas voir, assez rudement la peine. « Au nom du ciel, lui dis-je, daignez vous apaiser ; jamais un homme digne de tant d’injures ne sera dangereux pour moi. » À l’instant, mon père, qui crut sentir un reproche à travers ces mots, et dont la fureur n’attendait qu’un prétexte, s’élança sur ta pauvre amie : pour la première fois de ma vie je reçus un soufflet qui ne fut pas le seul ; et, se livrant à son transport avec une violence égale à celle qu’il lui avait coûtée, il me maltraita sans ménagement, quoique ma mère se fût jetée entre deux, m’eût couverte de son corps, et eût reçu quelques-uns des coups qui m’étaient portés. En reculant pour les éviter, je fis un faux pas, je tombai, et mon visage alla donner contre le pied d’une table qui me fit saigner.

Ici finit le triomphe de la colère et commença celui de la nature. Ma chute, mon sang, mes larmes, celles de ma mère l’émurent ; il me releva avec un air d’inquiétude et d’empressement ; et, m’ayant assise sur une chaise, ils recherchèrent tous deux avec soin si je n’étais point blessée. Je n’avais qu’une légère contusion au front et ne saignais que du nez. Cependant je vis au changement d’air et de voix de mon père, qu’il était mécontent de ce qu’il venait de faire. Il ne revint point à moi par des caresses, la dignité paternelle ne souffrait pas un changement si brusque ; mais il revint à ma mère avec de tendres excuses ; et je voyais bien, aux regards qu’il jetait furtivement sur moi, que la moitié de tout cela m’était indirectement adressée. Non, ma chère, il n’y a point de confusion si touchante que celle d’un tendre père qui croit s’être mis dans son tort. Le coeur d’un père sent qu’il est fait pour pardonner, et non pour avoir besoin de pardon.

Il était l’heure du souper ; on le fit retarder pour me donner le temps de me remettre ; et mon père, ne voulant pas que les domestiques fussent témoins de mon désordre, m’alla chercher lui-même un verre d’eau, tandis que ma mère me bassinait le visage. Hélas ! cette pauvre maman, déjà languissante et valétudinaire, elle se serait bien passée d’une pareille scène, et n’avait guère moins besoin de secours que moi.

À table, il ne me parla point ; mais ce silence était de honte et non de dédain ; il affectait de trouver bon chaque plat pour dire à ma mère de m’en servir ; et ce qui me toucha le plus sensiblement fut de m’apercevoir qu’il cherchait les occasions de me nommer sa fille, et non pas Julie, comme à l’ordinaire.

Après le souper, l’air se trouva si froid que ma mère fit faire du feu dans sa chambre. Elle s’assit à l’un des coins de la cheminée, et mon père à l’autre ; j’allais prendre une chaise pour me placer entre eux, quand, m’arrêtant par ma robe, et me tirant à lui sans rien dire, il m’assit sur ses genoux. Tout cela se fit si promptement, et par une sorte de mouvement si involontaire, qu’il en eut une espèce de repentir le moment d’après. Cependant, j’étais sur ses genoux, il ne pouvait plus s’en dédire ; et, ce qu’il y avait de pis pour la contenance, il fallait me tenir embrassée dans cette gênante attitude. Tout cela se faisait en silence : mais je sentais de temps en temps ses bras se presser contre mes flancs avec un soupir assez mal étouffé. Je ne sais quelle mauvaise honte empêchait ces bras paternels de se livrer à ces douces étreintes. Une certaine gravité qu’on n’osait quitter, une certaine confusion qu’on n’osait vaincre, mettaient entre un père et sa fille ce charmant embarras que la pudeur et l’amour donnent aux amants ; tandis qu’une tendre mère, transportée d’aise, dévorait en secret un si doux spectacle. Je voyais, je sentais tout cela, mon ange, et ne pus tenir plus longtemps à l’attendrissement qui me gagnait. Je feignis de glisser ; je jetai, pour me retenir, un bras au cou de mon père ; je penchai mon visage sur son visage vénérable, et dans un instant il fut couvert de mes baisers et inondé de mes larmes ; je sentis à celles qui lui coulaient des yeux qu’il était lui-même soulagé d’une grande peine : ma mère vint partager nos transports. Douce et paisible innocence, tu manquas seule à mon coeur pour faire de cette scène de la nature le plus délicieux moment de ma vie !

Ce matin, la lassitude et le ressentiment de ma chute m’ayant retenue au lit un peu tard, mon père est entré dans ma chambre avant que je fusse levée ; il s’est assis à côté de mon lit en s’informant tendrement de ma santé ; il a pris une de mes mains dans les siennes, il s’est abaissé jusqu’à la baiser plusieurs fois en m’appelant sa chère fille, et me témoignant du regret de son emportement. Pour moi, je lui ai dit, et je le pense, que je serais trop heureuse d’être battue tous les jours au même prix, et qu’il n’y a point de traitement si rude qu’une seule de ses caresses n’efface au fond de mon coeur.

Après cela, prenant un ton plus grave, il m’a remise sur le sujet d’hier, et m’a signifié sa volonté en termes honnêtes, mais précis. « Vous savez, m’a-t-il dit, à qui je vous destine ; je vous l’ai déclaré dès mon arrivée, et ne changerai jamais d’intention sur ce point. Quant à l’homme dont m’a parlé milord Édouard, quoique je ne lui dispute point le mérite que tout le monde lui trouve, je ne sais s’il a conçu de lui-même le ridicule espoir de s’allier à moi, ou si quelqu’un a pu le lui inspirer ; mais, quand je n’aurais personne en vue, et qu’il aurait toutes les guinées de l’Angleterre, soyez sûre que je n’accepterais jamais un tel gendre. Je vous défends de le voir et de lui parler de votre vie, et cela autant pour la sûreté de la sienne que pour votre honneur. Quoique je me sois toujours senti peu d’inclination pour lui, je le hais, surtout à présent, pour les excès qu’il m’a fait commettre, et ne lui pardonnerai jamais ma brutalité. »

À ces mots, il est sorti sans attendre ma réponse, et presque avec le même air de sévérité qu’il venait de se reprocher. Ah ! ma cousine, quels monstres d’enfer sont ces préjugés qui dépravent les meilleurs coeurs, et font taire à chaque instant la nature !

Voilà, ma Claire, comment s’est passée l’explication que tu avais prévue, et dont je n’ai pu comprendre la cause jusqu’à ce que ta lettre me l’ait apprise. Je ne puis bien te dire quelle évolution s’est faite en moi, mais depuis ce moment je me trouve changée ; il me semble que je tourne les yeux avec plus de regret sur l’heureux temps où je vivais tranquille et contente au sein de ma famille, et que je sens augmenter le sentiment de ma faute avec celui des biens qu’elle m’a fait perdre. Dis, cruelle, dis-le-moi, si tu l’oses, le temps de l’amour serait-il passé, et faut-il ne se plus revoir ? Ah ! sens-tu bien tout ce qu’il y a de sombre et d’horrible dans cette funeste idée ? Cependant l’ordre de mon père est précis, le danger de mon amant est certain. Sais-tu ce qui résulte en moi de tant de mouvements opposés qui s’entre-détruisent ? Une sorte de stupidité qui me rend l’âme presque insensible, et ne me laisse l’usage ni des passions, ni de la raison. Le moment est critique, tu me l’as dit et je le sens ; cependant, je ne fus jamais moins en état de me conduire. J’ai voulu tenter vingt fois d’écrire à celui que j’aime : je suis prête à m’évanouir à chaque ligne, et n’en saurais tracer deux de suite. Il ne me reste que toi, ma douce amie ; daigne penser, parler, agir pour moi ; je remets mon sort en tes mains ; quelque parti que tu prennes, je confirme d’avance tout ce que tu feras : je confie à ton amitié ce pouvoir funeste que l’amour m’a vendu si cher. Sépare-moi pour jamais de moi-même, donne-moi la mort s’il faut que je meure, mais ne me force pas à me percer le coeur de ma propre main.

I do not know, my dear, where I found such courage, or what moment of madness made me forget duty and modesty; but if I dared to break the silence out of respect for a moment, I suffered greatly for it, as you will see soon enough. “For heaven’s sake,” I said to him, “please calm down; no man worthy of such insults could ever be a danger to me.” At that instant, my father, believing he had been reproached in those words, and whose fury was just waiting for an excuse, rushed at your poor friend. For the first time in my life, I received a blow—not the only one; and in his violent outburst, he treated me mercilessly, even though my mother stepped between us, covered me with her body, and took some of the blows meant for me. In trying to avoid them, I stumbled and fell, and my face struck the leg of a table, causing me to bleed.

Here ended the triumph of anger; and the triumph of nature began. My fall, my blood, my tears—my mother’s tears—moved him deeply; he helped me up with an air of concern and haste. After making me sit down on a chair, both of them carefully checked to see if I was injured. I had only a slight bruise on my forehead and was bleeding from my nose. However, I could tell from the change in my father’s expression and tone that he was displeased with what he had just done. He did not comfort me with affectionate gestures; paternal dignity would not allow such a sudden change. Instead, he went to my mother with tender apologies, and I could see, from the glances he stole at me, that half of what he said was actually addressed to me. No, my dear, there is no more touching confusion than that of a loving father who believes he has done something wrong. The heart of a father knows that it is meant to forgive, not to need forgiveness.

It was time for dinner; they delayed it so that I would have time to recover. My father, not wanting the servants to witness my distress, went himself to fetch me a glass of water, while my mother wiped my face with a cloth. Alas! That poor mother, already weak and sickly, could have very well done without such a scene—and she needed help just as much as I did.

At the table, he did not speak to me; but that silence was one of shame, not of disdain. He pretended to like every dish and told my mother to serve it to me. What touched me most deeply was realizing that he was looking for opportunities to call me his daughter, and not Julie, as he usually did.

After dinner, the air became so cold that my mother had a fire lit in her room. She sat in one corner of the fireplace, and my father in the other; I was about to take a chair and sit between them when, without saying a word, he stopped me by my dress, pulled me towards him, and placed me on his knees. It all happened so quickly, and with such an involuntary movement, that he seemed to regret it immediately afterwards. However, since I was now on his knees, he could no longer take it back; and what made the situation even more awkward was that he had to hold me in an embrace that was quite embarrassing. Everything took place in silence, but from time to time I felt his arms pressing against my sides, accompanied by somewhat stifled sighs. Some unknown sense of shame prevented these loving arms from giving free rein to their tender expressions. There was a certain solemnity that neither of them dared to break, and a certain awkwardness that they couldn’t overcome; this created between father and daughter that charming tension that both modesty and love bring to lovers—while a loving mother, filled with joy, secretly watched over this tender scene. I saw it all, my angel; I could no longer contain the emotion that was overcoming me. I pretended to slip away, threw one arm around my father’s neck to hold on, leaned my face towards his venerable face, and in an instant, his cheeks were covered with my kisses and soaked with my tears. I could tell from the tears flowing down his face that he too was relieved of some great sorrow; my mother came to share our emotions. Oh, sweet and peaceful innocence—what you lacked alone made this natural scene the most delightful moment of my life!

This morning, due to the fatigue and resentment caused by my recent setback, I stayed in bed a bit longer than usual. My father came into my room before I got up; he sat beside my bed and gently inquired about my health. He took one of my hands in his and bent down to kiss it several times, calling me his dear daughter and expressing his regret for his outburst. To me, I told him—and I truly believe it—that I would be overjoyed if I had to endure such treatment every day, because no punishment could be harsh enough if it were accompanied by even one of his caresses, which could erase all my pain.

After that, adopting a more serious tone, he brought up the subject of yesterday again and expressed his intentions to me in an honest but clear manner. “You know,” he said to me, “to whom I intend to marry you; I told you as soon as I arrived, and I will never change my mind on this matter. As for the man whom Lord Edward mentioned to me, although I do not deny the merits that everyone sees in him, I am not sure whether he himself harbored the ridiculous hope of marrying you, or whether someone else inspired such an idea in him. But even if I had no other considerations at all and he possessed all the gold in England, be assured that I would never accept such a son-in-law. I forbid you from seeing him or discussing your future with him—both for his own safety and for your honor. Although I have always felt little inclination toward him, I now hate him deeply for the excesses he forced me to commit, and I will never forgive him for my brutality.”

Upon hearing these words, he left without waiting for my reply, with almost the same stern expression as the one he had just used to reprimand himself. Ah! My cousin, what monstrous creatures from hell these prejudices are—how they corrupt the finest hearts and silence the true nature of people at every moment!

Here, my Claire, is how that explanation you had planned came to pass—something I could not understand until your letter revealed the truth to me. I cannot truly describe the change that took place within me, but from that moment on, I feel different. It seems that I look back with even greater regret upon those happy times when I lived peacefully and contentedly within my family, and I feel my sense of guilt growing stronger alongside the realization of all the good that those times have cost me. Oh, cruel one—tell me, if you dare: has the time for love passed, and must we never see each other again? Ah! Do you even realize how dark and terrible this idea is? Yet my father’s orders are clear, and the danger posed to my lover is real. Do you know what all these conflicting emotions are doing to me? They have turned me into something almost mindless, leaving me unable to use either my passions or my reason. The moment is critical—you told me so, and I can feel it. Yet I am never less capable of making decisions. I have tried twenty times to write to the one I love. But every time I begin, I feel like losing consciousness; I couldn’t manage to write even two lines in a row. Now you are my only hope, my dear friend. Please think for me, speak for me, act for me. I place my fate in your hands. Whatever decision you make, I will accept it without question. I entrust this terrible power that love has cost me so dearly into your friendship. Separate me from myself forever—if death is necessary, then let it be. But do not force me to stab my own heart with my own hand.

Non so, mia cara, da dove abbia tratto tanta audacia, né quale momento di follia mi abbia fatto dimenticare dovere e modestia; ma se ho osato per un istante rompere il silenzio rispettoso, ne ho pagato le conseguenze in modo piuttosto severo, come vedrai. “Per l’amor del cielo”, gli dissi, “vi prego di calmarvi: nessun uomo degno di tali offese potrebbe mai rappresentare un pericolo per me.” All’istante, mio padre, credendo di aver sentito una rimproverazione in quelle parole e la cui furia aspettava soltanto un pretesto, si scagliò contro la tua povera amica. Per la prima volta nella mia vita ricevetti uno schiaffo, e non fu l’unico; egli, lasciandosi andare a una violenza pari a quella che aveva subito, mi maltrattò senza pietà, anche se mia madre si gettò tra noi, mi coprì con il suo corpo e ricevette alcuni dei colpi destinati a me. Mentre cercavo di evitare quei colpi, feci un passo falso, cadetti, e il mio viso urtò contro il piede di un tavolo, ferendomi.

Qui finisce la vittoria della rabbia e inizia quella della natura. La mia caduta, il mio sangue, le mie lacrime commossero mia madre; lui mi sollevò con un’espressione di preoccupazione e fretta, poi mi fece sedere su una sedia e entrambi cercarono con cura se fossi ferita. Avevo solo una leggera contusione alla fronte e sanguinavo dal naso. Tuttavia, dal cambiamento nell’atteggiamento e nel tono di voce di mio padre capii che era insoddisfatto di ciò che aveva appena fatto. Non si avvicinò a me con carezze: la dignità paterna non poteva subire un cambiamento così improvviso; invece tornò da mia madre con scuse dolci, e dai suoi sguardi furtivi verso di me capivo chiaramente che metà di tutto ciò era rivolto indirettamente a me. No, cara mia, non esiste confusione più commovente di quella di un padre amorevole che crede di essersi comportato male. Il cuore di un padre sa di essere fatto per perdonare, e non per aver bisogno di perdono.

Era ora di cena; fu rinviata affinché mi desse il tempo di riprendermi; e mio padre, non volendo che i domestici assistessero a tale situazione, andò personalmente a prendermi un bicchiere d’acqua, mentre mia madre mi lavava il viso. Ahimè! Quella povera mamma, già debole e malata, avrebbe preferito evitare una scena del genere. E aveva bisogno di aiuto tanto quanto me.

A tavola, non mi parlava; ma quel silenzio era dovuto alla vergogna, non al disprezzo; fingeva di apprezzare ogni piatto per dire a mia madre di servirmelo; e ciò che mi colpì maggiormente fu rendersi conto che cercava occasioni per chiamarmi sua figlia, e non Julie, come faceva di solito.

Dopo cena, l’aria divenne così fredda che mia madre fece accendere il fuoco nella sua stanza. Si sedette in un angolo del caminetto, e mio padre nell’angolo opposto; io stavo per prendere una sedia per mettermi tra loro, quando lui, afferrandomi per la gonna e tirandomi a sé senza dire una parola, mi fece sedere sulle sue ginocchia. Tutto avvenne così rapidamente, con un movimento così involontario, che subito dopo ne ebbe quasi rimorso. Tuttavia, ora ero sulle sue ginocchia e lui non poteva più tirarsi indietro; e, cosa ancora peggiore per la situazione, doveva tenermi stretta in quell’imbarazzante posizione. Tutto avveniva in silenzio, ma sentivo di tanto in tanto i suoi bracci stringersi intorno a me, accompagnati da sospiri a malapena trattenuti. Non so quale vergogna impedisse a quei bracci paterni di abbandonarsi a quelle dolci carezze. Una certa gravità che nessuno osava rompere, una certa timidezza che nessuno osava superare, creavano tra padre e figlia quell’incantevole imbarazzo che la pudore e l’amore introducono tra gli amanti; mentre una madre tenera, colma di gioia, osservava in segreto quella dolce scena. Io vedevo tutto questo, e non riuscii più a trattenere le lacrime che mi riempivano gli occhi. Finsi di scivolare via; gettai un braccio intorno al collo di mio padre, appoggiai il viso sul suo volto venerabile, e in un attimo fui sommersa dai suoi baci e dalle mie lacrime. Sentii che anche lui, con quelle lacrime agli occhi, si era liberato da un grande dolore. Mia madre venne a condividere i nostri sentimenti. Dolce e serena innocenza, tu sola mancavi al mio cuore per rendere questa scena della natura il momento più delizioso della mia vita!

Quella mattina, a causa della stanchezza e del risentimento per la mia caduta, sono rimasta a letto più a lungo del solito; mio padre è entrato nella mia stanza prima che mi alzassi. Si è seduto accanto al mio letto e si è premurato di chiedermi con affetto come stessi; ha preso una delle mie mani nelle sue, si è chinato per baciarla più volte, chiamandomi sua cara figlia e esprimendo il suo rammarico per la propria impulsività. Io gli ho detto, e lo penso davvero, che sarei troppo felice di essere punita ogni giorno, a patto di ricevere una sola delle sue carezze; non esiste punizione così dura che non possa essere cancellata dal profondo del mio cuore da un suo gesto di affetto.

Dopo questo, assumendo un tono più serio, tornò sull’argomento di ieri e mi espresse chiaramente la sua volontà in termini onesti ma decisi. “Sapete a chi vi destino”, mi disse, “ve l’ho detto non appena sono arrivato e non cambierò mai idea su questo punto. Per quanto riguarda quell’uomo di cui mi ha parlato milord Edward, anche se non gli nego il merito che tutti riconoscono, non so se abbia concepito da solo l’assurda speranza di unirsi a me, o se qualcuno possa averglielo suggerito; ma anche se non avessi nessun altro in mente e quell’uomo possedesse tutte le sterline d’Inghilterra, sappiate che non accetterei mai un simile genero. Vi proibisco di vederlo e di parlare con lui della vostra vita, sia per la sua sicurezza che per il vostro onore. Anche se fin dall’inizio non ho mai provato alcuna attrazione per lui, ora lo odio soprattutto per gli eccessi che mi ha costretto a commettere, e non gli perdonerò mai la mia brutalità.”

A queste parole, se ne andò senza aspettare la mia risposta, con lo stesso tono severo di prima. Ah, mia cugina, che mostri infernali sono questi pregiudizi che corrompono i cuori migliori e soffocano continuamente la natura umana!

Ecco, mia cara Claire, come è andata quell’esplicazione che avevi previsto. Di cui non ho potuto comprendere il motivo fino a quando la tua lettera non me l’ha spiegato. Non so esattamente quali cambiamenti si siano verificati in me, ma da quel momento mi sento diversa: sembra che guardi con maggiore rimpianto ai tempi felici in cui vivevo tranquilla e serena nella mia famiglia. E sento crescere sempre di più il senso del mio errore, così come il dolore per i beni che ho perso a causa di esso. Dimmi, crudele, se osi, se è davvero passato il tempo dell’amore, se dobbiamo smettere di vederci. Ah! Capisci bene tutto ciò che c’è di cupo e orribile in questa idea funesta? Tuttavia, l’ordine di mio padre è chiaro, il pericolo per il mio amante è reale. Sai quale effetto abbiano su di me tutti questi contrasti interiori che si distruggono a vicenda? Una sorta di stupidità che rende la mia anima quasi insensibile, che mi priva sia delle passioni che della ragione. Il momento è critico, me l’hai detto e lo sento. Eppure non sono mai stata meno in grado di comportarmi correttamente. Ho provato venti volte a scrivere a colui che amo. Ma ogni volta rischio svenire mentre scrivo. Non mi resta che te, mia dolce amica. Per favore, pensa a me, parla con me, agisci per me. Lascio il mio destino nelle tue mani. Qualunque decisione prenderai, la accetterò senza esitazione. Affido alla tua amicizia quel potere terribile che l’amore mi ha fatto pagare così caro. Separami per sempre da me stessa. Dammi la morte, se è necessario. Ma non costringermi a pugnalarmi il cuore con le mie stesse mani.

O mon ange ! ma protectrice ! quel horrible emploi je te laisse ! Auras-tu le courage de l’exercer ? Sauras-tu bien en adoucir la barbarie ! Hélas ! ce n’est pas mon coeur seul qu’il faut déchirer. Claire, tu le sais, comment je suis aimée ! Je n’ai pas même la consolation d’être la plus à plaindre. De grâce ! fais parler mon coeur par ta bouche ; pénètre le tien de la tendre commisération de l’amour ; console un infortuné ; dis-lui cent fois… Ah ! dis-lui… Ne crois-tu pas, chère amie, que, malgré tous les préjugés, tous les obstacles, tous les revers, le ciel nous a faits l’un pour l’autre ? Oui, oui, j’en suis sûre, il nous destine à être unis ; il m’est impossible de perdre cette idée, il m’est impossible de renoncer à l’espoir qui la suit. Dis-lui qu’il se garde lui-même du découragement et du désespoir. Ne t’amuse point à lui demander en mon nom amour et fidélité, encore moins à lui en promettre autant de ma part ; l’assurance n’en est-elle pas au fond de nos âmes ? Ne sentons-nous pas qu’elles sont indivisibles, et que nous n’en avons plus qu’une à nous deux ? Dis-lui donc seulement qu’il espère, et que, si le sort nous poursuit, il se fie au moins à l’amour ; car, je le sens, ma cousine, il guérira de manière ou d’autre les maux qu’il nous cause, et quoi que le ciel ordonne de nous, nous ne vivrons pas longtemps séparés.

P.-S. — Après ma lettre écrite, j’ai passé dans la chambre de ma mère, et je me suis trouvée si mal que je suis obligée de venir me remettre dans mon lit : je m’aperçois même… je crains… Ah ! ma chère, je crains bien que ma chute d’hier n’ait quelque suite plus funeste que je n’avais pensé. Ainsi tout est fini pour moi ; toutes mes espérances m’abandonnent en même temps.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre LXV – De Claire à Julie

Tout est fait ; et malgré ses imprudences, ma Julie est en sûreté. Les secrets de ton coeur sont ensevelis dans l’ombre du mystère. Tu es encore au sein de ta famille et de ton pays, chérie, honorée, jouissant d’une réputation sans tache et d’une estime universelle. Considère en frémissant les dangers que la honte ou l’amour t’ont fait courir en faisant trop ou trop peu. Apprends à ne vouloir plus concilier des sentiments incompatibles, et bénis le ciel, trop aveugle amante ou fille trop craintive, d’un bonheur qui n’était réservé qu’à toi.

Je voulais éviter à ton triste coeur le détail de ce départ si cruel et si nécessaire. Tu l’as voulu, je l’ai promis, je tiendrai parole avec cette même franchise qui nous est commune, et qui ne mit jamais aucun avantage en balance avec la bonne foi. Lis donc, chère et déplorable amie, lis, puisqu’il le faut ; mais prends courage, et tiens-toi ferme.

Toutes les mesures que j’avais prises et dont je te rendis compte hier ont été suivies de point en point. En rentrant chez moi j’y trouvai M. d’Orbe et milord Édouard. Je commençai par déclarer au dernier ce que nous savions de son héroïque générosité, et lui témoignai combien nous en étions toutes deux pénétrées. Ensuite je leur exposai les puissantes raisons que nous avions d’éloigner promptement ton ami, et les difficultés que je prévoyais à l’y résoudre. Milord sentit parfaitement tout cela, et montra beaucoup de douleur de l’effet qu’avait produit son zèle inconsidéré. Ils convinrent qu’il était important de précipiter le départ de ton ami, et de saisir un moment de consentement pour prévenir de nouvelles irrésolutions, et l’arracher au continuel danger du séjour. Je voulais charger M. d’Orbe de faire à son insu les préparatifs convenables ; mais milord, regardant cette affaire comme la sienne, voulut en prendre le soin. Il me promit que sa chaise serait prête ce matin à onze heures ; ajoutant qu’il l’accompagnerait aussi loin qu’il serait nécessaire, et proposa de l’emmener d’abord sous un autre prétexte, pour le déterminer plus à loisir. Cet expédient ne me parut pas assez franc pour nous et pour notre ami, et je ne voulus pas non plus l’exposer loin de nous au premier effet d’un désespoir qui pouvait plus aisément échapper aux yeux de milord qu’aux miens. Je n’acceptai pas, par la même raison, la proposition qu’il fit de lui parler lui-même et d’obtenir son consentement. Je prévoyais que cette négociation serait délicate, et je n’en voulus charger que moi seule ; car je connais plus sûrement les endroits sensibles de son coeur, et je sais qu’il règne toujours entre hommes une sécheresse qu’une femme sait mieux adoucir. Cependant je conçus que les soins de milord ne nous seraient pas inutiles pour préparer les choses. Je vis tout l’effet que pouvaient produire sur un coeur vertueux les discours d’un homme sensible qui croit n’être qu’un philosophe, et quelle chaleur la voix d’un ami pouvait donner aux raisonnements d’un sage.

J’engageai donc milord Édouard à passer avec lui la soirée, et, sans rien dire qui eût un rapport direct à sa situation, de disposer insensiblement son âme à la fermeté stoïque. « Vous qui savez si bien votre Épictète, lui dis-je, voici le cas ou jamais de l’employer utilement. Distinguez avec soin les biens apparents des biens réels, ceux qui sont en nous de ceux qui sont hors de nous. Dans un moment où l’épreuve se prépare au dehors, prouvez-lui qu’on ne reçoit jamais de mal que de soi-même, et que le sage, se portant partout avec lui, porte aussi partout son bonheur. » Je compris à sa réponse que cette légère ironie, qui ne pouvait le fâcher, suffisait pour exciter son zèle, et qu’il comptait fort m’envoyer le lendemain ton ami bien préparé. C’était tout ce que j’avais prétendu ; car, quoiqu’au fond je ne fasse pas grand cas, non plus que toi, de toute cette philosophie parlière, je suis persuadée qu’un honnête homme a toujours quelque honte de changer de maxime du soir au matin et de se dédire en son coeur, dès le lendemain, de tout ce que sa raison lui dictait la veille.

M. d’Orbe voulait être aussi de la partie, et passer la soirée avec eux, mais je le priai de n’en rien faire ; il n’aurait fait que s’ennuyer ou gêner l’entretien. L’intérêt que je prends à lui ne m’empêche pas de voir qu’il n’est point du vol des deux autres. Ce penser mâle des âmes fortes, qui leur donne un idiome si particulier, est une langue dont il n’a pas la grammaire. En les quittant, je songeai au punch ; et, craignant les confidences anticipées, j’en glissai un mot en riant à milord. « Rassurez-vous, me dit-il, je me livre aux habitudes quand je n’y vois aucun danger ; mais je ne m’en suis jamais fait l’esclave ; il s’agit ici de l’honneur de Julie, du destin, peut-être de la vie d’un homme et de mon ami. Je boirai du punch selon ma coutume, de peur de donner à l’entretien quelque air de préparation ; mais ce punch sera de la limonade ; et, comme il s’abstient d’en boire, il ne s’en apercevra point. » Ne trouves-tu pas, ma chère, qu’on doit être bien humilié d’avoir contracté des habitudes qui forcent à de pareilles précautions ?

J’ai passé la nuit dans de grandes agitations qui n’étaient pas toutes pour ton compte. Les plaisirs innocents de notre première jeunesse, la douceur d’une ancienne familiarité, la société plus resserrée encore depuis une année entre lui et moi par la difficulté qu’il avait de te voir, tout portait dans mon âme l’amertume de cette séparation. Je sentais que j’allais perdre avec la moitié de toi-même une partie de ma propre existence ; je comptais les heures avec inquiétude ; et, voyant poindre le jour, je n’ai pas vu naître sans effroi celui qui devait décider de ton sort. J’ai passé la matinée à méditer mes discours et à réfléchir sur l’impression qu’ils pouvaient faire. Enfin l’heure est venue, et j’ai vu entrer ton ami. Il avait l’air inquiet, et m’a demandé précipitamment de tes nouvelles ; car dès le lendemain de ta scène avec ton père, il avait su que tu étais malade, et milord Édouard lui avait confirmé hier que tu n’étais pas sortie de ton lit. Pour éviter là-dessus des détails je lui ai dit aussitôt que je t’avais laissée mieux hier au soir, et j’ai ajouté qu’il en apprendrait dans un moment davantage par le retour de Hanz que je venais de t’envoyer. Ma précaution n’a servi de rien ; il m’a fait cent questions sur ton état ; et, comme elles m’éloignaient de mon objet, j’ai fait des réponses succinctes, et me suis mise à le questionner à mon tour.

Oh my angel! my protector! What a terrible task I place upon you! Will you have the courage to undertake it? Will you know how to soften its cruelty? Alas! It is not merely my heart that must be torn apart. Claire, you know how much I am loved! I do not even have the consolation of being the most pitiable one. Please! Let my heart speak through your lips; fill yours with the tender compassion of love; console this unfortunate person; tell him a hundred times. Ah! Tell him. Do you not believe, dear friend, that, despite all prejudices, obstacles, and reverses, heaven has destined us for each other? Yes, I am sure of it—it is meant for us to be united. It is impossible for me to lose this belief; it is impossible for me to give up the hope that follows it. Tell him to resist discouragement and despair. Do not ask him in my name for love and fidelity, and certainly do not promise him such things on my behalf; does not that assurance already reside in our souls? Do we not feel that they are inseparable, and that we now have only one soul left between us? So simply tell him to hope, and that, even if fate pursues us, he may at least rely on love; for I feel, my cousin, that it will somehow heal the evils it causes us, and no matter what heaven ordains for us, we shall not live separated for long.

P.S. — After writing my letter, I went into my mother’s room and felt so unwell that I had to return to my bed. I even realize. I’m afraid. Ah! My dear, I fear that yesterday’s fall may have more tragic consequences than I had imagined. Thus, everything is over for me; all my hopes have vanished at once.

List of literary works

General list of titles

Letter LXV – From Claire to Julie

Everything is done; and despite her imprudence, my Julie is safe. The secrets of your heart are buried in the shadow of mystery. You are still within your family and your country, dear one—honored, enjoying an impeccable reputation and universal respect. Consider, with trembling, the dangers that shame or love have made you face, whether by doing too much or too little. Learn to cease trying to reconcile incompatible feelings, and bless the heavens—for they have granted you a happiness that was meant solely for you.

I wanted to spare your sorrowful heart the details of such a cruel yet necessary departure. You desired it; I promised it, and I will keep my word—with that same honesty that is common to us, and which never puts any advantage above good faith. So read on, dear and lamentable friend. Read on, if it must be done; but take courage and stay strong.

All the measures I had taken and about which I informed you yesterday were carried out step by step. Upon returning home, I found Mr. d’Orbe and Lord Edward there. I began by telling Lord Edward what we knew about his heroic generosity and expressed how deeply both of us were moved by it. Then I explained to them the compelling reasons why we needed to send your friend away as soon as possible and the difficulties I foresaw in achieving this goal. Lord Edward fully understood all these points and showed great regret for the consequences of his impulsive actions. They agreed that it was essential to expedite your friend’s departure and seize any opportunity to prevent further delays and to remove him from the constant danger posed by staying there. I wanted to ask Mr. d’Orbe to make the necessary preparations without your friend’s knowledge, but Lord Edward, considering it his own responsibility, insisted on taking care of it himself. He promised that his carriage would be ready at eleven o’clock that morning and offered to accompany your friend as far as necessary, suggesting that we use another pretext at first in order to persuade him more effectively. However, this plan did not seem straightforward enough for us or for our friend, and I was also reluctant to expose him to the immediate effects of despair—something that might be easier for Lord Edward to notice than for me. For the same reason, I refused his suggestion of speaking to your friend himself to obtain his consent. I anticipated that such a negotiation would be delicate, and I preferred to handle it alone; after all, I knew better how to touch the sensitive points of his heart, and I was aware that there is often a warmth in the arguments of a wise woman that a man’s words lack. Nevertheless, I felt that Lord Edward’s assistance could still be useful in preparing everything properly. I realized how powerful the words of a sensible man who believes himself to be merely a philosopher can be when addressed to a virtuous heart, and how much influence the voice of a friend can have in reinforcing the reasoning of a wise person.

I therefore persuaded Lord Edward to spend the evening with me, and without saying anything directly related to his situation, I gradually prepared his mind for stoic resilience. “You who know Epictetus so well,” I said to him, “this is the very moment to put his teachings into practice. Carefully distinguish between apparent and real goods—those within us and those without us. At a time when trials are approaching from without, prove to him that one never suffers harm except at one’s own hands, and that the wise man, carrying himself everywhere with these principles, carries happiness with him as well.” From his response, I understood that this slight irony, which could not possibly offend him, was enough to arouse his enthusiasm, and that he fully intended to send your friend to me the next day, thoroughly prepared. That was exactly what I had intended; for although, in truth, neither he nor you attach much importance to all this verbal philosophy, I am convinced that an honest man always feels some shame at changing his principles from one moment to the next, and at contradicting what his reason advised him the previous day.

Mr. d’Orbe also wanted to join them and spend the evening with them, but I asked him not to; he would have either found it boring or interrupted their conversation. My concern for him does not prevent me from realizing that he is in no way comparable to the other two men. That peculiar way of thinking characteristic of strong-willed individuals gives them a language of their own, yet they lack its grammar. As I left them, I thought about punch; fearing any premature confidences, I mentioned it jokingly to Lord, “Don’t worry,” he said to me, “I indulge in my habits when I see no danger in them; but I have never become their slave. What is at stake here is Julie’s honor, perhaps a man’s fate—even his life, and that of my friend. I will drink punch as usual, just so as not to give the conversation an air of preparation; but this punch will actually be lemonade. And since he himself avoids drinking it, he won’t notice anything.” Don’t you think, my dear, that it is truly humiliating to develop habits that force one to take such precautions?

I spent the night in great agitation, not all of which was due to concerns about you. The innocent pleasures of our early youth, the warmth of an old familiarity, and the even closer bond that had formed between us over the past year—due to the difficulty he faced in seeing you—all contributed to the bitterness of this separation in my heart. I felt as if losing half of you meant losing a part of my own existence; I counted the hours with anxiety, and when dawn came, I watched it rise without fear, yet with dread, for it would determine your fate. I spent the morning preparing what I would say and considering how those words might be received. Finally, the moment arrived, and I saw your friend enter. He looked worried and hurriedly asked about you; for as soon as he learned of your illness after your confrontation with your father the previous day, Lord Edward had confirmed to him that you had not left your bed. To avoid going into too many details, I immediately told him that you had seemed better the night before and added that he would learn more shortly from Hanz, whom I had just sent to see you. My attempt at discretion was in vain; he asked me a hundred questions about your condition. Since these inquiries distracted me from my purpose, I gave brief answers and then began to question him in turn.

Oh mio angelo, mia protettrice. Che terribile compito ti lascio! Avrai il coraggio di adempirlo? Riuscirai a mitigarne la crudeltà? Ahimè. Non è solo il mio cuore che deve essere lacerato. Claire, tu lo sai quanto io sia amata. Non ho nemmeno il conforto di essere la più sfortunata. Per favore. Lascia che il mio cuore parli attraverso le tue parole; infonda nel tuo cuore la tenera compassione dell’amore. Consola un infelice. Digli centinaia di volte. Ah! Digli. Non credi, cara amica, che, nonostante tutti i pregiudizi, tutti gli ostacoli, tutte le sfortune, il cielo ci abbia fatti l’uno per l’altra? Sì, ne sono sicura. Il cielo ci destina ad essere uniti. È impossibile per me perdere questa idea. È impossibile rinunciare alla speranza che ne deriva. Digli di non lasciarsi prendere dallo sconforto e dalla disperazione. Non chiedergli, in mio nome, amore e fedeltà. E ancor meno prometterglieli da parte mia. La certezza di questo non si trova forse già nelle nostre anime? Non sentiamo forse che sono indivisibili, e che ne abbiamo una sola per entrambe? Digli semplicemente di sperare. E che, anche se il destino ci separa, si affidi almeno all’amore. Perché, lo so, mia cugina. In un modo o nell’altro, l’amore guarirà i mali che ci infligge. E qualunque cosa il cielo decida per noi. Non vivremo a lungo separati.

P.S. — Dopo aver scritto questa lettera, sono andata nella stanza di mia madre e mi sono sentita così male che ho dovuto tornare a letto: inoltre, temo. Ah, cara, temo davvero che la caduta di ieri possa avere conseguenze ancora più tragiche di quanto avessi immaginato. Così, per me tutto è finito; tutte le mie speranze mi abbandonano contemporaneamente.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera LXV – Di Claire a Julie

Tutto è stato fatto; e nonostante le sue imprudenze, mia Julie è al sicuro. I segreti del tuo cuore sono sepolti nell’ombra del mistero. Sei ancora tra la tua famiglia e il tuo paese, cara, onorata, ammirata da tutti, con una reputazione irreprensibile e un rispetto universale. Considera, con timore, i pericoli che la vergogna o l’amore ti hanno fatto correre, facendoti agire troppo o troppo poco. Impara a non cercare più di conciliare sentimenti incompatibili. E benedici il cielo: un amore troppo cieco, o una figlia troppo timida, per aver donato a te una felicità riservata soltanto a te.

Volevo risparmiare al tuo triste cuore i dettagli di questa partenza così crudele e necessaria. Tu l’hai voluto, io te l’ho promesso; manterrò la mia parola con quella stessa onestà che ci è comune, e che mai ha messo in bilico la buona fede. Leggi dunque, cara e dolorosa amica, leggi, se proprio deve essere fatto; ma prendi coraggio e rimani forte.

Tutte le misure che avevo preso e di cui ti ho parlato ieri sono state attuate puntualmente. Tornando a casa, vi ho trovati M. d’Orbe e milord Edward. Ho iniziato raccontando a quest’ultimo ciò che sapevamo della sua nobile generosità, e gli ho espresso quanto fossimo entrambe commosse da essa. Poi ho esposto loro le valide ragioni per cui era necessario allontanare rapidamente il tuo amico, nonché le difficoltà che prevedevo nel farlo. Milord ha compreso perfettamente la situazione e ha mostrato grande dolore per gli effetti negativi derivanti dalla sua impulsività. Hanno concordato sul fatto che fosse importante accelerare la partenza del tuo amico, cogliendo l’occasione giusta per evitare ulteriori indecisioni e per metterlo al sicuro dal continuo pericolo in cui si trovava. Volevo affidare a M. d’Orbe il compito di preparare tutto senza che lui se ne accorgesse; ma milord, considerando la questione come sua, ha voluto occuparsene personalmente. Mi ha promesso che la sua carrozza sarebbe pronta alle undici del mattino, aggiungendo che lo avrebbe accompagnato per tutta la strada necessaria, e ha proposto di portarlo via con un pretesto diverso, in modo da convincerlo più facilmente. Questo piano non mi sembrava abbastanza trasparente né per noi né per il nostro amico; inoltre, non volevo esporlo a un improvviso attacco di disperazione che, forse, sarebbe stato più facile da evitare agli occhi di milord che ai miei. Per lo stesso motivo, ho rifiutato anche la sua proposta di parlare direttamente con lui per ottenere il suo consenso. Prevedevo che tale negoziazione fosse delicata, e volevo occuparmene personalmente: conoscevo meglio i punti sensibili del suo cuore, e sapevo che tra uomini esiste spesso una freddezza che solo una donna può alleviare con più efficacia. Tuttavia, ho ritenuto che anche l’aiuto di milord potesse risultare utile per preparare tutto al meglio. Immaginavo quale effetto potessero avere su un cuore nobile i discorsi di un uomo sensibile che si finge soltanto un filosofo, e quanto calore potesse aggiungere alle ragionamenti di un saggio la voce di un amico.

Pertanto, invitai milord Edward ad trascorrere la serata con me e, senza menzionare nulla che avesse un rapporto diretto con la sua situazione, cercai di preparare gradualmente il suo animo alla fermezza stoica. “Voi che conoscete così bene Epitteto”, gli dissi, “questo è l’occasione perfetta per mettere in pratica i suoi insegnamenti. Distinguete con attenzione tra i beni apparenti e quelli reali, tra ciò che si trova dentro di noi e ciò che è esterno a noi. In un momento in cui una prova ci attende all’esterno, dimostrategli che nessun male può derivare se non da noi stessi, e che il saggio, portando con sé questa filosofia ovunque vada, porta con sé anche la propria felicità.” Dalla sua risposta capii che quell’ironia leggera, che certamente non avrebbe potuto offenderlo, era sufficiente per stimolare il suo zelo, e che contava molto su di me per inviarmi il giorno seguente il tuo amico, ben preparato. Era esattamente ciò che avevo sperato; perché, sebbene in fondo io, come te, non attribuisca grande importanza a tutta questa filosofia verbale, sono convinta che un uomo onesto provi sempre vergogna nel cambiare le proprie convinzioni da una sera all’altra, e nel contraddire ciò che la sua ragione gli aveva suggerito il giorno prima.

Il signor d’Orbe voleva unirsi a loro e trascorrere la serata con loro, ma gli chiesi di non farlo; si sarebbe solo annoiato o avrebbe disturbato la conversazione. L’affetto che provo per lui non mi impedisce tuttavia di riconoscere che non è all’altezza degli altri due. Quel modo particolare e deciso con cui le persone forti esprimono i propri pensieri rappresenta, in realtà, un linguaggio privo di vere regole grammaticali. Quando li lasciai, pensai al punch; temendo che potessero fare confidenze troppo presto, ne accennai scherzando a milord. “Non preoccuparti”, mi disse lui, “mi abbandono alle mie abitudini quando non vedo alcun pericolo; ma non ne sono mai diventato schiavo. Questa volta si tratta dell’onore di Julie, del destino, forse della vita di un uomo e del mio amico. Beverò il punch come al solito, per evitare che la conversazione sembri preparatoria. Ma sarà solo limonata; e poiché lui stesso ne astiene, non se ne accorgerà nemmeno.” Non trovi anche tu, cara mia, che sia davvero umiliante dover adottare abitudini che richiedono tali precauzioni?

Ho trascorso la notte in grandi agitazioni, e non tutte legate a te. I piaceri innocenti della nostra prima giovinezza, la dolcezza di un’antica familiarità, l’intimità ancora maggiore che negli ultimi mesi si era creata tra noi a causa delle difficoltà che lui incontrava nel vederti. Tutto ciò portava nella mia anima l’amarezza di questa separazione. Sentivo che, perdendo metà di te, avrei perso anche una parte della mia stessa esistenza; contavo le ore con ansia. E, quando spuntò il giorno, non vidi arrivare senza terrore colui che avrebbe deciso del tuo destino. Trascorsi la mattina a preparare i miei discorsi e a riflettere sull’impressione che avrebbero potuto suscitare. Finalmente arrivò l’ora. E vidi entrare il tuo amico. Sembrava preoccupato e mi chiese subito notizie di te; poiché già il giorno dopo la tua discussione con tuo padre aveva saputo che eri malata, e milord Edward gli aveva confermato ieri che non eri ancora uscita dal letto. Per evitare di entrare nei dettagli, gli dissi subito che la sera prima stavi meglio. E aggiunsi che avrebbe saputo di più presto con il ritorno di Hanz, che avevo appena mandato da te. Ma la mia precauzione non servì a nulla: mi fece mille domande sul tuo stato di salute. E, poiché queste domande mi allontanavano dal mio scopo, risposi in modo succinto e iniziai a interrogarlo a mia volta.

J’ai commencé par sonder la situation de son esprit : je l’ai trouvé grave, méthodique et prêt à peser le sentiment au poids de la raison. Grâce au ciel, ai-je dit en moi-même, voilà mon sage bien préparé ; il ne s’agit plus que de le mettre à l’épreuve. Quoique l’usage ordinaire soit d’annoncer par degrés des tristes nouvelles, la connaissance que j’ai de son imagination fougueuse, qui, sur un mot, porte tout à l’extrême, m’a déterminée à suivre une route contraire, et j’ai mieux aimé l’accabler d’abord pour lui ménager des adoucissements, que de multiplier inutilement ses douleurs, et les lui donner mille fois pour une. Prenant donc un ton plus sérieux, et le regardant fixement : « Mon ami, lui ai-je dit, connaissez-vous les bornes du courage et de la vertu dans une âme forte, et croyez-vous que renoncer à ce qu’on aime soit un effort au-dessus de l’humanité ? » À l’instant il s’est levé comme un furieux ; puis frappant des mains et les portant à son front aussi jointes : « Je vous entends, s’est-il écrié, Julie est morte ! a-t-il répété d’un ton qui m’a fait frémir : je le sens à vos soins trompeurs, à vos vains ménagements, qui ne font que rendre ma mort plus lente et plus cruelle. »

Quoique effrayée d’un mouvement si subit, j’en ai bientôt deviné la cause, et j’ai d’abord conçu comment les nouvelles de ta maladie, les moralités de milord Édouard, le rendez-vous de ce matin, ses questions éludées, celles que je venais de lui faire, l’avaient pu jeter dans de fausses alarmes. Je voyais bien aussi quel parti je pouvais tirer de son erreur en l’y laissant quelques instants ; mais je n’ai pu me résoudre à cette barbarie. L’idée de la mort de ce qu’on aime est si affreuse, qu’il n’y en a point qui ne soit douce à lui substituer, et je me suis hâtée de profiter de cet avantage. « Peut-être ne la verrez-vous plus, lui ai-je dit ; mais elle vit et vous aime. Ah ! si Julie était morte, Claire aura-t-elle quelque chose à vous dire ? Rendez grâces au ciel qui sauve à votre infortune des maux dont il pourrait vous accabler. » Il était si étonné, si saisi, si égaré, qu’après l’avoir fait rasseoir, j’ai eu le temps de lui détailler par ordre tout ce qu’il fallait qu’il sût ; et j’ai fait valoir de mon mieux les procédés de milord Édouard, afin de faire dans son coeur honnête quelque diversion à la douleur, par le charme de la reconnaissance.

« Voilà, mon cher, ai-je poursuivi, l’état actuel des choses : Julie est au bord de l’abîme, prête à s’y voir accabler du déshonneur public, de l’indignation de sa famille, des violences d’un père emporté, et de son propre désespoir. Le danger augmente incessamment : de la main de son père ou de la sienne, le poignard, à chaque instant de sa vie, est à deux doigts de son coeur. Il reste un seul moyen de prévenir tous ces maux, et ce moyen dépend de vous seul. Le sort de votre amante est entre vos mains. Voyez si vous avez le courage de la sauver en vous éloignant d’elle, puisque aussi bien il ne lui est plus permis de vous voir, ou si vous aimez mieux être l’auteur et le témoin de sa perte et de son opprobre. Après avoir tout fait pour vous, elle va voir ce que votre coeur peut faire pour elle. Est-il étonnant que sa santé succombe à ses peines ? Vous êtes inquiet de sa vie : sachez que vous en êtes l’arbitre. »

Il m’écoutait sans m’interrompre : mais sitôt qu’il a compris de quoi il s’agissait, j’ai vu disparaître ce geste animé, ce regard furieux, cet air effrayé, mais vif et bouillant, qu’il avait auparavant. Un voile sombre de tristesse et de consternation a couvert son visage ; son oeil morne et sa contenance effacée annonçaient l’abattement de son coeur ; à peine avait-il la force d’ouvrir la bouche pour me répondre. « Il faut partir ! m’a-t-il dit d’un ton qu’une autre aurait cru tranquille. Eh bien, je partirai. N’ai-je pas assez vécu ? — Non, sans doute, ai-je repris aussitôt ; il faut vivre pour celle qui vous aime, avez-vous oublié que ses jours dépendent des vôtres ? — Il ne fallait donc pas les séparer, a-t-il à l’instant ajouté ; elle l’a pu et le peut encore. » J’ai feint de ne pas entendre ces derniers mots, et je cherchais à le ranimer par quelques espérances auxquelles son âme demeurait fermée, quand Hanz est rentré, et m’a rapporté de bonnes nouvelles. Dans le moment de joie qu’il en a ressenti, il s’est écrié : « Ah ! qu’elle vive, qu’elle soit heureuse… s’il est possible ; je ne veux que lui faire mes derniers adieux… et je pars. — Ignorez-vous, ai-je dit, qu’il ne lui est plus permis de vous voir ? Hélas ! vos adieux sont faits, et vous êtes déjà séparés. Votre sort sera moins cruel quand vous serez plus loin d’elle ; vous aurez du moins le plaisir de l’avoir mise en sûreté. Fuyez dès ce jour, dès cet instant ; craignez qu’un si grand sacrifice ne soit trop tardif ; tremblez de causer encore sa perte après vous être dévoué pour elle. — Quoi ! m’a-t-il dit avec une espèce de fureur, je partirais sans la revoir ! Quoi ! je ne la verrais plus ! Non, non : nous périrons tous deux, s’il le faut ; la mort, je le sais bien, ne lui sera point dure avec moi ; mais je la verrai, quoi qu’il arrive ; je laisserai mon coeur et ma vie à ses pieds, avant de m’arracher à moi-même. » Il ne m’a pas été difficile de lui montrer la folie et la cruauté d’un pareil projet, mais ce quoi ! je ne la verrai plus ! qui revenait sans cesse d’un ton plus douloureux, semblait chercher au moins des consolations pour l’avenir. « Pourquoi, lui ai-je dit, vous figurer vos maux pires qu’ils ne sont ? Pourquoi renoncer à des espérances que Julie elle-même n’a pas perdues ? Pensez-vous qu’elle pût se séparer ainsi de vous, si elle croyait que ce fût pour toujours ? Non, mon ami, vous devez connaître son coeur ; vous devez savoir combien elle préfère son amour à sa vie. Je crains, je crains trop (j’ai ajouté ces mots, je te l’avoue) qu’elle ne le préfère bientôt à tout. Croyez donc qu’elle espère, puisqu’elle consent à vivre ; croyez que les soins que la prudence lui dicte vous regardent plus qu’il ne semble et qu’elle ne se respecte pas moins pour vous que pour elle-même. » Alors j’ai tiré ta dernière lettre ; et lui montrant les tendres espérances de cette fille aveuglée qui croit n’avoir plus d’amour, j’ai ranimé les siennes à cette douce chaleur. Ce peu de lignes semblait distiller un baume salutaire sur sa blessure envenimée : j’ai vu ses regards s’adoucir et ses yeux s’humecter ; j’ai vu l’attendrissement succéder par degrés au désespoir : mais ces derniers mots si touchants, tels que ton coeur les sait dire, nous ne vivrons pas longtemps séparés, l’ont fait fondre en larmes. « Non, Julie, non, ma Julie, a-t-il dit en élevant la voix et baisant la lettre, nous ne vivrons pas longtemps séparés ; le ciel unira nos destins sur la terre, ou nos coeurs dans le séjour éternel. »

C’était là l’état où je l’avais souhaité. Sa sèche et sombre douleur m’inquiétait. Je ne l’aurais pas laissé partir dans cette situation d’esprit ; mais sitôt que je l’ai vu pleurer, et que j’ai entendu ton nom chéri sortir de sa bouche avec douceur, je n’ai plus craint pour sa vie ; car rien n’est moins tendre que le désespoir. Dans cet instant il a tiré de l’émotion de son coeur une objection que je n’avais pas prévue. Il m’a parlé de l’état où tu soupçonnais être, jurant qu’il mourrait plutôt mille fois que de t’abandonner à tous les périls qui t’allaient menacer. Je n’ai eu garde de lui parler de ton accident ; je lui ai dit simplement que ton attente avait encore été trompée, et qu’il n’y avait plus rien à espérer. « Ainsi, m’a-t-il dit en soupirant, il ne restera sur la terre aucun monument de mon bonheur ; il a disparu comme un songe qui n’eut jamais de réalité. »

I began by examining the state of his mind: I found it grave, methodical, and ready to weigh feelings against reason. “Thank heaven,” I thought to myself, “my wise man is well-prepared; all that remains now is to put him to the test.” Although it is customary to announce bad news gradually, my knowledge of his passionate nature, which tends to take things to extremes at once, led me to adopt a different approach. I chose to overwhelm him with sorrow first, in order to later be able to ease his pain, rather than needlessly multiply his suffering. So, adopting a more serious tone and looking him straight in the eyes, I said, “My friend, do you understand the limits of courage and virtue in a strong soul? Do you truly believe that giving up what one loves is an act beyond human capacity?” At that moment, he rose up like a madman; then, clapping his hands together and pressing them to his forehead, he exclaimed, “I understand! Julie is dead!” He repeated these words in a tone that made me shudder—his deceptive care, his vain attempts to comfort him were only making his death more slow and cruel.

Though frightened by such a sudden reaction, I soon understood its cause. I realized how the news of your illness, Lord Edward’s words of comfort, this morning’s meeting, his evasive answers, and those I had just posed to him could have led him to false alarms. I also saw what advantage I might gain from his mistake if I allowed it to continue for a while; but I couldn’t bring myself to resort to such cruelty. The thought of losing someone one loves is so unbearable that anything would seem preferable to it, and I quickly took advantage of this situation. “Perhaps you will never see her again,” I said to him, “but she is alive and still loves you. Ah! If Julie were dead, would Claire have anything left to tell you? Give thanks to heaven for sparing your misfortune the further horrors it could have brought.” He was so stunned, so overwhelmed, that after making him sit down, I had enough time to explain in detail everything he needed to know. I also did my best to highlight Lord Edward’s kind actions, hoping to distract his pain with the joy of gratitude.

“Here, my dear,” I continued, “is the current state of affairs: Julie is on the brink of ruin, ready to be overwhelmed by public disgrace, her family’s indignation, the violence of an enraged father, and her own despair. The danger grows every moment: whether at the hands of her father or hers own, the knife is always a mere breath away from her heart. There is only one way to prevent all these evils, and that way depends solely on you. Your lover’s fate is in your hands. Decide whether you have the courage to save her by staying away from her—since it is no longer permitted for her to see you—or whether you prefer to be both the cause and witness of her downfall and humiliation. After having done everything for you, she now waits to see what your heart can do for her. Is it surprising that her health is failing under such suffering? You are worried about her life, know that you are its arbiter.”

He listened to me without interrupting; but the moment he understood what it was all about, I saw that lively gesture, that furious look, that fearful yet energetic expression disappear from his face. A dark veil of sadness and despair covered it; his listless gaze and lifeless demeanor revealed the depth of his desolation—he could barely muster the strength to speak. “We must leave!” he said in a tone that anyone else would have considered calm. “Very well, I will leave,” I replied. “Have I not lived long enough?” “No, surely not,” I immediately added. “You must live for the one who loves you—have you forgotten that her life depends on yours?” “Then we should never have separated in the first place,” he said. “She did, and she can still do it.” I pretended not to hear those last words and tried to revive his hopes, though his heart remained closed to them. Just then, Hanz returned and brought me some good news. In the moment of joy that filled him, he exclaimed, “Ah! May she live, may she be happy—if such a thing is possible! I only wish to say my final goodbye to her, and then I will leave.” “Don’t you realize,” I said, “that it is no longer safe for her to see you? Alas, your farewell has already been said, and you are already separated. Your fate will be less cruel if you stay far away from her; at least you will have the comfort of knowing that she is in safety. Leave today, leave now—fear that such a great sacrifice might come too late; tremble at the thought of causing her further harm after you have already sacrificed so much for her.” “What!?” he exclaimed in fury. “I would leave without seeing her again! I would never see her again! No, if it means our common death, we shall die together! Death itself will not be too cruel to me with her by my side; but I must see her, at any cost. I will lay down my heart and my life at her feet before I can bear to separate from her.” It was not difficult for me to show him how foolish and cruel such an idea was—but those repeated cries of “I would never see her again!” seemed to seek some solace in the future, after all. “Why,” I said, “do you imagine that your troubles are worse than they really are? Why give up hope when Julie herself has not lost it? Do you think she could have separated from you so easily if she believed it was forever? No, my friend—you must know her heart; you must understand how much she values your love more than her own life. I fear. I fear too much that she will soon value it more than anything else. Believe me, she hopes—she is willing to live because she hopes. Believe that the precautions she takes are actually for your sake, and that she respects herself as much for you as for herself.” Then I showed him your last letter, and by revealing the tender hopes of that blind girl who still believed in love, I managed to revive his own hopes once more. Those few lines seemed to pour a healing balm over his wounded heart: I saw his gaze soften and his eyes moisten; I saw how compassion gradually replaced despair. But those touching words—words spoken from the depths of his heart—made him burst into tears. “No, Julie, no, my Julie,” he said, raising his voice as he kissed the letter, “we will not live separated for long; heaven will unite our fates on earth, or our hearts in the eternal realm.”

That was precisely the state I had wished for him. His dry, dark pain worried me. Under such circumstances, I would not have allowed him to go; but the moment I saw him cry, and heard your beloved name spoken from his lips so tenderly, I no longer feared for his life—for nothing could be less gentle than despair. In that instant, he drew an argument from the depths of his emotion that I had not anticipated. He spoke to me about the state you suspected he was in, swearing that he would rather die a thousand times than abandon you to all the dangers that threatened you. I did not dare mention your accident to him; I simply told him that your hopes had been disappointed once more, and that there was nothing left to hope for. “Thus,” he said, sighing, “not a single monument to my happiness will remain on this earth; it has vanished, just like a dream that never came true.”

Ho iniziato esaminando lo stato della sua mente: l’ho trovata grave, metodica e disposta a valutare i sentimenti con la ragione. “Per fortuna”, ho pensato tra me, “il mio saggio amico è ben preparato; ora non resta che metterlo alla prova”. Sebbene sia consuetudine annunciare le cattive notizie gradualmente, la conoscenza della sua fervida immaginazione, capace di portare tutto all’estremo in un istante, mi ha spinta a seguire un approccio diverso. Ho preferito colpirlo duramente all’inizio per poi potergli offrire sollievo, piuttosto che aumentare inutilmente il suo dolore. Così, assumendo un tono più serio e guardandolo fisso negli occhi, gli ho detto: “Amico mio, conosci le limiti del coraggio e della virtù in un’anima forte. Credi davvero che rinunciare a ciò che si ama sia un sforzo al di sopra delle possibilità umane?” All’istante si è alzato come un pazzo; poi, battendo le mani e portandosele alla fronte, ha esclamato: “Capisco. Julie è morta!”, ripetendo quelle parole con un tono che mi ha fatto tremare. “Lo sento dai tuoi falsi riguardi, dalle tue vane attenzioni. Tutto ciò non fa altro che rendere la mia morte più lenta e più crudele.”

Sebbene spaventata da un movimento così improvviso, presto ne ho intuito la causa e ho capito come le notizie sulla tua malattia, i discorsi di milord Edward, l’appuntamento di quella mattina, le domande che lui aveva eluso e quelle che io gli avevo appena posto potessero averlo gettato in false allarmi. Vedevo anche quale vantaggio potevo trarre dal suo errore, lasciandolo credere in esso per qualche momento; ma non sono riuscita a decidermi a compiere una simile crudeltà. L’idea della morte di ciò che si ama è così terribile, che non esiste nulla che non possa essere preferito a essa. E ho subito approfittato di questa opportunità. “Forse non la rivedrete più”, gli ho detto, “ma lei vive e vi ama. Ah! Se Julie fosse morta, Claire avrebbe ancora qualcosa da dirvi? Ringraziate il cielo che salva dalla vostra sfortuna i mali di cui potrebbe colpirvi, ” Era così sorpreso, così confuso. Dopo averlo fatto sedere, ho avuto il tempo di spiegargli ordinatamente tutto ciò che doveva sapere; e ho cercato nel modo migliore di esaltare le azioni di milord Edward, al fine di alleviare il suo dolore con il fascino della riconoscenza.

“Ecco, mio caro, continuai, lo stato attuale delle cose: Julie si trova sull’orlo dell’abisso, pronta ad essere travolta dal disonore pubblico, dall’indignazione della sua famiglia, dalle violenze di un padre furioso e dal proprio dispero. Il pericolo aumenta costantemente: sia dalla mano di suo padre che dalla sua, il pugnale è in ogni momento a un soffio dal suo cuore. Rimane un solo modo per evitare tutti questi mali, e questo modo dipende soltanto da voi. Il destino della vostra amante è nelle vostre mani. Decidete se avete il coraggio di salvarla allontanandovi da lei, visto che ormai a lei non è più permesso vedervi, oppure preferite essere voi l’autore e lo spettatore della sua rovina e del suo disonore. Dopo aver fatto tutto per voi, ora tocca a voi vedere cosa il vostro cuore può fare per lei. È sorprendente che la sua salute possa cedere sotto il peso di tali sofferenze? Siete preoccupato per la sua vita: sappiate che siete voi l’arbitro della sua sorte.”

Mi ascoltava senza interrompermi; ma non appena capì di cosa si trattasse, vidi scomparire quel gesto animato, quello sguardo furioso, quell’aspetto spaventato ma vivace e pieno di energia che aveva prima. Un velo scuro di tristezza e disperazione coprì il suo viso; il suo sguardo spento e l’espressione apatica annunciavano la prostrazione del suo cuore; a malapena aveva la forza di aprire bocca per rispondermi. “Dobbiamo andare via!”, mi disse con un tono che un’altra persona avrebbe potuto considerare tranquillo. “Bene, me ne andrò. Non ho vissuto abbastanza?”, replicai subito. “No, sicuramente no. Dovete vivere per colei che vi ama. Avete dimenticato che la sua vita dipende dalla vostra?”. “Allora non avremmo dovuto separarci, ”, aggiunse immediatamente. “Lei l’ha potuto fare, e può ancora farlo, ” Finsi di non aver sentito queste ultime parole, e cercai di rincuorarlo con alcune speranze alle quali il suo animo rimaneva chiuso. Quando Hanz tornò, mi portò buone notizie. Nel momento di gioia che provò, esclamò: “Ah! Che viva, che sia felice, se ciò è possibile. Voglio solo salutarla un’ultima volta, e poi me ne andrò”. “Non sapete forse che non le è più permesso vedervi?”, dissi. “Ahimè, i vostri addii sono già stati fatti. Siete già separati. Il vostro destino sarà meno crudele quando sarete lontani da lei. Almeno avrete il piacere di averla messa in salvo. Fuggite oggi stesso, in questo istante. Temete che un sacrificio così grande non sia troppo tardi. Tremate all’idea di causarle ancora la perdita dopo esservi dedicati a lei, ” “No!”, esclamò con una sorta di furia. “Me ne andrei senza rivederla? No. Non la rivedrò più! No. Moriremo entrambi, se necessario. La morte, lo so bene, non le sarà troppo dura con me. Ma la vedrò. A qualunque costo. Lascierò il mio cuore e la mia vita ai suoi piedi, prima di strapparmi via da me stesso, ” Non mi fu difficile fargli capire l’assurdità e la crudeltà di un simile progetto. Ma quelle parole: “Non la rivedrò più!”, ripetute con sempre maggiore dolore, sembravano cercare almeno qualche consolazione per il futuro. “Perché”, gli dissi, “immaginate i vostri mali peggiori di quanto non siano in realtà? Perché rinunciate a speranze che nemmeno Julie ha abbandonato? Pensate davvero che possa separarsi da voi per sempre, se crede che sia necessario? No. Amico mio. Dovete conoscere il suo cuore. Dovete sapere quanto preferisca il suo amore alla sua stessa vita. Temo, temo troppo, (aggiunsi queste parole, te lo confesso, ) che presto lo preferirà a tutto. Quindi credete che abbia ancora speranze, visto che accetta di vivere. Credete che le cure che la prudenza le suggerisce riguardino soprattutto voi, e che non si rispetti meno per voi che per sé stessa, ” Allora gli mostrai la tua ultima lettera. E, mostrandogli le tenere speranze di quella ragazza cieca che crede di non avere più amore, rinfrescai anche le sue speranze con quel calore dolce. Quei pochi versi sembravano versare un balsamo salutare sulla sua ferita infetta: ho visto i suoi sguardi addolcirsi e i suoi occhi umidirsi; ho visto il dolore cedere gradualmente al conforto. Ma quelle parole così toccanti, proprio come il tuo cuore sa esprimerle, ci hanno fatto capire che non vivremo a lungo separati: “No, Julie, no, ma Julie”, ha detto alzando la voce e baciando la lettera, “non vivremo a lungo separati; il cielo unirà i nostri destini sulla terra, o i nostri cuori nell’eterno regno della pace”.

Era proprio lo stato in cui lo avevo desiderato. Il suo dolore secco e cupo mi preoccupava. Non l’avrei lasciato andare in quella condizione mentale; ma non appena l’ho visto piangere, e ho sentito il tuo nome caro uscire dalle sue labbra con dolcezza, non ho più temuto per la sua vita, perché nulla è meno tenero del disperio. In quell’istante ha tratto dall’emozione del suo cuore un argomento che non avevo previsto; mi ha parlato dello stato in cui tu sospettavi di trovarmi, giurando che preferiva morire mille volte piuttosto che abbandonarti a tutti i pericoli che ti minacciavano. Non ho osato parlargli del tuo incidente; gli ho semplicemente detto che la tua attesa era stata ancora delusa, e che non c’era più nulla da sperare, “Così,” mi ha detto sospirando, “non rimarrà sulla terra alcun segno del mio felicità. È scomparso come un sogno che non ha mai avuto realtà.”

Il me restait à exécuter la dernière partie de ta commission, et je n’ai pas cru qu’après l’union dans laquelle vous avez vécu il fallût à cela ni préparatif ni mystère. Je n’aurais pas même évité un peu d’altercation sur ce léger sujet, pour éluder celle qui pourrait renaître sur celui de notre entretien. Je lui ai reproché sa négligence dans le soin de ses affaires. Je lui ai dit que tu craignais que de longtemps il ne fût plus soigneux, et qu’en attendant qu’il le devînt tu lui ordonnais de se conserver pour toi, de pourvoir mieux à ses besoins, et de se charger à cet effet du supplément que j’avais à lui remettre de ta part. Il n’a ni paru humilié de cette proposition, ni prétendu en faire une affaire. Il m’a dit simplement que tu savais bien que rien ne lui venait de toi qu’il ne reçût avec transport, mais que ta précaution était superflue, et qu’une petite maison qu’il venait de vendre à Grandson[59], reste de son chétif patrimoine, lui avait procuré plus d’argent qu’il n’en avait possédé de sa vie. « D’ailleurs, a-t-il ajouté, j’ai quelques talents dont je puis tirer partout des ressources. Je serai heureux de trouver dans leur exercice quelque diversion à mes maux ; et depuis que j’ai vu de plus près l’usage que Julie fait de son superflu, je le regarde comme le trésor sacré de la veuve et de l’orphelin, dont l’humanité ne me permet pas de rien aliéner. » Je lui ai rappelé son voyage du Valais, ta lettre et la précision de tes ordres. Les mêmes raisons subsistent… « Les mêmes ! a-t-il interrompu d’un ton d’indignation. La peine de mon refus était de ne la plus voir : qu’elle me laisse donc rester, et j’accepte. Si j’obéis, pourquoi me punit-elle ? Si je refuse, que me fera-t-elle de pis ?… Les mêmes ! répétait-il avec impatience. Notre union commençait ; elle est prête à finir ; peut-être vais-je pour jamais me séparer d’elle ; il n’y a plus rien de commun entre elle et moi ; nous allons être étrangers l’un à l’autre. » Il a prononcé ces derniers mots avec un tel serrement de coeur, que j’ai tremblé de le voir retomber dans l’état d’où j’avais eu tant de peine à le retirer. « Vous êtes un enfant, ai-je affecté de lui dire d’un air riant ; vous avez encore besoin d’un tuteur, et je veux être le vôtre. Je vais garder ceci ; et, pour en disposer à propos dans le commerce que nous allons avoir ensemble, je veux être instruite de toutes vos affaires. » Je tâchais de détourner ainsi ses idées funestes par celle d’une correspondance familière continuée entre nous ; et cette âme simple, qui ne cherche, pour ainsi dire, qu’à s’accrocher à ce qui t’environne, a pris aisément le change. Nous nous sommes ensuite ajustés pour les adresses de lettres ; et comme ces mesures ne pouvaient que lui être agréables, j’en ai prolongé le détail jusqu’à l’arrivée de M. d’Orbe, qui m’a fait signe que tout était prêt.

Ton ami a facilement compris de quoi il s’agissait ; il a instamment demandé à t’écrire ; mais je me suis gardée de le permettre. Je prévoyais qu’un excès d’attendrissement lui relâcherait trop le coeur, et qu’à peine serait-il au milieu de sa lettre, qu’il n’y aurait plus moyen de le faire partir. « Tous les délais sont dangereux, lui ai-je dit ; hâtez-vous d’arriver à la première station, d’où vous pourrez lui écrire à votre aise. » En disant cela, j’ai fait signe à M. d’Orbe ; je me suis avancée, et, le coeur gros de sanglots, j’ai collé mon visage sur le sien : je n’ai plus su ce qu’il devenait ; les larmes m’offusquaient la vue, ma tête commençait à se perdre, et il était temps que mon rôle finît.

Un moment après, je les ai entendus descendre précipitamment. Je suis sortie sur le palier pour les suivre des yeux. Ce dernier trait manquait à mon trouble. J’ai vu l’insensé se jeter à genoux au milieu de l’escalier, en baiser mille fois les marches et d’Orbe pouvoir à peine l’arracher de cette froide pierre qu’il pressait de son corps, de la tête et des bras, en poussant de longs gémissements. J’ai senti les miens près d’éclater malgré moi, et je suis brusquement rentrée, de peur de donner une scène à toute la maison.

À quelques instants de là, M. d’Orbe est revenu tenant son mouchoir sur ses yeux. « C’en est fait, m’a-t-il dit, ils sont en route. En arrivant chez lui, votre ami a trouvé la chaise à sa porte. Milord Édouard l’y attendait aussi ; il a couru au-devant de lui, et le serrant contre sa poitrine : « Viens, homme infortuné, lui a-t-il dit d’un ton pénétrant, viens verser tes douleurs dans ce coeur qui t’aime. Viens, tu sentiras peut-être qu’on n’a pas tout perdu sur la terre, quand on y retrouve un ami tel que moi. » À l’instant il l’a porté d’un bras vigoureux dans la chaise, et ils sont partis en se tenant étroitement embrassés »

Fin de la Première Partie

Table des matières

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre I – De Saint-Preux à Julie

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J’ai pris et quitté cent fois la plume ; j’hésite dès le premier mot ; je ne sais quel ton je dois prendre ; je ne sais par où commencer ; et c’est à Julie que je veux écrire ! Ah ! malheureux ! que suis-je devenu ? Il n’est donc plus ce temps où mille sentiments délicieux coulaient de ma plume comme un intarissable torrent ! Ces doux moments de confiance et d’épanchement sont passés, nous ne sommes plus l’un à l’autre, nous ne sommes plus les mêmes, et je ne sais plus à qui j’écris. Daignerez-vous recevoir mes lettres ? vos yeux daigneront-ils les parcourir ? les trouverez-vous assez réservées, assez circonspectes ? Oserais-je y garder encore une ancienne familiarité ? Oserais-je y parler d’un amour éteint ou méprisé, et ne suis-je pas plus reculé que le premier jour où je vous écrivis ? Quelle différence, ô ciel ! de ces jours si charmants et si doux, à mon effroyable misère ! Hélas ! je commençais d’exister, et je suis tombé dans l’anéantissement ; l’espoir de vivre animait mon coeur ; je n’ai plus devant moi que l’image de la mort ; et trois ans d’intervalle ont fermé le cercle fortuné de mes jours. Ah ! que ne les ai-je terminés avant de me survivre à moi-même ! Que n’ai-je suivi mes pressentiments après ces rapides instants de délices où je ne voyais plus rien dans la vie qui fût digne de la prolonger ! Sans doute, il fallait la borner à ces trois ans ou les ôter de sa durée : il valait mieux ne jamais goûter la félicité que la goûter et la perdre. Si j’avais franchi ce fatal intervalle, si j’avais évité ce premier regard qui fit une autre âme, je jouirais de ma raison, je remplirais les devoirs d’un homme, et sèmerais peut-être de quelques vertus mon insipide carrière. Un moment d’erreur a tout changé. Mon oeil osa contempler ce qu’il ne fallait point voir. Cette vue a produit enfin son effet inévitable. Après m’être égaré par degrés, je ne suis qu’un furieux dont le sens est aliéné, un lâche esclave sans force et sans courage, qui va traînant dans l’ignominie sa chaîne et son désespoir.

Vains rêves d’un esprit qui s’égare ! Désirs faux et trompeurs désavoués à l’instant par le coeur qui les a formés ! Que sert d’imaginer à des maux réels de chimériques remèdes qu’on rejetterait quand ils nous seraient offerts ? Ah ! qui jamais connaîtra l’amour, t’aura vue, et pourra le croire, qu’il y ait quelque félicité possible que je voulusse acheter au prix de mes premiers feux ? Non, non : que le ciel garde ses bienfaits, et me laisse, avec ma misère, le souvenir de mon bonheur passé. J’aime mieux les plaisirs qui sont dans ma mémoire et les regrets qui déchirent mon âme, que d’être à jamais heureux sans ma Julie. Viens, image adorée, remplir un coeur qui ne vit que par toi ; suis-moi dans mon exil, console-moi dans mes peines, ranime et soutiens mon espérance éteinte. Toujours ce coeur infortuné sera ton sanctuaire inviolable, d’où le sort ni les hommes ne pourront jamais t’arracher. Si je suis mort au bonheur, je ne le suis point à l’amour qui m’en rend digne. Cet amour est invincible comme le charme qui l’a fait naître ; il est fondé sur la base inébranlable du mérite et des vertus ; il ne peut périr dans une âme immortelle ; il n’a plus besoin de l’appui de l’espérance, et le passé lui donne des forces pour un avenir éternel.

I still had to carry out the final part of your commission, and I did not think that after the union you had shared, anything such as preparation or mystery would be necessary for it. I would not have even avoided a slight disagreement over this minor matter, in order to prevent one that might arise concerning our previous conversation. I reproached him for his negligence in taking care of his affairs. I told him that you were concerned that he might soon cease to be diligent in these matters, and that until he did become so, you had ordered him to take better care of himself, to provide more adequately for his needs, and to use the additional funds I was to deliver on your behalf. He neither seemed offended by this suggestion nor made it a matter of great importance. He simply said that you knew very well that everything he received from you was gladly accepted by him, but that your concern was unnecessary; moreover, a small house he had just sold in Grandson[59] had provided him with more money than he had ever possessed before. “Besides,” he added, “I have some talents that allow me to earn a living wherever I go. I would be happy to find some solace in their pursuit amidst my troubles; and since I have seen more closely how Julie spends her surplus wealth, I regard it as the sacred treasure of widows and orphans—something that humanity does not permit me to squander.” I reminded him of his trip from Valais, your letter, and the precise instructions you had given. The same reasons still applied, “The same!” he interrupted in an indignant tone. “The only consequence of my refusal was that I would no longer see her; so let her allow me to stay, and I will accept it. If I obey, why does she punish me? If I refuse, what worse can she do to me?. The same!” he repeated impatiently. “Our union had just begun; now it is about to end; perhaps we will never be separated again; there is nothing left in common between us; we are about to become strangers.” He said these last words with such a deep sorrow in his heart that I feared he might fall back into the state from which I had so painstakingly rescued him. “You are still a child,” I said, trying to smile, “you still need a guardian, and I wish to be that one for you. I will keep this money; and in order to manage it properly for our future dealings together, I want to be informed of all your affairs.” I was trying to divert his gloomy thoughts by suggesting the continuation of a familiar correspondence between us; and that simple-hearted man, who seemed to cling so desperately to everything around him, readily accepted this idea. We then agreed on the details regarding how we would correspond; since these arrangements could only bring him joy, I elaborated further on them until the arrival of M. d’Orbe, who signaled to me that everything was ready.

Your friend quickly understood what it was all about; he urgently asked to write to you, but I refused to allow it. I feared that excessive tenderness would soften his heart too much, and that once he had begun writing, there would be no way to stop him. “All delays are dangerous,” I told him. “Hurry and reach the first station where you can write to her at your convenience.” As I said this, I signaled to Mr. d’Orbe; I stepped forward, and, with my heart filled with tears, I pressed my face against his. I no longer knew what was happening to him; my vision was blurred by tears, and my head began to spin. It was time for my role to end.

A moment later, I heard them descending hurriedly. I went out onto the balcony to watch them. This final scene was what completed my sense of turmoil. I saw that madman kneel down in the middle of the stairs, kissing each step a thousand times; Orbe could barely pull him away from those cold stones, as he pressed himself against them with his body, head, and arms, letting out long, agonized groans. I felt my own tears welling up uncontrollably, and I quickly went back inside, afraid of causing a scene throughout the house.

A few moments later, Mr. d’Orbe returned, holding a handkerchief over his eyes. “It’s over,” he said to me. “They are on their way.” When your friend arrived at his house, he found the chair waiting for him at the door. Lord Edward was also there; he ran forward to greet him and, embracing him tightly, said, “Come, poor man. Come, and pour out your sorrows in this heart that loves you. Come—perhaps you will realize that one has not lost everything on this earth when they find a friend like me.” At once, he helped him into the chair, and they departed, holding each other closely in embrace.

End of Part One

Contents

List of literary works

General list of titles

Letter I – From Saint-Preux to Julie

[60]

I have picked up the pen and put it down a hundred times; I hesitate at every first word; I don’t know what tone to adopt; I don’t know where to begin—and yet it is to Julie that I want to write! Ah, unhappy me! What have I become? Those days when a thousand delightful sentiments flowed from my pen like an endless torrent are gone forever. Those sweet moments of confidence and openness are over; we are no longer the same person; I no longer know to whom I am writing. Will you deign to receive my letters? Will your eyes even bother to read them? Will you find them too reserved, too cautious? Would I dare to retain in them any trace of that former familiarity? Would I dare to speak of a love that is now dead or despised—when, in truth, I am more distant from you than on the very first day I wrote to you? Oh, what a difference between those charming, sweet days and my current terrible misery! Alas, I had just begun to live when I fell into utter ruin. The hope of living once filled my heart; now all that remains before me is the image of death. And three years have passed, sealing the fate of my life. Oh, if only I could have ended it all before I destroyed myself! If only I had heeded my instincts after those fleeting moments of joy, when I no longer saw anything in life worth continuing it for! Perhaps it was meant that my life should last only these three years—or perhaps it never should have begun at all. It would have been better never to taste happiness than to taste it and then lose it. If only I had crossed that fateful threshold, if only I had avoided that first moment when a new soul was born within me. Then I might still be using my reason, fulfilling the duties of a human being, and perhaps sowing some virtue into my otherwise empty existence. But one moment of error changed everything. My eye dared to behold what it should never have seen. And that sight brought about its inevitable consequences. After wandering down a path of error, I am now nothing but a madman whose senses are gone; a cowardly slave, powerless and without courage, dragging my chains and despair through ignominy.

Vain dreams of a soul that wanders astray! False and deceptive desires, instantly rejected by the very heart that gave them life! What use is there in imagining fanciful remedies for real evils—remedies we would reject if offered to us? Ah! Who, ever having known you, loved you, and truly believed in love, could possibly think that any felicity exists worth purchasing at the cost of my first innocent passions? No, no—let heaven preserve its gifts and leave me, with my misery, the memory of my past happiness. I would rather endure the pleasures that remain in my memory and the regrets that tear at my soul than be forever happy without you, Julie. Come, my adored image, and fill a heart that lives only for you. Accompany me in my exile, console me in my pain, and revive and sustain my extinguished hope. This unfortunate heart will always be your inviolable sanctuary—where neither fate nor men can ever tear you away. If I have died to happiness, I have not died to the love that makes me worthy of it. This love is invincible, just like the magic that gave it life; it is rooted in the unshakable foundation of merit and virtue; it cannot perish in an immortal soul; it no longer needs the support of hope, for the past grants it strength for an eternal future.

Mi restava da eseguire l’ultima parte del tuo incarico, e non credevo che, dopo l’unione nella quale avevate vissuto, fosse necessario alcun preparativo o mistero per farlo. Non avrei nemmeno evitato una piccola discussione su questo argomento banale, pur di eludere quella che potrebbe sorgere riguardo al nostro incontro precedente. Gli ho rimproverato la sua negligenza nel curare le proprie faccende; gli ho detto che temevi che per molto tempo non avrebbe più prestato attenzione a queste cose, e che fino a quando non lo avesse fatto, gli ordinavi di prendersi cura di sé stesso, di provvedere meglio ai propri bisogni e di utilizzare il denaro che io dovevo consegnargli da parte tua. Non sembrava né umiliato da questa proposta, né intendeva farne un problema; mi ha semplicemente detto che sapevi bene che tutto ciò che gli veniva da te lo riceveva con grande gratitudine, ma che la tua premura era superflua, poiché una piccola casa che aveva appena venduto a Grandson[59] gli aveva procurato più denaro di quanto ne avesse posseduto in tutta la sua vita. “Inoltre”, ha aggiunto, “ho alcuni talenti grazie ai quali posso trovare risorse ovunque; sarò felice di trovare nel loro esercizio un po’ di distrazione dai miei mali. E da quando ho visto più da vicino il modo in cui Julie utilizza i suoi beni superflui, li considero come il tesoro sacro della vedova e dell’orfano, che l’umanità non mi permette di disperdere.” Gli ho ricordato il suo viaggio nel Vallese, la tua lettera e l’esattezza dei tuoi ordini; le stesse ragioni esistevano ancora, “Le stesse!”, ha interrotto con tono indignato. “La conseguenza del mio rifiuto era di non poterla più vedere. Lasciami quindi restare, e accetto. Se obbedisco, perché mi punisci? Se rifiuto, cosa potrebbe farmi di peggio?. Le stesse!”, ripeteva con impazienza. “La nostra unione stava per iniziare; ora è pronta a finire. Forse ci separeremo per sempre; non c’è più nulla in comune tra noi. Diventeremo estranei l’uno all’altro.” Ha pronunciato queste ultime parole con tale intensità nel cuore, che ho temuto che ricadesse nello stato dal quale avevo faticato tanto a tirarlo fuori. “Sei ancora un bambino”, gli ho detto sorridendo, “hai ancora bisogno di un tutore. E io voglio esserlo. Conserverò questo denaro e, per poter disporne al momento giusto nelle nostre future comunicazioni, voglio essere informata su tutte le tue faccende.” Cercai così di distogliere i suoi pensieri cupi con l’idea di una corrispondenza continuativa tra noi; quell’anima semplice, che cercava soltanto di aggrapparsi a ciò che la circondava, accettò facilmente questa proposta. Ci accordammo poi sulle modalità per scambiarci lettere; poiché queste misure non potevano che farlo felice, ne approfondii i dettagli fino all’arrivo di M. d’Orbe, che mi fece segno che tutto era pronto.

Il tuo amico ha capito facilmente di cosa si trattava; ha chiesto con insistenza di poterti scrivere, ma io mi sono astenuta dal permetterglielo. Prevedevo che un eccesso di commozione gli allentasse troppo il cuore, e che appena avesse iniziato a scrivere, non ci sarebbe più stato modo di farlo partire. “Tutti i ritardi sono pericolosi”, gli ho detto; “affrettati ad arrivare alla prima stazione, da dove potrai scrivergli con tranquillità”. Mentre lo dicevo, feci segno a Monsieur d’Orbe; mi avvicinai a lui e, con il cuore pieno di lacrime, appoggiai il mio viso al suo: non seppi più cosa gli fosse accaduto. Le lacrime mi offuscavano la vista, la testa iniziava a girarmi. E era giunto il momento che il mio ruolo finisse.

Un momento dopo, li ho sentiti scendere precipitosamente. Sono uscita sul pianerottolo per seguirli con lo sguardo. Quel gesto finale completava il mio turbamento. Ho visto quell’uomo folle gettarsi in ginocchio nel mezzo delle scale, baciare mille volte i gradini; Orbe faticava a staccarlo da quella pietra fredda che lui stringeva con tutto il corpo, con la testa e con le braccia, emettendo lunghi gemiti. Ho sentito i miei singhiozzi pronti a esplodere contro la mia volontà. E sono tornata subito dentro, per paura di creare uno scandalo in tutta la casa.

Pochi istanti dopo, il signor d’Orbe tornò tenendosi il fazzoletto sugli occhi. “È finito tutto”, mi disse. “Sono in viaggio”. Quando il vostro amico arrivò a casa sua, trovò la sedia davanti alla porta. Il lord Edward lo aspettava lì; corse ad abbracciarlo e gli disse con voce commossa: “Vieni, uomo sfortunato. Vieni a versare le tue sofferenze in questo cuore che ti ama. Forse scoprirai che non si è perso tutto sulla terra, quando si ritrova un amico come me”. All’istante lo portò dentro con un braccio forte e partirono abbracciati stretti.

Fine della Prima Parte

Indice dei contenuti

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera I – Da Saint-Preux a Julie

[60]

Ho preso e lasciato la penna centinaia di volte; esito già dalla prima parola; non so quale tono debba adottare; non so da dove cominciare. Eppure voglio scrivere a Julie! Ah, infelice. In che cosa sono diventato? Non è più quel tempo in cui mille sentimenti deliziosi scorrevano dalla mia penna come un torrente inesauribile. Quei dolci momenti di fiducia e apertura sono passati; non siamo più gli stessi. E non so più a chi scrivere. Avrete la bontà di ricevere le mie lettere? I vostri occhi avranno la cura di leggerle? Le troverete abbastanza riservate, abbastanza caute? Oserò ancora conservare in esse quella vecchia familiarità? Oserò parlare in esse di un amore ormai estinto o disprezzato. E non sono forse più timido di quel primo giorno in cui vi scrissi? Che differenza, oh cielo. Tra quei giorni così incantevoli e dolci, e la mia terribile miseria! Ahimè. Stavo appena cominciando a esistere quando sono caduto nell’annientamento. L’illusione di vivere animava il mio cuore; ora non ho davanti a me che l’immagine della morte. E tre anni di intervallo hanno chiuso il cerchio fortunato dei miei giorni. Ah. Perché non li ho terminati prima di sopravvivere a me stesso? Perché non ho seguito i miei presentimenti, dopo quegli istanti rapidi di felicità in cui non vedevo più nulla nella vita che meritasse di essere prolungata? Forse era meglio limitare la mia esistenza a quei tre anni, o eliminarli del tutto dalla sua durata. Era preferibile non assaporare mai la felicità, piuttosto che assaporarla per poi perderla. Se avessi superato quel fatale intervallo, se avessi evitato quello sguardo che ha creato un’altra “anima” in me, godrei ancora della mia ragione, adempierei ai doveri di un uomo, e forse avrei seminato alcune virtù nella mia insipida esistenza. Un momento di errore ha cambiato tutto. Il mio sguardo ha osato contemplare ciò che non doveva essere visto. Quel momento ha prodotto, infine, il suo effetto inevitabile. Dopo essermi perso gradualmente, non sono altro che un pazzo la cui mente è distrutta, uno schiavo codardo, senza forza né coraggio, che trascina nella vergogna la propria catena e il proprio dispero.

Vani sogni di uno spirito che si perde. Desideri falsi e ingannevoli, subito rinnegati dal cuore che li ha generati. A che serve immaginare rimedi chimici per mali reali, che rifiuteremmo non appena ci venissero offerti? Ah. Chi mai, conoscendoti, potrà credere che esista qualche felicità possibile da comprare al prezzo dei miei primi sentimenti d’amore? No. Che il cielo conservi i suoi doni e mi lasci, con la mia miseria, il ricordo della mia passata felicità. Preferisco i piaceri che sono nella mia memoria e i rimpianti che straziano il mio animo, piuttosto che essere per sempre felice senza di te, Julie. Vieni, immagine adorata. Riempisci un cuore che vive solo per te. Seguimi nel mio esilio, consolami nelle mie sofferenze, rinnova e sostieni la mia speranza spenta. Questo cuore sfortunato sarà sempre il tuo santuario inviolabile. Dal quale né il destino né gli uomini potranno mai strapparti. Se sono morto alla felicità, non lo sono certo all’amore che mi rende degno di essa. Questo amore è invincibile, come il fascino che l’ha fatto nascere. È fondato sulla base ineguagliabile del merito e delle virtù. Non può perire in un’anima immortale. Non ha più bisogno del sostegno della speranza. E il passato gli dona le forze per un futuro eterno.

Mais toi, Julie, ô toi qui sus aimer une fois, comment ton tendre coeur a-t-il oublié de vivre ? Comment ce feu sacré s’est-il éteint dans ton âme pure ? Comment as-tu perdu le goût de ces plaisirs célestes que toi seule étais capable de sentir et de rendre ? Tu me chasses sans pitié, tu me bannis avec opprobre, tu me livres à mon désespoir, et tu ne vois pas dans l’erreur qui t’égare, qu’en me rendant misérable tu t’ôtes le bonheur de tes jours ! Ah ! Julie, crois-moi, tu chercheras vainement un autre coeur ami du tien ; mille t’adoreront sans doute, le mien seul te savait aimer.

Réponds-moi maintenant, amante abusée ou trompeuse : que sont devenus ces projets formés avec tant de mystère ? Où sont ces vaines espérances dont tu leurras si souvent ma crédule simplicité ? Où est cette union sainte et désirée, doux objet de tant d’ardents soupirs, et dont ta plume et ta bouche flattaient mes voeux ? Hélas ! sur la foi de tes promesses, j’osais aspirer à ce nom sacré d’époux et me croyais déjà le plus heureux des hommes. Dis, cruelle, ne m’abusais-tu que pour rendre enfin ma douleur plus vive et mon humiliation plus profonde ? Ai-je attiré mes malheurs par ma faute ? Ai-je manqué d’obéissance, de docilité, de discrétion ? M’as-tu vu désirer assez faiblement pour mériter d’être éconduit, ou préférer mes fougueux désirs à tes volontés suprêmes ? J’ai tout fait pour te plaire, et tu m’abandonnes ! Tu te chargeais de mon bonheur, et tu m’as perdu ! Ingrate, rends-moi compte du dépôt que je t’ai confié ; rends-moi compte de moi-même, après avoir égaré mon coeur dans cette suprême félicité que tu m’as montrée et que tu m’enlèves. Anges du ciel, j’eusse méprisé votre sort ; j’eusse été le plus heureux des êtres… Hélas ! je ne suis plus rien, un instant m’a tout ôté. J’ai passé sans intervalle du comble des plaisirs aux regrets éternels : je touche encore au bonheur qui m’échappe… j’y touche encore, et le perds pour jamais !… Ah ! si je le pouvais croire ! si les restes d’une espérance vaine ne soutenaient… O rochers de Meillerie, que mon oeil égaré mesura tant de fois, que ne servîtes-vous mon désespoir ! J’aurais moins regretté la vie quand je n’en avais pas senti le prix.

Lettre II – De milord Édouard à Claire

Nous arrivons à Besançon, et mon premier soin est de vous donner des nouvelles de notre voyage. Il s’est fait sinon paisiblement, du moins sans accident, et votre ami est aussi sain de corps qu’on peut l’être avec un coeur aussi malade. Il voudrait même affecter à l’extérieur une sorte de tranquillité. Il a honte de son état et se contraint beaucoup devant moi ; mais tout décèle ses secrètes agitations : et si je feins de m’y tromper, c’est pour le laisser aux prises avec lui-même, et occuper ainsi une partie des forces de son âme à réprimer l’effet de l’autre.

Il fut fort abattu la première journée ; je la fis courte, voyant que la vitesse de notre marche irritait sa douleur. Il ne me parla point, ni moi à lui : les consolations indiscrètes ne font qu’aigrir les violentes afflictions. L’indifférence et la froideur trouvent aisément des paroles, mais la tristesse et le silence sont alors le vrai langage de l’amitié. Je commençai d’apercevoir hier les premières étincelles de la fureur qui va succéder infailliblement à cette léthargie. À la dînée, à peine y avait-il un quart d’heure que nous étions arrivés, qu’il m’aborda d’un air d’impatience. Que tardons-nous à partir ? me dit-il avec un sourire amer ; pourquoi restons-nous un moment si près d’elle ? Le soir il affecta de parler beaucoup, sans dire un mot de Julie : il recommençait des questions auxquelles j’avais répondu dix fois, il voulut savoir si nous étions déjà sur terres de France, et puis il demanda si nous arriverions bientôt à Vevai. La première chose qu’il fait à chaque station, c’est de commence quelque lette qu’il déchire ou chiffonne un moment après. J’ai sauvé du feu deux ou trois de ces brouillons, sur lesquels vous pourrez entrevoir l’état de son âme. Je crois pourtant qu’il est parvenu à écrire une lettre entière.

L’emportement qu’annoncent ces premiers symptômes est facile à prévoir ; mais je ne saurais dire quel en sera l’effet et le terme ; car cela dépend d’une combinaison du caractère de l’homme, du genre de sa passion, des circonstances qui peuvent naître, de mille choses que nulle prudence humaine ne peut déterminer. Pour moi, je puis répondre de ses fureurs, mais non pas de son désespoir ; et, quoi qu’on fasse, tout homme est toujours maître de sa vie.

Je me flatte cependant qu’il respectera sa personne et mes soins, et je compte moins pour cela sur le zèle de l’amitié, qui n’y sera pas épargné, que sur le caractère de sa passion et sur celui de sa maîtresse. L’âme ne peut guère s’occuper fortement et longtemps d’un objet sans contracter des dispositions qui s’y rapportent. L’extrême douceur de Julie doit tempérer l’âcreté du feu qu’elle inspire, et je ne doute pas non plus que l’amour d’un homme aussi vif ne lui donne à elle-même un peu plus d’activité qu’elle n’en aurait naturellement sans lui.

J’ose compter aussi sur son coeur ; il est fait pour combattre et vaincre. Un amour pareil au sien n’est pas tant une faiblesse qu’une force mal employée. Une flamme ardente et malheureuse est capable d’absorber pour un temps, pour toujours peut-être, une partie de ses facultés ; mais elle est elle-même une preuve de leur excellence et du parti qu’il en pourrait tirer pour cultiver la sagesse ; car la sublime raison ne se soutient que par la même vigueur de l’âme qui fait les grandes passions, et l’on ne sert dignement la philosophie qu’avec le même feu qu’on sent pour une maîtresse.

Soyez-en sûre, aimable Claire, je ne m’intéresse pas moins que vous au sort de ce couple infortuné, non par un sentiment de commisération qui peut n’être qu’une faiblesse, mais par la considération de la justice et de l’ordre, qui veulent que chacun soit placé de la manière la plus avantageuse à lui-même et à la société. Ces deux belles âmes sortirent l’une pour l’autre des mains de la nature ; c’est dans une douce union, c’est dans le sein du bonheur, que, libres de déployer leurs forces et d’exercer leurs vertus, elles eussent éclairé la terre de leurs exemples. Pourquoi faut-il qu’un insensé préjugé vienne change les directions éternelles et bouleverser l’harmonie des êtres pensants ? Pourquoi la vanité d’un père barbare cache-t-elle ainsi la lumière sous le boisseau, et fait-elle gémir dans les larmes des coeurs tendres et bienfaisants, nés pour essuyer celles d’autrui ? Le lien conjugal n’est-il pas le plus libre ainsi que le plus sacré des engagements ? Oui, toutes les lois qui le gênent sont injustes, tous les pères qui l’osent former ou rompre sont des tyrans. Ce chaste noeud de la nature n’est soumis ni au pouvoir souverain ni à l’autorité paternelle, mais à la seule autorité du père commun qui sait commander aux coeurs, et qui, leur ordonnant de s’unir, les peut contraindre à s’aimer[61].

Que signifie ce sacrifice des convenances de la nature aux convenances de l’opinion ? La diversité de fortune et d’état s’éclipse et se confond dans le mariage, elle ne fait rien au bonheur ; mais celle d’humeur et de caractère demeure[62], et c’est par elle qu’on est heureux ou malheureux. L’enfant qui n’a de règle que l’amour choisit mal, le père qui n’a de règle que l’opinion choisit plus mal encore. Qu’une fille manque de raison, d’expérience pour juger de la sagesse et des moeurs, un bon père y doit suppléer sans doute ; son droit, son devoir même est de dire : Ma fille, c’est un honnête homme, ou, c’est un fripon ; c’est un homme de sens, ou, c’est un fou. Voilà les convenances dont il doit connaître ; le jugement de toutes les autres appartient à la fille. En criant qu’on troublerait ainsi l’ordre de la société, ces tyrans le troublent eux-mêmes. Que le rang se règle par le mérite, et l’union des coeurs par leur choix, voilà le véritable ordre social ; ceux qui le règlent par la naissance ou par les richesses sont les vrais perturbateurs de cet ordre ; ce sont ceux-là qu’il faut décrier ou punir.

Il est donc de la justice universelle que ces abus soient redressés ; il est du devoir de l’homme de s’opposer à la violence, de concourir à l’ordre ; et, s’il m’était possible d’unir ces deux amants en dépit d’un vieillard sans raison, ne doutez pas que je n’achevasse en cela l’ouvrage du ciel, sans m’embarrasser de l’approbation des hommes.

But you, Julie, oh you who once knew how to love—how could your tender heart forget how to live? How could that sacred fire go out in your pure soul? How did you lose the taste for those heavenly pleasures that only you were capable of feeling and bringing forth? You hunt me down without mercy, banish me with scorn, leave me to my despair—yet you do not see that in the error that leads you astray, by making me miserable, you are also robbing yourself of the happiness that should have filled your days! Ah, Julie, believe me—you will vainly seek another heart that loves yours; thousands may adore you, but only mine truly knew how to love you.

Answer me now, you abused or deceitful lover: what has become of those plans that were conceived with such mystery? Where are those vain hopes with which you so often deceived my naive trustfulness? Where is that holy and longed-for union, the object of so many ardent aspirations—whom your words and actions once flattered my desires? Alas! In faith of your promises, I dared to aspire to that sacred title of husband and believed myself already the happiest of men. Tell me, cruel one—did you deceive me only to make my pain more intense and my humiliation deeper? Did I bring upon myself these misfortunes through my own fault? Did I lack obedience, humility, or discretion? Did you find my desires too feeble to deserve rejection, or did I prefer my fervent passions to your supreme wills? I did everything possible to please you, yet you abandon me! You were responsible for my happiness, and yet you caused my ruin! Ungrateful one, give me an account of the trust I placed in you; give me an account of myself, after having lost my heart in that supreme bliss you once showed me—and now take it away. Angels of heaven, I would have despised your fate; I would have been the happiest of beings. Alas! Now I am nothing—just an instant has stripped me of everything. I have passed without transition from the pinnacle of pleasure to eternal regret: I still seem to touch that happiness which eludes me. I still seem to reach for it, only to lose it forever!. Ah! If only I could believe it! If only the remnants of a vain hope did not hold me back. O rocks of Meillerie, that my bewildered gaze so often measured—how well you would serve my despair now! I would have regretted life less if I had never known its value.

Letter II – From Lord Edward to Claire

We have arrived in Besançon, and my first concern is to update you on our journey. It proceeded without incident, at least without any accidents; your friend is as healthy as one can be with a heart so sick. In fact, he even tries to appear outwardly calm. He is ashamed of his condition and forces himself to behave in a certain way in my presence; but everything reveals the hidden turmoil within him. If I pretend not to notice, it is simply to allow him to struggle with these inner conflicts on his own, thereby enabling some of the strength of his soul to be devoted to suppressing the effects of those negative emotions.

He was greatly depressed on the first day; I kept the journey short, realizing that the speed of our progress only intensified his pain. He did not speak to me, nor did I speak to him—indiscerning attempts at consolation only serve to exacerbate severe suffering. Indifference and coldness can easily find words to express themselves, but in times of grief and silence lies the true language of friendship. Yesterday, I began to notice the first signs of the fury that will inevitably follow this state of lethargy. At dinner, less than a quarter of an hour after we had arrived, he approached me with impatience. “Why are we delaying our departure?” he asked, with a bitter smile. “Why stay in her vicinity for even a moment longer?” That evening, he pretended to talk a lot, yet did not mention Julie once. He repeated questions to which I had already answered ten times; he wanted to know if we were already on French territory, and then asked when we would arrive in Vevai. At every stop, the first thing he did was to begin writing a letter, only to tear it up or crumple it moments later. I managed to save two or three of these drafts; from them, you can get some insight into the state of his mind. Nevertheless, I believe he eventually succeeded in completing a whole letter.

The intensity that these initial symptoms indicate is easy to predict; but I cannot say what its effects or duration will be, for it depends on a combination of a person’s character, the nature of their passion, the circumstances that may arise, and countless other factors that no human prudence can foresee. As for me, I can speak with certainty about a person’s anger, but not about their despair; and no matter what happens, every man remains the master of his own life.

However, I hope that he will respect both his own person and my care for him. For this purpose, I rely less on the zeal of friendship—which will surely be present—than on the nature of his passion and the character of his mistress. The soul cannot devote itself intensely and for a long time to one object without developing corresponding tendencies. Julie’s extreme gentleness must surely temper the intensity of the passion she inspires; moreover, I have no doubt that the love of such a passionate man will also give her own nature more vitality than it would otherwise possess.

I also dare to trust in his heart; it is meant for fighting and conquering. A love like his is not so much a weakness as a force that has been misused. A fierce and unhappy passion may, for a time—perhaps forever—distract part of his abilities; but such passion is itself proof of their greatness and of the potential he could harness to cultivate wisdom. For the sublime reason can only be sustained by the same vigor of the soul that gives rise to great passions, and one can serve philosophy properly only with the same intensity as one would devote to a beloved.

Be assured, kind Claire, that I am just as concerned about the fate of this unfortunate couple as you are. Not out of compassion—which might merely be a weakness—but out of respect for justice and order, which demand that each person be placed in the position most beneficial to themselves and society. These two beautiful souls were created by nature for one another; it was in a sweet union, in the embrace of happiness, that they would have been able to wield their talents and practice their virtues, shining as examples for all. Why must some foolish prejudice come along to disrupt these eternal principles and disturb the harmony of sentient beings? Why must the vanity of a barbaric father hide the light under a bushel, causing tender and kind-hearted people—born to wipe away others’ tears—to weep in sorrow? Is not the marital bond the freest and most sacred of all commitments? Indeed, any law that restricts it is unjust; any father who dares to establish or break it is a tyrant. This chaste bond of nature is subject neither to sovereign power nor paternal authority, but solely to the authority of the common Father who commands our hearts and, by ordering us to unite, can compel us to love one another[61].

What does this sacrifice of natural conveniences to the conveniences of public opinion mean? The diversity of fortune and social status disappears and merges within marriage; it has no impact on happiness at all. However, the diversity of temperament and character remains[62], and it is precisely this that determines whether one is happy or unhappy. A child who follows only the guidance of love makes poor choices; a father who relies solely on public opinion makes even worse ones. If a daughter lacks the judgment and experience to discern what is wise and proper in behavior, a good father must surely compensate for this. His right—and indeed his duty—is to say: “My daughter, this man is an honest one, or a scoundrel; he is sensible, or a fool.” These are the considerations that a father must take into account; the judgment of all other matters belongs to the daughter herself. Those who claim that such practices disrupt social order are, in fact, the ones who truly disturb it. If social standing were determined by merit and if the union of hearts were based on mutual choice, that would be the true order of society. Those who determine these things based on birth or wealth are the real disruptors of this order; it is they who should be condemned or punished.

It is therefore the duty of universal justice to rectify such abuses; it is man’s obligation to oppose violence and contribute to maintaining order. And if it were within my power to unite these two lovers despite the interference of a unreasonable old man, do not doubt that I would accomplish this task, without caring for human approval at all.

Ma tu, Julie, oh tu che una volta hai saputo amare, come ha potuto il tuo tenero cuore dimenticare di vivere? Come si è spento in te quel fuoco sacro? Come hai perso il gusto per quei piaceri celesti che solo tu eri in grado di percepire e donare? Mi cacci senza pietà, mi esili con disprezzo, mi abbandoni al mio dispero. E non vedi che, rendendomi infelice, ti privi anche tu della felicità delle tue giornate! Ah, Julie, credimi: cercherai invano un altro cuore che ami il tuo; migliaia di persone ti adoreranno certamente, ma solo il mio cuore sapeva amarti veramente.

Rispondimi ora, amante ingannata o traditrice: che fine hanno fatto quei progetti concepiti con tanto mistero? Dove sono finite quelle vane speranze con cui hai così spesso illuso la mia credulità e semplicità? Dov’è quella unione sacra e desiderata, oggetto di tanti ardenti sospiri, di cui la tua penna e le tue parole alimentavano i miei desideri? Ahimè! Confidando nelle tue promesse, osavo aspirare a quel nome sacro di marito e credevo già di essere l’uomo più felice del mondo. Dimmi, crudelmente: mi hai ingannato soltanto per rendere ancora più intensa la mia sofferenza e più profonda la mia umiliazione? Ho forse attirato i miei mali a causa dei miei errori? Ho mancato di obbedienza, di docilità, di discrezione? Hai forse ritenuto che i miei desideri fossero troppo deboli per meritare di essere accolti, o ho preferito le mie passioni alle tue volontà supreme? Ho fatto di tutto per compiacerti, e tu mi abbandoni! Ti eri assunta il compito di rendere me felice, e invece mi hai distrutto! Ingrate, dimmi cosa ne è stato del dono che ti ho affidato; dimmi cosa ne è stato di me stesso, dopo che ho perso il mio cuore in quella suprema felicità che mi avevi promesso. Angeli del cielo, avrei disprezzato il vostro destino; sarei stato l’uomo più felice dell’universo. Ahimè! Ora non sono più nulla: un istante mi ha privato di tutto. Sono passato senza transizione dall’estremo della gioia all’eterno rimpianto. Ancora riesco a toccare quella felicità che mi sfugge. La tocco ancora, e la perdo per sempre. Ah! Se solo potessi crederci. Se solo i resti di una vana speranza non mi sostentassero ancora. O rocce di Meillerie, che tante volte il mio sguardo confuso ha contemplato. Perché non servite almeno il mio dispero? Avrei sofferto meno per la vita, se solo non ne avessi conosciuto il vero valore.

Lettera II – Di lord Edward a Claire

Arriviamo a Besançon, e la mia prima cura è quella di darvi notizie del nostro viaggio. È stato svolto, se non in modo pacifico, almeno senza incidenti; vostro amico è in ottima salute, per quanto ci si possa aspettare da una persona con un cuore così malato. Anzi, cerca persino di mostrare una certa tranquillità all’esterno. Si vergogna del proprio stato e si sforza molto davanti a me; ma tutto rivela le sue segrete agitazioni. E se fingo di non accorgermene, è per lasciarlo alle prese con se stesso, permettendo così alle forze della sua anima di contrastare gli effetti negativi di quella malattia.

Fu molto depresso il primo giorno; lo feci terminare presto la giornata, visto che la velocità del nostro viaggio aggravava il suo dolore. Non mi parlò, né io a lui: le consolazioni inopportune non fanno altro che peggiorare i dolori intensi. L’indifferenza e la freddezza trovano facilmente parole, ma la tristezza e il silenzio sono allora il vero linguaggio dell’amicizia. Ieri ho iniziato a notare le prime avvisaglie della rabbia che inevitabilmente seguirà questa letargia. A cena, appena eravamo arrivati da un quarto d’ora, mi si avvicinò con aria impaziente: “Perché tardiamo ad partire?”, mi disse con un sorriso amaro; “Perché restiamo ancora così vicini a lei?” La sera fingeva di parlare molto, ma non menzionò mai Julie: ripeté domande alle quali avevo già risposto dieci volte, volle sapere se fossimo già in territorio francese, e poi chiese quando saremmo arrivati a Vevai. La prima cosa che fa in ogni tappa del viaggio è iniziare a scrivere una lettera, che poco dopo strappa o distrugge. Ho salvato dal fuoco due o tre di questi abbozzi; su di essi potrete intravedere lo stato della sua anima. Credo però che sia riuscito a scrivere una lettera completa.

L’impeto che annunciano questi primi sintomi è facile da prevedere; ma non saprei dire quale ne sarà l’effetto e la durata, poiché tutto dipende dalla combinazione del carattere dell’uomo, dal tipo della sua passione, dalle circostanze che possono sorgere, e da mille altri fattori che nessuna prudenza umana può prevedere. Per quanto mi riguarda, posso garantire le sue furie, ma non il suo dispero; e, in ogni caso, ogni uomo rimane sempre padrone della propria vita.

Tuttavia, mi auguro che rispetti sia la sua persona che le mie cure; per questo motivo, conto meno sull’entusiasmo dell’amicizia – che certamente non mancherà – che sul carattere della sua passione e su quello di sua moglie. L’anima difficilmente può dedicarsi con intensità e duratura a un oggetto senza sviluppare atteggiamenti correlati ad esso. La grande dolcezza di Julie dovrebbe mitigare l’intensità del sentimento che suscita; inoltre, non dubito affatto che l’amore di un uomo così appassionato possa donarle, a sua volta, una maggiore vivacità di cui naturalmente sarebbe priva senza di esso.

Oso anche contare sul suo cuore; è fatto per combattere e vincere. Un amore simile al suo non è tanto una debolezza quanto una forza mal utilizzata. Una fiamma ardente e sfortunata è in grado, per un certo tempo, forse per sempre, di assorbire una parte delle sue facoltà; ma essa stessa è una prova della loro eccellenza e del potenziale che egli potrebbe esprimere nel coltivare la saggezza; infatti, la sublime ragione può reggersi solo grazie alla stessa forza dell’anima che genera le grandi passioni, e si serve della filosofia con lo stesso ardore con cui si ama una donna.

Siate certa, cara Claire, che anch’io mi interesso al destino di questa sfortunata coppia non per un sentimento di compassione che potrebbe essere solo una debolezza, ma per considerazioni legate alla giustizia e all’ordine, che vogliono che ognuno venga collocato nel modo più vantaggioso sia per sé stesso che per la società. Queste due belle anime sono nate l’una per l’altra dalle mani della natura; in un’unione dolce, nel seno della felicità, avrebbero potuto, libere di esprimere le loro forze e di praticare le loro virtù, illuminare il mondo con i loro esempi. Perché mai un pregiudizio insensato deve venire a cambiare queste direzioni eternamente stabilite e a disturbare l’armonia degli esseri pensanti? Perché la vanità di un padre barbaro nasconde così la luce sotto il letame, facendo gemere nel pianto cuori teneri e benevoli, nati per asciugare le lacrime altrui? Il legame coniugale non è forse il più libero e il più sacro di tutti gli impegni? Sì, tutte le leggi che lo ostacolano sono ingiuste; tutti i padri che osano crearlo o romperlo sono tiranni. Questo nobile vincolo naturale non è soggetto né al potere sovrano né all’autorità paterna, ma soltanto all’autorità del Padre comune, che sa comandare ai cuori e che, ordinando loro di unirsi, può costringerli ad amarsi[61].

Che significato ha questo sacrificio delle convenienze naturali a quelle dell’opinione pubblica? La diversità di fortuna e di condizione sociale scompare e si confonde nel matrimonio; essa non influisce in alcun modo sul felicità coniugale, mentre la diversità di temperamento e di carattere rimane, ed è proprio questa che determina se una persona sia felice o infelice. Un bambino che segue soltanto il proprio cuore fa scelte sbagliate; un padre che si lascia guidare solo dall’opinione altra ancora di più. Se una figlia manca di ragionevolezza ed esperienza per giudicare la saggezza e i comportamenti delle persone, un buon padre deve certamente supplire a questa mancanza; il suo diritto, anzi il suo dovere, è dire: “Mia figlia, quest’uomo è onesto, o è un furfante; è una persona sensata, o è un pazzo”. Queste sono le convenienze che un padre deve prendere in considerazione; la valutazione di tutto il resto spetta alla figlia stessa. Coloro che gridano che ciò disturberebbe l’ordine sociale, in realtà sono loro stessi a perturbarlo. Che i ranghi sociali siano determinati dal merito e che l’unione tra le persone avvenga sulla base delle scelte personali: questo è il vero ordine sociale. Coloro che lo regolano in base alla nascita o alle ricchezze sono i veri perturbatori di tale ordine; sono loro quelli che bisogna denunciare e punire.

È quindi giusto che tali abusi vengano corretti; è dovere dell’uomo opporsi alla violenza e contribuire all’ordine sociale. E se fosse possibile unire questi due giovani nonostante l’opposizione di un anziano irragionevole, non dubitate che io compiessi in questo modo il volere del cielo, senza curarmi dell’approvazione degli uomini.

Vous êtes plus heureuse, aimable Claire ; vous avez un père qui ne prétend point savoir mieux que vous en quoi consiste votre bonheur. Ce n’est peut-être ni par de grandes vues de sagesse, ni par une tendresse excessive, qu’il vous rend ainsi maîtresse de votre sort ; mais qu’importe la cause si l’effet est le même et si, dans la liberté qu’il vous laisse, l’indolence lui tient lieu de raison ? Loin d’abuser de cette liberté, le choix que vous avez fait à vingt ans aurait l’approbation du plus sage père. Votre coeur, absorbé par une amitié qui n’eut jamais d’égale, a gardé peu de place aux feux de l’amour ; vous leur substituez tout ce qui peut y suppléer dans le mariage : moins amante qu’amie, si vous n’êtes la plus tendre épouse vous serez la plus vertueuse, et cette union qu’a formée la sagesse doit croître avec l’âge et durer autant qu’elle. L’impulsion du coeur est plus aveugle, mais elle est plus invincible : c’est le moyen de se perdre que de se mettre dans la nécessité de lui résister. Heureux ceux que l’amour assortit comme aurait fait la raison, et qui n’ont point d’obstacle à vaincre et de préjugés à combattre. Tels seraient nos deux amants sans l’injuste résistance d’un père entêté. Tels malgré lui pourraient-ils être encore, si l’un des deux était bien conseillé.

L’exemple de Julie et le vôtre montrent également que c’est aux époux seuls à juger s’ils se conviennent. Si l’amour ne règne pas, la raison choisira seule ; c’est le cas où vous êtes : si l’amour règne, la nature a déjà choisi ; c’est celui de Julie. Telle est la loi sacrée de la nature, qu’il n’est pas permis à l’homme d’enfreindre, qu’il n’enfreint jamais impunément, et que la considération des états et des rangs ne peut abroger qu’il n’en coûte des malheurs et des crimes.

Quoique l’hiver s’avance et que j’aie à me rendre à Rome, je ne quitterai point l’ami que j’ai sous ma garde que je ne voie son âme dans un état de consistance sur lequel je puisse compter. C’est un dépôt qui m’est cher par son prix et parce que vous me l’avez confié. Si je ne puis faire qu’il soit heureux, je tâcherai de faire au moins qu’il soit sage, et qu’il porte en homme les maux de l’humanité. J’ai résolu de passer ici une quinzaine de jours avec lui, durant lesquels j’espère que nous recevrons des nouvelles de Julie et des vôtres, et que vous m’aiderez toutes deux à mettre quelque appareil sur les blessures de ce coeur malade, qui ne peut encore écouter la raison que par l’organe du sentiment.

Je joins ici une lettre pour votre amie : ne la confiez, je vous prie, à aucun commissionnaire, mais remettez-la vous-même.

Fragments joints à la lettre précédente

I

Pourquoi n’ai-je pu vous voir avant mon départ ? Vous avez craint que je n’expirasse en vous quittant ? Coeur pitoyable, rassurez-vous. Je me porte bien… je ne souffre pas… je vis encore… je pense à vous… je pense au temps où je vous fus cher… j’ai le coeur un peu serré… la voiture m’étourdit… je me trouve abattu… Je ne pourrai longtemps vous écrire aujourd’hui. Demain peut-être aurai-je plus de force… ou n’en aurai-je plus besoin…

II

Où m’entraînent ces chevaux avec tant de vitesse ? Où me conduit avec tant de zèle cet homme qui se dit mon ami ? Est-ce loin de toi, Julie ? Est-ce par ton ordre ? Est-ce en des lieux où tu n’es pas ?… Ah ! fille insensée !… je mesure des yeux le chemin que je parcours si rapidement. D’où viens-je ? où vais-je ? et pourquoi tant de diligence ? Avez-vous peur, cruels, que je ne coure pas assez tôt à ma perte ? O amitié ! ô amour ! est-ce là votre accord ? sont-ce là vos bienfaits ?…

III

As-tu bien consulté ton coeur en me chassant avec tant de violence ? As-tu pu, dis, Julie, as-tu pu renoncer pour jamais… Non, non : ce tendre coeur m’aime, je le sais bien. Malgré le sort, malgré lui-même, il m’aimera jusqu’au tombeau… Je le vois, tu t’es laissé suggérer[63]… Quel repentir éternel tu te prépares !… Hélas ! il sera trop tard !… Quoi ! tu pourrais oublier… Quoi ! je t’aurais mal connue !… Ah ! songe à toi, songe à moi, songe à… Écoute, il en est temps encore… Tu m’as chassé avec barbarie, je fuis plus vite que le vent… Dis un mot, un seul mot, et je reviens plus prompt que l’éclair. Dis un mot, et pour jamais nous sommes unis : nous devons l’être… nous le serons… Ah ! l’air emporte mes plaintes !… et cependant je fuis ! Je vais vivre et mourir loin d’elle !… Vivre loin d’elle !…

Lettre III – De milord Édouard à Julie

Votre cousine vous dira des nouvelles de votre ami. Je crois d’ailleurs qu’il vous écrit par cet ordinaire. Commencez par satisfaire là-dessus votre empressement, pour lire ensuite posément cette lettre ; car je vous préviens que son sujet demande toute votre attention.

Je connais les hommes ; j’ai vécu beaucoup en peu d’années ; j’ai acquis une grande expérience à mes dépens, et c’est le chemin des passions qui m’a conduit à la philosophie. Mais de tout ce que j’ai observé jusqu’ici je n’ai rien vu de si extraordinaire que vous et votre amant. Ce n’est pas que vous ayez ni l’un ni l’autre un caractère marqué dont on puisse au premier coup d’oeil assigner les différences, et il se pourrait bien que cet embarras de vous définir vous fît prendre pour des âmes communes par un observateur superficiel. Mais c’est cela même qui vous distingue, qu’il est impossible de vous distinguer, et que les traits du modèle commun, dont quelqu’un manque toujours à chaque individu, brillent tous également dans les vôtres. Ainsi chaque épreuve d’une estampe a ses défauts particuliers qui lui servent de caractère ; et s’il en vient une qui soit parfaite, quoiqu’on la trouve belle au premier coup d’oeil, il faut la considérer longtemps pour la reconnaître. La première fois que je vis votre amant, je fus frappé d’un sentiment nouveau qui n’a fait qu’augmenter de jour en jour, à mesure que la raison l’a justifié. À votre égard ce fut tout autre chose encore, et ce sentiment fut si vif que je me trompai sur sa nature. Ce n’était pas tant la différence des sexes qui produisait cette impression, qu’un caractère encore plus marqué de perfection que le coeur sent, même indépendamment de l’amour. Je vois bien ce que vous seriez sans votre ami, je ne vois pas de même ce qu’il serait sans vous : beaucoup d’hommes peuvent lui ressembler, mais il n’y a qu’une Julie au monde. Après un tort que je ne me pardonnerai jamais, votre lettre vint m’éclairer sur mes vrais sentiments. Je connus que je n’étais point jaloux, ni par conséquent amoureux ; je connus que vous étiez trop aimable pour moi ; il vous faut les prémices d’une âme, et la mienne ne serait pas digne de vous.

Dès ce moment je pris pour votre bonheur mutuel un tendre intérêt qui ne s’éteindra point. Croyant lever toutes les difficultés, je fis auprès de votre père une démarche indiscrète, dont le mauvais succès n’est qu’une raison de plus pour exciter mon zèle. Daignez m’écouter, et je puis réparer encore tout le mal que je vous ai fait.

You are happier, kinder, Claire; you have a father who does not pretend to know better than you what makes your happiness. Perhaps it is neither through great wisdom nor through excessive tenderness that he enables you to be the master of your own destiny; but what matters the cause if the effect is the same, and if, within the freedom he grants you, indifference serves as his reason? Far from abusing this freedom, the choice you made at twenty years old would be approved by the wisest father. Your heart, devoted to a friendship that has never had an equal, has little room left for the flames of love; you substitute for them everything that marriage can offer in its place: less an lover than a friend, if not the tenderest wife, you will surely be the most virtuous one. And this union, formed by wisdom, is meant to grow stronger with age and last as long as life itself. The impulse of the heart may be blinder, but it is also more irresistible; resisting it is tantamount to forcing oneself into a situation where one cannot help but yield to it. How fortunate those who are matched by love in just the same way that reason would have done it, and who have no obstacles to overcome or prejudices to fight against! Such would be our two lovers were it not for the unjust resistance of an obstinate father. Yet, even despite his opposition, they might still become such if one of them were properly guided.

The examples of Julie and yours also show that it is solely up to the spouses themselves to decide whether they are suitable for each other. If love does not prevail, reason will make the choice on its own—this is your case. If love prevails, nature has already made the decision—for this is Julie’s situation. Such is the sacred law of nature: it is not permitted for man to violate it, and he can never do so without suffering consequences; moreover, considerations of social status or rank can never override this law, unless it leads to disaster and crime.

Although winter is approaching and I must travel to Rome, I will not leave the friend in my care until I see his soul in a state of stability that allows me to trust him. He is a treasure to me, both for his own worth and because you have entrusted him to me. If I cannot ensure his happiness, at least I will try to make sure he remains wise and that he endures the hardships of human life with the strength of a man. I have decided to spend about fifteen days here with him, during which I hope we will receive news from Julie and you, and that you both will help me to heal the wounds of this wounded heart, which can still only understand reason through the medium of emotion.

I am attaching a letter here for your friend: please do not entrust it to any courier; deliver it in person.

Fragment(s) attached to the preceding letter.

I

Why could I not see you before leaving? Did you fear that I might die as soon as I departed? Poor heart, rest assured. I am doing well. I am not suffering. I am still alive. I think of you. I remember the times when I was dear to you. My heart aches a bit. The journey is dizzying. I feel weak. I will not be able to write to you for much longer today. Perhaps tomorrow I will have more strength, or perhaps I will no longer need it at all.

II

Where are these horses taking me at such a rapid speed? Where is this man, who calls himself my friend, leading me with such zeal? Is it far from you, Julie? Is it by your command? Or is it to places where you are not?. Ah! foolish girl!. I try to gauge the distance I am covering so swiftly. Where do I come from? Where am I going? And why such haste? Are you afraid, you cruel ones, that I might not reach my doom soon enough? Oh friendship! Oh love! Is this your plan? Are these your gifts to me?.

III

“Have you truly examined your heart before driving me away with such violence? Could you have, indeed, Julie, chosen to give up on me forever. No, no—that tender heart of yours still loves me; I know it well. Despite fate, despite everything, it will love me until my death. I see it; you have allowed others to influence you. What eternal regret are you preparing for yourself!. Alas, it will be too late. How? Could you really forget,? How? Then I must have misunderstood you completely. Ah! Think of yourself, think of me. Listen, there is still time. You drove me away with cruelty; I flee faster than the wind. Say just one word, and I will return quicker than lightning. One word, and we will be united forever—we must be. We will be. Ah! The wind carries away my cries. And yet I run away. I shall live and die far from her. Live far from her, ”

Letter III – From Lord Edward to Julie

Your cousin will tell you news about your friend. In fact, I believe he is writing to you at this very moment. First, satisfy your curiosity regarding this matter, and then read the letter carefully; for I warn you that its content requires your full attention.

I know men well; I have lived much in few years; I have acquired great experience at my own cost—and it is the path of passions that led me to philosophy. But of all that I have observed until now, nothing has been so extraordinary as you and your lover. It is not so much that either of you possess a distinctive character whose differences could be immediately discerned at first glance; indeed, such ambiguity might lead a superficial observer to mistake you for ordinary people. Yet it is precisely this very indeterminacy that distinguishes you—this impossibility of defining you clearly—while the common traits that every individual lacks are equally present in you. Just as each printing plate has its own particular flaws that define its character, so too a being as perfect as yours may seem beautiful at first glance but requires careful examination to be truly appreciated. The first time I saw your lover, I was struck by a new feeling that only grew stronger day by day as reason confirmed its validity. As for you, my reaction was entirely different—and such was the intensity of this feeling that I initially misinterpreted it. It was not so much the difference between the sexes that produced this impression, but rather a quality of perfection that the heart perceives even in the absence of love. I can well imagine what you would be like without your friend, but I cannot conceive what he would be like without you. Many men might resemble him, but there is only one Julie in the world. After having committed an act for which I will never forgive myself, your letter finally clarified my true feelings. I realized that I was not jealous—and therefore not in love; I realized that you were far too noble for me; you require the qualities of a truly great soul, and mine is not worthy of you.

From that moment on, I took a tender interest in your mutual happiness, an interest that will never fade. Believing that I had overcome all difficulties, I took an indiscreet step towards your father; the poor outcome of that attempt is merely another reason to strengthen my determination. Please listen to me, and I am still able to make amends for all the harm I have caused you.

Sei più felice, cara Claire; hai un padre che non pretende di sapere meglio di te ciò che costituisce la tua felicità. Forse non è né grazie a grandi intuizioni di saggezza né a una tenerezza eccessiva che lui ti permette di essere padrona del tuo destino; ma che importanza ha la causa, se l’effetto è lo stesso? E se, nella libertà che ti concede, l’indolenza ne fa le veci della ragione? Lontana dall’abusare di questa libertà, la scelta che hai fatto a vent’anni avrebbe l’approvazione del padre più saggio. Il tuo cuore, assorbito da un’amicizia senza pari, ha lasciato poco spazio ai sentimenti d’amore; tu ne sostituisci le fiamme con tutto ciò che può compensarle nel matrimonio: meno amante che amica, se non sei la moglie più tenera, sarai certamente la più virtuosa. Questo legame, formato dalla saggezza, dovrebbe crescere con l’età e durare per sempre. L’impulso del cuore è più cieco, ma anche più invincibile: resistervi significa mettersi nella necessità di perderlo. Fortunati coloro che l’amore unisce come avrebbe fatto la ragione, e che non hanno ostacoli da superare né pregiudizi da combattere. Così sarebbero i nostri due amanti, se non fosse per la resistenza ingiusta di un padre testardo. E così potrebbero essere comunque, anche contro la sua volontà, se uno dei due ricevesse buoni consigli.

Gli esempi di Julie e il vostro dimostrano anch’essi che sono soltanto i coniugi a poter giudicare se si adattano l’uno all’altro. Se l’amore non prevale, sarà la ragione a decidere; è questo il caso vostro: se l’amore domina, allora è già stata la natura a scegliere; è il caso di Julie. Questa è la sacra legge della natura: non è permesso all’uomo violarla, e chi lo fa non sfugge mai alle conseguenze negative; inoltre, considerazioni legate allo status sociale o ai ranghi sociali non possono annullarla, a meno che ciò non comporti disastri e crimini.

Anche se l’inverno avanza e devo recarmi a Roma, non lascerò mai l’amico che ho sotto la mia protezione finché non vedrò il suo spirito in uno stato di stabilità su cui possa fare affidamento. È un tesoro prezioso per me, sia per il suo valore intrinseco che perché me lo avete affidato voi. Se non posso far sì che sia felice, almeno cercherò di far sì che sia saggio e che affronti con dignità le sofferenze umane. Ho deciso di trascorrere qui quindici giorni con lui; durante questo periodo spero di ricevere notizie di Julie e vostre, e che entrambe mi aiutiate a curare le ferite di questo cuore malato, che ancora riesce ad ascoltare la ragione solo attraverso l’emozione.

In allegato troverete una lettera per la vostra amica: vi prego di non affidarla a nessun corriere, ma di consegnarla personalmente.

Fragmenti allegati alla lettera precedente

I

Perché non sono riuscito a vedervi prima di partire? Temevate che potessi morire lasciandovi? Cuore pietoso, tranquillizzatevi: sto bene, non soffro, sono ancora vivo, penso a voi, ricordo i tempi in cui ero caro per voi. Il cuore mi si stringe un po’, il viaggio in carrozza mi stordisce. Mi sento debole. Oggi non riuscirò a scrivervi a lungo. Forse domani avrò più forza, o forse non ne avrò più bisogno.

II

Dove mi portano questi cavalli con tale velocità? Dove mi conduce con tanto zelo quest’uomo che si dice mio amico? È lontano da te, Julie? È per tuo ordine? O forse in luoghi dove tu non sei. Ah! Figlia insensata. Misuro con lo sguardo il cammino che percorro così rapidamente. Da dove vengo? Dove vado? E perché tutta questa fretta? Avete paura, voi crudeli, che io non arrivi abbastanza in fretta alla mia rovina? Oh, amicizia, oh, amore. È questo il vostro piano? È questo il vostro modo di “far del bene”?.

III

Hai davvero consultato il tuo cuore prima di scacciarmi con tanta violenza? Hai davvero potuto, dimmi, Julie, hai davvero potuto rinunciare per sempre a me. No, no: quel tenero cuore mi ama, lo so bene. Nonostante il destino, nonostante tutto, mi amerà fino alla tomba. Lo vedo: ti sei lasciata influenzare da altri. Che eterno rimorso ti prepari! Ahimè, sarà troppo tardi. Come! Potresti dimenticarmi. Come! Mi avresti conosciuta male. Ah! Pensa a te, pensa a me. Ascolta: c’è ancora tempo. Mi hai scacciato con crudeltà; fuggo più velocemente del vento. Dimmi una parola, solo una parola, e tornerò più in fretta che un lampo. Dimmi una parola, e per sempre saremo uniti. Dobbiamo esserlo. Lo saremo. Ah! L’aria porta via le mie lamentele. Eppure fuggo. Vivrò e morirò lontano da lei. Vivere lontano da lei.

Lettera III – Di lord Edward a Julie

Vostro cugino vi darà notizie del vostro amico. Credo inoltre che vi stia scrivendo proprio in questo periodo. Prima di tutto, soddisfate la vostra curiosità riguardo a questa questione, e poi leggete con calma quella lettera; vi avverto infatti che l’argomento trattato richiede tutta la vostra attenzione.

Conosco gli uomini; ho vissuto molto in pochi anni; ho acquisito una grande esperienza a mie spese, ed è proprio il cammino delle passioni che mi ha portato alla filosofia. Ma di tutto ciò che ho osservato fino ad ora, non ho visto nulla di così straordinario come voi e il vostro amante. Non è che uno dei due abbia un carattere particolarmente evidente, dal quale si possano subito individuare le differenze; anzi, questo stesso fatto di non riuscire a definirvi correttamente potrebbe far sì che un osservatore superficiale vi consideri persone comuni. Ma è proprio questa caratteristica indefinibile quella che vi distingue, e che rende impossibile distinguervi dagli altri individui; i tratti tipici di una “norma” umana, che mancano sempre in ogni persona, sono invece tutti presenti in voi. Così come ogni stampa ha i suoi difetti particolari che ne costituiscono il carattere, anche se un esemplare sembra perfetto a prima vista, è necessario osservarlo a lungo per comprenderne veramente la natura. La prima volta che vidi il vostro amante, provai un sentimento nuovo che aumentò giorno dopo giorno, man mano che la ragione lo giustificava sempre di più. Per quanto vi riguarda, fu qualcosa di completamente diverso; quel sentimento era così intenso che per un po’ ne fraintesi la natura. Non era tanto la differenza di sesso a produrre quell’impressione, quanto piuttosto un carattere di perfezione ancora più evidente di quello che il cuore può percepire, anche al di fuori dell’amore stesso. So bene cosa sareste senza il vostro amico, ma non riesco a immaginare cosa sia lui senza di voi: molti uomini potrebbero assomigliargli, ma nel mondo esiste solo una Julie. Dopo un errore che non mi perdonerò mai, la vostra lettera mi ha aiutato a comprendere i miei veri sentimenti. Ho capito che non ero geloso, e quindi nemmeno innamorato; ho capito che eravate troppo preziosa per me. Vi servono le qualità di un’anima vera, e la mia non è degna di voi.

Da quel momento in poi, presi a curarmi con tenerezza del vostro reciproco benessere, un interesse che non si estinguerà mai. Credendo di aver superato tutte le difficoltà, intrapresi nei confronti di vostro padre un’azione indiscreta; il suo insuccesso è solo una ragione in più per rafforzare la mia determinazione. Vi prego, ascoltatemi: posso ancora rimediare a tutto il male che vi ho causato.

Sondez bien votre coeur, ô Julie ! et voyez s’il vous est possible d’éteindre le feu dont il est dévoré. Il fut un temps peut-être où vous pouviez en arrêter le progrès ; mais si Julie, pure et chaste, a pourtant succombé, comment se relèvera-t-elle après sa chute ? Comment résistera-t-elle à l’amour vainqueur, et armé de la dangereuse image de tous les plaisirs passés ? Jeune amante, ne vous en imposez plus, et renoncez à la confiance qui vous a séduite : vous êtes perdue, s’il faut combattre encore : vous serez avilie et vaincue, et le sentiment de votre bonté étouffera par degrés toutes vos vertus. L’amour s’est insinué trop avant dans la substance de votre âme pour que vous puissiez jamais l’en chasser ; il en renforce et pénètre tous les traits comme une eau forte et corrosive, vous n’en effacerez jamais la profonde impression sans effacer à la fois tous les sentiments exquis que vous reçûtes de la nature ; et, quand il ne vous restera plus d’amour, il ne vous restera plus rien d’estimable. Qu’avez-vous donc maintenant à faire, ne pouvant plus changer l’état de votre coeur ? Une seule chose, Julie, c’est de le rendre légitime. Je vais vous proposer pour cela l’unique moyen qui vous reste ; profitez-en tandis qu’il est temps encore ; rendez à l’innocence et à la vertu cette sublime raison dont le ciel vous fit dépositaire, ou craignez d’avilir à jamais le plus précieux de ses dons.

J’ai dans le duché d’York une terre assez considérable, qui fut longtemps le séjour de mes ancêtres. Le château est ancien, mais bon et commode ; les environs sont solitaires, mais agréables et variés. La rivière d’Ouse, qui passe au bout du parc, offre à la fois une perspective charmante à la vue, et un débouché facile aux denrées. Le produit de la terre suffit pour l’honnête entretien du maître, et peut doubler sous ses yeux. L’odieux préjugé n’a point d’accès dans cette heureuse contrée ; l’habitant paisible y conserve encore les moeurs simples des premiers temps, et l’on y trouve une image du Valais décrit avec des traits si touchants par la plume de votre ami ! Cette terre est à vous, Julie, si vous daignez l’habiter avec lui ; et c’est là que vous pourrez accomplir ensemble tous les tendres souhaits par où finit la lettre dont je parle.

Venez, modèle unique des vrais amants, venez, couple aimable et fidèle, prendre possession d’un lieu fait pour servir d’asile à l’amour et à l’innocence ; venez y serrer, à la face du ciel et des hommes, le doux noeud qui vous unit ; venez honorer de l’exemple de vos vertus un pays où elles seront adorées, et des gens simples portés à les imiter. Puissiez-vous en ce lieu tranquille goûter à jamais dans les sentiments qui vous unissent le bonheur des âmes pures ! puisse le ciel y bénir vos chastes feux d’une famille qui vous ressemble ! puissiez-vous y prolonger vos jours dans une honorable vieillesse, et les terminer enfin paisiblement dans les bras de vos enfants ! puissent nos neveux, en parcourant avec un charme secret ce monument de la félicité conjugale, dire un jour dans l’attendrissement de leur coeur : « Ce fut ici l’asile de l’innocence, ce fut ici la demeure des deux amants ! »

Votre sort est en vos mains, Julie ; pesez attentivement la proposition que je vous fais, et n’en examinez que le fond ; car d’ailleurs je me charge d’assurer d’avance et irrévocablement votre ami de l’engagement que je prends ; je me charge aussi de la sûreté de votre départ, et de veiller avec lui à celle de votre personne jusqu’à votre arrivée : là vous pourrez aussitôt vous marier publiquement sans obstacle ; car parmi nous une fille nubile n’a nul besoin du consentement d’autrui pour disposer d’elle-même. Nos sages lois n’abrogent point celles de la nature ; et s’il résulte de cet heureux accord quelques inconvénients, ils sont beaucoup moindres que ceux qu’il prévient. J’ai laissé à Vevai mon valet de chambre, homme de confiance, brave, prudent et d’une fidélité à toute épreuve. Vous pourrez aisément vous concerter avec lui de bouche ou par écrit à l’aide de Regianino, sans que ce dernier sache de quoi il s’agit. Quand il sera temps, nous partirons pour vous aller joindre, et vous ne quitterez la maison paternelle que sous la conduite de votre époux.

Je vous laisse à vos réflexions ; mais, je le répète, craignez l’erreur des préjugés et la séduction des scrupules, qui mènent souvent au vice par chemin de l’honneur. Je prévois ce qui vous arrivera si vous rejetez mes offres. La tyrannie d’un père intraitable vous entraînera dans l’abîme que vous ne connaîtrez qu’après la chute. Votre extrême douceur dégénère quelquefois en timidité : vous serez sacrifiée à la chimère des conditions[64]. Il faudra contracter un engagement désavoué par le coeur. L’approbation publique sera démentie incessamment par le cri de la conscience ; vous serez honorée et méprisable : il vaut mieux être oubliée et vertueuse.

P.-S. — Dans le doute de votre résolution, je vous écris à l’insu de notre ami, de peur qu’un refus de votre part ne vînt détruire en un instant tout l’effet de mes soins.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre V – Réponse

Tes perplexités ne sont que trop bien fondées, ma chère Julie ; je les ai prévues et n’ai pu les prévenir ; je les sens et ne les puis apaiser ; et ce que je vois de pire dans ton état, c’est que personne ne t’en peut tirer que toi-même. Quand il s’agit de prudence, l’amitié vient au secours d’une âme agitée ; s’il faut choisir le bien ou le mal, la passion qui les méconnaît peut se taire devant un conseil désintéressé. Mais ici, quelque parti que tu prennes, la nature l’autorise et le condamne, la raison le blâme et l’approuve, le devoir, se tait ou s’oppose à lui-même ; les suites sont également à craindre de part et d’autre ; tu ne peux ni rester indécise ni bien choisir ; tu n’as que des peines à comparer, et ton coeur seul en est le juge. Pour moi, l’importance de la délibération m’épouvante, et son effet m’attriste. Quelque sort que tu préfères, il sera toujours peu digne de toi ; et ne pouvant ni te montrer un parti qui te convienne, ni te conduire au vrai bonheur, je n’ai pas le courage de décider de ta destinée. Voici le premier refus que tu reçus jamais de ton amie ; et je sens bien, par ce qu’il me coûte, que ce sera le dernier : mais je te trahirais en voulant te gouverner dans un cas où la raison même s’impose silence, et où la seule règle à suivre est d’écouter ton propre penchant.

Ne sois pas injuste envers moi, ma douce amie, et ne me juge point avant le temps. Je sais qu’il est des amitiés circonspectes qui, craignant de se compromettre, refusent des conseils dans les occasions difficiles, et dont la réserve augmente avec le péril des amis. Ah ! tu vas connaître si ce coeur qui t’aime connaît ces timides précautions ! Souffre qu’au lieu de te parler de tes affaires, je te parle un instant des miennes.

Explore your -heart deeply, oh Julie! and see if it is possible to extinguish the fire that consumes it. Perhaps there was a time when you could have stopped its progression; but if Julie, pure and chaste as she was, has still succumbed, how shall she rise again after her fall? How can she resist the victorious love, armed with the dangerous allure of all past pleasures? Young lover, do not impose anything more on yourself, and renounce that confidence which once deceived you: you are lost, if you must fight again; you will be degraded and defeated, and the feeling of your own goodness will gradually extinguish all your virtues. Love has penetrated too deeply into the very essence of your soul for you to ever expel it; it strengthens and permeates every aspect of your being like a powerful and corrosive force. You can never erase its profound influence without also erasing all those delicate sentiments that nature has bestowed upon you. And when love is gone from you, nothing else will be worthy of respect. So what remains for you now, since you cannot change the state of your heart? Only one thing, Julie: to make it legitimate. I shall offer you the only means left; seize it while there is still time. Return innocence and virtue to that (sublime) reason which heaven entrusted to you—otherwise, fear that you will forever degrade its most precious gifts.

In the Duchy of York, I possess a rather considerable estate that was for a long time the residence of my ancestors. The castle is old, but well-maintained and comfortable; the surroundings are peaceful, pleasant, and varied. The Ouse River, which flows at the end of the park, offers both a charming view and convenient means of transporting goods. The income from this land is sufficient to maintain its owner in dignity, and it could even double under his care. In this fortunate region, those hateful prejudices that plague other places do not exist; the peaceful inhabitants still retain the simple customs of early times. Here, you can realize all those tender aspirations mentioned at the end of the letter your friend penned. This land is yours, Julie, if you will deign to live there with him; it is the perfect place for you both to fulfill every cherished dream.

Come, you model of true lovers, come, you loving and faithful couple, and take possession of a place meant to shelter love and innocence; come and bind the sweet knot that unites you in the presence of heaven and mankind; come and set an example of virtue in a land where such virtues will be revered, and among simple people inclined to imitate them. May you here, in this peaceful place, forever enjoy the happiness that binds your hearts in love! May heaven bless your chaste union with a family like yours! May you live a life of honor until old age, and finally pass away peacefully in the arms of your children! May our descendants, as they walk through this monument to conjugal bliss, one day say with heartfelt emotion: “Here was the refuge of innocence; here dwelled two lovers.”

Your fate is in your own hands, Julie; carefully consider the proposal I am making to you, and focus solely on its essence. For I shall ensure, beforehand and irrevocably, that your friend is bound by the commitment I undertake. I will also guarantee the safety of your departure and will work together with him to protect your person until your arrival. There, you will be able to marry publicly without any obstacles, for among us, a unmarried girl does not require anyone else’s consent to dispose of her own life. Our wise laws do not override those of nature; and should this happy arrangement bring about any inconveniences, they are far less severe than the troubles it prevents. I have left my trusted valet, a brave, prudent man of unwavering loyalty, with Vevai. You can easily communicate with him either in person or by written message, with the help of Regianino—without him knowing what the matter is. When the time comes, we will set off to join you, and you shall leave your parental home only under the guidance of your husband.

I leave you to ponder these matters; but once again, beware of the errors born of prejudice and the allure of scruples—these often lead to vice through the guise of honor. I foresee what will happen if you reject my offers. The tyranny of an unyielding father will drag you into abysses that you will only discover after your downfall. Your extreme gentleness sometimes degenerates into timidity; you will be sacrificed to the illusion of certain conditions[64]. You will be forced to make commitments that your heart condemns. Public approval will constantly be contradicted by the voice of your conscience; you will be both honored and despised—better to be forgotten than to live a life of virtue while being disrespected.

P.S. — In doubt about your resolve, I am writing to you without our friend’s knowledge, for fear that a refusal on your part might destroy in an instant all the effect of my efforts.

List of literary works

General list of titles

Letter V – Response

Your perplexities are all too well-founded, my dear Julie; I anticipated them but was unable to prevent them; I feel them but cannot alleviate them. What worries me most about your situation is that no one can help you except yourself. When it comes to prudence, friendship can support a troubled soul; when faced with choosing between good and evil, passion, which fails to recognize the distinction, may be silenced by an impartial advice. But in this case, whatever decision you make, nature both permits and condemns it; reason both criticizes and approves it; duty either remains silent or contradicts itself; the consequences of either choice are equally frightening. You cannot remain indecisive, nor can you make the right choice; you only have pains to compare, and your heart alone is the judge. For me, the importance of deliberation fills me with dread, and its outcome brings me sorrow. Whatever fate you choose, it will always be unworthy of you. And since I am neither able to suggest a course that suits you nor to lead you to true happiness, I do not have the courage to decide your destiny. This is the first refusal your friend has ever given you; and I can tell, from the cost it costs me, that it will also be the last. But to try to guide you in a situation where even reason must remain silent, and where the only rule to follow is to listen to your own inclinations, would mean betraying you.

Do not be unjust to me, my dear friend, and do not judge me before it is time. I know that there are cautious friendships that, fearing to compromit themselves, refuse to offer advice in difficult times, and whose reserve grows greater as the danger posed to their friends increases. Ah! You will soon discover whether this heart that loves you practices such timid precautions! Please forgive me if, instead of talking about your affairs, I spend a moment telling you about mine.

Esamina attentamente il tuo cuore, o Julie! E vedi se è possibile spegnere il fuoco che lo divora. Forse un tempo era ancora possibile fermare la sua avanzata; ma se Julie, pura e casta, è pur caduta, come potrà rialzarsi dopo questa rovina? Come resisterà all’amore vittorioso, armato dell’immagine pericolosa di tutti i piaceri passati? Giovane amante, non costringerti più oltre, e rinuncia a quella fiducia che ti ha sedotta: sei perduta, se devi ancora combattere; sarai umiliata e sconfitta, e il sentimento della tua bontà soffocherà gradualmente tutte le tue virtù. L’amore si è insinuato troppo profondamente nella sostanza del tuo anima per poterlo mai scacciare; lo rafforza e penetra in ogni sua parte come un’acqua forte e corrosiva: non potrai mai cancellare l’impronta profonda che ha lasciato, senza distruggere al contempo tutti i sentimenti delicati che la natura ti ha donato. E quando non ti resterà più amore, non ti resterà più nulla di prezioso. Che cosa puoi dunque fare ora, se non puoi cambiare lo stato del tuo cuore? Una sola cosa, Julie: renderlo legittimo. Ti propongo l’unico mezzo che ti rimane; approfittane finché è ancora possibile. Restituisci all’innocenza e alla virtù quella sublime missione di cui il cielo ti ha fatta depositaria, o temi di umiliare per sempre il dono più prezioso che possiedi.

Nel ducato di York possiedo una tenuta piuttosto considerevole, che per lungo tempo è stata la residenza dei miei antenati. Il castello è antico, ma in buone condizioni e comodo da abitare; i dintorni sono solitari, ma piacevoli e variegati. Il fiume Ouse, che scorre alla fine del parco, offre sia una vista incantevole che un facile mezzo per il trasporto delle merci. I prodotti della terra sono sufficienti a garantire un onesto sostentamento al proprietario, e possono addirittura raddoppiarsi sotto i suoi occhi. In questa felice regione non esistono quegli odiosi pregiudizi; gli abitanti conservano ancora le semplici usanze dei tempi antichi, e lì si può ritrovare quell’immagine del Vallese descritta con tali toccanti parole dalla penna di vostro amico! Questa tenuta è vostra, Julie, se vorrete abitarvi insieme a lui; ed è lì che potrete realizzare insieme tutti quei teneri desideri di cui parlo nella lettera che vi ho inviato.

Venite, modello unico di veri amanti, venite, coppia amorevole e fedele, per prendere possesso di un luogo destinato ad essere rifugio per l’amore e l’innocenza; venite qui, davanti al cielo e agli uomini, a stringere il dolce legame che vi unisce; venite a onorare con l’esempio delle vostre virtù una terra dove queste saranno amate, e persone semplici incline ad imitarle. Possiate in questo luogo tranquillo godere per sempre, nei sentimenti che vi uniscono, della felicità delle anime pure! Possa il cielo benedire qui i vostri casti affetti, in una famiglia che vi assomiglia! Possiate trascorrervi gli anni in una onorevole vecchiaia, e concluderli infine serenamente tra le braccia dei vostri figli! Possano i nostri nipoti, attraversando con un segreto incanto questo monumento della felicità coniugale, dire un giorno, con commozione nel cuore: «Qui fu il rifugio dell’innocenza, qui dimorarono due amanti!»

Il vostro destino è nelle vostre mani, Julie; ponderate attentamente la proposta che vi faccio, esaminandone soltanto il contenuto, poiché io mi occuperò personalmente di garantire in modo irrevocabile al vostro amico l’impegno che sto assumendo; mi assumerò anche la responsabilità della vostra sicura partenza e veglierò insieme a lui sulla vostra incolumità fino al vostro arrivo. Lì potrete immediatamente sposarvi pubblicamente senza alcun ostacolo, poiché tra di noi una ragazza nubile non ha bisogno del consenso altrui per disporre di sé stessa. Le nostre sagge leggi non abrogano quelle della natura; e se da questo felice accordo dovessero derivare alcuni inconvenienti, questi sarebbero molto minori rispetto a quelli che esso evita. Ho lasciato a Vevai il mio valletto di camera, un uomo di fiducia, coraggioso, prudente e fedele sotto ogni prova. Potrete facilmente consultarvi con lui di persona o per iscritto, con l’aiuto di Regianino, senza che quest’ultimo venga a sapere di cosa si tratta. Quando sarà il momento giusto, partiremo per raggiungervi; e voi lascerete la casa paterna soltanto sotto la guida del vostro marito.

Vi lascio alle vostre riflessioni; ma vi ripeto: temete l’errore dei pregiudizi e la seduzione dei rimorsi, che spesso portano al vizio attraverso la strada dell’onore. Prevedo ciò che vi accadrà se rifiuterete le mie offerte. La tirannia di un padre intransigente vi trascinerà nell’abisso, che conoscerete solo dopo essere cadute. La vostra estrema dolcezza a volte degenera in timidezza: verrete sacrificata alla chimera delle convenzioni sociali[64]. Dovrete assumere impegni che il vostro cuore non approva. L’approvazione pubblica verrà costantemente contraddetta dal grido della coscienza; verrete onorate, ma disprezzate. È meglio essere dimenticate, ma virtuose.

P.S. — Nel dubbio riguardo alla vostra determinazione, vi scrivo senza che il nostro amico lo sappia, per paura che un rifiuto da parte vostra possa distruggere in un istante tutto l’effetto dei miei sforzi.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera V – Risposta

Le tue perplessità sono fin troppo fondate, cara Julie; le avevo previste, ma non ho potuto impedirle; le percepisco, ma non riesco a placarle. E ciò che trovo più preoccupante nella tua situazione è che nessuno può aiutarti se non tu stessa. Quando si tratta di prudenza, l’amicizia viene in soccorso di un’anima agitata; quando bisogna scegliere tra il bene e il male, la passione, che li ignora, può tacere davanti a un consiglio disinteressato. Ma in questo caso, qualunque decisione tu prenda, la natura la autorizza o la condanna, la ragione la biasima o la approva, il dovere tace o si oppone a essa stesso; le conseguenze sono ugualmente temibili da entrambe le parti. Non puoi rimanere indecisa, né scegliere correttamente. Hai solo dolori da confrontare, e soltanto il tuo cuore ne è il giudice. Per me, l’importanza di questa riflessione mi spaventa, e i suoi effetti mi rattristano. Qualunque destino tu preferisca, sarà sempre poco degno di te. E non potendo né indicarti una scelta che ti convenga, né guidarti verso il vero felicità, non ho il coraggio di decidere del tuo destino. Questo è il primo rifiuto che la tua amica abbia mai ricevuto. E so bene, dal dolore che provo, che sarà anche l’ultimo. Ma tradirei te stessa se cercassi di guidarti in una situazione in cui persino la ragione deve tacere, e in cui l’unica regola da seguire è ascoltare il tuo stesso istinto.

Non essere ingiusta con me, mia dolce amica, e non giudicarmi prima del tempo. So che esistono amicizie caute che, temendo di compromettersi, rifiutano di offrire consigli nelle situazioni difficili; la loro riservatezza aumenta addirittura con il pericolo che potrebbero correre gli amici. Ah! Scoprirai presto se questo cuore che ti ama segue davvero queste caute precauzioni. Perdonami se, invece di parlarti delle tue faccende, ti parlo per un momento delle mie.

N’as-tu jamais remarqué, mon ange, à quel point tout ce qui t’approche s’attache à moi ? Qu’un père et une mère chérissent une fille unique, il n’y a pas, je le sais, de quoi s’en fort étonner ; qu’un jeune homme ardent s’enflamme, pour un objet aimable, cela n’est pas plus extraordinaire. Mais qu’à l’âge mûr, un homme aussi froid que M. de Wolmar s’attendrisse, en te voyant, pour la première fois de sa vie ; que toute une famille t’idolâtre unanimement ; que tu sois chère à mon père, cet homme si peu sensible, autant et plus peut-être que ses propres enfants ; que les amis, les connaissances, les domestiques, les voisins, et toute une ville entière, t’adorent de concert et prennent à toi le plus tendre intérêt : voilà ma chère, un concours moins vraisemblable, et qui n’aurait point lieu s’il n’avait en ta personne quelque cause particulière. Sais-tu bien quelle est cette cause ? Ce n’est ni ta beauté, ni ton esprit, ni ta grâce, ni rien de tout ce qu’on entend par le don de plaire : mais c’est cette âme tendre et cette douceur d’attachement qui n’a point d’égale ; c’est le don d’aimer, mon enfant, qui te fait aimer. On peut résister à tout, hors à la bienveillance ; et il n’y a point de moyen plus sûr d’acquérir l’affection des autres, que de leur donner la sienne. Mille femmes sont plus belles que toi ; plusieurs ont autant de grâce ; toi seule as, avec les grâces, je ne sais quoi de plus séduisant qui ne plaît pas seulement mais qui touche et qui fait voler tous les coeurs au-devant du tien. On sent que ce tendre coeur ne demande qu’à se donner, et le doux sentiment qu’il cherche le va chercher à son tour.

Tu vois par exemple avec surprise l’incroyable affection de milord Édouard pour ton ami ; tu vois son zèle pour ton bonheur ; tu reçois avec admiration ses offres généreuses ; tu les attribues à la seule vertu : et ma Julie de s’attendrir ! Erreur, abus, charmante cousine ! À Dieu ne plaise que j’atténue les bienfaits de milord Édouard, et que je déprise sa grande âme ! Mais, crois-moi, ce zèle, tout pur qu’il est, serait moins ardent, si, dans la même circonstance, il s’adressait à d’autres personnes. C’est ton ascendant invincible et celui de ton ami qui, sans même qu’il s’en aperçoive, le déterminent avec tant de force, et lui font faire par attachement ce qu’il croit ne faire que par honnêteté.

Voilà ce qui doit arriver à toutes les âmes d’une certaine trempe ; elles transforment, pour ainsi dire, les autres en elles-mêmes ; elles ont une sphère d’activité dans laquelle rien ne leur résiste : on ne peut les connaître sans les vouloir imiter, et de leur sublime élévation elles attirent à elles tout ce qui les environne. C’est pour cela, ma chère, que ni toi ni ton ami ne connaîtrez peut-être jamais les hommes ; car vous les verrez bien plus comme vous les ferez, que comme ils seront d’eux-mêmes. Vous donnerez le ton à tous ceux qui vivront avec vous ; ils vous fuiront ou vous deviendront semblables, et tout ce que vous aurez vu n’aura peut-être rien de pareil dans le reste du monde.

Venons maintenant à moi, cousine, à moi qu’un même sang, un même âge, et surtout une parfaite conformité de goûts et d’humeurs, avec des tempéraments contraires, unit à toi dès l’enfance.

Congiunti eran gl’ albergbi,

Ma più congiunti i cuori :

Conforme era l’etate,

Ma ‘l pensier più conforme [65]

Que penses-tu qu’ait produit sur celle qui a passé sa vie avec toi cette charmante influence qui se fait sentir à tout ce qui t’approche ? Crois-tu qu’il puisse ne régner entre nous qu’une union commune ? Mes yeux ne te rendent-ils pas la douce joie que je prends chaque jour dans les tiens en nous abordant ? Ne lis-tu pas dans mon coeur attendri le plaisir de partager tes peines et de pleurer avec toi ? Puis-je oublier que, dans les premiers transports d’un amour naissant, l’amitié ne te fut point importune, et que les murmures de ton amant ne purent t’engager à m’éloigner de toi, et à me dérober le spectacle de ta faiblesse ? Ce moment fut critique, ma Julie ; je sais ce que vaut dans ton coeur modeste le sacrifice d’une honte qui n’est pas réciproque. Jamais je n’eusse été ta confidente si j’eusse été ton amie à demi, et nos âmes se sont trop bien senties en s’unissant pour que rien les puisse désormais séparer.

Qu’est-ce qui rend les amitiés si tièdes et si peu durables entre les femmes, je dis entre celles qui sauraient aimer ? Ce sont les intérêts de l’amour, c’est l’empire de la beauté ; c’est la jalousie des conquêtes : or, si rien de tout cela nous eût pu diviser, cette division serait déjà faite. Mais quand mon coeur serait moins inepte à l’amour, quand j’ignorerais que vos feux sont de nature à ne s’éteindre qu’avec la vie, ton amant est mon ami, c’est-à-dire mon frère : et qui vit jamais finir par l’amour une véritable amitié ? Pour M. d’Orbe, assurément il aura longtemps à se louer de tes sentiments, avant que je songe à m’en plaindre, et je ne suis pas plus tentée de le retenir par force, que toi de me l’arracher. Eh ! mon enfant, plût au ciel qu’au prix de son attachement, je te pusse guérir du tien ! Je le garde avec plaisir, je le céderais avec joie.

À l’égard des prétentions sur la figure, j’en puis avoir tant qu’il me plaira ; tu n’es pas fille à me les disputer, et je suis bien sûre qu’il ne t’entra de tes jours dans l’esprit de savoir qui de nous deux est la plus jolie. Je n’ai pas été tout à fait si indifférente ; je sais là-dessus à quoi m’en tenir, sans en avoir le moindre chagrin. Il me semble même que j’en suis plus fière que jalouse ; car enfin les charmes de ton visage, n’étant pas ceux qu’il faudrait au mien, ne m’ôtent rien de ce que j’ai, et je me trouve encore belle de ta beauté, aimable de tes grâces, ornée de tes talents : je me pare de toutes tes perfections, et c’est en toi que je place mon amour-propre le mieux entendu. Je n’aimerais pourtant guère à faire peur pour mon compte, mais je suis assez jolie pour le besoin que j’ai de l’être. Tout le reste m’est inutile, et je n’ai pas besoin d’être humble pour te céder.

Tu t’impatientes de savoir à quoi j’en veux venir. Le voici. Je ne puis te donner le conseil que tu me demandes, je t’en ai dit la raison : mais le parti que tu prendras pour toi, tu le prendras en même temps pour ton amie ; et quel que soit ton destin, je suis déterminée à le partager. Si tu pars, je te suis ; si tu restes, je reste : j’en ai formé l’inébranlable résolution ; je le dois, rien ne m’en peut détourner. Ma fatale indulgence a causé ta perte ; ton sort doit être le mien ; et puisque nous fûmes inséparables dès l’enfance, ma Julie, il faut l’être jusqu’au tombeau.

Tu trouveras, je le prévois, beaucoup d’étourderie dans ce projet : mais, au fond, il est plus sensé qu’il ne semble ; et je n’ai pas les mêmes motifs d’irrésolution que toi. Premièrement, quant à ma famille, si je quitte un père facile, je quitte un père assez indifférent, qui laisse faire à ses enfants tout ce qui leur plaît, plus par négligence que par tendresse : car tu sais que les affaires de l’Europe l’occupent beaucoup plus que les siennes, et que sa fille lui est moins chère que la Pragmatique. D’ailleurs, je ne suis pas comme toi fille unique ; et avec les enfants qui lui resteront, à peine saura-t-il s’il lui en manque un.

J’abandonne un mariage prêt à conclure ? Manco male, ma chère ; c’est à M. d’Orbe, s’il m’aime, à s’en consoler. Pour moi, quoique j’estime son caractère, que je ne sois pas sans attachement pour sa personne, et que je regrette en lui un fort honnête homme, il ne m’est rien auprès de ma Julie. Dis-moi, mon enfant, l’âme a-t-elle un sexe ? En vérité, je ne le sens guère à la mienne. Je puis avoir des fantaisies, mais fort peu d’amour. Un mari peut m’être utile, mais il ne sera jamais pour moi qu’un mari ; et de ceux-là, libre encore et passable comme je suis, j’en puis trouver un par tout le monde.

Have you ever noticed, my dear, how everything that comes near you seems to be connected with me? That a father and mother cherish their only daughter is nothing extraordinary, I know; that a young man becomes passionate for someone he loves is also not unusual. But that, at an advanced age, a man as cold-hearted as Mr. de Wolmar should soften upon seeing you for the first time in his life; that an entire family should adore you unanimously; that you are so dear to my father, a man who is usually so indifferent, perhaps even more so than to his own children; that friends, acquaintances, servants, neighbors, and an entire city should all love you together and take such tender interest in you—my dear, such a coincidence seems even less likely, and it could never have happened if there were not some special reason connected with you. Do you know what that reason is? It is neither your beauty nor your intellect nor your grace, nor anything that can be called the ability to please others; it is that tender soul and that gentle affection which are unparalleled; it is the gift of loving, my child, which makes you loved. One can resist everything except kindness; and there is no surer way to win the affection of others than to give them one’s own. There are thousands of women more beautiful than you; many possess equal grace; but only you have, in addition to these qualities, something even more captivating—something that not only pleases, but touches and draws all hearts toward you. One can feel that this tender heart is ready to give itself wholeheartedly, and the gentle feelings it seeks will come to find it in return.

For instance, you are surprised by the incredible affection Lord Edward shows for your friend; you see his zeal for your happiness; you receive with admiration his generous offers, and you attribute them solely to virtue. And yet, my dear Julie, how mistaken you are! Error, dear cousin—may God never cause me to diminish the merits of Lord Edward or despise his noble character! But believe me, this zeal, as pure as it is, would be less intense if, under the same circumstances, it were directed towards other people. It is your undeniable influence, and that of your friend, that, without him even realizing it, guide him so powerfully, causing him to act out of affection rather than mere honesty.

Such is the fate of all souls of a certain temperament; they transform others, so to speak, into themselves; they possess a sphere of influence within which nothing can resist them: one cannot understand them without wishing to imitate them, and their sublime elevation draws toward them everything around them. For this reason, my dear, neither you nor your friend will perhaps ever truly understand human beings; for you will see them more as you create them than as they truly are. You will set the tone for all those who live with you; they will either flee from you or become like you, and what you have witnessed may well be unique in the entire world.

Now let us turn to me, my cousin—me, who, sharing the same blood, the same age, and above all, a perfect harmony of tastes and moods, though with contrasting temperaments, has been united to you since childhood.

The hosts were kind and generous.

May our hearts be ever more united:

As was the case at that time.

My most consistent thought. [65]

What do you think influenced her so deeply, someone who spent her entire life with you, that this charming effect is evident in everything that comes near you? Do you believe that there can be anything other than a deep and common bond between us? Don’t my eyes reflect the joy I feel every day when I look into yours as we meet? Can’t you see in my tender heart the desire to share your sorrows and weep with you? How could I forget how, in the early moments of our budding love, friendship never seemed to be a burden to you, and how the whispers of your lover could not persuade you to turn away from me or hide from me the sight of your weakness? That moment was crucial, my Julie; I know what such a sacrifice—of a shame that is not mutual—means in your modest heart. I would never have become your confidante if I had been merely your friend; our souls connected so deeply that nothing can ever separate us now.

What is it that makes friendships between women—especially those who would know how to love—so lukewarm and so short-lived? It is the pursuit of love itself, it is the realm of beauty, it is the jealousy that arises from competition in attracting affection. Yet if any of these things could ever cause us to separate, such a separation would have already taken place. But if my heart were less inept at loving, if I did not know that your affections are destined to fade with life itself, then your lover would be both my friend and my brother—yet who has ever seen a true friendship end because of love? As for Monsieur d’Orbe, surely he will have much reason to rejoice in your feelings before I ever think of complaining about them. And I am just as little inclined to hold him against his will as you are to tear me away from him. Ah, my child! May heaven allow me to cure you of your infatuation at the cost of his devotion! I would keep him gladly; I would give him away with joy.

As for those claims regarding my appearance, I can have as many as I please; you are not the kind of person to dispute them with me, and I am quite certain that not once in your life has it occurred to you to wonder who of us two is the more beautiful. I haven’t been entirely indifferent, though; I know exactly what my place is in this regard, without feeling the slightest regret. In fact, I even feel more proud than jealous about it; for after all, the charms of your face, since they are not what mine ought to be, do not take away anything from what I possess. I still consider myself beautiful because of your beauty, charming because of your graces, and endowed with your talents. I embrace all your perfections, and it is in you that I place my self-esteem in the truest sense. However, I would hardly want to be the cause of anyone’s fear on my own account, but I am pretty enough for the need I have of being so. Everything else is useless to me; I don’t need to be humble in order to yield to you.

You are impatient to know what I have in mind. Here it is: I cannot give you the advice you ask me for; I have already told you why. But whatever decision you make for yourself, you will also be making it for your friend; and whatever your fate may be, I am determined to share it with you. If you leave, I will follow you; if you stay, I will stay too. I have made this firm resolution; I owe it to you, and nothing can make me change my mind. My fatal indulgence caused your downfall; your destiny must now be mine. And since we have been inseparable since childhood, my Julie, we must remain so until our last breath.

You will find, I expect, a great deal of imprudence in this plan; but in truth, it is more sensible than it appears to be. Moreover, I do not share your indecision. First of all, as for my family, if I leave behind a father who is easy-going, I am also leaving behind a father who is quite indifferent, one who allows his children to do whatever they please—more out of negligence than out of affection. You know that European affairs occupy him far more than his own family; his daughter means less to him than the Treaty of Prague. Besides, I am not like you, being an only child. With the children who will remain, he hardly even realize if one of them is missing.

To abandon a marriage that is about to be concluded? Not at all, my dear; it’s up to Mr. d’Orbe—if he loves me—to console himself. As for me, although I respect his character, and am not without feelings for him as a person, and regret that he is such a decent man, he means nothing to me compared to my Julie. Tell me, my child, does the soul have a gender? Honestly, I don’t really feel it in my own soul. I may have some whims, but very little love. A husband might be useful to me, but for me, he would never be anything more than a husband; and among such men—being as free and passable as I am—I could find one anywhere.

Mia cara, non hai mai notato quanto tutto ciò che ti avvicina si attacchi a me? Che un padre e una madre amino una figlia unica. Non c’è nulla di sorprendente in questo; che un giovane uomo si infiammi per un oggetto amabile. Nemmeno questo è straordinario. Ma che, in età matura, un uomo freddo come il signor de Wolmar si commuova vedendoti, per la prima volta nella sua vita; che un’intera famiglia ti idolatri unanimemente; che tu sia tanto cara a mio padre, quell’uomo così poco sensibile. Forse ancora di più dei suoi stessi figli; che amici, conoscenti, domestici, vicini, e un’intera città ti adorino tutti insieme e provino per te il sentimento più tenero. Questo, mia cara, è un concorso di affetti meno probabile. E non avrebbe mai avuto luogo se in te non ci fosse una causa particolare. Sai qual è questa causa? Non è la tua bellezza, né il tuo spirito, né la tua grazia. Ma quella tenera anima, quel dolce sentimento di affetto che non ha eguali; è il dono dell’amare, mio bambino. È questo che ti fa amare. Si può resistere a tutto, tranne alla benevolenza; e non c’è modo più sicuro per conquistare l’affetto degli altri, se non è quello di dar loro il proprio. Mille donne sono più belle di te; molte hanno altrettanta grazia. Ma solo tu possiedi, oltre alle grazie, qualcosa di ancora più affascinante. Qualcosa che non piace semplicemente, ma che tocca il cuore e attira tutti i cuori verso di te. Si sente che questo tenero cuore non chiede altro che donarsi. E quel dolce sentimento che cerca, a sua volta, lo trova in te.

Vedi, ad esempio, con sorpresa l’incredibile affetto di milord Edward per il tuo amico; noti la sua premura per la tua felicità; ricevi con ammirazione le sue generose offerte, e le attribuisci alla sola virtù. E mia cara Julie, come puoi non commuoverti! Errore, abuso, adorabile cugina. Per Dio, che io non minimizzassi i meriti di milord Edward o disprezzassi la sua nobile anima! Ma credimi: questa premura, per quanto pura, sarebbe meno intensa se, nella stessa situazione, si rivolgesse ad altre persone. È il tuo ascendente invincibile, e quello del tuo amico, che, senza nemmeno che lui se ne renda conto, lo determinano con tanta forza, e lo spingono a compiere queste azioni per affetto, anche se lui crede di farlo soltanto per onestà.

Ecco ciò che deve accadere a tutte le anime di una certa tempra: esse trasformano, per così dire, gli altri in se stesse; possiedono un ambito di attività nel quale nulla può resistere loro: non si possono conoscere senza volerle imitare, e dalla loro sublime elevatezza attraggono a sé tutto ciò che le circonda. È per questo motivo, cara mia, che né tu né il tuo amico conoscerete probabilmente mai veramente gli uomini; perché li vedrete molto di più come li farete voi stessi, che come sono realmente. Darete il tono a tutti coloro che vivranno con voi: o vi fuggiranno o diventeranno simili a voi, e tutto ciò che avrete visto potrebbe non avere alcun equivalente nel resto del mondo.

Ora veniamo a me, cugina: io stesso, che con te condivido lo stesso sangue, la stessa età, e soprattutto una perfetta affinità di gusti e umori – nonostante temperamenti diversi – mi unisco a te fin dall’infanzia.

Gli ostelli erano collegati tra loro.

Ma quanto più i cuori sono uniti.

A seconda dell’età.

Ma il pensiero più in linea con.

Cosa pensi che abbia prodotto su di lei, quella che ha trascorso la sua vita con te, quell’influenza incantevole che si percepisce in tutto ciò che ti circonda? Credi davvero che possa esistere tra noi soltanto un legame comune? I miei occhi non ti rivelano forse la dolce gioia che provo ogni giorno nel guardare i tuoi, quando ci incontriamo? Non leggi nel mio cuore commosso il desiderio di condividere le tue sofferenze e di piangere insieme a te? Come potrei dimenticare che, nei primi momenti di un amore nascente, l’amicizia non ti fu mai un ostacolo, e che i sussurri del tuo amante non riuscirono a convincerti ad allontanarmi da te o a privarmi della possibilità di vedere la tua debolezza? Quel momento fu decisivo, mia Julie. So quanto valga nel tuo cuore modesto il sacrificio di un’onore che non è reciproco. Non sarei mai diventata la tua confidente se fossi stata soltanto tua amica a metà. Le nostre anime si sono sentite troppo unite per poter essere separate da nulla ormai.

Che cosa rende le amicizie tra donne così tiepide e poco durature, soprattutto tra quelle che sanno amare? Sono gli interessi legati all’amore, l’egemonia della bellezza, la gelosia derivante dalle conquiste. E se nulla di tutto ciò potesse dividerci, questa separazione sarebbe già avvenuta. Ma se il mio cuore fosse meno inadatto all’amore, se non sapessi che i tuoi sentimenti sono destinati ad estinguersi solo con la vita. Allora il tuo amante sarebbe anche mio amico, cioè mio fratello. E chi mai ha visto finire un vero legame d’amicizia a causa dell’amore? Per quanto riguarda Monsieur d’Orbe, sicuramente dovrà ringraziarti a lungo per i tuoi sentimenti, prima che io pensi di lamentarmene. E non sono affatto tentata di trattenerlo con la forza, proprio come tu non sei tentata di strapparmelo via. Oh, mia cara. Se solo il cielo potesse permettermi di guarirti dal tuo amore, a scapito del suo! Lo terrò volentieri. Lo cederò con gioia.

Per quanto riguarda le pretese legate al mio aspetto fisico, ne posso fare quante ne desidero; tu non sei certo la persona adatta a contestarle, e sono assolutamente certa che in tutta la tua vita non ti sia mai passato per la mente di sapere chi dei due sia più bella. In realtà non sono stata del tutto indifferente. So bene quale sia la mia posizione al riguardo, senza provare alcun dolore. Anzi, mi sembra di esserne più orgogliosa che gelosa: poiché i tratti del tuo viso, pur non essendo quelli adatti al mio, non mi tolgono nulla di ciò che ho. E mi ritrovo ancora bella grazie alla tua bellezza, affascinante per le tue grazie, arricchita dai tuoi talenti. Mi considero completa grazie a tutte le tue perfezioni. Ed è in te che ripongo il mio orgoglio nel senso più autentico del termine. Tuttavia, non mi piacerebbe affatto dover temere per me stessa. Ma sono abbastanza bella per soddisfare le esigenze che ho in questo senso. Il resto non mi è affatto necessario. E non ho certo bisogno di essere umile per cederti il posto.

Sei impaziente di sapere a cosa intendo arrivare. Ecco: non posso darti il consiglio che mi chiedi; ti ho già spiegato il motivo per cui non posso farlo. Ma la decisione che prenderai per te, la prenderai anche per la tua amica; e qualunque sia il tuo destino, sono decisa a condividerlo con te. Se parti, verrò con te; se resti, rimarrò anch’io. Ne ho preso la risoluzione irrevocabile; lo devo fare. Niente può distogliermi da questo dovere. La mia fatale indulgenza ha causato la tua perdita. Il tuo destino deve essere il mio. E poiché siamo state inseparabili fin dall’infanzia, Julie mia, dobbiamo rimanerlo fino alla tomba.

Prevedo che in questo progetto troverai molte cose assurde; ma, in fondo, è più sensato di quanto sembri. E non ho gli stessi motivi di indecisione che tu. Prima di tutto, per quanto riguarda la mia famiglia: se lascio un padre indulgente, lascio anche un padre piuttosto indifferente, che permette ai suoi figli di fare ciò che vogliono, più per negligenza che per affetto; sai bene che gli affari d’Europa lo occupano molto di più delle sue stesse faccende, e che sua figlia non gli è così cara quanto la “Pragmatica”. Inoltre, io non sono come te: non sono l’unica figlia. E con i figli che gli rimarranno, a malapena si accorgerà se ne manca uno.

Devo abbandonare un matrimonio sul punto di concludersi? Meno male, cara. Sarà M. d’Orbe, se mi ama, a consolarsi per questo. Per quanto apprezzi il suo carattere e non sia priva di affetto per lui, e pur riconoscendo in lui un uomo molto onesto, lui non rappresenta nulla rispetto a Julie. Dimmi, mia cara: l’anima ha forse un sesso? Onestamente, non lo sento affatto nella mia. Posso avere delle fantasie, ma molto poco amore. Un marito potrebbe essermi utile. Ma per me non sarà mai altro che un marito; e di quelli, essendo ancora libera e passabile come sono, ne posso trovare uno ovunque.

Prends bien garde, cousine, que, quoique je n’hésite point, ce n’est pas à dire que tu ne doives point hésiter, et que je veuille t’insinuer à prendre le parti que je prendrai si tu pars. La différence est grande entre nous, et tes devoirs sont beaucoup plus rigoureux que les miens. Tu sais encore qu’une affection presque unique remplit mon coeur, et absorbe si bien tous les autres sentiments, qu’ils y sont comme anéantis. Une invincible et douce habitude m’attache à toi dès mon enfance ; je n’aime parfaitement que toi seule, et si j’ai quelque lien à rompre en te suivant, je m’encouragerai par ton exemple. Je me dirai, j’imite Julie, et me croirai justifiée.

Lettre VI – De Julie à milord Édouard

Votre lettre, milord, me pénètre d’attendrissement et d’admiration. L’ami que vous daignez protéger n’y sera pas moins sensible, quand il saura tout ce que vous avez voulu faire pour nous. Hélas ! il n’y a que les infortunés qui sentent le prix des âmes bienfaisantes. Nous ne savons déjà qu’à trop de titres tout ce que vaut la vôtre, et vos vertus héroïques nous toucheront toujours, mais elles ne nous surprendront plus.

Qu’il me serait doux d’être heureuse sous les auspices d’un ami si généreux, et de tenir de ses bienfaits le bonheur que la fortune m’a refusé ! Mais, milord, je le vois avec désespoir, elle trompe vos bons desseins ; mon sort cruel l’emporte sur votre zèle, et la douce image des biens que vous m’offrez ne sert qu’à m’en rendre la privation plus sensible. Vous donnez une retraite agréable et sûre à deux amants persécutés ; vous y rendez leurs feux légitimes, leur union solennelle ; et je sais que sous votre garde j’échapperais aisément aux poursuites d’une famille irritée. C’est beaucoup pour l’amour ; est-ce assez pour la félicité ? Non : si vous voulez que je sois paisible et contente, donnez-moi quelque asile plus sûr encore ; où l’on puisse échapper à la honte et au repentir. Vous allez au-devant de nos besoins, et, par une générosité sans exemple, vous vous privez pour notre entretien d’une partie des biens destinés au vôtre. Plus riche, plus honorée de vos bienfaits que de mon patrimoine, je puis tout recouvrer près de vous, et vous daignerez me tenir lieu de père. Ah ! milord, serai-je digne d’en trouver un, après avoir abandonné celui que m’a donné la nature ?

Voilà la source des reproches d’une conscience épouvantée, et des murmures secrets qui déchirent mon coeur. Il ne s’agit pas de savoir si j’ai droit de disposer de moi contre le gré des auteurs de mes jours, mais si j’en puis disposer sans les affliger mortellement, si je puis les fuir sans les mettre au désespoir. Hélas ! il vaudrait autant consulter si j’ai droit de leur ôter la vie. Depuis quand la vertu pèse-t-elle ainsi les droits du sang et de la nature ? Depuis quand un coeur sensible marque-t-il avec tant de soin les bornes de la reconnaissance ? N’est-ce pas être déjà coupable, que de vouloir aller jusqu’au point où l’on commence à le devenir ? Et cherche-t-on si scrupuleusement le terme de ses devoirs, quand on n’est point tenté de le passer ? Qui ? moi ? J’abandonnerais impitoyablement ceux par qui je respire, ceux qui me conservent la vie qu’ils m’ont donnée, et me la rendent chère ; ceux qui n’ont d’autre espoir, d’autre plaisir qu’en moi seule ; un père presque sexagénaire, une mère toujours languissante ! Moi, leur unique enfant, je les laisserais sans assistance dans la solitude et les ennuis de la vieillesse, quand il est temps de leur rendre les tendres soins qu’ils m’ont prodigués ! Je livrerais leurs derniers jours à la honte, aux regrets, aux pleurs ? La terreur, le cri de ma conscience agitée, me peindraient sans cesse mon père et ma mère expirant sans consolation, et maudissant la fille ingrate qui les délaisse et les déshonore ? Non ! milord, la vertu que j’abandonnai m’abandonne à son tour, et ne dit plus rien à mon coeur : mais cette idée horrible me parle à sa place ; elle me suivrait pour mon tourment à chaque instant de mes jours, et me rendrait misérable au sein du bonheur. Enfin, si tel est mon destin qu’il faille livrer le reste de ma vie aux remords, celui-là seul est trop affreux pour le supporter ; j’aime mieux braver tous les autres.

Je ne puis répondre à vos raisons, je l’avoue, je n’ai que trop de penchant à les trouver bonnes. Mais, milord, vous n’êtes pas marié : ne sentez-vous point qu’il faut être père pour avoir droit de conseiller les enfants d’autrui ? Quant à moi, mon parti est pris ; mes parents me rendront malheureuse, je le sais bien ; mais il me sera moins cruel de gémir dans mon infortune, que d’avoir causé la leur, et je ne déserterai jamais la maison paternelle. Va donc, douce chimère d’une âme sensible, félicité si charmante et si désirée ! va te perdre dans la nuit des songes ; tu n’auras plus de réalité pour moi. Et vous, ami trop généreux, oubliez vos aimables projets, et qu’il n’en reste de trace qu’au fond d’un coeur trop reconnaissant pour en perdre le souvenir. Si l’excès de nos maux ne décourage point votre grande âme, si vos généreuses bontés ne sont point épuisées, il vous reste de quoi les exercer avec gloire ; et celui que vous honorez du titre de votre ami peut, par vos soins, mériter de le devenir. Ne jugez pas de lui par l’état où vous le voyez ; son égarement ne vient point de lâcheté, mais d’un génie ardent et fier qui se roidit contre la fortune. Il y a souvent plus de stupidité que de courage dans une constance apparente ; le vulgaire ne connaît point de violentes douleurs, et les grandes passions ne germent guère chez les hommes faibles. Hélas ! il a mis dans la sienne cette énergie de sentiments qui caractérise les âmes nobles, et c’est ce qui fait aujourd’hui ma honte et mon désespoir. Milord, daignez le croire, s’il n’était qu’un homme ordinaire, Julie n’eût point péri.

Non, non, cette affection secrète qui prévint en vous une estime éclairée ne vous a point trompé. Il est digne de tout ce que vous avez fait pour lui sans le bien connaître ; vous ferez plus encore, s’il est possible, après l’avoir connu. Oui, soyez son consolateur, son protecteur, son ami, son père ; c’est à la fois pour vous et pour lui que je vous en conjure ; il justifiera votre confiance, il honorera vos bienfaits, il pratiquera vos leçons, il imitera vos vertus, il apprendra de vous la sagesse. Ah ! milord, s’il devient entre vos mains tout ce qu’il peut être, que vous serez fier un jour de votre ouvrage !

Lettre VII – De Julie à Saint-Preux

Et toi aussi, mon doux ami ! et toi l’unique espoir de mon coeur, tu viens le percer encore quand il se meurt de tristesse ! J’étais préparée aux coups de la fortune, de longs pressentiments me les avaient annoncés ; je les aurais supportés avec patience : mais toi pour qui je les souffre ! ah ! ceux qui me viennent de toi me sont seuls insupportables, et il m’est affreux de voir aggraver mes peines par celui qui devait me les rendre chères. Que de douces consolations je m’étais promises qui s’évanouissent avec ton courage ! Combien de fois je me flattai que ta force animerait ma langueur, que ton mérite effacerait ma faute, que tes vertus relèveraient mon âme abattue ! Combien de fois j’essuyai mes larmes amères en me disant : « Je souffre pour lui, mais il en est digne : je suis coupable, mais il est vertueux ; mille ennuis m’assiègent, mais sa constance me soutient, et je trouve au fond de son coeur le dédommagement de toutes mes pertes » ! Vain espoir que la première épreuve a détruit ! Où est maintenant cet amour sublime qui sait élever tous les sentiments et faire éclater la vertu ? Où sont ces fières maximes ? Qu’est devenue cette imitation des grands hommes ? Où est ce philosophe que le malheur ne peut ébranler, et qui succombe au premier accident qui le sépare de sa maîtresse ? Quel prétexte excusera désormais ma honte à mes propres yeux, quand je ne vois plus dans celui qui m’a séduite qu’un homme sans courage, amolli par les plaisirs, qu’un coeur lâche, abattu par les premiers revers, qu’un insensé qui renonce à la raison sitôt qu’il a besoin d’elle ? O Dieu ! dans ce comble d’humiliation devais-je me voir réduite à rougir de mon choix autant que de ma faiblesse ?

Be very careful, cousin; although I hesitate not at all, that does not mean you should hesitate either, nor do I intend to suggest that you should follow the path I will take if you decide to leave. The differences between us are significant, and your responsibilities are far more stringent than mine. You also know that a nearly unparalleled affection fills my heart and consumes all other feelings, leaving them as if they no longer exist at all. An invincible and tender bond has connected me to you since my childhood; I love only you alone. And if following you means breaking some ties, I will find strength in your example. I will tell myself, “I am imitating Julie,” and believe that I am justified in doing so.

Letter VI – From Julie to Lord Edward

Your letter, my lord, fills me with gratitude and admiration. The friend you take the trouble to protect will feel no less moved when he learns of all that you have done for us. Alas! Only the unfortunate are able to appreciate the value of kind-hearted people. We already know, in too many ways, how much your kindness is worth; your heroic virtues will always touch us, but they will no longer surprise us.

How sweet it would be for me to be happy under the auspices of such a generous friend, and to owe my happiness to his kindness when fortune has denied it to me! But, my lord, I see with despair that this kindness serves only to betray your good intentions; my cruel fate outweighs your zeal, and the very thought of the blessings you offer me only makes me more acutely aware of their absence. You provide a pleasant and safe refuge for two persecuted lovers; you restore to them the legitimacy of their love and the solemnity of their union; and I know that under your protection I could easily escape the pursuit of a vengeful family. This is much indeed for love—but is it enough for happiness? No. If you wish me to be peaceful and content, give me a refuge even more secure, one where I can escape both shame and regret. You anticipate our needs with unprecedented generosity, sacrificing a portion of your own wealth for our sustenance. Richer and honored by your kindness than by my own inheritance, I could regain everything at your side—if only you would deign to be my father. Ah, my lord! Am I truly worthy of such a father, after having abandoned the one that nature granted me?

Here lies the source of the reproaches from a terrified conscience, and the secret murmurs that tear my heart apart. The question is not whether I have the right to dispose of my own life against the will of those who brought me into this world, but whether I can do so without causing them mortal suffering, whether I can flee them without driving them to despair. Alas! It would be just as appropriate to ask whether I have the right to take their lives. Since when does virtue weigh more heavily than the rights of blood and nature? Since when does a sensitive heart go to such lengths in defining the boundaries of gratitude? Is it not already a sign of guilt to even consider doing something that would lead one to become guilty? And why seek so scrupulously the limits of one’s duties when there is no temptation to exceed them? Who? Me? I would mercilessly abandon those without whom I could not breathe, those who sustain my life and make it precious to me; those for whom my very existence is their only hope and joy—a nearly sixty-year-old father, a mother who remains constantly ill! I, their only child, would leave them helpless in the loneliness and hardships of old age, at a time when I should be offering them the tender care they have given me. I would expose their final days to shame, regret, and tears. The terror and the cries of my troubled conscience would constantly depict my father and mother dying without consolation, cursing the ungrateful daughter who abandons and disgraces them. No! My lord, the virtue that I abandoned now abandons me in turn, and says nothing more to my heart. But this horrible thought speaks for it; it will haunt me at every moment of my life, making me miserable even amidst happiness. Finally, if such is my fate—to spend the rest of my life in remorse—then that alone is too unbearable; I would rather face all other dangers.

I must admit that I am unable to refute your arguments; indeed, I am too inclined to find them valid. But, my lord, you are not married—do you not realize that one must be a father before having the right to advise the children of others? As for me, my decision is made: my parents will make me unhappy, I know it well; but it would be less cruel for me to lament my own misfortune than to cause theirs. And I will never abandon my parental home. Go then, gentle illusion of a sensitive soul, delightful and much-desired happiness! Vanish into the night of dreams—for you will no longer hold any reality for me. And you, too kind friend, forget your lovely plans; let them remain only in the depths of a heart too grateful to ever lose their memory. If the excess of our troubles does not discourage your noble spirit, if your generous kindness has not been exhausted, you still have much left to offer with glory. And he whom you honor as your friend may, through your care, merit to become one indeed. Do not judge him by the state in which you see him now—his error stems not from cowardice, but from a passionate and proud spirit that resists fate. Often, apparent perseverance hides more stupidity than courage; the common man knows nothing of intense suffering, and great passions rarely arise in weak individuals. Alas! He has poured into his affliction that same intensity of emotion which is characteristic of noble souls—and it is this that brings me shame and despair today. My lord, believe me—if he were but an ordinary man, Julie would not have died.

No, no; that secret affection which inspired in you such discerning respect did not deceive you. He is worthy of all that you have done for him without truly knowing him; you will do even more if it is possible after you have come to know him. Yes, be his comforter, his protector, his friend, his father—I implore you to do this both for his sake and for your own. He will repay your trust, honor your kindnesses, practice your teachings, emulate your virtues, and learn wisdom from you. Ah, my lord, if he becomes all that he can be under your care, how proud you will one day be of your work!

Letter VII – From Julie to Saint-Preux

And you too, my dear friend! You, the only hope of my heart, you come to crush it even as it dies of sorrow! I was prepared for the blows of fate; long forebodings had warned me of them, and I would have endured them with patience—except that they are inflicted by you! Ah! Those inflicted by you alone are unbearable for me, and it is terrible to see my suffering worsen at the hands of one who should have made it dear to me. How many sweet consolations had I promised myself, only for them to vanish with your behavior! How often I hoped that your strength would alleviate my desolation, that your merits would erase my faults, that your virtues would lift my broken soul! How many times did I wipe away my bitter tears, thinking: “I suffer for him, but he is worthy of it; I am guilty, but he is virtuous; countless troubles assail me, but his steadfastness supports me, and in his heart I find redemption for all my losses.” Alas, what a vain hope—destroyed by the first trial! Where is that sublime love that can elevate all sentiments and bring forth virtue? Where are those noble principles? What has become of that imitation of the great men? Where is that philosopher who cannot be shaken by misfortune, yet who collapses at the first setback that separates him from his beloved? What excuse will now justify my shame before my own eyes, when I see in the one who seduced me nothing but a cowarden man, softened by pleasures, a heart weak and broken by initial reverses, an idiot who abandons reason at its very moment of need? Oh God! In this abyss of humiliation, was it truly meant for me to be reduced to shaming both my choice and my weakness?

Fai molta attenzione, cugina: anche se io non esito affatto, questo non significa che tu debba esitare nemmeno tu, né che io voglia incoraggiarti a prendere la stessa decisione che prenderò io se tu decidessi di andartene. La differenza tra noi è grande, e i tuoi doveri sono molto più rigorosi dei miei. Sai anche che un affetto quasi unico riempie il mio cuore e assorbe completamente tutti gli altri sentimenti, fino a farli sembrare annullati. Un’invincibile e dolce abitudine mi lega a te fin da quando ero bambina; amo perfettamente solo te, e se dovessi rompere qualche legame seguendoti, mi incoraggerò con il tuo esempio. Mi dirò: “Imito Julie”, e mi sentirò giustificata.

Lettera VI – Di Julie a Lord Edward

Vostra lettera, milord, mi riempie di commozione e ammirazione. L’amico che avete la bontà di proteggere proverà lo stesso sentimento, quando saprà tutto ciò che avete voluto fare per noi. Ahimè! Solo gli sfortunati sono in grado di apprezzare il valore delle anime benevole. Noi già sappiamo, per molti motivi, quanto sia preziosa la vostra, e le vostre virtù eroiche ci commuoveranno sempre, ma non ci sorprenderanno più.

Che dolcezza sarebbe per me essere felice sotto la protezione di un amico così generoso e poter attribuire alla sua bontà quella felicità che il destino mi ha rifiutato! Ma, milord, con disperazione vedo che tutto ciò tradisce le vostre buone intenzioni; il mio crudele destino prevale sulla vostra sollecitudine, e l’immagine dolce dei beni che mi offrite non fa altro che rendere ancora più acuta la mia privazione. Voi fornite un rifugio piacevole e sicuro a due amanti perseguitati; vi rendete possibile il loro amore legittimo, la loro unione solenne. E so che sotto la vostra protezione potrei facilmente sfuggire alle persecuzioni di una famiglia offesa. È molto, per l’amore. Ma è abbastanza, per la felicità? No: se volete che io sia serena e contenta, datemi un rifugio ancora più sicuro, dove si possa sfuggire all’umiliazione e al rimorso. Voi anticipate i nostri bisogni e, con una generosità senza esempio, vi private di parte dei beni destinati a voi stesso per sostenerci. Più ricca, più onorata dai vostri doni che dal mio patrimonio, potrei tutto recuperare al vostro fianco. E voi mi dareste il ruolo di padre. Ah! Milord. Sarò davvero degna di un padre, dopo aver abbandonato colui che la natura mi ha dato?

Ecco la fonte delle rimproveri di una coscienza atterrita, e dei mormori segreti che lacerano il mio cuore. Non si tratta di sapere se abbia il diritto di disporre di me contro la volontà di coloro che mi hanno dato la vita, ma se possa farlo senza causare loro un dolore mortale, se posso fuggire da loro senza gettarli nel disperio. Ahimè! Sarebbe altrettanto opportuno chiedersi se abbia il diritto di toglier loro la vita. Da quando la virtù valuta in questo modo i diritti del sangue e della natura? Da quando un cuore sensibile stabilisce con tanta cura i limiti della riconoscenza? Non è forse già peccare voler arrivare al punto in cui si comincia effettivamente a peccare? E perché cercare con tanta scrupolosità il confine dei propri doveri, quando non si prova alcuna tentazione di superarlo? Io, abbandonerei senza pietà coloro grazie ai quali respiro, coloro che mi mantengono in vita e la rendono preziosa per me; coloro i cui unici speranze e piaceri dipendono da me sola. Un padre quasi sessantenne, una madre sempre malata. Io, loro unica figlia, li lascerei soli nella solitudine e nelle difficoltà della vecchiaia, proprio quando è il momento di ricambiare con tenerezza gli affetti che mi hanno dimostrato. Lascierei i loro ultimi giorni immersi nell’umiliazione, nel rimorso, nei pianti. La paura, il grido della mia coscienza agitata mi raffigurerebbero costantemente mio padre e mia madre che esalano l’ultimo respiro senza conforto, maledicendo la figlia ingrata che li abbandona e li disonora. No! Signore, la virtù che ho abbandonato ora mi abbandona a sua volta. Ma quest’idea orribile parla al mio posto; mi perseguiterebbe in ogni momento della mia vita, rendendomi miserabile anche nel mezzo del bene. Infine, se il mio destino è proprio quello di trascorrere il resto della mia vita tra rimorsi, allora questo solo destino è troppo terribile da sopportare. Preferisco affrontare qualsiasi altra sorte.

Non posso rispondere alle vostre ragioni; devo ammetterlo: ho troppa tendenza a ritenerle valide. Ma, milord, voi non siete sposato. Non sentite forse che bisogna essere padri per avere il diritto di consigliare i figli altrui? Per quanto mi riguarda, la mia decisione è già presa: so bene che i miei genitori mi renderanno infelice; ma sarà meno crudele per me lamentarmi della mia sfortuna, piuttosto che averne causata loro. E non abbandonerò mai la casa paterna. Vai pure, dolce illusione di un’anima sensibile. Felicità così incantevole e desiderata. Vai a perderti nella notte dei sogni. Per me, non avrai più alcuna realtà. E voi, amico troppo generoso. Dimenticate i vostri bei progetti. Che ne rimanga traccia soltanto nel profondo di un cuore troppo riconoscente per poterne dimenticare il ricordo. Se l’eccesso dei nostri mali non scoraggia la vostra nobile anima, se le vostre generose bontà non sono esaurite. Vi resta ancora modo di dimostrarle con gloria. E colui che voi onorate con il titolo di vostro amico può, grazie ai vostri sforzi, meritare davvero di esserlo. Non giudicate lui in base allo stato in cui lo vedete. La sua follia non deriva dalla codardia, ma da un genio ardente e fiero che si ribella alla sorte. Spesso, in una costanza apparente, c’è più stupidità che coraggio. Il volgo non conosce dolori violenti. E le grandi passioni difficilmente germogliano negli uomini deboli. Ahimè. Ha messo nella sua passione quell’energia di sentimenti che caratterizza le anime nobili. Ed è proprio questo che oggi causa la mia vergogna e il mio dispero. Milord, credetemi: se fosse solo un uomo ordinario, Julie non sarebbe morta.

No, no. Quell’affetto segreto che suscitò in voi una stima profonda non vi ha ingannato. Lui merita davvero tutto ciò che avete fatto per lui senza conoscerlo a fondo; farete ancora di più, se possibile, dopo averlo conosciuto. Sì. Diventate il suo consolatore, il suo protettore, il suo amico, il suo padre. Lo supplico, sia per voi che per lui: egli ripagherà la vostra fiducia, onorerà i vostri benefici, seguirà le vostre insegnanze, imiterà le vostre virtù e imparerà la saggezza da voi. Ah, milord. Se diventerà tutto ciò che può essere nelle vostre mani, che giorno glorioso sarà per voi!

Lettera VII – Di Julie a Saint-Preux

E tu anche, mio caro amico! Tu, l’unica speranza del mio cuore, vieni proprio tu a spezzarla quando esso muore di tristezza. Ero preparata ai colpi della fortuna: lunghe premonizioni me li avevano annunciati; li avrei sopportati con pazienza. Ma tu, per te li soffro! Ah, quelli che provengono da te sono gli unici insopportabili. Ed è orribile vedere le mie sofferenze aggravarsi proprio da colui che avrebbe dovuto renderle più dolci. Quante dolci consolazioni mi ero promessa, ma esse svaniscono con il tuo comportamento. Quante volte mi illudevo che la tua forza potesse alleviare la mia malinconia, che il tuo merito potesse cancellare il mio errore, che le tue virtù potessero rialzare la mia anima abbattuta. Quante volte asciugavo le mie lacrime amare pensando: “Soffro per lui, ma ne è degno; sono colpevole, ma lui è virtuoso; mille difficoltà mi assalgono, ma la sua costanza mi sostiene, e nel suo cuore trovo il rimedio a tutte le mie perdite”. Vana speranza, quella prima prova l’ha distrutta. Dove è ora quell’amore “sublime” che sa elevare tutti i sentimenti e far brillare la virtù? Dov’è finita quella fierezza? Che ne è stato di quell’esempio da seguire per gli uomini grandi? Dove è quel filosofo che il dolore non può scuotere, ma che soccombe al primo ostacolo che lo separa dalla sua amata? Qual pretesto potrà ora giustificare la mia vergogna davanti a me stessa, quando in colui che mi ha sedotta non vedo più che un uomo senza coraggio, indebolito dai piaceri, un cuore debole e spezzato dalle prime sconfitte, un folle che abbandona la ragione non appena ne ha bisogno. Oh Dio. In questo abisso di umiliazione, dovevo davvero ritrovarmi costretta a vergognarmi tanto del mio amore quanto della mia debolezza?

Regarde à quel point tu t’oublies : ton âme égarée et rampante s’abaisse jusqu’à la cruauté ! tu m’oses faire des reproches ! tu t’oses plaindre de moi !… de ta Julie !… Barbare !… Comment tes remords n’ont-ils pas retenu ta main ? Comment les plus doux témoignages du plus tendre amour qui fut jamais t’ont-ils laissé le courage de m’outrager ? Ah ! si tu pouvais douter de mon coeur, que le tien serait méprisable ! Mais non, tu n’en doutes pas, tu n’en peux douter, j’en puis défier ta fureur ; et dans cet instant même, où je hais ton injustice, tu vois trop bien la source du premier mouvement de colère que j’éprouvai de ma vie.

Peux-tu t’en prendre à moi, si je me suis perdue par une aveugle confiance, et si mes dessins n’ont point réussi ? Que tu rougirais de tes duretés si tu connaissais quel espoir m’avait séduite, quels projets j’osai former pour ton bonheur et le mien, et comment ils se sont évanouis avec toutes mes espérances ! Quelque jour, j’ose m’en flatter encore, tu pourras en savoir davantage, et tes regrets me vengeront de tes reproches. Tu sais la défense de mon père ; tu n’ignores pas les discours publics ; j’en prévis les conséquences, je te les fis exposer, tu les sentis comme nous ; et pour nous conserver l’un à l’autre, il fallut nous soumettre au sort qui nous séparait.

Je t’ai donc chassé, comme tu l’oses dire ! Mais pour qui l’ai-je fait, amant sans délicatesse ? Ingrat ! c’est pour un coeur bien plus honnête qu’il ne croit l’être, et qui mourrait mille fois plutôt que de me voir avilie. Dis-moi, que deviendras-tu quand je serai livrée à l’opprobre ? Espères-tu pouvoir supporter le spectacle de mon déshonneur ? Viens, cruel, si tu le crois, viens recevoir le sacrifice de ma réputation avec autant de courage que je puis te l’offrir. Viens, ne crains pas d’être désavoué de celle à qui tu fus cher. Je suis prête à déclarer à la face du ciel et des hommes tout ce que nous avons senti l’un pour l’autre ; je suis prête à te nommer hautement mon amant, à mourir dans tes bras d’amour et de honte : j’aime mieux que le monde entier connaisse ma tendresse que de t’en voir douter un moment, et tes reproches me sont plus amers que l’ignominie.

Finissons pour jamais ces plaintes mutuelles, je t’en conjure ; elles me sont insupportables. O Dieu ! comment peut-on se quereller quand on s’aime, et perdre à se tourmenter l’un l’autre des moments où l’on a si grand besoin de consolation ? Non, mon ami, que sert de feindre un mécontentement qui n’est pas ? Plaignons-nous du sort, et non de l’amour. Jamais il ne forma d’union si parfaite ; jamais il n’en forma de plus durable. Nos âmes trop bien confondues ne sauraient plus se séparer ; et nous ne pouvons plus vivre éloignés l’un de l’autre, que comme deux parties d’un même tout. Comment peux-tu donc ne sentir que tes peines ? Comment ne sens-tu point celles de ton amie ? Comment n’entends-tu point dans ton sein ses tendres gémissements ? Combien ils sont plus douloureux que tes cris emportés ! Combien, si tu partageais mes maux, ils te seraient plus cruels que les tiens mêmes !

Tu trouves ton sort déplorable ! Considère celui de ta Julie, et ne pleure que sur elle. Considère dans nos communes infortunes l’état de mon sexe et du tien, et juge qui de nous est le plus à plaindre. Dans la force des passions, affecter d’être insensible, en proie à mille peines, paraître joyeuse et contente ; avoir l’air serein et l’âme agitée ; dire toujours autrement qu’on ne pense ; déguiser tout ce qu’on sent ; être fausse par devoir, et mentir par modestie : voilà l’état habituel de toute fille de mon âge. On passe ainsi ses beaux jours sous la tyrannie des bienséances, qu’aggrave enfin celle des parents dans un lien mal assorti ! Mais on gêne en vain nos inclinations ; le coeur ne reçoit de lois que de lui-même ; il échappe à l’esclavage ; il se donne à son gré. Sous un joug de fer que le ciel n’impose pas, on n’asservit qu’un corps sans âme : la personne et la foi restent séparément engagées ; et l’on force au crime une malheureuse victime en la forçant de manquer de part ou d’autre au devoir sacré de la fidélité. Il en est de plus sages. Ah ! je le sais. Elles n’ont point aimé : qu’elles sont heureuses ! Elles résistent : j’ai voulu résister. Elles sont plus vertueuses : aiment-elles mieux la vertu ? Sans toi, sans toi seul, je l’aurais toujours aimée. Il est donc vrai que je ne l’aime plus ?… Tu m’as perdue, et c’est moi qui te console !… Mais moi que vais-je devenir ?… Que les consolations de l’amitié sont faibles où manquent celles de l’amour ! Qui me consolera donc dans mes peines ? Quel sort affreux j’envisage, moi qui, pour avoir vécu dans le crime, ne vois plus qu’un nouveau crime dans des noeuds abhorrés et peut-être inévitables ! Où trouverai-je assez de larmes pour pleurer ma faute et mon amant, si je cède ? Où trouverai-je assez de force pour résister, dans l’abattement où je suis ? Je crois déjà voir les fureurs d’un père irrité. Je crois déjà sentir le cri de la nature émouvoir mes entrailles, ou l’amour gémissant déchirer mon coeur. Privée de toi, je reste sans ressource, sans appui, sans espoir ; le passé m’avilit, le présent m’afflige, l’avenir m’épouvante. J’ai cru tout faire pour notre bonheur, je n’ai fait que nous rendre plus méprisables en nous préparant une séparation plus cruelle. Les vains plaisirs ne sont plus, les remords demeurent ; et la honte qui m’humilie est sans dédommagement.

C’est à moi, c’est à moi d’être faible et malheureuse. Laisse-moi pleurer et souffrir ; mes pleurs ne peuvent non plus tarir que mes fautes se réparer ; et le temps même qui guérit tout ne m’offre que de nouveaux sujets de larmes. Mais toi qui n’as nulle violence à craindre, que la honte n’avilit point, que rien ne force à déguiser bassement tes sentiments ; toi qui ne sens que l’atteinte du malheur et jouis au moins de tes premières vertus, comment t’oses-tu dégrader au point de soupirer et gémir comme une femme, et de t’emporter comme un furieux ? N’est-ce pas assez du mépris que j’ai mérité pour toi, sans l’augmenter en te rendant méprisable toi-même, et sans m’accabler à la fois de mon opprobre et du tien ? Rappelle donc ta fermeté, sache supporter l’infortune, et sois homme. Sois encore, si j’ose le dire, l’amant que Julie a choisi. Ah ! si je ne suis plus digne d’animer ton courage, souviens-toi du moins de ce que je fus un jour ; mérite que pour toi j’aie cessé de l’être ; ne me déshonore pas deux fois.

Non, mon respectable ami, ce n’est point toi que je reconnais dans cette lettre efféminée que je veux à jamais oublier, et que je tiens déjà désavouée par toi-même. J’espère, tout avilie, toute confuse que je suis, j’ose espérer que mon souvenir n’inspire point des sentiments si bas, que mon image règne encore avec plus de gloire dans un coeur que je pus enflammer, et que je n’aurai point à me reprocher, avec ma faiblesse, la lâcheté de celui qui l’a causée.

Heureux dans ta disgrâce, tu trouves le plus précieux dédommagement qui soit connu des âmes sensibles. Le ciel dans ton malheur te donne un ami et te laisse à douter si ce qu’il te rend ne vaut pas mieux que ce qu’il t’ôte. Admire et chéris cet homme trop généreux qui daigne aux dépens de son repos prendre soin de tes jours et de ta raison. Que tu serais ému si tu savais tout ce qu’il a voulu faire pour toi ! Mais que sert d’animer ta reconnaissance en aigrissant tes douleurs ? Tu n’as pas besoin de savoir à quel point il t’aime pour connaître tout ce qu’il vaut ; et tu ne peux l’estimer comme il le mérite, sans l’aimer comme tu le dois.

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Lettre IX – De milord Édouard à Julie

Look how far you have forgotten yourself: your lost and rampant soul has descended to such cruelty! How dare you reproach me! How dare you complain about me!, about your Julie!. Barbarian!. How is it that your remorse did not stop you from harming me? How is it that the gentlest expressions of the tenderest love ever felt have not given you the courage to treat me with such cruelty? Ah! If only you could doubt my heart, then yours would be truly despicable! But no, you do not doubt it; you cannot doubt it. I dare defy your fury. And in this very moment, as I hate your injustice, you yourself see all too clearly the source of the first trace of anger I ever felt in my life.

Can you really blame me if I lost my way out of sheer blind trust, and if my attempts failed? How ashamed you would be of your harshness if you knew what hope had captivated me, what plans I dared to make for our mutual happiness—and how those plans vanished along with all my hopes! Perhaps one day I will dare to hope again; then you will learn more, and your regret will atone for your reproaches. You know my father’s defense; you are aware of the public speeches made in our behalf; I foresaw their consequences and had them laid out for you to consider—you felt them just as we did. And in order to keep each other, we had to submit to the fate that separated us.

Therefore, I drove you away—how dare you even say so! But for whom did I do it, oh heartless lover? Ungrateful one! It was for a heart far more honest than he believes himself to be, a heart that would die a thousand times rather than see me degraded. Tell me—what will become of you when I am exposed to public disgrace? Do you expect to bear the sight of my shame? Come, cruel one; if you dare, come and accept the sacrifice of my reputation with as much courage as I can offer it to you. Come, do not fear being rejected by one who once meant so much to you. I am ready to declare before heaven and all men everything we have felt for each other; I am ready to openly call you my lover, to die in your arms, filled with both love and shame. I would rather the whole world know of my feelings than for a single moment doubt them, and your reproaches are far more painful to me than any humiliation.

Let us put an end to these mutual complaints forever, I implore you; they are unbearable for me. Oh God! How can one quarrel when one loves another, and how can one waste such precious moments—when we need consolation so much—by tormenting each other? No, my friend, what good is there in feigning dissatisfaction that does not exist? Let us lament our fate, but not our love. It has never formed a union so perfect, nor one more enduring. Our souls, being so deeply intertwined, could no longer be separated; we can live apart only as two parts of the same whole. How is it then possible that you feel only your own pains? How can you not sense those of your beloved? How can you not hear her tender cries within your heart? They are far more painful than your outbursts of grief! If only you shared my sufferings, they would seem even more cruel to you than your own.

You consider your fate to be lamentable! Consider the fate of your Julie, and weep only for her. Look at the plight of both our sexes in our unfortunate circumstances, and judge who among us deserves more pity. Under the force of passion, to pretend indifference while suffering countless pains; to appear joyful and content when one’s heart is filled with sorrow; to maintain a calm exterior while inwardly agitated; to say one thing while thinking another; to conceal one’s true feelings; to be false out of duty and lie out of modesty—such is the common lot of any girl of my age. One spends her best years under the tyranny of propriety, which is only exacerbated by the authority of parents in a mismatched relationship! Yet our inclinations are in vain restrained; the heart follows its own laws, escapes slavery, and gives itself freely. Under an iron yoke that heaven does not impose, we enslave only a body without a soul; the person and the conscience remain separated, and we force a miserable victim to commit sin by forcing her to fail in either duty or fidelity. There are those who are wiser. Ah! I know them. They have never loved—how fortunate they are! They resist—I too tried to resist. They are more virtuous—are they therefore happier in their virtue? Without you, without you alone, I would have always chosen virtue. So it is true that I no longer love her?. You have lost me, and yet it is I who must console you!. But what will become of me?. How weak are the consolations of friendship when those of love are absent! Who will comfort me in my pain? What a terrible fate awaits me—having lived in sin, now I see only more sin in these abhorrent and perhaps inevitable circumstances! Where can I find enough tears to mourn my fault and my lover if I yield? Where can I find the strength to resist in this despair? I already imagine the fury of an enraged father. I feel the nature’s cries stirring my heart, or love’s agonized screams tearing it apart. Without you, I am left with no resources, no support, no hope; the past has brought me shame, the present brings me sorrow, and the future fills me with terror. I thought I was doing everything for our happiness—yet I only made us more despicable by preparing such a cruel separation for us. Vain pleasures are gone; remorse remains; and the humiliation that crushes me carries no relief at all.

It is my fate to be weak and unhappy. Let me weep and suffer; my tears cannot cease until my mistakes are corrected, and even time, which heals everything, brings only new reasons for sorrow. But you, who have nothing to fear but violence, who are not degraded by shame, who are not forced to hide your true feelings in any way—how dare you degrade yourself to the point of sighing and groaning like a woman, or behaving like a madman? Is not the contempt I have deserved for you enough, without you also becoming despicable, and without me bearing both my own shame and yours? Remember your strength, learn to endure misfortune, and be a man. Be, if I may dare say it again, the lover that Julie once chose. Ah! If I am no longer worthy of inspiring your courage, at least remember who I was once; remember that I once deserved to be your lover; do not dishonor me twice over.

No, my respected friend, it is not you that I recognize in this effeminate letter that I wish to forget forever, and which I already consider renounced by you yourself. Even though I am utterly humiliated and confused, I dare hope that my memory does not inspire such base sentiments; that my image still reigns with greater glory in a heart that I once was able to ignite; and that I shall not have to reproach myself, due to my own weakness, for the cowardice of those who caused it.

Happy in your misfortune, you find the most precious compensation known to sensitive souls. In your sorrow, heaven grants you a friend and makes you wonder whether what it takes away from you is not worth more than what it gives you. Admire and cherish this man, so generous as to spare no effort to care for your well-being and your sanity at the cost of his own peace. How moved you would be if you knew all that he was willing to do for you! But what good is it to awaken your gratitude if it only intensifies your pain? You do not need to know how much he loves you to understand how valuable he is; and you can never appreciate him as he deserves unless you love him as you ought to.

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Letter IX – From Lord Edward to Julie

Guarda fino a che punto ti dimentichi di te stesso: la tua anima smarrita e disperata si abbassa fino alla crudeltà. Osi farmi rimproveri! Osi lamentarti di me, di tua Julie! Barbaro. Come mai i tuoi rimorsi non hanno trattenuto la tua mano? Come mai i più dolci segni dell’amore più tenero che sia mai esistito ti hanno lasciato il coraggio di insultarmi? Ah, se solo potessi dubitare del mio cuore, quanto sarebbe spregevole il tuo! Ma no, non ne dubiti. Non puoi dubitarne. Posso sfidare la tua furia. E in questo stesso istante, mentre odio la tua ingiustizia, tu vedi troppo chiaramente la fonte del primo impulso di rabbia che ho provato nella mia vita.

Puoi forse incolparmi se mi sono persa a causa di una cieca fiducia, e se i miei disegni non hanno avuto successo? Arrossiresti delle tue durezze se conoscessi quale speranza mi aveva sedotta, quali progetti ho osato formulare per il tuo bene e il mio, e come questi siano svaniti insieme a tutte le mie illusioni! Un giorno, forse, oso ancora sperarlo: potrai sapere di più, e i tuoi rimpianti mi vendicheranno delle tue critiche. Conosci la difesa di mio padre; non ignori quei discorsi pubblici; ne prevedevo le conseguenze, te li feci esporre. Li hai sentiti come noi; e per poterci conservare l’uno all’altro, abbiamo dovuto sottometterci al destino che ci separava.

Ti ho quindi cacciato, come osi dire! Ma per chi l’ho fatto, io che non conosco la delicatezza? Ingrato. L’ho fatto per un cuore molto più onesto di quanto tu creda, un cuore che preferirebbe morire mille volte piuttosto che vedermi umiliata. Dimmi: cosa diventerai quando sarò esposta all’infamia? Speri davvero di poter sopportare lo spettacolo della mia disonore? Vieni, crudele. Se lo credi possibile, vieni a ricevere il sacrificio della mia reputazione con tanto coraggio quante ne ho io per offrirtelo. Vieni. Non temere di essere rinnegato da colei che un tempo fu cara per te. Sono pronta a dichiarare davanti al cielo e agli uomini tutto ciò che abbiamo provato l’uno per l’altra; sono pronta ad affermare apertamente che sei il mio amante, a morire tra le tue braccia, di amore e di vergogna. Preferisco che l’intero mondo conosca la mia devozione piuttosto che vederti dubitare anche per un solo istante. I tuoi rimproveri sono più dolorosi per me dell’ignominia stessa.

Smettiamo per sempre queste lamentele reciproche, te ne prego; sono insopportabili per me. Oh Dio! Come si può litigare quando ci si ama, e perdere, tormentandoci a vicenda, proprio in quei momenti in cui abbiamo così grande bisogno di consolazione? No, mio caro, a che serve fingere un discontento che non esiste? Lamentiamoci del destino, ma non dell’amore. L’amore non crea mai un legame così perfetto, né uno più duraturo. Le nostre anime, troppo strettamente unite, non saprebbero più separarsi; e non potremmo più vivere lontani l’uno dall’altro, se non come due parti di un unico tutto. Come puoi allora sentire solo le tue sofferenze? Come non percepisci quelle della tua amica? Come non ascolti nel tuo cuore i suoi teneri gemiti? Sono molto più dolorosi dei tuoi gridi disperati. Se condividessi i miei mali, sarebbero ancora più crudeli di quelli che hai tu stesso.

Trovi il tuo destino deplorevole. Considera quello di tua Julie, e piangi solo per lei. Guarda le nostre comuni sfortune, considera lo stato del mio sesso e del tuo. E giudica chi dei due sia più da compiangere. Nella forza delle passioni, fingere di essere insensibili, soffrire mille dolori eppure apparire gioiose e contente; avere un aspetto sereno mentre l’anima è agitata; dire sempre il contrario di ciò che si pensa; nascondere tutto ciò che si sente; essere false per dovere, mentire per modestia. Questo è lo stato abituale di ogni ragazza della mia età. Si trascorrono così i bei giorni sotto la tirannia delle convenzioni sociali, aggravate ancora di più dalle pressioni dei genitori in un legame mal assortito. Ma invano cerchiamo di reprimere le nostre inclinazioni: il cuore segue soltanto le sue leggi interiori; sfugge alla schiavitù e si dona liberamente. Sotto un giogo di ferro che il cielo non impone, si asservisce soltanto un corpo senza anima. La persona e la fedeltà rimangono divise. E si costringe una sfortunata vittima a commettere crimini, obbligandola a trasgredire al sacro dovere della fedeltà. Ci sono anche donne più sagge. Ah! Lo so. Non hanno mai amato. Ed ecco che sono felici. Hanno resistito. Anch’io ho cercato di resistere. Sono più virtuose. Ma amano davvero la virtù di più? Senza di te, solo senza di te, l’avrei sempre amata. Quindi è vero che non la amo più?. Mi hai persa. E sono io a consolarti. Ma cosa diventerò io?. Che deboli sono le consolazioni dell’amicizia quando mancano quelle dell’amore. Chi mi consolerà nelle mie sofferenze?. Che orribile destino mi aspetta. Io, che per aver vissuto nel crimine non vedo altro che un nuovo crimine in legami odiosi e forse inevitabili. Dove troverò abbastanza lacrime per piangere il mio errore e il mio amante, se cedo?. Dove troverò abbastanza forza per resistere, nel dolore in cui mi trovo?. Già immagino le furie di un padre infuriato. Già sento il grido della natura che scuote le mie viscere. O l’amore che geme e lacera il mio cuore. Privata di te, rimango senza risorse, senza appoggio, senza speranza. Il passato mi ha umiliata, il presente mi affligge, il futuro mi spaventa. Credevo di aver fatto tutto per il nostro bene. In realtà ho solo reso la nostra situazione ancora più disprezzabile, preparandoci a una separazione ancora più crudele. I vani piaceri sono finiti. I rimorsi restano. E l’umiliazione che mi affligge non ha alcun rimedio.

È a me, soltanto a me, che tocca essere debole e infelice. Lasciami piangere e soffrire: le mie lacrime non potranno mai cessare, così come i miei errori non possono essere rimediati; e il tempo stesso, che guarisce tutto, mi offre soltanto nuovi motivi di dolore. Ma tu, che non hai nulla da temere in termini di violenza, che la vergogna non ti ha umiliato, che nulla ti costringe a nascondere i tuoi sentimenti. Tu, che senti soltanto l’affetto del dolore ma almeno godi delle tue prime virtù. Come osi degradarti fino al punto di sospirare e gemere come una donna, o di comportarti come un pazzo furioso? Non è già abbastanza il disprezzo che ho meritato per te. Perché aumentarlo rendendoti tu stesso spregevole, e aggravare così sia la mia vergogna che la tua? Ricorda dunque la tua fermezza, impara a sopportare l’infortunio. E sii un uomo. Sii ancora, se oso dirlo, l’amante che Julie ha scelto. Ah! Se non sono più degno di ispirare il tuo coraggio, almeno ricorda ciò che un tempo fui. Merita che per te io abbia smesso di esserlo. Non disonorarmi due volte.

No, mio rispettabile amico. Non sei tu che riconosco in questa lettera effeminata che desidero dimenticare per sempre, e che già considero come non scritta da te stesso. Spero, nonostante la mia umiliazione e confusione, che il mio ricordo non ispiri sentimenti così bassi; spero che la mia immagine regni ancora con maggiore gloria in un cuore che un tempo riuscii a infiammare. E spero di non dovermi rimproverare, per la mia debolezza, della codardia di colui che l’ha causata.

Felice nella tua sfortuna, trovi la più preziosa compensazione conosciuta dalle anime sensibili. Il cielo, nel tuo dolore, ti dona un amico e ti fa dubitare se ciò che ti viene dato non valga di più di ciò che ti viene tolto. Ammira e ama quest’uomo troppo generoso, che si impegna a prendersi cura dei tuoi giorni e della tua ragione, anche a scapito del proprio riposo. Quanto saresti commosso se sapessi tutto ciò che ha voluto fare per te! Ma a cosa serve alimentare la tua riconoscenza se questo aumenta le tue sofferenze? Non hai bisogno di sapere quanto ti ami per comprendere tutto il suo valore; e non puoi apprezzarlo come merita, se non lo ami come dovresti.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera IX – Di lord Edward a Julie

Nous l’emportons, charmante Julie ; une erreur de notre ami l’a ramené à la raison. La honte de s’être mis un moment dans son tort a dissipé toute sa fureur, et l’a rendu si docile que nous en ferons désormais tout ce qu’il nous plaira. Je vois avec plaisir que la faute qu’il se reproche lui laisse plus de regret que de dépit ; et je connais qu’il m’aime, en ce qu’il est humble et confus en ma présence, mais non pas embarrassé ni contraint. Il sent trop bien son injustice pour que je m’en souvienne, et des torts ainsi reconnus font plus d’honneur à celui qui les répare qu’à celui qui les pardonne.

J’ai profité de cette révolution et de l’effet qu’elle a produit, pour prendre avec lui quelques arrangements nécessaires avant de nous séparer ; car je ne puis différer mon départ plus longtemps. Comme je compte revenir l’été prochain, nous sommes convenus qu’il irait m’attendre à Paris, et qu’ensuite nous irions ensemble en Angleterre. Londres est le seul théâtre digne des grands talents, et où leur carrière est le plus étendue[66]. Les siens sont supérieurs à bien des égards ; et je ne désespère pas de lui voir faire en peu de temps, à l’aide de quelques amis, un chemin digne de son mérite. Je vous expliquerai mes vues plus en détail à mon passage auprès de vous. En attendant, vous sentez qu’à force de succès on peut lever bien des difficultés, et qu’il y a des degrés de considération qui peuvent compenser la naissance, même dans l’esprit de votre père. C’est, ce me semble, le seul expédient qui reste à tenter pour votre bonheur et le sien, puisque le sort et les préjugés vous ont ôté tous les autres.

J’ai écrit à Regianino de venir me joindre en poste, pour profiter de lui pendant huit ou dix jours que je passe encore avec notre ami. Sa tristesse est trop profonde pour laisser place à beaucoup d’entretien. La musique remplira les vides du silence, le laissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie. J’attends cet état pour le livrer à lui-même, je n’oserais m’y fier auparavant. Pour Regianino, je vous le rendrai en repassant, et ne le reprendrai qu’à mon retour d’Italie, temps où, sur les progrès que vous avez déjà faits toutes deux, je juge qu’il ne vous sera plus nécessaire. Quant à présent, sûrement il vous est inutile, et je ne vous prive de rien en vous l’ôtant quelques jours.

Lettre X – De Saint-Preux à Claire

Pourquoi faut-il que j’ouvre enfin les yeux sur moi ? Que ne les ai-je fermés pour toujours, plutôt que de voir l’avilissement où je suis tombé, plutôt que de me trouver le dernier des hommes, après en avoir été le plus fortuné ! Aimable et généreuse amie, qui fûtes si souvent mon refuge, j’ose encore verser ma honte et mes peines dans votre coeur compatissant ; j’ose encore implorer vos consolations contre le sentiment de ma propre indignité ; j’ose recourir à vous quand je suis abandonné de moi-même. Ciel ! comment un homme aussi méprisable a-t-il pu jamais être aimé d’elle, ou comment un feu si divin n’a-t-il point épuré mon âme ? Qu’elle doit maintenant rougir de son choix, celle que je ne suis plus digne de nommer ! Qu’elle doit gémir de voir profaner son image dans un coeur si rampant et bas ! Qu’elle doit de dédains et de haine à celui qui put l’aimer et n’être qu’un lâche ! Connaissez toutes mes erreurs, charmante cousine[67] ; connaissez mon crime et mon repentir ; soyez mon juge, et que je meure ; ou soyez mon intercesseur, et que l’objet qui fait mon sort daigne encore en être l’arbitre.

Je ne vous parlerai point de l’effet que produisit sur moi cette séparation imprévue ; je ne vous dirai rien de ma douleur stupide et de mon insensé désespoir ; vous n’en jugerez que trop par l’égarement inconcevable où l’un et l’autre m’ont entraîné. Plus je sentais l’horreur de mon état, moins j’imaginais qu’il fût possible de renoncer volontairement à Julie, et l’amertume de ce sentiment, jointe à l’étonnante générosité de milord Édouard, me fit naître des soupçons que je ne me rappellerai jamais sans horreur, et que je ne puis oublier sans ingratitude envers l’ami qui me les pardonne.

En rapprochant dans mon délire toutes les circonstances de mon départ, j’y crus reconnaître un dessein prémédité, et j’osai l’attribuer au plus vertueux des hommes. À peine ce doute affreux me fût-il entré dans l’esprit que tout me sembla le confirmer. La conversation de milord avec le baron d’Etange, le ton peu insinuant que je l’accusais d’y avoir affecté, la querelle qui en dériva, la défense de me voir, la résolution prise de me faire partir, la diligence et le secret des préparatifs, l’entretien qu’il eut avec moi la veille, enfin la rapidité avec laquelle je fus plutôt enlevé qu’emmené : tout me semblait prouver, de la part de milord, un projet formé de m’écarter de Julie, et le retour que je savais qu’il devait faire auprès d’elle achevait, selon moi, de me déceler le but de ses soins. Je résolus pourtant de m’éclaircir encore mieux avant d’éclater, et dans ce dessein je me bornai à examiner les choses avec plus d’attention. Mais tout redoublait mes ridicules soupçons, et le zèle de l’humanité ne lui inspirait rien d’honnête en ma faveur, dont mon aveugle jalousie ne tirât quelque indice de trahison. À Besançon je sus qu’il avait écrit à Julie sans me communiquer sa lettre, sans m’en parler. Je me tins alors suffisamment convaincu, et je n’attendis que la réponse, dont j’espérais bien le trouver mécontent, pour avoir avec lui l’éclaircissement que je méditais.

Hier au soir nous rentrâmes assez tard, et je sus qu’il y avait un paquet de Suisse, dont il ne me parla point en nous séparant. Je lui laissai le temps de l’ouvrir ; je l’entendis de ma chambre murmurer, en lisant, quelques mots ; je prêtai l’oreille attentivement. « Ah ! Julie ! disait-il en phrases interrompues, j’ai voulu vous rendre heureuse… je respecte votre vertu… mais je plains votre erreur. » À ces mots et d’autres semblables que je distinguai parfaitement, je ne fus plus maître de moi ; je pris mon épée sous mon bras ; j’ouvris ou plutôt j’enfonçai la porte ; j’entrai comme un furieux. Non, je ne souillerai point ce papier ni vos regards des injures que me dicta la rage pour le porter à se battre avec moi sur-le-champ.

O ma cousine ! c’est là surtout que je pus reconnaître l’empire de la véritable sagesse, même sur les hommes les plus sensibles, quand ils veulent écouter sa voix. D’abord il ne put rien comprendre à mes discours, et il les prit pour un vrai délire. Mais la trahison dont je l’accusais, les desseins secrets que je lui reprochais, cette lettre de Julie qu’il tenait encore, et dont je lui parlais sans cesse, lui firent connaître enfin le sujet de ma fureur. Il sourit, puis il me dit froidement : « Vous avez perdu la raison, et je ne me bats point contre un insensé. Ouvrez les yeux, aveugle que vous êtes, ajouta-t-il d’un ton plus doux est-ce bien moi que vous accusez de vous trahir ? » Je sentis dans l’accent de ce discours je ne sais quoi qui n’était pas d’un perfide : le son de sa voix me remua le coeur ; je n’eus pas jeté les yeux sur les siens que tous mes soupçons se dissipèrent, et je commençai de voir avec effroi mon extravagance.

Il s’aperçut à l’instant de ce changement, il me tendit la main : « Venez, me dit-il ; si votre retour n’eût précédé ma justification, je ne vous aurais vu de ma vie. À présent que vous êtes raisonnable, lisez cette lettre, et connaissez une fois vos amis. » Je voulus refuser de la lire ; mais l’ascendant que tant d’avantages lui donnaient sur moi le lui fit exiger d’un ton d’autorité que, malgré mes ombrages dissipés, mon désir secret n’appuyait que trop.

Imaginez en quel état je me trouvai après cette lecture, qui m’apprit les bienfaits inouïs de celui que j’osais calomnier avec tant d’indignité. Je me précipitai à ses pieds : et, le coeur chargé d’admiration, de regrets et de honte, je serrais ses genoux de toute ma force sans pouvoir proférer un seul mot. Il reçut mon repentir comme il avait reçu mes outrages, et n’exigea de moi, pour prix du pardon qu’il daigna m’accorder, que de ne m’opposer jamais au bien qu’il voudrait me faire. Ah ! qu’il fasse désormais ce qu’il lui plaira : son âme sublime est au-dessus de celle des hommes, et il n’est pas plus permis de résister à ses bienfaits qu’à ceux de la Divinité.

We have won, dear Julie; a mistake made by our friend has brought him back to his senses. The shame of having been in the wrong for a moment has dispelled all his anger, and he has become so docile that we can now do whatever we please with him. I am pleased to see that the fault he reproaches himself for fills him with regret rather than resentment; and I know that he loves me, for he becomes humble and confused in my presence, but not embarrassed or constrained. He is too aware of his own injustice for me to need to remind him of it, and such acknowledged wrongs bring more honor to the one who makes amends than to the one who forgives them.

I took advantage of this revolution and the impact it had to make some necessary arrangements with him before parting; for I could no longer delay my departure. Since I intend to return next summer, we agreed that he would go wait for me in Paris, and then we would travel together to England. London is the only place worthy of great talents, where their careers can truly flourish[66]. His abilities are superior in many respects; and I am not without hope that, with the help of some friends, he will soon make progress commensurate with his merits. I will explain my plans more in detail when I visit you. In the meantime, you should realize that success can overcome many difficulties, and that there are levels of respect that can compensate for one’s birth—even in your father’s eyes. This, I believe, is the only solution left to ensure your happiness and his as well, since fate and prejudice have deprived you of all other possibilities.

I wrote to Regianino asking him to come and join me here for a period of eight or ten days, so that I could spend time with him while I am still with our friend. His sadness is too profound at the moment to allow for much conversation; music will fill the silence, allow him to dream, and gradually transform his pain into melancholy. I am waiting for this state to arise before leaving him alone with it—I wouldn’t dare rely on it happening any sooner. As for Regianino, I will return him to you when I come back from Italy, at a time when, based on the progress you have both made, I believe he will no longer need him. For now, he is surely of no use to you, and taking him away for a few days will not deprive you of anything.

Letter X – From Saint-Preux to Claire

Why must I finally open my eyes to myself? Why didn’t I shut them forever, rather than seeing the degradation into which I have fallen, rather than discovering that I am now the last of men, when once I was the most fortunate! Kind and generous friend, who so often served as my refuge—how dare I still pour out my shame and sorrow into your compassionate heart? How dare I still implore you for comfort in the face of my own indignity? How dare I turn to you when I am abandoned by myself? Heaven! How could such a despicable man ever be loved by her? How could such a divine passion not purify my soul? Now, she must surely feel ashamed of her choice—she who I am no longer worthy to call my friend! She must surely grieve at seeing her image profaned in such a base and vile heart! How much scorn and hatred she must bear toward him who once loved her but was nothing but a coward! Know all my mistakes, dear cousin[67]; know my crime and my repentance. Be my judge, and let me die; or be my intercessor, and may the one who determines my fate still deign to act as its arbiter.

I will not speak to you about the effect that this unexpected separation had on me; I will not tell you about my foolish pain and my senseless despair; you will understand all too well from the utter confusion into which it plunged me. The more I realized the horror of my situation, the less I could believe that it was possible to voluntarily give up Julie. The bitterness of this feeling, combined with Lord Edward’s astonishing generosity, gave rise to suspicions that I shall never forget with anything but horror—and that I cannot erase without showing ingratitude toward the friend who has forgiven me for them.

In my delirious state, as I examined every detail related to my departure, I began to perceive a premeditated scheme behind it, and I dared to attribute it to the most virtuous of men. No sooner had this terrible suspicion entered my mind than everything seemed to confirm it. Lord’s conversation with Baron d’Etange, the tone he used—which I accused him of deliberately adopting—the ensuing quarrel, his insistence on seeing me, his resolve to make me leave, the diligence and secrecy with which preparations were made, the talk he had with me the previous day, and finally, the haste with which I was more or less taken away rather than escorted—all these seemed to prove that Lord had intended to keep me away from Julie. Moreover, the fact that he was soon to return to her, in my opinion, further revealed the purpose of his actions. Nevertheless, I resolved to obtain further clarification before confronting him directly, and for this purpose I decided to examine the circumstances more carefully. Yet everything only intensified my absurd suspicions; human zeal seemed to inspire nothing honorable on his part toward me, and my blind jealousy found no evidence of betrayal in his behavior. In Besançon, I learned that he had written to Julie without sharing the letter with me or mentioning it to me at all. At that point, I was fully convinced, and I waited only for her reply—hoping it would contain signs of dissatisfaction—so that I could have the clarification I sought.

Last evening we returned quite late, and I noticed that there was a package from Switzerland; he did not mention it when we parted. I gave him time to open it; I heard him muttering a few words while reading in his room. I listened carefully. “Ah! Julie!” he said, in interrupted sentences, “I wanted to make you happy. I respect your virtue, but I regret your mistake.” Upon hearing these words and others similar ones that I clearly distinguished, I lost control of myself. I took my sword under my arm, opened the door—no, I practically burst through it—and entered like a madman. No, I would not stoop to using the insults that rage dictated to me in order to force him to fight with me on the spot.

Oh my cousin! It was then that I truly came to recognize the realm of true wisdom—even in the most sensitive of men when they wish to listen to its voice. At first, he could not understand a single word of what I said and took it for pure delirium. But the betrayal I accused him of, the secret schemes I blamed upon him, that letter from Julie which he still held in his hands, and about which I kept speaking to him—these things finally made him grasp the cause of my anger. He smiled, then said coldly to me: “You have lost your reason; I will not fight against a madman. Open your eyes, you blind one,” he added in a softer tone. “Am I really the one you accuse of betraying you?” I sensed in his tone something that was not characteristic of a treacherous person; the sound of his voice stirred my heart. The moment I looked into his eyes, all my suspicions vanished, and I began to realize with horror how absurd my accusations had been.

He realized the moment that change occurred; he extended his hand to me and said, “Come.” If your return had not preceded my justification, I would never have seen you in my life. Now that you are reasonable, read this letter and get to know your friends at last.” I wanted to refuse to read it; but the advantage he held over me due to all these circumstances made him demand it in an authoritative tone—such that, despite my lingering reservations, my secret desire only strengthened my resolve to comply.

Imagine the state I was in after reading that which revealed to me the incredible benefits of the one whom I had dared to slander with such indignity. I rushed to his feet; my heart filled with admiration, regret, and shame, I clutched his knees with all my strength, unable to utter a single word. He accepted my repentance just as he had accepted my insults, and in exchange for the forgiveness he deigned to grant me, he demanded only that I never oppose any good he might wish to do for me. Ah! Let him now do whatever he pleases; his sublime soul is above that of mere mortals, and it is just as impossible to resist his kindness as it would be to resist the will of God itself.

Vinciamo noi, incantevole Julie; un errore commesso dal nostro amico lo ha fatto tornare in sé. La vergogna di essersi sbagliato per un momento ha dissipato tutta la sua rabbia, rendendolo così docile che ora potremo fare di lui ciò che vogliamo. Sono felice che il errore che si rimprovera gli provochi più rimorso che risentimento; so anche che mi ama, poiché è umile e imbarazzato in mia presenza, ma non a disagio né costretto. Lui stesso è troppo consapevole dell’ingiustizia commessa perché io debba ricordargliela. E un torto riconosciuto in questo modo onora di più colui che lo ripara che colui che lo perdona.

Ho approfittato di questa rivoluzione e dell’effetto che ha prodotto per prendere con lui alcune disposizioni necessarie prima di separarci; poiché non posso più ritardare la mia partenza. Poiché intendo tornare l’estate prossima, abbiamo concordato che mi aspetterà a Parigi e poi andremo insieme in Inghilterra. Londra è l’unico teatro degno dei grandi talenti, e là la loro carriera può svilupparsi al massimo[66]. I suoi talenti sono, sotto molti aspetti, superiori; non dispero quindi di vederlo, con l’aiuto di alcuni amici, raggiungere in breve tempo un successo degno dei suoi meriti. Vi spiegherò più dettagliatamente le mie intenzioni quando verrò da voi. Nel frattempo, sappiate che, con la forza del successo, si possono superare molte difficoltà, e che esistono gradi di considerazione in grado di compensare anche la nascita, almeno nell’opinione di vostro padre. Questo, a mio parere, è l’unico rimedio da tentare per il vostro bene e per il suo, poiché il destino e i pregiudizi vi hanno privati di ogni altra possibilità.

Ho scritto a Regianino di venire da me per un periodo di tempo, così da poter godere della sua compagnia durante gli otto o dieci giorni che trascorrerò ancora con il nostro amico. La sua tristezza è troppo profonda per permetterci di conversare molto; la musica riempirà i silenzi, lo farà sognare e trasformerà gradualmente il suo dolore in malinconia. Aspetto che raggiunga questo stato prima di lasciarlo solo: non oserei fidarmene prima di allora. Per Regianino, ve lo restituirò al mio ritorno e lo riprenderò soltanto al mio rientro in Italia, quando, considerando i progressi che avrete già fatto entrambe, penso che non vi sarà più necessario. Per ora, sicuramente vi è inutile. E non vi privo di nulla togliendovelo per qualche giorno.

Lettera X – Da Saint-Preux a Claire

Perché devo finalmente aprire gli occhi su me stesso? Perché non li ho chiusi per sempre, piuttosto che vedere l’umiliazione in cui sono caduto, piuttosto che ritrovarmi l’ultimo degli uomini, dopo essere stato il più fortunato! Amica carina e generosa, che così spesso sei stata il mio rifugio, oso ancora versare la mia vergogna e i miei dolori nel tuo cuore compassionevole; oso ancora implorare le tue consolazioni contro il senso della mia propria indegnità; oso rivolgermi a te quando sono abbandonato da me stesso. Cielo! Come può un uomo così spregevole essere mai stato amato da lei, o come può un fuoco così divino non aver purificato la mia anima? Ora lei deve certamente arrossire per la sua scelta, quella che io non sono più degno di chiamare mia! Deve certamente gemere nel vedere la sua immagine profanata in un cuore così meschino e basso! Deve certo provare disprezzo e odio per colui che poté amarla e non fu altro che un codardo! Conosci tutte le mie errori, cara cugina, conosci il mio crimine e il mio pentimento; sii il mio giudice, e che io muoia, oppure sii la mia intercessora, e che l’essere che determina il mio destino abbia ancora la bontà di esserne l’arbitro.

Non vi parlerò dell’effetto che questa separazione improvvisa ebbe su di me; non vi dirò nulla del mio dolore stupido e del mio disperio insensato; potrete giudicarli fin troppo bene dall’abisso di confusione in cui entrambi mi gettarono. Più sentivo l’orrore della mia situazione, meno riuscivo a immaginare che fosse possibile rinunciare volontariamente a Julie; e l’amarezza di questo sentimento, unita alla straordinaria generosità di milord Edward, fece sorgere in me dei sospetti di cui non ricorderò mai senza orrore, e che non posso dimenticare senza essere ingratulo verso l’amico che mi li perdona.

Nel mio delirio, collegando tutte le circostanze relative alla mia partenza, credetti di riconoscervi un disegno premeditato, e osai attribuirlo all’uomo più virtuoso che esistesse. Appena questo orribile dubbio mi entrò nella mente, tutto sembrò confermarlo: la conversazione di milord con il barone d’Etange, il tono poco insinuante che gli attribuivo in quell’occasione, la lite che ne derivò, il suo insistere nel volermi vedere, la decisione presa di farmi partire, la diligenza e la segretezza con cui furono preparati i miei bagagli, l’incontro che ebbe con me la sera precedente. Infine, la rapidità con cui fui portato via piuttosto che accompagnato: tutto sembrava dimostrare, da parte di milord, l’intenzione di allontanarmi da Julie. Il suo imminente ritorno da lei, secondo me, completava la rivelazione del vero scopo delle sue azioni. Tuttavia, decisi di chiarire ulteriormente le cose prima di esplodere in una scenata; per questo motivo mi limitai ad esaminare con maggiore attenzione tutti i dettagli. Ma tutto ciò non faceva altro che rafforzare i miei assurdi sospetti. L’interesse umano, a quanto pare, non gli ispirava nulla di onesto nei miei confronti; la mia cieca gelosia, invece, trovava in quelle circostanze soltanto indizi di tradimento. A Besançon appresi che aveva scritto a Julie senza comunicarmi la lettera, senza parlarne con me. A quel punto fui completamente convinto della sua colpevolezza, e aspettai soltanto la risposta di lei, nella speranza che fosse scontenta, per avere finalmente l’ chiarimento che desideravo.

Ieri sera siamo rientrati piuttosto tardi, e ho scoperto che c’era un pacco proveniente dalla Svizzera; lui non ne ha parlato quando ci siamo separati. Gli ho lasciato il tempo di aprirlo; l’ho sentito mormorare alcune parole mentre lo leggeva nella sua stanza. Ho ascoltato attentamente. “Ah, Julie!”, diceva in frasi interrotte, “volevo renderti felice, rispetto la tua virtù, ma mi dispiace per il tuo errore”. Di fronte a queste parole e ad altre simili che ho sentito chiaramente, non sono più riuscito a controllarmi; ho preso la spada sotto il braccio, ho aperto, anzi, ho sfondato la porta ed sono entrato come un pazzo. No, non contaminerò né questo foglio di carta né i tuoi occhi con le offese che la rabbia mi ha suggerito, solo per far sì che lui combattesse subito contro di me.

Oh mia cugina! Fu proprio allora che riconobbi l’impero della vera saggezza, anche negli uomini più sensibili, quando vogliono ascoltare la sua voce. All’inizio non riuscì a comprendere nulla dei miei discorsi e li scambiò per un vero delirio. Ma la tradizione di cui lo accusavo, i piani segreti che gli rimproveravo, quella lettera di Julie che ancora teneva in mano e di cui parlavo continuamente, gli fecero finalmente capire l’origine della mia furia. Sorrise, poi mi disse freddamente: “Avete perso la ragione, e io non combatto contro un pazzo. Aprite gli occhi, o cieca che siete, ”, aggiunse con tono più dolce. “È davvero me che accusate di tradirvi?” Sentii nel suo modo di parlare qualcosa che non aveva nulla di un traditore: il suono della sua voce mi commosse profondamente; non appena lo guardai negli occhi, tutti i miei sospetti svanirono, e iniziai a rendermi conto con orrore della mia follia.

Nel momento in cui si rese conto di questo cambiamento, mi tese la mano e disse: «Venga con me». Se il suo ritorno non fosse preceduto dalla mia giustificazione, non vi avrei mai visto in vita mia. Ora che siete ragionevole, leggete questa lettera e conoscete finalmente i vostri amici». Volevo rifiutare di leggerla; ma l’ascendente che tutti questi vantaggi gli conferivano su di me lo spinse a chiederlo con un tono autoritario. E, nonostante le mie riserve fossero ormai svanite, il mio desiderio segreto era troppo forte per essere ignorato.

Immaginate in quale stato mi trovassi dopo quella lettura, che mi rivelò i benefici inauditi di colui che osavo diffamare con tanta indignità. Mi precipitai ai suoi piedi: il cuore pieno di ammirazione, rimorso e vergogna, strinsi forte le sue ginocchia senza riuscire a proferire una parola. Accettò il mio pentimento esattamente come aveva accettato le mie offese, e non mi chiese in cambio del perdono che si degnò di concedermi altro che di non oppormi mai al bene che avesse voluto farmi. Ah! Che faccia ora ciò che desidera: la sua anima sublime è al di sopra di quella degli uomini, e non è certo permesso resistere ai suoi benefici quanto a quelli della Divinità.

Ensuite il me remit les deux lettres qui s’adressaient à moi, lesquelles il n’avait pas voulu me donner avant d’avoir lu la sienne, et d’être instruit de la résolution de votre cousine. Je vis, en les lisant, quelle amante et quelle amie le ciel m’a données ; je vis combien il a rassemblé de sentiments et de vertus autour de moi pour rendre mes remords plus amers et ma bassesse plus méprisable. Dites, quelle est donc cette mortelle unique dont le moindre empire est dans sa beauté, et qui, semblable aux puissances éternelles, se fait également adorer et par les biens et par les maux qu’elle fait ? Hélas ! elle m’a tout ravi, la cruelle et je l’en aime davantage. Plus elle me rend malheureux, plus je la trouve parfaite. Il semble que tous les tourments qu’elle me cause soient pour elle un nouveau mérite auprès de moi. Le sacrifice qu’elle vient de faire aux sentiments de la nature me désole et m’enchante ; il augmente à mes yeux le prix de celui qu’elle a fait à l’amour. Non, son coeur ne sait rien refuser qui ne fasse valoir ce qu’il accorde.

Et vous, digne et charmante cousine, vous, unique et parfait modèle d’amitié, qu’on citera seule entre toutes les femmes, et que les coeurs qui ne ressemblent pas au vôtre oseront traiter de chimère ; ah ! ne me parlez plus de philosophie : je méprise ce trompeur étalage qui ne consiste qu’en vains discours ; ce fantôme qui n’est qu’une ombre, qui nous excite à menacer de loin les passions, et nous laisse comme un faux brave à leur approche. Daignez ne pas m’abandonner à mes égarements ; daignez rendre vos anciennes bontés à cet infortuné qui ne les mérite plus, mais qui les désire plus ardemment et en a plus besoin que jamais ; daignez me rappeler à moi-même, et que votre douce voix supplée en ce coeur malade à celle de la raison.

Non, je l’ose espérer, je ne suis point tombé dans un abaissement éternel. Je sens ranimer en moi ce feu pur et saint dont j’ai brûlé : l’exemple de tant de vertus ne sera point perdu pour celui qui en fut l’objet, qui les aime, les admire et veut les imiter sans cesse. O chère amante dont je dois honorer le choix ! ô mes amis dont je veux recouvrer l’estime ! mon âme se réveille et reprend dans les vôtres sa force et sa vie. Le chaste amour et l’amitié sublime me rendront le courage qu’un lâche désespoir fut prêt à m’ôter ; les purs sentiments de mon coeur me tiendront lieu de sagesse : je serai par vous tout ce que je dois être, et je vous forcerai d’oublier ma chute, si je puis m’en relever un instant. Je ne sais ni ne veux savoir quel sort le ciel me réserve ; quel qu’il puisse être, je veux me rendre digne de celui dont j’ai joui. Cette immortelle image que je porte en moi me servira d’égide, et rendra mon âme invulnérable aux coups de la fortune. N’ai-je pas assez vécu pour mon bonheur ? C’est maintenant pour sa gloire que je dois vivre. Ah ! que ne puis-je étonner le monde de mes vertus, afin qu’on pût dire un jour en les admirant : « Pouvait-il moins faire ? Il fut aimé de Julie ! »

P.-S. — Des noeuds abhorrés et peut-être inévitables ! Que signifient ces mots ? Ils sont dans sa lettre. Claire, je m’attends à tout ; je suis résigné, prêt à supporter mon sort. Mais ces mots… jamais, quoi qu’il arrive, je ne partirai d’ici que je n’aie eu l’explication de ces mots-là.

Lettre XI – De Julie à Saint-Preux

Il est donc vrai que mon âme n’est pas fermée au plaisir, et qu’un sentiment de joie y peut pénétrer encore ! Hélas ! je croyais depuis ton départ n’être plus sensible qu’à la douleur ; je croyais ne savoir que souffrir loin de toi, et je n’imaginais pas même des consolations à ton absence. Ta charmante lettre à ma cousine est venue me désabuser ; je l’ai lue et baisée avec des larmes d’attendrissement : elle a répandu la fraîcheur d’une douce rosée sur mon coeur séché d’ennuis et flétri de tristesse ; et j’ai senti, par la sérénité qui m’en est restée, que tu n’as pas moins d’ascendant de loin que de près sur les affections de ta Julie.

Mon ami, quel charme pour moi de te voir reprendre cette vigueur de sentiments qui convient au courage d’un homme ! Je t’en estimerai davantage, et m’en mépriserai moins de n’avoir pas en tout avili la dignité d’un amour honnête, ni corrompu deux coeurs à la fois. Je te dirai plus, à présent que nous pouvons parler librement de nos affaires ; ce qui aggravait mon désespoir était de voir que le tien nous ôtait la seule ressource qui pouvait nous rester dans l’usage de tes talents. Tu connais maintenant le digne ami que le ciel t’a donné : ce ne serait pas trop de ta vie entière pour mériter ses bienfaits ; ce ne sera jamais assez pour réparer l’offense que tu viens de lui faire, et j’espère que tu n’auras plus besoin d’autre leçon pour contenir ton imagination fougueuse. C’est sous les auspices de cet homme respectable que tu vas entrer dans le monde ; c’est à l’appui de son crédit, c’est guidé par son expérience, que tu vas tenter de venger le mérite oublié des rigueurs de la fortune. Fais pour lui ce que tu ne ferais pas pour toi ; tâche au moins d’honorer ses bontés en ne les rendant pas inutiles. Vois quelle riante perspective s’offre encore à toi ; vois quel succès tu dois espérer dans une carrière où tout concourt à favoriser ton zèle. Le ciel t’a prodigué ses dons ; ton heureux naturel, cultivé par ton goût, t’a doué de tous les talents ; à moins de vingt-quatre ans, tu joins les grâces de ton âge à la maturité qui dédommage plus tard des progrès des ans :

Frutto senile in su ‘l giovenil fiore[68].

L’étude n’a point émoussé ta vivacité ni appesanti ta personne ; la fade galanterie n’a point rétréci ton esprit ni hébété ta raison. L’ardent amour, en t’inspirant tous les sentiments sublimes dont il est le père, t’a donné cette élévation d’idées et cette justesse de sens[69] qui en sont inséparables. À sa douce chaleur, j’ai vu ton âme déployer ses brillantes facultés, comme une fleur s’ouvre aux rayons du soleil : tu as à la fois tout ce qui mène à la fortune et tout ce qui la fait mépriser. Il ne te manquait, pour obtenir les honneurs du monde, que d’y daigner prétendre, et j’espère qu’un objet plus cher à ton coeur te donnera pour eux le zèle dont ils ne sont pas dignes.

O mon doux ami, tu vas t’éloigner de moi !… O mon bien-aimé, tu vas fuir ta Julie !… Il le faut ; il faut nous séparer si nous voulons nous revoir heureux un jour ; et l’effet des soins que tu vas prendre est notre dernier espoir. Puisse une si chère idée t’animer, te consoler durant cette amère et longue séparation ; puisse-t-elle te donner cette ardeur qui surmonte les obstacles et dompte la fortune ! Hélas ! le monde et les affaires seront pour toi des distractions continuelles, et feront une utile diversion aux peines de l’absence. Mais je vais rester abandonnée à moi seule ou livrée aux persécutions, et tout me forcera de te regretter sans cesse : heureuse au moins si de vaines alarmes n’aggravaient mes tourments réels, et si, avec mes propres maux, je ne sentais encore en moi tous ceux auxquels tu vas t’exposer !

Je frémis en songeant aux dangers de mille espèces que vont courir ta vie et tes moeurs. Je prends en toi toute la confiance qu’un homme peut inspirer ; mais puisque le sort nous sépare, ah ! mon ami, pourquoi n’es-tu qu’un homme ? Que de conseils te seraient nécessaires dans ce monde inconnu où tu vas t’engager ! Ce n’est pas à moi, jeune, sans expérience, et qui ai moins d’étude et de réflexion que toi, qu’il appartient de te donner là-dessus des avis ; c’est un soin que je laisse à milord Édouard. Je me borne à te recommander deux choses, parce qu’elles tiennent plus au sentiment qu’à l’expérience, et que, si je connais peu le monde, je crois bien connaître ton coeur : n’abandonne jamais la vertu, et n’oublie jamais ta Julie.

Then he handed me over the two letters that were addressed to me; he had not wanted to give them to me before reading his own letter and learning of your cousin’s decision. As I read them, I saw what a lover and what a friend heaven had granted me; I saw how many sentiments and virtues she had gathered around me, only to make my remorse even more bitter and my own wretchedness seem all the more despicable. Tell me, what kind of mortal woman is this—one whose very beauty holds such power over men, and who, like the eternal forces, is adored both for the good and for the evil she brings? Alas! She has taken everything away from me, that cruel one, yet I love her all the more. The more she makes me unhappy, the more perfect she seems to me. It seems as if every torment she causes me is another merit in her eyes. The sacrifice she has made to the dictates of nature both saddens and delights me; it only increases, in my view, the value of the sacrifice she has already made for love. No, her heart knows how to refuse anything that would enhance the worth of what it gives.

And you, dear and charming cousin, you, the unique and perfect model of friendship—someone who will be mentioned alone among all women, while those hearts that do not resemble yours dare to call such devotion a chimera. Ah! Do not speak to me anymore about philosophy; I despise this deceptive pretense that consists merely of empty words—this phantom that is nothing but a shadow, which incites us to threaten our passions from a distance, yet leaves us as feeble and cowardly when they approach. Please do not abandon me to my wanderings; please restore your former kindnesses to this unfortunate one who no longer deserves them, but who now desires them more fervently than ever and needs them more desperately. Please remind me of who I really am, and let your gentle voice, in this troubled heart, replace the voice of reason.

No, I dare to hope that I have not fallen into eternal degradation. I feel that the pure and holy spirit within me is reviving once more—the example of so many virtues will not be lost for those who were its recipients, who love them, admire them, and strive to emulate them constantly. Oh, my dear beloved, whose choice I must honor! Oh, my friends, whose respect I wish to regain! My soul awakens and regains its strength and vitality in your presence. Chaste love and noble friendship will give me the courage that a despicable despair was about to take away from me; the pure sentiments in my heart will serve as my wisdom. With your help, I will become what I am meant to be, and I will make you forget my fall, if only for a moment. I neither know nor care to know what fate awaits me; whatever it may be, I am determined to earn worthy of the blessings I have once enjoyed. This immortal image within me will protect me and render my soul invulnerable to the trials of fortune. Have I not lived long enough for my own happiness? Now, it is for its glory that I must live. Ah! If only I could astonish the world with my virtues, so that one day people might say, in admiration: “Could he have done any less? He was loved by Julie!”

P.S. — Abhorrent knots, and perhaps inevitable. What do these words mean? They are in her letter. Claire, I am prepared for anything; I have resigned myself to my fate and am ready to endure it. But these words. No matter what happens, I will not leave here until I understand their meaning.

Letter XI – From Julie to Saint-Preux

It is therefore true that my soul is not closed to pleasure, and that a sense of joy can still penetrate it! Alas! I had believed since your departure that I was now only capable of feeling pain; I thought I could only suffer in your absence, and I never even imagined any consolation in it. Your charming letter to my cousin dispelled this misconception; I read it and kissed it with tears of gratitude—it brought the freshness of a gentle morning dew to my heart, dried up by troubles and withered by sorrow. And through the calmness it left within me, I felt that your influence over your dear Julie is just as strong from afar as it is up close.

My friend, what a delight it is for me to see you regain that vigor of spirit befitting the courage of a man! I shall hold you in even greater esteem, and feel less ashamed that I have not in any way degraded the dignity of an honest love, nor corrupted two hearts at once. Moreover, now that we can speak freely about our affairs, I must tell you that what added to my despair was the realization that your actions were depriving us of the only resource left to us—your talents. You now know the worthy friend that heaven has granted you: it would not be an overstatement to say that your entire life is not enough to repay his kindnesses; nor will it ever be sufficient to atone for the offense you have just committed against him. I hope you will no longer need any further lessons to restrain your fervent imagination. It is under the auspices of this respectable man that you are about to enter the world; it is with his support and guidance that you will endeavor to redeem the forgotten merits that fate’s harshness has denied you. Do for him what you would not do for yourself; at least try to honor his kindnesses by ensuring they are not wasted. See what a bright future still awaits you; see the success awaiting you in a career where everything seems to favor your efforts. Heaven has bestowed upon you numerous gifts; your fortunate nature, further cultivated by your talents, endows you with every virtue. At just twenty-four years of age, you combine the charm of youth with the maturity that compensates for the losses incurred with time.

The fruit of old age blossoms within the flower of youth[68].

This study has neither dulled your vivacity nor weighed down your person; the banalities of courtly behavior have neither weakened your intellect nor blurred your judgment. The fervent love, by inspiring in you all those sublime sentiments of which it is the source, has endowed you with that elevation of thought and that precision of judgment which are inseparable from them. Under its gentle influence, I saw your soul unfold its brilliant faculties, just as a flower opens under the sun’s rays—you possess everything that can lead to greatness, as well as everything that might cause one to despise it. All that is needed for you to attain the honors of the world is for you to deign to seek them; and I hope that some object far dearer to your heart will inspire in you the zeal they are not worthy of receiving.

O my dear friend, you are about to depart from me!. O my beloved, you are going to leave your Julie behind!. It is necessary; we must separate if we wish to meet again one day and be happy. The effects of the measures you will take are our last hope. May such a cherished idea inspire you and comfort you during this bitter and long separation; may it give you the strength to overcome obstacles and conquer fate! Alas! The world and its affairs will serve as constant distractions for you, providing a useful diversion from the pain of separation. But I shall remain alone or subjected to persecution, and everything will force me to constantly miss you. At least I would be happy if empty fears did not exacerbate my real suffering, if, in addition to my own troubles, I were not also burdened with all those hardships you will have to face!

I shudder at the dangers of countless perils that your life and ways are about to face. I place all the trust that a man can inspire in you; but since fate separates us, ah! my friend, why are you just an ordinary man? How many pieces of advice would you need in this unknown world into which you are about to step! It is not my place, young as I am and lacking in experience, with less knowledge and reflection than you, to offer you guidance on such matters; that duty belongs to Lord Edward. I limit myself to recommending two things to you—because they rely more on sentiment than on experience, and because, though I know little of the world, I believe I understand your heart well: never abandon virtue, and never forget your Julie.

Poi mi consegnò le due lettere che erano indirizzate a me e che non aveva voluto darmi prima di aver letto la sua e di essere venuto a conoscenza della decisione di vostra cugina. Leggendole, vidi quale amante e quale amica il cielo mi avesse donato; vidi quanto sentimenti e virtù si fossero raccolti intorno a me per rendere i miei rimorsi ancora più amari e la mia bassezza ancora più spregevole. Ditemi, qual è dunque questa unica donna il cui minimo potere risiede nella sua bellezza, e che, simile alle potenze eternhe, viene adorata sia per i beni che per i mali che provoca? Ahimè! Mi ha portato via tutto, quella crudele, eppure la amo ancora di più. Più mi rende infelice, più la trovo perfetta. Sembra che tutti i tormenti che mi causa siano, per lei, un nuovo merito ai miei occhi. Il sacrificio che ha appena compiuto nei confronti dei sentimenti naturali mi rattrista, e al contempo mi incanta; aumenta, ai miei occhi, il valore di quello che ha già fatto per l’amore. No, il suo cuore non sa rifiutare nulla che possa rendere ancora più prezioso ciò che dona.

E voi, nobile e incantevole cugina, voi, unico e perfetto esempio di amicizia, che verrà ricordata tra tutte le donne, e di cui i cuori che non sono come il vostro oseranno dire che si tratta solo di una chimera. Ah! Non parlatemi più di filosofia: disprezzo questa ingannevole apparenza che consiste soltanto in vani discorsi; questo fantasma che non è altro che un’ombra, che ci incita a minacciare da lontano le passioni, ma che ci lascia come falsi coraggiosi quando queste si avvicinano. Vi prego, non abbandonatemi ai miei errori; vi prego, riponetemi le vostre antiche gentilezze verso questo sfortunato che ormai non le merita più, ma che le desidera con ancora maggiore ardore e ne ha bisogno più che mai. Vi prego, ricordatemi chi sono veramente, e lasciate che la vostra dolce voce sostituisca, in questo cuore malato, quella della ragione.

No, oso sperarlo: non sono caduto in un abisso eterno. Sento rinascere in me quel fuoco puro e sacro di cui ero stato animato; l’esempio di tante virtù non andrà perduto per colui che ne è stato oggetto, che le ama, le ammira e vuole imitarle senza sosta. Oh cara amata, la cui scelta devo onorare! Oh miei cari amici, il cui rispetto desidero riconquistare! La mia anima si risveglia e ritrova in voi la sua forza e la sua vita. L’amore puro e l’amicizia sublime mi daranno il coraggio che un disperato abbandono stava per togliermi; i sentimenti puri del mio cuore mi faranno da saggezza: con il vostro aiuto sarò tutto ciò che devo essere, e vi costringerò ad dimenticare la mia caduta, se solo riuscirò a rialzarmi. Non so né voglio sapere quale destino il cielo mi riservi; qualunque esso sia, voglio rendermi degno di quello di cui ho goduto. Quest’immagine immortale che porto dentro di me mi servirà da scudo e renderà la mia anima invulnerabile ai colpi della fortuna. Non ho forse vissuto abbastanza per il mio bene? Ora devo vivere per la sua gloria. Ah! Se solo potessi stupire il mondo con le mie virtù, affinché un giorno si potesse dire ammirandole: “Poteva fare di meno? Fu amato da Julie!”

P.S. — nodi odiosi e forse inevitabili. Cosa significano queste parole? Sono nella sua lettera. Claire, mi aspetto di tutto; sono rassegnato, pronto ad affrontare il mio destino. Ma queste parole, per nulla al mondo me ne andrò da qui senza averne ricevuto una spiegazione.

Lettera XI – Di Julie a Saint-Preux

È quindi vero che la mia anima non è chiusa al piacere, e che un senso di gioia può ancora penetrarvi! Ahimè. Credevo, da quando te ne sei andato, di essere sensibile soltanto al dolore; pensavo di non conoscere altro che sofferenza lontano da te, e non immaginavo nemmeno alcuna consolazione nella tua assenza. La tua deliziosa lettera alla mia cugina mi ha fatto cambiare idea; l’ho letta e baciata tra lacrime di commozione: ha diffuso sulla mia anima, arida di preoccupazioni e segnata dalla tristezza, la freschezza di una dolce rugiada. E ho sentito, attraverso la serenità che ne è derivata, che il tuo ascendente sulle emozioni di Julie non è affatto minore quando siamo lontani che quando siamo vicini.

Amico mio, che delizia per me vederti riprendere quella forza di sentimenti che è propria al coraggio di un uomo! Ti apprezzerò ancora di più e mi disprezzerò meno per non aver mai compromesso la dignità di un amore onesto, né corrotto due cuori allo stesso tempo. Ora che possiamo parlare liberamente delle nostre faccende, ti dirò che ciò che aggravava il mio dispero era vedere come il tuo comportamento ci privasse dell’unica risorsa che ci restava per sfruttare i tuoi talenti. Ora conosci l’amico nobile che il cielo ti ha dato: non sarebbe mai abbastanza la tua intera vita per meritare i suoi benefici; né sarà mai sufficiente per riparare l’offesa che gli hai appena arrecato. Spero che non avrai più bisogno di altre lezioni per controllare la tua immaginazione fervente. È sotto la protezione di quest’uomo rispettabile che entrerai nel mondo; è con il sostegno della sua reputazione, guidato dalla sua esperienza, che cercherai di vendicare i meriti dimenticati dalle avversità della fortuna. Fai per lui ciò che non faresti per te stesso; almeno cerca di onorare le sue gentilezze, evitando di renderle inutili. Vedi quale splendida prospettiva ti si apre ancora davanti: quale successo puoi sperare in una carriera dove tutto contribuisce a favorire il tuo impegno. Il cielo ti ha donato i suoi talenti; la tua natura felice, coltivata dal tuo gusto, ti ha dotato di tutte le qualità necessarie. A meno di ventiquattro anni, unisci la grazia della tua età alla maturità che compenserà in seguito gli effetti negativi degli anni.

Frutto senile che nasce dal fiore giovane[68].

Lo studio non ha affievolito la tua vivacità né appesantito il tuo carattere; la banale galanteria non ha represso il tuo spirito né intorpidito la tua ragione. L’amore ardente, ispirandoti tutti quei sentimenti sublimi da cui deriva, ti ha donato quella elevatezza di idee e quella precisione di giudizio che ne sono inseparabili. Alla sua dolce influenza, ho visto la tua anima dispiegare le sue straordinarie capacità, come un fiore che si apre ai raggi del sole: possiedi insieme tutto ciò che conduce alla fortuna e tutto ciò che la rende spregevole. Ti mancava soltanto il desiderio di cercarla per ottenere gli onori del mondo. E spero che un oggetto ancora più caro al tuo cuore ti infonderà quell’entusiasmo di cui essi non sono degni.

Oh mio caro amico, mi stai allontanando da te. Oh mio adorato, stai fuggendo da Julie. È necessario; dobbiamo separarci se vogliamo rivederci felici un giorno. E l’effetto delle cure che prenderai è la nostra ultima speranza. Possa un’idea così cara animarti e consolarti durante questa amara e lunga separazione; possa darti quella forza che supera gli ostacoli e sconfigge le avversità. Ahimè! Il mondo e le circostanze saranno per te una distrazione continua, e costituiranno un’utile distrazione dalle sofferenze dell’assenza. Ma io rimarrò abbandonata a me stessa o esposta alle persecuzioni. E tutto mi costringerà ad rimpiangerti incessantemente. Almeno sarei felice se delle vane paure non aggravassero i miei veri dolori. Se, oltre ai miei mali personali, non sentissi anche tutti quelli a cui tu sarai esposto.

Tremo al pensiero dei pericoli innumerevoli che la tua vita e i tuoi comportamenti dovranno affrontare. Ti confido tutta la fiducia che un uomo possa ispirare; ma poiché il destino ci separa, ah! mio amico, perché non sei altro che un uomo? Quanti consigli ti sarebbero necessari in questo mondo sconosciuto in cui stai per addentrarti. Non spetta a me, giovane e privo di esperienza, con meno studi e riflessioni di te, darti suggerimenti al riguardo; lascio questa responsabilità a Lord Edward. Mi limito a raccomandarti due cose: non abbandonare mai la virtù, e non dimenticare mai la tua Julie.

Je ne te rappellerai point tous ces arguments subtils que tu m’as toi-même appris à mépriser, qui remplissent tant de livres, et n’ont jamais fait un honnête homme. Ah ! ces tristes raisonneurs ! quels doux ravissements leurs coeurs n’ont jamais sentis ni donnés ! Laisse, mon ami, ces vains moralistes et rentre au fond de ton âme : c’est là que tu retrouveras toujours la source de ce feu sacré qui nous embrasa tant de fois de l’amour des sublimes vertus ; c’est là que tu verras ce simulacre éternel du vrai beau dont la contemplation nous anime d’un saint enthousiasme, et que nos passions souillent sans cesse sans pouvoir jamais l’effacer[70]. Souviens-toi des larmes délicieuses qui coulaient de nos yeux, des palpitations qui suffoquaient nos coeurs agités, des transports qui nous élevaient au-dessus de nous-mêmes, au récit de ces vies héroïques qui rendent le vice inexcusable et font l’honneur de l’humanité. Veux-tu savoir laquelle est vraiment désirable, de la fortune ou de la vertu ? Songe à celle que le coeur préfère quand son choix est impartial ; songe où l’intérêt nous porte en lisant l’histoire. T’avisas-tu jamais de désirer les trésors de Crésus, ni la gloire de César, ni le pouvoir de Néron, ni les plaisirs d’Héliogabale ? Pourquoi, s’ils étaient heureux, tes désirs ne te mettaient-ils pas à leur place ? C’est qu’ils ne l’étaient point, et tu le sentais bien ; c’est qu’ils étaient vils et méprisables, et qu’un méchant heureux ne fait envie à personne. Quels hommes contemplais-tu donc avec le plus de plaisir ? Desquels adorais-tu les exemples ? Auxquels aurais-tu mieux aimé ressembler ? Charme inconcevable de la beauté qui ne périt point ! c’était l’Athénien buvant la ciguë, c’était Brutus mourant pour son pays, c’était Régulus au milieu des tourments, c’était Caton déchirant ses entrailles, c’étaient tous ces vertueux infortunés qui te faisaient envie, et tu sentais au fond de ton coeur la félicité réelle que couvraient leurs maux apparents. Ne crois pas que ce sentiment fût particulier à toi seul, il est celui de tous les hommes, et souvent même en dépit d’eux. Ce divin modèle que chacun de nous porte avec lui nous enchante malgré que nous en ayons ; sitôt que la passion nous permet de le voir, nous lui voulons ressembler ; et si le plus méchant des hommes pouvait être un autre que lui-même, il voudrait être un homme de bien.

Pardonne-moi ces transports, mon aimable ami ; tu sais qu’ils me viennent de toi, et c’est à l’amour dont je les tiens à te les rendre. Je ne veux point t’enseigner ici tes propres maximes, mais t’en faire un moment l’application pour voir ce qu’elles ont à ton usage : car voici le temps de pratiquer tes propres leçons et de montrer comment on exécute ce que tu sais dire. S’il n’est pas question d’être un Caton ou un Régulus, chacun pourtant doit aimer son pays, être intègre et courageux, tenir sa foi, même aux dépens de sa vie. Les vertus privées sont souvent d’autant plus sublimes qu’elles n’aspirent point à l’approbation d’autrui, mais seulement au bon témoignage de soi-même ; et la conscience du juste lui tient lieu des louanges de l’univers. Tu sentiras donc que la grandeur de l’homme appartient à tous les états, et que nul ne peut être heureux s’il ne jouit de sa propre estime ; car si la véritable jouissance de l’âme est dans la contemplation du beau, comment le méchant peut-il l’aimer dans autrui sans être forcé de se haïr lui-même ?

Je ne crains pas que les sens et les plaisirs grossiers te corrompent ; ils sont des pièges peu dangereux pour un coeur sensible, et il lui en faut de plus délicats. Mais je crains les maximes et les leçons du monde ; je crains cette force terrible que doit avoir l’exemple universel et continuel du vice ; je crains les sophismes adroits dont il se colore ; je crains enfin que ton coeur même ne t’en impose, et ne te rende moins difficile sur les moyens d’acquérir une considération, que tu saurais dédaigner si notre union n’en pouvait être le fruit.

Je t’avertis, mon ami, de ces dangers ; ta sagesse fera le reste : car c’est beaucoup pour s’en garantir que d’avoir su les prévoir. Je n’ajouterai qu’une réflexion, qui l’emporte, à mon avis, sur la fausse raison du vice, sur les fières erreurs des insensés, et qui doit suffire pour diriger au bien la vie de l’homme sage ; c’est que la source du bonheur n’est tout entière ni dans l’objet désiré ni dans le coeur qui le possède, mais dans le rapport de l’un et de l’autre ; et que, comme tous les objets de nos désirs ne sont pas propres à produire la félicité, tous les états du coeur ne sont pas propres à la sentir. Si l’âme la plus pure ne suffit pas seule à son propre bonheur, il est plus sûr encore que toutes les délices de la terre ne sauraient faire celui d’un coeur dépravé ; car il y a des deux côtés une préparation nécessaire, un certain concours dont résulte ce précieux sentiment recherché de tout être sensible et toujours ignoré du faux sage, qui s’arrête au plaisir du moment faute de connaître un bonheur durable. Que servirait donc d’acquérir un de ces avantages aux dépens de l’autre, de gagner au dehors pour perdre encore plus au dedans, et de se procurer les moyens d’être heureux en perdant l’art de les employer ? Ne vaut-il pas mieux encore, si l’on ne peut avoir qu’un des deux, sacrifier celui que le sort peut nous rendre à celui qu’on ne recouvre point quand on l’a perdu ? Qui le doit mieux savoir que moi, qui n’ai fait qu’empoisonner les douceurs de ma vie en pensant y mettre le comble ? Laisse donc dire les méchants qui montrent leur fortune et cachent leur coeur ; et sois sûr que s’il est un seul exemple du bonheur sur la terre, il se trouve dans un homme de bien. Tu reçus du ciel cet heureux penchant à tout ce qui est bon et honnête : n’écoute que tes propres désirs, ne suis que tes inclinations naturelles ; songe surtout à nos premières amours : tant que ces moments purs et délicieux reviendront à ta mémoire, il n’est pas possible que tu cesses d’aimer ce qui te les rendit si doux, que le charme du beau moral s’efface dans ton âme, ni que tu veuilles jamais obtenir ta Julie par des moyens indignes de toi. Comment jouir d’un bien dont on aurait perdu le goût ? Non, pour pouvoir posséder ce qu’on aime, il faut garder le même coeur qui l’a aimé.

Me voici à mon second point : car, comme tu vois, je n’ai pas oublié mon métier. Mon ami, l’on peut sans amour avoir les sentiments sublimes d’une âme forte : mais un amour tel que le nôtre l’anime et la soutient tant qu’il brûle ; sitôt qu’il s’éteint elle tombe en langueur, et un coeur usé n’est plus propre à rien. Dis-moi, que serions-nous si nous n’aimions plus ? Eh ! ne vaudrait-il pas mieux cesser d’être que d’exister sans rien sentir, et pourrais-tu te résoudre à traîner sur la terre l’insipide vie d’un homme ordinaire, après avoir goûté tous les transports qui peuvent ravir une âme humaine ? Tu vas habiter de grandes villes, où ta figure et ton âge, encore plus que ton mérite, tendront mille embûches à ta fidélité ; l’insinuante coquetterie affectera le langage de la tendresse, et te plaira sans t’abuser ; tu ne chercheras point l’amour, mais les plaisirs ; tu les goûteras séparés de lui, et ne les pourras reconnaître. Je ne sais si tu retrouveras ailleurs le coeur de Julie ; mais je te défie de jamais retrouver auprès d’une autre ce que tu sentis auprès d’elle. L’épuisement de ton âme t’annoncera le sort que je t’ai prédit ; la tristesse et l’ennui t’accableront au sein des amusements frivoles ; le souvenir de nos premières amours te poursuivra malgré toi ; mon image, cent fois plus belle que je ne fus jamais, viendra tout à coup te surprendre. À l’instant le voile du dégoût couvrira tous tes plaisirs, et mille regrets amers naîtront dans ton coeur. Mon bien-aimé, mon doux ami, ah ! si jamais tu m’oublies… Hélas ! je ne ferai qu’en mourir ; mais toi tu vivras vil et malheureux, et je mourrai trop vengée.

I will not remind you of all those subtle arguments that you yourself taught me to despise—arguments that fill so many books yet have never made a single honest man out of anyone. Ah! Those sad reasoners—what tender delights their hearts have never known or given! My friend, forget about these vain moralists and look within the depths of your soul: there you will always find the source of that sacred fire which so often inspired us with love for noble virtues; there you will see that eternal mockery of true beauty—which, when contemplated, fills us with holy enthusiasm, yet is constantly defiled by our passions without ever being able to be erased. Remember those delightful tears that flowed from our eyes, those heartbeats that suffocated our agitated hearts, those transports that raised us above ourselves while we listened to the stories of those heroic lives that make vice seem excusable and bring honor to humanity. Do you really want to know what is truly desirable—wealth or virtue? Think about which one the heart prefers when its choice is unbiased; consider where our interest leads us when we read history. Have you ever desired the treasures of Cresus, the glory of Caesar, the power of Nero, or the pleasures of Heliogabale? Why? If they were truly happy, would your desires not drive you to want their place? Because they were not; you could feel it clearly. They were vile and despicable, and no one would envy a wicked person who was happy. So then, whose examples did you enjoy contemplating the most? Whose deeds did you admire? To whom would you have preferred to resemble? The incredible charm of beauty that never perishes—there was the Athenian drinking hemlock, there was Brutus dying for his country, there was Regulus amidst his torments, there was Cato tearing his own entrails—all those unfortunate virtuous men who filled you with envy. And in the depths of your heart, you felt the true happiness that their apparent suffering only concealed. Do not think that this feeling is unique to you; it is shared by all men, often even against their will. That divine model that each of us carries within us enchants us despite our awareness of it; whenever passion allows us to see it clearly, we desire to become like it. And if the worst of men could become anything but what they are, they would want to be good people.

Forgive me these outbursts of emotion, my dear friend; you know they arise from my love for you, and it is out of that love that I wish to express them to you. I do not intend to teach you your own principles here, but rather to apply them in this moment to see how they can be useful to you. For now is the time to put into practice what you have learned and to demonstrate how one carries out what one preaches. Although it may not be necessary to become a Caton or a Regulus, everyone should love their country, be honest and brave, and uphold their beliefs, even at the cost of their lives. Private virtues are often all the more sublime precisely because they do not seek the approval of others, but only the good judgment of one’s own conscience; and the awareness of what is right serves as praise enough from the whole world. You will thus understand that the greatness of a person belongs to all walks of life, and that no one can be truly happy unless they enjoy the respect of themselves. For if the true joy of the soul lies in the contemplation of beauty, how can a wicked person love it in others without having to hate themselves as well?

I am not afraid that the senses and vulgar pleasures will corrupt you; they are mere traps of little danger to a sensitive heart, which requires far more subtle temptations. But I fear the maxims and teachings of the world; I fear the terrible power exerted by the universal and constant example of vice; I fear the clever sophisms with which it is disguised; and above all, I fear that your own heart may be influenced by them, making you less resistant to the means necessary to gain respect—a respect that you would otherwise disdain, were it not for the possibility that our union might make it possible for you to attain it.

I warn you, my friend, of these dangers; your wisdom will do the rest—for to ensure one’s safety, it is far more important to anticipate these dangers than merely to be aware of them. I would like to add only one thought, which, in my opinion, surpasses all the false justifications of vice and the arrogant errors of the foolish. This thought should be sufficient to guide the life of a wise man toward goodness: the source of happiness lies not entirely in the object desired nor in the heart that possesses it, but in the relationship between the two. Moreover, since not all objects of our desires are capable of bringing us happiness, not all states of the heart are suited to experience it. If the purest soul is not enough in itself to bring about its own happiness, it is even more certain that all the pleasures of this world could not bring happiness to a corrupt heart—for on both sides, there is a necessary preparation, a certain coordination that results in that precious feeling which all sensible beings seek but which the false wise never truly understands. Such people stop at momentary pleasure, lacking any knowledge of lasting happiness. So what good would it be to gain one advantage at the expense of another, to win externally only to lose more internally, and to obtain the means to be happy yet fail to know how to use them? Wouldn’t it be better, if we could only have one of these two things, to sacrifice that which fate might grant us for that which we can never regain once lost? Who knows this better than I, who have only managed to poison the sweetness of my life by seeking to perfect it in vain? Let the wicked boast about their wealth while hiding their hearts; be assured that if there is any example of true happiness on earth, it can be found in a good person. You were given from heaven a natural inclination toward all that is good and honorable—listen only to your own desires, follow only your innate inclinations. Remember especially our first loves: as long as those pure and delightful moments return to your memory, it is impossible for you to cease loving what made them so sweet, for the charm of noble morality will never fade from your soul, and you will never wish to obtain your beloved through means unworthy of you. How can one enjoy something when one has lost the taste for it? No—to truly possess what one loves, one must maintain the same heart that once loved it.

Here comes my second point: as you can see, I have not forgotten my profession. My friend, it is possible to possess the sublime sentiments of a strong soul without love; but a love like ours is what animates and sustains her as long as it burns brightly. Once it dies out, the soul declines into languor, and a worn-out heart is no longer capable of anything. Tell me, what would we be without love? Ah! Wouldn’t it be better to cease to exist than to live without feeling anything at all? Could you possibly bear to drag on the insipid life of an ordinary man after having tasted all those delights that can enchant a human soul? You will live in great cities where your appearance and age, more than your merits, will pose countless dangers to your fidelity. Insinuating coquetry will disguise itself in the language of tenderness, and you may find it pleasing without being deceived. You will not seek love; instead, you will pursue pleasures—enjoying them in its absence and failing to recognize them for what they are. I do not know if you will find Julie’s heart elsewhere; but I dare say you will never experience again what you felt with her. The exhaustion of your soul will foretell the fate I have predicted for you: sadness and boredom will weigh heavily on you amidst trivial amusements. The memory of our first loves will haunt you against your will, and my image—hundred times more beautiful than I ever was—will suddenly appear before you. In that moment, a veil of disgust will cover all your pleasures, and thousands of bitter regrets will arise in your heart. My beloved, my dear friend. Ah! If you ever forget me. Alas, I would rather die than live on in such misery; but you will live in disgrace and unhappiness, and I will die having been avenged.

Non ti ricorderò tutti questi argomenti sottili che tu stesso mi hai insegnato a disprezzare, quelli che riempiono tanti libri e che mai hanno reso un uomo onesto. Ah! Quei tristi ragionatori, quali dolci emozioni i loro cuori non hanno mai provato né donato! Lascia, amico mio, questi vani moralisti e ritorna nel profondo della tua anima: là troverai sempre la fonte di quel fuoco sacro che tante volte ci ha infiammato con l’amore per le sublimi virtù; là vedrai quell’eterno simulacro del vero bello, la cui contemplazione ci infonde un santo entusiasmo, mentre le nostre passioni lo contaminano continuamente senza mai riuscire a cancellarlo[70]. Ricorda quelle dolci lacrime che scorrevano dai nostri occhi, quei battiti cardiaci che soffocavamo nei nostri cuori agitati, quegli estasi che ci elevavano al di sopra di noi stessi, ascoltando le storie di quelle vite eroiche che rendono il vizio inescusabile e onorano l’umanità. Vuoi sapere quale sia veramente desiderabile, la fortuna o la virtù? Pensa a quella che il cuore preferisce quando il suo giudizio è imparziale; pensa dove ci porta l’interesse quando leggiamo la storia. Ti sei mai reso conto di desiderare i tesori di Crasso, la gloria di Cesare, il potere di Nerone o i piaceri di Elio Gabale? Perché, se fossero felici, i tuoi desideri non ti metterebbero al loro posto? Perché non lo sono, e tu lo sai bene; perché sono vili e spregevoli, e un cattivo felice non suscita invidia in nessuno. Quindi, di quali uomini ti compiacevi maggiormente nella loro contemplazione? Di quali esempi ammiravi l’operato? A cui avresti voluto assomigliare di più? Incantevole bellezza che non perisce mai. Era l’Ateniese che beveva la cicuta, era Bruto che moriva per il suo paese, era Regolo tra i tormenti, era Catone che si strappava le viscere. Tutti questi virtuosi sfortunati ti suscitavano invidia, e nel profondo del tuo cuore sentivi quella vera felicità che nascondevano i loro mali apparenti. Non credere che questo sentimento sia proprio tuo: è quello di tutti gli uomini, spesso anche contro la loro volontà. Quel divino modello che ognuno di noi porta con sé ci incanta nonostante lo ignoriamo; non appena la passione ci permette di vederlo, desideriamo assomigliargli. E se il peggiore degli uomini potesse diventare qualcun altro, vorrebbe essere una persona buona.

Perdona questi miei slanci d’affetto, mio caro amico; sai che derivano da te, e è proprio per amore che desidero condividerli con te. Non intendo insegnarti qui le tue stesse massime, ma applicarle momentaneamente a noi stessi per vedere quale utilità possano avere per te: infatti, è giunto il momento di mettere in pratica ciò che hai insegnato e di dimostrare come si possa agire secondo i tuoi principi. Anche se non si tratta di diventare Catone o Regolo, ognuno dovrebbe comunque amare il proprio paese, essere integro e coraggioso, mantenere la propria fede, anche a costo della vita. Le virtù personali sono spesso ancora più sublimi quando non cercano l’approvazione altrui, ma soltanto il buon giudizio di se stessi; e la coscienza della rettitudine sostituisce le lodi dell’universo intero. Comprenderai quindi che la grandezza umana appartiene a tutti gli stati sociali, e che nessuno può essere veramente felice senza godere dell’ammirazione di se stesso; poiché se il vero piacere dell’anima risiede nella contemplazione del bello, come potrebbe il malvagio amarlo negli altri senza essere costretto ad odiare se stesso?

Non temo che i sensi e i piaceri volgari possano corromperti; essi rappresentano trappole poco pericolose per un cuore sensibile, il quale ha bisogno di tentazioni più raffinate. Temo invece le massime e gli insegnamenti del mondo; temo quella terribile forza che deve esercitare l’esempio universale e continuo del vizio; temo i sofismi abili con cui esso si maschera; temo infine che anche il tuo stesso cuore possa influenzarti, rendendoti meno riluttante ad utilizzare qualsiasi mezzo pur di ottenere considerazione, una considerazione che sapresti disdegnare se la nostra unione non ne potesse essere il risultato.

Ti avverto, amico mio, di questi pericoli; la tua saggezza farà il resto, poiché è molto importante saperli prevedere per potersi proteggere da loro. Aggiungerò soltanto una riflessione che, a mio parere, prevale su tutte le false ragioni del vizio e sugli errori dei folli; questa riflessione dovrebbe essere sufficiente a guidare la vita dell’uomo saggio verso il bene. La fonte della felicità non risiede interamente né nell’oggetto desiderato né nel cuore che lo possiede, ma nella relazione tra i due; inoltre, poiché non tutti gli oggetti dei nostri desideri sono idonei a procurare la felicità, nemmeno tutti gli stati d’animo lo sono. Se l’anima più pura non è sufficiente da sola alla propria felicità, è ancora più certo che tutte le delizie della terra non potranno rendere felice un cuore corrotto; poiché da entrambi i lati è necessaria una preparazione adeguata, un certo concorso di fattori che producono quel prezioso sentimento tanto cercato da ogni essere sensibile, ma sempre ignorato dal falso saggio, il quale si accontenta del piacere momentaneo senza conoscere la felicità duratura. A che servirebbe quindi ottenere uno di questi vantaggi a scapito dell’altro, guadagnare all’esterno per perdere ancora di più all’interno, e procurarsi i mezzi per essere felici perdendo l’arte di utilizzarli? Non è forse meglio, se non possiamo avere che uno dei due, sacrificare quello che il destino potrebbe darci a quello che non possiamo recuperare una volta perso? Chi potrebbe saperlo meglio di me, che ho solo rovinato le dolcezze della mia vita cercando di renderle perfette? Lascia quindi che parlino i malvagi, che mostrano la loro fortuna e nascondono il proprio cuore; e sappi con certezza che, se esiste un solo esempio di felicità sulla terra, esso si trova in un uomo buono. Hai ricevuto dal cielo questa felice inclinazione verso tutto ciò che è buono e onesto: ascolta soltanto i tuoi desideri naturali, segui le tue inclinazioni innate; pensa soprattutto ai nostri primi amori: finché quei momenti puri e deliziosi torneranno nella tua memoria, non sarà possibile che smetta di amare ciò che li ha resi così dolci, che il fascino della virtù scompaia dal tuo cuore, né che voglia mai ottenere la persona che amo con mezzi indegni di me. Come si può godere di un bene di cui si è perso il gusto? No, per possedere ciò che si ama, è necessario mantenere lo stesso cuore che l’ha amato.

Ecco il mio secondo punto: come vedi, non ho dimenticato il mio mestiere. Amico mio, è possibile provare sentimenti sublimi senza amore; ma un amore come il nostro anima e la sostiene finché brucia; non appena si spegne, l’anima declina, e un cuore logoro non è più adatto a nulla. Dimmi: che cosa saremmo se non amassimo più? Eh! Non sarebbe meglio smettere di esistere piuttosto che vivere senza provare nulla? Riusciresti davvero a sopportare la noia di una vita banale, dopo aver assaporato tutti i sentimenti che possono rendere felice un’anima umana? Vivrai in grandi città, dove il tuo aspetto e la tua età, più del tuo merito, tenderanno a mettere alla prova la tua fedeltà; le insinuanti lusinghe altereranno il linguaggio dell’amore, e ti piaceranno senza che tu te ne renda conto. Non cercherai l’amore, ma i piaceri; li assaporerai separati da esso, senza riconoscerli davvero. Non so se troverai altrove il cuore di Julie. Ma ti sfido a ritrovare mai, con un’altra donna, ciò che hai provato con lei. L’esaurimento della tua anima ti annuncerà il destino che ti ho predetto; la tristezza e noia ti assilleranno tra divertimenti frivoli. Il ricordo dei nostri primi amori ti perseguirà nonostante tu voglia evitarlo. L’immagine mia, cento volte più bella di quanto fossi mai stata in realtà, verrà improvvisamente a sorprenderti. In quell’istante, il velo del disgusto coprirà tutti i tuoi piaceri. E mille amari rimpianti nasceranno nel tuo cuore. Amato mio, caro amico. Ah! Se mai mi dimenticherai. Ahimè, morirò di dolore. Ma tu vivrai in miseria e infelicità. E io morirò, troppo vendicata.

Ne l’oublie donc jamais, cette Julie qui fut à toi, et dont le coeur ne sera point à d’autres. Je ne puis rien te dire de plus, dans la dépendance où le ciel m’a placée. Mais après t’avoir recommandé la fidélité, il est juste de te laisser de la mienne le seul gage qui soit en mon pouvoir. J’ai consulté, non mes devoirs, mon esprit égaré ne les connaît plus, mais mon coeur, dernière règle de qui n’en saurait plus suivre ; et voici le résultat de ses inspirations. Je ne t’épouserai jamais sans le consentement de mon père, mais je n’en épouserai jamais un autre sans ton consentement : je t’en donne ma parole ; elle me sera sacrée, quoi qu’il arrive, et il n’y a point de force humaine qui puisse m’y faire manquer. Sois donc sans inquiétude sur ce que je puis devenir en ton absence. Va, mon aimable ami, chercher sous les auspices du tendre amour un sort digne de le couronner. Ma destinée est dans tes mains autant qu’il a dépendu de moi de l’y mettre, et jamais elle ne changera que de ton aveu.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre XIII – De Saint-Preux à Julie

J’arrivai hier au soir à Paris, et celui qui ne pouvait vivre séparé de toi par deux rues en est maintenant à plus de cent lieues. O Julie ! plains-moi, plains ton malheureux ami. Quand mon sang en longs ruisseaux aurait tracé cette route immense, elle m’eût paru moins longue, et je n’aurais pas senti défaillir mon âme avec plus de langueur. Ah ! si du moins je connaissais le moment qui doit nous rejoindre ainsi que l’espace qui nous sépare, je compenserais l’éloignement des lieux par le progrès du temps, je compterais dans chaque jour ôté de ma vie les pas qui m’auraient rapproché de toi. Mais cette carrière de douleurs est couverte des ténèbres de l’avenir ; le terme qui doit la borner se dérobe à mes faibles yeux. O doute ! ô supplice ! mon coeur inquiet te cherche et ne trouve rien. Le soleil se lève, et ne me rend plus l’espoir de te voir ; il se couche, et je ne t’ai point vue ; mes jours, vides de plaisir et de joie, s’écoulent dans une longue nuit. J’ai beau vouloir ranimer en moi l’espérance éteinte, elle ne m’offre qu’une ressource incertaine et des consolations suspectes. Chère et tendre amie de mon coeur, hélas ! à quels maux faut-il m’attendre, s’ils doivent égaler mon bonheur passé !

Que cette tristesse ne t’alarme pas, je t’en conjure ; elle est l’effet passager de la solitude et des réflexions du voyage. Ne crains point le retour de mes premières faiblesses : mon coeur est dans ta main, ma Julie, et, puisque tu le soutiens, il ne se laissera plus abattre. Une des consolantes idées qui sont le fruit de ta dernière lettre est que je me trouve à présent porté par une double force, et, quand l’amour aurait anéanti la mienne, je ne laisserais pas d’y gagner encore ; car le courage qui me vient de toi me soutient beaucoup mieux que je n’aurais pu me soutenir moi-même. Je suis convaincu qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul[72]. Les âmes humaines veulent être accouplées pour valoir tout leur prix ; et la force unie des amis, comme celle des lames d’un aimant artificiel, est incomparablement plus grande que la somme de leurs forces particulières. Divine amitié ! c’est là ton triomphe. Mais qu’est-ce que la seule amitié auprès de cette union parfaite qui joint à toute l’énergie de l’amitié des liens cent fois plus sacrés ? Où sont-ils ces hommes grossiers qui ne prennent les transports de l’amour que pour une fièvre des sens, pour un désir de la nature avilie ? Qu’ils viennent, qu’ils observent, qu’ils sentent ce qui se passe au fond de mon coeur ; qu’ils voient un amant malheureux éloigné de ce qu’il aime, incertain de le revoir jamais, sans espoir de recouvrer sa félicité perdue, mais pourtant animé de ces feux immortels qu’il prit dans tes yeux et qu’ont nourris tes sentiments sublimes : prêt à braver la fortune, à souffrir ses revers, à se voir même privé de toi, et à faire des vertus que tu lui as inspirées le digne ornement de cette empreinte adorable qui ne s’effacera jamais de son âme. Julie, eh ! qu’aurais-je été sans toi ? La froide raison m’eût éclairé peut-être ; tiède admirateur du bien, je l’aurais du moins aimé dans autrui. Je ferai plus, je saurai le pratiquer avec zèle ; et, pénétré de tes sages leçons, je ferai dire un jour à ceux qui nous auront connus : « O quels hommes nous serions tous, si le monde était plein de Julies et de coeurs qui les sussent aimer ! »

En méditant en route sur ta dernière lettre, j’ai résolu de rassembler en un recueil toutes celles que tu m’as écrites, maintenant que je ne puis plus recevoir tes avis de bouche. Quoiqu’il n’y en ait pas une que je ne sache par coeur, et bien par coeur, tu peux m’en croire, j’aime pourtant à les relire sans cesse, ne fût-ce que pour revoir les traits de cette main chérie qui seule peut faire mon bonheur. Mais insensiblement le papier s’use, et, avant qu’elles soient déchirées, je veux les copier toutes dans un livre blanc que je viens de choisir exprès pour cela. Il est assez gros ; mais je songe à l’avenir, et j’espère ne pas mourir assez jeune pour me borner à ce volume. Je destine les soirées à cette occupation charmante, et j’avancerai lentement pour la prolonger. Ce précieux recueil ne me quittera de mes jours ; il sera mon manuel dans le monde où je vais entrer : il sera pour moi le contrepoison des maximes qu’on y respire ; il me consolera dans mes maux ; il préviendra ou corrigera mes fautes ; il m’instruira durant ma jeunesse ; il m’édifiera dans tous les temps, et ce seront, à mon avis, les premières lettres d’amour dont on aura tiré cet usage.

Quant à la dernière que j’ai présentement sous les yeux, toute belle qu’elle me paraît, j’y trouve pourtant un article à retrancher. Jugement déjà fort étrange : mais ce qui doit l’être encore plus, c’est que cet article est précisément celui qui te regarde, et je te reproche d’avoir même songé à l’écrire. Que me parles-tu de fidélité, de constance ? Autrefois tu connaissais mieux mon amour et ton pouvoir. Ah ! Julie, inspires-tu des sentiments périssables, et quand je ne t’aurais rien promis, pourrais-je cesser jamais d’être à toi ? Non, non, c’est du premier regard de tes yeux, du premier mot de ta bouche, du premier transport de mon coeur, que s’alluma dans lui cette flamme éternelle que rien ne peut plus éteindre. Ne t’eussé-je vue que ce premier instant, c’en était déjà fait, il était trop tard pour pouvoir jamais t’oublier. Et je t’oublierais maintenant ! maintenant qu’enivré de mon bonheur passé son seul souvenir suffit pour me le rendre encore ! maintenant qu’oppressé du poids de tes charmes je ne respire qu’en eux ! maintenant que ma première âme est disparue, et que je suis animé de celle que tu m’as donnée ! maintenant, ô Julie, que je me dépite contre moi de t’exprimer si mal tout ce que je sens ! Ah ! que toutes les beautés de l’univers tentent de me séduire, en est-il d’autres que la tienne à mes yeux ? Que tout conspire à l’arracher de mon coeur ; qu’on le perce, qu’on le déchire, qu’on brise ce fidèle miroir de Julie, sa pure image ne cessera de briller jusque dans le dernier fragment ; rien n’est capable de l’y détruire. Non, la suprême puissance elle-même ne saurait aller jusque-là, elle peut anéantir mon âme, mais non pas faire qu’elle existe et cesse de t’adorer.

Milord Édouard s’est chargé de te rendre compte à son passage de ce qui me regarde et de ses projets en ma faveur : mais je crains qu’il ne s’acquitte mal de cette promesse par rapport à ses arrangements présents. Apprends qu’il ose abuser du droit que lui donnent sur moi ses bienfaits pour les étendre au-delà même de la bienséance. Je me vois, par une pension qu’il n’a pas tenu à lui de rendre irrévocable, en état de faire une figure fort au-dessus de ma naissance ; et c’est peut-être ce que je serai forcé de faire à Londres pour suivre ses vues. Pour ici, où nulle affaire ne m’attache, je continuerai de vivre à ma manière, et ne serai point tenté d’employer en vaines dépenses l’excédent de mon entretien. Tu me l’as appris, ma Julie, les premiers besoins, ou du moins les plus sensibles, sont ceux d’un coeur bienfaisant ; et tant que quelqu’un manque du nécessaire, quel honnête homme a du superflu ?

Therefore, never forget this Julie who was once yours, and whose heart will never belong to anyone else. I cannot say anything more to you, for I am in a position of dependence imposed upon me by fate. But after advising you to remain faithful, it is only right that I offer you my own fidelity as the sole guarantee within my power. I have not consulted my duties—my confused mind no longer understands them—but my heart, which is the last authority I still follow, has spoken. Here is its decision: I will never marry anyone without my father’s consent, but I will never marry anyone else without yours. I give you my word on this; it shall be sacred to me, no matter what happens, and no human force can make me break it. So do not worry about what might happen to me in your absence. Go, my dear friend, and seek under the auspices of tender love a fate worthy of being crowned with it. My destiny is in your hands, just as it was within my power to place it there; it will never change unless you give your consent.

List of literary works

General list of titles

Letter XIII – From Saint-Preux to Julie

I arrived in Paris last evening, and the one who could never live apart from you, even if separated by just two streets, is now more than a hundred miles away. Oh Julie! Please pity me, pity your unfortunate friend. If my blood had flowed in long streams to trace this immense distance, it would have seemed less long to me, and I wouldn’t have felt such despair as I do now. Ah! If only I knew the moment when we will be reunited and the distance that separates us. I could make up for the physical separation with the passage of time; I could count each day that passes as a step bringing me closer to you. But this path of suffering is shrouded in the darkness of the unknown future; the end of it eludes my weak eyes. Oh doubt! Oh torment! My anxious heart searches for you but finds nothing. The sun rises, and it takes away my hope of seeing you again; it sets, and I have not seen you yet. My days, devoid of joy and happiness, pass into a endless night. No matter how hard I try to revive the hope that has died within me, all I am left with are uncertain comforts and doubtful solace. Dear and tender friend of my heart. Alas! What evils await me, if they are even comparable to the happiness I once enjoyed?

Let not this sadness alarm you, I implore you; it is but the temporary effect of solitude and the reflections engendered by travel. Do not fear the return of my former weaknesses: my heart is in your hands, my Julie, and since you support it, it shall never be subdued again. One of the comforting thoughts that arise from your last letter is that I am now empowered by a dual force; and even if love were to destroy one of these forces, I would still gain something from it—for the courage you inspire in me supports me far better than I could have sustained on my own. I am convinced that it is not good for man to be alone[72]. Human souls desire to be united in order to achieve their full potential; and the combined strength of friends, like that of the blades of a synthetic magnet, is incomparably greater than the sum of their individual strengths. Divine friendship! therein lies your triumph. But what is mere friendship compared to this perfect union that combines the power of friendship with bonds far more sacred? Where are those crude men who regard the fervor of love merely as a fever of the senses, as a desire born from a degraded nature? Let them come and observe; let them feel what lies at the heart of my being. They will see a lover separated from what he loves, uncertain ever to see it again, without any hope of reclaiming his lost happiness—but yet filled with those immortal flames that were kindled in your eyes and nurtured by your sublime sentiments. He is ready to brave fortune, to endure its reversals, even to be deprived of you—and to practice the virtues you have inspired him, as a worthy ornament for that adorable mark which will never fade from his soul. Julie, oh! what would I have been without you? Perhaps cold reason would have guided me; as a lukewarm admirer of goodness, I would at least have loved it in others. But now I will do more—I will pursue it with zeal. And, imbued with your wise teachings, one day I will enable those who knew us to say: “O what men we would all be if the world were filled with Julies and hearts that knew how to love them!”

As I reflected on your last letter while traveling, I decided to compile all the letters you have written to me into a collection, now that I can no longer receive them orally. Though there isn’t a single one of them that I don’t know by heart—truly by heart, believe me—I still enjoy reading them over and over again, just to once again see the handwriting of that beloved hand which is the only thing that can bring me true happiness. But inevitably, the paper wears out, and before they are torn apart, I want to copy them all into a white book that I have chosen specifically for this purpose. It’s quite thick; but I am thinking about the future, and I hope not to die too young to be limited by just this one volume. I intend to devote my evenings to this delightful task, and I will proceed slowly in order to prolong it as much as possible. This precious collection will never leave me throughout my life; it will be my guide in the world into which I am about to step. It will serve as a counterpoison to the harmful principles one encounters there; it will comfort me in my troubles; it will prevent or correct my mistakes; it will educate me during my youth; and it will support me at all times. In my opinion, these will be the very first love letters to be used for such a purpose.

As for the last one that is currently before my eyes, as beautiful as it may seem to me, I still find one element in it that must be removed. Such a strange judgment indeed. But what is even more astonishing is that this very element is precisely the one that relates to you, and I reproach you for even having thought of writing about it. What are you talking about—fidelity, constancy? In the past, you knew better about my love and my strength. Ah, Julie! Do you inspire fleeting feelings in others? Even if I had never promised you anything, could I ever cease to belong to you? No, no. It was from the first glance of your eyes, the first word you spoke, the first surge of emotion in my heart—that eternal flame was kindled within me, a flame that nothing can ever extinguish. If I had only seen you at that very moment, it would have been decided forever; it would have been too late to ever forget you. And yet, now I could forget you! Now that I am intoxicated by the memory of my past happiness, just thinking of it is enough to bring it back to me! Now that I am overwhelmed by the weight of your charms, I can only breathe in their presence! Now that my former self has vanished, and I am animated by the new one you have given me. Oh, Julie, how I regret expressing so poorly all that I feel for you! Ah! Let all the beauties of the universe try to seduce me—are there any others besides you in my eyes? Let everything conspire to tear you from my heart; let them pierce it, tear it apart, shatter this faithful mirror of Julie, her pure image will continue to shine, even in its last fragments; nothing can destroy it. No, not even the supreme power could do that. It may annihilate my soul, but it cannot prevent me from existing and continuing to adore you.

My lord Edward took care to inform you during his visit of what concerns me and of his plans in my favor; but I fear that he may fail to keep this promise in light of his current arrangements. You should know that he dares to abuse the right that his kindness toward me gives him, extending it beyond what is even decent. Due to a pension he made irreversible, I find myself in a position far above my birth; and perhaps this is what I will be forced to do in London in order to fulfill his wishes. As for here, where no obligations bind me, I shall continue to live as I please and will not be tempted to squander the surplus of my income on unnecessary expenses. You have taught me this, my Julie—that the first needs, or at least the most pressing ones, are those of a kind-hearted person; and so long as someone lacks what is essential, how can any honest man possess anything superfluous?

Quindi non dimenticarla mai, questa Julie che è stata tua, e il cui cuore non apparterrà ad altri. Non posso dirti di più, nella condizione di dipendenza in cui il cielo mi ha posta. Ma dopo averti raccomandato la fedeltà, è giusto lasciarti come unico pegno della mia lealtà tutto ciò che è in mio potere. Ho consultato non i miei doveri – il mio spirito confuso ormai non li conosce più – ma il mio cuore, l’ultima guida a cui posso attenermi. E ecco il risultato delle sue ispirazioni: non ti sposerò mai senza il consenso di mio padre, ma non sposerò mai nessun altro senza il tuo consenso. Te lo giuro: sarà un impegno sacro per me, qualunque cosa accada, e nessuna forza umana potrà costringermi a mancarvi. Quindi non temere mai per ciò che potrei diventare in tua assenza. Vai, mio caro amico, cerca sotto l’auspicio di un amore tenero un destino degno di essere coronato. Il mio destino è nelle tue mani, tanto quanto spettava a me decidere di metterlo lì. E mai cambierà se non con il tuo consenso.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XIII – Da Saint-Preux a Julie

Arrivai a Parigi ieri sera; colui che un tempo non poteva vivere lontano da te, separato soltanto da due strade, ora si trova a più di cento miglia di distanza. Oh Julie! Piangimi, piangi per il tuo sfortunato amico. Se solo conoscessi il momento in cui ci riuniremo e lo spazio che ci separa, compenserei la lontananza geografica con il passare del tempo; conterei ogni giorno trascorso come un passo che mi avvicina a te. Ma questo cammino di dolore è avvolto nelle tenebre dell’ignoto; la fine di questa sofferenza si nasconde ai miei occhi deboli. Oh dubbio, oh tormento! Il mio cuore ti cerca invano. Il sole sorge, ma non mi restituisce la speranza di rivederti; il sole tramonta, e tu non sei ancora qui. I miei giorni, privi di gioia e felicità, trascorrono in un’eterna notte. Nonostante cerchi di ravvivare in me l’illusione della speranza, essa mi offre soltanto consolazioni incerte e dubbiose. Cara e tenera amica del mio cuore. Ahimè! A quali dolori dovrò ancora sottopormi, se questi dovessero eguagliare la felicità che ho avuto in passato?

Che questa tristezza non ti allarmi, te lo supplico; è solo l’effetto passeggero della solitudine e delle riflessioni del viaggio. Non temere il ritorno delle mie prime debolezze: il mio cuore è nelle tue mani, mia Julie, e poiché tu lo sostieni, non si lascerà più abbattere. Una delle consolanti idee nate dalla tua ultima lettera è che ora sono sostenuto da una doppia forza; e anche se l’amore avesse distrutto la mia forza interiore, ne trarrei comunque beneficio, poiché il coraggio che provengo da te mi sostiene molto meglio di quanto avrei potuto farlo da solo. Sono convinto che non sia giusto che l’uomo sia solo[72]: le anime umane desiderano essere unite per esprimere appieno il loro valore; e la forza congiunta degli amici, come quella delle lame di un magnete artificiale, è incomparabilmente più potente della somma delle loro forze individuali. Divina amicizia, questo è il tuo trionfo! Ma che cosa rappresenta l’amicizia solitaria rispetto a questa perfetta unione che unisce, oltre all’intensità dell’amore, legami ancora più sacri? Dove sono quegli uomini rozzi che considerano gli slanci dell’amore solo una febbre dei sensi, un desiderio derivante da una natura degradata? Vengano pure, osservino e sentano ciò che accade nel profondo del mio cuore: vedranno un amante sfortunato lontano da ciò che ama, incerto di rivederlo mai più, senza speranza di recuperare la felicità perduta, ma pur sempre animato da quei fuochi immortali che ha tratto dai tuoi occhi e che sono stati alimentati dai tuoi sentimenti sublimi: pronto a sfidare la sorte, a sopportare le sue avversità, persino a rimanere privo di te, e a compiere virtù che tu gli hai ispirato, rendendole il degno ornamento di quell’impronta adorabile che non si cancellerà mai dalla sua anima. Julie, eh! Che cosa sarei stato senza di te? Forse la fredda ragione mi avrebbe illuminato; un ammiratore tiepido del bene, l’avrei almeno amato negli altri. Ora farò di più: lo praticherò con zelo, e, ispirato dalle tue sagge lezioni, un giorno dirò a coloro che ci hanno conosciuto: “Oh, quali uomini saremmo tutti, se il mondo fosse pieno di Julie e di cuori che sappiano amarle!”

Meditando lungo la strada sulla tua ultima lettera, ho deciso di raccogliere in un volume tutte quelle che mi hai scritto, ora che non posso più ricevere i tuoi messaggi di persona. Anche se non c’è una singola lettera che non conosca a memoria, e te lo giuro sul serio, amo comunque rileggerle continuamente, anche solo per rivedere le tracce di quella mano cara che è l’unica in grado di rendermi felice. Ma inevitabilmente il carta si consuma. Prima che vengano strappate, voglio copiarle tutte in un libro bianco che ho appena scelto apposta per questo scopo. È abbastanza grosso; ma penso al futuro e spero di non morire troppo giovane da dovermi limitare a quel solo volume. Destino le serate a questa piacevole occupazione e procederò lentamente, per poterla prolungare il più possibile. Questo prezioso raccolto non mi abbandonerà mai; sarà il mio manuale nel mondo in cui sto per entrare. Sarà per me il rimedio contro le massime negative che vi si respirano; mi consolerà nei miei mali, preverrà o correggerà i miei errori, mi insegnerà durante la mia giovinezza e mi sosterrà in ogni momento. A mio parere, saranno le prime lettere d’amore ad essere utilizzate in questo modo.

Quanto all’ultima cosa che ho davanti agli occhi in questo momento, per quanto bella mi possa sembrare, vi trovo tuttavia un elemento da eliminare. Un giudizio già molto strano. Ma ciò che deve essere ancora più sorprendente è che proprio quell’elemento riguarda te. E ti rimprovero persino di aver pensato di scriverlo. Che cosa mi dici tu di fedeltà, di costanza? In passato conoscevi meglio il mio amore e il mio sentimento per te. Ah, Julie. Ispiri forse sentimenti effimeri? Anche se non ti avessi mai promesso nulla, potrei mai smettere di appartenerti? No. È dal primo sguardo dei tuoi occhi, dalla prima parola che hai detto, dal primo impeto del mio cuore che si è accesa in me quella fiamma eterna che nulla può più spegnere. Se ti avessi vista solo in quel primo momento, sarebbe già stato troppo tardi per poterti dimenticare. E ora, anche se sono inebriato dal ricordo del mio passato felice, basta quel solo ricordo per renderlo ancora presente. Anche se sono sopraffatto dal peso dei tuoi incanti, respiro soltanto attraverso di essi. Anche se la mia prima “anima” è scomparsa, ora sono animato da quella che mi hai dato tu. O Julie, perché mi biasimo tanto per non riuscire a esprimere correttamente tutto ciò che provo? Ah, anche se tutte le bellezze dell’universo cercassero di sedurmi, quali altre potrebbero esserci, ai miei occhi, se non la tua? Anche se tutto conspirasse per strapparmi il tuo amore dal cuore, anche se quel “fedele specchio” che rifletteva l’immagine pura di Julie venisse spezzato, la sua immagine continuerebbe comunque a brillare, anche nei suoi ultimi frammenti. Niente potrebbe distruggerla. No, nemmeno il potere supremo potrebbe arrivare a tanto. Può annientare la mia anima, ma non può impedirmi di esistere e di amarti per sempre.

Milord Edward si è incaricato di farti conoscere, durante il suo passaggio, ciò che riguarda me e i suoi progetti a mio favore; tuttavia temo che non mantenga questa promessa, considerando le sue attuali intenzioni. Apprende che osa abusare del diritto che gli derivano dai suoi benefici nei miei confronti, estendendolo addirittura al di là di quanto sia considerato decoroso. A causa di una pensione che non si è preso la briga di rendere irrevocabile, mi trovo in una situazione che mi colloca in una posizione molto superiore a quella che la mia nascita mi avrebbe concesso; e forse sarà proprio questo ciò che dovrò fare a Londra per seguire le sue volontà. Qui, dove nessuna questione personale mi lega a questo luogo, continuerò a vivere secondo i miei principi e non sarò tentato di sprecare in vani l’eccedenza delle mie risorse. Me lo hai insegnato tu, mia Julie: i primi bisogni, o almeno quelli più essenziali, sono quelli di un cuore generoso; e finché qualcuno manca del necessario, quale uomo onesto potrebbe disporre di ciò che è superfluo?

Lettre XIV – De Saint-Preux à Julie

[73]

J’entre avec une secrète horreur dans ce vaste désert du monde. Ce chaos ne m’offre qu’une solitude affreuse où règne un morne silence. Mon âme à la presse cherche à s’y répandre, et se trouve partout resserrée. « Je ne suis jamais moins seul que quand je suis seul », disait un ancien[74] : moi, je ne suis seul que dans la foule, où je ne puis être ni à toi ni aux autres. Mon coeur voudrait parler, il sent qu’il n’est point écouté ; il voudrait répondre, on ne lui dit rien qui puisse aller jusqu’à lui. Je n’entends point la langue du pays, et personne ici n’entend la mienne.

Ce n’est pas qu’on ne me fasse beaucoup d’accueil, d’amitiés, de prévenances, et que mille soins officieux n’y semblent voler au-devant de moi, mais c’est précisément de quoi je me plains. Le moyen d’être aussitôt l’ami de quelqu’un qu’on n’a jamais vu ? L’honnête intérêt de l’humanité, l’épanchement simple et touchant d’une âme franche, ont un langage bien différent des fausses démonstrations de la politesse et des dehors trompeurs que l’usage du monde exige. J’ai grand-peur que celui qui, dès la première vue, me traite comme un ami de vingt ans, ne me traitât, au bout de vingt ans, comme un inconnu, si j’avais quelque important service à lui demander ; et quand je vois des hommes si dissipés prendre un intérêt si tendre à tant de gens, je présumerais volontiers qu’ils n’en prennent à personne.

Il y a pourtant de la réalité à tout cela ; car le Français est naturellement bon, ouvert, hospitalier, bienfaisant ; mais il y a aussi mille manières de parler qu’il ne faut pas prendre à la lettre, mille offres apparentes qui ne sont faites que pour être refusées, mille espèces de pièges que la politesse tend à la bonne foi rustique. Je n’entendis jamais tant dire : « Comptez sur moi dans l’occasion, disposez de mon crédit, de ma bourse, de ma maison, de mon équipage. » Si tout cela était sincère et pris au mot, il n’y aurait pas de peuple moins attaché à la propriété ; la communauté des biens serait ici presque établie : le plus riche offrant sans cesse, et le plus pauvre acceptant toujours, tout se mettrait naturellement de niveau, et Sparte même eût eu des partages moins égaux qu’ils ne seraient à Paris. Au lieu de cela, c’est peut-être la ville du monde où les fortunes sont le plus inégales, et où règnent à la fois la plus somptueuse opulence et la plus déplorable misère. Il n’en faut pas davantage pour comprendre ce que signifie cette apparente commisération qui semble toujours aller au-devant des besoins d’autrui, et cette facile tendresse de coeur qui contracte en un moment des amitiés éternelles.

Au lieu de tous ces sentiments suspects et de cette confiance trompeuse, veux-je chercher des lumières et de l’instruction ? C’en est ici l’aimable source, et l’on est d’abord enchanté du savoir et de la raison qu’on trouve dans les entretiens, non seulement des savants et des gens de lettres, mais des hommes de tous les états, et même des femmes : le ton de la conversation y est coulant et naturel ; il n’est ni pesant, ni frivole ; il est savant sans pédanterie, gai sans tumulte, poli sans affectation, galant sans fadeur, badin sans équivoques. Ce ne sont ni des dissertations ni des épigrammes : on y raisonne sans argumenter ; on y plaisante sans jeux de mots ; on y associe avec art l’esprit et la raison, les maximes et les saillies, la satire aiguë, l’adroite flatterie, et la morale austère. On y parle de tout pour que chacun ait quelque chose à dire ; on n’approfondit point les questions de peur d’ennuyer, on les propose comme en passant, on les traite avec rapidité ; la précision mène à l’élégance : chacun dit son avis et l’appuie en peu de mots ; nul n’attaque avec chaleur celui d’autrui, nul ne défend opiniâtrement le sien ; on discute pour s’éclairer, on s’arrête avant la dispute ; chacun s’instruit, chacun s’amuse, tous s’en vont contents, et le sage même peut rapporter de ces entretiens des sujets dignes d’être médités en silence.

Mais au fond, que penses-tu qu’on apprenne dans ces conversations si charmantes ? À juger sainement des choses du monde ? à bien user de la société ? à connaître au moins les gens avec qui l’on vit ? Rien de tout cela, ma Julie. On y apprend à plaider avec art la cause du mensonge, à ébranler à force de philosophie tous les principes de la vertu, à colorer de sophismes subtils ses passions et ses préjugés, et à donner à l’erreur un certain tour à la mode selon les maximes du jour. Il n’est point nécessaire de connaître le caractère des gens, mais seulement leurs intérêts, pour deviner à peu près ce qu’ils diront de chaque chose. Quand un homme parle, c’est pour ainsi dire son habit et non pas lui qui a un sentiment ; et il en changera sans façon tout aussi souvent que d’état. Donnez-lui tour à tour une longue perruque, un habit d’ordonnance et une croix pectorale, vous l’entendrez successivement prêcher avec le même zèle les lois, le despotisme, et l’inquisition. Il y a une raison commune pour la robe, une autre pour la finance, une autre pour l’épée. Chacun prouve très bien que les deux autres sont mauvaises, conséquence facile à tirer pour les trois[75]. Ainsi nul ne dit jamais ce qu’il pense, mais ce qu’il lui convient de faire penser à autrui ; et le zèle apparent de la vérité n’est jamais en eux que le masque de l’intérêt.

Vous croiriez que le gens isolés qui vivent dans l’indépendance ont au moins un esprit à eux ; point du tout ; autres machines qui ne pensent point, et qu’on fait penser par ressorts. On n’a qu’à s’informer de leurs sociétés, de leurs coteries, de leurs amis, des femmes qu’ils voient, des auteurs qu’ils connaissent ; là-dessus on peut d’avance établir leur sentiment futur sur un livre prêt à paraître et qu’ils n’ont point lu ; sur une pièce prête à jouer et qu’ils n’ont point vue, sur tel ou tel auteur, qu’ils ne connaissent point, sur tel ou tel système dont ils n’ont aucune idée ; et comme la pendule ne se monte ordinairement que pour vingt-quatre heures, tous ces gens-là s’en vont, chaque soir, apprendre dans leurs sociétés ce qu’ils penseront le lendemain.

Il y a ainsi un petit nombre d’hommes et de femmes qui pensent pour tous les autres, et pour lesquels tous les autres parlent et agissent ; et comme chacun songe à son intérêt, personne au bien commun, et que les intérêts particuliers sont toujours opposés entre eux, c’est un choc perpétuel de brigues et de cabales, un flux et reflux de préjugés, d’opinions contraires, où les plus échauffés, animés par les autres, ne savent presque jamais de quoi il est question. Chaque coterie a ses règles, ses jugements, ses principes, qui ne sont point admis ailleurs. L’honnête homme d’une maison est un fripon dans la maison voisine : le bon, le mauvais, le beau, le laid, la vérité, la vertu, n’ont qu’une existence locale et circonscrite. Quiconque aime à se répandre et fréquente plusieurs sociétés doit être plus flexible qu’Alcibiade, changer de principes comme d’assemblées, modifier son esprit pour ainsi dire à chaque pas, et mesurer ses maximes à la toise : il faut qu’à chaque visite il quitte en entrant son âme, s’il en a une ; qu’il en prenne une autre aux couleurs de la maison, comme un laquais prend un habit de livrée ; qu’il la pose de même en sortant et reprenne, s’il veut, la sienne jusqu’à nouvel échange.

Letter XIV – From Saint-Preux to Julie

[73]

I enter this vast desert of the world with a secret horror. This chaos offers me only an unbearable solitude, dominated by a dull silence. My soul, desperate to spread itself out in this emptiness, finds itself confined everywhere. “I am never less alone than when I am alone,” said an ancient sage[74]; but for me, I am truly alone only in the crowd, where I cannot be with you or with anyone else. My heart longs to speak; it feels that no one is listening. It longs to respond, yet no one speaks to it in a way that can reach it. I do not understand the language of this place, and no one here understands mine.

It’s not that I don’t receive much welcome, friendship, and kindness, or that countless informal acts of care seem to precede me everywhere I go—but precisely these are the things I complain about. How is it possible to become someone’s friend so quickly when one has never even met them? The honest concern of human beings, the sincere and touching expression of a genuine soul, speak a language quite different from the false displays of politeness and deceptive appearances that societal conventions demand. I’m deeply concerned that someone who treats me like an old friend from twenty years ago might treat me as a stranger after twenty years if I were to ask them for some important favor. And when I see how carelessly these people distribute their kindness among so many, I’m inclined to think that they might actually be showing no genuine interest in anyone at all.

Yet there is reality in all this; for the Frenchman is naturally kind, open-hearted, hospitable, and generous. But there are also countless ways of speaking that should not be taken literally, countless apparent offers that are merely meant to be refused, and myriad traps that polite manners often pose to one’s good faith. I have often heard people say: “Count on me in need; use my credit, my money, my house, my servants.” If all this were sincere and taken at face value, there would be no people less attached to property; a system of communal sharing would almost be established—where the richest constantly offered everything they had, and the poorest always accepted it. Everything would naturally even out, and even Sparta would have had less equal distributions of wealth than Paris does today. Yet, paradoxically, Paris is perhaps the city in the world where fortunes are most unevenly distributed, where both the most extravagant opulence and the most deplorable poverty exist side by side. All this is enough to understand what that apparent compassion means—those gestures that seem always to anticipate others’ needs, and those fleeting displays of kindness that so easily lead to seemingly everlasting friendships.

Instead of all these suspicious sentiments and this deceptive trust, should I not seek for light and instruction? Here lies its gentle source; one is first delighted by the knowledge and reason one finds in these conversations—not only among scholars and men of letters, but also among people from all walks of life, and even women. The tone of the conversation is fluid and natural; it is neither tedious nor frivolous. It is knowledgeable without pedantry, cheerful without uproar, polite without affectation, gallant without banality, and playful without ambiguity. These are neither long-winded dissertations nor cynical epigrams: one reasons there without arguing, jokes there without playing on words, and skillfully combines wit and reason, maxims and witty remarks, sharp satire, tactful flattery, and stern morality. Everything is discussed so that everyone has something to say; issues are not delved into too deeply for fear of boring others, but are brought up casually and handled swiftly. Precision leads to elegance: everyone expresses their opinion in a few concise words; no one passionately attacks another’s views, nor does anyone stubbornly defend their own. People discuss in order to gain understanding, and stop before escalating into argument. Everyone learns something, everyone enjoys themselves, and everyone leaves satisfied—even the wise can find topics worthy of quiet contemplation in these conversations.

But in the end, what do you think we learn from these so charming conversations? To judge things in the world wisely? To make good use of society? Or at least to get to know the people we live with? Nothing of all that, my Julie. What we learn is how to argue skillfully in favor of lies, how to shake every principle of virtue through philosophy, how to clothe our passions and prejudices in subtle sophisms, and how to give error a fashionable guise according to the prevailing doctrines of the day. It is not necessary to understand people’s true character; knowing only their interests is enough to roughly predict what they will say about anything. When a man speaks, it is almost as if it were his clothes speaking rather than himself who truly holds a opinion; and he changes these clothes just as frequently as he changes his social status. Give him a long wig, an officer’s uniform, and a medal on his chest, and you’ll hear him preach with equal zeal about law, despotism, and the Inquisition in turn. There is one reason for wearing a robe, another for engaging in finance, and yet another for carrying a sword. Everyone proves quite convincingly that the other two practices are evil—a conclusion that is easily drawn for all three cases[75]. Thus, no one ever says what they really think, but rather what it is convenient for them to make others believe; and the so-called zeal for truth is nothing but a mask concealing their true interests.

One might think that isolated individuals living in independence would at least possess their own independent minds; far from it—they are merely other machines that do not think on their own and are made to “think” through mechanical mechanisms. One only needs to examine their societies, their circles of friends, the women they meet, the authors they know; based on this, one can predict in advance what their future opinions will be regarding a book yet to be published, a play yet to be performed, about certain authors they don’t even know, or about various systems they have no understanding of at all. And since such “mechanisms” are usually designed to function for only twenty-four hours, these people go out every evening and learn in their social circles what they are supposed to think the next day.

Thus, there exists a small number of men and women who think on behalf of everyone else, and for whom all others speak and act; and since each person thinks only of their own interests, and not of the common good, and since particular interests are always in conflict with one another, there is a constant turmoil of intrigues and factions, a flux and reflux of prejudices and opposing opinions. Those who are most fervent and influenced by others hardly ever understand what is really at stake. Each clique has its own rules, judgments, and principles that are not accepted elsewhere. A man considered honest in one household may be regarded as a scoundrel in the next; what is good or bad, beautiful or ugly, truth or virtue exists only locally and within certain boundaries. Anyone who wishes to associate with various societies must be more flexible than Alcibiades—changing their principles just as they change their social circles, adapting their mindset at every turn, and adjusting their beliefs according to the circumstances. Upon entering each new society, one must seemingly “leave behind” their own soul, if they possess one; upon leaving, they must take on another soul, tailored to the customs of that particular place—just as a servant dons a livery coat. And when they leave again, they can retrieve their original soul, if they so choose, or adopt another one for the next visit.

Lettera XIV – Da Saint-Preux a Julie

[73]

Entro in questo vasto deserto del mondo con un segreto orrore. Questo caos mi offre soltanto una terribile solitudine, dominata da un silenzio opprimente. La mia anima, oppressa e confinata ovunque, cerca disperatamente di espandersi, “Non sono mai meno solo quando sono solo”, diceva un antico[74]: io, invece, sono solo nella folla, dove non posso essere né con te né con gli altri. Il mio cuore vorrebbe parlare, ma sente di non essere ascoltato; vorrebbe rispondere, ma nessuno gli dice nulla che possa raggiungerlo. Non comprendo la lingua di questo luogo, e nessuno qui comprende la mia.

Non è che non mi vengano fatti molti onori, dimostrazioni di amicizia e attenzioni; anzi, sembra che mille cure informali mi vengano offerte prontamente. Ma proprio di questo mi lamento. Come si può diventare immediatamente amici di qualcuno che non si è mai visto? L’interesse sincero dell’umanità, la spontanea e commovente apertura di un’anima onesta hanno un linguaggio molto diverso dalle false manifestazioni di cortesia e dagli atteggiamenti ingannevoli richiesti dalle convenzioni sociali. Temo molto che colui che, già dalla prima vista, mi tratta come un amico di vent’anni, potrebbe trattarmi come uno sconosciuto dopo vent’anni, se gli chiedessi qualcosa di importante. E quando vedo persone così distratte mostrare un interesse così sincero verso tante persone, sono portato a pensare che in realtà non ne abbiano alcuno per nessuno.

Tuttavia, in tutto ciò c’è della realtà: il francese è naturalmente buono, aperto, ospitale, generoso; ma esistono anche mille modi di parlare che non bisogna prendere alla lettera, mille offerte apparenti che vengono fatte soltanto per essere rifiutate, mille trappole che la cortesia tende a nascondere alle buone intenzioni. Non ho mai sentito dire tante volte: “Contate su di me in caso di bisogno, utilizzate il mio credito, il mio denaro, la mia casa, il mio equipaggio”. Se tutto ciò fosse sincero e preso alla lettera, non esisterebbe popolo meno attaccato alla proprietà; la comunità dei beni sarebbe quasi istituita: il più ricco offrirebbe costantemente, e il più povero accetterebbe sempre, tutto si equilibrerebbe naturalmente, e persino Sparta avrebbe avuto divisioni della proprietà meno uguali di quelle che esistono a Parigi. Invece, è proprio questa città del mondo dove le fortune sono le più disuguali, e dove coesistono sia la più sfarzosa opulenza che la più terribile povertà. Non occorre altro per capire ciò che significano queste apparenti manifestazioni di compassione che sembrano sempre anticipare i bisogni altrui, e questa facile disponibilità d’animo che in un istante crea amicizie “eternhe”.

Invece di tutti questi sentimenti sospetti e questa fiducia ingannevole, non do forse cercare lumi e conoscenza? Qui ne trovo la fonte più preziosa: sono incantato dal sapere e dalla ragione che si trovano nelle conversazioni, non solo tra scienziati e letterati, ma anche tra persone di ogni ceto sociale, persino tra donne. Il tono delle discussioni è fluido e naturale; né noioso né frivolo, è erudito senza pedanteria, allegro senza eccessi, cortese senza affettazione, galante senza banalità, scherzoso senza equivoci. Non si tratta né di dissertazioni né di epigrammi: si ragiona senza argomentare troppo, ci si diverte senza giochi di parole; si uniscono con abilità l’intelligenza e la ragione, le massime e gli scherzi, la satira tagliente, la lusinga diplomatica e la morale rigorosa. Si parla di tutto, in modo che ognuno abbia qualcosa da dire; non si approfondiscono troppo gli argomenti per non annoiare, li si affrontano con disinvoltura, li si trattano rapidamente; la precisione conduce all’eleganza: ognuno esprime il proprio parere in poche parole; nessuno attacca con passione l’opinione altrui, nessuno la difende con ostinazione; si discute per conoscere meglio, ci si ferma prima che scoppi una disputa; tutti ne traggono insegnamenti e divertimento, e persino il saggio può trovare in queste conversazioni argomenti degni di essere riflettuti in solitudine.

Ma in fondo, che cosa credi si impari in queste conversazioni così affascinanti? A giudicare saggiamente delle cose del mondo? A sfruttare al meglio la società? Almeno a conoscere le persone con cui si vive. Niente di tutto questo, mia Julie. Si impara invece ad argomentare con abilità a favore della menzogna, a scuotere con la filosofia tutti i principi della virtù, a rivestire di sofismi subdoli le proprie passioni e i propri pregiudizi, e a dare all’errore un certo fascino alla moda, secondo le massime del momento. Non è necessario conoscere il carattere delle persone, ma solo i loro interessi, per indovinare più o meno ciò che diranno su ogni cosa. Quando un uomo parla, in realtà è il suo “abito” a parlare, non lui stesso; e cambierà abito con la stessa facilità con cui cambia stato sociale. Dategli una lunga parrucca, un abito da ufficiale militare e una croce pettorale. Lo sentirete successivamente predicare con lo stesso zelo le leggi, il dispotismo e l’inquisizione. C’è una ragione diversa per indossare l’abito da giudice, un’altra per quello da finanziere, un’altra ancora per quello da soldato. Ognuno dimostra molto bene che gli altri due sono sbagliati; una conclusione facile da trarre, quindi, per tutti e tre. Così nessuno dice mai ciò che pensa veramente, ma ciò che è conveniente far credere agli altri; e lo zelo apparente per la verità non è altro che il maschera dell’interesse personale.

Si potrebbe credere che le persone isolate che vivono in modo indipendente abbiano almeno un proprio modo di pensare; niente affatto: sono soltanto altre “macchine” che non pensano e vengono fatte pensare tramite meccanismi predefiniti. Basta informarsi sulle loro società, sui loro circoli, sui loro amici, sulle donne che frequentano, sugli autori che conoscono; a partire da queste informazioni, si può già prevedere quale sarà il loro futuro punto di vista riguardo a un libro che sta per essere pubblicato ma che non hanno ancora letto, riguardo a un’opera teatrale che non hanno ancora visto, riguardo a un autore che non conoscono affatto, o riguardo a un determinato sistema di cui non hanno alcuna idea. E poiché le “clessidre” del loro modo di pensare vengono solitamente impostate per soli ventiquattro ore, ogni sera queste persone vanno nelle loro società per imparare ciò che penseranno il giorno dopo.

Esiste quindi un piccolo numero di uomini e donne che pensano per tutti gli altri, e per i quali tutti gli altri parlano e agiscono; poiché ognuno pensa soltanto al proprio interesse e nessuno al bene comune, e poiché gli interessi particolari sono sempre in opposizione tra loro, ne consegue uno stato costante di lotte e intrighi, un susseguirsi di pregiudizi e opinioni contrarie. I più accesi, spinti dagli altri, quasi mai comprendono veramente di cosa si tratti. Ogni fazione possiede le proprie regole, i propri giudizi, i propri principi, che non vengono mai accettati altrove. L’uomo onesto in una casa può essere considerato un furfante nella casa vicina; il buono, il cattivo, il bello, il brutto, la verità, la virtù hanno soltanto un’esistenza locale e limitata. Chi desidera frequentare diverse società deve essere più flessibile di Alcibiade: deve cambiare i propri principi come cambia le compagnie, modificare il proprio modo di pensare a ogni passo, e adattare le proprie idee alle circostanze del momento. Ogni volta che entra in una nuova società, deve “lasciare” la propria anima, se ne possiede una, e ne prendere un’altra adeguata alle caratteristiche di quella casa, come un servitore indossa l’uniforme della sua padrone; allo stesso modo, quando ne esce, deve riprendere la propria “anima” originale, se ancora la possiede, oppure ne prendere un’altra nuova.

Il y a plus ; c’est que chacun se met sans cesse en contradiction avec lui-même, sans qu’on s’avise de le trouver mauvais. On a des principes pour la conversation et d’autres pour la pratique ; leur opposition ne scandalise personne, et l’on est convenu qu’ils ne se ressembleraient point entre eux ; on n’exige pas même d’un auteur, surtout d’un moraliste, qu’il parle comme ses livres, ni qu’il agisse comme il parle ; ses écrits, ses discours, sa conduite, sont trois choses toutes différentes, qu’il n’est point obligé de concilier. En un mot, tout est absurde, et rien ne choque, parce qu’on y est accoutumé ; et il y a même à cette inconséquence une sorte de bon air dont bien des gens se font honneur. En effet, quoique tous prêchent avec zèle les maximes de leur profession, tous se piquent d’avoir le ton d’une autre. Le robin prend l’air cavalier ; le financier fait le seigneur ; l’évêque a le propos galant ; l’homme de cour parle de philosophie ; l’homme d’état de bel esprit : il n’y a pas jusqu’au simple artisan qui, ne pouvant prendre un autre ton que le sien, se met en noir les dimanches pour avoir l’air d’un homme de palais. Les militaires seuls ; dédaignant tous les autres états, gardent sans façon le ton du leur, et sont insupportables de bonne foi. Ce n’est pas que M. de Mural[76]t n’eût raison quand il donnait la préférence à leur société ; mais ce qui était vrai de son temps ne l’est plus aujourd’hui. Le progrès de la littérature a changé en mieux le ton général ; les militaires seuls n’en ont point voulu changer, et le leur, qui était le meilleur auparavant, est enfin devenu le pire[77].

Ainsi les hommes à qui l’on parle ne sont point ceux avec qui l’on converse ; leurs sentiments ne partent point de leur coeur, leurs lumières ne sont point dans leur esprit, leurs discours ne représentent point leurs pensées ; on n’aperçoit d’eux que leur figure, et l’on est dans une assemblée à peu près comme devant un tableau mouvant où le spectateur paisible est le seul être mû par lui-même.

Telle est l’idée que je me suis formée de la grande société sur celle que j’ai vue à Paris ; cette idée est peut-être plus relative à ma situation particulière qu’au véritable état des choses, et se réformera sans doute sur de nouvelles lumières. D’ailleurs, je ne fréquente que les sociétés où les amis de milord Édouard m’ont introduit, et je suis convaincu qu’il faut descendre dans d’autres états pour connaître les véritables moeurs d’un pays ; car celles des riches sont presque partout les mêmes. Je tâcherai de m’éclaircir mieux dans la suite. En attendant, juge si j’ai raison d’appeler cette foule un désert, et de m’effrayer d’une solitude où je ne trouve qu’une vaine apparence de sentiments et de vérité, qui change à chaque instant et se détruit elle-même, où je n’aperçois que larves et fantômes qui frappent l’oeil un moment et disparaissent aussitôt qu’on les veut saisir. Jusques ici j’ai vu beaucoup de masques, quand verrai-je des visages d’hommes ?

Lettre XV – De Julie à Saint-Preux

Oui, mon ami, nous serons unis malgré notre éloignement ; nous serons heureux en dépit du sort. C’est l’union des coeurs qui fait leur véritable félicité ; leur attraction ne connaît point la loi des distances, et les nôtres se toucheraient aux deux bouts du monde. Je trouve comme toi que les amants ont mille moyens d’adoucir le sentiment de l’absence et de se rapprocher en un moment : quelquefois même on se voit plus souvent encore que quand on se voyait tous les jours ; car sitôt qu’un des deux est seul, à l’instant tous deux sont ensemble. Si tu goûtes ce plaisir tous les soirs, je le goûte cent fois le jour ; je vis plus solitaire, je suis environnée de tes vestiges, et je ne saurais fixer les yeux sur les objets qui m’entourent sans te voir tout autour de moi.

Qui cantô dolcemente, e qui s’assise;

Qui si rivolse, e qui ritenne il passo;

Qui co’ begli : occhi mi trafise il core;

Qui disse una parola, e qui sorrise.[78]

Mais toi, sais-tu t’arrêter à ces situations paisibles ? Sais-tu goûter un amour tranquille et tendre qui parle au coeur sans émouvoir les sens, et tes regrets sont-ils aujourd’hui plus sages que tes désirs ne l’étaient autrefois ? Le ton de ta première lettre me fait trembler. Je redoute ces emportements trompeurs, d’autant plus dangereux que l’imagination qui les excite n’a point de bornes, et je crains que tu n’outrages ta Julie à force de l’aimer. Ah ! tu ne sens pas, non, ton coeur peu délicat ne sent pas combien l’amour s’offense d’un vain hommage, tu ne songes ni que ta vie est à moi, ni qu’on court souvent à la mort en croyant servir la nature. Homme sensuel, ne sauras-tu jamais aimer ? Rappelle-toi, rappelle-toi ce sentiment si calme et si doux que tu connus une fois et que tu décrivis d’un ton si touchant et si tendre. S’il est le plus délicieux qu’ait jamais savouré l’amour heureux, il est le seul permis aux amants séparés ; et, quand on l’a pu goûter un moment, on n’en doit plus regretter d’autre. Je me souviens de réflexions que nous faisions, en lisant ton Plutarque, sur un goût dépravé qui outrage la nature. Quand ses tristes plaisirs n’auraient que de n’être pas partagés, c’en serait assez, disions-nous, pour les rendre insipides et méprisables. Appliquons la même idée aux erreurs d’une imagination trop active, elle ne leur conviendra pas moins. Malheureux ! de quoi jouis-tu quand tu es seul à jouir ? Ces voluptés solitaires sont des voluptés mortes. O amour ! les tiennes sont vives ; c’est l’union des âmes qui les anime, et le plaisir qu’on donne à ce qu’on aime fait valoir celui qu’il nous rend.

Dis-moi, je te prie, mon cher ami, en quelle langue ou plutôt en quel jargon est la relation de ta dernière lettre ? Ne serait-ce point là par hasard du bel esprit ? Si tu as dessein de t’en servir souvent avec moi, tu devrais bien m’en envoyer le dictionnaire. Qu’est-ce, je te prie, que le sentiment de l’habit d’un homme ? qu’une âme qu’on prend comme un habit de livrée ? que des maximes qu’il faut mesurer à la toise ? Que veux-tu qu’une pauvre Suissesse entende à ces sublimes figures ? Au lieu de prendre comme les autres des âmes aux couleurs des maisons, ne voudrais-tu point déjà donner à ton esprit la teinte de celui du pays ? Prends garde, mon bon ami, j’ai peur qu’elle n’aille pas bien sur ce fond-là. À ton avis, les traslati du cavalier Marin, dont tu t’es si souvent moqué, approchèrent-ils jamais de ces métaphores, et si l’on peut faire opiner l’habit d’un homme dans une lettre, pourquoi ne ferait-on pas suer le feu[79] dans un sonnet ?

Observer en trois semaines toutes les sociétés d’une grande ville, assigner le caractère des propos qu’on y tient, y distinguer exactement le vrai du faux, le réel de l’apparent, et ce qu’on y dit de ce qu’on y pense, voilà ce qu’on accuse les Français de faire quelquefois chez les autres peuples, mais ce qu’un étranger ne doit point faire chez eux ; car ils valent la peine d’être étudiés posément. Je n’approuve pas non plus qu’on dise du mal du pays où l’on vit et où l’on est bien traité ; j’aimerais mieux qu’on se laissât tromper par les apparences que de moraliser aux dépens de ses hôtes. Enfin, je tiens pour suspect tout observateur qui se pique d’esprit : je crains toujours que, sans y songer, il ne sacrifie la vérité des choses à l’éclat des pensées, et ne fasse jouer sa phrase aux dépens de la justice.

There is more to it; namely, that everyone constantly contradicts themselves without anyone considering it wrong. We have principles for conversation and others for practice; their opposition doesn’t shock anyone, and it is even accepted that they should not be similar to each other. We don’t even expect an author, especially a moralist, to speak in the same way as he writes or to act according to what he preaches. His writings, his speeches, his behavior—these are three completely different things, and he is not obliged to reconcile them. In short, everything is absurd, yet nothing shocks us because we have become accustomed to it; indeed, there is even a certain kind of “elegance” in this inconsistency that many people take pride in. After all, although everyone zealously preaches the principles of their profession, they all try to adopt the tone of another. The butcher puts on an air of sophistication; the financier behaves like a lord; the bishop uses charming language; courtiers talk about philosophy; statesmen boast about their wit—there isn’t even a common artisan who, not being able to adopt any other tone than his own, doesn’t dress formally on Sundays just to seem like someone from the court. Only the military, despising all other professions, unapologetically maintain their own tone, and as a result, they are downright unbearable in their sincerity. It’s not that Monsieur de Mural[76] was wrong when he preferred their company; but what was true in his time is no longer true today. The progress of literature has improved the general tone of society; only the military have refused to change theirs, and their once-praiseworthy tone has ultimately become the worst[77].

Thus, the people to whom one speaks are not those with whom one actually converses; their sentiments do not originate from their hearts, their understanding is not found in their minds, and their words do not represent their thoughts. One can only perceive their outward appearances; thus, being in such a gathering is much like standing before a moving painting, where the only person truly influenced by it is the calm observer himself.

Such is the notion I have formed of great society based on what I observed in Paris; this notion may be more related to my particular circumstances than to the true state of affairs, and it will undoubtedly change as I gain new insights. Moreover, I only attend those societies introduced to me by Lord Edward’s friends, and I am convinced that one must venture into other circles to truly understand the customs of a country—for the habits of the wealthy are almost identical everywhere. I will try to clarify this matter further in the future. For now, judge for yourself whether I am right to call this crowd a “desert” and whether I should fear such a solitude where I find only a vain semblance of feelings and truth—feelings and truth that change at every moment and even destroy themselves. In this place, all I see are masks; when will I ever encounter the real faces of human beings?

Letter XV – From Julie to Saint-Preux

Yes, my friend, we will be united despite our distance; we will be happy in spite of fate. It is the union of hearts that brings true happiness; their attraction knows no bounds of space, and even if we were separated at the ends of the world, our hearts would still be connected. I agree with you that lovers have countless ways to alleviate the pain of separation and feel closer to each other in an instant—sometimes, in fact, we seem to see each other more often than when we were together every day, for whenever one of us is alone, the other seems to be by our side immediately. If you experience such joy every evening, I experience it hundreds of times throughout the day. I live in solitude, yet I am surrounded by traces of you; whenever I look at the objects around me, I seem to see you everywhere.

Who sings softly, and who sits down.

Who turned around and considered that step.

Whoever gazes thus: their eyes pierce straight through my heart.

He who spoke a word, and he who smiled.[78]

But you—do you know how to stop at these peaceful moments? Can you appreciate a love that is calm and tender, that speaks to the heart without stirring the senses? And are your regrets today wiser than were your desires once upon a time? The tone of your first letter makes me tremble. I fear those deceptive outbursts of emotion, all the more dangerous because the imagination that fuels them knows no bounds. I dread that you might harm Julie in your excessive love for her. Ah! You don’t realize it—your not-so-delicate heart doesn’t understand how much love is offended by empty flattery. You neither remember that your life belongs to me, nor do you realize that often people rush toward death while thinking they are serving nature. Oh, sensual man, will you never learn to love truly? Remember that calm, tender feeling you once experienced and described in such moving and gentle terms. If it is the most delightful thing that happy love has ever offered, then it is the only kind of love permitted between lovers separated by distance. And once one has tasted it for even a moment, there is no need to long for anything else. I recall our discussions while reading your Plutarch—about how perverted tastes insult nature itself. We said that if those sad pleasures could only be avoided being shared, that would already be enough to make them insipid and despicable. Let us apply the same principle to the mistakes of an overactive imagination; they will prove just as harmful. Oh, unhappy one! What pleasure do you truly derive when you enjoy things alone? Such solitary delights are dead pleasures. O love—your pleasures are alive; it is the union of souls that brings them to life, and the joy we give to what we love only makes the joy it returns to us all the more precious.

Tell me, my dear friend, in what language—or rather, in what jargon—is the content of your latest letter written? Could it possibly be some sort of witty humor? If you intend to use such things frequently with me, you should at least send me the dictionary that accompanies them. What, I beg you, is the meaning of a man’s “outer garment”? What is an soul that is merely regarded as a form of official attire? What are maxims that must be measured out by certain standards? What is it that a poor Swiss woman is supposed to understand from such lofty metaphors? Instead of taking souls and giving them the colors of different houses, like everyone else does, why not give your own thoughts the color of your country? Be careful, my good friend—I’m afraid they might not look right on that background. In your opinion, do those translations by Monsieur Marin, which you have often mocked, even come close to such metaphors? If it is possible to “make a man’s outer garment speak” in a letter, why not then make fire “sweat” within a sonnet?

To observe, within three weeks, all the societies of a large city; to determine the nature of the statements made therein; to accurately distinguish between what is true and false, what is real and what appears to be so; and to discern whether what is said there reflects what people actually think—this is what some accuse the French of doing among other peoples, but something that a foreigner must never attempt to do among them, for they are indeed worth studying in depth. I also disapprove of those who speak ill of the country where they live and where they are treated well; I would rather see people be deceived by appearances than hear them moralize at the expense of their hosts. Finally, I consider any observer who prides himself on being clever to be somewhat suspicious: I always fear that, without realizing it, he may sacrifice the truth for the sake of cleverness in expression, and let his words take precedence over justice.

C’è di più: ognuno si contraddice costantemente con se stesso, senza che nessuno ritenga ciò un difetto. Si hanno principi diversi per la conversazione e altri per la pratica; la loro opposizione non scandalizza nessuno, anzi è considerata normale; non si pretende nemmeno da un autore, soprattutto da un moralista, che parli come i suoi libri o agisca secondo quanto scrive. I suoi scritti, i suoi discorsi, il suo comportamento sono tre cose completamente diverse tra loro, e non è obbligato a farle concordare. In breve, tutto è assurdo, ma nulla offende, perché ci siamo abituati; anzi, in questa incongruenza c’è persino una sorta di “eleganza” di cui molti si vanno vantando. Infatti, sebbene tutti predichino con zelo i principi della propria professione, ognuno cerca di assumere il tono tipico di un’altra categoria sociale: il commerciante si comporta da signore, l’uomo di chiesa parla con modi galanti, il cortigiano discute di filosofia, lo statista si atteggi a persona colta. Non c’è nemmeno l’artigiano che, non potendo adottare altro tono se non quello proprio della sua professione, si veste in modo elegante la domenica per sembrare un uomo di corte. Solo i militari, disprezzando tutte le altre classi sociali, mantengono senza alcun imbarazzo il loro tono caratteristico, e sono davvero insopportabili nella loro sincerità. Non è che Monsieur de Mural[76] avesse torto quando dava la preferenza alla loro compagnia; ma ciò che era vero ai suoi tempi non lo è più oggi. Il progresso della letteratura ha migliorato in generale il tono delle conversazioni; solo i militari si sono rifiutati di cambiarlo, e il loro modo di parlare, che un tempo era il migliore, è ora diventato il peggiore[77].

Quindi, gli uomini a cui ci si rivolge non sono quelli con cui si conversa; i loro sentimenti non provengono dal loro cuore, le loro intuizioni non risiedono nella loro mente, i loro discorsi non rappresentano veramente i loro pensieri; di loro si vede soltanto il loro aspetto esteriore, e ci si trova in una situazione simile a quella di fronte a un dipinto animato, dove l’unico essere realmente coinvolto è lo spettatore stesso.

Ecco l’idea che mi sono fatta della grande società in base a quella che ho visto a Parigi; forse questa idea riguarda più la mia situazione particolare che lo stato reale delle cose, e sicuramente si correggerà con nuove conoscenze. Del resto, frequento soltanto le società nelle quali i miei amici di milord Édouard mi hanno introdotto; sono convinto che per conoscere veramente i costumi di un paese sia necessario entrare in ambienti diversi, poiché quelli dei ricchi sono quasi ovunque gli stessi. Cercherò di farmi un’idea più chiara in futuro. Intanto, giudica se ho ragione nel definire questa folla un “deserto” e nel temere una solitudine nella quale non trovo che un vago simulacro di sentimenti e verità, che cambiano continuamente e si distruggono da sole; una solitudine nella quale vedo soltanto larve e fantasmi che appaiono per un momento e scompaiono non appena si cerca di afferrarli. Fino ad ora ho visto molti “mascheri”; quando, allora, vedrò i veri volti degli uomini?

Lettera XV – Di Julie a Saint-Preux

Sì, mio caro, saremo uniti nonostante la nostra lontananza; saremo felici nonostante il destino. È l’unione dei cuori che crea la vera felicità; il loro legame non conosce le leggi delle distanze, e i nostri cuori sembrano toccarsi anche ai due estremi del mondo. Anch’io, come te, ritengo che gli amanti abbiano mille modi per alleviare la sensazione dell’assenza e per avvicinarsi l’uno all’altro in un istante: a volte ci si vede persino più spesso di quando ci si incontrava ogni giorno; perché non appena uno dei due è solo, in quel momento entrambi sono insieme. Se tu provi questo piacere ogni sera, io lo provo centinaia di volte al giorno; vivo in solitudine, ma sono circondata dai tuoi ricordi, e non riesco a fissare lo sguardo sugli oggetti che mi circondano senza vederti ovunque intorno a me.

Lì canta dolcemente, e lì si siede.

Qui si rivolse, e qui valutò attentamente le conseguenze delle proprie azioni.

Con quei bellissimi occhi, mi trafisse il cuore.

Lì pronunciò una parola, lì sorrise.[78]

Ma tu, sai davvero fermarti di fronte a queste situazioni tranquille? Sai apprezzare un amore sereno e tenero che parla al cuore senza eccitare i sensi? E i tuoi rimpianti sono oggi più saggi dei tuoi desideri di un tempo? Il tono della tua prima lettera mi fa tremare. Temo quei momenti di passione ingannevole, tanto più pericolosi in quanto l’immaginazione che li suscita non conosce limiti; temo che amando troppo tu possa offendere la tua Julie. Ah! Non lo senti. Il tuo cuore, poco sensibile, non comprende quanto l’amore si offenda di un omaggio vano. Non pensi né che la tua vita appartiene a me, né che spesso si corre verso la morte credendo di servire la natura. Uomo sensuale, riuscirai mai ad amare veramente? Ricorda, ricorda quel sentimento così calmo e dolce che una volta conoscesti e che descrissi con un tono così toccante e tenero. Se è il più delizioso che l’amore felice abbia mai conosciuto, è anche l’unico permesso agli amanti separati. E quando si è potuto assaporarlo per un momento, non si dovrebbe più desiderare altro. Ricordo le riflessioni che facevamo, leggendo il tuo Plutarco, su quel gusto corrotto che offende la natura. Dicevamo che, anche se i suoi piaceri tristi non fossero condivisi, questo basterebbe a renderli insipidi e spregevoli. Applichiamo lo stesso ragionamento agli errori di un’immaginazione troppo attiva: non le saranno meno dannosi. Infelice. Di cosa godi quando sei l’unico a godere? Queste voluttà solitarie sono voluttà morte. Oh, amore. Le tue sono vive. È l’unione delle anime che le anima. E il piacere che si dà a ciò che si ama rende più prezioso anche quello che ci viene restituito.

Dimmi, ti prego, caro amico, in quale lingua o meglio in quale gergo è scritta la relazione contenuta nella tua ultima lettera? Non sarà forse questo un esempio di quel bello spirito che tanto apprezziamo? Se hai intenzione di usarlo spesso con me, dovresti inviarmi il suo dizionario. Che cos’è, ti prego, il sentimento dell’“abito” di un uomo? Una anima che viene considerata semplicemente come un abito da servitore. Massime che bisogna misurare con una certa “regola”? Cosa vorresti che capisse una povera svizzera di queste metafore così “sublimi”? Invece di prendere le anime delle persone in base al colore delle loro case, perché non dare già al tuo spirito il colore del paese in cui vivi? Fai attenzione, caro amico. Ho paura che non si adatti bene a questo contesto. A tuo parere, i traduzioni di quel cavaliere Marin, di cui ti sei spesso preso gioco, si avvicinano mai a queste metafore? E se si può far “sudare il fuoco” in un sonetto, perché non potrebbe anche l’“abito” di un uomo essere utilizzato in una lettera?

Osservare, in tre settimane, tutte le società di una grande città; attribuire un carattere preciso alle parole che vi vengono pronunciate; distinguere con esattezza il vero dal falso, il reale dall’apparente, e ciò che si dice da ciò che si pensa. Questo è ciò che si accusa talvolta i francesi di fare presso gli altri popoli, ma ciò che un estraneo non dovrebbe assolutamente fare in loro paese; poiché essi meritano davvero di essere studiati con attenzione. Non approvo nemmeno chi parla male del paese in cui vive e dove viene trattato bene; preferirei che si lasciasse ingannare dalle apparenze, piuttosto che giudicare moralmente a scapito dei suoi ospiti. Infine, considero sospetto qualsiasi osservatore che si vanti di essere spiritoso: temo sempre che, senza rendersene conto, sacrifichi la verità delle cose al fascino delle proprie idee, e che utilizzi le parole più che la giustizia stessa.

Tu ne l’ignores pas, mon ami, l’esprit, dit notre Muralt, est la manie des Français : je te trouve à toi-même du penchant à la même manie, avec cette différence qu’elle a chez eux de la grâce, et que de tous les peuples du monde c’est à nous qu’elle sied le moins. Il y a de la recherche et du jeu dans plusieurs de tes lettres. Je ne parle point de ce tour vif et de ces expressions animées qu’inspire la force du sentiment ; je parle de cette gentillesse de style qui, n’étant point naturelle, ne vient d’elle-même à personne, et marque la prétention de celui qui s’en sert. Eh Dieu ! des prétentions avec ce qu’on aime ! n’est-ce pas plutôt dans l’objet aimé qu’on les doit placer, et n’est-on pas glorieux soi-même de tout le mérite qu’il a de plus que nous ? Non, si l’on anime les conversations indifférentes de quelques saillies qui passent comme des traits, ce n’est point entre deux amants que ce langage est de saison ; et le jargon fleuri de la galanterie est beaucoup plus éloigné du sentiment que le ton le plus simple qu’on puisse prendre. J’en appelle à toi-même. L’esprit eut-il jamais le temps de se montrer dans nos tête-à-tête, et si le charme d’un entretien passionné l’écarte et l’empêche de paraître, comment des lettres, que l’absence remplit toujours d’un peu d’amertume, et où le coeur parle avec plus d’attendrissement, le pourraient-elles supporter ? Quoique toute grande passion soit sérieuse, et que l’excessive joie elle-même arrache des pleurs plutôt que des ris, je ne veux pas pour cela que l’amour soit toujours triste ; mais je veux que sa gaieté soit simple, sans ornement, sans art, nue comme lui ; qu’elle brille de ses propres grâces, et non de la parure du bel esprit.

L’inséparable, dans la chambre de laquelle je t’écris cette lettre, prétends que j’étais, en la commençant, dans cet état d’enjouement que l’amour inspire ou tolère ; mais je ne sais ce qu’il est devenu. À mesure que j’avançais, une certaine langueur s’emparait de mon âme, et me laissait à peine la force de t’écrire les injures que la mauvaise a voulu t’adresser ; car il est bon de t’avertir que la critique de ta critique est bien plus de sa façon que de la mienne ; elle m’en a dicté surtout le premier article en riant comme une folle, et sans me permettre d’y rien changer. Elle dit que c’est pour t’apprendre à manquer de respect au Marini, qu’elle protège et que tu plaisantes.

Mais sais-tu bien ce qui nous met toutes deux de si bonne humeur ? C’est son prochain mariage. Le contrat fut passé hier au soir, et le jour est pris de lundi en huit. Si jamais amour fut gai, c’est assurément le sien ; on ne vit de la vie une fille si bouffonnement amoureuse. Ce bon M. d’Orbe, à qui de son côté la tête en tourne, est enchanté d’un accueil si folâtre. Moins difficile que tu n’étais autrefois, il se prête avec plaisir à la plaisanterie, et prend pour un chef-d’oeuvre de l’amour l’art d’égayer sa maîtresse. Pour elle, on a beau la prêcher, lui représenter la bienséance, lui dire que si près du terme elle doit prendre un maintien plus sérieux, plus grave, et faire un peu mieux les honneurs de l’état qu’elle est prête à quitter ; elle traite tout cela de sottes simagrées ; elle soutient en face à M. d’Orbe que le jour de la cérémonie elle sera de la meilleure humeur du monde, et qu’on ne saurait aller trop gaiement à la noce. Mais la petite dissimulée ne dit pas tout : je lui ai trouvé ce matin les yeux rouges, et je parie bien que les pleurs de la nuit payent les ris de la journée. Elle va former de nouvelles chaînes qui relâcheront les doux liens de l’amitié ; elle va commencer une manière de vivre différente de celle qui lui fut chère ; elle était contente et tranquille, elle va courir les hasards auxquels le meilleur mariage expose ; et, quoi qu’elle en dise, comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l’orage, son coeur timide et chaste ne voit point sans quelque alarme le prochain changement de son sort.

O mon ami, qu’ils sont heureux ! ils s’aiment ; ils vont s’épouser ; ils jouiront de leur amour sans obstacles, sans craintes, sans remords. Adieu, adieu ; je n’en puis dire davantage.

P. S. — Nous n’avons vu milord Édouard qu’un moment, tant il était pressé de continuer sa route. Le coeur plein de ce que nous lui devons, je voulais lui montrer mes sentiments et les tiens ; mais j’en ai eu une espèce de honte. En vérité, c’est faire injure à un homme comme lui de le remercier de rien.

Lettre XVI – De Saint-Preux à Julie

Que les passions impétueuses rendent les hommes enfants ! Qu’un amour forcené se nourrit aisément de chimères et qu’il est aisé de donner le change à des désirs extrêmes par les plus frivoles objets ! J’ai reçu ta lettre avec les mêmes transports que m’aurait causés ta présence ; et, dans l’emportement de ma joie, un vain papier me tenait lieu de toi. Un des plus grands maux de l’absence, et le seul auquel la raison ne peut rien, c’est l’inquiétude sur l’état actuel de ce qu’on aime. Sa santé, sa vie, son repos, son amour, tout échappe à qui craint de tout perdre ; on n’est pas plus sûr du présent que de l’avenir, et tous les accidents possibles se réalisent sans cesse dans l’esprit d’un amant qui les redoute. Enfin je respire ; je vis, tu te portes bien, tu m’aimes : ou plutôt il y a dix jours que tout cela était vrai ; mais qui me répondra d’aujourd’hui ? O absence ! ô tourment ! ô bizarre et funeste état où l’on ne peut jouir que du moment passé, et où le présent n’est point encore !

Quand tu ne m’aurais pas parlé de l’inséparable, j’aurais reconnu sa malice dans la critique de ma relation, et sa rancune dans l’apologie du Marini ; mais, s’il m’était permis de faire la mienne, je ne resterais pas sans réplique.

Premièrement, ma cousine (car c’est à elle qu’il faut répondre), quant au style, j’ai pris celui de la chose ; j’ai tâché de vous donner à la fois l’idée et l’exemple du ton des conversations à la mode ; et, suivant un ancien précepte, je vous ai écrit à peu près comme on parle en certaines sociétés. D’ailleurs ce n’est pas l’usage des figures, mais leur choix, que je blâme dans le cavalier Marin. Pour peu qu’on ait de chaleur dans l’esprit, on a besoin de métaphores et d’expressions figurées pour se faire entendre. Vos lettres mêmes en sont pleines sans que vous y songiez, et je soutiens qu’il n’y a qu’un géomètre et un sot qui puissent parler sans figures. En effet, un même jugement n’est-il pas susceptible de cent degré de force ? Et comment déterminer celui de ces degré qu’il doit avoir, sinon par le tour qu’on lui donne ? Mes propres phrases me font rire, je l’avoue, et je les trouve absurdes, grâce au soin que vous avez pris de les isoler ; mais laissez-les où je les ai mises, vous les trouverez claires, et même énergiques. Si ces yeux éveillés que vous savez si bien faire parler étaient séparés l’un de l’autre, et de votre visage, cousine, que pensez-vous qu’ils diraient avec tout leur feu ? Ma foi, rien du tout, pas même à M. d’Orbe.

La première chose qui se présente à observer dans un pays où l’on arrive, n’est-ce pas le ton général de la société ? Eh bien ! c’est aussi la première observation que j’ai faite dans celui-ci, et je vous ai parlé de ce qu’on dit à Paris, et non pas de ce qu’on y fait. Si j’ai remarqué du contraste entre les discours, les sentiments et les actions des honnêtes gens, c’est que ce contraste saute aux yeux au premier instant. Quand je vois les mêmes hommes changer les maximes selon les coteries, molinistes dans l’une, jansénistes dans l’autre, vils courtisans chez un ministre, frondeurs mutins chez un mécontent ; quand je vois un homme doré décrier le luxe, un financier les impôts, un prélat le dérèglement, quand j’entends une femme de la cour parler de modestie, un grand seigneur de vertu, un auteur de simplicité, un abbé de religion, et que ces absurdités ne choquent personne, ne dois-je pas conclure à l’instant qu’on ne se soucie pas plus ici d’entendre la vérité que de la dire, et que, loin de vouloir persuader les autres quand on leur parle, on ne cherche pas même à leur faire penser qu’on croit ce qu’on leur dit ?

You are well aware of it, my friend: the spirit, says our Muralt, is the Frenchman’s particular trait; I notice that you yourself tend toward this same habit, except that in their case it carries grace, whereas among all peoples of the world, it suits us least. There is a certain flair and liveliness in several of your letters. I am not referring to those sharp turns and animated expressions that arise from intense emotion; I am talking about that kind of graceful style which, since it is not natural, cannot come spontaneously to anyone; it rather indicates the pretension of the person who uses it. Oh God! Pretensions when it comes to what one loves—shouldn’t such pretensions rather reside in the object of love itself? Shouldn’t we take pride in all the qualities that that object possesses and that we lack? No, if one tries to liven up casual conversations with a few witty remarks that merely pass by like fleeting flashes, such language is certainly out of place between two lovers. Moreover, the flowery jargon of courtship is far removed from true emotion than the simplest, most unadorned tone one could employ. I appeal to you yourself: in our intimate talks, would there ever be time for the spirit to manifest itself? And if the charm of a passionate exchange drives it away and prevents it from appearing, how could letters—always tinged with a hint of bitterness when written apart, and where the heart speaks with greater tenderness—be capable of accommodating it? True, every great passion is serious, and even extreme joy often brings tears rather than laughter; but for that very reason, I do not mean that love must always be sad. Instead, its joy should be simple, unadorned, devoid of artifice—just as pure and natural as love itself. Its beauty should arise from its own inherent qualities, not from the embellishments of a clever mind.

The one who is inseparable from me, in the room where I am writing this letter to you, claims that I was, at the beginning of it, in that state of cheerfulness that love inspires or allows; but I don’t know what has become of it. As I continued writing, a certain languor took hold of my soul, leaving me with barely enough strength to write down those insults that evil wanted to direct at you; for it is right to warn you that the criticism of your criticism is more in her style than in mine. She even dictated the first article of it to me, laughing like a madwoman and not allowing me to make any changes. She says she did it to teach you to show less respect for Marini—someone whom she claims to be protecting, while you seem to be mocking him.

But do you really know what makes us both in such a good mood? It’s his upcoming marriage. The contract was signed last evening, and the wedding is set for Monday in eight days. If ever love can be described as joyful, then certainly it is his case; one rarely sees a girl so filled with loving enthusiasm in life. That kind Mr. d’Orbe, whose head seems to turn whenever he thinks of her, is delighted by such an enthusiastic welcome. Less difficult to please than you used to be, he gladly joins in the fun and considers the art of making his mistress happy as a masterpiece of love. For her, no matter how much we try to reason with her, to remind her of propriety, or to tell her that she should behave more seriously now that the wedding is so near, and that she ought to conduct herself in a way befitting the state she is about to leave behind, she dismisses all this as foolish pretense. She insists to Mr. d’Orbe that on the day of the ceremony, she will be in the best of moods, and that one could not possibly go to a wedding in a more cheerful manner. But this little deceiver isn’t telling us everything: this morning I noticed her eyes were red, and I’m sure that the tears of the night are paying for the laughter of the day. She is about to forge new bonds that will weaken the tender ties of friendship; she is about to begin a way of life different from the one that was so dear to her. She used to be happy and peaceful, but now she is about to face the uncertainties that even the best marriages bring with them. And no matter what she says, just as clear water begins to stir when a storm approaches, her timid and chaste heart cannot help but feel uneasy at the thought of the upcoming changes in her fate.

Oh my friend, how happy they are! They love each other; they are going to get married; they will enjoy their love without any obstacles, without any fears, without any regrets. Goodbye, goodbye; I cannot say anything more.

P.S. — We only saw Lord Edward for a brief moment, as he was in such a hurry to continue on his way. With our hearts filled with gratitude towards him, I wanted to express my own feelings and yours; but I felt somewhat ashamed to do so. In truth, it would be an insult to a man like him to thank him for anything at all.

Letter XVI – From Saint-Preux to Julie

How impetuous passions reduce men to children! How easily a forced love feeds on illusions, and how readily extreme desires can be deceived by the most trivial things! I received your letter with the same excitement as if you had been present; in the fervor of my joy, a mere piece of paper served as your substitute. One of the greatest evils of absence—and the only one against which reason is powerless—is the constant anxiety concerning the current state of those we love. Their health, their life, their well-being, their love, everything escapes those who fear losing it all. We are no more certain of the present than of the future, and every possible misfortune constantly haunts the mind of a lover filled with dread. At last, I breathe again; I live, you are well, you love me. Or rather, these things were true ten days ago—but who can guarantee what will happen today? Oh absence! Oh torment! Oh this bizarre and terrible state in which one can only enjoy the past, while the present still does not exist at all!

If you hadn’t told me about the inseparable one, I would have recognized its malice in the criticism of my relationship, and its resentment in the defense of Marini; but if I were allowed to make my own defense, I would not remain without a reply.

Firstly, my cousin (since it is to her that I must respond), as for style, I have chosen the one that is commonly used; I have tried to give you both an idea of and an example of the tone employed in fashionable conversations. Moreover, following an old adage, I have written to you almost as people speak in certain societies. Indeed, it is not the use of figures of speech so much as their careful selection that I criticize in Monsieur Marin’s letters. As long as one has any passion or fervor in their mind, they need metaphors and figurative expressions to make themselves heard. Your own letters are full of them, without you even realizing it, and I assert that only a mathematician or a fool could speak without using such figures. After all, isn’t the same judgment capable of varying greatly in strength? And how can one determine exactly what degree of intensity it should possess, if not by the way in which it is expressed? I must admit that my own sentences make me laugh—they seem absurd to me, thanks to the care you took to isolate them. But leave them as they are; you will find them clear and even forceful. If those expressive eyes of yours, which you know so well how to use, were separated from each other, and also from your face, my cousin, what do you think they would say, with all their intensity? Well, I’m afraid they wouldn’t say anything at all—not even to Monsieur d’Orbe.

The first thing that comes to notice in a country one arrives in is, isn’t it, the general tone of society? Well! That was also my first observation there. I talked to you about what people say in Paris, not about what they actually do. If I noticed any contrast between the words, feelings, and actions of honest people, it’s because that contrast is immediately apparent. When I see the same people changing their principles depending on the group they belong to—molinists in one circle, Jansenists in another; base courtiers around a minister, rebellious dissidents among the discontented—I realize that such contradictions are blatant at first sight. When I see a man of high rank condemning luxury, a financier criticizing taxes, a clergyman denouncing disorder; when I hear a woman of the court talking about modesty, a nobleman extolling virtue, an author advocating simplicity, and an abbé preaching religious devotion—and yet none of these absurdities seem to shock anyone—then shouldn’t I immediately conclude that people here care neither about hearing the truth nor about speaking it? And that, far from trying to persuade others when we speak to them, we don’t even make an effort to make them believe what we are saying?

Amico mio, tu lo sai bene: l’arguzia, secondo Muralt, è una mania dei francesi. Anch’io in te noto questa stessa tendenza; con la differenza che, da loro, essa assume un carattere di grazia, mentre tra tutti i popoli del mondo è proprio a noi che meno si addice. In molte delle tue lettere si percepisce una certa ricerca, un certo gusto per le parole. Non parlo di quella vivacità e di quelle espressioni intense che derivano dalla forza dei sentimenti; parlo piuttosto di quella gentilezza stilistica che, non essendo naturale, non viene spontaneamente in nessuno. E che, anzi, denota la presunzione di chi la utilizza. Oh Dio! Presunzioni proprio riguardo a ciò che si ama. Non dovrebbero forse essere collocate nell’oggetto amato stesso? E non dovremmo noi stessi essere orgogliosi di tutto il merito che esso possiede, rispetto a noi? No. Se nelle conversazioni banali si introducono battute spiritose che passano solo come scherzi, tale linguaggio non è certo adatto tra due amanti. E lo jargon affettuoso della galanteria è molto più lontano dal vero sentimento di quanto possa esserlo il tono più semplice e naturale. Te lo chiedo ancora: nell’intimità dei nostri incontri, l’arguzia avrebbe mai il tempo di manifestarsi? Se il fascino di un dialogo appassionato la allontana e le impedisce di emergere, come potrebbero delle lettere, che sempre portano con sé una certa amarezza, e in cui il cuore parla con maggiore tenerezza, tollerarla? Anche se ogni grande passione è seria, anche se la gioia eccessiva spesso porta alle lacrime piuttosto che alla risata, non voglio certo dire che l’amore debba sempre essere triste. Voglio solo che la sua allegria sia semplice, senza ornamenti, senza artifici, nuda, proprio come lui stesso. Che brilli delle sue stesse grazie, e non della decorazione dell’arguzia.

La persona insostituibile, nella stanza dove sto scrivendo questa lettera, sostiene che, all’inizio, fossi in quello stato di allegria che l’amore ispira o permette; ma non so cosa ne sia stato dopo. Man mano che procedevo nella stesura della lettera, una certa malinconia prendeva il sopravvento sul mio animo, lasciandomi appena la forza di scriverti quelle offese che la cattiveria voleva rivolgere a te. È infatti necessario avvertirti che le critiche alla tua critica sono più tipiche di lei che mie; è stata proprio lei a dictarmi il primo punto di quella lettera, ridendo come una pazza e senza permettermi di apportare alcuna modifica. Dice che lo fa per insegnarti a mancare di rispetto verso il Marini, che lei protegge, e verso cui tu scherzi.

Ma sai davvero ciò che ci mette entrambe di così buon umore? È il suo prossimo matrimonio. Il contratto è stato firmato ieri sera e la data del matrimonio è stata fissata per lunedì prossimo. Se mai esiste un amore gioioso, sicuramente è il suo; non si vede mai una ragazza così felice d’amore nella vita. Quel caro signor d’Orbe, che a sua volta è completamente conquistato da lei, è incantato da un’accoglienza così allegra e spensierata. Meno difficile di quanto non fossi tu in passato, si presta volentieri ai scherzi e considera l’arte di rendere felice la propria amante come un vero capolavoro d’amore. Per lei, per quanto ci si possa sforzare di parlarle della decenza, di farle comprendere che in prossimità del matrimonio dovrebbe comportarsi in modo più serio e dignitoso. Lei considera tutto questo sciocchezze; davanti al signor d’Orbe sostiene che il giorno delle nozze sarà di ottimo umore e che non si potrebbe mai essere abbastanza felici a un matrimonio. Ma questa piccola dissimulatrice non dice tutto: stamattina le ho notato gli occhi rossi. Scommetto che le lacrime della notte compensano le risate di oggi. Sta per creare nuove situazioni che distruggeranno i dolci legami dell’amicizia; sta per iniziare un modo di vivere diverso da quello che le era caro. Era felice e tranquilla. Ora andrà incontro ai rischi che anche il miglior matrimonio può comportare. E, per quanto dica, proprio come l’acqua pura e calma inizia a turbarsi all’avvicinarsi della tempesta, il suo cuore timido e casto vede con preoccupazione questo imminente cambiamento nel suo destino.

Oh mio amico, quanto sono felici! Si amano; si sposeranno; godranno del loro amore senza ostacoli, senza paure, senza rimorsi. Addio, addio. Non posso dire di più.

P.S. — Abbiamo visto milord Edward solo per un momento, poiché era molto impegnato a proseguire il suo viaggio. Il cuore pieno di tutto ciò che gli dobbiamo, volevo esprimergli i miei sentimenti e anche i tuoi; ma ho provato una sorta di imbarazzo. In verità, ringraziare un uomo come lui per qualcosa sarebbe quasi un insulto.

Lettera XVI – Da Saint-Preux a Julie

Che le passioni impetuose rendano gli uomini come bambini! Che un amore forzato si nutra facilmente di chimere, e che sia facile sostituire desideri estremi con oggetti dei più frivoli. Ho ricevuto la tua lettera con lo stesso trasporto che mi avrebbe causato la tua presenza; e, nell’entusiasmo della mia gioia, un semplice foglio di carta mi sostituiva te. Uno dei maggiori mali dell’assenza, e l’unico al quale la ragione non può nulla, è l’inquietudine riguardo allo stato attuale di ciò che si ama: la sua salute, la sua vita, il suo riposo, tutto sfugge a chi teme di perdere tutto; non si è più sicuri del presente che dell’avvenire, e tutti gli eventi possibili continuano ad apparire nella mente di un amante che li teme. Finalmente respiro, vivo, tu stai bene, mi ami. O meglio: dieci giorni fa tutto questo era vero. Ma chi può garantirmi cosa accadrà oggi? Oh assenza, oh tormento, oh strano e funesto stato in cui si può godere soltanto del momento passato, mentre il presente non è ancora arrivato.

Se tu non mi avessi parlato di quell’indissolubile legame, avrei riconosciuto la sua malizia nella critica della mia relazione, e il suo risentimento nell’apologia di Marini; ma se mi fosse permesso di difendermi, non resterei senza una risposta.

Innanzitutto, mia cugina (poiché è a lei che devo rispondere), riguardo allo stile, ho adottato quello tipico delle conversazioni alla moda; ho cercato di darvi sia l’idea che l’esempio del tono utilizzato in tali contesti. Inoltre, seguendo un antico principio, vi ho scritto più o meno come si parla in certe società. Del resto, non è l’uso delle figure retoriche in sé che biasimo nel cavaliere Marin, ma il loro uso improprio. Basta avere un po’ di fervore nell’anima per aver bisogno di metafore ed espressioni figurate per farsi comprendere. Anche le vostre stesse lettere ne sono piene, senza che voi ve ne rendiate conto; sostengo quindi che solo un geometra o uno sciocco possano parlare senza ricorrere a tali figure. Infatti, non è forse lo stesso giudizio suscettibile di centinaia di gradazioni di intensità? E come si può determinare quale debba essere esattamente quella intensità, se non attraverso il modo in cui viene espresso? Ammetto che le mie stesse frasi mi fanno ridere, e le trovo assurde, proprio grazie al cura con cui le avete separate una dall’altra; ma lasciatele dove le ho messe, e le troverete chiare, anzi persino incisive. Se quegli occhi vivaci che sapete così bene utilizzare fossero separati l’uno dall’altro, e dal vostro viso, mia cugina, cosa credete che direbbero con tutto il loro “fuoco”? Beh, niente affatto, nemmeno a Monsieur d’Orbe.

La prima cosa che si nota in un paese che si visita non è forse il tono generale della società? Ebbene, questa è stata anche la mia prima osservazione in quel luogo; vi ho parlato di ciò che si dice a Parigi, e non di ciò che vi si fa. Se ho notato un contrasto tra i discorsi, i sentimenti e le azioni delle persone oneste, è perché tale contrasto balza subito agli occhi. Quando vedo gli stessi uomini cambiare le loro idee a seconda dei gruppi a cui appartengono: tolleranti in un ambiente, rigidi in un altro; quando vedo cortigiani servili presso un ministro e ribelli disordinati presso chi è insoddisfatto; quando vedo persone ricche denigrare il lusso, banchieri criticare le tasse, prelati deplorare il disordine sociale; quando sento donne di corte parlare di modestia, nobili di virtù, scrittori di semplicità, e che queste assurdità non scandalizzino nessuno, non devo forse concludere immediatamente che qui a nessuno importa ascoltare la verità, né tantomeno dirla? E che, lontano dal voler convincere gli altri quando si parla con loro, non si cerca nemmeno di farli credere che ciò che si dice sia vero?

Mais c’est assez plaisanter avec la cousine. Je laisse un ton qui nous est étrange à tous trois, et j’espère que tu ne me verras pas plus prendre le goût de la satire que celui du bel esprit. C’est à toi, Julie, qu’il faut à présent répondre ; car je sais distinguer la critique badine des reproches sérieux.

Je ne conçois pas comment vous avez pu prendre toutes deux le change sur mon objet. Ce ne sont point les Français que je me suis proposé d’observer : car si le caractère des nations ne peut se déterminer que par leurs différences, comment moi qui n’en connais encore aucune autre, entreprendrais-je de peindre celle-ci ? Je ne serais pas non plus si maladroit que de choisir la capitale pour le lieu de mes observations. Je n’ignore pas que les capitales diffèrent moins entre elles que les peuples, et que les caractères nationaux s’y effacent et confondent en grande partie, tant à cause de l’influence commune des cours qui se ressemblent toutes, que par l’effet commun d’une société nombreuse et resserrée, qui est le même à peu près sur tous les hommes et l’emporte à la fin sur le caractère originel.

Si je voulais étudier un peuple, c’est dans les provinces reculées, où les habitants ont encore leurs inclinations naturelles, que j’irais les observer. Je parcourrais lentement et avec soin plusieurs de ces provinces, les plus éloignées les unes des autres ; toutes les différences que j’observerais entre elles me donneraient le génie particulier de chacune ; tout ce qu’elles auraient de commun et que n’auraient pas les autres peuples, formerait le génie national, et ce qui se trouverait partout appartiendrait en général à l’homme. Mais je n’ai ni ce vaste projet ni l’expérience nécessaire pour le suivre. Mon objet est de connaître l’homme, et ma méthode de l’étudier dans ses diverses relations. Je ne l’ai vu jusqu’ici qu’en petites sociétés, épars et presque isolé sur la terre. Je vais maintenant le considérer entassé par multitudes dans les mêmes lieux, et je commencerai à juger par là des vrais effets de la société ; car s’il est constant qu’elle rende les hommes meilleurs, plus elle est nombreuse et rapprochée, mieux ils doivent valoir ; et les moeurs, par exemple, seront beaucoup plus pures à Paris que dans le Valais ; que si l’on trouvait le contraire, il faudrait tirer une conséquence opposée.

Cette méthode pourrait, j’en conviens, me mener encore à la connaissance des peuples, mais par une voie si longue et si détournée, que je ne serais peut-être de ma vie en état de prononcer sur aucun d’eux. Il faut que je commence par tout observer dans le premier où je me trouve ; que j’assigne ensuite les différences, à mesure que je parcourrai les autres pays ; que je compare la France à chacun d’eux, comme on décrit l’olivier sur un saule, ou le palmier sur un sapin, et que j’attende à juger du premier peuple observé que j’aie observé tous les autres.

Veuille donc, ma charmante prêcheuse, distinguer ici l’observation philosophique de la satire nationale. Ce ne sont point les Parisiens que j’étudie, mais les habitants d’une grande ville ; et je ne sais si ce que j’en vois ne convient pas à Rome et à Londres, tout aussi bien qu’à Paris. Les règles de la morale ne dépendent point des usages des peuples ; ainsi, malgré les préjugés dominants, je sens fort bien ce qui est mal en soi ; mais ce mal, j’ignore s’il faut l’attribuer au Français ou à l’homme, et s’il est l’ouvrage de la coutume ou de la nature. Le tableau du vice offense en tous lieux un oeil impartial, et l’on n’est pas plus blâmable de le reprendre dans un pays où il règne, quoiqu’on y soit, que de relever les défauts de l’humanité quoiqu’on vive avec les hommes. Ne suis-je pas à présent moi-même un habitant de Paris ? Peut-être, sans le savoir, ai-je déjà contribué pour ma part au désordre que j’y remarque ; peut-être un trop long séjour y corromprait-il ma volonté même ; peut-être, au bout d’un an, ne serais-je plus qu’un bourgeois, si pour être digne de toi, je ne gardais l’âme d’un homme libre et les moeurs d’un citoyen. Laisse-moi donc te peindre sans contrainte les objets auxquels je rougisse de ressembler, et m’animer au pur zèle de la vérité par le tableau de la flatterie et du mensonge.

Si j’étais le maître de mes occupations et de mon sort je saurais, n’en doute pas, choisir d’autres sujets de lettres ; et tu n’étais pas mécontente de celles que je t’écrivais de Meillerie et du Valais : mais, chère amie, pour avoir la force de supporter le fracas du monde où je suis contraint de vivre, il faut bien au moins que je me console à te le décrire, et que l’idée de te préparer des relations m’excite à en chercher les sujets. Autrement le découragement va m’atteindre à chaque pas, et il faudra que j’abandonne tout si tu ne veux rien voir avec moi. Pense que, pour vivre d’une manière si peu conforme à mon goût, je fais un effort qui n’est pas indigne de sa cause ; et pour juger quels soins me peuvent mener à toi, souffre que je te parle quelquefois des maximes qu’il faut connaître, et des obstacles qu’il faut surmonter.

Malgré ma lenteur, malgré mes distractions inévitables, mon recueil était fini quand ta lettre est arrivée heureusement pour le prolonger ; et j’admire, en le voyant si court, combien de choses ton coeur m’a su dire en si peu d’espace. Non, je soutiens qu’il n’y a point de lecture aussi délicieuse, même pour qui ne te connaîtrait pas, s’il avait une âme semblable aux nôtres. Mais comment ne te pas connaître en lisant tes lettres ? Comment prêter un ton si touchant et des sentiments si tendres à une autre figure que la tienne ? À chaque phrase ne voit-on pas le doux regard de tes yeux ? À chaque mot n’entend-on pas ta voix charmante ! Quelle autre que Julie a jamais aimé, pensé, parlé, agi, écrit comme elle ! Ne sois donc pas surprise si tes lettres, qui te peignent si bien, font quelquefois sur ton idolâtre amant le même effet que ta présence. En les relisant je perds la raison, ma tête s’égare dans un délire continuel, un feu dévorant me consume, mon sang s’allume et pétille, une fureur me fait tressaillir. Je crois te voir, te toucher, te presser contre mon sein… Objet adoré, fille enchanteresse, source de délices et de volupté, comment, en te voyant, ne pas voir les houris faites pour les bienheureux ?… Ah ! viens… Je la sens… Elle m’échappe, et je n’embrasse qu’une ombre… Il est vrai, chère amie, tu es trop belle, et tu fus trop tendre pour mon faible coeur ; il ne peut oublier ni ta beauté ni tes caresses ; tes charmes triomphent de l’absence, ils me poursuivent partout, ils me font craindre la solitude ; et c’est le comble de ma misère de n’oser m’occuper toujours de toi.

Ils seront donc unis malgré les obstacles, ou plutôt ils le sont au moment que j’écris ! Aimables et dignes époux ! puisse le ciel les combler du bonheur que méritent leur sage et paisible amour, l’innocence de leurs moeurs, l’honnêteté de leurs âmes ! Puisse-t-il leur donner ce bonheur précieux dont il est si avare envers les coeurs faits pour le goûter ! Qu’ils seront heureux s’il leur accorde, hélas ! tout ce qu’il nous ôte ! Mais pourtant ne sens-tu pas quelque sorte de consolation dans nos maux ? Ne sens-tu pas que l’excès de notre misère n’est point non plus sans dédommagement, et que s’ils ont des plaisirs dont nous sommes privés, nous en avons aussi qu’ils ne peuvent connaître ? Oui, ma douce amie, malgré l’absence, les privations, les alarmes, malgré le désespoir même, les puissants élancements de deux coeurs l’un vers l’autre ont toujours une volupté secrète ignorée des âmes tranquilles. C’est un des miracles de l’amour de nous faire trouver du plaisir à souffrir ; et nous regarderions comme le pire des malheurs un état d’indifférence et d’oubli qui nous ôterait tout le sentiment de nos peines. Plaignons donc notre sort, ô Julie ! mais n’envions celui de personne. Il n’y a point, peut-être, à tout prendre, d’existence préférable à la nôtre ; et comme la Divinité tire tout son bonheur d’elle-même, les coeurs qu’échauffe un feu céleste trouvent dans leurs propres sentiments une sorte de jouissance pure et délicieuse, indépendante de la fortune et du reste de l’univers.

Lettre XVII – De Saint-Preux à Julie

But it’s enough to joke around with the cousin. I’m using a tone that is strange to all of us three, and I hope you won’t see me developing a taste for satire any more than I do for light-hearted wit. Now it’s your turn to respond, Julie; because I know how to distinguish between playful criticism and serious reproaches.

I cannot understand how both of you could have mistaken my object. It was not the French people that I intended to observe; for if the character of nations can be determined only by their differences, how could I, who am still unaware of any other differences among them, attempt to describe this one in particular? Nor would I be so foolish as to choose the capital city as the site for my observations. I am well aware that capitals differ from each other far less than peoples do, and that national characteristics tend to fade and blend together there, partly due to the influence of similar courts of government, and partly because of the effects of a large and densely populated society—effects that are more or less the same for all people and ultimately overshadow their original characteristics.

If I were to wish to study a people, it would be in the remote provinces, where the inhabitants still retain their natural inclinations, that I would go to observe them. I would travel slowly and carefully through several of these provinces, those farthest apart from each other; all the differences I observed between them would help me understand the unique characteristics of each one. Everything they had in common with other peoples would constitute their national traits, while what they shared with no other groups would define their national character. However, I neither possess such a grand plan nor the necessary experience to carry it out. My goal is to understand man, and my method is to study him in his various relationships. So far, I have only seen him in small societies, scattered and almost isolated across the earth. Now I will consider him gathered in large masses in the same places, and from this I will begin to judge the true effects of society. For if it is true that society makes men better, then the more numerous and closely connected they are, the better they must be; for instance, morals would surely be much purer in Paris than in the Valais. If the opposite were true, then the conclusion would have to be the opposite.

I admit that this method might still enable me to gain knowledge of other peoples, but through such a long and indirect route that I might never in my lifetime be able to form an opinion about any of them. I must first observe everything in the country where I currently find myself; then identify the differences as I explore other countries; compare France with each of them—just as one would describe an olive tree next to a willow, or a palm tree next to a spruce—and only after having observed all the others can I attempt to form a judgment about the first one.

Therefore, my dear preacher, please distinguish here between the philosophical observation and the national satire. It is not the Parisians that I am studying, but the inhabitants of a great city; and I do not know whether what I observe there applies equally to Rome, London, or Paris. The rules of morality depend not on the customs of particular peoples; thus, despite prevailing prejudices, I am very clear about what is wrong in itself. But whether this evil should be attributed to the Frenchman or to humanity in general, and whether it is the result of custom or nature, I do not know. The depiction of vice offends an impartial eye everywhere, and one is just as blameworthy for pointing it out in a place where it prevails as for highlighting the flaws of human nature while living among people. Am I not myself now a resident of Paris? Perhaps, without realizing it, I have already contributed to the disorder that I observe there; perhaps a prolonged stay there would corrupt my will as well; perhaps, after a year, I would become no more than a commoner, if I were not to maintain the soul of a free man and the morals of a citizen in order to be worthy of you. Therefore, allow me to depict without restraint those qualities that I am ashamed to resemble, and let the pure zeal for truth inspire me as I portray flattery and falsehood.

If I were the master of my own pursuits and destiny, I would undoubtedly know how to choose other subjects for my letters; and you were not displeased with those I wrote to you from Meillerie and the Valais. But, dear friend, in order to have the strength to endure the turmoil of this world in which I am forced to live, it is necessary at least that I find solace in describing it to you, and that the thought of preparing material for our correspondence inspires me to seek out suitable subjects. Otherwise, discouragement would assail me at every step, and I would have to give up everything if you refuse to associate with me in any way. Consider that, in order to live in a manner so far removed from my true desires, I am making efforts that are certainly worthy of the goal they pursue; and to understand what considerations might lead me to you, please forgive me when I sometimes discuss principles that one must know and obstacles that must be overcome.

Despite my slowness, despite the inevitable distractions, my collection was finished when your letter arrived—fortunately, just in time to extend it. And as I see how short it is, I marvel at how much your heart managed to convey to me in so few words. No, I insist: there is no more delightful reading, even for someone who does not know you, if that person possesses a soul akin to ours. But how could one not get to know you through your letters? How could anyone else lend such touching tones and tender sentiments but you? In every phrase, don’t we see the gentle gaze of your eyes? In every word, don’t we hear your charming voice? Who else but Julie has ever loved, thought, spoken, acted, written in such a way? So do not be surprised if your letters, which paint you so vividly, sometimes have on your adoring lover the same effect as your presence. Whenever I reread them, I lose my reason; my mind wanders into a continuous delirium, a burning fire consumes me, my blood ignites and pulses violently, and a fury makes me tremble. I seem to see you, to touch you, to press you against my chest. Beloved one, enchanting girl, source of delight and pleasure—how could I, upon seeing you, not imagine the houris meant for the blessed?. Ah! Come to me. I feel you near. But you slip away, and all that remains is an shadow. Indeed, dear friend, you are too beautiful, and you were too tender for my weak heart; it cannot forget either your beauty or your caresses. Your charms overcome even the distance of separation; they pursue me everywhere, making me fear solitude. And the ultimate torment of my misery is that I dare not constantly dwell upon you.

Therefore, they will be united despite all obstacles—or rather, they already are at this very moment as I write! Kind and worthy spouses! May heaven bestow upon them the happiness they deserve for their wise and peaceful love, for the innocence of their manners, and for the honesty of their souls! May it grant them that precious happiness which it is so stingy in granting to those hearts destined to experience it! How happy they will be if it grants them—alas!—everything that it takes away from us! But yet, do you not feel some sort of consolation in our misfortunes? Do you not realize that the extreme nature of our suffering also carries its own compensation, and that while they may enjoy pleasures denied to us, we too possess joys they can never know? Yes, my dear friend, despite absence, privations, and fears—even amidst despair—the intense bonds between two loving hearts always carry a secret pleasure unknown to those who live in indifference. It is one of the wonders of love that it enables us to find joy even in suffering; and we would regard any state of indifference or oblivion that stripped us of all awareness of our pain as the greatest of misfortunes. Let us therefore lament our fate, oh Julie! but let us never envy anyone else’s lot. Perhaps, after all, there is no existence more fortunate than ours; and since God derives all his happiness from within himself, those hearts stirred by a divine passion find in their own emotions a pure and delightful joy, independent of fortune or the rest of the world.

Letter XVII – From Saint-Preux to Julie

Ma basta scherzare con la cugina. Sto usando un ton che ci è estraneo a tutti e tre, e spero che tu non pensi che io abbia preso gusto alla satira tanto quanto all’arguzia. Ora tocca a te, Julie, rispondere; so infatti distinguere tra una critica scherzosa e dei rimproveri seri.

Non riesco a capire come abbiate potuto entrambe fraintendere il senso delle mie parole riguardo al mio oggetto di studio. Non erano i francesi che intendevo osservare: infatti, se il carattere delle nazioni può essere determinato soltanto dalle loro differenze, come potrei io, che non ne conosco ancora alcuna, tentare di descrivere quella specifica? Inoltre, non sarei così incauto da scegliere la capitale come luogo delle mie osservazioni. So bene che le capitali si differenziano tra loro meno dei popoli stessi, e che i caratteri nazionali vi si perdono e si confondono in gran parte, sia a causa dell’influenza comune delle corti, tutte simili tra loro, sia per l’effetto di una società numerosa e densamente organizzata, che è più o meno la stessa per tutti gli uomini e finisce per sovrascrivere il carattere originale di ciascuno.

Se volessi studiare un popolo, andrei proprio nelle province remote, dove gli abitanti conservano ancora le loro inclinazioni naturali, per osservarli. Percorrerei lentamente e con attenzione molte di queste province, le più lontane tra loro; tutte le differenze che notassi tra di esse mi darebbero la comprensione dei tratti specifici di ciascuna; tutto ciò che avessero in comune e che gli altri popoli non avessero costituirebbe il carattere nazionale di quel popolo, e ciò che si riscontrasse ovunque appartiene, in generale, all’uomo. Ma io non ho né questo vasto progetto né l’esperienza necessaria per realizzarlo. Il mio obiettivo è conoscere l’uomo, e il mio metodo consiste nel studiarlo nelle sue diverse relazioni sociali. Finora l’ho visto soltanto in piccole comunità, sparse e quasi isolate sulla terra. Ora intendo osservarlo quando è raggruppato in grandi masse negli stessi luoghi, e da questo potrò giudicare gli effetti reali della società; perché se è vero che essa rende gli uomini migliori, più è numerosa e densamente organizzata, meglio devono essere; e le usanze, ad esempio, saranno molto più pure a Parigi che nel Vallese; se si trovasse il contrario, bisognerebbe trarre una conclusione opposta.

Concordo che questo metodo potrebbe ancora portarmi alla conoscenza dei popoli, ma attraverso un percorso così lungo e tortuoso che forse non avrei mai l’opportunità di esprimere un parere su nessuno di loro. Devo innanzitutto osservare attentamente il primo paese in cui mi trovo; successivamente individuerne le differenze man mano che esplorerò altri territori; confrontare la Francia con ciascuno di essi, proprio come si descrive l’olivo rispetto al salice o il palma rispetto al pino; e solo dopo aver osservato tutti gli altri popoli potrò giudicare correttamente quello che ho studiato per primo.

Quindi, mia incantevole predicatrice, cerca di distinguere qui tra l’osservazione filosofica e la satira nazionale. Non sono i Parigini che studio, ma gli abitanti di una grande città; e non so se ciò che vedo vi si applichi altrettanto bene a Roma e a Londra che a Parigi. Le regole della morale non dipendono dagli usi dei popoli; pertanto, nonostante i pregiudizi dominanti, riesco benissimo a riconoscere ciò che è male in sé; ma non so se questo male debba essere attribuito al francese o all’uomo in generale, né se sia il risultato delle abitudini o della natura. Il ritratto del vizio offende ovunque un occhio imparziale, e non si è certo meno colpevoli nel denunciarlo in un paese dove regna, pur vivendovi, di quanto lo siano nell’indicare i difetti dell’umanità, pur convivendo con gli uomini. Non sono forse anch’io attualmente un abitante di Parigi? Forse, senza saperlo, ho già contribuito in qualche modo al disordine che vi osservo; forse una permanenza troppo lunga lì corromperebbe persino la mia volontà; forse, dopo un anno, non sarei altro che un borghese, se per essere degno di te non mantenessi l’anima di un uomo libero e i costumi di un cittadino. Lasciami quindi descriverti senza restrizioni quegli aspetti dei quali mi vergogno di assomigliare, e lascia che il desiderio sincero di verità mi spinga a denunciare la lusinga e il mentire.

Se fossi io a decidere delle mie occupazioni e del mio destino, senza dubbio sceglierei altri argomenti per le mie lettere; e tu non eri certo insoddisfatta di quelle che ti scrivevo da Meillerie e dal Valais. Ma, cara amica, per avere la forza di sopportare il frastuono di questo mondo in cui sono costretto a vivere, devo almeno consolarmi descrivendotelo, e l’idea di prepararti delle lettere mi spinge a cercarne gli argomenti. Altrimenti, la disperazione mi assalirebbe ad ogni passo. E dovrei abbandonare tutto, se tu non vuoi più avere rapporti con me. Pensa che, per vivere in un modo così poco conforme ai miei gusti, faccio uno sforzo che non è certo indegno della causa per cui lo compio. E per farti capire quali sforzi possano portarmi da te, permettimi di parlarti a volte delle massime che bisogna conoscere e degli ostacoli che bisogna superare.

Nonostante la mia lentezza, nonostante le distrazioni inevitabili, il mio raccolto era già terminato quando è arrivata la tua lettera, che fortunatamente ne ha prolungato la durata; e ammiro, vedendolo così breve, quante cose il tuo cuore sia riuscito a dirmi in così poco spazio. No, sostengo che non esista lettura più deliziosa, anche per chi non ti conoscesse, se queste lettere avessero un’anima simile alla nostra. Ma come poter non conoscere te leggendo le tue lettere? Come poter attribuire a qualcun altro toni così toccanti e sentimenti così teneri, se non a te? In ogni frase non si vede forse lo sguardo dolce dei tuoi occhi? In ogni parola non si sente forse la tua voce incantevole? Quale altra donna, oltre a Julie, ha mai amato, pensato, parlato, agito, scritto come lei! Non meravigliarti quindi se le tue lettere, che ti ritraggono così bene, a volte hanno su di me lo stesso effetto della tua presenza. Rileggendole perdo la ragione, la mia mente si perde in un delirio continuo; un fuoco divorante mi consuma, il mio sangue si infiamma e scoppia in scintille. Una furia mi fa tremare. Credo di vederti, di toccarti, di stringerti al mio petto. Oggetto adorato, fanciulla incantatrice, fonte di delizie e voluttà. Come poter non vedere, guardandoti, le houris create per i beati?. Ah! Vieni. La sento. Mi sfugge. E abbraccio solo un’ombra. È vero, cara amica. Sei troppo bella, e sei stata troppo tenera per il mio debole cuore; non può dimenticare né la tua bellezza né le tue carezze. I tuoi incanti superano l’assenza. Mi inseguono ovunque. Mi fanno temere la solitudine. E l’estremo della mia miseria è proprio non osare pensarti sempre.

Quindi saranno uniti nonostante gli ostacoli, anzi, lo sono già nel momento in cui scrivo! Carissimi e degni coniugi, possa il cielo concedere loro la felicità che meritano il loro amore saggio e sereno, l’innocenza delle loro azioni, l’onestà delle loro anime! Possa donare loro quella preziosa felicità di cui è così avaro nei confronti dei cuori destinati ad assaporarla. Saranno felici se gliela concederà, ahimè, tutto ciò che ci toglie a noi! Ma non senti forse qualche consolazione nel nostro dolore? Non capisci che l’eccesso della nostra miseria non è privo di compensazioni. E se loro hanno piaceri di cui siamo privati, anche noi ne abbiamo alcuni che loro non possono conoscere. Sì, mia dolce amica, nonostante l’assenza, le privazioni, le angosie, persino il disperio stesso, i forti sentimenti che legano due cuori hanno sempre una voluttà segreta, sconosciuta alle anime tranquille. È uno dei miracoli dell’amore farci trovare piacere nel soffrire. E considereremmo la peggiore delle sfortune uno stato di indifferenza e d’oblio che ci privasse completamente del senso delle nostre sofferenze. Piangiamo quindi il nostro destino, o Julie, ma non invidiamo quello di nessuno. Forse, in fondo, non esiste esistenza migliore della nostra. E poiché la Divinità trae tutta la sua felicità da sé stessa, i cuori che sono infuocati da un amore celeste trovano nelle proprie emozioni una sorta di gioia pura e deliziosa, indipendente dalla fortuna e dal resto dell’universo.

Lettera XVII – Da Saint-Preux a Julie

Enfin me voilà tout à fait dans le torrent. Mon recueil fini, j’ai commencé de fréquenter les spectacles et de souper en ville. Je passe ma journée entière dans le monde, je prête mes oreilles et mes yeux à tout ce qui les frappe ; et, n’apercevant rien qui te ressemble, je me recueille au milieu du bruit, et converse en secret avec toi. Ce n’est pas que cette vie bruyante et tumultueuse n’ait aussi quelque sorte d’attraits, et que la prodigieuse diversité d’objets n’offre de certains agréments à de nouveaux débarqués ; mais, pour les sentir, il faut avoir le coeur vide et l’esprit frivole ; l’amour et la raison semblent s’unir pour m’en dégoûter : comme tout n’est que vaine apparence, et que tout change à chaque instant, je n’ai le temps d’être ému de rien, ni celui de rien examiner.

Ainsi je commence à voir les difficultés de l’étude du monde, et je ne sais pas même quelle place il faut occuper pour le bien connaître. Le philosophe en est trop loin, l’homme du monde en est trop près. L’un voit trop pour pouvoir réfléchir, l’autre trop peu pour juger du tableau total. Chaque objet qui frappe le philosophe, il le considère à part ; et, n’en pouvant discerner ni les liaisons ni les rapports avec d’autres objets qui sont hors de sa portée, il ne le voit jamais à sa place, et n’en sent ni la raison ni les vrais effets. L’homme du monde voit tout, et n’a le temps de penser à rien : la mobilité des objets ne lui permet que de les apercevoir, et non de les observer ; ils s’effacent mutuellement avec rapidité, et il ne lui reste du tout que des impressions confuses qui ressemblent au chaos.

On ne peut pas non plus voir et méditer alternativement, parce que le spectacle exige une continuité d’attention qui interrompt la réflexion. Un homme qui voudrait diviser son temps par intervalles entre le monde et la solitude, toujours agité dans sa retraite et toujours étranger dans le monde, ne serait bien nulle part. Il n’y aurait d’autre moyen que de partager sa vie entière en deux grands espaces : l’un pour voir, l’autre pour réfléchir. Mais cela même est presque impossible, car la raison n’est pas un meuble qu’on pose et qu’on reprenne à son gré, et quiconque a pu vivre dix ans sans penser ne pensera de sa vie.

Je trouve aussi que c’est une folie de vouloir étudier le monde en simple spectateur. Celui qui ne prétend qu’observer n’observe rien, parce qu’étant inutile dans les affaires, et importun dans les plaisirs, il n’est admis nulle part. On ne voit agir les autres qu’autant qu’on agit soi-même ; dans l’école du monde comme dans celle de l’amour, il faut commencer par pratiquer ce qu’on veut apprendre.

Quel parti prendrai-je donc, moi étranger, qui ne puis avoir aucune affaire en ce pays et que la différence de religion empêcherait seule d’y pouvoir aspirer à rien ? Je suis réduit à m’abaisser pour m’instruire, et, ne pouvant jamais être un homme utile, à tâcher de me rendre un homme amusant. Je m’exerce, autant qu’il est possible, à devenir poli sans fausseté, complaisant sans bassesse, et à prendre si bien ce qu’il y a de bon dans la société, que j’y puisse être souffert sans en adopter les vices. Tout homme oisif qui eut voir le monde doit au moins en prendre les manières jusqu’à certain point ; car de quel droit exigerait-on d’être admis parmi des gens à qui l’on n’est bon à rien, et à qui l’on n’aurait pas l’art de plaire ? Mais aussi, quand il a trouvé cet art, on ne lui en demande pas davantage, surtout s’il est étranger. Il peut se dispenser de prendre part aux cabales, aux intrigues, aux démêlés ; s’il se comporte honnêtement envers chacun, s’il ne donne à certaines femmes ni exclusion ni préférence, s’il garde le secret de chaque société où il est reçu, s’il n’étale point les ridicules d’une maison dans une autre, s’il évite les confidences, s’il se refuse aux tracasseries, s’il garde partout une certaine dignité, il pourra voir paisiblement le monde, conserver ses moeurs, sa probité, sa franchise même, pourvu qu’elle vienne d’un esprit de liberté et non d’un esprit de parti[80]. Voilà ce que j’ai tâché de faire par l’avis de quelque gens éclairés que j’ai choisis pour guides parmi les connaissances que m’a données milord Édouard. J’ai donc commencé d’être admis dans des sociétés moins nombreuses et plus choisies. Je ne m’étais trouvé, jusqu’à présent, qu’à des dîners réglés, où l’on ne voit de femme que la maîtresse de la maison ; où tous les désoeuvrés de Paris sont reçus pour peu qu’on les connaisse ; où chacun paye comme il peut son dîner en esprit ou en flatterie, et dont le ton bruyant et confus ne diffère pas beaucoup de celui des tables d’auberges.

Je suis maintenant initié à des mystères plus secrets[81]. J’assiste à des soupers priés, où la porte est fermée à tout survenant, et où l’on est sûr de ne trouver que des gens qui conviennent tous, sinon les uns aux autres, au moins à ceux qui les reçoivent. C’est là que les femmes s’observent moins, et qu’on peut commencer à les étudier ; c’est là que règnent plus paisiblement des propos plus fins et plus satiriques ; c’est là qu’au lieu des nouvelles publiques, des spectacles, des promotions, des morts, des mariages, dont on a parlé le matin, on passe discrètement en revue les anecdotes de Paris, qu’on dévoile tous les événements secrets de la chronique scandaleuse, qu’on rend le bien et le mal également plaisants et ridicules, et que, peignant avec art et selon l’intérêt particulier les caractères des personnages, chaque interlocuteur, sans y penser, peint encore beaucoup mieux le sien ; c’est là qu’un reste de circonspection fait inventer devant les laquais un certain langage entortillé, sous lequel, feignant de rendre la satire plus obscure, on la rend seulement plus amère, c’est là, en un mot, qu’on affile avec soin le poignard, sous prétexte de faire moins de mal, mais en effet pour l’enfoncer plus avant.

Cependant, à considérer ces propos selon nos idées, on aurait tort de les appeler satiriques, car ils sont bien plus railleurs que mordants, et tombent moins sur le vice que sur le ridicule. En général la satire a peu de cours dans les grandes villes, où ce qui n’est que mal est si simple, que ce n’est pas la peine d’en parler. Que reste-t-il à blâmer où la vertu n’est plus estimée et de quoi médirait-on quand on ne trouve plus de mal à rien ? À Paris surtout, où l’on ne saisit les choses que par le côté plaisant, tout ce qui doit allumer la colère et l’indignation est toujours mal reçu s’il n’est mis en chanson ou en épigramme. Les jolies femmes n’aiment point à se fâcher, aussi ne se fâchent-elles de rien ; elles aiment à rire ; et, comme il n’y a pas le mot pour rire au crime, les fripons sont d’honnêtes gens comme tout le monde. Mais malheur à qui prête le flanc au ridicule ! sa caustique empreinte est ineffaçable ; il ne déchire pas seulement les moeurs, la vertu, il marque jusqu’au vice même ; il sait calomnier les méchants. Mais revenons à nos soupers.

Ce qui m’a le plus frappé dans ces sociétés d’élite, c’est de voir six personnes choisies exprès pour s’entretenir agréablement ensemble, et parmi lesquelles règnent même le plus souvent des liaisons secrètes, ne pouvoir rester une heure entre elles six, sans y faire intervenir la moitié de Paris ; comme si leurs coeurs n’avaient rien à se dire, et qu’il n’y eût là personne qui méritât de les intéresser. Te souvient-il, ma Julie, comment, en soupant chez ta cousine, ou chez toi, nous savions, en dépit de la contrainte et du mystère, faire tomber l’entretien sur des sujets qui eussent du rapport à nous, et comment à chaque réflexion touchante, à chaque allusion subtile, un regard plus vif qu’un éclair, un soupir plutôt devine qu’aperçu, en portait le doux sentiment d’un coeur à l’autre ?

Si la conversation se tourne par hasard sur les convives, c’est communément dans un certain jargon de société dont il faut avoir la clef pour l’entendre. À l’aide de ce chiffre, on se fait réciproquement, et selon le goût du temps, mille mauvaises plaisanteries, durant lesquelles le plus sot n’est pas celui qui brille le moins, tandis qu’un tiers mal instruit est réduit à l’ennui et au silence, ou à rire de ce qu’il n’entend point. Voilà, hors le tête-à-tête, qui m’est et me sera toujours inconnu, tout ce qu’il y a de tendre et d’affectueux dans les liaisons de ce pays.

Finally, I am completely immersed in this bustling life. With my collection completed, I began attending performances and dining out in the city. I spend my entire day in the midst of it all, listening to and observing everything that catches my attention; yet, since I see nothing that resembles you, I retreat into silence amidst the noise and converse with you in secret. It’s not that this noisy and chaotic life lacks its attractions, nor that the immense variety of things around me doesn’t offer some pleasures to newcomers; but to appreciate them, one must have an empty heart and a frivolous mind. Love and reason seem to work together to repulse me: since everything is but a vain appearance and changes at every moment, I neither have time to be moved by anything nor the opportunity to examine it in detail.

Thus, I begin to perceive the difficulties inherent in the study of the world, and I even do not know what position one must assume in order to understand it truly. The philosopher is too far removed from it; the man of the world is too close. One sees too much to be able to reflect properly; the other sees too little to form a comprehensive judgment of the whole picture. Whenever a particular object comes into the philosopher’s attention, he considers it in isolation. Unable to discern its connections or relationships with other objects beyond his understanding, he never sees it in its proper place and thus fails to grasp its reasons or true effects. The man of the world, on the other hand, sees everything, but he does not have time to think about anything in detail. The constant flux of phenomena allows him only to perceive them briefly, without the opportunity to observe them thoroughly; they vanish one after another so rapidly that all that remains for him are confused impressions, resembling nothing so much as chaos itself.

One cannot also alternate between seeing and meditating, because the act of observing requires a continuous state of attention that interrupts reflection. A person who attempted to divide his time equally between the world and solitude, always restless in retreat and always alienated in the world, would be at a loss entirely. The only alternative would be to divide one’s entire life into two distinct realms: one for seeing, and the other for reflecting. Yet this too is nearly impossible, for reason is not an object that can be put aside and taken up again at will; anyone who has managed to live for ten years without thinking will never truly think in his life.

I also believe that it is utterly foolish to attempt to study the world merely as a passive observer. Those who only claim to observe actually observe nothing, for such individuals are useless in practical matters and annoying in leisure pursuits; thus, they are not accepted anywhere. One can only see how others act when one oneself takes action. Whether in the school of life or in that of love, one must first put into practice what one wishes to learn.

Which side shall I take, then, I, a stranger who can have no interest in this country and whose difference in religion alone would prevent me from even aspiring to anything there? I am forced to stoop low in order to gain knowledge, and since I can never hope to be useful to anyone, I must try to at least make myself entertaining. I strive, as much as possible, to be polite without hypocrisy, agreeable without baseness, and to take what is good in society so that I can be tolerated there without adopting its vices. Any idle man who has seen the world should at least adopt its manners to some extent; for on what right could one expect to be admitted among people to whom one is of no use and whom one does not know how to please? But once one has learned this art, no more is demanded of him, especially if he is a stranger. He can avoid participating in factions, intrigues, and quarrels; if he behaves honestly with everyone, if he gives neither exclusion nor preference to certain women, if he keeps the secrets of every society that accepts him, if he does not spread the ridicules of one household in another, if he avoids confidences, if he refuses to engage in petty troubles, and if he maintains a certain dignity everywhere, he can peacefully enjoy the world while preserving his own morals, integrity, and even frankness—so long as this frankness stems from a spirit of freedom rather than partisanship[80]. This is what I have tried to do, following the advice of some enlightened people whom I chose as guides among those acquaintances that Lord Edward has provided me with. Thus, I began to be admitted to fewer but more select societies. Until now, I had only attended regular dinners where one sees no women except the hostess; where all the idle people of Paris are welcome so long as one knows them; where everyone pays for their dinner in spirit or with flattery, and whose noisy and chaotic atmosphere is not much different from that of an inn.

I am now initiated into even more secret mysteries[81]. I attend private dinners where the door is closed to all outsiders, and where one can be certain that only people who suit each other—or at least those who are suitable for the hosts—are present. It is there that women observe each other less, and that one can begin to study them properly; it is there that more subtle and satirical conversations take place in a peaceful atmosphere; it is there that, instead of public news, performances, promotions, deaths, or marriages that were discussed earlier in the day, people discreetly exchange anecdotes about Paris, reveal all the secret events from the scandalous chronicles, and make both good and evil seem equally amusing and ridiculous. By skillfully portraying the characters according to their particular interests, each participant, without even realizing it, ends up portraying themselves even more accurately; it is there that a certain degree of prudence leads people to invent convoluted language in front of servants—language that, while supposedly making the satire more obscure, actually only makes it more bitter. In short, it is there that one carefully sharpens the “dagger,” under the pretense of causing less harm, but in reality with the intention of driving it even deeper into its target.

However, if we consider these statements in terms of our own ideas, it would be wrong to call them satirical, for they are more mocking than biting, and they target ridicule rather than vice. Generally speaking, satire is rarely seen in large cities, where what is merely evil is so obvious that there is no need to mention it. What remains to be condemned when virtue is no longer valued, and what is there to despise when nothing seems wrong? Especially in Paris, where people only consider things from a humorous perspective, anything that could provoke anger or indignation is always received poorly unless it is turned into song or an epigram. Pretty women do not like to get angry, so they are not angered by anything; they prefer to laugh. And since there is no word in our language to describe laughter at evil, scoundrels are considered just as respectable as anyone else. But alas, for those who expose themselves to ridicule! Its caustic mark is indelible; it does not only damage morals and virtue, but it also stains even vice itself; it knows how to slander the wicked. But let us return to our dinners.

What struck me most about these elite societies was that six people specifically chosen to spend time together in a pleasant manner—often even with secret connections between them—could not manage to stay alone for an hour without having half of Paris involved; as if their hearts had nothing to say to each other, and as if there was no one there worthy of their interest. Do you remember, my Julie, how, when we dined at your cousin’s house or at yours, despite the constraints and mystery surrounding us, we would always manage to steer the conversation towards topics related to us? And how, with every touching thought or subtle allusion, a glance more intense than lightning, a sigh more of intuition than recognition, would convey the tender sentiments of one heart to another?

If the conversation happens to turn to the guests present, it is usually done within a particular social jargon that one must understand in order to follow it. With the help of this code, people make endless bad jokes upon each other, depending on the prevailing tastes of the time—during which the least intelligent person is not necessarily the one who appears the most foolish, while those who are poorly informed are left to endure boredom and silence, or to laugh at things they don’t even understand. This is, apart from private conversations, all that there is of tender and affectionate in the social interactions of this country—something that remains completely unknown to me, and will always remain so.

Finalmente mi trovo completamente immerso in questo tumultuoso flusso di vita. Dopo aver completato la mia raccolta, ho iniziato a frequentare spettacoli e a cenare in città. Trascorro l’intera giornata nel mondo esterno, presto orecchio e occhio a tutto ciò che mi colpisce; ma non vedendo nulla che ti assomigli, mi ritiro nel silenzio del caos circostante e converso segretamente con te. Non è che questa vita rumorosa e frenetica non abbia i suoi pregi, né che la straordinaria varietà di cose offra qualche piacere a chi arriva per la prima volta; tuttavia, per apprezzarli, bisogna avere il cuore vuoto e lo spirito frivolo. L’amore e la ragione sembrano unirsi per farmene perdere interesse: poiché tutto non è che una vana apparenza e tutto cambia in ogni istante, non ho né il tempo di essere commosso da nulla, né quello di esaminare attentamente nulla.

Così inizio a comprendere le difficoltà legate allo studio del mondo; non so nemmeno quale posizione sia necessario assumere per conoscerlo veramente bene. Il filosofo è troppo lontano da questa realtà, l’uomo comune invece è troppo vicino. Uno vede troppo per poter riflettere, l’altro troppo poco per poter giudicare nel suo insieme. Ogni oggetto che colpisce il filosofo viene considerato isolatamente; non riuscendo a discernere le sue connessioni o i suoi rapporti con altri oggetti al di fuori del suo campo visivo, esso non viene mai visto nella sua giusta posizione, e quindi non ne si comprendono né la ragione né gli effetti reali. L’uomo comune vede tutto, ma non ha il tempo di riflettere su nulla: la rapidità con cui gli oggetti cambiano lo costringe a percepirli solo superficialmente, senza poterli osservare attentamente; essi scompaiono l’uno dopo l’altro in modo così veloce che tutto ciò che gli rimane sono impressioni confuse, simili al caos.

Non si può nemmeno alternare continuamente tra osservazione e riflessione, poiché lo spettacolo richiede una continuità di attenzione che interrompe il processo di riflessione. Un uomo che volesse dividere il proprio tempo in momenti dedicati al mondo e a solitudine, sempre agitato nella sua ritirata e sempre estraneo nel mondo esterno, non troverebbe mai pace. L’unico modo possibile sarebbe quello di dividere tutta la propria vita in due ambiti principali: uno per osservare, l’altro per riflettere. Ma anche questo è quasi impossibile, poiché la ragione non è un “oggetto” che si possa utilizzare a piacimento; chiunque sia riuscito a vivere dieci anni senza pensare, probabilmente non penserà mai più in vita sua.

Ritengo anche che sia una follia voler studiare il mondo semplicemente da spettatore. Chi si limita ad osservare non osserva nulla, perché essendo inutile nelle questioni pratiche e fastidioso nei piaceri, non viene accettato da nessuna parte. Si vedono gli altri agire soltanto nel momento in cui si agisce oneself; sia nella scuola della vita che in quella dell’amore, è necessario cominciare prima mettendo in pratica ciò che si vuole imparare.

Quale parte dovrei quindi assumere io, uno straniero che non ha alcun interesse in questo paese e il cui diverso credo religioso gli impedirebbe comunque di aspirare a qualsiasi cosa? Sono costretto ad abbassarmi per imparare; e, poiché non potrò mai diventare una persona utile, cerco almeno di essere divertente. Mi sforzo, nella misura del possibile, di essere educato senza falsità, gentile senza bassezza, e di assorbire ciò che c’è di buono nella società, in modo da potervi essere tollerato senza adottarne i vizi. Ogni uomo ozioso che abbia viaggiato almeno un po’ nel mondo dovrebbe assumere, fino a un certo punto, le maniere tipiche di quel luogo; perché con quale diritto si potrebbe pretendere di essere accettati da persone a cui non si è utili e con cui non si sa come piacere? Ma una volta acquisita questa capacità, non se ne richiede di più, soprattutto quando si è stranieri. Si può evitare di partecipare a intrighi, complotti o discussioni; basta comportarsi onestamente con tutti, non dare preferenze o esclusioni a alcune donne, mantenere il segreto delle società in cui ci si trova, non diffondere i pettegolezzi di una casa in un’altra, evitare confidenze inutili, rinunciare alle beghe e conservare ovunque una certa dignità. In questo modo si può viaggiare tranquillamente nel mondo, mantenere le proprie abitudini, la propria onestà e anche la propria franchezza, purché questa derivi da uno spirito di libertà e non da pregiudizi o partigianerie[80]. Questo è ciò che ho cercato di fare, seguendo i consigli di alcune persone illuminate che ho scelto come guide tra le conoscenze che mi ha fornito milord Edward. Così ho iniziato ad essere accettato in società più ristrette e selezionate. Fino ad ora, ho partecipato soltanto a cene organizzate, dove si vedono donne solo la padrona di casa; dove tutti gli oziosi di Parigi sono benvenuti, purché li conosca qualcuno; dove ognuno paga il proprio pasto con spirito o lusinghe, e dove l’atmosfera rumorosa e confusa non è molto diversa da quella delle taverne.

Ora sono stato introdotto in misteri ancora più segreti[81]. Partecipo a cene solenni, durante le quali la porta è chiusa a chiunque possa interrompere la conversazione, e si può essere certi di trovare solo persone che si adattino l’una all’altra, o almeno a coloro che le ospitano. È lì che le donne sono meno soggette a osservazioni indiscrete, e che si possono iniziare a studiarle; è lì che regnano conversazioni più raffinate e satiriche; è lì che, invece delle notizie pubbliche, degli spettacoli, delle promozioni o dei fatti di cronaca di cui si è parlato la mattina, si esaminano in modo discreto le aneddoti di Parigi, si rivelano tutti gli eventi segreti della cronaca scandalistica, e il bene e il male vengono presentati allo stesso modo, come piacevoli e ridicoli. Inoltre, descrivendo con arte i caratteri dei personaggi in base agli interessi particolari di ciascuno, ognuno che partecipa alla conversazione, senza nemmeno rendersene conto, descrive molto meglio anche il proprio carattere; è lì, infine, che, per un certo senso di prudenza, si inventa davanti ai servitori un linguaggio tortuoso, con cui, fingendo di rendere la satira più oscura, in realtà la si rende solo più amara. In breve, è lì che si affila con cura il pugnale, sotto pretesto di infliggere meno dolore, ma in realtà per conficcarlo ancora più a fondo.

Tuttavia, se si considerano questi discorsi secondo le nostre idee, sarebbe errato definirli satirici, poiché sono molto più derisori che pungenti e colpiscono meno il vizio che il ridicolo. In generale, la satira ha poco spazio nelle grandi città, dove ciò che è semplicemente male è così evidente da non richiedere nemmeno di essere menzionato. Che cosa rimane da biasimare quando la virtù non viene più apprezzata, e di cosa si potrebbe lamentarsi se in nulla si trova più alcun male? Soprattutto a Parigi, dove le cose vengono considerate soltanto dal lato divertente, tutto ciò che potrebbe suscitare rabbia e indignazione viene sempre accolto con scetticismo, a meno che non venga trasformato in canzoni o epigrammi. Le belle donne non amano arrabbiarsi, quindi non si arrabbiano per nulla; amano ridere. E poiché non esiste un modo per “ridere” del crimine, i furfanti sono considerati persone oneste come tutti gli altri. Ma sfortuna a chi si espone al ridicolo: la sua “caustica” impronta è indelebile; non distrugge soltanto le morali e la virtù, ma segna anche il vizio stesso. E sa come diffamare i malvagi. Ma torniamo ai nostri banchetti.

Quello che mi ha colpito di più in queste società d’élite è stato vedere sei persone scelte appositamente per trascorrere del tempo insieme in modo piacevole, e tra cui spesso regnavano anche legami segreti; queste persone, tuttavia, non riuscivano a stare da sole nemmeno per un’ora senza coinvolgere metà di Parigi. Come se i loro cuori non avessero nulla da dirsi, come se nessuno tra loro meritasse il loro interesse. Ti ricordi, mia Julie, come, durante le cene a casa tua o di tua cugina, riuscivamo, nonostante la formalità e il mistero che circondava quelle riunioni, a portare la conversazione su argomenti che ci riguardavano? E come, ad ogni riflessione toccante, ad ogni allusione sottile, uno sguardo più intenso di un lampo, un sospiro più un’intuizione che una constatazione, permettevano al dolce sentimento di un cuore di raggiungere l’altro?

Se per caso la conversazione si orienta sui presenti alla festa, ciò avviene solitamente utilizzando un particolare gergo sociale di cui è necessario conoscere i segreti per comprenderlo. Con l’aiuto di questo linguaggio codificato, si fanno a vicenda mille battute volgari, a seconda dei gusti del momento; in queste occasioni, il più sciocco non è necessariamente colui che appare meno brillante, mentre una persona poco informata rimane costretta ad annoiarsi o a ridere di ciò che non comprende affatto. Ecco tutto ciò che, al di fuori delle conversazioni private, mi è sempre stato e mi sarà sempre sconosciuto riguardo alle relazioni umane in questo paese, tutto ciò che vi è di tenero e affettuoso nelle interazioni sociali.

Au milieu de tout cela, qu’un homme de poids avance un propos grave ou agite une question sérieuse, aussitôt l’attention commune se fixe à ce nouvel objet ; hommes, femmes, vieillards, jeunes gens, tout se prête à la considérer par toutes ses faces, et l’on est étonné du sens et de la raison qui sortent comme à l’envi de toutes ces têtes folâtres[82]. Un point de morale ne serait pas mieux discuté dans une société de philosophes que dans celle d’une jolie femme de Paris ; les conclusions y seraient même souvent moins sévères : car le philosophe qui veut agir comme il parle y regarde à deux fois ; mais ici, où toute la morale est un pur verbiage, on peut être austère sans conséquence, et l’on ne serait pas fâché, pour rabattre un peu l’orgueil philosophique, de mettre la vertu si haut que le sage même n’y pût atteindre. Au reste, hommes et femmes ; tous, instruits par l’expérience du monde, et surtout par leur conscience, se réunissent pour penser de leur espèce aussi mal qu’il est possible, toujours philosophant tristement, toujours dégradant par vanité la nature humaine, toujours cherchant dans quelque vice la cause de tout ce qui se fait de bien, toujours d’après leur propre coeur médisant du coeur de l’homme.

Malgré cette avilissante doctrine, un des sujets favoris de ces paisibles entretiens, c’est le sentiment ; mot par lequel il ne faut pas entendre un épanchement affectueux dans le sein de l’amour ou de l’amitié, cela serait d’une fadeur à mourir ; c’est le sentiment mis en grandes maximes générales, et quintessencié par tout ce que la métaphysique a de plus subtil. Je puis dire n’avoir de ma vie ouï tant parler du sentiment, ni si peu compris ce qu’on en disait. Ce sont des raffinements inconcevables. O Julie ! nos coeurs grossiers n’ont jamais rien su de toutes ces belles maximes ; et j’ai peur qu’il n’en soit du sentiment chez les gens du monde comme d’Homère chez les pédants qui lui forgent mille beautés chimériques, faute d’apercevoir les véritables. Ils dépensent ainsi tout leur sentiment en esprit, et il s’en exhale tant dans le discours, qu’il n’en reste plus pour la pratique. Heureusement la bienséance y supplée, et l’on fait par usage à peu près les mêmes choses qu’on ferait par sensibilité, du moins tant qu’il n’en coûte que des formules et quelques gênes passagères qu’on s’impose pour faire bien parler de soi ; car quand les sacrifices vont jusqu’à gêner trop longtemps ou à coûter trop cher, adieu le sentiment ; la bienséance n’en exige pas jusque-là. À cela près, on ne saurait croire à quel point tout est compassé, mesuré, pesé, dans ce qu’ils appellent des procédés ; tout ce qui n’est plus dans les sentiments, ils l’ont mis en règle, et tout est réglé parmi eux. Ce peuple imitateur serait plein d’originaux, qu’il serait impossible d’en rien savoir ; car nul homme n’ose être lui-même. Il faut faire comme les autres : c’est la première maxime de la sagesse du pays. Cela se fait, cela ne se fait pas : voilà la décision suprême.

Cette apparente régularité donne aux usages communs l’air du monde le plus comique, même dans les choses les plus sérieuses : on sait à point nommé quand il faut envoyer savoir des nouvelles ; quand il faut se faire écrire, c’est-à-dire faire une visite qu’on ne fait pas ; quand il faut la faire soi-même ; quand il est permis d’être chez soi ; quand on doit n’y être pas, quoiqu’on y soit ; quelles offres l’on doit faire, quelles offres l’autre doit rejeter ; quel degré de tristesse on doit prendre à telle ou telle mor[83]t ; combien de temps on doit pleurer à la campagne ; le jour où l’on peut revenir se consoler à la ville ; l’heure et la minute où l’affliction permet de donner le bal ou d’aller au spectacle. Tout le monde y fait à la fois la même chose dans la même circonstance ; tout va par temps comme les évolutions d’un régiment en bataille : vous diriez que ce sont autant de marionnettes clouées sur la même planche, ou tirées par le même fil.

Or, comme il n’est pas possible que tous ces gens qui font exactement la même chose soient exactement affectés de même, il est clair qu’il faut les pénétrer par d’autres moyens pour les connaître ; il est clair que tout ce jargon n’est qu’un vain formulaire, et sert moins à juger des moeurs que du ton qui règne à Paris. On apprend ainsi les propos qu’on y tient, mais rien de ce qui peut servir à les apprécier. J’en dis autant de la plupart des écrits nouveaux ; j’en dis autant de la scène même, qui depuis Molière est bien plus un lieu où se débitent de jolies conversations que la représentation de la vie civile. Il y a ici trois théâtres, sur deux desquels on représente des êtres chimériques, savoir : sur l’un, des arlequins, des pantalons, des scaramouches ; sur l’autre, des dieux, des diables, des sorciers. Sur le troisième on représente ces pièces immortelles dont la lecture nous faisait tant de plaisir, et d’autres plus nouvelles qui paraissent de temps en temps sur la scène. Plusieurs de ces pièces sont tragiques, mais peu touchantes ; et si l’on y trouve quelques sentiments naturels et quelque vrai rapport au coeur humain, elles n’offrent aucune sorte d’instruction sur les moeurs particulières du peuple qu’elles amusent.

L’institution de la tragédie avait, chez ses inventeurs, un fondement de religion qui suffisait pour l’autoriser. D’ailleurs, elle offrait aux Grecs un spectacle instructif et agréable dans les malheurs des Perses leurs ennemis, dans les crimes et les folies des rois dont ce peuple s’était délivré. Qu’on représente à Berne, à Zurich, à la Haye, l’ancienne tyrannie de la maison d’Autriche, l’amour de la patrie et de la liberté nous rendra ces pièces intéressantes. Mais qu’on me dise de quel usage sont ici les tragédies de Corneille, et ce qu’importe au peuple de Paris Pompée ou Sertorius. Les tragédies grecques roulaient sur des événements réels ou réputés tels par les spectateurs, et fondés sur des traditions historiques. Mais que fait une flamme héroïque et pure dans l’âme des grands ? Ne dirait-on pas que les combats de l’amour et de la vertu leur donnent souvent de mauvaises nuits, et que le coeur a beaucoup à faire dans les mariages des rois ? Juge de la vraisemblance et de l’utilité de tant de pièces, qui roulent toutes sur ce chimérique sujet !

Amidst all this, whenever a person of influence puts forward a serious proposition or raises a substantial issue, the attention of everyone immediately turns toward this new topic. Men, women, old people, young people—everyone is ready to examine it from every angle, and one is astonished by the sense and reasoning that seemingly emerge spontaneously from these otherwise frivolous minds[82]. A moral issue could not be discussed more thoroughly in a society of philosophers than in the company of a charming Parisian woman; indeed, the conclusions reached might often be even less severe. For a philosopher who intends to put his words into action will think twice before acting. But here, where all morality amounts to mere empty rhetoric, one can be stern without any real consequences. Moreover, we would not mind going so far as to place virtue in such lofty heights that not even the wisest person could attain it, simply to humble the pride of philosophers a bit. After all, both men and women—enlightened by the experiences of life and especially by their own consciences—gather together to think as poorly as possible about their own kind. They philosophize in a gloomy manner, degrade human nature out of vanity, seek the cause of all good deeds in some vice, and always, guided solely by their own hearts, slander the very nature of humanity itself.

Despite this demeaning doctrine, one of the favorite topics in these leisurely conversations is the concept of “sentiment.” By this term, however, one should not understand some heartfelt outpouring within the context of love or friendship—such expressions would be utterly insipid. Instead, it refers to sentiment elevated to the status of general maxims, refined through all that metaphysics has to offer in terms of subtlety. I must say that in my entire life, I have never heard so much talk about sentiment, yet I have understood very little of what was being said. It’s all about inconceivable refinements. Oh Julie! Our crude hearts have never known anything of all these lofty maxims; and I fear that for people in the world, sentiment is like Homer for pedants—who forge a thousand fanciful beauties out of it, failing to perceive the true essence. In this way, they expend all their “sentiment” in mere rhetoric, leaving none left for actual action. Fortunately, good manners step in; by habit, one ends up doing roughly the same things as if moved by genuine sensitivity—so long as it only requires formulaic phrases and some temporary discomforts that one endures in order to speak well of oneself. But when these “sacrifices” become too burdensome or too costly, goodbye to sentiment. Good manners do not require such things. Apart from this, one would hardly believe how everything is so constrained, measured, and calculated in what they call “proper procedures.” Everything that lacks genuine emotion has been turned into rules and regulations among them. If this imitative society were full of true individuals, it would be impossible to distinguish one from another—because no man dares to be himself. One must do as everyone else does: that is the first maxim of this country’s so-called wisdom. “This may be done; this may not be done”—such is the ultimate decision they make.

This apparent regularity gives common practices the appearance of something utterly ridiculous, even in the most serious matters: one knows exactly when it is time to send someone news; when it is necessary to ask for a letter—which in reality means making a visit that one would otherwise avoid; when one should make the visit oneself; when it is permissible to stay at home; when one must be away from home, even though one is there; what offers one should make and which ones the other party should reject; to what extent one should express sorrow on certain occasions; how long one should cry in the countryside; on what day one can return to the city to seek comfort; and at what exact hour one’s grief allows one to attend a ball or go to a theater. Everyone does exactly the same thing under the same circumstances; everything follows a fixed sequence, just like the movements of a regiment in battle. One might say that they are all like marionettes stuck on the same board or controlled by the same string.

Or, since it is impossible for all these people who do exactly the same thing to be affected in exactly the same way, it is clear that we must approach them through other means in order to understand them; it is also clear that all this jargon is nothing but a vain formality, serving less to judge people’s morals than to reflect the prevailing tone in Paris. In this way, one learns what is said there, but nothing that could help one appreciate it properly. The same holds true for most of the new writings; and even for the theater itself, since Molière’s time, it has become far more a place where pleasant conversations take place than a representation of real-life society. There are three theaters here: on two of them, imaginary beings are portrayed—on one, harlequins, pantalooners, scaramouches; on the other, gods, devils, sorcerers. On the third theater, those immortal plays that used to bring us so much pleasure when read are performed, as well as some newer works that appear from time to time. Several of these plays are tragic, but few are truly moving; and although they contain some natural emotions and a certain relevance to the human heart, they offer no insight into the particular morals of the people they entertain.

The institution of tragedy had, in its inventors, a religious foundation that was sufficient to justify it. Moreover, it provided the Greeks with an instructive and entertaining spectacle regarding the misfortunes of their enemies—the Persians, as well as the crimes and follies of the kings from whom their people had been freed. If we were to stage in Bern, Zurich, or The Hague the ancient tyranny of the House of Austria, or tales of love for one’s country and freedom, such plays would undoubtedly be interesting. But tell me—what use are Corneille’s tragedies to the people of Paris? What does Pompey or Sertorius have to do with them? Greek tragedies were based on real events, or events perceived by the audience as real, and they were grounded in historical traditions. But what role does a heroic and pure passion play in the lives of great men? Wouldn’t one say that the struggles between love and virtue often cause them restless nights, and that a king’s marriage involves many complex considerations? Judge for yourself the plausibility and usefulness of so many plays that revolve around such fanciful themes!

In mezzo a tutto ciò, quando un uomo di rilievo solleva una questione grave o affronta un argomento serio, l’attenzione generale si concentra immediatamente su questo nuovo tema; uomini, donne, anziani, giovani, tutti sono disposti ad esaminarlo da ogni angolazione, e ci si meraviglia del senso e della logica che sembrano emergere spontaneamente da quelle menti apparentemente frivole[82]. Un argomento di morale non verrebbe discusso meglio in una società di filosofi che in quella di una bella donna parigina; anzi, le conclusioni potrebbero spesso essere meno severe, perché il filosofo che vuole agire secondo i propri principi ci pensa due volte prima di procedere; ma qui, dove tutta la morale non è altro che pura retorica, si può essere rigidi senza alcuna conseguenza concreta. E non sarebbe affatto male, per ridurre un po’ l’arroganza filosofica, elevare la virtù a un livello così alto da rendere impossibile anche al saggio raggiungerla. Del resto, uomini e donne, tutti, istruiti dall’esperienza del mondo e soprattutto dalla propria coscienza, si riuniscono per pensare della loro specie nel modo più negativo possibile: filosofano sempre in modo triste, umiliano sempre la natura umana per vanità, cercano sempre in qualche vizio la causa di tutto ciò che è buono, e giudicano sempre il cuore dell’uomo secondo i propri pregiudizi.

Nonostante questa dottrina denigratrice, uno degli argomenti preferiti di questi tranquilli conversazioni è il “sentimento”; termine che non deve essere inteso come un’espressione affettuosa nell’ambito dell’amore o dell’amicizia, poiché ciò sarebbe estremamente banale. Si tratta piuttosto del sentimento elevato a grandi massime generali e sublimato da tutto ciò che la metafisica ha di più raffinato. Posso dire di non aver mai sentito parlare così tanto del sentimento in tutta la mia vita, né di averne compreso davvero il significato. Sono vere e proprie raffinatezze incomprensibili. Oh Julie! I nostri cuori rozzi non hanno mai conosciuto tutte queste belle massime; temo che per le persone del mondo il sentimento sia ciò che per gli studiosi pedanti è Omero: vengono attribuite loro mille qualità immaginarie, semplicemente perché non si riesce a percepire la verità. Così, sprecano tutto il loro sentimento nell’intelletto; ne parla così tanto nelle conversazioni che non ne rimane nulla per la pratica. Fortunatamente, la buona educazione fa da compensazione: di solito si fanno le stesse cose che si farebbero se ci fosse vera sensibilità, almeno finché non si tratta che di formule e di qualche piccolo sacrificio temporaneo impostosi per essere considerati persone per bene. Ma quando questi sacrifici diventano troppo onerosi o costosi, addio al sentimento; la buona educazione non richiede fino a quel punto tali cose. A parte questo, è difficile credere a quanto tutto sia rigido, misurato, calcolato in ciò che chiamano “procedure sociali”: tutto ciò che non ha più nulla a che fare con i veri sentimenti viene trasformato in regole fisse. Questo popolo imitatore sarebbe pieno di originalità, se solo qualcuno osasse essere sé stesso. Ma nessuno osa farlo: bisogna comportarsi come gli altri. Questa è la prima massima della saggezza di questo paese. “Si fa così” o “non si fa così”: questa è la decisione finale.

Questa apparente regolarità conferisce alle abitudini comuni un aspetto estremamente comico, anche nelle cose più serie: si sa esattamente quando è il momento di inviare notizie; quando bisogna farsi scrivere, cioè fare una visita che in realtà non si fa; quando invece bisogna farla personalmente; quando è permesso stare a casa; quando invece si deve assolutamente evitarlo, anche se si è lì; quali offerte si devono fare, quali offerte l’altra parte deve rifiutare; quale grado di tristezza si deve mostrare in determinate circostanze; per quanto tempo si deve piangere in campagna; il giorno in cui si può tornare in città per consolarsi; l’ora e il minuto esatti in cui la sofferenza permette di organizzare un ballo o di andare a teatro. Tutti fanno esattamente la stessa cosa, nelle stesse circostanze; tutto procede secondo uno schema preciso, come le manovre di un reggimento in battaglia: si potrebbe dire che si tratti di marionette fissate sulla stessa tavola o mosse dallo stesso filo.

Ora, poiché non è possibile che tutte queste persone che fanno esattamente la stessa cosa siano influenzate nello stesso modo, è evidente che sia necessario approfondirne la conoscenza attraverso altri mezzi; è chiaro che tutto questo gergo non rappresenta altro che una forma vuota e inutile, e serve meno a comprendere i costumi locali che il tono dominante a Parigi. In questo modo si vengono a conoscere le parole pronunciate, ma non ciò che potrebbe essere utile per comprenderne il vero significato. Lo stesso vale per la maggior parte delle opere letterarie moderne; lo stesso vale anche per il teatro stesso, che da quando è apparso Molière rappresenta molto di più un luogo dove si svolgono conversazioni piacevoli che una vera rappresentazione della vita civile. A Parigi ci sono tre teatri: su due di essi vengono rappresentati personaggi immaginari – arlecchini, scaramucche, dei e demoni – mentre sul terzo vengono messi in scena quei drammi “immortali” che un tempo ci procuravano grande piacere nella lettura, oltre ad altre opere più recenti che appaiono di tanto in tanto sul palcoscenico. Molte di queste opere sono drammatiche, ma poche davvero commoventi; e anche se contengono alcuni sentimenti naturali e un certo legame con il cuore umano, non offrono alcuna vera informazione sui costumi specifici del popolo che le rappresentano.

L’istituzione della tragedia, presso i suoi inventori, aveva una base religiosa sufficiente per giustificarla. Inoltre, offriva ai Greci uno spettacolo istruttivo e piacevole: rappresentava le sfortune dei Persiani, i loro nemici, nonché i crimini e le follie dei re dai quali quel popolo si era liberato. Se a Berna, Zurigo o L’Aia venissero rappresentate le antiche tirannie della casa d’Asburgo, l’amore per la patria e la libertà renderebbe queste opere interessanti. Ma che utilità hanno qui le tragedie di Corneille, e cosa importa al popolo di Parigi di Pompeo o di Sertorio? Le tragedie greche si basavano su eventi reali o ritenuti tali dai spettatori, e su tradizioni storiche. Ma che significato ha una “fiamma eroica e pura” nell’anima degli uomini? Non si direbbe forse che le lotte tra amore e virtù causino loro spesso insonnie. E che il cuore abbia molto da fare nei matrimoni dei re? Giudicate voi stessi la plausibilità e l’utilità di tante opere che, tutte, ruotano attorno a questo soggetto così illusorio!

Quant à la comédie, il est certain qu’elle doit représenter au naturel les moeurs du peuple pour lequel elle est faite, afin qu’il s’y corrige de ses vices et de ses défauts, comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. Térence et Plaute se trompèrent dans leur objet ; mais avant eux Aristophane et Ménandre avaient exposé aux Athéniens les moeurs athéniennes ; et, depuis, le seul Molière peignit plus naïvement encore celles des Français du siècle dernier à leurs propres yeux. Le tableau a changé ; mais il n’est plus revenu de peintre. Maintenant on copie au théâtre les conversations d’une centaine de maisons de Paris. Hors de cela, on n’y apprend rien des moeurs des Français. Il y a dans cette grande ville cinq ou six cent mille âmes dont il n’est jamais question sur la scène. Molière osa peindre des bourgeois et des artisans aussi bien que des marquis ; Socrate faisait parler des cochers, menuisiers, cordonniers, maçons[84]. Mais les auteurs d’aujourd’hui, qui sont des gens d’un autre air, se croiraient déshonorés s’ils savaient ce qui se passe au comptoir d’un marchand ou dans la boutique d’un ouvrier ; il ne leur faut que des interlocuteurs illustres, et ils cherchent dans le rang de leurs personnages l’élévation qu’ils ne peuvent tirer de leur génie. Les spectateurs eux-mêmes sont devenus si délicats, qu’ils craindraient de se compromettre à la comédie comme en visite, et ne daigneraient pas aller voir en représentation des gens de moindre condition qu’eux. Ils sont comme les seuls habitants de la terre : tout le reste n’est rien à leurs yeux. Avoir un carrosse, un suisse, un maître d’hôtel, c’est être comme tout le monde. Pour être comme tout le monde, il faut être comme très peu de gens. Ceux qui vont à pied ne sont pas du monde ; ce sont des bourgeois, des hommes du peuple, des gens de l’autre monde ; et l’on dirait qu’un carrosse n’est pas tant nécessaire pour se conduire que pour exister. Il y a comme cela une poignée d’impertinents qui ne comptent qu’eux dans tout l’univers, et ne valent guère la peine qu’on les compte, si ce n’est pour le mal qu’ils font. C’est pour eux uniquement que sont faits les spectacles ; ils s’y montrent à la fois comme représentés au milieu du théâtre, et comme représentants aux deux côtés ; ils sont personnages sur la scène, et comédiens sur les bancs. C’est ainsi que la sphère du monde et des auteurs se rétrécit ; c’est ainsi que la scène moderne ne quitte plus son ennuyeuse dignité : on n’y sait plus montrer les hommes qu’en habit doré. Vous diriez que la France n’est peuplée que de comtes et de chevaliers ; et plus le peuple y est misérable et gueux, plus le tableau du peuple y est brillant et magnifique. Cela fait qu’en peignant le ridicule des états qui servent d’exemple aux autres, on le répand plutôt que de l’éteindre, et que le peuple, toujours singe et imitateur des riches, va moins au théâtre pour rire de leurs folies que pour les étudier, et devenir encore plus fous qu’eux en les imitant. Voilà de quoi fut cause Molière lui-même ; il corrigea la cour en infectant la ville : et ses ridicules marquis furent le premier modèle des petits-maîtres bourgeois qui leur succédèrent.

En général, il y a beaucoup de discours et peu d’action sur la scène française : peut-être est-ce qu’en effet le Français parle encore plus qu’il n’agit, ou du moins qu’il donne un bien plus grand prix à ce qu’on dit qu’à ce qu’on fait. Quelqu’un disait, en sortant d’une pièce de Denys le Tyran : « Je n’ai rien vu, mais j’ai entendu force paroles[85]. » Voilà ce qu’on peut dire en sortant des pièces françaises. Racine et Corneille, avec tout leur génie, ne sont eux-mêmes que des parleurs ; et leur successeur est le premier qui, à l’imitation des Anglais, ait osé mettre quelquefois la scène en représentation. Communément tout se passe en beaux dialogues bien agencés, bien ronflants, où l’on voit d’abord que le premier soin de chaque interlocuteur est toujours celui de briller. Presque tout s’énonce en maximes générales. Quelque agités qu’ils puissent être, ils songent toujours plus au public qu’à eux-mêmes ; une sentence leur coûte moins qu’un sentiment : les pièces de Racine et de Molière[86] exceptées, le je est presque aussi scrupuleusement banni de la scène française que des écrits de Port-Royal, et les passions humaines, aussi modestes que l’humilité chrétienne, n’y parlent jamais que par on. Il y a encore une certaine dignité maniérée dans le geste et dans le propos, qui ne permet jamais à la passion de parler exactement son langage, ni à l’auteur de revêtir son personnage et de se transporter au lieu de la scène, mais le tient toujours enchaîné sur le théâtre et sous les yeux des spectateurs. Aussi les situations les plus vives ne lui font-elles jamais oublier un bel arrangement de phrases ni des attitudes élégantes ; et si le désespoir lui plonge un poignard dans le coeur, non content d’observer la décence en tombant comme Polyxène, il ne tombe point ; la décence le maintient debout après sa mort, et tous ceux qui viennent d’expirer s’en retournent l’instant d’après sur leurs jambes.

Tout cela vient de ce que le Français ne cherche point sur la scène le naturel et l’illusion et n’y veut que de l’esprit et des pensées ; il fait cas de l’agrément et non de l’imitation, et ne se soucie pas d’être séduit pourvu qu’on l’amuse. Personne ne va au spectacle pour le plaisir du spectacle, mais pour voir l’assemblée, pour en être vu, pour ramasser de quoi fournir au caquet après la pièce ; et l’on ne songe à ce qu’on voit que pour savoir ce qu’on en dira. L’acteur pour eux est toujours l’acteur, jamais le personnage qu’il représente. Cet homme qui parle en maître du monde n’est point Auguste, c’est Baron ; la veuve de Pompée est Adrienne ; Alzire est mademoiselle Gaussin ; et ce fier sauvage est Grandval. Les comédiens, de leur côté, négligent entièrement l’illusion dont ils voient que personne ne se soucie. Ils placent les héros de l’antiquité entre six rangs de jeunes Parisiens ; ils calquent les modes françaises sur l’habit romain ; on voit Cornélie en pleurs avec deux doigts de rouge, Caton poudré au blanc, et Brutus en panier. Tout cela ne choque personne et ne fait rien au succès des pièces : comme on ne voit que l’acteur dans le personnage, on ne voit non plus que l’auteur dans le drame : et si le costume est négligé, cela se pardonne aisément ; car on sait bien que Corneille n’était pas tailleur, ni Crébillon perruquier.

Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, tout n’est ici que babil, jargon, propos sans conséquence. Sur la scène comme dans le monde, on a beau écouter ce qui se dit, on n’apprend rien de ce qui se fait et qu’a-t-on besoin de l’apprendre ? Sitôt qu’un homme a parlé, s’informe-t-on de sa conduite ? N’a-t-il pas tout fait ? N’est-il pas jugé ? L’honnête homme d’ici n’est point celui qui fait de bonnes actions, mais celui qui dit de belles choses ; et un seul propos inconsidéré, lâché sans réflexion, peut faire à celui qui le tient un tort irréparable que n’effaceraient pas quarante ans d’intégrité. En un mot, bien que les oeuvres des hommes ne ressemblent guère à leurs discours, je vois qu’on ne les peint que par leurs discours, sans égard à leurs oeuvres ; je vois aussi que dans une grande ville la société paraît plus douce, plus facile, plus sûre même que parmi des gens moins étudiés ; mais les hommes y sont-ils en effet plus humains, plus modérés, plus justes ? Je n’en sais rien. Ce ne sont encore là que des apparences ; et sous ces dehors si ouverts et si agréables, les coeurs sont peut-être plus cachés, plus enfoncés en dedans que les nôtres. Étranger, isolé, sans affaires, sans liaisons, sans plaisirs, et ne voulant m’en rapporter qu’à moi, le moyen de pouvoir prononcer ?

As for comedy, it is certainly necessary that it faithfully represent the manners of the people for whom it is intended, so that they may correct their vices and shortcomings through its portrayal, just as one removes stains from one’s face before a mirror. Terence and Plautus erred in their approach; but before them, Aristophanes and Menander had already depicted the manners of the Athenians to their own people. Since then, only Molière has portrayed the manners of the French of the previous century even more naively, right before their very eyes. The scene has changed; yet no new artist has emerged to recreate it. Nowadays, in the theater, we are merely copying conversations from a hundred Parisian households. Beyond that, we learn nothing about the manners of the French people. In this vast city of five or six million souls, not a single one of them is ever mentioned on stage. Molière dared to portray merchants and artisans just as readily as marquises; Socrates even had charioteers, carpenters, cobbblers, and masons speak in his plays[84]. But today’s authors, who belong to a different world, would consider it dishonorable to depict what happens at a merchant’s counter or in a worker’s shop; they only need illustrious interlocutors, and so they seek in their characters the dignity that their own talents cannot provide. The spectators themselves have become so refined that they would fear compromising themselves by attending a comedy, just as they would avoid visiting people of lower status. They are like the sole inhabitants of the earth: everything else means nothing to them. To possess a carriage, a servant, or a butler is to be like everyone else; yet to be like everyone else requires one to belong to an elite minority. Those who walk on foot are not considered part of the “world”; they are regarded as commoners, people from another world—and it seems that a carriage is more necessary for existence than for simply getting around. There are indeed a handful of presumptuous individuals who consider themselves the center of the universe and are hardly worth mentioning, except for the harm they cause. It is for them alone that performances are created; they appear on stage both as characters being depicted and as the performers themselves in the audience seats. In this way, both the world and the realm of authors shrink ever further; modern theater never loses its dull dignity—on it, people are only shown in their “gilded attire.” One might say that France is inhabited solely by counts and knights; and the poorer and more miserable the common people are, the more dazzling and magnificent the portrayal of those people becomes. As a result, when one portrays the absurdity of those states that serve as examples for others, one actually spreads it rather than extinguishing it. And since the people, being mere imitators of the rich, go to the theater less to laugh at their follies than to study them, they end up becoming even more foolish by copying them. This was precisely what happened to Molière himself; he corrected the behavior of the court by influencing the city at large, and his ridiculous characters of marquises became the first models for those petty bourgeois hypocrites who succeeded him.

Generally speaking, there is much talk and little action on the French stage; perhaps it is indeed true that the French person talks far more than they act, or at least that they place far greater value on what is said than on what is done. Someone once said, after leaving a play by Denys le Tyran: “I saw nothing, but I heard a great deal of words.” That is exactly what one can say after watching French plays. Racine and Corneille, with all their genius, are themselves merely speakers; and their successor was the first to dare, in imitation of the English, to occasionally put the stage into action. Everything usually unfolds through well-structured, grandiose dialogues, in which it is clear that the primary concern of every speaker is always to shine. Almost everything is expressed in general maxims. No matter how agitated they may be, these playwrights always think more of the audience than of themselves; a clever phrase costs them less than an authentic emotion. With the exception of Racine’s and Molière’s plays, the “I” is almost as scrupulously avoided on the French stage as it is in the writings of Port-Royal; human passions, as modest as Christian humility, are never expressed directly on that stage. There is also a certain artificial dignity in gestures and speech that never allows passion to speak its true language, nor does it allow the author to fully immerse themselves in their character and transport themselves to the scene itself—rather, they remain chained to the theater and under the eyes of the audience. Thus, even the most intense situations never cause them to forget well-crafted phrases or elegant gestures; and if despair plunges a character into despair, they do not simply collapse in a dignified manner like Polyxene—they do not fall at all. Dignity ensures that they remain standing even after death, and everyone who has just died immediately gets up and walks away.

All of this stems from the fact that the Frenchman does not seek nature and illusion on stage; he is only interested in spirit and thought. He values pleasure rather than imitation, and is content to be entertained so long as he is amused. No one goes to the theater for the sake of the performance itself, but to see the crowd, to be seen by others, or to gather material for conversation after the play. People only think about what they see in order to determine what they will say about it. For them, the actor is always just an actor, never the character he portrays. That man who speaks as if he were the master of the world is not Augustus, but Baron; Pompey’s widow is not really Adrienne; Alzire is merely Miss Gaussin; and that proud savage is nothing more than Grandval. On their part, the actors completely ignore the illusion that, they themselves realize, no one cares about at all. They place ancient heroes among six rows of young Parisians; they adapt French fashions to Roman attire; we see Cornelia in tears with just two fingers of rouge on her face, Cato powdered with white, and Brutus dressed in a basket. None of this offends anyone, nor does it affect the success of the plays. Just as people only see the actor in the character, they also only see the author in the drama itself. And if the costumes are neglected, it is easily forgiven—after all, we know quite well that Corneille was no tailor, nor was Crébillon a barber.

Thus, no matter from which perspective one considers things, everything here is nothing but nonsense, jargon, and meaningless words. On stage as well as in the world, one may listen to what is said, but one learns nothing about what is actually done—and why would one need to learn it? Once a man has spoken, does anyone bother to inquire about his actions? Hasn’t he already done everything? hasn’t he already been judged? Here, an honest man is not one who performs good deeds, but one who speaks beautiful words; and a single thoughtless remark, uttered without reflection, can bring irreparable harm to the person who utteres it—harm that forty years of integrity could never erase. In short, although men’s actions bear little resemblance to their words, I see that they are judged solely on the basis of their words, without regard to their deeds. I also observe that in a great city, society appears more gentle, more accommodating, even safer than among less educated people; but are the people there truly more humane, more moderate, more just? I have no idea. These are merely appearances; and beneath these seemingly open and pleasant exteriors, hearts may be even more hidden, more deeply buried within themselves than ours. Stranger, isolated, with no affairs, no connections, no pleasures—and relying solely on myself—how can I form an opinion?

Per quanto riguarda la commedia, è certo che debba rappresentare in modo naturale i costumi del popolo a cui è destinata, affinché quest’ultimo possa correggersi dei propri vizi e difetti, proprio come si rimuovono dai propri volti le macchie davanti a uno specchio. Terenzio e Plauto sbagliarono nell’individuare l’obiettivo della loro arte; ma prima di loro Aristofane e Menandro avevano già descritto ai cittadini ateniesi i costumi della loro città; in seguito, solo Molière riuscì a rappresentare ancora più fedelmente quelli dei francesi del secolo precedente, davanti ai loro stessi occhi. Il quadro sociale è cambiato; ma nessun altro artista ha mai ripreso tale tema con la stessa ingenuità. Oggi, al teatro, si copiano semplicemente le conversazioni di un centinaio di famiglie parigine; al di fuori di questo, non si apprende nulla sui costumi dei francesi. In questa grande città vivono cinque o seicentomila persone di cui non si parla mai sul palcoscenico. Molière osò rappresentare borghesi e artigiani tanto quanto marchesi; anche Socrate faceva parlare cocchieri, falegnami, calzolai, muratori[84]. Ma gli autori di oggi, che appartengono a un ambiente completamente diverso, si considererebbero offesi se scoprissero ciò che avviene al bancone di un mercante o nel negozio di un operaio; loro cercano soltanto interlocutori illustri e cercano nella classe dei loro personaggi quell’elevatezza che non riescono a trovare nel proprio talento. Anche i spettatori sono diventati così raffinati da temere di compromettersi andando a teatro, come se fossero in visita; non si degnano nemmeno di assistere alle rappresentazioni di persone di condizione inferiore alla loro. Sono come gli unici abitanti della terra: tutto il resto non ha alcun valore ai loro occhi. Avere una carrozza, un valletto, un maggiordomo significa essere come tutti gli altri; ma per essere come tutti gli altri, bisogna essere come pochissime persone. Coloro che vanno a piedi non fanno parte del “mondo”; sono borghesi, gente comune, e si potrebbe dire che una carrozza sia necessaria più per esistere che per muoversi. Ci sono poi quelli che, in tutto l’universo, contano soltanto su se stessi; non valgono nemmeno la pena di essere considerati, se non per il male che causano. Sono proprio per loro che vengono creati spettacoli: vi appaiono sia come personaggi sul palcoscenico sia come rappresentanti tra il pubblico. Il mondo e gli autori moderni si sono ridotti a questo livello; la scena contemporanea non abbandona mai quella sua noiosa “dignità”: lì gli uomini vengono mostrati soltanto in abiti dorati. Si direbbe che la Francia sia popolata solo da conti e cavalieri. E più il popolo è povero e miserabile, più il quadro rappresentato sul palcoscenico appare brillante e magnifico. Di conseguenza, quando si descrive il ridicolo degli stati che fungono da esempio per gli altri, in realtà si contribuisce a diffonderlo piuttosto che a eliminarlo; e il popolo, essendo sempre uno scimmione e un imitatore dei ricchi, va meno al teatro per ridere delle loro follie che per studiarle, finendo per diventare ancora più pazzo di loro nell’imitarle. Fu proprio questo il caso di Molière: corresse i vizi della corte contaminando la città; e i suoi ridicoli marchesi divennero il primo modello per quei piccoli nobili borghesi che gli succedettero.

In generale, sulla scena francese ci sono molti discorsi e poche azioni: forse è davvero vero che il francese parla più di quanto agisca, o almeno attribuisce molto più importanza a ciò che dice rispetto a ciò che fa. Qualcuno, uscendo da un’opera di Denys le Tyran, disse: “Non ho visto nulla, ma ho sentito molte parole”. Questo è ciò che si può dire dopo aver assistito alle opere francesi. Anche Racine e Corneille, con tutto il loro genio, non sono altro che persone che parlano; il loro successore fu il primo ad osare, imitando gli inglesi, mettere a volte in scena azioni reali. Di solito, tutto si svolge attraverso bei dialoghi ben strutturati e sonori, nei quali si nota subito che l’unico scopo di ogni interlocutore è brillare. Quasi tutto viene espresso attraverso massime generali. Per quanto possano essere drammatiche le situazioni, gli autori pensano sempre più al pubblico che a se stessi; una frase ha per loro maggiore valore di un vero sentimento. Ad eccezione delle opere di Racine e Molière, il “io” è quasi sempre rigorosamente escluso dalla scena francese, proprio come negli scritti del Port-Royal; le passioni umane, così modeste quanto l’umiltà cristiana, non vengono mai espresse in modo diretto. C’è anche una certa dignità affettata nei gesti e nel linguaggio, che impedisce alla passione di esprimersi liberamente, né all’autore di identificarsi completamente con i personaggi della sua opera; questi rimangono sempre “incatenati” sul palcoscenico, sotto gli occhi del pubblico. Per questo motivo, anche le situazioni più intense non lo spingono mai a trascurare una bella struttura linguistica o atteggiamenti eleganti; e se il dispero gli pugnala il cuore, non si limita ad osservare la decenza nel modo in cui Polyxene cade, ma non cade davvero; la decenza lo mantiene in piedi anche dopo la morte, e tutti coloro che sono appena morti tornano immediatamente in piedi.

Tutto ciò deriva dal fatto che i francesi non cercano sulla scena la naturalezza e l’illusione, ma soltanto spirito e pensieri; per loro conta il piacere, non l’imitazione, e non si curano di essere affascinati, purché l’esibizione sia divertente. Nessuno va a teatro per il piacere dello spettacolo stesso, ma per vedere la folla, per essere visti, per raccogliere argomenti di conversazione dopo la rappresentazione; e ciò che si vede viene considerato soltanto in funzione di ciò che se ne dirà in seguito. Per loro l’attore è sempre soltanto un attore, mai il personaggio che interpreta: quell’uomo che parla con aria di padrone del mondo non è Augusto, ma semplicemente Barone; la vedova di Pompeo è Adriana; Alzire è mademoiselle Gaussin; e quel fiero selvaggio è Grandval. I comici, dal loro canto, trascurano completamente l’illusione, di cui sanno che a nessuno interessa davvero. Mettono gli eroi dell’antichità tra sei file di giovani parigini; adattano i costumi francesi all’abbigliamento romano; si vede Cornelia piangere con due dita di rossetto, Catone truccato di bianco, e Bruto in abiti da contadino. Tutto ciò non offende nessuno e non influisce in alcun modo sul successo delle rappresentazioni: poiché si vede soltanto l’attore nel personaggio, allo stesso modo non si considera l’autore come autore del dramma; e se i costumi sono trascurati, ciò viene facilmente perdonato, perché tutti sanno bene che Corneille non era un sarto, né Crébillon un parrucchiere.

Quindi, in qualunque modo si considerino le cose, tutto qui non è altro che vanità, gergo, parole prive di significato. Sia sulla scena che nel mondo, per quanto ci si sforzi di ascoltare ciò che viene detto, non si impara nulla di ciò che avviene; e a cosa serve davvero impararlo? Non appena un uomo ha parlato, si interroga forse sul suo comportamento? Non ha forse già fatto tutto ciò che doveva fare? Non è forse già stato giudicato? Qui, l’uomo onesto non è colui che compie buone azioni, ma colui che pronuncia belle parole; e una singola frase imprudente, detta senza rifletterci, può causare a chi la pronuncia un danno irreparabile, che nemmeno quarant’anni di integrità riuscirebbero a cancellare. In breve, sebbene le azioni degli uomini non assomiglino affatto alle loro parole, si tende comunque a descriverli soltanto in base a queste ultime, senza tenere conto delle loro reali azioni; si osserva anche che in una grande città la società appare più gentile, più accessibile, persino più sicura rispetto a contesti meno evoluti; ma gli uomini lì sono davvero più umani, più moderati, più giusti? Non lo so. Sono soltanto apparenze. E sotto queste facciate così aperte e attraenti, i cuori degli uomini potrebbero essere ancora più nascosti, più repressi di quelli nostri. Straniero, isolato, senza impegni, senza relazioni, senza piaceri. E volendo basarmi soltanto su ciò che conosco di me stesso, come posso giudicare?

Cependant je commence à sentir l’ivresse où cette vie agitée et tumultueuse plonge ceux qui la mènent, et je tombe dans un étourdissement semblable à celui d’un homme aux yeux duquel on fait passer rapidement une multitude d’objets. Aucun de ceux qui me frappent n’attache mon coeur, mais tous ensemble en troublent et suspendent les affections, au point d’en oublier quelques instants ce que je suis et à qui je suis. Chaque jour en sortant de chez moi j’enferme mes sentiments sous la clef, pour en prendre d’autres qui se prêtent aux frivoles objets qui m’attendent. Insensiblement je juge et raisonne comme j’entends juger et raisonner tout le monde. Si quelquefois j’essaye de secouer les préjugés et de voir les choses comme elles sont, à l’instant je suis écrasé d’un certain verbiage qui ressemble beaucoup à du raisonnement. On me prouve avec évidence qu’il n’y a que le demi-philosophe qui regarde à la réalité des choses ; que le vrai sage ne les considère que par les apparences ; qu’il doit prendre les préjugés pour principes, les bienséances pour lois, et que la plus sublime sagesse consiste à vivre comme les fous.

Forcé de changer ainsi l’ordre de mes affections morales, forcé de donner un prix à des chimères, et d’imposer silence à la nature et à la raison, je vois ainsi défigurer ce divin modèle que je porte au dedans de moi, et qui servait à la fois d’objet à mes désirs et de règle à mes actions ; je flotte de caprice en caprice ; et mes goûts étant sans cesse asservis à l’opinion, je ne puis être sûr un seul jour de ce que j’aimerai le lendemain.

Confus, humilié, consterné, de sentir dégrader en moi la nature de l’homme, et de me voir ravalé si bas de cette grandeur intérieure où nos coeurs enflammés s’élevaient réciproquement, je reviens le soir, pénétré d’une secrète tristesse, accablé d’un dégoût mortel, et le coeur vide et gonflé comme un ballon rempli d’air. O amour ! ô purs sentiments que je tiens de lui !… Avec quel charme je rentre en moi-même ! Avec quel transport j’y retrouve encore mes premières affections et ma première dignité ! Combien je m’applaudis d’y revoir briller dans tout son éclat l’image de la vertu, d’y contempler la tienne, ô Julie, assise sur un trône de gloire et dissipant d’un souffle tous ces prestiges ! Je sens respirer mon âme oppressée, je crois avoir recouvré mon existence et ma vie, et je reprends avec mon amour tous les sentiments sublimes qui le rendent digne de son objet.

Lettre XVIII – De Julie à Saint-Preux

Je viens, mon bon ami, de jouir d’un des plus doux spectacles qui puissent jamais charmer mes yeux. La plus sage, la plus aimable des filles est enfin devenue la plus digne et la meilleure des femmes. L’honnête homme dont elle a comblé les voeux, plein d’estime et d’amour pour elle, ne respire que pour la chérir, l’adorer, la rendre heureuse ; et je goûte le charme inexprimable d’être témoin du bonheur de mon amie, c’est-à-dire de le partager. Tu n’y seras pas moins sensible, j’en suis bien sûre, toi qu’elle aima toujours si tendrement, toi qui lui fus cher presque dès son enfance, et à qui tant de bienfaits l’ont dû rendre encore plus chère. Oui, tous les sentiments qu’elle éprouve se font sentir à nos coeurs comme au sien. S’ils sont des plaisirs pour elle, ils sont pour nous des consolations ; et tel est le prix de l’amitié qui nous joint, que la félicité d’un des trois suffit pour adoucir les maux des deux autres.

Ne nous dissimulons pas pourtant que cette amie incomparable va nous échapper en partie.

La voilà dans un nouvel ordre de choses ; la voilà sujette à de nouveaux engagements, à de nouveaux devoirs ; et son coeur, qui n’était qu’à nous, se doit maintenant à d’autres affections auxquelles il faut que l’amitié cède le premier rang. Il y a plus, mon ami ; nous devons de notre part devenir plus scrupuleux sur les témoignages de son zèle ; nous ne devons pas seulement consulter son attachement pour nous et le besoin que nous avons d’elle, mais ce qui convient à son nouvel état, et ce qui peut agréer ou déplaire à son mari. Nous n’avons pas besoin de chercher ce qu’exigerait en pareil cas la vertu ; les lois seules de l’amitié suffisent. Celui qui, pour son intérêt particulier, pourrait compromettre un ami mériterait-il d’en avoir ? Quand elle était fille, elle était libre, elle n’avait à répondre de ses démarches qu’à elle-même, et l’honnêteté de ses intentions suffisait pour la justifier à ses propres yeux. Elle nous regardait comme deux époux destinés l’un à l’autre ; et, son coeur sensible et pur alliant la plus chaste pudeur pour elle-même à la plus tendre compassion pour sa coupable amie, elle couvrait ma faute sans la partager. Mais à présent tout est changé ; elle doit compte de sa conduite à un autre ; elle n’a pas seulement engagé sa foi, elle a aliéné sa liberté. Dépositaire en même temps de l’honneur de deux personnes, il ne lui suffit pas d’être honnête, il faut encore qu’elle soit honorée ; il ne lui suffit pas de ne rien faire que de bien, il faut encore qu’elle ne fasse rien qui ne soit approuvé. Une femme vertueuse ne doit pas seulement mériter l’estime de son mari, mais l’obtenir ; s’il la blâme, elle est blâmable ; et, fût-elle innocente, elle a tort sitôt qu’elle est soupçonnée : car les apparences mêmes sont au nombre de ses devoirs.

Je ne vois pas clairement si toutes ces raisons sont bonnes, tu en seras le juge ; mais un certain sentiment intérieur m’avertit qu’il n’est pas bien que ma cousine continue d’être ma confidente, ni qu’elle me le dise la première. Je me suis souvent trouvée en faute sur mes raisonnements, jamais sur les mouvements secrets qui me les inspirent, et cela fait que j’ai plus de confiance à mon instinct qu’à ma raison.

Sur ce principe, j’ai déjà pris un prétexte pour retirer tes lettres, que la crainte d’une surprise me faisait tenir chez elle. Elle me les a rendues avec un serrement de coeur que le mien m’a fait apercevoir, et qui m’a trop confirmé que j’avais fait ce qu’il fallait faire. Nous n’avons point eu d’explication, mais nos regards en tenaient lieu ; elle m’a embrassée en pleurant ; nous sentions sans nous rien dire combien le tendre langage de l’amitié a peu besoin du secours des paroles.

À l’égard de l’adresse à substituer à la sienne, j’avais songé d’abord à celle de Fanchon Anet, et c’est bien la voie la plus sûre que nous pourrions choisir ; mais, si cette jeune femme est dans un rang plus bas que ma cousine, est-ce une raison d’avoir moins d’égards pour elle en ce qui concerne l’honnêteté ? N’est-il pas à craindre, au contraire, que des sentiments moins élevés ne lui rendent mon exemple plus dangereux, que ce qui n’était pour l’une que l’effort d’une amitié sublime ne soit pour l’autre un commencement de corruption, et qu’en abusant de sa reconnaissance je ne force la vertu même à servir d’instrument au vice ? Ah ! n’est-ce pas assez pour moi d’être coupable, sans me donner des complices, et sans aggraver mes fautes du poids de celles d’autrui ? N’y pensons point, mon ami : j’ai imaginé un autre expédient, beaucoup moins sûr à la vérité, mais aussi moins répréhensible, en ce qu’il ne compromet personne et ne nous donne aucun confident ; c’est de m’écrire sous un nom en l’air, comme, par exemple, M. du Bosquet, et de me mettre une enveloppe adressée à Regianino, que j’aurai soin de prévenir. Ainsi Regianino lui-même ne saura rien ; il n’aura tout au plus que des soupçons, qu’il n’oserait vérifier, car milord Édouard de qui dépend sa fortune m’a répondu de lui. Tandis que notre correspondance continuera par cette voie, je verrai si l’on peut reprendre celle qui nous servit durant le voyage de Valais, ou quelque autre qui soit permanente et sûre.

However, I begin to feel the intoxication that this restless and tumultuous life brings to those who pursue it, and I fall into a daze akin to that of a person whose eyes are quickly made to see numerous objects in succession. None of these things that affect me seize my heart, but together they disturb and suspend all my emotions, to the point where for moments I forget who I am and what my purpose is. Every day, as I leave my home, I lock away my feelings behind a key, in order to embrace others that are more suited to the frivolous pursuits awaiting me. Insensibly, I begin to judge and reason in the same way that I hear everyone else do. Sometimes when I try to shake off preconceptions and see things as they truly are, immediately I am overwhelmed by a torrent of words that masquerade as reasoning. People prove to me with absolute certainty that only the half-filosopher looks at the reality of things; that the true sage considers them only through their appearances; that one must take prejudices as principles, proprieties as laws, and that the highest form of wisdom consists in living like fools.

Forced to alter the order of my moral affections in this way, forced to assign value to illusions, and to force silence upon nature and reason, I see this divine model within me being distorted—this model that once served both as the object of my desires and as the guide for my actions. I drift from one caprice to another; and since my tastes are constantly at the mercy of public opinion, I cannot be certain in the slightest of what I will love tomorrow.

Confused, humiliated, and overwhelmed at feeling the human nature within me degrade, and seeing myself reduced so far from that inner greatness where our passionate hearts once soared together, I return home in the evening, filled with a secret sorrow and overcome by mortal disgust—my heart empty yet swollen like a balloon inflated with air. Oh love! Oh pure sentiments that I owe to you!. With what delight I retreat into myself! With what fervor I rediscover my earliest affections and my former dignity! How I rejoice to see the image of virtue shining there in all its brilliance, and to behold yours, oh Julie, seated on a throne of glory, dispelling all these false pretenses with a single breath! I feel my oppressed soul breathe again; I believe I have regained my existence and my life, and once more, with my love, I embrace all those sublime sentiments that make it worthy of its object.

Letter XVIII – From Julie to Saint-Preux

My dear friend, I have just enjoyed one of the most delightful sights that could ever delight my eyes. The wisest and most kind-hearted girl has finally become the most worthy and best woman. The honest man whose wishes she has fulfilled, filled with respect and love for her, lives only to cherish her, adore her, and make her happy; and I am able to experience the indescribable joy of being a witness to my friend’s happiness—indeed, of sharing in it. I am certain you will feel just as deeply, you who she has always loved so tenderly, you who were dear to her almost from childhood, and for whom so many kindnesses have made her even more precious. Indeed, all the feelings she experiences are felt by our hearts just as strongly as by hers. If they bring her joy, they bring us comfort; and such is the value of the friendship that binds us—that the happiness of one of us is enough to alleviate the sorrows of the other two.

Let us not delude ourselves: this incomparable friend will, to some extent, elude us.

Now she finds herself in a new set of circumstances; she is bound by new commitments and duties. Her heart, which once belonged solely to us, must now be devoted to other affections, and friendship must yield its place to them. Moreover, my friend, we ourselves must become more scrupulous in assessing the manifestations of her devotion. We should not consider only her attachment to us and our need for her, but also what is appropriate to her new situation and what might please or offend her husband. There is no need to seek out what virtue would demand in such a case; the mere principles of friendship are sufficient. He who, for his own self-interest, would be willing to betray a friend deserves indeed not to have one. When she was a girl, she was free; she was responsible only to herself for her actions, and the honesty of her intentions was enough to justify them in her own eyes. She regarded us as two spouses destined for each other. Her sensitive and pure heart combined the utmost chastity toward herself with the deepest compassion for her “guilty” friend; she concealed my fault without sharing it. But now everything has changed. She must account for her behavior before another person; she has not only pledged her loyalty but also surrendered her freedom. Being the guardian of two people’s honor, it is not enough for her to be honest; she must also be respected. It is not enough for her to do only good; she must avoid doing anything that might be disapproved of. A virtuous woman should not only deserve her husband’s respect but also earn it. If he blames her, then she is indeed in fault. And even if she is innocent, she is considered guilty at the mere suspicion of it—for appearances too are part of her duties.

I am not entirely sure whether all these reasons are valid; you will be the one to judge that. However, a certain inner intuition tells me that it is not right for my cousin to continue being my confidante, nor for her to be the first to tell me such things. I have often been wrong in my reasoning, but never in the secret impulses that inspire it; for this reason, I trust my instinct more than my reason.

Based on this principle, I had already found an excuse to take back your letters—out of fear of some unexpected outcome, I had kept them with her. She returned them to me with a look filled with sorrow, a look that made me realize how right I had been in doing what I did. We did not need any words; our eyes spoke for us. She kissed me as she cried, and we both understood, without saying a thing, how little the tender language of friendship actually needs the help of words.

As for the address to be used in place of my own, I had initially thought of using that of Fanchon Anet; indeed, it would be the safest option we could choose. But if this young woman holds a lower social status than my cousin, is that a reason to treat her with less respect when it comes to honesty? On the contrary, isn’t there a risk that more vulgar sentiments might make my example even more dangerous for her? What might what was for one merely an expression of noble friendship become for the other? And by taking advantage of her gratitude, wouldn’t I be forcing virtue itself to serve as a tool for vice? Ah! Isn’t it enough for me to be guilty without giving myself accomplices and without aggravating my own faults with those of others? Let’s not consider that option, my friend. I have thought of another plan—far less certain, it is true, but also less reprehensible in that it doesn’t compromise anyone or expose us to any confidants. I would write under a fictitious name, such as Monsieur du Bosquet, and use an envelope addressed to Regianino, which I would make sure to prepare in advance. In this way, Regianino himself would know nothing; at most, he might have some suspicions, but he wouldn’t dare to verify them, for Lord Edward, upon whom his fortune depends, has assured me that he can be trusted. While our correspondence continues in this manner, I will see if it is possible to resume the route we used during our journey through Valais, or if another, more permanent and secure method can be found.

Tuttavia inizio a percepire l’ebbrezza che questa vita agitata e tumultuosa provoca coloro che la conducono, e mi ritrovo in uno stato di stordimento simile a quello di una persona a cui vengono rapidamente mostrati molti oggetti. Nessuno di questi elementi che mi colpiscono attira il mio cuore, ma tutti insieme turbano e sospendono le mie emozioni, al punto che per alcuni momenti dimentico chi sono e dove mi trovo. Ogni giorno, uscendo di casa, “chiudo” i miei sentimenti a chiave, per prendere altri che si adattino agli oggetti frivoli che mi aspettano. In modo insensibile, giudico e ragiono proprio come sento che tutti gli altri facciano. Se talvolta provo a scuotermi dai pregiudizi e a vedere le cose per quello che sono, immediatamente vengo sopraffatto da un certo discorso che assomiglia molto al ragionamento. Mi si dimostra chiaramente che esiste solo il “semi-filosofo” che guarda alla realtà delle cose; che il vero saggio le considera soltanto in apparenza; che deve prendere i pregiudizi come principi, le convenzioni sociali come leggi. E che la saggezza più sublime consiste nel vivere come i pazzi.

Costretto a modificare in questo modo l’ordine delle mie affezioni morali, costretto ad attribuire valore a cose irreali e a far tacere la natura e la ragione, vedo così deformarsi quel modello divino che porto dentro di me, e che serviva allo stesso tempo come oggetto dei miei desideri e come regola per le mie azioni; vago da un capriccio all’altro; e poiché i miei gusti sono costantemente soggetti all’opinione altrui, non posso mai essere certo di ciò che amerò il giorno dopo.

Confuso, umiliato, costernato nel sentire degenerare in me la natura umana e nel vedermi ridotto a tali bassezze rispetto a quella grandezza interiore verso cui i nostri cuori appassionati si elevavano reciprocamente, ritorno la sera pervaso da una tristezza segreta, sopraffatto da un disgusto mortale; il mio cuore è vuoto e gonfio come un pallone riempito d’aria. Oh amore! Oh sentimenti puri che provengo da te. Con quale incanto ritrovo me stesso! Con quale entusiasmo riscopro in me le mie prime affezioni e la mia prima dignità. Quanto mi compiaccio nel vedere brillare, nella sua piena luminosità, l’immagine della virtù. E tu, oh Julie, seduta su un trono di gloria, che con un solo soffio dissipi tutti questi inganni. Sento la mia anima oppressa respirare liberamente; credo di aver riacquistato la mia esistenza e la mia vita. E con il mio amore riprendo tutti quei sentimenti sublimi che lo rendono degno del suo oggetto.

Lettera XVIII – Di Julie a Saint-Preux

Mio caro amico, ho appena avuto il piacere di assistere a uno dei spettacoli più dolci che possano mai incantare i miei occhi. La ragazza più saggia e più gentile è finalmente diventata la donna più nobile e migliore. L’uomo onesto il cui desiderio lei ha realizzato, pieno di stima e amore per lei, vive solo per amarla, adorarla, renderla felice; e io provo la gioia indescrivibile di essere testimone della felicità della mia amica, anzi, di condividerla con lei. Ne sarai certamente altrettanto commosso tu, che lei ha sempre amato con tanta tenerezza, tu che le sei stato caro fin da quando era bambina, e a cui tanti suoi gesti di benevolenza l’hanno resa ancora più preziosa. Sì, tutti i sentimenti che lei prova si fanno sentire nei nostri cuori, proprio come nel suo. Se per lei sono piaceri, per noi sono consolazioni; ed è proprio questo il vero valore dell’amicizia che ci unisce: la felicità di uno di noi basta a lenire i dolori degli altri due.

Tuttavia, non dobbiamo nasconderci che questa amica incomparabile ci sfuggirà in parte.

Ecco che si trova in un nuovo contesto; eccola sottoposta a nuovi impegni, a nuove responsabilità. Il suo cuore, che prima apparteneva soltanto a noi, ora deve essere dedicato ad altre affezioni, e l’amicizia deve cedere il primo posto a queste nuove relazioni. C’è di più, mio caro: dobbiamo diventare ancora più scrupolosi riguardo ai comportamenti che essa manifesta nei nostri confronti. Non dobbiamo considerare soltanto il suo attaccamento per noi e il bisogno che abbiamo di lei, ma anche ciò che è appropriato alla sua nuova situazione, e ciò che può piacere o dispiacere a suo marito. Non c’è bisogno di cercare ciò che la virtù richiederebbe in un simile caso; bastano le sole regole dell’amicizia. Chi, per motivi personali, potrebbe mettere a rischio l’amicizia di qualcuno merita davvero di averla? Quando era ragazza, era libera. Non doveva rendere conto delle sue azioni se non a se stessa, e l’integrità delle sue intenzioni le bastava per essere giustificata ai suoi occhi. Ci considerava come due coniugi destinati l’uno all’altro. Il suo cuore sensibile e puro univa in lei la più pura pudicizia verso se stessa con la più tenera compassione verso la sua “amica colpevole”; nascondeva la mia colpa senza condividerla. Ma ora tutto è cambiato: deve rendere conto delle sue azioni a qualcun altro. Non ha soltanto impegnato la sua fede, ma anche la sua libertà. Essendo al tempo stesso depositaria dell’onore di due persone, non le basta essere onesta. Deve anche essere rispettata; non le basta comportarsi bene. Deve anche evitare qualsiasi cosa possa essere giudicata inappropriata. Una donna virtuosa non deve soltanto meritare la stima di suo marito, ma ottenerla davvero. Se lui la rimprovera, significa che ha commesso un errore. E, anche se è innocente, ha torto non appena viene sospettata. Perché anche le apparenze fanno parte dei suoi doveri.

Non vedo chiaramente se tutte queste ragioni siano valide; tu ne sarai il giudice; ma un certo sentimento interno mi avverte che non è opportuno che mia cugina continui a essere la mia confidente, né che sia lei ad aprirmi per prima. Mi sono spesso trovata in errore nei miei ragionamenti, mai invece nei sentimenti segreti che me li ispirano; ed è per questo che ho più fiducia nel mio istinto che nella mia ragione.

Sulla base di questo principio, avevo già trovato un pretesto per ritirare le tue lettere, poiché la paura di una sorpresa mi impediva di lasciarle presso di lei. Me le ha restituite con un gesto pieno di tristezza che il mio cuore ha riconosciuto immediatamente, confermandomi ancora una volta che avevo fatto ciò che era giusto fare. Non abbiamo avuto bisogno di spiegazioni: i nostri sguardi ne erano più che sufficienti. Mi ha abbracciato piangendo; entrambi sentivamo, senza dire una parola, quanto il dolce linguaggio dell’amicizia abbia poco bisogno del sostegno delle parole.

Per quanto riguarda l’indirizzo da utilizzare al posto del mio, inizialmente avevo pensato a quello di Fanchon Anet; è certamente la soluzione più sicura che potremmo scegliere. Ma se questa giovane donna occupa un rango inferiore rispetto a mia cugina, è forse una ragione per trattarla con meno riguardo in termini di onestà? Non si teme forse che sentimenti meno elevati possano rendere il mio esempio più pericoloso per lei? Che ciò che per l’una era soltanto un segno di profonda amicizia, per l’altra potesse diventare l’inizio di una corruzione? E non rischierei forse di costringere la virtù stessa a servire da strumento al vizio, abusando della sua riconoscenza? Ah. Non è già abbastanza essere colpevole, senza dovermi procurare complici e aggravare i miei errori con quelli degli altri? Lasciamo perdere, amico mio: ho pensato a un altro sistema, molto meno sicuro, ma anche meno riprovevole, poiché non compromette nessuno e non ci crea confidenti. Scriverò sotto un nome fittizio, ad esempio “M. du Bosquet”, e userò una busta indirizzata a Regianino, di cui mi assicurerò di distruggerla dopo l’uso. In questo modo, nemmeno Regianino saprà nulla; avrà al massimo dei sospetti, ma non oserà verificarli. Poiché milord Edward, da cui dipende la sua fortuna, mi ha assicurato che lui non parlerà. Mentre la nostra corrispondenza continuerà in questo modo, vedrò se sarà possibile riprendere quella utilizzata durante il viaggio nel Vallese, o trovare un’altra soluzione più permanente e sicura.

Quand je ne connaîtrais pas l’état de ton coeur, je m’apercevrais, par l’humeur qui règne dans tes relations, que la vie que tu mènes n’est pas de ton goût. Les lettres de M. de Muralt, dont on s’est plaint en France, étaient moins sévères que les tiennes ; comme un enfant qui se dépite contre ses maîtres, tu te venges d’être obligé d’étudier le monde sur les premiers qui te l’apprennent. Ce qui me surprend le plus est que la chose qui commence par te révolter est celle qui prévient tous les étrangers, savoir, l’accueil des Français et le ton général de leur société, quoique de ton propre aveu tu doives personnellement t’en louer. Je n’ai pas oublié la distinction de Paris en particulier et d’une grande ville en général ; mais je vois qu’ignorant ce qui convient à l’un ou à l’autre, tu fais ta critique à bon compte, avant de savoir si c’est une médisance ou une observation. Quoi qu’il ne soit, j’aime la nation française, et ce n’est pas m’obliger que d’en mal parler. Je dois aux bons livres qui nous viennent d’elle la plupart des instructions que nous avons prises ensemble. Si notre pays n’est plus barbare, à qui en avons-nous l’obligation ? Les deux plus grands, les deux plus vertueux des modernes, Catinat, Fénelon, étaient tous deux Français : Henri IV, le roi que j’aime, le bon roi, l’était. Si la France n’est pas le pays des hommes libres, elle est celui des hommes vrais ; et cette liberté vaut bien l’autre aux yeux du sage. Hospitaliers, protecteurs de l’étranger, les Français lui passent même la vérité qui les blesse ; et l’on se ferait lapider à Londres si l’on y osait dire des Anglais la moitié du mal que les Français laissent dire d’eux à Paris. Mon père, qui a passé sa vie en France, ne parle qu’avec transport de ce bon et aimable peuple. S’il y a versé son sang au service du prince, le prince ne l’a point oublié dans sa retraite, et l’honore encore de ses bienfaits ; ainsi je me regarde comme intéressée à la gloire d’un pays où mon père a trouvé la sienne. Mon ami, si chaque peuple a ses bonnes et mauvaises qualités, honore au moins la vérité qui loue, aussi bien que la vérité qui blâme.

Je te dirai plus ; pourquoi perdrais-tu en visites oisives le temps qui te reste à passer aux lieux où tu es ? Paris est-il moins que Londres le théâtre des talents, et les étrangers y font-ils moins aisément leur chemin ? Crois-moi, tous les Anglais ne sont pas des lords Édouards, et tous les Français ne ressemblent pas à ces beaux diseurs qui te déplaisent si fort. Tente, essaye, fais quelques épreuves, ne fût-ce que pour approfondir les moeurs, et juger à l’oeuvre ces gens qui parlent si bien. Le père de ma cousine dit que tu connais la constitution de l’empire et les intérêts des princes, milord Édouard trouve aussi que tu n’as pas mal étudié les principes de la politique et les divers systèmes de gouvernement. J’ai dans la tête que les pays du monde où le mérite est le plus honoré est celui qui te convient le mieux, et que tu n’as besoin que d’être connu pour être employé. Quant à la religion, pourquoi la tienne te nuirait-elle plus qu’à un autre ? La raison n’est-elle pas le préservatif de l’intolérance et du fanatisme ? Est-on plus bigot en France qu’en Allemagne ? Et qui t’empêcherait de pouvoir faire à Paris le même chemin que M. de Saint-Saphorin a fait à Vienne ? Si tu considères le but, les plus prompts essais ne doivent-ils pas accélérer les succès ? Si tu compares les moyens, n’est-il pas plus honnête encore de s’avancer par ses talents que par ses amis ? Si tu songes… Ah ! cette mer… un plus long trajet… J’aimerais mieux l’Angleterre, si Paris était au-delà.

À propos de cette grande ville, oserais-je relever une affectation que je remarque dans tes lettres ? Toi qui me parlais des Valaisanes avec tant de plaisir, pourquoi ne me dis-tu rien des Parisiennes ? Ces femmes galantes et célèbres valent-elles moins la peine d’être dépeintes que quelques montagnardes simples et grossières ? Crains-tu peut-être de me donner de l’inquiétude par le tableau des plus séduisantes personnes de l’univers ? Désabuse-toi, mon ami, ce que tu peux faire de pis pour mon repos est de ne me point parler d’elles ; et, quoi que tu m’en puisses dire, ton silence à leur égard m’est beaucoup plus suspect que tes éloges.

Je serais bien aise aussi d’avoir un petit mot sur l’Opéra de Paris, dont on dit ici des merveilles[87] ; car enfin la musique peut être mauvaise, et le spectacle avoir ses beautés : s’il n’en a pas, c’est un sujet pour ta médisance, et du moins, tu n’offenseras personne.

Je ne sais si c’est la peine de te dire qu’à l’occasion de la noce il m’est encore venu ces jours passés deux épouseurs comme par rendez-vous : l’un d’Yverdon, gîtant, chassant de château en château, l’autre du pays allemand, par le coche de Berne. Le premier est une manière de petit-maître, parlant assez résolument pour faire trouver ses reparties spirituelles à ceux qui n’en écoutent que le ton ; l’autre est un grand nigaud timide, non de cette aimable timidité qui vient de la crainte de déplaire, mais de l’embarras d’un sot qui ne sait que dire, et du malaise d’un libertin qui ne sent pas à sa place auprès d’une honnête fille. Sachant très positivement les intentions de mon père au sujet de ces deux messieurs, j’use avec plaisir de la liberté qu’il me laisse de les traiter à ma fantaisie et je ne crois pas que cette fantaisie laisse durer longtemps celle qui les amène. Je les hais d’oser attaquer un coeur où tu règnes, sans armes pour te le disputer : s’ils en avaient, je les haïrais davantage encore ; mais où les prendraient-ils, eux, et d’autres, et tout l’univers ? Non, non, sois tranquille, mon aimable ami : quand je retrouverais un mérite égal au tien, quand il se présenterait un autre que toi-même, encore le premier venu serait-il le seul écouté. Ne t’inquiète donc point de ces deux espèces dont je daigne à peine te parler. Quel plaisir j’aurais à leur mesurer deux doses de dégoût si parfaitement égales qu’ils prissent la résolution de partir ensemble comme ils sont venus, et que je pusse t’apprendre à la fois le départ de tous deux ?

M. de Crouzas vient de nous donner une réfutation des épîtres de Pope, que j’ai lue avec ennui. Je ne sais pas au vrai lequel des deux auteurs a raison ; mais je sais bien que le livre de M. de Crouzas ne fera jamais faire une bonne action, et qu’il n’y a rien de bon qu’on ne soit tenté de faire en quittant celui de Pope. Je n’ai point, pour moi, d’autre manière de juger de mes lectures que de sonder les dispositions où elles laissent mon âme, et j’imagine à peine quelle sorte de bonté peut avoir un livre qui ne porte point ses lecteurs au bien[88].

Adieu, mon trop cher ami, je ne voudrais pas finir sitôt ; mais on m’attend, on m’appelle. Je te quitte à regret, car je suis gaie et j’aime à partager avec toi mes plaisirs ; ce qui les anime et les redouble est que ma mère se trouve mieux depuis quelques jours ; elle s’est senti assez de force pour assister au mariage, et servir de mère à sa nièce, ou plutôt à sa seconde fille. La pauvre Claire en a pleuré de joie. Juge de moi, qui, méritant si peu de la conserver, tremble toujours de la perdre. En vérité elle fait les honneurs de la fête avec autant de grâce que dans sa plus parfaite santé ; il semble même qu’un reste de langueur rende sa naïve politesse encore plus touchante. Non, jamais cette incomparable mère ne fut si bonne, si charmante, si digne d’être adorée. Sais-tu qu’elle a demandé plusieurs fois de tes nouvelles à M. d’Orbe ? Quoiqu’elle ne me parle point de toi, je n’ignore pas qu’elle t’aime, et que, si jamais elle était écoutée, ton bonheur et le mien seraient son premier ouvrage. Ah ! si ton coeur sait être sensible, qu’il a besoin de l’être, et qu’il a de dettes à payer !

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre XX – De Julie à Saint-Preux

Mon ami, j’ai remis à M. d’Orbe un paquet qu’il s’est chargé de t’envoyer à l’adresse de M. Silvestre, chez qui tu pourras le retirer ; mais je t’avertis d’attendre pour l’ouvrir que tu sois seul et dans ta chambre. Tu trouveras dans ce paquet un petit meuble à ton usage.

If I were unaware of the state of your heart, I would realize, from the tone that prevails in your relationships, that the life you lead is not to your taste. The letters of Mr. de Muralt, which have been criticized in France, were less severe than yours; like a child who resents his teachers, you take your revenge for being forced to learn about the world through those who first introduce it to you. What surprises me most is that precisely what initially angered you is also what attracts all foreigners—namely, the French people’s hospitality and the general tone of their society, even though you yourself admit that you personally appreciate these qualities. I have not forgotten the distinction between Paris in particular and a great city in general; yet, by failing to recognize what is appropriate for one or the other, you make your judgments without first considering whether they are meant as criticism or observation. In any case, I love the French nation, and speaking ill of it would be nothing but an obligation. It is thanks to the excellent books that come from France that we have gained much of our knowledge together. If our country is no longer barbaric, then who can we thank for that? The two greatest and most virtuous figures of modern times, Catinat and Fénelon, were both French; Henry IV, the king I love and respect as a good monarch, was also French. If France is not the land of free people, it is at least the land of genuine people; and in the eyes of a wise person, this kind of freedom is just as valuable as any other. Hospitable and protective towards foreigners, the French even go so far as to share with them truths that might hurt them; whereas in London, one would be stoned to death for saying half the negative things about the English that the French freely express about themselves in Paris. My father, who spent his life in France, speaks of this kind and lovely people with great enthusiasm. If he shed his blood serving a prince, that prince did not forget him in his retirement but continued to honor him with kindnesses; therefore, I too consider myself connected to the glory of a country where my father found his own. My friend, if every nation has its good and bad qualities, at least respect the truth that praises as well as that that criticizes.

I will tell you more; why waste the time you have left on idle visits in places where you already are? Is Paris any less a stage for talents than London, and do foreigners find it any harder to make their way there? Believe me, not all Englishmen are like Lord Edward, and not all Frenchmen resemble those eloquent speakers who please you so little. Try, experiment, take some steps forward—just to get to know these people better and judge them by their actions, rather than their words. My cousin’s father says you understand the structure of the empire and the interests of the princes; Lord Edward also thinks you have studied the principles of politics and various systems of government quite well. I believe that the countries in the world where merit is most honored are the ones best suited for you, and that all you need is to be known in order to get employed. As for religion, why should yours harm you any more than anyone else’s? Isn’t reason the best defense against intolerance and fanaticism? Are people more bigoted in France than in Germany? And what prevents you from following in Mr. de Saint-Saphorin’s footsteps in Vienna when you are in Paris? If you consider the goal, shouldn’t prompt attempts speed up success? If you compare the means, isn’t it far more honorable to advance through one’s own talents rather than relying on friends? If you think about it. Ah! That sea, such a longer journey. I would prefer England if Paris were located beyond it.

Regarding this great city, might I dare point out an affectation that I notice in your letters? You who spoke so fondly of the women from Valais, why do you say nothing about the Parisian women? Are these charming and famous ladies worth less than some simple, unrefined mountain women? Perhaps you are afraid of causing me concern by describing the most alluring people in the world. Reassure me, my friend; the worst thing you could do to disturb my peace of mind would be to refrain from talking about them. And no matter what you might say about them, your silence regarding them is far more suspicious than any praise you might offer.

I would also be pleased to say a few words about the Paris Opera, of which such wonderful things are said here[87]; after all, the music may be bad, and the performance may lack beauty: but if it truly lacks beauty, at least it won’t offend anyone.

I don’t know if it’s worth telling you that, on the occasion of the wedding, two suitors appeared to me within these past few days, as if by some prearranged agreement: one was from Yverdon, staying at various castles while traveling from one place to another; the other came from Germany, by way of the post carriage from Bern. The first one was a sort of little lord, speaking in a rather assertive manner, so that those who listened only to his tone would think he was full of witty repartees; the other was a foolishly timid man—not that kind of pleasant timidity born out of fear of offending anyone, but rather the embarrassment of a fool who doesn’t know what to say, and the discomfort of a libertine who feels out of place among an honest young woman. Since I am very well aware of my father’s intentions regarding these two gentlemen, I take great pleasure in using the freedom he allows me to treat them as I please—and I don’t think this freedom will last long. I hate them for daring to approach a heart where you reign, without any means to defend it against their advances; if they had such means, I would hate them even more. But where could they get them—these men, or others like them, or even the whole world? No, no, be assured, my dear friend: when I find someone with qualities as good as yours, when another appears besides you, even the first person who comes along would be the only one listened to. So don’t worry about these two individuals—of whom I hardly feel the need to speak. How delightful it would be for me to treat them both with such utter disdain that they would decide to leave together just as they came, and then I could tell you about their simultaneous departure.

Mr. de Crouzas has just provided us with a refutation of Pope’s letters, which I read with great displeasure. I truly do not know which of the two authors is right; but what I am certain of is that Mr. de Crouzas’ book will never inspire anyone to perform any good deed, and that there is nothing in it that would not tempt one to do evil after reading Pope’s letters. For my own part, the only way I judge the value of a book is by observing the influence it has on my soul; and I can hardly imagine that a book which does not lead its readers towards goodness could possess any positive qualities at all[88].

Adieu, my dear friend; I would not wish to end this so soon, but someone is waiting for me, calling me away. I leave you with regret, for I am happy and enjoy sharing my joys with you. What makes them even more delightful is that my mother has been feeling much better these past few days. She felt strong enough to attend the wedding and act as a kind of “second mother” to her niece—or rather, to her second daughter. Poor Claire was overjoyed. Think of me, someone who deserves her so little yet trembles constantly at the thought of losing her. Indeed, she is attending the celebration with all her usual grace, even more so perhaps because a lingering weakness gives her naive courtesy an even more touching charm. No, never before has this incomparable mother been so kind, so charming, so worthy of adoration. Do you know that she has inquired about you several times from Mr. d’Orbe? Although she never mentions you to me, I am well aware that she loves you, and that if her wishes were ever heeded, your happiness—and mine—would be her top priority. Ah! If only your heart could be sensitive enough to recognize how much it owes her.

List of literary works

General list of titles

Letter XX – From Julie to Saint-Preux

My friend, I gave a package to Mr. d’Orbe, who took it upon himself to send it to you at the address of Mr. Silvestre, where you can collect it. However, I advise you to wait until you are alone in your room before opening it. You will find a small piece of furniture inside the package, meant for your use.

Se non conoscessi lo stato del tuo cuore, mi renderei conto, osservando l’umore che prevale nelle tue relazioni, che la vita che conduci non è di tuo gusto. Le lettere di Monsieur de Muralt, di cui si è lamentato in Francia, erano meno severe delle tue; come un bambino che si lamenta dei suoi insegnanti, tu ti vendichi del fatto di essere costretto ad studiare il mondo attraverso coloro che te lo insegnano per primi. Quello che mi sorprende di più è che ciò che all’inizio ti ha indignato sia proprio ciò che colpisce tutti gli stranieri, ovvero l’accoglienza dei francesi e il tono generale della loro società, nonostante tu stesso ammetta di apprezzarla personalmente. Non ho dimenticato la differenza tra Parigi in particolare e una grande città in generale; ma vedo che, ignorando ciò che è adatto a uno o all’altro, fai le tue critiche senza nemmeno sapere se si tratti di maldicenze o osservazioni sincere. Comunque sia, amo la nazione francese, e parlare male di essa non significa affatto doverlo fare. Devo ai buoni libri che provengono da lei gran parte delle conoscenze che abbiamo condiviso insieme. Se il nostro paese non è più barbaro, a chi lo dobbiamo? I due maggiori e più virtuosi personaggi dei tempi moderni, Catinat e Fénelon, erano entrambi francesi; Enrico IV, il re che amo, il buon re, lo era anch’egli. Se la Francia non è il paese degli uomini liberi, allora è certamente il paese degli uomini veri; e questa libertà, agli occhi del saggio, vale molto di più dell’altra. Gli francesi sono ospitalieri e protettori degli stranieri; arrivano persino a nascondere la verità che potrebbe ferirli; mentre a Londra si rischierebbe di essere lapidati se osassimo dire degli inglesi anche solo metà di ciò che gli francesi permettono di dire di loro a Parigi. Mio padre, che ha trascorso tutta la sua vita in Francia, parla sempre con entusiasmo di questo buon e amabile popolo. Se ha versato il suo sangue al servizio del principe, il principe non l’ha dimenticato nella sua ritirata, anzi lo onora ancora con i suoi benefici; quindi mi considero interessata alla gloria di un paese dove mio padre ha trovato la sua. Amico mio, se ogni nazione ha le sue qualità positive e negative, almeno onora la verità che loda, così come quella che la biasima.

Te ne dirò di più: perché perdere il tempo che ti resta visitando luoghi dove non sei necessariamente necessario? Parigi è forse meno di Londra un teatro di talenti, e gli stranieri vi trovano forse meno facilmente la loro strada? Credimi, non tutti gli inglesi sono come Lord Edward, e non tutti i francesi assomigliano a quegli oratori che ti dispiacciono così tanto. Prova, tenta, fai qualche esperienza, anche solo per conoscere meglio le usanze di questa gente e giudicarla in base ai suoi atti, piuttosto che alle sue parole. Il padre di mia cugina dice che conosci bene la costituzione dell’impero e gli interessi dei principi; anche Lord Edward ritiene che tu abbia studiato a fondo i principi della politica e i diversi sistemi di governo. Penso che i paesi del mondo in cui il merito è più apprezzato siano proprio quelli adatti a te, e che tu abbia bisogno soltanto di farti conoscere per essere utilizzato. Per quanto riguarda la religione, perché la tua dovrebbe danneggiarti di più rispetto a quella di un altro? La ragione, non è forse il miglior mezzo per prevenire l’intolleranza e il fanatismo? Siamo forse più bigotti in Francia che in Germania? E cosa ti impedirebbe di seguire a Parigi lo stesso percorso che Monsieur de Saint-Saphorin ha intrapreso a Vienna? Se consideri l’obiettivo finale, non dovrebbero forse i primi tentativi accelerare il raggiungimento del successo? Se confronti i metodi, non è forse ancora più onesto progredire grazie ai propri talenti piuttosto che grazie agli amici? Se pensi. Ah! quel mare, un viaggio così lungo. Preferirei l’Inghilterra, se solo Parigi si trovasse dall’altra parte.

A proposito di questa grande città, oserei segnalare una certa affettazione che noto nelle tue lettere. Tu che mi parlavi delle donne del Vallese con tanto piacere, perché non mi parli delle donne di Parigi? Queste donne galanti e celebri meritano forse meno di essere descritte rispetto a qualche semplice e rozza montanara? Temi forse di causarmi preoccupazioni descrivendomi le persone più affascinanti dell’universo? Sbagli, mio caro: il peggio che tu possa fare per la mia tranquillità è proprio non parlarmene. E, qualunque cosa tu possa dirmi al loro riguardo, il tuo silenzio mi sembra molto più sospetto dei tuoi elogi.

Mi piacerebbe molto anche dire qualcosa sull’Opéra di Parigi, di cui si dicono grandi meraviglie qui[87]; perché dopotutto la musica può essere scadente e lo spettacolo può avere le sue bellezze: se non ne ha, è almeno un argomento per le tue critiche, e in ogni caso, non offenderai nessuno.

Non so se valga la pena dirtelo, ma in occasione del matrimonio, negli ultimi giorni mi sono presentati due pretendenti, come se fossero d’accordo tra loro: uno proveniva da Yverdon, soggiornava in vari castelli; l’altro arrivava dalla Germania con la carrozza di Berna. Il primo era un tipo presuntuoso, che parlava con tale sicurezza da far sembrare che le sue battute fossero spiritose, anche se in realtà nessuno le ascoltava davvero; l’altro invece era un grande sciocco timido, non per la timidezza dovuta alla paura di offendere, ma per l’imbarazzo di uno stupido che non sapeva cosa dire, e per il disagio di un libertino che si sentiva a disagio in compagnia di una ragazza onesta. Sapendo molto bene quali fossero le intenzioni di mio padre riguardo a questi due signori, mi diverto a trattarli secondo i miei capricci. E non credo che questo comportamento possa durare a lungo. Li odio per il fatto che osino attaccare un cuore in cui tu regni, senza alcun mezzo per difenderlo. Se ne avessero uno, li odierrei ancora di più; ma da dove lo prenderebbero loro, o altri, o addirittura l’intero universo? No, no. Sta’ tranquilla, mio caro amico: quando incontrassi qualcuno che possedesse un merito pari al tuo, anche se fosse qualcun altro oltre a te, comunque sarebbe lui l’unico ascoltato. Quindi non preoccuparti di questi due individui di cui a malapena vale la pena parlare. Che piacere avrei nel far loro provare un disgusto così profondo che decidessero di andarsene insieme, proprio come sono arrivati. E potrei così dirti contemporaneamente che se ne sono andati entrambi!

Il signor de Crouzas ci ha appena fornito una confutazione delle epistole di Pope, che ho letto con fastidio. Non so davvero quale dei due autori abbia ragione; ma so certamente che il libro del signor de Crouzas non sarà mai in grado di indurre qualcuno a compiere un’azione buona, e che non esiste nulla di positivo in esso che possa tentare chi lo legge. Per quanto mi riguarda, l’unica maniera per giudicare i libri che leggo è osservare l’influenza che hanno sulle mie idee e sui miei sentimenti; e difficilmente posso immaginare che un libro che non spinga i suoi lettori verso il bene possa essere considerato positivo[88].

Addio, mio carissimo amico. Non vorrei concludere così presto questa nostra conversazione; ma qualcuno mi aspetta, mi chiama. Ti lascio con rammarico, perché sono felice e amo condividere con te le mie gioie. Ciò che rende queste gioie ancora più intense è il fatto che mia madre si senta meglio da alcuni giorni: ha avuto abbastanza forza per partecipare al matrimonio e “fare da madre” a sua nipote, o, piuttosto, alla sua seconda figlia. Povera Claire, ne è stata così felice da piangere di gioia. Immagina come mi sento io, che merito così poco il suo affetto e che tuttavia temo sempre di perderlo. In verità, lei partecipa alle celebrazioni con la stessa grazia di quando era nella sua massima salute; anzi, sembra che una certa debolezza renda la sua gentilezza ancora più commovente. No, mai questa incomparabile madre è stata così buona, così incantevole, così degna di essere amata. Sai che ha chiesto spesso notizie tue a Monsieur d’Orbe? Anche se non ne parla con me, so bene che ti ama. E se mai le venisse ascoltato il desiderio, il tuo e il mio felicità sarebbero la sua più grande realizzazione. Ah! Se solo il tuo cuore sapesse essere sensibile. Ne ha davvero bisogno. E ha molte “debiti” da saldare.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XX – Di Julie a Saint-Preux

Amico mio, ho consegnato a Monsieur d’Orbe un pacco che lui si è incaricato di inviarti all’indirizzo di Monsieur Silvestre, dove potrai ritirarlo; tuttavia ti avverto di aspettare di essere solo nella tua stanza prima di aprirlo. Troverai in quel pacco un piccolo mobile destinato al tuo uso personale.

C’est une espèce d’amulette que les amants portent volontiers. La manière de s’en servir est bizarre ; il faut la contempler tous les matins un quart d’heure jusqu’à ce qu’on se sente pénétré d’un certain attendrissement ; alors on l’applique sur ses yeux, sur sa bouche, et sur son coeur : cela sert, dit-on, de préservatif durant la journée contre le mauvais air du pays galant. On attribue encore à ces sortes de talismans une vertu électrique très singulière, mais qui n’agit qu’entre les amants fidèles ; c’est de communiquer à l’un l’impression des baisers de l’autre à plus de cent lieues de là. Je ne garantis pas le succès de l’expérience ; je sais seulement qu’il ne tient qu’à toi de la faire.

Tranquillise-toi sur les deux galants ou prétendants, ou comme tu voudras les appeler, car désormais le nom ne fait plus rien à la chose. Ils sont partis : qu’ils aillent en paix. Depuis que je ne les vois plus, je ne les hais plus.

Lettre XXI – De Saint-Preux à Julie

Tu l’as voulu, Julie ; il faut donc te les dépeindre, ces aimables Parisiennes. Orgueilleuse ! cet hommage manquait à tes charmes. Avec toute ta feinte jalousie, avec ta modestie et ton amour, je vois plus de vanité que de crainte cachée sous cette curiosité. Quoi qu’il en soit, je serai vrai : je puis l’être ; je le serais de meilleur coeur si j’avais davantage à louer. Que ne sont-elles cent fois plus charmantes ! que n’ont-elles assez d’attraits pour rendre un nouvel honneur aux tiens !

Tu te plaignais de mon silence ! Eh, mon Dieu ! que t’aurais-je dit ? En lisant cette lettre, tu sentiras pourquoi j’aimais à te parler des Valaisanes tes voisines, et pourquoi je ne te parlais point des femmes de ce pays. C’est que les unes me rappelaient à toi sans cesse, et que les autres… Lis, et puis tu me jugeras. Au reste, peu de gens pensent comme moi des dames françaises, si même je ne suis sur leur compte tout à fait seul de mon avis. C’est sur quoi l’équité m’oblige à te prévenir, afin que tu saches que je te les représente, non peut-être comme elles sont, mais comme je les vois. Malgré cela, si je suis injuste envers elles, tu ne manqueras pas de me censurer encore ; et tu seras plus injuste que moi, car tout le tort en est à toi seule.

Commençons par l’extérieur. C’est à quoi s’en tiennent la plupart des observateurs. Si je les imitais en cela, les femmes de ce pays auraient trop à s’en plaindre : elles ont un extérieur de caractère aussi bien que de visage ; et comme l’un ne leur est guère plus favorable que l’autre, on leur fait tort en ne les jugeant que par là. Elles sont tout au plus passables de figure, et généralement plutôt mal que bien : je laisse à part les exceptions. Menues plutôt que bien faites, elles n’ont point la taille fine ; aussi s’attachent-elles volontiers aux modes qui la déguisent : en quoi je trouve assez simples les femmes des autres pays, de vouloir bien imiter des modes faites pour cacher les défauts qu’elles n’ont pas.

Leur démarche est aisée et commune. Leur port n’a rien d’affecté parce qu’elles n’aiment point à se gêner ; mais elles ont naturellement une certaine disinvoltura[89] qui n’est pas dépourvue de grâces, et qu’elles se piquent souvent de pousser jusqu’à l’étourderie. Elles ont le teint médiocrement blanc et sont communément un peu maigres, ce qui ne contribue pas à leur embellir la peau. À l’égard de la gorge, c’est l’autre extrémité des Valaisanes. Avec des corps fortement serrés elles tâchent d’en imposer sur la consistance ; il y a d’autres moyens d’en imposer sur la couleur. Quoique je n’aie aperçu ces objets que de fort loin, l’inspection en est si libre qu’il reste peu de chose à deviner. Ces dames paraissent mal entendre en cela leurs intérêts ; car, pour peu que le visage soit agréable, l’imagination du spectateur les servirait au surplus beaucoup mieux que ses yeux ; et, suivant le philosophe gascon, la faim entière est bien plus âpre que celle qu’on a déjà rassasiée, au moins par un sens[90].

Leurs traits sont peu réguliers ; mais, si elles ne sont pas belles, elles ont de la physionomie, qui supplée à la beauté, et l’éclipse quelquefois. Leurs yeux vifs et brillants ne sont pourtant ni pénétrants ni doux. Quoiqu’elles prétendent les animer à force de rouge, l’expression qu’elles leur donnent par ce moyen tient plus du feu de la colère que de celui de l’amour : naturellement ils n’ont que de la gaieté ; ou s’ils semblent quelquefois demander un sentiment tendre, ils ne le promettent jamais[91].

Elles se mettent si bien, ou du moins elles en ont tellement la réputation, qu’elles servent en cela, comme en tout, de modèle au reste de l’Europe. En effet, on ne peut employer avec plus de goût un habillement plus bizarre. Elles sont de toutes les femmes les moins asservies à leurs propres modes. La mode domine les provinciales ; mais les Parisiennes dominent la mode, et la savent plier chacune à son avantage. Les premières sont comme des copistes ignorants et serviles qui copient jusqu’aux fautes d’orthographe ; les autres sont des auteurs qui copient en maîtres et savent rétablir les mauvaises leçons.

Leur parure est plus recherchée que magnifique ; il y règne plus d’élégance que de richesse. La rapidité des modes, qui vieillit tout d’une année à l’autre, la propreté qui leur fait aimer à changer souvent d’ajustement, les préservent d’une somptuosité ridicule : elles n’en dépensent pas moins, mais leur dépense est mieux entendue ; au lieu d’habits râpés et superbes comme en Italie, on voit ici des habits plus simples et toujours frais. Les deux sexes ont à cet égard la même modération, la même délicatesse et ce goût me fait grand plaisir : j’aime fort à ne voir ni galons ni taches. Il n’y a point de peuple, excepté le nôtre, où les femmes surtout portent moins la dorure. On voit les mêmes étoffes dans tous les états, et l’on aurait peine à distinguer une duchesse d’une bourgeoise, si la première n’avait l’art de trouver des distinctions que l’autre n’oserait imiter. Or ceci semble avoir sa difficulté ; car quelque mode qu’on prenne à la cour, cette mode est suivie à l’instant à la ville ; et il n’en est pas des bourgeoises de Paris comme des provinciales et des étrangères, qui ne sont jamais qu’à la mode qui n’est plus. Il n’en est pas encore comme dans les autres pays, où les plus grands étant aussi les plus riches, leurs femmes se distinguent par un luxe que les autres ne peuvent égaler. Si les femmes de la cour prenaient ici cette voie, elles seraient bientôt effacées par celles des financiers.

Qu’ont-elles donc fait ? Elles ont choisi des moyens plus sûrs, plus adroits, et qui marquent plus de réflexion. Elles savent que des idées de pudeur et de modestie sont profondément gravées dans l’esprit du peuple. C’est là ce qui leur a suggéré des modes inimitables. Elles ont vu que le peuple avait en horreur le rouge, qu’il s’obstine à nommer grossièrement du fard, elles se sont appliqué quatre doigts, non de fard, mais de rouge ; car, le mot changé, la chose n’est plus la même. Elles ont vu qu’une gorge découverte est en scandale au public ; elles ont largement échancré leur corps. Elles ont vu… oh ! bien des choses, que ma Julie, toute demoiselle qu’elle est, ne verra sûrement jamais. Elles ont mis dans leurs manières le même esprit qui dirige leur ajustement. Cette pudeur charmante qui distingue, honore et embellit ton sexe, leur a paru vile et roturière ; elles ont animé leur geste et leur propos d’une noble impudence ; et il n’y a point d’honnête homme à qui leur regard assuré ne fasse baisser les yeux. C’est ainsi que cessant d’être femmes, de peur d’être confondues avec les autres femmes, elles préfèrent leur rang à leur sexe, et imitent les filles de joie, afin de n’être pas imitées.

It is a kind of amulet that lovers are willing to wear. The way to use it is rather peculiar: one must gaze at it every morning for a quarter of an hour until a sense of tenderness fills one; then one applies it to their eyes, their lips, and their heart. It is said to serve as a protective measure throughout the day against the harmful influences of the “land of love.” Such talismans are also believed to possess a very peculiar “electrical” power, but this effect only occurs between faithful lovers; it allows one person to experience the kisses of the other, even when they are separated by hundreds of miles. I cannot guarantee the success of this experiment; I merely know that it depends entirely on you to try it.

Calm down about those two gentlemen or suitors, or whatever you want to call them, because now the name no longer matters at all. They are gone; let them be in peace. Since I can no longer see them, I no longer hate them either.

Letter XXI – From Saint-Preux to Julie

You asked for it, Julie; therefore I must describe to you these lovely Parisian women. How proud you are! Such an acknowledgment was lacking in the praise of your charms. Behind all your pretended jealousy, behind your modesty and your so-called love, I see more vanity than any hidden fear beneath that curiosity. Anyway, I will be honest: I can be; I would be even more so if there were more things to praise about them. How much more charming they could be! How many more attractions they possess to bring new glory to yours!

You were complaining about my silence! Oh, my God—what could I have told you? When you read this letter, you will understand why I liked to talk to you about the Valaisan women who are your neighbors, and why I never mentioned the women of this country. Some of them constantly reminded me of you; as for the others. Read it, and then judge for yourself. After all, few people share my views about French ladies; in fact, I may be completely alone in my opinion on their behalf. It is for this reason that fairness demands I warn you, so that you know I am presenting them not necessarily as they really are, but as I see them. Nevertheless, if I am unfair to them, you will surely criticize me again; and you will be even more unfair than I am, for all the fault lies with you alone.

Let us begin with the exterior. This is what most observers focus on. If I were to follow their example, the women of this country would have plenty to complain about: they possess an external appearance that is just as characteristic of their personality as their facial features; and since neither aspect is particularly favorable to them, it would be unfair to judge them solely on that basis. At best, their figures are merely passable, and generally speaking, rather poor than good—except for the exceptions, of course. Rather petite than well-proportioned, they do not possess a slender figure; therefore, they readily embrace fashions that attempt to conceal these shortcomings. In this regard, I find the women of other countries quite sensible in their willingness to imitate fashions designed precisely to hide the flaws they themselves do not possess.

Their gait is easy and natural. Their posture is free from affectation, for they dislike to constrain themselves; yet they possess an innate grace that is not devoid of charm, and they often go so far as to appear somewhat frivolous in their demeanor. Their skin has a moderately fair complexion and they are generally on the thin side, which does little to enhance the beauty of their skin. As for their necks, well, they represent the very opposite of the women from Valais. With bodies that are quite slender, they strive to emphasize their firmness; there are other ways, too, to highlight their coloration. Although I have only observed these ladies from a distance, my inspection was so thorough that little remains to be guessed. It seems these ladies fail to recognize their own interests in this regard; for as long as the face is pleasing, the imagination of the observer would serve them far better than his eyes alone. And, in the words of the Gascon philosopher, the hunger of those who have yet to eat is surely much more intense than that of those who have already been satisfied—at least in one sense.

Their features are not very regular; but although they may not be beautiful, they possess a certain presence that compensates for their lack of beauty and sometimes even overshadows it. Their lively and bright eyes are neither penetrating nor gentle. Despite the heavy makeup used to enhance them, the expression they convey through this means more closely resembles the fire of anger than that of love. Naturally, their expressions only reveal joy; and although they sometimes seem to evoke tender feelings, they never actually promise them[91].

They fit so well, or at least they have such a reputation for doing so, that in this regard, as in everything else, they serve as a model for the rest of Europe. Indeed, one could not employ more taste or skill in wearing such bizarre attire. Of all women, they are the least enslaved by their own fashions. Fashion dominates the provincials; but the Parisians dominate fashion itself and know how to adapt it to their own advantage. The former are like ignorant, servile copyists who repeat even spelling mistakes; the latter are like masters who know how to correct those errors when copying.

Their attire is more deliberate than truly magnificent; elegance prevails over richness. The rapidity of fashion, which makes everything seem outdated within a year, and the desire for cleanliness that leads them to frequently change their clothing, prevent them from adopting an absurdly extravagant style. They certainly spend money on their attire, but their spending is more judicious. Instead of ragged yet splendid garments like those in Italy, one sees here simpler clothes that are always fresh. Both sexes exhibit the same moderation and delicacy in this regard, and I find this taste greatly pleasing—I particularly dislike seeing any trimmings or stains. Among all peoples, perhaps except our own, women especially wear less gold and embellishments. The same fabrics can be found in all social classes, and it would be hard to distinguish a duchess from a bourgeois woman, were it not for the fact that the former possesses an art of distinction that the latter would never dare to imitate. Yet this seems somewhat difficult; for whatever fashion emerges at court, it is immediately adopted by the townspeople. Unlike in other countries, where the wealthiest people also possess the greatest status and their women can distinguish themselves through luxury that others cannot match, here the women of the court would soon be overshadowed by those of the financiers.

What on earth did they do? They chose safer, more subtle methods that reflected greater thoughtfulness. They knew that notions of modesty and humility were deeply ingrained in the people’s minds; it was this that inspired them to devise unique fashions. They observed that the public detested red, stubbornly referring to it as “cosmetics”; so they applied four fingers—not cosmetics—but rouge to their faces, for when the word changes, the thing itself remains the same. They saw that bare necks were considered scandalous by the public; so they deliberately exposed large areas of their skin. They observed, oh! many things that my dear Julie, despite being a young lady, would surely never understand. They infused their manners with the same spirit that guided their clothing choices. That charming modesty which distinguishes, honors, and beautifies your sex seemed to them vulgar and lowly; they filled their gestures and words with noble audacity. And there isn’t a single honest man whose steady gaze wouldn’t make them lower their eyes. In this way, by ceasing to be women—fearing to be confused with other women—they preferred their social status to their gender itself, and imitated courtesans in order not to be imitated themselves.

È una sorta di amuleto che gli innamorati portano volentieri con sé. Il modo in cui si utilizza è piuttosto bizzarro: bisogna contemplarlo ogni mattina per un quarto d’ora, fino a quando non si prova una certa tenerezza; poi lo si applica sugli occhi, sulla bocca e sul proprio cuore. Si dice che questo serva da “protezione” durante la giornata contro gli effetti negativi dell’ambiente romantico. A questi talismani viene anche attribuita una strana proprietà “elettrica”, ma che agisce soltanto tra innamorati fedeli: permetterebbe a uno di percepire, da centinaia di chilometri di distanza, i baci dell’altro. Non garantisco il successo di questa esperienza. So solo che dipende interamente da te provare a farla.

Rilassati riguardo a quei due gentiluomini o pretendenti, o come vuoi chiamarli, ormai il nome non ha più alcuna importanza. Sono partiti: che vadano in pace. Ora che non li vedo più, non li odio più.

Lettera XXI – Da Saint-Preux a Julie

L’hai voluto tu, Julie; quindi devo descrivertele, queste affabili parigine. Orgogliosa! Quell’omaggio mancava ai tuoi fascini. Con tutta la tua falsa gelosia, con la tua modestia e il tuo amore, vedo più vanità che paura nascosta dietro quella curiosità. Comunque sia, sarò sincero: posso esserlo; lo sarei ancora di più se avessi qualcosa in più da lodare. Che siano cento volte più affabili! Che abbiano abbastanza attrattivi per rendere un nuovo onore ai tuoi.

Ti lamentavi del mio silenzio! Oh, mio Dio, cosa avrei potuto dirti? Leggendo questa lettera, capirai perché mi piaceva parlarti delle Valaisane, tue vicine, e perché non ti parlavo delle donne di questo paese. Le une mi ricordavano costantemente te; le altre, leggi, e poi giudica tu stesso. Del resto, poche persone pensano come me sulle dame francesi; anzi, forse sono l’unico a pensarle in questo modo. È per questo che la giustizia mi obbliga a avvertirti, affinché sappia che te le descrivo, forse non così come sono realmente, ma come le vedo io. Comunque sia, se fossi ingiusto nei loro confronti, non mancheresti di rimproverarmi ancora; e allora saresti tu più ingiusto di me, perché tutta la colpa è soltanto tua.

Iniziamo dall’esterno: è ciò che fanno la maggior parte degli osservatori. Se io facessi lo stesso, le donne di questo paese avrebbero molte ragioni per lamentarsi: hanno un aspetto esteriore sia del viso che della figura; e poiché l’uno non è molto più favorevole dell’altro, si commette un errore a giudicarle soltanto in base a questo. Sono al massimo passabili dal punto di vista dell’aspetto fisico, e generalmente piuttosto scarse che belle. Lascio da parte le eccezioni. Di statura più minuta che snella, non possiedono una figura aggraziata; per questo tendono ad aderire alle mode che cercano di nascondere questi difetti: in questo, trovo abbastanza semplici le donne degli altri paesi, nel voler imitare modelli creati apposta per mascherare ciò che loro non hanno.

Il loro modo di camminare è disinvolto e naturale. Il loro portamento non ha nulla di affettato, perché non amano ostacolarsi; tuttavia possiedono una certa disinvoltura che non manca di grazia, e spesso si sforzano addirittura di esagerarla fino all’eccesso. Hanno la pelle di un bianco mediocre e sono generalmente un po’ magre, il che non contribuisce certo ad abbellire la loro carnagione. Per quanto riguarda il collo, beh, rappresentano l’estremo opposto delle donne del Vallese: con corpi snelli e ben definiti, cercano di far risaltare la loro forma; esistono altri modi per evidenziare anche il colore della pelle. Anche se ho potuto osservarle da una certa distanza, l’esame è stato così dettagliato che non resta quasi nulla da indovinare. Queste signore sembrano ignorare i propri veri interessi in questo campo; infatti, anche se il viso è piacevole, l’immaginazione dello spettatore potrebbe servirle molto meglio degli occhi stessi. E, secondo il filosofo gascigno, la fame totale è senz’altro più intensa di quella che si è già saziata, almeno per un certo aspetto[90].

I loro tratti sono poco regolari; ma, sebbene non siano belle, possiedono una fisionomia che compensa la mancanza di bellezza, e a volte la supera. I loro occhi vivaci e brillanti tuttavia non sono né penetranti né dolci. Per quanto si sforzino di dar loro vita con il rossetto, l’espressione che ne risulta sembra più derivare dalla rabbia che dall’amore: naturalmente, questi volti esprimono soltanto gioia; oppure, se a volte sembrano chiedere un sentimento tenero, in realtà non lo promettono mai[91].

Si adattano così bene, o almeno hanno tale reputazione, da costituire, in questo come in tutto il resto, un modello per il resto d’Europa. Infatti, non si può utilizzare con maggiore gusto un abbigliamento più bizzarro di quello delle parigine. Sono, tra tutte le donne, quelle meno soggette alle proprie mode. La moda domina le donne delle province; ma le parigine dominano la moda stessa e sanno adattarla a proprio vantaggio. Le prime sono come copisti ignoranti e servili che riproducono anche gli errori di ortografia; le altre, invece, sono autrici che agiscono con padronanza, sapendo correggere quelle “cattive lezioni” fornite dalla moda.

La loro vestizione è più raffinata che magnifica; prevale l’eleganza piuttosto che la ricchezza. La rapidità con cui cambiano le mode, che rende tutto obsoleto in un solo anno, e la cura che mettono nel cambiare spesso abiti mantengono loro lontani da una sontuosità ridicola: non spendono meno, ma il loro modo di spendere è più ragionevole. Al posto di abiti logori ma eleganti come in Italia, qui si vedono abiti più semplici e sempre puliti. In questo senso, sia i maschi che le femmine mostrano la stessa moderazione, la stessa raffinatezza; questo gusto mi dà grande piacere: amo molto non vedere né galloni né macchie sugli abiti. Non esiste alcun popolo, tranne il nostro, in cui le donne indossino meno ornamenti dorati. Si vedono le stesse stoffe in tutti gli strati sociali, e sarebbe difficile distinguere una duchessa da una borghese, se la prima non avesse l’arte di trovare differenze che l’altra non oserebbe imitare. Tuttavia, questo sembra davvero difficile: perché qualsiasi moda venga adottata alla corte, viene immediatamente seguita in città; e le borghesi di Parigi non sono come quelle delle province o degli stranieri, che sono sempre indossanti mode ormai obsolete. Non è nemmeno come negli altri paesi, dove le persone più ricche sono anche quelle di alto rango sociale, e le loro donne si distinguono per un lusso che gli altri non possono eguagliare. Se le donne della corte adottassero qui questo stile, verrebbero presto soppiantate da quelle dei banchieri.

Che cosa hanno fatto allora? Hanno scelto metodi più sicuri, più abili, che riflettevano una maggiore riflessione. Sapevano che idee di pudore e modestia erano profondamente radicate nella mente del popolo; è stato questo a suggerire loro modi inimitabili. Hanno notato che al popolo il rosso era odioso, che esso si rifiutava decisamente di chiamarlo “fard”; così hanno usato i propri quattro dita, non per mettersi il fard, ma il rosso, perché cambiando il nome, la cosa stessa cambia. Hanno visto che un collo scoperto suscitava scandalo tra il pubblico; quindi hanno aperto ampiamente i loro abiti. Hanno visto, oh! molte cose, di cui mia Julie, per quanto sia una signorina, probabilmente non saprà mai nulla. Hanno infuso nelle proprie maniere lo stesso spirito che guidava il loro modo di vestirsi. Quella graziosa pudore che distingue, onora e abbellisce il vostro sesso, a loro è sembrato volgare e plebeo; hanno quindi dato ai propri gesti e alle proprie parole un’aria di nobile impudenza. E non c’è uomo onesto al quale il loro sguardo deciso non faccia abbassare gli occhi. È così che, smettendo di essere donne – per paura di essere confuse con le altre donne – hanno preferito il proprio rango al proprio sesso, e hanno imitato le prostitute, affinché nessuno potesse imitarle.

J’ignore jusqu’où va cette imitation de leur part, mais je sais qu’elles n’ont pu tout à fait éviter celle qu’elles voulaient prévenir. Quant au rouge et aux corps échancrés, ils ont fait tout le progrès qu’ils pouvaient faire. Les femmes de la ville ont mieux aimé renoncer à leurs couleurs naturelles et aux charmes que pouvait leur prêter l’amoroso pensier des amants, que de rester mises comme des bourgeoises ; et si cet exemple n’a point gagné les moindres états, c’est qu’une femme à pied dans un pareil équipage n’est pas trop en sûreté contre les insultes de la populace. Ces insultes sont le cri de la pudeur révoltée ; et, dans cette occasion, comme en beaucoup d’autres, la brutalité du peuple, plus honnête que la bienséance des gens polis, retient peut-être ici cent mille femmes dans les bornes de la modestie : c’est précisément ce qu’ont prétendu les adroites inventrices de ces modes.

Quant au maintien soldatesque et au ton grenadier, il frappe moins, attendu qu’il est plus universel, et il n’est guère sensible qu’aux nouveaux débarqués. Depuis le faubourg Saint-Germain jusqu’aux halles, il y a peu de femmes à Paris dont l’abord, le regard, ne soit d’une hardiesse à déconcerter quiconque n’a rien vu de semblable en son pays ; et de la surprise où jettent ces nouvelles manières naît cet air gauche qu’on reproche aux étrangers. C’est encore pis sitôt qu’elles ouvrent la bouche. Ce n’est point la voix douce et mignarde de nos Vaudoises ; c’est un certain accent dur, aigre, interrogatif, impérieux, moqueur, et plus fort que celui d’un homme. S’il reste dans leur ton quelque grâce de leur sexe, leur manière intrépide et curieuse de fixer les gens achève de l’éclipser. Il semble qu’elles se plaisent à jouir de l’embarras qu’elles donnent à ceux qui les voient pour la première fois ; mais il est à croire que cet embarras leur plairait moins si elles en démêlaient mieux la cause.

Cependant, soit prévention de ma part en faveur de la beauté, soit instinct de la sienne à se faire valoir, les belles femmes me paraissent en général un peu plus modestes, et je trouve plus de décence dans leur maintien. Cette réserve ne leur coûte guère ; elles sentent bien leurs avantages, elles savent qu’elles n’ont pas besoin d’agaceries pour nous attirer. Peut-être aussi que l’impudence est plus sensible et choquante, jointe à la laideur ; et il est sûr qu’on couvrirait plutôt de soufflets que de baisers un laid visage effronté, au lieu qu’avec la modestie il peut exciter une tendre compassion qui mène quelquefois à l’amour. Mais quoique en général on remarque ici quelque chose de plus doux dans le maintien des jolies personnes, il y a encore tant de minauderies dans leur manières, et elles sont toujours si visiblement occupées d’elles-mêmes, qu’on n’est jamais exposé dans ce pays à la tentation qu’avait quelquefois M. de Muralt auprès des Anglaises, de dire à une femme qu’elle est belle pour avoir le plaisir de le lui apprendre.

La gaieté naturelle à la nation, ni le désir d’imiter les grands airs, ne sont pas les seules causes de cette liberté de propos et de maintien qu’on remarque ici dans les femmes. Elle paraît avoir une racine plus profonde dans les moeurs, par le mélange indiscret et continuel des deux sexes, qui fait contracter à chacun d’eux l’air, le langage et les manières de l’autre. Nos Suissesses aiment assez à rassembler entre elles[92], elles y vivent dans une douce familiarité, et quoique apparemment elles ne haïssent pas le commerce des hommes, il est certain que la présence de ceux-ci jette une espèce de contrainte dans cette petite gynécocratie. À Paris, c’est tout le contraire ; les femmes n’aiment à vivre qu’avec les hommes, elles ne sont à leur aise qu’avec eux. Dans chaque société la maîtresse de la maison est presque toujours seule au milieu d’un cercle d’hommes. On a peine à concevoir d’où tant d’hommes peuvent se répandre partout ; mais Paris est plein d’aventuriers et de célibataires qui passent leur vie à courir de maison en maison ; et les hommes semblent, comme les espèces, se multiplier par la circulation. C’est donc là qu’une femme apprend à parler, agir et penser comme eux, et eux comme elle. C’est là qu’unique objet de leurs petites galanteries, elle jouit paisiblement de ces insultants hommages auxquels on ne daigne pas même donner un air de bonne foi. Qu’importe ? sérieusement ou par plaisanterie, on s’occupe d’elle, et c’est tout ce qu’elle veut. Qu’une autre femme survienne, à l’instant le ton de cérémonie succède à la familiarité, les grands airs commencent, l’attention des hommes se partage, et l’on se tient mutuellement dans une secrète gêne dont on ne sort plus qu’en se séparant.

Les femmes de Paris aiment à voir les spectacles, c’est-à-dire à y être vues ; mais leur embarras, chaque fois qu’elles y veulent aller, est de trouver une compagne ; car l’usage ne permet à aucune femme d’y aller seule en grande loge, pas même avec son mari, pas même avec un autre homme. On ne saurait dire combien, dans ce pays si sociable, ces parties sont difficiles à former ; de dix qu’on en projette, il en manque neuf : le désir d’aller au spectacle les fait lier ; l’ennui d’y aller ensemble les fait rompre. Je crois que les femmes pourraient abroger aisément cet usage inepte ; car où est la raison de ne pouvoir se montrer seule en public ? Mais c’est peut-être ce défaut de raison qui le conserve. Il est bon de tourner autant qu’on peut les bienséances sur des choses où il serait inutile d’en manquer. Que gagnerait une femme au droit d’aller sans compagne à l’Opéra ? Ne vaut-il pas mieux réserver ce droit pour recevoir en particulier ses amis ?

Il est sûr que mille liaisons secrètes doivent être le fruit de leur manière de vivre éparses et isolées parmi tant d’hommes. Tout le monde en convient aujourd’hui, et l’expérience a détruit l’absurde maxime de vaincre les tentations en les multipliant. On ne dit donc plus que cet usage est plus honnête, mais qu’il est plus agréable, et c’est ce que je ne crois pas plus vrai ; car quel amour peut régner où la pudeur est en dérision, et quel charme peut avoir une vie privée à la fois d’amour et d’honnêteté ? Aussi, comme le grand fléau de tous ces gens si dissipés est l’ennui, les femmes se soucient-elles moins d’être aimées qu’amusées : la galanterie et les soins valent mieux que l’amour auprès d’elles, et, pourvu qu’on soit assidu, peu leur importe qu’on soit passionné. Les mots même d’amour et d’amant sont bannis de l’intime société des deux sexes, et relégués avec ceux de chaîne et de flamme dans les romans qu’on ne lit plus.

Il semble que tout l’ordre des sentiments naturels soit ici renversé. Le coeur n’y forme aucune chaîne ; il n’est point permis aux filles d’en avoir un ; ce droit est réservé aux seules femmes mariées, et n’exclut du choix personne que leurs maris. Il vaudrait mieux qu’une mère eût vingt amants que sa fille un seul. L’adultère n’y révolte point, on n’y trouve rien de contraire à la bienséance : les romans les plus décents, ceux que tout le monde lit pour s’instruire, en sont pleins ; et le désordre n’est plus blâmable sitôt qu’il est joint à l’infidélité. O Julie ! telle femme qui n’a pas craint de souiller cent fois le lit conjugal oserait d’une bouche impure accuser nos chastes amours, et condamner l’union de deux coeurs sincères qui ne surent jamais manquer de foi ! On dirait que le mariage n’est pas à Paris de la même nature que partout ailleurs. C’est un sacrement, à ce qu’ils prétendent, et ce sacrement n’a pas la force des moindres contrats civils ; il semble n’être que l’accord de deux personnes libres qui conviennent de demeurer ensemble, de porter le même nom, de reconnaître les mêmes enfants, mais qui n’ont, au surplus, aucune sorte de droit l’une sur l’autre ; et un mari qui s’aviserait de contrôler ici la mauvaise conduite de sa femme n’exciterait pas moins de murmures que celui qui souffrirait chez nous le désordre public de la sienne. Les femmes, de leur côté, n’usent pas de rigueur envers leurs maris et l’on ne voit pas encore qu’elles les fassent punir d’imiter leurs infidélités. Au reste, comment attendre de part ou d’autre un effet plus honnête d’un lien où le coeur n’a point été consulté ? Qui n’épouse que la fortune ou l’état ne doit rien à la personne.

I do not know how far this imitation on their part will go, but I know that they were unable to completely avoid what they had tried to prevent. As for red clothing and cut-out designs, they made as much progress as was possible. The women of the city preferred to abandon their natural colors and the allure that lovers’ affectionate thoughts could bestow upon them, rather than remain dressed like bourgeoises; and if this fashion has not gained popularity in the lower classes, it is because a woman walking in such attire is not entirely safe from the insults of the common people. These insults are the cry of outraged modesty; and in this case, as in many others, the brutality of the populace—more honest than the propriety of the so-called polite people—may perhaps be what keeps a hundred thousand women within the bounds of modesty: precisely what those clever inventors of such fashions claimed to be their goal.

As for that military bearing and that tone so characteristic of soldiers, it strikes less strongly nowadays, for it has become more universal; it is hardly noticeable except among those who have recently arrived in the city. From the Saint-Germain district to the marketplaces, there are few women in Paris whose manner or gaze are not bold enough to confuse anyone who has never seen anything similar in their own country; and it is precisely this surprise caused by these new ways of behaving that gives rise to that awkwardness often attributed to foreigners. Things get even worse when they open their mouths. It is not the soft, delicate voice of our Swiss women; rather, it is a certain harsh, sharp, questioning, imperious, mocking tone—even louder than that of a man. If there is any trace of femininity in their speech, their bold and curious way of looking people straight in the eyes completely overshadows it. It seems they take pleasure in causing the embarrassment they inflict on those who see them for the first time; but one might well suppose that such embarrassment would be less pleasing to them if they were better aware of its cause.

However, whether it is my own preference for beauty or an instinct inherent in beautiful women to highlight their own advantages, they generally seem more modest, and I find greater decency in their behavior. This restraint does not cost them much; they are well aware of their own merits and know that they do not need to use any flattery to attract us. Perhaps also, audacity is more noticeable and offensive when combined with ugliness; certainly, one would rather scold than kiss an ugly and brazen face, whereas modesty can sometimes arouse a tender compassion that may lead to love. Nevertheless, although there is generally something more gentle in the demeanor of beautiful people, their manners are still full of coquetry, and they are always so obviously preoccupied with themselves that one is never subjected in this country to the temptation that Mr. de Muralt sometimes felt when dealing with English women—namely, the temptation to tell a woman that she is beautiful just for the pleasure of telling her so.

The natural cheerfulness of the nation, nor the desire to imitate the airs of nobility, are the sole reasons for this freedom of speech and behavior that is observed among women here. It seems to have a deeper root in the customs, stemming from the indiscriminate and constant mixing of the two sexes, which causes each to adopt the mannerisms, language, and habits of the other. Our Swiss women enjoy gathering together; they live in a gentle familiarity, and although they do not seem to dislike the company of men, it is certain that their presence imposes a sort of restraint upon this small community of women alone. In Paris, however, the situation is quite the opposite; women prefer to live only with men and feel most at ease among them. In every society, the mistress of the house is almost always surrounded by men. It is hard to understand how so many men can be present everywhere in Paris; but the city is full of adventurers and bachelors who spend their lives moving from one household to another. Men seem to multiply, just like species, through such circulation. It is here that a woman learns to speak, act, and think like them, and they learn to do the same in return. Here, as the sole object of their slight flirtatious attention, she enjoys these seemingly insulting courtesies without even needing to pretend to take them seriously. But what does it matter? Whether seriously or playfully, people pay attention to her, and that is all she wants. Once another woman arrives, the familiar tone gives way to formality; noble airs are assumed, men’s attention is divided, and they begin to feel a mutual awkwardness from which they can only escape by parting ways.

Women in Paris enjoy attending performances; in other words, they enjoy being seen there. However, every time they want to go, their difficulty lies in finding a companion, because custom does not allow a woman to attend alone in the grand loge—not even with her husband or another man. One could hardly imagine how difficult it is in this highly sociable country to arrange such outings; out of ten plans made, nine fail. The desire to go to the theater brings women together; yet the boredom of attending together leads them to part ways. I believe women could easily abolish this unreasonable custom—for what reason should one not be allowed to appear alone in public? But perhaps it is precisely this lack of reason that keeps it in place. It is always good to direct social conventions towards things where it would be pointless to fail to comply with them. What advantage would a woman gain from having the right to go to the Opera without a companion? Wouldn’t it be better to reserve that right for receiving friends in private?

It is certain that a thousand secret relationships must be the result of their scattered and isolated way of living amidst so many people. Everyone agrees on this today, and experience has dispelled the absurd notion that temptation can be overcome by multiplying it. People no longer claim that such behavior is more honest, but rather that it is more pleasant—yet I do not believe this to be true either. For what kind of love can prevail where modesty is mocked, and what charm can a private life that combines love and honesty possess? Moreover, since boredom is the greatest scourge for these carefree people, women care less about being loved than about being entertained. For them, gallantry and attention are more valuable than true love; as long as one is persistent, they hardly care whether one is passionate or not. Indeed, the very words “love” and “lover” have been banished from the intimate interactions between men and women, and relegated along with terms like “chain” and “flame” to those novels that are no longer read today.

It seems that the entire order of natural sentiments is reversed here. The heart does not form any “chain” of emotions in this context; it is not even permitted for girls to have one such chain—this right is reserved solely for married women, and it does not exclude anyone but their husbands from making choices within it. It would be better for a mother to have twenty lovers than for her daughter to have just one. Adultery is not considered shameful here; in fact, nothing contrary to decency can be found in it—even the most decent novels, those that everyone reads for enlightenment, are full of such content. And this disorder is no longer condemnable once it is associated with infidelity. Oh Julie! Such a woman, who would not hesitate to defile the marital bed a hundred times, would dare to slander our chaste loves with her impure lips and condemn the union of two sincere hearts that have never known lack of faith! It seems that marriage in Paris is not of the same nature as elsewhere. They claim it to be a sacrament, but this sacrament does not possess even the force of the most minor civil contracts; it seems merely to be an agreement between two free individuals who decide to live together, share the same name, and acknowledge the same children—but otherwise, they have no rights over each other at all. And if a husband were to attempt to control his wife’s improper behavior here, he would arouse just as much criticism as someone who allowed such public disorder in their own household would do in our country. On the women’s part, there is no severity towards their husbands, and we have not yet seen them punish them for imitating their own infidelities. After all, how can one expect anything more honorable from a relationship where the heart has not been consulted at all? Those who marry only for wealth or status owe nothing to the person themselves.

Non so fino a che punto possa arrivare questa loro imitazione, ma so che non sono riuscite del tutto a evitare ciò che volevano prevenire. Per quanto riguarda il rosso e i vestiti con scollature profonde, hanno fatto tutto il progresso possibile. Le donne della città hanno preferito rinunciare alle loro colorazioni naturali e ai fascini che l’immaginazione amorosa dei loro amanti avrebbe potuto donare loro, piuttosto che continuare a vestirsi come borghesi; e se questo esempio non ha conquistato nemmeno le classi socialmente inferiori, è perché una donna che si veste in questo modo non è del tutto al sicuro dalle insulti della plebe. Questi insulti rappresentano il grido della pudicizia offesa; e, in questa occasione come in molte altre, la brutalità del popolo, più onesta della raffinatezza delle persone “polite”, forse mantiene centomila donne entro i limiti della modestia. Ed è proprio ciò che hanno sostenuto le abili inventrici di queste mode.

Per quanto riguarda quell’aspetto marziale e quel tono deciso tipici dei soldati, essi colpiscono meno, poiché sono più diffusi in tutta la città; sono percepibili soprattutto dai nuovi arrivati. Dal quartiere di Saint-Germain fino alle piazze mercantili, a Parigi ci sono poche donne il cui modo di comportarsi e il loro sguardo non siano così audaci da disorientare chiunque non abbia mai visto nulla del genere nel proprio paese; ed è proprio dalla sorpresa che queste nuove maniere suscitano che deriva quell’imbarazzo che si attribuisce agli stranieri. La situazione peggiora quando aprono bocca: non è la voce dolce e melodiosa delle nostre donne valdesi, ma un certo accento duro, acuto, interrogativo, imperioso, sarcastico, e più forte di quello di un uomo. Se nel loro tono c’è ancora qualche traccia della grazia tipica del loro sesso, il loro modo audace e curioso di fissare le persone finisce per oscurarla completamente. Sembra che si divertano a provocare l’imbarazzo di coloro che le vedono per la prima volta; ma è probabile che quest’imbarazzo non gli piacerebbe altrettanto se comprendessero meglio la ragione della sua esistenza.

Tuttavia, sia per una mia predisposizione a valorizzare la bellezza, sia per un istinto naturale delle donne belle di farsi notare, queste ultime mi sembrano generalmente più modeste e rispettabili nel loro comportamento. Questa riservatezza non le costa nulla: sono ben consapevoli dei propri pregi e sanno di non aver bisogno di comportamenti provocatori per attirarci. Forse anche perché l’impudenza, unita alla bruttezza, appare più evidente e offensiva; è certo che si preferirebbe schiaffeggiare piuttosto che baciare un viso brutto e sfacciato, mentre la modestia può suscitare una tenerezza che a volte conduce all’amore. Tuttavia, sebbene nel comportamento delle donne belle si noti generalmente una maggiore dolcezza, ci sono ancora molte civetterie nelle loro maniere, e sono sempre così palesemente preoccupate di sé stesse, che in questo paese non si corre mai il rischio di trovarsi nella situazione in cui il signor de Muralt ebbe un tempo con le donne inglesi: quella di dover dire a una donna che è bella soltanto per il piacere di comunicarglielo.

La naturale allegria della nazione, né il desiderio di imitare i modi affettati dei nobili, non sono le uniche cause di questa libertà di parole e di comportamento che si osserva nelle donne qui. Sembra che tale libertà abbia radici più profonde nei costumi locali, dovute al continuo e disinvolto contatto tra i due sessi, il quale fa sì che ciascuno assorba l’aspetto, il linguaggio e i modi di comportamento dell’altro. Le nostre svizzere amano molto riunirsi tra loro; vivono in un ambiente di dolce familiarità, e sebbene apparentemente non disdegnino la compagnia degli uomini, è certo che la loro presenza introduce una sorta di imbarazzo in questa piccola comunità femminile. A Parigi, invece, è tutto il contrario: le donne amano vivere soltanto con gli uomini e si sentono a loro agio solo in loro compagnia. In ogni società, la padrona di casa è quasi sempre l’unica donna presente in mezzo a un gruppo di uomini. È difficile capire da dove possano provenire così tanti uomini; ma Parigi è piena di avventurieri e celibi che trascorrono la loro vita spostandosi da una casa all’altra. Gli uomini, come le specie animali, sembrano moltiplicarsi attraverso questa continua circolazione. È proprio a Parigi che una donna impara a parlare, agire e pensare come gli uomini, e loro a fare lo stesso con lei. È lì che, essendo l’unico oggetto delle loro piccole galanterie, lei può godere tranquillamente di questi omaggi apparentemente insulenti. Ma che importa? Che siano fatti seriamente o per scherzo, le persone si occupano di lei. E questo è tutto ciò che desidera. Se arriva un’altra donna, immediatamente il tono formale sostituisce la familiarità; i modi affettati prendono il sopravvento, l’attenzione degli uomini si divide. E tutti si trovano in una sorta di imbarazzo che può essere superato soltanto separandosi.

Le donne di Parigi amano andare a teatro, cioè essere viste mentre vi sono; tuttavia, ogni volta che vogliono andarci, si trovano di fronte al problema di trovare una compagna; infatti, le usanze locali non permettono a nessuna donna di andarvi da sola in loggia VIP, né tantomeno con il marito o con un altro uomo. Non si può nemmeno immaginare quanto sia difficile organizzare queste uscite in questo paese così socievole: su dieci incontri pianificati, ne mancano nove. Il desiderio di andare a teatro le fa incontrarsi; l’imbarazzo di doverlo fare insieme, invece, le fa allontanare. Credo che le donne potrebbero facilmente abrogare queste usanze inutili; dopotutto, qual è il motivo per cui non si possa apparire in pubblico da sole? Ma forse proprio questa mancanza di logica è ciò che le mantiene. È sempre positivo indirizzare le convenzioni verso cose in cui non sarebbe affatto necessario trasgredirle. A cosa servirebbe a una donna il diritto di andare all’Opera senza compagnia? Non è forse meglio riservare questo diritto per ricevere i propri amici in privato?

È certo che migliaia di rapporti segreti siano il risultato del loro modo di vivere, disperso e isolato tra tante persone. Oggi tutti sono d’accordo su questo, e l’esperienza ha confutato l’assurda massima secondo cui si possano vincere le tentazioni aumentandone il numero. Non si dice più che tale comportamento sia più onesto, ma piuttosto più gradevole. E io non credo affatto che ciò sia vero: infatti, quale amore può regnare in un ambiente dove la pudicizia viene presa in giro? E quale fascino può avere una vita privata al tempo stesso piena di amore e onestà? Poiché il grande flagello di queste persone dissipate è la noia, le donne si preoccupano meno di essere amate che di essere divertite: per loro, le galanterie e le attenzioni sono più preziose dell’amore stesso. E, purché ci si dimostri assidui, a loro non importa affatto se si è appassionati. Anzi, persino i termini “amore” e “amante” sono banditi dalle conversazioni intime tra i due sessi, e relegati insieme a parole come “catena” e “fiamma” nei romanzi che ormai nessuno legge più.

Sembra che qui tutto l’ordine dei sentimenti naturali sia stato rovesciato. Il cuore non vi forma alcuna “catena” di legami affettivi; alle ragazze non è nemmeno permesso averne uno; questo diritto è riservato esclusivamente alle donne sposate, e nessuno, se non i loro mariti, può partecipare a tale scelta. Sarebbe meglio che una madre avesse venti amanti piuttosto che sua figlia ne avesse uno solo. L’adulterio qui non suscita indignazione, né si trova nulla di contrario alla decenza: i romanzi più rispettabili, quelli che tutti leggono per istruirsi, ne sono pieni; e il disordine diventa persino giustificabile quando è accompagnato dall’infedeltà. Oh Julie! Una donna che non ha esitato a contaminare cento volte il letto coniugale oserebbe, con una bocca impura, denunciare i nostri amori casti e condannare l’unione di due cuori sinceri che non hanno mai mancato di fedeltà. Si direbbe che il matrimonio a Parigi non abbia lo stesso significato che altrove. È un sacramento, dicono, ma questo sacramento non ha la forza dei più semplici contratti civili; sembra essere soltanto l’accordo tra due persone libere che decidono di vivere insieme, di portare lo stesso nome, di riconoscere gli stessi figli, ma che in realtà non hanno alcun diritto reciproco. E un marito che cercasse di controllare il cattivo comportamento di sua moglie susciterebbe altrettanti mormori quanto colui che permettesse disordini pubblici nella propria famiglia. Le donne, dal loro canto, non sono rigorose con i loro mariti, e non si vede ancora che li facciano punire per imitare le loro infedeltà. Del resto, come si può aspettarsi da entrambe le parti un comportamento più onesto da un legame in cui il cuore non è stato affatto preso in considerazione? Chi sposa soltanto la fortuna o lo status sociale non deve nulla alla persona stessa.

L’amour même, l’amour a perdu ses droits, et n’est pas moins dénaturé que le mariage. Si les époux sont ici des garçons et des filles qui demeurent ensemble pour vivre avec plus de liberté, les amants sont des gens indifférents qui se voient par amusement, par air, par habitude, ou pour le besoin du moment : le coeur n’a que faire à ces liaisons ; on n’y consulte que la commodité et certaines convenances extérieures. C’est, si l’on veut, se connaître, vivre ensemble, s’arranger, se voir, moins encore s’il est possible. Une liaison de galanterie dure un peu plus qu’une visite ; c’est un recueil de jolis entretiens et de jolies lettres pleines de portraits, de maximes, de philosophie, et de bel esprit. À l’égard du physique, il n’exige pas tant de mystère ; on a très sensément trouvé qu’il fallait régler sur l’instant des désirs la facilité de les satisfaire : la première venue, le premier venu, l’amant ou un autre, un homme est toujours un homme, tous sont presque également bons ; et il y a du moins à cela de la conséquence, car pourquoi serait-on plus fidèle à l’amant qu’au mari ? Et puis à certain âge tous les hommes sont à peu près le même homme, toutes les femmes la même femme ; toutes ces poupées sortent de chez la même marchande de modes, et il n’y a guère d’autre choix à faire que ce qui tombe le plus commodément sous la main.

Comme je ne sais rien de ceci par moi-même, on m’en a parlé sur un ton si extraordinaire qu’il ne m’a pas été possible de bien entendre ce qu’on m’en a dit. Tout ce que j’en ai conçu, c’est que, chez la plupart des femmes, l’amant est comme un des gens de la maison : s’il ne fait pas son devoir, on le congédie et l’on en prend un autre ; s’il trouve mieux ailleurs, ou s’ennuie du métier, il quitte, et l’on en prend un autre. Il y a, dit-on, des femmes assez capricieuses pour essayer même du maître de la maison ; car enfin c’est encore une espèce d’homme. Cette fantaisie ne dure pas ; quand elle est passée, on le chasse et l’on en prend un autre, ou s’il s’obstine, on le garde, et l’on en prend un autre.

« Mais, disais-je à celui qui m’expliquait ces étranges usages, comment une femme vit-elle ensuite avec tous ces autres-là qui ont ainsi pris ou reçu leur congé ? — Bon ! reprit-il, elle n’y vit point. On ne se voit plus, on ne se connaît plus. Si jamais la fantaisie prenait de renouer, on aurait une nouvelle connaissance à faire, et ce serait beaucoup qu’on se souvînt de s’être vus. — Je vous entends, lui dis-je ; mais j’ai beau réduire ces exagérations, je ne conçois pas comment, après une union si tendre, on peut se voir de sang-froid, comment le coeur ne palpite pas au nom de ce qu’on a une fois aimé, comment on ne tressaillit pas à sa rencontre. — Vous me faites rire, interrompit-il, avec vos tressaillements ; vous voudriez donc que nos femmes ne fissent autre chose que tomber en syncope ? »

Supprime une partie de ce tableau trop chargé sans doute, place Julie à côté du reste, et souviens-toi de mon coeur ; je n’ai rien de plus à te dire.

Il faut cependant l’avouer, plusieurs de ces impressions désagréables s’effacent par l’habitude. Si le mal se présente avant le bien, il ne l’empêche pas de se montrer à son tour ; les charmes de l’esprit et du naturel font valoir ceux de la personne. La première répugnance vaincue devient bientôt un sentiment contraire. C’est l’autre point de vue du tableau, et la justice ne permet pas de ne l’exposer que par le côté désavantageux.

C’est le premier inconvénient des grandes villes que les hommes y deviennent autres que ce qu’ils sont, et que la société leur donne pour ainsi dire un être différent du leur. Cela est vrai, surtout à Paris, et surtout à l’égard des femmes, qui tirent des regards d’autrui la seule existence dont elles se soucient. En abordant une dame dans une assemblée, au lieu d’une Parisienne que vous croyez voir, vous ne voyez qu’un simulacre de la mode. Sa hauteur, son ampleur, sa démarche, sa taille, sa gorge, ses couleurs, son air, son regard, ses propos, ses manières, rien de tout cela n’est à elle ; et si vous la voyiez dans son état naturel, vous ne pourriez la reconnaître. Or cet échange est rarement favorable à celles qui le font, et en général il n’y a guère à gagner à tout ce qu’on substitue à la nature. Mais on ne l’efface jamais entièrement ; elle s’échappe toujours par quelque endroit, et c’est dans une certaine adresse à la saisir que consiste l’art d’observer. Cet art n’est pas difficile vis-à-vis des femmes de ce pays ; car, comme elles ont plus de naturel qu’elles ne croient en avoir, pour peu qu’on les fréquente assidûment, pour peu qu’on les détache de cette éternelle représentation qui leur plaît si fort, on les voit bientôt comme elles sont ; et c’est alors que toute l’aversion qu’elles ont d’abord inspirée se change en estime et en amitié.

Voilà ce que j’eus occasion d’observer la semaine dernière dans une partie de campagne où quelques femmes nous avaient assez étourdiment invités, moi et quelques autres nouveaux débarqués, sans trop s’assurer que nous leur convenions, ou peut-être pour avoir le plaisir d’y rire de nous à leur aise. Cela ne manqua pas d’arriver le premier jour. Elles nous accablèrent d’abord de traits plaisants et fins, qui tombant toujours sans rejaillir, épuisèrent bientôt leur carquois. Alors elles s’exécutèrent de bonne grâce, et ne pouvant nous amener à leur ton, elles furent réduites à prendre le nôtre. Je ne sais si elles se trouvèrent bien de cet échange ; pour moi, je m’en trouvai à merveille ; je vis avec surprise que je m’éclairais plus avec elles que je n’aurais fait avec beaucoup d’hommes. Leur esprit ornait si bien le bon sens, que je regrettais ce qu’elles en avaient mis à le défigurer ; et je déplorais, en jugeant mieux des femmes de ce pays, que tant d’aimables personnes ne manquassent de raison que parce qu’elles ne voulaient pas en avoir. Je vis aussi que les grâces familières et naturelles effaçaient insensiblement les airs apprêtés de la ville ; car, sans y songer, on prend des manières assortissantes aux choses qu’on dit, et il n’y a pas moyen de mettre à des discours sensés les grimaces de la coquetterie. Je les trouvai plus jolies depuis qu’elles ne cherchaient plus tant à l’être, et je sentis qu’elles n’avaient besoin pour plaire que de ne se pas déguiser. J’osai soupçonner sur ce fondement que Paris, ce prétendu siège du goût, est peut-être le lieu du monde où il y en a le moins, puisque tous les soins qu’on y prend pour plaire défigurent la véritable beauté.

Nous restâmes ainsi quatre ou cinq jours ensemble, contents les uns des autres et de nous-mêmes. Au lieu de passer en revue Paris et ses folies, nous l’oubliâmes. Tout notre soin se bornait à jouir entre nous d’une société agréable et douce. Nous n’eûmes besoin ni de satires ni de plaisanteries pour nous mettre de bonne humeur ; et nos ris n’étaient pas de raillerie, mais de gaieté, comme ceux de ta cousine.

Even love itself has lost its inherent rights and is no less distorted than marriage. If spouses here are merely boys and girls who live together for greater freedom, then lovers are people who meet out of amusement, fashion, habit, or momentary need—such relationships have nothing to do with the heart; convenience and superficial conveniences are all that matter. In a way, it’s about getting to know each other, living together, making arrangements, seeing one another—but hardly anything more than that. A casual flirtation lasts a bit longer than a fleeting encounter; it’s a series of pleasant conversations and letters filled with descriptions of oneself, maxims, philosophical musings, and witty remarks. As for physical attraction, it demands far less mystery; it has been sensibly concluded that one should simply satisfy desires whenever the opportunity arises—whomever comes along first, whether it’s the lover or someone else, a man is still a man, and they are all more or less equal in that regard. And at least there’s consistency in this: why would one be more faithful to a lover than to a husband? Moreover, at a certain age, all men are more or less the same man, and all women are more or less the same woman; these “puppets” all come from the same fashion store, and there’s little choice but to take whatever comes most conveniently into hand.

Since I know nothing about this myself, someone told me about it in such an extraordinary manner that I was unable to understand what was being said clearly. All I managed to grasp from it is that, for most women, a lover is like one of the other members of the household: if he fails to fulfill his duties, he is dismissed and another is taken in place; if he finds something better elsewhere or grows tired of this role, he leaves, and another is chosen. There are, it is said, some women who are even capricious enough to try taking on the role of the head of the household itself—after all, he is still a kind of man. But such whims do not last long; once they pass, the “lover” is dismissed and another is sought after, or—if he persists—he is kept around, only to be replaced eventually.

“But,” I said to the person who was explaining these strange customs to me, “how does a woman manage to live with all those other people who have taken or received such ‘leave’?” “Well,” he replied, “she doesn’t actually live with them. People don’t see each other anymore; they don’t even recognize one another. If by some chance the desire to reconnect arises, one would have to start getting to know someone new again—and it would be quite remarkable if either party remembered having met before.” “I understand what you mean,” I said, “but even if I try to downplay these exaggerations, I still can’t understand how, after such a tender union, people could meet each other so calmly. How is it possible that the heart doesn’t race at the sight of someone one once loved? How can one not feel a shudder when they encounter them?” “You’re making me laugh,” he interrupted, “with your notions of ‘shudders.’ Are you suggesting that our women should do nothing but faint whenever they see someone?”

Remove some of the elements from this overly cluttered table; place Julie next to the rest, and remember my heart; I have nothing else to say to you.

It must be admitted, however, that several of these unpleasant impressions fade away with habit. If evil appears before good, it does not prevent good from manifesting itself in turn; the charms of the mind and nature compensate for those of a person’s character. The initial repulsion that is overcome soon turns into the opposite feeling. This represents another aspect of the situation, and justice does not allow us to present it only from its unfavorable side.

This is the first drawback of large cities: people there become something other than what they truly are, and society seemingly gives them a persona different from their true selves. This is especially true in Paris, especially with regard to women, for whom the attention of others constitutes the only existence they care about. When you approach a lady at a gathering, instead of seeing a genuine Parisian woman, you see merely a simulacrum of fashion—her height, posture, gait, dress, complexion, demeanor, speech, manners, none of it is truly her own. And if you were to see her in her natural state, you might not even recognize her. Yet this artificiality rarely benefits those who embrace it; generally speaking, there is little gain in replacing one’s true nature with something else. But it can never be completely erased; it always finds a way to emerge. And it is in the skillful observation of these subtle aspects that lies the art of discernment. This art is not difficult when it comes to women of this country, for they possess more naturalness than they often realize. If one spends time with them regularly, if one helps them break free from that constant artificiality they so crave, one will soon see them as they truly are. And then, all the initial dislike they may have inspired will turn into respect and friendship.

Here is what I had the opportunity to observe last week in a country house where some women rather foolishly invited me and several other newcomers, without really ensuring that we would be suitable for them—or perhaps simply because they wanted to have the pleasure of laughing at us at their ease. This did not fail to happen on the first day. At first, they overwhelmed us with pleasant and delicate remarks, but since these always fell short of producing any effect, their “quivers” were soon empty. Then, they willingly resorted to other means; and since they could not make us adopt their tone, they were forced to adapt to ours. I don’t know whether they found this exchange satisfactory; for my part, I found it delightful. To my surprise, I discovered that I learned more from them than I would have from many men. Their wit embellished common sense so beautifully that I regretted the way in which they sometimes distorted it; and, as I came to understand women better in this country, I lamented that so many charming people lacked reason simply because they refused to possess any. I also noticed that natural and graceful manners gradually eliminated the affected airs of city life—for, without realizing it, one adopts behaviors that suit what one says, and it is impossible to inject the graces of coquetry into sensible conversations. I found them more beautiful now that they no longer tried so hard to be attractive, and I realized that all they needed to please others was to be themselves. On this basis, I even began to suspect that Paris, this so-called center of taste, might actually be the place in the world where there is the least amount of true taste at all, since all the efforts made there to please others only distort genuine beauty.

We stayed together for four or five days, content with each other and with ourselves. Instead of exploring Paris and its follies, we simply forgot about them. All our attention was devoted to enjoying each other’s company in a pleasant and gentle manner. We didn’t need satires or jokes to put us in a good mood; our laughter stemmed from genuine joy, just like your cousin’s.

Anche l’amore stesso ha perso i suoi diritti e non è meno distorto dal matrimonio. Se i coniugi sono ragazzi e ragazze che vivono insieme per godere di maggiore libertà, gli amanti sono persone indifferenti che si incontrano per divertimento, per abitudine o per un bisogno del momento: il cuore non ha alcun ruolo in queste relazioni; ciò che conta è la comodità e alcune convenienze esterne. Si tratta, in sostanza, di conoscersi, di vivere insieme, di organizzarsi, ma molto meno di creare un legame vero e profondo. Una relazione amorosa dura un po’ più a lungo di una semplice visita; si tratta di scambi di parole piacevoli, di lettere affascinanti piene di descrizioni, massime, riflessioni filosofiche e arguzie. Per quanto riguarda l’aspetto fisico, non è necessario alcun mistero: si è ritenuto sensato regolare i desideri in modo da facilitarne la soddisfazione nel momento stesso. Chiunque possa essere l’amante, un uomo è sempre un uomo, e tutti sono più o meno uguali; quindi non c’è motivo di essere più fedeli all’amante che al marito. E poi, a una certa età, tutti gli uomini sono più o meno la stessa persona, tutte le donne sono più o meno la stessa donna. Non c’è davvero molta scelta: si sceglie semplicemente chi è più a portata di mano.

Poiché non so nulla di tutto ciò personalmente, mi è stato raccontato in un tono così straordinario che non è stato possibile capire bene quello che mi è stato detto. Tutto ciò che ho inteso è che, nella maggior parte delle donne, l’amante è come uno dei membri della famiglia: se non svolge il proprio dovere, viene congedato e ne si trova un altro; se trova qualcosa di meglio altrove, o si stanca di quel ruolo, se ne va e ne si trova un altro. Si dice anche che ci siano donne abbastanza capricciose da provare persino con il “padrone di casa”; dopotutto, anch’egli è una sorta di uomo. Questa fantasia però non dura a lungo; quando passa, lo si caccia via e ne si trova un altro, oppure, se insiste, lo si tiene e ne si trova comunque un altro.

“Ma, dissi a colui che mi spiegava queste strane usanze, come fa una donna a vivere poi con tutti questi altri che hanno così ottenuto o ricevuto il loro ‘congedo’? — Beh! – rispose lui, – lei semplicemente non vive più con loro. Non ci si vede più, non ci si conosce più. Se mai venisse in mente a qualcuno di riprendere i rapporti, dovrebbe ricominciare tutto da capo. E sarebbe davvero molto se si riuscisse anche solo a ricordarsi di essersi incontrati in passato. – Vi capisco, – gli dissi; – ma nonostante riduca queste esagerazioni, non riesco comunque a comprendere come, dopo un legame così profondo, si possa incontrarsi con distacco. Come il cuore non batta più forte al nome di ciò che si è amato una volta. Come non si provi emozione al suo ritorno.” “Mi fate ridere, – interruppe lui, – con queste vostre descrizioni. Volete forse dire che le nostre donne dovrebbero semplicemente svenire ogni volta che si incontrano?”

Elimina una parte di questo quadro probabilmente eccessivamente ricco di elementi; posiziona Julie accanto al resto, e ricorda il mio cuore. Non ho nulla altro da dirti.

Tuttavia, bisogna ammetterlo: molte di queste impressioni sgradevoli svaniscono con l’abitudine. Se il male si presenta prima del bene, ciò non impedisce al bene di manifestarsi a sua volta; i fascini dell’intelligenza e della natura compensano quelli della persona stessa. La prima avversione superata diventa ben presto un sentimento opposto. Questo è l’altro aspetto della situazione, e la giustizia non permette di presentarlo soltanto dal lato negativo.

Il primo svantaggio delle grandi città è che le persone vi diventano diverse da ciò che sono realmente, e che la società sembra fornire loro un “essere” diverso da quello naturale. Questo è particolarmente vero a Parigi, soprattutto per quanto riguarda le donne, le quali traggono dall’attenzione altrui l’unica esistenza di cui si preoccupano. Quando ci si avvicina a una signora in un ambiente sociale, invece di vedere una donna parigina come la si immagina, ci si trova di fronte soltanto a un simulacro della moda: la sua postura, il suo portamento, i suoi vestiti, il suo aspetto, nulla di tutto ciò corrisponde alla realtà. Se la si vedesse nella sua condizione naturale, probabilmente non la si riconoscerebbe nemmeno. Tuttavia, questo “sostituto” della natura è raramente vantaggioso per coloro che lo utilizzano; in generale, non c’è molto da guadagnare sostituendo ciò che è naturale con qualcosa di artificiale. Ma questa alterazione non può mai essere completamente eliminata: la natura umana riesce sempre a manifestarsi in qualche modo, e l’arte dell’osservazione consiste proprio nel saper cogliere questi segnali. Quest’arte non è difficile da applicare alle donne di questo paese; poiché esse possiedono più naturalezza di quanto credano, basta frequentarle con costanza, allontanarle da quella rappresentazione artificiale che amano così tanto, e presto si riuscirà a vederle per ciò che sono veramente. Ed è allora che tutto l’antipatia che inizialmente ispirano si trasforma in stima e amicizia.

Ecco ciò che ho avuto l’occasione di osservare la scorsa settimana in una zona rurale dove alcune donne ci avevano invitato, me e alcuni altri nuovi arrivati, in modo piuttosto affrettato, senza verificare davvero se fossimo adatti a loro, o forse semplicemente per divertirsi a nostre spese. Questo accadde già il primo giorno: ci sommersero all’inizio di battute piacevoli e delicate, ma che, essendo sempre prive di effetto reale, finirono presto per esaurirsi. Allora, con buona volontà, si adattarono al nostro modo di comportarci, e, non riuscendo a farci adottare il loro, dovettero accontentarsi del nostro. Non so se a loro piacesse questo scambio; per quanto mi riguarda, ne sono stato molto soddisfatto: ho scoperto con sorpresa di imparare molto di più in loro compagnia che con molti uomini. Il loro spirito arricchiva così tanto il buon senso comune, che ho invidiato il modo in cui lo rovinavano, e ho deplorato, comprendendo meglio le donne di quel luogo, che tante persone deliziose mancassero della ragione soltanto perché non volevano averne. Ho anche notato come le grazie naturali e spontanee cancellassero gradualmente i modi affettati tipici delle città: infatti, senza rendersene conto, si adottano comportamenti appropriati alle cose che si dicono, ma è impossibile applicare ai discorsi sensati le smorfie della civetteria. Le ho trovate più belle da quando non cercavano più così tanto di esserlo, e ho capito che per piacere avevano bisogno soltanto di non nascondersi. Sono arrivato a sospettare, su queste basi, che Parigi, questo presunto centro del gusto, sia forse il luogo al mondo in cui ne manca di più, poiché tutti gli sforzi fatti lì per piacere finiscono per rovinare la vera bellezza.

Rimanemmo così insieme per quattro o cinque giorni, felici l’uno dell’altro e di noi stessi. Invece di esaminare Parigi e le sue follie, le dimenticammo completamente. Tutta la nostra attenzione era rivolta a godere insieme di una compagnia piacevole e serena. Non avevamo bisogno né di satire né di scherzi per essere di buon umore; i nostri risate non erano derisioni, ma segni di gioia, proprio come quelle della tua cugina.

Une autre chose acheva de me faire changer d’avis sur leur compte. Souvent, au milieu de nos entretiens les plus animés, on venait dire un mot à l’oreille de la maîtresse de la maison. Elle sortait, allait s’enfermer pour écrire, et ne rentrait de longtemps. Il était aisé d’attribuer ces éclipses à quelque correspondance de coeur, ou de celles qu’on appelle ainsi. Une autre femme en glissa légèrement un mot qui fut assez mal reçu ; ce qui me fit juger que si l’absente manquait d’amants, elle avait au moins des amis. Cependant la curiosité m’ayant donné quelque attention, quelle fut ma surprise en apprenant que ces prétendus grisons de Paris étaient des paysans de la paroisse qui venaient, dans leurs calamités, implorer la protection de leur dame ; l’un surchargé de tailles à la décharge d’un plus riche, l’autre enrôlé dans la milice sans égard pour son âge et pour ses enfants[93] ; l’autre écrasé d’un puissant voisin par un procès injuste ; l’autre ruiné par la grêle, et dont on exigeait le bail à la rigueur. Enfin tous avaient quelque grâce à demander, tous étaient patiemment écoutés, on n’en rebutait aucun, et le temps attribué aux billets doux était employé à écrire en faveur de ces malheureux. Je ne saurais te dire avec quel étonnement j’appris et le plaisir que prenait une femme si jeune et si dissipée à remplir ces aimables devoirs, et combien peu elle y mettait d’ostentation. Comment ! disais-je tout attendri, quand ce serait Julie elle ne ferait pas autrement. Dès cet instant je ne l’ai plus regardée qu’avec respect, et tous ses défauts sont effacés à mes yeux.

Sitôt que mes recherches se sont tournées de ce côté, j’ai appris mille choses à l’avantage de ces mêmes femmes que j’avais d’abord trouvées si insupportables. Tous les étrangers conviennent unanimement qu’en écartant les propos à la mode, il n’y a point de pays au monde où les femmes soient plus éclairées, parlent en général plus sensément, plus judicieusement, et sachent donner, au besoin, de meilleurs conseils. Ôtons le jargon de la galanterie et du bel esprit, quel parti tirerons-nous de la conversation d’une Espagnole, d’une Italienne, d’une Allemande ? Aucun ; et tu sais, Julie, ce qu’il en est communément de nos Suissesses. Mais qu’on ose passer pour peu galant, et tirer les Françaises de cette forteresse, dont à la vérité elles n’aiment guère à sortir, on trouve encore à qui parler en rase campagne, et l’on croit combattre avec un homme, tant elles savent s’armer de raison et faire de nécessité vertu. Quant au bon caractère, je ne citerai point le zèle avec lequel elles servent leurs amis ; car il peut régner en cela une certaine chaleur d’amour-propre qui soit de tous les pays ; mais quoique ordinairement elles n’aiment qu’elles-mêmes, une longue habitude, quand elles ont assez de constance pour l’acquérir, leur tient lieu d’un sentiment assez vif : celle qui peuvent supporter un attachement de dix ans le gardent ordinairement toute leur vie, et elles aiment leurs vieux amis plus tendrement, plus sûrement au moins que leurs jeunes amants.

Une remarque assez commune, qui semble être à la charge des femmes, est qu’elles font tout en ce pays, et par conséquent plus de mal que de bien ; mais ce qui les justifie est qu’elles font le mal poussées par les hommes, et le bien de leur propre mouvement. Ceci ne contredit point ce que je disais ci-devant, que le coeur n’entre pour rien dans le commerce des deux sexes ; car la galanterie française a donné aux femmes un pouvoir universel qui n’a besoin d’aucun tendre sentiment pour se soutenir. Tout dépend d’elles : rien ne se fait que par elles ou pour elles ; l’Olympe et le Parnasse, la gloire et la fortune, sont également sous leurs lois. Les livres n’ont de prix, les auteurs n’ont d’estime, qu’autant qu’il plaît aux femmes de leur en accorder ; elles décident souverainement des plus hautes connaissances, ainsi que des plus agréables. Poésie, littérature, histoire, philosophie, politique même ; on voit d’abord au style de tous les livres qu’ils sont écrits pour amuser de jolies femmes, et l’on vient de mettre la Bible en histoires galantes[94]. Dans les affaires, elles ont pour obtenir ce qu’elles demandent un ascendant naturel jusque sur leurs maris, non parce qu’ils sont leurs maris, mais parce qu’ils sont hommes, et qu’il est convenu qu’un homme ne refusera rien à aucune femme, fût-ce même la sienne.

Au reste cette autorité ne suppose ni attachement ni estime, mais seulement de la politesse et de l’usage du monde ; car d’ailleurs il n’est pas moins essentiel à la galanterie française de mépriser les femmes que de les servir. Ce mépris est une sorte de titre qui leur en impose : c’est un témoignage qu’on a vécu assez avec elles pour les connaître. Quiconque les respecterait passerait à leurs yeux pour un novice, un paladin, un homme qui n’a connu les femmes que dans les romans. Elles se jugent avec tant d’équité que les honorer serait être indigne de leur plaire ; et la première qualité de l’homme à bonnes fortunes est d’être souverainement impertinent.

Quoi qu’il en soit, elles ont beau se piquer de méchanceté, elles sont bonnes en dépit d’elles ; et voici à quoi surtout leur bonté de coeur est utile. En tout pays les gens chargés de beaucoup d’affaires sont toujours repoussants et sans commisération ; et Paris étant le centre des affaires du plus grand peuple de l’Europe, ceux qui les font sont aussi les plus durs des hommes. C’est donc aux femmes qu’on s’adresse pour avoir des grâces ; elles sont le recours des malheureux ; elles ne ferment point l’oreille à leurs plaintes ; elles les écoutent, les consolent et les servent. Au milieu de la vie frivole qu’elles mènent, elles savent dérober des moments à leurs plaisirs pour les donner à leur bon naturel ; et si quelques-unes font un infâme commerce des services qu’elles rendent, des milliers d’autres s’occupent tous les jours gratuitement à secourir le pauvre de leur bourse et l’opprimé de leur crédit. Il est vrai que leurs soins sont souvent indiscrets, et qu’elles nuisent sans scrupule au malheureux qu’elles ne connaissent pas, pour servir le malheureux qu’elles connaissent ; mais comment connaître tout le monde dans un si grand pays, et que peut faire de plus la bonté d’âme séparée de la véritable vertu, dont le plus sublime effort n’est pas tant de faire le bien que de ne jamais mal faire ? À cela près, il est certain qu’elles ont du penchant au bien, qu’elles en font beaucoup, qu’elles le font de bon coeur, que ce sont elles seules qui conservent dans Paris le peu d’humanité qu’on y voit régner encore, et que sans elles on verrait les hommes avides et insatiables s’y dévorer comme des loups.

Voilà ce que je n’aurais point appris si je m’en étais tenu aux peintures des faiseurs de romans et de comédies, lesquels voient plutôt dans les femmes des ridicules qu’ils partagent que les bonnes qualités qu’ils n’ont pas, ou qui peignent des chefs-d’oeuvre de vertus qu’elles se dispensent d’imiter en les traitant de chimères, au lieu de les encourager au bien en louant celui qu’elles font réellement. Les romans sont peut-être la dernière instruction qu’il reste à donner à un peuple assez corrompu pour que tout autre lui soit inutile : je voudrais qu’alors la composition de ces sortes de livres ne fût permise qu’à des gens honnêtes mais sensibles, dont le coeur se peignît dans leurs écrits ; à des auteurs qui ne fussent pas au-dessus des faiblesses de l’humanité, qui ne montrassent pas tout d’un coup la vertu dans le ciel hors de la portée des hommes, mais qui la leur fissent aimer en la peignant d’abord moins austère, et puis du sein du vice les y sussent conduire insensiblement.

Je t’en ai prévenue, je ne suis en rien de l’opinion commune sur le compte des femmes de ce pays. On leur trouve unanimement l’abord le plus enchanteur, les grâces les plus séduisantes, la coquetterie la plus raffinée, le sublime de la galanterie, et l’art de plaire au souverain degré. Moi, je trouve leur abord choquant, leur coquetterie repoussante, leurs manières sans modestie. J’imagine que le coeur doit se fermer à toutes leurs avances ; et l’on ne me persuadera jamais qu’elles puissent un moment parler de l’amour sans se montrer également incapables d’en inspirer et d’en ressentir.

Another event finally convinced me to change my opinion about them. Often, during the most lively of our conversations, someone would come and whisper something in the hostess’s ear. She would then leave and go into a private room to write, staying away for quite some time. It was easy to assume that these absences were due to some romantic correspondence—or what people call such things. Another woman once mentioned something casually, but it was received rather poorly; this made me think that, if the absent one lacked lovers, she at least had friends. However, out of curiosity, I paid closer attention—and my surprise was immense when I learned that these so-called “beauties” from Paris were actually peasants from the local parish who came to seek their lady’s protection in times of hardship: some burdened with heavy taxes on behalf of richer neighbors, others conscripted into the militia despite their age and having children; still others crushed by unfair lawsuits from powerful neighbors, or ruined by hailstorms, with their leases demanded harshly. In short, each of them had some grievance to present; they were all listened to patiently, none was turned away, and the time that would otherwise have been spent on love letters was instead used to write in support of these unfortunate people. I can hardly describe how astonished I was—and how delighted—I was to see such a young and frivolous woman devoting herself to such kind acts with so little display. “How!”, I thought, moved to tears, “if it were Julie doing this, she wouldn’t act any differently.” From that moment on, I regarded her with respect, and all her faults seemed to vanish from my eyes.

As soon as my researches took this direction, I learned countless things in the favor of these very women whom I had initially found so unbearable. All foreigners agree unanimously that, setting aside fashionable rhetoric, there is no country in the world where women are more enlightened, speak more sensibly and judiciously, and know how to offer better advice when necessary. Remove the jargon of gallantry and wit—what can one gain from the conversation of a Spanishwoman, an Italianwoman, or a German woman? Nothing at all. And you know, Julie, what is generally true of our Swiss women as well. But if one dares to behave in a slightly less gallant manner and try to “take” the Frenchwomen out of this fortress from which they, in truth, are not particularly eager to emerge, one can still find someone to talk to in the countryside. One would think one is dealing with a man, for they know how to arm themselves with reason and turn necessity into virtue. As for their good character. I need not mention the zeal with which they serve their friends; for there may be a certain intensity of self-love at play in that regard, something common to all countries. But although they usually only love themselves, a long habit—provided they have the perseverance to develop it—can replace a deeper affection. Those who manage to maintain a bond for ten years generally keep it throughout their lives, and they love their old friends more tenderly, and at least more steadfastly, than their young lovers.

A rather common remark, which seems to be directed at women, is that they do everything in this country, and therefore cause more harm than good; but what justifies them is that they commit evil out of being influenced by men, while they perform good deeds out of their own initiative. This does not contradict what I said earlier about the fact that the heart plays no role at all in the interactions between the sexes; for French gallantry has granted women a universal power that does not require any tender feelings to sustain itself. Everything depends on them: nothing is done except by or for them; even Olympus and Parnassus, glory and fortune, are subject to their authority. Books have value only if women choose to acknowledge it; authors are esteemed only at their discretion. They hold supreme power over the highest forms of knowledge as well as over the most delightful pursuits—poetry, literature, history, philosophy, even politics. One can immediately tell whether a book is written to amuse beautiful women by its style; indeed, the Bible itself has been adapted into tales of romance[94]. In matters of business, they possess a natural influence over their husbands—even if only because men are considered to owe women everything, no matter how closely related they are.

After all, this authority demands neither attachment nor esteem, but merely politeness and the proper conduct expected in society; for, after all, it is just as essential to French gallantry to show contempt for women as to serve them well. This contempt serves as a sort of title that imposes respect upon them—it is a sign that one has spent enough time with them to truly understand them. Anyone who showed them respect would be regarded by them as a novice, a fool, a man who had only known women through novels. They judge themselves so fairly that honoring them would mean being unworthy of their favor; and the primary quality of a man who is successful with women is to be utterly impertinent.

In any case, despite their tendency toward malice, they are inherently good; and it is chiefly for this kindness of heart that they are so useful. In every country, those who are engaged in numerous affairs are always repulsive and merciless; and since Paris is the center of commerce for the largest population in Europe, those who conduct these affairs are also the most hardened among men. It is therefore to women that people turn for mercy and kindness; they are the refuge of the unfortunate, they do not shut their ears to their complaints, they listen to them, console them, and assist them. Amidst the frivolous life they lead, they know how to set aside moments for their own pleasures in order to dedicate time to their kind nature. And while some may engage in despicable practices using the services they provide, thousands others devote themselves every day, without any reward, to helping the poor with their money and supporting the oppressed with their credit. It is true that their efforts are often misguided, and that they sometimes harm those they do not know in order to help those they do know; but how can one know everyone in such a vast country? Moreover, what more can kindness of heart accomplish, apart from true virtue—the supreme goal of which is not so much to do good as never to do evil? Apart from this, it is undeniable that women have a natural inclination toward goodness, that they do much good, that they do it out of pure sincerity, and that they are the very ones who preserve in Paris that little bit of humanity that still exists there. Without them, one would see men, driven by greed and insatiable ambition, devouring each other like wolves.

This is what I would never have learned if I had merely relied on the portrayals of women found in novels and comedies—works that tend to see in them nothing but ridicules they themselves share, rather than any genuine virtues they may possess. Or rather, such works present ideal examples of virtue, yet advise readers not to emulate them, dismissing them as mere fantasies, instead of encouraging them toward goodness by praising what women actually do. Novels might well be the last form of instruction left for a people already so corrupt that all other means are useless. I would wish that the composition of such books were permitted only to honest yet sensitive individuals whose hearts are reflected in their writings—to authors who are not above human weaknesses, who do not present virtue as something unattainable for ordinary people, but who make us fall in love with it by depicting it first in a less austere form, and then showing how even from the depths of vice we can be gradually led toward it.

I warned you; I hold entirely different views from the common opinion regarding the women of this country. It is universally acknowledged that they possess the most enchanting demeanor, the most seductive charms, the most refined coquetry, the ultimate art of gallantry, and the supreme ability to please a sovereign. However, I find their behavior offensive, their coquetry repulsive, and their manners devoid of modesty. I believe that one’s heart must naturally shut out all their advances; and no one will ever convince me that they are capable of speaking of love without simultaneously demonstrating their inability both to inspire it and to feel it themselves.

Un’altra cosa contribuì ulteriormente a farmi cambiare opinione su di loro. Spesso, nel bel mezzo delle nostre conversazioni più animate, qualcuno andava a sussurrare qualcosa all’orecchio della padrona di casa; lei usciva, si chiudeva in camera per scrivere e non tornava per molto tempo. Era facile attribuire queste assenze a qualche corrispondenza d’amore. Un’altra donna fece allusione in modo velato a qualcosa che fu accolto piuttosto male; questo mi fece pensare che, se la donna assente mancava di amanti, almeno aveva degli amici. Tuttavia, la curiosità mi spinse ad approfondire la questione. E quale fu la mia sorpresa quando scoprii che quei cosiddetti “amanti” di Parigi erano in realtà contadini del luogo che, nelle loro difficoltà, venivano a chiedere protezione alla loro padrona: alcuni gravati da tasse per conto di persone più ricche, altri arruolati nella milizia nonostante la loro età e i loro figli; altri ancora oppressi da vicini potenti a causa di processi ingiusti, altri ancora rovinati dalla grandine. Tutti avevano qualche motivo per chiedere aiuto; tutti venivano ascoltati con pazienza, nessuno veniva rifiutato. E il tempo che altrimenti sarebbe stato dedicato alle lettere d’amore veniva invece impiegato a scrivere in loro favore. Non so dirti con quale stupore scoprii quanto piacere provasse una donna così giovane e frivola nel compiere questi nobili doveri. E quanto poco ci mettesse in mostra. “Come!”, pensavo commosso, “se fosse Julie, non farebbe certo diversamente, ” Da quel momento in poi la guardai con rispetto. E tutti i suoi difetti svanirono ai miei occhi.

Non appena le mie ricerche si sono orientate in questa direzione, ho imparato mille cose a vantaggio proprio di quelle stesse donne che all’inizio trovavo insopportabili. Tutti gli stranieri concordano unanimemente nel riconoscere che, mettendo da parte i discorsi alla moda, non esiste alcun paese al mondo dove le donne siano più colte, parlino in generale in modo più sensato e giudizioso, e sappiano dare, quando necessario, consigli migliori. Togliamo il gergo della galanteria e dell’arguzia: quale utilità possiamo trarre dalla conversazione di una spagnola, di un’italiana, di una tedesca? Nessuna; e tu sai, Julie, com’è generalmente la situazione delle nostre svizzere. Ma se si osa considerarsi poco galanti e cercare di “assediare” le francesi da questa fortezza dalla quale, in realtà, non amano affatto uscire, si trova ancora qualcuno con cui parlare. E si crede di combattere contro un uomo, tanto sanno come armarsi della ragione e trasformare la necessità in virtù. Per quanto riguarda il buon carattere, non menzionerò certo lo zelo con cui servono i loro amici; poiché anche in questo campo può esistere una certa passione derivante dall’orgoglio tipica di tutti i paesi. Ma sebbene di solito amino solo se stesse, un’abitudine consolidata, quando si possiede la costanza necessaria per acquisirla, diventa per loro una sorta di sentimento profondo e duraturo: quelle che riescono a mantenere un legame per dieci anni lo conservano solitamente per tutta la vita. E amano i loro vecchi amici in modo più tenero, almeno più sicuro, rispetto ai loro giovani amanti.

Un’osservazione abbastanza comune, che sembra essere rivolta contro le donne, è che in questo paese loro facciano tutto, e quindi facciano più male che bene; ma ciò che le giustifica è il fatto che compiono il male spinte dagli uomini, mentre fanno del bene per propria volontà. Questo non contraddice quanto ho detto prima, ovvero che il cuore non ha alcun ruolo nelle relazioni tra i due sessi; infatti, la galanteria francese ha concesso alle donne un potere universale che non ha bisogno di alcun sentimento tenero per sopravvivere. Tutto dipende da loro: nulla avviene se non attraverso di loro o a loro vantaggio; l’Olimpo e il Parnaso, la gloria e la fortuna sono tutti sotto il loro dominio. I libri hanno valore, gli autori sono stimati soltanto nella misura in cui le donne decidono di riconoscerlo; esse hanno il potere supremo su tutte le conoscenze più elevate, così come su quelle più piacevoli. Poesia, letteratura, storia, filosofia, persino la politica: si può subito capire, dallo stile di tutti i libri, che sono scritti per divertire belle donne; e recentemente si è addirittura trasformato il Vecchio Testamento in storie d’amore. Nei rapporti sociali, hanno un ascendente naturale anche sui loro mariti, non perché siano loro mariti, ma perché sono uomini. E poiché è generalmente accettato che un uomo non rifiuti nulla a nessuna donna, nemmeno alla propria.

Del resto, tale autorità non presuppone né affetto né stima, ma soltanto cortesia e rispetto delle convenzioni sociali; infatti, nella galanteria francese è altrettanto essenziale disprezzare le donne quanto servirle. Questo disprezzo rappresenta in qualche modo un “titolo” che le conferisce autorità: è una dimostrazione del fatto che si sia vissuto abbastanza a lungo con loro per conoscerle davvero. Chi le rispettasse sarebbe considerato, ai loro occhi, un novizio, un idealista, un uomo che ha conosciuto le donne soltanto attraverso i romanzi. Si giudicano con tale equità che onorarle significherebbe essere indegni di piacerle; e la prima qualità di un uomo fortunato è quella di essere estremamente irrispettoso verso di loro.

In ogni caso, per quanto possano essere piene di malizia, sono comunque buone, nonostante tutto; ed è proprio in questo che la loro bontà d’animo si rivela particolarmente utile. In ogni paese, coloro che hanno molte responsabilità sono sempre scortesi e senza pietà; e poiché Parigi è il centro degli affari del più grande popolo d’Europa, coloro che se ne occupano sono anche i più spietati tra gli uomini. È quindi alle donne che ci si rivolge per ottenere favori; esse rappresentano un rifugio per i malheureux, non chiudono mai le orecchie alle loro lamentele, le ascoltano, le consolano e le aiutano. Nonostante la vita frivola che conducono, sanno trovare momenti per dedicarli ai propri piaceri, ma li utilizzano anche per esprimere la loro buona natura; e se alcune di loro si dedicano a attività disoneste, migliaia altre si impegnano ogni giorno gratuitamente ad aiutare i poveri con il proprio denaro e i oppressi con il proprio credito. È vero che le loro azioni sono spesso inopportune, e che senza scrupoli possono nuocere al malheureux che non conoscono, pur di aiutare colui che conoscono; ma come si può conoscere tutti in un paese così grande? E cosa altro può fare la bontà d’animo, separata dalla vera virtù – la cui più sublime manifestazione non consiste tanto nel fare del bene quanto nel non fare mai del male? A parte questo, è certo che hanno una tendenza verso il bene, ne fanno molto, lo fanno con sincerità; ed è proprio loro che mantengono a Parigi quel poco di umanità che ancora vi regna; senza di loro, gli uomini diventerebbero avidi e insaziabili, come lupi che si divorano a vicenda.

Ecco ciò che non avrei imparato se mi fossi limitato alle descrizioni fornite dai narratori di romanzi e di commedie, i quali vedono nelle donne piuttosto ridicoli da cui condividere che buone qualità che loro stessi non possiedono, o che ritraggono modelli di virtù che le donne si astengono dal seguire, definendole chimere, invece di incoraggiarle al bene lodando ciò che realmente fanno. I romanzi sono forse l’ultima istruzione che si possa ancora fornire a un popolo abbastanza corrotto da rendere inutile qualsiasi altro insegnamento: vorrei quindi che la stesura di questo genere di libri fosse permessa soltanto a persone oneste ma sensibili, le cui emozioni si riflettano nei loro scritti; a autori che non siano al di sopra delle debolezze umane, che non mostrino all’improvviso la virtù come qualcosa di irraggiungibile per gli uomini, ma che facciano sì che essa venga amata descrivendola prima in modo meno austero e poi, partendo dal vizio stesso, guidando gradualmente i lettori verso di essa.

Te l’avevo detto: non condivido affatto l’opinione comune sulle donne di questo paese. A tutti vengono riconosciute come le più affascinanti nel comportamento, le più seducenti nelle grazie, la più raffinata nella civiltà, il culmine della galanteria e l’arte suprema per compiacere il proprio sovrano. Io, invece, trovo il loro modo di comportarsi offensivo, la loro civiltà ripugnante, i loro modi privi di modestia. Immagino che il cuore debba chiudersi di fronte a tutte le loro avances; e nessuno riuscirà mai a convincermi che possano parlare d’amore senza dimostrarsi contemporaneamente incapaci sia di ispirarlo che di provarlo realmente.

D’un autre côté, la renommée apprend à se défier de leur caractère ; elle les peint frivoles, rusées, artificieuses, étourdies, volages, parlant bien, mais ne pensant point, sentant encore moins, et dépensant ainsi tout leur mérite en vain babil. Tout cela me paraît à moi leur être extérieur, comme leurs paniers et leur rouge. Ce sont des vices de parade qu’il faut avoir à Paris, et qui dans le fond couvrent en elles du sens, de la raison, de l’humanité, du bon naturel. Elles sont moins indiscrètes, moins tracassières que chez nous, moins peut-être que partout ailleurs. Elles sont plus solidement instruites, et leur instruction profite mieux à leur jugement. En un mot, si elles me déplaisent par tout ce qui caractérise leur sexe qu’elles ont défiguré, je les estime par des rapports avec le nôtre qui nous font honneur ; et je trouve qu’elles seraient cent fois plutôt des hommes de mérite que d’aimables femmes.

Conclusion : si Julie n’eût point existé, si mon coeur eût pu souffrir quelque autre attachement que celui pour lequel il était né, je n’aurais jamais pris à Paris ma femme, encore moins ma maîtresse : mais je m’y serais fait volontiers une amie ; et ce trésor m’eût consolé peut-être de n’y pas trouver les deux autres[95].

Lettre XXIII – À Madame d’Orbe

C’est à vous, charmante cousine, qu’il faut rendre compte de l’Opéra ; car bien que vous ne m’en parliez point dans vos lettres, et que Julie vous ait gardé le secret, je vois d’où lui vient cette curiosité. J’y fus une fois pour contenter la mienne ; j’y suis retourné pour vous deux autres fois. Tenez-m’en quitte, je vous prie, après cette lettre. J’y puis retourner encore, y bâiller, y souffrir, y périr pour votre service ; mais y rester éveillé et attentif, cela ne m’est pas possible.

Avant de vous dire ce que je pense de ce fameux théâtre, que je vous rende compte de ce qu’on en dit ici ; le jugement des connaisseurs pourra redresser le mien si je m’abuse.

L’Opéra de Paris passe à Paris pour le spectacle le plus pompeux, le plus voluptueux, le plus admirable qu’inventa jamais l’art humain. C’est, dit-on, le plus superbe monument de la magnificence de Louis XIV. Il n’est pas si libre à chacun que vous le pensez de dire son avis sur ce grave sujet. Ici l’on peut disputer de tout, hors de la musique et de l’Opéra ; il y a du danger à manquer de dissimulation sur ce seul point. La musique française se maintient par une inquisition très sévère ; et la première chose qu’on insinue par forme de leçon à tous les étrangers qui viennent dans ce pays, c’est que tous les étrangers conviennent qu’il n’y a rien de si beau dans le reste du monde que l’Opéra de Paris. En effet, la vérité est que les plus discrets s’en taisent, et n’osent rire qu’entre eux.

Il faut convenir pourtant qu’on y représente à grands frais, non seulement toutes les merveilles de la nature, mais beaucoup d’autres merveilles bien plus grandes que personne n’a jamais vues ; et sûrement Pope a voulu désigner ce bizarre théâtre par celui où il dit qu’on voit pêle-mêle des dieux, des lutins, des monstres, des rois, des bergers, des fées, de la fureur, de la joie, un feu, une gigue, une bataille et un bal.

Cet assemblage si magnifique et si bien ordonné est regardé comme s’il contenait en effet toutes les choses qu’il représente. En voyant paraître un temple, on est saisi d’un saint respect ; et pour peu que la déesse en soit jolie, le parterre est à moitié païen. On n’est pas si difficile ici qu’à la Comédie-Française. Ces mêmes spectateurs qui ne peuvent revêtir un comédien de son personnage ne peuvent à l’Opéra séparer un acteur du sien. Il semble que les esprits se roidissent contre une illusion raisonnable, et ne s’y prêtent qu’autant qu’elle est absurde et grossière. Ou peut-être que des dieux leur coûtent moins à concevoir que des héros. Jupiter étant d’une autre nature que nous, on en peut penser ce qu’on veut ; mais Caton était un homme, et combien d’hommes ont le droit de croire que Caton ait pu exister ?

L’Opéra n’est donc point ici comme ailleurs une troupe de gens payés pour se donner en spectacle au public : ce sont, il est vrai, des gens que le public paye et qui se donnent en spectacle ; mais tout cela change de nature, attendu que c’est une Académie Royale de musique, une espèce de cour souveraine qui juge sans appel dans sa propre cause, et ne se pique pas autrement de justice ni de fidélité[96]. Voilà, cousine, comment, dans certains pays, l’essence des choses tient aux mots, et comment des noms honnêtes suffisent pour honorer ce qui l’est le moins.

Les membres de cette noble académie ne dérogent point. En revanche ils sont excommuniés, ce qui est précisément le contraire de l’usage des autres pays ; mais peut-être, ayant eu le choix, aiment-ils mieux être nobles et damnés, que roturiers et bénis. J’ai vu sur le théâtre un chevalier moderne[97] aussi fier de son métier qu’autrefois l’infortuné Labérius fut humilié du sien[98] quoiqu’il le fît par force et ne récitât que ses propres ouvrages. Aussi l’ancien Labérius ne put-il reprendre sa place au cirque parmi les chevaliers romains ; tandis que le nouveau en trouve tous les jours une sur les bancs de la Comédie-Française parmi la première noblesse du pays ; et jamais on n’entendit parler à Rome avec tant de respect de la majesté du peuple romain qu’on parle à Paris de la majesté de l’Opéra.

Voilà ce que j’ai pu recueillir des discours d’autrui sur ce brillant spectacle ; que je vous dise à présent ce que j’y ai vu moi-même.

Figurez-vous une gaine large d’une quinzaine de pieds et longue à proportion, cette gaine est le théâtre. Aux deux côtés on place par intervalles des feuilles de paravent sur lesquelles sont grossièrement peints les objets que la scène doit représenter. Le fond est un grand rideau peint de même, et presque toujours percé ou déchiré, ce qui représente des gouffres dans la terre ou des trous dans le ciel, selon la perspective. Chaque personne qui passe derrière le théâtre, et touche le rideau, produit en l’ébranlant une sorte de tremblement de terre assez plaisant à voir. Le ciel est représenté par certaines guenilles bleuâtres, suspendues à des bâtons ou à des cordes, comme l’étendage d’une blanchisseuse. Le soleil, car on l’y voit quelquefois ; est un flambeau dans une lanterne. Les chars des dieux et des déesses sont composés de quatre solives encadrées et suspendues à une grosse corde en forme d’escarpolette ; entre ces solives est une planche en travers sur laquelle le dieu s’asseye, et sur le devant pend un morceau de grosse toile barbouillée, qui sert de nuage à ce magnifique char. On voit vers le bas de la machine l’illumination de deux ou trois chandelles puantes et mal mouchées, qui, tandis que le personnage se démène et crie en branlant dans son escarpolette, l’enfument tout à son aise : encens digne de la divinité.

Comme les chars sont la partie la plus considérable des machines de l’Opéra, sur celle-là vous pouvez juger des autres. La mer agitée est composée de longues lanternes angulaires de toile ou de carton bleu qu’on enfile à des broches parallèles, et qu’on fait tourner par des polissons. Le tonnerre est une lourde charrette qu’on promène sur le cintre, et qui n’est pas le moins touchant instrument de cette agréable musique. Les éclairs se font avec des pincées de poix-résine qu’on projette sur un flambeau ; la foudre est un pétard au bout d’une fusée.

Le théâtre est garni de petites trappes carrées qui, s’ouvrant au besoin, annoncent que les démons vont sortir de la cave. Quand ils doivent s’élever dans les airs, on leur substitue adroitement de petits démons de toile brune empaillée, ou quelquefois de vrais ramoneurs, qui branlent en l’air suspendus à des cordes, jusqu’à ce qu’ils se perdent majestueusement dans les guenilles dont j’ai parlé. Mais ce qu’il y a de réellement tragique, c’est quand les cordes sont mal conduites ou viennent à rompre ; car alors les esprits infernaux et les dieux immortels tombent, s’estropient, se tuent quelquefois. Ajoutez à tout cela les monstres qui rendent certaines scènes fort pathétiques, tels que des dragons, des lézards, des tortues, des crocodiles, de gros crapauds qui se promènent d’un air menaçant sur le théâtre, et font voir à l’Opéra les tentations de saint Antoine. Chacune de ces figures est animée par un lourdaud de Savoyard qui n’a pas l’esprit de faire la bête.

On the other hand, fame teaches them to defy their true nature; it portrays them as frivolous, cunning, artificial, foolish, capricious, eloquent but thoughtless, and even less perceptive, thus wasting all their genuine merits in vain chatter. To me, all this appears to be an external aspect of their character, much like their baskets and rouge. These are mere superficial vices that one must possess in Paris; in reality, they conceal a certain sense, reason, humanity, and good nature within them. They are less indiscreet and troublesome than among us, perhaps even less so than anywhere else. They are more thoroughly educated, and this education benefits their judgment greatly. In short, although I dislike them for all that characterizes their sex which they have distorted, I regard them with respect in light of the ways in which they resemble us and bring honor to our own gender; indeed, I would say they are far more likely to be worthy individuals than merely charming women.

Conclusion: If Julie had never existed, if my heart could have been attached to something other than what it was destined for, I would never have taken a wife in Paris, let alone a mistress; but I would have gladly made her my friend instead. Perhaps such a friendship would have comforted me for not finding the other two there[95].

Letter XXIII – To Madame d’Orbe

It is you, my dear cousin, who must account to me about the Opera; for although you never mentioned it in your letters, and although Julie kept it a secret from you, I can see where she got this curiosity from. I went there once to satisfy my own interest; I returned there twice more for your sake. Please, spare me after this letter. I might go there again, yawn there, suffer there, even perish there for your service; but staying awake and attentive there is simply impossible for me.

Before telling you what I think of this famous theater, let me share with you what others have said about it; the opinions of experts might correct mine if I am mistaken.

The Paris Opera is regarded in Paris as the most magnificent, the most voluptuous, and the most admirable spectacle that human art has ever created. It is said to be the finest monument to the grandeur of Louis XIV. However, people do not have as much freedom as you might think to express their opinions on this serious matter. Here, one can debate about anything except music and the Opera itself; failing to exercise discretion on this single point carries danger. French music is maintained through a very strict system of censorship; and the first thing that is subtly conveyed to all foreigners who come to this country is that everyone agrees that there is nothing in the rest of the world as beautiful as the Paris Opera. In fact, the truth is that even the most discreet people remain silent and dare only laugh among themselves.

It must be acknowledged, however, that great expense is incurred to depict therein not only all the wonders of nature but also many other marvels far greater than anything anyone has ever seen before; and surely Pope intended to refer to this bizarre “theater” by the description he gives of it—as a place where one can see gods, goblins, monsters, kings, shepherds, fairies, fury, joy, fire, a dance, a battle, and a ball all mixed together.

This magnificent and well-organized assembly is regarded as if it truly contains all the things it represents. When a temple comes into view, one is filled with sacred reverence; and if the goddess depicted within is beautiful, even the surrounding decorations may seem half-pagan. Here, people are not as discerning as at the Comédie-Française. The same spectators who cannot make themselves identify with a comedian in a play cannot distinguish one actor from another at the opera. It seems that people’s minds resist accepting reasonable illusions, and only submit to them when they are absurd and crude. Perhaps it is because deities require less effort to conceive than heroes do. Since Jupiter is of a nature different from our own, we can think whatever we like about him; but Caton was a real man—how many men, then, have the right to believe that Caton actually existed?

Therefore, in this case, the Opera is not merely a group of people paid to perform for the public: it is true that these are individuals whom the public pays to entertain them; yet everything takes on a different nature, since it involves the Royal Academy of Music—a sort of sovereign court that renders final judgments in its own affairs, without any concern for justice or fidelity[96]. Here, my dear cousin, you see how, in certain countries, the essence of things depends on words, and how honest names are enough to honor even what is least worthy of such honor.

The members of this noble academy do not deviate from these rules in the slightest. On the contrary, they are excommunicated—which is precisely the opposite of what is practiced in other countries. But perhaps, having had the choice, they prefer to be nobles and damned than commoners and blessed. I once saw on stage a modern knight who was just as proud of his profession as the unfortunate Laberius used to be humiliated by his own; yet Laberius did it out of necessity and only performed his own works. Thus, the old Laberius could never regain his place among the Roman knights in the circus; whereas this new knight finds himself every day among the country’s most distinguished nobility in the theaters of the Comédie-Française. And in Rome, one never hears people speak with such respect for the majesty of the Roman people as people do in Paris for the majesty of the Opera.

Here is what I was able to gather from others’ speeches about this brilliant spectacle; now let me tell you what I saw myself.

Imagine a large frame about fifteen feet wide and proportionally long—this frame constitutes the “theater.” On either side, at intervals, are placed pieces of screen on which the objects that the scene is supposed to represent are roughly painted. The background is made up of a large painted curtain, which is almost always pierced or torn, symbolizing chasms in the earth or holes in the sky, depending on the perspective being conveyed. Whenever someone passes behind this “theater” and touches the curtain, it causes a sort of tremor, creating an effect similar to an earthquake—quite pleasing to watch. The sky is represented by some blue rags hung from sticks or ropes, much like a laundry line. The sun, when it appears, is merely a torch inside a lantern. The chariots of gods and goddesses are constructed from four wooden beams framed and suspended by a thick rope in the shape of a pulley system; between these beams lies a horizontal board on which the deity sits, while in front hangs a large piece of roughly painted cloth, serving as a “cloud” above this magnificent chariot. At the bottom of this “machine,” one can see the light from two or three smelly, poorly lit candles—these candles, as the figure moves around and shouts while swinging back and forth on the pulley system, effectively “smoke” the deity, creating an incense-like aroma truly befitting a divinity.

Since chariots constitute the most substantial part of the machinery used in the Opera, one can judge the rest by examining these. The turbulent sea is represented by long, angular structures made of blue cloth or cardboard, which are attached to parallel rods and made to spin by small boys. The thunder is simulated by a heavy cart that is moved along a track; this instrument is no less effective in producing this delightful music. Lightning is created by throwing bits of resin onto a flame, while the flash is represented by a firecracker at the end of a fuse.

The theater is equipped with small square traps that, when opened as needed, signal that the demons are about to emerge from the cellar. When they need to rise into the air, small brown paper-mache demons are cleverly substituted for them, or sometimes real chimney sweepers who swing back and forth suspended by ropes until they disappear majestically into the ragged costumes I mentioned earlier. But what is truly tragic is when the ropes malfunction or break; in such cases, the infernal spirits and immortal gods fall, injure themselves, and sometimes even die. Add to this the monsters that make certain scenes particularly poignant—dragons, lizards, turtles, crocodiles, huge toads that stalk around the theater with a menacing air, presenting the Opera with a vision of Saint Anthony’s temptations. Each of these creatures is animated by some burly Savoyard who lacks any sense of how to play the part properly.

D’altra parte, la reputazione insegna a sfidare il loro vero carattere; la dipinge come frivole, astute, artificiose, sciocche, volubili, capaci di parlare bene ma prive di pensiero e ancora meno di sentimenti, sprecando così tutto il loro “merito” in chiacchiere vane. Tutto ciò mi sembra esterno a loro stesse, tanto quanto i loro cestini o il rossetto che indossano. Sono vizi di facciata, necessari a Parigi, ma che in realtà nascondono in loro senso, ragione, umanità e buon carattere. Sono meno indiscrete, meno pettegole di quanto lo siano da noi. E forse anche meno che altrove. Sono più istruite, e questa istruzione migliora il loro giudizio. In breve: se mi dispiacciono per tutto ciò che caratterizza il loro sesso e che hanno distorto, le stimo invece per i legami che hanno con il nostro sesso e che ci onorano; e ritengo che siano cento volte più meritevoli di essere considerate donne affascinanti piuttosto che semplicemente donne attraenti.

Conclusione: se Julie non fosse mai esistita, se il mio cuore avesse potuto provare un altro tipo di affetto diverso da quello per cui era stato creato, non avrei mai preso in moglie una donna a Parigi, figuriamoci una amante; ma mi sarei volentieri fatto un’amica lì. E quel “tesoro” forse mi avrebbe consolato nel constatare di non trovarvi le altre due[95].

Lettera XXIII – Alla signora d’Orbe

È a voi, cara cugina, che devo rendere conto dell’Opera; poiché, sebbene non ne parlaste nelle vostre lettere e poiché Julie vi abbia tenuto il segreto, capisco da dove le viene questa curiosità. Sono andato lì una volta per soddisfare la mia curiosità; ci sono tornato altre due volte per voi. Vi prego, lasciatemi in pace dopo questa lettera. Posso ancora tornarci, sbadigliare, soffrire, persino morire al vostro servizio. Ma rimanere sveglio e attento lì, questo non è possibile per me.

Prima di dirvi cosa penso di questo famoso teatro, lasciate che vi riporti ciò che ne dicono qui; il giudizio degli esperti potrà correggere il mio, nel caso in cui io mi sbagliassi.

L’Opéra di Parigi è considerato lo spettacolo più maestoso, più delizioso e più straordinario che l’arte umana abbia mai creato. Si dice sia il monumento più splendido alla magnificenza di Luigi XIV. Tuttavia, non è così facile per tutti esprimere il proprio parere su questo argomento importante. Qui si può discutere di tutto, tranne che della musica e dell’Opéra; mancare di discrezione in questo unico ambito può rivelarsi pericoloso. La musica francese viene controllata da un’indagine molto severa; la prima cosa che viene suggerita a tutti gli stranieri che visitano questo paese, attraverso forme apparentemente didattiche, è che tutti concordino sul fatto che non esista nulla di più bello al mondo dell’Opéra di Parigi. In realtà, anche i più discreti tacciono e osano ridere soltanto tra loro.

Si deve ammettere tuttavia che in esso vengono rappresentate, a grandi spese, non solo tutte le meraviglie della natura, ma anche molte altre meraviglie ancora più straordinarie di qualsiasi altra mai vista; e sicuramente Pope ha voluto indicare questo bizzarro teatro con quello che descrive come un luogo dove si vedono mescolati insieme dèi, folletti, mostri, re, pastori, fate, furia, gioia, fuoco, danze, battaglie e balli.

Questo insieme così magnifico e ben ordinato viene considerato come se effettivamente contenesse tutte le cose che rappresenta. Quando appare un tempio, si prova un profondo rispetto; e se la dea in esso raffigurata è bella, anche il resto dell’allestimento può apparire “pagano”. Qui non si è così esigenti come alla Comédie-Française: gli stessi spettatori che non riescono a identificare un attore nel suo personaggio teatrale, all’Opera non riescono nemmeno a distinguere un cantante dal suo ruolo. Sembra che le menti umane si ribellino contro un’illusione “ragionevole”, e vi si prestino soltanto quando questa è assurda e grossolana. O forse perché gli dèi risultano meno difficili da immaginare rispetto agli eroi. Poiché Giove appartiene a una natura diversa dalla nostra, si può pensare di lui ciò che si vuole; ma Catone era un uomo. E quanti uomini hanno il diritto di credere che Catone sia davvero esistito?

Quindi, l’Opera qui si svolge qui non è affatto come altrove: non si tratta di un gruppo di persone pagate per esibirsi davanti al pubblico; è vero che sono persone che il pubblico paga e che si esibiscono. Ma tutto ciò cambia natura, poiché si tratta di un’Accademia Reale di Musica, una sorta di corte sovrana che giudica in modo definitivo nelle questioni che la riguardano, senza curarsi affatto di giustizia o fedeltà[96]. Ecco, cugina, come, in alcuni paesi, l’essenza delle cose dipenda dalle parole, e come nomi onesti siano sufficienti per onorare ciò che è meno degno di tale onore.

I membri di questa nobile accademia non si discostano mai dalle usanze tradizionali. Tuttavia vengono escomunicati, il che è esattamente il contrario di quanto avviene in altri paesi; ma forse, avendo avuto la scelta, preferiscono essere nobili e maledetti piuttosto che plebei e benedetti. Ho visto sul teatro un cavaliere moderno così orgoglioso della sua professione, come un tempo lo fu il sfortunato Laberio per la propria; anche se quest’ultimo lo faceva controvolentemente e recitava soltanto le opere sue stesse. Così l’antico Laberio non poté mai riprendere il proprio posto nel circo tra i cavalieri romani; mentre il nuovo cavaliere moderno trova ogni giorno il suo posto sulle gradinate della Comédie-Française, tra la nobiltà più elevata del paese. E a Roma non si parla mai con tanto rispetto della maestosità del popolo romano, come a Parigi si parla della maestosità dell’Opéra.

Ecco ciò che sono riuscito a raccogliere dalle parole altrui su questo straordinario spettacolo; ora vi dirò ciò che ho visto io stesso.

Immaginate una struttura larga circa quindici piedi e lunga nella stessa misura: questa struttura costituisce il “teatro”. Ai due lati, a intervalli regolari, vengono posizionate delle tende su cui sono dipinti in modo approssimativo gli oggetti che la scena deve rappresentare. Il fondo è formato da un grande telone dipinto allo stesso modo; quasi sempre questo telone presenta buchi o strappi, che simboleggiano voragini nella terra o aperture nel cielo, a seconda della prospettiva desiderata. Ogni persona che passa dietro questa struttura e tocca il telone provoca una sorta di tremore, piuttosto piacevole da vedere. Il cielo viene rappresentato da alcune stoffe bluastre appese a bastoni o corde, come se fossero i panni stesi ad asciugare. Il sole, beh, il sole è rappresentato da una candela all’interno di una lanterna. I carri dei divini sono composti da quattro assi incorniciati e sospesi a una corda; tra questi assi c’è un’asse orizzontale su cui il dio si siede, mentre davanti a lui pende un pezzo di stoffa grossolana dipinta, che funge da “nuvola” per quel magnifico carro. In basso, sotto questa struttura, si vedono due o tre candele puzzolenti e male accese; mentre il personaggio si muove e grida, dondolando sul suo carrello, queste candele lo avvolgono in una fumata, un vero “incenso degno della divinità”.

Poiché i carri rappresentano la parte più importante delle macchine utilizzate nell’Opera, da loro si può giudicare il resto. Il mare agitato è costituito da lunghi strumenti a forma di lanterna, realizzati in tela o cartone blu e fissati su aste parallele, che vengono fatti ruotare da dei ragazzi. Il tuono è rappresentato da un pesante carretto che viene fatto muovere lungo un percorso prestabilito; anche questo strumento costituisce uno degli elementi più efficaci di questa piacevole musica. I fulmini vengono creati proiettando polvere di resina su una fiamma; la saetta, invece, è rappresentata da un petardo posto all’estremità di una miccia.

Il teatro è dotato di piccole trappole quadrate che, aprendosi quando necessario, annunciano che i demoni usciranno dalla cantina. Quando questi “demoni” devono sollevarsi in aria, vengono abilmente sostituiti da piccoli demoni di stoffa marrone imbalsamata, o talvolta da veri e propri spazzacamini che dondolano sospesi a delle corde, fino a quando non scompaiono maestosamente tra le stracci di cui ho parlato. Ma ciò che è davvero tragico è quando le corde si rompono; in quel caso gli spiriti infernali e gli dei immortali cadono, si feriscono e a volte muoiono. Aggiungete a tutto questo i mostri che rendono alcune scene particolarmente patetiche: draghi, lucertole, tartarughe, coccodrilli, grossi rane che si aggirano minacciosamente sul palco, mostrando all’Opera le tentazioni di Sant’Antonio. Ognuna di queste figure è animata da un robusto savoiardo che non ha la minima idea di come comportarsi nel ruolo di mostro.

Voilà, ma cousine, en quoi consiste à peu près l’auguste appareil de l’Opéra, autant que j’ai pu l’observer du parterre à l’aide de ma lorgnette ; car il ne faut pas vous imaginer que ces moyens soient fort cachés et produisent un effet imposant ; je ne vous dis en ceci que ce que j’ai aperçu de moi-même, et ce que peut apercevoir comme moi tout spectateur non préoccupé. On assure pourtant qu’il y a une prodigieuse quantité de machines employées à faire mouvoir tout cela ; on m’a offert plusieurs fois de me les montrer ; mais je n’ai jamais été curieux de voir comment on fait de petites choses avec de grands efforts.

Le nombre des gens occupés au service de l’Opéra est inconcevable. L’orchestre et les choeurs composent ensemble près de cent personnes : il y a des multitudes de danseurs ; tous les rôles sont doubles et triples[99] ; c’est-à-dire qu’il y a toujours un ou deux acteurs subalternes prêts à remplacer l’acteur principal, et payés pour ne rien faire jusqu’à ce qu’il lui plaise de ne plus rien faire à son tour ; ce qui ne tarde jamais beaucoup d’arriver. Après quelques représentations, les premiers acteurs, qui sont d’importants personnages, n’honorent plus le public de leur présence ; ils abandonnent la place à leurs substituts, et aux substituts de leurs substituts. On reçoit toujours le même argent à la porte, mais on ne donne plus le même spectacle. Chacun prend son billet comme à une loterie, sans savoir quel lot il aura : et quel qu’il soit, personne n’oserait se plaindre ; car, afin que vous le sachiez, les nobles membres de cette Académie ne doivent aucun respect au public : c’est le public qui leur en doit.

Je ne vous parlerai point de cette musique ; vous la connaissez. Mais ce dont vous ne sauriez avoir d’idée, ce sont les cris affreux, les longs mugissements dont retentit le théâtre durant la représentation. On voit les actrices, presque en convulsion, arracher avec violence ces glapissements de leurs poumons, les poings fermés contre la poitrine, la tête en arrière, le visage enflammé, les vaisseaux gonflés, l’estomac pantelant : on ne sait lequel est le plus désagréablement affecté, de l’oeil ou de l’oreille ; leurs efforts font autant souffrir ceux qui les regardent, que leurs chants ceux qui les écoutent ; et ce qu’il y a de plus inconcevable est que ces hurlements sont presque la seule chose qu’applaudissent les spectateurs. À leurs battements de mains, on les prendrait pour des sourds charmés de saisir par-ci par-là quelques sons perçants, et qui veulent engager les acteurs à les redoubler. Pour moi, je suis persuadé qu’on applaudit les cris d’une actrice à l’Opéra comme les tours de force d’un bateleur à la foire : la sensation en est déplaisante et pénible, on souffre tandis qu’ils durent ; mais on est si aise de les voir finir sans accident qu’on en marque volontiers sa joie. Concevez que cette manière de chanter est employée pour exprimer ce que Quinault a jamais dit de plus galant et de plus tendre. Imaginez les Muses, les Grâces, les Amours, Vénus même, s’exprimant avec cette délicatesse, et jugez de l’effet ! Pour les diables, passe encore ; cette musique a quelque chose d’infernal qui ne leur messied pas. Aussi les magies, les évocations, et toutes les fêtes du sabbat, sont-elles toujours ce qu’on admire le plus à l’Opéra français.

À ces bons sons, aussi justes qu’ils sont doux, se marient très dignement ceux de l’orchestre. Figurez-vous un charivari sans fin d’instruments sans mélodie, un ronron traînant et perpétuel de basses ; chose la plus lugubre, la plus assommante que j’aie entendue de ma vie, et que je n’ai jamais pu supporter une demi-heure sans gagner un violent mal de tête. Tout cela forme une espèce de psalmodie à laquelle il n’y a pour l’ordinaire ni chant ni mesure. Mais quand par hasard il se trouve quelque air un peu sautillant, c’est un trépignement universel ; vous entendez tout le parterre en mouvement suivre à grand-peine et à grand bruit un certain homme de l’orchestre[100]. Charmés de sentir un moment cette cadence qu’ils sentent si peu, ils se tourmentent l’oreille, la voix, les bras, les pieds, et tout le corps, pour courir après la mesure[101] toujours prête à leur échapper ; au lieu que l’Allemand et l’Italien, qui en sont intimement affectés, la sentent et la suivent sans aucun effort ; et n’ont jamais besoin de la battre. Du moins Regianino m’a-t-il souvent dit que dans les opéras d’Italie où elle est si sensible et si vive, on n’entend, on ne voit jamais dans l’orchestre ni parmi les spectateurs le moindre mouvement qui la marque. Mais tout annonce en ce pays la dureté de l’organe musical ; les voix y sont rudes et sans douceur, les inflexions âpres et fortes, les sons forcés et traînants ; nulle cadence, nul accent mélodieux dans les airs du peuple : les instruments militaires, les fifres de l’infanterie, les trompettes de la cavalerie, tous les cors, tous les hautbois, les chanteurs des rues, les violons des guinguettes, tout cela est d’un faux à choquer l’oreille la moins délicate. Tous les talents ne sont pas donnés aux mêmes hommes ; et en général le Français paraît être de tous les peuples de l’Europe celui qui a le moins d’aptitude à la musique. Milord Édouard prétend que les Anglais en ont aussi peu ; mais la différence est que ceux-ci le savent et ne s’en soucient guère, au lieu que les Français renonceraient à mille justes droits, et passeraient condamnation sur toute autre chose, plutôt que de convenir qu’ils ne sont pas les premiers musiciens du monde. Il y en a même qui regarderaient volontiers la musique à Paris comme une affaire d’état, peut-être parce que c’en fut une à Sparte de couper deux cordes à la lyre de Timothée : à cela vous sentez qu’on n’a rien à dire. Quoi qu’il en soit, l’Opéra de Paris pourrait être une fort belle institution politique, qu’il n’en plairait pas davantage aux gens de goût. Revenons à ma description.

Les ballets, dont il me reste à vous parler, sont la partie la plus brillante de cet Opéra ; et considérés séparément, ils font un spectacle agréable, magnifique, et vraiment théâtral ; mais ils servent comme partie constitutive de la pièce, et c’est en cette qualité qu’il les faut considérer. Vous connaissez les opéras de Quinault ; vous savez comment les divertissements y sont employés : c’est à peu près de même, ou encore pis, chez ses successeurs. Dans chaque acte l’action est ordinairement coupée au moment le plus intéressant par une fête qu’on donne aux acteurs assis, et que le parterre voit debout. Il arrive de là que les personnages de la pièce sont absolument oubliés, ou bien que les spectateurs regardent les acteurs qui regardent autre chose. La manière d’amener ces fêtes est simple : si le prince est joyeux, on prend part à sa joie, et l’on danse ; s’il est triste, on veut l’égayer, et l’on danse. J’ignore si c’est la mode à la cour de donner le bal aux rois quand ils sont de mauvaise humeur : ce que je sais par rapport à ceux-ci, c’est qu’on ne peut trop admirer leur constance stoïque à voir des gavottes ou écouter des chansons, tandis qu’on décide quelquefois derrière le théâtre de leur couronne ou de leur sort. Mais il y a bien d’autres sujets de danse : les plus graves actions de la vie se font en dansant. Les prêtres dansent, les soldats dansent, les dieux dansent, les diables dansent ; on danse jusque dans les enterrements, et tout danse à propos de tout.

La danse est donc le quatrième des beaux-arts employés dans la constitution de la scène lyrique ; mais les trois autres concourent à l’imitation ; et celui-là, qu’imite-t-il ? Rien. Il est donc hors d’oeuvre quand il n’est employé que comme danse : car que font des menuets, des rigodons, des chaconnes, dans une tragédie ? Je dis plus : il n’y serait pas moins déplacé s’il imitait quelque chose, parce que, de toutes les unités, il n’y en a point de plus indispensable que celle du langage ; et un opéra où l’action se passerait moitié en chant, moitié en danse, serait plus ridicule encore que celui où l’on parlerait moitié français, moitié italien.

Here, my cousin, is roughly how the magnificent apparatus of the Opera House works, as far as I was able to observe it from the ground level using my monocle; for you must not imagine that these mechanisms are hidden in some secret place or that they produce some stunning effects. What I tell you is merely what I saw with my own eyes, and what any spectator who is not preoccupied by other matters would be able to see as well. Nevertheless, it is said that an enormous number of machines are used to operate all this machinery; people have offered to show me them on several occasions, but I have never felt the slightest interest in seeing how small things can be accomplished through great effort.

The number of people engaged in serving the Opera is inconceivable. The orchestra and choirs together consist of nearly a hundred people; there are countless dancers; all roles are double or triple[99], which means that there are always one or two understudies ready to replace the main actors, paid to do nothing until it suits the main actors to stop performing themselves—which rarely takes long. After a few performances, the leading actors, who are important figures, no longer grace the audience with their presence; they step aside for their substitutes, and then for the substitutes of those substitutes. At the door, one still receives the same amount of money, but the performance is no longer what it used to be. Everyone buys their ticket as if it were a lottery, not knowing what “lot” they will get; and whatever it is, no one would dare to complain—because, let me make it clear, these noble members of this “Academy” owe no respect to the audience: it is the audience that owes them respect.

I will not speak to you about this music; you are already familiar with it. But what you would surely have no idea about are the terrible screams and long, agonizing howls that fill the theater during performances. You see the actresses, almost in convulsions, forcing these cries out from their chests—fists clenched against their chests, heads thrown back, faces flushed, veins swollen, stomachs heaving. It’s hard to tell whether what is most distressing is the sight or the sound; their efforts cause just as much suffering to those who watch them as their songs cause to those who listen. And what is most inconceivable is that these howls are almost the only thing for which the audience applauds. At their applause, one might think they were deaf, delighted by the occasional piercing sound and encouraging the actors to intensify it further. As for me, I am convinced that people applaud an actress’s screams at the opera just as they admire the stunts of acrobats at a fair—the experience is unpleasant and distressing while it lasts; but once it ends without incident, one is only too happy to show their approval. Imagine if this same style of “singing” were used to express anything so graceful and tender as what Quinault has ever written. Picture the Muses, the Graces, the Amors—even Venus herself—expressing themselves in such delicacy, and judge for yourself what the effect would be! As for devils, well, that kind of music has something inherently infernal about it that suits them well. That’s why magic tricks, spirit invocations, and all the festivities of the Sabbath are always what people admire most at French opera.

To these pleasant sounds, so gentle and yet so just, those of the orchestra join in most dignified fashion. Imagine a endless cacophony of instruments without any melody, a monotonous, perpetual rumble of basses—the most dismal, most soporific sound I have ever heard, something I could never endure for even half an hour without suffering intense headaches. All this together forms a kind of psalmody that usually contains neither singing nor rhythm. But occasionally, when some somewhat lively tune emerges, it causes an universal thrashing of feet; you can hear the entire audience moving around, struggling to keep up with a certain musician in the orchestra[100]. Temporarily captivated by this rhythm that they so rarely experience, they torment their ears, voices, arms, legs—every part of their bodies—in an attempt to catch up with the measure[101], which seems always on the verge of slipping away; whereas the Germans and Italians, who are deeply influenced by it, feel and follow it without any effort at all, never needing to keep time. At least Regianino often told me that in Italian operas, where this rhythm is so pronounced and lively, you can never see or hear the slightest indication of it in the orchestra or among the audience. But everywhere in this country, one can sense the rudeness of musical instruments; the voices are harsh and lacking in warmth, the inflections are rough and forceful, the sounds are strained and dragging—no rhythm, no melodic accent in the folk songs: military instruments, infantry flutes, cavalry trumpets, all sorts of horns, oboes, street singers, the violins at taverns—everything is so false that it shocks even the most delicate ear. Not everyone is gifted in the same way; and generally speaking, the French seem to be among all the peoples of Europe those with the least natural aptitude for music. Lord Edward claims that the English have just as little talent in this regard; but the difference is that they are aware of it and care very little about it, whereas the French would rather give up a thousand legitimate rights and condemn themselves to anything else than admit that they are not the best musicians in the world. Some people might even consider music in Paris to be a matter of state—perhaps because in Sparta, cutting two strings from Timothée’s lyre was considered an act of great importance: in such cases, one knows there is nothing to be said. Anyway, the Paris Opera could be a very useful political institution—if only people with good taste would appreciate it. But let’s get back to my description.

The ballets, of which I have yet to speak to you, constitute the most brilliant part of this opera; considered separately, they offer a pleasant, magnificent, and truly theatrical spectacle. However, in their role as integral components of the overall work, it is in this capacity that they should be viewed. You are familiar with Quinault’s operas; you know how entertainment is integrated into them—roughly the same, or even worse, is true of his successors. In each act, the plot is frequently interrupted at its most exciting moment by a celebration held for the actors, which the spectators in the balcony watch from above. As a result, the characters in the play are completely forgotten, or the audience ends up watching the actors watch something else entirely. The manner in which these celebrations are staged is quite simple: if the prince is happy, everyone joins in his joy and dances; if he is sad, people try to cheer him up—and they dance again. I have no idea whether it is currently the fashion at court to hold balls for kings when they are in a bad mood; what I do know about them is that one cannot help but admire their stoic endurance in enduring such frivolous activities while important decisions regarding their fate are being made behind the scenes of the theater. But there are many other subjects worthy of dance as well—even the most solemn events in life are often celebrated through dance. Priests dance, soldiers dance, gods dance, demons dance; even funerals involve dancing, and everything seems to find its place in a dance.

Dance is thus the fourth of the fine arts employed in the composition of a lyrical stage performance; but the other three arts all strive to achieve imitation. And what does dance imitate? Nothing at all. Therefore, when it is used solely as dance, it remains essentially inactive—what use are minuets, rigodons, or chaconnes in a tragedy? Moreover, even if dance were to attempt to imitate something, it would still be utterly out of place. Among all artistic elements, none is more indispensable than language. An opera in which the action is divided equally between singing and dancing would be even more ridiculous than one in which the dialogue were half in French and half in Italian.

Ecco, mia cugina, in che consiste approssimativamente l’imponente impianto dell’Opera, per quanto io sia riuscito a osservarlo dal palco con il mio binocolo; perché non dovete pensare che questi mezzi siano molto nascosti o che producano un effetto davvero imponente. Vi dico soltanto ciò che ho visto personalmente, e ciò che qualsiasi spettatore non preoccupato può osservare allo stesso modo. Si dice comunque che venga impiegata una quantità enorme di macchinari per far funzionare tutto questo; mi è stato offerto più volte di vederli, ma non ho mai avuto curiosità di scoprire come si possano realizzare piccoli effetti con grandi sforzi.

Il numero delle persone impegnate al servizio dell’Opera è inconcepibile. L’orchestra e i cori comprendono insieme quasi cento persone; ci sono innumerevoli ballerini; tutti i ruoli sono doppi o tripli[99], il che significa che ci sono sempre uno o due attori di riserva pronti a sostituire l’attore principale, e pagati per non fare nulla fino a quando a quest’ultimo non piacerà smettere a sua volta. Il che accade molto spesso. Dopo alcune rappresentazioni, gli attori principali, che sono personaggi importanti, smettono di deliziare il pubblico con la loro presenza; lasciano il posto ai loro sostituti, e ai sostituti dei loro sostituti. Si riceve sempre lo stesso denaro all’ingresso, ma non si offre più lo stesso spettacolo. Ognuno compra il proprio biglietto come se partecipasse a una lotteria, senza sapere quale “lotto” gli toccherà. E qualunque esso sia, nessuno oserebbe lamentarsi; perché, per farvi capire bene, i nobili membri di questa “Accademia” non devono alcun rispetto al pubblico: è il pubblico che ne deve loro uno.

Non parlerò di questa musica; la conoscete già. Ma ciò di cui non potreste avere alcuna idea sono i grida terribili, i lunghi ululati che risuonano nel teatro durante le rappresentazioni. Si vedono le attrici, quasi in convulsione, strappare con violenza questi urli dai loro polmoni: pugni stretti contro il petto, testa all’indietro, viso infiammato, vene gonfie, stomaco che si solleva ansimando. Non si sa quale parte del corpo soffra di più: l’occhio o l’orecchio. Gli sforzi che fanno causano altrettanto dolore a chi le guarda quanto i loro canti a chi le ascolta. E la cosa più incomprensibile è che questi urli sono quasi l’unica cosa per cui gli spettatori applaudiscono. Ai loro battiti di mani, si potrebbero scambiare per persone sorde, incantate dal sentire occasionalmente alcuni suoni acuti, e desiderose che le attrici li ripetano ancora. Per quanto mi riguarda, sono convinto che alle rappresentazioni dell’Opera si applaudiscano i grida delle attrici proprio come, alle feste di mercato, si ammirano gli esercizi acrobatici dei giocolieri: la sensazione è sgradevole e penosa; si soffre mentre durano. Ma è così confortante vederli finire senza incidenti che si esprime volentieri gioia per questo. Immaginate ora che questo modo di “cantare” venga utilizzato per esprimere ciò che Quinault abbia mai detto di più galante e tenero. Pensate alle Muse, alle Grazie, agli Amori, persino a Venere stessa, che si esprimono con tale delicatezza. E giudicate l’effetto! Per quanto riguarda i demoni, beh, questa musica ha qualcosa di infernale che loro stesso apprezzano. Perciò le magie, le evocazioni e tutte le celebrazioni del sabato sono sempre ciò che si ammira di più all’Opera francese.

A questi suoni gradevoli e armoniosi si uniscono in modo molto dignitoso anche i suoni dell’orchestra. Immaginate un insieme infinito di strumenti privi di melodia, un ronzio continuo e monotono delle basse. La cosa più lugubre e soporifera che abbia mai sentito in vita mia; non sono mai riuscito a sopportarla nemmeno per mezz’ora senza che mi venisse una terribile emicrania. Tutto ciò forma una sorta di “psalmo” che di solito non presenta né canto né ritmo preciso. Ma quando, per caso, compare un motivo un po’ più vivace, si scatena un movimento generale; si sente l’intero pubblico muoversi disordinatamente, cercando invano di seguire il ritmo stabilito da uno degli strumentisti dell’orchestra. I francesi, affascinati per un momento da questo ritmo che normalmente non percepiscono quasi, si tormentano orecchie, voci, braccia, piedi, tutto il corpo, nel tentativo di seguirlo; mentre gli italiani e i tedeschi lo percepiscono naturalmente senza alcuno sforzo, senza nemmeno aver bisogno di scandirlo. Almeno Regianino mi ha spesso detto che nelle opere italiane, dove questo ritmo è così evidente e vivace, non si nota mai nel pubblico o nell’orchestra il minimo movimento che lo accompagni. Ma in questo paese tutto indica la durezza dello strumento musicale: le voci sono ruvide e prive di dolcezza, le inflessioni aspre e forti, i suoni forzati e monotoni. Nessun ritmo, nessun accento melodioso nei canti popolari; gli strumenti militari, le flaute dell’infanteria, le trombe della cavalleria, tutto è di una qualità così scadente da offendere l’orecchio più delicato. Non tutti hanno lo stesso talento per la musica; in generale, il francese sembra essere tra i popoli europei quello che ha meno predisposizione per essa. Milord Edward sostiene che anche gli inglesi ne siano privi. Ma la differenza è che loro lo sanno e non se ne curano molto, mentre i francesi rinuncerebbero a mille diritti legittimi pur di non ammettere di non essere i migliori musicisti del mondo. Ci sono persino persone che considererebbero la musica a Parigi una questione di stato. Forse perché a Sparta tagliare due corde alla lira di Timoteo era considerato un atto importante. A questo punto, non c’è nulla da dire. Comunque sia, l’Opera di Parigi potrebbe rappresentare un’ottima istituzione politica, anche se non piacerebbe affatto alle persone dal gusto raffinato. Torniamo alla mia descrizione.

I balletti, di cui mi resta ancora da parlarvi, rappresentano la parte più brillante di quest’opera; considerati separatamente, costituiscono uno spettacolo piacevole, magnifico e davvero teatrale; ma in quanto parte integrante dell’intera opera, è proprio in questa veste che devono essere considerati. Conoscete gli opere di Quinault; sapete come i divertimenti siano utilizzati al loro interno: pressoché lo stesso, o addirittura peggio, avviene nei lavori dei suoi successori. In ogni atto, l’azione viene solitamente interrotta nel momento più interessante da una festa organizzata per gli attori seduti, mentre il pubblico rimane in piedi. Di conseguenza, i personaggi dell’opera vengono completamente dimenticati, oppure gli spettatori osservano gli attori che, a loro volta, guardano altrove. Il modo in cui queste feste vengono organizzate è molto semplice: se il principe è felice, tutti partecipano alla sua gioia danzando; se è triste, si cerca di rallegrarlo sempre con la danza. Non so se sia una moda alla corte offrire balli ai re quando sono di cattivo umore. Quello che so riguardo a loro è che non si può fare abbastanza ammirazione per la loro stoica sopportazione nel dover assistere a danze frivole o ascoltare canzoni, mentre spesso, dietro le quinte del teatro, viene deciso il loro destino. Ma ci sono molti altri motivi per ballare: anche le azioni più serie della vita si svolgono attraverso la danza. I preti danzano, i soldati danzano, gli dèi danzano, i diavoli danzano; si danza persino ai funerali. E tutto, in definitiva, ha a che fare con la danza.

La danza è quindi la quarta delle arti belle utilizzate nella composizione della scena lirica; ma le altre tre si dedicano all’imitazione; e questa, cosa imita? Niente. Pertanto, quando viene utilizzata esclusivamente come danza, rimane inutilizzata: che senso hanno i menuetti, i rigodoni, le chaconne in una tragedia? Dico di più: non sarebbe meno fuori luogo nemmeno se imitasse qualcosa, perché, tra tutte le unità possibili, nessuna è più indispensabile della lingua; e un’opera in cui l’azione si svolgesse metà cantando e metà danzando sarebbe ancora più ridicola di quella in cui si parlasse metà francese e metà italiano.

Non contents d’introduire la danse comme partie essentielle de la scène lyrique, ils se sont même efforcés d’en faire quelquefois le sujet principal, et ils ont des opéras appelés ballets qui remplissent si mal leur titre, que la danse n’y est pas moins déplacée que dans tous les autres. La plupart de ces ballets forment autant de sujets séparés que d’actes, et ces sujets sont liés entre eux par de certaines relations métaphysiques dont le spectateur ne se douterait jamais si l’auteur n’avait soin de l’en avertir dans un prologue. Les saisons, les âges, les sens, les éléments ; je demande quel rapport ont tous ces titres à la danse, et ce qu’ils peuvent offrir de ce genre à l’imagination. Quelques-uns même sont purement allégoriques, comme le carnaval et la folie ; et ce sont les plus insupportables de tous, parce que, avec beaucoup d’esprit et de finesse, ils n’ont ni sentiments, ni tableaux, ni situations, ni chaleur, ni intérêt, ni rien de tout ce qui peut donner prise à la musique, flatter le coeur, et nourrir l’illusion. Dans ces prétendus ballets l’action se passe toujours en chant, la danse interrompt toujours l’action, ou ne s’y trouve que par occasion, et n’imite rien. Tout ce qu’il arrive, c’est que ces ballets ayant encore moins d’intérêt que les tragédies, cette interruption y est moins remarquée ; s’ils étaient moins froids, on en serait plus choqué : mais un défaut couvre l’autre, et l’art des auteurs pour empêcher que la danse ne lasse, c’est de faire en sorte que la pièce ennuie.

Ceci me mène insensiblement à des recherches sur la véritable constitution du drame lyrique, trop étendues pour entrer dans cette lettre, et qui me jetteraient loin de mon sujet : j’en ai fait une petite dissertation à part que vous trouverez ci-jointe[102], et dont vous pourrez causer avec Regianino. Il me reste à vous dire sur l’Opéra français que le plus grand défaut que j’y crois remarquer est un faux goût de magnificence, par lequel on a voulu mettre en représentation le merveilleux, qui, n’étant fait que pour être imaginé, est aussi bien placé dans un poème épique que ridiculement sur un théâtre. J’aurais eu peine à croire, si je ne l’avais vu, qu’il se trouvât des artistes assez imbéciles pour vouloir imiter le char du soleil, et des spectateurs assez enfants pour aller voir cette imitation. La Bruyère ne concevait pas comment un spectacle aussi superbe que l’Opéra pouvait l’ennuyer à si grands frais. Je le conçois bien, moi, qui ne suis pas un La Bruyère ; et je soutiens que, pour tout homme qui n’est pas dépourvu du goût des beaux-arts, la musique française, la danse et le merveilleux mêlés ensemble, feront toujours de l’Opéra de Paris le plus ennuyeux spectacle qui puisse exister. Après tout, peut-être n’en faut-il pas aux Français de plus parfaits, au moins quant à l’exécution : non qu’ils ne soient très en état de connaître la bonne, mais parce qu’en ceci le mal les amuse plus que le bien. Ils aiment mieux railler qu’applaudir ; le plaisir de la critique les dédommage de l’ennui du spectacle ; et il leur est plus agréable de s’en moquer, quand ils n’y sont plus, que de s’y plaire tandis qu’ils y sont.

Lettre XXV – De Saint-Preux à Julie

Il faut, chère Julie, que je te parle encore de ton portrait ; non plus dans ce premier enchantement auquel tu fus si sensible, mais au contraire avec le regret d’un homme abusé par un faux espoir, et que rien ne peut dédommager de ce qu’il a perdu. Ton portrait a de la grâce et de la beauté, même de la tienne ; il est assez ressemblant, et peint par un habile homme ; mais pour en être content, il faudrait ne te pas connaître.

La première chose que je lui reproche est de te ressembler et de n’être pas toi, d’avoir ta figure et d’être insensible. Vainement le peintre a cru rendre exactement tes yeux et tes traits ; il n’a point rendu ce doux sentiment qui les vivifie, et sans lequel, tout charmants qu’ils sont, ils ne seraient rien. C’est dans ton coeur, ma Julie, qu’est le fard de ton visage, et celui-là ne s’imite point. Ceci tient, je l’avoue, à l’insuffisance de l’art ; mais c’est au moins la faute de l’artiste de n’avoir pas été exact en tout ce qui dépendait de lui. Par exemple, il a placé la racine des cheveux trop loin des tempes, ce qui donne au front un contour moins agréable, et moins de finesse au regard. Il a oublié les rameaux de pourpre que font à cet endroit deux ou trois petites veines sous la peau, à peu près comme dans ces fleurs d’iris que nous considérions un jour au jardin de Clarens. Le coloris des joues est trop près des yeux, et ne se fond pas délicieusement en couleur de rose vers le bas du visage comme sur le modèle ; on dirait que c’est du rouge artificiel plaqué comme le carmin des femmes de ce pays. Ce défaut n’est pas peu de chose, car il te rend l’oeil moins doux et l’air plus hardi.

Mais, dis-moi, qu’a-t-il fait de ces nichées d’amours qui se cachent aux deux coins de ta bouche, et que dans mes jours fortunés j’osais réchauffer quelquefois de la mienne ? Il n’a point donné leur grâce à ces coins, il n’a pas mis à cette bouche ce tour agréable et sérieux qui change tout à coup à ton moindre sourire, et porte au coeur je ne sais quel enchantement inconnu, je ne sais quel soudain ravissement que rien ne peut exprimer. Il est vrai que ton portrait ne peut passer du sérieux au sourire. Ah ! c’est précisément de quoi je me plains : pour pouvoir exprimer tous tes charmes, il faudrait te peindre dans tous les instants de ta vie.

Passons au peintre d’avoir omis quelques beautés ; mais en quoi il n’a pas fait moins de tort à ton visage, c’est d’avoir omis les défauts. Il n’a point fait cette tache presque imperceptible que tu as sous l’oeil droit, ni celle qui est au cou du côté gauche. Il n’a point mis… ô dieux ! cet homme était-il de bronze ?… il a oublié la petite cicatrice qui t’est restée sous la lèvre. Il t’a fait les cheveux et les sourcils de la même couleur, ce qui n’est pas : les sourcils sont plus châtains, et les cheveux plus cendrés :

Bionda testa, occhi azurri, e bruno ciglio.[103]

Il a fait le bas du visage exactement ovale ; il n’a pas remarqué cette légère sinuosité qui, séparant le menton des joues, rend leur contour moins régulier et plus gracieux. Voilà les défauts les plus sensibles. Il en a omis beaucoup d’autres, et je lui en sais fort mauvais gré ; car ce n’est pas seulement de tes beautés que je suis amoureux, mais de toi tout entière telle que tu es. Si tu ne veux pas que le pinceau te prête rien, moi, je ne veux pas qu’il t’ôte rien ; et mon coeur se soucie aussi peu des attraits que tu n’as pas, qu’il est jaloux de ce qui tient leur place.

Quant à l’ajustement, je le passerai d’autant moins que, parée ou négligée, je t’ai toujours vue mise avec beaucoup plus de goût que tu ne l’es dans ton portrait. La coiffure est trop chargée : on me dira qu’il n’y a que des fleurs ; eh bien ! ces fleurs sont de trop. Te souviens-tu de ce bal où tu portais ton habit à la valaisane, et où ta cousine dit que je dansais en philosophe ? Tu n’avais pour toute coiffure qu’une longue tresse de tes cheveux roulée autour de ta tête et rattachée avec une aiguille d’or, à la manière des villageoises de Berne. Non, le soleil orné de tous ses rayons n’a pas l’éclat dont tu frappais les yeux et les coeurs, et sûrement quiconque te vit ce jour-là ne t’oubliera de sa vie. C’est ainsi, ma Julie, que tu dois être coiffée ; c’est l’or de tes cheveux qui doit parer ton visage, et non cette rose qui les cache et que ton teint flétrit. Dis à la cousine, car je reconnais ses soins et son choix, que ces fleurs dont elle a couvert et profané ta chevelure ne sont pas de meilleur goût que celles qu’elle recueille dans l’Adone[104], et qu’on peut leur passer de suppléer à la beauté, mais non de la cacher.

Not content with introducing dance as an essential element of the lyric stage, they even went so far as to sometimes make it the main subject of their works. They produced operas called “ballets,” which, despite their title, are utterly inadequate in this regard—dance is just as out of place in them as in all other opera forms. Most of these ballets consist of separate segments corresponding to different acts, and these segments are linked together by various metaphysical relationships that the audience would never even suspect if the composer did not take the trouble to explain them in a prologue. Themes like the seasons, ages, senses, or elements—what connection do they really have with dance? What can such themes offer to the imagination? Some of these ballets are purely allegorical, like “Carnival” and “Folness”; and these are perhaps the most unbearable of all, because despite their cleverness and sophistication, they lack any genuine emotions, vivid imagery, compelling plots, warmth, interest, or anything that could engage the music, please the heart, or nourish the imagination. In these so-called ballets, the action always takes place while singing; dance merely interrupts the action occasionally or is used in a superficial way without truly serving any purpose. The result is that these ballets, being even less interesting than tragedies, have less noticeable interruptions due to their lack of substance; were they less dull, they would be even more offensive. But one flaw covers up another, and the composers’ main strategy to prevent dance from becoming boring is simply to make the whole piece itself tedious.

This leads me, imperceptibly, to conduct research into the true nature of lyric drama—a subject so extensive that it cannot be covered within this letter, and which would also take me far away from my main topic. I have written a short essay on this subject, which you will find attached here[102], and you may discuss it with Regianino. As for French opera, the greatest flaw that I believe exists in it is a false taste for grandeur; people have tried to represent something truly wonderful on stage, but since such wonders are meant solely for imagination, they would be just as suitable in an epic poem as they would be ridiculous on a theater stage. I could hardly have believed it, if I had not seen it with my own eyes, that there would be artists foolish enough to attempt to imitate the sun’s chariot, and spectators naive enough to go and watch such an imitation. La Bruyère could never understand how someone could find such a magnificent spectacle as opera so tedious at such great expense. But I, who am not La Bruyère, can certainly see it; and I assert that for anyone who possesses even a basic appreciation for the arts, French opera—with its combination of music, dance, and fantastical elements—will always be the most boring form of entertainment imaginable. After all, perhaps the French do not need anything more perfect, at least in terms of performance: it’s not that they are unable to achieve excellence, but rather because they find fault with things far more than they appreciate them. They prefer to criticize than to applaud; the pleasure of criticism compensates for the boredom of the spectacle, and it satisfies them more to mock it after it has ended than to enjoy it while it is happening.

Letter XXV – From Saint-Preux to Julie

My dear Julie, I must speak to you again about your portrait; not in that initial state of enchantment you were so susceptible to, but rather with the regret of a man who has been deceived by false hope and for whom nothing can compensate for what he has lost. Your portrait possesses grace and beauty—even some of yours own—it is quite likenessful, and painted by an skilled artist; yet to be truly satisfied with it, one would have to never have known you.

The first thing I reproach him for is that he resembles you yet is not you—in fact, he has your face but lacks your sensitivity. In vain did the painter try to capture exactly your eyes and features; he failed to convey that tender quality which gives them life, without which, as charming as they might be, they would mean nothing at all. It is in your heart, my Julie, that the true “makeup” of your face lies—something that cannot be imitated. I admit that this reflects the limitations of art; but at least it is the artist’s fault for not having been precise in everything that was within his control. For example, he placed the roots of your hair too far from your temples, which gives your forehead a less pleasing shape and reduces the delicacy of your gaze. He also overlooked those purple veins that appear in this area beneath the skin—just like on those iris flowers we once observed in the garden at Clarens. The coloring of your cheeks is too close to your eyes; it does not blend smoothly into a rose hue towards the lower part of your face, as it does on the original model. It looks more like artificial rouge, like the kind worn by women in this region. This flaw is far from insignificant; it makes your eyes seem less gentle and your expression more resolute.

But tell me, what has he done to those corners of your mouth where love hides itself, and which in my fortunate days I once dared to warm with mine own kisses? He has not bestowed any grace upon those corners; he has not given that pleasant, serious quality to your lips that transforms them entirely with the slightest smile of yours, bringing to the heart some unknown enchantment, some sudden joy that nothing can express. It is true that your portrait cannot shift from a serious expression to a smile. Ah! That is precisely what I complain about: to capture all your charms, one would need to paint you in every moment of your life.

Let us pass over the fact that the painter omitted certain beauties; but in what way did he do less harm to your face than by omitting those flaws? He failed to depict that almost imperceptible spot beneath your right eye, nor the one on the left side of your neck. He also forgot, oh gods! Was this man made of bronze?! He neglected to include that small scar that remains under your lower lip. Moreover, he painted your hair and eyebrows the same color, when in reality they are not: your eyebrows are darker brown, and your hair is more ash-colored.

Blond hair, blue eyes, and a brown eyebrow.[103]

He had made the lower part of her face perfectly oval; he failed to notice that slight curve which, separating the chin from the cheeks, gave their contours a less regular yet more graceful shape. These were the most noticeable flaws. He overlooked many others, and for this I hold him deeply accountable—for it is not only your beauties that I love, but you as a whole, just as you are. If you do not want the paintbrush to add anything to you, then I refuse to let it take anything away; my heart cares little for the qualities you lack; rather, it is jealous of everything that takes their place.

As for the hairstyle, I will certainly not alter it, for whether dressed formally or casually, I have always seen you adorned with far more taste than you display in that portrait of yours. Your hairdo is too elaborate; some might say it’s just full of flowers—but those flowers are indeed excessive. Do you remember that ball where you wore your Valaisan dress, and how your cousin said I danced like a philosopher? Your only hairstyle was a long braid of your hair wrapped around your head and secured with a golden needle, just like the villagers of Bern do. No, not even the sun, adorned with all its rays, possesses the brilliance you radiated that day—everyone who saw you will surely never forget you. That is how you should dress, my Julie: it is the gold of your hair that should adorn your face, not that rose which hides it and makes your complexion look dull. Tell your cousin, for I recognize her efforts and taste—that these flowers with which she has covered and profaned your hair are no more tasteful than those she gathers from the Adone[104]; they may perhaps compensate for some lack of beauty, but they certainly cannot hide it.

Non contenti di introdurre la danza come parte essenziale della scena lirica, si sono persino sforzati talvolta di farne il soggetto principale; esistono opere chiamate “balletti” che, nonostante il loro nome, non hanno affatto a che fare con la danza: essa vi è presente in modo altrettanto fuori luogo che in tutte le altre opere del genere. La maggior parte di questi balletti presenta tanti soggetti separati quante sono gli atti, e questi soggetti sono collegati tra loro da relazioni metafisiche di cui lo spettatore non si accorgerebbe mai se l’autore non facesse in modo di avvertirlo nel prologo. Le stagioni, le età, i sensi, gli elementi. Che rapporto hanno tutti questi titoli con la danza? E cosa possono offrire a questo genere artistico all’immaginazione dello spettatore? Alcuni di questi balletti sono addirittura puramente allegorici, come “il carnevale” o “la follia”; e questi sono i più insopportabili di tutti, perché, nonostante siano ricchi di ingegno e finezza, non contengono sentimenti, scene, situazioni, calore, interesse, né nulla di ciò che possa catturare l’attenzione dell’ascoltatore, compiacere il cuore o alimentare l’illusione. In questi cosiddetti balletti, l’azione si svolge sempre cantando; la danza interrompe costantemente l’azione, oppure vi compare solo occasionalmente, senza mai imitare nulla di concreto. Tutto ciò che accade in queste opere è che, avendo ancora meno interesse delle tragedie, questa caratteristica viene meno notata dal pubblico; se fossero meno “freddi” nel loro contenuto, susciterebbero maggiore disgusto. Ma un difetto compensa l’altro: l’abilità degli autori nel far sì che la danza non annoi lo spettatore consiste proprio nel rendere l’intera opera noiosa.

Questo mi conduce, in modo insensibile, a ricerche sulla vera natura del dramma lirico; ricerche troppo ampie per essere incluse in questa lettera e che mi allontanerebbero molto dal mio argomento principale. Ne ho scritto una breve dissertazione che trovate allegata[102], e di cui potrete discutere con Regianino. Per quanto riguarda l’Opera francese, il più grande difetto che vi vedo è un falso gusto per la magnificenza: si è cercato di rappresentare ciò che è meraviglioso, ma poiché tale meraviglia esiste soltanto nell’immaginazione, essa trova il suo posto altrettanto bene in un poema epico che ridicolmente sul teatro. Avrei faticato a credere, se non l’avessi visto con i miei occhi, che esistessero artisti abbastanza sciocchi da voler imitare il carro del sole, e spettatori abbastanza infantili da andare ad assistere a tale imitazione. La Bruyère non riusciva a capire come uno spettacolo così splendido come l’Opera potesse annoiarlo a tali costi. Io invece lo capisco benissimo, poiché non sono un La Bruyère; e sostengo che, per qualsiasi persona dotata di gusto per le belle arti, la musica francese, la danza e tutto ciò che è meraviglioso, mescolati insieme, rendano sempre l’Opera di Parigi lo spettacolo più noioso che esista. Dopotutto, forse i francesi non hanno bisogno di nulla di più perfetto, almeno per quanto riguarda l’esecuzione: non è che non siano in grado di apprezzare ciò che è davvero buono, ma perché in questo campo il cattivo li diverte più del buono. Preferiscono deridere piuttosto che applaudire; il piacere della critica compensa loro la noia dello spettacolo. E per loro è più gradito prendersi gioco di esso quando non ci sono più, che goderselo mentre vi partecipano.

Lettera XXV – Da Saint-Preux a Julie

Caro Julie, devo parlarti ancora del tuo ritratto; non più con quell’entusiasmo iniziale che hai mostrato, ma piuttosto con il rimpianto di un uomo ingannato da una falsa speranza, per cui nulla può compensare ciò che ha perso. Il tuo ritratto possiede grazia e bellezza, persino la tua stessa bellezza; assomiglia abbastanza a te ed è stato dipinto da un artista abile. Ma per esserne veramente soddisfatto, sarebbe necessario non conoscerti affatto.

La prima cosa che gli rimprovero è di assomigliarti e allo stesso tempo non essere te: ha il tuo viso, ma è insensibile. Inutilmente il pittore ha cercato di riprodurre con precisione i tuoi occhi e i tuoi tratti; non è riuscito però a catturare quel dolce sentimento che li rende vividi, e senza di esso, per quanto affascinanti possano essere, non sarebbero nulla. È nel tuo cuore, mia Julie, che risiede il vero “trucco” del tuo viso. E questo trucco non può essere imitato. Ammetto che ciò dipenda dall’insufficienza dell’arte; ma è comunque colpa dell’artista non essere stato preciso in tutto ciò che spettava a lui. Ad esempio, ha posizionato la radice dei capelli troppo lontano dalle tempie, il che dà al fronte un contorno meno gradevole e riduce la finezza dello sguardo. Ha anche dimenticato di rappresentare quei piccoli rami violacei creati da due o tre vene sotto la pelle in quel punto. Proprio come nelle fioriture di iris che un giorno abbiamo osservato nel giardino di Clarens. Il colore delle guance è troppo vicino agli occhi, e non si fonde delicatamente in tonalità rosa verso il basso del viso, come avviene sul modello originale; sembra quasi rosso artificiale, simile al carminio che le donne di questo paese usano. Questo difetto non è affatto trascurabile. Perché rende il tuo sguardo meno dolce e l’espressione del viso più decisa.

Ma dimmi, che ne ha fatto di quelle “nidi d’amore” nascosti in due angoli della tua bocca, che nei miei giorni fortunati osavo talvolta riscaldare con il mio respiro? Non ha donato loro grazia, non ha conferito a quella bocca quel fascino piacevole e serio che, con ogni tuo sorriso, trasforma tutto all’improvviso, portando al cuore un incanto sconosciuto, una gioia improvvisa che nulla può esprimere. È vero: il tuo ritratto non riesce a passare dallo stato di serietà a quello di sorriso. Ah! Ed è proprio questo ciò di cui mi lamento: per poter esprimere tutti i tuoi incanti, sarebbe necessario dipingerti in ogni momento della tua vita.

Passiamo ora al pittore: ha forse omesso alcune bellezze del tuo viso; ma ciò che ha commesso è stato altrettanto grave, se non di più: ha ignorato anche i difetti. Non ha raffigurato quella macchia quasi impercettibile che hai sotto l’occhio destro, né quella sul collo dal lato sinistro. Oh, dèi! Quell’uomo era forse di bronzo? Ha dimenticato anche la piccola cicatrice che ti è rimasta sotto il labbro. Ti ha dipinto i capelli e le sopracciglia dello stesso colore, ma non è così: le sopracciglia sono più scure, i capelli più cenerei.

Capelli biondi, occhi azzurri e una folta ciglia scura.[103]

Ha disegnato la parte inferiore del viso in forma esattamente ovale; non ha notato quella leggera curvatura che, separando il mento dalle guance, rende i loro contorni meno regolari e più graziosi. Questi sono i difetti più evidenti. Ne ha tralasciati molti altri, e ne sono molto arrabbiata con lui; perché non sono innamorato solo delle tue bellezze, ma di te intera, così come sei. Se non vuoi che il pennello ti dia nulla, allora io non voglio che ti tolga nulla. E il mio cuore si preoccupa molto meno degli attributi che non possiedi, di quanto sia geloso di ciò che ne occupa il posto.

Per quanto riguarda l’acconciatura, la eviterò ancora di più, visto che, sia vestita con eleganza che trascurata, ti ho sempre vista abbigliata con molto più gusto di quanto lo sei nel tuo ritratto. I capelli sono troppo adornati: si dirà che ci siano solo fiori. Ebbene, questi fiori sono eccessivi. Ti ricordi di quella festa in cui indossavi il tuo abito alla valaisana, e tua cugina disse che ballavo come una “filosofa”? Non avevi altro ornamento sui capelli se non una lunga treccia avvolta intorno alla testa e fissata con un ago d’oro, proprio come fanno le contadine di Berna. No. Nemmeno il sole, adornato da tutti i suoi raggi, ha lo splendore che tu emanavi; sicuramente chiunque ti abbia vista quel giorno non te lo dimenticherà mai più. È così, mia Julie, che devi essere acconciata: è l’oro dei tuoi capelli che deve adornare il tuo viso, e non questo fiore che li nasconde e che rovina il tuo incarnato. Diglielo a tua cugina. Poiché riconosco i suoi sforzi e la sua scelta, queste fiori con cui ha decorato e profanato i tuoi capelli non sono certo più eleganti di quelli che raccoglie nell’“Adone”[104]; si possono tollerare come ornamenti, ma non certo per nascondere la vera bellezza.

À l’égard du buste, il est singulier qu’un amant soit là-dessus plus sévère qu’un père ; mais en effet je ne t’y trouve pas vêtue avec assez de soin. Le portrait de Julie doit être modeste comme elle. Amour ! ces secrets n’appartiennent qu’à toi. Tu dis que le peintre a tout tiré de son imagination. Je le crois, je le crois ! Ah ! s’il eût aperçu le moindre de ces charmes voilés, ses yeux l’eussent dévoré, mais sa main n’eût point tenté de les peindre ; pourquoi faut-il que son art téméraire ait tenté de les imaginer ? Ce n’est pas seulement un défaut de bienséance, je soutiens que c’est encore un défaut de goût. Oui, ton visage est trop chaste pour supporter le désordre de ton sein ; on voit que l’un de ces deux objets doit empêcher l’autre de paraître ; il n’y a que le délire de l’amour qui puisse les accorder ; et quand sa main ardente ose dévoiler celui que la pudeur couvre, l’ivresse et le trouble de tes yeux dit alors que tu l’oublies, et non que tu l’exposes.

Voilà la critique qu’une attention continuelle m’a fait faire de ton portrait. J’ai conçu là-dessus le dessein de le reformer selon mes idées. Je les ai communiquées à un peintre habile ; et, sur ce qu’il a déjà fait, j’espère te voir bientôt plus semblable à toi-même. De peur de gâter le portrait, nous essayons les changements sur une copie que je lui en ai fait faire, et il ne les transporte sur l’original que quand nous sommes bien sûrs de leur effet. Quoique je dessine assez médiocrement, cet artiste ne peut se lasser d’admirer la subtilité de mes observations ; il ne comprend pas combien celui qui me les dicte est un maître plus savant que lui. Je lui parais aussi quelquefois fort bizarre : il dit que je suis le premier amant qui s’avise de cacher des objets qu’on n’expose jamais assez au gré des autres ; et quand je lui réponds que c’est pour mieux te voir tout entière que je t’habille avec tant de soin, il me regarde comme un fou. Ah ! que ton portrait serait bien plus touchant, si je pouvais inventer des moyens d’y montrer ton âme avec ton visage, et d’y peindre à la fois ta modestie et tes attraits ! Je te jure, ma Julie, qu’ils gagneront beaucoup à cette réforme. On n’y voyait que ceux qu’avait supposés le peintre, et le spectateur ému les supposera tels qu’ils sont. Je ne sais quel enchantement secret règne dans ta personne ; mais tout ce qui la touche semble y participer ; il ne faut qu’apercevoir un coin de ta robe pour adorer celle qui la porte. On sent, en regardant ton ajustement, que c’est partout le voile des grâces qui couvre la beauté ; et le goût de ta modeste parure semble annoncer au coeur tous les charmes qu’elle recèle.

Lettre XXVI – De Saint-Preux à Julie

Julie, ô Julie ! ô toi qu’un temps j’osais appeler mienne, et dont je profane aujourd’hui le nom ! la plume échappe à ma main tremblante ; mes larmes inondent le papier ; j’ai peine à former les premiers traits d’une lettre qu’il ne fallait jamais écrire ; je ne puis ni me taire ni parler. Viens, honorable et chère image, viens épurer et raffermir un coeur avili par la honte et brisé par le repentir. Soutiens mon courage qui s’éteint ; donne à mes remords la force d’avouer le crime involontaire que ton absence m’a laissé commettre.

Que tu vas avoir de mépris pour un coupable, mais bien moins que je n’en ai moi-même. Quelque abject que j’aille être à tes yeux, je le suis cent fois plus aux miens propres ; car, en me voyant tel que je suis, ce qui m’humilie le plus encore, c’est de te voir, de te sentir au fond de mon coeur, dans un lieu désormais si peu digne de toi, et de songer que le souvenir des plus vrais plaisirs de l’amour n’a pu garantir mes sens d’un piège sans appas et d’un crime sans charmes.

Tel est l’excès de ma confusion, qu’en recourant à ta clémence je crains même de souiller tes regards sur ces lignes par l’aveu de mon forfait. Pardonne, âme pure et chaste, un récit que j’épargnerais à ta modestie, s’il n’était un moyen d’expier mes égarements. Je suis indigne, de tes bontés, je le sais ; je suis vil, bas, méprisable ; mais au moins je ne serai ni faux ni trompeur, et j’aime mieux que tu m’ôtes ton coeur et la vie que de t’abuser un seul moment. De peur d’être tenté de chercher des excuses qui ne me rendraient que plus criminel, je me bornerai à te faire un détail exact de ce qui m’est arrivé. Il sera aussi sincère que mon regret ; c’est tout ce que je me permettrai de dire en ma faveur.

J’avais fait connaissance avec quelques officiers aux gardes et autres jeunes gens de nos compatriotes, auxquels je trouvais un mérite naturel, que j’avais regret de voir gâter par l’imitation de je ne sais quels faux airs qui ne sont pas faits pour eux. Ils se moquaient à leur tour de me voir conserver dans Paris la simplicité des antiques moeurs helvétiques. Ils prirent mes maximes et mes manières pour des leçons indirectes dont ils furent choqués, et résolurent de me faire changer de ton à quelque prix que ce fût. Après plusieurs tentatives qui ne réussirent point, ils en firent une mieux concertée qui n’eut que trop de succès. Hier matin ils vinrent me proposer d’aller souper chez la femme d’un colonel, qu’ils me nommèrent, et qui, sur le bruit de ma sagesse, avait, disaient-ils, envie de faire connaissance avec moi.

Assez sot pour donner dans ce persiflage, je leur représentai qu’il serait mieux d’aller premièrement lui faire visite ; mais ils se moquèrent de mon scrupule, me disant que la franchise suisse ne comportait pas tant de façons, et que ces manières cérémonieuses ne serviraient qu’à lui donner mauvaise opinion de moi. À neuf heures nous nous rendîmes donc chez la dame. Elle vint nous recevoir sur l’escalier, ce que je n’avais encore observé nulle part. En entrant je vis à des bras de cheminées de vieilles bougies qu’on venait d’allumer, et partout, un certain air d’apprêt qui ne me plut point. La maîtresse de la maison me parut jolie, quoique un peu passée ; d’autres femmes à peu près du même âge et d’une semblable figure étaient avec elle ; leur parure, assez brillante, avait plus d’éclat que de goût ; mais j’ai déjà remarqué que c’est un point sur lequel on ne peut guère juger en ce pays de l’état d’une femme.

Les premiers compliments se passèrent à peu près comme partout ; l’usage du monde apprend à les abréger ou à les tourner vers l’enjouement avant qu’ils ennuient. Il n’en fut pas tout à fait de même sitôt que la conversation devint générale et sérieuse. Je crus trouver à ces dames un air contraint et gêné, comme si ce ton ne leur eût pas été familier ; et, pour la première fois depuis que j’étais à Paris, je vis des femmes embarrassées à soutenir un entretien raisonnable. Pour trouver une matière aisée, elles se jetèrent sur leurs affaires de famille ; et comme je n’en connaissais pas une, chacune dit de la sienne ce qu’elle voulut. Jamais je n’avais tant ouï parler de M. le colonel ; ce qui m’étonnait dans un pays où l’usage est d’appeler les gens par leurs noms plus que par leurs titres, et où ceux qui ont celui-là en portent ordinairement d’autres.

As for that bust, it is peculiar that a lover should be more critical in this regard than a father; indeed, I see that you are not dressed with sufficient care in it. The portrait of Julie must be modest, just like her. Love! Such secrets belong only to you. You say that the painter drew everything from his imagination. I believe it, I truly believe it! Ah! If he had caught even a glimpse of these concealed charms, his eyes would have devoured them all, but his hand would never have dared to paint them; why then must his presumptuous art have tried to imagine them? This is not merely a lack of propriety—it is also a lack of taste. Yes, your face is too chaste to bear the disorder of your chest; it is clear that one of these two aspects must prevent the other from being revealed; only the delirium of love can bring them together. And when his passionate hand dares to uncover what modesty hides, the drunkenness and confusion in your eyes tell us that you are forgetting, not revealing.

Here is the critique that constant attention has led me to make of your portrait. Based on this, I have decided to reform it according to my own ideas. I shared them with a skilled painter; and based on what he has already done, I hope to see you soon looking more like yourself. To avoid damaging the original portrait, we are experimenting with these changes on a copy that I had made for him, and he only applies them to the original when we are fully confident in their effect. Although my drawing skills are rather mediocre, this artist cannot help but admire the subtlety of my observations; he does not realize how much the person who inspires them is a far more knowledgeable master than himself. Sometimes I seem quite strange to him: he says that I am the first lover to think of hiding objects that should always be displayed for everyone to see; and when I reply that it is precisely in order to see you in their fullness that I dress you with such care, he looks at me as if I were mad. Ah! How much more touching your portrait would be if I could find ways to show both your soul and your face within it, and to depict both your modesty and your charms at the same time! I swear to you, my Julie, that these improvements would greatly enhance its value. Currently, the portrait only shows what the painter had assumed; but an attentive observer will perceive you as you truly are. There is some mysterious charm that radiates from your person; everything about you seems to contribute to it; merely catching a glimpse of the hem of your dress is enough to make one adore the one who wears it. When one observes how carefully your attire is chosen, it becomes clear that everywhere the veil of grace covers your beauty; and the taste of your modest adornment seems to reveal to the heart all the charms that it contains.

Letter XXVI – From Saint-Preux to Julie

Julie, oh Julie! Oh you whom once I dared to call my own, but whose name I now profane! The pen slips from my trembling hand; my tears flood the paper. I can hardly form even the first strokes of a letter that should never have been written. I cannot remain silent, nor can I speak. Come, honorable and dear one—come and purify, and strengthen a heart degraded by shame and broken by remorse. Support my fading courage; give my guilt the strength to confess the involuntary crime that your absence has led me to commit.

You may feel contempt for a criminal, but certainly not to the same extent as I do myself. No matter how abject I may appear in your eyes, I am a hundred times more so in my own; for when I look at myself as I really am, what humiliates me most is to see you—to feel you within my heart, in a place that is now so unworthy of you—and to realize that the memories of the truest pleasures of love were not enough to protect my senses from a trap without allure and a crime without charm.

Such is the depth of my confusion that, in seeking your mercy, I fear even that the confession of my wrongdoing might tarnish your regard upon these lines. Pardon me, pure and chaste soul—had it not been a means to atone for my errors, I would have spared you such a tale. I am unworthy of your kindness; I am vile, base, and despicable. But at least I will not be false or deceitful. I would rather that you take away both my heart and my life than that I abuse your trust for even a single moment. Fearing that I might be tempted to seek excuses that would only make me more criminal, I will limit myself to telling you the exact truth of what has happened to me. My regret will be just as sincere as my account of events. That is all I will allow myself to say in my defense.

I had come to know some officers of the guards and other young men among our compatriots, whom I found to possess natural merit that I regretted saw being wasted by the imitation of certain false manners that were not suited to them. In turn, they laughed at me for maintaining in Paris the simplicity of the ancient Helvetian customs. They took my principles and ways of behavior as indirect lessons that shocked them, and resolved to make me change my tone at any cost. After several unsuccessful attempts, they launched a more well-planned effort that was all too successful. This morning, they came to suggest that I go dinner at the home of a colonel’s wife whom they mentioned, claiming that she, having heard of my wisdom, wanted to get to know me.

Being foolish enough to engage in such a persiflage, I suggested to them that it would be better to pay him a visit first; but they laughed at my scruples, telling me that Swiss frankness did not involve so many formalities, and that such ceremonious ways would only give him a bad impression of me. At nine o’clock, we therefore went to the lady’s house. She came out to greet us on the stairs, something I had never noticed anywhere else before. Upon entering, I saw old candles that had just been lit standing by the fireplace, and everywhere there was an air of preparation that did not please me at all. The hostess seemed pretty, though a bit aged; there were also other women of about the same age and similar appearance with her; their attire, though quite elaborate, lacked taste rather than brilliance. But I have already noticed that in this country, it is difficult to judge the social status of a woman based on her appearance alone.

The first compliments were given in much the same way as everywhere else; good manners teach one to shorten them or turn them into jokes before they become annoying. However, things were not quite the same when the conversation turned general and serious. I noticed that these ladies seemed constrained and embarrassed, as if such a tone was not familiar to them; and for the first time since I arrived in Paris, I saw women struggling to maintain a proper conversation. In order to find easy topics of discussion, they turned to their family affairs; but since I knew nothing about any of their families, each of them told me whatever she wanted about her own. I had never heard so much talk about Mr. the Colonel before; this surprised me in a country where it is customary to address people by their names rather than their titles, and where those who have one title usually have others as well.

Per quanto riguarda il busto, è strano che un amante sia più severo in questo senso di un padre; ma in effetti, non sei abbastanza curata nel tuo abbigliamento. Il ritratto di Julie deve essere modesto, proprio come lei. Amore, questi segreti appartengono solo a te. Dici che l’artista ha tratto tutto dalla sua immaginazione. Lo credo, lo credo davvero! Ah, se avesse percepito anche solo una parte di questi incanti nascosti, i suoi occhi li avrebbero divorati, ma la sua mano non avrebbe mai osato dipingerli. Perché mai il suo arte temeraria ha cercato di immaginarli? Non si tratta semplicemente di mancanza di decoro, affermo che sia anche una mancanza di gusto. Sì, il tuo viso è troppo casto per poter sopportare lo “scompiglio” del tuo seno. È evidente che uno di questi due elementi debba impedire all’altro di essere mostrato. Solo la follia dell’amore può farli coesistere. E quando la sua mano ardente osa rivelare ciò che la pudicizia nasconde, l’eccitazione e lo sguardo confuso dei tuoi occhi indicano che lo stai dimenticando, non che lo stai esponendo.

Ecco la critica che una attenzione continua mi ha spinto a formulare riguardo al tuo ritratto. Sulla base di queste osservazioni, ho deciso di rielaborarlo secondo le mie idee. Le ho condivise con un pittore abile; e, sulla base di ciò che ha già realizzato, spero di vederti presto molto più simile a te stessa. Per evitare di rovinare il ritratto, proviamo i cambiamenti su una copia che gli ho fatto preparare; solo quando siamo assolutamente certi dell’effetto desiderato, li applichiamo sull’originale. Anche se disegno in modo piuttosto mediocre, questo artista non smette mai di ammirare la finezza delle mie osservazioni; non riesce a comprendere quanto colui che me le suggerisce sia un maestro più sapiente di lui. A volte mi trova anche molto strano: dice che sono il primo amante che si preoccupa di nascondere degli oggetti che altrimenti verrebbero esposti in modo eccessivo agli sguardi altrui; e quando gli rispondo che lo faccio per poterti vedere completamente, mi considera pazzo. Ah! Quanto sarebbe più commovente il tuo ritratto se potessi trovare modi per rivelare la tua anima insieme al tuo viso, e dipingere contemporaneamente sia la tua modestia che i tuoi pregi! Te lo giuro, mia Julie, questi cambiamenti migliorerebbero molto il risultato finale. Attualmente nel ritratto si vedono solo quelle cose che il pittore aveva immaginato; ma il pubblico, commosso, le interpreterà come sono realmente. Non so quale incantesimo segreto risieda nella tua persona. Ma tutto ciò che la riguarda sembra partecipare a questo fascino misterioso; basta intravedere un angolo del tuo abito per ammirare chi lo indossa. Guardando il modo in cui sei vestita, si percepisce che ogni dettaglio rappresenta il velo delle grazie che nascondono la tua bellezza. E il gusto della tua modesta acconciatura sembra rivelare al cuore tutti i tesori che essa racchiude.

Lettera XXVI – Da Saint-Preux a Julie

Julie, oh Julie! Oh tu, che un tempo osavo chiamare mia, e di cui oggi profano il nome. La penna mi sfugge dalle mani tremanti; le mie lacrime inondano il foglio; fatico a tracciare anche solo le prime lettere di una lettera che mai avrebbe dovuto essere scritta. Non riesco né a tacere né a parlare. Vieni, o nobile e cara immagine. Vieni a purificare e rafforzare un cuore corrotto dall’umiliazione e spezzato dal rimorso. Sostieni il mio coraggio che sta per spegnersi; dona ai miei rimorsi la forza di confessare il crimine involontario che la tua assenza mi ha costretto a commettere.

Che tu provi disprezzo per un colpevole, ma certamente meno di quanto ne provi io stesso. Per quanto possa essere abietto ai tuoi occhi, lo sono cento volte di più ai miei; perché, vedendomi così come sono, ciò che mi umilia maggiormente è vedere te, sentirti nel profondo del mio cuore, in un luogo ormai così indegno di te. E pensare che il ricordo dei piaceri più veri dell’amore non sia riuscito a proteggere i miei sensi da una trappola senza esca e da un crimine privo di attrattiva.

Ecco fino a che punto è estrema la mia confusione: nel ricorrere alla tua clemenza, temo persino di offuscare i tuoi occhi leggendo queste parole con l’ammissione del mio errore. Perdona, anima pura e casta. Questo racconto che risparmierei alla tua modestia, se non fosse un mezzo per espiare le mie colpe. So di essere indegno delle tue bontà; sono vile, meschino, spregevole. Ma almeno non sarò né falso né ingannevole. Preferisco che tu mi tolga il tuo affetto e la tua vita, piuttosto che abusare della tua fiducia anche solo per un momento. Per paura di essere tentato a cercare scuse che non farebbero altro che rendermi ancora più colpevole, mi limiterò a raccontarti con precisione ciò che mi è accaduto. Questo racconto sarà altrettanto sincero quanto il mio rimorso. È tutto ciò che mi permetto di dire a mio favore.

Avevo fatto conoscenza con alcuni ufficiali delle guardie e altri giovani nostri connazionali, nei quali scorgevo un merito naturale che mi dispiaceva vedesse rovinato dall’imitazione di certe false maniere che non erano adatte a loro. A loro volta si prendevano gioco del fatto che io conservassi a Parigi la semplicità delle antiche usanze elvetiche. Consideravano le mie massime e i miei modi come insegnamenti indiretti, e ne furono offesi; decisero quindi di farmi cambiare comportamento a qualunque costo. Dopo diverse tentativi fallite, ne fecero una più accurata che ebbe un successo eccessivo. Ieri mattina vennero da me per propormi di andare a cena a casa della moglie di un colonnello, che, a quanto dicevano, aveva sentito parlare della mia saggezza e desiderava conoscermi.

Essendo abbastanza sciocco da indulgere in simili scherzi, cercai di convincerli che sarebbe stato meglio andare prima a farle visita; ma si presero gioco della mia esitazione, dicendomi che la franchezza svizzera non prevedeva tante formalità e che queste cerimonie non avrebbero fatto altro che dare di me una cattiva impressione. Alle nove ci recammo dunque da lei. Ci accolse sulle scale, cosa che non avevo mai notato prima. Entrando, vidi lungo le pareti vecchie candele appena accese e ovunque un certo ordine che non mi piacque affatto. La padrona di casa mi sembrò bella, anche se un po’ invecchiata; con lei c’erano altre donne più o meno della stessa età e dall’aspetto simile; il loro abbigliamento, piuttosto sfarzoso, aveva più luce che gusto. Ma ho già notato che in questo paese è difficile giudicare lo stato di una donna in base al suo aspetto.

I primi complimenti furono scambiati più o meno come ovunque; le convenzioni sociali insegnavano a ridurli al minimo o a renderli più scherzosi, affinché non risultassero noiosi. Tuttavia, non fu esattamente lo stesso quando la conversazione divenne generale e seria. Notai che quelle signore sembravano a disagio, come se quel modo di comportarsi non fosse loro familiare; per la prima volta da quando ero a Parigi, vidi donne imbarazzate nel sostenere una conversazione seria. Per trovare un argomento adatto, iniziarono a parlare delle loro faccende domestiche; poiché io ne ignoravo qualunque, ognuna raccontò di quella che le interessava. Non avevo mai sentito parlare così tanto del colonnello. Il che mi sorprese in un paese dove è consuetudine chiamare le persone per nome piuttosto che per titolo, e dove coloro che possiedono uno specifico titolo di solito ne hanno anche altri.

Cette fausse dignité fit bientôt place à des manières plus naturelles. On se mit à causer tout bas ; et, reprenant sans y penser un ton de familiarité peu décente, on chuchetait, on souriait en me regardant, tandis que la dame de la maison me questionnait sur l’état de mon coeur d’un certain ton résolu qui n’était guère propre à le gagner. On servit ; et la liberté de la table, qui semble confondre tous les états, mais qui met chacun à sa place sans qu’il y songe, acheva de m’apprendre en quel lieu j’étais. Il était trop tard pour m’en dédire. Tirant donc ma sûreté de ma répugnance, je consacrai cette soirée à ma fonction d’observateur, et résolus d’employer à connaître cet ordre de femmes la seule occasion que j’en aurais de ma vie. Je tirai peu de fruit de mes remarques ; elles avaient si peu d’idées de leur état présent, si peu de prévoyance pour l’avenir, et, hors du jargon de leur métier, elles étaient si stupides à tous égards, que le mépris effaça bientôt la pitié que j’avais d’abord pour elles. En parlant du plaisir même, je vis qu’elles étaient incapables d’en ressentir. Elles me parurent d’une violente avidité pour tout ce qui pouvait tenter leur avarice : à cela près, je n’entendis sortir de leur bouche aucun mot qui partît du coeur. J’admirai comment d’honnêtes gens pouvaient supporter une société si dégoûtante. C’eût été leur imposer une peine cruelle, à mon avis, que de les condamner au genre de vie qu’ils choisissaient eux-mêmes.

Cependant le souper se prolongeait et devenait bruyant. Au défaut de l’amour, le vin échauffait les convives. Les discours n’étaient pas tendres, mais déshonnêtes, et les femmes tâchaient d’exciter, par le désordre de leur ajustement, les désirs qui l’auraient dû causer. D’abord tout cela ne fit sur moi qu’un effet contraire, et tous leurs efforts pour me séduire ne servaient qu’à me rebuter. Douce pudeur, disais-je en moi-même, suprême volupté de l’amour, que de charmes perd une femme au moment qu’elle renonce à toi ! combien, si elles connaissaient ton empire, elles mettraient de soin à te conserver, sinon par honnêteté, du moins par coquetterie ! Mais on ne joue point la pudeur. Il n’y a pas d’artifice plus ridicule que celui qui la veut imiter. Quelle différence, pensais-je encore, de la grossière impudence de ces créatures et de leurs équivoques licencieuses à ces regards timides et passionnés, à ces propos pleins de modestie, de grâce et de sentiments, dont… Je n’osais achever, je rougissais de ces indignes comparaisons… Je me reprochais comme autant de crimes les charmants souvenirs qui me poursuivaient malgré moi… En quels lieux osais-je penser à celle… Hélas ! ne pouvant écarter de mon coeur une trop chère image, je m’efforçais de la voiler.

Le bruit, les propos que j’entendais, les objets qui frappaient mes yeux, m’échauffèrent insensiblement ; mes deux voisines ne cessaient de me faire des agaceries, qui furent enfin poussées trop loin pour me laisser de sang-froid. Je sentis que ma tête s’embarrassait : j’avais toujours bu mon vin fort trempé, j’y mis plus d’eau encore, et enfin je m’avisai de la boire pure. Alors seulement je m’aperçus que cette eau prétendue était du vin blanc, et que j’avais été trompé tout le long du repas. Je ne fis point des plaintes qui ne m’auraient attiré que des railleries, je cessai de boire, il n’était plus temps ; le mal était fait. L’ivresse ne tarda pas à m’ôter le peu de connaissance qui me restait. Je fus surpris, en revenant à moi, de me trouver dans un cabinet reculé, entre les bras d’une de ces créatures, et j’eus au même instant le désespoir de me sentir aussi coupable que je pouvais l’être…[105]

J’ai fini ce récit affreux : qu’il ne souille plus tes regards ni ma mémoire. O toi dont j’attends mon jugement, j’implore ta rigueur, je la mérite. Quel que soit mon châtiment, il me sera moins cruel que le souvenir de mon crime.

Lettre XXVII – Réponse

Rassurez-vous sur la crainte de m’avoir irritée ; votre lettre m’a donné plus de douleur que de colère. Ce n’est pas moi, c’est vous que vous avez offensé par un désordre auquel le coeur n’eut point de part. Je n’en suis que plus affligée ; j’aimerais mieux vous voir m’outrager que vous avilir, et le mal que vous vous faites est le seul que je ne puis vous pardonner.

À ne regarder que la faute dont vous rougissez, vous vous trouvez bien plus coupable que vous ne l’êtes, et je ne vois guère en cette occasion que de l’imprudence à vous reprocher. Mais ceci vient de plus loin, et tient à une plus profonde racine, que vous n’apercevez pas, et qu’il faut que l’amitié vous découvre.

Votre première erreur est d’avoir pris une mauvaise route en entrant dans le monde : plus vous avancez, plus vous vous égarez ; et je vois en frémissant que vous êtes perdu si vous ne revenez sur vos pas. Vous vous laissez conduire insensiblement dans le piège que j’avais craint. Les grossières amorces du vice ne pouvaient d’abord vous séduire ; mais la mauvaise compagnie a commencé par abuser votre raison pour corrompre votre vertu, et fait déjà sur vos moeurs le premier essai de ses maximes.

Quoique vous ne m’ayez rien dit en particulier des habitudes que vous vous êtes faites à Paris, il est aisé de juger de vos sociétés par vos lettres, et de ceux qui vous montrent les objets par votre manière de les voir. Je ne vous ai point caché combien j’étais peu contente de vos relations : vous avez continué sur le même ton, et mon déplaisir n’a fait qu’augmenter. En vérité, l’on prendrait ces lettres pour les sarcasmes d’un petit-maître[106] plutôt que pour les relations d’un philosophe, et l’on a peine à les croire de la même main que celles que vous m’écriviez autrefois. Quoi ! vous pensez étudier les hommes dans les petites manières de quelques coteries de précieuses ou de gens désoeuvrés ; et ce vernis extérieur et changeant, qui devait à peine frapper vos yeux, fait le fond de toutes vos remarques ! Était-ce la peine de recueillir avec tant de soin des usages et des bienséances qui n’existeront plus dans dix ans d’ici, tandis que les ressorts éternels du coeur humain, le jeu secret et durable des passions échappent à vos recherches ? Prenons votre lettre sur les femmes, qu’y trouverai-je qui puisse m’apprendre à les connaître ? Quelque description de leur parure, dont tout le monde est instruit ; quelques observations malignes sur leurs manières de se mettre et de se présenter ; quelque idée du désordre d’un petit nombre injustement généralisée : comme si tous les sentiments honnêtes étaient éteints à Paris, et que toutes les femmes y allassent en carrosse et aux premières loges ! M’avez-vous rien dit qui m’instruise solidement de leurs goûts, de leurs maximes, de leur vrai caractère, et n’est-il pas bien étrange qu’en parlant des femmes d’un pays un homme sage ait oublié ce qui regarde les soins domestiques et l’éducation des enfants[107] ? La seule chose qui semble être de vous dans toute cette lettre, c’est le plaisir avec lequel vous louez leur bon naturel, et qui fait honneur au vôtre. Encore n’avez-vous fait en cela que rendre justice au sexe en général ; et dans quel pays du monde la douceur et la commisération ne sont-elles pas l’aimable partage des femmes ?

Quelle différence de tableau si vous m’eussiez peint ce que vous aviez vu plutôt que ce qu’on vous avait dit, ou du moins que vous n’eussiez consulté que des gens sensés ! Faut-il que vous, qui avez tant pris de soins à conserver votre jugement, alliez le perdre, comme de propos délibéré, dans le commerce d’une jeunesse inconsidérée, qui ne cherche, dans la société des sages, qu’à les séduire, et non pas à les imiter ! Vous regardez à de fausses convenances d’âge qui ne vous vont point, et vous oubliez celles de lumières et de raison qui vous sont essentielles. Malgré tout votre emportement, vous êtes le plus facile des hommes ; et, malgré la maturité de votre esprit, vous vous laissez tellement conduire par ceux avec qui vous vivez, que vous ne sauriez fréquenter des gens de votre âge sans en descendre et redevenir enfant. Ainsi vous vous dégradez en pensant vous assortir, et c’est vous mettre au-dessous de vous-même que de ne pas choisir des amis plus sages que vous.

This false dignity was soon replaced by more natural manners. They began to speak in low voices; and, without realizing it, they adopted a tone of familiarity that was far from decent—whispering, smiling at me as they did, while the hostess questioned me about the state of my heart in a rather resolute manner that was hardly conducive to winning my favor. Dinner was served; and the freedom of the dining table, which seems to blur all distinctions but automatically places everyone in their proper place, finally made it clear to me where I stood. It was too late to regret anything. So, relying on my aversion as a source of strength, I devoted that evening to observing them, determined to use this rare opportunity in my life to understand the nature of such women. However, my observations yielded little insight—these women had so little awareness of their current situation, so little foresight for the future, and beyond the jargon of their profession, they were utterly foolish in every regard, that soon my initial pity for them gave way to contempt. Even when it came to matters of pleasure, I saw that they were incapable of experiencing it at all. They seemed to have a voracious desire for anything that could satisfy their greed; apart from that, not a single word they uttered came from the bottom of their hearts. I wondered how honest people could endure such an repulsive society. In my opinion, condemning them to the very life they had chosen for themselves would be nothing short of inflicting a cruel punishment upon them.

However, the dinner continued and grew increasingly noisy. In the absence of love, wine warmed the guests’ spirits. The conversations were not tender, but rather indecent; the women tried to arouse desires through their provocative behavior. At first, all this had the exact opposite effect on me—their efforts to seduce me only made me repulse them. “Sweet modesty,” I thought to myself, “supreme delight of love—how many charms a woman loses the moment she renounces you! How much more would they cherish you if they understood your power? Even if not out of honesty, at least out of coquetry!” But one does not feign modesty. There is no more ridiculous pretense than that. “What a contrast,” I continued, “between the crude audacity of these women and their licentious ambiguities, and those timid yet passionate glances, those words filled with modesty, grace, and true feelings, ” I dared not finish my thought; I was ashamed of such base comparisons. I reproached myself for those charming memories that persisted against my will. In what places did I dare to think of her? Alas! Unable to erase such a dear image from my heart, I tried instead to conceal it.

The noise, the words I heard, the objects that caught my eye—all these gradually began to agitate me. My two neighbors kept teasing and annoying me, until their behavior went too far and completely lost me my composure. I felt my head start spinning; I had been drinking wine that was already quite diluted, so I added even more water to it—until finally I realized I was drinking pure water. Only then did I discover that this so-called “water” was actually white wine, and that I had been deceived throughout the entire meal. I chose not to complain, knowing that such complaints would only bring me more ridicule; instead, I stopped drinking altogether, but it was already too late—the damage had been done. Before long, the effects of the alcohol completely overwhelmed me. When I regained consciousness, I found myself in a secluded room, in the arms of one of those women. And at that moment, I felt utterly despondent, realizing just how guilty I must have been. [105]

I have finished reading this terrible story; may it no longer tarnish either your eyes or my memory. O you from whom I await my judgment, I implore your severity—I deserve it. Whatever punishment I receive will be less cruel than the memory of my crime.

Letter XXVII – Response

Rest assured that your actions did not annoy me; your letter caused me more pain than anger. It is not me you have offended, but rather yourself, through a disorder that has nothing to do with the heart. This only adds to my distress. I would prefer for you to insult me than to degrade me, and the harm you cause yourself is the only thing I cannot forgive you for.

If one were to consider only the mistake for which you feel ashamed, you would find yourself far more guilty than you actually are; in this regard, I see no reason to reproach you except for imprudence. But the issue goes deeper; it has roots that you cannot perceive, and it is only through friendship that these roots can be revealed to you.

Your first mistake was taking the wrong path when you entered this world: the further you go, the more you get lost; and I fear with dread that you are already lost unless you turn back. You are being led, unbeknownst to you, into the very trap that I feared. The crude beginnings of vice might not have been able to seduce you at first; but bad company began to corrupt your reason and undermine your virtue, already making its first attempts to influence your behavior.

Although you have not told me anything in particular about the habits you have acquired in Paris, it is easy to judge your social interactions from your letters, just as one can discern the character of those who show you various things from the way you perceive them. I have never concealed how dissatisfied I was with your friendships: you continued in the same manner, and my displeasure only grew. In truth, these letters might be mistaken for the sarcasms of a petulant young man rather than the writings of a philosopher, and it is hard to believe they were written by the same person who once corresponded with me. How can you think that you are studying human nature through the trivial manners of some small circles of frivolous people or idle individuals? And this superficial, ever-changing veneer, which barely deserved your attention, forms the basis of all your observations! Was it really worth going to such lengths to collect customs and etiquettes that will no longer exist in ten years from now, while the eternal impulses of the human heart and the subtle, enduring dynamics of emotions elude your inquiries? Take, for example, your letter about women—what can I learn from it that would truly help me understand them? Some descriptions of their attire, of which everyone is already aware; some malicious remarks about their ways of dressing and presenting themselves; some generalized notions about the chaos among a small number of women. As if all honest sentiments had vanished from Paris, and as if all women there only traveled in carriages and attended the finest events! Have you ever told me anything that would provide me with a solid understanding of their tastes, principles, or true character? It is truly strange that when discussing women in one country, a wise man should forget about matters such as household duties and children’s education. The only thing that seems genuinely characteristic of you in this entire letter is your pleasure in praising their good nature—and that, indeed, reflects well on you. Yet even in that regard, you have merely done justice to the female sex in general; in what country in the world are kindness and compassion not inherent qualities of women?

What a difference it would have made if you had painted what you saw for yourself, rather than what was told to you—or at least if you had consulted only sensible people! You, who have gone to such lengths to preserve your judgment, are now deliberately losing it in the company of thoughtless young people who seek only to seduce the wise, not to imitate them. You focus on superficial age-appropriateness that suits you not at all, while forgetting those qualities of enlightenment and reason that are essential to you. Despite your apparent passion, you are actually the most easily influenced of men; and despite the maturity of your mind, you allow those around you to guide you so much that you could not associate with people of your own age without lowering yourself and becoming like a child again. In this way, you degrade yourself in the belief that you are choosing suitable companions—yet in reality, not choosing friends wiser than you is nothing short of putting yourself below your true self.

Quella falsa dignità fu presto sostituita da modi più naturali. Si iniziò a parlare sottovoce; riprendendo senza pensarci un tono di familiarità poco decoroso, si sussurrava, si sorrideva guardandomi, mentre la padrona di casa mi interrogava sullo stato del mio cuore con un tono deciso che non era certo adatto a conquistarmi la sua simpatia. Fu servito il cibo; e la libertà che regna a tavola, che sembra confondere tutti i ranghi sociali ma che in realtà mette ognuno al proprio posto senza che se ne accorga, finì per farmi capire esattamente dove mi trovavo. Era ormai troppo tardi per pentirmene. Così, facendo leva sulla mia repulsione, dedicai quella serata al mio ruolo di osservatore, deciso a sfruttare l’unica opportunità che avrei mai avuto nella vita per conoscere quel tipo di donne. Le mie osservazioni non portarono a grandi risultati: quelle donne avevano pochissima consapevolezza dello stato attuale delle cose, nessuna previdenza per il futuro, e, al di fuori del gergo del loro mestiere, erano stupide sotto ogni aspetto; così che il disprezzo cancellò presto la pietà che inizialmente provavo per loro. Parlando addirittura del piacere stesso, vidi che erano incapaci di provarlo. Mi sembravano avere una violenta avidità per tutto ciò che potesse soddisfare la loro avarizia; a parte questo, non sentii mai uscire dalle loro bocche una parola che provenisse dal cuore. Mi chiesi come persone oneste potessero sopportare un simile ambiente disgustoso. A mio avviso, condannarle al tipo di vita che sceglievano da sole sarebbe stato infliggere loro una punizione crudele.

Tuttavia, la cena si prolungava e diventava sempre più rumorosa. In assenza d’amore, il vino scaldava gli animi dei conviti. I discorsi non erano affatto teneri, ma piuttosto volgari; le donne cercavano di stimolare i desideri degli uomini, attraverso comportamenti indecenti e provocatori. All’inizio, tutto ciò ebbe su di me l’effetto opposto: tutti i loro sforzi per sedurmi non facevano che allontanarmi da loro. “Dolce pudore, ”, pensavo tra me, “suprema delizia dell’amore. Quanti incantesimi perde una donna nel momento in cui ti abbandona! Quanto più, se solo conoscessero il tuo potere, si impegnerebbero a preservarti, almeno per vanità, se non per onestà! Ma la pudore non può essere simulata. Non esiste inganno più ridicolo di quello che cerca di imitarla. Che differenza c’è”, continuavo a riflettere, “tra l’impudenza volgare di queste donne e i loro sguardi timidi ma appassionati, tra le loro parole piene di modestia, grazia e sentimento, ”. Non osavo completare il pensiero. Arrossivo al solo ricordo di tali paragoni indegni. Mi rimproveravo come se fossero crimini i bei ricordi che continuavano a tormentarmi. In quali luoghi osavo pensare a lei. Ahimè! Non riuscendo a scacciare da mio cuore quell’immagine troppo cara, cercavo almeno di nasconderla.

Il rumore, le parole che sentivo, gli oggetti che mi colpivano gli occhi, iniziarono gradualmente a scaldarmi; le mie due vicine non smettevano di farmi delle provocazioni, fino a quando queste non andarono troppo oltre, al punto di privarmi della mia calma. Sentii che la testa iniziava a girarmi: avevo continuato a bere vino molto diluito con acqua; ne aggiunsi ancora dell’acqua, finché finalmente mi resi conto che quell’acqua, in realtà, era vino bianco, e che ero stato ingannato per tutta la durata del pasto. Non feci alcuna lamentele, poiché sarebbero servite solo a suscitare derisioni; smisi di bere, ma ormai era troppo tardi. Il danno era già fatto. L’ubriachezza non tardò ad privarmi dell’unica lucidità che mi rimaneva. Quando ripresi i sensi, mi trovai in una stanza appartata, tra le braccia di una di quelle donne. E in quell’istante provai un disperato senso di colpa, [105]

Ho terminato questa orribile storia: che non contamini più i tuoi occhi né la mia memoria. O tu, da cui attendo il mio giudizio, imploro la tua severità. Me la merito. Qualunque sia la mia punizione, sarà meno crudele del ricordo del mio crimine.

Lettera XXVII – Risposta

Rassicuratevi riguardo al timore di avermi offesa; la vostra lettera mi ha causato più dolore che rabbia. Non siete voi ad avermi offeso, ma io stessa, a causa di un disordine nel quale il cuore non può avere alcuna parte. Sono ancora più addolorata; preferirei che mi insultaste piuttosto che che mi umiliaste, e il male che vi fate è l’unico che non riesco a perdonarvi.

Se ci si limita a considerare il errore di cui vi vergognate, vi rendete molto più colpevoli di quanto in realtà siate; in questa occasione, non vedo altro che imprudenza da rimproverarvi. Ma la questione ha radici più profonde e insospettate, e è l’amicizia a doverve rivelarle.

Il vostro primo errore è stato quello di aver intrapreso la strada sbagliata entrando in questo mondo: più avanzate, più vi allontanate dalla retta via; e vedo con orrore che siete perduti se non tornate indietro. Vi lasciate guidare, inconsapevolmente, nella trappola che temevo. Le prime manifestazioni del vizio non avrebbero potuto sedurvi all’inizio; ma una cattiva compagnia ha iniziato a corrompere la vostra ragione e la vostra virtù, facendo già i primi tentativi per influenzare il vostro comportamento.

Anche se non mi avete detto nulla in particolare riguardo alle abitudini che avete acquisito a Parigi, è facile giudicare le persone con cui vi intrattenete dalle vostre lettere, così come coloro che vi mostrano certi oggetti può essere compreso dal modo in cui li descrivete. Non vi ho mai nascosto quanto fossi insoddisfatta delle vostre relazioni: avete continuato sullo stesso tono, e il mio disappunto è solo aumentato. In verità, queste lettere sembrerebbero più i sarcasmi di un giovane presuntuoso che le riflessioni di un filosofo; è difficile credere che siano state scritte dalla stessa mano di quelle che mi scrivevate in passato. Pensate davvero di conoscere gli esseri umani attraverso le piccole maniere di alcune cerchie di donne vane o di persone oziose? Quel superficiale e mutevole “trucco” esterno, che a malapena avrebbe dovuto attirare la vostra attenzione, costituisce il fondamento di tutte le vostre osservazioni. Che senso aveva raccogliere con tanta cura usanze e convenzioni che tra dieci anni non esisteranno più, mentre i veri motivi dell’animo umano, i segreti e duraturi meccanismi delle passioni sfuggono alle vostre ricerche? Prendiamo ad esempio la vostra lettera sulle donne: cosa vi trovo che possa aiutarmi a conoscerle davvero? Solo descrizioni del loro abbigliamento, di cui tutti sono a conoscenza; alcune osservazioni maligne sui loro modi di comportarsi. Come se tutti i sentimenti onesti fossero scomparsi a Parigi, e come se tutte le donne viaggiassero in carrozza e occupassero sempre i posti d’onore! Non mi avete detto nulla che possa insegnarmi qualcosa di concreto sui loro gusti, sulle loro idee, sul loro vero carattere. E non è strano che, quando si parla delle donne in un determinato paese, un uomo saggio dimentichi completamente ciò che riguarda i doveri domestici e l’educazione dei figli? L’unica cosa che sembra davvero vostra in tutta questa lettera è il piacere con cui lodate la loro buona natura. E anche in questo caso, state semplicemente riconoscendo le qualità positive del sesso femminile in generale; in quale paese al mondo la dolcezza e la compassione non sono caratteristiche delle donne?

Che differenza di situazione ci sarebbe stata se mi aveste descritto ciò che avevate realmente visto, invece di ciò che vi era stato detto, o almeno se vi foste consultati soltanto con persone sensate! Voi, che avete fatto tanta attenzione a mantenere il vostro giudizio, dovete perderlo, quasi intenzionalmente, nel contatto con una gioventù superficiale e irresponsabile, la quale, nella compagnia dei saggi, cerca soltanto di sedurli, non di imitarli! Vi preoccupate di false convenienze legate all’età che non vi si addicono, dimenticando quelle legate alla intelligenza e alla ragione, che invece sono essenziali per voi. Nonostante tutta la vostra determinazione, siete l’uomo più facile da influenzare; e nonostante la maturità del vostro intelletto, vi lasciate guidare così completamente da coloro con cui vivete, che non riuscireste nemmeno a frequentare persone della vostra stessa età senza perdere la vostra dignità e tornare bambini. Così vi degradate, pensando di trovare l’armonia con gli altri. Ma scegliere amici più saggi di voi significa, in realtà, elevarsi al di sopra di sé.

Je ne vous reproche point d’avoir été conduit sans le savoir dans une maison déshonnête ; mais je vous reproche d’y avoir été conduit par de jeunes officiers que vous ne deviez pas connaître, ou du moins auxquels vous ne deviez pas laisser diriger vos amusements. Quant au projet de les ramener à vos principes, j’y trouve plus de zèle que de prudence ; si vous êtes trop sérieux pour être leur camarade, vous êtes trop jeune pour être leur Mentor, et vous ne devez vous mêler de réformer autrui que quand vous n’aurez plus rien à faire en vous-même.

Une seconde faute, plus grave encore et beaucoup moins pardonnable, est d’avoir pu passer volontairement la soirée dans un lieu si peu digne de vous, et de n’avoir pas fui dès le premier instant où vous avez connu dans quelle maison vous étiez. Vos excuses là-dessus sont pitoyables. Il était trop tard pour s’en dédire ! comme s’il y avait quelque espèce de bienséance en de pareils lieux, ou que la bienséance dût jamais l’emporter sur la vertu qu’il fût jamais trop tard pour s’empêcher de mal faire ! Quant à la sécurité que vous tirez de votre répugnance, je n’en dirai rien, l’événement vous a montré combien elle était fondée. Parlez plus franchement à celle qui sait lire dans votre coeur ; c’est la honte qui vous retint. Vous craignîtes qu’on ne se moquât de vous en sortant ; un moment de huée vous fit peur, et vous aimâtes mieux vous exposer aux remords qu’à la raillerie. Savez-vous bien quelle maxime vous suivîtes en cette occasion ? Celle qui la première introduit le vice dans une âme bien née, étouffe la voix de la conscience par la clameur publique, et réprime l’audace de bien faire par la crainte du blâme. Tel vaincrait les tentations, qui succombe aux mauvais exemples, tel rougit d’être modeste et devient effronté par honte ; et cette mauvaise honte corrompt plus de coeurs honnêtes que les mauvaises inclinations. Voilà surtout de quoi vous avez à préserver le vôtre ; car, quoi que vous fassiez, la crainte du ridicule que vous méprisez vous domine pourtant malgré vous. Vous braveriez plutôt cent périls qu’une raillerie, et l’on ne vit jamais tant de timidité jointe à une âme aussi intrépide[108].

Sans vous étaler contre ce défaut des préceptes de morale que vous savez mieux que moi, je me contenterai de vous proposer un moyen pour vous en garantir, plus facile et plus sûr peut-être que tous les raisonnements de la philosophie ; c’est de faire dans votre esprit une légère transposition de temps, et d’anticiper sur l’avenir de quelques minutes. Si, dans ce malheureux souper, vous vous fussiez fortifié contre un instant de moquerie de la part des convives, par l’idée de l’état où votre âme allait être sitôt que vous seriez dans la rue ; si vous vous fussiez représenté le contentement intérieur d’échapper aux pièges du vice, l’avantage de prendre d’abord cette habitude de vaincre qui en facilite le pouvoir, le plaisir que vous eût donné la conscience de votre victoire, celui de me la décrire, celui que j’en aurais reçu moi-même, est-il croyable que tout cela ne l’eût pas emporté sur une répugnance d’un instant, à laquelle vous n’eussiez jamais cédé, si vous en aviez envisagé les suites ? Encore, qu’est-ce que cette répugnance qui met un prix aux railleries de gens dont l’estime n’en peut avoir aucun ? Infailliblement cette réflexion vous eût sauvé, pour un moment de mauvaise honte, une honte beaucoup plus juste, plus durable, les regrets, le danger ; et, pour ne vous rien dissimuler, votre amie eût versé quelques larmes de moins.

Vous voulûtes, dites-vous, mettre à profit cette soirée pour votre fonction d’observateur. Quel soin ! Quel emploi ! Que vos excuses me font rougir de vous ! Ne serez-vous point aussi curieux d’observer un jour les voleurs dans leurs cavernes, et de voir comment ils s’y prennent pour dévaliser les passants ? Ignorez-vous qu’il y a des objets si odieux qu’il n’est pas même permis à l’homme d’honneur de les voir, et que l’indignation de la vertu ne peut supporter le spectacle du vice ? Le sage observe le désordre public qu’il ne peut arrêter ; il l’observe, et montre sur son visage attristé la douleur qu’il lui cause. Mais quant aux désordres particuliers, il s’y oppose, ou détourne les yeux de peur qu’ils ne s’autorisent de sa présence. D’ailleurs, était-il besoin de voir de pareilles sociétés pour juger de ce qui s’y passe et des discours qu’on y tient ? Pour moi, sur leur seul objet plus que sur le peu que vous m’en avez dit, je devine aisément tout le reste ; et l’idée des plaisirs qu’on y trouve me fait connaître assez les gens qui les cherchent.

Je ne sais si votre commode philosophie adopte déjà les maximes qu’on dit établies dans les grandes villes pour tolérer de semblables lieux ; mais j’espère au moins que vous n’êtes pas de ceux qui se méprisent assez pour s’en permettre l’usage, sous prétexte de je ne sais quelle chimérique nécessité qui n’est connue que des gens de mauvaise vie : comme si les deux sexes étaient sur ce point de nature différente, et que dans l’absence ou le célibat il fallût à l’honnête homme des ressources dont l’honnête femme n’a pas besoin ! Si cette erreur ne vous mène pas chez des prostituées, j’ai bien peur qu’elle ne continue à vous égarer vous-même. Ah ! si vous voulez être méprisable, soyez-le au moins sans prétexte, et n’ajoutez point le mensonge à la crapule. Tous ces prétendus besoins n’ont point leur source dans la nature, mais dans la volontaire dépravation des sens. Les illusions même de l’amour se purifient dans un coeur chaste, et ne corrompent jamais qu’un coeur déjà corrompu : au contraire, la pureté se soutient par elle-même ; les désirs toujours réprimés s’accoutument à ne plus renaître, et les tentations ne se multiplient que par l’habitude d’y succomber. L’amitié m’a fait surmonter deux fois ma répugnance à traiter un pareil sujet : celle-ci sera la dernière ; car à quel titre espérerais-je obtenir de vous ce que vous avez refusé à l’honnêteté, à l’amour, et à la raison ?

Je reviens au point important par lequel j’ai commencé cette lettre. À vingt-un ans, vous m’écriviez du Valais des descriptions graves et judicieuses ; à vingt-cinq, vous m’envoyez de Paris des colifichets de lettres, où le sens et la raison sont partout sacrifiés à un certain tour plaisant, fort éloigné de votre caractère. Je ne sais comment vous avez fait ; mais depuis que vous vivez dans le séjour des talents, les vôtres paraissent diminués ; vous aviez gagné chez les paysans, et vous perdez parmi les beaux esprits. Ce n’est pas la faute du pays où vous vivez, mais des connaissances que vous y avez faites ; car il n’y a rien qui demande tant de choix que le mélange de l’excellent et du pire. Si vous voulez étudier le monde, fréquentez les gens sensés qui le connaissent par une longue expérience et de paisibles observations, non de jeunes étourdis qui n’en voient que la superficie, et des ridicules qu’ils font eux-mêmes. Paris est plein de savants accoutumés à réfléchir, et à qui ce grand théâtre en offre tous les jours le sujet. Vous ne me ferez point croire que ces hommes graves et studieux vont courant comme vous de maison en maison, de coterie en coterie, pour amuser les femmes et les jeunes gens, et mettre toute la philosophie en babil. Ils ont trop de dignité pour avilir ainsi leur état, prostituer leurs talents, et soutenir par leur exemple des moeurs qu’ils devraient corriger. Quand la plupart le feraient, sûrement plusieurs ne le font point et c’est ceux-là que vous devez rechercher.

N’est-il pas singulier encore que vous donniez vous-même dans le défaut que vous reprochez aux modernes auteurs comiques ; que Paris ne soit plein pour vous que de gens de condition ; que ceux de votre état soient les seuls dont vous ne parliez point ? Comme si les vains préjugés de la noblesse ne vous coûtaient pas assez cher pour les haïr, et que vous crussiez vous dégrader en fréquentant d’honnêtes bourgeois, qui sont peut-être l’ordre le plus respectable du pays où vous êtes ! Vous avez beau vous excuser sur les connaissances de milord Édouard ; avec celles-là vous en eussiez bientôt fait d’autres dans un ordre inférieur. Tant de gens veulent monter, qu’il est toujours aisé de descendre ; et, de votre propre aveu, c’est le seul moyen de connaître les véritables moeurs d’un peuple que d’étudier sa vie privée dans les états les plus nombreux ; car s’arrêter aux gens qui représentent toujours, c’est ne voir que des comédiens.

I do not blame you for having been led, without your knowledge, to an improper place; but I blame you for having been taken there by young officers whom you should not have known, or at least whom you should not have allowed to guide your amusement. As for the plan to bring them back to your principles, I see more zeal than prudence in it; if you are too serious to be their companion, you are too young to be their mentor. You should only concern yourself with reforming others when you have nothing left to reform within yourself.

A second fault, even more grave and far less excusable, is that you were able to willingly spend the evening in a place so utterly unworthy of you, and that you did not flee the moment you realized which house it was. Your excuses on this matter are pitiful; it was already too late to regret it! As if there could be any sort of decency in such places, or as if decency could ever outweigh the virtue required to prevent wrongdoing at any time! As for the so-called “safety” you claimed to derive from your aversion to that place, well, the event itself has shown you how ill-founded it was. Speak more frankly to someone who is able to read into your heart—it was shame that held you back. You feared ridicule upon leaving; the thought of being subjected to public scorn frightened you, so you chose to endure remorse rather than face mockery. Do you really understand which principle guided you in that moment? It is the same principle that first introduces vice into a noble soul, that stifles the voice of conscience amidst the clamor of the crowd, and that suppresses the courage to do good out of fear of criticism. Such people would defeat temptation if they were able; yet they succumb to bad examples instead. They are ashamed to be modest and thus become brazen out of shame—and this kind of disgrace corrupts more honest hearts than any inherent wickedness. This is what you must guard your own heart against at all costs. For no matter what you do, the fear of ridicule—though you despise it—still dominates you against your will. You would rather face a hundred dangers than endure a single insult; yet I have never seen such timidity combined with an so bold and fearless spirit[108].

Without dwelling on this flaw in moral precepts, which you understand better than I do, I will simply suggest to you a way to ensure its avoidance—a method perhaps easier and more reliable than all the reasoning of philosophy. It consists of making a slight mental shift in time, anticipating the future by a few minutes. If, during that unfortunate dinner, you had strengthened yourself against any moment of mockery from your companions by envisioning the state your soul would be in once you were outside; if you had imagined the inner satisfaction of escaping the traps of vice, the advantage of acquiring this habit of overcoming temptation at an early stage, and the joy you would derive from knowing you had succeeded—then surely all these considerations would have overcome any fleeting aversion you might have felt, an aversion to which you would never have yielded if you had considered its consequences. Moreover, what is this aversion that attaches value to the ridicule of people whose respect holds no such value for you? Without a doubt, such reflection would have saved you from a moment of unworthy shame—a shame far more unjust and lasting—and from the resulting regrets and dangers. And, to be honest, your friend would have shed fewer tears as well.

You said to yourself that you wanted to make use of this evening in your role as an observer. What care! What diligence! How your excuses make me blush for you! Won’t you one day also be curious enough to observe thieves in their lairs and see how they manage to rob passersby? Don’t you know that there are some objects so abhorrent that even a man of honor is not allowed to look at them, and that the indignation of virtue cannot bear to witness the sight of vice? The wise man observes the public disorders that he cannot stop; he observes them and shows on his saddened face the pain they cause him. But as for private disorders, he opposes them or turns away his gaze, for fear that they might take courage from his presence. Moreover, would it have been necessary to see such societies in order to judge what goes on there and what kind of speeches are uttered? For me, based solely on what you have told me—more than on the little you did share—I can easily imagine the rest; and the very thought of the pleasures one can find there gives me a good idea of the kind of people who seek them out.

I do not know whether your superficial philosophy has already adopted those principles that are supposedly established in great cities to justify the existence of such places; but I at least hope that you are not among those who despise themselves enough to resort to them, under the pretense of some fanciful necessity known only to people of low moral character. As if the two sexes were inherently different in this regard, and as if an honest man in a situation of absence or celibacy needed resources that an honest woman does not require! If this mistake does not lead you to seek out prostitutes, I fear it will continue to mislead you. Ah! If you wish to be despicable, at least do so without any pretext—and do not add lies to your vile behavior. All these so-called necessities have their origin not in nature, but in the deliberate depravity of one’s senses. Even the illusions of love are purified in a pure heart and never corrupt anything but a already corrupted heart; on the contrary, purity sustains itself. Desires that are constantly restrained learn to cease arising altogether, and temptations only multiply through habitual yielding to them. Friendship has helped me overcome my aversion to discussing such subjects twice; this will be the last time. For in what right could I expect to obtain from you what you have refused honesty, love, and reason?

I return to the important point with which I began this letter. At twenty-one years old, you wrote to me from Valais, sending serious and insightful descriptions; at twenty-five, you sent me trinkets from Paris—letters in which meaning and reason were sacrificed to some kind of superficial amusement, far removed from your true character. I don’t know how you managed it; but since you have come to live among people of talent, your own abilities seem to have diminished. You had gained something among the common people; now you lose it among the intelligentsia. It is not the fault of the place where you live, but of the people you have met there—for nothing requires such careful selection as the mixture of the excellent and the terrible. If you wish to understand the world, associate with sensible people who know it through long experience and calm observation, rather than with foolish young men who only see its surface or with ridiculous individuals who create their own absurdities. Paris is full of scholars accustomed to reflection, and this great city provides them with endless material for thought every day. You cannot make me believe that these serious and studious men run from one place to another, from one group to another, just to amuse women and young people and reduce all philosophy to empty chatter. They possess too much dignity to degrade themselves in such a manner, to prostitute their talents, or to set an example for morals they should be striving to correct. If most people did such things, surely many would not; and it is these very people you should seek out.

Is it not peculiar that you yourself exhibit precisely the very shortcomings that you reproach to modern comic writers? That Paris seems to be filled only with people of high social status for you; and that those in your own class are the very ones about whom you never speak? It’s as if the vain prejudices of nobility did not cost you enough to make you hate them, and as if you thought it would degrade you to associate with honest bourgeoisie—perhaps the most respectable class in the country where you live! You may try to excuse yourself by referring to Lord Edward’s circle of acquaintances; but with such connections, you could have easily made other such contacts among lower-ranked individuals. So many people are eager to rise in society that it is always easy to fall; and, as you yourself admit, the only way to truly understand the manners of a people is by studying their private lives among the most common classes—because those who always represent something false are merely actors, after all.

Non vi rimprovero per essere stati condotti, a vostra insaputa, in una casa disonesta; ma vi rimprovero per esservi stati portati lì da giovani ufficiali che non dovevate conoscere, o almeno di cui non avreste dovuto permettere che guidassero i vostri divertimenti. Quanto al progetto di farli tornare ai vostri principi, vi trovo più zeloso che prudente; se siete troppo serio per essere il loro compagno, siete troppo giovane per essere il loro mentore, e non dovreste occuparvi di riformare gli altri finché non avrete risolto i vostri problemi personali.

Un’altra colpa, ancora più grave e molto meno perdonabile, è quella di aver potuto trascorrere volontariamente la serata in un luogo così indegno di voi, e di non essere fuggito fin dal primo momento in cui avete scoperto in quale casa vi trovavate. Le vostre scuse a questo proposito sono patetiche. Era troppo tardi per pentirsi! Come se in posti del genere esistesse qualche forma di decenza, o come se la decenza potesse mai prevalere sulla virtù. Quanto alla “sicurezza” che derivate dalla vostra ripugnanza, non ho nulla da dire: l’evento stesso vi ha dimostrato quanto fosse infondata. Parlate più francamente con colei che sa leggere nel vostro cuore. È la vergogna che vi ha trattenuti. Temevate che si facesse ridere di voi uscendo da quel luogo; un momento di scherno vi ha spaventato, e avete preferito esporvi ai rimorsi piuttosto che alle derisioni. Sapete bene quale principio abbiate seguito in questa occasione? Quello che per primo introduce il vizio in un’anima nobile soffoca la voce della coscienza con le grida del pubblico, e reprime l’audacia di fare il bene per paura del biasimo. Un tale individuo sconfiggerebbe le tentazioni, ma cede ai cattivi esempi; si vergogna di essere modesto e diventa sfacciato per paura della vergogna. E questa cattiva vergogna corrompe più cuori onesti delle cattive inclinazioni. È proprio questo che dovete proteggere nel vostro. Perché, qualunque cosa facciate, la paura del ridicolo – che disprezzate – vi domina comunque, contro la vostra volontà. Preferireste affrontare cento pericoli piuttosto che una derisione. Eppure non si vedono mai tante timidezze unite a un’anima così coraggiosa.

Senza soffermarmi su questo difetto nei precetti morali che voi conoscete meglio di me, mi limiterò a proporvi un metodo per evitarlo, forse più semplice e sicuro di qualsiasi ragionamento filosofico: consiste nel fare, nella vostra mente, una leggera “trasposizione temporale” e nell’anticipare l’avvenire di qualche minuto. Se, durante quella sfortunata serata, vi foste preparati a resistere a eventuali derisioni da parte degli ospiti, pensando allo stato d’animo in cui sareste entrati non appena usciti in strada; se vi foste immaginati la soddisfazione di sfuggire alle insidie del vizio, il vantaggio di acquisire fin da subito l’abitudine di vincere quelle tentazioni, il piacere derivante dalla consapevolezza della propria vittoria, non è forse credibile che tutto ciò avrebbe superato qualsiasi momentanea ripugnanza, di fronte alla quale probabilmente non avreste mai ceduto, se ne foste stati consapevoli? Inoltre, qual è questa repugnanza che dà valore alle derisioni di persone le cui opinioni su di voi non possono avere alcun peso reale? Con certezza, questo ragionamento vi avrebbe salvato da un momento di vergogna ingiusta, per permettervi di provare una vergogna molto più giusta e duratura, oltre a evitare rimpianti e pericoli. E, per non nascondervi nulla, anche la vostra amica avrebbe pianto meno.

Ditevi di voler sfruttare questa serata per il vostro ruolo di osservatore. Che cura, che attenzione! Le vostre scuse mi fanno arrossire per voi. Non sarete forse anche voi un giorno curioso di osservare i ladri nelle loro tane e di vedere come si comportano nel derubare i passanti? Non sapete forse che esistono oggetti così odiosi che nemmeno a un uomo onesto è permesso vederli, e che l’indignazione della virtù non può sopportare lo spettacolo del vizio? Il saggio osserva il disordine pubblico che non può fermare; lo osserva e mostra sul proprio volto addolorato il dolore che gli provoca. Ma per quanto riguarda i disordini particolari, si oppone loro o distoglie lo sguardo, per paura che essi non si permettano di approfittare della sua presenza. Del resto, era davvero necessario vedere simili società per giudicare ciò che vi avviene e i discorsi che vi vengono tenuti? Per me, solo conoscendo l’argomento principale di tali riunioni – più di quanto mi abbiate detto voi stesso – riesco facilmente a immaginare il resto; e l’idea dei piaceri che vi si trovano mi basta per comprendere abbastanza bene le persone che li cercano.

Non so se la vostra filosofia superficiale abbia già adottato quelle massime che si dice siano diffuse nelle grandi città per giustificare l’uso di simili luoghi; ma almeno spero che non siate tra coloro che si disprezzano a tal punto da permettersene l’uso, sotto il pretesto di qualche bisogno illusorio conosciuto soltanto dalle persone di vita dissoluta. Come se i due sessi fossero diversi in questo senso, e come se, nell’assenza di una relazione coniugale o nella condizione di celibato, un uomo onesto avesse bisogno di mezzi di cui una donna onesta non ha alcun bisogno! Se questo errore non vi conduce tra le prostitute, temo che continui a farvi perdere la strada. Ah! Se volete essere disprezzabili, almeno fatelo senza pretesti, e non aggiungete alla depravazione anche il mentire. Tutti questi presunti bisogni non hanno origine nella natura, ma nella volontaria corruzione dei sensi. Anche le illusioni dell’amore si purificano in un cuore puro, e non corrompono mai se non un cuore già corrotto; al contrario, la purezza si mantiene da sola. I desideri sempre repressi finiscono per smettere di nascere, e le tentazioni aumentano soltanto con l’abitudine di cedervi. L’amicizia mi ha aiutato a superare due volte il mio disgusto nel trattare un argomento del genere; questa sarà l’ultima volta. Perché, con quale diritto potrei sperare di ottenere da voi ciò che avete rifiutato all’onestà, all’amore e alla ragione?

Torno al punto importante con cui ho iniziato questa lettera. A ventun anni, mi scrivevate dal Valle delle descrizioni serie e sagge; a venticinque anni, mi inviavate da Parigi dei frammenti di lettere in cui il senso e la ragione venivano sacrificati a uno stile piacevole, ma molto lontano dal vostro carattere. Non so come ci siate riuscito; ma da quando vivete tra persone di talento, i vostri pregi sembrano essersi attenuati: avevate guadagnato tra la gente semplice, e ora ne perdete il beneficio tra gli intellettuali. La colpa non è del luogo in cui vivevate, ma delle conoscenze che lì avete acquisito; infatti, nulla richiede maggior discernimento di quanto sia necessario per distinguere tra il buono e il cattivo. Se volete studiare il mondo, frequentate persone sagge che lo conoscono grazie a una lunga esperienza e a osservazioni serene, non giovani sciocchi che ne vedono solo la superficie, né individui ridicoli che ne fanno uso per divertire donne e giovani. Parigi è pieno di studiosi abituati a riflettere, e questo grande ambiente offre loro ogni giorno argomenti su cui meditare. Non potrete certo credere che queste persone serie e colte vadano da una casa all’altra, da un gruppo all’altro, solo per divertire donne e giovani, trasformando la filosofia in chiacchiere banali. Hanno troppa dignità per umiliare così il proprio status, prostituire i propri talenti e dare l’esempio di comportamenti che dovrebbero invece correggere. Se la maggior parte lo facesse, sicuramente alcuni no. E sono proprio questi ultimi che dovreste cercare.

Non è forse ancora più singolare il fatto che voi stessi presentiate proprio quella mancanza che rimproverate agli autori comici moderni; che a Parigi ci siano soltanto persone di condizione elevata; e che siano solo coloro della vostra stessa classe quelli di cui non parlate mai? Come se i vani pregiudizi della nobiltà non vi costassero già abbastanza cara da farvi odiarli, e come se pensaste di degradarvi frequentando onesti borghesi, che forse rappresentano l’ordine più rispettabile del paese in cui vivete! Potete anche scusarvi basandovi sulle conoscenze di milord Edward; con quelle, avreste presto acquisito altre conoscenze anche in classi sociali inferiori. Tante persone desiderano salire nella scala sociale, che è sempre facile scenderla; e, secondo le vostre stesse parole, l’unico modo per conoscere veramente i costumi di un popolo consiste nello studiare la sua vita quotidiana nelle classi più numerose; perché limitarsi alle persone che rappresentano soltanto una facciata della realtà significa vedere solo degli attori.

Je voudrais que votre curiosité allât plus loin encore. Pourquoi, dans une ville si riche, le bas peuple est-il si misérable, tandis que la misère extrême est si rare parmi nous, où l’on ne voit point de millionnaires ? Cette question, ce me semble, est bien digne de vos recherches ; mais ce n’est pas chez les gens avec qui vous vivez que vous devez vous attendre à la résoudre. C’est dans les appartements dorés qu’un écolier va prendre les airs du monde ; mais le sage en apprend les mystères dans la chaumière du pauvre. C’est là qu’on voit sensiblement les obscures manoeuvres du vice, qu’il couvre de paroles fardées au milieu d’un cercle : c’est là qu’on s’instruit par quelles iniquités secrètes le puissant et le riche arrachent un reste de pain noir à l’opprimé qu’ils feignent de plaindre en public. Ah ! si j’en crois nos vieux militaires, que de choses vous apprendriez dans les greniers d’un cinquième étage, qu’on ensevelit sous un profond secret dans les hôtels du faubourg Saint-Germain, et que tant de beaux parleurs seraient confus avec leurs feintes maximes d’humanité si tous les malheureux qu’ils ont faits se présentaient pour les démentir !

Je sais qu’on n’aime pas le spectacle de la misère qu’on ne peut soulager, et que le riche même détourne les yeux du pauvre qu’il refuse de secourir ; mais ce n’est pas d’argent seulement qu’ont besoin les infortunés, et il n’y a que les paresseux de bien faire qui ne sachent faire du bien que la bourse à la main. Les consolations, les conseils, les soins, les amis, la protection sont autant de ressources que la commisération vous laisse, au défaut des richesses, pour le soulagement de l’indigent. Souvent les opprimés ne le sont que parce qu’ils manquent d’organe pour faire entendre leurs plaintes. Il ne s’agit quelquefois que d’un mot qu’ils ne peuvent dire, d’une raison qu’ils ne savent point exposer, de la porte d’un grand qu’ils ne peuvent franchir. L’intrépide appui de la vertu désintéressée suffit pour lever une infinité d’obstacles ; et l’éloquence d’un homme de bien peut effrayer la tyrannie au milieu de toute sa puissance.

Si vous voulez donc être homme en effet, apprenez à redescendre. L’humanité coule comme une eau pure et salutaire, et va fertiliser les lieux bas ; elle cherche toujours le niveau ; elle laisse à sec ces roches arides qui menacent la campagne, et ne donnent qu’une ombre nuisible ou des éclats pour écraser leurs voisins.

Voilà, mon ami, comment on tire parti du présent en s’instruisant pour l’avenir, et comment la bonté met d’avance à profit les leçons de la sagesse, afin que, quand les lumières acquises nous resteraient inutiles, on n’ait pas pour cela perdu le temps employé à les acquérir. Qui doit vivre parmi des gens en place ne saurait prendre trop de préservatifs contre leurs maximes empoisonnées, et il n’y a que l’exercice continuel de la bienfaisance qui garantisse les meilleurs coeurs de la contagion des ambitieux. Essayez, croyez-moi, de ce nouveau genre d’études ; il est plus digne de vous que ceux vous avez embrassés ; et comme l’esprit s’étrécit à mesure que l’âme se corrompt, vous sentirez bientôt, au contraire, combien l’exercice des sublimes vertus élève et nourrit le génie, combien un tendre intérêt aux malheurs d’autrui sert mieux à en trouver la source, et à nous éloigner en tous sens des vices qui les ont produits.

Je vous devais toute la franchise de l’amitié dans la situation critique où vous me paraissez être, de peur qu’un second pas vers le désordre ne vous y plongeât enfin sans retour, avant que vous eussiez le temps de vous reconnaître. Maintenant, je ne puis vous cacher, mon ami, combien votre prompte et sincère confession m’a touchée ; car je sens combien vous a coûté la honte de cet aveu, et par conséquent combien celle de votre faute vous pesait sur le coeur. Une erreur involontaire se pardonne et s’oublie aisément. Quant à l’avenir, retenez bien cette maxime dont je ne me départirai point : qui peut s’abuser deux fois en pareil cas ne s’est pas même abusé la première.

Adieu, mon ami : veille avec soin sur ta santé, je t’en conjure, et songe qu’il ne doit rester aucune trace d’un crime que j’ai pardonné.

P. S. — Je viens de voir entre les mains de M. d’Orbe des copies de plusieurs de vos lettres à milord Édouard, qui m’obligent à rétracter une partie de mes censures sur les matières et le style de vos observations. Celles-ci traitent, j’en conviens, de sujets importants, et me paraissent pleines de réflexions graves et judicieuses. Mais, en revanche, il est clair que vous nous dédaignez beaucoup, ma cousine et moi, ou que vous faites bien peu de cas de notre estime, en ne nous envoyant que des relations si propres à l’altérer, tandis que vous en faites pour votre ami de beaucoup meilleurs. C’est, ce me semble, assez mal honorer vos leçons, que de juger vos écolières indignes d’admirer vos talents ; et vous devriez feindre, au moins par vanité, de nous croire capables de vous entendre.

J’avoue que la politique n’est guère du ressort des femmes ; et mon oncle nous en a tant ennuyées, que je comprends comment vous avez pu craindre d’en faire autant. Ce n’est pas non plus, à vous parler franchement, l’étude à laquelle je donnerais la préférence ; son utilité est trop loin de moi pour me toucher beaucoup, et ses lumières sont trop sublimes pour frapper vivement mes yeux. Obligée d’aimer le gouvernement sous lequel le ciel m’a fait naître, je me soucie peu de savoir s’il en est de meilleurs. De quoi me servirait de les connaître, avec si peu de pouvoir pour les établir, et pourquoi contristerais-je mon âme à considérer de si grands maux où je ne peux rien, tant que j’en vois d’autres autour de moi qu’il m’est permis de soulager ? Mais je vous aime ; et l’intérêt que je ne prends pas au sujet, je le prends à l’auteur qui le traite. Je recueille avec une tendre admiration toutes les preuves de votre génie ; et fière d’un mérite si digne de mon coeur je ne demande à l’amour qu’autant d’esprit qu’il m’en faut pour sentir le vôtre. Ne me refusez donc pas le plaisir de connaître et d’aimer tout ce que vous faites de bien. Voulez-vous me donner l’humiliation de croire que, si le ciel unissait nos destinées, vous ne jugeriez pas votre compagne digne de penser avec vous ?

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Troisième Partie

Lettre I – De Madame d’Orbe à Saint-Preux

Que de maux vous causez à ceux qui vous aiment ! Que de pleurs vous avez déjà fait couler dans une famille infortunée dont vous troublez le repos ! Craignez d’ajouter le deuil à nos larmes ; craignez que la mort d’une mère affligée ne soit le dernier effet du poison que vous versez dans le coeur de sa fille, et qu’un amour désordonné ne devienne enfin pour vous-même la source d’un remords éternel. L’amitié m’a fait supporter vos erreurs tant qu’une ombre d’espoir pouvait les nourrir ; mais comment tolérer une vaine constance que l’honneur et la raison condamnent, et qui, ne pouvant plus causer que des malheurs et des peines, ne mérite que le nom d’obstination ?

Vous savez de quelle manière le secret de vos feux, dérobé si longtemps aux soupçons de ma tante, lui fut dévoilé par vos lettres. Quelque sensible que soit un tel coup à cette mère tendre et vertueuse, moins irritée contre vous que contre elle-même, elle ne s’en prend qu’à son aveugle négligence ; elle déplore sa fatale illusion : sa plus cruelle peine est d’avoir pu trop estimer sa fille, et sa douleur est pour Julie un châtiment cent fois pire que ses reproches.

I would like your curiosity to extend even further. Why, in a city so wealthy, is the common people so miserable, while extreme poverty is so rare among us—where we hardly ever see millionaires? This question, I believe, is well worthy of your investigation; but you cannot expect to find answers among those whom you live with. It is in the opulent mansions that a young scholar learns the ways of the world; yet the wise man discovers its mysteries in the humble cottage of the poor. There one can witness the subtle maneuvers of vice, disguised in flowery words within a circle of hypocrites; there one learns by what secret injustices the powerful and wealthy strip the oppressed of their meager sustenance, while publicly feigning compassion for them. Ah! If I believe what our old soldiers say, how much you would learn in the attics of a fifth-floor apartment—things that are kept deep in secrecy in the hotels of the Saint-Germain district—and how many so-called “humanitarians” would be caught in the lies they preach if all those they have harmed were to appear before them to refute their claims!

I know that people dislike to witness the suffering they are unable to alleviate, and that even the wealthy turn away their eyes from the poor they refuse to help; but it is not merely money that the unfortunate need. Only the lazy are those who truly do no good unless they have money at their disposal. Consolation, advice, care, friends, and protection—these are all resources that compassion provides us, in lieu of wealth, to alleviate the plight of the poor. Often, the oppressed are oppressed merely because they lack the means to voice their grievances. Sometimes it is just a word they cannot speak, a reason they do not know how to express, or a door they cannot cross into someone’s presence. The fearless support of unselfish virtue is enough to overcome countless obstacles; and the eloquence of a good person can deter tyranny even in the face of its full power.

If you truly wish to be human, then learn how to descend again. Humanity flows like pure and beneficial water, nourishing the low-lying areas; it always seeks to reach a level ground. It leaves those barren rocks that threaten the surrounding lands dry and barren—rocks that only cast harmful shadows or emit sharp fragments that crush everything in their path.

Here, my friend, is how one can make use of the present by preparing for the future, and how kindness can advance the lessons of wisdom, so that even if the knowledge we acquire later proves to be useless, we will not have wasted the time spent acquiring it. Those who must live among those in power cannot be too cautious against their poisonous principles; only constant practice of benevolence can protect us from the influence of ambitious and corrupt people. Try this new kind of study, believe me—it is far more worthy of you than those you have previously pursued. And since the mind narrows as the soul degenerates, you will soon discover how the practice of noble virtues elevates and nourishes our intellect, how a sincere concern for others’ misfortunes helps us to understand their causes and enables us to stay away from all the vices that lead to them.

I felt obliged to offer you the utmost sincerity in our friendship, given the critical situation you seem to be in—for fear that another step toward chaos might plunge you into it forever, before you even have time to realize it. Now, my friend, I cannot hide from you how deeply moved your prompt and sincere confession has touched me; for I can sense how much shame this admission must have cost you, and consequently how heavily the guilt of your mistake weighs on your heart. An unintentional mistake is easily forgiven and forgotten. As for the future, remember well this maxim, which I will never abandon: those who are capable of deceiving themselves twice in such a situation never deceived themselves at all in the first place.

Goodbye, my friend: take care of your health, I implore you, and remember that not a single trace of the crime I have forgiven should remain.

P.S. — I have just seen in Mr. d’Orbe’s hands several copies of your letters to Lord Edward, which force me to retract part of my criticisms regarding the content and style of your observations. I admit that these topics are important, and they seem to contain serious and judicious reflections. However, it is clear that you hold us, my cousin and me, in very little regard, or at least that you attach little importance to our opinion—sending us only such communications as are likely to diminish it, while treating your friend with much greater consideration. In my view, this is a poor fulfillment of the lessons you teach us, to judge your “pupils” unworthy of admiring your talents; and you should at least pretend, out of vanity, to believe that we are capable of understanding you.

I must admit that politics is hardly within a woman’s sphere of interest; and my uncle has talked about it so much that I can understand how you might have been afraid to engage in it yourself. To be honest with you, it is not either the field of study that I would prefer; its usefulness is too distant from me to truly inspire me, and its insights are too profound to strike a deep impression upon me. Forced to accept the government under which I was born, I care little whether there are better ones. What use would it be for me to know about them, given my limited power to bring about change? And why should I torment my soul by contemplating such great evils when I am able to alleviate so many others around me? But I love you; and where I lack interest in the subject itself, I find it in the author who writes about it. With tender admiration, I embrace every evidence of your genius; and proud of such a merit that deserves my heart, I ask love for nothing more than the intelligence needed to appreciate yours. So please do not deny me the pleasure of knowing and loving everything good you do. Will you allow me the humiliation of believing that, if fate were to bring us together, you would consider your companion unworthy of sharing your thoughts?

List of literary works

General list of titles

Third Part

Letter I – From Madame d’Orbe to Saint-Preux

How much harm you cause to those who love you! How many tears have you already made flow in unfortunate families whose peace you disturb! Fear adding sorrow to our tears; fear that the death of a grieving mother may be the final consequence of the poison you pour into her daughter’s heart, and that an unrestrained love may ultimately become the source of eternal remorse for you. Friendship allowed me to tolerate your mistakes so long as there was even a sliver of hope; but how can I endure such a futile persistence, which honor and reason condemn? A persistence that can only bring misfortune and pain deserves nothing but the name of obstinacy.

You know how the secret of your affairs, which for so long escaped my aunt’s suspicions, was revealed to her through your letters. No matter how painful such a blow may be to this tender and virtuous mother—who is less angry with you than with herself—she blames only her own blind negligence; she laments her fatal delusion. Her greatest suffering is that she once judged her daughter too highly, and for Julie, this pain is a punishment far more severe than any reproach she might have directed at her.

Vorrei che la vostra curiosità andasse ancora più lontano. Perché, in una città così ricca, il popolo comune è così miserabile, mentre la povertà estrema è così rara tra di noi, dove non si vedono milionari? Questa domanda, a mio parere, merita davvero le vostre ricerche; ma non è certo tra le persone con cui vivete che potrete trovarvi la risposta. È nelle stanze lussuose che un ragazzo impara i modi del mondo; ma il saggio ne apprende i misteri nella capanna del povero. Lì si possono osservare chiaramente le oscure manovre del vizio, che esso nasconde dietro parole ipocrite in mezzo a un certo ambiente; lì si scopre con quale ingiustizia segreta il potente e il ricco strappano al povero quel poco di pane nero che poi fingono di compiangere in pubblico. Ah! Se crediamo ai nostri vecchi militari, quante cose imparereste nei solai di un quinto piano, quelle cose che vengono tenute segrete negli hotel del quartiere di Saint-Germain. E quanti di quegli oratori così eloquenti rimarrebbero confusi dalle loro false massime di umanità, se tutti i malheureux che hanno causato si presentassero per smentirle!

So che non ci piace assistere alla miseria che non possiamo alleviare, e che persino i ricchi distolgono lo sguardo dal povero che rifiutano di aiutare; ma gli sfortunati hanno bisogno non solo di denaro. Sono soltanto i pigri a non sapere fare del bene se non con il portafoglio in mano. Consolazioni, consigli, cure, amici, protezione: sono tutte risorse che la compassione ci offre, al posto della ricchezza, per alleviare la povertà. Spesso coloro che sono oppressi lo sono soltanto perché mancano di mezzi per far sentire le loro lamentele. A volte basta una parola che non possono pronunciare, una ragione che non sanno esporre, la porta di qualcuno potente che non riescono a varcare. Il coraggioso sostegno della virtù disinteressata è sufficiente per superare innumerevoli ostacoli. E l’eloquenza di un uomo buono può spaventare la tirannia, nonostante tutta la sua potenza.

Se dunque volete davvero essere uomini, imparate a “scendere” di nuovo verso il basso. L’umanità scorre come acqua pura e benefica, e va a fertilizzare le zone più basse; cerca sempre il livello medio; lascia asciugare quelle rocce aride che minacciano i campi circostanti, e che non offrono altro che ombra dannosa o schegge capaci di distruggere ciò che le circonda.

Ecco, mio caro amico, come si possa trarre profitto dal presente studiando per il futuro, e come la bontà possa anticipatamente sfruttare le lezioni della saggezza, affinché, anche se le conoscenze acquisite in seguito dovessero rivelarsi inutili, non si sia perso tempo nel ottenerle. Chi deve vivere tra persone potenti non può mai essere troppo cauto nei confronti delle loro massime velenose; solo l’esercizio continuo della benevolenza può proteggere i cuori migliori dalla contaminazione degli ambiziosi. Provate, credetemi, questo nuovo tipo di studio: è più adatto a voi di quelli che avete seguito finora. E poiché lo spirito si restringe man mano che l’anima si corrompe, presto scoprirete quanto l’esercizio delle virtù sublimi possa elevare e nutrire il genio umano; quanto un sincero interesse per le sofferenze altrui possa aiutarci a individuarne la causa e a allontanarci in ogni modo dai vizi che le hanno generate.

Vi dovevo tutta la franchezza che l’amicizia richiede nella situazione critica in cui vi trovate, per paura che un ulteriore passo verso il disordine non vi trascinasse definitivamente in quel baratro, prima ancora che aveste il tempo di rendervene conto. Ora non posso più nascondervi, mio caro amico, quanto mi abbia commosso la vostra rapida e sincera confessione; perché so bene quanto vi sia costata l’umiliazione di ammettere quel errore, e quindi quanto pesasse su di voi il rimorso della vostra colpa. Un errore involontario si può perdonare e dimenticare facilmente. Ma riguardo al futuro, ricordate bene questa massima: chi è in grado di sbagliarsi due volte in una situazione del genere, probabilmente non si era mai sbagliato nemmeno la prima volta.

Addio, mio amico: ti prego, prenditi cura della tua salute con attenzione, e ricorda che non deve rimanere traccia alcuna di un crimine che ho perdonato.

P.S. — Ho appena visto tra le mani del signor d’Orbe delle copie di diverse delle vostre lettere a milord Edouard, il che mi obbliga a ritrattare una parte delle mie critiche riguardo ai contenuti e allo stile delle vostre osservazioni. Devo ammettere che queste trattano di argomenti importanti e sembrano piene di riflessioni serie e sagge. Tuttavia, è evidente che ci disprezziate molto, mia cugina ed io, o che date ben poco valore alla nostra stima, inviandoci soltanto notizie capaci di offenderla, mentre riservate a vostro amico un trattamento molto più favorevole. A mio parere, è piuttosto disonorevole per le vostre lezioni ritenere le vostre allieve indegne di apprezzare i vostri talenti; e dovreste, almeno per vanità, fingere di credere che siamo in grado di comprendervi.

Devo ammettere che la politica non rientri certo tra gli interessi delle donne; e mio zio ce ne ha parlato così tanto da farci davvero temere di doverne occuparci anche noi. A dire il vero, nemmeno per me questa è lo studio che preferirei: la sua utilità mi è troppo lontana per colpirmi profondamente, e le sue idee sono troppo elevate per essere immediatamente comprensibili. Essendo costretta ad amare il governo sotto cui sono nata, non mi interessa affatto sapere se ne esistano di migliori. A che mi servirebbero di conoscerli, se ho così poco potere per cambiarli? E perché dovrei rattristarmi nel considerare tanti mali dei quali non posso alleviare alcuno, quando intorno a me ne vedo altri che posso invece aiutare a eliminare? Ma vi amo. E l’interesse che non provo per questo argomento lo trovo nell’autore che ne parla. Raccolgo con profonda ammirazione tutte le prove del vostro genio; e, orgogliosa di un merito così degno del mio cuore, chiedo all’amore soltanto l’intelligenza necessaria per comprendere il vostro. Quindi, non rifiutatemi il piacere di conoscere e amare tutto ciò che fate di buono. Vogliate forse farmi credere che, se il destino ci unisse, non considerereste la vostra compagna degna di condividere i vostri pensieri?

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Terza Parte

Lettera I – Di Madame d’Orbe a Saint-Preux

Quanti mali causate a coloro che vi amano! Quante lacrime avete già fatto versare in una famiglia sfortunata, turbando il suo riposo. Temete di aggiungere il dolore alle nostre lacrime; temete che la morte di una madre afflitta sia l’ultimo effetto del veleno che versate nel cuore di sua figlia, e che un amore disordinato diventi infine per voi stessi fonte di rimorso eterno. L’amicizia mi ha fatto sopportare i vostri errori finché esisteva anche solo una remota speranza; ma come poter tollerare una costanza vana, condannata dall’onore e dalla ragione, che, non potendo più causare altro che sfortune e dolori, merita soltanto il nome di ostinazione?

Sapete bene in che modo il segreto dei vostri sentimenti, a lungo nascosto dalle sospetti di mia zia, le fu rivelato attraverso le vostre lettere. Per quanto doloroso possa essere un simile colpo per una madre così tenera e virtuosa, lei non è arrabbiata con voi, ma soltanto con la propria cieca negligenza; si rammarica della sua fatale illusione. Il suo dolore più acuto deriva dal fatto di aver valutato troppo alta sua figlia, e per Julie questa sofferenza rappresenta una punizione cento volte peggiore dei suoi rimproveri.

L’accablement de cette pauvre cousine ne saurait s’imaginer. Il faut le voir pour le comprendre. Son coeur semble étouffé par l’affliction, et l’excès des sentiments qui l’oppressent lui donne un air de stupidité plus effrayante que des cris aigus. Elle se tient jour et nuit à genoux au chevet de sa mère, l’air morne, l’oeil fixé à terre, gardant un profond silence, la servant avec plus d’attention et de vivacité que jamais, puis retombant à l’instant dans un état d’anéantissement qui la ferait prendre pour une autre personne. Il est très clair que c’est la maladie de la mère qui soutient les forces de la fille ; et si l’ardeur de la servir n’animait son zèle, ses yeux éteints, sa pâleur, son extrême abattement, me feraient craindre qu’elle n’eût grand besoin pour elle-même de tous les soins qu’elle lui rend. Ma tante s’en aperçoit aussi ; et je vois à l’inquiétude avec laquelle elle me recommande en particulier la santé de sa fille, combien le coeur combat de part et d’autre contre la gêne qu’elles s’imposent et combien on doit vous haïr de troubler une union si charmante.

Cette contrainte augmente encore par le soin de la dérober aux yeux d’un père emporté, auquel une mère tremblante pour les jours de sa fille veut cacher ce dangereux secret. On se fait une loi de garder en sa présence l’ancienne familiarité ; mais si la tendresse maternelle profite avec plaisir de ce prétexte, une fille confuse n’ose livrer son coeur à des caresses qu’elle croit feintes, et qui lui sont d’autant plus cruelles qu’elles lui seraient douces si elle osait y compter. En recevant celles de son père, elle regarde sa mère d’un air si tendre et si humilié, qu’on voit son coeur lui dire par ses yeux : « Ah ! que ne suis-je digne encore d’en recevoir autant de vous ! »

Mme d’Etange m’a prise plusieurs fois à part ; et j’ai connu facilement à la douceur de ses réprimandes et au ton dont elle m’a parlé de vous, que Julie a fait de grands efforts pour calmer envers nous sa trop juste indignation, et qu’elle n’a rien épargné pour nous justifier l’un et l’autre à ses dépens. Vos lettres mêmes portent, avec le caractère d’un amour excessif, une sorte d’excuse qui ne lui a pas échappé ; elle vous reproche moins l’abus de sa confiance qu’à elle-même sa simplicité à vous l’accorder. Elle vous estime assez pour croire qu’aucun autre homme à votre place n’eût mieux résisté que vous ; elle s’en prend de vos fautes à la vertu, même. Elle conçoit maintenant, dit-elle, ce que c’est qu’une probité trop vantée, qui n’empêche point un honnête homme amoureux de corrompre, s’il peut, une fille sage, et de déshonorer sans scrupule toute une famille pour satisfaire un moment de fureur. Mais que sert de revenir sur le passé ? Il s’agit de cacher sous un voile éternel cet odieux mystère, d’en effacer, s’il se peut, jusqu’au moindre vestige, et de seconder la bonté du ciel qui n’en a point laissé de témoignage sensible. Le secret est concentré entre six personnes sûres. Le repos de tout ce que vous avez aimé, les jours d’une mère au désespoir, l’honneur d’une maison respectable, votre propre vertu, tout dépend de vous encore ; tout vous prescrit votre devoir : vous pouvez réparer le mal que vous avez fait ; vous pouvez vous rendre digne de Julie, et justifier sa faute en renonçant à elle ; et si votre coeur ne m’a point trompée, il n’y a plus que la grandeur d’un tel sacrifice qui puisse répondre à celle de l’amour qui l’exige. Fondée sur l’estime que j’eus toujours pour vos sentiments, et sur ce que la plus tendre union qui fût jamais lui doit ajouter de force, j’ai promis en votre nom tout ce que vous devez tenir : osez me démentir si j’ai trop présumé de vous, ou soyez aujourd’hui ce que vous devez être. Il faut immoler votre maîtresse ou votre amour l’un à l’autre, et vous montrer le plus lâche ou le plus vertueux des hommes.

Cette mère infortunée a voulu vous écrire ; elle avait même commencé. O Dieu ! que de coups de poignard vous eussent portés ses plaintes amères ! Que ses touchants reproches vous eussent déchiré le coeur ! Que ses humbles prières vous eussent pénétré de honte ! J’ai mis en pièces cette lettre accablante que vous n’eussiez jamais supportée : je n’ai pu souffrir ce comble d’horreur de voir une mère humiliée devant le séducteur de sa fille : vous êtes digne au moins qu’on n’emploie pas avec vous de pareils moyens, faits pour fléchir des monstres, et pour faire mourir de douleur un homme sensible.

Si c’était ici le premier effort que l’amour vous eût demandé, je pourrais douter du succès et balancer sur l’estime qui vous est due : mais le sacrifice que vous avez fait à l’honneur de Julie en quittant ce pays est garant de celui que vous allez faire à son repos en rompant un commerce inutile. Les premiers actes de vertu sont toujours les plus pénibles, et vous ne perdez point le prix d’un effort qui vous a tant coûté en vous obstinant à soutenir une vaine correspondance dont les risques sont terribles pour votre amante, les dédommagements nuls pour tous les deux, et qui ne fait que prolonger sans fruit les tourments de l’un et de l’autre. N’en doutez plus, cette Julie qui vous fut si chère ne doit rien être à celui qu’elle a tant aimé : vous vous dissimulez en vain vos malheurs ; vous la perdîtes au moment que vous vous séparâtes d’elle, ou plutôt le ciel vous l’avait ôtée même avant qu’elle se donnât à vous ; car son père la promit dès son retour, et vous savez trop que la parole de cet homme inflexible est irrévocable. De quelque manière que vous vous comportiez, l’invincible sort s’oppose à vos voeux, et vous ne la posséderez jamais. L’unique choix qui vous reste à faire est de la précipiter dans un abîme de malheurs et d’opprobres, ou d’honorer en elle ce que vous avez adoré, et de lui rendre, au lieu du bonheur perdu, la sagesse, la paix, la sûreté du moins dont vos fatales liaisons la privent.

[Arv. ed]

Que vous seriez attristé, que vous vous consumeriez en regrets, si vous pouviez contempler l’état actuel de cette malheureuse amie, et l’avilissement où la réduit le malheur et la honte ! Que son lustre est terni ! que ses grâces sont languissantes ! que tous ses sentiments si charmants et si doux se fondent tristement dans le seul qui les absorbe ! L’amitié même en est attiédie ; à peine partage-t-elle encore le plaisir que je goûte à la voir ; et son coeur malade ne sait plus rien sentir que l’amour et la douleur. Hélas ! qu’est devenu ce caractère aimant et sensible, ce goût si pur des choses honnêtes, cet intérêt si tendre aux peines et aux plaisirs d’autrui ? Elle est encore, je l’avoue, douce, généreuse, compatissante ; l’aimable habitude de bien faire ne saurait s’effacer en elle ; mais ce n’est plus qu’une habitude aveugle, un goût sans réflexion. Elle fait toutes les mêmes choses, mais elle ne les fait plus avec le même zèle ; ces sentiments sublimes se sont affaiblis, cette flamme divine s’est amortie, cet ange n’est plus qu’une femme ordinaire. Ah ! quelle âme vous avez ôtée à la vertu !

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre IV – de Madame d’Orbe à l’amant de Julie

Vous m’avez écrit une lettre désolante ; mais il y a tant d’amour et de vertu dans votre conduite, qu’elle efface l’amertume de vos plaintes : vous êtes trop généreux pour qu’on ait le courage de vous quereller. Quelque emportement qu’on laisse paraître, quand on sait ainsi s’immoler à ce qu’on aime, on mérite plus de louanges que de reproches ; et, malgré vos injures, vous ne me fûtes jamais si cher que depuis que je connais si bien tout ce que vous valez.

Rendez grâce à cette vertu que vous croyez haïr, et qui fait plus pour vous que votre amour même. Il n’y a pas jusqu’à ma tante que vous n’ayez séduite par un sacrifice dont elle sent tout le prix. Elle n’a pu lire votre lettre sans attendrissement ; elle a même eu la faiblesse de la laisser voir à sa fille ; et l’effort qu’a fait la pauvre Julie pour contenir à cette lecture ses soupirs et ses pleurs l’a fait tomber évanouie.

The desolation of this poor cousin is beyond imagination; one must see it to understand it. Her heart seems to be crushed by grief, and the overwhelming intensity of her emotions gives her an air of stupidity that is even more frightening than high-pitched screams. She spends day and night kneeling by her mother’s bedside, looking listless, her eyes fixed on the ground, maintaining utter silence, serving her with more care and enthusiasm than ever before—only to suddenly fall back into a state of utter despair that would make one think she was another person altogether. It is clear that it is the mother’s illness that is sustaining the daughter’s strength; and if it weren’t for the fervor with which she serves her, her lifeless eyes, her pale complexion, and her extreme dejection would make me fear that she herself could greatly benefit from all the care she offers her mother. My aunt also realizes this; and I can see from the concern with which she especially urges me to take care of her daughter’s health how hard both hearts are fighting against the distress they are imposing upon themselves—and how much one must hate those who disturb such a charming bond between two people.

This restraint is further intensified by the effort to hide it from a father whose passion might reveal it; a mother, trembling for her daughter’s sake, seeks to conceal this dangerous secret. One makes a rule to maintain the same familiar manner in front of him; but while maternal tenderness gladly takes advantage of this pretext, a confused girl dares not surrender her heart to caresses that she believes to be feigned—and which are all the more cruel precisely because she fears they might be genuine. When receiving her father’s caresses, she looks at her mother with such tender and humble eyes that one can see her heart saying through them: “Ah! How I wish I were still worthy of receiving so much from you!”

Madam d’Etange took me aside on several occasions; and from the gentleness of her reprimands and the tone in which she spoke about you to me, I easily understood that Julie had made great efforts to restrain her just indignation toward us, and that she had spared no effort to justify both of us at her own expense. Even your own letters, with their evident signs of excessive affection, contained a kind of apology that did not escape her; she blamed you less for abusing her trust than herself for being so naive as to grant it to you. She thought highly of you enough to believe that no other man in your place would have resisted such temptation better than you; she even attributed your mistakes to the virtue itself. Now, she says, she understands what it means for integrity to be so highly praised that it does not prevent a loving and honest man from corrupting a virtuous girl, if he sees fit to do so, or from dishonoring an entire family without any remorse in order to satisfy a moment of anger. But what use is there in dwelling on the past? What we need now is to cover up this abhorrent mystery forever, to erase every trace of it if possible, and to comply with the kindness of heaven, which has not left any visible evidence of it. The secret remains known only to six people who can be trusted. The peace of all those you have loved, the suffering of a mother in despair, the honor of a respectable family, your own virtue—all depend on you once again; everything demands that you fulfill your duty: you can repair the harm you have caused; you can prove yourself worthy of Julie and justify her mistake by giving her up. And if my heart has not deceived me, then only the greatness of such a sacrifice can match the magnitude of the love that demands it. Based on the respect I have always felt for your feelings, and considering the added strength that the deepest and most tender bond can bring to them, I have promised on your behalf everything that you owe to do. Dare to prove me wrong if I have overestimated you; or be today what you are supposed to be. You must either sacrifice your mistress or your love for each other—and then show yourself to be either the most cowardly or the most virtuous of men.

This unfortunate mother wanted to write to you; she had even begun. Oh God! How many painful accusations her bitter complaints would have inflicted upon you! How deeply her touching reproaches would have wounded your heart! How humbly her prayers would have filled you with shame! I destroyed that crushing letter—something you could never have endured. I simply could not bear the sheer horror of seeing a mother humiliated in front of her daughter’s seducer. At least you deserve better than to be subjected to such methods—methods meant to subdue monsters and to bring a sensitive man to utter despair.

If this were the first sacrifice that love had demanded of you, I might doubt its success and hesitate in assessing the respect you deserve; but the sacrifice you made for Julie’s honor by leaving this country is a guarantee of the one you will make for her peace by ending this futile correspondence. The first acts of virtue are always the most difficult, yet you do not lose the value of an effort that cost you so much—an effort to maintain a worthless exchange that posed terrible dangers to your beloved, brought no benefit to either of you, and only prolonged the suffering of both. Do not doubt it: this Julie, who was so dear to you, cannot belong to the man she loved so deeply. In vain do you try to hide your misfortunes; you lost her the moment you parted with her—or rather, heaven took her away even before she could give herself to you. For her father promised to marry her as soon as she returned home, and you know all too well that the word of such an unyielding man is irrevocable. No matter what you do, fate stands in your way; you will never possess her. The only choice left to you is either to plunge her into a abyss of misery and disgrace, or to honor in her what you once adored—and to give her, in place of the lost happiness, the wisdom, peace, and security that your fatal relationship has deprived her of.

[Arv. ed]

How distressed you would be, how consumed by regret, if you could see the current state of this unfortunate friend, and the degradation to which misfortune and shame have reduced her! How dimmed has her former brilliance become! How languishing are her once graceful charms! How sadly have all those charming and tender sentiments been absorbed by a single emotion alone! Even friendship itself seems to have cooled; she can hardly share in the pleasure I take in seeing her now; her sickened heart feels nothing but love and pain. Alas! What has become of that loving and sensitive nature, of that pure taste for what is honorable, of that tender concern for the joys and sorrows of others? I admit it—she is still kind, generous, and compassionate; the lovely habit of doing good cannot have vanished entirely within her. But now it is but a blind habit, a feeling devoid of reflection. She still performs the same deeds, yet no longer with the same zeal; those noble sentiments have weakened, that divine flame has dimmed—this “angel” is now but an ordinary woman. Ah! What a terrible loss to virtue.

List of literary works

General list of titles

Letter IV – From Madame d’Orbe to Julie’s lover

You wrote me a letter filled with sorrow; yet there is so much love and virtue in your conduct that it overshadows the bitterness of your complaints. You are too generous for anyone to have the courage to quarrel with you. No matter how much anger one may show, when one is willing to sacrifice so much for what they love, such people deserve praise rather than reproach. And, despite your insults, you have never been so dear to me as since I have come to understand all that you truly are.

Give thanks to this virtue that you believe you hate, yet which does more for you than even your own love. Not even my aunt has been spared by you—you have seduced her through a sacrifice of which she fully understands the value. She could not read your letter without feeling moved; she even had the weakness of showing it to her daughter. And the effort that poor Julie made to suppress her sighs and tears while reading it caused her to faint.

La disperazione di questa povera cugina è impossibile da immaginare; bisogna vederla per comprenderla. Il suo cuore sembra soffocato dal dolore, e l’eccesso di sentimenti che la opprimono le dà un aspetto di stupidità ancora più spaventoso dei suoi gridi acuti. Sta giorno e notte in ginocchio al capezzale di sua madre, con aria cupa, lo sguardo fisso a terra, mantenendo un profondo silenzio; la serve con maggiore attenzione e vivacità che mai, per poi ricadere immediatamente in uno stato di prostrazione tale da farla sembrare un’altra persona. È evidente che è proprio la malattia della madre a sostenere le forze della figlia; e se non fosse per l’ardore con cui si dedica al suo servizio, i suoi occhi spenti, il suo pallore, la sua estrema prostrazione mi farebbero temere che abbia bisogno di tutti gli stessi cura che lei le offre. Mia zia se ne rende conto anche lei; e vedo dall’ansia con cui mi raccomanda in particolare la salute di sua figlia quanto il cuore lotti da entrambe le parti contro questa sofferenza che si infliggono a vicenda. E quanto si debba odiare chi disturba un’unione così incantevole.

Questo obbligo diventa ancora più acuto quando si cerca di nascondere questo pericoloso segreto agli occhi di un padre irascibile, mentre una madre, preoccupata per il futuro della propria figlia, desidera mantenerlo all’oscuro. Si stabilisce quindi la regola di mantenere, in sua presenza, quell’antica intimità; ma se la tenerezza materna approfitta volentieri di questo pretesto, una ragazza confusa non osa affidare il proprio cuore a carezze che ritiene fingenti, e che sono tanto più crudeli proprio perché lei spera possano essere dolci. Quando riceve le carezze del padre, guarda sua madre con uno sguardo così tenero e umiliato, che si può intuire come il suo cuore le dica attraverso i suoi occhi: “Ah, quanto sarei ancora degna di riceverne altrettante da te!”

La signora d’Etange mi ha preso più volte da parte; e ho capito facilmente, dalla dolcezza delle sue rimproveri e dal tono con cui mi parlava di voi, che Julie aveva fatto grandi sforzi per placare la sua giusta indignazione nei nostri confronti, e che non aveva risparmiato nulla per giustificarci entrambi a suo scapito. Anche le vostre stesse lettere portano, con l’atteggiamento di un amore eccessivo, una sorta di scusa che non le è sfuggita; lei vi rimprovera meno l’abuso della sua fiducia che se stessa per la sua semplicità nel concedervela. Vi stimava abbastanza da credere che nessun altro uomo al vostro posto avrebbe resistito meglio di voi; addirittura attribuisce le vostre colpe alla vostra stessa virtù. Ora, dice lei, comprende cosa significhi una probità troppo esagerata: essa non impedisce infatti a un uomo onesto e innamorato di corrompere, se possibile, una ragazza saggia, e di disonorare senza rimorsi tutta una famiglia pur di soddisfare un momento di furia. Ma a che serve ripensare al passato? È necessario nascondere per sempre questo odioso mistero, cancellarne, se possibile, ogni traccia, e collaborare alla bontà del cielo che non ne ha lasciato alcuna testimonianza evidente. Il segreto è custodito da sei persone affidabili. Il riposo di tutto ciò che avete amato, i giorni di una madre disperata, l’onore di una famiglia rispettabile, la vostra stessa virtù, tutto dipende ancora da voi; tutto vi impone il vostro dovere: potete rimediare al male che avete commesso, potete rendervi degni di Julie e giustificare il suo errore rinunciando a lei. E se il mio cuore non mi ha ingannato, non c’è altro che la grandezza di un simile sacrificio che possa rispondere alla grandezza dell’amore che lo richiede. Basandomi sulla stima che ho sempre avuto per i vostri sentimenti, e su ciò che il legame più tenero che sia mai esistito può aggiungere di forza a tale amore, ho promesso in vostra nome tutto ciò che dovete fare. Oserete negare le mie parole se mi sono presa troppa libertà con voi, oppure oggi sarete ciò che dovete essere. È necessario sacrificare la propria amante o il proprio amore l’uno all’altro, e dimostrarsi gli uomini più codardi o i più virtuosi che esistano.

Questa sfortunata madre voleva scrivervi; aveva persino iniziato. Oh Dio! Quanti colpi d’arma da taglio avrebbero potuto infliggervi le sue amare lamentele. Quanto dolore avrebbero potuto causarvi i suoi commoventi rimproveri. Quanta vergogna avrebbero potuto suscitare in voi le sue umili preghiere. Ho distrutto questa lettera straziante che mai avreste potuto sopportare: non ho potuto tollerare tale orrore, vedere una madre umiliata davanti al seduttore di sua figlia. Almeno voi meritate che non si usino con voi mezzi del genere, mezzi fatti per piegare i mostri e per far morire di dolore un uomo sensibile.

Se questo fosse stato il primo sacrificio che l’amore vi avesse chiesto, potrei dubitare del vostro successo e esitare nell’attribuire a voi la stima che meritate; ma il sacrificio che avete compiuto per onorare Julie lasciando questo paese è una garanzia di quello che compirete per il suo riposo, interrompendo una relazione inutile e dannosa. I primi atti di virtù sono sempre i più difficili da compiere; tuttavia, non perdete certo il valore di uno sforzo che vi è costato così caro: insistendo nel mantenere una corrispondenza vana e pericolosa, avete esposto la vostra amata a rischi terribili, senza alcun beneficio per entrambi, e avete solo prolungato inutilmente i loro tormenti. Non dubitate più: quella Julie, che vi fu così cara, non può appartenere a colui che l’amò tanto. Inutile cercare di nascondere le vostre sofferenze; l’abbiate persa nel momento stesso in cui vi siete separati. O meglio, il cielo ve l’aveva già tolta prima ancora che lei si donasse a voi: suo padre aveva promesso di darla in sposa non appena fosse tornato, e voi sapete bene quanto sia irrevocabile la parola di quell’uomo inflessibile. Qualunque cosa decidiate di fare, il destino invincibile si oppone ai vostri desideri. E lei non vi apparterrà mai. L’unica scelta che vi rimane è quella di gettarla in un abisso di miseria e disonore. Oppure di onorare in lei ciò che avete amato, restituendole, al posto della felicità perduta, saggezza, pace, e almeno la sicurezza che quelle relazioni fatali le hanno tolto.

[Edizione Arv.]

Che dolore proviereste, che rimpianti vi consumerebbero se poteste contemplare lo stato attuale di questa sfortunata amica, e l’umiliazione a cui la riducono la sventura e la vergogna! Quanto è offuscato il suo splendore, quanto appaiono languide le sue grazie. Tutti i suoi sentimenti, così incantevoli e dolci, si dissolvono tristemente in un solo sentimento che li assorbe completamente: l’amore. Anche l’amicizia stessa ne è intorpidita; a malapena condivide più il piacere che provo nel vederla. Il suo cuore malato non percepisce più nulla se non amore e dolore. Ahimè. Che fine ha fatto quel carattere amorevole e sensibile, quel gusto così puro per le cose oneste, quell’interesse così tenero verso i dolori e i piaceri altrui? Ammetto che sia ancora dolce, generosa, compassionevole. L’amabile abitudine di fare del bene non potrebbe mai svanire in lei. Ma ormai è soltanto un’abitudine cieca, un gusto privo di riflessione. Fa ancora le stesse cose, ma non più con lo stesso impegno. Quei sentimenti sublimi si sono indeboliti, quella fiamma divina si è spenta. Quell’angelo non è più che una donna ordinaria. Ah! Che anima avete strappato alla virtù.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera IV – Di Madame d’Orbe all’amante di Julie

Mi avete scritto una lettera piena di tristezza; ma c’è così tanto amore e virtù nella vostra condotta che questo cancella l’amarezza delle vostre lamentele: siete troppo generoso perché qualcuno abbia il coraggio di litigare con voi. Qualunque impeto si mostri, quando si sa sacrificarsi così tanto per ciò che si ama, si merita più lodi che rimproveri; e, nonostante le vostre offese, non siete mai stato così caro per me come da quando conosco appieno tutto ciò che valete.

Rendete grazia a questa virtù che credete di odiare, e che vi è più utile del vostro stesso amore. Non c’è nemmeno mia zia che non abbiate sedotto con un sacrificio del quale lei comprende appieno il valore. Non è riuscita a leggere la vostra lettera senza commuoversi; ha persino avuto la debolezza di mostrarla a sua figlia; e lo sforzo che la povera Julie ha fatto per trattenere i suoi singhiozzi e le sue lacrime durante quella lettura l’ha fatta svenire.

Cette tendre mère, que vos lettres avaient déjà puissamment émue, commence à connaître, par tout ce qu’elle voit, combien vos deux coeurs sont hors de la règle commune, et combien votre amour porte un caractère naturel de sympathie que le temps ni les efforts humains ne sauraient effacer. Elle qui a si grand besoin de consolation consolerait volontiers sa fille, si la bienséance ne la retenait ; et je la vois trop près d’en devenir la confidente pour qu’elle ne me pardonne pas de l’avoir été. Elle s’échappa hier jusqu’à dire en sa présence, un peu indiscrètement[110] peut-être : « Ah ! s’il ne dépendait que de moi… » Quoiqu’elle se retînt et n’achevât pas, je vis, au baiser ardent que Julie imprimait sur sa main, qu’elle ne l’avait que trop entendue. Je sais même qu’elle a voulu parler plusieurs fois à son inflexible époux ; mais, soit danger d’exposer sa fille aux fureurs d’un père irrité, soit crainte pour elle-même, sa timidité l’a toujours retenue ; et son affaiblissement, ses maux, augmentent si sensiblement, que j’ai peur de la voir hors d’état d’exécuter sa résolution avant qu’elle l’ait bien formée.

Quoi qu’il en soit, malgré les fautes dont vous êtes cause, cette honnêteté de coeur qui se fait sentir dans votre amour mutuel lui a donné une telle opinion de vous, qu’elle se fie à la parole de tous deux sur l’interruption de votre correspondance, et qu’elle n’a pris aucune précaution pour veiller de plus près sur sa fille. Effectivement, si Julie ne répondait pas à sa confiance, elle ne serait plus digne de ses soins, et il faudrait vous étouffer l’un et l’autre si vous étiez capables de tromper encore la meilleure des mères, et d’abuser de l’estime qu’elle a pour vous.

Je ne cherche point à rallumer dans votre coeur une espérance que je n’ai pas moi-même ; mais je veux vous montrer, comme il est vrai, que le parti le plus honnête est aussi le plus sage, et que s’il peut rester quelque ressource à votre amour, elle est dans le sacrifice que l’honneur et la raison vous imposent. Mère, parents, amis, tout est maintenant pour vous, hors un père, qu’on gagnera par cette voie, ou que rien ne saurait gagner. Quelque imprécation qu’ait pu vous dicter un moment de désespoir, vous nous avez prouvé cent fois qu’il n’est point de route plus sûre pour aller au bonheur que celle de la vertu. Si l’on y parvient, il est plus pur, plus solide et plus doux par elle ; si on le manque, elle seule peut en dédommager. Reprenez donc courage ; soyez homme, et soyez encore vous-même. Si j’ai bien connu votre coeur, la manière la plus cruelle pour vous de perdre Julie serait d’être indigne de l’obtenir.

Lettre VI – De l’amant de Julie à Madame d’Orbe

Enfin le voile est déchiré ; cette longue illusion s’est évanouie ; cet espoir si doux s’est éteint ; il ne me reste pour aliment d’une flamme éternelle qu’un souvenir amer et délicieux qui soutient ma vie et nourrit mes tourments du vain sentiment d’un bonheur qui n’est plus.

Est-il donc vrai que j’ai goûté la félicité suprême ? Suis-je bien le même être qui fut heureux un jour ? Qui peut sentir ce que je souffre n’est-il pas né pour toujours souffrir ? Qui put jouir des biens que j’ai perdus peut-il les perdre et vivre encore, et des sentiments si contraires peuvent-ils germer dans un même coeur ? Jours de plaisir et de gloire, non, vous n’étiez pas d’un mortel ; vous étiez trop beaux pour devoir être périssables. Une douce extase absorbait toute votre durée, et la rassemblait en un point comme celle de l’éternité. Il n’y avait pour moi ni passé ni avenir, et je goûtais à la fois les délices de mille siècles. Hélas ! vous avez disparu comme un éclair. Cette éternité de bonheur ne fut qu’un instant de ma vie. Le temps a repris sa lenteur dans les moments de mon désespoir, et l’ennui mesure par longues années le reste infortuné de mes jours.

Pour achever de me les rendre insupportables, plus les afflictions m’accablent, plus tout ce qui m’était cher semble se détacher de moi. Madame, il se peut que vous m’aimiez encore ; mais d’autres soins vous appellent, d’autres devoirs vous occupent. Mes plaintes que vous écoutiez avec intérêt sont maintenant indiscrètes. Julie, Julie elle-même se décourage et m’abandonne. Les tristes remords ont chassé l’amour. Tout est changé pour moi ; mon coeur seul est toujours le même, et mon sort en est plus affreux.

Mais qu’importe ce que je suis et ce que je dois être ? Julie souffre, est-il temps de songer à moi ? Ah ! ce sont ses peines qui rendent les miennes plus amères. Oui, j’aimerais mieux qu’elle cessât de m’aimer et qu’elle fût heureuse… Cesser de m’aimer !… l’espère-t-elle ?… Jamais, jamais. Elle a beau me défendre de la voir et de lui écrire. Ce n’est pas le tourment qu’elle s’ôte, hélas ! c’est le consolateur. La perte d’une tendre mère la doit-elle priver d’un plus tendre ami ? Croit-elle soulager ses maux en les multipliant ? O amour ! est-ce à tes dépens qu’on peut venger la nature ?

Non, non ; c’est en vain qu’elle prétend m’oublier. Son tendre coeur pourra-t-il se séparer du mien ? Ne le retiens-je pas en dépit d’elle ? Oublie-t-on des sentiments tels que nous les avons éprouvés, et peut-on s’en souvenir sans les éprouver encore ? L’amour vainqueur fit le malheur de sa vie ; l’amour vaincu ne la rendra que plus à plaindre. Elle passera ses jours dans la douleur, tourmentée à la fois de vains regrets et de vains désirs, sans pouvoir jamais contenter ni l’amour ni la vertu.

Ne croyez pas pourtant qu’en plaignant ses erreurs je me dispense de les respecter. Après tant de sacrifices, il est trop tard pour apprendre à désobéir. Puisqu’elle commande, il suffit ; elle n’entendra plus parler de moi. Jugez si mon sort est affreux. Mon plus grand désespoir n’est pas de renoncer à elle. Ah ! c’est dans son coeur que sont mes douleurs les plus vives, et je suis plus malheureux de son infortune que de la mienne. Vous qu’elle aime plus que toute chose, et qui seule, après moi, la savez dignement aimer, Claire, aimable Claire, vous êtes l’unique bien qui lui reste. Il est assez précieux pour lui rendre supportable la perte de tous les autres. Dédommagez-la des consolations qui lui sont ôtées et de celles qu’elle refuse ; qu’une sainte amitié supplée à la fois auprès d’elle à la tendresse d’une mère, à celle d’un amant, aux charmes de tous les sentiments qui devaient la rendre heureuse. Qu’elle le soit, s’il est possible, à quelque prix que ce puisse être. Qu’elle recouvre la paix et le repos dont je l’ai privée ; je sentirai moins les tourments qu’elle m’a laissés. Puisque je ne suis plus rien à mes propres yeux, puisque c’est mon sort de passer ma vie à mourir pour elle, qu’elle me regarde comme n’étant plus ; j’y consens si cette idée la rend plus tranquille. Puisse-t-elle retrouver près de vous ses premières vertus, son premier bonheur ! Puisse-t-elle être encore par vos soins tout ce qu’elle eût été sans moi !

Hélas ! elle était fille, et n’a plus de mère ! Voilà la perte qui ne se répare point, et dont on ne se console jamais quand on a pu se la reprocher. Sa conscience agitée lui redemande cette mère tendre et chérie, et dans une douleur si cruelle l’horrible remords se joint à son affliction. O Julie ! ce sentiment affreux devait-il être connu de toi ? Vous qui fûtes témoin de la maladie et des derniers moments de cette mère infortunée, je vous supplie, je vous conjure, dites-moi ce que j’en dois croire. Déchirez-moi le coeur si je suis coupable. Si la douleur de nos fautes l’a fait descendre au tombeau, nous sommes deux monstres indignes de vivre ; c’est un crime de songer à des liens si funestes, c’en est un de voir le jour. Non, j’ose le croire, un feu si pur n’a point produit de si noirs effets. L’amour nous inspira des sentiments trop nobles pour en tirer les forfaits des âmes dénaturées. Le ciel, le ciel serait-il injuste, et celle qui sut immoler son bonheur aux auteurs de ses jours méritait-elle de leur coûter la vie ?

Lettre VII – Réponse

This tender mother, who had already been deeply moved by your letters, is beginning to realize, through everything she sees, how much your two hearts deviate from the common norms, and how profound the natural sympathy that underlies your love is—sympathy that neither time nor human efforts could ever erase. She, who herself needs so much consolation, would gladly comfort her daughter if propriety did not prevent her; and I see her being too close to becoming her confidante for her not to forgive me for having been it myself. Yesterday, she even let slip in her presence, perhaps a bit indiscreetly: “Ah! If only it were up to me, ” Although she stopped herself from finishing, I could tell from the passionate kiss Julie gave on her hand that she had heard enough. I even know that she tried several times to speak with her unyielding husband; but either out of concern for exposing her daughter to a father’s anger or out of fear for herself, her timidity always stopped her. Moreover, her weakness and suffering are increasing so dramatically that I fear she may not be able to carry out her resolve before it has even been fully formed.

In any case, despite the mistakes you have caused, this honesty of heart that is evident in your mutual love has given her such a high opinion of you that she trusts the words of both of you regarding the interruption of your correspondence, and she has not taken any extra precautions to watch over her daughter more closely. Indeed, if Julie were to fail to live up to this trust in her, she would no longer be worthy of his care; and if you were capable of deceiving even the best of mothers and exploiting the respect she has for you, then it would indeed be necessary to put an end to both of you.

I seek not to rekindle in your heart a hope that I myself do not possess; but I wish to show you how truly the most honorable course is also the wisest. If there remains any possibility for your love, it lies in the sacrifice that honor and reason demand of you. Mother, parents, friends—everything is now at your disposal, except for a father whom we can either win through this path or who cannot be won by any other means. No matter what curses despair might have made you utter at one time, you have proven to us a hundred times over that there is no surer road to happiness than the path of virtue. If we succeed in it, happiness will be purer, more steadfast, and more tender through it; if we fail, it is alone virtue that can compensate for that loss. Therefore, take up courage again; be a man—and be yourself once more. If I have truly understood your heart, then the cruelest thing that could happen to you would be to become unworthy of gaining Julie.

Letter VI – From Julie’s lover to Madame d’Orbe

At last, the veil has been torn away; this long illusion has vanished; that tender hope has ceased to exist. All that now sustains me and feeds my torment is a bitter yet delightful memory—a remembrance that gives life to my existence but also nourishes my grief at the futile notion of a happiness that is now gone forever.

So is it truly true that I have tasted supreme happiness? Am I really the same person who was once happy? Whoever can feel what I am suffering must surely be destined to suffer forever. Whoever could enjoy the things I have lost, how could they lose them and still live on? How is it possible for such opposing emotions to arise within the same heart? Days of joy and glory, no, you were not meant for mortals; you were too beautiful to be subject to decay. A gentle ecstasy filled your entire existence, bringing it together in a single moment, just like eternity itself. For me, there was neither past nor future; I tasted the delights of a thousand centuries all at once. Alas! You vanished like a flash of lightning. That eternal happiness was but an instant in my life. Time resumed its slow passage during my moments of despair, and boredom measures the long, unfortunate years that remain of my existence.

To make their suffering unbearable for me, the more these afflictions weigh upon me, the more everything that was dear to me seems to be pulling away from me. Madame, it is possible that you still love me; but other duties and concerns call you away. My complaints, which you used to listen to with interest, are now considered indiscreet. Julie herself is losing hope and abandoning me. Sad remorse has driven love away. Everything has changed for me; only my heart remains the same, and my fate is all the more terrible as a result.

But what does it matter what I am and what I ought to be? Julie is suffering—is it time to think of myself? Ah! It is her pains that make mine even more bitter. Yes, I would rather she stop loving me and be happy. Stop loving me!. Does she hope for that?. Never, never. No matter how much she tells me not to see her or write to her, it is not the torment she seeks to rid herself of—oh no! It is the one who brings consolation. Must the loss of a tender mother also mean losing a even more gentle friend? Does she think that multiplying her sufferings will in any way alleviate them? O love! Can one avenge nature at your expense?

No, no; it is in vain for her to pretend to have forgotten me. Can her tender heart truly separate from mine? Am I not holding onto it despite her efforts? Can one forget feelings such as those we have experienced, and can one remember them without experiencing them again? The victorious love brought her misfortune in life; the defeated love will only make her more worthy of pity. She will spend her days in pain, tormented by both futile regrets and vain desires, never able to satisfy either love or virtue.

Do not believe, however, that by lamenting my mistakes I am exempt from respecting them. After so many sacrifices, it is too late to learn how to disobey. Since she commands, that is enough; I will never hear of her again. Judge whether my fate is not terrible. My greatest despair is not the thought of giving her up. Ah! It is in her heart that my deepest pains reside, and I suffer more at her misfortune than at my own. You, whom she loves more than anything else, and who alone, after me, know how to love her truly—Claire, dear Claire—you are the only good thing that remains to her. This good is precious enough to make her able to endure the loss of everything else. Compensate her for the consolations that have been taken away from her and for those she refuses herself; let a sacred friendship fill the void left by the tenderness of a mother, the affection of a lover, and all the pleasures that should have made her happy. May she be happy, at any cost. May she regain the peace and rest I have deprived her of; then my own suffering will seem less severe. Since I mean nothing to myself anymore, since it is my fate to spend my life dying for her, let her regard me as if I no longer existed; I consent to this if such a thought can bring her some solace. May she regain near you the virtues and happiness she once possessed! May she, through your care, become once again all that she could have been without me!

Alas! She was a girl, and now she no longer has a mother! Such a loss cannot be repaired, nor can one ever come to terms with it when one has been able to blame oneself for it. Her troubled conscience constantly reminds her of that tender, beloved mother, and in such intense pain, the horrid remorse adds further to her suffering. Oh Julie! Could such a terrible feeling have ever been known to you? You who were witness to the illness and the last moments of that unfortunate mother, I implore you, I beg you, tell me what I should believe. If I am guilty, then break my heart. If the pain of our sins caused her to descend into the grave, then we are both monsters unworthy of living; it would be a crime even to think of such terrible bonds, let alone to bring them to life. No. I dare to believe that such pure love could not have produced such dark consequences. Love inspired in us sentiments too noble to be used for the wicked deeds of distorted souls. Could heaven really be unjust? And could she, who was willing to sacrifice her own happiness for those who brought her into this world, truly deserve to have their lives taken away because of her?

Letter VII – Response

Questa tenera madre, che le vostre lettere avevano già profondamente commosso, inizia ora a comprendere, attraverso tutto ciò che vede, quanto i vostri due cuori siano al di fuori delle regole comuni e quanto il vostro amore possieda un carattere naturale di simpatia che né il tempo né gli sforzi umani potrebbero cancellare. Lei, che ha così grande bisogno di consolazione, sarebbe felice di consolare sua figlia, se solo la decenza non la trattenesse; e vedo che è troppo vicina a diventarne confidente, per non perdonarmi se lo sono stata io stesso. Ieri, forse un po’ imprudentemente[110], le sfuggì dire: «Ah! Se solo dipendesse da me, » Anche se si trattenne e non completò la frase, vidi, dal bacio appassionato che Julie le diede sulla mano, che l’aveva sentita chiaramente. So anche che ha voluto parlare più volte con suo marito inflessibile; ma sia per il timore di esporre sua figlia alle furie di un padre irritato, sia per paura per sé stessa, la sua timidezza l’ha sempre trattenuta; e il suo declino di salute, i suoi mali peggiorano così sensibilmente, che temo possa non riuscire a realizzare la sua decisione prima ancora di averla ben formulata.

In ogni caso, nonostante gli errori da voi causati, questa onestà d’animo che si manifesta nel vostro amore reciproco le ha dato un’opinione così positiva di voi, che lei si fida della parola di entrambi riguardo all’interruzione della vostra corrispondenza e non ha preso alcuna precauzione per vigilare più attentamente su sua figlia. Infatti, se Julie non rispettasse la sua fiducia, non sarebbe più degna delle sue cure. E allora dovreste essere eliminati entrambi, se foste capaci di tradire ancora la migliore delle madri e di abusare della stima che ha per voi.

Non cerco di riacquistare nel vostro cuore una speranza che io stesso non possiedo; voglio solo mostrarvi, con certezza, che la scelta più onesta è anche quella più saggia, e che, se nella vostra passione può ancora esserci qualche rimedio, esso risiede nel sacrificio che l’onore e la ragione vi impongono. Madre, genitori, amici, tutto ora è a vostra disposizione, tranne un padre: o lo potrete riconquistare attraverso questo percorso, oppure nulla potrà mai restituirvelo. Qualunque maledizione possa essere stata pronunciata in un momento di disperazione, voi ci avete dimostrato centinaia di volte che non esiste strada più sicura verso la felicità di quella della virtù. Se vi riuscirete, essa sarà più pura, più solida e più dolce; se fallirete, solo lei potrà compensarvi. Riprendete quindi coraggio. Siate uomini. E siate ancora voi stessi. Se ho conosciuto bene il vostro cuore, la maniera più crudele per perdere Julie sarebbe essere indegni di ottenerla.

Lettera VI – Dall’amante di Julie a Madame d’Orbe

Finalmente il velo è stato strappato via; questa lunga illusione si è dissolta; questa dolce speranza è svanita. Tutto ciò che mi rimane, per alimentare una “fiamma eterna” di dolore, è un ricordo amaro e delizioso che sostiene la mia vita e nutre i miei tormenti con il vano sentimento di una felicità ormai perduta.

È dunque vero che ho assaporato la felicità suprema? Sono davvero lo stesso essere che un giorno fu felice? Chi può comprendere il mio dolore non è forse destinato a soffrire per sempre? Chi ha goduto dei beni che ho perso può forse perderli ancora e continuare a vivere. E sentimenti così opposti possono davvero nascere nel medesimo cuore? Giorni di piacere e gloria. No, voi non appartenevate ai mortali; eravate troppo belli per poter essere effimeri. Una dolce estasi avvolgeva l’intera durata della vostra esistenza, unendo tutto in un unico istante, come se fosse eterno. Per me non c’era né passato né futuro; gustavo contemporaneamente i piaceri di mille secoli. Ahimè. Siete scomparsi come un lampo. Quell’eternità di felicità non è stata altro che un istante della mia vita. Nel momento del mio dispero, il tempo ha ripreso la sua lentezza. E noia e dolore misurano con anni interminabili il resto dei miei giorni sfortunati.

Per rendere la loro situazione ancora più insopportabile, più le sofferenze mi assalgono, più tutto ciò che mi era caro sembra allontanarsi da me. Signora, forse mi amate ancora; ma altri doveri vi chiamano, altre responsabilità vi occupano. Le mie lamentele, che un tempo ascoltavate con interesse, ora sono considerate indiscrete. Julie, anche lei stessa si scoraggia e mi abbandona. Tristi rimorsi hanno spazzato via l’amore. Tutto è cambiato per me; solo il mio cuore rimane lo stesso, e questo rende la mia sorte ancora più terribile.

Ma che importa ciò che sono e ciò che dovrei essere? Julie soffre. È forse giunto il momento di pensare a me stesso? Ah! Sono proprio i suoi dolori a rendere i miei ancora più amari. Sì, preferirei che smettesse di amarmi e fosse felice. Smettere di amarmi. Forse lo spera? Mai, mai. Anche se mi ordina di non vederla e di non scriverle, non si libera dal dolore. Al contrario, perde anche il conforto che potrei darle. La perdita di una madre tenera la priverebbe forse anche di un amico altrettanto gentile? Crede davvero di alleviare i suoi mali aumentandoli? Oh, amore. È forse a tuo scapito che si può vendicare la natura?

No, no; è inutile che lei pretenda di dimenticarmi. Il suo tenero cuore riuscirà davvero a separarsi dal mio? Non la trattengo forse contro la sua volontà? Si possono dimenticare sentimenti come quelli che abbiamo provato noi, e si può ricordarli senza provarli di nuovo? L’amore vittorioso ha causato la sua sfortuna; l’amore sconfitto non farà altro che renderla ancora più degna di compassione. Trascorrerà i suoi giorni nel dolore, tormentata da vani rimpianti e vani desideri, senza mai riuscire a soddisfare né l’amore né la virtù.

Non credete tuttavia che, lamentando i miei errori, io mi esenti dal rispettarli. Dopo tanti sacrifici, è troppo tardi per imparare a disobbedire. Poiché lei comanda, basta; non sentirà più parlare di me. Giudicate se il mio destino sia orribile. Il mio più grande disperio non è certo rinunciare a lei. Ah! Sono nel suo cuore che risiedono i miei dolori più intensi. E sono più sfortunato per la sua sventura che per la mia. Tu, che lei ama più di ogni altra cosa, e che solo tu, dopo di me, sai amarla degeneratamente. Claire, cara Claire. Tu sei l’unico bene che le rimane. È abbastanza prezioso da farle sopportare la perdita di tutti gli altri. Compensala per le consolazioni che le sono state tolte e per quelle che rifiuta. Che un’amicizia sacra possa sostituire, al suo fianco, la tenerezza di una madre, quella di un amante, i piaceri di tutti quei sentimenti che avrebbero dovuto renderla felice. Che sia felice, se ciò è possibile. A qualunque prezzo. Che ritrovi la pace e il riposo che le ho negati. Allora sentirò meno i tormenti che mi ha lasciato. Poiché non sono più nulla ai miei stessi occhi. Poiché il mio destino è trascorrere la vita a morire per lei. Che mi consideri come se non esistessi più. Lo accetto, se questo pensiero la rende più tranquilla. Possa ritrovare, al tuo fianco, le sue prime virtù, la sua prima felicità. Possa essere ancora, grazie a te, tutto ciò che sarebbe stata senza di me.

Ahimè! Era una ragazza, e ora non ha più madre! Questa perdita non può essere riparata, e non si trova mai conforto nel rendersene conto. La sua coscienza tormentata le chiede incessantemente quella madre tenera e amata. E in un dolore così atroce, il terribile rimorso si aggiunge alla sua sofferenza. Oh Julie! Dovevi davvero conoscere questo sentimento orribile? Voi che foste testimoni della malattia e degli ultimi momenti di questa sfortunata madre. Vi supplico, vi imploro: ditemi cosa devo credere. Strappatemi il cuore se sono colpevole. Se il dolore delle nostre colpe l’ha portata alla tomba, allora siamo due mostri indegni di vivere. Pensare a legami così funesti è un crimine. E vedere la luce del giorno dopo aver commesso tali orrori. No. Oso crederlo: un fuoco così puro non può produrre effetti così oscuri. L’amore ci ha ispirato sentimenti troppo nobili per trasformarli in atti di malvagità. Il cielo. Il cielo potrebbe forse essere ingiusto? Ma lei, che sacrificò la propria felicità per coloro che avevano distrutto la sua vita. Meritava davvero di far loro pagare con la morte?

Lettera VII – Risposta

Comment pourrait-on vous aimer moins en vous estimant chaque jour davantage ? Comment perdrais-je mes anciens sentiments pour vous tandis que vous en méritez chaque jour de nouveaux ? Non, mon cher et digne ami, tout ce que nous fûmes les uns aux autres dès notre première jeunesse, nous le serons le reste de nos jours ; et si notre mutuel attachement n’augmente plus, c’est qu’il ne peut plus augmenter. Toute la différence est que je vous aimais comme mon frère, et qu’à présent je vous aime comme mon enfant ; car quoique nous soyons toutes deux plus jeunes que vous, et même vos disciples, je vous regarde un peu comme le nôtre. En nous apprenant à penser, vous avez appris de nous à être sensible ; et, quoi qu’en dise votre philosophe anglais, cette éducation vaut bien l’autre ; si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit.

— Savez-vous pourquoi je parais avoir changé de conduite envers vous ? Ce n’est pas, croyez-moi, que mon coeur ne soit toujours le même ; c’est que votre état est changé. Je favorisai vos feux tant qu’il leur restait un rayon d’espérance. Depuis qu’en vous obstinant d’aspirer à Julie vous ne pouvez plus que la rendre malheureuse, ce serait vous nuire que de vous complaire. J’aime mieux vous savoir moins à plaindre, et vous rendre plus mécontent. Quand le bonheur commun devient impossible, chercher le sien dans celui de ce qu’on aime, n’est-ce pas tout ce qui reste à faire à l’amour sans espoir ?

Vous faites plus que sentir cela, mon généreux ami, vous l’exécutez dans le plus douloureux sacrifice qu’ai jamais fait un amant fidèle. En renonçant à Julie, vous achetez son repos aux dépens du vôtre, et c’est à vous que vous renoncez pour elle.

J’ose à peine vous dire les bizarres idées qui me viennent là-dessus ; mais elles sont consolantes, et cela m’enhardit. Premièrement, je crois que le véritable amour a cet avantage aussi bien que la vertu, qu’il dédommage de tout ce qu’on lui sacrifie, et qu’on jouit en quelque sorte des privations qu’on s’impose par le sentiment même de ce qu’il en coûte, et du motif qui nous y porte. Vous vous témoignerez que Julie a été aimée de vous comme elle méritait de l’être, et vous l’en aimerez davantage, et vous en serez plus heureux. Cet amour-propre exquis qui sait payer toutes les vertus pénibles mêlera son charme à celui de l’amour. Vous vous direz : « Je sais aimer », avec un plaisir plus durable et plus délicat que vous n’en goûteriez à dire : « Je possède ce que j’aime », car celui-ci s’use à force d’en jouir ; mais l’autre demeure toujours, et vous en jouiriez encore quand même vous n’aimeriez plus.

Outre cela, s’il est vrai, comme Julie et vous me l’avez tant dit, que l’amour soit le plus délicieux sentiment qui puisse entrer dans le coeur humain, tout ce qui le prolonge et le fixe, même au prix de mille douleurs, est encore un bien. Si l’amour est un désir qui s’irrite par les obstacles, comme vous le disiez encore, il n’est pas bon qu’il soit content ; il vaut mieux qu’il dure et soit malheureux, que de s’éteindre au sein des plaisirs. Vos feux, je l’avoue, ont soutenu l’épreuve de la possession, celle du temps, celle de l’absence et des peines de toute espèce ; ils ont vaincu tous les obstacles, hors le plus puissant de tous, qui est de n’en avoir plus à vaincre, et de se nourrir uniquement d’eux-mêmes. L’univers n’a jamais vu de passion soutenir cette épreuve ; quel droit avez-vous d’espérer que la vôtre l’eût soutenue ! Le temps eût joint au dégoût d’une longue possession le progrès de l’âge et le déclin de la beauté : il semble se fixer en votre faveur par votre séparation ; vous serez toujours l’un pour l’autre à la fleur des ans ; vous vous verrez sans cesse tels que vous vous vîtes en vous quittant ; et vos coeurs, unis jusqu’au tombeau, prolongeront dans une illusion charmante votre jeunesse avec vos amours.

Si vous n’eussiez point été heureux, une insurmontable inquiétude pourrait vous tourmenter ; votre coeur regretterait, en soupirant, les biens dont il était digne ; votre ardente imagination vous demanderait sans cesse ceux que vous n’auriez pas obtenus. Mais l’amour n’a point de délices dont il ne vous ait comblé, et, pour parler comme vous, vous avez épuisé durant une année les plaisirs d’une vie entière. Souvenez-vous de cette lettre si passionnée, écrite le lendemain d’un rendez-vous téméraire. Je l’ai lue avec une émotion qui m’était inconnue : on n’y voit pas l’état permanent d’une âme attendrie, mais le dernier délire d’un coeur brûlant d’amour et ivre de volupté. Vous jugeâtes vous-même qu’on n’éprouvait point de pareils transports deux fois en la vie, et qu’il fallait mourir après les avoir sentis. Mon ami, ce fut là le comble ; et, quoi que la fortune et l’amour eussent fait pour vous, vos feux et votre bonheur ne pouvaient plus que décliner. Cet instant fut aussi le commencement de vos disgrâces, et votre amante vous fut ôtée au moment que vous n’aviez plus de sentiments nouveaux à goûter auprès d’elle ; comme si le sort eût voulu garantir votre coeur d’un épuisement inévitable, et vous laisser dans le souvenir de vos plaisirs passés un plaisir plus doux que tous ceux dont vous pourriez jouir encore.

Consolez-vous donc de la perte d’un bien qui vous eût toujours échappé, et vous eût ravi de plus celui qui vous reste. Le bonheur et l’amour se seraient évanouis à la fois ; vous avez au moins conservé le sentiment : on n’est point sans plaisirs quand on aime encore. L’image de l’amour éteint effraye plus un coeur tendre que celle de l’amour malheureux, et le dégoût de ce qu’on possède est un état cent fois pire que le regret de ce qu’on a perdu.

Si les reproches que ma désolée cousine se fait sur la mort de sa mère étaient fondés, ce cruel souvenir empoisonnerait, je l’avoue, celui de vos amours, et une si funeste idée devrait à jamais les éteindre ; mais n’en croyez pas à ses douleurs, elles la trompent, ou plutôt le chimérique motif dont elle aime à les aggraver n’est qu’un prétexte pour en justifier l’excès. Cette âme tendre craint toujours de ne pas s’affliger assez, et c’est une sorte de plaisir pour elle d’ajouter au sentiment de ses peines tout ce qui peut les aigrir. Elle s’en impose, soyez-en sûr ; elle n’est pas sincère avec elle-même. Ah ! si elle croyait bien sincèrement avoir abrégé les jours de sa mère, son coeur en pourrait-il supporter l’affreux remords ? Non, non, mon ami, elle ne la pleurerait pas, elle l’aurait suivie. La maladie de Mme d’Etange est bien connue ; c’était une hydropisie de poitrine dont elle ne pouvait revenir, et l’on désespérait de sa vie avant même qu’elle eût découvert votre correspondance. Ce fut un violent chagrin pour elle ; mais que de plaisirs réparèrent le mal qu’il pouvait lui faire ! Qu’il fut consolant pour cette tendre mère de voir, en gémissant des fautes de sa fille, par combien de vertus elles étaient rachetées, et d’être forcée d’admirer son âme en pleurant sa faiblesse ! Qu’il lui fut doux de sentir combien elle en était chérie ! Quel zèle infatigable ! Quels soins continuels ! Quelle assiduité sans relâche ! Quel désespoir de l’avoir affligée ! Que de regrets, que de larmes, que de touchantes caresses, quelle inépuisable sensibilité ! C’était dans les yeux de la fille qu’on lisait tout ce que souffrait la mère ; c’était elle qui la servait les jours, qui la veillait les nuits ; c’était de sa main qu’elle recevait tous les secours. Vous eussiez cru voir une autre Julie ; sa délicatesse naturelle avait disparu, elle était forte et robuste, les soins les plus pénibles ne lui coûtaient rien, et son âme semblait lui donner un nouveau corps. Elle faisait tout et paraissait ne rien faire ; elle était partout et ne bougeait d’auprès d’elle ; on la trouvait sans cesse à genoux devant son lit, la bouche collée sur sa main, gémissant ou de sa faute ou du mal de sa mère, et confondant ces deux sentiments pour s’en affliger davantage. Je n’ai vu personne entrer les derniers jours dans la chambre de ma tante sans être ému jusqu’aux larmes du plus attendrissant de tous les spectacles. On voyait l’effort que faisaient ces deux coeurs pour se réunir plus étroitement au moment d’une funeste séparation ; on voyait que le seul regret de se quitter occupait la mère et la fille, et que vivre ou mourir n’eût été rien pour elles si elles avaient pu rester ou partir ensemble.

How could one love you less while respecting you more and more every day? How could I lose my old feelings for you when you deserve new ones every single day? No, my dear and worthy friend, whatever we were to each other in our youth, we will remain the same throughout our lives; and if our mutual affection no longer grows, it is because it cannot grow any further. The only difference is that I used to love you as a brother, but now I love you as a child; for although we are both younger than you, and even your disciples, I regard you in a way that makes you one of us. By teaching us how to think, you have also taught us how to be sensitive; and no matter what your English philosopher says, this kind of education is just as valuable as the other. If reason is what makes a man, then it is emotion that guides him.

— Do you know why I seem to have changed my attitude towards you? Believe me, it’s not that my heart has changed in any way; it’s because your situation has changed. I supported your efforts as long as there was a glimmer of hope. But now that you insist on pursuing Julie and can only bring her unhappiness, indulging your desires would only harm you. I prefer to see you less distressed and perhaps even more dissatisfied. When shared happiness becomes impossible, isn’t seeking one’s own happiness in the happiness of those we love all that remains for love without hope?

You do more than merely feel it, my generous friend; you put it into practice with the most painful sacrifice that a faithful lover has ever made. By giving up Julie, you buy her peace at the cost of your own, and it is you who are sacrificing yourself for her.

I hardly dare to tell you the strange ideas that come to my mind on this subject; but they are comforting, and they give me courage. First of all, I believe that true love, just like virtue, has the power to make up for everything we sacrifice for it; in fact, we can even find some pleasure in the sacrifices we make, precisely because of our awareness of what they cost us and of the reasons that drive us to make them. You will admit that Julie was loved by you just as she deserved to be, and because of this, you will love her even more and be happier with her. This delicate sense of self-respect—this ability to appreciate all the hardships that virtue entails—will add its own charm to the beauty of true love. You will say to yourself: “I know how to love,” and this pleasure will be far more lasting and subtle than the satisfaction one might feel from simply saying, “I possess what I love.” For the latter feeling fades away with constant use; whereas the former remains forever, and you would still find joy in it even if you no longer loved at all.

Besides this, if it is true, as Julie and you have often told me, that love is the most delightful sentiment that can enter the human heart, then anything that prolongs and sustains it—even at the cost of countless pains—is still a good thing. If love is a desire that is irritated by obstacles, as you also said, it is not good for it to be satisfied; it is better for it to endure and remain unhappy than to fade away amidst pleasures. I must admit that your passion has withstood the trials of possession, time, separation, and all kinds of suffering; it has overcome every obstacle—except for the most powerful one of them all: that there would be nothing left to overcome at all, and that it could nourish itself solely on its own strength. The universe has never seen a passion endure such trials; so what right do you have to hope that yours could? Time would have added to the weariness of prolonged possession the effects of aging and the decline of beauty; yet your separation seems to work in your favor, allowing you to remain together at the height of your youth. You will always see each other as you saw yourselves when you parted; and your hearts, united until death, will preserve the illusion of your youth and your love for one another.

If you had not been happy, an insurmountable anxiety would have tormented you; your heart would have lamented, with sighs, those blessings it was worthy of possessing; your fervent imagination would constantly crave those things you had not obtained. But love possesses such delights that it has filled you in every way. To use your own words, you have exhausted in one year the pleasures of an entire life. Remember that passionate letter written the day after a daring rendezvous—I read it with emotions I had never known before. It does not depict the constant state of a tender soul, but rather the final frenzy of a heart burning with love and intoxicated with pleasure. You yourself acknowledged that such intense feelings could not be experienced twice in one’s life, and that one would surely die after experiencing them once. My friend, that was indeed the pinnacle of happiness. And no matter what fortune or love might have brought you, your passion and joy could only decline from then on. That very moment also marked the beginning of your misfortunes—your lover was taken away just when you no longer had any new emotions to discover in her presence. It was as if fate intended to protect your heart from inevitable exhaustion, leaving you with the memory of your past pleasures—a joy far sweeter than any you might ever experience again.

Therefore, console yourselves over the loss of something that would have always eluded you and would have also taken away from you what you still possess. Happiness and love would have vanished at the same time; at least you have retained the feeling of love—for one is not without pleasures when they still hold affection in their heart. The image of a failed love frightens a tender heart more than the image of a happy but unfulfilled love, and the disgust toward what one possesses is a state far worse than the regret for what one has lost.

If the reproaches that my poor cousin made against herself regarding her mother’s death were justified, then such a cruel memory would, I admit, poison the memories of your loves; such a dire thought should forever extinguish them. But do not believe in her pain—it deceives her. Rather, the fanciful reasons she likes to use to exacerbate it are merely pretexts to justify its intensity. This tender soul is always afraid that she is not suffering enough; for her, adding everything that can intensify her sorrow is a sort of pleasure. She forces herself to feel this way—believe me, she is not sincere with herself. Ah! If she truly believed that she had shortened her mother’s days, could her heart endure such terrible remorse? No, my friend; she would not mourn her; she would have followed her. Madame d’Etange’s illness was well-known—it was a form of pulmonary edema from which there was no hope of recovery. People already despaired of her life before she even discovered your correspondence. It brought her great sorrow; but how many joys later compensated for the harm it caused! For this tender mother, seeing how her daughter’s faults were atoned for through her virtues, and being forced to admire her soul while mourning her weakness, was an immense consolation. How sweet it was for her to feel how much she was loved! What tireless devotion, what constant care, what unwavering diligence! What despair at having caused her such suffering! What regrets, what tears, what touching tenderness, what endless sensitivity! In the daughter’s eyes, one could see all the mother’s suffering; it was she who attended to her during the day and watched over her at night; it was from her hands that all help came. You would have thought you were watching another Julie—her natural delicacy had vanished; she became strong and robust, and even the most arduous tasks posed no difficulty for her. Her soul seemed to give her a new body. She did everything yet appeared to do nothing at all; she was everywhere and never left her mother’s side; one could always find her kneeling by her bed, her lips pressed to her mother’s hand, groaning either over her own faults or her mother’s suffering, blending the two emotions to intensify her grief even more. In the last days, no one who entered my aunt’s room could remain unmoved to tears—such a moving sight it was. One could see the effort made by these two hearts to cling even tighter together at such a tragic moment of separation; one could see that the only regret they had was having to part, and that life or death would have meant nothing to them if they had been able to stay together forever.

Come potremmo amarvi di meno se ogni giorno vi stimiamo sempre di più? Come potrei perdere i miei vecchi sentimenti per voi, quando ogni giorno meritateene di nuovi? No, mio caro e nobile amico: tutto ciò che siamo stati l’uno per l’altro fin dalla nostra prima giovinezza, lo saremo per il resto dei nostri giorni; e se il nostro affetto reciproco non aumenta più, è perché non può aumentare oltre. L’unica differenza è che un tempo vi amavo come mio fratello, mentre ora vi amo come mio figlio; perché, anche se siamo entrambi più giovani di voi e persino vostri discepoli, vi considero in qualche modo come il nostro stesso figlio. Insegnandoci a pensare, ci avete insegnato ad essere sensibili; e, per quanto possa dire quel vostro filosofo inglese, questa educazione vale ben l’altra. Se la ragione fa l’uomo, è il sentimento che lo guida.

— Sapete perché sembro aver cambiato comportamento nei vostri confronti? Non è certo perché il mio cuore sia cambiato; è perché il vostro stato è cambiato. Vi ho sostenuto finché c’era ancora una speranza per voi. Ora che, ostinandovi ad aspirare a Julie, non fate altro che renderla infelice, continuare a compiacervi significherebbe solo farvi del male. Preferisco vedervi meno da compatire e rendervi più insoddisfatti. Quando la felicità comune diventa impossibile, cercarla nella felicità di ciò che si ama, non è forse tutto ciò che rimane all’amore senza speranza?

Mio generoso amico, non vi limitate a provarci, ma lo fate con il sacrificio più doloroso che un amante fedele abbia mai compiuto: rinunciando a Julie, comprate la sua pace a scapito della vostra, ed è a voi stesso che vi rinunciate per lei.

Oso a malapena raccontarvi le strane idee che mi vengono in mente al riguardo; ma sono consolanti, e questo mi dà il coraggio di farlo. Prima di tutto, credo che l’amore vero abbia lo stesso vantaggio della virtù: compensi tutto ciò che vi si sacrifica, e permetta in qualche modo di godere delle privazioni che ci imponiamo proprio a causa del sentimento che proviamo per lui e del motivo che ci spinge ad agire così. Vi confermerete che Julie è stata amata da voi come meritava di essere amata, e la amerete ancora di più, e ne sarete ancora più felici. Questo raffinato amor proprio, capace di apprezzare tutte le virtù difficili da praticare, unirà il suo fascino a quello dell’amore vero. Vi direte: “So amare”, con un piacere più duraturo e più delicato di quello che proviereste dicendo: “Possiedo ciò che amo”; perché quest’ultimo si esaurisce con l’uso frequente; mentre l’altro rimane sempre, e ne godreste anche se non amaste più.

Oltre a ciò, se è vero, come Julie e voi mi avete ripetuto molte volte, che l’amore sia il sentimento più delizioso che possa entrare nel cuore umano, tutto ciò che lo prolunga e lo rafforza, anche a prezzo di mille dolori, rappresenta comunque un bene. Se l’amore è un desiderio che si irita di fronte agli ostacoli, come ancora voi dicevate, non è certo auspicabile che trovi soddisfazione; è meglio che duri e sia accompagnato da sofferenza, piuttosto che spegnersi tra i piaceri. Devo ammettere che il vostro amore ha resistito alla prova della convivenza quotidiana, al passare del tempo, all’assenza e a ogni sorta di dolore; ha superato tutti gli ostacoli, tranne quello più potente di tutti: non averne più da superare, e nutrirsi unicamente di se stesso. L’universo non ha mai visto una passione in grado di resistere a tale prova; quale diritto avete voi di sperare che la vostra sia stata diversa? Il tempo avrebbe aggiunto al disgusto derivante da una lunga convivenza il progresso dell’età e il declino della bellezza. Ma sembra che, grazie alla vostra separazione, tutto ciò vada a vostro vantaggio: rimarrete sempre l’uno per l’altro nel fiore degli anni, vi vedrete costantemente come eravate quando vi siete lasciati. E i vostri cuori, uniti fino alla morte, prolungheranno in un’illusione incantevole la vostra giovinezza insieme ai vostri amori.

Se non foste stato felice, un’ansia insormontabile avrebbe potuto tormentarti; il tuo cuore avrebbe rimpianto, con sospiri, i beni di cui era degno; la tua fervida immaginazione ti avrebbe costantemente fatto desiderare ciò che non avevi ottenuto. Ma l’amore possiede piaceri tali da saziarti completamente, e, per usare le tue stesse parole, hai esaurito in un solo anno tutti i piaceri di una vita intera. Ricorda quella lettera appassionata scritta il giorno dopo un incontro audace. L’ho letta con un’emozione mai provata prima: non vi si legge lo stato permanente di un’anima commossa, ma l’ultimo delirio di un cuore ardente d’amore e inebriato di voluttà. Tu stesso hai riconosciuto che simili emozioni non si provano due volte nella vita. E che, dopo averle sperimentate, non resta altro che morire. Amico mio, quello fu davvero il culmine. E, per quanto la fortuna e l’amore avessero potuto fare per te, i tuoi sentimenti e la tua felicità non potevano più che declinare. Quell’istante fu anche l’inizio delle tue sfortune. La tua amante ti fu strappata via proprio nel momento in cui non avevi più nuovi sentimenti da provare con lei. Come se il destino volesse proteggere il tuo cuore da un esaurimento inevitabile, lasciandoti nel ricordo dei piaceri passati un piacere ancora più dolce di tutti quelli che avresti potuto ancora godere.

Rassicuratevi quindi della perdita di un bene che vi sarebbe sempre sfuggito e che, inoltre, vi avrebbe privato anche di ciò che vi è rimasto. La felicità e l’amore si sarebbero dileguati entrambi; almeno avete conservato il sentimento stesso: non si è senza piaceri quando si ama ancora. L’immagine di un amore estinto spaventa molto di più un cuore tenero di quella di un amore infelice, e il disgusto per ciò che si possiede rappresenta uno stato cento volte peggiore del rimpianto per ciò che si è perso.

Se i rimproveri che mia povera cugina si fa riguardo alla morte di sua madre fossero fondati, quel crudele ricordo avvelenerebbe, lo ammetto, il ricordo dei vostri amori. E un’idea così funesta dovrebbe spegnerli per sempre. Ma non credete alle sue sofferenze: lei si inganna, o meglio, quel motivo fantastico di cui ama aggravarle non è altro che un pretesto per giustificare l’eccesso delle sue lacrime. Quell’anima tenera teme sempre di non soffrire abbastanza. E per lei rappresenta una sorta di piacere aggiungere a quel dolore tutto ciò che può renderlo ancora più acuto. Si imponde queste sofferenze, ne siete certo. Non è sincera con se stessa. Ah! Se credesse davvero di aver abbreviato i giorni di sua madre, il suo cuore potrebbe sopportare quel terribile rimorso? No, no. Amico mio. Lei non la piangerebbe. L’avrebbe seguita. La malattia di Madame d’Etange era ben nota: si trattava di un’idropisia polmonare dalla quale non poteva guarire. E si disperava già per la sua vita, prima ancora che scoprisse la vostra corrispondenza. Quel dolore fu terribile per lei. Ma quanti piaceri compensarono il male che le causò! Fu consolante, per quella madre tenera, vedere come, lamentandosi dei peccati di sua figlia, queste stesse colpe venissero compensate da tante virtù. E fu commovente vedere come, piangendo la debolezza di sua figlia, dovesse ammirarne l’anima. Fu dolce per lei sentirsi tanto amata. Quanto zelo instancabile. Quanti cura costanti. Quanta dedizione senza limiti. Quanto rimorso per averla afflitta. Quanti rimpianti, quante lacrime, quante carezze commoventi. Quanta sensibilità inesauribile. Negli occhi di quella figlia si leggeva tutto ciò che soffriva la madre. Era lei stessa a prendersi cura di lei durante il giorno, a vegliarla di notte. Era lei stessa ad assicurarle ogni aiuto necessario. Avreste potuto pensare di vedere un’altra Julie. La sua delicatezza naturale era scomparsa. Era diventata forte e robusta. I lavori più faticosi non le costavano nulla. E sembrava che la sua anima le desse un nuovo corpo. Faceva tutto. Eppure sembrava non fare nulla. Era ovunque. E restava sempre al fianco di sua madre. La si trovava spesso in ginocchio accanto al suo letto, con la bocca appoggiata sulla sua mano, lamentandosi sia dei propri errori che della malattia di sua madre. Confondendo questi due sentimenti per soffrire ancora di più. Non ho mai visto nessuno entrare nella stanza di mia zia negli ultimi giorni senza commuoversi fino alle lacrime. Si vedeva l’impegno con cui quei due cuori cercavano di unirsi ancora di più, nel momento di una separazione così tragica. Si capiva che l’unico rimpianto per doversi lasciare occupava sia la madre che la figlia. E che vivere o morire non avrebbe significato nulla per loro, se solo avessero potuto restare insieme.

Bien loin d’adopter les noires idées de Julie, soyez sûr que tout ce qu’on peut espérer des secours humains et des consolations du coeur a concouru de sa part à retarder le progrès de la maladie de sa mère, et qu’infailliblement sa tendresse et ses soins nous l’ont conservée plus longtemps que nous n’eussions pu faire sans elle. Ma tante elle-même m’a dit cent fois que ses derniers jours étaient les plus doux moments de sa vie, et que le bonheur de sa fille était la seule chose qui manquait au sien.

S’il faut attribuer sa perte au chagrin, ce chagrin vient de plus loin, et c’est à son époux seul qu’il faut s’en prendre. Longtemps inconstant et volage, il prodigua les feux de sa jeunesse à mille objets moins dignes de plaire que sa vertueuse compagne ; et, quand l’âge le lui eut ramené, il conserva près d’elle cette rudesse inflexible dont les maris infidèles ont accoutumé d’aggraver leurs torts. Ma pauvre cousine s’en est ressentie ; un vain entêtement de noblesse et cette roideur de caractère que rien n’amollit ont fait vos malheurs et les siens. Sa mère, qui eut toujours du penchant pour vous, et qui pénétra son amour quand il était trop tard pour l’éteindre, porta longtemps en secret la douleur de ne pouvoir vaincre le goût de sa fille ni l’obstination de son époux, et d’être la première cause d’un mal qu’elle ne pouvait plus guérir. Quand vos lettres surprises lui eurent appris jusqu’où vous aviez abusé de sa confiance, elle craignit de tout perdre en voulant tout sauver, et d’exposer les jours de sa fille pour rétablir son honneur. Elle sonda plusieurs fois son mari sans succès ; elle voulut plusieurs fois hasarder une confidence entière et lui montrer toute l’étendue de son devoir : la frayeur et sa timidité la retinrent toujours. Elle hésita tant qu’elle put parler ; lorsqu’elle le voulut il n’était plus temps ; les forces lui manquèrent ; elle mourut avec le fatal secret : et moi qui connais l’humeur de cet homme sévère sans savoir jusqu’où les sentiments de la nature auraient pu la tempérer, je respire en voyant au moins les jours de Julie en sûreté.

Elle n’ignore rien de tout cela ; mais vous dirai-je ce que je pense de ses remords apparents ? L’amour est plus ingénieux qu’elle. Pénétrée du regret de sa mère, elle voudrait vous oublier ; et, malgré qu’elle en ait, il trouble sa conscience pour la forcer de penser à vous. Il veut que ses pleurs aient du rapport à ce qu’elle aime. Elle n’oserait plus s’en occuper directement, il la force de s’en occuper encore au moins par son repentir. Il l’abuse avec tant d’art, qu’elle aime mieux souffrir davantage et que vous entriez dans le sujet de ses peines. Votre coeur n’entend pas peut-être ces détours du sien ; mais ils n’en sont pas moins naturels : car votre amour à tous deux, quoique égal en force, n’est pas semblable en effets ; le vôtre est bouillant et vif, le sien est doux et tendre ; vos sentiments s’exhalent au dehors avec véhémence, les siens retournent sur elle-même, et, pénétrant la substance de son âme, l’altèrent et la changent insensiblement. L’amour anime et soutient votre coeur, il affaisse et abat le sien ; tous les ressorts en sont relâchés, sa force est nulle, son courage est éteint, sa vertu n’est plus rien. Tant d’héroïques facultés ne sont pas anéanties, mais suspendues ; un moment de crise peut leur rendre toute leur vigueur, ou les effacer sans retour. Si elle fait encore un pas vers le découragement, elle est perdue ; mais si cette âme excellente se relève un instant, elle sera plus grande, plus forte, plus vertueuse que jamais, et il ne sera plus question de rechute. Croyez-moi, mon aimable ami, dans cet état périlleux sachez respecter ce que vous aimâtes. Tout ce qui lui vient de vous, fût-ce contre vous-même, ne lui peut être que mortel. Si vous vous obstinez auprès d’elle, vous pourrez triompher aisément ; mais vous croirez en vain posséder la même Julie, vous ne la retrouverez plus.

Lettre IX – Réponse

Venez, milord ; je croyais ne pouvoir plus goûter de plaisir sur la terre ; mais nous nous reverrons. Il n’est pas vrai que vous puissiez me confondre avec les ingrats ; votre coeur n’est pas fait pour en trouver, ni le mien pour l’être.

Lettre X – Du baron d’Étange à Saint-Preux

dans laquelle était le précédent billet

S’il peut rester dans l’âme d’un suborneur quelque sentiment d’honneur et d’humanité, répondez à ce billet d’une malheureuse dont vous avez corrompu le coeur, et qui ne serait plus si j’osais soupçonner qu’elle eût porté plus loin l’oubli d’elle-même. Je m’étonnerai peu que la même philosophie qui lui apprit à se jeter à la tête du premier venu, lui apprenne encore à désobéir à son père. Pensez-y cependant. J’aime à prendre en toute occasion les voies de la douceur et de l’honnêteté, quand j’espère qu’elles peuvent suffire ; mais, si j’en veux bien user avec vous, ne croyez pas que j’ignore comment se venge l’honneur d’un gentilhomme offensé par un homme qui ne l’est pas.

Lettre XI – Réponse

Épargnez-vous, Monsieur, des menaces vaines qui ne m’effraient point, et d’injustes reproches qui ne peuvent m’humilier. Sachez qu’entre deux personnes de même âge il n’y a d’autre suborneur que l’amour, et qu’il ne vous appartiendra jamais d’avilir un homme que votre fille honora de son estime.

Quel sacrifice osez-vous m’imposer, et à quel titre l’exigez-vous ? Est-ce à l’auteur de tous mes maux qu’il faut immoler mon dernier espoir ? Je veux respecter le père de Julie ; mais qu’il daigne être le mien s’il faut que j’apprenne à lui obéir. Non, non, Monsieur, quelque opinion que vous ayez de vos procédés, ils ne m’obligent point à renoncer pour vous à des droits si chers et si bien mérités de mon coeur. Vous faites le malheur de ma vie. Je ne vous dois que la haine, et vous n’avez rien à prétendre de moi. Julie a parlé ; voilà mon consentement. Ah qu’elle soit toujours obéie ! Un autre la possédera : mais j’en serai plus digne d’elle.

Si votre fille eût daigné me consulter sur les bornes de votre autorité, ne doutez pas que je ne lui eusse appris à résister à vos prétentions injustes. Quel que soit l’empire dont vous abusez, mes droits sont plus sacrés que les vôtres ; la chaîne qui nous lie est la borne du pouvoir paternel, même devant les tribunaux humains ; et quand vous osez réclamer la nature, c’est vous seul qui bravez ses lois.

N’alléguez pas non plus cet honneur si bizarre et si délicat que vous parlez de venger ; nul ne l’offense que vous-même. Respectez le choix de Julie, et votre honneur est en sûreté ; car mon coeur vous honore malgré vos outrages ; et malgré les maximes gothiques, l’alliance d’un honnête homme n’en déshonora jamais un autre. Si ma présomption vous offense, attaquez ma vie, je ne la défendrai jamais contre vous. Au surplus, je me soucie fort peu de savoir en quoi consiste l’honneur d’un gentilhomme ; mais quant à celui d’un homme de bien, il m’appartient, je sais le défendre, et le conserverai pur et sans tache jusqu’au dernier soupir.

Allez, père barbare et peu digne d’un nom si doux, méditez d’affreux parricides, tandis qu’une fille tendre et soumise immole son bonheur à vos préjugés. Vos regrets me vengeront un jour des maux que vous me faites, et vous sentirez trop tard que votre haine aveugle et dénaturée ne vous fut pas moins funeste qu’à moi. Je serai malheureux, sans doute ; mais si jamais la voix du sang s’élève au fond de votre coeur, combien vous le serez plus encore d’avoir sacrifié à des chimères l’unique fruit de vos entrailles, unique au monde en beauté, en mérite, en vertus, et pour qui le ciel prodigue de ses dons n’oublia rien qu’un meilleur père !

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre XII – De Julie à Saint-Preux

Je voulais vous décrire la scène qui vient de se passer, et qui a produit le billet que vous avez dû recevoir ; mais mon père a pris ses mesures si justes qu’elle n’a fini qu’un moment avant le départ du courrier. Sa lettre est sans doute arrivée à temps à la poste ; il n’en peut être de même de celle-ci : votre résolution sera prise, et votre réponse partie avant qu’elle vous parvienne ; ainsi tout détail serait désormais inutile. J’ai fait mon devoir ; vous ferez le vôtre ; mais le sort nous accable, l’honneur nous trahit ; nous serons séparés à jamais, et, pour comble d’horreur, je vais passer dans les… Hélas ! j’ai pu vivre dans les tiens ! O devoir ! à quoi sers-tu ? O Providence !… il faut gémir et se taire.

Far from adopting Julie’s dark ideas, be assured that everything she could do through human help and the comfort of her heart actually helped to slow down the progression of her mother’s illness. Her tenderness and care undoubtedly allowed us to keep her alive longer than we would have been able to without them. My aunt herself told me hundreds of times that her last days were the happiest moments of her life, and that the happiness of her daughter was the only thing that lacked in her own happiness.

If her loss must be attributed to grief, then that grief originates from even deeper roots, and the sole person responsible is her husband. For a long time, he had been capricious and changeable, dedicating the ardor of his youth to countless objects far less worthy than his virtuous wife; and when age brought him back to his senses, he continued to maintain that same stubborn rudeness characteristic of unfaithful husbands, only worsening his sins. My poor cousin suffered greatly as a result—her futile pride and unyielding character contributed greatly to both her own misfortunes and yours. Her mother, who had always felt a fondness for you and realized the depth of her daughter’s love when it was already too late to extinguish it, bore in secret the pain of being unable to overcome her daughter’s inclinations or her husband’s obstinacy, and became the primary cause of a harm she could no longer remedy. When your unexpected letters revealed how far you had abused her trust, she feared losing everything in her attempt to save it all, and feared endangering her daughter’s life in order to restore her own honor. She tried several times to talk with her husband but to no avail; she wanted to confide everything to him and make him understand the full extent of his duty, but fear and timidity prevented her from doing so. She hesitated as long as possible; by the time she finally decided to speak, it was already too late—she lost her strength and died carrying that fatal secret with her. And I, who know the nature of this stern man yet cannot imagine to what extent human feelings might have softened his heart, am at least relieved to see that Julie’s life is now safe.

She is well aware of all this; but shall I tell you what I think of her apparent remorse? Love is more cunning than she is. Overwhelmed by the regret for her mother, she wants to forget you; yet, despite her efforts, that regret disturbs her conscience and forces her to think of you. It wants her tears to be connected with what she truly loves. She would no longer dare to deal with it directly; but love forces her to continue doing so, at least through her remorse. It manipulates her with such artistry that she would rather suffer more than allow herself to stop thinking about you. Your heart may not understand these indirect ways of her expressing her feelings; but they are just as natural. For your love for her, though equal in intensity, is not the same in its effects: yours is passionate and intense, while hers is gentle and tender. Your emotions express themselves outwardly with vigor; hers, on the other hand, remain within her own being, permeating the very essence of her soul and changing her gradually. Love invigorates and supports your heart; it weakens and depresses hers. All its vitality is suspended; her strength is gone, her courage is extinguished, and her virtue is lost. Such heroic qualities are not destroyed, but merely put on hold; a moment of crisis could restore them all—or erase them forever. If she takes another step toward despair, she is lost; but if that excellent soul manages to rise again for even a brief moment, she will be greater, stronger, more virtuous than ever before—and there will be no possibility of regression. Believe me, my dear friend: in this perilous state, know how to respect what you love. Everything you do for her, even if it seems to go against her own interests, can only bring her harm. If you persist in your efforts toward her, you may seem to succeed easily; but you will be mistaken in thinking you still possess the same Julie—you will never find her again.

Letter IX – Response

Come, my lord; I thought I could no longer find any joy on this earth; but we will meet again. It is not true that you can confuse me with those ungrateful people; your heart is not meant for such people, nor is mine.

Letter X – From Baron d’Étange to Saint-Preux

which contained the previous ticket.

If there remains in the soul of a seducer so much as a trace of honor and humanity, then answer this letter from a unfortunate woman whose heart you have corrupted—a woman who, if I dared suspect it, might have gone even further in forgetting herself. It would not surprise me at all if the same philosophy that taught her to throw herself at the first man who came along also taught her to disobey her father. Yet, please consider this. I prefer to pursue paths of gentleness and honesty whenever I hope they will be sufficient; but if I choose to use them with you, do not think for a moment that I do not know how an honorable gentleman can take his revenge on one who is not worthy of such respect.

Letter XI – Response

Spare yourself, sir, empty threats that cannot frighten me, and unjust accusations that cannot humble me. Know that between two people of the same age, there is no other seducer but love; and it shall never be your duty to degrade a man whom your daughter has honored with her respect.

What sacrifice dare you impose upon me, and on what grounds do you demand it? Must it be the one who is responsible for all my misfortunes who is to take away my last hope? I wish to respect Julie’s father; but let him become mine if I am to learn to obey him. No, no, Monsieur, whatever your views may be on your methods, they do not compel me to renounce for your sake rights so dear and so well-deserved in my heart. You are bringing ruin into my life. All I owe you is hatred; you have nothing to claim from me. Julie has spoken; this is my consent. Ah, may she always be obedient! Another man may possess her; but I will be more worthy of her than he ever could be.

If your daughter had deigned to consult me regarding the limits of your authority, do not doubt that I would have taught her how to resist your unjust demands. No matter what power you abuse, my rights are more sacred than yours; the bond that binds us is the boundary of paternal authority—even before human courts. And when you dare to claim what belongs by nature, it is you alone who defy its laws.

Do not also attribute such a bizarre and delicate honor to the act of vengeance; no one but you yourself has offended it. Respect Julie’s choice, and your honor will be safe—for my heart honors you despite your insults. And contrary to Gothic doctrines, the alliance of an honest man has never brought dishonor upon another. If my presumption offends you, attack my life—I shall never defend it against you. Moreover, I care very little about what constitutes the honor of a gentleman; but as for the honor of a good person, that belongs to me. I know how to defend it, and I will preserve it pure and untainted until my last breath.

“Go on, you barbaric father, unworthy of such a gentle name—meditate on terrible parricides, while a tender and submissive daughter sacrifices her own happiness for your prejudices. Your regrets will one day avenge me for the harm you cause me, and you will realize too late that your blind, depraved hatred was just as fatal to you as it was to me. I shall surely be unhappy; but if ever the voice of conscience speaks within you, then you will be even more miserable for having sacrificed to mere illusions the only child born from your womb—unique in this world for its beauty, merit, and virtues, for whom heaven itself has bestowed every gift except for a better father!”

List of literary works

General list of titles

Letter XII – From Julie to Saint-Preux

I wanted to describe to you the scene that just took place and that led to the letter you must have received; but my father took such timely measures that it was only sent shortly before the mail was dispatched. His letter undoubtedly arrived at the post office in time; however, this one may not: your decision will be made, and your reply will be sent before it reaches me; therefore, any further details would now be useless. I have done my duty; you will do yours. But fate overwhelms us, honor betrays us; we shall be separated forever—and, to add to the horror, I am about to enter into. Alas! I was able to live among you! O duty, what good is all this? O Providence. We can only lament and remain silent.

Lontano dall’adoottare le oscure idee di Julie, siate certo che tutto ciò che si può sperare dagli aiuti umani e dalle consolazioni del cuore ha contribuito da parte sua a ritardare l’evoluzione della malattia di sua madre; inoltre, la sua tenerezza e le sue cure le hanno permesso di sopravvivere più a lungo di quanto avremmo potuto fare senza di lei. Mia zia stessa mi ha detto centinaia di volte che gli ultimi giorni della sua vita sono stati i momenti più dolci della sua esistenza, e che la felicità di sua figlia era l’unica cosa che le mancava.

Se si deve attribuire la sua perdita al dolore, questo dolore ha radici più profonde, e la colpa ricade esclusivamente su suo marito. Per lungo tempo inconstante e capriccioso, egli dedicò i suoi affetti a mille oggetti meno degni di essere amati della sua virtuosa compagna; e quando l’età lo riportò alla ragione, conservò nei suoi confronti quella durezza inflessibile che gli uomini infedeli hanno l’abitudine di esasperare nei loro torti. Mia povera cugina ne subì le conseguenze: un vano orgoglio di nobiltà e quella rigidità di carattere che nulla può ammorbidire causarono i suoi mali e quelli di lui stesso. Sua madre, che aveva sempre avuto una predilezione per voi e che comprese il suo amore quando ormai era troppo tardi per spegnerlo, portò a lungo nel segreto il dolore di non riuscire a vincere la volontà della figlia né l’ostinazione del marito, diventando così la principale causa di un male che non poteva più curare. Quando le vostre lettere le rivelarono fino a che punto avevate abusato della sua fiducia, temette di perdere tutto nel tentativo di salvare qualcosa, e di mettere in pericolo la vita di sua figlia pur di restaurare il suo onore. Tentò più volte di parlare con suo marito senza successo; volle confidargli tutta la verità, ma la paura e la timidezza la trattennero sempre. Esitò finché poté parlare; quando finalmente decise di farlo, era ormai troppo tardi: le forze le mancarono. Morì portando con sé quel segreto fatale. E io, che conosco il carattere di quell’uomo severo senza sapere fino a che punto i sentimenti naturali avrebbero potuto mitigarne la durezza, sono sollevato nel vedere almeno che la vita di Julie è al sicuro.

Non ignora nulla di tutto ciò; ma devo dirvi cosa penso dei suoi presunti rimorsi? L’amore è più ingegnoso di lei. Invasa dal rimorso per sua madre, vorrebbe dimenticarvi. Eppure, nonostante questi sentimenti, il rimorso disturba la sua coscienza, costringendola a pensare a voi. Vuole che le sue lacrime siano legate a ciò che ama. Lei non oserebbe più occuparsene direttamente; l’amore la costringe, almeno attraverso il rimorso, a continuare a farlo. L’amore la manipola con tale abilità che lei preferisce soffrire di più, pur di farvi partecipare alle sue pene. Il vostro cuore forse non comprende questi giri tortuosi del suo; ma essi sono comunque naturali. Il vostro amore, sebbene uguale per intensità, non è simile per effetti: il vostro è appassionato e vivace, il suo è dolce e tenero. I vostri sentimenti si esprimono apertamente; i suoi, invece, ritornano su di lei stessa, penetrando nell’intima essenza della sua anima e trasformandola lentamente. L’amore rafforza il vostro cuore; il suo lo indebolisce. Tutti i suoi istinti si allentano. La sua forza svanisce, il suo coraggio si spegne. La sua virtù scompare. Tali qualità non sono distrutte, ma semplicemente sospese. Un momento di crisi potrebbe restituirle tutta la loro intensità. O cancellarle per sempre. Se continua a cadere nel disperazione, è perduta. Ma se quell’anima meravigliosa si rialza anche solo per un istante, diventerà più grande, più forte, più virtuosa di prima. E non ci sarà più alcuna possibilità di ricaduta. Credetemi, mio caro amico. In questo stato pericoloso, sappiate rispettare ciò che amate. Tutto ciò che venite da voi, anche se contro la sua volontà, potrebbe esserle fatale. Se insistete con lei, potrete vincere facilmente. Ma crederete invano di possedere ancora la stessa Julie. Non la ritroverete più.

Lettera IX – Risposta

Venite, milord; credevo di non poter più provare piacere su questa terra. Ma ci rivedremo. Non è vero che possiate confondermi con coloro che sono ingrati; il vostro cuore non è fatto per loro, e nemmeno il mio lo è.

Lettera X – Dal barone d’Étange a Saint-Preux

in cui si trovava il biglietto precedente

Se nell’anima di un corrottori può ancora esistere qualche sentimento di onore e umanità, rispondete a questa lettera di una sfortunata la cui anima avete corrotto. Una donna che non sarebbe più quella che era, se osassi anche solo sospettare che abbia portato troppo lontano l’oblio di sé stessa. Non mi sorprenderei affatto se la stessa “filosofia” che le ha insegnato a gettarsi tra le braccia del primo venuto le insegnasse anche a disobbedire a suo padre. Pensateci bene, però. Preferisco sempre seguire la via della dolcezza e dell’onestà, quando spero che siano sufficienti; ma se decido di usarle con voi, non crediate che ignori come si possa vendicare l’onore di un gentiluomo offeso da un uomo che non lo è.

Lettera XI – Risposta

Per favore, signore, risparmiatemi minacce vane che non mi spaventano e rimproveri ingiusti che non possono umiliarmi. Sappiate che tra due persone della stessa età l’unico strumento di corruzione è l’amore, e che non vi sarà mai permesso di umiliare un uomo che vostra figlia ha onorato con la sua stima.

Quale sacrificio osate impormi, e su quale base lo esigete? È davvero l’autore di tutti i miei mali che deve essere il prezzo da pagare per la perdita della mia ultima speranza? Voglio rispettare il padre di Julie; ma che si degni di diventare anche il mio, se devo imparare ad obbedirgli. No, no, signore: qualunque sia la vostra opinione sui vostri metodi, essi non mi obbligano affatto a rinunciare, per voi, a diritti così preziosi e ampiamente meritati dal mio cuore. State causando la mia rovina. Vi devo soltanto odio; non avete alcun diritto su di me. Julie ha parlato. Ecco il mio consenso. Ah, che possa sempre essere obbedita! Un altro la possiederà. Ma io sarò ancora più degna di lei.

Se vostra figlia avesse avuto la gentilezza di consultarmi riguardo ai limiti del vostro potere, non dubitate che le avrei insegnato a resistere alle vostre pretese ingiuste. Qualunque sia l’“impero” che abusate, i miei diritti sono più sacri dei vostri; la catena che ci lega rappresenta il limite del potere paterno, anche di fronte ai tribunali umani; e quando osate invocare la “natura”, siete voi stesso a sfidarne le leggi.

Non attribuite nemmeno questo onore così bizzarro e delicato a un desiderio di vendetta; nessuno lo offende se non voi stessi. Rispettate la scelta di Julie, e il vostro onore sarà al sicuro; perché il mio cuore vi onora nonostante le vostre offese; e, nonostante le massime gothiche, l’alleanza di un uomo onesto non ha mai disonorato un altro. Se la mia presunzione vi offende, attaccate pure la mia vita: non la difenderò mai contro di voi. In ogni caso, mi interessa molto poco sapere in cosa consista l’onore di un gentiluomo; ma quanto all’onore di un uomo onesto, esso appartiene a me, so come difenderlo e lo manterrò puro e senza macchia fino all’ultimo respiro.

Andate, padre barbaro e poco degno di un nome così dolce: meditate su atroci parricidi, mentre una ragazza tenera e sottomessa sacrifica la sua felicità ai vostri pregiudizi. I vostri rimpianti mi vendicheranno un giorno dei mali che mi infliggete, e sentirete troppo tardi che il vostro odio cieco e perverso non vi è stato meno fatale di quanto lo sia stato per me. Sarò infelice, senza dubbio; ma se mai la voce del sangue si alzerà nel profondo del vostro cuore, allora sarete ancora più infelici per aver sacrificato a delle chimere l’unico frutto dei vostri lombi, l’unico essere al mondo in bellezza, in meriti, in virtù, e per il quale il cielo, nella sua generosità, non ha tralasciato nulla, se non un padre migliore!

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XII – Di Julie a Saint-Preux

Volevo descrivervi la scena che è appena avvenuta e che ha portato alla stesura della lettera che sicuramente avete ricevuto; ma mio padre ha preso delle misure così tempestive che tutto si è concluso poco prima della partenza della posta. La sua lettera è certamente arrivata in tempo all’ufficio postale; non lo stesso può dirsi per la mia: la vostra decisione sarà presa e la vostra risposta inviata prima ancora che io possa riceverla; quindi, ormai, ogni dettaglio sarebbe inutile. Ho fatto il mio dovere; farete il vostro. Ma il destino ci colpisce duramente, l’onore ci tradisce. Sarà per sempre separati. E, per completare questa tragedia, io devo andare tra i. Ahimè! Sono riuscito a vivere tra le vostre braccia. Oh dovere. A cosa servi? Oh Provvidenza. Bisogna solo gemere e tacere.

La plume échappe de ma main. J’étais incommodée depuis quelques jours ; l’entretien de ce matin m’a prodigieusement agitée… La tête et le coeur me font mal… je me sens défaillir… le ciel aurait-il pitié de mes peines ?… Je ne puis me soutenir… je suis forcée à me mettre au lit, et me console dans l’espoir de n’en point relever. Adieu, mes uniques amours. Adieu, pour la dernière fois, cher et tendre ami de Julie. Ah ! si je ne dois plus vivre pour toi, n’ai-je pas déjà cessé de vivre ?

Lettre XIII – De Julie à madame d’Orbe

Il est donc vrai, chère et cruelle amie, que tu me rappelles à la vie et à mes douleurs ? J’ai vu l’instant heureux où j’allais rejoindre la plus tendre des mères ; tes soins inhumains m’ont enchaînée pour la pleurer plus longtemps ; et quand le désir de la suivre m’arrache à la terre, le regret de te quitter m’y retient. Si je me console de vivre, c’est par l’espoir de n’avoir pas échappé tout entière à la mort. Ils ne sont plus ces agréments de mon visage que mon coeur a payés si cher ; la maladie dont je sors m’en a délivrée. Cette heureuse perte ralentira l’ardeur grossière d’un homme assez dépourvu de délicatesse pour m’oser épouser sans mon aveu. Ne trouvant plus en moi ce qui lui plut, il se souciera peu du reste. Sans manquer de parole à mon père, sans offenser l’ami dont il tient la vie, je saurai rebuter cet importun : ma bouche gardera le silence ; mais mon aspect parlera pour moi. Son dégoût me garantira de sa tyrannie, et il me trouvera trop laide pour daigner me rendre malheureuse.

Ah ! cousine chère, tu connus un coeur plus constant et plus tendre qui ne se fût pas ainsi rebuté. Son goût ne se bornait pas aux traits et à la figure ; c’était moi qu’il aimait et non pas mon visage ; c’était par tout notre être que nous étions unis l’un à l’autre ; et tant que Julie eût été la même, la beauté pouvait fuir l’amour fût toujours demeuré. Cependant il a pu consentir… l’ingrat !… Il l’a dû puisque j’ai pu l’exiger. Qui est-ce qui retient par leur parole ceux qui veulent retirer leur coeur ? Ai-je donc voulu retirer le mien ?… l’ai-je fait ? O Dieu ! faut-il que tout me rappelle incessamment un temps qui n’est plus, et des feux qui ne doivent plus être ! J’ai beau vouloir arracher de mon coeur cette image chérie ; je l’y sens trop fortement attachée ; je le déchire sans le dégager, et mes efforts pour en effacer un si doux souvenir ne font que l’y graver davantage.

Oserai-je te dire un délire de ma fièvre, qui, loin de s’éteindre avec elle, me tourmente encore plus depuis ma guérison ? Oui, connais et plains l’égarement d’esprit de ta malheureuse amie, et rends grâces au ciel d’avoir préservé ton coeur de l’horrible passion qui le donne. Dans un des moments où j’étais le plus mal, je crus, durant l’ardeur du redoublement, voir à côté de mon lit cet infortuné, non tel qu’il charmait jadis mes regards durant le court bonheur de ma vie, mais pâle, défait, mal en ordre, et le désespoir dans les yeux. Il était à genoux ; il prit une de mes mains et sans dégoûter de l’état où elle était, sans craindre la communication d’un venin si terrible, il la couvrait de baisers et de larmes. À son aspect j’éprouvai cette vive et délicieuse émotion que me donnait quelquefois sa présence inattendue. Je voulus m’élancer vers lui ; on me retint ; tu l’arrachas de ma présence ; et ce qui me toucha le plus vivement, ce furent ses gémissements que je crus entendre à mesure qu’il s’éloignait.

Je ne puis te représenter l’effet étonnant que ce rêve a produit sur moi. Ma fièvre a été longue et violente ; j’ai perdu la connaissance durant plusieurs jours ; j’ai souvent rêvé à lui dans mes transports ; mais aucun de ces rêves n’a laissé dans mon imagination des impressions aussi profondes que celle de ce dernier. Elle est telle qu’il m’est impossible de l’effacer de ma mémoire et de mes sens. À chaque minute, à chaque instant, il me semble le voir dans la même attitude ; son air, son habillement, son geste, son triste regard, frappent encore mes yeux : je crois sentir ses lèvres se presser sur ma main ; je la sens mouiller de ses larmes ; les sons de sa voix plaintive me font tressaillir ; je le vois entraîner loin de moi ; je fais effort pour le retenir encore : tout me retrace une scène imaginaire avec plus de force que les événements qui me sont réellement arrivés.

J’ai longtemps hésité à te faire cette confidence ; la honte m’empêche de te la faire de bouche ; mais mon agitation, loin de se calmer, ne fait qu’augmenter de jour en jour, et je ne puis plus résister au besoin de t’avouer ma folie. Ah ! qu’elle s’empare de moi tout entière ! Que ne puis-je achever de perdre ainsi la raison, puisque le peu qui m’en reste ne sert plus qu’à me tourmenter !

Je reviens à mon rêve. Ma cousine, raille-moi, si tu veux, de ma simplicité ; mais il y a dans cette vision je ne sais quoi de mystérieux qui la distingue du délire ordinaire. Est-ce un pressentiment de la mort du meilleur des hommes ? Est-ce un avertissement qu’il n’est déjà plus ? Le ciel daigne-t-il me guider au moins un fois, et m’invite-t-il à suivre celui qu’il me fit aimer ? Hélas ! l’ordre de mourir sera pour moi le premier de ses bienfaits.

J’ai beau me rappeler tous ces vains discours dont la philosophie amuse les gens qui ne sentent rien ; ils ne m’en imposent plus, et je sens que je les méprise. On ne voit point les esprits, je le veux croire ; mais deux âmes si étroitement unies ne sauraient-elles avoir entre elles une communication immédiate, indépendante du corps et des sens ? L’impression directe que l’une reçoit de l’autre ne peut-elle pas la transmettre au cerveau, et recevoir de lui par contrecoup les sensations qu’elle lui a données ?… Pauvre Julie, que d’extravagances ! Que les passions nous rendent crédules ! et qu’un coeur vivement touché se détache avec peine des erreurs même qu’il aperçoit !

Lettre XIV – Réponse

Ah ! fille trop malheureuse et trop sensible, n’es-tu donc née que pour souffrir ? Je voudrais en vain t’épargner des douleurs ; tu sembles les chercher sans cesse et ton ascendant est plus fort que tous mes soins. À tant de vrais sujets de peine n’ajoute pas au moins des chimères ; et, puisque ma discrétion t’est plus nuisible qu’utile, sors d’une erreur qui te tourmente : peut-être la triste vérité te sera-t-elle encore moins cruelle. Apprends donc que ton rêve n’est point un rêve ; que ce n’est point l’ombre de ton ami que tu as vue, mais sa personne, et que cette touchante scène, incessamment présente à ton imagination, s’est passée réellement dans ta chambre le surlendemain du jour où tu fus le plus mal.

La veille je t’avais quittée assez tard, et M. d’Orbe, qui voulut me relever auprès de toi cette nuit-là, était prêt à sortir, quand tout à coup nous vîmes entrer brusquement et se précipiter à nos pieds ce pauvre malheureux dans un état à faire pitié. Il avait pris la poste à la réception de ta dernière lettre. Courant jour et nuit, il fit la route en trois jours, et ne s’arrêta qu’à la dernière poste en attendant la nuit pour entrer en ville. Je te l’avoue à ma honte, je fus moins prompte que M. d’Orbe à lui sauter au cou : sans savoir encore la raison de son voyage, j’en prévoyais la conséquence. Tant de souvenirs amers, ton danger, le sien, le désordre où je le voyais, tout empoisonnait une si douce surprise et j’étais trop saisie pour lui faire beaucoup de caresses. Je l’embrassai pourtant avec un serrement de coeur qu’il partageait, et qui se fit sentir réciproquement par de muettes étreintes, plus éloquentes que les cris et les pleurs. Son premier mot fut : « Que fait-elle ? Ah ! que fait-elle ? Donnez-moi la vie ou la mort. » Je compris alors qu’il était instruit de ta maladie ; et, croyant qu’il n’en ignorait pas non plus l’espèce, j’en parlai sans autre précaution que d’exténuer le danger. Sitôt qu’il sut que c’était la petite vérole, il fit un cri et se trouva mal. La fatigue et l’insomnie, jointes à l’inquiétude d’esprit, l’avaient jeté dans un tel abattement qu’on fut longtemps à le faire revenir. À peine pouvait-il parler ; on le fit coucher.

The pen slips from my hand. I have been feeling unwell for several days; this morning’s task left me utterly exhausted. My head and heart ache. I feel like I am losing strength. Will heaven have any pity for my suffering?. I can no longer hold on. I must go to bed, hoping that I will never wake up again. Adieu, my only loves. Adieu, for the last time, dear and tender friend of Julie. Ah! If I am no longer meant to live for you, then surely I have already ceased to live.

Letter XIII – From Julie to Madame d’Orbe

Therefore, it is true, my dear and cruel friend, that you remind me of life and of my pains? I saw the happy moment when I was about to join the kindest of mothers; your inhumane treatment has chained me here, forcing me to mourn her for longer; and when the desire to follow her draws me away from this world, the regret of leaving you holds me back. If I find any consolation in continuing to live, it is in the hope that I have not entirely escaped death. Those charms upon my face, for which my heart paid such a high price, are now gone—the illness from which I have recovered has freed me of them. This fortunate loss will surely diminish the crude ardor of a man so devoid of delicacy as to dare marry me without my consent. No longer finding what pleased him in me, he will care little for anything else. Without breaking my promise to my father, without offending the friend whose life depends on it, I will know how to repulse this importun: my lips will remain silent, but my appearance will speak for itself. His disgust will protect me from his tyranny—he will surely find me too ugly to bother making me unhappy.

Ah! Dear cousin, could you have found a heart more steadfast and tender that would not have been so easily repelled? His affection was not limited to my features or appearance; it was I he loved, not just my face. It was through all that we were as one; and as long as Julie remained the same, beauty might fade away, but love would always remain. Yet he consented, that ungrateful one! He had to, for I demanded it of him. Who can hold those who wish to withdraw their hearts by mere words? Did I ever wish to withdraw mine?. Did I actually do so? Oh God! Must everything constantly remind me of a time that is now gone, and of feelings that should no longer exist? No matter how hard I try to erase this beloved image from my heart, it remains firmly rooted there; I tear at it in vain, and my efforts only serve to engrave it more deeply.

Would I dare to tell you a delusion born of my fever—a delusion that, far from fading with its disappearance, continues to torment me even now that I am healed? Yes, understand and pity the madness in your unfortunate friend’s mind, and give thanks to heaven for having spared your heart from that terrible passion that would have destroyed it. At one of the worst moments of my illness, during the intense exacerbation of my fever, I believed I saw that unfortunate man by my bedside—not as he had once captivated my gaze during the brief happiness of my life, but pale, disheveled, and with despair in his eyes. He was kneeling; he took one of my hands, and without showing any disgust at its condition, without fearing the transmission of such a terrible poison, he covered it with kisses and tears. Seeing him like that, I felt that intense and delightful emotion which his unexpected presence sometimes brought me. I tried to rush toward him; someone held me back; you pulled him away from my side. And what touched me most deeply were those cries I seemed to hear as he moved away.

I cannot begin to convey to you the astonishing effect that this dream had on me. My fever was prolonged and intense; I lost consciousness for several days; often, in my delirious state, I would dream of him. But none of those dreams left such deep impressions on my imagination as this one. The memory is so vivid that it is impossible for me to erase it from my mind or senses. At every moment, it seems as if I see him in the same position again: his expression, his clothing, his gesture, his sad gaze—everything remains etched in my memory. I seem to feel his lips pressing against mine; I can sense the moisture of his tears on my hand; the sounds of his plaintive voice make me shudder. I see him being taken away from me; I try desperately to hold onto him again. Yet everything only rekindles that imaginary scene in my mind, with even greater intensity than the actual events that happened to me.

I hesitated for a long time before confiding this in you; shame prevents me from speaking out aloud; but my agitation, far from subsiding, only grows worse day by day, and I can no longer resist the need to confess my madness to you. Ah! Let it consume me entirely! Why can’t I completely lose my reason, since what little of it remains only serves to torment me?

I return to my dream. My cousin, laugh at my simplicity if you wish; but there is something mysterious about this vision that distinguishes it from ordinary delirium. Is it a premonition of the death of the best of men? Or is it a warning that he is no longer among us? Does heaven deign to guide me at least once, and invite me to follow him whom it made me love? Alas! The order to die will be the first of its blessings for me.

No matter how I try to recall all those empty speeches whose philosophy merely amuses those who feel nothing at all, they no longer have any effect on me, and I realize that I despise them. One cannot see into the minds of others, I wish to believe that; but surely two souls so closely united must be able to communicate with each other directly, independently of the body and the senses. Couldn’t the direct impression received by one soul from another be transmitted to the brain, and in turn, receive back from it those sensations that the first soul had sent forth?. Poor Julie, what extravagances! How easily passions make us credulous! And how hard it is for a heart deeply moved to break away even from the mistakes that it itself sees clearly.

Letter XIV – Response

Ah! Too unhappy and too sensitive a girl—were you not born merely to suffer? In vain would I try to spare you pain; it seems you seek it constantly, and its influence is stronger than all my efforts to protect you. Instead of adding more illusions to so many real causes of sorrow, why not acknowledge the truth? And since my discretion only harms you rather than helping, free yourself from this error that torments you—perhaps the sad reality will prove even less cruel. Understand then that your dream was no dream at all; what you saw was not the shadow of your friend, but his very person. That touching scene, which constantly haunts your imagination, actually took place in your room the day after you were at your worst.

The previous day, I had left you quite late, and Mr. d’Orbe, who wanted to take my place by your side that night, was just about to set out when suddenly we saw that poor unfortunate man burst in and rush before us in a state that filled us with pity. He had stopped at the post office to collect your last letter. Traveling day and night, he covered the distance in three days and only stopped at the last post station, waiting for night to enter the city. To my shame, I was not as quick as Mr. d’Orbe to throw myself into his arms: without knowing the reason for his journey, I already foresaw its consequences. So many bitter memories, your danger, his own, and the state of distress in which I saw him—all these poisoned what should have been a joyful reunion, and I was too overcome with emotion to offer him much comfort. Yet I embraced him with a heart full of sorrow, which he shared; our silent embraces spoke louder than words or tears. His first question was: “What is she doing? Ah! What is she doing? Give me life or death.” Then I realized that he must have been informed about your illness; assuming he also knew the nature of it, I spoke without any reservation, only aiming to alleviate the danger. The moment he learned it was smallpox, he let out a cry and fainted. Exhaustion, lack of sleep, and sheer anxiety had left him in such a state that it took a long time to revive him. He could barely speak; we put him to bed.

La penna mi sfugge di mano. Da alcuni giorni mi sentivo a disagio; le cure di questa mattina mi hanno sconvolta profondamente. La testa e il cuore mi fanno male. Mi sento sul punto di svenire. Il cielo avrà pietà delle mie sofferenze?. Non riesco più a reggermi. Devo andare a letto, consolandomi con la speranza di non dovermici alzare mai più. Addio, uniche mie gioie. Addio, per l’ultima volta, caro e tenero amico di Julie. Ah! Se non devo più vivere per te, forse non ho già smesso di vivere?

Lettera XIII – Di Julie a Madame d’Orbe

Quindi è vero, cara e crudele amica, che tu mi ricordi la vita e i miei dolori? Ho visto l’istante felice in cui avrei potuto unirmi alla più tenera delle madri; le tue crudeli cure mi hanno legata a questa terra, costringendomi a piangerla ancora a lungo. E quando il desiderio di seguirla mi spinge ad allontanarmi da qui, il rimpianto di lasciarti mi trattiene indietro. Se trovo un po’ di consolazione nella vita, è solo nell’illusione di non essere completamente sfuggita alla morte. Quei tratti del mio viso che il mio cuore aveva pagato a caro prezzo, la malattia me li ha liberata. Questa “felice perdita” rallenterà certamente l’ardore brutale di un uomo così privo di delicatezza da osare sposarmi senza il mio consenso. Non trovando più in me ciò che gli piaceva, non si curerà nemmeno del resto. Senza mancare di rispetto verso mio padre, senza offendere l’amico di cui dipende la sua vita, saprò respingere quest’importuno: la mia bocca rimarrà silenziosa, ma il mio aspetto parlerà per me. Il suo disgusto mi garantirà la salvezza dalla sua tirannia, e mi troverà troppo brutta per degnarsi di rendermi infelice.

Ah! Cara cugina, tu conoscevi un cuore più fedele e più tenero che non si sarebbe mai arreso così facilmente. Il suo affetto non si limitava ai tratti del viso; era me che amava, non il mio aspetto esteriore. Eravamo uniti l’uno all’altro con tutto il nostro essere. E finché Julie fosse rimasta la stessa, anche se la bellezza fosse svanita, l’amore sarebbe sempre sopravvissuto. Eppure lui ha potuto acconsentire. Quell’ingrato! L’ha dovuto fare, visto che io ho potuto esigerlo. Chi può trattenere con le parole coloro che vogliono allontanare il proprio cuore? Ho forse voluto io stessa allontanare il mio? L’ho fatto davvero? Oh Dio. Deve forse tutto questo ricordarmi incessantemente di un tempo ormai passato, e di sentimenti che non devono più esistere. Nonostante cerchi con tutte le mie forze di cancellare da dentro di me quell’immagine tanto cara, la sento ancora troppo profondamente radicata nel mio cuore. La strappo via, ma senza riuscire a liberarmene. E i miei sforzi per cancellare un ricordo così dolce non fanno altro che renderlo ancora più indelebile.

Oserò raccontarti un delirio causato dalla mia febbre, che, lontano dall’estinguersi con essa, continua a tormentarmi anche dopo la guarigione? Sì, comprendi e compiange l’offuscamento della mente di tua sfortunata amica, e ringrazia il cielo per aver salvato il tuo cuore da quell’orribile passione che lo devastava. In uno dei momenti in cui stavo peggio di tutti, durante l’acme del mio malessere, credetti di vedere accanto al mio letto quel sfortunato, non più come un tempo incantava i miei occhi nei brevi momenti di felicità della mia vita, ma pallido, disperato, con lo sguardo pieno di angoscia. Era in ginocchio; prese una delle mie mani e, senza provare disgusto per lo stato in cui si trovava, senza temere il rischio di contrarre un veleno così terribile, la coprì di baci e lacrime. Alla sua vista provai quella intensa ed deliziosa emozione che a volte mi suscitava la sua improvvisa presenza. Volevo corrergli incontro; qualcuno mi trattenne; tu lo allontanasti dalla mia vista. E ciò che mi colpì di più furono i suoi gemiti, che sembravano seguirmi mentre si allontanava.

Non riesco a farti immaginare l’effetto sorprendente che quel sogno ha avuto su di me. La mia febbre è stata lunga e violenta; ho perso i sens per diversi giorni; spesso ne ho sognato durante le mie allucinazioni. Ma nessuno di quei sogni ha lasciato nella mia mente impressioni così profonde come quella dell’ultimo. È tale che mi è impossibile cancellarla dalla memoria e dai miei sensi. Ogni minuto, in ogni istante, mi sembra di vederlo nella stessa posizione; il suo aspetto, i suoi abiti, il suo gesto, il suo sguardo triste continuano a colpirmi gli occhi. Credo di sentire le sue labbra premersi sulla mia mano; la sento bagnarsi delle sue lacrime; i suoni della sua voce lamentevole mi fanno tremare. Lo vedo allontanarsi da me. Faccio ogni sforzo per trattenerlo ancora. Ma tutto ciò mi riporta davanti a una scena immaginaria, con maggiore intensità di quanto non lo facciano gli eventi realmente accaduti nella mia vita.

Ho esitato a lungo prima di confidarti questo segreto; la vergogna mi impedisce di dirtelo a parole; ma il mio stato d’animo, invece di calmarsi, peggiora giorno dopo giorno, e non riesco più a resistere al desiderio di confessarti la mia follia. Ah! Come mi domina completamente. Perché non posso perdere del tutto la ragione, se quella che mi rimane serve soltanto a tormentarmi?

Torno al mio sogno. Mia cugina, deridimi pure se vuoi per la mia semplicità; ma in questa visione c’è qualcosa di misterioso che la distingue dal delirio ordinario. È forse un presagio della morte dell’uomo migliore? O è un avvertimento che lui non sia più tra noi? Il cielo si degna forse, almeno una volta, di guidarmi, e mi invita a seguire colui che mi ha fatto amare? Ahimè, l’ordine di morire sarà per me il primo dei suoi doni.

Nonostante ricordi tutti quei discorsi vani di cui la filosofia diverte le persone che non provano nulla; essi non mi impongono più nulla, e sento di disprezzarli. Non si possono vedere gli spiriti, voglio crederci; ma due anime strettamente unite tra loro non potrebbero forse avere una comunicazione immediata, indipendente dal corpo e dai sensi? L’impressione diretta che l’una riceve dall’altra non potrebbe forse trasmetterla al cervello, e riceverne a sua volta, come riflesso, le sensazioni che ha inviato?. Povera Julie, quante follie! Quanto le passioni ci rendano creduloni. E quanto un cuore profondamente commosso abbia difficoltà a separarsi anche dalle errori che percepisce!

Lettera XIV – Risposta

Ah! Figlia troppo infelice e troppo sensibile. Non sei forse nata soltanto per soffrire? Vorrei inutilmente risparmiarti dolore; sembri cercarlo costantemente, e il tuo destino è più forte di ogni mio tentativo di aiutarti. A tante vere ragioni di sofferenza, almeno non aggiungere illusioni. E poiché la mia discrezione ti nuoce più che ti sia utile, uscita da quell’errore che ti tormenta: forse la triste verità ti sarà ancora meno crudele. Impara dunque che il tuo sogno non è un semplice sogno; che quella che hai visto non era l’ombra del tuo amico, ma lui stesso. E che quella commovente scena, costantemente presente nella tua immaginazione, si è realmente verificata nella tua stanza il giorno dopo quello in cui sei stata più malata.

La sera prima ti avevo lasciata piuttosto tardi, e il signor d’Orbe, che voleva sostituirmi al tuo fianco quella notte, stava per uscire quando improvvisamente vedemmo entrare con fretta e precipitarsi ai nostri piedi quel povero sfortunato in uno stato davvero commovente. Aveva preso la posta appena ricevuta la tua ultima lettera; viaggiando giorno e notte, aveva percorso la strada in tre giorni e si era fermato solo all’ultima stazione di posta, aspettando la notte per entrare in città. Devo ammetterlo con vergogna: fui meno pronta del signor d’Orbe ad abbracciarlo; senza ancora sapere il motivo del suo viaggio, ne prevedevo già le conseguenze. Tanti ricordi dolorosi, il tuo pericolo, il suo, lo stato di disperazione in cui lo vedevo, tutto rendeva così amara quella dolce sorpresa che ero troppo sopraffatta per potergli dimostrare abbastanza affetto. Lo baciai comunque con un sentimento profondo che lui condivideva; quel nostro abbraccio silenzioso fu più eloquente di qualsiasi parola o pianto. La sua prima domanda fu: “Che cosa fa? Ah, che cosa fa? Datemi la vita, o la morte.” Allora capii che era a conoscenza della tua malattia; e, credendo che conoscesse anche la sua natura, ne parlai senza alcuna precauzione, nella speranza di alleviare il suo dolore. Non appena seppe che si trattava di vaiolo, emise un grido e perse i sensi. La stanchezza, l’insonnia e l’angoscia lo avevano ridotto in uno stato così grave che ci volle molto tempo per farlo riprendere conoscenza. A malapena riusciva a parlare; lo facemmo sdraiare.

Vaincu par la nature, il dormit douze heures de suite, mais avec tant d’agitation, qu’un pareil sommeil devait plus épuiser que réparer ses forces. Le lendemain, nouvel embarras ; il voulait te voir absolument. Je lui opposai le danger de te causer une révolution ; il offrit d’attendre qu’il n’y eût plus de risque, mais son séjour même en était un terrible. J’essayai de le lui faire sentir ; il me coupa durement la parole. « Gardez votre barbare éloquence, me dit-il d’un ton d’indignation ; c’est trop l’exercer à ma ruine. N’espérez pas me chasser encore comme vous fîtes à mon exil. Je viendrais cent fois du bout du monde pour la voir un seul instant. Mais je jure par l’auteur de mon être, ajouta-t-il impétueusement, que je ne partirai point d’ici sans l’avoir vue. Éprouvons une fois si je vous rendrai pitoyable, ou si vous me rendrez parjure. »

Son parti était pris. M. d’Orbe fut d’avis de chercher les moyens de le satisfaire pour le pouvoir renvoyer avant que son retour fût découvert : car il n’était connu dans la maison que du seul Hanz, dont j’étais sûre, et nous l’avions appelé devant nos gens d’un autre nom que le sien[111]. Je lui promis qu’il te verrait la nuit suivante, à condition qu’il ne resterait qu’un instant, qu’il ne te parlerait point, et qu’il repartirait le lendemain avant le jour : j’en exigeai sa parole. Alors, je fus tranquille ; je laissai mon mari avec lui, et je retournai près de toi.

Je te trouvai sensiblement mieux, l’éruption était achevée ; le médecin me rendit le courage et l’espoir. Je me concertai d’avance avec Babi ; et le redoublement, quoique moindre, t’ayant encore embarrassé la tête, je pris ce temps pour écarter tout le monde et faire dire à mon mari d’amener son hôte, jugeant qu’avant la fin de l’accès tu serais moins en état de le reconnaître. Nous eûmes toutes les peines du monde à renvoyer ton désolé père, qui chaque nuit s’obstinait à vouloir rester. Enfin je lui dis en colère qu’il n’épargnerait la peine de personne, que j’étais également résolue à veiller, et qu’il savait bien, tout père qu’il était, que sa tendresse n’était pas plus vigilante que la mienne. Il partit à regret ; nous restâmes seules. M. d’Orbe arriva sur les onze heures, et me dit qu’il avait laissé ton ami dans la rue : je l’allai chercher. Je le pris par la main ; il tremblait comme la feuille. En passant dans l’antichambre les forces lui manquèrent ; il respirait avec peine, et fut contraint de s’asseoir.

Alors, démêlant quelques objets à la faible lueur d’une lumière éloignée : « Oui, dit-il avec un profond soupir, je reconnais les mêmes lieux. Une fois en ma vie je les ai traversés… à la même heure… avec le même mystère… j’étais tremblant comme aujourd’hui… le coeur me palpitait de même… O téméraire ! j’étais mortel, et j’osais goûter… Que vais-je voir maintenant dans ce même objet qui faisait et partageait mes transports ? L’image du trépas, un appareil de douleur, la vertu malheureuse et la beauté mourante ! »

Chère cousine, j’épargne à ton pauvre coeur le détail de cette attendrissante scène. Il te vit, et se tut ; il l’avait promis : mais quel silence ! il se jeta à genoux ; il baisait tes rideaux en sanglotant ; il élevait les mains et les yeux ; il poussait de sourds gémissements ; il avait peine à contenir sa douleur et ses cris. Sans le voir, tu sortis machinalement une de tes mains ; il s’en saisit avec une espèce de fureur ; les baisers de feu qu’il appliquait sur cette main malade t’éveillèrent mieux que le bruit et la voix de tout ce qui t’environnait. Je vis que tu l’avais reconnu ; et, malgré sa résistance et ses plaintes, je l’arrachai de la chambre à l’instant, espérant éluder l’idée d’une si courte apparition par le prétexte du délire. Mais voyant ensuite que tu n’en disais rien, je crus que tu l’avais oubliée ; je défendis à Babi de t’en parler, et je sais qu’elle m’a tenu parole. Vaine prudence que l’amour a déconcertée, et qui n’a fait que laisser fermenter un souvenir qu’il n’est plus temps d’effacer !

Il partit comme il l’avait promis, et je lui fis jurer qu’il ne s’arrêterait pas au voisinage. Mais, ma chère, ce n’est pas tout ; il faut achever de te dire ce qu’aussi bien tu ne pourrais ignorer longtemps. Milord Édouard passa deux jours après ; il se pressa pour l’atteindre ; il le joignit à Dijon, et le trouva malade. L’infortuné avait gagné la petite vérole. Il m’avait caché qu’il ne l’avait point eue, et je te l’avais mené sans précaution. Ne pouvant guérir ton mal, il le voulut partager. En me rappelant la manière dont il baisait ta main, je ne puis douter qu’il ne se soit inoculé volontairement. On ne pouvait être plus mal préparé ; mais c’était l’inoculation de l’amour, elle fut heureuse. Ce père de la vie l’a conservée au plus tendre amant qui fut jamais : il est guéri ; et, suivant la dernière lettre de milord Édouard, ils doivent être actuellement repartis pour Paris.

Voilà, trop aimable cousine, de quoi bannir les terreurs funèbres qui t’alarmaient sans sujet. Depuis longtemps tu as renoncé à la personne de ton ami, et sa vie est en sûreté. Ne songe donc qu’à conserver la tienne, et à t’acquitter de bonne grâce du sacrifice que ton coeur a promis à l’amour paternel. Cesse enfin d’être le jouet d’un vain espoir et de te repaître de chimères. Tu te presses beaucoup d’être fière de ta laideur ; sois plus humble, crois-moi, tu n’as encore que trop sujet de l’être. Tu as essuyé une cruelle atteinte, mais ton visage a été épargné. Ce que tu prends pour des cicatrices ne sont que des rougeurs qui seront bientôt effacées. Je fus plus maltraitée que cela, et cependant tu vois que je ne suis pas trop mal encore. Mon ange, tu resteras jolie en dépit de toi, et l’indifférent Wolmar, que trois ans d’absence n’ont pu guérir d’un amour conçu dans huit jours, s’en guérira-t-il en te voyant à toute heure ? O si ta seule ressource est de déplaire, que ton sort est désespéré !

Lettre XVI – Réponse

Nous renaissons, ma Julie ; tous les vrais sentiments de nos âmes reprennent leurs cours. La nature nous a conservé l’être, et l’amour nous rend à la vie. En doutais-tu ? L’osas-tu croire, de pouvoir m’ôter ton coeur ? Va, je le connais mieux que toi, ce coeur que le ciel a fait pour le mien. Je les sens joints par une existence commune qu’ils ne peuvent perdre qu’à la mort. Dépend-il de nous de les séparer, ni même de le vouloir ? Tiennent-ils l’un à l’autre par des noeuds que les hommes aient formés et qu’ils puissent rompre ? Non, non, Julie ; si le sort cruel nous refuse le doux nom d’époux, rien ne peut nous ôter celui d’amants fidèles ; il sera consolation de nos tristes jours, et nous l’emporterons au tombeau.

Ainsi nous recommençons de vivre pour recommencer de souffrir, et le sentiment de notre existence n’est pour nous qu’un sentiment de douleur. Infortunés, que sommes-nous devenus ? Comment avons-nous cessé d’être ce que nous fûmes ? Où est cet enchantement de bonheur suprême ? Où sont ces ravissements exquis dont les vertus animaient nos feux ? Il ne reste de nous que notre amour ; l’amour seul reste, et ses charmes se sont éclipsés. Fille trop soumise, amante sans courage, tous nos maux nous viennent de tes erreurs. Hélas ! un coeur moins pur t’aurait bien moins égarée ! Oui, c’est l’honnêteté du tien qui nous perd ; les sentiments droits qui le remplissent en ont chassé la sagesse. Tu as voulu concilier la tendresse filiale avec l’indomptable amour ; en te livrant à la fois à tous tes penchants, tu les confonds au lieu de les accorder, et deviens coupable à force de vertu. O Julie, quel est ton inconcevable empire ! Par quel étrange pouvoir tu fascines ma raison ! Même en me faisant rougir de nos feux, tu te fais encore estimer par tes fautes ; tu me forces de t’admirer en partageant tes remords… Des remords !… était-ce à toi d’en sentir ?… toi que j’aimais… toi que je ne puis cesser d’adorer… Le crime pourrait-il approcher de ton coeur ?… Cruelle ! en me le rendant ce coeur qui m’appartient, rends-le-moi tel qu’il me fut donné.

Overpowered by nature, he slept for twelve consecutive hours—but such agitation meant that such sleep probably exhausted him more than it restored his strength. The next day, another problem arose: he insisted on seeing her at all costs. I warned him of the danger of causing her distress; he offered to wait until all risks were gone, but his very presence posed a terrible threat. I tried to make him understand this, but he cut me off sharply. “Reserve your barbaric eloquence for another time,” he said indignantly. “Using it now would only bring my ruin. Do not expect to drive me away again, as you did when I was exiled. I would come from the ends of the earth just to see her for a moment—even if it meant my death.” Then, in an impetuous outburst, he added, “I swear by the Creator of my life that I will not leave this place until I have seen her. Let us find out once and for all whether I will make you feel sorry for me—or whether you will force me to break my word.”

His decision was final. Mr. d’Orbe suggested finding ways to satisfy him so that he could be sent away before his return was discovered—since only Hanz knew of his presence in the house, and I was certain of that; we had referred to him by a different name in front of our people[111]. I promised him that he would see you the next night, on the condition that he stayed for only a brief moment, did not speak to you, and left before dawn the following day—I demanded his word on this. Once that was assured, I felt relieved; I left my husband with him and returned to your side.

I found you in considerably better condition; the episode had passed. The doctor restored my courage and hope. I had already discussed the situation with Babi beforehand; and since the recurrence, although less severe, still caused you some discomfort, I took this opportunity to send everyone away and asked my husband to bring his guest over, reasoning that by the time the episode ended, you would likely be too unrecognizable to do so yourself. We had great difficulty in sending away your distressed father, who insisted on staying every night. Finally, I told him angrily that he was causing no one any trouble, that I was also determined to stay awake, and that he knew very well, as any father would, that his concern was no more effective than mine. He left reluctantly; we were left alone. Mr. d’Orbe arrived around eleven o’clock and told me that he had left your friend outside; I went to fetch him. I took his hand; he was trembling like a leaf. As we passed through the antechamber, he lost all his strength; he could barely breathe and was forced to sit down.

As he fiddled with some objects in the dim light of a distant source of light, he said, “Yes,” with a deep sigh, “I recognize these same places. Once in my life, I passed through them, at the very same hour, surrounded by the same mystery. I was trembling just like today, my heart was beating in the same way. Oh, how bold I was! I was mortal, yet I dared to explore. What will I see now in this very object that once shared my emotions and passions? The image of death, a tool of suffering, the unfortunate virtue, and the dying beauty, ”

Dear cousin, I spare your poor heart the details of that touching scene. He saw you and remained silent—he had promised to; but what silence! He fell on his knees, kissed your curtains while sobbing, raised his hands and eyes, let out faint groans, struggling barely to contain his pain and cries. Without seeing him, you mechanically extended one of your hands; he seized it with a kind of frenzy. The fiery kisses he placed on that sick hand awakened you more effectively than the noise and voices around you. I saw that you had recognized him; and despite his resistance and complaints, I pulled him out of the room immediately, hoping to dispel the memory of such a brief encounter under the pretext of delirium. But when I later noticed you said nothing about it, I thought you had forgotten him. I ordered Babi not to mention it to you, and I know she kept her promise. What vain precaution—love shattered it all, allowing that memory to fester instead of being erased, now when it’s too late.

He left just as he had promised, and I made him swear not to stop in the vicinity. But, my dear, that’s not all; there is still something I must tell you—even if perhaps you could not have remained unaware for much longer. Two days later, Lord Edward arrived; he hurried to join him and found him ill in Dijon. The unfortunate man had contracted smallpox. He had concealed the fact from me, and I had brought him there without any precautions. Unable to cure your illness himself, he decided to share it with you. Recalling the way he used to kiss your hand, I have no doubt that he deliberately infected himself. One could not be less prepared for such a thing; but it was the “inoculation of love”—and it proved fortunate. This father of life preserved your health for the tenderest lover who ever existed: he has recovered, and according to Lord Edward’s latest letter, they must have already set off for Paris.

Here, my too kind cousin, is what you need to banish those unfounded fears of death that troubled you. Long ago you have given up any thought of your friend; his life is safe and secure. So focus only on preserving your own life and willingly fulfill the sacrifice that your heart has promised to paternal love. Cease at last to be a plaything of vain hope and to indulge in illusions. You are too eager to take pride in your ugliness; be more humble—believe me, you have every reason to be so. You have suffered a cruel blow, but your face has been spared. What you think are scars are merely blushes that will soon fade away. I was treated even worse than this, yet you can see that I am not too badly affected. My angel, you will remain beautiful despite yourself. And the indifferent Wolmar—whom three years of separation have failed to cure of a love conceived in just eight days—will he recover when he sees you every day? Oh, if your only consolation is to be unlovable, then your fate is indeed desperate!

Letter XVI – Response

We are reborn, my Julie; all the true sentiments within us have resumed their course. Nature has preserved our existence, and love brings us back to life. Did you doubt it? Could you ever believe that you could take away my heart? No, I know it better than you—this heart that heaven created for mine. I feel them bound together by a common destiny that can only be severed by death. Does it depend on us to separate them, or even to desire to do so? Are they linked by bonds that humans have forged and that they can break? No, Julie. If fate cruelly denies us the sweet name of husband and wife, nothing can take away from us the title of faithful lovers. It will be our consolation in these sad days, and we shall carry it with us into the grave.

Thus we begin to live again only to suffer once more, and the sense of our existence becomes nothing but a sensation of pain. How unfortunate we have become! How did we cease to be what we were once? Where has gone that enchantment of supreme happiness? Where are those exquisite delights whose presence once animated our lives? All that remains of us is our love; only love survives, yet its allure has faded away. O too submissive daughter, oh lover without courage—all our misfortunes stem from your errors. Alas! Had your heart been less pure, you would not have strayed so far! Yes, it is the honesty of your nature that leads us astray; the upright sentiments that fill it have driven away its wisdom. You sought to combine filial tenderness with an unyielding passion; by yielding to every one of your inclinations, you confused them rather than reconciling them, and thus became guilty through very virtue itself. O Julie, what an inconceivable power you possess! By what strange authority do you captivate my reason? Even as you make me ashamed of our mutual desires, you still manage to earn my respect through your mistakes; you force me to admire you while sharing your remorse. Remorse!. Should it have ever been your burden?. You whom I loved, you whom I cannot cease to adore. How could any crime ever come near your heart?. Cruel one! By giving me this heart that belongs to you, return it to me as it was when it was first given to me.

Sconfitto dalla natura, dormì per dodici ore consecutive, ma con tale agitazione che un sonno del genere doveva più esaurirlo che ristabilire le sue forze. Il giorno dopo, nuovo impegno: voleva assolutamente vederti. Gli feci notare il rischio di causarti dei problemi; lui propose di aspettare che non ci fossero più pericoli, ma la sua stessa permanenza rappresentava un terribile pericolo. Cercai di farglielo capire, ma mi interruppe bruscamente: “Tenetevi la vostra barbarica eloquenza”, disse con tono indignato, “è troppo utilizzarla a mio danno. Non sperate di scacciarmi di nuovo come avete fatto quando mi esiliaste. Verrei cento volte dall’altra parte del mondo solo per vederla un istante. Ma giuro sull’autore della mia esistenza”, aggiunse con impeto, “che non me ne andrò da qui senza averla vista. Proviamo una volta se riuscirò a farvi provare pietà, o se sarete voi a rendermi un traditore.”

La sua decisione era già stata presa. Il signor d’Orbe suggerì di trovare il modo per soddisfarlo, in modo da poterlo rimandare prima che il suo ritorno venisse scoperto: poiché nella casa lui era conosciuto soltanto da Hanz, di cui ero sicura, e lo avevamo chiamato con un altro nome rispetto al suo vero nome[111]. Gli promisi che ti avrebbe visto la notte seguente, a condizione che rimanesse solo per un istante, che non ti parlasse e che se ne andasse il giorno dopo prima dell’alba; gli chiesi la sua parola in merito. Allora mi tranquillizzai; lasciai mio marito con lui e tornai da te.

Ti trovavo decisamente meglio: l’eruzione era finita; il medico mi restituì coraggio ed speranza. Mi consultai in anticipo con Babi; e poiché la ricaduta, sebbene minore, ti aveva nuovamente causato problemi, approfittai di quel momento per allontanare tutti e feci dire a mio marito di portare il suo ospite, ritenendo che prima della fine dell’attacco saresti stata meno in grado di riconoscerlo. Fummo costrette ad usare ogni mezzo possibile per far andare via tuo padre, che ogni notte insisteva nel voler restare. Alla fine gli dissi, arrabbiata, che non avrebbe risparmiato a nessuno le sue sofferenze, e che anch’io ero decisa a rimanere sveglia; sapeva bene, dopotutto, che la sua tenerezza non era più vigile della mia. Se ne andò a malincuore; rimanemmo sole. Il signor d’Orbe arrivò intorno alle undici e mi disse di aver lasciato il tuo amico in strada; andai a cercarlo. Gli presi la mano: tremava come una foglia. Passando nell’anticamera, gli mancarono le forze; respirava con difficoltà e fu costretto a sedersi.

Allora, mentre separava alcuni oggetti alla debole luce di una lampada lontana, disse: «Sì», con un profondo sospiro, «riconosco questi stessi luoghi. Una volta nella mia vita li ho attraversati, nello stesso momento, con lo stesso mistero, tremavo proprio come oggi, il mio cuore batteva allo stesso modo. Oh temerario! Ero mortale, eppure osavo provarci. Cosa vedrò ora in questo stesso oggetto che un tempo ha suscitato in me tali emozioni? L’immagine della morte, uno strumento di dolore, la virtù sfortunata e la bellezza morente, »

Carissima cugina, risparmio al tuo povero cuore i dettagli di questa commovente scena. Lui ti vide e rimase in silenzio; te lo aveva promesso. Ma che silenzio! Si gettò in ginocchio, baciava le tue tende piangendo, alzava le mani e gli occhi, emetteva gemiti sommessi. Aveva difficoltà a trattenere il dolore e i singhiozzi. Senza vederlo, tu allungasti meccanicamente una mano; lui la afferrò con una sorta di furia. I baci appassionati che posava su quella mano malata ti risvegliarono meglio del rumore e della voce di tutto ciò che ti circondava. Vidi che lo avevi riconosciuto; e, nonostante la sua resistenza e le sue lamentele, lo portai via immediatamente dalla stanza, nella speranza di evitare il ricordo di quell’apparizione così breve. Ma poi, vedendo che non ne parlavi più, pensai che l’avessi dimenticato; ordinai a Babi di non menzionarlo con te, e so che mi ha mantenuto la promessa. Vana prudenza. L’amore l’ha vanificata, lasciando che quel ricordo continuasse a fermentare. Ora non c’è più tempo per cancellarlo.

Partì come aveva promesso, e gli feci giurare che non si sarebbe fermato nelle vicinanze. Ma, cara mia, non è tutto; devo finire di raccontarti ciò che comunque non potresti ignorare a lungo. Due giorni dopo passò milord Edward; si affrettò per raggiungerlo e lo trovò malato a Digione. Quell’infortunato aveva contratto il vaiolo minore. Mi aveva nascosto di esserne stato colpito, e io l’avevo portato con me senza alcuna precauzione. Non potendo curare la tua malattia, volle condividerla con lui. Ripensando al modo in cui baciava la tua mano, non posso dubitare che si sia inoculato volontariamente. Non si poteva essere meno preparati. Ma era l’inoculazione dell’amore; fu fortunata. Questo “padre della vita” lo ha conservato al più tenero amante che sia mai esistito: è guarito, e, secondo l’ultima lettera di milord Edward, devono essere già ripartiti per Parigi.

Ecco, cara cugina, qualcosa che può scacciare quelle paure funebri che ti turbavano senza motivo. Da tempo hai rinunciato all’idea di rivedere il tuo amico, e la sua vita è al sicuro. Quindi pensa soltanto a preservare la tua e ad adempiere con gratitudine al sacrificio che il tuo cuore ha promesso all’amore paterno. Smetti finalmente di essere vittima di una vana speranza e di nutrirti di illusioni. Ti affretti troppo a essere orgogliosa della tua bruttezza; sii più umile, credimi. Hai ancora tutte le ragioni per esserlo. Hai subito un colpo crudele, ma il tuo viso è rimasto intatto. Quello che consideri cicatrici non sono altro che rossori che presto spariranno. Io sono stata trattata peggio di così. Eppure vedi che non sono ancora troppo mal ridotta. Mio angelo, resterai bella nonostante te stessa. E l’indifferente Wolmar, che tre anni di assenza non sono riusciti a far dimenticare un amore nato in otto giorni, si curerà davvero vedendoti ogni momento? Oh, se la tua unica risorsa è quella di essere sgradevole, allora il tuo destino è davvero disperato!

Lettera XVI – Risposta

Rinasciamo, Julie; tutti i veri sentimenti delle nostre anime riprendono a fluire. La natura ci ha conservato l’esistenza, e l’amore ci restituisce la vita. Ne dubitavi? Osi davvero credere di potermi strappare il tuo cuore? Vai, lo conosco meglio di te quel cuore che il cielo ha creato per il mio. Li sento uniti da un legame comune che possono perdere soltanto alla morte. Dipende forse da noi separarli, o anche solo desiderarlo? Sono legati tra loro da vincoli che gli uomini hanno creato e che possono spezzare? No, no, Julie. Se il crudele destino ci nega il dolce nome di coniugi, nulla può toglierci quello di amanti fedeli. Sarà la consolazione dei nostri giorni tristi, e lo porteremo con noi nella tomba.

E così ricominciamo a vivere per poi ricominciare a soffrire; il sentimento della nostra esistenza non è per noi altro che un senso di dolore. Infelici, in che cosa siamo diventati? Come abbiamo smesso di essere ciò che eravamo? Dove è andata quell’ebbrezza di felicità suprema? Dove sono quei piaceri squisiti i cui effetti animavano il nostro spirito? Di noi non rimane che l’amore, solo l’amore sopravvive, ma i suoi incanti sono svaniti. Oh mia Julie, troppo remissiva, amante senza coraggio, tutti i nostri mali derivano dai tuoi errori. Ahimè, un cuore meno puro non ti avrebbe certo portata tanto lontano! Sì, è proprio la tua onestà a farci perdere; i sentimenti sinceri che lo animano ne hanno scacciato la saggezza. Hai voluto conciliare la tenerezza filiale con un amore indomabile, affidandoti contemporaneamente a tutti i tuoi impulsi, li hai confusi invece di separarli, e così sei diventata colpevole proprio a causa della tua virtù. Oh Julie, quale potere incomprensibile possiedi! Con quale strano fascino incanti la mia ragione. Anche facendomi vergognare dei nostri errori, riesci comunque ad essere ammirata per essi. Mi costringi ad ammirarti mentre condivido i tuoi rimorsi. Rimorsi, che mai avrebbero dovuto appartenere a te, a te che amavo, a te che non posso smettere di adorare. Il crimine potrebbe forse avvicinarsi al tuo cuore? Oh crudeltà, rendendomi questo cuore che mi appartiene, restituiscimelo così com’era quando mi è stato dato.

Que m’as-tu dit ?… qu’oses-tu me faire entendre ?… Toi, passer dans les bras d’un autre !… un autre te posséder !… N’être plus à moi !… ou, pour comble d’horreur, n’être pas à moi seul ? Moi, j’éprouverais cet affreux supplice !… je te verrais survivre à toi-même !… Non ; j’aime mieux te perdre que te partager… Que le ciel ne me donna-t-il un courage digne des transports qui m’agitent !… avant que ta main se fût avilie dans ce noeud funeste abhorré par l’amour et réprouvé par l’honneur, j’irais de la mienne te plonger un poignard dans le sein ; j’épuiserais ton chaste coeur d’un sang que n’aurait point souillé l’infidélité. À ce pur sang je mêlerais celui qui brûle dans mes veines d’un feu que rien ne peut éteindre, je tomberais dans tes bras ; je rendrais sur tes lèvres mon dernier soupir… Je recevrais le tien… Julie expirante !…ces yeux si doux éteints par les horreurs de la mort !… ce sein, ce trône de l’amour déchiré par ma main, versant à gros bouillons le sang et la vie !… Non, vis et souffre ! porte la peine de ma lâcheté. Non, je voudrais que tu ne fusses plus ; mais je ne puis t’aimer assez pour te poignarder.

O si tu connaissais l’état de ce coeur serré de détresse ! Jamais il ne brûla d’un feu si sacré ; jamais ton innocence et ta vertu ne lui fut si chère. Je suis amant, je suis aimé, je le sens ; mais je ne suis qu’un homme, et il est au-dessus de la force humaine de renoncer à la suprême félicité. Une nuit, une seule nuit a changé pour jamais toute mon âme. Ôte-moi ce dangereux souvenir, et je suis vertueux. Mais cette nuit fatale règne au fond de mon coeur, et va couvrir de son ombre le reste de ma vie. Ah ! Julie ! objet adoré ! s’il faut être à jamais misérables, encore une heure de bonheur, et des regrets éternels !

Écoute celui qui t’aime. Pourquoi voudrions-nous être plus sages nous seuls que tout le reste des hommes, et suivre avec une simplicité d’enfants de chimériques vertus dont tout le monde parle et que personne ne pratique ? Quoi ! serons-nous meilleurs moralistes que ces foules de savants dont Londres et Paris sont peuplés, qui tous se raillent de la fidélité conjugale, et regardent l’adultère comme un jeu ? Les exemples n’en sont point scandaleux ; il n’est pas même permis d’y trouver à redire ; et tous les honnêtes gens se riraient ici de celui qui, par respect pour le mariage, résisterait au penchant de son coeur. En effet, disent-ils, un tort qui n’est que dans l’opinion n’est-il pas nul quand il est secret ? Quel mal reçoit un mari d’une infidélité qu’il ignore ? De quelle complaisance une femme ne rachète-t-elle pas ses fautes[112] ? Quelle douceur n’emploie-t-elle pas à prévenir ou guérir ses soupçons ? Privé d’un bien imaginaire, il vit réellement plus heureux ; et ce prétendu crime dont on fait tant de bruit n’est qu’un lien de plus dans la société.

À Dieu ne plaise, ô chère amie de mon coeur, que je veuille rassurer le tien par ces honteuses maximes ! Je les abhorre sans savoir les combattre ; et ma conscience y répond mieux que ma raison. Non que je me fasse fort d’un courage que je hais, ni que je voulusse d’une vertu si coûteuse : mais je me crois moins coupable en me reprochant mes fautes qu’en m’efforçant de les justifier ; et je regarde comme le comble du crime d’en vouloir ôter les remords.

Je ne sais ce que j’écris : je me sens l’âme dans un état affreux, pire que celui même où j’étais avant d’avoir reçu ta lettre. L’espoir que tu me rends est triste et sombre ; il éteint cette lueur si pure qui nous guida tant de fois ; tes attraits s’en ternissent et ne deviennent que plus touchants ; je te vois tendre et malheureuse ; mon coeur est inondé des pleurs qui coulent de tes yeux, et je me reproche avec amertume un bonheur que je ne puis plus goûter qu’aux dépens du tien.

Je sens pourtant qu’une ardeur secrète m’anime encore et me rend le courage que veulent m’ôter les remords. Chère amie, ah ! sais-tu de combien de pertes un amour pareil au mien peut te dédommager ? Sais-tu jusqu’à quel point un amant qui ne respire que pour toi peut te faire aimer la vie ? Conçois-tu bien que c’est pour toi seule que je veux vivre, agir, penser, sentir désormais ? Non, source délicieuse de mon être, je n’aurai plus d’âme que ton âme, je ne serai plus rien qu’une partie de toi-même, et tu trouveras au fond de mon coeur une si douce existence que tu ne sentiras point ce que la tienne aura perdu de ses charmes. Eh bien ! nous serons coupables, mais nous ne serons point méchants ; nous serons coupables, mais nous aimerons toujours la vertu : loin d’oser excuser nos fautes, nous en gémirons, nous les pleurerons ensemble, nous les rachèterons, s’il est possible, à force d’être bienfaisants et bons. Julie ! ô Julie ! que ferais-tu ? que peux-tu faire ? Tu ne peux échapper à mon coeur, n’a-t-il pas épousé le tien ?

Ces vains projets de fortune qui m’ont si grossièrement abusé sont oubliés depuis longtemps. Je vais m’occuper uniquement des soins que je dois à milord Édouard ; il veut m’entraîner en Angleterre ; il prétend que je puis l’y servir. Eh bien ! je l’y suivrai. Mais je me déroberai tous les ans ; je me rendrai secrètement près de toi. Si je ne puis te parler, au moins je t’aurai vue ; j’aurai du moins baisé tes pas ; un regard de tes yeux m’aura donné dix mois de vie. Forcé de repartir, en m’éloignant de celle que j’aime, je compterai pour me consoler les pas qui doivent m’en rapprocher. Ces fréquents voyages donneront le change à ton malheureux amant ; il croira déjà jouir de ta vue en partant pour t’aller voir ; le souvenir de ses transports l’enchantera durant son retour ; malgré le sort cruel, ses tristes ans ne seront pas tout à fait perdus ; il n’y en aura point qui ne soient marqués par des plaisirs, et les courts moments qu’il passera près de toi se multiplieront sur sa vie entière.

Lettre XVIII – De Julie à son ami

Vous êtes depuis si longtemps le dépositaire de tous les secrets de mon coeur, qu’il ne saurait plus perdre une si douce habitude. Dans la plus importante occasion de ma vie il veut s’épancher avec vous. Ouvrez-lui le vôtre, mon aimable ami ; recueillez dans votre sein les longs discours de l’amitié : si quelquefois elle rend diffus l’ami qui parle, elle rend toujours patient l’ami qui écoute.

Liée au sort d’un époux, ou plutôt aux volontés d’un père, par une chaîne indissoluble, j’entre dans une nouvelle carrière qui ne doit finir qu’à la mort. En la commençant, jetons un moment les yeux sur celle que je quitte : il ne nous sera pas pénible de rappeler un temps si cher. Peut-être y trouverai-je des leçons pour bien user de celui qui me reste ; peut-être y trouverez-vous des lumières pour expliquer ce que ma conduite eut toujours d’obscur à vos yeux. Au moins, en considérant ce que nous fûmes l’un à l’autre, nos coeurs n’en sentiront que mieux ce qu’ils se doivent jusqu’à la fin de nos jours.

Il y a six ans à peu près que je vous vis pour la première fois ; vous étiez jeune, bien fait, aimable ; d’autres jeunes gens m’ont paru plus beaux et mieux faits que vous ; aucun ne m’a donné la moindre émotion, et mon coeur fut à vous dès la première vue[113]. Je crus voir sur votre visage les traits de l’âme qu’il fallait à la mienne. Il me sembla que mes sens ne servaient que d’organe à des sentiments plus nobles ; et j’aimai dans vous moins ce que j’y voyais que ce que je croyais sentir en moi-même. Il n’y a pas deux mois que je pensais encore ne m’être pas trompée ; l’aveugle amour, me disais-je, avait raison ; nous étions faits l’un pour l’autre ; je serais à lui si l’ordre humain n’eût troublé les rapports de la nature ; et s’il était permis à quelqu’un d’être heureux, nous aurions dû l’être ensemble.

What have you said to me?. How dare you tell me such things?. You, to fall into the arms of another!. For another to possess you!. No longer to belong to me!. Or, even worse, not to belong to me alone!. I would endure such an awful torment!. I would see you survive yourself!. No; I would rather lose you than share you. Oh, if only heaven could give me the courage befitting the despair that consumes me!. Before your hand had been defiled by that horrible act loathed by love and condemned by honor, I would have plunged a knife into your chest with my own hand; I would have drained from your pure heart that blood which never should have been stained by infidelity. I would mix that pure blood with the fire that burns in my veins—a fire that nothing can extinguish—and then fall into your arms, giving you my last breath on your lips, and receiving yours in return. Julie, breathing your last gasps!. Those so gentle eyes, now extinguished by the horrors of death!. That chest, that throne of love, torn apart by my hand, spilling forth blood and life in torrents!. No. Live, and suffer! Bear the punishment for my cowardice. No. I wish you were no more here; but I cannot love you enough to kill you.

Oh, if only you knew the state of this heart filled with sorrow! Never before has it burned with such a sacred fire; never before have your innocence and virtue been so precious to it. I am a lover, I am loved—I feel it—but I am but a man, and it is beyond human power to renounce such supreme happiness. One single night changed my entire soul forever. Take away this dangerous memory from me, and I will be virtuous. But that fateful night reigns deep within my heart, and its shadow will cover the rest of my life. Ah! Julie, my beloved! If eternal misery is inevitable, then at least let me enjoy one last hour of happiness—before facing eternal regret!

Listen to those who love you. Why should we seek to be wiser than all other men, and pursue fanciful virtues about which everyone talks but no one practices with the simplicity of children? Indeed, would we become better moralists than those crowds of scholars who populate London and Paris—people who all mock the virtue of marital fidelity and regard adultery as nothing more than a game? The examples cited in this regard are not even scandalous; there is nothing wrong with them at all. And every honest person would laugh at anyone who, out of respect for marriage, resisted the desires of their heart. After all, they say, a fault that exists only in people’s minds is meaningless if it remains secret. What harm does a husband suffer from an infidelity he is unaware of? With what indulgence doesn’t a woman make up for her own faults? And with what tenderness doesn’t she try to prevent or heal his suspicions? Deprived of an imagined virtue, he may actually live happier; and this so-called crime, over which such a fuss is made, is nothing more than another bond that binds society together.

By God, my dear friend, may I never seek to comfort you with such shameful principles! I abhor them yet know not how to combat them; indeed, my conscience speaks more clearly on this matter than my reason. It is not that I claim to possess courage which I despise, nor do I desire a virtue so costly to attain; but I feel less guilty when I reproach my own faults than when I try to justify them. And I regard the attempt to erase the remorse accompanying such sins as the very pinnacle of wickedness.

I do not know what I am writing; I feel as if my soul is in a terrible state, worse than it was before receiving your letter. The hope you bring me is sad and gloomy; it extinguishes that pure light which once guided us so often. Your charms seem to fade, yet they become all the more touching; I see you as gentle and unhappy. My heart is filled with the tears that flow from your eyes, and I bitterly reproach myself for a happiness that I can now only enjoy at the expense of yours.

Yet I feel that a secret passion still animates me and gives me the courage that remorse seeks to take away. My dear friend, ah! do you know how much such love as mine can compensate for all losses? Do you realize to what extent a lover who lives only for you can make you cherish life? Can you truly understand that from now on, I wish to live, act, think, and feel solely for your sake? No, my sweet source of existence—my soul will be nothing but yours; I will become but a part of you. And in the depths of my heart, you will find a life so tender that you will not sense any loss in the charms of your own existence. Well then, we may be guilty, but we shall not be wicked; we may be guilty, but we will always love virtue. Far from attempting to justify our faults, we will lament them, weep over them together, and try to atone for them—if it is possible—to live lives of kindness and goodness. Julie! Oh Julie! what would you do? What can you do? You cannot escape my heart, for has it not become one with yours?

These futile schemes for wealth that so grievously deceived me have long been forgotten. I will devote myself solely to the duties I owe to Lord Edward; he wishes to take me to England and claims that I can serve him there. Well, then! I shall follow him. But every year I will manage to secretely visit you. Even if I cannot speak with you, at least I will see you; I will kiss the ground where you walk; a single glance from your eyes would be worth ten months of my life. Forced to depart and leave behind the one I love, I will find solace in the very steps that bring me closer to her. These frequent journeys will deceive your unfortunate lover; he will believe he is already enjoying your presence as he sets off to see you, and the memory of his joyous moments will delight him on his way back. Despite this cruel fate, not a single one of these years will be completely lost; every moment spent near you will multiply in significance throughout his life.

Letter XVIII – From Julie to her friend

You have for so long been the keeper of all the secrets of my heart that it could no longer bear to lose such a tender habit. On this most important occasion of my life, I wish to pour out my feelings to you. Open your heart to me, my dear friend; embrace within your arms the heartfelt words of friendship—for though sometimes they may make the speaker seem vague or incoherent, they always bring patience to the listener.

Bound to the fate of a husband, or rather, to the will of a father by an indissoluble chain, I embark on a new career that shall end only with death. As I begin it, let us for a moment look back at the one I am leaving behind: it will not be difficult for us to recall such a precious time. Perhaps I can find therein lessons to help me make good use of the time that remains to me; perhaps you can discover insights that will clarify what in my actions always seemed so obscure to you. At least, by reflecting on what we once were to each other, our hearts will feel all the more deeply what they owe one another until the end of our days.

It was almost six years ago that I saw you for the first time; you were young, handsome, and kind-hearted. Other young men seemed more beautiful and better-looking than you, but none of them stirred the slightest emotion in me—yet my heart belonged to you from the very first moment I saw you[113]. I believed I could see in your face the qualities of the soul that was meant for mine. It seemed to me as if my senses were merely instruments for more noble feelings; and what I loved about you was not so much what I saw with my eyes, but rather what I felt within myself. Less than two months ago, I still thought I had not been mistaken; I told myself that blind love was right—we were meant for each other. If human laws had not disrupted the natural order of things, I would have been with you, and if it were possible for anyone to be truly happy, we would have been happy together.

Cosa mi hai detto?. Come osi farmi ascoltare queste parole?. Tu, passare tra le braccia di un altro!, che un altro ti possieda!. Non essere più mia!. O, per completare l’orrore, non essere più mia soltanto! Io sopporterei questo terribile supplizio!. Ti vedrei sopravvivere a te stessa!. No; preferisco perderti piuttosto che condividerti. Che il cielo mi dia il coraggio degno di questi sentimenti violenti che mi agitano!. Prima che la tua mano si macchiasse in questo nodo funesto, odioso all’amore e riprovato dall’onore, io stesso ti pugnalerei al cuore; esaurirei il tuo casto cuore con un sangue che non sarebbe stato contaminato dall’infedeltà. A quel sangue puro mescolerei quello che arde nelle mie vene, un fuoco che nulla può estinguere. Poi cadrei tra le tue braccia, ti darei il mio ultimo respiro sulle tue labbra. E riceverei il tuo. Julie morente!. Quegli occhi così dolci spenti dalle orrori della morte!. Quel seno, quel trono dell’amore lacerato dalla mia mano, che versa a fiotti sangue e vita. No. Vivi e soffri! Porta il peso della mia codardia. No. Vorrei che tu non esistessi più; ma non riesco ad amarti abbastanza da ucciderti.

Oh, se solo conoscessi lo stato di questo cuore stretto dal dolore. Mai prima d’ora ardeva in esso un fuoco così sacro; mai prima d’ora la tua innocenza e la tua virtù gli furono così care. Sono un amante, sono amato. Lo sento. Ma non sono che un uomo, e è al di là delle forze umane rinunciare a questa suprema felicità. Una notte. Solo una notte ha cambiato per sempre tutta la mia vita. toglimi questo ricordo pericoloso. E sarò virtuoso. Ma quella notte fatale regna nel profondo del mio cuore, e continuerà ad ombreggiare il resto della mia vita. Ah! Julie. Oggetto amato. Se dobbiamo essere per sempre infelici. Almeno un’ora di felicità. E poi rimpianti eterni.

Ascolta colui che ti ama. Perché dovremmo essere più saggi di tutti gli altri uomini e seguire, con la semplicità dei bambini, virtù chimeree di cui tutti parlano ma nessuno pratica? Ebbene: saremmo forse migliori moralisti di quelle folle di studiosi che popolano Londra e Parigi, i quali si prendono gioco della fedeltà coniugale e considerano l’adulterio come un semplice gioco? Gli esempi a sostegno di queste idee non sono affatto scandalosi; anzi, non c’è nemmeno nulla da obiettare. E tutti gli onesti uomini si riderebbero di chi, per rispetto al matrimonio, resistesse al desiderio del proprio cuore. “Dopotutto”, dicono, “un torto che esiste soltanto nell’opinione degli altri non è forse nullo quando rimane segreto? Quale danno può subire un marito da un’infedeltà di cui non sa nulla? Con quale gratitudine una donna non potrebbe compensare i propri errori, e con quanta dolcezza potrebbe prevenire o dissipare i sospetti del proprio coniuge? Privato di un bene immaginario, in realtà vive più felicemente; e questo cosiddetto crimine, di cui si fa tanto rumore, non è altro che un ulteriore legame all’interno della società.”

Per l’amore di Dio, oh cara amica del mio cuore, che io non debba cercare di tranquillizzarti con queste orribili massime! Le odio senza sapere come combatterle; e la mia coscienza mi parla più chiaramente della mia ragione. Non è che io mi faccia forza con un coraggio che detesto, né che desideri una virtù così costosa. Ma credo di essere meno colpevole quando mi rimprovero i miei errori, piuttosto che quando cerco di giustificarli; e considero il massimo del crimine cercare di eliminare i rimorsi che ne derivano.

Non so cosa sto scrivendo: mi sento l’anima in uno stato terribile, peggiore di quello in cui mi trovavo prima di ricevere la tua lettera. La speranza che tu mi restituisci è triste e cupa; spegne quella luce così pura che ci ha guidati tante volte. I tuoi pregi si offuscano e diventano ancora più commoventi. Ti vedo gentile e sfortunata. Il mio cuore è inondato dalle lacrime che scaturiscono dai tuoi occhi, e mi rimprovero amaramente di una felicità che ora posso godere soltanto a scapito della tua.

Tuttavia sento che in me arde ancora un segreto ardore che mi dà il coraggio che i rimorsi vorrebbero togliermi. Cara amica, ah! sai forse di quante perdite un amore simile al mio possa compensarti? Sai fino a che punto un amante che vive solo per te possa farti amare la vita? Riesci davvero a comprendere che da ora in poi voglio vivere, agire, pensare, sentire soltanto per te? No, dolce fonte della mia esistenza, non avrò più anima se non la tua; non sarò altro che una parte di te stessa. E nel profondo del mio cuore troverai un’esistenza così dolce che non sentirai mai ciò che la tua vita avrà perso dei suoi incanti. Beh, saremo colpevoli, ma non cattivi; saremo colpevoli, ma ameremo sempre la virtù. Lontano dall’osare scusare i nostri errori, ne gemeremo, li piangeremo insieme, e, se possibile, li compenseremo con la bontà e il bene. Julie! Oh Julie, cosa faresti tu? Cosa puoi fare? Non puoi sfuggire al mio cuore, non l’ho forse sposato con il tuo?

Questi vani progetti di fortuna che mi hanno così crudelmente ingannato sono da tempo dimenticati. Mi dedicherò esclusivamente ai doveri che ho verso milord Edward; vuole portarmi in Inghilterra, sostiene che possa essergli utile lì. Beh, lo seguirò. Ma ogni anno mi sottrarrò segretamente per recarmi da te. Anche se non potrò parlarti, almeno ti avrò vista; avrò baciato i tuoi passi. Uno sguardo dei tuoi occhi mi avrebbe donato dieci mesi di vita. Costretto a partire, allontanandomi da colei che amo, troverò conforto nei viaggi che dovranno ricondurmi da te. Queste frequenti visite inganneranno il tuo sfortunato amante: crederà già di poterti vedere partendo per andarti a trovare; il ricordo dei suoi momenti di gioia lo incanterà durante il ritorno. Nonostante un destino crudele, gli anni tristi non saranno del tutto sprecati: ogni momento trascorso insieme a te sarà come se ne avesse vissuti molti di più.

Lettera XVIII – Di Julie al suo amico

Siete da così tanto tempo il custode di tutti i segreti del mio cuore, che esso non potrebbe più rinunciare a una tale dolce abitudine. Nell’occasione più importante della mia vita, desidera condividere con voi tutto ciò che ha nel cuore. Aprite il vostro cuore a lui, mio caro amico; accogliete nelle vostre braccia i lunghi discorsi dell’amicizia: se talvolta essa rende lo spirito di chi parla più aperto e espansivo, allora certamente rende anche l’animo di chi ascolta più paziente e comprensivo.

Legata al destino di un marito, o meglio alle volontà di un padre, da una catena indissolubile, entro in una nuova vita che terminerà solo con la morte. Prima di iniziarla, gettiamo uno sguardo su quella che sto lasciando: non sarà difficile ricordare un periodo così caro per noi. Forse vi troverò delle lezioni utili per sfruttare al meglio ciò che mi è rimasto; forse vi fornirà delle luci capaci di spiegare ciò che la mia condotta ha sempre avuto di oscuro ai vostri occhi. Almeno, riflettendo su ciò che siamo stati l’uno per l’altra, i nostri cuori sentiranno ancora più chiaramente ciò che ci dobbiamo a vicenda fino alla fine dei nostri giorni.

Fanno circa sei anni che vi ho visto per la prima volta; eravate giovane, ben fatto, gentile. Altri giovani mi sono sembrati più belli e meglio fatti di voi; nessuno di loro ha suscitato in me la minima emozione, mentre il mio cuore è stato vostro fin dal primo sguardo[113]. Pensavo di vedere sul vostro viso i tratti dell’anima che era necessaria alla mia. Mi sembrava che i miei sensi servissero soltanto da strumento per sentimenti più nobili. E vi amavo meno per ciò che vedevate in voi, che per ciò che credevo di sentire dentro di me. Solo due mesi fa pensavo ancora di non essermi sbagliata, “L’amore cieco”, mi dicevo, aveva ragione. Eravamo fatti l’uno per l’altro. Sarei stata sua se l’ordine umano non avesse disturbato i legami naturali. E se fosse stato permesso a qualcuno di essere felice, avremmo dovuto esserlo insieme.

Mes sentiments nous furent communs ; ils m’auraient abusée si je les eusse éprouvés seule. L’amour que j’ai connu ne peut naître que d’une convenance réciproque et d’un accord des âmes. On n’aime point si l’on n’est aimé, du moins on n’aime pas longtemps. Ces passions sans retour qui font, dit-on, tant de malheureux, ne sont fondées que sur les sens : si quelques-unes pénètrent jusqu’à l’âme, c’est par des rapports faux dont on est bientôt détrompé. L’amour sensuel ne peut se passer de la possession, et s’éteint par elle. Le véritable amour ne peut se passer du coeur, et dure autant que les rapports qui l’ont fait naître[114]. Tel fut le nôtre en commençant ; tel il sera, j’espère, jusqu’à la fin de nos jours, quand nous l’aurons mieux ordonné. Je vis, je sentis que j’étais aimée, et que je devais l’être : la bouche était muette, le regard était contraint, mais le coeur se faisait entendre. Nous éprouvâmes bientôt entre nous ce je ne sais quoi qui rend le silence éloquent, qui fait parler des yeux baissés, qui donne une timidité téméraire, qui montre les désirs par la crainte, et dit tout ce qu’il n’ose exprimer.

Je sentis mon coeur, et me jugeai perdue à votre premier mot. J’aperçus la gêne de votre réserve ; j’approuvai ce respect, je vous en aimai davantage : je cherchais à vous dédommager d’un silence pénible et nécessaire sans qu’il en coutât à mon innocence ; je forçai mon naturel ; j’imitai ma cousine, je devins badine et folâtre comme elle, pour prévenir des explications trop graves et faire passer mille tendres caresses à la faveur de ce feint enjouement. Je voulais vous rendre si doux votre état présent, que la crainte d’en changer augmentât votre retenue. Tout cela me réussit mal : on ne sort point de son naturel impunément. Insensée que j’étais ! j’accélérai ma perte au lieu de la prévenir, j’employai du poison pour palliatif ; et ce qui devait vous faire taire fut précisément ce qui vous fit parler. J’eus beau, par une froideur affectée, vous tenir éloigné dans le tête-à-tête ; cette contrainte même me trahit : vous écrivîtes. Au lieu de jeter au feu votre première lettre ou de la porter à ma mère, j’osai l’ouvrir : ce fut là mon crime, et tout le reste fut forcé. Je voulus m’empêcher de répondre à ces lettres funestes que je ne pouvais m’empêcher de lire. Cet affreux combat altéra ma santé : je vis l’abîme où j’allais me précipiter ; j’eus horreur de moi-même, et ne pus me résoudre à vous laisser partir. Je tombai dans une sorte de désespoir ; j’aurais mieux aimé que vous ne fussiez plus que de n’être point à moi : j’en vins jusqu’à souhaiter votre mort, jusqu’à vous la demander. Le ciel a vu mon coeur ; cet effort doit racheter quelques fautes.

Vous voyant prêt à m’obéir, il fallut parler. J’avais reçu de la Chaillot des leçons qui ne me firent que mieux connaître les dangers de cet aveu. L’amour qui me l’arrachait m’apprit à en éluder l’effet. Vous fûtes mon dernier refuge ; j’eus assez de confiance en vous pour vous armer contre ma faiblesse ; je vous crus digne de me sauver de moi-même, et je vous rendis justice. En vous voyant respecter un dépôt si cher, je connus que ma passion ne m’aveuglait point sur les vertus qu’elle me faisait trouver en vous. Je m’y livrais avec d’autant plus de sécurité, qu’il me sembla que nos coeurs se suffisaient l’un à l’autre. Sûre de ne trouver au fond du mien que des sentiments honnêtes, je goûtais sans précaution les charmes d’une douce familiarité. Hélas ! je ne voyais pas que le mal s’invétérait par ma négligence, et que l’habitude était plus dangereuse que l’amour. Touchée de votre retenue, je crus pouvoir sans risque modérer la mienne ; dans l’innocence de mes désirs, je pensais encourager en vous la vertu même par les tendres caresses de l’amitié. J’appris dans le bosquet de Clarens que j’avais trop compté sur moi, et qu’il ne faut rien accorder aux sens quand on veut leur refuser quelque chose. Un instant, un seul instant embrasa les miens d’un feu que rien ne put éteindre ; et si ma volonté résistait encore, dès lors mon coeur fut corrompu.

Vous partagiez mon égarement : votre lettre me fit trembler. Le péril était doublé : pour me garantir de vous et de moi il fallut vous éloigner. Ce fut le dernier effort d’une vertu mourante. En fuyant vous achevâtes de vaincre ; et sitôt que je ne vous vis plus, ma langueur m’ôta le peu de force qui me restait pour vous résister.

Mon père, en quittant le service, avait amené chez lui M. de Wolmar : la vie qu’il lui devait, et une liaison de vingt ans, lui rendaient cet ami si cher, qu’il ne pouvait se séparer de lui. M. de Wolmar avançait en âge ; et, quoique riche et de grande naissance, il ne trouvait point de femme qui lui convînt. Mon père lui avait parlé de sa fille en homme qui souhaitait se faire un gendre de son ami ; il fut question de la voir, et c’est dans ce dessein qu’ils firent le voyage ensemble. Mon destin voulut que je plusse à M. de Wolmar, qui n’avait jamais rien aimé. Ils se donnèrent secrètement leur parole ; et, M. de Wolmar, ayant beaucoup d’affaires à régler dans une cour du Nord où étaient sa famille et sa fortune, il en demanda le temps, et partit sur cet engagement mutuel. Après son départ, mon père nous déclara à ma mère et à moi qu’il me l’avait destiné pour époux, et m’ordonna d’un ton qui ne laissait point de réplique à ma timidité de me disposer à recevoir sa main. Ma mère, qui n’avait que trop remarqué le penchant de mon coeur, et qui se sentait pour vous une inclination naturelle, essaya plusieurs fois d’ébranler cette résolution ; sans oser vous proposer, elle parlait de manière à donner à mon père de la considération pour vous et le désir de vous connaître ; mais la qualité qui vous manquait le rendit insensible à toutes celles que vous possédiez ; et, s’il convenait que la naissance ne les pouvait remplacer, il prétendait qu’elle seule pouvait les faire valoir.

L’impossibilité d’être heureuse irrita des feux qu’elle eût dû éteindre. Une flatteuse illusion me soutenait dans mes peines ; je perdis avec elle la force de les supporter. Tant qu’il me fût resté quelque espoir d’être à vous, peut-être aurais-je triomphé de moi ; il m’en eût moins coûté de vous résister toute ma vie que de renoncer à vous pour jamais ; et la seule idée d’un combat éternel m’ôta le courage de vaincre.

La tristesse et l’amour consumaient mon coeur ; je tombai dans un abattement dont mes lettres se sentirent. Celles que vous m’écrivîtes de Meillerie y mit le comble ; à mes propres douleurs se joignit le sentiment de votre désespoir. Hélas ! c’est toujours l’âme la plus faible qui porte les peines de toutes deux. Le parti que vous m’osiez proposer mit le comble à mes perplexités. L’infortune de mes jours était assurée, l’inévitable choix qui me restait à faire était d’y joindre celle de mes parents ou la vôtre. Je ne pus supporter cette horrible alternative : les forces de la nature ont un terme ; tant d’agitations épuisèrent les miennes. Je souhaitai d’être délivrée de la vie. Le ciel parut avoir pitié de moi ; mais la cruelle mort m’épargna pour me perdre. Je vous vis, je fus guérie, et je péris.

Si je ne trouvai point le bonheur dans mes fautes, je n’avais jamais espéré l’y trouver. Je sentais que mon coeur était fait pour la vertu, et qu’il ne pouvait être heureux sans elle ; je succombai par faiblesse et non par erreur ; je n’eus pas même l’excuse de l’aveuglement. Il ne me restait aucun espoir ; je ne pouvais plus qu’être infortunée. L’innocence et l’amour m’étaient également nécessaires ; ne pouvant les conserver ensemble, et voyant votre égarement, je ne consultai que vous dans mon choix, et me perdis pour vous sauver.

Mais il n’est pas si facile qu’on pense de renoncer à la vertu. Elle tourmente longtemps ceux qui l’abandonnent ; et ses charmes, qui font les délices des âmes pures, font le premier supplice du méchant, qui les aime encore et n’en saurait plus jouir. Coupable et non dépravée, je ne pus échapper aux remords qui m’attendaient ; l’honnêteté me fut chère même après l’avoir perdue ; ma honte, pour être secrète, ne m’en fut pas moins amère ; et quand tout l’univers en eût été témoin, je ne l’aurais pas mieux sentie. Je me consolais dans ma douleur comme un blessé qui craint la gangrène, et en qui le sentiment de son mal soutient l’espoir d’en guérir.

Our feelings were common to us; had I experienced them alone, they would have led me astray. The love I knew could arise only from mutual agreement and the harmony of souls. One does not love unless loved in return—at least, not for long. Those unrequited passions that, it is said, bring so much suffering are based solely on physical desires; if some of them reach the soul, it is through false connections that are soon revealed to be such. Sensual love cannot exist without possession and dies with it. True love, however, depends on the heart and endures as long as the bonds that gave it life remain[114]. Such was our love at its beginning; I hope it will remain so until the end of our days, once we have organized it more properly. I saw and felt that I was loved, and that I deserved to be loved: the words were silent, the gaze restrained, but the heart spoke clearly. Soon, we experienced between us that inexplicable thing which makes silence eloquent, which enables one to speak with lowered eyes, which gives rise to a timidness full of courage, which expresses desires through fear—and which says everything that one dares not utter aloud.

I felt my heart tremble; at your very first word, I thought I was lost. I saw the hesitation in your reserve; I approved of that restraint—I loved you all the more for it. I tried to make up for the painful and necessary silence I imposed upon you, without compromising my own innocence. I forced myself to act contrary to my nature; I imitated my cousin, becoming as playful and frivolous as she was, in order to prevent any too serious explanations and to substitute a thousand tender gestures for that pretended gaiety. I wanted to make your current situation so pleasant that the fear of changing it would only strengthen your restraint. But all my efforts were in vain; one cannot escape one’s true nature. What an insane thing I did! Instead of preventing my downfall, I hastened it; I used what was meant as a remedy to cause even greater harm. What should have made you silent actually prompted you to speak. Despite trying to keep you at a distance through pretended coldness during our private moments, that very restraint betrayed me—you ended up writing to me. Instead of burning your first letter or giving it to my mother, I dared to open it. That was my crime; everything else that happened afterward was forced. I tried not to respond to those terrible letters, yet I couldn’t help reading them. This terrible struggle ruined my health; I saw the abyss into which I was about to plunge. I loathed myself, and I couldn’t bring myself to let you go. I fell into a kind of despair; I would have preferred never to have met you, or at least for you to no longer belong to me. I even wished for your death. Heaven saw into my heart; this attempt at redemption may perhaps atone for some of my sins.

Seeing you ready to obey me, it became necessary to speak. I had received lessons from Chaillot that only made me more aware of the dangers of such an admission. The love that drove me to make it taught me how to circumvent its effects. You were my last refuge; I trusted you enough to arm yourself against my weakness. I believed you were worthy of saving me from myself, and I did you justice. Seeing you respect such a precious treasure, I knew that my passion was not blinding me to the virtues I found in you. I entrusted myself to you all the more securely, for it seemed to me that our hearts were enough for each other. Certain that my own heart held only honest sentiments, I enjoyed without reservation the charms of a gentle intimacy. Alas! I did not realize that evil was creeping in through my negligence, and that habit was even more dangerous than love itself. Touched by your restraint, I thought I could safely moderate my own; in the innocence of my desires, I believed I was encouraging virtue in you through the tender caresses of friendship. But in the bosquet of Clarens, I learned that I had placed too much trust in myself—and that one must resist the allure of the senses when one wishes to deny them anything. For a single moment, only a single moment, my passions were set ablaze with a fire that nothing could extinguish; and though my will still held firm, my heart was already corrupted.

You shared my confusion; your letter made me tremble. The danger was doubled: in order to ensure our safety both of us, it was necessary for you to go away. That was the final effort of a virtue on its deathbed. By fleeing, you completed your victory; and the moment I no longer saw you, my despair deprived me of the little strength I still had to resist you.

When my father left the military service, he brought Mr. de Wolmar home with him. The life he owed to him, as well as a twenty-year friendship, made this friend so dear to him that he could not bear to part with him. Mr. de Wolmar was getting older; and although wealthy and of noble birth, he could not find a woman who suited him. My father spoke to him about his daughter, in the spirit of a man wishing to secure his friend’s son as his son-in-law. They discussed the possibility of meeting her, and it was with this intention that they traveled together. Fate decreed that I should fall in love with Mr. de Wolmar, who had never been in love before. They secretly exchanged promises; and since Mr. de Wolmar had many matters to settle in a court in the North, where his family and fortune were located, he asked for some time before fulfilling their mutual agreement and departed on that basis. After his departure, my father told my mother and me that he had chosen me as his daughter-in-law, and ordered me, in a tone that left no room for hesitation, to prepare myself to accept his hand. My mother, who had long noticed the inclination of my heart and felt a natural fondness for you, tried several times to shake this decision; though she did not dare to suggest it directly, she spoke in such a way as to encourage my father to consider you and desire to get to know you. However, the very qualities that you lacked made him insensitive to all those you possessed; and if birth alone could not compensate for these deficiencies, he claimed that it was the only thing that could give them any value at all.

The impossibility of being happy kindled flames within me that I should have been able to extinguish. A flattering illusion sustained me through my troubles; but with it, I also lost the strength to endure them. Had there remained even a sliver of hope that I might be with you, perhaps I would have overcome myself; resisting you for the rest of my life would have cost me less than giving up on you forever. The very thought of an eternal struggle robbed me of the courage to succeed.

Grief and love consumed my heart; I fell into such despondency that it was reflected in my letters. Those you wrote to me from Meillerie only added to my suffering; the knowledge of your despair joined to my own pain. Alas! It is always the weakest soul that bears the burdens of both. The proposal you dared make to me only deepened my confusion. My misfortune was certain; the inevitable choice before me was either to share it with my parents or with you. I could not bear such a terrible alternative—the forces of nature have their limits, and so much turmoil exhausted mine entirely. I wished to be freed from this life. It seemed that heaven had pity on me; yet that cruel death spared me, only to destroy me further. When I saw you again, I felt as if healed—only to perish once more.

If I had not found happiness in my mistakes, I would never have hoped to find it there. I felt that my heart was meant for virtue, and that it could not be happy without it; I succumbed out of weakness, not through error; I did not even have the excuse of ignorance. I had no hope left; I could only be unhappy. Innocence and love were both essential to me; unable to preserve them both, and seeing your confusion, I consulted you alone in my decision—and lost myself in order to save you.

But giving up virtue is not as easy as one might think. It torments those who abandon it for a long time; and its allure, which brings joy to pure souls, becomes the first source of suffering for the wicked, who still cherish it yet no longer know how to enjoy it. Being guilty yet not completely corrupted, I could not escape the remorse that awaited me; honesty remained precious to me even after I had lost it; my shame, though secret, was none the less bitter; and even if the whole world had witnessed it, I would have felt it just the same. In my pain, I consoled myself in much the same way as a wounded person who fears gangrene—where the awareness of one’s suffering itself fuels the hope of recovery.

I nostri sentimenti erano gli stessi; se li avessi provati da sola, mi sarebbero stati dannosi. L’amore che ho conosciuto può nascere soltanto da un accordo reciproco e da una sintonia delle anime. Non si ama se non si è amati, o almeno non si ama a lungo. Queste passioni senza ritorno, che causano tanta sofferenza, si basano esclusivamente sui sensi; se alcune riescono ad arrivare all’anima, è attraverso relazioni false dalle quali ci si rende presto conto della verità. L’amore sensuale ha bisogno della possessione per esistere e si spegne con essa. Il vero amore, invece, ha bisogno del cuore e dura finché durano i sentimenti che lo hanno generato[114]. Così fu il nostro all’inizio; così spero che rimanga fino alla fine dei nostri giorni, quando avremo organizzato meglio le nostre relazioni. Vidi, sentii di essere amata e che dovevo esserlo: la bocca taceva, lo sguardo era timido, ma il cuore parlava chiaro. Presto tra noi nacque quella sorta di intesa che rende il silenzio eloquente, che fa parlare con gli occhi bassi, che dona una timidezza coraggiosa e che esprime i desideri attraverso la paura, riuscendo a dire tutto ciò che altrimenti non si oserebbe dire.

Sentii il mio cuore, e mi giudicai perduta non appena udii le vostre prime parole. Notai l’imbarazzo nella vostra riservatezza; approvai quel rispetto, vi amai ancora di più. Cercai di compensarvi per un silenzio doloroso ma necessario, senza che ciò compromettesse la mia innocenza; forzai il mio carattere, imitai mia cugina: diventai scherzosa e giocosa come lei, per evitare spiegazioni troppo serie. Volevo rendere il vostro attuale stato così piacevole che la paura di cambiarlo aumentasse ancora la vostra riservatezza. Ma tutto questo fallì: non si può sfuggire al proprio vero carattere. Che sciocca ero! Accelerai la mia rovina invece di evitarla; usai “veleni” come rimedi. E ciò che avrebbe dovuto farvi tacere fu proprio ciò che vi spinse a parlare. Nonostante cercassi di tenervi lontano con una freddezza simulata, quella stessa costrizione mi tradì: scriveste. Invece di bruciare la vostra prima lettera o portarla a mia madre, osai aprirla. Quello fu il mio crimine. Il resto fu solo conseguenza. Volevo impedirmi di rispondere a quelle lettere terribili. Ma non riuscivo a smettere di leggerle. Quella lotta orribile rovinò la mia salute. Vidi l’abisso verso cui stavo precipitando. Mi odiai. E non riuscii a decidere di lasciarvi andare. Caddi in una sorta di disperazione. Avrei preferito che non esisteste più, piuttosto che non foste miei. Arrivai persino a desiderare la vostra morte. Il cielo ha visto il mio cuore. Questo tentativo deve pur riscattare alcune delle mie colpe.

Vedendovi pronto ad obbedirmi, fu necessario parlare. Avevo ricevuto da Chaillot delle lezioni che mi fecero comprendere ancora meglio i pericoli di quel segreto. L’amore che me lo faceva rivelare m’insegnò a eluderne gli effetti negativi. Voi foste il mio ultimo rifugio; avevo abbastanza fiducia in voi da affidarmi alla vostra forza per contrastare la mia debolezza. Credevo che foste degno di salvarmi da me stesso, e vi rendevo giustizia. Vedendovi rispettare un segreto così prezioso, capii che la mia passione non mi faceva ignorare le virtù che in voi scoprivo. Mi affidavo a voi con ancora maggiore sicurezza, poiché sembrava che i nostri cuori si completassero a vicenda. Convinta di trovare nel mio cuore solo sentimenti onesti, gustavo senza timore i piaceri di una dolce intimità. Ahimè! Non mi rendevo conto che il male si stava insinuando a causa della mia negligenza. E che l’abitudine fosse ancora più pericolosa dell’amore stesso. Commossa dalla vostra moderazione, pensai di poter controllare facilmente la mia. Nell’innocenza dei miei desideri, credevo di incoraggiare in voi la virtù stessa attraverso le tenere carezze dell’amicizia. Ma nel boschetto di Clarens capii di aver contato troppo su me stessa. E che non si deve mai cedere ai sensi quando si vuole resistere loro. Un solo istante fu sufficiente per infiammare il mio cuore con un fuoco che nulla poté spegnere. E se la mia volontà continuava a resistere, il mio cuore era ormai corrotto.

Condividevate la mia confusione: la vostra lettera mi fece tremare. Il pericolo era raddoppiato: per garantire la nostra sicurezza, fu necessario allontanarvi da me. Fu l’ultimo sforzo di una virtù morente. Fuggendo, voi completaste la vostra vittoria; e non appena vi persi di vista, la mia disperazione mi privò dell’unica forza che mi rimaneva per resistervi.

Mio padre, lasciato l’esercito, portò con sé a casa il signor de Wolmar: la vita che gli doveva e una relazione durata vent’anni rendevano questo amico così caro da non poterne separarsi. Il signor de Wolmar invecchiava; e, sebbene fosse ricco e di nobile origine, non riusciva a trovare una donna adatta a lui. Mio padre gli aveva parlato di mia figlia come un uomo che desiderava prendere il proprio amico per genero; fu deciso di conoscerla, ed è con questo scopo che viaggiarono insieme. Il destino volle che io diventassi la moglie del signor de Wolmar, che non aveva mai amato nessuno. Si scambiarono segretamente promesse; e poiché il signor de Wolmar aveva molte questioni da risolvere in una corte del Nord dove si trovavano la sua famiglia e le sue ricchezze, chiese del tempo e partì, basandosi su questo impegno reciproco. Dopo la sua partenza, mio padre ci comunicò, a mia madre e a me, che mi aveva destinata a lui come sposa, e mi ordinò con un tono che non lasciava spazio alla mia timidezza di prepararmi ad accettare la sua proposta. Mia madre, che aveva notato troppo chiaramente il mio sentimento e provava per voi una naturale inclinazione, cercò più volte di far vacillare questa decisione; senza osare proporvi direttamente, parlava in modo da far prendere a mio padre in considerazione la vostra persona e il desiderio di conoscervi; ma la qualità che vi mancava lo rese insensibile a tutte quelle che possedevate; e, sebbene la nascita potesse non compensare questa mancanza, egli sosteneva che fosse l’unica cosa in grado di renderle significative.

L’impossibilità di essere felici suscita in me sentimenti di rabbia che avrei dovuto spegnere. Un’illusione lusinghiera mi sosteneva nei miei dolori; con essa persi anche la forza di sopportarli. Finché mi fosse rimasta anche solo una speranza di essere con te, forse sarei riuscita a vincere su me stessa; mi sarebbe costato meno resisterti per tutta la vita che rinunciare a te per sempre. E solo l’idea di un conflitto eterno mi privò del coraggio necessario per vincerlo.

La tristezza e l’amore consumavano il mio cuore; cadde in un abatimento di cui si resero conto anche le mie lettere. Quelle che mi scriveste da Meillerie furono la goccia che fece traboccare il vaso: alle mie sofferenze personali si aggiunse il dolore per il vostro disperio. Ahimè, è sempre l’anima più debole a sopportare le pene di entrambi. La proposta che osaste farmi aumentò ulteriormente la mia confusione. L’infortuna dei miei giorni era ormai certa; l’unica scelta inevitabile che mi restava era scegliere tra la sventura dei miei genitori e la vostra. Non riuscii a sopportare tale alternativa. Le forze della natura hanno un limite; tante agitazioni esaurirono le mie energie. Desiderai ardentemente essere liberata dalla vita. Il cielo sembrò aver pietà di me. Ma la morte crudele mi risparmiò, per poi perdermi comunque. Vi vidi, fui “guarita”, e poi persi.

Se non avessi trovato la felicità nei miei errori, non avrei mai sperato di trovarla lì. Sentivo che il mio cuore era fatto per la virtù e che non poteva essere felice senza di essa; cedetti per debolezza, non per errore. Non avevo nemmeno l’excusa dell’ignoranza. Non mi rimaneva alcuna speranza; non potevo fare altro che essere sfortunata. L’innocenza e l’amore erano entrambi necessari per me. Non potendo conservarli insieme, e vedendo la tua perdizione, non consultai nessuno se non te stesso nel mio choix. E mi persi per salvarti.

Ma non è affatto facile come si potrebbe pensare rinunciare alla virtù. Essa tormenta a lungo coloro che la abbandonano; e i suoi incanti, che procurano delizie alle anime pure, diventano il primo supplizio per il malvagio, che ancora la ama ma non è più in grado di goderne. Colpevole ma non corrotta, non riuscii a sfuggire ai rimorsi che mi aspettavano; l’onestà mi fu cara anche dopo averla persa; la mia vergogna, pur essendo segreta, non fu meno amara; e anche se tutto l’universo ne fosse stato testimone, non l’avrei provata in modo diverso. Mi consolavo nella mia sofferenza come un ferito che teme la cancrena, in cui il senso del proprio male mantiene viva la speranza di poterne guarire.

Cependant cet état d’opprobre m’était odieux. À force de vouloir étouffer le reproche sans renoncer au crime, il m’arriva ce qu’il arrive à toute âme honnête qui s’égare et qui se plaît dans son égarement. Une illusion nouvelle vint adoucir l’amertume du repentir ; j’espérai tirer de ma faute un moyen de la réparer et j’osai former le projet de contraindre mon père à nous unir. Le premier fruit de notre amour devait serrer ce doux lien. Je le demandais au ciel comme le gage de mon retour à la vertu et de notre bonheur commun ; je le désirais comme un autre à ma place aurait pu le craindre ; le tendre amour, tempérant par son prestige le murmure de la conscience, me consolait de ma faiblesse par l’effet que j’en attendais, et faisait d’une si chère attente le charme et l’espoir de ma vie.

Sitôt que j’aurais porté des marques sensibles de mon état, j’avais résolu d’en faire, en présence de toute ma famille, une déclaration publique à M. Perret[115]. Je suis timide, il est vrai ; je sentais tout ce qu’il m’en devait coûter ; mais l’honneur même animait mon courage, et j’aimais mieux supporter une fois la confusion que j’avais méritée, que de nourrir une honte éternelle au fond de mon coeur. Je savais que mon père me donnerait la mort ou mon amant ; cette alternative n’avait rien d’effrayant pour moi, et, de manière ou d’autre, j’envisageais dans cette démarche la fin de tous mes malheurs.

Tel était, mon bon ami, le mystère que je voulus vous dérober, et que vous cherchiez à pénétrer avec une si curieuse inquiétude. Mille raisons me forçaient à cette réserve avec un homme aussi emporté que vous, sans compter qu’il ne fallait pas armer d’un nouveau prétexte votre indiscrète importunité. Il était à propos surtout de vous éloigner durant une si périlleuse scène, et je savais bien que vous n’auriez jamais consenti à m’abandonner dans un danger pareil s’il vous eût été connu.

Hélas ! je fus encore abusée par une si douce espérance. Le ciel rejeta des projets conçus dans le crime ; je ne méritais pas l’honneur d’être mère ; mon attente resta toujours vaine ; et il me fut refusé d’expier ma faute aux dépens de ma réputation. Dans le désespoir que j’en conçus, l’imprudent rendez-vous qui mettait votre vie en danger fut une témérité que mon fol amour me voilait d’une si douce excuse : je m’en prenais à moi du mauvais succès de mes voeux, et mon coeur abusé par ses désirs ne voyait dans l’ardeur de les contenter que le soin de les rendre un jour légitimes.

Je les crus un instant accomplis ; cette erreur fut la source du plus cuisant de mes regrets, et l’amour exaucé par la nature n’en fut que plus cruellement trahi par la destinée. Vous avez su[116] quel accident détruisit, avec le germe que je portais dans mon sein, le dernier fondement de mes espérances. Ce malheur m’arriva précisément dans le temps de notre séparation : comme si le ciel eût voulu m’accabler alors de tous les maux que j’avais mérités et couper à la fois tous les liens qui pouvaient nous unir.

Votre départ fut la fin de mes erreurs ainsi que de mes plaisirs ; je reconnus, mais trop tard, les chimères qui m’avaient abusée. Je me vis aussi méprisable que je l’étais devenue, et aussi malheureuse que je devais toujours l’être avec un amour sans innocence et des désirs sans espoir qu’il m’était impossible d’éteindre. Tourmentée de mille vains regrets, je renonçai à des réflexions aussi douloureuses qu’inutiles ; je ne valais plus la peine que je songeasse à moi-même, je consacrai ma vie à m’occuper de vous. Je n’avais plus d’honneur que le vôtre, plus d’espérance qu’en votre bonheur, et les sentiments qui me venaient de vous étaient les seuls dont je crusse pouvoir être encore émue.

L’amour ne m’aveuglait point sur vos défauts, mais il me les rendait chers ; et telle était son illusion, que je vous aurais moins aimé si vous aviez été plus parfait. Je connaissais votre coeur, vos emportements ; je savais qu’avec plus de courage que moi vous aviez moins de patience, et que les maux dont mon âme était accablée mettraient la vôtre au désespoir. C’est par cette raison que je vous cachai toujours avec soin les engagements de mon père ; et, à notre séparation, voulant profiter du zèle de milord Édouard pour votre fortune et vous en inspirer un pareil à vous-même, je vous flattais d’un espoir que je n’avais pas. Je fis plus ; connaissant le danger qui nous menaçait, je pris la seule précaution qui pouvait nous en garantir ; et, vous engageant avec ma parole ma liberté autant qu’il m’était possible, je tâchai d’inspirer à vous de la confiance, à moi de la fermeté, par une promesse que je n’osasse enfreindre, et qui pût vous tranquilliser. C’était un devoir puéril, j’en conviens, et cependant je ne m’en serais jamais départie. La vertu est si nécessaire à nos coeurs que ; quand on a une fois abandonné la véritable, on s’en fait ensuite une à sa mode, et l’on y tient plus fortement peut-être parce qu’elle est de notre choix.

Je ne vous dirai point combien j’éprouvai d’agitations depuis votre éloignement. La pire de toutes était la crainte d’être oubliée. Le séjour où vous étiez me faisait trembler ; votre manière d’y vivre augmentait mon effroi ; je croyais déjà vous voir avilir jusqu’à n’être plus qu’un homme à bonnes fortunes. Cette ignominie m’était plus cruelle que tous mes maux ; j’aurais mieux aimé vous savoir malheureux que méprisable ; après tant de peines auxquelles j’étais accoutumée, votre déshonneur était la seule que je ne pouvais supporter.

Je fus rassurée sur des craintes que le ton de vos lettres commençait à confirmer ; et je le fus par un moyen qui eût pu mettre le comble aux alarmes d’une autre. Je parle du désordre où vous vous laissâtes entraîner, et dont le prompt et libre aveu fut de toutes les preuves de votre franchise celle qui m’a le plus touchée. Je vous connaissais trop pour ignorer ce qu’un pareil aveu devait vous coûter, quand même j’aurais cessé de vous être chère ; je vis que l’amour, vainqueur de la honte, avait pu seul vous l’arracher. Je jugeai qu’un coeur si sincère était incapable d’une infidélité cachée ; je trouvai moins de tort dans votre faute que de mérite à la confesser, et, me rappelant vos anciens engagements, je me guéris pour jamais de la jalousie.

Mon ami, je n’en fus pas plus heureuse ; pour un tourment de moins sans cesse il en renaissait mille autres, et je ne connus jamais mieux combien il est insensé de chercher dans l’égarement de son coeur un repos qu’on ne trouve que dans la sagesse. Depuis longtemps je pleurais en secret la meilleure des mères, qu’une langueur mortelle consumait insensiblement. Babi, à qui le fatal effet de ma chute m’avait forcée à me confier, me trahit et lui découvrit nos amours et mes fautes. À peine eus-je retiré vos lettres de chez ma cousine qu’elles furent surprises. Le témoignage était convaincant ; la tristesse acheva d’ôter à ma mère le peu de forces que son mal lui avait laissées. Je faillis expirer de regret à ses pieds. Loin de m’exposer à la mort que je méritais, elle voila ma honte, et se contenta d’en gémir ; vous-même, qui l’aviez si cruellement abusée, ne pûtes lui devenir odieux. Je fus témoin de l’effet que produisit votre lettre sur son coeur tendre et compatissant. Hélas ! elle désirait votre bonheur et le mien. Elle tenta plus d’une fois… Que sert de rappeler une espérance à jamais éteinte ! Le ciel en avait autrement ordonné. Elle finit ses tristes jours dans la douleur de n’avoir pu fléchir un époux sévère, et de laisser une fille si peu digne d’elle.

However, this state of disgrace was utterly abhorrent to me. In my attempt to suppress the guilt without giving up on my wrongdoing, what happened to any honest soul who strays and takes pleasure in that straying occurred to me as well. A new illusion came to soften the bitterness of my remorse; I hoped to find a way to make amends for my mistake, and I even dared to conceive the plan of forcing my father to unite us. The first fruit of our love was meant to strengthen that sweet bond between us. I prayed to heaven that it would serve as a guarantee of my return to virtue and of our shared happiness; I desired it in such a way that anyone else in my place might have feared it. That tender love, moderating the whispers of conscience with its own influence, consoled me for my weakness through the promises it held, and turned what was otherwise a painful expectation into the very charm and hope of my life.

As soon as I had begun to show visible signs of my condition, I resolved to make a public declaration to Mr. Perret in the presence of my entire family. It is true that I am shy; I was well aware of what it would cost me; but honor itself inspired my courage. I would rather endure the humiliation I had deserved once and for all than carry eternal shame within my heart. I knew that either my father or my lover would kill me; such an alternative held no terror for me. In any case, I saw in this step the end of all my misfortunes.

Such was, my good friend, the mystery that I wished to hide from you, and which you sought to unravel with such curious persistence. A thousand reasons compelled me to keep this secret from someone as impulsive as you were; besides, there was no need to provide you with another pretext for your intrusive curiosity. The main purpose was to keep you away during such a dangerous situation—I knew full well that you would never have agreed to leave me in such peril had you known the truth.

Alas! I was once again deceived by such a tender hope. Heaven rejected plans conceived in crime; I did not deserve the honor of being a mother; my expectations remained futile, and it was denied me to atone for my mistake at the expense of my reputation. In the despair that ensued, the imprudent meeting that put your life in danger was an act of recklessness—yet my foolish love presented it with such a tender excuse: I blamed myself for the failure of my desires, and my heart, deceived by its own longing, saw only the possibility of making those desires legitimate someday.

For a moment, I believed they were fulfilled; that mistake led to the deepest regret of my life, and the love that nature had granted me was only all the more cruelly betrayed by fate. You know[116] what accident destroyed, along with the seed I carried within me, the last remnants of my hopes. This misfortune befell me precisely at the time of our separation—as if heaven intended to overwhelm me with every suffering I had deserved, and to sever once and for all all the ties that could have united us.

Your departure marked the end of both my mistakes and my pleasures; I recognized, but too late, the illusions that had deceived me. I saw how despicable I had become, and how unhappy I would always remain with a love devoid of innocence and desires without hope—desires that were impossible to extinguish. Tormented by countless futile regrets, I gave up on such painful and useless musings. I no longer deserved the effort it took to think of myself; instead, I devoted my life to caring for you. All that was left of my honor was yours; all my hope rested in your happiness. The feelings you inspired were the only ones that I believed I could still feel.

Love did not blind me to your faults; rather, it made them dear to me. Such was its illusion that I might have loved you less if you had been more perfect. I knew your heart, your temperaments; I understood that, though you possessed more courage than I, you also lacked more patience, and that the troubles that weighed upon my soul would have brought yours to despair as well. For this reason, I always took great care to hide from you my father’s plans regarding your future. When we parted, wishing to take advantage of Lord Edward’s concern for your welfare and to inspire a similar devotion in you, I gave you hope when in fact I had none. I did even more: realizing the danger that threatened us, I took the only precaution that could protect us. By pledging my freedom with my word—to the greatest extent possible—I tried to instill in you confidence and in me resolve, through a promise I dared not break and which, I hoped, would bring you peace of mind. It was perhaps a naive duty, but yet I would never have abandoned it. Virtue is so essential to our hearts that once we have abandoned the true one, we often create one of our own design—and perhaps hold onto it all the more tightly because it is of our own choosing.

I will not tell you how much agitation I felt since your departure. The worst of it all was the fear of being forgotten. The very thought of where you were staying made me tremble; the way you lived there only increased my terror; I already imagined you degraded to the point of becoming merely a man who took advantage of his good fortune. This disgrace was far more cruel to me than all my other sufferings; I would have preferred to know you unhappy than despicable. After enduring so many hardships, your shame was the only thing I simply could not bear.

I was reassured regarding fears that the tone of your letters had begun to confirm; and I was reassured in a way that could have further exacerbated the anxieties of another person. I am referring to the state of disorder into which you allowed yourself to be drawn, and the prompt and honest admission of it was, among all proofs of your sincerity, the one that touched me most deeply. I knew you too well to ignore what such an admission must have cost you—even if I no longer cherished you; I saw that it was only love, victorious over shame, that had enabled you to make it. I concluded that a heart so sincere could not possibly be guilty of hidden infidelity; I found less fault in your mistake and more merit in your willingness to confess it. And, recalling your past commitments, I was forever cured of jealousy.

My friend, I was no happier in that state; for every torment that vanished, a thousand others took its place, and I came to realize all the more how absurd it is to seek peace within the chaos of one’s own heart, when such peace can only be found through wisdom. For a long time, I had secretly mourned the loss of the best of mothers, slowly consumed by a deadly sorrow. Babi, to whom I had been forced to confide my troubles due to the fatal consequences of my misfortune, betrayed me and revealed our secret love and my sins. As soon as I removed your letters from my cousin’s house, they were discovered. The evidence was undeniable; the grief that followed completely drained the little strength my mother still possessed. I nearly died of remorse at her feet. Far from condemning me to the death I deserved, she concealed my shame and merely wept over it. You yourself, who had so cruelly abused her, could not become loathsome to her. I witnessed the effect your letter had on her tender and compassionate heart. Alas! She wished for both your happiness and mine. But how futile is it to revive a hope that has been extinguished forever? Heaven had other plans. She spent her sad days in sorrow, unable to soften the heart of a stern husband, and left behind a daughter who was far from worthy of her.

Tuttavia, tale stato di disprezzo mi era odioso. Nel tentativo di soffocare il rimorso senza rinunciare al crimine, mi accadde ciò che succede a ogni anima onesta che si perde e si compiace nella propria perdizione: una nuova illusione venne ad alleviare l’amarezza del pentimento. Speravo di trarre dalla mia colpa un mezzo per ripararla, e osai concepire il progetto di costringere mio padre a unirci. Il primo frutto del nostro amore avrebbe dovuto rinsaldare quel dolce legame tra noi. Lo chiedevo al cielo come pegno del mio ritorno alla virtù e della nostra felicità comune; lo desideravo come qualcun altro al mio posto avrebbe potuto temerlo. L’amore tenero, mitigando con il proprio fascino i rimorsi della coscienza, mi consolava della mia debolezza attraverso gli effetti che ne attendevo, e rendeva quella dolce attesa lo splendore e la speranza della mia vita.

Non appena avessi mostrato segni evidenti del mio stato, avevo deciso di fare una dichiarazione pubblica al signor Perret davanti a tutta la mia famiglia[115]. È vero che sono timido; sapevo bene quanto mi sarebbe costata questa decisione; ma l’onore stesso alimentava il mio coraggio, e preferivo sopportare una volta per tutte l’umiliazione che meritavo, piuttosto che portare con me un disonore eterno nel profondo del mio cuore. Sapevo che mio padre avrebbe potuto uccidermi o il mio amante; questa alternativa non mi spaventava affatto, e in ogni caso vedevo in quella decisione la fine di tutti i miei mali.

Ecco, mio caro amico, il mistero che volevo nascondervi e che voi cercavate di scoprire con quella curiosa inquietudine. Mille ragioni mi costringevano a mantenere questo riserbo nei confronti di un uomo così impulsivo come voi; inoltre, non era certo il caso di fornirvi un nuovo pretesto per la vostra indiscreta insistenza. Era soprattutto necessario allontanarvi da una scena così pericolosa. E sapevo bene che non avreste mai acconsentito a lasciarmi solo in un simile pericolo, se ne foste stato a conoscenza.

Ahimè! Fui ancora ingannata da una speranza così dolce. Il cielo rifiutò i progetti concepiti nel crimine; non meritavo l’onore di essere madre; la mia attesa rimase sempre vana, e mi fu negato il diritto di espiare il mio errore a scapito della mia reputazione. Nel dispero che ne derivò, quell’incontro imprudente che metteva in pericolo la tua vita fu una temerarietà. Ma il mio folle amore me ne fornì una scusa così dolce: incolpavo me stessa del fallimento dei miei desideri, e il mio cuore, abusato da tali brame, vedeva nell’ardore di soddisfarli soltanto il modo per renderli un giorno legittimi.

Per un istante credetti che tutto fosse stato realizzato; quell’errore divenne la fonte dei miei più amari rimpianti, e l’amore che la natura aveva esaudito fu poi tradito in modo ancora più crudele dal destino. Avete saputo quale incidente distrusse, insieme al seme che portavo nel mio grembo, l’ultimo fondamento delle mie speranze. Quel dolore mi colpì proprio nel momento della nostra separazione: come se il cielo volesse affliggermi in quel momento con tutti i mali che avevo meritato e tagliare contemporaneamente ogni legame che avrebbe potuto unirci.

La vostra partenza segnò la fine dei miei errori e anche dei miei piaceri; riconobbi, ma troppo tardi, le illusioni che mi avevano ingannata. Mi resi conto di essere tanto spregevole quanto lo ero diventata, e altrettanto infelice, con un amore privo di innocenza e desideri senza speranza, che era impossibile estinguere. Tormentata da mille inutili rimpianti, rinunciai a riflessioni così dolorose quanto inutili; non meritavo più nemmeno il tempo che dedicavo a me stessa, dedicai la mia vita a prendermi cura di voi. Non avevo più onore se non quello che derivava da voi, nessuna speranza se non nella vostra felicità. E gli unici sentimenti che provavo erano quelli che provenivano da voi.

L’amore non mi faceva ignorare i vostri difetti, ma li rendeva per me ancora più preziosi; e tale era la sua illusione che vi avrei amato meno se foste stati perfetti. Conoscevo il vostro cuore, le vostre passioni; sapevo che, pur avendo più coraggio di me, avevate meno pazienza, e che i mali che affliggevano la mia anima avrebbero potuto gettare la vostra nello sconforto. Per questa ragione vi nascondevo sempre con cura gli impegni presi da mio padre; e, al momento della nostra separazione, volendo approfittare dello zelo di milord Edward per la vostra fortuna e ispirarvi lo stesso zelo, vi davo speranze che in realtà non avevo. Feci anche di più: conoscendo il pericolo che ci minacciava, presi le uniche precauzioni possibili per proteggerci; e, impegnando con la mia parola sia la mia libertà che la vostra, cercai di ispirarvi fiducia e a me fermezza, attraverso una promessa che non osavo mai infrangere e che potesse tranquillizzarvi. Era un dovere forse infantile, lo ammetto. Eppure non l’avrei mai abbandonato. La virtù è così necessaria ai nostri cuori che, quando una volta ci si allontana da quella vera, se ne crea un’altra a proprio piacimento. E forse la si tiene ancora più saldamente proprio perché è frutto della nostra scelta.

Non vi dirò quanta agitazione provassi da quando siete partiti. La peggiore di tutte era la paura di essere dimenticata. Il luogo in cui eravate mi faceva tremare; il vostro modo di vivere aumentava il mio terrore; credevo già di vedervi degradati fino a diventare soltanto uomini fortunati. Questa ignominia era per me più crudele di tutti i miei mali; avrei preferito che foste sfortunati piuttosto che disprezzabili. Dopo tante sofferenze a cui ero abituata, la vostra vergogna era l’unica cosa che non riuscivo a sopportare.

Fui rassicurata riguardo a delle paure che il tono delle vostre lettere iniziava a confermare; e lo fui in un modo che avrebbe potuto aggravare ulteriormente le preoccupazioni di chiunque altro. Intendo parlare del disordine nel quale vi lasciaste trascinare, e della cui ammessa spontaneità e aperta sincerità la prova più commovente fu proprio quella che mi colpì di più. Vi conoscevo troppo bene per non sapere quanto dovesse costarvi una tale confessione, anche se avessi smesso di considerarvi caro; capii che solo l’amore, vincitore della vergogna, poteva spingervi a farla. Giudicai che un cuore così sincero non potesse mai essere infedele in modo nascosto; trovai meno colpa nella vostra azione e più merito nel fatto che l’aveste ammessa apertamente. Ricordandomi dei vostri antichi impegni, mi liberai per sempre dalla gelosia.

Amico mio, non fui affatto più felice; se ne andava un tormento, ne nascevano mille altri, e compresi ancora meglio quanto sia assurdo cercare nel caos del proprio cuore una pace che si trova soltanto nella saggezza. Da tempo piangevo in segreto per la migliore delle madri, consumata lentamente da una malattia mortale. Babi, a cui il fato aveva costretto me a confidarmi, mi tradì e rivelò i nostri sentimenti e i miei errori. Appena ebbi ritirato le vostre lettere dalla mia cugina, furono scoperte. Le prove erano convincenti; la tristezza portò mia madre sull’orlo della morte. Rischiavo di morire di rimorso ai suoi piedi. Lontana dall’espormi alla morte che meritavo, lei nascose la mia vergogna e si limitò a piangerne; nemmeno voi, che l’avevate così crudelmente ingannata, riusciste a diventarle odiosi. Fui testimone dell’effetto che la vostra lettera ebbe sul suo cuore tenero e compassionevole. Ahimè! Desiderava il vostro bene e anche il mio. Tentò più volte di. Ma a che serve ricordare una speranza ormai per sempre spenta? Il cielo aveva deciso diversamente. Trascorse i suoi giorni tristi nel dolore di non essere riuscita a commuovere un marito severo, lasciando alle sue spalle una figlia così poco degna di lei.

Accablée d’une si cruelle perte, mon âme n’eut plus de force que pour la sentir ; la voix de la nature gémissante étouffa les murmures de l’amour. Je pris dans une espèce d’horreur la cause de tant de maux ; je voulus étouffer enfin l’odieuse passion qui me les avait attirés, et renoncer à vous pour jamais. Il le fallait, sans doute ; n’avais-je assez de quoi pleurer le reste de ma vie sans chercher incessamment de nouveaux sujets de larmes ? Tout semblait favoriser ma résolution. Si la tristesse attendrit l’âme, une profonde affliction l’endurcit. Le souvenir de ma mère mourante effaçait le vôtre ; nous étions éloignés ; l’espoir m’avait abandonnée. Jamais mon incomparable amie ne fut si sublime ni si digne d’occuper seule tout mon coeur ; sa vertu, sa raison, son amitié, ses tendres caresses, semblaient l’avoir purifié ; je vous crus oublié, je me crus guérie. Il était trop tard ; ce que j’avais pris pour la froideur d’un amour éteint n’était que l’abattement du désespoir.

Comme un malade qui cesse de souffrir en tombant en faiblesse se ranime à de plus vives douleurs, je sentis bientôt renaître toutes les miennes quand mon père m’eut annoncé le prochain retour de M. de Wolmar. Ce fut alors que l’invincible amour me rendit des forces que je croyais n’avoir plus. Pour la première fois de ma vie j’osai résister en face à mon père ; je lui protestai nettement que jamais M. de Wolmar ne me serait rien, que j’étais déterminée à mourir fille, qu’il était maître de ma vie, mais non pas de mon coeur, et que rien ne me ferait changer de volonté. Je ne vous parlerai ni de sa colère ni des traitements que j’eus à souffrir. Je fus inébranlable : ma timidité surmontée m’avait portée à l’autre extrémité, et si j’avais le ton moins impérieux que mon père, je l’avais tout aussi résolu.

Il vit que j’avais pris mon parti, et qu’il ne gagnerait rien sur moi par autorité. Un instant je me crus délivrée de ses persécutions. Mais que devins-je quand tout à coup je vis à mes pieds le plus sévère des pères attendri et fondant en larmes ? Sans me permettre de me lever, il me serrait les genoux, et, fixant ses yeux mouillés sur les miens, il me dit d’une voix touchante que j’entends encore au dedans de moi : « Ma fille, respecte les cheveux blancs de ton malheureux père ; ne le fais pas descendre avec douleur au tombeau, comme celle qui te porta dans son sein ; ah ! veux-tu donner la mort à toute ta famille ? »

Concevez mon saisissement. Cette attitude, ce ton, ce geste, ce discours, cette affreuse idée, me bouleversèrent au point que je me laissai aller demi-morte entre ses bras, et ce ne fut qu’après bien des sanglots dont j’étais oppressée que je pus lui répondre d’une voix altérée et faible : « O mon père ! j’avais des armes contre vos menaces, je n’en ai point contre vos pleurs ; c’est vous qui ferez mourir votre fille. »

Nous étions tous deux tellement agités que nous ne pûmes de longtemps nous remettre. Cependant, en repassant en moi-même ses derniers mots, je conçus qu’il était plus instruit que je n’avais cru, et, résolue de me prévaloir contre lui de ses propres connaissances, je me préparais à lui faire, au péril de ma vie, un aveu trop longtemps différé, quand, m’arrêtant avec vivacité comme s’il eût prévu et craint ce que j’allais lui dire, il me parla ainsi :

« Je sais quelle fantaisie indigne d’une fille bien née vous nourrissez au fond de votre coeur. Il est temps de sacrifier au devoir et à l’honnêteté une passion honteuse qui vous déshonore et que vous ne satisferez jamais qu’aux dépens de ma vie. Écoutez une fois ce que l’honneur d’un père et le vôtre exigent de vous, et jugez-vous vous-même.

M. de Wolmar est un homme d’une grande naissance, distingué par toutes les qualités qui peuvent la soutenir, qui jouit de la considération publique et qui la mérite. Je lui dois la vie ; vous savez les engagements que j’ai pris avec lui. Ce qu’il faut vous apprendre encore, c’est qu’étant allé dans son pays pour mettre ordre à ses affaires, il s’est trouvé enveloppé dans la dernière révolution, qu’il y a perdu ses biens, qu’il n’a lui-même échappé à l’exil en Sibérie que par un bonheur singulier, et qu’il revient avec le triste débris de sa fortune, sur la parole de son ami, qui n’en manqua jamais à personne. Prescrivez-moi maintenant la réception qu’il faut lui faire à son retour. Lui dirai-je : Monsieur, je vous ai promis ma fille tandis que vous étiez riche, mais à présent que vous n’avez plus rien, je me rétracte, et ma fille ne veut point de vous ? Si ce n’est pas ainsi que j’énonce mon refus, c’est ainsi qu’on l’interprétera : vos amours allégués seront pris pour un prétexte, ou ne seront pour moi qu’un affront de plus ; et nous passerons, vous pour une fille perdue, moi pour un malhonnête homme qui sacrifie son devoir et sa foi à un vil intérêt, et joint l’ingratitude à l’infidélité. Ma fille, il est trop tard pour finir dans l’opprobre une vie sans tache, et soixante ans d’honneur ne s’abandonnent pas en un quart d’heure.

Voyez donc, continua-t-il, combien tout ce que vous pouvez me dire est à présent hors de propos ; voyez si des préférences que la pudeur désavoue, et quelque feu passager de jeunesse peuvent jamais être mis en balance avec le devoir d’une fille et l’honneur compromis d’un père. S’il n’était question pour l’un des deux que d’immoler son bonheur à l’autre, ma tendresse vous disputerait un si doux sacrifice ; mais, mon enfant, l’honneur a parlé, et, dans le sang dont tu sors, c’est toujours lui qui décide. »

Je ne manquais pas de bonnes réponses à ce discours ; mais les préjugés de mon père lui donnent des principes si différents des miens, que des raisons qui me semblaient sans réplique ne l’auraient pas même ébranlé. D’ailleurs, ne sachant ni d’où lui venaient les lumières qu’il paraissait avoir acquises sur ma conduite, ni jusqu’où elles pouvaient aller ; craignant, à son affectation de m’interrompre, qu’il n’eût déjà pris son parti sur ce que j’avais à lui dire ; et, plus que tout cela, retenue par une honte que je n’ai jamais pu vaincre, j’aimais mieux employer une excuse qui me parut plus sûre, parce qu’elle était plus selon sa manière de penser. Je lui déclarai sans détour l’engagement que j’avais pris avec vous ; je protestai que je ne vous manquerais point de parole, et que, quoi qu’il pût arriver, je ne me marierais jamais sans votre consentement.

En effet, je m’aperçus avec joie que mon scrupule ne lui déplaisait pas ; il me fit de vifs reproches sur ma promesse, mais il n’y objecta rien ; tant un gentilhomme plein d’honneur a naturellement une haute idée de la foi des engagements, et regarde la parole comme une chose toujours sacrée ! Au lieu donc de s’amuser à disputer sur la nullité de cette promesse, dont je ne serais jamais convenue, il m’obligea d’écrire un billet, auquel il joignit une lettre qu’il fit partir sur-le-champ. Avec quelle agitation n’attendis-je point votre réponse ! Combien je fis de voeux pour vous trouver moins de délicatesse que vous deviez en avoir ! Mais je vous connaissais trop pour douter de votre obéissance, et je savais que plus le sacrifice exigé vous serait pénible, plus vous seriez prompt à vous l’imposer. La réponse vint ; elle me fut cachée durant ma maladie ; après mon rétablissement mes craintes furent confirmées, et il ne me resta plus d’excuses. Au moins mon père me déclara qu’il n’en recevrait plus ; et avec l’ascendant que le terrible mot qu’il m’avait dit lui donnait sur mes volontés, il me fit jurer que je ne dirais rien à M. de Wolmar qui pût le détourner de m’épouser ; car, ajouta-t-il, cela lui paraîtrait un jeu concerté entre nous, et, à quelque prix que ce soit, il faut que ce mariage s’achève ou que je meure de douleur.

Overwhelmed by such a cruel loss, my soul had no strength left but to feel it; the mournful cries of nature drowned out the whispers of love. In a state of horror, I embraced the cause of all this suffering; I resolved to extinguish that hateful passion which had brought it upon me and to renounce you forever. It was necessary—surely it was necessary. Did I not have enough reasons to weep for the rest of my life, without constantly seeking new causes for sorrow? Everything seemed to favor my resolve. If grief softens the soul, profound affliction hardens it instead. The memory of my dying mother erased yours from my mind; we were far apart; hope had abandoned me. Never before had my incomparable friend been so sublime or so worthy of occupying my entire heart. Her virtue, her wisdom, her friendship, her tender caresses—all seemed to have purified me. I believed you were forgotten, I believed I was cured. But it was too late. What I had taken for the indifference of a dead love was merely the desolation of despair.

Just as a sick person who ceases to suffer when they lose strength soon finds themselves afflicted with even greater pain, I soon felt all my former suffering resurface when my father informed me of Mr. de Wolmar’s imminent return. It was then that that invincible love granted me strength I had thought I no longer possessed. For the first time in my life, I dared to resist my father; I clearly told him that Mr. de Wolmar would never mean anything to me, that I was determined to die a virgin, that he might control my life, but not my heart, and that nothing would make me change my resolve. I will not bother you with describing his anger or the suffering I had to endure. I remained unshaken: my timidity, having been overcome, had led me to this extreme; and although my tone was not as authoritative as my father’s, my determination was just as firm.

He saw that I had taken my stand on his opponent’s side and that he could gain nothing over me through authority. For a moment, I thought I was free from his persecutions. But what happened when, suddenly, I saw before me the most stern of fathers become tender and burst into tears? Without allowing me to get up, he held my knees tightly and, looking into my eyes with moistened gaze, said to me in a voice that I still hear within myself: “My daughter, respect the white hair of your unfortunate father; do not cause him to descend into the grave in pain, just as the woman who bore you carried you in her womb. Ah! Do you wish to bring death to your entire family?”

Imagine my shock. That attitude, that tone, that gesture, that speech, that terrible idea—they overwhelmed me so much that I collapsed half-dead in his arms. Only after many tears and moments of utter distress was I able to respond to him in a voice broken and weak: “Oh my father! I had weapons to face your threats, but I have none against your tears; it is you who will bring your daughter to death.”

We were both so agitated that we could not recover for a long time. However, as I reflected on his last words, I realized that he was more knowledgeable than I had assumed. Resolving to use his own knowledge against him, I prepared to make an admission that I had been delaying for too long—at the risk of my life. But then, as if he had anticipated and feared what I was about to say, he stopped me abruptly and spoke to me in this way:

“I know what kind of baseless fantasy, unworthy of a well-born girl, resides in your heart. It is time to sacrifice that shameful passion, which brings you dishonor and which you can never satisfy except at the cost of my life, for the sake of duty and honesty. Listen once to what the honor of a father—and yours own—demands of you, and then judge for yourself.”

Mr. de Wolmar is a man of noble birth, endowed with all the qualities that enhance such standing; he enjoys the respect of the public and deserves it. I owe my life to him; you are aware of the promises I made to him. What I must also tell you is that when I went to his country to settle his affairs, he found himself caught up in the recent revolution, lost all his property, and barely escaped exile in Siberia by sheer luck. He now returns with only the remnants of his fortune, relying on the word of a friend who has never failed anyone. Please advise me how we should receive him upon his return. Should I say to him: “Sir, I promised you my daughter when you were wealthy, but now that you have nothing left, I retract my promise—my daughter does not want you anymore”? If I do not express my refusal in this way, it will be interpreted otherwise: your supposed love for her will be seen as a pretext, or at best as another insult to me; and both he and I will be regarded as a lost daughter and an ungrateful, dishonest man who sacrifices duty and faith for base gain, combining ingratitude with infidelity. My daughter, it is too late to bring a life free from reproach to such disgrace; sixty years of honor cannot be discarded in the space of a quarter of an hour.

“See therefore,” he continued, “how utterly irrelevant everything you could tell me now is; consider whether preferences that modesty condemns, and the fleeting passions of youth, can ever be weighed against the duties of a daughter or the compromised honor of a father. If it were merely a matter of one of them sacrificing their own happiness for the other, my tenderness might urge me to advocate such a sweet sacrifice; but, my child, honor has spoken—and in the blood that flows through you, it is always honor that decides.”

I certainly had good answers to offer in response to that speech; but my father’s prejudices led him to hold principles so different from mine that arguments which seemed irrefutable to me would not have shaken him in the slightest. Moreover, not knowing where he obtained the insights he seemed to have regarding my behavior, nor to what extent they extended; fearing that his insistence on interrupting me might mean he had already formed an opinion about what I had to say; and above all, restrained by a shame I was never able to overcome, I preferred to use an excuse that seemed more plausible to me, precisely because it conformed better to his way of thinking. I told him without any hesitation about the promise I had made to you; I declared that I would not break my word to you, and that no matter what happened, I would never marry without your consent.

Indeed, I was delighted to discover that my scruples did not displeasure him; he reproached me sharply for having made that promise, but he raised no objections whatsoever. For a gentleman of such honor naturally holds a high regard for the sincerity of commitments and regards promises as something always sacred! Instead of arguing about the invalidity of a promise which I would never have agreed to in the first place, he insisted that I write a letter, to which he attached his own note and sent them off immediately. How anxiously I waited for your reply! How often I prayed that you might not be as delicate as you probably were! But I knew you too well to doubt your obedience; I was certain that the more difficult the sacrifice required of you, the more readily you would undertake it. The reply finally came; it was kept from me during my illness. After I recovered, my fears were confirmed, and I had no excuses left. At least my father declared that he would accept none further; and with the authority that the terrible words he had spoken over me gave him over my will, he made me swear that I would say nothing to Monsieur de Wolmar that might prevent him from marrying me—because, he added, such an action would seem like a conspiracy between us, and at any cost, that marriage must take place or I would die of grief.

Sopraffatta da una perdita così crudele, la mia anima non aveva più forza se non quella di sentirne il dolore; il pianto della natura sofferente soffocava i sussurri dell’amore. Con orrore compresi la causa di tanta sofferenza; decisi finalmente di spegnere quell’odiosa passione che me l’aveva causata e di rinunciare a te per sempre. Era necessario. Non avevo forse già abbastanza motivi per piangere per il resto della mia vita, senza dover cercare continuamente nuove ragioni di dolore? Tutto sembrava favorire la mia decisione: se la tristezza addolcisce l’anima, una profonda afflizione la rende invece più forte. Il ricordo di mia madre morente cancellava il tuo; eravamo lontani. L’ speranza mi aveva abbandonata. Mai la mia incomparabile amica fu così sublime, mai così degna di occupare interamente tutto il mio cuore; la sua virtù, la sua ragione, la sua amicizia, le sue tenere carezze sembravano averla purificata. Pensai che tu fossi stato dimenticato, che io fossi guarita. Ma era troppo tardi: ciò che avevo scambiato per la freddezza di un amore spento non era altro che il crollo del disperazione.

Come un malato che smette di soffrire quando entra in uno stato di debolezza ma poi ricomincia a provare dolori ancora più intensi, anch’io sentii rinnovarsi tutte le mie sofferenze quando mio padre mi annunciò il prossimo ritorno di Monsieur de Wolmar. Fu allora che l’amore invincibile mi diede forze che credevo di non avere più. Per la prima volta nella mia vita osai oppormi a mio padre; gli dichiarai chiaramente che Monsieur de Wolmar non avrebbe mai avuto alcun significato per me, che ero decisa a morire vergine, che lui poteva comandare sulla mia vita, ma non sul mio cuore, e che nulla avrebbe potuto far cambiare la mia volontà. Non vi parlerò né della sua rabbia né delle umiliazioni che dovetti subire. Rimasi inamovibile: la mia timidezza, superata, mi aveva portata all’altro estremo; anche se il mio tono non era altrettanto imperioso quanto quello di mio padre, ero comunque decisa a resistere.

Vide che avevo preso posizione in suo favore e che non avrebbe ottenuto nulla da me attraverso l’autorità. Per un momento pensai di essere finalmente libera dalle sue persecuzioni. Ma cosa accadde quando, all’improvviso, vidi ai miei piedi il padre più severo trasformato in un uomo commosso e in lacrime? Senza permettermi di alzarmi, mi strinse le ginocchia e, fissando i suoi occhi umidi nei miei, disse con voce commovente – che ancora oggi riesco a ricordare dentro di me –: “Mia figlia, rispetta i capelli bianchi di tuo povero padre; non fargli scendere nel dolore alla tomba, proprio come quella donna che ti portò nel suo grembo. Ah! Vuoi davvero condannare tutta la tua famiglia a morte?”

Immaginate la mia angoscia. Quell’atteggiamento, quel tono, quel gesto, quel discorso, quell’idea orribile. Mi sconvolsero a tal punto che mi abbandonai tra le sue braccia, semiviva. Solo dopo molti singhiozzi riuscii a rispondergli con una voce alterata e debole: “Oh mio padre. Avevo armi contro le vostre minacce, ma non ne ho alcuna contro i vostri pianti. Siete voi ad uccidere vostra figlia.”

Eravamo entrambi così agitati che per molto tempo non riuscimmo a calmarci. Tuttavia, ripensando alle sue ultime parole, mi resi conto che era più istruito di quanto avessi creduto; decisa quindi a sfruttare a mio vantaggio le sue stesse conoscenze, mi preparai a fargli, a rischio della mia vita, una confessione che avevo troppo a lungo rimandato. In quel momento, lui si fermò bruscamente, come se avesse previsto e temuto ciò che stavo per dirgli, e mi parlò in questo modo:

“So quale fantasia indegna di una ragazza ben nata nutrite nel profondo del vostro cuore. È giunto il momento di sacrificare al dovere e all’onestà una passione vergognosa che vi disonora e che non potrete mai soddisfare se non a scapito della mia vita. Ascoltate una volta ciò che l’onore di un padre e il vostro stesso onore esigono da voi, e giudicatevi da soli.”

Il signor de Wolmar è un uomo di nobile origine, dotato di tutte le qualità che possono renderlo degno di tale status; gode della stima del pubblico e la merita davvero. Gli devo la vita; voi conoscete gli impegni che ho preso con lui. Quello che devo ancora dirvi è che, essendo andato nel suo paese per sistemare le sue faccende, si è trovato coinvolto nell’ultima rivoluzione: ha perso tutti i suoi beni e solo grazie a una fortuna straordinaria è riuscito a sfuggire all’esilio in Siberia. Ora ritorna con i resti della sua fortuna, sulla parola di un amico che non ha mai tradito nessuno. Ditemi ora come dovrei accoglierlo al suo ritorno. Devo dirgli: “Signore, vi avevo promesso mia figlia quando eravate ricco, ma ora che non avete più nulla, mi ritiro dalla mia promessa. Mia figlia non vuole più sposarvi”? Se non esprimo il mio rifiuto in questo modo, verrà interpretato come un pretesto o addirittura come un ulteriore affronto da parte mia. E voi verrete considerato un uomo che sacrifica i propri doveri e la propria fedeltà per un interesse meschino; io, invece, sarò giudicata una donna ingrata e infedele. Mia figlia. È troppo tardi per rovinare una vita senza macchie con l’infamia. Sessant’anni di onore non si abbandonano in un quarto d’ora.

“Vedete dunque,” continuò, “quanto tutto ciò che potreste dirmi sia ormai irrilevante; considerate se delle preferenze condannate dalla pudore e un passaggio fugace di giovinezza possano mai essere messi a confronto con il dovere di una ragazza e l’onore compromesso di un padre. Se si trattasse soltanto di sacrificare la propria felicità per l’altra, la mia tenerezza mi spingerebbe a compiere un simile atto; ma, mia figlia, l’onore ha parlato. E nel sangue da cui provieni, è sempre lui a decidere.”

Non mi mancavano buone risposte da dare a quel discorso; ma i pregiudizi di mio padre gli insegnavano principi così diversi dai miei, che ragioni che a me sembravano irrefutabili non avrebbero nemmeno potuto scuoterlo. Inoltre, non sapendo da dove provenissero le “luci” che lui pareva aver acquisito riguardo al mio comportamento, né fino a che punto potessero estendersi; temendo che la sua insistenza nel interrompermi significasse che aveva già preso una decisione su ciò che intendevo dirgli; e soprattutto, trattenuta da un senso di vergogna che non sono mai riuscita a superare, preferii utilizzare una scusa che mi sembrava più sicura, perché più in linea con il suo modo di pensare. Gli dichiarai senza mezzi termini l’impegno che avevo preso con voi; protestai che non vi avrei mai mancato di parola, e che, qualunque cosa fosse accaduta, non mi sarei mai sposata senza il vostro consenso.

Infatti, con gioia mi resi conto che il mio scrupolo non gli dispiaceva; mi fece vivaci rimproveri per la mia promessa, ma non sollevò alcuna obiezione; un gentiluomo pieno di onore ha infatti una naturale stima della fedeltà agli impegni e considera la parola come qualcosa di sempre sacro! Invece di discutere sulla nullità di quella promessa, su cui io non avrei mai acconsentito, mi costrinse a scrivere una lettera, alla quale aggiunse un’altra che fece partire immediatamente. Con quanta ansia aspettai la vostra risposta! Quante volte pregai perché foste meno delicato di quanto avreste dovuto essere. Ma vi conoscevo troppo bene per dubitare della vostra obbedienza, e sapevo che più doloroso fosse il sacrificio che vi veniva chiesto, più prontamente lo avreste compiuto. La risposta arrivò; mi fu nascosta durante la mia malattia; dopo il mio recupero, le mie paure si rivelarono fondate. Non mi rimase quindi alcuna scusa. Almeno mio padre mi dichiarò che non ne avrebbe accettate altre; e con l’influenza che quella terribile parola aveva su di me, mi fece giurare che non avrei detto nulla a Monsieur de Wolmar che potesse impedirgli di sposarmi, “Perché”, aggiunse, “ciò gli sembrerebbe un complotto tra noi, e a qualunque costo questo matrimonio deve avvenire, altrimenti morirò di dolore”.

Vous le savez, mon ami, ma santé, si robuste contre la fatigue et les injures de l’air, ne peut résister aux intempéries des passions, et c’est dans mon trop sensible coeur qu’est la source de tous les maux et de mon corps et de mon âme. Soit que de longs chagrins eussent corrompu mon sang, soit que la nature eût pris ce temps pour l’épurer d’un levain funeste, je me sentis fort incommodée à la fin de cet entretien. En sortant de la chambre de mon père je m’efforçai pour vous écrire un mot, et me trouvai si mal qu’en me mettant au lit j’espérai ne m’en plus relever. Tout le reste vous est trop connu ; mon imprudence attira la vôtre. Vous vîntes ; je vous vis, et je crus n’avoir fait qu’un de ces rêves qui vous offraient si souvent à moi durant mon délire. Mais quand j’appris que vous étiez venu, que je vous avais vu réellement, et que, voulant partager le mal dont vous ne pouviez me guérir, vous l’aviez pris à dessein, je ne pus supporter cette dernière épreuve ; et voyant un si tendre amour survivre à l’espérance, le mien, que j’avais pris tant de peine à contenir, ne connut plus de frein, et se ranima bientôt avec plus d’ardeur que jamais. Je vis qu’il fallait aimer malgré moi, je sentis qu’il fallait être coupable ; que je ne pouvais résister ni à mon père ni à mon amant, et que je n’accorderais jamais les droits de l’amour et du sang qu’aux dépens de l’honnêteté. Ainsi tous mes bons sentiments achevèrent de s’éteindre, toutes mes facultés s’altérèrent, le crime perdit son horreur à mes yeux, je me sentis tout autre au dedans de moi ; enfin, les transports effrénés d’une passion rendue furieuse par les obstacles me jetèrent dans le plus affreux désespoir qui puisse accabler une âme : j’osai désespérer de la vertu. Votre lettre, plus propre à réveiller les remords qu’à les prévenir, acheva de m’égarer. Mon coeur était si corrompu que ma raison ne put résister aux discours de vos philosophes. Des horreurs dont l’idée n’avait jamais souillé mon esprit osèrent s’y présenter. La volonté les combattait encore, mais l’imagination s’accoutumait à les voir ; et si je ne portais pas d’avance le crime au fond de mon coeur, je n’y portais plus ces résolutions généreuses qui seules peuvent lui résister.

J’ai peine à poursuivre. Arrêtons un moment. Rappelez-vous ce temps de bonheur et d’innocence où ce feu si vif et si doux dont nous étions animés épurait tous nos sentiments, où sa sainte ardeur[117] nous rendait la pudeur plus chère et l’honnêteté plus aimable, où les désirs mêmes ne semblaient naître que pour nous donner l’honneur de les vaincre et d’en être plus dignes l’un de l’autre. Relisez nos premières lettres, songez à ces moments si courts et trop peu goûtés où l’amour se parait à nos yeux de tous les charmes de la vertu, et où nous nous aimions trop pour former entre nous des liens désavoués par elle.

Qu’étions-nous, et que sommes-nous devenus ? Deux tendres amants passèrent ensemble une année entière dans le plus rigoureux silence : leurs soupirs n’osaient s’exhaler, mais leurs coeurs s’entendaient ; ils croyaient souffrir ; et ils étaient heureux. À force de s’entendre, ils se parlèrent ; mais, contents de savoir triompher d’eux-mêmes et de s’en rendre mutuellement l’honorable témoignage, ils passèrent une autre année dans une réserve non moins sévère ; ils se disaient leurs peines, et ils étaient heureux. Ces longs combats furent mal soutenus ; un instant de faiblesse les égara ; ils s’oublièrent dans les plaisirs ; mais s’ils cessèrent d’être chastes, au moins ils étaient fidèles ; au moins le ciel et la nature autorisaient les noeuds qu’ils avaient formés ; au moins la vertu leur était toujours chère ; ils l’aimaient encore et la savaient encore honorer ; ils s’étaient moins corrompus qu’avilis. Moins dignes d’être heureux, ils l’étaient pourtant encore.

Que font maintenant ces amants si tendres, qui brûlaient d’une flamme si pure, qui sentaient si bien le prix de l’honnêteté ? Qui l’apprendra sans gémir sur eux ? Les voilà livrés au crime. L’idée même de souiller le lit conjugal ne leur fait plus d’horreur… ils méditent des adultères ! Quoi ! sont-ils bien les mêmes ? Leurs âmes n’ont-elles point changé ? Comment cette ravissante image que le méchant n’aperçut jamais peut-elle s’effacer des coeurs où elle a brillé ? Comment l’attrait de la vertu ne dégoûte-t-il pas pour toujours du vice ceux qui l’ont une fois connue ? Combien de siècles ont pu produire ce changement étrange ? Quelle longueur de temps put détruire un si charmant souvenir, et faire perdre le vrai sentiment du bonheur à qui l’a pu savourer une fois ? Ah ! si le premier désordre est pénible et lent, que tous les autres sont prompts et faciles ! Prestige des passions, tu fascines ainsi la raison, tu trompes la sagesse et changes la nature avant qu’on s’en aperçoive ! On s’égare un seul moment de la vie, on se détourne d’un seul pas de la droite route ; aussitôt une pente inévitable nous entraîne et nous perd ; on tombe enfin dans le gouffre, et l’on se réveille épouvanté de se trouver couvert de crimes avec un coeur né pour la vertu. Mon bon ami, laissons retomber ce voile : avons-nous besoin de voir le précipice affreux qu’il nous cache pour éviter d’en approcher ? Je reprends mon récit.

M. de Wolmar arriva, et ne se rebuta pas du changement de mon visage. Mon père ne me laissa pas respirer. Le deuil de ma mère allait finir, et ma douleur était à l’épreuve du temps. Je ne pouvais alléguer ni l’un ni l’autre pour éluder ma promesse ; il fallut l’accomplir. Le jour qui devait m’ôter pour jamais à vous et à moi me parut le dernier de ma vie. J’aurais vu les apprêts de ma sépulture avec moins d’effroi que ceux de mon mariage. Plus j’approchais du moment fatal, moins je pouvais déraciner de mon coeur mes premières affections : elles s’irritaient par mes efforts pour les éteindre. Enfin, je me lassai de combattre inutilement. Dans l’instant même où j’étais prête à jurer à un autre un éternelle fidélité, mon coeur vous jurait encore un amour éternel, et je fus menée au temple comme une victime impure qui souille le sacrifice où l’on va l’immoler.

Arrivée à l’église, je sentis en entrant une sorte d’émotion que je n’avais jamais éprouvée. Je ne sais quelle terreur vint saisir mon âme dans ce lieu simple et auguste, tout rempli de la majesté de celui qu’on y sert. Une frayeur soudaine me fit frissonner ; tremblante et prête à tomber en défaillance, j’eus peine à me traîner jusqu’au pied de la chaire. Loin de me remettre, je sentis mon trouble augmenter durant la cérémonie, et s’il me laissait apercevoir les objets, c’était pour en être épouvantée. Le jour sombre de l’édifice, le profond silence des spectateurs, leur maintien modeste et recueilli, le cortège de tous mes parents, l’imposant aspect de mon vénéré père, tout donnait à ce qui s’allait passer un air de solennité qui m’excitait à l’attention et au respect, et qui m’eût fait frémir à la seule idée d’un parjure. Je crus voir l’organe de la Providence et entendre la voix de Dieu dans le ministre prononçant gravement la sainte liturgie. La pureté, la dignité, la sainteté du mariage, si vivement exposées dans les paroles de l’Écriture, ses chastes et sublimes devoirs si importants au bonheur, à l’ordre, à la paix, à la durée du genre humain, si doux à remplir pour eux-mêmes ; tout cela me fit une telle impression, que je crus sentir intérieurement une révolution subite. Une puissance inconnue sembla corriger tout à coup le désordre de mes affections et les rétablir selon la loi du devoir et de la nature. L’oeil éternel qui voit tout, disais-je en moi-même, lit maintenant au fond de mon coeur ; il compare ma volonté cachée à la réponse de ma bouche : le ciel et la terre sont témoins de l’engagement sacré que je prends ; ils le seront encore de ma fidélité à l’observer. Quel droit peut respecter parmi les hommes quiconque ose violer le premier de tous ?

You know, my friend, that my health, though strong enough to withstand the fatigue and the harm caused by the elements, cannot endure the storms of passion. It is in my overly sensitive heart that the source of all my troubles lies—both for my body and my soul. Whether it was because prolonged sorrow had corrupted my blood, or whether nature took this time to purify it from some malevolent influence, I felt extremely unwell at the end of that conversation. After leaving my father’s room, I tried to write you a word, but I was so ill that, upon lying down, I thought I might never rise again. The rest is all too well known to you; my imprudence drew yours. You came; I saw you—and for a moment, I believed it was just one of those dreams that had often appeared to me during my delirium. But when I realized you had truly come, that I had seen you with my own eyes, and that you had deliberately chosen to share in my suffering—since there was no cure—you became too much for me to bear. Seeing such tender love survive even the loss of hope, my own love, which I had struggled so hard to contain, lost all restraint and flared up more intensely than ever. I realized I had to love against my will; I felt I had to be guilty. I could neither resist my father nor my lover, and I knew that I could only grant the rights of love and marriage at the expense of honesty. Thus, all my good sentiments were extinguished; my abilities deteriorated; crime ceased to seem horrible to me; I became someone entirely different inside. Finally, the frenzied outbursts of a passion driven mad by obstacles plunged me into the deepest despair imaginable—I even dared to lose hope in virtue. Your letter, rather than preventing remorse, only served to renew it. My heart was so corrupted that my reason could no longer withstand the arguments of your “philosophers.” Horrors whose very existence had never before tainted my mind now dared to appear before me. My will still fought against them, but my imagination had grown accustomed to them. And if I had not already carried crime in my heart, at least I no longer possessed those noble resolutions that alone could have resisted it.

I can hardly continue. Let’s take a pause for a moment. Remember that time of happiness and innocence when the fiery yet gentle passion within us purified all our feelings; when its sacred ardor made modesty seem even more precious and honesty more endearing; when even our desires seemed to arise solely with the aim of enabling us to conquer them and become worthy of each other. Reread our earliest letters, recall those brief but so cherished moments when love appeared before us in all the charms of virtue, and when we loved one another so deeply that we never would have formed any bonds that virtue might have disapproved of.

What were we, and what have we become? Two tender lovers spent an entire year in the strictest silence: their sighs did not dare to be uttered, but their hearts could communicate; they believed they were suffering—and yet they were happy. As they came to understand each other better, they began to speak; but content with having overcome themselves and given one another honorable proof of their self-control, they spent another year in equally strict restraint. They shared their troubles with each other—and they were still happy. However, these long struggles were not easily sustained; a moment of weakness led them astray—they forgot about their resolve and indulged in pleasures. But even if they ceased to be chaste, at least they remained faithful; at least heaven and nature sanctioned the bonds they had formed; at least virtue was still dear to them; they still loved it and knew how to honor it. They may have become less virtuous, but they were not less worthy of happiness.

What are these once so tender lovers doing now, those who burned with such pure passion, those who so deeply understood the value of honesty? Who will learn of their fate without lamenting them? Here they are, abandoned to sin. The very idea of defiling the sacred bed of marriage no longer fills them with horror, they even contemplate adultery! How is it possible? Are they really the same people? Have their souls changed at all? How can that beautiful image, which the wicked never saw, vanish from hearts where it once shone so brightly? How can the allure of virtue not forever turn those who have known it away from vice? How many centuries must have passed to bring about such a strange transformation? How much time is required to destroy a memory so cherished, and to make one lose the true sense of happiness that was once known? Ah! If the first step toward corruption is painful and slow, how much more are all the others swift and easy! O power of passion, you bewitch reason, deceive wisdom, and alter nature before we even realize it. For a single moment in life, we deviate from the right path; immediately, an inevitable slope draws us down and loses us forever. We fall into the abyss, only to awaken in horror, covered in crimes, while our hearts were meant for virtue. My dear friend, let us drop this veil again: do we really need to see the dreadful abyss it hides in order to avoid approaching it? I shall continue my story.

Mr. de Wolmar arrived, and he was not disturbed by the change in my expression. My father did not give me a moment’s respite. My mother’s mourning was coming to an end, and my pain was being tested by time. I could offer neither one nor the other as an excuse to break my promise; it had to be fulfilled. The day that was destined to forever separate me from you and from myself seemed like the last day of my life. I would have faced the preparations for my burial with less fear than those for my marriage. The closer I approached that fateful moment, the more impossible it became to eradicate the first affections of my heart; my efforts to extinguish them only made them burn more fiercely. Finally, I gave up fighting in vain. In the very instant when I was ready to swear eternal fidelity to another, my heart was still swearing to you an everlasting love, and I was led to the temple like an impure victim about to contaminate the sacrifice that was about to be offered for me.

Upon arriving at the church, I felt a kind of emotion upon entering that I had never experienced before. Some unknown terror seized my soul in this simple and solemn place, filled with the majesty of him whom we were there to serve. A sudden fear made me shiver; trembling and on the verge of fainting, I barely managed to drag myself to the foot of the altar. Far from recovering, my agitation only increased throughout the ceremony. Even as I observed the various objects around me, they only filled me with more terror. The dimness of the building, the profound silence of the congregation, their humble and reverent demeanor, the presence of all my relatives, and the imposing appearance of my revered father—all these elements gave an air of solemnity to what was about to happen, which stirred my attention and respect to such an extent that the mere thought of committing perjury would have filled me with dread. I felt as if I could see the instrument of Providence and hear the voice of God in the minister as he solemnly conducted the sacred rites. The purity, dignity, and sanctity of marriage—so vividly depicted in the words of Scripture; its chaste and sublime duties, so essential for the happiness, order, peace, and lasting welfare of humanity, and so delightful to fulfill. All these things had such a profound effect on me that I felt as if some sudden transformation was taking place within me. Some unknown power seemed to instantly rectify the disorder in my emotions and restore them in accordance with the laws of duty and nature. “The eternal eye that sees everything,” I thought to myself, “is now observing the depths of my heart; it compares my hidden intentions with what my mouth proclaims. Heaven and earth bear witness to the sacred promise I make here; they will also witness my fidelity in keeping it.” Among all men, what right does anyone possess to respect those who dare to violate this most fundamental of promises?

Amico mio, come sai, la mia salute, per quanto robusta contro la fatica e gli effetti negativi dell’ambiente, non riesce a resistere alle tempeste delle passioni; ed è proprio nel mio cuore troppo sensibile che risiede l’origine di tutti i miei mali, sia fisici che spirituali. Che sia stato il lungo dolore a corrompere il mio sangue, o che la natura abbia approfittato di quel periodo per purificarlo da un “lievito funesto”, alla fine di quell’incontro mi sentii profondamente malata. Uscita dalla stanza di mio padre, cercai di scriverti una parola, ma mi trovavo così male che, appena mi misi a letto, sperai di non rialzarmi più. Il resto è troppo noto a te: la mia imprudenza attirò la tua. Tu venisti; ti vidi, e pensai di aver fatto solo uno di quei sogni che spesso mi apparivano durante il mio delirio. Ma quando seppi che eri davvero venuto, che ti avevo visto realmente, e che, volendo condividere quel male dal quale non potevi guarirmi, l’avevi fatto apposta, non riuscii a sopportare questa ultima prova. Vedendo un amore così tenero sopravvivere alla speranza, il mio, che avevo faticato tanto a contenere, perse ogni freno e si ravvivò con ancora più ardore di prima. Capii che dovevo amare contro la mia volontà, sentii che dovevo essere colpevole; che non potevo resistere né a mio padre né al mio amante, e che avrei concesso i diritti dell’amore e del sangue soltanto a scapito dell’onestà. Così, tutti i miei buoni sentimenti finirono per spegnersi; tutte le mie facoltà si alterarono, il crimine perse la sua orrore ai miei occhi, mi sentii completamente diversa dentro di me. Infine, gli eccessi furiosi di una passione resa ancora più violenta dagli ostacoli mi gettarono nel più terribile disperazione che possa colpire un’anima, osai persino disperare della virtù. La tua lettera, piuttosto adatta a risvegliare i rimorsi che a prevenirli, finì per farmi perdere del tutto la ragione. Il mio cuore era così corrotto che nemmeno la mia mente riuscì a resistere ai discorsi dei tuoi “filosofi”. Orrori di cui non avevo mai immaginato l’esistenza osarono presentarsi nella mia mente. La volontà li combatteva ancora, ma l’immaginazione si abituava ad vederli. E se non avessi già portato il crimine nel profondo del mio cuore, non avrei più avuto quelle risoluzioni generose che soltanto possono resistergli.

Faccio fatica a continuare. Fermiamoci un attimo. Ricordatevi quei momenti di felicità e innocenza in cui quel fuoco così intenso e al contempo dolce che ci animava purificava tutti i nostri sentimenti; la sua sacra ardore rendeva la pudicizia ancora più preziosa e l’onestà ancora più amabile. Persino i desideri sembravano nascere soltanto per permetterci di vincerli e renderci ancora più degni l’uno dell’altro. Rileggete le nostre prime lettere, pensate a quei momenti così brevi e troppo poco apprezzati. In quelli momenti, l’amore ci appariva con tutti i fascini della virtù; ci amavamo troppo per creare tra di noi legami che la stessa virtù avrebbe disapprovato.

Chi eravamo, e in cosa siamo diventati? Due teneri amanti trascorsero un intero anno nel più rigoroso silenzio: i loro sospiri non osavano esprimersi a parole, ma i loro cuori si comprendevano; credevano di soffrire, e in realtà erano felici. Continuando a comunicare in questo modo, finirono per parlarsi apertamente; tuttavia, soddisfatti di essere riusciti a vincere su se stessi e di dimostrarsi reciprocamente fedeli, trascorsero un altro anno mantenendo lo stesso rigore. Si confidavano a vicenda i loro sentimenti, e erano ancora felici. Queste lunghe battaglie interiori non furono però vinte con successo; un momento di debolezza li fece cadere in errore: si abbandonarono ai piaceri sensuali. Ma sebbene avessero perso la castità, rimasero fedeli; almeno il cielo e la natura approvavano i legami che avevano formato; almeno la virtù continuava ad essere preziosa per loro: la amavano ancora e la rispettavano sempre. Erano meno corrotti di quanto non fossero decaduti. Meno degni di essere felici, eppure lo erano comunque.

Cosa fanno ora questi amanti così teneri, che ardevano di una fiamma così pura, che comprendevano così bene il valore dell’onestà? Chi lo scoprirà senza gemere per loro? Eccoli consegnati al crimine. L’idea stessa di contaminare il letto coniugale non li suscita più orrore. Pensano addirittura ad adulteri! Ma sono davvero gli stessi di prima? Le loro anime non sono cambiate? Come può quell’immagine incantevole, che il malvagio non ha mai visto, svanire dai cuori in cui ha brillato? Perché il fascino della virtù non allontana per sempre dal vizio coloro che l’hanno conosciuta una volta? Quanti secoli possono produrre un tale cambiamento strano? Quanto tempo può distruggere un ricordo così incantevole, e far perdere la vera sensazione del felicità a chi l’ha provata almeno una volta? Ah. Se il primo errore è doloroso e lento ad avvenire, quanti altri sono invece rapidi e facili da commettere! Prestigio delle passioni, tu affascini così la ragione, inganni la saggezza e cambi la natura umana prima ancora che ci accorgiamo! Ci perdiamo per un solo momento nella vita, ci allontaniamo anche solo di un passo dal sentiero giusto. E subito una china ineluttabile ci trascina verso il disastro; finiamo per cadere nel baratro e ci svegliamo, spaventati, scoprendoci coperti di crimini, mentre il nostro cuore è nato per la virtù. Mio caro amico, lasciamo che quel velo cada: abbiamo davvero bisogno di vedere quell’orribile abisso che nasconde, per evitare di avvicinarci? Riprendo il mio racconto.

Il signor de Wolmar arrivò e non si scoraggiò di fronte al cambiamento nel mio viso. Mio padre non mi lasciò nemmeno respirare: il lutto per mia madre stava per finire, e il mio dolore veniva messo alla prova dal tempo. Non potevo invocare né l’uno né l’altro per eludere la mia promessa; dovevo mantenerla. Il giorno che avrebbe dovuto separarmi per sempre da voi mi sembrò l’ultimo della mia vita. Avrei affrontato con meno terrore i preparativi per il mio funerale di quelli per il mio matrimonio. Più mi avvicinavo al momento fatale, meno riuscivo a strappare dal mio cuore le prime mie affezioni: esse si risvegliavano ogni volta che cercavo di soffocarle. Alla fine, mi arresi a questa lotta inutile. Nello stesso istante in cui ero pronta a giurare ad un altro fedeltà eterna, il mio cuore continuava a giurarvi un amore infinito. E fui portata al tempio come una vittima impura che contamina il sacrificio nel quale verrà immolata.

Arrivata in chiesa, sentii, entrando, un’emozione che non avevo mai provato prima. Una sorta di terrore afferrò la mia anima in quel luogo semplice e maestoso, pieno della maestosità di Colui a cui si rende omaggio lì dentro. Un brivido improvviso mi fece tremare; tremante e sul punto di svenire, faticai a trascinarmi fino ai piedi dell’altare. Lontano dal riprendermi, sentii il mio turbamento aumentare durante la cerimonia, e se gli oggetti presenti in chiesa mi permettevano di vederli, era solo per farmi rabbrividire ancora di più. L’oscurità dell’edificio, il profondo silenzio dei presenti, il loro comportamento modesto e rispettoso, la compagnia di tutti i miei parenti, l’imponente aspetto del mio venerato padre, tutto contribuiva a conferire a ciò che stava per accadere un’atmosfera di solennità che mi stimolava all’attenzione e al rispetto, e che avrebbe fatto tremare chiunque solo pensasse di violare quel sacro impegno. Pensai di vedere l’organo della Provvidenza e di sentire la voce di Dio nel sacerdote che pronunciava con gravità le parole della santa liturgia. La purezza, la dignità, la santità del matrimonio, così vividamente descritte nelle parole della Scrittura; i suoi doveri casti e sublimi, così importanti per il bene, l’ordine, la pace e la durata dell’umanità, tutto ciò ebbe su di me un effetto profondo; sentii come se dentro di me avvenisse una improvvisa trasformazione. Una forza sconosciuta sembrò correggere all’improvviso il disordine dei miei sentimenti e ristabilirli secondo la legge del dovere e della natura. “L’occhio eterno che vede tutto”, pensavo, “sta ora leggendo nel profondo del mio cuore; confronta la mia volontà nascosta con le parole che escono dalla mia bocca. Il cielo e la terra sono testimoni dell’impegno sacro che sto prendendo; saranno ancora testimoni della mia fedeltà ad osservarlo”. Quale diritto può essere rispettato tra gli uomini da chiunque osi violare il primo di tutti i diritti?

Un coup d’oeil jeté par hasard sur M. et Mme d’Orbe, que je vis à côté l’un de l’autre et fixant sur moi des yeux attendris, m’émut plus puissamment encore que n’avaient fait tous les autres objets. Aimable et vertueux couple, pour moins connaître l’amour, en êtes-vous moins unis ? Le devoir et l’honnêteté vous lient : tendres amis, époux fidèles, sans brûler de ce feu dévorant qui consume l’âme, vous vous aimez d’un sentiment pur et doux qui la nourrit, que la sagesse autorise et que la raison dirige ; vous n’en êtes que plus solidement heureux. Ah ! puissé-je dans un lien pareil recouvrer la même innocence, et jouir du même bonheur ! Si je ne l’ai pas mérité comme vous, je m’en rendrai digne à votre exemple. Ces sentiments réveillèrent mon espérance et mon courage. J’envisageai le saint noeud que j’allais former comme un nouvel état qui devait purifier mon âme et la rendre à tous ses devoirs. Quand le pasteur me demanda si je promettais obéissance et fidélité parfaite à celui que j’acceptais pour époux, ma bouche et mon coeur le promirent. Je le tiendrai jusqu’à la mort.

De retour au logis, je soupirais après une heure de solitude et de recueillement. Je l’obtins, non sans peine ; et quelque empressement que j’eusse d’en profiter, je ne m’examinai d’abord qu’avec répugnance, craignant de n’avoir éprouvé qu’une fermentation passagère en changeant de condition, et de me retrouver aussi peu digne épouse que j’avais été fille peu sage. L’épreuve était sûre, mais dangereuse. Je commençai par songer à vous. Je me rendais le témoignage que nul tendre souvenir n’avait profané l’engagement solennel que je venais de prendre. Je ne pouvais concevoir par quel prodige votre opiniâtre image m’avait pu laisser si longtemps en paix avec tant de sujets de me la rappeler ; je me serais défiée de l’indifférence et de l’oubli, comme d’un état trompeur qui m’était trop peu naturel pour être durable. Cette illusion n’était guère à craindre ; je sentis que je vous aimais autant et plus peut-être que je n’avais jamais fait ; mais je le sentis sans rougir. Je vis que je n’avais pas besoin pour penser à vous d’oublier que j’étais la femme d’un autre. En me disant combien vous m’étiez cher, mon coeur était ému, mais ma conscience et mes sens étaient tranquilles ; et je connus dès ce moment que j’étais réellement changée. Quel torrent de pure joie vint alors inonder mon âme ! Quel sentiment de paix, effacé depuis si longtemps, vint ranimer ce coeur flétri par l’ignominie, et répandre dans tout mon être une sérénité nouvelle ! Je cru me sentir renaître ; je crus recommencer une autre vie. Douce et consolante vertu, je la recommence pour toi ; c’est toi qui me la rendras chère ; c’est à toi que je la veux consacrer. Ah ! j’ai trop appris ce qu’il en coûte à te perdre, pour t’abandonner une seconde fois !

Dans le ravissement d’un changement si grand, si prompt, si inespéré, j’osai considérer l’état où j’étais la veille ; je frémis de l’indigne abaissement où m’avait réduit l’oubli de moi-même et de tous les dangers que j’avais courus depuis mon premier égarement. Quelle heureuse révolution me venait de montrer l’horreur du crime qui m’avait tentée, et réveillait en moi le goût de la sagesse ! Par quel rare bonheur avais-je été plus fidèle à l’amour qu’à l’honneur qui me fut si cher ? Par quelle faveur du sort votre inconstance ou la mienne ne m’avait-elle point livrée de nouvelles inclinations ? Comment eussé-je opposé à un autre amant une résistance que le premier avait déjà vaincue, et une honte accoutumée à céder aux désirs ? Aurais-je plus respecté les droits d’un amour éteint que je n’avais respecté ceux de la vertu, jouissant encore de tout leur empire ? Quelle sûreté avais-je eue de n’aimer que vous seul au monde si ce n’est un sentiment intérieur que croient avoir tous les amants, qui se jurent une constance éternelle, et se parjurent innocemment toutes les fois qu’il plaît au ciel de changer leur coeur ? Chaque défaite eût ainsi préparé la suivante ; l’habitude du vice en eût effacé l’horreur à mes yeux. Entraînée du déshonneur à l’infamie sans trouver de prise pour m’arrêter, d’une amante abusée je devenais une fille perdue, l’opprobre de mon sexe et le désespoir de ma famille. Qui m’a garantie d’un effet si naturel de ma première faute ? Qui m’a retenue après le premier pas ? Qui m’a conservé ma réputation et l’estime de ceux qui me sont chers ? Qui m’a mise sous la sauvegarde d’un époux vertueux, sage, aimable par son caractère et même par sa personne, et rempli pour moi d’un respect et d’un attachement si peu mérités ? Qui me permet enfin d’aspirer encore au titre d’honnête femme, et me rend le courage d’en être digne ? Je le vois, je le sens ; la main secourable qui m’a conduite à travers les ténèbres est celle qui lève à mes yeux le voile de l’erreur, et me rend à moi malgré moi-même. La voix secrète qui ne cessait de murmurer au fond de mon coeur s’élève et tonne avec plus de force au moment où j’étais prête à périr. L’auteur de toute vérité n’a point souffert que je sortisse de sa présence, coupable d’un vil parjure ; et, prévenant mon crime par mes remords, il m’a montré l’abîme où j’allais me précipiter. Providence éternelle, qui fais ramper l’insecte et rouler les cieux, tu veilles sur la moindre de tes oeuvres ! Tu me rappelles au bien que tu m’as fait aimer ! Daigne accepter d’un coeur épuré par tes soins l’hommage que toi seule rends digne de t’être offert.

À l’instant, pénétrée d’un vif sentiment du danger dont j’étais délivrée, et de l’état d’honneur et de sûreté où je me sentais rétablie, je me prosternai contre terre, j’élevai vers le ciel mes mains suppliantes, j’invoquai l’Être dont il est le trône, et qui soutient ou détruit quand il lui plaît par nos propres forces la liberté qu’il nous donne. « Je veux, lui dis-je, le bien que tu veux, et dont toi seul es la source. Je veux aimer l’époux que tu m’as donné. Je veux être fidèle, parce que c’est le premier devoir qui lie la famille et toute la société. Je veux être chaste, parce que c’est la première vertu qui nourrit toutes les autres. Je veux tout ce qui se rapporte à l’ordre de la nature que tu as établi, et aux règles de la raison que je tiens de toi. Je remets mon coeur sous ta garde et mes désirs en ta main. Rends toutes mes actions conformes à ma volonté constante, qui est la tienne ; et ne permets plus que l’erreur d’un moment l’emporte sur le choix de toute ma vie. »

Après cette courte prière, la première que j’eusse faite avec un vrai zèle, je me sentis tellement affermie dans mes résolutions, il me parut si facile et si doux de les suivre, que je vis clairement où je devais chercher désormais la force dont j’avais besoin pour résister à mon propre coeur, et que je ne pouvais trouver en moi-même. Je tirai de cette seule découverte une confiance nouvelle, et je déplorai le triste aveuglement qui me l’avait fait manquer si longtemps. Je n’avais jamais été tout à fait sans religion ; mais peut-être vaudrait-il mieux n’en point avoir du tout que d’en avoir une extérieure et maniérée, qui sans toucher le coeur rassure la conscience ; de se borner à des formules, et de croire exactement en Dieu à certaines heures pour n’y plus penser le reste du temps. Scrupuleusement attachée au culte public, je n’en savais rien tirer pour la pratique de ma vie. Je me sentais bien née, et me livrais à mes penchants ; j’aimais à réfléchir et me fiais à ma raison ; ne pouvant accorder l’esprit de l’Évangile avec celui du monde, ni la foi avec les oeuvres, j’avais pris un milieu qui contentait ma vaine sagesse ; j’avais des maximes pour croire et d’autres pour agir ; j’oubliais dans un lieu ce que j’avais pensé dans l’autre ; j’étais dévote à l’église et philosophe au logis. Hélas ! je n’étais rien nulle part ; mes prières n’étaient que des mots, mes raisonnements des sophismes, et je suivais pour toute lumière la fausse lueur des feux errants qui me guidaient pour me perdre.

By chance, I caught a glimpse of Mr. and Mrs. d’Orbe, standing side by side and looking at me with tender eyes. This sight moved me even more powerfully than all the other things I had seen. What an amiable and virtuous couple! Even if they knew less about love, were they any less united? Duty and honesty bind them together; dear friends, faithful spouses, you love each other with a pure and gentle sentiment that nourishes your souls, is sanctioned by wisdom, and guided by reason. For this very reason, you are all the more truly happy. Ah! If only I could regain such innocence in a similar bond and enjoy the same happiness! Even if I have not deserved it as you have, I will strive to earn it through your example. These thoughts renewed my hope and courage. I viewed the sacred union I was about to enter upon as a new beginning that would purify my soul and restore me to all my duties. When the pastor asked me whether I promised absolute obedience and fidelity to the man I was about to marry, both my mouth and my heart pledged it. I will keep that promise until death.

Upon returning home, I sighed for an hour of solitude and reflection. I finally obtained it, though not without difficulty; and despite my eagerness to make use of it, I hesitated at first, fearing that what I had experienced was merely a temporary surge caused by the change in my circumstances, and that I might discover myself just as unworthy as a foolish girl had once been. The test was certain, but dangerous. I began by thinking of you. I assured myself that no tender memories had violated the solemn promise I had just made. I could not understand how your persistent image had allowed me to remain at peace for so long, given all the reasons it should have reminded me of you; I dismissed indifference and forgetfulness as deceptive states that were too unnatural to be lasting. This illusion was hardly worth fearing; I felt that I loved you even more than before—but I felt it without shame. I realized that thinking of you did not require me to forget that I was someone else’s wife. As I considered how dear you were to me, my heart stirred, but my conscience and senses remained calm; and at that moment, I knew for sure that I had truly changed. What a torrent of pure joy overwhelmed my soul! What a sense of peace—long lost—revived my heart, which had been wounded by humiliation, and filled my entire being with newfound serenity! I felt as if I were reborn; I believed I was beginning a new life. Oh, gentle and comforting virtue, I begin this life anew for your sake; it is you who will make it precious to me; I dedicate it to you. Ah! I have learned too well what it costs to lose you—so I will never abandon you again!

In the rapture of such a great, sudden, and unexpected change, I dared to look back at the state in which I had been the previous day; I shuddered at the ignoble degradation into which my self-forgetfulness and all the dangers I had faced since my first mistake had reduced me. What a fortunate transformation this was—how it revealed to me the horror of the crime that had tempted me and awakened in me a desire for wisdom! By what rare good fortune had I been more faithful to love than to honor, which was so dear to me? By what stroke of fate had your fickleness or mine not led me into new temptations? How could I have resisted another lover when the first one had already overcome my resistance, and when shame had long since made me accustomed to yielding to desire? Would I have respected the rights of a love that was dead any more than I had respected the virtues I still enjoyed? What assurance did I have that I would love only you in this world, unless it were that inner sentiment which all lovers believe they possess—that feeling which swears eternal fidelity but innocently breaks its promises whenever heaven chooses to change their hearts? Every defeat would have prepared me for the next; habit would have made the horrors of vice seem less terrible to my eyes. Driven from dishonor to infamy, with no means to stop myself, I would have gone from being a betrayed lover to a lost girl, bringing shame upon my sex and despair to my family. Who could guarantee me such an inevitable outcome of my first mistake? Who prevented me from taking that first step forward? Who preserved my reputation and the respect of those I loved? Who placed me under the protection of a virtuous, wise, and kind husband—someone whose character and even his person filled me with respect and affection, despite my unworthiness? Finally, who allows me to still aspire to the title of an honest woman and gives me the courage to be worthy of it? I see it, I feel it—the hand that guided me through the darkness is the same one that lifts the veil of error from my eyes and brings me back to myself, against my will. The secret voice that had always murmured in the depths of my heart rises now, louder than ever, at the very moment when I am about to perish. The Author of all truth did not allow me to depart from His presence, guilty as I was of a vile betrayal; and by causing me to repent before I could commit my crime, He showed me the abyss into which I was about to plunge. Eternal Providence, who causes even the smallest of Your creations to function in their appointed ways—how carefully do You watch over every one of Your works! You remind me of the good that You have made me cherish; please accept the homage that a heart purified by Your care can offer You alone.

In that instant, filled with a profound sense of the danger from which I had been saved, and with gratitude for the state of honor and security in which I now found myself, I prostrated myself on the ground, raised my hands to the heavens in supplication, and invoked the Being upon whose throne all power resides—the One who, at His will, either preserves or destroys the freedom He has granted us through our own efforts. “I desire,” I said to Him, “that which You desire, for You alone are its source. I wish to love the husband You have given me. I want to be faithful, for that is the first duty that binds a family and entire society together. I seek to be chaste, for that is the primary virtue that nurtures all others. I desire everything that conforms to the order of nature You have established and to the principles of reason which I learn from You. I place my heart under Your protection and entrust my desires into Your hands. May all my actions align with My constant will, which is Yours; and never again permit a fleeting mistake to override the choices I make throughout my life.”

After this brief prayer—the first one I had ever offered with genuine fervor—I felt so strengthened in my resolve that following it seemed both easy and gentle. I clearly saw where I could now find the strength I needed to resist my own desires, a strength that I could not find within myself. This single realization filled me with newfound confidence, and I lamented the sad ignorance that had kept me from it for so long. I had never been completely devoid of religious beliefs; but perhaps it would have been better to have none at all than to possess a superficial and artificial form of religion that merely satisfied one’s conscience without touching the heart. To limit oneself to mere rituals and believe in God only at certain times, while ignoring Him at other times, was nothing more than hypocrisy. Strictly adhering to public worship, I found no real guidance for my life from it. Feeling born into a privileged position, I indulged in my whims; I enjoyed pondering things and trusted my reason. Unable to reconcile the teachings of the Gospel with those of the world, or faith with actions, I adopted a middle ground that satisfied my own vain wisdom. I had principles for believing and others for acting; I would forget what I thought one place and believe something else elsewhere; I was pious at church but philosophical at home. Alas! I was nothing at all—in neither place. My prayers were mere words, my reasoning nothing but sophistry, and I followed the false light of fleeting illusions that led me astray.

Un’occhiata casuale su Monsieur e Madame d’Orbe, che vidi uno accanto all’altro e che mi fissavano con occhi pieni di tenerezza, mi commosse ancora più profondamente di quanto avessero fatto tutti gli altri oggetti intorno a me. Che coppia amorevole e virtuosa. Anche se conoscete meno l’amore, non siete forse ancora più uniti? Il dovere e l’onestà vi legano: amici cari, coniugi fedeli, senza bruciare di quel fuoco divorante che consuma l’anima, vi amate con un sentimento puro e dolce che la nutre, autorizzato dalla saggezza e guidato dalla ragione. E per questo siete ancora più felici. Ah! Se solo potessi, in un legame simile, riacquistare la stessa innocenza e godere della stessa felicità. Anche se non l’ho meritata come voi, imparerò ad esserne degno seguendo il vostro esempio. Questi sentimenti risvegliarono in me la speranza e il coraggio. Vidi quel sacro legame che stavo per stringere come un nuovo stato che avrebbe purificato la mia anima e ricondotta a tutti i suoi doveri. Quando il pastore mi chiese se promettevo obbedienza e fedeltà perfetta a colui che accettavo come marito, sia la mia bocca che il mio cuore lo promisero. Lo manterrò fino alla morte.

Tornata a casa, desideravo ardentemente un’ora di solitudine e riflessione. La ottenni, non senza difficoltà; e per quanto fossi impaziente di approfittarne, inizialmente mi esaminai con riluttanza, temendo che il cambiamento di situazione non avesse suscitato in me che un’emozione passeggera. E che io ritrovassi ad essere una moglie altrettanto indegna di quanto fossi stata una figlia poco saggia. Quell’esperimento era certo, ma pericoloso. Iniziai pensando a te. Mi resi conto che nessun tenero ricordo aveva profanato l’impegno solenne che avevo appena preso. Non riuscivo a capire come la tua immagine ostinata fosse riuscita a lasciarmi in pace per tanto tempo, nonostante ci fossero così tanti motivi per ricordarti. Mi fidavo poco dell’indifferenza e dell’oblio, considerandoli uno stato ingannevole, troppo innaturale per poter durare. Quell’illusione, in realtà, non era poi così temibile. Sentii di amarti tanto, forse ancora di più di prima. Ma lo sentii senza arrossire. Mi resi conto che non avevo bisogno di dimenticare di essere la moglie di un altro per pensare a te. Pensando a quanto fossi preziosa per me, il mio cuore si commuoveva. Ma la mia coscienza e i miei sensi erano tranquilli. E in quel momento capii davvero di essere cambiata. Che torrente di gioia pura invase allora la mia anima! Quale senso di pace, da tanto tempo dimenticato, rianimò quel cuore offeso dall’umiliazione, diffondendo in tutto il mio essere una serenità nuova. Pensai di rinascere. Di iniziare una vita diversa. Dolce e consolante virtù. La riprendo per te. Sei tu che la renderai preziosa per me. È a te che voglio dedicarla. Ah! Ho imparato troppo bene a quale prezzo si paghi a perderti. Per non abbandonarti mai più.

Nell’estasi di un cambiamento così grande, così rapido, così inaspettato, osai ripensare allo stato in cui mi trovavo il giorno prima; rabbrividii all’umiliante declino a cui mi aveva ridotto l’oblio di me stessa e di tutti i pericoli che avevo corso fin dal mio primo errore. Quanta felice rivoluzione mi era stata offerta: quella che mi fece comprendere l’orrore del crimine che aveva tentato di sedurmi e risvegliò in me il desiderio di saggezza! Con quale raro destino ero rimasta più fedele all’amore che all’onore, che per me era così prezioso. Con quale grazia del destino la tua incostanza o la mia non mi avevano condotta verso nuove tentazioni. Come avrei potuto opporre a un altro amante una resistenza che il primo aveva già vinto, e un senso di vergogna abituato a cedere ai desideri. Avrei rispettato di più i diritti di un amore ormai finito di quelli della virtù, di cui ancora godevo tutto il potere? Quanta sicurezza avevo nel fatto che amassi solo te al mondo. Se non fosse stato per quel sentimento interno che tutti gli amanti credono di possedere, che si giurano fedeltà eterna e poi tradiscono ogni volta che il cielo decide di cambiare i loro cuori. Ogni sconfitta avrebbe preparato la seguente; l’abitudine al vizio avrebbe cancellato dall’alto dei miei occhi l’orrore del male. Trascinata dall’onore verso l’infamia, senza trovare nulla che mi fermasse, da un’amante ingannata diventavo una ragazza perduta. L’oltraggio del mio sesso e la disperazione della mia famiglia. Chi mi ha garantito che il risultato naturale del mio primo errore sarebbe stato questo? Chi mi ha trattenuto dopo quel primo passo? Chi mi ha conservato la reputazione e l’affetto di coloro che mi sono cari? Chi mi ha messa sotto la protezione di un marito virtuoso, saggio, amabile sia per carattere che per persona, e pieno di rispetto e affetto per me. Chi finalmente mi permette ancora di aspirare al titolo di donna onesta e mi dà il coraggio di esserne degna? Lo vedo, lo sento. La mano misericordiosa che mi ha guidata attraverso le tenebre è quella che solleva davanti ai miei occhi il velo dell’errore e mi restituisce me stessa, nonostante i miei desideri. La voce segreta che non smetteva di sussurrare nel profondo del mio cuore si alza ora con più forza, proprio nel momento in cui ero pronta a perire. L’autore di tutta la verità non ha permesso che io mi allontanassi dalla sua presenza, colpevole di un vile tradimento. E, prevenendo il mio crimine attraverso i miei rimorsi, mi ha mostrato l’abisso nel quale stavo per cadere. Provvidenza eterna, che fai strisciare gli insetti e ruotare i cieli. Tu vegli su anche la più piccola delle tue opere. Mi ricordi del bene che mi hai fatto amare. Perdona un cuore purificato dai tuoi insegnamenti l’omaggio che solo a te è degno di essere offerto.

In quell’istante, pervasa da un profondo senso del pericolo dal quale ero stata salvata e dall’onore e dalla sicurezza che ora provavo, mi prostrai a terra, alzai verso il cielo le mie mani supplicanti e invocai l’Essere dal cui trono dipende tutto; l’Essere che, secondo i suoi voleri, attraverso le nostre stesse forze, sostiene o distrugge la libertà che ci dona. “Voglio”, gli dissi, “ciò che tu vuoi, e che solo tu sei la fonte di tutto il bene. Voglio amare l’uomo che mi hai dato in sposo. Voglio essere fedele, perché questa è la prima virtù che unisce una famiglia e tutta la società. Voglio essere casta, perché questa è la prima virtù che nutre tutte le altre. Voglio tutto ciò che è in armonia con l’ordine della natura che hai stabilito e con le regole della ragione che ho imparato da te. Metto il mio cuore sotto la tua protezione e i miei desideri nelle tue mani. Fai sì che tutte le mie azioni siano in linea con la mia volontà, che è la tua; e non permettere più che un momento di errore prevalga sulla scelta che ho fatto per tutta la vita.”

Dopo questa breve preghiera, la prima che avessi recitato con vero zelo, mi sentii profondamente rafforzata nelle mie risoluzioni; mi sembrò così facile e dolce attenermi ad esse che compresi chiaramente dove poter trovare la forza di cui avevo bisogno per resistere ai miei stessi desideri, una forza che non trovavo dentro di me. Trassi da questa scoperta una nuova fiducia in me stessa e rimpiansi l’infelice cecità che per tanto tempo mi aveva impedito di vederla. Non ero mai stata del tutto priva di religione; ma forse sarebbe stato meglio non averne affatto, piuttosto che averne una solo esteriore e formale, che senza toccare il cuore rassicura soltanto la coscienza; limitarsi alle formule rituali e credere in Dio soltanto in alcune ore, per poi dimenticarlo per il resto del tempo. Sebbene fossi scrupolosamente attaccata al culto pubblico, non ne traevo alcun beneficio per la mia vita pratica. Mi consideravo di nobile origine e mi abbandonavo ai miei istinti; amavo riflettere e mi fidavo della mia ragione; non riuscendo a conciliare lo spirito dell’Evangelo con quello del mondo, né la fede con le azioni concrete, avevo adottato un atteggiamento che soddisfaceva soltanto la mia vanità intellettuale: avevo delle massime per credere e altre per agire; dimenticavo ciò in cui credevo in un luogo e ciò in cui non credevo in un altro; ero devota in chiesa, ma “filosofa” a casa mia. Ahimè, in nessun posto ero davvero me stessa; le mie preghiere erano solo parole vuote, i miei ragionamenti soltanto sofismi; seguivo come unica guida la falsa luce di quelle luci erranti che, in realtà, mi conducevano verso la perdizione.

Je ne puis vous dire combien ce principe intérieur qui m’avait manqué jusqu’ici m’a donné de mépris pour ceux qui m’ont si mal conduite. Quelle était, je vous prie, leur raison première, et sur quelle base étaient-ils fondés ? Un heureux instinct me porte au bien : une violente passion s’élève ; elle a sa racine dans le même instinct ; que ferai-je pour la détruire ? De la considération de l’ordre je tire la beauté de la vertu, et sa bonté de l’utilité commune. Mais que fait tout cela contre mon intérêt particulier, et lequel au fond m’importe le plus, de mon bonheur aux dépens du reste des hommes, ou du bonheur des autres aux dépens du mien ? Si la crainte de la honte ou du châtiment m’empêche de mal faire pour mon profit, je n’ai qu’à mal faire en secret, la vertu n’a plus rien à me dire, et si je suis surprise en faute, on punira, comme à Sparte, non le délit, mais la maladresse. Enfin, que le caractère et l’amour du beau soit empreint par la nature au fond de mon âme, j’aurai ma règle aussi longtemps qu’il ne sera point défiguré. Mais comment m’assurer de conserver toujours dans sa pureté cette effigie intérieure qui n’a point, parmi les êtres sensibles, de modèle auquel on puisse la comparer ? Ne sait-on pas que les affections désordonnées corrompent le jugement ainsi que la volonté, et que la conscience s’altère et se modifie insensiblement dans chaque siècle, dans chaque peuple, dans chaque individu, selon l’inconstance et la variété des préjugés ?

Adorez l’Être éternel, mon digne et sage ami ; d’un souffle vous détruirez ces fantômes de raison qui n’ont qu’une vaine apparence, et fuient comme une ombre devant l’immuable vérité. Rien n’existe que par celui qui est. C’est lui qui donne un but à la justice, une base à la vertu, un prix à cette courte vie employée à lui plaire ; c’est lui qui ne cesse de crier aux coupables que leurs crimes secrets ont été vus, et qui sait dire au juste oublié : « Tes vertus ont un témoin. » C’est lui, c’est sa substance inaltérable qui est le vrai modèle des perfections dont nous portons tous une image en nous-mêmes. Nos passions ont beau la défigurer, tous ses traits liés à l’essence infinie se représentent toujours à la raison, et lui servent à rétablir ce que l’imposture et l’erreur en ont altéré. Ces distinctions me semblent faciles, le sens commun suffit pour les faire. Tout ce qu’on ne peut séparer de l’idée de cette essence est Dieu : tout le reste est l’ouvrage des hommes. C’est à la contemplation de ce divin modèle que l’âme s’épure et s’élève, qu’elle apprend à mépriser ses inclinations basses et à surmonter ses vils penchants. Un coeur pénétré de ces sublimes vérités se refuse aux petites passions des hommes ; cette grandeur infinie le dégoûte de leur orgueil ; le charme de la méditation l’arrache aux désirs terrestres : et quand l’Être immense dont il s’occupe n’existerait pas, il serait encore bon qu’il s’en occupât sans cesse pour être plus maître de lui-même, plus fort, plus heureux et plus sage.

Cherchez-vous un exemple sensible des vains sophismes d’une raison qui ne s’appuie que sur elle-même ? Considérons de sang-froid les discours de vos philosophes, dignes apologistes du crime, qui ne séduisirent jamais que des coeurs déjà corrompus. Ne dirait-on pas qu’en s’attaquant directement au plus saint et au plus solennel des engagements, ces dangereux raisonneurs ont résolu d’anéantir d’un seul coup la société humaine, qui n’est fondée que sur la foi des conventions ? Mais voyez, je vous prie, comme ils disculpent un adultère secret. C’est, disent-ils, qu’il n’en résulte aucun mal, pas même pour l’époux qui l’ignore : comme s’ils pouvaient être sûrs qu’il l’ignorera toujours ! comme s’il suffisait, pour autoriser le parjure et l’infidélité, qu’ils ne nuisissent pas à autrui ! comme si ce n’était pas assez, pour abhorrer le crime, du mal qu’il fait à ceux qui le commettent ! Quoi donc ! ce n’est pas un mal de manquer de foi, d’anéantir autant qu’il est en soi la force du serment et des contrats les plus inviolables ? Ce n’est pas un mal de se forcer soi-même à devenir fourbe et menteur ? Ce n’est pas un mal de former des liens qui vous font désirer le mal et la mort d’autrui, la mort de celui même qu’on doit le plus aimer et avec qui l’on a juré de vivre ? Ce n’est pas un mal qu’un état dont mille autres crimes sont toujours le fruit ? Un bien qui produirait tant de maux serait par cela seul un mal lui-même.

L’un des deux penserait-il être innocent, parce qu’il est libre peut-être de son côté et ne manque de foi à personne ? Il se trompe grossièrement. Ce n’est pas seulement l’intérêt des époux, mais la cause commune de tous les hommes, que la pureté du mariage ne soit point altérée. Chaque fois que deux époux s’unissent par un noeud solennel, il intervient un engagement tacite de tout le genre humain de respecter ce lien sacré, d’honorer en eux l’union conjugale ; et c’est, ce me semble, une raison très forte contre les mariages clandestins, qui, n’offrant nul signe de cette union, exposent des coeurs innocents à brûler d’une flamme adultère. Le public est en quelque sorte garant d’une convention passée en sa présence, et l’on peut dire que l’honneur d’une femme pudique est sous la protection spéciale de tous les gens de bien. Ainsi, quiconque ose la corrompre pèche, premièrement parce qu’il la fait pécher, et qu’on partage toujours les crimes qu’on fait commettre ; il pèche encore directement lui-même, parce qu’il viole la foi publique et sacrée du mariage, sans lequel rien ne peut subsister dans l’ordre légitime des choses humaines.

Le crime est secret, disent-ils, et il n’en résulte aucun mal pour personne. Si ces philosophes croient l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, peuvent-ils appeler un crime secret celui qui a pour témoin le premier offensé et le seul vrai juge ? Étrange secret que celui qu’on dérobe à tous les yeux, hors ceux à qui l’on a le plus d’intérêt à le cacher ! Quand même ils ne reconnaîtraient pas la présence de la Divinité, comment osent-ils soutenir qu’ils ne font de mal à personne ? Comment prouvent-ils qu’il est indifférent à un père d’avoir des héritiers qui ne soient pas de son sang ; d’être chargé peut-être de plus d’enfants qu’il n’en aurait eu, et forcé de partager ses biens aux gages de son déshonneur sans sentir pour eux des entrailles de père ? Supposons ces raisonneurs matérialistes ; on n’en est que mieux fondé à leur opposer la douce voix de la nature, qui réclame au fond de tous les coeurs contre une orgueilleuse philosophie, et qu’on n’attaqua jamais par de bonnes raisons. En effet, si le corps seul produit la pensée, et que le sentiment dépende uniquement des organes, deux êtres formés d’un même sang ne doivent-ils pas avoir entre eux une plus étroite analogie, un attachement plus fort l’un pour l’autre, et se ressembler d’âme comme de visage, ce qui est une grande raison de s’aimer ?

N’est-ce donc faire aucun mal, à votre avis, que d’anéantir ou troubler par un sang étranger cette union naturelle, et d’altérer dans son principe l’affection mutuelle qui doit lier entre eux tous les membres d’une famille ? Y a-t-il au monde un honnête homme qui n’eût horreur de changer l’enfant d’un autre en nourrice, et le crime est-il moindre de le changer dans le sein de la mère ?

I cannot tell you how much this inner principle, which had hitherto been absent from me, made me despise those who had led me astray in such a terrible manner. What was their primary motive, and on what basis did they act? A natural inclination leads me toward goodness; yet a violent passion arises—its root lies in the very same instinct. What can I do to destroy it? By considering the order of things, I understand the beauty of virtue and its usefulness to all. But what does all this mean in relation to my own particular interests—and which of these interests is truly the most important: my own happiness at the expense of others, or the happiness of others at the expense of mine? If the fear of shame or punishment prevents me from acting selfishly for my own gain, I can simply do evil in secret. In that case, virtue has nothing left to say to me; and if I am caught in wrongdoing, then, just as in Sparta, it is not the act itself that is punished, but the clumsiness with which it was committed. Finally, so long as the nature and love of beauty are deeply ingrained within my soul, I will have a guide to follow. But how can I ensure that this inner image remains pure, since among all sensible beings, there is no model upon which it can be compared? Do we not know that unrestrained emotions corrupt both judgment and will, and that conscience itself gradually changes and alters with the fickleness and diversity of human prejudices throughout the ages, in every nation, and in every individual?

Adore the Eternal Being, my worthy and wise friend; with but a single breath, you can destroy these phantom notions of reason that possess only a vain appearance and vanish like shadows before the immutable truth. Nothing exists except through That Which Is. It is He who gives purpose to justice, foundation to virtue, and value to this brief life devoted to pleasing Him; it is He who constantly declares to the guilty that their secret sins have been seen, and Who tells the righteous who have been forgotten: “Your virtues have a witness.” It is His immutable essence that serves as the true model of those perfections which we all carry within us. Though our passions may distort It, all Its features, inherent in That Infinite Essence, are always present to reason and help us restore what falsehood and error have altered. These distinctions seem simple to me; common sense is sufficient to understand them. Everything that cannot be separated from the concept of this Eternal Being is God; everything else is the work of man. It is through the contemplation of this divine model that the soul is purified and elevated, learning to despise its lowly inclinations and overcome its vile tendencies. A heart filled with these sublime truths rejects the petty passions of mortals; such infinite greatness repels their pride; the allure of meditation draws it away from earthly desires. And even if the immense Being upon which it meditates did not exist, it would still be worthwhile to dwell constantly on It, for thereby one becomes more master of oneself, stronger, happier, and wiser.

Are you seeking a tangible example of the futile sophistry of a reason that relies solely on itself? Consider, with calmness, the arguments of your philosophers—worthy apologists for crime—who have never succeeded in persuading but already corrupt hearts. Wouldn’t one say that by directly attacking what is most sacred and solemn among human commitments, these dangerous reasoners have resolved to destroy humanity in one fell swoop, a society that is founded solely on the faith in agreed-upon conventions? But look how they justify secret adultery: they claim it causes no harm, not even to the husband who remains unaware of it—as if they could be certain that he will always remain ignorant! As if it were sufficient, to justify perjury and infidelity, that they cause no harm to others! As if it weren’t enough, to detest crime, that it brings suffering to those who commit it! But indeed, isn’t it a sin to lack faith, to destroy the very essence of oaths and contracts, the most inviolable bonds between people? Isn’t it a sin to force oneself to become deceitful and dishonest? Isn’t it a sin to form relationships that inspire one to desire the harm and death of others—especially of those one is supposed to love most and with whom one has sworn to share life? Isn’t it a sin for a society in which countless other crimes are constantly committed? A “good” that brings so much harm would, by that very fact, be nothing but evil itself.

Would one of the two consider himself innocent, perhaps because he is free on his own account and lacks no faith in anyone? He is gravely mistaken. It is not only in the interest of the spouses, but in the common cause of all men, that the purity of marriage must not be violated. Whenever two spouses unite through a solemn bond, there arises an implicit commitment on the part of all mankind to respect this sacred connection and to honor the marital union within it; and this, in my opinion, is a very strong argument against clandestine marriages, which, by offering no sign of such a union, expose innocent hearts to the flames of adultery. The public, in a sense, serves as guarantor of a convention made in their presence, and one can say that the honor of a chaste woman is under the special protection of all virtuous people. Thus, anyone who dares to corrupt her sins first, because they cause her to sin; and they also sin directly themselves, for they violate the public and sacred faith of marriage, without which nothing can endure in the legitimate order of human affairs.

“The crime is secret,” they say, “and it causes no harm to anyone.” If these philosophers believe in the existence of God and the immortality of the soul, how can they call a crime secret one that has as witnesses both the initial victim and the only true judge? What a strange kind of secrecy—one that is concealed from everyone’s eyes, except those for whom it is most important to keep it hidden! Even if they did not acknowledge the presence of God, how dare they claim that such an act causes no harm to anyone? How can they prove that it is indifferent to a father to have heirs who are not of his own blood; that he may be burdened with more children than he would have otherwise had, and forced to share his wealth at the cost of his honor, without feeling any paternal affection for them? As for these materialistic reasoners, all the more reason is there to oppose their views with the gentle voice of nature, which resonates in everyone’s heart against such arrogant philosophy—and which has never been successfully attacked by sound reasoning. Indeed, if the body alone generates thought, and if emotions depend entirely on physical organs, then two beings born of the same blood must surely share a deeper affinity, stronger bonds, and resemble each other both in spirit and appearance—shouldn’t that be a sufficient reason to love one another?

Therefore, in your opinion, does it cause no harm at all to destroy or disrupt this natural union by introducing foreign blood, and to alter in its very essence the mutual affection that should bind all members of a family together? Is there any honest man in the world who would not find it abhorrent to turn another person’s child into a wet nurse? And is this crime any less grievous than doing so while the child is still in its mother’s womb?

Non posso dirvi quanto questo principio interiore, che fino ad ora mi mancava, mi abbia fatto disprezzare coloro che si sono comportati così male con me. Qual era, vi prego, la loro ragione principale, e su quale base si basavano? Un istinto felice mi spinge verso il bene; una passione violenta sorge. Ha le sue radici nello stesso istinto. Cosa farò per distruggerla? Dalla considerazione dell’ordine traggo la bellezza della virtù e la sua bontà dall’utilità comune. Ma tutto ciò cosa significa rispetto al mio interesse particolare? Quale, in fondo, mi importa di più: il mio bene a scapito degli altri uomini, o il bene degli altri a scapito del mio? Se la paura della vergogna o del castigo mi impedisce di agire male per il mio vantaggio, devo semplicemente agire in segreto. La virtù non avrà più nulla da dirmi. E se vengo scoperta nel mio errore, si punirà, come a Sparta, non il reato stesso, ma l’imprudenza. Infine, anche se il carattere e l’amore del bello siano insiti nella mia natura, avrò una guida finché essi non saranno corrotti. Ma come posso assicurarmi di conservare sempre pura questa “immagine interiore”, che tra gli esseri sensibili non ha alcun modello con cui possa essere paragonata? Non si sa forse che le affezioni disordinate corrompono il giudizio e la volontà, e che la coscienza si altera e si modifica insensibilmente in ogni secolo, in ogni popolo, in ogni individuo, a seconda dell’instabilità e della varietà dei pregiudizi?

Adoro l’Essere Eterno, mio nobile e saggio amico: con un solo soffio potresti distruggere questi fantasmi della ragione che hanno soltanto un’apparenza vana e fuggono come ombre di fronte alla verità immutabile. Nulla esiste se non attraverso Colui che è. È Lui a dare uno scopo alla giustizia, una base alla virtù, un valore a questa breve vita dedicata ad AggradirLo; è Lui che continua a gridare ai colpevoli che i loro crimini segreti sono stati visti, e che sa dire al giusto dimenticato: “Le tue virtù hanno un testimone”. È Lui, la Sua sostanza inalterabile, il vero modello di perfezioni che tutti noi portiamo dentro di noi. Per quanto le nostre passioni possano deformarla, tutti i tratti legati all’essenza infinita si rivelano sempre alla ragione e le servono a ripristinare ciò che l’inganno e l’errore hanno alterato. Queste distinzioni mi sembrano semplici: il senso comune è sufficiente per comprenderle. Tutto ciò che non può essere separato dall’idea di questa essenza è Dio; tutto il resto è opera degli uomini. È nella contemplazione di questo divino modello che l’anima si purifica e si eleva, impara a disprezzare le sue inclinazioni basse e a superare i suoi vili desideri. Un cuore penetrato da queste sublimi verità si rifiuta alle piccole passioni umane; questa grandezza infinita lo disgusta dell’orgoglio altrui; il fascino della meditazione lo strappa dai desideri terreni. E anche se l’Essere immenso di cui ci occupiamo non esistesse, sarebbe comunque bene che ne continuassimo a parlare, per diventare più padroni di noi stessi, più forti, più felici e più saggi.

Cercate forse un esempio concreto dei vani sofismi di una ragione che si basa soltanto su se stessa? Esaminiamo con calma i discorsi dei vostri filosofi, degni apologisti del crimine, che hanno mai sedotto altro che cuori già corrotti. Non si potrebbe dire che, attaccando direttamente ciò che è più sacro e più solenne tra gli impegni umani, questi pericolosi ragionatori abbiano deciso di distruggere, in un colpo solo, la società umana, che si fonda esclusivamente sulla fiducia nelle convenzioni? Eppure guardate come giustificano l’adulterio segreto. Dicono che non ne derivi alcun male, nemmeno per il coniuge che ne è all’oscuro. Come se potessero essere certi che quest’ultimo lo ignorerà sempre! Come se bastasse il fatto che tali comportamenti non danneggino altri per autorizzare il tradimento e l’infedeltà. Come se non fosse già abbastanza, per disprezzare il crimine, il male che arreca a coloro che lo commettono. Ma ditemi: non è forse un male mancare di fedeltà, distruggere, in sé stessi, la forza dei giuramenti e degli accordi più inviolabili? Non è forse un male costringersi a diventare inganni e bugiardi? Non è forse un male creare legami che inducono a desiderare il male e la morte altrui, proprio di coloro che si dovrebbero amare di più e con i quali si è giurato di vivere insieme? E non è forse un male che uno stato dal quale derivano mille altri crimini sia considerato, “un bene” che, però, produce così tanti mali? Un bene del genere sarebbe, di per sé stesso, un male.

Uno dei due potrebbe forse ritenersi innocente, perché forse è libero da ogni vincolo e non manca di fede verso nessuno. Ma si sbaglia gravemente. Non è solo l’interesse dei coniugi, ma la causa comune di tutti gli uomini che richiede che la purezza del matrimonio non venga compromessa. Ogni volta che due persone si uniscono attraverso un legame solenne, interviene un impegno tacito da parte dell’intera umanità a rispettare questo vincolo sacro e ad onorare l’unione coniugale. E questa, a mio parere, è una ragione molto forte contro i matrimoni clandestini: questi, non offrendo alcun segno di tale unione, espongono cuori innocenti al rischio di essere corrotti da passioni illecite. Il pubblico, in qualche modo, funge da garante di un accordo stipulato alla sua presenza; si può quindi dire che l’onore di una donna pudica sia sotto la protezione speciale di tutti coloro che sono retti e onesti. Chiunque osi corromperla pecca: innanzitutto perché la spinge a commettere un crimine, e chi fa commettere un crimine ne condivide sempre la responsabilità; inoltre, pecca anche lui stesso, poiché viola la fede pubblica e sacra del matrimonio, senza il quale nulla può sopravvivere nell’ordine legittimo delle cose umane.

Il crimine è segreto, dicono loro, e quindi non arreca alcun danno a nessuno. Se questi filosofi credono nell’esistenza di Dio e nell’immortalità dell’anima, possono forse definire “crimine segreto” quello che ha come testimoni la vittima stessa e l’unico vero giudice? Che strano segreto è questo, che viene nascosto agli occhi di tutti, tranne a coloro per i quali è più importante mantenerlo! Anche se non riconoscessero la presenza della Divinità, come osano sostenere di non fare del male a nessuno? Come possono dimostrare che sia indifferente per un padre avere eredi che non siano di suo sangue; essere costretto ad avere più figli di quanti ne avrebbe avuti normalmente, e a condividere i propri beni in cambio della propria disonore, senza provare per loro sentimenti paterni? Supponiamo che questi razionalisti materialisti abbiano ragione. Non abbiamo allora ancora maggior motivo per opporre loro la dolce voce della natura, che nel profondo di tutti i cuori si levata contro una filosofia orgogliosa, e che mai nessuno ha attaccato con valide argomentazioni. Infatti, se solo il corpo produce il pensiero e i sentimenti dipendono esclusivamente dagli organi fisici, due esseri formati dallo stesso sangue non dovrebbero forse avere tra loro un legame più stretto, un affetto più profondo, e assomigliarsi sia nell’anima che nel viso, il che rappresenta una grande ragione per amarsi?

Secondo voi, non fare del male alcuno significa forse distruggere o disturbare, con sangue estraneo, questa unione naturale e alterare, nella sua essenza, l’affetto reciproco che dovrebbe legare tutti i membri di una famiglia? Esiste al mondo un uomo onesto che non provi orrore all’idea di trasformare il figlio di un altro in una “nutrice”. E non è forse ancora più grave farlo nel grembo stesso della madre?

Si je considère mon sexe en particulier, que de maux j’aperçois dans ce désordre qu’ils prétendent ne faire aucun mal ! Ne fût-ce que l’avilissement d’une femme coupable à qui la perte de l’honneur ôte bientôt toutes les autres vertus. Que d’indices trop sûrs pour un tendre époux d’une intelligence qu’ils pensent justifier par le secret, ne fût-ce que de n’être plus aimé de sa femme ! Que fera-t-elle avec ses soins artificieux, que mieux prouver son indifférence ? Est-ce l’oeil de l’amour qu’on abuse par de feintes caresses ? Et quel supplice, auprès d’un objet chéri, de sentir que la main nous embrasse et que le coeur nous repousse ! Je veux que la fortune seconde une prudence qu’elle a si souvent trompée ; je compte un moment pour rien la témérité de confier sa prétendue innocence et le repos d’autrui à des précautions que le ciel se plaît à confondre : que de faussetés, que de mensonges, que de fourberies pour couvrir un mauvais commerce, pour tromper un mari, pour corrompre des domestiques, pour en imposer au public ! Quel scandale pour des complices ! Quel exemple pour des enfants ! Que devient leur éducation parmi tant de soins pour satisfaire impunément de coupables feux ? Que devient la paix de la maison et l’union des chefs ? Quoi ! dans tout cela l’époux n’est point lésé ? Mais qui le dédommagera d’un coeur qui lui était dû ? Qui lui pourra rendre une femme estimable ? Qui lui donnera le repos et la sûreté ? Qui le guérira de ses justes soupçons ? Qui fera confier un père au sentiment de la nature en embrassant son propre enfant ?

À l’égard des liaisons prétendues que l’adultère et l’infidélité peuvent former entre les familles, c’est moins une raison sérieuse qu’une plaisanterie absurde et brutale qui ne mérite pour toute réponse que le mépris et l’indignation. Les trahisons, les querelles, les combats, les meurtres, les empoisonnements, dont ce désordre a couvert la terre dans tous les temps, montrent assez ce qu’on doit attendre pour le repos et l’union des hommes d’un attachement formé par le crime. S’il résulte quelque sorte de société de ce vil et méprisable commerce, elle est semblable à celle des brigands, qu’il faut détruire et anéantir pour assurer les sociétés légitimes.

J’ai tâché de suspendre l’indignation que m’inspirent ces maximes pour les discuter paisiblement avec vous. Plus je les trouve insensées, moins je dois dédaigner de les réfuter, pour me faire honte à moi-même de les avoir peut-être écoutées avec trop peu d’éloignement. Vous voyez combien elles supportent mal l’examen de la saine raison. Mais où chercher la saine raison, sinon dans celui qui en est la source, et que penser de ceux qui consacrent à perdre les hommes ce flambeau divin qu’il leur donna pour les guider ? Défions-nous d’une philosophie en paroles ; défions-nous d’une fausse vertu qui sape toutes les vertus, et s’applique à justifier tous les vices pour s’autoriser à les avoir tous. Le meilleur moyen de trouver ce qui est bien est de le chercher sincèrement ; et l’on ne peut longtemps le chercher ainsi sans remonter à l’auteur de tout bien. C’est ce qu’il me semble avoir fait depuis que je m’occupe à rectifier mes sentiments et ma raison ; c’est ce que vous ferez mieux que moi quand vous voudrez suivre la même route. Il m’est consolant de songer que vous avez souvent nourri mon esprit des grandes idées de la religion ; et vous, dont le coeur n’a rien de caché pour moi, ne m’en eussiez pas ainsi parlé si vous aviez eu d’autres sentiments. Il me semble même que ces conversations avaient pour nous des charmes. La présence de l’Être suprême ne nous fut jamais importune ; elle nous donnait plus d’espoir que d’épouvante ; elle n’effraya jamais que l’âme du méchant : nous aimions à l’avoir pour témoin de nos entretiens, à nous révéler conjointement jusqu’à lui. Si quelquefois nous étions humiliés par la honte, nous nous disions en déplorant nos faiblesses : au moins il voit le fond de nos coeurs, et nous en étions plus tranquilles.

Si cette sécurité nous égara, c’est au principe sur lequel elle était fondée à nous ramener. N’est-il pas bien indigne d’un homme de ne pouvoir jamais s’accorder avec lui-même ; d’avoir une règle pour ses actions, une autre pour ses sentiments ; de penser comme s’il était sans corps, d’agir comme s’il était sans âme, et de ne jamais approprier à soi tout entier rien de ce qu’il fait en toute sa vie ? Pour moi, je trouve qu’on est bien fort avec nos anciennes maximes, quand on ne les borne pas à de vaines spéculations. La faiblesse est de l’homme, et le Dieu clément qui le fit la lui pardonnera sans doute ; mais le crime est du méchant, et ne restera point impuni devant l’auteur de toute justice. Un incrédule, d’ailleurs heureusement né, se livre aux vertus qu’il aime ; il fait le bien par goût et non par choix. Si tous ses désirs sont droits, il les suit sans contrainte ; il les suivrait de même s’ils ne l’étaient pas, car pourquoi se gênerait-il ? Mais celui qui reconnaît et sert le père commun des hommes se croit une plus haute destination ; l’ardeur de la remplir anime son zèle ; et, suivant une règle plus sûre que ses penchants, il sait faire le bien qui lui coûte, et sacrifier les désirs de son coeur à la loi du devoir. Tel est, mon ami, le sacrifice héroïque auquel nous sommes tous deux appelés. L’amour qui nous unissait eût fait le charme de notre vie. Il survécut à l’espérance ; il brava le temps et l’éloignement ; il supporta toutes les épreuves. Un sentiment si parfait ne devait point périr de lui-même ; il était digne de n’être immolé qu’à la vertu.

Je vous dirai plus. Tout est changé entre nous ; il faut nécessairement que votre coeur change. Julie de Wolmar n’est plus votre ancienne Julie ; la révolution de vos sentiments pour elle est inévitable, et il ne vous reste que le choix de faire honneur de ce changement au vice ou à la vertu. J’ai dans la mémoire un passage d’un auteur que vous ne récuserez pas : « L’amour, dit-il, est privé de son plus grand charme quand l’honnêteté l’abandonne. Pour en sentir tout le prix, il faut que le coeur s’y complaise, et qu’il nous élève en élevant l’objet aimé. Ôtez l’idée de la perfection, vous ôtez l’enthousiasme ; ôtez l’estime, et l’amour n’est plus rien. Comment une femme honorera-t-elle un homme qu’elle doit mépriser ? Comment pourra-t-il honorer lui-même celle qui n’a pas craint de s’abandonner à un vil corrupteur ? Ainsi bientôt ils se mépriseront mutuellement. L’amour, ce sentiment céleste, ne sera plus pour eux qu’un honteux commerce. Ils auront perdu l’honneur, et n’auront point trouvé la félicité[118]. » Voilà notre leçon, mon ami ; c’est vous qui l’avez dictée. Jamais nos coeurs s’aimèrent-ils plus délicieusement, et jamais l’honnêteté leur fut-elle aussi chère que dans le temps heureux où cette lettre fut écrite ? Voyez donc à quoi nous mèneraient aujourd’hui de coupables feux nourris aux dépens des plus doux transports qui ravissent l’âme ! L’horreur du vice qui nous est si naturelle à tous deux s’étendrait bientôt sur le complice de nos fautes ; nous nous haïrions pour nous être trop aimés, et l’amour s’éteindrait dans les remords. Ne vaut-il pas mieux épurer un sentiment si cher pour le rendre durable ? Ne vaut-il pas mieux en conserver au moins ce qui peut s’accorder avec l’innocence ? N’est-ce pas conserver tout ce qu’il eut de plus charmant ? Oui, mon bon et digne ami, pour nous aimer toujours il faut renoncer l’un à l’autre. Oublions tout le reste, et soyez l’amant de mon âme. Cette idée est si douce qu’elle console de tout.

If I consider my own sex in particular, how many evils can be seen in this so-called “order” that they claim causes no harm at all! Just consider the degradation of a woman who has committed a crime—when the loss of her honor quickly strips her of all other virtues. How many clear signs there are for a tender husband, signs that they think can be justified by secrecy. Yet, simply by no longer being loved by one’s wife, what harm is done! What use are those artificial attentions if they only serve to prove her indifference? Is it not the eye of love that is abused through pretended caresses? And what a torment it must be, for someone who holds someone dear, to feel one’s hand offering affection while one’s heart rejects them! I hope that fortune will favor prudence—prudence that it has so often betrayed. How foolish it is to rely on such fragile safeguards as those they claim can protect one’s “innocence” and the peace of others, when heaven itself seems to confuse them all. What lies, what deceit, what cunning are necessary to conceal illicit dealings, to deceive a husband, to corrupt servants, or to fool the public! What a scandal for those who are involved in such things! What a terrible example it sets for children! How can their education possibly be sound when so much effort is made merely to satisfy the wicked desires of criminals? Where does the peace within a household and the harmony between spouses come from? And yet, in all this, the husband is not actually harmed. But who can compensate him for a heart that was supposed to belong to him? Who can return him a woman worthy of respect? Who can give him peace and security? Who can dispel his rightful suspicions? How can a father be allowed to trust nature when it comes to loving his own child?

As for the so-called connections that adultery and infidelity can establish between families, it is less a serious matter than an absurd and brutal joke that deserves nothing but contempt and indignation in response. The betrayals, quarrels, fights, murders, and poisonings that such disorder has brought upon the world throughout history are more than enough to show what one can expect regarding peace and unity among people formed through such criminal connections. If any kind of society could arise from this vile and despicable practice, it would be no different from the societies of bandits—such societies must be destroyed and eradicated in order to ensure the existence of legitimate communities.

I have tried to set aside the indignation these maxims inspire in me in order to discuss them with you calmly. The more senseless they seem to me, the more I must not disdain to refute them, for it would be a shame for me if I might have listened to them without sufficient critical distance. You can see how poorly they withstand the scrutiny of sound reason. But where else can one seek sound reason but in its source? And what should we think of those who devote themselves to leading men astray from this divine light that God has given them to guide them? Let us reject philosophy that exists only in words; let us reject a false virtue that undermines all true virtues and seeks to justify every vice in order to allow oneself to commit them all. The best way to find what is good is to seek it sincerely; and one cannot pursue this search for long without ultimately turning to the source of all goodness. This is precisely what I have done ever since I began to endeavor to rectify my thoughts and reason. You will do even better than I if you choose to follow the same path. It comforts me to think that you have often nourished my mind with the great ideas of religion; and you, whose heart has never held any secrets from me, would not have spoken to me in this way if you had other sentiments. In fact, I even feel that these conversations held a special charm for us. The presence of the Supreme Being was never an annoyance to us; it filled us with more hope than fear; it terrified only the wicked at heart. We enjoyed having It as witness to our discussions, as if revealing everything to It together. When we were humiliated by shame, we would say to ourselves, lamenting our weaknesses: “At least It sees the depths of our hearts, and for that we are at peace.”

If this sense of security should lead us astray, it is precisely on the principle upon which it was based that we must be guided back on track. Is it not utterly unworthy of a human being to be unable to ever bring himself into harmony with himself; to have one set of rules for his actions and another for his feelings; to think as if he were without a body, to act as if he were without a soul, and never to fully embrace anything of what he does throughout his life? For my part, I believe that we are quite capable of relying on our old maxims, so long as we do not limit them to mere empty speculation. Weakness is inherent in human nature, and the merciful God who created us will surely forgive it; but sin belongs to the wicked, and it will not go unpunished before the Author of all justice. An unbeliever, fortunately born into this world, may engage in the virtues he loves; he does good out of taste, rather than out of choice. If all his desires are virtuous, he follows them without restraint; even if they were not, he would still do so, for why should he hold back? But those who acknowledge and serve the common father of mankind believe themselves to be destined for something higher; the fervor to fulfill this duty drives their zeal, and by following rules that are more reliable than their own inclinations, they know how to do good even at great cost, and to sacrifice the desires of their hearts for the sake of duty. Such is, my friend, the heroic sacrifice to which we are both called. The love that united us could have filled our lives with joy; it endured beyond all expectations; it overcame the test of time and distance; it withstood every trial. A sentiment so perfect should not perish on its own; it was worthy of being sacrificed only for the sake of virtue.

I will tell you more. Everything between us has changed; it is absolutely necessary that your heart change as well. Julie de Wolmar is no longer the same person she once was; a revolution in your feelings toward her is inevitable, and all that remains for you is to decide whether to use this change for evil or for good. I have in mind a passage from an author whose words you will surely acknowledge: “Love,” he says, “loses its greatest charm when honesty abandons it. To truly appreciate its value, one’s heart must take pleasure in it and be elevated by the object of that love. Remove the idea of perfection, and you remove enthusiasm; remove respect, and love is nothing at all. How could a woman honor a man whom she ought to despise? And how could he honor her himself, when she did not hesitate to surrender herself to a despicable corruptor? Soon, they would begin to despise each other. Love, that divine sentiment, would become for them nothing but a shameful transaction. They would lose their honor and find no happiness at all[118].” This is our lesson, my friend; you yourself dictated it. Have our hearts ever loved so tenderly before? Has honesty ever been so precious to us as in the happy times when this letter was written? Consider what guilty passions, nurtured at the expense of the sweetest emotions that can elevate the soul, would lead us today! The horror of vice, which is so natural to both of us, would soon extend to those who share our sins; we would hate each other for loving too deeply, and love itself would die in remorse. Isn’t it better to purify such a precious sentiment to make it last forever? Isn’t it better to retain at least what can be compatible with innocence? Isn’t that to preserve all that is most charming about it? Yes, my good and worthy friend, if we wish to love each other forever, we must both renounce each other. Forget everything else—and be the lover of my soul. This thought is so sweet that it consoles us in every situation.

Se considero in particolare il mio sesso, quanti mali scorgo in questo disordine che loro pretendono non causi alcun danno! Basta pensare all’umiliazione di una donna colpevole, a cui la perdita dell’onore toglie ben presto tutte le altre virtù. Quanti indizi evidenti per un marito premuroso, indizi che loro cercano giustificare con il segreto. Ma se non viene più amato dalla propria moglie, cosa farà lei con tutti i suoi sforzi apparentemente affettuosi? Non è forse l’occhio dell’amore quello che viene ingannato con false carezze? E quale supplizio, di fronte a un oggetto caro, sentire che la mano ci accarezza mentre il cuore ci respinge. Voglio che la fortuna favorisca una prudenza che così spesso è stata tradita; considero del tutto inutile la temerarietà di affidare la propria presunta innocenza e il riposo altrui a precauzioni che il cielo stesso si diverte a rendere vane. Quante falsità, menzogne e inganni sono necessari per nascondere comportamenti disonesti, per ingannare un marito, per corrompere i domestici o per ingannare il pubblico! Che scandalo per coloro che partecipano a queste azioni! Che esempio per i bambini. Come può la loro educazione sopravvivere in mezzo a tali comportamenti disonesti? E come possono essere garantiti la pace nella famiglia e l’unità tra i coniugi? Eppure, in tutto questo, il marito non viene danneggiato. Ma chi potrà compensarlo per un cuore che gli era dovuto? Chi potrà restituirgli una moglie degna di rispetto? Chi potrà garantirgli pace e sicurezza? Chi potrà dissipare i suoi legittimi sospetti? E come si può affidare un figlio al sentimento naturale, se questo stesso figlio viene usato per inganni simili.

Per quanto riguarda quelle presunte “relazioni” che l’adulterio e l’infedeltà potrebbero creare tra le famiglie, si tratta meno di una ragione seria che di una barzelletta assurda e brutale, che merita soltanto disprezzo e indignazione. Le tradizioni, le liti, i conflitti, gli omicidi, i veleni, di cui questo disordine ha coperto la terra in tutti i tempi, dimostrano più che a sufficienza ciò che si può aspettare da una società formata da legami nati dal crimine. Se da questo commercio vile e spregevole dovesse risultare qualche sorta di “società”, essa sarebbe simile a quella dei banditi, e bisogna distruggerla, annientarla, per garantire la sicurezza delle società legittime.

Ho cercato di mettere da parte l’indignazione che queste massime suscitano in me per discuterle con voi in modo pacifico. Più le ritengo assurde, più devo sforzarmi di confutarle, per non vergognarmi di averle forse ascoltate con troppa superficialità. Vedete quanto male sopportino l’esame della ragione sana. Ma dove cercare questa ragione se non in colui che ne è la fonte? E cosa si può pensare di coloro che dedicano lo scopo principale della loro esistenza a far perdere agli uomini quella luce divina che Dio ha dato loro per guidarli? Resistiamo a una filosofia fatta solo di parole; resistiamo a una falsa virtù che distrugge tutte le vere virtù e si adopera a giustificare tutti i vizi, permettendoci così di compierli tutti. Il miglior modo per scoprire ciò che è giusto è cercarlo con sincerità. E non si può continuare a cercarlo in questo modo senza risalire all’autore di tutto il bene. È ciò che ho cercato di fare da quando mi sono dedicato a correggere i miei sentimenti e la mia ragione; è ciò che farete voi ancora meglio di me, se vorrete seguire lo stesso percorso. Mi consola il pensiero che spesso abbiate nutrito il mio spirito con le grandi idee della religione. E voi, di cui il cuore non nasconde nulla per me, non mi avreste parlato in questo modo se aveste avuto altri sentimenti. Anzi, mi sembra che queste conversazioni abbiano avuto per noi un vero fascino. La presenza dell’Essere Supremo non ci ha mai infastidito; ci ha dato più speranza che paura. Non ha mai spaventato se non l’anima del malvagio. Amavamo averla come testimone dei nostri dialoghi, sentirci rivelati insieme a Lei. Se a volte ci sentivamo umiliati dalla vergogna, ci dicevamo, lamentando le nostre debolezze: “Almeno Lui vede il fondo dei nostri cuori. E per questo siamo più tranquilli”.

Se questa sicurezza ci facesse perdere la strada, è proprio sul principio su cui si basava che dovremmo ritrovare la retta direzione. Non è forse vergognoso per un uomo non riuscire mai a essere coerente con se stesso: avere regole diverse per le proprie azioni e per i propri sentimenti; pensare come se fosse privo di corpo, agire come se fosse privo di anima, e non riuscire mai ad assumerne interamente la responsabilità di tutto ciò che fa nella sua vita? Per quanto mi riguarda, ritengo che le nostre vecchie massime siano molto utili, purché non vengano utilizzate solo per speculazioni vane. La debolezza appartiene all’uomo; il Dio misericordioso che lo ha creato probabilmente gli perdonerà questa debolezza. Ma il crimine appartiene al malvagio, e non rimarrà impunito davanti al Creatore di ogni giustizia. Un ateo, fortunatamente nato così com’è, si dedica alle virtù che ama; compie il bene per gusto, non per scelta. Se tutti i suoi desideri sono retti, li segue senza alcuna restrizione; li seguirebbe allo stesso modo anche se non lo fossero. Perché mai dovrebbe limitarsi? Ma colui che riconosce e serve il Padre comune di tutti gli uomini si considera destinato a qualcosa di più nobile; la passione per adempiere a questo scopo alimenta il suo zelo. E, seguendo regole più sicure dei suoi istinti, sa compiere il bene anche quando questo comporta sacrifici, e sa sacrificare i desideri del proprio cuore alla legge del dovere. Amico mio, questo è il sacrificio eroico a cui entrambi siamo chiamati. L’amore che ci univa avrebbe potuto rendere la nostra vita meravigliosa; ha sopravvissuto alle speranze, ha affrontato il tempo e la lontananza, ha resistito a tutte le prove. Un sentimento così perfetto non doveva certo morire di per sé stesso. Era degno di essere sacrificato soltanto per la virtù.

Vi dirò di più: tutto è cambiato tra noi; è necessario che anche il vostro cuore cambi. Julie de Wolmar non è più la stessa Julie di un tempo; la rivoluzione dei vostri sentimenti verso di lei è inevitabile, e vi resta solo la scelta di rendere onore a questo cambiamento, attraverso il vizio o la virtù. Ricordo una frase di uno scrittore che sicuramente non negherete: “L’amore, dice, perde tutto il suo fascino quando l’onestà lo abbandona. Per apprezzarlo veramente, è necessario che il cuore si compiaccia in esso e che ci elevi, elevando l’oggetto amato. Eliminate l’idea di perfezione, e eliminate anche l’entusiasmo; eliminate la stima, e l’amore non sarà più nulla. Come potrebbe una donna rispettare un uomo che dovrebbe disprezzare? E come potrebbe lui stesso rispettare lei, che non ha esitato a concedersi a un vile corrottore? Presto si odieranno a vicenda. L’amore, quel sentimento celeste, diventerà per loro solo un commercio vergognoso. Perderanno l’onore, e non troveranno la felicità.” Ecco la nostra lezione, amico mio, siete voi stesso ad averla detta. Mai i nostri cuori si sono amati con tanta dolcezza, mai l’onestà è stata così preziosa per noi come in quel periodo felice in cui fu scritta questa lettera. Pensate dunque a cosa ci porterebbero oggi sentimenti peccaminosi alimentati a spese delle più belle emozioni che rendono radiosa l’anima. L’orrore del vizio, che è così naturale per entrambi, si estenderebbe presto anche sul complice dei nostri errori. Ci odieremmo per esserci amati troppo, e l’amore si spegnerebbe nel rimorso. Non è forse meglio purificare un sentimento così prezioso per renderlo duraturo? Non è forse meglio conservarne almeno ciò che può essere in armonia con l’innocenza? Non è forse questo conservare tutto ciò che aveva di più affascinante? Sì, mio caro e nobile amico, per amarci sempre, dobbiamo rinunciare l’uno all’altro. Dimentichiamo tutto il resto, e siate l’amante dell’anima mia. Questa idea è così dolce, da consolare di ogni cosa.

Voilà le fidèle tableau de ma vie, et l’histoire naïve de tout ce qui s’est passé dans mon coeur. Je vous aime toujours, n’en doutez pas. Le sentiment qui m’attache à vous est si tendre et si vif encore, qu’une autre en serait peut-être alarmée ; pour moi, j’en connus un trop différent pour me défier de celui-ci. Je sens qu’il a changé de nature ; et du moins en cela mes fautes passées fondent ma sécurité présente. Je sais que l’exacte bienséance et la vertu de parade exigeraient davantage encore, et ne seraient pas contentes que vous ne fussiez tout à fait oublié. Je crois avoir une règle plus sûre et je m’y tiens. J’écoute en secret ma conscience ; elle ne me reproche rien, et jamais elle ne trompe une âme qui la consulte sincèrement. Si cela ne suffit pas pour me justifier dans le monde, cela suffit pour ma propre tranquillité. Comment s’est fait cet heureux changement ? Je l’ignore. Ce que je sais, c’est que je l’ai vivement désiré. Dieu seul a fait le reste. Je penserais qu’une âme une fois corrompue l’est pour toujours, et ne revient plus au bien d’elle-même, à moins que quelque révolution subite, quelque brusque changement de fortune et de situation ne change tout à coup ses rapports, et par un violent ébranlement ne l’aide à retrouver une bonne assiette. Toutes ses habitudes étant rompues et toutes ses passions modifiées, dans ce bouleversement général, on reprend quelquefois son caractère primitif, et l’on devient comme un nouvel être sorti récemment des mains de la nature. Alors le souvenir de sa précédente bassesse peut servir de préservatif contre une rechute. Hier on était abject et faible ; aujourd’hui l’on est fort et magnanime. En se contemplant de si près dans deux états si différents, on en sent mieux le prix de celui où l’on est remonté, et l’on en devient plus attentif à s’y soutenir. Mon mariage m’a fait éprouver quelque chose de semblable à ce que je tâche de vous expliquer. Ce lien si redouté me délivre d’une servitude beaucoup plus redoutable, et mon époux m’en devient plus cher pour m’avoir rendue à moi-même.

Nous étions trop unis vous et moi pour qu’en changeant d’espèce notre union se détruise. Si vous perdez une tendre amante, vous gagnez une fidèle amie ; et, quoi que nous en ayons pu dire durant nos illusions, je doute que ce changement vous soit désavantageux. Tirez-en le même parti que moi, je vous en conjure, pour devenir meilleur et plus sage, et pour épurer par des moeurs chrétiennes les leçons de la philosophie. Je ne serai jamais heureuse que vous ne soyez heureux aussi, et je sens plus que jamais qu’il n’y a point de bonheur sans la vertu. Si vous m’aimez véritablement, donnez-moi la douce consolation de voir que nos coeurs ne s’accordent pas moins dans leur retour au bien qu’ils s’accordèrent dans leur égarement.

Je ne crois pas avoir besoin d’apologie pour cette longue lettre. Si vous m’étiez moins cher, elle serait plus courte. Avant de la finir, il me reste une grâce à vous demander. Un cruel fardeau me pèse sur le coeur. Ma conduite passée est ignorée de M. de Wolmar ; mais une sincérité sans réserve fait partie de la fidélité que je lui dois. J’aurais déjà cent fois tout avoué, vous seul m’avez retenue. Quoique je connaisse la sagesse et la modération de M. de Wolmar, c’est toujours vous compromettre que de vous nommer, et je n’ai point voulu le faire sans votre consentement. Serait-ce vous déplaire que de vous le demander, et aurais-je trop présumé de vous ou de moi en me flattant de l’obtenir ? Songez, je vous supplie, que cette réserve ne saurait être innocente, qu’elle m’est chaque jour plus cruelle, et que, jusqu’à la réception de votre réponse, je n’aurai pas un instant de tranquillité.

Lettre XIX – Réponse

Et vous ne seriez plus ma Julie ? Ah ! ne dites pas cela, digne et respectable femme. Vous l’êtes plus que jamais. Vous êtes celle qui méritez les hommages de tout l’univers ; vous êtes celle que j’adorai en commençant d’être sensible à la véritable beauté ; vous êtes celle que je ne cesserai d’adorer, même après ma mort, s’il reste encore en mon âme quelque souvenir des attraits vraiment célestes qui l’enchantèrent durant ma vie. Cet effort de courage qui vous ramène à toute votre vertu ne vous rend que plus semblable à vous-même. Non, non, quelque supplice que j’éprouve à le sentir et le dire, jamais vous ne fûtes mieux ma Julie qu’au moment que vous renoncez à moi. Hélas ! c’est en vous perdant que je vous ai retrouvée. Mais moi dont le coeur frémit au seul projet de vous imiter, moi tourmenté d’une passion criminelle que je ne puis ni supporter ni vaincre, suis-je celui que je pensais être ? Étais-je digne de vous plaire ? Quel droit avais-je de vous importuner de mes plaintes et de mon désespoir ! C’était bien à moi d’oser soupirer pour vous ! Eh ! qu’étais-je pour vous aimer ?

Insensé ! comme si je n’éprouvais pas assez d’humiliations sans en rechercher de nouvelles ! Pourquoi compter des différences que l’amour fit disparaître ? Il m’élevait, il m’égalait à vous, sa flamme me soutenait ; nos coeurs s’étaient confondus ; tous leurs sentiments nous étaient communs, et les miens partageaient la grandeur des vôtres. Me voilà donc retombé dans toute ma bassesse ! Doux espoir, qui nourrissais mon âme et m’abusas si longtemps, te voilà donc éteint sans retour ! Elle ne sera point à moi ! Je la perds pour toujours ! Elle fait le bonheur d’un autre !… O rage ! ô tourment de l’enfer !…Infidèle ! ah ! devais-tu jamais… Pardon, pardon, Madame ; ayez pitié de mes fureurs. O Dieu ! vous l’avez trop bien dit, elle n’est plus… elle n’est plus, cette tendre Julie à qui je pouvais montrer tous les mouvements de mon coeur ! Quoi ! je me trouvais malheureux, et je pouvais me plaindre !… elle pouvait m’écouter ! J’étais malheureux ?… que suis-je donc aujourd’hui ?… Non, je ne vous ferai plus rougir de vous ni de moi. C’en est fait, il faut renoncer l’un à l’autre, il faut nous quitter ; la vertu même en a dicté l’arrêt ; votre main l’a pu tracer. Oublions-nous… oubliez-moi du moins. Je l’ai résolu, je le jure ; je ne vous parlerai plus de moi.

Oserai-je vous parler de vous encore, et conserver le seul intérêt qui me reste au monde, celui de votre bonheur ? En m’exposant l’état de votre âme, vous ne m’avez rien dit de votre sort. Ah ! pour prix d’un sacrifice qui doit être senti de vous, daignez me tirer de ce doute insupportable. Julie, êtes-vous heureuse ? Si vous l’êtes, donnez-moi dans mon désespoir la seule consolation dont je sois susceptible ; si vous ne l’êtes pas, par pitié daignez me le dire, j’en serai moins longtemps malheureux.

Plus je réfléchis sur l’aveu que vous méditez, moins j’y puis consentir ; et le même motif qui m’ôta toujours le courage de vous faire un refus me doit rendre inexorable sur celui-ci. Le sujet est de la dernière importance, et je vous exhorte à bien peser mes raisons. Premièrement, il me semble que votre extrême délicatesse vous jette à cet égard dans l’erreur, et je ne vois point sur quel fondement la plus austère vertu pourrait exiger une pareille confession. Nul engagement au monde ne peut avoir un effet rétroactif. On ne saurait s’obliger pour le passé, ni promettre ce qu’on n’a plus le pouvoir de tenir : pourquoi devrait-on compte à celui à qui l’on s’engage de l’usage antérieur qu’on a fait de sa liberté et d’une fidélité qu’on ne lui a point promise ? Ne vous y trompez pas, Julie ; ce n’est pas à votre époux, c’est à votre ami que vous avez manqué de foi. Avant la tyrannie de votre père, le ciel et la nature nous avaient unis l’un à l’autre. Vous avez fait, en formant d’autres noeuds, un crime que l’amour ni l’honneur peut-être ne pardonne point, et c’est à moi seul de réclamer le bien que M. de Wolmar m’a ravi.

S’il est des cas où le devoir puisse exiger un pareil aveu, c’est quand le danger d’une rechute oblige une femme prudente à prendre des précautions pour s’en garantir. Mais votre lettre m’a plus éclairé que vous ne pensez sur vos vrais sentiments. En la lisant, j’ai senti dans mon propre coeur combien le vôtre eût abhorré de près, même au sein de l’amour, un engagement criminel dont l’éloignement nous ôtait l’horreur.

Here is a faithful account of my life, and the naive story of everything that happened in my -heart. I still love you, do not doubt it. The feeling that binds me to you is so tender and so intense that perhaps another person would find it alarming; but for me, having experienced something so different in the past, I have no reason to doubt this feeling now. I sense that its nature has changed; and at least in this regard, my past mistakes give me confidence in the present. I know that perfect propriety and outward virtue would require even more, and they would not be satisfied unless you were completely forgotten. I believe I have a safer guide to follow, and I stick to it. I listen secretly to my conscience; it never reproaches me, and it never deceives a soul that consults it sincerely. If this is not enough to justify me in the eyes of the world, it is certainly enough for my own peace of mind. How did this happy change come about? I do not know. What I know is that I desired it earnestly. God alone did the rest. I would have thought that once a soul is corrupted, it remains corrupted forever, and never returns to goodness on its own, unless some sudden revolution, some abrupt change in fortune or circumstances, suddenly alters everything and helps it to regain its original state. When all one’s habits are broken and all one’s passions are transformed in such a complete upheaval, one sometimes regains its original character and becomes like a new being that has just been created by nature. Then the memory of one’s former baseness can serve as a safeguard against a relapse. Yesterday one was abject and weak; today one is strong and generous. When one observes oneself so closely in two such different states, one comes to appreciate even more the value of the state in which one has risen, and one becomes more determined to maintain it. My marriage has given me something similar to what I am trying to explain to you. This seemingly terrible bond actually frees me from a far more terrible bondage, and my husband becomes all the dearer to me because he has helped me to regain myself.

We were too closely united, you and I, for our bond to be destroyed merely by a change in species. If you lose a tender lover, you gain a faithful friend; and no matter what we may have said during those moments of illusion, I doubt that this change is to your disadvantage. I implore you to make the same use of it as I have—so that you may become better and wiser, and so that you may purify the teachings of philosophy with Christian virtues. I will never be happy unless you are happy too; and more than ever, I realize that there is no happiness without virtue. If you truly love me, give me the comforting assurance that our hearts, even in their return to the good, remain as united as they were in their error.

I do not believe I need to apologize for this long letter. If you were less dear to me, it would be shorter. Before concluding it, there is one final request I must make of you. A heavy burden weighs on my heart. Mr. de Wolmar is unaware of my past behavior; yet complete honesty is part of the fidelity I owe him. I could have confessed everything a hundred times over, but only you have prevented me from doing so. Although I know of Mr. de Wolmar’s wisdom and moderation, mentioning you would still mean compromising you, and I did not wish to do so without your consent. Would it please you if I asked this of you? Or would I be presumptuous, either towards you or myself, in hoping to obtain it? Please consider that this restraint cannot be innocent; it becomes increasingly unbearable for me with each passing day, and until I receive your reply, I will not have a single moment of peace.

Letter XIX – Response

And you would no longer be my Julie? Ah! Do not say that, worthy and respected woman—you are more so than ever. You are the one who deserves the admiration of the entire universe; you are the one I adored when I first began to appreciate true beauty; you are the one I will continue to adore even after my death, if there remains in my soul any memory of those truly celestial charms that delighted me throughout my life. This act of courage that brings you back to all your virtue only makes you more like yourself. No, no—no matter what suffering it causes me to feel and say these things, you have never been more my Julie than at the moment when you decide to renounce me. Alas! It was by losing you that I seemed to find you again. But am I really the person I thought I was? Was I worthy of your affection? What right did I have to burden you with my complaints and despair? How dare I even sigh for you! Ah! What kind of person was I, to think I could love you?

Insane! As if I didn’t already suffer enough humiliations without seeking more! Why count those differences that love made disappear? It elevated me, it placed me on an equal footing with you; its flame supported me; our hearts were one; all its sentiments were shared by us, and my own felt as great as yours. And now, I have fallen back into all my wretchedness! Tender hope, which for so long nourished my soul and yet deceived me—now you are extinguished forever! She will never be mine again! I have lost her forever! She belongs to another now. Oh rage! Oh torment of hell! Unfaithful one. Ah, could it ever have been possible. Pardon, pardon, Madame; have mercy on my fury. O God, you have said it too clearly: she is gone, she is gone, that gentle Julie to whom I could reveal every emotion of my heart! How absurd! I was unhappy, and yet I could complain, she could listen to me. I was unhappy?. But what am I today?. No, I will never make you or yourself ashamed of either of us. It’s over; we must part ways. Even virtue itself has decreed it; your hand itself drew the line. Let us forget each other, at least forget me. I have resolved it; I swear it: I will never speak of myself to you again.

Dare I speak of you again, and preserve the only thing that remains of interest to me in this world—your happiness? By revealing the state of your soul, you have told me nothing about your fate. Ah! In exchange for a sacrifice that must be felt by you as well, please free me from this unbearable doubt. Julie, are you happy? If you are, give me, in my despair, the only consolation I am capable of receiving; if you are not, out of pity, please tell me—so that I may cease to suffer for so long.

The more I reflect on the confession you are contemplating making, the less I am able to agree to it; and precisely the same reason that once deprived me of the courage to refuse you should now make me unwavering in my opposition. The matter at stake is of utmost importance, and I urge you to carefully consider my reasons. First and foremost, it seems to me that your extreme sensitivity leads you astray on this issue; I see no basis whatsoever on which even the most rigorous virtue could demand such a confession. No commitment in this world can have retroactive effect. One cannot bind oneself to past actions, nor can one promise something one is no longer able to fulfill: why should one be accountable to someone to whom one has not promised loyalty or respect for the way one has previously exercised one’s freedom? Do not delude yourself, Julie; it is not your husband but your friend that you have failed to keep your word to. Before the tyranny of your father, heaven and nature had already united us. By forming other bonds, you have committed a crime that perhaps neither love nor honor can ever forgive, and it is solely up to me to claim back what Monsieur de Wolmar has taken from me.

If there are any circumstances in which duty may require such an admission, it is when the danger of relapse forces a prudent woman to take precautions to ensure its avoidance. But your letter has revealed to me more about your true feelings than you perhaps realize. In reading it, I felt in my own heart how deeply yours must have abhorred any criminal engagement—even within the context of love—where the very distance that separates us prevents us from even feeling its horror.

Ecco il fedele ritratto della mia vita, e la storia ingenua di tutto ciò che è accaduto nel mio cuore. Vi amo ancora, non dubitateci. Il sentimento che mi lega a voi è così tenero e vivo ancora, che un’altra persona potrebbe forse allarmarsi; per me, invece, ho conosciuto sentimenti troppo diversi da questi per poter dubitare del mio attuale amore. Sento che il suo carattere sia cambiato; e almeno in questo, i miei errori passati mi danno la sicurezza di cui ho bisogno oggi. So che una vera cortesia e una virtù esteriore richiederebbero ancora di più, e non sarebbero soddisfatte se voi non foste completamente dimenticato. Credo di seguire una regola più sicura, e mi attengo a essa. Ascolto in segreto la mia coscienza; lei non mi rimprovera nulla, e mai inganna un’anima che la consulta sinceramente. Anche se questo non basta per giustificarmi agli occhi del mondo, è sufficiente per garantirmi la tranquillità interiore. Come è avvenuto questo felice cambiamento? Non lo so. So soltanto di averlo desiderato ardentemente. Solo Dio ha fatto il resto. Penserei che un’anima, una volta corrotta, rimanga corrotta per sempre, a meno che qualche improvvisa rivoluzione, qualche brusco cambiamento nella fortuna o nella situazione non modifichi radicalmente le sue condizioni, aiutandola a ritrovare la rettitudine. Quando tutte le abitudini sono distrutte e tutte le passioni cambiano, in questo grande sconvolgimento, a volte si riacquista il proprio carattere originale, e ci si sente come un nuovo essere appena creato dalla natura. Allora il ricordo della propria precedente bassezza può servire da protezione contro una possibile ricaduta. Ieri si era umili e deboli; oggi si è forti e magnanimi. Guardandosi da vicino in due stati così diversi, si apprezza ancora di più quello in cui ci si trova ora, e ci si impegna maggiormente a mantenerlo. Il mio matrimonio mi ha fatto sperimentare qualcosa del genere. Questo legame, una volta temuto, mi ha liberata da una schiavitù molto peggiore. E mio marito è diventato ancora più prezioso per me, perché mi ha restituita a me stessa.

Eravamo troppo uniti, tu ed io, perché il cambiamento di specie potesse distruggere la nostra unione. Se perdi una tenera amante, guadagni un’amica fedele; e, nonostante ciò che possiamo aver detto durante le nostre illusioni, dubito che questo cambiamento ti sia svantaggioso. Approfitta di questa opportunità come ho fatto io, te lo supplico: diventa migliore e più saggio, e purifica con costumi cristiani le lezioni della filosofia. Non sarò mai felice se tu non lo sei anch’tu; sento più che mai che non esiste felicità senza virtù. Se mi ami veramente, dammi la dolce consolazione di vedere che i nostri cuori si accordano altrettanto bene nel tornare al bene quanto si erano accordati nell’errare.

Non credo di aver bisogno di scuse per questa lunga lettera. Se foste meno caro a me, sarebbe più breve. Prima di concluderla, mi resta ancora una cosa da chiedervi. Un peso terribile mi opprime il cuore. Il mio comportamento passato è sconosciuto a Monsieur de Wolmar; ma la sincerità senza riserve fa parte della fedeltà che gli devo. Avrei già confessato tutto centinaia di volte, ma siete stato voi l’unico a trattenermi. Anche se conosco la saggezza e la moderazione di Monsieur de Wolmar, nominarlo significherebbe comunque compromettervi. E non ho voluto farlo senza il vostro consenso. Vi dispiacerebbe forse se vi lo chiedessi? O avrei presunto troppo da voi, o da me stesso, sperando di ottenerlo? Pensateci, vi prego: questa riservatezza non può essere innocente. Mi è sempre più insopportabile ogni giorno. E fino a quando non riceverò la vostra risposta, non avrò un istante di tranquillità.

Lettera XIX – Risposta

E non sareste più la mia Julie? Ah. Non dite questo, nobile e rispettabile donna: lo siete ancora di più che mai. Siete colei che merita gli omaggi di tutto l’universo; siete colei che ho amato fin dal momento in cui ho iniziato a percepire la vera bellezza; siete colei che continuerò ad amare anche dopo la mia morte, se nella mia anima rimarrà ancora qualche ricordo di quei tratti davvero celesti che mi hanno incantato durante la mia vita. Questo sforzo di coraggio che vi fa ritrovare tutta la vostra virtù vi rende ancora più simile a voi stessa. No, no: per quanto dolore provi nel dirlo, non siete mai stata più la mia Julie di quando avete deciso di rinunciare a me. Ahimè. È perdendovi che vi ho ritrovata. Ma io, il cui cuore trema al solo pensiero di imitarvi, io, tormentato da una passione criminale che non riesco né a sopportare né a vincere. Sono davvero colui che credevo di essere? Ero degno di piacervi? Quale diritto avevo di importunarvi con le mie lamentele e il mio dispero? Era proprio a me che spettava osare sospirare per voi. Eh. Che cosa ero io, per poter amarvi?

Insensato! Come se non provassi già abbastanza umiliazioni senza cercarne altre. Perché contare su differenze che l’amore ha fatto scomparire? L’amore mi elevava, mi rendeva uguale a te; la sua fiamma mi sosteneva; i nostri cuori si erano uniti; tutti i suoi sentimenti erano nostri in comune, e i miei condividevano la grandezza dei tuoi. E ora sono tornato alla mia totale bassezza! Dolce speranza, che per tanto tempo avevi nutrito la mia anima, ora sei spenta per sempre. Non sarà mai mia. La perdo per sempre. Ora appartiene a un altro. Oh rabbia, oh tormento infernale. Infedele. Ah, avresti mai dovuto. Perdonami, perdonami, signora. Abbi pietà delle mie furie. Oh Dio! L’hai detto troppo chiaramente: lei non è più. Non è più quella tenera Julie a cui potevo mostrare tutti i sentimenti del mio cuore. Che cosa! Mi trovavo infelice, eppure potevo lamentarmi. Lei poteva ascoltarmi. Ero infelice?. Ma che cosa sono oggi. No, non vi farò più vergognare di voi né di me. È finita. Dobbiamo rinunciare l’uno all’altro. Dobbiamo separarci. Anche la virtù stessa ha imposto questa decisione. La tua mano l’ha potuta scrivere. Dimentichiamoci, o almeno dimenticami tu. L’ho deciso. Lo giuro. Non vi parlerò più di me.

Oserò ancora parlare di voi e conservare l’unico interesse che mi rimane al mondo: il vostro benessere? Esponendomi lo stato della vostra anima, non mi avete detto nulla riguardo al vostro destino. Ah! In cambio di un sacrificio che deve essere sentito da voi, vi prego di liberarmi da questo dubbio insopportabile. Julie, siete felice? Se lo siete, date-mi nella mia disperazione l’unica consolazione di cui sono capace; se non lo siete, per pietà, ditemelo, così potrò smettere di soffrire.

Più rifletto su quella confessione che state ponderando, meno riesco ad accettarla; e lo stesso motivo che in passato mi ha sempre impedito di rifiutarvi deve ora rendermi irremovibile in questa decisione. La questione è di estrema importanza, e vi esorto a prendere seriamente in considerazione le mie ragioni. Prima di tutto, mi sembra che la vostra estrema delicatezza vi induca in errore su questo punto; non vedo alcun fondamento su cui la più rigorosa virtù possa richiedere una simile confessione. Nessun impegno al mondo può avere effetti retroattivi: non si può obbligarsi per il passato, né promettere ciò che non si ha più la possibilità di mantenere; perché dovremmo rendere conto a colui con cui ci siamo impegnati dell’uso precedente che abbiamo fatto della nostra libertà, o di una fedeltà che non gli abbiamo mai promesso? Non vi ingannate, Julie: non è stato verso vostro marito, ma verso il vostro amico che avete mancato di fedeltà. Prima della tirannia di vostro padre, il cielo e la natura ci avevano uniti l’uno all’altro; voi, creando nuovi legami, avete commesso un crimine che forse né l’amore né l’onore possono perdonare. Ed è a me solo che spetta rivendicare ciò che il signor de Wolmar mi ha tolto.

Se esistono casi in cui il dovere possa richiedere una tale ammissione, è quando il pericolo di una ricaduta obbliga una donna prudente a prendere delle precauzioni per evitarla. Ma la vostra lettera mi ha chiarito meglio dei vostri stessi pensieri i vostri veri sentimenti. Leggendola, ho sentito nel mio stesso cuore quanto il vostro avrebbe detestato profondamente, anche all’interno dell’amore, un impegno criminale dal quale la distanza ci protegge dall’orrore.

Dès là que le devoir et l’honnêteté n’exigent pas cette confidence, la sagesse et la raison la défendent ; car c’est risquer sans nécessité ce qu’il y a de plus précieux dans le mariage, l’attachement d’un époux, la mutuelle confiance, la paix de la maison. Avez-vous assez réfléchi sur une pareille démarche ? Connaissez-vous assez votre mari pour être sûre de l’effet qu’elle produira sur lui ? Savez-vous combien il y a d’hommes au monde auxquels il n’en faudrait pas davantage pour concevoir une jalousie effrénée, un mépris invincible, et peut-être attenter aux jours d’une femme ? Il faut pour ce délicat examen avoir égard au temps, aux lieux, aux caractères. Dans le pays où je suis, de pareilles confidences sont sans aucun danger et ceux qui traitent si légèrement la foi conjugale ne sont pas gens à faire une si grande affaire des fautes qui précédèrent l’engagement. Sans parler des raisons qui rendent quelquefois ces aveux indispensables, et qui n’ont pas eu lieu pour vous, je connais des femmes assez médiocrement estimables qui se sont fait à peu de risques un mérite de cette sincérité, peut-être pour obtenir à ce prix une confiance dont elles puissent abuser au besoin. Mais dans des lieux où la sainteté du mariage est plus respectée, dans des lieux où ce lien sacré forme une union solide, et où les maris ont un véritable attachement pour leurs femmes, ils leur demandent un compte plus sévère d’elles-mêmes ; ils veulent que leurs coeurs n’aient connu que pour eux un sentiment tendre ; usurpant un droit qu’ils n’ont pas, ils exigent qu’elles soient à eux seuls avant de leur appartenir, et ne pardonnent pas plus l’abus de la liberté qu’une infidélité réelle.

Croyez-moi, vertueuse Julie, défiez-vous d’un zèle sans fruit et sans nécessité. Gardez un secret dangereux que rien ne vous oblige à révéler, dont la communication peut vous perdre et n’est d’aucun usage à votre époux. S’il est digne de cet aveu, son âme en sera contristée, et vous l’aurez affligé sans raison. S’il n’en est pas digne, pourquoi voulez-vous donner un prétexte à ses torts envers vous ? Que savez-vous si votre vertu, qui vous a soutenue contre les attaques de votre coeur, vous soutiendrait encore contre des chagrins domestiques toujours renaissants ? N’empirez point volontairement vos maux, de peur qu’ils ne deviennent plus forts que votre courage, et que vous ne retombiez à force de scrupules dans un état pire que celui dont vous avez eu peine à sortir. La sagesse est la base de toute vertu : consultez-la, je vous en conjure, dans la plus importante occasion de votre vie ; et si ce fatal secret vous pèse si cruellement, attendez du moins pour vous en décharger que le temps, les années, vous donnent une connaissance plus parfaite de votre époux, et ajoutent dans son coeur, à l’effet de votre beauté, l’effet plus sûr encore des charmes de votre caractère, et la douce habitude de les sentir. Enfin quand ces raisons, toutes solides qu’elles sont, ne vous persuaderaient pas, ne fermez point l’oreille à la voix qui vous les expose. O Julie, écoutez un homme capable de quelque vertu, et qui mérite au moins de vous quelque sacrifice par celui qu’il vous fait aujourd’hui.

Il faut finir cette lettre. Je ne pourrais, je le sens, m’empêcher d’y reprendre un ton que vous ne devez plus entendre. Julie, il faut vous quitter ! Si jeune encore, il faut déjà renoncer au bonheur ! O temps qui ne dois plus revenir ! temps passé pour toujours, source de regrets éternels ! plaisirs, transports, douces extases, moments délicieux, ravissements célestes ! mes amours, mes uniques amours, honneur et charme de ma vie ! adieu pour jamais.

Lettre XX – De Julie à Saint-Preux

Vous me demandez si je suis heureuse. Cette question me touche, et en la faisant vous m’aidez à y répondre ; car, bien loin de chercher l’oubli dont vous parlez, j’avoue que je ne saurais être heureuse si vous cessiez de m’aimer ; mais je le suis à tous égards, et rien ne manque à mon bonheur que le vôtre. Si j’ai évité dans ma lettre précédente de parler de M. de Wolmar, je l’ai fait par ménagement pour vous. Je connaissais trop votre sensibilité pour ne pas craindre d’aigrir vos peines ; mais votre inquiétude sur mon sort m’obligeant à vous parler de celui dont il dépend, je ne puis vous en parler que d’une manière digne de lui, comme il convient à son épouse et à une amie de la vérité.

M. de Wolmar a près de cinquante ans ; sa vie unie, réglée, et le calme des passions, lui ont conservé une constitution si saine et un air si frais, qu’il paraît à peine en avoir quarante ; et il n’a rien d’un âge avancé que l’expérience et la sagesse. Sa physionomie est noble et prévenante, son abord simple et ouvert ; ses manières sont plus honnêtes qu’empressées ; il parle peu et d’un grand sens, mais sans affecter ni précision ni sentences. Il est le même pour tout le monde, ne cherche et ne fuit personne, et n’a jamais d’autres préférences que celles de la raison.

Malgré sa froideur naturelle, son coeur, secondant les intentions de mon père, crut sentir que je lui convenais, et pour la première fois de sa vie il prit un attachement. Ce goût modéré, mais durable, s’est si bien réglé sur les bienséances, et s’est maintenu dans une telle égalité, qu’il n’a pas eu besoin de changer de ton en changeant d’état, et que, sans blesser la gravité conjugale, il conserve avec moi depuis son mariage les mêmes manières qu’il avait auparavant. Je ne l’ai jamais vu ni gai ni triste, mais toujours content ; jamais il ne me parle de lui, rarement de moi ; il ne me cherche pas, mais il n’est pas fâché que je le cherche, et me quitte peu volontiers. Il ne rit point ; il est sérieux sans donner envie de l’être ; au contraire, son abord serein semble m’inviter à l’enjouement ; et comme les plaisirs que je goûte sont les seuls auxquels il paraît sensible, une des attentions que je lui dois est de chercher à m’amuser. En un mot, il veut que je sois heureuse : il ne me le dit pas, mais je le vois, et vouloir le bonheur de sa femme, n’est-ce pas l’avoir obtenu ?

Avec quelque soin que j’aie pu l’observer, je n’ai su lui trouver de passion d’aucune espèce que celle qu’il a pour moi. Encore cette passion est-elle si égale et si tempérée, qu’on dirait qu’il n’aime qu’autant qu’il veut aimer, et qu’il ne le veut qu’autant que la raison le permet. Il est réellement ce que milord Édouard croit être ; en quoi je le trouve bien supérieur à tous nous autres gens à sentiment, qui nous admirons tant nous-mêmes ; car le coeur nous trompe en mille manières, et n’agit que par un principe toujours suspect ; mais la raison n’a d’autre fin que ce qui est bien ; ses règles sont sûres, claires, faciles dans la conduite de la vie ; et jamais elle ne s’égare que dans d’inutiles spéculations qui ne sont pas faites pour elle.

Le plus grand goût de M. de Wolmar est d’observer. Il aime à juger des caractères des hommes et des actions qu’il voit faire. Il en juge avec une profonde sagesse et la plus parfaite impartialité. Si un ennemi lui faisait du mal, il en discuterait les motifs et les moyens aussi paisiblement que s’il s’agissait d’une chose indifférente. Je ne sais comment il a entendu parler de vous ; mais il m’en a parlé plusieurs fois lui-même avec beaucoup d’estime, et je le connais incapable de déguisement. J’ai cru remarquer quelquefois qu’il m’observait durant ces entretiens ; mais il y a grande apparence que cette prétendue remarque n’est que le secret reproche d’une conscience alarmée. Quoi qu’il en soit, j’ai fait en cela mon devoir ; la crainte ni la honte ne m’ont point inspiré de réserve injuste, et je vous ai rendu justice auprès de lui, comme je la lui rends auprès de vous.

Whenever duty and honesty do not require such confidences, wisdom and reason advise against them; for it is unnecessary to risk what is most precious in marriage: the affection of a spouse, mutual trust, and the peace within the home. Have you thought sufficiently about such an approach? Do you know your husband well enough to be certain of its effect on him? Are you aware that there are many men in the world for whom such actions could lead to fierce jealousy, invincible disdain, and perhaps even attempts to harm a woman’s life? For such a delicate consideration, one must take into account the time, place, and the characters involved. In the country where I live, such confidences pose no danger at all; those who treat marital fidelity so lightly are certainly not the kind of people who would make a big deal out of faults that occurred before engagement. Not to mention the circumstances that sometimes make such admissions necessary—circumstances that do not apply to you—I know women who, with relatively little risk, have gained some “merit” through this sincerity, perhaps in order to obtain the trust they could later abuse at will. But in places where the sanctity of marriage is more highly regarded, where this sacred bond forms a solid union, and where husbands truly cherish their wives, they demand a far stricter account of themselves from them; they want their spouses’ hearts to have known only tender feelings for them alone. Usurping a right they do not possess, they insist that their women be entirely devoted to them before they even become their wives, and they forgive neither the abuse of freedom nor true infidelity.

Believe me, virtuous Julie, resist zeal that is both fruitless and unnecessary. Keep a dangerous secret—none forces you to reveal it; its disclosure could cost you dearly, and it is of no use to your husband at all. If he is worthy of such an admission, his soul will be grieved by it, and you would cause him suffering for no reason. If he is not worthy, why give him the pretext for his wrongs toward you? What do you know? Perhaps your virtue, which has helped you withstand the assaults of your heart, might not be able to protect you against the constant troubles of domestic life. Do not deliberately increase your sufferings, for fear that they may become stronger than your courage, and that you might fall back into a worse state than the one from which you have just managed to escape. Wisdom is the foundation of all virtue—consult it, I implore you, in this most important moment of your life. And if this fateful secret weighs so heavily on you, wait at least until time and experience give you a deeper understanding of your husband, and add to the effect of your beauty the even more certain charm of your character, as well as the sweet habit of relying on those qualities for support. Finally, if all these reasons, though sound, do not convince you, do not close your ears to the voice that presents them to you. O Julie, listen to a man who is capable of some virtue—and who at least deserves some sacrifice from you, in consideration of what he has already done for you.

I must finish this letter. I feel that I would not be able to resist using a tone that you should no longer hear. Julie, I must leave you! So young, and already forced to give up on happiness. Oh, time that will never return! Time gone forever, a source of eternal regret. Pleasures, exhilarations, sweet delights, wonderful moments, heavenly rapture. My loves, my only loves. The honor and charm of my life. Goodbye, forever.

Letter XX – From Julie to Saint-Preux

You ask me whether I am happy. This question touches me deeply, and by asking it, you help me to answer it; for, far from seeking the oblivion of which you speak, I must admit that I could not be happy if you should cease to love me. But in every respect, I am happy; what is lacking to my happiness is only your presence. If I avoided mentioning Mr. de Wolmar in my previous letter, it was out of consideration for you. I knew too well how sensitive you were to fear that it might aggravate your pain. But since your concern for my fate compelled me to speak of the man whose fate is tied to mine, I can only refer to him in a way that befits him—a manner suitable for his wife and a friend of truth.

Mr. de Wolmar is nearly fifty years old; his unified and regulated life, along with the calmness of his passions, have preserved him in such excellent health and with such a fresh appearance that he seems to be barely forty. The only signs of his age are the wisdom and experience he has acquired over time. His features are noble and pleasant, his manner is simple and open; his behavior is honest rather than eager. He speaks little, but what he says is full of sense, without any affectation of precision or pedantry. He treats everyone equally, seeks the company of no one in particular, and avoids avoiding anyone; his only preferences are those dictated by reason.

Despite his natural coldness, his heart, aligning itself with my father’s intentions, seemed to feel that I was suitable for him, and for the first time in his life, he developed an attachment. This moderate but enduring affection was so well-regulated by propriety and maintained in such balance that it never required him to change his tone depending on his mood. Without compromising the seriousness of his marital duties, he has continued to treat me with the same manners since our marriage as he did before. I have never seen him either happy or sad; he is always content. He rarely talks about himself and even less about me. He does not seek my company, but he is not displeased when I seek his; he is also reluctant to part with me. He does not laugh; he is serious without inspiring a desire to be the same way. On the contrary, his calm demeanor seems to invite me to be cheerful. And since the pleasures that I enjoy are the only ones that seem to touch him, one of my duties towards him is to try to make myself happy. In short, he wants me to be happy: he does not say so, but I can see it. And doesn’t wanting one’s wife to be happy mean having already achieved it?

No matter how carefully I observed him, I was unable to detect in him any passion other than that he holds for me. Yet even this passion is so even and restrained that it seems as if he loves only to the extent he wishes to love, and wishes to love only to the degree permitted by reason. He is truly what Lord Edward believes him to be; in this regard, I find him far superior to all of us who are governed by emotions and admire ourselves so much. For the heart deceives us in countless ways and acts always according to principles that are suspect; but reason has as its sole goal what is good. Its rules are certain, clear, and easy to follow in the conduct of life; and it never strays into futile speculations that are not suited to it.

Mr. de Wolmar’s greatest pleasure lies in observing. He enjoys assessing the characters of people and the actions he sees them perform. He does so with profound wisdom and utter impartiality. If an enemy were to harm him, he would discuss the motives and methods behind such behavior as calmly as if it were a matter of no consequence. I don’t know how he heard about you; but he has mentioned you several times himself with great respect, and I know him to be incapable of deception. On occasion, I thought I noticed him observing me during these conversations; but it is very likely that this so-called observation was merely the secret reproach of a troubled conscience. In any case, I did my duty in this matter. Neither fear nor shame prompted me to hold back or distort the truth; I told him what I thought of you just as I would tell it to you directly.

Finché il dovere e l’onestà non richiedono tale confidenza, la saggezza e la ragione la difendono; poiché significherebbe correre inutilmente il rischio di perdere ciò che è più prezioso nel matrimonio: l’affetto coniugale, la fiducia reciproca, la serenità domestica. Avete riflettuto abbastanza su una simile decisione? Conoscete davvero vostro marito a sufficienza per essere certe dell’effetto che essa avrà su di lui? Sapete quanti uomini esistano al mondo per i quali basterebbe poco per suscitare gelosia frenetica, disprezzo invincibile, e forse persino minacciare la vita di una donna? Per un esame così delicato è necessario prendere in considerazione il momento, il luogo e i caratteri delle persone coinvolte. Nel paese dove vivo, simili confidenze non presentano alcun pericolo; coloro che trattano con tanta leggerezza la fede coniugale non sono certo il tipo di persone che darebbero grande importanza a errori commessi prima del matrimonio. Senza considerare le ragioni che talvolta rendono questi confessamenti indispensabili, e che in questo caso non si applicano a voi, conosco donne piuttosto mediocri che, con pochi rischi, si sono guadagnate il merito di questa “sincerità”, forse solo per ottenere così una fiducia di cui poter abusare quando necessario. Ma in luoghi dove la santità del matrimonio è più rispettata, dove questo legame sacro forma un’unione solida e dove i mariti provano un vero affetto per le loro mogli, essi esigono da loro una maggiore responsabilità; vogliono che i loro cuori abbiano conosciuto sentimenti teneri solo nei loro confronti; usurpando un diritto che non possiedono, pretendono che le donne siano “solo” loro prima di appartenere a qualcun altro, e non perdonano né l’abuso della libertà né un’infedeltà reale.

Credetemi, virtuosa Julie: sfidate un zelo sterile e inutile. Custodite un segreto pericoloso che nulla vi obbliga a rivelare; la sua divulgazione potrebbe rovinarvi e non è di alcun utilità per vostro marito. Se lui è degno di tale confidenza, il suo animo ne sarà addolorato, e voi lo avrete angosciato senza motivo. Se invece non lo è, perché volete fornirgli un pretesto per i suoi torti verso di voi? Che cosa sapete se la vostra virtù, che vi ha sostenuta contro le offese del vostro cuore, vi sosterrebbe ancora di fronte a dolori domestici sempre ricorrenti? Non aggravate volontariamente le vostre sofferenze, per paura che non diventino più forti del vostro coraggio, e che, a causa dei vostri scrupoli, non ritorniate in uno stato peggiore di quello da cui avete faticato a uscire. La saggezza è la base di ogni virtù: consultatela, vi prego, nella più importante occasione della vostra vita; e se questo segreto fatale vi pesa così crudelmente, aspettate almeno che il tempo e gli anni vi forniscano una conoscenza più completa di vostro marito, e aggiungano nel suo cuore, all’effetto della vostra bellezza, l’effetto ancora più sicuro dei fascini del vostro carattere, nonché l’abitudine dolce di percepirli. Infine, anche se tutte queste ragioni fossero solide, se non vi convincessero, non chiudete le orecchie alla voce che ve le esprime. O Julie, ascoltate un uomo capace di qualche virtù, e che merita almeno qualche sacrificio da parte vostra per quello che oggi vi sta offrendo.

Devo finire questa lettera. Sento che non riuscirei a impedirmi di assumere un tono che voi non dovreste più ascoltare. Julie, devo lasciarti! Così giovane ancora, e già costretta a rinunciare alla felicità. Oh tempo, che non tornerà mai più, tempo passato per sempre, fonte di rimpianti eterni. Piaceri, emozioni intense, dolci estasi, momenti deliziosi, addio per sempre, mie amori, le uniche persone che ho amato nella mia vita, onore e gioia della mia esistenza, addio per sempre.

Lettera XX – Di Julie a Saint-Preux

Mi chiedete se sono felice. Questa domanda mi tocca profondamente, e ponendomela mi aiutate a rispondere; perché, lontano dall’essere alla ricerca dell’oblio di cui parlate, confesso che non potrei essere felice se smetteste di amarmi; ma lo sono sotto ogni aspetto, e al mio bene manca soltanto il vostro. Se nella mia lettera precedente ho evitato di parlare di Monsieur de Wolmar, l’ho fatto per rispettarvi. Conoscevo troppo la vostra sensibilità per non temere di aggravare le vostre sofferenze; ma poiché la vostra preoccupazione per il mio destino mi obbliga a parlarvene, devo farlo in modo degno di lui, come conviene alla sua moglie e a un’amica della verità.

Il signor de Wolmar ha quasi cinquant’anni; una vita regolare e senza turbamenti emotivi gli hanno permesso di mantenere una salute eccellente e un aspetto giovane; sembra avere appena quarant’anni, e l’unica traccia della sua età avanzata è data dall’esperienza e dalla saggezza. Il suo viso è nobile e affabile, il suo modo di comportarsi semplice e aperto; le sue maniere sono oneste senza essere troppo precipitate; parla poco, ma con grande sensatezza, evitando di essere troppo preciso o di pronunciare frasi solenni. È lo stesso con tutti, non cerca né fugge da nessuno, e le sue preferenze seguono sempre la ragione.

Nonostante la sua natura fredda, il suo cuore, seguendo le intenzioni di mio padre, credette di trovarmi adatta a lui, e per la prima volta nella sua vita provò un sentimento profondo. Questo sentimento, moderato ma duraturo, si allineò perfettamente alle convenienze sociali e rimase costante nel tempo; non ebbe bisogno di cambiare atteggiamento con il variare delle circostanze, e senza mai offendere la gravità dei rapporti coniugali, mantenne con me, dal giorno del nostro matrimonio, gli stessi modi che aveva prima. Non l’ho mai visto né felice né triste, ma sempre soddisfatto; raramente parlava di sé, ancora più di rado di me; non mi cercava, ma non si dispiaceva se lo facevo io, e non era facile per lui separarsi da me. Non rideva mai; era serio senza che ciò desse voglia di essere altrettanto seri; al contrario, il suo atteggiamento tranquillo sembrava invitarmi alla gioia. E poiché i piaceri che provavo erano gli unici a cui pareva sensibile, una delle cose che dovevo fare era cercare di renderlo felice. In breve, voleva che fossi felice: non me lo diceva esplicitamente, ma lo si capiva; e voler la felicità della propria moglie, non significa forse già ottenerla?

Per quanto abbia cercato di osservarlo con attenzione, non sono riuscito a scoprire in lui alcuna passione, se non quella che prova per me. E anche questa passione è così equilibrata e moderata da sembrare che ami soltanto nella misura in cui desidera amare, e che desideri amare soltanto nella misura in cui la ragione lo permette. Lui è davvero ciò che milord Edward crede che sia; in questo senso lo ritengo molto superiore a tutti noi, persone dal forte sentimento, che ci ammiriamo tanto. Il cuore infatti ci inganna in mille modi e agisce sempre secondo principi dubbi e sospetti; ma la ragione ha come unico scopo ciò che è giusto; le sue regole sono sicure, chiare e utili nella guida della vita; e mai si allontana da questo percorso se non verso speculazioni inutili e non adatte a lei.

Il più grande piacere di Monsieur de Wolmar è osservare. Gli piace giudicare i caratteri delle persone e le azioni che vede compiere; lo fa con profonda saggezza e assoluta imparzialità. Se un nemico gli causasse del male, ne discuterebbe i motivi e i mezzi con la stessa calma come se si trattasse di una questione insignificante. Non so come abbia sentito parlare di voi; ma mi ne ha parlato più volte lui stesso con grande stima, e lo conosco troppo bene per credere che possa nascondere i suoi sentimenti. A volte ho avuto l’impressione che mi osservasse durante queste conversazioni; ma è molto probabile che questa presunta attenzione non sia altro che il segreto rimprovero di una coscienza inquieta. Comunque sia, ho fatto ciò che era mio dovere; né la paura né l’umiliazione mi hanno spinto a nascondere la verità, e vi ho reso giustizia davanti a lui, così come lo faccio davanti a voi.

J’oubliais de vous parler de nos revenus et de leur administration. Le débris des biens de M. de Wolmar, joint à celui de mon père, qui ne s’est réservé qu’une pension, lui fait une fortune honnête et modérée, dont il use noblement et sagement, en maintenant chez lui non l’incommode et vain appareil du luxe, mais l’abondance, les véritables commodités de la vie[119], et le nécessaire chez ses voisins indigents. L’ordre qu’il a mis dans sa maison est l’image de celui qui règne au fond de son âme, et semble imiter dans un petit ménage l’ordre établi dans le gouvernement du monde. On n’y voit ni cette inflexible régularité qui donne plus de gêne que d’avantage, et n’est supportable qu’à celui qui l’impose, ni cette confusion mal entendue qui pour trop avoir ôte l’usage de tout. On y reconnaît toujours la main du maître et l’on ne la sent jamais ; il a si bien ordonné le premier arrangement qu’à présent tout va tout seul, et qu’on jouit à la fois de la règle et de la liberté.

Voilà, mon bon ami, une idée abrégée, mais fidèle, du caractère de M. de Wolmar, autant que je l’ai pu connaître depuis que je vis avec lui. Tel il m’a paru le premier jour, tel il me paraît le dernier sans aucune altération ; ce qui me fait espérer que je l’ai bien vu, et qu’il ne me reste plus rien à découvrir ; car je n’imagine pas qu’il pût se montrer autrement sans y perdre.

Sur ce tableau, vous pouvez d’avance vous répondre à vous-même ; et il faudrait me mépriser beaucoup pour ne pas me croire heureuse avec tant de sujet de l’être[120]. Ce qui m’a longtemps abusée, et qui peut-être vous abuse encore, c’est la pensée que l’amour est nécessaire pour former un heureux mariage. Mon ami, c’est une erreur ; l’honnêteté, la vertu, de certaines convenances, moins de conditions et d’âges que de caractères et d’humeurs, suffisent entre deux époux ; ce qui n’empêche point qu’il ne résulte de cette union un attachement très tendre qui, pour n’être pas précisément de l’amour, n’en est pas moins doux et n’en est que plus durable. L’amour est accompagné d’une inquiétude continuelle de jalousie ou de privation, peu convenable au mariage, qui est un état de jouissance et de paix. On ne s’épouse point pour penser uniquement l’un à l’autre, mais pour remplir conjointement les devoirs de la vie civile, gouverner prudemment la maison, bien élever ses enfants. Les amants ne voient jamais qu’eux, ne s’occupent incessamment que d’eux, et la seule chose qu’ils sachent faire est de s’aimer. Ce n’est pas assez pour des époux, qui ont tant d’autres soins à remplir. Il n’y a point de passion qui nous fasse une si forte illusion que l’amour : on prend sa violence pour un signe de sa durée ; le coeur surchargé d’un sentiment si doux l’étend pour ainsi dire sur l’avenir, et tant que cet amour dure on croit qu’il ne finira point. Mais, au contraire, c’est son ardeur même qui le consume ; il s’use avec la jeunesse, il s’efface avec la beauté, il s’éteint sous les glaces de l’âge ; et depuis que le monde existe on n’a jamais vu deux amants en cheveux blancs soupirer l’un pour l’autre. On doit donc compter qu’on cessera de s’adorer tôt ou tard ; alors, l’idole qu’on servait détruite, on se voit réciproquement tels qu’on est. On cherche avec étonnement l’objet qu’on aima ; ne le trouvant plus, on se dépite contre celui qui reste, et souvent l’imagination le défigure autant qu’elle l’avait paré. Il y a peu de gens, dit La Rochefoucauld, qui ne soient honteux de s’être aimés, quand ils ne s’aiment plus. Combien alors il est à craindre que l’ennui ne succède à des sentiments trop vifs ; que leur déclin, sans s’arrêter à l’indifférence, ne passe jusqu’au dégoût ; qu’on ne se trouve enfin tout à fait rassasiés l’un de l’autre ; et que, pour s’être trop aimés amants, on n’en vienne à se haïr époux ! Mon cher ami, vous m’avez toujours paru bien aimable, beaucoup trop pour mon innocence et pour mon repos ; mais je ne vous ai jamais vu qu’amoureux : que sais-je ce que vous seriez devenu cessant de l’être ? L’amour éteint vous eût toujours laissé la vertu, je l’avoue ; mais en est-ce assez pour être heureux dans un lien que le coeur doit serrer, et combien d’hommes vertueux ne laissent pas d’être des maris insupportables ! Sur tout cela vous en pouvez dire autant de moi.

Pour M. de Wolmar, nulle illusion ne nous prévient l’un pour l’autre : nous nous voyons tels que nous sommes ; le sentiment qui nous joint n’est point l’aveugle transport des coeurs passionnés, mais l’immuable et constant attachement de deux personnes honnêtes et raisonnables, qui, destinées à passer ensemble le reste de leurs jours, sont contentes de leur sort, et tâchent de se le rendre doux l’une à l’autre. Il semble que, quand on nous eût formés exprès pour nous unir, on n’aurait pu réussir mieux. S’il avait le coeur aussi tendre que moi, il serait impossible que tant de sensibilité de part et d’autre ne se heurtât quelquefois, et qu’il n’en résultât des querelles. Si j’étais aussi tranquille que lui, trop de froideur régnerait entre nous, et rendrait la société moins agréable et moins douce. S’il ne m’aimait point, nous vivrions mal ensemble ; s’il m’eût trop aimée, il m’eût été importun. Chacun des deux est précisément ce qu’il faut à l’autre ; il m’éclaire et je l’anime ; nous en valons mieux réunis, et il semble que nous soyons destinés à ne faire entre nous qu’une seule âme, dont il est l’entendement et moi la volonté. Il n’y a pas jusqu’à son âge un peu avancé qui ne tourne au commun avantage : car, avec la passion dont j’étais tourmentée, il est certain que s’il eût été plus jeune je l’aurais épousé avec plus de peine encore, et cet excès de répugnance eût peut-être empêché l’heureuse révolution qui s’est faite en moi.

Mon ami, le ciel éclaire la bonne intention des pères, et récompense la docilité des enfants. À Dieu ne plaise que je veuille insulter à vos déplaisirs. Le seul désir de vous rassurer pleinement sur mon sort me fait ajouter ce que je vais vous dire. Quand avec les sentiments que j’eus ci-devant pour vous, et les connaissances que j’ai maintenant, je serais libre encore et maîtresse de me choisir un mari, je prends à témoin de ma sincérité ce Dieu qui daigne m’éclairer et qui lit au fond de mon coeur, ce n’est pas vous que je choisirais, c’est M. de Wolmar.

Il importe peut-être à votre entière guérison que j’achève de vous dire ce qui me reste sur le coeur. M. de Wolmar est plus âgé que moi. Si pour me punir de mes fautes, le ciel m’ôtait le digne époux que j’ai si peu mérité, ma ferme résolution est de n’en prendre jamais un autre. S’il n’a pas eu le bonheur de trouver une fille chaste, il laissera du moins une chaste veuve. Vous me connaissez trop bien pour croire qu’après vous avoir fait cette déclaration je sois femme, à m’en rétracter jamais.[121]

Ce que j’ai dit pour lever vos doutes peut servir encore à résoudre en partie vos objections contre l’aveu que je crois devoir faire à mon mari. Il est trop sage pour me punir d’une démarche humiliante que le repentir seul peut m’arracher, et je ne suis pas plus incapable d’user de la ruse des dames dont vous parlez, qu’il l’est de m’en soupçonner. Quant à la raison sur laquelle vous prétendez que cet aveu n’est pas nécessaire, elle est certainement un sophisme : car quoiqu’on ne soit tenue à rien envers un époux qu’on n’a pas encore, cela n’autorise point à se donner à lui pour autre chose que ce qu’on est. Je l’avais senti, même avant de me marier, et si le serment extorqué par mon père m’empêcha de faire à cet égard mon devoir, je n’en fus que plus coupable, puisque c’est un crime de faire un serment injuste, et un second de le tenir. Mais j’avais une autre raison que mon coeur n’osait s’avouer, et qui me rendait beaucoup plus coupable encore. Grâce au ciel, elle ne subsiste plus.

I forgot to tell you about our income and its management. The remnants of Mr. de Wolmar’s property, combined with those of my father—who only reserved for himself a pension—have provided him with a decent and moderate fortune, which he uses nobly and wisely. He does not maintain the cumbersome and futile trappings of luxury; instead, he ensures abundance and true comforts in his life[119], as well as providing what is necessary for his impoverished neighbors. The order he has established in his household reflects the discipline that reigns within his soul; it seems to embody, on a small scale, the order that governs the world. One finds neither the inflexible rigidity that brings more inconvenience than benefit and is only tolerable for those who impose it, nor the misguided chaos that deprives people of any means of comfort. Everywhere, one can recognize the hand of a master—yet it is never felt; he has arranged everything so well that everything functions smoothly on its own, allowing one to enjoy both order and freedom.

Here, my good friend, is a brief yet faithful account of the character of Mr. de Wolmar, as far as I have been able to understand it since living with him. Just as he appeared to me on the first day, so he still appears to me today, without the slightest change; which leads me to believe that I have understood him correctly, and that there is nothing left for me to discover about him. For I cannot imagine that he could behave otherwise without losing something in the process.

In this tableau, you can already answer your own questions in advance; and one would have to despise me greatly to not consider myself happy with so many reasons to be so. What has long deceived me, and may perhaps still deceive you, is the notion that love is necessary for a happy marriage. My friend, that is a mistake. Honesty, virtue, certain conveniences, and less concern for conditions and ages than for character and temperament are sufficient for two spouses; this does not prevent their union from resulting in a very tender affection—which, although not precisely love, is none the less sweet and far more enduring. Love, however, is accompanied by constant anxiety over jealousy or loss, which is hardly suitable for marriage, which is meant to be a state of enjoyment and peace. One does not marry solely to think of each other constantly, but to jointly fulfill the duties of daily life, to manage the household wisely, and to raise children properly. Lovers, on the other hand, only see themselves and think of nothing but themselves; their only skill seems to be loving one another. But this is far from enough for spouses, who have so many other responsibilities to attend to. No passion deludes us as much as love: we mistake its intensity for a sign of its durability; our hearts, overwhelmed by such tender feelings, seem to extend them into the future, and as long as this love endures, we believe it will never cease. But on the contrary, it is precisely its fervor that consumes it; it fades with youth, disappears with beauty, and dies out under the weight of age. And since the world existed, I have never seen two lovers in their old age still longing for each other. We must therefore expect that one day our adoration for each other will end; then, with the idol we once worshipped destroyed, we will see each other as we truly are. We will search in surprise for the object of our love; finding it no longer there, we will resent those who remain, and often our imagination will distort them just as much as it had once idealized them. Few people, La Rochefoucauld said, do not feel ashamed of having loved each other when that love is over. How much more then should we fear that boredom may follow such intense feelings; that their decline, if it does not stop at indifference, may even lead to disgust; that we may eventually find ourselves utterly satisfied with each other; and that what was once passionate love between lovers might turn into hatred as spouses! My dear friend, you have always seemed very kind to me—far too kind for my innocence and peace of mind. But I have never seen you but as a lover: what would you become if you ceased to be one? I admit that love, even when it ends, would still leave you with virtue; but is that enough to be happy in a relationship where the heart must always be engaged? And how many virtuous men are there who are nevertheless unbearable husbands! In all this, you can say the same about me.

For Mr. de Wolmar, no illusion conceivable can deceive either of us regarding the other; we see each other as we truly are. The bond that unites us is not the blind fervor of passionate hearts, but the steadfast and enduring affection of two honest and reasonable people who, destined to spend the rest of their lives together, are content with their fate and strive to make it more pleasant for one another. It seems as if we were deliberately created for each other, and that nothing could have been arranged better. If his heart were as tender as mine, it would be inevitable that such deep sensitivity on both sides would sometimes lead to conflicts. If I were as calm as he is, too much indifference would prevail between us, making our company less enjoyable and less harmonious. If he did not love me, we would not get along well together; if he had loved me too much, it would have been troubling for both of us. Each of us is precisely what the other needs: I enlighten him, and he inspires me. Together, we are better than apart, and it seems as if we are destined to become one single being, with him as the intellect and me as the will. Even his somewhat advanced age serves a common purpose: for, given the intense aversion I felt at that time, had he been younger, I doubt I would have married him so readily, and perhaps such extreme reluctance would have prevented the happy transformation that took place within me.

My friend, heaven reveals the good intentions of fathers and rewards the obedience of children. May God never allow me to act against your wishes. My only desire is to fully assure you of my fate, which leads me to say what I am about to tell you. If, with the feelings I once had for you and the knowledge I possess now, I were still free to choose a husband for myself, I would swear upon this God who deigns to enlighten me and who sees into the depths of my heart that I would not choose you, but rather Mr. de Wolmar.

Perhaps it is essential for your complete recovery that I finish telling you what remains on my heart. Mr. de Wolmar is older than me. If, as a punishment for my sins, heaven were to take away the worthy husband I have so little deserved, my firm resolve is never to take another. If he has not had the fortune to find a chaste woman, at least he will leave behind a chaste widow. You know me too well to believe that, having made this declaration to you, I would ever retract it.[121]

What I said in order to dispel your doubts may also help to address, at least in part, your objections against the confession I believe I ought to make to my husband. He is too wise to punish me for an act of humiliation that only true repentance could compel me to undertake. Moreover, I am no less capable of resorting to the stratagems that ladies sometimes use than he is of suspecting such things of me. As for the reason you claim makes such a confession unnecessary, it is undoubtedly a sophism: for although one is not bound in any way toward a husband whom one has not yet married, this does not give one the right to surrender oneself to him for anything other than what one truly is. I had realized this even before I got married, and if my father’s coercion prevented me from fulfilling my duty in that regard, I was all the more guilty—for it is a crime to make an unjust vow, and an even greater crime to keep it. But there was another reason, one that my heart dared not admit. Fortunately, that reason no longer exists.

Dimenticavo di parlarvi dei nostri introiti e della loro gestione. I resti dei beni del signor de Wolmar, uniti a quelli di mio padre, che si è riservato soltanto una pensione, gli permettono di disporre di una fortuna onesta e moderata, che utilizza in modo nobile e saggio: non mantiene certo l’ostentazione e la vanità del lusso, ma piuttosto l’abbondanza e le vere comodità della vita, nonché ciò che è necessario per i suoi vicini indigenti. L’ordine che ha instaurato nella sua casa riflette l’ordine che regna nel profondo della sua anima; sembra imitare, in un piccolo contesto domestico, l’ordine stabilito nel governo del mondo. Non si nota né quella rigida regolarità che comporta più disagi che vantaggi e che può essere sopportata soltanto da chi la impone, né quella confusione malintesa che, togliendo ogni possibilità di utilizzo delle cose, finisce per creare ulteriori difficoltà. Si riconosce sempre la mano del padrone di casa, ma essa non si fa mai sentire; ha organizzato tutto con tale precisione che ormai tutto funziona da solo, e si gode sia la regolarità che la libertà.

Ecco, mio buon amico, un’idea breve, ma fedele, del carattere di Monsieur de Wolmar, per quanto io sia riuscito a conoscerlo da quando vivo con lui. Così mi è apparso il primo giorno, così mi appare ancora oggi, senza alcun cambiamento; questo mi fa sperare di averlo compreso correttamente e che non mi rimanga più nulla da scoprire. Poiché non riesco a immaginare che possa comportarsi in modo diverso senza perdere la sua essenza.

In questo quadro, potete già rispondervi da soli; e bisognerebbe disprezzarmi molto per non credere di essere felice, con tanti motivi per esserlo[120]. Quello che a lungo mi ha ingannata, e forse ancora vi inganna, è l’idea che l’amore sia necessario per formare un matrimonio felice. Amico mio, questo è un errore: onestà, virtù, alcune convenienze, meno condizioni e età che caratteri e umori, sono sufficienti tra due coniugi; ciò non impedisce tuttavia che da questa unione derivi un legame molto tenero che, anche se non è esattamente amore, non per questo è meno dolce e anzi più duraturo. L’amore, invece, è accompagnato da una continua inquietudine dovuta alla gelosia o alla privazione, il che poco si addice al matrimonio, che è uno stato di gioia e pace. Non ci si sposa per pensare esclusivamente l’uno all’altro, ma per svolgere insieme i doveri della vita civile, gestire con saggezza la casa, educare bene i figli. Gli amanti vedono solo se stessi, si occupano incessantemente solo di loro, e l’unica cosa che sanno fare è amarsi. Questo non basta per dei coniugi, che hanno tante altre responsabilità da assolvere. Non esiste passione che ci faccia nutrire illusioni più forti dell’amore: consideriamo la sua intensità come un segno della sua durata; il cuore, sopraffatto da un sentimento così dolce, sembra estendersi anche al futuro, e finché questo amore dura, crediamo che non finirà mai. Ma in realtà è proprio la sua stessa intensità a consumarlo: si esaurisce con la giovinezza, scompare con la bellezza, si spegne sotto i gelidi effetti dell’età; e da quando esiste il mondo, non si è mai visto due amanti anziani che si amino ancora. Dobbiamo quindi considerare che prima o poi smetteremo di amarci; allora, l’idolo che abbiamo venerato sarà distrutto, e ci vedremo l’un l’altro per quello che realmente siamo. Cercheremo con stupore l’oggetto del nostro amore; non trovandolo più, ci lamenteremo di colui che rimane, e spesso l’immaginazione lo deformerà tanto quanto lo aveva abbellito. Ci sono poche persone, dice La Rochefoucauld, che non provino vergogna di essersi amate, quando non si amano più. Quanto quindi è da temere che la noia segua sentimenti troppo intensi; che il loro declino, senza fermarsi all’indifferenza, arrivi fino al disgusto; che alla fine ci troviamo completamente sazi l’uno dell’altro; e che, per esserci amati troppo da amanti, finiamo per odiarci da coniugi! Caro mio, mi siete sempre sembrato molto affascinante, troppo affascinante per la mia innocenza e per il mio tranquillo equilibrio; ma non vi ho mai visto altro che un amante: cosa sareste diventato se aveste smesso di esserlo? Ammetto che l’amore spento vi avrebbe lasciato comunque la virtù; ma è questo sufficiente per essere felici in un legame che richiede impegno e dedizione da entrambi i lati. E quanti uomini virtuosi, dopotutto, non risultano essere mariti insopportabili! Su tutto ciò, potete dire lo stesso di me.

Per il signor de Wolmar, nessuna illusione ci impedisce di vederci l’uno come siamo realmente; il sentimento che ci unisce non è l’effetto cieco dell’affetto passionale, ma un legame immutabile e costante tra due persone oneste e ragionevoli, destinate a trascorrere insieme il resto della loro vita, soddisfatte del proprio destino e desiderose di renderlo più dolce l’una per l’altra. Sembra che, se qualcuno ci avesse creati apposta per unirci, non avrebbe potuto riuscirci meglio. Se il suo cuore fosse altrettanto tenero quanto il mio, sarebbe impossibile che tanta sensibilità da entrambe le parti non si scontrasse a volte, causando litigi; se io fossi altrettanto tranquilla di lui, troppa freddezza regnerebbe tra noi, rendendo la nostra convivenza meno piacevole e meno dolce. Se non mi amasse, vivremmo male insieme; se mi avesse amata troppo, mi avrebbe infastidita. Ognuno di noi è esattamente ciò che l’altro ha bisogno: lui illumina la mia mente, io animo la sua vita; insieme valiamo di più, e sembra davvero che siamo destinati a diventare un’unica anima, nella quale lui rappresenta l’intelletto e io la volontà. Nemmeno il suo età leggermente avanzata rappresenta un svantaggio: con la passione che mi tormentava, è certo che, se fosse stato più giovane, avrei avuto ancora maggior difficoltà ad accettarlo come marito, e tale intensità di repulsione avrebbe forse impedito quella felice trasformazione interiore che ho vissuto.

Amico mio, il cielo illumina le buone intenzioni dei padri e premia la docilità dei bambini. Che Dio non voglia che io offenda i vostri desideri. L’unico scopo che ho è quello di rassicurarvi completamente riguardo al mio destino, ed è per questo che aggiungo ciò che sto per dirvi. Se, con i sentimenti che un tempo provavo per voi e le conoscenze che ora possiedo, fossi ancora libera di scegliermi un marito, prenderei a testimone della mia sincerità quel Dio che si degnia di illuminarmi e che legge nel profondo del mio cuore: non sareste voi la persona che sceglierei, ma il signor de Wolmar.

Forse è fondamentale per la vostra completa guarigione che io vi dica ciò che ancora mi rimane nel cuore. Il signor de Wolmar è più anziano di me; se il cielo volesse punirmi dei miei errori togliendomi l’onorevole marito che ho così poco meritato, la mia ferma risoluzione è quella di non prenderne mai un altro. Anche se non ha avuto la fortuna di trovare una donna casta, almeno lascerà una vedova casta. Voi mi conoscete troppo bene per credere che, dopo avervi fatto questa dichiarazione, io possa mai ritrattarmene.[121]

Quello che ho detto per dissipare i vostri dubbi può ancora essere utilizzato per risolvere in parte le vostre obiezioni riguardo alla confessione che ritengo di dover fare a mio marito. Lui è troppo saggio per punirmi per un atto umiliante che solo il pentimento potrebbe spingermi a compiere; inoltre, non sono affatto incapace di ricorrere alle astuzie delle donne di cui parlate, così come lui non è in grado di sospettarlo. Quanto alla ragione per cui sostenete che tale confessione non sia necessaria, essa rappresenta sicuramente un sofisma: infatti, anche se non si ha alcun obbligo verso un marito con cui non si è ancora sposati, ciò non autorizza comunque a donarsi a lui per uno scopo diverso da quello che si è veramente. Lo avevo già intuito prima di sposarmi; e se il giuramento estortomi da mio padre mi impedì di adempiere al mio dovere in questo senso, ne fui solo più colpevole, poiché è un crimine pronunciare un giuramento ingiusto, e un secondo crimine mantenerlo. Tuttavia, avevo un’altra ragione, una ragione che il mio cuore non osava ammettere, e che mi rendeva ancora più colpevole. Grazie al cielo, essa non esiste più.

Une considération plus légitime et d’un plus grand poids est le danger de troubler inutilement le repos d’un honnête homme, qui tire son bonheur de l’estime qu’il a pour sa femme. Il est sûr qu’il ne dépend plus de lui de rompre le noeud qui nous unit, ni de moi d’en avoir été plus digne. Ainsi je risque par une confidence indiscrète de l’affliger à pure perte, sans tirer d’autre avantage de ma sincérité que de décharger mon coeur d’un secret funeste qui me pèse cruellement. J’en serai plus tranquille, je le sens, après le lui avoir déclaré ; mais lui, peut-être le sera-t-il moins, et ce serait bien mal réparer mes torts que de préférer mon repos au sien.

Que ferais-je donc dans le doute où je suis ? En attendant que le ciel m’éclaire mieux sur mes devoirs, je suivrai le conseil de votre amitié ; je garderai le silence, je tairai mes fautes à mon époux, et je tâcherai de les effacer par une conduite qui puisse un jour en mériter le pardon.

Pour commencer une réforme aussi nécessaire, trouvez bon, mon ami, que nous cessions désormais tout commerce entre nous. Si M. de Wolmar avait reçu ma confession, il déciderait jusqu’à quel point nous pouvons nourrir les sentiments de l’amitié qui nous lie, et nous en donner les innocents témoignages ; mais, puisque je n’ose le consulter là-dessus, j’ai trop appris à mes dépens combien nous peuvent égarer les habitudes les plus légitimes en apparence. Il est temps de devenir sage. Malgré la sécurité de mon coeur, je ne veux plus être juge en ma propre cause, ni me livrer, étant femme, à la même présomption qui me perdit étant fille. Voici la dernière lettre que vous recevrez de moi. Je vous supplie aussi de ne plus m’écrire. Cependant comme je ne cesserai jamais de prendre à vous le plus tendre intérêt, et que ce sentiment est aussi pur que le jour qui m’éclaire, je serai bien aise de savoir quelquefois de vos nouvelles et de vous voir parvenir au bonheur que vous méritez. Vous pourrez de temps à autre écrire à Mme d’Orbe dans les occasions où vous aurez quelque événement intéressant à nous apprendre. J’espère que l’honnêteté de votre âme se peindra toujours dans vos lettres. D’ailleurs ma cousine est vertueuse et sage, pour ne me communiquer que ce qu’il me conviendra de voir, et pour supprimer cette correspondance si vous étiez capable d’en abuser.

Adieu, mon cher et bon ami ; si je croyais que la fortune pût vous rendre heureux, je vous dirais : « Courez à la fortune » ; mais peut-être avez-vous raison de la dédaigner avec tant de trésors pour vous passer d’elle ; j’aime mieux vous dire : « Courez à la félicité », c’est la fortune du sage. Nous avons toujours senti qu’il n’y en avait point sans la vertu ; mais prenez garde que ce mot de vertu trop abstrait n’ait plus d’éclat que de solidité, et ne soit un nom de parade qui sert plus à éblouir les autres qu’à nous contenter nous-mêmes. Je frémis quand je songe que des gens qui portaient l’adultère au fond de leur coeur osaient parler de vertu. Savez-vous bien ce que signifiait pour nous un terme si respectable et si profané, tandis que nous étions engagés dans un commerce criminel ? C’était cet amour forcené dont nous étions embrasés l’un et l’autre qui déguisait ses transports sous ce saint enthousiasme, pour nous les rendre encore plus chers, et nous abuser plus longtemps. Nous étions faits, j’ose le croire, pour suivre et chérir la véritable vertu ; mais nous nous trompions en la cherchant, et ne suivions qu’un vain fantôme. Il est temps que l’illusion cesse ; il est temps de revenir d’un trop long égarement. Mon ami, ce retour ne vous sera pas difficile. Vous avez votre guide en vous-même ; vous l’avez pu négliger, mais vous ne l’avez jamais rebuté. Votre âme est saine, elle s’attache à tout ce qui est bien ; et si quelquefois il lui échappe, c’est qu’elle n’a pas usé de toute sa force pour s’y tenir. Rentrez au fond de votre conscience, et cherchez si vous n’y retrouveriez point quelque principe oublié qui servirait à mieux ordonner toutes vos actions, à les lier plus solidement entre elles et avec un objet commun. Ce n’est pas assez, croyez-moi, que la vertu soit la base de votre conduite, si vous n’établissez cette base même sur un fondement inébranlable. Souvenez-vous de ces Indiens qui font porter le monde sur un grand éléphant, et puis l’éléphant sur une tortue ; et quand on leur demande sur quoi porte la tortue, ils ne savent plus que dire.

Je vous conjure de faire quelque attention aux discours de votre amie, et de choisir pour aller au bonheur une route plus sûre que celle qui nous a si longtemps égarés. Je ne cesserai de demander au ciel, pour vous et pour moi, cette félicité pure, et ne serai contente qu’après l’avoir obtenue pour tous les deux. Ah ! si jamais nos coeurs se rappellent malgré nous les erreurs de notre jeunesse, faisons au moins que le retour qu’elles auront produit en autorise le souvenir et que nous puissions dire avec cet ancien : « Hélas ! nous périssions si nous n’eussions péri[122] !

Ici finissent les sermons de la prêcheuse. Elle aura désormais assez à faire à se prêcher elle-même. Adieu, mon aimable ami, adieu pour toujours ; ainsi l’ordonne l’inflexible devoir. Mais croyez que le coeur de Julie ne sait point oublier ce qui lui fut cher… Mon Dieu ! que fais-je ?… Vous le verrez trop à l’état de ce papier. Ah ! n’est-il pas permis de s’attendrir en disant à son ami le dernier adieu ?

Lettre XXI – De l’amant de Julie à milord Édouard

Oui, milord, il est vrai, mon âme est oppressée du poids de la vie. Depuis longtemps elle m’est à charge : j’ai perdu tout ce qui pouvait me la rendre chère, il ne m’en reste que les ennuis. Mais on dit qu’il ne m’est pas permis d’en disposer sans l’ordre de celui qui me l’a donnée. Je sais aussi qu’elle vous appartient à plus d’un titre. Vos soins me l’ont sauvée deux fois, et vos bienfaits me la conservent sans cesse. Je n’en disposerai jamais que je ne sois sûr de le pouvoir faire sans crime, ni tant qu’il me restera la moindre espérance de la pouvoir employer pour vous.

Vous disiez que je vous étais nécessaire : pourquoi me trompiez-vous ? Depuis que nous sommes à Londres, loin que vous songiez à m’occuper de vous, vous ne vous occupez que de moi. Que vous prenez de soins superflus ! Milord, vous le savez, je hais le crime encore plus que la vie ; j’adore l’Être éternel. Je vous dois tout, je vous aime, je ne tiens qu’à vous sur la terre : l’amitié, le devoir, y peuvent enchaîner un infortuné ; des prétextes et des sophismes ne l’y retiendront point. Éclairez ma raison, parlez à mon coeur, je suis prêt à vous entendre ; mais souvenez-vous que ce n’est point le désespoir qu’on abuse.

Vous voulez qu’on raisonne : eh bien ! raisonnons. Vous voulez qu’on proportionne la délibération à l’importance de la question qu’on agite ; j’y consens. Cherchons la vérité paisiblement, tranquillement ; discutons la proposition générale comme s’il s’agissait d’un autre. Robeck[123] fit l’apologie de la mort volontaire avant de se la donner. Je ne veux pas faire un livre à son exemple et je ne suis pas fort content du sien ; mais j’espère imiter son sang-froid dans cette discussion.

J’ai longtemps médité sur ce grave sujet. Vous devez le savoir, car vous connaissez mon sort, et je vis encore. Plus j’y réfléchis, plus je trouve que la question se réduit à cette proposition fondamentale : chercher son bien et fuir son mal en ce qui n’offense point autrui, c’est le droit de la nature. Quand notre vie est un mal pour nous, et n’est un bien pour personne, il est donc permis de s’en délivrer. S’il y a dans le monde une maxime évidente et certaine, je pense que c’est celle-là ; et, si l’on venait à bout de la renverser, il n’y a point d’action humaine dont on ne pût faire un crime.

A more legitimate and weightier consideration is the danger of needlessly disturbing the peace of an honest man who derives his happiness from the respect he holds for his wife. It is certain that it is no longer up to him to break the bond that unites us, nor is it up to me to have been less worthy of such a bond. Thus, by revealing this inappropriately, I might cause him distress for no reason at all, gaining nothing from my sincerity other than relieving my heart of a terrible secret that weighs heavily on me. I feel that I will be at peace after having confessed it to him; but he may not be so, and it would be a poor way to make amends for my wrongs to prefer my own peace to his.

What should I do in this state of uncertainty? Until heaven enlightens me further regarding my duties, I will follow the advice born of your friendship: I will keep silent, conceal my faults from my husband, and strive to erase them through behavior that may one day earn his forgiveness.

To begin such a necessary reform, my friend, I think it is only right that we cease all trade and communication with each other. If Monsieur de Wolmar had received my confession, he would have decided to what extent we may continue to maintain the feelings of friendship that bind us and would have given us innocent ways to express them; but since I dare not consult him on this matter, I have learned at my own cost how easily even the most seemingly legitimate habits can lead us astray. It is time to become wise. Despite the peace of mind I enjoy, I no longer wish to judge my own cause, nor to expose myself, as a woman, to the same presumptions that once ruined me when I was a girl. This is the last letter you will receive from me; I also beg you not to write to me anymore. However, since I will always hold you in the deepest affection, and since this feeling is as pure as the light of day that shines upon me, I would be glad to hear occasionally about your well-being and to see you attain the happiness you deserve. You may occasionally write to Madame d’Orbe when you have any interesting events to share with us. I hope that the honesty of your character will always be reflected in your letters. Moreover, my cousin is virtuous and wise; she will only tell me what it is appropriate for me to know, and she will cease this correspondence if you were ever to abuse it.

Adieu, my dear and good friend; if I believed that fortune could make you happy, I would tell you: “Run after fortune.” But perhaps you are right to despise it, since you possess so many treasures that you can do without it. Instead, I prefer to say to you: “Run towards happiness”—for that is the true fortune of the wise. We have always felt that there is no happiness without virtue; but be careful that this too abstract notion of virtue does not become nothing more than a hollow formality, a mere guise used to dazzle others rather than to satisfy us ourselves. I shudder when I think how people who harbored such wicked intentions in their hearts could still dare to speak of virtue. Do you truly understand what such a respected and yet so profaned term meant to us, while we were engaged in such criminal activities? It was that forced love which consumed us both—love that disguised its ardor under the guise of sacred enthusiasm, making it all the more tempting and allowing us to continue in our error for far too long. I believe we were destined to pursue and cherish true virtue; but we deceived ourselves in seeking it, following only a vain illusion. It is time for this delusion to end; it is time to return from such a prolonged wandering. My friend, this return will not be difficult for you. You have your own guide within you—you may have neglected it at times, but you have never truly rejected it. Your soul is pure; it naturally inclines towards all that is good. And if sometimes it strays from that path, it is because you have not exerted enough effort to stay true to it. Look deep into your conscience and see if you cannot find some forgotten principle there that could help you organize your actions more effectively, bind them more firmly together, and align them with a common purpose. Believe me, it is not enough for virtue merely to be the foundation of your conduct—if you do not establish that foundation on an unshakable basis. Remember those Indians who say the world rests on a giant elephant, and the elephant on a tortoise; when asked what supports the tortoise, they are left speechless.

I implore you to pay some attention to the words of your friend, and to choose a path toward happiness that is more secure than the one that has led us astray for so long. I will continually pray to heaven for this pure felicity, for you and for me, and I shall not be satisfied until it is granted to both of us. Ah! If ever our hearts, against our will, remind us of the mistakes of our youth, let us at least ensure that those mistakes have led us to a path that allows us to remember them, so that we can say, like that old man: “Alas! We would have perished if we had not perished[122]!”

Here end the sermons of this preacher. She will now have enough to do with preaching to herself. Adieu, my kind friend, adieu forever; such is the decree of unyielding duty. But believe me, Julie’s heart cannot forget what was dear to her. Oh God! What am I doing?. You will see too much in the state this paper is in. Ah! Is it not permitted to feel tender when saying one’s final adieu to a friend?

Letter XXI – From Julie’s lover to Lord Edward

Yes, my lord, it is true; my soul is burdened by the weight of life. For a long time now, it has been a source of trouble for me—I have lost everything that could have made it precious to me; all that remains are troubles. But it is said that I am not permitted to dispose of it without the order of him who gave it to me. I also know that it belongs to you in many ways. Your care has saved it twice, and your kindness continues to preserve it for me. I will never dispose of it unless I am certain that I can do so without committing any crime, nor until I no longer have any hope of being able to use it for your benefit.

You said that I was necessary to you: why did you deceive me? Since we have been in London, far from considering it your duty to care for me, you have devoted all your attention to me. What unnecessary concern! My lord, you know that I hate crime even more than I hate death; I adore the Eternal Being. I owe you everything; I love you; on this earth, I am bound to you alone. Friendship and duty may chain a unfortunate person; but pretenses and sophisms will not hold me. Enlighten my reason, speak to my heart—I am ready to listen to you; but remember that it is not despair that one should exploit.

You want us to reason: well, let’s reason then. You want us to proportion our deliberation to the importance of the issue at hand; I agree with that. Let us seek the truth in a peaceful and calm manner; let us discuss this general proposition as if it were another matter entirely. Robeck[123] defended voluntary death before ultimately carrying it out himself. I do not intend to write a book following his example, nor am I particularly impressed by his actions; but I hope to emulate his composure in this discussion.

I have long meditated on this grave subject. You must know this, for you are aware of my fate, and I am still alive. The more I think about it, the more I realize that the issue boils down to this fundamental proposition: to seek what is good for oneself and to avoid what is bad, so long as one does not offend others—this is the law of nature. When our own life brings us harm and benefits no one else, then it is permissible to free ourselves from it. If there is any clear and undeniable maxim in this world, I believe it is this one; and if someone were to succeed in overturning it, then there would be no human action that could not be considered a crime.

Una considerazione più legittima e di maggiore rilievo è il pericolo di disturbare inutilmente il riposo di un uomo onesto, il cui felicità deriva dall’ammirazione che prova per sua moglie. È certo che non spetta più a lui rompere il legame che ci unisce, né a me essere stata meno degna di tale legame. Pertanto, confidargli qualcosa in modo indiscreto significherebbe affliggerlo senza alcun beneficio per me, se non quello di liberare il mio cuore da un segreto terribile che mi opprime. So che dopo avergli rivelato tutto starò più tranquilla; ma lui, forse, no. E sarebbe davvero un cattivo modo per rimediare ai miei torti preferire il mio riposo al suo.

Cosa dovrei fare in questo dubbio in cui mi trovo? Fino a quando il cielo non mi illuminerà meglio sui miei doveri, seguirò il consiglio della vostra amicizia: rimarrò in silenzio, nasconderò i miei errori a mio marito e cercherò di cancellarli con un comportamento che un giorno possa meritarmi il suo perdono.

Per intraprendere una riforma così necessaria, ritengo, mio caro amico, che sia opportuno interrompere completamente ogni tipo di comunicazione tra di noi. Se il signor de Wolmar avesse ricevuto la mia confessione, avrebbe potuto decidere fino a che punto possiamo continuare a nutrire i sentimenti d’amicizia che ci legano e fornirci le prove innocenti di essi; ma poiché non oso consultarlo al riguardo, ho imparato a mie spese quanto possano ingannarci anche le abitudini apparentemente più legittime. È giunto il momento di diventare saggi. Nonostante la sicurezza dei miei sentimenti, non voglio più essere io stessa a giudicare la mia stessa causa, né permettermi, essendo donna, di cadere nella stessa presunzione che mi perse quando ero ragazza. Questa è l’ultima lettera che riceverete da me; vi supplico anche di non scrivermi più. Tuttavia, poiché continuerò sempre a prendermi il massimo cura di voi e poiché questo sentimento è altrettanto puro del giorno che mi illumina, sarei molto felice di ricevere occasionalmente notizie vostre e di vedere che raggiungete la felicità che meritate. Potrete scrivere di tanto in tanto alla signora d’Orbe nelle occasioni in cui avrete eventi importanti da comunicarci. Spero che l’onestà della vostra anima si rifletta sempre nelle vostre lettere. Inoltre, mia cugina è virtuosa e saggia: mi comunicherà soltanto ciò che riterrà opportuno che io sappia, e interromperà questa corrispondenza se doveste essere in grado di abusarne.

Addio, mio caro e buon amico; se credessi che la fortuna potesse renderti felice, ti direi: “Corri verso la fortuna”; ma forse hai ragione a disprezzarla, avendo così tanti tesori da poterne fare a meno. Preferisco dirti: “Corri verso la felicità”, perché essa è la vera ricchezza del saggio. Abbiamo sempre sentito che non esiste felicità senza virtù; ma fai attenzione che questo concetto di virtù, troppo astratto, non diventi soltanto un nome vuoto, utilizzato più per abbagliare gli altri che per soddisfare noi stessi. Tremo al pensiero che persone che portavano l’adulterio nel loro cuore osassero parlare di virtù. Sai bene cosa significasse per noi un termine così rispettabile e allo stesso tempo profanato, mentre eravamo coinvolti in attività criminali? Era quell’amore forzato che ci legava l’uno all’altro; quell’amore che nascondeva i propri veri intenti sotto il velo di un “santo entusiasmo”, rendendoli ancora più preziosi, e permettendoci di continuare ad essere ingannati per molto tempo. Credo davvero che fossimo fatti per seguire e amare la vera virtù; ma ci sbagliavamo nel cercarla, seguivamo soltanto un fantasma vuoto. È ora che questa illusione finisca, è ora di tornare da una lunga perdita di strada. Amico mio, questo ritorno non sarà difficile per te: hai il tuo guida dentro di te stesso; forse l’hai trascurato, ma non l’hai mai rifiutato veramente. La tua anima è sana; si attacca a tutto ciò che è buono. E se a volte le sfugge, è perché non ha usato tutta la sua forza per rimanervi attaccata. Rientra nel profondo della tua coscienza, e cerca se non troverai qualche principio dimenticato che possa aiutarti a ordinare meglio tutte le tue azioni, a legarle più strettamente tra loro e a un obiettivo comune. Non basta che la virtù sia alla base della tua condotta, devi stabilirla su fondamenti ineguibili. Ricorda quegli Indiani che fanno portare il mondo su un grande elefante, e poi l’elefante su una tartaruga. Quando qualcuno chiede su cosa si appoggi la tartaruga, loro non sanno più cosa rispondere.

Vi supplico di prestare attenzione ai discorsi della vostra amica, e di scegliere per raggiungere la felicità una strada più sicura di quella che ci ha così a lungo perso. Non smetterò mai di pregare il cielo, per voi e per me, affinché ci venga concessa questa felicità pura, e non sarò soddisfatta finché non l’avremo ottenuta entrambi. Ah! Se mai i nostri cuori, contro la nostra volontà, ricordassero gli errori della nostra giovinezza, almeno facciamo in modo che il pentimento derivante da essi permetta di ricordarli, e possiamo dire come quel vecchio: “Ahimè! Saremmo periti se non fossimo morti[122]!”

Ecco terminati i sermoni della predicatrice. Ora avrà abbastanza da fare a predicare a se stessa. Addio, mio caro amico, addio per sempre; così comanda il dovere inflessibile. Ma credetemi: il cuore di Julie non sa dimenticare ciò che le è stato caro. Mio Dio! Cosa sto facendo?. Lo vedrete troppo chiaramente da questo foglio di carta. Ah! Non è forse permesso commuoversi, dicendo addio per l’ultima volta al proprio amico?

Lettera XXI – Dall’amante di Julie a Lord Edward

Sì, mio signore, è vero: il peso della vita opprime la mia anima. Da tempo essa rappresenta per me un onere; ho perso tutto ciò che avrebbe potuto renderla preziosa, e non mi rimangono che i problemi. Ma si dice che non mi sia permesso disporne senza l’ordine di colui che me l’ha data. So anche che essa vi appartiene per molti motivi: le vostre cure l’hanno salvata due volte, e i vostri benefici la conservano costantemente. Non ne disporrò mai se non sarò certo di poterlo fare senza commettere alcun crimine, né finché avrò anche solo una minima speranza di poterla utilizzare a vostro vantaggio.

Dicevate che avevo bisogno di voi: perché mi avete ingannato? Da quando siamo a Londra, invece di pensare a prendervi cura di me, vi occupate solo di me. Che cure inutili! Milord, lo sapete bene: odio il crimine ancora più della vita; amo l’Essere eterno. Vi devo tutto, vi amo. Sulla terra, non ho nulla se non voi: l’amicizia e il dovere possono incatenare un infelice, ma le scuse e i sofismi non riusciranno a trattenermi. Illuminate la mia ragione, parlate al mio cuore. Sono pronto ad ascoltarvi; ma ricordatevi che non è il disperato che si può manipolare.

Volete che ragioniamo: bene, ragioniamo allora. Volete che la deliberazione sia proporzionata all’importanza della questione in discussione; sono d’accordo. Cerchiamo la verità in modo pacifico e tranquillo; discutiamo questa proposta generale come se si trattasse di un’altra. Robeck[123] difese il suicidio volontario prima di compierlo lui stesso. Non voglio scrivere un libro seguendo il suo esempio, e non sono affatto soddisfatto del suo comportamento; ma spero di poter imitare la sua calma in questa discussione.

Ho riflettuto a lungo su questo grave argomento. Dovete saperlo, perché conoscete il mio destino e io sono ancora vivo. Più ci penso, più mi rendo conto che la questione si riduce a questa proposizione fondamentale: cercare il proprio bene e fuggire dal proprio male, purché ciò non offenda gli altri, è il diritto della natura. Quando la nostra vita rappresenta un male per noi stessi e nessun bene per nessun altro, allora è permesso liberarsene. Se esiste nel mondo un principio evidente e indiscutibile, penso che sia proprio questo; e se qualcuno cercasse di sovvertirlo, non esisterebbe alcuna azione umana che non potesse essere considerata un crimine.

Que disent là-dessus nos sophistes ? Premièrement ils regardent la vie comme une chose qui n’est pas à nous, parce qu’elle nous a été donnée ; mais c’est précisément parce qu’elle nous a été donnée qu’elle est à nous. Dieu ne leur a-t-il pas donné deux bras ? Cependant quand ils craignent la gangrène ils s’en font couper un, et tous les deux, s’il le faut. La parité est exacte pour qui croit l’immortalité de l’âme ; car si je sacrifie mon bras à la conservation d’une chose plus précieuse, qui est mon corps, je sacrifie mon corps à la conservation d’une chose plus précieuse, qui est mon bien-être. Si tous les dons que le ciel nous a faits sont naturellement des biens pour nous, ils ne sont que trop sujets à changer de nature ; et il y ajouta la raison pour nous apprendre à les discerner. Si cette règle ne nous autorisait pas à choisir les uns et rejeter les autres, quel serait son usage parmi les hommes ?

Cette objection si peu solide, ils la retournent de mille manières. Ils regardent l’homme vivant sur la terre comme un soldat mis en faction. « Dieu, disent-ils, t’a placé dans ce monde, pourquoi en sors-tu sans son congé ? » Mais toi-même, il t’a placé dans ta ville, pourquoi en sors-tu sans son congé ? Le congé n’est-il pas dans le mal-être ? En quelque lieu qu’il me place, soit dans un corps, soit sur la terre, c’est pour rester autant que j’y suis bien, et pour en sortir dès que j’y suis mal. Voilà la voix de la nature et la voix de Dieu. Il faut attendre l’ordre, j’en conviens ; mais quand je meurs naturellement, Dieu ne m’ordonne pas de quitter la vie, il me l’ôte : c’est en me la rendant insupportable qu’il m’ordonne de la quitter. Dans le premier cas, je résiste de toute ma force : dans le second, j’ai le mérite d’obéir.

Concevez-vous qu’il y ait des gens assez injustes pour taxer la mort volontaire de rébellion contre la Providence, comme si l’on voulait se soustraire à ses lois ? Ce n’est point pour s’y soustraire qu’on cesse de vivre, c’est pour les exécuter. Quoi ! Dieu n’a-t-il de pouvoir que sur mon corps ? Est-il quelque lieu dans l’univers où quelque être existant ne soit pas sous sa main, et agira-t-il moins immédiatement sur moi quand ma substance épurée sera plus une, et plus semblable à la sienne ? Non, sa justice et sa bonté font mon espoir ; et, si je croyais que la mort pût me soustraire à sa puissance, je ne voudrais plus mourir.

C’est un des sophismes du Phédon, rempli d’ailleurs de vérités sublimes. « Si ton esclave se tuait, dit Socrate à Cébès, ne le punirais-tu pas, s’il t’était possible, pour t’avoir injustement privé de ton bien ? » Bon Socrate, que nous dites-vous ? N’appartient-on plus à Dieu quand on est mort ? Ce n’est point cela du tout ; mais il fallait dire : « Si tu charges ton esclave d’un vêtement qui le gêne dans le service qu’il te doit, le puniras-tu d’avoir quitté cet habit pour mieux faire son service ? » La grande erreur est de donner trop d’importance à la vie ; comme si notre être en dépendait, et qu’après la mort on ne fût plus rien. Notre vie n’est rien aux yeux de Dieu, elle n’est rien aux yeux de la raison, elle ne doit rien être aux nôtres ; et, quand nous laissons notre corps, nous ne faisons que poser un vêtement incommode. Est-ce la peine d’en faire un si grand bruit ? Milord, ces déclamateurs ne sont point de bonne foi ; absurdes et cruels dans leurs raisonnements, ils aggravent le prétendu crime, comme si l’on s’ôtait l’existence, et le punissent, comme si l’on existait toujours.

Quant au Phédon, qui leur a fourni le seul argument précieux qu’ils aient jamais employé, cette question n’y est traitée que très légèrement et comme en passant. Socrate, condamné par un jugement inique à perdre la vie dans quelques heures, n’avait pas besoin d’examiner bien attentivement s’il lui était permis d’en disposer. En supposant qu’il ait tenu réellement les discours que Platon lui fait tenir, croyez-moi, milord, il les eût médités avec plus de soin dans l’occasion de les mettre en pratique ; et la preuve qu’on ne peut tirer de cet immortel ouvrage aucune bonne objection contre le droit de disposer de sa propre vie, c’est que Caton le lut par deux fois tout entier la nuit même qu’il quitta la terre.

Ces mêmes sophistes demandent si jamais la vie peut être un mal. En considérant cette foule d’erreurs, de tourments et de vices dont elle est remplie, on serait bien plus tenté de demander si jamais elle fut un bien. Le crime assiège sans cesse l’homme le plus vertueux ; chaque instant qu’il vit, il est prêt à devenir la proie du méchant ou méchant lui-même. Combattre et souffrir, voilà son sort dans ce monde ; mal faire et souffrir, voilà celui du malhonnête homme. Dans tout le reste ils diffèrent entre eux, ils n’ont rien en commun que les misères de la vie. S’il vous fallait des autorités et des faits, je vous citerais des oracles, des réponses de sages, des actes de vertu récompensés par la mort. Laissons tout cela, milord ; c’est à vous que je parle, et je vous demande quelle est ici-bas la principale occupation du sage, si ce n’est de se concentrer, pour ainsi dire, au fond de son âme, et de s’efforcer d’être mort durant sa vie. Le seul moyen qu’ait trouvé la raison pour nous soustraire aux maux de l’humanité n’est-il pas de nous détacher des objets terrestres et de tout ce qu’il y a de mortel en nous, de nous recueillir au dedans de nous-mêmes, de nous élever aux sublimes contemplations, et si nos passions et nos erreurs font nos infortunes, avec quelle ardeur devons-nous soupirer après un état qui nous délivre des unes et des autres ? Que font ces hommes sensuels qui multiplient si indiscrètement leurs douleurs par leurs voluptés ? Ils anéantissent, pour ainsi dire, leur existence à force de l’étendre sur la terre ; ils aggravent le poids de leurs chaînes par le nombre de leurs attachements ; ils n’ont point de jouissances qui ne leur préparent mille amères privations : plus ils sentent, et plus ils souffrent ; plus ils s’enfoncent dans la vie, et plus ils sont malheureux.

Mais qu’en général ce soit, si l’on veut, un bien pour l’homme de ramper tristement sur la terre, j’y consens : je ne prétends pas que tout le genre humain doive s’immoler d’un commun accord, ni faire un vaste tombeau du monde. Il est, il est des infortunés trop privilégiés pour suivre la route commune, et pour qui le désespoir et les amères douleurs sont le passeport de la nature : c’est à ceux-là qu’il serait aussi insensé de croire que leur vie est un bien, qu’il l’était au sophiste Posidonius tourmenté de la goutte de nier qu’elle fût un mal. Tant qu’il nous est bon de vivre, nous le désirons fortement, et il n’y a que le sentiment des maux extrêmes qui puisse vaincre en nous ce désir ; car nous avons tous reçu de la nature une très grande horreur de la mort, et cette horreur déguise à nos yeux les misères de la condition humaine. On supporte longtemps une vie pénible et douloureuse avant de se résoudre à la quitter ; mais quand une fois l’ennui de vivre l’emporte sur l’horreur de mourir, alors la vie est évidemment un grand mal, et l’on ne peut s’en délivrer trop tôt. Ainsi, quoiqu’on ne puisse exactement assigner le point où elle cesse d’être un bien, on sait très certainement au moins qu’elle est un mal longtemps avant de nous le paraître ; et chez tout homme sensé le droit d’y renoncer en précède toujours de beaucoup la tentation.

What do our sophists have to say on this matter? Firstly, they regard life as something that does not truly belong to us, because it has been given to us; but precisely because it has been given to us, it does in fact belong to us. Has God not given them two arms? Yet when they fear gangrene, they have one of them amputated—sometimes even both, if necessary. For those who believe in the immortality of the soul, this equality is absolute; for if I sacrifice my arm in order to preserve something more precious, namely my body, then I am, in effect, sacrificing my body for the sake of my well-being. If all the gifts that heaven has bestowed upon us are naturally beneficial to us, they are nonetheless susceptible to changing in nature; and it is for this very reason that God has given us the ability to discern between them. If this rule did not allow us to choose some gifts and reject others, what would its purpose be among human beings?

This objection, so flimsy in nature, is twisted and turned in every possible way by them. They regard man living on earth as a soldier on duty. “God,” they say, “has placed you in this world—why do you leave it without his permission?” But isn’t it God himself who has placed you in your city? Why do you leave it without his permission? Isn’t permission to leave granted through suffering and discomfort? No matter where God places me—whether in a physical body or on earth—he does so only if I am well there; he commands me to leave only when I am suffering. This is the voice of nature and the voice of God. It is true that we must wait for his command; but when I die naturally, God does not command me to leave life—he takes it away from me. It is by making life unbearable that he forces me to depart. In the first case, I resist with all my might; in the second, I have the merit of obeying.

Can you imagine that there are people so unjust as to consider voluntary death as a rebellion against Providence, as if one were trying to escape its laws? One does not cease to live in order to escape them, but in order to fulfill them. Indeed, does God have power only over my body? Is there any place in the universe where a living being is not under his control? Will he act any less immediately upon me when my purified essence becomes one with his own? No; his justice and his kindness give me hope. And if I believed that death could free me from his power, I would no longer wish to die.

This is one of the sophisms presented in the Phaedo, although it is also filled with sublime truths. “If your slave were to kill himself,” Socrates said to Cebes, “wouldn’t you punish him, if it were possible, for having unjustly deprived you of your property?” Oh, Socrates, what are you telling us? Do we no longer belong to God after death? Far from it. What should have been asked is: “If you force your slave to wear clothing that hinders him in performing his duties for you, would you punish him for having removed that clothing in order to serve you better?” The great mistake lies in attributing too much importance to life—as if our very existence depended on it, and as if we ceased to be anything after death. In the eyes of God, our life means nothing; in the eyes of reason, it means nothing; and in our own eyes, it should mean even less. When we leave this body behind, we are merely shedding an inconvenient garment. Is there really any need to make such a fuss about it? My lord, these declamators are not sincere at all. Their arguments are absurd and cruel; they exaggerate the so-called crime, as if removing one’s life were truly a terrible offense, and they punish it, as if we would continue to exist after death.

As for Phaedo, which provided them with the only valuable argument they ever employed, this issue is only very briefly and incidentally addressed therein. Socrates, condemned by an unjust judgment to lose his life within a few hours, had no need to examine in great detail whether he was permitted to dispose of his own life or not. Assuming that he actually delivered the speeches attributed to him by Plato, believe me, my lord, he would have contemplated them more carefully when it came time to put them into practice. And the proof that one cannot derive any valid objection against the right to decide one’s own life from this immortal work is that Cato read it in its entirety twice on the very night he left this world.

These very sophists ask whether life can ever be a evil. Considering the multitude of errors, sufferings, and vices that fill it, one would be even more inclined to ask whether it has ever been a good thing at all. Crime constantly assails the most virtuous man; every moment he lives, he is at risk of becoming the prey of the wicked—or perhaps himself turning wicked. To fight and to suffer—such is his fate in this world; to do evil and to suffer—such is the fate of the dishonest man. In everything else, they differ from one another; all they have in common are the miseries of life. If you needed authorities and examples to prove my point, I could cite oracles, responses from sages, and acts of virtue rewarded with death. But let us set all this aside, my lord—for I am speaking to you directly. What, then, is the principal occupation of a sage in this world, if not to concentrate his mind, so to speak, within himself, and to strive to be “dead” during his lifetime? Isn’t the only way reason has found to free us from the evils of humanity to detach ourselves from earthly things and from everything that is mortal within us, to withdraw into our inner selves, and to elevate ourselves to sublime contemplations? If our passions and errors bring us misfortune, with what intensity should we long for a state that frees us from both! What are those sensual men doing, who so recklessly multiply their sufferings through their pleasures? In essence, they destroy their very existence by spreading it over the earth; they weigh themselves down with more bonds the more they attach themselves to worldly things; none of their pleasures do not prepare them for countless bitter privations. The more they feel, the more they suffer; the deeper they sink into life, the more unhappy they become.

But if, in general, it can be considered a good for man to grovel sadly on this earth, I am willing to agree: I do not claim that the entire human race should unanimously sacrifice itself, nor that we should turn the world into one great tomb. There are indeed unfortunate individuals who are too privileged to follow the common path; for them, despair and bitter suffering serve as the “passports” of nature. To believe that their lives are a good would be just as absurd as for the sophist Posidonius, afflicted with gout, to deny that it is a bad thing. As long as living is beneficial to us, we desire it intensely; only the awareness of extreme suffering can overcome this desire within us. For all of us, nature has instilled a profound horror of death, and it is this fear that makes the miseries of human existence seem tolerable. One endures a painful and difficult life for a long time before finally deciding to leave it behind; but when the boredom of living outweighs the fear of dying, then life becomes clearly a great evil, and one can never be too early in renouncing it. Thus, although we cannot precisely determine at which point life ceases to be a good thing, we are certainly aware that it is a evil long before it begins to seem that way to us; and for any sensible person, the desire to abandon it always precedes any temptation to do so.

Cosa dicono al riguardo i nostri sofisti? Prima di tutto, considerano la vita come qualcosa che non ci appartiene, perché ci è stata data; ma proprio perché ci è stata data, essa ci appartiene davvero. Non ci ha forse dato Dio due braccia? Eppure, quando temono la cancrena, si fanno tagliare uno dei due, se necessario entrambi. La parità è assoluta per chi crede nell’immortalità dell’anima; infatti, se sacrifico il mio braccio per preservare qualcosa di più prezioso, cioè il mio corpo, sto in realtà sacrificando il mio corpo per preservare qualcosa di ancora più prezioso, ovvero la mia felicità. Se tutti i doni che il cielo ci ha fatti sono naturalmente utili per noi, essi sono comunque soggetti a cambiare natura; ed è proprio per questo che Dio ci ha dato la ragione, affinché possiamo distinguerli correttamente. Se questa regola non ci permettesse di scegliere alcuni doni e rifiutarne altri, quale sarebbe il suo vero scopo tra gli uomini?

Questa obiezione, così poco solida, viene ripresa in mille modi diversi. Gli uomini considerano l’uomo vivente sulla terra come un soldato messo di guardia: “Dio, dicono, ti ha posto in questo mondo, perché ne esci senza il suo permesso?” Ma tu stesso, non ti ha forse collocato nella tua città? Perché ne esci senza il suo permesso? Il “permesso”, non è forse rappresentato dal disagio o dalla sofferenza? Ovunque Dio mi ponga – in un corpo o sulla terra – lo fa affinché io rimanga lì finché mi trovo bene, e perché io ne esca non appena inizio a soffrire. Questa è la voce della natura, e la voce di Dio. Bisogna attendere il suo ordine, lo ammetto; ma quando muoio naturalmente, Dio non mi ordina di lasciare questa vita: me la toglie, rendendola insopportabile. Nel primo caso, resisto con tutte le mie forze; nel secondo, ho il merito di obbedire.

Riuscite a immaginare che ci siano persone così ingiuste da considerare il suicidio come una ribellione contro la Provvidenza, come se si volesse sfuggire alle sue leggi? In realtà, smettere di vivere non significa cercare di eluderle, ma piuttosto di attuarle. Dopotutto, Dio ha potere soltanto sul mio corpo. Esiste forse qualche luogo nell’universo in cui un essere vivente non sia sotto il suo controllo? E agirebbe meno immediatamente su di me quando la mia essenza, purificata, diventasse più una con la sua? No: la sua giustizia e la sua bontà sono la mia speranza. E se credessi che la morte potesse liberarmi dal suo dominio, non vorrei più morire.

È uno dei sofismi contenuti nel “Fedone”, pieno però di verità sublimi. “Se il tuo schiavo si uccidesse”, disse Socrate a Cebete, “non lo puniresti forse, se fosse possibile, per averti privato ingiustamente del tuo bene?” Oh buon Socrate, cosa ci dite? Non apparteniamo più a Dio quando siamo morti? Assolutamente no; ma avrebbe dovuto dire: “Se imponi al tuo schiavo un abito che gli ostacola nel compiere il dovere che ha verso di te, lo puniresti per aver lasciato quell’abito al fine di svolgere meglio il suo compito?” Il grande errore sta nel dare troppa importanza alla vita; come se la nostra esistenza ne dipendesse, e come se dopo la morte non fossimo più nulla. La nostra vita non è nulla agli occhi di Dio, non è nulla agli occhi della ragione, e non dovrebbe essere nulla nemmeno ai nostri occhi; e quando lasciamo il nostro corpo, non facciamo altro che toglierci un abito scomodo. È davvero il caso di farne tanto scalpore? Signore, questi oratori non sono sinceri; assurdi e crudeli nelle loro argomentazioni, esagerano il presunto crimine, come se ci si togliesse l’esistenza stessa, e lo puniscono, come se si continuasse a vivere comunque.

Per quanto riguarda il “Fedone”, che loro fornì l’unico argomento prezioso mai utilizzato, questa questione vi viene trattata solo molto superficialmente e in modo casuale. Socrate, condannato da un giudizio ingiusto a perdere la vita entro poche ore, non aveva certo bisogno di esaminare con attenzione se gli fosse permesso disporre della propria vita. Supponendo che abbia davvero tenuto i discorsi che Platone gli fa pronunciare, credetemi, milord, li avrebbe meditati con maggiore cura nell’occasione di metterli in pratica; e la prova che da quest’opera immortale non si possa trarre alcuna valida obiezione contro il diritto di disporre della propria vita è il fatto che Catone lo lesse per intero due volte nella stessa notte in cui Socrate lasciò questa terra.

Questi stessi sofisti si chiedono se la vita possa mai essere un male. Considerando tutte le errori, i tormenti e i vizi di cui è piena, si sarebbe molto più portati a chiedersi se sia mai stata un bene. Il crimine assedia costantemente anche l’uomo più virtuoso; in ogni istante della sua vita, è pronto a diventare preda del malvagio o a diventarlo lui stesso. Lottare e soffrire: questo è il suo destino in questo mondo; compiere azioni malvagie e soffrire: questo è quello dell’uomo disonesto. Per tutto il resto, essi si differenziano l’uno dall’altro; non hanno nulla in comune se non le miserie della vita. Se aveste bisogno di autorità e fatti a sostegno di questa tesi, vi citerei oracoli, risposte di saggi, atti di virtù ricompensati con la morte. Lasciamo tutto ciò, milord; parlo a voi, e vi chiedo quale sia qui sulla terra l’occupazione principale del saggio, se non quella di concentrarsi, per così dire, nel profondo della propria anima e di sforzarsi di “morire” durante la sua vita. Il solo mezzo che la ragione abbia trovato per liberarci dai mali dell’umanità non è forse quello di staccarci dagli oggetti terreni e da tutto ciò che in noi è mortale, di ritirarci dentro di noi stessi, di elevarci verso contemplazioni sublimi? E se le nostre passioni e i nostri errori sono la causa delle nostre sfortune, con quanta ardore dovremmo anelare a uno stato che ci liberi da entrambi! Cosa fanno quegli uomini sensuali che moltiplicano così indiscretamente i propri dolori attraverso le loro voluttà? In pratica, distruggono la propria esistenza estendendola troppo sulla terra; aggravano il peso delle proprie catene con il numero dei propri legami; non hanno alcuna gioia che non comporti mille amare privazioni: più sentono, e più soffrono; più si immergono nella vita, e più sono infelici.

Ma se in generale strisciare tristemente sulla terra rappresenti per l’uomo un bene, io lo ammetto: non affermo certo che tutto il genere umano debba sacrificarsi di comune accordo, né trasformare il mondo in un vasto cimitero. Esistono infatti degli sfortunati troppo privilegiati per seguire la stessa strada degli altri; per loro, disperazione e dolori amari sono quasi il “passaporto” imposto dalla natura. Per costoro sarebbe altrettanto assurdo credere che la vita sia un bene, quanto lo fu per il sofista Posidonio, tormentato dal morbo della gotta, negare che essa fosse un male. Finché ci è utile vivere, lo desideriamo ardentemente; solo il sentimento dei mali estremi può sconfiggere in noi questo desiderio. Poiché tutti abbiamo ricevuto dalla natura una profonda avversione per la morte, e questa stessa avversione rende le miserie della condizione umana ancora più insopportabili ai nostri occhi. Si sopporta a lungo una vita difficile e dolorosa prima di decidere di abbandonarla. Ma quando la noia di vivere prevale sull’orrore di morire, allora la vita diventa chiaramente un grande male. E non si può liberarsene mai abbastanza presto. Quindi, anche se non è possibile individuare con precisione il momento in cui la vita smette di essere un bene, sappiamo con certezza che lo è molto tempo prima che ci sembri tale. E in ogni uomo sensato, il desiderio di rinunciarvi precede sempre di gran lunga qualsiasi tentazione.

Ce n’est pas tout ; après avoir nié que la vie puisse être un mal, pour nous ôter le droit de nous en défaire, ils disent ensuite qu’elle est un mal, pour nous reprocher de ne la pouvoir endurer. Selon eux, c’est une lâcheté de se soustraire à ses douleurs et ses peines, et il n’y a jamais que des poltrons qui se donnent la mort. O Rome, conquérante du monde, quelle troupe de poltrons t’en donna l’empire ! Qu’Arrie, Éponine, Lucrèce, soient dans le nombre, elles étaient femmes ; mais Brutus, mais Cassius, et toi qui partageais avec les dieux les respects de la terre étonnée, grand et divin Caton, toi dont l’image auguste et sacrée animait les Romains d’un saint zèle et faisait frémir les tyrans, tes fiers admirateurs ne pensaient pas qu’un jour, dans le coin poudreux d’un collège, de vils rhéteurs prouveraient que tu ne fus qu’un lâche pour avoir refusé au crime heureux l’hommage de la vertu dans les fers. Force et grandeur des écrivains modernes, que vous êtes sublimes, et qu’ils sont intrépides la plume à la main. Mais dites-moi, brave et vaillant héros, qui vous sauvez si courageusement d’un combat pour supporter plus longtemps la peine de vivre, quand un tison brûlant vient à tomber sur cette éloquente main, pourquoi la retirez-vous si vite ? Quoi ! vous avez la lâcheté de n’oser soutenir l’ardeur du feu ! Rien, dites-vous, ne m’oblige à supporter le tison ; et moi, qui m’oblige à supporter la vie ? La génération d’un homme a-t-elle coûté plus à la Providence que celle d’un fétu, et l’une et l’autre n’est-elle pas également son ouvrage ?

Sans doute il y a du courage à souffrir avec constance les maux qu’on ne peut éviter ; mais il n’y a qu’un insensé qui souffre volontairement ceux dont il peut s’exempter sans mal faire, et c’est souvent un très grand mal d’endurer un mal sans nécessité. Celui qui ne sait pas se délivrer d’une vie douloureuse par une prompte mort, ressemble à celui qui aime mieux laisser envenimer une plaie que de la livrer au fer salutaire d’un chirurgien. Viens, respectable Parisot[124], coupe-moi cette jambe qui me ferait périr : je te verrai faire sans sourciller, et me laisserai traiter de lâche par le brave qui voit tomber la sienne en pourriture faute d’oser soutenir la même opération.

J’avoue qu’il est des devoirs envers autrui qui ne permettent pas à tout homme de disposer de lui-même ; mais en revanche combien en est-il qui l’ordonnent ! Qu’un magistrat à qui tient le salut de la patrie, qu’un père de famille qui doit la subsistance à ses enfants, qu’un débiteur insolvable qui ruinerait ses créanciers, se dévouent à leur devoir, quoi qu’il arrive ; que mille autres relations civiles et domestiques forcent un honnête homme infortuné de supporter le malheur de vivre pour éviter le malheur plus grand d’être injuste ; est-il permis pour cela, dans des cas tout différents, de conserver aux dépens d’une foule de misérables une vie qui n’est utile qu’à celui qui n’ose mourir ? « Tue-moi, mon enfant, dit le sauvage décrépit à son fils qui le porte et fléchit sous le poids ; les ennemis sont là ; va combattre avec tes frères, va sauver tes enfants, et n’expose pas ton père à tomber vif entre les mains de ceux dont il mangea les parents. » Quand la faim, les maux, la misère, ennemis domestiques pires que les sauvages, permettraient à un malheureux estropié de consommer dans son lit le pain d’une famille qui peut à peine en gagner pour elle ; celui qui ne tient à rien, celui que le ciel réduit à vivre seul sur la terre, celui dont la malheureuse existence ne peut produire aucun bien, pourquoi n’aurait-il pas au moins le droit de quitter un séjour où ses plaintes sont importunes et ses maux sans utilité ?

Pesez ces considérations, milord, rassemblez toutes ces raisons, et vous trouverez qu’elles se réduisent au plus simple des droits de la nature qu’un homme sensé ne mit jamais en question. En effet, pourquoi serait-il permis de se guérir de la goutte et non de la vie ? L’une et l’autre ne nous viennent-elles pas de la même main ? S’il est pénible de mourir, qu’est-ce à dire ? Les drogues font-elles plaisir à prendre ? Combien de gens préfèrent la mort à la médecine ! Preuve que la nature répugne à l’une et à l’autre. Qu’on me montre donc comment il est plus permis de se délivrer d’un mal passager en faisant des remèdes, que d’un mal incurable en s’ôtant la vie, et comment on est moins coupable d’user de quinquina pour la fièvre que d’opium pour la pierre. Si nous regardons à l’objet, l’un et l’autre est de nous délivrer du mal-être ; si nous regardons au moyen, l’un et l’autre est également naturel ; si nous regardons à la répugnance, il y en a également des deux côtés ; si nous regardons à la volonté du maître, quel mal veut-on combattre qu’il ne nous ait pas envoyé ? À quelle douleur veut-on se soustraire qui ne nous vienne pas de sa main ? Quelle est la borne où finit sa puissance, et où l’on peut légitimement résister ? Ne nous est-il donc permis de changer l’état d’aucune chose parce que tout ce qui est, est comme il l’a voulu ? Faut-il ne rien faire en ce monde de peur d’enfreindre ses lois, et, quoi que nous fassions, pouvons-nous jamais les enfreindre ? Non, milord, la vocation de l’homme est plus grande et plus noble. Dieu ne l’a point animé pour rester immobile dans un quiétisme éternel ; mais il lui a donné la liberté pour faire le bien, la conscience pour le vouloir, et la raison pour le choisir. Il l’a constitué seul juge de ses propres actions, il a écrit dans son coeur : « Fais ce qui t’est salutaire et n’est nuisible à personne. » Si je sens qu’il m’est bon de mourir, je résiste à son ordre en m’opiniâtrant à vivre ; car, en me rendant la mort désirable, il me prescrit de la chercher.

Bomston, j’en appelle à votre sagesse et à votre candeur, quelles maximes plus certaines la raison peut-elle déduire de la religion sur la mort volontaire ? Si les chrétiens en ont établi d’opposées, ils ne les ont tirées ni des principes de leur religion, ni de sa règle unique, qui est l’Écriture, mais seulement des philosophes païens. Lactance et Augustin, qui les premiers avancèrent cette nouvelle doctrine, dont Jésus-Christ ni les apôtres n’avaient pas dit un mot, ne s’appuyèrent que sur le raisonnement du Phédon, que j’ai déjà combattu ; de sorte que les fidèles ; qui croient suivre en cela l’autorité de l’Évangile, ne suivent que celle de Platon. En effet, où verra-t-on dans la Bible entière une loi contre le suicide, ou même une simple improbation ? Et n’est-il pas bien étrange que dans les exemples de gens qui se sont donné la mort, on n’y trouve pas un seul mot de blâme contre aucun de ces exemples ! Il y a plus ; celui de Samson est autorisé par un prodige qui le venge de ses ennemis. Ce miracle se serait-il fait pour justifier un crime ; et cet homme qui perdit sa force pour s’être laissé séduire par une femme l’eût-il recouvrée pour commettre un forfait authentique, comme si Dieu lui-même eût voulu tromper les hommes ?

Tu ne tueras point, dit le Décalogue. Que s’ensuit-il de là ? Si ce commandement doit être pris à la lettre, il ne faut tuer ni les malfaiteurs, ni les ennemis ; et Moïse, qui fit tant mourir de gens, entendait fort mal son propre précepte. S’il y a quelques exceptions, la première est certainement en faveur de la mort volontaire, parce qu’elle est exempte de violence et d’injustice, les deux seules considérations qui puissent rendre l’homicide criminel, et que la nature y a mis d’ailleurs un suffisant obstacle.

That is not all; after denying that life can be a evil, thereby stripping us of the right to rid ourselves of it, they then claim that life itself is an evil, accusing us of being unable to endure it. In their view, seeking refuge from its pains and sufferings is a sign of cowardice, and only cowards would commit suicide. O Rome, conqueror of the world—what a band of cowards you had who granted you your empire! Even Arria, Éponine, and Lucrèce were among them; yet Brutus, Cassius, and you, great and divine Cato, whose august and sacred image inspired the Romans with holy zeal and made tyrants tremble—your proud admirers never imagined that one day, in some dusty classroom, vile orators would claim that you had been a coward for refusing to allow “happy crime” to receive the honor of virtue through suffering. Oh, modern writers, how sublime you are, and how brave you are with your pens in hand! But tell me, brave hero who so courageously saves yourself from battle only to endure the pain of life even longer—when a burning torch falls upon that eloquent hand, why do you withdraw it so quickly? How! You have the cowardice not to dare face the heat of the fire! “Nothing,” you say, “forces me to endure this torch”; but what forces me to endure life? Does the creation of one human being cost God more than that of a mere straw? Are both not, after all, his creations?

Without a doubt, it takes courage to endure persistently those evils that cannot be avoided; but only a fool would willingly suffer those harms from which he could easily escape without causing any harm to others. To bear suffering needlessly is often a very great evil indeed. He who does not know how to end a painful life by dying quickly is akin to someone who prefers to let a wound fester than to submit it to the healing knife of a surgeon. Come, worthy Parisot[124], cut off this leg of mine that would surely bring me death: I will watch you do it without batting an eye, and I will allow that brave man to call me a coward for not daring to undergo the same operation when his own leg is rotting away from lack of courage.

I admit that there are duties toward others that prevent a man from exercising complete autonomy over himself; but on the other hand, how many duties exist that actually require it! Consider a magistrate whose duty is to safeguard the fate of the nation, a father who must provide for his children, or an insolvent debtor who would ruin those who have lent him money—if any of these people fail to fulfill their obligations, regardless of the consequences; or consider the countless other civil and familial relationships that force an honest and unfortunate person to endure hardship in order to avoid an even greater misfortune: being unjust. In all these vastly different situations, is it truly permissible to allow a few fortunate individuals to live at the expense of countless others, whose lives are utterly worthless except to those who are too terrified to die? “Kill me, my child,” says an old and frail savage to his son, who is carrying him and struggling under his weight; “the enemies are nearby—go fight with your brothers, save your children, and don’t expose your father to certain death at the hands of those whose parents he once ate.” When hunger, suffering, and poverty—far worse enemies than wild beasts—force a miserable and disabled person to consume the food meant for an entire family that can barely scrape by, why should such a person not at least have the right to leave a place where his complaints are ignored and his suffering brings no benefit to anyone?

Consider these points, my lord, and gather all these reasons together, and you will find that they boil down to the simplest of natural rights, which no sensible man would ever question. Indeed, why should it be permitted to cure gout but not to end one’s life? Don’t both come from the same source? If dying is painful, what does that mean? Do medicines bring pleasure when taken? How many people would prefer death to medicine! This proves that nature abhors both. Then show me how it is more permissible to rid oneself of a temporary illness by taking remedies than to end an incurable one by taking one’s own life, and how using quinine for fever is less culpable than using opium for pain. If we look at the purpose, both are meant to free us from suffering; if we look at the means, both are natural; if we consider people’s aversion to them, there is aversion on both sides; and if we consider the will of the Creator, what evil exists that He has not sent upon us? What pain exists that does not come from His hand? Where does His power end, and where can we legitimately resist it? Are we therefore permitted to change the state of anything just because everything that is exists as He has willed it? Must we do nothing in this world for fear of violating His laws, yet no matter what we do, can we ever violate them? No, my lord—the human mission is greater and nobler. God did not create us to remain motionless in eternal indifference; rather, He gave us freedom to do good, conscience to desire it, and reason to choose it. He made us the sole judges of our own actions, and He wrote in our hearts: “Do what is beneficial to you and causes no harm to others.” If I feel that dying is good for me, then I resist His command by insisting on living; for by making death desirable to me, He is actually commanding me to seek it.

Bomston, I appeal to your wisdom and candor—what more certain maxims can reason derive from religion regarding voluntary death? If Christians have put forward opposing views on this matter, they have not drawn them from the principles of their religion or its sole authority, which is the Scriptures, but merely from pagan philosophers. Lactance and Augustine, who were among the first to promote this new doctrine—of which neither Jesus Christ nor the apostles had spoken a word—relied solely on the reasoning of Phaedo, which I have already refuted. As a result, those faithful who believe they are following the authority of the Gospel are in fact adhering to the teachings of Plato. Indeed, where in the entire Bible can one find a law against suicide, or even a mere condemnation of such an act? And is it not highly strange that, among the examples of people who have taken their own lives, not a single word of reproach can be found against any of them? Moreover, Samson’s example is actually justified by a miracle that avenges him against his enemies. Would such a miracle have occurred if it were intended to justify a crime? And would that man, who lost his strength when he was seduced by a woman, have regained it in order to commit a genuine wrongdoing, as if God himself had wished to deceive mankind?

“Thou shalt not kill,” says the Decalogue. What follows from this? If this commandment is taken literally, then neither criminals nor enemies should be killed; and Moses, who caused so many people to die, was clearly failing to understand his own precept. If there are any exceptions, the first one is certainly in favor of voluntary death, because it is free from violence and injustice—the two sole considerations that could make homicide a criminal act, and against which nature has already placed sufficient obstacles.

Non basta; dopo aver negato che la vita possa essere un male, al fine di privarci del diritto di liberarcene, dicono poi che è davvero un male, per rimproverarci di non riuscire a sopportarla. Secondo loro, è una codardia sottrarsi alle sue sofferenze e ai suoi dolori, e solo i vigliacchi si tolgono la vita. Oh Roma, conquistatrice del mondo, quale banda di codardi ti ha permesso di ottenere questo impero! Che Arrie, Eponina, Lucrizia siano tra loro, erano donne; ma Bruto, Cassio, e tu, grande e divino Catone, che condividevi con gli dèi l’ammirazione del mondo intero: la tua immagine augusta e sacra infondeva nei Romani un zelo sacro e faceva tremare i tiranni. I tuoi fieri ammiratori non avrebbero mai pensato che, un giorno, in qualche angolo polveroso di un’aula universitaria, alcuni meschini oratori avrebbero dimostrato che tu eri stato soltanto un codardo per aver rifiutato di rendere omaggio alla virtù davanti al crimine. Forza e grandezza degli scrittori moderni, quanto siete sublimi, e quanto coraggiosi quando impugnate la penna! Ma ditemi, valorosi eroi: quando un tizzone ardente cade su quella vostra mano eloquente, perché la ritirate così in fretta? Avete davvero il coraggio di sopportare il calore del fuoco, o forse nulla vi obbliga a tollerare la vita stessa? La nascita di un uomo non costa alla Provvidenza di più rispetto a quella di un filo d’erba, e tuttavia, entrambe non sono forse opera sua?

Senza dubbio, c’è coraggio nel sopportare con costanza i mali che non si possono evitare; ma solo un pazzo soffrirebbe volontariamente quei mali dai quali può liberarsi senza causare alcun danno, e spesso è davvero un grande male tollerare dolore inutilmente. Chi non sa liberarsi di una vita dolorosa con una morte rapida, assomiglia a colui che preferisce lasciare suppurare una ferita piuttosto che sottoporsi al bisturi salvavita di un chirurgo. Vieni, rispettabile Parisot[124]: tagliami questa gamba che mi condurrebbe alla morte; ti vedrò farlo senza battere ciglio e permetterò che mi chiamino codardo da parte di colui che vede la propria gamba marcire per paura di sottoporsi allo stesso intervento.

Ammetto che esistano doveri verso gli altri che non permettono a nessun uomo di disporre liberamente di se stesso; ma, d’altra parte, quanti di questi doveri lo obbligano invece ad agire in un determinato modo! Un magistrato il cui compito è salvare la patria, un padre di famiglia che deve provvedere al sostentamento dei propri figli, un debitore insolvente che distruggerebbe i propri creditori: tutti questi devono adempiere ai loro doveri, a qualunque costo. Innumerevoli altre relazioni civili e familiari costringono un uomo onesto e sfortunato a sopportare le avversità della vita pur di evitare una disgrazia ancora più grande: essere ingiusto. Ma è forse giusto, in situazioni del tutto diverse, permettere a qualcuno di conservare una vita che è utile soltanto a colui che non osa morire? “Uccidimi, mio figlio”, dice il selvaggio anziano al proprio figlio che lo porta in braccio e fatica a sostenerne il peso; “Gli nemici sono lì. Vai a combattere con i tuoi fratelli, salva i tuoi figli. E non esponi tuo padre al rischio di essere ucciso da coloro di cui ha mangiato i genitori”. Quando la fame, le malattie e la povertà – nemici ancora più terribili dei selvaggi – permetterebbero a un uomo disabile di consumare nel proprio letto il pane di una famiglia che a stento riesce a guadagnarselo. Chi non possiede nulla, chi è stato ridotto dal destino a vivere da solo sulla terra, chi ha una vita così miserabile da non produrre alcun bene. Perché non dovrebbe almeno avere il diritto di lasciare un luogo dove le sue lamentele sono inutili e i suoi mali non portano a nulla?

Tenendo conto di queste considerazioni, milord, se raccogliete tutte queste ragioni, vi renderete conto che si riducono ai più semplici diritti della natura, dei quali un uomo saggio non metterebbe mai in dubbio l’esistenza. Infatti, perché dovrebbe essere permesso guarire dalla gotta e non dalla vita? Entrambe non ci vengono forse dalla stessa fonte? Se è doloroso morire, cosa significa questo? Le medicine sono davvero piacevoli da assumere? Quanti uomini preferiscono la morte alla medicina. Questo dimostra che la natura detesta sia l’una che l’altra. Ditemi dunque come sia più permesso liberarsi da un male passeggero con i rimedi, piuttosto che da un male incurabile togliendosi la vita; e come si possa essere meno colpevoli nell’uso della quinquina per la febbre, rispetto all’oppio per il dolore. Se consideriamo l’obiettivo, sia l’uno che l’altro consistono nel liberarci dal malessere; se guardiamo al mezzo utilizzato, entrambi sono naturali; se consideriamo il disgusto che suscitano, anche in questo caso c’è riluttanza da entrambe le parti; e se pensiamo alla volontà del Creatore, quale male esiste che non sia stato lui stesso a mandarcelo? Quale sofferenza possiamo voler evitare che non provenga dalla sua mano? Dove finisce il suo potere, e dove possiamo legittimamente resistere alle sue leggi? Ci è dunque permesso cambiare lo stato di qualcosa, solo perché tutto ciò che esiste è così come lui l’ha voluto? Dovremmo forse restare inattivi in questo mondo, per paura di violare le sue leggi. Eppure, qualunque cosa facciamo, non possiamo mai infrangerle. No, milord: la vocazione dell’uomo è più grande e nobile. Dio non l’ha creato affinché rimanesse immobile in un eterno quietismo; gli ha dato la libertà di fare il bene, la coscienza per desiderarlo e la ragione per sceglierlo. Gli ha concesso di essere il solo giudice delle proprie azioni, e ha scritto nel suo cuore: “Fai ciò che è salutare per te e non dannoso per gli altri”. Se sento che morire è per me vantaggioso, resisterò al suo ordine, preferendo vivere. Perché, rendendo la morte desiderabile, lui stesso mi sta ordinando di cercarla.

Bomston, appello alla vostra saggezza e alla vostra sincerità: quali massime più certe la ragione può trarre dalla religione riguardo al suicidio volontario? Se i cristiani ne hanno enunciate alcune contrarie, non le hanno derivate né dai principi della loro religione, né dalla sua unica regola, che è la Scrittura, ma soltanto dai filosofi pagani. Lattanzio e Agostino, i primi ad avanzare questa nuova dottrina, di cui Gesù Cristo e gli apostoli non avevano mai parlato, si sono basati unicamente sul ragionamento del “Fedone”, che ho già confutato; quindi i fedeli, che credono di seguire in questo l’autorità dell’Evangelo, seguono in realtà soltanto quella di Platone. Infatti, dove si troverà nella Bibbia intera una legge contro il suicidio, o anche solo un semplice rimprovero? E non è forse molto strano che, negli esempi di persone che si sono tolte la vita, non si trovi nemmeno una parola di condanna nei loro confronti? C’è di più: l’esempio di Samson viene giustificato da un miracolo che lo vendica dei suoi nemici. Si sarebbe verificato questo miracolo per giustificare un crimine? E quell’uomo che perse la sua forza perché si lasciò sedurre da una donna l’avrebbe riottenuta per commettere un vero e proprio delitto, come se Dio stesso volesse ingannare gli uomini?

“Non ucciderai”, dice il Decalogo. Qual ne è la conseguenza? Se questo comandamento dovesse essere preso alla lettera, non si dovrebbe uccidere né i malviventi né gli nemici; e Mosè, che fece morire tante persone, non comprendeva affatto il proprio precetto. Se ci sono alcune eccezioni, la prima è certamente a favore della morte volontaria, poiché essa è esente da violenza e ingiustizia: queste sono le uniche ragioni che potrebbero rendere l’omicidio un atto criminale, e la natura stessa ha posto ostacoli sufficienti a impedirlo.

Mais, disent-ils encore, souffrez patiemment les maux que Dieu vous envoie ; faites-vous un mérite de vos peines. Appliquer ainsi les maximes du christianisme, que c’est mal en saisir l’esprit ! L’homme est sujet à mille maux, sa vie est un tissu de misères, et il ne semble naître que pour souffrir. De ces maux, ceux qu’il peut éviter, la raison veut qu’il les évite ; et la religion, qui n’est jamais contraire à la raison, l’approuve. Mais que leur somme est petite auprès de ceux qu’il est forcé de souffrir malgré lui ! C’est de ceux-ci qu’un Dieu clément permet aux hommes de se faire un mérite ; il accepte en hommage volontaire le tribut forcé qu’il nous impose, et marque au profit de l’autre vie la résignation dans celle-ci. La véritable pénitence de l’homme lui est imposée par la nature : s’il endure patiemment tout ce qu’il est contraint d’endurer, il a fait à cet égard tout ce que Dieu lui demande ; et si quelqu’un montre assez d’orgueil pour vouloir faire davantage, c’est un fou qu’il faut enfermer, ou un fourbe qu’il faut punir. Fuyons donc sans scrupule tous les maux que nous pouvons fuir, il ne nous en restera que trop à souffrir encore. Délivrons-nous sans remords de la vie même, aussitôt qu’elle est un mal pour nous, puisqu’il dépend de nous de le faire, et qu’en cela nous n’offensons ni Dieu, ni les hommes. S’il faut un sacrifice à l’Être suprême, n’est-ce rien que de mourir ? Offrons à Dieu la mort qu’il nous impose par la voix de la raison, et versons paisiblement dans son sein notre âme qu’il redemande.

Tels sont les préceptes généraux que le bon sens dicte à tous les hommes, et que la religion autorise. Revenons à nous. Vous avez daigné m’ouvrir votre coeur ; je connais vos peines, vous ne souffrez pas moins que moi ; vos maux sont sans remède ainsi que les miens, et d’autant plus sans remède, que les lois de l’honneur sont plus immuables que celles de la fortune. Vous les supportez, je l’avoue, avec fermeté. La vertu vous soutient ; un pas de plus, elle vous dégage. Vous me pressez de souffrir ; milord, j’ose vous presser de terminer vos souffrances, et je vous laisse à juger qui de nous est le plus cher à l’autre.

Que tardons-nous à faire un pas qu’il faut toujours faire ? Attendrons-nous que la vieillesse et les ans nous attachent bassement à la vie après nous en avoir ôté les charmes, et que nous traînions avec effort, ignominie et douleur, un corps infirme et cassé ? Nous sommes dans l’âge où la vigueur de l’âme la dégage aisément de ses entraves, et où l’homme sait encore mourir ; plus tard, il se laisse en gémissant arracher à la vie. Profitons d’un temps où l’ennui de vivre nous rend la mort désirable ; craignons qu’elle ne vienne avec ses horreurs au moment où nous n’en voudrons plus. Je m’en souviens, il fut un instant où je ne demandais qu’une heure au ciel, et où je serais mort désespéré si je ne l’eusse obtenue. Ah ! qu’on a de peine à briser les noeuds qui lient nos coeurs à la terre, et qu’il est sage de la quitter aussitôt qu’ils sont rompus ! Je le sens, milord, nous sommes dignes tous deux d’une habitation plus pure : la vertu nous la montre, et le sort nous invite à la chercher. Que l’amitié qui nous joint nous unisse encore à notre dernière heure. Oh ! quelle volupté pour deux vrais amis de finir leurs jours volontairement dans les bras l’un de l’autre, de confondre leurs derniers soupirs, d’exhaler à la fois les deux moitiés de leur âme ! Quelle douleur, quel regret peut empoisonner leurs derniers instants ? Que quittent-ils en sortant du monde ? Ils s’en vont ensemble ; ils ne quittent rien.

Lettre XXII – Réponse

Jeune homme, un aveugle transport t’égare ; sois plus discret, ne conseille point en demandant conseil. J’ai connu d’autres maux que les tiens. J’ai l’âme ferme ; je suis Anglais, je sais mourir, car je sais vivre, souffrir en homme. J’ai vu la mort de près, et la regarde avec trop d’indifférence pour l’aller chercher. Parlons de toi.

Il est vrai, tu m’étais nécessaire : mon âme avait besoin de la tienne ; tes soins pouvaient m’être utiles ; ta raison pouvait m’éclairer dans la plus importante affaire de ma vie ; si je ne m’en sers point, à qui t’en prends-tu ? Où est-elle ? Qu’est-elle devenue ? Que peux-tu faire ? À quoi es-tu bon dans l’état où te voilà ? quels services puis-je espérer de toi ? Une douleur insensée te rend stupide et impitoyable. Tu n’es pas un homme, tu n’es rien, et, si je ne regardais à ce que tu peux être, tel que tu es, je ne vois rien dans le monde au-dessous de toi.

Je n’en veux pour preuve que ta lettre même. Autrefois je trouvais en toi du sens, de la vérité. Tes sentiments étaient droits, tu pensais juste, et je ne t’aimais pas seulement par goût, mais par choix, comme un moyen de plus pour moi de cultiver la sagesse. Qu’ai-je trouvé maintenant dans les raisonnements de cette lettre dont tu parais si content ? Un misérable et perpétuel sophisme, qui, dans l’égarement de ta raison, marque celui de ton coeur, et que je ne daignerais pas même relever si je n’avais pitié de ton délire.

Pour renverser tout cela d’un mot, je ne veux te demander qu’une seule chose. Toi qui crois Dieu existant, l’âme immortelle, et la liberté de l’homme, tu ne penses pas, sans doute, qu’un être intelligent reçoive un corps et soit placé sur la terre au hasard seulement pour vivre, souffrir et mourir ? Il y a bien peut-être à la vie humaine un but, une fin, un objet moral ? Je te prie de me répondre clairement sur ce point ; après quoi nous reprendrons pied à pied ta lettre, et tu rougiras de l’avoir écrite.

Mais laissons les maximes générales, dont on fait souvent beaucoup de bruit sans jamais en suivre aucune ; car il se trouve toujours dans l’application quelque condition particulière qui change tellement l’état des choses, que chacun se croit dispensé d’obéir à la règle qu’il prescrit aux autres ; et l’on sait bien que tout homme qui pose des maximes générales entend qu’elles obligent tout le monde, excepté lui. Encore un coup, parlons de toi.

Il t’est donc permis, selon toi, de cesser de vivre ? La preuve en est singulière, c’est que tu as envie de mourir. Voilà certes un argument fort commode pour les scélérats : ils doivent t’être bien obligés des armes que tu leur fournis ; il n’y aura plus de forfaits qu’ils ne justifient par la tentation de les commettre ; et dès que la violence de la passion l’emportera sur l’horreur du crime, dans le désir de mal faire ils en trouveront aussi le droit.

Il t’est donc permis de cesser de vivre ? Je voudrais bien savoir si tu as commencé. Quoi ! fus-tu placé sur la terre pour n’y rien faire ? Le ciel ne t’imposa-t-il point avec la vie une tâche pour la remplir ? Si tu as fait ta journée avant le soir, repose-toi le reste du jour, tu le peux ; mais voyons ton ouvrage. Quelle réponse tiens-tu prête au juge suprême qui te demandera compte de ton temps ? Parle, que lui diras-tu ? « J’ai séduit une fille honnête ; j’abandonne un ami dans ses chagrins. » Malheureux ! trouve-moi ce juste qui se vante d’avoir assez vécu ; que j’apprenne de lui comment il faut avoir porté la vie, pour être en droit de la quitter.

But they still say, endure patiently the evils that God sends upon you; make your sufferings a merit in his eyes. To apply the teachings of Christianity in this way is to miss its true meaning entirely! Man is subject to countless miseries; his life is one continuous struggle with suffering, and it seems he is born merely to endure. Among these evils, those that he can avoid, reason demands that he should avoid them—and religion, which is never contrary to reason, approves of this. Yet how insignificant is the total of these compared to those evils that he is forced to suffer against his will! It is for these latter that a merciful God allows us to earn merit; he accepts as a voluntary offering the suffering he imposes upon us, and counts our resignation in this life as an asset for the next. The true penance imposed upon man by nature is patience: if he endures willingly all that he is forced to endure, then he has done all that God requires of him in this regard. And if anyone shows such pride as to wish to do more, such a person is either a fool who deserves imprisonment or a treacherous individual who deserves punishment. Therefore, let us without hesitation avoid every evil that we can; there will still be far too much suffering left for us to endure. Let us free ourselves from life itself, whenever it becomes a source of pain for us—for it is within our power to do so, and in doing so we offend neither God nor man. If a sacrifice is required of the Supreme Being, is not death merely that? Let us offer to God the death that he imposes upon us through reason, and peacefully surrender our souls to him, as he demands.

Such are the general principles that common sense dictates to all men, and which religion also approves of. Let us return to our subject. You have taken the trouble to open your heart to me; I know your troubles, and you suffer no less than I do. Your afflictions, like mine, are without remedy—and indeed even more so, for the laws of honor are far more immutable than those of fortune. You endure them, I admit, with great fortitude. Virtue supports you; one step further, and it will free you entirely. You urge me to endure; my lord, I dare urge you to put an end to your own suffering. And I leave it to you to judge who of us is more dear to the other.

Why are we delaying taking that step which must always be taken? Will we wait until old age and the years have stripped life of its charms, leaving us to drag a frail and broken body along with effort, humiliation, and pain? We are at an age when the vigor of the soul easily frees it from its shackles, and when man still knows how to die; later on, he will groan as death is forced upon him. Let us make use of this time when the boredom of living makes death seem desirable; lest it come with its horrors at a moment when we no longer wish for it. I remember there was a time when I would have gladly given my life for just one hour if it had been granted to me. Ah! How difficult it is to break the bonds that tie our hearts to this earth, and how wise it is to leave it as soon as those bonds are severed! I feel it, my lord—both of us deserve a purer dwelling place: virtue points it out to us, and fate invites us to seek it. May the friendship that binds us unite us even in our last hour. Oh! What a bliss for two true friends to end their days together, to merge their final breaths, to exhale together the last remnants of their souls! What pain or regret could tarnish those final moments? What do they leave behind when they depart from this world? They leave it together, and they leave nothing behind at all.

Letter XXII – Response

Young man, a blind guide may lead you astray; be more discreet—do not offer advice while seeking it yourself. I have endured evils far greater than yours. My soul is strong; I am English, and I know how to die, for I also know how to live, how to suffer like a true man. I have faced death closely, and I regard it with too much indifference to ever seek it out myself. Now, let us talk about you.

It is true; you were necessary to me: my soul needed yours; your care could be of use to me; your reason could enlighten me in the most important matter of my life. If I do not make use of it, then whom can you blame? Where is it? What has become of it? What can you do? What good are you now in your current state? What services can I possibly expect from you? Unbearable pain has rendered you stupid and merciless. You are not a man; you are nothing. And if I did not consider what you could potentially be, but only what you are now, I would see nothing in this world that is superior to you.

I take your very letter as proof of this. In the past, I found meaning and truth in you. Your sentiments were upright, your thoughts were just; I loved you not out of mere taste, but out of choice—as another means for me to cultivate wisdom. But what have I found now in the arguments contained in this letter, of which you seem so pleased? Nothing but a miserable, endless sophistry that, in the confusion of your reason, reflects the confusion of your heart. I wouldn’t even bother to respond to it, were it not for my pity for your delusion.

In a word, to reverse all of this, I only ask you one thing. You who believe in the existence of God, the immortality of the soul, and the freedom of man—don’t you think that an intelligent being is given a body and placed on earth not merely by chance, but for a purpose, to live, suffer, and die? Surely there must be some goal, some end, some moral purpose behind human life. I beg you to answer this clearly; after that, we will discuss your letter point by point, and you will regret having written it.

But let us set aside those general maxims about which so much is said yet none are ever followed in practice; for there is always some particular condition inherent in their application that radically changes the situation, leading everyone to believe they are exempt from obeying the rules they prescribe for others. And it is well known that anyone who formulates general maxims intends them to apply to everyone but themselves. Once again, let us talk about you.

So, according to you, it is permissible to stop living? The evidence for this is quite peculiar: you have the desire to die. Indeed, this is a very convenient argument for scoundrels—they must be greatly grateful for the weapons you provide them; there will no longer be any crimes that they cannot justify as being induced by the temptation to commit them; and whenever the intensity of passion overcomes the horror of the crime, in their desire to do evil, they will also find the right to do so.

So then, it is permitted for you to cease living? I would really like to know whether you have even begun to live at all. What! Were you placed on this earth merely to do nothing? Did not heaven impose upon you, through life itself, a task to fulfill? If you have completed your “day’s work” before evening, then rest for the rest of the day—you certainly may; but let us see what you have accomplished. What answer do you prepare to give to the supreme judge who will demand an account of how you have spent your time? Speak—what will you say to him? “I seduced an honest girl; I abandoned a friend in his sorrow.” Oh, wretched one! Tell me where I can find that so-called “just man” who boasts of having lived long enough; let me learn from him how one must truly live in order to be worthy of leaving this life behind.

Ma dicono ancora: sopportate pazientemente i mali che Dio vi invia; trasformate le vostre sofferenze in meriti. Applicare in questo modo i principi del cristianesimo significa non comprendere affatto il suo vero spirito! L’uomo è soggetto a mille dolori, la sua vita è un susseguirsi di miserie, e sembra nascere soltanto per soffrire. Di questi mali, quelli che può evitare, la ragione vuole che li eviti; e la religione, che non è mai in contraddizione con la ragione, lo approva. Ma quale piccola parte rappresentano rispetto a quelli che è costretto a subire contro la sua volontà! È proprio di questi mali che un Dio misericordioso permette all’uomo di trarre meriti; accetta come omaggio volontario il tributo forzato che ci impone, e considera la rassegnazione in questa vita come un bene per l’altra. La vera penitenza dell’uomo è imposta dalla natura: se sopporta pazientemente tutto ciò che è costretto a subire, ha fatto in questo senso tutto ciò che Dio gli chiede; e se qualcuno mostra troppa arroganza nel voler fare di più, allora si tratta di un pazzo da rinchiudere o di un furfante da punire. Fuggiamo dunque senza esitazione da tutti i mali che possiamo evitare; ne resteranno comunque molti altri da sopportare. Liberiamoci senza rimorsi dalla vita stessa, non appena questa diventa per noi una fonte di sofferenza, poiché dipende da noi farlo, e in questo modo non offendiamo né Dio né gli uomini. Se è necessario un sacrificio all’Essere supremo, non è forse semplicemente morire? Offriamo a Dio la morte che ci impone attraverso la voce della ragione, e versiamo pacificamente nel suo seno l’anima che egli richiede.

Tali sono i precetti generali che il buon senso insegna a tutti gli uomini e che la religione autorizza. Torniamo a noi: avete avuto la bontà di aprirmi il vostro cuore; conosco le vostre sofferenze, non ne patite meno di me; i vostri mali sono senza rimedio, proprio come i miei, e anzi ancora più senza rimedio, poiché le leggi dell’onore sono più immutabili di quelle della fortuna. Le sopportate voi, lo ammetto, con fermezza. La virtù vi sostiene; un passo in più, e vi libererete da esse. Mi esortate a soffrire. Milord, oso esortarvi a porre fine alle vostre sofferenze, e lascio a voi giudicare chi di noi sia più caro all’altro.

Perché indugiamo nel compiere un passo che è sempre necessario fare? Aspetteremo forse che la vecchiaia e gli anni ci leghino strettamente alla vita, dopo averci privato dei suoi incanti, facendoci trascinare con sforzo, umiliazione e dolore un corpo debole e spezzato? Siamo in quell’età in cui la forza dell’anima la libera facilmente dalle sue catene, e in cui l’uomo sa ancora come morire; più tardi, si lascia strappare alla vita con gemiti. Approfittiamo di questo momento in cui il disgusto per la vita rende la morte desiderabile; temiamo che essa non arrivi con le sue orrori proprio nel momento in cui non ne vorremo più. Me ne ricordo: ci fu un istante in cui chiedevo al cielo soltanto un’ora, e sarei morto disperato se non l’avessi ottenuta. Ah! Quanto è difficile spezzare i legami che tengono i nostri cuori alla terra. E quanto è saggio lasciarla non appena questi legami vengono rotti! Lo sento, milord: entrambi siamo degni di un’abitazione più pura; la virtù ce la indica, e il destino ci invita a cercarla. Che l’amicizia che ci unisce ci tenga uniti anche nell’ultimo istante della nostra vita. Oh! Quale delizia per due veri amici concludere i propri giorni volontariamente tra le braccia l’uno dell’altro, fondere i propri ultimi sospiri, esalare insieme entrambe le metà delle proprie anime. Quale dolore, quale rimpianto potrebbero intossicare quegli ultimi momenti? Cosa lasciano quando lasciano questo mondo? Se ne vanno insieme. Non lasciano nulla.

Lettera XXII – Risposta

Giovane uomo, un cieco può guidarti fuori strada; sii più discreto: non cercare consigli chiedendo aiuto. Ho conosciuto altri mali oltre ai tuoi. Ho un’anima forte; sono inglese, so come morire, perché so anche come vivere, so soffrire da uomo. Ho visto la morte da vicino e la guardo con troppa indifferenza per andarla a cercare. Parliamo di te.

È vero, avevi bisogno di me: la mia anima aveva bisogno della tua; le tue cure potevano essermi utili; la tua ragione poteva illuminarmi nella questione più importante della mia vita; se non ne faccio uso, a chi ne incolpi? Dove sei? Che fine hai fatto? Cosa puoi fare? A cosa ti servi, nello stato in cui ti trovi? Quali servizi posso ancora aspettarmi da te? Un dolore insopportabile ti rende stupido e spietato. Non sei un uomo, non sei nulla; e se non considerassi ciò che potresti diventare, così com’è adesso, non vedrei niente nel mondo al di sotto di te.

Come prova di ciò, basta la tua stessa lettera. Un tempo trovavo in te senso e verità; i tuoi sentimenti erano retti, pensavi giustamente, e ti amavo non solo per piacere, ma per scelta, come un ulteriore mezzo per coltivare la saggezza. Cosa ho trovato ora nei ragionamenti di questa lettera di cui sembri così soddisfatto? Solo un miserabile e perpetuo sofismo, che, nell’errore della tua ragione, riflette anche l’errore del tuo cuore. E che non mi prenderei nemmeno la briga di confutare, se non fosse per la pietà verso il tuo delirio.

In poche parole, non ti chiedo altro che una cosa: tu che credi nell’esistenza di Dio, nell’immortalità dell’anima e nella libertà dell’uomo, non pensi forse che un essere intelligente riceva un corpo e venga posto sulla terra soltanto per vivere, soffrire e morire? Non potrebbe esserci forse uno scopo, una finalità, un significato morale nella vita umana? Ti prego di rispondermi chiaramente su questo punto; dopo, analizzeremo punto per punto la tua lettera, e tu ti vergognerai di averla scritta.

Ma lasciamo da parte queste massime generali di cui si fa spesso tanto rumore senza mai seguirne nessuna; perché nella loro applicazione si trova sempre qualche condizione particolare che cambia completamente la situazione delle cose, al punto che ognuno crede di essere esentato dall’obbedire alle regole che prescrive agli altri; e si sa bene che ogni uomo che enuncia massime generali intende che queste siano obbligatorie per tutti, tranne che per lui stesso. Ancora una volta: parliamo di te.

Quindi, secondo te, è permesso smettere di vivere? La prova è evidente: hai voglia di morire. Questo è certamente un argomento molto comodo per i malviventi: devono esserti davvero grati delle armi che gli fornisci; non ci saranno più crimini che non possano giustificare adducendo la tentazione di commetterli; e non appena la violenza della passione prevarrà sull’orrore del crimine, nel desiderio di fare del male troveranno anche il diritto di farlo.

Quindi ti è permesso smettere di vivere? Vorrei proprio sapere se hai mai iniziato davvero a vivere. Che cosa! Sei stato creato sulla terra solo per non fare nulla? Il cielo non ti ha forse imposto, insieme alla vita, una missione da compiere? Se hai svolto le tue “obbligazioni” durante la giornata, puoi riposarti il resto del tempo. Ma dimmi: qual è la risposta che prepari a dare al giudice supremo che ti chiederà conto del tuo tempo? Parla. Cosa gli dirai? “Ho sedotto una ragazza onesta; ho abbandonato un amico nei suoi dolori, ” Maledetto! Trovami quel giusto che si vanta di aver vissuto abbastanza a lungo. Che io possa imparare da lui come si deve vivere, per avere il diritto di lasciare questa vita.

Tu comptes les maux de l’humanité ; tu ne rougis pas d’épuiser des lieux communs cent fois rebattus, et tu dis : « La vie est un mal. » Mais regarde, cherche dans l’ordre des choses si tu y trouves quelques biens qui ne soient point mêlés de maux. Est-ce donc à dire qu’il n’y ait aucun bien dans l’univers, et peux-tu confondre ce qui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par accident ? Tu l’as dit toi-même, la vie passive de l’homme n’est rien, et ne regarde qu’un corps dont il sera bientôt délivré ; mais sa vie active et morale, qui doit influer sur tout son être, consiste dans l’exercice de sa volonté. La vie est un mal pour le méchant qui prospère, et un bien pour l’honnête homme infortuné ; car ce n’est pas une modification passagère, mais son rapport avec son objet, qui la rend bonne ou mauvaise. Quelles sont enfin ces douleurs si cruelles qui te forcent de la quitter ? Penses-tu que je n’aie pas démêlé sous ta feinte impartialité dans le dénombrement de cette vie la honte de parler des tiens ? Crois-moi, n’abandonne pas à la fois toutes tes vertus ; garde au moins ton ancienne franchise, et dis ouvertement à ton ami : « J’ai perdu l’espoir de corrompre une honnête femme, me voilà forcé d’être homme de bien ; j’aime mieux mourir. »

Tu t’ennuies de vivre, et tu dis : « La vie est un mal. » Tôt ou tard tu seras consolé, et tu diras : « La vie est un bien. » Tu diras plus vrai sans mieux raisonner ; car rien n’aura changé que toi. Change donc dès aujourd’hui ; et puisque c’est dans la mauvaise disposition de ton âme qu’est tout le mal, corrige tes affections déréglées, et ne brûle pas ta maison pour n’avoir pas la peine de la ranger.

« Je souffre, me dis-tu ; dépend-il de moi de ne pas souffrir ? » D’abord c’est changer l’état de la question ; car il ne s’agit pas de savoir si tu souffres, mais si c’est un mal pour toi de vivre. Passons. Tu souffres, tu dois chercher à ne plus souffrir. Voyons s’il est besoin de mourir pour cela.

Considère un moment le progrès naturel des maux de l’âme directement opposé au progrès des maux du corps, comme les deux substances sont opposées par leur nature. Ceux-ci s’invétèrent, s’empirent en vieillissant, et détruisent enfin cette machine mortelle. Les autres, au contraire, altérations externes et passagères d’un être immortel et simple, s’effacent insensiblement et le laissent dans sa forme originelle que rien ne saurait changer. La tristesse, l’ennui, les regrets, le désespoir, sont des douleurs peu durables qui ne s’enracinent jamais dans l’âme ; et l’expérience dément toujours ce sentiment d’amertume qui nous fait regarder nos peines comme éternelles. Je dirai plus : je ne puis croire que les vices qui nous corrompent nous soient plus inhérents que nos chagrins ; non seulement je pense qu’ils périssent avec le corps qui les occasionne, mais je ne doute pas qu’une plus longue vie ne pût suffire pour corriger les hommes, et que plusieurs siècles de jeunesse ne nous apprissent qu’il n’y a rien de meilleur que la vertu.

Quoi qu’il en soit, puisque la plupart de nos maux physiques ne font qu’augmenter sans cesse, de violentes douleurs du corps, quand elles sont incurables, peuvent autoriser un homme à disposer de lui ; car toutes ses facultés étant aliénés par la douleur, et le mal étant sans remède, il n’a plus l’usage ni de sa volonté ni de sa raison : il cesse d’être homme avant de mourir, et ne fait en s’ôtant la vie, qu’achever de quitter un corps qui l’embarrasse et où son âme n’est déjà plus.

Mais il n’en est pas ainsi des douleurs de l’âme, qui, pour vives qu’elles soient, portent toujours leur remède avec elles. En effet, qu’est-ce qui rend un mal quelconque intolérable ? c’est sa durée. Les opérations de la chirurgie sont communément beaucoup plus cruelles que les souffrances qu’elles guérissent ; mais la douleur du mal est permanente, celle de l’opération passagère, et l’on préfère celle-ci. Qu’est-il donc besoin d’opération pour des douleurs qu’éteint leur propre durée, qui seule les rendrait insupportables ? Est-il raisonnable d’appliquer d’aussi violents remèdes aux maux qui s’effacent d’eux-mêmes ? Pour qui fait cas de la constance et n’estime les ans que le peu qu’ils valent ; de deux moyens de se délivrer des mêmes souffrances, lequel doit être préféré de la mort ou du temps ? Attends, et tu seras guéri. Que demandes-tu davantage ?

« Ah ! c’est ce qui redouble mes peines de songer qu’elles finiront ! » Vain sophisme de la douleur ! Bon mot sans raison, sans justesse, et peut-être sans bonne foi. Quel absurde motif de désespoir que l’espoir de terminer sa misère[125] ! Même en supposant ce bizarre sentiment, qui n’aimerait mieux aigrir un moment la douleur présente par l’assurance de la voir finir, comme on scarifie une plaie pour la faire cicatriser ? Et quand la douleur aurait un charme qui nous ferait aimer à souffrir, s’en priver en s’ôtant la vie, n’est-ce pas faire à l’instant même tout ce qu’on craint de l’avenir ?

Penses-y bien, jeune homme ; que sont dix, vingt, trente ans pour un être immortel ? La peine et le plaisir passent comme une ombre ; la vie s’écoule en un instant ; elle n’est rien par elle-même, son prix dépend de son emploi. Le bien seul qu’on a fait demeure, et c’est par lui qu’elle est quelque chose.

Ne dis donc plus que c’est un mal pour toi de vivre, puisqu’il dépend de toi seul que ce soit un bien, et que si c’est un mal d’avoir vécu, c’est une raison de plus pour vivre encore. Ne dis pas non plus qu’il t’est permis de mourir ; car autant vaudrait dire qu’il t’est permis de n’être pas homme, qu’il t’est permis de te révolter contre l’auteur de ton être, et de tromper ta destination. Mais en ajoutant que ta mort ne fait de mal à personne, songes-tu que c’est à ton ami que tu l’oses dire ?

Ta mort ne fait de mal à personne ! J’entends ; mourir à nos dépens ne t’importe guère, tu comptes pour rien nos regrets. Je ne te parle plus des droits de l’amitié que tu méprises : n’en est-il point de plus chers encore[126] qui t’obligent à te conserver ? S’il est une personne au monde qui t’ait assez aimé pour ne vouloir pas te survivre, et à qui ton bonheur manque pour être heureuse, penses-tu ne lui rien devoir ? Tes funestes projets exécutés ne troubleront-ils point la paix d’une âme rendue avec tant de peine à sa première innocence ? Ne crains-tu point de rouvrir dans ce coeur trop tendre des blessures mal refermées ? Ne crains-tu point que ta perte n’en entraîne une autre encore plus cruelle, en ôtant au monde et à la vertu leur plus digne ornement ? Et si elle te survit ne crains-tu point d’exciter dans son sein le remords, plus pesant à supporter que la vie ? Ingrat ami, amant sans délicatesse, seras-tu toujours occupé de toi-même ? Ne songeras-tu jamais qu’à tes peines ? N’es-tu point sensible au bonheur de ce qui te fut cher ? Et ne saurais-tu vivre pour celle qui voulut mourir avec toi ?

Tu parles des devoirs du magistrat et du père de famille ; et, parce qu’ils ne te sont pas imposés, tu te crois affranchi de tout. Et la société à qui tu dois ta conservation, tes talents, tes lumières ; la patrie à qui tu appartiens ; les malheureux qui ont besoin de toi, leur dois-tu rien ? Oh ! l’exact dénombrement que tu fais ! parmi les devoirs que tu comptes, tu n’oublies que ceux d’homme et de citoyen. Où est ce vertueux patriote qui refuse de vendre son sang à un prince étranger parce qu’il ne doit le verser que pour son pays, et qui veut maintenant le répandre en désespéré contre l’expresse défense des lois ? Les lois, les lois, jeune homme ! le sage les méprise-t-il ? Socrate innocent, par respect pour elles, ne voulut pas sortir de prison : tu ne balances point à les violer pour sortir injustement de la vie, et tu demandes : « Quel mal fais-je ? »

You count the evils of humanity; you do not blush at repeating trite phrases a hundred times over, and yet you say: “Life is evil.” But look around, search within the order of things—can you find any good that is not mixed with evil? Does that mean there is no good at all in the universe? And can you truly confuse what is evil by its very nature with what suffers evil only by accident? You yourself have said that man’s passive existence is nothing but a body from which he will soon be freed; but his active and moral life, which ought to influence his entire being, consists in the exercise of his will. Life is evil for the wicked who prosper, but it is good for the unfortunate honest man—for it is not some temporary state, but rather its relationship with its object that makes it good or evil. And finally, what are those cruel pains that force you to abandon life? Do you think I have not discerned, beneath your pretended impartiality in listing the evils of life, the shame inherent in referring to your own misfortunes? Believe me: do not give up all your virtues at once; at least preserve your old honesty, and tell your friend openly: “I have lost hope of corrupting an honest woman; I am forced to live a good life—I would rather die.”

You are bored with living, and you say: “Life is a evil.” Sooner or later, you will be consoled, and you will say: “Life is a good.” You will speak the truth without needing to reason further; for nothing will have changed except you. Therefore, change from today onward. And since it is the bad state of your soul that is the source of all evil, correct those disordered tendencies within you. Do not burn down your house just because you are too lazy to tidy it up.

“You say I am suffering; does it depend on me to stop suffering?” In the first place, this changes the nature of the question entirely; because what is at stake is not whether you are suffering or not, but whether living is a source of pain for you. Let’s continue. Since you are suffering, you must seek to end that suffering. Now, let us consider whether it is necessary to die in order to do so.

Consider for a moment the natural progression of the evils of the soul as being directly opposed to the progression of the evils of the body, just as these two kinds of evil are inherently opposite in nature. The evils of the body worsen and intensify with age, ultimately destroying this mortal machine. On the other hand, those external and transient alterations that affect an immortal and simple being gradually fade away, leaving it in its original form which nothing can alter. Sadness, boredom, regret, and despair are pains that are not lasting; they never take root in the soul. Moreover, experience always refutes that sense of bitterness which makes us regard our sufferings as eternal. I would even go further: I cannot believe that the vices that corrupt us are more inherent to our nature than our sorrows. Not only do I think that these vices perish with the body that gives them rise, but I am also certain that a longer life could be enough to reform people, and that several centuries of youth would teach us that there is nothing better than virtue.

In any case, since most of our physical ailments only continue to worsen over time, severe bodily pains that are incurable can sometimes lead a person to consider ending their life. When all one’s faculties are overwhelmed by pain and the illness is without remedy, such a person no longer possesses the use of either their will or their reason. They cease to be human before they die; in taking their own life, they merely complete the process of leaving behind a body that becomes a burden to them, and a body in which their soul no longer resides.

But this is not the case with the pains of the soul; no matter how intense they are, they always carry their own remedy within them. Indeed, what makes any kind of suffering intolerable? It is its duration. Surgical operations are generally much more painful than the ailments they cure; but the pain caused by the illness is permanent, while the pain from the operation is temporary—hence, the latter is preferable. So then, why is surgery necessary for pains that are alleviated by their very duration, which alone would make them unbearable? Is it reasonable to employ such violent remedies for ailments that disappear on their own? For those who value consistency and consider years to be of little worth—when faced with two ways to free oneself from the same suffering, which should be chosen: death or time? Wait, and you will be healed. What more could you possibly ask?

“Ah! It is precisely this thought that doubles my suffering—that it will eventually end!” What a vain sophism of pain! A clever remark, yet without reason, without justice, and perhaps even without sincerity. What an absurd motive for despair—to hope that one’s misery will come to an end[125]! Even if we were to accept this strange sentiment—which would merely serve to intensify the present pain by promising its end, just as we scarify a wound to accelerate its healing—what sense would it make? And if pain could possess some charm that made us willing to suffer, then ending it by taking our own life would, in effect, bring about precisely what we fear most about the future.

Think about it carefully, young man; what are ten, twenty, thirty years for an immortal being? Pain and pleasure pass by like a shadow; life itself unfolds in an instant; it is nothing in itself—its value depends on how it is spent. Only the good one has done remains; it is through that good that life truly acquires meaning.

So do not say again that living is a harm to you, for it depends solely on you whether it shall be a good or a harm; and if living proves to be harmful, then that is all the more reason to live on. Nor say that it is permitted for you to die, for that would be tantamount to saying it is permissible not to be human, to rebel against the Creator of your existence, and to betray your destined purpose. But when you add that your death causes no harm to anyone, do you truly think you are allowed to say such a thing to your friend?

Your death causes harm to no one! I understand; dying at our expense means little to you—you care nothing for our regrets. I need not speak further of those rights of friendship that you despise: are there not others, even more precious, that obligate you to preserve yourself? If there is someone in the world who has loved you enough to refuse to outlive you, and whose own happiness is incomplete without yours, do you think you owe them nothing? Will the execution of your terrible plans disturb the peace of a soul that has struggled so hard to regain its innocence? Don’t you fear that in this too tender heart, you will reopen wounds that have barely healed? Don’t you dread that your departure might bring about an even more cruel loss, stripping the world and virtue of their most honorable adornment? And if they outlive you, don’t you fear that you will provoke remorse in their hearts—a burden far heavier than life itself? Ungrateful friend, heartless lover, will you ever stop thinking only of yourself? Will you never consider the suffering of those who were dear to you? Don’t you feel anything for the happiness of those who once meant so much to you? And can’t you live for someone who was willing to die with you?

You speak of the duties of a magistrate and a father of family; and because they are not imposed upon you, you believe yourself free from everything. But to society, which owes you your very existence, your talents, your knowledge; to the country to which you belong; to those unfortunate people in need of you—do you owe them nothing at all? Oh, what a precise account you make! Among all the duties you mention, you seem to forget only those of a human being and a citizen. Where is that virtuous patriot who refused to sell his blood to a foreign prince, because he was willing to shed it only for his own country—and who now, in desperation, would spill it in defiance of the laws? The laws, young man—do the wise despise them? The innocent Socrates refused to leave prison out of respect for them; you, however, do not hesitate to violate them in order to escape unjustly from life—and yet you ask: “What harm am I doing?”

Tu conti i mali dell’umanità; non arrossisci nemmeno nel ripetere cento volte luoghi comuni, e dici: “La vita è un male”. Ma guarda, cerca nell’ordine delle cose se esistono qualche bene che non sia mescolato di mali. Vuol dire forse che nell’universo non ci sia alcun bene? E puoi davvero confondere ciò che è male per sua natura con ciò che soffre il male soltanto per caso? Tu stesso hai detto che la vita passiva dell’uomo non vale nulla, e che riguarda soltanto un corpo dal quale presto sarà liberato; ma la sua vita attiva e morale, quella che deve influenzare tutto il suo essere, consiste nell’esercizio della sua volontà. La vita è un male per il malvagio che prospera, e un bene per l’uomo onesto sfortunato; perché non si tratta di una modificazione passeggera, ma del rapporto che tale vita ha con il proprio scopo, che la rende buona o cattiva. E poi, quali sono quelle sofferenze così crudeli che ti costringono ad abbandonarla? Pensi forse che, sotto quella tua presunta imparzialità nel elencare i mali della vita, non abbia riconosciuto l’umiliazione di dover parlare dei tuoi stessi errori? Credimi: non abbandonare tutte le tue virtù; almeno conserva la tua antica franchezza, e digli apertamente al tuo amico: “Ho perso la speranza di corrompere una donna onesta; sono costretto a comportarmi rettamente. Preferisco morire”.

Ti annoi nella vita e dici: “La vita è un male”. Prima o poi sarai consolato e dirai: “La vita è un bene”. Dirai cose più vere senza riflettere troppo; perché nulla sarà cambiato, tranne te stesso. Quindi cambia subito da oggi stesso. E poiché tutto il male deriva dalla cattiva disposizione della tua anima, correggi le tue passioni disordinate, e non distruggere la tua “casa” solo per non dovertene occuparti.

“Soffro”, mi dici; “dipende da me non soffrire più?” In realtà, questo significherebbe cambiare il modo di porre la questione: non si tratta infatti di sapere se tu soffri, ma se vivere rappresenti davvero un male per te. Ora, poiché soffri, devi cercare modi per smettere di soffrire. Vediamo se, per farlo, sia necessario morire.

Considera per un momento il progresso naturale dei mali dell’anima, direttamente opposto al progresso dei mali del corpo, poiché queste due entità sono per loro natura antitetiche. I mali del corpo si aggravano con l’età, si intensificano nel corso della vita e alla fine distruggono questa “macchina mortale” che è il nostro essere. Al contrario, i mali dell’anima sono alterazioni esterne e passeggeri di un essere immortale e semplice; queste alterazioni scompaiono gradualmente, lasciando l’anima nella sua forma originale, che nulla potrebbe cambiare. La tristezza, noia, rimpianti e disperazione sono dolori poco duraturi che non si radicano mai nell’anima; inoltre, l’esperienza dimostra sempre quanto sia illusorio considerare i nostri dolori come eterni. Direi persino di più: non posso credere che i vizi che ci corrompono siano intrinseci a noi quanto i nostri dolori; non solo penso che questi vizi scompaiano insieme al corpo che li causa, ma sono anche convinto che una vita più lunga potrebbe bastare per correggere gli esseri umani, e che molti secoli di giovinezza ci insegnerebbero che non c’è nulla di meglio della virtù.

In ogni caso, poiché la maggior parte dei nostri mali fisici continua ad aumentare senza sosta, dolori violenti del corpo, quando sono incurabili, possono spingere un uomo a compiere atti estremi; infatti, quando tutte le sue facoltà vengono sopraffatte dal dolore e la malattia non ha rimedio, l’uomo perde sia la capacità di utilizzare la propria volontà che quella della ragione: prima ancora di morire, smette di essere un uomo, e togliersi la vita significa semplicemente porre fine a una esistenza che gli rappresenta un ostacolo, in cui la sua anima ormai non ha più alcun ruolo.

Ma non è così per i dolori dell’anima: per quanto intensi possano essere, portano sempre con sé il loro rimedio. Infatti, cosa rende insopportabile un dolore? È la sua durata. Le operazioni chirurgiche sono generalmente molto più crudeli delle sofferenze che guariscono; ma il dolore causato dalla malattia è permanente, mentre quello dovuto all’intervento chirurgico è temporaneo. E quindi si preferisce quest’ultimo. Quindi, a cosa serve un intervento chirurgico per dolori che vengono semplicemente eliminati dalla loro stessa durata? È ragionevole applicare rimedi così violenti a malattie che scompaiono da sole? Per chi dà valore alla costanza e considera gli anni soltanto per il poco che valgono, tra due modi per liberarsi delle stesse sofferenze, quale dovrebbe essere preferito: la morte o il tempo? Aspetta, e sarai guarito. Cosa chiedi di più?

“Ah! È proprio questo che raddoppia le mie sofferenze, il pensiero che un giorno finiranno!” Un vano sofismo del dolore. Una battuta senza senso, priva di fondamento e forse anche di sincerità. Che assurdo motivo di disperazione rappresenta l’illusione di poter porre fine alla propria miseria[125]! Anche ammettendo l’esistenza di questo strano sentimento – che, in realtà, non farebbe altro che aggravare momentaneamente il dolore presente, offrendo la certezza della sua fine, proprio come si graffia una ferita per farla cicatrizzare. E se poi il dolore avesse davvero un fascino tale da farci desiderare di soffrire, privarcene togliendoci la vita non significherebbe forse, in quel preciso istante, compiere esattamente ciò che temiamo per il futuro?

Pensaci bene, giovane uomo: che significano dieci, venti, trent’anni per un essere immortale? Il dolore e il piacere passano come un’ombra; la vita scorre in un istante; essa stessa non è nulla di significativo, il suo valore dipende dal modo in cui viene vissuta. L’unica cosa che rimane dopo la morte è il bene che si è fatto; ed è proprio grazie a esso che la vita acquista un vero senso.

Allora non dire più che vivere sia un male per te, poiché dipende soltanto da te che esso diventi un bene; e se vivere è un male, questo è ancora di più una ragione per continuare a vivere. Non dire nemmeno che ti sia permesso di morire: ciò equivarrebbe a dire che ti è permesso di non essere uomo, che ti è permesso ribellarti all’autore della tua esistenza e ingannare il tuo destino. Ma aggiungendo che la tua morte non fa del male a nessuno, pensi davvero di poterlo dire al tuo amico?

La tua mort non fa male a nessuno! Capisco: morire a nostro scapito non ti interessa affatto; i nostri rimpianti per te non contano nulla. Non ti parlo più dei diritti dell’amicizia che disprezi. Esistono forse diritti ancora più preziosi che ti obblighino a preservarti? Se esiste qualcuno al mondo che ti ha amato abbastanza da non voler sopravviverti, e a cui manca la tua felicità per essere davvero felice, pensi di non dovergli nulla? I tuoi progetti funesti, una volta realizzati, non disturberanno forse la pace di un’anima che con tanta fatica è riuscita a ritrovare la sua innocenza originale? Non temi forse di riaprire in quel cuore troppo tenero ferite ancora aperte? Non temi che la tua perdita possa causarne un’altra, ancora più crudele, togliendo al mondo e alla virtù il loro ornamento più degno? E se lei sopravvive a te, non temi forse di suscitare in lei rimorsi ancora più insopportabili della vita stessa? Amico ingrato, amante privo di delicatezza, continuerai sempre a pensare solo a te stesso? Non penserai mai alle tue sofferenze? Non sarai sensibile alla felicità di chi ti è stato caro? E non saprai forse vivere per colei che ha voluto morire con te?

Parli dei doveri del magistrato e del padre di famiglia; e poiché non ti sono imposti, credi di essere libero da tutto. E alla società che ti ha fornito la vita, i tuoi talenti, le tue conoscenze; alla patria a cui appartieni; ai malheurevoli che hanno bisogno di te, non devi nulla? Oh! Quanto sei preciso nel fare il conto. Tra i doveri che elenchi, dimentichi soltanto quelli di uomo e di cittadino. Dov’è quel nobile patriota che rifiuta di versare il proprio sangue per un principe straniero, perché lo deve versare solo per la propria patria. E che ora è disposto a sacrificarlo in modo disperato, contro le esplicite disposizioni delle leggi? Le leggi. Le leggi, giovane uomo! Il saggio le disprezza forse? L’innocente Socrate, per rispetto verso di esse, rifiutò di uscire di prigione; tu, invece, non esiti a violarle pur di sfuggire ingiustamente alla vita. E chiedi: “Quale male faccio?”

Tu veux t’autoriser par des exemples ; tu m’oses nommer des Romains ! Toi, des Romains ! il t’appartient bien d’oser prononcer ces noms illustres ! Dis-moi, Brutus mourut-il en amant désespéré, et Caton déchira-t-il ses entrailles pour sa maîtresse ? Homme petit et faible, qu’y a-t-il entre Caton et toi ? Montre-moi la mesure commune de cette âme sublime et de la tienne. Téméraire, ah ! tais-toi. Je crains de profaner son nom par son apologie. À ce nom saint et auguste, tout ami de la vertu doit mettre le front dans la poussière, et honorer en silence la mémoire du plus grand des hommes.

Que tes exemples sont mal choisis ! et que tu juges bassement des Romains, si tu penses qu’ils se crussent en droit de s’ôter la vie aussitôt qu’elle leur était à charge ! Regarde les beaux temps de la république, et cherche si tu y verras un seul citoyen vertueux se délivrer ainsi du poids de ses devoirs, même après les plus cruelles infortunes. Régulus retournant à Carthage prévint-il par sa mort les tourments qui l’attendaient ? Que n’eût point donné Posthumius pour que cette ressource lui fût permise aux Fourches Caudines ? Quel effort de courage le sénat même n’admira-t-il pas dans le consul Varron pour avoir pu survivre à sa défaite ! Par quelle raison tant de généraux se laissèrent-ils volontairement livrer aux ennemis, eux à qui l’ignominie était si cruelle, et à qui il en coûtait si peu de mourir ? C’est qu’ils devaient à la patrie leur sang, leur vie et leurs derniers soupirs, et que la honte ni les revers ne les pouvaient détourner de ce devoir sacré. Mais quand les lois furent anéanties, et que l’état fut en proie à des tyrans, les citoyens reprirent leur liberté naturelle et leurs droits sur eux-mêmes. Quand Rome ne fut plus, il fut permis à des Romains de cesser d’être : ils avaient rempli leurs fonctions sur la terre ; ils n’avaient plus de patrie ; ils étaient en droit de disposer d’eux, et de se rendre à eux-mêmes la liberté qu’ils ne pouvaient plus rendre à leur pays. Après avoir employé leur vie à servir Rome expirante et à combattre pour les lois, ils moururent vertueux et grands comme ils avaient vécu ; et leur mort fut encore un tribut à la gloire du nom romain, afin qu’on ne vît dans aucun d’eux le spectacle indigne de vrais citoyens servant un usurpateur.

Mais toi, qui es-tu ? Qu’as-tu fait ? Crois-tu t’excuser sur ton obscurité ? Ta faiblesse t’exempte-t-elle de tes devoirs, et pour n’avoir ni nom ni rang dans ta patrie, en es-tu moins soumis à ses lois ? Il te sied bien d’oser parler de mourir, tandis que tu dois l’usage de ta vie à tes semblables ! Apprends qu’une mort telle que tu la médites est honteuse et furtive ; c’est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rends-lui ce qu’il a fait pour toi. « Mais je ne tiens à rien… je suis inutile au monde… » Philosophe d’un jour ! Ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans y trouver quelque devoir à remplir, et que tout homme est utile à l’humanité par cela seul qu’il existe ?

Écoute-moi, jeune insensé : tu m’es cher, j’ai pitié de tes erreurs. S’il te reste au fond du coeur le moindre sentiment de vertu, viens, que je t’apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d’en sortir, dis en toi-même : « Que je fasse encore une bonne action avant que de mourir. » Puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortuné à consoler, quelque opprimé à défendre. Rapproche de moi les malheureux que mon abord intimide ; ne crains d’abuser ni de ma bourse ni de mon crédit ; prends, épuise mes biens, fais-moi riche. Si cette considération te retient aujourd’hui, elle te retiendra encore demain, après-demain, toute ta vie. Si elle ne te retient pas, meurs : tu n’es qu’un méchant.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre XXV – De milord Édouard à l’amant de Julie

Puisque vous approuvez l’idée qui m’est venue, je ne veux pas tarder un moment à vous marquer que tout vient d’être conclu, et à vous expliquer de quoi il s’agit, selon la permission que j’en ai reçue en répondant de vous.

Vous savez qu’on vient d’armer à Plymouth une escadre de cinq vaisseaux de guerre, et qu’elle est prête à mettre à la voile. Celui qui doit la commander est M. George Anson, habile et vaillant officier, mon ancien ami. Elle est destinée pour la mer du Sud, où elle doit se rendre par le détroit de Le Maire, et en revenir par les Indes orientales. Ainsi vous voyez qu’il n’est pas question de moins que du tour du monde ; expédition qu’on estime devoir durer environ trois ans. J’aurais pu vous faire inscrire comme volontaire, mais, pour vous donner plus de considération dans l’équipage, j’y ai fait ajouter un titre, et vous êtes couché sur l’état en qualité d’ingénieur des troupes de débarquement : ce qui vous convient d’autant mieux que le génie étant votre première destination, je sais que vous l’avez appris dès votre enfance.

Je compte retourner demain à Londres[127] et vous présenter à M. Anson dans deux jours. En attendant, songez à votre équipage, et à vous pourvoir d’instruments et de livres ; car l’embarquement est prêt, et l’on n’attend plus que l’ordre du départ. Mon cher ami, j’espère que Dieu vous ramènera sain de corps et de coeur de ce long voyage, et qu’à votre retour nous nous rejoindrons pour ne nous séparer jamais.

Lettre I – De Madame de Wolmar à Madame d’Orbe

Que tu tardes longtemps à revenir ! Toutes ces allées et venues ne m’accommodent point. Que d’heures se perdent à te rendre où tu devrais toujours être, et, qui pis est, à t’en éloigner ! L’idée de se voir pour si peu de temps gâte tout le plaisir d’être ensemble. Ne sens-tu pas qu’être ainsi alternativement chez toi et chez moi, c’est n’être bien nulle part, et n’imagines-tu point quelque moyen de faire que tu sois en même temps chez l’une et chez l’autre ?

Que faisons-nous, chère cousine ? Que d’instants précieux nous laissons perdre, quand il ne nous en reste plus à prodiguer ! Les années se multiplient ; la jeunesse commence à fuir ; la vie s’écoule ; le bonheur passager qu’elle offre est entre nos mains, et nous négligeons d’en jouir ! Te souvient-il du temps où nous étions encore filles, de ces premiers temps si charmants et si doux qu’on ne retrouve plus dans un autre âge, et que le coeur oublie avec tant de peine ? Combien de fois, forcées de nous séparer pour peu de jours et même pour peu d’heures, nous disions en nous embrassant tristement : « Ah ! si jamais nous disposons de nous, on ne nous verra plus séparées ! » Nous en disposons maintenant, et nous passons la moitié de l’année éloignées l’une de l’autre. Quoi ! nous aimerions-nous moins ? Chère et tendre amie, nous le sentons toutes deux, combien le temps, l’habitude et tes bienfaits ont rendu notre attachement plus fort et plus indissoluble. Pour moi, ton absence me paraît de jour en jour plus insupportable, et je ne puis plus vivre un instant sans toi. Ce progrès de notre amitié est plus naturel qu’il ne semble ; il a sa raison dans notre situation ainsi que dans nos caractères. À mesure qu’on avance en âge, tous les sentiments se concentrent. On perd tous les jours quelque chose de ce qui nous fut cher, et l’on ne le remplace plus. On meurt ainsi par degrés, jusqu’à ce que, n’aimant enfin que soi-même, on ait cessé de sentir et de vivre avant de cesser d’exister. Mais un coeur sensible se défend de toute sa force contre cette mort anticipée : quand le froid commence aux extrémités, il rassemble autour de lui toute sa chaleur naturelle ; plus il perd, plus il s’attache à ce qui lui reste, et il tient pour ainsi dire au dernier objet par les liens de tous les autres.

You seek to justify your claims through examples; you dare even mention the Romans! You, mentioning the Romans! It surely belongs to you to dare utter such illustrious names! Tell me—did Brutus die as a desperate lover, and did Cato tear his own entrails for his mistress? Oh, small and weak man, what do you have in common with Cato? Show me where the similarity lies between that sublime soul and yours. Boldly, ah! silence. I fear that by defending him, I might profane his name. Before this holy and august name, every friend of virtue must bow their head in reverence and honor in silence the memory of the greatest of men.

What poorly chosen examples you have! And what a low opinion you hold of the Romans, if you think they considered it their right to take their own lives as soon as they were burdened with obligations! Look at the glorious days of the Republic; can you find a single virtuous citizen who chose such a way to escape the burdens of his duties, even after suffering the most cruel misfortunes? When Regulus returned to Carthage, did his death prevent the torments that awaited him? How much Posthumius would have given to have been allowed such an option at the Battle of the Caudine Forks! What courage the Senate must have admired in Consul Varro for surviving after his defeat! Why would so many generals willingly surrender themselves to their enemies, when humiliation was such a terrible thing for them and death meant so little? It was because they owed their blood, their lives, and their last breaths to their country, and neither shame nor defeat could deter them from this sacred duty. But when the laws were destroyed and the state fell into the hands of tyrants, the citizens reclaimed their natural freedom and their rights over themselves. When Rome no longer existed, it became permissible for some Romans to cease being Romans: they had fulfilled their duties on earth; they no longer had a country; they had the right to decide their own fate and grant themselves the liberty that they could no longer give to their nation. After dedicating their lives to serving the dying Roman state and fighting for its laws, they died virtuously and nobly, just as they had lived. Their deaths were yet another tribute to the glory of the Roman name, ensuring that none of them would be seen as deserving of being called true citizens who served an usurper.

But who are you? What have you done? Do you think that your obscurity excuses you? Does your weakness exempt you from your duties? Just because you have no name or status in your country, does that mean you are less subject to its laws? It is quite fitting for you to talk about dying, when you owe the use of your life to your fellow beings! Learn that a death like the one you contemplate is shameful and secretive; it is a theft committed against humanity. Before leaving this world, repay what it has done for you. “But I hold nothing. I am useless to the world, ” Oh philosopher of tomorrow! Do you not realize that you could not take a single step on this earth without fulfilling some duty, and that every man is useful to humanity simply by existing?

Hear me, young fool: you are dear to me, and I feel pity for your mistakes. If there is even a trace of virtue left in your -heart, come, and let me teach you to love life. Whenever you feel tempted to give up on it, say to yourself: “Let me perform one more good deed before dying.” Then go and help some poor person, console some unfortunate one, or defend some oppressed individual. Draw those who are frightened by my approach closer to me; do not hesitate to use either my money or my influence—take whatever you need, exhaust my possessions, and make me rich in the process. If this thought holds you back today, it will hold you back tomorrow, and the day after that, for the rest of your life. If it does not, then die—for you are nothing but a wicked person.

List of literary works

General list of titles

Letter XXV – From Lord Edward to Julie’s lover

Since you approve of the idea that came to me, I would like to promptly inform you that everything has just been concluded, and to explain what it involves, in accordance with the authority granted to me to act on your behalf.

You know that a squadron of five warships has just been equipped in Plymouth and is ready to set sail. The one who will command it is Mr. George Anson, a capable and brave officer, my former friend. The squadron is destined for the South Sea; it will travel through the Strait of Le Maire on its way there and return via the East Indies. As you can see, this is nothing less than an around-the-world expedition, which is expected to take about three years. I could have had you enrolled as a volunteer, but in order to give you greater prestige within the crew, I had a title added to your record, and you are listed as an Engineer of the Landing Troops. This is particularly suitable for you, since engineering was always your primary interest; I know you have studied it since your childhood.

I intend to return to London[127] tomorrow and introduce you to Mr. Anson in two days. In the meantime, take care to prepare your crew and provide them with instruments and books; for the ship is ready, and we are just waiting for the order to set off. My dear friend, I hope that God will bring you back safe and sound from this long journey, and that upon your return we will be reunited never to part again.

Letter I – From Madame de Wolmar to Madame d’Orbe

How long it takes you to come back! All these trips back and forth are utterly inconvenient for me. So many hours are wasted just getting you to where you should always be—and, what’s worse, taking you away from here! The very idea of only being able to spend so little time together ruins all the pleasure of being together. Don’t you realize that constantly alternating between your place and mine means we’re never really at either place? Can’t you think of some way to be with us both at the same time?

What are we doing, dear cousin? How many precious moments are we letting slip away, when we have so few left to waste! The years pass by quickly; youth begins to fade away; time flows on. The fleeting happiness that life offers is right in our hands, and yet we neglect to enjoy it! Do you remember the times when we were still girls, those early days so charming and so gentle—days that one never finds again in another age, and which the heart struggles so hard to recall? How many times, forced to part for just a few days or even hours, would we say as we kissed each other sadly, “Ah! If only we could choose when to be together, no one would ever see us separated!” Now that we can decide for ourselves, we spend half the year apart. Surely our love for each other has not diminished, has it? Dear and tender friend, we both feel it—how much time, habit, and your kindness have made our bond stronger and more inseparable. For me, your absence seems increasingly unbearable with each passing day; I can no longer live a single moment without you. This growing depth of our friendship is more natural than it may seem; it has its reasons in both our circumstances and our personalities. As we age, all our feelings tend to become more intense. Every day we lose something that was once dear to us, and we can never replace it. In this way, we gradually “die,” until eventually, loving only ourselves anymore, we cease to feel and to live—until we cease to exist altogether. But a sensitive heart resists this premature death with all its strength: when the cold begins at the extremities, it gathers all its natural warmth around itself; the more it loses, the more it clings to what remains—and in that way, it holds onto the last remaining thing through the bonds of all the others.

Vuoi giustificarti con degli esempi; osi persino menzionare i Romani! Tu, tu che parli dei Romani! Ti spetta davvero il diritto di pronunciare questi nomi illustri! Dimmi: morì forse Bruto come un amante disperato, e Catone si lacerò le viscere per la sua amata? Oh uomo piccolo e debole, qual è la differenza tra te e Catone? Mostrami quale sia il punto in comune tra quella anima sublime e la tua. Audace, taci! Temo di profanare quel nome con le mie parole. Di fronte a questo nome sacro e augusto, ogni amico della virtù deve inchinarsi in silenzio e onorare la memoria dell’uomo più grande che sia mai esistito.

Che esempi mal scelti! E che giudizio sprezzante hai dei Romani, se pensi che abbiano ritenuto legittimo togliersi la vita non appena questa diventava per loro un onere insopportabile! Guarda ai bei tempi della repubblica: troverai forse un solo cittadino virtuoso che si sia liberato in questo modo dal peso dei propri doveri, anche dopo le più terribili sfortune? Quando Regolo tornò a Cartagine, la sua morte servì forse ad evitargli i tormenti che lo aspettavano? Quanto avrebbe dato Postumio per poter ricorrere a tale soluzione durante le battaglie delle Forche Caudine! Quanto coraggio non dovette dimostrare il senato nel console Varrone, riuscendo a sopravvivere alla propria sconfitta! Per quale motivo tanti generali si lasciarono volontariamente catturare dagli nemici, loro per i quali l’umiliazione rappresentava un tormento insopportabile e la morte poco più di un sacrificio insignificante? Perché dovevano dare alla patria il proprio sangue, la propria vita e gli ultimi respiri. E né l’onore né le sconfitte potevano distoglierli da questo sacro dovere. Ma quando le leggi furono distrutte e lo Stato cadde preda di tiranni, i cittadini ripresero la propria libertà naturale e i propri diritti su se stessi. Quando Roma non esisteva più, fu permesso a alcuni Romani di smettere di essere. Avevano adempiuto ai loro doveri sulla terra; non avevano più una patria. E quindi avevano il diritto di disporre di sé stessi, e di restituire a se stessi la libertà che non potevano più concedere al loro paese. Dopo aver dedicato la propria vita al servizio di Roma morente e alla lotta per le leggi, morirono virtuosi e nobili come avevano vissuto. E anche la loro morte fu un tributo alla gloria del nome romano, affinché nessuno di loro apparisse come un vero cittadino che servisse un usurpatore.

Ma tu, chi sei? Cosa hai fatto? Pensi davvero di poterti scusare per la tua oscurità? La tua debolezza ti esenta dai tuoi doveri? E solo perché non hai né nome né rango nella tua patria, questo ti rende meno soggetto alle sue leggi? Ti sta bene parlare di morte, mentre devi dedicare la tua vita ai tuoi simili! Impara che una morte come quella che mediti è vergognosa e furtiva. È un furto commesso contro l’umanità. Prima di lasciarla, restituiscile ciò che lei ha fatto per te. “Ma non tengo a nulla, sono inutile al mondo, ” Filosofo d’un giorno. Non sai forse che non potresti fare nemmeno un passo sulla terra senza trovare qualche dovere da compiere, e che ogni uomo è utile all’umanità semplicemente perché esiste?

Ascoltami, giovane insensato: mi sei caro e provo pietà per i tuoi errori. Se nel profondo del tuo cuore rimane anche solo un briciolo di virtù, vieni, che io ti insegni ad amare la vita. Ogni volta che sentirai il desiderio di abbandonarla, ripeti a te stesso: “Faccia ancora una buona azione prima di morire”. Poi cerca qualcuno che ha bisogno di aiuto, qualcuno che soffre, qualcuno che è oppresso e difendilo. Avvicina a me i malheureux che il mio aspetto intimidisce; non temere di utilizzare né la mia borsa né il mio credito: prendi, consuma tutti i miei beni, rendimi ricco. Se questa considerazione ti trattiene oggi, ti tratterrà anche domani, dopodomani, per tutta la tua vita. Se invece non lo fa, muori: allora non sei altro che un malvagio.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XXV – Di lord Edward all’amante di Julie

Poiché approvate l’idea che mi è venuta in mente, non voglio indugiare oltre nel comunicarvi che tutto è ormai stato deciso e nel spiegarvi di cosa si tratta, secondo l’autorizzazione che mi è stata concessa per rispondere in vostra vece.

Sapete che è stata appena armata a Plymouth una flotta di cinque navi da guerra, pronta a salpare al più presto. Il comandante designato è il signor George Anson, un ufficiale abile e coraggioso, mio vecchio amico. La spedizione è destinata al Mar del Sud: partirà attraverso lo stretto di Le Maire e tornerà passando per le Indie Orientali. Quindi, come potete vedere, si tratta di una vera e propria circumnavigazione del mondo; un viaggio che si stima durerà circa tre anni. Avrei potuto farvi iscrivere come volontari, ma per darvi maggiore rilievo nell’equipaggio, ho fatto aggiungere al registro il vostro titolo professionale: siete registrato come ingegnere delle truppe da sbarco. Il che vi conviene ancora di più, visto che l’ingegneria era sempre stata la vostra prima passione; so infatti che l’avete studiata fin da piccolo.

Intendo tornare a Londra domani[127] e presentarvi a Monsieur Anson tra due giorni. Nel frattempo, pensate al vostro equipaggio e provvedetevi di strumenti e libri; l’imbarco è pronto e non si aspetta altro che l’ordine di partenza. Caro amico, spero che Dio vi riporti sano e salvo da questo lungo viaggio, e che al vostro ritorno ci riuniamo per non separarci mai più.

Lettera I – Di Madame de Wolmar a Madame d’Orbe

Che tu ritorni solo dopo tanto tempo. Tutti questi andirivieni non mi vanno affatto a genio. Quante ore vengono sprecate per portarti dove dovresti essere sempre, e, peggio ancora, per allontanarti da me! L’idea di vederci soltanto per brevi momenti rovina completamente il piacere di stare insieme. Non capisci che trovarsi alternativamente a casa tua o a casa mia significa non essere veramente da nessuna parte? Non riesci a pensare a qualche modo per poter essere contemporaneamente sia da una parte che dall’altra?

Cosa facciamo, cara cugina? Quanti momenti preziosi stiamo lasciando andare via, quando ormai non ne abbiamo più molti da sprecare. Gli anni passano velocemente; la giovinezza inizia a svanire; la vita scorre. La felicità effimera che ci offre è proprio tra le nostre mani, e noi trascuriamo di goderla! Ti ricordi dei tempi in cui eravamo ancora ragazze, di quei primi momenti così incantevoli e dolci che non si ritrovano più in un’altra età. Il cuore li dimentica con tanta difficoltà. Quante volte, costrette a separarci per pochi giorni o anche solo per poche ore, ci dicevamo abbracciandoci tristemente: “Ah! Se mai potessimo disporre liberamente del nostro tempo, nessuno ci vedrebbe più separate, ” Ora che possiamo farlo, passiamo metà dell’anno lontane l’una dall’altra. Eppure, ci amiamo meno? Cara e tenera amica, entrambe lo sentiamo: quanto il tempo, l’abitudine e i tuoi gesti di affetto abbiano reso il nostro legame ancora più forte e indissolubile. Per me, la tua assenza diventa ogni giorno sempre più insopportabile. Non riesco più a vivere nemmeno un istante senza di te. Questo sviluppo della nostra amicizia è più naturale di quanto sembri. Ha le sue ragioni nella nostra situazione e nei nostri caratteri. Man mano che invecchiamo, tutti i sentimenti si concentrano. Ogni giorno perdiamo qualcosa di ciò che ci era caro. E non possiamo più riprenderlo. Moriamo così, poco a poco. Fino a quando, amando infine solo noi stesse, cessiamo di sentire e di vivere, prima ancora di cessare di esistere. Ma un cuore sensibile si difende con tutte le sue forze contro questa morte anticipata. Quando il freddo inizia alle estremità, raccoglie intorno a sé tutta la sua calore naturale. Più perde, più si attacca a ciò che gli rimane. E si aggrappa, in un certo senso, all’ultimo oggetto che possiede, attraverso i legami di tutti gli altri.

Voilà ce qu’il me semble éprouver déjà, quoique jeune encore. Ah ! ma chère, mon pauvre coeur a tant aimé ! Il s’est épuisé de si bonne heure, qu’il vieillit avant le temps ; et tant d’affections diverses l’ont tellement absorbé, qu’il n’y reste plus de place pour des attachements nouveaux. Tu m’as vue successivement fille, amie, amante, épouse et mère. Tu sais si tous ces titres m’ont été chers ? Quelques-uns de ces liens sont détruits, d’autres sont relâchés. Ma mère, ma tendre mère n’est plus ; il ne me reste que des pleurs à donner à sa mémoire, et je ne goûte qu’à moitié le plus doux sentiment de la nature. L’amour est éteint, il l’est pour jamais, et c’est encore une place qui ne sera point remplie. Nous avons perdu ton digne et bon mari, que j’aimais comme la chère moitié de toi-même, et qui méritait si bien ta tendresse et mon amitié. Si mes fils étaient plus grands, l’amour maternel remplirait tous ces vides ; mais cet amour, ainsi que tous les autres, a besoin de communication, et quel retour peut attendre une mère d’un enfant de quatre ou cinq ans ? Nos enfants nous sont chers longtemps avant qu’ils puissent le sentir et nous aimer à leur tour ; et cependant on a si grand besoin de dire combien on les aime à quelqu’un qui nous entende ! Mon mari m’entend, mais il ne me répond pas assez à ma fantaisie ; la tête ne lui en tourne pas comme à moi : sa tendresse pour eux est trop raisonnable ; j’en veux une plus vive et qui ressemble mieux à la mienne. Il me faut une amie, une mère qui soit aussi folle que moi de mes enfants et des siens. En un mot, la maternité me rend l’amitié plus nécessaire encore, par le plaisir de parler sans cesse de mes enfants sans donner de l’ennui. Je sens que je jouis doublement des caresses de mon petit Marcellin quand je te les vois partager. Quand j’embrasse ta fille, je crois te presser contre mon sein. Nous l’avons dit cent fois ; en voyant tous nos petits bambins jouer ensemble, nos coeurs unis les confondent, et nous ne savons plus à laquelle appartient chacun des trois.

Ce n’est pas tout : j’ai de fortes raisons pour te souhaiter sans cesse auprès de moi, et ton absence m’est cruelle à plus d’un égard. Songe à mon éloignement pour toute dissimulation, et à cette continuelle réserve où je vis depuis près de six ans avec l’homme du monde qui m’est le plus cher. Mon odieux secret me pèse de plus en plus et semble chaque jour devenir plus indispensable. Plus l’honnêteté veut que je le révèle, plus la prudence m’oblige à le garder. Conçois-tu quel état affreux c’est pour une femme de porter la défiance, le mensonge et la crainte jusque dans les bras d’un époux, de n’oser ouvrir son coeur à celui qui le possède, et de lui cacher la moitié de sa vie pour assurer le repos de l’autre ? À qui, grand Dieu ! faut-il déguiser mes plus secrètes pensées, et celer l’intérieur d’une âme dont il aurait lieu d’être si content ? À M. de Wolmar, à mon mari, au plus digne époux dont le ciel eût pu récompenser la vertu d’une fille chaste. Pour l’avoir trompé une fois, il faut le tromper tous les jours, et me sentir sans cesse indigne de toutes ses bontés pour moi. Mon coeur n’ose accepter aucun témoignage de son estime ; ses plus tendres caresses me font rougir, et toutes les marques de respect et de considération qu’il me donne se changent dans ma conscience en opprobres et en signes de mépris. Il est bien dur d’avoir à se dire sans cesse : « C’est une autre que moi qu’il honore. Ah ! s’il me connaissait, il ne me traiterait pas ainsi. » Non, je ne puis supporter cet état affreux : je ne suis jamais seule avec cet homme respectable que je ne sois prête à tomber à genoux devant lui, à lui confesser ma faute, et à mourir de douleur et de honte à ses pieds.

Cependant les raisons qui m’ont retenue dès le commencement prennent chaque jour de nouvelles forces, et je n’ai pas un motif de parler qui ne soit une raison de me taire. En considérant l’état paisible et doux de ma famille, je ne pense point sans effroi qu’un seul mot y peut causer un désordre irréparable. Après six ans passés dans une si parfaite union, irai-je troubler le repos d’un mari si sage et si bon, qui n’a d’autre volonté que celle de son heureuse épouse, ni d’autre plaisir que de voir régner dans sa maison l’ordre et la paix ? Contristerai-je par des troubles domestiques les vieux jours d’un père que je vois si content, si charmé du bonheur de sa fille et de son ami ? Exposerai-je ces chers enfants, ces enfants aimables et qui promettent tant, à n’avoir qu’une éducation négligée ou scandaleuse, à se voir les tristes victimes de la discorde de leurs parents, entre un père enflammé d’une juste indignation, agité par la jalousie, et une mère infortunée et coupable, toujours noyée dans les pleurs ? Je connais M. de Wolmar estimant sa femme ; que sais-je ce qu’il sera ne l’estimant plus ? Peut-être n’est-il si modéré que parce que la passion qui dominerait dans son caractère n’a pas encore eu lieu de se développer. Peut-être sera-t-il aussi violent dans l’emportement de la colère qu’il est doux et tranquille tant qu’il n’a nul sujet de s’irriter.

Si je dois tant d’égards à tout ce qui m’environne, ne m’en dois-je point aussi quelques-uns à moi-même ? Six ans d’une vie honnête et régulière n’effacent-ils rien des erreurs de la jeunesse, et faut-il m’exposer encore à la peine d’une faute que je pleure depuis si longtemps ? Je te l’avoue, ma cousine, je ne tourne point sans répugnance les yeux sur le passé ; il m’humilie jusqu’au découragement et je suis trop sensible à la honte pour en supporter l’idée sans retomber dans une sorte de désespoir. Le temps qui s’est écoulé depuis mon mariage est celui qu’il faut que j’envisage pour me rassurer. Mon état présent m’inspire une confiance que d’importuns souvenirs voudraient m’ôter. J’aime à nourrir mon coeur des sentiments d’honneur que je crois retrouver en moi. Le rang d’épouse et de mère m’élève l’âme et me soutient contre les remords d’un autre état. Quand je vois mes enfants et leur père autour de moi, il me semble que tout y respire la vertu ; ils chassent de mon esprit l’idée même de mes anciennes fautes. Leur innocence est la sauvegarde de la mienne ; ils m’en deviennent plus chers en me rendant meilleure ; et j’ai tant d’horreur pour tout ce qui blesse l’honnêteté, que j’ai peine à me croire la même qui put l’oublier autrefois. Je me sens si loin de ce que j’étais, si sûre de ce que je suis, qu’il s’en faut peu que je ne regarde ce que j’aurais à dire comme un aveu qui m’est étranger et que je ne suis plus obligée de faire.

Voilà l’état d’incertitude et d’anxiété dans lequel je flotte sans cesse en ton absence. Sais-tu ce qui arrivera de tout cela quelque jour ? Mon père va bientôt partir pour Berne, résolu de n’en revenir qu’après avoir vu la fin de ce long procès dont il ne veut pas nous laisser l’embarras, et ne se fiant pas trop non plus, je pense, à notre zèle à le poursuivre. Dans l’intervalle de son départ à son retour, je resterai seule avec mon mari, et je sens qu’il sera presque impossible que mon fatal secret ne m’échappe. Quand nous avons du monde, tu sais que M. de Wolmar quitte souvent la compagnie et fait volontiers seul des promenades aux environs ; il cause avec les paysans ; il s’informe de leur situation ; il examine l’état de leurs terres ; il les aide au besoin de sa bourse et de ses conseils. Mais quand nous sommes seuls, il ne se promène qu’avec moi, il quitte peu sa femme et ses enfants, et se prête à leurs petits jeux avec une simplicité si charmante, qu’alors je sens pour lui quelque chose de plus tendre encore qu’à l’ordinaire. Ces moments d’attendrissement sont d’autant plus périlleux pour la réserve, qu’il me fournit lui-même les occasions d’en manquer, et qu’il m’a cent fois tenu des propos qui semblaient m’exciter à la confiance. Tôt ou tard il faudra que je lui ouvre mon coeur, je le sens ; mais puisque tu veux que ce soit de concert entre nous, et avec toutes les précautions que la prudence autorise, reviens, et fais de moins longues absences, ou je ne réponds plus de rien.

This is what I seem to be experiencing already, even though I am still young. Ah! My dear, my poor heart has loved so much! It has exhausted itself so early that it is aging before its time; and so many different kinds of affections have consumed it entirely that there is no room left for new attachments. You have seen me successively as a daughter, a friend, a lover, a wife, and a mother. You know how dear all these roles have been to me. Some of these bonds have been broken; others have loosened. My mother, my tender mother, is no longer with us; all that remains for me is to weep for her memory, and I can only taste half of the sweetest emotions that nature offers. Love is gone—forever gone—and yet another place in my heart remains empty. We have lost your worthy and kind husband, whom I loved as if he were a precious part of you, and who truly deserved your tenderness and my friendship. If my sons were older, maternal love could fill all these voids; but such love, like all other forms of affection, requires communication. What response can a mother expect from a child of four or five years old? Our children become dear to us long before they are able to feel and love us in return; yet how great is our need to express how much we love them to someone who is listening! My husband hears me, but he does not respond in the way I wish; his thoughts do not wander as freely as mine. His tenderness toward them is too reasonable; I want a passion that is even more intense and more in line with my own feelings. I need a friend, a mother who is just as crazy about my children as I am about yours. In short, motherhood makes friendship even more necessary to me—because it allows me to talk endlessly about my children without ever causing anyone any annoyance. I feel that when I see you sharing the affection I have for my little Marcellin, I enjoy it all the more. When I kiss your daughter, I feel as if I am holding you close to my heart. We have said this a hundred times: when we watch all our little ones playing together, our hearts merge, and we can no longer tell which one belongs to whom among them three.

That’s not all: I have strong reasons for always wishing you by my side, and your absence is cruel to me in many ways. Consider my isolation—forced by deceit—and this constant restraint I live under for nearly six years now, alongside the man in the world who means most to me. My hateful secret weighs more and more heavily on me, and it seems increasingly indispensable. The more honesty demands that I reveal it, the more prudence forces me to keep it hidden. Can you even imagine what it means for a woman to carry deceit, lies, and fear into the arms of her husband, to dare not open her heart to the one she loves most, and to hide half of her life from him just to preserve the peace of the other half? Oh God! To whom must I conceal my deepest thoughts, and hide the essence of a soul that he would otherwise have every right to be so proud of? To Monsieur de Wolmar—my husband, the most worthy spouse any virtuous girl could hope for. For having deceived him once, I must deceive him every day, feeling unworthy of all his kindness toward me. My heart dares not accept any sign of his respect; his tenderest caresses make me blush, and every gesture of admiration he shows me turns into shame and contempt in my conscience. It is truly unbearable to constantly tell myself: “He honors someone else, not me. Ah! If only he knew who I really am, he wouldn’t treat me like this.” No, I cannot endure this terrible state any longer. Whenever I am alone with this respectable man, I feel ready to fall at his feet, confess my mistake, and die of pain and humiliation before him.

However, the reasons that held me back from the very beginning are growing stronger day by day, and I no longer have any reason to speak except those that urge me to remain silent. Considering the peaceful and harmonious state of my family, I cannot help but fear that a single word might cause irreparable turmoil. After six years spent in such perfect harmony, would I dare disturb the peace of a husband so wise and kind, whose only desire is to please his happy wife, and whose greatest joy is to see order and tranquility reign in his home? Would I bring sorrow into the old days of a father who seems so content and delighted with the happiness of his daughter and her husband? Would I expose these dear children—these lovely, promising youngsters—to a neglected or even scandalous education, to become tragic victims of their parents’ discord, between a father filled with righteous indignation and jealousy, and a unfortunate and guilty mother constantly overwhelmed by grief? I know Mr. de Wolmar values his wife; but what if he no longer did? Perhaps his moderation is merely because the passion that lies within him has not yet had the chance to manifest itself. Maybe he will become just as violent in his anger when there is a reason for it, as he is gentle and calm when there is none.

If I owe so much respect to everything around me, shouldn’t I also owe some respect to myself? Six years of an honest and regular life cannot erase the mistakes of my youth—should I still expose myself to the pain of a fault that I have mourned for so long? I confess to you, my cousin, that I look back on the past with utter repugnance; it humiliates me to the point of discouragement, and I am too sensitive to shame to bear the thought of it without falling into despair. The time that has passed since my marriage is precisely what I need to reflect upon in order to regain peace of mind. My current situation fills me with confidence, yet disturbing memories threaten to strip it away. I delight in nourishing my heart with feelings of honor—feelings that I believe still reside within me. The roles of wife and mother elevate my soul and help me overcome the remorse associated with a past life. When I see my children and their father around me, it seems as if virtue itself surrounds us; they drive away even the memory of my former mistakes. Their innocence is the safeguard of mine; they become all the dearer to me as they help me become better. And since I hold such horror for anything that harms honesty, I can hardly believe that I am still the same person who once was able to forget those sins. I feel so far removed from what I used to be, and so certain of who I am now, that I almost regard whatever I might have done in the past as an admission that no longer applies to me—something I no longer feel compelled to acknowledge.

Such is the state of uncertainty and anxiety in which I find myself constantly drifting in your absence. Do you know what will happen to all this one day? My father is about to leave for Bern, determined not to return until he sees the end of this long lawsuit—which he does not wish to burden us with—and I think he also does not place too much trust in our enthusiasm to pursue it. Between his departure and his return, I will be alone with my husband, and I feel that it will be almost impossible for my fatal secret not to be revealed. When we have company around, you know that Monsieur de Wolmar often leaves the group and takes solitary walks in the vicinity; he talks with the peasants, inquires about their situation, examines the state of their lands, and helps them whenever necessary, either with his money or his advice. But when we are alone, he only walks with me; he rarely leaves his wife and children, and participates in their little games with such charming simplicity that at those moments I feel for him something even more tender than usual. Yet these moments of tenderness are all the more dangerous for my resolve to keep my secret, for he himself provides me with opportunities to break it, and on many occasions he has spoken in a way that seemed to encourage me to trust him. Sooner or later, I will have to open my heart to him—I feel it—but since you want this to happen between us in full agreement and with all the precautions that prudence demands, please come back and make your absences shorter, or I can no longer guarantee anything.

Ecco ciò che sembra già provare, anche se sono ancora giovane. Ah! mia cara, il mio povero cuore ha amato così tanto. Si è esaurito troppo presto, invecchiando prima del tempo; e tante diverse affezioni lo hanno assorbito completamente, al punto che non rimane più spazio per nuovi legami. Ti ho vista, in sequenza, come figlia, amica, amante, moglie e madre. Sai quanto siano stati preziosi tutti questi ruoli per me? Alcuni di questi legami sono ormai distrutti, altri si sono allentati. Mia madre, la mia dolce madre, non c’è più. Mi resta solo il dolore da dedicare alla sua memoria. E non posso godere appieno del sentimento più dolce che la natura ci dona. L’amore è finito. Per sempre. E anche questo vuoto non verrà mai colmato. Abbiamo perso tuo marito, nobile e buono. Lo amavo come la parte più preziosa di te stessa. E meritava davvero tutta la tua tenerezza e la mia amicizia. Se i miei figli fossero più grandi, l’amore materno potrebbe colmare tutti questi vuoti. Ma questo amore, come tutti gli altri, ha bisogno di comunicazione. E quale risposta può aspettarsi una madre da un bambino di quattro o cinque anni? I nostri figli ci sono cari molto prima che possano rendersene conto e amarci a loro volta. Eppure abbiamo così tanto bisogno di dire quanto li amiamo, a qualcuno che ci ascolti. Mio marito mi ascolta. Ma non risponde mai come vorrei. La sua tenerezza verso di loro è troppo “ragionevole”. Ne voglio una più intensa. Una che assomigli di più alla mia. Ho bisogno di un’amica. Di una madre che sia altrettanto folle dei miei figli e dei tuoi. In breve. La maternità rende l’amicizia ancora più necessaria. Per il piacere di parlare continuamente dei nostri bambini, senza mai annoiarci. Sento di godere doppiamente delle carezze del mio piccolo Marcellin. Quando ti vedo condividerle con lui. Quando bacio tua figlia, ho l’impressione di stringerti a me. L’abbiamo detto centinaia di volte. Guardando tutti i nostri bambini giocare insieme, i nostri cuori si uniscono. E non sappiamo più a quale di loro appartenga ciascuno.

Non basta: ho forti motivi per desiderare che tu sia sempre al mio fianco, e la tua assenza mi è crudelmente dolorosa sotto molti aspetti. Pensa alla mia lontananza, dovuta a ogni sorta di dissimulazione, e a questa continua riservatezza con cui vivo da quasi sei anni accanto all’uomo che mi è più caro al mondo. Il mio odioso segreto diventa sempre più opprimente per me e sembra ogni giorno diventare ancora più indispensabile. Più l’onestà mi spinge a rivelarlo, più la prudenza mi obbliga a tenerlo nascosto. Riesci a immaginare quale orribile condizione sia per una donna portare il sospetto, la menzogna e la paura proprio tra le braccia del proprio marito, non osare aprire il proprio cuore a colui che lo possiede, e dovergli nascondere metà della propria vita pur di garantire la tranquillità dell’altra metà? A chi, mio Dio, devo nascondere i miei pensieri più segreti, e celare l’interno di un’anima che dovrebbe essere motivo di grande soddisfazione per lui? A Monsieur de Wolmar, a mio marito, al marito più degno che il cielo potesse premiare per la virtù di una ragazza casta. Per averlo ingannato una volta, devo ingannarlo ogni giorno, e sentirmi costantemente indegna di tutte le sue gentilezze verso di me. Il mio cuore non osa accettare alcun segno della sua stima; i suoi gesti più teneri mi fanno arrossire, e tutti i segni di rispetto e considerazione che mi dimostra si trasformano nella mia coscienza in vergogna e disprezzo. È davvero terribile dover dire continuamente a se stessa: “È un’altra donna che lui onora. Ah, se solo mi conoscesse, non mi tratterebbe così, ” No. Non posso sopportare questa orribile situazione. Non sono mai sola con quest’uomo rispettabile senza sentirmi pronta a inginocchiarmi davanti a lui, ad confessargli il mio errore, e a morire di dolore e vergogna ai suoi piedi.

Tuttavia, le ragioni che mi hanno trattenuta fin dall’inizio acquistano ogni giorno nuova forza; non ho alcun motivo per parlare, se non motivi per tacere. Considerando lo stato sereno e pacifico della mia famiglia, non posso fare a meno di temere che una sola parola possa causarvi disordini irreparabili. Dopo sei anni trascorsi in un’unione così perfetta, andrò forse a disturbare il riposo di un marito così saggio e buono, il cui unico desiderio è quello di compiacere la sua felice moglie, e il cui unico piacere consiste nel vedere regnare nella sua casa ordine e pace? Disturberò forse i giorni tranquilli di un padre che sembra così soddisfatto e felice del bene della sua figlia e del suo amico? Esporrò questi cari bambini, questi bambini adorabili e pieni di promesse, a un’educazione trascurata o scandalosa, facendoli diventare le tristi vittime dei disaccordi tra i loro genitori: da un padre travolto da una giusta indignazione e dalla gelosia, e da una madre sfortunata e colpevole, sempre sommersa nel pianto? Conosco il signor de Wolmar: lui stimava sua moglie. Ma cosa accadrà quando non la stimerà più? Forse è così moderato soltanto perché la passione che potrebbe dominare il suo carattere non ha ancora avuto l’opportunità di manifestarsi. Forse diventerà violento nell’esplosione della rabbia, proprio quanto è dolce e tranquillo quando non ha motivi per arrabbiarsi.

Se devo rispettare così tanto tutto ciò che mi circonda, non dovrei forse rispettarmi anch’io? Sei anni di una vita onesta e regolare non cancellano forse del tutto gli errori della gioventù. E dovrei davvero espormi ancora al dolore di un errore per il quale ho pianto così a lungo? Te lo confesso, mia cugina: non riesco a guardare indietro senza ribellione; quel passato mi umilia fino al punto di scoraggiarmi. Sono troppo sensibile alla vergogna per poterne sopportare il pensiero senza cadere in una sorta di disperazione. Il tempo trascorso dal mio matrimonio è proprio quello che devo considerare per riacquistare la fiducia in me stessa. La mia situazione attuale mi ispira fiducia, ma ricordi fastidiosi cercano di togliermela. Amo nutrire nel mio cuore quei sentimenti d’onore che credo di ritrovare in me. Il ruolo di moglie e madre eleva la mia anima e mi aiuta a superare i rimorsi legati ad un altro stato di vita. Quando vedo i miei figli e loro padre intorno a me, mi sembra che tutto ciò che mi circonda respiri virtù. Loro stessi scacciano dalla mia mente anche solo il pensiero dei miei vecchi errori. La loro innocenza è la protezione della mia; diventano ancora più cari per me, facendomi diventare migliore. E ho un tale orrore per tutto ciò che offende l’onestà, che fatico a credere di essere ancora la stessa persona che una volta poté dimenticare quegli errori. Mi sento così lontana da ciò che ero. Così sicura di ciò che sono ora. Che quasi considero tutto ciò che dovrei confessare come qualcosa che non mi riguarda più. Come un dovere ormai superato.

Ecco lo stato di incertezza e ansia in cui vivo costantemente nella tua assenza. Sai cosa accadrà di tutto questo un giorno? Mio padre partirà presto per Berna, deciso a non tornare finché non avrà visto concludersi questa lunga causa di cui non vuole che ci carichiamo il peso, e credo che non si fidi troppo nemmeno della nostra determinazione a portarla avanti. Nel periodo tra la sua partenza e il suo ritorno, rimarrò sola con mio marito, e so che sarà quasi impossibile che il mio segreto fatale non venga rivelato. Quando ci sono altre persone intorno a noi, sai bene che il signor de Wolmar spesso si allontana dal gruppo e preferisce passeggiare da solo nei dintorni; parla con i contadini, si informa sulla loro situazione, esamina lo stato delle loro terre, e li aiuta quando ne hanno bisogno, sia con il proprio denaro che con i propri consigli. Ma quando siamo soli, passeggia solo con me, raramente lascia sua moglie e i suoi figli, e partecipa alle loro piccole attività con una semplicità così incantevole che in quei momenti provo per lui qualcosa di ancora più tenero del solito. Questi momenti di tenerezza sono però particolarmente pericolosi per la mia riservatezza: lui stesso mi fornisce le occasioni per infrangerla, e molte volte mi ha detto cose che sembravano incoraggiarmi a confidarmi in lui. Prima o poi dovrò aprirgli il mio cuore. Lo so. Ma poiché vuoi che tutto avvenga con la nostra reciproca consapevolezza e con tutte le precauzioni che la prudenza richiede, torna. E fai meno assenze. Altrimenti, non rispondo più di nulla.

Ma douce amie, il faut achever ; et ce qui reste importe assez pour me coûter le plus à dire. Tu ne m’es pas seulement nécessaire quand je suis avec mes enfants ou avec mon mari, mais surtout quand je suis seule avec ta pauvre Julie ; et la solitude m’est dangereuse précisément parce qu’elle m’est douce, et que souvent je la cherche sans y songer. Ce n’est pas, tu le sais, que mon coeur se ressente encore de ses anciennes blessures ; non, il est guéri, je le sens, j’en suis très sûre ; j’ose me croire vertueuse. Ce n’est point le présent que je crains, c’est le passé qui me tourmente. Il est des souvenirs aussi redoutables que le sentiment actuel ; on s’attendrit par réminiscence ; on a honte de se sentir pleurer, et l’on n’en pleure que davantage. Ces larmes sont de pitié, de regret, de repentir ; l’amour n’y a plus de part ; il ne m’est plus rien : mais je pleure les maux qu’il a causés ; je pleure le sort d’un homme estimable que des feux indiscrètement nourris ont privé du repos et peut-être de la vie. Hélas ! sans doute il a péri dans ce long et périlleux voyage que le désespoir lui a fait entreprendre. S’il vivait, du bout du monde, il nous eût donné de ses nouvelles ; près de quatre ans se sont écoulés depuis son départ. On dit que l’escadre sur laquelle il est a souffert mille désastres, qu’elle a perdu les trois quarts de ses équipages, que plusieurs vaisseaux sont submergés, qu’on ne sait ce qu’est devenu le reste. Il n’est plus, il n’est plus ; un secret pressentiment me l’annonce. L’infortuné n’aura pas été plus épargné que tant d’autres. La mer, les maladies, la tristesse, bien plus cruelle, auront abrégé ses jours. Ainsi s’éteint tout ce qui brille un moment sur la terre. Il manquait aux tourments de ma conscience d’avoir à me reprocher la mort d’un honnête homme. Ah ! ma chère, quelle âme c’était que la sienne !… Comme il savait aimer !… Il méritait de vivre… Il aura présenté devant le souverain juge une âme faible, mais saine et aimant la vertu… Je m’efforce en vain de chasser ces tristes idées ; à chaque instant elles reviennent malgré moi. Pour les bannir, ou pour les régler, ton amie a besoin de tes soins ; et puisque je ne puis oublier cet infortuné, j’aime mieux en causer avec toi que d’y penser toute seule.

Regarde, que de raisons augmentent le besoin continuel que j’ai de t’avoir avec moi ! Plus sage et plus heureuse, si les mêmes raisons te manquent, ton coeur sent-il moins le même besoin ? S’il est bien vrai que tu ne veuilles point te remarier, ayant si peu de contentement de ta famille, quelle maison te peut mieux convenir que celle-ci ? Pour moi, je souffre à te savoir dans la tienne, car, malgré ta dissimulation, je connais ta manière d’y vivre, et ne suis point dupe de l’air folâtre que tu viens nous étaler à Clarens. Tu m’a bien reproché des défauts en ma vie ; mais j’en ai un très grand à te reprocher à ton tour ; c’est que ta douleur est toujours concentrée et solitaire. Tu te caches pour t’affliger, comme si tu rougissais de pleurer devant ton amie. Claire, je n’aime pas cela. Je ne suis point injuste comme toi ; je ne blâme point tes regrets ; je ne veux pas qu’au bout de deux ans, de dix, ni de toute ta vie, tu cesses d’honorer la mémoire d’un si tendre époux : mais je te blâme, après avoir passé tes plus beaux jours à pleurer avec ta Julie, de lui dérober la douceur de pleurer à son tour avec toi, et de laver par de plus dignes larmes la honte de celles qu’elle versa dans ton sein. Si tu es fâchée de t’affliger, ah ! tu ne connais pas la véritable affliction. Si tu y prends une sorte de plaisir, pourquoi ne veux-tu pas que je le partage ? Ignores-tu que la communication des coeurs imprime à la tristesse je ne sais quoi de doux et de touchant que n’a pas le contentement ? Et l’amitié n’a-t-elle pas été spécialement donnée aux malheureux pour le soulagement de leurs maux et la consolation de leurs peines ?

Voilà, ma chère, des considérations que tu devrais faire, et auxquelles il faut ajouter qu’en te proposant de venir demeurer avec moi, je ne te parle pas moins au nom de mon mari qu’au mien. Il m’a paru plusieurs fois surpris, presque scandalisé, que deux amies telles que nous n’habitassent pas ensemble ; il assure te l’avoir dit à toi-même, et il n’est pas homme à parler inconsidérément. Je ne sais quel parti tu prendras sur mes représentations ; j’ai lieu d’espérer qu’il sera tel que je le désire. Quoi qu’il en soit, le mien est pris, et je n’en changerai pas. Je n’ai point oublié le temps où tu voulais me suivre en Angleterre. Amie incomparable, c’est à présent mon tour. Tu connais mon aversion pour la ville, mon goût pour la campagne, pour les travaux rustiques, et l’attachement que trois ans de séjour m’ont donné pour ma maison de Clarens. Tu n’ignores pas non plus quel embarras c’est de déménager avec toute une famille, et combien ce serait abuser de la complaisance de mon père de le transplanter si souvent. Eh bien ! si tu ne veux pas quitter ton ménage et venir gouverner le mien, je suis résolue à prendre une maison à Lausanne, où nous irons tous demeurer avec toi. Arrange-toi là-dessus ; tout le veut ; mon coeur, mon devoir, mon bonheur, mon honneur conservé, ma raison recouvrée, mon état, mon mari, mes enfants, moi-même, je te dois tout ; tout ce que j’ai de bien me vient de toi, je ne vois rien qui ne m’y rappelle, et sans toi je ne suis rien. Viens donc, ma bien-aimée, mon ange tutélaire, viens conserver ton ouvrage, viens jouir de tes bienfaits. N’ayons plus qu’une famille, comme nous n’avons qu’une âme pour la chérir ; tu veilleras sur l’éducation de mes fils, je veillerai sur celle de ta fille ; nous nous partagerons les devoirs de mère et nous en doublerons les plaisirs. Nous élèverons nos coeurs ensemble à celui qui purifia le mien par tes soins ; et n’ayant plus rien à désirer en ce monde, nous attendrons en paix l’autre vie dans le sein de l’innocence et de l’amitié.

Lettre II – Réponse de Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

Mon Dieu ! cousine, que ta lettre m’a donné de plaisir ! Charmante prêcheuse !… charmante, en vérité, mais prêcheuse pourtant… pérorant à ravir. Des oeuvres, peu de nouvelles. L’architecte athénien… ce beau diseur… tu sais bien… dans ton vieux Plutarque… Pompeuses descriptions, superbe temple !… Quand il a tout dit, l’autre vient ; un homme uni, l’air simple, grave et posé… comme qui dirait ta cousine Claire… D’une voix creuse, lente et même un peu nasale : « Ce qu’il a dit, je le ferai. » Il se tait, et les mains de battre. Adieu l’homme aux phrases. Mon enfant, nous sommes ces deux architectes ; le temple dont il s’agit est celui de l’amitié.

Résumons un peu les belles choses que tu m’as dites. Premièrement, que nous nous aimions ; et puis, que je t’étais nécessaire ; et puis, que tu me l’étais aussi ; et puis, qu’étant libres de passer nos jours ensemble il les y fallait passer. Et tu as trouvé tout cela toute seule ! Sans mentir tu es une éloquente personne ! Oh bien ! que je t’apprenne à quoi je m’occupais de mon côté tandis que tu méditais cette sublime lettre. Après cela tu jugeras toi-même lequel vaut le mieux de ce que tu dis ou de ce que je fais.

À peine eus-je perdu mon mari, que tu remplis le vide qu’il avait laissé dans mon coeur. De son vivant il en partageait avec toi les affections ; dès qu’il ne fut plus, je ne fus qu’à toi seule ; et, selon ta remarque sur l’accord de la tendresse maternelle et de l’amitié, ma fille même n’était pour nous qu’un lien de plus. Non seulement je résolus dès lors de passer le reste de ma vie avec toi, mais je formai un projet plus étendu. Pour que nos deux familles n’en fissent qu’une, je me proposai, supposant tous les rapports convenables, d’unir un jour ma fille à ton fils aîné ; et ce nom de mari, trouvé d’abord par plaisanterie, me parut d’heureux augure pour le lui donner un jour tout de bon.

My dear friend, we must bring this to an end; and what remains is important enough to make it difficult for me to speak about it. You are not only necessary to me when I am with my children or my husband, but especially when I am alone with your poor Julie; and solitude is dangerous for me precisely because it is pleasant, and often I seek it without even realizing it. It is not that my heart still feels the scars of its past wounds; no, it is healed, I feel it, I am very certain of it; I dare to believe that I am virtuous. It is not the present that frightens me, but the past that torments me. There are memories just as dreadful as current feelings; one grows tender through reminiscence; one is ashamed to find oneself crying, and yet one cries all the more. These tears are of pity, regret, and remorse; love has nothing to do with them; it means nothing to me anymore; but I cry for the evils that it caused; I cry for the fate of a worthy man who was deprived of peace—and perhaps of life—by recklessly kindled passions. Alas! doubtless he perished on that long and perilous journey that despair forced him to undertake. If he were alive, even from the ends of the earth, he would have sent us news of himself; nearly four years have passed since his departure. It is said that the fleet he was on suffered countless disasters, that three-quarters of its crew perished, that several ships were destroyed, and that nothing is known of what happened to the rest. He is gone, he is gone; a secret premonition tells me this. That unfortunate man did not escape his fate any more than so many others. The sea, diseases, and a sorrow even more cruel must have shortened his days. Thus does everything that shines for a moment on earth come to an end. What troubled my conscience was the thought of having contributed to the death of an honest man. Ah! my dear, what a wonderful soul he had!. How he knew how to love!. He deserved to live. Before the supreme judge, he would have presented a weak but pure and virtuous soul. In vain I try to drive these sad thoughts away; they return to me at every moment, against my will. To banish them—or to come to terms with them—my friend needs your care; and since I cannot forget this unfortunate man, I would rather talk about him with you than dwell on these thoughts alone.

Look, how many reasons there are that increase my constant need to have you by my side! If you are wiser and happier now, and yet these same reasons still exist for you, does your heart feel less of this need? If it is truly true that you do not wish to remarry, since you find so little satisfaction in your family, then what home could be more suitable for you than this one? For me, I suffer at the thought of you being in your own family, because, despite your attempts to hide it, I know how you live there, and I am not deceived by the carefree demeanor you put on when we are together at Clarens. You have indeed reproached me for certain faults in my life; but I have one very serious fault to reproach you with in return: your sorrow is always solitary and hidden. You hide it as if you were ashamed to cry in front of your friend. Claire, I do not like that. I am not unfair like you; I do not blame your regrets; I do not want you, after two years, ten years, or even throughout your entire life, to stop honoring the memory of such a tender husband. But I blame you for, after having spent the best days of your life weeping with Julie, now taking away from her the comfort of weeping together with you, and using more worthy tears to wash away the shame of those tears she shed in your arms. If you are annoyed by your own sorrow, ah! then you do not know what true affliction is. If you even find some sort of pleasure in it, why don’t you want me to share it with you? Don’t you realize that the connection between hearts gives sadness a sweetness and tenderness that joy alone cannot bring? And hasn’t friendship been given especially to those who are unfortunate, in order to alleviate their suffering and comfort their pain?

Here, my dear, are some considerations you should take into account. Moreover, when I offer you to come and live with me, I am speaking not only in my own name but also in that of my husband. He has been repeatedly surprised, even almost scandalized, by the fact that two friends like us do not live together; he assures me that he has told you this himself, and he is not a man to speak without consideration. I do not know what decision you will make regarding my suggestions; I hope it will be the one I desire. In any case, my own decision is made, and I will not change it. I have not forgotten the time when you wanted to follow me to England. My incomparable friend, now it is my turn. You know how much I dislike the city and how much I love the countryside, rural work, and the home in Clarens that three years of living there have made dear to my heart. You are also aware of the difficulties involved in moving with an entire family, and how it would be unfair to ask my father to relocate so frequently out of mere convenience. Well! if you do not wish to leave your own household and come to manage mine, then I am determined to buy a house in Lausanne, and we will all live there together with you. Make up your mind; everyone is in favor of this plan—my heart, my duty, my happiness, my preserved honor, my restored reason, my situation, my husband, my children, and I myself owe you everything. Everything good that I have comes from you; nothing exists that does not remind me of you, and without you, I am nothing. Come, therefore, my beloved, my guardian angel—come and preserve the work you have begun, come and enjoy the benefits you have bestowed upon me. Let us form but one family, just as we share but one soul to cherish; you will oversee the education of my sons, and I will take care of your daughter’s upbringing. We will divide the duties of a mother and double the joys thereof. Together, we will raise our hearts toward the One who purified mine through your care; and having nothing more to desire in this world, we shall wait in peace for the next life, in the embrace of innocence and friendship.

Letter II – Reply from Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

Oh my God! Cousin, how much pleasure your letter brought me! Such a charming preacher, truly charming, yet still a preacher, delivering his words with great eloquence. Little news about other matters; the Athenian architect, that wonderful orator, you know whom I mean, in your old Plutarch, magnificent descriptions, a splendid temple indeed!. When he has finished speaking, another man arrives; calm, simple in appearance, serious and composed, just like your cousin Claire, actually. With a deep, slow voice, even somewhat nasal, he says: “What he said, I will do.” He falls silent, and his hands begin to beat. Adios to the man who loved long speeches. My child, we are those two architects; the temple in question is the temple of friendship.

Let’s summarize the wonderful things you told me. First, that we love each other; then, that I am necessary to you; and likewise, that you are necessary to me; and finally, that since we are free to spend our days together, we should do just that. And you figured all of this out on your own! Honestly, you’re an incredibly eloquent person! Oh, I really want to tell you what I was doing while you were pondering this sublime letter. After that, you can decide for yourself which is better—what you said or what I did.

No sooner had I lost my husband than you filled the void he left in my heart. During his lifetime, he shared his affections with you; once he was gone, I belonged solely to you. And, as you observed regarding the harmony between maternal tenderness and friendship, even our daughter became for us merely another bond that united us. Not only did I resolve to spend the rest of my life with you, but I also conceived an even broader plan. In order for our two families to become one, I decided—assuming all appropriate circumstances were met—that one day I would unite my daughter with your eldest son. And that name, “husband,” which at first had been used in jest, seemed to me to be a fortunate omen for when we would truly give it its full meaning.

Mia dolce amica, dobbiamo concludere; ciò che resta è abbastanza importante da costarmi molta fatica nel dirlo. Non hai bisogno di me solo quando sono con i miei figli o con mio marito, ma soprattutto quando sono sola con la tua povera Julie. E la solitudine mi è pericolosa proprio perché è dolce, e spesso la cerco senza nemmeno pensarci. Non è che il mio cuore soffra ancora per le sue vecchie ferite; no, è guarito, ne sono sicura. Oso credere di essere virtuosa. Non è il presente ciò che temo, ma il passato che mi tormenta. Ci sono ricordi altrettanto terribili quanto i sentimenti attuali: ci si commuove ripensandoci; ci si vergogna di scoprire di piangere, eppure si piange ancora di più. Queste lacrime sono di pietà, rimorso, pentimento. L’amore non c’entra più nulla. Non mi importa più nulla di lui. Ma piango i mali che ha causato. Piango il destino di un uomo stimabile che degli amoreggiamenti inappropriati hanno privato del riposo. E forse anche della vita. Ahimè! Probabilmente è morto in quel lungo e pericoloso viaggio che il disperazione lo ha costretto ad intraprendere. Se fosse ancora vivo, da qualche parte del mondo, ci avrebbe dato notizie. Sono passati quasi quattro anni dal suo addio. Si dice che la flotta su cui si trovava abbia subito mille disastri; che abbia perso tre quarti dell’equipaggio; che diversi vascelli siano affondati. Non si sa cosa ne sia stato degli altri. Non c’è più. Non c’è più. Una segreta intuizione me lo annuncia. Quell’infortunato non è stato risparmiato più di tanti altri. Il mare, le malattie, la tristezza ancora più crudele hanno abbreviato i suoi giorni. Così si spegne tutto ciò che per un momento brilla sulla terra. Mi mancava solo il rimorso di essere responsabile della morte di un uomo onesto. Ah! Mia cara, quale anima meravigliosa era la sua. Come sapeva amare. Meritava davvero di vivere. Davanti al giudice supremo avrebbe presentato un’anima debole, ma pura e devota alla virtù. Inutile che cerchi di scacciare questi tristi pensieri. Ogni momento ritornano contro la mia volontà. Per scacciarli o per controllarli, la tua amica ha bisogno della tua cura. E poiché non riesco a dimenticare quell’infortunato, preferisco parlarne con te piuttosto che pensarci da sola.

Guarda, quante ragioni aumentano il bisogno costante che ho di averti sempre con me! Sei più saggia e più felice. Ma se anche tu provi le stesse sensazioni, il tuo cuore sente forse meno intensamente lo stesso desiderio? Se è davvero vero che non vuoi risposarti, visto quanto poco sei soddisfatta della tua famiglia, quale altro luogo potrebbe esserti più adatto di questo? Per me, soffro al pensiero che tu sia nella tua casa. Perché, nonostante le tue finzioni, conosco il modo in cui vivi lì. E non sono ingannata dall’atteggiamento spensierato che mostri davanti a noi a Clarens. Mi hai certo rimproverato per alcuni difetti nella mia vita. Ma anch’io ho un grande difetto da rimproverarti: il tuo dolore è sempre concentrato e solitario. Ti nascondi per soffrire, come se ti vergognassi di piangere davanti alla tua amica. Claire, non mi piace questo. Non sono ingiusta come te. Non biasimo i tuoi rimpianti. Non voglio che, dopo due anni, dieci anni, o per tutta la vita, smetta mai di onorare la memoria di un marito così tenero. Ma ti rimprovero: dopo aver trascorso i tuoi giorni più belli a piangere con Julie, perché le rubi ora il dolore di piangere insieme a te. E perché con lacrime più degne lavi via l’umiliazione di quelle che lei ha versato nel tuo cuore. Se ti dispiace soffrire, ah! allora non conosci la vera afflizione. Se ne trai persino un certo piacere, perché non vuoi che io lo condivida? Non capisci forse che il legame tra i cuori conferisce alla tristezza qualcosa di dolce e commovente, che la felicità invece non ha? E l’amicizia non è stata forse data apposta ai malheureux, per alleviare i loro dolori e consolare le loro sofferenze?

Ecco, mia cara, delle considerazioni che dovresti prendere in considerazione; inoltre, offrendoti di venire a vivere con me, parlo non solo a nome mio, ma anche a nome di mio marito. Lui si è più volte mostrato sorpreso, quasi scandalizzato dal fatto che due amiche come noi non vivessero insieme; mi ha assicurato di averglielo detto personalmente, e lui non è certo il tipo da parlare senza riflettere. Non so quale decisione prenderai riguardo alle mie raccomandazioni, ma ho motivo di sperare che sia quella che desidero io. Comunque sia, la mia decisione è già presa e non la cambierò. Non ho dimenticato il momento in cui volevi seguirmi in Inghilterra. Amica incomparabile, ora è il mio turno. Conosci bene la mia avversione per la città, il mio amore per la campagna, per i lavori rustici, nonché l’affetto che tre anni di vita coniugale mi hanno fatto sviluppare per la mia casa a Clarens. Non ignori nemmeno quanto sia complicato trasferirsi insieme a tutta una famiglia, e quanto sarebbe ingiusto approfittare della gentilezza di mio padre costringendolo a spostarsi così spesso. Ebbene! se non vuoi lasciare la tua famiglia per venire a gestire la mia, sono decisa ad affittare una casa a Losanna, dove andremo tutti a vivere insieme a te. Decidi tu; tutti lo desiderano. Il mio cuore, il mio dovere, la mia felicità, il mio onore salvaguardato, la mia ragione ripresa, la mia situazione attuale, mio marito, i miei figli, io stessa, ti devo tutto. Tutto ciò che ho di buono proviene da te; non vedo nulla in questo mondo che non mi ricordi di te. Senza di te, non sono nulla. Vieni dunque, mia amata, mio angelo custode, vieni a preservare il frutto del tuo amore, a godere dei tuoi benefici. Abbiamo bisogno solo di una famiglia, proprio come abbiamo un’unica anima da amare insieme. Tu veglierai sull’educazione dei miei figli, io veglierò su quella di tua figlia. Condivideremo i doveri di madre e ne raddoppieremo i piaceri. Eleveremo insieme i nostri cuori verso Colui che ha purificato il mio con la tua cura. E, non avendo più nulla da desiderare in questo mondo, aspetteremo in pace la vita futura, nel seno dell’innocenza e dell’amore.

Lettera II – Risposta di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Mio Dio! Cugina, che piacere mi ha fatto la tua lettera. Che incantevole predicatrice, davvero incantevole, ma pur sempre una predicatrice, che esprime i suoi pensieri in modo affascinante. Pochissime notizie sulle sue opere. L’architetto ateniese, quel bell’oratore, lo conosci bene, nel tuo vecchio Plutarco. Descrizioni grandiose, un tempio meraviglioso! Quando lui ha finito di parlare, arriva un altro uomo: semplice nell’aspetto, serio e composto, proprio come tua cugina Claire. Con voce profonda, lenta, quasi nasale, dice: “Quello che ha detto lui, lo farò io.” Poi tace, e le mani iniziano a battere. Addio all’uomo delle frasi lunghe. Mio bambino, noi siamo quegli due architetti; il tempio di cui stiamo parlando è quello dell’amicizia.

Riassumiamo un po’ le belle cose che mi hai detto. Prima di tutto, che ci amavamo; poi, che io ero necessario per te; e poi, che anche tu lo eri per me; infine, che essendo liberi di trascorrere i nostri giorni insieme, era giusto farlo davvero. E tu hai scoperto tutto questo da sola! Senza mentire, sei davvero una persona molto eloquente! Oh, bene, ora ti racconterò a cosa mi dedicavo io nel frattempo che tu riflettevi su questa lettera così sublime. Dopo aver ascoltato, potrai giudicare da sola quale delle due cose sia migliore: ciò che hai detto tu o ciò che ho fatto io.

Appena ebbi perso mio marito, tu riempisti il vuoto che egli aveva lasciato nel mio cuore. Durante la sua vita, condivideva i suoi affetti con te; non appena lui non ci fu più, io fui tutta tua; e, secondo quanto hai osservato riguardo all’armonia tra tenerezza materna e amicizia, anche mia figlia divenne per noi soltanto un legame in più. Non solo decisi allora di trascorrere il resto della mia vita con te, ma concepii anche un progetto più ambizioso: affinché le nostre due famiglie diventassero una sola, mi proposi, presupponendo tutti i rapporti appropriati, di unire un giorno mia figlia a tuo figlio maggiore; e quel nome di “marito”, inizialmente usato scherzosamente, mi parve un ottimo presagio per quando un giorno lo avrei dato davvero a lui.

Dans ce dessein, je cherchai d’abord à lever les embarras d’une succession embrouillée ; et, me trouvant assez de bien pour sacrifier quelque chose à la liquidation du reste, je ne songeai qu’à mettre le partage de ma fille en effets assurés et à l’abri de tout procès. Tu sais que j’ai des fantaisies sur bien des choses, ma folie dans celle-ci était de te surprendre. Je m’étais mise en tête d’entrer un beau matin dans ta chambre, tenant d’une main mon enfant, de l’autre un portefeuille, et de te présenter l’un et l’autre avec un beau compliment pour déposer en tes mains la mère, la fille, et leur bien, c’est-à-dire la dot de celle-ci. « Gouverne-la, voulais-je te dire, comme il convient aux intérêts de ton fils ; car c’est désormais son affaire et la tienne ; pour moi, je ne m’en mêle plus. »

Remplie de cette charmante idée, il fallut m’en ouvrir à quelqu’un qui m’aidât à l’exécuter. Or, devine qui j’ai choisi pour cette confidence. Un certain M. de Wolmar : ne le connaîtrais-tu point ? — Mon mari, cousine ? — Oui, ton mari, cousine. Ce même homme, à qui tu as tant de peine à cacher un secret qu’il lui importe de ne pas savoir, est celui qui t’en a su faire un qu’il t’eût été si doux d’apprendre. C’était là le vrai sujet de tous ces entretiens mystérieux dont tu nous faisais si comiquement la guerre. Tu vois comme ils sont dissimulés, ces maris. N’est-il pas bien plaisant que ce soient eux qui nous accusent de dissimulation ? J’exigeais du tien davantage encore. Je voyais fort bien que tu méditais le même projet que moi, mais plus en dedans, et comme celle qui n’exhale ses sentiments qu’à mesure qu’on s’y livre. Cherchant donc à te ménager une surprise plus agréable, je volais que, quand tu lui proposerais notre réunion, il ne parût pas fort approuver cet empressement, et se montrât un peu froid à consentir. Il me fit là-dessus une réponse que j’ai retenue et que tu dois bien retenir ; car je doute que depuis qu’il y a des maris au monde, aucun d’eux en ait fait une pareille. La voici : « Petite cousine, je connais Julie… je la connais bien… mieux qu’elle ne croit, peut-être. Son coeur est trop honnête pour qu’on doive résister à rien de ce qu’elle désire, et trop sensible pour qu’on le puisse sans l’affliger. Depuis cinq ans que nous sommes unis, je ne crois pas qu’elle ait reçu de moi le moindre chagrin ; j’espère mourir sans lui en avoir jamais fait aucun. » Cousine, songes-y bien : voilà quel est le mari dont tu médites sans cesse de troubler indiscrètement le repos.

Pour moi, j’eus moins de délicatesse, ou plus de confiance en ta douceur ; et j’éloignai si naturellement les discours auxquels ton coeur te ramenait souvent, que, ne pouvant taxer le mien de s’attiédir pour toi, tu t’allas mettre dans la tête que j’attendais de secondes noces, et que je t’aimais mieux que toute autre chose, hormis un mari. Car, vois-tu, ma pauvre enfant, tu n’as pas un secret mouvement qui m’échappe. Je te devine, je te pénètre, je perce jusqu’au plus profond de ton âme ; et c’est pour cela que je t’ai toujours adorée. Ce soupçon, qui te faisait si heureusement prendre le change, m’a paru excellent à nourrir. Je me suis mise à faire la veuve coquette assez bien pour t’y tromper toi-même : c’est un rôle pour lequel le talent me manque moins que l’inclination. J’ai adroitement employé cet air agaçant que je ne sais pas mal prendre, et avec lequel je me suis quelquefois amusée à persifler plus d’un jeune fat. Tu en as été tout à fait la dupe, et m’as crue prête à chercher un successeur à l’homme du monde auquel il était le moins aisé d’en trouver. Mais je suis trop franche pour pouvoir me contrefaire longtemps, et tu t’es bientôt rassurée. Cependant je veux te rassurer encore mieux en t’expliquant mes vrais sentiments sur ce point.

Je te l’ai dit cent fois étant fille, je n’étais point faite pour être femme. S’il eût dépendu de moi, je ne me serais point mariée ; mais dans notre sexe on n’achète la liberté que par l’esclavage, et il faut commencer par être servante pour devenir sa maîtresse un jour. Quoique mon père ne me gênât pas, j’avais des chagrins dans ma famille. Pour m’en délivrer, j’épousai donc M. d’Orbe. Il était si honnête homme et m’aimait si tendrement, que je l’aimai sincèrement à mon tour. L’expérience me donna du mariage une idée plus avantageuse que celle que j’en avais conçue, et détruisit les impressions que m’en avait laissées la Chaillot. M. d’Orbe me rendit heureuse et ne s’en repentit pas. Avec un autre j’aurais toujours rempli mes devoirs, mais je l’aurais désolé ; et je sens qu’il fallait un aussi bon mari pour faire de moi une bonne femme. Imaginerais-tu que c’est de cela même que j’avais à me plaindre ? Mon enfant, nous nous aimions trop, nous n’étions point gais. Une amitié plus légère eût été plus folâtre ; je l’aurais préférée, et je crois que j’aurais mieux aimé vivre moins contente et pouvoir rire plus souvent.

À cela se joignirent les sujets particuliers d’inquiétude que me donnait ta situation. Je n’ai pas besoin de te rappeler les dangers que t’a fait courir une passion mal réglée. Je les vis en frémissant. Si tu n’avais risqué que ta vie, peut-être un reste de gaieté ne m’eût-il pas tout à fait abandonnée ; mais la tristesse et l’effroi pénétrèrent mon âme ; et, jusqu’à ce que je t’aie vu mariée, je n’ai pas eu moment de pure joie. Tu connus ma douleur, tu la sentis. Elle a beaucoup fait sur ton bon coeur ; et je ne cesserai de bénir ces heureuses larmes qui sont peut-être la cause de ton retour au bien.

Voilà comment s’est passé tout le temps que j’ai vécu avec mon mari. Juge si, depuis que Dieu me l’a ôté, je pourrais espérer d’en retrouver un autre qui fût autant selon mon coeur, et si je suis tentée de le chercher. Non, cousine, le mariage est un état trop grave ; sa dignité ne va point avec mon humeur ; elle m’attriste et me sied mal, sans compter que toute gêne m’est insupportable. Pense, toi qui me connais, ce que peut être à mes yeux un lien dans lequel je n’ai pas ri durant sept ans sept petites fois à mon aise. Je ne veux pas faire comme toi la matrone à vingt-huit ans. Je me trouve une petite veuve assez piquante, assez mariable encore ; et je crois que, si j’étais homme, je m’accommoderais assez de moi. Mais me remarier, cousine ! Écoute : je pleure bien sincèrement mon pauvre mari ; j’aurais donné la moitié de ma vie pour passer l’autre avec lui ; et pourtant, s’il pouvait revenir, je ne le reprendrais, je crois, lui-même, que parce que je l’avais déjà pris.

Je viens de t’exposer mes véritables intentions. Si je n’ai pu les exécuter encore malgré les soins de M. de Wolmar, c’est que les difficultés semblent croître avec mon zèle à les surmonter. Mais mon zèle sera le plus fort, et avant que l’été se passe j’espère me réunir à toi pour le reste de nos jours.

Il reste à me justifier du reproche de te cacher mes peines et d’aimer à pleurer loin de toi : je ne le nie pas, c’est à quoi j’emploie ici le meilleur temps que j’y passe. Je n’entre jamais dans ma maison sans y retrouver des vestiges de celui qui me la rendait chère. Je n’y fais pas un pas, je n’y fixe pas un objet, sans apercevoir quelque signe de sa tendresse et de la bonté de son coeur ; voudrais-tu que le mien n’en fût pas ému ? Quand je suis ici, je ne sens que la perte que j’ai faite ; quand je suis près de toi, je ne vois que ce qui m’est resté. Peux-tu me faire un crime de ton pouvoir sur mon humeur ? Si je pleure en ton absence et si je ris près de toi, d’où vient cette différence ? Petite ingrate ! c’est que tu me consoles de tout, et que je ne sais plus m’affliger de rien quand je te possède.

In this plan, I first sought to remove the obstacles posed by a complicated succession; and since I considered myself wealthy enough to make some sacrifices in order to settle the rest of the matters, my only concern was to ensure that my daughter’s inheritance would be secured and protected from any legal disputes. You know that I have whims regarding many things, but my madness in this matter was to surprise you. I had decided to enter your room one fine morning, holding my child in one hand and a wallet in the other, and present both to you with some lovely words, so as to place in your hands the mother, the daughter, and their inheritance—that is, her dowry. “Manage it,” I wanted to say, “in a way that serves the interests of your son; for it is now his affair as well as yours. As for me, I will no longer have anything to do with it.”

Filled with this charming idea, I needed to find someone who could help me put it into action. But guess whom I chose for this confidance. A certain Mr. de Wolmar—don’t you know him? “My husband, cousin?” “Yes, your husband, cousin.” The very same man who you have such difficulty hiding secrets from, because he insists on not knowing them, is the one who could have revealed to you a secret that would have been so delightful for you to learn. That was the real purpose of all those mysterious conversations you kept fighting us about in such a comical way. You see how well these husbands hide their feelings. Isn’t it amusing that it’s they who accuse us of being secretive? I demanded even more from yours. I could see very clearly that you were plotting the same scheme as me, but in a more reserved manner—like someone who reveals her feelings only when others open themselves up to her. In order to surprise you even more pleasantly, I made sure that when you proposed our meeting to him, he wouldn’t seem too enthusiastic about it and would appear somewhat reluctant to agree. He gave me a reply that I have remembered—and you should remember it too; because I doubt that any husband in the world has ever given one like it before. Here it is: “Little cousin, I know Julie. I know her well, perhaps better than she thinks. Her heart is too honest for anyone to resist what she desires, and too sensitive for anyone to do so without hurting her. In the five years we have been together, I don’t think she has ever suffered any pain at my hands; I hope to die without having ever caused her any sorrow.” Cousin, think about it carefully. This is the husband whose peace you are constantly plotting to disturb in such an indiscreet way.

For me, I lacked the delicacy—or rather, I had more confidence in your gentleness. I naturally avoided those conversations that your heart often led you to engage in, and since I could not accuse my own feelings of growing tender towards you, you began to think that I was expecting a second marriage and that I loved you more than anything else—except for a husband. You see, my poor child, there isn’t a single secret thought of yours that escapes me. I understand you, I penetrate your heart, I reach right to the deepest depths of your soul; and it is for this reason that I have always adored you. That suspicion, which so happily led you to believe something else, seemed to me an excellent thing to foster. I played the role of the coquettish widow quite skillfully, enough to deceive you even yourself—a role for which talent is less necessary than inclination. I made clever use of that irritating demeanor of mine, which I know how to wield effectively, and with it, I sometimes took pleasure in teasing more than one foolish young man. You were completely deceived by it, and believed me ready to seek a successor to the man in this world—whom it would be the least difficult to find. But I am too honest to be able to pretend for long; soon you were reassured. However, I want to reassure you even further by explaining my true feelings on this matter.

I told you a hundred times when I was a girl—I was not meant to be a woman. If it had been up to me, I would never have married; but in our sex, one can only buy freedom through slavery. One must first be a servant before one can become a master someday. Although my father did not hinder me, I suffered many troubles within my family. To escape them, I married Mr. d’Orbe. He was such an honest man and loved me so tenderly that I in turn loved him sincerely. Experience gave me a more favorable view of marriage than the one I had initially held, and it destroyed the negative impressions Madame Chaillot had left on me. Mr. d’Orbe made me happy, and he never regretted it. With another man, I might have fulfilled my duties, but I would have caused him sorrow; and I feel that only such a good husband could make me a good wife. Could you imagine that this is what I had to complain about? My child, we loved each other too much—we were not happy. A lighter kind of friendship might have been more carefree; I would have preferred it, and I believe I would have enjoyed a less contented life but with more laughter.

To this were added the particular concerns that your situation caused me. I need not remind you of the dangers that an uncontrolled passion posed to you; I saw them with horror. If you had risked only your life, perhaps a trace of joy might still have remained in my heart; but sorrow and fear penetrated my soul. And until I saw you married, I never experienced a moment of pure happiness. You knew my pain; you felt it. It had a profound effect on your kind heart, and I will forever bless those fortunate tears that may well have been the cause of your return to goodness.

This is how everything happened during the entire time I lived with my husband. Judge for yourself whether, since God has taken him away from me, I could possibly hope to find another who would be so suited to my heart, and whether I am tempted to look for one. No, cousin, marriage is a too serious matter; its dignity does not suit my temperament at all; it brings me sorrow and makes me feel uncomfortable, not to mention that any sort of embarrassment is utterly unbearable for me. Think, you who know me well, what kind of bond it would be for me to have one in which I have not laughed once, in seven years. I do not want to end up being a housewife at the age of twenty-eight like you. I consider myself a rather charming young widow, still quite suitable for marriage; and I believe that if I were a man, I would be fairly content with myself. But to remarry, cousin! Listen: I truly mourn my poor husband; I would have given half of my life just to spend the rest of it with him; yet even if he could return, I don’t think I would take him back, unless I had already taken him once before.

I have just revealed to you my true intentions. If I have not been able to carry them out yet, despite the efforts of Mr. de Wolmar, it is because the difficulties seem to increase with my determination to overcome them. But my resolve will be unyielding, and I hope to reunite with you before the end of summer for the rest of our days together.

It remains for me to justify the accusation that I hide my sorrows from you and prefer to cry far away from you: I do not deny it; indeed, I spend all my time doing just that. Whenever I enter my home, I find traces of the one who made it so dear to me. Every step I take there, every object I see, reminds me of some sign of his tenderness and kindness; would you really want my heart to remain untouched by such memories? When I am here, all I feel is the loss I have suffered; when I am near you, all I see is what remains to me. Can you really blame me for the influence you have on my mood? If I cry in your absence and laugh in your presence, where does this difference come from? Little ungrateful one! It is because you console me for everything; when I have you, I no longer know how to grieve over anything at all.

Nel perseguire questo scopo, cercai prima di tutto di eliminare gli ostacoli derivanti da una successione complicata; e, avendo abbastanza risorse per sacrificarne alcune al regolamento delle questioni rimanenti, pensai soltanto a rendere effettivo il patrimonio della mia figlia e a proteggerlo da qualsiasi processo legale. Sai che ho delle strane fantasie su molte cose. La mia follia in questo caso consisteva nel volerti sorprendere. Mi ero messa in testa di entrare una bella mattina nella tua stanza, tenendo in una mano mio figlio e nell’altra un portafoglio, per presentarti entrambi con un bel complimento e affidarti così la madre, la figlia, e il loro patrimonio, cioè la dote di mia figlia. “Gestiscila”, volevo dirti, “come conviene agli interessi di tuo figlio; perché ora è affar suo e anche tuo. Per quanto mi riguarda, non mi intrometterò più.”

Ricca di questa deliziosa idea, sentii il bisogno di condividerla con qualcuno che mi aiutasse a realizzarla. E indovina chi scelsi per confidarmela. Un certo signor de Wolmar: non lo conosci? — Mio marito, cugina? — Sì, tuo marito, cugina. Quell’uomo stesso, a cui ti è così difficile nascondere un segreto che lui preferirebbe non saperlo, è proprio lui che ha fatto di quel segreto qualcosa che avrebbe potuto rivelarti con grande gioia. Ecco il vero motivo di tutti quei colloqui misteriosi di cui ci facevi la guerra in modo così comico. Vedi come sono astuti questi mariti. Non è divertente che siano proprio loro a accusarci di nascondere le cose? Io chiedevo di più al tuo. Capivo benissimo che stavi meditando lo stesso progetto che io, ma in modo più segreto, come chi esprime i propri sentimenti solo quando si sente completamente a suo agio. Così, per farti una sorpresa ancora più piacevole, volevo che, quando gli avresti proposto il nostro incontro, non sembrasse troppo favorevole all’idea e mostrasse un po’ di riluttanza ad acconsentire. Mi rispose in modo tale che devo assolutamente condividerlo con te. Perché dubito che, da quando esistono i mariti al mondo, nessuno di loro abbia mai detto qualcosa del genere. Ecco cosa disse: “Piccola cugina, conosco Julie, la conosco bene, forse meglio di quanto lei creda. Il suo cuore è troppo onesto perché si possa resistere a ciò che desidera, e troppo sensibile perché si possa farlo senza ferirla. Da cinque anni che siamo insieme, non credo che mi abbia mai causato alcun dolore. Spero di morire senza averle mai fatto del male.” Cugina, riflettici bene. Ecco quale è il marito di cui continui a pensare di disturbare il riposo in modo così indiscreto.

Per quanto mi riguarda, ho avuto meno delicatezza, o più fiducia nella tua dolcezza; e ho allontanato così naturalmente quei discorsi che spesso il tuo cuore ti portava a fare, che, non potendo attribuire al mio comportamento alcun segno di affetto per te, hai iniziato a pensare che aspettassi un secondo matrimonio, e che ti amassi più di qualsiasi altra cosa, tranne che del tuo marito. Perché, vedi, mia povera bambina, non esiste alcun segreto movimento nel tuo cuore che mi sfugga: ti comprendo, ti penetro, percepisco fino alle profondità della tua anima. Ed è proprio per questo che ti ho sempre adorata. Quel sospetto che ti faceva credere ciò che volevo farti credere mi è sembrato un ottimo mezzo per ingannarti. Ho recitato abbastanza bene il ruolo della vedova affascinante, per riuscire a ingannare anche te stessa: in questo ruolo, il talento non mi manca certo. Ho utilizzato con abilità quell’atteggiamento irritante che so assumere molto bene, e con cui a volte mi sono divertita a prendere in giro più di un giovane presuntuoso. Tu sei stata completamente ingannata, e hai creduto che fossi pronta a cercare un successore all’uomo del mondo con cui eri sposata. Ma sono troppo sincera per poter continuare a fingere a lungo. E presto ti sarai tranquillizzata. Tuttavia, voglio rassicurarti ancora di più, spiegandoti i miei veri sentimenti su questo punto.

Te l’ho detto cento volte: da ragazza, non ero fatta per essere donna. Se fosse dipeso da me, non mi sarei mai sposata; ma nel nostro sesso, la libertà si acquista soltanto attraverso la schiavitù. Bisogna prima essere “serve” per poter un giorno diventare “padrone”. Anche se mio padre non mi ostacolava, nella mia famiglia c’erano molte preoccupazioni. Per liberarmene, sposai quindi il signor d’Orbe. Era un uomo così onesto e mi amava con tale tenerezza che anch’io lo amavo sinceramente. L’esperienza mi diede una visione più positiva del matrimonio rispetto a quella che ne avevo prima. E distrusse le impressioni negative lasciate su di me da quella donna, la Chaillot. Il signor d’Orbe mi rese felice. E non se ne pentì mai. Con un altro marito, avrei comunque adempiuto ai miei doveri. Ma lo avrei reso infelice. So che per diventare una buona donna, ci vuole davvero un marito così buono. Immagineresti mai che fosse proprio di questo che dovevo lamentarmi? Mio caro, ci amavamo troppo. Non eravamo felici. Un’amicizia più leggera sarebbe stata forse più divertente. L’avrei preferita. E credo che avrei preferito vivere meno felice, ma poter ridere più spesso.

A ciò si aggiungevano le preoccupazioni particolari che la tua situazione mi causava. Non ho bisogno di ricordarti i pericoli a cui ti ha esposto una passione mal regolata; li vedevo con orrore. Se avessi rischiato soltanto la tua vita, forse un resto di gioia non mi avrebbe completamente abbandonata; ma la tristezza e il terrore penetrarono nel mio animo. E fino a quando non ti ho vista sposata, non ho conosciuto un momento di vera felicità. Hai conosciuto la mia sofferenza, l’hai sentita. Ha avuto un grande effetto sul tuo buon cuore. E non smetterò mai di ringraziare quelle lacrime fortunate che forse sono state la causa del tuo ritorno al bene.

Ecco come sono trascorsi tutti i momenti che ho vissuto con mio marito. Giudica tu se, da quando Dio me lo ha tolto, possa sperare di trovarne un altro che sia davvero adatto al mio cuore, e se non sia tentata di cercarlo. No, cugina: il matrimonio è uno stato troppo serio; la sua dignità non si addice al mio carattere; mi rattrista e non mi si addice affatto. Per non parlare del fatto che qualsiasi imbarazzo per me è insopportabile. Pensa, tu che mi conosci, cosa possa significare per me un legame nel quale non ho mai riso nemmeno una volta in sette anni. Non voglio diventare una casalinga a ventotto anni. Mi considero ancora una giovane vedova, abbastanza attraente e ancora adatta al matrimonio. E credo che, se fossi un uomo, mi accontenterei abbastanza di me stessa. Ma risposarmi? Ascolta: piango sinceramente per mio povero marito; avrei dato metà della mia vita pur di trascorrerne l’altra con lui. Eppure, se potesse tornare, credo che non lo riprenderei nemmeno io stessa, se non perché l’avevo già preso una volta.

Ti ho appena esposto le mie vere intenzioni. Se non sono ancora riuscito a realizzarle nonostante gli sforzi di Monsieur de Wolmar, è perché le difficoltà sembrano aumentare man mano che cresce il mio impegno nel superarle. Ma il mio impegno sarà ancora maggiore, e spero di poter riunirmi a te prima della fine dell’estate per trascorrere insieme il resto dei nostri giorni.

Mi resta ancora da giustificarmi riguardo alla critica che mi viene mossa per nasconderti le mie sofferenze e per amare piangere lontano da te: non lo nego, è ciò a cui dedico il maggior tempo quando sono con te. Non entro mai nella mia casa senza ritrovarvi i segni di colui che la rendeva così cara per me; non faccio un passo, non guardo un oggetto senza scorgervi qualche traccia della sua tenerezza e della bontà del suo cuore. Vorresti forse che il mio cuore rimanesse indifferente? Quando sono qui, sento soltanto la perdita che ho subito; quando sono vicino a te, vedo solo ciò che mi è rimasto. Puoi davvero considerare un crimine il fatto che tu influisca sul mio umore? Se piango in tua assenza e rido quando sono con te, da dove deriva questa differenza? Piccola ingrata. È perché tu mi consoli di tutto, e perché non so più come soffrire quando ti ho accanto.

Tu as dit bien des choses en faveur de notre ancienne amitié ; mais je ne te pardonne pas d’oublier celle qui me fait le plus d’honneur ; c’est de te chérir quoique tu m’éclipses. Ma Julie, tu es faite pour régner. Ton empire est le plus absolu que je connaisse : il s’étend jusque sur les volontés, et je l’éprouve plus que personne. Comment cela se fait-il, cousine ? Nous aimons toutes deux la vertu ; l’honnêteté nous est également chère ; nos talents sont les mêmes ; j’ai presque autant d’esprit que toi, et ne suis guère moins jolie. Je sais fort bien tout cela ; et malgré tout cela tu m’en imposes, tu me subjugues, tu m’atterres, ton génie écrase le mien, et je ne suis rien devant toi. Lors même que tu vivais dans des liaisons que tu te reprochais, et que, n’ayant point imité ta faute, j’aurais dû prendre l’ascendant à mon tour, il ne te demeurait pas moins. Ta faiblesse, que je blâmais, me semblait presque une vertu ; je ne pouvais m’empêcher d’admirer en toi ce que j’aurais repris dans une autre. Enfin, dans ce temps-là même, je ne t’abordais point sans un certain mouvement de respect involontaire ; et il est sûr que toute ta douceur, toute la familiarité de ton commerce était nécessaire pour me rendre ton amie : naturellement je devais être ta servante. Explique, si tu peux, cette énigme ; quant à moi, je n’y entends rien.

Mais si fait pourtant, je l’entends un peu, et je crois même l’avoir autrefois expliquée ; c’est que ton coeur vivifie tous ceux qui l’environnent, et leur donne pour ainsi dire un nouvel être dont ils sont forcés de lui faire hommage, puisqu’ils ne l’auraient point eu sans lui. Je t’ai rendu d’importants services, j’en conviens : tu m’en fais souvenir si souvent, qu’il n’y a pas moyen de l’oublier. Je ne le nie point, sans moi tu étais perdue. Mais qu’ai-je fait que te rendre ce que j’avais reçu de toi ? Est-il possible de te voir longtemps, sans se sentir pénétrer l’âme des charmes de la vertu et des douceurs de l’amitié ? Ne sais-tu pas que tout ce qui t’approche est par toi-même armé pour ta défense, et que je n’ai par-dessus les autres que l’avantage des gardes de Sésostris, d’être de ton âge et de ton sexe, et d’avoir été élevée avec toi ? Quoi qu’il en soit, Claire se console de valoir moins que Julie, en ce que sans Julie elle vaudrait bien moins encore ; et puis, à te dire la vérité, je crois que nous avions grand besoin l’une de l’autre, et que chacune des deux y perdrait beaucoup si le sort nous eût séparées.

Ce qui me fâche le plus dans les affaires qui me retiennent encore ici, c’est le risque de ton secret toujours prêt à s’échapper de ta bouche. Considère, je t’en conjure, que ce qui te porte à le garder est une raison forte et solide, et que ce qui te porte à le révéler n’est qu’un sentiment aveugle. Nos soupçons même, que ce secret n’en est plus un pour celui qu’il intéresse, nous sont une raison de plus pour ne le lui déclarer qu’avec la plus grande circonspection. Peut-être la réserve de ton mari est-elle un exemple et une leçon pour nous ; car en de pareilles matières il y a souvent une grande différence entre ce qu’on feint d’ignorer et ce qu’on est forcé de savoir. Attends donc, je l’exige, que nous en délibérions encore une fois. Si tes pressentiments étaient fondés et que ton déplorable ami ne fût plus, le meilleur parti qui resterait à prendre serait de laisser son histoire et tes malheurs ensevelis avec lui. S’il vit, comme je l’espère, le cas peut devenir différent ; mais encore faut-il que ce cas se présente. En tout état de cause, crois-tu ne devoir aucun égard aux derniers conseils d’un infortuné dont tous les maux sont ton ouvrage ?

À l’égard des dangers de la solitude, je conçois et j’approuve tes alarmes, quoique je les sache très mal fondées. Tes fautes passées te rendent craintive ; j’en augure d’autant mieux du présent, et tu le serais bien moins s’il te restait plus de sujet de l’être. Mais je ne puis te passer ton effroi sur le sort de notre pauvre ami. À présent que tes affections ont changé d’espèce, crois qu’il ne m’est pas moins cher qu’à toi. Cependant j’ai des pressentiments tout contraires aux tiens, et mieux d’accord avec la raison. Milord Édouard a reçu deux fois de ses nouvelles, et m’a écrit à la seconde qu’il était dans la mer du Sud, ayant déjà passé les dangers dont tu parles. Tu sais cela aussi bien que moi, et tu t’affliges comme si tu n’en savais rien. Mais ce que tu ne sais pas et qu’il faut t’apprendre, c’est que le vaisseau sur lequel il est a été vu, il y a deux mois, à la hauteur des Canaries, faisant voile en Europe. Voilà ce qu’on écrit de Hollande à mon père et dont il n’a pas manqué de me faire part, selon sa coutume de m’instruire des affaires publiques beaucoup plus exactement que des siennes. Le coeur me dit à moi que nous ne serons pas longtemps sans recevoir des nouvelles de notre philosophe, et que tu en seras pour tes larmes, à moins qu’après l’avoir pleuré mort tu ne pleures de ce qu’il est en vie. Mais Dieu merci, tu n’en es plus là.

Deh ! fosse or qui quel miser pur un poco,

Ch’è già di piangere e di viver lasso ![129]

Voilà ce que j’avais à te répondre. Celle qui t’aime t’offre et partage la douce espérance d’une éternelle réunion. Tu vois que tu n’en as formé le projet ni seule ni la première, et que l’exécution en est plus avancée que tu ne pensais. Prends donc patience encore cet été, ma douce amie ; il vaut mieux tarder à se rejoindre que d’avoir encore à se séparer.

Eh bien ! belle madame, ai-je tenu parole, et mon triomphe est-il complet ? Allons, qu’on se jette à genoux, qu’on baise avec respect cette lettre, et qu’on reconnaisse humblement qu’au moins une fois en la vie Julie de Wolmar a été vaincue en amitié.[130]

Lettre III – De l’amant de Julie à Madame d’Orbe

Ma cousine, ma bienfaitrice, mon amie, j’arrive des extrémités de la terre, et j’en rapporte un coeur tout plein de vous. J’ai passé quatre fois la ligne ; j’ai parcouru les deux hémisphères ; j’ai vu les quatre parties du monde ; j’en ai mis le diamètre entre nous ; j’ai fait le tour entier du globe, et n’ai pu vous échapper un moment. On a beau fuir ce qui nous est cher, son image, plus vite que la mer et les vents, nous suit au bout de l’univers ; et partout où l’on se porte, avec soi l’on y porte ce qui nous fait vivre. J’ai beaucoup souffert ; j’ai vu souffrir davantage. Que d’infortunés j’ai vus mourir ! Hélas ! ils mettaient un si grand prix à la vie ! et moi je leur ai survécu !…

Peut-être étais-je en effet moins à plaindre ; les misères de mes compagnons m’étaient plus sensibles que les miennes ; je les voyais tout entiers à leurs peines ; ils devaient souffrir plus que moi. Je me disais : « Je suis mal ici, mais il est un coin sur la terre où je suis heureux et paisible », et je me dédommageais au bord du lac de Genève de ce que j’endurais sur l’Océan. J’ai le bonheur en arrivant de voir confirmer mes espérances ; milord Édouard m’apprend que vous jouissez toutes deux de la paix et de la santé et que, si vous en particulier avez perdu le doux titre d’épouse, il vous reste ceux d’amie et de mère, qui doivent suffire à votre bonheur.

Je suis trop pressé de vous envoyer cette lettre, pour vous faire à présent un détail de mon voyage ; j’ose espérer d’en avoir bientôt une occasion plus commode. Je me contente ici de vous en donner une légère idée, plus pour exciter que pour satisfaire votre curiosité. J’ai mis près de quatre ans au trajet immense dont je viens de vous parler, et suis revenu dans le même vaisseau sur lequel j’étais parti, le seul que le commandant ait ramené de son escadre.

You have said many things in favor of our old friendship; but I cannot forgive you for forgetting that which brings me the greatest honor—that is, loving you even though you outshine me. My Julie, you are born to rule. Your empire is the most absolute one I know: it extends even over people’s wills, and I feel its power more intensely than anyone else. How is this possible, cousin? We both love virtue; honesty is equally dear to us; our talents are similar; I have almost as much intelligence as you, and I am hardly less beautiful. I am well aware of all this; yet despite it all, you dominate me, subjugate me, overwhelm me—your genius crushes mine, and I mean nothing in comparison to you. Even when you were involved in relationships that you regretted, and since I did not imitate your mistake, I should have been the one to take the lead; yet you still remained superior. Your weakness, which I condemned, seemed to me almost a virtue; I could not help but admire in you what I would have despised in someone else. In fact, even at that time, I could never approach you without feeling a certain involuntary respect. And it is certainly true that all your kindness and the familiarity of your manner were necessary for me to become your friend—naturally, I had to be your subordinate. Explain this enigma, if you can; as for me, I simply do not understand it.

But indeed it is so; I somewhat understand it, and I even believe I have explained it before. It is because your heart brings life to all those around you, giving them in a sense a new existence that they are forced to honor, for without it they would not possess such a thing at all. I admit that I have rendered you important services; you remind me of them so often that it is impossible to forget. I do not deny it—without me, you would have been lost. But what have I done other than return to you what I myself had received from you? Is it possible to spend much time with you without feeling one’s soul permeated by the charms of virtue and the sweetness of friendship? Don’t you realize that everything that comes near you is, in itself, equipped for your defense? And as for me, what advantage do I have over others but that I am of your age and gender, and that I was raised with you? In any case, Claire consolates herself by thinking that she is less worthy than Julie, for without Julie, she would be even less so. And to tell you the truth, I believe we both needed each other greatly, and that each of us would have lost much if fate had separated us.

What bothers me most about the matters that still keep me here is the risk that your secret might slip out at any moment. I implore you to consider that whatever drives you to keep it hidden must be a strong and solid reason, while whatever prompts you to reveal it is merely an ignorant impulse. Even our suspicions—that this secret is no longer one for those who are interested in it—give us yet more reason to proceed with the utmost caution when discussing it with them. Perhaps your husband’s restraint can serve as an example and a lesson for us; for in such matters, there is often a great difference between what one pretends not to know and what one is forced to learn. Therefore, I demand that you wait until we have discussed this matter once more. If your suspicions are founded, and if that unfortunate man is no longer alive, the best course of action would be to let his story and your misfortunes rest in oblivion with him. If he is still alive, as I hope, things might change; but even then, such a scenario must first materialize. In any case, do you truly believe you owe no regard to the final advice of a unfortunate man whose every suffering is your doing?

Regarding the dangers of solitude, I understand and approve of your fears, even though I know they are poorly grounded. Your past mistakes have made you fearful; the more so should I be about the present, had there been any reason to worry. Yet I cannot ignore your anxiety concerning the fate of our poor friend. Now that your feelings have changed, believe me, he is no less dear to me than to you. However, I have predictions entirely contrary to yours—and ones that are more in line with reason. Lord Edward has received news of him twice; on the second occasion, he wrote that he was in the South Sea and had already overcome the dangers you mention. You know this as well as I do, yet you grieve as if you were ignorant of it. But what you don’t know—and what must be told to you—is that the ship on which he is was seen, two months ago, off the Canary Islands, heading toward Europe. This is what is being reported from Holland to my father, and he has, as always, made sure to inform me about these matters of public interest far more thoroughly than about his own affairs. My heart tells me that we will not have to wait long before hearing news of our “philosopher,” and that you will soon stop shedding tears—for unless you have mourned his death in vain, you must now rejoice at his survival. But thank God; you are no longer at that point.

Alas! What a miserable wretch who would do such a thing for just a little bit.

It’s already enough to cry and to live in despair![129]

This is what I had to reply to you. Those who love you offer you and share with you the sweet hope of an eternal reunion. You see that neither you nor anyone else first conceived this plan, and its realization is further along than you thought. So please be patient again this summer, my dear friend; it is better to reunite later than to have to part ways once more.

Well! My dear madam, have I kept my promise? Is my triumph complete? Come, let us kneel down, let us kiss this letter with respect, and let us humbly admit that at least once in her life, Julie de Wolmar was defeated in matters of friendship.[130]

Letter III – From Julie’s lover to Madame d’Orbe

My cousin, my benefactress, my friend—I come from the farthest corners of the earth, and I bring with me a heart filled with thoughts of you. I have crossed that boundary four times; I have traversed both hemispheres; I have seen all four parts of the world; I have brought their distances between us; I have circled the globe entirely, yet not for a single moment have I been able to escape your influence. No matter how much we try to flee what is dear to us, its image follows us, faster than the seas and the winds, to the very ends of the universe; and wherever we go, we carry with us what gives us life. I have suffered greatly; I have seen even more suffering. How many unfortunate people have I seen die! Alas, they placed such great value on life! And yet I am still alive, having outlived them all.

Perhaps I was indeed less to be pitied; the misfortunes of my companions affected me more deeply than my own; I saw all their suffering clearly; they must have endured even more than I had. I said to myself: “I am in misery here, but there must be some corner on earth where I can live happily and in peace,” and thus I consoled myself, thinking that the joys of Lake Geneva made up for what I suffered out at sea. Upon arriving, I was fortunate enough to see my hopes confirmed; Lord Edward informed me that both you and your daughter enjoyed peace and good health, and that although you had lost the sweet title of wife, you still held those of friend and mother, which should be more than sufficient to bring you happiness.

I am too eager to send you this letter to bother describing in detail my journey at this moment; I hope to have the opportunity soon to do so more conveniently. For now, I merely wish to give you a brief idea of it, more to arouse your curiosity than to satisfy it. It took me nearly four years to complete that vast voyage I just mentioned, and I returned on the very same ship on which I had set out—the only one that the commander managed to bring back from his squadron.

Hai detto molte cose a favore della nostra antica amicizia; ma non ti perdono di aver dimenticato quella che mi rende più onore: il fatto di amarti nonostante tu mi eclissi. Mia Julie, sei fatta per regnare. Il tuo “impero” è il più assoluto che conosca: si estende fino alle volontà altrui, e lo provo più di chiunque altro. Come può essere questo, cugina? Entrambe amiamo la virtù; l’onestà ci è ugualmente cara; i nostri talenti sono gli stessi. Ho quasi altrettanto spirito di te, e non sono certo meno bella. Lo so bene tutto questo. Eppure tu mi domini, mi soggioghi. Il tuo genio schiaccia il mio. Di fronte a te, non sono nulla. Anche quando vivevi in relazioni che ti rimproveravi, e poiché non ho imitato il tuo errore, avrei dovuto prendere l’iniziativa io. Ma tu restavi comunque la più forte. La tua debolezza, che biasimavo, mi sembrava quasi una virtù. Non potevo fare a meno di ammirare in te ciò che avrei criticato in un’altra persona. Infine, anche allora, non ti avvicinavo senza un certo sentimento di rispetto involontario. E è certo che tutta la tua dolcezza, tutta la familiarità del tuo modo di essere erano necessarie perché diventassi tua amica. Naturalmente, dovevo essere io la tua “serva”. Spiega, se puoi, questo enigma. Per quanto mi riguarda, non ne capisco assolutamente nulla.

Ma in realtà ciò avviene; lo capisco un po’, e credo persino di averlo spiegato in passato: è perché il tuo cuore dà vita a tutti coloro che ti circondano, donando loro, per così dire, una nuova esistenza alla quale sono costretti ad rendere omaggio, poiché senza di esso non l’avrebbero affatto avuta. Ammetto di averti reso importanti servizi: me ne parli così spesso che è impossibile dimenticarlo. Non lo nego; senza di me saresti stata persa. Ma cosa ho fatto, in realtà, se non restituirti ciò che io stessa avevo ricevuto da te? È possibile stare a lungo insieme senza sentirsi pervasi dal fascino della virtù e dalle dolcezze dell’amicizia? Non sai forse che tutto ciò che ti avvicina è, in qualche modo, predisposto a difenderti. E io, rispetto agli altri, ho soltanto il vantaggio di essere della tua età, del tuo sesso, e di essere stata cresciuta insieme a te. Comunque sia, Claire si consola pensando di valere meno di Julie, perché senza Julie, probabilmente valerebbe ancora meno. E poi, per dirti la verità, credo che entrambe avessimo un grande bisogno l’una dell’altra, e che ognuna delle due ne perderebbe molto se il destino ci avesse separate.

Quello che mi infastidisce di più nelle questioni che ancora mi trattengono qui è il rischio che il tuo segreto possa sfuggire dalle tue labbra in qualsiasi momento. Ti prego, considera seriamente che ciò che ti spinge a mantenerlo sia una ragione forte e solida, mentre ciò che ti spinge a rivelarlo non è altro che un sentimento cieco. Anche i nostri sospetti, il fatto che quel segreto non sia più tale per la persona interessata, costituiscono un motivo in più per rivelarlo solo con la massima cautela. Forse la riservatezza di tuo marito può essere un esempio e una lezione per noi; infatti, in queste materie spesso c’è una grande differenza tra ciò che si finge di ignorare e ciò che si è costretti a sapere. Quindi aspetta, te lo ordino, che ne discutiamo ancora una volta. Se i tuoi presentimenti fossero fondati e quel tuo disgraziato amico non esistesse più, la scelta migliore sarebbe quella di lasciare la sua storia e le tue sofferenze sepolte insieme a lui. Se invece vive, come spero, la situazione potrebbe cambiare; ma anche in questo caso, tale eventualità deve ancora verificarsi. In ogni caso, credi davvero di dover dare ascolto agli ultimi consigli di un infelice il cui dolore è tutto frutto delle tue azioni?

Per quanto riguarda i pericoli della solitudine, comprendo e approvo le tue apprensioni, anche se so che sono molto infondate. I tuoi errori passati ti rendono timorosa; ne traggo motivo di sperare ancora di più nel presente. E saresti certamente meno preoccupata se non avessi più motivi per esserlo. Tuttavia, non posso ignorare la tua angoscia riguardo al destino del nostro povero amico. Ora che i tuoi sentimenti sono cambiati, credimi: lui mi è altrettanto caro quanto a te. Tuttavia, ho presentimenti completamente diversi dai tuoi, e più in linea con la ragione. Milord Edward ha ricevuto sue notizie due volte; nella seconda occasione mi ha scritto di trovarsi nel Mar del Sud, avendo già superato i pericoli di cui parli. Lo sai bene quanto me, eppure ti affliggi come se non ne sapessi nulla. Ma ciò che non sai, e che è necessario che tu sappia, è che la nave su cui si trova è stata vista, due mesi fa, al largo delle Isole Canarie, mentre navigava verso l’Europa. Questo è ciò che mi viene detto dall’Olanda, e mio padre, come suo solito, non ha mancato di informarmi con precisione su queste questioni pubbliche, molto più di quanto faccia riguardo alle sue stesse faccende personali. Il mio cuore mi dice che presto riceveremo notizie del nostro “filosofo”. E tu, probabilmente, smetterai di piangere, a meno che, dopo averlo pianto per morto, non inizi a piangere perché è ancora vivo. Ma grazie a Dio, ormai non sei più in quella condizione.

Ahimè! Se solo esistesse anche solo un po’ di quella miseria.

È davvero motivo di pianto e di vivere con scoraggiamento,![129]

Ecco ciò che avevo da risponderti. Colui che ti ama ti offre e condivide la dolce speranza di un ritrovarsi eterno. Vedi che tu stessa non ne hai mai concepito il progetto, né prima né da sola, e che l’attuazione di questo desiderio è più avanzata di quanto pensassi. Pertanto, abbi ancora pazienza quest’estate, mia cara amica: è meglio ritrovarsi tardi che doverci separare di nuovo.

Ebbene! bella signora, ho mantenuto la mia promessa. E il mio trionfo è completo? Andiamo, inginocchiamoci, baciamo con rispetto questa lettera e riconosciamo umilmente che, almeno una volta nella vita, Julie de Wolmar è stata sconfitta in amore.[130]

Lettera III – Dall’amante di Julie a Madame d’Orbe

Mia cugina, mia benefattrice, mia amica. Arrivo dalle estremità della terra e vi porto con me il mio cuore, pieno di voi. Ho attraversato quattro volte l’equatore; ho percorso entrambi gli emisferi; ho visto le quattro parti del mondo. Eppure non sono riuscita a allontanarmi da voi nemmeno per un istante. Per quanto ci si sforzi di fuggire da ciò che ci è caro, la sua immagine ci segue, più velocemente del mare e dei venti, fino alle estremità dell’universo. E ovunque ci si rechi, con sé si porta sempre ciò che ci dà la vita. Ho sofferto molto; ho visto altri soffrire ancora di più. Quanti sfortunati ho visto morire. Ahimè. Davano tanta importanza alla vita. E io sono sopravvissuta a loro.

Forse ero davvero meno da compiangere; le sofferenze dei miei compagni mi colpivano più delle mie stesse; li vedevo completamente immersi nelle loro difficoltà. Dovevano soffrire di più di me. Mi dicevo: “Sono sfortunato qui, ma esiste un angolo sulla terra dove sono felice e in pace”, e così mi consolavo, al bordo del lago di Ginevra, per ciò che dovevo sopportare nell’Oceano. Ho la fortuna che, arrivando qui, le mie speranze si siano avverate: milord Edward mi ha detto che entrambe godete di pace e salute. E che, anche se avete perso il dolce titolo di moglie, vi restano quelli di amica e madre, che dovrebbero essere sufficienti a rendervi felici.

Sono troppo impaziente di inviarti questa lettera per descriverti in dettaglio il mio viaggio; spero di avere presto l’opportunità di farlo in modo più comodo. Mi limito qui a darti una semplice idea, più per stimolare che per soddisfare la tua curiosità. Ho impiegato quasi quattro anni per completare quel lungo viaggio di cui ti parlo, e sono tornato sullo stesso vascello con cui ero partito: l’unico che il comandante abbia riportato indietro dalla sua flotta.

J’ai vu d’abord l’Amérique méridionale, ce vaste continent que le manque de fer a soumis aux Européens, et dont ils ont fait un désert pour s’en assurer l’empire. J’ai vu les côtes du Brésil, où Lisbonne et Londres puisent leurs trésors et dont les peuples misérables foulent aux pieds l’or et les diamants sans oser y porter la main. J’ai traversé paisiblement les mers orageuses qui sont sous le cercle antarctique ; j’ai trouvé dans la mer Pacifique les plus effroyables tempêtes.

E in mar dubbioso sotto ignoto polo

Provai l’onde fallaci, e’l vento infido.[131]

J’ai vu de loin le séjour de ces prétendus géants[132] qui ne sont grands qu’en courage, et dont l’indépendance est plus assurée par une vie simple et frugale que par une haute stature. J’ai séjourné trois mois dans une île déserte et délicieuse, douce et touchante image de l’antique beauté de la nature, et qui semble être confinée au bout du monde pour y servir d’asile à l’innocence et à l’amour persécutés ; mais l’avide Européen suit son humeur farouche en empêchant l’Indien paisible de l’habiter, et se rend justice en ne l’habitant pas lui-même.

J’ai vu sur les rives du Mexique et du Pérou le même spectacle que dans le Brésil : j’en ai vu les rares et infortunés habitants, tristes restes de deux puissants peuples, accablés de fers, d’opprobre et de misères au milieu de leurs riches métaux, reprocher au ciel en pleurant les trésors qu’il leur a prodigués. J’ai vu l’incendie affreux d’une ville entière sans résistance et sans défenseurs. Tel est le droit de la guerre parmi les peuples savants, humains et polis de l’Europe ; on ne se borne pas à faire à son ennemi tout le mal dont on peut tirer du profit : mais on compte pour un profit tout le mal qu’on peut lui faire à pure perte. J’ai côtoyé presque toute la partie occidentale de l’Amérique, non sans être frappé d’admiration en voyant quinze cents lieues de côte et la plus grande mer du monde sous l’empire d’une seule puissance qui tient pour ainsi dire en sa main les clefs d’un hémisphère du globe.

Après avoir traversé la grande mer, j’ai trouvé dans l’autre continent un nouveau spectacle. J’ai vu la plus nombreuse et la plus illustre nation de l’univers soumise à une poignée de brigands ; j’ai vu de près ce peuple célèbre, et n’ai plus été surpris de le trouver esclave. Autant de fois conquis qu’attaqué, il fut toujours en proie au premier venu et le sera jusqu’à la fin des siècles. Je l’ai trouvé digne de son sort, n’ayant pas même le courage d’en gémir. Lettré, lâche, hypocrite et charlatan ; parlant beaucoup sans rien dire, plein d’esprit sans aucun génie, abondant en signes et stérile en idées ; poli, complimenteur, adroit, fourbe et fripon ; qui met tous les devoirs en étiquettes, toute la morale en simagrées, et ne connaît d’autre humanité que les salutations et les révérences. J’ai surgi dans une seconde île déserte, plus inconnue, plus charmante encore que la première, et où le plus cruel accident faillit à nous confiner pour jamais. Je fus le seul peut-être qu’un exil si doux n’épouvanta point. Ne suis-je pas désormais partout en exil ? J’ai vu dans ce lieu de délices et d’effroi ce que peut tenter l’industrie humaine pour tirer l’homme civilisé d’une solitude où rien ne lui manque, et le replonger dans un gouffre de nouveaux besoins.

J’ai vu dans le vaste Océan, où il devrait être si doux à des hommes d’en rencontrer d’autres, deux grands vaisseaux se chercher, se trouver, s’attaquer, se battre avec fureur, comme si cet espace immense eût été trop petit pour chacun d’eux. Je les ai vus vomir l’un contre l’autre le fer et les flammes. Dans un combat assez court, j’ai vu l’image de l’enfer ; j’ai entendu les cris de joie des vainqueurs couvrir les plaintes des blessés et les gémissements des mourants. J’ai reçu en rougissant ma part d’un immense butin ; je l’ai reçu, mais en dépôt ; et s’il fut pris sur des malheureux, c’est à des malheureux qu’il sera rendu.

J’ai vu l’Europe transportée à l’extrémité de l’Afrique par les soins de ce peuple avare, patient et laborieux, qui a vaincu par le temps et la constance des difficultés que tout l’héroïsme des autres peuples n’a jamais pu surmonter. J’ai vu ces vastes et malheureuses contrées qui ne semblent destinées qu’à couvrir la terre de troupeaux d’esclaves. À leur vil aspect j’ai détourné les yeux de dédain, d’horreur et de pitié ; et, voyant la quatrième partie de mes semblables changée en bêtes pour le service des autres, j’ai gémi d’être homme.

Enfin j’ai vu dans mes compagnons de voyage un peuple intrépide et fier, dont l’exemple et la liberté rétablissaient à mes yeux l’honneur de mon espèce, pour lequel la douleur et la mort ne sont rien, et qui ne craint au monde que la faim et l’ennui. J’ai vu dans leur chef un capitaine, un soldat, un pilote, un sage, un grand homme, et, pour dire encore plus peut-être, le digne ami d’Édouard Bomston ; mais ce que je n’ai point vu dans le monde entier, c’est quelqu’un qui ressemble à Claire d’Orbe, à Julie d’Etange, et qui puisse consoler de leur perte un coeur qui sut les aimer.

Comment vous parler de ma guérison ? C’est de vous que je dois apprendre à la connaître. Reviens-je plus libre et plus sage que je ne suis parti ? J’ose le croire et ne puis l’affirmer. La même image règne toujours dans mon coeur ; vous savez s’il est possible qu’elle s’en efface ; mais son empire est plus digne d’elle et, si je ne me fais pas illusion, elle règne dans ce coeur infortuné comme dans le vôtre. Oui, ma cousine, il me semble que sa vertu m’a subjugué, que je ne suis pour elle que le meilleur et le plus tendre ami qui fût jamais, que je ne fais plus que l’adorer comme vous l’adorez vous-même ; ou plutôt il me semble que mes sentiments ne se sont pas affaiblis, mais rectifiés ; et, avec quelque soin que je m’examine, je les trouve aussi purs que l’objet qui les inspire. Que puis-je vous dire de plus jusqu’à l’épreuve qui peut m’apprendre à juger de moi ? Je suis sincère et vrai ; je veux être ce que je dois être : mais comment répondre de mon coeur avec tant de raisons de m’en défier ? Suis-je le maître du passé ? Puis-je empêcher que mille feux ne m’aient autrefois dévoré ? Comment distinguerai-je par la seule imagination ce qui est de ce qui fut ? Et comment me représenterai-je amie celle que je ne vis jamais qu’amante ? Quoi que vous pensiez peut-être du motif secret de mon empressement, il est honnête et raisonnable ; il mérite que vous l’approuviez. Je réponds d’avance au moins de mes intentions. Souffrez que je vous voie, et m’examinez vous-même ; ou laissez-moi voir Julie, et je saurai ce que je suis.

Je dois accompagner milord Édouard en Italie. Je passerai près de vous ! et je ne vous verrais point ! Pensez-vous que cela se puisse ? Eh ! si vous aviez la barbarie de l’exiger, vous mériteriez de n’être pas obéie. Mais pourquoi l’exigeriez-vous ? N’êtes-vous pas cette même Claire, aussi bonne et compatissante que vertueuse et sage, qui daigna m’aimer dès sa plus tendre jeunesse, et qui doit m’aimer bien plus encore aujourd’hui que je lui dois tout[133] ? Non, non, chère et charmante amie, un si cruel refus ne serait ni de vous ni fait pour moi ; il ne mettra point le comble à ma misère. Encore une fois, encore une fois en ma vie, je déposerai mon coeur à vos pieds. Je vous verrai, vous y consentirez. Je la verrai, elle y consentira. Vous connaissez trop bien toutes deux mon respect pour elle. Vous savez si je suis homme à m’offrir à ses yeux en me sentant indigne d’y paraître. Elle a déploré si longtemps l’ouvrage de ses charmes, ah ! qu’elle voie une fois l’ouvrage de sa vertu !

P.S. — Milord Édouard est retenu pour quelques temps encore ici par des affaires ; s’il m’est permis de vous voir, pourquoi ne prendrais-je pas les devants pour être plus tôt auprès de vous ?

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre V – De Madame d’Orbe à l’amant de Julie

Dans cette lettre était incluse la précédente.

I first saw South America, that vast continent which the lack of iron made vulnerable to the Europeans, who turned it into a desert in order to secure their empire there. I saw the coasts of Brazil, from where Lisbon and London draw their riches, while its miserable peoples trample on gold and diamonds without daring to touch them. I peacefully crossed the stormy seas beneath the Antarctic Circle; in the Pacific Ocean, I encountered the most terrifying storms.

Lost in doubt, under an unknown pole.

Test the deceptive wave, and the treacherous wind.[131]

From a distance, I saw the dwelling places of these so-called giants[132]—who are truly great only in their courage—and whose independence is better secured by a simple and frugal way of life than by a tall stature. I spent three months on a deserted yet delightful island, a gentle and touching testament to the ancient beauty of nature, seemingly confined to the far corners of the earth as a refuge for innocence and love persecuted elsewhere. Yet the greedy European, driven by his own ferocity, prevents the peaceful Indian from inhabiting it—and in doing so, he “judges himself fairly” by not residing there himself.

I saw on the coasts of Mexico and Peru the same spectacle as in Brazil: I saw its few and unfortunate inhabitants, the sad remnants of two once powerful peoples, overwhelmed by oppression, disgrace, and misery amidst their abundant natural resources; they cried to heaven, lamenting the riches it had bestowed upon them. I witnessed the terrible destruction of an entire city, defenseless and without protectors. Such is the nature of war among the civilized, humane, and polis nations of Europe: one does not merely inflict on its enemy all the harm from which one can derive some benefit; rather, every act of cruelty is carried out with the sole intent of causing harm for no gain at all. I traveled almost across the entire western part of America, and I could not help but feel admiration upon seeing fifteen hundred miles of coastline and the world’s largest ocean under the control of a single power that, in effect, held the keys to half of the globe in its hands.

After crossing the vast sea, I discovered on the other continent a new spectacle. I saw the most numerous and illustrious nation in the universe subjected to a handful of brigands; I observed up close this famous people, and was no longer surprised to find them in slavery. Time and again conquered and attacked, they remained at the mercy of the first comer—and so it will remain until the end of centuries. I found them worthy of their fate, for they lacked not only the courage to lament it. Learned, cowardly, hypocritical, and charlatans; talking much yet saying nothing, full of wit but devoid of genius, abundant in gestures but sterile of ideas; polite, flattering, cunning, deceitful, and shameless—they reduced all duties to mere formalities, all morality to pretense, and knew no other form of humanity than greetings and reverences. Then I arrived on a second deserted island, even more unknown and enchanting than the first, where the most cruel accident nearly doomed us to perpetual isolation. Perhaps I was the only one who did not tremble at such a gentle exile. Am I not now exiled everywhere? In this land of delights and horrors, I witnessed what human ingenuity is capable of—to drag a civilized man out of a solitude where nothing lacks him, only to plunge him back into a abyss of new necessities.

I saw, in the vast ocean where it should be so gentle for human beings to encounter one another, two huge ships seeking each other out, finding each other, attacking each other, and fighting with fierce intensity, as if that immense expanse were too small for either of them. I saw them spewing iron and flames at each other. In a rather brief battle, I witnessed the very image of hell; I heard the cheers of the victors drown out the cries of the wounded and the groans of those dying. I received, with a sense of shame, my share of this enormous plunder; but I received it merely in trust. And if it was taken from unfortunate people, then it will be returned to unfortunate people.

I have seen Europe transported to the very edge of Africa by the efforts of this frugal, patient, and hardworking people, who overcame difficulties through time and perseverance—difficulties that no amount of heroism on the part of other peoples could ever have overcome. I have seen these vast and wretched lands, seemingly destined only to be inhabited by herds of slaves. At their desolate and miserable appearance, I turned away my gaze in disdain, horror, and pity; and seeing one-fourth of my own kind reduced to beasts, serving the needs of others, I lamented that I was human.

Finally, I saw among my fellow travelers a people brave and proud whose example and freedom restored to my eyes the honor of my species—a people for whom pain and death mean nothing, and who fears in this world only hunger and boredom. I saw in their leader a captain, a soldier, a pilot, a sage, a great man; indeed, perhaps even more than that, a worthy friend of Edward Bomston. But what I have not found anywhere in the world is someone who could resemble Claire d’Orbe or Julie d’Etange and be able to comfort a heart that once knew how to love them.

How can I speak to you about my recovery? It is from you that I must learn to understand it. Have I returned more free and wiser than I left? I dare to believe so, but I cannot affirm it. The same image still reigns in my heart; you know whether it is possible for it to vanish. But its influence is all the more deserving of it, and if I am not deluding myself, it reigns in this unfortunate heart just as it does in yours. Yes, my cousin, it seems to me that her virtue has subdued me; I am for her nothing but the best and most tender friend that ever existed; I adore her just as you do yourself. Or rather, it seems to me that my feelings have not weakened, but rather been purified. No matter how carefully I examine myself, I find them as pure as the object that inspires them. What more can I tell you until the time comes when experience will teach me to judge myself? I am sincere and true; I want to be what I ought to be. But how can I guarantee the sincerity of my feelings, given all these reasons to doubt it? Am I in control of my past? Can I prevent the flames of sin from having consumed me in the past? How can I distinguish, merely by imagination, what is from what was? And how can I consider someone my friend when I have never seen her but as a lover? Whatever you may think about the secret motives behind my eagerness, they are honest and reasonable; they deserve your approval. At least I can guarantee the sincerity of my intentions. Allow me to see you, and examine yourself too. Or let me meet Julie, and then I will know what I really am.

I must accompany Lord Edward to Italy. I will pass by you! yet I shall not see you! Do you think such a thing is possible? Ah! if you had the cruelty to demand it, you would deserve not to be obeyed. But why would you demand it? Are you not that very Claire—kind and compassionate, as well as virtuous and wise—who took the trouble to love me in her tenderest youth, and who surely loves me even more now, since I owe her everything[133]? No, no, my dear and charming friend; such a cruel refusal would be neither worthy of you nor suitable for me. It would not add any further to my misery. Once again, in this life of mine, I will lay my heart at your feet. I will see you, and you will consent. She will see me, and she will consent. You both know too well how much respect I hold for her. You know how unwilling I am to present myself before her eyes, feeling unworthy of it. She has lamented for so long the effects of her own charm—ah! let her see once the effects of her virtue!

P.S. — Lord Edward is still detained here for some time due to certain matters; if it is permissible for me to see you, why not take the initiative and arrive at your side sooner?

List of literary works

General list of titles

Letter V – From Madame d’Orbe to Julie’s lover

This letter included the one before it.

Ho visto prima l’America del Sud, quel vasto continente che la mancanza di ferro ha reso soggetto agli europei, i quali ne hanno fatto un deserto per assicurarsi il loro dominio. Ho visto le coste del Brasile, da cui Lisbona e Londra attingono i loro tesori, e dove i popoli miseri calpestano oro e diamanti senza osare toccarli. Ho attraversato pacificamente i mari tempestosi situati sotto il circolo antartico; ho incontrato nel Pacifico le tempeste più terribili.

E nel mare incerto, sotto un polo sconosciuto.

Provai le onde ingannevoli e il vento traditore.[131]

Da lontano ho visto il luogo di soggiorno di questi presunti giganti[132] che sono grandi soltanto nel coraggio, e la cui indipendenza è più sicura grazie a una vita semplice e frugale che non per via della loro alta statura. Ho trascorso tre mesi in un’isola deserta ma deliziosa, immagine incantevole della bellezza antica della natura; sembra essere situata all’estremità del mondo, come rifugio per l’innocenza e l’amore perseguitati. Ma l’avido europeo, seguendo la sua natura selvaggia, impedisce agli indigeni pacifici di abitarla. E si “giustizia” impedendone anche a se stesso di viverci.

Ho visto sulle coste del Messico e del Perù lo stesso spettacolo che in Brasile: ho visto i rari e sfortunati abitanti di quei luoghi, tristi resti di due popoli un tempo potenti, schiacciati da oppressione, disprezzo e miseria, mentre tra le loro ricche risorse naturali piangevano per i tesori che il cielo aveva loro donato. Ho visto l’orribile distruzione di un’intera città, priva di resistenza e difensori. Ecco quale sia il “diritto della guerra” tra i popoli civili, umani e civili d’Europa: non ci si limita a infliggere al nemico tutto il male da cui si può trarre profitto, ma si considera un vantaggio qualsiasi danno si possa causargli, anche senza alcun ritorno. Ho percorso quasi tutta la parte occidentale dell’America, e non ho potuto fare a meno di ammirare come millecinquecento miglia di costa e il più grande mare del mondo siano sotto il dominio di un’unica potenza che, in qualche modo, tiene nelle sue mani le “chiavi” di un intero emisfero terrestre.

Dopo aver attraversato il grande mare, ho trovato nell’altro continente uno spettacolo nuovo. Ho visto la nazione più numerosa e illustre dell’universo sottomessa a un manipolo di briganti; ho conosciuto da vicino quel popolo famoso e non sono più rimasto sorpreso nel trovarlo schiavo. Quante volte conquistato, quante volte attaccato, è sempre stato preda del primo che arrivava, e lo sarà fino alla fine dei secoli. L’ho trovato degno del suo destino: non aveva nemmeno il coraggio di lamentarsene. Letterato, debole, ipocrita e ciarlatano; parlava molto senza dire nulla, pieno di spirito ma privo di vero genio, ricco di parole ma sterile di idee; educato, lusinghiero, abile, astuto e furfante. Metteva tutte le virtù in etichette, tutta la morale in formalità, e non conosceva altra umanità se non saluti e riverenze. Sono approdato su un’altra isola deserta, ancora più sconosciuta e incantevole della prima. Un incidente crudele per poco non ci avrebbe confinati lì per sempre. Forse sono l’unico a cui un esilio così “dolce” non abbia fatto paura. Ora non sono forse esiliato ovunque? In quel luogo di delizie e terrore ho visto fino a che punto possa arrivare l’ingegno umano nel tentativo di strappare l’uomo civilizzato da una solitudine in cui non gli manca nulla, per poi gettarlo nuovamente in un abisso di nuove necessità.

Ho visto, nell’immenso Oceano – dove dovrebbe essere così dolce per gli uomini incontrarvi altri esseri umani – due grandi navi che si cercavano, si trovavano, si attaccavano e combattevano con furia, come se quell’enorme spazio fosse troppo ristretto per entrambe. Ho visto i loro cannoni scagliare ferro e fiamme l’uno contro l’altro. In un combattimento piuttosto breve, ho assistito a una scena simile all’inferno: ho sentito le grida di gioia dei vincitori sovrastare i lamenti dei feriti e i gemiti dei morenti. Ho ricevuto, arrossendo, la mia parte di un enorme bottino, ma solo in deposito; e se quel bottino è stato ottenuto a scapito di persone sfortunate, allora sarà restituito proprio a loro.

Ho visto l’Europa trasportata all’estremità dell’Africa grazie agli sforzi di quel popolo avaro, paziente e laborioso, che ha vinto attraverso il tempo e la costanza di fronte alle difficoltà che nessun altro popolo, per quanto eroico, è mai riuscito a superare. Ho visto quelle vaste e sfortunate regioni destinate soltanto ad ospitare schiere di schiavi. Di fronte al loro aspetto desolato, ho distolto lo sguardo con disprezzo, orrore e compassione; e, vedendo che un quarto dei miei simili era stato trasformato in bestie al servizio degli altri, ho pianto di essere uomo.

Finalmente ho visto nei miei compagni di viaggio un popolo intrépido e fiero, il cui esempio e la sua libertà ristabilivano ai miei occhi l’onore della mia specie; per quel popolo, dolore e morte non significavano nulla, e l’unica cosa da temere al mondo era la fame e noia. Ho visto nel loro capo un condottiero, un soldato, un navigatore, un saggio, un grande uomo. E, forse ancora di più, un vero amico di Edward Bomston. Ma ciò che non ho trovato in tutto il mondo è qualcuno che assomigli a Claire d’Orbe o a Julie d’Etange, e che possa consolare un cuore che le ha amate profondamente della loro perdita.

Come posso parlarvi della mia guarigione? È da voi che devo imparare a conoscerla. Torno più libero e più saggio di quanto non fossi partito? Oso crederlo, ma non posso affermarlo con certezza. Lo stesso immagine regna ancora nel mio cuore; sapete se sia possibile che svanisca. Ma il suo dominio è degno di essa, e, se non mi illudo, regna in questo cuore sfortunato proprio come nel vostro. Sì, mia cugina, mi sembra che la sua virtù abbia soggiogato me; per lei sono soltanto il migliore e il più tenero degli amici che esistano. O forse i miei sentimenti non si sono affievoliti, ma piuttosto corretti. E, per quanto mi esamini attentamente, li trovo puri come l’oggetto che li ispira. Cosa posso dirvi di più, fino al momento in cui una prova potrà insegnarmi a giudicarmi? Sono sincero e vero; voglio essere ciò che devo essere. Ma come posso garantire il comportamento del mio cuore, quando esistono tante ragioni per dubitarne? Sono davvero il padrone del passato? Posso impedire che mille passioni non mi abbiano divorato in passato? Come posso distinguere, soltanto con l’immaginazione, ciò che è da ciò che fu? E come posso considerare amica quella donna che ho visto soltanto come amante? Qualunque sia il vostro giudizio sul motivo segreto della mia insistenza, esso è onesto e ragionevole. Merita la vostra approvazione. Vi rispondo in anticipo riguardo alle mie intenzioni. Lasciate che vi veda, e esaminatevi voi stessa. Oppure lasciate che veda Julie, e allora saprò chi sono veramente.

Devo accompagnare Sua Signoria Edoardo in Italia. Passerò vicino a voi, e non vi vedrò! Pensate che sia possibile? Eh! Se aveste la barbaria di richiederlo, meritereste di non essere obbediti. Ma perché dovreste richiederlo? Non siete forse voi stessa quella Claire, tanto buona e compassionevole quanto virtuosa e saggia, che si degnò di amarmi fin dalla sua più tenera giovinezza, e che sicuramente mi ama ancora di più oggi, visto che le devo tutto[133]? No, no, cara e incantevole amica, un rifiuto così crudele non sarebbe da parte vostra né adatto a me; non aggiungerebbe certo il colmo alla mia miseria. Ancora una volta, nella mia vita, deporrò il mio cuore ai vostri piedi. Vi vedrò, e voi acconsentirete. La vedrò, e lei acconsentirà. Entrambe conoscete troppo bene il mio rispetto per lei. Sapete bene che non sono il tipo di uomo che si presenta davanti a lei sentendosi indegno di farlo. Lei ha pianto a lungo per l’effetto dei suoi incantesimi. Ah! Che possa finalmente vedere l’effetto della sua virtù!

P.S. – Milord Edward è trattenuto qui per ancora qualche tempo a causa di alcuni impegni; se mi fosse concesso incontrarvi, perché non anticipare il mio arrivo per essere al vostro fianco prima possibile?

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera V – Di Madame d’Orbe all’amante di Julie

In questa lettera era inclusa anche quella precedente.

Bien arrivé ! cent fois le bien arrivé, cher Saint-Preux ! car je prétends que ce nom[134] vous demeure, au moins dans notre société. C’est, je crois, vous dire assez qu’on n’entend pas vous en exclure, à moins que cette exclusion ne vienne de vous. En voyant par la lettre ci-jointe que j’ai fait plus que vous ne me demandiez, apprenez à prendre un peu plus de confiance en vos amis, et à ne plus reprocher à leur coeur des chagrins qu’ils partagent quand la raison les force à vous en donner. M. de Wolmar veut vous voir ; il vous offre sa maison, son amitié, ses conseils : il n’en fallait pas tant pour calmer toutes mes craintes sur votre voyage, et je m’offenserais moi-même si je pouvais un moment me défier de vous. Il fait plus, il prétend vous guérir, et dit que ni Julie, ni lui, ni vous, ni moi, ne pouvons être parfaitement heureux sans cela. Quoique j’attende beaucoup de sa sagesse, et plus de votre vertu, j’ignore quel sera le succès de cette entreprise. Ce que je sais bien, c’est qu’avec la femme qu’il a, le soin qu’il veut prendre est une pure générosité pour vous.

Venez donc, mon aimable ami, dans la sécurité d’un coeur honnête, satisfaire l’empressement que nous avons tous de vous embrasser et de vous voir paisible et content ; venez dans votre pays et parmi vos amis vous délasser de vos voyages et oublier tous les maux que vous avez soufferts. La dernière fois que vous me vîtes, j’étais une grave matrone, et mon amie était à l’extrémité ; mais à présent qu’elle se porte bien, et que je suis redevenue fille, me voilà tout aussi folle et presque aussi jolie qu’avant mon mariage. Ce qu’il y a du moins de bien sûr, c’est que je n’ai point changé pour vous, et que vous feriez bien des fois le tour du monde avant d’y trouver quelqu’un qui vous aimât comme moi.

Lettre VI – De Saint-Preux à milord Édouard

Je me lève au milieu de la nuit pour vous écrire. Je ne saurais trouver un moment de repos. Mon coeur agité, transporté, ne peut se contenir au dedans de moi ; il a besoin de s’épancher. Vous qui l’avez si souvent garanti du désespoir, soyez le cher dépositaire des premiers plaisirs qu’il ait goûtés depuis si longtemps.

Je l’ai vue, milord ! mes yeux l’ont vue ! J’ai entendu sa voix ; ses mains ont touché les miennes ; elle m’a reconnu ; elle a marqué de la joie à me voir ; elle m’a appelé son ami, son cher ami ; elle m’a reçu dans sa maison ; plus heureux que je ne fus de ma vie, je loge avec elle sous un même toit, et maintenant que je vous écris je suis à trente pas d’elle.

Mes idées sont trop vives pour se succéder ; elles se présentent toutes ensemble ; elles se nuisent mutuellement. Je vais m’arrêter et reprendre haleine pour tâcher de mettre quelque ordre dans mon récit.

À peine après une si longue absence m’étais-je livré près de vous aux premiers transports de mon coeur en embrassant mon ami, mon libérateur et mon père, que vous songeâtes au voyage d’Italie. Vous me le fîtes désirer dans l’espoir de m’y soulager enfin du fardeau de mon inutilité pour vous. Ne pouvant terminer sitôt les affaires qui vous retenaient à Londres, vous me proposâtes de partir le premier pour avoir plus de temps à vous attendre ici. Je demandai la permission d’y venir ; je l’obtins, je partis ; et, quoique Julie s’offrît d’avance à mes regards, en songeant que j’allais m’approcher d’elle je sentis du regret à m’éloigner de vous. Milord, nous sommes quittes, ce seul sentiment vous a tout payé.

Il ne faut pas vous dire que, durant toute la route, je n’étais occupé que de l’objet de mon voyage ; mais une chose à remarquer, c’est que je commençai de voir sous un autre point de vue ce même objet qui n’était jamais sorti de mon coeur. Jusque-là je m’étais toujours rappelé Julie brillante comme autrefois des charmes de sa première jeunesse ; j’avais toujours vu ses beaux yeux animés du feu qu’elle m’inspirait ; ses traits chéris n’offraient à mes regards que des garants de mon bonheur, son amour et le mien se mêlaient tellement avec sa figure, que je ne pouvais les en séparer. Maintenant j’allais voir Julie mariée, Julie mère, Julie indifférente. Je m’inquiétais des changements que huit ans d’intervalle avaient pu faire à sa beauté. Elle avait eu la petite vérole ; elle s’en trouvait changée : à quel point le pouvait-elle être ? Mon imagination me refusait opiniâtrement des taches sur ce charmant visage ; et sitôt que j’en voyais un marqué de petite vérole, ce n’était plus celui de Julie. Je pensais encore à l’entrevue que nous allions avoir, à la réception qu’elle m’allait faire. Ce premier abord se présentait à mon esprit sous mille tableaux différents, et ce moment qui devait passer si vite revenait pour moi mille fois le jour.

Quand j’aperçus la cime des monts, le coeur me battit fortement, en me disant : elle est là. La même chose venait de m’arriver en mer à la vue des côtes d’Europe. La même chose m’était arrivée autrefois à Meillerie en découvrant la maison du baron d’Etange. Le monde n’est jamais divisé pour moi qu’en deux régions : celle où elle est, et celle où elle n’est pas. La première s’étend quand je m’éloigne, et se resserre à mesure que j’approche, comme un lieu où je ne dois jamais arriver. Elle est à présent bornée aux murs de sa chambre. Hélas ! ce lieu seul est habité ; tout le reste de l’univers est vide.

Plus j’approchais de la Suisse, plus je me sentais ému. L’instant où des hauteurs du Jura je découvris le lac de Genève fut un instant d’extase et de ravissement. La vue de mon pays, de ce pays si chéri, où des torrents de plaisirs avaient inondé mon coeur ; l’air des Alpes si salutaire et si pur ; le doux air de la patrie, plus suave que les parfums de l’Orient ; cette terre riche et fertile, ce paysage unique, le plus beau dont l’oeil humain fut jamais frappé ; ce séjour charmant auquel je n’avais rien trouvé d’égal dans le tour du monde ; l’aspect d’un peuple heureux et libre ; la douceur de la saison, la sérénité du climat ; mille souvenirs délicieux qui réveillaient tous les sentiments que j’avais goûtés ; tout cela me jetait dans des transports que je ne puis décrire, et semblait me rendre à la fois la jouissance de ma vie entière.

En descendant vers la côte je sentis une impression nouvelle dont je n’avais aucune idée ; c’était un certain mouvement d’effroi qui me resserrait le coeur et me troublait malgré moi. Cet effroi, dont je ne pouvais démêler la cause, croissait à mesure que j’approchais de la ville : il ralentissait mon empressement d’arriver, et fit enfin de tels progrès, que je m’inquiétais autant de ma diligence que j’avais fait jusque-là de ma lenteur. En entrant à Vevai, la sensation que j’éprouvai ne fut rien moins qu’agréable : je fus saisi d’une violente palpitation qui m’empêchait de respirer ; je parlais d’une voix altérée et tremblante. J’eus peine à me faire entendre en demandant M. de Wolmar ; car je n’osai jamais nommer sa femme. On me dit qu’il demeurait à Clarens. Cette nouvelle m’ôta de dessus la poitrine un poids de cinq cents livres ; et, prenant les deux lieues qui me restaient à faire pour un répit, je me réjouis de ce qui m’eût désolé dans un autre temps ; mais j’appris avec un vrai chagrin que Mme d’Orbe était à Lausanne. J’entrai dans une auberge pour reprendre les forces qui me manquaient : il me fut impossible d’avaler un seul morceau ; je suffoquais en buvant, et ne pouvais vider un verre qu’à plusieurs reprises. Ma terreur redoubla quand je vis mettre les chevaux pour repartir. Je crois que j’aurais donné tout au monde pour voir briser une roue en chemin. Je ne voyais plus Julie ; mon imagination troublée ne me présentait que des objets confus ; mon âme était dans un tumulte universel. Je connaissais la douleur et le désespoir ; je les aurais préférés à cet horrible état. Enfin je puis dire n’avoir de ma vie éprouvé d’agitation plus cruelle que celle où je me trouvai durant ce court trajet, et je suis convaincu que je ne l’aurais pu supporter une journée entière.

Welcome! A hundred times welcome, dear Saint-Preux! For I claim that this name[134] remains yours, at least in our society. I believe this says enough to show that we have no intention of excluding you, unless you yourself wish to be excluded. Seeing from the letter attached that I have done more than you asked me to, learn to trust your friends a little more, and cease to reproach their hearts for the sorrows they share when reason forces them to tell you about them. Mr. de Wolmar wishes to meet you; he offers you his home, his friendship, his advice: such things were more than enough to dispel all my fears regarding your journey, and I would consider it an insult if I ever doubted you for a moment. He even goes further—he claims to be able to cure you, and says that neither Julie nor he nor you nor I can be truly happy without it. Although I place great trust in his wisdom—and even greater trust in your virtue—I do not know what success this endeavor will achieve. What I am certain of is that, given the woman he has, the care he wishes to take for you is nothing but pure generosity on his part.

Come, my dear friend, into the safety of a honest heart, and satisfy the desire we all have to embrace you and see you peaceful and happy. Come back to your country and among your friends, to rest from your travels and forget all the hardships you have endured. The last time you saw me, I was a serious matron, and my friend was in grave condition; but now that she is recovering well and I have returned to being a young woman, I am just as foolish—and almost as pretty—as I was before marriage. At least one thing is certain: I have not changed at all towards you, and you would probably have to travel around the whole world before finding someone who loved you as much as I do.

Letter VI – From Saint-Preux to Lord Edward

I rise in the middle of the night to write to you. I cannot find any moment of peace; my agitated, excited heart cannot be contained within me; it needs to express itself. You, who have so often assured it of freedom from despair, be the cherished guardian of those first joys it has tasted in so long.

I saw her, my lord! My own eyes saw her! I heard her voice; her hands touched mine; she recognized me; she was overjoyed to see me; she called me her friend, her dear friend; she welcomed me into her home; more happy than at any time in my life, I now live under the same roof as her, and as I write this to you, I am just thirty steps away from her.

My ideas are too vivid; they do not appear one after another in sequence—they all come at once and interfere with each other. I will pause and take some time to try to bring some order to my narrative.

Hardly had I returned after such a long absence and begun to express the first emotions of my heart by embracing my friend, my liberator, and my father, when you began to talk about a trip to Italy. You suggested it in the hope that it might finally relieve me of the burden of being useless to you. Since you could not conclude the matters that kept you in London immediately, you offered for me to set off first so that I would have more time to wait for you here. I asked for permission to come; I obtained it, and I departed. Although Julie was already before my eyes, the thought of approaching her filled me with regret at having to leave you. My lord, our separation is now complete; this single feeling has fully compensated you for everything.

I need not tell you that, throughout the entire journey, my thoughts were occupied solely with the object of my travel; but one thing worth noting is that I began to view that very object from a different perspective—an angle it had never left my mind before. Until then, I had always remembered Julie as she had been in her early youth, radiant with charm; I had always seen her beautiful eyes kindled by the fire of her affection for me; her beloved features seemed to me nothing but guarantees of my happiness. Her love and mine were so inseparably intertwined with her image that I could not distinguish one from the other. Now, however, I was about to see Julie as a married woman, as a mother, perhaps even as someone indifferent to me. I worried about how eight years might have changed her beauty. She had had smallpox; surely it must have affected her somehow—how much, though? My imagination stubbornly refused to accept any imperfections on that lovely face; and whenever I imagined a mark left by the disease, it was no longer Julie’s face at all. I still thought about our upcoming meeting, about the welcome she would extend to me. That first encounter presented itself in my mind in countless different ways, and that moment, which seemed destined to pass so quickly, kept recurring in my thoughts thousands of times a day.

When I saw the peaks of the mountains, my heart began to beat rapidly, as if saying to myself: “It’s there.” The same thing had happened to me at sea when I saw the coasts of Europe; it had also occurred to me in Meillerie when I first saw the baron d’Etange’s house. For me, the world is always divided into only two regions: the one where she is, and the one where she isn’t. The former seems to expand as I move away and narrows as I approach, like a place I must never reach. At present, that region is confined within the walls of her room. Alas! Only this place is inhabited; the rest of the universe is empty.

The closer I got to Switzerland, the more moved I became. The moment I saw Lake Geneva from the heights of the Jura was one of ecstasy and delight. To see my country, this so beloved land where torrents of joy had flooded my heart; the healthy, pure air of the Alps; the gentle atmosphere of my homeland, more soothing than the fragrances of the East; this rich and fertile land, this unique landscape, the most beautiful sight that the human eye has ever beheld; this delightful place where I had found nothing equal in all my travels around the world; the sight of a happy and free people; the mildness of the season, the tranquility of the climate; a thousand delightful memories that awakened all the sentiments I had ever experienced—all these things overwhelmed me with emotions I cannot describe, and it seemed as if they restored to me the joy of my entire life.

As I descended towards the coast, I felt a new sensation for which I had no explanation at all; it was an inexplicable fear that tightened my heart and disturbed me against my will. This fear, whose cause I could not discern, grew stronger as I drew closer to the city. It slowed down my eagerness to arrive, and eventually became so intense that I began to worry about my own speed just as much as I had previously worried about my slowness. Upon entering Vevai, the sensation I experienced was nothing short of pleasant; I was seized by a violent palpitation that made it difficult for me to breathe. I spoke in a hoarse, trembling voice and could barely make myself heard when I asked for Mr. de Wolmar—for I never dared to mention his wife’s name. I was told that he lived in Clarens. This news took away a weight of five hundred pounds from my chest; I regarded the remaining two miles as a respite and rejoiced at what would have otherwise filled me with despair. However, I learned with true sorrow that Madame d’Orbe was in Lausanne. I entered an inn to regain some strength, but I was unable to swallow a single bite; drinking caused me great distress, and I could barely manage to drink a glass more than once. My terror doubled when I saw the horses being prepared to set off again. I would have given anything to see a wheel break on the road. I no longer saw Julie; my disturbed imagination presented only confused images before my eyes; my soul was in utter turmoil. I knew what pain and despair meant—yet I would have preferred them to this horrible state. In short, I can say that I have never experienced such intense agitation in my life as during that brief journey, and I am convinced that I could not have endured it for even a single day.

Benvenuto! Cent volte benvenuto, caro Saint-Preux. Poiché sostengo che questo nome vi appartenga ancora, almeno nella nostra società. Credo di aver detto abbastanza per farvi capire che non si intende escludervi da essa, a meno che voi stessi non lo desideriate. Vedendo dalla lettera allegata che ho fatto più di quanto mi foste chiesto, imparate ad avere un po’ più fiducia nei vostri amici, e smettete di rimproverare il loro cuore per i dolori che devono sopportare quando la ragione li costringe a condividerli con voi. Il signor de Wolmar vuole vedervi; vi offre la sua casa, la sua amicizia, i suoi consigli. Non c’era bisogno di tutto questo per placare tutte le mie preoccupazioni riguardo al vostro viaggio. E mi offenderei io stesso se potessi anche solo dubitare di voi per un momento. Fa di più: afferma di volervi “guarire”, e dice che né Julie, né lui, né voi, né io possiamo essere veramente felici senza questo. Anche se aspetto molto dalla sua saggezza, e ancora di più dalla vostra virtù, non so quale sarà il successo di questo tentativo. Quello che so con certezza è che, considerando la donna che ha, l’attenzione che vuole dedicarvi rappresenta una vera generosità da parte sua.

Vieni dunque, mio caro amico, nella sicurezza di un cuore onesto, per soddisfare l’impazienza che tutti abbiamo di abbracciarti e vederti sereno e felice; vieni nel tuo paese, tra i tuoi amici, per riposarti dai tuoi viaggi e dimenticare tutti i mali che hai sofferto. L’ultima volta che mi hai visto, ero una donna matura, e mia amica era in condizioni molto gravi; ma ora che lei sta bene e io sono tornata a essere una ragazza, eccomi di nuovo altrettanto folle e quasi altrettanto bella come prima del mio matrimonio. Almeno una cosa è certa: non sono cambiata per te, e probabilmente dovresti girare il mondo intero prima di trovare qualcuno che ti ami come me.

Lettera VI – Da Saint-Preux a Lord Edward

Mi alzo nel bel mezzo della notte per scrivervi. Non riesco a trovare un momento di riposo. Il mio cuore, agitato e pieno di emozione, non può rimanere chiuso dentro di me; ha bisogno di esprimersi. Voi, che così spesso lo avete protetto dal dispero, siate il caro custode dei primi piaceri che ha assaporato dopo tanto tempo.

L’ho vista, milord! I miei occhi l’hanno vista! Ho sentito la sua voce; le sue mani hanno toccato le mie; mi ha riconosciuto; è stata felice di vedermi; mi ha chiamato suo amico, il suo caro amico; mi ha accolto nella sua casa; più felice di quanto lo fossi mai stato in vita mia, ora abito con lei sotto lo stesso tetto, e mentre vi scrivo, sono a soli trenta passi da lei.

Le mie idee sono troppo vivide per presentarsi una dopo l’altra; appaiono tutte insieme e si ostacolano a vicenda. Mi fermerò un attimo per riprendere fiato e cercare di dare un po’ di ordine al mio racconto.

Appena dopo una così lunga assenza, mi ero lasciato andare ai primi sentimenti del mio cuore stringendo il mio amico, il mio liberatore e mio padre, quando voi pensaste al viaggio in Italia. Mi incoraggiateste ad affrettarmici, nella speranza di potermi finalmente sollevare dal peso della mia inutilità per voi. Non potendo concludere subito gli affari che vi trattenevano a Londra, mi proposeste di partire prima, così da avere più tempo per aspettarvi qui. Chiesi il permesso di venire; me lo concessero, e partii. E sebbene Julie si offrisse già ai miei occhi, pensando che avrei presto potuto rivederla, provai rimorso all’idea di allontanarmi da voi. Milord, ora ci siamo separate. Questo solo sentimento vi ha ripagato di tutto.

Non c’è bisogno di dirvi che, per tutto il viaggio, non pensavo ad altro che all’oggetto della mia missione; ma una cosa merita di essere notata: iniziai a considerare quell’oggetto sotto un punto di vista diverso, uno che prima non aveva mai preso in considerazione. Fino ad allora, ricordavo sempre Julie come l’avevo conosciuta in passato, brillante e piena dei fascini della sua giovinezza; i suoi bellissimi occhi riflettevano il fuoco dell’amore che provava per me; i suoi tratti dolci rappresentavano per me la garanzia del mio stesso felicità. Il suo amore e il mio si confondevano così strettamente con la sua immagine, che non riuscivo a separarli. Ora, invece, avrei visto Julie sposata, madre, forse anche indifferente. Mi chiedevo quali cambiamenti otto anni potessero aver apportato alla sua bellezza. Aveva contratto il vaiolo; questo l’aveva cambiata. In che misura? La mia immaginazione si rifiutava ostinatamente di concepire qualsiasi imperfezione su quel viso incantevole. E ogni volta che pensavo a una possibile macchia lasciata dal vaiolo, non riuscivo più a riconoscere in essa il volto di Julie. Pensavo ancora all’incontro che avremmo avuto, alla accoglienza che mi avrebbe riservato. Quel primo momento si presentava nella mia mente sotto mille diverse immagini. E quel momento, che avrebbe dovuto passare così in fretta, tornava a ripetersi migliaia di volte al giorno.

Quando vidi la cima delle montagne, il mio cuore batté forte, pensando: “È lì”. La stessa cosa mi era accaduta in mare, di fronte alle coste dell’Europa; lo stesso era successo un tempo a Meillerie, quando scoprii la casa del barone d’Etange. Per me, il mondo si divide sempre solo in due regioni: quella in cui lei è, e quella in cui non è. La prima si estende man mano che mi allontano, e si restringe quanto più mi avvicino, come un luogo a cui non dovrò mai arrivare. Al momento, quel luogo è delimitato soltanto dai muri della sua stanza. Ahimè! Solo quel luogo è abitato; il resto dell’universo è vuoto.

Più mi avvicinavo alla Svizzera, più mi sentivo commosso. Il momento in cui, dalle altezze del Giura, vidi il lago di Ginevra fu un istante di estasi e meraviglia. La vista della mia patria, di questo paese tanto amato, dove torrenti di piacere avevano inondato il mio cuore; l’aria delle Alpi, così salutare e pura; l’incantevole aria della mia terra natale, più dolce dei profumi dell’Oriente; questa terra ricca e fertile, questo paesaggio unico, il più bello che l’occhio umano abbia mai visto; questo luogo incantevole, dove non avevo trovato nulla di paragonabile in tutto il mondo; l’aspetto di un popolo felice e libero; la dolcezza della stagione, la serenità del clima; mille ricordi deliziosi che risvegliavano tutti i sentimenti che avevo provato. Tutto ciò mi gettava in emozioni indescrivibili e sembrava restituirmi, contemporaneamente, il piacere di tutta la mia vita.

Scendendo verso la costa, provai una sensazione nuova di cui non avevo alcuna idea: si trattava di un certo timore che mi stringeva il cuore e mi turbava contro la mia volontà. Quel terrore, la cui causa non riuscivo a comprendere, aumentava man mano che mi avvicinavo alla città; rallentava il mio desiderio di arrivare, e infine raggiunse un punto tale che iniziai ad angosciarmi per la mia fretta tanto quanto prima mi ero preoccupato della mia lentezza. Entrando a Vevai, la sensazione che provai fu tutt’altro che piacevole: fui assalito da una violenta palpitazione che mi impediva di respirare; parlavo con voce alterata e tremante. Feci fatica a farmi capire chiedendo di M. de Wolmar, perché non osavo mai menzionare sua moglie. Mi dissero che abitava a Clarens. Questa notizia mi sollevò da un peso enorme; considerando le due miglia che mi restavano da percorrere come un momento di riposo, mi rallegrai di ciò che in un altro momento avrebbe potuto rattristarmi. Ma appresi con vero dolore che Mme d’Orbe si trovava a Lausanne. Entrai in una locanda per riprendere le forze che mi mancavano: non riuscii a ingoiare nemmeno un boccone; avevo difficoltà a bere, e dovevo riempire un bicchiere più volte prima di riuscirci. La mia paura aumentò ancora quando vidi che si preparavano i cavalli per ripartire. Credo che avrei dato tutto al mondo pur di vedere rompersi una ruota durante il viaggio. Non riuscivo più a pensare a Julie; la mia mente era in preda al caos. Conoscevo il dolore e il dispero. Li avrei preferiti a questo stato orribile. Alla fine, posso dire di non aver mai provato un’agitazione così terribile in tutta la mia vita. E sono convinto che non sarei riuscito a sopportarla nemmeno per una giornata intera.

En arrivant, je fis arrêter à la grille ; et, me sentant hors d’état de faire un pas, j’envoyai le postillon dire qu’un étranger demandait à parler à M. de Wolmar. Il était à la promenade avec sa femme. On les avertit, et ils vinrent par un autre côté, tandis que, les yeux fichés sur l’avenue, j’attendais dans des transes mortelles d’y voir paraître quelqu’un.

À peine Julie m’eut-elle aperçu qu’elle me reconnut. À l’instant, me voir, s’écrier, courir, s’élancer dans mes bras, ne fut pour elle qu’une même chose. À ce son de voix je me sens tressaillir ; je me retourne, je la vois, je la sens. O milord ! ô mon ami… je ne puis parler… Adieu crainte ; adieu terreur, effroi, respect humain. Son regard, son cri, son geste, me rendent en un moment la confiance, le courage, et les forces. Je puise dans ses bras la chaleur et la vie ; je pétille de joie en la serrant dans les miens. Un transport sacré nous tient dans un long silence étroitement embrassés, et ce n’est qu’après un si doux saisissement que nos voix commencent à se confondre et nos yeux à mêler leurs pleurs. M. de Wolmar était là ; je le savais, je le voyais, mais qu’aurais-je pu voir ? Non, quand l’univers entier se fût réuni contre moi, quand l’appareil des tourments m’eût environné, je n’aurais pas dérobé mon coeur à la moindre de ces caresses, tendres prémices d’une amitié pure et sainte que nous emporterons dans le ciel !

Cette première impétuosité suspendue, Madame de Wolmar me prit par la main, et, se retournant vers son mari, lui dit avec une certaine grâce d’innocence et de candeur dont je me sentis pénétré : « Quoiqu’il soit mon ancien ami, je ne vous le présente pas, je le reçois de vous, et ce n’est qu’honoré de votre amitié qu’il aura désormais la mienne. — Si les nouveaux amis ont moins d’ardeur que les anciens, me dit-il en m’embrassant, ils seront anciens à leur tour, et ne céderont point aux autres. » Je reçus ses embrassements, mais mon coeur venait de s’épuiser, et je ne fis que les recevoir.

Après cette courte scène, j’observai du coin de l’oeil qu’on avait détaché ma malle et remisé ma chaise. Julie me prit sous le bras, et je m’avançai avec eux vers la maison, presque oppressé d’aise de voir qu’on y prenait possession de moi.

Ce fut alors qu’en contemplant plus paisiblement ce visage adoré, que j’avais cru trouver enlaidi, je vis avec une surprise amère et douce qu’elle était réellement plus belle et plus brillante que jamais. Ses traits charmants se sont mieux formés encore ; elle a pris un peu plus d’embonpoint qui ne fait qu’ajouter à son éblouissante blancheur. La petite vérole n’a laissé sur ses joues que quelques légères traces presque imperceptibles. Au lieu de cette pudeur souffrante qui lui faisait autrefois sans cesse baisser les yeux, on voit la sécurité de la vertu s’allier dans son chaste regard à la douceur et à la sensibilité ; sa contenance, non moins modeste, est moins timide ; un air plus libre et des grâces plus franches ont succédé à ces manières contraintes, mêlées de tendresse et de honte ; et si le sentiment de sa faute la rendait alors plus touchante, celui de sa pureté la rend aujourd’hui plus céleste.

À peine étions-nous dans le salon qu’elle disparut, et rentra le moment d’après. Elle n’était pas seule. Qui pensez-vous qu’elle amenait avec elle ? Milord, c’étaient ses enfants ! ses deux enfants plus beaux que le jour, et portant déjà sur leur physionomie enfantine le charme et l’attrait de leur mère ! Que devins-je à cet aspect ? Cela ne peut ni se dire ni se comprendre ; il faut le sentir. Mille mouvements contraires m’assaillirent à la fois ; mille cruels et délicieux souvenirs vinrent partager mon coeur. O spectacle ! ô regrets ! Je me sentais déchirer de douleur et transporter de joie. Je voyais, pour ainsi dire, multiplier celle qui me fut si chère. Hélas ! je voyais au même instant la trop vive preuve qu’elle ne m’était plus rien, et mes pertes semblaient se multiplier avec elle.

Elle me les amena par la main. « Tenez, me dit-elle d’un ton qui me perça l’âme, voilà les enfants de votre amie : ils seront vos amis un jour ; soyez le leur dès aujourd’hui. » Aussitôt ces deux petites créatures s’empressèrent autour de moi, me prirent les mains, et m’accablant de leurs innocentes caresses, tournèrent vers l’attendrissement toute mon émotion. Je les pris dans mes bras l’un et l’autre ; et les pressant contre ce coeur agité : « Chers et aimables enfants, dis-je avec un soupir, vous avez à remplir une grande tâche. Puissiez-vous ressembler à ceux de qui vous tenez la vie ; puissiez-vous imiter leurs vertus, et faire un jour par les vôtres la consolation de leurs amis infortunés ! » Madame de Wolmar enchantée me sauta au cou une seconde fois, et semblait me vouloir payer par ses caresses de celles que je faisais à ses deux fils. Mais quelle différence du premier embrassement à celui-là ! Je l’éprouvai avec surprise. C’était une mère de famille que j’embrassais ; je la voyais environnée de son époux et de ses enfants ; ce cortège m’en imposait. Je trouvais sur son visage un air de dignité qui ne m’avait pas frappé d’abord ; je me sentais forcé de lui porter une nouvelle sorte de respect ; sa familiarité m’était presque à charge ; quelque belle qu’elle me parût, j’aurais baisé le bord de sa robe de meilleur coeur que sa joue : dès cet instant, en un mot, je connus qu’elle ou moi n’étions plus les mêmes, et je commençai tout de bon à bien augurer de moi.

M. de Wolmar, me prenant par la main, me conduisit ensuite au logement qui m’était destiné. « Voilà, me dit-il en y entrant, votre appartement : il n’est point celui d’un étranger ; il ne sera plus celui d’un autre ; et désormais il restera vide ou occupé par vous. » Jugez si ce compliment me fut agréable ; mais je ne le méritais pas encore assez pour l’écouter sans confusion. M. de Wolmar me sauva l’embarras d’une réponse. Il m’invita à faire un tour de jardin. Là, il fit si bien que je me trouvai plus à mon aise ; et, prenant le ton d’un homme instruit de mes anciennes erreurs, mais plein de confiance dans ma droiture, il me parla comme un père à son enfant, et me mit à force d’estime dans l’impossibilité de la démentir. Non, milord, il ne s’est pas trompé ; je n’oublierai point que j’ai la sienne et la vôtre à justifier. Mais pourquoi faut-il que mon coeur se resserre à ses bienfaits ? Pourquoi faut-il qu’un homme que je dois aimer soit le mari de Julie ?

Cette journée semblait destinée à tous les genres d’épreuves que je pouvais subir. Revenus auprès de Madame de Wolmar, son mari fut appelé pour quelque ordre à donner ; et je restai seul avec elle.

Je me trouvai alors dans un nouvel embarras, le plus pénible et le moins prévu de tous. Que lui dire ? comment débuter ? Oserais-je rappeler nos anciennes liaisons et des temps si présents à ma mémoire ? Laisserais-je penser que je les eusse oubliés ou que je ne m’en souciasse plus ? Quel supplice de traiter en étrangère celle qu’on porte au fond de son coeur ! Quelle infamie d’abuser de l’hospitalité pour lui tenir des discours qu’elle ne doit plus entendre ! Dans ces perplexités je perdais toute contenance ; le feu me montait au visage ; je n’osais ni parler, ni lever les yeux, ni faire le moindre geste ; et je crois que je serais resté dans cet état violent jusqu’au retour de son mari, si elle ne m’en eût tiré. Pour elle, il ne parut pas que ce tête-à-tête l’eût gênée en rien. Elle conserva le même maintien et les mêmes manières qu’elle avait auparavant, elle continua de me parler sur le même ton ; seulement je crus voir qu’elle essayait d’y mettre encore plus de gaieté et de liberté, jointe à un regard, non timide et tendre, mais doux et affectueux, comme pour m’encourager à me rassurer et à sortir d’une contrainte qu’elle ne pouvait manquer d’apercevoir.

Elle me parla de mes longs voyages : elle voulait en savoir les détails, ceux surtout des dangers que j’avais courus, des maux que j’avais endurés ; car elle n’ignorait pas, disait-elle que son amitié m’en devait le dédommagement. « Ah ! Julie, lui dis-je avec tristesse, il n’y a qu’un moment que je suis avec vous ; voulez-vous déjà me renvoyer aux Indes ? — Non pas, dit-elle en riant, mais j’y veux aller à mon tour. »

Upon arriving, I had the carriage stop at the gate; and feeling utterly unable to take another step, I sent the postillion to say that a stranger wished to speak with Mr. de Wolmar. He was out for a walk with his wife. They were informed, and came from another direction, while I, my eyes fixed on the avenue, waited in mortal suspense, hoping to see someone appear at any moment.

As soon as Julie caught sight of me, she recognized me at once. In that instant, seeing me, shouting, running, and throwing herself into my arms were all one and the same for her. At that sound of her voice, I felt myself tremble; I turned around, I saw her, I felt her. Oh lord! Oh my friend. I cannot speak. Adieu, fear; adieu, terror, dread, human respect. Her gaze, her cry, her gesture restored to me in an instant confidence, courage, and strength. In her arms, I found warmth and life; I was overjoyed as I held her close to me. In a sacred ecstasy, we remained silent, tightly embraced; it was only after such a tender embrace that our voices began to mingle and our tears to blend together. M. de Wolmar was there; I knew he was there, I saw him, but what could I have seen? No, even if the whole universe had gathered against me, even if I had been surrounded by all imaginable torments, I would not have hidden my heart from a single one of these tender caresses—these gentle preludes to a pure and holy friendship that will carry us into heaven!

After that initial outburst of impetuosity subsided, Madame de Wolmar took my hand and, turning to her husband, said to him with a certain grace of innocence and candor that deeply moved me: “Although he is my old friend, I am not presenting him to you; I am receiving him from you, and it is only through your friendship that he will now have mine as well. — ‘If new friends are less enthusiastic than old ones,’ he said to me as he kissed me, ‘they too will in time become old friends and will not yield to others.’” I accepted his kisses, but my heart had already been drained of all emotion; I merely received them passively.

After this brief scene, I noticed out of the corner of my eye that my suitcase had been unloaded and my chair put away. Julie took me by the arm, and I followed them towards the house, feeling almost overwhelmed with relief at the thought that someone was taking care of me there.

It was then, as I gazed more peacefully at that adored face which I had thought to be disfigured, that I saw, with both bitter and sweet surprise, that it was in fact even more beautiful and radiant than ever before. Her charming features had become even more defined; she had gained a slight plumpness that only added to the brilliance of her fair skin. The smallpox had left on her cheeks only some barely noticeable traces. Instead of that once-pained shyness that made her constantly lower her eyes, one could now see in her chaste gaze the confidence of virtue combined with sweetness and sensitivity; her demeanor, equally modest, was no longer so timid. A more relaxed air and freer expressions had replaced those constrained manners once filled with tenderness and shame. And if the awareness of her faults had made her seem more pitiable in the past, today, the knowledge of her purity makes her appear even more ethereal.

As soon as we entered the salon, she disappeared, only to reappear moments later. She was not alone. Who do you think she brought with her? My lord, it was her children—her two children, more beautiful than the day itself, already bearing in their youthful faces the charm and allure of their mother! What did I feel at that sight? It cannot be described or understood; one must simply experience it. A thousand conflicting emotions assaulted me at once; a thousand cruel yet delightful memories shared my heart. Oh, what a spectacle! What regrets! I felt torn apart by pain and overwhelmed with joy. I saw, so to speak, the person who was so dear to me multiplying before my eyes. Alas! At the same time, I witnessed the painful proof that she no longer belonged to me, and it seemed as if my losses multiplied along with her.

She took my hand and led me over. “Here,” she said in a tone that pierced my soul, “these are your friend’s children; one day they will be your friends too—be their friend from today on.” At once, those two little creatures surrounded me, took my hands, and with their innocent caresses, turned all my emotions into tenderness. I took them both in my arms and, pressing them against my agitated heart, said, “Dear and lovely children, you have a great task ahead of you. May you resemble those from whom you receive your life; may you imitate their virtues, and one day bring comfort to their unfortunate friends through yours!” Madame de Wolmar, overjoyed, threw herself into my arms once more, as if wanting to repay with her own caresses those I had given her two sons. But what a difference there was between this second embrace and the first! I felt it with surprise. I was embracing a mother of family; I saw her surrounded by her husband and children—this presence imposed itself upon me. There was an air of dignity on her face that I had not noticed before; I felt compelled to respect her in a new way. Her familiarity almost became burdensome to me; no matter how beautiful she seemed, I would have kissed the hem of her dress with greater sincerity than her cheek. In short, from that moment on, I realized that we were no longer the same person, and I began to feel genuinely hopeful about myself.

Mr. de Wolmar, taking my hand, led me to the apartment that was assigned to me. “Here,” he said as we entered, “is your apartment: it is not that of a stranger; it will never be anyone else’s; from now on, it will either remain empty or be occupied by you.” Judge how pleasing this compliment was to me; yet I did not deserve it enough to receive it without feeling embarrassed. Mr. de Wolmar saved me from the difficulty of having to respond. He invited me to take a walk in the garden. There, he managed to make me feel much more at ease; and, speaking in the tone of someone who was aware of my past mistakes but had full confidence in my integrity, he addressed me as a father would to his child, filling me with such respect that I found it impossible to deny what he said. No, my lord, he was not mistaken; I will never forget that I have both his and your trust to uphold. But why must my heart feel so reluctant toward all his kindnesses? Why must the man whom I ought to love be Julie’s husband?

This day seemed destined to bring me all sorts of trials I might have to endure. After returning to Madame de Wolmar’s side, her husband was called away to give some orders; and I was left alone with her.

I found myself in a new predicament, the most difficult and least anticipated of all. What should I say? How should I begin? Would I dare to bring up our past connections and times that were still so vivid in my memory? Should I give the impression that I had forgotten them or that they no longer concerned me? What an agonizing thing it is to treat someone whom one holds deep in their heart as a stranger! What a disgrace it would be to exploit their hospitality to deliver words they surely no longer wished to hear! Lost in these thoughts, I lost all composure; heat rose to my face; I dared not speak, raise my eyes, or make the slightest movement. I believe I would have remained in this state until her husband returned, had it not been for her intervention. For her part, it seemed that this alone conversation caused her no discomfort at all. She maintained the same demeanor and manner as before, continuing to speak to me in the same tone. Only did I notice that she tried to add even more cheerfulness and openness to her words, accompanied by a look that was not timid or tender, but gentle and affectionate—as if to encourage me to relax and overcome the restraint she must have noticed.

She spoke to me about my long journeys; she wanted to know the details, especially about the dangers I had faced and the hardships I had endured. For she knew, she said, that her friendship was meant to compensate me for all that. “Ah! Julie,” I said sadly, “I have only been with you for a short while; do you already want to send me back to the Indies?” “Not at all,” she replied, laughing, “but I want to go there myself someday.”

Arrivato, feci fermare il cavallo alla recinzione; e, sentendomi incapace di fare un passo, mandai il postiglione a dire che un estraneo chiedeva di parlare con il signor de Wolmar. Lui era fuori a passeggiare con sua moglie. Furono avvisati e arrivarono da un’altra parte, mentre io, con lo sguardo fisso sulla strada, aspettavo in preda all’angoscia, sperando che qualcuno comparisse.

Non appena Julie mi vide, mi riconobbe subito. Nel momento stesso in cui mi scorse, gridare, correre verso di me e gettarsi tra le mie braccia per lei furono un’unica cosa. Sentendo quella voce, provo un fremito; mi giro, la vedo. Oh mio signore, oh mio amico. Non riesco a parlare. Addio paura, addio terrore, addio timore umano. Il suo sguardo, il suo grido, il suo gesto mi restituiscono in un istante fiducia, coraggio e forza. Tra le sue braccia trovo calore e vita; esulto di gioia stringendola a me. Un’emozione sacra ci fa rimanere in silenzio, abbracciati stretti. Solo dopo questo dolce momento le nostre voci iniziano a mescolarsi e i nostri occhi a versare lacrime insieme. M. de Wolmar era lì; lo sapevo, lo vedevo. Ma cosa avrei potuto vedere? No. Anche se tutto l’universo si fosse unito contro di me, anche se fossi stato circondato da ogni sorta di tormenti, non avrei mai nascosto il mio cuore a una sola di quelle carezze. Tenere deliziose premonizioni di un’amicizia pura e sacra che porteremo con noi in cielo!

Dopo quel primo impeto trattenuto, Madame de Wolmar mi prese per la mano e, rivolgendosi a suo marito, disse con una certa grazia di innocenza e candore che mi colpì profondamente: «Anche se è un mio vecchio amico, non vi lo presento io stessa; lo ricevo da voi, e sarà onorato dalla vostra amicizia tanto quanto lo sarà ora dalla mia. — Se gli amici nuovi hanno meno entusiasmo di quelli vecchi,» mi disse abbracciandomi, «diventeranno a loro volta vecchi amici e non cederanno il posto agli altri.» Accettai i suoi abbracci, ma il mio cuore si era ormai esaurito. E li accettai soltanto per dovere.

Dopo questa breve scena, notai con la coda dell’occhio che avevano smontato la mia valigia e riposto la mia sedia. Julie mi prese sotto il braccio e io li seguii verso la casa, sentendomi quasi sopraffatto da una sensazione di sollievo nel vedere che finalmente qualcuno si prendeva cura di me.

Fu allora, osservando più tranquillamente quel volto adorato che avevo creduto fosse cambiato in peggio, che vidi con una sorpresa dolce e amara che era davvero più bella e più radiosa che mai. I suoi tratti incantevoli si erano ancora più definiti; aveva acquistato un po’ di rotondità che non faceva altro che esaltare la sua straordinaria bianchezza. La varicella aveva lasciato sulle sue guance soltanto alcune lievi tracce quasi impercettibili. Al posto di quella timidezza sofferta che un tempo le faceva abbassare costantemente lo sguardo, si vedeva nella sua espressione casta la sicurezza della virtù unita alla dolcezza e alla sensibilità; il suo portamento, altrettanto modesto, era meno timido; un’aria più libera e grazie più spontanee avevano sostituito quelle maniere rigide, mescolate di tenerezza e vergogna. E se il senso del proprio errore la rendeva allora più commovente, il senso della propria purezza la rende oggi ancora più celestiale.

Appena entrammo nel salone, lei scomparve e tornò poco dopo. Non era sola. Chi pensate che portasse con sé? Signore, erano i suoi figli! I suoi due bambini, più belli del sole stesso, e che già mostravano sul loro viso infantile il fascino e l’attrattiva di loro madre. Che cosa provai di fronte a questa scena? Non si può né dire né comprendere; bisogna semplicemente sentirlo. Mille sentimenti contrastanti mi assalirono contemporaneamente; mille ricordi crudeli e deliziosi condivisero il mio cuore. Oh spettacolo! Oh rimpianti. Mi sentivo lacerato dal dolore e travolto dalla gioia. Vedevo, in un certo senso, quella persona che mi era stata così cara moltiplicarsi davanti ai miei occhi. Ahimè, nello stesso istante vedevo anche la prova evidente del fatto che ormai non significava più nulla per me. E le mie perdite sembravano moltiplicarsi insieme a lei.

Mi portò via per mano. “Ecco,” mi disse con un tono che penetrò nell’anima mia, “i figli della tua amica: un giorno saranno anche i tuoi amici; sii il loro amico già oggi.” All’istante quelle due piccole creature si affollarono intorno a me, presero le mie mani e, con le loro carezze innocenti, trasformarono tutta la mia emozione in commozione. Presi entrambi tra le braccia e, stringendoli contro quel cuore agitato, dissi: “Carissimi e adorabili bambini, avete davanti a voi una grande missione. Possiate assomigliare a coloro da cui avete ricevuto la vita; possiate imitare le loro virtù e un giorno, con le vostre, consolare i loro amici sfortunati!” Madame de Wolmar, incantata, mi gettò di nuovo tra le braccia, come se volesse ricambiare con le sue carezze quelle che io avevo dato ai suoi due figli. Ma quale differenza c’era tra quel primo abbraccio e questo! Lo percepii con sorpresa: stavo abbracciando una madre di famiglia; la vedevo circondata dal marito e dai figli. Quel contesto mi impondeva rispetto. Sul suo viso notai un’aria di dignità che prima non avevo notato; mi sentii costretto a rispettarla in modo diverso. La sua familiarità mi sembrava quasi imbarazzante. Per quanto bella fosse, avrei baciato con più gioia il bordo della sua gonna che la sua guancia. Da quel momento capii chiaramente che io e lei non eravamo più le stesse persone di prima. E iniziò davvero a sperare in me.

Il signor de Wolmar, prendendomi per mano, mi condusse poi nell’appartamento che mi era stato assegnato. “Ecco,” mi disse entrandoci, “il vostro appartamento: non è quello di uno straniero; non sarà mai più quello di nessun altro; da ora in poi rimarrà vuoto o occupato da voi.” Giudicate se questo complimento mi fu gradito. Ma non lo meritavo ancora abbastanza per ascoltarlo senza imbarazzo. Il signor de Wolmar mi salvò dall’imbarazzo di dover rispondere: mi invitò a fare un giro nel giardino. Lì, con grande abilità, riuscì a farmi sentire più a mio agio; e, assumendo l’atteggiamento di una persona che conosceva le mie precedenti errori, ma che aveva piena fiducia nella mia rettitudine, mi parlò come un padre con suo figlio, facendomi provare per lui un tale rispetto da rendermi impossibile negare quanto aveva detto. No, milord. Non si è sbagliato: non dimenticherò mai di dover giustificare sia la sua che la vostra fiducia in me. Ma perché il mio cuore deve rifiutare i suoi benefici? Perché l’uomo che dovrei amare deve essere proprio il marito di Julie?

Quel giorno sembrava destinato a offrirmi ogni sorta di prove. Tornato accanto a Madame de Wolmar, suo marito fu chiamato per ricevere qualche ordine; e rimasi solo con lei.

Mi trovai quindi in una nuova difficoltà, la più penosa e la meno prevista di tutte. Cosa dirle? Come cominciare? Oserò ricordarle i nostri vecchi legami e quei tempi così lontani? Farò pensare che li abbia dimenticati o che non ci tenga più? Che supplizio trattare come una straniera colui che si porta nel profondo del cuore! Che infamia abusare dell’ospitalità per rivolgerle parole che ormai non dovrebbe più ascoltare! In queste incertezze persi completamente il controllo di me stesso; il viso mi ardeva di rossore; non osavo parlare, alzare lo sguardo o fare il minimo gesto. Credo che sarei rimasto in questo stato fino al ritorno di suo marito, se lei non fosse intervenuta per tirarmi fuori da quella situazione. Per lei, invece, quel colloquio non sembrò causarle alcun imbarazzo. Mantenne lo stesso comportamento e le stesse maniere di sempre; continuò a parlarmi con lo stesso tono. Solo notai che cercava di aggiungere ancora più allegria e naturalezza alle sue parole, accompagnandole con uno sguardo non timido né timido, ma dolce e affettuoso, come per incoraggiarmi a rilassarmi e uscire da quella situazione imbarazzante che sicuramente doveva percepire.

Mi parla dei miei lunghi viaggi: voleva conoscere i dettagli, soprattutto quelli riguardanti i pericoli che avevo affrontato e i mali che avevo sopportato; perché, diceva, non ignorava che la sua amicizia doveva compensarmi per tutto ciò. “Ah! Julie”, le dissi con tristezza, “solo da poco sono con te; vuoi già rimandarmi nelle Indie? — No”, rispose lei ridendo, “ma voglio andarci anch’io.”

Je lui dis que je vous avais donné une relation de mon voyage, dont je lui apportais une copie. Alors, elle me demanda de vos nouvelles avec empressement. Je lui parlai de vous, et ne pus le faire sans lui retracer les peines que j’avais souffertes et celles que je vous avais données. Elle en fut touchée ; elle commença d’un ton plus sérieux à entrer dans sa propre justification, et à me montrer qu’elle avait dû faire tout ce qu’elle avait fait. M. de Wolmar rentra au milieu de son discours ; et ce qui me confondit, c’est qu’elle le continua en sa présence exactement comme s’il n’y eût pas été. Il ne put s’empêcher de sourire en démêlant mon étonnement. Après qu’elle eut fini, il me dit : « Vous voyez un exemple de la franchise qui règne ici. Si vous voulez sincèrement être vertueux, apprenez à l’imiter : c’est la seule prière et la seule leçon que j’aie à vous faire. Le premier pas vers le vice est de mettre du mystère aux actions innocentes ; et quiconque aime à se cacher a tôt ou tard raison de se cacher. Un seul précepte de morale peut tenir lieu de tous les autres, c’est celui-ci : ne fais ni ne dis jamais rien que tu ne veuilles que tout le monde voie et entende ; et, pour moi, j’ai toujours regardé comme le plus estimable des hommes ce Romain qui voulait que sa maison fût construite de manière qu’on vît tout ce qui s’y faisait.

J’ai, continua-t-il, deux partis à vous proposer : choisissez librement celui qui vous conviendra le mieux, mais choisissez l’un ou l’autre. » Alors, prenant la main de sa femme et la mienne, il me dit en la serrant : « Notre amitié commence ; en voici le cher lien ; qu’elle soit indissoluble. Embrassez votre soeur et votre amie ; traitez-la toujours comme telle ; plus vous serez familier avec elle, mieux je penserai de vous. Mais vivez dans le tête-à-tête comme si j’étais présent, ou devant moi comme si je n’y étais pas : voilà tout ce que je vous demande. Si vous préférez le dernier parti, vous le pouvez sans inquiétude ; car, comme je me réserve le droit de vous avertir de tout ce qui me déplaira, tant que je ne dirai rien vous serez sûr de ne m’avoir point déplu. »

Il y avait deux heures que ce discours m’aurait fort embarrassé ; mais M. de Wolmar commençait à prendre une si grande autorité sur moi, que j’y étais déjà presque accoutumé. Nous recommençâmes à causer paisiblement tous trois, et chaque fois que je parlais à Julie je ne manquais point de l’appeler Madame. « Parlez-moi franchement, dit enfin son mari en m’interrompant ; dans l’entretien de tout à l’heure disiez-vous Madame ? — Non dis-je un peu déconcerté ; mais la bienséance… — La bienséance, reprit-il, n’est que le masque du vice ; où la vertu règne elle est inutile ! je n’en veux point. Appelez ma femme Julie en ma présence, ou Madame en particulier, cela m’est indifférent. » Je commençai de connaître alors à quel homme j’avais affaire, et je résolus bien de tenir toujours mon coeur en état d’être vu de lui.

Mon corps, épuisé de fatigue, avait grand besoin de nourriture, et mon esprit de repos ; je trouvai l’un et l’autre à table. Après tant d’années d’absence et de douleurs, après de si longues courses, je me disais dans une sorte de ravissement : « Je suis avec Julie, je la vois, je lui parle ; je suis à table avec elle, elle me voit sans inquiétude, elle me reçoit sans crainte, rien ne trouble le plaisir que nous avons d’être ensemble. Douce et précieuse innocence, je n’avais point goûté tes charmes, et ce n’est que d’aujourd’hui que je commence d’exister sans souffrir ! »

Le soir, en me retirant, je passai devant la chambre des maîtres de la maison ; je les y vis entrer ensemble : je gagnai tristement la mienne, et ce moment ne fut pas pour moi le plus agréable de la journée.

Voilà, milord, comment s’est passée cette première entrevue, désirée si passionnément et si cruellement redoutée. J’ai tâché de me recueillir depuis que je suis seul, je me suis efforcé de sonder mon coeur ; mais l’agitation de la journée précédente s’y prolonge encore, et il m’est impossible de juger si tôt de mon véritable état. Tout ce que je sais très certainement, c’est que si mes sentiments pour elle n’ont pas changé d’espèce, ils ont au moins bien changé de forme ; que j’aspire toujours à voir un tiers entre nous, et que je crains autant le tête-à-tête que je le désirais autrefois.

Je compte aller dans deux ou trois jours à Lausanne. Je n’ai vu Julie encore qu’à demi quand je n’ai pas vu sa cousine, cette aimable et chère amie à qui je dois tant, qui partagera sans cesse avec vous mon amitié, mes soins, ma reconnaissance, et tous les sentiments dont mon coeur est resté le maître. À mon retour, je ne tarderai pas à vous en dire davantage. J’ai besoin de vos avis, et je veux m’observer de près. Je sais mon devoir et le remplirai. Quelque doux qu’il me soit d’habiter cette maison, je l’ai résolu, je le jure : si je m’aperçois jamais que je m’y plais trop, j’en sortirai dans l’instant.

Lettre VII – De Madame de Wolmar à Madame d’Orbe

Si tu nous avais accordé le délai que nous te demandions, tu aurais eu le plaisir avant ton départ d’embrasser ton protégé. Il arriva avant-hier et voulait t’aller voir aujourd’hui ; mais une espèce de courbature, fruit de la fatigue et du voyage, le retient dans sa chambre, et il a été saigné[135] ce matin. D’ailleurs, j’avais bien résolu, pour te punir, de ne le pas laisser partir sitôt ; et tu n’as qu’à le venir voir ici, ou je promets que tu ne le verras de longtemps. Vraiment cela serait bien imaginé qu’il vît séparément les inséparables !

En vérité, ma cousine, je ne sais quelles vaines terreurs m’avaient fasciné l’esprit sur ce voyage, et j’ai honte de m’y être opposée avec tant d’obstination. Plus je craignais de le revoir, plus je serais fâchée aujourd’hui de ne l’avoir pas vu ; car sa présence a détruit des craintes qui m’inquiétaient encore, et qui pouvaient devenir légitimes à force de m’occuper de lui. Loin que l’attachement que je sens pour lui m’effraye, je crois que s’il m’était moins cher je me défierais plus de moi ; mais je l’aime aussi tendrement que jamais, sans l’aimer de la même manière. C’est de la comparaison de ce que j’éprouve à sa vue, et de ce que j’éprouvais jadis que je tire la sécurité de mon état présent ; et dans des sentiments si divers la différence se fait sentir à proportion de leur vivacité.

Quant à lui, quoique je l’aie reconnu du premier instant, je l’ai trouvé fort changé ; et, ce qu’autrefois je n’aurais guère imaginé possible, à bien des égards il me paraît changé en mieux. Le premier jour il donna quelques signes d’embarras, et j’eus moi-même bien de la peine à lui cacher le mien ; mais il ne tarda pas à prendre le ton ferme et l’air ouvert qui convient à son caractère. Je l’avais toujours vu timide et craintif ; la frayeur de me déplaire, et peut-être la secrète honte d’un rôle peu digne d’un honnête homme, lui donnaient devant moi je ne sais quelle contenance servile et basse dont tu t’es plus d’une fois moquée avec raison. Au lieu de la soumission d’un esclave, il a maintenant le respect d’un ami qui honorer ce qu’il estime ; il tient avec assurance des propos honnêtes ; il n’a pas peur que ses maximes de vertu contrarient ses intérêts ; il ne craint ni de se faire tort, ni de me faire affront, en louant les choses louables ; et l’on sent dans tout ce qu’il dit la confiance d’un homme droit et sûr de lui-même, qui tire de son propre coeur l’approbation qu’il ne cherchait autrefois que dans mes regards. Je trouve aussi que l’usage du monde et l’expérience lui ont ôté ce ton dogmatique et tranchant qu’on prend dans le cabinet ; qu’il est moins prompt à juger les hommes depuis qu’il en a beaucoup observé, moins pressé d’établir des propositions universelles depuis qu’il a tant vu d’exceptions, et qu’en général l’amour de la vérité l’a guéri de l’esprit de système ; de sorte qu’il est devenu moins brillant et plus raisonnable, et qu’on s’instruit beaucoup mieux avec lui depuis qu’il n’est plus si savant.

I told her that I had given you a account of my journey, and that I was bringing her a copy of it. She then eagerly asked about your well-being. As I spoke of you, I could not help but recount the hardships I had endured and those I had caused you. This touched her deeply; she began to speak more seriously, trying to justify her actions and showing me that she had had no choice but to do what she did. At that moment, Mr. de Wolmar returned; what confused me was that she continued her conversation in his presence as if he were not there at all. He could not help but smile as he saw my astonishment. After she finished speaking, he said to me: “You see an example of the frankness that prevails here. If you truly wish to be virtuous, learn to emulate it—this is the only prayer and the only lesson I have for you. The first step toward vice is to hide even the most innocent actions; and anyone who enjoys hiding will eventually have reason to do so. There is only one moral principle that can replace all others: never do or say anything that you do not wish everyone to see and hear. For my part, I have always regarded that Roman as the most admirable man—who insisted that his house be constructed in such a way that everything that took place inside could be seen.”

“I have two options to offer you,” he continued, “choose freely the one that suits you best, but choose one of them.” Then, taking his wife’s hand and mine, he said while holding them tightly: “Our friendship begins now; this is its precious bond—let it be unbreakable. Kiss your sister and your friend; always treat her as such. The more familiar you become with her, the better I will think of you. But live in private moments as if I were present, or in public as if I were not there: that is all I ask. If you prefer the latter option, do so without worry, for just as I reserve the right to warn you of anything that displeases me, so long as I say nothing, you may be certain that you have not disappointed me.”

Two hours earlier, such a speech would have embarrassed me greatly; but Mr. de Wolmar had begun to exert such authority over me that I was almost accustomed to it by now. We resumed our calm conversations as a group of three, and every time I spoke to Julie, I made sure to address her as “Madam.” “Speak frankly with me,” her husband said finally, interrupting me. “During our conversation earlier, did you call her Madame?” “No,” I replied, somewhat taken aback. “But propriety, ” “Propriety is merely a mask for vice,” he continued. “Where virtue reigns, propriety is useless—I don’t want it at all. Call my wife Julie in my presence, or ‘Madam’ when we are alone—it doesn’t matter to me.” At that moment, I began to realize what kind of man I was dealing with, and I resolved to always keep my heart open to him.

My body, exhausted from fatigue, needed food desperately, and my mind needed rest; I found both at the table. After so many years of absence and pain, after such long journeys, I thought to myself in a state of rapture: “I am with Julie; I see her, I speak to her; I am sitting at the table with her. She sees me without worry, she receives me without fear—nothing disturbs the joy we share being together. Sweet and precious innocence, I had never tasted your charms before; it is only today that I begin to live without suffering!”

That evening, as I was retreating to my room, I passed by the master bedroom of the house; I saw them enter together. I went to my own room in a sad mood, and that moment was certainly not the most pleasant of the day for me.

Here, my lord, is how that first meeting went—so eagerly desired and yet so dreadfully feared. Ever since I was alone, I have tried to calm myself down and to examine my feelings; but the turmoil of the previous day still lingers within me, and it is impossible for me to judge my true state at this moment. What I do know with certainty is that, if my feelings toward her have not changed in nature, they have certainly changed in form; I still desire for a third party to be present between us, and I fear such an intimate encounter just as much as I once longed for it.

I plan to go to Lausanne in two or three days. I have only seen Julie briefly so far; I haven’t yet met her cousin, that kind and dear friend to whom I owe so much. She will always share with you my friendship, my care, my gratitude, and all the feelings of which my heart remains the master. Upon my return, I will not delay in telling you more. I need your advice, and I want to observe myself closely. I know my duty, and I will fulfill it. No matter how pleasant it is for me to live in this house, I have resolved: if I ever find that I enjoy it too much, I will leave immediately.

Letter VII – From Madame de Wolmar to Madame d’Orbe

If you had granted us the time we requested, you would have had the pleasure of embracing your protégé before your departure. He arrived the day before yesterday and wanted to come to see you today; but a kind of stiffness, brought on by fatigue and the journey, keeps him in his room, and he was bled this morning[135]. In fact, I had even resolved, as a way to punish you, not to let him leave right away; so you had better come and see him here, or I promise you won’t be able to see him for a long time. Really, it would be quite ridiculous if he were to meet the ones who are inseparable apart from each other!

In truth, my cousin, I do not know what vain fears had captivated my mind during that journey, and I am ashamed that I resisted them with such obstinacy. The more I feared to see him again, the more disappointed I would be today if I had not done so; for his presence destroyed those fears that still troubled me—and which might have become legitimate if I had continued to dwell on them. Far from being frightened by the affection I feel for him, I believe that if he were less dear to me, I would find it harder to resist myself. But I love him as tenderly as ever—though not in exactly the same way. It is by comparing what I feel when I see him with what I used to feel that I derive comfort in my current state of mind. And in emotions so diverse, the difference becomes apparent precisely because of their intensity.

As for him, although I recognized him from the very first moment, I found him greatly changed; and what I would have hardly imagined possible in the past now seems to me to have improved in many respects. On the first day, he showed some signs of embarrassment, and I myself had great difficulty in hiding my own; but it did not take long for him to adopt the firm tone and open manner that befits his character. I had always seen him timid and fearful; the fear of displeasing me, and perhaps also a secret shame at playing a role unworthy of an honest man, made him behave before me in a servile and humble way—something you have often mocked quite rightly. Instead of the submission of a slave, he now shows the respect of a friend who honors what he values; he speaks honestly and confidently; he is not afraid that his principles of virtue will conflict with his own interests; he is not afraid of offending himself or insulting me by praising what is worthy of praise; and in everything he says, one can sense the confidence of a man who is upright and self-assured, who draws his approval from his own heart, rather than seeking it in my gaze as before. I also notice that life experience has removed from him that dogmatic and rigid tone that some people adopt in their private discussions; he is less quick to judge people now that he has observed them closely enough; he is less eager to make general statements when he has seen so many exceptions; and in short, his love for truth has cured him of that tendency toward dogmatism. As a result, he has become less brilliant but more reasonable—and indeed, one can learn much more from him now that he is not so “erudite” anymore.

Le dissi che vi avevo fornito una descrizione del mio viaggio e che le portavo una copia di quel documento. Allora mi chiese con impazienza notizie su di voi. Parlai di voi, e non potei farlo senza raccontarle tutte le sofferenze che avevo patite e quelle che vi avevo causato. Lei ne fu commossa; iniziò quindi a difendersi con maggiore serietà, dimostrandomi che aveva dovuto agire esattamente come aveva fatto. Nel bel mezzo del suo discorso tornò il signor de Wolmar; ciò che mi confuse fu che lei continuò a parlare davanti a lui come se non fosse stato presente. Lui non poté fare a meno di sorridere, notando la mia sorpresa. Dopo che lei ebbe finito, mi disse: “Vedete un esempio della franchezza che regna qui. Se volete davvero essere virtuosi, imparate ad emularla: questa è l’unica preghiera e l’unica lezione che ho da darvi. Il primo passo verso il vizio è quello di nascondere azioni innocenti; chi ama nascondersi finirà per avere sempre motivi per farlo. Un solo principio morale può sostituire tutti gli altri: non fare mai nulla, né dire nulla, che non vogliate che tutti vedano e sentano. Per quanto mi riguarda, ho sempre considerato il più nobile degli uomini quel romano che voleva che la sua casa fosse costruita in modo che si potesse vedere tutto ciò che vi avveniva dentro.”

“Ho due opzioni da vi proporre”, continuò, “scegliete liberamente quella che vi conviene di più, ma sceglietene una soltanto.” Poi, prendendo per mano sua moglie e la mia, mi disse stringendole: “La nostra amicizia è appena iniziata; ecco il legame che la unisce, che sia indissolubile. Abbracciate vostra sorella e vostra amica; trattatela sempre come tale. Più sarete intimi con lei, meglio penserò di voi. Ma vivete insieme come se io fossi presente, o come se non ci fossi affatto: questo è tutto ciò che vi chiedo. Se preferite la seconda opzione, potete farlo senza alcuna preoccupazione. Poiché, dato che mi riservo il diritto di avvertirvi di tutto ciò che mi dispiacerà, finché non dirò nulla, sarete certi di non avermi offeso.”

Se quel discorso fosse stato pronunciato due ore prima, mi avrebbe messo in una situazione molto imbarazzante; ma il signor de Wolmar aveva ormai assunto su di me un tale ascendente che ero quasi abituato a questo comportamento da parte sua. Riprendemmo a conversare tranquillamente tutti e tre, e ogni volta che parlavo con Julie non mancavo mai di chiamarla “Madame”. “Parlate francamente”, mi interruppe infine suo marito. “Nella conversazione di poco fa avete detto ‘Madame’? – Sì, – La cortesia, ”, risposi un po’ imbarazzato, “è soltanto una maschera del vizio; dove regna la virtù, essa è inutile. Non ne voglio sapere nulla. Chiamate mia moglie Julie davanti a me, o ‘Madame’ quando siamo da soli. Per me non fa differenza.” Fu allora che cominciai a capire con chi avevo a che fare, e decisi fermamente di mantenere sempre il mio cuore “in vista” di lui.

Il mio corpo, esausto per la fatica, aveva un grande bisogno di cibo e il mio spirito di riposo; trovai entrambi a tavola. Dopo tanti anni di assenza e dolore, dopo tante lunghe fughe, mi dissi in un certo tipo di estasi: “Sono con Julie, la vedo, le parlo; sono a tavola con lei, lei mi vede senza preoccupazione, mi accoglie senza paura. Niente disturba il piacere che proviamo ad essere insieme. Dolce e preziosa innocenza. Non avevo mai assaporato i tuoi incanti, ed è solo oggi che inizio a vivere senza soffrire!”

Quella sera, ritirandomi, passai davanti alla stanza dei padroni di casa; li vidi entrare insieme. Entrai nella mia stanza con tristezza. Quel momento non fu certo il più piacevole della giornata per me.

Ecco, milord, come è avvenuta questa prima conversazione, tanto desiderata e al contempo temuta con tanta intensità. Da quando sono solo, ho cercato di calmarmi, di esaminare attentamente i miei sentimenti; tuttavia l’agitazione della giornata precedente continua ad influenzarmi, e non riesco ancora a comprendere con certezza quale sia la mia vera situazione. Una cosa so con certezza: se i miei sentimenti per lei non sono cambiati di natura, almeno hanno subito profondi cambiamenti nella loro forma; desidero ancora che ci sia un terzo tra noi, e temo quel confronto diretto tanto quanto lo desideravo in passato.

Intendo andare a Losanna tra due o tre giorni. Ho visto Julie solo per metà del tempo; non ho incontrato sua cugina, quell’amica cara e gentile a cui devo molto, e che condividerà sempre con voi la mia amicizia, le mie attenzioni, la mia riconoscenza, e tutti i sentimenti di cui il mio cuore è ancora padrone. Al mio ritorno, non tarderò a raccontarvi di più. Ho bisogno dei vostri consigli e voglio osservarmi da vicino. Conosco il mio dovere e lo compirò. Per dolce che sia per me abitare in questa casa, l’ho deciso. Lo giuro: se mai mi accorgerò di trovarmi troppo a mio agio qui, ne uscirò immediatamente.

Lettera VII – Di Madame de Wolmar a Madame d’Orbe

Se ci avessi concesso il tempo che ti chiedevamo, avresti potuto godere, prima della tua partenza, dell’abbraccio del tuo protetto. È arrivato ieri e voleva venire a trovarti oggi; ma una sorta di mal di schiena, causato dalla fatica e dal viaggio, lo trattiene in camera sua, e stamattina è stato sottoposto a un prelievo di sangue[135]. Del resto, avevo proprio deciso, per punirti, di non lasciarlo andare subito; quindi devi venire a vederlo qui, altrimenti prometto che non lo vedrai per molto tempo. Davvero, sarebbe davvero strano se dovesse incontrarsi separatamente coloro che sono destinati a stare insieme!

In verità, mia cugina, non so quali vane paure avessero affascinato la mia mente durante questo viaggio. E mi vergogno di essermi opposta con tanta ostinazione. Più temevo di rivederlo, più oggi mi dispiacerebbe di non averlo incontrato; perché la sua presenza ha distrutto quelle paure che ancora mi angosciavano e che avrebbero potuto diventare legittime se continuavo a pensare solo a lui. Lontanamente dal fatto che l’affetto che provo per lui mi spaventi, credo che se fosse meno caro a me, mi sarei sentita più in grado di controllarmi. Ma lo amo con la stessa tenerezza di sempre, anche se non nello stesso modo. È proprio dalla comparazione tra ciò che provo quando lo vedo e ciò che provavo in passato che traggo sicurezza dal mio stato attuale. E in sentimenti così diversi, la differenza si fa sentire in proporzione alla loro intensità.

Per quanto riguarda lui, sebbene lo avessi riconosciuto fin dal primo momento, mi è sembrato molto cambiato; e ciò che un tempo non avrei mai immaginato possibile, ora mi appare in molti aspetti migliorato. Il primo giorno ha mostrato alcuni segni di imbarazzo, e anch’io ho faticato a nascondere il mio; ma presto ha assunto quell’atteggiamento deciso e aperto che si addice al suo carattere. Lo avevo sempre visto timido e pauroso; la paura di offendermi, e forse anche un segreto senso di vergogna per un comportamento poco degno di un uomo onesto, gli facevano assumere davanti a me una sorta di atteggiamento servile e umiliante, di cui tu ti sei spesso lamentata con ragione. Ora, invece della sottomissione di uno schiavo, mostra il rispetto di un amico che onora ciò che ritiene giusto; parla con sicurezza di cose oneste, non teme che le sue idee di virtù possano contraddire i suoi interessi, né ha paura di offendermi lodando ciò che merita lode; e in tutto ciò che dice si percepisce la fiducia di un uomo retto e sicuro di sé, che trova nell’approvazione del proprio cuore quella stima che un tempo cercava solo nei miei occhi. Inoltre, credo che l’esperienza della vita e le conoscenze acquisite gli abbiano fatto perdere quel tono dogmatico e deciso che si ha quando ci si riflette troppo; è meno pronto a giudicare gli altri ora che ne ha osservati molti, meno propenso a formulare generalizzazioni ora che ne ha visto molte eccezioni; in generale, l’amore per la verità lo ha liberato da quell’ossessione per i sistemi di pensiero; quindi è diventato meno brillante, ma più ragionevole. E imparo molto di più conversando con lui, ora che non è più così “sapiente”.

Sa figure est changée aussi, et n’est pas moins bien ; sa démarche est plus assurée ; sa contenance est plus libre, son port est plus fier : il a rapporté de ses campagnes un certain air martial qui lui sied d’autant mieux, que son geste, vif et prompt quand il s’anime, est d’ailleurs plus grave et plus posé qu’autrefois. C’est un marin dont l’attitude est flegmatique et froide, et le parler bouillant et impétueux. À trente ans passés son visage est celui de l’homme dans sa perfection, et joint au feu de la jeunesse la majesté de l’âge mûr. Son teint n’est pas reconnaissable ; il est noir comme un More, et de plus fort marqué de la petite vérole. Ma chère, il te faut tout dire : ces marques me font quelque peine à regarder, et je me surprends souvent à les regarder malgré moi.

Je crois m’apercevoir que, si je l’examine, il n’est pas moins attentif à m’examiner. Après une si longue absence, il est naturel de se considérer mutuellement avec une sorte de curiosité ; mais si cette curiosité semble tenir de l’ancien empressement, quelle différence dans la manière aussi bien que dans le motif ! Si nos regards se rencontrent moins souvent, nous nous regardons avec plus de liberté. Il semble que nous ayons une convention tacite pour nous considérer alternativement. Chacun sent, pour ainsi dire, quand c’est le tour de l’autre, et détourne les yeux à son tour. Peut-on revoir sans plaisir, quoique l’émotion n’y soit plus, ce qu’on aima si tendrement autrefois, et qu’on aime si purement aujourd’hui ? Qui sait si l’amour-propre ne cherche point à justifier les erreurs passées ? Qui sait si chacun des deux, quand la passion cesse de l’aveugler, n’aime point encore à se dire : « Je n’avais pas trop mal choisi ? » Quoi qu’il en soit, je te le répète sans honte, je conserve pour lui des sentiments très doux qui dureront autant que ma vie. Loin de me reprocher ces sentiments, je m’en applaudis ; je rougirais de ne les avoir pas comme d’un vice de caractère et de la marque d’un mauvais coeur. Quant à lui, j’ose croire qu’après la vertu je suis ce qu’il aime le mieux au monde. Je sens qu’il s’honore de mon estime ; je m’honore à mon tour de la sienne, et mériterai de la conserver. Ah ! si tu voyais avec quelle tendresse il caresse me enfants, si tu savais quel plaisir il prend à parler de toi, cousine, tu connaîtrais que je lui suis encore chère.

Ce qui redouble ma confiance dans l’opinion que nous avons toutes deux de lui, c’est que M. de Wolmar la partage, et qu’il en pense par lui-même, depuis qu’il l’a vu, tout le bien que nous lui en avions dit. Il m’en a beaucoup parlé ces deux soirs, en se félicitant du parti qu’il a pris, et me faisant la guerre de ma résistance. « Non, me disait-il hier, nous ne laisserons point un si honnête homme en doute sur lui-même ; nous lui apprendrons à mieux compter sur sa vertu ; et peut-être un jour jouirons-nous avec plus d’avantage que vous ne pensez du fruit des soins que nous allons prendre. Quant à présent, je commence déjà par vous dire que son caractère me plaît, et que je l’estime surtout par un côté dont il ne se doute guère, savoir la froideur qu’il a vis-à-vis de moi. Moins il me témoigne d’amitié, plus il m’en inspire ; je ne saurais vous dire combien je craignais d’en être caressé. C’était la première épreuve que je lui destinais. Il doit s’en présenter une seconde[136] sur laquelle je l’observerai ; après quoi je ne l’observerai plus. — Pour celle-ci, lui dis-je, elle ne prouve autre chose que la franchise de son caractère ; car jamais il ne peut se résoudre autrefois à prendre un air soumis et complaisant avec mon père, quoiqu’il y eût un si grand intérêt et que je l’en eusse instamment prié. Je vis avec douleur qu’il s’ôtait cette unique ressource, et ne pus lui savoir mauvais gré de ne pouvoir être faux en rien. — Le cas est bien différent, reprit mon mari ; il y a entre votre père et lui une antipathie naturelle fondée sur l’opposition de leurs maximes. Quant à moi, qui n’ai ni systèmes ni préjugés, je suis sûr qu’il ne me hait point naturellement. Aucun homme ne me hait ; un homme sans passion ne peut inspirer d’aversion à personne ; mais je lui ai ravi son bien, il ne me le pardonnera pas sitôt. Il ne m’en aimera que plus tendrement, quand il sera parfaitement convaincu que le mal que je lui ai fait ne m’empêche pas de le voir de bon oeil. S’il me caressait à présent, il serait un fourbe ; s’il ne me caressait jamais, il serait un monstre. »

Voilà, ma Claire, à quoi nous en sommes ; et je commence à croire que le ciel bénira la droiture de nos coeurs et les intentions bienfaisantes de mon mari. Mais je suis bien bonne d’entrer dans tous ces détails : tu ne mérites pas que j’aie tant de plaisir à m’entretenir avec toi : j’ai résolu de ne te plus rien dire ; et si tu veux en savoir davantage, viens l’apprendre.

P. S. — Il faut pourtant que je te dise encore ce qui vient de se passer au sujet de cette lettre. Tu sais avec quelle indulgence M. de Wolmar reçut l’aveu tardif que ce retour imprévu me força de lui faire. Tu vis avec quelle douceur il sut essuyer mes pleurs et dissiper ma honte. Soit que je ne lui eusse rien appris, comme tu l’as assez raisonnablement conjecturé, soit qu’en effet il fût touché d’une démarche qui ne pouvait être dictée que par le repentir, non seulement il a continué de vivre avec moi comme auparavant, mais il semble avoir redoublé de soins, de confiance, d’estime, et vouloir me dédommager à force d’égards de la confusion que cet aveu m’a coûté. Ma cousine, tu connais mon coeur ; juge de l’impression qu’y fait une pareille conduite !

Sitôt que je le vis résolu à laisser venir notre ancien maître, je résolus de mon côté de prendre contre moi la meilleure précaution que je pusse employer ; ce fut de choisir mon mari même pour mon confident, de n’avoir aucun entretien particulier qui ne lui fût rapporté, et de n’écrire aucune lettre qui ne lui fût montrée. Je m’imposai même d’écrire chaque lettre comme s’il ne la devait point voir, et de la lui montrer ensuite. Tu trouveras un article dans celle-ci qui m’est venu de cette manière ; et si je n’ai pu m’empêcher, en l’écrivant, de songer qu’il le verrait, je me rends le témoignage que cela ne m’y a pas fait changer un mot : mais quand j’ai voulu lui porter ma lettre il s’est moqué de moi, et n’a pas eu la complaisance de la lire.

His appearance has also changed, but not in a way that is less pleasing; his gait is more assured, his demeanor more relaxed, and his bearing more proud. He has acquired a certain military bearing from his campaigns, which suits him all the better, especially since his movements, once lively and quick when he becomes excited, are now more deliberate and composed than before. He is like a sailor whose attitude is calm and cold, yet whose speech is passionate and impetuous. At thirty years of age, his face bears the marks of perfection; it combines the vigor of youth with the dignity of maturity. His complexion has changed beyond recognition—it is as dark as that of a Moor, and moreover deeply marked by smallpox. My dear, I must tell you everything: these scars distress me when I look at them, yet often I find myself staring at them without meaning to.

I believe that, if I observe him carefully, he is just as attentive in observing me. After such a long separation, it is natural to regard each other with a certain degree of curiosity; but if this curiosity bears the traces of former eagerness, what a difference there is in both the manner and the motive! Although our eyes meet less often now, we look at each other with greater freedom. It seems we have an unwritten agreement to take turns observing each other. Each of us, so to speak, senses when it is the other’s turn and then looks away in turn. How can one not feel pleasure upon seeing again, even if the emotion is no longer there, what was once loved so tenderly and what is now loved so purely? Who knows whether our self-respect does not seek to justify past mistakes? Who knows whether each of us, once passion ceases to blind us, does not still like to tell ourselves: “Did I not make the right choice?” In any case, I repeat it without shame—I still hold very tender feelings for him, feelings that will last as long as I live. Far from regretting these feelings, I am proud of them; I would be ashamed if I did not possess them, as if they were a vice or a sign of a bad heart. As for him, I dare believe that after virtue, I am what he loves most in the world. I feel that he takes pride in my regard; I, in turn, take pride in his. And I deserve to keep it. Ah! If you could see how tenderly he caresses our children, if you knew how much pleasure he derives from talking about you, cousin, you would understand that I am still dear to him.

What doubles my confidence in the opinion we both hold about him is that Mr. de Wolmar shares it himself, and that he has come to form this same judgment after having seen him for himself, just as we had described him to him. He talked a great deal about him these past two evenings, expressing his satisfaction with the decision he had made and at the same time criticizing my resistance. “No,” he said to me yesterday, “we must not allow such an honest man to doubt his own worth; we will teach him to have more confidence in his virtue—and perhaps one day we will reap far greater benefits from our efforts than you imagine. For now, let me tell you that I like his character, and I particularly appreciate a trait about him of which he is hardly aware himself: the restraint he shows toward me. The less affectionate he is, the more it inspires my respect for him; I can’t tell you how much I feared that he might be too flattering to me. That was the first test I intended to put him through. There will be a second one soon,” he added, “and then I will no longer need to observe his behavior. — As for this current situation,” I said, “it only proves the sincerity of his character; after all, he would never have agreed to behave in a submissive or flattering manner toward my father, even though it would have served our interests greatly and I had earnestly asked him to do so. It pains me to see that he is giving up this last means of maintaining respect for himself, but I cannot blame him for refusing to be deceitful in any way. — The situation is quite different,” my husband replied. “There is a natural antipathy between your father and him, based on the opposition of their principles. As for me, since I have no fixed beliefs or prejudices, I am sure he doesn’t hate me naturally. No man hates me; a person without passions cannot inspire dislike in anyone. But I have taken away his property, and he will not forgive me that so easily. In fact, the more thoroughly he realizes that the harm I have done him does not prevent me from seeing him in a good light, the more tenderly he will come to love me.”

Here it is, my Claire, the situation we are in; and I begin to believe that heaven will bless the integrity of our hearts and the benevolent intentions of my husband. But what right do I have to go into all these details? You don’t deserve me taking such pleasure in talking with you. I have decided not to tell you anything more; and if you want to know more, come and find out for yourself.

P.S. — Yet I must still tell you what happened regarding this letter. You know how indulgent Mr. de Wolmar was toward my late confession of this unexpected return that forced me to make it to him. You saw how gently he managed to soothe my tears and dispel my shame. Whether I had told him nothing, as you quite reasonably speculated, or whether he was indeed moved by an action that could only stem from repentance, he not only continued to live with me as before, but he seemed to redouble his care, trust, and respect for me, striving to compensate me in every way for the embarrassment such a confession caused me. My cousin, you know my heart; judge for yourself what such behavior means to me!

As soon as I saw that he was determined to allow our former master to come back, I resolved to take every possible precaution myself. I chose my husband to be my confidant, ensured that no private conversation of mine was kept from him, and never wrote a letter without showing it to him first. In fact, I made a point of writing each letter as if he were not going to see it at all, and only showed it to him afterward. You will find an article in this very letter that came to me in this way; and although I couldn’t help but think that he would read it while writing it, I swear that this did not cause me to change a single word. However, when I tried to give him the letter, he laughed at me and was kind enough not to read it.

Anche il suo aspetto è cambiato, ma non per questo meno attraente; i suoi passi sono più sicuri, la sua postura più disinvolta, il suo portamento più fiero: dalle sue campagne ha riportato un certo spirito marziale che gli si addice ancora di più, soprattutto perché i suoi gesti, vivaci e pronti quando si anima, sono ora più seri e composti rispetto al passato. È un marinaio il cui atteggiamento è freddo e calmo, ma il cui modo di parlare è appassionato ed impetuoso. A trent’anni, il suo viso è quello dell’uomo nella sua piena maturità; unito al fuoco della giovinezza, possiede anche la maestosità dell’età adulta. Il suo colorito non è più riconoscibile: è nero come quello di un moro, e inoltre presenta i segni lasciati dal vaiolo. Mia cara, devo dirtelo tutto: queste macchie mi fanno male a guardare, e spesso mi ritrovo a fissarle senza volerlo.

Credo di accorgermi che, se lo esamino attentamente, anche lui è altrettanto attento nell’esaminarmi. Dopo una così lunga assenza, è naturale considerarsi a vicenda con una sorta di curiosità; ma se questa curiosità sembra derivare dall’antico interesse che un tempo ci legava, quale differenza c’è sia nel modo che nel motivo! Se i nostri sguardi si incrociano meno spesso, lo facciamo con maggiore libertà. Sembra che abbiamo un accordo tacito per osservarci a turno: ognuno, in qualche modo, percepisce quando tocca al turno dell’altro e distoglie lo sguardo. Come si può rivedere senza gioia, anche se l’emozione è svanita, ciò che un tempo si amava con tanta tenerezza e che oggi si ama ancora con pura affetto? Chi sa se l’orgoglio non cerca di giustificare gli errori del passato. Chi sa se, quando la passione smette di accecarci, ognuno di noi non ami ancora pensare: “Forse non ho scelto male, ” Comunque sia, te lo ripeto senza vergogna: conservo per lui sentimenti molto dolci che dureranno tutta la mia vita. Lontano dal rimproverarmeli, ne sono orgogliosa; mi vergognerei se non li avessi, come di un vizio o di un segno di cattivo cuore. Quanto a lui, oserei credere che, dopo la virtù, io sia ciò che ama di più al mondo. Sento che si onora della mia stima; anch’io mi onoro della sua, e merito davvero di mantenerla. Ah! Se solo potessi vedere con quanta tenerezza accarezza i nostri bambini, se solo sapessi quanto gli piace parlare di te, cugina, allora capiresti che sono ancora molto cara per lui.

Ciò che rafforza ulteriormente la mia fiducia nell’opinione che entrambe abbiamo su di lui è il fatto che anche il signor de Wolmar la condivide e che, dopo averlo conosciuto personalmente, pensa esattamente come noi riguardo alle sue qualità. Ne ha parlato molto con me in queste due sere, rallegrandosi della scelta che ha fatto e lamentandosi della mia resistenza. “No”, mi diceva ieri, “non permetteremo a un uomo così onesto di dubitare di se stesso; gli insegneremo ad avere maggiore fiducia nella sua virtù. E forse un giorno godremo dei frutti dei nostri sforzi più di quanto tu possa immaginare. Per ora, posso già dirti che il suo carattere mi piace molto; lo apprezzo soprattutto per un aspetto di cui lui stesso probabilmente non si rende conto: la freddezza che mostra nei miei confronti. Più lui mi dimostra poco affetto, più ne provo. Non so dirti quanto temessi che fosse troppo affettuoso con me. Era la prima prova che gli avevo preparato. Ne seguirà un’altra, su cui lo osserverò attentamente. Dopo di quella, non avrò più bisogno di farlo. Per questa prova, gli ho detto, dimostra soltanto la franchezza del suo carattere. Non si è mai deciso a comportarsi in modo sottomesso e compiacente con mio padre, nonostante ci fosse un grande interesse e io lo avessi pregato insistentemente di farlo. Mi dispiaceva che rinunciasse a questa unica possibilità. Ma non posso biasimarlo per il fatto che non sia in grado di mentire, — Il caso è molto diverso”, continuò mio marito, “tra tuo padre e lui c’è un’antipatia naturale, dovuta alle differenze nelle loro idee. Quanto a me, che non ho sistemi né pregiudizi, sono sicuro che lui non mi odii per natura. Nessun uomo mi odia. Un uomo senza passioni non può suscitare avversione in nessuno. Ma gli ho portato via ciò che possedeva. Non me lo perdonerà facilmente. Forse un giorno mi amerà ancora di più, quando sarà completamente convinto che il male che gli ho fatto non mi impedisce di considerarlo con affetto. Se ora fosse troppo affettuoso con me, sarebbe un ipocrita. Se mai smettesse di esserlo, sarebbe un mostro, ”

Ecco, Claire, a che punto siamo arrivati; e inizio a credere che il cielo benedirà la rettitudine dei nostri cuori e le intenzioni benevole di mio marito. Ma che sciocca sono a entrare in tutti questi dettagli. Non meriti certo che io provi tanto piacere a parlare con te; ho deciso di non dirti più nulla. E se vuoi saperne di più, vieni a scoprirlo tu stessa.

P.S. — Devo comunque raccontarti ciò che è appena accaduto riguardo a questa lettera. Sai con quale indulgenza il signor de Wolmar ha accolto la mia tardiva confessione, dovuta a questo ritorno inaspettato. Hai visto con quanta dolcezza sia riuscito ad asciugare le mie lacrime e a dissipare la mia vergogna. Che non gli avessi detto nulla, come hai ipotizzato tu stessa in modo molto ragionevole, o che fosse davvero commosso da un gesto che poteva essere motivato soltanto dal pentimento. Non solo ha continuato a vivere con me come prima, ma sembra addirittura aver raddoppiato le sue attenzioni, la sua fiducia e il suo rispetto nei miei confronti, cercando in tutti i modi di compensarmi per l’imbarazzo che quella confessione mi ha causato. Mia cugina, conosci il mio cuore. Giudica tu stessa l’impressione che una tale condotta possa suscitare in me!

Non appena vidi che era deciso ad accogliere di nuovo il nostro vecchio padrone, anch’io decisi di prendere tutte le precauzioni possibili: scelsi mio marito stesso come confidente, evitai qualsiasi conversazione privata che potesse essere riferita a lui, e non scrissi nessuna lettera senza mostrarla prima a lui. Mi imposi persino di scrivere ogni lettera come se lui non dovesse mai vederla, per poi mostrarglia dopo. Troverai in questa lettera un passaggio che è stato scritto in questo modo; e anche se, mentre la scrivevo, non sono riuscita a impedirmi di pensare che lui l’avrebbe letta, ti giuro che questo non mi ha fatto cambiare una parola. Tuttavia, quando ho cercato di fargliela vedere, si è preso gioco di me e non ha avuto la gentilezza di leggerla.

Je t’avoue que j’ai été un peu piquée de ce refus, comme s’il s’était défié de ma bonne foi. Ce mouvement ne lui a pas échappé : le plus franc et le plus généreux des hommes m’a bientôt rassurée. « Avouez, m’a-t-il dit, que dans cette lettre vous avez moins parlé de moi qu’à l’ordinaire. » J’en suis convenue. Était-il séant d’en beaucoup parler pour lui montrer ce que j’en aurais dit ? « Eh bien ! a-t-il repris en souriant, j’aime mieux que vous parliez de moi davantage et ne point savoir ce que vous en direz. » Puis il a poursuivi d’un ton plus sérieux : « Le mariage est un état trop austère et trop grave pour supporter toutes les petites ouvertures de coeur qu’admet la tendre amitié. Ce dernier lien tempère quelquefois à propos l’extrême sévérité de l’autre, et il est bon qu’une femme honnête et sage puisse chercher auprès d’une fidèle amie les consolations, les lumières et les conseils qu’elle n’oserait demander à son mari sur certaines matières. Quoique vous ne disiez jamais rien entre vous dont vous n’aimassiez à m’instruire, gardez-vous de vous en faire une loi, de peur que ce devoir ne devienne une gêne, et que vos confidences n’en soient moins douces en devenant plus étendues. Croyez-moi, les épanchements de l’amitié se retiennent devant un témoin, quel qu’il soit. Il y a mille secrets que trois amis doivent savoir, et qu’ils ne peuvent se dire que deux à deux. Vous communiquez bien les mêmes choses à votre amie et à votre époux, mais non pas de la même manière ; et si vous voulez tout confondre, il arrivera que vos lettres seront écrites plus à moi qu’à elle, et que vous ne serez à votre aise ni avec l’un ni avec l’autre. C’est pour mon intérêt autant que pour le vôtre que je vous parle ainsi. Ne voyez-vous pas que vous craignez déjà la juste honte de me louer en ma présence ? Pourquoi voulez-vous nous ôter, à vous le plaisir de dire à votre amie combien votre mari vous est cher, à moi, celui de penser que dans vos plus secrets entretiens vous aimez à parler bien de lui ? Julie ! Julie ! a-t-il ajouté en me serrant la main et me regardant avec bonté, vous abaisserez-vous à des précautions si peu dignes de ce que vous êtes, et n’apprendrez-vous jamais à vous estimer votre prix ? »

Ma chère amie, j’aurais peine à dire comment s’y prend cet homme incomparable, mais je ne sais plus rougir de moi devant lui. Malgré que j’en aie, il m’élève au-dessus de moi-même, et je sens qu’à force de confiance il m’apprend à la mériter.

Lettre VIII – Réponse de Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

Comment ! cousine, notre voyageur est arrivé, et je ne l’ai pas vu encore à mes pieds chargé des dépouilles de l’Amérique ! Ce n’est pas lui, je t’en avertis, que j’accuse de ce délai, car je sais qu’il lui dure autant qu’à moi ; mais je vois qu’il n’a pas aussi bien oublié que tu dis son ancien métier d’esclave, et je me plains moins de sa négligence que de ta tyrannie. Je te trouve aussi fort bonne de vouloir qu’une prude grave et formaliste comme moi fasse les avances, et que, toute affaire cessante, je coure baiser un visage noir et crotu[137], qui a passé quatre fois sous le soleil et vu le pays des épices. Mais tu me fais rire surtout quand tu te presses de gronder de peur que je ne gronde la première. Je voudrais bien savoir de quoi tu te mêles. C’est mon métier de quereller, j’y prends plaisir, je m’en acquitte à merveille, et cela me va très bien ; mais toi, tu y es gauche on ne peut davantage, et ce n’est point du tout ton fait. En revanche, si tu savais combien tu as de grâce à avoir tort, combien ton air confus et ton oeil suppliant te rendent charmante, au lieu de gronder tu passerais ta vie à demander pardon, sinon par devoir, au moins par coquetterie.

Quant à présent, demande-moi pardon de toutes manières. Le beau projet que celui de prendre son mari pour son confident, et l’obligeante précaution pour une aussi sainte amitié que la nôtre ! Amie injuste et femme pusillanime ! à qui te fieras-tu de ta vertu sur la terre, si tu te défies de tes sentiments et des miens ? Peux-tu, sans nous offenser toutes deux, craindre ton coeur et mon indulgence dans les noeuds sacrés où tu vis ? J’ai peine à comprendre comment la seule idée d’admettre un tiers dans les secrets caquetages de deux femmes ne t’a pas révoltée. Pour moi, j’aime fort à babiller à mon aise avec toi ; mais si je savais que l’oeil d’un homme eût jamais fureté mes lettres, je n’aurais plus de plaisir à t’écrire ; insensiblement la froideur s’introduirait entre nous avec la réserve, et nous ne nous aimerions plus que comme deux autres femmes. Regarde à quoi nous exposait ta sotte défiance, si ton mari n’eût été plus sage que toi.

Il a très prudemment fait de ne vouloir point lire ta lettre. Il en eût peut-être été moins content que tu n’espérais, et moins que je ne le suis moi-même, à qui l’état où je t’ai vue apprend à mieux juger de celui où je te vois. Tous ces sages contemplatifs, qui ont passé leur vie à l’étude du coeur humain, en savent moins sur les vrais signes de l’amour que la plus bornée des femmes sensibles. M. de Wolmar aurait d’abord remarqué que ta lettre entière est employée à parler de notre ami, et n’aurait point vu l’apostille où tu n’en dis pas un mot. Si tu avais écrit cette apostille, il y a dix ans, mon enfant, je ne sais comment tu aurais fait, mais l’ami y serait toujours rentré par quelque coin, d’autant plus que le mari ne la devait point voir.

M. de Wolmar aurait encore observé l’attention que tu as mise à examiner son hôte, et le plaisir que tu prends à le décrire ; mais il mangerait Aristote et Platon avant de savoir qu’on regarde son amant et qu’on ne l’examine pas. Tout examen exige un sang-froid qu’on n’a jamais en voyant ce qu’on aime.

Enfin il s’imaginerait que tous ces changements que tu as observés seraient échappés à une autre ; et moi j’ai bien peur au contraire d’en trouver qui te seront échappés. Quelque différent que ton hôte soit de ce qu’il était, il changerait davantage encore, que, si ton coeur n’avait point changé, tu le verrais toujours le même. Quoi qu’il en soit, tu détournes les yeux quand il te regarde : c’est encore un fort bon signe. Tu les détournes, cousine ? Tu ne les baisses donc plus ? Car sûrement tu n’as pas pris un mot pour l’autre. Crois-tu que notre sage eût aussi remarqué cela ?

Une autre chose très capable d’inquiéter un mari, c’est je ne sais quoi de touchant et d’affectueux qui reste dans ton langage au sujet de ce qui te fut cher. En te lisant, en t’entendant parler, on a besoin de te bien connaître pour ne pas se tromper à tes sentiments ; on a besoin de savoir que c’est seulement d’un ami que tu parles, ou que tu parles ainsi de tous tes amis ; mais quant à cela, c’est un effet naturel de ton caractère, que ton mari connaît trop bien pour s’en alarmer. Le moyen que dans un coeur si tendre la pure amitié n’ait pas encore un peu l’air de l’amour ? Écoute, cousine : tout ce que je te dis doit bien te donner du courage, mais non de la témérité. Tes progrès sont sensibles, et c’est beaucoup. Je ne comptais que sur ta vertu, et je commence à compter aussi sur ta raison : je regarde à présent ta guérison sinon comme parfaite, au moins comme facile, et tu en as précisément assez fait pour te rendre inexcusable si tu n’achèves pas.

I must admit that I was somewhat offended by this refusal, as if it were a challenge to my good faith. He didn’t fail to notice this; the most honest and generous of men soon reassured me. “Admit it,” he said, “in this letter you mentioned me less than usual.” I agreed. Would it have been appropriate to talk more about him just to show him what I would normally say? “Well,” he replied with a smile, “I prefer it when you talk more about me—rather than not knowing at all what you would say.” Then he continued in a more serious tone: “Marriage is too solemn and serious an institution to allow for the kind of casual openness that friendly affection permits. This latter bond can sometimes moderate the extreme severity of the former, and it is good for an honest and wise woman to seek comfort, guidance, and advice from a loyal friend in matters she might not dare to discuss with her husband. Although you never share anything with each other that you wouldn’t be happy to tell me, be careful not to make this a rule—otherwise, this duty might become a burden, and your confidences might lose their sweetness as they become more frequent. Believe me, the expressions of friendship are reserved in the presence of witnesses, no matter who they are. There are many secrets that three friends should know, but which can only be shared between two. You share the same things with both your friend and your husband, but not in the same way. If you try to mix them all up, your letters will end up being more addressed to me than to her, and you won’t feel at ease with either of them. I am speaking to you for both your own good and my own. Don’t you see that you already feel embarrassed to praise me in my presence? Why would you deprive yourself and me of the pleasure of telling your friend how much your husband means to you, and of knowing that in your most private conversations you like to speak well of him?” “Julie! Julie!” he added, taking my hand and looking at me with kindness. “Will you really stoop to such precautions, which are so unworthy of who you are? Will you never learn to appreciate your own worth?”

My dear friend, I struggle to describe how this incomparable man does it, but I can no longer feel ashamed of myself in his presence. Despite my flaws, he raises me above who I am, and I sense that through his trust, he is teaching me how to earn it.

Letter VIII – Reply from Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

How strange! Cousin, our traveler has arrived, and yet I have not yet seen him at my feet, carrying with him the spoils of America! It is not him that I blame for this delay, for I know it takes him just as long as it takes me; but it seems he has not forgotten his former life as a slave quite as you claim. And rather than complaining about his negligence, I blame your tyranny more. I find it quite absurd of you to expect someone as prudish, formalistic, and reserved as myself to take the initiative in such matters—especially after everything else has been settled—to rush and kiss the face of a black man who has traveled four times around the world and seen the land of spices. But what really amuses me is your eagerness to scold me before I even have a chance to do so. I would really like to know what right you have to meddle in this matter. Quarreling is my job; I take pleasure in it, I do it excellently, and it suits me perfectly well. But you, you are utterly clumsy at it, and that’s not your fault at all. On the contrary, if only you knew how charming you look when you’re in the wrong, how endearing your confused expression and pleading gaze make you—instead of scolding, you would spend your life asking for forgiveness, if not out of duty, then at least out of vanity.

As for now, please forgive me in every possible way. What a wonderful plan it was—to choose her husband as her confidant, and to take such careful precautions for a friendship as sacred as ours! Unjust friend and cowardly woman! To whom in this world can you trust your virtue, if you doubt both your own feelings and mine? Can you, without offending either of us, fear the influence of your own heart and my indulgence in those sacred relationships where you find yourself? I cannot understand how the mere idea of allowing a third person to know into the private conversations between two women did not revolt you. For me, I enjoy chatting with you freely; but if I knew that a man’s eyes might ever read my letters, I would no longer take pleasure in writing to you. Gradually, coldness and reserve would creep into our relationship, and we would love each other no more than any two other women. Consider what your foolish distrust could have led us into—had your husband not been wiser than you.

He very carefully chose not to read your letter. He might have been less pleased by it than you hoped, and certainly less so than I am—especially since what I saw of you has taught me to judge your true feelings more accurately. All those wise contemplators who have spent their lives studying the human heart know less about the true signs of love than the most naive and sensible woman. Monsieur de Wolmar would first have noticed that your entire letter is devoted to talking about our friend, and he would not have seen the postscript in which you say nothing about him at all. If you had written that postscript ten years ago, my child. I don’t know how you could have managed it, but somehow our friend’s name would have found its way into it anyway—especially since your husband was not supposed to see it.

Mr. de Wolmar would surely have noticed the attention you paid to observing his host, as well as the pleasure you seemed to take in describing him; but he would rather eat Aristotle and Plato than realize that someone is watching—and indeed examining—his lover. Any examination requires a calmness of mind that one simply does not possess when looking at what one loves.

Ultimately, one might imagine that all these changes you have observed would have escaped someone else’s notice; yet I fear quite the opposite—that there are changes that have escaped yours. No matter how different your host has become from what he was before, he would change even more if your heart had not changed at all; in that case, you would still see him as the same person. Anyway, you look away when he looks at you—this is indeed a very good sign. You’re looking away, cousin? So you no longer lower your eyes? Surely you haven’t said a single word to him. Do you think our wise one would have noticed such a thing too?

Another thing that is very likely to worry a husband is something tender and affectionate that remains in your speech about those who were dear to you. When reading you or listening to you speak, one needs to know you well in order not to misunderstand your feelings; one needs to be sure that you are only referring to a friend, or that you speak this way about all your friends. But as for that, it is a natural consequence of your character, and your husband knows you too well to be alarmed by it. How could pure friendship, in such a tender heart, not sometimes seem like love? Listen, cousin: everything I am telling you should surely give you courage, but not recklessness. Your progress is noticeable, and that is already much. I had only counted on your virtue, but now I begin to count on your reason too; I consider your recovery, if not perfect, at least quite possible, and you have certainly done enough to be beyond reproach if you do not complete it.

Devo ammettere che quel rifiuto mi ha un po’ offesa, come se volesse mettere in dubbio la mia buona fede. Lui non ha mancato di notare questo mio atteggiamento: l’uomo più sincero e generoso del mondo mi ha presto rassicurata. “Ammettetelo”, mi disse, “in questa lettera avete parlato meno di me del solito”. E aveva ragione. Era davvero necessario parlare molto di lui per fargli capire quanto lo amassi? “Beh!”, rispose sorridendo, “preferisco che parliate di me di più, piuttosto che non sapere cosa ne direste”. Poi continuò in tono più serio: “Il matrimonio è uno stato troppo austero e grave per poter tollerare tutte quelle piccole manifestazioni d’affetto che una tenera amicizia permette. Questo legame, a volte, attenua l’estrema severità del matrimonio; ed è bene che una donna onesta e saggia possa cercare presso un’amica fedele le consolazioni, le “luci” e i consigli che non oserebbe chiedere al proprio marito su certe questioni. Anche se non parlate mai tra voi di nulla che non desideriate condividere con me, fate attenzione a non trasformare questo dovere in un obbligo noioso; altrimenti le vostre confidenze potrebbero diventare meno sincere proprio perché più estese. Credetemi: gli sfoghi dell’amicizia si tengono riservati davanti a testimoni, qualunque essi siano. Ci sono mille segreti che tre amici possono condividere, ma che possono essere rivelati solo in due. Condividete le stesse cose con la vostra amica e con vostro marito, ma non nello stesso modo; se cercate di confondere tutto, le vostre lettere finiranno per parlare più a me che a lei, e non vi sentirete a vostro agio né con l’uno né con l’altra. Parlo così sia per il vostro bene che per il mio. Non vedete forse che già ora avete paura di dovermi lodare davanti a voi? Perché vorreste privarci, a voi del piacere di dire alla vostra amica quanto vostro marito vi sia caro, e a me, di sapere che nei vostri incontri più intimi amate parlare bene di lui? Julie!”, aggiunse stringendomi la mano e guardandomi con affetto, “Vi abbasserete davvero a tali precauzioni, così poco degne di ciò che siete. E non imparerete mai ad apprezzare veramente il vostro valore?”

Mia cara amica, fatico a spiegare come faccia quest’uomo incomparabile, ma non riesco più ad arrossire davanti a lui. Nonostante i miei difetti, lui mi eleva al di sopra di me stessa, e sento che, grazie alla sua fiducia in me, imparo a meritarla.

Lettera VIII – Risposta di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Come! Cugina, il nostro viaggiatore è arrivato, eppure non l’ho ancora visto ai miei piedi, carico dei “tesori” dell’America. Non è lui che biasimo per questo ritardo, perché so che anche a lui ci vuole lo stesso tempo che a me; ma vedo chiaramente che non ha dimenticato affatto il suo vecchio mestiere di schiavo. E quindi mi lamento meno della sua negligenza che della tua tirannia. Trovo davvero strano che tu pretenda da una persona rigida, seria e formale come me che sia io ad “fare la prima mossa”. E che, non appena tutto si è sistemato, debba correre a baciare un viso nero e sporco, che ha viaggiato quattro volte sotto il sole e visto il paese delle spezie. Ma mi fai davvero ridere quando ti affretti a rimproverarmi per paura che io sia la prima a farlo. Vorrei proprio sapere di cosa ti occupi tu in tutto questo. È il mio mestiere litigare: mi diverte, me la cavo meravigliosamente. E mi va benissimo così. Ma tu, sei davvero goffa in queste cose. E non è certo colpa tua. Al contrario, se solo sapessi quanto sei affascinante quando sbagli. Quanto il tuo aspetto confuso e il tuo sguardo supplicante ti rendano incantevole. Invece di rimproverarmi, passeresti la vita a chiedere scusa. Almeno per vanità.

Per quanto riguarda il presente, perdonami in ogni modo. Che bel progetto quello di prendere il proprio marito come confidente, e che premurosa attenzione da parte tua verso un’amicizia così sacra come la nostra! Amica ingiusta e donna pusillanime. A chi potrai affidare la tua virtù su questa terra, se disprezi i tuoi sentimenti e i miei? Puoi davvero, senza offenderci entrambe, temere il tuo cuore e la mia indulgenza nei legami sacri che ci uniscono? Non riesco proprio a capire come l’idea stessa di coinvolgere un terzo nei segreti confidenziali tra due donne non ti abbia indignata. Per me, mi piace molto chiacchierare con te liberamente; ma se sapessi che lo sguardo di un uomo avesse mai esaminato le mie lettere, non proverei più alcun piacere a scriverti. In modo insensibile, la freddezza si insinuerebbe tra noi insieme alla riservatezza, e ci ameremmo solo come due altre donne. Guarda a cosa ci hai esposto con quella tua sciocca diffidenza. Se tuo marito non fosse stato più saggio di te.

Ha agito con grande prudenza nel decidere di non leggere la tua lettera. Forse ne sarebbe stato meno soddisfatto di quanto tu sperassi, e anche meno di me stesso, che ho imparato a giudicare meglio lo stato in cui ti trovi grazie a ciò che ho visto. Tutti quei saggi contemplativi che hanno trascorso la loro vita nello studio del cuore umano sanno meno sui veri segni dell’amore di quanto ne sappia la donna più semplice e sensibile. Il signor de Wolmar avrebbe notato subito che l’intera tua lettera è dedicata a parlare del nostro amico, e non avrebbe visto quell’apostilla in cui non ne fai menzione. Se tu avessi scritto quell’apostilla dieci anni fa. Non so come sarebbe andata a finire, ma l’amico ci sarebbe comunque riuscito a farvi capo, soprattutto perché il marito non avrebbe dovuto vederla.

Il signor de Wolmar avrebbe anche notato l’attenzione che hai dedicato ad esaminare il suo ospite, e il piacere che provi nel descriverlo; ma lui mangerebbe Aristotele e Platone prima ancora di rendersi conto che si osserva e si analizza il proprio amante. Qualsiasi esame richiede una calma che non si possiede mai quando si guarda ciò che si ama.

Si potrebbe pensare che tutti questi cambiamenti che hai osservato siano sfuggiti a qualcun altro; mentre io temo, al contrario, che ci siano cambiamenti che sono sfuggiti a te. Qualunque sia la differenza tra il tuo ospite di oggi e quello di prima, egli cambierà ancora di più, se solo il tuo cuore non fosse cambiato, lo vedresti sempre allo stesso modo. Comunque sia, distogli lo sguardo quando ti guarda: questo è senz’altro un ottimo segno. Distogli lo sguardo, cugina? Allora non lo abbassi più, perché sicuramente non hai detto una parola all’altro. Credi che anche il nostro saggio avrebbe notato questa cosa?

Un’altra cosa che può davvero preoccupare un marito è quel qualcosa di toccante e affettuoso che rimane nel tuo modo di parlare di ciò che ti è stato caro. Leggendoti, ascoltandoti parlare, bisogna conoscerti bene per non fraintendere i tuoi sentimenti; bisogna essere certi che stai parlando solo di un amico, o che parli così di tutti i tuoi amici. Ma in questo caso si tratta semplicemente di un effetto naturale del tuo carattere, che tuo marito conosce troppo bene per allarmarsi. Come potrebbe, in un cuore così tenero, l’amicizia pura non assomigliare, almeno in parte, all’amore? Ascolta, cugina: tutto ciò che ti dico dovrebbe darti coraggio, ma non audacia. I tuoi progressi sono evidenti, e questo è molto. Mi aspettavo solo alla tua virtù, ma ora inizio anche a contare sulla tua ragione. Ora considero la tua guarigione, se non perfetta, almeno possibile, e hai sicuramente fatto abbastanza per non poter essere rimproverata se non la porti a termine.

Avant d’être à ton apostille, j’avais déjà remarqué le petit article que tu as eu la franchise de ne pas supprimer ou modifier en songeant qu’il serait vu de ton mari. Je suis sûre qu’en le lisant il eût, s’il se pouvait, redoublé pour toi d’estime ; mais il n’en eût pas été plus content de l’article. En général, ta lettre était très propre à lui donner beaucoup de confiance en ta conduite et beaucoup d’inquiétude sur ton penchant. Je t’avoue que ces marques de petite vérole, que tu regardes tant, me font peur ; et jamais l’amour ne s’avisa d’un plus dangereux fard. Je sais que ceci ne serait rien pour une autre ; mais, cousine, souviens-t’en toujours, celle que la jeunesse et la figure d’un amant n’avaient pu séduire se perdit en pensant aux maux qu’il avait soufferts pour elle. Sans doute le ciel a voulu qu’il lui restât des marques de cette maladie pour exercer ta vertu, et qu’il ne t’en restât pas pour exercer la sienne.

Je reviens au principal sujet de ta lettre : tu sais qu’à celle de notre ami j’ai volé ; le cas était grave. Mais à présent si tu savais dans quel embarras m’a mis cette courte absence et combien j’ai d’affaires à la fois, tu sentirais l’impossibilité où je suis de quitter derechef ma maison, sans m’y donner de nouvelles entraves et me mettre dans la nécessité d’y passer encore cet hiver, ce qui n’est pas mon compte ni le tien. Ne vaut-il pas mieux nous priver de nous voir deux ou trois jours à la hâte, et nous rejoindre six mois plus tôt ? Je pense aussi qu’il ne sera pas inutile que je cause en particulier et un peu à loisir avec notre philosophe, soit pour sonder et raffermir son coeur, soit pour lui donner quelques avis utiles sur la manière dont il doit se conduire avec ton mari, et même avec toi ; car je n’imagine pas que tu puisses lui parler bien librement là-dessus, et je vois par ta lettre même qu’il a besoin de conseil. Nous avons pris une si grande habitude de le gouverner, que nous sommes un peu responsables de lui à notre propre conscience ; et jusqu’à ce que sa raison soit entièrement libre, nous y devons suppléer. Pour moi, c’est un soin que je prendrai toujours avec plaisir ; car il a eu pour mes avis des déférences coûteuses que je n’oublierai jamais, et il n’y a point d’homme au monde, depuis que le mien n’est plus, que j’estime et que j’aime autant que lui. Je lui réserve aussi pour son compte le plaisir de me rendre ici quelques services : J’ai beaucoup de papiers mal en ordre qu’il m’aidera à débrouiller, et quelques affaires épineuses où j’aurai besoin à mon tour de ses lumières et de ses soins. Au reste, je compte ne le garder que cinq ou six jours tout au plus, et peut-être te le renverrai-je dès le lendemain ; car j’ai trop de vanité pour attendre que l’impatience de s’en retourner le prenne, et l’oeil trop bon pour m’y tromper.

Ne manque donc pas, sitôt qu’il sera remis, de me l’envoyer, c’est-à-dire de le laisser venir, ou je n’entendrai pas raillerie. Tu sais bien que si je ris quand je pleure et n’en suis pas moins affligée, je ris aussi quand je gronde et n’en suis pas moins en colère. Si tu es bien sage et que tu fasses les choses de bonne grâce, je te promets de t’envoyer avec lui un joli petit présent qui te fera plaisir, et très grand plaisir ; mais si tu me fais languir, je t’avertis que tu n’auras rien.

P. S. — À propos, dis-moi, notre marin fume-t-il ? Jure-t-il ? Boit-il de l’eau-de-vie ? Porte-t-il un grand sabre ? À-t-il la mine d’un flibustier ? Mon Dieu ! que je suis curieuse de voir l’air qu’on a quand on revient des antipodes !

Lettre IX – De Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

Tiens, cousine, voilà ton esclave que je te renvoie. J’en ai fait le mien durant ces huit jours, et il a porté ses fers de si bon coeur qu’on voit qu’il est tout fait pour servir. Rends-moi grâce de ne l’avoir pas gardé huit autres jours encore ; car, ne t’en déplaise, si j’avais attendu qu’il fût prêt à s’ennuyer avec moi, j’aurais pu ne pas le renvoyer sitôt. Je l’ai donc gardé sans scrupule ; mais j’ai eu celui de n’oser le loger dans ma maison. Je me suis senti quelquefois cette fierté d’âme qui dédaigne les serviles bienséances et sied si bien à la vertu. J’ai été plus timide en cette occasion sans savoir pourquoi ; et tout ce qu’il y a de sûr, c’est que je serais plus portée à me reprocher cette réserve qu’à m’en applaudir.

Mais toi, sais-tu bien pourquoi notre ami s’endurait si paisiblement ici ? Premièrement, il était avec moi, et je prétends que c’est déjà beaucoup pour prendre patience. Il m’épargnait des tracas et me rendait service dans mes affaires ; un ami ne s’ennuie point à cela. Une troisième chose que tu as déjà devinée, quoique tu n’en fasses pas semblant, c’est qu’il me parlait de toi ; et si nous ôtions le temps qu’a duré cette causerie de celui qu’il a passé ici, tu verrais qu’il m’en est fort peu resté pour mon compte. Mais quelle bizarre fantaisie de s’éloigner de toi pour avoir le plaisir d’en parler ? Pas si bizarre qu’on dirait bien. Il est contraint en ta présence ; il faut qu’il s’observe incessamment ; la moindre indiscrétion deviendrait un crime, et dans ces moments dangereux le seul devoir se laisse entendre aux coeurs honnêtes : mais loin de ce qui nous fut cher, on se permet d’y songer encore. Si l’on étouffe un sentiment devenu coupable, pourquoi se reprocherait-on de l’avoir eu tandis qu’il ne l’était point ? Le doux souvenir d’un bonheur qui fut légitime peut-il jamais être criminel ? Voilà, je pense, un raisonnement qui t’irait mal, mais qu’après tout il peut se permettre. Il a recommencé pour ainsi dire la carrière de ses anciennes amours. Sa première jeunesse s’est écoulée une seconde fois dans nos entretiens ; il me renouvelait toutes ses confidences ; il rappelait ces temps heureux où il lui était permis de t’aimer ; il peignait à mon coeur les charmes d’une flamme innocente. Sans doute il les embellissait.

Il m’a peu parlé de son état présent par rapport à toi, et ce qu’il m’en a dit tient plus du respect et de l’admiration que de l’amour ; en sorte que je le vois retourner, beaucoup plus rassurée sur son coeur que quand il est arrivé. Ce n’est pas qu’aussitôt qu’il est question de toi l’on n’aperçoive au fond de ce coeur trop sensible un certain attendrissement que l’amitié seule, non moins touchante, marque pourtant d’un autre ton ; mais j’ai remarqué depuis longtemps que personne ne peut ni te voir ni penser à toi de sang-froid ; et si l’on joint au sentiment universel que ta vue inspire le sentiment plus doux qu’un souvenir ineffaçable a dû lui laisser, on trouvera qu’il est difficile et peut-être impossible qu’avec la vertu la plus austère il soit autre chose que ce qu’il est. Je l’ai bien questionné, bien observé, bien suivi ; je l’ai examiné autant qu’il m’a été possible : je ne puis bien lire dans son âme, il n’y lit pas mieux lui-même ; mais je puis te répondre au moins qu’il est pénétré de la force de ses devoirs et des tiens, et que l’idée de Julie méprisable et corrompue lui ferait plus d’horreur à concevoir que celle de son propre anéantissement. Cousine, je n’ai qu’un conseil à te donner, et je te prie d’y faire attention ; évite les détails sur le passé, et je te réponds de l’avenir.

Quant à la restitution dont tu me parles, il n’y faut plus songer. Après avoir épuisé toutes les raisons imaginables, je l’ai prié, pressé, conjuré, boudé, baisé, je lui ai pris les deux mains, je me serais mise à genoux s’il m’eût laissée faire : il ne m’a pas même écoutée ; il a poussé l’humeur et l’opiniâtreté jusqu’à jurer qu’il consentirait plutôt à ne te plus voir qu’à se dessaisir de ton portrait. Enfin, dans un transport d’indignation, me le faisant toucher attaché sur son coeur : « Le voilà, m’a-t-il dit d’un ton si ému qu’il en respirait à peine, le voilà ce portrait, le seul bien qui me reste, et qu’on m’envie encore ! Soyez sûre qu’il ne me sera jamais arraché qu’avec la vie. » Crois-moi, cousine, soyons sages et laissons-lui le portrait. Que t’importe au fond qu’il lui demeure ? Tant pis pour lui s’il s’obstine à le garder.

Before seeing your apostille, I had already noticed that little passage which you felt free to leave unedited or unchanged, thinking that your husband would see it. I am sure that if he had read it, he would have felt even greater admiration for you—if such a thing were possible—but his satisfaction with the content of the passage would not have increased in any way. Overall, your letter was very likely to inspire him to have great confidence in your conduct, but also to worry greatly about your inclinations. I must admit that those small marks of disease that you seem to regard so closely fill me with fear; indeed, love has never before chosen such a dangerous disguise. I know that this might mean nothing to someone else; but, my dear cousin, always keep this in mind: the woman whom youth and the appearance of a lover had failed to seduce lost her virtue because she thought of the suffering he had endured for her. Perhaps it was the will of heaven that these marks of disease remain with him to test your virtue—and that they do not remain with you to test his.

I return to the main subject of your letter: you know that I stole that belonging to our friend; the situation was serious. But now, if you only knew how much trouble that brief absence has caused me and how many matters I have to attend to at once, you would understand how impossible it is for me to leave my home right away without creating further obstacles for myself and forcing me to spend another winter there, which is neither in my interest nor in yours. Wouldn’t it be better for us to refrain from seeing each other for a couple of days and reunite six months sooner? I also think it would be useful for me to have a private and leisurely conversation with our philosopher, either to examine and strengthen his heart or to give him some helpful advice on how he should behave towards your husband—and even towards you. I don’t imagine you could talk to him freely about these matters, and your letter itself shows that he needs guidance. We have become so accustomed to guiding him that we feel somewhat responsible for him in our own conscience; until his reason is fully free again, we must step in to assist him. For me, this is a task I would always undertake with pleasure, for he has shown me great respect for my opinions, a respect I will never forget. There is no one in the world, apart from my own husband, that I value and love as much as him. I also look forward to his helping me with some matters here: I have many papers in disarray that he will help me organize, as well as some tricky issues where I will need his wisdom and assistance again. In any case, I plan to keep him with me for at most five or six days and may send him back the very next day—because I am too proud to wait for his eagerness to return to take hold of him, and I am too observant not to notice it when it happens.

Therefore, do not fail to send it to me as soon as it is ready—that is, let it come to me—otherwise, I will not hear any teasing from you. You know well that just as I laugh while I am crying and am still distressed, I also laugh when I scold and am still angry. If you are very obedient and do things willingly, I promise to send you a lovely little gift that will please you greatly; but if you make me wait, I warn you that you will get nothing at all.

P.S. — By the way, tell me, does our sailor smoke? Does he swear? Does he drink brandy? Does he carry a large sword? Does he look like a pirate? Oh my God! I’m so curious to see what people look like when they return from the Antipodes!

Letter IX – From Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

Here, cousin, I return your slave to you. I have made him my own during these eight days, and he has borne his chains with such good will that it is clear he is truly meant to serve others. Thank me for not keeping him another eight days; for, believe me or not, if I had waited until he began to grow bored with me, I might not have returned him so soon. I kept him without any remorse—but I did hesitate to let him live in my house. At times, I felt a certain pride that despised such servile proprieties and was so much in line with what virtue demands. Yet, for some reason, I was even more ashamed of this restraint than I was pleased by it.

But you, do you truly understand why our friend endured it all so calmly here? First of all, he was with me, and I claim that that alone was enough to help him maintain patience. He spared me troubles and assisted me in my affairs; a true friend would not find such tasks tedious at all. There is also another reason, which you have already guessed, though you pretend not to: he talked to me about you. If we were to subtract the time spent on these conversations from the total time he spent here, you would realize that very little time actually remained for himself. Yet what a strange notion it seems—to distance oneself from someone just in order to enjoy talking about them! But perhaps it’s not so strange after all. In your presence, he is forced to restrain himself constantly; the slightest indiscretion could be considered a crime. In such dangerous circumstances, the only duty that remains clear to an honest heart is, well, perhaps not exactly that duty. But far from what was once dear to us, we still allow ourselves to think of it. If we suppress a feeling that has become guilty, why should we regret having it when it wasn’t actually guilty in the first place? The sweet memory of a happiness that was once legitimate—can that ever be considered criminal? I suppose this is a reasoning that might not please you, but after all, he may very well afford to entertain such thoughts. He has, in a way, begun anew his old loves. His first youth was relived through our conversations; he confided in me once more about those happy times when he was allowed to love you; he painted before my eyes the charms of an innocent passion. Surely, he embellished those memories even further.

He has spoken little to me about his current feelings towards you, and what he has said is more filled with respect and admiration than love; as a result, I am much more reassured about his feelings now than when he first arrived. It’s not that, whenever your name is mentioned, one cannot detect in the depths of his overly sensitive heart a certain tenderness—tenderness that friendship, albeit equally touching, expresses in a different way. However, I have long observed that no one can look at you or think about you without feeling stirred; and if we take into account the universal admiration your presence inspires, as well as the profound impact an unforgettable memory must have had on him, it becomes clear that, even with the strictest virtue, he could hardly be anything other than what he is. I have questioned him thoroughly, observed his behavior closely, and followed every detail of his actions; I have examined his feelings to the best of my ability. Although I cannot fully decipher the depths of his soul, nor can he do so himself, I can tell you with certainty that he is deeply aware of the strength of his own duties and yours, and that the thought of a despicable and corrupt woman like Julie would fill him with greater horror than the idea of his own destruction. Cousin, I have only one piece of advice for you—I urge you to take it seriously: avoid discussing the past in detail; as for the future, I assure you it is within your control.

As for that restitution you speak of, there is no point in thinking about it anymore. Having exhausted every conceivable argument, I begged him, urged him, implored him, even resorted to sulking and kissing him; I took his hands in mine—I would have knelt down if he had allowed me—to do so. But he wouldn’t listen to me at all. He went so far as to swear that he would rather never see you again than give up your portrait. Finally, in a fit of indignation, I asked him to let me touch it, which was pinned to his chest. “Here it is,” he said, his voice so choked with emotion that he could barely speak. “This portrait—my only remaining possession, and yet still the object of envy for others! Believe me, cousin, we must be wise and leave it with him. What does it matter to you if he keeps it? It’s only bad for him if he insists on holding onto it.”

Prima ancora di leggere l’apostilla che hai inviato, avevo già notato quel piccolo dettaglio che hai avuto la franchezza di non cancellare né modificare, pensando che tuo marito lo avrebbe visto. Sono sicura che, leggendolo, lui ne sarebbe stato ancora più colpito e ti avrebbe stimata ancora di più; tuttavia, questo dettaglio non avrebbe cambiato affatto la sua opinione su di te. In generale, la tua lettera era davvero in grado di fargli nutrire molta fiducia nel tuo comportamento, ma anche molta preoccupazione riguardo ai tuoi sentimenti. Devo ammettere che quelle macchie lasciate dalla varicella, di cui ti preoccupi così tanto, mi spaventano; e mai l’amore ha utilizzato un “trucco” più pericoloso. So che per un’altra donna questo non significherebbe nulla; ma, cugina, ricordatelo sempre: quella donna che la giovinezza e il viso di un amante non erano riusciti a sedurre, perse la propria virtù pensando ai mali che lui aveva sofferto per lei. Senz’altro, il cielo ha voluto che a lei rimanessero quelle tracce di quella malattia, proprio per mettere alla prova la tua virtù; mentre a te non ne rimarranno affatto, così da poter dimostrare la sua.

Torno al tema principale della tua lettera: sai che ho preso in prestito quella del nostro amico; la situazione era grave. Ma ora, se solo sapessi in quale imbarazzo mi ha messo questa breve assenza e quante cose devo gestire contemporaneamente, capiresti quanto sia impossibile per me lasciare immediatamente casa mia senza crearmi ulteriori ostacoli e senza ritrovarmi costretto a trascorrervi anche quest’inverno, il che non è né nel mio interesse né nel tuo. Non sarebbe forse meglio rinunciare temporaneamente ad incontrarci per due o tre giorni e riunirci sei mesi prima? Penso inoltre che non sia inutile che parli a lungo e con calma con il nostro filosofo, sia per esaminare e rafforzare la sua determinazione, sia per dargli alcuni consigli utili su come comportarsi con tuo marito, e anche con te; infatti non credo che tu possa parlare liberamente di queste cose con lui, e dalla tua stessa lettera si evince chiaramente che ha bisogno di aiuto. Abbiamo preso l’abitudine di guidarlo, quindi sentiamo una certa responsabilità nei suoi confronti; finché la sua ragione non sarà completamente libera, dobbiamo continuare a sostenerlo. Per me è un compito che assumerò sempre con piacere: lui ha dimostrato per i miei consigli un grande rispetto che non dimenticherò mai, e non c’è nessun altro al mondo, dopo mio marito, che apprezzi e ami tanto quanto lui. Gli riserverò anche il piacere di potermi essere d’aiuto qui: ho molti documenti disordinati che avrà bisogno di sistemare per me, e alcune questioni complesse nelle quali avrò bisogno dei suoi consigli e del suo aiuto. Comunque, intendo trattenerlo al massimo per cinque o sei giorni, forse lo rimanderò già il giorno dopo; ho troppa vanità per aspettare che sia lui ad avere voglia di tornare a casa, e sono troppo attento per farmi ingannare.

Quindi, non dimenticare di mandarmelo non appena sarà stato restituito, cioè di farlo venire da me, altrimenti non sentirò alcuna battuta scherzosa da parte tua. Sai bene che se rido mentre piango eppure sono comunque triste, rido anche quando rimprovero eppure sono comunque arrabbiata. Se sei davvero saggio e fai le cose di buon grado, ti prometto che ti manderò insieme a lui un bel regalo che ti farà piacere, molto piacere; ma se mi fai aspettare troppo, ti avverto che non riceverai nulla.

P.S. — A proposito, dimmi: il nostro marinaio fuma? Giura? Beve acquavite? Porta una grande spada? Ha l’aspetto di un pirata? Mio Dio! Sono così curiosa di vedere che aspetto abbia una persona quando torna dagli antipodi.

Lettera IX – Di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Ecco, cugina, il tuo schiavo che ti restituisco. L’ho avuto con me per questi otto giorni e si è adattato così bene alla sua condizione da dimostrare chiaramente di essere fatto apposta per servire. Ringraziami per non averlo tenuto ancora altri otto giorni. Perché, a dispetto tuo, se avessi aspettato che si stancasse di stare con me, forse non lo avrei restituito così presto. L’ho quindi tenuto senza rimorsi; ma ho avuto il timore di osare alloggiarlo nella mia casa. A volte provavo quella sorta di orgoglio che disprezza le formalità servili e che si addice tanto alla virtù. In questa occasione, però, mi sono sentita più timida senza sapere esattamente il motivo. E la cosa certa è che ora mi rimprovero maggiormente per questa riservatezza che non ne sono affatto orgogliosa.

Ma tu, sai davvero perché il nostro amico sopportava con tanta pazienza la sua situazione qui? Prima di tutto, era con me, e io affermo che questo già sia molto per riuscire a mantenere la pazienza. Mi risparmiava delle preoccupazioni e mi aiutava nelle mie faccende; un amico non si annoia certo in queste circostanze. Un’altra ragione, che tu hai già intuito, anche se fai finta di niente, è che parlava spesso di te con me; e se togliessimo il tempo che ha trascorso a farlo da quello che ha passato qui, vedresti che non gli ne è rimasto molto per sé. Ma quale strana fantasia, allontanarsi da te solo per poter parlare di te? Non così strana, in realtà. In tua presenza si sente costretto; deve sempre stare attento a ciò che dice; la minima indiscrezione potrebbe diventare un crimine. E in quei momenti pericolosi, l’unico dovere che risuona nei cuori onesti è quello di rispettarti. Ma lontano da ciò che ci era caro, si permette ancora di pensare a te. Se si soffoca un sentimento che è diventato “criminale”, perché rimproverarsi di averlo avuto quando non lo era? Il dolce ricordo di una felicità che un tempo fu legittima, può mai essere considerato criminoso? Penso che questo sia un ragionamento che potrebbe non piacerti, ma dopotutto, forse si può permetterlo. Ha ripreso, in qualche modo, la “carriera” dei suoi vecchi amori. La sua prima giovinezza è trascorsa di nuovo nei nostri dialoghi; mi ha rivelato tutte le sue confidenze. Mi ha ricordato quei tempi felici in cui gli era permesso amarti. Ha descritto al mio cuore i piaceri di un amore innocente. Sicuramente li ha anche abbelliti, nel suo racconto.

Mi ha parlato poco della sua situazione attuale riguardo a te, e ciò che mi ha detto sembra più un segno di rispetto e ammirazione che d’amore; per questo motivo, ora lo vedo tornare con molta maggiore tranquillità nel suo cuore rispetto al momento del suo arrivo. Non è che, ogni volta che si parla di te, non si possa notare, in quel cuore troppo sensibile, un certo raddolcimento, un sentimento che l’amicizia, anch’essa commovente, esprime tuttavia con toni diversi. Ma da tempo ho osservato che nessuno può guardarti o pensare a te con distacco; e se si aggiunge al sentimento universale che la tua presenza suscita il più dolce dei sentimenti, quello lasciato da un ricordo indelebile, si arriverà alla conclusione che sia difficile, forse impossibile, che una persona dotata della virtù più austera possa essere diversa da ciò che è realmente. L’ho interrogato a lungo, l’ho osservato attentamente. Ho cercato di comprendere il suo cuore nel miglior modo possibile; non riesco davvero a leggerne i segreti, e nemmeno lui stesso ne ha una chiara consapevolezza. Ma posso almeno dirti che è profondamente convinto della forza dei propri doveri e dei tuoi. E che l’idea di una Julie spregevole e corrotta gli suscita più orrore di quella del proprio stesso annientamento. Cugina, ho solo un consiglio da darti: cerca di evitare di parlare dei dettagli del passato. Per quanto riguarda il futuro, puoi starne certa.

Per quanto riguarda la restituzione di cui mi parli, non bisogna nemmeno pensarci più. Dopo aver esaurito tutte le ragioni possibili, l’ho supplicato, insistito, pregato. Gli ho preso le mani; avrei persino messo giù le ginocchia se me lo avesse permesso. Ma non mi ha nemmeno ascoltata. È arrivato al punto di giurare che preferirebbe non vederti più piuttosto che rinunciare a quel ritratto. Alla fine, in un impeto di indignazione, mi ha fatto toccare il ritratto attaccato al suo cuore e mi ha detto, con voce così commossa da fargli quasi mancare il respiro: “Ecco. Questo è l’unico bene che mi rimane. Eppure la gente me lo invidia ancora! Sappi una cosa: non mi verrà mai strappato via, a meno che non mi venga tolta anche la vita.” Credimi, cugina. Siamo sagge e lasciamogli quel ritratto. A te, in fondo, che importanza ha se gli rimane o no? Più male per lui se insiste nel tenerlo.

Après avoir bien épanché et soulagé son coeur, il m’a paru assez tranquille pour que je pusse lui parler de ses affaires. J’ai trouvé que le temps et la raison ne l’avaient point fait changer de système, et qu’il bornait toute son ambition à passer sa vie attaché à milord Édouard. Je n’ai pu qu’approuver un projet si honnête, si convenable à son caractère, et si digne de la reconnaissance qu’il doit à des bienfaits sans exemple. Il m’a dit que tu avais été du même avis, mais que M. de Wolmar avait gardé le silence. Il me vient dans la tête une idée : à la conduite assez singulière de ton mari et à d’autres indices, je soupçonne qu’il a sur notre ami quelque vue secrète qu’il ne dit pas. Laissons-le faire, et fions-nous à sa sagesse : la manière dont il s’y prend prouve assez que, si ma conjecture est juste, il ne médite rien que d’avantageux à celui pour lequel il prend tant de soins.

Tu n’as pas mal décrit sa figure et ses manières, et c’est un signe assez favorable que tu l’aies observé plus exactement que je n’aurais cru ; mais ne trouves-tu pas que ses longues peines et l’habitude de les sentir ont rendu sa physionomie encore plus intéressante qu’elle n’était autrefois ? Malgré ce que tu m’en avais écrit, je craignais de lui voir cette politesse maniérée, ces façons singeresses, qu’on ne manque jamais de contacter à Paris, et qui, dans la foule des riens dont on y remplit une journée oisive, se piquent d’avoir une forme plutôt qu’une autre. Soit que ce vernis ne prenne pas sur certaines âmes, soit que l’air de la mer l’ait entièrement effacé, je n’en ai pas aperçu la moindre trace, et, dans tout l’empressement qu’il m’a témoigné, je n’ai vu que le désir de contenter son coeur. Il m’a parlé de mon pauvre mari ; mais il aimait mieux le pleurer avec moi que me consoler, et ne m’a point débité là-dessus de maximes galantes. Il a caressé ma fille ; mais, au lieu de partager mon admiration pour elle, il m’a reproché comme toi ses défauts, et s’est plaint que je la gâtais. Il s’est livré avec zèle à mes affaires, et n’a presque été de mon avis sur rien. Au surplus, le grand air m’aurait arraché les yeux qu’il ne se serait pas avisé d’aller fermer un rideau ; je me serais fatiguée à passer d’une chambre à l’autre qu’un pan de son habit galamment étendu sur sa main ne serait pas venu à mon secours. Mon éventail resta hier une grande seconde à terre sans qu’il s’élançât du bout de la chambre comme pour le retirer du feu. Les matins, avant de me venir voir, il n’a pas envoyé une seule fois savoir de mes nouvelles. À la promenade il n’affecte point d’avoir son chapeau cloué sur sa tête, pour montrer qu’il sait les bons airs[138]. À table, je lui ai demandé souvent sa tabatière, qu’il n’appelle pas sa boîte ; toujours il me l’a présentée avec la main, jamais sur une assiette, comme un laquais ; il n’a pas manqué de boire à ma santé deux fois au moins par repas ; et je parie que, s’il nous restait cet hiver, nous le verrions assis avec nous autour du feu se chauffer en vieux bourgeois. Tu ris, cousine, mais montre-moi un des nôtres fraîchement venu de Paris, qui ait conservé cette bonhomie. Au reste, il me semble que tu dois trouver notre philosophe empiré dans un seul point : c’est qu’il s’occupe un peu plus des gens qui lui parlent, ce qui ne peut se faire qu’à ton préjudice, sans aller pourtant, je pense, jusqu’à le raccommoder avec Mme Belon. Pour moi, je le trouve mieux en ce qu’il est plus grave et plus sérieux que jamais. Ma mignonne, garde-le-moi bien soigneusement jusqu’à mon arrivée : il est précisément comme il me le faut, pour avoir le plaisir de le désoler tout le long du jour.

Admire ma discrétion ; je ne t’ai rien dit encore du présent que je t’envoie et qui t’en promet bientôt un autre ; mais tu l’as reçu avant que d’ouvrir ma lettre ; et toi qui sais combien j’en suis idolâtre et combien j’ai raison de l’être, toi dont l’avarice était si en peine de ce présent, tu conviendras que je tins plus que je n’avais promis. Ah ! la pauvre petite ! au moment où tu lis ceci elle est déjà dans tes bras : elle est plus heureuse que sa mère ; mais dans deux mois je serai plus heureuse qu’elle, car je sentirai mieux mon bonheur. Hélas ! chère cousine, ne m’as-tu pas déjà tout entière ? Où tu es, où est ma fille, que manque-t-il encore de moi ? La voilà, cette aimable enfant ; reçois-la comme tienne ; je te la cède, je te la donne ; je résigne entes mais le pouvoir maternel ; corrige mes fautes, charge-toi des soins dont je m’acquitte si mal à ton gré ; sois dès aujourd’hui la mère de celle qui doit être ta bru, et, pour me la rendre plus chère encore, fais-en, s’il se peut, une autre Julie. Elle te ressemble déjà de visage ; à son humeur j’augure qu’elle se grave et prêcheuse ; quand tu auras corrigé les caprices qu’on m’accuse d’avoir fomentés, tu verras que ma fille se donnera les airs d’être ma cousine ; mais, plus heureuse, elle aura moins de pleurs à verser et moins de combats à rendre. Si le ciel lui eût conservé le meilleur des pères, qu’il eût été loin de gêner ses inclinations, et que nous serons loin de les gêner nous-mêmes ! Avec quel charme je les vois déjà s’accorder avec nos projets ! Sais-tu bien qu’elle ne peut déjà plus se passer de son petit mali, et que c’est en partie pour cela que je te la renvoie ? J’eus hier avec elle une conversation dont notre ami se mourait de rire. Premièrement, elle n’a pas le moindre regret de me quitter, moi qui suis toute la journée sa très humble servante et ne puis résister à rien de ce qu’elle veut ; et toi, qu’elle craint et qui lui dis « Non » vingt fois le jour, tu es la petite maman par excellence, qu’on va chercher avec joie, et dont on aime mieux les refus que tous mes bonbons. Quand je lui annonçai que j’allais te l’envoyer, elle eut les transports que tu peux penser ; mais, pour l’embarrasser, j’ajoutai que tu m’enverrais à sa place le petit mali, et ce ne fut plus son compte. Elle me demanda tout interdite ce que j’en voulais faire ; je répondis que je voulais le prendre pour moi ; elle fit la mine. « Henriette, ne veux-tu pas bien me le céder, ton petit mali ? — Non, dit-elle assez sèchement. Non ? Mais si je ne veux pas te le céder non plus, qui nous accordera ? — Maman, ce sera la petite maman. — J’aurai donc la préférence, car tu sais qu’elle veut tout ce que je veux. — Oh ! la petite maman ne veut jamais que la raison. — Comment, mademoiselle, n’est-ce pas la même chose ? » La rusée se mit à sourire. « Mais encore, continuai-je, par quelle raison ne me donnerait-elle pas le petit mali ? — Parce qu’il ne vous convient pas. — Et pourquoi ne me conviendrait-il pas ? » Autre sourire aussi malin que le premier : « Parle franchement, est-ce que tu me trouves trop vieille pour lui ? — Non, maman, mais il est trop jeune pour vous… » Cousine, un enfant de sept ans !… En vérité, si la tête ne m’en tournait pas, il faudrait qu’elle m’eût déjà tourné.

Je m’amusai à la provoquer encore. « Ma chère Henriette, lui dis-je en prenant mon sérieux, je t’assure qu’il ne te convient pas non plus. — Pourquoi donc ? s’écria-t-elle d’un air alarmé. — C’est qu’il est trop étourdi pour toi. — Oh ! maman, n’est-ce que cela ? Je le rendrai sage. — Et si par malheur il te rendait folle ? — Ah ! ma bonne maman, que j’aimerais à vous ressembler ! — Me ressembler, impertinente ? — Oui, maman : vous dites toute la journée que vous êtes folle de moi ; eh bien ! moi, je serai folle de lui : voilà tout. »

After having thoroughly expressed and relieved the burdens in his heart, he seemed quite calm enough for me to talk with him about his affairs. I found that neither time nor reason had caused him to change his plans; his only ambition was to spend his life devoted to Lord Edward. I could only approve of such an honest and worthy plan, one that suited perfectly his character and was fully deserving of the gratitude he owed for such unparalleled kindnesses. He told me that you had held the same opinion, but that Mr. de Wolmar had remained silent. Now, a thought occurs to me: given your husband’s rather peculiar behavior and some other indications, I suspect that he has some secret plan regarding our friend that he is not revealing. Let us trust him and rely on his wisdom—his approach proves enough that, if my conjecture is correct, he has nothing but good intentions for the person he cares so much about.

You have described his appearance and manners quite accurately, and it is quite favorable that you observed them more closely than I would have expected; but don’t you think that his prolonged sufferings and the habit of enduring them have made his features even more interesting than they used to be? Despite what you had written to me, I was afraid that he would exhibit that kind of affected politeness, those artificial manners that one always encounters in Paris—those things that, amidst the countless trivialities that fill an idle day there, seem to strive for a certain “form” rather than anything genuine. Either that veneer did not take hold on him at all, or perhaps the sea air completely erased it; I didn’t notice the slightest trace of it. And in all his eagerness toward me, I saw only his desire to please my heart. He spoke about my poor husband; yet he preferred to mourn with me rather than comfort me, and he didn’t utter a single gallant word in that regard. He caressed my daughter; but instead of sharing my admiration for her, he criticized her faults just like you did and complained that I was spoiling her. He diligently attended to my affairs, yet almost never agreed with me on anything. Moreover, even if the fresh air out there had made it impossible for me to see anything clearly, he wouldn’t have thought of going to close a curtain; even if I had been exhausted from walking back and forth between rooms, a piece of his coat draped over his hand wouldn’t have come to my rescue. Yesterday, my fan lay on the ground for a whole second without him rushing across the room to pick it up. In the mornings, before coming to see me, he never once inquired about how I was. During walks, he doesn’t bother wearing his hat rigidly on his head just to show off his “good manners.” At the table, I often asked for his snuffbox—which he refuses to call a “box”; yet he always presented it to me with his hand, never on a plate, like a servant would. He didn’t fail to drink to my health at least twice during each meal; and I bet that if we stayed here this winter, we would see him sitting with us by the fire, warming himself like an old-fashioned gentleman. You laugh, cousin, but show me one of our men who has just returned from Paris and still retains such good humor. Besides, I think you must admit that in one respect, our “philosopher” has changed: he pays a bit more attention to the people who talk to him—which, I’m afraid, is to your disadvantage, though I don’t think it means he will reconcile with Madame Belon. For my part, I find him better than ever before—he’s become more serious and earnest. My dear, take good care of him until I arrive; he is just the kind of person I need in order to have the pleasure of annoying him all day long.

Admire my discretion; I have not yet told you anything about the present gift I am sending you, nor about another one that will soon follow; but you received it before even opening my letter. And you, who know how much I adore gifts and how justly I do so—especially since your greed was so eager for this present—you must agree that I kept my promise better than I had promised. Ah! Poor little girl, by the time you read this, she is already in your arms; she is happier than her mother. But in two months, I will be even happier than her, for then I will truly appreciate my own happiness. Alas, dear cousin, don’t you already possess me entirely? Where you are, where is my daughter, what more is missing from me? There she is, this lovely child; accept her as your own. I give her to you, I relinquish her to you. I renounce all maternal authority over her; correct my faults, take on the responsibilities that I so poorly fulfill to your satisfaction. From today onward, be the mother of the one who will soon be your daughter-in-law. And to make her even dearer to me, try, if possible, to turn her into another Julie. She already resembles you in appearance; judging by her temperament, I expect her to become gentle and pious. When you have corrected those caprices for which I am accused of being responsible, you will see that my daughter will act as if she were my cousin. But being happier, she will shed fewer tears and face fewer conflicts. If heaven had granted her the best of fathers, who would never have hindered her inclinations, and if we ourselves never hindered hers! How charmingly I imagine them already fitting into our plans together! Do you realize that she can no longer do without her little “Mali”, and that this is partly why I am sending her to you? Yesterday, I had a conversation with her that our friend would have died laughing over. First of all, she showed not the slightest regret at leaving me—me, who am her humble servant all day long and cannot refuse anything she asks for. And you, whom she fears and to whom she says “No” twenty times a day, you are the very epitome of a mother, someone one seeks with joy, whose refusals are even more cherished than all my sweets. When I told her I was sending her to you, she was overjoyed, but to add to her confusion, I added that you would send me her little “Mali” in place of her, and that didn’t please her at all. She asked me in astonishment what I intended to do with him; I replied that I wanted to keep him for myself. She looked disappointed. “Henriette, won’t you kindly give me your little ‘Mali’?” “No,” she said rather sharply. “No? But if I refuse to give it to you either, who will then give it to her?” “Mommy, it will be the little mommy.” “So I will have the preference, since you know she wants whatever I want, ” “Oh! The little mommy never wants anything but what is right, ” “How so, mademoiselle? Isn’t that the same thing?” The clever girl began to smile. “But still, why wouldn’t she give me her little ‘Mali’?” “Because he doesn’t suit you.” “And why shouldn’t he suit me?” » Another smile, just as sly as the first: « To be honest, do you think I’m too old for him? — No, mom, but he’s too young for you, » A seven-year-old child!. In truth, if it weren’t for the dizziness, it would have happened already.

I took pleasure in provoking her further. “My dear Henriette,” I said seriously, “I assure you that he is not right for you either.” “Why not?” she exclaimed, looking alarmed. “Because he is too frivolous for you.” “Oh! Mama, is that all? I will make him serious.” “And what if, by some misfortune, he made you crazy instead?” “Ah! My dear mother, how I wish I could be like you!” “Be like me, you impertinent child?” “Yes, mama—you say all day long that you are mad about me; well, then I will be mad about him—that’s all.”

Dopo essersi completamente sfogato e sollevato dal peso nel suo cuore, mi è sembrato abbastanza tranquillo da potergli parlare delle sue faccende. Ho notato che né il tempo né la ragione lo avevano fatto cambiare idea, e che tutto il suo desiderio era quello di trascorrere la vita al servizio di lord Edward. Non ho potuto fare altro che approvare un progetto così onesto, così in linea con il suo carattere e così degno della riconoscenza che deve per i benefici ricevuti. Mi ha detto che anche tu eri d’accordo, ma che il signor de Wolmar aveva mantenuto il silenzio. Mi è venuta un’idea: dal comportamento piuttosto strano di tuo marito e da altri indizi, sospetto che abbia qualche piano segreto riguardo al nostro amico, di cui non parla. Lasciamolo fare e fidiamoci della sua saggezza: il modo in cui procede dimostra chiaramente che, se la mia congettura è giusta, non ha in mente nulla che non sia vantaggioso per colui a cui dedica tanta cura.

Hai descritto molto bene il suo aspetto e i suoi modi; è un segno piuttosto favorevole che tu lo abbia osservato con maggiore attenzione di quanto avrei creduto. Ma non trovi anche tu che le sue lunghe sofferenze e l’abitudine ad affrontarle abbiano reso il suo volto ancora più interessante di prima? Nonostante ciò che mi avevi scritto, temevo di trovarvi in lui quella cortesia affettata, quei modi artificiali che a Parigi sono così comuni. E che, nella miriade di cose insignificanti con cui si riempie una giornata oziosa, sembrano voler avere “una certa forma” piuttosto che un’altra. Che quel velo superficiale non attecchisca su alcune persone, o che l’aria del mare lo abbia completamente cancellato. Non ne ho notato la minima traccia; e in tutto l’impegno che mi ha dimostrato, ho visto soltanto il desiderio di compiacere il suo cuore. Mi ha parlato di mio povero marito. Ma preferiva piangerlo con me piuttosto che consolarmi, e non mi ha detto nulla di galante al riguardo. Ha accarezzato mia figlia. Ma invece di condividere la mia ammirazione per lei, mi ha rimproverata, come hai fatto tu, per i suoi difetti, lamentandosi che la viziassi. Si è dedicato con zelo alle mie faccende. E quasi mai era d’accordo con me su nulla. Del resto. Anche se l’aria fresca del mare mi avesse resa cieca, non si sarebbe certo preso la briga di andare a chiudere una tenda. Mi sarei stancata ad andare da una stanza all’altra. Se non fosse stato per un pezzo del suo abito che giaceva elegantemente sulla sua mano. Ieri il mio ventaglio è rimasto per un bel po’ a terra. Senza che lui si alzasse dall’altro capo della stanza per raccoglierlo. Al mattino, prima di venire da me, non mi ha mai chiesto come stessi. Durante le passeggiate, non fa finta di tenere il cappello ben fisso in testa, per dimostrare che conosce i modi corretti. A tavola, gli ho chiesto spesso la sua tabacchiera. Lui non la chiama “la sua scatola”. Me la porge sempre con la mano. Mai su un piatto, come farebbe un servitore. Non ha mancato di brindare due volte almeno a pasto per il mio benessere. E scommetto che, se quest’inverno fossimo ancora qui, lo vedremmo seduto con noi davanti al fuoco, riscaldandosi come un vero borghese. Ridi, cugina. Ma dimmi uno dei nostri giovani appena arrivati da Parigi. Che abbia conservato quella stessa bonomia. Del resto. Mi sembra che il nostro filosofo sia migliorato in un solo aspetto: si occupa un po’ di più delle persone che gli parlano. Il che, a mio parere, non può che nuocergli. Anche se forse non arriverà mai al punto di riconciliarsi con Madame Belon. Per quanto mi riguarda. Lo trovo molto più serio e grave che mai. Mia cara. Tienilo bene con te fino al mio arrivo. È proprio quello di cui ho bisogno. Per poter godermi il piacere di “dispiacergli” tutto il giorno.

Ammiro la tua discrezione: non ti ho ancora detto nulla riguardo al presente che ti sto inviando, ma che presto ti prometterà un altro ancora; tuttavia tu l’hai ricevuto prima ancora di aprire la mia lettera. E tu, che sai quanto io sia devota a questo presente e quanto abbia ragione di esserlo, tu, la cui avarizia faticava così tanto ad accettarlo, ammetterai che ho mantenuto la mia promessa più di quanto avessi detto. Ah! povera piccola, nel momento in cui leggi queste parole, lei è già tra le tue braccia: è più felice di sua madre. Ma tra due mesi sarò ancora più felice di lei, perché allora sentirò più intensamente la mia fortuna. Oh cara cugina, non mi hai forse già tutta? Dove sei tu, dove è mia figlia, cosa manca ancora di me? Ecco lei, questa adorabile bambina, accettala come tua; te la cedo, te la dono, rinuncio completamente al potere materno, correggi i miei errori, occupati dei compiti che io svolgo così male a tuo gusto, diventa oggi stesso la madre di quella che un giorno sarà tua nuora. E per renderla ancora più cara per me, cerca, se possibile, di farne un’altra Julie. Già ora assomiglia a te nel viso; dalla sua indole prevedo che sarà gentile e pia. Quando avrai corretto i capricci di cui si dice che io li abbia incoraggiati, vedrai che mia figlia si comporterà come se fosse tua cugina. Ma lei, essendo più felice, verserà meno lacrime e dovrà affrontare meno difficoltà. Se il cielo le avesse conservato il miglior dei padri, se questi non avessero ostacolato le sue inclinazioni, e se noi stessi non le ostacolassimo! Con quale incanto vedo già come si adatteranno perfettamente ai nostri piani. Sai bene che ormai lei non può più fare a meno di quel “piccolo mali”, ed è anche per questo che te la sto rimandando. Ieri ho avuto con lei una conversazione di cui il nostro amico rideva a crepapelle. Prima di tutto, lei non prova alcun rimpianto nel lasciarmi, io che sono tutto il giorno la sua umile serva e non riesco a resistere a nulla di ciò che vuole. E tu, che lei teme e a cui dice “No” venti volte al giorno, tu sei davvero la piccola mamma per eccellenza, quella che tutti cercano con gioia, e della quale amano di più i rifiuti che tutti i miei dolci. Quando le ho detto che ti avrei inviata mia figlia, è stata felicissima. Ma per metterla in imbarazzo, ho aggiunto che tu mi avresti inviato al suo posto quel “piccolo mali”, e questo non le è piaciuto affatto. Mi ha chiesto con aria sorpresa cosa ne volessi fare. Ho risposto che volevo tenerlo per me. Lei ha fatto la faccia offesa, “Henriette, non vuoi proprio cedermelo, il tuo piccolo mali?” “No,” ha detto lei in modo piuttosto secco, “No? Ma se nemmeno io voglio cederlo a te, chi ci penserà allora?” “Mamma, sarà la piccola mamma, ” “Allora avrò la preferenza, perché sai che lei vuole tutto ciò che voglio io, ” “Oh! La piccola mamma vuole solo ciò che è giusto, ” “Ma, signorina, non è forse la stessa cosa?” La furba bambina ha iniziato a sorridere, “E poi,” ho continuato, “per quale motivo non dovrebbe darmi quel ‘piccolo mali’?” “Perché non ti conviene, ” “E perché non mi conviene?” » Un altro sorriso, altrettanto malizioso quanto il primo: « Dimmi la verità, pensi che io sia troppo vecchia per lui? — No, mamma, ma lui è troppo giovane per te, » Cugina, un bambino di sette anni!. In realtà, se non mi girasse già la testa, probabilmente sarebbe già successo.

Mi divertii a provocarla ancora. “Mia cara Henriette,” le dissi seriamente, “ti assicuro che nemmeno a te conviene.” “Perché mai?” esclamò lei con aria allarmata. “Perché è troppo sciocco per te.” “Oh! Mamma, è solo questo? Lo renderò saggio.” “E se, per disgrazia, ti rendesse pazza?” “Ah! Mia buona mamma, quanto mi piacerebbe assomigliarti!” “Assomigliarmi a me, impertinente?” “Sì, mamma: voi dite tutto il giorno di essere pazza per me; beh, io sarò pazza per lui: è tutto.”

Je sais que tu n’approuves pas ce joli caquet, et que tu sauras bientôt le modérer. Je ne veux pas non plus le justifier, quoiqu’il m’enchante, mais te montrer seulement que ta fille aime déjà bien son petit mali, et que, s’il a deux ans de moins qu’elle, elle ne sera pas indigne de l’autorité que lui donne le droit d’aînesse. Aussi bien je vois, par l’opposition de ton exemple et du mien à celui de ta pauvre mère, que, quand la femme gouverne, la maison n’en va pas plus mal. Adieu, ma bien-aimée ; adieu, ma chère inséparable ; compte que le temps approche, et que les vendanges ne se feront pas sans moi.

Lettre X – De Saint-Preux à milord Édouard

Que de plaisirs trop tard connus je goûte depuis trois semaines ! La douce chose de couleur ses jours dans le sein d’une tranquille amitié, à l’abri de l’orage des passions impétueuses ! Milord, que c’est un spectacle agréable et touchant que celui d’une maison simple et bien réglée ou règnent l’ordre, la paix, l’innocence ; où l’on voit réuni sans appareil, sans éclat, tout ce qui répond à la véritable destination de l’homme ! La campagne, la retraite, le repos, la saison, la vaste plaine d’eau qui s’offre à mes yeux, le sauvage aspect des montagnes, tout me rappelle ici ma délicieuse île de Tinian. je crois voir accomplir les voeux ardents que j’y formai tant de fois. J’y mène une vie de mon goût, j’y trouve une société selon mon coeur. Il ne manque en ce lieu que deux personnes pour que tout mon bonheur y soit rassemblé, et j’ai l’espoir de les y voir bientôt.

En attendant que vous et Madame d’Orbe veniez mettre le comble aux plaisirs si doux et si purs que j’apprends à goûter où je suis, je veux vous en donner idée par le détail d’une économie domestique qui annonce la félicité des maîtres de la maison, et la fait partager à ceux qui l’habitent. J’espère, sur le projet qui vous occupe, que mes réflexions pourront un jour avoir leur usage, et cet espoir sert encore à les exciter.

Je ne vous décrirai point la maison de Clarens. Vous la connaissez ; vous savez si elle est charmante, si elle m’offre des souvenirs intéressants, si elle doit m’être chère et par ce qu’elle me montre et par ce qu’elle me rappelle. Madame de Wolmar en préfère avec raison le séjour à celui d’Etange, château magnifique et grand, mais vieux, triste, incommode, et qui n’offre dans ses environs rien de comparable à ce qu’on voit autour de Clarens.

Depuis que les maîtres de cette maison y ont fixé leur demeure, ils en ont mis à leur usage tout ce qui ne servait qu’à l’ornement ; ce n’est plus une maison faite pour être vue, mais pour être habitée. Ils ont bouché de longues enfilades pour changer des portes mal situées ; ils ont coupé de trop grandes pièces pour avoir des logements mieux distribués. À des meubles anciens et riches, ils en ont substitué de simples et de commodes. Tout y est agréable et riant, tout y respire l’abondance et la propreté, rien n’y sent la richesse et le luxe. Il n’y a pas une chambre où l’on ne se reconnaisse à la campagne, et où l’on ne retrouve toutes les commodités de la ville. Les mêmes changements se font remarquer au dehors. La basse-cour a été agrandie aux dépens des remises. À la place d’un vieux billard délabré l’on a fait un beau pressoir, et une laiterie où logeaient des paons criards dont on s’est défait. Le potager était trop petit pour la cuisine ; on en a fait du parterre un second, mais si propre et si bien entendu, que ce parterre ainsi travesti plaît à l’oeil plus qu’auparavant. Aux tristes ifs qui couvraient les murs ont été substitués de bons espaliers : Au lieu de l’inutile marronnier d’Inde, de jeunes mûriers noirs commencent à ombrager la cour ; et l’on a planté deux rangs de noyers jusqu’au chemin, à la place des vieux tilleuls qui bordaient l’avenue. Partout on a substitué l’utile à l’agréable, et l’agréable y a presque toujours gagné. Quant à moi, du moins, je trouve que le bruit de la basse-cour, le chant des coqs, le mugissement du bétail, l’attelage des chariots, les repas des champs, le retour des ouvriers ; et tout l’appareil de l’économie rustique, donnent à cette maison un air plus champêtre, plus vivant, plus animé, plus gai, je ne sais quoi qui sent la joie et le bien-être, qu’elle n’avait pas dans sa morne dignité.

Leurs terres ne sont pas affermées, mais cultivées par leurs soins ; et cette culture fait une grande partie de leurs occupations, de leurs biens et de leurs plaisirs. La baronnie d’Etange n’a que des prés, des champs, et du bois ; mais le produit de Clarens est en vignes, qui font un objet considérable ; et comme la différence de la culture y produit un effet plus sensible que dans les blés, c’est encore une raison d’économie pour avoir préféré ce dernier séjour. Cependant ils vont presque tous les ans faire les moissons à leur terre, et M. de Wolmar y va seul assez fréquemment. Ils ont pour maxime de tirer de la culture tout ce qu’elle peut donner, non pour faire un plus grand gain, mais pour nourrir plus d’hommes. M. de Wolmar prétend que la terre produit à proportion du nombre des bras qui la cultivent : mieux cultivée, elle rend davantage ; cette surabondance de production donne de quoi la cultiver mieux encore ; plus on y met d’hommes et de bétail, plus elle fournit d’excédent à leur entretien. On ne sait, dit-il, où peut s’arrêter cette augmentation continuelle et réciproque de produit et de cultivateurs. Au contraire, les terrains négligés perdent leur fertilité : moins un pays produit d’hommes, moins il produit de denrées ; c’est le défaut d’habitants qui l’empêche de nourrir le peu qu’il en a, et dans toute contrée qui se dépeuple on doit tôt ou tard mourir de faim.

Ayant donc beaucoup de terres et les cultivant toutes avec beaucoup de soin, il leur faut, outre les domestiques de la basse-cour, un grand nombre d’ouvriers à la journée : ce qui leur procure le plaisir de faire subsister beaucoup de gens sans s’incommoder. Dans le choix de ces journaliers, ils préfèrent toujours ceux du pays, et les voisins aux étrangers et aux inconnus. Si l’on perd quelque chose à ne pas prendre toujours les plus robustes, on le regagne bien par l’affection que cette préférence inspire à ceux qu’on choisit, par l’avantage de les avoir sans cesse autour de soi, et de pouvoir compter sur eux dans tous les temps, quoiqu’on ne les paye qu’une partie de l’année.

Avec tous ces ouvriers, on fait toujours deux prix. L’un est le prix de rigueur et de droit, le prix courant du pays, qu’on s’oblige à leur payer pour les avoir employés. L’autre, un peu plus fort, est un prix de bénéficence, qu’on ne leur paye qu’autant qu’on est content d’eux ; et il arrive presque toujours que ce qu’ils font pour qu’on le soit vaut mieux que le surplus qu’on leur donne. Car M. de Wolmar est intègre et sévère, et ne laisse jamais dégénérer en coutume et en abus les institutions de faveur et de grâces. Ces ouvriers ont des surveillants qui les animent et les observent. Ces surveillants sont les gens de la basse-cour, qui travaillent eux-mêmes, et sont intéressés au travail des autres par un petit denier qu’on leur accorde, outre leurs gages, sur tout ce qu’on recueille par leurs soins. De plus M. de Wolmar les visite lui-même presque tous les jours, souvent plusieurs fois le jour, et sa femme aime à être de ces promenades. Enfin, dans le temps des grands travaux, Julie donne toutes les semaines vingt batz[139] de gratification à celui de tous les travailleurs, journaliers ou valets indifféremment, qui, durant ces huit jours, a été le plus diligent au jugement du maître. Tous ces moyens d’émulation qui paraissent dispendieux, employés avec prudence et justice, rendent insensiblement tout le monde laborieux, diligent, et rapportent enfin plus qu’ils ne coûtent : mais comme on n’en voit le profit qu’avec de la constance et du temps, peu de gens savent et veulent s’en servir.

I know you do not approve of this little chatter, and that you will soon put an end to it. I neither wish to justify it, though it delights me greatly, but merely to show you that your daughter already has a great fondness for her young sweetheart. And even if he is two years younger than her, she is far from being unworthy of the authority that comes with being the elder. Moreover, by comparing your example and mine with that of your poor mother, I see that when a woman takes charge of household affairs, it does not necessarily lead to worse results. Adieu, my beloved; adieu, my dear, inseparable friend. Remember that time is approaching, and the harvest will not be gathered without me.

Letter X – From Saint-Preux to Lord Edward

What pleasures, so long delayed, I have begun to taste in these past three weeks! The sweet, gentle moments spent within the embrace of peaceful friendship, safe from the tempests of impetuous passions. My lord, what a delightful and touching sight it is to see a simple, well-ordered household where order, peace, and innocence reign; where, without any ostentation or display, one finds everything that truly corresponds to the human soul’s true purpose! The countryside, seclusion, rest, the changing seasons, the vast expanse of water before my eyes, the rugged beauty of the mountains—all these remind me of my lovely island of Tinian. I feel as if I am seeing the fervent wishes I once held there come true. Here, I live a life that suits my tastes; I find companionship that resonates with my heart. All that is needed for my complete happiness is two more people, and I hope to see them here soon.

In the meantime, while waiting for you and Madame d’Orbe to come and add to these so sweet and pure delights that I am beginning to appreciate here, I would like to give you some idea of them through a detailed account of a household economy that promises happiness to its masters and enables those who live within it to share in that happiness. I hope that, regarding the project that occupies you, my reflections may one day be of some use; and this very hope serves to inspire me further.

I will not describe to you the house at Clarens. You know it already; you know whether it is charming, whether it holds interesting memories for me, and whether it must be dear to my heart, both for what it shows me and for what it reminds me of. Madame de Wolmar rightly prefers residing there rather than at Etange, a magnificent and spacious castle, but old, gloomy, and inconvenient, and whose surroundings offer nothing comparable to what one can see around Clarens.

Since the masters of this house made it their dwelling place, they have utilized everything in it that was merely for ornament; it is no longer a house meant to be viewed, but one designed for habitation. They filled long corridors to replace poorly located doors; they divided overly large rooms to create more efficiently arranged living spaces. They replaced old, luxurious furniture with simple and practical ones. Everything here is pleasant and cheerful; everything exudes abundance and cleanliness—yet there is nothing that suggests wealth or extravagance. Not a single room fails to evoke the comforts of the countryside while retaining all the conveniences of the city. The same changes are evident outside as well. The backyard was expanded at the expense of the outbuildings. In place of an old, dilapidated billiard table, they built a beautiful press and a dairy where noisy pheasants once lived, but from which they got rid. The vegetable garden was too small for the kitchen needs; so they created a second one, so well-organized and neat that it pleases the eye even more than before. The gloomy yews covering the walls were replaced by useful trellises; instead of the useless Indian mulberry tree, young black mulberries now provide shade in the courtyard; and two rows of walnut trees have been planted along the path, replacing the old elms lining the avenue. Everywhere, the useful has been preferred to the merely decorative, and in most cases, the decorative has only gained. At least for myself, I find that the noises of the backyard—the crowing of cocks, the mooing of cattle, the noise of carriages, the meals prepared in the fields, the return of workers—all these elements of rural life give this house a more rustic, lively, and cheerful atmosphere. There is something about it that evokes joy and well-being, something it never had in its former dull dignity.

Their lands are not owned in perpetuity but are cultivated by their own efforts; and this cultivation constitutes a significant portion of their occupations, their wealth, and their sources of pleasure. The barony of Etange consists merely of meadows, fields, and forests; yet the land at Clarens is primarily covered with vineyards, which generate considerable income. Since the difference in farming methods yields more substantial results here than with wheat cultivation, this is another reason why they preferred this location. Nevertheless, they all go to harvest their crops on their lands almost every year, and Mr. de Wolmar visits there quite frequently on his own. Their principle is to extract as much as possible from the land—not in order to gain greater profits, but to provide enough food for more people. Mr. de Wolmar claims that the land produces in proportion to the number of hands that cultivate it: better tilled, it yields more; this increased production enables them to cultivate it even more intensively; the more men and livestock they employ, the greater the surplus available for their sustenance. He says it is impossible to predict where this continuous and mutual increase in production and cultivators might stop. On the contrary, neglected lands lose their fertility: a region that produces few people also yields fewer resources; it is the lack of inhabitants that prevents it from sustaining even its current population, and any area that depopulates will inevitably face famine sooner or later.

Therefore, since they possess a great deal of land and cultivate it with great care, in addition to the servants who work in the domestic areas, they need a large number of day laborers; this allows them to provide for many people without any inconvenience. When selecting these day laborers, they always prefer those from their own region, as well as neighbors, over strangers or unknown individuals. Although there is some loss in not always choosing the strongest individuals, this is more than made up for by the affection that such preference inspires in those chosen, by the advantage of having them constantly around, and by being able to rely on them at all times—even though they are paid only for part of the year.

With all these workers, there are always two kinds of prices paid. One is the mandatory and rightful price—the current market rate in the country—which one is obliged to pay them for employing them. The other, slightly higher, is a discretionary payment based on satisfaction with their work; it is only given when one is pleased with them. And it almost always happens that what they do to earn this extra payment is worth more than the additional sum given to them. For Mr. de Wolmar is an honest and strict man who never allows the practices of favoritism and indulgence to degenerate into habits or abuses. These workers are overseen by supervisors who encourage and monitor their work. These supervisors are people from the lower ranks who also work themselves; they benefit from the workers’ labor through a small allowance given to them in addition to their wages, on whatever is harvested thanks to their efforts. Moreover, Mr. de Wolmar visits them almost every day, often several times a day, and his wife enjoys accompanying him on these inspections. Finally, during peak work periods, Julie gives twenty batz of reward every week to the worker—whether daily laborer or servant—who, in her judgment, has been the most diligent during those eight days. All these incentives, which may seem costly when implemented carelessly or unjustly, actually make everyone more hardworking and efficient over time. And in the end, they yield more than they cost. But since their benefits can only be seen with persistence and patience, few people are aware of or willing to make use of them.

So che non approvi questo “bel chiacchiericcio” e che presto imparerai a moderarlo. Non voglio nemmeno giustificarlo, anche se mi diverte molto, ma voglio solo farti capire che tua figlia già ama molto il suo piccolo “vizio”, e che, anche se lui ha due anni in meno di lei, questo non la rende indegna dell’autorità che le conferisce il diritto di essere più anziana. Inoltre, vedo chiaramente che, contrariamente all’esempio di tua povera madre, quando è la donna a governare, la casa non va certo peggio. Addio, mia amata; addio, mia cara e insostituibile compagna. Sappi che il momento si avvicina, e che le “vendite” non avverranno senza di me.

Lettera X – Da Saint-Preux a Lord Edward

Quanti piaceri, scoperti troppo tardi, sto sperimentando da tre settimane! La dolcezza di trascorrere i giorni in un’amicizia serena, al riparo dalle tempeste delle passioni impetuose. Milord, che spettacolo gradevole e commovente è quello di una casa semplice e ben organizzata, dove regnano ordine, pace e innocenza; dove si riunisce, senza fronzoli né lusso, tutto ciò che risponde alla vera destinazione dell’uomo! La campagna, la tranquillità, il riposo. La vasta distesa d’acqua che si apre davanti ai miei occhi, l’aspetto selvaggio delle montagne. Tutto mi ricorda la mia deliziosa isola di Tinian. Credo di vedere realizzarsi i desideri ardenti che vi formai tante volte. Lì conduco una vita secondo i miei gusti, trovo una compagnia adatta al mio cuore. Mancano solo due persone perché tutto il mio felicità possa essere completo. E ho la speranza di vederle lì presto.

Mentre aspetto che voi e Madame d’Orbe veniate a completare i piaceri così dolci e puri di cui sto imparando ad apprezzare la bellezza qui dove mi trovo, voglio darvi un’idea dettagliata di un modo di gestire la casa che preannuncia la felicità dei suoi padroni e la fa condividere anche da coloro che vi abitano. Spero che, riguardo al progetto che vi occupa attualmente, le mie riflessioni possano un giorno rivelarsi utili, e questa speranza continua a stimolarmi ad approfondirle ulteriormente.

Non vi descriverò la casa di Clarens. La conoscete già; sapete se è incantevole, se mi offre ricordi interessanti, se deve essermi cara, sia per ciò che mi mostra sia per ciò che mi ricorda. Madame de Wolmar, con ragione, preferisce soggiornarvi piuttosto che a Etange, un castello magnifico e grande, ma vecchio, triste, scomodo, e il cui ambiente circostante non ha nulla di paragonabile a ciò che si vede intorno a Clarens.

Da quando i padroni di questa casa vi hanno stabilito la loro dimora, ne hanno utilizzato tutto ciò che prima serviva soltanto a scopo ornamentale; non è più una casa fatta per essere ammirata, ma per essere abitata. Hanno chiuso lunghi corridoi per modificare porte posizionate in modo inadeguato; hanno diviso stanze troppo grandi per ottenere un’organizzazione più razionale degli spazi abitativi. Ai mobili antichi e lussuosi ne hanno sostituiti altri semplici e pratici. Tutto è piacevole e accogliente; tutto trasuda abbondanza e pulizia, ma non c’è traccia di ricchezza o lusso eccessivi. Non esiste una singola stanza in cui non si possa riconoscere l’atmosfera della campagna e ritrovare tutte le comodità della città. Lo stesso vale all’esterno: il cortile è stato ampliato a scapito delle stalle; al posto di un vecchio biliardo in rovina, è stata costruita una bella pressa per l’uva, oltre a una stalla dove vivevano dei pavoni chiassosi, dai quali si è liberati. Il giardino orticolo era troppo piccolo per le esigenze della cucina; ne è stato creato un secondo, così curato e ben organizzato da piacere molto di più all’occhio rispetto a prima. Ai tristi tassi che coprivano i muri sono stati sostituiti bei pergolati; al posto del inutile melo indiano, giovani gelso neri hanno iniziato ad ombreggiare il cortile; e sono stati piantati due filari di noci lungo il sentiero, al posto degli vecchi tigli che costeggiavano l’avenue. Dappertutto è stato preferito ciò che era utile a ciò che era soltanto esteticamente piacevole, e in quasi tutti i casi, ciò che era estetico ne ha tratto beneficio. Per quanto mi riguarda, almeno, il rumore del cortile, il canto dei galli, il muggito del bestiame, il movimento delle carrozze, i pasti nei campi, il ritorno degli operai, insomma, tutto l’aspetto legato all’economia rurale conferisce a questa casa un’atmosfera più campestre, più vivace, più animata e più allegra; c’è qualcosa che trasmette gioia e benessere, cose che prima non esistevano nella sua tetra dignità.

Le loro terre non sono possedute in modo stabile, ma vengono coltivate con cura da loro stessi; e questa attività agricola rappresenta una parte importante delle loro occupazioni, dei loro beni e dei loro piaceri. La baronia di Etange è composta soltanto da prati, campi e boschi; tuttavia, i terreni di Clarens sono ricchi di viti, che costituiscono una risorsa significativa. Poiché la diversità delle colture produce effetti più evidenti rispetto alla coltivazione del grano, questo rappresenta un ulteriore motivo per preferire questa zona di residenza. Tuttavia, quasi tutti vi vanno ogni anno a raccogliere i raccolti, e il signor de Wolmar ci va abbastanza spesso da solo. Il loro principio guida è quello di trarre dal lavoro della terra tutto ciò che essa può offrire, non per ottenere maggiori profitti, ma per nutrire un numero maggiore di persone. Il signor de Wolmar sostiene che la terra produca in proporzione al numero di mani che la coltivano: più è coltivata con cura, più rende; questa abbondanza di prodotti permette di coltivarla ancora meglio; più uomini e bestiame vi vengono impiegati, più essa fornisce risorse sufficienti al loro sostentamento. Secondo lui, non si sa dove possa fermarsi questo processo continuo e reciproco di aumento della produzione e del numero dei coltivatori. Al contrario, i terreni trascurati perdono la loro fertilità: meno una regione produce risorse umane, meno prodotti alimentari genera; è proprio la mancanza di abitanti a impedire che essa possa nutrire coloro che vi vivono, e in ogni territorio che si spopola, prima o poi si arriva alla fame.

Avendo quindi molte terre e coltivandole tutte con grande cura, hanno bisogno, oltre ai domestici che lavorano nelle aree circostanti la casa, di un gran numero di operai a giornata: ciò permette loro di mantenere molte persone senza alcun disagio. Nella scelta di questi operai a giornata, preferiscono sempre quelli del luogo e i vicini rispetto agli stranieri o alle persone sconosciute. Se si perde qualcosa nel non scegliere sempre i più robusti, si guadagna comunque in termini di affetto che questa preferenza ispira nelle persone scelte, nell’opportunità di averle costantemente intorno a sé e nella possibilità di poter contare su di loro in qualsiasi momento, anche se si paga loro solo per una parte dell’anno.

Con tutti questi operai, si applicano sempre due tipi di prezzi. Uno è il prezzo obbligatorio e legittimo, il prezzo corrente del paese che ci si impegna a pagar loro per averli assunti. L’altro, un po’ più alto, è un prezzo di benevolenza che si paga soltanto se si sono rivelati soddisfacenti; e quasi sempre ciò che fanno per essere considerati tali vale di più di quella somma in aggiunta che ricevono. Infatti, il signor de Wolmar è integro e severo, e non permette mai che le istituzioni di favore e di indulgenza degenerino in abitudini o abusi. Questi operai hanno dei sorveglianti incaricati di guidarli e controllarli; questi sorveglianti sono persone che lavorano anch’esse e hanno un interesse personale nel lavoro degli altri, ricevendo una piccola somma in più oltre al loro stipendio per tutto ciò che riescono a ottenere grazie alla loro attenzione. Inoltre, il signor de Wolmar li visita personalmente quasi ogni giorno, spesso anche più volte al giorno, e sua moglie ama partecipare a queste visite. Infine, durante i periodi di lavoro intenso, Julie assegna ogni settimana venti batz di gratifica a colui tra tutti i lavoratori, sia giornalieri che servitori, che, nel corso di quegli otto giorni, si è rivelato il più diligente secondo il giudizio del padrone. Tutti questi metodi di stimolo, che possono sembrare dispendiosi, se utilizzati con prudenza e giustizia, rendono gradualmente tutti laboriosi e diligenti, e alla fine producono un beneficio maggiore di quanto non costino: ma poiché il loro effetto si manifesta solo con costanza e tempo, poche persone sanno o vogliono approfittarne.

Cependant un moyen plus efficace encore, le seul auquel des vues économiques ne font point songer, et qui est plus propre à Madame de Wolmar, c’est de gagner l’affection de ces bonnes gens en leur accordant la sienne. Elle ne croit point s’acquitter avec de l’argent des peines que l’on prend pour elle, et pense devoir des services à quiconque lui en a rendu. Ouvriers, domestiques, tous ceux qui l’ont servie, ne fût-ce que pour un seul jour, deviennent tous ses enfants ; elle prend part à leurs plaisirs, à leurs chagrins, à leur sort ; elle s’informe de leurs affaires ; leurs intérêts sont les siens ; elle se charge de mille soins pour eux ; elle leur donne des conseils ; elle accommode leurs différends, et ne leur marque pas l’affabilité de son caractère par des paroles emmiellées et sans effet, mais par des services véritables et par de continuels actes de bonté. Eux, de leur côté, quittent tout à son moindre signe ; ils volent quand elle parle ; son seul regard anime leur zèle ; en sa présence ils sont contents ; en son absence ils parlent d’elle et s’animent à la servir. Ses charmes et ses discours font beaucoup ; sa douceur, ses vertus, font davantage. Ah ! milord, l’adorable et puissant empire que celui de la beauté bienfaisante !

Quant au service personnel des maîtres, ils ont dans la maison huit domestiques, trois femmes et cinq hommes, sans compter le valet de chambre du baron ni les gens de la basse-cour. Il n’arrive guère qu’on soit mal servi par peu de domestiques ; mais on dirait, au zèle de ceux-ci, que chacun, outre son service, se croit chargé de celui des sept autres, et, à leur accord, que tout se fait par un seul. On ne les voit jamais oisifs et désoeuvrés jouer dans une antichambre ou polissonner dans la cour, mais toujours occupés à quelque travail utile : ils aident à la basse-cour, au cellier, à la cuisine ; le jardinier n’a point d’autres garçons qu’eux ; et ce qu’il y a de plus agréable, c’est qu’on leur voit faire tout cela gaiement et avec plaisir.

On s’y prend de bonne heure pour les avoir tels qu’on les veut. On n’a point ici la maxime que j’ai vue régner à Paris et à Londres, de choisir des domestiques tout formés, c’est-à-dire des coquins déjà tout faits, de ces coureurs de conditions, qui, dans chaque maison qu’ils parcourent, prennent à la fois les défauts des valets et des maîtres, et se font un métier de servir tout le monde sans jamais s’attacher à personne. Il ne peut régner ni honnêteté, ni fidélité, ni zèle, au milieu de pareilles gens ; et ce ramassis de canaille ruine le maître et corrompt les enfants dans toutes les maisons opulentes. Ici c’est une affaire importante que le choix des domestiques. On ne les regarde point seulement comme des mercenaires dont on n’exige qu’un service exact, mais comme des membres de la famille, dont le mauvais choix est capable de la désoler. La première chose qu’on leur demande est d’être honnêtes gens ; la seconde, d’aimer leur maître ; la troisième, de le servir à son gré ; mais pour peu qu’un maître soit raisonnable et un domestique intelligent, la troisième suit toujours les deux autres. On ne les tire donc point de la ville, mais de la campagne. C’est ici leur premier service, et ce sera sûrement le dernier pour tous ceux qui vaudront quelque chose. On les prend dans quelque famille nombreuse et surchargée d’enfants dont les père et mère viennent les offrir eux-mêmes. On les choisit jeunes, bien faits, de bonne santé, et d’une physionomie agréable. M. de Wolmar les interroge, les examine, puis les présente à sa femme. S’ils agréent à tous deux, ils sont reçus, d’abord à l’épreuve, ensuite au nombre des gens, c’est-à-dire des enfants de la maison, et l’on passe quelques jours à leur apprendre avec beaucoup de patience et de soin ce qu’ils ont à faire. Le service est si simple, si égal, si uniforme, les maîtres ont si peu de fantaisie et d’humeur, et leurs domestiques les affectionnent si promptement, que cela est bientôt appris. Leur condition est douce ; ils sentent un bien-être qu’ils n’avaient pas chez eux ; mais on ne les laisse point amollir par l’oisiveté, mère des vices. On ne souffre point qu’ils deviennent des messieurs et s’enorgueillissent de la servitude ; ils continuent de travailler comme ils faisaient dans la maison paternelle : ils n’ont fait, pour ainsi dire, que changer de père et de mère, et en gagner de plus opulents. De cette sorte, ils ne prennent point en dédain leur ancienne vie rustique. Si jamais ils sortaient d’ici, il n’y en a pas un qui ne reprît plus volontiers son état de paysan que de supporter une autre condition. Enfin je n’ai jamais vu de maison où chacun fît mieux son service et s’imaginât moins de servir.

C’est ainsi qu’en formant et dressant ses propres domestiques, on n’a point à se faire cette objection, si commune et si peu sensée : « Je les aurai formés pour d’autres ! » Formez-les comme il faut, pourrait-on répondre, et jamais ils ne serviront à d’autres. Si vous ne songez qu’à vous en les formant, en vous quittant ils font fort bien de ne songer qu’à eux ; mais occupez-vous d’eux un peu davantage, et ils vous demeureront attachés. Il n’y a que l’intention qui oblige ; et celui qui profite d’un bien que je ne veux faire qu’à moi ne me doit aucune reconnaissance.

Pour prévenir doublement le même inconvénient, M. et Mme de Wolmar emploient encore un autre moyen qui me paraît fort bien entendu. En commençant leur établissement, ils ont cherché quel nombre de domestiques ils pouvaient entretenir dans une maison montée à peu près selon leur état, et ils ont trouvé que ce nombre allait à quinze ou seize ; pour être mieux servis, ils l’ont réduit à la moitié ; de sorte qu’avec moins d’appareil leur service est beaucoup plus exact. Pour être mieux servis encore, ils ont intéressé les mêmes gens à les servir longtemps. Un domestique en entrant chez eux reçoit le gage ordinaire ; mais ce gage augmente tous les ans d’un vingtième ; au bout de vingt ans il serait ainsi plus que doublé, et l’entretien des domestiques serait à peu près alors en raison du moyen des maîtres ; mais il ne faut pas être un grand algébriste pour voir que les frais de cette augmentation sont plus apparents que réels, qu’ils auront peu de doubles gages à payer, et que, quand ils les paieraient à tous, l’avantage d’avoir été bien servis durant vingt ans compenserait et au-delà ce surcroît de dépense. Vous sentez bien, milord, que c’est un expédient sûr pour augmenter incessamment le soin des domestiques et se les attacher à mesure qu’on s’attache à eux. Il n’y a pas seulement de la prudence. Il y a même de l’équité dans un pareil établissement. Est-il juste qu’un nouveau venu, sans affection, et qui n’est peut-être qu’un mauvais sujet, reçoive en entrant le même salaire qu’on donne à un ancien serviteur, dont le zèle et la fidélité sont éprouvés par de longs services, et qui d’ailleurs approche en vieillissant du temps où il sera hors d’état de gagner sa vie ? Au reste, cette dernière raison n’est pas ici de mise, et vous pouvez bien croire que des maîtres aussi humains ne négligent pas des devoirs que remplissent par ostentation beaucoup de maîtres sans charité, et n’abandonnent pas ceux de leurs gens à qui les infirmités ou la vieillesse ôtent les moyens de servir.

However, a far more effective method—indeed the only one that would never occur to anyone with selfish economic considerations—and one that is all the more in line with Madame de Wolmar’s character, is to win the affection of these good people by offering them her own. She does not believe that money can adequately repay the sacrifices they make for her; rather, she feels indebted to anyone who has rendered her any service. Workers, servants—everyone who has served her, even if for just one day—become her children. She shares in their joys, their sorrows, and their fate; she cares about their affairs; their interests become hers; she takes immense trouble on their behalf, gives them advice, mediates in their conflicts, and does not show the affability of her character through sweet but empty words, but through genuine acts of kindness and constant displays of benevolence. On their part, at the slightest sign from her, they are ready to give everything; their enthusiasm is stirred by merely looking at her; in her presence, they are filled with joy; in her absence, they talk about her and strive even more to serve her. Her charm and her words play a role, but her kindness and her virtues do far more. Ah, my lord, what an adorable and powerful realm that of the beautiful and benevolent woman!

As for the personal staff of the masters, they have eight servants in the house—three women and five men—not to mention the baron’s valet de chambre or the people working in the lower courtyards. It is hardly ever the case that a small number of servants would result in poor service; however, judging by their zeal, it seems that each one, in addition to performing his own duties, also feels responsible for helping the other seven, and together they seem to manage everything as if there were only one person working. One never sees them idle or lounging around in an antechamber or causing trouble in the courtyard; they are always engaged in some useful task—helping in the lower courtyards, the cellar, or the kitchen. The gardener has no other assistants than them; and what is most pleasant is that they seem to do all this work cheerfully and with pleasure.

One must begin early to obtain the servants one desires. Here, one does not follow the practice prevalent in Paris and London—selecting fully trained servants, that is, already seasoned rascals from among those lowly individuals who, in every household they visit, adopt the shortcomings of both servants and masters, making a living by serving everyone without ever becoming attached to anyone. In such company, there can be no honesty, loyalty, or diligence; such a gathering of scoundrels ruins both the master and corrupts the children in every wealthy household. Here, choosing servants is a matter of great importance. They are not regarded merely as mercenaries whose only requirement is diligent service, but as members of the family—whose poor selection could bring ruin to the entire household. The first thing demanded of them is honesty; the second, love for their master; the third, serving him willingly. But as long as the master is reasonable and the servant intelligent, the latter will always follow the former two principles. Therefore, servants are not recruited from the city but from the countryside. This is their initial service—and it will surely be the last for those who prove worthy of their position. They are taken from large families with many children, and their parents themselves bring them forward for consideration. They are chosen to be young, well-built, healthy, and of pleasing appearance. Mr. de Wolmar questions them, examines them, and then presents them to his wife. If both approve, they are first put to the test and later integrated into the household, along with the other children. Several days are spent patiently and carefully teaching them their duties. The work is simple, equal, and uniform; the masters have little caprice or mood swings, and their servants quickly learn their roles. Their condition is comfortable; they experience a well-being they never had before in their former lives. However, they are not allowed to grow soft and idle—the root of all vices. Nor are they permitted to become arrogant because of their servitude; they continue to work just as they did in their parents’ homes. In essence, they have only changed masters and gained more prosperous ones. As a result, they never look down on their former rustic life. If any of them ever left here, not one would prefer another status to returning to their former role as peasants. Finally, I have never seen a household where everyone performed their duties better or felt less that they were serving others.

In this way, by training and educating one’s own servants, one need not entertain that common and utterly unreasonable objection: “I trained them for someone else!” One might reply: “Train them properly, and they will never serve anyone else.” If you train them solely for your own use, it is only natural for them to think of themselves when they are free from your service; but if you devote a little more care to them, they will remain loyal to you. It is merely the intention that matters; and those who benefit from something I intend for my own use owe me no gratitude at all.

In order to doubly prevent the same inconvenience, Mr. and Mrs. de Wolmar employed another method which seems to me entirely reasonable. When they began their household, they calculated how many servants they could afford to maintain in a household arranged according to their means, and found that the number was fifteen or sixteen. To receive better service, they reduced it to half; as a result, with fewer staff members, their service became much more efficient. To further ensure excellent service, they encouraged the same individuals to serve them for an extended period. When a servant joined their household, he received an initial salary, which increased by one-twentieth each year. After twenty years, it would have more than doubled, and the cost of maintaining the servants would then be roughly in proportion to the masters’ means. However, it is not difficult to see that the expense of this gradual increase is more apparent than real; there would be few instances of double salaries being paid, and even if they were paid to all servants, the benefit of having received excellent service over twenty years would far outweigh this additional cost. You can see, my lord, that this is a sure way to continuously improve the care given to servants and to ensure their loyalty as one’s own grows over time. It is not merely prudent; it is also fair. Is it just for a newcomer, who lacks affection and may even be an untrustworthy person, to receive the same salary as a long-serving and loyal servant who, in addition, is approaching old age and no longer able to earn a living? Moreover, this last argument is not relevant here; you can be certain that such humane masters do not neglect their duties—duties that many heartless masters perform merely for show—and they certainly do not abandon those of their servants whose infirmities or old age prevent them from working.

Tuttavia, un mezzo ancora più efficace – l’unico a cui le considerazioni economiche non pensano affatto, e che si addice maggiormente alla signora de Wolmar – è conquistare l’affetto di queste persone buone concedendo loro il proprio. Lei non ritiene di poter compensare con denaro le fatiche che qualcuno compie per lei, e considera di dovere dei ringraziamenti a chiunque le abbia reso un servizio. Lavoratori, domestici: tutti coloro che l’hanno servita, anche solo per un giorno, diventano suoi figli; condivide i loro piaceri, i loro dolori, il loro destino; si informa delle loro faccende; i loro interessi sono i suoi stessi; si impegna in mille modi per loro, dà loro consigli, risolve le loro controversie. Non manifesta la gentilezza del proprio carattere con parole dolci e prive di effetto, ma con servizi concreti e continui atti di bontà. E loro, dal canto loro, abbandonano tutto al suo minimo cenno: si affrettano quando lei parla; il solo suo sguardo infonde in loro zelo; sono felici in sua presenza; in sua assenza parlano di lei e si impegnano a servirla. I suoi fascini e i suoi discorsi contano molto; ma la sua dolcezza, le sue virtù contano ancora di più. Ah, milord, che ammirevole e potente impero è quello della bellezza benefica!

Per quanto riguarda il personale di servizio dei signori, nella loro residenza ci sono otto domestici: tre donne e cinque uomini, senza contare il valletto di camera del barone né le persone addette alle attività della scuderia. Raramente si verifica che pochi domestici possano causare problemi nel servizio; tuttavia, sembra che, per zelo, ognuno di loro si senta responsabile anche del lavoro degli altri sette, e che, grazie alla loro collaborazione, tutto venga svolto come se fosse opera di una sola persona. Non li si vede mai oziosi o annoiati giocare in un’anticamera o fare disordine nel cortile, ma sempre impegnati in qualche attività utile: aiutano nella scuderia, nel magazzino, in cucina; il giardiniere non ha altri assistenti se non loro. E la cosa più piacevole è vedere che tutto ciò lo fanno con gioia e entusiasmo.

Si procede con grande cura per ottenere domestici esattamente come si desidera che siano. Qui non si segue quella massima diffusa a Parigi e Londra, ovvero scegliere domestici già completamente formati, cioè individui preconfezionati, quei “cavalieri di ventura” che, in ogni casa dove lavorano, assorbono sia i difetti dei servitori che quelli dei padroni, rendendosi così un mestiere il servire tutti senza mai legarsi a nessuno. In mezzo a persone del genere non possono regnare né onestà, né fedeltà, né zelo; e questo insieme di canaglie rovina sia il padrone che i figli in tutte le case benestanti. Qui la scelta dei domestici è un’operazione molto importante: non vengono considerati semplicemente come mercenari ai quali si chiede solo un servizio accurato, ma come membri della famiglia; una scelta sbagliata potrebbe causare grandi dispiaceri. La prima cosa che si richiede loro è di essere persone oneste; la seconda, di amare il proprio padrone; la terza, di servirlo secondo i suoi desideri. Ma se il padrone è ragionevole e il domestico intelligente, quest’ultimo seguirà sempre le prime due indicazioni. Pertanto non si cercano in città, ma nelle campagne: questa è la loro prima “missione”, e sicuramente anche l’ultima per coloro che valgono qualcosa. Si prendono da famiglie numerose e con molti figli, e i genitori stessi li offrono. Vengono scelti giovani, ben fatti, in buona salute e dal viso gradevole. Il signor de Wolmar li interroga, li esamina, poi li presenta a sua moglie; se entrambi sono d’accordo, vengono prima messi alla prova e successivamente integrati nella famiglia, cioè tra i figli della casa, e si trascorrono alcuni giorni per insegnare loro con grande pazienza e cura ciò che devono fare. Il lavoro è semplice, equo e uniforme; i padroni hanno poche pretese o umori capricciosi, e i domestici li amano immediatamente, quindi imparano tutto in fretta. La loro condizione è confortevole; provano un benessere che prima non avevano. Ma non vengono lasciati indulgere nell’ozio, madre di tutti i vizi; non si permette loro di diventare “signori” e di vantarsi della propria condizione servile: continuano a lavorare come facevano nella casa dei loro genitori; in sostanza, hanno semplicemente cambiato padrone e madre, ottenendo una situazione più agiata. In questo modo non disprezzano mai la loro precedente vita rurale. E se mai dovessero lasciare questa casa, nessuno di loro preferirebbe tornare alla vita di contadino piuttosto che adottare un’altra condizione sociale. Infine, non ho mai visto una casa in cui ognuno svolgesse il proprio compito al meglio e si sentisse meno “servitore”.

Ecco come, formando e educando i propri domestici, non si ha bisogno di fare quella obiezione così comune e priva di senso: “Li avrei formati per altri!”. Risponderebbe si potrebbe: “Formateli nel modo giusto, e mai serviranno altri”. Se vi preoccupate solo di formarli per voi stessi, è del tutto naturale che, una volta lasciati da voi, pensino soltanto a se stessi; ma se vi dedicate un po’ di più a loro, rimarranno legati a voi. È solo l’intenzione a creare dei vincoli; e colui che approfitta di un bene che intendo offrire solo a me stesso non mi deve alcuna riconoscenza.

Per prevenire duplamente lo stesso inconveniente, il signor e la signora de Wolmar hanno adottato un altro metodo che mi sembra assolutamente logico. All’inizio della loro attività, hanno calcolato quante persone di servizio potessero permettersi di mantenere in una casa allestita secondo le loro possibilità economiche, e hanno scoperto che il numero ottimale era di quindici o sedici persone; per ricevere un servizio più efficiente, ne hanno ridotto la quantità a metà; così, con meno personale, il servizio risultava molto più accurato. Per migliorare ulteriormente la qualità del servizio, hanno incentivato le stesse persone a lavorare per loro per un lungo periodo di tempo. Un domestico, al momento dell’assunzione, riceveva uno stipendio fisso; tale stipendio aumentava ogni anno del ventesimo della sua entità iniziale; dopo vent’anni, esso sarebbe risultato più che raddoppiato, e il costo di mantenimento dei domestici sarebbe stato allora approssimativamente equilibrato rispetto alle possibilità economiche dei padroni. Tuttavia, non è necessario essere grandi esperti di matematica per capire che questi aumenti di stipendio rappresentano più una questione di immagine che di reale convenienza economica: in molti casi, i padroni avrebbero dovuto pagare pochi stipendi aggiuntivi, e il vantaggio derivante da un servizio di qualità per vent’anni avrebbe compensato ampiamente queste spese supplementari. Capite bene, milord, che si tratta di un metodo sicuro per migliorare costantemente la cura riservata ai domestici e per legarli più strettamente a sé stessi. Non si tratta soltanto di prudenza, ma anche di equità. È giusto che una persona nuova, priva di affetto e probabilmente di buone intenzioni, riceva lo stesso stipendio di un domestico anziano il cui impegno e la cui fedeltà sono stati dimostrati nel corso di molti anni di servizio? Inoltre, quest’ultimo argomento non è nemmeno rilevante in questo contesto. Poiché potete ben credere che padroni così umani non trascurino i doveri verso le loro persone, soprattutto quando queste ultime, a causa di infermità o vecchiaia, non sono più in grado di guadagnarsi da vivere.

J’ai dans l’instant même un exemple assez frappant de cette attention. Le baron d’Etange, voulant récompenser les longs services de son valet de chambre par une retraite honorable, a eu le crédit d’obtenir pour lui de LL. EE. un emploi lucratif et sans peine. Julie vient de recevoir là-dessus de ce vieux domestique une lettre à tirer des larmes, dans laquelle il la supplie de le faire dispenser d’accepter cet emploi. « Je suis âgé, lui dit-il, j’ai perdu toute ma famille ; je n’ai plus d’autres parents que mes maîtres ; tout mon espoir est de finir paisiblement mes jours dans la maison où je les ai passés… Madame, en vous tenant dans mes bras à votre naissance, je demandais à Dieu de tenir de même un jour vos enfants : il m’en a fait la grâce, ne me refusez pas celle de les voir croître et prospérer comme vous… Moi qui suis accoutumé à vivre dans une maison de paix, où en retrouverai-je une semblable pour y reposer ma vieillesse ?… Ayez la charité d’écrire en ma faveur à M. le baron. S’il est mécontent de moi, qu’il me chasse et ne me donne point d’emploi ; mais si je l’ai fidèlement servi durant quarante ans, qu’il me laisse achever mes jours à son service et au vôtre ; il ne saurait mieux me récompenser. » Il ne faut pas demander si Julie a écrit. Je vois qu’elle serait aussi fâchée de perdre ce bonhomme qu’il le serait de la quitter. Ai-je tort, milord, de comparer des maîtres si chéris à des pères, et leurs domestiques à leurs enfants ? Vous voyez que c’est ainsi qu’ils se regardent eux-mêmes.

Il n’y a pas d’exemple dans cette maison qu’un domestique ait demandé son congé. Il est même rare qu’on menace quelqu’un de le lui donner. Cette menace effraye à proportion de ce que le service est agréable et doux ; les meilleurs sujets en sont toujours les plus alarmés, et l’on n’a jamais besoin d’en venir à l’exécution qu’avec ceux qui sont peu regrettables. Il y a encore une règle à cela. Quand M. de Wolmar a dit : « Je vous chasse », on peut implorer l’intercession de Madame, l’obtenir quelquefois, et rentrer en grâce à sa prière ; mais un congé qu’elle donne est irrévocable, et il n’y a plus de grâce à espérer. Cet accord est très bien entendu pour tempérer à la fois l’excès de confiance qu’on pourrait prendre en la douceur de la femme, et la crainte extrême que causerait l’inflexibilité du mari. Ce mot ne laisse pas pourtant d’être extrêmement redouté de la part d’un maître équitable et sans colère ; car, outre qu’on n’est pas sûr d’obtenir grâce, et qu’elle n’est jamais accordée deux fois au même, on perd par ce mot seul son droit d’ancienneté, et l’on recommence, en rentrant, un nouveau service : ce qui prévient l’insolence des vieux domestiques et augmente leur circonspection à mesure qu’ils ont plus à perdre.

Les trois femmes sont la femme de chambre, la gouvernante des enfants et la cuisinière. Celle-ci est une paysanne fort propre et fort entendue, à qui Madame de Wolmar a appris la cuisine ; car dans ce pays, simple encore[140], les jeunes personnes de tout état apprennent à faire elles-mêmes tous les travaux que feront un jour dans leur maison les femmes qui seront à leur service, afin de savoir les conduire au besoin et de ne s’en pas laisser imposer par elles. La femme de chambre n’est plus Babi : on l’a renvoyée à Etange où elle est née, on lui a remis le soin du château, et une inspection sur la recette, qui la rend en quelque manière le contrôleur de l’économe. Il y avait longtemps que M. de Wolmar pressait sa femme de faire cet arrangement, sans pouvoir la résoudre à éloigner d’elle une ancienne domestique de sa mère, quoiqu’elle eût plus d’un sujet de s’en plaindre. Enfin, depuis les dernières explications, elle y a consenti, et Babi est partie. Cette femme est intelligente et fidèle, mais indiscrète et babillarde. Je soupçonne qu’elle a trahi plus d’une fois les secrets de sa maîtresse, que M. de Wolmar ne l’ignore pas, et que, pour prévenir la même indiscrétion vis-à-vis de quelque étranger, cet homme sage a su l’employer de manière à profiter de ses bonnes qualités sans s’exposer aux mauvaises. Celle qui l’a remplacée est cette même Fanchon Regard dont vous m’entendiez parler autrefois avec tant de plaisir. Malgré l’augure de Julie, ses bienfaits, ceux de son père, et les vôtres, cette jeune femme si honnête et si sage n’a pas été heureuse dans son établissement. Claude Anet, qui avait si bien supporté sa misère, n’a pu soutenir un état plus doux. En se voyant dans l’aisance, il a négligé son métier ; et, s’étant tout à fait dérangé, il s’est enfui du pays, laissant sa femme avec un enfant qu’elle a perdu depuis ce temps-là. Julie, après l’avoir retirée chez elle, lui a appris tous les petits ouvrages d’une femme de chambre ; et je ne fus jamais plus agréablement surpris que de la trouver en fonction le jour de mon arrivée. M. de Wolmar en fait un très grand cas, et tous deux lui ont confié le soin de veiller tant sur les enfants que sur celle qui les gouverne. Celle-ci est aussi une villageoise simple et crédule, mais attentive, patiente et docile ; de sorte qu’on n’a rien oublié pour que les vices des villes ne pénétrassent point dans une maison dont les maîtres ne les ont ni ne les souffrent.

Quoique tous les domestiques n’aient qu’une même table, il y a d’ailleurs peu de communication entre les deux sexes ; on regarde ici cet article comme très important. On n’y est point de l’avis de ces maîtres indifférents à tout, hors à leur intérêt, qui ne veulent qu’être bien servis sans s’embarrasser au surplus de ce que font leurs gens. On pense au contraire que ceux qui ne veulent qu’être bien servis ne sauraient l’être longtemps. Les liaisons trop intimes entre les deux sexes ne produisent jamais que du mal. C’est des conciliabules qui se tiennent chez les femmes de chambre que sortent la plupart des désordres d’un ménage. S’il s’en trouve une qui plaise au maître d’hôtel, il ne manque pas de la séduire aux dépens du maître. L’accord des hommes entre eux ni des femmes entre elles n’est pas assez sûr pour tirer à conséquence. Mais c’est toujours entre hommes et femmes que s’établissent ces secrets monopoles qui ruinent à la longue les familles les plus opulentes. On veille donc à la sagesse et à la modestie des femmes, non seulement par des raisons de bonnes moeurs et d’honnêteté, mais encore par un intérêt très bien entendu ; car, quoi qu’on en dise, nul ne remplit bien son devoir s’il ne l’aime ; et il n’y eut jamais que des gens d’honneur qui sussent aimer leur devoir.

Pour prévenir entre les deux sexes une familiarité dangereuse, on ne les gêne point ici par des lois positives qu’ils seraient tentés d’enfreindre en secret ; mais, sans paraître y songer, on établit des usages plus puissants que l’autorité même. On ne leur défend pas de se voir, mais on fait en sorte qu’ils n’en aient ni l’occasion ni la volonté. On y parvient en leur donnant des occupations, des habitudes, des goûts, des plaisirs, entièrement différents. Sur l’ordre admirable qui règne ici, ils sentent que dans une maison bien réglée les hommes et les femmes doivent avoir peu de commerce entre eux. Tel qui taxerait en cela de caprice les volontés d’un maître, se soumet sans répugnance à une manière de vivre qu’on ne lui prescrit pas formellement, mais qu’il juge lui-même être la meilleure et la plus naturelle. Julie prétend qu’elle l’est en effet ; elle soutient que de l’amour ni de l’union conjugale ne résulte point le commerce continuel des deux sexes. Selon elle, la femme et le mari sont bien destinés à vivre ensemble, mais non pas de la même manière ; ils doivent agir de concert sans faire les mêmes choses. La vie qui charmerait l’un serait, dit-elle, insupportable à l’autre ; les inclinations que leur donne la nature sont aussi diverses que les fonctions qu’elle leur impose ; leurs amusements ne diffèrent pas moins que leurs devoirs ; en un mot, tous deux concourent au bonheur commun par des chemins différents ; et ce partage de travaux et de soins est le plus fort lien de leur union.

I have before me at this very moment a rather striking example of such consideration. The Baron d’Etange, wishing to reward his valet de chambre for his long and loyal service by providing him with an honorable retirement, managed to secure for him a lucrative and easy-to-obtain position from His Excellency the Governor-General. Julie has just received from this old servant a letter so moving that it brings tears to one’s eyes; in it, he begs her to persuade him not to accept this job. “I am old,” he writes, “I have lost all my family; I have no other relatives but my masters; my only hope is to spend the rest of my days peacefully in the very house where I have spent so many years. Madam, when you were born, I prayed to God that He would one day grant your children the same care and affection as I had received from you; He has granted me this wish—do not refuse me the grace of seeing them grow up and prosper just as you have done. I, who am accustomed to living in a peaceful home, where can I find another such place to spend my old age?. Please have the kindness to write in my favor to Monsieur the Baron. If he is dissatisfied with me, let him dismiss me without giving me any other employment; but if I have served him faithfully for forty years, let him allow me to spend the rest of my days at his and your service—there is no better reward he could give me.” One need not ask whether Julie wrote. It is obvious that she would be just as sorry to lose this good man as he would be to leave her. Am I wrong, my lord, in comparing such beloved masters to fathers, and their servants to their children? As you can see, that is exactly how they regard each other themselves.

There is not a single example in this household where a servant has ever requested to be dismissed. In fact, it is rare for anyone to even threaten such dismissal. This threat proves all the more frightening precisely because the service rendered is otherwise pleasant and gentle; the best servants are always the most alarmed by it, and it is only in cases where their departure would cause little regret that such a threat is ever carried out. There is another rule regarding this matter as well: when Monsieur de Wolmar says, “I am dismissing you,” one may seek Madame’s intercession—sometimes succeeding—and thus regain her favor through her prayers; but once she grants dismissal, it is irrevocable, and no further leniency can be expected. This arrangement serves to moderate both the excessive trust that might arise from relying on a woman’s kindness and the extreme fear that an inflexible husband would inspire. Nevertheless, this word should still be taken very seriously by any fair and unangry master; for not only is there no guarantee of mercy, and it is never granted twice to the same person, but merely uttering these words deprives one of their seniority rights and forces them to begin anew in their service—a measure that prevents old servants from becoming arrogant and makes them more cautious, especially since they have so much to lose.

The three women are the maid, the children’s governess, and the cook. The cook is a very clean and diligent countrywoman to whom Madame de Wolmar taught cooking; for in this simple land, young people of all social classes learn to perform all the tasks that their future maids will undertake in their homes, so that they know how to manage them when necessary and avoid being dominated by them. The maid is no longer Babi: she was sent back to Etange, where she was born, and entrusted with the management of the château. Her role also included overseeing the household expenses, which made her sort of an accountant for the economy of the household. For a long time, Monsieur de Wolmar had urged his wife to make this arrangement, but she could not bring herself to send away a former servant of her mother’s, even though there were many reasons to do so. Finally, after recent discussions, she agreed, and Babi left. This woman is intelligent and faithful, but also indiscreet and talkative. I suspect that she has betrayed her mistress’s secrets on more than one occasion, and that Monsieur de Wolmar is aware of this. To prevent such indiscretion with strangers, this wise man managed to make use of her good qualities without exposing himself to their negative effects. The woman who replaced her is the same Fanchon Regard about whom you heard me speak with great pleasure some time ago. Despite the favorable predictions of Julie, as well as the kindnesses of her father and yours, this honest and sensible young woman was not happy in her new role. Claude Anet, who had endured his hardships so well, could not cope with a more comfortable life. Once he found himself in ease, he neglected his work and, completely ruining himself, fled the country, leaving his wife with a child who died shortly after. After taking her in, Julie taught her all the tasks required of a maid; and I was pleasantly surprised to find her in charge of the household on my arrival. Monsieur de Wolmar values her greatly, and both of them have entrusted her with the responsibility of looking after both the children and their governess. This latter is also a simple and gullible countrywoman, but she is attentive, patient, and obedient; as a result, nothing has been overlooked to prevent the vices of the city from affecting this household, whose masters neither tolerate nor encourage them.

Although all the servants share the same table, there is little communication between the two sexes; this practice is considered here to be of great importance. However, those masters who are indifferent to everything but their own interests, and who merely want to be well served without bothering to understand what their servants are doing, disagree with this view. On the contrary, it is believed that those who only seek good service will not be able to maintain it for long. Excessive intimacy between the sexes always leads to trouble; it is often through secret discussions among maids that most domestic disorders arise. If one of them catches the master’s attention, he will not hesitate to seduce her at the expense of his wife. The agreement between men or between women alone is not sufficient to ensure stability in a relationship. Yet it is always between men and women that such secretive, exclusive relationships are formed, which in the long run ruin even the most prosperous families. Therefore, we must strive for wisdom and modesty among women—not only out of considerations of good morals and honesty, but also for very practical reasons; for, after all, no one can fulfill their duties properly unless they truly love them to do so, and it has always been the honorable people who know how to love their responsibilities.

In order to prevent a dangerous familiarity between the two sexes, we do not impose upon them any explicit laws that they might be tempted to violate in secret; rather, without seeming to intend it, we establish customs that are far more effective than mere authority. We do not forbid them from meeting each other, but we ensure that they neither have the opportunity nor the desire to do so. We achieve this by providing them with entirely different occupations, habits, interests, and pleasures. Under the admirable order that reigns here, they realize that in a well-regulated household, men and women should have little interaction with one another. Those who might criticize such arrangements as mere caprice would readily submit to a way of living that is not formally imposed upon them, but which they themselves consider to be the best and most natural. Julie claims that indeed it is; she argues that neither love nor marriage warrant constant contact between the sexes. In her view, a husband and wife are meant to live together, but not in the same manner; they should cooperate without doing the same things. The life that would please one would be unbearable for the other; the inclinations bestowed upon them by nature are as diverse as the roles they are assigned; their pleasures differ as much as their duties do. In short, both contribute to their common happiness through different paths; and this division of labor and shared responsibilities constitutes the strongest bond in their union.

In questo stesso istante ho un esempio piuttosto evidente di questa sorta di attenzione da parte dei padroni verso i loro domestici. Il barone d’Etange, volendo ricompensare i lunghi servizi del suo cameriere con una pensione onorevole, riuscì ad ottenere per lui da Sua Maestà un lavoro redditizio e privo di fatiche. Julie ha appena ricevuto da questo anziano domestico una lettera così commovente da farle versare lacrime; in essa le chiede di permettergli di rifiutare quel lavoro. “Sono vecchio”, le scrive, “ho perso tutta la mia famiglia; non ho altri parenti se non i miei padroni; tutto il mio desiderio è trascorrere serenamente gli ultimi anni nella casa dove ho passato la mia vita. Signora, quando vi tenni tra le braccia alla vostra nascita, pregai Dio di concedermi lo stesso giorno anche per i vostri figli: Lui mi ha esaudito; non rifiutatemi quindi la grazia di vederli crescere e prosperare come voi. Io, che sono abituato a vivere in una casa di pace, dove potrò trovare un’altra simile per trascorrervi la mia vecchiaia?. Avete la carità di scrivere a mio favore al signor barone. Se è scontento di me, che mi cacci e non mi dia più lavoro; ma se gli ho servito fedelmente per quarant’anni, che mi permetta di concludere i miei giorni al suo e al vostro servizio. Non potrebbe trovarmi una ricompensa migliore.” Non occorre chiedere se Julie abbia scritto: è evidente che sarebbe altrettanto dispiaciuta di perdere questo buon uomo quanto lui di lasciarla. Ho torto, milord, a paragonare padroni così cari a padri, e i loro domestici a loro figli? Vedete bene che è proprio così che loro stessi si considerano.

In questa casa non esiste alcun esempio di domestico che abbia chiesto le dimissioni; è persino raro che qualcuno venga minacciato di riceverle. Questa minaccia incute terrore nella misura in cui il servizio reso sia piacevole e gentile: i migliori domestici ne sono sempre i più spaventati, e si arriva mai alla sua attuazione se non nei casi in cui la persona in questione non sia molto preziosa. Esiste ancora un’altra regola in merito: quando il signor de Wolmar dice “Vi caccio”, è possibile chiedere l’intervento della moglie, ottenerlo a volte e riacquistare la sua grazia grazie alle sue preghiere; ma le dimissioni che lei stessa concede sono irrevocabili, e non ci sono più speranze di ottenere perdono. Questo accordo è stato ben concepito per moderare sia l’eccessiva fiducia che si potrebbe avere nella dolcezza di una donna, sia la paura estrema che potrebbe derivare dall’intransigenza di un marito. Tuttavia, questo termine deve essere considerato con estrema cautela da parte di un padrone equo e senza ira; perché, oltre al fatto che non si è certi di ottenere il perdono – e che esso non viene mai concesso due volte per la stessa persona – si perde anche il diritto acquisito nel corso del tempo, e si ricomincia da capo un nuovo periodo di servizio: questo evita l’arroganza dei domestici anziani e aumenta la loro prudenza, soprattutto quando hanno molto da perdere.

Le tre donne sono la cameriera, l’insegnante dei bambini e la cuoca. Quest’ultima è una contadina molto pulita e diligente; Madame de Wolmar le ha insegnato a cucinare, poiché in quel paese, ancora semplice[140], le giovani donne di ogni condizione imparano da sole a svolgere tutti i compiti che un giorno le domestiche al loro servizio dovranno eseguire in casa loro, affinché possano guidarle quando necessario e non lasciarsi dominare da loro. La cameriera non è più Babi: è stata rimandata a Etange, dove è nata, e le è stato affidato l’incarico di gestire il castello; inoltre, viene controllata riguardo alle spese, il che la rende in un certo senso la “controllante” dell’amministratore domestico. Da tempo M. de Wolmar insisteva affinché sua moglie prendesse queste misure, ma lei non riusciva a convincersi a allontanare una vecchia domestica di sua madre, anche se aveva molti motivi per lamentarsi di lei. Alla fine, dopo le ultime discussioni, ha acconsentito e Babi se n’è andata. Questa donna è intelligente e fedele, ma indiscreta e chiacchierona; sospetto che abbia tradito più volte i segreti della sua padrona, e che M. de Wolmar ne sia a conoscenza. Per prevenire ulteriori indiscrezioni riguardo a estranei, questo saggio uomo ha saputo utilizzarla al meglio, sfruttando le sue buone qualità senza esporrsi ai suoi difetti. La donna che l’ha sostituita è proprio quella Fanchon Regard di cui vi ho parlato in passato con tanto piacere. Nonostante le previsioni di Julie, nonché i benefici che lei e suo padre avevano fornito a questa giovane donna onesta e saggia, essa non è stata felice nella sua nuova situazione. Claude Anet, che aveva sopportato con grande pazienza la propria povertà, non è riuscito ad adattarsi a una vita più agiata; abbandonando il proprio lavoro, è fuggito dal paese, lasciando la moglie con un bambino che da allora ha perso. Dopo averla accolta in casa propria, Julie le ha insegnato tutti i compiti tipici di una cameriera; e non sono mai stato più sorpreso nel vederla al suo posto il giorno del mio arrivo. M. de Wolmar la stima molto, e entrambi le hanno affidato l’incarico di prendersi cura sia dei bambini che della donna che li guida. Anche questa nuova domestica è una contadina semplice e credulona, ma attenta, paziente e obbediente; quindi non è stato trascurato nulla affinché i vizi delle città non penetrassero in una casa la cui padrona non li tollera né li permette.

Sebbene tutti i domestici condividano lo stesso tavolo, c’è in realtà pochissima comunicazione tra i due sessi; in questo ambito si ritiene che tale aspetto sia di estrema importanza. Non si è d’accordo con quei padroni indifferenti a tutto, tranne che al proprio interesse, che desiderano soltanto essere ben serviti senza preoccuparsi di ciò che fanno i loro domestici. Al contrario, si ritiene che coloro che vogliono solo essere bene serviti non riescano a mantenerlo per molto tempo. Le relazioni troppo intime tra i due sessi portano sempre al disastro; sono proprio le conversazioni segrete che avvengono tra le cameriere di servizio che causano la maggior parte dei problemi in una casa. Se ne trova una che piace al maggiordomo, non manca mai chi cerchi di sedurla a scapito del padrone di casa. L’accordo tra gli uomini tra loro, né tra le donne tra loro, non è abbastanza sicuro da poter portare a risultati positivi. Ma sono sempre tra uomini e donne che si stabiliscono quei segreti esclusivi che, nel lungo periodo, distruggono anche le famiglie più ricche. Pertanto, si fa attenzione alla saggezza e alla modestia delle donne, non solo per motivi di buone maniere ed onestà, ma anche per un interesse molto chiaro e compreso; perché, a dispetto di quanto si possa dire, nessuno svolge bene il proprio dovere se non lo ama sinceramente; e sono sempre stati soltanto le persone d’onore a sapere come amare il proprio dovere.

Per prevenire tra i due sessi una familiarità pericolosa, qui non si impediscono loro con leggi positive che potrebbero essere violate in segreto; ma, senza sembrare farlo apposta, si stabiliscono usanze più efficaci della stessa autorità. Non si vieta loro di incontrarsi, ma si fa in modo che non abbiano né l’occasione né la volontà di farlo. Ci si riusce dando loro occupazioni, abitudini, gusti e piaceri completamente diversi. Di fronte all’ordine meraviglioso che regna qui, capiscono che in una casa ben gestita uomini e donne debbano avere pochi contatti tra loro. Chi giudicherebbe questo un capriccio da parte del padrone, si sottometterebbe senza ribellione a un modo di vivere che non gli viene imposto formalmente, ma che egli stesso ritiene il migliore e il più naturale. Julie sostiene che effettivamente lo sia; afferma che dall’amore o dall’unione coniugale non derivi necessariamente un contatto continuo tra i due sessi. Secondo lei, moglie e marito sono destinati a vivere insieme, ma non nello stesso modo: devono agire in armonia senza fare le stesse cose. La vita che piacerebbe a uno sarebbe, dice, insopportabile per l’altro; le inclinazioni che la natura loro dà sono diverse tanto quanto le funzioni che essa loro impone; i loro divertimenti non differiscono meno dai loro doveri; in breve, entrambi contribuiscono al benessere comune attraverso percorsi diversi; e questa divisione dei compiti e delle responsabilità rappresenta il legame più forte della loro unione.

Pour moi, j’avoue que mes propres observations sont assez favorables à cette maxime. En effet, n’est-ce pas un usage constant de tous les peuples du monde, hors le Français et ceux qui l’imitent, que les hommes vivent entre eux, les femmes entre elles ? S’ils se voient les uns les autres, c’est plutôt par entrevues et presque à la dérobée, comme les époux de Lacédémone, que par un mélange indiscret et perpétuel, capable de confondre et défigurer en eux les plus sages distinctions de la nature. On ne voit point les sauvages mêmes indistinctement mêlés, hommes et femmes. Le soir, la famille se rassemble, chacun passe la nuit auprès de sa femme : la séparation recommence avec le jour, et les deux sexes n’ont plus rien de commun que les repas tout au plus. Tel est l’ordre que son universalité montre être le plus naturel ; et, dans les pays mêmes où il est perverti, l’on en voit encore des vestiges. En France, où les hommes se sont soumis à vivre à la manière des femmes, et à rester sans cesse enfermés dans la chambre avec elles, l’involontaire agitation qu’ils y conservent montre que ce n’est point à cela qu’ils étaient destinés. Tandis que les femmes restent tranquillement assises ou couchées sur leur chaise longue, vous voyez les hommes se lever, aller, venir, se rasseoir, avec une inquiétude continuelle, un instinct machinal combattant sans cesse la contrainte où ils se mettent, et les poussant malgré eux à cette vie active et laborieuse que leur imposa la nature. C’est le seul peuple du monde où les hommes se tiennent debout au spectacle, comme s’ils allaient se délasser au parterre d’avoir resté tout le jour assis au salon. Enfin ils sentent si bien l’ennui de cette indolence efféminée et casanière, que, pour y mêler au moins quelque sorte d’activité, ils cèdent chez eux la place aux étrangers, et vont auprès des femmes d’autrui chercher à tempérer ce dégoût.

La maxime de Madame de Wolmar se soutient très bien par l’exemple de sa maison ; chacun étant pour ainsi dire tout à son sexe, les femmes y vivent très séparées des hommes. Pour prévenir entre eux des liaisons suspectes, son grand secret est d’occuper incessamment les uns et les autres ; car leurs travaux sont si différents qu’il n’y a que l’oisiveté qui les rassemble. Le matin chacun vaque à ses fonctions, et il ne reste du loisir à personne pour aller troubler celles d’un autre. L’après-dînée, les hommes ont pour département le jardin, la basse-cour, ou d’autres soins de la campagne ; les femmes s’occupent dans la chambre des enfants jusqu’à l’heure de la promenade, qu’elles font avec eux, souvent même avec leur maîtresse, et qui leur est agréable comme le seul moment où elles prennent l’air. Les hommes, assez exercés par le travail de la journée, n’ont guère envie de s’aller promener, et se reposent en gardant la maison.

Tous les dimanches, après le prêche du soir, les femmes se rassemblent encore dans la chambre des enfants avec quelque parente ou amie qu’elles invitent tour à tour du consentement de Madame. Là, en attendant un petit régal donné par elle, on cause, on chante, on joue au volant, aux onchets, ou à quelque autre jeu d’adresse propre à plaire aux yeux des enfants, jusqu’à ce qu’ils s’en puissent amuser eux-mêmes. La collation vient, composée de quelques laitages, de gaufres, d’échaudés, de merveilles[141], ou d’autres mets du goût des enfants et des femmes. Le vin en est toujours exclu ; et les hommes qui dans tous les temps entrent peu dans ce petit gynécée[142], ne sont jamais de cette collation, où Julie manque assez rarement. J’ai été jusqu’ici le seul privilégié. Dimanche dernier, j’obtins, à force d’importunités, de l’y accompagner. Elle eut grand soin de me faire valoir cette faveur. Elle me dit tout haut qu’elle me l’accordait pour cette seule fois, et qu’elle l’avait refusée à M. de Wolmar lui-même. Imaginez si la petite vanité féminine était flattée, et si un laquais eût été bien venu à vouloir être admis à l’exclusion du maître.

Je fis un goûter délicieux. Est-il quelques mets au monde comparables aux laitages de ce pays ? Pensez ce que doivent être ceux d’une laiterie où Julie préside, et mangés à côté d’elle. La Fanchon me servit des grus, de la céracée[143], des gaufres, des écrelets. Tout disparaissait à l’instant. Julie riait de mon appétit. « Je vois, dit-elle en me donnant encore une assiette de crème, que votre estomac se fait honneur partout, et que vous ne vous tirez pas moins bien de l’écot des femmes que de celui des Valaisans. — Pas plus impunément, repris-je ; on s’enivre quelquefois à l’un comme à l’autre, et la raison peut s’égarer dans un chalet tout aussi bien que dans un cellier. » Elle baissa les yeux sans répondre, rougit, et se mit à caresser ses enfants. C’en fut assez pour éveiller mes remords. Milord, ce fut là ma première indiscrétion, et j’espère que ce sera la dernière.

Il régnait dans cette petite assemblée un certain air d’antique simplicité qui me touchait le coeur ; je voyais sur tous les visages la même gaieté, et plus de franchise peut-être que s’il s’y fût trouvé des hommes. Fondée sur la confiance et l’attachement, la familiarité qui régnait entre les servantes et la maîtresse ne faisait qu’affermir le respect et l’autorité ; et les services rendus et reçus ne semblaient être que des témoignages d’amitié réciproque. Il n’y avait pas jusqu’au choix du régal qui ne contribuât à le rendre intéressant. Le laitage et le sucre sont un des goûts naturels du sexe, et comme le symbole de l’innocence et de la douceur qui font son plus aimable ornement. Les hommes, au contraire, recherchent en général les saveurs fortes et les liqueurs spiritueuses, aliments plus convenables à la vie active et laborieuse que la nature leur demande ; et quand ces divers goûts viennent à s’altérer et se confondre, c’est une marque presque infaillible du mélange désordonné des sexes. En effet, j’ai remarqué qu’en France, où les femmes vivent sans cesse avec les hommes, elles ont tout à fait perdu le goût du laitage, les hommes beaucoup celui du vin ; et qu’en Angleterre, où les deux sexes sont moins confondus, leur goût propre s’est mieux conservé. En général, je pense qu’on pourrait souvent trouver quelque indice du caractère des gens dans le choix des aliments qu’ils préfèrent. Les Italiens, qui vivent beaucoup d’herbages, sont efféminés et mous. Vous autres Anglais, grands mangeurs de viande, avez dans vos inflexibles vertus quelque chose de dur et qui tient de la barbarie. Le Suisse, naturellement froid, paisible et simple, mais violent et emporté dans la colère, aime à la fois l’un et l’autre aliment, et boit du laitage et du vin. Le Français, souple et changeant, vit de tous les mets et se plie à tous les caractères. Julie elle-même pourrait me servir d’exemple ; car quoique sensuelle et gourmande dans ses repas, elle n’aime ni la viande, ni les ragoûts, ni le sel, et n’a jamais goûté de vin pur : d’excellents légumes, les oeufs, la crème, les fruits, voilà sa nourriture ordinaire ; et, sans le poisson qu’elle aime aussi beaucoup, elle serait une véritable pythagoricienne.

C’est rien de contenir les femmes si l’on ne contient aussi les hommes ; et cette partie de la règle, non moins importante que l’autre, est plus difficile encore ; car l’attaque est en général plus vive que la défense : c’est l’intention du conservateur de la nature. Dans la république on retient les citoyens par des moeurs, des principes, de la vertu ; mais comment contenir des domestiques, des mercenaires, autrement que par la contrainte et la gêne ? Tout l’art du maître est de cacher cette gêne sous le voile du plaisir ou de l’intérêt, en sorte qu’ils pensent vouloir tout ce qu’on les oblige de faire. L’oisiveté du dimanche, le droit qu’on ne peut guère leur ôter d’aller où bon leur semble quand leurs fonctions ne les retiennent point au logis, détruisent souvent en un seul jour l’exemple et les leçons des six autres. L’habitude du cabaret, le commerce et les maximes de leurs camarades, la fréquentation des femmes débauchées, les perdant bientôt pour leurs maîtres et pour eux-mêmes, les rendent par mille défauts incapables du service et indignes de la liberté.

On remédie à cet inconvénient en les retenant par les mêmes motifs qui les portaient à sortir. Qu’allaient-ils faire ailleurs ? Boire et jouer au cabaret. Ils boivent et jouent au logis. Toute la différence est que le vin ne leur coûte rien, qu’ils ne s’enivrent pas, et qu’il y a des gagnants au jeu sans que jamais personne perde. Voici comment on s’y prend pour cela.

To be honest, my own observations are quite in favor of this maxim. Indeed, isn’t it the common practice of all peoples in the world, except the French and those who imitate them, for men to live together and women to live together as well? When they do meet each other, it is usually in secret or by chance, much like the husbands in Sparta did; not through constant and indiscriminate mixing that could blur and distort the natural distinctions between the sexes. Even among savages, men and women are not kept together indiscriminately. In the evening, the family gathers, and each person spends the night with their spouse; at dawn, they part ways again, and the two sexes have little in common beyond meals perhaps. Such is the order that, given its universal prevalence, seems most natural. And even in countries where this custom has been corrupted, traces of it can still be seen. In France, for example, where men have chosen to live in the same way as women, staying confined to their rooms with them at all times, the restless agitation they display there shows that this is not what they were originally meant to do. While women sit or lie quietly on their chaises longues, men get up, walk around, sit down again—always in a state of unease, their instincts constantly struggling against the restraint imposed upon them, forcing them into a life that is active and laborious, despite their true nature. France is indeed the only country in the world where men stand around as if they were going to relax after having spent the whole day sitting in the salon. Finally, they feel such disdain for this effeminate, sedentary lifestyle that, in order to inject some activity into it, they even allow strangers to enter their homes and join their women, in an attempt to alleviate this boredom.

Madame de Wolmar’s maxim is well illustrated by the example of her household; since each member is essentially devoted to their own gender, the women live completely separated from the men. To prevent any suspicious relationships between them, her clever strategy is to keep them constantly occupied with different tasks—since their duties are so diverse, only idleness could bring them together. In the morning, everyone engages in their respective responsibilities, leaving no leisure time for anyone to disturb others. In the afternoon, the men are assigned to tasks such as tending to the garden, the poultry, or other household chores related to the estate; the women, meanwhile, take care of the children until it’s time for a walk, which they often undertake together with their governess. For them, this walk is the only moment of the day when they can enjoy fresh air. The men, having been sufficiently occupied throughout the day, have little desire to go for a walk and prefer to rest by watching over the household.

Every Sunday, after the evening sermon, the women would gather again in the children’s room, accompanied by some relative or friend whom they invited with Madame’s consent. There, while waiting for a little treat prepared by her, they would chat, sing, play games such as “volant” or “onchets,” or any other games suitable to please children’s eyes, until the children were able to join in themselves. The refreshment consisted of some dairy products, croissants, hot cakes, “merveilles[141],” or other dishes that suited the tastes of both children and women. Wine was always excluded from these gatherings; and the men, who seldom entered this little feminine sanctuary[142] in the first place, were never allowed to participate in these meals—except very rarely in Julie’s case. Until now, I had been the only one to enjoy this privilege. Last Sunday, after much persistence on my part, I was finally allowed to accompany her. She went out of her way to emphasize how special this favor was for me, telling me openly that she was granting it only this once and that she had even refused it to Monsieur de Wolmar himself. Imagine how pleased a woman’s little vanity would be if a lackey were to think he could be admitted at the expense of his master.

I prepared a delicious afternoon snack. Are there any foods in the world that can compare to the dairy products of this country? Just imagine what those must be at a dairy where Julie is in charge, and eaten right beside her. Fanchon served me grebes, céréacée[143], croissants, and écrelets. Everything disappeared in an instant. Julie laughed at my appetite. “I see,” she said as she gave me another plate of cream, “that your stomach manages quite well wherever it is—whether among women or among the Valaisans.” “Not any more successfully,” I replied; “one can get drunk just as easily in one place as in the other, and reason can sometimes go astray just as easily in a chalet as in a cellar.” She lowered her eyes without answering, blushed, and began to caress her children. That was enough to fill me with remorse. My lord, that was my first indiscretion. I hope it will also be the last.

In this small gathering, there was an air of ancient simplicity that touched my heart; I saw the same joy on everyone’s face, and perhaps even more sincerity than if there had been only men present. The familiarity that existed between the maids and their mistress, based on trust and affection, only served to reinforce respect and authority; the services rendered and received seemed nothing more than expressions of mutual friendship. Even the choice of food contributed to its interest. Milk and sugar are among the natural tastes of women, symbols of innocence and sweetness that add to their charm. Men, on the other hand, generally prefer strong flavors and alcoholic beverages—food more suited to an active and laborious life as nature demands it. When these different tastes begin to mix and blur together, it is almost always a sign of the disorderly mixing of the sexes. Indeed, I have noticed that in France, where women live constantly with men, they have completely lost their taste for milk; men, in turn, have largely lost their fondness for wine. In England, where the two sexes are less mixed, their natural tastes have been better preserved. In general, I believe one can often gain insight into a person’s character by observing their favorite foods. Italians, who consume a lot of vegetables, tend to be effeminate and soft-hearted. You English, with your heavy consumption of meat, possess certain qualities that are tough and almost barbaric in nature. The Swiss, naturally cold, calm, and simple yet prone to violent outbursts of anger, enjoy both types of food and drink milk as well as wine. The French, flexible and adaptable, can tolerate a wide range of foods and suit various temperaments. Even Julie could serve as an example for this; although sensual and fond of good food, she dislikes meat, stews, or salt, and has never tasted pure wine. Excellent vegetables, eggs, cream, and fruits—these are her regular diet; and without the fish she also loves very much, she would be a true Pythagorean.

Controlling women is of no use if one does not also control men; and this part of the rule, just as important as the other, is even more difficult to implement. For generally, the drive to act is much stronger than the inclination to resist—such is nature’s design. In a republic, citizens are held in check by morals, principles, and virtue; but how can servants or mercenaries be restrained except through coercion and restraint? The master’s true art lies in concealing this restraint beneath the guise of pleasure or gain, so that they believe they are doing what they are actually being forced to do. Sunday idleness, the freedom they often enjoy to go wherever they please when their duties do not keep them at home—these factors can often destroy in a single day all the examples and lessons set during the other six days. The habit of frequenting taverns, the influence of their companions, the company of licentious women—all these cause them to lose respect for both their masters and themselves, rendering them incapable of serving others and unworthy of freedom.

This inconvenience is remedied by keeping them in through the very same reasons that initially drove them to leave. What would they do elsewhere? Drink and play in the cabaret. They drink and play right at home. The only difference is that the wine costs them nothing, they don’t get drunk, and there are always winners at the games—without anyone ever losing. This is how it’s done.

Per quanto mi riguarda, devo ammettere che le mie osservazioni sono piuttosto a favore di questo principio. Infatti, non è forse una consuetudine comune a tutti i popoli del mondo, tranne i francesi e coloro che li imitano, che gli uomini vivano tra loro e le donne tra loro? Quando si incontrano, lo fanno soltanto di sfuggita, quasi in segreto, come avveniva a Sparta; non in modo continuo e indiscriminato, il che potrebbe confondere e distorcere quelle distinzioni naturali e sagge. Nemmeno tra i selvaggi si osserva un simile mescolamento indiscriminato tra uomini e donne. La sera, ogni famiglia si riunisce e ognuno trascorre la notte con la propria moglie; il giorno seguente, i due sessi tornano a vivere separatamente, con l’unica interazione durante i pasti. Questo è dunque l’ordine naturale, come dimostra la sua diffusione in tutto il mondo; anche nei paesi dove tale ordine è stato distorto, ne si possono ancora trovare tracce. In Francia, ad esempio, gli uomini hanno adottato abitudini tipiche delle donne, rimanendo costantemente rinchiusi nelle stanze con loro. L’agitazione che ne deriva dimostra chiaramente che non è questa la natura loro destinata. Mentre le donne stanno tranquillamente sedute o sdraiate sulle poltrone, gli uomini si alzano, vanno avanti e indietro, si siedono di nuovo, con un’ansia continua e un istinto che li spinge a una vita attiva e laboriosa, nonostante la costrizione imposta loro dalle circostanze. Sono dunque l’unico popolo al mondo in cui gli uomini passano il tempo in piedi, come se volessero “rilassarsi” dopo aver trascorso tutto il giorno seduti in salotto. Sentendo così intensamente la noia di questa vita pigra e effeminata, per cercare almeno di renderla più interessante, cedono il posto agli stranieri nelle loro case e vanno dalle donne degli altri per cercare un po’ di distrazione.

Il detto della signora de Wolmar trova una conferma molto concreta nell’esempio della sua casa: poiché ognuno, per così dire, si dedica interamente al proprio sesso, le donne vi vivono completamente separate dagli uomini. Per evitare che possano nascere relazioni sospette tra loro, il suo grande segreto consiste nel tenere costantemente occupati sia gli uni che le altre; poiché i loro compiti sono così diversi che l’unica cosa che può unirli è l’ozio. Al mattino ognuno si dedica alle proprie mansioni, e nessuno ha il tempo libero per disturbare gli altri. Nel pomeriggio, gli uomini si occupano del giardino, della corte interna o di altre attività legate alla campagna; le donne, invece, stanno nella stanza dei bambini fino all’ora del passeggio, che fanno con loro, e spesso anche con la loro padrona di casa; questo momento è per loro l’unico in cui possono godersi l’aria fresca. Gli uomini, essendo sufficientemente impegnati durante la giornata, non hanno quasi voglia di andare a fare una passeggiata e si riposano occupandosi della casa.

Ogni domenica, dopo il sermone del pomeriggio, le donne si riuniscono ancora nella stanza dei bambini insieme a qualche parente o amica che invitano a turno, con il consenso della signora. Lì, mentre aspettano un piccolo rinfresco offerto da lei, chiacchierano, cantano, giocano a giochi di abilità adatti ai bambini, fino a quando questi non possono divertirsi da soli. Il rinfresco consiste in alcuni latticini, gaufre, frittelle, dolci o altri cibi graditi a bambini e donne; il vino è sempre escluso. Gli uomini, che di solito entrano raramente in questo piccolo ambiente femminile, non partecipano mai a questi pasti, e Julie stessa vi partecipa solo molto di rado. Fino ad ora, sono stato l’unico ad avere questo privilegio; domenica scorsa, con molta insistenza, sono riuscito ad accompagnarla. Lei si è presa grande cura di far notare a tutti questa sua gentilezza, dicendomi ad alta voce che me la concedeva solo per quella volta e che l’aveva rifiutata persino al signor de Wolmar. Immaginate quanto possa essere lusingata la vanità femminile. E come un servitore potrebbe desiderare essere ammesso in luogo del proprio padrone!

Ho preparato un delizioso spuntino. Esistono forse al mondo cibi paragonabili ai latticini di questo paese? Immaginate quali devono essere quelli prodotti in una latteria dove Julie ha la direzione, e consumati proprio accanto a lei. La Fanchon mi servì gru, céréali, gaufre, écrelets. Tutto spariva nel momento stesso in cui veniva mangiato. Julie rideva del mio appetito. “Vedo,” disse, porgendomi un’altra ciotola di panna, “che il tuo stomaco si trova a suo agio ovunque. E che te la cavi altrettanto bene tra le donne quanto tra i valaisani, ” “Non meno facilmente,” risposi; “a volte ci si ubriaca in un modo come nell’altro. E la ragione può perdere la bussola tanto in una capanna quanto in un magazzino, ” Lei abbassò lo sguardo senza rispondere, arrossì e iniziò ad accarezzare i suoi bambini. Questo fu sufficiente per suscitare in me dei rimorsi. Milord, quella fu la mia prima indiscrezione. Spero che sia anche l’ultima.

In quella piccola assemblea regnava un certo spirito di antica semplicità che toccava il mio cuore; vedevo su tutti i volti la stessa allegria, e forse anche una maggiore franchezza rispetto a quanto avvenisse se ci fossero stati uomini presenti. La familiarità che regnava tra le domestiche e la padrona, basata sulla fiducia e sull’affetto reciproco, non faceva altro che rafforzare il rispetto e l’autorità; i servizi resi e ricevuti sembravano essere soltanto manifestazioni di amicizia reciproca. Anche la scelta dei cibi contribuiva a rendere l’atmosfera interessante: il latte e lo zucchero rappresentano uno dei gusti naturali del genere femminile, simboli dell’innocenza e della dolcezza che ne fanno il tratto più affascinante. Gli uomini, al contrario, tendono generalmente a preferire sapori forti e liquori alcolici, alimenti più adatti a una vita attiva e laboriosa; quando questi diversi gusti si mescolano in modo disordinato, ciò rappresenta quasi sempre un segno evidente di un’armonia disturbata tra i sessi. In Francia, ad esempio, dove le donne vivono costantemente con gli uomini, queste hanno completamente perso il gusto per il latte; gli uomini, invece, hanno perso molto del loro interesse per il vino. In Inghilterra, dove i due sessi sono meno mescolati, i gusti naturali di ciascuno sono rimasti meglio conservati. In generale, penso che si possa spesso individuare qualche indizio sul carattere delle persone attraverso la scelta degli alimenti che preferiscono. Gli italiani, che consumano molti prodotti vegetali, sono generalmente di natura effeminata e molle; voi inglesi, grandi mangiatori di carne, possedete nelle vostre virtù ferme qualcosa di duro e quasi barbarico; lo svizzero, per sua natura freddo, pacifico e semplice, ma anche violento e impulsivo quando arrabbia, ama sia i cibi vegetali che quelli alcolici; il francese, invece, è flessibile e vario nel suo gusto alimentare, adattandosi facilmente a diversi stili di vita. Anche Julie potrebbe servire da esempio: sebbene sia sensuale e golosa nella tavola, non ama la carne, i piatti piccanti né il sale, e non ha mai assaggiato vino puro; verdure fresche, uova, panna, frutta, ecco la sua alimentazione abituale; senza il pesce, che ama molto anch’esso, sarebbe davvero una “pitagorica”.

Non è affatto possibile controllare le donne senza controllare anche gli uomini; e questa parte della regola, altrettanto importante dell’altra, è addirittura più difficile da attuare. Infatti, l’attacco è generalmente più deciso della difesa: tale è l’intento del “conservatore” della natura. Nella repubblica i cittadini vengono tenuti sotto controllo attraverso le morali, i principi e la virtù; ma come si possono controllare domestici e mercenari se non con la coercizione e gli ostacoli? L’intero “arte” del padrone consiste nel nascondere questi ostacoli dietro il velo del piacere o dell’interesse, in modo che essi credano di voler fare esattamente ciò che viene loro imposto. La pigrizia del domenico, il diritto che spesso non può essere loro revocato di andare dove vogliono quando le loro mansioni non li trattenono in casa, distruggono spesso, in un solo giorno, gli esempi e gli insegnamenti ricevuti nei sei giorni precedenti. L’abitudine ai bar, i rapporti con i compagni di lavoro e le loro idee, la frequentazione di donne dissolute li fanno presto perdere sia rispetto ai loro padroni che a se stessi; per mille motivi, diventano incapaci di svolgere qualsiasi compito e indegni della libertà.

Si rimedi a questo inconveniente trattenendoli con gli stessi motivi che li spingevano ad uscire. Cosa avrebbero fatto altrove? Bere e giocare nei locali notturni. Bevono e giocano anche a casa loro. L’unica differenza è che il vino non costa nulla, non si ubriacano, e ci sono sempre vincitori ai giochi, senza che nessuno perda mai. Ecco come si fa.

Derrière la maison est une allée couverte dans laquelle on a établi la lice des jeux. C’est là que les gens de livrée et ceux de la basse-cour se rassemblent en été, le dimanche, après le prêche, pour y jouer, en plusieurs parties liées, non de l’argent, on ne le souffre pas, ni du vin, on leur en donne, mais une mise fournie par la libéralité des maîtres. Cette mise est toujours quelque petit meuble ou quelque nippe à leur usage. Le nombre des jeux est proportionné à la valeur de la mise ; en sorte que, quand cette mise est un peu considérable, comme des boucles d’argent, un porte-col, des bas de soie, un chapeau fin, ou autre chose semblable, on emploie ordinairement plusieurs séances à la disputer. On ne s’en tient point à une seule espèce de jeu ; on les varie, afin que le plus habile dans un n’emporte pas toutes les mises, et pour les rendre tous plus adroits et plus forts par des exercices multipliés. Tantôt c’est à qui enlèvera à la course un but placé à l’autre bout de l’avenue ; tantôt à qui lancera le plus loin la même pierre ; tantôt à qui portera le plus longtemps le même fardeau ; tantôt on dispute un prix en tirant au blanc. On joint à la plupart de ces jeux un petit appareil qui les prolonge et les rend amusants. Le maître et la maîtresse les honorent souvent de leur présence ; on y amène quelquefois les enfants ; les étrangers même y viennent, attirés par la curiosité, et plusieurs ne demanderaient pas mieux que d’y concourir ; mais nul n’est jamais admis qu’avec l’agrément des maîtres et du consentement des joueurs, qui ne trouveraient pas leur compte à l’accorder aisément. Insensiblement il s’est fait de cet usage une espèce de spectacle, où les acteurs, animés par les regards du public, préfèrent la gloire des applaudissements à l’intérêt du prix. Devenus plus vigoureux et plus agiles, ils s’en estiment davantage ; et, s’accoutumant à tirer leur valeur d’eux-mêmes plutôt que de ce qu’ils possèdent, tout valets qu’ils sont, l’honneur leur devient plus cher que l’argent.

Il serait long de vous détailler tous les biens qu’on retire ici d’un soin si puéril en apparence, et toujours dédaigné des esprits vulgaires, tandis que c’est le propre du vrai génie de produire de grands effets par de petits moyens. M. de Wolmar m’a dit qu’il lui en coûtait à peine cinquante écus par an pour ces petits établissements que sa femme a la première imaginés. « Mais, dit-il, combien de fois croyez-vous que je regagne cette somme dans mon ménage et dans mes affaires par la vigilance et l’attention que donnent à leur service des domestiques attachés qui tiennent tous leurs plaisirs de leurs maîtres, par l’intérêt qu’ils prennent à celui d’une maison qu’ils regardent comme la leur, par l’avantage de profiter dans leurs travaux de la vigueur qu’ils acquièrent dans leurs jeux, par celui de les conserver toujours sains en les garantissant des excès ordinaires à leurs pareils et des maladies qui sont la suite ordinaire de ces excès, par celui de prévenir en eux les friponneries que le désordre amène infailliblement et de les conserver toujours honnêtes gens, enfin par le plaisir d’avoir chez nous à peu de frais des récréations agréables pour nous-mêmes ? Que s’il se trouve parmi nos gens quelqu’un, soit homme, soit femme, qui ne s’accommode pas de nos règles et leur préfère la liberté d’aller sous divers prétextes courir où bon lui semble, on ne lui en refuse jamais la permission ; mais nous regardons ce goût de licence comme un indice très suspect, et nous ne tardons pas à nous défaire de ceux qui l’ont. Ainsi ces mêmes amusements qui nous conservent de bons sujets nous servent encore d’épreuve pour les choisir. » Milord, j’avoue que je n’ai jamais vu qu’ici des maîtres former à la fois dans les mêmes hommes de bons domestiques pour le service de leurs personnes, de bons paysans pour cultiver leurs terres, de bons soldats pour la défense de la patrie, et des gens de bien pour tous les états où la fortune peut les appeler.

L’hiver, les plaisirs changent d’espèce ainsi que les travaux. Les dimanches, tous les gens de la maison, et même les voisins, hommes et femmes indifféremment, se rassemblent après le service dans une salle basse, où ils trouvent du feu, du vin, des fruits, des gâteaux, et un violon qui les fait danser. Madame de Wolmar ne manque jamais de s’y rendre, au moins pour quelques instants, afin d’y maintenir par sa présence l’ordre et la modestie, et il n’est pas rare qu’elle y danse elle-même, fût-ce avec ses propres gens. Cette règle, quand je l’appris, me parut d’abord moins conforme à la sévérité des moeurs protestantes. Je le dis à Julie ; et voici à peu près ce qu’elle me répondit :

« La pure morale est si chargée de devoirs sévères, que si on la surcharge encore de formes indifférentes, c’est presque toujours aux dépens de l’essentiel. On dit que c’est le cas de la plupart des moines qui, soumis à mille règles inutiles, ne savent ce que c’est qu’honneur et vertu. Ce défaut règne moins parmi nous, mais nous n’en sommes pas tout à fait exempts. Nos gens d’église, aussi supérieurs en sagesse à toutes les sortes de prêtres que notre religion est supérieure à toutes les autres en sainteté, ont pourtant encore quelques maximes qui paraissent plus fondées sur le préjugé que sur la raison. Telle est celle qui blâme la danse et les assemblées : comme s’il y avait plus de mal à danser qu’à chanter, que chacun de ces amusements ne fût pas également une inspiration de la nature, et que ce fût un crime de s’égayer en commun par une récréation innocente et honnête ! Pour moi, je pense au contraire que, toutes les fois qu’il y a concours des deux sexes, tout divertissement public devient innocent par cela même qu’il est public ; au lieu que l’occupation la plus louable est suspecte dans le tête-à-tête[144]. L’homme et la femme sont destinés l’un pour l’autre, la fin de la nature est qu’ils soient unis par le mariage. Toute fausse religion combat la nature ; la nôtre seule, qui la suit, et la rectifie, annonce une institution divine et convenable à l’homme. Elle ne doit donc point ajouter sur le mariage aux embarras de l’ordre civil des difficultés que l’Évangile ne prescrit pas, et qui sont contraires à l’esprit du christianisme. Mais qu’on me dise où de jeunes personnes à marier auront occasion de prendre du goût l’une pour l’autre, et de se voir avec plus de décence et de circonspection que dans une assemblée où les yeux du public, incessamment tournés sur elles, les forcent à s’observer avec le plus grand soin. En quoi Dieu est-il offensé par un exercice agréable et salutaire, convenable à la vivacité de la jeunesse, qui consiste à se présenter l’un à l’autre avec grâce et bienséance, et auquel le spectateur impose une gravité dont personne n’oserait sortir ? Peut-on imaginer un moyen plus honnête de ne tromper personne, au moins quant à la figure, et de se montrer avec les agréments et les défauts qu’on peut avoir aux gens qui ont intérêt de nous bien connaître avant de s’obliger à nous aimer ? Le devoir de se chérir réciproquement n’emporte-t-il pas celui de se plaire, et n’est-ce pas un soin digne de deux personnes vertueuses et chrétiennes qui songent à s’unir, de préparer ainsi leurs coeurs à l’amour mutuel que Dieu leur impose ?

Qu’arrive-t-il dans ces lieux où règne une éternelle contrainte, où l’on punit comme un crime la plus innocente gaieté, où les jeunes gens des deux sexes n’osent jamais s’assembler en public, et où l’indiscrète sévérité d’un pasteur ne sait prêcher au nom de Dieu qu’une gêne servile, et la tristesse, et l’ennui ? On élude une tyrannie insupportable que la nature et la raison désavouent. Aux plaisirs permis dont on prive une jeunesse enjouée et folâtre, elle en substitue de plus dangereux. Les tête-à-tête adroitement concertés prennent la place des assemblées publiques. À force de se cacher comme si l’on était coupable, on est tenté de le devenir. L’innocente joie aime à s’évaporer au grand jour ; mais le vice est ami des ténèbres ; et jamais l’innocence et le mystère n’habitèrent longtemps ensemble. Mon cher ami, me dit-elle en me serrant la main comme pour me communiquer son repentir et faire passer dans mon coeur la pureté du sien, qui doit mieux sentir que nous toute l’importance de cette maxime ? Que de douleurs et de peines, que de remords et de pleurs nous nous serions épargnés durant tant d’années, si tous deux, aimant la vertu comme nous avons toujours fait, nous avions su prévoir de plus loin les dangers qu’elle court dans le tête-à-tête.

Behind the house, there is a covered walkway where various games are played. It is there that the servants and those from the lower quarters gather in the summer, on Sundays, after the sermon, to play together in several connected rounds. No money is involved—people would not tolerate it—and neither is any wine used; instead, the masters generously provide a stake for the games. This stake is always some small piece of furniture or other item useful to the players. The number of games played is determined by the value of the stake; thus, when the stake is something valuable, such as silver bangles, a shoulder strap, silk stockings, or a fine hat, the games often take several sessions to complete. Not just one type of game is played; they vary in order to prevent those who are best at certain games from winning all the stakes and to help everyone become more skilled through repeated practice. Sometimes the game is to see who can run the fastest and retrieve a target placed at the other end of the walkway; sometimes it’s about who can throw a stone the farthest; other times, players compete to carry a heavy load for the longest time. There are also games where participants shoot at a white target. Most of these games are accompanied by small devices that prolong their duration and make them more entertaining. The master and mistress often attend these games; sometimes children are brought along, and even strangers come out of curiosity. Many would be happy to participate, but no one is allowed in unless the masters consent and the other players agree to it. Gradually, this activity has evolved into a sort of spectacle, where the participants, encouraged by the audience’s attention, value praise more than the prize itself. Becoming stronger and more agile, they take greater pride in their abilities; and since they learn to rely on their own strength rather than what they possess, honor becomes more precious to them than money, even though they are but servants.

It would take too much time to detail all the benefits that can be derived from what at first glance seems such a childish and often despised practice—yet it is precisely the hallmark of true genius to achieve great things with small means. Mr. de Wolmar told me that the annual cost of these modest establishments, which were originally conceived by his wife, amounted to barely fifty écus. “But,” he said, “how many times over do I recoup this amount through the diligence and attention shown by the servants who devote their entire pleasure to serving their masters? Through their care for the household, which they regard as their own; through the strength they gain in their work thanks to the games they play; through protecting them from the excesses common to their kind and the illnesses that often follow such excesses; through preventing dishonesty, which disorder inevitably brings about; and finally, through the joy of providing ourselves with pleasant diversions at little expense. If anyone among our staff—whether man or woman—does not conform to our rules and prefers freedom to run around wherever they please under various pretexts, we never refuse them that liberty. However, we regard such a preference for license as a highly suspicious sign and do not hesitate to dismiss those who exhibit it. In this way, the very amusements that keep us in possession of good subjects also serve as a means to select them.” My lord, I must admit that I have never seen anywhere else masters who manage to cultivate in the same individuals both capable servants for their personal needs, skilled farmers for tending their lands, brave soldiers for defending their country, and upright citizens for whatever role fortune may call them upon.

In winter, the pleasures and the tasks change in nature. On Sundays, everyone in the household, as well as the neighbors—men and women alike—gather in a low-ceiled room after church services. There, they find fire, wine, fruits, cakes, and a violin that makes them dance. Madame de Wolmar never fails to attend, at least for a while, in order to maintain order and modesty through her presence; it is not uncommon for her to dance herself, even with her own people. When I learned of this custom, at first, it seemed less in line with the strict morals of Protestantism. I mentioned it to Julie, and here is roughly what she replied:

“Pure morality is laden with severe obligations; and if we burden it further with trivial formalities, it is almost always at the expense of its essence. This is said to be the case with most monks, who, subjected to countless unnecessary rules, fail to understand what honor and virtue truly mean. This flaw is less prevalent among us, but we are not entirely free from it. Our clergy, though superior in wisdom to all other kinds of priests, and our religion superior to all others in holiness, still have some maxims that seem more based on prejudice than reason. For instance, those that condemn dancing and gatherings—as if there were something inherently wrong with dancing rather than singing, as if these forms of entertainment were not equally inspired by nature, and as if it were a crime to enjoy oneself through innocent and honest recreation! In my opinion, on the contrary, whenever both sexes come together in public, any form of entertainment becomes innocent precisely because it is public; whereas the most commendable activities become suspect when they occur in private. Man and woman are meant for each other; the purpose of nature is that they be united through marriage. Any false religion goes against nature; only our religion, which follows and corrects it, reveals a divine institution suited to human beings. Therefore, it should not impose on marriage additional difficulties beyond those prescribed by the Gospel, nor should it contradict the spirit of Christianity. But where can young people about to marry find opportunities to get to know each other in a more decent and cautious manner than at public gatherings, where the eyes of onlookers constantly force them to observe one another with great restraint? In what way does God suffer any offense from an enjoyable and healthy activity—suitable for the vitality of youth—that consists of presenting oneself to others with grace and propriety, when the observer himself imposes a seriousness that no one would dare to disregard? Can one imagine a more honest way to avoid deceiving anyone, at least in terms of appearance, and to present one’s own strengths and weaknesses to those who have a genuine interest in getting to know us before committing to love us? Doesn’t the duty of loving each other inherently include the desire to please one another? Isn’t it the right thing for two virtuous and Christian people who intend to marry to prepare their hearts for mutual love, as God has commanded?”

What happens in these places where eternal restraint reigns, where the most innocent joy is punished as a crime, where young men and women never dare to gather in public, and where the indiscreet severity of a pastor preaches nothing but servile shame, sorrow, and boredom in the name of God? People seek to escape an intolerable tyranny that nature and reason itself denounce. Instead of permitting the joys that are natural for a lively and carefree youth, such places substitute far more dangerous alternatives. Clandest meetings take the place of public gatherings. When one is forced to hide as if guilty, one is tempted to truly become guilty. Innocent joy thrives in the open light; but vice loves the shadows—and innocence and secrecy can never coexist for long. “My dear friend,” she said, gripping my hand as if to convey her remorse and pour the purity of her heart into mine, “don’t you realize how crucial this principle is? How much pain and suffering, how many regrets and tears we could have avoided over the years if both of us, having always loved virtue as we have, had foreseen the dangers it faces in such secret encounters.”

Dietro la casa c’è un vialetto coperto dove si svolgono i giochi del pomeriggio. È lì che, in estate, la domenica, dopo la predica, si riuniscono sia le persone della servitù che quelle della cucina per giocare, in diverse partite legate tra loro: non si gioca con denaro, poiché questo non viene tollerato; né con vino, poiché ne viene fornito abbondantemente. La posta in gioco è sempre qualche piccolo mobile o oggetto di uso personale. Il numero dei giochi dipende dal valore della posta stessa; quindi, quando questa è piuttosto considerevole – ad esempio delle catene d’argento, un portacappello, dei calzini di seta, un cappello elegante, o simili oggetti – di solito si giocano per più sessioni consecutive. Non ci si limita a un solo tipo di gioco; ne si variano diversi, affinché chi è più abile in uno non vinca tutte le poste e che tutti possano diventare più abili e forti attraverso questi esercizi ripetuti. A volte si gioca a chi arriva per primo a prendere un bersaglio posto all’altra estremità del vialetto; altre volte a chi lancia più lontano la stessa pietra; ancora a chi regge per più tempo lo stesso carico; oppure si disputa un premio tirando al bersaglio bianco. La maggior parte di questi giochi è accompagnata da piccoli strumenti che ne prolungano la durata e li rendono più divertenti. Spesso il padrone e la padrona vi partecipano personalmente; a volte ci vengono anche i bambini; persino gli estranei sono attratti dalla curiosità, e molti non vedrebbero l’ora di partecipare. Ma nessuno viene ammesso se non con il permesso dei padroni e il consenso dei giocatori, che non avrebbero alcun problema ad acconsentire. Gradualmente, questo semplice passatempo è diventato una sorta di spettacolo: i partecipanti, stimolati dagli sguardi del pubblico, preferiscono la gloria degli applausi all’interesse del premio in gioco. Diventando più forti e agili, si sentono ancora più valorosi; e, abituandosi a trarre il proprio orgoglio da se stessi piuttosto che dai beni materiali, anche se sono soltanto servitori, l’onore diventa per loro più prezioso dell’oro.

Sarebbe lungo elencare tutti i vantaggi che si traggono da una cura apparentemente così banale e spesso disdegnata dagli spiriti volgari; è proprio della vera genialità produrre grandi risultati con mezzi semplici. Il signor de Wolmar mi ha detto che gli costano appena cinquanta scudi all’anno per queste piccole strutture, ideate inizialmente da sua moglie. “Ma”, aggiungeva, “quante volte riuscite a immaginare quanta somma guadagni nella mia casa e nelle mie affari grazie alla diligenza e all’attenzione che i domestici dedicano al loro lavoro? Tutti i loro piaceri dipendono dai loro padroni; si interessano sinceramente al benessere della casa che considerano propria, traggono vantaggio dal fatto di poter utilizzare nella loro attività quotidiana la forza fisica acquisita durante i giochi, riescono a mantenersi sempre in salute grazie alle regole che li proteggono dagli eccessi tipici dei loro simili e dalle malattie che ne derivano; inoltre, prevengono comportamenti disonesti dovuti al disordine e li aiutano a rimanere persone oneste. Infine, godono del piacere di avere, a basso costo, divertimenti gradevoli per sé stessi. Se tra i nostri domestici ci fosse qualcuno che non si adattasse alle nostre regole preferendo la libertà di andare dove vuole, non gliela negheremmo mai; tuttavia consideriamo questo desiderio di libertà un segno molto sospetto e non esitiamo a liberarci di chi lo manifesta. Così, gli stessi divertimenti che ci aiutano a mantenere persone affidabili servono anche a selezionare coloro che sono adatti a ricoprire diversi ruoli nella società”. Signore, devo ammettere che non ho mai visto altrove padroni capaci di formare, nello stesso individuo, domestici competenti per il servizio personale, contadini capaci di coltivare le terre, soldati idonei alla difesa della patria e persone oneste pronte a ricoprire qualsiasi ruolo la fortuna possa loro offrire.

In inverno, i piaceri e i lavori cambiano natura. Nei domenici, tutta la gente di casa, così come i vicini, uomini e donne senza distinzione, si riunisce dopo la funzione religiosa in una stanza bassa, dove trovano fuoco, vino, frutta, dolci e un violino che li fa ballare. Madame de Wolmar non manca mai di partecipare a queste riunioni, almeno per qualche istante, affinché la sua presenza mantenga l’ordine e la modestia; non è raro che lei stessa danzi, anche con i propri domestici. Quando appresi questa usanza, inizialmente mi sembrò meno conforme alla severità delle abitudini protestanti. Ne parlai a Julie; ed ecco più o meno cosa mi rispose:

“La morale pura è già così carica di doveri severi che, se vi si aggiungono ancora forme indifferenti, quasi sempre ne risente l’essenza stessa. Si dice che questo accada per la maggior parte dei monaci, i quali, soggetti a mille regole inutili, non sanno nemmeno cosa significhino onore e virtù. Questo difetto è meno diffuso tra di noi, ma non siamo del tutto esenti da esso. I nostri religiosi, sebbene superiores in saggezza a tutti i tipi di preti, e poiché la nostra religione è superiore alle altre per santità, hanno comunque alcune massime che sembrano basarsi più sui pregiudizi che sulla ragione. È il caso di quelle che condannano la danza e le riunioni pubbliche: come se ci fosse qualcosa di male nella danza più che nel canto, come se ognuno di questi divertimenti non fosse in realtà un’ispirazione della natura, e come se fosse un crimine divertirsi insieme con giochi innocenti e onesti! Io, invece, penso che ogni volta che ci sia incontro tra i due sessi, qualsiasi divertimento pubblico diventi innocente proprio per il fatto di essere pubblico; al contrario, l’occupazione più lodevole sembra sospetta quando avviene in privato. L’uomo e la donna sono fatti l’uno per l’altro, lo scopo della natura è che si uniscano attraverso il matrimonio. Qualsiasi falsa religione va contro la natura; solo la nostra, che la segue e la corregge, annuncia un istituto divino e appropriato all’uomo. Pertanto non dovrebbe aggiungere al matrimonio ulteriori difficoltà derivanti da regole civili che l’Evangelo non prescrive e che sono contrarie allo spirito del cristianesimo. Ma ditemi: dove possono giovani persone in procinto di sposarsi trovare l’occasione di prendersi gusto a vicenda, e di incontrarsi con maggiore decenza e cautela rispetto a una riunione pubblica in cui gli sguardi altrui li costringono a osservarsi con estrema attenzione? In che modo Dio viene offeso da un’attività piacevole e salutare, adatta alla vivacità della gioventù, che consiste nel presentarsi l’uno all’altro con grazia e cortesia, e nella quale lo spettatore impone una gravità dalla quale nessuno oserebbe scostarsi? Si può immaginare un modo più onesto per non ingannare nessuno, almeno in termini di aspetto esteriore, e per mostrarsi con i pregi e i difetti che si hanno davanti a persone che hanno interesse a conoscerci bene prima di impegnarsi ad amarci? Il dovere di amarsi reciprocamente non implica forse anche quello di piacersi a vicenda? Non è forse un atto degno di due persone virtuose e cristiane che pensano di unirsi, preparare così i loro cuori all’amore reciproco che Dio ci impone?”

Cosa succede in questi luoghi dove regna una costrizione eterna, dove si punisce come un crimine anche la più innocente gioia, dove i giovani di entrambi i sessi non osano mai riunirsi in pubblico, e dove la severità indiscreta di un pastore non sa predicare, in nome di Dio, se non una servile oppressione, tristezza e noia? Si elude una tirannia insopportabile che sia la natura che la ragione condannano. Ai piaceri permessi, di cui si priva una gioventù spensierata e vivace, si sostituiscono altri ancora più pericolosi. I colloqui segreti e abilmente concordati prendono il posto delle assemblee pubbliche. Costretti a nasconderci come se fossimo colpevoli, siamo tentati di diventarlo davvero. La gioia innocente ama manifestarsi alla luce del giorno; ma il vizio ama le tenebre. E mai l’innocenza e il mistero hanno potuto coesistere a lungo insieme. “Mio caro amico”, mi disse stringendomi la mano, come se volesse condividere con me il suo pentimento e trasmettermi nella mia anima la purezza della sua, “quante sofferenze e dolori, quanti rimorsi e lacrime ci saremmo risparmiati in tutti questi anni, se entrambi, amando la virtù come abbiamo sempre fatto, avessimo previsto più in anticipo i pericoli che essa corre nei colloqui segreti, ”

Encore un coup, continua Madame de Wolmar d’un ton plus tranquille, ce n’est point dans les assemblées nombreuses, où tout le monde nous voit et nous écoute, mais dans des entretiens particuliers, où règnent le secret et la liberté, que les moeurs peuvent courir des risques. C’est sur ce principe que, quand mes domestiques des deux sexes se rassemblent, je suis bien aise qu’ils y soient tous. J’approuve même qu’ils invitent parmi les jeunes gens du voisinage ceux dont le commerce n’est point capable de leur nuire ; et j’apprends avec grand plaisir que, pour louer les moeurs de quelqu’un de nos jeunes voisins, on dit : « Il est reçu chez M. de Wolmar. » En ceci nous avons encore une autre vue. Les hommes qui nous servent sont tous garçons, et, parmi les femmes, la gouvernante des enfants est encore à marier. Il n’est pas juste que la réserve où vivent ici les uns et les autres leur ôte l’occasion d’un honnête établissement. Nous tâchons dans ces petites assemblées de leur procurer cette occasion sous nos yeux, pour les aider à mieux choisir ; et en travaillant ainsi à former d’heureux ménages, nous augmentons le bonheur du nôtre.

Il resterait à me justifier moi-même de danser avec ces bonnes gens ; mais j’aime mieux passer condamnation sur ce point, et j’avoue franchement que mon plus grand motif en cela est le plaisir que j’y trouve. Vous savez que j’ai toujours partagé la passion que ma cousine a pour la danse ; mais après la perte de ma mère je renonçai pour ma vie au bal et à toute assemblée publique : j’ai tenu parole, même à mon mariage, et la tiendrai, sans croire y déroger en dansant quelquefois chez moi avec mes hôtes et mes domestiques. C’est un exercice utile à ma santé durant la vie sédentaire qu’on est forcé de mener ici l’hiver. Il m’amuse innocemment ; car, quand j’ai bien dansé, mon coeur ne me reproche rien. Il amuse aussi M. de Wolmar ; toute ma coquetterie en cela se borne à lui plaire. Je suis cause qu’il vient au lieu où l’on danse ; ses gens en sont plus contents d’être honorés des regards de leur maître ; ils témoignent aussi de la joie à me voir parmi eux. Enfin je trouve que cette familiarité modérée forme entre nous un lien de douceur et d’attachement qui ramène un peu l’humanité naturelle en tempérant la bassesse de la servitude et la rigueur de l’autorité.

Voilà, milord, ce que me dit Julie au sujet de la danse : et j’admirai comment avec tant d’affabilité pouvait régner tant de subordination, et comment elle et son mari pouvaient descendre et s’égaler si souvent à leurs domestiques, sans que ceux-ci fussent tentés de les prendre au mot et de s’égaler à eux à leur tour. Je ne crois pas qu’il y ait des souverains en Asie servis dans leurs palais avec plus de respect que ces bons maîtres le sont dans leur maison. Je ne connais rien de moins impérieux que leurs ordres, et rien de si promptement exécuté : ils prient, et l’on vole ; ils excusent, et l’on sent son tort. Je n’ai jamais mieux compris combien la force des choses qu’on dit dépend peu des mots qu’on emploie.

Ceci m’a fait faire une autre réflexion sur la vaine gravité des maîtres : c’est que ce sont moins leurs familiarités que leurs défauts qui les font mépriser chez eux, et que l’insolence des domestiques annonce plutôt un maître vicieux que faible ; car rien ne leur donne autant d’audace que la connaissance de ses vices, et tous ceux qu’ils découvrent en lui sont à leurs yeux autant de dispenses d’obéir à un homme qu’ils ne sauraient plus respecter.

Les valets imitent les maîtres ; et, les imitant grossièrement, ils rendent sensibles dans leur conduite les défauts que le vernis de l’éducation cache mieux dans les autres. À Paris, je jugeais des moeurs des femmes de ma connaissance par l’air et le ton de leurs femmes de chambre ; et cette règle ne m’a jamais trompé. Outre que la femme de chambre, une fois dépositaire du secret de sa maîtresse, lui fait payer cher sa discrétion, elle agit comme l’autre pense, et décèle toutes ses maximes en les pratiquant maladroitement. En toute chose l’exemple des maîtres est plus fort que leur autorité, et il n’est pas naturel que leurs domestiques veuillent être plus honnêtes gens qu’eux. On a beau crier, jurer, maltraiter, chasser, faire maison nouvelle ; tout cela ne produit point le bon service. Quand celui qui ne s’embarrasse pas d’être méprisé et haï de ses gens s’en croit pourtant bien servi, c’est qu’il se contente de ce qu’il voit et d’une exactitude apparente, sans tenir compte de mille maux secrets qu’on lui fait incessamment et dont il n’aperçoit jamais la source. Mais où est l’homme assez dépourvu d’honneur pour pouvoir supporter les dédains de tout ce qui l’environne ? Où est la femme assez perdue pour n’être plus sensible aux outrages ? Combien, dans Paris et dans Londres, de dames se croient fort honorées, qui fondraient en larmes si elles entendaient ce qu’on dit d’elles dans leur antichambre ! Heureusement pour leur repos elles se rassurent en prenant ces Argus pour des imbéciles, et se flattant qu’ils ne voient rien de ce qu’elles ne daignent pas leur cacher. Aussi, dans leur mutine obéissance, ne leur cachent-ils guère à leur tour tout le mépris qu’ils ont pour elles. Maîtres et valets sentent mutuellement que ce n’est pas la peine de se faire estimer les uns des autres.

Le jugement des domestiques me paraît être l’épreuve la plus sûre et la plus difficile de la vertu des maîtres ; et je me souviens, milord, d’avoir bien pensé de la vôtre en Valais sans vous connaître, simplement sur ce que, parlant assez rudement à vos gens, ils ne vous en étaient pas moins attachés, et qu’ils témoignaient, entre eux, autant de respect pour vous en votre absence que si vous les eussiez entendus. On a dit qu’il n’y avait point de héros pour son valet de chambre. Cela peut être ; mais l’homme juste a l’estime de son valet ; ce qui montre assez que l’héroïsme n’a qu’une vaine apparence et qu’il n’y a rien de solide que la vertu. C’est surtout dans cette maison qu’on reconnaît la force de son empire dans le suffrage des domestiques ; suffrage d’autant plus sûr, qu’il ne consiste point en de vains éloges, mais dans l’expression naturelle de ce qu’ils sentent. N’entendant jamais rien ici qui leur fasse croire que les autres maîtres ne ressemblent pas aux leurs, ils ne les louent point des vertus qu’ils estiment communes à tous ; mais ils louent Dieu dans leur simplicité d’avoir mis des riches sur la terre pour le bonheur de ceux qui les servent et pour le soulagement des pauvres.

La servitude est si peu naturelle à l’homme, qu’elle ne saurait exister sans quelque mécontentement. Cependant on respecte le maître et l’on n’en dit rien. Que s’il échappe quelques murmures contre la maîtresse, ils valent mieux que des éloges. Nul ne se plaint qu’elle manque pour lui de bienveillance, mais qu’elle en accorde autant aux autres ; nul ne peut souffrir qu’elle fasse comparaison de son zèle avec celui de ses camarades, et chacun voudrait être le premier en faveur comme il croit l’être en attachement : c’est là leur unique plainte et leur plus grande injustice.

“Once again,” Madame de Wolmar continued in a more calm tone, “it is not in large gatherings, where everyone sees and hears us, but in private conversations, where secrecy and freedom prevail, that morals can be at risk. It is on this principle that when my male and female servants gather together, I am pleased that they are all present. I even approve of their inviting among the young men from the neighborhood those whose company could not possibly harm them; and I take great pleasure in hearing people say, when praising the morals of one of our young neighbors, ‘He is received at M. de Wolmar’s home.’ In this regard, we have another consideration as well. The men who serve us are all young men, and among the women, the child’s governess is still unmarried. It would be unjust for the restraint that governs their lives here to prevent them from finding a honorable way to settle down. In these small gatherings, we try to provide them with such an opportunity, right under our eyes, to help them make better choices; and by working in this way to create happy marriages, we also enhance the happiness of our own family.”

It would remain for me to justify to myself the fact of dancing with these good people; but I prefer to accept condemnation on this point, and I frankly admit that my main motive in doing so is the pleasure I derive from it. You know that I have always shared my cousin’s passion for dancing; but after losing my mother, I renounced balls and all public gatherings for the rest of my life. I kept my word—even at my wedding—and I will keep it, without considering it a violation to occasionally dance at home with my guests and servants. During the sedentary life we are forced to lead here in winter, dancing is a useful exercise for my health. It amuses me innocently; for when I dance well, my heart holds no reproaches against me. It also amuses Monsieur de Wolmar; all my coquetry in this regard consists in pleasing him. I am the reason he comes to places where dancing takes place; his people are even happier to be honored by their master’s gaze, and they too show their joy at seeing me among them. Finally, I believe that this moderate degree of familiarity establishes between us a bond of kindness and affection that, to some extent, restores the natural human qualities, while moderating the baseness of servitude and the rigidity of authority.

Here, my lord, is what Julie told me about dancing: and I marvelled at how such affability could yet inspire such obedience, and how she and her husband could so often condescend to treat their servants on an equal footing without causing those servants to take their words literally and attempt to treat them in the same way. I believe that in Asia, no sovereign is served in his palace with more respect than these kind masters are treated in their own homes. I know of nothing less imperious than their commands, nor anything that is executed so promptly: they command, and immediately action is taken; they forgive, and one instantly feels ashamed of one’s wrongdoing. I have never better understood how little the power of words actually depends on the words themselves.

This made me reflect further on the futile authority of masters: it is less their familiarity with their subordinates than their faults that cause them to be despised. Moreover, the insolence of servants often indicates a master who is corrupt rather than weak—for nothing gives them such audacity as knowledge of their master’s vices. Every fault they discover in him seems to them to be a justification for not obeying him any longer, since they can no longer respect such a person.

The servants imitate their masters; and by doing so in a crude manner, they bring to light those flaws that the veneer of education manages to conceal more effectively in others. In Paris, I used to judge the morals of the women I knew by the behavior and tone of their maids; and this rule never failed me. Moreover, once the maid becomes privy to her mistress’s secrets, she makes her pay dearly for her discretion. She acts according to what her master thinks, and reveals all his principles through her own clumsy attempts to follow them. In every regard, the example set by the masters is far more powerful than their authority; it is hardly natural for their servants to aspire to be more honest than they are themselves. No amount of shouting, swearing, mistreatment, or expulsion will ensure good service. When a person who does not care about being despised and hated by his own people still thinks he is well served, it is simply because he is content with what he sees and with apparent accuracy, without realizing the countless secret harms that are constantly being inflicted upon him—and of which he never discovers the source. But where can one find a man so devoid of honor as to endure the scorn of those around him? Where can one find a woman so lost that she no longer feels any pain at such insults? In Paris and London, how many ladies think they are highly respected, only to burst into tears if they were to hear what is said about them in their own bedrooms! Fortunately for their peace of mind, they reassure themselves by considering these “Arguses” to be fools, and take pride in the fact that they cannot see anything that those women choose not to hide from them. Thus, in their sly obedience, the servants hardly conceal from their masters all the contempt they feel for them. Both masters and servants mutually realize that there is no point in trying to earn each other’s respect.

In my opinion, the judgment of one’s servants is the most reliable and difficult test of a master’s virtue. I remember, my lord, that I formed a high opinion of yours in Valais without even knowing you—simply because, despite your rather harsh words to your people, they remained deeply devoted to you and showed you as much respect in your absence as if you had been present to hear them speak. It is said that there can be no true hero without a loyal valet; perhaps that is true. But a righteous man deserves the respect of his servant—which proves that heroism is but an empty pretense, and that virtue alone is truly substantial. It is especially in this household that one can see the strength of a master’s authority, as reflected in the honest opinions of their servants. Such opinions are all the more trustworthy since they arise not from empty flattery but from the sincere expression of what they truly feel. Here, servants never hear anything that could lead them to believe other masters are different from their own; therefore, they do not praise those masters for virtues they consider common to all masters. Instead, in their simplicity, they give God thanks for having placed the wealthy among us, for the happiness of those who serve them, and for the relief it brings to the poor.

Slavery is so unnatural for man that it could not exist without some degree of dissatisfaction. Yet people respect their master and say nothing about it. If any murmurs against the mistress escape, they are considered better than praise. No one complains that she lacks kindness toward them, but that she shows the same kindness to others; no one can bear it when she compares their own diligence with that of their companions, and everyone would like to be regarded as the most devoted, just as they believe themselves to be the most loyal: this is their only complaint and also their greatest injustice.

“Un’altra volta ancora”, continuò Madame de Wolmar con tono più tranquillo, “non è nelle numerose assemblee, dove tutti ci vedono e ci ascoltano, ma nei colloqui privati, dove regnano il segreto e la libertà, che i costumi possono correre dei rischi. Su questo principio, quando i miei domestici di entrambi i sessi si riuniscono, sono felice che siano tutti presenti. Anzi, approvo che invitino tra i giovani del vicinato coloro il cui rapporto con loro non possa nuocere; e mi compiaccio molto quando si dice, per lodare i costumi di uno dei nostri giovani vicini: ‘È ospite a casa del signor de Wolmar’. In questo abbiamo anche un altro motivo: gli uomini che ci servono sono tutti ragazzi, e tra le donne, la governante dei bambini è ancora da sposare. Non sarebbe giusto che la riservatezza in cui vivono qui li privasse dell’opportunità di stabilirsi onestamente. Cerchiamo quindi, in queste piccole riunioni, di fornire loro questa opportunità sotto i nostri occhi, per aiutarli a scegliere meglio; e lavorando così alla formazione di felici nuclei familiari, aumentiamo anche il nostro stesso benessere.”

Spetterebbe a me stesso giustificare il fatto di ballare con queste brave persone; ma preferisco essere giudicato negativamente in questo senso, e ammetto francamente che il mio principale motivo sia il piacere che ne traiamo. Sapete bene che ho sempre condiviso la passione per la danza della mia cugina; ma dopo la perdita di mia madre ho rinunciato per tutta la vita ai balli e a qualsiasi riunione pubblica: ho mantenuto questa promessa, anche durante il mio matrimonio, e la manterrò, senza ritenere di trasgredirla se ogni tanto ballo in casa mia con i miei ospiti e i miei domestici. Questo esercizio è utile per la mia salute, data la vita sedentaria che si deve condurre qui d’inverno; mi diverte in modo innocente, perché, quando ballo a dovere, il mio cuore non mi rimprovera nulla. Diverte anche il signor de Wolmar; tutta la mia civetteria in questo senso si limita al desiderio di fargli piacere. Sono io che lo invito nei luoghi dove si balla; i suoi domestici sono ancora più felici di ricevere gli sguardi del loro padrone, e mostrano anche grande gioia nel vedermi tra di loro. Infine, ritengo che questa moderata familiarità stabilisca tra noi un legame di dolcezza e affetto, che attenua in parte la bassezza della servitù e la rigore dell’autorità.

Ecco, milord, ciò che mi dice Julie riguardo alla danza: e ammiravo come, con tanta affabilità, potesse regnare una tale sottomissione; come lei e suo marito potessero spesso scendere al livello dei loro domestici, senza che questi fossero tentati di prendere sul serio le loro parole e di comportarsi allo stesso modo. Non credo esistano sovrani in Asia i quali vengano serviti nei loro palazzi con maggiore rispetto di quanto questi buoni padroni siano rispettati nelle loro case. Non conosco nulla di meno imperioso dei loro ordini, né nulla che venga eseguito con tanta rapidità: loro chiedono qualcosa, e subito si agisce; loro perdonano, e immediatamente ci si rende conto del proprio errore. Non ho mai capito meglio quanto la forza delle cose dipenda poco dalle parole utilizzate per esprimerle.

Questo mi ha fatto riflettere ancora una volta sulla vanità della dignità dei padroni: sono meno le loro affabilità che i loro difetti a farli disprezzare dai loro sottoposti, e l’insolenza dei domestici indica piuttosto un padrone malvagio che debole; infatti, nulla dà loro tanta audacia quanto la conoscenza dei suoi vizi, e tutti quelli che scoprono in lui rappresentano, ai loro occhi, scuse sufficienti per non obbedire più a un uomo che non meriterebbe più il loro rispetto.

I servitori imitano i padroni; e, imitandoli in modo grossolano, fanno emergere nei loro comportamenti quei difetti che lo “smalto” dell’educazione riesce a nascondere meglio negli altri. A Parigi, giudicavo le maniere delle donne che conoscevo dall’aspetto e dal tono delle loro cameriste; e questa regola non mi ha mai ingannato. Oltre al fatto che la camerista, una volta venuta a conoscenza dei segreti della sua padrona, la fa pagare caro per la sua discrezione, agisce secondo i pensieri di quest’ultima, rivelando tutte le sue intenzioni attraverso comportamenti goffi e inadeguati. In ogni cosa, l’esempio dei padroni è più efficace della loro autorità; non è naturale che i loro domestici vogliano essere persone più oneste di loro. Si può gridare, giurare, maltrattare, cacciare, cambiare casa, ma tutto ciò non garantisce un buon servizio. Quando colui che non si preoccupa di essere disprezzato e odiato dai suoi domestici si ritiene comunque ben servito, è perché si accontenta di ciò che vede e di una apparente precisione nel servizio reso, senza rendersi conto dei mille torti segreti che gli vengono inflitti costantemente e delle cui origini non ha mai conoscenza. Ma dove esiste un uomo abbastanza privo di onore da poter sopportare il disprezzo di tutto ciò che lo circonda? Dove esiste una donna abbastanza perduta da non essere più sensibile agli insulti? Quante dame, a Parigi e a Londra, si credono molto onorate, ma piangerebbero se scoprissero ciò che si dice di loro nelle loro stanze private! Fortunatamente, per il loro riposo, si rassicurano pensando che quei “guardiani” siano semplicemente degli idioti, e si compiacciono del fatto che non vedano nulla di ciò che non decidono di nascondere. Così, nella loro obbedienza “ribelle”, a loro volta non gli nascondono quasi mai tutto il disprezzo che provano per loro. Padroni e servitori sanno entrambi che non vale la pena cercare di essere rispettati l’uno dall’altro.

Il giudizio dei domestici mi sembra essere la prova più sicura e più difficile della virtù dei padroni; e ricordo, milord, di aver avuto una buona opinione della vostra nel Vallese senza conoscervi, basandomi semplicemente sul fatto che, pur parlando in modo piuttosto brusco con i vostri servitori, questi vi erano comunque molto devoti e dimostravano nei loro confronti lo stesso rispetto anche quando voi non eravate presenti. Si dice che non esistano eroi per il proprio cameriere personale. Può darsi; ma l’uomo giusto è stimato dal proprio servitore, il che dimostra chiaramente che l’eroismo ha soltanto un’apparenza vana e che nulla di solido esiste se non la virtù. È soprattutto in questa casa che si può riconoscere la forza del dominio del padrone attraverso il voto dei domestici; un voto tanto più affidabile, poiché non consiste in lodi vuote, ma nell’espressione naturale di ciò che essi provano. Qui non sentono mai nulla che possa far loro credere che gli altri padroni siano diversi dai loro; quindi non lodano i loro padroni per virtù che ritengono comuni a tutti. Ma lodano Dio nella sua semplicità, per aver messo i ricchi sulla terra al fine di rendere felici coloro che li servono e di alleviare le sofferenze dei poveri.

La schiavitù è così poco naturale per l’uomo che non potrebbe esistere senza alcuna forma di insoddisfazione. Tuttavia, si rispetta il padrone e non se ne parla; mentre qualche mormorio contro la padrona viene considerato preferibile a qualsiasi elogio. Nessuno si lamenta che lei manchi di benevolenza nei suoi confronti, ma che la conceda altrettanto agli altri; nessuno può sopportare che lei metta a confronto il proprio zelo con quello dei propri compagni. E ognuno vorrebbe essere considerato il primo in termini di affetto, così come crede di esserlo in termini di devozione: questa è la loro unica lamentela e anche la loro più grande ingiustizia.

À la subordination des inférieurs se joint la concorde entre les égaux ; et cette partie de l’administration domestique n’est pas la moins difficile. Dans les concurrences de jalousie et d’intérêt qui divisent sans cesse les gens d’une maison, même aussi peu nombreuse que celle-ci, ils ne demeurent presque jamais unis qu’aux dépens du maître. S’ils s’accordent, c’est pour voler de concert : s’ils sont fidèles, chacun se fait valoir aux dépens des autres. Il faut qu’ils soient ennemis ou complices ; et l’on voit à peine le moyen d’éviter à la fois leur friponnerie et leurs dissensions. La plupart des pères de famille ne connaissent que l’alternative entre ces deux inconvénients. Les uns, préférant l’intérêt à l’honnêteté, fomentent cette disposition des valets aux secrets rapports, et croient faire un chef-d’oeuvre de prudence en les rendant espions ou surveillants les uns des autres. Les autres, plus indolents, aiment qu’on les vole et qu’on vive en paix ; ils se font une sorte d’honneur de recevoir toujours mal des avis qu’un pur zèle arrache quelquefois à un serviteur fidèle. Tous s’abusent également. Les premiers, en excitant chez eux des troubles continuels, incompatibles avec la règle et le bon ordre, n’assemblent qu’un tas de fourbes et de délateurs, qui s’exercent, en trahissant leurs camarades, à trahir peut-être un jour leurs maîtres. Les seconds, en refusant d’apprendre ce qui se fait dans leur maison, autorisent les ligues contre eux-mêmes, encouragent les méchants, rebutent les bons, et n’entretiennent à grands frais que des fripons arrogants et paresseux, qui, s’accordant aux dépens du maître, regardent leurs services comme des grâces, et leurs vols comme des droits[145].

C’est une grande erreur, dans l’économie domestique ainsi que dans la civile, de vouloir combattre un vice par un autre, ou former entre eux une sorte d’équilibre : comme si ce qui sape les fondements de l’ordre pouvait jamais servir à l’établir ! On ne fait par cette mauvaise police que réunir enfin tous les inconvénients. Les vices tolérés dans une maison n’y règnent pas seuls ; laissez-en germer un, mille viendront à sa suite. Bientôt ils perdent les valets qui les ont, ruinent le maître qui les souffre, corrompent ou scandalisent les enfants attentifs à les observer. Quel indigne père oserait mettre quelque avantage en balance avec ce dernier mal ? Quel honnête homme voudrait être chef de famille, s’il lui était impossible de réunir dans sa maison la paix et la fidélité, et qu’il fallût acheter le zèle de ses domestiques aux dépens de leur bienveillance mutuelle ?

Qui n’aurait vu que cette maison n’imaginerait pas même qu’une pareille difficulté pût exister, tant l’union des membres y paraît venir de leur attachement aux chefs. C’est ici qu’on trouve le sensible exemple qu’on ne saurait aimer sincèrement le maître sans aimer tout ce qui lui appartient : vérité qui sert de fondement à la charité chrétienne. N’est-il pas bien simple que les enfants du même père se traitent de frères entre eux ? C’est ce qu’on nous dit tous les jours au temple sans nous le faire sentir ; c’est ce que les habitants de cette maison sentent sans qu’on leur dise.

Cette disposition à la concorde commence par le choix des sujets. M. de Wolmar n’examine pas seulement en les recevant s’ils conviennent à sa femme et à lui, mais s’ils conviennent l’un à l’autre, et l’antipathie bien reconnue entre deux excellents domestiques suffirait pour faire à l’instant congédier l’un des deux. « Car, dit Julie, une maison si peu nombreuse, une maison dont ils ne sortent jamais et où ils sont toujours vis-à-vis les uns des autres, doit leur convenir également à tous, et serait un enfer pour eux si elle n’était une maison de paix. Ils doivent la regarder comme leur maison paternelle où tout n’est qu’une même famille. Un seul qui déplairait aux autres pourrait la leur rendre odieuse ; et cet objet désagréable y frappant incessamment leurs regards, ils ne seraient bien ici ni pour eux ni pour nous. »

Après les avoir assortis le mieux qu’il est possible, on les unit pour ainsi dire malgré eux par les services qu’on les force en quelque sorte à se rendre, et l’on fait que chacun ait un sensible intérêt d’être aimé de tous ses camarades. Nul n’est si bien venu à demander des grâces pour lui-même que pour un autre ; ainsi celui qui désire en obtenir tâche d’engager un autre à parler pour lui ; et cela est d’autant plus facile, que, soit qu’on accorde ou qu’on refuse une faveur ainsi demandée, on en fait toujours un mérite à celui qui s’en est rendu l’intercesseur. Au contraire, on rebute ceux qui ne sont bons que pour eux. « Pourquoi, leur dit-on, accorderais-je ce qu’on me demande pour vous qui n’avez jamais rien demandé pour personne ? Est-il juste que vous soyez plus heureux que vos camarades, parce qu’ils sont plus obligeants que vous ? » On fait plus, on les engage à se servir mutuellement en secret, sans ostentation, sans se faire valoir ; ce qui est d’autant moins difficile à obtenir qu’ils savent fort bien que le maître, témoin de cette discrétion, les en estime davantage ; ainsi l’intérêt y gagne, et l’amour-propre n’y perd rien. Ils sont si convaincus de cette disposition générale, et il règne une telle confiance entre eux, que quand quelqu’un a quelque grâce à demander, il en parle à leur table par forme de conversation ; souvent sans avoir rien fait de plus, il trouve la chose demandée et obtenue, et ne sachant qui remercier, il en a l’obligation à tous.

C’est par ce moyen et d’autres semblables qu’on fait régner entre eux un attachement né de celui qu’ils ont tous pour leur maître, et qui lui est subordonné. Ainsi, loin de se liguer à son préjudice, ils ne sont tous unis que pour le mieux servir. Quelque intérêt qu’ils aient à s’aimer ils en ont encore un plus grand à lui plaire ; le zèle pour son service l’emporte sur leur bienveillance mutuelle ; et tous, se regardant comme lésés par des pertes qui le laisseraient moins en état de récompenser un bon serviteur, sont également incapables de souffrir en silence le tort que l’un d’eux voudrait lui faire. Cette partie de la police établie dans cette maison me paraît avoir quelque chose de sublime ; et je ne puis assez admirer comment M. et Mme de Wolmar ont su transformer le vil métier d’accusateur en une fonction de zèle, d’intégrité, de courage, aussi noble ou du moins aussi louable qu’elle l’était chez les Romains.

On a commencé par détruire ou prévenir clairement, simplement, et par des exemples sensibles, cette morale criminelle et servile, cette mutuelle tolérance aux dépens du maître, qu’un méchant valet ne manque point de prêcher aux bons sous l’air d’une maxime de charité. On leur a bien fait comprendre que le précepte de couvrir les fautes de son prochain ne se rapporte qu’à celles qui ne font de tort à personne ; qu’une injustice qu’on voit, qu’on tait, et qui blesse un tiers, on la commet soi-même ; et que, comme ce n’est que le sentiment de nos propres défauts qui nous oblige à pardonner ceux d’autrui, nul n’aime à tolérer les fripons s’il n’est un fripon comme eux. Sur ces principes, vrais en général d’homme à homme, et bien plus rigoureux encore dans la relation plus étroite du serviteur au maître, on tient ici pour incontestable que qui voit faire un tort à ses maîtres sans le dénoncer est plus coupable encore que celui qui l’a commis ; car celui-ci se laisse abuser dans son action par le profit qu’il envisage, mais l’autre, de sang-froid et sans intérêt, n’a pour motif de son silence qu’une profonde indifférence pour la justice, pour le bien de la maison qu’il sert et un désir secret d’imiter l’exemple qu’il cache. De sorte que, quand la faute est considérable, celui qui l’a commise peut encore quelquefois espérer son pardon, mais le témoin qui l’a tué est infailliblement congédié comme un homme enclin au mal.

The subordination of the lower-ranking members is accompanied by harmony among those who are equal; yet this aspect of household management is far from the easiest to manage. In the constant conflicts arising from jealousy and self-interest that divide the people within a household—even one as small as this—one rarely finds them united, unless at the expense of the master himself. If they do agree, it is usually in order to conspire together in theft; if they are “loyal,” each seeks to advantage himself at the expense of the others. They must either be enemies or accomplices; and it seems almost impossible to avoid both their thievery and their discord. Most household heads are forced to choose between these two undesirable alternatives. Some, preferring profit over honesty, encourage their servants to engage in secretive dealings, believing they are acting with great prudence by turning them into spies or watchdogs of one another. Others, more indolent, prefer to be robbed and live in peace; they consider it some sort of honor to constantly receive unpleasant advice from a loyal servant driven solely by duty. In both cases, everyone is ultimately deceived. The first group, by creating constant turmoil that is incompatible with order and discipline, only ends up surrounding themselves with treacherous informants who, by betraying their fellow servants, may one day betray their masters as well. The second group, by refusing to learn about what goes on in their own homes, actually invite trouble upon themselves—they encourage the wicked, repel the good, and at great expense maintain only arrogant, lazy thieves who regard their services as favors and their thefts as their rightful dues[145].

It is a grave mistake, both in domestic and civil affairs, to attempt to combat one vice with another or to establish some sort of balance between them—as if what undermines the foundations of order could ever serve to establish it! Such misguided measures only bring about the accumulation of all kinds of disadvantages. Vices that are tolerated within a household do not remain confined there; allow one to flourish, and a thousand others will follow in its wake. Soon, they will cause those who indulge them to lose their servants, ruin the master who endures them, and corrupt or scandalize the children who observe them closely. What an unworthy father would dare to weigh any possible advantage against such a terrible evil? And what an honest man would wish to be the head of a household if it were impossible for him to bring peace and fidelity into it, if he had to buy the loyalty of his servants at the expense of their mutual kindness?

Anyone who merely looks at this house would never imagine that such a difficulty could exist, for the unity among its members seems to arise entirely from their loyalty to their leaders. Here we see a clear example of how one cannot truly love the master without also loving everything that belongs to him—a truth that forms the foundation of Christian charity. Isn’t it quite obvious that children of the same father should treat each other as brothers? This is what we are told every day in the temple, though not necessarily made explicit; it is also something that the inhabitants of this house understand without any need for words.

This disposition toward harmony begins with the choice of household members. When receiving them, Mr. de Wolmar does not merely consider whether they are suitable for his wife and himself, but also whether they are compatible with each other. Indeed, even a well-known antipathy between two excellent servants would be sufficient reason to dismiss one of them immediately. “For,” said Julie, “a household so small, where they never go out and where they are always in each other’s presence, must necessarily suit all of them equally. If it were not a place of peace, it would be a hell for them. They should regard it as their family home, where everyone belongs to the same family. If even one of them were unpleasant to the others, that alone could make the whole household unbearable for them; and with such an unpleasant person constantly in their sight, neither they nor we could truly enjoy living there.”

After arranging them as carefully as possible, we unite them in a way that, so to speak, goes against their will, through the services that we force them to render one for another; this ensures that everyone has a tangible interest in being loved by all their companions. No one ever asks for favors more eagerly than when it is for someone else. Thus, those who desire to obtain something seek to persuade another person to speak on their behalf; and this is all the easier because, whether the request is granted or denied, it always earns the person who acted as intermediary some merit. On the contrary, those who are only concerned with themselves are rejected. “Why should I grant what you ask for me,” we tell them, “when you have never asked anything for anyone else? Is it fair that you be happier than your companions just because they are more generous than you?” Moreover, we encourage them to help one another secretly, without ostentation or seeking recognition; this is even easier to achieve, since they are well aware that the master, observing their discretion, will esteem them all the more for it. In this way, everyone benefits, and no one’s self-esteem is harmed. They are so convinced of this general attitude, and such trust exists among them, that when someone needs a favor, they bring it up in conversation at their table; often, without having done anything extra, they obtain what they desire, and not knowing whom to thank, they feel indebted to everyone.

It is through such means and others similar to them that a bond of affection is established among them—a bond born from the love they all hold for their master and which is subordinate to his interests. Thus, far from uniting against him for their own harm, they are all united solely with the aim of serving him better. No matter what personal benefits they may derive from loving one another, they have an even greater interest in pleasing him; their zeal in serving him outweighs their mutual goodwill. And since they all consider themselves to be harmed by any actions that would reduce his ability to reward a good servant, none of them is capable of silently enduring any harm that one of them might wish to inflict upon him. This aspect of the order established in this household seems to me to possess something truly sublime; and I cannot help but admire how Mr. and Mrs. de Wolmar managed to transform what was essentially a despicable role of accuser into a function filled with zeal, integrity, and courage—a role as noble, or at least as commendable, as it was among the Romans.

One began by clearly and simply destroying or preventing, through tangible examples, this criminal and servile morality—this mutual tolerance at the expense of the master, which a wicked lackey is never shy of preaching to the good under the guise of charitable maxims. It was thoroughly made clear to them that the precept of covering one’s neighbor’s faults applied only to those faults that caused no harm to anyone; that an injustice one saw and remained silent about, which harmed a third party, was in fact oneself committing that injustice; and that since it is only the awareness of our own shortcomings that compels us to forgive others’ faults, no one is willing to tolerate thieves unless they themselves are thieves as well. Based on these principles—true in general relationships between people, but even more stringent in the closer relationship between servant and master—it is here considered indisputable that anyone who sees their master being wronged without denouncing it is actually more guilty than the person who committed the wrongdoing; for the latter is led astray by the profit they seek, whereas the former, coldly and without any personal gain, remains silent out of utter indifference toward justice and the welfare of the household they serve—and out of a secret desire to follow the example they pretend not to see. Thus, when the fault is grave, the perpetrator may sometimes still hope for forgiveness, but the witness who remains silent is invariably regarded as a person inclined toward evil.

La sottomissione dei subordinati si unisce alla concordia tra gli uguali; e questa parte dell’amministrazione domestica non è certo la meno difficile. Nelle competizioni di gelosia e interesse che continuamente dividono le persone all’interno di una stessa famiglia, anche se essa è molto piccola, queste persone raramente rimangono unite, se non a scapito del padrone. Se si accordano, lo fanno per rubare insieme; se sono fedeli, ognuno cerca di farsi valere a scapito degli altri. Devono essere nemici o complici. E sembra davvero impossibile evitare sia la loro disonestà che le loro discordie. La maggior parte dei genitori conosce soltanto queste due alternative: alcuni, preferendo l’interesse all’onestà, favoriscono questo tipo di relazioni segrete tra i servitori, credendo di dimostrare grande prudenza facendoli diventare spie o sorveglianti gli uni degli altri; altri, più pigri, preferiscono che vengano derubati e che tutto proceda in pace. Si considerano addirittura onesti nel rifiutare consigli che, a volte, un sincero zelo spinge un servitore fedele a dare. Tutti, comunque, si ingannano a vicenda: i primi, creando continui disordini in casa propria, non fanno altro che radunare una serie di individui disonesti e delatori, i quali, tradendo i loro compagni, potrebbero un giorno tradire anche i loro padroni; i secondi, rifiutandosi di conoscere ciò che avviene nella propria casa, permettono la formazione di leghe contro di sé stessi, incoraggiano i cattivi e allontanano i buoni. E così, a grandi spese, mantengono soltanto individui arroganti e pigri, i quali, approfittando della situazione a scapito del padrone, considerano i propri “servizi” come favori e i propri furti come diritti[145].

È un grande errore, sia nell’economia domestica che in quella civile, voler combattere un vizio con un altro o cercare di creare tra loro una sorta di equilibrio: come se ciò che minaccia le fondamenta dell’ordine potesse mai servire a stabilirlo! Con questa cattiva politica si finisce soltanto per accumulare tutti gli inconvenienti possibili. I vizi tollerati in una casa non vi regnano da soli; se ne permette uno, ne seguiranno mille altri. Presto questi vizi porteranno alla perdita dei servitori che li praticano, alla rovina del padrone che li sopporta e corromperanno o scandalizzeranno i bambini che li osservano attentamente. Quale indegno padre oserebbe mettere qualche vantaggio in bilancio con questo ultimo male? Quale uomo onesto vorrebbe essere capofamiglia, se gli fosse impossibile creare nella propria casa pace e fedeltà, e dovesse comprare la diligenza dei propri domestici a scapito della loro reciproca affetto e rispetto?

Chi non vedesse questa casa non immaginerebbe nemmeno che una tale difficoltà possa esistere, tanto l’unità dei suoi membri sembra derivare dal loro attaccamento ai capi. Qui si trova un esempio concreto di come non si possa amare sinceramente il padrone senza amare tutto ciò che gli appartiene: una verità che costituisce la base della carità cristiana. Non è forse semplice che i figli dello stesso padre si trattino a vicenda come fratelli? È ciò che ci viene detto ogni giorno nel tempio, senza che ce lo vengano fatto sentire apertamente; è ciò che gli abitanti di questa casa percepiscono da soli, senza che nessuno debba dirlo loro.

Questa disposizione verso l’armonia inizia con la scelta dei domestici. Il signor de Wolmar non si limita a verificare, al momento del loro arrivo, se siano adatti a sua moglie e a lui, ma anche se siano compatibili tra loro; un’antipatia evidente tra due ottimi domestici basterebbe già per farli licenziare immediatamente. “Perché,” dice Julie, “una casa così piccola, in cui non escono mai e dove sono sempre uno di fronte all’altro, dovrebbe essere adatta a tutti loro; altrimenti diventerebbe un inferno se non fosse un luogo di pace. Dovrebbero considerarla come la loro casa paterna, dove tutti fanno parte della stessa famiglia. Se solo uno di loro dovesse risultare sgradito agli altri, questo basterebbe per renderla insopportabile; e se tale persona continuasse a essere costantemente presente nei loro occhi, nessuno di loro potrebbe sentirsi a proprio agio in quel luogo, né per sé né per noi.”

Dopo averli abbinati nel modo migliore possibile, li si unisce, per così dire contro la loro volontà, attraverso i servizi che si costringono in qualche modo ad offrire, e si fa in modo che ognuno abbia un reale interesse a essere amato da tutti i suoi compagni. Nessuno chiede favori per sé stesso se non anche per un altro; quindi colui che desidera ottenerli cerca di convincere qualcun altro a parlare in suo favore. E questo è ancora più facile, poiché, sia che si conceda o si rifiuti un favore richiesto in questo modo, si attribuisce sempre merito a chi ne è stato l’intercessore. Al contrario, si respingono coloro che sono buoni soltanto per se stessi. “Perché”, si dice loro, “dovrei concedere ciò che mi viene chiesto per voi, quando voi non avete mai chiesto nulla per nessuno? È giusto che siate più fortunati dei vostri compagni solo perché questi sono più disponibili di voi?” Si fa anche in modo che si impegnino a prestarsi aiuto reciprocamente in segreto, senza ostentazione, senza cercare di farsi valere; il che è ancora meno difficile da ottenere, poiché sanno bene che il padrone, testimone di questa discrezione, li apprezza ancora di più. Così l’interesse comune ne trae beneficio, e l’orgoglio non ne risente affatto. Sono così convinti di questa regola generale, e regna una tale fiducia tra loro, che quando qualcuno ha bisogno di chiedere un favore, ne parla a tavola con loro in modo casuale; spesso, senza aver fatto nulla di più, ottiene ciò che desidera, e non sapendo a chi ringraziare, si sente in debito con tutti.

È proprio con questi e altri metodi simili che si instaura tra di loro un legame nato dall’affetto che tutti provano per il loro padrone e che è subordinato a lui stesso. Così, invece di unirsi contro di lui, sono tutti uniti soltanto al fine di servirlo al meglio. Qualunque interesse possano avere nel volersi bene, ne hanno uno ancora maggiore nel compiacerlo; la dedizione al suo servizio prevale sulla loro reciproca affetto; e tutti, considerandosi danneggiati da perdite che potrebbero ridurre la sua capacità di ricompensare un buon servitore, sono ugualmente incapaci di sopportare in silenzio il torto che uno di loro potrebbe fargli. Questa parte dell’organizzazione stabilita in questa casa mi sembra avere qualcosa di sublime; e non posso fare a meno di ammirare come il signor e la signora de Wolmar siano riusciti a trasformare il meschino ruolo di accusatore in una funzione di zelo, integrità e coraggio, altrettanto nobile o almeno altrettanto lodevole di quella che esisteva presso i Romani.

Si è iniziato con distruggere o prevenire chiaramente, semplicemente e attraverso esempi concreti, questa morale criminale e servile, questa tolleranza reciproca a scapito del padrone, che un cattivo servitore non manca mai di predicare ai buoni sotto il pretesto di massime di carità. Si è fatto loro capire chiaramente che il precetto di coprire i peccati altrui si riferisce soltanto a quelli che non danneggiano nessuno; che un’ingiustizia che si vede, ma si tace e che ferisce terzi, la si commette in realtà anche se stessi; e che, poiché è solo il senso dei propri difetti a spingerci a perdonare quelli altrui, nessuno ama tollerare i furfanti se non è lui stesso un furfante. Su questi principi, veri in generale tra uomo e uomo, e ancora più rigorosi nella relazione più stretta tra servitore e padrone, si ritiene qui indiscutibile che colui che vede commettere un torto ai propri padroni senza denunciarlo è ancora più colpevole di chi lo ha compiuto; perché quest’ultimo agisce spinto dal vantaggio che spera di trarne, ma l’altro, con freddezza e senza interesse personale, tace soltanto per una profonda indifferenza verso la giustizia, verso il bene della casa che serve, e per un desiderio segreto di imitare quell’esempio che nasconde. Pertanto, quando il torto è grave, colui che l’ha commesso può talvolta ancora sperare nel perdono, ma il testimone che lo ha visto compiersi viene inevitabilmente considerato una persona incline al male.

En revanche on ne souffre aucune accusation qui puisse être suspecte d’injustice et de calomnie, c’est-à-dire qu’on n’en reçoit aucune en l’absence de l’accusé. Si quelqu’un vient en particulier faire quelque rapport contre son camarade, ou se plaindre personnellement de lui, on lui demande s’il est suffisamment instruit, c’est-à-dire s’il a commencé par s’éclaircir avec celui dont il vient se plaindre. S’il dit que non, on lui demande encore comment il peut juger une action dont il ne connaît pas assez les motifs. « Cette action, lui dit-on, tient peut-être à quelque autre qui vous est inconnue ; elle a peut-être quelque circonstance qui sert à la justifier ou à l’excuser, et que vous ignorez. Comment osez-vous condamner cette conduite avant de savoir les raisons de celui qui l’a tenue ? Un mot d’explication l’eût peut-être justifiée à vos yeux. Pourquoi risquer de la blâmer injustement, et m’exposer à partager votre injustice ? » S’il assure s’être éclairci auparavant avec l’accusé : « Pourquoi donc lui réplique-t-on, venez-vous sans lui, comme si vous aviez peur qu’il ne démentît ce que vous avez à dire ? De quel droit négligez-vous pour moi la précaution que vous avez cru devoir prendre pour vous-même ? Est-il bien de vouloir que je juge sur votre rapport d’une action dont vous n’avez pas voulu juger sur le témoignage de vos yeux, et ne seriez-vous pas responsable du jugement partial que j’en pourrais porter, si je me contentais de votre seule déposition ? » Ensuite on lui propose de faire venir celui qu’il accuse : s’il y consent, c’est une affaire bientôt réglée ; s’il s’y oppose, on le renvoie après une forte réprimande ; mais on lui garde le secret, et l’on observe si bien l’un et l’autre, qu’on ne tarde pas à savoir lequel des deux avait tort.

Cette règle est si connue et si bien établie, qu’on n’entend jamais un domestique de cette maison parler mal d’un de ses camarades absent ; car ils savent tous que c’est le moyen de passer pour lâche ou menteur. Lorsqu’un d’entre eux en accuse un autre, c’est ouvertement, franchement et non seulement en sa présence, mais en celle de tous leurs camarades, afin d’avoir dans les témoins de ses discours des garants de sa bonne foi. Quand il est question de querelles personnelles, elles s’accommodent presque toujours par médiateurs, sans importuner monsieur ni Madame ; mais quand il s’agit de l’intérêt sacré du maître, l’affaire ne saurait demeurer secrète ; il faut que le coupable s’accuse ou qu’il ait un accusateur. Ces petits plaidoyers sont très rares, et ne se font qu’à table dans les tournées que Julie va faire journellement au dîner ou au souper de ses gens, et que M. de Wolmar appelle en riant ses grands jours. Alors, après avoir écouté paisiblement la plainte et la réponse, si l’affaire intéresse son service, elle remercie l’accusateur de son zèle. « Je sais, lui dit-elle, que vos aimez votre camarade ; vous m’en avez toujours dit du bien, et je vous loue de ce que l’amour du devoir et de la justice l’emporte en vous sur les affections particulières ; c’est ainsi qu’en use un serviteur fidèle et un honnête homme. » Ensuite, si l’accusé n’a pas tort, elle ajoute toujours quelque éloge à sa justification. Mais s’il est réellement coupable, elle lui épargne devant les autres une partie de la honte. Elle suppose qu’il a quelque chose à dire pour sa défense qu’il ne veut pas déclarer devant tout le monde ; elle lui assigne une heure pour l’entendre en particulier, et c’est là qu’elle ou son mari lui parlent comme il convient. Ce qu’il y a de singulier en ceci, c’est que le plus sévère des deux n’est pas le plus redouté, et qu’on craint moins les graves réprimandes de M. de Wolmar que les reproches touchants de Julie. L’un, faisant parler la justice et la vérité, humilie et confond les coupables ; l’autre leur donne un regret mortel de l’être, en leur montrant celui qu’elle a d’être forcée à leur ôter sa bienveillance. Souvent elle leur arrache des larmes de douleur et de honte, et il ne lui est pas rare de s’attendrir elle-même en voyant leur repentir, dans l’espoir de n’être pas obligée à tenir parole.

Tel qui jugerait de tous ces soins sur ce qui se passe chez lui ou chez ses voisins, les estimerait peut-être inutiles ou pénibles. Mais vous, milord, qui avez de si grandes idées des devoirs et des plaisirs du père de famille, et qui connaissez l’empire naturel que le génie et la vertu ont sur le coeur humain, vous voyez l’importance de ces détails, et vous sentez à quoi tient leur succès. Richesse ne fait pas riche, dit le Roman de la Rose. Les biens d’un homme ne sont point dans ses coffres, mais dans l’usage de ce qu’il en tire ; car on ne s’approprie les choses qu’on possède que par leur emploi, et les abus sont toujours plus inépuisables que les richesses : ce qui fait qu’on ne jouit pas à proportion de sa dépense, mais à proportion qu’on la sait mieux ordonner. Un fou peut jeter des lingots dans la mer et dire qu’il en a joui ; mais quelle comparaison entre cette extravagante jouissance et celle qu’un homme sage eût su tirer d’une moindre somme ? L’ordre et la règle, qui multiplient et perpétuent l’usage des biens, peuvent seuls transformer le plaisir en bonheur. Que si c’est du rapport des choses à nous que naît la véritable propriété ; si c’est plutôt l’emploi des richesses que leur acquisition qui nous les donne, quels soins importent plus au père de famille que l’économie domestique et le bon régime de sa maison, où les rapports les plus parfaits vont le plus directement à lui, et où le bien de chaque membre ajoute alors à celui du chef ?

Les plus riches sont-ils les plus heureux ? Que sert donc l’opulence à la félicité ? Mais toute maison bien ordonnée est l’image de l’âme du maître. Les lambris dorés, le luxe et la magnificence n’annoncent que la vanité de celui qui les étale ; au lieu que partout où vous verrez régner la règle sans tristesse, la paix sans esclavage, l’abondance sans profusion, dites avec confiance : « C’est un être heureux qui commande ici. »

Pour moi je pense que le signe le plus assuré du vrai contentement d’esprit est la vie retirée et domestique, et que ceux qui vont sans cesse chercher leur bonheur chez autrui ne l’ont point chez eux-mêmes. Un père de famille qui se plaît dans sa maison a pour prix des soins continuels qu’il s’y donne la continuelle jouissance des plus doux sentiments de la nature. Seul entre tous les mortels, il est maître de sa propre félicité, parce qu’il est heureux comme Dieu même, sans rien désirer de plus que ce dont il jouit. Comme cet être immense, il ne songe pas à amplifier ses possessions, mais à les rendre véritablement siennes par les relations les plus parfaites et la direction la mieux entendue : s’il ne s’enrichit pas par de nouvelles acquisitions, il s’enrichit en possédant mieux ce qu’il a. Il ne jouissait que du revenu de ses terres ; il jouit encore de ses terres mêmes en présidant à leur culture et les parcourant sans cesse. Son domestique lui était étranger ; il en fait son bien, son enfant, il se l’approprie. Il n’avait droit que sur les actions ; il s’en donne encore sur les volontés. Il n’était maître qu’à prix d’argent ; il le devient par l’empire sacré de l’estime et des bienfaits. Que la fortune le dépouille de ses richesses ; elle ne saurait lui ôter les coeurs qu’il s’est attachés ; elle n’ôtera point des enfants à leur père : toute la différence est qu’il les nourrissait hier, et qu’il sera demain nourri par eux. C’est ainsi qu’on apprend à jouir véritablement de ses biens, de sa famille et de soi-même ; c’est ainsi que les détails d’une maison deviennent délicieux pour l’honnête homme qui sait en connaître le prix ; c’est ainsi que, loin de regarder ses devoirs comme une charge, il en fait son bonheur, et qu’il tire de ses touchantes et nobles fonctions la gloire et le plaisir d’être homme.

On, however, does not face any accusations that could be suspected of being unjust or slanderous; in other words, such accusations are never made in the absence of the accused person. If someone comes specifically to report something against their companion or to complain personally about them, we ask whether they have sufficiently investigated the matter, meaning whether they have first tried to understand the circumstances from the person they are accusing. If they say no, we ask how they can judge an action of which they do not know enough about the motives behind it. “This action,” we tell them, “may be related to some other matter that you are unaware of; there may be circumstances that justify or excuse it, and of which you are ignorant. How dare you condemn such behavior without knowing the reasons behind it? A word of explanation might have made it seem justified in your eyes. Why risk condemning it unjustly and exposing me to sharing in your injustice?” If they claim to have already discussed the matter with the accused person, we reply: “Then why do you come without him, as if you were afraid that he would deny what you are saying? On what right do you neglect the precaution you deemed necessary for yourself, but not for me? Is it right for me to judge an action based solely on your account, when you yourself did not choose to judge it based on what you saw with your own eyes? Would you not be responsible for any biased judgment I might make if I relied only on your word?” Finally, we suggest that they bring the person they are accusing; if they agree, the matter is quickly resolved. If they refuse, they are dismissed after a stern reprimand, but we keep both parties confidential and observe their behavior closely, so that it does not take long to determine who among them is in the wrong.

This rule is so well-known and firmly established that one never hears a servant from this household speak ill of a fellow servant who is absent; for they all know that to do so would mean being regarded as weak or deceitful. When one of them accuses another, it is done openly and frankly—not only in the presence of the accused but also in front of all their fellow servants, so that there are witnesses to their words to guarantee their sincerity. When it comes to personal disputes, they are almost always settled through mediators, without bothering either Mr. or Madame; but when it involves the sacred interests of the master, the matter cannot remain secret—either the guilty party must confess or someone must accuse them. Such minor arguments are very rare and only take place at meals, during the times when Julie goes around to her servants’ dinners or suppers, which M. de Wolmar jokingly calls his “great days.” After listening calmly to both the complaint and the response, if the matter concerns her household affairs, she thanks the accuser for their diligence. “I know,” she says to them, “that you love your fellow servant; you have always spoken well of him, and I commend you for letting your love of duty and justice prevail over personal feelings—such is the behavior of a faithful and honest servant.” If the accused is not in fault, she always adds some praise to their defense. But if they are indeed guilty, she spares them part of the shame in front of others. She assumes that they have something to say in their defense that they do not wish to declare publicly; she assigns them an hour to speak privately with her, and it is then that she or her husband addresses them appropriately. What is remarkable about this is that the stricter of the two is not necessarily the most feared—people dread M. de Wolmar’s severe reprimands less than Julie’s tender reproaches. One, by upholding justice and truth, humiliates and confounds the guilty; the other makes them deeply regret their wrongdoing by showing them how much she regrets being forced to lose her favor toward them. Often, she brings tears of pain and shame to their eyes, and it is not uncommon for her own heart to soften upon seeing their remorse, in the hope that she may not be obliged to carry out her threat.

He who were to judge all these efforts in relation to what happens within his own household or that of his neighbors might perhaps consider them unnecessary or even troublesome. But you, my lord, who have such profound insights into the duties and pleasures of a family head, and who understand the immense influence that genius and virtue exert on the human heart, you recognize the importance of these details and grasp exactly what makes their success possible. “Wealth does not make one rich,” says The Romance of the Rose. A man’s true wealth does not lie in his coffers, but in the way he utilizes what he possesses; for one only comes to truly possess something by making use of it, and abuses are always more relentless than riches themselves. Thus, one does not enjoy things in proportion to how much one spends, but in proportion to how well one knows how to manage one’s expenses. A fool might throw gold bars into the sea and claim to have enjoyed them; but what a difference there is between such extravagant indulgence and the pleasure that a wise man could derive from a far smaller amount! Order and discipline, which multiply and sustain the effective use of resources, are alone capable of transforming mere enjoyment into true happiness. If it is indeed the relationship between things and us that gives rise to genuine possession, if it is rather the utilization of wealth than its acquisition that truly grants us its benefits, then what greater importance could household management and the proper organization of one’s household hold for a family head? In these areas, the most perfect relationships directly benefit him, and the well-being of each member contributes significantly to the prosperity of the whole.

Are the richest people also the happiest? Then what use is wealth to happiness? Yet every well-ordered household reflects the character of its owner. Gilded trimmings, luxury, and splendor only reveal the vanity of those who display them; whereas wherever you see order without gloom, peace without slavery, and abundance without excess, say with confidence: “This is a happy person in charge.”

In my opinion, the most certain sign of true contentment is a life of seclusion and domesticity; those who constantly seek their happiness in others never find it within themselves. A family man who takes pleasure in his own home reaps the reward of constant care for it, as well as the enduring enjoyment of the sweetest emotions that nature bestows. Alone among all mortals, he is the master of his own happiness, for he is happy in the very way that God is happy—desiring nothing more than what he already possesses. Like that supreme being, he does not seek to expand his possessions but rather to make them truly his own through the most perfect relationships and the best possible management of them. If he does not enrich himself by acquiring new things, he enriches himself by making better use of what he already has. He once enjoyed only the income from his lands; now, he also derives pleasure from tending to their cultivation and constantly wandering over them. His servants were once strangers to him; now he makes them his own property, his children. He once had only rights over their labor; now he extends those rights to their wills as well. He was once master only through money; now he becomes master through the sacred power of respect and kindness. Even if fortune were to strip him of all his riches, it could never take away the hearts that he has won for himself; it could never separate children from their father. The only difference would be that yesterday he provided for them, while tomorrow they will provide for him. Such is how one truly learns to enjoy one’s possessions, family, and oneself. Such is how the details of daily life become delightful for an honest man who understands their true value. Such is how, far from viewing his duties as a burden, he makes them the source of his happiness—and finds glory and pleasure in fulfilling his noble and compassionate roles as a human being.

D’altra parte, non si subiscono accuse che possano essere sospette di ingiustizia o calunnia; in altre parole, non se ne ricevono affatto in assenza dell’accusato stesso. Se qualcuno viene appositamente a fare delle lamentele contro il proprio compagno, gli si chiede se sia sufficientemente informato, cioè se abbia prima cercato di chiarire la situazione con la persona contro cui si lamenta. Se risponde di no, gli si fa notare come possa giudicare un’azione di cui non conosce a sufficienza le motivazioni. Gli si dice: “Questa azione potrebbe essere legata ad altre circostanze che vi sono sconosciute; potrebbero esserci ragioni che la giustificano o la scusano, e che voi ignorate. Come osate condannare tale comportamento senza conoscere le motivazioni di chi l’ha tenuto? Una semplice spiegazione avrebbe forse potuto renderlo giusto ai vostri occhi. Perché rischiare di biasimarlo ingiustamente, e di esporre me stesso alla vostra stessa ingiustizia?” Se insiste nel dire di aver già chiarito la situazione con l’accusato, gli si risponde: “Allora perché venite da noi senza di lui, come se temeste che possa negare quanto state dicendo? Con quale diritto trascurate per me la precauzione che avete ritenuto necessaria per voi stesso? Non è giusto che io debba giudicare un’azione sulla base della vostra testimonianza, quando voi stessi non avete voluto giudicarla con i vostri occhi. E non sareste forse voi responsabili del giudizio parziale che potrei emettere, se mi limitassi alla sola vostra dichiarazione?” Infine, gli si propone di far venire la persona contro cui accusa; se acconsente, la questione viene rapidamente risolta; se si oppone, viene rimandato indietro dopo una severa reprimenda. Ma il segreto viene mantenuto, e osservando attentamente entrambi i contendenti, non ci vuole molto per scoprire chi dei due abbia torto.

Questo regola è così conosciuta e ben stabilita che non si sente mai un domestico di questa casa parlare male di uno dei suoi compagni assenti; tutti sanno infatti che ciò significherebbe essere considerati deboli o bugiardi. Quando qualcuno accusa un altro, lo fa apertamente e francamente, non solo in sua presenza, ma anche davanti a tutti i loro compagni, affinché questi possano testimoniare la sincerità delle sue parole. Quando si tratta di dispute personali, queste vengono quasi sempre risolte tramite mediatori, senza disturbare il signore o la signora; ma quando è in gioco l’interesse sacro del padrone, la questione non può rimanere segreta: il colpevole deve confessare o deve avere un accusatore. Questi piccoli dibattiti sono molto rari e avvengono soltanto a tavola, durante le riunioni quotidiane di Julie con i suoi domestici, che M. de Wolmar scherzosamente definisce i suoi “grandi giorni”. Dopo aver ascoltato in silenzio la lamentela e la risposta, se la questione riguarda il servizio del padrone, lei ringrazia l’accusatore per la sua zelosità. “So”, gli dice, “che ami il tuo compagno; mi hai sempre parlato bene di lui, e ti lodavo per il fatto che l’amore del dovere e della giustizia prevale in te sulle affezioni personali. È così che si comporta un servitore fedele e un uomo onesto.” Se l’accusato non ha torto, lei aggiunge sempre qualche elogio alla sua difesa; ma se è davvero colpevole, gli risparmia in pubblico parte dell’umiliazione. Suppone che abbia qualcosa da dire a sua difesa che non vuole rivelare davanti a tutti, e gli assegna un’ora per ascoltarlo in privato; è lì che lei o suo marito parlano con lui nel modo appropriato. La cosa strana è che il più severo dei due non è necessariamente il più temuto: le severe rimproveri di M. de Wolmar suscitano meno paura delle affettuose rimostranze di Julie. Uno, parlando di giustizia e verità, umilia i colpevoli; l’altra, mostrando loro quanto sia grave il loro errore, li induce a un profondo rimorso per esserlo stati. Spesso riesce a farli versare lacrime di dolore e vergogna, e non è raro che anche lei si commuova vedendo il loro pentimento, nella speranza di non dover mantenere la sua promessa.

Chi giudicasse tutti questi sforzi in base a ciò che avviene in casa propria o nelle case dei vicini, potrebbe ritenerli inutili o noiosi. Ma voi, signore, che possedete una così profonda comprensione dei doveri e dei piaceri di un padre di famiglia, e che conoscete l’influenza naturale che il genio e la virtù esercitano sul cuore umano, vedete bene l’importanza di questi dettagli e comprendete quale sia il loro reale valore. “La ricchezza non rende veramente ricchi”, dice il Romanzo della Rosa: i beni di una persona non risiedono nei suoi forzieri, ma nell’utilizzo che ne fa; infatti, le cose vengono davvero possedute soltanto attraverso il loro impiego, e gli abusi sono sempre più numerosi delle ricchezze stesse. Ciò significa che non si gode mai in proporzione alle spese fatte, ma in proporzione alla capacità di gestirle con saggezza. Un pazzo potrebbe gettare lingotti d’oro in mare e dire di averne tratto piacere; ma quale differenza c’è tra questo tipo di spreco e il piacere che un uomo saggio potrebbe trarre da una somma molto più modesta? Solo l’ordine e le regole, che permettono di utilizzare al meglio i beni, possono trasformare il piacere in vera felicità. Se è davvero dalla relazione tra le cose e noi che deriva la vera proprietà, se è l’utilizzo delle ricchezze e non soltanto la loro acquisizione a darci il vero valore di esse, allora quali cure dovrebbero essere più importanti per un padre di famiglia dell’economia domestica e di una buona gestione della propria casa? In questi ambiti, i rapporti più armoniosi hanno un impatto diretto sulla vita quotidiana di tutti, e il bene di ogni singolo membro della famiglia contribuisce in modo significativo a quello del capofamiglia stesso.

I più ricchi sono davvero i più felici? A che serve allora l’opulenza per la felicità? Ma ogni casa ben ordinata è l’immagine dell’anima del suo padrone: gli intagli dorati, il lusso e la magnificenza annunciano soltanto vanità da parte di chi li ostenta; invece, ovunque si osservi che regna la disciplina senza tristezza, la pace senza schiavitù, l’abbondanza senza eccesso, si può dire con certezza: “Qui comanda una persona felice”.

Per me, il segno più certo di un vero e profondo soddisfazione spirituale è una vita ritirata e domestica; coloro che cercano costantemente la felicità negli altri non la trovano in se stessi. Un padre di famiglia che trova piacere nella propria casa riceve, in cambio dei continui sforzi che vi dedica, il godimento continuo dei sentimenti più dolci della natura. Solo tra tutti i mortali, egli è padrone della propria felicità: è felice come Dio stesso, senza desiderare nulla di più di ciò che già possiede. Come quell’essere immenso, non pensa ad ampliare le proprie ricchezze, ma a renderle veramente sue attraverso relazioni perfette e una gestione saggezza; se non si arricchisce con nuove acquisizioni, si arricchisce migliorando ciò che già possiede. Un tempo godeva soltanto del reddito delle proprie terre; ora gode anche delle stesse terre, prendendosi cura della loro coltivazione e visitandole costantemente. Il suo servo gli era estraneo; ora lo considera come un bene proprio, come un figlio. Non aveva diritto soltanto sulle sue proprietà; ora ne ha anche sulle volontà delle persone che vi lavorano. Un tempo era padrone soltanto in cambio di denaro; ora lo diventa attraverso il potere sacro dell’ammirazione e del bene che dona agli altri. Anche se la fortuna gli togliesse tutte le sue ricchezze, non gli toglierebbe mai i cuori delle persone a cui si è legato. Non toglierebbe mai i figli al loro padre: l’unica differenza è che ieri li nutriva lui, e domani sarà nutrito da loro. È così che si impara davvero a godere dei propri beni, della propria famiglia e di se stessi; è così che i dettagli della vita quotidiana diventano piacevoli per colui che sa apprezzarli veramente; è così che, lontano dall’considerare i propri doveri come un onere, li trasforma nella propria felicità, e trae dalla propria funzione nobile e commovente la gloria e il piacere di essere uomo.

Que si ces précieux avantages sont méprisés ou peu connus, et si le petit nombre même qui les recherche les obtient si rarement, tout cela vient de la même cause. Il est des devoirs simples et sublimes qu’il n’appartient qu’à peu de gens d’aimer et de remplir : tels sont ceux du père de famille, pour lesquels l’air et le bruit du monde n’inspirent que du dégoût, et dont on s’acquitte mal encore quand on n’y est porté que par des raisons d’avarice et d’intérêt. Tel croit être un bon père de famille, et n’est qu’un vigilant économe ; le bien peut prospérer, et la maison aller fort mal. Il faut des vues plus élevées pour éclairer, diriger cette importante administration, et lui donner un heureux succès. Le premier soin par lequel doit commencer l’ordre d’une maison, c’est de n’y souffrir que d’honnêtes gens qui n’y portent pas le désir secret de troubler cet ordre. Mais la servitude et l’honnêteté sont-elles si compatibles qu’on doive espérer de trouver des domestiques honnêtes gens ? Non, milord ; pour les avoir il ne faut pas les chercher, il faut les faire ; et il n’y a qu’un homme de bien qui sache l’art d’en former d’autres. Un hypocrite a beau vouloir prendre le ton de la vertu, il n’en peut inspirer le goût à personne ; et, s’il savait la rendre aimable, il l’aimerait lui-même. Que servent de froides leçons démenties par un exemple continuel, si ce n’est à faire penser que celui qui les donne se joue de la crédulité d’autrui ? Que ceux qui nous exhortent à faire ce qu’ils disent, et non ce qu’ils font, disent une grand absurdité ! Qui ne fait pas ce qu’il dit ne le dit jamais bien, car le langage du coeur, qui touche et persuade, y manque. J’ai quelquefois entendu de ces conversations grossièrement apprêtées qu’on tient devant les domestiques comme devant les enfants pour leur faire des leçons indirectes. Loin de juger qu’ils en fussent un instant les dupes, je les ai toujours vus sourire en secret de l’ineptie du maître qui les prenait pour des sots, en débitant lourdement devant eux des maximes qu’ils savaient bien n’être pas les siennes.

Toutes ces vaines subtilités sont ignorées dans cette maison, et le grand art des maîtres pour rendre leurs domestiques tels qu’ils les veulent est de se montrer à eux tels qu’ils sont. Leur conduite est toujours franche et ouverte, parce qu’ils n’ont pas peur que leurs actions démentent leurs discours. Comme ils n’ont point par eux-mêmes une morale différente de celle qu’ils veulent donner aux autres, ils n’ont pas besoin de circonspection dans leurs propos ; un mot étourdiment échappé ne renverse point les principes qu’ils se sont efforcés d’établir. Ils ne disent point indiscrètement toutes leurs affaires, mais ils disent librement toutes leurs maximes. À table, à la promenade, tête à tête, ou devant tout le monde, on tient toujours le même langage ; on dit naïvement ce qu’on pense sur chaque chose ; et, sans qu’on songe à personne, chacun y trouve toujours quelque instruction. Comme les domestiques ne voient jamais rien faire à leur maître qui ne soit droit, juste, équitable, ils ne regardent point la justice comme le tribut du pauvre, comme le joug du malheureux, comme une des misères de leur état. L’attention qu’on a de ne pas faire courir en vain les ouvriers, et perdre des journées pour venir solliciter le payement de leurs journées, les accoutume à sentir le prix du temps. En voyant le soin des maîtres à ménager celui d’autrui, chacun en conclut que le sien leur est précieux, et se fait un plus grand crime de l’oisiveté. La confiance qu’on a dans leur intégrité donne à leurs institutions une force qui les fait valoir et prévient les abus. On n’a pas peur que, dans la gratification de chaque semaine, la maîtresse trouve toujours que c’est le plus jeune ou le mieux fait qui a été le plus diligent. Un ancien domestique ne craint pas qu’on lui cherche quelque chicane pour épargner l’augmentation de gages qu’on lui donne. On n’espère pas profiter de leur discorde pour se faire valoir et obtenir de l’un ce qu’aura refusé l’autre. Ceux qui sont à marier ne craignent pas qu’on nuise à leur établissement pour les garder plus longtemps, et qu’ainsi leur bon service leur fasse tort. Si quelque valet étranger venait dire aux gens de cette maison qu’un maître et ses domestiques sont entre eux dans un véritable état de guerre ; que ceux-ci, faisant au premier tout du pis qu’il peuvent, usent en cela d’une juste représaille ; que les maîtres étant usurpateurs, menteurs et fripons, il n’y a pas de mal à les traiter comme ils traitent le prince, ou le peuple, ou les particuliers, et à leur rendre adroitement le mal qu’ils font à force ouverte ; celui qui parlerait ainsi ne serait entendu de personne : on ne s’avise pas même ici de combattre ou prévenir de pareils discours ; il n’appartient qu’à ceux qui les font naître d’être obligés de les réfuter.

Il n’y a jamais ni mauvaise humeur ni mutinerie dans l’obéissance, parce qu’il n’y a ni hauteur ni caprice dans le commandement, qu’on n’exige rien qui ne soit raisonnable et utile, et qu’on respecte assez la dignité de l’homme, quoique dans la servitude, pour ne l’occuper qu’à des choses qui ne l’avilissent point. Au surplus, rien n’est bas ici que le vice, et tout ce qui est utile et juste est honnête et bienséant.

Si l’on ne souffre aucune intrigue au dehors, personne n’est tenté d’en avoir. Ils savent bien que leur fortune la plus assurée est attachée à celle du maître, et qu’ils ne manqueront jamais de rien tant qu’on verra prospérer la maison. En la servant ils soignent donc leur patrimoine, et l’augmentent en rendant leur service agréable ; c’est là leur plus grand intérêt. Mais ce mot n’est guère à sa place en cette occasion ; car je n’ai jamais vu de police où l’intérêt fût si sagement dirigé, et où pourtant il influât moins que dans celle-ci. Tout se fait par attachement : l’on dirait que ces âmes vénales se purifient en entrant dans ce séjour de sagesse et d’union. L’on dirait qu’une partie des lumières du maître et des sentiments de la maîtresse ont passé dans chacun de leurs gens : tant on les trouve judicieux, bienfaisants, honnêtes et supérieurs à leur état ! Se faire estimer, considérer, bien vouloir, est leur plus grande ambition, et ils comptent les mots obligeants qu’on leur dit, comme ailleurs les étrennes qu’on leur donne.

Voilà, milord, mes principales observations sur la partie de l’économie de cette maison qui regarde les domestiques et mercenaires. Quant à la manière de vivre des maîtres et au gouvernement des enfants, chacun de ces articles mérite bien une lettre à part. Vous savez à quelle intention j’ai commencé ces remarques ; mais en vérité tout cela forme un tableau si ravissant, qu’il ne faut, pour aimer à le contempler, d’autre intérêt que le plaisir qu’on y trouve.

Lettre XI – De Saint-Preux à milord Édouard

Non, milord, je ne m’en dédis point : on ne voit rien dans cette maison qui n’associe l’agréable à l’utile ; mais les occupations utiles ne se bornent pas aux soins qui donnent du profit, elles comprennent encore tout amusement innocent et simple qui nourrit le goût de la retraite, du travail, de la modération, et conserve à celui qui s’y livre une âme saine, un coeur libre du trouble des passions. Si l’indolente oisiveté n’engendre que la tristesse et l’ennui, le charme des doux loisirs est le fruit d’une vie laborieuse. On ne travaille que pour jouir : cette alternative de peine et de jouissance est notre véritable vocation. Le repos qui sert de délassement aux travaux passés et d’encouragement à d’autres n’est pas moins nécessaire à l’homme que le travail même.

Après avoir admiré l’effet de la vigilance et des soins de la plus respectable mère de famille dans l’ordre de sa maison, j’ai vu celui de ses récréations dans un lieu retiré dont elle fait sa promenade favorite, et qu’elle appelle son Élysée.

Il y avait plusieurs jours que j’entendais parler de cet Élysée dont on me faisait une espèce de mystère. Enfin, hier après dîner, l’extrême chaleur rendant le dehors et le dedans de la maison presque également insupportables, M. de Wolmar proposa à sa femme de se donner congé, cet après-midi, et, au lieu de se retirer comme à l’ordinaire dans la chambre de ses enfants jusque vers le soir, de venir avec nous respirer dans le verger ; elle y consentit, et nous nous y rendîmes ensemble.

If these precious advantages are despised or little known, and if even those few who seek them so rarely succeed in obtaining them, it is all due to the same cause. There are simple yet sublime duties that only a few people are willing to love and fulfill—duties such as those of a family head, for whom the noise and distractions of the world inspire nothing but disgust, and which are still poorly performed when pursued merely out of greed or self-interest. Some people think they are good family heads, but in reality they are only cautious economizers; despite their efforts, prosperity may fail, and the household may suffer greatly. Higher aspirations are needed to guide and manage this important role successfully. The first step in establishing order in a household is to ensure that only honest people are employed there, those who do not secretly seek to disrupt that order. But are honesty and servitude truly compatible enough to expect one to find honest servants? No, my lord; to have them, one does not seek them but creates them—and only a good person knows how to train others to be good. No matter how much a hypocrite tries to pretend virtue, he cannot inspire anyone to love it; and if he could make it seem attractive, he would himself love it. What use are cold lessons that are constantly contradicted by one’s own actions, unless they serve to show that those who give them are playing with others’ credulity? Those who urge us to do what they say themselves, not what they practice, are uttering a great absurdity! Anyone who does not practice what they preach can never preach it well, for the language of the heart—that which touches and persuades—is absent from their words. I have sometimes heard such poorly crafted conversations held in front of servants, as if they were children, in an attempt to teach them indirectly. Far from being deceived by them for even a moment, I have always seen them secretly laughing at the master’s ineptitude in treating them as fools while pompously reciting maxims that they knew were not his own.

All such vain subtleties are ignored in this household. The great art of the masters, in making their servants conform to their wishes, lies in showing themselves to them as they truly are. Their behavior is always straightforward and open, for they have no fear that their actions might contradict their words. Since they themselves hold no morals different from those they wish to impart to others, they need not be cautious in what they say; a carelessly uttered word does not undermine the principles they have strived to establish. They do not indiscreetly reveal all their private affairs, but freely express their beliefs. At the table, during walks, in private conversations, or in front of everyone, they always use the same language; they candidly express what they think about everything, and without considering anyone in particular, everyone finds some useful lesson in it. Since the servants never observe anything in their masters that is not upright, just, or fair, they do not regard justice as a burden for the poor, a yoke for the unfortunate, or another form of their own misery. The attention paid to ensuring that workers are not needlessly delayed or forced to seek payment for their labor teaches them to appreciate the value of time. Seeing how much care the masters take to consider the needs of others, everyone concludes that their own efforts must be valued by them, and thus considers idleness a far greater sin. The trust placed in their integrity gives their system its strength, ensuring it is effective and preventing abuse. There is no fear that, during the distribution of weekly wages, the mistress will find that the youngest or best-performing servant has been the most diligent. An experienced servant would not worry that some scheme might be devised to avoid increasing his salary. Nor would anyone hope to take advantage of their disagreements to gain something from one while being refused by another. Those seeking marriage are not afraid that their prospects might be harmed in order to keep them longer in service, or that their good conduct might actually work against them. If some outsider were to claim that the master and his servants are in a state of constant conflict, that the servants retaliate against the master’s misdeeds in just measure, and that since the masters are usurpers, liars, and thieves, it is not wrong to treat them in the same way they treat princes, commoners, or other individuals—by cleverly returning the harm they inflict openly—they would be ignored by everyone. No one even considers opposing such statements; only those who utter them are obliged to refute them.

In obedience, there is never any bad temper or mutiny, because in command, there is neither arrogance nor caprice; nothing unreasonable or useless is demanded, and the dignity of man is respected enough—even within servitude—to ensure that he is only engaged in tasks that do not degrade him. Moreover, here, nothing is base except for vice; everything that is useful and just is honorable and proper.

If one experiences no troubles or intrigues outside, then no one is tempted to engage in them. They are well aware that their most secure fortune is tied to that of their master, and that as long as the household prospers, they will never lack anything. By serving their master, they therefore preserve and even increase their own wealth by rendering their service pleasant; this constitutes their greatest interest. Yet this word hardly seems appropriate in this context, for I have never seen a system of governance where interests are so wisely directed—and yet where they exert less influence than in this one. Everything is done out of loyalty and devotion: it seems as if these selfish souls are purified by entering into this realm of wisdom and unity. It seems as if part of the master’s wisdom and the mistress’s kindness have been imparted to each and every one of their servants—so wise, benevolent, honest, and superior to their original condition! To be esteemed, regarded with favor, and loved is their greatest ambition; they count the kind words spoken to them just as others would count gifts bestowed upon them.

Here, my lord, are my main observations regarding the portion of this household’s economy that pertains to servants and mercenaries. As for the manner of life of the masters and the upbringing of children, each of these subjects deserves a separate letter in itself. You know the intention behind which I began these remarks; but in truth, all of this together forms such a delightful panorama that one need only the pleasure it brings to truly appreciate it.

Letter XI – From Saint-Preux to Lord Edward

No, my lord, I do not deny it: nothing in this house fails to combine the pleasant with the useful; but useful pursuits are not limited to those activities that bring profit—they also include all innocent and simple forms of entertainment that nurture a taste for retreat, work, and moderation, and that help preserve a healthy soul and a heart free from the turmoil of passions. If idle laziness only brings sorrow and boredom, then the charm of gentle leisure is the fruit of a life of labor. We work solely in order to enjoy; this alternation between toil and pleasure is our true vocation. Rest, which serves as a relief after past endeavors and as an encouragement for new ones, is just as necessary for man as work itself.

After observing the effect of a most respected housewife’s vigilance and care in maintaining order in her household, I then witnessed the impact of her leisure activities in a secluded spot that she favored for walks, which she called her “Elysium.”

For several days, I had been hearing about this Élysée, about which so much mystery seemed to surround it. Finally, yesterday evening, when the intense heat made both the outside and the inside of the house almost unbearable, Mr. de Wolmar suggested to his wife that they take a break that afternoon. Instead of retreating, as usual, to her children’s room until evening, she agreed to come with us and enjoy some fresh air in the garden. And so we all went there together.

Che questi preziosi vantaggi vengano disprezzati o poco conosciuti, e che anche coloro pochi che li cercano riescano raramente ad ottenerli, tutto ciò deriva dalla stessa causa. Esistono doveri semplici e sublimi che soltanto poche persone sono disposte ad amare e ad adempiere: sono quelli del padre di famiglia, per il quale il rumore e la confusione del mondo suscitano solo disgusto, e che vengono mal compiuti anche quando si fanno solo per motivi di avarizia e interesse. C’è chi crede di essere un buon padre di famiglia, ma in realtà non è altro che un uomo attento soltanto a risparmiare; il bene può prosperare, mentre la casa può andare molto male. Sono necessarie visioni più elevate per guidare e rendere efficace questa importante responsabilità. Il primo passo da compiere per stabilire l’ordine in una casa è assicurarsi che vi siano soltanto persone oneste, le quali non abbiano alcun desiderio segreto di disturbare quell’ordine. Ma la servitù e l’onestà sono davvero compatibili al punto da poter sperare di trovare domestici onesti? No, signore; per averli non basta cercarli, ma bisogna crearli. E solo una persona buona sa come formarne altre. Un ipocrita, anche se cerca di assumere l’aspetto della virtù, non può ispirare in nessuno il desiderio di essa; e se davvero sapesse renderla attraente, la amerebbe lui stesso. A che servono le fredde lezioni che vengono messe in pratica solo occasionalmente, se non a far pensare che chi le impartisce si sta prendendo gioco della credulità altrui? Coloro che ci esortano a fare ciò che dicono e non ciò che fanno, dicono qualcosa di assolutamente assurdo. Chi non agisce secondo quanto dice, in realtà non lo dice mai bene, perché manca nel suo discorso quella sincerità del cuore che tocca e persuade. A volte ho sentito conversazioni volutamente banali tenute davanti ai domestici, come se si trattasse di bambini, per insegnare loro cose in modo indiretto. Lontano dall’immaginare che potessero crederci anche solo per un momento, li ho sempre visti sorridere segretamente dell’incompetenza del padrone che li considerava sciocchi, mentre davanti a loro recitava pesantemente massime che sapevano benissimo non essere sue.

In questa casa vengono ignorate tutte queste vane sottigliezze; l’arte suprema dei padroni nel rendere i loro domestici tali come desiderano è quella di mostrarsi a loro stessi per ciò che realmente sono. Il loro comportamento è sempre schietto e aperto, perché non temono che le loro azioni contraddicano le loro parole. Poiché non hanno una morale diversa da quella che vogliono trasmettere agli altri, non hanno bisogno di essere cauti nelle loro dichiarazioni; una parola detta incautamente non sovverte i principi che si sono sforzati di stabilire. Non rivelano indiscretamente tutti i loro affari, ma esprimono liberamente le loro idee e i loro valori. A tavola, durante le passeggiate, da soli o davanti a tutti, parlano sempre allo stesso modo; dicono apertamente ciò che pensano su ogni cosa, e senza prendere in considerazione nessuno, ognuno ne trae sempre qualche insegnamento. Poiché i domestici non vedono mai il loro padrone compiere nulla di sbagliato, ingiusto o disonesto, non considerano la giustizia come un tributo dovuto ai poveri o come un peso per i sfortunati. Il fatto che si faccia attenzione a non sprecare il tempo dei lavoratori e a evitare che perdano giornate inutilmente nella richiesta del loro salario li abitua a comprendere il valore del tempo. Vedendo quanto i padroni si prendano cura di rispettare il tempo altrui, ognuno conclude che anche il proprio tempo è prezioso per loro, e quindi considera l’ozio come un vero peccato. La fiducia nella loro integrità conferisce alle loro regole una forza tale da renderle efficaci e prevenire abusi. Non si teme che, durante la distribuzione dei compensi settimanali, il padrone possa preferire qualcuno più giovane o più diligente; un vecchio domestico non teme che gli venga cercato qualche pretesto per evitare di aumentargli lo stipendio. Non si spera di approfittare delle loro divergenze per ottenere qualcosa da uno che l’altro avrebbe rifiutato. Coloro che sono in procinto di sposarsi non temono che venga danneggiata la loro situazione economica pur di tenerli più a lungo al proprio servizio, né che il loro buon lavoro possa risultare svantaggioso per loro. Se qualcuno esterno venisse a dire alla gente di questa casa che un padrone e i suoi domestici sono in uno stato di vera guerra; che questi ultimi fanno al primo tutto ciò che è possibile, nell’ambito di una giusta rappresaglia; che i padroni sono usurpatori, bugiardi e ladri, e quindi non c’è nulla di male nel trattarli come trattano il principe, il popolo o le altre persone, e nel restituir loro con astuzia il male che fanno apertamente, chi parlasse in questo modo non verrebbe ascoltato da nessuno: qui non si pensa nemmeno a combattere o prevenire simili discorsi; spetta soltanto a coloro che li diffondono il dovere di confutarli.

Nell’obbedienza non esistono mai cattive disposizioni d’animo né ribellioni, perché nel comando non vi sono né arroganza né capricci; non si richiede nulla che non sia ragionevole e utile, e si rispetta a sufficienza la dignità umana, anche quando questa si trova in condizioni di servitù, affinché venga impiegata soltanto in attività che non la degradino. Inoltre, qui nulla è considerato vile se non il vizio; tutto ciò che è utile e giusto è onesto e decoroso.

Se non si soffre alcuna ingiustizia all’esterno, nessuno è tentato di commetterne. Sanno bene che la loro fortuna più sicura è legata a quella del padrone, e che non mancherà mai di nulla finché la casa prospererà. Servendolo, quindi, prendono cura del proprio patrimonio e lo aumentano rendendo il proprio servizio piacevole; questo rappresenta il loro più grande interesse. Tuttavia, questa parola non è del tutto appropriata in questa occasione. Poiché non ho mai visto una polizia nella quale l’interesse dei sudditi fosse guidato con tanta saggezza, eppure influenzasse meno di quanto avvenga qui. Tutto si basa sull’affetto: sembrerebbe che queste anime venali si purifichino entrando in questo ambiente di saggezza e armonia. Si direbbe che una parte delle “luci” del padrone e dei sentimenti della padrona si siano trasferiti in ognuno dei suoi servitori: sono così giudiziosi, benevoli, onesti e superiori al loro status sociale! Essere stimati, considerati, voluti bene, questa è la loro più grande ambizione; contano le parole gentili che ricevono, proprio come altrove si contano i doni che vengono fatti.

Ecco, milord, le mie principali osservazioni riguardo alla parte dell’economia di questa casa che riguarda i domestici e i mercenari. Per quanto riguarda il modo di vivere dei padroni e l’educazione dei bambini, ciascuno di questi argomenti merita senz’altro un trattato a parte. Voi sapete con quale intento ho iniziato queste riflessioni; ma in realtà tutto ciò forma un quadro così incantevole che, per apprezzarlo, non è necessario alcun altro interesse se non il piacere che si trae dalla sua contemplazione.

Lettera XI – Da Saint-Preux a Lord Edward

No, milord, non mi ritiro da questa convinzione: in questa casa non si trova nulla che non unisca ciò che è piacevole a ciò che è utile; tuttavia, le attività utili non si limitano solo ai compiti che generano profitto, ma includono anche ogni tipo di divertimento innocente e semplice che nutre il desiderio di ritiro, di lavoro e di moderazione, e mantiene in colui che se ne dedica un’anima sana e un cuore libero dai turbamenti delle passioni. Se l’ozio pigro genera solo tristezza e noia, il fascino dei dolci svaghi è il frutto di una vita laboriosa. Si lavora soltanto per godere: questa alternanza di fatica e piacere è la nostra vera vocazione. Il riposo, che serve da distrazione dopo i lavori svolti e da incoraggiamento per quelli futuri, non è meno necessario per l’uomo del lavoro stesso.

Dopo aver ammirato l’effetto della vigilanza e delle cure di una madre di famiglia estremamente rispettabile nell’ordine della sua casa, ho visto anche l’effetto delle sue attività ricreative in un luogo appartato che lei frequenta spesso e che chiama il suo “Eliporto”.

Da diversi giorni sentivo parlare di questo Élysée riguardo al quale mi veniva fatto un certo mistero. Finalmente, ieri sera, a causa del caldo estremo che rendeva sia l’esterno che l’interno della casa quasi insopportabili, il signor de Wolmar propose a sua moglie di prendersi una pausa quel pomeriggio e, invece di ritirarsi come al solito nella stanza dei suoi figli fino a sera, di venire con noi a respirare nel giardino; lei acconsentì e ci recammo lì insieme.

Ce lieu, quoique tout proche de la maison, est tellement caché par l’allée couverte qui l’en sépare, qu’on ne l’aperçoit de nulle part. L’épais feuillage qui l’environne ne permet point à l’oeil d’y pénétrer, et il est toujours soigneusement fermé à la clef. À peine fus-je au dedans, que, la porte étant masquée par des aunes et des coudriers qui ne laissent que deux étroits passages sur les côtés, je ne vis plus en me retournant par où j’étais entré, et, n’apercevant point de porte, je me trouvai là comme tombé des nues.

En entrant dans ce prétendu verger, je fus frappé d’une agréable sensation de fraîcheur que d’obscurs ombrages, une verdure animée et vive, des fleurs éparses de tous côtés, un gazouillement d’eau courante, et le chant de mille oiseaux, portèrent à mon imagination du moins autant qu’à mes sens ; mais en même temps je crus voir le lieu le plus sauvage, le plus solitaire de la nature, et il me semblait d’être le premier mortel qui jamais eût pénétré dans ce désert. Surpris, saisi, transporté d’un spectacle si peu prévu, je restai un moment immobile, et m’écriai dans un enthousiasme involontaire : « O Tinian ! ô Juan Fernandez[146] ! Julie, le bout du monde est à votre porte ! — Beaucoup de gens le trouvent ici comme vous, dit-elle avec un sourire ; mais vingt pas de plus les ramènent bien vite à Clarens : voyons si le charme tiendra plus longtemps chez vous. C’est ici le même verger où vous vous êtes promené autrefois et où vous vous battiez avec ma cousine à coups de pêches. Vous savez que l’herbe y était assez aride, les arbres assez clairsemés, donnant assez peu d’ombre, et qu’il n’y avait point d’eau. Le voilà maintenant frais, vert, habillé, paré, fleuri, arrosé. Que pensez-vous qu’il m’en a coûté pour le mettre dans l’état où il est ? Car il est bon de vous dire que j’en suis la surintendante, et que mon mari m’en laisse l’entière disposition. — Ma foi, lui dis-je, il ne vous en a coûté que de la négligence. Ce lieu est charmant, il est vrai, mais agreste et abandonné ; je n’y vois point de travail humain. Vous avez fermé la porte ; l’eau est venue je ne sais comment ; la nature seule a fait tout le reste ; et vous-même n’eussiez jamais su faire aussi bien qu’elle. — Il est vrai, dit-elle, que la nature a tout fait, mais sous ma direction, et il n’y a rien là que je n’aie ordonné. Encore un coup, devinez. — Premièrement, repris-je, je ne comprends point comment avec de la peine et de l’argent on a pu suppléer au temps. Les arbres… — Quant à cela, dit M. de Wolmar, vous remarquerez qu’il n’y en a pas beaucoup de fort grands, et ceux-là y étaient déjà. De plus, Julie a commencé ceci longtemps avant son mariage et presque d’abord après la mort de sa mère, qu’elle vint avec son père chercher ici la solitude. — Eh bien ! dis-je, puisque vous voulez que tous ces massifs, ces grands berceaux, ces touffes pendantes, ces bosquets si bien ombragés, soient venus en sept ou huit ans, et que l’art s’en soit mêlé, j’estime que, si dans une enceinte aussi vaste vous avez fait tout cela pour deux mille écus, vous avez bien économisé. — Vous ne surfaites que de deux mille écus, dit-elle ; il ne m’en a rien coûté. — Comment, rien ? — Non, rien ; à moins que vous ne comptiez une douzaine de journées par an de mon jardinier, autant de deux ou trois de mes gens, et quelques-unes de M. de Wolmar lui-même, qui n’a pas dédaigné d’être quelquefois mon garçon jardinier. » Je ne comprenais rien à cette énigme ; mais Julie, qui jusque-là m’avait retenu, me dit en me laissant aller : « Avancez, et vous comprendrez. Adieu Tinian, adieu Juan-Fernandez, adieu tout l’enchantement ! Dans un moment vous allez être de retour du bout du monde. »

Je me mis à parcourir avec extase ce verger ainsi métamorphosé ; et si je ne trouvai point de plantes exotiques et de productions des Indes, je trouvai celles du pays disposées et réunies de manière à produire un effet plus riant et plus agréable. Le gazon verdoyant, mais court et serré, était mêlé de serpolet, de baume, de thym, de marjolaine, et d’autres herbes odorantes. On y voyait briller mille fleurs des champs, parmi lesquelles l’oeil en démêlait avec surprise quelques-unes de jardin, qui semblaient croître naturellement avec les autres. Je rencontrais de temps en temps des touffes obscures, impénétrables aux rayons du soleil, comme dans la plus épaisse forêt ; ces touffes étaient formées des arbres du bois le plus flexible, dont on avait fait recourber les branches, pendre en terre, et prendre racine, par un art semblable à ce que font naturellement les mangles en Amérique. Dans les lieux plus découverts je voyais çà et là, sans ordre et sans symétrie, des broussailles de roses, de framboisiers, de groseilles, des fourrés de lilas, de noisetier, de sureau, de seringa, de genêt, de trifolium, qui paraient la terre en lui donnant l’air d’être en friche. Je suivais des allées tortueuses et irrégulières bordées de ces bocages fleuris, et couvertes de mille guirlandes de vigne de Judée, de vigne vierge, de houblon, de liseron, de couleuvrée, de clématite, et d’autres plantes de cette espèce, parmi lesquelles le chèvrefeuille et le jasmin daignaient se confondre. Ces guirlandes semblaient jetées négligemment d’un arbre à l’autre, comme j’en avais remarqué quelquefois dans les forêts, et formaient sur nous des espèces de draperies qui nous garantissaient du soleil, tandis que nous avions sous nos pieds un marcher doux, commode et sec, sur une mousse fine, sans sable, sans herbe, et sans rejetons raboteux. Alors seulement je découvris, non sans surprise, que ces ombrages verts et touffus, qui m’en avaient tant imposé de loin, n’étaient formés que de ces plantes rampantes et parasites, qui, guidées le long des arbres, environnaient leurs têtes du plus épais feuillage, et leurs pieds d’ombre et de fraîcheur. J’observai même qu’au moyen d’une industrie assez simple on avait fait prendre racine sur les troncs des arbres à plusieurs de ces plantes, de sorte qu’elles s’étendaient davantage en faisant moins de chemin. Vous concevez bien que les fruits ne s’en trouvent pas mieux de toutes ces additions ; mais dans ce lieu seul on a sacrifié l’utile à l’agréable, et dans le reste des terres on a pris un tel soin des plants et des arbres, qu’avec ce verger de moins la récolte en fruits ne laisse pas d’être plus forte qu’auparavant. Si vous songez combien au fond d’un bois on est charmé quelquefois de voir un fruit sauvage et même de s’en rafraîchir, vous comprendrez le plaisir qu’on a de trouver dans ce désert artificiel des fruits excellents et mûrs, quoique clairsemés et de mauvaise mine ; ce qui donne encore le plaisir de la recherche et du choix.

Toutes ces petites routes étaient bordées et traversées d’une eau limpide et claire, tantôt circulant parmi l’herbe et les fleurs en filets presque imperceptibles, tantôt en plus grands ruisseaux courant sur un gravier pur et marqueté qui rendait l’eau plus brillante. On voyait des sources bouillonner et sortir de la terre, et quelquefois des canaux plus profonds dans lesquels l’eau calme et paisible réfléchissait à l’oeil les objets. « Je comprends à présent tout le reste, dis-je à Julie ; mais ces eaux que je vois de toutes parts… — Elles viennent de là, reprit-elle en me montrant le côté où était la terrasse de son jardin. C’est ce même ruisseau qui fournit à grands frais dans le parterre un jet d’eau dont personne ne se soucie. M. de Wolmar ne veut pas le détruire, par respect pour mon père qui l’a fait faire ; mais avec quel plaisir nous venons tous les jours voir courir dans ce verger cette eau dont nous n’approchons guère au jardin ! Le jet d’eau joue pour les étrangers, le ruisseau coule ici pour nous. Il est vrai que j’y ai réuni l’eau de la fontaine publique, qui se rendait dans le lac par le grand chemin, qu’elle dégradait au préjudice des passants et à pure perte pour tout le monde. Elle faisait un coude au pied du verger entre deux rangs de saules ; je les ai renfermés dans mon enceinte, et j’y conduis la même eau par d’autres routes. »

This place, although very close to the house, is so concealed by the covered walkway that separates it from the main building that it cannot be seen from anywhere. The thick foliage surrounding it prevents any view of what lies inside, and it is always carefully locked with a key. As soon as I entered, the door was obscured by alders and birches, leaving only two narrow passages on either side; when I tried to look back at the way I had come in, I could see no door at all. I found myself there as if I had fallen out of the sky.

Upon entering this so-called orchard, I was struck by a pleasant sensation of coolness—caused by the obscure shadows, the vibrant greenery, the scattered flowers everywhere, the babbling of flowing water, and the songs of thousands of birds. These elements stirred both my imagination and my senses to no less extent. Yet at the same time, I seemed to be looking upon the most wild and solitary place in nature; it felt as if I were the first mortal to ever set foot in this desert. Surprised, captivated, and overwhelmed by such an unexpected sight, I stood motionless for a moment and exclaimed in involuntary enthusiasm: “O Tinian! O Juan Fernandez[146]! Julie, the ends of the earth lie at your doorsteps!” “Many people consider this place just like you do,” she said with a smile, “but twenty steps further, and they are quickly brought back to Clarens. Let’s see whether this charm will last longer here with you. This is the very same orchard where you used to walk and play fetch with my cousin using peaches as projectiles. You remember how the grass was dry, the trees sparse, providing little shade, and there was no water at all. Now look—fresh, green, well-cultivated, blooming, and irrigated. Tell me, what did it cost me to bring it to this state? Let me be honest: I am in charge of its upkeep, and my husband gives me full authority to do so.” “Well,” I said, “it seems that all you did was neglect it a bit. The place is indeed charming, but wild and uncultivated; I don’t see any evidence of human effort here. You just closed the door, water came somehow of its own, and nature did the rest—something you yourself could never have accomplished.” “It’s true,” she replied, “nature did it all, but under my direction. And once again, guess what else, ” “First of all,” I said, “I don’t understand how anyone could spend time and money to compensate for the lack of natural growth. The trees, ” “As for that,” M. de Wolmar interjected, “you’ll notice there aren’t many very large trees; those were already here. Moreover, Julie began this project a long time before her marriage, almost right after her mother’s death, when she came here with her father to seek solitude.” “Well then,” I said, “if all these groves, these large arbors, these hanging clusters of leaves, and these well-shaded bosquets were created in just seven or eight years—and if art played some role in it—then I must say that, for such a vast area, spending only two thousand écus on it would be considered very economical.” “You are underestimateing it by two thousand écu,” she said. “It didn’t cost me anything at all.” “How is that possible?” “No, nothing. Unless you include the labor of my gardener for a dozen days a year, the help of two or three of my servants, and even some time spent by M. de Wolmar himself—who wasn’t too shy to lend a hand when needed, ” “I couldn’t understand this mystery at all; but Julie, who had been holding me back until then, said to me as she let go of my hand: ‘Go on, and you will understand. Goodbye, Tinian, goodbye, Juan-Fernandez, goodbye to all this enchantment! In a moment, you will be back from the other side of the world.’”

I began to wander with delight through this transformed garden; and although I found no exotic plants or products from the Indies, I saw those native to the region arranged in such a way as to create a more cheerful and pleasing effect. The green grass, short and dense, was mixed with serpolet, bay, thyme, marjoram, and other fragrant herbs. Thousands of wildflowers bloomed there, among which one could occasionally spot some garden varieties that seemed to have grown naturally alongside the others. From time to time, I encountered dark clumps of vegetation that blocked out the sunlight, just like in the densest forests; these clumps were formed by trees with extremely flexible branches, which had been bent and planted low to the ground to take root—a technique similar to how mangroves grow naturally in America. In the more open areas, I saw clusters of roses, raspberries, blackberries, as well as hedges of lilacs, hazels, rowans, seringas, genets, and clovers, which covered the ground and gave it a wild, untamed look. I followed winding, irregular paths bordered by these flowering bushes, covered with countless garlands of grapevines, wild vines, hops, ivy, convolvulus, wisteria, and other such plants—among them, honeysuckle and jasmine also joined in the beauty. These garlands seemed carelessly thrown from one tree to another, creating a kind of canopy that shielded us from the sun, while beneath our feet lay a soft, comfortable, dry path made of fine moss, without sand, grass, or prickly undergrowth. Only then did I realize, with some surprise, that these lush green shadows, which had seemed so imposing from a distance, were actually formed by these creeping, parasitic plants that clung to the trees, covering their trunks with dense foliage and providing shade and coolness at their base. I even noticed that through rather simple techniques, people had managed to make several of these plants take root directly on the tree trunks, allowing them to spread more extensively while using up less space. You can imagine that the fruits from such additions are hardly any better; but in this particular place, utility was sacrificed for beauty. In other areas, however, great care is taken to cultivate both plants and trees, so that even with fewer fruit-bearing plants, the overall yield remains as good as before. If you think about how delightful it can be to find some wild fruit in a forest, you will understand the pleasure one derives from discovering excellent, ripe fruits in this artificially created “desert”—though they may be sparse and not look particularly attractive; it is precisely the added element of discovery and selection that makes it all the more enjoyable.

All these small paths were bordered by and crossed by clear, limpid water—sometimes flowing through the grass and flowers in almost imperceptible streams, sometimes forming larger brooks that ran over pure, smooth gravel, making the water even more sparkling. One could see springs gushing up from the ground, and occasionally deeper channels in which the calm, still water reflected objects clearly. “I now understand everything else,” I said to Julie; “but all this water I see everywhere, — It comes from there,” she replied, pointing toward the side where her garden terrace was located. “It’s the very same brook that provides a fountain in the garden, but no one really pays attention to it. Mr. de Wolmar doesn’t want to destroy it, out of respect for my father who had it built; but how delighted we all are every day to see this water flowing through this grove—though we hardly ever go near it in the garden itself! The fountain is there for the visitors; this brook flows here for us. Indeed, I have diverted the water from the public spring that used to flow along the main road into the lake, damaging it and causing waste for everyone. It used to make a bend at the foot of the grove, between two rows of willows; I enclosed those trees within my property and now channel the same water through different paths.”

Questo luogo, sebbene molto vicino alla casa, è così nascosto dall’albero che lo separa da essa, che non si può vederlo da nessuna parte. La fitta vegetazione che lo circonda impedisce allo sguardo di penetrarvi, e inoltre la porta è sempre chiusa a chiave con cura. Appena fui all’interno, notai che la porta era nascosta da salici e pioppi, i quali lasciavano solo due stretti passaggi sui lati; non riuscivo più a vedere da dove ero entrato, e non vedendo alcuna porta, mi trovai lì come se fossi caduto dal cielo.

Entrando in questo presunto giardino, fui colpito da una piacevole sensazione di freschezza: ombre scure, una vegetazione rigogliosa e vivace, fiori sparsi ovunque, il gorgoglio dell’acqua corrente e il canto di migliaia di uccelli. Tutto ciò stimolava tanto la mia immaginazione quanto i miei sensi; tuttavia, allo stesso tempo, mi sembrava di trovarmi nel luogo più selvaggio e solitario della natura, e mi pareva di essere il primo mortale ad aver mai penetrato in quel deserto. Sorpreso, incantato da uno spettacolo così inaspettato, rimasi immobile per un momento e esclamai con entusiasmo: “Oh Tinian! Oh Juan Fernandez[146]! Julie, l’orlo del mondo è alla vostra porta!” “Molti la considerano proprio così”, disse lei sorridendo; “ma venti passi in più li riportano subito a Clarens. Vediamo se il fascino durerà più a lungo da voi. Questo è lo stesso giardino in cui un tempo vi passeggiavate e in cui giocavate a colpi di pesche con mia cugina. Ricordate che l’erba era piuttosto arida, gli alberi poco fitti e non offrivano molta ombra; non c’era nemmeno acqua. Ora invece è fresco, verde, curato, adornato di fiori e irrigato. Quanto credete che mi sia costato portarlo in questo stato? Devo dirvi che ne sono l’amministratrice e mio marito mi lascia piena libertà nell’uso di esso.” “Beh”, le dissi, “non vi è costato altro che un po’ di trascuratezza. Questo luogo è davvero incantevole, ma sembra selvaggio e abbandonato; non vedo alcun segno di lavoro umano. Avete chiuso la porta. L’acqua è arrivata chissà come. La natura stessa ha fatto tutto il resto. E nemmeno voi avreste saputo fare di meglio.” “È vero”, disse lei, “ma tutto è stato fatto sotto la mia direzione. Indovinate ancora, ” “Prima di tutto”, ripresi, “non capisco come sia possibile, con fatica e denaro, compensare la mancanza di tempo. Gli alberi, ” “Per quanto riguarda gli alberi”, disse M. de Wolmar, “noterete che non ce ne sono molti di molto grandi. E quelli che ci sono erano già lì. Inoltre, Julie ha iniziato a lavorare su questo giardino molto tempo prima del suo matrimonio, quasi subito dopo la morte di sua madre, quando venne qui con suo padre alla ricerca della solitudine, ” “Beh, ”, dissi, “se volete che tutti questi alberi, questi grandi cespugli, queste piante così ben ombreggiate siano cresciuti in sette o otto anni, e se l’arte vi ha contribuito, allora credo che, in un ambiente così vasto, spendere due migliaia di scudi per realizzare tutto ciò significhi aver risparmiato molto, ” “Non avete contato altro che due migliaia di scudi”, disse lei; “a me non è costato nulla, ” “Come? Niente?” “No, a meno che non consideriate le dodici giornate all’anno dedicate dal mio giardiniere, quelle due o tre da parte dei miei domestici, e anche qualche giorno dedicata da M. de Wolmar stesso, che non si è mai rifiutato di aiutarmi nel lavoro, ” “Non capivo assolutamente nulla di questo enigma; ma Julie, che fino a quel momento mi aveva trattenuto, mi disse mentre mi lasciava andare: ‘Prosegui, e capirai. Addio Tinian, addio Juan-Fernandez, addio a tutta questa magia! Tra un attimo sarai di ritorno dall’altra parte del mondo.’”

Iniziai ad esplorare con estasi questo giardino trasformato in tal modo; e sebbene non vi trovassi piante esotiche o prodotti delle Indie, vi erano quelle del luogo disposte e raggruppate in modo da creare un effetto ancora più allegro e piacevole. L’erba verde, ma corta e fitta, era mescolata a serpillo, salice, timo, maggiorana e altre erbe profumate; si vedevano brillare mille fiori di campo, tra cui alcuni che sembravano crescere naturalmente insieme agli altri. Di tanto in tanto incontravo ciuffi scuri e impenetrabili ai raggi del sole, come nella più fitta foresta; questi ciuffi erano formati da alberi dal legno molto flessibile, i cui rami erano stati fatti incurvare, appoggiarsi a terra e mettere radici, con un metodo simile a quello utilizzato naturalmente dai mangrovie in America. Nei punti più aperti si vedevano qua e là, senza ordine né simmetria, cespugli di rose, lamponi, more, boschetti di lillà, noce, sorbo, gelsomino, genista, trifoglio, che davano alla terra un aspetto di landa incolta. Seguivo sentieri tortuosi e irregolari bordati da questi giardini fioriti, coperti da mille ghirlande di vite di Giudea, vite vergine, luppolo, lisandro, convolvolo, clorofito e altre piante simili; tra queste, il caprifoglio e il gelsomino si mescolavano con grazia. Queste ghirlande sembravano essere state gettate casualmente da un albero all’altro, come ne avevo notate alcune nelle foreste, e formavano su di noi una sorta di tenda che ci proteggeva dal sole, mentre sotto i nostri piedi c’era un terreno morbido, comodo e asciutto, ricoperto da una muffa fine, senza sabbia, erba né rami spinosi. Fu allora che scoprii, con sorpresa, che queste ombre verdi e fitte, che mi avevano colpito tanto da lontano, erano in realtà formate solo da piante rampicanti e parassite che, guidate lungo gli alberi, circondavano le loro cime con il fogliame più fitto e i loro piedi con ombra e freschezza. Notai anche che, con un metodo abbastanza semplice, si era fatto mettere radici su alcuni tronchi da diverse di queste piante, in modo che si estendessero di più senza percorrere troppa strada. Capite bene che i frutti, a causa di tutte queste aggiunte, non ne risentono necessariamente; ma in questo luogo soltanto si è sacrificato l’utile all’aggradevole, mentre nelle altre terre si prende così grande cura delle piante e degli alberi che, anche con meno giardini fruttiferi, la raccolta di frutti non è affatto inferiore a prima. Se pensate a quanto ci si possa divertire, a volte, nel profondo di una foresta, a vedere un frutto selvatico e persino a rinfrescarsi con esso, comprenderete il piacere che si prova a trovare in questo “deserto artificiale” frutti eccellenti e maturi, anche se sparsi e di aspetto poco attraente; questo rende ancora più apprezzabile la ricerca e la scelta.

Tutti questi piccoli sentieri erano bordati e attraversati da acque limpide e chiare: a volte scorrevano tra l’erba e i fiori in filamenti quasi invisibili, altre volte si trasformavano in ruscelli più grandi che serpeggiavano su ghiaia pulita e regolare, rendendo l’acqua ancora più brillante. Si potevano vedere sorgenti che sgorgavano dalla terra; talvolta c’erano anche canali più profondi nei quali l’acqua tranquilla rifletteva chiaramente gli oggetti intorno. “Ora capisco tutto il resto”, dissi a Julie; “ma queste acque che vedo dappertutto, vengono da laggiù”, rispose lei indicandomi la direzione della terrazza del suo giardino. “È lo stesso ruscello che, con grande spesa, fornisce nel prato quel getto d’acqua di cui nessuno si cura. Il signor de Wolmar non vuole distruggerlo, per rispetto verso mio padre che l’ha fatto costruire; ma con quanta gioia veniamo tutti i giorni a vedere scorrere in questo giardino quest’acqua di cui nel giardino stesso quasi non ci avviciniamo mai! Il getto d’acqua serve agli estranei, mentre il ruscello scorre qui per noi. È vero che ho raccolto anche l’acqua della fontana pubblica, che prima si dirigeva verso il lago lungo la strada principale, rovinandola a scapito dei passanti e senza alcun beneficio per nessuno. Quella fontana faceva una curva ai piedi del giardino, tra due file di salici; li ho racchiusi entrambi all’interno della mia proprietà e faccio scorrere la stessa acqua lungo altri percorsi.”

Je vis alors qu’il n’avait été question que de faire serpenter ces eaux avec économie en les divisant et réunissant à propos, en épargnant la pente le plus qu’il était possible, pour prolonger le circuit et se ménager le murmure de quelques petites chutes. Une couche de glaise couverte d’un pouce de gravier du lac et parsemée de coquillages formait le lit des ruisseaux. Ces mêmes ruisseaux, courant par intervalles sous quelques larges tuiles recouvertes de terre et de gazon au niveau du sol, formaient à leur issue autant de sources artificielles. Quelques filets s’en élevaient par des siphons sur des lieux raboteux et bouillonnaient en retombant. Enfin la terre ainsi rafraîchie et humectée donnait sans cesse de nouvelles fleurs et entretenait l’herbe toujours verdoyante et belle.

Plus je parcourais cet agréable asile, plus je sentais augmenter la sensation délicieuse que j’avais éprouvée en y entrant. Cependant la curiosité me tenait en haleine. J’étais plus empressé de voir les objets que d’examiner leurs impressions, et j’aimais à me livrer à cette charmante contemplation sans prendre la peine de penser. Mais Madame de Wolmar, me tirant de ma rêverie, me dit en me prenant sous le bras : « Tout ce que vous voyez n’est que la nature végétale et inanimée ; et, quoi qu’on puisse faire, elle laisse toujours une idée de solitude qui attriste. Venez la voir animée et sensible, c’est là qu’à chaque instant du jour vous lui trouverez un attrait nouveau. — Vous me prévenez, lui dis-je ; j’entends un ramage bruyant et confus, et j’aperçois assez peu d’oiseaux : je comprends que vous avez une volière. — Il est vrai, dit-elle ; approchons-en. » Je n’osai dire encore ce que je pensais de la volière ; mais cette idée avait quelque chose qui me déplaisait, et ne me semblait point assortie au reste.

Nous descendîmes par mille détours au bas du verger, où je trouvai toute l’eau réunie en un joli ruisseau coulant doucement entre deux rangs de vieux saules qu’on avait souvent ébranchés. Leurs têtes creuses et demi-chauves formaient des espèces de vases d’où sortaient, par l’adresse dont j’ai parlé, des touffes de chèvrefeuille, dont une partie s’entrelaçait autour des branches, et l’autre tombait avec grâce le long du ruisseau. Presque à l’extrémité de l’enceinte était un petit bassin bordé d’herbes, de joncs, de roseaux, servant d’abreuvoir à la volière, et dernière station de cette eau si précieuse et si bien ménagée.

Au-delà de ce bassin était un terre-plein terminé dans l’angle de l’enclos par un monticule garnie d’une multitude d’arbrisseaux de toute espèce ; les plus petits vers le haut, et toujours croissant en grandeur à mesure que le sol s’abaissait ; ce qui rendait le plan des têtes presque horizontal, ou montrait au moins qu’un jour il le devait être. Sur le devant étaient une douzaine d’arbres jeunes encore, mais faits pour devenir fort grands, tels que le hêtre, l’orme, le frêne, l’acacia. C’étaient les bocages de ce coteau qui servaient d’asile à cette multitude d’oiseaux dont j’avais entendu de loin le ramage ; et c’était à l’ombre de ce feuillage comme sous un grand parasol qu’on les voyait voltiger, courir, chanter, s’agacer, se battre comme s’ils ne nous avaient pas aperçus. Ils s’enfuirent si peu à notre approche, que, selon l’idée dont j’étais prévenu, je les crus d’abord enfermés par un grillage ; mais comme nous fûmes arrivés au bord du bassin, j’en vis plusieurs descendre et s’approcher de nous sur une espèce de courte allée qui séparait en deux le terre-plein et communiquait du bassin à la volière. M. de Wolmar, faisant le tour du bassin, sema sur l’allée deux ou trois poignées de grains mélangés qu’il avait dans sa poche ; et, quand il se fut retiré, les oiseaux accoururent et se mirent à manger comme des poules, d’un air si familier que je vis bien qu’ils étaient faits à ce manège. « Cela est charmant ! m’écriai-je. Ce mot de volière m’avait surpris de votre part ; mais je l’entends maintenant : je vois que vous voulez des hôtes et non pas des prisonniers. — Qu’appelez-vous des hôtes ? répondit Julie : c’est nous qui sommes les leurs[147] ; ils sont ici les maîtres, et nous leur payons tribut pour en être soufferts quelquefois. — Fort bien, repris-je ; mais comment ces maîtres-là se sont-ils emparés de ce lieu ? Le moyen d’y rassembler tant d’habitants volontaires ? Je n’ai pas oui dire qu’on ait jamais rien tenté de pareil ; et je n’aurais point cru qu’on y pût réussir, si je n’en avais la preuve sous mes yeux. »

« La patience et le temps, dit M. de Wolmar, ont fait ce miracle. Ce sont des expédients dont les gens riches ne s’avisent guère dans leurs plaisirs. Toujours pressés de jouir, la force et l’argent sont les seuls moyens qu’ils connaissent : ils ont des oiseaux dans des cages, et des amis à tant par mois. Si jamais des valets approchaient de ce lieu, vous en verriez bientôt les oiseaux disparaître ; et s’ils y sont à présent en grand nombre, c’est qu’il y en a toujours eu. On ne les fait pas venir quand il n’y en a point ; mais il est aisé, quand il y en a, d’en attirer davantage en prévenant tous leurs besoins, en ne les effrayant jamais, en leur faisant faire leur couvée en sûreté et ne dénichant point les petits ; car alors ceux qui s’y trouvent restent, et ceux qui surviennent restent encore. Ce bocage existait, quoiqu’il fût séparé du verger ; Julie n’a fait que l’y enfermer par une haie vive, ôter celle qui l’en séparait, l’agrandir, et l’orner de nouveaux plants. Vous voyez, à droite et à gauche de l’allée qui y conduit, deux espaces remplis d’un mélange confus d’herbes, de pailles et de toutes sortes de plantes. Elle y fait semer chaque année du blé, du mil, du tournesol, du chènevis, des pesettes[148], généralement de tous les grains que les oiseaux aiment, et l’on n’en moissonne rien. Outre cela, presque tous les jours, été et hiver, elle ou moi leur apportons à manger, et quand nous y manquons, la Fanchon y supplée d’ordinaire. Ils ont l’eau à quatre pas, comme vous le voyez. Madame de Wolmar pousse l’attention jusqu’à les pourvoir tous les printemps de petits tas de crin, de paille, de laine, de mousse, et d’autres matières propres à faire des nids. Avec le voisinage des matériaux, l’abondance des vivres et le grand soin qu’on prend d’écarter tous les ennemis[149], l’éternelle tranquillité dont ils jouissent les porte à pondre en un lieu commode où rien ne leur manque, où personne ne les trouble. Voilà comment la patrie des pères est encore celle des enfants, et comment la peuplade se soutient et se multiplie. »

« Ah ! dit Julie, vous ne voyez plus rien ! chacun ne songe plus qu’à soi ; mais des époux inséparables, le zèle des soins domestiques, la tendresse paternelle et maternelle, vous avez perdu tout cela. Il y a deux mois qu’il fallait être ici pour livrer ses yeux au plus charmant spectacle et son coeur au plus doux sentiment de la nature. — Madame, repris-je assez tristement, vous êtes épouse et mère ; ce sont des plaisirs qu’il vous appartient de connaître. » Aussitôt M. de Wolmar, me prenant par la main, me dit en la serrant : « Vous avez des amis, et ces amis ont des enfants ; comment l’affection paternelle vous serait-elle étrangère ? » Je le regardai, je regardai Julie ; tous deux se regardèrent, et me rendirent un regard si touchant, que, les embrassant l’un après l’autre, je leur dis avec attendrissement : « Ils me sont aussi chers qu’à vous. » Je ne sais par quel bizarre effet un mot peut ainsi changer une âme ; mais, depuis ce moment, M. de Wolmar me paraît un autre homme, et je vois moins en lui le mari de celle que j’ai tant aimée que le père de deux enfants pour lesquels je donnerais ma vie.

I then realized that the entire plan had been to channel these waters in an economical manner—dividing and reuniting them as needed, avoiding steep slopes wherever possible, in order to extend the watercourse and create the gentle murmuring of small cascades. A layer of mud covered with a inch of gravel from the lake, interspersed with shells, formed the beds of these streams. These very streams, flowing intermittently beneath broad tiles covered with soil and grass at ground level, created artificial springs at their outlets. Some water trickled up through pipes in uneven areas before falling back down in a bubbling sound. Finally, the earth, thus cooled and moistened, continuously produced new flowers and kept the grass evergreen and beautiful.

The more I wandered through this pleasant retreat, the stronger the delightful sensation I had experienced upon entering it grew. Yet curiosity kept me eager to explore further. I was more interested in seeing the objects themselves than in analyzing their effects on me; I enjoyed simply gazing at them without attempting to think too deeply. But Madame de Wolmar, pulling me out of my reverie, said, taking me by the arm: “Everything you see here is merely plant life and inanimate matter; and no matter what we do, it always conveys an impression of solitude that brings sadness. Come, see it come to life and become sensible—there, at every moment of the day, you will discover new attractions in it.” “You’re warning me,” I replied; “I hear loud, chaotic chirping, but I see very few birds. I suppose you have a birdcage here.” “Indeed,” she said, “let’s go take a look.” I didn’t dare express my thoughts about the birdcage at that moment; but the very idea of it seemed somewhat displeasing to me—and I felt it didn’t quite fit in with the rest of the surroundings.

We took many detours before reaching the bottom of the orchard, where I found all the water gathered together into a lovely brook that flowed gently between two rows of old willows that had often been pruned. Their hollow, half-bare trunks formed sort of vases from which, through the clever arrangement I’ve mentioned, clumps of honeysuckle sprouted—some of it entwining around the branches, while other parts fell gracefully along the stream. Nearly at the end of the enclosure was a small pond bordered by grasses, reeds, and willows, serving as a watering place for the birds, and marking the final destination of this precious and carefully managed water.

Beyond this basin lay an elevated area that ended at the corner of the enclosure, where a small mound was covered with numerous shrubs of all kinds—the smallest ones toward the top, gradually increasing in size as the ground descended, resulting in a nearly horizontal line of tree tops, or at least indicating that it must once have been so. In front of this area stood about a dozen young trees, but they were clearly meant to grow very large, including beeches, oaks, maples, and acacias. It was these groves on this hillside that provided shelter for the numerous birds whose chirping I had heard from afar; and it seemed as if they were moving about, running, singing, frolicking, and fighting in the shade of this foliage, as if they had not noticed our approach at all. They fled so little when we came near that, based on what I had been told, I initially thought they must be enclosed within some kind of fence; but when we reached the edge of the basin, I saw several of them descending and approaching us along a short path that divided the elevated area in two and connected the basin to the aviary. Mr. de Wolmar, walking around the basin, scattered two or three handfuls of mixed seeds he had in his pocket along this path; and when he stepped back, the birds rushed over and began eating them eagerly, just like chickens, with such familiarity that it was clear they were accustomed to this routine. “How charming!” I exclaimed. “The term ‘aviary’ surprised me when you mentioned it; but now I understand—you intend to treat these birds as guests, not prisoners.” “What do you mean by ‘guests?’” Julie replied. “We are their guests[147]; they are the masters here, and we pay them ‘tribute’ in order to be allowed to stay with them occasionally.” “Very well,” I said. “But how did these so-called ‘masters’ come to occupy this place? How was it possible to gather so many willing inhabitants here? I have never heard of anyone attempting such a thing before; and I wouldn’t have believed it possible if I hadn’t seen it with my own eyes.”

“Patience and time,” said Mr. de Wolmar, “are what have accomplished this miracle. These are tactics that the wealthy often fail to consider in their pursuit of pleasure. Always eager to enjoy themselves, they believe that strength and money are the only means at their disposal: they keep birds in cages and ‘friends’ at a certain monthly fee. If any servants were to approach this place, you would soon see the birds disappear; and if there are many of them now, it is because there have always been. We don’t bring them here when there are none; but when there are some, it is easy to attract more by meeting all their needs, never frightening them, allowing them to nest safely without disturbing their young—because then those that are already there will stay, and those that arrive afterward will too. This grove existed even before it was separated from the orchard; Julie simply enclosed it with a thick hedge, removed the barrier that separated it from the orchard, expanded it, and planted new shrubs and trees. On either side of the path leading to it, you can see two areas filled with a mixture of grasses, straw, and various other plants. Every year, she sows wheat, millet, sunflowers, vetches, and all kinds of grains that birds like—yet we never harvest anything from them. In addition, almost every day, whether summer or winter, either I or she bring them food; when we run out, Fanchon usually takes care of supplying them. They have water within four steps’ distance, as you can see. Madame de Wolmar even goes to the trouble of providing them with small piles of chaff, straw, wool, moss, and other materials suitable for building nests every spring. With such readily available materials, abundant food, and constant protection from all threats[149], they enjoy eternal peace, allowing them to nest in a comfortable place where nothing lacks and where no one disturbs them. Such is how the homeland of parents remains the homeland of their children, and how this community continues to thrive and grow.”

“Ah!” said Julie, “you can see nothing anymore! Everyone thinks only of themselves; but the inseparable bond of marriage, the dedication to household duties, the tenderness of a father and mother—all these you have lost. Two months ago, you could have been here to witness the most beautiful scenes and experience the sweetest emotions nature has to offer. —Madam,” I continued, rather sadly, “you are a wife and a mother; such pleasures are meant for you.” At that moment, Monsieur de Wolmar took my hand and, pressing it firmly, said, “You have friends, and these friends have children; how could paternal affection be foreign to you?” I looked at him, then at Julie; they exchanged glances full of emotion, and, embracing them one after the other, I said tenderly, “They are as dear to me as they are to you.” I don’t know by what strange mechanism a single word can bring such a change in a person’s heart; but from that moment on, Monsieur de Wolmar seemed like a different man to me. I no longer saw in him merely the husband of the woman I had loved so deeply, but also the father of two children for whom I would give my life.

Vidi allora che si era trattato semplicemente di far scorrere queste acque in modo parsimonioso, dividendole e riunendole opportunamente, evitando il più possibile le pendenze per prolungare il percorso e creare il mormorio di piccole cascate. Uno strato di fango ricoperto da un pollice di ghiaia proveniente dal lago, e disseminato di conchiglie, costituiva il letto dei ruscelli. Questi stessi ruscelli, che scorrevano a intervalli sotto alcune larghe tegole coperte di terra e erba al livello del suolo, formavano all’uscita delle vere e proprie sorgenti artificiali. Alcuni filtri si elevavano attraverso dei sifoni in punti irregolari e ribollivano prima di cadere nuovamente a terra. Infine, la terra così rinfrescata e umidificata continuava a produrre nuove piante e manteneva l’erba sempre verde e rigogliosa.

Più esploravo questo delizioso rifugio, più sentivo crescere quella sensazione piacevole che avevo provato entrandovi. Tuttavia, la curiosità mi teneva in ansia: ero più desideroso di vedere gli oggetti presenti che di analizzare le loro caratteristiche, e amavo immergermi in questa incantevole contemplazione senza nemmeno sforzarmi di riflettere. Ma Madame de Wolmar, tirandomi fuori dai miei pensieri, mi disse prendendomi per il braccio: “Tutto ciò che vedete non è altro che la natura vegetale e inanimata; e, per quanto si possa fare, essa lascia sempre un senso di solitudine che rattrista. Venite a vederla animata e vivente: là, in ogni momento della giornata, troverete nuovi motivi di interesse.” “Mi avvertite già, ”, le dissi; “sento un rumore confuso di canti degli uccelli, ma ne vedo pochi. Capisco che abbiate una voliera.” “È vero”, rispose lei; “avviciniamoci.” Non osai ancora esprimere ciò che pensavo riguardo a quella voliera; ma quell’idea aveva qualcosa di sgradevole, e non mi sembrava affatto in armonia con il resto.

Scendemmo per mille sentieri fino in fondo al frutteto, dove trovai tutta l’acqua raccolta in un grazioso ruscello che scorreva dolcemente tra due file di vecchi salici spesso privati dei rami. Le loro teste vuote e semi-calve formavano quasi delle “vasi” da cui, grazie alla cura meticolosa con cui erano stati coltivati, crescevano ciuffi di caprifoglio: una parte di questi si intrecciava attorno ai rami, mentre l’altra cadeva con grazia lungo il ruscello. Quasi all’estremità del recinto c’era un piccolo stagno bordato d’erba, di giunchi e di canne, che fungeva da abbeveratoio per gli uccelli; rappresentava quindi l’ultima tappa di questo prezioso e curatissimo corso d’acqua.

Al di là di quel bacino c’era un terrapieno che terminava nell’angolo del recinto con un piccolo rilievo coperto da una moltitudine di arbusti di ogni specie; i più piccoli si trovavano verso l’alto, e la loro dimensione aumentava progressivamente man mano che il terreno scendeva, rendendo così il livello del terrapieno quasi orizzontale, o almeno facendo pensare che un giorno lo sarebbe diventato. Davanti a quel rilievo c’erano una dozzina di giovani alberi, ancora piccoli ma destinati a crescere molto in altezza: querce, olmi, frassini, acacie. Erano proprio questi boschetti ad offrire rifugio a quella moltitudine di uccelli di cui avevo sentito da lontano il canto; e era all’ombra di quel fogliame, come sotto un grande ombrello, che li vedevo volare, correre, cantare, agitarsi, litigare, come se non ci avessero nemmeno notati. Non fuggirono affatto al nostro avvicinarsi; anzi, secondo l’idea che avevo in mente, all’inizio pensai che fossero rinchiusi da una recinzione. Ma quando arrivammo sul bordo del bacino, ne vidi diversi scendere e avvicinarsi a noi lungo un sentiero corto che divideva il terrapieno in due parti e collegava il bacino con la voliera. Il signor de Wolmar, facendo il giro del bacino, sparse sul sentiero due o tre manciate di semi che aveva in tasca; e quando si allontanò, gli uccelli accorsero e iniziarono a mangiare come polli, con un’aria così familiare che capii subito che erano abituati a quel comportamento. “Che meraviglia!” esclamai. “Il termine ‘voliera’ mi aveva sorpreso quando l’avete usato. Ma ora capisco: volete degli ospiti, non dei prigionieri, ” “Cosa chiamate ‘ospiti’?” rispose Julie. “Siamo noi i loro ospiti; loro sono qui i padroni, e noi paghiamo loro un tributo per essere tollerati, a volte, ” “Bene. Ma come hanno fatto questi ‘padroni’ ad impossessarsi di questo luogo? Come è possibile radunare così tanti animali volontari in uno stesso posto? Non avevo mai sentito parlare di qualcosa del genere. E non avrei creduto che fosse possibile, se non ne avessi avuta la prova sotto i miei occhi, ”

“La pazienza e il tempo,” disse il signor de Wolmar, “hanno compiuto questo miracolo. Sono metodi di cui le persone ricche di solito non tengono conto nei loro piaceri. Sempre desiderose di godere immediatamente, la forza e i soldi sono gli unici mezzi che conoscono: hanno uccelli in gabbie e “amici” a pagamento. Se mai qualcuno si avvicinasse a questo luogo, vedreste subito scomparire gli uccelli; e se ora ne sono molti, è perché ce n’erano sempre stati. Non li si fa venire quando non ce ne sono; ma quando ce ne sono, è facile attirarne ancora di più, provvedendo a tutti i loro bisogni, senza mai spaventarli, permettendo loro di nidificare in sicurezza e senza disturbare i piccoli. Così quelli che ci sono rimangono, e anche quelli che arrivano dopo. Questo recinto esisteva già, anche se era separato dal frutteto; Julie ha semplicemente circondato tutto con una siepe viva, eliminato quella che lo separava dal frutteto, ampliato l’area e adornato il posto con nuove piante. Vedete, a destra e a sinistra del sentiero che vi conduce lì, ci sono due aree piene di un miscuglio di erbe, paglia e varie altre piante. Ogni anno Julie semina lì grano, miglio, girasoli, senape, insomma, tutti i cereali che gli uccelli amano; ma non si raccoglie nulla. Inoltre, quasi ogni giorno, in estate e in inverno, io o lei portiamo loro del cibo. E quando ne manca, di solito la Fanchon provvede al posto nostro. Hanno l’acqua a pochi passi di distanza. La signora de Wolmar va fino al punto di fornire loro ogni primavera piccoli mucchietti di crine, paglia, lana, muschio, e altre materie adatte alla costruzione dei nidi. Con la disponibilità di questi materiali, l’abbondanza di cibo e il grande impegno nel tenere lontani tutti i nemici, la loro eterna tranquillità permette loro di nidificare in un luogo confortevole, dove non manca nulla e nessuno li disturba. Ecco come la “patria dei padri” rimane anche quella dei figli, ed ecco come questa colonia riesce a sopravvivere e a moltiplicarsi.”

“Ah!”, disse Julie, “non vedete più nulla. Ognuno pensa solo a se stesso; ma i coniugi inseparabili, lo zelo nei lavori domestici, la tenerezza di un padre e di una madre. Tutto questo l’avete perso. Due mesi fa, sareste dovuti essere qui per godere dello spettacolo più incantevole e provare il sentimento più dolce che la natura possa offrire. Signora”, ripresi con tristezza, “voi siete moglie e madre. Questi sono piaceri a cui avete diritto di partecipare.” All’improvviso, il signor de Wolmar mi prese per mano e, stringendola forte, disse: “Avete degli amici, e questi amici hanno dei figli. Come potrebbe esservi estranea l’affetto paterno?” Lo guardai, guardai Julie; entrambi si scambiarono uno sguardo così commovente che, abbracciandoli uno dopo l’altro, dissi con emozione: “Per me sono altrettanto cari quanto per voi.” Non so con quale strano effetto una parola possa cambiare così profondamente un’anima. Ma da quel momento in poi, il signor de Wolmar mi sembrò un altro uomo; vedevo in lui meno il marito di colei che avevo tanto amato, e più il padre di due bambini per i quali sarei disposta a dare la mia vita.

Je voulus faire le tour du bassin pour aller voir de plus près ce charmant asile et ses petits habitants ; mais Madame de Wolmar me retint. « Personne, me dit-elle, ne va les troubler dans leur domicile, et vous êtes même le premier de nos hôtes que j’aie amené jusqu’ici. Il y a quatre clefs de ce verger, dont mon père et nous avons chacun une ; Fanchon a la quatrième, comme inspectrice, et pour y mener quelquefois mes enfants ; faveur dont on augmente le prix par l’extrême circonspection qu’on exige d’eux tandis qu’ils y sont. Gustin lui-même n’y entre jamais qu’avec un des quatre ; encore, passé deux mois de printemps où ses travaux sont utiles, n’y entre-t-il presque plus, et tout le reste se fait entre nous. — Ainsi, lui dis-je, de peur que vos oiseaux ne soient vos esclaves, vous vous êtes rendus les leurs. — Voilà bien, reprit-elle, le propos d’un tyran, qui ne croit jouir de sa liberté qu’autant qu’il trouble celle des autres. »

Comme nous partions pour nous en retourner, M. de Wolmar jeta une poignée d’orge dans le bassin, et en y regardant j’aperçus quelques petits poissons. « Ah ! ah ! dis-je aussitôt, voici pourtant des prisonniers. — Oui, dit-il, ce sont des prisonniers de guerre auxquels on a fait grâce de la vie. — Sans doute, ajouta sa femme. Il y a quelque temps que Fanchon vola dans la cuisine des perchettes qu’elle apporta ici à mon insu. Je les y laisse, de peur de la mortifier si je les renvoyais au lac ; car il vaut encore mieux loger du poisson un peu à l’étroit que de fâcher un honnête personne. — Vous avez raison, répondis-je ; et celui-ci n’est pas trop à plaindre d’être échappé de la poêle à ce prix. »

« Eh bien ! que vous en semble ? me dit-elle en nous en retournant. Êtes-vous encore au bout du monde ? — Non, dis-je, m’en voici tout à fait dehors, et vous m’avez en effet transporté dans l’Élysée. — Le nom pompeux qu’elle a donné à ce verger, dit M. de Wolmar, mérite bien cette raillerie. Louez modestement des jeux d’enfant, et songez qu’ils n’ont jamais rien pris sur les soins de la mère de famille. — Je le sais, repris-je, j’en suis très sûr ; et les jeux d’enfant me plaisent plus en ce genre que les travaux des hommes.

Il y a pourtant ici, continuai-je, une chose que je ne puis comprendre ; c’est qu’un lieu si différent de ce qu’il était ne peut être devenu ce qu’il est qu’avec de la culture et du soin : cependant je ne vois nulle part la moindre trace de culture ; tout est verdoyant, frais, vigoureux, et la main du jardinier ne se montre point ; rien ne dément l’idée d’une île déserte qui m’est venue en entrant, et je n’aperçois aucun pas d’hommes. — Ah ! dit M. de Wolmar, c’est qu’on a pris grand soin de les effacer. J’ai été souvent témoin, quelquefois complice de la friponnerie. On fait semer du foin sur tous les endroits labourés, et l’herbe cache bientôt les vestiges du travail ; on fait couvrir l’hiver de quelques couches d’engrais les lieux maigres et arides ; l’engrais mange la mousse, ranime l’herbe et les plantes ; les arbres eux-mêmes ne s’en trouvent pas plus mal, et l’été il n’y paraît plus. À l’égard de la mousse qui couvre quelques allées, c’est milord Édouard qui nous a envoyé d’Angleterre le secret pour la faire naître. Ces deux côtés, continua-t-il, étaient fermés par des murs ; les murs ont été masqués, non par des espaliers, mais par d’épais arbrisseaux qui font prendre les bornes du lieu pour le commencement d’un bois. Des deux autres côtés règnent de fortes haies vives, bien garnies d’érable, d’aubépine, de houx, de troène, et d’autres arbrisseaux mélangés qui leur ôtent l’apparence de haies et leur donnent celle d’un taillis. Vous ne voyez rien d’aligné, rien de nivelé ; jamais le cordeau n’entra dans ce lieu ; la nature ne plante rien au cordeau ; les sinuosités dans leur feinte irrégularité sont ménagées avec art pour prolonger la promenade ; cacher les bords de l’île, et en agrandir l’étendue apparente sans faire des détours incommodes et trop fréquents.[150] »

En considérant tout cela, je trouvais assez bizarre qu’on prît tant de peine pour se cacher celle qu’on avait prise ; n’aurait-il pas mieux valu n’en point prendre ? « Malgré tout ce qu’on vous a dit, me répondit Julie, vous jugez du travail par l’effet, et vous vous trompez. Tout ce que vous voyez sont des plantes sauvages ou robustes qu’il suffit de mettre en terre, et qui viennent ensuite d’elles-mêmes. D’ailleurs, la nature semble vouloir dérober aux yeux des hommes ses vrais attraits, auxquels ils sont trop peu sensibles, et qu’ils défigurent quand ils sont à leur portée : elle fuit les lieux fréquentés ; c’est au sommet des montagnes, au fond des forêts, dans des îles désertes, qu’elle étale ses charmes les plus touchants. Ceux qui l’aiment et ne peuvent l’aller chercher si loin sont réduits à lui faire violence, à la forcer en quelque sorte à venir habiter avec eux ; et tout cela ne peut se faire sans un peu d’illusion. »

À ces mots, il me vint une imagination qui les fit rire. « Je me figure, leur dis-je, un homme riche de Paris ou de Londres, maître de cette maison, et amenant avec lui un architecte chèrement payé pour gâter la nature. Avec quel dédain il entrerait dans ce lieu simple et mesquin ! Avec quel mépris il ferait arracher toutes ces guenilles ! Les beaux alignements qu’il prendrait ! Les belles allées qu’il ferait percer ! Les belles pattes-d’oie, les beaux arbres en parasol, en éventail ! Les beaux treillages bien sculptés ! Les belles charmilles bien dessinées, bien équarries, bien contournées ! Les beaux boulingrins de fin gazon d’Angleterre, ronds, carrés, échancrés, ovales ! Les beaux ifs taillés en dragons, en pagodes, en marmousets, en toutes sortes de monstres ! Les beaux vases de bronze, les beaux fruits de pierre dont il ornera son jardin[151] !… — Quand tout cela sera exécuté, dit M. de Wolmar, il aura fait un très beau lieu dans lequel on n’ira guère, et dont on sortira toujours avec empressement pour aller chercher la campagne ; un lieu triste, où l’on ne se promènera point, mais par où l’on passera pour s’aller promener ; au lieu que dans mes courses champêtres je me hâte souvent de rentrer pour venir me promener ici.

Je ne vois dans ces terrains si vastes et si richement ornés que la vanité du propriétaire et de l’artiste, qui, toujours empressés d’étaler, l’un sa richesse et l’autre son talent, préparent, à grands frais, de l’ennui à quiconque voudra jouir de leur ouvrage. Un faux goût de grandeur qui n’est point fait pour l’homme empoisonne ses plaisirs. L’air grand est toujours triste ; il fait songer aux misères de celui qui l’affecte. Au milieu de ses parterres et de ses grandes allées, son petit individu ne s’agrandit point : un arbre de vingt pieds le couvre comme un de soixante[152] ; il n’occupe jamais que ses trois pieds d’espace, et se perd comme un ciron dans ses immenses possessions.

Il y a un autre goût directement opposé à celui-là, et plus ridicule encore, en ce qu’il ne laisse pas même jouir de la promenade pour laquelle les jardins sont faits. — J’entends, lui dis-je ; c’est celui de ces petits curieux, de ces petits fleuristes qui se pâment à l’aspect d’une renoncule, et se prosternent devant des tulipes. » Là-dessus, je leur racontai, milord, ce qui m’était arrivé autrefois à Londres dans ce jardin de fleurs où nous fûmes introduits avec tant d’appareil, et où nous vîmes briller si pompeusement tous les trésors de la Hollande sur quatre couches de fumier. Je n’oubliai pas la cérémonie du parasol et de la petite baguette dont on m’honora, moi indigne, ainsi que les autres spectateurs. Je leur confessai humblement comment, ayant voulu m’évertuer à mon tour, et hasarder de m’extasier à la vue d’une tulipe dont la couleur me parut vive et la forme élégante, je fus moqué, hué, sifflé de tous les savants, et comment le professeur du jardin, passant du mépris de la fleur à celui du panégyriste, ne daigna plus me regarder de toute la séance. « Je pense, ajoutai-je, qu’il eut bien du regret à sa baguette et à son parasol profanés. »

I wanted to walk around the garden to get a closer look at this charming sanctuary and its little inhabitants; but Madame de Wolmar stopped me. “No one,” she said, “must disturb them in their home, and you are actually the first of our guests that I have brought here. There are four keys to this garden; my father and I each have one; Fanchon has the fourth, as an inspector, and sometimes she takes my children there—a favor whose value is heightened by the extreme caution required of them while they are there. Even Gustin himself never enters unless he uses one of the four keys; moreover, after the two months in spring when his work is useful, he hardly ever goes there at all, and everything else is done among us.” “So,” I said, “for fear that your birds might become your slaves, you have instead made them your masters.” “Ah,” she replied, “that’s exactly what a tyrant would say—someone who believes he enjoys freedom only when he disturbs the freedom of others.”

As we were about to leave and return home, Mr. de Wolmar threw a handful of oats into the basin, and upon looking inside, I saw some small fish. “Ah! Ah!” I exclaimed immediately, “So these are prisoners after all.” “Yes,” he said, “they are prisoners of war to whom mercy has been shown.” “Without a doubt,” his wife added. “Some time ago, Fanchon stole some perch from the kitchen and brought them here without my knowledge. I leave them here; I wouldn’t want to embarrass her if I sent them back to the lake. After all, it’s better to keep these fish in a somewhat confined space than to offend an honest person.” “You’re right,” I replied. “And this one certainly isn’t too badly off for having escaped from the pan at such a cost.”

“Well! What do you think?” she said to us as we turned around. “Are you still at the end of the world?” — “No,” I replied, “I have now completely left it behind; indeed, you have transported me to the Elysium.” — “The pompous name she gave to this garden,” Mr. de Wolmar remarked, “deserves such mockery quite well. Praise modestly the games of children—remember that they never impose any burden on the cares of a mother of family.” — “I know that,” I said, “I am very certain of it; and in this regard, I prefer children’s games to the labors of men.”

“Yet there is something here,” I continued, “that I simply cannot understand. A place so different from what it once was could only have become what it is today through cultivation and care—yet I see not the slightest trace of such effort. Everything is green, fresh, and vigorous; not a single sign of human intervention can be detected. Nothing contradicts the image of a deserted island that came to my mind upon entering—but I see no footprints at all.”
“Ah!” said Mr. de Wolmar. “That’s because great care has been taken to erase them. I have often witnessed, and sometimes even participated in such deceptions. Hay is sown over every area that has been plowed, and soon the grass covers up all traces of human activity. In winter, layers of manure are spread on the barren and dry ground; this nourishes the moss, revives the grass, and helps the plants grow. Even the trees benefit from it, and by summer, nothing remains to indicate that this was once a cultivated area.”
“As for the moss that covers some of the paths,” he continued, “it was Lord Edward who sent us the secret method to cultivate it from England.”
“These two sides of the island were originally enclosed by walls,” he added. “But those walls have been concealed—not by trellises, but by thick hedges of shrubs that make it seem as if the boundaries of the land extend into a forest. On the other two sides, there are dense living fences, planted with maple, blackthorn, holly, rowan, and other mixed shrubs—these hide the true nature of the enclosures and give the area the appearance of a thick grove.”
“You see nothing straight or neatly arranged; no traces of regularity can be found here. The natural growth of plants has been allowed to unfold without any artificial constraints. The winding paths are deliberately designed to prolong the walk, to conceal the island’s edges, and to make its apparent size seem larger—without causing any unnecessary detours.”[150]

Considering all this, I found it rather strange that people went to such great lengths to hide the effort they had put in; wouldn’t it have been better not to make any effort at all? “Despite everything that has been told to you,” Julie replied, “you judge the value of work by its results, and you are mistaken. All you see are wild or robust plants that simply need to be planted in the ground, and they will grow on their own. In fact, it seems as if nature itself wants to hide from human eyes its true beauties—beauties to which people are far too insensitive, and which they even spoil when they are within reach. Nature avoids populated areas; it is on the mountaintops, in the depths of forests, on deserted islands that it displays its most touching charms. Those who love it but cannot go so far to seek it are forced to ‘force’ it to live with them; and all of this can only be accomplished through a certain degree of illusion.”

At these words, an idea occurred to me that made them laugh. “I imagine,” I said to them, “a wealthy man from Paris or London, the master of this house, bringing with him a highly paid architect to spoil the natural beauty of this place. With what disdain he would enter such a simple and humble setting! With what contempt he would order all these ugly messes to be removed! What neat rows of trees he would plant! What beautiful avenues he would create! How elegant the lawns, the shady trees, the carefully designed hedges would be! And the fine grass of England—round, square, cut into shapes, oval! The beautifully pruned yews shaped like dragons, pagodas, or little monkeys, all sorts of fantastic figures! The beautiful bronze vases, the exquisite stone sculptures that would adorn his garden. When all this is done,” said M. de Wolmar, “he will have created a very lovely place—but one to which people will hardly ever go, and from which they will always hurry away to seek the countryside. A sad place, where one wouldn’t take pleasure in strolling, but would merely pass through on the way somewhere else. Unlike my country walks, where I often rush back here as soon as I’ve been out in the fields.”

In these vast and exquisitely adorned lands, I see nothing but the vanity of both the owner and the artist—each eager to display, one his wealth, the other his talent—but such displays only prepare endless boredom for anyone who seeks to enjoy their creations. A false sense of grandeur, unsuitable for human beings, poisons their pleasures. The air of magnificence is always tinged with sadness; it reminds one of the miseries of those who seek to emulate it. Amidst these gardens and wide avenues, the individual remains insignificant: a twenty-foot-tall tree looms over him just as much as a sixty-foot one; he occupies no more than three feet of space and vanishes into the vastness of his possessions like a tiny insect.

There is another taste that is directly the opposite of that one, and even more ridiculous in the fact that it doesn’t allow one to enjoy the very purpose for which these gardens were created—namely, to provide opportunities for strolling and admiring flowers. “I understand what you mean,” I said to them; “it’s the taste of those little curios, those amateur florists who swoon at the sight of a daffodil or prostrate themselves before tulips.” Then I told them, my lord, what had happened to me once in London at that very flower garden where we were introduced with such pomp, and where we saw all the riches of Holland displayed in such extravagant fashion—on four layers of manure. I didn’t forget the ceremony involving the parasol and that little stick with which I, an unworthy individual, was honored, along with the other spectators. I humbly confessed to them how, when I tried to join in their admiration and praise a tulip whose color seemed vivid and whose shape elegant, I was laughed at, hooted at, and hissed at by all those so-called “experts.” And how the garden’s professor, moving from contempt for the flower to scorn for its admirers, refused even to look at me throughout the entire event. “I imagine,” I added, “he must have regretted greatly that his parasol and stick had been desecrated in such a manner.”

Volevo fare il giro del laghetto per osservare da vicino quel delizioso rifugio e i suoi piccoli abitanti; ma Madame de Wolmar mi trattenne. “Nessuno, mi disse, deve disturbarli nel loro ambiente domestico. E voi siete addirittura il primo dei nostri ospiti che io abbia portato qui. Ci sono quattro chiavi di questo giardino: mio padre e io ne abbiamo ciascuna una; Fanchon ne possiede la quarta, in qualità di custode, e solo di tanto in tanto la utilizza per portare i miei figli lì. Un privilegio il cui valore aumenta grazie alla massima cautela che si richiede da loro mentre sono in quel luogo. Anche Gustin stesso vi entra soltanto con una delle quattro chiavi; e, dopo i due mesi di primavera in cui il suo lavoro è particolarmente utile, quasi mai ci entra più. Tutto il resto viene fatto tra noi.” “Quindi,” le dissi, “per paura che i vostri uccelli non diventassero schiavi dei vostri desideri, voi stessa vi siete resa loro schiava, ” “Ecco proprio il discorso di un tiranno,” rispose lei, “che crede di godere della propria libertà soltanto nel misura in cui disturba quella degli altri.”

Mentre ci apprestavamo a tornare indietro, il signor de Wolmar gettò un pugno di orzo nel laghetto; guardando dentro, vidi alcuni piccoli pesci. “Ah! Ah!” esclamai subito, “Ecco dunque dei ‘prigionieri’, — Sì,” disse lui, “sono prigionieri di guerra a cui è stata concessa la vita in grazia.” “Senza dubbio,” aggiunse sua moglie. “Qualche tempo fa, Fanchon ha rubato delle piccole carpe in cucina e le ha portate qui senza che io me ne accorgessi; le lascio lì, per non umiliarla se le rimandassi nel lago. Meglio ospitare qualche pesce in uno spazio ristretto, piuttosto che offendere una persona onesta.” “Avete ragione,” risposi io; “e questo pesciolino, dopotutto, non ha certo motivo di lamentarsi per essere scampato dalla padella a quel prezzo, ”

“Beh! Che ne pensate?” mi disse mentre ci voltavamo per tornare indietro. “Siete ancora ai confini del mondo?” — No, risposi, sono ormai completamente fuori da esso; e voi mi avete davvero portato nell’Elysée.” — Il nome pomposo che ha dato a questo giardino, disse il signor de Wolmar, merita davvero questa battuta. Lodate modestamente i giochi dei bambini, e ricordate che non hanno mai rappresentato un peso per le cure di una madre di famiglia. — Lo so, ripresi, ne sono assolutamente certo; e i giochi dei bambini mi piacciono molto più di quanto non mi piacciano i lavori degli uomini.

“Eppure qui c’è qualcosa che non riesco a comprendere”, continuai. “Un luogo così diverso da com’era prima può essere diventato ciò che è soltanto grazie alla cura e al lavoro umano. Eppure non vedo traccia alcuna di queste attività: tutto è verde, fresco, rigoglioso. Non si nota la mano del giardiniere; nulla smentisce l’immagine di un’isola deserta che mi è venuta in mente all’arrivo. E non si vedono passi umani da nessuna parte.” “Ah!”, disse il signor de Wolmar, “è perché si è preso grandissima cura di cancellarne ogni traccia. Ho spesso assistito, a volte anche ne sono stato complice, a queste pratiche disoneste: si semina paglia nei luoghi arati, e l’erba nasconde presto le tracce del lavoro; durante l’inverno si applicano strati di letame sui terreni poveri e aridi. Il letame elimina la muschio, rinvigora l’erba e le piante. Anche gli alberi non ne risentono negativamente. E in estate, tutto sembra essere come prima.” “Per quanto riguarda la muschio che copre alcune delle vie del giardino”, proseguì, “è stato milord Edward ad inviarci dall’Inghilterra il segreto per farlo crescere, ” “Questi due lati dell’isola erano chiusi da muri; i muri sono stati nascosti non da siepi, ma da fitti cespugli che fanno sembrare i confini del giardino l’inizio di una foresta. Dai due altri lati ci sono fitte siepi vive, piene di aceri, rododendri, tassi, troie e altri arbusti mescolati. Non si vede nulla di ordinato, nulla di regolare. Mai il righello è stato utilizzato in questo luogo. La natura stessa non pianta nulla seguendo schemi precisi. Le curve, nella loro apparente irregolarità, sono state create con arte, per prolungare il sentiero, nascondere i bordi dell’isola e aumentarne l’apparente estensione, senza creare deviazioni scomode o troppo frequenti, ”

Considerando tutto ciò, trovavo abbastanza strano che si facesse tanta fatica per nascondere ciò che in realtà era stato fatto; non sarebbe stato meglio non farlo affatto? “Nonostante tutto ciò che vi è stato detto”, mi rispose Julie, “voi giudicate il lavoro in base al risultato ottenuto, e vi sbagliate. Tutto ciò che vedete sono piante selvatiche o resistenti che basta piantare nel terreno e che poi crescono da sole. Inoltre, sembra che la natura voglia nascondere agli occhi degli uomini i suoi veri pregi, ai quali essi sono troppo insensibili e che distruggono non appena questi diventano accessibili: lei fugge dai luoghi frequentati; è sulla cima delle montagne, nel profondo delle foreste, in isole deserte che mostra i suoi incanti più commoventi. Coloro che la amano e non possono andarla a cercare così lontano sono costretti a “forzarla” in qualche modo ad abitare con loro; e tutto ciò non può avvenire senza un po’ di illusione.”

A queste parole, mi venne in mente un’immagine che li fece ridere. “Mi immagino,” dissi loro, “un uomo ricco di Parigi o di Londra, padrone di questa casa, che porti con sé un architetto ben pagato per rovinare la natura. Con quanta disprezzosità entrerebbe in questo luogo semplice e modesto! Con quanto disprezzo farebbe abbattere tutte queste cose brutte e disordinate! Quanti bei vialetti traccierebbe, quanti alberi pianterebbe. E poi quei bellissimi recinti di siepi ben curati, quelle aiuole ben disegnate, quegli alberi in forma di ombrello. Tutti elementi che renderebbero questo posto davvero bello. Ma quando tutto ciò sarà stato realizzato,” aggiunse M. de Wolmar, “si otterrà soltanto un luogo molto bello, ma nel quale nessuno andrà volentieri, e dal quale si uscirà sempre con fretta per tornare in campagna. Un luogo triste, dove non ci si passeggerà mai davvero, ma solo di cui si passerà per recarsi altrove a fare una vera passeggiata. Mentre io, nelle mie escursioni campestri, spesso mi affretto a tornare qui per godermi il mio tranquillo spazio verde, ”

In queste terre così vaste e riccamente adornate, vedo soltanto l’vanità del proprietario e dell’artista: entrambi, sempre desiderosi di esibire la propria ricchezza o il proprio talento, preparano, a grandi spese, solo noia per chiunque voglia godere delle loro opere. Un falso senso di grandezza, non adatto all’uomo, avvelena i suoi piaceri. L’aspetto maestoso di queste aree è sempre triste; fa pensare alle miserie di colui che lo ostenta. Tra i suoi giardini e le sue vaste allee, quell’individuo minuscolo non si sente affatto più grande: un albero alto venti piedi lo nasconde tanto quanto uno alto sessanta[152]; occupa soltanto lo spazio di tre piedi, e si perde come una piccola creatura insignificante all’interno delle sue immense proprietà.

Esiste un altro gusto che è direttamente opposto a quello; anzi, è ancora più ridicolo, in quanto non permette nemmeno di godere del piacere che i giardini sono fatti apposta per offrire. — Capisco, dissi loro; si tratta di quel genere di persone curiose e superficiali, quei piccoli “floristi” che si estasiano alla vista di una renoncola o si prostrino davanti alle tulippe. A questo proposito, raccontai loro ciò che mi era accaduto un tempo a Londra in quel giardino di fiori, dove fummo introdotti con grande solennità e dove vedemmo brillare, su quattro strati di letame, tutti i tesori dell’Olanda. Non dimenticai certo la cerimonia con l’ombrello e il piccolo bastone con cui mi onorarono, me, un individuo insignificante, così come gli altri spettatori. Confessai umilmente loro come, volendo a mia volta provare quell’emozione e esultare alla vista di una tulipa la cui colorazione mi sembrava vivida e la cui forma elegante, fossi stato deriso, fischiato e insultato da tutti quegli “esperti”; inoltre, il professore del giardino, passando dal disprezzo per la pianta al disprezzo per chi la lodava, non si degnò nemmeno di guardarmi per tutta la durata della seduta, “Penso,” aggiunsi, “che debba aver provato molto rammarico per il suo ombrello e il suo bastone profanati, ”

« Ce goût, dit M. de Wolmar, quand il dégénère en manie, a quelque chose de petit et de vain qui le rend puéril et ridiculement coûteux. L’autre, au moins, a de la noblesse, de la grandeur, et quelque sorte de vérité ; mais qu’est-ce que la valeur d’une patte ou d’un oignon, qu’un insecte ronge ou détruit peut-être au moment qu’on le marchande, ou d’une fleur précieuse à midi et flétrie avant que le soleil soit couché ? Qu’est-ce qu’une beauté conventionnelle qui n’est sensible qu’aux yeux des curieux, et qui n’est beauté que parce qu’il leur plaît qu’elle le soit ? Le temps peut venir qu’on cherchera dans les fleurs tout le contraire de ce qu’on y cherche aujourd’hui, et avec autant de raison ; alors vous serez le docte à votre tour, et votre curieux l’ignorant. Toutes ces petites observations qui dégénèrent en étude ne conviennent point à l’homme raisonnable qui veut donner à son corps un exercice modéré, ou délasser son esprit à la promenade en s’entretenant avec ses amis. Les fleurs sont faites pour amuser nos regards en passant, et non pour être si curieusement anatomisées[153]. Voyez leur reine briller de toutes parts dans ce verger : elle parfume l’air, elle enchante les yeux, et ne coûte presque ni soin ni culture. C’est pour cela que les fleuristes la dédaignent : la nature l’a faite si belle qu’ils ne lui sauraient ajouter des beautés de convention ; et, ne pouvant se tourmenter à la cultiver, ils n’y trouvent rien qui les flatte. L’erreur des prétendus gens de goût est de vouloir de l’art partout, et de n’être jamais contents que l’art ne paraisse ; au lieu que c’est à le cacher que consiste le véritable goût, surtout quand il est question des ouvrages de la nature. Que signifient ces allées si droites, si sablées, qu’on trouve sans cesse, et ces étoiles, par lesquelles, bien loin d’étendre aux yeux la grandeur d’un parc, comme on l’imagine, on ne fait qu’en montrer maladroitement les bornes ? Voit-on dans les bois du sable de rivière, ou le pied se repose-t-il plus doucement sur ce sable que sur la mousse ou la pelouse ? La nature emploie-t-elle sans cesse l’équerre et la règle ? Ont-ils peur qu’on ne la reconnaisse en quelque chose malgré leurs soins pour la défigurer ? Enfin, n’est-il pas plaisant que, comme s’ils étaient déjà las de la promenade en la commençant, ils affectent de la faire en ligne droite pour arriver plus vite au terme ? Ne dirait-on pas que, prenant le plus court chemin, ils font un voyage plutôt qu’une promenade, et se hâtent de sortir aussitôt qu’ils sont entrés ?

Que fera donc l’homme de goût qui vit pour vivre, qui sait jouir de lui-même, qui cherche les plaisirs vrais et simples, et qui veut se faire une promenade à la porte de sa maison ? Il la fera si commode et si agréable qu’il s’y puisse plaire à toutes les heures de la journée, et pourtant si simple et si naturelle qu’il semble n’avoir rien fait. Il rassemblera l’eau, la verdure, l’ombre et la fraîcheur ; car la nature aussi rassemble toutes ces choses. Il ne donnera à rien de la symétrie ; elle est ennemie de la nature et de la variété ; et toutes les allées d’un jardin ordinaire se ressemblent si fort qu’on croit être toujours dans la même : il élaguera le terrain pour s’y promener commodément, mais les deux côtés de ses allées ne seront point toujours exactement parallèles ; la direction n’en sera pas toujours en ligne droite, elle aura je ne sais quoi de vague comme la démarche d’un homme oisif qui erre en se promenant. Il ne s’inquiétera point de se percer au loin de belles perspectives : le goût des points de vue et des lointains vient du penchant qu’ont la plupart des hommes à ne se plaire qu’où ils ne sont pas ; ils sont toujours avides de ce qui est loin d’eux ; et l’artiste, qui ne sait pas les rendre assez contents de ce qui les entoure, se donne cette ressource pour les amuser. Mais l’homme dont je parle n’a pas cette inquiétude ; et, quand il est bien où il est, il ne se soucie point d’être ailleurs. Ici, par exemple, on n’a pas de vue hors du lieu, et l’on est très content de n’en pas avoir. On penserait volontiers que tous les charmes de la nature y sont renfermés, et je craindrais fort que la moindre échappée de vue au dehors n’ôtât beaucoup d’agrément à cette promenade[154]. Certainement tout homme qui n’aimera pas à passer les beaux jours dans un lieu si simple et si agréable n’a pas le goût pur ni l’âme saine. J’avoue qu’il n’y faut pas amener en pompe les étrangers ; mais en revanche on s’y peut plaire soi-même, sans le montrer à personne. »

« Monsieur, lui dis-je, ces gens si riches qui font de si beaux jardins ont de fort bonnes raisons pour n’aimer guère à se promener tout seul, ni à se trouver vis-à-vis d’eux-mêmes ; ainsi ils font très bien de ne songer en cela qu’aux autres. Au reste, j’ai vu à la Chine des jardins tels que vous les demandez, et faits avec tant d’art que l’art n’y paraissait point, mais d’une manière si dispendieuse et entretenus à si grands frais, que cette idée m’ôtait tout le plaisir que j’aurais pu goûter à les voir. C’étaient des roches, des grottes, des cascades artificielles, dans des lieux plains et sablonneux où l’on n’a que de l’eau de puits ; c’étaient des fleurs et des plantes rares de tous les climats de la Chine et de la Tartarie rassemblées et cultivées en un même sol. On n’y voyait à la vérité ni belles allées ni compartiments réguliers ; mais on y voyait entassées avec profusion des merveilles qu’on ne trouve qu’éparses et séparées ; la nature s’y présentait sous mille aspects divers, et le tout ensemble n’était point naturel. Ici l’on n’a transporté ni terres ni pierres, on n’a fait ni pompes ni réservoirs, on n’a besoin ni de serres, ni de fourneaux, ni de cloches, ni de paillassons. Un terrain presque uni a reçu des ornements très simples ; des herbes communes, des arbrisseaux communs, quelques filets d’eau coulant sans apprêt, sans contrainte, ont suffi pour l’embellir. C’est un jeu sans effort, dont la facilité donne au spectateur un nouveau plaisir. Je sens que ce séjour pourrait être encore plus agréable et me plaire infiniment moins. Tel est, par exemple, le parc célèbre de milord Cobham à Staw. C’est un composé de lieux très beaux et très pittoresques dont les aspects ont été choisis en différents pays, et dont tout paraît naturel, excepté l’assemblage, comme dans les jardins de la Chine dont je viens de vous parler. Le maître et le créateur de cette superbe solitude y a même fait construire des ruines, des temples, d’anciens édifices ; et les temps ainsi que les lieux y sont rassemblés avec une magnificence plus qu’humaine. Voilà précisément de quoi je me plains. Je voudrais que les amusements des hommes eussent toujours un air facile qui ne fît point songer à leur faiblesse, et qu’en admirant ces merveilles on n’eût point l’imagination fatiguée des sommes et des travaux qu’elles ont coûtés. Le sort ne nous donne-t-il pas assez de peines sans en mettre jusque dans nos jeux ?

Je n’ai qu’un seul reproche à faire à votre Élysée, ajoutai-je en regardant Julie, mais qui vous paraîtra grave ; c’est d’être un amusement superflu. À quoi bon vous faire une nouvelle promenade, ayant de l’autre côté de la maison des bosquets si charmants et si négligés ? — Il est vrai, dit-elle un peu embarrassée ; mais j’aime mieux ceci. — Si vous aviez bien songé à votre question avant que de la faire, interrompit M. de Wolmar, elle serait plus qu’indiscrète. Jamais ma femme depuis son mariage n’a mis les pieds dans les bosquets dont vous parlez. J’en sais la raison quoiqu’elle me l’ait toujours tué. Vous qui ne l’ignorez pas, apprenez à respecter les lieux où vous êtes ; ils sont plantés par les mains de la vertu. »

“Such taste,” said Mr. de Wolmar, “when it degenerates into a mania, possesses something petty and vain that renders it childish and ridiculously expensive. At least the other kind of taste has nobility, grandeur, and a certain degree of truth in it; but what is the value of a single petal or an onion—especially when an insect may be gnawing at it or destroying it right as it is being sold—or of a precious flower that has withered by noon before the sun sets? What about conventional beauty that is only perceptible to the eyes of those who are curious, and that is considered beautiful merely because they wish it to be so? Perhaps one day people will seek in flowers exactly the opposite of what they seek today—and with just as much reason. Then you will be the learned one, and your curiosity will be the ignorant one. All these trivial observations, when taken to extremes, are not suitable for a reasonable person who wants to give his body moderate exercise or to relax his mind by walking and chatting with friends. Flowers are meant to delight our eyes as we pass by, not to be subjected to such meticulous analysis[153]. Look at their queen—shining everywhere in this garden: she perfumes the air, enchants the eyes, and requires hardly any care or cultivation. That’s why florists often dismiss her; nature has made her so beautiful that they cannot add any conventional embellishments to her. And since they can’t bother to cultivate her, they find nothing in her that pleases them. The mistake of those who claim to have good taste is trying to impose art everywhere, and never being satisfied unless art is visibly present; whereas the true essence of taste lies in hiding art—especially when it comes to the works of nature. What meaning do these perfectly straight, sand-filled paths have? And what purpose do those so-called ‘stars’ serve? Far from extending the beauty of a park, they only clumsily mark its boundaries. Do you see any river sand in the woods? Does one’s feet rest more comfortably on that sand than on moss or grass? Does nature always use a ruler and compass in her creations? Are they afraid that people will recognize her true nature despite their efforts to distort it? Finally, isn’t it amusing how they seem to be tired of walking from the very beginning, so they force themselves to take a straight path just to get there faster? Doesn’t it seem like they are taking the shortest route—not for the sake of enjoying the walk, but in order to get it over with as quickly as possible?”

So what will a man of true taste do who lives solely for the sake of living, who knows how to enjoy himself, who seeks out the genuine and simple pleasures, and who wants to take a walk right outside his own door? He will arrange it in such a way that it is both comfortable and pleasant, allowing him to enjoy it at any time of the day—and yet so simply and naturally that it seems as if he has done nothing at all. He will gather together water, greenery, shade, and freshness; for nature itself does just that. He will not strive for symmetry in his arrangements; it is the enemy of both nature and variety. Moreover, all the paths in a well-kept garden look so much alike that one might think they lead to the same place. He will trim the grounds to make walking there convenient, but the two sides of the paths will not always be exactly parallel; their direction will not always be straight—it will have a certain casualness, like the wandering steps of a leisurely man taking a stroll. He will not bother to create distant, beautiful perspectives for himself; the desire for such views stems from the fact that most people only find pleasure where they are not. They are always craving what is far away from them. And an artist who fails to satisfy these desires in what surrounds them resorts to such tricks to entertain them. But the man I am talking about does not share this concern; when he is truly content where he is, he has no desire to be anywhere else. For instance, here one has no view beyond the immediate surroundings, and one is quite pleased with that. One might even think that all the charms of nature are contained within these limits, and I fear that any glimpse of what lies outside would greatly diminish the pleasure of this walk[154]. Indeed, anyone who does not enjoy spending the best days in such a simple and pleasant place surely lacks true taste or a healthy soul. I admit that there is no need to parade such a place in front of strangers; but on the other hand, one can truly enjoy it for oneself, without having to show it to anyone else.

“Sir,” I said to him, “those wealthy people who create such beautiful gardens surely have very good reasons for not enjoying solitary walks or being alone with themselves; therefore, it is quite right that they consider only the needs of others in creating them. Moreover, I have seen in China gardens just like those you describe—created with such artistry that the art itself was hardly noticeable, yet so extravagantly maintained at great expense that this very aspect deprived me of all pleasure in viewing them. There were artificial rocks, caves, and waterfalls in flat, sandy areas where there was only well water available; rare flowers and plants from every climate of China and Tartary were gathered and cultivated in the same soil. Indeed, there were no beautiful avenues or neatly arranged sections; instead, wonders that are usually scattered and separate were piled together in abundance. Nature was presented in a thousand different forms, yet the whole ensemble was not natural at all. Here, no earth or stones were transported, no pumps or reservoirs were built, and neither greenhouses nor furnaces, bells, or mats were needed. A nearly flat area was adorned with very simple embellishments; common grasses, shrubs, and a few streams flowing naturally without any artificial constraints were enough to make it beautiful. It was a leisurely pastime whose ease brought the viewer new pleasures. I feel that such a place could be even more delightful—but far less appealing to me. For instance, Lord Cobham’s famous park at Staw is composed of very beautiful and picturesque areas chosen from different countries; everything seems natural except for the way it has been arranged, just like those Chinese gardens I mentioned. The creator of this magnificent retreat even had ruins, temples, and ancient buildings constructed there; time and place were combined in a magnificence beyond human measure. And yet, this is precisely what I complain about. I wish that human amusements could always have an air of ease that did not remind us of our own weakness, and that when we admired such wonders, we were not overwhelmed by the thought of the immense effort and expense they required. Doesn’t fate already give us enough troubles without adding them to our leisure activities as well?”

“I have only one criticism to make of your Élysée,” I added, looking at Julie, “but it may seem serious to you: it is a mere form of indulgence. What use is there in taking another walk when there are such charming and neglected gardens right across from the house?”
“True,” she said, a bit embarrassed, “but I prefer this.”
“If you had thought carefully before raising that question,” M. de Wolmar interjected, “it would have been more than indiscreet. Since her marriage, my wife has never set foot in those gardens you mention. I know the reason—even if she has always refused to tell me. You, who are well aware of it, should learn to respect the places where you find yourself; they were planted by the hands of virtue.”

“Questo gusto,” disse il signor de Wolmar, “quando degenera in mania, ha qualcosa di meschino e vano che lo rende infantile e ridicolmente costoso. L’altro, almeno, possiede nobiltà, grandezza e una sorta di verità; ma quale valore ha una zampa o un cipollotto, un insetto che forse sta divorando o distruggendo qualcosa proprio nel momento in cui viene venduto, o una fiore preziosa che a mezzogiorno è ancora fresca ma già appassita prima del tramonto? E quale valore ha una bellezza convenzionale, percepibile soltanto dagli occhi dei curiosi, e considerata bella solo perché a loro piace così essere? Potrebbe arrivare il momento in cui si cercherà nelle fioriture tutto il contrario di ciò che oggi vi si cerca, e con la stessa logica; allora sarete voi ad essere gli ignoranti, e i vostri curiosi coloro che possiedono vera cultura. Tutte queste osservazioni banali, quando diventano oggetto di studio, non sono adatte all’uomo ragionevole che desidera esercitare moderatamente il proprio corpo o rilassare la mente passeggiando in compagnia degli amici. I fiori sono fatti per deliziare i nostri occhi durante un passaggio casuale, non per essere analizzati con tanta curiosità[153]. Guardate la loro regina: splende ovunque in questo giardino; profuma l’aria, incanta gli occhi e richiede quasi nessuno sforzo né cure nella coltivazione. Ecco perché i fioristi la disdegnano: la natura l’ha resa così bella che loro non saprebbero aggiungerle alcuna bellezza convenzionale; e, non potendo dedicarle tempo e cura per migliorarla, non trovano in essa nulla che li soddisfi. L’errore di coloro che si considerano esperti di gusto consiste nel voler introdurre l’arte ovunque, senza mai essere soddisfatti se questa non è evidente; mentre in realtà il vero gusto consiste proprio nel nasconderla, soprattutto quando si tratta delle opere della natura. Che significato hanno queste strade così dritte e ben battute che si trovano ovunque, e questi simboli geometrici che, lontano dall’aggrandire la bellezza di un parco, non fanno altro che evidenziarne in modo goffo i confini? Si trova forse nella foresta sabbia proveniente dai fiumi, o il piede si riposa più dolcemente su quella sabbia rispetto alla muschio o all’erba? La natura utilizza forse sempre squadre e righe per creare queste strutture? Hanno paura che qualcuno possa riconoscere la sua bellezza nonostante i loro tentativi di alterarla? Infine, non è divertente il fatto che, come se fossero già stanchi di passeggiare, si sforzino di percorrere strade dritte per arrivare più velocemente alla meta? Non sembrerebbe che, scegliendo la via più breve, stiano compiendo un viaggio piuttosto che godersi una passeggiata, e si affrettino a finirla non appena l’hanno iniziata?”

Che farà dunque l’uomo dal gusto vero, che vive per vivere, che sa godersi se stesso, che cerca i piaceri veri e semplici, e che vuole trascorrere del tempo tranquillamente davanti alla porta di casa sua? Lo renderà così comodo e piacevole da potervisi divertire in qualsiasi momento della giornata, eppure così semplice e naturale da sembrare che non abbia fatto nulla di speciale. Raccoglierà l’acqua, la vegetazione, l’ombra e la freschezza; infatti anche la natura riunisce tutte queste cose. Non darà a nulla una forma perfettamente simmetrica: essa è nemica della natura stessa e della varietà; inoltre, tutti i sentieri di un giardino ordinario si assomigliano troppo tra loro, al punto che sembra di essere sempre nello stesso luogo. Taglierà il terreno in modo da potervisi muovere comodamente, ma i due lati dei sentieri non saranno sempre esattamente paralleli; la direzione non sarà sempre dritta: avrà qualcosa di incerto, come il passo di un uomo pigro che si aggira senza meta. Non si preoccuperà certo di creare da lontano bellissime prospettive: il desiderio di ammirare punti di vista e distanze deriva dal fatto che la maggior parte delle persone ama divertirsi solo dove non si trova; sono sempre desiderose di ciò che è lontano da loro; e l’artista, che non riesce a rendere sufficientemente soddisfatti gli uomini di ciò che li circonda, utilizza questi mezzi per intrattenerli. Ma l’uomo di cui parlo non ha questa preoccupazione; quando si trova nel luogo giusto, non pensa affatto ad essere altrove. Qui, ad esempio, non c’è alcuna vista che si estenda al di fuori del giardino, e questo ci rende molto soddisfatti. Si potrebbe persino pensare che tutti i fascini della natura siano racchiusi in questo ambiente, e temerei davvero che anche la minima possibilità di vedere qualcosa all’esterno potesse rovinare il piacere di questa tranquilla passeggiata[154]. Certamente, chi non ama trascorrere i bei giorni in un luogo così semplice e piacevole non possiede certo un gusto puro né un’anima sana. Ammetto che non sia necessario ostentare tutto questo davanti agli estranei; ma al contrario, si può goderselo tranquillamente da soli, senza mostrarlo a nessuno.

“Signore,” gli dissi, “quei ricchi che creano giardini così belli hanno sicuramente buone ragioni per non amare passeggiare da soli, né trovarsi di fronte a se stessi; quindi fanno molto bene a pensare solo agli altri in queste cose. Del resto, in Cina ho visto giardini proprio come quelli che desiderate, realizzati con tale arte che l’arte stessa non sembrava evidente, ma con una spesa così enorme e un mantenimento così costoso che questa idea mi toglieva tutto il piacere che avrei potuto provare nel vederli. C’erano rocce, grotte, cascate artificiali in luoghi pianeggianti e sabbiosi dove c’era solo acqua di pozzo; c’erano fiori e piante rare provenienti da tutti i climi della Cina e della Tartaria, raccolte e coltivate nello stesso terreno. In realtà non c’erano belle alberate né divisioni regolari; ma c’erano accumulati in abbondanza meraviglie che di solito si trovano sparse e separate; la natura vi si presentava sotto mille aspetti diversi, e tutto insieme non sembrava affatto naturale. Qui non è stato trasportato né terreno né pietre, non sono state costruite pompe né serbatoi, non ci sono bisogno di serra, forni, campane né tappeti. Un terreno quasi uniforme ha ricevuto ornamenti molto semplici; erbe comuni, arbusti comuni, alcuni ruscelli che scorrevano senza preparazioni, senza costrizioni, sono stati sufficienti per abbellirlo. È un gioco senza sforzo, la cui facilità dona al spettatore un nuovo piacere. So che questo luogo potrebbe essere ancora più gradevole, ma mi piacerebbe molto meno. Esempio di ciò è il famoso parco di Lord Cobham a Staw: è composto da luoghi molto belli e pittoreschi, i cui paesaggi sono stati scelti in diversi paesi, e tutto sembra naturale, tranne l’insieme, proprio come nei giardini della Cina di cui vi ho parlato. Il creatore di questa meravigliosa solitudine ha persino fatto costruire rovine, templi, antichi edifici; i tempi e i luoghi sono stati raccolti insieme con una magnificenza più che umana. Ecco esattamente di cosa mi lamento. Vorrei che gli svaghi degli uomini avessero sempre un aspetto semplice, che non facesse pensare alla loro debolezza, e che ammirando queste meraviglie non si stancasse l’immaginazione a causa delle somme e dei lavori che hanno richiesto. Il destino non ci dà già abbastanza dolori, senza aggiungerne anche nei nostri giochi?”

“Ho solo un rimprovero da fare al vostro Elysée”, aggiunsi guardando Julie, “ma che vi sembrerà grave: è un divertimento superfluo. A che scopo organizzare un’altra passeggiata, quando dall’altro lato della casa ci sono boschetti così incantevoli e trascurati?”, dissi. “È vero, ”, rispose lei un po’ imbarazzata, “ma a me piace di più questo.” “Se aveste riflettuto bene prima di porre quella domanda”, intervenne il signor de Wolmar, “sarebbe stata più che indiscreta. Da quando si è sposata, mia moglie non ha mai messo piede nei boschetti di cui parlate. So il motivo, anche se lei me lo ha sempre nascosto. Voi, che non lo ignorate, imparate a rispettare i luoghi in cui vi trovate: sono stati piantati dalle mani della virtù.”

À peine avais-je reçu cette juste réprimande, que la petite famille, menée par Fanchon, entra comme nous sortions. Ces trois aimables enfants se jetèrent au cou de M. et de Mme de Wolmar. J’eus ma part de leurs petites caresses. Nous rentrâmes, Julie et moi, dans l’Élysée en faisant quelques pas avec eux, puis nous allâmes rejoindre M. de Wolmar, qui parlait à des ouvriers. Chemin faisant, elle me dit qu’après être devenue mère, il lui était venu sur cette promenade une idée qui avait augmenté son zèle pour l’embellir. « J’ai pensé, me dit-elle, à l’amusement de mes enfants et à leur santé quand ils seront plus âgés. L’entretien de ce lieu demande plus de soin que de peine ; il s’agit plutôt de donner un certain contour aux rameaux des plants que de bêcher et labourer la terre : j’en veux faire un jour mes petits jardiniers ; ils auront autant d’exercice qu’il leur en faut pour renforcer leur tempérament, et pas assez pour le fatiguer. D’ailleurs ils feront faire ce qui sera trop fort pour leur âge, et se borneront au travail qui les amusera. Je ne saurais vous dire, ajouta-t-elle, quelle douceur je goûte à me représenter mes enfants occupés à me rendre les petits soins que je prends avec tant de plaisir pour eux, et la joie de leurs tendres coeurs en voyant leur mère se promener avec délices sous des ombrages cultivés de leurs mains. En vérité, mon ami, me dit-elle d’une voix émue, des jours ainsi passés tiennent du bonheur de l’autre vie ; et ce n’est pas sans raison qu’en y pensant j’ai donné d’avance à ce lieu le nom d’Élysée. » Milord, cette incomparable femme est mère comme elle est épouse, comme elle est amie, comme elle est fille ; et, pour l’éternel supplice de mon coeur, c’est encore ainsi qu’elle fut amante.

Enthousiasmé d’un séjour si charmant, je les priai le soir de trouver bon que, durant mon séjour chez eux, la Fanchon me confiât sa clef et le soin de nourrir les oiseaux. Aussitôt Julie envoya le sac de grain dans ma chambre et me donna sa propre clef. Je ne sais pourquoi je la reçus avec une sorte de peine : il me sembla que j’aurais mieux aimé celle de M. de Wolmar.

Ce matin je me suis levé de bonne heure et avec l’empressement d’un enfant je suis allé m’enfermer dans l’île déserte. Que d’agréables pensées j’espérais porter dans ce lieu solitaire, où le doux aspect de la seule nature devait chasser de mon souvenir tout cet ordre social et factice qui m’a rendu si malheureux ! Tout ce qui va m’environner est l’ouvrage de celle qui me fut si chère. Je la contemplerai tout autour de moi ; je ne verrai rien que sa main n’ait touché ; je baiserai des fleurs que ses pieds auront foulées ; je respirerai avec la rosée un air qu’elle a respiré ; son goût dans ses amusements me rendra présents tous ses charmes, et je la trouverai partout comme elle est au fond de mon coeur.

En entrant dans l’Élysée avec ces dispositions, je me suis subitement rappelé le dernier mot que me dit hier M. de Wolmar à peu près dans la même place. Le souvenir de ce seul mot a changé sur-le-champ tout l’état de mon âme. J’ai cru voir l’image de la vertu où je cherchais celle du plaisir ; cette image s’est confondue dans mon esprit avec les traits de Madame de Wolmar ; et, pour la première fois depuis mon retour, j’ai vu Julie en son absence, non telle qu’elle fut pour moi et que j’aime encore à me la représenter, mais telle qu’elle se montre à mes yeux tous les jours. Milord, j’ai cru voir cette femme si charmante, si chaste et si vertueuse, au milieu de ce même cortège qui l’entourait hier. Je voyais autour d’elle ses trois aimables enfants, honorable et précieux gage de l’union conjugale et de la tendre amitié, lui faire et recevoir d’elle mille touchantes caresses. Je voyais à ses côtés le grave Wolmar, cet époux si chéri, si heureux, si digne de l’être. Je croyais voir son oeil pénétrant et judicieux percer au fond de mon coeur et m’en faire rougir encore ; je croyais entendre sortir de sa bouche des reproches trop mérités et des leçons trop mal écoutées. Je voyais à sa suite cette même Fanchon Regard, vivante preuve du triomphe des vertus et de l’humanité sur le plus ardent amour. Ah ! quel sentiment coupable eût pénétré jusqu’à elle à travers cette inviolable escorte ? Avec quelle indignation j’eusse étouffé les vils transports d’une passion criminelle et mal éteinte, et que je me serais méprisé de souiller d’un seul soupir un aussi ravissant tableau d’innocence et d’honnêteté ! Je repassais dans ma mémoire les discours qu’elle m’avait tenus en sortant, puis, remontant avec elle dans un avenir qu’elle contemple avec tant de charmes, je voyais cette tendre mère essuyer la sueur du front de ses enfants, baiser leurs joues enflammées, et livrer ce coeur fait pour aimer au plus doux sentiment de la nature. Il n’y avait pas jusqu’à ce nom d’Élysée qui ne rectifiât en moi les écarts de l’imagination, et ne portât dans mon âme un calme préférable au trouble des passions les plus séduisantes. Il me peignait en quelque sorte l’intérieur de celle qui l’avait trouvé ; je pensais qu’avec une conscience agitée on n’aurait jamais choisi ce nom-là. Je me disais : « La paix règne au fond de son coeur comme dans l’asile qu’elle a nommé. »

Je m’étais promis une rêverie agréable ; j’ai rêvé plus agréablement que je ne m’y étais attendu. J’ai passé dans l’Élysée deux heures auxquelles je ne préfère aucun temps de ma vie. En voyant avec quel charme et quelle rapidité elles s’étaient écoulées, j’ai trouvé qu’il y a dans la méditation des pensées honnêtes une sorte de bien-être que les méchants n’ont jamais connu ; c’est celui de se plaire avec soi-même. Si l’on y songeait sans prévention, je ne sais quel autre plaisir on pourrait égaler à celui-là. Je sens au moins que quiconque aime autant que moi la solitude doit craindre de s’y préparer des tourments. Peut-être tirerait-on des mêmes principes la clef des faux jugements des hommes sur les avantages du vice et sur ceux de la vertu. Car la jouissance de la vertu est tout intérieure, et ne s’aperçoit que par celui qui la sent ; mais tous les avantages du vice frappent les yeux d’autrui, et il n’y a que celui qui les a qui sache ce qu’ils lui coûtent.

Se a ciascun l’interno affano

Si leggesse in fronte scritto,

Quanti mai, che invidia fanno,

Ci farebbero pietà ![155]

Comme il se faisait tard sans que j’y songeasse, M. de Wolmar est venu me joindre et m’avertir que Julie et le thé m’attendaient. « C’est vous, leur ai-je dit en m’excusant, qui m’empêchiez d’être avec vous : je fus si charmé de ma soirée d’hier que j’en suis retourné jouir ce matin ; et, puisque vous m’avez attendu, ma matinée n’est pas perdue. — C’est fort bien dit, a répondu Madame de Wolmar ; il vaudrait mieux s’attendre jusqu’à midi que de perdre le plaisir de déjeuner ensemble. Les étrangers ne sont jamais admis le matin dans ma chambre, et déjeunent dans la leur. Le déjeuner est le repas des amis ; les valets en sont exclus, les importuns ne s’y montrent point, on y dit tout ce qu’on pense, on y révèle tous ses secrets ; on n’y contraint aucun de ses sentiments ; on peut s’y livrer sans imprudence aux douceurs de la confiance et de la familiarité. C’est presque le seul moment où il soit permis d’être ce qu’on est : que ne dure-t-il toute la journée ! » Ah ! Julie, ai-je été prêt à dire, voilà un voeu bien intéressé ! Mais je me suis tu. La première chose que j’ai retranchée avec l’amour a été la louange. Louer quelqu’un en face, à moins que ce ne soit sa maîtresse, qu’est-ce faire autre chose sinon le taxer de vanité ? Vous savez, milord, si c’est à Madame de Wolmar qu’on peut faire ce reproche. Non, non ; je l’honore trop pour ne pas l’honorer en silence. La voir, l’entendre, observer sa conduite, n’est-ce pas assez la louer ?

Lettre XII – De Madame de Wolmar à Madame d’Orbe

No sooner had I received this well-deserved reprimand than the little family, led by Fanchon, entered just as we were leaving. These three lovely children threw themselves into the arms of Monsieur and Madame de Wolmar. I too received my share of their affectionate caresses. Julie and I walked a few steps with them before returning to the Élysée, where we found Monsieur de Wolmar talking with some workers. On the way, she told me that after becoming a mother, an idea had occurred to her during this walk, which had further strengthened her desire to beautify this place. “I thought,” she said, “of the amusement and health of my children when they grow older. Maintaining this garden requires more care than hard work; it’s more about shaping the branches of the plants than about plowing and turning the soil. One day, I want them to become my little gardeners—they will get just enough exercise to strengthen their constitutions, without being overworked. In fact, they will do only what is appropriate for their age and focus on tasks that will entertain them. I can’t tell you,” she added, “how delightful it is to imagine my children taking care of the little things I do with such pleasure for them, and how happy their tender hearts would be to see their mother walking happily under the shade created by their own efforts. Truly, my friend,” she said, with an emotional voice, “such days are like the happiness of the afterlife; and it’s not without reason that I have already called this place ‘Élysée.’” My lord, this incomparable woman is a mother, a wife, a friend, and a daughter—all in the most perfect sense. And for the eternal torment of my heart, she was also a lover in that way too.

Overjoyed by such a charming stay, I asked them that during my visit with them, Fanchon could give me her key and entrust me with the task of feeding the birds. Immediately, Julie brought the bag of grain to my room and gave me her own key. I don’t know why, but I received it with a sense of reluctance; it seemed to me that I would have preferred M. de Wolmar’s key.

This morning I got up early and, with the eagerness of a child, went to lock myself away in that deserted island. What pleasant thoughts I hoped to dwell upon in this lonely place, where the gentle beauty of nature alone was supposed to erase from my memory all that artificial social order that had made me so unhappy! Everything around me is the work of one who was so dear to me. I would behold her everywhere; nothing would exist that she had not touched; I would kiss flowers that her feet had stepped upon; I would breathe an air that she had breathed, mixed with the dew; the taste of her pastimes would bring all her charms back to my mind, and I would feel her everywhere, just as she is deep within my heart.

As I entered the Élysée with these thoughts in my mind, I suddenly remembered the last words Mr. de Wolmar had spoken to me yesterday, almost in the very same place. The mere recollection of those words instantly changed the entire state of my soul. I seemed to see the image of virtue that I had been seeking—the image of pleasure; this image merged in my mind with the features of Madame de Wolmar. For the first time since my return, I saw Julie in her true nature, not as she had been to me and as I still like to remember her, but as she appears before my eyes every day. My lord, I seemed to see that charming, chaste, virtuous woman surrounded by the very same people who had accompanied her yesterday. I saw her three lovely children around her—honorable and precious symbols of a happy marriage and tender friendship—they giving and receiving countless affectionate touches. I saw beside her the grave and dignified Wolmar, such a beloved, happy husband, so worthy of that title. I imagined his penetrating, discerning gaze piercing into the depths of my heart and making me blush again; I seemed to hear him uttering reproaches well-deserved and lessons too often ignored. Behind him was Fanchon Regard—living proof of how virtue and humanity can triumph over the strongest passions. Ah! What guilty feelings might have penetrated through that inviolable escort? With what indignation would I have suppressed those vile, criminal desires of a still-burning passion, and how ashamed I would have felt to tarnish such a beautiful image of innocence and honesty with a single breath! I recalled the words she had spoken to me as we parted, and then, envisioning the future she looked upon with such joy, I saw that tender mother wiping the sweat from her children’s foreheads, kissing their flushed cheeks, and offering that heart meant for love to the gentlest sentiments of nature. Even the name “Élysée” seemed to correct the distortions of my imagination and bring peace to my soul, a peace far superior to the turmoil caused by the most alluring passions. It painted before me the inner life of someone who had chosen such a name for her refuge; I thought that a person with a troubled conscience would never have chosen it. I said to myself: “Peace reigns in the depths of her heart, just as in the sanctuary she has named it.”

I had promised myself a pleasant reverie; I dreamed more pleasantly than I had expected. I spent two hours in the Elysium—hours that I prefer to any other time in my life. Seeing how charmingly and swiftly they passed by, I realized that in meditating on honest thoughts there is a kind of happiness that evil people can never know; it is the happiness of pleasing oneself. If one considered this without prejudice, I don’t know what other pleasure could compare with it. At least I feel that anyone who loves solitude as much as I do must fear that preparing oneself for it might bring suffering. Perhaps the same principles could provide the key to understanding why people wrongly judge the advantages of vice versus virtue. For the enjoyment of virtue is entirely internal and can only be perceived by those who experience it; whereas all the supposed benefits of vice are obvious to others—only those who possess them know what they actually cost them.

If each one strives within themselves.

If it were written down before my eyes.

How much envy they must feel.

They would have mercy on us![155]

As time was getting late, without me even realising it, Mr. de Wolmar came to join me and informed me that Julie and tea were waiting for me. “It’s you,” I said to him, apologising, “who have prevented me from being with you; I was so delighted by last night that I wanted to relive it this morning. And since you waited for me, my morning hasn’t been wasted after all.” “Well said,” replied Madame de Wolmar. “It would be better to wait until noon than to miss the pleasure of having lunch together. Strangers are never allowed in my room in the morning; they have their own place to eat. Lunch is a meal for friends—servants are excluded, annoying people are not welcome, one can say whatever comes to mind, reveal all one’s secrets, express one’s true feelings without restraint, and indulge in the joys of trust and intimacy without any danger of imprudence. It’s almost the only time of day when it’s permissible to be oneself—how I wish it could last throughout the entire day!” Ah, Julie, I was about to say, what a heartfelt wish! But I remained silent. The first thing I gave up with love was the habit of praising others. To praise someone in front of them, unless they are one’s lover, is nothing but to accuse them of vanity. You know, my lord, whether that accusation can be made against Madame de Wolmar. No, no; I respect her too much to speak ill of her in silence. Just to see her, listen to her, observe her behavior—isn’t that enough to praise her?

Letter XII – From Madame de Wolmar to Madame d’Orbe

Appena ricevuta questa giusta rimprovera, la piccola famiglia, guidata da Fanchon, entrò mentre noi uscivamo. Quei tre adorabili bambini si gettarono al collo del signore e della signora de Wolmar; anch’io ricevetti la mia parte di loro tenerezze. Noi, Julie ed io, rientrammo nell’Élysée camminando insieme a loro per qualche passo, poi andammo a raggiungere il signor de Wolmar, che stava parlando con alcuni operai. Lungo la strada, lei mi disse che, dopo essere diventata madre, durante questa passeggiata le era venuta un’idea che aveva aumentato il suo impegno nel rendere quel luogo più bello. “Ho pensato,” mi disse, “al divertimento dei miei bambini e alla loro salute quando saranno più grandi. La cura di questo posto richiede più attenzione che fatica; si tratta piuttosto di dare una certa forma ai rami delle piante che di zappare e arare la terra: un giorno voglio farne i miei piccoli giardinieri; avranno abbastanza esercizio per rafforzare il loro temperamento, ma non abbastanza da stancarsi. Inoltre, faranno sì che altri compiano quel lavoro che sarebbe troppo faticoso per la loro età, e si limiteranno a quello che li divertirà. Non so dirvi,” aggiunse, “quanta dolcezza provo nel immaginare i miei bambini impegnati a compiere quei piccoli gesti di cura che io faccio con tanto piacere per loro, e la gioia nei loro teneri cuori nel vedere la loro madre passeggiare felicemente sotto gli alberi che hanno piantato con le loro mani. Davvero, mio caro,” mi disse con voce commossa, “giorni così trascorsi assomigliano alla felicità dell’altra vita; e non a caso, pensandoci, ho già dato a questo luogo il nome di Élysée.” Milord, questa incomparabile donna è madre come è moglie, come è amica, come è figlia; e, per l’eterno supplizio del mio cuore, è stata anche così amante.

Entusiasta di un soggiorno così incantevole, quella sera chiesi loro che, durante la mia permanenza a casa loro, Fanchon mi affidasse la sua chiave e il compito di nutrire gli uccelli. Subito Julie portò il sacco di grano nella mia stanza e mi diede la sua chiave personale. Non so perché l’accettai con una sorta di riluttanza: mi sembrava che quella di Monsieur de Wolmar fosse preferibile.

Quella mattina mi sono alzato presto e, con l’impazienza di un bambino, sono andato a chiudermi in quell’isola deserta. Quante piacevoli riflessioni speravo di poter fare in quel luogo solitario, dove il dolce aspetto della natura avrebbe dovuto cancellare dalla mia memoria tutto quell’ordine sociale e artificiale che mi aveva reso così infelice! Tutto ciò che mi circonda è opera di colei che fu così cara per me. La vedrò ovunque intorno a me; non vedrò nulla che non sia stato toccato dalla sua mano; bacerò fiori che i suoi piedi hanno calpestato; respirerò, insieme alla rugiada, un’aria che anche lei ha respirato; il suo gusto nelle sue attività mi farà rivivere tutti i suoi incanti, e la troverò ovunque, proprio come è nel profondo del mio cuore.

Entrando all’Eliseo con queste idee in mente, mi sono improvvisamente ricordato dell’ultima parola che il signor de Wolmar mi aveva detto ieri, più o meno nello stesso luogo. Il ricordo di quella singola parola ha immediatamente cambiato completamente lo stato della mia anima. Ho creduto di vedere l’immagine della virtù, che cercavo invece dell’immagine del piacere; quell’immagine si è confusa nella mia mente con i tratti della signora de Wolmar; e, per la prima volta da quando ero tornato, ho visto Julie in sua assenza, non così com’era stata per me e come ancora amo ricordarla, ma così com’è ogni giorno davanti ai miei occhi. Milord, ho creduto di vedere quella donna così incantevole, così casta e così virtuosa, nel mezzo dello stesso seguito che l’aveva circondata ieri. Vedevo intorno a lei i suoi tre adorabili figli, onorevole e prezioso simbolo dell’unione coniugale e dell’amore tenero; li vedevo darle e ricevere da lei mille carezze commoventi. Vedevo al suo fianco il serio Wolmar, quel marito così amato, così felice, così degno di esserlo. Pensavo che il suo sguardo penetrante e giudizioso potesse vedere nel profondo del mio cuore e farmi arrossire ancora; pensavo di sentire uscire dalla sua bocca rimproveri troppo meritati e insegnamenti troppo trascurati. Vedevo dietro di lui quella stessa Fanchon Regard, vivida testimonianza del trionfo delle virtù e dell’umanità sul più ardente amore. Ah! Quale sentimento peccaminoso avrebbe potuto penetrare fino a lei attraverso quell’inviolabile scorta? Con quale indignazione avrei soffocato i vili impulsi di una passione criminale e ancora non spenta. E come mi sarei disprezzato per aver contaminato con un solo sospiro un quadro così incantevole di innocenza e onestà! Ripassavo nella mia mente le parole che lei mi aveva detto uscendo, poi, salendo con lei in un futuro che lei contempla con tanto fascino, vedevo quella tenera madre asciugare il sudore dalla fronte dei suoi figli, baciare le loro guance arrossate e affidare quel cuore fatto per amare al sentimento più dolce della natura. Nemmeno quel nome di “Eliseo” riusciva a correggere in me gli sbagli dell’immaginazione; portava nella mia anima una calma preferibile al turbamento delle passioni più seducenti. In qualche modo, mi dipingeva l’interno di quella donna che aveva scelto quel nome. Pensavo che con una coscienza agitata nessuno avrebbe mai scelto un simile nome. Mi dicevo: “La pace regna nel profondo del suo cuore, proprio come in quell’asilo che ha chiamato ‘Eliseo’.”

Mi ero promesso una piacevole fantasticheria; ho sognato in modo ancora più piacevole di quanto mi aspettassi. Ho trascorso due ore nell’Elysée, momenti che non preferisco a nessun altro della mia vita. Vedendo con quale fascino e rapidità fossero trascorsi, ho realizzato che nella meditazione di pensieri onesti esiste una sorta di benessere che i malvagi non hanno mai conosciuto: il benessere di piacersi reciprocamente. Se ci si soffermasse su questo senza pregiudizi, non so quale altro piacere possa eguagliarlo. So almeno che chiunque ami la solitudine quanto me dovrebbe temere di procurarsi tormenti attraverso di essa. Forse dai medesimi principi si potrebbe trovare la spiegazione dei falsi giudizi degli uomini sui vantaggi del vizio e quelli della virtù. Infatti, il godimento della virtù è interamente interiore e si percepisce soltanto da chi la prova; mentre tutti i vantaggi del vizio sono evidenti agli occhi altrui, e solo colui che li possiede sa a quale prezzo li ha pagati.

Se ogni sforzo interiore.

Se ci fosse scritto chiaramente davanti ai nostri occhi.

Quante volte provano invidia.

Ci farebbero pietà![155]

Mentre era ormai tardi e io me n’ero reso conto solo in quel momento, il signor de Wolmar venne a trovarmi per avvertirmi che Julie e il tè mi aspettavano. “Siete voi,” dissi scusandomi, “che mi avete impedito di essere con voi ieri sera: sono stato così incantato da quella serata che ne ho voluto godere ancora stamattina; e poiché mi avete aspettato, la mia mattinata non è stata sprecata.” “Ben detto,” rispose Madame de Wolmar; “è meglio aspettare fino a mezzogiorno piuttosto che perdere il piacere di pranzare insieme. Gli estranei non sono mai ammessi nella mia stanza al mattino e pranzano nella loro. Il pranzo è il pasto degli amici; i servitori ne sono esclusi, gli importuni non vi si presentano, lì si dice tutto ciò che si pensa, si rivelano tutti i segreti; nessun sentimento viene costretto a nascondersi, si può concedersi senza imprudenza le dolcezze della fiducia e della familiarità. È quasi l’unico momento in cui è permesso essere ciò che si è veramente. Che possa durare tutta la giornata!” Ah, Julie, avrei voluto dirlo, ma rimasi in silenzio. La prima cosa che ho abbandonato con l’amore è stata la lode. Llodare qualcuno in pubblico, a meno che non si tratti della sua amante, non è forse altro che accusarlo di vanità? Voi sapete bene, milord, se questo rimprovero possa essere rivolto a Madame de Wolmar. No, no; la rispetto troppo per poterla lodare ad alta voce. Vederla, ascoltarla, osservarne il comportamento, non è forse già abbastanza per lodarla?

Lettera XII – Di Madame de Wolmar a Madame d’Orbe

Il est écrit, chère amie, que tu dois être dans tous les temps ma sauvegarde contre moi-même, et qu’après m’avoir délivrée avec tant de peine des pièges de mon coeur tu me garantiras encore de ceux de ma raison. Après tant d’épreuves cruelles, j’apprends à me défier des erreurs comme des passions dont elles sont si souvent l’ouvrage. Que n’ai-je eu toujours la même précaution ! Si dans les temps passés j’avais moins compté sur mes lumières, j’aurais eu moins à rougir de mes sentiments.

Que ce préambule ne t’alarme pas. Je serais indigne de ton amitié, si j’avais encore à la consulter sur des sujets graves. Le crime fut toujours étranger à mon coeur, et j’ose l’en croire plus éloigné que jamais. Écoute-moi donc paisiblement, ma cousine, et crois que je n’aurai jamais besoin de conseil sur des doutes que la seule honnêteté peut résoudre.

Depuis six ans que je vis avec M. de Wolmar dans la plus parfaite union qui puisse régner entre deux époux, tu sais qu’il ne m’a jamais parlé ni de sa famille ni de sa personne, et que, l’ayant reçu d’un père aussi jaloux du bonheur de sa fille que de l’honneur de sa maison, je n’ai point marqué d’empressement pour en savoir sur son compte plus qu’il ne jugeait à propos de m’en dire. Contente de lui devoir, avec la vie de celui qui me l’a donnée, mon honneur, mon repos, ma raison, mes enfants, et tout ce qui peut me rendre quelque prix à mes propres yeux, j’étais bien assurée que ce que j’ignorais de lui ne démentait point ce qui m’était connu ; et je n’avais pas besoin d’en savoir davantage pour l’aimer, l’estimer, l’honorer autant qu’il était possible.

Ce matin, en déjeunant, il nous a proposé un tour de promenade avant la chaleur ; puis, sous prétexte de ne pas courir, disait-il, la campagne en robe de chambre, il nous a menés dans les bosquets, et précisément, ma chère, dans ce même bosquet où commencèrent tous les malheurs de ma vie. En approchant de ce lieu fatal, je me suis senti un affreux battement de coeur ; et j’aurais refusé d’entrer si la honte ne m’eût retenue, et si le souvenir d’un mot qui fut dit l’autre jour dans l’Élysée ne m’eût fait craindre les interprétations. Je ne sais si le philosophe était plus tranquille ; mais quelque temps après, ayant par hasard tourné les yeux sur lui, je l’ai trouvé pâle, changé, et je ne puis te dire quelle peine tout cela m’a fait.

En entrant dans le bosquet j’ai vu mon mari me jeter un coup d’oeil et sourire. Il s’est assis entre nous ; et, après un moment de silence, nous prenant tous deux par la main : « Mes enfants, nous a-t-il dit, je commence à voir que mes projets ne seront point vains et que nous pouvons être unis tous trois d’un attachement durable, propre à faire notre bonheur commun et ma consolation dans les ennuis d’une vieillesse qui s’approche. Mais je vous connais tous deux mieux que vous ne me connaissez ; il est juste de rendre les choses égales ; et quoique je n’aie rien de fort intéressant à vous apprendre, puisque vous n’avez plus de secret pour moi, je n’en veux plus avoir pour vous. »

Alors il nous a révélé le mystère de sa naissance, qui jusqu’ici n’avait été connu que de mon père. Quand tu le sauras, tu concevras jusqu’où vont le sang-froid et la modération d’un homme capable de taire six ans un pareil secret à sa femme ; mais ce secret n’est rien pour lui, et il y pense trop peu pour se faire un grand effort de n’en pas parler.

« Je ne vous arrêterai point, nous a-t-il dit, sur les événements de ma vie ; ce qui peut vous importer est moins de connaître mes aventures que mon caractère. Elles sont simples comme lui ; et sachant bien ce que je suis, vous comprendrez aisément ce que j’ai pu faire. J’ai naturellement l’âme tranquille et le coeur froid. Je suis de ces hommes qu’on croit bien injurier en disant qu’ils ne sentent rien, c’est-à-dire qu’ils n’ont point de passion qui les détourne de suivre le vrai guide de l’homme. Peu sensible au plaisir et à la douleur, je n’éprouve que très faiblement ce sentiment d’intérêt et d’humanité qui nous approprie les affections d’autrui. Si j’ai de la peine à voir souffrir les gens de bien, la pitié n’y entre pour rien, car je n’en ai point à voir souffrir les méchants. Mon seul principe actif est le goût naturel de l’ordre ; et le concours bien combiné du jeu de la fortune et des actions des hommes me plaît exactement comme une belle symétrie dans un tableau, ou comme une pièce bien conduite au théâtre. Si j’ai quelque passion dominante, c’est celle de l’observation. J’aime à lire dans les coeurs des hommes ; comme le mien me fait peu d’illusion, que j’observe de sang-froid et sans intérêt, et qu’une longue expérience m’a donné de la sagacité, je ne me trompe guère dans mes jugements ; aussi c’est là toute la récompense de l’amour-propre dans mes études continuelles ; car je n’aime point à faire un rôle, mais seulement à voir jouer les autres : la société m’est agréable pour la contempler, non pour en faire partie. Si je pouvais changer la nature de mon être et devenir un oeil vivant je ferais volontiers cet échange. Ainsi mon indifférence pour les hommes ne me rend point indépendant d’eux ; sans me soucier d’en être vu, j’ai besoin de les voir, et sans m’être chers, ils me sont nécessaires.

Les deux premiers états de la société que j’eus occasion d’observer furent les courtisans et les valets ; deux ordres d’hommes moins différents en effet qu’en apparence, et si peu dignes d’être étudiés, si faciles à connaître, que je m’ennuyai d’eux au premier regard. En quittant la cour, où tout est sitôt vu, je me dérobai sans le savoir au péril qui m’y menaçait et dont je n’aurais point échappé. Je changeai de nom ; et, voulant connaître les militaires, j’allai chercher du service chez un prince étranger ; c’est là que j’eus le bonheur d’être utile à votre père, que le désespoir d’avoir tué son ami forçait à s’exposer témérairement et contre son devoir. Le coeur sensible et reconnaissant de ce brave officier commença dès lors à me donner meilleure opinion de l’humanité. Il s’unit à moi d’une amitié à laquelle il m’était impossible de refuser la mienne, et nous ne cessâmes d’entretenir depuis ce temps-là des liaisons qui devinrent plus étroites de jour en jour. J’appris dans ma nouvelle condition que l’intérêt n’est pas, comme je l’avais cru, le seul mobile des actions humaines, et que parmi les foules de préjugés qui combattent la vertu il en est aussi qui la favorisent. Je conçus que le caractère général de l’homme est un amour-propre indifférent par lui-même, bon ou mauvais par les accidents qui le modifient, et qui dépendent des coutumes, des lois, des rangs, de la fortune, et de toute notre police humaine. Je me livrai donc à mon penchant ; et, méprisant la vaine opinion des conditions, je me jetai successivement dans les divers états qui pouvaient m’aider à les comparer tous et à connaître les uns par les autres. Je sentis, comme vous l’avez remarqué dans quelque lettre, dit-il à Saint-Preux, qu’on ne voit rien quand on se contente de regarder, qu’il faut agir soi-même pour voir agir les hommes ; et je me fis acteur pour être spectateur. Il est toujours aisé de descendre : j’essayai d’une multitude de conditions dont jamais homme de la mienne ne s’était avisé. Je devins même paysan ; et quand Julie m’a fait garçon jardinier, elle ne m’a point trouvé si novice au métier qu’elle aurait pu croire.

It is written, my dear friend, that you must always be my protection against myself, and that after having rescued me with such difficulty from the traps of my heart, you will also protect me from the pitfalls of my reason. After enduring so many cruel trials, I am learning to guard myself against mistakes—and against the passions that so often give rise to them. How I wish I had always exercised such caution! If in the past I had placed less trust in my reason, I would have had less cause to regret my feelings.

Do not let this preface alarm you. I would be unworthy of your friendship if I still needed to seek your advice on serious matters. Crime has always been foreign to my heart, and I dare believe it is more distant from me than ever before. Listen to me calmly, my cousin, and trust that I will never need advice on doubts that can be resolved only by honesty.

For six years now, I have lived with Mr. de Wolmar in the most perfect union that can exist between husband and wife. You know that he has never spoken to me about his family or himself. Having received him from a father who was as jealous of his daughter’s happiness as of the honor of his family, I showed no eagerness to learn more about him than he deemed appropriate to tell me. Content to owe him, along with the life of the man who gave me him, my honor, my peace, my reason, my children, and everything that could make me valuable in my own eyes, I was fully convinced that what I did not know about him did not contradict what I already knew; and I needed no further information to love him, respect him, and honor him as much as it was possible to do so.

That morning, while having breakfast, he suggested that we take a walk before the heat got too intense; then, under the pretext of not wanting to run around in his nightgown, he led us into the grove—and precisely, my dear, into that very same grove where all the misfortunes of my life began. As we approached this fateful place, I felt my heart beat terribly fast; I would have refused to enter if it weren’t for shame, and if I hadn’t remembered a certain word that was said the other day in the Élysée, which made me fear what others might interpret. I don’t know whether the philosopher was more calm; but some time later, when I happened to look his way, I found him pale and changed—and I can’t tell you how much pain all this caused me.

As I entered the grove, I saw my husband give me a look and smile. He sat down between us; and after a moment of silence, taking both of our hands: “My children,” he said, “I begin to see that my plans will not be in vain, and that we can all three be united by a lasting bond that will bring us common happiness and comfort in the troubles of an approaching old age. But I know you both better than you know me; it is only right to be equal in this regard. And although I have nothing particularly interesting to tell you, since you no longer have any secrets from me, I too refuse to have any secrets from you.”

Then he revealed to us the mystery of his birth, which until then had been known only to my father. When you learn it, you will understand to what extent the composure and moderation of a man are capable of extending—of keeping such a secret from his wife for six years. But for him, this secret means nothing; he thinks so little of it that he doesn’t even make an effort to refrain from mentioning it.

“I will not detain you on the events of my life,” he told them, “what is truly important for you is not so much to know about my adventures as to understand my character. They are as simple as I am; and once you know who I am, you will easily understand what I could have done. By nature, I possess a calm soul and a cold heart. I belong to those men whom one might think is being greatly insulted when it is said they feel nothing—that is to say, they lack any passions that would distract them from following the true path of humanity. Little susceptible to pleasure or pain, I experience only faintly that sense of sympathy and human concern which makes us share in the sufferings of others. If I find it hard to watch good people suffer, it is not out of pity, for I feel no compassion toward the wicked. My only driving principle is a natural inclination toward order; and the harmonious interplay of fortune and human actions delights me just as the beautiful symmetry in a painting or a well-written play delights me. If I have any dominant passion, it is that of observation. I enjoy reading into people’s hearts; since my own heart deceives me so little, I observe them calmly and dispassionately, and my long experience has given me keen insight. Thus, the sole reward of my constant curiosity lies in the satisfaction of my self-respect—for I do not seek to play a role myself, but merely to watch others perform it. Society is pleasing to me solely for its contemplation, never as a means of participating in it. If I could change my nature and become a living eye, I would gladly make that exchange. My indifference toward people does not make me independent of them; though I care little about being observed by them, I still need to see them—and though they are not dear to me, they are necessary.”

The first two social classes that I had the opportunity to observe were the courtiers and the servants; two groups of people who were not so different in reality as they appeared on the surface, and who were so unworthy of study and so easy to understand that I found them utterly boring at first glance. Upon leaving the court, where everything is quickly observed, I unknowingly escaped the danger that threatened me there—a danger from which I would never have escaped had I stayed. I changed my name; and, desiring to get to know the military world, I sought employment with a foreign prince. It was there that I had the good fortune to be of some use to your father, whose despair after killing his friend forced him to take reckless risks and act against his duty. The sensitive and grateful heart of this brave officer began to give me a better view of human nature. He formed a friendship with me that I could not refuse, and from then on our ties grew ever closer. In my new environment, I came to realize that interest is not the only motive behind human actions, as I had previously believed; among the multitude of prejudices that oppose virtue, there are also those that promote it. I understood that the general nature of mankind consists of a self-love that is in itself neutral—good or bad depending on the circumstances that shape it, and that these circumstances are influenced by customs, laws, social status, wealth, and all aspects of human organization. Therefore, I allowed my inclinations to guide me; disregarding the vain importance attached to social standing, I successively tried out various different classes of life in order to compare them all and understand their differences. As you have noticed in some of my letters, I realized that merely observing things is not enough; one must actively participate in order to see how people behave. So I became an actor, in order to be a spectator. It is always easy to move down the social ladder; I tried many occupations that no one from my own class had ever considered before. I even became a farmer; and when Julie appointed me as a gardener, she found me far from novice in that trade.

È scritto, cara amica, che tu debba sempre essere la mia salvezza contro me stessa; e dopo avermi liberata con tanta fatica dai pericoli del mio cuore, mi garantirai anche da quelli della mia ragione. Dopo tante prove crudeli, imparo a diffidare degli errori e delle passioni, che spesso ne sono la causa. Quanto avrei voluto essere sempre così cauta! Se in passato avessi fatto meno affidamento sulle mie ragioni, avrei dovuto vergognarmi meno dei miei sentimenti.

Che questo preambolo non ti allarmi. Sarei indegno della tua amicizia se dovessi ancora chiederti consiglio su questioni gravi. Il crimine è sempre stato estraneo al mio cuore, e oso credere che ora sia più lontano che mai. Ascoltami quindi con calma, mia cugina, e credimi: non avrò mai bisogno di consigli per dubbi che solo l’onestà può risolvere.

Da sei anni vivo con il signor de Wolmar nella più perfetta unione che possa esistere tra due coniugi; sai bene che egli non mi ha mai parlato né della sua famiglia né di sé stesso. Avendolo ricevuto da un padre così geloso del felicità della figlia quanto dell’onore della propria casa, non ho mai mostrato alcun interesse per conoscere di lui più di quanto lui ritenesse opportuno raccontarmi. Soddisfatta di dovergli, insieme alla vita di colui che me lo ha dato, il mio onore, il mio riposo, la mia ragione, i miei figli e tutto ciò che può rendere preziosa la mia esistenza ai miei occhi, ero certa che ciò che ignoravo su di lui non contraddicesse quanto conoscevo; e non avevo bisogno di saperne di più per amarlo, stimarlo e onorarlo nel modo più possibile.

Quel mattino, durante il pranzo, ci ha proposto di fare una passeggiata prima che facesse caldo; poi, con la scusa di non voler correre per i campi in pigiama, ci ha portato nei boschi, e precisamente, mia cara, in quel stesso bosco dove ebbero inizio tutti i mali della mia vita. Avvicinandomi a quel luogo fatale, ho sentito il cuore battere terribilmente; avrei rifiutato di entrare se non fosse stata la vergogna a trattenermi, e se il ricordo di una parola detta l’altro giorno all’Eliseo non mi avesse fatto temere eventuali interpretazioni errate. Non so se il filosofo fosse più tranquillo; ma poco dopo, voltandomi casualmente verso di lui, l’ho trovato pallido, cambiato. E non posso descriverti quanto dolore tutto questo mi abbia causato.

Entrando nel boschetto, ho visto mio marito lanciarmi un’occhiata e sorridere. Si è seduto tra di noi; dopo un momento di silenzio, prendendoci entrambi per mano, ci ha detto: “Miei figli, inizio a credere che i miei progetti non saranno vani e che possiamo essere uniti tutti e tre da un legame duraturo, capace di rendere felici entrambi e di consolarmi nei momenti difficili di una vecchiaia che si avvicina. Ma vi conosco entrambi meglio di quanto voi mi conosciate; è giusto rendere le cose equilibrate. E anche se non ho nulla di molto importante da dirvi, poiché ormai non avete più segreti per me, nemmeno io ne voglio avere per voi.”

Allora ci rivelò il mistero della sua nascita, che fino ad allora era conosciuto solo da mio padre. Quando lo saprai, comprenderai fino a che punto possano arrivare la calma e la moderazione di un uomo capace di tenere nascosto per sei anni un segreto del genere alla propria moglie; ma per lui quel segreto non significa nulla, e ci pensa così poco da non fare alcuno sforzo particolare per non parlarne.

“Non vi tratterrò certo,” ci disse, “nei racconti degli eventi della mia vita; ciò che potrebbe interessarvi non è tanto conoscere le mie avventure quanto comprendere il mio carattere. Queste sono semplici, proprio come lui; e conoscendo bene chi sono, comprenderete facilmente ciò che ho potuto fare. Ho naturalmente un’anima tranquilla e un cuore freddo. Sono di quegli uomini per i quali si può dire che non provano nulla, il che significa che non hanno passioni che li distolgano dal seguire la vera guida dell’uomo. Poco sensibile al piacere e al dolore, provo solo molto debolmente quel sentimento di interesse e umanità che ci fa condividere le sofferenze degli altri. Se mi dispiace vedere soffrire le persone buone, la pietà non c’entra nulla in questo; infatti, non provo alcuna compassione per i malvagi. Il mio unico principio guida è il naturale desiderio di ordine; e il giusto equilibrio tra il destino e le azioni umane mi piace esattamente come una bella simmetria in un dipinto o come un’opera teatrale ben recitata. Se ho qualche passione dominante, questa è quella dell’osservazione. Mi piace leggere nei cuori delle persone; poiché il mio cuore mi inganna raramente, osservo con freddezza e senza interesse, e una lunga esperienza mi ha donato saggezza. Quindi, in questi continui studi, l’unica ricompensa del mio orgoglio è proprio questa capacità di giudicare correttamente; non amo infatti recitare un ruolo, ma solo osservare gli altri mentre lo fanno. La società mi piace perché posso contemplarla, non perché ne faccia parte. Se potessi cambiare la natura del mio essere e diventare “un occhio vivente”, lo farei volentieri. Così, la mia indifferenza verso gli uomini non mi rende indipendente da loro; senza curarmi di essere visto, ho bisogno di vederli. E senza che mi siano cari, sono comunque necessari per me.”

I primi due strati sociali che ebbi l’occasione di osservare furono i cortigiani e i servitori; due categorie di persone in realtà meno diverse di quanto sembrassero, e così poco degne di essere studiate, così facilmente comprensibili, che mi annoiarono fin dal primo sguardo. Lasciando la corte, dove tutto viene subito notato, mi allontanai senza saperlo dal pericolo che mi minacciava lì e dal quale non sarei mai scampato. Cambiai nome; e, desideroso di conoscere il mondo militare, andai a cercare lavoro presso un principe straniero; fu lì che ebbi la fortuna di essere utile a vostro padre, il cui disperazione per aver ucciso il suo amico lo spingeva ad esporsi imprudentemente e contro i propri doveri. Il cuore sensibile e riconoscente di quel bravo ufficiale iniziò allora a farmi avere una visione più positiva dell’umanità. Si legò a me con un’amicizia alla quale non potevo certo rifiutare la mia, e da quel momento in poi continuammo ad avere rapporti che divennero sempre più stretti giorno dopo giorno. Nella mia nuova condizione di vita scoprii che l’interesse non è, come avevo creduto, l’unico movente delle azioni umane; e che, tra le molte pregiudizi che contrastano con la virtù, ce ne sono anche quelli che la favoriscono. Comprendei quindi che il carattere generale dell’uomo è un amor proprio in sé indifferente, buono o cattivo a seconda degli eventi che lo modificano, e che dipende dalle abitudini, dalle leggi, dai ranghi, dalla fortuna e da tutta la nostra organizzazione sociale. Così mi lasciai guidare dai miei desideri; disprezzando l’opinione vana riguardo alle condizioni sociali, provai uno dopo l’altro tutti i diversi ruoli che potevano aiutarmi a confrontarli e a comprenderli meglio. Sentii, come avete notato in alcune mie lettere, disse a Saint-Preux, che non si vede nulla se ci si limita a osservare; bisogna agire per vedere gli altri agire; e così decisi di diventare un attore per poter essere uno spettatore. È sempre facile scendere di rango sociale: provai una moltitudine di situazioni di cui nessuno della mia condizione si era mai preoccupato prima. Diventai persino contadino; e quando Julie mi fece diventare giardiniere, non trovò che fossi così inesperto nel mestiere come avrebbe potuto pensare.

Avec la véritable connaissance des hommes, dont l’oisive philosophie ne donne que l’apparence, je trouvai un autre avantage auquel je ne m’étais point attendu ; ce fut d’aiguiser par une vie active cet amour de l’ordre que j’ai reçu de la nature, et de prendre un nouveau goût pour le bien par le plaisir d’y contribuer. Ce sentiment me rendit un peu moins contemplatif, m’unit un peu plus à moi-même ; et, par une suite assez naturelle de ce progrès, je m’aperçus que j’étais seul. La solitude qui m’ennuya toujours me devenait affreuse, et je ne pouvais plus espérer de l’éviter longtemps. Sans avoir perdu ma froideur, j’avais besoin d’un attachement ; l’image de la caducité sans consolation m’affligeait avant le temps, et, pour la première fois de ma vie, je connus l’inquiétude et la tristesse. Je parlai de ma peine au baron d’Etange. »Il ne faut point, me dit-il, vieillir garçon. Moi-même, après avoir vécu presque indépendant dans les liens du mariage, je sens que j’ai besoin de redevenir époux et père, et je vais me retirer dans le sein de ma famille. Il ne tiendra qu’à vous d’en faire la vôtre et de me rendre le fils que j’ai perdu. J’ai une fille unique à marier ; elle n’est pas sans mérite ; elle a le coeur sensible, et l’amour de son devoir lui fait aimer tout ce qui s’y rapporte. Ce n’est ni une beauté ni un prodige d’esprit ; mais venez la voir, et croyez que, si vous ne sentez rien pour elle, vous ne sentirez jamais rien pour personne au monde. « Je vins, je vous vis, Julie, et je trouvai que votre père m’avait parlé modestement de vous. Vos transports, vos larmes de joie en l’embrassant, me donnèrent la première ou plutôt la seule émotion que j’aie éprouvée de ma vie. Si cette impression fut légère, elle était unique ; et les sentiments n’ont besoin de force pour agir qu’en proportion de ceux qui leur résistent. Trois ans d’absence ne changèrent point l’état de mon coeur. L’état du vôtre ne m’échappa pas à mon retour ; et c’est ici qu’il faut que je vous venge d’un aveu qui vous a tant coûté. » Juge, ma chère, avec quelle étrange surprise j’appris alors que tous mes secrets lui avaient été révélés avant mon mariage, et qu’il m’avait épousée sans ignorer que j’appartenais à un autre.

« Cette conduite était inexcusable, a continué M. de Wolmar. J’offensais la délicatesse ; je péchais contre la prudence ; j’exposais votre honneur et le mien ; je devais craindre de nous précipiter tous deux dans des malheurs sans ressource ; mais je vous aimais, et n’aimais que vous ; tout le reste m’était indifférent. Comment réprimer la passion même la plus faible, quand elle est sans contrepoids ? Voilà l’inconvénient des caractères froids et tranquilles : tout va bien tant que leur froideur les garantit des tentations ; mais s’il en survient une qui les atteigne, ils sont aussitôt vaincus qu’attaqués ; et la raison, qui gouverne tandis qu’elle est seule, n’a jamais de force pour résister au moindre effort. Je n’ai été tenté qu’une fois, et j’ai succombé. Si l’ivresse de quelque autre passion m’eût fait vaciller encore, j’aurais fait autant de chutes que de faux pas. Il n’y a que des âmes de feu qui sachent combattre et vaincre ; tous les grands efforts, toutes les actions sublimes sont leur ouvrage : la froide raison n’a jamais rien fait d’illustre, et l’on ne triomphe des passions qu’en les opposant l’une à l’autre. Quand celle de la vertu vient à s’élever, elle domine seule et tient tout en équilibre. Voilà comment se forme le vrai sage, qui n’est pas plus qu’un autre à l’abri des passions, mais qui seul sait les vaincre par elles-mêmes, comme un pilote fait route par les mauvais vents.

Vous voyez que je ne prétends pas exténuer ma faute : si c’en eût été une, je l’aurais faite infailliblement ; mais, Julie, je vous connaissais, et n’en fis point en vous épousant. Je sentis que de vous seule dépendait tout le bonheur dont je pouvais jouir, et que si quelqu’un était capable de vous rendre heureuse, c’était moi. Je savais que l’innocence et la paix étaient nécessaires à votre coeur, que l’amour dont il était préoccupé ne les lui donnerait jamais, et qu’il n’y avait que l’horreur du crime qui pût en chasser l’amour. Je vis que votre âme était dans un accablement dont elle ne sortirait que par un nouveau combat, et que ce serait en sentant combien vous pouviez encore être estimable que vous apprendriez à le devenir.

Votre coeur était usé pour l’amour : je comptai donc pour rien une disproportion d’âge qui m’ôtait le droit de prétendre à un sentiment dont celui qui en était l’objet ne pouvait jouir, et impossible à obtenir pour tout autre. Au contraire, voyant dans une vie plus d’à moitié écoulée qu’un seul goût s’était fait sentir à moi, je jugeai qu’il serait durable, et je me plus à lui conserver le reste de mes jours. Dans mes longues recherches, je n’avais rien trouvé qui vous valût ; je pensai que ce que vous ne feriez pas, nulle autre au monde ne pourrait le faire ; j’osai croire à la vertu, et vous épousai. Le mystère que vous me faisiez ne me surprit point ; j’en savais les raisons, et je vis dans votre sage conduite celle de sa durée. Par égard pour vous j’imitai votre réserve, et ne voulus point vous ôter l’honneur de me faire un jour de vous-même un aveu que je voyais à chaque instant sur le bord de vos lèvres. Je ne me suis trompé en rien ; vous avez tenu tout ce que je m’étais promis de vous. Quand je voulus me choisir une épouse, je désirai d’avoir en elle une compagne aimable, sage, heureuse. Les deux premières conditions sont remplies : mon enfant, j’espère que la troisième ne nous manquera pas. »

À ces mots, malgré tous mes efforts pour ne l’interrompre que par mes pleurs, je n’ai pu m’empêcher de lui sauter au cou en m’écriant : « Mon cher mari ! ô le meilleur et le plus aimé des hommes ! apprenez-moi ce qui manque à mon bonheur, si ce n’est le vôtre, et d’être mieux mérité… — Vous êtes heureuse autant qu’il se peut, a-t-il dit en m’interrompant ; vous méritez de l’être ; mais il est temps de jouir en paix d’un bonheur qui vous a jusqu’ici coûté bien des soins. Si votre fidélité m’eût suffi, tout était fait du moment que vous me la promîtes ; j’ai voulu de plus qu’elle vous fût facile et douce, et c’est à la rendre telle que nous nous sommes tous deux occupés de concert sans nous en parler. Julie, nous avons réussi mieux que vous ne pensez peut-être. Le seul tort que je vous trouve est de n’avoir pu reprendre en vous la confiance que vous vous devez, et de vous estimer moins que votre prix. La modestie extrême a ses dangers ainsi que l’orgueil. Comme une témérité qui nous porte au-delà de nos forces les rend impuissantes, un effroi qui nous empêche d’y compter les rend inutiles. La véritable prudence consiste à les bien connaître et à s’y tenir. Vous en avez acquis de nouvelles en changeant d’état. Vous n’êtes plus cette fille infortunée qui déplorait sa faiblesse en s’y livrant ; vous êtes la plus vertueuse des femmes, qui ne connaît d’autres lois que celles du devoir et de l’honneur, et à qui le trop vif souvenir de ses fautes est la seule faute qui reste à reprocher. Loin de prendre encore contre vous-même des précautions injurieuses, apprenez donc à compter sur vous pour pouvoir y compter davantage. Écartez d’injustes défiances capables de réveiller quelquefois les sentiments qui les ont produites. Félicitez-vous plutôt d’avoir su choisir un honnête homme dans un âge où il est si facile de s’y tromper, et d’avoir pris autrefois un amant que vous pouvez avoir aujourd’hui pour ami sous les yeux de votre mari même. À peine vos liaisons me furent-elles connues, que je vous estimai l’un par l’autre. Je vis quel trompeur enthousiasme vous avait tous deux égarés : il n’agit que sur les belles âmes ; il les perd quelquefois, mais c’est par un attrait qui ne séduit qu’elles. Je jugeai que le même goût qui avait formé votre union la relâcherait sitôt qu’elle deviendrait criminelle, et que le vice pouvait entrer dans des coeurs comme les vôtres, mais non pas y prendre racine.

With true knowledge of human nature—something that idle philosophy can only pretend to offer—I discovered an advantage I had not anticipated: by engaging in active life, I was able to sharpen the love for order that nature had implanted within me, and I took renewed pleasure in doing good through my contributions to it. This feeling made me less contemplative and drew me more closely to myself; as a natural consequence of this progress, I realized that I was alone. The solitude that had always annoyed me now became unbearable, and I saw no hope of avoiding it for long. Though I had not lost my aloofness, I needed someone to bond with; the thought of inevitable decline without consolation filled me with sorrow, and for the first time in my life, I experienced anxiety and grief. I confided my distress to Baron d’Etange. “One must not grow old alone,” he told me. “Having lived almost independently even after marriage, I now feel the need to become a husband and a father again; I will return to the embrace of my family. It is up to you to join them and give me back the son I have lost. I have a single daughter to marry—she is not without merits: she has a sensitive heart, and her love for duty makes her cherish everything related to it. She may not be beautiful or exceptionally intelligent, but come and meet her; believe me, if you feel nothing for her, then you will never feel anything for anyone in this world.” I went, and I saw you, Julie. Your father had spoken of you modestly. Your joyous outbursts, your tears of happiness when you embraced him—those were the first, and indeed the only emotions I had ever experienced in my life. If that feeling was slight, it was at least unique. And feelings need no great strength to affect us, except when we resist them fiercely. Three years of separation had not changed the state of my heart; nor had it escaped my notice upon my return. And here. I must repay you for an admission that cost you so much. Judge, my dear, with what strange surprise I learned that all my secrets had been revealed to him before my marriage—and that he had married me without knowing I belonged to another.

“Such behavior was utterly inexcusable,” Mr. de Wolmar continued. “I offended delicacy; I acted against prudence; I put both your honor and my own at risk; I feared that we might both be plunged into irreparable misfortune. But I loved you—only you—and everything else was indifferent to me. How can one restrain even the weakest passion when it lacks any counterweight? Such is the drawback of cold, calm natures: everything goes well so long as their indifference protects them from temptation; but if such a temptation arises, they are instantly overcome. Reason, which rules when unchallenged, possesses no power to resist the slightest effort. I was tempted only once—and I succumbed. If another passion had made me waver, I would have stumbled just as often. Only souls filled with passion know how to fight and conquer; all great achievements, all noble deeds are their creations. Cold reason has never accomplished anything illustrious; one can only triumph over passions by setting them against each other. When the passion for virtue rises, it reigns supreme and maintains everything in balance. Such is how the true sage is formed—one no different from others in his vulnerability to passions, but alone capable of overcoming them through their very power, just as a sailor navigates through fierce storms.”

You see that I make no claim to having eliminated my fault: if it had indeed been one, I would have committed it without fail; but, Julie, I knew you well, and therefore I did not commit it when I married you. I realized that all the happiness I could enjoy depended solely on you, and that if anyone was capable of making you happy, it was me. I knew that innocence and peace were essential to your heart, that the love you held could never bring them to you, and that only the horror of sin could drive that love away. I saw that your soul was in a state of despair from which it could only emerge through another struggle, and that it would be by realizing how much more worthy of respect you could still be that you would learn to become so.

Your heart was worn out by love; therefore, I considered any age difference to be of no significance—a factor that deprived me of the right to claim a sentiment which its object could not enjoy, and which would be impossible for anyone else to attain. On the contrary, seeing that in more than half of my life not a single trace of such feeling had appeared in me, I believed it to be enduring and resolved to devote the rest of my days to it. In my long searches, I found nothing that could compare with you; I thought that what you would not do, no one else in the world could accomplish. I dared to believe in virtue and married you. The mystery you kept around yourself did not surprise me; I understood its reasons, and saw in your wise behavior the proof of its permanence. Out of respect for you, I imitated your reserve and refused to take away from you the honor of making that confession to me—which, at every moment, I could see on the verge of your lips. I was not mistaken in any regard; you fulfilled everything I had promised myself about you. When I decided to choose a wife, I desired to have someone who was kind, wise, and happy. The first two conditions are already met: my child, I hope the third one will not fail us either.

At these words, despite all my efforts to interrupt him only with my tears, I couldn’t help but throw myself into his arms and exclaim, “My dear husband! Oh, the best and most beloved of men! Tell me what is missing from my happiness—unless it is your presence—and how I can make it even more worthy of you, ‘You are as happy as one can be,’ he said, interrupting me. ‘You deserve to be happy; but it is time for you to enjoy in peace a happiness that has until now required so much care and effort from you. If your fidelity had been enough to me, everything would have been settled the moment you promised it. But I wanted it not only to exist, but also to be easy and joyful for you—and it was through our joint efforts, without us even discussing it, that we managed to make it so. Julie, we have succeeded better than you perhaps realize. The only fault I find in you is that you have not yet regained the confidence you deserve in yourself, and that you regard yourself as less valuable than you truly are. Extreme modesty, just like extreme pride, has its dangers. Just as recklessness that takes us beyond our limits renders us powerless, fear that prevents us from relying on our own strength makes it useless. True prudence consists in understanding these dangers well and acting accordingly. You have acquired a new understanding of yourself since changing your status. You are no longer that unfortunate girl who lamented her weakness; you are now the most virtuous woman, guided only by the laws of duty and honor, and the only fault that remains is your overly vivid memory of your past mistakes. Instead of taking unnecessary precautions against yourself, learn to trust in your own abilities so that you can rely on them even more. Rid yourself of those unjust suspicions that might sometimes revive the feelings that gave rise to them. Rather, be grateful that you managed to choose a honest man at an age when it is so easy to make mistakes—and that you once had a lover who can now be your friend in front of your very husband’s eyes. As soon as I learned about your relationship, I began to respect you both. I saw what kind of misleading enthusiasm had led you astray: it affects only noble souls; it may sometimes lead them astray, but only because it appeals exclusively to their best qualities. I believed that the same passion that brought you together would also prevent it from leading you into sin, and that vice might enter hearts like yours, but it could never take root there.”

Con una vera conoscenza degli uomini, di cui la filosofia oziosa ci dà soltanto un’apparenza, scoprii un altro vantaggio a cui non mi aspettavo; fu quello di affilare, attraverso una vita attiva, quell’amore dell’ordine che avevo ricevuto dalla natura, e di acquisire un nuovo gusto per il bene attraverso il piacere di contribuirvi. Questo sentimento mi rese un po’ meno contemplativo, mi unì un po’ di più a me stesso; e, come conseguenza naturale di questo progresso, mi resi conto di essere solo. La solitudine, che prima mi infastidiva sempre, divenne orribile per me, e non potevo più sperare di evitarla a lungo. Senza aver perso la mia freddezza, avevo bisogno di un legame affettivo; l’immagine della caducità senza consolazione mi addolorava prematuramente, e, per la prima volta nella mia vita, conobbi l’inquietudine e la tristezza. Parlai del mio dolore al barone d’Etange. “Non si deve,” mi disse, “invecchiare da soli.” Anche io, dopo aver vissuto quasi indipendentemente all’interno dei legami coniugali, sentivo il bisogno di diventare nuovamente marito e padre, e intendevo ritirarmi nel grembo della mia famiglia. Spettava a voi farne parte anche voi e restituirmi il figlio che avevo perso. Avevo una figlia unica da sposare; non era priva di meriti: aveva un cuore sensibile, e l’amore per il proprio dovere le faceva amare tutto ciò che ad esso era correlato. Non era né bella né un genio; ma venite a conoscerla, e credetemi: se non provate nulla per lei, allora non proverete mai nulla per nessuno al mondo. Andai da lei, vi vidi, Julie, e scoprii che vostro padre mi aveva parlato di voi in modo modesto. I vostri gesti di gioia, le vostre lacrime mentre lo abbracciavate, suscitarono in me la prima – o forse l’unica – emozione che avessi mai provato nella mia vita. Anche se quell’impressione fu debole, fu unica. E i sentimenti, per agire efficacemente, hanno bisogno soltanto di una resistenza proporzionata a quella che incontrano. Tre anni di assenza non cambiarono affatto lo stato del mio cuore; nemmeno quello del vostro mi sfuggì al mio ritorno. E fu allora che dovetti vendicarmi di un’confessione che vi era costata tanto. Giudicate, mia cara, con quale strana sorpresa appresi che tutti i miei segreti gli erano stati rivelati prima del mio matrimonio, e che mi aveva sposato senza ignorare che appartenevo a un altro.

“Questo comportamento era inescusabile”, continuò il signor de Wolmar. “Offendevo la delicatezza; commettevo errori di prudenza; esposevo sia il vostro che il mio onore; dovevo temere di trascinare entrambi in disastri senza rimedio. Ma vi amavo, e non amavo nessun’altra; tutto il resto mi era indifferente. Come si può reprimere anche la passione più debole quando non c’è nulla che possa contrastarla? Ecco lo svantaggio dei caratteri freddi e tranquilli: va tutto bene finché la loro freddezza li protegge dalle tentazioni; ma se ne presenta una che li colpisce, sono immediatamente sconfitti. La ragione, che governa quando è sola, non ha mai la forza di resistere al minimo sforzo. Sono stato tentato solo una volta, e ho ceduto. Se l’ebbrezza di un’altra passione mi avesse fatto vacillare ancora, sarei caduto altrettante volte quanti sono stati i miei errori. Solo anime appassionate sanno combattere e vincere; tutti gli sforzi grandi, tutte le azioni sublimi sono il loro frutto. La fredda ragione non ha mai realizzato nulla di illustre. Si vincono le passioni solo contrastandole tra loro. Quando la passione per la virtù si eleva, domina da sola e mantiene tutto in equilibrio. Ecco come si forma il vero saggio: non è diverso dagli altri nel rispetto delle passioni, ma è l’unico che sa sconfiggerle proprio con esse, come un pilota che guida tra i venti contrari.”

Vedete che non pretendo di minimizzare il mio errore: se davvero fosse stato un errore, l’avrei commesso inevitabilmente; ma, Julie, vi conoscevo bene e quindi non lo commisi quando vi sposai. Sentivo che tutto il felicità di cui potevo godere dipendeva soltanto da voi, e che se qualcuno era in grado di rendervi felice, quel qualcuno ero io. Sapevo che l’innocenza e la pace erano necessarie al vostro cuore, che l’amore che lo occupava non vi avrebbe mai potute darle, e che soltanto il terrore del crimine poteva scacciare da esso quell’amore. Vedevo che la vostra anima era in uno stato di profonda angoscia dal quale non sarebbe uscita se non attraverso una nuova lotta. E che sareste riuscite a diventare davvero meritevoli di stima soltanto rendendovi conto di quanto poteste ancora esserlo.

Il vostro cuore era ormai stanco di amore; pertanto non diedi alcuna importanza alla disparità d’età che mi impediva di sperare in un sentimento di cui l’oggetto stesso non poteva godere, e che per nessun altro sarebbe stato possibile ottenere. Al contrario, vedendo che nella mia vita, già trascorsa per più della metà, non si era mai manifestato alcun vero interesse verso di me, giudicai che tale sentimento fosse duraturo e decisi di dedicargli il resto dei miei giorni. Nelle mie lunghe ricerche non avevo trovato nessuno che potesse competere con voi; pensai che ciò che voi non avreste fatto, nessun’altra al mondo avrebbe potuto farlo; osai quindi credere nella virtù e vi sposai. Il mistero che mi nascondevate non mi sorprese affatto: ne conoscevo le ragioni e vidi nella vostra saggezza la garanzia della sua durata. Per rispetto verso di voi, imitai la vostra riservatezza e non volli privarvi dell’onore di rivelarmi un giorno ciò che, in ogni momento, sembrava sulle vostre labbra. Non mi sono sbagliato affatto: avete mantenuto tutto ciò che mi ero promesso. Quando decisi di scegliermi una moglie, desideravo che fosse una compagna amorevole, saggia e felice. Le prime due condizioni sono state soddisfatte; mia cara, spero che anche la terza non ci manchi.

A queste parole, nonostante tutti i miei sforzi per interromperlo soltanto con i miei pianti, non riuscii a trattenermi dal gettarmi tra le sue braccia esclamando: “Mio caro marito! Oh, l’uomo più buono e amato di tutti. Ditemi cosa manca al mio felicità, se non è la vostra presenza, e come possa renderla ancora più meritata, ”. “Sei già felice quanto sia possibile”, mi rispose interrompendomi; “meriti davvero di esserlo; ma è ora di godere in pace di una felicità che finora ti ha richiesto tanti sforzi. Se la tua fedeltà fosse stata sufficiente per me, tutto sarebbe stato risolto non appena me l’avevi promessa; ho voluto che essa fosse anche facile e dolce da mantenere. E questo è stato possibile grazie ai nostri sforzi congiunti, senza che ce ne parlassimo. Julie, abbiamo avuto più successo di quanto tu possa pensare. L’unico errore che ti rimprovero è di non essere riuscita a ripristinare in te la fiducia che meriti. E di valutarti meno di quanto tu sia realmente preziosa. Anche l’estrema modestia ha i suoi pericoli, così come l’orgoglio. Proprio come un eccesso di audacia ci porta oltre le nostre forze, rendendoci impotenti, una paura eccessiva ci impedisce di fare affidamento su di esse, rendendole inutili. La vera prudenza consiste nel conoscerle bene e nel comportarsi di conseguenza. Hai acquisito nuove conoscenze cambiando stato. Non sei più quella ragazza sfortunata che si lamentava della propria debolezza; ora sei la donna più virtuosa, che segue soltanto le leggi del dovere e dell’onore. E il ricordo troppo vivo dei tuoi errori è l’unica colpa che ti rimane da perdonare. Lontano dall’adottare ancora misure eccessive contro di te stessa, impara invece a fidarti di te stessa, in modo da poter contare sempre di più su te stessa. Scaccia quelle diffidenze ingiuste che talvolta possono risvegliare i sentimenti negativi che le hanno generate. Rallegrati piuttosto di aver scelto un uomo onesto in un’epoca in cui è così facile sbagliarsi. E di aver avuto un amante che oggi puoi considerare tuo amico, proprio sotto gli occhi di tuo marito. Non appena ebbi conoscenza delle vostre relazioni, vi stimai entrambi. Vidi quale illusorio entusiasmo vi aveva ingannati. Quell’entusiasmo agisce soltanto sulle anime belle; a volte le perde, ma è un fascino che attira soltanto loro. Pensai che lo stesso sentimento che aveva formato la vostra unione l’avrebbe presto distrutta se fosse diventata peccaminosa. E che il vizio potesse entrare in cuori come i vostri, ma non riuscisse a radicarsi in essi, ”

Dès lors je compris qu’il régnait entre vous des liens qu’il ne fallait point rompre ; que votre mutuel attachement tenait à tant de choses louables, qu’il fallait plutôt le régler que l’anéantir, et qu’aucun des deux ne pouvait oublier l’autre sans perdre beaucoup de son prix. Je savais que les grands combats ne font qu’irriter les grandes passions, et que si les violents efforts exercent l’âme, ils lui coûtent des tourments dont la durée est capable de l’abattre. J’employai la douceur de Julie pour tempérer sa sévérité. Je nourris son amitié pour vous, dit-il à Saint-Preux ; j’en ôtai ce qui pouvait y rester de trop ; et je crois vous avoir conservé de son propre coeur plus peut-être qu’elle ne vous en eût laissé, si je l’eusse abandonné à lui-même.

Mes succès m’encouragèrent, et je voulus tenter votre guérison comme j’avais obtenu la sienne, car je vous estimais, et, malgré les préjugés du vice, j’ai toujours reconnu qu’il n’y avait rien de bien qu’on n’obtînt des belles âmes avec de la confiance et de la franchise. Je vous ai vu, vous ne m’avez point trompé, vous ne me trompez point ; et quoique vous ne soyez pas encore ce que vous devez être, je vous vois mieux que vous ne pensez, et suis plus content de vous que vous ne l’êtes vous-même. Je sais bien que ma conduite a l’air bizarre, et choque toutes les maximes communes ; mais les maximes deviennent moins générales à mesure qu’on lit mieux dans les coeurs ; et le mari de Julie ne doit pas se conduire comme un autre homme. Mes enfants, nous dit-il d’un ton d’autant plus touchant qu’il partait d’un homme tranquille, soyez ce que vous êtes, et nous serons tous contents. Le danger n’est que dans l’opinion : n’ayez pas peur de vous, et vous n’aurez rien à craindre ; ne songez qu’au présent, et je vous réponds de l’avenir. Je ne puis vous en dire aujourd’hui davantage ; mais si mes projets s’accomplissent, et que mon espoir ne m’abuse pas, nos destinées seront mieux remplies, et vous serez tous deux plus heureux que si vous aviez été l’un à l’autre. »

En se levant il nous embrassa, et voulut que nous nous embrassassions aussi, dans ce lieu… et dans ce lieu même où jadis… Claire, ô bonne Claire, combien tu m’as toujours aimée ! Je n’en fis aucune difficulté. Hélas ! que j’aurais eu tort d’en faire ! Ce baiser n’eut rien de celui qui m’avait rendu le bosquet redoutable : je m’en félicitai tristement, et je connus que mon coeur était plus changé que jusque-là je n’avais osé le croire.

Comme nous reprenions le chemin du logis, mon mari m’arrêta par la main, et, me montrant ce bosquet dont nous sortions, il me dit en riant : « Julie, ne craignez plus cet asile, il vient d’être profané. » Tu ne veux pas me croire, cousine, mais je te jure qu’il a quelque don surnaturel pour lire au fond des cœurs ; que le ciel le lui laisse toujours ! Avec tant de sujet de me mépriser, c’est sans doute à cet art que je dois son indulgence.

Tu ne vois point encore ici de conseil à donner : patience, mon ange, nous y voici ; mais la conversation que je viens de te rendre était nécessaire à l’éclaircissement du reste.

En nous en retournant, mon mari, qui depuis longtemps est attendu à Etange, m’a dit qu’il comptait partir demain pour s’y rendre, qu’il te verrait en passant, et qu’il y resterait cinq ou six jours. Sans dire tout ce que je pensais d’un départ aussi déplacé, j’ai représenté qu’il ne me paraissait pas assez indispensable pour obliger M. de Wolmar à quitter un hôte qu’il avait lui-même appelé dans sa maison. « Voulez-vous, a-t-il répliqué, que je lui fasse mes honneurs pour l’avertir qu’il n’est pas chez lui ? Je suis pour l’hospitalité des Valaisans. J’espère qu’il trouve ici leur franchise et qu’il nous laisse leur liberté. » Voyant qu’il ne voulait pas m’entendre, j’ai pris un autre tour et tâché d’engager notre hôte à faire ce voyage avec lui. « Vous trouverez, lui ai-je dit, un séjour qui a ses beautés, et même de celles que vous aimez ; vous visiterez le patrimoine de mes pères et le mien : l’intérêt que vous prenez à moi ne me permet pas de croire que cette vue vous soit indifférente. » J’avais la bouche ouverte pour ajouter que ce château ressemblait à celui de milord Édouard, qui… mais heureusement j’ai eu le temps de me mordre la langue. Il m’a répondu tout simplement que j’avais raison et qu’il ferait ce qu’il me plairait. Mais M. de Wolmar, qui semblait vouloir me pousser à bout, a répliqué qu’il devait faire ce qui lui plaisait à lui-même. « Lequel aimez-vous mieux, venir ou rester ? — Rester, a-t-il dit sans balancer. — Eh bien ! restez, a repris mon mari en lui serrant la main. Homme honnête et vrai ! je suis très content de ce mot-là. » Il n’y avait pas moyen d’alterquer beaucoup là-dessus devant le tiers qui nous écoutait. J’ai gardé le silence, et n’ai pu cacher si bien mon chagrin que mon mari ne s’en soit aperçu. « Quoi donc ! a-t-il repris d’un air mécontent dans un moment où Saint-Preux était loin de nous, aurais-je inutilement plaidé votre cause contre vous-même, et Madame de Wolmar se contenterait-elle d’une vertu qui eût besoin de choisir ses occasions ? Pour moi, je suis plus difficile ; je veux devoir la fidélité de ma femme à son coeur et non pas au hasard ; et il ne me suffit pas qu’elle garde sa foi, je suis offensé qu’elle en doute. »

Ensuite il nous a menés dans son cabinet, où j’ai failli tomber de mon haut en lui voyant sortir d’un tiroir, avec les copies de quelques relations de notre ami que je lui avais données, les originaux mêmes de toutes les lettres que je croyais avoir vu brûler autrefois par Babi dans la chambre de ma mère. « Voilà, m’a-t-il dit en nous les montrant, les fondements de ma sécurité : s’ils me trompaient, ce serait une folie de compter sur rien de ce que respectent les hommes. Je remets ma femme et mon honneur en dépôt à celle qui, fille et séduite, préférait un acte de bienfaisance à un rendez-vous unique et sûr. Je confie Julie épouse et mère à celui qui, maître de contenter ses désirs, sut respecter Julie amante et fille. Que celui de vous deux qui se méprise assez pour penser que j’ai tort le dise, et je me rétracte à l’instant. » Cousine, crois-tu qu’il fût aisé d’oser répondre à ce langage ?

J’ai pourtant cherché un moment dans l’après-midi pour prendre en particulier mon mari, et, sans entrer dans des raisonnements qu’il ne m’était pas permis de pousser fort loin, je me suis bornée à lui demander deux jours de délai : ils m’ont été accordés sur-le-champ. Je les emploie à t’envoyer cet exprès et à attendre ta réponse pour savoir ce que je dois faire.

Je sais bien que je n’ai qu’à prier mon mari de ne point partir du tout, et celui qui ne me refusa jamais rien ne me refusera pas une si légère grâce. Mais, ma chère, je vois qu’il prend plaisir à la confiance qu’il me témoigne ; et je crains de perdre une partie de son estime, s’il croit que j’aie besoin de plus de réserve qu’il ne m’en permet. Je sais bien encore que je n’ai qu’à dire un mot à Saint-Preux, et qu’il n’hésitera pas à l’accompagner ; mais mon mari prendra-t-il ainsi le change, et puis-je faire cette démarche sans conserver sur Saint-Preux un air d’autorité qui semblerait lui laisser à son tour quelque sorte de droits ? Je crains d’ailleurs qu’il n’infère de cette précaution que je la sens nécessaire, et ce moyen, qui semble d’abord le plus facile, est peut-être au fond le plus dangereux. Enfin, je n’ignore pas que nulle considération ne peut être mise en balance avec un danger réel ; mais ce danger existe-t-il en effet ? Voilà précisément le doute que tu dois résoudre.

From that moment on, I understood that there were bonds between you that must not be broken; that your mutual affection was rooted in so many commendable things that it was better to regulate it than to destroy it, and that neither of you could forget the other without losing much of its value. I knew that fierce conflicts only inflame strong passions, and that although strenuous efforts can strengthen the soul, they also inflict suffering whose duration is capable of overwhelming it. I used Julie’s gentleness to moderate her severity. I nurtured her friendship for you, he said to Saint-Preux; I removed whatever might have remained in it that was excessive; and I believe I have preserved for you more from her own heart than she would have allowed if I had left it to its natural course.

My successes encouraged me, and I wished to attempt your healing in just the same way that I had been healed myself, for I held you in high regard. And despite the prejudices of vice, I have always believed that there is nothing truly good that cannot be achieved through trust and sincerity with noble souls. I saw you; you did not deceive me, nor do you deceive me now. And although you are not yet what you ought to be, I see you better than you think yourself, and I am more pleased with you than you are with yourself. I know that my behavior may seem strange and contrary to all common notions; but such notions become less universal the deeper one delves into people’s hearts. And the husband of Julie certainly should not behave like any other man. “My children,” he said, in a tone all the more touching because it came from a calm and composed person, “be who you are, and we will all be satisfied. The only danger lies in what others think; have no fear of being yourselves, and you need have nothing to fear. Think only of the present moment, and I assure you of our future. I cannot say more to you today; but if my plans succeed, and if my hopes do not prove vain, our destinies will be far happier than they could otherwise be, and you both will be much happier than if you had been born as each other’s spouses.”

Upon rising, he kissed us and wished that we too would kiss each other in this very place, in the very spot where once. Claire, oh dear Claire, how much you have always loved me! I did not object in the slightest. Alas! How wrong I would have been to do so! That kiss was nothing like the one that had once made that grove seem so fearful to me: I felt sorry for it, and realized that my heart had changed far more than I had ever dared to believe before.

As we were setting off on our way home, my husband stopped me by the hand and, pointing at the grove from which we had just come out, he said to me with a laugh, “Julie, don’t be afraid of this place anymore; it has just been desecrated.” You won’t believe me, cousin, but I swear that it possesses some supernatural ability to read people’s hearts; may heaven always grant it that power! With so many reasons for me to despise myself, it is undoubtedly this very ability that makes him tolerate me.

You still see no advice to give here: patience, my dear, we are almost there; but the conversation I just had with you was necessary in order to clarify the rest.

On our way back, my husband, who had long been expected in Etange, told me that he intended to set off the next day to go there, that he would see you on his way, and that he would stay for five or six days. Without expressing all my thoughts about such an inappropriate decision, I pointed out that I did not consider him important enough to make Mr. de Wolmar leave a host whom he had himself invited to his home. “Do you want me to go and tell him that he is not at home?” he replied. “I support the hospitality of the people of Valais. I hope he will find their sincerity here and that they will allow us their freedom.” Seeing that he was unwilling to listen to me, I tried another approach and urged our host to accompany him on this trip. “You will find,” I said, “a place of residence with its own beauties, even those you particularly appreciate; you will have the opportunity to visit the heritage of my fathers and mine—your interest in me surely does not mean that such a sight would be indifferent to you.” I was about to add that this castle resembled that of Lord Edward, but fortunately I managed to hold my tongue in time. He simply agreed with me and said he would do whatever I wished. However, Mr. de Wolmar, seemingly determined to push me to the limit, retorted that he had to follow his own desires. “Which do you prefer: to come or to stay?” “To stay,” he replied without hesitation. “Well then, stay,” my husband said, shaking his hand firmly. “An honest and true man! I am very pleased with those words.” There was no way to argue further in front of a third party listening to us. I kept silent, but I could not hide my disappointment, which my husband noticed. “What! In a moment when Saint-Preux is far away from us, have I been arguing your case against you for no reason at all? And will Madame de Wolmar be satisfied with a virtue that needs to choose its own occasions? As for me, I am more demanding; I want my wife’s fidelity to stem from her heart, not from chance. And it is not enough for her to keep her promise—I am offended when she even doubts it.”

Then he led us into his office, where I almost fell off my feet when I saw him take out from a drawer the copies of some letters from our friend that I had given him, as well as the original letters themselves—those I had thought had been burned by Babi in my mother’s room. “Here,” he said to us, showing them, “are the foundations of my safety: if they were to deceive me, it would be utterly foolish to rely on anything that men hold dear. I entrust my wife and my honor to someone who, being both a daughter and seduced, chose an act of kindness over a single, certain rendezvous. I place Julie, wife and mother, in the care of someone who, capable of satisfying his own desires, also knew how to respect Julie as a lover and a daughter. Let whichever of you two despises yourself enough to think I am wrong speak now, and I will retract my words on the spot.” Cousin, do you truly believe it would be easy to dare respond to such words?

I did indeed look for an opportunity in the afternoon to talk specifically with my husband. Without delving into reasons that I was not allowed to explore in depth, I simply asked him for two days’ time – and it was granted immediately. I am using this time to send you this express message and to wait for your reply so that I can decide what to do next.

I know very well that I need only ask my husband not to leave at all, and he, who has never refused me anything, will surely not refuse such a minor request. But, my dear, I see that he takes pleasure in the trust I place in him; and I fear that if he thinks I need to be more reserved than he allows, I may lose part of his respect for me. I also know that I only have to say a word to Saint-Preux, and he will not hesitate to accompany her; but will my husband accept this substitution, and can I take such a step without appearing to assert some authority over Saint-Preux, which might give him the impression that I consider myself entitled to certain rights? Moreover, I fear that he might infer from this precaution that I deem it necessary; and this method, which at first seems the easiest, may in fact be the most dangerous. Finally, I am well aware that no consideration can outweigh a real danger; but does such a danger truly exist? That is precisely the doubt you must resolve.

Da quel momento compresi che esistevano tra voi legami che non dovevano essere spezzati; che il vostro reciproco affetto era basato su molte cose lodevoli, e quindi bisognava piuttosto regolarlo che distruggerlo, poiché nessuno dei due poteva dimenticare l’altro senza perdere molto del suo valore. Sapevo che le grandi battaglie non fanno altro che alimentare le grandi passioni, e che se gli sforzi violenti esercitano un impatto profondo sull’anima, ne causano sofferenze la cui durata può essere tale da distruggerla. Utilizzai la dolcezza di Julie per mitigare la sua severità; coltivai il suo affetto per voi, disse a Saint-Preux, ne eliminai tutto ciò che poteva esserci di eccessivo; e credo di avervi conservato, dal suo stesso cuore, molto di più di quanto lei stessa avrebbe potuto lasciarvi, se l’avessi abbandonata a se stessa.

I miei successi mi incoraggiarono, e volli provare a guarirvi proprio come ero riuscito a guarire me stesso, perché vi stimavo molto; e, nonostante i pregiudizi del vizio, ho sempre riconosciuto che non esiste nulla di buono che non si possa ottenere dalle persone nobili e sincere con fiducia e franchezza. Vi ho visto. Non mi avete ingannato, e non mi ingannerete mai; e anche se non siete ancora ciò che dovreste essere, vi vedo meglio di quanto pensiate voi stessi, ed sono più soddisfatto di voi di quanto lo siate voi. So bene che il mio comportamento può sembrare strano e contraddire tutte le regole comuni; ma queste regole diventano meno universali man mano che si conosce meglio il cuore delle persone. E il marito di Julie non dovrebbe certo comportarsi come gli altri uomini. “Miei figli,” ci diceva con un tono tanto più commovente in quanto proveniva da un uomo tranquillo, “siate ciò che siete, e saremo tutti felici. Il vero pericolo sta nell’opinione altrui: non abbiate paura di voi stessi, e non avrete nulla da temere; pensate solo al presente, e vi garantisco il futuro. Oggi non posso dirvi di più. Ma se i miei progetti andranno in porto, e la mia speranza non mi ingannerà, le nostre destine saranno ancora più felici. E voi due sarete molto più fortunati di quanto non siate ora.”

Alzandosi, ci baciò e volle che anche noi ci baciassimo in quel luogo, proprio in quel luogo dove un tempo. Claire, oh buona Claire, quanto mi hai sempre amato! Non feci alcuna obiezione. Ahimè, quanto avrei sbagliato a farla! Quel bacio non aveva nulla in comune con quello che un tempo aveva reso quel boschetto così temibile: ne fui tristemente grata e capii che il mio cuore era cambiato molto di più di quanto avessi mai osato credere fino ad allora.

Mentre riprendevamo la strada verso casa, mio marito mi fermò prendendomi per mano e, indicandomi il boschetto da cui eravamo appena usciti, disse ridendo: «Julie, non temere più questo rifugio, è stato appena profanato». Non vuoi credermi, cugina, ma giuro che possiede qualche dono soprannaturale per leggere nel profondo dei cuori; che il cielo gli lo conceda sempre! Con tanti motivi per disprezzarmi, è sicuramente grazie a questo “dono” che riceve la mia indulgenza.

Non vedi ancora nulla che possa essere consigliato in questa situazione: pazienza, mio angelo, siamo quasi arrivati; ma la conversazione che ti ho appena raccontata era necessaria per chiarire il resto delle cose.

Tornando a casa, mio marito, che da tempo era atteso a Etange, mi disse che intendeva partire l’indomani per recarsi lì, che ti avrebbe incontrato lungo la strada e che sarebbe rimasto per cinque o sei giorni. Senza esprimere tutto ciò che pensavo riguardo a una partenza così inopportuna, gli feci notare che non mi sembrava abbastanza importante da costringere il signor de Wolmar ad allontanarsi da un ospite che egli stesso aveva invitato nella sua casa. “Volete forse che io vada a dirgli che non si trova più a casa sua? Io sostengo l’ospitalità dei vallesani. Spero che qui trovi la loro franchezza e che ci lasci la loro libertà”, rispose lui. Vedendo che non voleva ascoltarmi, cambiai approccio e cercai di convincere il nostro ospite ad accompagnarlo in questo viaggio. “Troverete, gli dissi, un soggiorno piacevole, persino di quelli che a voi piacciono. Visiterete i beni dei miei padri e i miei. L’interesse che provate per me non mi permette di credere che questa opportunità vi sia indifferente.” Stavo per aggiungere che quel castello assomigliava a quello di lord Edward, ma fortunatamente riuscii a trattenermi. Mi rispose semplicemente che avevo ragione e che avrebbe fatto ciò che desideravo io. Ma il signor de Wolmar, sembrando voler spingermi fino al limite, replicò che doveva fare ciò che desiderava lui stesso. “Quello che preferite: venire o restare?”, gli chiesi. “Restare”, rispose senza esitazione. “Ebbene, restate allora”, disse mio marito stringendogli la mano. “Uomo onesto e sincero. Sono molto contento di queste parole.” Non c’era modo di discutere ulteriormente davanti a un terzo che ci ascoltava. Rimasi in silenzio, ma non riuscii a nascondere il mio dispiacere, e mio marito se ne accorse. “Che cosa!”, esclamò con aria scontenta. In quel momento Saint-Preux era lontano da noi, “Avrei forse discusso inutilmente a favore della tua causa contro di te stesso? E la signora de Wolmar si accontenterebbe davvero di una virtù che ha bisogno di scegliere le sue occasioni? Per me, invece, sono più esigente: voglio che la fedeltà di mia moglie derivi dal suo cuore, e non dal caso. E non mi basta che mantenga la sua fede. Mi offende il solo fatto che possa dubitarne.”

Poi ci portò nel suo studio, dove quasi caddi per lo stupore quando vide uscire da un cassetto le copie di alcune lettere del nostro amico che gli avevo dato, nonché gli originali di tutte quelle lettere che credevo fossero state bruciate in passato da Babi nella stanza di mia madre. “Ecco,” ci disse mostrandocene, “le basi della mia sicurezza: se mi ingannassero, sarebbe follia affidarsi a qualcosa che gli uomini rispettano. Lascio mia moglie e il mio onore in custodia di colei che, pur essendo una donna sedotta, preferì un atto di benevolenza a un incontro unico e sicuro. Confido Julie, moglie e madre, in colui che, avendo il potere di soddisfare i propri desideri, seppe rispettare Julie sia come amante che come figlia. Che uno di voi due, se si disprezza abbastanza da ritenere che io abbia torto, lo dica subito, e io mi ritratterò all’istante.” Cugina, credi davvero che fosse facile osare rispondere a un simile discorso?

Tuttavia, nel pomeriggio ho cercato un momento per parlare in particolare con mio marito; senza addentrarmi in ragionamenti che non mi era permesso approfondire troppo, mi sono limitata a chiedergli due giorni di tempo: me li hanno concessi immediatamente. Li sto utilizzando per inviarti questo messaggio urgente e aspetto la tua risposta per sapere cosa devo fare.

So bene che basta semplicemente chiedere a mio marito di non partire affatto; e colui che non mi ha mai rifiutato nulla non mi rifiuterà certo una tale piccola richiesta. Tuttavia, cara mia, vedo che trova piacere nella fiducia che gli dimostro. E temo di perdere in parte il suo rispetto se penserà che abbia bisogno di un rigore maggiore di quello che mi permette. So anche che basta dire una parola a Saint-Preux, e lui non esiterà ad accompagnarla. Ma mio marito capirà davvero il senso della mia richiesta? E posso intraprendere questa mossa senza mantenere nei confronti di Saint-Preux un atteggiamento autoritario che potrebbe fargli credere di avere su di me qualche diritto? Inoltre, temo che possa dedurre da questa precauzione che io la ritenga necessaria. E questo metodo, che a prima vista sembra il più semplice, potrebbe in realtà essere il più pericoloso. Infine, so bene che nessuna considerazione può prevalere su un pericolo reale. Ma esiste davvero questo pericolo? È proprio questo dubbio che devi risolvere.

Plus je veux sonder l’état présent de mon âme, plus j’y trouve de quoi me rassurer. Mon coeur est pur, ma conscience est tranquille, je ne sens ni trouble ni crainte ; et, dans tout ce qui se passe en moi, la sincérité vis-à-vis de mon mari ne me coûte aucun effort. Ce n’est pas que certains souvenirs involontaires ne me donnent quelquefois un attendrissement dont il vaudrait mieux être exempte ; mais bien loin que ces souvenirs soient produits par la vue de celui qui les a causés, ils me semblent plus rares depuis son retour, et quelque doux qu’il me soit de le voir, je ne sais par quelle bizarrerie il m’est plus doux de penser à lui. En un mot, je trouve que je n’ai pas même besoin du secours de la vertu pour être paisible en sa présence, et que, quand l’horreur du crime n’existerait pas, les sentiments qu’elle a détruits auraient bien de la peine à renaître.

Mais, mon ange, est-ce assez que mon coeur me rassure quand la raison doit m’alarmer ? J’ai perdu le droit de compter sur moi. Qui me répondra que ma confiance n’est pas encore une illusion du vice ? Comment me fier à des sentiments qui m’ont tant de fois abusée ? Le crime ne commence-t-il pas toujours par l’orgueil qui fait mépriser la tentation, et braver des périls où l’on a succombé n’est-ce pas vouloir succomber encore ?

Pèse toutes ces considérations, ma cousine ; tu verras que quand elles seraient vaines par elles-mêmes, elles sont assez graves par leur objet pour mériter qu’on y songe. Tire-moi donc de l’incertitude où elles m’ont mise. Marque-moi comment je dois me comporter dans cette occasion délicate ; car mes erreurs passées ont altéré mon jugement et me rendent timide à me déterminer sur toutes choses. Quoi que tu penses de toi-même, ton âme est calme et tranquille, j’en suis sûre ; les objets s’y peignent tels qu’ils sont ; mais la mienne, toujours émue comme une onde agitée, les confond et les défigure. Je n’ose plus me fier à rien de ce que je vois ni de ce que je sens : et, malgré de si longs repentirs, j’éprouve avec douleur que le poids d’une ancienne faute est un fardeau qu’il faut porter toute sa vie.

Lettre XIII – Réponse de Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

Pauvre cousine, que de tourments tu te donnes sans cesse avec tant de sujets de vivre en paix ! Tout ton mal vient de toi, ô Israël ! Si tu suivais tes propres règles, que dans les choses de sentiment tu n’écoutasses que la voix intérieure, et que ton coeur fît taire ta raison, tu te livrerais sans scrupule à la sécurité qu’il t’inspire, et tu ne t’efforcerais point, contre son témoignage, de craindre un péril qui ne peut venir que de lui.

Je t’entends, je t’entends bien, ma Julie : plus sûre de toi que tu ne feins de l’être, tu veux t’humilier de tes fautes passées sous prétexte d’en prévenir de nouvelles, et tes scrupules sont bien moins des précautions pour l’avenir qu’une peine imposée à la témérité qui t’a perdue autrefois. Tu compares les temps ! Y penses-tu ? Compare aussi les conditions, et souviens-toi que je te reprochais alors ta confiance comme je te reproche aujourd’hui ta frayeur.

Tu t’abuses, ma chère enfant : on ne se donne point ainsi le change à soi-même ; si l’on peut s’étourdir sur son état en n’y pensant point, on le voit tel qu’il est sitôt qu’on veut s’en occuper, et l’on ne se déguise pas plus ses vertus que ses vices. Ta douceur, ta dévotion, t’ont donné du penchant à l’humilité. Défie-toi de cette dangereuse vertu qui ne fait qu’animer l’amour-propre en le concentrant, et crois que la noble franchise d’une âme droite est préférable à l’orgueil des humbles. S’il faut de la tempérance dans la sagesse, il en faut aussi dans les précautions qu’elle inspire, de peur que des soins ignominieux à la vertu n’avilissent l’âme, et n’y réalisent un danger chimérique à force de nous en alarmer. Ne vois-tu pas qu’après s’être relevé d’une chute il faut se tenir debout, et que s’incliner du côté opposé à celui où l’on est tombé c’est le moyen de tomber encore ? Cousine, tu fus amante comme Héloïse, te voilà dévote comme elle ; plaise à Dieu que ce soit avec plus de succès ! En vérité, si je connaissais moins ta timidité naturelle, tes erreurs seraient capables de m’effrayer à mon tour ; et si j’étais aussi scrupuleuse, à force de craindre pour toi, tu me ferais trembler pour moi-même.

Penses-y mieux, mon aimable amie : toi dont la morale est aussi facile et douce qu’elle est honnête et pure, ne mets-tu point une âpreté trop rude, et qui sort de ton caractère, dans tes maximes sur la séparation des sexes ? Je conviens avec toi qu’ils ne doivent pas vivre ensemble ni d’une même manière ; mais regarde si cette importante règle n’aurait pas besoin de plusieurs distinctions dans la pratique ; s’il faut l’appliquer indifféremment et sans exception aux femmes et aux filles, à la société générale et aux entretiens particuliers, aux affaires et aux amusements, et si la décence et l’honnêteté qui l’inspirent ne la doivent pas quelquefois tempérer. Tu veux qu’en un pays de bonnes moeurs, où l’on cherche dans le mariage des convenances naturelles, il y ait des assemblées où les jeunes gens des deux sexes puissent se voir, se connaître, et s’assortir ; mais tu leur interdis avec grande raison toute entrevue particulière. Ne serait-ce pas tout le contraire pour les femmes et les mères de famille, qui ne peuvent avoir aucun intérêt légitime à se montrer en public, que les soins domestiques retiennent dans l’intérieur de leur maison, et qui ne doivent s’y refuser à rien de convenable à la maîtresse du logis ? Je n’aimerais pas à te voir dans tes caves aller faire goûter les vins aux marchands, ni quitter tes enfants pour aller régler des comptes avec un banquier ; mais, s’il survient un honnête homme qui vienne voir ton mari, ou traiter avec lui de quelque affaire, refuseras-tu de recevoir son hôte en son absence et de lui faire les honneurs de ta maison, de peur de te trouver tête à tête avec lui ? Remonte au principe, et toutes les règles s’expliqueront. Pourquoi pensons-nous que les femmes doivent vivre retirées et séparées des hommes ? Ferons-nous cette injure à notre sexe de croire que ce soit par des raisons tirées de sa faiblesse, et seulement pour éviter le danger des tentations ? Non, ma chère, ces indignes craintes ne conviennent point à une femme de bien, à une mère de famille sans cesse environnée d’objets qui nourrissent en elle des sentiments d’honneur, et livrée aux plus respectables devoirs de la nature. Ce qui nous sépare des hommes, c’est la nature elle-même, qui nous prescrit des occupations différentes ; c’est cette douce et timide modestie qui, sans songer précisément à la chasteté, en est la plus sûre gardienne ; c’est cette réserve attentive et piquante qui, nourrissant à la fois dans les coeurs des hommes et les désirs et le respect, sert pour ainsi dire de coquetterie à la vertu. Voilà, pourquoi les époux mêmes ne sont pas exceptés de la règle ; voilà pourquoi les femmes les plus honnêtes conservent en général le plus d’ascendant sur leurs maris, parce qu’à l’aide de cette sage et discrète réserve, sans caprice et sans refus, elles savent au sein de l’union la plus tendre les maintenir à une certaine distance, et les empêchent de jamais se rassasier d’elles. Tu conviendras avec moi que ton précepte est trop général pour ne pas comporter des exceptions, et que, n’étant point fondé sur un devoir rigoureux, la même bienséance qui l’établit peut quelquefois en dispenser.

The more I attempt to examine the current state of my soul, the more I find reasons to feel reassured. My heart is pure, my conscience is at peace; I feel neither turmoil nor fear. In everything that happens within me, being sincere towards my husband requires no effort on my part. It’s not that certain involuntary memories sometimes bring me a tenderness that it would be better to avoid; but far from being triggered by the sight of the person who caused them, these memories seem even rarer since his return. And though it is pleasant to see him, for some strange reason, it brings me even greater joy to think of him. In short, I find that I don’t even need the aid of virtue to remain calm in his presence, and that were it not for the horror of sin, those feelings which virtue has destroyed would hardly ever be able to revive.

But, my dear, is it enough for my heart to reassure me when reason should alarm me? I have lost the right to rely on myself. Who can tell me that my confidence is not yet another illusion of sin? How can I trust feelings that have deceived me so many times? Does crime not always begin with pride, which makes one despise temptation, and does daring to face dangers in which one has already succumbed not mean wishing to fail again?

Consider all these factors carefully, my cousin; you will see that even if they were in themselves of no consequence, their significance makes them worthy of serious consideration. Help me out of the uncertainty into which they have thrown me. Indicate to me how I should behave in this delicate situation—for my past mistakes have distorted my judgment and make me hesitant in making any decision. Whatever you think of yourself, I am certain that your soul is calm and at peace; you perceive things as they truly are. But mine, always agitated like a turbulent wave, confuses and distorts everything. I no longer dare trust anything I see or feel; and despite all my remorse, I painfully realize that the burden of an old mistake is a weight that one must carry for the rest of their life.

Letter XIII – Reply from Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

Poor cousin, how much suffering you inflict upon yourself over so many trivial matters that could allow you to live in peace! All your troubles stem from within you, oh Israel! If only you would follow your own principles, if only in matters of the heart you would listen solely to your inner voice, and if only your heart would silence your reason, you would without hesitation embrace the security that it offers you. You would not strive, against its advice, to fear a danger that can only arise from within yourself.

I hear you, I really hear you, my Julie: more confident in yourself than you pretend to be, you want to humble yourself for your past mistakes in the hope of preventing new ones from happening. But your scruples are far less a precaution for the future than they are a punishment for the recklessness that lost you back then. You’re comparing times! Do you even realize that? Compare the circumstances as well, and remember that I used to reproach you for your confidence just as I reproach you now for your fear.

You are harming yourself, my dear child: one cannot deceive oneself in such a manner. If one can temporarily ignore one’s own condition by not thinking about it, the truth becomes immediately apparent whenever one decides to confront it. One’s virtues are just as difficult to conceal as one’s vices. Your kindness and devotion have made you inclined toward humility. Beware of this dangerous virtue, for it merely fuels self-esteem by focusing it in a particular direction. Believe me, the noble honesty of an upright soul is far preferable to the pride of those who pretend to be humble. Just as temperance is needed in wisdom, it is also essential in the precautions that wisdom advises us to take—lest excessive concern for virtue end up demeaning our souls and creating unnecessary dangers. Don’t you see that after recovering from a fall, one must remain upright? To lean in the opposite direction would only lead to another fall. Cousin, you were once a lover like Heloise; now you are devoted, just like her—may God grant you even greater success in your endeavors! Indeed, if I weren’t so aware of your natural timidity, your mistakes might frighten me as well. And if I were as scrupulous as you are, the fear for you would make me tremble for myself too.

Consider this matter more carefully, my kind friend: you, whose morals are so gentle and pure as they are honest and upright, do you not introduce a harshness that is entirely out of character into your principles regarding the separation of the sexes? I agree with you that men and women should not live together or in the same manner; but consider whether this important rule might not require various distinctions in practice. Should it be applied indiscriminately and without exception to women and girls, to public gatherings as well as private interactions, to both business and leisure activities? And should not decency and honesty, which inspire such rules, sometimes necessitate some moderation in their application? You wish that in a society with good morals, where marriage is based on natural considerations, there might be occasions for young men and women to meet, get to know each other, and potentially form relationships; yet you rightly forbid any private encounters between them. But wouldn’t the same principle apply even more strongly to women and mothers of families, who have no legitimate reason to appear in public, are kept occupied with household duties within their homes, and should not be prevented from engaging in anything that is appropriate for a woman in their position? I would not want you to go down into the cellar to taste wines with merchants, nor leave your children to attend to financial matters with a banker; but if an honest man were to come to visit your husband or discuss some business with him, would you refuse to welcome his guest in his absence and offer him the hospitality of your home, for fear of being alone with him? Return to the fundamental principles, and all these rules will become clear. Why do we think that women should live in seclusion from men? Are we insulting our own sex by assuming that this is due to its weakness, or merely to avoid the dangers of temptation? No, my dear friend; such base fears are not suitable for a woman of virtue, for a mother of family who is constantly surrounded by things that nurture her sense of honor and fulfill the most respectable duties of nature. What separates us from men is nature itself, which assigns us different roles in life; it is that gentle and modesty that, without explicitly promoting chastity, serves as its best guardian; it is that careful and tactful reserve that simultaneously arouses both desire and respect in men’s hearts, and thus acts as a form of virtue’s allure. This is why even married couples are not exempt from this rule; it is why the most honest women generally maintain a certain degree of influence over their husbands, for through this wise and discreet restraint—without caprice or outright refusal—they know how to keep them at a proper distance within the closest of relationships, thus preventing them from ever becoming too fond of them. You will agree with me that your principle is too general to not include exceptions; and since it is not based on any strict duty, the same propriety that establishes it may sometimes allow for its disregard.

Più cerco di esaminare lo stato attuale della mia anima, più trovo motivi per rassicurarmi. Il mio cuore è puro, la mia coscienza è serena; non provo né turbamenti né timori. E in tutto ciò che accade dentro di me, essere sincera con mio marito non mi richiede alcuno sforzo. Non è che alcuni ricordi involontari non mi causino talvolta un’emozione dolce, di cui forse sarebbe meglio fare a meno; ma lontano dall’essere provocati dalla vista di colui che li ha generati, questi ricordi sembrano diventare ancora più rari da quando lui è tornato. E per quanto sia dolce vederlo, è in qualche modo ancora più piacevole pensarlo. In breve, ritengo di non aver nemmeno bisogno del sostegno della virtù per essere serena in sua presenza; e che, anche se l’orrore del crimine non esistesse, i sentimenti che essa ha distrutto avrebbero molta difficoltà a rinascere.

Ma, mio angelo, è davvero sufficiente che il mio cuore mi rassicuri quando la ragione dovrebbe allarmarmi? Ho perso il diritto di contare su me stessa. Chi potrà dirmi che la mia fiducia non sia ancora un’illusione del vizio? Come posso fidarmi di sentimenti che mi hanno ingannata così tante volte? Il crimine non inizia forse sempre dall’orgoglio, che fa disprezzare le tentazioni, e sfidare dei pericoli nei quali si è già falliti non significa forse voler fallire ancora una volta?

Considera tutte queste ragioni, mia cugina; vedrai che anche se in sé fossero vane, il loro argomento è abbastanza grave da meritare attenzione. Toglimi quindi dall’incertezza in cui mi hanno gettato. Indicami come devo comportarmi in questa delicata situazione; le mie errori passati hanno infatti alterato il mio giudizio e mi rendono timida nel prendere decisioni su qualsiasi cosa. Qualunque sia la tua opinione di te stessa, sono sicura che la tua anima sia calma e serena: tu vedi le cose così come realmente sono; ma la mia anima, sempre agitata come un’onda turbolenta, le confonde e le distorce. Non oso più fidarmi di nulla di ciò che vedo o sento. E nonostante i miei lunghi pentimenti, so con dolore che il peso di un vecchio errore è un fardello che bisogna portare per tutta la vita.

Lettera XIII – Risposta di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Povera cugina. Quanti tormenti ti infligi continuamente, nonostante ci siano così tante possibilità di vivere in pace! Tutta la tua sofferenza proviene da te stessa, o Israele. Se seguissero le tue stesse regole, se nelle questioni del cuore ascoltassi soltanto la voce interiore e lasciassi che il tuo cuore soffocasse la ragione, ti abbandoneresti senza rimorsi alla sicurezza che essa ti offre. E non cercheresti più, contro il suo stesso messaggio, di temere un pericolo che può provenire soltanto da essa stessa.

Ti sento, ti capisco bene, Julie. Più sicura di te di quanto tu finga di esserlo, vuoi umiliarti per i tuoi errori passati con l’scusa di prevenire nuovi sbagli. Ma i tuoi rimorsi non sono certo precauzioni per il futuro, bensì una punizione inflitta alla temerarietà che ti ha portata alla perdita in passato. Stai paragonando situazioni diverse. Ci pensi davvero? Confronta anche le condizioni attuali con quelle di allora. E ricorda: allora ti rimproveravo la tua fiducia in te stessa, proprio come oggi ti rimprovero la tua paura.

Ti stai ingannando, cara bambina: non si può ingannare se stessi in questo modo; se si riesce a ignorare la propria condizione evitandone di pensare, essa appare com’è non appena ci si decide ad affrontarla, e né le proprie virtù né i propri vizi possono essere nascosti. La tua dolcezza e la tua devozione ti hanno resa incline all’umiltà. Ma diffida di questa pericolosa virtù che, concentrando l’amor proprio, non fa altro che rafforzarlo; credi davvero che la nobile franchezza di un’anima onesta sia preferibile all’orgoglio delle persone umili? Se nella saggezza è necessaria moderazione, essa è altrettanto indispensabile nelle precauzioni che essa stessa suggerisce. Per evitare che cure indegne danneggino la virtù e creino un pericolo immaginario solo perché ne siamo allarmati. Non capisci forse che, dopo essere rialzati da una caduta, bisogna rimanere in piedi. E inclinarsi nella direzione opposta a quella in cui si è caduti significa rischiare di cadere di nuovo? Cugina, sei stata un’amante come Elena di Troia. Ora sei devota come lei. Possa Dio voler che tu abbia più successo! In verità, se conoscessi meno la tua timidezza naturale, i tuoi errori potrebbero spaventarmi a mia volta. E se fossi altrettanto scrupolosa, temendo troppo per te, mi faresti tremare anche per me stessa.

Pensa bene a ciò che dici, mia cara amica: tu, la cui morale è tanto semplice e gentile quanto onesta e pura, non metti forse una durezza eccessiva nelle tue massime riguardo alla separazione dei sessi? Concordo con te sul fatto che uomini e donne non dovrebbero vivere insieme né in modo simile; ma considera se questa importante regola non richieda alcune distinzioni nella pratica: bisogna applicarla indistintamente, senza eccezioni, alle donne e alle ragazze, alla società in generale e ai rapporti personali, agli affari e ai divertimenti. E se la decenza e l’onestà che ne sono alla base non dovrebbero talvolta moderarne l’applicazione? Vuoi che in un paese dalle buone usanze, dove si cerca nel matrimonio il rispetto delle convenienze naturali, ci siano occasioni in cui giovani di entrambi i sessi possano incontrarsi, conoscersi e scegliersi a vicenda; ma hai ragione nel vietare loro qualsiasi incontro privato. Eppure, per le donne e le madri di famiglia, che non hanno alcun interesse legittimo ad apparire in pubblico, che sono impegnate nei doveri domestici e non dovrebbero rifiutarsi di fare nulla di appropriato al ruolo di padrone di casa. Non vorrei certo che tu andassi nelle cantine a far assaggiare i vini ai commercianti, né che lasciassi i tuoi figli per andare a regolare conti con un banchiere; ma se dovesse venire un uomo onesto a trovare tuo marito o a trattare con lui di qualche affare, rifiuteresti di accoglierlo in sua assenza e di offrirgli l’ospitalità della tua casa, per paura di trovarti sola con lui? Torna al principio fondamentale. E tutte le regole si chiariranno da sole. Perché pensiamo che le donne debbano vivere separate dagli uomini? Dovremmo davvero credere che ciò sia dovuto alla loro debolezza, o soltanto per evitare tentazioni? No, mia cara. Queste paure indegne non si addicono a una donna onesta, a una madre di famiglia circondata da valori morali e impegnata nei doveri più rispettabili. Ciò che ci separa dagli uomini è proprio la natura stessa, che ci impone occupazioni diverse; è quella modestia dolce e timida che, senza parlare esplicitamente di castità, ne è la più sicura garanzia; è quella riservatezza attenta e delicata che, suscitando sia desideri che rispetto nei cuori degli uomini, funge in qualche modo da “coquetterie” della virtù. Ecco perché nemmeno gli stessi coniugi sono esenti da questa regola; ecco perché le donne più oneste di solito mantengono un certo ascendente sui loro mariti: grazie a questa sagge e discreta riservatezza, senza capricci né rifiuti, sanno mantenere una certa distanza all’interno dell’unione più tenera, impedendo loro di saziarsi mai di loro. Converrai con me che il tuo principio è troppo generale per non prevedere eccezioni, e che, poiché non si basa su un dovere rigoroso, la stessa cortesia che lo stabilisce può talvolta dispensarne dall’osservanza.

La circonspection que tu fondes sur tes fautes passées est injurieuse à ton état présent : je ne la pardonnerais jamais à ton coeur, et j’ai bien de la peine à la pardonner à ta raison. Comment le rempart qui défend ta personne n’a-t-il pu te garantir d’une crainte ignominieuse ? Comment se peut-il que ma cousine, ma soeur, mon amie, ma Julie, confonde les faiblesses d’une fille trop sensible avec les infidélités d’une femme coupable ? Regarde tout autour de toi, tu n’y verras rien qui ne doive élever et soutenir ton âme. Ton mari, qui en présume tant, et dont tu as l’estime à justifier ; tes enfants, que tu veux former au bien, et qui s’honoreront un jour de t’avoir eue pour mère ; ton vénérable père, qui t’est si cher, qui jouit de ton bonheur, et s’illustre de sa fille plus même que de ses aïeux ; ton amie, dont le sort dépend du tien, et à qui tu dois compte d’un retour auquel elle a contribué ; sa fille, à qui tu dois l’exemple des vertus que tu lui veux inspirer ; ton ami, cent fois plus idolâtre des tiennes que de ta personne, et qui te respecte encore plus que tu ne le redoutes ; toi-même enfin, qui trouves dans ta sagesse le prix des efforts qu’elle t’a coûtés, et qui ne voudras jamais perdre en un moment le fruit de tant de peines ; combien de motifs capables d’animer ton courage te font honte de t’oser défier de toi ? Mais, pour répondre de ma Julie, qu’ai-je besoin de considérer ce qu’elle est ? Il me suffit de savoir ce qu’elle fut durant les erreurs qu’elle déplore. Ah ! si jamais ton coeur eût été capable d’infidélité, je te permettrais de la craindre toujours ; mais, dans l’instant même où tu croyais l’envisager dans l’éloignement, conçois l’horreur qu’elle t’eût faite présente, par celle qu’elle t’inspira dès qu’y penser eût été la commettre.

Je me souviens de l’étonnement avec lequel nous apprenions autrefois qu’il y a des pays où la faiblesse d’une jeune amante est un crime irrémissible, quoique l’adultère d’une femme y porte le doux nom de galanterie, et où l’on se dédommage ouvertement étant mariée de la courte gêne où l’on vivait étant fille. Je sais quelles maximes règnent là-dessus dans le grand monde, où la vertu n’est rien, où tout n’est que vaine apparence, où les crimes s’effacent par la difficulté de les prouver, où la preuve même en est ridicule contre l’usage qui les autorise. Mais toi, Julie, ô toi qui, brûlant d’une flamme pure et fidèle, n’étais coupable qu’aux yeux des hommes, et n’avais rien à te reprocher entre le ciel et toi ; toi qui te faisais respecter au milieu de tes fautes ; toi qui, livrée à d’impuissants regrets, nous forçais d’adorer encore les vertus que tu n’avais plus ; toi qui t’indignais de supporter ton propre mépris quand tout semblait te rendre excusable, oses-tu redouter le crime après avoir payé si cher ta faiblesse ? Oses-tu craindre de valoir moins aujourd’hui que dans les temps qui t’ont tant coûté de larmes ? Non, ma chère ; loin que tes anciens égarements doivent t’alarmer, ils doivent animer ton courage : un repentir si cuisant ne mène point au remords, et quiconque est si sensible à la honte ne sait point braver l’infamie.

Si jamais une âme faible eut des soutiens contre sa faiblesse, ce sont ceux qui s’offrent à toi ; si jamais une âme forte a pu se soutenir elle-même, la tienne a-t-elle besoin d’appui ? Dis-moi donc quels sont les raisonnables motifs de crainte. Toute ta vie n’a été qu’un combat continuel, où, même après ta défaite, l’honneur, le devoir, n’ont cessé de résister, et ont fini par vaincre. Ah ! Julie, croirai-je qu’après tant de tourments et de peines, douze ans de pleurs et six ans de gloire te laissent redouter une épreuve de huit jours ? En deux mots, sois sincère avec toi-même : si le péril existe, sauve ta personne et rougis de ton coeur ; s’il n’existe pas, c’est outrager ta raison, c’est flétrir ta vertu, que de craindre un danger qui ne peut l’atteindre. Ignores-tu qu’il est des tentations déshonorantes qui n’approchèrent jamais d’une âme honnête, qu’il est même honteux de les vaincre, et que se précautionner contre elles est moins s’humilier que s’avilir ?

Je ne prétends pas te donner mes raisons pour invincibles, mais te montrer seulement qu’il y en a qui combattent les tiennes ; et cela suffit pour autoriser mon avis. Ne t’en rapporte ni à toi qui ne sais pas te rendre justice, ni à moi qui dans tes défauts n’ai jamais su voir que ton coeur, et t’ai toujours adorée, mais à ton mari, qui te voit telle que tu es, et te juge exactement selon ton mérite. Prompte comme tous les gens sensibles à mal juger de ceux qui ne le sont pas, je me défiais de sa pénétration dans les secrets des coeurs tendres ; mais, depuis l’arrivée de notre voyageur, je vois par ce qu’il m’écrit qu’il lit très bien dans les vôtres, et que pas un des mouvements qui s’y passent n’échappe à ses observations. Je les trouve même si fines et si justes, que j’ai rebroussé presque à l’autre extrémité de mon premier sentiment, et je croirais volontiers que les hommes froids, qui consultent plus leurs yeux que leur coeur, jugent mieux des passions d’autrui que les gens turbulents et vifs ou vains comme moi, qui commencent toujours par se mettre à la place des autres, et ne savent jamais voir que ce qu’ils sentent. Quoi qu’il en soit, M. de Wolmar te connaît bien ; il t’estime, il t’aime, et son sort est lié au tien : que lui manque-t-il pour que tu lui laisses l’entière direction de ta conduite sur laquelle tu crains de t’abuser ? Peut-être, sentant approcher la vieillesse, veut-il par des épreuves propres à le rassurer prévenir les inquiétudes jalouses qu’une jeune femme inspire ordinairement à un vieux mari ; peut-être le dessein qu’il a demande-t-il que tu puisses vivre familièrement avec ton ami sans alarmer ni ton époux ni toi-même ; peut-être veut-il seulement te donner un témoignage de confiance et d’estime digne de celle qu’il a pour toi. Il ne faut jamais se refuser à de pareils sentiments, comme si l’on n’en pouvait soutenir le poids ; et pour moi, je pense en un mot que tu ne peux mieux satisfaire à la prudence et à la modestie qu’en te rapportant de tout à sa tendresse et à ses lumières.

Veux-tu, sans désobliger M. de Wolmar, te punir d’un orgueil que tu n’eus jamais, et prévenir un danger qui n’existe plus ? Restée seule avec le philosophe, prends contre lui toutes les précautions superflues qui t’auraient été jadis si nécessaires ; impose-toi la même réserve que si avec ta vertu tu pouvais te défier encore de ton coeur et du sien. Évite les conversations trop affectueuses, les tendres souvenirs du passé ; interromps ou préviens les trop longs tête-à-tête ; entoure-toi sans cesse de tes enfants ; reste peu seule avec lui dans la chambre, dans l’Élysée, dans le bosquet, malgré la profanation. Surtout prends ces mesures d’une manière si naturelle qu’elles semblent un effet du hasard, et qu’il ne puisse imaginer un moment que tu le redoutes. Tu aimes les promenades en bateau ; tu t’en prives pour ton mari qui craint l’eau, pour tes enfants que tu n’y veux pas exposer : prends le temps de cette absence pour te donner cet amusement en laissant tes enfants sous la garde de la Fanchon. C’est le moyen de te livrer sans risque aux doux épanchements de l’amitié, et de jouir paisiblement d’un long tête-à-tête sous la protection des bateliers, qui voient sans entendre, et dont on ne peut s’éloigner avant de penser à ce qu’on fait.

Il me vient encore une idée qui ferait rire beaucoup de gens, mais qui te plaira, j’en suis sûre : c’est de faire en l’absence de ton mari un journal fidèle pour lui être montré à son retour, et de songer au journal dans tous les entretiens qui doivent y entrer. À la vérité, je ne crois pas qu’un pareil expédient fût utile à beaucoup de femmes, mais une âme franche et incapable de mauvaise foi a contre le vice bien des ressources qui manqueront toujours aux autres. Rien n’est méprisable de ce qui tend à garder la pureté ; et ce sont les petites précautions qui conservent les grandes vertus.

The caution you base on your past mistakes is an insult to your current state: I could never forgive it from the bottom of my heart, and it’s hard even for my reason to do so. How is it that the defenses that protect you as a person failed to shield you from such ignoble fear? How can it be that my cousin, my sister, my friend—my Julie—confuses the weaknesses of a too-sensitive girl with the infidelities of a guilty woman? Look around you; you will see nothing that should not elevate and support your soul. Your husband, who holds you in such high regard and whose respect you deserve to maintain; your children, whom you wish to nurture towards goodness and who will one day honor you as their mother; your beloved father, who cherishes you so much, who takes joy in your happiness, and who is prouder of his daughter than of his ancestors; your friend, whose fate is tied to yours and to whom you owe a return for all her support; her daughter, to whom you must set an example of the virtues you wish to instill in her; your friend, who admires your qualities far more than your person and who respects you even more than you fear him; and finally, you yourself—who find the worth of your efforts in your own wisdom and who would never want to lose the fruit of so much suffering in an instant. How many reasons exist to strengthen your courage! But to answer about my Julie, what do I need to know about her? It is enough for me to understand what she was during those mistakes she now regrets. Ah! If ever your heart were capable of infidelity, I would allow you to fear it forever; but in the very moment you imagined such a possibility, consider the horror it would bring if it truly happened—for the very act of thinking about it would already be an act of betrayal.

I remember the astonishment with which we used to learn that there were countries where the weakness of a young woman was considered an unforgivable crime, even though adultery was given there a gentle name such as “courtesy”; and where a married woman would openly seek compensation for the slight inconveniences she faced before marriage. I know what principles prevail in such places—in the high society where virtue means nothing, where everything is mere appearance, where crimes are forgotten because it is so difficult to prove them, and where even the evidence itself seems ridiculous when compared to the practices that allow them to happen. But you, Julie, oh you who, burning with a pure and faithful passion, were guilty only in the eyes of men and had nothing to reproach yourself for between heaven and yourself; you who commanded respect despite your faults; you who, overwhelmed by helpless regret, still forced us to admire the virtues you no longer possessed; you who indignantly refused to endure your own contempt when everything seemed to excuse you—how dare you fear crime now, after having paid such a high price for your weakness? How dare you think you are worth less today than in those times that cost you so many tears? No, my dear; far from frightening you, your past mistakes should strengthen your courage. Such intense remorse does not lead to guilt, and anyone who is so sensitive to shame cannot possibly brave infamy.

If ever a weak soul found support against its own weakness, it was the very support that was offered to you; if ever a strong soul was able to sustain itself on its own, does yours need any help at all? Tell me then what are these reasonable reasons for fear. Your entire life has been but a continuous struggle—in which, even after your defeats, honor and duty never ceased to resist and ultimately triumphed. Ah! Julie, how can I believe that after so much suffering and pain, twelve years of tears and six years of glory, you should still fear an ordeal that will last only eight days? In short, be honest with yourself: if danger truly exists, save yourself and be ashamed of your fears; if it does not exist, to fear a threat that cannot harm you is nothing less than to insult your reason and degrade your virtue. Do you not realize that there are certain despicable temptations which never even approach an honest soul? Indeed, it would be shameful to overcome them, yet to take precautions against them is far less humiliating than to succumb to them.

I do not claim to tell you the reasons why I consider myself invincible, but merely to show you that there are others who oppose your views; and that is enough to justify my opinion. Do not rely on yourself, who cannot be fair to yourself, nor on me, who in your faults have never seen anything but your heart and have always adored you; rely instead on your husband, who sees you as you really are and judges you precisely according to your merits. Quick to judge wrongly of those who are not quick to judge themselves, I had doubted his ability to understand the secrets of tender hearts; but since the arrival of our traveler, what he writes to me shows that he understands yours very well, and that not a single movement within them escapes his observation. I find his judgments so subtle and fair that I have almost changed my initial opinion entirely, and I would readily believe that cold-hearted men, who rely more on their eyes than their hearts, judge others’ passions better than impetuous or vain people like me, who always start by putting themselves in others’ shoes and never see anything but what they feel themselves. In any case, Mr. de Wolmar knows you well; he values you, he loves you, and his fate is tied to yours: what does he lack so that you would allow him full control over your conduct, something you fear might lead you astray? Perhaps, sensing the approach of old age, he wishes to use trials suited to reassure him and prevent the jealous concerns that a young woman usually causes an elderly husband; perhaps his plan requires that you live together with your friend without alarming either your husband or yourself; perhaps he simply wants to give you proof of his trust and respect, worthy of what he feels for you. One should never refuse such feelings, as if one could not bear their weight; and in my opinion, there is no better way to satisfy prudence and modesty than to rely entirely on his tenderness and his wisdom.

Do you wish, without offending Mr. de Wolmar, to punish yourself for a pride that you never truly possessed, and to prevent a danger that no longer exists? Now that you are alone with the philosopher, take all those unnecessary precautions that would have been essential in the past; impose upon yourself the same restraint as if your virtue still required you to guard against both your own heart and his. Avoid overly affectionate conversations, tender memories of the past; interrupt or prevent any prolonged moments of solitude together; always keep your children around you; stay alone with him for short periods—whether in the room, at the Élysée, or in the grove—even amidst such profanation. Above all, adopt these measures in such a natural way that they seem like mere coincidences, so that he never even suspects you are avoiding him. You enjoy boat rides; refrain from them for your husband who fears water, and for your children whom you do not wish to expose to such risks. Use this temporary separation as an opportunity to indulge in these pleasant pursuits, leaving your children under the care of Fanchon. This way, you can safely indulge in the sweet pleasures of friendship and enjoy a long, private moment together, protected by the boatmen who see but do not hear—allowing you time to reflect on your actions before moving any further.

I’ve come up with another idea that would make many people laugh, but I’m sure it will please you: keep a detailed journal on your husband’s behalf while he is away, so that you can show it to him when he returns. Think about this journal whenever you have any conversations that should be recorded in it. To be honest, I don’t think such a strategy would be useful for many women, but an honest and sincere person always has many resources at their disposal to combat vice—resources that others will never possess. Nothing is despicable when it aims to preserve purity; it is precisely these small precautions that help maintain great virtues.

La prudenza che metti in atto a causa dei tuoi errori passati è offensiva verso il tuo stato attuale: non potrei mai perdonarla al tuo cuore, e fatico molto anche a perdonarla alla tua ragione. Come mai la difesa che protegge la tua persona non è riuscita a garantirti da una paura ignominiosa? Come può essere che mia cugina, mia sorella, mia amica, Julie, confonda le debolezze di una ragazza troppo sensibile con le infedeltà di una donna colpevole? Guardati intorno: non vedrai nulla che non possa elevare e sostenere la tua anima. Tuo marito, che ne ha tanta stima e il cui rispetto devi meritare; i tuoi figli, che vuoi educare al bene e che un giorno si onoreranno di averti avuta per madre; tuo venerabile padre, che ti è così caro, che gioisce della tua felicità e che si vanta più di sua figlia che dei suoi antenati; la tua amica, il cui destino dipende dal tuo, e alla quale devi rendere conto del tuo ritorno, contribuito anche da lei stessa; sua figlia, a cui devi dare l’esempio delle virtù che vuoi ispirarle; il tuo amico, che ama le tue qualità molto più della tua persona stessa e che ti rispetta ancora di più di quanto tu tema lui. E infine tu stessa, che trovi nel tuo saggezza il valore degli sforzi fatti per raggiungerla. Quanti motivi ci sono, dunque, capaci di infondere coraggio in te. Perché dovresti avere paura di metterti alla prova? Ma, per rispondere riguardo a Julie. Che bisogno ho di considerare ciò che è ora? Mi basta sapere ciò che era quando commetteva errori di cui ora si pente. Ah! Se mai il tuo cuore fosse stato capace di infedeltà, ti permetterei sempre di temerla. Ma nel momento stesso in cui pensassi di poterla immaginare lontano da te, prova l’orrore che ti causerebbe se fosse davvero presente. Proprio perché rappresenta ciò che hai commesso quando l’hai pensata.

Ricordo con quale stupore imparavamo un tempo che esistevano paesi in cui la debolezza di una giovane amante era considerata un crimine irreparabile, mentre l’adulterio di una donna vi veniva chiamato con il dolce nome di “galanteria”; in quei luoghi si cercava apertamente di compensare, essendo sposate, la breve vergogna che si provava quando si era ragazze. So quali massime regnano su queste cose nel grande mondo: dove la virtù non conta nulla, dove tutto è solo apparenza vana, dove i crimini svaniscono per la difficoltà di provarli, dove persino la prova stessa appare ridicola di fronte all’uso che li autorizza. Ma tu, Julie, oh tu, che, bruciando di una fiamma pura e fedele, eri colpevole soltanto agli occhi degli uomini e non avevi nulla da rimproverarti tra il cielo e te stessa; tu, che ti facevi rispettare nonostante i tuoi errori; tu, che, costretta a provare inutili rimpianti, ci costringevi ad ammirare ancora le virtù che ormai non possedevi più; tu, che ti indignavi all’idea di sopportare il tuo stesso disprezzo quando tutto sembrava giustificarti. Osi forse temere il crimine dopo aver pagato così caro per la tua debolezza? Osi temere di valere meno oggi di quanto non valevi in quei tempi che ti hanno costato tante lacrime? No, mia cara. Lontano dall’allarmarti i tuoi vecchi errori, dovrebbero anzi infondere coraggio in te: un pentimento così profondo non conduce al rimorso, e chi è così sensibile alla vergogna non sa certo come affrontare l’infamia.

Se mai un’anima debole ha trovato sostegno contro la propria debolezza, questi sostegni sono proprio quelli che ti vengono offerti; se mai un’anima forte è riuscita a sostenersi da sola, la tua ha davvero bisogno di aiuto? Dimmi dunque quali siano i motivi ragionevoli per temere. Tutta la tua vita non è stata altro che una lotta continua: anche dopo le tue sconfitte, onore e dovere non hanno mai smesso di resistere, fino a vincere alla fine. Ah! Julie. Come posso credere che, dopo tanti tormenti e sofferenze, dodici anni di lacrime e sei anni di gloria, tu debba temere ancora un’esperienza durata soltanto otto giorni? In due parole: sii sincera con te stessa: se il pericolo esiste, salva la tua vita, e vergognati del tuo cuore; se non esiste, temere un pericolo che non può colpirti significa insultare la tua ragione, umiliare la tua virtù. Non sai forse che ci sono tentazioni disonorevoli che non si avvicinano mai a un’anima onesta. E che persino sconfiggerle è una cosa vergognosa? Prevenirle, invece, significa molto meno umiliarsi di quanto non lo sia cadere in loro.

Non pretendo di darti le ragioni per cui i miei sentimenti sono “invincibili”, ma solo di farti vedere che esistono persone che combattono contro i tuoi; e questo basta per giustificare il mio punto di vista. Non affidarti né a te stessa, che non sai valutarti correttamente, né a me, che nei tuoi difetti non ho mai visto altro che il tuo cuore e ti ho sempre amata sinceramente; affidati piuttosto a tuo marito, che ti vede così come sei e ti giudica esattamente secondo i tuoi meriti. Rapida come tutti coloro che tendono a giudicare male coloro che non lo sono, mi ero scettica riguardo alla sua capacità di comprendere i segreti dei cuori teneri; ma da quando è arrivato il nostro viaggiatore, vedo dalle sue lettere che riesce molto bene a leggere nel tuo cuore, e che nessun tuo sentimento gli sfugge. Trovo persino che le sue osservazioni siano così fini e giuste che ho quasi cambiato completamente opinione: crederei volentieri che gli uomini freddi, che si affidano di più ai propri occhi che al proprio cuore, riescano a comprendere meglio i sentimenti altrui rispetto alle persone turbolente, vivaci o vanitose come me, che tendono sempre a mettersi nei panni degli altri e non vedono mai altro se non ciò che provano loro stessi. Comunque sia, il signor de Wolmar ti conosce bene; ti apprezza, ti ama, e il suo destino è legato al tuo: cosa gli manca perché tu gli permetta di guidare completamente la tua condotta, su cui temi di sbagliare? Forse, sentendo avvicinarsi l’età avanzata, vuole, attraverso prove appropriate a rassicurarlo, prevenire le inquietudini gelose che una giovane donna solitamente suscita in un marito anziano; forse il suo piano richiede che tu possa vivere liberamente con il tuo amico senza allarmare né tuo marito né te stessa; forse vuole semplicemente darti una dimostrazione di fiducia e stima degna di ciò che prova per te. Non si dovrebbe mai rifiutare sentimenti del genere, come se non si potesse sopportarne il peso; e per quanto mi riguarda, credo in breve che tu non possa soddisfare meglio le esigenze della prudenza e della modestia affidandoti interamente alla sua tenerezza e alle sue “luci”.

Vuoi, senza offendere il signor de Wolmar, punirti per un orgoglio che non hai mai avuto e prevenire un pericolo che ormai non esiste più? Rimasta sola con il filosofo, prendi contro di lui tutte quelle precauzioni superflue che un tempo ti sarebbero sembrate necessarie; imponiti la stessa riservza come se, con la tua virtù, potessi ancora fidarti del tuo cuore e del suo. Evita conversazioni troppo affettuose, teneri ricordi del passato; interrompi o prevenisci lunghi momenti di intimità; circondati sempre dei tuoi figli; rimani poco sola con lui in camera, nell’Élysée, nel boschetto. Nonostante tutto. Soprattutto, adotta queste misure in modo così naturale che sembrino il risultato del caso, in modo che lui non possa mai sospettare che le temi. Ti piacciono le passeggiate in barca; te ne privi per tuo marito, che ha paura dell’acqua, per i tuoi figli, che non vuoi esporre al rischio. Approfitta di questa assenza per goderti questo divertimento, lasciando i tuoi bambini sotto la custodia della Fanchon. È il modo per concederti senza rischi quei dolci momenti d’affetto dell’amicizia e per godere serenamente di lunghi incontri sotto la protezione dei barcaioli, che vedono senza ascoltare. E da cui non si può allontanare senza prima pensare a ciò che si fa.

Mi è venuta un’altra idea che farebbe ridere molte persone, ma sono sicura che ti piacerà: consiste nel tenere, in assenza di tuo marito, un diario fedele da fargli vedere al suo ritorno, e nel pensare a questo diario durante tutte le conversazioni che dovranno esservi inserite. A dire il vero, non credo che un simile espediente sia utile per molte donne, ma un’anima onesta e incapace di malizia dispone di molti mezzi per combattere il vizio, mezzi che alle altre mancheranno sempre. Niente è spregevole di ciò che tende a preservare la purezza; sono proprio queste piccole precauzioni a mantenere le grandi virtù.

Au reste, puisque ton mari doit me voir en passant, il me dira, j’espère, les véritables raisons de son voyage ; et si je ne les trouve pas solides, ou je le détournerai de l’achever, ou quoi qu’il arrive, je ferai ce qu’il n’aura pas voulu faire ; c’est sur quoi tu peux compter. En attendant, en voilà, je pense, plus qu’il n’en faut pour te rassurer contre une épreuve de huit jours. Va, ma Julie, je te connais trop bien pour ne pas répondre de toi autant et plus que de moi-même. Tu seras toujours ce que tu dois et que tu veux être. Quand tu te livrerais à la seule honnêteté de ton âme, tu ne risquerais rien encore ; car je n’ai point de foi aux défaites imprévues : on a beau couvrir du vain nom de faiblesses des fautes toujours volontaires, jamais femme ne succombe qu’elle n’ait voulu succomber, et si je pensais qu’un pareil sort pût t’attendre, crois-moi, crois-en ma tendre amitié, crois-en tous les sentiments qui peuvent naître dans le coeur de ta pauvre Claire, j’aurais un intérêt trop sensible à t’en garantir pour t’abandonner à toi seule.

Ce que M. de Wolmar t’a déclaré des connaissances qu’il avait avant ton mariage me surprend peu ; tu sais que je m’en suis toujours doutée ; et je te dirai de plus que mes soupçons ne se sont pas bornés aux indiscrétions de Babi. Je n’ai jamais pu croire qu’un homme droit et vrai comme ton père, et qui avait tout au moins des soupçons lui-même, pût se résoudre à tromper son gendre et son ami. Que s’il t’engageait si fortement au secret, c’est que la manière de le révéler devenait fort différente de sa part ou de la tienne, et qu’il voulait sans doute y donner un tour moins propre à rebuter M. de Wolmar, que celui qu’il savait bien que tu ne manquerais pas d’y donner toi-même. Mais il faut te renvoyer ton exprès ; nous causerons de tout cela plus à loisir dans un mois d’ici.

Adieu, petite cousine, c’est assez prêcher la prêcheuse : reprends ton ancien métier, et pour cause. Je me sens tout inquiète de n’être pas encore avec toi. Je brouille toutes mes affaires en me hâtant de les finir, et ne sais guère ce que je fais. Ah ! Chaillot, Chaillot !… si j’étais moins folle !… mais j’espère de l’être toujours.

P. S. — À propos, j’oubliais de faire compliment à ton altesse. Dis-moi, je t’en prie, monseigneur ton mari est-il Atteman, Knès ou Boyard ? Pour moi, je croirai jurer s’il faut t’appeler Mme la Boyarde[156]. O pauvre enfant ! toi qui as tant gémi d’être née demoiselle, te voilà bien chanceuse d’être la femme d’un prince ! Entre nous cependant, pour une dame de si grande qualité, je te trouve des frayeurs un peu roturières. Ne sais-tu pas que les petits scrupules ne conviennent qu’aux petites gens, et qu’on rit d’un enfant de bonne maison qui prétend être fils de son père ?

Lettre XIV – De M. de Wolmar à Madame d’Orbe

Je pars pour Etange, petite cousine ; je m’étais proposé de vous voir en allant ; mais un retard dont vous êtes cause me force à plus de diligence, et j’aime mieux coucher à Lausanne en revenant pour y passer quelques heures de plus avec vous. Aussi bien j’ai à vous consulter sur plusieurs choses dont il est bon de vous parler d’avance afin que vous ayez le temps d’y réfléchir avant de m’en dire votre avis.

Je n’ai point voulu vous expliquer mon projet au sujet du jeune homme, avant que sa présence eût confirmé la bonne opinion que j’en avais conçue. Je crois déjà m’être assez assuré de lui pour vous confier entre nous que ce projet est de le charger de l’éducation de mes enfants. Je n’ignore pas que ces soins importants sont le principal devoir d’un père ; mais quand il sera temps de les prendre je serai trop âgé pour les remplir ; et tranquille et contemplatif par tempérament, j’eus toujours trop peu d’activité pour pouvoir régler celle de la jeunesse. D’ailleurs par la raison qui vous est connue[157], Julie ne me verrait point sans inquiétude prendre une fonction dont j’aurais peine à m’acquitter à son gré. Comme par mille autres raisons votre sexe n’est pas propre à ces mêmes soins, leur mère s’occupera tout entière à bien élever son Henriette : je vous destine pour votre part le gouvernement du ménage sur le plan que vous trouverez établi et que vous avez approuvé ; la mienne sera de voir trois honnêtes gens concourir au bonheur de la maison, et de goûter dans ma vieillesse un repos qui sera leur ouvrage.

J’ai toujours vu que ma femme aurait une extrême répugnance à confier ses enfants à des mains mercenaires, et je n’ai pu blâmer ses scrupules. Le respectable état de précepteur exige tant de talents qu’on ne saurait payer, tant de vertus qui ne sont point à prix, qu’il est inutile d’en chercher un avec de l’argent. Il n’y a qu’un homme de génie en qui l’on puisse espérer de trouver les lumières d’un maître ; il n’y a qu’un ami très tendre à qui son coeur puisse inspirer le zèle d’un père ; et le génie n’est guère à vendre, encore moins l’attachement.

Votre ami m’a paru réunir en lui toutes les qualités convenables ; et, si j’ai bien connu son âme, je n’imagine pas pour lui de plus grande félicité que de faire dans ces enfants chéris celle de leur mère. Le seul obstacle que je puisse prévoir est dans son affection pour milord Édouard qui lui permettra difficilement de se détacher d’un ami si cher et auquel il a de si grandes obligations, à moins qu’Édouard ne l’exige lui-même. Nous attendons bientôt cet homme extraordinaire ; et comme vous avez beaucoup d’empire sur son esprit, s’il ne dément pas l’idée que vous m’en avez donnée, je pourrais bien vous charger de cette négociation près de lui.

Vous avez à présent, petite cousine, la clef de toute ma conduite, qui ne peut que paraître fort bizarre sans cette explication, et qui, j’espère, aura désormais l’approbation de Julie et la vôtre. L’avantage d’avoir une femme comme la mienne m’a fait tenter des moyens qui seraient impraticables avec une autre. Si je la laisse en toute confiance avec son ancien amant sous la seule garde de sa vertu, je serais insensé d’établir dans ma maison cet amant avant de m’assurer qu’il eût pour jamais cessé de l’être, et comment pouvoir m’en assurer, si j’avais une épouse sur laquelle je comptasse moins ?

Je vous ai vue quelquefois sourire à mes observations sur l’amour : mais pour le coup je tiens de quoi vous humilier. J’ai fait une découverte que ni vous ni femme au monde, avec toute la subtilité qu’on prête à votre sexe, n’eussiez jamais faite, dont pourtant vous sentirez peut-être l’évidence au premier instant, et que vous tiendrez au moins pour démontrée quand j’aurai pu vous expliquer sur quoi je la fonde. De vous dire que mes jeunes gens sont plus amoureux que jamais, ce n’est pas sans doute une merveille à vous apprendre. De vous assurer au contraire qu’ils sont parfaitement guéris, vous savez ce que peuvent la raison, la vertu ; ce n’est pas là non plus leur plus grand miracle. Mais que ces deux opposés soient vrais en même temps ; qu’ils brûlent plus ardemment que jamais l’un pour l’autre, et qu’il ne règne plus entre eux qu’un honnête attachement ; qu’ils soient toujours amants et ne soient plus qu’amis ; c’est, je pense, à quoi vous vous attendez moins, ce que vous aurez plus de peine à comprendre, et ce qui est pourtant selon l’exacte vérité.

Telle est l’énigme que forment les contradictions fréquentes que vous avez dû remarquer en eux, soit dans leurs discours, soit dans leurs lettres. Ce que vous avez écrit à Julie au sujet du portrait a servi plus que tout le reste à m’en éclaircir le mystère ; et je vois qu’ils sont toujours de bonne foi, même en se démentant sans cesse. Quand je dis eux, c’est surtout le jeune homme que j’entends ; car pour votre amie, on n’en peut parler que par conjecture ; un voile de sagesse et d’honnêteté fait tant de replis autour de son coeur, qu’il n’est plus possible à l’oeil humain d’y pénétrer, pas même au sien propre. La seule chose qui me fait soupçonner qu’il lui reste quelque défiance à vaincre, est qu’elle ne cesse de chercher en elle-même ce qu’elle ferait si elle était tout à fait guérie, et le fait avec tant d’exactitude, que si elle était réellement guérie, elle ne le ferait pas si bien.

Besides, since your husband is going to pass by and see me, I hope he will tell me the real reasons for his journey; and if those reasons do not seem sound to me, either I will persuade him not to go through with it, or whatever happens, I will do what he himself would not have wanted to do. You can rely on that. In the meantime, I think this is more than enough to reassure you regarding an eight-day ordeal. Go now, my Julie; I know you too well to not feel as much responsibility for you as for myself. You will always be what you ought to be and what you wish to be. If you were to follow only the honesty of your soul, you would run no risk at all; for I do not believe in unexpected defeats. No matter how these faults are disguised under the false name of weakness, they are always voluntary. No woman ever succumbs unless she herself wishes to do so. And if I thought such a fate might await you, believe me, trust my tender friendship, trust all the feelings that can arise in the heart of your poor Claire—my interest in ensuring your safety would be too great for me to abandon you to your own fate.

What Mr. de Wolmar told you about the knowledge he possessed before your marriage does not surprise me in the least; you know that I have always suspected it. Moreover, I must tell you that my suspicions were not limited to Babi’s indiscreet remarks. I could never believe that a man as upright and honest as your father—someone who himself surely had his doubts—would be willing to deceive his son-in-law and his friend. If he urged you so strongly to keep it secret, it must be because the way in which the truth could be revealed was quite different from what either he or you would have chosen. He probably wanted to avoid a method that might offend Mr. de Wolmar, whereas I am certain you would have chosen one that would certainly do so. But I must send your message back to him; we will discuss all this at our leisure in a month’s time.

Adieu, little cousin; enough preaching for one day—return to your old occupation, and for good reason too. I’m so worried that I’m not still with you. I’m messing up all my affairs in my haste to finish them, and I hardly know what I’m doing. Ah! Chaillot, Chaillot, if only I weren’t so foolish! But I hope I’ll always remain it.

P.S. — By the way, I forgot to offer my compliments to your highness. Please tell me, my lord: is your husband Atteman, Knès, or Boyard? To me, I swear, it would be hard to decide whether you should be called Madame la Boyarde[156]. Oh poor child! You who once complained so much about being just a young lady, now you are truly fortunate to be the wife of a prince! However, between us, for a lady of such high status, I find your fears rather, common-sense. Don’t you realize that such petty scruples are suitable only for lower-class people? People would laugh at a child from a good family who claimed to be their father’s son!

Letter XIV – From Mr. de Wolmar to Madame d’Orbe

I am heading to Etange, my dear cousin; I had planned to visit you on the way, but a delay caused by you forces me to hurry. I would rather spend the night in Lausanne on my way back so that I can spend some more time with you. Moreover, there are several matters I need to discuss with you in advance, so that you have time to think about them before giving your opinion.

I did not wish to explain my plans regarding that young man until his presence had confirmed the favorable impression I already had of him. I believe I have gained sufficient confidence in him to tell you that my plan is to entrust him with the education of my children. I am well aware that such responsibilities are a father’s primary duty; but by the time it comes time to undertake them, I will be too old to fulfill them. Moreover, by nature, I am calm and contemplative, and I have never possessed enough energy to manage the affairs of young people. Furthermore, for reasons you are familiar with[157], Julie would be deeply concerned if I took on a role that she might not find satisfactory in my performance. And for countless other reasons as well, your gender is not suited for such responsibilities. His mother will devote herself entirely to raising Henriette properly; as for you, your role will be to manage the household according to the arrangements you have already approved. My own role will be to ensure that three honest people work together towards the happiness of our family, and in my old age, to enjoy a peace of mind that is their own achievement.

I have always known that my wife would feel extreme aversion at entrusting her children into the hands of mercenaries, and I could never blame her for such scruples. The respectable profession of a tutor requires so many talents that they are beyond any monetary reward, and so many virtues that they have no price at all; therefore, it is utterly futile to try to find such a person by paying money. There is only one man of genius upon whom one can hope to rely for the wisdom of a master; there is only one friend who is truly tender enough for whose zeal one’s heart could inspire that of a father. And genius is hardly something that can be sold, let alone true affection.

Your friend seemed to possess all the desirable qualities; and if I have truly understood his character, I cannot imagine any greater happiness for him than to bring joy to these beloved children in the same way their mother would have done it. The only obstacle I can foresee is his deep affection for Lord Edward, which will make it difficult for him to part with such a dear friend to whom he owes so much—unless Lord Edward himself requests it. We are expecting this extraordinary man soon; and since you have considerable influence over his mind, if he does not deviate from the impression you gave me of him, I might well entrust you with this matter of negotiation on my behalf.

You now possess, my dear cousin, the key to all my actions—actions that would undoubtedly seem very strange without this explanation. I hope it will now gain both Julie’s and your approval. The advantage of having a wife like mine allowed me to employ methods that would be impractical with anyone else. If I were to leave her in complete trust with her former lover, under the sole safeguard of her virtue, it would be utterly foolish of me to invite that lover into my home before ensuring that he had truly abandoned all past relations with her. And how could I possibly do that, if I had a wife whose loyalty I couldn’t rely upon?

I have seen you sometimes smile at my observations about love; but this time, I have something that can truly humble you. I have made a discovery that neither you nor any woman in the world, with all the subtlety traditionally attributed to your sex, could ever have made. Yet you may perhaps recognize its truth at once, and you will at least consider it proven once I explain the basis on which I draw it. To tell you that my young men are more in love than ever is certainly not something astonishing for you to hear. On the contrary, to assure you that they have been completely cured of their passion—well, you know what reason and virtue can achieve; but that is not even their greatest “miracolo.” But that these two seemingly opposite states be both true at the same time; that they burn with greater intensity for each other than ever before; that between them there remains only honest affection; that they are still lovers yet are no longer consumed by passion—this, I believe, is what you least expect to hear, what will be hardest for you to understand, and yet which is in perfect accordance with the truth.

Such is the enigma posed by the frequent contradictions you must have observed in them—whether in their speeches or in their letters. What you wrote to Julie regarding that portrait was far more helpful in elucidating this mystery than anything else; and I see that they are still of good faith, even though they constantly contradict themselves. When I say “they,” I mainly mean the young man; for as regards your friend, one can only speak about her in terms of conjecture. A veil of wisdom and honesty surrounds her heart in such complex ways that it is no longer possible for the human eye—to say nothing of her own eyes—to penetrate it. The only thing that leads me to suspect that there is still some doubt left to be overcome in her case is that she constantly searches within herself for those actions she would take if she were completely healed, and she does so with such precision that if she were truly healed, she probably wouldn’t perform them in such a perfect manner.

Del resto, poiché tuo marito dovrà passare da me, spero che mi dirà le vere ragioni del suo viaggio; e se queste non mi sembreranno valide, o lo dissuaderò dal portarlo a termine, o, in ogni caso, farò ciò che lui stesso non avrà voluto fare. Puoi contarci su questo. Intanto, credo che ci sia più che abbastanza per rassicurarti riguardo a questa prova di otto giorni. Vai, mia Julie: ti conosco troppo bene per non sentirmi responsabile di te tanto quanto lo sono di me stesso. Sarai sempre ciò che devi e che vuoi essere. Se ti affidassi soltanto all’onestà del tuo cuore, non correresti alcun rischio. Poiché non credo alle sconfitte impreviste: anche se si cercano di nascondere degli errori con il vano pretesto delle debolezze, nessuna donna cade mai se non lo desidera. E se pensassi che un simile destino potesse toccarti, credimi. Credi nella mia affettuosa amicizia, credi in tutti i sentimenti che possono nascere nel cuore della tua povera Claire. Avrei troppo interesse a proteggerti per lasciarti sola.

Quello che il signor de Wolmar ti ha detto riguardo alle conoscenze che aveva prima del tuo matrimonio non mi sorprende affatto; sai bene che me n’ero sempre sospettata. E ti dirò anche che i miei sospetti non si sono limitati alle indiscrezioni di Babi. Non ho mai potuto credere che un uomo onesto e sincero come tuo padre, che almeno lui stesso aveva dei dubbi, potesse decidere di ingannare il proprio genero e amico. Se ti ha esortato con tanta insistenza a mantenere il segreto, è perché il modo in cui avrebbe potuto rivelarlo sarebbe stato molto diverso da quello che lui stesso o tu avreste scelto. E probabilmente voleva evitare di usare un metodo che potesse scoraggiare il signor de Wolmar, mentre sapeva bene che tu non avresti esitato a farlo. Ma devi riconsegnargli la tua lettera: ne parleremo più approfonditamente tra un mese.

Addio, piccola cugina. Basta ormai predicare: riprendi il tuo vecchio lavoro, e con buone ragioni. Sono così inquieta all’idea di non essere ancora con te. Metto sottosopra tutte le mie faccende nel tentativo di finirle in fretta, e non so nemmeno cosa sto facendo. Ah! Chaillot, Chaillot, se solo fossi meno folle. Ma spero di rimanerlo per sempre.

P.S. — A proposito, mi sono dimenticata di farti i complimenti, Altezza. Dimmi, per favore: tuo marito è Atteman, Knès o Boyard? Per me, giurerei che dovresti essere chiamata “Madama la Boyarde”[156]. Povera bambina! Tu, che hai sempre lamentato di essere nata semplicemente una signorina, ora sei davvero fortunata ad essere la moglie di un principe. Tuttavia, per una dama di tale rango, trovo che le tue paure siano piuttosto volgari. Non sai forse che i piccoli scrupoli sono adatti soltanto alle persone comuni? E si ride di un bambino di buona famiglia che pretende di essere il figlio del proprio padre.

Lettera XIV – Di Monsieur de Wolmar a Madame d’Orbe

Parto per Etange, mia piccola cugina; avevo intenzione di vederti durante il viaggio, ma un ritardo causato da te mi costringe ad accelerare i tempi. Preferisco quindi dormire a Losanna al ritorno, così da poter trascorrere qualche ora in più con te. Inoltre, ho bisogno di consultarti su diverse questioni; è meglio parlarne anticipatamente, così avrai il tempo di rifletterci prima di darmi il tuo parere.

Non ho voluto spiegarvi il mio progetto riguardo a quel giovane prima che la sua presenza non confermasse l’ottima impressione che ne avevo già. Credo di essermi ormai sufficientemente assicurato della sua affidabilità per confidarvi che il mio piano consiste nel affidargli l’educazione dei miei figli. So bene che questi importanti compiti siano il principale dovere di un padre; ma quando arriverà il momento di assumerseli, sarò troppo anziano per farlo. Inoltre, essendo di natura tranquilla e contemplativa, ho sempre avuto troppa poca energia per poter gestire con efficacia le esigenze della gioventù. Inoltre, per motivi che conoscete bene[157], Julie non accetterebbe mai che io assumessi una responsabilità che probabilmente non sarei in grado di svolgere a suo gradimento. E poiché, per mille altre ragioni, il vostro sesso non è adatto a prendersi cura di queste cose, la madre dei miei figli si occuperà interamente dell’educazione di Henriette; a voi, invece, spetta il compito di gestire la casa secondo i criteri che avete già stabilito e approvato. Il mio ruolo sarà quello di vedere tre persone oneste collaborare al benessere della famiglia, e di godermi, nella mia vecchiaia, un riposo che sarà frutto del loro impegno.

Ho sempre visto che mia moglie avrebbe provato un’estrema ripugnanza all’idea di affidare i suoi figli a mani mercenarie, e non ho potuto biasimarla per i suoi scrupoli. Lo stimato ruolo di precettore richiede talenti tali da essere insopportabilmente costosi, virtù che non hanno prezzo; quindi è inutile cercare un precettore usando denaro. Esiste soltanto un uomo di genio in cui si possa sperare di trovare le “luci” di un maestro; esiste soltanto un amico molto affezionato a cui il proprio cuore possa ispirare lo zelo di un padre. E il genio, tanto meno l’affetto sincero, non è certo qualcosa che si possa vendere.

Vostro amico mi è sembrato possedere in sé tutte le qualità desiderabili; e, se ho ben compreso la sua natura, non riesco a immaginare per lui una felicità maggiore di quella di rendere questi bambini tanto amati felici come loro madre. L’unico ostacolo che posso prevedere è il suo affetto per lord Edward, il quale gli renderà difficile allontanarsi da un amico così caro e verso il quale ha tanti debiti di riconoscenza, a meno che non sia lo stesso Edward a richiederlo. Aspettiamo presto quest’uomo straordinario; e poiché avete grande influenza su di lui, se non smentirà l’impressione che mi avete fatto di lui, potrei ben affidarvi questa negoziazione.

Ora, piccola cugina, possiedi la chiave di tutto il mio comportamento; senza questa spiegazione, esso potrebbe sembrare davvero molto strano, ma spero che ora riceva l’approvazione sia di Julie che tua. Il vantaggio di avere una donna come la mia mi ha spinto a provare metodi che sarebbero impraticabili con un’altra persona. Se la lascio completamente in compagnia del suo ex amante, sotto la sola protezione della sua virtù, sarei davvero pazzo se stabilissi nella mia casa quell’amante senza prima assicurarmi che abbia definitivamente interrotto quella relazione. E come potrei farlo, se avessi una moglie di cui non mi fidassi completamente?

Vi ho visto qualche volta sorridere alle mie osservazioni sull’amore; ma questa volta ho qualcosa che può umiliarvi. Ho fatto una scoperta che né voi né alcuna donna al mondo, per tutta la sottigliezza attribuita al vostro sesso, avreste mai potuto fare; tuttavia forse ne comprenderete immediatamente l’evidenza, e la considererete certamente dimostrata non appena vi spiegherò su cosa si basa. Dirvi che i miei giovani sono più innamorati che mai non è certo una notizia sorprendente per voi. Al contrario, assicurarvi che siano completamente guariti. Beh, voi sapete quali siano il potere della ragione e della virtù; ma questo non rappresenta nemmeno il loro più grande “miracolo”. Tuttavia, che questi due aspetti opposti siano entrambi veri allo stesso tempo. Che brucino l’uno per l’altro con ancora maggiore intensità. E che tra di loro regni soltanto un legame onesto. Che siano sempre amanti, ma al contempo solo amici. Credo sia proprio ciò che meno vi aspettate, ciò che vi sarà più difficile da comprendere. Eppure è esattamente la verità.

Ecco l’enigma rappresentato dalle frequenti contraddizioni che avete sicuramente notato in loro, sia nei loro discorsi che nelle loro lettere. Quello che avete scritto a Julie riguardo al ritratto è stato di grande aiuto per chiarire questo mistero; e vedo che sono sempre sinceri, anche se si contraddicono continuamente. Quando parlo di “loro”, intendo soprattutto il giovane; perché per quanto riguarda la vostra amica, non si può parlare di lei se non attraverso congetture: un velo di saggezza e onestà avvolge così strettamente il suo cuore che è ormai impossibile per l’occhio umano penetrarvi, nemmeno per quello stesso della persona interessata. L’unica cosa che mi fa sospettare che in lei rimanga ancora qualche diffidenza da superare è il fatto che non smette mai di cercare dentro se stessa ciò che farebbe se fosse completamente guarita, e lo fa con tale precisione, che se davvero fosse guarita, probabilmente non lo farebbe altrettanto bene.

Pour votre ami, qui, bien que vertueux, s’effraye moins des sentiments qui lui restent, je lui vois encore tous ceux qu’il eut dans sa première jeunesse ; mais je les vois sans avoir droit de m’en offenser. Ce n’est pas de Julie de Wolmar qu’il est amoureux, c’est de Julie d’Etange ; il ne me hait point comme le possesseur de la personne qu’il aime, mais comme le ravisseur de celle qu’il a aimée. La femme d’un autre n’est point sa maîtresse ; la mère de deux enfants n’est plus son ancienne écolière. Il est vrai qu’elle lui ressemble beaucoup et qu’elle lui en rappelle souvent le souvenir. Il l’aime dans le temps passé : voilà le vrai mot de l’énigme. Ôtez-lui la mémoire, il n’aura plus d’amour.

Ceci n’est pas une vaine subtilité, petite cousine ; c’est une observation très solide, qui, étendue à d’autres amours, aurait peut-être une application bien plus générale qu’il ne paraît. Je pense même qu’elle ne serait pas difficile à expliquer en cette occasion par vos propres idées. Le temps où vous séparâtes ces deux amants fut celui où leur passion était à son plus haut point de véhémence. Peut-être s’ils fussent restés plus longtemps ensemble, se seraient-ils peu à peu refroidis ; mais leur imagination vivement émue les a sans cesse offerts l’un à l’autre tels qu’ils étaient à l’instant de leur séparation. Le jeune homme, ne voyant point dans sa maîtresse les changements qu’y faisait le progrès du temps, l’aimait telle qu’il l’avait vue, et non plus telle qu’elle était[158]. Pour le rendre heureux il n’était pas question seulement de la lui donner, mais de la lui rendre au même âge et dans les mêmes circonstances où elle s’était trouvée au temps de leurs premières amours ; la moindre altération à tout cela était autant d’ôté du bonheur qu’il s’était promis. Elle est devenue plus belle, mais elle a changé ; ce qu’elle a gagné tourne en ce sens à son préjudice ; car c’est de l’ancienne et non pas d’une autre qu’il est amoureux.

L’erreur qui l’abuse et le trouble est de confondre les temps et de se reprocher souvent comme un sentiment actuel ce qui n’est que l’effet d’un souvenir trop tendre ; mais je ne sais s’il ne vaut pas mieux achever de le guérir que le désabuser. On tirera peut-être meilleur parti pour cela de son erreur que de ses lumières. Lui découvrir le véritable état de son coeur serait lui apprendre la mort de ce qu’il aime ; ce serait lui donner une affliction dangereuse en ce que l’état de tristesse est toujours favorable à l’amour.

Délivré des scrupules qui le gênent, il nourrirait peut-être avec plus de complaisance des souvenirs qui doivent s’éteindre ; il en parlerait avec moins de réserve ; et les traits de sa Julie ne sont pas tellement effacés en Madame de Wolmar, qu’à force de les y chercher il ne les y pût trouver encore. J’ai pensé qu’au lieu de lui ôter l’opinion des progrès qu’il croit avoir faits, et qui sert d’encouragement pour achever, il fallait lui faire perdre la mémoire des temps qu’il doit oublier, en substituant adroitement d’autres idées à celles qui lui sont si chères. Vous, qui contribuâtes à les faire naître, pouvez contribuer plus que personne à les effacer ; mais c’est seulement quand vous serez tout à fait avec nous que je veux vous dire à l’oreille ce qu’il faut faire pour cela ; charge qui, si je ne me trompe, ne vous sera pas fort onéreuse. En attendant, je cherche à le familiariser avec les objets qui l’effarouchent, en les lui présentant de manière qu’ils ne soient plus dangereux pour lui. Il est ardent, mais faible et facile à subjuguer. Je profite de cet avantage en donnant le change à son imagination. À la place de sa maîtresse, je le force de voir toujours l’épouse d’un honnête homme et la mère de mes enfants : j’efface un tableau par un autre, et couvre le passé du présent. On mène un coursier ombrageux à l’objet qui l’effraye, afin qu’il n’en soit plus effrayé. C’est ainsi qu’il en faut user avec ces jeunes gens dont l’imagination brûle encore, quand leur coeur est déjà refroidi, et leur offre dans l’éloignement des monstres qui disparaissent à leur approche.

Je crois bien connaître les forces de l’un et de l’autre ; je ne les expose qu’à des épreuves qu’ils peuvent soutenir ; car la sagesse ne consiste pas à prendre indifféremment toutes sortes de précautions mais à choisir celles qui sont utiles et à négliger les superflues. Les huit jours pendant lesquels je les vais laisser ensemble suffiront peut-être pour leur apprendre à démêler leurs vrais sentiments et connaître ce qu’ils sont réellement l’un à l’autre. Plus ils se verront seul à seul, plus ils comprendront aisément leur erreur en comparant ce qu’ils sentiront avec ce qu’ils auraient autrefois senti dans une situation pareille. Ajoutez qu’il leur importe de s’accoutumer sans risque à la familiarité dans laquelle ils vivront nécessairement si mes vues sont remplies. Je vois par la conduite de Julie qu’elle a reçu de vous des conseils qu’elle ne pouvait refuser de suivre sans se faire tort. Quel plaisir je prendrais à lui donner cette preuve que je sens tout ce qu’elle vaut, si c’était une femme auprès de laquelle un mari pût se faire un mérite de sa confiance ! Mais quand elle n’aurait rien gagné sur son coeur, sa vertu resterait la même : elle lui coûterait davantage et ne triompherait pas moins. Au lieu que s’il lui reste aujourd’hui quelque peine intérieure à souffrir, ce ne peut être que dans l’attendrissement d’une conversation de réminiscence, qu’elle ne saura que trop pressentir, et qu’elle évitera toujours. Ainsi, vous voyez qu’il ne faut point juger ici de ma conduite par les règles ordinaires, mais par les vues qui me l’inspirent et par le caractère unique de celle envers qui je la tiens.

Adieu, petite cousine, jusqu’à mon retour. Quoique je n’aie pas donné toutes ces explications à Julie, je n’exige pas que vous lui en fassiez un mystère. J’ai pour maxime de ne point interposer de secrets entre les amis : ainsi je remets ceux-ci à votre discrétion ; faites-en l’usage que la prudence et l’amitié vous inspireront : je sais que vous ne ferez rien que pour le mieux et le plus honnête.

Lettre XV – De Saint-Preux à milord Édouard

M. de Wolmar partit hier pour Etange, et j’ai peine à concevoir l’état de tristesse où m’a laissé son départ. Je crois que l’éloignement de sa femme m’affligerait moins que le sien. Je me sens plus contraint qu’en sa présence même : un morne silence règne au fond de mon coeur ; un effroi secret en étouffe le murmure ; et, moins troublé de désirs que de craintes, j’éprouve les terreurs du crime sans en avoir les tentations.

Savez-vous, milord, où mon âme se rassure et perd ces indignes frayeurs ? Auprès de Madame de Wolmar. Sitôt que j’approche d’elle, sa vue apaise mon trouble, ses regards épurent mon coeur. Tel est l’ascendant du sien, qu’il semble toujours inspirer aux autres le sentiment de son innocence et le repos qui en est l’effet. Malheureusement pour moi, sa règle de vie ne la livre pas toute la journée à la société de ses amis, et dans les moments que je suis forcé de passer sans la voir je souffrirais moins d’être plus loin d’elle.

Ce qui contribue encore à nourrir la mélancolie dont je me sens accablé, c’est un mot qu’elle me dit hier après le départ de son mari. Quoique jusqu’à cet instant elle eût fait assez bonne contenance, elle le suivit longtemps des yeux avec un air attendri, que j’attribuai d’abord au seul éloignement de cet heureux époux ; mais je conçus à son discours que cet attendrissement avait encore une autre cause qui ne m’était pas connue. « Vous voyez comme nous vivons, me dit-elle, et vous savez s’il m’est cher. Ne croyez pas pourtant que le sentiment qui m’unit à lui, aussi tendre et plus puissant que l’amour, en ait aussi les faiblesses. S’il nous en coûte quand la douce habitude de vivre ensemble est interrompue, l’espoir assuré de la reprendre bientôt nous console. Un état aussi permanent laisse peu de vicissitudes à craindre ; et dans une absence de quelques jours nous sentons moins la peine d’un si court intervalle que le plaisir d’en envisager la fin. L’affliction que vous lisez dans mes yeux vient d’un sujet plus grave ; et, quoiqu’elle soit relative à M. de Wolmar, ce n’est point son éloignement qui la cause.

For your friend, who, though virtuous, is less afraid of the feelings that remain in him, I still see all those he had in his early youth; but I see them without having any right to be offended by them. He is not in love with Julie de Wolmar; he is in love with Julie d’Etange. He does not hate me as the possessor of the woman he loves, but as the one who stole her from him. The wife of another man is not his mistress; a mother of two children is no longer his former schoolmate. It is true that she resembles him greatly and often reminds him of her. He loves her because of the past: that is the true answer to this mystery. Take away his memories, and he will no longer have any love left.

This is not some mere subtlety, little cousin; it is a very sound observation that, applied to other forms of love, might have far broader implications than it seems at first glance. I even think that it could be easily explained using your own ideas in this particular case. The time when you separated these two lovers was precisely when their passion was at its most intense. Perhaps if they had stayed together longer, their feelings would have gradually cooled down; but their highly excited imaginations constantly presented them with each other as they were at the moment of their separation. The young man, failing to see any changes in his lover brought about by the passage of time, loved her as he had first met her—not as she was now[158]. To make him happy, it would not have been enough simply to give her back to him; it would have been necessary to restore her to the same age and under the same circumstances as when their love began. Any deviation from these conditions would have meant the loss of the happiness he had hoped for. She may have become more beautiful, but she had also changed; what she gained in one way was lost in another—because it was still the old version of her that he loved, not a different one.

The mistake that misleads and troubles him is confounding different times, and often reproaching himself for what is merely the effect of a tender memory as if it were a current feeling; but I wonder whether it might not be better to help him recover completely rather than to correct his misunderstanding. Perhaps making use of his mistake could be more beneficial than relying on his wisdom. Revealing to him the true state of his heart would mean telling him that what he loves is dead; it would bring him dangerous sorrow, for a state of melancholy is always conducive to love.

Free from the scruples that troubled him, he might perhaps indulge in those memories more readily; he would speak of them with less reserve. Moreover, the features of his Julie were not entirely erased in Madame de Wolmar’s appearance—so much so that, if he had sought them diligently enough, he could still have found them there. I thought that instead of depriving him of the belief in the progress he fancied he had made—which served as an encouragement to continue—he ought rather to make him forget those times he needed to forget, by skillfully replacing his cherished memories with others. You, who helped give rise to these false beliefs, could perhaps contribute more than anyone to erasing them; but it is only when you are fully on our side that I wish to tell you in private what needs to be done. If I am not mistaken, this task will not be too onerous for you. In the meantime, I try to accustom him to those things that once frightened him, by presenting them in a way that no longer poses a danger to him. He is passionate, but weak and easily influenced. I take advantage of this by diverting his imagination. In place of his beloved, I force him to always see the wife of an honest man and the mother of my children—I erase one image with another, covering up the past with the present. Just as one leads a timid horse towards what frightens it, so we must approach these young men whose imaginations are still ablaze, but whose hearts have already cooled down, presenting them with monsters that vanish when they come closer.

I believe I know well the strengths of both of them; I subject them only to tests that they are capable of withstanding, for wisdom does not consist in taking every kind of precaution indiscriminately, but in choosing those that are useful and neglecting the superfluous. The eight days during which I will leave them together may be sufficient to teach them how to distinguish their true feelings and understand what they really are to each other. The more time they spend alone, the easier it will be for them to realize their mistakes by comparing what they feel now with what they would have felt in a similar situation before. Moreover, it is important for them to get used, without risk, to the intimacy that they will inevitably share if my plans succeed. I can tell from Julie’s behavior that she has received advice from you that she could not have refused to follow without harming herself. How pleased I would be to give her proof that I appreciate all that she is worth—if only she were a woman whose trust a husband could truly earn! But even if she gained nothing in my regard, her virtue would remain the same: it would cost her more, yet its impact would not be less significant. Instead of experiencing any inner distress today, she will only feel the tenderness that arises from conversations filled with recollections—something she will inevitably anticipate and always try to avoid. Thus, you see that my actions should not be judged by ordinary standards, but by the principles that guide me and by the unique nature of the relationship I am engaged in.

Adieu, little cousin, until my return. Although I did not give all these explanations to Julie, I do not expect you to keep it a secret from her. My principle is never to create secrets between friends; therefore, I leave it up to your discretion. Use it in the way that prudence and friendship will guide you—I know you will always act in the best and most honest manner possible.

Letter XV – From Saint-Preux to Lord Edward

Mr. de Wolmar left for Etange yesterday, and I can hardly imagine the state of sadness his departure has left me in. I think the separation from his wife would affect me less than it does him. I feel even more constrained now than when he was present: a dull silence reigns deep within my heart; a secret fear stifles any murmurs of desire; and, rather troubled by fears than by desires, I experience the horrors of sin without being tempted to commit it.

Do you know, my lord, where my soul finds solace and sheds those unworthy fears? It is in the presence of Madame de Wolmar. The moment I approach her, her gaze calms my turmoil, and her looks purify my heart. Such is the power of her influence that she always seems to inspire in others a sense of her innocence and the peace that follows from it. Unfortunately for me, her daily routine does not allow her to spend all her time in the company of her friends; and during those moments when I am forced to be apart from her, I would suffer less if only I were further away.

What further contributes to nourishing the melancholy that weighs heavily on me is a word she said to me yesterday, after her husband left. Although she had managed to maintain composure up until then, she watched him leave for a long time with a look of tenderness in her eyes—tenderness which at first I attributed solely to the separation from her happy husband. However, from what she said later, I realized that there was another reason for this emotion, one that I was not aware of. “You see how we live,” she told me, “and you know how much he means to me. But don’t think that the bond that unites us—so tender and yet so strong as love itself—has its weaknesses. Although it hurts us when our sweet routine together is interrupted, the certainty of being able to resume it soon brings us comfort. A relationship that lasts so long leaves little room for change or turmoil; and during a few days of separation, we feel less the pain of such a brief interval than we enjoy the thought of its impending end. The sorrow you see in my eyes stems from a more serious matter—and although it is related to Mr. de Wolmar, it is not his absence that causes it.”

Per vostro amico, che, sebbene virtuoso, teme meno i sentimenti che gli rimangono, io vedo ancora tutti quelli che ebbe nella sua prima giovinezza; ma li vedo senza avere il diritto di offendermene. Non è Julie de Wolmar quella di cui è innamorato, ma Julie d’Etange; non mi odia come il possessore della persona che ama, ma come il rapitore di quella che ha amato. La moglie di un altro non è la sua amante; la madre di due bambini non è più la sua ex compagna di scuola. È vero che le assomiglia molto e che spesso gli ricorda quel passato. La ama nel tempo trascorso: questa è la vera risposta all’enigma. Toglietegli i ricordi, e non avrà più amore.

Questa non è una banale sottigliezza, piccola cugina; si tratta di un’osservazione molto fondata che, applicata ad altri casi d’amore, potrebbe avere implicazioni molto più generali di quanto sembri. Penso persino che in questa circostanza non sarebbe difficile spiegarla utilizzando le tue stesse idee. Il momento in cui questi due amanti si separarono fu proprio quello in cui la loro passione raggiunse il punto più intenso. Forse, se fossero rimasti insieme per più tempo, si sarebbero gradualmente allontanati l’uno dall’altro; ma la loro immaginazione, profondamente commossa, continuava a presentarli l’uno all’altro esattamente come erano nel momento della separazione. Il giovane, non notando nei tratti della sua amata i cambiamenti causati dal passare del tempo, la amava così com’era stata quando si erano conosciuti, e non così com’era diventata in seguito[158]. Per renderlo felice, non bastava semplicemente darla a lui, ma doveva essere restituita nella stessa età e nelle stesse circostanze in cui si erano incontrati per la prima volta; qualsiasi modifica in questi aspetti avrebbe significato privarlo della felicità che si era promesso. Lei era diventata più bella, ma aveva cambiato. Quello che aveva guadagnato, in realtà, le causava danno, perché lui era ancora innamorato dell’antica versione di lei, e non di quella nuova.

L’errore che lo abusa e lo turba consiste nel confondere i tempi e nel rimproverarsi spesso, come se si trattasse di un sentimento attuale, ciò che in realtà non è altro che l’effetto di un ricordo troppo tenero; tuttavia, non so se non sia meglio cercare di guarirlo piuttosto che di disilluderlo. Forse, per questo scopo, si potranno trarre maggiori benefici dal suo errore che dalle sue intuizioni. Rivelargli lo stato reale del suo cuore significherebbe insegnargli la morte di ciò che ama; sarebbe come infliggergli un dolore pericoloso, poiché lo stato di tristezza è sempre favorevole all’amore.

Liberato dai rimorsi che lo tormentavano, forse avrebbe nutrito con maggiore compiacimento quei ricordi che dovevano spegnersi; ne avrebbe parlato con meno riserve. E i tratti di sua Julie non erano così cancellati in Madame de Wolmar da impedirgli, se ci si fosse impegnati abbastanza a cercarli, di ritrovarli ancora. Ho pensato che, invece di privarlo dell’illusione dei progressi che crede di aver fatto e che rappresentano per lui un incoraggiamento a continuare, sarebbe stato meglio fargli dimenticare quei tempi che doveva dimenticare, sostituendo abilmente le idee che gli erano così care con altre. Voi, che avete contribuito a farle nascere, potete contribuire più di chiunque altro a cancellarle. Ma è solo quando sarete completamente dalla nostra parte che voglio dirvi all’orecchio cosa bisogna fare per questo; un compito che, se non mi sbaglio, non vi sarà affatto oneroso. Nel frattempo, cerco di abituarlo gradualmente agli oggetti che lo spaventano, presentandoglieli in modo che non siano più pericolosi per lui. È appassionato, ma debole e facile da dominare. Approfitto di questo vantaggio per distogliere la sua attenzione da ciò che lo turba. Al posto della sua amante, lo costringo a vedere sempre l’immagine di una moglie onesta e di una madre dei miei figli. Cancellando un ricordo con un altro, copro il passato con il presente. Si conduce così un cavallo nervoso verso ciò che lo spaventa, affinché non ne abbia più paura. È proprio così che bisogna comportarsi con questi giovani: la loro immaginazione è ancora fervente, mentre il loro cuore è già freddo. Bisogna offrir loro, da lontano, quei “mostri” che scompaiono non appena si avvicinano.

Credo di conoscere bene le forze di entrambi; le sottopongo soltanto a prove che siano in grado di affrontare, perché la saggezza non consiste nel prendere indiscriminatamente ogni tipo di precauzione, ma nel scegliere quelle utili e nell’ignorare quelle superflue. Gli otto giorni durante i quali li lascerò insieme potranno forse essere sufficienti per insegnar loro a distinguere i loro veri sentimenti e a comprendere chiaramente ciò che sono realmente l’uno per l’altro. Più passeranno del tempo da soli, più facilmente comprenderanno il proprio errore, confrontando ciò che sentiranno con ciò che avrebbero potuto provare in una situazione simile in passato. Inoltre, è importante che si abituino senza rischi alla familiarità nella quale inevitabilmente vivranno se le mie intenzioni dovessero realizzarsi. Dal comportamento di Julie capisco che ha ricevuto da voi consigli che non avrebbe potuto rifiutare di seguire senza compromettersi. Che piacere mi darebbe dimostrarle quanto la apprezzo, se fosse una donna accanto a cui un marito potesse guadagnarsi la sua fiducia! Ma anche se non ottenesse nulla dal suo cuore, la sua virtù rimarrebbe la stessa: le costerebbe di più, ma non sarebbe comunque meno preziosa. Invece di provare oggi qualche dolore interiore, potrebbe soltanto godere delle conversazioni ricreative e nostalgiche che inevitabilmente avrà con me, conversazioni di cui già ora percepisce chiaramente l’atmosfera, ma che cercherà sempre di evitare. Quindi, come vedete, non bisogna giudicare il mio comportamento secondo le regole ordinarie, ma in base alle idee che mi guidano e al carattere unico della persona verso cui lo rivolgo.

Addio, piccola cugina, fino al mio ritorno. Anche se non ho fornito tutte queste spiegazioni a Julie, non vi chiedo di renderle segrete. Il mio principio è quello di non creare segreti tra gli amici: pertanto lascio che sia voi a decidere come utilizzarle, seguendo la prudenza e l’amicizia che vi ispireranno. So che farete sempre ciò che è meglio e più onesto.

Lettera XV – Da Saint-Preux a Lord Edward

Il signor de Wolmar è partito ieri per Etange, e fatico a immaginare lo stato di tristezza in cui mi ha lasciato la sua partenza. Credo che la lontananza di sua moglie mi addolorerebbe meno della sua assenza. Mi sento più oppresso di quando è presente: un silenzio cupo regna nel profondo del mio cuore; una paura segreta soffoca ogni suo rumore interno; e, privo sia di desideri che di timori, provo le angosie del crimine senza mai essere tentato di commetterlo.

Sapete, milord, dove il mio animo trova pace e perde quelle ignobili paure? Accanto a Madame de Wolmar. Non appena mi avvicino a lei, la sua presenza calma il mio turbamento, i suoi sguardi purificano il mio cuore. Tale è l’influenza del suo carattere che sembra sempre ispirare negli altri il senso della sua innocenza e la tranquillità che ne deriva. Purtroppo, per me, le sue abitudini di vita non le permettono di trascorrere tutto il giorno in compagnia dei suoi amici; nei momenti in cui sono costretto a passare senza vederla, soffrirei meno se fossi più lontano da lei.

Ciò che contribuisce ancora ad alimentare la malinconia che mi opprime è una frase che lei mi ha detto ieri, dopo la partenza di suo marito. Sebbene fino a quel momento avesse mantenuto un comportamento abbastanza sereno, lo ha seguito con lo sguardo per molto tempo, con un’espressione di tenerezza che all’inizio ho attribuito soltanto alla lontananza di quell’affascinante marito; ma dalle sue parole ho intuito che quella tenerezza aveva anche un’altra causa, che non conoscevo. “Vedete come viviamo”, mi disse, “e sapete quanto lui sia caro per me. Tuttavia, non crediate che il sentimento che ci unisce a lui, così tenero e potente quanto l’amore, ne abbia anche le debolezze. Se ci costa soffrire quando la dolce abitudine di vivere insieme viene interrotta, la speranza certa di riprenderla presto ci consola. Uno stato così permanente lascia poche incertezze da temere; e durante un’assenza di pochi giorni sentiamo meno il dolore di un intervallo così breve e, al contempo, godiamo maggiormente all’idea della sua fine. La tristezza che leggete nei miei occhi deriva da una causa più grave; e, sebbene riguardi il signor de Wolmar, non è la sua lontananza a causarla.”

Mon cher ami, ajouta-t-elle d’un ton pénétré, il n’y a point de vrai bonheur sur la terre. J’ai pour mari le plus honnête et le plus doux des hommes ; un penchant mutuel se joint au devoir qui nous lie, il n’a point d’autres désirs que les miens ; j’ai des enfants qui ne donnent et ne promettent que des plaisirs à leur mère ; il n’y eut jamais d’amie plus tendre, plus vertueuse, plus aimable que celle dont mon coeur est idolâtre, et je vais passer mes jours avec elle ; vous-même contribuez à me les rendre chers en justifiant si bien mon estime et mes sentiments pour vous ; un long et fâcheux procès prêt à finir va ramener dans nos bras le meilleur des pères ; tout nous prospère ; l’ordre et la paix règnent dans notre maison ; nos domestiques sont zélés et fidèles ; nos voisins nous marquent toutes sortes d’attachement ; nous jouissons de la bienveillance publique. Favorisée en toutes choses du ciel, de la fortune, et des hommes, je vois tout concourir à mon bonheur. Un chagrin secret, un seul chagrin l’empoisonne, et je ne suis pas heureuse. » Elle dit ces derniers mots avec un soupir qui me perça l’âme, et auquel je vis trop que je n’avais aucune part. Elle n’est pas heureuse, me dis-je en soupirant à mon tour, et ce n’est plus moi qui l’empêche de l’être !

Cette funeste idée bouleversa dans un instant toutes les miennes, et troubla le repos dont je commençais à jouir. Impatient du doute insupportable où ce discours m’avait jeté, je la pressai tellement d’achever de m’ouvrir son coeur, qu’enfin elle versa dans le mien ce fatal secret et me permit de vous le révéler. Mais voici l’heure de la promenade. Madame de Wolmar sort actuellement du gynécée pour aller se promener avec ses enfants ; elle vient de me le faire dire. J’y cours, milord : je vous quitte pour cette fois, et remets à reprendre dans une autre lettre le sujet interrompu dans celle-ci.

Lettre XVII – De Saint-Preux à milord Édouard

Je veux, milord, vous rendre compte d’un danger que nous courûmes ces jours passés, et dont heureusement nous avons été quittes pour la peur et un peu de fatigue. Ceci vaut bien une lettre à part : en la lisant, vous sentirez ce qui m’engage à vous l’écrire.

Vous savez que la maison de Madame de Wolmar n’est pas loin du lac, et qu’elle aime les promenades sur l’eau. Il y a trois jours que le désoeuvrement où l’absence de son mari nous laisse et la beauté de la soirée nous firent projeter une de ces promenades pour le lendemain. Au lever du soleil nous nous rendîmes au rivage ; nous prîmes un bateau avec des filets pour pêcher, trois rameurs, un domestique, et nous nous embarquâmes avec quelques provisions pour le dîner. J’avais pris un fusil pour tirer des besolets[159] ; mais elle me fit honte de tuer des oiseaux à pure perte et pour le seul plaisir de faire du mal. Je m’amusais donc à rappeler de temps en temps des gros sifflets, des tiou-tious, des crenets, des sifflassons[160] ; et je ne tirai qu’un seul coup de fort loin sur une grèbe que je manquai.

Nous passâmes une heure ou deux à pêcher à cinq cents pas du rivage. La pêche fut bonne ; mais, à l’exception d’une truite qui avait reçu un coup d’aviron, Julie fit tout rejeter à l’eau. « Ce sont, dit-elle, des animaux qui souffrent ; délivrons-les : jouissons du plaisir qu’ils auront d’être échappés au péril. » Cette opération se fit lentement, à contrecoeur, non sans quelques représentations ; et je vis aisément que nos gens auraient mieux goûté le poisson qu’ils avaient pris que la morale qui lui sauvait la vie :

Nous avançâmes ensuite en pleine eau ; puis, par une vivacité de jeune homme dont il serait temps de guérir, m’étant mis à nager[161], je dirigeai tellement au milieu du lac que nous nous trouvâmes bientôt à plus d’une lieue du rivage[162]. Là j’expliquais à Julie toutes les parties du superbe horizon qui nous entourait. Je lui montrais de loin les embouchures du Rhône, dont l’impétueux cours s’arrête tout à coup au bout d’un quart de lieue, et semble craindre de souiller de ses eaux bourbeuses le cristal azuré du lac. Je lui faisais observer les redans des montagnes, dont les angles correspondants et parallèles forment dans l’espace qui les sépare un lit digne du fleuve qui le remplit. En l’écartant de nos côtes j’aimais à lui faire admirer les riches et charmantes rives du pays de Vaud, où la quantité des villes, l’innombrable foule du peuple, les coteaux verdoyants et parés de toutes parts, forment un tableau ravissant ; où la terre, partout cultivée et partout féconde, offre au laboureur, au pâtre, au vigneron, le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l’avide publicain. Puis, lui montrant le Chablais sur la côte opposée, pays non moins favorisé de la nature, et qui n’offre pourtant qu’un spectacle de misère, je lui faisais sensiblement distinguer les différents effets des deux gouvernements pour la richesse, le nombre et le bonheur des hommes. « C’est ainsi, lui disais-je, que la terre ouvre son sein fertile et prodigue ses trésors aux heureux peuples qui la cultivent pour eux-mêmes : elle semble sourire et s’animer au doux spectacle de la liberté ; elle aime à nourrir des hommes. Au contraire, les tristes masures, la bruyère, et les ronces, qui couvrent une terre à demi déserte, annoncent de loin qu’un maître absent y domine, et qu’elle donne à regret à des esclaves quelques maigres productions dont ils ne profitent pas. »

Tandis que nous nous amusions agréablement à parcourir ainsi des yeux les côtes voisines, un séchard, qui nous poussait de biais vers la rive opposée, s’éleva, fraîchit considérablement ; et, quand nous songeâmes à revirer, la résistance se trouva si forte qu’il ne fut plus possible à notre frêle bateau de la vaincre. Bientôt les ondes devinrent terribles : il fallut regagner la rive de Savoie, et tâcher d’y prendre terre au village de Meillerie qui était vis-à-vis de nous, et qui est presque le seul lieu de cette côte où la grève offre un abord commode. Mais le vent ayant changé se renforçait, rendait inutiles les efforts de nos bateliers et nous faisait dériver plus bas le long d’une file de rochers escarpés où l’on ne trouve plus d’asile.

Nous nous mîmes tous aux rames ; et presque au même instant j’eus la douleur de voir Julie saisie du mal de coeur, faible et défaillante au bord du bateau. Heureusement elle était faite à l’eau et cet état ne dura pas. Cependant nos efforts croissaient avec le danger ; le soleil, la fatigue et la sueur nous mirent tous hors d’haleine et dans un épuisement excessif. C’est alors que, retrouvant tout son courage, Julie animait le nôtre par ses caresses compatissantes ; elle nous essuyait indistinctement à tous le visage, et mêlant dans un vase du vin avec de l’eau de peur d’ivresse, elle en offrait alternativement aux plus épuisés. Non, jamais votre adorable amie ne brilla d’un si vif éclat que dans ce moment où la chaleur et l’agitation avaient animé son teint d’un plus grand feu ; et ce qui ajoutait le plus à ses charmes était qu’on voyait si bien à son air attendri que tous ses soins venaient moins de frayeur pour elle que de compassion pour nous. Un instant seulement deux planches s’étant entr’ouvertes, dans un choc qui nous inonda tous, elle crut le bateau brisé ; et dans une exclamation de cette tendre mère j’entendis distinctement ces mots : « O mes enfants ! faut-il ne vous voir plus ? » Pour moi, dont l’imagination va toujours plus loin que le mal, quoique je connusse au vrai l’état du péril, je croyais voir de moment en moment le bateau englouti, cette beauté si touchante se débattre au milieu des flots, et la pâleur de la mort ternir les roses de son visage.

Enfin à force de travail nous remontâmes à Meillerie, et, après avoir lutté plus d’une heure à dix pas du rivage, nous parvînmes à prendre terre. En abordant, toutes les fatigues furent oubliées. Julie prit sur soi la reconnaissance de tous les soins que chacun s’était donnés ; et comme au fort du danger elle n’avait songé qu’à nous, à terre il lui semblait qu’on n’avait sauvé qu’elle.

Nous dînâmes avec l’appétit qu’on gagne dans un violent travail. La truite fut apprêtée. Julie qui l’aime extrêmement en mangea peu ; et je compris que, pour ôter aux bateliers le regret de leur sacrifice, elle ne se souciait pas que j’en mangeasse beaucoup moi-même. Milord, vous l’avez dit mille fois, dans les petites choses comme dans les grandes cette âme aimante se peint toujours.

“My dear friend,” she continued in a deeply earnest tone, “there is no true happiness on earth. I am married to the most honest and kind-hearted man; mutual affection, coupled with the duty that binds us, fills his heart—he has no other desires than mine. I have children who bring only joy to their mother. There has never been a friend more gentle, virtuous, or delightful than the one whose presence my heart adores so deeply, and I am destined to spend my days with her. You yourself contribute greatly to making these moments precious, by so justly affirming the respect and affection I hold for you. A long and unpleasant lawsuit, which is about to come to an end, will soon bring back to our arms the best of fathers. Everything seems to favor us—order and peace reign in our home; our servants are diligent and faithful; our neighbors show us great kindness. Blessed with the support of heaven, fortune, and people alike, I seem to have everything working in my favor for happiness. Yet, one secret sorrow poisons it all, and I am not truly happy.” She said these last words with a sigh that pierced my heart—yet I saw too clearly that I had nothing to do with that sorrow. “She is not happy,” I murmured to myself, “and it is no longer me who prevents her from being happy, ”

This terrible idea instantly overturned all my beliefs and disturbed the peace I had begun to enjoy. Unable to endure the unbearable doubt it had cast upon me, I urged her so insistently to reveal her heart to me that she finally poured this fatal secret into mine, allowing me to disclose it to you. But now is the time for a walk. Madame de Wolmar is just leaving the gynecologist’s office to go for a stroll with her children; she has just sent someone to tell me so. I must hurry away, my lord; I take my leave for now and will resume this interrupted subject in another letter.

Letter XVII – From Saint-Preux to Lord Edward

Lord, I wish to inform you of a danger we faced these past days, which fortunately was averted thanks to fear and a bit of fatigue. This matter is worthy of a separate letter; upon reading it, you will understand why I felt compelled to write to you about it.

You know that Madame de Wolmar’s house is not far from the lake, and that she enjoys taking walks on the water. Three days ago, due to our idleness, the absence of her husband, and the beauty of the evening, we decided to go for a walk on the lake the next day. At sunrise, we headed for the shore; we took a boat equipped with fishing nets, along with three rowers and a servant, and also brought some provisions for dinner. I had brought a rifle to shoot at waterfowl[159], but she scolded me for killing birds needlessly and merely for the sake of causing harm. So instead, I spent my time imitating the sounds of various birds—loud whistles, chirps, and other calls—and ended up firing only once, missing a grebe by a wide margin.

We spent an hour or two fishing five hundred paces away from the shore. The catch was good; but except for one trout that had been hit by an oar, Julie insisted on releasing all of them back into the water. “These are animals that suffer,” she said, “let us set them free and enjoy the pleasure they will feel in having escaped danger.” The process was carried out slowly and reluctantly, amidst some objections; and it was clear that our people would have preferred to keep the fish we had caught far more than the moral principle that saved their lives.

We then proceeded out into the open water; and, with the youthful vigor that it would be time to abandon, I began swimming, steering us straight toward the center of the lake until we were more than a mile away from the shore. There, I explained to Julie all the features of the magnificent landscape surrounding us. From a distance, I pointed out the mouth of the Rhône River—its turbulent currents suddenly stopping after a quarter of a mile, as if afraid to contaminate the lake’s crystal-clear waters with its muddy silt. I also showed her the contours of the mountains, whose parallel and corresponding slopes formed a landscape worthy of the great river that flowed through them. By leading her away from our coastline, I wanted her to admire the rich and charming shores of the Vaud region—where the numerous cities, the vast crowds of people, and the verdant hills created a truly delightful scene. Everywhere, the land was cultivated and fertile, ensuring that farmers, shepherds, and vintners could reap the fruits of their labor, free from the exploitation of greedy intermediaries. Then, pointing to the Chablais region on the opposite shore—just as naturally blessed but offering only a sight of poverty—I helped her grasp the distinct effects of different forms of governance on the wealth, population, and happiness of its people. “See,” I said, “how the earth opens its fertile bosom and bestows its riches upon those fortunate peoples who cultivate it for their own benefit. It seems to smile and come alive at the sight of freedom; it delights in nourishing human beings. On the contrary, those desolate homes, barren heather, and thorny bushes that cover half-deserted land clearly signify that a distant master reigns there—a land that reluctantly provides its slaves with meager yields from which they cannot truly benefit.”

As we enjoyed ourselves pleasantly scanning the nearby coasts with our eyes, a strong current began to push us sideways towards the opposite shore; it grew increasingly powerful, and soon the waves became terrible. We had no choice but to return to the Savoy coast and attempt to land at the village of Meillerie, which was right across from us and almost the only place on this stretch of shoreline where the shore offered a safe landing spot. However, the wind changed direction and intensified, rendering our rowers’ efforts futile as we were driven further downstream along a line of steep rocks where no refuge could be found.

We all took up the oars; and almost at the same instant, I was horrified to see Julie suffer from a heart attack—weak and collapsing on the edge of the boat. Fortunately, she was used to water, and this condition did not last long. However, as the danger increased, so did our efforts; the sun, fatigue, and sweat left us all out of breath and utterly exhausted. It was then that Julie, regaining all her courage, inspired us with her compassionate care. She wiped the faces of all of us indistinctly and, mixing wine with water for fear of intoxication, offered it alternately to those who were most worn out. No, your adorable friend never shone with such intensity as at that moment—when heat and agitation had flushed her cheeks even brighter. What added even more to her charm was the evident tenderness in her expression, revealing that all her concern stemmed less from fear for herself than from compassion for us. For a brief instant, two planks of the boat parted, and we were all drenched in water; she thought the boat had broken apart. In an exclamation typical of a tender mother, I clearly heard her say: “Oh my children! Must I never see you again?” As for me, whose imagination often goes beyond reality, even though I was fully aware of the danger, I seemed to see the boat being swallowed by the waves moment by moment, to watch this deeply moving beauty struggle in the midst of the waters, and to see the pallor of death tarnish the roses on her face.

Finally, after much effort, we managed to return to Meillerie. After struggling for over an hour, just ten paces from the shore, we finally succeeded in landing. Upon reaching land, all our fatigue was forgotten. Julie took it upon herself to thank everyone for all the care and effort they had shown; and since, at the height of danger, she had thought only of us, now that we were safe, it seemed to her as if only she had been saved.

We dined with the appetite that comes from intense labor. The trout was prepared for us. Julie, who loves it very much, ate very little of it; and I understood that, in order to prevent the boatmen from feeling regret about their sacrifice, she didn’t care whether I ate a lot myself. My lord, you have said it a thousand times: in both small things and big ones, this loving soul is always evident.

“Mio caro amico,” aggiunse lei con tono profondo, “non esiste vera felicità sulla terra. Ho per marito l’uomo più onesto e più gentile che esista; un sentimento reciproco si unisce al dovere che ci lega: lui non ha altri desideri se non i miei; ho dei figli che donano e promettono solo gioie alla loro madre. Non è mai esistita un’amica più tenera, più virtuosa, più affabile di quella di cui il mio cuore è idolatra. E passerò i miei giorni con lei. Anche tu contribui a renderli preziosi, giustificando così ampiamente la mia stima e i miei sentimenti per te. Un lungo e spiacevole processo sta per terminare. Il miglior dei padri tornerà tra noi. Tutto ci va bene: ordine e pace regnano nella nostra casa; i nostri domestici sono zelanti e fedeli; i nostri vicini ci dimostrano ogni sorta di affetto. Godiamo della benevolenza di tutti. Favorita in tutto da cielo, dalla fortuna e dalle persone, vedo che tutto concorre alla mia felicità. Ma un dolore segreto, un solo dolore, la avvelena. E io non sono felice, ” Disse queste ultime parole con un sospiro che mi penetrò nell’anima. E capii chiaramente che in quel dolore non c’entravo affatto, “Non è felice, ”, pensai anch’io, sospirando a mia volta, “E ormai non sono più io a impedirle di esserlo, ”

Questa terribile idea sconvolse in un istante tutte le mie convinzioni e disturbò la tranquillità di cui cominciavo a godere. Impaziente di fronte al dubbio insopportabile in cui quel discorso mi aveva gettato, la sollecitai con tanta insistenza affinché mi rivelasse finalmente il suo segreto, e lei alla fine mi confidò quell’orribile verità, permettendomi così di rivelarvela. Ma è ora della passeggiata. Madame de Wolmar sta uscendo dal ginecologo per andare a fare una passeggiata con i suoi figli; mi ha appena mandato a dirvelo. Vado subito, milord: vi lascio per questa volta e riprenderò l’argomento interrotto in un’altra lettera.

Lettera XVII – Da Saint-Preux a Lord Edward

Vorrei, milord, informarvi di un pericolo che abbiamo corso in questi ultimi giorni e dal quale, fortunatamente, siamo scampate grazie alla paura e a un po’ di stanchezza. Questo merita senz’altro una lettera a parte: leggendola, comprenderete il motivo per cui mi sono sentita obbligata a scrivervela.

Sapete che la casa di Madame de Wolmar non è lontana dal lago e che lei ama fare passeggiate sull’acqua. Tre giorni fa, il tempo libero in cui ci trovavamo a causa dell’assenza di suo marito, unito alla bellezza della serata, ci spinsero ad organizzare una di queste passeggiate per il giorno seguente. All’alba ci recammo sulla riva; prendemmo una barca munita di reti da pesca, tre rematori e un domestico, e partimmo portando con noi alcune provviste per il pranzo. Avevo preso un fucile per sparare ai piccoli uccelli d’acqua; ma lei mi fece vergognare dell’idea di uccidere degli animali solo per il piacere di far del male. Così, mi limitai a emettere di tanto in tanto dei forti fischi, dei suoni simili al “tiu-tiu” o al “crenet”; e sparai soltanto un colpo, che andò a vuoto, contro una gru d’acqua.

Trascorremmo un’ora o due a pescare a cinquecento passi dalla riva. La pesca fu abbondante; ma, ad eccezione di un’altra trota che aveva ricevuto un colpo di remo, Julie fece rimettere tutto in acqua. “Sono animali che soffrono”, disse, “liberiamoli: godiamo del piacere che proveranno nel essere salvati dal pericolo.” Quest’operazione fu eseguita lentamente, a malincuore, e non senza alcune obiezioni; e vidi chiaramente che ai nostri uomini sarebbe piaciuto di più il pesce che avevano pescato che la morale che gli salvava la vita.

Poi proseguimmo in pieno acqua; e, con l’impulsività tipica di un giovane che avrebbe dovuto imparare a controllarsi, mi misi a nuotare e guidai la barca verso il centro del lago, fino a trovarci a più di una lega dalla riva. Lì spiegai a Julie tutte le meraviglie dell’orizzonte che ci circondava: le foce del Rodano, il cui corso impetuoso si arresta improvvisamente dopo un quarto di lega, come se temesse di contaminare con le sue acque torbide il cristallino blu del lago; i ripidi versanti delle montagne, i cui angoli corrispondenti e paralleli formavano nel vuoto uno scenario degno del fiume che li attraversava. Allontanandoci dalle nostre coste, le mostravo le ricche e incantevoli rive del Vaud: la numerosità delle città, la folla incessante della popolazione, i colli verdi e rigogliosi. Un paesaggio davvero incantevole. In ogni luogo, la terra era coltivata e fertile; offriva al contadino, al pastore, al vignaiolo il frutto sicuro del loro lavoro, lontano dalle pretese degli usurai avidi. Poi le mostrai il Chablais, sull’altra riva: una regione altrettanto favorita dalla natura, ma che offriva invece uno spettacolo di miseria. Le feci comprendere chiaramente gli effetti diversi dei due tipi di governo sulla ricchezza, sul numero e sul benessere delle persone. “Ecco come la terra apre il suo seno fertile e dona i suoi tesori ai popoli felici che la coltivano per sé stessi”, le dicevo. “Sembra sorridere e animarsi al vedere la libertà; ama nutrire gli uomini. Al contrario, quelle misere case, quella brughiera, quelle rovine che coprono una terra semi-deserta, annunciano da lontano che un padrone assente vi domina. E che essa offre solo poche, scarse risorse a degli schiavi che non ne possono trarre alcun beneficio.”

Mentre ci divertivamo ad ammirare le coste vicine, una corrente improvvisa ci spinse verso la riva opposta; il vento si intensificò notevolmente e diventò impossibile per la nostra fragile barca contrastarla. Presto le onde divennero terribili; fu necessario tornare sulla riva della Savoia e cercare di sbarcare nel villaggio di Meillerie, l’unico luogo su quella costa dove la spiaggia offre un approdo sicuro. Tuttavia, il vento continuava ad aumentare di intensità, rendendo vani gli sforzi dei nostri rematori e facendoci allontanare sempre di più lungo una fila di scogli pericolosi, dove non c’era più alcun rifugio possibile.

Ci mettemmo tutti a remare; e quasi nello stesso istante vidi con dolore Julie colpita da un attacco di cuore, debole e prostrata sul bordo della barca. Fortunatamente era abituata all’acqua e quel malessere non durò a lungo. Tuttavia i nostri sforzi aumentavano con l’aumentare del pericolo; il sole, la fatica e il sudore ci lasciarono tutti senza fiato, in uno stato di estrema esaurimento. Fu allora che, riacquistando tutto il suo coraggio, Julie ci incoraggiò con le sue carezze compassionevoli; ci asciugava il viso a tutti indistintamente e, mescolando in un vaso del vino con dell’acqua per evitare che qualcuno si ubriacasse, ce lo offriva alternativamente a coloro che erano più stanchi. No, mai la vostra adorabile amica brillò di un tale splendore come in quel momento in cui il caldo e l’agitazione avevano ravvivato il suo viso; e ciò che aumentava ancora di più i suoi fascini era vedere chiaramente, dal suo sguardo pieno di tenerezza, che tutti i suoi gesti derivavano meno dalla paura per sé stessa che dalla compassione per noi. Per un attimo, due assi della barca si aprirono, e un’onda ci investì tutti; lei credette che la barca fosse andata in frantumi; e in un’esclamazione tipica di una madre tenera, udii chiaramente queste parole: «Oh miei figli. Dovremo davvero perdervi?» Per quanto riguarda me, la cui immaginazione spesso va oltre la realtà, anche se conoscevo bene la gravità del pericolo, avevo l’impressione di vedere continuamente la barca sommersa, quella bellissima ragazza che lottava tra le onde, e il pallore della morte che offuscava i rossi fiori del suo viso.

Finalmente, grazie al duro lavoro, riuscimmo a raggiungere Meillerie; dopo aver lottato per più di un’ora a meno di dieci passi dalla riva, riuscimmo ad approdare. Non appena toccammo terra, tutte le fatiche furono dimenticate. Julie si assunse il compito di ringraziare tutti per gli sforzi che ognuno aveva fatto; e poiché, nel momento del maggior pericolo, aveva pensato soltanto a noi, ora, sulla terraferma, le sembrava che fosse stata salvata solo lei.

Cenammo con l’appetito che si acquisisce dopo un lavoro intenso. La trota fu preparata apposta per noi; Julie, che la adora molto, ne mangiò poco. E capii che, per evitare che i battellieri provassero rimorso per il loro sacrificio, non le importava affatto che io ne mangiassi molto. Milord, l’avete detto mille volte: sia nelle piccole che nelle grandi cose, questo animo amorevole si manifesta sempre.

Après le dîner, l’eau continuant d’être forte et le bateau ayant besoin de raccommoder, je proposai un tour de promenade. Julie m’opposa le vent, le soleil, et songeait à ma lassitude. J’avais mes vues ; ainsi je répondis à tout. « Je suis, lui dis-je, accoutumé dès l’enfance aux exercices pénibles ; loin de nuire à ma santé ils l’affermissent, et mon dernier voyage m’a rendu bien plus robuste encore. À l’égard du soleil et du vent, vous avez votre chapeau de paille ; nous gagnerons des abris et des bois ; il n’est question que de monter entre quelques rochers ; et vous qui n’aimez pas la plaine en supporterez volontiers la fatigue. » Elle fit ce que je voulais, et nous partîmes pendant le dîner de nos gens.

Vous savez qu’après mon exil du Valais je revins il y a dix ans à Meillerie attendre la permission de mon retour. C’est là que je passai des jours si tristes et si délicieux, uniquement occupé d’elle, et c’est de là que je lui écrivis une lettre dont elle fut si touchée. J’avais toujours désiré de revoir la retraite isolée qui me servit d’asile au milieu des glaces et où mon coeur se plaisait à converser en lui-même avec ce qu’il eut de plus cher au monde. L’occasion de visiter ce lieu si chéri dans une saison plus agréable, et avec celle dont l’image l’habitait jadis avec moi, fut le motif secret de ma promenade. Je me faisais un plaisir de lui montrer d’anciens monuments d’une passion si constante et si malheureuse.

Nous y parvînmes après une heure de marche par des sentiers tortueux et frais, qui, montant insensiblement entre les arbres et les rochers, n’avaient rien de plus incommode que la longueur du chemin. En approchant et reconnaissant mes anciens renseignements, je fus prêt à me trouver mal ; mais je me surmontai, je cachai mon trouble, et nous arrivâmes. Ce lieu solitaire formait un réduit sauvage et désert, mais plein de ces sortes de beautés qui ne plaisent qu’aux âmes sensibles, et paraissent horribles aux autres. Un torrent formé par la fonte des neiges roulait à vingt pas de nous une eau bourbeuse, charriait avec bruit du limon, du sable et des pierres. Derrière nous une chaîne de roches inaccessibles séparait l’esplanade où nous étions de cette partie des Alpes qu’on nomme les Glacières, parce que d’énormes sommets de glaces qui s’accroissent incessamment les couvrent depuis le commencement du monde[163]. Des forêts de noirs sapins nous ombrageaient tristement à droite. Un grand bois de chênes était à gauche au-delà du torrent ; et au-dessous de nous cette immense plaine d’eau que le lac forme au sein des Alpes nous séparait des riches côtes du pays de Vaud, dont la cime du majestueux Jura couronnait le tableau.

Au milieu de ces grands et superbes objets, le petit terrain où nous étions étalait les charmes d’un séjour riant et champêtre ; quelques ruisseaux filtraient à travers les rochers, et roulaient sur la verdure en filets de cristal ; quelques arbres fruitiers sauvages penchaient leurs têtes sur les nôtres ; la terre humide et fraîche était couverte d’herbe et de fleurs. En comparant un si doux séjour aux objets qui l’environnaient, il semblait que ce lieu dût être l’asile de deux amants échappés seuls au bouleversement de la nature.

Quand nous eûmes atteint ce réduit et que je l’eus quelque temps contemplé : « Quoi ! dis-je à Julie en la regardant avec un oeil humide, votre coeur ne vous dit-il rien ici, et ne sentez-vous point quelque émotion secrète à l’aspect d’un lieu si plein de vous ? » Alors, sans attendre sa réponse, je la conduisis vers le rocher, et lui montrai son chiffre gravé dans mille endroits, et plusieurs vers de Pétrarque ou du Tasse relatifs à la situation où j’étais en les traçant. En les revoyant moi-même après si longtemps, j’éprouvai combien la présence des objets peut ranimer puissamment les sentiments violents dont on fut agité près d’eux. Je lui dis avec un peu de véhémence : « O Julie, éternel charme de mon coeur ! Voici les lieux où soupira jadis pour toi le plus fidèle amant du monde. Voici le séjour où ta chère image faisait son bonheur, et préparait celui qu’il reçut enfin de toi-même. On n’y voyait alors ni ces fruits ni ces ombrages ; la verdure et les fleurs ne tapissaient point ces compartiments, le cours de ces ruisseaux n’en formait point les divisions ; ces oiseaux n’y faisaient point entendre leurs ramages ; le vorace épervier, le corbeau funèbre, et l’aigle terrible des Alpes, faisaient seuls retentir de leurs cris ces cavernes ; d’immenses glaces pendaient à tous ces rochers ; des festons de neige étaient le seul ornement de ces arbres ; tout respirait ici les rigueurs de l’hiver et l’horreur des frimas ; les feux seuls de mon coeur me rendaient ce lieu supportable, et les jours entiers s’y passaient à penser à toi. Voilà la pierre où je m’asseyais pour contempler au loin ton heureux séjour ; sur celle-ci fut écrite la lettre qui toucha ton coeur ; ces cailloux tranchants me servaient de burin pour graver ton chiffre ; ici je passai le torrent glacé pour reprendre une de tes lettres qu’emportait un tourbillon ; là je vins relire et baiser mille fois la dernière que tu m’écrivis ; voilà le bord où d’un oeil avide et sombre je mesurais la profondeur de ces abîmes ; enfin ce fut ici qu’avant mon triste départ je vins te pleurer mourante et jurer de ne te pas survivre. Fille trop constamment aimée, ô toi pour qui j’étais né ! Faut-il me retrouver avec toi dans les mêmes lieux, et regretter le temps que j’y passais à gémir de ton absence ?… » J’allais continuer ; mais Julie, qui, me voyant approcher du bord, s’était effrayée et m’avait saisi la main, la serra sans mot dire en me regardant avec tendresse et retenant avec peine un soupir ; puis tout à coup détournant la vue et me tirant par le bras : « Allons-nous-en, mon ami, me dit-elle d’une voix émue ; l’air de ce lieu n’est pas bon pour moi. » Je partis avec elle en gémissant, mais sans lui répondre, et je quittai pour jamais ce triste réduit comme j’aurais quitté Julie elle-même.

Revenus lentement au port après quelques détours, nous nous séparâmes. Elle voulut rester seule, et je continuai de me promener sans trop savoir où j’allais. À mon retour, le bateau n’étant pas encore prêt ni l’eau tranquille, nous soupâmes tristement, les yeux baissés, l’air rêveur, mangeant peu et parlant encore moins. Après le souper, nous fûmes nous asseoir sur la grève en attendant le moment du départ. Insensiblement la lune se leva, l’eau devint plus calme, et Julie me proposa de partir. Je lui donnai la main pour entrer dans le bateau ; et, en m’asseyant à côté d’elle, je ne songeai plus à quitter sa main. Nous gardions un profond silence. Le bruit égal et mesuré des rames m’excitait à rêver. Le chant assez gai des bécassines[164], me retraçant les plaisirs d’un autre âge, au lieu de m’égayer, m’attristait. Peu à peu je sentis augmenter la mélancolie dont j’étais accablé. Un ciel serein, les doux rayons de la lune, le frémissement argenté dont l’eau brillait autour de nous, le concours des plus agréables sensations, la présence même de cet objet chéri, rien ne put détourner de mon coeur mille réflexions douloureuses.

Je commençai par me rappeler une promenade semblable faite autrefois avec elle durant le charme de nos premières amours. Tous les sentiments délicieux qui remplissaient alors mon âme s’y retracèrent pour l’affliger ; tous les événements de notre jeunesse, nos études, nos entretiens, nos lettres, nos rendez-vous, nos plaisirs,

E tanta-fede, e si dolci memorie,

E si lungo costume ![165]

After dinner, since the wind was still strong and the boat needed some repairs, I suggested going for a walk. Julie objected on the grounds of the wind and the sun, and also mentioned my fatigue. But I had my plans, so I replied to everything. “I,” I told her, “have been accustomed since childhood to hard physical exertion; such activities not only do no harm to my health but actually strengthen it. Moreover, my last journey has made me even more robust. As for the sun and the wind, you have your straw hat; we can find shelter in some groves along the way. It’s just a short climb over some rocks, and you, who don’t like the plains anyway, will surely be willing to endure the exertion.” She agreed to my plan, and we set off while our servants were still dining.

You know that after my exile from Valais, I returned to Meillerie ten years ago to wait for permission to return home. It was there that I spent days so sad yet so delightful, devoted entirely to her thoughts. It was also from there that I wrote her a letter which touched her deeply. I had always longed to revisit that secluded retreat that had served as my refuge amidst the ice, where my heart would often engage in silent conversations with what was most precious to me in this world. The opportunity to visit this beloved place during a more pleasant season, and accompanied by the person whose image used to dwell there alongside mine, was the secret reason behind my journey. I took great pleasure in showing her those ancient monuments of a passion that had been so constant yet so unfortunate.

We achieved our goal after an hour of walking along winding and cool paths that gradually rose amidst the trees and rocks—paths whose length was perhaps the only real obstacle. As we drew closer and recognized the landmarks from my previous inquiries, I felt on the verge of fainting; but I overcame my weakness, concealed my distress, and we finally arrived. This remote place consisted of a wild, desolate expanse, yet it was filled with those kinds of beauty that appeal only to sensitive souls and seem terrifying to others. A torrent, formed by the melting snow, flowed twenty paces away from us, its muddy waters carrying along sand, gravel, and rocks with a roaring sound. Behind us, a range of impassable rocks separated the open area where we stood from that part of the Alps known as the Glacières—so named because enormous icebergs have covered it continuously since the beginning of time[163]. On our right, dark pine forests cast a gloomy shade over us; to the left, beyond the torrent, lay a vast expanse of forested land. Below us lay that immense lake formed by the glaciers in the Alps, which separated us from the fertile shores of the Vaud region, whose majestic Jura mountains crowned the entire landscape.

Amidst these large and magnificent objects, the small area where we were situated possessed the charms of a cheerful, rural retreat; several streams trickled through the rocks, flowing over the greenery like strands of crystal; some wild fruit trees bent their branches over ours; the moist, fresh soil was covered with grass and flowers. Comparing such a gentle, peaceful place to the surrounding objects, it seemed as if this spot might be the refuge of two lovers who had alone escaped the chaos of nature.

When we had reached this secluded spot and I had gazed at it for some time, I said to Julie, with eyes filled with emotion, “How is it possible that your heart feels nothing here, that you do not experience any secret emotion upon seeing a place so filled with memories of you?” Without waiting for her reply, I led her towards the rock and showed her the inscription engraved on it in countless places, as well as several verses by Petrarch or Tasso related to the circumstances in which I had written them. Seeing them again after such a long time, I realized how strongly the presence of objects can revive intense feelings that were once stirred up near them. I said to her, with some fervor, “O Julie, the eternal charm of my heart! Here are the very places where the world’s most faithful lover once sighed for you. Here, your beloved image brought him happiness—and ultimately led him to find true joy in you. Back then, there were no fruits or shade; neither greenery nor flowers adorned these cliffs, and the streams that flowed here did not form any natural divisions. No birds sang here; only the harsh cries of eagles, crows, and other predatory birds echoed through the caves. Vast icebergs hung from every rock; snowdrifts were the only decoration on the trees. Everything here exuded the severity of winter and the horrors of frost. Only the flames of my passion made this place endurable for me, and I spent days and nights thinking of you. Here is the stone where I used to sit and gaze at your happy home in the distance; on this very stone was written the letter that touched your heart. These sharp stones served as my chisel to engrave your name; here I crossed the icy torrent to retrieve one of your letters carried away by the wind; there I read and kissed again and again the last letter you ever wrote to me. Here, with eager and gloomy eyes, I measured the depths of these abysses. And finally, it was here that, before my sad departure, I came to weep over your dying body and swear never to outlive you. Oh, too dearly loved girl—oh, for whom I was born! Must I now find myself in these very places again, and regret the days I spent here lamenting your absence?” I was about to continue, but Julie, seeing me approach the edge, had become frightened and taken my hand. She held it tightly without saying a word, looking at me with tenderness and barely suppressing a sigh. Then, suddenly turning her gaze away and pulling me by the arm, she said in an emotional voice, “Let’s leave, my dear. The air here is not good for me.” I left with her, sobbing, but without answering her. And I departed from this sad place forever—just as I would have left Julie herself.

After making several detours and finally returning to the harbor, we parted ways. She wanted to be alone, so I continued walking without really knowing where I was going. When I returned, the boat was not yet ready, and the water was still not calm. We had a sad supper, sitting with our heads down, lost in thought, eating little and speaking even less. After dinner, we sat on the shore, waiting for the time to set off. Gradually, the moon rose; the water became calmer, and Julie suggested we leave. I took her hand as we stepped onto the boat. As I sat next to her, I no longer wanted to let go of it. We remained in deep silence. The steady, rhythmic sound of the oars inspired me to dream. However, the rather cheerful songs of the cooing ducks[164], which reminded me of pleasures from a past age, instead of cheering me up, only added to my sadness. Gradually, I felt my melancholy growing stronger. The clear sky, the gentle rays of the moon, the shimmering silver of the water around us—all these pleasant sensations, along with the presence of this beloved person—could not distract my mind from a thousand painful thoughts.

I began by recalling a similar walk we had taken together in the early days of our first love. All those delightful feelings that had filled my soul at that time resurfaced, only to afflict me once more; all the events of our youth—our studies, our conversations, our letters, our meetings, our shared pleasures.

Such faith, and such sweet memories.

And such a long dress,![165]

Dopo cena, poiché la corrente continuava ad essere forte e la barca aveva bisogno di riparazioni, proposi una passeggiata. Julie obiettò citando il vento e il sole, e preoccupandosi anche della mia stanchezza. Avevo già in mente un piano; così risposi a tutte le sue obiezioni: «Fin da piccolo sono abituato ad esercizi faticosi; anzi, questi non solo non danneggiano la mia salute, ma la rafforzano. Il mio ultimo viaggio mi ha reso ancora più robusto. Per quanto riguarda il sole e il vento, avete il vostro cappello di paglia; troveremo ripari e boschi lungo il cammino. Si tratta soltanto di salire su alcuni massi. E voi, che non amate la pianura, sopporterete volentieri questa fatica». Lei acconsentì, e partimmo mentre la gente era ancora a cena.

Sapete che dopo il mio esilio nel Vallese sono tornato dieci anni fa a Meillerie in attesa di ottenere il permesso di rientrare. È lì che ho trascorso giorni così tristi e al contempo così deliziosi, occupandomi unicamente di lei; è anche da lì che le ho scritto una lettera che la ha profondamente commossa. Ho sempre desiderato rivedere quel luogo solitario che mi aveva offerto rifugio tra i ghiacci, dove il mio cuore amava “conversare” da solo con ciò che aveva di più caro al mondo. L’occasione di visitare questo luogo tanto amato in una stagione più piacevole, insieme a quella persona la cui immagine un tempo mi accompagnava sempre, è stata il motivo segreto della mia passeggiata. Mi faceva piacere mostrarle quei vecchi monumenti legati a una passione così costante eppure così infelice.

Riuscimmo a raggiungerlo dopo un’ora di cammino lungo sentieri tortuosi e freschi che, salendo lentamente tra alberi e rocce, non presentavano alcuna difficoltà particolare, se non quella legata alla loro lunghezza. Avvicinandoci e riconoscendo i luoghi descritti in precedenza, fui sul punto di sentirmi male; ma mi controllai, nascosi il mio turbamento e finalmente arrivammo a destinazione. Quel luogo solitario era un rifugio selvaggio e desolato, ma pieno di quelle bellezze che piacciono solo alle anime sensibili e che appaiono orribili agli altri occhi. Un torrente formato dalle nevi scorreva a venti passi da noi, portando con sé fango, sabbia e pietre con un rumore assordante. Dietro di noi, una catena di rocce inaccessibili separava l’altopiano dove ci trovavamo da quella parte delle Alpi chiamata “Glacières”, poiché enormi massicci di ghiaccio, che continuano ad espandersi senza sosta, la coprono fin dai tempi antichi[163]. A destra, fitte foreste di abeti neri ci ombreggiavano tristemente; a sinistra, oltre il torrente, si estendeva una vasta foresta di querce; e sotto di noi, quella immensa pianura d’acqua creata dal lago forma all’interno delle Alpi ci separava dalle ricche coste del Cantone di Vaud, la cui cima, il maestoso Giura, incorniciava tutto il paesaggio.

In mezzo a questi grandi e magnifici oggetti, il piccolo spazio in cui ci trovavamo esprimeva i piaceri di una vita serena e campestre; alcuni ruscelli scorrevano tra le rocce, formando filamenti di cristallo sul verde del prato; alcuni alberi da frutto selvatici inclinavano i loro rami verso di noi; la terra umida e fresca era coperta d’erba e fiori. Confrontando questo dolce ambiente con gli oggetti che lo circondavano, sembrava davvero che quel luogo potesse essere l’asilo di due amanti sfuggiti da soli al caos della natura.

Quando raggiungemmo quel luogo solitario e io lo contemplai per un po’, dissi a Giulia con gli occhi pieni di lacrime: “Ma come! Il tuo cuore non ti dice nulla di fronte a questo posto, che è così pieno di te? Non provi alcuna emozione segreta nel vedere un luogo tanto legato a te?” Senza aspettare la sua risposta, la portai verso la roccia e le mostrai il suo nome inciso in mille punti diversi, oltre a diversi versi di Petrarca o del Tasso relativi alla situazione in cui mi trovavo. Rivedendoli dopo tanto tempo, capii quanto la presenza degli oggetti possa risvegliare con forza i sentimenti intensi che un tempo si provavano in loro compagnia. Dissi a Giulia con un po’ di veemenza: “O Giulia, eterno incanto del mio cuore! Ecco i luoghi dove un tempo il più fedele amante del mondo sospirava per te. Qui la tua immagine gli portava felicità e preparava quella che infine ricevette da te stessa. Allora non c’erano frutti né ombre; la vegetazione e i fiori non adornavano questi luoghi, i corsi d’acqua non ne delimitavano i confini. Solo gli uccelli emettevano i loro richiami in queste caverne; enormi ghiacciai pendevano dalle rocce, i nastri di neve erano l’unico ornamento degli alberi. Tutto qui esprimeva la durezza dell’inverno e l’orrore del freddo. Solo il fuoco del mio cuore rendeva questo luogo sopportabile. I giorni trascorrevano tutti a pensarti. Ecco la pietra su cui mi sedevo per contemplare da lontano il tuo felice rifugio. Qui fu scritta la lettera che toccò il tuo cuore. Questi ciottoli taglienti mi servirono da scalpello per incidere il tuo nome. Qui attraversai il torrente ghiacciato per recuperare una delle tue lettere portate via dal vento. Lì tornavo a leggere e baciare mille volte l’ultima che mi scrissi. Ecco il bordo del precipizio da cui, con occhi pieni di tristezza, misuravo la profondità di queste abissi. Infine, fu qui che, prima della mia triste partenza, venni a piangere sulla tua morte e giurai di non sopravviverti. Oh Giulia, amata troppo costantemente. Dovrei ritrovarmi con te in questi stessi luoghi e rimpiangere i giorni trascorsi qui, gemendo per la tua assenza?” Continuavo a parlare; ma Giulia, vedendomi avvicinarmi al bordo del precipizio, si spaventò, mi prese per mano e, senza dire una parola, mi guardò con tenerezza, trattenendo a fatica un sospiro. Poi, all’improvviso, distolse lo sguardo e, tirandomi per il braccio, disse con voce commossa: “Andiamo via, mio caro. L’aria di questo posto non è buona per me, ” Partii con lei, gemendo, ma senza risponderle. E lasciai per sempre quel triste luogo, proprio come avrei lasciato Giulia stessa.

Tornati lentamente al porto dopo alcuni giri, ci separammo. Lei volle restare da sola, e io continuai a passeggiare senza sapere bene dove stessi andando. Al mio ritorno, la barca non era ancora pronta e l’acqua non era tranquilla; cenammo tristemente, con lo sguardo basso, in un silenzio assorto, mangiando poco e parlando ancora meno. Dopo cena, ci sedemmo sulla riva in attesa del momento della partenza. Lentamente la luna si alzò, l’acqua divenne più calma, e Julie mi propose di andare. Le presi la mano per salire sulla barca; e, sedendomi accanto a lei, non pensai più a lasciarla. Rimanemmo in un profondo silenzio. Il rumore regolare e misurato delle remate mi incitava a sognare. Ma il canto piuttosto allegro dei beccacini, che mi ricordava i piaceri di un’altra epoca, invece di rallegrarmi, mi addolorava. Gradualmente sentii aumentare la malinconia che mi opprimeva. Un cielo sereno, i dolci raggi della luna, il tremolio argenteo dell’acqua intorno a noi. Niente poté allontanare dal mio cuore mille pensieri dolorosi.

Iniziai ricordando una passeggiata simile fatta in passato con lei, durante i giorni incantevoli dei nostri primi amori. Tutti quei sentimenti deliziosi che allora riempivano la mia anima ritornarono a tormentarmi; tutti gli eventi della nostra giovinezza, i nostri studi, le nostre conversazioni, le nostre lettere, i nostri appuntamenti, i nostri momenti di felicità.

Tanta fede, e così dolci ricordi.

E così, secondo questa consuetudine,![165]

ces foules de petits objets qui m’offraient l’image de mon bonheur passé, tout revenait, pour augmenter ma misère présente, prendre place en mon souvenir. C’en est fait, disais-je en moi-même ; ces temps, ces temps heureux ne sont plus ; ils ont disparu pour jamais. Hélas ! ils ne reviendront plus ; et nous vivons, et nous sommes ensemble, et nos coeurs sont toujours unis ! Il me semblait que j’aurais porté plus patiemment sa mort ou son absence, et que j’avais moins souffert tout le temps que j’avais passé loin d’elle. Quand je gémissais dans l’éloignement, l’espoir de la revoir soulageait mon coeur ; je me flattais qu’un instant de sa présence effacerait toutes mes peines ; j’envisageais au moins dans les possibles un état moins cruel que le mien. Mais se trouver auprès d’elle, mais la voir, la toucher, lui parler, l’aimer, l’adorer, et, presque en la possédant encore, la sentir perdue à jamais pour moi ; voilà ce qui me jetait dans des accès de fureur et de rage qui m’agitèrent par degrés jusqu’au désespoir. Bientôt je commençai de rouler dans mon esprit des projets funestes, et, dans un transport dont je frémis en y pensant, je fus violemment tenté de la précipiter avec moi dans les flots, et d’y finir dans ses bras ma vie et mes longs tourments. Cette horrible tentation devint à la fin si forte, que je fus obligé de quitter brusquement sa main pour passer à la pointe du bateau.

Là mes vives agitations commencèrent à prendre un autre cours ; un sentiment plus doux s’insinua peu à peu dans mon âme, l’attendrissement surmonta le désespoir, je me mis à verser des torrents de larmes, et cet état, comparé à celui dont je sortais, n’était pas sans quelques plaisirs. Je pleurai fortement, longtemps, et fus soulagé. Quand je me trouvai bien remis, je revins auprès de Julie ; je repris sa main. Elle tenait son mouchoir ; je le sentis fort mouillé. « Ah ! lui dis-je tout bas, je vois que nos coeurs n’ont jamais cessé de s’entendre ! — Il est vrai, dit-elle d’une voix altérée ; mais que ce soit la dernière fois qu’ils auront parlé sur ce ton. » Nous recommençâmes alors à causer tranquillement, et au bout d’une heure de navigation nous arrivâmes sans autre accident. Quand nous fûmes rentrés, j’aperçus à la lumière qu’elle avait les yeux rouges et fort gonflés ; elle ne dut pas trouver les miens en meilleur état. Après les fatigues de cette journée, elle avait grand besoin de repos ; elle se retira, et je fus me coucher.

Voilà, mon ami, le détail du jour de ma vie où, sans exception, j’ai senti les émotions les plus vives. J’espère qu’elles seront la crise qui me rendra tout à fait à moi. Au reste, je vous dirai que cette aventure m’a plus convaincu que tous les arguments de la liberté de l’homme et du mérite de la vertu. Combien de gens sont faiblement tentés et succombent ? Pour Julie, mes yeux le virent et mon coeur le sentit : elle soutint ce jour-là le plus grand combat qu’âme humaine ait pu soutenir ; elle vainquit pourtant. Mais qu’ai-je fait pour rester si loin d’elle ? O Édouard ! quand séduit par ta maîtresse tu sus triompher à la fois de tes désirs et des siens, n’étais-tu qu’un homme ? Sans toi j’étais perdu peut-être. Cent fois dans ce jour périlleux, le souvenir de ta vertu m’a rendu la mienne.

Fin de la Quatrième Partie

Table des matières

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre I de Milord Édouard à Saint-Preux

[166]

Sors de l’enfance, ami, réveille-toi. Ne livre point ta vie entière au long sommeil de la raison. L’âge s’écoule, il ne t’en reste plus que pour être sage. À trente ans passés il est temps de songer à soi ; commence donc à rentrer en toi-même, et sois homme une fois avant la mort.

Mon cher, votre coeur vous en a longtemps imposé sur vos lumières. Vous avez voulu philosopher avant d’en être capable ; vous avez pris le sentiment pour de la raison, et content d’estimer les choses par l’impression qu’elles vous ont faite, vous avez toujours ignoré leur véritable prix. Un coeur droit est, je l’avoue, le premier organe de la vérité ; celui qui n’a rien senti ne sait rien apprendre ; il ne fait que flotter d’erreur en erreur ; il n’acquiert qu’un vain savoir et de stériles connaissances, parce que le vrai rapport des choses à l’homme, qui est sa principale science, lui demeure toujours caché. Mais c’est se borner à la première moitié de cette science que de ne pas étudier encore les rapports qu’ont les choses entre elles, pour mieux juger de ceux qu’elles ont avec nous. C’est peu de connaître les passions humaines, si l’on n’en sait apprécier les objets ; et cette seconde étude ne peut se faire que dans le calme de la méditation.

La jeunesse du sage est le temps de ses expériences ; ses passions en sont les instruments. Mais après avoir appliqué son âme aux objets extérieurs pour les sentir, il la retire au dedans de lui pour les considérer, les comparer, les connaître. Voilà le cas où vous devez être plus que personne au monde. Tout ce qu’un coeur sensible peut éprouver de plaisirs et de peines a rempli le vôtre ; tout ce qu’un homme peut voir, vos yeux l’ont vu. Dans un espace de douze ans vous avez épuisé tous les sentiments qui peuvent être épars dans une longue vie, et vous avez acquis, jeune encore, l’expérience d’un vieillard. Vos premières observations se sont portées sur des gens simples et sortant presque des mains de la nature, comme pour vous servir de pièce de comparaison. Exilé dans la capitale du plus célèbre peuple de l’univers, vous êtes sauté pour ainsi dire à l’autre extrémité : le génie supplée aux intermédiaires. Passé chez la seule nation d’hommes qui reste parmi les troupeaux divers dont la terre est couverte, si vous n’avez pas vu régner les lois, vous les avez vues du moins exister encore ; vous avez appris à quels signes on reconnaît cet organe sacré de la volonté d’un peuple, et comment l’empire de la raison publique est le vrai fondement de la liberté. Vous avez parcouru tous les climats, vous avez vu toutes les régions que le soleil éclaire. Un spectacle plus rare et digne de l’oeil du sage, le spectacle d’une âme sublime et pure, triomphant de ses passions et régnant sur elle-même, est celui dont vous jouissez. Le premier objet qui frappa vos regards est celui qui les frappe encore, et votre admiration pour lui n’est que mieux fondée après en avoir contemplé tant d’autres. Vous n’avez plus rien à sentir ni à voir qui mérite de vous occuper. Il ne vous reste plus d’objet à regarder que vous-même, ni de jouissance à goûter que celle de la sagesse. Vous avez vécu de cette courte vie ; songez à vivre pour celle qui doit durer.

Vos passions, dont vous fûtes longtemps l’esclave vous ont laissé vertueux. Voilà toute votre gloire ; elle est grande, sans doute, mais soyez-en moins fier. Votre force même est l’ouvrage de votre faiblesse. Savez-vous ce qui vous a fait aimer toujours la vertu ? Elle a pris à vos yeux la figure de cette femme adorable qui la représente si bien, et il serait difficile qu’une si chère image vous en laissât perdre le goût. Mais ne l’aimerez-vous jamais pour elle seule, et n’irez-vous point au bien par vos propres forces, comme Julie a fait par les siennes ? Enthousiaste oisif de ses vertus, vous bornerez-vous sans cesse à les admirer sans les imiter jamais ? Vous parlez avec chaleur de la manière dont elle remplit ses devoirs d’épouse et de mère ; mais vous, quand remplirez-vous vos devoirs d’homme et d’ami à son exemple ? Une femme a triomphé d’elle-même, et un philosophe a peine à se vaincre ! Voulez-vous donc n’être qu’un discoureur comme les autres, et vous borner à faire de bons livres, au lieu de bonnes actions[167] ? Prenez-y garde, mon cher ; il règne encore dans vos lettres un ton de mollesse et de langueur qui me déplaît, et qui est bien plus un reste de votre passion qu’un effet de votre caractère. Je hais partout la faiblesse, et n’en veux point dans mon ami. Il n’y a point de vertu sans force, et le chemin du vice est la lâcheté. Osez-vous bien compter sur vous avec un coeur sans courage ? Malheureux ! si Julie était faible, tu succomberais demain et ne serais qu’un vil adultère. Mais te voilà resté seul avec elle : apprends à la connaître, et rougis de toi.

All those tiny objects that presented to me the image of my past happiness—everything came back, only to increase my present misery and take root in my memories. “It’s over,” I said to myself; “those happy times are gone forever; they have vanished for good.” Alas! They would never return. And yet we lived together, our hearts still united. It seemed to me that I could have endured her death or absence more patiently, and that I had suffered less all the time I’d spent away from her. When I groaned in loneliness, the hope of seeing her again comforted my heart; I deluded myself into thinking that even a brief moment of her presence would erase all my pain. At least I imagined a state less cruel than mine among the possibilities. But to be with her, to see her, to touch her, to speak to her, to love her, to adore her—only to realize, almost as if she were still mine, that she was lost to me forever. That was what drove me into fits of fury and rage, gradually leading me to despair. Soon, I began to conceive terrible plans in my mind. In a moment of insanity I trembled at the thought of it—I was violently tempted to throw her into the waters with me, to end both my life and my long suffering there. That horrible temptation grew so strong that I had no choice but to suddenly let go of her hand and move to the front of the boat.

There, my intense agitation began to take on a different course; a softer sentiment gradually infiltrated my soul, and compassion overcame despair. I burst into tears, and this state, compared to the one from which I had just emerged, was not without its pleasures. I wept bitterly and for a long time, and eventually felt relieved. Once I had recovered completely, I returned to Julie and took her hand again. She was holding her handkerchief; I felt it was quite wet. “Ah!” I said to her in a low voice, “I see that our hearts have never stopped communicating with each other!” “Indeed,” she replied in a changed voice, “but let this be the last time they speak in such a way.” We then resumed our calm conversation, and after an hour of traveling, we arrived without any further incidents. When we got home, I noticed in the light that her eyes were red and greatly swollen; I doubt my own eyes looked much better. After the exhaustion of that day, she needed rest desperately; so she went to bed, and I did the same.

Here, my friend, is the detail of the day in my life when, without exception, I experienced the most intense emotions. I hope that this will be the crisis that will bring me fully back to myself. Moreover, I must say that this experience has convinced me more than all arguments about man’s freedom and the merit of virtue. How many people are merely tented and then succumb? As for Julie, my eyes saw it and my heart felt it: on that day, she endured the greatest struggle that a human soul could possibly face; yet she won. But what have I done to remain so far from her? Oh, Edward! When you, seduced by your mistress, managed to conquer both your own desires and hers, were you not just an ordinary man? Without you, I might have been lost forever. Hundreds of times during that perilous day, the memory of your virtue helped me regain my own.

End of the Fourth Part

Contents

List of literary works

General list of titles

Letter I by Lord Edward to Saint-Preux

[166]

Come out of childhood, my friend, and awaken. Do not devote your entire life to the long slumber of reason. Time passes swiftly; you have only so much time left to become wise. Once thirty years have passed, it is time to think about yourself. Begin to turn within yourself, and be a true man before death comes.

My dear, for a long time your heart has imposed its own views upon your understanding. You sought to engage in philosophy before you were truly capable of it; you mistook feelings for reason, and content with judging things merely by the impression they made on you, you never understood their true value. I must admit that a righteous heart is indeed the primary instrument for attaining truth; one who feels nothing cannot learn anything; such a person merely wanders from error to error, acquiring only empty knowledge and sterile understanding, for the true relationship between things and man—which is the essence of true science—remains forever hidden from them. But to limit one’s study to only half of this science means to fail to examine the relationships that exist between things themselves, thus preventing a deeper understanding of their connection with us. To know human passions is of little use if one cannot discern their proper objects; and this second level of understanding can only be achieved through the tranquility of contemplation.

The youth of the sage is the time for his experiences; his passions are the instruments through which he gains these experiences. But after having applied his soul to external objects in order to perceive them, he withdraws it within himself to contemplate them, compare them, and understand them. Such is the state in which you must be more than anyone else in the world. All the pleasures and pains that a sensitive heart can experience have filled yours; everything that a man can see has been seen by your eyes. In just twelve years, you have exhausted all the emotions that might be spread out over a long lifetime, and you have acquired, at a young age, the experience of an old man. Your initial observations were directed towards simple people who were almost in their natural state, as if they were to serve as examples for comparison. Exiled in the capital of the most famous nation in the world, you have, so to speak, jumped to the other extreme: genius serves as a substitute for intermediaries. Having lived among the only nation of humans that remains amidst the diverse peoples scattered across the earth, if you have not witnessed the rule of law in action, you have at least seen that it still exists; you have learned what signs indicate the existence of this sacred organ of a people’s will, and how the realm of public reason is the true foundation of freedom. You have traveled through all climates and seen every region illuminated by the sun. A spectacle even rarer and more worthy of the sage’s gaze is that of a sublime and pure soul that has triumphed over its passions and come into its own. The first object that caught your attention is still before your eyes today, and your admiration for it is all the more profound after having observed so many others. You have nothing left to feel or see that deserves your attention. There is no other object for you to observe except yourself, and no other pleasure to seek but that of wisdom itself. You have lived this brief life; now think about living for the one that is meant to last forever.

Your passions, of which you were for so long a slave, have made you virtuous. That is all your glory; it is undoubtedly great, but be less proud of it. Even your strength is the result of your weakness. Do you know what made you always love virtue? It took on in your eyes the image of that adorable woman who represents it so well; it would be difficult for such a cherished image to make you lose interest in it. But will you never love it for its own sake, and strive to do good through your own efforts, just as Julie did with hers? Enthusiastic yet idle about her virtues, will you content yourself merely with admiring them without ever attempting to imitate them? You speak with fervor about the way she fulfills her duties as a wife and a mother; but when will you, following her example, fulfill your duties as a man and a friend? A woman has conquered herself; yet it is hard even for a philosopher to overcome his own weaknesses! Do you really want to be just another talker like everyone else, content with writing good books rather than doing good deeds[167]? Be careful, my dear; there is still in your letters a tone of weakness and languor that displeases me, and which is more a remnant of your passions than a reflection of your character. I hate weakness everywhere, and I do not want any in my friend. There is no virtue without strength, and the path to vice is cowardice. Do you really dare rely on yourself when you lack courage? Poor man! If Julie were weak, you would succumb tomorrow and become a vile adulterer. But here you are, alone with her: learn to know her truly, and be ashamed of yourself.

Tutti questi piccoli oggetti che mi offrivano l’immagine della mia felicità passata. Tutto ritornava, per aumentare la mia miseria presente, per prendere posto nei miei ricordi. “È finita”, dicevo tra me stesso; “quei tempi, quei bei tempi non esistono più. Sono scomparsi per sempre”. Ahimè! Non torneranno mai. Eppure viviamo insieme, i nostri cuori sono ancora uniti. Mi sembrava che avrei sopportato con maggiore pazienza la sua morte o la sua assenza. Che avrei sofferto meno tutto il tempo trascorso lontano da lei. Quando gemevo nella distanza, la speranza di rivederla alleviava il mio dolore. Mi illudevo che un solo istante della sua presenza potesse cancellare tutte le mie sofferenze. Immaginavo almeno uno stato meno crudele del mio attuale. Ma trovarmi accanto a lei, vederla, toccarla, parlare con lei, amarla, adorarla. E, pur avendola quasi di nuovo tra le braccia, sentirla per sempre perduta per me. Questo mi gettava in accessi di furia e di rabbia che gradualmente portavano al disperazione. Presto iniziai a concepire progetti orribili. In un impeto di cui rabbrividisco ancora al ricordo, fui violentamente tentato di trascinarla con me nelle acque del mare, di porre fine alla mia vita e ai miei lunghi tormenti tra le sue braccia. Quella terribile tentazione divenne così forte che fui costretto a lasciare improvvisamente la sua mano per spostarmi verso la prua della barca.

Lì le mie intense emozioni iniziarono a prendere un altro corso; un sentimento più dolce si insinuò gradualmente nel mio animo, la commozione sopraffece il dispero e io iniziai a versare lacrime copiose. Questo stato, rispetto a quello da cui provenivo, non era privo di alcun piacere. Piansi intensamente, a lungo, e finalmente mi sentii sollevato. Quando mi ripresi completamente, tornai da Julie e le presi di nuovo la mano; lei teneva il fazzoletto in mano. Lo sentii molto bagnato. “Ah!”, le dissi sottovoce, “vedo che i nostri cuori non hanno mai smesso di comunicare tra loro, ” “È vero, ”, rispose lei con voce tremante, “ma che questa sia l’ultima volta che parliamo in questo modo.” Allora ricominciammo a conversare tranquillamente, e dopo un’ora arrivammo a destinazione senza alcun incidente. Quando rientrammo in casa, notai che i suoi occhi erano rossi e molto gonfi. Immagino che i miei non fossero in condizioni migliori. Dopo le fatiche di quella giornata, aveva davvero bisogno di riposo; si ritirò nella sua stanza e io andai a dormire.

Ecco, mio caro amico, i dettagli di quel giorno della mia vita in cui, senza eccezione, ho provato le emozioni più intense. Spero che queste emozioni siano proprio la crisi che mi farà ritrovare completamente me stesso. Del resto, devo dire che questa avventura mi ha convinto più di tutti gli argomenti a favore della libertà dell’uomo e del merito della virtù. Quanti uomini vengono debolmente tentati e poi cedono. Per Julie, i miei occhi l’hanno vista e il mio cuore l’ha sentita: quel giorno ha affrontato la più grande battaglia che un’anima umana possa intraprendere; eppure ha vinto. Ma cosa ho fatto io per rimanere così lontano da lei? Oh Edouard. Quando, sedotto dalla tua amante, sei riuscito a vincere sia i tuoi desideri che i suoi, non eri forse soltanto un uomo? Senza di te, forse sarei perso. Cento volte, in quel giorno pericoloso, il ricordo della tua virtù mi ha aiutato a ritrovare la mia.

Fine della Quarta Parte

Indice dei contenuti

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera I di Lord Edward a Saint-Preux

[166]

Usci dall’infanzia, amico, svegliati. Non consegnare tutta la tua vita al lungo sonno della ragione. Il tempo passa, e non ti ne rimane che poco per diventare saggio. Dopo i trent’anni è giunto il momento di pensare a se stesso; inizia quindi a ritornare in te stesso, e sii un uomo una volta prima della morte.

Mio caro, il tuo cuore ti ha per lungo imposto di considerare il futuro in conformità con il passato. Hai voluto filosofare prima ancora di essere in grado di farlo; hai scambiato i sentimenti per ragionamenti e, accontentandoti di valutare le cose in base all’impressione che ti lasciavano, hai sempre ignorato il loro vero valore. Ammetto che un cuore retto sia l’organo principale della verità; chi non prova nulla non può imparare nulla; si limita a errare continuamente, acquisendo solo conoscenze vane e sterili, perché il vero rapporto tra le cose e l’uomo, che rappresenta la sua vera scienza, gli rimane sempre nascosto. Ma limitarsi alla prima metà di questa scienza significa non studiare i rapporti che esistono tra le cose stesse, per poter giudicare meglio quelli che esse hanno con noi. Conoscere le passioni umane è poco se non si sa apprezzarne gli oggetti; e questo secondo studio può avvenire solo nel silenzio della meditazione.

La giovinezza del saggio è il tempo delle sue esperienze; le sue passioni ne sono gli strumenti. Ma dopo aver applicato la propria anima agli oggetti esterni per comprenderli, egli la ritira dentro di sé per osservarli, confrontarli, conoscerli. In questo momento, dovete essere più di chiunque altro al mondo: tutti i piaceri e le sofferenze che un cuore sensibile può provare sono stati vissuti da voi; tutto ciò che un uomo può vedere è stato visto dai vostri occhi. In soli dodici anni avete sperimentato tutti gli sentimenti che una lunga vita potrebbe offrire, e avete acquisito, ancora giovani, l’esperienza di un anziano. Le vostre prime osservazioni sono state rivolte a persone semplici, quasi ancora in condizioni naturali, come se fossero servite da esempi per il confronto. Esiliato nella capitale del popolo più celebre dell’universo, siete praticamente arrivati all’altro estremo: il genio supplisce agli intermediari. Essendo stato tra l’unica nazione umana rimasta tra le molteplici tribù che popolano questa terra, se non avete visto regnare leggi precise, almeno ne avete constatato l’esistenza; avete imparato a riconoscere i segni attraverso cui si manifesta questo sacro organo della volontà di un popolo, e come l’impero della ragione pubblica costituisca il vero fondamento della libertà. Avete attraversato tutti i climi, visto tutte le regioni illuminate dal sole. Uno spettacolo ancora più raro e degno dell’occhio del saggio è quello di un’anima sublime e pura che vince sulle proprie passioni e ne assume il controllo: questo è lo spettacolo che avete avuto la fortuna di contemplare. Il primo oggetto che ha colpito i vostri occhi è ancora oggi ciò che attira la vostra attenzione, e la vostra ammirazione per esso è ancora più profonda dopo averne osservati tanti altri. Non vi resta nulla da sentire o vedere che possa interessarvi: l’unico oggetto che rimane da contemplare siete voi stessi, l’unica gioia che vi resta è quella della saggezza. Avete vissuto questa breve vita. Pensate ora a vivere per quella che durerà per sempre.

Le vostre passioni, di cui per lungo tempo siete stati schiavi, vi hanno resi virtuosi. Questa è tutta la vostra gloria; senza dubbio è grande, ma non ne siate troppo orgogliosi. Anche la vostra forza è il risultato della vostra debolezza. Sapete qual è stata la ragione per cui avete sempre amato la virtù? È perché essa ha assunto, ai vostri occhi, l’aspetto di quella donna adorabile che ne rappresenta così bene i valori. Ed è difficile che un’immagine così cara vi faccia perdere il gusto per la virtù stessa. Ma non la amerete mai soltanto per lei, e non agirete mai verso il bene con le vostre proprie forze, come ha fatto Julie? Essendo un entusiasta indolente delle sue virtù, vi limiterete forse a ammirarle senza mai imitarle. Parlate con passione del modo in cui lei adempie ai suoi doveri di moglie e di madre. Ma voi, quando adempirete ai vostri doveri di uomo e di amico seguendo il suo esempio? Una donna è riuscita a sconfiggere se stessa. E un filosofo fatica a vincere le proprie debolezze. Volete davvero essere soltanto un altro discutente, limitandovi a scrivere buoni libri, invece di compiere azioni virtuose? Fate attenzione, caro mio. Nelle vostre lettere regna ancora un tono di debolezza e di languore che mi dispiace. E questo è più un residuo delle vostre passioni che un effetto del vostro carattere. Odio ovunque la debolezza. E non voglio che esista nel mio amico. Non c’è virtù senza forza. E la strada del vizio è la codardia. Osate davvero contare su voi stessi, con un cuore privo di coraggio? Sfortunato. Se Julie fosse debole, domani cadreste in preda al vizio e diventereste un vile adultero. Ma ora siete rimasti soltanto voi due. Imparate a conoscerla davvero. E arrossite di voi stessi.

J’espère pouvoir bientôt vous aller joindre. Vous savez à quoi ce voyage est destiné. Douze ans d’erreurs et de troubles me rendent suspect à moi-même : pour résister j’ai pu me suffire, pour choisir il me faut les yeux d’un ami ; et je me fais un plaisir de rendre tout commun entre nous, la reconnaissance aussi bien que l’attachement. Cependant, ne vous y trompez pas, avant de vous accorder ma confiance, j’examinerai si vous en êtes digne, et si vous méritez de me rendre les soins que j’ai pris de vous. Je connais votre coeur, j’en suis content : ce n’est pas assez ; c’est de votre jugement que j’ai besoin dans un choix où doit présider la raison seule, et où la mienne peut m’abuser. Je ne crains pas les passions qui, nous faisant une guerre ouverte, nous avertissent de nous mettre en défense, nous laissent, quoi qu’elles fassent, la conscience de toutes nos fautes, et auxquelles on ne cède qu’autant qu’on leur veut céder. Je crains leur illusion qui trompe au lieu de contraindre, et nous fait faire, sans le savoir, autre chose que ce que nous voulons. On n’a besoin que de soi pour réprimer ses penchants, on a quelquefois besoin d’autrui pour discerner ceux qu’il est permis de suivre ; et c’est à quoi sert l’amitié d’un homme sage, qui voit pour nous sous un autre point de vue les objets que nous avons intérêt à bien connaître. Songez donc à vous examiner, et dites-vous si, toujours en proie à de vains regrets, vous serez à jamais inutile à vous et aux autres, ou si, reprenant enfin l’empire de vous-même, vous voulez mettre une fois votre âme en état d’éclairer celle de votre ami.

Mes affaires ne me retiennent plus à Londres que pour une quinzaine de jours : je passerai par notre armée de Flandre, où je compte rester encore autant ; de sorte que vous ne devez guère m’attendre avant la fin du mois prochain ou le commencement d’octobre. Ne m’écrivez plus à Londres, mais à l’armée, sous l’adresse ci-jointe. Continuez vos descriptions : malgré le mauvais ton de vos lettres, elles me touchent et m’instruisent ; elles m’inspirent des projets de retraite et de repos convenables à mes maximes et à mon âge. Calmez surtout l’inquiétude que vous m’avez donnée sur Madame de Wolmar : si son sort n’est pas heureux, qui doit oser aspirer à l’être. Après le détail qu’elle vous a fait, je ne puis concevoir ce qui manque à son bonheur.[168]

Lettre II – De Saint-Preux à milord Édouard

Oui, milord, je vous le confirme avec des transports de joie, la scène de Meillerie a été la crise de ma folie et de mes maux. Les explications de M. de Wolmar m’ont entièrement rassuré sur le véritable état de mon coeur. Ce coeur trop faible est guéri tout autant qu’il peut l’être ; et je préfère la tristesse d’un regret imaginaire à l’effroi d’être sans cesse assiégé par le crime. Depuis le retour de ce digne ami, je ne balance plus à lui donner un nom si cher et dont vous m’avez si bien fait sentir tout le prix. C’est le moindre titre que je doive à quiconque aide à me rendre à la vertu. La paix est au fond de mon âme comme dans le séjour que j’habite. Je commence à m’y voir sans inquiétude, à y vivre comme chez moi ; et si je n’y prends pas tout à fait l’autorité d’un maître, je sens plus de plaisir encore à me regarder comme l’enfant de la maison. La simplicité, l’égalité que j’y vois régner, ont un attrait qui me touche et me porte au respect. Je passe des jours sereins entre la raison vivante et la vertu sensible. En fréquentant ces heureux époux, leur ascendant me gagne et me touche insensiblement, et mon coeur se met par degrés à l’unisson des leurs, comme la voix prend, sans qu’on y songe, le ton des gens avec qui l’on parle.

Quelle retraite délicieuse ! Quelle charmante habitation ! Que la douce habitude d’y vivre en augmente le prix ! Et que, si l’aspect en paraît d’abord peu brillant, il est difficile de ne pas l’aimer aussitôt qu’on la connaît ! Le goût que prend Madame de Wolmar à remplir ses nobles devoirs, à rendre heureux et bons ceux qui l’approchent, se communique à tout ce qui en est l’objet, à son mari, à ses enfants, à ses hôtes, à ses domestiques. Le tumulte, les jeux bruyants, les longs éclats de rire ne retentissent point dans ce paisible séjour ; mais on y trouve partout des coeurs contents et des visages gais. Si quelquefois on y verse des larmes, elles sont d’attendrissement et de joie. Les noirs soucis, l’ennui, la tristesse, n’approchent pas plus d’ici que le vice et les remords dont ils sont le fruit.

Pour elle, il est certain qu’excepté la peine secrète qui la tourmente, et dont je vous ai dit la cause dans ma précédente lettre[169], tout concourt à la rendre heureuse. Cependant avec tant de raisons de l’être, mille autres se désoleraient à sa place. Sa vie uniforme et retirée leur serait insupportable ; elles s’impatienteraient du tracas des enfants ; elles s’ennuieraient des soins domestiques ; elles ne pourraient souffrir la campagne ; la sagesse et l’estime d’un mari peu caressant ne les dédommageraient ni de sa froideur ni de son âge ; sa présence et son attachement même leur seraient à charge. Ou elles trouveraient l’art de l’écarter de chez lui pour y vivre à leur liberté, ou, s’en éloignant elles-mêmes, elles mépriseraient les plaisirs de leur état ; elles en chercheraient au loin de plus dangereux, et ne seraient à leur aise dans leur propre maison que quand elles y seraient étrangères. Il faut une âme saine pour sentir les charmes de la retraite ; on ne voit guère que des gens de bien se plaire au sein de leur famille et s’y renfermer volontairement ; s’il est au monde une vie heureuse, c’est sans doute celle qu’ils y passent. Mais les instruments du bonheur ne sont rien pour qui ne sait pas les mettre en oeuvre, et l’on ne sent en quoi le vrai bonheur consiste qu’autant qu’on est propre à le goûter.

S’il fallait dire avec précision ce qu’on fait dans cette maison pour être heureux, je croirais avoir bien répondu en disant : On y sait vivre ; non dans le sens qu’on donne en France à ce mot, qui est d’avoir avec autrui certaines manières établies par la mode ; mais de la vie de l’homme, et pour laquelle il est né ; de cette vie dont vous me parlez, dont vous m’avez donné l’exemple, qui dure au-delà d’elle-même, et qu’on ne tient pas pour perdue au jour de la mort.

Julie a un père qui s’inquiète du bien-être de sa famille ; elle a des enfants à la subsistance desquels il faut pourvoir convenablement. Ce doit être le principal soin de l’homme sociable, et c’est aussi le premier dont elle et son mari se sont conjointement occupés. En entrant en ménage ils ont examiné l’état de leurs biens : ils n’ont pas tant regardé s’ils étaient proportionnés à leur condition qu’à leurs besoins ; et, voyant qu’il n’y avait point de famille honnête qui ne dût s’en contenter, ils n’ont pas eu assez mauvaise opinion de leurs enfants pour craindre que le patrimoine qu’ils ont à leur laisser ne leur pût suffire. Ils se sont donc appliqués à l’améliorer plutôt qu’à l’étendre ; ils ont placé leur argent plus sûrement qu’avantageusement ; au lieu d’acheter de nouvelles terres, ils ont donné un nouveau prix à celles qu’ils avaient déjà, et l’exemple de leur conduite est le seul trésor dont ils veuillent accroître leur héritage.

I hope to be able to join you soon. You know the purpose of this journey. Twelve years of mistakes and troubles have made me suspicious of myself; to resist them, I was able to rely on my own strength, but to make a choice, I need the judgment of a friend. I take pleasure in making everything between us completely open and honest—both gratitude and affection. However, do not be mistaken: before confiding in you, I will examine whether you are worthy of it, and whether you deserve the care that I have taken for you. I know your heart and am satisfied with it; but that is not enough. What I need is your judgment in a matter where reason must prevail alone, for my own judgment may deceive me. I am not afraid of those passions that openly challenge us, for they warn us to defend ourselves, leave us aware of all our mistakes, and can only be overcome if we choose to do so. What I fear are those deceptive illusions that trick us instead of forcing us, making us act against our true will without even realizing it. To restrain one’s own inclinations, one often needs oneself; to discern which paths are permissible, one sometimes requires the help of another. And this is precisely the role of a wise friend—someone who can view things from a different perspective, helping us to understand what is truly important. Therefore, reflect on yourself and ask whether, consumed by futile regrets, you will remain useless to yourself and others forever, or whether, finally taking control of your own life, you are determined to set your soul in a position where it can illuminate your friend’s soul as well.

My affairs now allow me to remain in London for only about fifteen days; I will then visit our army in Flanders, where I intend to stay for another similar period of time. Therefore, you need not expect to hear from me until the end of next month or the beginning of October at the latest. Please stop writing to me in London and instead send your letters to the army at the address provided below. Continue with your descriptions: despite the rather formal tone of your letters, they touch me and inform me; they also inspire me with ideas for retreats and periods of rest that would be suitable for my principles and my age. Above all, please put an end to the concern you expressed regarding Madame de Wolmar—if her fate is not happy, who dares to aspire to such happiness? Given the details she shared with you, I cannot imagine what could possibly prevent her from being happy.[168]

Letter II – From Saint-Preux to Lord Edward

Yes, my lord, I confirm it to you with great joy—the scene at Meillerie was the crisis of my madness and my suffering. Mr. de Wolmar’s explanations completely reassured me regarding the true state of my heart. This too weak heart has been healed as much as it is possible; and I would rather endure the sadness of imagined regret than live in constant fear of being besieged by sin. Since the return of this worthy friend, I no longer hesitate to give him such a precious name, whose value you have so vividly made me aware of. It is the least I can offer anyone who helps me pursue virtue. Peace reigns in my soul, just as it does in the home where I live. I begin to see myself there without worry, to live there as if it were my own home; and although I do not assume the authority of a master, I find even greater pleasure in considering myself a child of this household. The simplicity and equality that prevail there possess an appeal that touches me and inspires respect in me. I spend peaceful days amidst living reason and tangible virtue. By associating with these happy couples, their influence gradually affects me, and my heart gradually begins to resonate with theirs, just as one’s voice unconsciously takes on the tone of those with whom they speak.

What a delightful retreat! What a charming dwelling! How the gentle habit of living here only enhances its value! And though its appearance may seem unimpressive at first, it is impossible not to fall in love with it once one gets to know it. Madame de Wolmar’s passion for fulfilling her noble duties and for bringing happiness and goodness to those who approach her radiates throughout everything in her life: her husband, her children, her guests, her servants. No noise, no loud games, no prolonged laughter are heard in this peaceful haven; instead, one finds contented hearts and cheerful faces everywhere. If tears are shed here, they are tears of tenderness and joy. The dark worries, the boredom, the sadness—none of these approaches this place, just as vice and remorse, which are their natural consequences, never find a foothold here.

For her, it is certain that, apart from the secret sorrow that plagues her—and of which I told you the cause in my previous letter[169]—everything seems to contribute to her happiness. Yet, with so many reasons to be happy, a thousand other factors would bring her despair if she were in their place. Her monotonous and reclusive life would be unbearable to them; they would grow impatient with the troubles associated with children; they would find household chores tedious; they could not endure country living; the wisdom and respect of a husband who is not affectionate would neither compensate for his coldness nor his age; even his presence and devotion might prove a burden to them. Either they would find a way to keep him away from home so as to live freely, or, by leaving him themselves, they would despise the pleasures of their current state and seek more dangerous delights elsewhere—only to feel at ease in their own home when they were no longer there. Only a healthy soul can appreciate the charms of seclusion; it is hardly ever the good people who enjoy being within their families and willingly choose to live there. If there is any happy life in this world, it is undoubtedly the one they lead. But for those who do not know how to make use of the tools of happiness, these tools are of no avail; and one can only truly understand what true happiness entails when one is capable of experiencing it.

If one were to precisely describe what it means to be happy in this house, I believe I would have answered correctly by saying: One learns how to live here; not in the sense that the French give to this word, which refers to following certain socially established manners; but rather in reference to the life that is inherent to human nature and for which one is born. The kind of life you speak of, the example you have set me, a life that continues beyond its own end and is not considered lost at the moment of death.

Julie has a father who cares deeply about the well-being of his family; she has children whose needs must be properly met. This should be the primary concern of any social-minded person, and it was indeed the first matter that both she and her husband addressed together upon starting their household. Upon marrying, they assessed their financial situation: they did not focus so much on whether their assets were proportionate to their status as on whether they could meet their needs. Seeing that no respectable family would have any complaints about their circumstances, they had no reason to doubt that the inheritance they would leave to their children would be sufficient. Therefore, they focused on improving rather than expanding their wealth; they invested their money wisely rather than recklessly. Instead of acquiring new land, they improved the quality of the land they already owned. The example of their conduct is the only true treasure they seek to add to their legacy.

Spero di potervi raggiungere presto. Sapete a quale scopo è destinato questo viaggio. Dodici anni di errori e turbamenti mi hanno reso sospetto nei miei stessi confronti: per resistere, sono riuscito a contare su me stesso; per prendere una decisione, ho bisogno degli occhi di un amico. E mi compiace rendere tutto ciò che c’è tra noi comune, sia la riconoscenza che l’affetto. Tuttavia, non vi ingannate: prima di affidarvi la mia fiducia, esaminerò se ne siete degni e se meritate le attenzioni che ho dedicato a voi. Conosco il vostro cuore, e ne sono soddisfatto; ma non basta: ho bisogno anche del vostro giudizio in una scelta che deve essere guidata esclusivamente dalla ragione, poiché la mia potrebbe ingannarmi. Non temo le passioni che, pur combattendoci apertamente, ci avvertono di difenderci, lasciandoci comunque la coscienza di tutti i nostri errori, e a cui non cediamo se non lo vogliamo davvero. Temo invece l’illusione delle passioni: essa inganna piuttosto che costringe, facendoci compiere, senza che ce ne rendiamo conto, cose diverse da quelle che desideriamo. Per reprimere i propri impulsi basta avere fiducia in se stessi; a volte, per discernere quale strada seguire, è necessario l’aiuto di un altro. Ed è proprio questo il ruolo dell’amicizia di un uomo saggio, che ci aiuta a comprendere meglio ciò che è importante conoscere. Quindi, riflettete su voi stessi. E chiedetevi se, continuando ad essere preda di vani rimpianti, sarete per sempre inutili sia a voi stessi che agli altri, oppure se, finalmente riprendendo il controllo di voi stessi, vorrete mettere la vostra anima al servizio di quella del vostro amico.

Le mie affari non mi trattengono più a Londra che per una quindicina di giorni: passerò attraverso il nostro esercito delle Fiandre, dove intendo rimanere per lo stesso periodo; pertanto non dovreste aspettarmi prima della fine del prossimo mese o all’inizio di ottobre. Non scrivetemi più a Londra, ma all’esercito, all’indirizzo qui allegato. Continuate le vostre descrizioni: nonostante il tono poco cordiale delle vostre lettere, mi toccano e mi istruiscono; mi ispirano progetti di ritiro e riposo adeguati alle mie idee e alla mia età. Calmate soprattutto l’inquietudine che mi avete causato riguardo a Madame de Wolmar: se la sua sorte non è felice, chi potrebbe osare aspirarvi? Dopo i dettagli che lei vi ha fornito, non riesco proprio a immaginare cosa le manchi per essere felice.[168]

Lettera II – Da Saint-Preux a Lord Edward

Sì, milord, ve lo confermo con grande gioia: la scena di Meillerie è stata il culmine della mia follia e dei miei mali. Le spiegazioni di Monsieur de Wolmar mi hanno completamente rassicurato riguardo allo stato reale del mio cuore. Questo cuore troppo debole è ormai guarito nel miglior modo possibile; preferisco la tristezza derivante da un rimpianto immaginario all’orrore di essere costantemente assediato dal crimine. Da quando quel nobile amico è tornato, non esito più a dargli il nome così prezioso di cui avete tanto sottolineato l’importanza per me. È il minimo ringraziamento che debba a chiunque mi aiuti a tornare sulla retta via. La pace regna nel profondo della mia anima, proprio come nella dimora in cui vivo; comincio a sentirmi lì senza preoccupazioni, a vivere come se fossi a casa mia. Anche se non assumo ancora l’autorità di un padrone, provo un piacere ancora maggiore nel considerarmi un membro di quella famiglia. La semplicità e l’uguaglianza che vi regnano esercitano su di me un fascino che mi spinge al rispetto; trascorro giorni sereni tra la ragione e la virtù. frequentando quei felici coniugi, il loro ascendente positivo influisce su di me in modo graduale, facendo sì che il mio cuore si allini gradualmente al loro, proprio come la voce assume, senza che ce ne rendiamo conto, lo stesso tono di chi parla con noi.

Che deliziosa ritirata! Che incantevole dimora! Quanto il dolce abitudine di vivervi aumenti il suo valore! E se l’aspetto esteriore può sembrare inizialmente poco attraente, è difficile non innamorarsene non appena la si conosce. Il piacere che Madame de Wolmar prova nel adempiere ai suoi nobili doveri, nel rendere felici e buoni coloro che le stanno vicini, si riflette su tutto ciò che la circonda: sul suo marito, sui suoi figli, sui suoi ospiti, sui suoi domestici. Il tumulto, i giochi rumorosi, gli scoppi di risa non echeggiano in questo tranquillo rifugio; ma ovunque si trovano cuori sereni e volti sorridenti. Se talvolta vi scorrono lacrime, sono lacrime di commozione e gioia. I cupi problemi, la noia, la tristezza non si avvicinano mai a questo luogo, così come il vizio e i rimorsi che ne derivano.

Per lei, è certo che, ad eccezione del dolore segreto che la tormenta e della cui causa vi ho parlato nella mia lettera precedente[169], tutto concorre a renderla felice. Tuttavia, nonostante abbia così tante ragioni per esserlo, mille altre persone al suo posto si sentirebbero infelici. La sua vita monotona e ritirata le sarebbe insopportabile; si annoierebbero delle preoccupazioni legate ai figli, dei compiti domestici, non potrebbero tollerare la vita in campagna; la saggezza e l’ammirazione di un marito poco affettuoso non basterebbero a compensare né la sua freddezza né la sua età; persino la sua presenza e il suo affetto potrebbero rivelarsi un peso per lei. O troverebbe il modo di allontanarlo da casa per vivere liberamente, oppure, allontanandosi lei stessa, disprezzerebbe i piaceri della vita coniugale; cercerebbe altrove piaceri più pericolosi e non si sentirebbe a suo agio nella propria casa se non come una straniera. Occorre un’anima sana per apprezzare i vantaggi della ritirata; raramente si vedono persone buone che si divertano nella loro famiglia e vi si chiudano volontariamente; se esiste davvero una vita felice, è sicuramente quella che conducono loro. Ma gli strumenti del benessere non significano nulla per chi non sa come utilizzarli, e si comprende solo in che consista il vero felicità quando si è realmente in grado di goderla.

Se dovessi descrivere con precisione ciò che si fa in questa casa per essere felici, credo di aver risposto correttamente dicendo: Qui si sa vivere; non nel senso che questo termine ha in Francia, ovvero nel significato di adottare verso gli altri determinate maniere stabilite dalla moda; ma nel senso della vita stessa dell’uomo, di quella vita per cui è nato; di quella vita di cui mi parlate, di cui mi avete dato l’esempio, che dura oltre se stessa e che non si considera perduta al momento della morte.

Julie ha un padre che si preoccupa del benessere della sua famiglia; ha dei figli di cui è necessario provvedere adeguatamente al sostentamento. Questo dovrebbe essere la principale preoccupazione di un uomo socievole, ed è anche la prima cosa di cui lei e suo marito si sono occupati insieme. Quando hanno iniziato a convivere, hanno esaminato lo stato dei loro beni: non hanno valutato se fossero adeguati alla loro condizione sociale, ma piuttosto ai loro bisogni; e, vedendo che nessuna famiglia onesta avrebbe dovuto lamentarsi, non hanno avuto alcun timore che il patrimonio che avrebbero lasciato ai loro figli potesse risultare insufficiente. Hanno quindi cercato di migliorarlo piuttosto che di ampliarlo; hanno investito i loro soldi in modo sicuro e redditizio; invece di acquistare nuove terre, ne hanno valorizzate quelle che già possedevano, e l’esempio della loro condotta è l’unico “tesoro” con cui desiderano arricchire il proprio ereditario.

Il est vrai qu’un bien qui n’augmente point est sujet à diminuer par mille accidents ; mais si cette raison est un motif pour l’augmenter une fois, quand cessera-t-elle d’être un prétexte pour l’augmenter toujours ? Il faudra le partager à plusieurs enfants. Mais doivent-ils rester oisifs ? Le travail de chacun n’est-il pas un supplément à son partage, et son industrie ne doit-elle pas entrer dans le calcul de son bien ? L’insatiable avidité fait ainsi son chemin sous le masque de la prudence, et mène au vice à force de chercher la sûreté. « C’est en vain, dit M. de Wolmar, qu’on prétend donner aux choses humaines une solidité qui n’est pas dans leur nature. La raison même veut que nous laissions beaucoup de choses au hasard ; et si notre vie et notre fortune en dépendent toujours malgré nous, quelle folie de se donner sans cesse un tourment réel pour prévenir des maux douteux et des dangers inévitables ! » La seule précaution qu’il ait prise à ce sujet a été de vivre un an sur son capital, pour se laisser autant d’avance sur son revenu ; de sorte que le produit anticipe toujours d’une année sur la dépense. Il a mieux aimé diminuer un peu son fonds que d’avoir sans cesse à courir après ses rentes. L’avantage de n’être point réduit à des expédients ruineux au moindre accident imprévu l’a déjà remboursé bien des fois de cette avance. Ainsi l’ordre et la règle lui tiennent lieu d’épargne, et il s’enrichit de ce qu’il a dépensé.

Les maîtres de cette maison jouissent d’un bien médiocre, selon les idées de fortune qu’on a dans le monde ; mais au fond je ne connais personne de plus opulent qu’eux. Il n’y a point de richesse absolue. Ce mot ne signifie qu’un rapport de surabondance entre les désirs et les facultés de l’homme riche. Tel est riche avec un arpent de terre, tel est gueux au milieu de ses monceaux d’or. Le désordre et les fantaisies n’ont point de bornes, et font plus de pauvres que les vrais besoins. Ici la proportion est établie sur un fondement qui la rend inébranlable, savoir le parfait accord des deux époux. Le mari s’est chargé du recouvrement des rentes, la femme en dirige l’emploi, et c’est dans l’harmonie qui règne entre eux qu’est la source de leur richesse.

Ce qui m’a d’abord le plus frappé dans cette maison, c’est d’y trouver l’aisance, la liberté, la gaieté, au milieu de l’ordre et de l’exactitude. Le grand défaut des maisons bien réglées est d’avoir un air triste et contraint. L’extrême sollicitude des chefs sent toujours un peu l’avarice. Tout respire la gêne autour d’eux ; la rigueur de l’ordre a quelque chose de servile qu’on ne supporte point sans peine. Les domestiques font leur devoir, mais ils le font d’un air mécontent et craintif. Les hôtes sont bien reçus, mais ils n’usent qu’avec défiance de la liberté qu’on leur donne ; et, comme on s’y voit toujours hors de la règle, on n’y fait rien qu’en tremblant de se rendre indiscret. On sent que ces pères esclaves ne vivent point pour eux, mais pour leurs enfants, sans songer qu’ils ne sont pas seulement pères, mais hommes, et qu’ils doivent à leurs enfants l’exemple de la vie de l’homme et du bonheur attaché à la sagesse. On suit ici des règles plus judicieuses. On y pense qu’un des principaux devoirs d’un bon père de famille n’est pas seulement de rendre son séjour riant afin que ses enfants s’y plaisent, mais d’y mener lui-même une vie agréable et douce, afin qu’ils sentent qu’on est heureux en vivant comme lui, et ne soient jamais tentés de prendre pour l’être une conduite opposée à la sienne. Une des maximes que M. de Wolmar répète le plus souvent au sujet des amusements des deux cousines, est que la vie triste et mesquine des pères et mères est presque toujours la première source du désordre des enfants.

Pour Julie, qui n’eut jamais d’autre règle que son coeur, et n’en saurait avoir de plus sûre, elle s’y livre sans scrupule, et, pour bien faire, elle fait tout ce qu’il lui demande. Il ne laisse pas de lui demander beaucoup, et personne ne sait mieux qu’elle mettre un prix aux douceurs de la vie. Comment cette âme si sensible serait-elle insensible aux plaisirs ? Au contraire, elle les aime, elle les recherche, elle ne s’en refuse aucun de ceux qui la flattent ; on voit qu’elle sait les goûter ; mais ces plaisirs sont les plaisirs de Julie. Elle ne néglige ni ses propres commodités ni celles des gens qui lui sont chers, c’est-à-dire de tous ceux qui l’environnent. Elle ne compte pour superflu rien de ce qui peut contribuer au bien-être d’une personne sensée ; mais elle appelle ainsi tout ce qui ne sert qu’à briller aux yeux d’autrui ; de sorte qu’on trouve dans sa maison le luxe de plaisir et de sensualité sans raffinement ni mollesse. Quant au luxe de magnificence et de vanité, on n’y en voit que ce qu’elle n’a pu refuser au goût de son père ; encore y reconnaît-on toujours le sien, qui consiste à donner moins de lustre et d’éclat que d’élégance et de grâce aux choses. Quand je lui parle des moyens qu’on invente journellement à Paris ou à Londres pour suspendre plus doucement les carrosses, elle approuve assez cela ; mais quand je lui dis jusqu’à quel prix on a poussé les vernis, elle ne comprend plus, et me demande toujours si ces beaux vernis rendent les carrosses plus commodes. Elle ne doute pas que je n’exagère beaucoup sur les peintures scandaleuses dont on orne à grands frais ces voitures, au lieu des armes qu’on y mettait autrefois ; comme s’il était plus beau de s’annoncer aux passants pour un homme de mauvaises moeurs que pour un homme de qualité ! Ce qui l’a surtout révoltée a été d’apprendre que les femmes avaient introduit ou soutenu cet usage, et que leurs carrosses ne se distinguaient de ceux des hommes que par des tableaux un peu plus lascifs. J’ai été forcé de lui citer là-dessus un mot de votre illustre ami qu’elle a bien de la peine à digérer. J’étais chez lui un jour qu’on lui montrait un vis-à-vis de cette espèce. À peine eut-il jeté les yeux sur les panneaux, qu’il partit en disant au maître : « Montrez ce carrosse à des femmes de la cour ; un honnête homme n’oserait s’en servir. »

Comme le premier pas vers le bien est de ne point faire de mal, le premier pas vers le bonheur est de ne point souffrir. Ces deux maximes, qui bien entendues épargneraient beaucoup de préceptes de morale, sont chères à Madame de Wolmar. Le mal-être lui est extrêmement sensible et pour elle et pour les autres ; et il ne lui serait pas plus aisé d’être heureuse en voyant des misérables, qu’à l’homme droit de conserver sa vertu toujours pure en vivant sans cesse au milieu des méchants. Elle n’a point cette pitié barbare qui se contente de détourner les yeux des maux qu’elle pourrait soulager. Elle les va chercher pour les guérir : c’est l’existence et non la vue des malheureux qui la tourmente ; il ne lui suffit pas de ne point savoir qu’il y en a ; il faut pour son bonheur qu’elle sache qu’il n’y en a pas, du moins autour d’elle ; car ce serait sortir des termes de la raison que de faire dépendre son bonheur de celui de tous les hommes. Elle s’informe des besoins de son voisinage avec la chaleur qu’on met à son propre intérêt ; elle en connaît tous les habitants ; elle y étend pour ainsi dire l’enceinte de sa famille, et n’épargne aucun soin pour en écarter tous les sentiments de douleur et de peine auxquels la vie humaine est assujettie.

It is true that a resource that does not increase is susceptible to diminishing due to countless accidents; but if this argument serves as a reason to increase it once, when will it cease to be an excuse for continuously increasing it? Such resources would have to be shared among several children. But should they then remain idle? Does not each person’s work constitute an addition to their share, and should not their diligence also be taken into account when calculating their wealth? Thus, insatiable greed masquerades itself as prudence and ultimately leads to vice, in the pursuit of what is perceived as safety. “In vain,” says Mr. de Wolmar, “do people try to give human affairs a stability that does not exist in their nature. Reason itself dictates that we leave many things to chance; and since our lives and fortunes are always at risk despite our efforts, what madness is it to constantly inflict real suffering on ourselves in order to prevent doubtful misfortunes and inevitable dangers!” The only precaution he took in this regard was to live for a year on his capital, thus setting aside an amount equal to one year’s income in advance; this ensured that his earnings always exceeded his expenses by one year. He would rather reduce his funds slightly than constantly struggle to keep up with his income. The advantage of not being forced to resort to ruinous measures in the face of unexpected setbacks has many times compensated him for this initial sacrifice. In this way, order and discipline serve as his form of savings; he actually becomes richer through what he has spent.

The masters of this household possess what, by the standards of worldly notions of wealth, might be considered meager possessions; yet in truth, I know no one more affluent than them. There is no such thing as absolute riches. This term merely denotes a relationship of surplus between the desires and the means of a wealthy person. One may be rich with just an acre of land, while another remains impoverished amidst vast piles of gold. Chaos and whimsy have no limits; they create more poor people than are truly in need. Here, however, the balance is established on a solid foundation—the perfect harmony between husband and wife. The husband is responsible for collecting their income, while the wife manages its expenditure. It is in this mutual accord that their wealth truly lies.

What struck me most about this house at first was the sense of ease, freedom, and joy that prevailed amidst all the order and precision. The main flaw of well-ordered homes is that they tend to have a sad and constrained atmosphere. The excessive attentiveness of servants always carries an undertone of greed; everything around them seems filled with discomfort. The rigidity of such order has something servile about it that is hard to endure. The servants perform their duties in a discontented and fearful manner. Guests are received politely, but they use the freedom granted to them with caution; and since one always feels outside these rules, they act with constant fear of being impolite. It is clear that these “slave-like fathers” do not live for themselves, but for their children—yet they never consider that they are not only fathers but also men, and that they owe their children the example of a life lived according to wisdom and happiness. Here, rules are applied more judiciously. One realizes that one of the primary duties of a good father is not merely to create a cheerful environment for his children, but also to lead a pleasant and gentle life himself, so that his children may see that happiness comes from living in such a way, and thus never be tempted to pursue a path contrary to his own. One of Mr. de Wolmar’s most frequent reminders regarding the amusements of the two cousins is that the sad and frugal lives of parents are often the root cause of their children’s misbehavior.

For Julie, who had never known any rule other than her heart and could know no surer one, she devoted herself to it without scruple, and in doing so, she did everything it demanded of her. It didn’t demand much from her, and no one knew better than her how to appreciate the pleasures of life. How could such a sensitive soul be insensible to pleasure? On the contrary, she loved them, sought them out, and refused none of those that flattered her; it was clear she knew how to enjoy them—but these were Julie’s pleasures alone. She did not neglect her own comforts nor those of those dear to her, that is, all those around her. She considered nothing superfluous that could contribute to the well-being of a sensible person; but she called everything else mere vanity and ostentation. Thus, one found in her home the luxuries of pleasure and sensuality without any refinement or indulgence. As for the luxuries of grandeur and vanity, there was only what she had been unable to resist due to her father’s tastes; yet one could always recognize her own style, which consisted in giving things less brilliance and shine than elegance and grace. When I spoke to her about the new inventions made every day in Paris or London to make carriages ride more smoothly, she somewhat approved of them; but when I told her how highly the varnishes had been refined, she didn’t understand anymore and always asked if such beautiful varnishes really made the carriages more comfortable. She certainly didn’t doubt that I was greatly exaggerating about the gaudy paints used nowadays to decorate these vehicles, instead of the armor that used to be on them; as if it were more impressive to present oneself to passersby as a person of low moral character than as someone of good taste! What particularly shocked her was learning that women had introduced or supported this practice, and that their carriages were distinguished from men’s only by slightly more indecent paintings. I was forced to quote to her a remark made by your illustrious friend, which she found very difficult to accept. One day when I was with him, they showed him a carriage of this kind. As soon as he glanced at the panels, he said to the owner, “Show this carriage to some ladies of the court; an honest man would never dare use it.”

Since the first step toward goodness is to refrain from causing harm, the first step toward happiness is to avoid suffering. These two maxims—which, of course, would eliminate the need for many moral precepts—are dear to Madame de Wolmar. Misfortune is something she is extremely sensitive to, both for herself and for others; and it would be just as difficult for her to be happy while seeing the miserable as it would be for an upright person to maintain their virtue intact while living constantly among the wicked. She does not possess that kind of barbaric compassion that merely turns away its eyes from evils it could alleviate. Instead, she seeks them out in order to heal them. It is the existence of the unfortunate, not merely their presence, that troubles her; it is not enough for her to be unaware of their existence; for her happiness, it is essential that she believe there are no such people around her—at least not in her immediate vicinity—for to depend on the well-being of all mankind would go beyond the limits of reason. She cares about the needs of those around her with the same zeal she would devote to her own interests; she knows every one of them; she extends, so to speak, the boundaries of her family to include them all, and spares no effort to rid their lives of all the sorrow and pain that human existence entails.

È vero che un bene che non aumenta è soggetto a diminuire a causa di mille incidenti; ma se questa ragione costituisce un motivo per aumentarlo una volta, quando smetterà di essere un pretesto per continuare ad aumentarlo all’infinito? Sarà necessario condividerlo tra più figli. Ma devono forse rimanere inattivi? Il lavoro di ciascuno non rappresenta forse un supplemento al proprio contributo, e la propria diligenza non dovrebbe essere tenuta in considerazione quando si calcola il proprio patrimonio? L’avidità insaziabile, sotto il velo della prudenza, conduce inevitabilmente al vizio, “È vano”, dice il signor de Wolmar, “pretendere di conferire alle cose umane una solidità che non è loro intrinseca. La stessa ragione ci impone di lasciare molte cose al caso; e se la nostra vita e la nostra fortuna dipendono sempre da fattori imprevedibili, quale follia è quella di tormentarsi continuamente per prevenire mali dubbi o pericoli inevitabili!” L’unica precauzione che abbia adottato in questo senso è stata quella di vivere per un anno con il proprio capitale, lasciandosi così un margine di tempo rispetto ai propri introiti; in questo modo, i guadagni anticipavano sempre di un anno le spese. Preferiva ridurre leggermente il proprio patrimonio piuttosto che dover continuamente correre dietro ai propri redditi. Il vantaggio di non essere costretto a ricorrere a misure disperate in caso di eventi imprevisti gli ha già permesso molte volte di recuperare quella “anticipazione”. Così, l’ordine e la regolarità sostituiscono per lui l’idea stessa di risparmio. E si arricchisce proprio spendendo.

I padroni di questa casa possiedono beni modesti, secondo le concezioni di ricchezza comuni nel mondo; ma in realtà non conosco nessuno più agiato di loro. Non esiste una ricchezza assoluta: questo termine indica soltanto un rapporto di sovrabbondanza tra i desideri e le possibilità di un uomo ricco. Questo è considerato ricco pur possedendo solo un acro di terra, mentre un altro è povero nonostante disponga di enormi quantità d’oro. Il disordine e la fantasia non conoscono limiti, e sono proprio questi a generare più poveri di quanto i veri bisogni richiedano. Qui, invece, il rapporto tra ricchezza e bisogni è basato su un fondamento solido: l’armonia perfetta tra marito e moglie. L’uomo si occupa di raccogliere i redditi, mentre la donna ne gestisce l’utilizzo; ed è proprio nell’armonia che regna tra loro che risiede la vera fonte della loro ricchezza.

Ciò che mi ha colpito maggiormente in questa casa è stata l’atmosfera di agio, libertà e gioia che vi regnava, nonostante l’ordine e l’esattezza che prevalevano ovunque. Il grande difetto delle case ben organizzate è proprio quello di avere un aspetto triste e forzato; inoltre, la premura eccessiva dei padroni di casa sembra spesso derivare dall’avarizia. Tutto intorno a loro traspira una sensazione di disagio: la rigidezza dell’ordine ha qualcosa di servile che è difficile da sopportare. I domestici svolgono i loro doveri con aria scontenta e timorosa; gli ospiti vengono accolti bene, ma utilizzano con diffidenza la libertà che им viene concessa; inoltre, poiché si sentono sempre al di fuori delle regole stabilite, non osano fare nulla senza temere di essere scortesi. Si percepisce chiaramente che questi genitori “schiavi” non vivono per sé stessi, ma per i loro figli, senza considerare che sono anche esseri umani e che hanno il dovere di dare ai propri figli l’esempio di una vita saggia e felice. Qui le regole seguite sono più sagge; si tiene conto del fatto che uno dei principali doveri di un buon padre di famiglia non è solo quello di rendere la propria dimora piacevole affinché i figli vi si divertano, ma anche di condurre personalmente una vita serena e felice, in modo che i bambini possano capire che essere felici significa vivere come lui e non essere mai tentati di seguire comportamenti opposti ai suoi. Una delle massime che il signor de Wolmar ripete spesso riguardo ai divertimenti delle due cugine è che una vita triste e meschina dei genitori è quasi sempre la principale causa del disordine nei figli.

Per Julie, la cui unica regola era sempre stato il suo cuore e che non ne conosceva alcuna più sicura, si dedicava a queste cose senza rimorsi, e faceva tutto ciò che le veniva chiesto. Lui non le chiedeva molto, e nessuno conosceva meglio di lei il valore delle dolcezze della vita. Come avrebbe potuta questa anima così sensibile essere insensibile ai piaceri? Al contrario, li amava, li cercava, non si rifiutava di assaporare nessuno di quelli che la lusingavano; si vedeva chiaramente che sapeva apprezzarli. Ma questi erano i piaceri tipici di Julie. Non trascurava né le proprie comodità né quelle delle persone a lei care, cioè di tutti coloro che la circondavano. Non considerava superfluo nulla ciò che potesse contribuire al benessere di una persona sensata. Ma definiva “superfluo” tutto ciò che serviva soltanto ad attirare l’attenzione degli altri; quindi, nella sua casa si trovava il lusso dei piaceri e della sensualità, senza raffinatezza né eccessi. Quanto al lusso della magnificenza e vanità, vi si vedeva solo ciò che non aveva potuto rifiutare per compiacere i gusti di suo padre. Eppure in tutto si riconosceva il suo carattere: preferiva dare alle cose meno splendore ed eleganza che vera grazia e raffinatezza. Quando le parlavo dei mezzi inventati ogni giorno a Parigi o a Londra per rendere più confortevoli le carrozze, lei li approvava. Ma quando le spiegavo fino a che punto si fossero spinti nell’uso dei vernici, non capiva più e mi chiedeva sempre se quei bei vernici rendessero davvero le carrozze più comode. Non dubitava affatto che io esagerassi riguardo alle decorazioni scandalose con cui oggi si abbelliscono queste vetture, al posto delle armi che un tempo vi venivano dipinte. Come se fosse più bello farsi notare dai passanti come persona di cattivi costumi piuttosto che come persona di qualità! Ciò che l’aveva soprattutto indignata era stato scoprire che le donne avevano introdotto o sostenuto questa pratica, e che le loro carrozze si distinguevano da quelle degli uomini soltanto per alcuni dipinti un po’ più audaci. Ho dovuto citarle una frase del vostro illustre amico, che lei faticava molto ad accettare. Un giorno ero da lui quando gli mostrarono una carrozza di quel tipo; appena l’ebbe vista, disse al proprietario: “Mostratela a delle donne di corte. Un uomo onesto non oserebbe usarla.”

Poiché il primo passo verso il bene è quello di non fare del male, il primo passo verso la felicità è quello di non soffrire. Queste due massime, che ovviamente eliminerebbero molti insegnamenti morali, sono molto care a Madame de Wolmar. Il malessere le è estremamente sensibile, sia per lei stessa che per gli altri; e per lei non sarebbe più facile essere felice vedendo i miseri, di quanto non sia per un uomo onesto mantenere sempre pura la propria virtù vivendo costantemente tra i malvagi. Lei non possiede quella pietà superficiale che si limita a distogliere lo sguardo dai mali che potrebbe alleviare; lei li cerca per guarirli: è l’esistenza stessa dei malheureux, e non semplicemente la loro vista, a tormentarla; non le basta non sapere che esistono; per essere felice, deve assicurarsi che almeno intorno a lei non ci siano; perché fare dipendere la propria felicità da quella di tutti gli uomini significherebbe uscire dai limiti della ragione. Si informa con lo stesso impegno con cui si curano i propri interessi personali sui bisogni dei suoi vicini; conosce tutti gli abitanti del quartiere; in un certo senso estende i confini della sua famiglia a loro, e non risparmia alcuno sforzo per eliminare da loro ogni sentimento di dolore e sofferenza a cui è soggetta la vita umana.

Milord, je veux profiter de vos leçons ; mais pardonnez-moi un enthousiasme que je ne me reproche plus et que vous partagez. Il n’y aura jamais qu’une Julie au monde. La Providence a veillé sur elle, et rien de ce qui la regarde n’est un effet du hasard. Le ciel semble l’avoir donnée à la terre pour y montrer à la fois l’excellence dont une âme humaine est susceptible, et le bonheur dont elle peut jouir dans l’obscurité de la vie privée, sans le secours des vertus éclatantes qui peuvent l’élever au-dessus d’elle-même, ni de la gloire qui les peut honorer. Sa faute, si c’en fut une, n’a servi qu’à déployer sa force et son courage. Ses parents, ses amis, ses domestiques, tous heureusement nés, étaient faits pour l’aimer et pour en être aimés. Son pays était le seul où il lui convînt de naître ; la simplicité qui la rend sublime devait régner autour d’elle ; il lui fallait, pour être heureuse, vivre parmi des gens heureux. Si pour son malheur elle fût née chez des peuples infortunés qui gémissent sous le poids de l’oppression, et luttent sans espoir et sans fruit contre la misère qui les consume, chaque plainte des opprimés eût empoisonné sa vie ; la désolation commune l’eût accablée, et son coeur bienfaisant, épuisé de peines et d’ennuis, lui eût fait éprouver sans cesse les maux qu’elle n’eût pu soulager.

Au lieu de cela, tout anime et soutient ici sa bonté naturelle. Elle n’a point à pleurer les calamités publiques. Elle n’a point sous les yeux l’image affreuse de la misère et du désespoir. Le villageois à son aise[170] a plus besoin de ses avis que de ses dons. S’il se trouve quelque orphelin trop jeune pour gagner sa vie, quelque veuve oubliée qui souffre en secret, quelque vieillard sans enfants, dont les bras affaiblis par l’âge ne fournissent plus à son entretien, elle ne craint pas que ses bienfaits leur deviennent onéreux, et fassent aggraver sur eux les charges publiques pour en exempter des coquins accrédités. Elle jouit du bien qu’elle fait, et le voit profiter. Le bonheur qu’elle goûte se multiplie et s’étend autour d’elle. Toutes les maisons où elle entre, offrent bientôt un tableau de la sienne ; l’aisance et le bien-être y sont une de ses moindres influences, la concorde et les moeurs la suivent de ménage en ménage. En sortant de chez elle ses yeux ne sont frappés que d’objets agréables ; en y rentrant elle en retrouve de plus doux encore ; elle voit partout ce qui plaît à son coeur ; et cette âme si peu sensible à l’amour-propre apprend à s’aimer dans ses bienfaits. Non, milord, je le répète, rien de ce qui touche à Julie n’est indifférent pour la vertu. Ses charmes, ses talents, ses goûts, ses combats, ses fautes, ses regrets, son séjour, ses amis, sa famille, ses peines, ses plaisirs, et toute sa destinée, font de sa vie un exemple unique, que peu de femmes voudront imiter, mais qu’elles aimeront en dépit d’elles.

Ce qui me plaît le plus dans les soins qu’on prend ici du bonheur d’autrui, c’est qu’ils sont tous dirigés par la sagesse, et qu’il n’en résulte jamais d’abus. N’est pas toujours bienfaisant qui veut ; et souvient tel croit rendre de grands services, qui fait de grands maux qu’il ne voit pas, pour un petit bien qu’il aperçoit. Une qualité rare dans les femmes du meilleur caractère, et qui brille éminemment dans celui de Madame de Wolmar, c’est un discernement exquis dans la distribution de ses bienfaits, soit par le choix des moyens de les rendre utiles, soit par le choix des gens sur qui elle les répand. Elle s’est fait des règles dont elle ne se départ point. Elle sait accorder et refuser ce qu’on lui demande sans qu’il y ait ni faiblesse dans sa bonté, ni caprice dans son refus. Quiconque a commis en sa vie une méchante action n’a rien à espérer d’elle que justice, et pardon s’il l’a offensée ; jamais faveur ni protection, qu’elle puisse placer sur un meilleur sujet. Je l’ai vue refuser assez sèchement à un homme de cette espèce une grâce qui dépendait d’elle seule. « Je vous souhaite du bonheur, lui dit-elle, mais je n’y veux pas contribuer, de peur de faire du mal à d’autres en vous mettant en état d’en faire. Le monde n’est pas assez épuisé de gens de bien qui souffrent pour qu’on soit réduit à songer à vous. » Il est vrai que cette dureté lui coûte extrêmement et qu’il lui est rare de l’exercer. Sa maxime est de compter pour bons tous ceux dont la méchanceté ne lui est pas prouvée ; et il y a bien peu de méchants qui n’aient l’adresse de se mettre à l’abri des preuves. Elle n’a point cette charité paresseuse des riches qui payent en argent aux malheureux le droit de rejeter leurs prières, et pour un bienfait imploré ne savent jamais donner que l’aumône. Sa bourse n’est pas inépuisable ; et, depuis qu’elle est mère de famille, elle en sait mieux régler l’usage. De tous les secours dont on peut soulager les malheureux l’aumône est, à la vérité, celui qui coûte le moins de peine ; mais il est aussi le plus passager et le moins solide ; et Julie ne cherche pas à se délivrer d’eux, mais à leur être utile.

Elle n’accorde pas non plus indistinctement des recommandations et des services, sans bien savoir si l’usage qu’on en veut faire est raisonnable et juste. Sa protection n’est jamais refusée à quiconque en a un véritable besoin et mérite de l’obtenir ; mais pour ceux que l’inquiétude ou l’ambition porte à vouloir s’élever et quitter un état où ils sont bien, rarement peuvent-ils l’engager à se mêler de leurs affaires. La condition naturelle à l’homme est de cultiver la terre et de vivre de ses fruits. Le paisible habitant des champs n’a besoin pour sentir son bonheur que de le connaître. Tous les vrais plaisirs de l’homme sont à sa portée ; il n’a que les peines inséparables de l’humanité, des peines que celui qui croit s’en délivrer ne fait qu’échanger contre d’autres plus cruelles[171]. Cet état est le seul nécessaire et le plus utile. Il n’est malheureux que quand les autres le tyrannisent par leur violence, ou le séduisent par l’exemple de leurs vices. C’est en lui que consiste la véritable prospérité d’un pays, la force et la grandeur qu’un peuple tire de lui-même, qui ne dépend en rien des autres nations, qui ne contraint jamais d’attaquer pour se soutenir, et donne les plus sûrs moyens de se défendre. Quand il est question d’estimer la puissance publique, le bel esprit visite les palais du prince, ses ports, ses troupes, ses arsenaux, ses villes ; le vrai politique parcourt les terres et va dans la chaumière du laboureur. Le premier voit ce qu’on a fait, et le second ce qu’on peut faire.

My lord, I wish to benefit from your teachings; but forgive me for this enthusiasm which I no longer regret, and which you share with me. There can only be one Julie in the world. Providence has taken care of her, and nothing that concerns her is the result of chance. It seems as if heaven has given her to the earth in order to show both the excellence to which a human soul is capable of attaining, and the happiness she can enjoy in the quietness of private life, without the need for dazzling virtues that might elevate her above herself, nor for glory that could honor her. If her fault existed at all, it only served to bring forth her strength and courage. Her parents, her friends, her servants—all born into happiness—were meant to love her and be loved by her. Her country was the only one where she was destined to be born; the simplicity that makes her so sublime was meant to surround her; to be happy, she needed to live among happy people. If, alas, she had been born among unfortunate peoples suffering under oppression, struggling in vain against a misery that devours them, then every cry of the oppressed would have poisoned her life; the common desolation would have overwhelmed her, and her kind-hearted heart, exhausted by sorrow and hardship, would have constantly endured those evils which she was powerless to alleviate.

On the contrary, everything here serves to highlight her natural kindness. She has no need to mourn over public calamities; she is not confronted with the dreadful sights of poverty and despair. The comfortable villager[170] needs her advice more than her gifts. If there is an orphan too young to earn a living, if there is a forgotten widow suffering in secret, if there is an elderly person without children whose weakened arms can no longer provide for them, she does not worry that her kindness will become a burden on them or increase their public burdens at the expense of deserving scoundrels. She takes pleasure in the good she does and sees it bring benefit to others. The happiness she experiences multiplies and spreads around her. In every household she visits, prosperity soon becomes the norm; comfort and well-being are among the least of her effects, while harmony and good morals spread from one home to another. When she leaves her home, all she sees are pleasant things; when she returns, she finds even more delightful sights. Everywhere, she sees what delights her heart. And this soul, so little susceptible to self-love, learns to love herself through the good she does. No, my lord, I repeat it: nothing related to Julie is indifferent to virtue. Her charms, her talents, her tastes, her struggles, her mistakes, her regrets, her surroundings, her friends, her family, her pains, her pleasures, and entire destiny make her life an unparalleled example—one that few women would wish to imitate, yet one they will admire despite themselves.

What I like most about the care taken here for the happiness of others is that it is always guided by wisdom, and thus never leads to any abuse. Not everyone who intends to do good necessarily does so; and often, someone who believes they are doing a great service actually causes great harm, unseen by them, while only a small benefit is achieved. A rare quality in women of the best character—and one that shines particularly in Madame de Wolmar—is a keen discernment in how to distribute her kindnesses, whether in choosing the means to make them useful or in selecting those to whom she bestows them. She has established rules for herself and never deviates from them. She knows how to grant or refuse what is asked of her without any weakness in her kindness or caprice in her refusal. Anyone who has committed a wicked act in their life can expect nothing but justice from her—unless they have apologized for their offense; she would never extend favor or protection to such people. I have seen her firmly refuse a request for assistance that was entirely within her power to grant. “I wish you happiness,” she said to such a person, “but I do not want to contribute to it, for fear that by helping you, I might cause harm to others. The world already has too many good people suffering; there is no need to add you to their number.” Indeed, this rigidity costs her greatly, and she rarely resorts to it. Her principle is to consider everyone as good unless their wickedness has been proven to her; and there are very few villains who are clever enough to avoid leaving evidence of their wrongdoing behind. She does not share the complacent charity of the rich, who give money to the poor merely to be entitled to reject their prayers—and who can offer only alms in return for their pleas for help. Her resources are not endless; and since she is a mother, she knows how to manage them wisely. Of all the ways in which one can alleviate the suffering of the poor, giving alms is indeed the least demanding—but it is also the most temporary and least substantial. Julie does not seek merely to free herself from these responsibilities; she seeks to be truly useful to those in need.

She also does not indiscriminately offer recommendations and services without thoroughly assessing whether the intended use of them is reasonable and just. Her protection is never denied to anyone who truly needs it and deserves it; yet for those whose anxiety or ambition drives them to seek advancement and leave a state in which they are content, it is rare that she will intervene in their affairs. The natural condition of man is to cultivate the earth and live off its fruits. The peaceful farmer needs nothing more than to be aware of his own happiness. All true pleasures within reach; he suffers only those hardships inherent to human existence—hardships that those who believe they can escape them merely trade for others that are even more cruel[171]. This state is the only necessary and most beneficial one. One is unhappy only when others tyrannize him with violence or seduce him with the example of their vices. It is in this state that a nation’s true prosperity lies; it is from within itself that a people draws its strength and greatness, relying in no way on other nations, never forced to attack in order to defend itself, and possessing the most secure means to protect itself. When assessing the power of a state, the frivolous mind may visit the prince’s palaces, his ports, his armies, his arsenals, his cities; but the true statesman will travel among the fields and into the humble cottage of the farmer. The former sees what has been done; the latter sees what can be done.

Milord, desidero approfittare delle vostre lezioni; ma perdonate il mio entusiasmo, che ormai non mi rimprovero più e che condividete anche voi. Nel mondo esisterà sempre solo una Julie. La Provvidenza si è presa cura di lei, e nulla di ciò che la riguarda è frutto del caso. Sembra che il cielo l’abbia donata alla terra per dimostrare, al contempo, l’eccellenza di cui un’anima umana è capace e la felicità che può godere nell’oscurità della vita privata, senza il bisogno delle virtù brillanti che potrebbero elevarla al di sopra di sé stessa, né della gloria che le potrebbe conferire onore. Il suo errore, se mai ne ebbe uno, non ha fatto altro che mettere in mostra la sua forza e il suo coraggio. I suoi genitori, i suoi amici, i suoi domestici, tutti nati felicemente, erano fatti per amarla e essere amati da lei. Il suo paese era l’unico dove le fosse opportuno nascere; la semplicità che la rende così straordinaria avrebbe dovuto regnare intorno a lei. Per essere felice, le sarebbe bastato vivere tra persone felici. Se per sfortuna fosse nata in mezzo a popoli sventurati che soffrono sotto il peso dell’oppressione, lottando senza speranza contro la miseria che li consuma, ogni lamento degli oppressi avrebbe avvelenato la sua vita; la desolazione comune l’avrebbe schiacciata, e il suo cuore gentile, esaurito da dolori e difficoltà, le avrebbe fatto provare continuamente i mali che non avrebbe mai potuto alleviare.

Invece, qui tutto contribuisce ad esaltare la sua naturale bontà. Non ha bisogno di piangere le calamità pubbliche; non ha davanti agli occhi l’immagine orribile della miseria e del dispero. Il contadino che vive in agi ha più bisogno dei suoi consigli che delle sue donazioni. Se c’è qualche orfano troppo giovane per guadagnarsi da vivere, qualche vedova dimenticata che soffre in segreto, qualche anziano senza figli, il cui corpo indebolito dall’età non è più in grado di provvedere a se stesso, lei non teme che i suoi aiuti possano rivelarsi onerosi per loro, né che aumentino ulteriormente le loro responsabilità pubbliche al fine di esentare dei furfanti autorizzati. Lei gode del bene che fa e vede come ne traggono beneficio coloro a cui lo dona; la felicità che prova si moltiplica e si diffonde intorno a lei. In tutte le case in cui entra, ben presto si osserva lo stesso stato di agi e benessere; l’armonia e i buoni costumi si diffondono da una casa all’altra. Uscendo dalla sua dimora, i suoi occhi incontrano soltanto cose piacevoli; rientrando, ne trova ancora di più dolci; vede ovunque ciò che fa gioire il suo cuore. E questa anima, così poco sensibile all’amor-propre, impara ad amare se stessa attraverso i propri gesti di benevolenza. No, milord: ripeto, nulla di ciò che riguarda Julie è indifferente alla virtù. I suoi fascini, i suoi talenti, i suoi gusti, le sue lotte, i suoi errori, i suoi rimpianti, il suo ambiente, i suoi amici, la sua famiglia, le sue sofferenze, i suoi piaceri, e tutta la sua esistenza fanno della sua vita un esempio unico: poche donne vorranno imitarla, ma tutte la ameranno nonostante ciò.

Quello che mi piace di più nei modi in cui qui si cura della felicità altrui è che tutto ciò avviene guidato dalla saggezza, e che quindi non ne derivano mai abusi. Non è sempre benefico chi lo desidera; spesso colui che crede di rendere grandi servizi compie in realtà grandi danni, senza rendersene conto, al fine di ottenere un piccolo vantaggio. Una qualità rara nelle donne dal miglior carattere, e che risalta particolarmente in quello della Signora de Wolmar, è una saggezza estrema nella distribuzione dei propri aiuti: sia nel scegliere i mezzi più efficaci per renderli utili, sia nel selezionare le persone a cui offrirli. Si è data delle regole che segue rigorosamente; sa concedere e rifiutare ciò che le viene chiesto senza mai mostrare debolezza nella sua bontà né capriccio nei suoi rifiuti. Chiunque abbia compiuto in vita un atto malvagio non può sperare da lei altro che giustizia; se l’ha offesa, può solo sperare nel suo perdono; mai alcuna favorevolezza o protezione, nemmeno per una persona migliore di lui. L’ho vista rifiutare con fermezza a un uomo del genere un favore che dipendeva soltanto da lei: “Vi auguro felicità”, gli disse, “ma non intendo contribuirvi, per paura di far del male ad altri permettendovi di farne”. “Il mondo non è già abbastanza pieno di persone buone che soffrono; non c’è bisogno di pensare a voi”. È vero che questa durezza le costa molto, e raramente la pratica. La sua massima è considerare buoni tutti coloro la cui malvagità non le è stata dimostrata; e pochi sono i malvagi che riescono a nascondere le proprie azioni. Non possiede quella carità pigra dei ricchi, che pagano in denaro ai poveri il diritto di rifiutare le loro suppliche, offrendo loro soltanto l’elemosina. Il suo patrimonio non è infinito; e da quando è diventata madre di famiglia, sa come gestirlo con saggezza. Tra tutti i modi in cui si può aiutare i poveri, l’elemosina è certamente quello che richiede meno sforzo; ma è anche il più effimero e il meno duraturo. Julie non cerca semplicemente di liberarsi dai loro problemi, ma di essergli davvero d’aiuto.

Non fornisce nemmeno indiscriminatamente raccomandazioni e servizi, senza valutare attentamente se l’uso che ne si intende fare sia ragionevole e giusto. La sua protezione non viene mai rifiutata a chi ne ha un vero bisogno e merita di ottenerla; tuttavia, per coloro che, spinti dall’inquietudine o dall’ambizione, desiderano elevarsi e lasciare uno stato in cui sono felici, raramente essa li incoraggia ad intervenire nelle loro faccende. La condizione naturale dell’uomo è coltivare la terra e vivere dei suoi frutti; l’abitante tranquillo dei campi ha bisogno soltanto di conoscere il proprio benessere per sentirlo davvero. Tutti i veri piaceri umani sono a portata di mano; egli conosce soltanto le sofferenze inevitabili dell’esistenza, sofferenze che chi crede di potersene liberare in realtà sostituisce soltanto con altre ancora più crudeli[171]. Questo stato è l’unico necessario e veramente utile; si diventa infelici soltanto quando gli altri ci tyrannizzano con la loro violenza o ci seducono con l’esempio dei loro vizi. In esso risiede la vera prosperità di un paese, la forza e la grandezza che un popolo trae da se stesso: una nazione che non dipende affatto dalle altre, che non è mai costretta ad attaccare per difendersi, e che dispone dei mezzi più sicuri per proteggersi. Quando si tratta di valutare il potere pubblico, l’intelletto superficiale visita i palazzi del principe, i suoi porti, le sue truppe, i suoi arsenali, le sue città; il vero politico, invece, esamina le terre e va nella capanna del contadino. Il primo vede ciò che è stato fatto; il secondo, ciò che può essere fatto.

Sur ce principe on s’attache ici, et plus encore à Etange, à contribuer autant qu’on peut à rendre aux paysans leur condition douce, sans jamais leur aider à en sortir. Les plus aisés et les plus pauvres ont également la fureur d’envoyer leurs enfants dans les villes, les uns pour étudier et devenir un jour des messieurs, les autres pour entrer en condition et décharger leurs parents de leur entretien. Les jeunes gens, de leur côté ; aiment souvent à courir ; les filles aspirent à la parure bourgeoise : les garçons s’engagent dans un service étranger ; ils croient valoir mieux en rapportant dans leur village, au lieu de l’amour de la patrie et de la liberté, l’air à la fois rogue et rampant des soldats mercenaires, et le ridicule mépris de leur ancien état. On leur montre à tous l’erreur de ces préjugés, la corruption des enfants, l’abandon des pères, et les risques continuels de la vie, de la fortune, et des moeurs, où cent périssent pour un qui réussit. S’ils s’obstinent, on ne favorise point leur fantaisie insensée ; on les laisse courir au vice et à la misère, et l’on s’applique à dédommager ceux qu’on a persuadés, des sacrifices qu’ils font à la raison. On leur apprend à honorer leur condition naturelle en l’honorant soi-même ; on n’a point avec les paysans les façons des villes ; mais on use avec eux d’une honnête et grave familiarité, qui maintenant chacun dans son état, leur apprend pourtant à faire cas du leur. Il n’y a point de bon paysan qu’on ne porte à se considérer lui-même, en lui montrant la différence qu’on fait de lui à ces petits parvenus qui viennent briller un moment dans leur village et ternir leurs parents de leur éclat. M. de Wolmar et le baron, quand il est ici, manquent rarement d’assister aux exercices, aux prix, aux revues du village et des environs. Cette jeunesse déjà naturellement ardente et guerrière, voyant de vieux officiers se plaire à ses assemblées, s’en estime davantage et prend plus de confiance en elle-même. On lui en donne encore plus en lui montrant des soldats retirés du service étranger en savoir moins qu’elle à tous égards ; car, quoi qu’on fasse, jamais cinq sous de paye et la peur des coups de canne ne produiront une émulation pareille à celle que donne à un homme libre et sous les armes la présence de ses parents, de ses voisins, de ses amis, de sa maîtresse, et la gloire de son pays.

La grande maxime de Madame de Wolmar est donc de ne point favoriser les changements de condition, mais de contribuer à rendre heureux chacun dans la sienne, et surtout d’empêcher que la plus heureuse de toutes, qui est celle du villageois dans un état libre, ne se dépeuple en faveur des autres.

Je lui faisais là-dessus l’objection des talents divers que la nature semble avoir partagés aux hommes pour leur donner à chacun leur emploi, sans égard à la condition dans laquelle ils sont nés. À cela elle me répondit qu’il y avait deux choses à considérer avant le talent : savoir, les moeurs et la félicité. « L’homme, dit-elle, est un être trop noble pour devoir servir simplement d’instrument à d’autres, et l’on ne doit point l’employer à ce qui leur convient sans consulter aussi ce qui lui convient à lui-même ; car les hommes ne sont pas faits pour les places, mais les places sont faites pour eux ; et, pour distribuer convenablement les choses, il ne faut pas tant chercher dans leur partage l’emploi auquel chaque homme est le plus propre, que celui qui est le plus propre à chaque homme pour le rendre bon et heureux autant qu’il est possible. Il n’est jamais permis de détériorer une âme humaine pour l’avantage des autres, ni de faire un scélérat pour le service des honnêtes gens.

Or, de mille sujets qui sortent du village, il n’y en a pas dix qui n’aillent se perdre à la ville, ou qui n’en portent les vices plus loin que les gens dont ils les ont appris. Ceux qui réussissent et font fortune la font presque tous par les voies déshonnêtes qui y mènent. Les malheureux qu’elle n’a point favorisés ne reprennent plus leur ancien état, et se font mendiants ou voleurs plutôt que de redevenir paysans. De ces mille s’il s’en trouve un seul qui résiste à l’exemple et se conserve honnête homme, pensez-vous qu’à tout prendre celui-là passe une vie aussi heureuse qu’il l’eût passée à l’abri des passions violentes, dans la tranquille obscurité de sa première condition ?

Pour suivre son talent il le faut connaître. Est-ce une chose aisée de discerner toujours les talents des hommes, et à l’âge où l’on prend un parti, si l’on a tant de peine à bien connaître ceux des enfants qu’on a le mieux observés, comment un petit paysan saura-t-il de lui-même distinguer les siens ? Rien n’est plus équivoque que les signes d’inclination qu’on donne dès l’enfance ; l’esprit imitateur y a souvent plus de part que le talent ; ils dépendront plutôt d’une rencontre fortuite que d’un penchant décidé et le penchant même n’annonce pas toujours la disposition. Le vrai talent, le vrai génie a une certaine simplicité qui le rend moins inquiet, moins remuant, moins prompt à se montrer, qu’un apparent et faux talent, qu’on prend pour véritable, et qui n’est qu’une vaine ardeur de briller, sans moyens pour y réussir. Tel entend un tambour et veut être général, un autre voit bâtir et se croit architecte. Gustin, mon jardinier, prit le goût du dessin pour m’avoir vue dessiner, je l’envoyai apprendre à Lausanne ; il se croyait déjà peintre, et n’est qu’un jardinier. L’occasion, le désir de s’avancer, décident de l’état qu’on choisit. Ce n’est pas assez de sentir son génie, il faut aussi vouloir s’y livrer. Un prince ira-t-il se faire cocher parce qu’il mène bien son carrosse ? Un duc se fera-t-il cuisinier parce qu’il invente de bons ragoûts ? On n’a des talents que pour s’élever, personne n’en a pour descendre : pensez-vous que ce soit là l’ordre de la nature ? Quand chacun connaîtrait son talent et voudrait le suivre, combien le pourraient ? Combien surmonteraient d’injustes obstacles ? Combien vaincraient d’indignes concurrents ? Celui qui sent sa faiblesse appelle à son secours le manège et la brigue, que l’autre, plus sûr de lui, dédaigne. Ne m’avez-vous pas cent fois dit vous-même que tant d’établissements en faveur des arts ne font que leur nuire ? En multipliant indiscrètement les sujets, on les confond ; le vrai mérite reste étouffé dans la foule, et les honneurs dus au plus habile sont tous pour le plus intrigant. S’il existait une société où les emplois et les rangs fussent exactement mesurés sur les talents et le mérite personnel, chacun pourrait aspirer à la place qu’il saurait le mieux remplir ; mais il faut se conduire par des règles plus sûres, et renoncer au prix des talents, quand le plus vil de tous est le seul qui mène à la fortune.

Je vous dirai plus, continua-t-elle ; j’ai peine à croire que tant de talents divers doivent être tous développés ; car il faudrait pour cela que le nombre de ceux qui les possèdent fût exactement proportionné au besoin de la société ; et si l’on ne laissait au travail de la terre que ceux qui ont éminemment le talent de l’agriculture, ou qu’on enlevât à ce travail tous ceux qui sont plus propres à un autre, il ne resterait pas assez de laboureurs pour la cultiver et nous faire vivre. Je penserais que les talents des hommes sont comme les vertus des drogues, que la nature nous donne pour guérir nos maux, quoique son intention soit que nous n’en ayons pas besoin. Il y a des plantes qui nous empoisonnent, des animaux qui nous dévorent, des talents qui nous sont pernicieux. S’il fallait toujours employer chaque chose selon ses principales propriétés, peut-être ferait-on moins de bien que de mal aux hommes. Les peuples bons et simples n’ont pas besoin de tant de talents ; ils se soutiennent mieux par leur seule simplicité que les autres par toute leur industrie. Mais à mesure qu’ils se corrompent, leurs talents se développent comme pour servir de supplément aux vertus qu’ils perdent, et pour forcer les méchants eux-mêmes d’être utiles en dépit d’eux. »

Une autre chose sur laquelle j’avais peine à tomber d’accord avec elle était l’assistance des mendiants. Comme c’est ici une grande route, il en passe beaucoup, et l’on ne refuse l’aumône à aucun. Je lui représentai que ce n’était pas seulement un bien jeté à pure perte, et dont on privait ainsi le vrai pauvre, mais que cet usage contribuait à multiplier les gueux et les vagabonds qui se plaisent à ce lâche métier, et, se rendant à charge à la société, la privent encore du travail qu’ils y pourraient faire.

Based on this principle, we here—and especially in Etange—strive to do everything possible to make the lives of peasants as comfortable as possible, without ever helping them to escape their current condition. Both the wealthiest and the poorest are eager to send their children to cities: some to study and one day become gentlemen, others to enter domestic service and relieve their parents of the burden of supporting them. The young men often seek adventure; the girls aspire to adopt bourgeois manners; the boys enlist in foreign services, believing they will be considered more valuable if they bring back to their villages not the love for their country and freedom, but rather the ruffianly and servile behavior of mercenaries, along with the contemptible attitude they hold toward their former way of life. We show them all how mistaken these prejudices are, how children are corrupted by such influences, how fathers are abandoned, and what constant dangers await them in terms of life, fortune, and morality—where a hundred people fail while one succeeds. If they persist in their foolish whims, we do not indulge them; we let them pursue vice and misery, while we focus on compensating those whom we have persuaded for the sacrifices they make to reason. We teach them to respect their natural condition by respecting it ourselves. We do not treat peasants in the same manner as people from cities; instead, we maintain an honest and respectful familiarity with them, which, despite their social status, teaches them to value their own position. There is no good peasant whom we do not encourage to regard himself with dignity, by showing him the difference between himself and those petty upstarts who come to their village for a brief time of glory only to tarnish their parents’ reputation. Mr. de Wolmar and the baron, whenever they are here, rarely fail to attend the village’s exercises, competitions, and inspections. This naturally passionate and warlike youth, seeing old officers enjoying their gatherings, grows even more self-assured and confident in itself. We give it even more confidence by showing it that soldiers who have left foreign service know less than it does in every regard; for no amount of pay or fear of punishment can inspire the same determination as what a free man in arms feels when surrounded by his parents, neighbors, friends, lover, and the glory of his country.

Therefore, Madame de Wolmar’s fundamental maxim is not to encourage changes in social status, but rather to help make everyone happy within their own position, and above all, to prevent the most fortunate state of all—that of a free villager—from declining in favor of others.

I objected to her on this point, pointing out that nature seems to have endowed humans with various talents in order to assign each one their proper role, regardless of the circumstances in which they are born. To this, she replied that there were two factors to consider before considering talent itself: knowledge, morals, and happiness. “Human beings,” she said, “are too noble to be merely used as instruments by others; we must not employ them in ways that suit others without also considering what is best for them. For humans are not created to fit into certain roles; rather, roles are created for humans. In order to distribute things appropriately, we should not focus so much on finding the role that each person is most suited for, but rather on the role that will make each person as good and happy as possible. It is never permissible to degrade a human soul for the benefit of others, nor to turn a scoundrel into someone useful to honest people.”

Or, among a thousand people who leave the village, not ten of them fail to lose themselves in the city, or to carry its vices even further than those from whom they learned them. Those who succeed and make fortunes do so almost always through dishonest means. The unfortunate ones, whom fortune does not favor, never return to their former state; rather than becoming farmers again, they become beggars or thieves. Among these thousand people, if there is even one who resists such influence and remains an honest man, do you really think that his life is any happier than it would have been if he had stayed away from the violent temptations of the city, living in the quiet simplicity of his original condition?

To pursue one’s talent, it is first necessary to understand what that talent is. Is it truly easy to always discern the talents of others? At an age when people begin to align themselves with certain groups or factions, if it is so difficult to fully understand the talents of those we observe most closely—even among children—how then can a humble peasant distinguish his own talents? Nothing is more ambiguous than the signs of inclination that people display from a young age; often, imitation plays a greater role than true talent. These signs are more likely the result of chance than of a firm inclination, and even such an inclination does not always predict one’s true nature. True talent, genuine genius, possesses a certain simplicity that makes its possessor less anxious, less restless, less eager to show off—unlike those apparent but false talents that people mistake for real, when in reality they are nothing more than vain aspirations to shine without the means to achieve it. Some hear the sound of a drum and dream of becoming a general; others see buildings being constructed and think they can become architects. My gardener, Gustin, took a liking to drawing after seeing me do it; I sent him to study in Lausanne. He already thought of himself as a painter, but in reality, he is just a gardener. Opportunities and the desire to advance determine the path one chooses. It is not enough to simply recognize one’s talent; one must also be willing to devote oneself to it. Will a prince become a coach because he is skilled at driving a carriage? Will a duke become a chef because he knows how to prepare delicious dishes? People possess talents only in order to rise, not to decline—do you really think that is the order of nature? If everyone knew their own talents and were determined to pursue them, how many would be able to do so? How many would overcome unjust obstacles? How many would defeat unworthy competitors? Those who recognize their own weaknesses will resort to cunning and scheming for help, while those who are more confident in themselves will disdain such means. Have you not told me countless times that all these institutions established in the name of the arts actually harm them? By indiscriminately increasing the number of people engaged in these fields, we end up confusing them; true merit is drowned out in the crowd, and honors that should go to the most skilled often go to those who are most adept at manipulating others. If only there were a society where positions and ranks were accurately determined based on individual talent and merit—then everyone could aspire to the role they are best suited for. But we must rely on more reliable principles and abandon the notion that talent alone leads to success, when in reality, the lowest and most despicable qualities are often the only ones that lead to wealth.

“I will tell you more,” she continued; “I can hardly believe that so many diverse talents must all be developed; for it would require that the number of those who possess them be exactly proportional to the needs of society. If only those who have a natural aptitude for agriculture were allowed to work in the fields, or if those better suited to other pursuits were removed from such labor, there would not be enough farmers left to cultivate the land and provide for our livelihood. I believe that human talents are like the virtues of medicinal plants—nature gives them to us in order to cure our ills, even though her intention is probably that we will never need them. There are plants that poison us, animals that devour us, and talents that prove harmful to us. If we always used things according to their primary functions, we might do more harm than good to humanity. Good and simple peoples do not need so many talents; they rely on their simplicity alone to sustain themselves, just as other peoples depend on their industriousness. But as these people degenerate, their talents seem to develop, as if to compensate for the virtues they lose—and to force even the wicked to be useful, despite their own nature.”

Another point on which I found it difficult to agree with her was the practice of giving alms to beggars. Since this is a major road, many beggars pass by here, and no one refuses to give them alms. I explained to her that such generosity was not only a waste of resources, depriving the truly poor of what they needed, but also that it actually contributed to the proliferation of beggars and vagrants who took pleasure in this lazy way of life. By burdening society in this manner, these people deprived it of the labor that could otherwise be provided within its ranks.

Su questo principio ci impegniamo qui, e soprattutto a Etange, a contribuire in ogni modo possibile a rendere più dolce la condizione dei contadini, senza mai aiutarli ad uscire da essa. Sia i più abbienti che i più poveri sono ugualmente desiderosi di mandare i loro figli in città: alcuni per studiare e un giorno diventare “signori”, altri per migliorare la propria condizione economica e liberare i genitori dai loro oneri. I giovani, da parte loro, amano spesso vagabondare; le ragazze aspirano all’abbigliamento tipico della borghesia; i ragazzi si arruolano in servizi stranieri, credendo di valere di più se portano nel loro villaggio, invece dell’amore per la patria e la libertà, l’atteggiamento arrogante e servile dei soldati mercenari, nonché il disprezzo ridicolo per la propria condizione originale. A tutti vengono mostrati gli errori di questi pregiudizi, i danni che arrecano ai bambini, l’abbandono da parte dei genitori, e i continui rischi legati alla vita, alla fortuna e alle abitudini sociali: cento persone muoiono per quella che riesce. Se insistono nel loro errore, non viene favorita la loro follia; si lasciano che cadano nella virtù e nella miseria, mentre ci si impegna a compensare coloro che sono stati convinti dei sacrifici che devono compiere in nome della ragione. Si insegna loro ad onorare la propria condizione naturale, onorandola anche noi stessi; non si usa con i contadini lo stesso modo di trattarli che nelle città, ma si instaura con loro un rapporto onesto e rispettoso, che permette a ciascuno, nella propria posizione sociale, di apprezzare quella altrui. Non esiste un buon contadino che non venga incoraggiato a considerarsi tale, mostrandogli la differenza che esiste tra lui e quei piccoli arricchiti che vengono nel suo villaggio per brillare per un momento e poi offuscare l’onore dei suoi genitori. Il signor de Wolmar e il barone, quando sono qui, non mancano mai di partecipare agli esercizi, ai concorsi e alle ispezioni del villaggio e delle zone circostanti. Questa gioventù, già naturalmente ardente e guerriera, vedendo che gli ufficiali anziani si divertono alle sue riunioni, si sente ancora più valorosa e acquista maggiore fiducia in se stessa. Le viene data ulteriore fiducia quando le vengono mostrati soldati ritiratisi dal servizio straniero che, sotto ogni aspetto, sanno meno di lei; perché, qualunque cosa si faccia, mai cinque soldi al mese e la paura dei colpi di bastone potranno suscitare un’emozione paragonabile a quella che in un uomo libero e armato provoca la presenza dei propri genitori, vicini, amici e della propria patria, nonché la gloria che ne deriva.

La grande massima di Madame de Wolmar è quindi quella di non favorire i cambiamenti di condizione sociale, ma di contribuire a rendere felici ciascuno nel proprio stato, e soprattutto di impedire che la condizione più felice di tutte – ovvero quella del contadino in uno stato libero – venga meno a causa degli altri.

Le feci notare che la natura sembra aver distribuito agli uomini talenti diversi affinché ciascuno possa svolgere il proprio compito, indipendentemente dalla condizione in cui è nato. Lei mi rispose che prima del talento bisognava considerare due fattori: le conoscenze, i costumi e la felicità. “L’uomo”, disse, “è un essere troppo nobile per essere semplicemente uno strumento al servizio degli altri; non si deve utilizzarlo solo per ciò che è utile a loro, senza considerare anche ciò che è utile a lui stesso. Gli uomini, infatti, non sono fatti per determinate posizioni, ma le posizioni sono create per loro. Per distribuire correttamente le cose, non bisogna cercare soprattutto quale sia l’impiego più adatto a ciascuno, ma piuttosto quale possa renderlo il più possibile buono e felice. Non è mai permesso danneggiare un’anima umana per il bene degli altri, né trasformare una persona onesta in un individuo malvagio al servizio delle persone oneste.”

Ora, di mille persone che lasciano il villaggio, non ce ne sono nemmeno dieci che non vadano a perdersi in città, o che non portino i vizi che vi hanno imparato più lontano di coloro da cui li hanno appresi. Quelli che riescono e fanno fortuna lo fanno quasi tutti attraverso vie disoneste. I sfortunati, che la città non ha favorito, non ritornano mai al loro stato precedente; diventano mendicanti o ladri, piuttosto che tornare a essere contadini. Di queste mille persone, se ne trovasse anche solo uno che resista all’esempio e rimanga un uomo onesto, pensate davvero che la sua vita sia più felice di quella che avrebbe potuto condurre lontano dalle passioni violente, nella tranquilla semplicità della sua condizione originale?

Per seguire il proprio talento, è necessario conoscerlo bene. È davvero facile riconoscere sempre i talenti delle persone? E in un’età in cui si prendono decisioni, se abbiamo tanta difficoltà a conoscere bene quelli dei bambini che osserviamo più da vicino, come potrà un giovane contadino riconoscere i propri talenti? Non c’è nulla di più ambiguo dei segni di inclinazione che si mostrano fin dall’infanzia: spesso l’imitazione ha più influenza del vero talento; tali segni dipendono piuttosto da circostanze casuali che da una vera predisposizione, e nemmeno questa predisposizione garantisce necessariamente il successo. Il vero talento, il vero genio possiede una certa semplicità che lo rende meno inquieto, meno irrequieto, meno propenso a mostrarsi; al contrario, un talento apparente e falso, scambiato per reale, non è altro che una vana brama di brillare, priva dei mezzi necessari per riuscirci. Uno ascolta il suono di un tamburo e vuole diventare generale; un altro vede costruire ed è convinto di essere un architetto. Il mio giardiniere, Gustin, iniziò ad appassionarsi del disegno perché mi aveva vista disegnare; lo mandai a studiare a Losanna: si credeva già un pittore, ma in realtà è solo un giardiniere. L’occasione e il desiderio di progredire determinano la strada che si sceglie. Non basta semplicemente percepire il proprio talento: bisogna anche volerlo coltivare. Un principe andrà a imparare a guidare una carrozza solo perché sa farlo bene? Un duca diventerà cuoco solo perché sa preparare piatti deliziosi? I talenti esistono soltanto per permetterci di elevarci. Nessuno li ha invece per decadere: pensate davvero che questa sia la volontà della natura? Se ognuno conoscesse il proprio talento e volesse seguirlo, quanti ne sarebbero in grado? Quanti supererebbero ostacoli ingiusti? Quanti sconfiggerebbero concorrenti indegni? Chi si rende conto delle proprie debolezze ricorre a mezzi disonesti per ottenere successo; chi, invece, è più sicuro di sé, li disprezza. Non mi avete forse detto centinaia di volte che tanti istituti a sostegno delle arti non fanno altro che danneggiarle? Moltiplicando in modo indiscriminato i soggetti interessati alle arti, si finisce per confonderli; il vero merito viene soffocato nella folla, e gli onori dovuti al più abile vengono spesso assegnati a chi è più abile nell’intrighi. Se esistesse una società in cui i ruoli e le posizioni fossero determinati esattamente in base ai talenti e al merito personale, ognuno potrebbe aspirare alla posizione che sa meglio ricoprire. Ma bisogna seguire regole più sicure. E rinunciare ai premi legati ai talenti, quando il più meschino di tutti è spesso l’unico ad aprire la strada verso la fortuna.

Vi dirò di più, continuò; fatico a credere che tanti talenti diversi debbano essere tutti sviluppati. Perché ciò richiederebbe che il numero di coloro che li possiedono fosse esattamente proporzionale al bisogno della società. E se si lasciasse al lavoro nei campi soltanto chi possiede un talento eccezionale per l’agricoltura, o se si allontanasse da questo lavoro tutti coloro che sono più adatti a un altro mestiere, non rimarrebbero abbastanza contadini per coltivare la terra e farci vivere. Penso che i talenti umani siano come le virtù delle medicine: la natura ce li dà per curare i nostri mali, anche se il suo intento è che non ne abbiamo bisogno. Esistono piante che ci avvelenano, animali che ci divorano, talenti che ci sono dannosi. Se si dovesse sempre utilizzare ogni cosa secondo le sue principali proprietà, forse si farebbe meno bene che male agli uomini. I popoli buoni e semplici non hanno bisogno di tanti talenti; si sostengono meglio con la loro semplicità stessa di quanto gli altri possano farlo con tutta la loro industria. Ma man mano che si corrompono, i loro talenti si sviluppano, come se servissero a compensare le virtù che perdono, e costringono persino i malvagi ad essere utili, nonostante loro stessi.

Un altro argomento su cui faticavo ad accordarmi con lei riguardava l’assistenza ai mendicanti. Poiché si tratta di una strada molto trafficata, molti vi passano e a nessuno viene rifiutata l’elemosina. Le spiegai che non si trattava semplicemente di denaro gettato via senza alcun scopo, privando così i veri poveri di aiuto, ma che tale pratica contribuiva anzi ad aumentare il numero dei mendicanti e dei vagabondi che si dedicano a questa vita oziosa, gravando ulteriormente sulla società e privandola del lavoro che potrebbe svolgere.

« Je vois bien, me dit-elle, que vous avez pris dans les grandes villes les maximes dont de complaisants raisonneurs aiment à flatter la dureté des riches ; vous en avez même pris les termes. Croyez-vous dégrader un pauvre de sa qualité d’homme en lui donnant le nom méprisant de gueux ? Compatissant comme vous l’êtes, comment avez-vous pu vous résoudre à l’employer ? Renoncez-y mon ami, ce mot ne va point dans votre bouche ; il est plus déshonorant pour l’homme dur qui s’en sert que pour le malheureux qui le porte. Je ne déciderai point si ces détracteurs de l’aumône ont tort ou raison ; ce que je sais, c’est que mon mari, qui ne cède point en bon sens à vos philosophes, et qui m’a souvent rapporté tout ce qu’ils disent là-dessus pour étouffer dans le coeur la pitié naturelle et l’exercer à l’insensibilité, m’a toujours paru mépriser ces discours et n’a point désapprouvé ma conduite. Son raisonnement est simple. »On souffre, dit-il, et l’on entretient à grands frais des multitudes de professions inutiles dont plusieurs ne servent qu’à corrompre et gâter les moeurs. À ne regarder l’état de mendiant que comme un métier, loin qu’on en ait rien de pareil à craindre, on n’y trouve que de quoi nourrir en nous les sentiments d’intérêt et d’humanité qui devraient unir tous les hommes. Si l’on veut le considérer par le talent, pourquoi ne récompenserais-je pas l’éloquence de ce mendiant qui me remue le coeur et me porte à le secourir, comme je paye un comédien qui me fait verser quelques larmes stériles ? Si l’un me fait aimer les bonnes actions d’autrui, l’autre me porte à en faire moi-même ; tout ce qu’on sent à la tragédie s’oublie à l’instant qu’on en sort, mais la mémoire des malheureux qu’on a soulagés donne un plaisir qui renaît sans cesse. Si le grand nombre des mendiants est onéreux à l’État, de combien d’autres professions[172] qu’on encourage et qu’on tolère n’en peut-on pas dire autant ! C’est au souverain de faire en sorte qu’il n’y ait point de mendiants ; mais pour les rebuter de leur profession faut-il rendre les citoyens inhumains et dénaturés ? « Pour moi, continua Julie, sans avoir ce que les pauvres sont à l’État, je sais qu’ils sont tous mes frères, et que je ne puis, sans une inexcusable dureté, leur refuser le faible secours qu’ils me demandent. La plupart sont des vagabonds, j’en conviens ; mais je connais trop les peines de la vie pour ignorer par combien de malheurs un honnête homme peut se trouver réduit à leur sort ; et comment puis-je être sûre que l’inconnu qui vient implorer au nom de Dieu mon assistance, et mendier un pauvre morceau de pain, n’est pas peut-être cet honnête homme prêt à périr de misère, et que mon refus va réduire au désespoir ? L’aumône que je fais donner à la porte est légère : un demi-crutz[173] et un morceau de pain sont ce qu’on ne refuse à personne ; on donne une ration double à ceux qui sont évidemment estropiés. S’ils en trouvent autant sur leur route dans chaque maison aisée, cela suffit pour les faire vivre en chemin, et c’est tout ce qu’on doit au mendiant étranger qui passe. Quand ce ne serait pas pour eux un secours réel, c’est au moins un témoignage qu’on prend part à leur peine, un adoucissement à la dureté du refus, une sorte de salutation qu’on leur rend. Un demi-crutz et un morceau de pain ne coûtent guère plus à donner et sont une réponse plus honnête qu’un Dieu vous assiste ! comme si les dons de Dieu n’étaient pas dans la main des hommes, et qu’il eût d’autres greniers sur la terre que les magasins des riches ! Enfin, quoi qu’on puisse penser de ces infortunés, si l’on ne doit rien au gueux qui mendie, au moins se doit-on à soi-même de rendre honneur à l’humanité souffrante ou à son image, et de ne point s’endurcir le coeur à l’aspect de ses misères.

Voilà comment j’en use avec ceux qui mendient pour ainsi dire sans prétexte et de bonne foi : à l’égard de ceux qui se disent ouvriers et se plaignent de manquer d’ouvrage, il y a toujours ici pour eux des outils et du travail qui les attendent. Par cette méthode on les aide, on met leur bonne volonté à l’épreuve ; et les menteurs le savent si bien, qu’il ne s’en présente plus chez nous. »

C’est ainsi, milord, que cette âme angélique trouve toujours dans ses vertus de quoi combattre les vaines subtilités dont les gens cruels pallient leurs vices. Tous ces soins et d’autres semblables sont mis par elle au rang de ses plaisirs, et remplissent une partie du temps que lui laissent ses devoirs les plus chéris. Quand, après s’être acquittée de tout ce qu’elle doit aux autres, elle songe ensuite à elle-même, ce qu’elle fait pour se rendre la vie agréable peut encore être compté parmi ses vertus ; tant son motif est toujours louable et honnête, et tant il y a de tempérance et de raison dans tout ce qu’elle accorde à ses désirs ! Elle veut plaire à son mari qui aime à la voir contente et gaie ; elle veut inspirer à ses enfants le goût des innocents plaisirs que la modération, l’ordre et la simplicité font valoir, et qui détournent le coeur des passions impétueuses. Elle s’amuse pour les amuser, comme la colombe amollit dans son estomac le grain dont elle veut nourrir ses petits.

Julie a l’âme et le corps également sensibles. La même délicatesse règne dans ses sentiments et dans ses organes. Elle était faite pour connaître et goûter tous les plaisirs, et longtemps elle n’aima si chèrement la vertu même que comme la plus douce des voluptés. Aujourd’hui qu’elle sent en paix cette volupté suprême, elle ne se refuse aucune de celles qui peuvent s’associer avec celle-là : mais sa manière de les goûter ressemble à l’austérité de ceux qui s’y refusent, et l’art de jouir est pour elle celui des privations ; non de ces privations pénibles et douloureuses qui blessent la nature, et dont son auteur dédaigne l’hommage insensé, mais des privations passagères et modérées qui conservent à la raison son empire, et servant d’assaisonnement au plaisir en préviennent le dégoût et l’abus. Elle prétend que tout ce qui tient aux sens et n’est pas nécessaire à la vie change de nature aussitôt qu’il tourne en habitude, qu’il cesse d’être un plaisir en devenant un besoin, que c’est à la fois une chaîne qu’on se donne et une jouissance don on se prive, et que prévenir toujours les désirs n’est pas l’art de les contenter, mais de les éteindre. Tout celui qu’elle emploie à donner du prix aux moindres choses est de se les refuser vingt fois pour en jouir une. Cette âme simple se conserve ainsi son premier ressort : son goût ne s’use point ; elle n’a jamais besoin de le ranimer par des excès, et je la vois souvent savourer avec délices un plaisir d’enfant qui serait insipide à tout autre.

Un objet plus noble qu’elle se propose encore en cela est de rester maîtresse d’elle-même, d’accoutumer ses passions à l’obéissance, et de plier tous ses désirs à la règle. C’est un nouveau moyen d’être heureuse ; car on ne jouit sans inquiétude que de ce qu’on peut perdre sans peine ; et si le vrai bonheur appartient au sage, c’est parce qu’il est de tous les hommes celui à qui la fortune peut le moins ôter.

“See well,” she said to me, “you have taken from the great cities those maxims which complacent reasoners like to use to flatter the cruelty of the rich; you have even adopted their very terms. Do you truly believe that denigrating a poor person by calling them ‘beggars’ diminishes their humanity? As someone who feels so much compassion, how could you ever bring yourself to use such a word? Abandon it, my friend—such language does not suit you at all; it is even more disgraceful for the cruel person who uses it than for the unfortunate one who endures it. I will not decide whether those who criticize almsgiving are right or wrong; what I know is that my husband, who in his good sense does not yield to your philosophers and who often tells me everything they say on this subject in order to stifle natural compassion within us and instead cultivate indifference, has always seemed to despise such talk and never disapproved of my actions. His reasoning is simple: People suffer, he says, and yet we maintain at great expense a multitude of useless professions, many of which only serve to corrupt and degrade morals. If we regard the state of being a beggar merely as a profession, far from fearing it, we should see in it an opportunity to nurture within us those feelings of compassion and humanity that should unite all people. If we consider it from the perspective of talent, why should I not reward the eloquence of that beggar who moves my heart and prompts me to help him, just as I pay a comedian for bringing me to tears? If one makes me appreciate the good deeds of others, another encourages me to perform them myself; all the emotions stirred by tragedy are forgotten the moment we leave the theater, but the memory of those unfortunate people we have helped brings constant joy. If the large number of beggars is a burden on the state, how much more can be said about many other professions that we encourage and tolerate! It is up to the sovereign to ensure that there are no beggars at all; but to drive them away from this way of life does it mean making citizens inhumane and depraved?” “As for me,” Julie continued, “even though I do not possess what the poor have for the state, I know they are all my brothers, and I could not, without being utterly heartless, refuse them the meager help they ask. Most of them are indeed vagrants, I admit; but I know too well the hardships of life to ignore how an honest man might be reduced to their plight. And how can I be certain that the stranger who comes to beg in the name of God for a poor piece of bread is not perhaps that very honest man on the verge of dying of starvation? The alms I give at the door are modest: half a krutz and a piece of bread—something no one would refuse. Those who are visibly disabled even receive double rations.” If they find as much on their way in every wealthy household, it would be enough to support them throughout their journey—and that is all that should be given to a stranger begging on the road. Even if it does not constitute real assistance for them, it is at least a sign that one shares in their suffering, a slight mitigation of the harshness of rejection, a sort of greeting they receive. Half a krutz and a piece of bread cost little to give, and such an act is a far more honest response than to pray that God will assist you—as if God’s gifts did not reside in the hands of men, or as if there were other stores of wealth on earth besides those of the rich! In any case, whatever one may think of these unfortunate people, if we owe nothing to the beggar who asks for alms, at least we owe ourselves the respect due to suffering humanity—or to its image—and must not harden our hearts in the face of their misery.

This is how I deal with those who beg, so to speak, without any pretext and in good faith: as for those who claim to be workers and complain of not having work, there are always tools and jobs waiting for them here. By using this method, we help them and put their good intentions to the test; and the liars know this all too well, so they no longer come to us.

Thus it is, my lord, that this angelic soul always finds in her virtues enough strength to combat those vain subtleties with which cruel people attempt to conceal their vices. All such attentions, and many others like them, she regards as sources of pleasure for herself, and they occupy a portion of her time even after fulfilling all her duties toward others. When, having done her duty, she turns her thoughts to herself, what she does to make her own life pleasant can still be considered among her virtues—for her motives are always laudable and honest, and there is such moderation and reason in everything she allows herself. She wishes to please her husband, who delights in seeing her happy and cheerful; she wants to instill in her children a taste for those innocent pleasures that moderation, order, and simplicity make so appealing, and that can turn their hearts away from impetuous passions. She entertains them just as the dove softens the grain in its belly before feeding its young.

Julie possesses both a sensitive soul and a sensitive body. The same delicacy characterizes both her emotions and her physical senses. She was born to experience and enjoy all kinds of pleasures; for a long time, she cherished virtue itself no less dearly than the sweetest of sensual delights. Now that she peacefully enjoys this supreme pleasure, she does not refuse any other that may be associated with it. Yet, her way of experiencing them resembles the asceticism of those who abstain from such pleasures altogether. For her, the art of enjoying things lies in practicing moderate self-restraint—not in enduring painful or harmful privations that harm nature, which their authors would scorn—but in temporary and measured abstinences that preserve reason’s authority over desires and prevent them from becoming dull or excessive. She believes that anything related to the senses but not essential to life changes its nature once it becomes a habit; what was once a pleasure turns into a necessity, transforming itself simultaneously into a chain that binds one and a joy that one denies oneself. To her, constantly suppressing desires is not about satisfying them but about extinguishing them altogether. Everything she does to make even the smallest things more enjoyable involves denying herself those things twenty times before finally savoring them. In this way, this simple-minded woman preserves the vitality of her original nature: her taste never wears out; she never needs to stimulate it through excesses. I often see her delighting in pleasures that would seem insipid to most people—pleasures characteristic of a child’s innocence.

An object even more noble than this is to remain the master of oneself, to train one’s passions to obedience, and to subdue all desires to rule and order. This is a new way to attain happiness; for one can truly enjoy something only if there is no fear of losing it, and if true happiness belongs to the wise, it is because they are the ones among all men whom fortune is least likely to deprive of it.

“Vedo bene, mi disse lei, che avete preso nelle grandi città quelle massime con cui i ragionatori compiacenti amano lusingare la durezza dei ricchi; ne avete persino adottato i termini. Credete davvero di degradare un povero dalla sua qualità di essere umano dando a lui il nome disprezzante di ‘mendicante’? Voi che siete così compassionevoli, come avete potuto decidervi a usarlo? Rinunciateci, mio caro; quella parola non vi si addice affatto; è ancora più offensiva per l’uomo crudele che la usa di quanto lo sia per il povero che la subisce. Non deciderò se questi detrattori dell’elemosina abbiano torto o ragione; quello che so è che mio marito, che non cede in alcun modo alle vostre filosofie e che mi ha spesso raccontato tutto ciò che dicono su questo argomento per soffocare nel suo cuore la pietà naturale e indurirlo all’indifferenza, mi è sempre sembrato disprezzare queste discussioni e non ha mai criticato il mio comportamento. Il suo ragionamento è semplice: si soffre, dice lui, e ci si impegna a grandi spese in molte professioni inutili, molte delle quali servono solo a corrompere e rovinare i costumi. Se consideriamo lo stato di mendicante soltanto come una professione, lontano dall’averne da temere qualcosa, vi troviamo invece motivo per nutrire in noi sentimenti di interesse e umanità che dovrebbero unire tutti gli uomini. Se vogliamo considerarlo dal punto di vista del talento, perché non dovrei ricompensare l’eloquenza di quel mendicante che commuove il mio cuore e mi spinge a soccorrerlo, proprio come pago un attore che mi fa versare alcune lacrime sterili? Se uno mi induce ad amare le buone azioni altrui, l’altro mi spinge a compierle io stesso; tutto ciò che si prova alla tragedia viene dimenticato non appena ne si esce, ma il ricordo dei poveri che abbiamo aiutato dona un piacere che ritorna continuamente. Se la grande quantità di mendicanti è onerosa per lo Stato, quante altre professioni che incoraggiamo e tolleriamo non possono dirsi altrettanto! È compito del sovrano assicurarsi che non ci siano mendicanti; ma per allontanarli dalla loro professione dobbiamo forse rendere gli cittadini inumani e depravati? ‘Per quanto mi riguarda’, continuò Julie, ‘anche senza avere ciò che i poveri hanno per lo Stato, so che sono tutti miei fratelli, e non posso, senza una durezza inescusabile, rifiutare loro il piccolo aiuto che chiedono. La maggior parte di loro sono vagabondi, lo ammetto; ma conosco troppo bene le difficoltà della vita per ignorare in quanti mali un uomo onesto possa ritrovarsi ridotto al loro destino; e come posso essere certa che l’estraneo che viene a chiedere il mio aiuto in nome di Dio, e mendica un povero pezzo di pane, non sia forse quell’uomo onesto pronto a morire di miseria, e che il mio rifiuto lo porterà al disperazione? L’elemosina che faccio distribuire alla porta è modesta: mezzo crutz e un pezzo di pane sono cose che a nessuno si negano; a coloro che sono chiaramente disabili viene data una razione doppia.’” Se trovassero altrettanto lungo il loro cammino in ogni casa benestante, questo sarebbe sufficiente per permettergli di vivere durante il viaggio. Ed è tutto ciò che si deve al mendicante straniero che passa. Anche se non rappresenti un vero aiuto per loro, è almeno un segno che si condivide la loro sofferenza, una forma di lenitivo alla durezza dei rifiuti, una sorta di saluto che si rivolge loro. Mezzo crutto e un pezzo di pane non costano molto da dare. E rappresentano una risposta più onesta di quelle frasi banali come “Dio vi aiuti”! Come se i doni di Dio non fossero nelle mani degli uomini, e come se sulla terra esistessero altri “magazzini” della ricchezza, oltre a quelli dei ricchi. In ogni caso, qualunque cosa si possa pensare di questi sfortunati, se non si deve nulla al mendicante che chiede l’elemosina, almeno si deve a se stessi onorare l’umanità sofferente. E non indurire il proprio cuore di fronte alle sue miserie.

Ecco come li uso con coloro che chiedono l’elemosina, per così dire senza alcun pretesto e in buona fede: per quanto riguarda coloro che si dichiarano operai e si lamentano di non avere lavoro, qui ci sono sempre attrezzi e compiti che li aspettano. Con questo metodo li aiutiamo, mettendo alla prova la loro buona volontà; e coloro che mentono lo sanno così bene che ormai non vengono più da noi.

Ecco, milord, come quest’anima angelica trovi sempre, nelle sue virtù, ciò che le serve per combattere quelle vane sofisticazioni con cui le persone crudeli cercano di mascherare i propri vizi. Tutti questi atti e simili sono considerati da lei come fonte di piacere, e occupano una parte del tempo che le lasciano i suoi doveri più cari. Quando, dopo aver adempiuto a tutti i suoi obblighi verso gli altri, si dedica a se stessa, ciò che fa per rendere la propria vita piacevole può ancora essere considerato una sua virtù; il suo movente è sempre lodevole e onesto, e in tutto ciò che concede ai propri desideri c’è moderazione e ragione. Vuole compiacere suo marito, che ama vederla felice e serena; vuole ispirare nei suoi figli il gusto per quei piaceri innocenti che la moderazione, l’ordine e la semplicità rendono preziosi, e che allontanano il cuore dalle passioni impetuose. Si diverte per divertire gli altri, proprio come la colomba ammorbidisce nel proprio stomaco il cibo di cui vuole nutrire i suoi piccoli.

Julie possiede sia l’anima che il corpo particolarmente sensibili; la stessa delicatezza caratterizza sia i suoi sentimenti che i suoi organi fisici. Era fatta per conoscere e godere di tutti i piaceri, e per lungo tempo amò la virtù stessa come se fosse la più dolce delle voluttà. Oggi, che può godere in pace di questa suprema voluttà, non si nega alcuno dei piaceri che possono accompagnarla; tuttavia, il modo in cui li sperimenta assomiglia all’austerità di coloro che se ne astengono: per lei, l’arte di godere consiste nelle privazioni, ma non in quelle dolorose e dannose alla natura, le quali il loro autore disprezza; bensì in privazioni temporanee e moderate, capaci di mantenere la ragione al suo dominio e di rendere il piacere più gradevole, prevenendone l’abuso. Sostiene che tutto ciò che riguarda i sensi e non è essenziale per la vita cambia natura non appena diventa abitudine: ciò che un tempo era un piacere diventa necessità; quindi, negarsi qualcosa significa sia imporsi una catena sia privarsi di una gioia. Prevenire sempre i desideri, secondo lei, non significa soddisfarli, ma estinguerli. Tutto ciò che fa per attribuire valore alle cose più banali è il risultato di rifiutarle venti volte prima di godersene una. Quest’anima semplice conserva così la sua capacità di apprezzare le cose con gioia; il suo gusto non si logora mai, e non ha bisogno di essere “rinvigorito” da eccessi. Spesso la vedo gustare con piacere piaceri infantili che per altri sarebbero insipidi.

Un obiettivo ancora più nobile di questo è quello di rimanere padrona di sé stessa, abituare le proprie passioni all’obbedienza e subordinare tutti i propri desideri alle regole. Questo rappresenta un nuovo modo per essere felici; infatti, si gode soltanto di ciò che si può perdere senza dolore, e se la vera felicità appartiene al saggio, è perché egli è l’uomo tra tutti a cui la fortuna può togliere meno cose.

Ce qui me paraît le plus singulier dans sa tempérance, c’est qu’elle la suit sur les mêmes raisons qui jettent les voluptueux dans l’excès. « La vie est courte, il est vrai, dit-elle ; c’est une raison d’en user jusqu’au bout, et de dispenser avec art sa durée, afin d’en tirer le meilleur parti qu’il est possible. Si un jour de satiété nous ôte un an de jouissance, c’est une mauvaise philosophie d’aller toujours jusqu’où le désir nous mène, sans considérer si nous ne serons pas plus tôt au bout de nos facultés que notre carrière, et si notre coeur épuisé ne mourra point avant nous. Je vois que ces vulgaires épicuriens pour ne vouloir jamais perdre une occasion les perdent toutes, et, toujours ennuyés au sein des plaisirs, n’en savent jamais trouver aucun. Ils prodiguent le temps qu’ils pensent économiser, et se ruinent comme les avares pour ne savoir rien perdre à propos. Je me trouve bien de la maxime opposée, et je crois que j’aimerais encore mieux sur ce point trop de sévérité que de relâchement. Il m’arrive quelquefois de rompre une partie de plaisir par la seule raison qu’elle m’en fait trop ; en la renouant j’en jouis deux fois. Cependant je m’exerce à conserver sur moi l’empire de ma volonté, et j’aime mieux être taxée de caprice que de me laisser dominer par mes fantaisies. »

Voilà sur quel principe on fonde ici les douceurs de la vie et les choses de pur agrément. Julie a du penchant à la gourmandise ; et, dans les soins qu’elle donne à toutes les parties du ménage, la cuisine surtout n’est pas négligée. La table se sent de l’abondance générale ; mais cette abondance n’est point ruineuse ; il y règne une sensualité sans raffinement ; tous les mets sont communs, mais excellents dans leurs espèces ; l’apprêt en est simple et pourtant exquis. Tout ce qui n’est que d’appareil, tout ce qui tient à l’opinion, tous les plats fins et recherchés, dont la rareté fait tout le prix, et qu’il faut nommer pour les trouver bons, en sont bannis à jamais ; et même, dans la délicatesse et le choix de ceux qu’on se permet, on s’abstient journellement de certaines choses qu’on réserve pour donner à quelque repas un air de fête qui les rend plus agréables sans être plus dispendieux. Que croiriez-vous que sont ces mets si sobrement ménagés ? Du gibier rare ? Du poisson de mer ? Des productions étrangères ? Mieux que tout cela ; quelque excellent légume du pays, quelqu’un des savoureux herbages qui croissent dans nos jardins, certains poissons du lac apprêtés d’une certaine manière, certains laitages de nos montagnes, quelque pâtisserie à l’allemande, à quoi l’on joint quelque pièce de la chasse des gens de la maison : voilà tout l’extraordinaire qu’on y remarque ; voilà ce qui couvre et orne la table, ce qui excite et contente notre appétit les jours de réjouissance. Le service est modeste et champêtre, mais propre et riant ; la grâce et le plaisir y sont, la joie et l’appétit l’assaisonnent. Des surtouts dorés autour desquels on meurt de faim, des cristaux pompeux chargés de fleurs pour tout dessert, ne remplissent point la place des mets ; on n’y sait point l’art de nourrir l’estomac par les yeux, mais on y sait celui d’ajouter du charme à la bonne chère, de manger beaucoup sans s’incommoder, de s’égayer à boire sans altérer sa raison, de tenir table longtemps sans ennui, et d’en sortir toujours sans dégoût.

Il y a au premier étage une petite salle à manger différente de celle où l’on mange ordinairement, laquelle est au rez-de-chaussée. Cette salle particulière est à l’angle de la maison et éclairée de deux côtés ; elle donne par l’un sur le jardin, au-delà duquel on voit le lac à travers les arbres ; par l’autre on aperçoit ce grand coteau de vignes qui commencent d’étaler aux yeux les richesses qu’on y recueillera dans deux mois. Cette pièce est petite : mais ornée de tout ce qui peut la rendre agréable et riante. C’est là que Julie donne ses petits festins à son père, à son mari, à sa cousine, à moi, à elle-même, et quelquefois à ses enfants. Quand elle ordonne d’y mettre le couvert on sait d’avance ce que cela veut dire, et M. de Wolmar l’appelle en riant le salon d’Apollon ; mais ce salon ne diffère pas moins de celui de Lucullus par le choix des convives que par celui des mets. Les simples hôtes n’y sont point admis, jamais on n’y mange quand on a des étrangers ; c’est l’asile inviolable de la confiance, de l’amitié, de la liberté. C’est la société des coeurs qui lie en ce lieu celle de la table ; elle est une sorte d’initiation à l’intimité, et jamais il ne s’y rassemble que des gens qui voudraient n’être plus séparés. Milord, la fête vous attend, et c’est dans cette salle que vous ferez ici votre premier repas.

Je n’eus pas d’abord le même honneur. Ce ne fut qu’à mon retour de chez Mme d’Orbe que je fus traité dans le salon d’Apollon. Je n’imaginais pas qu’on pût rien ajouter d’obligeant à la réception qu’on m’avait faite ; mais ce souper me donna d’autres idées. J’y trouvai je ne sais quel délicieux mélange de familiarité, de plaisir, d’union, d’aisance, que je n’avais point encore éprouvé. Je me sentais plus libre sans qu’on m’eût averti de l’être ; il me semblait que nous nous entendions mieux qu’auparavant. L’éloignement des domestiques m’invitait à n’avoir plus de réserve au fond de mon coeur ; et c’est là qu’à l’instance de Julie je repris l’usage, quitté depuis tant d’années, de boire avec mes hôtes du vin pur à la fin du repas.

Ce souper m’enchanta : j’aurais voulu que tous nos repas se fussent passés de même. « Je ne connaissais point cette charmante salle, dis-je à Madame de Wolmar ; pourquoi n’y mangez-vous pas toujours ? — Voyez, dit-elle, elle est si jolie ! ne serait-ce pas dommage de la gâter ? » Cette réponse me parut trop loin de son caractère pour n’y pas soupçonner quelque sens caché. « Pourquoi du moins, repris-je, ne rassemblez-vous pas toujours autour de vous les mêmes commodités qu’on trouve ici, afin de pouvoir éloigner vos domestiques et causer plus en liberté ? — C’est, me répondit-elle encore, que cela serait trop agréable, et que l’ennui d’être toujours à son aise est enfin le pire de tous. » Il ne m’en fallut pas davantage pour concevoir son système ; et je jugeai qu’en effet l’art d’assaisonner les plaisirs n’est que celui d’en être avare.

What strikes me as most peculiar about her moderation is that she adheres to it for precisely the same reasons that drive the indulgent towards excess. “Life is short,” she says, “and that is a reason to make the most of it and to manage its duration with skill in order to extract the greatest possible benefit from it. If one day of satiety costs us a year of enjoyment, it would be a poor philosophy to always go as far as desire leads us without considering whether we might not exhaust our abilities before our lives are over, or whether our exhausted heart might die before us. I see that those vulgar Epicureans, in their attempt never to miss an opportunity, end up losing them all; constantly bored amidst pleasures, they never manage to find any true enjoyment at all. They squander the time they think they are saving and ruin themselves just like the miserly, all because they refuse to accept any loss whatsoever. I, on the other hand, prefer the opposite approach—and in this regard, I would rather endure too much rigor than indulgence. Sometimes I choose to forego part of some pleasure simply because it gives me too much; by resuming it later, I enjoy it twice over. Nevertheless, I strive to maintain control over my will, and I would rather be considered capricious than allow my whims to dominate me.”

Such is the principle upon which the pleasures of life and all matters of pure enjoyment are based here. Julie has a penchant for indulging in delicious foods; and in her attentions to every aspect of household management, she pays particular care to cooking. The table reflects the overall abundance of the household, but this abundance is not wasteful. There is a sensuality without pretense—all dishes are simple yet excellent in their kind; their preparation is unpretentious yet exquisite. Everything that is merely for show, everything that relies on appearance or fancy dishes, which are valued solely for their rarity and therefore require special mention to be deemed good, is completely avoided. Even in the choice of those dishes that we allow ourselves, we refrain daily from certain items, reserving them for special occasions to add a festive touch that makes them more enjoyable without being overly costly. What would you think these modestly prepared dishes consist of? Rare game? Seafood? Exotic produce? Nothing of the sort—rather, some excellent local vegetables, some delicious herbs growing in our gardens, certain fish from the lake prepared in a particular way, some dairy products from our mountains, some German-style pastries, along with some game caught by the people living in the house. Such is all the extravagance one can find here; such are the dishes that fill and adorn the table, that stimulate and satisfy our appetites on festive days. The service is simple and rustic, but clean and cheerful; grace and pleasure abound, along with joy and good appetite. Gilded side dishes that make one starve, ostentatious crystal bowls filled with flowers for dessert—these do not take the place of genuine food. Here, one does not know how to satisfy the stomach through the eyes, but rather how to add charm to a simple meal, how to eat plenty without discomfort, how to enjoy drinks without losing one’s senses, how to keep a long meal enjoyable without boredom, and how to leave the table always in good taste.

On the first floor, there is a small dining room that is different from the one where we usually eat, which is located on the ground floor. This particular room is situated at the corner of the house and is illuminated from both sides; on one side, it overlooks the garden, beyond which one can see the lake through the trees; on the other side, one can perceive that vast vineyard whose riches will soon become visible in two months. The room is small, but it is decorated with everything that can make it pleasant and cheerful. It is here that Julie holds little feasts for her father, her husband, her cousin, me, herself, and sometimes also for her children. When she orders the table to be set, we all know what that means, and Monsieur de Wolmar jokingly calls it the “Salon of Apollo.” Yet, this salon is no less distinguished than that of Lucullus, both in terms of the guests invited and the dishes served. Ordinary visitors are not admitted there; it is never used when there are strangers present. It is an inviolable sanctuary for trust, friendship, and freedom—a place where the society of hearts binds together those who wish to be no longer separated. My lord, the feast awaits you, and it is in this room that you will have your first meal here.

At first, I did not enjoy the same honor. It was only upon my return from Mrs. d’Orbe’s residence that I was received in the salon of Apollo. I had never imagined that anything more generous could be added to the reception I had already received; but that evening gave me different ideas. There, I found a delightful blend of familiarity, pleasure, fellowship, and ease—something I had never experienced before. I felt freer without anyone having explicitly told me so; it seemed we understood each other better than before. The absence of servants encouraged me to drop all my reservations. And it was then, at Julie’s urging, that I resumed the habit I had abandoned so many years ago: of drinking pure wine with my hosts at the end of the meal.

I was delighted by this dinner; I wished that all our meals could be like this. “I didn’t know about this charming room,” I said to Madame de Wolmar, “why don’t you dine here every time?” “See,” she replied, “it’s so pretty! Wouldn’t it be a shame to spoil it?” This answer seemed too far from her character for me not to suspect some hidden meaning behind it. “Why don’t you at least always gather around you the same comforts that are available here, so that you can keep your servants away and talk more freely?” “That would be too pleasant,” she said again, “and after all, the worst thing of all is to always have everything too easy.” That was enough for me to understand her way of thinking; I concluded that the art of moderating pleasures is nothing but the art of being sparing with them.

Quello che mi sembra più singolare nella sua moderazione è il fatto che essa si basi sulle stesse ragioni che spingono i piacerosi verso l’eccesso. “La vita è breve, è vero”, dice lei; “questo è un motivo per godersela fino in fondo e per distribuire con arte la sua durata, al fine di trarne il massimo beneficio possibile. Se un giorno di sazietà ci priva di un anno di piaceri, sarebbe una cattiva filosofia continuare sempre fino a dove il desiderio ci conduce, senza considerare se non finiremo prima che la nostra vita abbia termine, e se il nostro cuore esausto non morirà prima di noi. Vedo che questi volgari epicurei, nel tentativo di non perdere mai un’occasione, in realtà ne perdono tutte; sempre annoiati tra i piaceri, non riescono mai a trovarne nessuno veramente soddisfacente. Sprecano il tempo che pensano di risparmiare e si rovinano proprio come gli avari, nel tentativo di non perdere nulla. Io preferisco la massima opposta: credo che in questo campo una certa severità sia persino meglio di una certa indulgenza. A volte interrompo un piacere proprio perché mi dà troppo; riprendendolo in seguito, ne godo ancora di più. Tuttavia mi sforzo sempre di mantenere il controllo sulla mia volontà. Preferisco essere considerata capricciosa che lasciarmi dominare dai miei desideri.”

Ecco su quale principio si fondano qui le delizie della vita e le cose di puro piacere. Julie ha una predilezione per il cibo; e nei cura che dedica a tutte le faccende domestiche, la cucina non viene certamente trascurata. La tavola riflette un’abbondanza generale, ma questa abbondanza non è dispendiosa; regna una sensualità senza raffinatezza: tutti i piatti sono semplici, ma eccellenti nella loro qualità; la preparazione è sobria eppure squisita. Tutto ciò che riguarda l’aspetto esteriore, tutto ciò che dipende dall’apparenza, tutti quei piatti raffinati e costosi, il cui valore deriva proprio dalla loro rarità e che richiedono un nome specifico per essere considerati deliziosi, è completamente escluso; anzi, anche nella scelta di ciò che ci permettiamo di mangiare, ci asteniamo quotidianamente da alcune cose che riserviamo per rendere qualche pasto più festoso, senza che ciò comporti eccessivi costi. Ebbene, cosa credete che siano questi piatti, così sobriamente preparati? Cacciagione rara? Pesce di mare? Prodotti stranieri? Meglio ancora: qualche ottimo ortaggio del posto, qualche erba aromatica che cresce nei nostri giardini, alcuni pesci del lago preparati in un certo modo, alcuni prodotti lattiero-caseari delle nostre montagne, qualche dolce alla tedesca, a cui si aggiunge qualche prelibatezza cacciata dalla gente di casa. Ecco tutto ciò che vi sembra straordinario in questi pasti; ecco ciò che ricopre e abbellisce la tavola, ciò che stimola e soddisfa il nostro appetito nei giorni di festa. Il servizio è semplice e rustico, ma pulito e piacevole da vedere; c’è grazia e divertimento, gioia e appetito. Non ci sono vassoi dorati intorno ai quali si muore di fame, né cristalli pomposi adornati di fiori per ogni dessert; non si conosce l’arte di nutrire lo stomaco con gli occhi, ma si sa come aggiungere fascino al cibo buono, mangiare molto senza soffrire, divertirsi a bere senza perdere la ragione, tenere una tavola per lungo tempo senza noia, e uscirne sempre senza disgusto.

Al primo piano c’è una piccola sala da pranzo diversa da quella in cui si mangia di solito, che si trova al pianterreno. Questa sala particolare è situata all’angolo della casa ed è illuminata su due lati: da un lato dà sul giardino, oltre il quale si può vedere il lago attraverso gli alberi; dall’altro lato si scorge quella vasta collina di viti che inizia a rivelare le ricchezze che vi si raccolgeranno tra due mesi. Questa stanza è piccola, ma arredata con tutto ciò che può renderla piacevole e allegra. È lì che Julie organizza i suoi piccoli banchetti per suo padre, suo marito, sua cugina, me, lei stessa, e a volte anche per i suoi figli. Quando ordina di preparare la tavola, si sa subito cosa ciò significhi; M. de Wolmar la chiama scherzando “il salone di Apollo”. Tuttavia, questo salone non differisce da quello di Lucullo né per la scelta degli ospiti né per i piatti serviti. Gli ospiti semplici non sono ammessi; mai si mangia lì quando ci sono estranei; è l’asilo inviolabile della fiducia, dell’amicizia e della libertà. È la società dei cuori che, in questo luogo, unisce quella del tavolo; rappresenta una sorta di iniziazione all’intimità, e vi si riuniscono soltanto persone che desiderano non essere più separate. Milord, la festa vi aspetta. Ed è proprio in questa sala che farete qui il vostro primo pasto.

All’inizio non ebbi lo stesso onore; fu solo al mio ritorno da casa della signora d’Orbe che fui accolto nel salone di Apollo. Non avrei mai immaginato che si potesse aggiungere qualcosa di ancora più gentile alla accoglienza che mi era stata riservata; ma quella cena mi fece cambiare idea. Vi trovai una sorta di delizioso mix di familiarità, piacere, armonia e disinvoltozza, che non avevo mai sperimentato prima. Mi sentivo più libero, senza che nessuno me lo avesse detto esplicitamente; mi sembrava che ci capissimo meglio di prima. La distanza dai domestici mi incoraggiò a perdere ogni riserva nel mio cuore; ed è lì, su esortazione di Julie, che ripresi l’abitudine, interrotta da tanti anni, di bere vino puro alla fine del pasto insieme ai miei ospiti.

Questo pasto mi ha deliziato: avrei voluto che tutti i nostri pasti fossero così. “Non conoscevo questa incantevole sala,” dissi a Madame de Wolmar; “perché non vi mangiate sempre qui?” “Vedete,” rispose lei, “è così bella, non sarebbe un peccato rovinarla, vero?” Questa risposta mi sembrò troppo lontana dal suo carattere per non sospettare che nascondesse qualche significato nascosto. “Allora, perché almeno non radunate sempre intorno a voi le stesse comodità di cui disponete qui, in modo da poter allontanare i vostri domestici e parlare più liberamente?” “È proprio perché sarebbe troppo piacevole,” mi rispose ancora lei, “e che il fastidio di essere sempre a proprio agio è, dopotutto, il peggiore di tutto.” Non mi ci volle di più per comprendere il suo modo di pensare; e giudicai che, in effetti, l’arte di rendere i piaceri più graditi consistesse proprio nel farne a meno.

Je trouve qu’elle se met avec plus de soin qu’elle ne faisait autrefois. La seule vanité qu’on lui ait jamais reprochée était de négliger son ajustement. L’orgueilleuse avait ses raisons, et ne me laissait point de prétexte pour méconnaître son empire. Mais elle avait beau faire, l’enchantement était trop fort pour me sembler naturel ; je m’opiniâtrais à trouver de l’art dans sa négligence ; elle se serait coiffée d’un sac que je l’aurais accusée de coquetterie. Elle n’aurait pas moins de pouvoir aujourd’hui ; mais elle dédaigne de l’employer ; et je dirais qu’elle affecte une parure plus recherchée pour ne sembler plus qu’une jolie femme, si je n’avais découvert la cause de ce nouveau soin. J’y fus trompé les premiers jours ; et, sans songer qu’elle n’était pas mise autrement qu’à mon arrivée où je n’étais point attendu, j’osai m’attribuer l’honneur de cette recherche. Je me désabusai durant l’absence de M. de Wolmar. Dès le lendemain ce n’était plus cette élégance de la veille dont l’oeil ne pouvait se lasser, ni cette simplicité touchante et voluptueuse qui m’enivrait autrefois ; c’était une certaine modestie qui parle au coeur par les yeux, qui n’inspire que du respect, et que la beauté rend plus imposante. La dignité d’épouse et de mère régnait sur tous ses charmes ; ce regard timide et tendre était devenu plus grave ; et l’on eût dit qu’un air plus grand et plus noble avait voilé la douceur de ses traits. Ce n’était pas qu’il y eût la moindre altération dans son maintien ni dans ses manières ; son égalité, sa candeur, ne connurent jamais les simagrées ; elle usait seulement du talent naturel aux femmes de changer quelquefois nos sentiments et nos idées par un ajustement différent, par une coiffure d’une autre forme, par une robe d’une autre couleur, et d’exercer sur les coeurs l’empire du goût en faisant de rien quelque chose. Le jour qu’elle attendait son mari de retour, elle retrouva l’art d’animer ses grâces naturelles sans les couvrir ; elle était éblouissante en sortant de sa toilette ; je trouvai qu’elle ne savait pas moins effacer la plus brillante parure qu’orner la plus simple ; et je me dis avec dépit, en pénétrant l’objet de ses soins : « En fit-elle jamais autant pour l’amour ? »

Ce goût de parure s’étend de la maîtresse de la maison à tout ce qui la compose. Le maître, les enfants, les domestiques, les chevaux, les bâtiments, les jardins, les meubles, tout est tenu avec un soin qui marque qu’on n’est pas au-dessous de la magnificence, mais qu’on la dédaigne. Ou plutôt la magnificence y est en effet, s’il est vrai qu’elle consiste moins dans la richesse de certaines choses que dans un bel ordre du tout qui marque le concert des parties et l’unité d’intention de l’ordonnateur[174]. Pour moi, je trouve au moins que c’est une idée plus grande et plus noble de voir dans une maison simple et modeste un petit nombre de gens heureux d’un bonheur commun, que de voir régner dans un palais la discorde et le trouble, et chacun de ceux qui l’habitent chercher sa fortune et son bonheur dans la ruine d’un autre et dans le désordre général. La maison bien réglée est une, et forme un tout agréable à voir : dans le palais on ne trouve qu’un assemblage confus de divers objets dont la liaison n’est qu’apparente. Au premier coup d’oeil on croit voir une fin commune ; en y regardant mieux on est bientôt détrompé.

À ne consulter que l’impression la plus naturelle, il semblerait que, pour dédaigner l’éclat et le luxe, on a moins besoin de modération que de goût. La symétrie et la régularité plaisent à tous les yeux. L’image du bien-être et de la félicité touche le coeur humain qui en est avide ; mais un vain appareil qui ne se rapporte ni à l’ordre ni au bonheur, et n’a pour objet que de frapper les yeux, quelle idée favorable à celui qui l’étale peut-il exciter dans l’esprit du spectateur ? L’idée du goût ? Le goût ne paraît-il pas cent fois mieux dans les choses simples que dans celles qui sont offusquées de richesse ? L’idée de la commodité ? Y a-t-il rien de plus incommode que le faste ?[175] L’idée de la grandeur ? C’est précisément le contraire. Quand je vois qu’on a voulu faire un grand palais, je me demande aussitôt pourquoi ce palais n’est pas plus grand. Pourquoi celui qui a cinquante domestiques n’en a-t-il pas cent ? Cette belle vaisselle d’argent, pourquoi n’est-elle pas d’or ? Cet homme qui dore son carrosse, pourquoi ne dore-t-il pas ses lambris ? Si ses lambris sont dorés, pourquoi son toit ne l’est-il pas ? Celui qui voulut bâtir une haute tour faisait bien de la vouloir porter jusqu’au ciel ; autrement il eût eu beau l’élever, le point où il se fût arrêté n’eût servi qu’à donner de plus loin la preuve de son impuissance. O homme petit et vain ! montre-moi ton pouvoir, je te montrerai ta misère.

Au contraire, un ordre de choses où rien n’est donné à l’opinion, où tout a son utilité réelle, et qui se borne aux vrais besoins de la nature, n’offre pas seulement un spectacle approuvé par la raison, mais qui contente les yeux et le coeur, en ce que l’homme ne s’y voit que sous des rapports agréables, comme se suffisant à lui-même, que l’image de sa faiblesse n’y paraît point, et que ce riant tableau n’excite jamais de réflexions attristantes. Je défie aucun homme sensé de contempler une heure durant le palais d’un prince et le faste qu’on y voit briller, sans tomber dans la mélancolie et déplorer le sort de l’humanité. Mais l’aspect de cette maison et de la vie uniforme et simple de ses habitants répand dans l’âme des spectateurs un charme secret qui ne fait qu’augmenter sans cesse. Un petit nombre de gens doux et paisibles, unis par des besoins mutuels et par une réciproque bienveillance, y concourt par divers soins à une fin commune : chacun trouvant dans son état tout ce qu’il faut pour en être content et ne point désirer d’en sortir, on s’y attache comme y devant rester toute la vie, et la seule ambition qu’on garde est celle d’en bien remplir les devoirs. Il y a tant de modération dans ceux qui commandent et tant de zèle dans ceux qui obéissent que des égaux eussent pu distribuer entre eux les mêmes emplois sans qu’aucun se fût plaint de son partage. Ainsi nul n’envie celui d’un autre ; nul ne croit pouvoir augmenter sa fortune que par l’augmentation du bien commun ; les maîtres mêmes ne jugent de leur bonheur que par celui des gens qui les environnent. On ne saurait qu’ajouter ni que retrancher ici, parce qu’on n’y trouve que les choses utiles et qu’elles y sont toutes ; en sorte qu’on n’y souhaite rien de ce qu’on n’y voit pas, et qu’il n’y a rien de ce qu’on y voit dont on puisse dire : pourquoi n’y en a-t-il pas davantage ? Ajoutez-y du galon, des tableaux, un lustre, de la dorure, à l’instant vous appauvrirez tout. En voyant tant d’abondance dans le nécessaire, et nulle trace de superflu, on est porté à croire que, s’il n’y est pas, c’est qu’on n’a pas voulu qu’il y fût, et que, si on le voulait, il y régnerait avec la même profusion. En voyant continuellement les biens refluer au dehors par l’assistance du pauvre, on est porté à dire : « Cette maison ne peut contenir toutes ses richesses. » Voilà, ce me semble, la véritable magnificence.

Cet air d’opulence m’effraya moi-même quand je fus instruit de ce qui servait à l’entretenir. « Vous vous ruinez, dis-je à M. et Mme de Wolmar ; il n’est pas possible qu’un si modique revenu suffise à tant de dépenses. » Ils se mirent à rire, et me firent voir que, sans rien retrancher dans leur maison, il ne tiendrait qu’à eux d’épargner beaucoup et d’augmenter leur revenu plutôt que de se ruiner. « Notre grand secret pour être riches, me dirent-ils, est d’avoir peu d’argent, et d’éviter, autant qu’il se peut, dans l’usage de nos biens, les échanges intermédiaires entre le produit et l’emploi. Aucun de ces échanges ne se fait sans perte, et ces pertes multipliées réduisent presque à rien d’assez grands moyens, comme à force d’être brocantée une belle boîte d’or devient un mince colifichet. Le transport de nos revenus s’évite en les employant sur le lieu, l’échange s’en évite encore en les consommant en nature ; et dans l’indispensable conversion de ce que nous avons de trop en ce qui nous manque, au lieu des ventes et des achats pécuniaires qui doublent le préjudice, nous cherchons des échanges réels où la commodité de chaque contractant tienne lieu de profit à tous deux. »

I find that she now takes more care in her appearance than she did before. The only vanity for which she was ever reproached was her neglect of her attire. That proud woman had her reasons, and she never gave me any pretext to overlook the elegance of her style. But no matter what she did, the charm she exuded was so powerful that it could never seem natural to me; I would insist on seeing art in even her carelessness—for if she had worn a sack, I would have accused her of coquetry. She would still possess the same power today, but she chooses to disregard it; and I might say that she adopts such elaborate adornment precisely to appear no more than an ordinary beautiful woman, were it not for the reason behind this newfound attention to detail. At first, I was deceived by it; not realizing that her appearance was no different from when I first arrived, when she had no reason to prepare specially for me, I took the credit for this change in her grooming. However, my opinion changed during M. de Wolmar’s absence. The very next day, there was no longer the captivating elegance of the previous day, nor that touching, sensual simplicity that once intoxicated me; instead, there was a certain modesty that spoke directly to the heart through the eyes—a modesty that inspired respect and made beauty even more imposing. The dignity of a wife and mother dominated all her charms; her once timid and tender gaze had become more serious, and it seemed as if a more noble and grand air had covered the gentleness of her features. Yet there was not the slightest change in her posture or manners; her equanimity and innocence remained unchanged. She simply used the natural talent that women possess—to sometimes alter our feelings and thoughts through different attire, hairstyles, or colors—exercising the power of taste to transform nothing into something extraordinary. On the day she awaited her husband’s return, she once again mastered the art of enhancing her innate beauty without excessive ornamentation; she was stunning even after removing her makeup. I realized that she knew how to downplay the most dazzling adornment as well as how to enhance the simplest outfit; and with frustration, I wondered as I understood the purpose behind all this care: “Did she ever put in such effort for love?”

This taste for display extends from the mistress of the house to everything that constitutes her household. The master, the children, the servants, the horses, the buildings, the gardens, the furniture—everything is maintained with such care that it is clear one does not consider oneself beneath the level of magnificence, but rather disdains it. Or rather, magnificence is indeed present there; for if it truly consists less in the richness of certain objects than in a beautiful overall order that reflects the harmony of all parts and the unity of purpose of their organizer[174], then I believe this represents a far greater and nobler idea. For me, seeing in a simple and modest home a small number of people happy with a common happiness is far more satisfying than witnessing discord and chaos within a palace, where each inhabitant seeks their own fortune and happiness at the expense of others and in the general disorder of the place. A well-organized household is unified and presents a pleasing whole; in a palace, one finds only a confused collection of various objects whose connection appears superficial. At first glance, one might think there is a common purpose behind it; upon closer inspection, however, this illusion is quickly dispelled.

If one were to consider only the most natural aspects of things, it would seem that in order to disdain brilliance and luxury, what is needed is less moderation than good taste. Symmetry and regularity please everyone’s eye. The image of well-being and happiness touches the human heart, which craves them; but what kind of favorable impression can a vain display that has nothing to do with order or happiness, and whose sole purpose is to attract attention, possibly make on the mind of the observer? The idea of good taste? Doesn’t good taste appear a hundred times more evident in simple things than in those that are burdened by excess wealth? The idea of convenience? Is there anything more inconvenient than extravagance?[175] The idea of greatness? Quite the opposite. When I see that someone has tried to build a huge palace, I immediately wonder why it isn’t even larger. Why doesn’t someone with fifty servants have a hundred? Why is this beautiful silver plate not made of gold? Why does this man gild his carriage if he doesn’t also gild the walls of his house? If the walls are gilded, why isn’t the roof it as well? Whoever wanted to build a tall tower should have aimed to make it reach the heavens; otherwise, no matter how high it were built, its final height would only serve to highlight its inadequacy. Oh, small and vain man! Show me your power, and I will show you your misery.

On the contrary, a system in which nothing is left to mere opinion, where everything serves a genuine purpose and is limited to the true needs of nature, not only presents a spectacle approved by reason but also satisfies both the eye and the heart. In such a setting, man is only presented with pleasing relationships; there is no reflection of his own weakness, and this joyful scene never evokes any melancholic thoughts. I defy any sensible person to watch for an hour the palace of a prince and the splendor displayed therein without feeling melancholy and lamenting the fate of humanity. Yet, the appearance of this dwelling and the uniform, simple life of its inhabitants exude a subtle charm that continually grows upon those who observe it. A small number of gentle, peaceful people, united by mutual needs and mutual goodwill, work together toward a common goal through various efforts. Each finds in their current state everything needed for contentment and has no desire to leave it; thus, they cling to it as if they were meant to stay there forever, with the only ambition being to fulfill their duties well. Those who command act with moderation, and those who obey do so with zeal; such equality would allow anyone to take on the same roles without complaint. As a result, no one envies another; no one believes that increasing their own wealth could be achieved at the expense of the common good; even the masters measure their own happiness by that of those around them. Nothing could be added or removed from this arrangement, for it contains only what is useful and everything necessary; thus, one desires nothing beyond what is present, and there is nothing present that one might wish were more abundant. Add embellishments such as ribbons, paintings, chandeliers, or gold trimmings, and you would immediately diminish its value. Seeing such abundance in necessities but no trace of superfluous items leads one to believe that if something is absent, it is because no one desired it; and if desired, it could exist in just as great profusion. Observing how wealth constantly flows outward to help the poor, one might say, “This house cannot contain all its riches.” In my view, this is true magnificence.

This air of opulence actually frightened me when I learned what was necessary to maintain it. “You are ruining yourselves,” I said to Mr. and Mrs. de Wolmar; “it is impossible for such modest income to cover such expenses.” They laughed and explained to me that, without making any cuts in their household expenditures, it was entirely up to them to save a great deal and increase their income rather than ruin themselves. “Our secret to becoming rich,” they told me, “is to have little money and to avoid, as much as possible, the intermediate exchanges that occur between the production of our resources and their actual use. Every such exchange involves some loss, and these losses, when multiplied over time, can reduce even considerable amounts of wealth to almost nothing—just as a beautiful gold box, when constantly resold at lower prices, eventually becomes a mere trinket. We avoid having to transfer our income elsewhere by using it right where it is generated; we further avoid exchanges by consuming it in its natural form. And when it comes to the inevitable need to convert what we have in excess into what we lack, instead of engaging in monetary transactions that double the losses, we seek out genuine exchanges where the convenience for each party involved serves as a benefit for both.”

Trovo che ora si curi di sé con maggiore attenzione di quanto facesse in passato. L’unica vanità che le sia mai stata rimproverata era quella di trascurare il proprio aspetto esteriore. Quella donna orgogliosa aveva le sue ragioni, e non mi lasciava alcun pretesto per sottovalutare il suo fascino. Ma nonostante tutto, quell’effetto incantevole sembrava troppo naturale perché potessi considerarlo casuale; avrei continuato a ritenere che nella sua trascuratezza ci fosse dell’arte. Anche se si fosse vestita con semplicissimi abiti, l’avrei comunque accusata di vanità. Oggi possiede ancora lo stesso potere, ma preferisce non farne uso; direi addirittura che sceglie un abbigliamento più raffinato proprio per sembrare soltanto una bella donna, se non avessi scoperto la vera ragione di questa sua attenzione verso il proprio aspetto. Ne fui ingannato nei primi giorni; senza pensare che il suo abbigliamento non fosse diverso da quando ero arrivato, e che lei non mi aspettasse affatto, osai attribuirmi l’onore di questa cura particolare verso di sé. Mi resi conto della verità durante l’assenza del signor de Wolmar: il giorno dopo, tutto era cambiato. Non c’era più quell’eleganza che incantava lo sguardo, né quella semplicità affascinante che un tempo mi inebriava; al suo posto c’era una sorta di modestia che parlava direttamente al cuore, che ispirava rispetto, e che rendeva la sua bellezza ancora più imponente. La dignità di moglie e madre dominava tutti i suoi tratti; quel sguardo timido e tenero era diventato più serio. Si sarebbe detto che un’aria più maestosa e nobile avesse velato la dolcezza dei suoi lineamenti. Non c’era alcun cambiamento nel suo portamento o nelle sue maniere: la sua equanimità, la sua candidezza erano sempre le stesse. Si limitava semplicemente ad utilizzare quel talento naturale che le donne possiedono, per modificare a volte i nostri sentimenti e i nostri pensieri attraverso abiti diversi, acconciature diverse, vestiti di colori diversi. E così esercitava il proprio potere sulle emozioni delle persone, trasformando il nulla in qualcosa di davvero bello. Il giorno in cui aspettava il ritorno di suo marito, riscoprì l’arte di valorizzare i propri tratti naturali senza eccessivi ornamenti. Era incantevole dopo essersi vestita; notai che sapeva altrettanto bene come rendere meno evidente un abbigliamento sfarzoso, quanto abbellire qualcosa di semplice. E con rabbia pensai: “L’ha mai fatto tanto per amore?”

Questo gusto per l’ornamento si estende dalla padrona di casa a tutto ciò che la compone: il marito, i bambini, i domestici, i cavalli, gli edifici, i giardini, i mobili. Tutto è curato con un impegno che dimostra non solo di non essere al di sotto dei livelli della magnificenza, ma anche di disdegnarla. O meglio: la magnificenza c’è davvero, se è vero che essa risiede meno nella ricchezza di alcuni elementi che in un bel ordine complessivo che evidenzia l’armonia tra le parti e l’uniformità delle intenzioni di chi ha progettato tutto[174]. Personalmente ritengo che sia un’idea molto più grande e nobile vedere, in una casa semplice e modesta, un piccolo numero di persone felici grazie a una felicità condivisa, piuttosto che vedere regnare in un palazzo discordia e disordine, e che ognuno dei suoi abitanti cerchi la propria fortuna e la propria felicità nella rovina degli altri e nel caos generale. Una casa ben organizzata è un tutt’uno armonioso e piacevole da vedere; in un palazzo, invece, si trova soltanto un insieme confuso di oggetti tra cui il legame non è che apparente. A prima vista sembra esserci uno scopo comune; ma osservando più attentamente ci si rende presto conto del contrario.

Se si considera soltanto l’impression più naturale, sembrerebbe che, per disdegnare lo splendore e il lusso, sia necessario meno moderazione che gusto. La simmetria e la regolarità piacciono a tutti gli occhi; l’immagine del benessere e della felicità tocca il cuore umano, avido di queste cose. Ma un ornamento vano, che non ha nulla a che fare né con l’ordine né con la felicità, e il cui unico scopo è quello di colpire gli occhi, quale idea positiva può suscitare nell’animo dello spettatore? L’idea del gusto. Il gusto, non sembra forse cento volte più evidente nelle cose semplici che in quelle ricche di ornamenti superflui? L’idea della comodità. C’è qualcosa di più scomodo del lusso? [175] L’idea della grandezza. Ed è proprio il contrario. Quando vedo che si è voluto costruire un grande palazzo, mi chiedo subito perché non sia ancora più grande. Perché colui che ha cinquanta domestici non ne abbia cento? Questa bella argenteria. Perché non sia d’oro? Quell’uomo che dorifica la sua carrozza. Perché non dorifica anche i suoi rivestimenti interni? Se questi sono dorati, perché il tetto non lo è anch’esso? Chi ha voluto costruire una torre alta avrebbe fatto bene a farla raggiungere il cielo. Altrimenti, per quanto l’avesse elevata, il punto in cui si fosse fermata non avrebbe fatto altro che dimostrare la sua impotenza. Oh uomo meschino e vanitoso. Mostrami il tuo potere, e ti mostrerò la tua miseria.

Al contrario, un ordine delle cose in cui nulla viene lasciato all’arbitrio dell’opinione umana, in cui tutto ha una reale utilità e si limita alle vere esigenze della natura, non offre soltanto uno spettacolo approvato dalla ragione, ma soddisfa anche gli occhi e il cuore: l’uomo vi si trova infatti immerso in relazioni piacevoli, come se fosse sufficiente a se stesso; l’immagine della sua debolezza non vi appare affatto, e questo quadro sereno non suscita mai riflessioni tristi. Sfiderei chiunque abbia un minimo di buon senso a osservare per un’ora il palazzo di un principe e lo sfarzo che vi si vede brillare, senza cadere nella malinconia e senza rimpiangere il destino dell’umanità. Ma l’aspetto di questa dimora e la vita uniforme e semplice dei suoi abitanti diffondono nell’anima degli spettatori un incanto segreto che aumenta costantemente. Un piccolo numero di persone dolci e pacifiche, unite da bisogni reciproci e da una reciproca benevolenza, contribuiscono con vari sforzi a uno scopo comune: ognuno trova nel proprio stato tutto ciò che gli basta per essere soddisfatto e non desidera affatto uscirne; si attacca quindi a esso come se dovesse rimanervi per tutta la vita, e l’unica ambizione che conserva è quella di adempiere bene ai propri doveri. Chi comanda mostra tanta moderazione, chi obbedisce tanto zelo, che degli uguali avrebbero potuto distribuire gli stessi incarichi tra loro senza che nessuno si lamentasse della propria sorte. Così nessuno invidia quello dell’altro; nessuno ritiene di poter aumentare la propria fortuna se non aumentando il bene comune; persino i padroni giudicano la propria felicità in base a quella delle persone che li circondano. Non si potrebbe aggiungere o togliere nulla in questo ambiente, perché vi si trovano soltanto cose utili e tutte necessarie; quindi non si desidera nulla di ciò che non si vede, e non c’è nulla di ciò che si vede per cui si possa dire: “Perché non ce n’è di più?”. Aggiungetevi dei nastri, dei dipinti, un lampadario, della doratura, e immediatamente tutto diventerà più povero. Vedendo tanta abbondanza nelle cose necessarie e nessuna traccia di superfluo, si è portati a credere che, se queste cose non ci fossero, sia perché non si è voluto che esistessero, e che, se si volesse, esisterebbero con la stessa abbondanza. Vedendo continuamente i beni distribuiti ai poveri, si pensa: “Questa dimora non può contenere tutta la sua ricchezza”. Questo, a mio parere, è il vero segno di magnificenza.

Quell’aspetto di opulenza mi spaventò anch’io quando venni a conoscenza di ciò che serviva per mantenerla. “Vi state rovinando”, dissi al signor e alla signora de Wolmar; “non è possibile che un reddito così modesto sia sufficiente a coprire tali spese”. Loro risero e mi spiegarono che, senza ridurre nulla nella loro vita quotidiana, bastava semplicemente risparmiare molto e aumentare il proprio reddito, piuttosto che rovinarsi. “Il nostro grande segreto per essere ricchi”, mi dissero, “è avere poco denaro e evitare, quanto più possibile, nei nostri consumi, quegli scambi intermedi che si verificano tra il prodotto e il suo utilizzo effettivo. Ogni scambio di questo tipo comporta una perdita, e queste perdite, moltiplicate nel tempo, riducono a quasi nulla anche risorse considerevoli. Come una bella scatola d’oro, se continuamente smontata e rimontata, finisce per trasformarsi in un semplice ornamento senza valore, allo stesso modo i nostri redditi, se utilizzati direttamente nel luogo dove vengono generati, evitano ogni tipo di scambio monetario. Il consumo diretto dei beni elimina ulteriori perdite; e quando è necessario convertire ciò che abbiamo in eccesso in ciò che ci manca, invece di ricorrere a vendite e acquisti che raddoppiano i costi, cerchiamo scambi reali in cui la comodità di entrambe le parti sostituisca il profitto”.

« Je conçois, leur dis-je, les avantages de cette méthode ; mais elle ne me paraît pas sans inconvénient. Outre les soins importuns auxquels elle assujettit, le profit doit être plus apparent que réel ; et ce que vous perdez dans le détail de la régie de vos biens l’emporte probablement sur le gain que feraient avec vous vos fermiers ; car le travail se fera toujours avec plus d’économie et la récolte avec plus de soin par un paysan que par vous. — C’est une erreur, me répondit Wolmar ; le paysan se soucie moins d’augmenter le produit que d’épargner sur les frais, parce que les avances lui sont plus pénibles que les profits ne lui sont utiles ; comme son objet n’est pas tant de mettre un fonds en valeur que d’y faire peu de dépense, s’il s’assure un gain actuel, c’est bien moins en améliorant la terre qu’en l’épuisant, et le mieux qui puisse arriver est qu’au lieu de l’épuiser il la néglige. Ainsi, pour un peu d’argent comptant recueilli sans embarras, un propriétaire oisif prépare à lui ou à ses enfants de grandes pertes, de grands travaux, et quelquefois la ruine de son patrimoine.

D’ailleurs, poursuivit M. de Wolmar, je ne disconviens pas que je ne fasse la culture de mes terres à plus grands frais que ne ferait un fermier ; mais aussi le profit du fermier c’est moi qui le fais ; et, cette culture étant beaucoup meilleure, le produit est beaucoup plus grand ; de sorte qu’en dépensant davantage je ne laisse pas de gagner encore. Il y a plus : cet excès de dépense n’est qu’apparent, et produit réellement une très grande économie. Car si d’autres cultivaient nos terres nous serions oisifs ; il faudrait demeurer à la ville ; la vie y serait plus chère ; il nous faudrait des amusements qui nous coûteraient beaucoup plus que ceux que nous trouvons ici, et nous seraient moins sensibles. Ces soins que vous appelez importuns font à la fois nos devoirs et nos plaisirs : grâce à la prévoyance avec laquelle on les ordonne, ils ne sont jamais pénibles ; ils nous tiennent lieu d’une foule de fantaisies ruineuses dont la vie champêtre prévient ou détruit le goût, et tout ce qui contribue à notre bien-être devient pour nous un amusement.

Jetez les yeux tout autour de vous, ajoutait ce judicieux père de famille, vous n’y verrez que des choses utiles, qui ne nous coûtent presque rien, et nous épargnent mille vaines dépenses. Les seules denrées du cru couvrent notre table, les seules étoffes du pays composent presque nos meubles et nos habits : rien n’est méprisé parce qu’il est commun, rien n’est estimé parce qu’il est rare. Comme tout ce qui vient de loin est sujet à être déguisé ou falsifié, nous nous bornons, par délicatesse autant que par modération, au choix de ce qu’il y a de meilleur auprès de nous et dont la qualité n’est pas suspecte. Nos mets sont simples, mais choisis. Il ne manque à notre table pour être somptueuse que d’être servie loin d’ici ; car tout y est bon, tout y serait rare, et tel gourmand trouverait les truites du lac bien meilleures s’il les mangeait à Paris.

La même règle a lieu dans le choix de la parure, qui, comme vous voyez, n’est pas négligée ; mais l’élégance y préside seule, la richesse ne s’y montre jamais, encore moins la mode. Il y a une grande différence entre le prix que l’opinion donne aux choses et celui qu’elles ont réellement. C’est à ce dernier seul que Julie s’attache ; et quand il est question d’une étoffe, elle ne cherche pas tant si elle est ancienne ou nouvelle que si elle est bonne et si elle lui sied. Souvent même la nouveauté seule est pour elle un motif d’exclusion, quand cette nouveauté donne aux choses un prix qu’elles n’ont pas, ou qu’elles ne sauraient garder.

Considérez encore qu’ici l’effet de chaque chose vient moins d’elle-même que de son usage et de son accord avec le reste ; de sorte qu’avec des parties de peu de valeur Julie a fait un tout d’un grand prix. Le goût aime à créer, à donner seul la valeur aux choses. Autant la loi de la mode est inconstante et ruineuse, autant la sienne est économe et durable. Ce que le bon goût approuve une fois est toujours bien ; s’il est rarement à la mode, en revanche il n’est jamais ridicule, et dans sa modeste simplicité il tire de la convenance des choses des règles inaltérables et sûres, qui restent quand les modes ne sont plus.

Ajoutez enfin que l’abondance du seul nécessaire ne peut dégénérer en abus, parce que le nécessaire a sa mesure naturelle, et que les vrais besoins n’ont jamais d’excès. On peut mettre la dépense de vingt habits en un seul, et manger en un repas le revenu d’une année ; mais on ne saurait porter deux habits en même temps, ni dîner deux fois en un jour. Ainsi l’opinion est illimitée, au lieu que la nature nous arrête de tous côtés ; et celui qui, dans un état médiocre, se borne au bien-être ne risque point de se ruiner.

Voilà, mon cher, continuait le sage Wolmar, comment avec de l’économie et des soins on peut se mettre au-dessus de sa fortune. Il ne tiendrait qu’à nous d’augmenter la nôtre sans changer notre manière de vivre ; car il ne se fait ici presque aucune avance qui n’ait un produit pour objet, et tout ce que nous dépensons nous rend de quoi dépenser beaucoup plus. »

Eh bien ! milord, rien de tout cela ne paraît au premier coup d’oeil. Partout un air de profusion couvre l’ordre qui le donne. Il faut du temps pour apercevoir des lois somptuaires qui mènent à l’aisance et au plaisir, et l’on a d’abord peine à comprendre comment on jouit de ce qu’on épargne. En y réfléchissant le contentement augmente, parce qu’on voit que la source en est intarissable, et que l’art de goûter le bonheur de la vie sert encore à le prolonger. Comment se lasserait-on d’un état si conforme à la nature ? Comment épuiserait-on son héritage en l’améliorant tous les jours ? Comment ruinerait-on sa fortune en ne consommant que ses revenus ? Quand chaque année on est sûr de la suivante, qui peut troubler la paix de celle qui court ? Ici le fruit du labeur passé soutient l’abondance présente et le fruit du labeur présent annonce l’abondance à venir ; on jouit à la fois de ce qu’on dépense et de ce qu’on recueille, et les divers temps se rassemblent pour affermir la sécurité du présent.

Je suis entré dans tous les détails du ménage, et j’ai partout vu régner le même esprit. Toute la broderie et la dentelle sortent du gynécée ; toute la toile est filée dans la basse-cour ou par de pauvres femmes que l’on nourrit. La laine s’envoie à des manufactures dont on tire en échange des draps pour habiller les gens ; le vin, l’huile et le pain se font dans la maison ; on a des bois en coupe réglée autant qu’on en peut consommer ; le boucher se paye en bétail ; l’épicier reçoit du blé pour ses fournitures ; le salaire des ouvriers et des domestiques se prend sur le produit des terres qu’ils font valoir ; le loyer des maisons de la ville suffit pour l’ameublement de celles qu’on habite ; les rentes sur les fonds publics fournissent à l’entretien des maîtres et au peu de vaisselle qu’on se permet ; la vente des vins et des blés qui restent donne un fonds qu’on laisse en réserve pour les dépenses extraordinaires : fonds que la prudence de Julie ne laisse jamais tarir, et que sa charité laisse encore moins augmenter. Elle n’accorde aux choses de pur agrément que le profit du travail qui se fait dans sa maison, celui des terres qu’ils ont défrichées, celui des arbres qu’ils ont fait planter, etc. Ainsi, le produit et l’emploi se trouvant toujours compensés par la nature des choses, la balance ne peut être rompue, et il est impossible de se déranger.

“ I understand,” I told them, “the advantages of this method; but it does not seem to me to be without drawbacks. Apart from the troublesome efforts it requires, the benefits seem more apparent than real; and what you lose in the careful management of your property is likely to outweigh any gains that your tenants might obtain from working with you. After all, a farmer will always work more efficiently and tend to his crops with greater care than you would. — ‘That’s a mistake,’ Wolmar replied. ‘Farmers are less interested in increasing production than in reducing costs. For them, upfront expenses are far more burdensome than potential profits. Since their goal is not so much to improve their land as to minimize their expenditures, any gain they make comes more from neglecting the land than from improving it. In short, for a little easy money obtained without effort, an idle landowner may bring about great losses, endless labor—and sometimes even the ruin of his entire estate.’”

“Furthermore,” Mr. de Wolmar continued, “I do not deny that I spend more money on cultivating my lands than a farmer would; but it is I who ultimately reap the profits that a farmer would gain. Moreover, since my methods of cultivation are much more efficient, the yield is significantly higher. Therefore, even though I spend more, I still end up making a profit. What’s more, this additional expense is merely apparent; in reality, it results in considerable savings. For if others were to cultivate our lands, we would have to become idle. We would have to live in the city, where living costs are higher. We would need to engage in pursuits that would cost us much more than what we enjoy here, and they would bring us less genuine pleasure. The tasks you consider bothersome are actually both our duties and our sources of enjoyment. Thanks to the careful planning with which they are carried out, they are never burdensome. They serve as a substitute for numerous wasteful indulgences that country life prevents us from pursuing—or even destroys our desire for them. Everything that contributes to our well-being becomes, for us, a source of genuine pleasure.”

“Look around you,” added this wise family man, “and you will see nothing but useful things that cost us almost nothing and save us from countless unnecessary expenses. The only raw materials we use to prepare our food cover our tables, and the only local fabrics used to make our furniture and clothes constitute nearly all of what we possess. Nothing is despised because it is common; nothing is valued because it is rare. Since everything that comes from afar is susceptible to being adulterated or falsified, we choose, out of both delicacy and moderation, only the best things available to us—those whose quality is beyond doubt. Our meals are simple, but carefully selected. What would make our table truly sumptuous is being served far from here; for everything here is good—and in fact, everything would be considered rare if it were served elsewhere. Indeed, such a gourmand might find the trout from this lake to be even more delicious if he ate them in Paris.”

The same rule applies to the choice of attire, which, as you can see, is not neglected at all; yet elegance is the sole criterion in such matters—richness is never displayed, let alone fashion. There is a great difference between the value that public opinion attributes to things and their actual worth. It is only this latter that Julie considers; when it comes to fabric, she does not focus on whether it is old or new, but rather on whether it is of good quality and suitable for her. Often, even novelty in itself is a reason for her to reject something, if that novelty gives the item a value it does not possess, or one it could never maintain.

Consider further that, here, the effect of each thing arises less from the thing itself than from its use and its compatibility with the rest; thus, Julie has managed to create a whole of great value from parts of little worth. Taste enjoys creating, giving value to things in their own right. Just as the laws of fashion are changeable and destructive, the laws of true taste are economical and enduring. What good taste approves of once is always pleasing; although it may rarely be in vogue, it is never ridiculous. In its modest simplicity, it draws eternal and reliable rules of appropriateness from the very nature of things, rules that endure even when fashions change.

Finally, it must be added that the abundance of something that is truly necessary cannot lead to abuse, because necessity has its natural limits, and true needs can never exceed these limits. One could spend the money needed for twenty clothes on just one piece, or consume in one meal the income of an entire year; but it would be impossible to wear two clothes at the same time, nor to eat twice in a single day. Thus, human desires are limitless, whereas nature sets boundaries on us in every aspect; and those who, in a moderate state of existence, limit themselves to what is necessary for well-being, run no risk of ruining themselves.

“See, my dear,” continued the wise Wolmar, “how, with economy and care, one can rise above one’s own means. It simply depends on us to increase our wealth without changing our way of living; for almost every effort we make here yields some profit as its result, and everything we spend actually provides us with the resources to spend much more.”

Well! My lord, none of this seems apparent at first glance. Everywhere, a semblance of abundance covers over the order that actually brings it about. It takes time to discern the elaborate laws that lead to ease and pleasure; at first, one struggles to understand how one can truly benefit from what one saves. But upon reflection, contentment grows, for one realizes that this source is inexhaustible—and that the art of savoring the joys of life actually helps to prolong them. How could one grow tired of a state that is so in harmony with nature? How could one exhaust one’s inheritance by constantly improving it? How could one ruin one’s fortune by spending only what one earns? When one is certain of each coming year, how could anything disturb the peace of the present moment? Here, the fruits of past labor sustain present abundance, and the fruits of present labor promise future abundance; one enjoys both what one spends and what one gains, and the various stages of life work together to ensure the stability of the present.

I examined every detail of household management, and everywhere I observed the same principle at work. All the embroidery and lace are produced in the women’s quarters; all the fabric is spun in the backyard or by poor women who are fed in return for their labor. The wool is sent to mills, from where we obtain blankets to dress people; wine, oil, and bread are made within the household. We have enough timber cut to meet our needs; the butcher is paid in livestock; the grocer receives grain in exchange for his goods; the wages of workers and servants are derived from the income of the lands they cultivate; the rent on the houses in town is sufficient to furnish those we live in; the revenues from public funds cover the expenses of the masters of the household and provide for the minimal amount of dishes we can afford. The sale of any surplus wine or grain generates a reserve fund meant for unexpected expenses—a fund that Julie’s prudence never allows to run low, and her generosity ensures it never increases. She allows only the profits generated by the labor undertaken in her household, by the lands they have reclaimed, and by the trees they have planted, to be devoted to purely pleasurable pursuits. In this way, since production and consumption are always balanced by the nature of things themselves, the equilibrium cannot be disrupted, and disorder is utterly impossible.

“Comprendo, dissi loro, i vantaggi di questo metodo; ma non mi sembra privo di svantaggi. Oltre ai fastidi che comporta nella gestione dei beni, il beneficio ottenuto probabilmente è più apparente che reale; e ciò che si perde nella cura dettagliata della propria proprietà supera sicuramente il guadagno che i contadini potrebbero trarne: infatti, un contadino lavorerà sempre con maggiore economia e dedizione rispetto a chi possiede la terra. — È un errore, mi rispose Wolmar; il contadino si preoccupa meno di aumentare la produzione che di ridurre le spese, perché per lui gli sforzi necessari sono più gravosi dei benefici che ne derivano; poiché il suo obiettivo non è tanto quello di valorizzare la terra quanto quello di spenderne il meno possibile. Se riesce ad ottenere un guadagno immediato, lo farà probabilmente danneggiando la terra piuttosto che migliorandola, e nel migliore dei casi la trascurerà invece di prendersene cura. Così, per pochi soldi guadagnati facilmente, un proprietario pigro può causare grandi perdite, grandi sforzi, e persino la rovina del proprio patrimonio, sia per sé che per i suoi figli.”

Del resto, proseguì il signor de Wolmar, non nego che il costo per coltivare le mie terre sia maggiore di quello che un contadino impiegherebbe; ma è proprio io a trarne profitto, e poiché la coltivazione è molto più efficace, il raccolto è di gran lunga più abbondante. Quindi, spendendo di più, in realtà guadagno di più. Inoltre, questo eccesso di spese è solo apparente; in realtà comporta un notevole risparmio. Se altri coltivassero le nostre terre, noi rimarremmo oziosi, dovremmo vivere in città dove la vita è più costosa, dovremmo cercare divertimenti che ci costerebbero molto di più di quelli che troviamo qui e che, inoltre, non sarebbero altrettanto piacevoli. Queste attività che voi considerate noiose sono al contempo i nostri doveri e i nostri piaceri: grazie alla previdenza con cui vengono organizzate, non risultano mai sgradevoli; rappresentano per noi una sorta di divertimento, e tutto ciò che contribuisce al nostro benessere diventa, in realtà, una fonte di piacere.

“Guardatevi intorno”, aggiungeva questo sagace padre di famiglia, “e vedrete soltanto cose utili, che ci costano quasi nulla e ci risparmiano mille spese inutili. Gli unici alimenti crudi coprono il nostro tavolo; le sole stoffe prodotte nel nostro paese compongono quasi tutti i nostri mobili e i nostri abiti: nulla viene disprezzato perché comune, nulla viene apprezzato perché raro. Poiché tutto ciò che proviene da lontano può essere alterato o falsificato, noi ci limitiamo, per delicatezza quanto per moderazione, a scegliere soltanto il meglio che abbiamo qui e la cui qualità non è dubbia. I nostri piatti sono semplici, ma scelti con cura. Tutto ciò di cui il nostro tavolo ha bisogno per essere considerato lussuoso è essere servito lontano da qui, perché tutto qui è buono; tutto qui sarebbe raro. E un vero gourmand troverebbe le trote del lago ancora più deliziose se le mangiasse a Parigi.”

La stessa regola vale anche nella scelta dell’abbigliamento, che, come potete vedere, non viene affatto trascurato; tuttavia, in questo caso prevale unicamente l’eleganza: la ricchezza non si manifesta mai, tantomeno la moda. Esiste una grande differenza tra il valore che l’opinione pubblica attribuisce alle cose e il loro reale prezzo. È soltanto a quest’ultimo che Julie dà importanza; quando si tratta di un tessuto, non le interessa tanto se sia vecchio o nuovo, quanto piuttosto se sia di buona qualità e le stia bene. Spesso, addirittura, la novità in sé rappresenta per lei un motivo per escludere un certo oggetto, quando questa novità conferisce alle cose un valore che esse in realtà non possiedono o non potrebbero mai mantenere.

Considerate ancora che, in questo caso, l’effetto di ogni cosa deriva meno da essa stessa che dal suo utilizzo e dalla sua armonia con il resto; perciò, partendo da elementi di scarso valore, Julie è riuscita a creare un insieme di grande pregio. Il gusto ama creare, dare valore alle cose in sé stesse. Quanto la legge della moda è incostante e distruttiva, tanto quella del buon gusto è economica e duratura. Ciò che il buon gusto approva una volta è sempre giusto; anche se raramente è alla moda, non è mai ridicolo, e nella sua semplicità sobria trae dalle convenienze delle cose regole immutabili e sicure, che rimangono in vigore anche quando le mode cambiano.

Si aggiunga infine che l’abbondanza del solo necessario non può degenerare in abuso, perché il necessario ha la sua misura naturale e i veri bisogni non conoscono mai eccesso. Si possono spendere venti abiti in uno solo, e consumare in un pasto il reddito di un anno; ma non si potrebbero indossare due abiti contemporaneamente, né pranzare due volte nello stesso giorno. Così l’immaginazione è illimitata, mentre la natura ci limita da tutti i lati; e colui che, in una condizione mediocre, si accontenta del benessere, non rischia mai di rovinarsi.

Ecco, mio caro, continuava il saggio Wolmar, come si possa, con economia e attenzione, elevarsi al di sopra delle proprie condizioni finanziarie. Basterebbe semplicemente aumentare le nostre risorse senza cambiare il nostro stile di vita; infatti, qui quasi tutte le spese hanno un obiettivo produttivo, e tutto ciò che spendiamo ci permette in realtà di poter spendere molto di più.

Ebbene! Signore, a prima vista nulla di tutto ciò sembra evidente. Dappertutto, un’aria di abbondanza maschera l’ordine che ne è alla base. Occorre del tempo per individuare quelle leggi sottili che portano al benessere e al piacere; inizialmente, è difficile comprendere come si possa godere di ciò che si risparmia. Ma riflettendoci meglio, il senso di soddisfazione aumenta, perché si rende conto che la fonte da cui derivano tali benefici è inesauribile, e che l’arte di apprezzare i piaceri della vita contribuisce addirittura a prolungarli. Come si potrebbe stancarsi di uno stato di cose così in armonia con la natura? Come si potrebbe esaurire il proprio patrimonio migliorandolo ogni giorno? Come si potrebbe rovinare la propria fortuna limitandosi a consumare soltanto i propri guadagni? Quando ogni anno si è certi di quello successivo, chi può turbare la tranquillità di quello che sta passando? Qui, il frutto del lavoro compiuto in passato sostiene l’abbondanza presente, e il frutto del lavoro attuale preannuncia un’altra abbondanza futura; si gode sia di ciò che si spende sia di ciò che si guadagna, e i diversi momenti della vita si combinano tra loro per garantire la sicurezza del presente.

Ho esaminato con attenzione tutti gli aspetti della gestione domestica e ho notato ovunque lo stesso spirito di organizzazione. Tutta la merletteria e le ricami vengono realizzati nel gineceo; tutta la tela viene filata nel cortile posteriore o da povere donne che vengono mantenute. La lana viene inviata in fabbriche che, in cambio, producono lenzuola per vestire la gente; il vino, l’olio e il pane vengono prodotti in casa stessa; abbiamo legname tagliato secondo le esigenze di consumo; al macellaio si paga con bestiame; al mercante di alimentari si fornisce grano per i suoi acquisti; lo stipendio dei lavoratori e dei domestici viene ricavato dal prodotto delle terre che essi coltivano; l’affitto delle case in città è sufficiente per arredare quelle in cui viviamo; le rendite derivanti dai fondi pubblici permettono di mantenere i padroni di casa e di acquistare pochi oggetti di lusso; la vendita dei vini e del grano che rimangono fornisce un fondo che viene riservato per spese straordinarie: un fondo che, grazie alla prudenza di Julie, non mai si esaurisce, e che, grazie alla sua carità, non aumenta nemmeno. Lei concede alle cose di pur piacere soltanto il profitto derivante dal lavoro svolto in casa sua, da quello delle terre che hanno disboscato, dagli alberi che hanno piantato, ecc. In questo modo, poiché il prodotto e l’uso delle risorse sono sempre equilibrati tra loro, l’equilibrio non può essere alterato e è impossibile incorrere in errori.

Bien plus ; les privations qu’elle s’impose par cette volupté tempérante dont j’ai parlé sont à la fois de nouveaux moyens de plaisir et de nouvelles ressources d’économie. Par exemple, elle aime beaucoup le café ; chez sa mère elle en prenait tous les jours ; elle en a quitté l’habitude pour en augmenter le goût ; elle s’est bornée à n’en prendre que quand elle a des hôtes, et dans le salon d’Apollon, afin d’ajouter cet air de fête à tous les autres. C’est une petite sensualité qui la flatte plus, qui lui coûte moins, et par laquelle elle aiguise et règle à la fois sa gourmandise. Au contraire, elle met à deviner et à satisfaire les goûts de son père et de son mari une attention sans relâche, une prodigalité naturelle et pleine de grâces, qui leur fait mieux goûter ce qu’elle leur offre par le plaisir qu’elle trouve à le leur offrir. Ils aiment tous deux à prolonger un peu la fin du repas, à la suisse : elle ne manque jamais, après le souper, de faire servir une bouteille de vin plus délicat, plus vieux que celui de l’ordinaire. Je fus d’abord la dupe des noms pompeux qu’on donnait à ces vins, qu’en effet je trouve excellents ; et, les buvant comme étant des lieux dont ils portaient les noms, je fis la guerre à Julie d’une infraction si manifeste à ses maximes ; mais elle me rappela en riant un passage de Plutarque, où Flaminius compare les troupes asiatiques d’Antiochus, sous mille noms barbares, aux ragoûts divers sous lesquels un ami lui avait déguisé la même viande. « Il en est de même, dit-elle, de ces vins étrangers que vous me reprochez. Le Rancio, le Cherez, le Malaga, le Chassaigne, le Syracuse, dont vous buvez avec tant de plaisir, ne sont en effet que des vins de Lavaux diversement préparés, et vous pouvez voir d’ici le vignoble qui produit toutes ces boissons lointaines. Si elles sont inférieures en qualité aux vins fameux dont elles portent les noms, elles n’en ont pas les inconvénients ; et, comme on est sûr de ce qui les compose, on peut au moins les boire sans risque. J’ai lieu de croire, continua-t-elle, que mon père et mon mari les aiment autant que les vins les plus rares. — Les siens, me dit alors M. de Wolmar, ont pour nous un goût dont manquent tous les autres : c’est le plaisir qu’elle a pris à les préparer. — Ah ! reprit-elle, ils seront toujours exquis. »

Vous jugez bien qu’au milieu de tant de soins divers le désoeuvrement et l’oisiveté qui rendent nécessaires la compagnie, les visites et les sociétés extérieures, ne trouvent guère ici de place. On fréquente les voisins assez pour entretenir un commerce agréable, trop peu pour s’y assujettir. Les hôtes sont toujours bien venus et ne sont jamais désirés. On ne voit précisément qu’autant de monde qu’il faut pour se conserver le goût de la retraite ; les occupations champêtres tiennent lieu d’amusements ; et pour qui trouve au sein de sa famille une douce société, toutes les autres sont bien insipides. La manière dont on passe ici le temps est trop simple et trop uniforme pour tenter beaucoup de gens[176] ; mais, c’est par la disposition du coeur de ceux qui l’ont adoptée qu’elle leur est intéressante. Avec une âme saine peut-on s’ennuyer à remplir les plus chers et les plus charmants devoirs de l’humanité, et à se rendre mutuellement la vie heureuse ? Tous les soirs, Julie, contente de sa journée, n’en désire point une différente pour le lendemain, et tous les matins elle demande au ciel un jour semblable à celui de la veille ; elle fait toujours les mêmes choses parce qu’elles sont bien, et qu’elle ne connaît rien de mieux à faire. Sans doute elle jouit ainsi de toute la félicité permise à l’homme. Se plaire dans la durée de son état, n’est-ce pas un signe assuré qu’on y vit heureux ?

Si l’on voit rarement ici de ces tas de désoeuvrés qu’on appelle bonne compagnie, tout ce qui s’y rassemble intéresse le coeur par quelque endroit avantageux et rachète quelques ridicules par mille vertus. De paisibles campagnards, sans monde et sans politesse, mais bons, simples, honnêtes et contents de leur sort ; d’anciens officiers retirés du service ; des commerçants ennuyés de s’enrichir ; de sages mères de famille qui amènent leurs filles à l’école de la modestie et des bonnes moeurs : voilà le cortège que Julie aime à rassembler autour d’elle. Son mari n’est pas fâché d’y joindre quelquefois de ces aventuriers corrigés par l’âge et l’expérience, qui, devenus sages à leurs dépens, reviennent sans chagrin cultiver le champ de leur père qu’ils voudraient n’avoir point quitté. Si quelqu’un récite à table les événements de sa vie, ce ne sont point les aventures merveilleuses du riche Sindbad[177] racontant au sein de la mollesse orientale comment il a gagné ses trésors ; ce sont les relations plus simples de gens sensés que les caprices du sort et les injustices des hommes ont rebutés des faux biens vainement poursuivis, pour leur rendre le goût des véritables.

Croiriez-vous que l’entretien même des paysans a des charmes pour ces âmes élevées avec qui le sage aimerait à s’instruire ? Le judicieux Wolmar trouve dans la naïveté villageoise des caractères plus marqués, plus d’hommes pensant par eux-mêmes, que sous le masque uniforme des habitants des villes, où chacun se montre comme sont les autres plutôt que comme il est lui-même. La tendre Julie trouve en eux des coeurs sensibles aux moindres caresses, et qui s’estiment heureux de l’intérêt qu’elle prend à leur bonheur. Leur coeur ni leur esprit ne sont point façonnés par l’art ; ils n’ont point appris à se former sur nos modèles, et l’on n’a pas peur de trouver en eux l’homme de l’homme au lieu de celui de la nature.

Souvent dans ses tournées M. de Wolmar rencontre quelque bon vieillard dont le sens et la raison le frappent, et qu’il se plaît à faire causer. Il l’amène à sa femme ; elle lui fait un accueil charmant, qui marque non la politesse et les airs de son état, mais la bienveillance et l’humanité de son caractère. On retient le bonhomme à dîner : Julie le place à côté d’elle, le sert, le caresse, lui parle avec intérêt, s’informe de sa famille, de ses affaires, ne sourit point de son embarras, ne donne point une attention gênante à ses manières rustiques, mais le met à l’aise par la facilité des siennes, et ne sort point avec lui de ce tendre et touchant respect dû à la vieillesse infirme qu’honore une longue vie passée sans reproche. Le vieillard enchanté se livre à l’épanchement de son coeur ; il semble reprendre un moment la vivacité de sa jeunesse. Le vin bu à la santé d’une jeune dame en réchauffe mieux son sang à demi glacé. Il se ranime à parler de son ancien temps, de ses amours, de ses campagnes, des combats où il s’est trouvé, du courage de ses compatriotes, de son retour au pays, de sa femme, de ses enfants, des travaux champêtres, des abus qu’il a remarqués, des remèdes qu’il imagine. Souvent des longs discours de son âge sortent d’excellents préceptes moraux, ou des leçons d’agriculture ; et quand il n’y aurait dans les choses qu’il dit que le plaisir qu’il prend à les dire, Julie en prendrait à les écouter.

Elle passe après le dîner dans sa chambre et en rapporte un petit présent de quelque nippe convenable à la femme ou aux filles du vieux bonhomme. Elle le lui fait offrir par les enfants, et réciproquement il rend aux enfants quelque don simple et de leur goût dont elle l’a secrètement chargé pour eux. Ainsi se forme de bonne heure l’étroite et douce bienveillance qui fait la liaison des états divers. Les enfants s’accoutument à honorer la vieillesse, à estimer la simplicité, et à distinguer le mérite dans tous les rangs. Les paysans, voyant leurs vieux pères fêtés dans une maison respectable et admis à la table des maîtres ne se tiennent point offensés d’en être exclus ; ils ne s’en prennent point à leur rang, mais à leur âge ; ils ne disent point : « Nous sommes trop pauvres », mais : « Nous sommes trop jeunes pour être ainsi traités » ; l’honneur qu’on rend à leurs vieillards et l’espoir de le partager un jour les consolent d’en être privés et les excitent à s’en rendre dignes.

Even more so; the privations she imposes upon herself through this moderate indulgence I have mentioned are at the same time new means of pleasure and new sources of economizing. For example, she loves coffee very much; at her mother’s house, she used to drink it every day. But she gave up that habit in order to enhance its taste—she now limits herself to drinking it only when she has guests, and in the Apollo salon, so as to add an air of festivity to everything else. This is a kind of sensual indulgence that pleases her more, costs her less, and through which she both cultivates and moderates her taste for delicacies. On the other hand, she pays constant attention to discerning and satisfying the tastes of her father and husband—she shows a natural generosity and grace in this regard, which makes them appreciate even more what she offers them, because she takes pleasure in giving it to them. Both of them enjoy prolonging the end of a meal a bit; after dinner, she always ensures that a bottle of more delicate, older wine is served than usual. At first, I was deceived by the grand names given to these wines, which I indeed found excellent. Drinking them as if they were the products of the places their names implied, I criticized Julie for such a clear violation of her principles. But she laughed and reminded me of a passage in Plutarch, where Flaminius compares the various exotic armies of Antiochus to different dishes under which a friend had disguised the same meat for him. “It’s the same with these foreign wines you reproach me for enjoying,” she said. “The Rancio, Cherez, Malaga, Chassaigne, Syracuse—these wines you drink so willingly are actually just wines from Lavaux, prepared in different ways. You can see right here the vineyards that produce all these exotic beverages. If they are inferior in quality to the famous wines their names suggest, they at least lack their disadvantages. And since we know exactly what they are made of, we can drink them without any risk. I have reason to believe,” she continued, “that my father and husband enjoy them just as much as the rarest wines.” “As for mine,” M. de Wolmar said, “they possess a quality that none of the others have—for us, it’s the pleasure she takes in preparing them.” “Ah!” she replied, “They will always be exquisite.”

You can well understand that, amidst so many different kinds of occupations, the idleness and leisure that make the companionship, visits, and social interactions necessary find little room here. One meets one’s neighbors frequently enough to maintain a pleasant relationship, but not often enough to become dependent on them. Guests are always welcome, yet never sought after. One sees precisely as much company as is sufficient to preserve the desire for solitude; rural pursuits serve as forms of entertainment; and for those who find a gentle companionship within their own family, all other company seems rather insipid. The way in which time is spent here is too simple and too regular to appeal to many people[176]; but it is precisely because of the disposition of those who have adopted this way of living that it becomes meaningful to them. With a healthy soul, how could one possibly find boredom in fulfilling the most cherished and delightful duties of humanity, and in making each other’s lives happy? Every evening, Julie, content with her day, wishes for no different day the next; every morning, she prays for another just like the one before. She always does the same things because they are good, and because she knows of nothing better to do. Undoubtedly, in this way, she enjoys all the happiness that is permitted to a human being. To find pleasure throughout one’s existence, is that not a sure sign that one lives happily?

If one rarely encounters here those gatherings of idle people that are commonly regarded as “good company,” everything that gathers in such places touches the heart in some way and compensates for certain absurdities with a thousand virtues. There are peaceful country folks, unworldly and lacking in manners, but kind, simple, honest, and content with their lot; former officers who have retired from active service; merchants tired of seeking wealth; wise mothers who send their daughters to schools where modesty and good morals are taught—such people form the company Julie enjoys surrounding herself with. Her husband is not averse to including among them those adventurers who, tempered by age and experience, have learned their lessons at great cost and now return without regret to tend their fathers’ lands, which they wish they had never left. If someone recounts events from their life at the dinner table, it is not the wonderful adventures of the wealthy Sindbad[177], telling how he acquired his riches in the comforts of the East; rather, it are the more ordinary stories of sensible people who, driven away by the caprices of fate and the injustices of men from futile pursuits of false wealth, have come to appreciate what is truly worthwhile.

Would you believe that even the simple ways of life of peasants possess charms for those elevated souls with whom a wise person would gladly seek to learn? The discerning Wolmar finds in the naivety of country folks more distinct characteristics, more individuals who think for themselves, than among the uniformity of city dwellers—where everyone presents themselves as others do, rather than as they truly are. The tender Julie sees in them hearts sensitive to the slightest kindness, and hearts that take pleasure in her concern for their happiness. Neither their hearts nor their minds have been shaped by art; they have not learned to conform to our models. And we need not fear that in them we will find the “man of man” rather than the “man of nature.”

During his travels, Mr. de Wolmar often encountered kind and wise old men whose wisdom and judgment impressed him greatly, and he took pleasure in engaging them in conversation. He would bring them to his wife, who received them with genuine warmth—not out of mere politeness or convention, but out of the kindness and humanity inherent in her character. The old men were invited to dinner; Julie seated them beside herself, served them, cared for them, spoke to them with interest, inquired about their families and affairs, and did not mock their rustic manners at all. Instead, she treated them with ease and respect, showing the tender and heartfelt admiration that one owes to an elderly person who has lived a life free from reproach. The old men, delighted by such treatment, opened up their hearts freely, as if momentarily regaining the vitality of their youth. The wine, drunk in honor of a young lady, warmed their blood, which had half-frozen with age. They became lively again as they talked about their past lives, their loves, their travels, the battles they had participated in, the courage of their fellow countrymen, their return home, their wives and children, their agricultural pursuits, the injustices they had witnessed, and the remedies they envisioned for them. Often, these long conversations contained excellent moral teachings or valuable insights into agriculture. And even if what they said were merely expressions of their own pleasure in talking, Julie found great enjoyment in listening to them.

After dinner, she goes to her room and brings back a small gift, something suitable for the old man’s wife or daughters. She has the children present it on his behalf, and in return, he gives the children some simple gifts that suit their tastes—gifts she had secretly asked him to bring them. In this way, from an early age, a close and tender bond of kindness is established, which serves to unite people of different social standing. The children learn to respect old age, to value simplicity, and to recognize merit in all walks of life. The peasants, seeing their elderly fathers honored in respectable homes and invited to share the master’s table, do not feel offended by being excluded; they blame not their social status but their age. They do not say, “We are too poor,” but rather, “We are too young to be treated in this way.” The honor shown to their elders, and the hope of one day sharing it themselves, comfort them for being deprived of it and inspire them to earn such treatment.

Ben di più: le privazioni che si impone attraverso questa forma moderata di piacere di cui ho parlato rappresentano al contempo nuovi mezzi per godere e nuove opportunità per risparmiare. Ad esempio, ama molto il caffè; a casa sua ne beveva ogni giorno; ha smesso di abituarvisi per poterne apprezzare meglio il sapore; si limita a berlo solo quando ha ospiti, e nel salone di Apollo, così da aggiungere un tocco di festività a tutto ciò che la circonda. Si tratta di una piccola forma di sensualità che le dà piacere senza costarle troppo, e con cui riesce al contempo ad esaltare e regolare il proprio appetito. Al contrario, dedica un’attenzione costante a comprendere e soddisfare i gusti di suo padre e di suo marito, dimostrando una generosità naturale e piena di grazia; questo le permette di far loro apprezzare ancora di più ciò che gli offre, poiché trova piacere nel darglielo. Entrambi amano prolungare leggermente la fine dei pasti; dopo cena, non manca mai di servire una bottiglia di vino più pregiato e più invecchiato rispetto a quello ordinario. All’inizio fui ingannata dai nomi pomposi attribuiti a questi vini, che effettivamente trovo eccellenti; li bevevo pensando che fossero proprio quelli di cui portavano i nomi, e per questo criticavo Julie per questa palese violazione delle sue regole. Ma lei mi ricordò ridendo un passaggio di Plutarco in cui Flaminius paragona le truppe asiatiche di Antioco, con mille nomi barbari, ai diversi piatti sotto i quali un amico aveva “nasconduto” la stessa carne. “È lo stesso,” disse lei, “per questi vini stranieri di cui mi rimproverate: il Rancio, il Cherez, il Malaga. Non sono altro che vini del Lavaux preparati in modi diversi; potete vedere da qui la vigna che produce tutte queste bevande lontane. Anche se sono inferiori per qualità ai vini famosi di cui portano i nomi, non presentano gli svantaggi di questi ultimi. E poiché si sa con certezza cosa li compone, si possono almeno bere senza rischi. Credo,” continuò, “che mio padre e mio marito li amino tanto quanto i vini più rari.” “I loro vini,” mi disse allora il signor de Wolmar, “hanno per noi un sapore che manca a tutti gli altri: è il piacere che lei ha provato nel prepararli, ” “Ah!”, rispose lei, “saranno sempre deliziosi.”

Si può ben dire che, tra tante occupazioni diverse, il tempo libero e l’ozio che rendono necessarie la compagnia degli altri, le visite e le relazioni sociali esterne, qui trovino ben poco spazio. Si frequenta i vicini abbastanza da mantenere un rapporto piacevole, ma non così spesso da esservene assoggettati. Gli ospiti sono sempre benvenuti, ma mai desiderati. Si incontra esattamente la quantità di persone necessaria per conservare il gusto della solitudine; le attività campestri sostituiscono gli svaghi; e per chi trova all’interno della propria famiglia una compagnia dolce, tutte le altre sembrano insipide. Il modo in cui si trascorre qui il tempo è troppo semplice e uniforme per attrarre molte persone[176]; ma è proprio la disposizione del cuore di coloro che l’hanno adottato a renderlo interessante per loro. Con un’anima sana, come si può annoiarsi nell’adempiere ai doveri più preziosi e affascinanti dell’umanità, e nel rendere reciprocamente la vita felice? Ogni sera, Julie, soddisfatta della propria giornata, non desidera che sia diversa il giorno seguente; ogni mattina chiede al cielo che il giorno successivo sia simile a quello precedente; fa sempre le stesse cose perché sono buone, e non conosce nulla di meglio da fare. Senza dubbio, in questo modo gode di tutta la felicità concessa all’uomo. Godersi la propria condizione di vita nel corso del tempo, non è forse un segno certo che si vive felici?

Qui si vedono raramente quei gruppi di oziosi che vengono definiti “buona compagnia”; tutto ciò che vi si riunisce interessa il cuore per qualche aspetto positivo e compensa alcuni difetti ridicoli con mille virtù. Ci sono tranquilli contadini, senza pretese né buone maniere, ma buoni, semplici, onesti e soddisfatti del proprio destino; ex ufficiali ritirati dal servizio militare; commercianti stanchi di arricchirsi; sagge madri di famiglia che portano le loro figlie in un ambiente educato alla modestia e alle buone maniere: ecco il tipo di persone che Julie ama riunire intorno a sé. Anche suo marito non disdegna talvolta unirsi a loro, insieme a quegli avventurieri che, corretti dall’età e dall’esperienza, sono diventati saggi a proprie spese e ora tornano senza rimpianti a coltivare la terra di loro padre, che avrebbero preferito non lasciare mai. Se qualcuno racconta a tavola gli eventi della sua vita, non si tratta delle meravigliose avventure del ricco Sindbad[177], che narra nella comodità orientale come abbia conquistato i suoi tesori; si trattano invece di storie più semplici di persone sensate, a cui i capricci del destino e le ingiustizie umane hanno fatto perdere interesse per i falsi beni inutilmente cercati, facendogli apprezzare quelli veri.

Credete davvero che anche il semplice modo di vivere dei contadini possieda un fascino per queste anime elevate con cui un saggio vorrebbe imparare? Il sagace Wolmar trova nella naività rurale caratteri più distintivi, più persone che pensano con la propria testa, rispetto ai cittadini delle città, dove tutti si presentano come gli altri piuttosto che per ciò che realmente sono. La tenera Julie scorge in loro cuori sensibili alle più lievi carezze e che si sentono felici dell’interesse che lei dimostra per la loro felicità. Né il loro cuore né la loro mente sono stati plasmati dall’arte; non hanno imparato a formarsi seguendo i nostri modelli, e non c’è motivo di temere di trovare in loro l’uomo “dell’uomo” piuttosto che quello “della natura”.

Spesso, durante i suoi viaggi, il signor de Wolmar incontra qualche buon vecchio la cui saggezza e razionalità lo colpiscono profondamente, e si diverte a farlo conversare. Lo porta con sé da sua moglie; lei lo accoglie in modo incantevole, dimostrando non soltanto la cortesia e l’eleganza tipiche del suo rango sociale, ma anche la gentilezza e umanità del suo carattere. Il vecchio viene invitato a cena: Julie lo mette al suo fianco, lo serve con cura, gli parla con affetto, si informa sulla sua famiglia, sulle sue faccende, non ride delle sue maniere rustiche, né presta attenzione eccessiva alle sue abitudini semplici, ma lo fa sentire a suo agio con la sua stessa naturale disinvoltura. Non esce mai da questa tenera e commovente rispetto dovuta alla vecchiaia debole e onorata da una vita trascorsa senza rimproveri. Il vecchio, incantato, si lascia andare al racconto dei suoi ricordi; sembra per un momento riacquistare la vivacità della sua giovinezza. Il vino, bevuto in onore di una giovane signora, riscalda ulteriormente il suo sangue ormai quasi congelato. Si anima a parlare del suo passato, dei suoi amori, delle sue campagne, delle battaglie in cui ha partecipato, del coraggio dei suoi compatrioti, del suo ritorno in patria, di sua moglie, dei suoi figli, dei lavori agricoli, degli abusi che ha osservato e dei rimedi che immagina. Spesso, dai lunghi discorsi di un uomo della sua età emergono eccellenti insegnamenti morali o preziose lezioni di agricoltura; e anche se in ciò che dice vi fosse soltanto il piacere di esprimersi, Julie ne trarrebbe grande gioia nell’ascoltarlo.

Dopo cena, lei va nella sua stanza e ne riporta un piccolo dono inviato da qualche nipote, adatto alla moglie o alle figlie dell’anziano signore. Lo fa offrire dai bambini, e in cambio lui dona loro qualcosa di semplice e gradito a loro, che lei gli aveva segretamente chiesto di portare. Così, fin da giovani, si forma quella stretta e dolce benevolenza che lega tra loro persone di diversi ranghi sociali. I bambini imparano ad onorare la vecchiaia, a stimare la semplicità e a riconoscere il merito in tutte le classi sociali. I contadini, vedendo i propri padri anziani onorati in una casa rispettabile e invitati alla tavola dei signori, non si sentono offesi per essere esclusi; non si lamentano del proprio rango, ma dell’età; non dicono: “Siamo troppo poveri”, ma: “Siamo troppo giovani per essere trattati in questo modo”. L’onore riservato ai loro anziani e la speranza di poterlo condividere un giorno li consolano per l’esclusione e li spingono a meritarlo.

Cependant le vieux bonhomme, encore attendri des caresses qu’il a reçues, revient dans sa chaumière, empressé de montrer à sa femme et à ses enfants les dons qu’il leur apporte. Ces bagatelles répandent la joie dans toute une famille qui voit qu’on a daigné s’occuper d’elle. Il leur raconte avec emphase la réception qu’on lui a faite, les mets dont on l’a servi, les vins dont il a goûté, les discours obligeants qu’on lui a tenus, combien on s’est informé d’eux, l’affabilité des maîtres, l’attention des serviteurs, et généralement ce qui peut donner du prix aux marques d’estime et de bonté qu’il a reçues ; en le racontant il en jouit une seconde fois, et toute la maison croit jouir aussi des honneurs rendus à son chef. Tous bénissent de concert cette famille illustre et généreuse qui donne exemple aux grands et refuge aux petits, qui ne dédaigne point le pauvre, et rend honneur aux cheveux blancs. Voilà l’encens qui plaît aux âmes bienfaisantes. S’il est des bénédictions humaines que le ciel daigne exaucer, ce ne sont point celles qu’arrache la flatterie et la bassesse en présence des gens qu’on loue, mais celles que dicte en secret un coeur simple et reconnaissant au coin d’un foyer rustique.

C’est ainsi qu’un sentiment agréable et doux peut couvrir de son charme une vie insipide à des coeurs indifférents ; c’est ainsi que les soins, les travaux, la retraite, peuvent devenir des amusements par l’art de les diriger. Une âme saine peut donner du goût à des occupations communes, comme la santé du corps fait trouver bons les aliments les plus simples. Tous ces gens ennuyés qu’on amuse avec tant de peine doivent leur dégoût à leurs vices, et ne perdent le sentiment du plaisir qu’avec celui du devoir. Pour Julie, il lui est arrivé précisément le contraire, et des soins qu’une certaine langueur d’âme lui eût laissé négliger autrefois lui deviennent intéressants par le motif qui les inspire. Il faudrait être insensible pour être toujours sans vivacité. La sienne s’est développée par les mêmes causes qui la réprimaient autrefois. Son coeur cherchait la retraite et la solitude pour se livrer en paix aux affections dont il était pénétré ; maintenant elle a pris une activité nouvelle en formant de nouveaux liens. Elle n’est point de ces indolentes mères de famille, contentes d’étudier quand il faut agir, qui perdent à s’instruire des devoirs d’autrui le temps qu’elles devraient mettre à remplir les leurs. Elle pratique aujourd’hui ce qu’elle apprenait autrefois. Elle n’étudie plus, elle ne lit plus : elle agit. Comme elle se lève une heure plus tard que son mari, elle se couche aussi plus tard d’une heure. Cette heure est le seul temps qu’elle donne encore à l’étude, et la journée ne lui paraît jamais assez longue pour tous les soins dont elle aime à la remplir.

Voilà milord, ce que j’avais à vous dire sur l’économie de cette maison et sur la vie privée des maîtres qui la gouvernent. Contents de leur sort, ils en jouissent paisiblement ; contents de leur fortune, ils ne travaillent pas à l’augmenter pour leurs enfants, mais à leur laisser, avec l’héritage qu’ils ont reçu, des terres en bon état, des domestiques affectionnés, le goût du travail, de l’ordre, de la modération, et tout ce qui peut rendre douce et charmante à des gens sensés la jouissance d’un bien médiocre, aussi sagement conservé qu’il fut honnêtement acquis.

Lettre III – de Saint-Preux à Milord Édouard

[178]

Nous avons eu des hôtes ces jours derniers. Ils sont repartis hier, et nous recommençons entre nous trois une société d’autant plus charmante qu’il n’est rien resté dans le fond des coeurs qu’on veuille se cacher l’un à l’autre. Quel plaisir je goûte à reprendre un nouvel être qui me rend digne de votre confiance ! Je ne reçois pas une marque d’estime de Julie et de son mari que je ne me dise avec une certaine fierté d’âme : « Enfin j’oserai me montrer à lui. » C’est par vos soins, c’est sous vos yeux, que j’espère honorer mon état présent de mes fautes passées. Si l’amour éteint jette l’âme dans l’épuisement, l’amour subjugué lui donne, avec la conscience de sa victoire, une élévation nouvelle et un attrait plus vif pour tout ce qui est grand et beau. Voudrait-on perdre le fruit d’un sacrifice qui nous a coûté si cher ? Non, milord ; je sens qu’à votre exemple mon coeur va mettre à profit tous les ardents sentiments qu’il a vaincus ; je sens qu’il faut avoir été ce que je fus pour devenir ce que je veux être.

Après six jours perdus aux entretiens frivoles des gens indifférents, nous avons passé aujourd’hui une matinée à l’anglaise, réunis et dans le silence, goûtant à la fois le plaisir d’être ensemble et la douceur du recueillement. Que les délices de cet état sont connus de peu de gens ! Je n’ai vu personne en France en avoir la moindre idée. « La conversation des amis ne tarit jamais », disent-ils. Il est vrai, la langue fournit un babil facile aux attachements médiocres ; mais l’amitié, milord, l’amitié ! Sentiment vif et céleste, quels discours sont dignes de toi ? Quelle langue ose être ton interprète ? Jamais ce qu’on dit à son ami peut-il valoir ce qu’on sent à ses côtés ? Mon Dieu ! qu’une main serrée, qu’un regard animé, qu’une étreinte contre la poitrine, que le soupir qui la suit, disent de choses, et que le premier mot qu’on prononce est froid après tout cela ! O veillées de Besançon ! moments consacrés au silence et recueillis par l’amitié ! O Bomston, âme grande, ami sublime ! non, je n’ai point avili ce que tu fis pour moi, et ma bouche ne t’en a jamais rien dit.

Il est sûr que cet état de contemplation fait un des grands charmes des hommes sensibles. Mais j’ai toujours trouvé que les importuns empêchaient de le goûter, et que les amis ont besoin d’être sans témoin pour pouvoir ne se rien dire qu’à leur aise. On veut être recueillis, pour ainsi dire, l’un dans l’autre : les moindres distractions sont désolantes, la moindre contrainte est insupportable. Si quelquefois le coeur porte un mot à la bouche, il est si doux de pouvoir le prononcer sans gêne ! Il semble qu’on n’ose penser librement ce qu’on n’ose dire de même ; il semble que la présence d’un seul étranger retienne le sentiment et comprime des âmes qui s’entendraient si bien sans lui.

Deux heures se sont ainsi écoulées entre nous dans cette immobilité d’extase, plus douce mille fois que le froid repos des dieux d’Épicure. Après le déjeuner, les enfants sont entrés comme à l’ordinaire dans la chambre de leur mère ; mais au lieu d’aller ensuite s’enfermer avec eux dans le gynécée selon sa coutume, pour nous dédommager en quelque sorte du temps perdu sans nous voir, elle les a fait rester avec elle, et nous ne nous sommes point quittés jusqu’au dîner. Henriette, qui commence à savoir tenir l’aiguille, travaillait assise devant la Fanchon, qui faisait de la dentelle, et dont l’oreiller posait sur le dossier de sa petite chaise. Les deux garçons feuilletaient sur une table un recueil d’images dont l’aîné expliquait les sujets au cadet. Quand il se trompait, Henriette attentive, et qui sait le recueil par coeur, avait soin de le corriger. Souvent, feignant d’ignorer à quelle estampe ils étaient, elle en tirait un prétexte de se lever, d’aller et venir de sa chaise à la table et de la table à la chaise. Ces promenades ne lui déplaisaient pas, et lui attiraient toujours quelque agacerie de la part du petit mali ; quelquefois même il s’y joignait un baiser que sa bouche enfantine sait mal appliquer encore, mais dont Henriette, déjà plus savante, lui épargne volontiers la façon. Pendant ces petites leçons, qui se prenaient et se donnaient sans beaucoup de soin, mais aussi sans la moindre gêne, le cadet comptait furtivement des onchets de buis qu’il avait cachés sous le livre.

However, the old man, still touched by the kindness he had received, returned to his thatched cottage, eager to show his wife and children the gifts he brought them. These trivial things brought joy to the entire family, who saw that someone had taken the time to care for them. He recounted with enthusiasm the reception he had been given, the dishes served to him, the wines he tasted, the kind words spoken in his honor, how much concern people had shown for them, the kindness of the masters and the attentiveness of the servants—everything that could make such signs of respect and goodwill truly valuable. As he told these stories, he enjoyed them all over again, and everyone in the house seemed to share in the honors rendered to their head of household. Together, they blessed this illustrious and generous family that set an example for the great and provided refuge for the small, that did not scorn the poor but honored the elderly. Such is the incense that pleases kind-hearted souls. If there are any human blessings that heaven deems worthy of fulfillment, it is certainly not those gained through flattery and humility in front of those we praise, but rather those spoken in secret by a simple and grateful heart in the quietness of a humble home.

In this way, a pleasant and gentle sentiment can cast its charm over an otherwise dull life for those whose hearts are indifferent; in the same way, care, work, and retirement can become sources of enjoyment when done with skillful determination. A healthy mind can make even ordinary pursuits seem interesting, just as a healthy body makes the simplest foods taste good. All those people who seem bored and require much effort to amuse themselves owe their dislike for certain things to their vices; they only lose the ability to feel pleasure when they also lose the sense of duty. For Julie, however, the exact opposite happened. What once might have been neglected due to a certain listlessness now becomes interesting because of the purpose it serves. One would have to be insensible to never experience any liveliness at all. Her vitality grew precisely from the very reasons that had once suppressed it. Her heart longed for retreat and solitude so that it could peacefully indulge in those affections that filled her; now, by forming new connections, her life has taken on a new meaning. She is not one of those lazy housewives who are content to study when action is required, only to waste the time they should spend fulfilling their duties on learning. Today, she puts into practice what she used to learn in theory. She no longer studies or reads; she takes action. Since she gets up an hour later than her husband, she also goes to bed an hour later. That one hour is the only time she still devotes to studying, and yet the day never seems long enough for all the tasks she enjoys undertaking.

Here, my lord, is what I had to tell you regarding the economy of this household and the private lives of those who govern it. Content with their lot, they enjoy it in peace; content with their fortune, they do not work to increase it for their children, but rather to leave them, along with the inheritance they have received, lands in good condition, devoted servants, as well as a taste for work, order, and moderation—everything that can make the enjoyment of a modest wealth pleasant and charming for sensible people, so long as that wealth is preserved with wisdom and acquired through honest means.

Letter III – From Saint-Preux to Lord Edward

[178]

We had guests these past few days. They left yesterday, and now the three of us are once again together, our company all the more delightful since nothing remains in our hearts that could prevent us from being honest with one another. What joy it is to regain someone who makes me worthy of your trust! Whenever Julie and her husband show me their respect, I can’t help but feel a sense of pride: “Finally, I will dare to present myself before them.” It is under your care, in your presence, that I hope to redeem my past mistakes with my current behavior. If subdued love leads the soul to exhaustion, then conquered love, accompanied by the awareness of its victory, bestows upon it new strength and a greater appreciation for all that is noble and beautiful. Would anyone wish to lose the fruits of a sacrifice that cost us so much? No, my lord; I feel that, following your example, my heart will put to good use all those passionate feelings that it once overcame. I understand that it was necessary for me to be what I was in order to become what I desire to be.

After six days wasted in the frivolous conversations of indifferent people, we spent this morning in true English fashion—gathered in silence, savoring both the pleasure of being together and the tranquility of solitude. How few people truly understand the delights of such an state! In France, I have never met anyone who even has a vague notion of it. “The conversation of friends never ceases,” they say. It is true; language provides an easy means for trivial affections to be expressed. But friendship, my lord, friendship! A passionate and noble sentiment—what words are worthy of it? What language dares to be its interpreter? What one says to a friend can never compare to what one feels in their presence. Oh God! How much can a firm handshake, a warm gaze, an embrace on the chest, and the sigh that follows convey. And yet, the first words spoken afterward seem so cold in comparison. O evenings spent in Besançon, devoted to silence and enriched by friendship! O Bomston, great soul, sublime friend! No, I have never degraded what you did for me, and my lips have never uttered a word about it.

It is certainly true that this state of contemplation constitutes one of the greatest charms for sensitive souls. Yet I have always felt that interruptions prevent one from fully enjoying it, and that friends need to be alone without any witnesses in order to speak freely and without restraint. One desires to be utterly immersed in each other’s company; even the slightest distraction is unbearable, and any form of constraint becomes intolerable. When sometimes a thought arises in one’s mind, how delightful it is to be able to express it without any hindrance! It seems that one dares not think freely about things that one would not dare to say aloud; the presence of even one stranger seems to restrain those feelings and suppress souls that could communicate so much more readily in solitude.

Thus, two hours passed between us in this immobility of ecstasy—a state far gentler than the icy tranquility of Epicure’s gods. After lunch, the children entered their mother’s room as usual; but instead of retreating with them to the inner sanctum as she customarily did, to compensate us in some way for the time lost without seeing each other, she kept them with her, and we did not part until dinner time. Henriette, who was beginning to learn how to use a needle, sat working beside Fanchon, who was making lace, her head resting on the back of her small chair. The two boys were flipping through a book of illustrations at the table, with the older one explaining the subjects to the younger one. When he made a mistake, Henriette, who knew the book by heart, would gently correct him. Often, pretending not to know which illustration they were looking at, she would find an excuse to get up and walk back and forth between her chair and the table. These little excursions did not displease her; in fact, they always elicited some playful teasing from the younger boy—sometimes even a kiss from his childish lips, whose technique he had yet to master fully, but which Henriette, now more experienced, was always willing to overlook. During these informal lessons, given without much fuss or restraint, the younger boy would secretly count the wooden beads he had hidden beneath the book.

Tuttavia, il vecchio signore, ancora commosso dalle carezze ricevute, torna nella sua capanna, ansioso di mostrare a sua moglie e ai suoi figli i doni che gli hanno portato. Questi piccoli oggetti diffondono la gioia in tutta la famiglia, che vede come qualcuno si sia degnato di prendersi cura di loro. Lui racconta con enfasi l’accoglienza che ha ricevuto, i cibi che gli sono stati serviti, i vini che ha assaggiato, i discorsi gentili che gli sono stati fatti, quanto si sia interessati a loro, l’affabilità dei padroni di casa, l’attenzione dei domestici. Insomma, tutto ciò che può rendere preziose le manifestazioni di stima e bontà che ha ricevuto. Raccontandolo, ne gode ancora una volta; tutta la famiglia, a sua volta, crede di godere degli onori resi al loro capofamiglia. Tutti lodano insieme questa famiglia illustre e generosa che dà l’esempio ai grandi e offre rifugio ai piccoli, che non disprezza il povero e rende onore agli anziani. Ecco l’incenso che piace alle anime benevole. Se esistono benedizioni umane che il cielo si degni di esaudire, non sono certo quelle ottenute attraverso l’adulazione e la bassezza davanti a coloro che vengono lodati, ma quelle pronunciate in segreto da un cuore semplice e riconoscente, nel tepore di un focolare rustico.

È così che un sentimento piacevole e dolce può avvolgere con il proprio fascino una vita insipida nei cuori indifferenti; è così che le cure, i lavori, la solitudine possono diventare fonte di divertimento se vengono gestiti con arte. Un’anima sana può trovare piacere nelle occupazioni più comuni, proprio come la salute del corpo rende gradevoli i cibi più semplici. Tutti quei persone noiose che ci costano tanta fatica per intrattenerli devono il loro disgusto ai propri vizi e perdono il senso del piacere insieme a quello del dovere. Per Julie, invece, è successo esattamente il contrario: le cure che un certo languore d’anima l’avrebbe spinta a trascurare in passato, ora diventano interessanti proprio per il motivo che le ispira. Bisognerebbe essere insensibili per non provare mai entusiasmo. Il suo entusiasmo, invece, si è sviluppato proprio grazie alle stesse cause che un tempo lo reprimevano. Il suo cuore cercava la solitudine e il riposo per dedicarsi in pace a quelle affetti di cui era piena; ora, invece, ha assunto una nuova vitalità, creando nuovi legami. Non è una di quelle madri casalinghe pigre, che si accontentano di studiare quando dovrebbero agire, perdendo così il tempo dedicato agli altri doveri per colmare i propri. Oggi pratica ciò che un tempo imparava. Non studia più, non legge più: agisce. Poiché si alza un’ora dopo suo marito, si corica anche un’ora più tardi. Quell’ora è l’unico tempo che dedica ancora allo studio. E la giornata le sembra mai abbastanza lunga per tutti i compiti che ama svolgere.

Ecco, milord, ciò che avevo da dirvi sull’economia di questa casa e sulla vita privata dei suoi proprietari. Soddisfatti del proprio destino, ne godono in pace; soddisfatti della propria fortuna, non si impegnano a aumentarla per i propri figli, ma a lasciar loro, insieme all’eredità ricevuta, terre in buone condizioni, domestici devoti, il gusto del lavoro, dell’ordine e della moderazione. Insomma, tutto ciò che può rendere dolce e piacevole, per persone sensate, il godimento di un bene modesto, conservato con saggezza così come acquisito onestamente.

Lettera III – di Saint-Preux a Lord Edward

[178]

Negli ultimi giorni abbiamo avuto degli ospiti; se ne sono andati ieri, e ora noi tre possiamo riprendere la nostra compagnia, tanto più deliziosa in quanto non rimane nulla nei nostri cuori che possa impedirci di mostrarci l’uno all’altro. Che piacere è riacquistare una nuova fiducia da parte vostra! Ogni segno di stima da parte di Julie e suo marito mi fa sentire, con un certo orgoglio d’animo, “Finalmente oserò mostrarmi davanti a loro”. È sotto la vostra protezione, ai vostri occhi, che spero di poter onorare il mio presente stato, nonostante i miei errori passati. Se l’amore estinto getta l’anima nell’esaurimento, l’amore vittorioso le dona, insieme alla consapevolezza della propria vittoria, una nuova nobiltà e un fascino ancora più intenso per tutto ciò che è grande e bello. Si vorrebbe forse perdere il frutto di un sacrificio che ci è costato così caro? No, milord; sento che, seguendo il vostro esempio, il mio cuore saprà sfruttare tutti quei sentimenti appassionati che in passato aveva represso; sento che per diventare ciò che desidero essere, è stato necessario essere ciò che sono stato.

Dopo sei giorni trascorsi in conversazioni frivole con persone indifferenti, oggi abbiamo passato una mattina in silenzio, riuniti insieme, godendo sia del piacere di stare insieme che della dolcezza della riflessione. Quanti pochi conoscono i veri piaceri di questo stato! In Francia, nessuno ne ha la minima idea. “La conversazione tra amici non mai finisce”, dicono. È vero: il linguaggio offre un modo facile per esprimere legami mediocri; ma l’amicizia, mio signore, l’amicizia! Un sentimento vivo e sublime: quali parole possono essere degne di essa? Quale lingua osa esserne l’interprete? Cosa si può mai dire a un amico che non sia paragonabile a ciò che si prova standogli accanto? Dio mio, quanto significano una mano stretta, uno sguardo intenso, un abbraccio. E quanto è freddo il primo discorso che si fa dopo tutto questo! Oh, serate di Besançon, momenti dedicati al silenzio e all’amicizia. Oh, Bomston, anima nobile, amico sublime. No, non ho mai disprezzato ciò che hai fatto per me, e la mia bocca non te ne ha mai parlato.

È certo che questo stato di contemplazione rappresenti uno dei grandi fascini per gli esseri sensibili. Tuttavia, ho sempre ritenuto che gli intrusi impediscano di goderlo appieno, e che gli amici abbiano bisogno di essere soli per potersi dire ciò che desiderano senza alcuna restrizione. Si vuole essere, in qualche modo, completamente uniti l’uno all’altro: le più piccole distrazioni risultano devastanti, la minima costrizione insopportabile. Se a volte il cuore porta una parola alle labbra, è davvero dolce poterla pronunciare senza alcun imbarazzo! Sembra che non ci si osi pensare liberamente a ciò che non ci si osa dire allo stesso modo; sembra che la presenza di anche un solo estraneo trattenga i sentimenti e soffochi anime che potrebbero comunicare così bene l’una con l’altra, se non ci fosse.

Così trascorsero due ore tra di noi in quella quiete estatica, mille volte più dolce del freddo riposo degli dei di Epicuro. Dopo pranzo, i bambini entrarono come al solito nella stanza di loro madre; ma invece di andare subito a chiudersi con lei nel gineceo, secondo la sua abitudine, per compensarci in qualche modo del tempo trascorso senza vederci, li fece rimanere con lei, e non ci separammo fino a cena. Henriette, che ormai cominciava ad imparare a usare l’ago, lavorava seduta davanti a Fanchon, la quale ricamava; il cuscino di Fanchon era appoggiato allo schienale della sua piccola sedia. I due ragazzi sfogliavano su un tavolo un album di stampe, e il maggiore spiegava i soggetti al minore. Quando si sbagliava, Henriette, attenta e che conosceva a memoria l’album, si affrettava a correggerlo. Spesso, fingendo di non sapere su quale stampa si trovassero, ne approfittava per alzarsi, andare avanti e indietro dalla sua sedia al tavolo e dal tavolo alla sedia. Questi “passeggiate” non le dispiacevano affatto; anzi, attiravano sempre qualche scherzo da parte del piccolo mali. A volte, si aggiungeva anche un bacio: una carezza che la sua bocca infantile ancora non sapeva applicare con precisione, ma di cui Henriette, ormai più esperta, le risparmiava volentieri i modi goffi. Durante queste piccole “lezioni”, che si svolgevano senza troppa cura, ma anche senza la minima imbarazzo, il minore contava di nascosto i grani di legno che aveva nascosto sotto il libro.

Madame de Wolmar brodait près de la fenêtre vis-à-vis des enfants ; nous étions, son mari et moi, encore autour de la table à thé, lisant la gazette, à laquelle elle prêtait assez peu d’attention. Mais à l’article de la maladie du roi de France et de l’attachement singulier de son peuple, qui n’eut jamais d’égal que celui des Romains pour Germanicus, elle a fait quelques réflexions sur le bon naturel de cette nation douce et bienveillante, que toutes haïssent et qui n’en hait aucune, ajoutant qu’elle n’enviait du rang suprême que le plaisir de s’y faire aimer. « N’enviez rien, lui a dit son mari d’un ton qu’il m’eût dû laisser prendre ; il y a longtemps que nous sommes tous vos sujets. » À ce mot, son ouvrage est tombé de ses mains ; elle a tourné la tête, et jeté sur son digne époux un regard si touchant, si tendre, que j’en ai tressailli moi-même. Elle n’a rien dit : qu’eût-elle dit qui valût ce regard ? Nos yeux se sont aussi rencontrés. J’ai senti, à la manière dont son mari m’a serré la main, que la même émotion nous gagnait tous trois, et que la douce influence de cette âme expansive agissait autour d’elle et triomphait de l’insensibilité même.

C’est dans ces dispositions qu’a commencé le silence dont je vous parlais : vous pouvez juger qu’il n’était pas de froideur et d’ennui. Il n’était interrompu que par le petit manège des enfants ; encore, aussitôt que nous avons cessé de parler, ont-ils modéré par imitation leur caquet, comme craignant de troubler le recueillement universel. C’est la petite surintendante qui la première s’est mise à baisser la voix, à faire signe aux autres, à courir sur la pointe du pied ; et leurs jeux sont devenus d’autant plus amusants que cette légère contrainte y ajoutait un nouvel intérêt. Ce spectacle, qui semblait être mis sous nos yeux pour prolonger notre attendrissement, a produit son effet naturel.

Ammutiscon le lingue, e parlan l’alme.[179]

Que de choses se sont dites sans ouvrir la bouche ! Que d’ardents sentiments se sont communiqués sans la froide entremise de la parole ! Insensiblement Julie s’est laissée absorber à celui qui dominait tous les autres. Ses yeux se sont tout à fait fixés sur ses trois enfants, et son coeur, ravi dans une si délicieuse extase, animait son charmant visage de tout ce que la tendresse maternelle eut jamais de plus touchant.

Livrés nous-mêmes à cette double contemplation, nous nous laissions entraîner Wolmar et moi, à nos rêveries, quand les enfants qui les causaient les ont fait finir. L’aîné, qui s’amusait aux images, voyant que les onchets empêchaient son frère d’être attentif, a pris le temps qu’il les avait rassemblés, et, lui donnant un coup sur la main, les a fait sauter par la chambre. Marcellin s’est mis à pleurer ; et, sans s’agiter pour le faire taire, Madame de Wolmar a dit à Fanchon d’emporter les onchets. L’enfant s’est tu sur-le-champ, mais les onchets n’ont pas moins été emportés sans qu’il ait recommencé de pleurer, comme je m’y étais attendu. Cette circonstance, qui n’était rien, m’en a rappelé beaucoup d’autres auxquelles je n’avais fait nulle attention ; et je ne me souviens pas, en y pensant, d’avoir vu d’enfants à qui l’on parlât si peu et qui fussent moins incommodes. Ils ne quittent presque jamais leur mère, et à peine s’aperçoit-on qu’ils soient là. Ils sont vifs, étourdis, sémillants, comme il convient à leur âge, jamais importuns ni criards, et l’on voit qu’ils sont discrets avant de savoir ce que c’est que discrétion. Ce qui m’étonnait le plus dans les réflexions où ce sujet m’a conduit, c’était que cela se fît comme de soi-même, et qu’avec une si vive tendresse pour ses enfants Julie se tourmentât si peu autour d’eux. En effet, on ne la voit jamais s’empresser à les faire parler ou taire, ni à leur prescrire ou défendre ceci ou cela. Elle ne dispute point avec eux, elle ne les contrarie point dans leurs amusements ; on dirait qu’elle se contente de les voir et de les aimer, et que, quand ils ont passé leur journée avec elle, tout son devoir de mère est rempli.

Quoique cette paisible tranquillité me parût plus douce à considérer que l’inquiète sollicitude des autres mères, je n’en étais pas moins frappé d’une indolence qui s’accordait mal avec mes idées. J’aurais voulu qu’elle n’eût pas encore été contente avec tant de sujets de l’être : une activité superflue sied si bien à l’amour maternel ! Tout ce que je voyais de bon dans ses enfants, j’aurais voulu l’attribuer à ses soins ; j’aurais voulu qu’ils dussent moins à la nature et davantage à leur mère ; je leur aurais presque désiré des défauts, pour la voir plus empressée à les corriger.

Après m’être occupé longtemps de ces réflexions en silence, je l’ai rompu pour les lui communiquer. « Je vois, lui ai-je dit, que le ciel récompense la vertu des mères par le bon naturel des enfants ; mais ce bon naturel veut être cultivé. C’est dès leur naissance que doit commencer leur éducation. Est-il un temps plus propre à les former que celui où ils n’ont encore aucune forme à détruire ? Si vous les livrez à eux-mêmes dès leur enfance, à quel âge attendrez-vous d’eux de la docilité ? Quand vous n’auriez rien à leur apprendre, il faudrait leur apprendre à vous obéir. — Vous apercevez-vous, a-t-elle répondu, qu’ils me désobéissent ? — Cela serait difficile, ai-je dit, quand vous ne leur commandez rien. » Elle s’est mise à sourire en regardant son mari ; et, me prenant par la main, elle m’a mené dans le cabinet où nous pouvions causer tous trois sans être entendus des enfants.

C’est là que, m’expliquant à loisir ses maximes, elle m’a fait voir sous cet air de négligence la plus vigilante attention qu’ait jamais donnée la tendresse maternelle. « Longtemps, m’a-t-elle dit, j’ai pensé comme vous sur les instructions prématurées ; et durant ma première grossesse, effrayé de tous mes devoirs et des soins que j’aurais bientôt à remplir, j’en parlais souvent à M. de Wolmar avec inquiétude. Quel meilleur guide pouvais-je prendre en cela, qu’un observateur éclairé qui joignait à l’intérêt d’un père le sang-froid d’un philosophe ? Il remplit et passa mon attente ; il dissipa mes préjugés, et m’apprit à m’assurer avec moins de peine un succès beaucoup plus étendu. Il me fit sentir que la première et la plus importante éducation, celle précisément que tout le monde oublie[180], est de rendre un enfant propre à être élevé. Une erreur commune à tous les parents qui se piquent de lumières est de supposer leurs enfants raisonnables dès leur naissance, et de leur parler comme à des hommes avant même qu’ils sachent parler. La raison est l’instrument qu’on pense employer à les instruire ; au lieu que les autres instruments doivent servir à former celui-là, et que de toutes les instructions propres à l’homme, celle qu’il acquiert le plus tard et le plus difficilement est la raison même. En leur parlant dès leur bas âge une langue qu’ils n’entendent point, on les accoutume à se payer de mots, à en payer les autres, à contrôler tout ce qu’on leur dit, à se croire aussi sages que leurs maîtres, à devenir disputeurs et mutins ; et tout ce qu’on pense obtenir d’eux par des motifs raisonnables, on ne l’obtient en effet que par ceux de crainte ou de vanité qu’on est toujours forcé d’y joindre.

Il n’y a point de patience que ne lasse enfin l’enfant qu’on veut élever ainsi ; et voilà comment, ennuyés, rebutés, excédés de l’éternelle importunité dont ils leur ont donné l’habitude eux-mêmes, les parents, ne pouvant plus supporter le tracas des enfants, sont forcés de les éloigner d’eux en les livrant à des maîtres ; comme si l’on pouvait jamais espérer d’un précepteur plus de patience et de douceur que n’en peut avoir un père !

La nature, a continué Julie, veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces qui n’auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre ; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres. Rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres ; et j’aimerais autant exiger qu’un enfant eût cinq pieds de haut que du jugement à dix ans.

Madame de Wolmar was sewing by the window, facing the children; her husband and I were still sitting around the tea table, reading the newspaper, which she paid little attention to. However, when she read about the illness of the King of France and the singular devotion of his people—a devotion unmatched even by that of the Romans toward Germanicus—she reflected on the kind and benevolent nature of this nation, which all others despise yet itself hates none. She added that she envied only the joy of being loved in such a position. “Don’t envy anything,” her husband said to her in a tone he should have left unspoken; “we have all been your subjects for a long time now.” At these words, her work fell from her hands; she turned her head and cast upon her worthy husband a look so touching, so tender, that I too was moved. She said nothing—what could she have said that would compare to that look? Our eyes met as well. I could tell, from the way her husband shook my hand, that we three were all affected by the same emotion, and that the gentle influence of this generous soul surrounded us all, overcoming even the most callous indifference.

It was in such a state of tranquility that the silence I spoke of began: you can judge that it was not caused by coldness or boredom. It was only interrupted by the little antics of the children; indeed, as soon as we stopped talking, they too lowered their voices and signaled to each other, moving about on tiptoe, as if afraid of disturbing the universal calm. It was the young supervisor who was the first to begin speaking in a softer voice, signaling to the others and moving quietly around; their games became all the more amusing because of this slight restraint, which added a new dimension to them. This scene, which seemed intended to prolong our sense of contentment, produced its natural effect.

The tongue is mute; it is the soul that speaks.[179]

How many things were said without a single word being spoken! How many intense emotions were conveyed without the cold intermediary of speech! Unconsciously, Julie began to devote herself entirely to him who outshone all others. Her gaze was fixed entirely on her three children, and her heart, filled with such delightful ecstasy, gave her charming face all the tenderness that a mother’s love could possibly possess.

Left to our own in this dual contemplation, Wolmar and I were lost in our reveries when the children who had caused them came and put an end to them. The older child, who was amused by those objects, seeing that they prevented his brother from concentrating, took the time to gather them all together and, giving him a light tap on the hand, made them fly across the room. Marcellin began to cry; but without bothering to make him stop, Madame de Wolmar told Fanchon to take away the toys. The child immediately ceased crying, yet the toys were taken away just the same, and he did not start crying again, contrary to what I had expected. This seemingly trivial incident reminded me of many other similar situations about which I had never paid attention before; and now that I thought about it, I could not recall having seen any children who were spoken to so little and who caused so little trouble. They hardly ever left their mother’s side, and one hardly even noticed their presence. They were lively, energetic, and full of energy for their age—never annoying or noisy—and it was clear that they knew how to behave discreetly, even before anyone had taught them what discretion meant. What surprised me most about these reflections was how effortlessly everything seemed to happen, and how, despite her deep affection for her children, Julie hardly ever went to great lengths to manage them. In fact, one could never see her rushing to make them speak or be quiet, nor prescribing this or forbidding that for them. She never argued with them, nor did she interfere with their play; it seemed as if she was simply content to watch them and love them, and that her role as a mother was fulfilled whenever they spent the day with her.

Although this peaceful tranquility seemed to me more endearing than the anxious concern of other mothers, I was nevertheless struck by a kind of indolence that did not quite accord with my own ideals. I wished she had not already found enough reasons for contentment in her children: such unnecessary activity suits maternal love so well! Everything good about her children, I wanted to attribute to her care; I wished they owed less to nature and more to their mother; I even almost wished they had some faults, just so that I could see her more eager to correct them.

After spending a long time in silent contemplation of these thoughts, I broke the silence and shared them with her. “I see,” I said to her, “that heaven rewards the virtue of mothers with the good nature of their children; but this good nature must be cultivated. Education should begin from the moment they are born. Is there a more suitable time to shape them than when they still have no form that could be corrupted? If you leave them to themselves from a young age, at what age will you expect them to become obedient? Even when there is nothing left to teach them, we must still teach them how to obey you.” “Do you realize,” she replied, “that they disobey me?” “That would be difficult,” I said, “since you never give them any orders.” She smiled and took my hand, leading me into a private room where we could talk together without being overheard by the children.

It was then that, taking the time to explain her principles to me, she showed me how, beneath that appearance of indifference, there lay the most vigilant attention that a mother’s tenderness could ever show. “For a long time,” she told me, “I shared your views on the matter of premature instruction; and during my first pregnancy, terrified by all the duties and responsibilities I would soon have to undertake, I often discussed this subject with Monsieur de Wolmar with great concern. What better guide could I have in this regard than an informed observer who combined the concern of a father with the calmness of a philosopher? He fulfilled my expectations; he dispelled my prejudices and taught me how to achieve far greater success with less effort. He made me realize that the first and most important form of education—precisely the one that everyone tends to forget—is to ensure that a child is ready to be properly raised. A common mistake among all parents who claim to possess knowledge is to assume that their children are capable of reasoning from birth onward, and to speak to them as if they were adults before they even learn to speak. Reason is the tool we think we can use to educate them; yet in reality, all other tools are needed to shape that very ability—and among all the qualities that make a human being, reason is the last and most difficult one to acquire. By speaking to children in a language they do not understand from a very young age, we train them to rely on words, to manipulate others with words, to question everything we tell them, to believe they are as wise as their teachers—and as a result, they become argumentative and rebellious. And whatever we hope to achieve through rational reasoning with them, we actually accomplish it only through fear or vanity—emotions that we are always forced to resort to in such situations.”

There is no patience that will not eventually give way when dealing with a child who is to be raised in such a manner; and thus, grown weary, disgusted, and overwhelmed by the constant nuisance that they themselves have habituated their children to, parents, unable to bear any longer the troubles caused by their children, are forced to send them away and place them under the care of tutors. As if one could ever expect a tutor to possess more patience and gentleness than a father!

“Nature,” Julie continued, “desires that children remain children before they become men. If we attempt to disrupt this order, we will produce ‘precocious fruits’ that lack both maturity and flavor, and which will soon begin to decay—we will end up with young doctors and old children. Childhood possesses its own ways of seeing, thinking, and feeling. Nothing is more absurd than trying to replace these with our own; I would rather demand that a child be five feet tall than expect him to possess the judgment of a ten-year-old.”

Madame de Wolmar ricamava vicino alla finestra, di fronte ai bambini; io e suo marito eravamo ancora seduti intorno al tavolo del tè, leggendo il giornale, al quale lei prestava poca attenzione. Tuttavia, quando arrivò all’articolo sulla malattia del re di Francia e sull’affetto straordinario del suo popolo per lui – un affetto senza eguali, se non quello dei Romani per Germanico – ella fece alcune riflessioni sul buon carattere di quella nazione mite e benevola, che tutti odiano, ma che nessuno odia davvero. Aggiunse inoltre che dell’alto rango che occupava non invidiava altro che il piacere di essere amata da tutti. “Non invidiare nulla”, le disse suo marito con un tono che avrebbe dovuto lasciarle capire quanto fosse profondo il suo affetto per lei; “da molto tempo siamo tutti tuoi sudditi”. A queste parole, il ricamo le cadde dalle mani; girò la testa e gettò sul suo nobile marito uno sguardo così commovente, così tenero, che anch’io ne fui scosso. Non disse nulla: cosa avrebbe potuto dire di più significativo di quello sguardo? I nostri occhi si incontrarono; sentii, dal modo in cui suo marito mi strinse la mano, che tutti e tre condividevamo la stessa emozione, e che l’influenza gentile di quell’anima generosa agiva intorno a lei, sconfiggendo persino l’indifferenza altrui.

È in queste circostanze che è iniziato il silenzio di cui vi parlavo: potete giudicare che non fosse dovuto a freddezza o noia. Era interrotto soltanto dai piccoli giochi dei bambini; anzi, non appena smettevamo di parlare, anche loro moderavano il proprio chiacchiericcio, come se temessero di disturbare la quiete generale. È stata la giovane sorvegliante ad essere la prima a abbassare la voce, a fare segni agli altri e a muoversi in punta di piedi; i loro giochi sono diventati ancora più divertenti, poiché questa leggera restrizione vi aggiungeva un nuovo interesse. Questo spettacolo, che sembrava essere stato messo davanti ai nostri occhi proprio per prolungare la nostra commozione, ha prodotto l’effetto naturale che si prevedeva.

Tengono mute le lingue, ma parlano le anime.[179]

Quante cose sono state dette senza pronunciare una parola! Quanti sentimenti appassionati sono stati trasmessi senza l’intermediazione fredda delle parole! In modo impercettibile, Julie si lasciò completamente assorbire da colui che dominava tutti gli altri. I suoi occhi si fissarono interamente sui suoi tre figli, e il suo cuore, in preda a un’estasi così deliziosa, riempì il suo viso incantevole di tutto ciò che la tenerezza materna possa avere di più commovente.

Lasciati a questa doppia contemplazione, Wolmar ed io ci lasciavamo trasportare dai nostri sogni, quando i bambini che li avevano causati li fecero finire. Il maggiore, divertendosi con quegli oggetti, vedendo che gli anelli impedivano a suo fratello di prestare attenzione, ne approfittò per raccoglierli tutti e, dandogli un colpetto sulla mano, li fece volare per la stanza. Marcellin iniziò a piangere; ma Madame de Wolmar, senza sforzarsi di farlo tacere, disse a Fanchon di portare via gli anelli. Il bambino smise immediatamente di piangere, e gli anelli furono portati via senza che ricominciasse a piangere, come mi aspettavo. Questo episodio, che in sé non significava nulla, mi fece ricordare molti altri casi ai quali non avevo prestato attenzione; e non ricordo di aver mai visto bambini con cui si parlasse così poco e che fossero meno fastidiosi. Non lasciano quasi mai la loro madre, e a malapena si nota che siano lì. Sono vivaci, dispettosi, allegri, come è appropriato alla loro età; mai noiosi né chiassosi, e si capisce che sono discreti, prima ancora di sapere cosa significhi essere discreti. Quello che mi sorprendeva di più nelle riflessioni a cui questo argomento mi aveva portato era il fatto che tutto avvenisse in modo naturale, e che Julie, nonostante la sua profonda tenerezza per i suoi figli, si preoccupasse così poco di loro. Infatti, non la si vedeva mai affrettarsi a farli parlare o tacere, né a imporre loro questo o quell’altro comportamento. Non discuteva con loro, non li contrariava nei loro giochi; sembrava che le bastasse vederli e amarli, e che, quando trascorrevano la giornata con lei, tutto il suo dovere di madre fosse già stato adempiuto.

Sebbene questa tranquillità serena mi sembrasse più dolce rispetto alle preoccupazioni ansiose delle altre madri, non potevo fare a meno di notare in lei un’indolenza che poco si addiceva ai miei ideali. Avrei voluto che non fosse ancora soddisfatta con così tanti motivi per esserlo: un’attività superflua si addice davvero tanto all’amore materno! Tutto ciò che trovavo di positivo nei suoi figli avrei voluto attribuirlo alle sue cure; avrei voluto che dipendessero meno dalla natura e di più da loro madre. Le avrei quasi desiderato alcuni difetti, solo per vederla più impegnata a correggerli.

Dopo aver a lungo riflettuto in silenzio su queste questioni, ho interrotto il mio pensiero per condividerlo con lei. “Vedo”, le dissi, “che il cielo premia la virtù delle madri con la buona natura dei figli; ma questa buona natura deve essere coltivata. È proprio dalla loro nascita che deve iniziare la loro educazione. Esiste un momento più adatto per formarli di quando non hanno ancora alcuna ‘forma’ da distruggere? Se li lasciate liberi fin dall’infanzia, a quale età aspetterete da loro la docilità? Anche quando non avrete nulla da insegnare loro, dovrete insegnargli ad obbedirvi. — Vi rendete conto”, rispose lei, “che mi disobbediscono? — Sarebbe difficile”, dissi, “se voi non comandaste loro nulla.” Lei sorrise, guardando suo marito; poi, prendendomi per la mano, mi portò nel salottino dove potevamo parlare tutti e tre senza essere sentiti dai bambini.

Fu proprio in quel momento che, spiegandomi con calma le sue massime, lei mi fece comprendere come, sotto quell’apparenza di distrazione, si nascondesse l’attenzione più vigile e premurosa che la tenerezza materna possa mai dimostrare. “Per molto tempo”, mi disse, “ho pensato come te riguardo alle indicazioni da dare troppo presto ai bambini; durante la mia prima gravidanza, spaventata dai doveri e dalle cure che avrei dovuto assumermi in breve, ne parlavo spesso con il signor de Wolmar con grande preoccupazione. Chi poteva essere un guida migliore in questo senso se non un osservatore illuminato, che unisse all’interesse di un padre la calma di un filosofo? Lui soddisfece le mie esigenze, dissipò i miei pregiudizi e mi insegnò a ottenere con meno sforzo risultati molto più significativi. Mi fece capire che l’educazione primaria e più importante – quella che tutti tendono a trascurare[180] – consiste nel rendere un bambino idoneo ad essere educato. Un errore comune tra tutti i genitori che si considerano illuminati è quello di dare per scontato che i loro figli siano razionali fin dalla nascita, e di parlare con loro come se fossero già degli adulti, prima ancora che sappiano parlare. La ragione sembra essere lo strumento ideale per educarli; in realtà, invece, gli altri strumenti dovrebbero servire a formare proprio quella capacità di ragionamento, e tra tutte le conoscenze umane, quella che si acquisisce più tardi e con maggiore difficoltà è proprio la ragione stessa. Parlando loro fin da piccoli una lingua che non comprendono, li abituiamo a fidarsi delle parole, a convincere gli altri con le parole, a controllare tutto ciò che viene detto loro, a credersi ugualmente saggi dei propri insegnanti. E tutto ciò che si spera di ottenere da loro attraverso ragionamenti logici, in realtà si ottiene soltanto attraverso motivi di paura o vanità, che inevitabilmente vengono aggiunti a quelli razionali”.

Non esiste alcuna pazienza che possa, alla fine, resistere a un bambino che viene educato in questo modo; e così, stanchi, disgustati, sopraffatti dall’eterna insistenza a cui loro stessi hanno abituato i propri figli, i genitori, non riuscendo più a tollerare le seccature dei bambini, sono costretti a allontanarli da sé affidandoli a precettori; come se si potesse mai sperare che un insegnante possieda più pazienza e dolcezza di quanto ne abbia un padre!

“La natura”, continuò Julie, “vuole che i bambini rimangano bambini prima di diventare uomini. Se vogliamo sovvertire questo ordine, produrremo frutti prematuri che non avranno né maturità né sapore, e che presto si corromperanno; avremo giovani ‘dottori’ e bambini anziani. L’infanzia possiede modi particolari di vedere, pensare e sentire, che le sono propri. Non c’è nulla di più assurdo che cercare di sostituirli con i nostri; preferirei persino che un bambino avesse cinque piedi di altezza piuttosto che che possedesse giudizio a dieci anni.”

La raison ne commence à se former qu’au bout de plusieurs années, et quand le corps a pris une certaine consistance. L’intention de la nature est donc que le corps se fortifie avant que l’esprit s’exerce. Les enfants sont toujours en mouvement ; le repos et la réflexion sont l’aversion de leur âge ; une vie appliquée et sédentaire les empêche de croître et de profiter ; leur esprit ni leur corps ne peuvent supporter la contrainte. Sans cesse enfermés dans une chambre avec des livres, ils perdent toute leur vigueur ; ils deviennent délicats, faibles, malsains, plutôt hébétés que raisonnables ; et l’âme se sent toute la vie du dépérissement du corps.

Quand toutes ces instructions prématurées profiteraient à leur jugement autant qu’elles y nuisent, encore y aurait-il un très grand inconvénient à les leur donner indistinctement et sans égard à celles qui conviennent par préférence au génie de chaque enfant. Outre la constitution commune à l’espèce, chacun apporte en naissant un tempérament particulier qui détermine son génie et son caractère, et qu’il ne s’agit ni de changer ni de contraindre, mais de former et de perfectionner. Tous les caractères sont bons et sains en eux-mêmes, selon M. de Wolmar. Il n’y a point, dit-il, d’erreurs dans la nature[181] ; tous les vices qu’on impute au naturel sont l’effet des mauvaises formes qu’il a reçues. Il n’y a point de scélérat dont les penchants mieux dirigés n’eussent produit de grandes vertus. Il n’y a point d’esprit faux dont on n’eût tiré des talents utiles en le prenant d’un certain biais, comme ces figures difformes et monstrueuses qu’on rend belles et bien proportionnées en les mettant à leur point de vue. Tout concourt au bien commun dans le système universel. Tout homme a sa place assignée dans le meilleur ordre des choses ; il s’agit de trouver cette place et de ne pas pervertir cet ordre. Qu’arrive-t-il d’une éducation commencée dès le berceau et toujours sous une même formule, sans égard à la prodigieuse diversité des esprits ? Qu’on donne à la plupart des instructions nuisibles ou déplacées, qu’on les prive de celles qui leur conviendraient, qu’on gêne de toutes parts la nature, qu’on efface les grandes qualités de l’âme pour en substituer de petites et d’apparentes qui n’ont aucune réalité ; qu’en exerçant indistinctement aux mêmes choses tant de talents divers, on efface les uns par les autres, on les confond tous ; qu’après bien des soins perdus à gâter dans les enfants les vrais dons de la nature, on voit bientôt ternir cet éclat passager et frivole qu’on leur préfère, sans que le naturel étouffé revienne jamais ; qu’on perd à la fois ce qu’on a détruit et ce qu’on a fait ; qu’enfin, pour le prix de tant de peine indiscrètement prise, tous ces petits prodiges deviennent des esprits sans force et des hommes sans mérite, uniquement remarquables par leur faiblesse et par leur inutilité. »

« J’entends ces maximes, ai-je dit à Julie ; mais j’ai peine à les accorder avec vos propres sentiments sur le peu d’avantage qu’il y a de développer le génie et les talents naturels de chaque individu, soit pour son propre bonheur, soit pour le vrai bien de la société. Ne vaut-il pas infiniment mieux former un parfait modèle de l’homme raisonnable et de l’honnête homme, puis rapprocher chaque enfant de ce modèle par la force de l’éducation, en excitant l’un, en retenant l’autre, en réprimant les passions, en perfectionnant la raison, en corrigeant la nature ?… — Corriger la nature ! a dit Wolmar en m’interrompant ; ce mot est beau ; mais, avant que de l’employer, il fallait répondre à ce que Julie vient de vous dire. »

Une réponse très péremptoire, à ce qu’il me semblait, était de nier le principe ; c’est ce que j’ai fait. « Vous supposez toujours que cette diversité d’esprits et de génies qui distingue les individus est l’ouvrage de la nature ; et cela n’est rien moins qu’évident. Car enfin, si les esprits sont différents, ils sont inégaux ; et si la nature les a rendus inégaux, c’est en douant les uns préférablement aux autres d’un peu plus de finesse de sens, d’étendue de mémoire, ou de capacité d’attention. Or, quant aux sens et à la mémoire, il est prouvé par l’expérience que leurs divers degrés d’étendue et de perfection ne sont point la mesure de l’esprit des hommes ; et quant à la capacité d’attention, elle dépend uniquement de la force des passions qui nous animent ; et il est encore prouvé que tous les hommes sont, par leur nature, susceptibles de passions assez fortes pour les douer du degré d’attention auquel est attachée la supériorité de l’esprit.

Que si la diversité des esprits, au lieu de venir de la nature, était un effet de l’éducation, c’est-à-dire de diverses idées, des divers sentiments qu’excitent en nous dès l’enfance les objets qui nous frappent, les circonstances où nous nous trouvons, et toutes les impressions que nous recevons, bien loin d’attendre pour élever les enfants qu’on connût le caractère de leur esprit, il faudrait au contraire se hâter de déterminer convenablement ce caractère par une éducation propre à celui qu’on veut leur donner. »

À cela il m’a répondu que ce n’était pas sa méthode de nier ce qu’il voyait, lorsqu’il ne pouvait l’expliquer. « Regardez, m’a-t-il dit, ces deux chiens qui sont dans la cour ; ils sont de la même portée. Ils ont été nourris et traités de même, ils ne se sont jamais quittés. Cependant l’un des deux est vif, gai, caressant, plein d’intelligence ; l’autre, lourd, pesant, hargneux, et jamais on n’a pu lui rien apprendre. La seule différence des tempéraments a produit en eux celle des caractères, comme la seule différence de l’organisation intérieure produit en nous celle des esprits ; tout le reste a été semblable… — Semblable ? ai-je interrompu ; quelle différence ! Combien de petits objets ont agi sur l’un et non pas sur l’autre ! combien de petites circonstances les ont frappés diversement sans que vous vous en soyez aperçu ! — Bon ! a-t-il repris, vous voilà raisonnant comme les astrologues. Quand on leur opposait que deux hommes nés sous le même aspect avaient des fortunes si diverses, ils rejetaient bien loin cette identité. Ils soutenaient que, vu la rapidité des cieux, il y avait une distance immense du thème de l’un de ces hommes à celui de l’autre, et que, si l’on eût pu remarquer les deux instants précis de leurs naissances, l’objection se fût tournée en preuve.

Reason begins to take shape only after several years, and only when the body has acquired a certain degree of solidity. Nature’s intention is therefore that the body be strengthened before the mind begins to exercise. Children are always in motion; rest and reflection are things they despise at their age. A sedentary and devoted lifestyle prevents them from growing and developing properly; neither their minds nor their bodies can endure such restraint. Constantly confined to a room filled with books, they lose all their vitality; they become delicate, weak, and unhealthy—rather dull-minded than rational. And throughout their lives, their souls suffer from the decline of their physical condition.

When all such premature instructions might prove as detrimental to their judgment as beneficial, there would still be a considerable disadvantage in imparting them indiscriminately and without considering what is most suitable for each child’s individual talents. Beyond the common qualities inherent in the human species, every person is born with a particular temperament that determines both their abilities and character. Such temperaments are neither to be altered nor compelled, but rather guided and refined. According to M. de Wolmar, all characters are inherently good and healthy; what people regard as vices are merely the result of those adverse conditions under which they have developed. There is no such thing as a truly wicked person whose inclinations, if properly directed, could not lead to great virtues. Nor is there any so-called “bad” talent that cannot be harnessed for useful purposes, much like those deformed or monstrous features that can be made beautiful and well-proportioned when presented in the right light. In the universal order of things, everything contributes to the common good. Every person has their place within this optimal arrangement; the task is to discover that place and not to disrupt this order. What happens, then, when education begins at infancy and follows a uniform formula, regardless of the immense diversity of individual minds? When most children are given instructions that are either harmful or inappropriate, when they are deprived of those that would be beneficial to them, when their natural tendencies are hindered in every way, when their true qualities are suppressed in favor of superficial ones that lack any real substance—when so many different talents are forced to work together in a confused and ineffective manner, resulting in their mutual cancellation—what is the outcome? After all this effort to ruin what nature has originally given, what remains is merely weak-minded individuals and worthless people, distinguished solely by their weakness and ineffectiveness.

“I hear these maxims,” I said to Julie, “but I find it difficult to reconcile them with your own views on the limited usefulness of developing each individual’s natural genius and talents, whether for their own happiness or for the true welfare of society. Wouldn’t it be far better to create a perfect model of the rational and honest man, and then bring every child closer to this model through the power of education—by stimulating some qualities, restraining others, suppressing passions, refining reason, and correcting innate tendencies?, ‘Correcting innate tendencies!’ Wolmar interjected. ‘That’s a beautiful phrase; but before using it, we must first address what Julie just said to you.’”

In my opinion, a very peremptory response would be to deny the very principle itself; and that is exactly what I did. “You always assume that this diversity of minds and talents that distinguishes individuals is the work of nature; and yet this is anything but evident. For if minds are different, they must also be unequal; and if nature has made them unequal, it must have endowed some with greater sensitivity of the senses, a larger capacity for memory, or a stronger ability to concentrate. But as for the senses and memory, experience proves that their varying degrees of scope and perfection are not necessarily an indication of the intelligence of a person. And as for the ability to concentrate, it depends entirely on the intensity of the passions that drive us; moreover, it is clear that all men, by nature, possess passions strong enough to grant them the level of concentration necessary for superior intellectual abilities.”

If the diversity of minds were not a natural trait but rather a result of education—that is, of various ideas and emotions aroused in us from a young age by the things that affect us, the circumstances we find ourselves in, and all the impressions we receive—then, far from waiting to discover the nature of a child’s mind before beginning to educate them, we should instead proceed promptly to determine that nature through an education tailored specifically to the qualities we wish to cultivate in them.

To this, he replied that it was not his method to deny what he saw when he could not explain it. “Look,” he said to me, “these two dogs in the yard; they were born at the same time, raised and treated in the same way, and have never been separated from each other. Yet one of them is lively, cheerful, affectionate, and full of intelligence; the other is dull, heavy, grumpy, and nothing has ever been able to teach him. The mere difference in their temperaments led to such differences in their characters, just as the slight variations in our internal makeup result in different kinds of personalities; everything else was exactly the same, — Exactly the same?” I interrupted. “But what a difference! How many minor factors must have influenced one dog and not the other; how many trivial circumstances must have affected them differently without your even realizing it!” “Well,” he continued, “there you go reasoning just like the astrologers. When people point out that two men born under the same celestial signs can have such vastly different fates, they reject any notion of identity between them. They claim that, given the immense speed of the stars, there must be an enormous difference between the ‘horoscopes’ of these two men, and that if one could accurately determine the exact moments of their birth, this argument would prove itself entirely wrong.”

La ragione inizia a formarsi soltanto dopo diversi anni, quando il corpo ha acquisito una certa consistenza. L’intenzione della natura è quindi che il corpo si rafforzi prima che lo spirito possa esercitarsi. I bambini sono sempre in movimento; il riposo e la riflessione sono qualcosa di contrario alla loro natura infantile; una vita sedentaria e monotona impedisce loro di crescere e di svilupparsi; né il loro spirito né il loro corpo possono sopportare restrizioni. Se costantemente rinchiusi in una stanza a leggere libri, perdono tutta la loro vitalità; diventano delicati, deboli, malaticci, piuttosto stolti che razionali; e l’anima, per tutta la vita, soffre a causa del declino del corpo.

Quando tutte queste istruzioni prematuri fossero utili al loro giudizio tanto quanto lo sono dannose, ci sarebbe comunque un grande svantaggio nel darle indiscriminatamente e senza tenere conto di quelle che sono più adatte al genio particolare di ciascun bambino. Oltre alla costituzione comune a tutta la specie, ognuno nasce con un temperamento specifico che determina il suo genio e il suo carattere; non si tratta quindi di cambiarlo o di costringerlo, ma di formarlo e perfezionarlo. Secondo M. de Wolmar, tutti i caratteri sono in sé buoni e sani; non esistono errori nella natura[181], e tutti i vizi che si attribuiscono alla natura sono il risultato delle cattive forme che essa ha assunto. Non esiste alcun individuo malvagio il cui temperamento, se guidato nel modo giusto, non potesse produrre grandi virtù; né esiste alcun intelletto “falso” dal quale non si possano trarre talenti utili, se lo si orienta nella direzione giusta, proprio come quelle figure deformi e mostruose che diventano belle e ben proporzionate quando vengono modificate secondo il loro vero aspetto. Nel sistema universo, tutto contribuisce al bene comune; ogni uomo ha il suo posto nell’ordine migliore delle cose: si tratta di trovarlo e di non sovvertire tale ordine. Cosa succede, dunque, quando un’educazione inizia fin dalla culla seguendo sempre lo stesso schema, senza tenere conto della straordinaria diversità degli intelletti umani? Quando si forniscono alla maggior parte dei bambini istruzioni dannose o inadatte, quando si privano di quelle che sarebbero più utili per loro, quando si ostacola in ogni modo lo sviluppo naturale, quando si cancellano le grandi qualità dell’anima sostituendole con altre piccole e apparentemente positive ma prive di reale valore. Quando, esercitando indiscriminatamente su talenti diversi gli stessi metodi educativi, si sovrappongono questi talenti tra loro, confondendoli tutti. Quando, dopo tanti sforzi sprecati per distruggere nei bambini i veri doni della natura, si vede presto svanire quell’aspetto effimero e superficiale che si preferisce a quello autentico. Quando, in definitiva, si perde sia ciò che è stato distrutto sia ciò che si è cercato di ottenere. Allora tutti questi cosiddetti “piccoli miracoli” diventano soltanto individui deboli e inutili, caratterizzati esclusivamente dalla loro debolezza e dalla loro inettitudine.

“Ascolto queste massime”, dissi a Julie, “ma fatico ad accordarle con i vostri stessi sentimenti riguardo al poco vantaggio che derivi dallo sviluppo del genio e dei talenti naturali di ogni individuo, sia per il suo stesso bene che per il vero interesse della società. Non è forse infinitamente meglio formare un modello perfetto dell’uomo ragionevole e onesto, e poi avvicinare ogni bambino a questo modello attraverso l’educazione: stimolando alcuni aspetti del loro carattere, contenendo altri, reprimendo le passioni, perfezionando la ragione, correggendo la natura stessa?, ‘Correggere la natura!’”, disse Wolmar interrompendomi; “questo termine è bello. Ma prima di usarlo, bisognava rispondere a ciò che Julie vi ha appena detto.”

Una risposta molto perentoria, a mio avviso, sarebbe stata negare il principio stesso; ed è proprio ciò che ho fatto. “Voi presupponete sempre che questa diversità di menti e di talenti che caratterizza gli individui sia opera della natura; ma questo non è affatto evidente. Infatti, se le menti sono diverse, allora sono anche disuguali; e se la natura le ha rese disuguali, è perché ha dotato alcuni di una maggiore finezza sensoriale, di una più ampia memoria o di una maggiore capacità di attenzione rispetto ad altri. Ora, per quanto riguarda i sensi e la memoria, l’esperienza dimostra che i loro diversi gradi di estensione e perfezione non costituiscono certo un indicatore della qualità dell’intelligenza umana; inoltre, la capacità di attenzione dipende esclusivamente dalla forza delle passioni che ci animano. E è ancora dimostrato che tutti gli uomini, per loro natura, sono in grado di provare passioni abbastanza intense da possedere il livello di attenzione necessario per raggiungere un certo grado di superiorità intellettuale.”

Se la diversità degli spiriti derivasse non dalla natura, ma dall’educazione – cioè da diverse idee e sentimenti che gli oggetti che ci colpiscono, le circostanze in cui ci troviamo e tutte le impressioni che riceviamo suscitano in noi fin dall’infanzia – allora, invece di attendere di conoscere il carattere dello spirito di un bambino prima di educarlo, sarebbe necessario affrettarsi a determinare correttamente tale carattere attraverso un’educazione adatta a quello che si desidera trasmettergli.

Gli ho risposto che non era nella sua natura negare ciò che vedeva quando non riusciva a spiegarlo. “Guardate”, mi ha detto, “questi due cani nel cortile: hanno la stessa età, sono stati nutriti e trattati allo stesso modo, non si sono mai separati. Eppure uno è vivace, allegro, affettuoso, pieno di intelligenza; l’altro, invece, è lento, pesante, aggressivo, e nessuno è mai riuscito a insegnargli nulla. L’unica differenza nei loro temperamenti ha determinato la diversità dei loro caratteri, proprio come le sole differenze nell’organizzazione interna creano le differenze tra gli esseri umani; tutto il resto è stato identico. Identico? Ho interrotto io; che differenza enorme! Quanti piccoli fattori hanno influenzato l’uno e non l’altro. Quante circostanze diverse li hanno colpiti, senza che voi ve ne accorgeste. Bene”, ha ripreso lui, “vedete come ragionate voi, come gli astrologi. Quando si obietta loro che due persone nate sotto lo stesso aspetto abbiano destini così diversi, loro respingono decisamente questa idea di identità. Sostengono che, data la rapidità dei movimenti celesti, esista una distanza incommensurabile tra le “cose predestinate” di queste due persone, e che, se si fossero potuti individuare con precisione i momenti esatti delle loro nascite, l’obiezione stessa diventerebbe una prova a sostegno della loro diversità.”

Laissons, je vous prie, toutes ces subtilités, et nous en tenons à l’observation. Elle nous apprend qu’il y a des caractères qui s’annoncent presque en naissant, et des enfants qu’on peut étudier sur le sein de leur nourrice. Ceux-là font une classe à part et s’élèvent en commençant de vivre. Mais quant aux autres qui se développent moins vite, vouloir former leur esprit avant de le connaître, c’est s’exposer à gâter le bien que la nature a fait, et à faire plus mal à sa place. Platon votre maître ne soutenait-il pas que tout le savoir humain, toute la philosophie ne pouvait tirer d’une âme humaine que ce que la nature y avait mis, comme toutes les opérations chimiques n’ont jamais tiré d’aucun mixte qu’autant d’or qu’il en contenait déjà ? Cela n’est vrai ni de nos sentiments ni de nos idées ; mais cela est vrai de nos dispositions à les acquérir. Pour changer l’organisation intérieure ; pour changer un caractère, il faudrait changer le tempérament dont il dépend. Avez-vous jamais ouï dire qu’un emporté soit devenu flegmatique, et qu’un esprit méthodique et froid ait acquis de l’imagination ? Pour moi, je trouve qu’il serait tout aussi aisé de faire un blond d’un brun, et d’un sot un homme d’esprit. C’est donc en vain qu’on prétendrait refondre les divers esprits sur un modèle commun. On peut les contraindre et non les changer : on peut empêcher les hommes de se montrer tels qu’ils sont, mais non les faire devenir autres ; et, s’ils se déguisent dans le cours ordinaire de la vie, vous les verrez dans toutes les occasions importantes reprendre leur caractère originel, et s’y livrer avec d’autant moins de règle qu’ils n’en connaissent plus en s’y livrant. Encore une fois, il ne s’agit point de changer le caractère et de plier le naturel, mais au contraire de le pousser aussi loin qu’il peut aller, de le cultiver, et d’empêcher qu’il ne dégénère ; car c’est ainsi qu’un homme devient tout ce qu’il peut être, et que l’ouvrage de la nature s’achève en lui par l’éducation. Or, avant de cultiver le caractère il faut l’étudier, attendre paisiblement qu’il se montre, lui fournir les occasions de se montrer, et toujours s’abstenir de rien faire plutôt que d’agir mal à propos. À tel génie il faut donner des ailes, à d’autres des entraves ; l’un veut être pressé, l’autre retenu ; l’un veut qu’on le flatte, et l’autre qu’on l’intimide : il faudrait tantôt éclairer, tantôt abrutir. Tel homme est fait pour porter la connaissance humaine jusqu’à son dernier terme ; à tel autre il est même funeste de savoir lire. Attendons la première étincelle de la raison ; c’est elle qui fait sortir le caractère et lui donne sa véritable forme ; c’est par elle aussi qu’on le cultive, et il n’y a point avant la raison de véritable éducation pour l’homme.

Quant aux maximes de Julie que vous mettez en opposition, je ne sais ce que vous y voyez de contradictoire. Pour moi je les trouve parfaitement d’accord. Chaque homme apporte en naissant un caractère, un génie et des talents qui lui sont propres. Ceux qui sont destinés à vivre dans la simplicité champêtre n’ont pas besoin, pour être heureux, du développement de leurs facultés, et leurs talents enfouis sont comme les mines d’or du Valais que le bien public ne permet pas qu’on exploite. Mais dans l’état civil, où l’on a moins besoin de bras que de tête, et où chacun doit compte à soi-même et aux autres de tout son prix, il importe d’apprendre à tirer des hommes tout ce que la nature leur a donné, à les diriger du côté où ils peuvent aller le plus loin, et surtout à nourrir leurs inclinations de tout ce qui peut les rendre utiles. Dans le premier cas, on n’a d’égard qu’à l’espèce, chacun fait ce que font tous les autres ; l’exemple est la seule règle, l’habitude est le seul talent, et nul n’exerce de son âme que la partie commune à tous. Dans le second, on s’applique à l’individu, à l’homme en général ; on ajoute en lui tout ce qu’il peut avoir de plus qu’un autre : on le suit aussi loin que la nature le mène ; et l’on en fera le plus grand des hommes s’il a ce qu’il faut pour le devenir. Ces maximes se contredisent si peu, que la pratique en est la même pour le premier âge. N’instruisez point l’enfant du villageois, car il ne lui convient pas d’être instruit. N’instruisez pas l’enfant du citadin, car vous ne savez encore quelle instruction lui convient. En tout état de cause, laissez former le corps jusqu’à ce que la raison commence à poindre ; alors c’est le moment de la cultiver. »

« Tout cela me paraîtrait fort bien, ai-je dit, si je n’y voyais un inconvénient qui nuit fort aux avantages que vous attendez de cette méthode ; c’est de laisser prendre aux enfants mille mauvaises habitudes qu’on ne prévient que par les bonnes. Voyez ceux qu’on abandonne à eux-mêmes ; ils contractent bientôt tous les défauts dont l’exemple frappe leurs yeux, parce que cet exemple est commode à suivre, et n’imitent jamais le bien, qui coûte plus à pratiquer. Accoutumés à tout obtenir, à faire en toute occasion leur indiscrète volonté, ils deviennent mutins, têtus, indomptables… — Mais, a repris M. de Wolmar, il me semble que vous avez remarqué le contraire dans les nôtres, et que c’est ce qui a donné lieu à cet entretien. — Je l’avoue, ai-je dit, et c’est précisément ce qui m’étonne. Qu’a-t-elle fait pour les rendre dociles ? Comment s’y est-elle prise ? Qu’a-t-elle substitué au joug de la discipline ? — Un joug bien plus inflexible, a-t-il dit à l’instant, celui de la nécessité. Mais, en vous détaillant sa conduite elle vous fera mieux entendre ses vues. » Alors il l’a engagée à m’expliquer sa méthode ; et, après une courte pause, voici à peu près comme elle m’a parlé.

« Heureux les enfants bien nés, mon aimable ami ! Je ne présume pas autant de nos soins que M. de Wolmar. Malgré ses maximes, je doute qu’on puisse jamais tirer un bon parti d’un mauvais caractère, et que tout naturel puisse être tourné à bien ; mais, au surplus, convaincue de la bonté de sa méthode, je tâche d’y conformer en tout ma conduite dans le gouvernement de la famille. Ma première espérance est que des méchants ne seront pas sortis de mon sein ; la seconde est d’élever assez bien les enfants que Dieu m’a donnés, sous la direction de leur père, pour qu’ils aient un jour le bonheur de lui ressembler. J’ai tâché pour cela de m’approprier les règles qu’il m’a prescrites, en leur donnant un principe moins philosophique et plus convenable à l’amour maternel : c’est de voir mes enfants heureux. Ce fut le premier voeu de mon coeur en portant le doux nom de mère, et tous les soins de mes jours sont destinés à l’accomplir. La première fois que je tins mon fils aîné dans mes bras, je songeai que l’enfance est presque un quart des plus longues vies, qu’on parvient rarement aux trois autres quarts, et que c’est une bien cruelle prudence de rendre cette première portion malheureuse pour assurer le bonheur du reste, qui peut-être ne viendra jamais. Je songeai que, durant la faiblesse du premier âge, la nature assujettit les enfants de tant de manières, qu’il est barbare d’ajouter à cet assujettissement l’empire de nos caprices en leur ôtant une liberté si bornée et dont ils peuvent si peu abuser. Je résolus d’épargner au mien toute contrainte autant qu’il serait possible, de lui laisser tout l’usage de ses petites forces, et de ne gêner en lui nul des mouvements de la nature. J’ai déjà gagné à cela deux grands avantages : l’un, d’écarter de son âme naissante le mensonge, la vanité, la colère, l’envie, en un mot tous les vices qui naissent de l’esclavage, et qu’on est contraint de fomenter dans les enfants pour obtenir d’eux ce qu’on en exige ; l’autre, de laisser fortifier librement son corps par l’exercice continuel que l’instinct lui demande. Accoutumé tout comme les paysans à courir tête nue au soleil, au froid, à s’essouffler, à se mettre en sueur, il s’endurcit comme eux aux injures de l’air et se rend plus robuste en vivant plus content. C’est le cas de songer à l’âge d’homme et aux accidents de l’humanité. Je vous l’ai déjà dit, je crains cette pusillanimité meurtrière qui, à force de délicatesse et de soins, affaiblit, effémine un enfant, le tourmente par une éternelle contrainte, l’enchaîne par mille vaines précautions, enfin l’expose pour toute sa vie aux périls inévitables dont elle veut le préserver un moment, et, pour lui sauver quelques rhumes dans son enfance, lui prépare de loin des fluxions de poitrine, des pleurésies, des coups de soleil, et la mort étant grand.

Let us set aside all these subtleties and focus on observation alone. It teaches us that there are certain characters that are almost inherent from birth, and that children can be studied while still in the embrace of their mothers. Such children form a separate category and begin to develop as soon as they start living. But as for those who develop more slowly, attempting to shape their minds before we even understand them is tantamount to ruining the good that nature has already bestowed upon them—and doing even more harm in its place. Didn’t your teacher Plato argue that all human knowledge, all philosophy, can only draw from what nature has placed within an individual soul, just as any chemical reaction can only produce as much gold as was originally present in the mixture? This is not true of our emotions or ideas; but it is certainly true of our predispositions to acquire them. To change someone’s internal makeup, to alter their character, one would have to change the temperament upon which that character depends. Have you ever heard of someone who was hot-tempered becoming calm, or of a methodical and cold-minded person developing imagination? In my opinion, it would be just as easy to turn a brown-haired person blond or to transform a fool into a man of wit. Therefore, it is futile to claim that we can mold all minds according to a single pattern. We can force them, but not change them; we can prevent people from behaving as they naturally do, but not make them different. And if they disguise themselves in everyday life, you will see them revert to their original character in every important situation, and they will do so with even less restraint than before. Once again, it is not about changing one’s nature or forcing it into a particular form, but rather about allowing it to develop as far as possible, about nurturing it, and preventing it from degenerating—for only in this way can a person become all that they are capable of being, and can the work of nature be completed within them through education. But before we can nurture character, we must first study it, wait patiently for it to reveal itself, provide it with opportunities to manifest, and always refrain from doing anything other than acting in the right manner at the right time. Some geniuses need wings; others need restraints. Some desire to be urged on; others want to be held back. Some seek flattery; others demand intimidation. Sometimes we must enlighten; sometimes we must obscure. Some people are born to carry human knowledge to its very limits; for others, even the ability to read can be harmful. Let us wait for that first spark of reason—to be it which brings out a person’s true character and gives it its proper form. It is through reason that we can nurture character, and before reason arrives, there can be no true education for man.

As for the maxims of Julie that you oppose to each other, I don’t see any contradiction in them at all. To me, they are perfectly consistent. Every man is born with a character, a genius, and talents that are unique to him. Those who are destined to live a simple life in the countryside do not need to develop their abilities in order to be happy; their latent talents are like the gold mines of Valais—resources that the public good does not allow to be exploited. But in civilized society, where we need more intellect than physical strength, and where everyone must prove their worth to themselves and to others, it is essential to learn how to draw the best from what nature has given us to each individual, to guide them in the direction where they can achieve the most, and especially to nurture their inclinations in ways that will make them useful. In the first case, we focus solely on the species; everyone does what everyone else does. Example is the only rule, habit is the only talent, and no one uses more than the common part of their soul. In the second case, we focus on the individual, on man in general; we strive to develop everything in him that makes him superior to others, we follow his natural potential as far as it will take him, and we help him become the greatest person he can be if he possesses what is necessary for that. These maxims are not contradictory at all; in practice, they apply equally to both stages of life. Do not educate the child of a villager, for it is not suitable for him to receive an education. Do not educate the child of a city dweller, for we still do not know what kind of education is appropriate for him. In any case, let the body develop until reason begins to emerge; then it is time to cultivate the mind.

“Everything this seems very good to me,” I said, “except for one drawback that greatly undermines the advantages you expect from this method: it allows children to develop countless bad habits, which can only be prevented by cultivating good ones. Just look at those who are left to their own devices; they quickly adopt all the shortcomings that come into their sight, because such examples are easier to follow than good ones, which require more effort to emulate. Accustomed to getting everything they want and acting on their own will at every opportunity, they become rebellious, stubborn, and unmanageable. But,” Mr. de Wolmar interjected, “I believe you have observed the opposite in our children, and that is precisely what led us to this conversation.” “I admit it,” I said, “and that is what surprises me most. What has she done to make them obedient? How did she go about it? What did she use in place of the discipline of strict rules?” “A far more inflexible rule,” he replied immediately, “the rule of necessity itself.” But by detailing her approach, he would explain her ideas more clearly to me. So he urged her to describe her method to me; and after a brief pause, this is roughly how she described it to me.

“Happy are those well-born children, my dear friend! I do not presume to devote as much care to them as Mr. de Wolmar does. Despite his maxims, I doubt whether it is ever possible to make the best of a bad character, or to turn anything that is naturally bad into something good; but nevertheless, convinced of the effectiveness of his methods, I strive to follow them in all my dealings with my family. My primary hope is that no wickedness will arise from within me; my second hope is to raise well the children God has given me, under their father’s guidance, so that they may one day have the happiness to resemble him. To this end, I have tried to adopt the rules he prescribed for me, giving them a principle that is less philosophical and more suited to a mother’s love: namely, to see my children happy. This was the first wish of my heart when I took on the sweet name of mother, and all my daily efforts are directed toward fulfilling it. The first time I held my eldest son in my arms, I thought about how childhood constitutes almost a quarter of a person’s entire life, and how it is rare for one to reach the other three-quarters; it seemed cruelly prudent to make this initial period unhappy in order to ensure happiness in the rest of life, which might never come at all. I considered how, during the fragile years of early childhood, nature subjects children in so many ways that it would be barbaric to add to this oppression the tyranny of our own caprices by depriving them of such limited freedom as they can hardly abuse. I resolved to spare my child every possible restraint, to allow him full use of his small strength, and not to hinder in any way the natural movements of his body. This has already brought me two great advantages: first, it has kept lies, vanity, anger, envy—in short, all the vices that arise from slavery—and other evils away from his young soul; these are things we are forced to instill in children in order to get what we want from them. Second, it has allowed his body to strengthen naturally through continuous exercise, just as country children do. Accustomed from an early age to running bareheaded in the sun and cold, to getting tired and sweating, he has become as hardy as they are, enduring the harshness of the weather and growing stronger through a happier life. This reminds me of what awaits him when he grows up and faces the vicissitudes of human life. As I have said before, I fear that excessive delicacy and care will weaken and feminize a child, torment him with constant restraint, chain him with countless unnecessary precautions, and ultimately expose him to inevitable dangers that those precautions are meant to protect him from—for instance, saving him from a few colds in his childhood may actually lead to pneumonia, pleurisy, or even death later on.”

Lasciamo da parte tutte queste sottigliezze e ci atteniamo all’osservazione diretta. Questa ci insegna che esistono caratteri che si manifestano quasi fin dalla nascita, e bambini che possono essere studiati ancora all’interno dell’ambiente materno. Questi ultimi costituiscono una categoria a parte e iniziano a svilupparsi non appena cominciano a vivere. Ma per quanto riguarda gli altri, che si sviluppano più lentamente, cercare di formare il loro intelletto prima ancora di conoscerlo significa correre il rischio di rovinare ciò che la natura ha già creato, e addirittura peggiorare le cose al suo posto. Il vostro maestro Platone non sosteneva forse che tutto il sapere umano, tutta la filosofia potessero trarre da un’anima umana soltanto ciò che la natura vi aveva già inserito, proprio come tutte le operazioni chimiche non possono estrarre da un miscuglio altro che l’oro che esso contiene già? Questo non vale né per i nostri sentimenti né per le nostre idee; ma è vero per le nostre predisposizioni ad acquisirli. Per cambiare l’organizzazione interna di una persona, per modificare il suo carattere, sarebbe necessario cambiare il temperamento da cui esso dipende. Avete mai sentito dire che un individuo impulsivo sia diventato tranquillo, o che uno spirito metodico e freddo abbia sviluppato l’immaginazione? A mio parere, sarebbe altrettanto facile trasformare un bruno in biondo, o un idiota in una persona intelligente. Quindi è vano pretendere di plasmare tutti gli individui secondo uno stesso modello universale: si può forzarli, ma non cambiarli; si può impedire alle persone di mostrarsi tali come sono, ma non farle diventare altre; e se si nascondono nella normale vita quotidiana, in tutte le occasioni importanti ritroveranno sempre il loro vero carattere e vi si dedicheranno con ancora meno moderazione di prima. Ancora una volta: non si tratta di cambiare il carattere o di forzare la natura, ma al contrario di spingerla fino ai limiti delle sue possibilità, di coltivarla e di impedirle di degenerare; perché è così che un uomo diventa tutto ciò che può essere, e che l’opera della natura si compie in lui attraverso l’educazione. Ma prima di coltivare il carattere, è necessario studiarlo, aspettare pazientemente che si manifesti, fornirgli le occasioni per farlo, e sempre astenersi dal fare qualsiasi cosa piuttosto che agire in modo inappropriato. A un certo genio bisogna dare “ali”, ad altri bisogna imporre dei limiti; alcuni desiderano essere stimolati, altri trattenuti; alcuni vogliono essere lusingati, altri intimiditi: a volte è necessario illuminare, altre volte oscurare. Alcuni individui sono fatti per portare la conoscenza umana fino al suo ultimo limite; per altri, invece, conoscere a leggere potrebbe rivelarsi addirittura dannoso. Aspettiamo l’illuminazione iniziale della ragione: è essa che fa emergere il carattere e gli dà la sua vera forma; è attraverso di essa che si può coltivarlo, e prima della ragione non esiste vera educazione per l’uomo.

Per quanto riguarda le massime di Julie che mettete in contrapposizione, non vedo nulla di contraddittorio in esse. Per me, sono perfettamente coerenti tra loro. Ogni uomo nasce con un carattere, un genio e dei talenti propri. Coloro che sono destinati a vivere nella semplicità della vita rurale non hanno bisogno, per essere felici, di sviluppare appieno le proprie capacità; i loro talenti nascosti sono come le miniere d’oro del Vallese, che il bene pubblico non permette di sfruttare. Ma nella società civile, dove si ha più bisogno dell’intelligenza che della forza fisica, e dove ognuno deve dimostrare il proprio valore sia a se stesso che agli altri, è importante imparare a estrarre da ogni uomo tutto ciò che la natura gli ha dato, guidarlo verso le direzioni in cui può arrivare più lontano, e soprattutto nutrire le sue inclinazioni con tutto ciò che può renderle utili. Nel primo caso, si tiene conto soltanto della specie umana: ognuno fa ciò che fanno tutti gli altri; l’esempio è l’unica regola, l’abitudine è l’unico “talento”, e nessuno utilizza se non la parte comune a tutti. Nel secondo caso, si punta all’individuo, all’uomo in quanto tale: si cerca di sviluppare in lui tutto ciò che può renderlo superiore agli altri; lo si accompagna lungo il percorso che la natura gli ha tracciato; e se possiede le qualità necessarie, lo si farà diventare l’uomo più grande che sia possibile. Queste massime non sono affatto contraddittorie; anzi, nella pratica, il loro approccio è lo stesso per entrambi i contesti. Non educate il bambino del contadino, perché non è adatto a ricevere un’istruzione; né educate il bambino della città, perché ancora non si sa quale tipo di istruzione sia più appropriata per lui. In ogni caso, lasciate che il corpo si sviluppi fino al momento in cui la ragione comincia a fiorire; solo allora è il momento giusto per coltivarla.

“Tutto ciò mi sembrerebbe molto buono,” dissi, “se non vi fosse un inconveniente che danneggia gravemente i vantaggi che sperate di ottenere con questo metodo: si tratta del fatto che permette ai bambini di acquisire mille cattive abitudini, le quali possono essere prevenute soltanto attraverso quelle buone. Guardate quelli che vengono lasciati a se stessi: presto contraggono tutti i difetti che il loro ambiente offre loro come esempio da seguire, perché tali comportamenti sono più facili da imitare; mai, invece, imitano il bene, che richiede uno sforzo maggiore. Abituati ad ottenere tutto ciò che desiderano e a fare sempre ciò che vogliono loro, diventano ribelli, testardi, indomabili. Ma,” riprese M. de Wolmar, “mi sembra che abbiate notato il contrario nei nostri bambini, ed è proprio questo che ha dato origine a questa conversazione.” “Lo ammetto,” dissi, “ed è proprio ciò che mi sorprende: cosa ha fatto lei per renderli docili? Come ci è riuscita? Cosa ha sostituito al giogo della disciplina?” “Un giogo molto più inflessibile,” rispose immediatamente, “il giogo della necessità. Ma se vi spiegherò in dettaglio il suo metodo, capirete meglio le sue intenzioni.” Allora la invitai a descrivermi la sua strategia; dopo una breve pausa, mi raccontò più o meno quanto segue.

“Felici i bambini ben nati, mio caro amico! Non presumo di dedicare ai loro bisogni lo stesso impegno del signor de Wolmar. Nonostante le sue massime, dubito che si possa mai trarre il meglio da un cattivo carattere, o che tutto ciò che è naturale possa essere utilizzato al meglio; tuttavia, convinta della bontà del suo metodo, cerco di adattare la mia condotta in ogni aspetto alla guida familiare. La mia prima speranza è che dai miei figli non nascano persone malvagie; la seconda è educarli bene, sotto la guida di loro padre, affinché un giorno possano essere felici quanto lui. Per questo ho cercato di seguire le regole che mi ha indicato, adattandole però a principi meno filosofici e più in linea con l’amore materno: il mio desiderio è che i miei figli siano felici. Questo fu il primo pensiero del mio cuore quando assunsi il dolce nome di madre, e tutti i miei sforzi sono volti a realizzarlo. La prima volta che tenni in braccio mio figlio maggiore, pensai che l’infanzia rappresenta quasi un quarto della vita umana; raramente si raggiungono gli altri tre quarti, e sarebbe davvero crudele rendere infelice questa prima fase della vita al solo scopo di garantire la felicità delle fasi successive, che forse non arriveranno mai. Pensai anche che, durante i primi anni di vita, la natura sottomette i bambini in molti modi; sarebbe barbaro aggiungere alle loro sofferenze l’oppressione dei nostri capricci, privandoli di una libertà così limitata e di cui possono abusare così poco. Decisi quindi di risparmiare al mio figlio ogni tipo di costrizione possibile, di lasciargli sfruttare liberamente le sue piccole forze e di non ostacolare in alcun modo i movimenti naturali del suo corpo. Questo approccio mi ha già permesso di ottenere due grandi vantaggi: primo, ho evitato che nella sua anima nascessero menzogne, vanità, rabbia, invidia, insomma tutti quei vizi che derivano dall’asservimento e che si sono costretti ad alimentare nei bambini per ottenere da loro ciò che si desiderava; secondo, ho permesso al suo corpo di rafforzarsi attraverso l’esercizio continuo richiesto dall’istinto. Abituato fin da piccolo a correre all’aperto sotto il sole e nel freddo, a sforzarsi e a sudare, si è fortificato proprio come i contadini, diventando più robusto grazie a una vita più serena. Questo ci fa riflettere anche sull’età adulta e sugli eventi che possono accadere nella vita umana. Come vi ho già detto, temo quella debolezza mortale che, attraverso eccessivi riguardi e cure, indebolisce e snerva un bambino, lo tormenta con continue costrizioni e inutili precauzioni, esponendolo così a pericoli inevitabili. Per salvarlo da qualche raffreddore nell’infanzia, potrebbe finire per contrarre polmonite, pleurite o ustioni solari. E la morte, alla fine, è sempre l’ultima conseguenza.”

Ce qui donne aux enfants livrés à eux-mêmes la plupart des défauts dont vous parliez, c’est lorsque, non contents de faire leur propre volonté, ils la font encore faire aux autres, et cela par l’insensée indulgence des mères à qui l’on ne complaît qu’en servant toutes les fantaisies de leur enfant. Mon ami, je me flatte que vous n’avez rien vu dans les miens qui sentît l’empire et l’autorité, même avec le dernier domestique, et que vous ne m’avez pas vue non plus applaudir en secret aux fausses complaisances qu’on a pour eux. C’est ici que je crois suivre une route nouvelle et sûre pour rendre à la fois un enfant libre, paisible, caressant, docile, et cela par un moyen fort simple, c’est de le convaincre qu’il n’est qu’un enfant.

À considérer l’enfance en elle-même, y a-t-il au monde un être plus faible, plus misérable, plus à la merci de tout ce qui l’environne, qui ait si grand besoin de pitié, d’amour, de protection, qu’un enfant ? Ne semble-t-il pas que c’est pour cela que les premières voix qui lui sont suggérées par la nature sont les cris et les plaintes ; qu’elle lui a donné une figure si douce et un air si touchant, afin que tout ce qui l’approche s’intéresse à sa faiblesse et s’empresse à le secourir ? Qu’y a-t-il donc de plus choquant, de plus contraire à l’ordre, que de voir un enfant, impérieux et mutin, commander à tout ce qui l’entoure, prendre impudemment un ton de maître avec ceux qui n’ont qu’à l’abandonner pour le faire périr, et d’aveugles parents, approuvant cette audace, l’exercer à devenir le tyran de sa nourrice, en attendant qu’il devienne le leur ?

Quant à moi, je n’ai rien épargné pour éloigner de mon fils la dangereuse image de l’empire et de la servitude, et pour ne jamais lui donner lieu de penser qu’il fût plutôt servi par devoir que par pitié. Ce point est peut-être le plus difficile et le plus important de toute l’éducation ; et c’est un détail qui ne finirait point que celui de toutes les précautions qu’il m’a fallu prendre, pour prévenir en lui cet instinct si prompt à distinguer les services mercenaires des domestiques de la tendresse des soins maternels.

L’un des principaux moyens que j’ai employés a été, comme je vous l’ai dit, de le bien convaincre de l’impossibilité où le tient son âge de vivre sans notre assistance. Après quoi je n’ai pas eu peine à lui montrer que tous les secours qu’on est forcé de recevoir d’autrui sont des actes de dépendance ; que les domestiques ont une véritable supériorité sur lui, en ce qu’il ne saurait se passer d’eux, tandis qu’il ne leur est bon à rien ; de sorte que, bien loin de tirer vanité de leurs services, il les reçoit avec une sorte d’humiliation, comme un témoignage de sa faiblesse, et il aspire ardemment au temps où il sera assez grand et assez fort pour avoir l’honneur de se servir lui-même. »

« Ces idées, ai-je dit, seraient difficiles à établir dans des maisons où le père et la mère se font servir comme des enfants ; mais dans celle-ci, où chacun, à commencer par vous, a ses fonctions à remplir, et où le rapport des valets aux maîtres n’est qu’un échange perpétuel de services et de soins, je ne crois pas cet établissement impossible. Cependant il me reste à concevoir comment des enfants accoutumés à voir prévenir leurs besoins n’étendent pas ce droit à leurs fantaisies, ou comment ils ne souffrent pas quelquefois de l’humeur d’un domestique qui traitera de fantaisie un véritable besoin. »

« Mon ami, a repris Madame de Wolmar, une mère peu éclairée se fait des monstres de tout. Les vrais besoins sont très bornés dans les enfants comme dans les hommes, et l’on doit plus regarder à la durée du bien-être qu’au bien-être d’un seul moment. Pensez-vous qu’un enfant qui n’est point gêné puisse assez souffrir de l’humeur de sa gouvernante, sous les yeux d’une mère, pour en être incommodé ? Vous supposez des inconvénients qui naissent de vices déjà contractés, sans songer que tous mes soins ont été d’empêcher ces vices de naître. Naturellement les femmes aiment les enfants. La mésintelligence ne s’élève entre eux que quand l’un veut assujettir l’autre à ses caprices. Or cela ne peut arriver ici, ni sur l’enfant dont on n’exige rien, ni sur la gouvernante à qui l’enfant n’a rien à commander. J’ai suivi en cela tout le contre-pied des autres mères, qui font semblant de vouloir que l’enfant obéisse au domestique, et veulent en effet que le domestique obéisse à l’enfant. Personne ici ne commande ni n’obéit ; mais l’enfant n’obtient jamais de ceux qui l’approchent qu’autant de complaisance qu’il en a pour eux. Par là, sentant qu’il n’a sur tout ce qui l’environne d’autre autorité que celle de la bienveillance, il se rend docile et complaisant ; en cherchant à s’attacher les coeurs des autres, le sien s’attache à eux à son tour ; car on aime en se faisant aimer, c’est l’infaillible effet de l’amour-propre ; et de cette affection réciproque, née de l’égalité, résultent sans effort les bonnes qualités qu’on prêche sans cesse à tous les enfants, sans jamais en obtenir aucune.

J’ai pensé que la partie la plus essentielle de l’éducation d’un enfant, celle dont il n’est jamais question dans les éducations les plus soignées, c’est de lui bien faire sentir sa misère, sa faiblesse, sa dépendance, et, comme vous a dit mon mari, le pesant joug de la nécessité que la nature impose à l’homme ; et cela, non seulement afin qu’il soit sensible à ce qu’on fait pour lui alléger ce joug, mais surtout afin qu’il connaisse de bonne heure en quel rang l’a placé la Providence, qu’il ne s’élève point au-dessus de sa portée, et que rien d’humain ne lui semble étranger à lui.

Induits dès leur naissance par la mollesse dans laquelle ils sont nourris, par les égards que tout le monde a pour eux, par la facilité d’obtenir tout ce qu’ils désirent, à penser que tout doit céder à leurs fantaisies, les jeunes gens entrent dans le monde avec cet impertinent préjugé, et souvent ils ne s’en corrigent qu’à force d’humiliations, d’affronts et de déplaisirs. Or je voudrais bien sauver à mon fils cette seconde et mortifiante éducation, en lui donnant par la première une plus juste opinion des choses. J’avais d’abord résolu de lui accorder tout ce qu’il demanderait, persuadée que les premiers mouvements de la nature sont toujours bons et salutaires. Mais je n’ai pas tardé de connaître qu’en se faisant un droit d’être obéis les enfants sortaient de l’état de nature presque en naissant, et contractaient nos vices par notre exemple, les leurs par notre indiscrétion. J’ai vu que si je voulais contenter toutes ses fantaisies, elles croîtraient avec ma complaisance ; qu’il y aurait toujours un point où il faudrait s’arrêter, et où le refus lui deviendrait d’autant plus sensible qu’il y serait moins accoutumé. Ne pouvant donc, en attendant la raison, lui sauver tout chagrin, j’ai préféré le moindre et le plus tôt passé. Pour qu’un refus lui fût moins cruel, je l’ai plié d’abord au refus ; et, pour lui épargner de longs déplaisirs, des lamentations, des mutineries, j’ai rendu tout refus irrévocable. Il est vrai que j’en fais le moins que je puis, et que j’y regarde à deux fois avant que d’en venir là. Tout ce qu’on lui accorde est accordé sans condition dès la première demande, et l’on est très indulgent là-dessus, mais il n’obtient jamais rien par importunité ; les pleurs et les flatteries sont également inutiles. Il en est si convaincu, qu’il a cessé de les employer ; du premier mot il prend son parti, et ne se tourmente pas plus de voir fermer un cornet de bonbons qu’il voudrait manger, qu’envoler un oiseau qu’il voudrait tenir, car il sent la même impossibilité d’avoir l’un et l’autre. Il ne voit rien dans ce qu’on lui ôte, sinon qu’il ne l’a pu garder ; ni dans ce qu’on lui refuse, sinon qu’il n’a pu l’obtenir ; et loin de battre la table contre laquelle il se blesse, il ne battrait pas la personne qui lui résiste. Dans tout ce qui le chagrine il sent l’empire de la nécessité, l’effet de sa propre faiblesse, jamais l’ouvrage du mauvais vouloir d’autrui… Un moment ! dit-elle un peu vivement, voyant que j’allais répondre ; je pressens votre objection ; j’y vais venir à l’instant.

What causes children, when left to themselves, to develop most of the shortcomings you mentioned, is when they not only indulge their own will but also force others to do so through the foolish indulgence of mothers who satisfy every whim of their children. My friend, I am pleased to say that you have never noticed anything in my upbringing that suggested dominance or authority—even towards the lowest-ranking servants—and that you have never seen me secretly approve of the false indulgences given to them. It is here that I believe I am following a new and sure path: to make a child both free, peaceful, gentle, and obedient—all through a very simple method: by convincing him that he is but a child.

When one considers childhood in itself, is there any being in the world that is weaker, more miserable, more at the mercy of everything around it, and that has such a great need for pity, love, and protection than a child? Does it not seem that precisely for this reason are the first sounds nature suggests to a child cries and complaints; that it has given him such a gentle appearance and an so touching demeanor, so that everything that comes near him is moved by his weakness and rushes to help him? What, then, could be more shocking, more contrary to order, than to see a child—arrogant and rebellious—commanding everything around him, taking an impudent tone of authority toward those who would only have to abandon him to let him perish, and blind parents, approving of such audacity, allowing him to become the tyrant of those who care for him, in anticipation of the day when he will become their own tyrant?

As for me, I spared no effort to remove from my son the dangerous influence of the concept of empire and servitude, and to ensure that he never believed he was being served out of duty rather than out of compassion. This is perhaps the most difficult and important aspect of any education; it is also a detail that could never be fully described in all the precautions I had to take to prevent him from developing an inclination to distinguish between mercenary service and the tender care of a mother.

One of the main methods I employed was, as I told you, to thoroughly convince him of the impossibility of living without our assistance, given his current age. After that, it was not difficult for me to show him that all the help one is forced to receive from others is a sign of dependence; that servants hold a true superiority over him, inasmuch as he cannot do without them, while they are of no use to him at all; consequently, far from taking pride in their services, he accepts them with a sense of humiliation, as a testament to his own weakness, and he eagerly looks forward to the day when he will be old enough and strong enough to have the honor of serving himself.

“I said that such ideas would be difficult to implement in households where parents are treated like children; but in this household, where everyone, starting with you, has their own duties to perform, and where the relationship between servants and masters is one of constant exchange of services and care, I do not believe such an arrangement is impossible. However, I still need to figure out how children, accustomed to having their needs met, would not extend this ‘right’ to their whims, or how they might not sometimes suffer because a servant might dismiss a genuine need as being merely a whim.”

“My friend,” Madame de Wolmar continued, “a poorly-informed mother tends to imagine monsters in everything. The true needs of children, just like those of adults, are quite limited. We should consider the duration of well-being rather than the happiness of a single moment. Do you really think a child who is not hindered in any way could suffer greatly from the moods of his nanny, especially in front of his mother? You assume difficulties that arise from vices that have already been developed, without realizing that all my efforts have been directed at preventing such vices from occurring in the first place. Naturally, women love children. Misunderstanding arises only when one tries to subject the other to one’s own whims. But this cannot happen here, neither with the child who is not expected to do anything nor with the nanny who has nothing to command over him. In this regard, I have done exactly the opposite of what other mothers do—those who pretend to want their children to obey the servants, while in reality they expect the servants to obey the children. Here, no one commands or obeys; instead, the child never receives from those around him anything more than the degree of kindness he himself is willing to show them. In this way, realizing that his authority over everything surrounding him lies solely in their goodwill, he becomes docile and accommodating. By trying to win the hearts of others, his own heart in turn becomes attached to them; for one always loves those who love oneself—this is the inevitable effect of self-love. And from this mutual affection, born out of equality, the good qualities that we constantly preach to all children are naturally developed, without any need for explicit instruction.”

I believed that the most essential aspect of a child’s education—something that is never mentioned in even the most thorough educational frameworks—is to make him acutely aware of his own misery, weakness, and dependence. And, as my husband said, of the heavy burden of necessity that nature imposes upon man. This is not only to make him sensitive to whatever efforts are made to alleviate this burden, but chiefly to ensure that he understands from an early age what place Providence has assigned him in life, so that he does not aspire to things beyond his means and so that nothing in the human experience seems foreign or incomprehensible to him.

From the very moment they are born, young people are influenced by the indulgence they receive, by the attention everyone pays them, and by the ease with which they can obtain whatever they desire. As a result, they come into the world with the presumptuous notion that everything should yield to their whims. Often, it is only through humiliation, setbacks, and disappointments that they learn to correct this mistake. I would greatly prefer to save my son from this second, humiliating form of upbringing by giving him a more realistic understanding of things from the very beginning. At first, I was determined to grant him everything he asked for, convinced that the natural impulses of children are always good and beneficial. However, it did not take long for me to realize that when children expect to be obeyed without question, they leave the state of nature almost as soon as they are born and adopt our vices through our example, as well as their own through our indiscretion. I understood that if I indulged all his whims, they would only grow more rampant with my complacency; there would always be a limit, and the refusal he faced would become all the more painful because he was unaccustomed to it. Since I could not prevent him from experiencing any disappointment in the meantime, I chose to minimize and quicken that process as much as possible. To make refusals less harsh for him, I first taught him to accept rejection; and to avoid prolonged distress, complaints, or tantrums, I made sure that all refusals were final. It is true that I try to do this as gently as possible and think twice before resorting to such measures. Everything he asks for is granted without condition the moment he requests it, and we are very indulgent in this regard; yet he never obtains anything through persistent nagging. Tears and flattery are equally useless. He is so convinced of this that he has stopped using them altogether. From the first word, he accepts whatever decision is made for him, and he is just as resigned to not getting a candy as he would be to not being able to hold a bird—because he understands that both are simply impossible. When something is taken away from him, he sees only that he could not keep it; when he is refused something, he realizes only that he could not obtain it. And far from hitting the table in anger when he is thwarted, he would never hit the person who stops him. In everything that displeases him, he sees only the power of necessity and the result of his own weakness—not the willful malice of others, “Wait!” she said quickly, seeing that I was about to respond. “I can anticipate your objection; let me explain it right away.”

Quello che fa sì che i bambini lasciati a se stessi presentino la maggior parte dei difetti di cui parlavate, è il fatto che, non contenti di fare ciò che vogliono loro, costringono anche gli altri a farlo al loro posto; e questo avviene grazie all’indulgenza assurda delle madri, alle quali si compiace solo soddisfacendo tutte le fantasie dei loro figli. Amico mio, mi compiaccio di non aver visto nulla nei miei figli che potesse indicare un atteggiamento di autorità o dominio, nemmeno verso l’ultimo domestico; inoltre, non vi ho mai visto approvare segretamente quelle false forme di compiacimento che si riservano loro. Credo proprio di aver intrapreso una strada nuova e sicura per rendere un bambino al contempo libero, sereno, affettuoso e docile, e tutto questo con un metodo molto semplice: convincerlo che non è altro che un bambino.

Se si considera l’infanzia in sé stessa, esiste forse al mondo un essere più debole, più miserabile, più alla mercé di tutto ciò che lo circonda, che abbia bisogno così grande di pietà, amore e protezione di un bambino? Non sembra forse che sia proprio per questo motivo che le prime voci che la natura gli suggerisce siano i pianti e le lamentele; non gli ha forse dato un aspetto così dolce e uno sguardo così commovente, affinché tutto ciò che si avvicina a lui si interessi alla sua debolezza e si affretti ad aiutarlo? Che cosa c’è dunque di più scioccante, di più contrario all’ordine naturale, di vedere un bambino, prepotente e ribelle, comandare tutto ciò che lo circonda, assumere con impudenza un tono autoritario nei confronti di coloro che non hanno altra scelta se non abbandonarlo al suo destino, e genitori ciechi, approvando questa audacia, permettergli di diventare il tiranno della propria nutrice, in attesa che possa diventarlo anche dei loro?

Per quanto mi riguarda, non ho risparmiato nulla per allontanare da mio figlio l’immagine pericolosa dell’impero e della schiavitù, e per impedirgli mai di pensare che venisse servito piuttosto per dovere che per pietà. Questo aspetto rappresenta forse il punto più difficile e importante di tutta l’educazione; ed è un dettaglio che non potrei mai esaurire, se non menzionando tutte le precauzioni che ho dovuto prendere per impedire in lui lo sviluppo di quell’istinto che tende così facilmente a distinguere i servizi mercenari da quelli derivanti dalla tenerezza e dall’affetto materno.

Uno dei principali metodi che ho utilizzato è stato, come vi ho detto, convincerlo pienamente dell’impossibilità di vivere senza il nostro aiuto, data la sua età. Dopo questo, non mi è stato difficile fargli capire che tutti i soccorsi che si sono costretti ad ricevere dagli altri rappresentano atti di dipendenza; che i domestici hanno una vera superiorità su di lui, poiché senza di loro non potrebbe sopravvivere, mentre lui non è di alcun aiuto per loro. Di conseguenza, invece di vantarsi dei loro servizi, li accetta con una sorta di umiliazione, come un segno della sua debolezza, e anela ardentemente al giorno in cui sarà abbastanza grande e forte da potersi servire da solo.

“Queste idee”, ho detto, “sarebbero difficili da attuare in case dove padre e madre fanno servire se stessi come bambini; ma in questa casa, dove ognuno, a partire da voi, ha le proprie funzioni da svolgere, e dove il rapporto tra domestici e padroni consiste soltanto in uno scambio continuo di servizi e cura, non credo che tale sistema sia impossibile. Tuttavia, devo ancora capire come bambini abituati a vedere i propri bisogni soddisfatti non estendano questo diritto anche alle loro fantasie, o come non soffrano talvolta a causa dell’umore di un domestico che potrebbe considerare una vera necessità semplicemente una fantasia.”

“Mio caro,” riprese Madame de Wolmar, “una madre poco istruita tende a vedere mostri in tutto ciò che la circonda. I veri bisogni dei bambini, come quelli degli uomini, sono molto limitati; quindi è più importante considerare la durata del benessere complessivo piuttosto che il benessere di un singolo momento. Ritenete davvero che un bambino che non soffre di alcuna privazione possa soffrire abbastanza a causa dell’umore della sua governante, soprattutto agli occhi di una madre? Immaginate inconvenienti che derivino da vizi già acquisiti, senza considerare che tutti i miei sforzi sono stati diretti ad impedire che tali vizi nascessero. Naturalmente le donne amano i bambini; ma l’incomprensione tra loro sorge soltanto quando uno cerca di sottomettere l’altro ai propri capricci. Qui, però, questo non può accadere: né al bambino, a cui non si chiede nulla, né alla governante, che non ha nulla da comandare al bambino. In questo ho seguito esattamente la direzione opposta rispetto alle altre madri, le quali fingono di voler che il bambino obbedisca ai domestici, ma in realtà vogliono che i domestici obbediscano al bambino. Qui nessuno comanda né obbedisce; il bambino riceve da coloro che lo circondano soltanto quella stessa dose di compiacimento che egli stesso è disposto a offrire loro. In questo modo, sentendo di non avere su nulla che lo circonda altro potere se non quello della gentilezza, diventa docile e disponibile; cercando di conquistare il cuore degli altri, anche il suo cuore si lega a loro; perché si ama chi si fa amare: è l’effetto inevitabile dell’amor proprio. E da questa affezione reciproca, nata dall’uguaglianza, derivano spontaneamente le buone qualità che tutti noi continuiamo a predicare ai bambini, senza mai riuscire davvero ad ottenerle.”

Ho pensato che la parte più essenziale dell’educazione di un bambino, quella di cui non si parla mai nelle educazioni più curate, sia fargli ben comprendere la sua miseria, la sua debolezza, la sua dipendenza, e, come ha detto mio marito, il pesante giogo della necessità che la natura impone all’uomo; e questo non solo affinché sia consapevole di ciò che si fa per alleviare tale giogo, ma soprattutto affinché conosca fin da piccolo in quale posizione lo ha collocato la Provvidenza, affinché non si elevi al di sopra delle sue possibilità e affinché nulla di umano gli sembri estraneo.

Fin dalla nascita, i giovani, abituati alla dolcezza con cui vengono viziati, agli atti di riguardo che tutti hanno per loro e alla facilità con cui ottengono tutto ciò che desiderano, pensano che tutto debba cedere ai loro capricci. Entrano nel mondo con questo presuntuoso pregiudizio, e spesso non riescono a correggersi se non attraverso umiliazioni, offese e dispiaceri. Vorrei davvero salvare mio figlio da questa seconda e mortificante forma di educazione, dandogli fin dall’inizio una visione più giusta delle cose. All’inizio avevo deciso di accontentarlo in tutto ciò che chiedeva, convinta che i primi impulsi della natura siano sempre buoni e salutari. Ma ho presto capito che, pretendendo di essere obbediti senza limiti, i bambini escono già dallo stato di natura fin dalla nascita e assumono i nostri vizi attraverso il nostro esempio, i loro vizi a causa della nostra indiscrezione. Ho visto che, se avessi accontentato tutti i suoi capricci, questi sarebbero cresciuti con la mia compiacenza; ci sarebbe sempre stato un limite oltre cui non si poteva andare, e il rifiuto gli sarebbe sembrato tanto più insopportabile quanto meno abituato fosse ad esso. Poiché non potevo, nel frattempo che sviluppava la ragione, evitargli ogni dolore, ho preferito che subisse il minore e il più rapido dei dispiaceri. Per rendere un rifiuto meno crudele per lui, l’ho prima abituato ad accettare i rifiuti; e per risparmiargli lunghi dolori, lamenti e ribellioni, ho reso ogni rifiuto irrevocabile. È vero che faccio del mio meglio in questo senso, e ci penso bene prima di arrivare a tale decisione. Tutto ciò che gli viene concesso avviene senza condizioni, non appena ne fa richiesta; siamo molto indulgenti in questo. Ma lui non ottiene mai nulla attraverso l’insistenza; né le lacrime né i complimenti servono a nulla. Ne è così convinto che ha smesso di usarli. Dal primo momento prende la sua decisione, e non si preoccupa affatto se gli viene rifiutato un cioccolatino che desidera mangiare o un uccellino che vuole tenere. Sa bene che è impossibile ottenerli. Non vede nulla di negativo in ciò che gli viene tolto, se non il fatto che non è stato in grado di tenerlo; né in ciò che gli viene rifiutato, se non il fatto che non è stato in grado di ottenerlo. E invece di arrabbiarsi con chi gli resiste, accetta semplicemente la situazione. Un momento! disse lei un po’ bruscamente, vedendo che stavo per rispondere. Presagisco la vostra obiezione. Vi spiego subito.

Ce qui nourrit les criailleries des enfants, c’est l’attention qu’on y fait, soit pour leur céder, soit pour les contrarier. Il ne leur faut quelquefois pour pleurer tout un jour, que s’apercevoir qu’on ne veut pas qu’ils pleurent. Qu’on les flatte ou qu’on les menace, les moyens qu’on prend pour les faire taire sont tous pernicieux et presque toujours sans effet. Tant qu’on s’occupe de leurs pleurs, c’est une raison pour eux de les continuer ; mais ils s’en corrigent bientôt quand ils voient qu’on n’y prend pas garde ; car, grands et petits, nul n’aime à prendre une peine inutile. Voilà précisément ce qui est arrivé à mon aîné. C’était d’abord un petit criard qui étourdissait tout le monde ; et vous êtes témoin qu’on ne l’entend pas plus à présent dans la maison que s’il n’y avait point d’enfant. Il pleure quand il souffre ; c’est la voix de la nature qu’il ne faut jamais contraindre ; mais il se tait à l’instant qu’il ne souffre plus. Aussi fais-je une très grande attention à ses pleurs, bien sûre qu’il n’en verse jamais en vain. Je gagne à cela de savoir à point nommé quand il sent de la douleur et quand il n’en sent pas, quand il se porte bien et quand il est malade ; avantage qu’on perd avec ceux qui pleurent par fantaisie et seulement pour se faire apaiser. Au reste j’avoue que ce point n’est pas facile à obtenir des nourrices et des gouvernantes : car, comme rien n’est plus ennuyeux que d’entendre toujours lamenter un enfant, et que ces bonnes femmes ne voient jamais que l’instant présent, elles ne songent pas qu’à faire taire l’enfant aujourd’hui il en pleurera demain davantage. Le pis est que l’obstination qu’il contracte tire à conséquence dans un âge avancé. La même cause qui le rend criard à trois ans le rend mutin à douze, querelleur à vingt, impérieux à trente, et insupportable toute sa vie.

Je viens maintenant à vous, me dit-elle en souriant. Dans tout ce qu’on accorde aux enfants ils voient aisément le désir de leur complaire ; dans tout ce qu’on en exige ou qu’on leur refuse ils doivent supposer des raisons sans les demander. C’est un autre avantage qu’on gagne à user avec eux d’autorité plutôt que de persuasion dans les occasions nécessaires : car, comme il n’est pas possible qu’ils n’aperçoivent quelquefois la raison qu’on a d’en user ainsi, il est naturel qu’ils la supposent encore quand ils sont hors d’état de la voir. Au contraire, dès qu’on a soumis quelque chose à leur jugement, ils prétendent juger de tout, ils deviennent sophistes, subtils, de mauvaise foi, féconds en chicanes, cherchant toujours à réduire au silence ceux qui ont la faiblesse de s’exposer à leurs petites lumières. Quand on est contraint de leur rendre compte des choses qu’ils ne sont point en état d’entendre, ils attribuent au caprice la conduite la plus prudente, sitôt qu’elle est au-dessus de leur portée. En un mot, le seul moyen de les rendre dociles à la raison n’est pas de raisonner avec eux, mais de les bien convaincre que la raison est au-dessus de leur âge : car alors ils la supposent du côté où elle doit être, à moins qu’on ne leur donne un juste sujet de penser autrement. Ils savent bien qu’on ne veut pas les tourmenter quand ils sont sûrs qu’on les aime ; et les enfants se trompent rarement là-dessus. Quand donc je refuse quelque chose aux miens, je n’argumente point avec eux, je ne leur dis point pourquoi je ne veux pas, mais je fais en sorte qu’ils le voient, autant qu’il est possible, et quelquefois après coup. De cette manière ils s’accoutument à comprendre que jamais je ne les refuse sans en avoir une bonne raison, quoiqu’ils ne l’aperçoivent pas toujours.

Fondée sur le même principe, je ne souffrirai pas non plus que mes enfants se mêlent dans la conversation des gens raisonnables, et s’imaginent sottement y tenir leur rang comme les autres, quand on y souffre leur babil indiscret. Je veux qu’ils répondent modestement et en peu de mots quand on les interroge, sans jamais parler de leur chef, et surtout sans qu’ils s’ingèrent à questionner hors de propos les gens plus âgés qu’eux auxquels ils doivent du respect. »

« En vérité, Julie, dis-je en l’interrompant, voilà bien de la rigueur pour une mère aussi tendre ! Pythagore n’était pas plus sévère à ses disciples que vous l’êtes aux vôtres. Non seulement vous ne les traitez pas en hommes, mais on dirait que vous craignez de les voir cesser trop tôt d’être enfants. Quel moyen plus agréable et plus sûr peuvent-ils avoir de s’instruire que d’interroger sur les choses qu’ils ignorent les gens plus éclairés qu’eux ? Que penseraient de vos maximes les dames de Paris, qui trouvent que leurs enfants ne jasent jamais assez tôt ni assez longtemps, et qui jugent de l’esprit qu’ils auront étant grands par les sottises qu’ils débitent étant jeunes ? Wolmar me dira que cela peut être bon dans un pays où le premier mérite est de bien babiller, et où l’on est dispensé de penser pourvu qu’on parle. Mais vous qui voulez faire à vos enfants un sort si doux, comment accorderez-vous tant de bonheur avec tant de contrainte, et que devient parmi toute cette gêne la liberté que vous prétendez leur laisser ? »

Quoi donc ? a-t-elle repris à l’instant, est-ce gêner leur liberté que de les empêcher d’attenter à la nôtre, et ne sauraient-ils être heureux à moins que toute une compagnie en silence n’admire leurs puérilités ? Empêchons leur vanité de naître, ou du moins arrêtons-en les progrès ; c’est là vraiment travailler à leur félicité ; car la vanité de l’homme est la source de ses plus grandes peines, et il n’y a personne de si parfait et de si fêté, à qui elle ne donne encore plus de chagrins que de plaisirs[182].

Que peut penser un enfant de lui-même, quand il voit autour de lui tout un cercle de gens sensés l’écouter, l’agacer, l’admirer, attendre avec un lâche empressement les oracles qui sortent de sa bouche, et se récrier avec des retentissements de joie à chaque impertinence qu’il dit ? La tête d’un homme aurait bien de la peine à tenir à tous ces faux applaudissements ; jugez de ce que deviendra la sienne ! Il en est du babil des enfants comme des prédictions des almanachs. Ce serait un prodige si, sur tant de vaines paroles, le hasard ne fournissait jamais une rencontre heureuse. Imaginez ce que font alors les exclamations de la flatterie sur une pauvre mère déjà trop abusée par son propre coeur, et sur un enfant qui ne sait ce qu’il dit et se voit célébrer ! Ne pensez pas que pour démêler l’erreur je m’en garantisse : non, je vois la faute, et j’y tombe ; mais si j’admire les reparties de mon fils, au moins je les admire en secret ; il n’apprend point, en me les voyant applaudir, à devenir babillard et vain, et les flatteurs, en me les faisant répéter, n’ont pas le plaisir de rire de ma faiblesse.

Un jour qu’il nous était venu du monde, étant allée donner quelques ordres, je vis en rentrant quatre ou cinq grands nigauds occupés à jouer avec lui, et s’apprêtant à me raconter d’un air d’emphase je ne sais combien de gentillesses qu’ils venaient d’entendre, et dont ils semblaient tout émerveillés. Messieurs, leur dis-je assez froidement, je ne doute pas que vous ne sachiez faire dire à des marionnettes de fort jolies choses ; mais j’espère qu’un jour mes enfants seront hommes, qu’ils agiront et parleront d’eux-mêmes, et alors j’apprendrai toujours dans la joie de mon coeur tout ce qu’ils auront dit et fait de bien. Depuis qu’on a vu que cette manière de faire sa cour ne prenait pas, on joue avec mes enfants comme avec des enfants, non comme avec Polichinelle ; il ne leur vient plus de compère, et ils en valent sensiblement mieux depuis qu’on ne les admire plus.

What fuels a child’s crying is the attention it receives—whether in the form of indulgence or opposition. Sometimes, all it takes for them to cry throughout the day is to realize that their tears are not wanted. Whether we flatter them or threaten them, the methods used to make them stop are invariably harmful and almost always ineffective. As long as we pay attention to their cries, it gives them reason to continue; but they soon learn to stop when they see that we no longer take it seriously—for after all, neither adults nor children enjoy enduring unnecessary suffering. This is precisely what happened to my eldest child. At first, he was a little crybaby who distracted everyone around him; but now, you can’t hear him crying in the house at all, as if there were no child there at all. He cries when he is in pain—that’s the natural response that should never be suppressed—but he stops immediately once the pain subsides. Therefore, I pay very close attention to his cries, certain that they are never unnecessary. This allows me to accurately determine when he is in discomfort and when he is fine; an advantage that is lost with those children who cry for no reason, merely to get their way. Admittedly, this is not an easy task to achieve with nannies and governesses—after all, nothing is more annoying than listening to a child whine constantly, and since these women only consider the present moment, they never think about the consequences of their actions: silencing a child today may mean even more crying tomorrow. Worse still, such persistence can have serious effects as the child grows older. The same behavior that makes them cry at three years old can turn them into rebellious teenagers, argumentative young adults, domineering adults—and make their entire life unbearable.

“Now, it’s your turn,” she said to me with a smile. “In everything that is given to children, they easily perceive the desire to please them; in everything that is demanded of them or denied them, they are forced to assume reasons without being asked. This is another advantage of using authority rather than persuasion with them in necessary situations—because since it is impossible for them not to sometimes notice the reason behind such behavior, it is only natural for them to assume it when they are unable to see it themselves. On the contrary, once something is submitted to their judgment, they claim to be able to judge everything; they become sophists, subtle, deceitful, and full of tricks, always trying to silence those who are foolish enough to expose themselves to their weak understanding. When we are forced to explain things that they are not capable of understanding, they attribute the most prudent actions to mere caprice, whenever these actions go beyond their comprehension. In short, the only way to make them obedient to reason is not to reason with them, but to convince them firmly that reason is beyond their age—because then they will assume it exists wherever it ought to be, unless we give them legitimate reasons to think otherwise. They know very well that we do not want to torment them when we are sure we love them; and children are rarely mistaken about such things. Therefore, when I refuse something to my children, I do not argue with them or tell them why I refuse it—I simply make sure they understand as much as possible, sometimes even afterwards. In this way, they come to accept that I never refuse them without a good reason, even if they cannot always see it.”

Based on the same principle, I would not tolerate my children interfering in the conversations of reasonable people, nor would I allow them to foolishly imagine that they could take their place among them just like everyone else, especially since their indiscreet chatter causes trouble. I want them to respond modestly and concisely when questioned, never mentioning their leader, and above all, not to interfere by asking irrelevant questions to those older than them whom they should respect.

“Indeed, Julie,” I interjected, “that is quite strict for a mother so tender! Pythagoras was no more severe with his disciples than you are with yours. Not only do you not treat them as men, but it seems as if you fear they might stop being children too soon. What more pleasant and sure method could they have of learning than to ask those who know more about things they do not understand? What would the ladies of Paris think of your principles? They believe their children should chatter as much and for as long as possible, and judge their future intelligence by the foolish things they say when young. Wolmar might argue that this is acceptable in a country where the greatest merit is being able to talk well, and where one need not think at all so long as one speaks. But you, who wish to bestow such kindness upon your children—how can you combine so much happiness with so much restraint? And what becomes of the freedom you claim to be giving them amidst all this restraint?”

“What then?” she retorted immediately. “Is it really hindering their freedom to prevent them from attempting to harm ours? And can they possibly be happy unless a whole company of people silently admires their childishness? Let us prevent their vanity from arising, or at least stop its progress; that is truly working towards their happiness—for man’s vanity is the source of his greatest pains, and there is no one, no matter how perfect or celebrated, who does not experience more sorrow than pleasure because of it[182].”

What can a child think of himself when he sees around him a whole circle of people who are supposed to listen to him, annoy him, admire him, and eagerly await the “oracles” that come from his mouth, exclaiming in joy at every impertinence he utteres? Even an adult’s head would struggle to cope with all such false applause; imagine what happens to a child’s! The chatter of children is just like the predictions in almanacs. It would be a miracle if, amidst so much empty talk, chance ever led to a happy outcome. Imagine what happens when flattery fills the air around a poor mother who has already been too much abused by her own heart, and a child who doesn’t know what he’s saying but is still celebrated for it! Don’t think that I claim to be able to distinguish right from wrong in such situations: no, I see the mistakes, and I make them myself. But when I admire my son’s responses, at least I do so in secret. He doesn’t learn to become gossipy and vain by seeing me praise him; and those who flatter him by making him repeat these things don’t get the pleasure of laughing at my weakness.

One day, while he was in the world with us and I had gone to give some orders, on my return I saw four or five rather foolish people playing with him. They were about to tell me, with great emphasis, all sorts of kind things they had just heard and which seemed to fill them with amazement. “Messieurs,” I said rather coldly, “I doubt that you cannot make marionettes say very pretty things; but I hope that one day my children will grow up to be men who will act and speak for themselves. Then, in the joy of my heart, I will always learn everything good they have done and said.” Since it became clear that this way of “courting” them was not effective, people now play with my children just like they would with ordinary children—not as if they were Polichinelle. They no longer have any “comrades,” and in fact, they are far better off now that people no longer admire them in such a way.

Ciò che alimenta i pianti dei bambini è l’attenzione che ricevono, sia che si voglia cedere loro sia che si voglia contrariarli. A volte, per piangere tutto il giorno, basta loro rendersi conto che non si vuole che piangano. Che si li lodi o che si li minacci, i metodi utilizzati per farli tacere sono tutti dannosi e quasi sempre inefficaci. Finché ci si occupa dei loro pianti, questi ne sono una ragione per continuare; ma presto si correggono quando vedono che non se ne fa caso, perché, grandi o piccoli, nessuno ama sforzarsi inutilmente. È esattamente ciò che è successo al mio figlio maggiore: all’inizio era un bambino che piangeva in modo incessante; e voi stessi potete testimoniare che ora in casa non si sente più il suo pianto, come se non ci fosse alcun bambino. Piange quando soffre; è la voce della natura che non deve mai essere repressa; ma tace immediatamente non appena smette di soffrire. Per questo presto molta attenzione ai suoi pianti, sicura che non li ha mai per niente inutilmente. Questo mi permette di sapere con precisione quando prova dolore e quando no, quando sta bene e quando è malato; un vantaggio che si perde con quei bambini che piangono per capriccio o semplicemente per farsi calmare. Devo ammettere che non è facile ottenere questo risultato dalle tate e dalle governanti: infatti, poiché nulla è più noioso che ascoltare sempre un bambino piangere, e queste donne pensano solo al momento presente, non considerano che se oggi fanno tacere il bambino, domani piangerà ancora di più. Il peggio è che questa ostinazione ha conseguenze anche in età avanzata: la stessa causa che lo rendeva un bambino piagnucolone a tre anni lo rende ribelle a dodici, litigioso a venti, prepotente a trenta, e insopportabile per tutta la vita.

Ora tocca a voi, mi disse sorridendo. In tutto ciò che viene concesso ai bambini, essi scorgono facilmente il desiderio di compiacerli; in tutto ciò che viene loro richiesto o rifiutato, devono supporre delle ragioni senza chiederle esplicitamente. Questo è un altro vantaggio derivante dall’uso dell’autorità piuttosto che della persuasione nei momenti necessari: poiché non è possibile che essi non percepiscano talvolta il motivo per cui si agisce in questo modo, è naturale che lo suppongano anche quando non sono in grado di comprenderlo. Al contrario, non appena si lascia che giudichino qualcosa, pretendono di poter giudicare su tutto; diventano sofisti, subdoli, malintenzionati, pieni di astuzie, cercando sempre di far tacere coloro che hanno la debolezza di esporre le proprie idee alle loro “piccole luci”. Quando si è costretti a spiegare loro cose che non sono in grado di comprendere, attribuiscono al capriccio le decisioni più sagge, appena queste risultano al di là della loro capacità di comprensione. In breve, l’unico modo per renderli docili alla ragione non è discutere con loro, ma convincerli fermamente che la ragione sia al di sopra del loro livello intellettivo: in questo modo, essa verrà supposta da parte loro nel luogo giusto, a meno che non venga data loro una valida ragione per pensare diversamente. Sanno bene che nessuno vuole tormentarli quando sono certi che si viene a loro incontro con affetto; e i bambini di solito non si sbagliano in questo. Quindi, quando rifiuto qualcosa ai miei figli, non discuto con loro, non gli spiego il motivo del mio rifiuto, ma faccio in modo che lo comprendano, per quanto possibile, a volte anche in un secondo momento. In questo modo si abituano ad accettare che i miei rifiuti siano sempre motivati da ragioni valide, anche se non riescono sempre a comprenderle.

Basata sullo stesso principio, non tollererò nemmeno che i miei figli si intromettano nelle conversazioni delle persone ragionevoli, immaginando scioccatamente di potervi partecipare allo stesso modo degli altri, quando in realtà il loro chiacchiericcio indiscreto rappresenta un disturbo. Voglio che rispondano modestamente e con poche parole quando vengono interpellati, senza mai menzionare il loro “capo”, e soprattutto senza osare porre domande inopportune alle persone più anziane di loro verso le quali devono mostrare rispetto.

“Veramente, Julie,” le dissi interrompendola, “che rigore per una madre così tenera! Pitagora non era più severo con i suoi discepoli di quanto lo siate voi con i vostri. Non solo non li trattate come uomini, ma sembra che temiate che smettano troppo presto di essere bambini. Qual mezzo più piacevole e sicuro possono avere per imparare se non quello di porre domande su ciò che ignorano alle persone più istruite di loro? Cosa penserebbero delle vostre massime le dame di Parigi, quelle che ritengono che i loro figli non chiacchierino mai abbastanza presto né abbastanza a lungo, e che giudicano dello spirito che avranno da grandi in base alle sciocchezze che dicono da piccoli? Wolmar potrebbe dire che questo metodo sia adatto in un paese dove il primo merito è saper parlare bene, e dove si può essere esentati dal pensare purché si parli. Ma voi, che volete riservare ai vostri figli una sorte così dolce, come potrete conciliare tanto felicità con tante restrizioni? E cosa diventa, in mezzo a tutta questa costrizione, la libertà che pretendete di lasciar loro?”

“Che cosa dunque?”, riprese all’istante, “è forse impedire loro di attentare alla nostra libertà che li ostacola nel realizzare la loro stessa felicità? Non potrebbero essere veramente felici se non fosse per l’ammirazione silenziosa di un intero gruppo delle loro sciocchezze. Impediamo che la loro vanità nasca, o almeno arrestiamo il suo sviluppo: è proprio questo che contribuisce alla loro vera felicità. Infatti, la vanità umana è la fonte dei suoi maggiori dolori; e non esiste nessuno, per quanto perfetto o ammirato possa essere, a cui essa non causi più dolore che piacere[182].”

Cosa può pensare un bambino di se stesso quando vede intorno a sé un intero cerchio di persone che lo ascoltano, lo irritano, lo ammirano, attendono con ansia gli “oracoli” che escono dalla sua bocca e esultano ogni volta che dice qualcosa di impertinente? La testa di un adulto avrebbe difficoltà a sopportare tutti questi falsi applausi; immaginate dunque cosa ne sarà della testa di un bambino! Il balbettio dei bambini è simile alle previsioni degli almanacchi: sarebbe davvero un miracolo se, tra tante parole vane, il caso non portasse mai a qualche incontro fortunato. Immaginate cosa succede quando le lodi e gli elogi colpiscono una povera madre già troppo sopraffatta dal proprio cuore, e un bambino che non sa nemmeno ciò che dice ma viene comunque celebrato. Non pensiate che io mi assicuri sempre di distinguere il vero dal falso: no, vedo gli errori, ma vi incappo dentro; tuttavia, anche se ammiro le risposte del mio figlio, lo faccio in segreto. Lui non impara a diventare vanitoso e sciocco vedendomi applaudire le sue parole, e i lusinghieri, facendomi ripetere quelle stesse cose, non hanno il piacere di ridere della mia debolezza.

Un giorno, mentre ero andata a dare alcuni ordini nel mondo esterno, al mio ritorno vidi quattro o cinque grandi sciocchi occupati a giocare con i miei bambini, e pronti a raccontarmi, con aria solenne, chissà quali “gentilezze” avevano appena ascoltato, di cui sembravano davvero meravigliati. Signori, dissi loro piuttosto freddamente, non dubito che sappiate far dire alle marionette cose molto belle; ma spero che un giorno i miei figli diventino uomini, che agiscano e parlino da soli. E allora, con gioia nel cuore, saprò sempre tutto ciò che avranno detto e fatto di buono. Da quando si è visto che questo modo di “farsi corteggiare” non funzionava, la gente gioca con i miei bambini come se fossero semplici bambini. Non più come con Polichinelle; non hanno più nessuno che li aduli, e sono senz’altro molto meglio ora che non vengono più ammirati.

À l’égard des questions, on ne les leur défend pas indistinctement. Je suis la première à leur dire de demander doucement en particulier à leur père ou à moi tout ce qu’ils ont besoin de savoir ; mais je ne souffre pas qu’ils coupent un entretien sérieux pour occuper tout le monde de la première impertinence qui leur passe par la tête. L’art d’interroger n’est pas si facile qu’on pense. C’est bien plus l’art des maîtres que des disciples ; il faut avoir déjà beaucoup appris de choses pour savoir demander ce qu’on ne sait pas. Le savant sait et s’enquiert, dit un proverbe indien ; mais l’ignorant ne sait pas même de quoi s’enquérir[183]. Faute de cette science préliminaire, les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions ineptes qui ne servent à rien, ou profondes et scabreuses, dont la solution passe leur portée ; et puisqu’il ne faut pas qu’ils sachent tout, il importe qu’ils n’aient pas le droit de tout demander. Voilà pourquoi, généralement parlant, ils s’instruisent mieux par les interrogations qu’on leur fait que par celles qu’ils font eux-mêmes.

Quand cette méthode leur serait aussi utile qu’on croit, la première et la plus importante science qui leur convient n’est-elle pas d’être discrets et modestes ? et y en a-t-il quelque autre qu’ils doivent apprendre au préjudice de celle-là ? Que produit donc dans les enfants cette émancipation de paroles avant l’âge de parler, et ce droit de soumettre effrontément les hommes à leur interrogatoire ? De petits questionneurs babillards, qui questionnent moins pour s’instruire que pour importuner, pour occuper d’eux tout le monde, et qui prennent encore plus de goût à ce babil par l’embarras où ils s’aperçoivent que jettent quelquefois leurs questions indiscrètes, en sorte que chacun est inquiet aussitôt qu’ils ouvrent la bouche. Ce n’est pas tant un moyen de les instruire que de les rendre étourdis et vains ; inconvénient plus grand à mon avis que l’avantage qu’ils acquièrent par là n’est utile ; car par degrés l’ignorance diminue, mais la vanité ne fait jamais qu’augmenter.

Le pis qui pût arriver de cette réserve trop prolongée serait que mon fils en âge de raison eût la conversation moins légère, le propos moins vif et moins abondant ; et en considérant combien cette habitude de passer sa vie à dire des riens rétrécit l’esprit, je regarderais plutôt cette heureuse stérilité comme un bien que comme un mal. Les gens oisifs, toujours ennuyés d’eux-mêmes, s’efforcent de donner un grand prix à l’art de les amuser, et l’on dirait que le savoir-vivre consiste à ne dire que de vaines paroles, comme à ne faire que des dons inutiles ; mais la société humaine a un objet plus noble, et ses vrais plaisirs ont plus de solidité. L’organe de la vérité, le plus digne organe de l’homme, le seul dont l’usage le distingue des animaux, ne lui a point été donné pour n’en pas tirer un meilleur parti qu’ils ne font de leurs cris. Il se dégrade au-dessous d’eux quand il parle pour ne rien dire, et l’homme doit être homme jusque dans ses délassements. S’il y a de la politesse à étourdir tout le monde d’un vain caquet, j’en trouve une bien plus véritable à laisser parler les autres par préférence, à faire plus grand cas de ce qu’ils disent que de ce qu’on dirait soi-même, et à montrer qu’on les estime trop pour croire les amuser par des niaiseries. Le bon usage du monde, celui qui nous y fait le plus rechercher et chérir, n’est pas tant d’y briller que d’y faire briller les autres, et de mettre, à force de modestie, leur orgueil plus en liberté. Ne craignons pas qu’un homme d’esprit, qui ne s’abstient de parler que par retenue et discrétion, puisse jamais passer pour un sot. Dans quelque pays que ce puisse être, il n’est pas possible qu’on juge un homme sur ce qu’il n’a pas dit, et qu’on le méprise pour s’être tu. Au contraire, on remarque en général que les gens silencieux en imposent, qu’on s’écoute devant eux, et qu’on leur donne beaucoup d’attention quand ils parlent ; ce qui, leur laissant le choix des occasions, et faisant qu’on ne perd rien de ce qu’ils disent, met tout l’avantage de leur côté. Il est si difficile à l’homme le plus sage de garder toute sa présence d’esprit dans un long flux de paroles, il est si rare qu’il ne lui échappe des choses dont il se repent à loisir, qu’il aime mieux retenir le bon que risquer le mauvais. Enfin, quand ce n’est pas faute d’esprit qu’il se tait, s’il ne parle pas, quelque discret qu’il puisse être, le tort en est à ceux qui sont avec lui.

Mais il y a bien loin de six ans à vingt : mon fils ne sera pas toujours enfant, et à mesure que sa raison commencera de naître, l’intention de son père est bien de la laisser exercer. Quant à moi, ma mission ne va pas jusque-là. Je nourris des enfants et n’ai pas la présomption de vouloir former des hommes. J’espère, dit-elle en regardant son mari, que de plus dignes mains se chargeront de ce noble emploi. Je suis femme et mère, je sais me tenir à mon rang. Encore une fois, la fonction dont je suis chargée n’est pas d’élever mes fils, mais de les préparer pour être élevés.

Je ne fais même en cela que suivre de point en point le système de M. de Wolmar ; et plus j’avance, plus j’éprouve combien il est excellent et juste, et combien il s’accorde avec le mien. Considérez mes enfants, et surtout l’aîné ; en connaissez-vous de plus heureux sur la terre, de plus gais, de moins importuns ? Vous les voyez sauter, rire, courir toute la journée, sans jamais incommoder personne. De quels plaisirs, de quelle indépendance leur âge est-il susceptible, dont ils ne jouissent pas ou dont ils abusent ? Ils se contraignent aussi peu devant moi qu’en mon absence. Au contraire, sous les yeux de leur mère ils ont toujours un peu plus de confiance ; et quoique je sois l’auteur de toute la sévérité qu’ils éprouvent, ils me trouvent toujours la moins sévère, car je ne pourrais supporter de n’être pas ce qu’ils aiment le plus au monde.

Les seules lois qu’on leur impose auprès de nous sont celles de la liberté même, savoir, de ne pas plus gêner la compagnie qu’elle ne les gêne, de ne pas crier plus haut qu’on ne parle ; et comme on ne les oblige point de s’occuper de nous, je ne veux pas non plus qu’ils prétendent nous occuper d’eux. Quand ils manquent à de si justes lois, toute leur peine est d’être à l’instant renvoyés, et tout mon art, pour que c’en soit une, de faire qu’ils ne se trouvent nulle part aussi bien qu’ici. À cela près, on ne les assujettit à rien ; on ne les force jamais de rien apprendre ; on ne les ennuie point de vaines corrections ; jamais on ne les reprend ; les seules leçons qu’ils reçoivent sont des leçons de pratique prises dans la simplicité de la nature. Chacun, bien instruit là-dessus, se conforme à mes intentions avec une intelligence et un soin qui ne me laissent rien à désirer, et si quelque faute est à craindre, mon assiduité la prévient ou la répare aisément.

Hier, par exemple, l’aîné, ayant ôté un tambour au cadet, l’avait fait pleurer. Fanchon ne dit rien ; mais une heure après, au moment que le ravisseur en était le plus occupé, elle le lui reprit : il la suivait en le lui redemandant et pleurant à son tour. Elle lui dit : « Vous l’avez pris par force à votre frère ; je vous le reprends de même. Qu’avez-vous à dire ? Ne suis-je pas la plus forte ? » Puis elle se mit à battre la caisse à son imitation, comme si elle y eût pris beaucoup de plaisir. Jusque-là tout était à merveille. Mais quelque temps après elle voulut rendre le tambour au cadet : alors je l’arrêtai ; car ce n’était plus la leçon de la nature, et de là pouvait naître un premier germe d’envie entre les deux frères. En perdant le tambour, le cadet supporta la dure loi de la nécessité ; l’aîné sentit son injustice ; tous deux connurent leur faiblesse, et furent consolés le moment d’après.

Regarding questions, one should not present them to them in a vague or indiscriminate manner. I am the first to advise them to ask gently, especially their father or me, for everything they need to know; but I do not tolerate them interrupting a serious conversation just to ask the first thing that comes to mind, no matter how irrelevant it may be. The art of asking questions is not as simple as one might think. It is far more the domain of masters than of disciples; one must have already learned a great deal before knowing how to ask for what one does not know. As an Indian proverb says, “The wise man knows and inquires”; but the ignorant person does not even know what it is worth inquiring about[183]. Lacking this preliminary knowledge, children who are free to ask questions almost always pose either irrelevant or overly profound ones whose answers are beyond their understanding. And since it is not necessary for them to know everything, it is important that they not be allowed to ask about anything. This is why, in general, they learn more through the questions that others pose to them than through those they ask themselves.

If this method were truly as useful to them as one might believe, wouldn’t the first and most important quality they should cultivate be discretion and modesty? And is there any other skill they ought to learn at the expense of this one? What effect, then, does this premature habit of speaking have on children—this right to brazenly subject others to their questioning? They become little, chatterbox questioners who ask less in order to learn and more in order to annoy everyone around them, taking even greater pleasure in their own babbling when they realize how their indiscreet questions sometimes cause embarrassment, so that everyone grows uneasy whenever they open their mouths. This approach serves less to educate them than to confuse and inflate their egos; in my view, the disadvantages far outweigh any potential benefits they may gain, for while ignorance gradually diminishes, vanity only continues to grow.

The worst thing that could happen as a result of such prolonged inactivity would be that my son, at an age when he should be capable of rational thought, would become less witty in his conversation, less lively and less expressive in his speech. And considering how this habit of spending one’s life saying trivial things actually stifles the mind, I would regard this seemingly “happy” state of sterility as a blessing rather than a curse. Idle people, always bored with themselves, strive to place great value on the art of amusing others; it seems as if good manners consist merely in uttering empty words or making useless gifts. But human society has nobler objectives, and its true pleasures are far more substantial. The faculty for truth—the most dignified instrument of the human mind, the only one that truly distinguishes us from animals—has not been given to us simply so that we might use it in the same frivolous manner as they do with their cries. When we employ this gift merely to say nothing, we degrade ourselves below them; man must remain a man, even in his leisure time. If there is any politeness in filling everyone’s ears with empty chatter, I consider far greater politeness in giving others the chance to speak, in valuing what they have to say more than what we might say ourselves, and in showing that we respect them enough not to think we can amuse them with trivialities. The true way to conduct oneself in society—the way that makes us most sought after and cherished—is not so much about shining brightly ourselves as about enabling others to shine; it is about using humility to free their pride and allow it to express itself fully. Let us not fear that a man of wit, who refrains from speaking out of restraint and discretion, will ever be regarded as foolish. In any country whatsoever, it is impossible to judge a person based on what he has not said; on the contrary, people generally find those who remain silent to be impressive, that others listen attentively when they speak, and that giving them the opportunity to express themselves ensures that we gain everything from their words. It is far too difficult for even the wisest man to maintain his composure throughout a long speech; it is all too common for him to say things of which he later regrets. Therefore, it is better to refrain from saying the wrong thing than to risk saying nothing at all. Finally, when a person remains silent—not out of lack of wit but for some other reason—the fault lies with those who are in his company.

But there is a great difference between six years and twenty: my son will not always be a child, and as his reason begins to develop, it is precisely my intention to allow him to exercise it. As for me, my role does not extend that far. I am responsible for feeding children; I do not presume to have the task of shaping men. “I hope,” she said, looking at her husband, “that more worthy hands will take on this noble duty. I am a woman and a mother; I know how to keep my place. Once again, the role I am entrusted with is not to raise my sons myself, but to prepare them for being raised by others.”

In doing this, I am merely following in detail the system established by Mr. de Wolmar; and the more I proceed, the more I realize how excellent and just it is—and how well it corresponds with my own methods. Consider my children, especially the eldest one; do you know of any happier, more cheerful, or less troublesome children on earth? You see them jumping, laughing, running all day long, never causing anyone any trouble. What pleasures, what independence is their age capable of offering them—yet they neither enjoy nor abuse these possibilities. They restrain themselves even less in my presence than when I am not around. On the contrary, in front of their mother, they always feel a bit more at ease; and although I am the one who imposes all this discipline on them, they consider me to be the least strict, for I could never bear to be anything other than what they love most in the world.

The only rules that are imposed upon them in our presence are those of freedom itself—namely, not to disturb others any more than they disturb us, and not to speak any louder than others do. Since we do not force them to attend to us, I also refuse to expect them to attend to us. When they fail to abide by such just rules, their only consequence is being sent away immediately; my role is merely to ensure that they find themselves just as well elsewhere. Apart from this, we impose nothing upon them; we never force them to learn anything; we do not bother them with meaningless reprimands; we never scold them. The only lessons they receive are practical lessons learned in the simplicity of nature. Everyone who is properly instructed in these matters follows my intentions with such intelligence and care that I have nothing to wish for. And if any mistakes might be made, my constant vigilance prevents or easily corrects them.

For example, yesterday, the older brother took a drum away from the younger one and made him cry. Fanchon said nothing; but an hour later, when the abductor was least paying attention, she took it back from him. He followed her, begging for it back while crying himself. She said to him, “You took it by force from your brother; I am taking it back in the same way. What do you have to say? Am I not the stronger one?” Then she began to play the drum imitating him, as if she enjoyed it greatly. Up until then, everything had gone perfectly well. But after a while, she tried to give the drum back to the younger brother; then I stopped her—because it was no longer an example set by nature, and such an action could have planted the first seeds of envy between the two brothers. By losing the drum, the younger brother had to endure the harsh realities of necessity; the older brother realized his own injustice; both of them understood their own weaknesses—and were comforted in the very next moment.

Per quanto riguarda le domande, non vengono loro presentate in modo indiscriminato. Sono la prima a dir loro di chiedere con gentilezza, e specificamente al padre o a me, tutto ciò che hanno bisogno di sapere; tuttavia, non tollero che interrompano una conversazione seria solo per porre la prima domanda sciocca che gli viene in mente. L’arte di interrogare non è così semplice come si potrebbe pensare: è piuttosto un’arte dei maestri, non dei discepoli; bisogna aver già imparato molto per sapere cosa chiedere di ciò che non si conosce. Un proverbio indiano dice: “Il sapiente sa e chiede”; l’ignorante, invece, non sa nemmeno di cosa dovrebbe chiedere[183]. Senza questa conoscenza preliminare, i bambini liberi pongono quasi sempre domande inutili o troppo profonde per la loro comprensione; e poiché non è necessario che sappiano tutto, è importante che non abbiano il diritto di chiedere qualsiasi cosa. Ecco perché, in generale, imparano meglio attraverso le domande che gli vengono poste piuttosto che attraverso quelle che pongono loro stessi.

Se questo metodo fosse davvero così utile come si crede, non sarebbe forse la prima e più importante lezione che dovrebbero imparare i bambini quella della discrezione e della modestia? Esiste forse qualche altra virtù che debbano coltivare a scapito di queste? Che cosa produce in loro questa tendenza ad esprimersi troppo presto, prima ancora di aver imparato a parlare, e questo diritto di sottoporre gli altri ai propri interrogatori in modo così sfacciato? Bambini che chiedono continuamente, meno per imparare che per infastidire, per attirare l’attenzione su di sé, e che trovano ancora più piacere in questo comportamento quando si rendono conto dell’imbarazzo che causano con le loro domande indiscrete, tanto che tutti diventano ansiosi non appena aprono bocca. Questo metodo non serve tanto ad istruirli quanto a renderli confusi e vanitosi; un danno molto maggiore, a mio parere, rispetto al possibile beneficio che ne traggono. Infatti, sebbene l’ignoranza diminuisca gradualmente, la vanità, invece, aumenta sempre di più.

Il peggio che potesse accadere a causa di questa riservatezza eccessivamente prolungata sarebbe che mio figlio, ormai in età di ragionare, avesse conversazioni meno leggere, discorsi meno vivaci e meno abbondanti; e considerando quanto questa abitudine di trascorrere la vita a dire cose insignificanti restringa l’intelligenza, preferirei considerare questa “felice sterilità” come un bene piuttosto che come un male. Le persone oziose, sempre annoiate da se stesse, si sforzano di attribuire grande valore all’arte di divertirsi; sembrerebbe quasi che l’essere educati consista nel dire solo parole vuote, o nel fare doni inutili. Ma la società umana ha uno scopo più nobile, e i suoi veri piaceri sono molto più solidi. L’organo della verità, l’organo più degno dell’uomo, l’unico che lo distingue dagli animali, non gli è stato dato affinché non ne potesse trarre maggior beneficio di quanto facciano essi con i loro versi. L’uomo degrada al di sotto degli animali quando parla solo per dire nulla; deve essere uomo anche nei suoi momenti di svago. Se c’è della cortesia nel distrarre tutti con chiacchiere vuote, io ne vedo una molto più vera nel lasciare che siano gli altri a parlare, nel dare maggiore importanza a ciò che dicono piuttosto che a ciò che si direbbe oneself, e nel dimostrare di stimarli troppo per credere di poterli divertire con sciocchezze. Il buon modo di comportarsi in società, quello che ci spinge ad essa con maggiore desiderio e affetto, non consiste tanto nel brillare noi stessi, quanto nel far brillare gli altri; e nel dare, attraverso la modestia, maggior libertà al loro orgoglio. Non temiamo che un uomo di spirito, che si astiene dal parlare solo per riservatezza e discrezione, possa mai essere considerato uno sciocco. In qualsiasi paese ci si trovi, non è possibile giudicare un uomo in base a ciò che non ha detto; anzi, di solito si nota che le persone silenziose impongono rispetto, che si ascolta attentamente ciò che dicono. Il che, lasciando loro la scelta delle occasioni e permettendo di trarre tutto il valore dalle loro parole, mette tutto l’vantaggio dalla loro parte. È così difficile per l’uomo più saggio mantenere tutta la propria presenza di spirito in un lungo flusso di parole. È così raro che non gli sfuggano cose di cui poi si pente. Preferisce quindi trattenersi dal dire il male, piuttosto che rischiare di dire il vero. Infine, quando il silenzio di una persona non deriva dalla mancanza di spirito, se non parla, la colpa ricade su coloro che sono con lei.

Ma ci sono ben sei anni di differenza tra i venti e i sei: mio figlio non sarà sempre un bambino, e man mano che la sua ragione inizierà a svilupparsi, l’intenzione di suo padre è proprio quella di lasciarla esercitare. Per quanto mi riguarda, la mia missione non arriva fino a quel punto: io nutro dei bambini e non ho l’arroganza di voler formare degli uomini. Spero, disse guardando suo marito, che mani più degne si occupino di questo nobile compito. Sono una donna e una madre; so come comportarmi secondo il mio ruolo. Ancora una volta: la funzione che mi è stata affidata non consiste nel crescere i miei figli, ma nel prepararli affinché possano essere cresciuti da altri.

In questo, non faccio altro che seguire passo dopo passo il sistema proposto da Monsieur de Wolmar; e più avanzo nella sua applicazione, più mi rendo conto di quanto sia eccellente e giusto, e di quanto si accordi perfettamente con i miei principi. Pensate ai miei figli, soprattutto al maggiore: ne conoscete altri più felici sulla terra, più allegri, meno fastidiosi? Li vedete saltare, ridere, correre tutto il giorno, senza mai disturbare nessuno. Di quali piaceri, di quale libertà è capace la loro età, e di quali non godono o di quali abusano? Si comportano con me altrettanto liberamente che quando io non sono presente. Al contrario, davanti ai loro occhi hanno sempre un po’ più di fiducia in me; e sebbene io sia l’autore di tutta la severità che devono subire, loro la considerano comunque la meno rigida, perché non potrei sopportare di non essere ciò che amano di più al mondo.

Le sole leggi che vengono loro imposte da noi sono quelle stesse della libertà: non disturbare la compagnia più di quanto essa non disturbi loro, non parlare ad alta voce più del necessario; e poiché non siamo obbligati a occuparci di loro, non voglio nemmeno che pretendano di occuparsi di noi. Quando trasgrediscono a queste leggi semplici ed equilibrate, l’unica conseguenza è che vengano immediatamente rimandati via; il mio compito, invece, è far sì che si trovino in nessun altro luogo altrettanto bene di qui. A parte questo, non vengono assoggettati a nulla: non viene mai loro imposto di imparare nulla, non vengono infastiditi da inutili rimproveri, non vengono mai rimproverati; le uniche “lezioni” che ricevono sono quelle pratiche apprese nella semplicità della natura. Ogni persona, ben istruita in questo senso, si attiene alle mie intenzioni con intelligenza e cura tali da non lasciarmi nulla da desiderare; e se dovesse verificarsi qualche errore, la mia costante attenzione lo prevenirebbe o lo rimuoverebbe facilmente.

Ieri, ad esempio, il maggiore, dopo aver tolto un tamburo al minore, lo fece piangere. Fanchon non disse nulla; ma un’ora dopo, nel momento in cui il “rapitore” era più impegnato con quel tamburo, glielo riprese: lui la seguì, chiedendoglielo indietro e piangendo a sua volta. Lei gli disse: “L’avete preso con la forza dal vostro fratello; ve lo riprendo allo stesso modo. Cosa avete da dire? Non sono forse io la più forte?” Poi iniziò a suonare il tamburo imitandolo, come se ne godesse molto. Fino a quel momento tutto era andato meravigliosamente. Ma poco dopo volle restituire il tamburo al minore; allora intervenni per fermarla: perché quella non era più una lezione impartita dalla natura, e da lì poteva nascere il primo germe di invidia tra i due fratelli. Perdendo il tamburo, il minore dovette sopportare la dura legge della necessità; il maggiore si rese conto della propria ingiustizia; entrambi riconobbero la propria debolezza, e poco dopo furono consolati.

Un plan si nouveau et si contraire aux idées reçues m’avait d’abord effarouché. À force de me l’expliquer, ils m’en rendirent enfin l’admirateur ; et je sentis que, pour guider l’homme, la marche de la nature est toujours la meilleure. Le seul inconvénient que je trouvais à cette méthode, et cet inconvénient me parut fort grand, c’était de négliger dans les enfants la seule faculté qu’ils aient dans toute sa vigueur et qui ne fait que s’affaiblir en avançant en âge. Il me semblait que, selon leur propre système, plus les opérations de l’entendement étaient faibles, insuffisantes, plus on devait exercer et fortifier la mémoire, si propre alors à soutenir le travail. « C’est elle, disais-je, qui doit suppléer à la raison jusqu’à sa naissance, et l’enrichir quand elle est née. Un esprit qu’on n’exerce à rien devient lourd et pesant dans l’inaction. La semence ne prend point dans un champ mal préparé, et c’est une étrange préparation pour apprendre à devenir raisonnable que de commencer par être stupide. — Comment, stupide ! s’est écriée aussitôt Madame de Wolmar. Confondriez-vous deux qualités aussi différentes et presque aussi contraires que la mémoire et le jugement[184] ? Comme si la quantité des choses mal digérées et sans liaison dont on remplit une tête encore faible n’y faisait pas plus de tort que de profit à la raison ! J’avoue que de toutes les facultés de l’homme la mémoire est la première qui se développe et la plus commode à cultiver dans les enfants ; mais, à votre avis, lequel est à préférer de ce qu’il leur est le plus aisé d’apprendre, ou de ce qu’il leur importe le plus de savoir ?

Regardez à l’usage qu’on fait en eux de cette facilité, à la violence qu’il faut leur faire, à l’éternelle contrainte où il les faut assujettir pour mettre en étalage leur mémoire, et comparez l’utilité qu’ils en retirent au mal qu’on leur fait souffrir pour cela. Quoi ? forcer un enfant d’étudier des langues qu’il ne parlera jamais, même avant qu’il ait bien appris la sienne ; lui faire incessamment répéter et construire des vers qu’il n’entend point, et dont toute l’harmonie n’est pour lui qu’au bout de ses doigts ; embrouiller son esprit de cercles et de sphères dont il n’a pas la moindre idée ; l’accabler de mille noms de villes et de rivières qu’il confond sans cesse et qu’il rapprend tous les jours : est-ce cultiver sa mémoire au profit de son jugement, et tout ce frivole acquis vaut-il une seule des larmes qu’il lui coûte ?

Si tout cela n’était qu’inutile, je m’en plaindrais moins ; mais n’est-ce rien que d’instruire un enfant à se payer de mots, et à croire savoir ce qu’il ne peut comprendre ? Se pourrait-il qu’un tel amas ne nuisît point aux premières idées dont on doit meubler une tête humaine, et ne vaudrait-il pas mieux n’avoir point de mémoire que de la remplir de tout ce fatras au préjudice des connaissances nécessaires dont il tient la place ?

Non, si la nature a donné au cerveau des enfants cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d’impressions, ce n’est pas pour qu’on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géographie, et tous ces mots sans aucun sens pour leur âge, et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit, dont on accable leur triste et stérile enfance ; mais c’est pour que toutes les idées relatives à l’état de l’homme, toutes celles qui se rapportent à son bonheur et l’éclairent sur ses devoirs, s’y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire, pendant sa vie, d’une manière convenable à son être et à ses facultés.

Sans étudier dans les livres, la mémoire d’un enfant ne reste pas pour cela oisive : tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend le frappe, et il s’en souvient ; il tient registre en lui-même des actions, des discours des hommes ; et tout ce qui l’environne est le livre dans lequel, sans y songer, il enrichit continuellement sa mémoire, en attendant que son jugement puisse en profiter. C’est dans le choix de ces objets, c’est dans le soin de lui présenter sans cesse ceux qu’il doit connaître, et de lui cacher ceux qu’il doit ignorer, que consiste le véritable art de cultiver la première de ses facultés ; et c’est par là qu’il faut tâcher de lui former un magasin de connaissances qui serve à son éducation durant la jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. Cette méthode, il est vrai, ne forme point de petits prodiges, et ne fait pas briller les gouvernantes et les précepteurs ; mais elle forme des hommes judicieux, robustes, sains de corps et d’entendement, qui, sans s’être fait admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.

Ne pensez pas pourtant, continua Julie, qu’on néglige ici tout à fait ces soins dont vous faites un si grand cas. Une mère un peu vigilante tient dans ses mains les passions de ses enfants. Il y a des moyens pour exciter et nourrir en eux le désir d’apprendre ou de faire telle ou telle chose ; et autant que ces moyens peuvent se concilier avec la plus entière liberté de l’enfant, et n’engendrent en lui nulle semence de vice, je les emploie assez volontiers, sans m’opiniâtrer quand le succès n’y répond pas ; car il aura toujours le temps d’apprendre, mais il n’y a pas un moment à perdre pour lui former un bon naturel ; et M. de Wolmar a une telle idée du premier développement de la raison, qu’il soutient que quand son fils ne saurait rien à douze ans, il n’en serait pas moins instruit à quinze, sans compter que rien n’est moins nécessaire que d’être savant, et rien plus que d’être sage et bon.

Vous savez que notre aîné lit déjà passablement. Voici comment lui est venu le goût d’apprendre à lire. J’avais dessein de lui dire de temps en temps quelque fable de La Fontaine pour l’amuser, et j’avais déjà commencé, quand il me demanda si les corbeaux parlaient. À l’instant je vis la difficulté de lui faire sentir bien nettement la différence de l’apologue au mensonge : je me tirai d’affaire comme je pus ; et convaincue que les fables sont faites pour les hommes, mais qu’il faut toujours dire la vérité nue aux enfants, je supprimai La Fontaine. Je lui substituai un recueil de petites histoires intéressantes et instructives, la plupart tirées de la Bible, puis voyant que l’enfant prenait goût à mes contes, j’imaginai de les lui rendre encore plus utiles, en essayant d’en composer moi-même d’aussi amusants qu’il me fut possible, et les appropriant toujours au besoin du moment. Je les écrivais à mesure dans un beau livre orné d’images, que je tenais bien enfermé, et dont je lui lisais de temps en temps quelques contes, rarement, peu longtemps, et répétant souvent les mêmes avec des commentaires, avant de passer à de nouveaux. Un enfant oisif est sujet à l’ennui ; les petits contes servaient de ressource : mais quand je le voyais le plus avidement attentif, je me souvenais quelquefois d’un ordre à donner, et je le quittais à l’endroit le plus intéressant, en laissant négligemment le livre. Aussitôt il allait prier sa bonne, ou Fanchon, ou quelqu’un, d’achever la lecture ; mais comme il n’a rien à commander à personne, et qu’on était prévenu, l’on n’obéissait pas toujours. L’un refusait, l’autre avait à faire, l’autre balbutiait lentement et mal, l’autre laissait, à mon exemple, un conte à moitié. Quand on le vit bien ennuyé de tant de dépendance, quelqu’un lui suggéra secrètement d’apprendre à lire, pour s’en délivrer et feuilleter le livre à son aise. Il goûta ce projet. Il fallut trouver des gens assez complaisants pour vouloir lui donner leçon : nouvelle difficulté qu’on n’a poussée qu’aussi loin qu’il fallait. Malgré toutes ces précautions, il s’est lassé trois ou quatre fois : on l’a laissé faire. Seulement je me suis efforcée de rendre les contes encore plus amusants ; et il est revenu à la charge avec tant d’ardeur, que, quoiqu’il n’y ait pas six mois qu’il a tout de bon commencé d’apprendre, il sera bientôt en état de lire seul le recueil.

C’est à peu près ainsi que je tâcherai d’exciter son zèle et sa volonté pour acquérir les connaissances qui demandent de la suite et de l’application, et qui peuvent convenir à son âge ; mais quoiqu’il apprenne à lire, ce n’est point des livres qu’il tirera ces connaissances ; car elles ne s’y trouvent point, et la lecture ne convient en aucune manière aux enfants. Je veux aussi l’habituer de bonne heure à nourrir sa tête d’idées et non de mots : c’est pourquoi je ne lui fais jamais rien apprendre par coeur. »

Such a novel and unconventional approach initially filled me with dismay. But after they patiently explained it to me, I eventually came to admire it; I realized that, when it comes to guiding human behavior, the natural order is always the best way. The only drawback of this method, in my view, was that it neglected in children the very faculty that was at its strongest in them and that would only weaken as they grew older. It seemed to me that, according to their system, the weaker and more inadequate a child’s intellectual abilities were, the more one should exercise and strengthen their memory—since it was precisely the memory that had to compensate for the lack of reason until that ability emerged. “It is the memory,” I said, “that must act as a substitute for reason before it is even born, and enrich it once it has been born. A mind that is not exercised in any field becomes sluggish and inert. Seeds will not take root in poorly prepared soil; and starting by being foolish seems to me an utterly absurd way to prepare oneself to become reasonable.” “How! Foolish!” Madame de Wolmar exclaimed immediately. “Would you confuse two qualities so different and almost opposite as memory and judgment[184]? As if the sheer quantity of poorly digested information and disconnected ideas filling a young mind could do anything other than harm, rather than benefit, their reasoning abilities! I admit that among all human faculties, memory is indeed the first to develop and the easiest to cultivate in children; but in your opinion, what is more important for them to learn—or to know—what is it they find most effortless to acquire?”

Consider the manner in which this facility is exploited by them, the violence that must be inflicted upon them, and the perpetual constraints under which they are forced to live in order to bring their memory into focus. Then compare the utility they derive from it with the suffering that is caused to them for that purpose. What? Forcing a child to study languages he will never speak, even before he has mastered his own language; making him repeatedly recite and construct verses he does not understand, whose harmony remains utterly beyond his grasp; confusing his mind with concepts of circles and spheres of which he has no idea whatsoever; burdening him with countless names of cities and rivers that he constantly mispronounces and has to learn anew every day—is this truly cultivating his memory to the benefit of his judgment? And is all this trivial learning worth a single one of the tears it causes him to shed?

If all of this were merely useless, I would complain less; but isn’t it nothing more than teaching a child to content himself with words and to believe he understands what he cannot comprehend? Could such a heap of nonsense possibly do any harm to the fundamental ideas that must shape a human mind? Wouldn’t it be better to have no memory at all than to fill it with such rubbish, to the detriment of the necessary knowledge that should occupy its place?

No; if nature has endowed the child’s brain with such flexibility that it is capable of receiving all sorts of impressions, it is not in order that we should inscribe upon it names of kings, dates, terms from heraldry, astronomy, geography, and all those words that are utterly meaningless for their age and of no practical use whatsoever, thus burdening their poor and sterile childhood. Instead, it is so that all ideas related to the human condition, all those that concern one’s happiness and help one understand one’s duties, can be firmly established in the mind from an early age, serving as a guide to conduct oneself throughout life in a manner befitting one’s nature and abilities.

Without studying in books, a child’s memory is not thereby rendered inactive: everything he sees and hears affects him, and he remembers it; he keeps a record within himself of the actions and words of people around him; and everything that surrounds him serves as a book through which, without even realizing it, he continuously enriches his memory, in preparation for when his judgment can benefit from it. The true art of cultivating this faculty lies in the careful selection of the things presented to the child—ensuring that only what he needs to know is brought to his attention, while everything else is kept hidden from him. It is through this approach that we should strive to shape in him a storehouse of knowledge that will serve both his education during his youth and his conduct throughout his life. Indeed, this method does not produce little prodigies or enable governesses and tutors to shine; but it does create men who are judicious, strong, and healthy in body and mind—men who, having never attracted admiration in their youth, come to be respected in their maturity.

“However,” Julie continued, “do not think for a moment that these cares, which you place such great importance on, are entirely neglected here. A somewhat vigilant mother holds in her hands the passions of her children. There are ways to stimulate and nurture in them the desire to learn or to do certain things; and as long as these methods can be combined with the greatest freedom for the child, and do not sow any seeds of vice within him, I am more than willing to employ them—though I will not insist on their use if they prove unsuccessful. After all, the child will always have time to learn, but there is not a single moment to lose in shaping his character properly. Moreover, Mr. de Wolmar has such an understanding of the early development of reason that he believes that even if his son knows nothing at the age of twelve, he will still be well-informed by fifteen—and besides, there is nothing less necessary than being knowledgeable; indeed, what is truly essential is to be wise and good.”

You know that our eldest child can already read quite competently. Here’s how he developed an interest in learning to read. I had the intention of reading him some fables by La Fontaine from time to time to entertain him, and I had already begun doing so when he asked me if crows could talk. At that moment, I realized how difficult it would be to clearly explain to him the difference between an apologue and a lie; I managed to get by as best I could. Convicted that fables are meant for adults, but that children should always be told the truth in its barest form, I abandoned La Fontaine. Instead, I gave him a collection of short, interesting, and instructive stories, most of them taken from the Bible. Seeing how much he enjoyed these tales, I decided to make them even more useful by trying to write my own stories that were as entertaining as possible, always adapting them to the needs of the moment. I wrote them down in a beautiful book adorned with illustrations, which I kept carefully locked away, and occasionally read him a few stories from it—rarely, for short periods only—and often repeated the same ones while adding my own comments before moving on to new ones. An idle child is prone to boredom; these little stories provided a useful distraction. But when I saw him listening with such rapt attention, I would sometimes remember some task that needed to be done and leave him at the most interesting part of the story, casually leaving the book open. Immediately, he would go ask his maid, or Fanchon, or someone else to continue reading for him; but since he had nothing to command anyone and because everyone was warned in advance, they didn’t always oblige. Some refused, some were busy, some stammered slowly and poorly, and others, following my example, left a story unfinished. When I noticed how frustrated he became by all this dependence, someone secretly suggested that he learn to read himself so that he could browse the book at his leisure. He found the idea appealing. We then had to find people willing enough to teach him—another challenge that was addressed as necessary. Despite all these precautions, he grew bored three or four times; but we let him try again each time. I simply made sure to make the stories even more entertaining. And with such enthusiasm, although he has only truly begun learning to read six months ago, he will soon be able to read the entire collection on his own.

This is roughly how I will try to stimulate his zeal and willingness to acquire knowledge that requires diligence and application, and that is suitable for his age; but even though he learns to read, it will not be from books that he obtains this knowledge, for it is not contained within them, and reading is in no way appropriate for children. I also want to habituate him from an early age to nourish his mind with ideas rather than mere words; that is why I never have him learn anything by rote.

Un piano nuovo e contrario alle idee comuni mi aveva inizialmente spaventato. Solo dopo che me lo ebbero spiegato con cura, ne sono diventato un sostenitore; ho capito che, per guidare l’uomo, il corso naturale è sempre il migliore. L’unica inconvenienza che ritenevo in questo metodo – e che mi sembrava davvero grave – era che trascurasse nella fanciullezza l’unica facoltà che possiedono con tutta la loro forza, e che invece si indebolisce con l’avanzare dell’età. Mi pareva che, secondo il vostro sistema, più le capacità intellettive fossero deboli e insufficienti, più fosse necessario esercitare e rafforzare la memoria, proprio quella che allora era più adatta a sostenere il lavoro mentale. “È lei – dicevo – che deve supplire alla ragione fino al suo nascere, e arricchirla una volta che è nata. Un intelletto che non viene messo in esercizio diventa lento e pesante nell’inattività. La semina non germoglia in un terreno mal preparato; e considerare stupido chi cerca di imparare a ragionare, è davvero una strana preparazione! – “Come, stupido!” esclamò subito Madame de Wolmar. Confondereste due qualità così diverse e quasi opposte come la memoria e il giudizio? Come se la quantità di informazioni confuse e disordinate che si accumulano in una mente ancora immatura non facesse più danno che beneficio alla ragione. Ammetto che, tra tutte le facoltà umane, la memoria sia quella che si sviluppa prima di tutte e quella più facile da coltivare nei bambini; ma, secondo voi, quale è preferibile: ciò che loro imparano più facilmente o ciò che è davvero importante che conoscano?”

Guardate in che modo si sfrutta questa facilità nei loro confronti, con quale violenza è necessario trattarli, con quale eterna coercizione bisogna sottometterli per far emergere la loro memoria. E confrontate l’utilità che ne traggono con il male che gli viene inflitto a causa di ciò. Forzare un bambino ad studiare lingue che non parlerà mai, nemmeno dopo aver ben imparato la propria; fargli ripetere incessantemente versi che non comprende affatto, e la cui armonia è per lui del tutto incomprensibile; confondere la sua mente con concetti di cerchi e sfere di cui non ha la minima idea; sovraccaricarlo di nomi di città e fiumi che continua a confondere e che deve imparare ogni giorno. È davvero coltivare la sua memoria a beneficio del suo intelletto? E tutto questo insegnamento frivolo vale forse una sola delle lacrime che gli costa?

Se tutto ciò fosse semplicemente inutile, mi lamenterei meno; ma non consiste forse nel far imparare a un bambino a fidarsi delle parole e a credersi in grado di comprendere ciò che in realtà non può capire? È possibile che un simile accumulo di informazioni danneggi le prime idee necessarie per formare la mente umana? Non sarebbe forse meglio non avere memoria affatto, piuttosto che riempirla con tutta questa roba inutile a scapito delle conoscenze essenziali?

No: se la natura ha dotato il cervello dei bambini di questa flessibilità che lo rende adatto a ricevere ogni sorta di impressioni, non è certo per permettere che vi vengano incisi nomi di re, date, termini relativi agli stemmi, alle sfere astronomiche, alla geografia, e tutte queste parole prive di qualsiasi significato per la loro età, e senza alcuna utilità per qualsiasi altro livello di maturità; ma piuttosto affinché tutte le idee relative allo stato umano, tutte quelle che riguardano il suo benessere e lo aiutano a comprendere i suoi doveri, vengano tracciate fin da piccoli in caratteri indelebili, e gli servano per comportarsi, nel corso della sua vita, in modo conforme alla sua natura e alle sue capacità.

Senza studiare nei libri, la memoria di un bambino non rimane per questo inattiva: tutto ciò che vede, tutto ciò che sente lo colpisce e lui se ne ricorda; conserva dentro di sé le azioni e i discorsi delle persone; e tutto ciò che lo circonda rappresenta il libro con cui, senza nemmeno pensarci, arricchisce continuamente la propria memoria, in attesa che il proprio giudizio possa trarne beneficio. È nel selezionare questi oggetti, è nel prendersi cura di presentargli costantemente ciò che deve conoscere e di nascondergli ciò che deve ignorare, che consiste l’arte vera e propria di coltivare la sua prima facoltà intellettiva; ed è attraverso questo metodo che si deve cercare di formargli un deposito di conoscenze utile alla sua educazione durante la giovinezza e al suo comportamento in ogni momento della vita. È vero, questo metodo non produce piccoli miracoli, né fa brillare governanti o insegnanti; ma forma uomini saggi, robusti, sani sia nel corpo che nello spirito, che, senza aver attirato ammirazione da giovani, diventano rispettati da adulti.

“Tuttavia, non pensiate,” continuò Julie, “che qui vengano completamente trascurati quei metodi di educazione di cui fate tanto conto. Una madre un po’ attenta ha in mano le passioni dei suoi figli; esistono modi per stimolare e nutrire in loro il desiderio di imparare o di fare qualcosa in particolare; e finché tali metodi sono compatibili con la massima libertà del bambino e non generano in lui alcuna semina di vizio, li utilizzo volentieri, senza fissarmi troppo sul successo, perché avrà sempre il tempo di imparare, ma non c’è un momento da perdere per formargli un buon carattere. E il signor de Wolmar ha una concezione così chiara dello sviluppo iniziale della ragione, che sostiene che anche se suo figlio a dodici anni non sapesse nulla, a quindici sarebbe comunque istruito, senza contare che non c’è nulla di più superfluo dell’essere sapienti, e nulla di più necessario dell’essere saggi e buoni.”

Sapete che nostro figlio maggiore sa già leggere abbastanza bene. Ecco come gli è nata la voglia di imparare a leggere. Avevo l’intenzione di raccontargli di tanto in tanto qualche favola di La Fontaine per divertirlo, e avevo già iniziato quando mi chiese se i corvi parlassero. In quel momento capii quanto fosse difficile fargli comprendere chiaramente la differenza tra un apologo e una menzogna; mi sono arrangiata come ho potuto. Convinta che le favole siano fatte per gli adulti, ma che con i bambini sia sempre necessario dire la verità nuda, ho abbandonato La Fontaine. Ne ho sostituito il contenuto con una raccolta di storie brevi e interessanti, la maggior parte tratte dalla Bibbia; poi, vedendo che al bambino piacevano queste storie, ho pensato di renderle ancora più utili, cercando di scriverne io stessa altre, il più divertenti possibile, adattandole sempre alle esigenze del momento. Le scrivevo man mano in un bel libro illustrato che tenevo ben chiuso a chiave, e di tanto in tanto gli ne leggevo qualche parte. Raramente, per brevi periodi, e spesso ripetendo le stesse storie con commenti, prima di passare ad altre. Un bambino ozioso è soggetto alla noia; queste piccole storie costituivano quindi una valida risorsa. Ma quando lo vedevo ascoltarmi con grande attenzione, a volte mi ricordavo che dovevo dargli qualche incarico e lo lasciavo nel punto più interessante della storia, lasciando il libro aperto. Allora lui andava a chiedere alla sua governante, o a Fanchon, o a qualcun altro di continuare la lettura. Ma poiché non aveva nulla da ordinare a nessuno, e le persone erano state avvisate in anticipo, non sempre obbedivano. Alcuni rifiutavano, altri erano impegnati in altre cose, altri leggevano lentamente e male. Alla fine, qualcuno gli suggerì segretamente di imparare a leggere da solo, per poter sfogliare il libro liberamente. Lui accettò l’idea. Fu necessario trovare persone disposte ad insegnargli. Un’altra difficoltà. Nonostante tutte queste precauzioni, si stancò tre o quattro volte. Ma alla fine continuò con grande determinazione. E ora, anche se ha iniziato a imparare solo sei mesi fa, presto sarà in grado di leggere da solo tutta la raccolta.

È più o meno in questo modo che cercherò di stimolare il suo zelo e la sua volontà di acquisire quelle conoscenze che richiedono impegno e applicazione, e che possano essere adatte alla sua età; tuttavia, anche se imparerà a leggere, non sarà dai libri che trarrà queste conoscenze, poiché esse non vi si trovano affatto, e la lettura in nessun modo è adatta ai bambini. Voglio anche abituarlo fin da piccolo a nutrire la sua mente con idee piuttosto che con parole: ecco perché non gli faccio mai imparare nulla a memoria.

« Jamais ! interrompis-je : c’est beaucoup dire ; car encore faut-il bien qu’il sache son catéchisme et ses prières. — C’est ce qui vous trompe, reprit-elle. À l’égard de la prière, tous les matins et tous les soirs je fais la mienne à haute voix dans la chambre de mes enfants, et c’est assez pour qu’ils l’apprennent sans qu’on les y oblige : quant au catéchisme, ils ne savent ce que c’est. — Quoi ! Julie, vos enfants n’apprennent pas leur catéchisme ? — Non, mon ami, mes enfants n’apprennent pas leur catéchisme. — Comment ? ai-je dit tout étonné, une mère si pieuse !… Je ne vous comprends point. Et pourquoi vos enfants n’apprennent-ils pas leur catéchisme ? — Afin qu’ils le croient un jour, dit-elle : j’en veux faire un jour des chrétiens. — Ah ! j’y suis, m’écriai-je ; vous ne voulez pas que leur foi ne soit qu’en paroles, ni qu’ils sachent seulement leur religion, mais qu’ils la croient ; et vous pensez avec raison qu’il est impossible à l’homme de croire ce qu’il n’entend point. — Vous êtes bien difficile, me dit en souriant M. de Wolmar : seriez-vous chrétien, par hasard ? — Je m’efforce de l’être, lui dis-je avec fermeté. Je crois de la religion tout ce que j’en puis comprendre, et respecte le reste sans le rejeter. » Julie me fit un signe d’approbation et nous reprîmes le sujet de notre entretien.

Après être entrée dans d’autres détails qui m’ont fait concevoir combien le zèle maternel est actif, infatigable et prévoyant, elle a conclu en observant que sa méthode se rapportait exactement aux deux objets qu’elle s’était proposés, savoir, de laisser développer le naturel des enfants et de l’étudier. « Les miens ne sont gênés en rien, dit-elle, et ne sauraient abuser de leur liberté ; leur caractère ne peut ni se dépraver ni se contraindre : on laisse en paix renforcer leur corps et germer leur jugement ; l’esclavage n’avilit point leur âme ; les regards d’autrui ne font point fermenter leur amour-propre ; ils ne se croient ni des hommes puissants ni des animaux enchaînés, mais des enfants heureux et libres. Pour les garantir des vices qui ne sont pas en eux, ils ont, ce me semble, un préservatif plus fort que des discours qu’ils n’entendraient point, ou dont ils seraient bientôt ennuyés : c’est l’exemple des moeurs de tout ce qui les environne ; ce sont les entretiens qu’ils entendent, qui sont ici naturels à tout le monde, et qu’on n’a pas besoin de composer exprès pour eux ; c’est la paix et l’union dont ils sont témoins ; c’est l’accord qu’ils voient régner sans cesse et dans la conduite respective de tous, et dans la conduite et les discours de chacun.

Nourris encore dans leur première simplicité, d’où leur viendraient des vices dont ils n’ont point vu d’exemple, des passions qu’ils n’ont nulle occasion de sentir, des préjugés que rien ne leur inspire ? Vous voyez qu’aucune erreur ne les gagne, qu’aucun mauvais penchant ne se montre en eux. Leur ignorance n’est point entêtée, leurs désirs ne sont point obstinés ; les inclinations au mal sont prévenues ; la nature est justifiée ; et tout me prouve que les défauts dont nous l’accusons ne sont point son ouvrage, mais le nôtre.

C’est ainsi que, livrés au penchant de leur coeur sans que rien le déguise ou l’altère, nos enfants ne reçoivent point une forme extérieure et artificielle, mais conservent exactement celle de leur caractère originel ; c’est ainsi que ce caractère se développe journellement à nos yeux sans réserve, et que nous pouvons étudier les mouvements de la nature jusque dans leurs principes les plus secrets. Sûrs de n’être jamais ni grondés ni punis, ils ne savent ni mentir ni se cacher ; et dans tout ce qu’ils disent, soit entre eux, soit à nous, ils laissent voir sans contrainte tout ce qu’ils ont au fond de l’âme. Libres de babiller entre eux toute la journée, ils ne songent pas même à se gêner un moment devant moi. Je ne les reprends jamais, ni ne les fais taire, ni ne feins de les écouter, et ils diraient les choses du monde les plus blâmables que je ne ferais pas semblant d’en rien savoir : mais, en effet, je les écoute avec la plus grande attention sans qu’ils s’en doutent ; je tiens un registre exact de ce qu’ils font et de ce qu’ils disent ; ce sont les productions naturelles du fonds qu’il faut cultiver. Un propos vicieux dans leur bouche est une herbe étrangère dont le vent apporta la graine : si je la coupe par une réprimande, bientôt elle repoussera ; au lieu de cela, j’en cherche en secret la racine, et j’ai soin de l’arracher. Je ne suis, m’a-t-elle dit en riant, que la servante du jardinier ; je sarcle le jardin, j’en ôte la mauvaise herbe ; c’est à lui de cultiver la bonne.

Convenons aussi qu’avec toute la peine que j’aurais pu prendre il fallait être aussi bien secondée pour espérer de réussir, et que le succès de mes soins dépendait d’un concours de circonstances qui ne s’est peut-être jamais trouvé qu’ici. Il fallait les lumières d’un père éclairé pour démêler, à travers les préjugés établis, le véritable art de gouverner les enfants dès leur naissance ; il fallait toute sa patience pour se prêter à l’exécution sans jamais démentir ses leçons par sa conduite ; il fallait des enfants bien nés, en qui la nature eût assez fait pour qu’on pût aimer son seul ouvrage ; il fallait n’avoir autour de soi que des domestiques intelligents et bien intentionnés, qui ne se lassassent point d’entrer dans les vues des maîtres : un seul valet brutal ou flatteur eût suffi pour tout gâter. En vérité, quand on songe combien de causes étrangères peuvent nuire aux meilleurs desseins, et renverser les projets les mieux concertés, on doit remercier la fortune de tout ce qu’on fait de bien dans la vie, et dire que la sagesse dépend beaucoup du bonheur. »

« Dites, me suis-je écrié, que le bonheur dépend encore plus de la sagesse. Ne voyez-vous pas que ce concours dont vous vous félicitez est votre ouvrage, et que tout ce qui vous approche est contraint de vous ressembler ? Mères de famille, quand vous vous plaignez de n’être pas secondées, que vous connaissez mal votre pouvoir ! Soyez tout ce que vous devez être, vous surmonterez tous les obstacles ; vous forcerez chacun de remplir ses devoirs, si vous remplissez bien tous les vôtres. Vos droits ne sont-ils pas ceux de la nature ? Malgré les maximes du vice, ils seront toujours chers au coeur humain. Ah ! veuillez être femmes et mères, et le plus doux empire qui soit sur la terre sera aussi le plus respecté. »

En achevant cette conversation, Julie a remarqué que tout prenait une nouvelle facilité depuis l’arrivée d’Henriette. « Il est certain, dit-elle, que j’aurais besoin de beaucoup moins de soins et d’adresse, si je voulais introduire l’émulation entre les deux frères ; mais ce moyen me paraît trop dangereux ; j’aime mieux avoir plus de peine et ne rien risquer. Henriette supplée à cela : comme elle est d’un autre sexe, leur aînée, qu’ils l’aiment tous deux à la folie, et qu’elle a du sens au-dessus de son âge, j’en fais en quelque sorte leur première gouvernante, et avec d’autant plus de succès que ses leçons leur sont moins suspectes.

Quant à elle, son éducation me regarde ; mais les principes en sont si différents qu’ils méritent un entretien à part. Au moins puis-je bien dire d’avance qu’il sera difficile d’ajouter en elle aux dons de la nature, et qu’elle vaudra sa mère elle-même, si quelqu’un au monde la peut valoir. »

Milord, on vous attend de jour en jour, et ce devrait être ici ma dernière lettre. Mais je comprends ce qui prolonge votre séjour à l’armée, et j’en frémis. Julie n’en est pas moins inquiète : elle vous prie de nous donner plus souvent de vos nouvelles, et vous conjure de songer, en exposant votre personne, combien vous prodiguez le repos de vos amis. Pour moi je n’ai rien à vous dire. Faites votre devoir ; un conseil timide ne peut non plus sortir de mon coeur qu’approcher du vôtre. Cher Bomston, je le sais trop, la seule mort digne de ta vie serait de verser ton sang pour la gloire de ton pays ; mais ne dois-tu nul compte de tes jours à celui qui n’a conservé les siens que pour toi ?

Lettre V – de Saint-Preux à Milord Édouard

“Never!” I interrupted her; “that’s saying too much—after all, they still need to know their catechism and prayers.” “That’s what leads you to mistake things,” she replied. “As for prayers, every morning and evening I say them aloud in my children’s room, and that’s enough for them to learn them without being forced to do so. As for the catechism, they don’t even know what it is.” “What! Julie, your children don’t learn their catechism?” “No, my friend, they don’t.” “How is that possible?” I exclaimed in surprise. “Such a pious mother!”, I simply don’t understand. And why don’t your children learn their catechism?” “So that one day they will believe it,” she said. “I want them to become Christians one day.” “Ah! Now I get it,” I said. “You don’t want their faith to be mere words, nor do you want them to merely know about their religion—you want them to truly believe in it. And you’re right; it’s impossible for a person to believe in something they’ve never heard of.” “You’re quite demanding, aren’t you?” Mr. de Wolmar said with a smile. “Are you perhaps a Christian yourself, by any chance?” “I’m trying to be one,” I replied firmly. “I believe in all that part of the religion I can understand, and I respect the rest without rejecting it.” Julie gave me an approving nod, and we continued our conversation on other topics.

After going into further details that made me realize how active, tireless, and foresighted a mother’s zeal can be, she concluded by observing that her approach corresponded precisely to the two goals she had set for herself: to allow children’s natural instincts to develop freely and to study those instincts. “My own children are in no way hindered,” she said, “and they would never abuse their freedom; their character cannot be corrupted or forced into submission. We let their bodies grow strong and their judgment mature naturally. Slavery has not degraded their souls; the opinions of others do not arouse their self-esteem; they do not consider themselves either powerful men or chained animals, but happy and free children. To protect them from vices that are not inherent in them, I believe they have a far more effective safeguard than any words they might never hear—or that would soon become tiresome to them: it is the example of the morals around them; it is the conversations they hear, which are natural for everyone and do not require special preparation for their sake; it is the peace and harmony they witness everywhere, in the behavior of all around them, as well as in the actions and words of each individual.”

Still nourished in their original simplicity, where would they derive vices of which they have never seen any example, passions for which they have no opportunity to feel, or prejudices inspired by nothing at all? You see that no error can lead them astray, and no evil inclination arises within them. Their ignorance is not stubborn, their desires are not persistent; inclinations toward evil are prevented from taking root; nature itself seems justified in their behavior—and everything proves that the faults we accuse her of are not her doing, but ours.

In this way, left to the dictates of their hearts without anything masking or altering them, our children do not adopt any artificial or external form, but retain precisely the character of their innate nature. Thus, their true nature unfolds before our eyes day by day, unreservedly, allowing us to observe the workings of nature right down to its most secret principles. Knowing they will never be reprimanded or punished, they neither lie nor hide anything; in everything they say, whether among themselves or to us, they freely reveal whatever lies at the bottom of their souls. Free to chatter with one another all day long, they never hesitate to speak openly even in my presence. I never scold them, never make them quiet, and never pretend to listen; even if they were to utter the most reprehensible things, I would feign not to know anything about it. In fact, I listen to them with great attention, unnoticed by them, and keep a precise record of their actions and words. These are the natural expressions of their inner selves—precisely what should be cultivated. A wicked word from their mouths is like an alien weed whose seed has been carried by the wind; if I cut it down with a reprimand, it will soon grow back again. Instead, I secretly seek its root and make sure to pull it out entirely. “I am but the gardener’s assistant,” she told me with a laugh. “I weed the garden, removing the bad plants; it is up to him to cultivate the good ones.”

Let us also acknowledge that, despite all the effort I could have put in, it would have been essential to have the right support in order to hope for success; moreover, the success of my efforts depended on a series of circumstances that perhaps existed nowhere else but here. It required the wisdom of an enlightened father to discern, amidst established prejudices, the true art of governing children from their birth; it demanded his utmost patience to consistently apply these principles without ever compromising them through his own behavior; it needed children who were born well, in whom nature had already done enough so that one could love its sole creation; and it required having around oneself only intelligent and well-intentioned servants who were always willing to understand the masters’ intentions—for a single brutal or obsequious servant would have been enough to ruin everything. Indeed, when one considers how many external factors can undermine even the best-laid plans, one must be grateful to fortune for whatever good one accomplishes in life, and realize that wisdom depends largely on luck.

“Tell me,” I wrote to myself, “whether happiness depends even more on wisdom. Don’t you see that this harmony for which you rejoice is the result of your own efforts, and that everything that comes near you is compelled to resemble you? Mothers, when you complain of not receiving enough help, how little do you understand your own power! Be whatever you are supposed to be, and you will overcome all obstacles; you will make everyone fulfill their duties, if you yourself fulfill yours perfectly. Aren’t your rights those inherent in nature? Despite the teachings of vice, they will always remain dear to the human heart. Ah! Be women and mothers, and the gentlest form of rule on earth will also be the most respected.”

Upon concluding this conversation, Julie noticed that everything had become much easier since Henriette’s arrival. “Certainly,” she said, “I would need far less care and attention if I wanted to foster competition between the two brothers; but that method seems too dangerous to me. I prefer to put in more effort and take no risks at all.” Henriette made up for this deficiency: being of a different sex, their eldest sister, adored by both of them, and possessing a maturity beyond her years, she essentially served as their first governess—and with even greater success, since her teachings carried less suspicion.

As for her, her education concerns me; but the principles upon which it is based are so different that they warrant a separate discussion. At least I can say in advance that it will be difficult to enhance her natural gifts further, and that she will be worthy of her mother herself—if anyone in this world is worthy of her mother.

My lord, we wait for you day after day, and this should be my last letter to you. But I understand what is keeping you in the army, and I tremble at the thought. Julie is equally worried; she asks you to send us more news from time to time and urges you to consider how, by putting yourself in danger, you are depriving your friends of their peace. As for me, I have nothing else to say. Fulfill your duty—a timid advice can hardly ever leave my heart or reach yours. Dear Bomston, I know too well that the only death worthy of your life would be one spent for the glory of your country; but do you not owe your days to someone who has preserved his own life solely for your sake?

Letter V – From Saint-Preux to Lord Edward

“Mai!” interruppi io: “È troppo dire. Dopotutto, è necessario che conoscano il loro catechismo e le loro preghiere.” “È proprio questo che vi inganna,” riprese lei. “Per quanto riguarda le preghiere, ogni mattina e ogni sera le recito ad alta voce nella stanza dei miei figli. E questo basta perché le imparino senza che nessuno li costringa. Per quanto riguarda il catechismo, beh, loro non sanno nemmeno cosa sia.” “Ma come! Julie, i vostri figli non studiano il catechismo?” “No, mio caro. I miei figli non studiano il catechismo.” “Come è possibile? Una madre così devota, ” Non riuscivo a capire. “Perché voglio che un giorno credano davvero in ciò che insegnano,” rispose lei. “Voglio che diventino cristiani.” “Ah. Ora capisco! Non volete che la loro fede sia solo formale, né che conoscano soltanto le regole della religione. Vogliete che la credano davvero. E avete ragione: è impossibile per un uomo credere in ciò che non comprende.” “Siete davvero esigente, ” disse sorridendo il signor de Wolmar. “Forse anche voi siete cristiano, per caso?” “Cerco di esserlo,” risposi con fermezza. “Credo in tutto ciò che posso comprendere della religione. E rispetto il resto, senza rifiutarlo.” Julie mi fece un cenno di approvazione e riprendemmo il nostro discorso.

Dopo aver illustrato altri dettagli che mi hanno fatto comprendere quanto lo zelo materno sia attivo, instancabile e previdente, ha concluso osservando che il suo metodo corrispondeva esattamente ai due obiettivi che si era proposta: permettere allo sviluppo naturale dei bambini e studiarlo. “I miei figli non sono affatto ostacolati in nulla, diceva, e non saprebbero mai abusare della loro libertà; il loro carattere non può né degenerare né essere costretto: lasciamo che il loro corpo si rafforzi e il loro giudizio si sviluppi naturalmente; la schiavitù non ha umiliato la loro anima; gli sguardi altrui non alimentano il loro orgoglio; non si considerano né esseri potenti né animali incatenati, ma bambini felici e liberi. Per proteggerli dai vizi che non sono in loro stessi, credo che abbiano un mezzo più efficace di qualsiasi discorso che non ascolterebbero o che presto troverebbero noioso: è l’esempio delle abitudini di tutto ciò che li circonda; sono le conversazioni che sentono, naturali per tutti e non necessarie di essere preparate appositamente per loro; è la pace e l’armonia che vedono regnare costantemente nella condotta reciproca di tutti, così come nei comportamenti e nelle parole di ciascuno.”

Nutriti ancora nella loro prima semplicità, da dove potrebbero derivare vizi di cui non hanno mai visto alcun esempio, passioni che non hanno alcuna occasione di provare, pregiudizi che nulla li induce ad avere? Vedete bene che nessun errore può influenzarli, né alcun cattivo istinto si manifesta in loro. La loro ignoranza non è ostinata, i loro desideri non sono irremovibili; le inclinazioni al male vengono prevenute; la natura appare giustificata. E tutto ciò dimostra che i difetti di cui li accusiamo non sono certo opera sua, ma nostra.

È così che, lasciati liberi di seguire i impulsi del loro cuore senza alcun ostacolo o alterazione, i nostri bambini non ricevono alcuna forma esterna o artificiale, ma mantengono esattamente quella del loro carattere originale; è così che questo carattere si sviluppa giorno dopo giorno davanti ai nostri occhi senza alcun velo, e possiamo osservare i movimenti della natura fino nei suoi principi più segreti. Sicuri di non essere mai rimproverati o puniti, non sanno né mentire né nascondersi; e in tutto ciò che dicono, sia tra loro che con noi, mostrano senza alcuna restrizione tutto ciò che hanno nel profondo dell’anima. Liberi di chiacchierare tutto il giorno, non pensano nemmeno a trattenersi davanti a me. Non li rimprovero mai, né li faccio tacere, né fingo di ascoltarli; anche se dicessero le cose più biasimevoli del mondo, non farei finta di nulla: in realtà li ascolto con la massima attenzione, senza che loro se ne accorgano; tengo un registro preciso di ciò che fanno e di ciò che dicono; si tratta delle produzioni naturali del loro essere interno, e queste è proprio ciò che dobbiamo coltivare. Una parola cattiva pronunciata da loro è come una pianta straniera la cui semina è stata portata dal vento: se la taglio con un rimprovero, presto ricrescerà; invece, cerco segretamente la sua radice e mi assicuro di eliminarla. “Io sono soltanto la serva del giardiniere”, mi ha detto ridendo; “io zappo il giardino, elimino le erbacce cattive; a lui spetta coltivare quelle buone”.

Conveniamo anche che, nonostante tutti gli sforzi che avrei potuto compiere, fosse necessario disporre di un aiuto altrettanto efficace per sperare nel successo; inoltre, il successo dei miei sforzi dipendeva da una serie di circostanze che forse si sono verificate soltanto in questo caso. Erano necessarie le intuizioni di un padre illuminato per discernere, tra i pregiudizi diffusi, l’arte vera e propria di educare i bambini fin dalla loro nascita; era necessaria tutta la sua pazienza per aderire fedelmente alle sue idee senza mai contraddirlle con il proprio comportamento; erano necessari bambini ben nati, nei quali la natura avesse già fatto abbastanza perché si potesse amare l’unico “opera” che essa aveva creato; era inoltre necessario avere intorno a sé domestici intelligenti e benintenzionati, pronti ad comprendere le intenzioni dei padroni: un solo servitore brutale o adulatore avrebbe potuto rovinare tutto. In verità, quando si pensa a quante cause esterne possano ostacolare i migliori progetti e far fallire i piani più accuratamente concepiti, bisogna ringraziare la fortuna per tutto ciò che di buono si riesce a realizzare nella vita, e riconoscere che la saggezza dipende in gran parte dal proprio destino.

“Diteci”, mi sono scritto, “se la felicità dipenda ancora di più dalla saggezza. Non vedete forse che questa armonia di cui vi rallegrate è frutto del vostro operato, e che tutto ciò che vi avvicina è costretto a assomigliarvi? Madri di famiglia, quando vi lamentate di non essere sufficientemente aiutate, quanto poco conoscete il vostro potere! Siate ciò che dovete essere, e supererete ogni ostacolo; costringerete ciascuno a adempiere ai propri doveri, se voi stesse adempite bene ai vostri. I vostri diritti non sono forse quelli della natura? Nonostante le massime del vizio, essi saranno sempre cari al cuore umano. Ah! Siate donne e madri. E l’impero più dolce che esista sulla terra sarà anche il più rispettato.”

Alla fine di quella conversazione, Julie notò che da quando era arrivata Henriette tutto diventava molto più facile. “È certo”, disse, “che avrei bisogno di molto meno sforzi e attenzioni se volessi suscitare una competizione tra i due fratelli; ma questo metodo mi sembra troppo pericoloso. Preferisco impegnarmi di più senza correre rischi. Henriette compensa questa carenza: essendo di sesso diverso, loro sorella maggiore, amata da entrambi con grande affetto, e dotata di una saggezza superiore alla sua età, in un certo senso ne faccio la loro prima insegnante. E con tanto più successo, poiché le sue “lezioni” non destano sospetti.”

Per quanto riguarda lei, la sua educazione riguarda me; ma i principi su cui si basa sono così diversi da meritare un discorso a parte. Almeno posso dire con certezza che sarà difficile migliorare i doni naturali che possiede, e che valuterà quanto sua madre stessa, se mai qualcuno al mondo possa eguagliarla.

Milord, vi aspettiamo giorno dopo giorno, e questa dovrebbe essere la mia ultima lettera. Tuttavia comprendo ciò che ritarda il vostro rientro in famiglia, e ne sono profondamente preoccupata. Anche Julie è ansiosa: vi supplica di farci sapere più spesso come state, e vi esorta a riflettere su quanto rischiate mettendo a repentaglio la vostra vita per il bene dei vostri amici. Per quanto mi riguarda, non ho nulla da dirvi. Fate semplicemente il vostro dovere; un consiglio timido non può uscire dal mio cuore se non per raggiungere il vostro. Caro Bomston, lo so troppo bene: l’unica morte degna della tua vita sarebbe quella di versare il tuo sangue per la gloria del tuo paese. Ma non dovete forse rendere conto dei vostri giorni a colui che ha conservato i propri soltanto per voi?

Lettera V – di Saint-Preux a Lord Edward

Quelle joie vous me donnez en m’annonçant que nous passerons l’hiver à Clarens ! Mais que vous me la faites payer cher en prolongeant votre séjour à l’armée ! Ce qui me déplaît surtout, c’est de voir clairement qu’avant notre séparation le parti de faire la campagne était déjà pris, et que vous ne m’en voulûtes rien dire. Milord, je sens la raison de ce mystère et ne puis vous en savoir bon gré. Me mépriseriez-vous assez pour croire qu’il me fût bon de vous survivre, ou m’avez-vous connu des attachements si bas, que je les préfère à l’honneur de mourir avec mon ami ? Si je ne méritais pas de vous suivre, il fallait me laisser à Londres ; vous m’auriez moins offensé que de m’envoyer ici.

Il est clair par la dernière de vos lettres qu’en effet une des miennes s’est perdue, et cette perte a dû vous rendre les deux lettres suivantes fort obscures à bien des égards ; mais les éclaircissements nécessaires pour les bien entendre viendront à loisir. Ce qui presse le plus à présent est de vous tirer de l’inquiétude où vous êtes sur le chagrin secret de Madame de Wolmar.

Je ne vous redirai point la suite de la conversation que j’eus avec elle après le départ de son mari. Il s’est passé depuis bien des choses qui m’en ont fait oublier une partie, et nous la reprîmes tant de fois durant son absence, que je m’en tiens au sommaire pour épargner des répétitions.

Elle m’apprit donc que ce même époux qui faisait tout pour la rendre heureuse était l’unique auteur de toute sa peine, et que plus leur attachement mutuel était sincère, plus il lui donnait à souffrir. Le diriez-vous, milord ? Cet homme si sage, si raisonnable, si loin de toute espèce de vice, si peu soumis aux passions humaines, ne croit rien de ce qui donne un prix aux vertus, et, dans l’innocence d’une vie irréprochable, il porte au fond de son coeur l’affreuse paix des méchants. La réflexion qui naît de ce contraste augmente la douleur de Julie ; et il semble qu’elle lui pardonnerait plutôt de méconnaître l’auteur de son être, s’il avait plus de motifs pour le craindre ou plus d’orgueil pour le braver. Qu’un coupable apaise sa conscience aux dépens de sa raison, que l’honneur de penser autrement que le vulgaire anime celui qui dogmatise, cette erreur au moins se conçoit ; mais, poursuit-elle en soupirant, pour un si honnête homme et si peu vain de son savoir, c’était bien la peine d’être incrédule !

Il faut être instruit du caractère des deux époux ; il faut les imaginer concentrés dans le sein de leur famille ; et se tenant l’un à l’autre lieu du reste de l’univers ; il faut connaître l’union qui règne entre eux dans tout le reste, pour concevoir combien leur différend sur ce seul point est capable d’en troubler les charmes. M. de Wolmar, élevé dans le rite grec, n’était pas fait pour supporter l’absurdité d’un culte aussi ridicule. Sa raison, trop supérieure à l’imbécile joug qu’on lui voulait imposer, le secoua bientôt avec mépris ; et rejetant à la fois tout ce qui lui venait d’une autorité si suspecte, forcé d’être impie, il se fit athée.

Dans la suite, ayant toujours vécu dans des pays catholiques, il n’apprit pas à concevoir une meilleure opinion de la foi chrétienne par celle qu’on y professe. Il n’y vit d’autre religion que l’intérêt de ses ministres. Il vit que tout y consistait encore en vaines simagrées, plâtrées un peu plus subtilement par des mots qui ne signifiaient rien ; il s’aperçut que tous les honnêtes gens y étaient unanimement de son avis, et ne s’en cachaient guère ; que le clergé même, un peu plus discrètement, se moquait en secret de ce qu’il enseignait en public ; et il m’a protesté souvent qu’après bien du temps et des recherches, il n’avait trouvé de sa vie que trois prêtres qui crussent en Dieu[186]. En voulant s’éclaircir de bonne foi sur ces matières, il s’était enfoncé dans les ténèbres de la métaphysique, où l’homme n’a d’autres guides que les systèmes qu’il y porte ; et ne voyant partout que doutes et contradictions, quand enfin il est venu parmi des chrétiens, il y est venu trop tard ; sa foi s’était déjà fermée à la vérité, sa raison n’était plus accessible à la certitude ; tout ce qu’on lui prouvait détruisant plus un sentiment qu’il n’en établissait un autre, il a fini par combattre également les dogmes de toute espèce, et n’a cessé d’être athée que pour devenir sceptique.

Voilà le mari que le ciel destinait à cette Julie en qui vous connaissez une foi si simple et une piété si douce. Mais il faut avoir vécu aussi familièrement avec elle que sa cousine et moi, pour savoir combien cette âme tendre est naturellement portée à la dévotion. On dirait que rien de terrestre ne pouvant suffire au besoin d’aimer dont elle est dévorée, cet excès de sensibilité soit forcé de remonter à sa source. Ce n’est point comme sainte Thérèse un coeur amoureux qui se donne le change et veut se tromper d’objet ; c’est un coeur vraiment intarissable que l’amour ni l’amitié n’ont pu épuiser, et qui porte ses affections surabondantes au seul être digne de les absorber[187]. L’amour de Dieu ne le détache point des créatures ; il ne lui donne ni dureté ni aigreur. Tous ces attachements produits par la même cause, en s’animant l’un par l’autre, en deviennent plus charmants et plus doux ; et, pour moi, je crois qu’elle serait moins dévote si elle aimait moins tendrement son père, son mari, ses enfants, sa cousine, et moi-même.

Ce qu’il y a de singulier, c’est que plus elle l’est, moins elle croit l’être, et qu’elle se plaint de sentir en elle-même une âme aride qui ne sait point aimer Dieu. « On a beau faire, dit-elle souvent, le coeur ne s’attache que par l’entremise des sens ou de l’imagination qui les représente : et le moyen de voir ou d’imaginer l’immensité du grand Être ?[188] Quand je veux m’élever à lui je ne sais où je suis ; n’apercevant aucun rapport entre lui et moi, je ne sais par où l’atteindre, je ne vois ni ne sens plus rien, je me trouve dans une espèce d’anéantissement ; et, si j’osais juger d’autrui par moi-même, je craindrais que les extases des mystiques ne vinssent moins d’un coeur plein que d’un cerveau vide.

Que faire donc, continua-t-elle, pour me dérober aux fantômes d’une raison qui s’égare ? Je substitue un culte grossier, mais à ma portée, à ces sublimes contemplations qui passent mes facultés. Je rabaisse à regret la majesté divine ; j’interpose entre elle et moi des objets sensibles ; ne la pouvant contempler dans son essence, je la contemple au moins dans ses oeuvres, je l’aime dans ses bienfaits ; mais, de quelque manière que je m’y prenne, au lieu de l’amour pur qu’elle exige, je n’ai qu’une reconnaissance intéressée à lui présenter. »

C’est ainsi que tout devient sentiment dans un coeur sensible. Julie ne trouve dans l’univers entier que sujets d’attendrissement et de gratitude : partout elle aperçoit la bienfaisante main de la Providence ; ses enfants sont le cher dépôt qu’elle en a reçu ; elle recueille ses dons dans les productions de la terre ; elle voit sa table couverte par ses soins ; elle s’endort sous sa protection ; son paisible réveil lui vient d’elle ; elle sent ses leçons dans les disgrâces, et ses faveurs dans les plaisirs ; les biens dont jouit tout ce qui lui est cher sont autant de nouveaux sujets d’hommages ; si le Dieu de l’univers échappe à ses faibles yeux, elle voit partout le père commun des hommes. Honorer ainsi ses bienfaits suprêmes, n’est-ce pas servir autant qu’on peut l’Être infini ?

What joy you bring me in telling me that we will spend the winter in Clarens! But you make me pay a heavy price for it by prolonging your stay in the army. What troubles me most is that it is clear that the decision to go on campaign was made long before we parted, and that you chose not to tell me. My lord, I understand the reason behind this secrecy, and I cannot forgive you for it. Do you really despise me enough to think it would be better for me to outlive you? Or did you know me to have such base motives that I would prefer them to the honor of dying with my friend? If I do not deserve to follow you, then you should have left me in London; sending me here has hurt me far more than anything else.

It is clear from your last letter that one of my letters must have been lost, and this loss must have made the following two letters quite obscure in many respects; however, the necessary clarifications to understand them properly will come in due course. What is most urgent at present is to relieve you of the anxiety you must be feeling regarding Madame de Wolmar’s secret sorrow.

I will not repeat to you the details of the conversation I had with her after her husband left. Many things have happened since then, which made me forget some parts of it; we resumed that conversation many times during her absence, so I will simply refer to the main points to avoid repetition.

She thus told me that the very husband who did everything to make her happy was the sole cause of all her suffering, and that the more sincere their mutual affection was, the more it caused her pain. Would you say so too, my lord? Such a wise, reasonable man, so far removed from any kind of vice, so little influenced by human passions—yet he does not believe in anything that gives value to virtue. In the innocence of an impeccable life, he carries within his heart the terrible peace of the wicked. The contrast between these two aspects only intensifies Julie’s suffering; and it seems that she would rather forgive him for failing to recognize the source of her very existence, if only he had more reasons to fear him or more pride to defy him. It is at least understandable when a sinner seeks to soothe his conscience at the expense of reason—when the honor of thinking differently from the common crowd inspires someone who preaches dogmas. But for such an honest man, who holds so little pride in his knowledge, why go to such lengths as to be unbelieving?

One must be aware of the nature of these two spouses; one must imagine them devoted entirely to their family, as if they were alone in the entire universe; one must understand the deep bond that unites them in all other aspects of their lives, in order to grasp how their disagreement on this single matter is capable of ruining all their harmony. Monsieur de Wolmar, raised in the Greek rites, was not destined to tolerate the absurdity of such a ridiculous form of worship. His reason, far too superior to the foolish constraints that were imposed upon him, soon rejected them with disdain; and, rejecting everything that stemmed from such a dubious authority, he was forced to become an atheist.

Having always lived in Catholic countries, he never learned to form a better opinion of Christian faith than the one that was professed there. He saw no other religion there but the interests of its clergy. He observed that everything consisted merely of vain ceremonies, slightly more subtly disguised by words that meant nothing; he realized that all honest people unanimously shared his views and did not hide them; even the clergy, in a more discreet manner, secretly mocked what they preached in public. He often told me that after much time and investigation, he had found in his entire life only three priests who truly believed in God[186]. In his sincere effort to understand these matters, he delved into the darkness of metaphysics, where man has no guides other than the systems he himself creates; and finding doubt and contradiction everywhere, when he finally came among Christians, it was already too late. His faith had already closed itself off to the truth, and his reason was no longer open to certainty. Everything that was presented to him either destroyed one of his beliefs or failed to establish another; in the end, he ended up opposing doctrines of every kind, and only ceased to be an atheist to become a skeptic.

Such is the husband that heaven destined for this Julie—whom you all know to possess such simple faith and so gentle piety. But one must have lived with her as closely as her cousin and I did in order to understand how naturally this tender soul is inclined toward devotion. It seems as if nothing on earth could satisfy the overwhelming desire to love that consumes her; hence this excess of sensitivity is forced to seek its source elsewhere. Unlike Saint Teresa, whose loving heart sought to deceive itself by directing its affections toward other objects, this heart is truly inexhaustible—neither love nor friendship has been able to drain it. Her overflowing affection is directed solely toward the one being alone worthy of receiving it[187]. Her love for God does not detach her from creation; rather, it endows her with neither hardness nor bitterness. All these bonds, arising from the same source, enhance each other’s charm and tenderness. And for me, I believe she would be less devout if she did not love her father, husband, children, cousin, and myself with such deep affection.

What is singular about it is that the more she feels this way, the less she believes she actually is such; and she complains of feeling within herself a dry soul that knows not how to love God. “No matter what one does,” she often says, “the heart can only be attached through the senses or through imagination, which represents those senses. But how can one see or imagine the immensity of the Great Being? When I try to elevate myself towards Him, I have no idea where I am; unable to perceive any connection between Him and me, I do not know how to reach Him. I no longer see or feel anything; I find myself in a kind of annihilation. And if I were to judge others by my own experience, I would fear that the ecstatic experiences of mystics arise less from a filled heart than from an empty mind.”

“What then must I do,” she continued, “to escape the ghosts of a reason that has gone astray? I substitute a crude form of worship—though within my grasp—for those sublime contemplations that surpass my abilities. I reluctantly diminish the majesty of God; I place tangible objects between her and me. Since I cannot behold her in her essence, I at least try to contemplate her through her works; I love her through her blessings. But no matter what I do, instead of the pure love she demands, all I can offer her is a self-interested form of gratitude.”

In this way, everything becomes a source of emotion in a sensitive heart. Julie finds nothing in the entire universe but causes for tenderness and gratitude: everywhere she sees the benevolent hand of Providence; her children are the precious gifts bestowed upon her; she receives its blessings through the products of the earth; she sees her table prepared with care; she sleeps under its protection; her peaceful awakening comes from it; she perceives its lessons in adversity and its favors in joy; the possessions that bring her happiness are yet more reasons to express her reverence. If the God of the universe eludes her weak eyes, she still sees everywhere the common father of all men. To honor such supreme blessings is, isn’t it, to serve the Infinite in the best way we can?

Che gioia mi date nel dirmi che trascorreremo l’inverno a Clarens! Ma mi fate pagare caro questo piacere prolungando il vostro soggiorno nell’esercito. Quello che mi dispiace di più è vedere chiaramente che, prima della nostra separazione, era già stata presa la decisione di partecipare alla campagna militare, e che non avete voluto dirmelo. Milord, intuisco il motivo di questo mistero. E non posso certo ringraziarvene. Mi disprezzate forse a tal punto da ritenere che mi sarebbe vantaggioso sopravvivervi? O forse mi avete conosciuto con sentimenti così bassi da preferire loro l’onore di morire insieme al mio amico? Se non meritassi di seguirvi, avreste dovuto lasciarmi a Londra. Mi avreste offeso meno che mandandomi qui.

È chiaro, dalla vostra ultima lettera, che effettivamente una delle mie lettere si è persa; questa perdita deve aver reso le due lettere successive molto oscure sotto molti aspetti. Ma i chiarimenti necessari per comprenderle correttamente arriveranno in seguito. Ciò che è più urgente al momento è tranquillizzarvi riguardo alla preoccupazione che provate per il dolore nascosto di Madame de Wolmar.

Non ripeterò l’intera sequenza della conversazione che ebbi con lei dopo la partenza di suo marito. Sono successe molte cose da allora, alcune delle quali mi hanno fatto dimenticare parte di quella conversazione; inoltre, ne abbiamo ripreso l’argomento più volte durante la sua assenza, quindi mi limiterò a riassumerne i punti principali per evitare ripetizioni.

Mi spiegò quindi che lo stesso marito che faceva di tutto per renderla felice era l’unico responsabile di tutte le sue sofferenze, e che più il loro affetto reciproco era sincero, più questo le causava dolore. Lo direste anche voi, milord? Quell’uomo così saggio, così ragionevole, così lontano da ogni vizio, così poco soggetto alle passioni umane, non crede in nulla di ciò che dà valore alle virtù; e nell’innocenza di una vita irreprensibile, porta nel profondo del suo cuore la terribile pace dei malvagi. Il contrasto tra queste due realtà aumenta il dolore di Julie. E sembrerebbe che le sarebbe persino più facile perdonarlo se riconoscesse l’autore della sua esistenza, se avesse maggiori motivi per temerlo o più orgoglio per sfidarlo. Che un colpevole possa placare la propria coscienza a scapito della ragione, che l’onore di pensare in modo diverso dal volgo possa animare chi si attiene rigidamente alle convenzioni, quest’errore, almeno, è comprensibile; ma, prosegue lei sospirando, per un uomo così onesto e così poco vanitoso del proprio sapere, che pena davvero essere increduli!

È necessario conoscere il carattere dei due coniugi; bisogna immaginarli concentrati all’interno della loro famiglia, come se fossero gli unici esseri esistenti nel resto dell’universo; è necessario comprendere l’unità che regna tra di loro in ogni ambito della loro vita, per rendersi conto di quanto il loro disaccordo su questo singolo punto possa turbare i loro rapporti. Il signor de Wolmar, educato secondo il rito greco, non era adatto a sopportare l’assurdità di un culto così ridicolo. La sua ragione, troppo superiore al giogo stupido che gli si voleva imporre, lo scosse presto con disprezzo; e, rifiutando tutto ciò che proveniva da un’autorità così sospetta, costretto a diventare ateo, divenne effettivamente tale.

In seguito, avendo sempre vissuto in paesi cattolici, non imparò mai ad avere un’opinione migliore della fede cristiana rispetto a quella che vi si professava. Non vide in quel luogo alcuna altra religione se non l’interesse dei suoi ministri; notò che tutto ciò che vi si praticava consisteva ancora in vani simboli, mascherati un po’ più abilmente da parole prive di vero significato; si rese conto che tutte le persone oneste condividevano unanimemente il suo punto di vista e non lo nascondevano affatto; persino il clero, in modo più discreto, si prendeva segretamente gioco di ciò che insegnava in pubblico. Mi ha spesso detto che, dopo molto tempo e molte ricerche, nella sua vita aveva incontrato soltanto tre preti che credevano davvero in Dio[186]. Nel tentativo di comprendere onestamente queste questioni, si era addentrato nelle tenebre della metafisica, dove l’uomo non ha altri guide se non i sistemi che egli stesso si crea; vedendo ovunque dubbi e contraddizioni, quando finalmente arrivò tra i cristiani, lo fece troppo tardi: la sua fede era ormai chiusa alla verità, la sua ragione non era più accessibile alla certezza; tutto ciò che gli veniva dimostrato distruggeva più un sentimento di quanto ne stabilisse uno nuovo, e così finì per combattere contro i dogmi di ogni tipo, fino a diventare scettico.

Ecco i mariti che il cielo aveva destinato a questa Julie, in lei di cui conoscete una fede così semplice e una devozione così dolce. Ma bisogna aver vissuto con lei in modo tanto intimo come sua cugina e io per comprendere quanto questo animo tenero sia naturalmente portato alla devozione. Si direbbe che, poiché nulla di terreno possa soddisfare il bisogno d’amare che la pervade, questa eccessiva sensibilità sia costretta a cercare la propria fonte nell’infinito. Non è come nel caso di Santa Teresa: non si tratta di un cuore innamorato che cerca di ingannarsi riguardo all’oggetto del proprio amore; si tratta invece di un cuore davvero inesauribile, il cui affetto traboccante viene rivolto verso l’unica creatura degna di assorbirlo[187]. L’amore di Dio non la separa dalle creature; non le conferisce né durezza né amarezza. Tutti questi legami, nati dalla stessa causa, si rafforzano a vicenda, rendendosi ancora più incantevoli e dolci. E per me, credo che lei sarebbe meno devota se amasse con minore tenerezza suo padre, suo marito, i suoi figli, sua cugina, e me stesso.

Ciò che è singolare è che più questa condizione è evidente, meno essa stessa vi crede, e si lamenta di sentire dentro di sé un’anima arida che non sa come amare Dio. “Per quanto ci si sforzi”, dice spesso, “il cuore si attacca soltanto attraverso i sensi o l’immaginazione che li rappresenta: ma qual è il mezzo per vedere o immaginare l’immensità di quell’Essere supremo? Quando cerco di elevarmi verso di Lui, non so più dove mi trovo; non vedendo alcun legame tra Lui e me, non so come raggiungerlo. Non vedo più nulla, né sento nulla; mi ritrovo in una sorta di annientamento. E, se osassi giudicare gli altri secondo me stessa, temerei che le estasi dei mistici derivino meno da un cuore pieno che da una mente vuota”.

“Dunque, cosa dovrei fare?”, continuò, “per sfuggire ai fantasmi di una ragione che si perde nel labirinto del dubbio? Sostituisco a quelle contemplazioni sublimi che trascendono le mie capacità un culto semplice e accessibile; umiliento con rammarico la maestosità divina, interpongo tra essa e me oggetti sensibili. Non potendo ammirarla nella sua essenza, almeno la osservo nelle sue opere, l’ammiro nei suoi benefici. Ma, in ogni caso, invece dell’amore puro che lei richiede, tutto ciò che riesco a offrirle è una riconoscenza interessata.”

Ecco come tutto diventa un sentimento in un cuore sensibile. Julie trova nell’intero universo soltanto motivi di commozione e gratitudine: ovunque scorge la benevola mano della Provvidenza; i suoi figli sono il prezioso dono che le è stato concesso; riceve i suoi doni attraverso le produzioni della terra; vede la sua tavola imbandita grazie alle sue cure; si addormenta sotto la sua protezione; il suo sereno risveglio è dovuto a lei; nelle sfortune percepisce le sue lezioni, e nei piaceri riconosce i suoi favori; i beni di cui godono tutte le persone a lei care rappresentano ulteriori motivi di venerazione; anche se il Dio dell’universo sfugge ai suoi deboli occhi, lei vede ovunque il padre comune degli uomini. Onorare in questo modo i suoi supremi benefici, non è forse servire al massimo possibile l’Essere infinito?

Concevez, milord, quel tourment c’est de vivre dans la retraite avec celui qui partage notre existence et ne peut partager l’espoir qui nous la rend chère ; de ne pouvoir avec lui ni bénir les oeuvres de Dieu, ni parler de l’heureux avenir que nous promet sa bonté ; de le voir insensible, en faisant le bien, à tout ce qui le rend agréable à faire, et, par la plus bizarre inconséquence, penser en impie et vivre en chrétien ! Imaginez Julie à la promenade avec son mari : l’une admirant, dans la riche et brillante parure que la terre étale, l’ouvrage et les dons de l’auteur de l’univers ; l’autre ne voyant en tout cela qu’une combinaison fortuite, où rien n’est lié que par une force aveugle. Imaginez deux époux sincèrement unis, n’osant, de peur de s’importuner mutuellement, se livrer, l’un aux réflexions, l’autre aux sentiments que leur inspirent les objets qui les entourent, et tirer de leur attachement même le devoir de se contraindre incessamment. Nous ne nous promenons presque jamais, Julie et moi, que quelque vue frappante et pittoresque ne lui rappelle ces idées douloureuses. « Hélas ! dit-elle avec attendrissement, le spectacle de la nature, si vivant, si animé pour nous, est mort aux yeux de l’infortuné Wolmar, et, dans cette grande harmonie des êtres où tout parle de Dieu d’une voix si douce, il n’aperçoit qu’un silence éternel. »

Vous qui connaissez Julie, vous qui savez combien cette âme communicative aime à se répandre, concevez ce qu’elle souffrirait de ces réserves, quand elles n’auraient d’autre inconvénient qu’un si triste partage entre ceux à qui tout doit être commun. Mais des idées plus funestes s’élèvent, malgré qu’elle en ait, à la suite de celle-là. Elle a beau vouloir rejeter ces terreurs involontaires, elles reviennent la troubler à chaque instant. Quelle horreur pour une tendre épouse d’imaginer l’Être suprême vengeur de sa divinité méconnue, de songer que le bonheur de celui qui fait le sien doit finir avec sa vie, et de ne voir qu’un réprouvé dans le père de ses enfants ! À cette affreuse image, toute sa douceur la garantit à peine du désespoir ; et la religion, qui lui rend amère l’incrédulité de son mari, lui donne seule la force de la supporter. « Si le ciel, dit-elle souvent, me refuse la conversion de cet honnête homme, je n’ai plus qu’une grâce à lui demander, c’est de mourir la première. »

Telle est, milord, la trop juste cause de ses chagrins secrets ; telle est la peine intérieure qui semble charger sa conscience de l’endurcissement d’autrui, et ne lui devient que plus cruelle par le soin qu’elle prend de la dissimuler. L’athéisme, qui marche à visage découvert chez les papistes, est obligé de se cacher dans tout pays où, la raison permettant de croire en Dieu, la seule excuse des incrédules leur est ôtée. Ce système est naturellement désolant : s’il trouve des partisans chez les grands et les riches qu’il favorise, il est partout en horreur au peuple opprimé et misérable, qui, voyant délivrer ses tyrans du seul frein propre à les contenir, se voit encore enlever dans l’espoir d’une autre vie la seule consolation qu’on lui laisse en celle-ci. Madame de Wolmar sentant donc le mauvais effet que ferait ici le pyrrhonisme de son mari, et voulant surtout garantir ses enfants d’un si dangereux exemple, n’a pas eu de peine à engager au secret un homme sincère et vrai, mais discret, simple, sans vanité, et fort éloigné de vouloir ôter aux autres un bien dont il est fâché d’être privé lui-même. Il ne dogmatise jamais, il vient au temple avec nous, il se conforme aux usages établis ; sans professer de bouche une foi qu’il n’a pas, il évite le scandale, et fait sur le culte réglé par les lois tout ce que l’État peut exiger d’un citoyen.

Depuis près de huit ans qu’ils sont unis, la seule Mme d’Orbe est du secret, parce qu’on le lui a confié. Au surplus, les apparences sont si bien sauvées, et avec si peu d’affectation, qu’au bout de six semaines passées, ensemble dans la plus grande intimité, je n’avais pas même conçu le moindre soupçon, et n’aurais peut-être jamais pénétré la vérité sur ce point, si Julie elle-même ne me l’eût apprise.

Plusieurs motifs l’ont déterminée à cette confidence. Premièrement, quelle réserve est compatible avec l’amitié qui règne entre nous ? N’est-ce pas aggraver ses chagrins à pure perte que s’ôter la douceur de les partager avec un ami ? De plus, elle n’a pas voulu que ma présence fût plus longtemps un obstacle aux entretiens qu’ils ont souvent ensemble sur un sujet qui lui tient si fort au coeur. Enfin, sachant que vous deviez bientôt venir nous joindre, elle a désiré, du consentement de son mari, que vous fussiez d’avance instruit de ses sentiments ; car elle attend de votre sagesse un supplément à nos vains efforts, et des effets dignes de vous.

Le temps qu’elle choisit pour me confier sa peine m’a fait soupçonner une autre raison dont elle n’a eu garde de me parler. Son mari nous quittait ; nous restions seuls : nos coeurs s’étaient aimés ; ils s’en souvenaient encore ; s’ils s’étaient un instant oubliés, tout nous livrait à l’opprobre. Je voyais clairement qu’elle avait craint ce tête-à-tête et tâché de s’en garantir, et la scène de Meillerie m’a trop appris que celui des deux qui se défiait le moins de lui-même devait seul s’en défier.

Dans l’injuste crainte que lui inspirait sa timidité naturelle, elle n’imagina point de précaution plus sûre que de se donner incessamment un témoin qu’il fallût respecter, d’appeler en tiers le juge intègre et redoutable qui voit les actions secrètes et sait lire au fond des coeurs. Elle s’environnait de la majesté suprême ; je voyais Dieu sans cesse entre elle et moi. Quel coupable désir eût pu franchir une telle sauvegarde ? Mon coeur s’épurait au feu de son zèle, et je partageais sa vertu.

Ces graves entretiens remplirent presque tous nos tête-à-tête durant l’absence de son mari ; et depuis son retour nous les reprenons fréquemment en sa présence. Il s’y prête comme s’il était question d’un autre ; et, sans mépriser nos soins, il nous donne souvent de bons conseils sur la manière dont nous devons raisonner avec lui. C’est cela même qui me fait désespérer du succès ; car, s’il avait moins de bonne foi, l’on pourrait attaquer le vice de l’âme qui nourrirait son incrédulité ; mais, s’il n’est question que de convaincre, où chercherons-nous des lumières qu’il n’ait point eues et des raisons qui lui aient échappé ? Quand j’ai voulu disputer avec lui, j’ai vu que tout ce que je pouvais employer d’arguments avait été déjà vainement épuisé par Julie, et que ma sécheresse était bien loin de cette éloquence du coeur et de cette douce persuasion qui coule de sa bouche. Milord, nous ne ramènerons jamais cet homme ; il est trop froid et n’est point méchant : il ne s’agit pas de le toucher ; la preuve intérieure ou de sentiment lui manque, et celle-là seule peut rendre invincibles toutes les autres.

Quelque soin que prenne sa femme de lui déguiser sa tristesse, il la sent et la partage : ce n’est pas un oeil aussi clairvoyant qu’on abuse. Ce chagrin dévoré ne lui en est que plus sensible. Il m’a dit avoir été tenté plusieurs fois de céder en apparence, et de feindre, pour la tranquilliser, des sentiments qu’il n’avait pas ; mais une telle bassesse d’âme est trop loin de lui. Sans en imposer à Julie, cette dissimulation n’eût été qu’un nouveau tourment pour elle. La bonne foi, la franchise, l’union des coeurs qui console de tant de maux, se fût éclipsée entre eux. Était-ce en se faisant moins estimer de sa femme qu’il pouvait la rassurer sur ses craintes ? Au lieu d’user de déguisement avec elle, il lui dit sincèrement ce qu’il pense ; mais il le dit d’un ton si simple, avec si peu de mépris des opinions vulgaires, si peu de cette ironique fierté des esprits forts, que ces tristes aveux donnent bien plus d’affliction que de colère à Julie, et que, ne pouvant transmettre à son mari ses sentiments et ses espérances, elle en cherche avec plus de soin à rassembler autour de lui ces douceurs passagères auxquelles il borne sa félicité. « Ah ! dit-elle avec douleur, si l’infortuné fait son paradis en ce monde, rendons-le-lui au moins aussi doux qu’il est possible. »[189]

Imagine, my lord, what kind of torment it must be to live in solitude with someone who shares one’s existence but cannot share the hope that makes life worthwhile; to be unable, together, to praise God’s creations or talk about the happy future promised by His goodness; to see that person, while doing good, remains indifferent to all that could make life enjoyable—and, most bizarrely of all, to think in an impious way while living as a Christian! Consider Julie walking with her husband: one admiring, within the rich and splendid beauty created by nature, the works and gifts of the Creator; the other seeing nothing but a series of random events, bound together by mere chance. Imagine two spouses truly united, too afraid to disturb each other, each lost in their own thoughts or emotions inspired by their surroundings—and yet forced, out of their love for one another, to constantly restrain themselves. Julie and I hardly ever go for walks without some striking, picturesque sight reminding her of these painful memories. “Alas!” she would say with sorrow, “the beauty of nature, so vivid and full of life for us, is dead to the unfortunate Wolmar. In this great harmony of all things, where everything speaks of God in such a gentle voice, he sees only eternal silence.”

You who know Julie, you who understand how much this communicative soul loves to share everything with others, imagine the suffering she would endure due to these restrictions—restrictions that, after all, cause nothing but such a sad separation between those who should be completely united. But even more terrible thoughts arise from this notion. Despite her efforts to reject these involuntary fears, they keep haunting her at every moment. What horror for a tender wife to imagine the Almighty avenging His neglected divinity, to think that the happiness of the man she loves must end with his life, and to regard the father of her children as nothing but a sinner! Faced with such a terrible prospect, all her gentleness is barely enough to protect her from despair; and it is only religion—that makes her husband’s disbelief seem even more bitter—to give her the strength to endure it. “If heaven refuses me the grace of converting this honest man,” she often says, “then I have only one request left: to die first.”

Such, my lord, is the all-too-just cause of her secret sorrows; such is the inner torment that seems to burden her conscience with the cruelty she must inflict upon others—and which becomes all the more cruel precisely because she goes to such lengths to conceal it. Atheism, which brazenly proclaims itself among Catholics, is forced to hide in every country where reason allows people to believe in God, for then the only excuse left for the unbelievers is taken away from them. This system is naturally despicable: while it finds supporters among the powerful and wealthy whom it favors, it is universally detested by the oppressed and miserable masses. Seeing their tyrants freed from the only restraint that could hold them in check, these people are also deprived of the only consolation left in this life—hope for another life after death. Therefore, Madame de Wolmar, aware of the harmful effects her husband’s Pyrrhonism would have here, and especially wishing to protect her children from such a dangerous example, had no difficulty in finding a sincere and honest man—who was also discreet, unassuming, and far from seeking to deprive others of the good things he himself regretted being deprived of. He never dogmatized; he attended church with us, conformed to established customs; without professing a faith he did not hold, he avoided scandal and fulfilled everything that the state could demand of a citizen regarding religious worship.

For nearly eight years now that they have been together, Madame d’Orbe has kept this secret, simply because it was confided to her. Moreover, the appearances are so well maintained, and with such little affectation, that after six weeks spent in the greatest intimacy, I never even had the slightest suspicion—and perhaps would never have discovered the truth if it weren’t for Julie herself who told me.

Several reasons prompted her to make this confidance. Firstly, what kind of reserve could be compatible with the friendship that exists between us? Wouldn’t it be utterly pointless to deprive herself of the comfort of sharing her sorrows with a friend? Moreover, she did not want my presence to continue hindering their frequent discussions on a subject that is so dear to her heart. Finally, knowing that you were about to join us, she wished, with her husband’s consent, that you be informed in advance of her feelings; for she trusted that your wisdom would complement our own efforts and produce results worthy of you.

The moment she chose to confide her sorrow to me made me suspect the existence of another reason that she had not dared mention. Her husband was leaving us; we were left alone. Our hearts had once loved each other; they still remembered that love. If for a single moment they had forgotten it, everything would have exposed us to public disgrace. It was clear to me that she had feared this encounter and had tried to prevent it. The incident at Meillerie taught me too well that the one of the two who feared himself the least was actually the one who must face that fear alone.

In the unjust fear inspired by her natural timidity, she could not imagine any safer precaution than to constantly have a witness who must be respected present; she sought the intervention of an impartial and formidable judge who sees all secret actions and knows how to read into people’s hearts. She surrounded herself with the supreme majesty of God; I saw God constantly between her and me. What guilty desire could possibly overcome such protection? My heart was purified by the fire of her zeal, and I shared in her virtue.

These serious conversations filled almost all of our private talks during her husband’s absence; and since his return, we have frequently resumed them in his presence. He behaves as if it were someone else we are talking to; and, without dismissing our efforts, he often gives us good advice on how to approach him. It is precisely this that makes me despair of success. For if he were less sincere, we might be able to address the moral flaw that underlies his skepticism; but since what is at issue is simply convincing him, where can we find those insights that he lacks and those reasons that have escaped him? When I tried to argue with him, I found that all the arguments I could use had already been futilely presented by Julie, and that my dryness of tone was far from the eloquence of the heart and the gentle persuasion that come naturally from her mouth. My lord, we will never succeed in changing this man; he is too cold-hearted, but not truly evil. The issue is not that we cannot move him; it is that he lacks the inner conviction or emotional strength, and only that can make all other efforts futile.

No matter how carefully his wife tried to hide his sadness, he could sense it and share it with her; for there is no eye so keen that it cannot be deceived. The more this consuming grief became apparent, the more it affected him. He told me that on several occasions he had been tempted to pretend, to feign feelings he did not possess in order to calm her down; but such baseness was far beyond him. If he had tried to conceal his true feelings from Julie, it would only have caused her further suffering. Honesty, sincerity, and the unity of hearts—those things that can alleviate so many troubles—would have been lost between them. Could he possibly reassure her by making himself seem less worthy in her eyes? Instead of deceiving her, he told her honestly what he thought; but he did so in such a simple manner, with so little disdain for common opinions, and without that ironical pride characteristic of strong-minded people, that these sad confessions only brought her even more sorrow than anger. Unable to express her own feelings and hopes to him, she redoubled her efforts to surround him with those fleeting comforts upon which his happiness depended. “Ah!” she said in pain, “if it is possible for this unfortunate man to find paradise on earth, let us at least make it as sweet as possible for him.”[189]

Immaginate, milord, quale tormento sia vivere in solitudine con colui che condivide la nostra esistenza ma non può condividere l’ speranza che rende quella vita preziosa; essere incapaci, insieme a lui, di lodare le opere di Dio o di parlare del felice futuro che la sua bontà ci promette; vederlo indifferente, anche quando compie azioni buone che dovrebbero rendergli piacevole vivere, e, con la più strana delle contraddizioni, pensare in modo empio mentre si vive da cristiani! Immaginate Julie che passeggia con suo marito: una ammira, nella ricca e splendida bellezza che la natura ci offre, l’opera e i doni dell’autore dell’universo; l’altra non vede in tutto questo che una combinazione casuale, dove nulla è legato se non da una forza cieca. Immaginate due coniugi sinceramente uniti, che, per paura di disturbarsi a vicenda, non osano dedicarsi alle riflessioni o ai sentimenti che gli oggetti che li circondano suscitano in loro, e che traggono dal proprio legame il dovere di costringersi costantemente a comportarsi in modo appropriato. Noi, Julie ed io, quasi mai passeggiamo se non quando qualche vista suggestiva e pittoresca le ricorda quelle dolorose riflessioni. “Ahimè!”, dice lei con tristezza, “il paesaggio naturale, così vivido e pieno di vita per noi, è morto agli occhi dell’infortunato Wolmar; in questa grande armonia degli esseri, dove tutto parla di Dio con una voce così dolce, lui non vede che un silenzio eterno”.

Voi che conoscete Julie, voi che sapete quanto questo animo comunicativo ami condividere tutto con gli altri, immaginate quale dolore provocherebbero in lei queste riserve, se non avessero altro inconveniente se non quello di causare una così triste separazione tra coloro a cui tutto dovrebbe essere condiviso. Ma emergono idee ancora più terribili. Nonostante cerchi di scacciarle, queste paure continuano ad assillarla in ogni momento. Che orrore per una giovane moglie immaginare che l’Essere Supremo possa vendicarsi della sua divinità ignorata, pensare che la felicità di colui che ne fa la propria fine con la sua stessa vita. E vedere nell’uomo che le ha dato dei figli soltanto un reprobo! Di fronte a questa immagine atroce, tutta la sua dolcezza non basta quasi a proteggerla dal dispero; e solo la religione, che rende amara l’incredulità di suo marito, le fornisce la forza per sopportare tutto. “Se il cielo mi rifiuta di far convertire quest’uomo onesto”, dice spesso, “non mi resta che chiedergli una sola grazia: morire prima di lui”.

Ecco, milord, la causa troppo giusta dei suoi dolori segreti; ecco il tormento interiore che sembra caricare la sua coscienza della crudeltà altrui, e che diventa ancora più crudele per lo sforzo che compie nel nasconderlo. L’ateismo, che nei papisti può agire apertamente, è costretto a nascondersi in ogni paese dove la ragione permette di credere in Dio, poiché l’unica scusa degli increduli viene loro tolta. Questo sistema è naturalmente desolante: se trova sostenitori tra i grandi e i ricchi che favorisce, è odiato ovunque dal popolo oppresso e miserabile, il quale, vedendo i suoi tiranni liberati dall’unico freno in grado di contenerli, si vede privare anche della sola consolazione che gli rimane in questa vita. La signora de Wolmar, quindi, rendendosi conto dell’effetto negativo che il pirronismo di suo marito avrebbe qui, e soprattutto volendo proteggere i suoi figli da un esempio così pericoloso, non ebbe difficoltà a trovare un uomo sincero e onesto, ma discreto, semplice, privo di vanità e lontano dall’idea di togliere agli altri un bene di cui lui stesso si rammarica di essere privo. Quest’uomo non dogmatizza mai; va in chiesa con noi, si attiene alle usanze stabilite; senza professare apertamente una fede che non possiede, evita lo scandalo e fa riguardo al culto regolamentato dalle leggi tutto ciò che lo Stato può esigere da un cittadino.

Da quasi otto anni che sono uniti, l’unica persona a conoscenza del segreto è Madame d’Orbe, perché le è stato confidato. Inoltre, le apparenze sono state così ben mantenute, e con così poco sforzo per sembrare sincere, che dopo sei settimane trascorse insieme nella massima intimità, non avevo nemmeno concepito il minimo sospetto; forse non avrei mai scoperto la verità su questo punto, se non fosse stata Julie stessa a rivelarmela.

Diversi motivi l’hanno spinta a confidarsi con me. Primo di tutto, quale riservatezza potrebbe essere compatibile con l’amicizia che esiste tra noi? Non sarebbe forse un aggravare inutilmente i suoi dolori privarsi della possibilità di condividerli con un amico? Inoltre, non voleva che la mia presenza rappresentasse un ostacolo ai loro frequenti colloqui su un argomento che le è così caro. Infine, sapendo che presto sareste venuti a raggiungerci, ha desiderato, con il consenso di suo marito, che foste informati in anticipo dei suoi sentimenti; poiché si aspetta dalla vostra saggezza un aiuto per i nostri vani sforzi e risultati degni di voi.

Il momento che lei scelse per confidarmi il suo dolore mi fece sospettare l’esistenza di un’altra ragione di cui non ebbe la cura di parlarmi. Suo marito ci stava lasciando; eravamo soli: i nostri cuori si erano amati; se ne ricordavano ancora; e se anche per un istante avessero dimenticato, tutto ci avrebbe esposto all’opprobrio. Vedevo chiaramente che lei temeva quel momento di intimità e aveva cercato di evitarlo; inoltre, l’episodio di Meillerie mi insegnò chiaramente che soltanto colui dei due che si fidava meno di se stesso doveva difendersi da esso.

Nella paura ingiusta che le ispirava la sua timidezza naturale, non immaginò alcuna precauzione più sicura se non quella di avere sempre accanto a sé un testimone da rispettare, di chiamare in qualità di terzo quel giudice integro e temibile che osserva le azioni segrete e sa leggere nel profondo dei cuori. Si circondava della maestà suprema; io vedevo Dio costantemente tra lei e me. Quale desiderio peccaminoso avrebbe potuto superare una tale protezione? Il mio cuore si purificava nel fuoco del suo zelo, e condividevo la sua virtù.

Questi seri colloqui hanno occupato quasi tutti i nostri incontri durante l’assenza di suo marito; e da quando è tornato, li riprendiamo spesso anche in sua presenza. Lui si comporta come se si trattasse di un altro argomento; e, senza disprezzare i nostri sforzi, ci dà spesso ottimi consigli su come dovremmo ragionare con lui. È proprio questo che mi fa disperare di riuscire nel nostro intento; perché, se avesse meno buona fede, si potrebbe attaccare il vizio dell’anima che alimenta la sua incredulità; ma, se si tratta semplicemente di convincerlo, dove possiamo trovare quelle luci che a lui mancano e quei ragionamenti che gli sono sfuggiti? Quando ho cercato di discutere con lui, ho visto che tutti gli argomenti che potevo utilizzare erano già stati inutilmente esauriti da Julie, e che la mia freddezza era ben lontana dall’eloquenza del cuore e dalla dolce persuasione che proviene dalle sue parole. Milord, non riusciremo mai a far cambiare idea a quest’uomo; è troppo freddo, ma non cattivo: non si tratta di commuoverlo; gli manca quella prova interiore o quel sentimento che potrebbero renderlo invincibile. E solo quella prova può rendere efficaci tutti gli altri sforzi.

Per quanto sua moglie si sforzi di nascondere la sua tristezza, lui la percepisce e la condivide: non esiste occhio così perspicace da poter essere ingannato. Quel dolore che lo consuma diventa ancora più evidente. Mi ha detto di aver provato più volte a cedere in apparenza, a fingere, per tranquillizzarla, sentimenti che in realtà non provava; ma una tale bassezza d’animo è troppo lontana da lui. Senza costringerla ad adottare questa dissimulazione, essa sarebbe stata solo un altro tormento per lei. La sincerità, la franchezza, l’unione dei cuori che consolano di tanti mali, tutto ciò sarebbe scomparso tra loro. Forse cercava proprio di farsi meno stimare da sua moglie per rassicurarla riguardo alle sue paure? Invece di nascondere la verità, le diceva sinceramente ciò che pensava; ma lo faceva con un tono così semplice, con così poco disprezzo per le opinioni comuni, con così poca di quella ironica fierezza tipica degli spiriti forti, che queste tristi confessioni causavano a Julie molto più dolore che rabbia. E poiché non poteva condividere con suo marito i propri sentimenti e le proprie speranze, cercava con ancora maggiore impegno di circondarlo con quelle dolcezze effimere che costituivano tutta la sua felicità. “Ah!”, disse con dolore, “se l’infortunato trova il suo paradiso in questo mondo, almeno rendiamolo il più dolce possibile.”[189]

Le voile de tristesse dont cette opposition de sentiments couvre leur union prouve mieux que toute autre chose l’invincible ascendant de Julie, par les consolations dont cette tristesse est mêlée, et qu’elle seule au monde était peut-être capable d’y joindre. Tous leurs démêlés, toutes leurs disputes sur ce point important, loin de se tourner en aigreur, en mépris, en querelles, finissent toujours par quelque scène attendrissante, qui ne fait que les rendre plus chers l’un à l’autre.

Hier, l’entretien s’étant fixé sur ce texte, qui revient souvent quand nous ne sommes que trois, nous tombâmes sur l’origine du mal ; et je m’efforçais de montrer que non seulement il n’y avait point de mal absolu et général dans le système des êtres, mais que même les maux particuliers étaient beaucoup moindres qu’ils ne le semblent au premier coup d’oeil, et qu’à tout prendre ils étaient surpassés de beaucoup par les biens particuliers et individuels. Je citais à M. de Wolmar son propre exemple ; et pénétré du bonheur de sa situation, je la peignais avec des traits si vrais qu’il en parut ému lui-même. « Voilà, dit-il en m’interrompant, les séductions de Julie. Elle met toujours le sentiment à la place des raisons, et le rend si touchant qu’il faut toujours l’embrasser pour toute réponse : ne serait-ce point de son maître de philosophie, ajouta-t-il en riant, qu’elle aurait appris cette manière d’argumenter ? »

Deux mois plus tôt la plaisanterie m’eût déconcerté cruellement ; mais le temps de l’embarras est passé : je n’en fis que rire à mon tour ; et quoique Julie eût un peu rougi, elle ne parut pas plus embarrassé que moi. Nous continuâmes. Sans disputer sur la quantité du mal, Wolmar se contentait de l’aveu qu’il fallut bien faire, que, peu ou beaucoup, enfin le mal existe ; et de cette seule existence il déduisait défaut de puissance, d’intelligence ou de bonté, dans la première cause. Moi, de mon côté, je tâchais de montrer l’origine du mal physique dans la nature de la matière, et du mal moral dans la liberté de l’homme. Je lui soutenais que Dieu pouvait tout faire, hors de créer d’autres substances aussi parfaites que la sienne et qui ne laissassent aucune prise au mal. Nous étions dans la chaleur de la dispute quand je m’aperçus que Julie avait disparu. « Devinez où elle est, me dit son mari voyant que je la cherchais des yeux. — Mais, dis-je, elle est allée donner quelque ordre dans le ménage. — Non, dit-il, elle n’aurait point pris pour d’autres affaires le temps de celle-ci ; tout se fait sans qu’elle me quitte, et je ne la vois jamais rien faire. — Elle est donc dans la chambre des enfants ? — Tout aussi peu : ses enfants ne lui sont pas plus chers que mon salut. — Eh bien ! repris-je, ce qu’elle fait, je n’en sais rien, mais je suis très sûr qu’elle ne s’occupe qu’à des soins utiles. — Encore moins, dit-il froidement ; venez, venez, vous verrez si j’ai bien deviné. »

Il se mit à marcher doucement ; je le suivis sur la pointe du pied. Nous arrivâmes à la porte du cabinet : elle était fermée ; il l’ouvrit brusquement. Milord, quel spectacle ! Je vis Julie à genoux, les mains jointes, et tout en larmes. Elle se lève avec précipitation, s’essuyant les yeux, se cachant le visage, et cherchant à s’échapper. On ne vit jamais une honte pareille. Son mari ne lui laissa pas le temps de fuir. Il courut à elle dans une espèce de transport. « Chère épouse, lui dit-il en l’embrassant, l’ardeur même de tes voeux trahit ta cause. Que leur manque-t-il pour être efficaces ? Va, s’ils étaient entendus, ils seraient bientôt exaucés. — Ils le seront, lui dit-elle d’un ton ferme et persuadé ; j’en ignore l’heure et l’occasion. Puissé-je l’acheter aux dépens de ma vie ! mon dernier jour serait le mieux employé. »

Venez, milord, quittez vos malheureux combats, venez remplir un devoir plus noble. Le sage préfère-t-il l’honneur de tuer des hommes aux soins qui peuvent en sauver un[190] ?

Lettre VI – De Saint-Preux à milord Édouard

Quoi ! même après la séparation de l’armée, encore un voyage à Paris ! Oubliez-vous donc tout à fait Clarens et celle qui l’habite. Nous êtes-vous moins cher qu’à milord Hyde ? Êtes-vous plus nécessaire à cet ami qu’à ceux qui vous attendent ici ? Vous nous forcez à faire des voeux opposés aux vôtres, et vous me faites souhaiter d’avoir du crédit à la cour de France pour vous empêcher d’obtenir les passeports que vous en attendez. Contentez-vous toutefois ; allez voir votre digne compatriote. Malgré lui, malgré vous, nous serons vengés de cette préférence ; et, quelque plaisir que vous goûtiez à vivre avec lui, je sais que, quand vous serez avec nous, vous regretterez le temps que vous ne nous aurez pas donné.

En recevant votre lettre, j’avais d’abord soupçonné qu’une commission secrète… Quel plus digne médiateur de paix !… Mais les rois donnent-ils leur confiance à des hommes vertueux ? Osent-ils écouter la vérité ? Savent-ils même honorer le vrai mérite ?… Non, non, cher Édouard, vous n’êtes pas fait pour le ministère ; et je pense trop bien de vous pour croire que si vous n’étiez pas né pair d’Angleterre, vous le fussiez jamais devenu.

Viens, ami ; tu seras mieux à Clarens qu’à la cour. Oh ! quel hiver nous allons passer tous ensemble, si l’espoir de notre réunion ne m’abuse pas ! Chaque jour la prépare, en ramenant ici quelqu’une de ces âmes privilégiées qui sont si chères l’une à l’autre, qui sont si dignes de s’aimer, et qui semblent n’attendre que vous pour se passer du reste de l’univers. En apprenant quel heureux hasard a fait passer ici la partie adverse du baron d’Etange vous avez prévu tout ce qui devait arriver de cette rencontre, et ce qui est arrivé réellement[191]. Ce vieux plaideur, quoique inflexible et entier presque autant que son adversaire, n’a pu résister à l’ascendant qui nous a tous subjugués. Après avoir vu Julie, après l’avoir entendue, après avoir conversé avec elle, il a eu honte de plaider contre son père. Il est parti pour Berne si bien disposé, et l’accommodement est actuellement en si bon train, que sur la dernière lettre du baron nous l’attendons de retour dans peu de jours.

Voilà ce que vous aurez déjà su par M. de Wolmar ; mais ce que probablement vous ne savez point encore, c’est que Mme d’Orbe, ayant enfin terminé ses affaires, est ici depuis jeudi, et n’aura plus d’autre demeure que celle de son amie. Comme j’étais prévenu du jour de son arrivée, j’allai au-devant d’elle à l’insu de Madame de Wolmar qu’elle voulait surprendre, et l’ayant rencontrée au deçà de Lutri, je revins sur mes pas avec elle.

Je la trouvai plus vive et plus charmante que jamais, mais inégale, distraite, n’écoutant point, répondant encore moins, parlant sans suite et par saillies, enfin livrée à cette inquiétude dont on ne peut se défendre sur le point d’obtenir ce qu’on a fortement désiré. On eût dit à chaque instant qu’elle tremblait de retourner en arrière. Ce départ, quoique longtemps différé, s’était fait si à la hâte que la tête en tournait à la maîtresse et aux domestiques. Il régnait un désordre risible dans le menu bagage qu’on amenait. À mesure que la femme de chambre craignait d’avoir oublié quelque chose, Claire assurait toujours l’avoir fait mettre dans le coffre du carrosse ; et le plaisant, quand on y regarda, fut qu’il ne s’y trouva rien du tout.

Comme elle ne voulait pas que Julie entendît sa voiture, elle descendit dans l’avenue, traversa la cour en courant comme une folle, et monta si précipitamment qu’il fallut respirer après la première rampe avant d’achever de monter. M. de Wolmar vint au-devant d’elle : elle ne put lui dire un seul mot.

The veil of sadness that shrouds their union due to this opposition of feelings proves, more than anything else, the invincible dominance of Julie—proven by the very consolations that arise from this sadness—and it seems that she alone in the world might have been capable of bringing them together again. All their arguments and disputes over this important matter never turn into bitterness, contempt, or quarrels; instead, they always end in some touching scene that only serves to make them cherish each other even more.

Yesterday, as our conversation turned to this text—which often comes up when we are only the three of us—we explored the origin of evil. I tried to show that not only is there no absolute or universal evil in the system of existence, but that even particular evils are far less severe than they seem at first glance; indeed, they are greatly outweighed by individual and specific benefits. I cited Mr. de Wolmar’s own example, and describing his fortunate situation with such vivid details that he seemed genuinely moved. “Here,” he interjected, “are the temptations of Julie. She always replaces reason with emotion, making it so touching that one can only respond by embracing her arguments—could it be that she learned this way of reasoning from her philosophy teacher?” he added, laughing.

Two months earlier, such a joke would have left me utterly bewildered; but the time for embarrassment had passed—I simply laughed at it in turn. Although Julie blushed slightly, she didn’t seem more embarrassed than I was. We continued our conversation. Without debating the extent of evil itself, Wolmar contented himself with the admission that evil must exist, in some form or another; and from this very existence, he deduced a lack of power, intelligence, or goodness on the part of its ultimate cause. On my part, I tried to explain that physical evil stemmed from the nature of matter, while moral evil arose from human freedom. I argued that God could do anything except create other substances as perfect as His own—substances that would not allow evil to take hold in them at all. We were in the midst of this heated debate when I noticed that Julie had disappeared. “Guess where she is,” her husband said, seeing me looking for her. “But she must have gone to give some orders around the house,” I replied. “No,” he said. “She wouldn’t have taken the time for such a thing when there are so many other matters to attend to. Everything gets done without her leaving my side—yet I never see her doing anything at all.” “Then she must be in the children’s room, ” “Not even that. Her children aren’t any more precious to her than my own life is.” “Well. I have no idea what she’s doing, but I’m certain she’s engaged in some useful task.” “Even less so,” he said coldly. “Come on—come and see if I’ve guessed right.”

He began to walk slowly; I followed him on tiptoe. We arrived at the door of the room—it was closed; he opened it suddenly. My lord, what a sight! I saw Julie kneeling, her hands joined, in tears. She quickly stood up, wiped away her eyes, covered her face, and tried to escape. Such shame had never been seen before. Her husband did not give her time to flee. He rushed toward her in a state of frenzy. “Dear wife,” he said, embracing her, “even the intensity of your desires reveals the truth of your cause. What is needed for them to be effective? Go—if they were heard, they would be fulfilled soon enough.” “They will be fulfilled,” she replied firmly and convincingly. “I do not know when or how, but I am willing to pay any price for it—even my life. My last day would be the best spent of all.”

Come, my lord, cease your unfortunate battles and come instead to fulfill a nobler duty. Does the wise man prefer the honor of killing men to the efforts that might save one[190]?

Letter VI – From Saint-Preux to Lord Edward

What! Even after the army has been disbanded, another trip to Paris! Have you completely forgotten about Clarens and those who live with her? Are you less valuable to us than Lord Hyde? Are you more necessary to this friend than to those who are waiting for you here? You force us to make wishes that are contrary to yours, and you make me wish that I had some influence at the French court to prevent you from obtaining the passports you desire. Nevertheless, be content; go and see your worthy compatriot. Despite him, despite you, we will take revenge for this preference; and no matter how much pleasure you may find in living with him, I know that when you are with us, you will regret the time you did not spend with us.

Upon receiving your letter, I initially suspected that some secret commission was at play. What a more worthy mediator of peace!. But do kings confide their trust in virtuous men? Do they dare to listen to the truth? And even do they know how to honor genuine merit?. No, no, dear Edward, you are not destined for such a role; and I think too highly of you to believe that if you had not been born a peer of England, you would have ever become one.

Come, my friend; you will be much happier at Clarens than at the court. Oh! What a winter we are all going to spend together, if the hope of our reunion does not deceive me! Every day, she prepares for it by bringing here some of those fortunate souls who are so dear to each other, who are so worthy of loving one another, and who seem to await only you in order to be content with nothing else in the world. When you learned about the happy coincidence that had brought the baron’s opponent here, you foresaw everything that would happen from this meeting—and indeed, it happened just as you predicted[191]. That old lawyer, although as stubborn and unyielding as his adversary, could not resist the influence that conquered us all. After seeing Julie, after listening to her, after talking with her, he felt ashamed of opposing his own father. He left for Bern in a very favorable mood, and things are currently progressing so well that we expect him back in a few days, according to the latest letter from the baron.

This is what you must already have learned from Mr. de Wolmar; but what you probably still do not know is that Madam d’Orbe, having finally concluded her affairs, has been here since Thursday and will now reside solely at her friend’s home. Since I had been informed of the day of her arrival, I went to meet her without Madame de Wolmar’s knowledge, as she wanted to surprise her. After encountering her beyond Lutri, I returned with her.

I found her more lively and charming than ever before, but also uneven in her demeanor, distracted, not listening at all, and even less responding; she spoke in a disjointed manner, with sudden outbursts—in short, she was utterly consumed by that anxiety which one cannot help feeling when on the verge of obtaining something one has long desired. At every moment, it seemed as if she were trembling at the thought of having to turn back. Although this departure had been postponed for a long time, it was carried out in such haste that it left both the mistress and the servants utterly bewildered. There was a ridiculous amount of disorder in the small belongings being taken along. As the maid feared having forgotten something, Claire would insist that it had certainly been put into the carriage trunk; and what was amusing—when they finally checked—was that there was absolutely nothing inside.

Since she didn’t want Julie to hear her car, she got down into the avenue, ran across the courtyard like a madwoman, and climbed so quickly that she had to catch her breath after the first set of stairs before finishing the ascent. Mr. de Wolmar came to meet her; she wasn’t able to say a single word to him.

Il velo di tristezza che avvolge la loro unione, dovuta a questa contrapposizione di sentimenti, dimostra più di ogni altra cosa l’invincibile ascendente di Julie: le consolazioni che questa tristezza stessa contiene ne sono la prova evidente, e forse solo lei al mondo era in grado di offrirle. Tutti i loro dissidi, tutte le loro discussioni su questo argomento importante, invece di trasformarsi in astio, disprezzo o litigi, finiscono sempre con scene commoventi che li fanno amare ancora di più l’uno l’altro.

Ieri, poiché la conversazione si era concentrata su questo argomento – che spesso viene sollevato quando siamo solo in tre – abbiamo affrontato la questione dell’origine del male. Ho cercato di dimostrare non solo che nel sistema degli esseri non esiste alcun male assoluto e universale, ma anche che i mali particolari sono molto meno gravi di quanto possano sembrare a prima vista; anzi, in confronto ai beni individuali, questi mali risultano decisamente inferiori. Ho citato a Monsieur de Wolmar il suo stesso esempio; descrivendo con tale veridicità la felicità della sua situazione, sono riuscito a commuoverlo personalmente. “Ecco,” mi interruppe, “le seduzioni di Julie. Lei mette sempre i sentimenti al posto delle ragioni, e li rende così toccanti che l’unica risposta possibile è abbracciarla. Non sarà mica stato dal suo maestro di filosofia che ha imparato questo modo di argomentare?”

Due mesi prima, quella battuta mi avrebbe messo in grande imbarazzo; ma il momento dell’imbarazzo era passato: ne risi anch’io, e sebbene Julie arrossisse un po’, non sembrava più a disagio di me. Continuammo la nostra discussione. Senza discutere sulla quantità del male, Wolmar si accontentava della semplice ammissione che il male esistesse, in qualunque misura fosse; e da questa sola esistenza deduceva l’assenza di potere, intelligenza o bontà nella causa primaria del male. Io, dal canto mio, cercavo di spiegare l’origine del male fisico nella natura della materia, e quella del male morale nella libertà umana; sostenevo che Dio potesse fare tutto, tranne creare altre sostanze altrettanto perfette della sua, tali da non lasciare alcuna possibilità al male. Eravamo nel bel mezzo della discussione quando mi accorsi che Julie era scomparsa. “Indovinate dove sia”, mi disse suo marito vedendomi cercarla con lo sguardo. “Ma, sarà andata a dare qualche ordine in casa”, risposi. “No”, disse lui, “non avrebbe mai dedicato tanto tempo a una cosa del genere; tutto viene fatto senza che lei mi lasci mai, e non la vedo mai occuparsi di nulla”. “Allora è nella stanza dei bambini?”, chiesi. “Nemmeno lontanamente: i suoi figli non le sono più cari della mia stessa salvezza”. “Beh, non so cosa stia facendo, ma sono sicuro che si dedichi solo a compiti utili”, dissi. “Ancora meno”, rispose lui freddamente; “venite, venite, vedrete se ho indovinato giusto”.

Iniziò a camminare lentamente; lo seguii in punta di piedi. Arrivammo alla porta dello studio: era chiusa; la aprì improvvisamente. Milord, che spettacolo! Vidi Julie in ginocchio, con le mani giunte e in lacrime. Si alzò di scatto, si asciugò gli occhi, si nascose il viso e cercò di fuggire. Non si era mai vista una tale vergogna. Suo marito non le lasciò il tempo di scappare; corse verso di lei in preda all’emozione. “Carissima moglie,” le disse abbracciandola, “anche l’intensità dei tuoi desideri tradisce la tua causa. A cosa manca loro per diventare efficaci? Vai, se venissero ascoltati, verrebbero presto esauditi.” “Lo saranno,” rispose lei con voce ferma e convinta; “ignoro solo l’ora e l’occasione. Possa pagarne il prezzo con la mia vita! Il mio ultimo giorno sarebbe il più ben speso di tutti.”

Venite, mio signore, lasciate da parte quelle sfortunate battaglie e venite a compiere un dovere più nobile. Il saggio preferisce forse l’onore di uccidere degli uomini ai mezzi che potrebbero salvarne uno[190]?

Lettera VI – Da Saint-Preux a Lord Edward

Che cosa! Anche dopo la separazione dell’esercito, un altro viaggio a Parigi. Dimenticate completamente Clarens e chi vi abita? Siete forse meno preziosa per noi che per milord Hyde? Siete davvero più necessaria a quel “amico” che a coloro che vi aspettano qui? Ci costringete ad augurarci il contrario di ciò che desiderate voi, e mi fate sperare di poter ottenere credito alla corte di Francia per impedirvi di ottenere i passaporti che tanto desiderate. Comunque sia, accontentatevi; andate a trovare il vostro nobile connazionale. Nonostante lui e nonostante voi, questa preferenza verrà vendicata. E, per quanto possiate godervi la vita con lui, so che, quando sarete con noi, rimpiangerete il tempo che non avrete trascorso con noi.

Ricevendo la vostra lettera, inizialmente avevo sospettato che si trattasse di una commissione segreta. Che mediatore della pace più degno!. Ma i re affidano davvero la loro fiducia a uomini virtuosi? Osano ascoltare la verità? Sanno anche riconoscere il vero merito?. No, no, caro Edoardo: voi non siete fatto per questo incarico; e vi stimo troppo per credere che, se non foste nato pari d’Inghilterra, ci sareste mai diventato.

Vieni, amico; starai meglio a Clarens che alla corte. Oh! Che inverno trascorreremo tutti insieme, se l’ speranza del nostro riunirsi non mi inganna. Ogni giorno lei prepara questo momento, portando qui alcune di quelle anime privilegiate che si amano così profondamente e che sembrano aspettare soltanto voi per poter vivere senza il resto dell’universo. Apprendendo quale felice casualità aveva fatto sì che l’avversario del barone d’Etange arrivasse qui, hai previsto tutto ciò che sarebbe accaduto durante questo incontro. E infatti è proprio così che è andata[191]. Quel vecchio avvocato, sebbene fosse rigido e determinato quanto il suo avversario, non è riuscito a resistere all’attrazione che ci ha tutti conquistati. Dopo aver visto Julie, dopo averla ascoltata, dopo aver conversato con lei, si è vergognato di difendere i diritti contro suo padre. È partito per Berna con ottimi propositi, e le cose stanno andando così bene che, secondo l’ultima lettera del barone, lo aspettiamo di ritorno tra pochi giorni.

Ecco ciò che avrete già appreso da Monsieur de Wolmar; ma ciò che probabilmente non sapete ancora è che Madame d’Orbe, essendo finalmente terminata i suoi affari, si trova qui da giovedì e non avrà più altra dimora se non quella della sua amica. Poiché ero stato informato del giorno del suo arrivo, andai ad accoglierla senza che Madame de Wolmar lo sapesse, poiché lei voleva farle una sorpresa; l’ho incontrata oltre Lutri e sono tornato indietro con lei.

La trovai più vivace e più incantevole che mai, ma inquieta, distratta, che non ascoltava nulla, rispondeva ancora meno, parlava in modo disordinato e frammentario. Insomma, era completamente presa da quell’ansia che si prova nel momento in cui si sta per ottenere ciò che si desidera ardentemente. Sembrava che, da un momento all’altro, potesse decidere di tornare indietro. Quel viaggio, sebbene fosse stato molto ritardato, era avvenuto con tale fretta che sia la padrona di casa che i domestici ne erano rimasti sconvolti. Nel bagaglio che si portava con sé regnava un disordine ridicolo: man mano che la cameriera temeva di aver dimenticato qualcosa, Claire insisteva sempre nel dire che fosse stato messo nella cassa da viaggio. E il bello è che, quando si controllò, non c’era assolutamente nulla dentro.

Poiché non voleva che Julie sentisse il rumore della sua auto, scese in strada, attraversò il cortile di corsa come una pazza e salì così rapidamente che dovette fermarsi per riprendere fiato dopo la prima rampa prima di poter continuare. Il signor de Wolmar le andò incontro: lei non riuscì a dirgli nemmeno una parola.

En ouvrant la porte de la chambre, je vis Julie assise vers la fenêtre et tenant sur ses genoux la petite Henriette, comme elle faisait souvent. Claire avait médité un beau discours à sa manière, mêlé de sentiment et de gaieté ; mais, en mettant le pied sur le seuil de la porte, le discours, la gaieté, tout fut oublié ; elle vole à son amie en s’écriant avec un emportement impossible à peindre : « Cousine, toujours, pour toujours, jusqu’à la mort ! » Henriette, apercevant sa mère, saute et court au-devant d’elle, en criant aussi, Maman ! Maman ! de toute sa force, et la rencontre si rudement que la pauvre petite tomba du coup. Cette subite apparition, cette chute, la joie, le trouble, saisirent Julie à tel point, que, s’étant levée en étendant les bras avec un cri très aigu, elle se laissa retomber et se trouva mal. Claire, voulant relever sa fille, voit pâlir son amie : elle hésite, elle ne sait à laquelle courir. Enfin, me voyant relever Henriette, elle s’élance pour secourir Julie défaillante, et tombe sur elle dans le même état.

Henriette, les apercevant toutes deux sans mouvement, se mit à pleurer et pousser des cris qui firent accourir la Fanchon : l’une court à sa mère, l’autre à sa maîtresse. Pour moi, saisi, transporté, hors de sens, j’errais à grands pas par la chambre sans savoir ce que je faisais, avec des exclamations interrompues, et dans un mouvement convulsif dont je n’étais pas le maître. Wolmar lui-même, le froid Wolmar se sentit ému. O sentiment ! sentiment ! douce vie de l’âme ! quel est le coeur de fer que tu n’as jamais touché ? Quel est l’infortuné mortel à qui tu n’arrachas jamais de larmes ? Au lieu de courir à Julie, cet heureux époux se jeta sur un fauteuil pour contempler avidement ce ravissant spectacle. « Ne craignez rien, dit-il en voyant notre empressement ; ces scènes de plaisir et de joie n’épuisent un instant la nature que pour la ranimer d’une vigueur nouvelle ; elles ne sont jamais dangereuses. Laissez-moi jouir du bonheur que je goûte et que vous partagez. Que doit-il être pour vous ! Je n’en connus jamais de semblable, et je suis le moins heureux des six. »

Milord, sur ce premier moment, vous pouvez juger du reste. Cette réunion excita dans toute la maison un retentissement d’allégresse, et une fermentation qui n’est pas encore calmée. Julie ; hors d’elle-même, était dans une agitation où je ne l’avais jamais vue ; il fut impossible de songer à rien de toute la journée qu’à se voir et s’embrasser sans cesse avec de nouveaux transports. On ne s’avisa pas même du salon d’Apollon ; le plaisir était partout, on n’avait pas besoin d’y songer. À peine le lendemain eut-on assez de sang-froid pour préparer une fête. Sans Wolmar tout serait allé de travers. Chacun se para de son mieux. Il n’y eut de travail permis que ce qu’il en fallait pour les amusements. La fête fut célébrée, non pas avec pompe, mais avec délire ; il y régnait une confusion qui la rendait touchante, et le désordre en faisait le plus bel ornement.

La matinée se passa à mettre Mme d’Orbe en possession de son emploi d’intendante ou de maîtresse d’hôtel ; et elle se hâtait d’en faire les fonctions avec un empressement d’enfant qui nous fit rire. En entrant pour dîner dans le beau salon, les deux cousines virent de tous côtés leurs chiffres unis et formés avec des fleurs. Julie devina dans l’instant d’où venait ce soin : elle m’embrassa dans un saisissement de joie. Claire, contre son ancienne coutume, hésita d’en faire autant. Wolmar lui en fit la guerre ; elle prit en rougissant le parti d’imiter sa cousine. Cette rougeur que je remarquai trop me fit un effet que je ne saurais dire, mais je ne me sentis pas dans ses bras sans émotion.

L’après-midi il y eut une belle collation dans le gynécée, où pour le coup le maître et moi fûmes admis. Les hommes tirèrent au blanc une mise donnée par Mme d’Orbe. Le nouveau venu l’emporta, quoique moins exercé que les autres. Claire ne fut pas la dupe de son adresse ; Hanz lui-même ne s’y trompa pas, et refusa d’accepter le prix ; mais tous ses camarades l’y forcèrent, et vous pouvez juger que cette honnêteté de leur part ne fut pas perdue.

Le soir, toute la maison, augmentée de trois personnes, se rassembla pour danser. Claire semblait parée par la main des Grâces ; elle n’avait jamais été si brillante que ce jour-là. Elle dansait, elle causait, elle riait, elle donnait ses ordres ; elle suffisait à tout. Elle avait juré de m’excéder de fatigue ; et après cinq ou six contredanses très vives tout d’une haleine, elle n’oublia pas le reproche ordinaire que je dansais comme un philosophe. Je lui dis, moi, qu’elle dansait comme un lutin, qu’elle ne faisait pas moins de ravage, et que j’avais peur qu’elle ne me laissât reposer ni jour ni nuit. « Au contraire, dit-elle, voici de quoi vous faire dormir tout d’une pièce » ; et à l’instant elle me reprit pour danser.

Elle était infatigable ; mais il n’en était pas ainsi de Julie ; elle avait peine à se tenir, les genoux lui tremblaient en dansant ; elle était trop touchée pour pouvoir être gaie. Souvent on voyait des larmes de joie couler de ses yeux ; elle contemplait sa cousine avec une sorte de ravissement ; elle aimait à se croire l’étrangère à qui l’on donnait la fête, et à regarder Claire comme la maîtresse de la maison qui l’ordonnait. Après le souper je tirai des fusées que j’avais apportées de la Chine, et qui firent beaucoup d’effet. Nous veillâmes fort avant dans la nuit. Il fallut enfin se quitter, Mme d’Orbe était lasse ou devait l’être, et Julie voulut qu’on se couchât de bonne heure.

Insensiblement le calme renaît, et l’ordre avec lui. Claire, toute folâtre qu’elle est, sait prendre, quand il lui plaît, un ton d’autorité qui en impose. Elle a d’ailleurs du sens, un discernement exquis, la pénétration de Wolmar, la bonté de Julie, et, quoique extrêmement libérale, elle ne laisse pas d’avoir aussi beaucoup de prudence ; en sorte que, restée veuve si jeune, et chargée de la garde-noble de sa fille, les biens de l’une et de l’autre n’ont fait que prospérer dans ses mains : ainsi l’on n’a pas lieu de craindre que, sous ses ordres, la maison soit moins bien gouvernée qu’auparavant. Cela donne à Julie le plaisir de se livrer tout entière à l’occupation qui est le plus de son goût, savoir, l’éducation des enfants ; et je ne doute pas qu’Henriette ne profite extrêmement de tous les soins dont une de ses mères aura soulagé l’autre. Je dis ses mères ; car, à voir la manière dont elles vivent avec elle, il est difficile de distinguer la véritable ; et des étrangers qui nous sont venus aujourd’hui sont ou paraissent là-dessus encore en doute. En effet, toutes deux l’appellent Henriette, ou ma fille, indifféremment. Elle appelle maman l’une, et l’autre petite maman ; la même tendresse règne de part et d’autre ; elle obéit également à toutes deux. S’ils demandent aux dames à laquelle elle appartient, chacune répond : « À moi. » S’ils interrogent Henriette, il se trouve qu’elle a deux mères. On serait embarrassé à moins. Les plus clairvoyants se décident pourtant à la fin pour Julie. Henriette, dont le père était blond, est blonde comme elle, et lui ressemble beaucoup. Une certaine tendresse de mère se peint encore mieux dans ses yeux si doux que dans les regards plus enjoués de Claire. La petite prend auprès de Julie un air plus respectueux, plus attentif sur elle-même. Machinalement elle se met plus souvent à ses côtés, parce que Julie a plus souvent quelque chose à lui dire. Il faut avouer que toutes les apparences sont en faveur de la petite maman ; et je me suis aperçu que cette erreur est si agréable aux deux cousines, qu’elle pourrait bien être quelquefois volontaire, et devenir un moyen de leur faire sa cour.

Milord, dans quinze jours il ne manquera plus ici que vous. Quand vous y serez, il faudra mal penser de tout homme dont le coeur cherchera sur le reste de la terre des vertus, des plaisirs, qu’il n’aura pas trouvés dans cette maison.

Lettre VII – De Saint-Preux à milord Édouard

Il y a trois jours que j’essaye chaque soir de vous écrire. Mais, après une journée laborieuse, le sommeil me gagne en rentrant : le matin, dès le point du jour, il faut retourner à l’ouvrage. Une ivresse plus douce que celle du vin me jette au fond de l’âme un trouble délicieux, et je ne puis dérober un moment à des plaisirs devenus tout nouveaux pour moi.

Upon opening the door to the room, I saw Julie sitting by the window, holding little Henriette in her lap, just as she often did. Claire had prepared a beautiful speech of her own, one filled with emotion and joy; but as soon as she stepped onto the threshold, all those words and laughter were forgotten. She rushed toward her friend, exclaiming with an intensity impossible to describe: “Cousin, always, forever, until death!” Henriette, seeing her mother, jumped up and ran towards her, calling out “Mommy! Mommy!” with all her might—only to collide so violently that the poor little girl fell to the ground. This sudden appearance, this fall, along with the overwhelming joy and confusion, affected Julie so deeply that, after rising up and stretching out her arms in a high-pitched cry, she collapsed and lost consciousness. Claire, trying to help her daughter up, noticed her friend turning pale; she hesitated, not knowing whom to help first. Finally, seeing me helping Henriette up, she rushed to assist Julie, only to find herself in the same state as her friend.

Henriette, seeing them both motionless, began to cry and scream, which attracted Fanchon; one ran to her mother, the other to her mistress. As for me, seized by emotion, carried away beyond reason, I wandered about the room in a dazed manner, not knowing what I was doing, uttering interrupted exclamations, and moving in a convulsive way that I could not control. Even Wolmar himself—that cold, unfeeling Wolmar—felt moved. Oh, sentiment! oh, emotion! tender life of the soul! What is there in this world that your power has never touched? What unfortunate mortal have you never made weep? Instead of running to Julie, that happy husband threw himself into a chair and gazed avidly at this delightful scene. “Do not fear anything,” he said, seeing our excitement. “Such scenes of pleasure and joy only temporarily exhaust nature; they soon restore it with renewed vigor. They are never dangerous. Let me enjoy the happiness I feel—and which you share as well. How wonderful it must be for you! I have never known anything like it before, and yet I am the least fortunate of the six.”

My lord, from this first moment alone, you can judge the rest. This gathering aroused widespread joy throughout the house, and an excitement that has not yet subsided. Julie, overwhelmed with emotion, was in a state of agitation I had never seen her in before; all day long, all one could think about was constantly meeting and kissing each other, filled with renewed passion. Not even the Salon of Apollo was remembered; joy was everywhere, and there was no need to think of it at all. Only the next day did people have enough composure to prepare a celebration. Without Wolmar, everything would have gone wrong. Everyone dressed their best. The only work permitted was that which was necessary for the festivities. The party was celebrated not with pomp, but with wild enthusiasm; the chaos that reigned made it all the more touching, and the disorder itself became its most beautiful embellishment.

The morning was spent helping Madame d’Orbe understand her duties as housekeeper or hostess; she hurried to carry them out with such eagerness that it made us laugh. When the two cousins entered the beautiful salon for dinner, they saw their numbers arranged in patterns and surrounded by flowers everywhere. Julie immediately guessed where this care came from; she embraced me in an outburst of joy. Claire, contrary to her usual habits, hesitated before doing the same. Wolmar urged her to; blushing, she decided to follow her cousin’s example. The blush I noticed so clearly had a profound effect on me—I cannot describe it precisely—but I certainly felt deeply moved when I was in her arms.

In the afternoon, there was a lovely refreshment in the women’s quarters, and this time both the master and I were allowed to attend. The men played a game of shooting at targets, with stakes provided by Madame d’Orbe. The newcomer won, despite being less experienced than the others. Claire was not deceived by his skill; even Hanz himself saw through it and refused to accept the prize. But all his companions insisted that he take it, and you can imagine that such honesty on their part was not wasted.

In the evening, the whole house—along with three additional people—gathered to dance. Claire seemed adorned by the hands of the Graces; she had never been so radiant as that day. She danced, chatted, laughed, and gave orders; she seemed capable of doing everything. She had sworn to exhaust me completely; but after five or six very lively dances in a row, she didn’t forget to remind me, as usual, that I danced like a philosopher. I told her that she danced like a sprite, causing just as much chaos, and that I feared she would never let me rest, day or night. “On the contrary,” she said, “here’s something that will make you fall asleep instantly”; and immediately she took me back to dance.

She was tireless; but Julie was not the same—she could barely stand, her knees trembling as she danced; she was too moved to be able to feel happy. Often, tears of joy could be seen rolling down her cheeks; she gazed at her cousin with an expression of utter delight. She liked to imagine herself as the outsider who was being entertained, and to regard Claire as the hostess who was organizing the festivities. After dinner, I set off firecrackers that I had brought from China—they created quite a spectacle. We stayed up very late. Eventually, it was time to say goodnight; Madame d’Orbe was tired, or at least pretended to be tired, and Julie insisted that we all go to bed early.

Gradually, calmness was restored, and with it, order. Claire, despite her frivolous nature, knew how to assume an authoritative tone whenever she wished—an tone that commanded respect. She possessed judgment, exquisite discernment, Wolmar’s perspicacity, and Julie’s kindness. Moreover, despite being extremely liberal in her ways, she was also very prudent. Having become a widow at such a young age and being responsible for raising her daughter, both her own wealth and that of her daughter flourished under her management. Thus, there was no reason to fear that the household would be poorly governed under her leadership. This allowed Julie to devote herself entirely to what she enjoyed most: the education of her children. I have no doubt that Henriette also benefited greatly from all the care that one mother could offer to the other. I refer to them as “her mothers” because, judging by the way they lived together, it was difficult to distinguish which was the biological mother; indeed, some strangers who visited us today still harbored doubts about this matter. Both women called her Henriette or “my daughter” indifferently. She addressed one as “maman” and the other as “little maman”; mutual affection ruled between them, and she obeyed both of them equally. When people asked which lady she belonged to, each would reply, “To me.” When questioned directly, Henriette admitted that she had two mothers. One would be puzzled by anything else. Nevertheless, those with a clearer insight generally concluded that Julie was the biological mother. Henriette, whose father was blond, had fair hair like her and bore a strong resemblance to her. The tenderness of a mother was even more evident in her gentle eyes than in Claire’s more lively gaze. The younger girl showed greater respect and attentiveness toward Julie, often taking her side because Julie had more things to tell her. It must be admitted that all appearances seemed to favor “little maman”; indeed, I noticed that both cousins found this misconception quite pleasing—and it might even have become a deliberate means for them to flatter each other.

My lord, in fifteen days, only you will be missing from here. When you are here, it would be unjust to condemn any man whose heart seeks for virtues and pleasures elsewhere in the world, but finds them not in this house.

Letter VII – From Saint-Preux to Lord Edward

For three days now, I have tried every evening to write to you. But after a tiring day, sleep overcomes me as soon as I get home; in the morning, at dawn, I must return to my work. A softer intoxication than that of wine induces a delightful turmoil within me, and I cannot steal even a moment for pleasures that have become utterly new to me.

Aprire la porta della camera e vedere Julie seduta vicino alla finestra, con la piccola Henriette in grembo, come faceva spesso. Claire aveva preparato un bel discorso, nel suo stile, mescolato di sentimenti e allegria; ma appena messo piede sulla soglia, il discorso, l’allegria, tutto fu dimenticato. Corse verso la sua amica gridando con un’emozione indescrivibile: “Cugina, per sempre, fino alla morte!” Henriette, vedendo sua madre, saltò in piedi e corse verso di lei, chiamandola a squarciagola: “Mamma! Mamma!” Con tutta la sua forza, ma si scontrarono con tale violenza che la povera bambina cadde subito a terra. Quell’apparizione improvvisa, quella caduta, la gioia, lo sconcerto, colpirono Julie così profondamente che, alzandosi e aprendo le braccia con un grido acuto, perse l’equilibrio e si sentì male. Claire, cercando di aiutare sua figlia, vide il viso dell’amica impallidire. Esitò, non sapeva a chi correre in aiuto. Alla fine, vedendomi rialzare Henriette, si precipitò verso Julie, che stava per svenire, e cadde anche lei nello stesso stato di Julie.

Henriette, vedendole entrambe immobili e silenziose, iniziò a piangere e gridare, facendo accorrere Fanchon: l’una corse dalla madre, l’altra dalla sua padrona. Per quanto mi riguardava, sopraffatto da emozioni intense, camminavo avanti e indietro per la stanza senza sapere cosa stessi facendo, emettendo esclamazioni interrotte e muovendomi in modo convulso, senza riuscire a controllarmi. Anche Wolmar, quel freddo e distaccato Wolmar, si commosse. Oh sentimenti, dolce vita dell’anima! Qual è quel cuore di ferro che non avete mai scalfito? Qual è quell’infelice mortale a cui non avete mai strappato lacrime? Invece di correre da Julie, quel felice marito si gettò su una sedia per godersi avidamente quella meravigliosa scena. “Non temete nulla”, disse vedendo la nostra agitazione; “queste scene di piacere e gioia non esauriscono mai la natura, ma la rinvigoriscono; non sono mai pericolose. Lasciate che io goda della felicità che provo e che anche voi condividete. Quanto deve essere grande per voi! Io non ne ho mai conosciuta una simile. Eppure sono il meno fortunato dei sei.”

Milord, in questo primo momento potete giudicare il resto. Questa riunione suscitò in tutta la casa un’ondata di gioia e un’agitazione che non si è ancora placata. Julie, fuori di sé, era in uno stato di eccitazione che non l’avevo mai vista prima; per tutto il giorno non si poté pensare ad altro se non a vedersi e abbracciarsi continuamente con grande entusiasmo. Nemmeno ci si accorse della presenza del salone di Apollo; la gioia era ovunque, non c’era bisogno nemmeno di pensarci. Solo il giorno dopo si riuscì a riprendere abbastanza calma per preparare una festa. Senza Wolmar, tutto sarebbe andato storto. Ognuno si vestì nel modo migliore possibile; non fu permesso alcun lavoro se non quello necessario per gli intrattenimenti. La festa fu celebrata, non con pompa, ma con vero delirio; regnava una confusione che la rendeva commovente, e proprio quel disordine ne faceva il più bello ornamento.

La mattinata trascorse nel far sì che Madame d’Orbe assumesse le sue funzioni di intendente o di padrona di casa; si affrettava a svolgerle con un impegno da bambina, il che ci fece ridere. Entrando nella bella sala per la cena, le due cugine videro ovunque i loro numeri uniti e decorati con fiori. Julie intuì immediatamente da dove provenisse questa cura: mi baciò, travolta dalla gioia. Claire, contrariamente alla sua abitudine, esitò a farlo anch’essa. Wolmar la incoraggiò; lei, arrossendo, decise di imitare sua cugina. Quel rossore, che notai con particolare attenzione, ebbe su di me un effetto difficile da descrivere. Ma non mi sentii affatto indifferente tra le sue braccia.

Nel pomeriggio ci fu un delizioso rinfresco nel gineceo, e questa volta sia io che il maestro fummo ammessi. Gli uomini tirarono a sorte su una posta offerta da Madame d’Orbe; il nuovo arrivato vinse, nonostante fosse meno abile degli altri. Claire non fu ingannata dalla sua abilità; nemmeno Hanz se ne lasciò trarre in inganno e rifiutò di accettare il premio; ma tutti i suoi compagni lo costrinsero ad accettarlo, e potete immaginare che questa onestà da parte loro non sia andata sprecata.

La sera, tutta la casa, arricchita da tre persone in più, si riunì per ballare. Claire sembrava adornata dalle mani delle Grazie; non era mai stata così splendida come quel giorno. Ballava, chiacchierava, rideva, dava ordini. Era sufficiente a tutto. Aveva giurato di stancarmi terribilmente; e dopo cinque o sei contredanse molto vivaci, uno dopo l’altro, non dimenticò di rimproverarmi come al solito, dicendo che ballavo come un filosofo. Io le risposi che lei ballava come un folletto, che causava altrettanto disastro, e che temevo che non mi lasciasse riposare né di giorno né di notte. “Al contrario”, disse lei, “ecco qualcosa che vi farà dormire immediatamente, ” E in quel momento mi prese di nuovo per ballare.

Era instancabile; ma non lo era Julie: faticava a stare in piedi, le ginocchia le tremavano mentre ballava; era troppo commossa per poter essere felice. Spesso si vedevano lacrime di gioia scorrere dai suoi occhi; guardava sua cugina con un certo rapimento; le piaceva pensare di essere l’estranea a cui veniva organizzata la festa, e considerava Claire come la padrona di casa che tutto organizzava. Dopo cena tirai fuori delle razzi che avevo portato dalla Cina; fecero un grande effetto. Restammo svegli fino a tardi nella notte. Alla fine dovettemmo separarci: Madame d’Orbe era stanca, o almeno sembrava esserlo, e Julie volle che andassimo a letto presto.

Gradualmente, la calma ritorna, e con essa anche l’ordine. Claire, per quanto spensierata possa essere, sa quando è il caso di assumere un tono autoritario che imponga rispetto. Inoltre, possiede buon senso, un discernimento squisito, la perspicacia di Wolmar e la bontà di Julie; e, nonostante sia estremamente liberale, dimostra anche grande prudenza. Essendo rimasta vedova così giovane e avendo il compito di prendersi cura della figlia, i beni di entrambe sono prosperati sotto la sua guida: quindi non c’è motivo di temere che, sotto i suoi ordini, la casa venga governata meno bene di prima. Questo permette a Julie di dedicarsi interamente all’attività che più le piace, ovvero l’educazione dei figli; e non dubito affatto che Henriette traggia grande beneficio da tutte le attenzioni che una delle sue madri dedica all’altra. Dico “le sue madri”, perché, a giudicare dal modo in cui vivono con lei, è difficile distinguerne la vera; e alcuni estranei venuti oggi sembrano ancora dubitarne. Infatti, entrambe la chiamano Henriette o “mia figlia”, senza distinzione. Lei chiama l’una “mamma” e l’altra “piccola mamma”; da entrambe riceve lo stesso affetto; obbedisce a entrambe allo stesso modo. Se qualcuno chiede a quali dame appartiene, ciascuna risponde: “A me”. Se invece si interroga Henriette, scopre di avere due madri. Sarebbe difficile non confondersi. Tuttavia, i più perspicaci alla fine optano per Julie. Henriette, il cui padre era biondo, è bionda proprio come lei e le assomiglia molto. Una certa tenerezza materna si legge ancora di più nei suoi occhi dolci, rispetto allo sguardo più spensierato di Claire. La bambina mostra verso Julie un atteggiamento più rispettoso, più attenta a se stessa; inconsciamente preferisce stare al suo fianco, perché Julie ha spesso qualcosa da dirle. Bisogna ammettere che tutte le apparenze sono a favore della “piccola mamma”; e ho notato che questo errore è così piacevole per entrambe le cugine, da poter essere talvolta anche intenzionale. E diventare addirittura un modo per corteggiarla.

Milord, tra quindici giorni mancherete solo voi qui. Quando sarete arrivato, chiunque cerchi nella restante parte della terra virtù e piaceri che non ha trovato in questa casa potrebbe essere considerato un uomo di cattivi principi.

Lettera VII – Da Saint-Preux a Lord Edward

Da tre giorni ogni sera cerco di scrivervi. Ma, dopo una giornata faticosa, il sonno mi sopraffà non appena torno a casa; la mattina, non appena sorge il giorno, devo riprendere il lavoro. Un’ebbrezza più dolce di quella del vino suscita in me un piacevole turbamento interiore, e non riesco a trovare nemmeno un momento da dedicare a piaceri che sono diventati completamente nuovi per me.

Je ne conçois pas quel séjour pourrait me déplaire avec la société que je trouve dans celui-ci. Mais savez-vous en quoi Clarens me plaît pour lui-même ? C’est que je m’y sens vraiment à la campagne, et que c’est presque la première fois que j’en ai pu dire autant. Les gens de ville ne savent point aimer la campagne ; ils ne savent pas même y être : à peine, quand ils y sont, savent-ils ce qu’on y fait. Ils en dédaignent les travaux, les plaisirs ; ils les ignorent : ils sont chez eux comme en pays étranger ; je ne m’étonne pas qu’ils s’y déplaisent. Il faut être villageois au village, ou n’y point aller ; car qu’y va-t-on faire ? Les habitants de Paris qui croient aller à la campagne n’y vont point : ils portent Paris avec eux. Les chanteurs, les beaux esprits, les auteurs, les parasites, sont le cortège qui les suit. Le jeu, la musique, la comédie y sont leur seule occupation[192]. Leur table est couverte comme à Paris ; ils y mangent aux mêmes heures ; on leur y sert les mêmes mets avec le même appareil ; ils n’y font que les mêmes choses : autant valait y rester ; car, quelque riche qu’on puisse être, et quelque soin qu’on ait pris, on sent toujours quelque privation, et l’on ne saurait apporter avec soi Paris tout entier. Ainsi cette variété qui leur est si chère, ils la fuient ; ils ne connaissent jamais qu’une manière de vivre, et s’en ennuient toujours.

Le travail de la campagne est agréable à considérer, et n’a rien d’assez pénible en lui-même pour émouvoir à compassion. L’objet de l’utilité publique et privée le rend intéressant ; et puis, c’est la première vocation de l’homme : il rappelle à l’esprit une idée agréable, et au coeur tous les charmes de l’âge d’or. L’imagination ne reste point froide à l’aspect du labourage et des moissons. La simplicité de la vie pastorale et champêtre a toujours quelque chose qui touche. Qu’on regarde les prés couverts de gens qui fanent et chantent, et des troupeaux épars dans l’éloignement : insensiblement on se sent attendrir sans savoir pourquoi. Ainsi quelquefois encore la voix de la nature amollit nos coeurs farouches ; et, quoiqu’on l’entende avec un regret inutile, elle est si douce qu’on ne l’entend jamais sans plaisir.

J’avoue que la misère qui couvre les champs en certains pays où le publicain dévore les fruits de la terre, l’âpre avidité d’un fermier avare, l’inflexible rigueur d’un maître inhumain, ôtent beaucoup d’attrait à ces tableaux. Des chevaux étiques près d’expirer sous les coups, de malheureux paysans exténués de jeûnes, excédés de fatigue, et couverts de haillons, des hameaux de masures, offrent un triste spectacle à la vue : on a presque regret d’être homme quand on songe aux malheureux dont il faut manger le sang. Mais quel charme de voir de bons et sages régisseurs faire de la culture de leurs terres l’instrument de leurs bienfaits, leurs amusements, leurs plaisirs ; verser à pleines mains les dons de la Providence ; engraisser tout ce qui les entoure, hommes et bestiaux, des biens dont regorgent leurs granges, leurs caves, leurs greniers ; accumuler l’abondance et la joie autour d’eux, et faire du travail qui les enrichit une fête continuelle ! Comment se dérober à la douce illusion que ces objets font naître ? On oublie son siècle et ses contemporains ; on se transporte au temps des patriarches ; on veut mettre soi-même la main à l’oeuvre, partager les travaux rustiques et le bonheur qu’on y voit attaché. O temps de l’amour et de l’innocence, où les femmes étaient tendres et modestes, où les hommes étaient simples et vivaient contents ! O Rachel ! fille charmante et si constamment aimée, heureux celui qui, pour t’obtenir, ne regretta pas quatorze ans d’esclavage ! O douce élève de Noémi ! heureux le bon vieillard dont tu réchauffais les pieds et le coeur ! Non, jamais la beauté ne règne avec plus d’empire qu’au milieu des soins champêtres. C’est là que les grâces sont sur leur trône, que la simplicité les pare, que la gaieté les anime, et qu’il faut les adorer malgré soi. Pardon, milord, je reviens à nous.

Depuis un mois les chaleurs de l’automne apprêtaient d’heureuses vendanges ; les premières gelées en ont amené l’ouverture[193] ; le pampre grillé, laissant la grappe à découvert, étale aux yeux les dons du père Lyée, et semble inviter les mortels à s’en emparer. Toutes les vignes chargées de ce fruit bienfaisant que le ciel offre aux infortunés pour leur faire oublier leur misère ; le bruit des tonneaux, des cuves, des légrefass[194] qu’on relie de toutes parts ; le chant des vendangeuses dont ces coteaux retentissent ; la marche continuelle de ceux qui portent la vendange au pressoir ; le rauque son des instruments rustiques qui les anime au travail ; l’aimable et touchant tableau d’une allégresse générale qui semble en ce moment étendu sur la face de la terre ; enfin le voile de brouillard que le soleil élève au matin comme une toile de théâtre pour découvrir à l’oeil un si charmant spectacle : tout conspire à lui donner un air de fête ; et cette fête n’en devient que plus belle à la réflexion, quand on songe qu’elle est la seule où les hommes aient su joindre l’agréable à l’utile.

M. de Wolmar, dont ici le meilleur terrain consiste en vignobles, a fait d’avance tous les préparatifs nécessaires. Les cuves, le pressoir, le cellier, les futailles, n’attendaient que la douce liqueur pour laquelle ils sont destinés. Madame de Wolmar s’est chargée de la récolte ; le choix des ouvriers, l’ordre et la distribution du travail la regardent. Mme d’Orbe préside aux festins de vendange et au salaire des ouvriers selon la police établie, dont les lois ne s’enfreignent jamais ici. Mon inspection à moi est de faire observer au pressoir les directions de Julie, dont la tête ne supporte pas la vapeur des cuves ; et Claire n’a pas manqué d’applaudir à cet emploi, comme étant tout à fait du ressort d’un buveur.

Les tâches ainsi partagées, le métier commun pour remplir les vides est celui de vendangeur. Tout le monde est sur pied de grand matin : on se rassemble pour aller à la vigne. Mme d’Orbe, qui n’est jamais assez occupée au gré de son activité, se charge, pour surcroît, de faire avertir et tancer les paresseux, et je puis me vanter qu’elle s’acquitte envers moi de ce soin avec une maligne vigilance. Quant au vieux baron, tandis que nous travaillons tous, il se promène avec un fusil, et vient de temps en temps m’ôter aux vendangeuses pour aller avec lui tirer des grives, à quoi l’on ne manque pas de dire que je l’ai secrètement engagé ; si bien que j’en perds peu à peu le nom de philosophe pour gagner celui de fainéant, qui dans le fond n’en diffère pas de beaucoup.

Vous voyez par ce que je viens de vous marquer du baron, que notre réconciliation est sincère, et que Wolmar a lieu d’être content de sa seconde épreuve[195]. Moi, de la haine pour le père de mon amie ! Non, quand j’aurais été son fils, je ne l’aurais pas plus parfaitement honoré. En vérité, je ne connais point d’homme plus droit, plus franc, plus généreux, plus respectable à tous égards que ce bon gentilhomme. Mais la bizarrerie de ses préjugés est étrange. Depuis qu’il est sûr que je ne saurais lui appartenir, il n’y a sorte d’honneur qu’il ne me fasse ; et pourvu que je ne sois pas son gendre, il se mettrait volontiers au-dessous de moi. La seule chose que je ne puis lui pardonner, c’est quand nous sommes seuls de railler quelquefois le prétendu philosophe sur ses anciennes leçons. Ces plaisanteries me sont amères, et je les reçois toujours fort mal ; mais il rit de ma colère et dit : « Allons tirer des grives, c’est assez pousser d’arguments. » Puis il crie en passant : « Claire, Claire, un bon souper à ton maître, car je vais lui faire gagner de l’appétit. » En effet, à son âge il court les vignes avec son fusil tout aussi vigoureusement que moi, et tire incomparablement mieux. Ce qui me venge un peu de ses railleries, c’est que devant sa fille il n’ose plus souffler ; et la petite écolière n’en impose guère moins à son père même qu’à son précepteur. Je reviens à nos vendanges.

I cannot imagine any stay that could displeasure me, given the company I find there. But do you know what it is about Clarens that pleases me in itself? It’s because I truly feel as if I’m in the countryside there, and it’s almost the first time I’ve ever been able to say such a thing. City people don’t know how to enjoy the countryside; they don’t even know how to be there: hardly are they there when they realize what one can do there. They despise the work and the pleasures of the country; they ignore them—they feel as if they’re in a foreign land, and I’m not surprised that they dislike it. One must either be a villager in the village or not go there at all; because what is there to do? Parisians who think they’re going to the countryside are actually not going there at all; they bring Paris with them. Singers, witty people, authors, and parasites form their entourage. Gaming, music, and comedy are their only forms of entertainment[192]. Their tables are set just like in Paris; they eat at the same times; they are served the same dishes in the same manner; they do exactly the same things as they would do in Paris. It would have been just as good to stay in Paris; because no matter how rich one is or how much care one takes, there is always a sense of lack, and one cannot bring the entire city of Paris with them. Thus, this very variety that they cherish so much, they actually flee from it; they never know anything other than one way of living, and they always get bored with it.

The work of the countryside is pleasant to observe, and it is not in itself particularly arduous enough to evoke compassion. Its purpose, being beneficial both to the public and to individuals, makes it interesting; moreover, it constitutes one of man’s fundamental vocations. It reminds the mind of pleasant ideas and awakens in the heart all the charms of the golden age. The sight of plowing and harvesting never fails to stir the imagination. The simplicity of pastoral and rural life always possesses an appeal that touches the heart. One is moved, without knowing quite why, when one sees fields filled with people harvesting and singing, as well as herds scattered in the distance. Thus, even sometimes the voice of nature softens our hardened hearts; and although we hear it amidst unnecessary regret, its melody is so tender that we can never listen to it without feeling pleasure.

I must admit that the misery that covers the fields in certain countries—where merchants exploit the fruits of the earth, where greedy farmers are relentless in their greed, where cruel masters treat their workers with indifference—greatly diminishes the appeal of such scenes. Horses on the verge of collapse under the weight of labor, impoverished peasants exhausted from fasting and overwork, clad in rags; dilapidated cottages—these all present a sad sight. One might even feel regret for being human when considering those unfortunate souls whose blood is exploited for profit. But how delightful it is to see good and wise rulers turn land cultivation into a means of bringing benefit, enjoyment, and happiness to their people; to see them generously distribute the gifts of nature; to watch them enrich everything around them—humans and animals—with surplus food stored in their barns, cellars, and granaries; to observe how they accumulate abundance and joy around themselves, turning labor into a continuous celebration! How can one resist the tender illusion that such scenes evoke? One forgets one’s own era and contemporaries; one is transported back to the times of the patriarchs; one wishes to take part in the work itself, to share in the simple pleasures associated with rural life. Oh, those days of love and innocence—when women were gentle and modest, when men were honest and content! Oh Rachel, lovely and endlessly loved—how fortunate was that man who did not hesitate to spend fourteen years in slavery to win your hand! Oh kind-hearted daughter of Naomi—how blessed was that old man whose feet and heart you warmed with your care! Indeed, nowhere does beauty reign more supreme than in the midst of rural life. It is there that grace sits upon its throne; simplicity adorns it; joy animates it—and one cannot help but adore it. Excuse me, my lord—let us return to our present subject.

For a month, the warmth of autumn had prepared the vines for a bountiful harvest; the first frosts marked its beginning[193]. The roasted grapevines, with their clusters exposed to the air, displayed before our eyes the gifts of the God of Wine, seemingly inviting mortals to seize them. All the vines laden with this beneficial fruit—offered by heaven to the unfortunate as a means to forget their misery—the sound of barrels, vats, and other containers being transported in all directions; the songs of the harvesters echoing across the hillsides; the constant flow of people carrying the grapes to the press; the rough sounds of the rustic tools they used in their work; this entire scene, filled with general joy, seemed to cover the face of the earth at that moment. Finally, the mist that the sun dispelled in the morning, like a stage curtain, revealed such a charming spectacle—everything combined to give it an air of festivity. And upon reflection, this festival becomes even more beautiful, for it is the only one in which humans have ever managed to combine what is pleasing with what is useful.

Mr. de Wolmar, whose lands here consist chiefly of vineyards, had already made all the necessary preparations in advance. The vats, the press, the cellar, and the storage facilities were ready to receive the sweet wine for which they were intended. Madame de Wolmar took charge of the harvesting; the selection of workers, as well as the organization and distribution of the work, fell within her responsibilities. Madame d’Orbe oversaw the grape harvest celebrations and the payment of the workers according to the established rules, which were never violated here. My role was simply to ensure that Julie’s instructions were followed at the press, since her health could not tolerate the steam in the vats; and Claire did not fail to praise this arrangement, considering it entirely suitable for a person who enjoyed drinking wine.

With tasks thus divided, the common endeavor required to fill these gaps was that of a vineyard worker. Everyone would get up early in the morning; we would gather and head to the vineyards. Madame d’Orbe, who was always kept extremely busy by her various activities, went so far as to ensure that the lazy ones were warned and punished. I can proudly claim that she exercised this duty towards me with particularly keen vigilance. As for the old baron, while we all worked hard, he would stroll around with a rifle and from time to time come and take me away from the other workers in order to go hunting for thrushes with him. People couldn’t help but say that I had secretly enlisted his services; as a result, I gradually lost my reputation as a philosopher and began to be called a lazybones—which, in truth, wasn’t much of a difference at all.

As you can see from the title I just added, our reconciliation is sincere, and Wolmar has every right to be pleased with his second trial[195]. As for me, how could I harbor any hatred toward the father of my friend? No; even if I had been his son, I could not have honored him more. In truth, I know no man more upright, honest, generous, or respectable in every respect than this kind and good gentleman. But the strangeness of his prejudices is indeed remarkable. Now that he is certain I can never belong to him, he goes to great lengths to show me honor; yet, so long as I am not his son-in-law, he would willingly place himself below me. The only thing I cannot forgive him for is when, alone together, we sometimes mock that so-called philosopher and his old teachings. Such jokes are bitter to me, and I always take them very badly; but he laughs at my anger and says, “Come on, let’s go gather some grapes—it’s enough arguing already.” Then, as he passes by, he calls out, “Claire, Claire, give your master a good dinner; I’m going to make him hungry!” Indeed, at his age, he still runs through the vineyards with his rifle just as vigorously as I do, and he shoots far better than I do. This somewhat compensates for his jokes, because in front of his daughter, he doesn’t dare say a word against me; and that little schoolgirl isn’t any less imposing on her father than she is on her tutor. Back to our harvest.

Non riesco a immaginare che soggiorno possa rivelarsi sgradevole, data la compagnia che trovo in questo luogo. Ma sapete perché Clarens mi piace per se stesso? Perché lì mi sento davvero come in campagna. Ed è quasi la prima volta che riesco a dirlo. Gli abitanti della città non sanno amare la campagna; anzi, non sanno nemmeno come viverci: quando ci sono, spesso non sanno nemmeno cosa si possa fare lì. Disprezzano i lavori e i piaceri che essa offre; li ignorano. Si sentono come in terra straniera. Non mi meraviglio quindi che vi si annoino. Bisogna essere veramente contadini, o non andarci affatto. Perché, a cosa ci si reca lì? Gli abitanti di Parigi che credono di andare in campagna, in realtà non ci vanno: portano con sé Parigi. Cantanti, intellettuali, scrittori, costituiscono il loro “corteo”. Il gioco, la musica, la commedia sono le uniche cose a cui dedicano il loro tempo. La loro tavola è imbandita come a Parigi; mangiano alle stesse ore, serviti dagli stessi piatti, con lo stesso modo di prepararli. Fanno esattamente le stesse cose che fanno a Parigi. Meglio sarebbe restare a casa. Perché, per quanto si possa essere ricchi e aver curato ogni dettaglio, si sente sempre una sorta di mancanza. E non si può certo portare con sé l’intero mondo di Parigi. Quindi quella varietà che tanto amano, in realtà la evitano. Conoscono soltanto un modo di vivere, e se ne stancano sempre.

Il lavoro nei campi è piacevole da osservare e, di per sé, non presenta nulla di particolarmente faticoso che possa suscitare compassione. Il suo scopo, legato sia all’utilità pubblica che privata, lo rende interessante; inoltre, rappresenta la prima vocazione dell’uomo: richiama alla mente immagini piacevoli e al cuore tutti i fascini dell’età d’oro. L’immaginazione non rimane indifferente di fronte alle scene del lavoro nei campi, come il seminare e la raccolta dei frutti. La semplicità della vita pastorale e rurale possiede sempre qualcosa che tocca profondamente l’animo umano. Basta osservare i prati pieni di persone che lavorano e cantano, o le greggi sparse in lontananza: lentamente si prova un senso di commozione, senza nemmeno sapere il motivo. Così, a volte anche la voce della natura addolcisce i nostri cuori più duri; e, sebbene possiamo ascoltarla con un rimpianto inutile, è così dolce che non possiamo mai ascoltarla senza provare piacere.

Devo ammettere che la miseria che pervade i campi in alcuni paesi, dove il mercante avido divora i frutti della terra, l’insaziabile sete di un agricoltore avaro e la crudeltà di un padrone spietato tolgono molto fascino a queste scene. Cavalli prossimi alla morte per gli sforzi eccessivi, poveri contadini esausti dalla fame e dal lavoro, villaggi fatti di capanne di paglia offrono uno spettacolo triste; si ha quasi rimorso di essere umani quando ci si pensa ai malheurevoli da cui bisogna “bevere il sangue”. Ma quale incanto vedere buoni e saggi governanti trasformare la coltivazione delle loro terre in strumento di benevolenza, divertimento e gioia; distribuire generosamente i doni della Provvidenza; arricchire tutto ciò che li circonda, uomini e animali, con beni che riempiono le loro stalle, cantine e granai; accumulare abbondanza e felicità intorno a sé, e trasformare il lavoro che li rende ricchi in una festa continua! Come resistere alla dolce illusione che questi scenari suscitano? Si dimentica il proprio secolo e i propri contemporanei; si viaggia indietro nel tempo dei patriarchi; si vorrebbe partecipare personalmente al lavoro, condividere le fatiche agricole e la felicità che da esse deriva. Oh tempi d’amore e innocenza, in cui le donne erano tenere e modeste, gli uomini semplici e contenti della loro vita! Oh Rachel, incantevole fanciulla così amata. Che fortuna colui che, per averti, non esitò a subire quattordici anni di schiavitù! Oh dolce discepola di Noemi. Che felicità quel buon vecchio il cui cuore e i suoi piedi venivano riscaldati da te! No, mai la bellezza regna con maggiore potere che tra le attività agricole. È lì che la grazia siede sul suo trono, che la semplicità la avvolge, che la gioia la anima. E bisogna amarla, nonostante tutto. Scusate, signore. Torno a noi.

Da un mese le calde temperature dell’autunno preparavano il terreno per felici raccolte; le prime gelate ne hanno segnato l’inizio[193]. I grappoli, esposti all’aria aperta dopo essere stati essiccati al sole, mostravano chiaramente i doni della natura, sembrando quasi invitare gli uomini a coglierli. Tutte le vigne rigogliose di questo frutto benefico, offerto dal cielo agli sfortunati per far loro dimenticare la miseria. Il rumore dei barili, delle cisterne e degli altri strumenti utilizzati durante la raccolta; il canto delle vendemmiatrici che risuonava lungo i pendii; la continua processione di coloro che portavano il raccolto al torchio; il suono roco degli strumenti rustici con cui lavoravano. Questo incantevole spettacolo, reso ancora più affascinante dal velo di nebbia che il sole sollevava al mattino come una “tenda teatrale”, sembrava diffondersi su tutta la superficie della terra. Tutto contribuiva a conferire a quella giornata un’atmosfera festosa. E questa festa diventava ancora più bella se si rifletteva sul fatto che era l’unica in cui gli uomini riuscivano a unire ciò che è piacevole a ciò che è utile.

Il signor de Wolmar, il cui territorio è prevalentemente costituito da vigneti, ha già effettuato tutti i preparativi necessari. Le tini, la pressa, il magazzino vini e le botti aspettavano soltanto quella deliziosa bevanda per cui erano stati creati. La signora de Wolmar si è occupata della raccolta; la selezione dei lavoratori, l’organizzazione e la distribuzione del lavoro spettavano a lei. La signora d’Orbe presiedeva ai banchetti di vendemmia e al pagamento dei lavoratori secondo le regole stabilite, che qui non venivano mai violate. Il mio compito consisteva nel far rispettare presso la pressa le istruzioni di Julie, la cui salute non tollerava l’effetto delle vapori emessi dai tini; e Claire non ha mancato di approvare questa decisione, ritenendola perfettamente adatta a una persona che ama bere vino.

Le mansioni essendo così ripartite, il compito comune per colmare i vuoti è quello di vendemmiatore. Tutti si alzano molto presto la mattina: ci riuniamo per andare in vigna. La signora d’Orbe, che non è mai abbastanza impegnata a causa della sua incessante attività, si occupa anche di avvisare e rimproverare i pigri; posso vantarmi che si adopera verso di me con una maligna vigilanza in questo compito. Quanto al vecchio barone, mentre tutti noi lavoriamo, lui passe il tempo a passeggiare con un fucile e, di tanto in tanto, viene a portarmi via dalle vendemmiatrici per andare insieme a cacciare le gru; non manca chi dica che l’ho assunto segretamente. Così, poco a poco, perdo il nome di filosofo per guadagnare quello di pigro, il quale, in fondo, non è molto diverso dal primo.

Come potete vedere da ciò che ho appena menzionato riguardo al barone, la nostra riconciliazione è sincera, e Wolmar ha tutte le ragioni di essere soddisfatto della sua seconda prova[195]. Per quanto mi riguarda, odio profondamente il padre della mia amica! No, anche se fossi stato suo figlio, non l’avrei onorato in modo più completo. In verità, non conosco nessun uomo più retto, più sincero, più generoso e più rispettabile sotto ogni aspetto di questo buon gentiluomo. Ma la stranezza dei suoi pregiudizi è davvero insolita. Ora che sa con certezza che non potrò mai appartenergli, non esiste onore che non mi faccia; e a patto che io non diventi suo genero, sarebbe felice di mettersi al mio livello. L’unica cosa che non riesco a perdonargli è quando, da soli, scherziamo talvolta su quelle sue vecchie lezioni filosofiche. Queste battute mi sono amare, e le accetto sempre molto male. Ma lui ride della mia rabbia e dice: “Andiamo a raccogliere delle grive. Basta ormai discutere!” Poi, passando, aggiunge: “Claire, Claire, un buon pasto per il tuo maestro, perché gli farò venire l’appetito, ” Infatti, alla sua età corre tra i vigneti con il suo fucile con la stessa energia di me, e spara in modo davvero eccezionale. Questo, almeno, mi consola un po’ delle sue prese in giro. Perché davanti a sua figlia non osa più dire una parola. E quella piccola studentessa impone a suo padre lo stesso rispetto che a me. Torno alle nostre vendite.

Depuis huit jours que cet agréable travail nous occupe, on est à peine à la moitié de l’ouvrage. Outre les vins destinés pour la vente et pour les provisions ordinaires, lesquels n’ont d’autre façon que d’être recueillis avec soin, la bienfaisante fée en prépare d’autres plus fins pour nos buveurs ; et j’aide aux opérations magiques dont je vous ai parlé, pour tirer d’un même vignoble des vins de tous les pays. Pour l’un, elle fait tordre la grappe quand elle est mûre et laisse flétrir au soleil sur la souche ; pour l’autre, elle fait égrapper le raisin et trier les grains avant de les jeter dans la cuve ; pour un autre, elle fait cueillir avant le lever du soleil du raisin rouge, et le porter doucement sur le pressoir couvert encore de sa fleur et de sa rosée pour en exprimer du vin blanc. Elle prépare un vin de liqueur en mêlant dans les tonneaux du moût réduit en sirop sur le feu, un vin sec, en l’empêchant de cuver, un vin d’absinthe pour l’estomac[196], un vin muscat avec des simples. Tous ces vins différents ont leur apprêt particulier ; toutes ces préparations sont saines et naturelles ; c’est ainsi qu’une économe industrie supplée à la diversité des terrains, et rassemble vingt climats en un seul.

Vous ne sauriez concevoir avec quel zèle, avec quelle gaieté tout cela se fait. On chante, on rit toute la journée, et le travail n’en va que mieux. Tout vit dans la plus grande familiarité ; tout le monde est égal, et personne ne s’oublie. Les dames sont sans airs, les paysannes sont décentes, les hommes badins et non grossiers. C’est à qui trouvera les meilleures chansons, à qui fera les meilleurs contes, à qui dira les meilleurs traits. L’union même engendre les folâtres querelles ; et l’on ne s’agace mutuellement que pour montrer combien on est sûr les uns des autres. On ne revient point ensuite faire chez soi les messieurs ; on passe aux vignes toute la journée : Julie y a fait une loge où l’on va se chauffer quand on a froid, et dans laquelle on se réfugie en cas de pluie. On dîne avec les paysans et à leur heure, aussi bien qu’on travaille avec eux. On mange avec appétit leur soupe un peu grossière, mais bonne, saine, et chargée d’excellents légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche et de leurs compliments rustauds ; pour les mettre à leur aise, on s’y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles ; et voyant qu’on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s’en tiennent d’autant plus volontiers dans la leur. À dîner, on amène les enfants et ils passent le reste de la journée à la vigne. Avec quelle joie ces bons villageois les voient arriver ! O bienheureux enfants ! disent-ils en les pressant dans leurs bras robustes, que le bon Dieu prolonge vos jours aux dépens des nôtres ! Ressemblez à vos père et mères, et soyez comme eux la bénédiction du pays ! Souvent en songeant que la plupart de ces hommes ont porté les armes, et savent manier l’épée et le mousquet aussi bien que la serpette et la houe, en voyant Julie au milieu d’eux si charmante et si respectée recevoir, elle et ses enfants, leurs touchantes acclamations, je me rappelle l’illustre et vertueuse Agrippine montrant son fils aux troupes de Germanicus. Julie ! femme incomparable ! vous exercez dans la simplicité de la vie privée le despotique empire de la sagesse et des bienfaits : vous êtes pour tout le pays un dépôt cher et sacré que chacun voudrait défendre et conserver au prix de son sang ; et vous vivez plus sûrement, plus honorablement au milieu d’un peuple entier qui vous aime, que les rois entourés de tous leurs soldats.

Le soir, on revient gaiement tous ensemble. On nourrit et loge les ouvriers tout le temps de la vendange ; et même le dimanche, après le prêche du soir, on se rassemble avec eux et l’on danse jusqu’au souper. Les autres jours on ne se sépare point non plus en rentrant au logis, hors le baron qui ne soupe jamais et se couche de fort bonne heure, et Julie qui monte avec ses enfants chez lui jusqu’à ce qu’il s’aille coucher. À cela près, depuis le moment qu’on prend le métier de vendangeur jusqu’à celui qu’on le quitte, on ne mêle plus la vie citadine à la vie rustique. Ces saturnales sont bien plus agréables et plus sages que celles des Romains. Le renversement qu’ils affectaient était trop vain pour instruire le maître ni l’esclave ; mais la douce égalité qui règne ici rétablit l’ordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres, et un lien d’amitié pour tous[197].

Le lieu d’assemblée est une salle à l’antique avec une grande cheminée où l’on fait bon feu. La pièce est éclairée de trois lampes, auxquelles M. de Wolmar a seulement fait ajouter des capuchons de fer-blanc pour intercepter la fumée et réfléchir la lumière. Pour prévenir l’envie et les regrets, on tâche de ne rien étaler aux yeux de ces bonnes gens qu’ils ne puissent retrouver chez eux, de ne leur montrer d’autre opulence que le choix du bon dans les choses communes, et un peu plus de largesse dans la distribution. Le souper est servi sur deux longues tables. Le luxe et l’appareil des festins n’y sont pas, mais l’abondance et la joie y sont. Tout le monde se met à table, maîtres, journaliers, domestiques ; chacun se lève indifféremment pour servir, sans exclusion, sans préférence, et le service se fait toujours avec grâce et avec plaisir. On boit à discrétion ; la liberté n’a point d’autres bornes que l’honnêteté. La présence de maîtres si respectés contient tout le monde, et n’empêche pas qu’on ne soit à son aise et gai. Que s’il arrive à quelqu’un de s’oublier, on ne trouble point la fête par des réprimandes ; mais il est congédié sans rémission dès le lendemain.

Je me prévaux aussi des plaisirs du pays et de la saison. Je reprends la liberté de vivre à la valaisane, et de boire assez souvent du vin pur ; mais je n’en bois point qui n’ait été versé de la main d’une des deux cousines. Elles se chargent de mesurer ma soif à mes forces, et de ménager ma raison. Qui sait mieux qu’elles comment il la faut gouverner, et l’art de me l’ôter et de me la rendre ? Si le travail de la journée, la durée et la gaieté du repas, donnent plus de force au vin versé de ces mains chéries, je laisse exhaler mes transports sans contrainte ; ils n’ont plus rien que je doive taire, rien que gêne la présence du sage Wolmar. Je ne crains point que son oeil éclairé lise au fond de mon coeur, et quand un tendre souvenir y veut renaître, un regard de Claire lui donne le change, un regard de Julie m’en fait rougir.

For eight days now, we have been engaged in this pleasant task, yet we have only completed half of the work. In addition to the wines intended for sale and daily use, which must certainly be carefully harvested, the kind-hearted fairy also prepares other, more exquisite wines for our consumption. I assist in those magical processes I told you about—processes that enable us to obtain wines from the very same vineyard, each with the characteristics of a different region. For some vines, she waits until the grapes are ripe before allowing them to wither in the sun; for others, she harvests and sorts the berries before putting them into the fermentation tanks. Still others are picked before sunrise, and the red grapes are gently pressed in presses still covered with their flowers and dew to produce white wine. She also concocts a liqueur-like wine by mixing syrupy grape must from the fire with other ingredients; she produces dry wines by preventing them from fermenting fully; she makes absinthe for digestive purposes[196], and muscat wine using various herbs. Each of these different wines requires its own specific preparation method. All these processes are healthy and natural. In this way, a clever and industrious approach compensates for the diversity of terrains, allowing us to combine the qualities of twenty different climates into a single product.

One could never imagine how zealously, with what joy, all this is done. People sing and laugh throughout the day, and the work progresses even better as a result. Everything operates in the greatest harmony; everyone is equal, and no one is forgotten. The ladies are unpretentious, the peasants are decent, and the men are playful yet not vulgar. It’s a competition to see who can compose the best songs, tell the best stories, or make the funniest remarks. Even these interactions give rise to lighthearted arguments—yet people only annoy each other in order to show how much they trust one another. Afterward, no one goes back home to act like a “gentleman”; instead, they spend the whole day in the vineyards. Julie has even built a little shelter there where everyone can warm up when it’s cold or take refuge from the rain. They dine with the peasants at their usual time, just as they work together with them. People enjoy eating their simple but delicious soup, rich in fresh vegetables. No one mocks their awkward manners or crude compliments; instead, people willingly accommodate them without any affectation. These small gestures are not lost on them—they appreciate them greatly. Seeing how much effort people make to please them, they are all the more willing to stay in their place. At dinner, the children are brought along, and they spend the rest of the day in the vineyards. How joyfully these kind villagers welcome them! “What happy children!” they exclaim, hugging them tightly. “May God extend your lives at our expense! Be just like your parents—and may you be the blessing of this land.” Often, when I think that most of these men have once carried arms and know how to use a sword or a rifle as well as a hoe or a spade, and when I see Julie, so charming and respected among them, receiving their heartfelt praise along with her children, I am reminded of the illustrious and virtuous Agrippina presenting her son before the troops of Germanicus. Julie! Unrivaled woman, you exercise the supreme power of wisdom and kindness in the simplicity of everyday life. For the whole country, you are a cherished and sacred treasure that everyone would defend at any cost. And you live far more securely and honorably among a people who love you than kings surrounded by their armies.

In the evening, we all return together in a cheerful mood. Throughout the grape harvest, we provide food and lodging for the workers; even on Sundays, after the evening sermon, we gather with them and dance until dinner time. On other days, too, we do not separate upon returning home—except for the baron, who never dines and goes to bed very early, and Julie, who stays with him and her children until he retires for the night. Apart from this, from the moment one begins the work of harvesting grapes until the time it ends, one no longer mixes urban life with rural life. These festive gatherings are far more pleasant and wise than those of the Romans. The reversal of social roles that they involved was too superficial to have any educational effect on masters or slaves; but the gentle equality that prevails here restores the order of nature, providing education for some, comfort for others, and a bond of friendship for all[197].

The meeting place is an antique room with a large fireplace where a warm fire is kept burning. The room is illuminated by three lamps, to which Mr. de Wolmar had merely added iron covers to prevent smoke from entering and to reflect the light. In order to avoid greed and regret, care is taken not to display anything before these good people that they cannot find at home; no other form of luxury is shown than the careful selection of good quality items in everyday life, along with a bit more generosity in distribution. Dinner is served at two long tables. There is no extravagance or formality in the feasts, but there is abundance and joy. Everyone sits down at the table—masters, servants, and household staff alike; everyone rises without distinction to serve, without exclusion or preference, and the service is always done with grace and pleasure. People drink in moderation; freedom has no limits other than honesty. The presence of so respected masters ensures that everyone feels comfortable and happy. If anyone behaves inappropriately, the celebration is not disrupted by reprimands; however, such individuals are dismissed without mercy the very next day.

I also indulge in the pleasures of the land and the season. I regain the freedom to live in the Valaisian way and to drink pure wine quite often; but I never drink any that has not been poured by one of my two cousins. They are responsible for measuring my thirst according to my strength and for taking care of my reason. Who knows better than them how to govern it, and the art of either removing it or restoring it? If the work of the day, the length and joy of the meal give more vigor to the wine poured by these beloved hands, I allow my emotions to express themselves without restraint; there is nothing now that I must hide, nothing that the wise Wolmar’s presence would hinder. I have no fear that his discerning eye might read into the depths of my heart. And when a tender memory tries to resurface, Claire’s gaze dispels it; Julie’s gaze makes me blush instead.

Da otto giorni che questo piacevole lavoro ci occupa, siamo appena a metà dell’impresa. Oltre ai vini destinati alla vendita e alle normali provviste, i quali non possono essere raccolti se non con cura, la benevola fata ne prepara altri ancora più prelibati per i nostri consumatori; e io assisto nelle operazioni magiche di cui vi ho parlato, al fine di ottenere da un unico vigneto vini provenienti da tutti i paesi. Per alcuni, fa appassire l’uva quando è matura e la lascia seccare al sole sul tralcio; per altri, fa raccogliere e selezionare i grappoli prima di metterli nella botte; per ancora altri, fa raccogliere l’uva rossa prima dell’alba e la porta delicatamente sul torchio ancora coperto di fiori e rugiada, per ottenere vino bianco. Prepara anche un vino liquoroso mescolando nei barili il mosto ridotto a sciroppo sul fuoco; un vino secco, impedendogli di fermentare; un vino d’assenzio per l’appetito[196]; e un vino moscato con erbe aromatiche. Tutti questi vini diversi hanno i loro metodi di preparazione specifici; tutte queste operazioni sono salutari e naturali. È così che un’industria economica e meticolosa compensa la diversità dei terreni, raccogliendo in uno solo venti diversi climi.

Non potreste nemmeno immaginare con quale zelo, con quale gioia tutto ciò avvenga. Si canta, si ride per tutta la giornata, e il lavoro va ancora meglio. Tutto vive nella massima familiarità; tutti sono uguali, e nessuno viene trascurato. Le signore non sono affettate, le contadine sono dignitose, gli uomini scherzosi ma non volgari. C’è chi trova le canzoni migliori, chi racconta i racconti più divertenti, chi dice le battute più spiritose. Anche l’unione stessa genera scherzi e battibecchi; ci si infastidisce a vicenda soltanto per dimostrare quanto ci si fidi gli uni degli altri. Non ci si rientra poi in casa a comportarsi come “signori”; si trascorre tutta la giornata in vigna: Julie ha addirittura costruito una piccola capanna dove andare a scaldarsi quando fa freddo, e dove rifugiarsi in caso di pioggia. Si cena con i contadini e alle loro ore, proprio come si lavora con loro. Si mangia con appetito la loro zuppa, un po’ rustica ma sana e ricca di ottimi legumi. Non ci si prende gioco orgogliosamente del loro modo goffo di comportarsi o dei loro complimenti rozzi; per metterli a loro agio, ci si adatta senza affettazione. Questi gesti di gentilezza non gli sfuggono; ne sono consapevoli; e vedendo che si è disposti a sacrificare i propri comodi per loro, si comportano ancora più volentieri nel proprio ruolo. A cena si portano anche i bambini, che trascorrono il resto della giornata in vigna. Con quale gioia questi bravi contadini li vedono arrivare! “Che bambini fortunati!”, dicono stringendoli tra le loro forti braccia, “che il buon Dio possa allungarvi la vita a scapito della nostra. Siate come vostri genitori, e siate la benedizione di questa terra!” Spesso, pensando che molti di questi uomini hanno portato le armi e sanno maneggiare spada e fucile tanto bene quanto zappa e rastrello, vedendo Julie in mezzo a loro, così incantevole e rispettata, mentre lei e i suoi bambini ricevono i loro commoventi applausi, mi viene in mente l’illustre e virtuosa Agrippina che mostrava suo figlio alle truppe di Germanico. Julie! Donna incomparabile. Nella semplicità della vita quotidiana eserciti il dominio assoluto della saggezza e del bene: per tutto il paese sei un tesoro prezioso e sacro che tutti vorrebbero difendere e preservare a costo della propria vita; e vivi in modo più sicuro, più onorevole, in mezzo a un intero popolo che ti ama, di quanto possano fare i re circondati dai loro soldati.

La sera, torniamo tutti insieme felicemente. Durante tutto il periodo della vendemmia, provvediamo al cibo e all’alloggio dei lavoratori; anche la domenica, dopo la predica serale, ci riuniamo con loro e balliamo fino alla cena. Nei giorni feriali, non ci separiamo nemmeno al ritorno a casa, tranne il barone che non cena mai e si corica molto presto, e Julie che sale da lui con i suoi bambini finché non va a letto. A parte questo, dal momento in cui si inizia a svolgere il lavoro della vendemmia fino a quando lo si termina, la vita cittadina non viene più mescolata a quella rurale. Queste feste sono molto più piacevoli e sagge di quelle dei Romani. Il capovolgimento che esse comportavano era troppo vano per poter insegnare né al padrone né allo schiavo; ma l’equità dolce che regna qui ripristina l’ordine naturale, costituisce un’educazione per alcuni, un conforto per altri e un legame di amicizia per tutti[197].

Il luogo di riunione è una sala dall’arredamento antico, dotata di un grande camino dove arde un bel fuoco. La stanza è illuminata da tre lampade; al signor de Wolmar sono stati semplicemente aggiunti dei cappucci di lamiera per filtrare il fumo e riflettere la luce. Per evitare invidia e rimpianti, si cerca di non mostrare a queste persone semplici nulla che non possano trovare anche a casa loro; si mostra loro soltanto la scelta del meglio tra le cose comuni, e un po’ più di generosità nella distribuzione dei cibi. La cena viene servita su due lunghi tavoli. Non vi è lusso né sfarzo nelle celebrazioni, ma abbondanza e gioia sì. Tutti si siedono a tavola: padroni, lavoratori, domestici; ognuno si alza senza distinzioni per servire, senza esclusioni né preferenze, e il servizio avviene sempre con grazia e piacere. Si beve con moderazione; la libertà non ha altre limitazioni se non l’onestà. La presenza di padroni così rispettati impedisce che qualcuno si comporti in modo indecoroso, ma non ostacola affatto il divertimento e la gioia generale. Se qualcuno dovesse commettere un errore, la festa non viene interrotta con rimproveri; tuttavia, tale persona viene immediatamente congedata senza alcuna pietà il giorno seguente.

Mi avvalgo anche dei piaceri del paese e della stagione. Riprendo la libertà di vivere secondo i costumi della valle e di bere spesso vino puro; ma non ne bevo mai che non sia stato versato dalle mani di una delle due mie cugine. Sono loro a misurare la mia sete in base alle mie forze e a prendersi cura della mia ragione. Chi potrebbe conoscere meglio di loro come governarla, e l’arte di togliermela o restituirmela quando necessario? Se il lavoro della giornata, la durata e la gioia del pasto aumentano il piacere di bere quel vino versato da queste care mani, lascio che i miei sentimenti si esprimano liberamente; non c’è nulla che debba nascondere, nulla che possa essere ostacolato dalla presenza del saggio Wolmar. Non temo che il suo occhio acuto possa leggere nel profondo del mio cuore; e quando un tenero ricordo vuole risorgere, lo sguardo di Claire lo soffoca, mentre lo sguardo di Julie mi fa arrossire.

Après le souper on veille encore une heure ou deux en teillant du chanvre ; chacun dit sa chanson tour à tour. Quelquefois les vendangeuses chantent en choeur toutes ensemble, ou bien alternativement à voix seule et en refrain. La plupart de ces chansons sont de vieilles romances dont les airs ne sont pas piquants ; mais ils ont je ne sais quoi d’antique et de doux qui touche à la longue. Les paroles sont simples, naïves, souvent tristes ; elles plaisent pourtant. Nous ne pouvons nous empêcher, Claire de sourire, Julie de rougir, moi de soupirer, quand nous retrouvons dans ces chansons des tours et des expressions dont nous nous sommes servis autrefois. Alors, en jetant les yeux sur elles et me rappelant les temps éloignés, un tressaillement me prend, un poids insupportable me tombe tout à coup sur le coeur, et me laisse une impression funeste qui ne s’efface qu’avec peine. Cependant je trouve à ces veillées une sorte de charme que je ne puis vous expliquer, et qui m’est pourtant fort sensible. Cette réunion des différents états, la simplicité de cette occupation, l’idée de délassement, d’accord, de tranquillité, le sentiment de paix qu’elle porte à l’âme, a quelque chose d’attendrissant qui dispose à trouver ces chansons plus intéressantes. Ce concert des voix de femmes n’est pas non plus sans douceur. Pour moi, je suis convaincu que de toutes les harmonies il n’y en a point d’aussi agréable que le chant à l’unisson, et que, s’il nous faut des accords, c’est parce que nous avons le goût dépravé. En effet, toute l’harmonie ne se trouve-t-elle pas dans un son quelconque ? Et qu’y pouvons-nous ajouter, sans altérer les proportions que la nature a établies dans la force relative des sons harmonieux ? En doublant les uns et non pas les autres, en ne les renforçant pas en même rapport, n’ôtons-nous pas à l’instant ces proportions ? La nature a tout fait le mieux qu’il était possible ; mais nous voulons faire mieux encore, et nous gâtons tout.

Il y a une grande émulation pour ce travail du soir aussi bien que pour celui de la journée ; et la filouterie que j’y voulais employer m’attira hier un petit affront. Comme je ne suis pas des plus adroits à teiller, et que j’ai souvent des distractions, ennuyé d’être toujours noté pour avoir fait le moins d’ouvrage, je tirais doucement avec le pied des chenevottes de mes voisins pour grossir mon tas ; mais cette impitoyable Mme d’Orbe, s’en étant aperçue, fit signe à Julie, qui, m’ayant pris sur le fait, me tança sévèrement. « Monsieur le fripon, me dit-elle tout haut, point d’injustice, même en plaisantant ; c’est ainsi qu’on s’accoutume à devenir méchant tout de bon, et qui pis est, à plaisanter encore[198]. »

Voilà comment se passe la soirée. Quand l’heure de la retraite approche, Madame de Wolmar dit : « Allons tirer le feu d’artifice. » À l’instant chacun prend son paquet de chenevottes, signe honorable de son travail ; on les porte en triomphe au milieu de la cour, on les rassemble en tas, on en fait un trophée ; on y met le feu ; mais n’a pas cet honneur qui veut ; Julie l’adjuge en présentant le flambeau à celui ou celle qui a fait ce soir-là le plus d’ouvrage ; fût-ce elle-même, elle se l’attribue sans façon. L’auguste cérémonie est accompagnée d’acclamations et de battements de mains. Les chenevottes font un feu clair et brillant qui s’élève jusqu’aux nues, un vrai feu de joie, autour duquel on saute, on rit. Ensuite on offre à boire à toute l’assemblée : chacun boit à la santé du vainqueur, et va se coucher content d’une journée passée dans le travail, la gaieté, l’innocence, et qu’on ne serait pas fâché de recommencer le lendemain, le surlendemain, et toute sa vie.

Lettre VIII – De Saint-Preux à M. de Wolmar

Jouissez, cher Wolmar, du fruit de vos soins. Recevez les hommages d’un coeur épuré, qu’avec tant de peine vous avez rendu digne de vous être offert. Jamais homme n’entreprit ce que vous avez entrepris ; jamais homme ne tenta ce que vous avez exécuté ; jamais âme reconnaissante et sensible ne sentit ce que vous m’avez inspiré. La mienne avait perdu son ressort, sa vigueur, son être ; vous m’avez tout rendu. J’étais mort aux vertus ainsi qu’au bonheur ; je vous dois cette vie morale à laquelle je me sens renaître. O mon bienfaiteur ! ô mon père ! en me donnant à vous tout entier, je ne puis vous offrir, comme à Dieu même, que les dons que je tiens de vous.

Faut-il vous avouer ma faiblesse et mes craintes ? Jusqu’à présent je me suis toujours défié de moi. Il n’y a pas huit jours que j’ai rougi de mon coeur et cru toutes vos bontés perdues. Ce moment fut cruel et décourageant pour la vertu : grâce au ciel, grâce à vous, il est passé pour ne plus revenir. Je ne me crois plus guéri seulement parce que vous me le dites, mais parce que je le sens. Je n’ai plus besoin que vous me répondiez de moi ; vous m’avez mis en état d’en répondre moi-même. Il m’a fallu séparer de vous et d’elle pour savoir ce que je pouvais être sans votre appui. C’est loin des lieux qu’elle habite que j’apprends à ne plus craindre d’en approcher.

J’écris à madame d’Orbe, le détail de notre voyage. Je ne vous le répéterai point ici. Je veux bien que vous connaissiez toutes mes faiblesses, mais je n’ai pas la force de vous les dire. Cher Wolmar, c’est ma dernière faute : je me sens déjà si loin que je n’y songe point sans fierté ; mais l’instant en est si près encore que je ne puis l’avouer sans peine. Vous qui sûtes pardonner mes égarements, comment ne pardonneriez-vous pas la honte qu’a produit leur repentir ?

Rien ne manque plus à mon bonheur ; milord m’a tout dit. Cher ami, je serai donc à vous ? J’élèverai donc vos enfants ? L’aîné des trois élèvera les deux autres ? Avec quelle ardeur je l’ai désiré ! Combien l’espoir d’être trouvé digne d’un si cher emploi redoublait mes soins pour répondre aux vôtres ! Combien de fois j’osai montrer là-dessus mon empressement à Julie ! Qu’avec plaisir j’interprétais souvent en ma faveur vos discours et les siens ! Mais quoiqu’elle fût sensible à mon zèle et qu’elle en parût approuver l’objet, je ne la vis point entrer assez précisément dans mes vues pour oser en parler plus ouvertement. Je sentis qu’il fallait mériter cet honneur et ne pas le demander. J’attendais de vous et d’elle ce gage de votre confiance et de votre estime. Je n’ai point été trompé dans mon espoir : mes amis, croyez-moi, vous ne serez point trompés dans le vôtre.

Vous savez qu’à la suite de nos conversations sur l’éducation de vos enfants j’avais jeté sur le papier quelques idées qu’elles m’avaient fournies et que vous approuvâtes. Depuis mon départ, il m’est venu de nouvelles réflexions sur le même sujet, et j’ai réduit le tout en une espèce de système que je vous communiquerai quand je l’aurai mieux digéré, afin que vous l’examiniez à votre tour. Ce n’est qu’après notre arrivée à Rome, que j’espère pouvoir le mettre en état de vous être montré. Ce système commence où finit celui de Julie, ou plutôt il n’en est que la suite et le développement ; car tout consiste à ne pas gâter l’homme de la nature en l’appropriant à la société.

J’ai recouvré ma raison par vos soins : redevenu libre et sain de coeur, je me sens aimé de tout ce qui m’est cher, l’avenir le plus charmant se présente à moi : ma situation devrait être délicieuse ; mais il est dit que je n’aurai jamais l’âme en paix. En approchant du terme de notre voyage, j’y vois l’époque du sort de mon illustre ami ; c’est moi qui dois pour ainsi dire en décider. Saurai-je faire au moins une fois pour lui ce qu’il a fait si souvent pour moi ? Saurai-je remplir dignement le plus grand, le plus important devoir de ma vie ? Cher Wolmar, j’emporte au fond de mon coeur toutes vos leçons, mais, pour savoir les rendre utiles, que ne puis-je de même emporter votre sagesse ! Ah ! si je puis voir un jour Édouard heureux ; si, selon son projet et le vôtre, nous nous rassemblons tous pour ne nous plus séparer, quel voeu me restera-t-il à faire ? Un seul, dont l’accomplissement ne dépend ni de vous, ni de moi, ni de personne au monde, mais de celui qui doit un prix aux vertus de votre épouse et compte en secret vos bienfaits.

Lettre IX – De Saint-Preux à Madame d’Orbe

After dinner, we would sit up for another hour or two, spinning hemp together; each of us took turns singing our songs. Sometimes the grapepickers would sing in chorus, or alternately, one by one with refrains. Most of these songs were old romances whose melodies were not particularly lively; yet they possessed an ancient and gentle charm that touched the heart deeply over time. The lyrics were simple, naive, and often sad; nevertheless, they pleased us greatly. We couldn’t help but smile at times, blush at others, or sigh when we recognized phrases and expressions that we had used in the past. As I glanced at these songs and recalled those distant times, a shiver would run through me, an unbearable weight would suddenly settle upon my heart, leaving behind a somber impression that was hard to shake off. Yet I found a certain allure in these evenings that I cannot explain to you, though it was very real to me. The gathering of different people, the simplicity of this activity, the sense of relaxation, harmony, and tranquility—it all combined to make these songs seem even more interesting. The harmonious voices of the women were also filled with tenderness. For myself, I am convinced that among all harmonies, there is none more pleasing than singing in unison; and if we crave other forms of harmony, it is probably because our tastes have become corrupted. After all, isn’t all true harmony found in some single sound? What more can we add without altering the proportions that nature has established in the relative strengths of these sounds? By doubling some while not others, or by enhancing them in unequal ways, don’t we immediately destroy those natural proportions? Nature has done everything perfectly as it could; but we insist on trying to do better—and in doing so, we ruin everything.

There is great competition both for this evening’s work and for that done during the day; and the little trick I intended to use drew me a minor reprimand yesterday. Since I am not particularly skillful at working, and often get distracted, I became annoyed at constantly being criticized for doing the least amount of work. So, I would quietly pull the grass from my neighbors’ plots to increase my own pile; but that merciless Madame d’Orbe, noticing what I was doing, signaled to Julie, who caught me in the act and scolded me severely. “Sir Cheater,” she said aloud, “no injustice, not even in jest; otherwise, one might soon get used to becoming truly wicked—and worse still, to continuing to joke about it[198].”

Here’s how the evening unfolds. When it’s time to retire, Madame de Wolmar says, “Let’s set off some fireworks.” At once, everyone takes up their bundle of straw—a honorable sign of their hard work—and carries them triumphantly into the courtyard. They pile them together and form a kind of trophy, then set them on fire. But not everyone gets this honor; Julie decides who deserves it by handing the torch to those who have done the most work that evening—even if it happens to be her own self, she doesn’t hesitate to claim it. This solemn ceremony is accompanied by cheers and applause. The straw fires create a bright, dazzling display that reaches up into the sky—a true celebration of joy, around which everyone jumps and laughs. Afterwards, drinks are offered to everyone present; everyone drinks to the health of the winner, and then goes to bed content with a day spent in work, laughter, and innocence—a day that one would gladly repeat the next day, the day after, and for the rest of their life.

Letter VIII – From Saint-Preux to Mr. de Wolmar

Rejoice, dear Wolmar, in the fruits of your efforts. Receive the homage of a heart that you have so painstakingly made worthy of offering to you. No man has ever undertaken what you have done; no man has ever attempted what you have accomplished; no grateful and sensitive soul has ever felt what you have inspired in me. My soul had lost its vitality, its strength, its very being; you have given me everything back. I was dead to virtue as well as to happiness; I owe you this moral life for which I feel reborn. Oh my benefactor! Oh my father! By giving myself entirely to you, I can offer you only those gifts that I have received from you—just as I could offer them to God himself.

Must I confess my weakness and my fears to you? Until now, I have always defied myself. Not eight days ago, I was ashamed of my own heart and believed that all your kindnesses were lost. That moment was cruel and discouraging for virtue—but thank heaven, thanks to you, it has passed and will never return. I no longer believe I am cured just because you tell me so, but because I feel it myself. I no longer need you to confirm my worth; you have given me the ability to affirm it on my own. It was only by separating from you and her that I came to understand what I could be without your support. It is far from the places where she lives that I learn to no longer fear approaching her.

I am writing to Madame d’Orbe about the details of our journey. I will not repeat it here. I am willing for you to know all my weaknesses, but I do not have the strength to tell you about them. Dear Wolmar, this is my last mistake: I already feel so far away that I mention it without any shame; yet the moment in which it will happen is still so near that I cannot confess it without pain. You, who are able to forgive my mistakes, how could you not forgive the shame that their regret has brought me?

Nothing is now lacking to my happiness; milord has told me everything. My dear friend, shall I truly be with you? Shall I raise your children? Will the eldest of the three take care of the other two? How ardently I desired this! How much more did the hope of being deemed worthy of such an esteemed task increase my efforts to fulfill your expectations! How often did I dare to show my eagerness to Julie on this matter! How gladly did I interpret your words and hers in my own favor! Yet, although she was aware of my zeal and seemed to approve of its object, I never saw her fully understand my intentions; therefore, I did not dare to speak of it more openly. I realized that I had to earn this honor, rather than demand it. I was waiting for a sign of your trust and respect from both you and her. My friends, believe me—your hopes will not be disappointed.

You know that following our discussions about the education of your children, I jotted down some ideas that came to me and which you approved of. Since my departure, new thoughts on the same subject have occurred to me, and I have compiled them into a kind of system that I will share with you once I have thoroughly considered it, so that you can examine it as well. It is only after our arrival in Rome that I hope to be able to present it to you in a form suitable for your consideration. This system begins where Julie’s ends; or rather, it is merely its continuation and development, for the whole goal is to prevent man as created by nature from being corrupted by adaptation to society.

Thanks to your care, I have regained my reason; now free and at peace with myself, I feel loved by all those dear to me, and the most delightful future awaits me—my situation should be delightful indeed. Yet it is said that I will never find true peace of soul. As we approach the end of our journey, I see the moment when the fate of my illustrious friend will be decided; it is up to me, so to speak, to determine it. Will I be able to do for him at least once what he has done so many times for me? Will I be able to fulfill the greatest and most important duty of my life? Dear Wolmar, I carry all your teachings in my heart, but to put them into practice, could I only possess your wisdom as well! Ah! If I should one day see Edward happy—if, according to his plan and yours, we were all reunited and never separated again—what wish would I have left to express? Only one: its fulfillment depends neither on you nor on me, nor on anyone in this world, but on him who values the virtues of your wife and secretly acknowledges your kindnesses.

Letter IX – From Saint-Preux to Madame d’Orbe

Dopo la cena, si veglia ancora per un’ora o due intrecciando canapa; ognuno canta a turno la propria canzone. A volte le vendemmiatrici cantano tutte insieme, oppure alternativamente a voce sola e in ritornello. La maggior parte di queste canzoni sono vecchie romanze i cui motivi non sono particolarmente vivaci; tuttavia hanno qualcosa di antico e dolce che tocca il cuore. Le parole sono semplici, ingenuhe, spesso tristi. Eppure piacciono molto. Non possiamo fare a meno di sorridere, arrossire o sospirare quando ritroviamo in queste canzoni modi di esprimersi che abbiamo usato un tempo. Allora, guardandole e ricordando tempi lontani, provo un brivido; un peso insopportabile mi cade all’improvviso sul cuore, lasciandomi una sensazione funesta che solo a fatica si cancella. Tuttavia trovo in queste serate una sorta di fascino che non riesco a spiegarvi. E che per me è davvero molto intenso. Questo ritrovarsi insieme, la semplicità di questa attività, l’idea di relax, di armonia e tranquillità, il senso di pace che queste serate portano nell’anima, hanno qualcosa di commovente che rende queste canzoni ancora più interessanti. Anche questo concerto di voci femminili non è privo di dolcezza. Per me, sono convinto che tra tutte le armonie non ce ne sia nessuna più piacevole del canto in coro. E se abbiamo bisogno di accordi, è perché il nostro gusto è corrotto. In effetti, tutta l’armonia non si trova forse in un suono qualsiasi? E cosa possiamo aggiungere, senza alterare le proporzioni che la natura ha stabilito nella relativa intensità dei suoni armoniosi? Raddoppiandone alcuni e non altri, rafforzandoli in modo disomogeneo, non stiamo forse rovinando tutto? La natura ha fatto del suo meglio; ma noi vogliamo fare ancora di più, e così roviniamo tutto.

C’è una grande competizione sia per questo lavoro serale che per quello diurno; e la truffa che volevo utilizzare ieri mi ha attirato un piccolo rimprovero. Poiché non sono molto abile nel tagliare, e spesso sono distratto, stanco di essere sempre rimproverato per aver fatto il minor lavoro possibile, tiravo delicatamente con il piede le erbacce dei miei vicini per aumentare il mio mucchio; ma quella spietata signora d’Orbe, accorgendosene, fece segno a Julie, che, sorprendendomi mentre lo facevo, mi rimproverò severamente. “Signor furfante,” mi disse ad alta voce, “nessuna ingiustizia, nemmeno scherzando; è così che si finisce per diventare davvero cattivi, e peggio ancora, per continuare a scherzarci sopra[198].”

Ecco come trascorre la serata. Quando arriva l’ora di ritirarsi, Madame de Wolmar dice: “Andiamo a fare i fuochi d’artificio”. All’istante, ognuno prende il proprio pacchetto di stoppini, segno onorevole del proprio lavoro; questi vengono portati in trionfo nel mezzo della corte, raccolti in un mucchio e trasformati in un vero trofeo; vi si dà fuoco. Ma non sempre chi merita riceve questo onore. Julie decide chi debba riceverlo presentando la torcia a colui che quella sera ha lavorato di più; anche se fosse lei stessa, lo attribuirebbe senza esitazione. La solenne cerimonia è accompagnata da acclamazioni e battiti di mani. I stoppini producono un fuoco chiaro e brillante che si innalza fino alle nuvole: un vero e proprio “fuoco di gioia”, intorno al quale tutti saltano e ridono. Poi si offre da bere a tutta l’assemblea; ognuno beve alla salute del vincitore, e poi va a dormire soddisfatto di una giornata trascorsa nel lavoro, nella gioia e nell’innocenza. Una giornata che non ci dispiacerebbe ripetere il giorno dopo, il giorno successivo, e per tutta la vita.

Lettera VIII – Da Saint-Preux a Monsieur de Wolmar

Godi, caro Wolmar, dei frutti delle tue cure. Ricevi gli omaggi di un cuore purificato, che con tanto impegno hai reso degno di essere offerto a te stesso. Nessun altro uomo ha mai intrapreso ciò che hai fatto tu; nessuno ha mai tentato ciò che hai realizzato tu; nessuna anima grata e sensibile ha mai provato ciò che mi hai ispirato tu. La mia anima aveva perso la sua forza, il suo vigore, la sua essenza stessa; tu me li hai restituiti tutti. Ero morto sia per le virtù che per la felicità; ti devo questa vita morale, grazie alla quale mi sento rinascere. Oh mio benefattore! Oh mio padre! Donandoti tutta me stesso, posso offrirti soltanto quei doni che ho ricevuto da te.

Devo confessarvi la mia debolezza e le mie paure? Fino ad ora mi sono sempre sfidato da solo. Non sono passati nemmeno otto giorni da quando ho provato vergogna per il mio cuore, credendo che tutte le vostre gentilezze fossero perdute. Quel momento fu crudele e scoraggiante per la virtù; grazie al cielo, grazie a voi, è passato e non tornerà più. Non mi considero ancora guarito solo perché voi me lo dite, ma perché lo sento davvero. Non ho più bisogno che voi rispondiate per me: voi mi avete reso in grado di rispondere da solo. È stato necessario allontanarmi da voi e da lei per capire cosa potessi essere senza il vostro sostegno. È lontano dai luoghi in cui vive che imparo a non temere più di avvicinarmici.

Scrivo a madame d’Orbe i dettagli del nostro viaggio; non ve li ripeterò qui. Voglio che conosciate tutte le mie debolezze, ma non ho la forza di descriverle. Caro Wolmar, questa è la mia ultima colpa. Mi sento già così lontano da voi che non ci penso senza orgoglio; ma il momento in cui dovrò ammetterlo è ancora così vicino che non riesco a confessarlo senza dolore. Voi, che siete sempre stato capace di perdonare i miei errori, come potreste non perdonare anche l’umiliazione derivante dal mio pentimento?

Non manca più nulla al mio felicità; milord mi ha detto tutto. Caro amico, quindi sarò tua? Allora crescerò i tuoi figli. Il maggiore dei tre li educerà entrambi. Con quanta passione l’ho desiderato! Quanto più il pensiero di essere ritenuto degno di un compito così prezioso mi spingeva a impegnarmi al massimo per soddisfare le tue aspettative! Quante volte ho osato mostrare la mia fretta riguardo a questo argomento a Julie. Con quanta gioia interpretavo spesso, a mio favore, i tuoi discorsi e i suoi! Tuttavia, anche se lei era sensibile al mio impegno e sembrava approvare l’obiettivo che mi proponevo, non ho mai visto in lei la disponibilità necessaria per parlare apertamente di questo argomento. Ho capito che dovevo meritarmi quell’onore, e non chiederlo semplicemente. Aspettavo da te e da lei un segno concreto della vostra fiducia e stima. Non sono stato deluso nelle mie aspettative: amici miei, credetemi, nemmeno voi sarete delusi.

Sapete che, a seguito delle nostre conversazioni sull’educazione dei vostri figli, avevo trascritto su carta alcune idee che mi erano venute in mente e che voi avete approvato. Dopo la mia partenza, ho continuato a riflettere sullo stesso argomento e ho riassunto tutto ciò in una sorta di sistema che vi comunicherò quando l’avrò meglio elaborato, affinché possiate esaminarlo anche voi. Solo dopo il nostro arrivo a Roma spero di potervelo mostrare nella sua forma definitiva. Questo sistema inizia dove finisce quello di Julie; o meglio, ne è semplicemente la continuazione e lo sviluppo: tutto infatti consiste nel non rovinare l’uomo naturale, adattandolo alla società.

Grazie alle vostre cure ho riacquistato la ragione: tornato libero e sereno nel cuore, mi sento amato da tutto ciò che mi è caro; il futuro più incantevole si presenta davanti a me. La mia situazione dovrebbe essere deliziosa. Ma si dice che non avrò mai pace nell’anima. Avvicinandomi alla fine del nostro viaggio, vedo arrivare il momento del destino del mio illustre amico. Sono io, in un certo senso, a doverne decidere il futuro. Riuscirò almeno una volta a fare per lui ciò che lui ha fatto così spesso per me? Riuscirò a adempiere con dignità al più grande, al più importante dovere della mia vita? Caro Wolmar, porto nel profondo del mio cuore tutte le vostre lezioni. Ma, per renderle utili, quanto vorrei poter portare anche la vostra saggezza con me! Ah. Se un giorno riuscirò a vedere Edouard felice; se, secondo i suoi piani e i vostri, ci riuniremo tutti per non separarci mai più. Che desiderio mi resterebbe allora da esprimere? Solo uno. Il cui compimento non dipende né da voi, né da me, né da nessuno al mondo. Ma da colui che apprezza le virtù di vostra moglie e ricorda segretamente i vostri benefici.

Lettera IX – Da Saint-Preux a Madame d’Orbe

Où êtes-vous, charmante cousine ? Où êtes-vous, aimable confidente de ce faible coeur que vous partagez à tant de titres, et que vous avez consolé tant de fois ? Venez, qu’il verse aujourd’hui dans le vôtre l’aveu de sa dernière erreur. N’est-ce pas à vous qu’il appartient toujours de le purifier, et sait-il se reprocher encore les torts qu’il vous a confessés ? Non, je ne suis plus le même, et ce changement vous est dû : c’est un nouveau coeur que vous m’avez fait, et qui vous offre ses prémices ; mais je ne me croirai délivré de celui que je quitte qu’après l’avoir déposé dans vos mains. O vous qui l’avez vu naître, recevez ses derniers soupirs.

L’eussiez-vous jamais pensé ? le moment de ma vie où je fus le plus content de moi-même fut celui où je me séparai de vous. Revenu de mes longs égarements, je fixais à cet instant la tardive époque de mon retour à mes devoirs. Je commençais à payer enfin les immenses dettes de l’amitié, en m’arrachant d’un séjour si chéri pour suivre un bienfaiteur, un sage, qui, feignant d’avoir besoin de mes soins, mettait le succès des siens à l’épreuve. Plus ce départ m’était douloureux, plus je m’honorai d’un pareil sacrifice. Après avoir perdu la moitié de ma vie à nourrir une passion malheureuse, je consacrais l’autre à la justifier, à rendre par mes vertus un plus digne hommage à celle qui reçut si longtemps tous ceux de mon coeur. Je marquais hautement le premier de mes jours où je ne faisais rougir de moi ni vous, ni elle, ni rien de tout ce qui m’était cher.

Milord Édouard avait craint l’attendrissement des adieux, et nous voulions partir sans être aperçus ; mais, tandis que tout dormait encore, nous ne pûmes tromper votre vigilante amitié. En apercevant votre porte entrouverte et votre femme de chambre au guet, en vous voyant venir au-devant de nous, en entrant et trouvant une table à thé préparée, le rapport des circonstances me fit songer à d’autres temps ; et, comparant ce départ à celui dont il me rappelait l’idée, je me sentis si différent de ce que j’étais alors, que, me félicitant d’avoir Édouard pour témoin de ces différences, j’espérai bien lui faire oublier à Milan l’indigne scène de Besançon. Jamais je ne m’étais senti tant de courage : je me faisais une gloire de vous le montrer ; je me parais auprès de vous de cette fermeté que vous ne m’aviez jamais vue, et je me glorifiais en vous quittant de paraître un moment à vos yeux tel que j’allais être. Cette idée ajoutait à mon courage ; je me fortifiais de votre estime ; et peut-être vous eussé-je dit adieu d’un oeil sec, si vos larmes coulant sur ma joue n’eussent forcé les miennes de s’y confondre.

Je partis le coeur plein de tous mes devoirs, pénétré surtout de ceux que votre amitié m’impose, et bien résolu d’employer le reste de ma vie à la mériter. Édouard, passant en revue toutes mes fautes, me remit devant les yeux un tableau qui n’était pas flatté ; et je connus par sa juste rigueur à blâmer tant de faiblesses, qu’il craignait peu de les imiter. Cependant il feignait d’avoir cette crainte ; il me parlait avec inquiétude de son voyage de Rome et des indignes attachements qui l’y rappelaient malgré lui ; mais je jugeai facilement qu’il augmentait ses propres dangers pour m’en occuper davantage, et m’éloigner d’autant plus de ceux auxquels j’étais exposé.

Comme nous approchions de Villeneuve, un laquais qui montait un mauvais cheval se laissa tomber, et se fit une légère contusion à la tête. Son maître le fit saigner, et voulut coucher là cette nuit. Ayant dîné de bonne heure, nous prîmes des chevaux pour aller à Bex voir la saline ; et milord ayant des raisons particulières qui lui rendaient cet examen intéressant, je pris les mesures et le dessin du bâtiment de graduation ; nous ne rentrâmes à Villeneuve qu’à la nuit. Après le souper, nous causâmes en buvant du punch, et veillâmes assez tard. Ce fut alors qu’il m’apprit quels soins m’étaient confiés et ce qui avait été fait pour rendre cet arrangement praticable. Vous pouvez juger de l’effet que fit sur moi cette nouvelle ; une telle conversation n’amenait pas le sommeil. Il fallut pourtant enfin se coucher.

En entrant dans la chambre qui m’était destinée, je la reconnus pour la même que j’avais occupée autrefois en allant à Sion. À cet aspect je sentis une impression que j’aurais peine à vous rendre. J’en fus si vivement frappé, que je crus redevenir à l’instant tout ce que j’étais alors ; dix années s’effacèrent de ma vie, et tous mes malheurs furent oubliés. Hélas ! cette erreur fut courte, et le second instant me rendit plus accablant le poids de toutes mes anciennes peines. Quelles tristes réflexions succédèrent à ce premier enchantement ! Quelles comparaisons douloureuses s’offrirent à mon esprit ! Charmes de la première jeunesse, délices des premières amours, pourquoi vous retracer encore à ce coeur accablé d’ennuis et surchargé de lui-même ! O temps, temps heureux, tu n’es plus ! J’aimais, j’étais aimé. Je me livrais dans la paix de l’innocence aux transports d’un amour partagé. Je savourais à longs traits le délicieux sentiment qui me faisait vivre. La douce vapeur de l’espérance enivrait mon coeur ; une extase, un ravissement, un délire, absorbait toutes mes facultés. Ah ! sur les rochers de Meillerie, au milieu de l’hiver et des glaces, d’affreux abîmes devant les yeux, quel être au monde jouissait d’un sort comparable au mien ?… Et je pleurais ! et je me trouvais à plaindre et la tristesse osait approcher de moi !… Que serai-je donc aujourd’hui que j’ai tout possédé, tout perdu ?… J’ai bien mérité ma misère, puisque j’ai si peu senti mon bonheur… Je pleurais alors… Tu pleurais… Infortuné, tu ne pleures plus… Tu n’as pas même le droit de pleurer… Que n’est-elle pas morte ! osai-je m’écrier dans un transport de rage ; oui, je serais moins malheureux ; j’oserais me livrer à mes douleurs ; j’embrasserais sans remords sa froide tombe ; mes regrets seraient dignes d’elle ; je dirais : « Elle entend mes cris, elle voit mes pleurs, mes gémissements la touchent, elle approuve et reçoit mon pur hommage… » J’aurais au moins l’espoir de la rejoindre… Mais elle vit, elle est heureuse… Elle vit, et sa vie est ma mort, et son bonheur est mon supplice ; et le ciel, après me l’avoir arrachée, m’ôte jusqu’à la douceur de la regretter !… Elle vit, mais non pas pour moi ; elle vit pour mon désespoir. Je suis cent fois plus loin d’elle que si elle n’était plus.

Je me couchai dans ces tristes idées. Elles me suivirent durant mon sommeil, et le remplirent d’images funèbres. Les amères douleurs, les regrets, la mort, se peignirent dans mes songes, et tous les maux que j’avais soufferts reprenaient à mes yeux cent formes nouvelles pour me tourmenter une seconde fois. Un rêve surtout, le plus cruel de tous, s’obstinait à me poursuivre ; et de fantôme en fantôme toutes leurs apparitions confuses finissaient toujours par celui-là.

Je crus voir la digne mère de votre amie dans son lit expirante, et sa fille à genoux devant elle, fondant en larmes, baisant ses mains et recueillant ses derniers soupirs. Je revis cette scène que vous m’avez autrefois dépeinte et qui ne sortira jamais de mon souvenir. « O ma mère, disait Julie d’un ton à me navrer l’âme, celle qui vous doit le jour vous l’ôte ! Ah ! reprenez votre bienfait ! sans vous il n’est pour moi qu’un don funeste. — Mon enfant, répondit sa tendre mère… il faut remplir son sort… Dieu est juste… tu seras mère à ton tour… » Elle ne put achever. Je voulus lever les yeux sur elle, je ne la vis plus. Je vis Julie à sa place ; je la vis, je la reconnus, quoique son visage fût couvert d’un voile. Je fais un cri, je m’élance pour écarter le voile, je ne pus l’atteindre ; j’étendais les bras, je me tourmentais et ne touchais rien. « Ami, calme-toi, me dit-elle d’une voix faible : le voile redoutable me couvre ; nulle main ne peut l’écarter. » À ce mot je m’agite et fais un nouvel effort : cet effort me réveille ; je me trouve dans mon lit, accablé de fatigue et trempé de sueur et de larmes.

Bientôt ma frayeur se dissipe, l’épuisement me rendort ; le même songe me rend les mêmes agitations ; je m’éveille, et me rendors une troisième fois. Toujours ce spectacle lugubre, toujours ce même appareil de mort, toujours ce voile impénétrable échappe à mes mains, et dérobe à mes yeux l’objet expirant qu’il couvre.

Where are you, dear cousin? Where are you, kind confidante of this weak heart that you share in so many ways and have comforted so often? Come, let him pour out to you today the confession of his latest mistake. Isn’t it still your duty to purify it? And does he still regret the wrongs he has confessed to you? No, I am no longer the same person, and this change is due to you—you have given me a new heart, one that offers you its first signs of loyalty. But I will not consider myself free from the old self until I have placed it in your hands. O you who saw it born, receive its last breaths.

Would you have ever thought it? The moment in my life when I was most satisfied with myself was the one when I parted from you. Having returned from my long wanderings, I realized at that moment the late stage of my return to my duties. I finally began to repay the immense debts of friendship—by leaving a place so dear to me in order to follow a benefactor, a sage who, while pretending to need my care, was actually testing the success of his own endeavors. The more painful this departure was for me, the more I honored myself for such a sacrifice. After having wasted half of my life indulging in a unhappy passion, I devoted the other half to justifying it, to honoring with my virtues those whom my heart had loved for so long. I proudly marked the first day of my life when neither you, nor she, nor anything dear to me could be ashamed of me.

My lord Edward had feared the sentimentality of parting, and we wished to leave without being seen; but while everyone was still asleep, we were unable to deceive your vigilant friendship. Upon seeing your door slightly ajar and your maid keeping watch, upon observing you coming towards us, and upon entering to find a tea table prepared, all these circumstances reminded me of other times. Comparing this departure with the one it recalled to me, I felt so different from what I had been then that, rejoicing in having Edward as witness to these changes, I hoped to make him forget the disgraceful incident that had taken place in Besançon. I had never felt such courage before; I was proud to show it to you. In your presence, I seemed to possess that firmness which you had never seen in me before, and I felt honored to leave you in the belief that I would soon be the person I intended to become. This thought gave me even more strength; I drew courage from your respect for me. Perhaps I could have said goodbye without a tear, if it weren’t for your tears falling on my cheek, which forced mine to follow.

I set out with my heart filled with all my duties, especially those imposed upon me by your friendship, and resolved to devote the rest of my life to earning it. Edouard, reviewing all my faults, presented before me a picture that was far from flattering; I realized from its harshness that he saw so many weaknesses in me that he was not afraid of imitating them himself. Yet he pretended to have this fear; he spoke to me with concern about his journey to Rome and the unworthy attachments that drew him there against his will. But I easily understood that he was deliberately increasing his own dangers in order to devote more time to caring for me and thus keeping me further away from those dangers that I faced myself.

As we approached Villeneuve, a lackey riding a poor-quality horse fell off his horse and suffered a slight injury to the head. His master made him bleed and decided to let him stay there for the night. Having dinner early, we mounted our horses to go to Bex to see the saltworks; since Lord had particular reasons that made this inspection interesting for him, I took measurements and drew a plan of the distillation building. We did not return to Villeneuve until late at night. After dinner, we talked while drinking punch and stayed up quite late. It was then that he told me what responsibilities had been entrusted to me and what measures had been taken to make this arrangement feasible. You can imagine the effect this news had on me; such a conversation certainly prevented us from falling asleep. Nevertheless, it was finally time to go to bed.

Upon entering the room assigned to me, I recognized it as the same one I had inhabited in the past when I went to Sion. At that sight, I felt an emotion that I could hardly describe to you. It affected me so deeply that for a moment, I believed I had returned to my former self; ten years of my life seemed to vanish, and all my misfortunes were forgotten. Alas! This illusion was brief, and in the next instant, the weight of all my past suffering overwhelmed me once again. What sad thoughts followed this initial moment of delight! What painful comparisons arose in my mind! Oh, charms of early youth, delights of first love—why bring them back to this heart burdened by troubles and overwhelmed by its own burdens? O happy times, you are gone forever! I had loved, and I had been loved. In the peace of innocence, I basked in the joys of a shared affection. I savored to the fullest that delightful feeling which gave meaning to my life. The gentle breeze of hope intoxicated my heart; ecstasy, rapture, delirium consumed all my faculties. Ah! On the rocks of Meillerie, amidst winter and ice, with terrifying chasms before me—what person in the world could enjoy a fate comparable to mine?. And I wept! And yet, even sorrow dared approach me!. What shall I be today, having possessed everything and then lost it all?. I have truly deserved my misery, for I hardly ever appreciated my happiness. Back then, I wept. You wept too. Unfortunate one, you no longer weep. You no longer even have the right to weep. How I wish she were dead! In a fit of rage, I dared to utter those words; yes, then I would be less miserable; I would dare to confront my pain head-on; I would embrace her cold grave without remorse; my regrets would at least be worthy of her. At least I would have the hope of joining her in death. But she lives. She is happy. She lives, and her life is my death; her happiness is my torment. And even heaven, after taking her away from me, denies me the consolation of mourning her!. She lives, but not for me. She lives only to bring me despair. I am a hundred times further from her now than if she were never born.

I fell asleep surrounded by these gloomy thoughts. They followed me throughout my sleep, filling it with solemn and mournful images. Bitter pains, regrets, and the concept of death appeared in my dreams, and all the evils I had suffered took on a hundred new forms to torment me once again. One particular dream, the cruelest of them all, persisted in haunting me; and amidst all those confused apparitions, it was always that one that ultimately reappeared.

I believed I saw your friend’s worthy mother lying in her bed, on the verge of death, and her daughter kneeling before her, weeping bitterly, kissing her hands, and gathering her last breaths. I saw that scene once again, as you had described it to me; a scene that will never be forgotten from my memory. “Oh, my mother,” Julie said, in a voice that pierced my heart, “the one who owes you her life is now taking it away! Ah, take back your kindness! Without it, it would be nothing but a terrible curse for me.” “My child,” her tender mother replied, “one’s fate must be fulfilled. God is just. You too will become a mother, ” She could not finish. I tried to look up at her, but she was no longer there. In her place was Julie; I saw her—though her face was covered by a veil. I cried out and tried to lift the veil, but I couldn’t reach it. I stretched out my arms in desperation, but touched nothing. “My friend,” she said weakly, “calm down. This terrible veil covers me; no hand can remove it.” At those words, I became agitated and made another attempt. But that effort awakened me. I found myself back in my bed, overwhelmed by exhaustion, drenched in sweat and tears.

Soon, my fear dissipates; exhaustion makes me fall asleep again. The same dream causes me the same agitation once more. I wake up, and then fall asleep a third time. Always that gloomy sight, always that same apparatus of death—always that impenetrable veil, which eludes my grasp and hides from my eyes the dying object it covers.

Dove siete, cara cugina? Dove siete, gentile confidente di questo debole cuore che condividete in così tanti modi e che avete consolato molte volte? Venite, affinché oggi possa confidarvi l’errore commesso nell’ultima occasione. Non è forse a voi che spetta ancora il compito di purificarlo. E sa ancora rimproverarsi i torti che vi ha confessato? No, non sono più lo stesso: questo cambiamento è dovuto a voi. È un nuovo cuore quello che mi avete donato, e vi offre le sue prime manifestazioni d’amore. Ma non mi sentirò veramente libero da quello che lascio alle mie spalle se prima non lo depositerò nelle vostre mani. Oh voi che ne avete visto la nascita, accogliete i suoi ultimi sospiri.

L’avreste mai pensato? Il momento della mia vita in cui fui più soddisfatto di me stesso fu proprio quello in cui mi separai da voi. Tornato dai miei lunghi errori, fissai in quell’istante il momento del mio ritorno ai miei doveri. Cominciavo finalmente a ripagare le immense “debiti” dell’amicizia, allontanandomi da un luogo così caro per seguire un benefattore, un saggio che, fingendo di aver bisogno delle mie cure, metteva alla prova il successo dei propri progetti. Più doloroso era questo addio, più mi onoravo di un simile sacrificio. Dopo aver perso metà della mia vita a coltivare una passione infelice, dedicavo l’altra metà a giustificarla, a rendere con le mie virtù un omaggio ancora più degno a colei che per tanto tempo aveva ricevuto tutto ciò che il mio cuore poteva offrire. Segnai con orgoglio il primo giorno della mia vita in cui né voi, né lei, né nulla di ciò che mi era caro potesse vergognarsi di me.

Milord Edouard temeva che gli addii fossero troppo commoventi; noi volevamo partire senza essere visti. Ma mentre tutti dormivano ancora, non riuscimmo a ingannare la vostra attenta vigilanza. Vedendo la vostra porta socchiusa, la vostra cameriera di servizio all’erta, vedendovi venire verso di noi, entrando e trovando una tavola da tè preparata. Tutto ciò mi fece ricordare altri tempi; e confrontando questa partenza con quella che mi aveva fatto pensare a Besançon, mi resi conto di essere così diverso da come ero allora. Mi rallegrai di avere Edouard come testimone di queste differenze, e speravo davvero di riuscire a fargli dimenticare, a Milano, quella scena indegna avvenuta a Besançon. Non mi ero mai sentito così coraggioso. Mi facevo un vanto nel mostrarvi tutto questo coraggio; vi apparivo con quella fermezza che non avevate mai visto in me. E mi gloriavo di lasciarvi, sapendo che per un momento sarei stato davvero tale come avrei dovuto essere. Questa idea rafforzava il mio coraggio. Mi sosteneva la vostra stima. Forse vi avrei detto addio con occhi asciutti, se le vostre lacrime non fossero state a far si che anche le mie si mescolassero alle vostre.

Partii con il cuore pieno di tutti i miei doveri, soprattutto di quelli che la vostra amicizia mi imponeva, e deciso a dedicare il resto della mia vita ad onorarli. Edouard, esaminando attentamente tutte le mie colpe, mi presentò un quadro tutt’altro che lusinghiero; dalla sua giusta severità compresi che dovevo rimproverarmi di tante debolezze, al punto che temeva poco di imitarle anch’io. Tuttavia fingeva di aver paura; parlava con preoccupazione del suo viaggio a Roma e dei legami indegni che lo costringevano ad andarci nonostante tutto. Ma capii facilmente che aumentava volontariamente i propri pericoli soltanto per occuparsi maggiormente di me e allontanarmi ancora di più da quelli ai quali ero esposto.

Mentre ci avvicinavamo a Villeneuve, un lacchè che cavalcava un cavallo malandato cadde e si ferì leggermente alla testa. Il suo padrone lo fece sanguinare e decise di farlo riposare lì per la notte. Dopo aver pranzato presto, montammo a cavallo per andare a Bex a visitare la salina; poiché milord aveva motivi particolari che rendevano questa visita interessante, io presi le misure e disegnai il progetto dell’edificio destinato alla produzione di sale. Tornammo a Villeneuve solo a tarda notte. Dopo cena, conversammo bevendo punch e rimanemmo svegli fino a un’ora piuttosto tarda. Fu allora che mi rivelò quali compiti mi erano stati affidati e quali misure fossero state prese per rendere possibile questo accordo. Potete immaginare l’effetto che questa notizia ebbe su di me. Una conversazione del genere non favoriva certo il sonno. Alla fine, tuttavia, fu necessario andare a letto.

Entrando nella stanza che mi era stata assegnata, la riconobbi come quella in cui avevo soggiornato in passato quando ero andato a Sion. Vedendola così, provai un’impressione che fatico a descrivervi. Ne fui così profondamente colpito che per un istante credetti di essere tornato esattamente come ero allora; dieci anni della mia vita scomparvero, e tutti i miei dolori furono dimenticati. Ahimè! Quell’illusione durò poco. Il momento successivo riportò su di me tutto il peso delle mie antiche sofferenze. Che tristi riflessioni seguirono a quel primo momento di felicità. Che dolorose paragoni si presentarono alla mia mente. Incanti della prima giovinezza, delizie dei primi amori. Perché ritrovarli ancora in questo cuore oppresso dai problemi e sovraccarico di dolore? Oh tempo, tempo felice. Non esisti più! Amavo, ero amato. Mi abbandonavo serenamente all’emozione di un amore condiviso. Assaporavo appieno quel delizioso sentimento che mi rendeva felice. La dolce atmosfera della speranza inebriava il mio cuore. Un’estasi, un rapimento, una follia assorbivano tutte le mie facoltà. Ah! Su quelle rocce di Meillerie, nel mezzo dell’inverno e del ghiaccio, con orribili abissi davanti agli occhi. Chi al mondo potrebbe godere di una sorte paragonabile alla mia?. Eppure piangevo. Mi trovavo a lamentarmi. E la tristezza osava avvicinarsi a me. Che cosa sarò oggi, ora che ho posseduto tutto e poi perso tutto?. Me lo sono meritato davvero questo dolore. Poiché ho sentito così poco la mia felicità. Allora piangevo. Piangevi anche tu. Infelice. Ora non piangi più. Non hai nemmeno il diritto di piangere. Che non sia già morta!. Osai gridare, in un impeto di rabbia. Sì. Sarei meno infelice. Oserei affrontare i miei dolori. Bacerei senza rimorsi la sua fredda tomba. I miei rimpianti sarebbero degni di lei. Direi: “Lei sente i miei gridi, vede le mie lacrime. I miei lamenti la toccano. Lei approva e accetta il mio sincero omaggio, ” Almeno avrei l’illusione di poterla raggiungere. Ma lei vive. È felice. Vive. E la sua vita è la mia morte. Il suo felicità è il mio supplizio. E il cielo, dopo avermela strappata via, mi toglie anche il dolore di rimpiangerla. Lei vive. Ma non per me. Vive per il mio dispero. Sono cento volte più lontano da lei di quanto lo fossi se non esistesse più.

Mi addormentai avvolto in queste tristi idee. Mi accompagnarono durante il sonno, riempiendolo di immagini funebri. Dolori amari, rimpianti, morte, tutto ciò si manifestò nei miei sogni; tutti i mali che avevo sofferto ripresero vita sotto cento nuove forme, per tormentarmi ancora una volta. Un sogno in particolare, il più crudele di tutti, insisteva nel perseguitarmi; e tra tutte quelle apparizioni confuse, era sempre quello a riemergere alla fine.

Credetti di vedere la nobile madre della tua amica nel suo letto, morente, e sua figlia in ginocchio davanti a lei, in lacrime, che baciava le sue mani e raccoglieva i suoi ultimi sospiri. Rividi quella scena che mi avevi descritto un tempo, e che non uscirà mai dalla mia memoria. “Oh mia madre”, diceva Julie con un tono che mi straziava l’anima, “quella che vi deve la vita ve la sta togliendo! Ah, riprendete il vostro dono: senza di voi, per me non è altro che una maledizione.” “Mia figlia”, rispose sua madre amorevole, “bisogna che tu compia il tuo destino. Dio è giusto, anche tu diventerai madre, ” Non riuscì a finire. Volevo alzare lo sguardo su di lei, ma non la vidi più; al suo posto c’era Julie. La vidi, la riconobbi, sebbene il suo viso fosse coperto da un velo. Gridai, cercai di scostare quel velo. Ma non ci riuscii; allungavo le braccia, mi tormentavo, ma non toccavo nulla. “Amico”, mi disse lei con voce debole, “calmatevi, il terribile velo mi copre, nessuna mano può scostarlo.” A queste parole, mi agitai ancora. E all’improvviso mi svegliai. Mi trovavo nel mio letto, sopraffatto dalla stanchezza, fradicio di sudore e lacrime.

Ben presto la mia paura svanisce; l’esaurimento mi fa addormentare; lo stesso sogno riporta in me le stesse agitazioni; mi sveglio e poi mi addormento di nuovo. Sempre lo stesso spettacolo lugubre, sempre lo stesso strumento della morte, sempre quel velo impenetrabile che sfugge alle mie mani e nasconde agli occhi il soggetto morente che copre.

À ce dernier réveil ma terreur fut si forte que je ne la pus vaincre étant éveillé. Je me jette à bas de mon lit sans savoir ce que je faisais. Je me mets à errer par la chambre, effrayé comme un enfant des ombres de la nuit, croyant me voir environné de fantômes, et l’oreille encore frappée de cette voix plaintive dont je n’entendis jamais le son sans émotion. Le crépuscule, en commençant d’éclairer les objets, ne fit que les transformer au gré de mon imagination troublée. Mon effroi redouble et m’ôte le jugement ; après avoir trouvé ma porte avec peine, je m’enfuis de ma chambre, j’entre brusquement dans celle d’Édouard : j’ouvre son rideau, et me laisse tomber sur son lit en m’écriant hors d’haleine : « C’en est fait, je ne la verrai plus ! » Il s’éveille en sursaut, il saute à ses armes, se croyant surpris par un voleur. À l’instant il me reconnaît ; je me reconnais moi-même, et pour la seconde fois de ma vie je me vois devant lui dans la confusion que vous pouvez concevoir.

Il me fit asseoir, me remettre, et parler. Sitôt qu’il sut de quoi il s’agissait, il voulut tourner la chose en plaisanterie ; mais voyant que j’étais vivement frappé, et que cette impression ne serait pas facile à détruire, il changea de ton. « Vous ne méritez ni mon amitié ni mon estime, me dit-il assez durement : si j’avais pris pour mon laquais le quart des soins que j’ai pris pour vous, j’en aurais fait un homme ; mais vous n’êtes rien. — Ah ! lui dis-je, il est trop vrai. Tout ce que j’avais de bon me venait d’elle : je ne la reverrai jamais ; je ne suis plus rien. » Il sourit, et m’embrassa. « Tranquillisez-vous aujourd’hui, me dit-il, demain vous serez raisonnable ; je me charge de l’événement. » Après cela, changeant de conversation, il me proposa de partir. J’y consentis. On fit mettre les chevaux ; nous nous habillâmes. En entrant dans la chaise, milord dit un mot à l’oreille du postillon, et nous partîmes.

Nous marchions sans rien dire. J’étais si occupé de mon funeste rêve, que je n’entendais et ne voyais rien ; je ne fis pas même attention que le lac, qui la veille était à ma droite, était maintenant à ma gauche. Il n’y eut qu’un bruit de pavé qui me tira de ma léthargie, et me fit apercevoir avec un étonnement facile à comprendre que nous rentrions dans Clarens. À trois cents pas de la grille milord fit arrêter ; et me tirant à l’écart : « Vous voyez, me dit-il, mon projet ; il n’a pas besoin d’explication. Allez, visionnaire, ajouta-t-il en me serrant la main, allez la revoir. Heureux de ne montrer vos folies qu’à des gens qui vous aiment ! Hâtez-vous ; je vous attends ; mais surtout ne revenez qu’après avoir déchiré ce fatal voile tissu dans votre cerveau. »

Qu’aurais-je dit ? Je partis sans répondre. Je marchais d’un pas précipité que la réflexion ralentit en approchant de la maison. Quel personnage allais-je faire ? Comment oser me montrer ? De quel prétexte couvrir ce retour imprévu ? Avec quel front irais-je alléguer mes ridicules terreurs, et supporter le regard méprisant du généreux Wolmar ? Plus j’approchais, plus ma frayeur me paraissait puérile, et mon extravagance me faisait pitié. Cependant un noir pressentiment m’agitait encore et je ne me sentais point rassuré. J’avançais toujours, quoique lentement, et j’étais déjà près de la cour quand j’entendis ouvrir et refermer la porte de l’Élysée. N’en voyant sortir personne, je fis le tour en dehors et j’allai par le rivage côtoyer la volière autant qu’il me fut possible. Je ne tardai pas de juger qu’on en approchait. Alors, prêtant l’oreille, je vous entendis parler toutes deux ; et, sans qu’il me fût possible de distinguer un seul mot, je trouvai dans le son de votre voix je ne sais quoi de languissant et de tendre qui me donna de l’émotion, et dans la sienne un accent affectueux et doux à son ordinaire, mais paisible et serein, qui me remit à l’instant et qui fit le vrai réveil de mon rêve.

Sur-le-champ je me sentis tellement changé que je me moquai de moi-même et de mes vaines alarmes. En songeant que je n’avais qu’une haie et quelques buissons à franchir pour voir pleine de vie et de santé celle que j’avais cru ne revoir jamais, j’abjurai pour toujours mes craintes, mon effroi, mes chimères, et je me déterminai sans peine à repartir, même sans la voir. Claire, je vous le jure, non seulement je ne la vis point, mais je m’en retournai fier de ne l’avoir point vue, de n’avoir pas été faible et crédule jusqu’au bout, et d’avoir au moins rendu cet honneur à l’ami d’Édouard de le mettre au-dessus d’un songe.

Voilà, chère cousine, ce que j’avais à vous dire, et le dernier aveu qui me restait à vous faire. Le détail du reste de notre voyage n’a plus rien d’intéressant ; il me suffit de vous protester que depuis lors non seulement milord est content de moi, mais que je le suis encore plus moi-même, qui sens mon entière guérison bien mieux qu’il ne la peut voir. De peur de lui laisser une défiance inutile, je lui ai caché que je ne vous avais point vues. Quand il me demanda si le voile était levé ; je l’affirmai sans balancer, et nous n’en avons plus parlé. Oui, cousine, il est levé pour jamais, ce voile dont ma raison fut longtemps offusquée. Tous mes transports inquiets sont éteints. Je vois tous mes devoirs, et je les aime. Vous m’êtes toutes deux plus chères que jamais ; mais mon coeur ne distingue plus l’une de l’autre, et ne sépare point les inséparables.

Nous arrivâmes avant-hier à Milan. Nous en repartons après-demain. Dans huit jours nous comptons être à Rome, et j’espère y trouver de vos nouvelles en arrivant. Qu’il me tarde de voir ces deux étonnantes personnes qui troublent depuis si longtemps le repos du plus grand des hommes ! O Julie ! ô Claire ! il faudrait votre égale pour mériter de le rendre heureux.

Lettre X – De Madame d’Orbe à Saint-Preux

Nous attendions tous de vos nouvelles avec impatience, et je n’ai pas besoin de vous dire combien vos lettres ont fait de plaisir à la petite communauté ; mais ce que vous ne devinerez pas de même, c’est que de toute la maison je suis peut-être celle qu’elles ont le moins réjouie. Ils ont tous appris que vous aviez heureusement passé les Alpes ; moi, j’ai songé que vous étiez au-delà.

À l’égard du détail que vous m’avez fait, nous n’en avons rien dit au baron, et j’en ai passé à tout le monde quelques soliloques fort inutiles. M. de Wolmar a eu l’honnêteté de ne faire que se moquer de vous ; mais Julie n’a pu se rappeler les derniers moments de sa mère sans de nouveaux regrets et de nouvelles larmes. Elle n’a remarqué de votre rêve que ce qui ranimait ses douleurs.

Quant à moi, je vous dirai, mon cher maître, que je ne suis plus surprise de vous voir en continuelle admiration de vous-même, toujours achevant quelque folie et toujours commençant d’être sage ; car il y a longtemps que vous passez votre vie à vous reprocher le jour de la veille et à vous applaudir pour le lendemain.

Je vous avoue aussi que ce grand effort de courage, qui, si près de nous, vous a fait retourner comme vous étiez venu, ne me paraît pas aussi merveilleux qu’à vous. Je le trouve plus vain que sensé, et je crois qu’à tout prendre j’aimerais autant moins de force avec un peu plus de raison. Sur cette manière de vous en aller, pourrait-on vous demander ce que vous êtes venu faire ? Vous avez eu honte de vous montrer, comme si la douceur de voir ses amis n’effaçait pas cent fois le petit chagrin de leur raillerie ! N’étiez-vous pas trop heureux de venir nous offrir votre air effaré pour nous faire rire ? Eh bien donc ! je ne me suis pas moquée de vous alors ; mais je m’en moque tant plus aujourd’hui, quoique, n’ayant pas le plaisir de vous mettre en colère, je ne puisse pas rire de si bon coeur.

At that final awakening, my terror was so intense that I was unable to overcome it while awake. I jumped out of bed without knowing what I was doing. I began wandering around the room, terrified like a child by the shadows of the night, convinced that ghosts surrounded me, my ears still echoing with that plaintive voice whose sound always stirred deep emotions in me. As dusk began to illuminate the objects around me, it only served to transform them according to the distortions of my disturbed imagination. My fear multiplied, leaving me utterly unable to think clearly; after struggling to find my way out of the room, I suddenly entered Édouard’s bedroom. I pulled back his curtain and collapsed onto his bed, gasping for breath: “It’s over. I’ll never see her again!” He jolted awake, grabbed his weapons, thinking he had been attacked by a thief. But in that instant, he recognized me; I too recognized myself, and for the second time in my life, I found myself face to face with him in the utter chaos you can only imagine.

He made me sit down, helped me recover, and encouraged me to speak. As soon as he understood what was going on, he tried to turn the situation into a joke; but seeing that I was deeply affected and that this impression would not be easy to erase, he changed his tone. “You do not deserve either my friendship or my respect,” he said rather harshly, “If I had devoted even half of the care I gave you to my own servant, I would have made him a decent person; but you are nothing at all.” “Ah!” I replied, “That is too true. Everything good that was in me came from her; I will never see her again; I am nothing now.” He smiled and kissed me. “Calm down today,” he said, “tomorrow you will be reasonable; I will take care of everything.” After that, changing the subject, he suggested we leave. I agreed. We had the horses ready; we got dressed, and once in the carriage, Lord whispered something into the postboy’s ear, and off we went.

We walked in silence. I was so preoccupied with my terrible dream that I neither heard nor saw anything; I didn’t even notice that the lake, which had been on my right the previous day, was now on my left. Only the sound of the cobblestones pulled me out of my daze and made me realize, with understandable astonishment, that we were returning to Clarens. Three hundred paces from the gate, Lord stopped us; pulling me aside, he said, “You see now what my plan is; it needs no explanation. Go, visionary,” he added, shaking my hand, “go and see her again. How fortunate you are to show your follies only to those who love you! Hurry up; I’m waiting for you—but above all, do not return until you have torn away that fatal veil woven in your mind.”

What would I have said? I left without answering. I walked at a rapid pace, but as I approached the house, my thoughts began to slow down. What role was I going to play? How could I dare to appear in front of them? What excuse could I use to justify this unexpected return? With what face could I claim those ridiculous fears of mine and endure the contemptuous gaze of the generous Wolmar? The closer I got, the more childish my fear seemed to me, and my own absurdity filled me with pity. Yet a dark premonition still disturbed me, and I felt no relief. I continued moving forward, albeit slowly, and was already near the courtyard when I heard the door of the Élysée open and close. Seeing no one emerge, I went around to the side and walked along the shore, staying as close to the aviary as possible. Soon, I could tell that someone was approaching. Then, pricking up my ears, I heard you two talking; and although I couldn’t distinguish a single word, there was something languid and tender in your voices that moved me deeply, while his tone was affectionate and gentle—yet calm and serene—which instantly restored me to reality and ended my foolish dream.

In an instant, I felt so changed that I began to laugh at myself and my futile fears. Realizing that all I had to cross was a hedge and a few bushes in order to see her—full of life and health, after having believed I would never see her again—I forever abandoned my fears, my terror, and my delusions. Without hesitation, I resolved to set off on my way again, even if I didn’t see her. Claire, I swear to you: not only did I not see her, but I also returned feeling proud that I had not seen her at all, that I had not been weak or gullible to the very end, and that I had at least done this much for my friend Edward—to place him above a mere dream.

Here, dear cousin, is what I had to tell you, and the last confession that remained for me to make. The details of the rest of our journey hold no interest anymore; I merely wish to assure you that since then, not only has Lord been pleased with me, but I myself am even more so, for I feel that my recovery is complete, far more so than he can possibly see. Out of fear of causing him unnecessary worry, I concealed from him that I had not seen you. When he asked whether the veil was lifted, I answered without hesitation, and we have never spoken of it again. Yes, cousin, that veil is lifted forever—the veil that for so long obscured my reason. All my anxious fears have vanished. I see all my duties clearly, and I love them. You both are dearer to me than ever before; but my heart can no longer distinguish one from the other, nor can it separate what is inseparable.

We arrived in Milan the day before yesterday and will leave tomorrow. In eight days, we hope to be in Rome, and I look forward to hearing from you upon our arrival. How I long to meet those two remarkable individuals who have disturbed the peace of the greatest man for so long! Oh Julie! Oh Claire! Only someone as extraordinary as you could truly make him happy.

Letter X – From Madame d’Orbe to Saint-Preux

We were all waiting for your news with great impatience, and I need not tell you how much pleasure your letters brought to our small community; but what you probably don’t realize is that, of everyone in the family, I might be the one who was least delighted by them. Everyone else learned that you had safely crossed the Alps; as for me, I thought you were somewhere beyond that.

Regarding the detail you mentioned to me, we did not mention it to the baron at all, and I went on to tell everyone some rather unnecessary soliloquies about it. Mr. de Wolmar had the honesty to simply laugh at you; but Julie could not help but recall her mother’s last moments without feeling anew regret and shedding more tears. She noticed only those aspects of your dream that intensified her pain.

As for me, my dear master, I must say that I am no longer surprised to see you constantly admiring yourself, always engaging in some foolishness and yet always beginning to become wise; for it has been a long time since you have devoted your life to reproaching yourself for what happened the day before and praising yourself for what is to come tomorrow.

I must also confess that this great display of courage, which, happening so close to us, caused you to return just as you had come, does not seem to me as wonderful as it does to you. I find it more vain than sensible, and I think, all things considered, I would prefer a little less strength with a bit more reason. Regarding this way you chose to leave, one might ask what purpose you came here for. You were ashamed to show yourself, as if the joy of seeing your friends could not cancel out, a hundred times over, the slight displeasure caused by their teasing! Weren’t you simply too happy to come and offer us your frightened expression just to make us laugh? Well then. I didn’t mock you at that time; but now I mock you all the more, although, since I don’t have the pleasure of making you angry, I can’t laugh as heartily.

Al mio ultimo risveglio, la mia paura fu così intensa che non riuscii a superarla nemmeno una volta sveglio. Mi gettai giù dal letto senza sapere cosa stessi facendo; iniziai a vagare per la stanza, spaventato come un bambino dalle ombre della notte, convinto di essere circondato da fantasmi. L’orecchio mi risuonava ancora con quella voce lamentosa che non ho mai sentito senza provare emozione. Il crepuscolo, iniziando a illuminare gli oggetti, non fece altro che trasformarli secondo i dettami della mia mente turbata. La mia paura aumentò ancora di più; dopo aver trovato a fatica la porta, scappai dalla mia stanza e entrai improvvisamente in quella di Édouard. Aprii le tende e mi gettai sul suo letto, gridando senza fiato: “È finita. Non la vedrò mai più!” Lui si svegliò di scatto, afferrò le sue armi, credendo di essere stato assalito da un ladro. In quel momento mi riconobbe; anch’io mi riconobbi. E per la seconda volta nella mia vita mi ritrovai davanti a lui, in uno stato di totale confusione.

Mi fece sedere, mi rassicurò e mi fece parlare. Non appena seppe di cosa si trattava, volle trasformare la situazione in una battuta; ma vedendo che ero profondamente colpito e che quell’impressione non sarebbe stata facile da cancellare, cambiò tono. “Non meritate né la mia amicizia né il mio rispetto”, mi disse in modo piuttosto duro: “Se avessi dedicato alla mia servitù solo un quarto delle attenzioni che ho rivolto a voi, l’avrei resa una persona decente; ma voi non siete nulla.” “Ah!”, gli dissi, “è troppo vero. Tutto ciò che avevo di buono proveniva da lei; non la rivedrò mai più. Non sono più nulla.” Lui sorrise e mi abbracciò. “Rilassatevi oggi”, mi disse, “domani sarete ragionevole. Me ne occuperò io dell’evento.” Dopo questo, cambiando argomento, mi propose di partire. Accettai. Fecero preparare i cavalli; ci vestimmo e, una volta saliti in carrozza, milord disse qualcosa all’orecchio del cocchiere e partimmo.

Camminavamo in silenzio. Ero così assorto nel mio funesto sogno che non sentivo né vedevo nulla; non mi accorsi nemmeno che il lago, la sera prima alla mia destra, ora si trovava a sinistra. Solo il rumore dei ciottoli che calpestavamo mi riscosse da quella letargia e mi fece rendersi conto, con un’indignazione facile da comprendere, che stavamo tornando a Clarens. A trecento passi dal cancello, milord ci fece fermare; poi, tirandomi da parte, mi disse: “Vedi il mio piano. Non ha bisogno di spiegazioni. Vai, visionario, vai a rivederla. Fortunato ad esibire le tue follie solo con persone che ti amano! Affrettati. Ti aspetto. Ma soprattutto, torna soltanto dopo aver strappato via quel velo fatale che è tessuto nella tua mente.”

Cosa avrei detto? Me ne andai senza rispondere. Camminavo a passi affrettati, ma man mano che mi avvicinavo a casa, la riflessione iniziò a rallentare il mio ritmo. Quale figura avrei dovuto assumere? Come osavo presentarmi? Con quale scusa avrei potuto giustificare quel ritorno improvviso? Con quale faccia avrei potuto confessare le mie ridicole paure, e sopportare lo sguardo sprezzante del generoso Wolmar? Più mi avvicinavo, più la mia paura mi sembrava infantile, e la mia esagerazione mi faceva pena. Tuttavia, un cupo presentimento continuava a tormentarmi e non mi sentivo affatto tranquillo. Proseguii comunque, sebbene lentamente, e ormai ero vicino al cortile quando sentii aprire e chiudere la porta dell’Élysée. Non vedendo uscire nessuno, feci il giro dall’esterno e mi diressi lungo la riva, cercando di avvicinarmi il più possibile alla voliera. Presto capii che qualcuno si stava avvicinando. Allora, teso ad ascoltare, vi sentii parlare entrambe; e, anche se non riuscivo a distinguere una parola, nel suono delle vostre voci percepii qualcosa di malinconico e tenero che mi commosse profondamente, mentre nel suo tono c’era un affetto dolce e gentile, ma al contempo calmo e sereno. Questo mi rassicurò immediatamente e fece “svegliare” definitivamente il mio sogno.

In quel momento mi sentii così cambiato che iniziai a prendere in giro me stesso e le mie vane paure. Pensando che avevo solo da attraversare una siepe e alcuni cespugli per ritrovare colei che credevo di non rivedere mai più, piena di vita e salute, abbandonai per sempre le mie angosie, il mio terrore e le mie illusioni, e decisi senza esitazione di ripartire, anche se non l’avessi vista. Claire, giuro su di voi: non solo non la vidi, ma tornai indietro fiero di non averla vista, di non essere stato debole o credulone fino alla fine, e di aver almeno reso questo onore all’amico di Edouard, ponendolo al di sopra di un semplice sogno.

Ecco, cara cugina, ciò che avevo da dirvi e l’ultima confessione che mi restava da farvi. I dettagli del resto del nostro viaggio non hanno più nulla di interessante; mi basta assicurarvi che da allora non solo milord è soddisfatto di me, ma lo sono anch’io, poiché percepisco la mia completa guarigione molto meglio di quanto lui possa vederla. Per evitargli inutili dubbi, gli ho nascosto che non vi avevo viste. Quando mi chiese se il velo fosse stato rimosso, lo confermai senza esitazione, e da allora non ne abbiamo più parlato. Sì, cugina, quel velo è stato rimosso per sempre; il velo che a lungo offuscava la mia ragione. Tutti i miei timori ansiosi sono svaniti. Ora vedo chiaramente tutti i miei doveri e li amo. Entrambe mi siete più care che mai. Ma il mio cuore non distingue più l’una dall’altra, e non separa ciò che è inseparabile.

Siamo arrivati a Milano ieri sera; partiremo dopodomani. Tra otto giorni dovremmo essere a Roma, e spero di ricevere vostre notizie al nostro arrivo. Non vedo l’ora di incontrare quelle due straordinarie persone che da tanto tempo turbano la tranquillità dell’uomo più grande di tutti! Oh Julie! Oh Claire. Solo una persona alla vostra pari potrebbe meritare di renderlo felice.

Lettera X – Di Madame d’Orbe a Saint-Preux

Tutti aspettavamo con impazienza vostre notizie, e non c’è bisogno che vi dica quanto le vostre lettere abbiano reso felice la nostra piccola comunità; ma quello che probabilmente non immaginerete è che, in tutta la famiglia, forse sono io quella che le ha ricevute con meno gioia. Tutti hanno saputo che avete superato felicemente le Alpi; io, invece, ho pensato che foste, oltre di esse.

Per quanto riguarda il dettaglio che mi avete raccontato, non ne abbiamo parlato affatto con il barone, e io ne ho fatto parola a tutti in modo piuttosto inutile. Il signor de Wolmar ha avuto l’onestà di prendervi solo in giro; ma Julie non è riuscita a ricordare gli ultimi momenti di sua madre senza provare nuovi rimpianti e nuove lacrime. Di quel vostro sogno, lei ha notato soltanto ciò che rinnovava le sue sofferenze.

Per quanto mi riguarda, vi dirò, mio caro maestro, che non sono più sorpresa nel vedervi costantemente pieno di ammirazione per voi stesso: continuate sempre a compiere qualche follia e allo stesso tempo iniziate sempre a comportarvi saggiamente. Poiché da molto tempo dedicate la vostra vita a rimproverarvi per ciò che avete fatto il giorno prima e ad applaudirvi per ciò che farete il giorno dopo.

Vi confesso anche che questo grande sforzo di coraggio, che, trovandosi così vicino a noi, vi ha fatto tornare esattamente come eravate venuti, non mi sembra altrettanto meraviglioso quanto a voi. Lo trovo più vano che sensato, e credo che, in definitiva, preferirei meno forza ma un po’ più ragione. Riguardo al modo in cui siete andato via, si potrebbe chiedervi cosa foste venuti a fare qui? Avete avuto vergogna di mostrarvi, come se la gentilezza di vedere i propri amici non cancellasse cento volte il piccolo dispiacere derivante dalle loro battute! Non eravate forse troppo felici di venire da noi per offrirci il vostro aspetto spaventato, solo per farci ridere? Beh, allora non mi sono presa gioco di voi; ma oggi lo faccio ancora di più, anche se, non avendo il piacere di farvi arrabbiare, non posso ridere con tanto cuore.

Malheureusement il y a pis encore : c’est que j’ai gagné toutes vos terreurs sans me rassurer comme vous. Ce rêve a quelque chose d’effrayant qui m’inquiète et m’attriste malgré que j’en aie. En lisant votre lettre je blâmais vos agitations ; en la finissant j’ai blâmé votre sécurité. L’on ne saurait voir à la fois pourquoi vous étiez si ému, et pourquoi vous êtes devenu si tranquille. Par quelle bizarrerie avez-vous gardé les plus tristes pressentiments, jusqu’au moment où vous avez pu les détruire et ne l’avez pas voulu ? Un pas, un geste, un mot, tout était fini. Vous vous étiez alarmé sans raison, vous vous êtes rassuré de même ; mais vous m’avez transmis la frayeur que vous n’avez plus, et il se trouve qu’ayant eu de la force une seule fois en votre vie, vous l’avez eue à mes dépens. Depuis votre fatale lettre un serrement de coeur ne m’a pas quittée ; je n’approche point de Julie sans trembler de la perdre ; à chaque instant je crois voir sur son visage la pâleur de la mort ; et ce matin, la pressant dans mes bras, je me suis sentie en pleurs sans savoir pourquoi. Ce voile ! ce voile !… Il a je ne sais quoi de sinistre qui me trouble chaque fois que j’y pense. Non, je ne puis vous pardonner d’avoir pu l’écarter sans l’avoir fait, et j’ai bien peur de n’avoir plus désormais un moment de contentement que je ne vous revoie auprès d’elle. Convenez aussi qu’après avoir si longtemps parlé de philosophie, vous vous êtes montré philosophe à la fin bien mal à propos. Ah ! rêvez, et voyez vos amis ; cela vaut mieux que de les fuir et d’être un sage.

Il paraît, par la lettre de milord à M. de Wolmar, qu’il songe sérieusement à venir s’établir avec nous. Sitôt qu’il aura pris son parti là-bas et que son coeur sera décidé, revenez tous deux heureux et fixés ; c’est le voeu de la petite communauté, et surtout celui de votre amie,

Claire d’Orbe.

P. S. — Au reste, s’il est vrai que vous n’avez rien entendu de notre conversation dans l’Élysée, c’est peut-être tant mieux pour vous ; car vous me savez assez alerte pour voir les gens sans qu’ils m’aperçoivent, et assez maligne pour persifler les écouteurs.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre XII – De Saint-Preux à M. de Wolmar

Que cette lettre demeure entre vous et moi. Qu’un profond secret cache à jamais les erreurs du plus vertueux des hommes. Dans quel pas dangereux je me trouve engagé ! O mon sage et bienfaisant ami, que n’ai-je tous vos conseils dans la mémoire comme j’ai vos bontés dans le coeur ! Jamais je n’eus si grand besoin de prudence, et jamais la peur d’en manquer ne nuisit tant au peu que j’en ai. Ah ! où sont vos soins paternels, où sont vos leçons, vos lumières ? Que deviendrai-je sans vous ? Dans ce moment de crise je donnerais tout l’espoir de ma vie pour vous avoir ici durant huit jours.

Je me suis trompé dans toutes mes conjectures ; je n’ai fait que des fautes jusqu’à ce moment. Je ne redoutais que la marquise. Après l’avoir vue, effrayé de sa beauté, de son adresse, je m’efforçais d’en détacher tout à fait l’âme noble de son ancien amant. Charmé de le ramener du côté d’où je ne voyais rien à craindre, je lui parlais de Laure avec l’estime et l’admiration qu’elle m’avait inspirée ; en relâchant son plus fort attachement par l’autre, j’espérais les rompre enfin tous les deux.

Il se prêta d’abord à mon projet ; il outra même la complaisance, et, voulant peut-être punir mes importunités par un peu d’alarmes, il affecta pour Laure encore plus d’empressement qu’il ne croyait en avoir. Que vous dirai-je aujourd’hui ? Son empressement est toujours le même, mais il n’affecte plus rien. Son coeur, épuisé par tant de combats, s’est trouvé dans un état de faiblesse dont elle a profité. Il serait difficile à tout autre de feindre longtemps de l’amour auprès d’elle ; jugez pour l’objet même de la passion qui la consume. En vérité, l’on ne peut voir cette infortunée sans être touché de son air et de sa figure ; une impression de langueur et d’abattement qui ne quitte point son charmant visage, en éteignant la vivacité de sa physionomie, la rend plus intéressante ; et, comme les rayons du soleil échappés à travers les nuages, ses yeux ternis par la douleur lancent des feux plus piquants. Son humiliation même a toutes les grâces de la modestie : en la voyant on la plaint, en l’écoutant on l’honore ; enfin je dois dire, à la justification de mon ami, que je ne connais que deux hommes au monde qui puissent rester sans risque auprès d’elle.

Il s’égare, ô Wolmar ! je le vois, je le sens ; je vous l’avoue dans l’amertume de mon coeur. Je frémis en songeant jusqu’où son égarement peut lui faire oublier ce qu’il est et ce qu’il se doit. Je tremble que cet intrépide amour de la vertu, qui lui fait mépriser l’opinion publique, ne le porte à l’autre extrémité et ne lui fasse braver encore les lois sacrées de la décence et de l’honnêteté. Édouard Bomston faire un tel mariage !… vous concevez !… sous les yeux de son ami !… qui le permet !… qui le souffre !… et qui lui doit tout !… Il faudra qu’il m’arrache le coeur de sa main avant de la profaner ainsi.

Cependant que faire ? Comment me comporter ? Vous connaissez sa violence… On ne gagne rien avec lui par les discours, et les siens depuis quelque temps ne sont pas propres à calmer mes craintes. J’ai feint d’abord de ne pas l’entendre ; j’ai fait indirectement parler la raison en maximes générales ; à son tour il ne m’entend point. Si j’essaye de le toucher un peu plus au vif, il répond des sentences, et croit m’avoir réfuté ; si j’insiste, il s’emporte, il prend un ton qu’un ami devrait ignorer et auquel l’amitié ne sait point répondre. Croyez que je ne suis en cette occasion ni craintif ni timide ; quand on est dans son devoir, on n’est que trop tenté d’être fier ; mais il ne s’agit pas ici de fierté, il s’agit de réussir, et de fausses tentatives peuvent nuire aux meilleurs moyens. Je n’ose presque entrer avec lui dans aucune discussion ; car je sens tous les jours la vérité de l’avertissement que vous m’avez donné, qu’il est plus fort que moi de raisonnement, et qu’il ne faut point l’enflammer par la dispute.

Il paraît d’ailleurs un peu refroidi pour moi. On dirait que je l’inquiète. Combien, avec tant de supériorité à tous égards, un homme est rabaissé par un moment de faiblesse ! Le grand, le sublime Édouard a peur de son ami, de sa créature, de son élève ! Il semble même, par quelques mots jetés sur le choix de son séjour, s’il ne se marie pas, vouloir tenter ma fidélité par mon intérêt. Il sait bien que je ne dois ni ne veux le quitter. O Wolmar ! je ferai mon devoir et suivrai partout mon bienfaiteur. Si j’étais lâche et vil, que gagnerais-je à ma perfidie ? Julie et son digne époux confieraient-ils leurs enfants à un traître ?

Vous m’avez dit souvent que les petites passions ne prennent jamais le change et vont toujours à leur fin, mais qu’on peut armer les grandes contre elles-mêmes. J’ai cru pouvoir ici faire usage de cette maxime. En effet, la compassion, le mépris des préjugés, l’habitude, tout ce qui détermine Édouard en cette occasion échappe à force de petitesse, et devient presque inattaquable ; au lieu que le véritable amour est inséparable de la générosité, et que par elle on a toujours sur lui quelque prise. J’ai tenté cette voie indirecte, et je ne désespère plus du succès. Ce moyen paraît cruel ; je ne l’ai pris qu’avec répugnance. Cependant, tout bien pesé, je crois rendre service à Laure elle-même. Que ferait-elle dans l’état auquel elle peut monter, qu’y montrer son ancienne ignominie ? Mais qu’elle peut être grande en demeurant ce qu’elle est ! Si je connais bien cette étrange fille, elle est faite pour jouir de son sacrifice plus que du rang qu’elle doit refuser.

Unfortunately, there is even worse: I have acquired all your fears without feeling any relief like you did. That dream contains something frightening that worries and saddens me, despite my desire to overcome it. When reading your letter, I blamed your agitation; but upon finishing it, I began to blame your apparent calmness. It is impossible to understand simultaneously why you were so upset at one time and why you became so tranquil later on. By what strange mechanism did you manage to retain those most sorrowful forebodings until the very moment when you could have gotten rid of them—and yet you chose not to? One step, one gesture, one word—everything would have been over. You had panicked for no reason, and then you calmed down just as inexplicably; but you passed on to me the fear that you no longer possess. It turns out that, having possessed strength once in your life, you used it against me. Since receiving your fateful letter, a constant tightness in my heart has never left me. I approach Julie with trembling fear of losing her; at every moment, I think I see the pallor of death on her face. This morning, as I held her in my arms, I found myself crying without knowing why. That veil, that veil! It carries something sinister that unsettles me whenever I think about it. No, I cannot forgive you for having the power to remove it and yet choosing not to do so. I fear that I will never experience true peace again until I see you by her side. And admit it: after talking so much about philosophy, you ended up demonstrating very little of it at all. Ah! It is better to dream and see your friends than to flee them and call yourself a sage.

It seems, from lord’s letter to Mr. de Wolmar, that he is seriously considering coming and settling with us. Once he has made his choice there and his mind is settled, you both should return, happy and determined—this is the wish of our small community, and especially that of your friend.

Claire d’Orbe.

P.S. — Besides, if it is true that you heard nothing of our conversation in the Elysée, perhaps that is even better for you; for you know me to be quick-witted enough to observe people without them noticing me, and cunning enough to mock any eavesdroppers.

List of literary works

General list of titles

Letter XII – From Saint-Preux to Mr. de Wolmar

Let this letter remain between you and me. Let a deep secret forever conceal the mistakes of the most virtuous man. In what dangerous situation have I thus placed myself! Oh, my wise and benevolent friend, how I wish I could recall all your advice as clearly as I hold your kindness in my heart! Never before have I needed prudence so much, and never has the fear of lacking it done me so much harm. Ah! Where are your fatherly care, where are your teachings, your guidance? What will become of me without you? In this moment of crisis, I would give everything I have in life just to have you here for eight days.

I had been wrong in all my conjectures; I had made nothing but mistakes up until this point. I had feared only the marquise. After seeing her, terrified by her beauty and her wit, I tried my best to separate her noble soul from that of her former lover. Desiring to draw her towards what I saw as no danger at all, I spoke of Laure with the respect and admiration she had inspired in me; by weakening her strongest attachment to one man, I hoped to finally break both of them apart.

At first, he pretended to be interested in my project; he even went so far as to show excessive eagerness. Perhaps, wishing to punish my persistence with some semblance of alarm, he acted toward Laure with even more enthusiasm than he truly felt. What can I tell you today? His enthusiasm remains the same, but it is no longer feigned. His heart, exhausted by all these struggles, has fallen into a state of weakness that she has taken advantage of. It would be difficult for anyone else to continue pretending to love her for so long; consider, indeed, the nature of the passion that consumes her. In truth, one cannot look at this unfortunate woman without being moved by her expression and demeanor—a look of languor and dejection that never leaves her lovely face, though it diminishes the liveliness of her features, only making her seem all the more pitiable. And just as rays of sunlight penetrate through clouds, her eyes, dimmed by pain, emit a even more piercing light. Even her humiliation possesses all the grace of modesty: one feels sorry for her when seeing her, and honors her when listening to her. Finally, to justify my friend’s actions, I must say that I know only two men in the world who could remain unharmed by her presence.

He is going astray, oh Wolmar! I see it, I feel it; I confess it to you with the bitterness of my heart. I tremble at the thought of how far his delusion may lead him to forget who he is and what he owes. I fear that this reckless devotion to virtue, which makes him despise public opinion, might drive him to even greater extremes and cause him to defy the sacred laws of decency and honesty. For Edward Bomston to engage in such a marriage!, can you even imagine it?! Right under the eyes of his friend!, who allows it!, who endures it!, and who owes him everything!. He will have to tear my heart from my hands before he can profane her in such a way.

But what should I do? How should I behave? You know about his violence. Reasoning with him is of no use; his own words lately have done nothing to ease my fears. At first, I pretended not to hear him; I tried to reason with him through general principles, but he ignored them completely. If I try to touch upon more sensitive issues, he responds with sharp statements, believing he has refuted me; if I insist, he becomes angry, adopting a tone that a friend should ignore—and one to which friendship knows no response. Believe me, in this situation, I am neither fearful nor timid; when one is doing what is right, one is only too tempted to feel proud. But here, pride is of no use—it’s about succeeding, and misguided attempts could harm even the best intentions. I hardly dare engage in any discussion with him, for I realize every day the truth of your warning: he is far more persuasive than I am, and arguing with him would only enflame the situation further.

He seems somewhat cold towards me; it’s as if he is worried about me. How much a man, with such overwhelming superiority in every respect, can be humiliated by a moment of weakness! The great, the sublime Edward is afraid of his friend, his creation, his student! He even seems to be trying to test my loyalty by mentioning the possibility of me not marrying. He knows full well that I neither must nor wish to leave him. Oh Wolmar, I will do my duty and follow my benefactor wherever he goes. If I were cowardly and despicable, what would I gain from such betrayal? Would Julie and her worthy husband entrust their children to a traitor?

You have often told me that minor passions never succeed and always come to an end, but that one can turn great passions against themselves. I believed I could apply this maxim here. Indeed, compassion, the contempt for prejudices, habit—everything that determines Édouard in this situation—becomes almost invulnerable due to its very insignificance; whereas true love is inseparable from generosity, and through it one can always gain some hold on it. I tried this indirect approach, and I no longer despair of success. This method may seem cruel; I took it only with reluctance. However, after careful consideration, I believe I am doing Laure a favor. What would she do in the situation she might find herself in? How could she reveal her former disgrace? But how great she can be while remaining what she is! If I know this strange girl well, she is more likely to take pleasure in her sacrifice than in the position she must refuse.

Purtroppo c’è di peggio: ho provato tutte le vostre paure senza però tranquillizzarmi come avete fatto voi. Quel sogno ha qualcosa di spaventoso che mi preoccupa e mi rattrista, nonostante io lo desideri ardentemente. Leggendo la vostra lettera incolpavo le vostre agitazioni; alla fine, invece, ho incolpato la vostra tranquillità. Non si può capire allo stesso tempo perché foste così turbati e perché poi siete diventati così calmi. Con quale stranezza avete conservato quelle tristi premonizioni fino al momento in cui avreste potuto distruggerle, senza però farlo? Un passo, un gesto, una parola, e tutto sarebbe finito. Vi eravate allarmati senza motivo, vi eravate tranquillizzati allo stesso modo; ma mi avete trasmesso la paura che ora non provate più. Ebbene, avendo avuto la forza una sola volta nella vostra vita, l’avete usata a mio scapito. Da quando avete ricevuto quella lettera fatale, un senso di angoscia non mi abbandona mai; non mi avvicino mai a Julie senza tremare all’idea di perderla. Ogni momento penso di vedere sul suo viso il pallore della morte. Questa mattina, stringendola tra le braccia, ho iniziato a piangere senza sapere il motivo. Quel velo, quel misterioso velo! Ha qualcosa di sinistro che mi turba ogni volta che ci penso. No, non posso perdonarvi per aver avuto la possibilità di allontanarlo e non averlo fatto. E temo che non conoscerò mai più un momento di felicità se non vi rivedo al suo fianco. Ammettetelo anche voi: dopo aver parlato così a lungo di filosofia, alla fine avete dimostrato di essere davvero filosofi, in modo del tutto inappropriato. Ah! Sognate, e vedete i vostri amici. È meglio che fuggirli e fingere di essere saggi.

Sembra, dalla lettera di milord a Monsieur de Wolmar, che egli prenda seriamente in considerazione l’idea di venire a stabilirsi con noi. Non appena avrà preso una decisione e il suo cuore sarà deciso, tornate entrambi felici e risoluti; questa è la volontà della piccola comunità, e soprattutto quella della vostra amica.

Claire d’Orbe.

P.S. — Del resto, se è vero che non avete sentito nulla della nostra conversazione all’Eliseo, forse è meglio così per voi; sapete infatti che sono abbastanza astuta da osservare le persone senza essere vista, e abbastanza maliziosa da prendere in giro chi ascolta di nascosto.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera XII – Da Saint-Preux a Monsieur de Wolmar

Che questa lettera rimanga tra voi e me. Che un segreto profondo nasconda per sempre gli errori dell’uomo più virtuoso. In quale passo pericoloso mi trovo immerso! Oh mio saggio e benevolo amico, quanto vorrei avere tutti i tuoi consigli nella memoria, così come ho le tue bontà nel cuore! Mai come ora avrei bisogno di prudenza. E mai la paura di non averne abbastanza ha nuociuto tanto a ciò che ne possiedo. Ah! Dove sono le tue premure paternali, dove sono le tue lezioni, le tue luci? Cosa diventerò senza di te? In questo momento di crisi darei tutto l’oro del mio mondo per averti qui con me per otto giorni.

Mi sono sbagliato in tutte le mie congetture; fino a questo momento ho commesso solo errori. Temevo soltanto la marchesa. Dopo averla vista, spaventato dalla sua bellezza e dalla sua astuzia, cercavo di separare completamente l’anima nobile che possedeva dall’ex amante di lei. Desideroso di portarla verso ciò che ritenevo non rappresentasse alcun pericolo, parlavo di Laure con l’ammirazione e il rispetto che lei mi ispirava; speravo così di spezzare, una volta per tutte, entrambi i suoi legami più forti.

All’inizio sembrava davvero interessato al mio progetto; anzi, andò addirittura oltre nel mostrare disponibilità. Forse voleva punire le mie insistenze con qualche “allarme”, quindi fingeva di essere ancora più premuroso nei confronti di Laure di quanto in realtà lo fosse. Cosa posso dirvi oggi? Il suo interesse è sempre lo stesso, ma non finge più nulla. Il suo cuore, esaurito da tante battaglie interiori, si trova in uno stato di debolezza che lei ha sfruttato a proprio vantaggio. Sarebbe difficile per chiunque altro fingere a lungo di amarla. Pensate solo all’oggetto stesso di questa passione che la consuma. In verità, non si può guardare questa sfortunata senza essere commossi dal suo aspetto e dal suo viso: un’espressione di tristezza e sconforto che non abbandona mai il suo bel volto, anzi ne attenua la vivacità, rendendola ancora più affascinante. E, come i raggi del sole che filtrano tra le nuvole, i suoi occhi offuscati dal dolore emettono luci ancora più intense. Anche la sua umiliazione ha tutte le grazie della modestia: guardarla suscita compassione, ascoltarla merita rispetto. Infine, a difesa del mio amico, devo dire che conosco solo due uomini al mondo in grado di stare al suo fianco senza correre alcun rischio.

Si perde, oh Wolmar! Lo vedo, lo sento; ve lo confesso con amarezza nel mio cuore. Tremo al pensiero di fino a che punto questa sua follia possa fargli dimenticare chi è e cosa deve essere. Temo che questo audace amore per la virtù, che lo spinge a disprezzare l’opinione pubblica, non lo porti all’estremo opposto e non lo induca ad sfidare ancora le sacre leggi della decenza e dell’onestà. Che Edouard Bomston compia un matrimonio del genere! Riuscite a immaginarlo? Ai piedi del suo amico, che lo permette, che lo tollera, e che gli deve tutto. Dovrà strapparmi il cuore dalle mani prima di profanarlo in questo modo.

Ma cosa devo fare? Come dovrei comportarmi? Conoscete la sua violenza. Non si ottiene nulla con lui attraverso le parole, e quelle che pronuncia ultimamente non sono certo in grado di placare le mie paure. All’inizio ho finto di non sentirlo; ho cercato di far parlare la ragione attraverso massime generali, ma lui non mi ascolta affatto. Se provo ad toccarlo più direttamente nel punto debole, risponde con frasi secche, credendo di avermi confutato; se insisto, si arrabbia, assume un tono che un amico dovrebbe ignorare, e al quale l’amicizia non sa come rispondere. Credetemi: in questa situazione non sono né timido né codardo; quando si ha il proprio dovere, è facile essere orgogliosi. Ma qui non si tratta di orgoglio, si tratta di riuscire nel proprio scopo. E tentativi falliti potrebbero danneggiare anche i metodi migliori. Non oso quasi discutere con lui; perché ogni giorno mi rendo conto della veridicità del vostro avvertimento: lui è più abile di me nel ragionamento, e non bisogna certo alimentare la sua aggressività attraverso le discussioni.

Sembra inoltre piuttosto freddo con me. Direi che io lo preoccupi. Quanto, con tanta superiorità sotto ogni aspetto, un uomo possa essere umiliato da un momento di debolezza! Il grande, il sublime Edouard ha paura del suo amico, della sua creatura, del suo allievo. Sembra persino, con alcune parole riguardo alla scelta del proprio luogo di soggiorno, e al fatto che non si sposi, voler mettere alla prova la mia fedeltà attraverso il mio interesse personale. Lui sa bene che io non devo né voglio lasciarlo. Oh Wolmar! Farò il mio dovere e seguirò ovunque il mio benefattore. Se fossi debole e vile, cosa guadagnerei dalla mia perfidia? Julie e suo nobile marito affiderebbero forse i loro figli a un traditore?

Mi avete spesso detto che le piccole passioni non cambiano mai direzione e portano sempre al loro termine, ma che si possono utilizzare le grandi passioni contro di esse stesse. Ho creduto di poter applicare questa massima in questo caso. Infatti, la compassione, il disprezzo per i pregiudizi, l’abitudine, tutto ciò che determina le azioni di Édouard in questa occasione diventa quasi invincibile a causa della sua natura “piccola” e insignificante; mentre l’amore vero è inseparabile dalla generosità, e attraverso essa si può sempre trovare un modo per influenzare le persone. Ho provato questo approccio indiretto, e non dispero più nel suo successo. Questo metodo sembra crudele; l’ho adottato solo con riluttanza. Tuttavia, dopo averci pensato bene, credo di stare facendo un favore proprio a Laure. Cosa farebbe lei in quella situazione in cui potrebbe trovarsi? Come potrebbe mostrare la sua antica ignominia? Ma, può forse diventare grande pur rimanendo ciò che è! Se conosco bene questa strana ragazza, so che sarà più felice di sacrificarsi piuttosto che accettare quel rango che deve rifiutare.

Si cette ressource me manque, il m’en reste une de la part du gouvernement à cause de la religion ; mais ce moyen ne doit être employé qu’à la dernière extrémité et au défaut de tout autre ; quoi qu’il en soit, je n’en veux épargner aucun pour prévenir une alliance indigne et déshonnête. O respectable Wolmar ! je suis jaloux de votre estime durant tous les moments de ma vie. Quoi que puisse vous écrire Édouard, quoi que vous puissiez entendre dire, souvenez-vous qu’à quelque prix que ce puisse être, tant que mon coeur battra dans ma poitrine, jamais Lauretta Pisana ne sera lady Bomston.

Si vous approuvez mes mesures, cette lettre n’a pas besoin de réponse. Si je me trompe, instruisez-moi ; mais hâtez-vous, car il n’y a pas un moment à perdre. Je ferai mettre l’adresse par une main étrangère. Faites de même en me répondant. Après avoir examiné ce qu’il faut faire, brûlez ma lettre et oubliez ce qu’elle contient. Voici le premier et le seul secret que j’aurai eu de ma vie à cacher aux deux cousines : si j’osais me fier davantage à mes lumières, vous-même n’en sauriez jamais rien.[200]

Lettre XIII – De Madame de Wolmar à Madame d’Orbe

Le courrier d’Italie semblait n’attendre pour arriver que le moment de ton départ, comme pour te punir de ne l’avoir différé qu’à cause de lui. Ce n’est pas moi qui ai fait cette jolie découverte ; c’est mon mari qui a remarqué qu’ayant fait mettre les chevaux à huit heures, tu tardas de partir jusqu’à onze, non pour l’amour de nous, mais après avoir demandé vingt fois s’il en était dix, parce que c’est ordinairement l’heure où la poste passe.

Tu es prise, pauvre cousine ; tu ne peux plus t’en dédire. Malgré l’augure de la Chaillot, cette Claire si folle, ou plutôt si sage, n’a pu l’être jusqu’au bout : te voilà dans les mêmes las[201] dont tu pris tant de peine à me dégager, et tu n’as pu conserver pour toi la liberté que tu m’as rendue. Mon tour de rire est-il donc venu ? Chère amie, il faudrait avoir ton charme et tes grâces pour savoir plaisanter comme toi, et donner à la raillerie elle-même l’accent tendre et touchant des caresses. Et puis quelle différence entre nous ! De quel front pourrais-je me jouer d’un mal dont je suis la cause, et que tu t’es fait pour me l’ôter ? Il n’y a pas un sentiment dans ton coeur qui n’offre au mien quelque sujet de reconnaissance, et tout, jusqu’à ta faiblesse, est en toi l’ouvrage de ta vertu. C’est cela même qui me console et m’égaye. Il fallait me plaindre et pleurer de mes fautes ; mais on peut se moquer de la mauvaise honte qui te fait rougir d’un attachement aussi pur que toi.

Revenons au courrier d’Italie, et laissons un moment les moralités. Ce serait trop abuser de mes anciens titres ; car il est permis d’endormir son auditoire, mais non pas de l’impatienter. Eh bien donc ! ce courrier que je fais si lentement arriver, qu’a-t-il apporté ? Rien que de bien sur la santé de nos amis, et de plus une grande lettre pour toi. Ah ! bon ! je te vois déjà sourire et reprendre haleine ; la lettre venue te fait attendre plus patiemment ce qu’elle contient.

Elle a pourtant bien son prix encore, même après s’être fait désirer ; car elle respire une si… Mais je ne veux te parler que de nouvelles, et sûrement ce que j’allais dire n’en est pas une.

Avec cette lettre, il en est venu une autre de milord Édouard pour mon mari, et beaucoup d’amitiés pour nous. Celle-ci contient véritablement des nouvelles, et d’autant moins attendues que la première n’en dit rien. Ils devaient le lendemain partir pour Naples, où milord a quelques affaires, et d’où ils iront voir le Vésuve… Conçois-tu, ma chère, ce que cette vue a de si attrayant ? Revenus à Rome, Claire, pense, imagine… Édouard est sur le point d’épouser… non, grâce au ciel, cette indigne marquise ; il marque, au contraire, qu’elle est fort mal. Qui donc ? Laure, l’aimable Laure, qui… Mais pourtant… quel mariage !… Notre ami n’en dit pas un mot. Aussitôt après ils partiront tous trois, et viendront ici prendre leurs derniers arrangements. Mon mari ne m’a pas dit quels ; mais il compte toujours que Saint-Preux nous restera.

Je t’avoue que son silence m’inquiète un peu. J’ai peine à voir clair dans tout cela ; j’y trouve des situations bizarres, et des jeux du coeur humain qu’on n’entend guère. Comment un homme aussi vertueux a-t-il pu se prendre d’une passion si durable pour une aussi méchante femme que cette marquise ? Comment elle-même, avec un caractère violent et cruel, a-t-elle pu concevoir et nourrir un amour aussi vif pour un homme qui lui ressemblait si peu, si tant est cependant qu’on puisse honorer du nom d’amour une fureur capable d’inspirer des crimes ? Comment un jeune coeur aussi généreux, aussi tendre, aussi désintéressé que celui de Laure, a-t-il pu supporter ses premiers désordres ? Comment s’en est-il retiré par ce penchant trompeur fait pour égarer son sexe, et comment l’amour, qui perd tant d’honnêtes femmes, a-t-il pu venir à bout d’en faire une ? Dis-moi, ma Claire, désunir deux coeurs qui s’aimaient sans se convenir ; joindre ceux qui se convenaient sans s’entendre ; faire triompher l’amour de l’amour même ; du sein du vice et de l’opprobre tirer le bonheur et la vertu ; délivrer son ami d’un monstre en lui créant pour ainsi dire une compagne… infortunée, il est vrai, mais aimable, honnête même, au moins si, comme je l’ose croire, on peut le redevenir ; dis, celui qui aurait fait tout cela serait-il coupable ? celui qui l’aurait souffert serait-il à blâmer ?

Lady Bomston viendra donc ici ! ici, mon ange ! Qu’en penses-tu ? Après tout, quel prodige ne doit pas être cette étonnante fille, que son éducation perdit, que son coeur a sauvée, et pour qui l’amour fut la route de la vertu ! Qui doit plus l’admirer que moi qui fis tout le contraire, et que mon penchant seul égara quand tout concourait à me bien conduire ? Je m’avilis moins il est vrai ; mais me suis-je élevée comme elle ? Ai-je évité tant de pièges et fait tant de sacrifices ? Du dernier degré de la honte elle a su remonter au premier degré de l’honneur : elle est plus respectable cent fois que si jamais elle n’eût été coupable. Elle est sensible et vertueuse ; que lui faut-il pour nous ressembler ! S’il n’y a point de retour aux fautes de la jeunesse quel droit ai-je à plus d’indulgence ? Devant qui dois-je espérer de trouver grâce, et à quel honneur pourrais-je prétendre en refusant de l’honorer ?

Eh bien ! cousine, quand ma raison me dit cela, mon coeur en murmure ; et, sans que je puisse expliquer pourquoi, j’ai peine à trouver bon qu’Édouard ait fait ce mariage, et que son ami s’en soit mêlé. O l’opinion ! l’opinion ! Qu’on a de peine à secouer son joug ! Toujours elle nous porte à l’injustice ; le bien passé s’efface par le mal présent ; le mal passé ne s’effacera-t-il jamais par aucun bien ?

J’ai laissé voir à mon mari mon inquiétude sur la conduite de Saint-Preux dans cette affaire. « Il semble, ai-je dit, avoir honte d’en parler à ma cousine. Il est incapable de lâcheté, mais il est faible… trop d’indulgence pour les fautes d’un ami… — Non, m’a-t-il dit, il a fait son devoir ; il le fera, je le sais ; je ne puis rien vous dire de plus ; mais Saint-Preux est un honnête garçon. Je réponds de lui, vous en serez contente… » Claire, il est impossible que Wolmar me trompe, et qu’il se trompe. Un discours si positif m’a fait rentrer en moi-même : j’ai compris que tous mes scrupules ne venaient que de fausse délicatesse, et que, si j’étais moins vaine et plus équitable, je trouverais lady Bomston plus digne de son rang.

If this resource comes to an end, I still have another one provided by the government due to religious reasons; but this means must only be resorted to in the last extremity and when all other options have been exhausted. In any case, I am determined not to spare any effort in preventing such an unworthy and dishonorable alliance. Oh, respected Wolmar! I envy your respect for me throughout my entire life. No matter what Edward may write to you, or what you may hear, remember this: no matter what the cost, as long as my heart beats in my chest, Lauretta Pisana will never become Lady Bomston.

If you approve of my measures, this letter requires no reply. If I am mistaken, instruct me; but do so quickly, for there is not a moment to lose. I will have the address written by someone else. Do the same when you reply to me. Once you have decided what needs to be done, burn my letter and forget its contents. Here lies the first and only secret in my life that I ever concealed from my two cousins: if I dared to rely more on my own reasoning, you yourself would never have come to know about it.[200]

Letter XIII – From Madame de Wolmar to Madame d’Orbe

It seemed as if the mail from Italy had been waiting precisely for the moment you left to arrive, as if to punish you for having delayed its delivery only because of it. It wasn’t me who made this interesting discovery; it was my husband who noticed that since you had arranged for the horses to be ready at eight o’clock, you didn’t set off until eleven o’clock—not out of love for us, but because you had asked twenty times whether it was really ten o’clock, since that is usually when the mail arrives.

You are trapped, poor cousin; you can no longer back out. Despite the warnings of Chaillot, that Claire—so foolish, or rather, so wise—could not prevail until the end. Now you find yourself in the very same predicament from which you once went to such great lengths to free me, and you have failed to retain for yourself the freedom you once granted me. Has it therefore come my turn to laugh? My dear friend, one would need your charm and grace to joke in the same way as you do, to give even mockery the tender and touching tone of a caress. And then, what difference is there between us! With what right could I mock a suffering of which I am the cause, and which you endured only to rid me of it? Not a single sentiment in your heart fails to offer my heart some reason for gratitude; even your weakness is but a manifestation of your virtue. It is this very fact that comforts and delights me. One might expect me to lament and weep over my own faults; but one can certainly laugh at the shame that makes you blush at such a pure and noble attachment as yours.

Let’s return to the letters from Italy—and put aside any moralizing for a moment. It would be too much to abuse my former titles; after all, it is permissible to lull one’s audience into relaxation, but not to irritate them. Well then! What has this letter, which I’ve been making such a slow arrival of, brought? Only good news regarding the health of our friends—and moreover, a long letter for you. Ah! Good! I can already see you smiling and catching your breath again; the arrival of this letter makes you wait even more patiently for what it contains.

Yet it still holds its value, even after having been so highly sought after; for it exudes a certain. But I want to talk to you only about news, and surely what I was about to say is not considered news at all.

With this letter, another one from Lord Edward came for my husband, along with many expressions of friendship for us. This second letter actually contains some news—especially since the first one mentioned nothing of the kind. They were supposed to leave for Naples the next day, where Lord Edward has some affairs to attend to; from there they would go to see the Vesuvius. Can you imagine, my dear, how fascinating such a sight must be? Upon returning to Rome, Claire, just think. Edward is about to marry, no, thank heaven, not that unworthy marquise; on the contrary, he mentions that she is in very poor health. Who could it be? Laure, the lovely Laure. But still, what a marriage! Our friend doesn’t say a word about it. Soon after, they will all three leave and come here to make their final arrangements. My husband hasn’t told me exactly what those arrangements are; but he still expects Saint-Preux to stay with us.

I must admit that his silence worries me a bit. I find it hard to make sense of all this; there are strange situations and complex human emotions at play here. How could such a virtuous man develop such a lasting passion for a wicked woman like that marquise? And how could she, with her violent and cruel nature, conceive and maintain such intense love for a man so different from herself—though perhaps what we call “love” can actually be a fury capable of inspiring crime? How could a young heart as generous, tender, and selfless as Laure’s endure his initial erratic behavior? How did she manage to escape him through that deceptive attraction meant precisely to confuse her gender? And how could love, which often leads honest women astray, succeed in transforming her into one of them? Tell me, my Claire—could someone who did all this really be considered guilty? Or should those who suffered because of it be blamed?

Lady Bomston will therefore come here! Here, my dear! What do you think? After all, what a miracle this astonishing girl must be—lost to bad education, yet saved by her heart; for whom love became the path to virtue! Who could admire her more than I, who did the very opposite, and whose own inclinations alone led me astray when everything else was working against my wrongdoing? It is true that I did not sink to the lowest levels of disgrace; but did I rise as high as she? Did I avoid so many pitfalls and make so many sacrifices? From the deepest depths of shame, she managed to ascend to the highest heights of honor—she is a hundred times more respectable now than if she had never committed any sins. She is sensitive and virtuous; what more does she need to be just like us! Since there is no way back from the mistakes of youth, what right do I have to demand more indulgence? Before whom can I hope to find forgiveness, and what honor could I claim if I refused to honor her?

Well! Cousin, when my reason tells me this, my heart murmurs against it; and, without being able to explain why, I find it hard to accept that Édouard made such a marriage, and that his friend got involved in it. Oh, public opinion! Public opinion! How difficult it is to shake its yoke! It always leads us towards injustice; the good that has been done in the past is overshadowed by the evil of the present—will the evil of the past ever be erased by any good that may come in the future?

I expressed my concern to my husband regarding Saint-Preux’s behavior in this matter. “It seems,” I said, “that he is ashamed to talk about it with my cousin. He is not capable of cowardice, but he is weak, too indulgent towards a friend’s mistakes, ” “No,” he told me, “he has done his duty; he will do it again, I am sure. There is nothing more I can tell you. But Saint-Preux is an honest young man. I vouch for him; you will be satisfied, ” Claire, it is impossible for Wolmar to deceive me—or himself. Such a positive response made me reflect deeply: I realized that all my doubts stemmed merely from false delicacy, and that if I were less vain and more fair-minded, I would consider lady Bomston far more worthy of her position.

Se questa risorsa mi manca, ne rimane un’altra fornita dal governo a causa della religione; ma questo mezzo deve essere utilizzato solo come ultima risorsa, in assenza di ogni altra alternativa. Comunque sia, non intendo risparmiare nulla per evitare un’unione indegna e disonesta. Oh rispettabile Wolmar! Sono geloso della vostra stima durante tutti i momenti della mia vita. Qualunque cosa vi possa scrivere Édouard, qualunque cosa possiate sentire dire, ricordatevi che, a qualsiasi prezzo sia, finché il mio cuore batterà nel mio petto, Lauretta Pisana non sarà mai lady Bomston.

Se approvate le mie misure, questa lettera non richiede alcuna risposta. Se mi sbaglio, istruitemi; ma affrettatevi, poiché non c’è un attimo da perdere. Farò inserire l’indirizzo da parte di una terza persona. Fate lo stesso quando mi risponderete. Dopo aver deciso cosa fare, bruciate questa lettera e dimenticate il suo contenuto. Ecco il primo e unico segreto che ho mai avuto nella mia vita da nascondere alle due cugine: se osassi fidarmi di più delle mie intuizioni, nemmeno voi ne verreste a conoscenza.[200]

Lettera XIII – Di Madame de Wolmar a Madame d’Orbe

La posta dall’Italia sembrava aspettare soltanto il momento della tua partenza per arrivare, come se volesse punirti per averla ritardata proprio a causa sua. Non sono stata io ad fare questa “bellissima scoperta”; è stato mio marito a notare che, avendo fatto preparare i cavalli alle otto, tu hai tardato a partire fino all’undici, non per noi, ma dopo aver chiesto venti volte se fossero le dieci, perché di solito è quell’ora in cui passa la posta.

Povera cugina, sei intrappolata ormai; non puoi più tirartene indietro. Nonostante le previsioni della Chaillot, questa Claire, che sia folle, o piuttosto saggia, non è riuscita a portare a termine il suo piano: eccoti quindi nei medesimi guai da cui ho faticato tanto per liberarti, e non sei riuscita a conservare per te la libertà che mi hai restituito. È forse arrivato il mio turno di ridere? Cara amica, bisognerebbe avere il tuo fascino e le tue grazie per saper scherzare come fai tu, e dare alla derisione lo stesso tono tenero e commovente delle carezze. E poi, quale differenza c’è tra noi! Con quale faccia potrei prendere in giro un male di cui sono la causa, e che tu hai sopportato per eliminarlo da me? Non c’è un solo sentimento nel tuo cuore che non offra al mio motivo di riconoscenza. E tutto, persino la tua debolezza, è frutto della tua virtù. È proprio questo che mi consola e mi rallegra. Avrei dovuto lamentarmi e piangere per i miei errori, ma si può scherzare sulla vergogna meschina che ti fa arrossire per un affetto così puro come il tuo.

Torniamo alla corrispondenza proveniente dall’Italia e lasciamo da parte, per un momento, le riflessioni morali. Sarebbe davvero abusare dei miei vecchi titoli; infatti è permesso addormentare l’ascoltatore, ma non irritarlo. Ebbene, questa corrispondenza che faccio arrivare così lentamente, cosa ha portato? Solo buone notizie sulla salute dei nostri amici, e inoltre una lettera molto importante per te. Ah! Bene, ti vedo già sorridere e riprendere fiato; la lettera appena ricevuta ti fa attendere con ancora più pazienza il suo contenuto.

Tuttavia, ha ancora il suo prezzo, anche dopo essere diventata oggetto di desiderio; perché irradia una tale. Ma voglio parlarti solo di novità, e sicuramente ciò che stavo per dire non ne è una.

Con questa lettera, ne è arrivata un’altra da parte di lord Edward per mio marito, insieme a molte manifestazioni di affetto da parte loro verso di noi. Questa seconda lettera contiene davvero delle notizie, e per di più inaspettate, visto che la prima non ne menzionava nulla. Il giorno dopo dovevano partire per Napoli, dove lord Edward ha alcuni affari da sbrigare, e da lì avrebbero visitato il Vesuvio. Riesci a immaginare, cara mia, quanto possa essere affascinante questa vista? Tornati a Roma, Claire, pensaci, immagina. Edward è sul punto di sposarsi, no, grazie al cielo, non quella indegna marchesa; anzi, ha detto chiaramente che lei è molto malata. Chi sarà allora la futura moglie? Laure, l’amabile Laure. Ma, quale matrimonio! Il nostro amico non ne parla affatto. Subito dopo partiranno tutti e tre per venire qui a fare i loro ultimi preparativi. Mio marito non mi ha detto quali siano; ma spera comunque che Saint-Preux rimanga con noi.

Devo ammettere che il suo silenzio mi preoccupa un po’. Faccio fatica a comprendere tutta questa situazione; ci sono delle circostanze strane, e dei meccanismi del cuore umano di cui difficilmente si ha conoscenza. Come può un uomo così virtuoso aver provato una passione così duratura per una donna così malvagia come quella marchesa? E lei stessa, con un carattere violento e crudele, come ha potuto concepire e nutrire un amore così intenso per un uomo che le era così diverso. Anche se, forse, si può chiamare amore una furia capace di ispirare crimini. Come può un giovane cuore così generoso, così tenero, così disinteressato come quello di Laure aver sopportato i suoi primi turbamenti? Come è riuscito a liberarsi da quella passione ingannevole che avrebbe potuto distruggere la sua vita. E l’amore, che spesso porta alla rovina donne oneste, come ha potuto trasformarla in una persona virtuosa? Dimmi, mia Claire: separare due cuori che si amavano ma non erano fatti l’uno per l’altro; unire persone che invece erano adatte l’una all’altra ma non riuscivano a capirsi. Far trionfare l’amore sull’amore stesso. Estrarre felicità e virtù dal vizio e dall’infamia. Liberare il proprio amico da un mostro, creandogli, per così dire, una compagna. Sì, infelice, forse, ma amabile, onesta, almeno se, come osavo sperare, si può ancora diventarlo. Dimmi: colui che avrebbe fatto tutto questo sarebbe davvero colpevole? E colui che l’avrebbe sopportato dovrebbe essere biasimato?

Lady Bomston verrà quindi qui. Qui, mio angelo! Che ne pensi? Dopotutto, quale miracolo non deve rappresentare questa straordinaria ragazza: la cui educazione fu distrutta, ma il cui cuore è stato salvato. Per lei l’amore è stato la via verso la virtù! Chi potrebbe ammirarla di più di me, che ho fatto esattamente il contrario? Il mio solo desiderio mi ha portato sulla strada del vizio, mentre tutto ciò che avrebbe potuto guidarmi nella rettitudine è stato ignorato. È vero, non mi sono umiliata quanto lei; ma mi sono davvero elevata come lei? Ho evitato tanti pericoli e fatto tanti sacrifici? Dalla più profonda vergogna è riuscita a risalire al più alto grado di onore: è cento volte più meritevole di quanto lo sarebbe stata se mai fosse stata colpevole. È sensibile e virtuosa. Che cosa le manca ancora per assomigliarci? Se non c’è più modo di tornare sui propri errori giovanili, quale diritto ho all’indulgenza? Di fronte a chi dovrei sperare di trovare perdono. E a quale onore potrei aspirare rifiutando di onorarla?

Ebbene, cugina. Quando la mia ragione mi dice queste cose, il mio cuore mormora contro di esse; e, senza che io riesca a spiegare il perché, fatico ad accettare che Edouard abbia fatto quel matrimonio, e che il suo amico si sia intromesso in questa faccenda. Oh, l’opinione. L’opinione! Quanto è difficile liberarsi dal suo giogo. Sempre ci spinge verso l’ingiustizia; il bene del passato viene cancellato dal male del presente. E il male del passato potrà mai essere cancellato da qualche bene?

Ho fatto capire a mio marito la mia preoccupazione riguardo al comportamento di Saint-Preux in questa faccenda. “Sembra”, ho detto, “che abbia vergogna di parlarne con mia cugina. Non è certo un uomo debole o codardo, ma è troppo indulgente nei confronti degli errori di un amico, — No”, mi ha risposto lui, “ha fatto ciò che doveva; lo farà di nuovo, ne sono sicuro. Non posso dirvi altro. Ma Saint-Preux è un ragazzo onesto; vi assicuro che non vi deluderà, ” Claire, è impossibile che Wolmar mi inganni. Un discorso così categorico mi ha fatto riflettere: ho capito che tutti i miei scrupoli derivavano soltanto da una falsa delicatezza. E che, se fossi meno vanitosa e più giusta, avrei riconosciuto in lady Bomston qualcuno davvero degno del suo rango.

Mais laissons un peu lady Bomston, et revenons à nous. Ne sens-tu point trop, en lisant cette lettre, que nos amis reviendront plus tôt qu’ils n’étaient attendus, et le coeur ne te dit-il rien ? Ne bat-il point à présent plus fort qu’à l’ordinaire, ce coeur trop tendre et trop semblable au mien ? Ne songe-t-il point au danger de vivre familièrement avec un objet chéri, de le voir tous les jours, de loger sous le même toit ? Et si mes erreurs ne m’ôtèrent point ton estime, mon exemple ne te fait-il rien craindre pour toi ? Combien dans nos jeunes ans la raison, l’amitié, l’honneur, t’inspirèrent pour moi de craintes que l’aveugle amour me fit mépriser ! C’est mon tour maintenant, ma douce amie ; et j’ai de plus, pour me faire écouter, la triste autorité de l’expérience. Écoute-moi donc tandis qu’il est temps, de peur qu’après avoir passé la moitié de ta vie à déplorer mes fautes, tu ne passes l’autre à déplorer les tiennes. Surtout ne te fie plus à cette gaieté folâtre qui garde celles qui n’ont rien à craindre et perd celles qui sont en danger. Claire ! Claire ! tu te moquais de l’amour une fois, mais c’est parce que tu ne le connaissais pas ; et pour n’en avoir pas senti les traits, tu te croyais au-dessus de ses atteintes. Il se venge et rit à son tour. Apprends à te défier de sa traîtresse joie, ou crains qu’elle ne te coûte un jour bien des pleurs. Chère amie, il est temps de te montrer à toi-même ; car jusqu’ici tu ne t’es pas bien vue : tu t’es trompée sur ton caractère, et tu n’as pas su t’estimer ce que tu valais. Tu t’es fiée aux discours de la Chaillot : sur ta vivacité badine elle te jugea peu sensible ; mais un coeur comme le tien était au-dessus de sa portée. La Chaillot n’était pas faite pour te connaître ; personne au monde ne t’a bien connue, excepté moi seule. Notre ami même a plutôt senti que vu tout ton prix. Je t’ai laissé ton erreur tant qu’elle a pu t’être utile ; à présent qu’elle te perdrait, il faut te l’ôter.

Tu es vive, et te crois peu sensible. Pauvre enfant, que tu t’abuses ! ta vivacité même prouve le contraire ! N’est-ce pas toujours sur des choses de sentiment qu’elle s’exerce ? N’est-ce pas de ton coeur que viennent les grâces de ton enjouement ? Tes railleries sont des signes d’intérêt plus touchants que les compliments d’un autre : tu caresses quand tu folâtres ; tu ris, mais ton rire pénètre l’âme ; tu ris, mais tu fais pleurer de tendresse, et je te vois presque toujours sérieuse avec les indifférents.

Si tu n’étais que ce que tu prétends être, dis-moi ce qui nous unirait si fort l’une à l’autre. Où serait entre nous le lien d’une amitié sans exemple ? Par quel prodige un tel attachement serait-il venu chercher par préférence un coeur si peu capable d’attachement ? Quoi ! celle qui n’a vécu que pour son amie ne sait pas aimer ! celle qui voulut quitter père, époux, parents, et son pays, pour la suivre, ne sait préférer l’amitié à rien ! Et qu’ai-je donc fait, moi qui porte un coeur sensible ? Cousine, je me suis laissé aimer ; et j’ai beaucoup fait, avec toute ma sensibilité, de te rendre une amitié qui valût la tienne.

Ces contradictions t’ont donné de ton caractère l’idée la plus bizarre qu’une folle comme toi pût jamais concevoir, c’est de te croire à la fois ardente amie et froide amante. Ne pouvant disconvenir du tendre attachement dont tu te sentais pénétrée, tu crus n’être capable que de celui-là. Hors ta Julie, tu ne pensais pas que rien pût t’émouvoir au monde : comme si les coeurs naturellement sensibles pouvaient ne l’être que pour un objet, et que, ne sachant aimer que moi, tu m’eusses pu bien aimer moi-même ! Tu demandais plaisamment si l’âme avait un sexe. Non, mon enfant, l’âme n’a point de sexe ; mais ses affections les distinguent, et tu commences trop à le sentir. Parce que le premier amant qui s’offrit ne t’avait pas émue, tu crus aussitôt ne pouvoir l’être ; parce que tu manquais d’amour pour ton soupirant, tu crus n’en pouvoir sentir pour personne. Quand il fut ton mari, tu l’aimas pourtant, et si fort que notre intimité même en souffrit ; cette âme si peu sensible sut trouver à l’amour un supplément encore assez tendre pour satisfaire un honnête homme.

Pauvre cousine, c’est à toi désormais de résoudre tes propres doutes ; et s’il est vrai

[202]Ch’un freddo amante è mal sicuro amico,[203]

j’ai grand-peur d’avoir maintenant une raison de trop pour compter sur toi. Mais il faut que j’achève de te dire là-dessus tout ce que je pense.

Je soupçonne que tu as aimé, sans le savoir, bien plus tôt que tu ne crois, ou du moins que le même penchant qui me perdit t’eût séduite si je ne t’avais prévenue. Conçois-tu qu’un sentiment si naturel et si doux puisse tarder si longtemps à naître ? Conçois-tu qu’à l’âge où nous étions on puisse impunément se familiariser avec un jeune homme aimable, ou qu’avec tant de conformité dans tous nos goûts celui-ci seul ne nous eût pas été commun ? Non, mon ange ; tu l’aurais aimé, j’en suis sûre, si je ne l’eusse aimé la première. Moins faible et non moins sensible, tu aurais été plus sage que moi sans être plus heureuse. Mais quel penchant eût pu vaincre dans ton âme honnête l’horreur de la trahison et de l’infidélité ? L’amitié te sauva des pièges de l’amour ; tu ne vis plus qu’un ami dans l’amant de ton amie, et tu rachetas ainsi ton coeur aux dépens du mien.

Ces conjectures ne sont pas même si conjectures que tu penses ; et, si je voulais rappeler des temps qu’il faut oublier, il me serait aisé de trouver dans l’intérêt que tu croyais ne prendre qu’à moi seule un intérêt non moins vif pour ce qui m’était cher. N’osant l’aimer, tu voulais que je l’aimasse : tu jugeas chacun de nous nécessaire au bonheur de l’autre ; et ce coeur, qui n’a point d’égal au monde, nous en chérit plus tendrement tous les deux. Sois sûre que, sans ta propre faiblesse, tu m’aurais été moins indulgente ; mais tu te serais reproché sous le nom de jalousie une juste sévérité. Tu ne te sentais pas en droit de combattre en moi le penchant qu’il eût fallu vaincre ; et, craignant d’être perfide plutôt que sage, en immolant ton bonheur au nôtre, tu crus avoir assez fait pour la vertu.

Ma Claire, voilà ton histoire ; voilà comment ta tyrannique amitié me force à te savoir gré de ma honte, et à te remercier de mes torts. Ne crois pas pourtant que je veuille t’imiter en cela ; je ne suis pas plus disposée à suivre ton exemple que toi le mien, et comme tu n’as pas à craindre mes fautes, je n’ai plus, grâce au ciel, tes raisons d’indulgence. Quel plus digne usage ai-je à faire de la vertu que tu m’as rendue, que de t’aider à la conserver ?

Il faut donc te dire encore mon avis sur ton état présent. La longue absence de notre maître n’a pas changé tes dispositions pour lui : ta liberté recouvrée et son retour ont produit une nouvelle époque dont l’amour a su profiter. Un nouveau sentiment n’est pas né dans ton coeur ; celui qui s’y cacha si longtemps n’a fait que se mettre plus à l’aise. Fière d’oser te l’avouer à toi-même, tu t’es pressée de me le dire. Cet aveu te semblait presque nécessaire pour le rendre tout à fait innocent ; en devenant un crime pour ton amie, il cessait d’en être un pour toi ; et peut-être ne t’es-tu livrée au mal que tu combattais depuis tant d’années, que pour mieux achever de m’en guérir.

J’ai senti tout cela, ma chère ; je me suis peu alarmée d’un penchant qui me servait de sauvegarde, et que tu n’avais point à te reprocher. Cet hiver que nous avons passé tous ensemble au sein de la paix et de l’amitié m’a donné plus de confiance encore, en voyant que, loin de rien perdre de ta gaieté, tu semblais l’avoir augmentée. Je t’ai vue tendre, empressée, attentive, mais franche dans tes caresses, naïve dans tes jeux, sans mystère, sans ruses en toutes choses ; et dans tes plus vives agaceries la joie de l’innocence réparait tout.

But let us put lady Bomston aside for a moment and return to ourselves. Don’t you feel, as you read this letter, that our friends will return sooner than expected? And doesn’t your heart tell you anything? Doesn’t it beat more rapidly than usual—this heart so tender and so much like mine? Doesn’t it think of the dangers of living too closely with someone dear, of seeing them every day, of sharing the same roof? And if my mistakes have not lost your respect for me, doesn’t my example make you fear for yourself? In our youth, reason, friendship, and honor inspired in you fears for me that the blind passion made me disregard. Now it’s my turn, my dear friend—and I even have the sad authority of experience to persuade you. Listen to me while there is still time, lest you spend half your life regretting my faults and the other half regretting your own. Above all, do not trust that foolish gaiety that keeps those who have nothing to fear, but causes those in danger to lose their senses. Claire! Claire! You once laughed at love—but only because you did not understand it; and because you felt its power not upon you, you thought yourself beyond its reach. But it takes its revenge and laughs in return. Learn to beware of its treacherous joy, or fear that one day it will cost you many tears. My dear friend, it is time for you to see yourself as you really are—for until now you have failed to understand your own character and have not appreciated what you truly are worth. You trusted the judgments of La Chaillot; because she saw your liveliness as frivolous, she thought you lacked sensitivity—but a heart like yours was beyond her understanding. La Chaillot was not meant to know you; no one in the world has truly understood you, except for me alone. Even our friend has only sensed, rather than seen, all your worth. I allowed you to persist in your mistake as long as it served a purpose; but now that it would harm you, it must be removed.

You are lively and yet think yourself little sensitive. Poor child, how you misjudge yourself! Your very liveliness proves the opposite! Isn’t it always in matters of sentiment that your liveliness manifests itself? Don’t the graces of your humor come from your heart? Your teasing are signs of an interest far more touching than the compliments of others: you show tenderness even when you are playing; you laugh, but your laughter penetrates the soul; you laugh, yet it brings tears of tenderness—and I almost always see you serious in the presence of those who are indifferent to you.

If you were merely what you claim to be, tell me then what it is that could bind us so tightly together. Where would the bond of an unparalleled friendship lie between us? By what miracle could such deep affection choose to attach itself to a heart so little capable of giving love in return? How is it possible that one who has lived solely for her friend does not know how to love! One who was willing to leave behind father, husband, parents, and her own country to follow her—how can she fail to place friendship above everything else? And what have I done, then, I who possess a sensitive heart? Cousin, I have allowed myself to be loved; and with all my sensitivity, I have done my utmost to return you a friendship that is worthy of yours.

These contradictions gave you the most bizarre notion of your own character that a madwoman like you could ever conceive—that is, to believe yourself both an ardent friend and a cold lover at the same time. Unable to deny the tender affection you felt, you believed yourself capable of no other kind. Apart from your Julie, you thought nothing in the world could move you: as if naturally sensitive hearts could be moved only by one particular object, and since you knew how to love only me, you therefore believed you must love me! You even joked about whether the soul had a gender. No, my child, the soul has no gender; but its affections distinguish it, and you are beginning to sense this too. Because the first lover who approached you did not move you, you immediately thought you could never be moved by anyone; because you lacked love for your suitor, you believed you could feel nothing for anyone at all. Yet when he became your husband, you loved him—so deeply that even our intimacy suffered as a result. That soul, which seemed so insensitive, found within love enough tenderness to satisfy an honest man.

Poor cousin, it is now up to you to resolve your own doubts; and if it is true.

[202]A cold lover is an uncertain friend;[203]

I’m very afraid that now I have too many reasons to rely on you. But I must finish telling you everything I think about this matter.

I suspect that you loved, without even knowing it, much earlier than you think—and that the same inclination which ruined me would have seduced you had I not warned you. Can you imagine that such a natural and gentle feeling could take so long to arise? Can you believe that at our age one could freely become familiar with an amiable young man, or that with so many similarities in our tastes, he alone would not have been common to us both? No, my angel; I am sure you would have loved him had I not loved him first. Less weak and yet just as sensitive, you would have been wiser than me—though perhaps not happier. But what inclination could ever overcome in your honest heart the horror of betrayal and infidelity? Friendship saved you from the pitfalls of love; you saw in your friend’s lover only a friend—and thus you redeemed your own heart at the expense of mine.

These conjectures are not even what you think they are; and if I were to wish to bring back to mind times that it would be better to forget, it would be easy for me to show that the interest you believed to be solely yours own held just as strong a hold on what was dear to me. Not daring to love him yourself, you wanted me to do so; you considered each of us indispensable to the happiness of the other; and this heart, which has no equal in the world, loves us both all the more tenderly because of it. Be certain that, were it not for your own weakness, you would have been less indulgent toward me; but you would have reproached yourself for what might have been just severity under the guise of jealousy. You did not feel entitled to fight against that inclination within me—which, after all, needed to be overcome; and, fearing to be unkind rather than wise, by sacrificing your own happiness for ours, you believed you had done enough for virtue.

My Claire, here is your story; this is how your tyrannical friendship forces me to be grateful for my own shame and to thank you for my mistakes. Yet do not think that I wish to follow your example in this regard; I am just as unwilling to imitate you as you are mine. And since you have no reason to fear my faults, I, thank heaven, no longer have any reasons for your indulgence. What more worthy use could I make of the virtue you have taught me than to help you preserve it?

Therefore, I must once again express my opinion about your current state. The long absence of our master has not changed your feelings toward him: your regained freedom and his return have ushered in a new era in which love has been able to flourish. No new emotion has arisen in your heart; rather, the one that had hidden there for so long has merely become more apparent. Proud to dare confess it to yourself, you were quick to tell me. To you, this confession seemed almost necessary in order to completely clear your conscience of any guilt; by becoming a crime for your friend, it ceased to be one for you. Perhaps you only succumbed to the evil you had fought against for so many years in order to truly overcome it entirely.

I felt all of this, my dear; I was not greatly alarmed by a tendency that served as my protection, and for which you had no reason to feel guilty. This winter that we spent together in peace and friendship gave me even more confidence, for I saw that far from losing any of your cheerfulness, it seemed to have increased. I saw you tender, eager, attentive, but honest in your affectionate gestures; naive in your playfulness, without any mystery or deceit in anything you did; and even in your most lively mischievousness, the joy of innocence made everything right.

Ma lasciamo un po’ da parte lady Bomston e torniamo a noi. Non senti forse, leggendo questa lettera, che i nostri amici torneranno prima del previsto. E il tuo cuore non ti dice nulla? Non batte forse più velocemente del solito questo cuore troppo tenero e così simile al mio? Non pensi forse al pericolo di vivere quotidianamente con una persona amata, di vederla ogni giorno, di condividere lo stesso tetto? E se i miei errori non ti hanno fatto perdere stima per me, il mio esempio non dovrebbe forse farti temere per te stessa? Quanto nelle nostre giovani anni la ragione, l’amicizia, l’onore ti spinsero a temermi, mentre un amore cieco mi fece disprezzare da te! Ora tocca a me, mia dolce amica. E ho anche, per farmi ascoltare, l’autorità triste dell’esperienza. Ascoltami dunque, finché è ancora tempo, prima che tu passi metà della tua vita a rimpiangere i miei errori e l’altra metà a rimpiangere i tuoi. Soprattutto, non fidarti più di quella gioia folle che protegge coloro che non hanno nulla da temere, ma che perde coloro che sono in pericolo. Claire. Claire! Una volta ti prendevi gioco dell’amore, ma era perché non lo conoscevi; e per non averne sentito le sue insidie, credevi di essere al di sopra delle sue possibilità. L’amore si vendica, e ride a sua volta. Impara a diffidare della sua gioia traditrice, o temi che un giorno ti costi molte lacrime. Cara amica, è ora che tu conosca davvero te stessa, perché finora non ti sei mai vista come sei veramente: hai frainteso il tuo carattere, non hai saputo apprezzare ciò che vali. Ti sei fidata delle parole della Chaillot, che, giudicando la tua vivacità scherzosa, pensava tu fossi poco sensibile, ma un cuore come il tuo era al di sopra della sua comprensione. La Chaillot non era fatta per conoscerti, nessuno al mondo ti ha mai conosciuta davvero, tranne me. Anche il nostro amico ha percepito più che visto tutto il tuo valore. Ti ho lasciata commettere errori finché potevano esserti utili, ma ora che potrebbero farti perdere ciò che hai, è tempo di liberartene.

Sei viva, eppure credi di non essere molto sensibile. Povera bambina, quanto ti inganni! Proprio la tua vivacità dimostra il contrario: non è forse sempre su questioni legate ai sentimenti che si manifesta? Non proviene forse dal tuo cuore tutta la grazia del tuo spirito allegro? Le tue battute scherzose sono segni di un interesse più profondo e commovente dei complimenti altrui. Quando scherzi, in realtà dimostri affetto; ridi, ma quella risata penetra nell’anima. Ridi, ma con essa susciti tenerezza. E ti vedo quasi sempre seria con coloro che non ti interessano.

Se tu fossi davvero ciò che pretendi di essere, dimmi cosa potrebbe legarci così strettamente l’una all’altra. Dove troveremmo il legame di un’amicizia senza pari? Con quale miracolo un tale affetto potrebbe scegliere, tra tutte le persone possibili, proprio un cuore così poco capace di amore? Ahimè, colei che ha vissuto soltanto per la sua amica non sa nemmeno come si ami! Colei che ha voluto lasciare padre, marito, parenti e il suo paese per seguirla, non sa come dare priorità all’amicizia su qualsiasi altra cosa. E io, allora, che porto nel cuore una sensibilità profonda, cosa ho fatto? Mi sono lasciato amare; e con tutta la mia sensibilità, ho cercato di rendere il mio affetto per te degno del tuo.

Queste contraddizioni ti hanno fatto concepire, riguardo al tuo carattere, l’idea più strana che una donna come te potesse mai avere: quella di crederti contemporaneamente amica appassionata e amante fredda. Non potendo negare il tenero affetto che provavi, pensasti di non essere capace di altro tipo di sentimento. Oltre a Julie, non credevi che nulla al mondo potesse commuoverti: come se i cuori naturalmente sensibili potessero essere interessati soltanto da un unico oggetto. E poiché sapevi amare solo me, pensasti di potermi amare davvero! Chiedevi scherzando se l’anima avesse un sesso. No, mia cara, l’anima non ha sesso; ma i suoi affetti la distinguono, e tu inizi già a percepirlo. Poiché il primo uomo che si offrì a te non ti aveva commosso, credesti subito di non poter essere commossa da nessun altro; poiché mancavi d’amore per il tuo corteggiatore, pensasti di non poterne provare per nessuno. Quando diventò tuo marito, lo amasti comunque, e con tale intensità che persino la nostra intimità ne risentì. Quell’anima, apparentemente così insensibile, riuscì a trovare nell’amore un sentimento abbastanza tenero da soddisfare un uomo onesto.

Povera cugina, ora spetta a te risolvere i tuoi dubbi. E se è vero.

Un amante freddo non è certo un buon amico.

Temo molto di avere ora un motivo troppo valido per potermi affidare a te. Ma devo assolutamente concludere di dirti tutto ciò che penso al riguardo.

Sospetto che tu abbia amato, senza saperlo, molto prima di quanto creda; o almeno che lo stesso sentimento che mi ha perduta ti avrebbe sedotta se non ti fossi anticipata con la mia confessione. Riesci a immaginare che un sentimento così naturale e dolce possa impiegare tanto tempo per nascere? Riesci a credere che, all’età in cui eravamo, si potesse familiarizzare impunemente con un giovane gentile, o che, con tanta somiglianza nei nostri gusti, proprio lui non fosse stato il nostro compagno naturale? No, mio angelo. Ne sono sicura: lo avresti amato anche tu, se non lo avessi amato prima io. Meno debole e altrettanto sensibile di me, saresti stata più saggia, ma forse meno felice. Ma quale sentimento avrebbe potuto vincere, nel tuo animo onesto, l’orrore della tradizione e dell’infedeltà? L’amicizia ti ha salvata dai pericoli dell’amore. Hai visto nell’amante della tua amica soltanto un amico, e così hai riscattato il tuo cuore a scapito del mio.

Queste congetture non sono nemmeno vere congetture, come tu credi; e se volessi ricordare tempi che è meglio dimenticare, mi sarebbe facile scoprire, nell’interesse che credevi fosse rivolto soltanto a me, un interesse altrettanto vivo per ciò che era caro a me. Non osando amarlo tu stessa, volevi che lo amassi io; ritenevi che ciascuno di noi fosse necessario al felicità dell’altro; e questo cuore, senza eguali al mondo, ci ama entrambi con ancora maggiore tenerezza. Sii certa che, senza la tua stessa debolezza, non saresti stata così indulgente con me; ma avresti rimproverato a te stessa, in nome della gelosia, una severità giustificata. Non ti sentivi autorizzata a combattere in me quel sentimento che avrebbe dovuto essere vinto; e, temendo di essere piuttosto infedele che saggia, immolando la tua felicità alla nostra, credesti di aver fatto abbastanza per la virtù.

Ma Claire, ecco la tua storia; ecco come la tua tirannica amicizia mi costringe ad essere grata per la mia vergogna e a ringraziarti dei miei errori. Tuttavia, non credere che io intenda imitarti in questo; non sono affatto disposta a seguire il tuo esempio, così come tu non segui il mio. E poiché tu non hai motivo di temere i miei sbagli, anch’io, grazie al cielo, non ho più le tue ragioni per essere indulgente con me. Qual uso più degno posso fare della virtù che mi hai insegnato, se non quello di aiutarti a mantenerla?

È quindi necessario che ti esprima ancora una volta il mio parere sul tuo stato attuale. La lunga assenza del nostro maestro non ha cambiato le tue sentimenti nei suoi confronti: la tua libertà riacquistata e il suo ritorno hanno segnato l’inizio di una nuova fase nella quale l’amore ha avuto modo di fiorire. Non è nato un nuovo sentimento nel tuo cuore; quello che vi era nascosto da tempo si è semplicemente rafforzato. Orgogliosa di osare ammetterlo con te stessa, ti sei affrettata a dirlo anche a me. Questa confessione ti sembrava quasi necessaria per rendere quel sentimento del tutto “innocente”: diventando un crimine per la tua amica, smetteva di esserlo per te; e forse solo rivelandolo completamente hai potuto liberarti definitivamente da quel male contro cui combattevi da tanti anni.

Ho sentito tutto questo, cara mia; non mi sono affatto allarmata per un atteggiamento che rappresentava per me una sorta di protezione e che tu non avevi alcun motivo di rimproverarti. Questo inverno trascorso insieme, nel clima di pace e amicizia, mi ha dato ancora più fiducia in te: vedendo che, lontano dall’aver perso la tua allegria, sembravi addirittura averla aumentata. Ti ho vista premurosa, attenta, sincera nei tuoi gesti affettuosi, ingenua nei tuoi giochi, senza misteri né stratagemmi in nulla; e anche nelle tue più vivaci scherzose, la gioia dell’innocenza compensava tutto.

Depuis notre entretien de l’Élysée je ne suis plus contente de toi. Je te trouve triste et rêveuse. Tu te plais seule autant qu’avec ton amie ; tu n’as pas changé de langage, mais d’accent ; tes plaisanteries sont plus timides ; tu n’oses plus parler de lui si souvent : on dirait que tu crains toujours qu’il ne t’écoute, et l’on voit à ton inquiétude que tu attends de ses nouvelles plutôt que tu n’en demandes.

Je tremble, bonne cousine, que tu ne sentes pas tout ton mal, et que le trait ne soit enfoncé plus avant que tu n’as paru le craindre. Crois-moi, sonde bien ton coeur malade ; dis-toi bien, je le répète, si, quelque sage qu’on puisse être, on peut sans risque demeurer longtemps avec ce qu’on aime, et si la confiance qui me perdit est tout à fait sans danger pour toi. Vous êtes libres tous deux, c’est précisément ce qui rend les occasions plus suspectes. Il n’y a point dans un coeur vertueux de faiblesse qui cède au remords, et je conviens avec toi qu’on est toujours assez forte contre le crime ; mais, hélas ! qui peut se garantir d’être faible ? Cependant regarde les suites, songe aux effets de la honte. Il faut s’honorer pour être honorée. Comment peut-on mériter le respect d’autrui sans en avoir pour soi-même, et où s’arrêtera dans la route du vice celle qui fait le premier pas sans effroi ? Voilà ce que je dirais à ces femmes du monde pour qui la morale et la religion ne sont rien, et qui n’ont de loi que l’opinion d’autrui. Mais toi, femme vertueuse et chrétienne, toi qui vois ton devoir et qui l’aimes, toi qui connais et suis d’autres règles que les jugements publics, ton premier honneur est celui que te rend ta conscience, et c’est celui-là qu’il s’agit de conserver.

Veux-tu savoir quel est ton tort en toute cette affaire ? C’est, je te le redis, de rougir d’un sentiment honnête que tu n’as qu’à déclarer pour le rendre innocent[204]. Mais avec toute ton humeur folâtre rien n’est si timide que toi. Tu plaisantes pour faire la brave, et je vois ton pauvre coeur tout tremblant ; tu fais avec l’amour, dont tu feins de rire, comme ces enfants qui chantent la nuit quand ils ont peur. O chère amie ! souviens-toi de l’avoir dit mille fois, c’est la fausse honte qui mène à la véritable, et la vertu ne sait rougir que de ce qui est mal. L’amour en lui-même est-il un crime ? N’est-il pas le plus pur ainsi que le plus doux penchant de la nature ? N’a-t-il pas une fin bonne et louable ? Ne dédaigne-t-il pas les âmes basses et rampantes ? N’anime-t-il pas les âmes grandes et fortes ? N’anoblit-il pas tous leurs sentiments ? Ne double-t-il pas leur être ? Ne les élève-t-il pas au-dessus d’elles-mêmes ? Ah ! si, pour être honnête et sage, il faut être inaccessible à ses traits, dis, que reste-t-il pour la vertu sur la terre ? Le rebut de la nature et les plus vils des mortels.

Qu’as-tu donc fait que tu puisses te reprocher ? N’as-tu pas fait choix d’un honnête homme ? N’est-il pas libre ? Ne l’es-tu pas ? Ne mérite-t-il pas toute ton estime ? N’as-tu pas toute la sienne ? Ne seras-tu pas trop heureuse de faire le bonheur d’un ami si digne de ce nom, de payer de ton coeur et de ta personne les anciennes dettes de ton amie, et d’honorer en l’élevant à toi le mérite outragé par la fortune ?

Je vois les petits scrupules qui t’arrêtent : démentir une résolution prise et déclarée, donner un successeur au défunt, montrer sa faiblesse au public, épouser un aventurier, car les âmes basses, toujours prodigues de titres flétrissants, sauront bien trouver celui-ci ; voilà donc les raisons sur lesquelles tu aimes mieux te reprocher ton penchant que le justifier, et couver tes feux au fond de ton coeur que les rendre légitimes ! Mais, je te prie, la honte est-elle d’épouser celui qu’on aime, ou de l’aimer sans l’épouser ? Voilà le choix qui te reste à faire. L’honneur que tu dois au défunt est de respecter assez sa veuve pour lui donner un mari plutôt qu’un amant ; et si ta jeunesse te force à remplir sa place, n’est-ce pas rendre encore hommage à sa mémoire de choisir un homme qui lui fut cher ?

Quant à l’inégalité, je croirais t’offenser de combattre une objection si frivole, lorsqu’il s’agit de sagesse et de bonnes moeurs. Je ne connais d’inégalité déshonorante que celle qui vient du caractère ou de l’éducation. À quelque état que parvienne un homme imbu de maximes basses, il est toujours honteux de s’allier à lui ; mais un homme élevé dans des sentiments d’honneur est l’égal de tout le monde ; il n’y a point de rang où il ne soit à sa place. Tu sais quel était l’avis de ton père même, quand il fut question de moi pour notre ami. Sa famille est honnête quoique obscure ; il jouit de l’estime publique, il la mérite. Avec cela, fût-il le dernier des hommes, encore ne faudrait-il pas balancer ; car il vaut mieux déroger à la noblesse qu’à la vertu, et la femme d’un charbonnier est plus respectable que la maîtresse d’un prince[205].

J’entrevois bien encore une autre espèce d’embarras dans la nécessité de te déclarer la première ; car, comme tu dois le sentir, pour qu’il ose aspirer à toi, il faut que tu le lui permettes ; et c’est un des justes retours de l’inégalité, qu’elle coûte souvent au plus élevé des avances mortifiantes. Quant à cette difficulté, je te la pardonne, et j’avoue même qu’elle me paraîtrait fort grave si je ne prenais soin de la lever. J’espère que tu comptes assez sur ton amie pour croire que ce sera sans te compromettre : de mon côté, je compte assez sur le succès pour m’en charger avec confiance ; car, quoi que vous m’ayez dit autrefois tous deux sur la difficulté de transformer une amie en maîtresse, si je connais bien un coeur dans lequel j’ai trop appris à lire, je ne crois pas qu’en cette occasion l’entreprise exige une grande habileté de ma part. Je te propose donc de me laisser charger de cette négociation afin que tu puisses te livrer au plaisir que te fera son retour, sans mystère, sans regret, sans danger, sans honte. Ah ! cousine, quel charme pour moi de réunir à jamais deux coeurs si bien faits l’un pour l’autre, et qui se confondent depuis si longtemps dans le mien ! Qu’ils s’y confondent mieux encore s’il est possible ; ne soyez plus qu’un pour vous et pour moi. Oui, ma Claire, tu serviras encore ton amie en couronnant ton amour ; et j’en serai plus sûre de mes propres sentiments, quand je ne pourrai plus les distinguer entre vous.

Que si, malgré mes raisons, ce projet ne te convient pas, mon avis est qu’à quelque prix que ce soit nous écartions de nous cet homme dangereux, toujours redoutable à l’une ou à l’autre ; car, quoi qu’il arrive, l’éducation de nos enfants nous importe encore moins que la vertu de leurs mères. Je te laisse le temps de réfléchir sur tout ceci durant ton voyage : nous en parlerons après ton retour.

Je prends le parti de t’envoyer cette lettre en droiture à Genève, parce que tu n’as dû coucher qu’une nuit à Lausanne, et qu’elle ne t’y trouverait plus. Apporte-moi bien des détails de la petite république. Sur tout le bien qu’on dit de cette ville charmante, je t’estimerais heureuse de l’aller voir, si je pouvais faire cas des plaisirs qu’on achète aux dépens de ses amis. Je n’ai jamais aimé le luxe, et je le hais maintenant de t’avoir ôtée à moi pour je ne sais combien d’années. Mon enfant, nous n’allâmes ni l’une ni l’autre faire nos emplettes de noce à Genève ; mais, quelque mérite que puisse avoir ton frère, je doute que ta belle-soeur soit plus heureuse avec sa dentelle de Flandre et ses étoffes des Indes que nous dans notre simplicité. Je te charge pourtant, malgré ma rancune, de l’engager à venir faire la noce à Clarens. Mon père écrit au tien, et mon mari à la mère de l’épouse, pour les en prier. Voilà les lettres, donne-les et soutiens l’invitation de ton crédit renaissant : c’est tout ce que je puis faire pour que la fête ne se fasse pas sans moi ; car je te déclare qu’à quelque prix que ce soit je ne veux pas quitter ma famille. Adieu, cousine : un mot de tes nouvelles, et que je sache au moins quand je dois t’attendre. Voici le deuxième jour depuis ton départ, et je ne sais plus vivre si longtemps sans toi.

Since our conversation at the Élysée, I am no longer satisfied with you. You seem sad and dreamy. You enjoy being alone just as much as you do with your friend; you haven’t changed your language, but your accent has; your jokes are more cautious now; you no longer talk about him so often. It’s as if you’re still afraid that he might be listening, and your anxiety shows that you’re waiting for news from him rather than actively seeking it.

I tremble, dear cousin, that you may not feel all the pain you are suffering, and that the harm done may be even greater than you imagined it would be. Believe me, examine your sickened heart carefully; ask yourself again and again—if, no matter how wise one is, it is truly possible to remain in the company of what one loves without danger, and if the trust that lost me was truly harmless for you. You are both free now, but precisely this makes such situations all the more suspicious. In a virtuous heart, there is no weakness that would yield to remorse; I agree with you that one is always strong enough to resist sin. But alas, who can guarantee their own strength? Yet consider the consequences, think about the effects of shame. One must honor oneself in order to be honored by others. How can one deserve respect from others if one does not respect oneself? And where on the path of vice will that person stop who takes the first step without fear? These are the things I would say to those women in the world for whom morality and religion mean nothing, and who follow only the opinions of others. But you, a virtuous and Christian woman, you who see your duties clearly and love them, you who know and follow rules different from those imposed by public opinion—your greatest honor comes from what your conscience tells you, and it is that honor that must be preserved at all costs.

Do you want to know what your fault is in all this matter? It is, I repeat, that you feel ashamed of an honest emotion which you should simply confess in order to set it free from any guilt[204]. But with your frivolous and playful nature, nothing is more timid than you. You joke in order to appear brave, but I can see how your poor heart trembles inside; you handle love in the same way that those children sing at night when they are afraid. Oh dear friend! Remember that I have said it a thousand times: it is false shame that leads to true shame, and virtue can only feel ashamed of what is wrong. Is love itself a crime? Isn’t it the purest and gentlest inclination of nature? Doesn’t it have a good and honorable purpose? Doesn’t it despise lowly and base souls? Doesn’t it inspire great and strong hearts? Doesn’t it elevate all their feelings? Doesn’t it enhance their very being? Ah! If, in order to be honest and wise, one must remain indifferent to the allure of love, then what is left for virtue in this world? Nothing but the dregs of nature and the vilest among mortals.

What have you done that you could reproach yourself for? Didn’t you choose a decent man? Isn’t he free? Aren’t you free too? Doesn’t he deserve all your respect? Don’t you have all of his respect? Won’t you be overjoyed to bring happiness to such a worthy friend, to use your heart and yourself to repay your friend’s past debts, and to honor her by elevating him to your level, thus redressing the injustice inflicted upon him by fate?

I see the minor scruples that hold you back: denying a resolution that has been made and publicly declared, appointing a successor to the deceased, exposing one’s weakness before the public, or marrying an adventurer—for those of low character, always ready to hurl derogatory labels, will surely find such a man. These are the reasons why you prefer to reproach yourself for your inclination rather than justify it, and choose to conceal your feelings rather than make them legitimate! But please, is it truly shameful to marry someone one loves, or to love someone without marrying them? That is the choice before you. The honor you owe to the deceased is to respect his widow enough to give her a husband, not just a lover; and if your youth forces you to take his place, isn’t choosing a man who was dear to him also a way of honoring his memory?

As for inequality, I would consider it an offense to address such a frivolous objection when it comes to matters of wisdom and good morals. The only kind of inequality that is truly disgraceful arises from one’s character or upbringing. No matter what station in life a person filled with base principles may attain, it is always shameful to associate oneself with them; whereas a man raised with noble sentiments is equal to anyone else—there is no rank where he would not be in his proper place. You know what even your father thought of me when it came to our friend’s family. His family is honest, though humble; he enjoys the respect of the public, and he deserves it. Even if he were the lowest-ranking individual, one should still not hesitate to associate with him—for it is better to descend from nobility than to abandon virtue. After all, the wife of a coal miner is more respectable than the mistress of a prince[205].

I can well see that there is another kind of difficulty in the necessity of being the first to declare my feelings to you; for, as you must realize, for him to dare to aspire to you, it is essential that you allow him to do so. And this is one of the just consequences of inequality—often, it forces those in a higher position to make humiliating concessions. As for this difficulty, I forgive you for it, and even admit that it would seem very serious to me if I did not take care to overcome it. I hope you trust your friend enough to believe that this will be done without compromising you in any way; as for me, I am confident in the success of our plan and will undertake it with ease. For, no matter what you both told me in the past about the difficulty of turning a friend into a lover, since I know so well how to read someone’s heart, I do not believe that this task requires much skill on my part. Therefore, I propose that you allow me to handle this matter, so that you can enjoy the happiness of having your feelings reciprocated without any mystery, regret, danger, or shame. Ah! Cousin, what a delightful thought—it would be for me to unite forever two hearts that are so perfectly suited for each other and have already been intertwined in mine for so long! May they become even more inseparable; may you both be one for me and me for you. Yes, my Claire, you will once again serve your friend by crowning your love with success; and I will feel even more certain of my own feelings when I can no longer distinguish them from yours.

Even if, for all my reasons, this plan does not suit you, I believe that at any cost we must get rid of this dangerous man, who remains always a threat to us both; because, whatever happens, the education of our children is far less important to us than the virtue of their mothers. I give you time to think about all this during your journey; we will discuss it again after your return.

I choose to send this letter directly to Geneva, because you must have only spent one night in Lausanne, and by then it will no longer be there. Please bring me many details about that little republic. Despite all the good things people say about that charming city, I would consider it fortunate for you to go and see it—if only I could disregard the pleasures that are bought at the expense of one’s friends. I have never liked luxury, and now I hate it even more for having taken you away from me for who knows how many years. My child, neither of us went to Geneva to buy our wedding supplies; but no matter what merits your brother may have, I doubt that your sister-in-law is any happier with her Flemish lace and Indian fabrics than we are with our simplicity. Nevertheless, despite my resentment, I ask you to persuade her to come and celebrate the wedding with us in Clarens. My father is writing to yours, and my husband is writing to the bride’s mother to request this of them. Here are the letters; give them away and support this invitation with all your influence. That is all I can do to ensure that the celebration takes place without me—because I declare to you that at any cost, I refuse to leave my family. Adieu, cousin: please let me know how you are doing, and at least tell me when I can expect to see you again. It has been two days since you left, and I cannot bear to live another moment without you.

Dall’incontro all’Eliseo non sono più soddisfatta di te. Ti trovo triste e pensierosa. Ti diverti altrettanto da sola quanto con la tua amica; il tuo modo di parlare è lo stesso, ma l’accento è cambiato; le tue battute sono più timide; non osi più parlare di lui così spesso. Sembra che tu abbia sempre paura che ti ascolti, e si nota dalla tua inquietudine che aspetti sue notizie piuttosto che chiederle.

Tremo, cara cugina, che tu non percepisca tutta la tua sofferenza, e che quella ferita non venga inflitta più profondamente di quanto tu avessi temuto. Credimi: esamina attentamente il tuo malato cuore; chiediti bene, te lo ripeto, se, per quanto saggio si possa essere, sia possibile rimanere a lungo con ciò che si ama senza rischi. E se la fiducia che mi ha fatto perdere te fosse davvero priva di pericoli per te. Voi due siete liberi, ed è proprio questo che rende le circostanze ancora più sospette. In un cuore virtuoso non esistono debolezze che cedano al rimorso. E concordo con te: si è sempre abbastanza forti per resistere al crimine. Ma, ahimè, chi può garantirsi di non essere debole? Tuttavia, considera le conseguenze, pensa agli effetti della vergogna. Bisogna onorarsi per essere onorate. Come si può meritare il rispetto degli altri senza averlo prima per se stessi. E dove si fermerà sulla strada del vizio chi compie il primo passo senza paura? Questo è ciò che direi a quelle donne del mondo per le quali la morale e la religione non significano nulla, e che hanno come unica legge l’opinione altrui. Ma tu, donna virtuosa e cristiana, tu che vedi il tuo dovere e lo ami, tu che conosci e segui regole diverse da quelle dei giudizi altrui, il tuo primo onore è quello che ti conferisce la tua coscienza, ed è proprio questo onore che bisogna preservare.

Vuoi sapere qual è il tuo errore in tutta questa faccenda? È, te lo ripeto, arrossire per un sentimento onesto che dovresti semplicemente dichiarare per renderlo innocente[204]. Ma con tutta la tua natura scherzosa, nulla è più timido di te: scherzi per fare la coraggiosa, ma vedo il tuo povero cuore tremare. Con l’amore, di cui fai finta di ridere, ti comporti come quei bambini che cantano di notte quando hanno paura. Oh cara amica! Ricorda: te l’ho detto mille volte. È la falsa vergogna che conduce alla vera; la virtù sa arrossire soltanto di ciò che è male. L’amore, in sé, è forse un crimine? Non è forse il più puro e dolce sentimento della natura? Non ha forse uno scopo nobile e lodevole? Non disprezza le anime vili e meschine. Anima invece quelle grandi e forti. Non nobilita tutti i loro sentimenti. Non raddoppia la loro essenza. Non li eleva al di sopra di loro stessi? Ah! Se per essere onesti e saggi bisogna essere insensibili ai suoi effetti, dimmi, allora che cosa rimane della virtù su questa terra? Solo gli scarti della natura e i più vili tra gli esseri umani.

Che cosa hai fatto dunque per poterti rimproverare? Non hai forse scelto un uomo onesto? Non è libero? Lo sei tu? Non merita forse tutta la tua stima? Non ne hai forse anche tu tutta la sua? Non sarai troppo felice di rendere felice un amico così degno di questo nome, di ripagare con il tuo cuore e la tua persona i vecchi debiti della tua amica, e di onorarne il merito offeso dalla fortuna elevandolo al tuo livello?

Vedo quei piccoli scrupoli che ti trattengono: negare una decisione presa e dichiarata apertamente, designare un successore al defunto, mostrare la sua debolezza al pubblico, sposare un avventuriero. Poiché le anime vili, sempre pronte a inventare titoli offensivi, sicuramente troveranno il modo di farlo. Ecco quindi le ragioni per cui preferisci rimproverarti il tuo desiderio piuttosto che giustificarlo, e nascondere i tuoi sentimenti nel profondo del cuore invece di renderli legittimi. Ma dimmi: è forse vergognoso sposare colui che si ama, o amarlo senza sposarlo? Questo è il dilemma che ti resta da affrontare. L’onore che devi al defunto consiste nel rispettare abbastanza sua moglie da darle un marito, non un amante. E se la tua giovinezza ti costringe a prendere il suo posto, non è forse anche questo un modo per onorarne la memoria, scegliendo un uomo che le fu caro?

Per quanto riguarda l’ineguaglianza, crederei di offenderti se combattessi un’obiezione così frivola, quando si tratta di saggezza e buone maniere. Conosco un’unica ineguaglianza disonorevole: quella che deriva dal carattere o dall’educazione. Qualunque sia lo stato a cui arrivi un uomo pervaso da principi bassi, è sempre vergognoso associarsi a lui; ma un uomo educato nei sentimenti dell’onore è uguale a tutti; non esiste alcun rango in cui non si trovi al proprio posto. Sai quale fosse l’opinione di tuo padre stesso quando si parlò di me per il nostro amico. La sua famiglia è onesta, anche se modesta; gode dell’ammirazione pubblica e la merita davvero. Eppure, anche se fosse l’ultimo degli uomini, non ci sarebbe motivo di esitare: perché è meglio derogare dalla nobiltà che dalla virtù. E la moglie di un carbonaio è più rispettabile della amante di un principe[205].

Riconosco chiaramente un’altra sorta di imbarazzo nella necessità di dichiararti per la prima volta i miei sentimenti; infatti, come devi capire, affinché lui osi aspirare a te, è necessario che tu glielo permetta. E questo rappresenta uno dei giusti effetti dell’ineguaglianza: spesso essa costringe il più nobile tra gli esseri ad avanzare richieste umilianti. Per quanto riguarda questa difficoltà, te la perdono. Anzi, ammetto che mi sembrerebbe davvero grave se non mi impegnassi a risolverla. Spero che tu abbia sufficiente fiducia nella tua amica da credere che tutto ciò avverrà senza comprometterti; per quanto mi riguarda, ho piena fiducia nel successo. Perché, qualunque cosa voi due mi abbiate detto in passato sulla difficoltà di trasformare un’amicizia in amore vero, se conosco bene quel cuore nel quale ho imparato a leggere così profondamente i sentimenti altrui, non credo che in questa occasione l’impresa richieda una grande abilità da parte mia. Quindi ti propongo di lasciare che sia io ad occuparmi di questa “negoziazione”, affinché tu possa goderti senza segreti, senza rimpianti, senza pericoli e senza vergogna il ritorno di colui che ami. Ah, cugina. Che incanto sarebbe per me unire per sempre due cuori così perfettamente fatti l’uno per l’altro, che da tanto tempo si confondono nel mio! Che si confondano ancora di più, se possibile. Diventate una sola persona, tu e io. Sì, mia Claire. Servirai ancora la tua amica coronando il tuo amore. E sarò ancora più sicura dei miei sentimenti, quando non potrò più distinguerli da quelli tuoi.

Anche se, nonostante le mie ragioni, questo progetto non ti conviene, io ritengo che, a qualunque costo sia, dobbiamo allontanarci da quest’uomo pericoloso, sempre temibile in un modo o nell’altro; perché, qualunque cosa accada, l’educazione dei nostri figli ci interessa ancora meno della virtù delle loro madri. Ti lascio il tempo di riflettere su tutto questo durante il tuo viaggio: ne parleremo al tuo ritorno.

Decido di inviarti questa lettera direttamente a Ginevra, poiché devi aver trascorso soltanto una notte a Losanna e probabilmente non ci sarà più. Portami molti dettagli su quella piccola repubblica. Nonostante tutte le lodi che si fanno di questa incantevole città, ti considererei fortunata ad andarla a vedere, se solo potessi dare importanza ai piaceri che si acquistano a scapito degli amici. Io non ho mai amato il lusso. E ora lo odio ancora di più per avermi separata da te per chissà quanti anni. Mia cara, nessuna delle due andrà a fare gli acquisti nuziali a Ginevra; ma, per quanto meritevole possa essere tuo fratello, dubito che tua cognata sia più felice con la sua seta fiamminga e i suoi tessuti provenienti dalle Indie rispetto a noi nella nostra semplicità. Comunque, nonostante il mio rancore, ti incarico di convincerla ad venire a festeggiare il matrimonio a Clarens. Mio padre scrive a tuo padre, e mio marito alla madre della sposa per chiedere loro questo favore. Ecco le lettere: dalele e fai sì che l’invito venga accettato. Questo è tutto ciò che posso fare affinché la festa non si svolga senza di me. Perché ti dichiaro con fermezza che, a qualunque costo, non voglio lasciare la mia famiglia. Addio, cugina. Scrivimi per dirmi come stai. E dimmi almeno quando posso aspettarti. Sono già passati due giorni dal tuo partire. Non so più come vivere senza di te.

P. S. — Tandis que j’achevais cette lettre interrompue, Mlle Henriette se donnait les airs d’écrire aussi de son côté. Comme je veux que les enfants disent toujours ce qu’ils pensent et non ce qu’on leur fait dire, j’ai laissé la petite curieuse écrire tout ce qu’elle a voulu sans y changer un seul mot. Troisième lettre ajoutée à la mienne. Je me doute bien que ce n’est pas encore celle que tu cherchais du coin de l’oeil en furetant ce paquet. Pour celle-là, dispense-toi de l’y chercher plus longtemps, car tu ne la trouveras pas. Elle est adressée à Clarens ; c’est à Clarens qu’elle doit être lue : arrange-toi là-dessus.

Lettre I – De Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

Avant de partir de Lausanne il faut t’écrire un petit mot pour t’apprendre que j’y suis arrivée, non pas pourtant aussi joyeuse que j’espérais. Je me faisais une fête de ce petit voyage qui t’a toi-même si souvent tentée ; mais en refusant d’en être tu me l’as rendu presque importun ; car quelle ressource y trouverai-je ? S’il est ennuyeux, j’aurai l’ennui pour mon compte ; et s’il est agréable, j’aurai le regret de m’amuser sans toi. Si je n’ai rien à dire contre tes raisons, crois-tu pour cela que je m’en contente ? Ma foi, cousine, tu te trompes bien fort, et c’est encore ce qui me fâche de n’être pas même en droit de me fâcher. Dis, mauvaise, n’as-tu pas honte d’avoir toujours raison avec ton amie, et de résister à ce qui lui fait plaisir, sans lui laisser même celui de gronder ? Quand tu aurais planté là pour huit jours ton mari, ton ménage, et tes marmots, ne dirait-on pas que tout eût été perdu ? Tu aurais fait une étourderie, il est vrai, mais tu en vaudrais cent fois mieux ; au lieu qu’en te mêlant d’être parfaite, tu ne seras plus bonne à rien, et tu n’auras qu’à te chercher des amis parmi les anges.

Malgré les mécontentements passés, je n’ai pu sans attendrissement me retrouver au milieu de ma famille : j’y ai été reçue avec plaisir, ou du moins avec beaucoup de caresses. J’attends pour te parler de mon frère que j’aie fait connaissance avec lui. Avec une assez belle figure, il a l’air empesé du pays où il vient. Il est sérieux et froid ; je lui trouve même un peu de morgue : j’ai grand-peur pour la petite personne qu’au lieu d’être un aussi bon mari que les nôtres, il ne tranche un peu du seigneur et maître.

Mon père a été si charmé de me voir, qu’il a quitté pour m’embrasser la relation d’une grande bataille que les Français viennent de gagner en Flandre, comme pour vérifier la prédiction de l’ami de notre ami. Quel bonheur qu’il n’ait pas été là ! Imagines-tu le brave Édouard voyant fuir les Anglais, et fuyant lui-même ? Jamais, jamais !… Il se fût fait tuer cent fois.

Mais à propos de nos amis, il y a longtemps qu’ils ne nous ont écrit. N’était-ce pas hier, je crois, jour de courrier ? Si tu reçois de leurs lettres, j’espère que tu n’oublieras pas l’intérêt que j’y prends.

Adieu, cousine ; il faut partir. J’attends de tes nouvelles à Genève, où nous comptons arriver demain pour dîner. Au reste je t’avertis que de manière ou d’autre la noce ne se fera pas sans toi, et que, si tu ne veux pas venir à Lausanne, moi je viens avec tout mon monde mettre Clarens au pillage, et boire les vins de tout l’univers.

Lettre II – De Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

À merveille, soeur prêcheuse ! mais tu comptes un peu trop, ce me semble, sur l’effet salutaire de tes sermons. Sans juger s’ils endormaient beaucoup autrefois ton ami, je t’avertis qu’ils n’endorment point aujourd’hui ton amie ; et celui que j’ai reçu hier au soir, loin de m’exciter au sommeil, me l’a ôté durant la nuit entière. Gare la paraphrase de mon Argus, s’il voit cette lettre ! mais j’y mettrai bon ordre, et je te jure que tu te brûleras les doigts plutôt que de la lui montrer.

Si j’allais te récapituler point par point, j’empiéterais sur tes droits ; il vaut mieux suivre ma tête ; et puis, pour avoir l’air plus modeste et ne pas te donner trop beau jeu, je ne veux pas d’abord parler de nos voyageurs et du courrier d’Italie. Le pis-aller, si cela m’arrive, sera de récrire ma lettre, et de mettre le commencement à la fin. Parlons de la prétendue lady Bomston.

Je m’indigne à ce seul titre. Je ne pardonnerais pas plus à Saint-Preux de le laisser prendre à cette fille, qu’à Édouard de le lui donner, et à toi de le reconnaître. Julie de Wolmar recevoir Lauretta Pisana dans sa maison ! la souffrir auprès d’elle ! eh ! mon enfant, y penses-tu ? Quelle douceur cruelle est-ce là ? Ne sais-tu pas que l’air qui t’entoure est mortel à l’infamie ? La pauvre malheureuse oserait-elle mêler son haleine à la tienne, oserait-elle respirer près de toi ? Elle y serait plus mal à son aise qu’un possédé touché par des reliques ; ton seul regard la ferait rentrer en terre ; ton ombre seule la tuerait.

Je ne méprise point Laure, à Dieu ne plaise ! Au contraire, je l’admire et la respecte d’autant plus qu’un pareil retour est héroïque et rare. En est-ce assez pour autoriser les comparaisons basses avec lesquelles tu t’oses profaner toi-même ? Comme si, dans ses plus grandes faiblesses, le véritable amour ne gardait pas la personne, et ne rendait pas l’honneur plus jaloux ! Mais je t’entends, et je t’excuse. Les objets éloignés et bas se confondent maintenant à ta vue ; dans ta sublime élévation, tu regardes la terre et n’en vois plus les inégalités. Ta dévote humilité sait mettre à profit jusqu’à ta vertu.

Eh bien ! que sert tout cela ? Les sentiments naturels en reviennent-ils moins ? L’amour-propre en fait-il moins son jeu ? Malgré toi tu sens ta répugnance ; tu la taxes d’orgueil, tu la voudrais combattre, tu l’imputes à l’opinion. Bonne fille ! et depuis quand l’opprobre du vice n’est-il que dans l’opinion ? Quelle société conçois-tu possible avec une femme devant qui l’on ne saurait nommer la chasteté, l’honnêteté, la vertu, sans lui faire verser des larmes de honte, sans ranimer ses douleurs, sans insulter presque à son repentir ? Crois-moi, mon ange, il faut respecter Laure, et ne la point voir. La fuir est un égard que lui doivent d’honnêtes femmes ; elle aurait trop à souffrir avec nous.

Écoute. Ton coeur te dit que ce mariage ne se doit point faire ; n’est-ce pas te dire qu’il ne se fera point ?… Notre ami, dis-tu, n’en parle pas dans sa lettre… dans la lettre que tu dis qu’il m’écrit ?… et tu dis que cette lettre est fort longue ?… Et puis vient le discours de ton mari !… Il est mystérieux, ton mari !… Vous êtes un couple de fripons qui me jouez d’intelligence, mais… Son sentiment au reste n’était pas ici fort nécessaire… surtout pour toi qui as vu la lettre… ni pour moi qui ne l’ai pas vue… car je suis plus sûre de ton ami, du mien, que de toute la philosophie.

Ah çà ! ne voilà-t-il pas déjà cet importun qui revient on ne sait comment ! Ma foi, de peur qu’il ne revienne encore, puisque je suis sur son chapitre, il faut que je l’épuise, afin de n’en pas faire à deux fois.

N’allons point nous perdre dans le pays des chimères. Si tu n’avais pas été Julie, si ton ami n’eût pas été ton amant, j’ignore ce qu’il eût été pour moi ; je ne sais ce que j’aurais été moi-même. Tout ce que je sais bien, c’est que, si sa mauvaise étoile me l’eût adressé d’abord, c’était fait de sa pauvre tête ; et, que je sois folle ou non, je l’aurais infailliblement rendu fou. Mais qu’importe ce que je pouvais être ? Parlons de ce que je suis. La première chose que j’ai faite a été de t’aimer. Dès nos premiers ans mon coeur s’absorba dans le tien. Toute tendre et sensible que j’eusse été, je ne sus plus aimer ni sentir par moi-même. Tous mes sentiments me vinrent de toi ; toi seule me tins lieu de tout, et je ne vécus que pour être ton amie. Voilà ce que vit la Chaillot ; voilà sur quoi elle me jugea. Réponds, cousine, se trompa-t-elle ?

P.S. — While I was finishing this interrupted letter, Mademoiselle Henriette pretended to be writing on her own as well. Since I want the children to always say what they think, and not what others tell them to say, I let this curious little girl write whatever she wanted without changing a single word. The third letter added to mine. I doubt it’s the one you were secretly searching for while looking through this package. As for that one, don’t bother looking for it any longer—because you won’t find it. It’s addressed to Clarens; it’s meant to be read by Clarens alone. Make sure it gets to her.

Letter I – From Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

Before leaving Lausanne, I must write you a little note to let you know that I have arrived there—though not quite as happily as I had hoped. I was looking forward to this little trip, which you yourself had often suggested to me; but by refusing to join me, you made it almost unbearable for me. What could I possibly find in it? If it proved boring, I would suffer alone; if it was enjoyable, I would regret having fun without you. Just because I have no objection to your reasons, do you think that means I accept them? My dear cousin, you are greatly mistaken—and that’s precisely what bothers me the most: the fact that I don’t even have the right to be upset. Come on, aren’t you ashamed of always being right with your friend, and of preventing her from enjoying things just because it pleases her, without even giving her the satisfaction of complaining? If you had left your husband, your household, and your children behind for eight days, wouldn’t everyone think that everything was ruined? True, you would have been acting foolishly—but you would be worth a hundred times more than now. By trying to be perfect, you are becoming good for nothing; all you’ll achieve is having to look for friends among angels.

Despite past grievances, I couldn’t help but feel tender and happy being among my family again; they welcomed me with pleasure—or at least, with plenty of affectionate gestures. I’ll wait until I get to know my brother before talking about him. He has a rather good-looking face, but he seems somewhat stiff in his manners, typical of the region where he comes from. He’s serious and cold; in fact, I even find him a bit haughty. I’m really worried that, instead of being a good husband like ours, he might end up behaving more like a lord or master.

My father was so delighted to see me that he abandoned a major battle that the French had just won in Flanders just to come and embrace me, as if to verify the prediction of our friend’s friend. What luck it was that he wasn’t there! Can you imagine the brave Edward seeing the English forces flee—and then himself having to flee as well? Never in a hundred years would he have done such a thing. He would have volunteered to be killed a hundred times over.

But as for our friends, it’s been a long time since they last wrote to us. Wasn’t it yesterday, I think, the day for mail? If you receive any letters from them, I hope you won’t forget how much interest I have in them.

Goodbye, cousin; it’s time to leave. I look forward to hearing from you in Geneva, where we are expected to arrive tomorrow for dinner. Incidentally, let me remind you that the wedding will not take place without you. If you don’t want to come to Lausanne, then I will come with everyone else to plunder Clarens and drink all the wines in the world.

Letter II – From Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

Excellent, dear sister preacher! But I think you place too much trust in the healing effect of your sermons. Without judging whether they used to help your friend fall asleep, I must tell you that they certainly don’t do so now; indeed, the one I received last night not only failed to help me sleep but also kept me awake throughout the night. Beware, if my “Argus” sees this letter! But I will put things in order—and I swear you’ll burn your fingers rather than show it to him.

If I were to summarize it point by point for you, I would be infringing upon your rights; it’s better to follow my own judgment. Moreover, in order to appear more modest and not give you too much advantage, I don’t want to talk about our travelers or the letters from Italy right away. The worst that could happen is that I would have to rewrite my letter and put the beginning at the end. Let’s talk about this so-called lady Bomston.

I am outraged simply on this account. I would not forgive Saint-Preux for allowing him to take her, nor would I forgive Édouard for giving her to him, nor you for accepting it. For Julie de Wolmar to receive Lauretta Pisana in her home! To tolerate her presence beside herself! Oh, my child, do you even consider what that means? What a cruel form of kindness this is. Don’t you realize that the very air around you is deadly to such infamy? Would that poor, unfortunate woman dare to mix her breath with yours, dare to breathe in your presence? She would feel more uneasy there than a possessed person touched by sacred relics; merely your gaze would send her back to earth, and your shadow alone could kill her.

By no means do I despise Laure, God forbid! On the contrary, I admire and respect her all the more, for such a return is truly heroic and rare. Is that not enough to justify those base comparisons you dare to use to defile yourself? As if, even in its greatest weaknesses, true love could not preserve the dignity of the person it embraces, nor make honor even more jealous! But I hear you, and I forgive you. To your eyes, distant and lowly things now seem indistinguishable; in your sublime elevation, you look upon the earth and no longer see its inequalities. Your devout humility knows how to make even your virtues serve a noble purpose.

Well! What good is all this? Do natural sentiments become any less because of it? Does pride cease to exploit them? Despite yourself, you feel that disgust; you call it pride, you want to fight against it, you attribute it to public opinion. Good girl! But since when is the disgrace of vice merely a matter of public opinion? What kind of society do you imagine possible where one could not mention chastity, honesty, virtue in front of a woman without causing her to shed tears of shame, without reviving her pain, without almost insulting her repentance? Believe me, my angel, we must respect Laure—and avoid seeing her. To flee her is a sign of respect that honest women owe her; she would suffer too much with us.

Listen. Your heart tells you that this marriage must not take place; doesn’t that mean it will not happen?. Our friend, does he not mention it in his letter, in the letter you say he sent to me?. And you say that letter is quite long. Then there’s also your husband’s speech!. He’s so mysterious, your husband. You two are a pair of tricksters playing games with my feelings, but. His opinion wasn’t really necessary at all, especially not for you, who have seen the letter, nor for me, who haven’t, because I’m more certain about your friend and about mine than about all that philosophy.

Ah! There he is again, that troublesome person, reappearing in some mysterious way! Well, since I’m already talking about him, I might as well finish the matter once and for all, so I don’t have to deal with it twice.

Let us not lose ourselves in the land of illusions. If you had not been Julie, if your friend had not been your lover, I do not know what he would have meant to me; I do not know what I would have become myself. All I know for certain is that, if fate had brought him to me first, it would have been out of his own poor judgment; and whether I am mad or not, I would have surely driven him mad as well. But what does it matter what I might have been? Let us talk about what I am now. The first thing I did was to love you. From our very earliest years, my heart was devoted to yours. As tender and sensitive as I was, I no longer knew how to love or feel on my own. All my emotions came from you; you alone meant everything to me, and I lived only to be your friend. Such was the life of Chaillot; such was the judgment she passed upon me. Answer me, cousin—was she wrong?

P.S. — Mentre terminavo questa lettera interrotta, la signorina Henriette fingeva di scrivere anche lei dalla sua parte. Poiché voglio che i bambini dicano sempre ciò che pensano e non ciò che gli viene detto di dire, ho lasciato che quella piccola curiosa scrivesse tutto ciò che voleva, senza modificare una sola parola. È la terza lettera aggiunta alla mia. Immagino bene che non sia ancora quella che cercavi mentre esaminavi quel pacco. Per quella, non perdere più tempo a cercarla: non la troverai mai. È indirizzata a Clarens; deve essere letta da Clarens. Assicurati che venga consegnata a lei.

Lettera I – Di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Prima di partire da Losanna, devo scriverti una piccola lettera per farti sapere che sono arrivata, ma non certo così felice come speravo. Mi ero immaginata questa piccola vacanza con grande entusiasmo, visto che anche tu l’avevi spesso desiderata; ma rifiutandoti di partecipare, l’hai resa quasi insopportabile per me. Che cosa potrei mai fare lì? Se fosse noiosa, soffrirei io; se invece fosse piacevole, mi dispiacerebbe divertirmi senza di te. Anche se non ho nulla da obiettare alle tue ragioni, credi davvero che questo mi basti? Onestamente, cugina, ti sbagli di grosso. E proprio questo mi infastidisce: il fatto di non avere nemmeno il diritto di arrabbiarmi. Dimmi, cara. Non ti vergogna forse di avere sempre ragione con la tua amica, e di ostacolare ciò che le dà piacere, senza nemmeno lasciarle il gusto di rimproverarti? Se avessi abbandonato per otto giorni tuo marito, la tua casa e i tuoi bambini, non si direbbe forse che tutto sarebbe andato perso? Certo, avresti commesso una sciocchezza, ma saresti stata cento volte migliore di adesso. Invece, cercando di essere perfetta, non sei più utile a nulla, e non ti resterà altro da fare che cercarti degli “amici” tra gli angeli.

Nonostante i malcontenti passati, non ho potuto fare a meno di sentirmi commossa trovandomi di nuovo tra la mia famiglia: sono stata accolta con gioia, o almeno con molte carezze. Aspetterò di aver conosciuto mio fratello prima di parlarti di lui. Ha un aspetto abbastanza bello, ma sembra un po’ rigido e distaccato, tipico della regione da cui proviene. È serio e freddo; anzi, mi sembra addirittura un po’ arrogante. Temo molto che, invece di essere un marito buono come i nostri, possa comportarsi più come un signore e padrone.

Mio padre fu così commosso nel vedermi che abbandonò per abbracciarmi la notizia di una grande vittoria dei francesi in Fiandra, come per verificare la previsione dell’amico del nostro amico. Che felicità se solo fosse stato lì! Immagina quel bravo Edouard vedere gli inglesi fuggire, e poi fuggire anche lui stesso? Mai, mai! Si sarebbe fatto uccidere cento volte.

Ma parlando dei nostri amici, da molto tempo non ci hanno più scritto. Non era ieri, credo, il giorno della consegna della posta? Se ricevi loro delle lettere, spero che non dimenticherai l’interesse che nutro per esse.

Addio, cugina; dobbiamo partire. Aspetto tue notizie a Ginevra, dove dovremmo arrivare domani per cena. In ogni caso, ti avverto che il matrimonio non si svolgerà senza di te. E se non vuoi venire a Losanna, allora verrò io con tutta la mia gente a saccheggiare Clarens e bere i vini di tutto l’universo.

Lettera II – Di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Magnificamente, sorella predicante! Ma temo che tu faccia un po’ troppo affidamento sull’effetto benefico dei tuoi sermoni. Senza giudicare se in passato questi sermoni riuscissero spesso a far addormentare il tuo amico, ti avverto che oggi non hanno alcun effetto simile; anzi, quello che ho ricevuto ieri sera, invece di aiutarmi ad addormentarmi, mi ha tenuto sveglio per tutta la notte. Attenta, se il mio “Argus” dovesse vedere questa lettera. Ma farò in modo che non accada; giuro che ti brucerai le dita piuttosto che mostrarla a lui.

Se ti riassumessi tutto punto per punto, violerei i tuoi diritti; è meglio seguire il mio istinto. E poi, per sembrare più umile e non darti troppi vantaggi, preferisco non parlare subito dei nostri viaggiatori e della corrispondenza proveniente dall’Italia. Nel peggiore dei casi, se dovesse succedere, dovrei riscrivere la mia lettera, mettendo l’inizio alla fine. Parliamo ora di questa presunta lady Bomston.

Mi indigno solo per questo motivo. Non perdonerei mai a Saint-Preux di averla lasciata prendere da quella ragazza, né a Édouard di averla data a lei, né a te di averla accettata. Julie de Wolmar che riceve Lauretta Pisana nella sua casa, che la tollera al suo fianco. Mio caro, ci pensi davvero? Che dolcezza crudele. Non sai forse che l’aria che ti circonda è “mortale” per l’infamia? Quella povera sfortunata oserebbe mescolare il proprio respiro al tuo, oserebbe respirare vicino a te? Si sentirebbe ancora più a disagio di un posseduto toccato da reliquie. Solo il tuo sguardo la farebbe sprofondare nella terra; solo la tua ombra la ucciderebbe.

Non disprezzo affatto Laure, per l’amor di Dio! Al contrario, la ammiro e la rispetto ancora di più, poiché un tale ritorno è eroico e raro. Ma basta questo per giustificare le volgari paragoni con cui osi profanarti tu stesso? Come se, anche nelle sue maggiori debolezze, l’amore vero non conservasse la dignità della persona e non rendesse l’onore ancora più prezioso. Ma ti capisco, e ti scuso. Gli oggetti lontani e umili ora si confondono davanti ai tuoi occhi; nella tua sublime elevazione, guardi la terra senza più vedere le sue imperfezioni. La tua devota umiltà sa sfruttare anche la tua virtù al massimo.

Ebbene! A che serve tutto ciò? I sentimenti naturali ne risultano forse diminuiti? L’orgoglio ne fa meno uso? Nonostante te, senti quella repulsione; la attribuisci all’opinione altrui, la consideri un segno di orgoglio, vorresti combatterla. Ma quale società puoi immaginare in cui una donna non potrebbe nominare concetti come castità, onestà, virtù senza farle versare lacrime di vergogna, senza rinnovare i suoi dolori, quasi insultando il suo pentimento? Credimi, angelo mio: bisogna rispettare Laure, e non vederla affatto. Fuggirla è un segno di rispetto che donne oneste dovrebbero mostrarle; con noi, lei soffrirebbe troppo.

Ascolta: il tuo cuore ti dice che questo matrimonio non dovrebbe avvenire. Non significa forse che non avverrà?. Il nostro amico, dici tu, non ne parla nella sua lettera, nella lettera che dici sia indirizzata a me, e dici anche che questa lettera è molto lunga. E poi c’è il discorso di tuo marito. È davvero enigmatico, tuo marito. Siete una coppia di furfanti che cercate di ingannarmi con le vostre astuzie. Ma, a dire il vero, i suoi sentimenti non erano affatto necessari in questa situazione, soprattutto per te, che hai letto la lettera, né per me, che non l’ho letta, perché sono più sicura dei sentimenti del tuo amico e dei miei, di qualsiasi ragionamento filosofico.

Ah! Ecco di nuovo quel fastidioso individuo che ritorna chissà come. Beh, per evitare che torni ancora, visto che ne ho parlato, devo esaurire l’argomento una volta per tutte, così da non doverne più parlare.

Non perdiamoci nel regno delle chimere. Se tu non fossi stata Julie, se il tuo amico non fosse stato anche il tuo amante, non so cosa sarebbe stato per me; non so nemmeno cosa sarei stata io stessa. Tutto ciò che so con certezza è che, se la sua sfortuna lo avesse portato da me prima di tutto, sarebbe stato per colpa della sua povera testa. E, che io fossi pazza o no, l’avrei inevitabilmente reso pazzo anch’io. Ma cosa importa ciò che avrei potuto essere? Parliamo di ciò che sono realmente. La prima cosa che ho fatto è stata amarti. Fin dai nostri primi anni, il mio cuore si è completamente dedicato a te. Per quanto tenera e sensibile fossi, non sapevo più amare o sentire per conto mio. Tutti i miei sentimenti provenivano da te; tu sola rappresentavi tutto per me, e vivevo soltanto per essere tua amica. Questo è ciò che ha vissuto la Chaillot. Ed è su questo che mi ha giudicata. Rispondimi, cugina: si è sbagliata?

Je fis mon frère de ton ami, tu le sais. L’amant de mon amie me fut comme le fils de ma mère. Ce ne fut point ma raison, mais mon coeur qui fit ce choix. J’eusse été plus sensible encore, que je ne l’aurais pas autrement aimé. Je t’embrassais en embrassant la plus chère moitié de toi-même ; j’avais pour garant de la pureté de mes caresses leur propre vivacité. Une fille traite-t-elle ainsi ce qu’elle aime ? Le traitais-tu toi-même ainsi ? Non, Julie ; l’amour chez nous est craintif et timide ; la réserve et la honte sont ses avances ; il s’annonce par ses refus ; et sitôt qu’il transforme en faveurs les caresses, il en sait bien distinguer le prix. L’amitié est prodigue, mais l’amour est avare.

J’avoue que de trop étroites liaisons sont toujours périlleuses à l’âge où nous étions, lui et moi ; mais, tous deux le coeur plein du même objet, nous nous accoutumâmes tellement à le placer entre nous, qu’à moins de t’anéantir nous ne pouvions plus arriver l’un à l’autre ; la familiarité même dont nous avions pris la douce habitude, cette familiarité, dans tout autre cas si dangereuse, fut alors ma sauvegarde. Nos sentiments dépendent de nos idées ; et quand elles ont pris un certain cours, elles en changent difficilement. Nous en avions trop dit sur un ton pour recommencer sur un autre ; nous étions déjà trop loin pour revenir sur nos pas. L’amour veut faire tout son progrès lui-même ; il n’aime point que l’amitié lui épargne la moitié du chemin. Enfin, je l’ai dit autrefois, et j’ai lieu de le croire encore, on ne prend guère de baisers coupables sur la même bouche où l’on en prit d’innocents.

À l’appui de tout cela vint celui que le ciel destinait à faire le court bonheur de ma vie. Tu le sais, cousine, il était jeune, bien fait, honnête, attentif, complaisant ; il ne savait pas aimer comme ton ami ; mais c’était moi qu’il aimait ; et quand on a le coeur libre, la passion qui s’adresse à nous a toujours quelque chose de contagieux. Je lui rendis donc du mien tout ce qu’il en restait à prendre ; et sa part fut encore assez bonne pour ne lui pas laisser de regret à son choix. Avec cela, qu’avais-je à redouter ? J’avoue même que les droits du sexe, joints à ceux du devoir, portèrent un moment préjudice aux tiens, et que, livrée à mon nouvel état, je fus d’abord plus épouse qu’amie ; mais en revenant à toi je te rapportai deux coeurs au lieu d’un ; et je n’ai pas oublié depuis que je suis restée seule chargée de cette double dette.

Que te dirai-je encore, ma douce amie ? Au retour de notre ancien maître, c’était pour ainsi dire une nouvelle connaissance à faire. Je crus le voir avec d’autres yeux ; je crus sentir en l’embrassant un frémissement qui jusque-là m’avait été inconnu. Plus cette émotion me fut délicieuse, plus elle me fit de peur. Je m’alarmai comme d’un crime d’un sentiment qui n’existait peut-être que parce qu’il n’était plus criminel. Je pensai trop que ton amant ne l’était plus et qu’il ne pouvait plus l’être ; je sentis trop qu’il était libre et que je l’étais aussi. Tu sais le reste, aimable cousine ; mes frayeurs, mes scrupules te furent connus aussitôt qu’à moi. Mon coeur sans expérience s’intimidait tellement d’un état si nouveau pour lui, que je me reprochais mon empressement de te rejoindre, comme s’il n’eût pas précédé le retour de cet ami. Je n’aimais point qu’il fût précisément où je désirais si fort d’être ; et je crois que j’aurais moins souffert de sentir ce désir plus tiède que d’imaginer qu’il ne fût pas tout pour toi.

Enfin, je te rejoignis, et je fus presque rassurée. Je m’étais moins reproché ma faiblesse après t’en avoir fait l’aveu ; près de toi je me la reprochais moins encore : je crus m’être mise à mon tour sous ta garde, et je cessai de craindre pour moi. Je résolus, par ton conseil même, de ne point changer de conduite avec lui. Il est constant qu’une plus grande réserve eût été une espèce de déclaration ; et ce n’était que trop de celles qui pouvaient m’échapper malgré moi, sans en faire une volontaire. Je continuai donc d’être badine par honte, et familière par modestie. Mais peut-être tout cela, se faisant moins naturellement, ne se faisait-il plus avec la même mesure. De folâtre que j’étais je devins tout à fait folle, et ce qui m’en accrut la confiance fut de sentir que je pouvais l’être impunément. Soit que l’exemple de ton retour à toi-même me donnât plus de force pour t’imiter, soit que ma Julie épure tout ce qui l’approche, je me trouvai tout à fait tranquille ; et il ne me resta de mes premières émotions qu’un sentiment très doux, il est vrai, mais calme et paisible, et qui ne demandait rien de plus à mon coeur que la durée de l’état où j’étais.

Oui, chère amie, je suis tendre et sensible aussi bien que toi ; mais je le suis d’une autre manière. Mes affections sont plus vives ; les tiennes sont plus pénétrantes. Peut-être avec des sens plus animés ai-je plus de ressources pour leur donner le change ; et cette même gaieté qui coûte l’innocence à tant d’autres me l’a toujours conservée. Ce n’a pas toujours été sans peine, il faut l’avouer. Le moyen de rester veuve à mon âge, et de ne pas sentir quelquefois que les jours ne sont que la moitié de la vie ? Mais, comme tu l’as dit, et comme tu l’éprouves la sagesse est un grand moyen d’être sage ; car, avec toute ta bonne contenance, je ne te crois pas dans un cas fort différent du mien. C’est alors que l’enjouement vient à mon secours, et fait plus peut-être pour la vertu que n’eussent fait les graves leçons de la raison. Combien de fois dans le silence de la nuit, où l’on ne peut s’échapper à soi-même, j’ai chassé des idées importunes en méditant des tours pour le lendemain ! Combien de fois j’ai sauvé les dangers d’un tête-à-tête par une saillie extravagante ! Tiens, ma chère, il y a toujours, quand on est faible, un moment où la gaieté devient sérieuse ; et ce moment ne viendra point pour moi. Voilà ce que je crois sentir, et de quoi je t’ose répondre.

Après cela, je te confirme librement tout ce que je t’ai dit dans l’Élysée sur l’attachement que j’ai senti naître, et sur tout le bonheur dont j’ai joui cet hiver. Je m’en livrais de meilleur coeur au charme de vivre avec ce que j’aime, en sentant que je ne désirais rien de plus. Si ce temps eût duré toujours, je n’en aurais jamais souhaité un autre. Ma gaieté venait de contentement, et non d’artifice. Je tournais en espièglerie le plaisir de m’occuper de lui sans cesse ; je sentais qu’en me bornant à rire je ne m’apprêtais point de pleurs.

Ma foi, cousine, j’ai cru m’apercevoir quelquefois que le jeu ne lui déplaisait pas trop à lui-même. Le rusé n’était pas fâché d’être fâché ; et il ne s’apaisait avec tant de peine que pour se faire apaiser plus longtemps. J’en tirais occasion de lui tenir des propos assez tendres, en paraissant me moquer de lui ; c’était à qui des deux serait le plus enfant. Un jour qu’en ton absence il jouait aux échecs avec ton mari, et que je jouais au volant avec la Fanchon dans la même salle, elle avait le mot et j’observais notre philosophe. À son air humblement fier et à la promptitude de ses coups, je vis qu’il avait beau jeu. La table était petite, et l’échiquier débordait. J’attendis le moment ; et, sans paraître y tâcher, d’un revers de raquette je renversai l’échec et mat. Tu ne vis de tes jours pareille colère : il était si furieux, que, lui ayant laissé le choix d’un soufflet ou d’un baiser pour ma pénitence, il se détourna quand je lui présentai la joue. Je lui demandai pardon, il fut inflexible. Il m’aurait laissée à genoux si je m’y étais mise. Je finis par lui faire une autre pièce qui lui fit oublier la première, et nous fûmes meilleurs amis que jamais.

I made your friend my brother, you know that. The lover of my friend was to me like the son of my mother. It was not my reason, but my heart that made this choice. I would have been even more tender if I had not loved him in that way. When I kissed you, I was kissing the most precious part of yourself; the vitality of my kisses was evidence of their purity. Does a girl treat what she loves in such a way? Would you have treated me in the same way? No, Julie; love among us is often fearful and shy; reserve and shame are its forms of expression; it announces itself through its refusals; and once it transforms these refusals into favors, it knows very well how to appreciate their value. Friendship is generous, but love is stingy.

I must admit that in our age, such closely bound relationships were always dangerous for both of us; but since we both shared the same object of affection, we became so accustomed to placing it between us that it was impossible for us to approach each other without destroying everything. The very familiarity we had grown fond of—something that would otherwise be extremely dangerous—became our salvation at that time. Our feelings depend on our thoughts; and once those thoughts have taken a certain course, they are difficult to change. We had said too much in one tone; it was already too late to start over in another. Love insists on making its own progress; it does not tolerate friendship shortening the distance for it. In short, I have said this before, and I still believe it: it is hardly possible to steal guilty kisses from the very same lips where innocent ones were once shared.

To support all this was the one whom fate had destined to bring a brief happiness to my life. You know, cousin, he was young, good-looking, honest, attentive, and accommodating; he may not have known how to love like your friend did, but it was me he loved. And when one’s heart is free, the passion that addresses us always carries with it something contagious. So I gave him all that was left in my heart to give; and his share was still enough so that he had no regrets about his choice. With that, what more could I have feared? I even admit that the rights of marriage, combined with those of duty, somewhat harmed your interests for a time, and that, as I entered into this new relationship, I was first a wife and only later a friend. But when I returned to you, I brought back two hearts instead of one; and ever since, I have not forgotten the double responsibility I bore alone.

What more can I tell you, my dear friend? Upon the return of our former master, he was, in a way, like a new acquaintance to be made. I began to see him with different eyes; I felt, when kissing him, a tremor that had never existed before. The more delightful this emotion became, the more it filled me with fear. I feared that this feeling might be something criminal—perhaps only because it was no longer considered criminal. I assumed too readily that your lover was no longer what he once was, and that he could never be again; I realized all too clearly that he was free, just as I was free. You know the rest, my kind cousin; my fears and doubts were immediately understood by you, just as they were by me. My inexperienced heart was so terrified by this entirely new state of things that I began to regret having rushed to join you, as if my eagerness had not preceded his return at all. I did not like the fact that he happened to be exactly where I so desperately wished to be; and I believe that I would have suffered less if I had felt that my desire for him was merely lukewarm, than if I had imagined that he was not everything to you.

Finally, I joined you, and I felt somewhat reassured. After admitting my weakness to you, I no longer blamed myself so much for it; in your presence, I blamed it even less. I felt as if I had placed myself under your protection, and I ceased to fear for myself. Even by your advice, I resolved not to change my behavior towards him. It is true that greater restraint would have been a kind of declaration in itself; but there were already too many declarations that might escape me without my intention. Out of shame, I continued to be playful; out of modesty, I remained familiar with him. However, perhaps because these behaviors became less natural, they were no longer carried out in the same measure. What had been frivolous before turned into outright madness, and what increased my confidence was the realization that I could behave wildly without any consequences. Whether it was your example of returning to yourself that gave me the strength to follow suit, or whether it was my own nature that purified everything related to him, I found myself completely at peace. What remained of my initial emotions was a very gentle feeling—truly calm and serene—and it demanded nothing more from my heart than the continuation of this state in which I found myself.

Yes, my dear friend, I am as tender and sensitive as you are; but in a different way. My affections are more intense; yours are more profound. Perhaps, with more lively senses, I have greater means to express them; and that very cheerfulness which costs so many others their innocence has always preserved mine for me. Admittedly, it has not always been without difficulty. How can one remain a widow at my age, without sometimes feeling that life is but half its true length? But, as you said—and as you yourself experience—it is wisdom itself that provides us with the means to be wise. For, despite your composed demeanor, I do not believe your situation is very different from mine. It is then that cheerfulness comes to my aid, and perhaps it contributes more to virtue than all the serious lessons of reason could do. How many times, in the silence of the night, when one is alone with oneself, have I chased away disturbing thoughts by planning little antics for the next day! How many times have I avoided dangerous situations through some whimsical remark! My dear, whenever one is weak, there always comes a moment when cheerfulness must become serious—but for me, such a moment will never come. This is what I believe I feel, and this is what I dare to tell you.

After that, I freely confirm to you everything I told you in the Élysée about the sense of attachment that arose within me, and about all the happiness I enjoyed that winter. I devoted myself wholeheartedly to the joy of living with what I loved, feeling that I desired nothing more. If that time had lasted forever, I would never have wished for anything else. My happiness stemmed from contentment, not from artificial means. I playfully regarded the pleasure of constantly taking care of him; I felt that by merely laughing, I was preparing myself for no sorrow at all.

Well, cousin, I sometimes thought that the game itself didn’t really displease him. That cunning fellow wasn’t bothered by being annoyed; and he only calmed down with such difficulty in order to remain angry for a longer time. This gave me the opportunity to speak to him in rather tender terms, while pretending to mock him—it was like seeing who of us two was the more childlike. One day, while you were away, he was playing chess with your husband, and I was playing draughts with Fanchon in the same room. Fanchon had the turn, so I watched our “philosopher” at work. From his modestly proud demeanor and the quickness of his moves, I could tell that he was having an easy time. The board was small, and the chessboard spilled over onto the edge. I waited for the right moment—and, without appearing to try too hard, with a flick of my racket I knocked over the entire chess set, ending the game in checkmate. You’ve never seen such anger in your life: he was so furious that, when I offered him the choice between giving me a slap or a kiss as penance, he turned away when I held out my cheek. I apologized to him, but he remained unyielding. He would have had me on my knees if I’d tried. In the end, I managed to win his forgiveness with something else, and we became better friends than ever before.

Ho reso mio fratello tuo amico, lo sai bene. L’amante della mia amica è stato per me come un figlio di mia madre. Non è stata la ragione a guidarmi, ma il mio cuore a prendere questa decisione. Forse avrei provato ancora più intensamente i miei sentimenti, se non lo avessi amato così. Baciandoti, baciavo la parte più preziosa di te stesso; la vivacità delle mie carezze era la prova della loro purezza. Una ragazza tratta forse in questo modo ciò che ama? E tu stesso l’hai mai fatto? No, Julie. L’amore, da noi, è timido e riservato; la reticenza e la vergogna ne sono i segnali preliminari; si annuncia attraverso rifiuti. E solo quando trasforma quelle carezze in favori, sa apprezzarne veramente il valore. L’amicizia è generosa, ma l’amore è avaro.

Devo ammettere che legami troppo stretti siano sempre pericolosi all’età in cui ci trovavamo io e lui; tuttavia, poiché entrambi avevamo lo stesso obiettivo nel cuore, ci eravamo talmente abituati a considerarlo il fulcro delle nostre relazioni che, a meno di distruggerci completamente, non saremmo mai riusciti ad avvicinarci l’uno all’altro. Quella stessa familiarità di cui avevamo preso l’abitudine, pericolosa in ogni altro contesto, divenne invece la nostra salvezza. I nostri sentimenti dipendono dalle nostre idee; e quando queste hanno preso una certa direzione, è difficile che cambino. Avevamo già detto troppo, con un certo tono, per poter ricominciare da capo; eravamo ormai troppo lontani dal punto di partenza per tornare indietro. L’amore vuole progredire da solo; non tollera che l’amicizia gli risparmi anche solo metà del cammino. Infine, come ho detto in passato e ho ancora motivo di crederci, è molto raro ricevere baci “peccaminosi” sulla stessa bocca da cui si sono ricevuti baci innocenti.

A tutto ciò si aggiunse colui che il destino aveva destinato a rendere breve e felice la mia vita. Lo sai, cugina: era giovane, attraente, onesto, attento, premuroso; non sapeva amare come tuo amico, ma amava me. E quando il cuore è libero, la passione che ci colpisce ha sempre qualcosa di contagioso. Gli diedi quindi tutto ciò che del mio cuore era ancora disponibile; e la sua parte fu abbastanza generosa da non fargli rimpiangere la scelta che aveva fatto. Con questo, cosa avrei dovuto temere? Ammetto persino che i doveri coniugali, uniti a quelli del sentimento, abbiano per un momento danneggiato i tuoi diritti. Ma tornando da te, ti ho riportata due cuori al posto di uno; e da allora non ho mai dimenticato di essere rimasta sola ad onorare questa duplice responsabilità.

Cosa potrei ancora dirti, mia dolce amica? Al ritorno del nostro vecchio maestro, si trattava, in un certo senso, di una nuova conoscenza da fare. Lo vidi con occhi diversi; credetti di percepire, nel baciarlo, un fremito che fino ad allora mi era sconosciuto. Più questa emozione mi risultava deliziosa, più mi spaventava. Mi allarmai come se si trattasse di un crimine. Un sentimento che forse esisteva soltanto perché ormai non era più considerato un crimine. Pensai troppo che il tuo amante non lo fosse più, e che non potesse più esserlo; percepii chiaramente che lui era libero. E che anch’io lo ero. Il resto lo sai, cara cugina: le mie paure, i miei scrupoli divennero noti a te tanto quanto a me. Il mio cuore inesperto si intimoriva terribilmente di fronte a una situazione così nuova per lui. Che mi rimproveravo per la mia fretta nel raggiungerti, come se quel desiderio non fosse già esistito prima del ritorno di quell’amico. Non mi piaceva affatto che si trovasse proprio dove io desideravo ardentemente essere. E credo che avrei sofferto meno nel sentire quel desiderio attenuarsi, che nell’immaginare che non fosse tutto per te.

Finalmente ti raggiunsi e mi sentii quasi sollevata. Dopo aver confessato la mia debolezza, non me la rimproveravo più così tanto; in tua presenza, però, quel rimorso diminuiva ancora di più: credevo di essermi messa sotto la tua protezione e smisi di temere per me stessa. Decisi, anche su tuo consiglio, di non cambiare il mio comportamento nei suoi confronti. È certo che un atteggiamento più riservato avrebbe potuto essere considerato una sorta di dichiarazione esplicita; ma ormai ne avevo già fatte troppe, involontariamente. Continuai quindi a essere scherzosa per vergogna e affettuosa per modestia. Tuttavia, forse perché tutto ciò non avveniva più in modo così naturale, il risultato non era più lo stesso di prima. Da una ragazza spensierata, diventai completamente folle. E ciò che aumentò ancora di più la mia fiducia in me stessa fu il sentire che potevo comportarmi in quel modo senza subirne conseguenze negative. Che fosse l’esempio del tuo ritorno a te stesso ad avermi dato la forza di imitarti, o che fosse la mia Julie a “purificare” tutto ciò che mi avvicinava a lei. Mi trovai completamente tranquilla; delle mie prime emozioni rimase soltanto un sentimento molto dolce, certo, ma calmo e sereno. Un sentimento che non chiedeva al mio cuore nient’altro se non la durata di quell’equilibrio in cui mi trovavo.

Sì, cara amica, anch’io sono tenera e sensibile come te; ma lo sono in modo diverso dal tuo. Le mie affezioni sono più intense; le tue, invece, più profonde. Forse, grazie a sensi più vivaci, ho maggiori risorse per esprimerle; e quella stessa allegria che costa l’innocenza a tante altre persone, a me l’ha sempre conservata. Devo ammettere che non è stato sempre facile. Come si può rimanere vedove a quest’età, senza sentire a volte che i giorni sono soltanto metà della vita? Ma, come hai detto tu, e come tu stessa provi, la saggezza è un grande mezzo per essere virtuose; perché, nonostante il tuo buon comportamento, non credo che la tua situazione sia molto diversa dalla mia. È allora che l’allegria viene in mio aiuto, e forse contribuisce di più alla virtù delle severe lezioni della ragione. Quante volte, nel silenzio della notte, quando non si può sfuggire a se stessi, ho scacciato pensieri importuni riflettendo su modi per affrontare il giorno seguente. Quante volte ho evitato pericoli in situazioni imbarazzanti grazie a una reazione improvvisa e un po’ eccentrica! Ascolta, cara amica: quando si è deboli, arriva sempre un momento in cui l’allegria diventa seria. Ma per me, quel momento non arriverà mai. Questo è ciò che credo di sentire. E di questo oso risponderti.

Dopo tutto ciò, ti confermo liberamente tutto ciò che ti ho detto all’Eliseo riguardo al sentimento di affetto che è nato in me e a tutta la felicità che ho provato quest’inverno. Mi dedicavo con maggiore gioia al piacere di vivere con ciò che amo, sapendo di non desiderare nulla di più. Se quel periodo fosse durato per sempre, non ne avrei mai desiderato un altro. La mia felicità derivava dalla soddisfazione, e non da artifici. Scherzavo sul piacere di occuparmi costantemente di lui; sentivo che limitandomi a ridere, non mi stavo preparando affatto al dolore.

Ma cara cugina, a volte mi è sembrato che a lui stesso quel gioco non dispiacesse affatto. A quel furbo non dispiaceva affatto mostrarsi arrabbiato; si calmava solo per potersi arrabbiare di nuovo più tardi. Ne approfittavo per dirgli cose piuttosto dolci, fingendo di prenderlo in giro. Era una questione di vedere chi dei due fosse il più bambino. Un giorno, mentre tu non c’eri e lui giocava a scacchi con tuo marito, io giocavo a volano con la Fanchon nella stessa stanza; lei aveva il turno di muovere, e io osservavo il nostro “filosofo”. Dal suo atteggiamento umilmente orgoglioso e dalla rapidità dei suoi movimenti capii che aveva una partita molto vantaggiosa. Il tavolo era piccolo, e la scacchiera sporgeva oltre i bordi. Aspettai il momento giusto; e, senza sembrare farlo apposta, con un colpo di racchetta rovesciai tutto lo scacchiere, facendogli perdere immediatamente. Non hai mai visto una rabbia del genere in vita tua: era così furioso che, quando gli offrii la guancia come “penitenza”, si girò dall’altra parte. Gli chiesi scusa, ma rimase irremovibile. Avrebbe potuto lasciarmi in ginocchio, se solo lo avessi voluto. Alla fine riuscii a farlo calmare; dimenticò completamente l’accaduto e diventammo migliori amici che mai.

Avec une autre méthode, infailliblement je m’en serais moins bien tirée ; et je m’aperçus une fois que, si le jeu fût devenu sérieux, il eût pu trop l’être. C’était un soir qu’il nous accompagnait ce duo si simple et si touchant de Leo, Vado a morir, ben mio. Tu chantais avec assez de négligence ; je n’en faisais pas de même ; et, comme j’avais une main appuyée sur le clavecin, au moment le plus pathétique et où j’étais moi-même émue, il appliqua sur cette main un baiser que je sentis sur mon coeur. Je ne connais pas bien les baisers de l’amour ; mais ce que je peux te dire, c’est que jamais l’amitié, pas même la nôtre, n’en a donné ni reçu de semblable à celui-là. Eh bien ! mon enfant, après de pareils moments que devient-on quand on s’en va rêver seule et qu’on emporte avec soi leur souvenir ? Moi, je troublai la musique : il fallut danser ; je fis danser le philosophe. On soupa presque en l’air ; on veilla fort avant dans la nuit ; je fus me coucher bien lasse, et je ne fis qu’un sommeil.

J’ai donc de fort bonnes raisons pour ne point gêner mon humeur ni changer de manières. Le moment qui rendra ce changement nécessaire est si près, que ce n’est pas la peine d’anticiper. Le temps ne viendra que trop tôt d’être prude et réservée. Tandis que je compte encore par vingt, je me dépêche d’user de mes droits ; car, passé la trentaine, on n’est plus folle, mais ridicule, et ton épilogueur d’homme ose bien me dire qu’il ne me reste que six mois encore à retourner la salade avec les doigts. Patience ! pour payer ce sarcasme, je prétends la lui retourner dans six ans, et je te jure qu’il faudra qu’il la mange. Mais revenons.

Si l’on n’est pas maître de ses sentiments, au moins on l’est de sa conduite. Sans doute je demanderais au ciel un coeur plus tranquille, mais puissé-je à mon dernier jour offrir au souverain juge une vie aussi peu criminelle que celle que j’ai passée cet hiver ! En vérité, je ne me reprochais rien auprès du seul homme qui pouvait me rendre coupable. Ma chère, il n’en est pas de même depuis qu’il est parti : en m’accoutumant à penser à lui dans son absence, j’y pense à tous les instants du jour ; et je trouve son image plus dangereuse que sa personne. S’il est loin, je suis amoureuse ; s’il est près, je ne suis qu’une folle : qu’il revienne, et je ne le crains plus.

Au chagrin de son éloignement s’est jointe l’inquiétude de son rêve. Si tu as tout mis sur le compte de l’amour, tu t’es trompée ; l’amitié avait part à ma tristesse. Depuis leur départ, je te voyais pâle et changée : à chaque instant je pensais te voir tomber malade. Je ne suis pas crédule, mais craintive. Je sais bien qu’un songe n’amène pas un événement, mais j’ai toujours peur que l’événement n’arrive à sa suite. À peine ce maudit rêve m’a-t-il laissé une nuit tranquille, jusqu’à ce que je t’aie vue bien remise et reprendre tes couleurs. Dussé-je avoir mis sans le savoir un intérêt suspect à cet empressement, il est sûr que j’aurais donné tout au monde, pour qu’il se fût montré quand il s’en retourna comme un imbécile. Enfin ma vaine terreur s’en est allée avec ton mauvais visage. Ta santé, ton appétit, ont plus fait que tes plaisanteries ; et je t’ai vue si bien argumenter à table contre mes frayeurs, qu’elles se sont tout à fait dissipées. Pour surcroît de bonheur il revient, et j’en suis charmée à tous égards. Son retour ne m’alarme point, il me rassure ; et sitôt que nous le verrons, je ne craindrai plus rien pour tes jours ni pour mon repos. Cousine, conserve-moi mon amie, et ne sois point en peine de la tienne ; je réponds d’elle tant qu’elle t’aura… Mais, mon Dieu ! qu’ai-je donc qui m’inquiète encore et me serre le coeur sans savoir pourquoi ! Ah ! mon enfant, faudra-t-il un jour qu’une des deux survive à l’autre ? Malheur à celle sur qui doit tomber un sort si cruel ! Elle restera peu digne de vivre, ou sera morte avant sa mort.

Pourrais-tu me dire à propos de quoi je m’épuise en sottes lamentations ? Foin de ces terreurs paniques qui n’ont pas le sens commun ! Au lieu de parler de mort, parlons de mariage ; cela sera plus amusant. Il y a longtemps que cette idée est venue à ton mari ; et s’il ne m’en eût jamais parlé, peut-être ne me fût-elle point venue à moi-même. Depuis lors j’y ai pensé quelquefois, et toujours avec dédain. Fi ! cela vieillit une jeune veuve. Si j’avais des enfants d’un second lit, je me croirais la grand’mère de ceux du premier. Je te trouve aussi fort bonne de faire avec légèreté les honneurs de ton amie, et de regarder cet arrangement comme un soin de ta bénigne charité. Oh bien ! je t’apprends, moi, que toutes les raisons fondées sur tes soucis obligeants ne valent pas la moindre des miennes contre un second mariage.

Parlons sérieusement. Je n’ai pas l’âme assez basse pour faire entrer dans ces raisons la honte de me rétracter d’un engagement téméraire pris avec moi seule, ni la crainte du blâme en faisant mon devoir, ni l’inégalité des fortunes dans un cas où tout l’honneur est pour celui des deux à qui l’autre veut bien devoir la sienne ; mais, sans répéter ce que je t’ai dit tant de fois sur mon humeur indépendante et sur mon éloignement naturel pour le joug du mariage, je me tiens à une seule objection, et je la tire de cette voix si sacrée que personne au monde ne respecte autant que toi. Lève cette objection, cousine, et je me rends. Dans tous ces jeux qui te donnent tant d’effroi, ma conscience est tranquille. Le souvenir de mon mari ne me fait point rougir ; j’aime à l’appeler à témoin de mon innocence, et pourquoi craindrais-je de faire devant son image tout ce que je faisais devant lui ? En serait-il de même, ô Julie, si je violais les saints engagements qui nous unirent ; que j’osasse jurer à un autre l’amour éternel que je lui jurai tant de fois ; que mon coeur, indignement partagé, dérobât à sa mémoire ce qu’il donnerait à son successeur, et ne pût sans offenser l’un des deux remplir ce qu’il doit à l’autre ? Cette même image qui m’est si chère ne me donnerait qu’épouvante et qu’effroi ; sans cesse elle viendrait empoisonner mon bonheur, et son souvenir qui fait la douceur de ma vie en ferait le tourment. Comment oses-tu me parler de donner un successeur à mon mari, après avoir juré de n’en jamais donner au tien ? comme si les raisons que tu m’allègues t’étaient moins applicables en pareil cas ! Ils s’aimèrent ? C’est pis encore. Avec quelle indignation verrait-il un homme qui lui fut cher usurper ses droits et rendre sa femme infidèle ! Enfin, quand il serait vrai que je ne lui dois plus rien à lui-même, ne dois-je rien au cher gage de son amour, et puis-je croire qu’il eût jamais voulu de moi, s’il eût prévu que j’eusse un jour exposé sa fille unique à se voir confondue avec les enfants d’un autre ?

With another method, I would have surely performed less well; and I realized one day that if the game had become serious, it could have become far too serious. It was one evening when he accompanied us—that simple yet touching duet of Leo and Vado’s “Vado ha morito, ben mio.” You sang with rather casual indifference; I did not do the same. And as my hand rested on the keyboard, at the most poignant moment, when I too was moved to tears, he placed a kiss on that hand—a kiss I felt right on my heart. I am not well-versed in the kisses of love; but what I can tell you is that neither friendship, not even ours, has ever given or received anything like it. Well, my child, after such moments, what does one become when they go off to dream alone, carrying those memories with them? I interrupted the music; we had to dance—and I made the philosopher dance too. We dined almost in mid-air; we stayed up very late into the night. I went to bed utterly exhausted, and slept through the entire night.

I therefore have very good reasons not to spoil my mood or change my ways. The moment when such a change will become necessary is so close that there’s no point in anticipating it. The time will come far too soon for me to become prude and reserved. While I am still in my twenties, I hurry to make use of my rights—for after thirty, one is no longer foolish, but merely ridiculous. And your male “epilogue” writer dares to tell me that I only have six months left before I start “turning the salad inside out with my fingers.” Patience! To repay this sarcasm, I claim to turn it back on him in six years—and I swear he’ll have to eat it then. But let’s get back to the topic at hand.

If one cannot control one’s own feelings, at least one can control one’s behavior. Perhaps I would ask the heavens for a more tranquil heart, but may I, on my last day, be able to offer the supreme judge a life as unblemished by crime as the one I have lived this winter! In truth, I held no reproaches against the only man who could have made me guilty. My dear, things are different now that he is gone: as I came to habituate myself to thinking of him in his absence, I find myself thinking of him at every moment of the day; and his image proves far more dangerous than his person itself. If he is far away, I am in love; if he is near, I am nothing but a madwoman. Let him return, and I shall no longer fear him.

The sorrow of his absence was compounded by the worry caused by that dream. If you attributed everything to love, you were mistaken; friendship also played a role in my grief. Since they left, I noticed you looking pale and changed; at every moment, I feared you might fall ill. I am not easily convinced, but I am fearful. I know well that a dream does not bring about an event, yet I always fear that the event might follow it. That damned dream finally allowed me to have a peaceful night until I saw you fully recovered and regain your color. Even if, unknowingly, I had attached some suspicious significance to his haste, I would have given everything in the world for him to have acted sensibly when he returned, acting like a fool instead. Finally, my futile fear vanished along with your troubled expression. Your health and appetite spoke louder than your jokes; you argued so convincingly against my fears at the table that they completely dissipated. To add to my happiness, he has returned, and I am delighted in every way. His return does not alarm me; it reassures me. Once we see him again, I will no longer fear for your life or my peace of mind. Cousin, please keep my friend safe, and do not worry about yours; I guarantee her safety as long as she remains with you. But, oh God! What is it that still worries me and tightens my heart without any apparent reason? Ah, my child. Will one of us have to survive the other one one day? Misfortune awaits the one who faces such a cruel fate! She will either no longer be worthy of living or die before her actual death.

Could you tell me what it is that I spend my time on with such foolish lamentations? Enough of these panic-stricken fears that lack any common sense! Instead of talking about death, let’s talk about marriage; it would be much more amusing. Your husband has had this idea for a long time; and if he had never mentioned it to me, perhaps I myself would not have thought of it. Since then, I have occasionally considered it—but always with disdain. Alas! Such thoughts are unsuitable for a young widow. If I had children from a second marriage, I might feel like the grandmother of those from my first. I also find it very kind of you to treat your friend’s situation so lightly, and to regard this arrangement as merely an act of your benevolent charity. Oh well! Let me tell you this: all the reasons you give, based on your thoughtful concerns, are not even worth half of the reasons I have for considering a second marriage.

Let us speak seriously. I do not possess a low enough soul to consider shame as a reason for retracting from a rash commitment I made to myself alone; nor do I fear blame for fulfilling my duties; nor am I affected by the inequality of fortunes in a situation where all honor lies with those two to whom one is willing to owe their own. But, without repeating what I have told you so many times about my independent nature and my natural aversion to the yoke of marriage, I base my objection solely on this most sacred institution—one that no one in the world respects more than you. Remove this obstacle, cousin, and I will submit. In all these matters that fill you with such fear, my conscience is at peace. The memory of my husband does not bring me shame; I am even willing to call him as witness to my innocence—so why should I hesitate to do before his image whatever I did in his presence? Would it be the same, oh Julie, if I were to break the sacred vows that bound us together; if I dared swear to another the eternal love I swore to him so many times; if my heart, unjustly divided, were to steal from his memory what it would otherwise give to his successor, and could not fulfill its obligations to one without offending the other? That very image, which is so dear to me, would only bring me horror and dread; it would constantly poison my happiness, and its memory, which now brings such sweetness to my life, would become a source of torment. How dare you suggest that I should find a successor for my husband, when I have sworn never to do the same for yours? As if the reasons you cite apply any less in such a situation! They loved each other? That makes it even worse. With what indignation would he see a man he once cherished usurp his rights and make his wife unfaithful! And finally, even if I no longer owe anything to him personally, do I not owe something to the precious token of his love? Can I truly believe that he would have ever desired me if he had foreseen that one day I would expose his only daughter to being associated with the children of another man?

Con un altro metodo, sicuramente non me sarei cavata altrettanto bene; e una volta mi resi conto che, se quel gioco fosse diventato serio, avrebbe potuto diventarlo davvero troppo. Quella sera ci accompagnava quel duetto così semplice e commovente di Leo: “Vado a morire, ben mio”. Tu cantavi con una certa noncuranza; io no. E poiché avevo una mano appoggiata al clavicembalo, nel momento più pathetico, quando anch’io ero commossa, lui posò un bacio su quella mano. Un bacio che sentii sul mio cuore. Non conosco bene i baci d’amore; ma quello che posso dirti è che l’amicizia, nemmeno la nostra, non ne ha mai dato o ricevuto uno simile. Beh, bambina mia, dopo momenti del genere, cosa si diventa quando si va a sognarli da soli, portandosene il ricordo con sé? Io, interruppi la musica; bisognò ballare. E feci ballare anche quel “filosofo”. Cenaammo quasi in aria; restammo svegli fino a tardi nella notte. Andai a letto molto stanca, e dormii solo un sonno leggero.

Ho quindi tutte le ragioni per non rovinarmi l’umore né cambiare i miei modi. Il momento in cui tale cambiamento diventerà necessario è così vicino che non vale la pena anticiparlo. Arriverà molto presto il tempo di essere pudica e riservata. Finché ho ancora vent’anni, mi affretto a godermi i miei diritti; perché, passati i trenta, non si è più folli, ma solo ridicoli. E tu, mio caro, osi dirmi che mi restano soltanto sei mesi per “rimuovere il condimento con le dita”. Pazienza! Per pagare questo sarcasmo, pretendo di rimetterglielo indietro tra sei anni. E giuro che dovrà mangiarlo. Ma torniamo al discorso principale.

Se non si è padroni dei propri sentimenti, almeno lo si può essere del proprio comportamento. Certo, chiederei al cielo un cuore più sereno. Ma possa, nel mio ultimo giorno, offrire al giudice supremo una vita altrettanto irreprensibile di quella che ho trascorso quest’inverno! In verità, non mi rimproveravo nulla davanti all’unico uomo che avrebbe potuto rendermi colpevole. Cara, le cose sono cambiate da quando se n’è andato: abituandomi a pensare a lui in sua assenza, ora ci penso in ogni momento della giornata. E trovo la sua immagine ancora più pericolosa della sua persona stessa. Se è lontano, sono innamorata; se è vicino, non sono altro che una folle. Che torni, e allora non lo temerò più.

Il dolore dovuto alla sua lontananza si è unito all’ansia causata da quel sogno. Se hai attribuito tutto questo all’amore, ti sei sbagliata: anche l’amicizia ha avuto la sua parte nella mia tristezza. Da quando se ne sono andati, ti ho vista pallida e cambiata; in ogni momento temevo che tu potessi ammalarti. Non sono sciocca, ma sono apprensiva. So bene che un sogno non può causare eventi concreti, ma ho sempre paura che tali eventi possano verificarsi dopo quel sogno. Appena quell’orribile sogno mi ha lasciata tranquilla per una notte, ti ho vista riprenderti completamente. Anche se forse, senza saperlo, avevo messo un interesse sospetto in quella sua fretta di tornare, sono sicura che avrei dato tutto al mondo pur che si comportasse come un vero uomo quando è partito. Finalmente, la mia vana paura se n’è andata, insieme al tuo aspetto cupo. La tua salute, il tuo appetito hanno avuto più effetto delle tue battute scherzose. E ti ho vista argomentare così bene a tavola contro le mie paure, che queste si sono completamente dissipate. Per di più, è tornato. E ne sono felice in ogni modo. Il suo ritorno non mi allarma affatto; anzi, mi rassicura. Non appena lo vedremo, non temerò più nulla per la tua vita né per la mia tranquillità. Cugina, tienimi la mia amica. E non preoccuparti per la tua. Io rispondo di lei, finché sarà con te. Ma, mio Dio! Che cosa mi preoccupa ancora, e perché mi stringe il cuore senza che io sappia il motivo. Ah, bambina mia. Forse un giorno una delle due dovrà sopravvivere all’altra. Che sfortuna per quella a cui toccherà un destino così crudele. Rimarrà poco degna di vivere, o morirà prima della sua morte.

Potresti dirmi di cosa mi stanco a fare queste stupide lamentazioni? Basta con queste paure paniche che non hanno alcun senso comune! Invece di parlare di morte, parliamo di matrimonio; sarebbe molto più divertente. Da tempo questa idea era già venuta in mente a tuo marito; e se mai non me ne avesse parlato, forse nemmeno a me sarebbe venuta in mente. Da allora ci ho pensato qualche volta, ma sempre con disprezzo. Oh no! Questo rende una giovane vedova ancora più anziana. Se avessi figli da un secondo matrimonio, mi sentirei come la nonna di quelli del primo. Trovo anche molto gentile da parte tua trattare con leggerezza questa questione e considerarla semplicemente un atto di carità. Oh, bene! Allora ti dico io che tutte le ragioni basate sui tuoi premurosi timori non valgono nemmeno la metà delle mie ragioni a favore di un secondo matrimonio.

Parliamoci seriamente. Non ho abbastanza bassezza d’animo da prendere in considerazione motivi legati alla vergogna di ritrattare un impegno preso con troppa leggerezza, né la paura del biasimo nel compiere il mio dovere, né le disuguaglianze economiche in una situazione in cui l’onore spetta esclusivamente a coloro verso i quali l’altra parte è disposta ad essere grata. Ma, senza ripetere ciò che ti ho detto molte volte riguardo al mio carattere indipendente e al mio naturale rifiuto del giogo del matrimonio, mi baso su un solo argomento: quello derivante da una voce così sacra che nessuno al mondo la rispetta più di te. Rimuovi questo ostacolo, cugina, e mi arrenderò. In tutti questi comportamenti che ti spaventano tanto, la mia coscienza è tranquilla; il ricordo di mio marito non mi fa arrossire; anzi, mi piace chiamarlo testimone della mia innocenza. Perché dovrei temere di fare davanti alla sua immagine ciò che facevo davanti a lui? E sarebbe lo stesso, oh Julie, se violassi gli sacri impegni che ci unirono; se osassi giurare a un altro l’amore eterno che gli giurai tante volte; se il mio cuore, ingiustamente diviso, rubasse alla sua memoria ciò che dovrebbe al suo successore. Quell’immagine, che mi è così cara, non mi darebbe altro che terrore e angoscia; continuamente venirebbe a rovinare la mia felicità. Come osi parlarmi di trovare un “successore” a mio marito, dopo aver giurato di non ne dare mai uno al tuo? Come se i motivi che mi adduci non fossero altrettanto validi in questo caso. Si amarono? È ancora peggio: con quale indignazione vedrebbe un uomo che gli fu caro usurpare i suoi diritti e rendere sua moglie infedele! E poi, anche se fosse vero che non gli devo più nulla. Non dovrei forse qualcosa al prezioso pegno del suo amore? E posso credere che mi abbia mai voluta, se avesse previsto che un giorno avrei esposto sua figlia unica al rischio di essere confusa con i figli di un altro?

Encore un mot, et j’ai fini. Qui t’a dit que tous les obstacles viendraient de moi seule ? En répondant de celui que cet engagement regarde, n’as-tu point plutôt consulté ton désir que ton pouvoir ? Quand tu serais sûre de son aveu, n’aurais-tu donc aucun scrupule de m’offrir un coeur usé par une autre passion ? Crois-tu que le mien dût s’en contenter, et que je pusse être heureuse avec un homme que je ne rendrais pas heureux ? Cousine, penses-y mieux ; sans exiger plus d’amour que je n’en puis ressentir moi-même, tous les sentiments que j’accorde je veux qu’ils me soient rendus ; et je suis trop honnête femme pour pouvoir me passer de plaire à mon mari. Quel garant as-tu donc de tes espérances ? Un certain plaisir à se voir, qui peut être l’effet de la seule amitié ; un transport passager qui peut naître à notre âge de la seule différence du sexe ; tout cela suffit-il pour les fonder ? Si ce transport eût produit quelque sentiment durable, est-il croyable qu’il s’en fût tu non seulement à moi, mais à toi, mais à ton mari, de qui ce propos n’eût pu qu’être favorablement reçu ? En a-t-il jamais dit un mot à personne ? Dans nos tête-à-tête a-t-il jamais été question que de toi ? A-t-il jamais été question de moi dans les vôtres ? Puis-je penser que, s’il avait eu là-dessus quelque secret pénible à garder, je n’aurais jamais aperçu sa contrainte, ou qu’il ne lui serait jamais échappé d’indiscrétion ? Enfin, même depuis son départ, de laquelle de nous deux parle-t-il le plus dans ses lettres, de laquelle est-il occupé dans ses songes ? Je t’admire de me croire sensible et tendre, et de ne pas imaginer que je me dirai tout cela ! Mais j’aperçois vos ruses, ma mignonne ; c’est pour vous donner droit de représailles que vous m’accusez d’avoir jadis sauvé mon coeur aux dépens du vôtre. Je ne suis pas la dupe de ce tour-là.

Voilà toute ma confession, cousine : je l’ai faite pour t’éclairer et non pour te contredire. Il me reste à te déclarer ma résolution sur cette affaire. Tu connais à présent mon intérieur aussi bien et peut-être mieux que moi-même : mon honneur, mon bonheur, te sont chers autant qu’à moi, et dans le calme des passions la raison te fera mieux voir où je dois trouver l’un et l’autre. Charge-toi donc de ma conduite ; je t’en remets l’entière direction. Rentrons dans notre état naturel, et changeons entre nous de métier ; nous nous en tirerons mieux toutes deux. Gouverne ; je serai docile : c’est à toi de vouloir ce que je dois faire, à moi de faire ce que tu voudras. Tiens mon âme à couvert dans la tienne ; que sert aux inséparables d’en avoir deux ?

Ah ça ! revenons à présent à nos voyageurs. Mais j’ai déjà tant parlé de l’un que je n’ose plus parler de l’autre, de peur que la différence du style ne se fît un peu trop sentir, et que l’amitié même que j’ai pour l’Anglais ne dît trop en faveur du Suisse. Et puis, que dire sur des lettres qu’on n’a pas vues ? Tu devais bien au moins m’envoyer celle de milord Édouard ; mais tu n’as osé l’envoyer sans l’autre, et tu as fort bien fait… Tu pouvais pourtant faire mieux encore… Ah ! vivent les duègnes de vingt ans ! elles sont plus traitables qu’à trente.

Il faut au moins que je me venge en t’apprenant ce que tu as opéré par cette belle réserve ; c’est de me faire imaginer la lettre en question… cette lettre si… cent fois plus si qu’elle ne l’est réellement. De dépit je me plais à la remplir de choses qui n’y sauraient être. Va, si je n’y suis pas adorée, c’est à toi que je ferai payer tout ce qu’il en faudra rabattre.

En vérité, je ne sais après tout cela comment tu m’oses parler du courrier d’Italie. Tu prouves que mon tort ne fut pas de l’attendre, mais de ne pas l’attendre assez longtemps. Un pauvre petit quart d’heure de plus, j’allais au-devant du paquet, je m’en emparais la première, je lisais, le tout à mon aise, et c’était mon tour de me faire valoir. Les raisins sont trop verts. On me retient deux lettres ; mais j’en ai deux autres que, quoi que tu puisses croire, je ne changerais sûrement pas contre celle-là, quand tous les si du monde y seraient. Je te jure que si celle d’Henriette ne tient pas sa place à côté de la tienne, c’est qu’elle la passe, et que ni toi ni moi n’écrirons de la vie rien d’aussi joli. Et puis on se donnera les airs de traiter ce prodige de petite impertinente ! Ah ! c’est assurément pure jalousie. En effet, te voit-on jamais à genoux devant elle lui baiser humblement les deux mains l’une après l’autre ? Grâce à toi, la voilà modeste comme une vierge, et grave comme un Caton ; respectant tout le monde ; jusqu’à sa mère : il n’y a plus le mot pour rire à ce qu’elle dit ; à ce qu’elle écrit, passe encore. Aussi, depuis que j’ai découvert ce nouveau talent, avant que tu gâtes ses lettres comme ses propos, je compte établir de sa chambre à la mienne un courrier d’Italie dont on n’escamotera point les paquets.

Adieu, petite cousine. Voilà des réponses qui t’apprendront à respecter mon crédit renaissant. Je voulais te parler de ce pays et de ses habitants, mais il faut mettre fin à ce volume ; et puis tu m’as toute brouillée avec tes fantaisies, et le mari m’a presque fait oublier les hôtes. Comme nous avons encore cinq ou six jours à rester ici, et que j’aurai le temps de mieux revoir le peu que j’ai vu, tu ne perdras rien pour attendre, et tu peux compter sur un second tome avant mon départ.

Lettre III – De milord Édouard à M. de Wolmar

Non, cher Wolmar, vous ne vous êtes point trompé ; le jeune homme est sûr ; mais moi je ne le suis guère, et j’ai failli payer cher l’expérience qui m’en a convaincu. Sans lui je succombais moi-même à l’épreuve que je lui avais destinée. Vous savez que, pour contenter sa reconnaissance, et remplir son coeur de nouveaux objets, j’affectais de donner à ce voyage plus d’importance qu’il n’en avait réellement. D’anciens penchants à flatter, une vieille habitude à suivre encore une fois, voilà, avec ce qui se rapportait à Saint-Preux, tout ce qui m’engageait à l’entreprendre. Dire les derniers adieux aux attachements de ma jeunesse, ramener un ami parfaitement guéri, voilà tout le fruit que j’en voulais recueillir.

Je vous ai marqué que le songe de Villeneuve m’avait laissé des inquiétudes. Ce songe me rendit suspects les transports de joie auxquels il s’était livré, quand je lui avais annoncé qu’il était le maître d’élever vos enfants et de passer sa vie avec vous. Pour mieux l’observer dans les effusions de son coeur, j’avais d’abord prévenu ses difficultés ; en lui déclarant que je m’établirais moi-même avec vous, je ne laissais plus à son amitié d’objections à me faire ; mais de nouvelles résolutions me firent changer de langage.

Il n’eut pas vu trois fois la marquise, que nous fûmes d’accord sur son compte. Malheureusement pour elle, elle voulut le gagner, et ne fit que lui montrer ses artifices. L’infortunée ! que de grandes qualités sans vertu ! que d’amour sans honneur ! Cet amour ardent et vrai me touchait, m’attachait, nourrissait le mien ; mais il prit la teinte de son âme noire, et finit par me faire horreur. Il ne fut plus question d’elle.

Quand il eut vu Laure, qu’il connut son coeur, sa beauté, son esprit, et cet attachement sans exemple, trop fait pour me rendre heureux, je résolus de me servir d’elle pour bien éclaircir l’état de Saint-Preux. « Si j’épouse Laure, lui dis-je, mon dessein n’est pas de la mener à Londres, où quelqu’un pourrait la reconnaître, mais dans des lieux où l’on sait honorer la vertu partout où elle est ; vous remplirez votre emploi, et nous ne cesserons point de vivre ensemble. Si je ne l’épouse pas, il est temps de me recueillir. Vous connaissez ma maison d’Oxfordshire, et vous choisirez d’élever les enfants d’un de vos amis, ou d’accompagner l’autre dans sa solitude. » Il me fit la réponse à laquelle je pouvais m’attendre ; mais je voulais l’observer par sa conduite. Car si, pour vivre à Clarens, il favorisait un mariage qu’il eût dû blâmer, ou, si dans cette occasion délicate, il préférait à son bonheur la gloire de son ami, dans l’un et dans l’autre cas l’épreuve était faite, et son coeur était jugé.

One more word, and I’m done. Who told you that all the obstacles would come from me alone? In answering regarding the person this commitment concerns, didn’t you consult your desires rather than your power? When you were certain of his confession, wouldn’t you have had no scruples in offering me a heart that had already been devoted to another passion? Do you really think my heart would be content with that, and that I could be happy with a man whom I couldn’t make happy myself? Cousin, think carefully about this. Without demanding more love than I am capable of feeling myself, I want all the feelings I give to be returned to me; and I am too honest a woman to be willing to fail to please my husband. What guarantee do you have for your hopes? A certain pleasure in each other’s company, which may merely arise from friendship; a fleeting infatuation that, at our age, might stem simply from the difference between sexes—is all of this enough to base such hopes on? If this infatuation had led to any lasting feelings, would it be credible that it remained unspoken not only by me, but also by you, and by your husband, who could only have welcomed such a proposal? Has he ever mentioned it to anyone? In our private conversations, has his talk ever been about you? And in yours, has it ever been about me? How can I believe that, if he had any painful secrets regarding this, I would never have noticed his restraint, or that he would ever have allowed himself to be indiscreet? Finally, even since his departure, of whom of us two does he talk most in his letters, and whose thoughts preoccupy him at night? I admire you for thinking me sensitive and tender, but I see through your tactics, my dear. It’s simply because you want to justify taking revenge that you accuse me of having once saved my heart at the expense of yours. I’m not fooled by that trick at all.

Here is my entire confession, cousin: I made it to enlighten you, not to contradict you. What remains is for me to declare my resolve on this matter. You now know my inner self as well, perhaps even better than I do myself. My honor and my happiness are just as dear to you as they are to me, and in the calmness of reason, you will see more clearly where I must seek them both. Therefore, take charge of my conduct; I place its entire direction in your hands. Let us return to our natural state and exchange roles with each other; we will both fare better this way. Govern me; I will be obedient. It is up to you to decide what I must do, and it is up to me to carry out your wishes. Shield my soul within yours; what use are two souls when they are inseparable?

Ah, well! Let’s get back to our travelers now. But I’ve already spoken so much about one of them that I dare not mention the other, for fear that the difference in style might become too noticeable, and that my own friendship toward the Englishman might unfairly favor the Swissman. Besides, what can one say about letters that one has never even seen? You could at least have sent me Lord Edward’s letter; but you didn’t dare to send it without the other one—and you were quite right. You could have done even more, though. Ah! How fortunate those twenty-year-old brides are—they are much easier to deal with than thirty-year-olds.

At the very least, I must take my revenge by showing you what you have achieved through that so-called “nice gesture” of yours—by making me imagine that letter, a letter that is, in my mind, a hundred times more significant than it actually is. Despite this, I enjoy filling it with things that simply cannot belong there. Well, if I am not adored for this, then it will be you who will pay the price for everything that needs to be “adjusted.”

To be honest, after all this, I really don’t understand how you dare to talk to me about that letter from Italy. You’re proving that my mistake wasn’t in waiting for it at all, but in not waiting long enough. Just a poor twenty-minute delay, and I would have been there first, taken it, read it in peace—and it would have been my turn to shine. But the grapes are still too green. They’ve kept two letters away from me; yet I have two others that, believe me or not, I wouldn’t exchange for that one, even if everyone in the world insisted on it. I swear to you: if Henriette’s letter doesn’t deserve to stand beside yours, it’s because it’s better than yours—and neither of us could ever write anything as beautiful in our lives. And yet we pretend to treat this little impertinence with such respect! Ah, it’s pure jealousy. After all, have you ever seen you kneeling before her and humbly kissing each of her hands one by one? Thanks to you, she’s become as modest as a virgin, as stern as Cato—respecting everyone, even her own mother. There’s no longer any room for laughter at what she says; as for what she writes, well, that’s another matter entirely. So, now that I’ve discovered this new “talent” of hers, before you ruin both her letters and her words, I intend to set up a regular correspondence between her room and mine—so that no packages will ever go missing again.

Adieu, little cousin. These answers will teach you to respect my growing reputation. I wanted to talk to you about this country and its inhabitants, but we must finish this volume now; besides, all your whims have confused me completely, and your husband almost made me forget about our guests. Since we still have five or six days left here, and I will have time to explore more of what I’ve already seen, you won’t lose anything by waiting—and you can count on a second volume before I leave.

Letter III – From Lord Edward to Mr. de Wolmar

No, dear Wolmar, you were not mistaken; the young man is indeed trustworthy. But I am far less certain of that, and I nearly paid a heavy price for the experience that convinced me of his reliability. Without him, I too would have succumbed to the very test I had intended for him. You know that, in order to satisfy his gratitude and fill his heart with new joys, I pretended to assign greater importance to this journey than it actually possessed. Old tendencies to flatter others, an old habit of following certain paths once again—these, together with everything related to Saint-Preux, were the reasons that drove me to undertake this voyage. To say my final goodbyes to the attachments of my youth and to bring back a friend who had been perfectly healed—that was all I hoped to gain from it.

I have mentioned to you that the dream of Villeneuve left me with some concerns. That dream made me suspect the expressions of joy he showed when I told him that he would be responsible for raising your children and spending his life with you. In order to observe more closely the reactions in his heart, I had first pointed out the difficulties he might face; by declaring that I myself would settle down with you, I left no room for any objections on his part based on friendship alone. However, new considerations led me to change my approach.

He had seen the marquise only three times when we had already reached an agreement about her. Unfortunately for her, she tried to win his heart but only displayed all her artifices. That unfortunate woman! Such great qualities, yet no virtue; such love, yet no honor! Her passionate and genuine love moved me, bonded me to her, and nourished my own feelings for her; but it took on the hue of her dark soul and eventually filled me with disgust. No more was there any thought of her.

When he saw Laure and came to know her heart, her beauty, her intellect, and that unparalleled devotion which was so perfectly suited to make me happy, I resolved to use her as an instrument to clearly elucidate the situation concerning Saint-Preux. “If I marry Laure,” I told him, “my intention is not to take her to London, where someone might recognize her, but rather to places where virtue is always honored wherever it exists; you will fulfill your role there, and we will continue to live together. If I do not marry her, then it is time for me to settle down. You know my home in Oxfordshire; you may choose to raise the children of one of your friends or to accompany the other in his solitude.” He gave me the answer I expected; but I wanted to observe his behavior to see for myself. For if, in order to live at Clarens, he were to support a marriage that he should have condemned, or if, in this delicate situation, he preferred the glory of his friend to his own happiness, then in either case the test would be clear, and his true character would be revealed.

Un’altra parola, e ho finito. Chi ti ha detto che tutti gli ostacoli provenissero soltanto da me? Rispondendo a quella domanda riguardante questo impegno, non hai forse consultato prima il tuo desiderio che il tuo potere? Quando fossi sicura della sua dichiarazione d’amore, avresti forse qualche rimorso nel offrirmi un cuore già appartenuto a un’altra passione? Pensi davvero che il mio cuore possa accontentarsi di questo, e che io possa essere felice con un uomo che non renderò felice? Cugina, rifletti bene: senza chiedere più amore di quanto io stessa possa provare, voglio che tutti i sentimenti che dono siano ricambiati; e sono una donna troppo onesta per potermi accontentare di non piacere a mio marito. Quale garanzia hai dunque delle tue speranze? Un certo piacere nel vedersi, che può essere il risultato dell’amicizia soltanto; un trasporto passeggero che, alla nostra età, può nascere semplicemente dalla differenza di sesso. Basta tutto questo per fondare delle speranze serie? Se quel trasporto avesse prodotto un sentimento duraturo, è credibile che sia rimasto segreto non solo per me, ma anche per te, e soprattutto per tuo marito, il quale certamente l’avrebbe accolto con favore. Gliene ha mai parlato con qualcuno? Ne abbiamo mai discusso durante i nostri incontri intimi? E nelle vostre conversazioni, ne è mai stata menzionata la mia presenza? Posso davvero pensare che, se avesse avuto qualche segreto difficile da nascondere, io non avrei mai notato la sua reticenza. O forse gli sarebbe mai sfuggita un’indiscrezione? Infine, anche dopo la sua partenza, di noi due di chi parla di più nelle sue lettere, a cui pensa nei suoi sogni? Ti ammiro per credere che io sia sensibile e tenera. Ma vedo attraverso le vostre astuzie, mia cara; è solo per avere il diritto di vendicarvi che mi accusate di aver salvato il mio cuore a scapito del vostro. Non sono certo la vittima di questo trucco.

Ecco tutta la mia confessione, cugina: l’ho fatta per illuminarti, non per contraddirti. Mi resta ora ad annunciarti la mia decisione su questa questione. Ora conosci il mio animo tanto bene, forse meglio di me stessa: il mio onore, la mia felicità ti sono cari quanto a me, e nella calma delle passioni la ragione ti aiuterà a capire dove posso trovarli entrambi. Perciò affidami la guida della mia condotta; ti lascio interamente il controllo su di essa. Torniamo al nostro stato naturale e scambiamoci i ruoli: così entrambe ce la caveremo meglio. Guida tu; sarò docile: spetta a te decidere cosa devo fare, a me eseguire le tue volontà. Custodisci la mia anima nella tua; a chi è inseparabile da un’altra, che bisogno ha di averne due?

Ah, bene! Torniamo ora ai nostri viaggiatori. Ma ho già parlato così tanto di uno che non oso più parlare dell’altro, per paura che la differenza nello stile risulti troppo evidente, e che anche l’affetto che provo per l’inglese possa dare un vantaggio eccessivo allo svizzero. Inoltre, cosa si può dire di lettere che non si sono mai viste? Avresti almeno potuto inviarmi quella di lord Edward. Ma non hai osato farlo senza l’altra, e hai fatto benissimo. Anzi, avresti potuto fare anche meglio. Ah! Che fortuna avere una fidanzata di vent’anni: è più facile da gestire che una di trenta.

Devo almeno vendicarmi, insegnandoti ciò che hai fatto attraverso quella bella “riserva”; in questo modo mi costringi a immaginare quella lettera, una lettera cento volte più importante di quanto non sia realmente. Nonostante tutto, mi diverte l’idea di riempirla di cose che non dovrebbero mai esserci dentro. Vai pure: se non sono adorata io, sarai tu a pagare per tutte le cose che dovranno essere “sottratte” da essa.

In verità, dopo tutto ciò che è accaduto, non so proprio come tu osi parlarmi di quella lettera dall’Italia. Dimostri chiaramente che il mio errore non è stato quello di aspettarla, ma di non aver atteso abbastanza a lungo. Se solo avessi aspettato ancora un quarto d’ora in più, sarei andata io stessa a prendere il pacco, l’avrei preso per prima e l’avrei letto con calma. E sarebbe stato il mio turno di “mostrarmi”. Ma i “grappoli” sono ancora troppo verdi. Mi hanno trattenuto due lettere; ma ne ho altre due che, per quanto tu possa pensare, non cambierei mai con quella. Anche se tutti al mondo me le chiedessero. Giuro che se la lettera di Henriette non occupasse il posto che le spetta accanto alla tua, significa semplicemente che lei lo ha “occupato”. E né tu né io scriveremmo mai nulla di così bello nella vita. E poi, ci mettiamo pure a fare finta di trattare questa piccola impertinente come se fosse qualcosa di speciale. Ah! È sicuramente solo invidia. Infatti, ti ho mai visto inginocchiarti davanti a lei e baciarle umilmente entrambe le mani, una dopo l’altra? Grazie a te, ora è modesta come una vergine, seria come Catone. Rispetta tutti. Persino sua madre. Non c’è più modo di ridere di ciò che dice. E per quanto riguarda ciò che scrive, beh, lasciamo perdere. Quindi, da quando ho scoperto questo suo nuovo “talento”, prima che tu rovini le sue lettere come hai già rovinato i suoi discorsi, intendo stabilire un vero e proprio scambio epistolare tra la sua stanza e la mia. Un scambio di cui nessuno potrà mai nascondere i pacchi.

Addio, piccola cugina. Queste risposte ti insegneranno a rispettare la mia reputazione, che sta tornando a essere quella di una volta. Volevo parlarti di questo paese e dei suoi abitanti, ma è necessario concludere questo volume; inoltre, le tue fantasie mi hanno completamente confusa, e mio marito quasi mi ha fatto dimenticare gli ospiti. Poiché abbiamo ancora cinque o sei giorni da trascorrere qui, avrò il tempo di rivedere più attentamente ciò che ho visto. Quindi non perderai nulla aspettando. Puoi contare su un secondo volume prima della mia partenza.

Lettera III – Di lord Edward a Monsieur de Wolmar

No, caro Wolmar, non vi siete sbagliato; quel giovane è sicuro di sé. Ma io non lo sono affatto, e ho rischiato molto per l’esperienza che mi ha convinto della sua sincerità. Senza di lui, sarei stato anch’io a soccombere alla prova che gli avevo destinata. Sapete che, per soddisfare la sua riconoscenza e riempire il suo cuore di nuovi stimoli, fingevo di attribuire a questo viaggio un’importanza maggiore di quella che realmente aveva. Vecchi desideri di compiacere gli altri, un’antica abitudine a seguire certi percorsi. E poi tutto ciò che riguardava Saint-Preux. Questo è stato il motivo per cui ho deciso di intraprenderlo. Dire addio agli affetti della mia giovinezza, riportare a casa un amico completamente guarito. Questo era l’unico risultato che desideravo ottenere da questo viaggio.

Vi avevo detto che il sogno di Villeneuve mi aveva lasciato preoccupazioni. Quel sogno mi fece dubitare delle sue manifestazioni di gioia quando gli annunciai che sarebbe stato lui ad educare vostri figli e a trascorrere la sua vita con voi. Per osservarlo meglio nelle sue emozioni, avevo prima previsto le difficoltà che avrebbe potuto incontrare; dichiarandogli che io stesso mi sarei stabilito con voi, non gli lasciai più alcuna scusa per opporsi alla mia proposta. Ma nuove considerazioni mi spinsero a cambiare approccio.

Non l’avevamo vista che tre volte quando già eravamo d’accordo su di lei. Sfortunatamente per lei, cercò di conquistarlo, ma non fece altro che mostrargli i suoi artifici. Poverina, quali grandi qualità, ma senza virtù; quale amore, ma senza onore! Quell’amore ardente e sincero mi commuoveva, mi legava a lui e alimentava il mio stesso sentimento. Ma assunse il colore del suo animo oscuro, e alla fine iniziò a disgustarmi. Non se ne parlò più.

Quando vide Laure, quando conobbe il suo cuore, la sua bellezza, il suo spirito, e quell’affetto senza esempio, così adatto a rendermi felice, decisi di utilizzarla per chiarire appieno la situazione di Saint-Preux. “Se sposo Laure”, le dissi, “il mio intento non è portarla a Londra, dove qualcuno potrebbe riconoscerla, ma in luoghi dove si sa onorare la virtù ovunque essa esista; tu compirai il tuo dovere, e noi continueremo a vivere insieme. Se non la sposo, è giunto il momento di ritirarmi nella solitudine. Conosci la mia casa nell’Oxfordshire: sceglierai di allevare i figli di uno dei tuoi amici o di accompagnare l’altro nella sua solitudine.” Mi rispose come mi aspettavo; ma volevo osservare la sua reazione attraverso il suo comportamento. Perché, se, pur volendo vivere a Clarens, avesse favorito un matrimonio che avrebbe dovuto condannare, o se, in questa circostanza delicata, avesse preferito la gloria del suo amico al proprio bene, in entrambi i casi l’esame sarebbe stato completo e il suo cuore sarebbe stato giudicato.

Je le trouvai d’abord tel que je le désirais, ferme contre le projet que je feignais d’avoir, et armé de toutes les raisons qui devaient m’empêcher d’épouser Laure. Je sentais ces raisons mieux que lui ; mais je la voyais sans cesse, et je la voyais affligée et tendre. Mon coeur, tout à fait détaché de la marquise, se fixa par ce commerce assidu. Je trouvai dans les sentiments de Laure de quoi redoubler l’attachement qu’elle m’avait inspiré. J’eus honte de sacrifier à l’opinion, que je méprisais, l’estime que je devais à son mérite ; ne devais-je rien aussi à l’espérance que je lui avais donnée, sinon par mes discours, au moins par mes soins ? Sans avoir rien promis, ne rien tenir c’était la tromper ; cette tromperie était barbare. Enfin, joignant à mon penchant une espèce de devoir, en songeant plus à mon bonheur qu’à ma gloire, j’achevai de l’aimer par raison ; je résolus de pousser la feinte aussi loin qu’elle pouvait aller, et jusqu’à la réalité même si je ne pouvais m’en tirer autrement sans injustice.

Cependant je sentis augmenter mon inquiétude sur le compte du jeune homme, voyant qu’il ne remplissait pas dans toute sa force le rôle dont il s’était chargé. Il s’opposait à mes vues, il improuvait le noeud que je voulais former ; mais il combattait mal mon inclination naissante, et me parlait de Laure avec tant d’éloges, qu’en paraissant me détourner de l’épouser, il augmentait mon penchant pour elle. Ces contradictions m’alarmèrent. Je ne le trouvais point aussi ferme qu’il aurait dû l’être : il semblait n’oser heurter de front mon sentiment, il mollissait contre ma résistance, il craignait de me fâcher, il n’avait point à mon gré pour son devoir l’intrépidité qu’il inspire à ceux qui l’aiment.

D’autres observations augmentèrent ma défiance ; je sus qu’il voyait Laure en secret ; je remarquais entre eux des signes d’intelligence. L’espoir de s’unir à celui qu’elle avait tant aimé ne la rendait point gaie. Je lisais bien la même tendresse dans ses regards, mais cette tendresse n’était plus mêlée de joie à mon abord, la tristesse y dominait toujours. Souvent, dans les plus doux épanchements de son coeur, je la voyais jeter sur le jeune homme un coup d’oeil à la dérobée, et ce coup d’oeil était suivi de quelques larmes qu’on cherchait à me cacher. Enfin le mystère fut poussé au point que j’en fus alarmé. Jugez de ma surprise. Que pouvais-je penser ? N’avais-je réchauffé qu’un serpent dans mon sein ? Jusqu’où n’osais-je point porter mes soupçons et lui rendre son ancienne injustice ! Faibles et malheureux que nous sommes ! c’est nous qui faisons nos propres maux. Pourquoi nous plaindre que les méchants nous tourmentent, si les bons se tourmentent encore entre eux ?

Tout cela ne fit qu’achever de me déterminer. Quoique j’ignorasse le fond de cette intrigue, je voyais que le coeur de Laure était toujours le même ; et cette épreuve ne me la rendait que plus chère. Je me proposais d’avoir une explication avec elle avant la conclusion ; mais je voulais attendre jusqu’au dernier moment, pour prendre auparavant par moi-même tous les éclaircissements possibles. Pour lui, j’étais résolu de me convaincre, de le convaincre, enfin d’aller jusqu’au bout avant que de lui rien dire ni de prendre un parti par rapport à lui, prévoyant une rupture infaillible, et ne voulant pas mettre un bon naturel et vingt ans d’honneur en balance avec des soupçons.

La marquise n’ignorait rien de ce qui se passait entre nous. Elle avait des épies dans le couvent de Laure, et parvint à savoir qu’il était question de mariage. Il n’en fallut pas davantage pour réveiller ses fureurs ; elle m’écrivit des lettres menaçantes. Elle fit plus que d’écrire ; mais comme ce n’était pas la première fois, et que nous étions sur nos gardes, ses tentatives furent vaines. J’eus seulement le plaisir de voir dans l’occasion que Saint-Preux savait payer de sa personne, et ne marchandait pas sa vie pour sauver celle d’un ami.

Vaincue par les transports de sa rage, la marquise tomba malade et ne se releva plus. Ce fut là le terme de ses tourments[208] et de ses crimes. Je ne pus apprendre son état sans en être affligé. Je lui envoyai le docteur Eswin ; Saint-Preux y fut de ma part : elle ne voulut voir ni l’un ni l’autre ; elle ne voulut pas même entendre parler de moi, et m’accabla d’imprécations horribles chaque fois qu’elle entendit prononcer mon nom. Je gémis sur elle, et sentis mes blessures prêtes à se rouvrir. La raison vainquit encore ; mais j’eusse été le dernier des hommes de songer au mariage, tandis qu’une femme qui me fut si chère était à l’extrémité. Saint-Preux, craignant qu’enfin je ne pusse résister au désir de la voir, me proposa le voyage de Naples et j’y consentis.

Le surlendemain de notre arrivée, je le vis entrer dans ma chambre avec une contenance ferme et grave, et tenant une lettre à la main. Je m’écriai : « La marquise est morte ! — Plût à Dieu ! reprit-il froidement, il vaut mieux n’être plus que d’exister pour mal faire. Mais ce n’est pas d’elle que je viens vous parler ; écoutez-moi. » J’attendis en silence.

« Milord, me dit-il, en me donnant le saint nom d’ami, vous m’apprîtes à le porter. J’ai rempli la fonction dont vous m’avez chargé ; et vous voyant prêt à vous oublier, j’ai dû vous rappeler à vous-même. Vous n’avez pu rompre une chaîne que par une autre. Toutes deux étaient indignes de vous. S’il n’eût été question que d’un mariage inégal, je vous aurais dit : Songez que vous êtes pair d’Angleterre, et renoncez aux honneurs du monde, ou respectez l’opinion. Mais un mariage abject !… vous !… Choisissez mieux votre épouse. Ce n’est pas assez qu’elle soit vertueuse, elle doit être sans tache… La femme d’Édouard Bomston n’est pas facile à trouver. Voyez ce que j’ai fait. »

Alors il me remit la lettre. Elle était de Laure. Je ne l’ouvris pas sans émotion. « L’amour a vaincu, me disait-elle ; vous avez voulu m’épouser ; je suis contente. Votre ami m’a dicté mon devoir ; je le remplis sans regret. En vous déshonorant, j’aurais vécu malheureuse ; en vous laissant votre gloire, je crois la partager. Le sacrifice de tout mon bonheur à un devoir si cruel me fait oublier la honte de ma jeunesse. Adieu, dès cet instant je cesse d’être en votre pouvoir et au mien. Adieu pour jamais. O Édouard ! ne portez pas le désespoir dans ma retraite ; écoutez mon dernier voeu. Ne donnez à nulle autre une place que je n’ai pu remplir. Il fut au monde un coeur fait pour vous, et c’était celui de Laure. »

L’agitation m’empêchait de parler. Il profita de mon silence pour me dire qu’après mon départ elle avait pris le voile dans le couvent où elle était pensionnaire ; que la cour de Rome, informée qu’elle devait épouser un luthérien, avait donné des ordres pour m’empêcher de la revoir ; et il m’avoua franchement qu’il avait pris tous ces soins de concert avec elle. « Je ne m’opposai point à vos projets, continua-t-il, aussi vivement que je l’aurais pu, craignant un retour à la marquise, et voulant donner le change à cette ancienne passion par celle de Laure. En vous voyant aller plus loin qu’il ne fallait, je fis d’abord parle la raison ; mais ayant trop acquis par mes propres fautes le droit de me défier d’elle, je sondai le coeur de Laure ; et y trouvant toute la générosité qui est inséparable du véritable amour, je m’en prévalus pour la porter au sacrifice qu’elle vient de faire. L’assurance de n’être plus l’objet de votre mépris lui releva le courage et la rendit plus digne de votre estime. Elle a fait son devoir ; il faut faire le vôtre. »

Alors, s’approchant avec transport, il me dit en me serrant contre sa poitrine : « Ami, je lis, dans le sort commun que le ciel nous envoie, la loi commune qu’il nous prescrit. Le règne de l’amour est passé, que celui de l’amitié commence ; mon coeur n’entend plus que sa voix sacrée, il ne connaît plus d’autre chaîne que celle qui me lie à toi. Choisis le séjour que tu veux habiter : Clarens, Oxford, Londres, Paris ou Rome ; tout me convient, pourvu que nous y vivions ensemble. Va, viens où tu voudras, cherche un asile en quelque lieu que ce puisse être, je te suivrai partout : j’en fais le serment solennel à la face du Dieu vivant, je ne te quitte plus qu’à la mort. »

At first, I found her exactly as I desired her to be: resolute against the plan that I pretended to have in mind, and armed with all the reasons that should have prevented me from marrying Laure. I was more aware of these reasons than she was; yet I saw her constantly, and I saw her distressed and tender. My heart, which had long been detached from the marquise, became attached to her through this constant contact. I found in Laure’s feelings enough to increase even further the affection she had inspired in me. I felt ashamed to sacrifice, for the sake of an opinion that I despised, the respect that was due to her merits; and shouldn’t I also owe something to the hope that I had given her—if not through my words, at least through my care? To promise nothing and fail to keep my word would be to deceive her; such deception was cruel. Finally, by combining my inclination with a sort of duty, and thinking more of my own happiness than of my own glory, I came to love her out of reason. I resolved to carry this pretense as far as it was possible to go—even to the point of reality itself, if there was no other way to avoid injustice.

However, I began to feel increasingly anxious about this young man, realizing that he was not fulfilling the role he had taken upon himself with sufficient determination. He opposed my views and criticized the plan I intended to pursue; yet he struggled poorly against my growing inclination toward him. Moreover, his excessive praise for Laure only served to strengthen my desire to marry her—since his actions seemed intended to dissuade me from doing so. These contradictions filled me with concern. I found him far from as resolute as he should have been; he seemed afraid to confront my feelings head-on, yielded to my resistance, and was overly cautious not to anger me. He lacked the courage that one would naturally expect from someone who holds such high regard for their duties.

Other observations only increased my suspicion; I knew that he saw Laure in secret, and I noticed signs of understanding between them. The hope of joining together with the one she had so much loved did not bring her any joy. I could see the same tenderness in her gaze, but now it was no longer mixed with happiness—sadness dominated it. Often, in the moments of greatest tenderness from her heart, I would see her steal a secret glance at the young man, and those glances were always followed by tears that she tried to hide from me. Finally, the mystery became so intense that it alarmed me. Imagine my surprise. What could I think? Had I merely nurtured a serpent in my own bosom? To what extent dared I extend my suspicions and even repay her past wrongs! How weak and unfortunate we are—we are the ones who bring suffering upon ourselves. Why complain that the wicked torment us, if even the good suffer among themselves?

All of this only served to strengthen my resolve. Although I knew nothing about the true nature of this intrigue, I saw that Laure’s heart remained unchanged; and this ordeal only made her dearer to me. I planned to have a conversation with her before things came to an end, but I wanted to wait until the last moment in order to gather all possible information myself first. For her sake, I was determined to convince myself, to convince her—above all, to get to the bottom of the matter before saying anything or taking any action towards her. I anticipated an inevitable break-up and did not wish to weigh a kind nature and twenty years of honor against mere suspicions.

The marquise was fully aware of what was happening between us. She had spies in Laure’s convent and managed to learn that marriage was involved. That was enough to unleash her fury; she wrote me threatening letters. She did more than just write; but since it wasn’t the first time, and we were on our guard, her attempts were futile. I merely took pleasure in seeing that Saint-Preux was willing to risk his own life in order to save that of a friend.

Overwhelmed by the intensity of her rage, the marquise fell ill and never recovered. Thus came an end to her suffering and her crimes[208]. I was deeply distressed upon learning of her condition. I sent for Dr. Eswin; Saint-Preux also went to see her. But she refused to see either of them; she would not even hear my name mentioned, and every time it was spoken, she would hurl at me terrible curses. I mourned for her, feeling as if my own wounds were about to reopen. Reason eventually prevailed; yet, with a woman who had meant so much to me in such dire straits, the thought of marriage never crossed my mind. Fearing that I might ultimately give in to the desire to see her, Saint-Preux suggested a trip to Naples, and I agreed.

The day after our arrival, I saw him enter my room with a solemn and grave demeanor, holding a letter in his hand. I exclaimed, “The marquise is dead! — Thank God!” he replied coldly, “It is better not to exist at all than to exist only to do evil. But it is not about her that I have come to speak with you; listen to me.” I waited in silence.

“My lord,” he said to me, using that sacred title of “friend,” “you have taught me how to bear it. I have fulfilled the task you entrusted to me; and seeing you on the verge of forgetting yourself, I had to remind you of your duty. You could only break one chain by replacing it with another—one that was just as unworthy of you. If it had been merely an unequal marriage, I would have said to you: ‘Remember that you are a peer of England; either renounce the honors of this world or respect public opinion.’ But such a degrading marriage!. You!. Choose your wife more carefully. It is not enough for her to be virtuous; she must also be without flaw. The wife of Edward Bomston is no easy one to find. See what I have done.”

So he handed me the letter. It was from Laure. I opened it with emotion. “Love has triumphed,” she wrote, “you wanted to marry me; I am happy. Your friend told me what my duty was; I fulfill it without regret. By bringing you dishonor, I would have lived in misery; by allowing you to keep your honor, I believe I share it. The sacrifice of all my happiness for such a cruel duty makes me forget the shame of my youth. Adieu—from this moment on, I am no longer under your control, nor am I under mine own. Adieu forever. Oh Edward! do not bring despair into my retreat; listen to my last wish. Do not give any other woman the place that I was unable to fill. There was a heart in this world made for you, and it was Laure’s.”

My agitation prevented me from speaking. He took advantage of my silence to tell me that after my departure, she had taken vows in the convent where she was residing; that the Court of Rome, having learned that she was supposed to marry a Lutheran, had ordered that I not be allowed to see her again; and he frankly admitted that he had taken all these steps in conjunction with her. “I did not oppose your plans,” he continued, “as vigorously as I might have done, for I feared a return to the marquise’s influence and wanted to replace that old passion with one for Laure. When I saw you going too far, I first tried to reason with you; but since I had, through my own mistakes, earned the right to defy her, I examined Laure’s heart carefully. And finding there all the generosity that is inherent in true love, I took advantage of it to persuade her to make the sacrifice she has just undertaken. The knowledge that she was no longer the object of your contempt gave her the courage and made her more worthy of your respect. She has done her duty; now you must do yours.”

Then, approaching me with great enthusiasm, he said, pressing me against his chest: “My friend, I see in the common fate that heaven has appointed for us the universal law it imposes upon us. The reign of love is over; now begins the reign of friendship. My heart hears only its sacred voice; it knows no other bond but the one that ties me to you. Choose whatever place you wish to dwell: Clarens, Oxford, London, Paris, or Rome—anywhere will be suitable for me, so long as we live there together. Go wherever you want; seek refuge in any place you may; I will follow you everywhere. I swear it solemnly before the living God—I will never leave you, except at the hour of my death.”

All’inizio, la trovai esattamente come desideravo: ferma di fronte al progetto che fingevo di avere in mente, e armata di tutte le ragioni che avrebbero dovuto impedirmi di sposare Laure. Queste ragioni le conoscevo meglio di lei; ma la vedevo costantemente, e la vedevo sofferente e tenera. Il mio cuore, ormai completamente distaccato dalla marchesa, si legò a lei attraverso questo frequente contatto. Scoprii nei sentimenti di Laure qualcosa che rafforzò ancora di più l’affetto che aveva suscitato in me. Mi vergognai di sacrificare, all’opinione che disprezzavo, la stima che dovevo al suo merito; non dovevo forse anche qualcosa alla speranza che le avevo dato, se non con le mie parole, almeno con le mie attenzioni? Non averle promesso nulla, non mantenerla in alcuna aspettativa significava ingannarla. E questo inganno era crudele. Alla fine, unendo il mio desiderio a una sorta di dovere, pensando più al mio bene che alla mia gloria, decisi di amarla davvero, per ragione; mi resi conto che avrei potuto portare questa finzione fino alla realtà stessa, anche se questo avrebbe significato agire in modo ingiusto.

Tuttavia, la mia inquietudine per quel giovane aumentava; si vedeva infatti che non svolgeva con sufficiente determinazione il ruolo che si era assunto. Si opponeva alle mie idee, criticava il piano che intendevo attuare; ma combatteva debolmente la mia inclinazione naturale verso di lui e parlava di Laure con tali elogi che, pur sembrando distogliermi dall’idea di sposarla, in realtà rafforzava il mio desiderio per lei. Queste contraddizioni mi allarmavano: non lo trovavo abbastanza deciso come avrebbe dovuto essere; sembrava non osare sfidare apertamente i miei sentimenti, cedeva di fronte alla mia resistenza, temeva di offendermi. Non possedeva quella determinazione che, secondo me, un vero amante dovesse avere nel compiere il proprio dovere.

Altre osservazioni aumentarono la mia diffidenza; capii che lui vedeva Laure in segreto e notai tra loro dei segni di intesa. La speranza di unirsi a colui che lei aveva tanto amato non la rendeva affatto felice. Leggevo nella sua espressione la stessa tenerezza, ma questa tenerezza non era più accompagnata da gioia al mio cospetto: la tristezza dominava sempre. Spesso, nei momenti più dolci del suo cuore, la vedevo lanciare di nascosto uno sguardo verso quel giovane, e quell’sguardo era seguito da qualche lacrima che cercavano di nascondermi. Alla fine, il mistero raggiunse un punto tale da allarmarmi. Immaginate la mia sorpresa: cosa potevo pensare? Non avevo forse accolto nel mio cuore un serpente? Fino a che punto non osavo estendere i miei sospetti e vendicarle l’ingiustizia subita in passato. Debole e infelice come siamo, siamo noi stessi a causarci il male. Perché lamentarci se i malvagi ci tormentano, se anche i buoni soffrono tra loro?

Tutto ciò non fece altro che rafforzare la mia determinazione. Anche se ignoravo i dettagli di questa situazione, capivo chiaramente che il cuore di Laure era sempre lo stesso; e questa prova non faceva che renderla ancora più preziosa ai miei occhi. Intendevo avere una spiegazione con lei prima della fine di tutto; ma volevo aspettare fino all’ultimo momento, per raccogliere tutte le informazioni possibili prima di prendere qualsiasi decisione. Per quanto la riguardava, ero deciso a convincermi io stesso, a convincerla, e soprattutto ad arrivare fino in fondo prima di dirle nulla o di assumere una posizione definitiva nei suoi confronti. Prevedevo che ci sarebbe stata inevitabilmente una rottura, e non volevo mettere un buon carattere e vent’anni di onore a rischio a causa di semplici sospetti.

La marchesa non ignorava nulla di ciò che accadeva tra noi. Aveva delle spie nel convento di Laure e riuscì a scoprire che si trattava di un matrimonio. Non fu necessario altro per scatenare la sua furia; mi scrisse lettere minacciose. Fece di più che scrivere. Ma poiché non era la prima volta e noi eravamo attenti, i suoi tentativi fallirono. Ebbi solo il piacere di constatare, in quell’occasione, che Saint-Preux sapeva sacrificare se stesso per salvare la vita di un amico.

Sconfitta dall’ira che la divorava, la marchesa ammalò e non si riprese più. Fu così che terminarono i suoi tormenti e i suoi crimini[208]. Non potevo conoscere la sua condizione senza provare dolore. Inviai il dottor Eswin; anche Saint-Preux andò da lei, ma lei rifiutò di vedere né l’uno né l’altro; non volle nemmeno sentire parlare di me, e ogni volta che veniva menzionato il mio nome, mi colpiva con imprecazioni orribili. Piangevo per lei, e sentivo che le mie ferite erano sul punto di riaprirsi. La ragione prevalse ancora una volta; ma io non avrei mai pensato al matrimonio, mentre una donna che mi era stata così cara si trovava in condizioni disperate. Saint-Preux, temendo che alla fine non riuscissi a resistere al desiderio di vederla, mi propose di viaggiare a Napoli e io accettai.

Il giorno dopo il nostro arrivo, lo vidi entrare nella mia stanza con un’aria decisa e grave, tenendo in mano una lettera. Esclamai: «La marchesa è morta! — Che Dio sia lodato!» rispose lui freddamente, «È meglio non essere più vivi piuttosto che continuare a esistere solo per fare del male. Ma non sono venuto qui per parlare di lei; ascoltate me». Aspettai in silenzio.

“Milord,” mi disse, usando quel sacro nome di “amico”, “voi mi avete insegnato a portarlo con onore. Ho adempiuto alla funzione che mi avete affidato; e vedendovi pronto a dimenticarvi di voi stesso, ho dovuto ricordarvi chi siete veramente. Non avete potuto rompere una catena se non sostituendola con un’altra. Entrambe erano indegne di voi. Se si fosse trattato soltanto di un matrimonio disuguale, vi avrei detto: ‘Pensate che siete un pari d’Inghilterra. Rinunciate agli onori del mondo, oppure rispettate l’opinione altrui.’ Ma un matrimonio così umiliante, voi! Scegliete meglio la vostra sposa. Non basta che sia virtuosa: deve essere anche irreprensibile. La moglie di Edward Bomston non è facile da trovare. Guardate cosa ho fatto io.”

Allora mi consegnò la lettera. Era di Laure. Non la aprii senza emozione. “L’amore ha vinto”, mi scriveva; “voleste sposarmi; ne sono felice. Vostro amico mi ha indicato il mio dovere; lo compio senza rimpianti. Se vi avessi disonorato, avrei vissuto infelice; lasciandovi la vostra gloria, credo di condividerla. Il sacrificio di tutta la mia felicità per un dovere così crudele mi fa dimenticare l’umiliazione della mia giovinezza. Addio. Da questo momento, smetto di essere né sotto il vostro controllo né sotto il mio. Addio per sempre. Oh Edouard! Non portate il dispero nella mia ritirata; ascoltate il mio ultimo desiderio: non date a nessun’altra il posto che io non sono riuscita a occupare. Nel mondo c’è stato un cuore fatto per voi, e quello era di Laure.”

L’agitazione mi impediva di parlare. Lui approfittò del mio silenzio per dirmi che, dopo la mia partenza, lei aveva preso i voti nel convento in cui risiedeva; che la corte di Roma, venuta a sapere che doveva sposare un luterano, aveva ordinato di impedirmi di rivederla; e mi confessò apertamente di aver agito tutto questo in accordo con lei. “Non mi opposi ai vostri piani”, continuò, “perché temevo un ritorno della marchesa e volevo sostituire quell’antica passione con quella per Laure. Vedendovi spingere troppo oltre, cercai prima di tutto di farvi ragionare; ma avendo, a causa delle mie stesse colpe, acquisito il diritto di sfidarla, esaminai il cuore di Laure e vi trovai tutta la generosità che è inscindibile dall’amore vero. Ne approfittai per spingerla a compiere quel sacrificio che ha appena fatto. La certezza di non essere più oggetto del vostro disprezzo le restituì il coraggio e la rese ancora più degna della vostra stima. Lei ha adempiuto al suo dovere; ora tocca a voi fare il vostro.”

Allora, avvicinandosi a me con grande emozione, mi disse stringendomi al suo petto: “Amico mio, leggo nel destino comune che il cielo ci ha destinato la legge comune che esso ci impone. Il regno dell’amore è finito; ora inizia quello dell’amicizia. Il mio cuore non ascolta più che la sua voce sacra; non conosce altra catena se non quella che mi lega a te. Scegli il luogo dove vuoi vivere: Clarens, Oxford, Londra, Parigi o Roma. Tutto mi va bene, purché possiamo viverci insieme. Vai pure, dove vuoi; cerca un rifugio ovunque tu sia. Io ti seguirò ovunque: lo giuro solennemente davanti a Dio vivente. Non ti lascerò più se non alla morte.”

Je fus touché. Le zèle et le feu de cet ardent jeune homme éclataient dans ses yeux. J’oubliai la marquise et Laure. Que peut-on regretter au monde quand on y conserve un ami ? Je vis aussi, par le parti qu’il prit sans hésiter dans cette occasion, qu’il était guéri véritablement, et que vous n’aviez pas perdu vos peines ; enfin j’osai croire, par le voeu qu’il fit de si bon coeur de rester attaché à moi, qu’il l’était plus à la vertu qu’à ses anciens penchants. Je puis donc vous le ramener en toute confiance. Oui, cher Wolmar, il est digne d’élever des hommes, et, qui plus est, d’habiter votre maison.

Peu de jours après j’appris la mort de la marquise. Il y avait longtemps pour moi qu’elle était morte ; cette perte ne me toucha plus. Jusqu’ici j’avais regardé le mariage comme une dette que chacun contracte à sa naissance envers son espèce, envers son pays, et j’avais résolu de me marier moins par inclination que par devoir. J’ai changé de sentiment. L’obligation de se marier n’est pas commune à tous ; elle dépend pour chaque homme de l’état où le sort l’a placé : c’est pour le peuple, pour l’artisan, pour le villageois, pour les hommes vraiment utiles, que le célibat est illicite ; pour les ordres qui dominent les autres, auxquels tout tend sans cesse, et qui ne sont toujours que trop remplis, il est permis et même convenable. Sans cela l’État ne fait que se dépeupler par la multiplication des sujets qui lui sont à charge. Les hommes auront toujours assez de maîtres, et l’Angleterre manquera plus tôt de laboureurs que de pairs.

Je me crois donc libre et maître de moi dans la condition où le ciel m’a fait naître. À l’âge où je suis on ne répare plus les pertes que mon coeur a faites. Je le dévoue à cultiver ce qui me reste, et ne puis mieux le rassembler qu’à Clarens. J’accepte donc toutes vos offres, sous les conditions que ma fortune y doit mettre, afin qu’elle ne me soit pas inutile. Après l’engagement qu’a pris Saint-Preux, je n’ai plus d’autre moyen de le tenir auprès de vous que d’y demeurer moi-même ; et si jamais il y est de trop, il me suffira d’en partir. Le seul embarras qui me reste est pour mes voyages d’Angleterre ; car quoique je n’aie plus aucun crédit dans le parlement, il me suffit d’en être membre pour faire mon devoir jusqu’à la fin. Mais j’ai un collègue et un ami sûr, que je puis charger de ma voix dans les affaires courantes. Dans les occasions où je croirai devoir m’y trouver moi-même, notre élève pourra m’accompagner, même avec les siens quand ils seront un peu plus grands, et que vous voudrez bien nous les confier. Ces voyages ne sauraient que leur être utiles, et ne seront pas assez longs pour affliger beaucoup leur mère.

Je n’ai point montré cette lettre à Saint-Preux ; ne la montrez pas entière à vos dames : il convient que le projet de cette épreuve ne soit jamais connu que de vous et de moi. Au surplus, ne leur cachez rien de ce qui fait honneur à mon digne ami, même à mes dépens. Adieu, cher Wolmar. Je vous envoie les dessins de mon pavillon : réformez, changez comme il vous plaira ; mais faites-y travailler dès à présent, s’il se peut. J’en voulais ôter le salon de musique ; car tous mes goûts sont éteints, et je ne me soucie plus de rien. Je le laisse, à la prière de Saint-Preux qui se propose d’exercer dans ce salon vos enfants. Vous recevrez aussi quelques livres pour l’augmentation de votre bibliothèque. Mais que trouverez-vous de nouveau dans des livres ? O Wolmar ! il ne vous manque que d’apprendre à lire dans celui de la nature pour être le plus sage des mortels.

Lettre IV – De M. de Wolmar à Milord Édouard

Je me suis attendu, cher Bomston, au dénouement de vos longues aventures. Il eût paru bien étrange qu’ayant résisté si longtemps à vos penchants, vous eussiez attendu, pour vous laisser vaincre, qu’un ami vînt vous soutenir, quoiqu’à vrai dire on soit souvent plus faible en s’appuyant sur un autre que quand on ne compte que sur soi. J’avoue pourtant que je fus alarmé de votre dernière lettre, où vous m’annonciez votre mariage avec Laure comme une affaire absolument décidée. Je doutai de l’événement malgré votre assurance ; et, si mon attente eût été trompée, de mes jours je n’aurais revu Saint-Preux. Vous avez fait tous deux ce que j’avais espéré de l’un et de l’autre ; et vous avez trop bien justifié le jugement que j’avais porté de vous, pour que je ne sois pas charmé de vous voir reprendre nos premiers arrangements. Venez, hommes rares, augmenter et partager le bonheur de cette maison. Quoi qu’il en soit de l’espoir des croyants dans l’autre vie, j’aime à passer avec eux celle-ci ; et je sens que vous me convenez tous mieux tels que vous êtes, que si vous aviez le malheur de penser comme moi.

Au reste, vous savez ce que je vous dis sur son sujet à votre départ. Je n’avais pas besoin, pour le juger, de votre épreuve ; car la mienne était faite, et je crois le connaître autant qu’un homme en peut connaître un autre. J’ai d’ailleurs plus d’une raison de compter sur son coeur, et de bien meilleures cautions de lui que lui-même. Quoique dans votre renoncement au mariage il paraisse vouloir vous imiter, peut-être trouverez-vous ici de quoi l’engager à changer de système. Je m’expliquerai mieux après votre retour.

Quant à vous, je trouve vos distinctions sur le célibat toutes nouvelles et fort subtiles. Je les crois même judicieuses pour le politique qui balance les forces respectives de l’État, afin d’en maintenir l’équilibre. Mais je ne sais si dans vos principes ces raisons sont assez solides, pour dispenser les particuliers de leur devoir envers la nature. Il semblerait que la vie est un bien qu’on ne reçoit qu’à la charge de le transmettre, une sorte de substitution qui doit passer de race en race, et que quiconque eut un père est obligé de le devenir. C’était votre sentiment jusqu’ici, c’était une des raisons de votre voyage ; mais je sais d’où vous vient cette nouvelle philosophie, et j’ai vu dans le billet de Laure un argument auquel votre coeur n’a point de réplique.

La petite cousine est, depuis huit ou dix jours, à Genève avec sa famille pour des emplettes et d’autres affaires. Nous l’attendons de retour de jour en jour. J’ai dit à ma femme de votre lettre tout ce qu’elle en devait savoir. Nous avons appris par M. Miol que le mariage était rompu ; mais elle ignorait la part qu’avait Saint-Preux à cet événement. Soyez sûr qu’elle n’apprendra jamais qu’avec la plus vive joie tout ce qu’il fera pour mériter vos bienfaits et justifier votre estime. Je lui ai montré les dessins de votre pavillon ; elle les trouve de très bon goût ; nous y ferons pourtant quelques changements que le local exige, et qui rendront votre logement plus commode : vous les approuverez sûrement. Nous attendons l’avis de Claire avant d’y toucher ; car vous savez qu’on ne peut rien faire sans elle. En attendant, j’ai déjà mis du monde en oeuvre, et j’espère qu’avant hier la maçonnerie sera fort avancée.

Je vous remercie de vos livres : mais je ne lis plus ceux que j’entends, et il est trop tard pour apprendre à lire ceux que je n’entends pas. Je suis pourtant moins ignorant que vous ne m’accusez de l’être. Le vrai livre de la nature est pour moi le coeur des hommes, et la preuve que j’y sais lire est dans mon amitié pour vous.

Lettre V – De Madame d’Orbe à Madame de Wolmar

J’ai bien des griefs, cousine, à la charge de ce séjour. Le plus grave est qu’il me donne envie d’y rester. La ville est charmante, les habitants sont hospitaliers, les moeurs sont honnêtes et la liberté, que j’aime sur toutes choses, semble s’y être réfugiée. Plus je contemple ce petit État, plus je trouve qu’il est beau d’avoir une patrie ; et Dieu garde de mal tous ceux qui pensent en avoir une, et n’ont pourtant qu’un pays ! Pour moi, je sens que, si j’étais née dans celui-ci, j’aurais l’âme toute romaine. Je n’oserais pourtant pas trop dire à présent,

Rome n’est plus à Rome, elle est toute où je suis;

car j’aurais peur que dans ta malice tu n’allasses penser le contraire. Mais pourquoi donc Rome, et toujours Rome ? Restons à Genève.

I was touched. The zeal and passion of this ardent young man were evident in his eyes. I forgot about the marquise and Laure. What can one possibly regret in this world when one still has a friend like him? Moreover, by the way he acted without hesitation in that moment, I saw that he had truly been cured, and that your efforts had not been in vain. Finally, I dared to believe, given the sincere wish he expressed to remain attached to me, that his devotion now stemmed more from virtue than from his former inclinations. Therefore, I can bring him back to you with complete confidence. Yes, dear Wolmar, he is indeed worthy of raising others—and, what’s more, of living in your home.

A few days later, I learned of the marquise’s death. To me, she had long been mort; this loss no longer affected me. Until then, I had viewed marriage as a duty that everyone incurs at birth toward their species, toward their country, and I had resolved to marry less out of inclination than out of duty. But my feelings have changed. The obligation to marry is not universal; for each man, it depends on the position in life that fate has assigned him. For the common people, for artisans, for villagers, for those who are truly useful to society, celibacy is considered improper. But for those social classes that dominate others, toward which all else constantly strives and which are already far too numerous, celibacy is not only permitted but even deemed appropriate. Otherwise, the state would continue to depopulate as its burden of subjects increased. People would always have enough masters, and England would soon lack farmers more than peers.

I therefore consider myself free and in control of my own destiny in the circumstances in which heaven has placed me. At my current age, it is no longer possible to repair the losses that my heart has suffered. I dedicate myself to cultivating what remains of my life, and there is no better place for doing so than at Clarens. I accept all your offers, subject to the condition that my fortune must contribute to their realization, so as not to be of any use to me. After the commitment Saint-Preux has made, I have no other way to ensure his continued presence by your side than by staying there myself; and if he should ever become a burden, it would suffice for me to leave. The only difficulty I face now is regarding my travels to England; although I no longer hold any influence in Parliament, merely being its member will allow me to fulfill my duties until the end. However, I have a reliable colleague and friend who can represent me in everyday matters. In those occasions when I deem it necessary to be present myself, our student may accompany me—along with his own children, once they are old enough—and if you are willing to entrust them to us. These travels could only be beneficial to them, and they would not last long enough to cause much distress to their mother.

I have not shown this letter to Saint-Preux; do not show it in its entirety to your ladies either—it is essential that the details of this plan be known only to you and me. Moreover, do not hide from them anything that brings honor to my worthy friend, even if it comes at my expense. Adieu, dear Wolmar. I am sending you the designs for my pavilion; modify them or change them as you please, but have them constructed as soon as possible, if possible. I had intended to remove the music room from it—for all my tastes have faded, and I no longer care about anything. I leave it behind at Saint-Preux’s request; he intends to use that room for teaching your children. You will also receive some books to enrich your library. But what new can one possibly find in books? Oh Wolmar! All that is left for you is to learn to read the “book of nature” itself, if you wish to be the wisest of mortals.

Letter IV – From Mr. de Wolmar to Lord Edward

I had expected, dear Bomston, the outcome of your long adventures. It would have seemed quite strange if, after resisting your inclinations for so long, you had waited until a friend came to support you before giving in—though, to be honest, one is often weaker when relying on another than when counting solely on oneself. Nevertheless, I must admit that your last letter alarmed me; you mentioned your marriage to Laure as something that was absolutely settled. Despite your assurance, I doubted it would happen; and if my expectations had been wrong, I never would have seen Saint-Preux again in this life. You both have done exactly what I had hoped of you; you have more than fulfilled the high opinion I held of you, and I am truly delighted to see that you have resumed our former arrangements. Come, rare souls, and join in sharing the happiness of this home. Whatever may be the hopes of believers about the afterlife, I prefer to spend this one with them; and I feel that you all suit me much better as you are than if you happened to share my beliefs.

Besides, you know what I have to say about him when you leave. I did not need your experience in order to judge him; for mine was already over, and I believe I know him as well as a man can know another. In fact, I have more than one reason to trust his sincerity, and far better guarantees of his integrity than he does himself. Although he seems to want to follow your example in giving up marriage, perhaps you will find something here that will persuade him to change his decision. I will explain myself more clearly after your return.

As for you, I find your distinctions regarding celibacy to be entirely novel and highly subtle. I even believe them to be judicious for those in politics who must balance the various forces of the state in order to maintain its equilibrium. However, I am not sure whether these arguments are sufficiently solid enough in your principles to exempt individuals from their duty toward nature. It seems that life is a gift received with the obligation to pass it on—a kind of inheritance that must be transmitted from one generation to another—and that anyone who has a father is therefore obliged to become a father himself. That was your view until now; it was one of the reasons for your journey. But I know where this new philosophy comes from, and I have seen in Laure’s letter an argument to which your heart has no reply.

The little cousin has been in Geneva with her family for the past eight or ten days, attending to some shopping and other matters. We wait for her return day by day. I told my wife everything she needed to know about your letter. We learned from Mr. Miol that the marriage had been dissolved; but she was unaware of Saint-Preux’s role in this event. Rest assured, she will never learn anything except with the greatest joy about everything he does to earn your favor and justify your esteem for him. I showed her the drawings for your pavilion; she thinks they are very well-designed. However, we will make some adjustments necessary due to the specific conditions of the location, which will make your dwelling more comfortable—you will surely approve of them. We are waiting for Claire’s opinion before making any changes, as you know nothing can be done without her involvement. In the meantime, I have already started the work; I hope that by yesterday, the construction progress would have been quite significant.

I thank you for your books; but I no longer read those that I can understand, and it is too late to learn how to read those that I do not understand. Yet, I am less ignorant than you accuse me of being. For me, the true “book of nature” is the human heart, and the proof that I know how to read it lies in my friendship with you.

Letter V – From Madame d’Orbe to Madame de Wolmar

I have many complaints, cousin, regarding this stay. The most serious one is that it makes me want to stay here forever. The city is charming, the inhabitants are hospitable, the morals are honest, and freedom—which I cherish above all things—seems to have taken refuge here. The more I observe this small nation, the more I realize how beautiful it is to have a homeland; and may God protect those who think they have one, when in fact they only have a country! As for me, I feel that if I had been born here, my soul would be entirely Roman. Yet, at present, I wouldn’t dare say too much about it.

Rome is no longer in Rome—it is everywhere I am.

Because I fear that out of malice, you might think the opposite. But why Rome, always Rome? Let’s stay in Geneva.

Fui commosso. L’entusiasmo e la passione di quel giovane appassionato brillavano nei suoi occhi. Dimenticai la marchesa e Laure. Cosa si può rimpiangere nel mondo quando si possiede un amico? Vidi anche, dal modo in cui prese posizione senza esitazione in quell’occasione, che era davvero guarito, e che le vostre fatiche non erano state vane; infine, osai credere, dal desiderio sincero che espresse di rimanermi legato a me, che ora amasse la virtù più dei suoi vecchi vizi. Posso quindi riportarvelo con tutta fiducia. Sì, caro Wolmar, è davvero degno di educare gli uomini, e, cosa ancora più importante, di abitare nella vostra casa.

Pochi giorni dopo appresi della morte della marchesa. Da tempo lei era già morta per me; quella perdita non mi colpì più. Fino ad allora consideravo il matrimonio come un dovere che ognuno contratta alla nascita verso la propria specie, verso il proprio paese, e avevo deciso di sposarmi meno per inclinazione che per dovere. Ora ho cambiato idea. Il dovere di sposarsi non è universale; dipende, per ogni uomo, dalla posizione che il destino gli ha assegnato: per il popolo, per l’artigiano, per il contadino, per coloro che sono veramente utili alla società, il celibato è considerato illegittimo; per le classi sociali che dominano le altre, verso cui tutti tendono inevitabilmente e che spesso sono già sovrappopolate, invece, il celibato è permesso e persino auspicabile. Altrimenti lo Stato si svuoterebbe progressivamente a causa della moltiplicazione di individui che rappresentano un onere per esso. Gli uomini avranno sempre abbastanza padroni. E l’Inghilterra mancherà prima dei contadini che dei nobili.

Credo quindi di essere libero e padrone di me stesso nella condizione in cui il cielo mi ha fatto nascere. All’età in cui mi trovo, non è più possibile rimediare ai danni che il mio cuore ha causato; pertanto lo dedico al compito di coltivare ciò che mi è rimasto, e non posso raccoglierlo meglio che a Clarens. Accetto quindi tutte le vostre offerte, a condizione che la mia fortuna vi contribuisca in modo significativo, affinché non sia inutile per me. Dopo l’impegno preso da Saint-Preux, non ho altra possibilità di tenerlo accanto a voi se non quella di rimanervi io stesso; e se mai dovesse risultare troppo oneroso per lui, mi basterà andarmene. L’unica difficoltà che mi resta riguarda i miei viaggi in Inghilterra: poiché, anche se non ho più alcun credito al parlamento, è sufficiente che ne sia membro per adempiere ai miei doveri fino alla fine. Tuttavia ho un collega e un amico fidati, a cui posso affidare la mia voce nelle questioni quotidiane. Nei casi in cui riterrò necessario partecipare personalmente, il nostro allievo potrà accompagnarmi, anche con i suoi fratelli quando saranno un po’ più grandi, e se voi vorrete concederceli in nostra custodia. Questi viaggi non potrebbero che essere utili per loro, e non dureranno abbastanza a lungo da causare troppa preoccupazione alla loro madre.

Non ho mostrato questa lettera a Saint-Preux; non mostrarla nemmeno completamente alle vostre dame: è opportuno che il progetto di questa prova sia conosciuto soltanto da voi e da me. Del resto, non nascondete loro nulla di ciò che onora mio nobile amico, anche a mie spese. Addio, caro Wolmar. Vi invio i disegni del mio padiglione: riformatelo, modificatevelo come desiderate; ma fatevi mettere al lavoro su di esso il prima possibile. Volevo eliminare dal padiglione la sala da musica; poiché tutti i miei gusti sono svaniti e non mi interessa più nulla. L’ho lasciata, su esortazione di Saint-Preux, che intende utilizzarla per l’insegnamento dei vostri figli. Riceverete anche alcuni libri per arricchire la vostra biblioteca. Ma cosa potrete trovare di nuovo nei libri? Oh Wolmar! Vi manca soltanto imparare a leggere nella “libreria” della natura per diventare il più saggio dei mortali.

Lettera IV – Di Monsieur de Wolmar a Lord Edward

Caro Bomston, mi aspettavo il finale delle vostre lunghe avventure. Sarebbe sembrato davvero strano che, dopo aver resistito così a lungo ai vostri impulsi, foste disposti ad arrendervi soltanto quando un amico veniva in vostro aiuto. Anche se, a dire il vero, spesso si è più deboli appoggiandosi agli altri che contando solo su se stessi. Tuttavia devo ammettere di essere stato preoccupato dalla vostra ultima lettera, nella quale mi annunciavate il vostro matrimonio con Laure come una decisione ormai irrevocabile. Non credevo in quell’evento nonostante le vostre affermazioni; e se la mia attesa si fosse rivelata errata, forse non avrei mai più rivisto Saint-Preux. Entrambi avete fatto esattamente ciò che speravo da voi. E avete dimostrato di meritare davvero il giudizio che avevo su di voi. Sono felice che abbiate ripreso le nostre vecchie abitudini. Venite, uomini rari. Aggiungete e condividete la felicità di questa casa. Che cosa importa ciò che i credenti sperano nell’altra vita? Io preferisco trascorrere questa vita insieme a loro. E sento che voi mi siate più adatti così come siete, piuttosto che se aveste la sfortuna di pensare come me.

Del resto, sapete ciò che vi ho detto a proposito di lui al momento della vostra partenza. Non avevo bisogno, per giudicarlo, della vostra esperienza; la mia era già avvenuta, e credo di conoscerlo tanto quanto un uomo possa conoscere un altro. Ho inoltre più di una ragione per fidarmi del suo cuore, e garanzie molto migliori di lui stesso. Anche se nel vostro rifiuto del matrimonio sembra volervi imitare, forse troverete qui qualcosa che possa convincerlo a cambiare idea. Mi spiegherò meglio al vostro ritorno.

Per quanto riguarda voi, ritengo che le vostre argomentazioni sul celibato siano del tutto nuove e molto sottili. Le considero persino sagge per chi, in ambito politico, deve bilanciare le rispettive forze dello Stato al fine di mantenerne l’equilibrio. Tuttavia, non so se, nei vostri principi, queste ragioni siano abbastanza solide da esentare gli individui dal loro dovere verso la natura. Sembra infatti che la vita sia un bene che si riceve con l’obbligo di trasmetterlo, una sorta di “sostituzione” che deve passare da una generazione all’altra; quindi chiunque abbia avuto un padre è obbligato a diventarlo a sua volta. Questo era il vostro punto di vista fino ad ora, ed era anche uno dei motivi della vostra partenza. Ma so da dove derivi questa nuova filosofia, e ho letto nel biglietto di Laure un argomento contro cui il vostro cuore non ha alcuna risposta.

La mia piccola cugina si trova da otto o dieci giorni a Ginevra con la sua famiglia per fare acquisti e occuparsi di altre faccende. Aspettiamo il suo ritorno giorno dopo giorno. Ho raccontato a mia moglie tutto ciò che doveva sapere riguardo alla vostra lettera. Abbiamo appreso da Monsieur Miol che il matrimonio è stato annullato; ma lei ignorava quale ruolo avesse avuto Saint-Preux in questo evento. State certo che non scoprirà mai, con la massima gioia, tutto ciò che lui farà per meritare i vostri favori e giustificare la vostra stima. Le ho mostrato i disegni del vostro padiglione; li trova di molto buon gusto; tuttavia apporteremo alcuni cambiamenti richiesti dalle caratteristiche dello spazio, in modo da rendere il vostro alloggio più confortevole: ne sarete sicuramente soddisfatto. Aspettiamo il parere di Claire prima di procedere con i lavori; sapete infatti che senza di lei non si può fare nulla. Nel frattempo, ho già messo in movimento le persone necessarie e spero che entro ieri la costruzione sia molto avanzata.

Vi ringrazio per i vostri libri; ma non leggo più quelli che comprendo, e ormai è troppo tardi per imparare a leggere quelli che non capisco. Tuttavia, sono meno ignorante di quanto voi mi accusiate di essere. Il vero libro della natura, per me, è il cuore degli uomini; e la prova che so leggerlo in esso sta nella mia amicizia verso di voi.

Lettera V – Di Madame d’Orbe a Madame de Wolmar

Ho molti motivi di lamentela riguardo a questo soggiorno, cugina. Il più grave è che mi fa venire voglia di restarci. La città è incantevole, gli abitanti sono ospitalieri, i costumi sono onesti e la libertà, che amo sopra ogni cosa, sembra essersi rifugiata lì. Più osservo questo piccolo Stato, più mi rendo conto di quanto sia bello avere una patria. E che Dio protegga tutti coloro che pensano di averne una, quando in realtà hanno soltanto un paese! Per quanto mi riguarda, sento che se fossi nata qui, avrei l’anima tutta romana. Tuttavia, non oserei dirlo troppo apertamente, al momento.

Roma non è più a Roma: è ovunque io sia.

Perché temo che, nella tua malizia, possa venirti in mente il contrario. Ma perché proprio Roma, sempre Roma? Rimaniamo a Ginevra.

Je ne te dirai rien de l’aspect du pays. Il ressemble au nôtre, excepté qu’il est moins montueux, plus champêtre, et qu’il n’a pas des chalets si voisins[209]. Je ne te dirai rien non plus du gouvernement. Si Dieu ne t’aide, mon père t’en parlera de reste : il passe toute la journée à politiquer avec les magistrats dans la joie de son coeur ; et je le vois déjà très mal édifié que la gazette parle si peu de Genève. Tu peux juger de leurs conférences par mes lettres. Quand ils m’excèdent, je me dérobe, et je t’ennuie pour me désennuyer.

Tout ce qui m’est resté de leurs longs entretiens, c’est beaucoup d’estime pour le grand sens qui règne en cette ville. À voir l’action et réaction mutuelles de toutes les parties de l’État qui le tiennent en équilibre, on ne peut douter qu’il n’y ait plus d’art et de vrai talent employés au gouvernement de cette petite république qu’à celui des plus vastes empires, où tout se soutient par sa propre masse, et où les rênes de l’État peuvent tomber entre les mains d’un sot sans que les affaires cessent d’aller. Je te réponds qu’il n’en serait pas, de même ici. Je n’entends jamais parler à mon père de tous ces grands ministres des grandes cours, sans songer à ce pauvre musicien qui barbouillait si fièrement sur notre grand orgue[210] à Lausanne et qui se croyait un fort habile homme parce qu’il faisait beaucoup de bruit. Ces gens-ci n’ont qu’une petite épinette mais ils en savent tirer une bonne harmonie, quoiqu’elle soit souvent assez mal d’accord.

Je ne te dirai rien non plus… Mais à force de ne te rien dire, je ne finirais pas. Parlons de quelque chose pour avoir plus tôt fait. Le Genevois est de tous les peuples du monde celui qui cache le moins son caractère et qu’on connaît le plus promptement. Ses moeurs, ses vices mêmes, sont mêlés de franchise. Il se sent naturellement bon ; et cela lui suffit pour ne pas craindre de se montrer tel qu’il est. Il a de la générosité, du sens, de la pénétration ; mais il aime trop l’argent : défaut que j’attribue à sa situation qui le lui rend nécessaire, car le territoire ne suffirait pas pour nourrir les habitants.

Il arrive de là que les Genevois, épars dans l’Europe pour s’enrichir, imitent les grands airs des étrangers, et après avoir pris les vices des pays où ils ont vécu[211], les rapportent chez eux en triomphe avec leurs trésors. Ainsi le luxe des autres peuples leur fait mépriser leur antique simplicité ; la fière liberté leur paraît ignoble ; ils se forgent des fers d’argent, non comme une chaîne, mais comme un ornement.

Eh bien ! ne me voilà-t-il pas encore dans cette maudite politique ? Je m’y perds, je m’y noie, j’en ai par-dessus la tête, je ne sais plus par où m’en tirer. Je n’entends parler ici d’autre chose, si ce n’est quand mon père n’est pas avec nous, ce qui n’arrive qu’aux heures des courriers. C’est nous, mon enfant, qui portons partout notre influence ; car, d’ailleurs, les entretiens du pays sont utiles et variés, et l’on n’apprend rien de bon dans les livres qu’on ne puisse apprendre ici dans la conversation. Comme autrefois les moeurs anglaises ont pénétré jusqu’en ce pays, les hommes, y vivant encore un peu plus séparés des femmes que dans le nôtre, contractent entre eux un ton plus grave, et généralement plus de solidité dans leurs discours. Mais aussi cet avantage a son inconvénient qui se fait bientôt sentir. Des longueurs toujours excédantes, des arguments, des exordes, un peu d’apprêt, quelquefois des phrases, rarement de la légèreté, jamais de cette simplicité naïve qui dit le sentiment avant la pensée, et fait si bien valoir ce qu’elle dit. Au lieu que le Français écrit comme il parle, ceux-ci parlent comme ils écrivent ; ils dissertent au lieu de causer ; on les croirait toujours prêts à soutenir thèse. Ils distinguent, ils divisent, ils traitent la conversation par points : ils mettent dans leurs propos la même méthode que dans leurs livres ; ils sont auteurs, et toujours auteurs. Ils semblent lire en parlant, tant ils observent bien les étymologies, tant ils font sonner toutes les lettres avec soin ! Ils articulent le marc du raisin comme Marc nom d’homme ; ils disent exactement du taba-k, et non pas du taba, un pare-sol et non pas un parasol ; avant-t-hier et non pas avan-hier, secrétaire et non pas segrétaire, un lac-d’amour où l’on se noie, et non pas où l’on s’étrangle ; partout les s finales, partout les r des infinitifs ; enfin leur parler est toujours soutenu, leurs discours sont des harangues, et ils jasent comme s’ils prêchaient.

Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’avec ce ton dogmatique et froid ils sont vifs, impétueux, et ont les passions très ardentes ; ils diraient même assez bien les choses, de sentiment s’ils ne disaient pas tout, ou s’ils ne parlaient qu’à des oreilles. Mais leurs points, leurs virgules, sont tellement insupportables, ils peignent si posément des émotions si vives que, quand ils ont achevé leur dire, on chercherait volontiers autour d’eux où est l’homme qui sent ce qu’ils ont écrit.

Au reste, il faut t’avouer que je suis un peu payée pour bien penser de leurs coeurs, et croire qu’ils ne sont pas de mauvais goût. Tu sauras en confidence qu’un joli monsieur à marier et, dit-on, fort riche, m’honore de ses attentions, et qu’avec des propos assez tendres il ne m’a point fait chercher ailleurs l’auteur de ce qu’il me disait. Ah ! s’il était venu il y a dix-huit mois, quel plaisir j’aurais pris à me donner un souverain pour esclave, et à faire tourner la tête à un magnifique seigneur[212]. Mais à présent la mienne n’est plus assez droite pour que le jeu me soit agréable, et je sens que toutes mes folies s’en vont avec ma raison.

Je reviens à ce goût de lecture qui porte les Genevois à penser. Il s’étend à tous les états, et se fait sentir dans tous avec avantage. Le Français lit beaucoup ; mais il ne lit que les livres nouveaux, ou plutôt il les parcourt, moins pour les lire que pour dire qu’il les a lus. Le Genevois ne lit que les bons livres ; il les lit, il les digère : il ne les juge pas, mais il les sait. Le jugement et le choix se font à Paris ; les livres choisis sont presque les seuls qui vont à Genève. Cela fait que la lecture y est moins mêlée et s’y fait avec plus de profit. Les femmes dans leur retraite[213] lisent de leur côté ; et leur ton s’en ressent aussi, mais d’une autre manière. Les belles dames y sont petites-maîtresses et beaux esprits tout comme chez nous. Les petites citadines elles-mêmes prennent dans les livres un babil plus arrangé, et certain choix d’expressions qu’on est étonné d’entendre sortir de leur bouche, comme quelquefois de celle des enfants. Il faut tout le bon sens des hommes, toute la gaieté des femmes, et tout l’esprit qui leur est commun, pour qu’on ne trouve pas les premiers un peu pédants et les autres un peu précieuses.

Hier, vis-à-vis de ma fenêtre, deux filles d’ouvriers, fort jolies, causaient devant leur boutique d’un air assez enjoué pour me donner de la curiosité. Je prêtai l’oreille, et j’entendis qu’une des deux proposait en riant d’écrire leur journal. « Oui, reprit l’autre à l’instant ; le journal tous les matins, et tous les soirs le commentaire. » Qu’en dis-tu, cousine ? Je ne sais si c’est là le ton des filles d’artisans ; mais je sais qu’il faut faire un furieux emploi du temps, pour ne tirer du cours des journées que le commentaire de son journal. Assurément la petite personne avait lu les aventures des Mille et une Nuits.

Avec ce style un peu guindé, les Genevoises ne laissent pas d’être vives et piquantes, et l’on voit autant de grandes passions ici qu’en ville du monde. Dans la simplicité de leur parure elles ont de la grâce et du goût ; elles en ont dans leur entretien, dans leurs manières. Comme les hommes sont moins galants que tendres, les femmes sont moins coquettes que sensibles ; et cette sensibilité donne même aux plus honnêtes un tour d’esprit agréable et fin qui va au coeur et qui en tire tout sa finesse. Tant que les Genevoises seront Genevoises, elles seront les plus aimables femmes de l’Europe ; mais bientôt elles voudront être Françaises, et alors les Françaises vaudront mieux qu’elles.

I will say nothing about the appearance of the country. It resembles ours, except that it is less mountainous, more rural, and the chalets are not so closely spaced[209]. Nor will I say anything about the government. If God does not help you, my father will certainly tell you more: he spends his entire day engaging in political discussions with the magistrates, filled with joy in his heart; and I can already tell that he is quite disappointed since the newspapers mention Geneva so little. You can get an idea of their meetings from my letters. When they annoy me too much, I simply avoid them and bother you just to pass the time.

All that remains to me from their long conversations is a deep respect for the sense of order and coherence that prevails in this city. To observe the mutual actions and reactions of all the institutions that maintain its balance, one cannot doubt that more art and genuine talent are devoted to the governance of this small republic than in the most vast empires—where everything relies on its own scale and weight, and where the reins of state could fall into the hands of a fool without disrupting the order of things. I tell you: the same would not be true here. Whenever my father talks about those high-ranking ministers in other courts, I can’t help but think of that poor musician who so proudly played on our grand organ in Lausanne, believing himself to be a skilled artist merely because he made a lot of noise. These people may only have a small instrument at their disposal, but they know how to produce beautiful harmonies—even if those harmonies are often rather discordant.

I won’t tell you anything either. But if I keep saying nothing, I’ll never get to the point. Let’s talk about something so we can finish sooner. Of all the peoples in the world, the Genevese is the one who least hides his character and the one who is quickly understood. Even his manners and vices are tinged with honesty. He naturally feels good about himself; and that alone is enough for him not to be afraid to show himself as he really is. He is generous, sensible, and perceptive; but he loves money too much—a flaw I attribute to his circumstances, which make it necessary for him to have it, since the territory alone would not be enough to support its inhabitants.

As a result, the Genevans, who scattered throughout Europe in search of wealth, began to imitate the lofty airs of foreigners. After adopting the vices of the countries where they had lived[211], they brought them back home in triumph, along with their treasures. Thus, the luxury of other peoples made them despise their own ancient simplicity; their once-proud freedom seemed ignoble to them. They crafted silver chains—not as a means of restraint, but as ornaments.

Well! Here I am again, stuck in this damned politics. I get lost in it, I drown in it; it’s overwhelming, and I don’t know how to extricate myself. All I hear here is about nothing but these matters whenever my father isn’t with us—which only happens during the times when letters are delivered. It’s us, my child, who carry our influence wherever we go; after all, the conversations in this country are useful and varied, and one can learn nothing good from books that cannot be learned through conversation here. Just as English customs once penetrated into this region, the men, living here somewhat more separated from women than in our country, tend to adopt a more serious tone in their speech and generally display greater coherence in what they say. But this advantage also has its disadvantages, which soon become apparent. Their speeches are always excessively long-winded, filled with arguments and lengthy introductions; there’s often too much preparation, and seldom any spontaneity or naturalness—never that naive simplicity that expresses feelings before thoughts and makes what one says all the more effective. Whereas a Frenchman writes as he speaks, these people speak as they write; they engage in long-winded discussions rather than having casual conversations; one would think they are always ready to present arguments or defend a thesis. They distinguish things too finely, divide them into categories, and structure their conversations like they do their books—they are always “authors,” constantly writing and reasoning. They seem to read while speaking, paying such close attention to etymologies and carefully enouncing every word! They pronounce even the smallest details precisely—like naming a person “Marc” instead of just saying “Mark”; they use exact terms like “taba-k” rather than simply “taba,” “parasol” instead of “sunshade,” “avant-t-hier” instead of “the day before yesterday,” and so on. Everywhere, final consonants are overused, infinitive “r’s” are consistently pronounced; in short, their speech is always formal and grandiose—like sermons rather than casual conversations. They chatter as if they were preaching.

What is peculiar about them is that, with their dogmatic and cold tone, they are lively, impetuous, and possess very intense passions; they would even be quite capable of expressing things with sincerity if it weren’t for the fact that they say everything, or that they only speak to ears that are willing to listen. However, their punctuations are utterly unbearable—they depict emotions so vividly in such a detached manner that, by the time they have finished speaking, one would be inclined to wonder where on earth the person who truly feels what they have written can be found.

Besides, I must admit that I have some reason to think well of their tastes and believe they are not without good judgment. In confidence, you should know that a rather handsome and, it is said, very wealthy young man pays me attention; with quite tender words, he never led me to suspect that someone else was the author of his sentiments toward me. Ah! If he had come eighteen months ago, what pleasure I would have taken in making myself a “slave” to such a nobleman and in turning the heads of many distinguished gentlemen[212]. But now, my head is no longer steady enough for such games; I feel that all my frivolity is leaving me along with my reason.

I return to this taste for reading that induces the people of Geneva to think. It extends to all classes of society and is particularly beneficial in every realm. The Frenchman reads a great deal; but he only reads new books—or, rather, he skims through them, less with the intention of truly reading them than as a way to show that he has read them. The Genevan, on the other hand, only reads good books; he reads them thoroughly and absorbs their content. He does not judge them, but he understands them deeply. Judgment and selection take place in Paris; almost exclusively, the books chosen there make their way to Geneva. As a result, reading there is less superficial and far more productive. Women, in their seclusion, also read on their own, and their manner of reading reflects this influence—but in a different way. In Geneva, as well as elsewhere, there are elegant ladies and witty men. Even the young women of the town adopt a more refined style of speech when they read; one is sometimes surprised to hear such expressions come from their lips—just as they sometimes do from those of children. It takes the good judgment of men, the liveliness of women, and all the intellectual qualities that are common to both sexes, to prevent one from finding the former a bit pedantic and the latter a bit pretentious.

Yesterday, in front of my window, two quite pretty daughters of workers were chatting cheerfully outside their shop, which piqued my curiosity. I listened in and overheard one of them jokingly suggesting that they keep a journal together. “Yes,” the other replied immediately, “a journal every morning, and a commentary every evening.” What do you think, cousin? I don’t know if this is the way daughters of craftsmen talk; but I do know that one would have to manage their time meticulously in order to extract nothing but comments on their journal from the course of each day. Surely this young girl must have read the adventures of One Thousand and One Nights.

With their somewhat affected style, the Geneva women are nevertheless full of vitality and wit; one finds as much intense passion here as in the most cosmopolitan cities. In the simplicity of their attire, they possess grace and good taste; they display the same in their manners and demeanor. Since men are less inclined to be gallant than tender, women are less coquettish than sensitive—and this sensitivity gives even the most honest among them an pleasant and refined intellect that touches the heart and draws out all its subtleties. So long as the Geneva women remain themselves, they will be the most charming women in Europe; but soon they will want to be Frenchwomen, and then the Frenchwomen will be better than them.

Non ti dirò nulla sull’aspetto del paese: assomiglia al nostro, tranne che è meno montuoso, più campestre, e non ha chalet così vicini tra loro[209]. Non ti dirò nemmeno nulla sul governo. Se Dio non ti aiuta, mio padre ne parlerà a sufficienza: passa tutto il giorno a discutere di politica con i magistrati, nella gioia del suo cuore; e già vedo che è molto insoddisfatto dal fatto che i giornali parlino così poco di Ginevra. Puoi giudicare delle loro discussioni dalle mie lettere: quando mi annoiano troppo, me ne allontano e ti racconto queste cose per distrarmi.

Tutto ciò che mi è rimasto dei loro lunghi colloqui è una grande stima per il senso di ordine e armonia che regna in questa città. Guardando l’azione e la reazione reciproca di tutte le parti dello Stato che ne mantengono l’equilibrio, non si può dubitare che qui venga impiegato lo stesso impegno artistico e lo stesso vero talento nella gestione di questa piccola repubblica quanto nei più vasti imperi, dove tutto si regge sulla propria forza interna e dove le redini dello Stato potrebbero cadere nelle mani di uno sciocco senza che le cose cessassero di funzionare correttamente. Ti assicuro che qui non sarebbe lo stesso. Ogni volta che mio padre parla di quei grandi ministri delle corti principesche, non posso fare a meno di pensare a quel povero musicista che suonava con tanta arroganza sul nostro grande organo a Losanna, credendosi un uomo molto abile solo perché faceva tanto rumore. Queste persone hanno soltanto un piccolo strumento, ma sanno come estrarne una bella armonia, anche se spesso questa è piuttosto disarmoniosa.

Non ti dirò nulla nemmeno io. Ma se continuo a non dirti nulla, non finirò mai. Parliamo di qualcosa per concludere al più presto. Il genevoise, tra tutti i popoli del mondo, è colui che nasconde meno il proprio carattere e che si conosce più rapidamente. Le sue abitudini, persino i suoi vizi, sono mescolati di franchezza. Si sente naturalmente buono; e questo gli basta per non temere di mostrarsi tale quale è. È generoso, sensato, perspicace. Ma ama troppo l’oro: un difetto che attribuisco alla sua situazione economica, che lo costringe ad averne bisogno, poiché il territorio stesso non sarebbe sufficiente a nutrire tutti i suoi abitanti.

Da ciò deriva che i genovesi, dispersi in Europa per arricchirsi, imitano le maniere affettate degli stranieri; dopo aver assunto i vizi dei paesi dove hanno vissuto[211], li portano con sé a casa loro come se fossero tesori. Così il lusso degli altri popoli li fa disprezzare la loro antica semplicità; la nobile libertà sembra loro ignobile; si fanno forgiare anelli d’argento, non per usarli come catene, ma come ornamenti.

Ebbene! Mi ritrovo di nuovo in questa maledetta politica. Mi perdo dentro di essa, mi annego, ne ho abbastanza, non so più come uscirne. Qui si parla solo di queste cose, tranne quando mio padre non è con noi, il che accade soltanto durante le ore delle lettere. Siamo noi, figlio mio, a esercitare la nostra influenza ovunque; in fondo, le conversazioni in questo paese sono utili e varie, e non si impara nulla di buono nei libri che non si possa imparare qui, attraverso le conversazioni. Proprio come un tempo i costumi inglesi hanno influenzato anche questo paese, gli uomini, vivendo qui ancora più separati dalle donne rispetto al nostro, usano un tono più serio nelle loro conversazioni e di solito sono più coerenti nel loro discorso. Ma anche questo vantaggio ha il suo svantaggio, che si fa presto sentire: troppa lunghezza nei discorsi, argomentazioni prolisse, esordi elaborati, a volte frasi complesse. Raramente leggerezza, mai quella semplicità naturale che permette di esprimere i sentimenti prima ancora dei pensieri, e che rende ciò che si dice particolarmente efficace. Mentre il francese scrive come parla, loro parlano come scrivono; discutono invece di conversare. Si direbbe sempre che siano pronti a sostenere una tesi. Distinguono, dividono, trattano le conversazioni in punti. Mettono nella loro parlata lo stesso metodo che usano nei loro libri. Sono sempre “autori”, e autori seri. Sembrano leggere mentre parlano: osservano attentamente le etimologie, pronunciano con cura ogni singola lettera. Dicono “taba-k” invece di “taba”, “part-t-hier” invece di “avan-hier”, “secretaire” invece di “segrétaire”. In tutto il loro parlare c’è sempre una certa formalità; i loro discorsi assomigliano a discorsi pubblici, e chiacchierano come se stessero predicando.

Ciò che è singolare è che, con quel tono dogmatico e freddo, sono vivaci, impetuosi e possiedono passioni molto intense; anzi, direbbero le cose abbastanza bene, se non dicessero tutto, o se parlassero soltanto a orecchie selezionate. Tuttavia, i loro punti e le loro virgole sono davvero insopportabili: descrivono con estrema freddezza emozioni così intense che, quando hanno finito di parlare, si vorrebbe davvero cercare intorno a loro l’uomo che possa provare ciò che hanno scritto.

Del resto, devo ammettere che sono piuttosto incentivata a pensare bene dei loro sentimenti e a credere che non abbiano cattivo gusto. In confidenza, ti dirò che un bel signore da sposare, e si dice anche molto ricco, mi dimostra grande attenzione; con parole abbastanza tenere, non ha mai fatto sì che cercassi altrove l’autore di quelle parole. Ah! Se fosse venuto diciotto mesi fa, quale piacere avrei provato nell’“assumere” un sovrano come schiavo e nel far girare la testa a un magnifico signore. Ma ora, il mio collo non è più abbastanza dritto per che questo gioco mi diverta ancora; sento che tutte le mie follie, insieme alla mia ragione, stanno svanendo.

Torno a quel gusto della lettura che spinge i genovesi a riflettere. Esso si estende a tutti gli strati sociali e si manifesta in modo vantaggioso ovunque. Il francese legge molto, ma solo libri nuovi; per meglio dire, li sfoglia più che leggerli veramente, soprattutto per poter dire di averli letti. Il genovese, invece, legge soltanto i buoni libri: li legge attentamente, li assimila. Non li giudica, ma ne conosce il valore. La valutazione e la scelta dei libri avvengono a Parigi; quasi esclusivamente quei libri selezionati arrivano poi a Genova. Per questo motivo, la lettura lì è meno superficiale e più proficua. Le donne, nel loro ritiro, leggono anch’esse. E il loro modo di leggere si riflette anche nel loro linguaggio, ma in modo diverso. Le dame belle sono ugualmente colte e spiritose come da noi; persino le giovani cittadine prendono dai libri un modo di esprimersi più raffinato. È necessario tutto il buon senso degli uomini, tutta la gaiezza delle donne, e tutto lo spirito che caratterizza entrambi i sessi, per non trovare i primi un po’ pedanti e le seconde un po’ troppo presuntuose.

Ieri, di fronte alla mia finestra, due ragazze operaie, molto carine, chiacchieravano davanti al loro negozio con un tono piuttosto allegro, il che suscitò la mia curiosità. Ascoltai attentamente e sentii che una delle due proponeva, ridendo, di scrivere un diario. “Sì,” rispose subito l’altra, “un diario ogni mattina, e ogni sera i commenti al diario stesso.” Che ne pensi, cugina? Non so se questo sia il modo di parlare delle ragazze degli artigiani. Ma so che bisogna organizzare il proprio tempo con estrema precisione per riuscire a trarre dai giorni soltanto i commenti relativi al proprio diario. Sicuramente quella ragazza aveva letto le avventure dei Mille e una Notte.

Con questo stile un po’ affettato, le donne di Ginevra non mancano certo di vivacità e spirito pungente; si riscontrano qui passioni intense tanto quanto nelle città più grandi del mondo. Nella semplicità del loro abbigliamento dimostrano grazia e gusto; lo stesso vale per il modo in cui si comportano e interagiscono con gli altri. Poiché gli uomini di Ginevra sono meno galanti che premurosi, le donne sono meno frivole che sensibili; ed è proprio questa sensibilità a conferire alle più oneste un’intelligenza piacevole e raffinata, capace di toccare il cuore e di esaltarne tutta la delicatezza. Finché le donne di Ginevra rimarranno tali, saranno sicuramente le donne più affascinanti d’Europa; ma presto vorranno essere considerate francesi. E allora le vere francesi saranno migliori di loro.

Ainsi tout dépérit avec les moeurs. Le meilleur goût tient à la vertu même ; il disparaît avec elle, et fait place à un goût factice et guindé, qui n’est plus que l’ouvrage de la mode. Le véritable esprit est presque dans le même cas. N’est-ce pas la modestie de notre sexe qui nous oblige d’user d’adresse pour repousser les agaceries des hommes, et s’ils ont besoin d’art pour se faire écouter, nous en faut-il moins pour savoir ne les pas entendre ? N’est-ce pas eux qui nous délient l’esprit et la langue, qui nous rendent plus vives à la riposte[214], et nous forcent de nous moquer d’eux ? Car enfin, tu as beau dire, une certaine coquetterie maligne et railleuse désoriente encore plus les soupirants que le silence ou le mépris. Quel plaisir de voir un beau Céladon, tout déconcerté, se confondre, se troubler, se perdre à chaque repartie ; de s’environner contre lui de traits moins brûlants, mais plus aigus que ceux de l’Amour ; de le cribler de pointes de glace qui piquent à l’aide du froid ! Toi-même qui ne fais semblant de rien, crois-tu que tes manières naïves et tendres, ton air timide et doux, cachent moins de ruse et d’habileté que toutes mes étourderies ? Ma foi, mignonne, s’il fallait compter les galants que chacune de nous a persiflés, je doute fort qu’avec ta mine hypocrite ce fût toi qui serais en reste. Je ne puis m’empêcher de rire encore en songeant à ce pauvre Conflans, qui venait tout en furie me reprocher que tu l’aimais trop. « Elle est si caressante, me disait-il, que je ne sais de quoi me plaindre ; elle me parle avec tant de raison, que j’ai honte d’en manquer devant elle ; et je la trouve si fort mon amie, que je n’ose être son amant. »

Je ne crois pas qu’il y ait nulle part au monde des époux plus unis et de meilleurs ménages que dans cette ville. La vie domestique y est agréable et douce : on y voit des maris complaisants, et presque d’autres Julies. Ton système se vérifie très bien ici. Les deux sexes gagnent de toutes manières à se donner des travaux et des amusements différents qui les empêchent de se rassasier l’un de l’autre, et font qu’ils se retrouvent avec plus de plaisir. Ainsi s’aiguise la volupté du sage ; s’abstenir pour jouir, c’est ta philosophie ; c’est l’épicuréisme de la raison.

Malheureusement cette antique modestie commence à décliner. On se rapproche, et les coeurs s’éloignent. Ici, comme chez nous, tout est mêlé de bien et de mal, mais à différentes mesures. Le Genevois tire ses vertus de lui-même ; ses vices lui viennent d’ailleurs. Non seulement il voyage beaucoup, mais il adopte aisément les moeurs et les manières des autres peuples ; il parle avec facilité toutes les langues ; il prend sans peine leurs divers accents, quoiqu’il ait lui-même un accent traînant très sensible, surtout dans les femmes, qui voyagent moins. Plus humble de sa petitesse que fier de sa liberté, il se fait chez les nations étrangères une honte de sa patrie ; il se hâte pour ainsi dire de se naturaliser dans le pays où il vit, comme pour faire oublier le sien : peut-être la réputation qu’il a d’être âpre au gain contribue-t-elle à cette coupable honte. Il vaudrait mieux sans doute effacer par son désintéressement l’opprobre du nom genevois, que de l’avilir encore en craignant de le porter ; mais le Genevois le méprise, même en le rendant estimable, et il a plus de tort encore de ne pas honorer son pays de son propre mérite.

Quelque avide qu’il puisse être, on ne le voit guère aller à la fortune par des moyens serviles et bas ; il n’aime point s’attacher aux grands et ramper dans les cours. L’esclavage personnel ne lui est pas moins odieux que l’esclavage civil. Flexible et liant comme Alcibiade, il supporte aussi peu la servitude ; et quand il se plie aux usages des autres, il les imite sans s’y assujettir. Le commerce, étant de tous les moyens de s’enrichir le plus compatible avec la liberté, est aussi celui que les Genevois préfèrent. Ils sont presque tous marchands ou banquiers ; et ce grand objet de leurs désirs leur fait souvent enfouir de rares talents que leur prodigua la nature. Ceci me ramène au commencement de ma lettre. Ils ont du génie et du courage, ils sont vifs et pénétrants, il n’y a rien d’honnête et de grand au-dessus de leur portée ; mais, plus passionnés d’argent que de gloire, pour vivre dans l’abondance ils meurent dans l’obscurité, et laissent à leurs enfants pour tout exemple l’amour des trésors qu’ils leur ont acquis.

Je tiens tout cela des Genevois mêmes ; car ils parlent d’eux fort impartialement. Pour moi, je ne sais comment ils sont chez les autres, mais je les trouve aimables chez eux, et je ne connais qu’un moyen de quitter sans regret Genève. Quel est ce moyen cousine ? Oh ! ma foi, tu as beau prendre ton air humble ; si tu dis ne l’avoir pas déjà deviné, tu mens. C’est après-demain que s’embarque la bande joyeuse dans un joli brigantin appareillé de fête ; car nous avons choisi l’eau à cause de la saison, et pour demeurer tous rassemblés. Nous comptons coucher le même soir, à Morges, le lendemain à Lausanne[215], pour la cérémonie ; et le surlendemain… tu m’entends. Quand tu verras de loin briller des flammes, flotter des banderoles, quand tu entendras ronfler le canon, cours par toute la maison comme une folle en criant : « Armes ! armes ! voici les ennemis ! voici les ennemis ! »

P.S. — Quoique la distribution des logements entre incontestablement dans les droits de ma charge, je veux bien m’en désister en cette occasion. J’entends seulement que mon père soit logé chez milord Édouard, à cause des cartes de géographie, et qu’on achève d’en tapisser du haut en bas tout l’appartement.

Lettre VI – de Madame de Wolmar à Saint-Preux

Quel sentiment délicieux j’éprouve en commençant cette lettre ! Voici la première fois de ma vie où j’ai pu vous écrire sans crainte et sans honte. Je m’honore de l’amitié qui nous joint comme d’un retour sans exemple. On étouffe de grandes passions ; rarement on les épure. Oublier ce qui nous fut cher quand l’honneur le veut, c’est l’effort d’une âme honnête et commune ; mais, après avoir été ce que nous fûmes, être ce que nous sommes aujourd’hui, voilà le vrai triomphe de la vertu. La cause qui fait cesser d’aimer peut être un vice ; celle qui change un tendre amour en une amitié non moins vive ne saurait être équivoque.

Aurions-nous jamais fait ce progrès par nos seules forces ? Jamais, jamais, mon ami ; le tenter même était une témérité. Nous fuir était pour nous la première loi du devoir, que rien ne nous eût permis d’enfreindre. Nous nous serions toujours estimés, sans doute, mais nous aurions cessé de nous voir, de nous écrire ; nous nous serions efforcés de ne plus penser l’un à l’autre ; et le plus grand honneur que nous pouvions nous rendre mutuellement était de rompre tout commerce entre nous.

Voyez, au lieu de cela, quelle est notre situation présente. En est-il au monde une plus agréable ? et ne goûtons-nous pas mille fois le jour le prix des combats qu’elle nous a coûtés ? Se voir, s’aimer, le sentir, s’en féliciter, passer les jours ensemble dans la familiarité fraternelle et dans la paix de l’innocence, s’occuper l’un de l’autre, y penser sans remords, en parler sans rougir, et s’honorer à ses propres yeux du même attachement qu’on s’est si longtemps reproché ; voilà le point où nous en sommes. O ami, quelle carrière d’honneur nous avons déjà parcourue ! Osons nous en glorifier pour savoir nous y maintenir, et l’achever comme nous l’avons commencée.

À qui devons-nous un bonheur si rare ? Vous le savez. J’ai vu votre coeur sensible, plein des bienfaits du meilleur des hommes, aimer à s’en pénétrer. Et comment nous seraient-ils à charge, à vous et à moi ? Ils ne nous imposent point de nouveaux devoirs ; ils ne font que nous rendre plus chers ceux qui nous étaient déjà si sacrés. Le seul moyen de reconnaître ses soins est d’en être dignes, et tout leur prix est dans leur succès. Tenons-nous-en donc là dans l’effusion de notre zèle. Payons de nos vertus celles de notre bienfaiteur ; voilà tout ce que nous lui devons. Il a fait assez pour nous et pour lui s’il nous a rendus à nous-mêmes. Absents ou présents, vivants ou morts, nous porterons partout un témoignage qui ne sera perdu pour aucun des trois.

Thus, everything decays along with the prevailing customs. True taste is inseparable from virtue itself; it vanishes with virtue and gives way to a false, affected taste that is merely the product of fashion. The same holds true for true spirit. Isn’t it precisely the modesty inherent in our nature that forces us to use tact to ward off men’s advances? And if they need artifice to be heard, don’t we need even less to learn how to ignore them? Aren’t they it who free our minds and tongues, enabling us to respond more sharply and forcing us to mock them? For, after all, no matter what you say, a certain malicious, mocking coquetry confuses suitors far more than silence or disdain. What pleasure there is in watching a handsome man, utterly bewildered, stammer and falter at every reply; in surrounding him with tactics that are less direct but just as effective as those of Love itself; in piercing him with “ice needles” wielded by coldness! And you too, who pretend not to notice anything—do you really think your naive, tender manners, your shy, gentle demeanor hide any less cunning and skill than all my flirtatious behavior? My dear, if we were to count the suitors each of us has played the trick on, I doubt you would come out ahead with your hypocritical demeanor. I still can’t help but laugh when I think of that poor Conflans, who came rushing at me, accusing me of loving him too much. “She’s so affectionate,” he said, “that I don’t know what to complain about; she speaks to me in such a reasonable way that I feel ashamed to act unreasonably in her presence; and I consider her such a dear friend that I don’t dare be her lover.”

I do not believe that there is any place in the world where husbands are more united and where marriages are better than in this city. Domestic life here is pleasant and gentle; one can find accommodating husbands, and almost as many “Julies” as husbands. Your theory is perfectly validated here. Both sexes benefit greatly from engaging in different tasks and pursuing different forms of entertainment, which prevents them from becoming too dependent on each other and makes their reunions even more enjoyable. In this way, the pleasures of life are heightened; abstaining in order to enjoy more—this is your philosophy; it is the rational form of Epicureanism.

Unfortunately, this ancient modesty is beginning to decline. As we get closer to one another, hearts seem to drift further apart. Here, just as in our own country, everything is mixed with good and evil—though to varying degrees. The Genevan draws his virtues from within himself; his vices come from elsewhere. Not only does he travel extensively, but he also readily adopts the customs and manners of other peoples; he speaks all languages with ease and effortlessly assumes their various accents—even though he himself has a rather drawn-out accent, especially among women who travel less. More humble because of his own limitations than proud of his freedom, he seems to feel ashamed of his homeland when in foreign countries; he almost hastens to “naturalize” himself in the country where he lives, as if trying to make people forget his own. Perhaps his reputation for being greedy also contributes to this shameful attitude. It would surely be better to erase the disgrace associated with the name “Genevan” through selfless behavior, rather than further tarnishing it by being afraid to bear it. Yet the Genevan despises his own country—even when it deserves respect—and he commits an even greater mistake in not honoring it for its own merits.

No matter how avid he may be, one hardly sees him seeking wealth through servile and base means; he has no desire to attach himself to the powerful or to crawl in their courts. Personal slavery is just as abhorrent to him as civil slavery. Flexible and sociable like Alcibiades, he cannot endure bondage either; and when he conforms to the customs of others, he imitates them without submitting to them. Commerce, being among all means of enrichment the most compatible with freedom, is also the pursuit favored by the Genevese. Almost everyone among them is a merchant or banker; and this chief object of their desires often causes them to neglect rare talents that nature has bestowed upon them. This brings me back to the beginning of my letter. They possess genius and courage; they are lively and perceptive. There is nothing honorable or great beyond their reach; but, more passionate about money than glory, in order to live in abundance, they die in obscurity, leaving their children as an example only the love of wealth they themselves have acquired.

I learned all this directly from the people of Geneva themselves; for they speak of themselves in a most impartial manner. As for me, I don’t know how they are elsewhere, but I find them pleasant in their own country. And I know only one way to leave Geneva without regret. What is it, cousin? Oh! Believe me, no matter how humble you pretend to be—if you say you haven’t already guessed it, you’re lying. Tomorrow afternoon, that group of happy friends will set sail on a beautifully decorated brigantine; we chose the sea route because of the season, and also in order to stay together all the time. We plan to spend the night in Morges, the next day in Lausanne for the ceremony. And the day after that, you understand what I mean. When you see flames shining in the distance, banners fluttering in the wind, when you hear the cannons roaring, run through the whole house like a madwoman, screaming: “Arms! Arms! The enemies are here! The enemies are here!”

P.S. — Although the allocation of housing undoubtedly falls within the scope of my responsibilities, I am willing to waive this right in this particular instance. I merely request that my father be accommodated at Lord Edward’s residence, due to those geographical maps, and that the entire apartment be thoroughly carpeted with them.

Letter VI – From Madame de Wolmar to Saint-Preux

What a delightful feeling I experience as I begin this letter! For the first time in my life, I am able to write to you without fear or shame. I take pride in the friendship that binds us, for it represents a return to integrity and honesty like nothing else before. Great passions often stifle us; rarely do we manage to purify them. To forget what was dear to us when honor demands it is the effort of an honest and decent soul; but to have been what we were in the past and to be what we are today—that is the true triumph of virtue. The reason that makes one cease to love may be a vice; yet the cause that transforms a tender love into a friendship just as intense cannot possibly be anything other than purity and integrity.

Could we have ever made such progress on our own? Never, never, my friend; even attempting it would have been sheer audacity. To flee was the primary duty that governed us; nothing could have allowed us to violate it. We would certainly have continued to respect each other, but we would have stopped seeing one another, stopping writing to each other; we would have tried our best not to think of each other at all. And the greatest honor we could have rendered one another was to cut off all contact between us.

Look, instead of that, what is our current situation? Is there any other in the world that could be more pleasant? Do we not taste, thousands of times every day, the rewards of the struggles it has required of us? To see each other, to love one another, to feel that love, to rejoice in it, to spend days together in fraternal intimacy and in the peace of innocence, to care for one another, to think about each other without remorse, to speak about it without shame, and to honor ourselves in our own eyes with the same affection that we once so often reproached ourselves for lacking—this is where we stand now. Oh friend, what a glorious path we have already traveled! Let us dare to take pride in it, so that we may maintain it and complete it just as we began it.

To whom owe we such a rare happiness? You know it. I have seen your sensitive heart, filled with the virtues of the best of men, eagerly seeking to embrace it. And how could they be a burden to you or me? They impose no new duties upon us; they merely make those who are already so sacred to us even more precious. The only way to acknowledge their care is to be worthy of it, and all their value lies in their success. Let us therefore content ourselves with this expression of our zeal. Let us repay the kindness of our benefactor with our own virtues; that is all we owe him. He has done enough for us and for himself if he has enabled us to become who we truly are. Whether absent or present, living or dead, we will carry everywhere a testimony that will not be lost for any of the three of us.

Così, tutto declina insieme ai costumi. Il vero gusto deriva dalla virtù stessa; scompare con essa e lascia il posto a un gusto artificioso e affettato, che non è altro che il prodotto della moda. Lo stesso vale per lo spirito autentico. Non è forse la modestia del nostro sesso a costringerci ad usare astuzie per respingere le importune attenzioni degli uomini? E se loro hanno bisogno di arte per farsi ascoltare, noi ne abbiamo ancora più bisogno per saperli ignorare. Non sono forse loro stessi a scioglierci la lingua e lo spirito, a renderci più pronte a replicare, costringendoci a prenderci gioco di loro? Infine, per quanto si possa dire, una certa civetteria maliziosa e derisoria confonde ancora di più gli innamorati rispetto al silenzio o al disprezzo. Che piacere vedere un bel giovane completamente sconcertato, confuso e smarrito ad ogni nostra replica; circondarlo con modi meno appassionati, ma più taglienti di quelli dell’Amore stesso; colpirlo con “punte di ghiaccio” che feriscono attraverso il freddo. Anche tu, che fai finta di nulla, credi davvero che le tue maniere ingenue e tenere, il tuo aspetto timido e dolce nascondano meno astuzia e abilità delle mie “follie”? Onestamente, mia cara, se dovessimo contare tutti gli uomini che ognuna di noi ha preso in giro, dubito proprio che tu, con la tua aria ipocrita, fossi rimasta indietro. Non posso fare a meno di ridere ancora al pensiero di quel povero Conflans, che veniva da me furioso, accusandomi di amarlo troppo, “È così affettuosa”, mi diceva, “che non so di cosa lamentarmi; parla con me con tale ragionevolezza, che mi vergogno di non essere all’altezza delle sue aspettative; e la considero talmente mia amica, che non oso essere il suo amante, ”

Non credo che esistano al mondo coniugi più uniti e famiglie migliori di quelle in questa città. La vita domestica qui è piacevole e dolce: si vedono mariti comprensivi, e quasi delle “altre Giulie”. Il tuo sistema si verifica molto bene qui: entrambi i sessi traggono vantaggio dal dedicarsi a lavori e divertimenti diversi, il che impedisce loro di saziarsi a vicenda e li fa ritrovarsi con maggiore piacere. Così si acuisce la voluttà del saggio; astenersi per godere, questa è la tua filosofia: l’epicureismo della ragione.

Purtroppo questa antica modestia sta iniziando a declinare. Ci avviciniamo gli uni agli altri, ma i nostri cuori si allontanano sempre di più. Qui, come da noi, tutto è mescolato di bene e di male, ma in proporzioni diverse. Il genevese trae le sue virtù da se stesso; i suoi vizi, invece, provengono da altri luoghi. Non solo viaggia molto, ma adotta facilmente le usanze e i modi degli altri popoli; parla con disinvoltura tutte le lingue e imita senza difficoltà i loro accenti, anche se lui stesso ha un accento piuttosto marcato, soprattutto nelle donne, che viaggiano meno. Più umile per la propria piccolezza che orgoglioso della propria libertà, egli si vergogna della sua patria quando si trova tra popoli stranieri; sembra quasi voler dimenticare rapidamente il proprio paese, come se questo dovesse essere cancellato dalla memoria altrui. Forse anche la reputazione che ha di essere avido di guadagno contribuisce a questa vergogna peccaminosa. Sarebbe certamente meglio cancellare l’infamia del nome genovese attraverso il proprio disinteresse, piuttosto che umiliarlo ancora di più temendo di portarlo con sé; ma il genevese lo disprezza, anche quando lo rende stimato agli occhi degli altri. E ha ancora più torto nel non onorare la propria patria per i suoi meriti reali.

Per quanto possa essere avido, non si nota che ricorra a mezzi servili e meschini per arricchirsi; non ama legarsi ai potenti né intrufolarsi nelle corti. Anche la schiavitù personale gli è altrettanto odiosa della schiavitù civile. Flessibile e socievole come Alcibiade, sopporta a malapena la servitù; e quando si adatta alle abitudini altrui, le imita senza sottomettersi a esse. Il commercio, essendo tra tutti i mezzi per arricchirsi il più compatibile con la libertà, è anche quello che i Genovesi preferiscono. Quasi tutti sono mercanti o banchieri; e questo grande obiettivo dei loro desideri spinge spesso questi uomini a nascondere i rari talenti che la natura loro ha donato. Questo mi riporta all’inizio della mia lettera: hanno genio e coraggio, sono vivaci e perspicaci; non c’è nulla di onesto e nobile al di sopra delle loro possibilità. Ma, più appassionati d’oro che di gloria, per vivere nell’abbondanza muoiono nell’oscurità, lasciando ai loro figli come unico esempio l’amore per i tesori che hanno accumulato.

Tutto ciò me lo hanno raccontato i stessi genovesi; infatti parlano di loro in modo molto imparziale. Per quanto mi riguarda, non so come siano considerati dagli altri, ma io li trovo gentili nella loro città. E conosco un solo modo per lasciare Genova senza rimpianti: quale sia, cugina mia? Oh! credimi, anche se fai la parte dell’umile, se dici di non averlo già indovinato, stai mentendo. È dopodomani che il nostro gruppo partirà su una bella barca allestita a festa; abbiamo scelto il mare proprio per via della stagione, e anche per poterci riunire tutti insieme. Abbiamo intenzione di dormire quella sera a Morges, il giorno dopo a Losanna. E il giorno successivo, capisci cosa intendo? Quando vedrai da lontano le fiamme brillare, le bandiere sventolare, quando sentirai rimbombare i cannoni, corri per tutta la casa urlando: “Armi! armi! Ecco gli nemici! Ecco gli nemici!”

P.S. — Sebbene la distribuzione degli alloggi rientri indubbiamente tra i miei doveri, in questa occasione sono disposto a rinunciarvi. Voglio soltanto che mio padre venga sistemato presso lord Edward, a causa delle carte geografiche, e che l’appartamento venga completamente rivestito di esse dal soffitto al pavimento.

Lettera VI – di Madame de Wolmar a Saint-Preux

Che sentimento delizioso provo nel cominciare questa lettera! È la prima volta nella mia vita che posso scrivervi senza paura e senza vergogna. Mi onoro dell’amicizia che ci unisce, come di un ritorno senza precedenti. Spesso le grandi passioni soffocano l’anima; raramente vengono purificate. Dimenticare ciò che ci è stato caro, quando l’onore lo richiede, è uno sforzo da parte di un’anima onesta e comune. Ma essere ciò che siamo stati in passato, ed essere ciò che siamo oggi, questo sì che rappresenta il vero trionfo della virtù. La causa che fa cessare l’amore può essere un vizio; quella che trasforma un amore tenero in un’amicizia altrettanto profonda non potrebbe mai essere ambigua.

Avremmo mai potuto compiere questo progresso con le nostre sole forze? Mai, mai, mio caro; anche tentarlo sarebbe stato un atto di temerarietà. Fuggire era per noi la prima legge del dovere; nulla avrebbe potuto permetterci di violarla. Ci saremmo sempre stimati a vicenda, senza dubbio, ma avremmo smesso di vederci, di scriverci; ci saremmo sforzati di non pensare più l’uno all’altro. E il più grande onore che avremmo potuto reciprocamente concedere era interrompere ogni tipo di rapporto tra di noi.

Ecco, invece, quale è la nostra situazione attuale. Esiste al mondo qualcosa di più piacevole? Non godiamo mille volte al giorno dei frutti dei sacrifici che ci sono costati? Vedersi, amarsi, sentirsi uniti, rallegrarsene, trascorrere i giorni insieme in un rapporto fraterno e nella pace dell’innocenza, prendersi cura l’uno dell’altro, pensarci senza rimorsi, parlarne senza vergogna, e onorarsi reciprocamente con lo stesso affetto di cui ci siamo a lungo rimproverati. Ecco dove ci troviamo. Oh amico, quale strada d’onore abbiamo già percorso! Osiamo esserne orgogliosi, affinché possiamo mantenerla e portarla a termine proprio come l’abbiamo iniziata.

A chi dobbiamo questa felicità così rara? Lo sapete bene. Ho visto il vostro cuore sensibile, pieno di virtù e di benefici, desideroso di assorbirli completamente. E come potrebbero rappresentare un onere per voi o per me? Non ci impongono nuovi doveri; anzi, fanno sì che coloro che già erano così sacri per noi diventino ancora più preziosi. L’unico modo per riconoscere le loro cure è essere degni di esse, e tutto il loro valore risiede nel loro successo. Pertanto, limitiamoci a questo nell’esprimere la nostra gratitudine. Rendiamo con le nostre virtù i meriti del nostro benefattore; questo è tutto ciò che gli dobbiamo. Ha fatto abbastanza per noi e per sé stesso, se ci ha resi capaci di essere veramente noi stessi. Sia che sia assente o presente, vivo o morto, porteremo ovunque un testimone che non andrà perso per nessuno dei tre.

Je faisais ces réflexions en moi-même, quand mon mari vous destinait l’éducation de ses enfants. Quand milord Édouard m’annonça son prochain retour et le vôtre, ces mêmes réflexions revinrent, et d’autres encore, qu’il importe de vous communiquer tandis qu’il est temps de le faire.

Ce n’est point de moi qu’il est question, c’est de vous : je me crois plus en droit de vous donner des conseils depuis qu’ils sont tout à fait désintéressés, et que, n’ayant plus ma sûreté pour objet, ils ne se rapportent qu’à vous-même. Ma tendre amitié ne vous est pas suspecte, et je n’ai que trop acquis de lumières pour faire écouter mes avis.

Permettez-moi de vous offrir le tableau de l’état où vous allez être, afin que vous examiniez vous-même s’il n’a rien qui doive vous effrayer. O bon jeune homme ! si vous aimez la vertu, écoutez d’une oreille chaste les conseils de votre amie. Elle commence en tremblant un discours qu’elle voudrait taire ; mais comment le taire sans vous trahir ? Sera-t-il temps de voir les objets que vous devez craindre, quand ils vous auront égaré ? Non, mon ami ; je suis la seule personne au monde assez familière avec vous pour vous les présenter. N’ai-je pas le droit de vous parler, au besoin, comme une soeur, comme une mère ? Ah ! si les leçons d’un coeur honnête étaient capables de souiller le vôtre, il y a longtemps que je n’en aurais plus à vous donner.

Votre carrière, dites-vous, est finie. Mais convenez qu’elle est finie avant l’âge. L’amour est éteint ; les sens lui survivent, et leur délire est d’autant plus à craindre que, le seul sentiment qui le bornait n’existant plus, tout est occasion de chute à qui ne tient plus à rien. Un homme ardent et sensible, jeune et garçon, veut être continent et chaste ; il sait, il sent, il l’a dit mille fois, que la force de l’âme qui produit toutes les vertus tient à la pureté qui les nourrit toutes. Si l’amour le préserva des mauvaises moeurs dans sa jeunesse, il veut que la raison l’en préserve dans tous les temps ; il connaît pour les devoirs pénibles un prix qui console de leur rigueur ; et s’il en coûte des combats quand on veut se vaincre, fera-t-il moins aujourd’hui pour le Dieu qu’il adore, qu’il ne fit pour la maîtresse qu’il servit autrefois ? Ce sont là, ce me semble, des maximes de votre morale ; ce sont donc aussi des règles de votre conduite : car vous avez toujours méprisé ceux qui, contents de l’apparence, parlent autrement qu’ils n’agissent, et chargent les autres de lourds fardeaux auxquels ils ne veulent pas toucher eux-mêmes.

Quel genre de vie a choisi cet homme sage pour suivre les lois qu’il se prescrit ? Moins philosophe encore qu’il n’est vertueux et chrétien, sans doute il n’a point pris son orgueil pour guide. Il sait que l’homme est plus libre d’éviter les tentations que de les vaincre, et qu’il n’est pas question de réprimer les passions irritées, mais de les empêcher de naître. Se dérobe-t-il donc aux occasions dangereuses ? Fuit-il les objets capables de l’émouvoir ? Fait-il d’une humble défiance de lui-même la sauvegarde de sa vertu ? Tout au contraire, il n’hésite pas à s’offrir aux plus téméraires combats. À trente ans, il va s’enfermer dans une solitude avec des femmes de son âge, dont une lui fut trop chère pour qu’un si dangereux souvenir se puisse effacer, dont l’autre vit avec lui dans une étroite familiarité, et dont une troisième lui tient encore par les droits qu’ont les bienfaits sur les âmes reconnaissantes. Il va s’exposer à tout ce qui peut réveiller en lui des passions mal éteintes ; il va s’enlacer dans les pièges qu’il devrait le plus redouter. Il n’y a pas un rapport dans sa situation qui ne dût le faire défier de sa force, et pas un qui ne l’avilît à jamais s’il était faible un moment. Où est-elle donc cette grande force d’âme à laquelle il ose tant se fier ? Qu’a-t-elle fait jusqu’ici qui lui réponde de l’avenir ? Le tira-t-elle à Paris de la maison du colonel ? Est-ce elle qui lui dicta l’été dernier la scène de Meillerie ? L’a-t-elle bien sauvé cet hiver des charmes d’un autre objet, et ce printemps des frayeurs d’un rêve ? S’est-il vaincu pour elle au moins une fois, pour espérer de se vaincre sans cesse ? Il sait, quand le devoir l’exige, combattre les passions d’un ami ; mais les siennes ?… Hélas ! sur la plus belle moitié de sa vie, qu’il doit penser modestement de l’autre !

On supporte un état violent quand il passe. Six mois, un an, ne sont rien ; on envisage un terme, et l’on prend courage. Mais quand cet état doit durer toujours, qui est-ce qui le supporte ? Qui est-ce qui sait triompher de lui-même jusqu’à la mort ? O mon ami ! si la vie est courte pour le plaisir, qu’elle est longue pour la vertu ! Il faut être incessamment sur ses gardes. L’instant de jouir passe et ne revient plus ; celui de mal faire passe et revient sans cesse : on s’oublie un moment, et l’on est perdu. Est-ce dans cet état effrayant qu’on peut couler des jours tranquilles, et ceux mêmes qu’on a sauvé du péril n’offrent-ils pas une raison de n’y plus exposer les autres ?

Que d’occasions peuvent renaître, aussi dangereuses que celles dont vous avez échappé, et qui pis est, non moins imprévues ! Croyez-vous que les monuments à craindre n’existent qu’à Meillerie ? Ils existent partout où nous sommes ; car nous les portons avec nous. Eh ! vous savez trop qu’une âme attendrie intéresse l’univers entier à sa passion, et que, même après la guérison, tous les objets de la nature nous rappellent encore ce qu’on sentit autrefois en les voyant. Je crois pourtant, oui, j’ose le croire, que ces périls ne reviendront plus, et mon coeur me répond du vôtre. Mais, pour être au-dessus d’une lâcheté, ce coeur facile est-il au-dessus d’une faiblesse, et suis-je la seule ici qu’il lui en coûtera peut-être de respecter ? Songez, Saint-Preux, que tout ce qui m’est cher doit être couvert de ce même respect que vous me devez ; songez que vous aurez sans cesse à porter innocemment les jeux innocents d’une femme charmante ; songez aux mépris éternels que vous auriez mérités, si jamais votre coeur osait s’oublier un moment et profaner ce qu’il doit honorer à tant de titres.

Je veux que le devoir, la foi, l’ancienne amitié, vous arrêtent, que l’obstacle opposé par la vertu vous ôte un vain espoir, et qu’au moins par raison vous étouffiez des voeux inutiles ; serez-vous pour cela délivré de l’empire des sens et des pièges de l’imagination ? Forcé de nous respecter toutes deux, et d’oublier en nous notre sexe, vous le verrez dans celles qui nous servent, et en vous abaissant vous croirez vous justifier ; mais serez-vous moins coupable en effet, et la différence des rangs change-t-elle ainsi la nature des fautes ? Au contraire vous vous avilirez d’autant plus que les moyens de réussir seront moins honnêtes. Quels moyens ! Quoi ! vous !… Ah ! périsse l’homme indigne qui marchande un coeur et rend l’amour mercenaire ! C’est lui qui couvre la terre des crimes que la débauche y fait commettre. Comment ne serait pas toujours à vendre celle qui se laisse acheter une fois ? Et, dans l’opprobre où bientôt elle tombe, lequel est l’auteur de sa misère, du brutal qui la maltraite en un mauvais lieu, ou du séducteur qui l’y traîne en mettant le premier ses faveurs à prix ?

Oserai-je ajouter une considération qui vous touchera, si je ne me trompe ? Vous avez vu quels soins j’ai pris pour établir ici la règle et les bonnes moeurs ; la modestie et la paix y règnent, tout y respire le bonheur et l’innocence. Mon ami, songez à vous, à moi, à ce que nous fûmes, à ce que nous sommes, à ce que nous devons être. Faudra-t-il que je dise un jour, en regrettant mes peines perdues : « C’est de lui que vient le désordre de ma maison ? »

I was pondering these things within myself when my husband decided to entrust you with the education of his children. When Lord Edward informed me of his upcoming return, as well as yours, those same thoughts resurfaced—and even more others—that it is now important for me to share with you.

It is not about me, but about you: I believe I have even more right to give you advice now that these suggestions are entirely disinterested, and since they no longer concern my own interests, they pertain solely to you. My sincere friendship towards you is not in doubt, and I have acquired far too much knowledge to justify offering my opinions.

Allow me to present to you a picture of the state into which you are about to enter, so that you may examine it yourself and see if there is anything in it that should frighten you. Oh, good young man! If you love virtue, listen with a pure heart to the advice of your friend. She begins her speech trembling, for she would rather keep it silent; but how can she remain silent without betraying you? Will it be too late to recognize those things that you ought to fear, once they have led you astray? No, my friend; I am the only person in the world who knows you well enough to warn you. Do I not have the right to speak to you, if necessary, like a sister, like a mother? Ah! If the lessons of an honest heart could ever corrupt yours, I would have stopped giving them to you long ago.

You say that your career is over. But admit that it ended before its time. Love is dead; the senses survive it, and their delirium is all the more frightening because, now that the only sentiment that once restrained them no longer exists, everything becomes an occasion for downfall for those who no longer hold onto anything. A passionate and sensitive man, young and still a boy, wants to be chaste and self-controlled; he knows, he feels it—he has said it a thousand times—that the strength of the soul, which gives rise to all virtues, depends on purity, which nourishes them all. If love protected him from bad habits in his youth, he wants reason to protect him throughout his life. He understands that there is a value in difficult duties that compensates for their rigor; and if it takes great effort to overcome oneself, will he now put in less effort for the God he worships than he did for the woman he once served? These, I believe, are the principles of your morality; they are also the rules that guide your behavior. For you have always despised those who, content with appearances, speak one thing but do another, and burden others with burdens that they themselves refuse to bear.

What kind of life has this wise man chosen to follow the principles he has set for himself? Less philosophical than virtuous and Christian, he surely did not let pride guide him. He knows that it is far easier for a man to avoid temptations than to overcome them, and that the task is not to suppress aroused passions but to prevent them from arising in the first place. So does he avoid dangerous situations? Does he flee from anything that might stir his emotions? Does he rely on humble self-discipline to protect his virtue? On the contrary, he does not hesitate to engage in the most daring battles. At thirty years old, he chooses to live in solitude with women of his own age—some of whom were too dear to him for such dangerous memories to be erased; others live with him in close intimacy; and yet another is still bound to him by the ties of gratitude. He exposes himself to everything that might revive dormant passions; he willingly steps into traps that he should fear most. There isn’t a single aspect of his situation that does not require him to test his strength—or that would forever degrade him if he were weak for even a moment. Where, then, is this great inner strength upon which he dares to rely so much? What has it done so far to assure him of his future success? Did it bring him to Paris away from the colonel’s house? Was it this same strength that prompted him to act in Meillerie last summer? Has it truly saved him this winter from the allure of another woman, and this spring from the horrors of a nightmare? Has he ever conquered one of his own passions, just once, in order to hope of conquering them all forever? He knows how to fight against the passions of others when duty demands it—but what about his own?! Alas, what must he think modestly of the other half of his life!

One endures a violent state of affairs only while it lasts. Six months, a year—these are nothing; one sets a deadline and gathers courage. But when such a state is meant to last forever, who is capable of enduring it? Who can conquer oneself until death? Oh my friend! If life is short for pleasure, then it is exceedingly long for the pursuit of virtue! One must always be on guard. The moment of enjoyment passes and never returns; the moment of wrongdoing comes and goes repeatedly: one forgets oneself for a brief instant, and that is enough to lead to ruin. Is it truly possible to live peaceful days in such a terrifying state? And even those moments that have been saved from danger do not they provide a reason not to expose others to the same peril?

How many dangers may arise, just as dangerous as those from which you have escaped—and, what’s worse, just as unforeseeable! Do you think that the monuments of fear exist only in Meillerie? They exist everywhere we are; for we carry them with us. Ah! You know all too well that a tender-hearted person draws the entire universe into their passions, and that even after recovery, every object in nature still reminds us of what we once felt when we saw it. Yet I believe—yes, I dare to believe—that these dangers will never return again. My heart speaks for yours. But to be free from cowardice, is such a gentle heart also free from weakness? And am I the only one here for whom respecting these things might actually require some effort? Think, Saint-Preux: everything that is dear to me deserves precisely the same respect that you owe me. Remember that you will always have to carry on innocently with the playful, charming activities of a lovely woman. Consider the eternal scorn you would deserve if your heart ever dared to forget itself for a moment and desecrate what it owes so many reasons to honor.

I want duty, faith, and old friendship to stop you; I want the obstacle posed by virtue to take away any vain hope you may have; and I want you, at least out of reason, to suppress those useless desires. But will this free you from the dominion of the senses and the traps of imagination? Forced to respect both of us and to forget our gender in each other, you will see it in those who serve us, and by lowering yourself, you will believe you are justified in doing so. But will you truly be less guilty as a result? Does the difference in social status really change the nature of sins? On the contrary, the more dishonest the means to achieve your goal, the more you will degrade yourself. What means! Oh, how despicable it is for a man to trade on someone’s heart and turn love into a mercenary transaction! It is such men who fill the world with the crimes that debauchery inspires. How can a woman who once allows herself to be bought not always be available for sale? And in the disgrace she soon falls into, who is really responsible for her misery—is it the brute who abuses her in a filthy place, or the seducer who lures her there by offering his favors in exchange for money?

Dare I add a consideration that will touch you, if I am not mistaken? You have seen the care I have taken to establish order and good manners here; modesty and peace prevail, and everything exudes happiness and innocence. My friend, think of yourself, think of me, think of what we were, what we are, and what we must be. Will it come a day when I will say, regretting the losses I have suffered: “Is it because of him that there is chaos in my home?”

Stavo facendo queste riflessioni quando mio marito decise di affidarvi l’educazione dei suoi figli. Quando lord Edward mi comunicò il suo imminente ritorno e il vostro, quelle stesse riflessioni tornarono a galla, insieme ad altre ancora, che è importante condividere con voi ora che ne abbiamo l’occasione.

Non si tratta di me, ma di voi: ritengo di avere ancora più diritto a darvi consigli, ora che questi sono del tutto disinteressati e, poiché non riguardano più me stesso, riguardano soltanto voi. La mia affettuosa amicizia non può suscitare in voi sospetti, e ho acquisito troppe conoscenze per poter far ascoltare i miei pareri.

Permettetemi di presentarvi un quadro dello stato in cui vi troverete, affinché possiate esaminare da soli se ci sia qualcosa che dovrebbe spaventarvi. Oh, caro giovane! Se amate la virtù, ascoltate con cuore puro i consigli della vostra amica. Lei inizia a parlare tremando, poiché vorrebbe tacerne; ma come potrebbe tacere senza tradirvi? Sarà forse troppo tardi per riconoscere gli oggetti che dovreste temere, quando ormai vi avranno ingannato? No, mio caro; sono l’unica persona al mondo abbastanza a conoscenza di voi per presentarveli. Non ho forse il diritto di parlarvi, se necessario, come una sorella, come una madre? Ah! Se le lezioni di un cuore onesto potessero contaminare il vostro, da tempo non avrei più nulla da insegnarvi.

Dite voi stesso che la vostra carriera è finita. Ma ammettete che sia terminata prima del tempo previsto. L’amore è spento; i sensi, invece, sopravvivono a esso, e il loro delirio è tanto più temibile in quanto, non essendoci più alcun sentimento a contenerli, qualsiasi occasione può portare alla rovina di chi non si attacca più a nulla. Un uomo appassionato e sensibile, giovane e ancora ragazzo, vuole essere casto e virtuoso; sa, sente, l’ha detto mille volte: la forza dell’anima che genera tutte le virtù dipende dalla purezza che le nutre. Se l’amore lo ha protetto dalle cattive abitudini nella sua giovinezza, vuole che sia la ragione a proteggerlo per sempre; conosce il valore dei doveri difficili e sofferti, un valore che compensa la loro rigore. E se per vincerli è necessario combattere, perché oggi dovrebbe impegnarsi meno per Dio che ama, di quanto non lo facesse un tempo per la donna che serviva? Queste, a mio parere, sono le massime della vostra morale. E quindi anche le regole del vostro comportamento: avete sempre disprezzato coloro che, soddisfatti solo delle apparenze, parlano in modo diverso da come agiscono, e caricano gli altri di pesanti responsabilità che loro stessi non vogliono assumersi.

Che tipo di vita ha scelto questo saggio uomo per seguire le leggi che si è imposto? Meno filosofo di quanto sia virtuoso e cristiano, probabilmente non ha fatto del proprio orgoglio la sua guida. Sa bene che l’uomo è più libero nel evitare le tentazioni che nel vincerle, e che non si tratta di reprimere passioni già scatenate, ma di impedirne la nascita. Si allontana quindi dalle occasioni pericolose? Fugge dagli oggetti capaci di commuoverlo? Fa della modesta umiltà verso se stesso la protezione della propria virtù? Al contrario, non esita a gettarsi nei combattimenti più rischiosi. A trent’anni, si ritira in solitudine con donne della sua età: una di loro gli è stata troppo cara perché un ricordo così pericoloso potesse mai svanire; un’altra vive con lui in stretta intimità; una terza è ancora legata a lui dai benefici che i buoni atti possono apportare alle anime riconoscenti. Si espone quindi a tutto ciò che potrebbe risvegliare in lui passioni ancora non del tutto estinte. Si getta nei pericoli che dovrebbe temere di più. Non c’è nulla nella sua situazione che non lo spinga a mettere alla prova la propria forza; e niente, al contrario, che non lo umiliirebbe per sempre se dovesse mostrarsi debole anche solo per un momento. Dov’è dunque questa grande forza d’animo di cui osa fidarsi così tanto? Cosa ha fatto finora per garantirgli il futuro? È stata lei a portarlo a Parigi, lontano dalla casa del colonnello? È stata lei a suggerirgli lo scorso anno l’azione di Meillerie? L’ha davvero salvato quest’inverno dai fascini di un’altra donna, e questa primavera dalle paure causate da un sogno? Si è forse vinto almeno una volta per lei, per poter sperare di vincersi sempre? Sa bene come combattere le passioni degli altri quando il dovere lo richiede. Ma le proprie? Ahimè. Per quanto riguarda la più bella metà della sua vita, cosa può davvero dire di sé con modestia?!

Si sopporta uno stato violento finché dura. Sei mesi, un anno, non sono nulla; si pensa al termine di quel periodo e ci si riempie di coraggio. Ma quando tale stato deve durare per sempre, chi è in grado di sopportarlo? Chi sa come vincere su se stesso fino alla morte? Oh mio amico! Se la vita è breve per il piacere, quanto è lunga invece per la virtù. Bisogna stare costantemente all’erta. Il momento del piacere passa e non ritorna più; quello di compiere azioni malvagie, invece, passa ma ritorna continuamente. Se ci si dimentica anche solo per un istante, si è perduti. È davvero possibile trascorrere giorni tranquilli in uno stato così terribile? E quei giorni stessi che si sono salvati dal pericolo, non forniscono forse una ragione per non esporre gli altri a esso?

Quante occasioni possono rinascere, altrettanto pericolose di quelle da cui siete scampati, e, peggio ancora, altrettanto imprevedibili! Pensate davvero che i pericoli da temere esistano solo a Meillerie? Esistono ovunque siamo; li portiamo con noi. Oh, sapete troppo bene quanto un cuore commosso possa interessare l’intero universo alla propria passione, e come, anche dopo la guarigione, tutti gli oggetti della natura ci ricordino ancora ciò che abbiamo provato in passato vedendoli. Tuttavia, sì, oso crederlo, credo che questi pericoli non torneranno più; il mio cuore mi assicura che lo stesso vale per il vostro. Ma, per essere al di sopra della codardia, questo cuore così sensibile è davvero al di sopra delle debolezze umane? E sono forse l’unica qui a cui possa costare qualcosa rispettare queste regole? Pensateci, Saint-Preux, tutto ciò che mi è caro merita lo stesso rispetto che voi dovete tributarmi; pensate che dovrete sempre portare con voi, in modo innocente, gli “innocenti giochi” di una donna incantevole, e pensate ai disprezi eterni che avreste meritato, se mai il vostro cuore osasse dimenticare per un momento ciò che deve onorare sotto così tanti aspetti.

Voglio che il dovere, la fede, l’antica amicizia vi fermino; che l’ostacolo posto dalla virtù vi privi di vane speranze; e che, almeno per ragione, soffochiate desideri inutili. Ma sarà forse questo sufficiente a liberarvi dal dominio dei sensi e dalle insidie dell’immaginazione? Costretto a rispettare entrambe e a dimenticare il nostro sesso in noi stessi, lo vedrete nelle donne che ci servono; umiliandovi, crederete di giustificarvi. Ma sarete davvero meno colpevoli? E cambia forse la differenza dei ranghi la natura dei peccati? Al contrario, vi umiliarete ancora di più quanto i mezzi per riuscire siano meno onesti. Che mezzi! Oh, che possa perire l’uomo indegno che vende un cuore e rende l’amore un mercato! È lui che copre la terra dei crimini commessi dalla lussuria. Come potrebbe una donna, una volta venduta, non essere sempre disponibile? E nell’infamia in cui presto cade, chi è il vero responsabile della sua miseria: il bruto che la maltratta in luoghi osceni, o il seduttore che la attira lì, mettendo le sue grazie in vendita?

Oserò aggiungere una considerazione che vi riguarderà, se non mi sbaglio? Avete visto quali cure ho profuso per stabilire qui regole e buone usanze; la modestia e la pace regnano in questo luogo, tutto vi respira felicità e innocenza. Amico mio, pensate a voi, a me, a ciò che eravamo, a ciò che siamo, a ciò che dobbiamo essere. Dovrò forse un giorno dire, rimpiangendo le sofferenze perdute: “È da lui che deriva il disordine nella mia casa?”

Disons tout, s’il est nécessaire, et sacrifions la modestie elle-même au véritable amour de la vertu. L’homme n’est pas fait pour le célibat, et il est bien difficile qu’un état si contraire à la nature n’amène pas quelque désordre public ou caché. Le moyen d’échapper toujours à l’ennemi qu’on porte sans cesse avec soi ? Voyez en d’autres pays ces téméraires qui font voeu de n’être pas hommes. Pour les punir d’avoir tenté Dieu, Dieu les abandonne ; ils se disent saints, et sont déshonnêtes ; leur feinte continence n’est que souillure ; et pour avoir dédaigné l’humanité ils s’abaissent au-dessous d’elle. Je comprends qu’il en coûte peu de se rendre difficile sur des lois qu’on n’observe qu’en apparence[216] ; mais celui qui veut être sincèrement vertueux se sent assez chargé des devoirs de l’homme sans s’en imposer de nouveaux. Voilà, cher Saint-Preux, la véritable humilité du chrétien, c’est de trouver toujours sa tâche au-dessus de ses forces, bien loin d’avoir l’orgueil de la doubler. Faites-vous l’application de cette règle, et vous sentirez qu’un état qui devrait seulement alarmer un autre homme doit par mille raisons vous faire trembler. Moins vous craignez, plus vous avez à craindre ; et si vous n’êtes point effrayé de vos devoirs, n’espérez pas de les remplir.

Tels sont les dangers qui vous attendent ici. Pensez-y tandis qu’il en est temps. Je sais que jamais de propos délibéré vous ne vous exposerez à mal faire, et le seul mal que je crains de vous est celui que vous n’aurez pas prévu. Je ne vous dis donc pas de vous déterminer sur mes raisons, mais de les peser. Trouvez-y quelque réponse dont vous soyez content, et je m’en contente ; osez compter sur vous, et j’y compte. Dites-moi : « Je suis un ange », et je vous reçois à bras ouverts.

Quoi ! toujours des privations et des peines ! toujours des devoirs cruels à remplir ! toujours fuir les gens qui nous sont chers ! Non, mon aimable ami. Heureux qui peut dès cette vie offrir un prix à la vertu ! J’en vois un digne d’un homme qui sut combattre et souffrir pour elle. Si je ne présume pas trop de moi, ce prix que j’ose vous destiner acquittera tout ce que mon coeur redoit au vôtre ; et vous aurez plus que vous n’eussiez obtenu si le ciel eût béni nos premières inclinations. Ne pouvant vous faire ange vous-même, je vous en veux donner un qui garde votre âme, qui l’épure, qui la ranime, et sous les auspices duquel vous puissiez vivre avec nous dans la paix du séjour céleste. Vous n’aurez pas, je crois, beaucoup de peine à deviner qui je veux dire ; c’est l’objet qui se trouve à peu près établi d’avance dans le coeur qu’il doit remplir un jour, si mon projet réussit.

Je vois toutes les difficultés de ce projet sans en être rebutée, car il est honnête. Je connais tout l’empire que j’ai sur mon amie, et ne crains point d’en abuser en l’exerçant en votre faveur. Mais ses résolutions vous sont connues ; et, avant de les ébranler, je dois m’assurer de vos dispositions, afin qu’en l’exhortant de vous permettre d’aspirer à elle je puisse répondre de vous et de vos sentiments ; car, si l’inégalité que le sort a mise entre l’un et l’autre vous ôte le droit de vous proposer vous-même, elle permet encore moins que ce droit vous soit accordé sans savoir quel usage vous en pourrez faire.

Je connais toute votre délicatesse ; et si vous avez des objections à m’opposer, je sais qu’elles seront pour elle bien plus que pour vous. Laissez ces vains scrupules. Serez-vous plus jaloux que moi de l’honneur de mon amie ? Non, quelque cher que vous me puissiez être, ne craignez point que je préfère votre intérêt à sa gloire. Mais autant je mets de prix à l’estime des gens sensés, autant je méprise les jugements téméraires de la multitude, qui se laisse éblouir par un faux éclat, et ne voit rien de ce qui est honnête. La différence fût-elle cent fois plus grande, il n’est point de rang auquel les talents et les moeurs n’aient droit d’atteindre, et à quel titre une femme oserait-elle dédaigner pour époux celui qu’elle s’honore d’avoir pour ami ? Vous savez quels sont là-dessus nos principes à toutes deux. La fausse honte et la crainte du blâme inspirent plus de mauvaises actions que de bonnes, et la vertu ne sait rougir que de ce qui est mal.

À votre égard, la fierté que je vous ai quelquefois connue ne saurait être plus déplacée que dans cette occasion ; et ce serait à vous une ingratitude de craindre d’elle un bienfait de plus. Et puis, quelque difficile que vous puissiez être, convenez qu’il est plus doux et mieux séant de devoir sa fortune à son épouse qu’à son ami ; car on devient le protecteur de l’une, et le protégé de l’autre ; et, quoi que l’on puisse dire, un honnête homme n’aura jamais de meilleur ami que sa femme.

Que s’il reste au fond de votre âme quelque répugnance à former de nouveaux engagements, vous ne pouvez trop vous hâter de la détruire pour votre honneur et pour mon repos ; car je ne serai jamais contente de vous et de moi que quand vous serez en effet tel que vous devez être, et que vous aimerez les devoirs que vous avez à remplir. Eh ! mon ami, je devrais moins craindre cette répugnance qu’un empressement trop relatif à vos anciens penchants. Que ne fais-je point pour m’acquitter auprès de vous ! Je tiens plus que je n’avais promis. N’est-ce pas aussi Julie que je vous donne ? N’aurez-vous pas la meilleure partie de moi-même, et n’en serez-vous pas plus cher à l’autre ? Avec quel charme alors je me livrerai sans contrainte à tout mon attachement pour vous ! Oui, portez-lui la foi que vous m’avez jurée ; que votre coeur remplisse avec elle tous les engagements qu’il prit avec moi ; qu’il lui rende, s’il est possible, tout ce que vous redevez au mien. O Saint-Preux ! je lui transmets cette ancienne dette. Souvenez-vous qu’elle n’est pas facile à payer.

Voilà, mon ami, le moyen que j’imagine de nous réunir sans danger, en vous donnant dans notre famille la même place que vous tenez dans nos coeurs. Dans le noeud cher et sacré qui nous unira tous, nous ne serons plus entre nous que des soeurs et des frères ; vous ne serez plus votre propre ennemi ni le nôtre ; les plus doux sentiments, devenus légitimes, ne seront plus dangereux ; quand il ne faudra plus les étouffer, on n’aura plus à les craindre. Loin de résister à des sentiments si charmants, nous en ferons à la fois nos devoirs et nos plaisirs : c’est alors que nous nous aimerons tous plus parfaitement, et que nous goûterons véritablement réunis les charmes de l’amitié, de l’amour, et de l’innocence. Que si, dans l’emploi dont vous vous chargez, le ciel récompense du bonheur d’être père le soin que vous prendrez de nos enfants, alors vous connaîtrez par vous-même le prix de ce que vous aurez fait pour nous. Comblé des vrais biens de l’humanité, vous apprendrez à porter avec plaisir le doux fardeau d’une vie utile à vos proches ; vous sentirez enfin ce que la vaine sagesse des méchants n’a jamais pu croire, qu’il est un bonheur réservé dès ce monde aux seuls amis de la vertu.

Réfléchissez à loisir sur le parti que je vous propose, non pour savoir s’il vous convient, je n’ai pas besoin là-dessus de votre réponse, mais s’il convient à Mme d’Orbe, et si vous pouvez faire son bonheur comme elle doit faire le vôtre. Vous savez comment elle a rempli ses devoirs dans tous les états de son sexe ; sur ce qu’elle est, jugez ce qu’elle a droit d’exiger. Elle aime comme Julie, elle doit être aimée comme elle. Si vous sentez pouvoir la mériter, parlez ; mon amitié tentera le reste, et se promet tout de la sienne. Mais si j’ai trop espéré de vous, au moins vous êtes honnête homme, et vous connaissez sa délicatesse ; vous ne voudriez pas d’un bonheur qui lui coûterait le sien : que votre coeur soit digne d’elle, ou qu’il ne lui soit jamais offert.

Let us speak frankly, if necessary, and sacrifice even modesty itself for the true love of virtue. Man is not made for celibacy, and it is hardly possible for such a state, which goes against nature, not to lead to some public or hidden disorder. What is the way to escape constantly from this enemy that we carry with us at all times? Look in other countries at those audacious people who vow not to be men. For punishing them for having dared to challenge God, God abandons them; they call themselves saints, but are in fact dishonest; their pretended continence is nothing but filth; and because they have despised humanity, they sink below it. I understand that it costs little to be strict about laws that are observed only in appearance[216]; but those who truly wish to be virtuous feel that they already have enough duties to fulfill as human beings, without imposing any new ones on themselves. Here, dear Saint-Preux, lies the true humility of a Christian: to always find one’s tasks beyond one’s abilities, and far from having the pride to exceed them. Apply this rule to yourself, and you will realize that a state which should merely cause another man fear ought, for a thousand reasons, to fill you with terror. The less you fear, the more there is to fear; and if you are not afraid of your duties, do not expect to fulfill them.

Such are the dangers that await you here. Consider them while there is still time. I know that you would never deliberately expose yourself to harm; the only danger I fear for you is one that you might not anticipate. Therefore, I am not asking you to accept my reasons outright, but to weigh them carefully. Find some answer that satisfies you, and I will be satisfied with that; dare to rely on yourself, and I will rely on you. Tell me, “I am an angel,” and I will welcome you with open arms.

What! Always privations and hardships! Always cruel duties to fulfill! Always having to flee from those we love! No, my dear friend. How fortunate those who can offer a reward for virtue in this very life! I see one such reward worthy of a man who fought and suffered for it. If I do not presume too much of myself, the reward I dare offer you will more than make up for everything my heart owes yours; you will have far more than if heaven had blessed our initial inclinations. Since I cannot make you an angel myself, I wish to give you one who will guard your soul, purify it, and revive it, so that you may live with us in the peace of the heavenly realm. I believe you will not have much difficulty guessing who I mean; it is the one who has already taken a place in my heart, destined to fill it someday, if my plan succeeds.

I see all the difficulties involved in this project without being deterred, for it is an honest one. I am well aware of the influence I have over my friend, and I am not afraid to use it in your favor. However, her resolve is known to you; and before attempting to shake it, I must first ascertain your intentions, so that when I urge her to allow you to pursue your aspirations toward her, I can be certain of both you and your feelings. For if the inequality imposed by fate prevents you from offering yourself to her, it certainly makes it even less just to grant you that right without knowing how you might use it.

I am well aware of all your delicacies; and if you have any objections to raise against me, I know they would be directed more towards her than towards you. Let these vain scruples go. Would you be more jealous than I am of the honor of my friend? No, no matter how dear you may be to me, do not fear that I would place your interests above her glory. But just as much as I value the respect of sensible people, I despise the rash judgments of the multitude, who are blinded by false brilliance and fail to see what is truly honorable. Even if the difference were a hundred times greater, there is no rank or position to which talents and virtue cannot aspire; and under what right could a woman dare to disdain as a husband someone whom she is proud to call her friend? You know what our principles on this matter are. False shame and fear of criticism inspire more evil than good actions; virtue can only be ashamed of what is wrong.

In your case, the pride that I have sometimes felt towards you could not be more out of place than on this occasion; and it would be unworthy of you to fear that such pride might bring you any further harm. Moreover, no matter how difficult you may be to please, admit that it is far gentler and more appropriate to owe one’s fortune to one’s wife rather than to one’s friend—for one becomes the protector of the former and the protégé of the latter. And, whatever one might say, an honest man will never have a better friend than his own wife.

Even if there remains in the depths of your soul some aversion toward entering into new commitments, you must hasten to eradicate it for the sake of your honor and my peace of mind; for I shall never be satisfied with you or with myself until you truly become what you ought to be, and until you love the duties that lie before you. Ah, my friend, I should fear this aversion even less than an excessive eagerness to indulge in your former inclinations. What more am I not doing to fulfill my obligations toward you? I have kept my promises even more scrupulously than I had initially intended. Is it not Julie that I am giving you? Will you not thus possess the best part of me, and will you not be all the more dear to me? Then, with what joy shall I surrender myself entirely to all my feelings for you! Yes, grant her the faith you swore to me; let your heart fulfill with it all the promises you made to me; and if possible, repay her with everything you owe to mine. O Saint-Preux, I entrust this old debt to you. Remember that it is not an easy one to repay.

Here, my friend, is the way I see us being able to reunite without danger, by giving you in our family the same place that you hold in our hearts. In the cherished and sacred bond that will unite us all, we will be nothing but sisters and brothers; you will no longer be your own enemy or ours. The gentlest sentiments, having become legitimate, will no longer be dangerous; when there will be no need to suppress them, we will no longer have to fear them. Far from resisting such delightful feelings, we will make them both our duties and our pleasures. It is then that we will love one another more perfectly and truly enjoy the joys of friendship, love, and innocence together. And if, in the role you undertake, heaven rewards you with the happiness of being a father for our children, then you will yourself understand the true value of what you have done for us. Blessed with the true goods of humanity, you will learn to embrace with joy the gentle burden of a life that is useful to your loved ones; you will finally realize what the vain wisdom of the wicked could never believe: that there is a happiness reserved in this world solely for those who are friends of virtue.

Consider at your leisure the proposal I make you—not to determine whether it suits you, for I do not need your answer on that matter—but rather whether it would suit Madame d’Orbe, and whether you could bring her happiness just as she should bring yours. You know how she has fulfilled her duties in all respects appropriate to her gender; judging by what she is, decide what she deserves to ask for. She loves just like Julie; therefore, she ought to be loved just like her. If you feel you deserve her, speak up; my friendship will do the rest, and promises everything on its part. But if I have hoped too much of you, at least you are an honest man, and you understand her delicacy; you would not wish for a happiness that would cost her her own happiness. May your heart be worthy of her, or may it never be offered to her.

Diciamo tutto, se necessario, e sacrificiamo persino la modestia stessa per un vero amore della virtù. L’uomo non è fatto per il celibato, ed è assai probabile che uno stato così contrario alla natura porti con sé disordini pubblici o nascosti. Qual è il modo per sfuggire costantemente al nemico che portiamo sempre con noi? Guardate in altri paesi quei temerari che si impegnano a non essere uomini. Per punirli di aver tentato Dio, Dio li abbandona; si dichiarano santi, ma sono disonesti; la loro presunta continenza non è altro che contaminazione; e per aver disdegnato l’umanità, si abbassano al di sotto di essa. Capisco bene che sia facile essere rigidi riguardo a leggi che si osservano solo in apparenza. Ma colui che desidera essere sinceramente virtuoso si sente già sufficientemente impegnato nei doveri umani, senza bisogno di imponersene altri. Ecco, caro Saint-Preux, la vera umiltà del cristiano: riconoscere sempre che il proprio compito è al di sopra delle proprie forze, e non avere affatto l’orgoglio di superarlo. Applicate questa regola, e scoprirete che uno stato che dovrebbe solo allarmare un altro uomo deve, per mille ragioni, farvi tremare. Meno temete, più avete motivo di temere; e se non vi spaventano i vostri doveri, non sperate di poterli adempiere.

Ecco i pericoli che vi attendono qui. Pensateci finché ne avete il tempo. So che mai, di proposito, vi esporrete a qualche male; l’unico danno che temo possiate subire è quello che non avrete previsto. Quindi non vi chiedo di decidere in base alle mie ragioni, ma di ponderarle attentamente. Trovate una risposta che vi soddisfi, e io mi accontenterò; abbiate il coraggio di fidarvi di voi stessi, e anch’io mi fiderò di voi. Ditemi: “Sono un angelo”, e vi accoglierò a braccia aperte.

Che cosa! Sempre privazioni e punizioni. Sempre doveri crudeli da compiere. Sempre dover fuggire dalle persone che ci sono care. No, mio caro amico. Fortunato chi può già, in questa vita, offrire un prezzo alla virtù. Ne vedo uno degno di un uomo che seppe combattere e soffrire per lei. Se non mi sopravvaluto troppo, questo prezzo che oso destinarti ripagherà tutto ciò che il mio cuore deve al tuo. E avrai più di quanto avresti ottenuto se il cielo avesse benedetto le nostre prime inclinazioni. Non potendo renderti un angelo io stesso, voglio dartene uno che custodisca la tua anima, che la purifichi, che la rinvigorisca. E sotto la sua protezione tu possa vivere con noi nella pace del regno celeste. Credo che non ti sarà difficile indovinare di chi parlo. È l’oggetto che, già da tempo, si trova nel mio cuore. L’oggetto che un giorno dovrà occuparvi il posto, se il mio progetto avrà successo.

Vedo tutte le difficoltà di questo progetto senza che mi scoraggino, perché è onesto. Conosco pienamente l’influenza che ho sulla mia amica e non temo di abusarne per il vostro bene. Tuttavia, le sue risoluzioni sono note a voi; e prima di metterle in discussione, devo assicurarmi delle vostre intenzioni, affinché, incoraggiandola ad acconsentire che aspiriate a lei, possa garantire per voi e i vostri sentimenti. Infatti, se l’ineguaglianza impostata dal destino tra di voi vi priva del diritto di proporvi direttamente, allora è ancora meno possibile che questo diritto vi venga concesso senza sapere come lo userete.

Conosco tutta la vostra delicatezza; e se avete obiezioni da sollevare contro di me, so che saranno rivolte più a lei che a voi. Lasciate da parte questi vane scrupoli: sareste forse più geloso di me dell’onore della mia amica? No, per quanto possiate essere caro per me, non temete che io preferisca il vostro interesse alla sua gloria. Ma tanto più apprezzo l’opinione delle persone sensate, tanto più disprezzo i giudizi avventati della moltitudine, che si lascia abbagliare da un falso splendore e non riesce a riconoscere ciò che è onesto. Anche se la differenza fosse cento volte maggiore, non esiste alcun rango al quale i talenti e le virtù non abbiano diritto di aspirare; e con quale titolo una donna oserebbe disprezzare, come marito, colui che si onora di avere per amico? Voi conoscete quali siano i nostri principi in questa materia. La falsa vergogna e la paura del biasimo ispirano più azioni malvagie che buone; e la virtù sa arrossire soltanto di ciò che è male.

Per quanto mi riguarda, l’orgoglio che a volte ho provato per voi non potrebbe essere più fuori luogo in questa circostanza; sarebbe davvero ingratitudine da parte vostra temere che esso possa portare con sé qualche ulteriore beneficio. Inoltre, per difficile che siate, ammettete pure che è molto più dolce e appropriato dover la propria fortuna alla propria moglie piuttosto che al proprio amico: infatti, con la prima si diventa protettori, mentre con il secondo si diventa protetti. E, qualunque cosa si possa dire, un uomo onesto non avrà mai un migliore amico della propria moglie.

Anche se nel profondo del vostro cuore persista qualche riluttanza ad assumere nuovi impegni, dovete assolutamente sforzarvi di eliminarla per il vostro onore e per la mia tranquillità; perché non sarò mai soddisfatta di voi e di me finché non sarete davvero ciò che dovete essere e non amerete i doveri che avete da compiere. Oh, mio caro. Dovrei temere meno questa riluttanza che un’eccessiva premura derivante dai vostri vecchi istinti. Che cosa non farei per dimostrarmi degna di voi! Vi ho dato più di quanto avevo promesso. Non è forse Julie quella che vi sto dando? Non avrete forse la parte migliore di me stessa, e non sarete quindi ancora più prezioso per l’altra metà del mio cuore? Con quale incanto allora mi lascerò completamente andare a tutto il mio affetto per voi. Sì, portatele la fiducia che mi avete giurato; che il vostro cuore adempia con essa tutti gli impegni presi con me; che le restituisca, se possibile, tutto ciò che dovete al mio. Oh, Saint-Preux. Vi trasmetto questo vecchio debito. Ricordatevi che non è facile da saldare.

Ecco, mio caro amico, il modo che immagino per riunirci senza pericoli, concedendoti nella nostra famiglia lo stesso posto che occupi nei nostri cuori. Nel legame sacro e prezioso che ci unirà tutti, non saremo più tra noi che fratelli e sorelle; tu non sarai più né il tuo nemico né il nostro; i sentimenti più dolci, diventati legittimi, non saranno più pericolosi; quando non sarà più necessario soffocarli, non ci sarà più bisogno di temerli. Lontani dal resistere a sentimenti così incantevoli, ne faremo al contempo i nostri doveri e i nostri piaceri: è allora che ci ameremo tutti ancora più perfettamente e che godremo veramente, uniti, dei piaceri dell’amicizia, dell’amore e dell’innocenza. Se, nell’incarico che ti assumi, il cielo ricompenserà con la felicità di essere padre l’attenzione che dedicherai ai nostri figli, allora comprenderai da solo il valore di ciò che avrai fatto per noi. Riempito dei veri beni dell’umanità, imparerai a portare con gioia il dolce fardello di una vita utile ai tuoi cari; sentirai finalmente ciò che la vana saggezza dei malvagi non è mai riuscita a credere: che esista una felicità riservata fin da questo mondo soltanto agli amici della virtù.

Pensate liberamente alla proposta che vi faccio: non per sapere se vi conviene, poiché non ho bisogno della vostra risposta in merito; ma per capire se conviene a Madame d’Orbe e se potete renderla felice, così come lei dovrebbe rendervi felici. Sapete bene come abbia adempiuto ai suoi doveri in tutti gli ambiti tipici del suo sesso; giudicate quindi ciò che ha diritto di chiedere, in base a ciò che è. Lei ama come Julie, e deve essere amata allo stesso modo. Se sentite di meritarla, parlate; la mia amicizia farà il resto, e promette tutto ciò che è in suo potere. Ma se ho sperato troppo in voi, almeno siete un uomo onesto e conoscete la sua delicatezza: non vorreste certo una felicità che le costasse la sua stessa felicità. Che il vostro cuore sia degno di lei, o che non le venga mai offerto.

Encore une fois, consultez-vous bien. Pesez votre réponse avant de la faire. Quand il s’agit du sort de la vie, la prudence ne permet pas de se déterminer légèrement ; mais toute délibération légère est un crime quand il s’agit du destin de l’âme et du choix de la vertu. Fortifiez la vôtre, ô mon bon ami, de tous les secours de la sagesse. La mauvaise honte m’empêcherait-elle de vous rappeler le plus nécessaire ? Vous avez de la religion ; mais j’ai peur que vous n’en tiriez pas tout l’avantage qu’elle offre dans la conduite de la vie, et que la hauteur philosophique ne dédaigne la simplicité du chrétien. Je vous ai vu sur la prière des maximes que je ne saurais goûter. Selon vous, cet acte d’humilité ne nous est d’aucun fruit ; et Dieu, nous ayant donné dans la conscience tout ce qui peut nous porter au bien, nous abandonne ensuite à nous-mêmes, et laisse agir notre liberté. Ce n’est pas là, vous le savez, la doctrine de saint Paul, ni celle qu’on professe dans notre Église. Nous sommes libres, il est vrai, mais nous sommes ignorants, faibles, portés au mal. Et d’où nous viendraient la lumière et la force, si ce n’est de celui qui en est la source, et pourquoi les obtiendrions-nous, si nous ne daignons pas les demander ? Prenez garde, mon ami, qu’aux idées sublimes que vous vous faites du grand Être l’orgueil humain ne mêle des idées basses qui se rapportent à l’homme ; comme si les moyens qui soulagent notre faiblesse convenaient à la puissance divine, et qu’elle eût besoin d’art comme nous pour généraliser les choses afin de les traiter plus facilement ! Il semble, à vous entendre, que ce soit un embarras pour elle de veiller sur chaque individu ; vous craignez qu’une attention partagée et continuelle ne la fatigue, et vous trouvez bien plus beau qu’elle fasse tout par des lois générales, sans doute parce qu’elles lui coûtent moins de soin. O grands philosophes ! que Dieu vous est obligé de lui fournir ainsi des méthodes commodes, et de lui abréger le travail !

À quoi bon lui rien demander, dites-vous encore, ne connaît-il pas tous nos besoins ? N’est-il pas notre père pour y pourvoir ? Savons-nous mieux que lui ce qu’il nous faut, et voulons-nous notre bonheur plus véritablement qu’il ne le veut lui-même ? Cher Saint-Preux, que de vains sophismes ! Le plus grand de nos besoins, le seul auquel nous pouvons pourvoir, est celui de sentir nos besoins ; et le premier pas pour sortir de notre misère est de la connaître. Soyons humbles pour être sages ; voyons notre faiblesse, et nous serons forts. Ainsi s’accorde la justice avec la clémence ; ainsi règnent à la fois la grâce et la liberté. Esclaves par notre faiblesse, nous sommes libres par la prière ; car il dépend de nous de demander et d’obtenir la force qu’il ne dépend pas de nous d’avoir par nous-mêmes.

Apprenez donc à ne pas prendre toujours conseil de vous seul dans les occasions difficiles, mais de celui qui joint le pouvoir à la prudence, et sait faire le meilleur parti du parti qu’il nous fait préférer. Le grand défaut de la sagesse humaine, même de celle qui n’a que la vertu pour objet, est un excès de confiance qui nous fait juger de l’avenir par le présent, et par un moment de la vie entière. On se sent ferme un instant, et l’on compte n’être jamais ébranlé. Plein d’un orgueil que l’expérience confond tous les jours, on croit n’avoir plus à craindre un piège une fois évité. Le modeste langage de la vaillance est : « Je fus brave un tel jour » ; mais celui qui dit : « Je suis brave », ne sait ce qu’il sera demain ; et tenant pour sienne une valeur qu’il ne s’est pas donnée, il mérite de la perdre au moment de s’en servir.

Que tous nos projets doivent être ridicules, que tous nos raisonnements doivent être insensés devant l’Être pour qui les temps n’ont point de succession ni les lieux de distance ! Nous comptons pour rien ce qui est loin de nous, nous ne voyons que ce qui nous touche : quand nous aurons changé de lieu, nos jugements seront tout contraires, et ne seront pas mieux fondés. Nous réglons l’avenir sur ce qui nous convient aujourd’hui, sans savoir s’il nous conviendra demain ; nous jugeons de nous comme étant toujours les mêmes, et nous changeons tous les jours. Qui sait si nous aimerons ce que nous aimons, si nous voudrons ce que nous voulons, si nous serons ce que nous sommes, si les objets étrangers et les altérations de nos corps n’auront pas autrement modifié nos âmes ; et si nous ne trouverons pas notre misère dans ce que nous aurons arrangé pour notre bonheur ? Montrez-moi la règle de la sagesse humaine, et je vais la prendre pour guide. Mais si sa meilleure leçon est de nous apprendre à nous défier d’elle, recourons à celle qui ne trompe point, et faisons ce qu’elle nous inspire. Je lui demande d’éclairer mes conseils ; demandez-lui d’éclairer vos résolutions. Quelque parti que vous preniez, vous ne voudrez que ce qui est bon et honnête, je le sais bien. Mais ce n’est pas assez encore ; il faut vouloir ce qui le sera toujours ; et ni vous ni moi n’en sommes les juges.

Lettre VII – De Saint-Preux à Madame de Wolmar

Julie ! une lettre de vous !… après sept ans de silence !… Oui, c’est elle ; je le vois, je le sens : mes yeux méconnaîtraient-ils des traits que mon coeur ne peut oublier ? Quoi ! vous vous souvenez de mon nom ! vous le savez encore écrire !… En formant ce nom[217], votre main n’a-t-elle point tremblé ? Je m’égare, et c’est votre faute. La forme, le pli, le cachet, l’adresse, tout dans cette lettre m’en rappelle de trop différentes. Le coeur et la main semblent se contredire. Ah ! deviez-vous employer la même écriture pour tracer d’autres sentiments ?

Vous trouverez peut-être que songer si fort à vos anciennes lettres, c’est trop justifier la dernière. Vous vous trompez. Je me sens bien ; je ne suis plus le même, ou vous n’êtes plus la même ; et ce qui me le prouve est qu’excepté les charmes et la bonté, tout ce que je retrouve en vous de ce que j’y trouvais autrefois m’est un nouveau sujet de surprise. Cette observation répond d’avance à vos craintes. Je ne me fie point à mes forces, mais au sentiment qui me dispense d’y recourir. Plein de tout ce qu’il faut que j’honore en celle que j’ai cessé d’adorer, je sais à quels respects doivent s’élever mes anciens hommages. Pénétré de la plus tendre reconnaissance, je vous aime autant que jamais, il est vrai ; mais ce qui m’attache le plus à vous est le retour de ma raison. Elle vous montre à moi telle que vous êtes ; elle vous sert mieux que l’amour même. Non, si j’étais resté coupable, vous ne me seriez pas aussi chère.

Depuis que j’ai cessé de prendre le change, et que le pénétrant Wolmar m’a éclairé sur mes vrais sentiments, j’ai mieux appris à me connaître, et je m’alarme moins de ma faiblesse. Qu’elle abuse mon imagination, que cette erreur me soit douce encore, il suffit, pour mon repos, qu’elle ne puisse plus vous offenser, et la chimère qui m’égare à sa poursuite me sauve d’un danger réel.

O Julie ! il est des impressions éternelles que le temps ni les soins n’effacent point. La blessure guérit, mais la marque reste ; et cette marque est un sceau respecté qui préserve le coeur d’une autre atteinte. L’inconstance et l’amour sont incompatibles : l’amant qui change, ne change pas ; il commence ou finit d’aimer. Pour moi, j’ai fini ; mais, en cessant d’être à vous, je suis resté sous votre garde. Je ne vous crains plus ; mais vous m’empêchez d’en craindre une autre. Non, Julie, non, femme respectable, vous ne verrez jamais en moi que l’ami de votre personne et l’amant de vos vertus ; mais nos amours, nos premières et uniques amours, ne sortiront jamais de mon coeur. La fleur de mes ans ne se flétrira point dans ma mémoire. Dussé-je vivre des siècles entiers, le doux temps de ma jeunesse ne peut ni renaître pour moi, ni s’effacer de mon souvenir. Nous avons beau n’être plus les mêmes, je ne puis oublier ce que nous avons été. Mais parlons de votre cousine.

Once again, please think carefully before responding. When it comes to the fate of life, caution cannot allow us to be hasty in making decisions; yet any carelessness in matters relating to the destiny of the soul and the choice of virtue is nothing short of a crime. Strengthen your resolve, my good friend, with all the aid that wisdom can provide. Would even the greatest shame prevent me from reminding you of what is most essential? You have religion; but I fear you may not be drawing all the benefits it offers in guiding your life, and that your lofty philosophical stance might dismiss the simplicity of a Christian’s faith. I have seen you dwell upon maxims whose meaning I cannot fully comprehend. In your view, such acts of humility bring us no real benefit; yet God, having given us within our conscience everything necessary to lead us toward goodness, leaves us free to act on our own will. But this is not, as you know, the doctrine of Saint Paul, nor is it what is taught in our Church. We are indeed free, but we are also ignorant, weak, and prone to evil. Where, then, would we obtain the light and strength we need, if not from the One who is their source? And why should we seek them at all, if we refuse to ask for them? My friend, be careful that human pride does not contaminate your lofty ideas of the Supreme Being with base considerations pertaining to mere mortals; as if divine power required human ingenuity to organize things in a way that makes them easier to manage! To hear you speak is to think that it would be some sort of obstacle for God to care for each individual separately; you seem to find it far more desirable for Him to act through universal laws, presumably because such methods require less of His attention. Oh, great philosophers! How grateful God must be that you provide Him with such convenient methods and thus ease His burden!

“What’s the point of asking him for anything at all?” you might say. “ Doesn’t he know all our needs? Isn’t he our father, meant to provide for us?” But do we really know better than him what we need? Do we truly desire our own true happiness more than he does? Oh, dear Saint-Preux, what vain sophisms! The greatest of our needs—the only one that we can truly satisfy—is the ability to recognize our own wants. And the first step toward escaping our misery is to understand it. Let us be humble in order to be wise; let us acknowledge our weakness, and then we will become strong. In this way, justice coincides with mercy; grace and freedom reign together. We are slaves because of our weakness, but we are free through prayer—for it is up to us to ask for and obtain the strength that it is not within our power to gain on our own.

Therefore, learn not to always seek advice only from yourself in difficult situations, but rather from those who combine power with prudence and know how to make the best use of the options presented to us. The great flaw in human wisdom, even that which is guided solely by virtue, is an excessive confidence that leads us to judge the future based on the present, or on a single moment of our lives. For a brief instant, we feel secure and believe ourselves invulnerable. Overwhelmed by pride—something that experience constantly challenges—we think we no longer need to fear any traps once we have avoided them. The modest language of courage is: “I was brave on such a day”; but those who claim, “I am brave,” do not know what they will be like tomorrow. By considering a quality as their own when it is not yet truly theirs, they deserve to lose it precisely when they need it most.

That all our plans must seem ridiculous, that all our reasoning must appear senseless in the face of an Existence for which time has no sequence and space no boundaries! We attach no importance to what is far from us; we only see what touches us directly. When we change our circumstances, our judgments will be entirely different—and yet just as unfounded. We determine the future based on what suits us today, without knowing whether it will suit us tomorrow. We consider ourselves always the same, when in fact we change every day. Who knows whether we will still love what we love now, whether we will still desire what we desire, whether we will still be who we are—especially since external influences and the changes in our bodies may alter our very souls. And who knows whether we will not find misery in what we have arranged for our own happiness? Show me the principle of human wisdom, and I will take it as my guide. But if its greatest lesson is to teach us to doubt it, then let us turn to that which never deceives and do whatever it inspires us to do. I ask it to enlighten my decisions; you too, ask it to guide your resolutions. No matter what choice you make, you will surely desire only what is good and honest—I am well aware of that. But that is not enough; we must also desire what will always remain good and honest—and neither you nor I can be the judges of such things.

Letter VII – From Saint-Preux to Madame de Wolmar

Julie! A letter from you, after seven years of silence! Yes, it is you; I can tell, I feel it—how could my eyes fail to recognize features that my heart can never forget? How! You still remember my name! You still know how to write it!. As you penned those words, didn’t your hand tremble? I’m losing my way, and it’s your fault. The style of writing, the formatting, the seal, the address—everything in this letter reminds me of so many different things. The heart and the hand seem to contradict each other. Ah! Must you use the same handwriting to express such different emotions?

You might think that dwelling so much on your old letters is simply an excuse to justify writing the last one. You are mistaken. I feel fine; I am no longer the same person, nor are you the same person anymore. And what proves this to me is that, apart from your charm and kindness, everything about you that I used to find there now surprises me anew. This observation dispels your fears in advance. I do not trust my own strength, but rather the feeling that enables me to refrain from relying on it.Filled with all that I should respect in the person whom I have ceased to adore, I know what kind of reverence my former expressions of admiration ought to carry now. Deeply grateful, I love you just as much as ever, indeed; but what binds me to you most is the return of my reason. It shows me who you really are, and it serves me better than love itself could. No, if I had remained guilty, you would not be so dear to me.

Since I ceased to indulge in those delusions and the insightful Wolmar enlightened me about my true feelings, I have come to understand myself better and no longer worry so much about my weaknesses. Even if it allows my imagination to run wild, even if this illusion continues to be pleasing to me, as long as it can no longer harm you, that fantasy that leads me astray in its pursuit actually saves me from real danger.

Oh Julie! There are some impressions that neither time nor care can erase. The wound may heal, but the mark remains; and this mark is a respected seal that protects the heart from further harm. Inconstancy and love are incompatible: a lover who changes is not truly changing; he either begins to love or ceases to love. For me, my love for you has ended; but by ceasing to be yours, I have remained under your protection. I no longer fear you; but you prevent me from fearing anyone else. No, Julie, no, respected woman—you will always see in me only the friend of your person and the lover of your virtues. But our loves, our first and only loves, will never leave my heart. The flower of my youth will never wither in my memory. Even if I were to live for centuries, the sweet times of my youth can neither return nor be erased from my recollection. Though we are no longer the same people, I cannot forget what we once were. But let us talk about your cousin.

Ancora una volta, riflettete bene prima di prendere una decisione. Quando si tratta del destino della vita, la prudenza non permette di agire con leggerezza; ma qualsiasi considerazione superficiale è un crimine quando si parla del destino dell’anima e della scelta della virtù. Rafforzate le vostre decisioni, o mio caro amico, con tutti i mezzi offerti dalla saggezza. La cattiva vergogna mi impedirebbe forse di ricordarvi ciò che è più necessario? Avete la religione; ma temo che non ne traiate tutto il vantaggio che essa può offrire nella conduzione della vita, e che l’orgoglio filosofico disprezzi la semplicità del cristiano. Vi ho visto seguire principi che a me sembrano inutili; secondo voi, questo atto di umiltà non ci porta a nulla di buono; e Dio, avendoci dato nella coscienza tutto ciò che può guidarci al bene, ci abbandona poi a noi stessi, permettendo alla nostra libertà di agire come vuole. Ma questa non è certo la dottrina di San Paolo, né quella professata nella nostra Chiesa. Sì, siamo liberi, ma siamo ignoranti, deboli, inclini al male. Da dove ci verrebbero allora la luce e la forza, se non da Colui che ne è la fonte? E perché le otterremmo, se non le chiediamo con umiltà? State attento, mio amico: che l’orgoglio umano non mescoli idee vili alle idee sublimi riguardo a Dio; come se i mezzi utili per alleviare la nostra debolezza fossero adatti alla sua potenza divina, e come se Lei avesse bisogno dell’arte, come noi, per organizzare le cose in modo più efficace! A sentirvi, sembrerebbe che sia un ostacolo per Lei prendersi cura di ogni singolo individuo; temete che un’attenzione continua la stanchi, e trovate molto più bello che tutto avvenga attraverso leggi generali, probabilmente perché queste Le richiedono meno sforzo. Oh grandi filosofi, quanto Dio vi sia grato per averLe fornito metodi così comodi e per averle semplificato il compito!

A che scopo chiedergli nulla, vi direte ancora. Non conosce forse tutti i nostri bisogni? Non è forse nostro padre per provvedervi? Sappiamo noi meglio di lui ciò di cui abbiamo bisogno, e desideriamo il nostro vero bene più sinceramente di quanto lo desideri lui stesso? Caro Saint-Preux, quali vani sofismi. Il più grande dei nostri bisogni, l’unico che possiamo soddisfare, è quello di riconoscere i propri bisogni; e il primo passo per uscire dalla nostra miseria è conoscerla. Siamo umili per essere saggi; riconosciamo la nostra debolezza, e diventeremo forti. Così la giustizia si armonizza con la clemenza; così regnano al contempo la grazia e la libertà. Schiavi a causa della nostra debolezza, siamo liberi attraverso la preghiera. Poiché dipende da noi chiedere e ottenere quella forza che non dipende da noi possedere con le nostre sole forze.

Imparate quindi a non cercare sempre consiglio solo in voi stessi nelle occasioni difficili, ma in colui che unisce il potere alla prudenza e sa trarre il meglio da ciò che ci viene proposto. Il grande difetto della saggezza umana, anche di quella che ha come unico obiettivo la virtù, è un eccesso di fiducia che ci fa giudicare il futuro in base al presente, e a un solo momento della vita intera. Per un istante ci sentiamo sicuri, convinti di non essere mai scossi; pieni di un orgoglio che l’esperienza confonde ogni giorno, crediamo di non dover più temere alcuna insidia una volta che ne siamo sfuggiti. Il linguaggio modesto del coraggio è: “Sono stato coraggioso quel giorno”; ma colui che dice: “Sono coraggioso”, non sa cosa sarà domani; e considerando propria una virtù che in realtà non si è ancora dimostrata, merita di perderla proprio nel momento in cui ne avrà bisogno.

Che tutti i nostri progetti debbano sembrare ridicoli, che tutte le nostre ragionamenti debbano apparire insensati di fronte all’Essere per il quale i tempi non hanno successione e i luoghi non hanno distanza! Non teniamo conto di ciò che è lontano da noi; vediamo soltanto ciò che ci tocca. Quando cambieremo luogo, i nostri giudizi saranno completamente diversi e altrettanto privi di fondamento. Regoliamo il futuro in base a ciò che ci conviene oggi, senza sapere se ci convenerà domani; consideriamo noi stessi sempre gli stessi, quando invece cambiamo ogni giorno. Chi sa se ameremo ciò che amiamo, se vorremo ciò che vogliamo, se saremo ancora quelli che siamo. E se gli oggetti esterni e le alterazioni del nostro corpo non modificheranno in modo diverso le nostre anime. E se non scopriremo la nostra miseria proprio in ciò che abbiamo predisposto per il nostro bene? Mostratemi la regola della saggezza umana, e la seguirò come guida. Ma se la sua migliore lezione è quella di insegnarci a dubitare di essa, ricorriamo allora a quella che non inganna mai, e facciamo ciò che ci ispira. Le chiedo di illuminare i miei consigli. Chiedetele di illuminare le vostre decisioni. Qualunque scelta facciate, vorrete sicuramente ciò che è buono e onesto. Lo so bene. Ma non basta ancora: bisogna volere ciò che sarà sempre buono e onesto. E né voi né io siamo in grado di giudicarlo con certezza.

Lettera VII – Da Saint-Preux a Madame de Wolmar

Julie! Una tua lettera, dopo sette anni di silenzio. Sì, è proprio lei; lo vedo, lo sento: i miei occhi potrebbero forse non riconoscere quei tratti che il mio cuore non può dimenticare? Come! Ti ricordi ancora del mio nome! Sai ancora scriverlo. Mentre lo scrivevi, la tua mano non ha tremato? Mi perdo nei pensieri, e è tutta colpa tua. La forma della lettera, il modo in cui è piegata, il sigillo, l’indirizzo, tutto in questa lettera mi ricorda momenti troppo diversi. Il cuore e la mano sembrano contraddirsi. Ah! Avresti dovuto usare lo stesso stile di scrittura anche per esprimere altri sentimenti.

Forse penser così intensamente alle vostre vecchie lettere significa giustificare troppo quella ultima. Vi sbagliate. Mi sento bene; non sono più lo stesso, o forse voi non siete più la stessa. E ciò che me lo dimostra è che, ad eccezione dei vostri incanti e della vostra bontà, tutto ciò che ritrovo in voi rispetto a ciò che vi trovavo un tempo rappresenta per me motivo di nuova sorpresa. Questa osservazione risponde già in anticipo alle vostre paure. Non mi fido delle mie forze, ma del sentimento che mi impedisce di doverle ricorrere. Ricolmo di tutto ciò che devo onorare in colei che ho smesso di adorare, so a quali rispetti debbano essere elevati i miei antichi omaggi. Colmo della più tenera riconoscenza, vi amo tanto quanto prima. Ma ciò che mi lega maggiormente a voi è il ritorno della mia ragione: essa mi mostra voi così come siete realmente; mi serve meglio dell’amore stesso. No. Se fossi rimasto colpevole, non sareste stata per me così cara.

Da quando ho smesso di indulgere in queste illusioni e il perspicace Wolmar mi ha aiutato a comprendere i miei veri sentimenti, ho imparato meglio a conoscere me stesso e non temo più così tanto la mia debolezza. Che essa abusi della mia immaginazione, che questo errore continui ad essere per me dolce. Basta che non possa più offendervi, e questa chimera che mi fa perdere nella sua ricerca mi salva da un pericolo reale.

Oh Julie! Ci sono impressioni eternhe che né il tempo né le cure possono cancellare. La ferita guarisce, ma la cicatrice rimane; e questa cicatrice è come un sigillo rispettato che protegge il cuore da ulteriori sofferenze. L’infedeltà e l’amore sono incompatibili: l’amante che cambia, in realtà non cambia mai; egli inizia o finisce di amare. Per me, tutto è finito. Ma, cessando di appartenervi, sono rimasto sotto la vostra protezione. Non vi temo più. Ma voi mi impedite di temerne un’altra. No, Julie, no. Donna rispettabile, voi non vedrete mai in me altro che l’amico della vostra persona e l’amante delle vostre virtù. Ma i nostri amori, i nostri primi e unici amori, non usciranno mai dal mio cuore. Il fiore dei miei anni non appassirà nella mia memoria. Anche se dovessi vivere per secoli interi, il dolce tempo della mia giovinezza non potrà né rinascere per me, né svanire dalla mia memoria. Anche se ora non siamo più gli stessi, non posso dimenticare ciò che siamo stati. Ma parliamo ora di vostra cugina.

Chère amie, il faut l’avouer, depuis que je n’ose plus contempler vos charmes, je deviens plus sensible aux siens. Quels yeux peuvent errer toujours de beautés en beautés sans jamais se fixer sur aucune ? Les miens l’ont revue avec trop de plaisir peut-être ; et depuis mon éloignement, ses traits, déjà gravés dans mon coeur, y font une impression plus profonde. Le sanctuaire est fermé, mais son image est dans le temple. Insensiblement, je deviens pour elle ce que j’aurais été si je ne vous avais jamais vue ; et il n’appartenait qu’à vous seule de me faire sentir la différence de ce qu’elle m’inspire à l’amour. Les sens, libres de cette passion terrible, se joignent au doux sentiment de l’amitié. Devient-elle amour pour cela ? Julie, ah ! quelle différence ! Où est l’enthousiasme ? Où est l’idolâtrie ? Où sont ces divins égarements de la raison, plus brillants, plus sublimes, plus forts, meilleurs cent fois que la raison même ? Un feu passager m’embrase, un délire d’un moment me saisit, me trouble, et me quitte. Je retrouve entre elle et moi deux amis qui s’aiment tendrement et qui se le disent. Mais deux amants s’aiment-ils l’un l’autre ? Non ; vous et moi sont des mots proscrits de leur langue : ils ne sont plus deux, ils sont un.

Suis-je donc tranquille en effet ? Comment puis-je l’être ? Elle est charmante, elle est votre amie et la mienne ; la reconnaissance m’attache à elle ; elle entre dans mes souvenirs les plus doux. Que de droits sur une âme sensible ! et comment écarter un sentiment plus tendre de tant de sentiments si bien dus ! Hélas ! il est dit qu’entre elle et vous je ne serai jamais un moment paisible.

Femmes ! femmes ! objets chers et funestes, que la nature orna pour notre supplice, qui punissez quand on vous brave, qui poursuivez quand on vous craint, dont la haine et l’amour sont également nuisibles, et qu’on ne peut ni rechercher ni fuir impunément !… Beauté, charme, attrait, sympathie, être ou chimère inconcevable, abîme de douleurs et de voluptés ! beauté, plus terrible aux mortels que l’élément où l’on t’a fait naître, malheureux qui se livre à ton calme trompeur ! C’est toi qui produis les tempêtes qui tourmentent le genre humain. O Julie ! ô Claire ! que vous me vendez cher cette amitié cruelle dont vous osez vous vanter à moi ! J’ai vécu dans l’orage, et c’est toujours vous qui l’avez excité. Mais quelles agitations diverses vous avez fait éprouver à mon coeur ! Celles du lac de Genève ne ressemblent pas plus aux flots du vaste Océan. L’un n’a que des ondes vives et courtes dont le perpétuel tranchant agite, émeut, submerge quelquefois, sans jamais former de longs cours. Mais sur la mer, tranquille en apparence, on se sent élevé, porté doucement et loin par un flot lent et presque insensible ; on croit ne pas sortir de la place, et l’on arrive au bout du monde.

Telle est la différence de l’effet qu’on produit sur moi vos attraits et les siens. Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu ; il m’entraînait que je l’ignorais encore : je me perdis sans croire m’être égaré. Durant le vent j’étais au ciel ou dans les abîmes ; le calme vient, je ne sais plus où je suis. Au contraire, je vois, je sens mon trouble auprès d’elle, et me le figure plus grand qu’il n’est ; j’éprouve des transports passagers et sans suite ; je m’emporte un moment, et suis paisible un moment après : l’onde tourmente en vain le vaisseau, le vent n’enfle point les voiles ; mon coeur, content de ses charmes, ne leur prête point son illusion ; je la vois plus belle que je ne l’imagine, et je la redoute plus de près que de loin : c’est presque l’effet contraire à celui qui me vient de vous, et j’éprouvais constamment l’un et l’autre à Clarens.

Depuis mon départ il est vrai qu’elle se présente à moi quelquefois avec plus d’empire. Malheureusement il m’est difficile de la voir seule. Enfin je la vois, et c’est bien assez ; elle ne m’a pas laissé de l’amour, mais de l’inquiétude.

Voilà fidèlement ce que je suis pour l’une et pour l’autre. Tout le reste de votre sexe ne m’est plus rien ; mes longues peines me l’ont fait oublier :

E fornito ‘l mio tempo a mezzo gli anni.[218]

Le malheur m’a tenu lieu de force pour vaincre la nature et triompher des tentations. On a peu de désirs quand on souffre ; et vous m’avez appris à les éteindre en leur résistant. Une grande passion malheureuse est un grand moyen de sagesse. Mon coeur est devenu, pour ainsi dire, l’organe de tous mes besoins ; je n’en ai point quand il est tranquille. Laissez-le en paix l’une et l’autre, et désormais il l’est pour toujours.

Dans cet état, qu’ai-je à craindre de moi-même, et par quelle précaution cruelle voulez-vous m’ôter mon bonheur pour ne pas m’exposer à le perdre ? Quel caprice de m’avoir fait combattre et vaincre pour m’enlever le prix après la victoire ! N’est-ce pas vous qui rendez blâmable un danger bravé sans raison ? Pourquoi m’avoir appelé près de vous avec tant de risques ? ou pourquoi m’en bannir quand je suis digne d’y rester ? Deviez-vous laisser prendre à votre mari tant de peine à pure perte ? Que ne le faisiez-vous renoncer à des soins que vous aviez résolu de rendre inutiles ? Que ne lui disiez-vous : « Laissez-le au bout du monde, puisque aussi bien je l’y veux renvoyer » ? Hélas ! plus vous craignez pour moi, plus il faudrait vous hâter de me rappeler. Non, ce n’est pas près de vous qu’est le danger ; c’est en votre absence, et je ne vous crains qu’où vous n’êtes pas. Quand cette redoutable Julie me poursuit, je me réfugie auprès de Madame de Wolmar, et je suis tranquille ; où fuirai-je si cet asile m’est ôté ? Tous les temps, tous les lieux me sont dangereux loin d’elle ; partout je trouve Claire ou Julie. Dans le passé, dans le présent, l’une et l’autre m’agite à son tour : ainsi mon imagination toujours troublée ne se calme qu’à votre vue, et ce n’est qu’auprès de vous que je suis en sûreté contre moi. Comment vous expliquer le changement que j’éprouve en vous abordant ? Toujours vous exercez le même empire, mais son effet est tout opposé ; en réprimant les transports que vous causiez autrefois, cet empire est plus grand, plus sublime encore ; la paix, la sérénité, succèdent au trouble des passions ; mon coeur toujours formé sur le vôtre, aima comme lui, et devient paisible à son exemple. Mais ce repos passager n’est qu’une trêve ; et j’ai beau m’élever jusqu’à vous en votre présence, je retombe en moi-même en vous quittant. Julie, en vérité, je crois avoir deux âmes, dont la bonne est en dépôt dans vos mains. Ah ! voulez-vous me séparer d’elle ?

Mais les erreurs des sens vous alarment ? Vous craignez les restes d’une jeunesse éteinte par les ennuis ; vous craignez pour les jeunes personnes qui sont sous votre garde ; vous craignez de moi ce que le sage Wolmar n’a pas craint ! O Dieu ! que toutes ces frayeurs m’humilient ! Estimez-vous donc votre ami moins que le dernier de vos gens ! Je puis vous pardonner de mal penser de moi, jamais de ne vous pas rendre à vous-même l’honneur que vous vous devez. Non, non ; les feux dont j’ai brûlé m’ont purifié ; je n’ai plus rien d’un homme ordinaire. Après ce que je fus, si je pouvais être vil un moment, j’irais me cacher au bout du monde, et ne me croirais jamais assez loin de vous.

Quoi ! je troublerai cet ordre aimable que j’admirais avec tant de plaisir ? Je souillerais ce séjour d’innocence et de paix que j’habitais avec tant de respect ? Je pourrais être assez lâche ?… Eh ! comment le plus corrompu des hommes ne serait-il pas touché d’un si charmant tableau ? Comment ne reprendrait-il pas dans cet asile l’amour de l’honnêteté ? Loin d’y porter ses mauvaises moeurs, c’est là qu’il irait s’en défaire… Qui ? moi, Julie, moi ?… si tard ?… sous vos yeux ?… Chère amie, ouvrez-moi votre maison sans crainte ; elle est pour moi le temple de la vertu ; partout j’y vois son simulacre auguste, et ne puis servir qu’elle auprès de vous. Je ne suis pas un ange, il est vrai ; mais j’habiterai leur demeure, j’imiterai leurs exemples : on les fuit quand on ne leur veut pas ressembler.

Dear friend, I must admit it—since I no longer dare to gaze upon your charms, I have become more sensitive to those of another. What eyes can wander from one beauty to another without ever settling on any one in particular? Perhaps mine have too eagerly contemplated her; and since our separation, her features, already etched in my heart, leave an even deeper impression upon me. The sanctuary may be closed, but her image remains within it. Unconsciously, I am becoming to her what I would have been if I had never met you; and it was only you who could have made me realize the difference between what she inspires in me and what love truly is. Now, freed from that terrible passion, my senses join together with the gentle feelings of friendship. Does that make it love? Julie, ah! What a difference. Where is the enthusiasm? Where is the idolatry? Where are those divine delusions of reason—brighter, more sublime, stronger, and a hundred times better than reason itself? A fleeting fire consumes me; a momentary madness seizes me, disturbs me, and then passes away. Between her and me, all that remains are two friends who love each other tenderly and express it in their words. But do lovers truly love one another in that way? No. You and I are terms forbidden from their language; they are no longer two—they are one.

Am I truly at peace, then? How could I be? She is charming; she is your friend and mine; gratitude binds me to her; she enters into my sweetest memories. What rights does one possess over a sensitive soul! And how can one reject such a tender feeling amidst so many others that are so rightfully owed? Alas! It seems that, between her and you, I will never know a moment of peace.

Women! Women! Dear and yet fatal objects, adorned by nature for our torment—punishing us when we dare defy you, pursuing us when we fear you, whose hatred as well as love are equally harmful, and whom we cannot pursue nor escape without suffering the consequences!. Beauty, charm, allure, sympathy—beings or illusions beyond conception, a abyss of both pain and pleasure! Beauty, more terrible to mortals than the very element from which you were born! Wretched ones who yield to your deceptive calmness! It is you who stir up the storms that plague humanity. O Julie! O Claire! How dearly you charge me for this cruel friendship of which you dare boast to me! I have lived through tempests, and yet it was always you who provoked them. But what varied emotions have you stirred within my heart! The waves of Lake Geneva are no match for the vast currents of the ocean. Those lakes produce only short, fierce ripples whose constant agitation sometimes shakes, stirs, or even submerges us, yet never form long, continuous waves. But on the sea—seemingly calm—one feels gently carried upward, slowly but steadily transported far away; one believes they remain in the same place, and yet they reach the ends of the earth.

Such is the difference in the effect your charms and those of another have upon me. That first love, that unique love which determined the course of my life and which nothing could overcome except itself, arose without my even realizing it; it drew me toward it while I was still ignorant of its existence; I lost myself without believing I had gone astray. In the midst of turmoil, I felt as if I were in heaven or in the abysses; when calm returned, I no longer knew where I was. On the contrary, I became aware of my own agitation in her presence and imagined it to be much greater than it actually was; I experienced fleeting and meaningless emotions; at one moment I was overcome by passion, and at another I felt peaceful again: just as the waves in vain agitate a ship, the wind does not fill its sails; my heart, content with its own delights, does not lend them any illusionary power; I see her more beautiful than I imagine her to be, and yet I fear her far more up close than from afar. This is almost the exact opposite of the effect you have upon me, and yet I experienced both at Clarens.

Since my departure, it is true that she sometimes appears to me with greater power or dominance. Unfortunately, it is difficult for me to see her alone. But when I do see her, that is enough for me; she has not left me with love, but with worry.

This is precisely what I am for both of you. Everything else about your sex no longer means anything to me; my long sufferings have made me forget about it all.

My time was half-gone by the age of thirty.[218]

Misfortune has served as my strength to overcome nature and triumph over temptations. One has few desires when one suffers; and you have taught me to extinguish them by resisting them. A great and unfortunate passion is, in fact, a powerful means to attain wisdom. My heart has, so to speak, become the organ that satisfies all my needs; I feel no desires at all when it is at peace. Leave it alone—both in its suffering and in its tranquility—and from now on, it will remain peaceful forever.

In this state, what have I to fear from myself? And by what cruel precaution do you wish to deprive me of my happiness in order to prevent me from losing it? What caprice is it to make me fight and conquer only to take away the reward after victory! Isn’t it you who render blameable a danger that was braved without reason? Why did you call me to your side at such great risk? Or why banish me when I am worthy of staying by your side? Must you have caused your husband so much trouble for no good reason? Why not have made him give up efforts you had resolved to render futile? Why not have told him: “Leave him in the farthest corners of the world, since it is my will to send him there”? Alas! The more you fear for me, the more urgently you should recall me to your side. No, the danger is not near you; it is in your absence—that is, I fear you only when you are not there. When that dreaded Julie pursues me, I take refuge with Madame de Wolmar and am at peace; but where shall I flee if this shelter is taken away from me? Everywhere, at all times, I am in danger far from her; everywhere I encounter either Claire or Julie. In the past, in the present, one after another, they disturb me: thus my constantly troubled imagination finds calm only when I see you, and it is only by your side that I am safe from myself. How can I explain to you the change that takes place in me whenever I approach you? You always exert the same influence over me, but its effect is completely opposite; by suppressing the emotions you once aroused in me, this influence becomes even greater, even more sublime; peace and serenity replace the turmoil of my passions; my heart, always shaped by yours, has loved as you have loved, and now finds tranquility in your example. But this temporary rest is but a truce; no matter how high I rise in your presence, I fall back into myself once you are gone. Julie, truly, I believe I have two souls, and the good one is in your hands. Ah! Do you wish to separate me from it?

But do the errors of your senses alarm you? You fear the remnants of a youth that has been extinguished by troubles; you worry about those young people under your care; you fear me in ways that the wise Wolmar never feared! Oh God, how these fears humble me! Do you truly consider your friend to be less worthy than even your lowest-ranking servants? I can forgive you for thinking ill of me, but I will never forgive you for not honoring yourself as you deserve. No, no—the fires in which I was burned have purified me; I am no longer an ordinary man. After what I have been, if I could become despicable for a moment, I would hide at the ends of the earth and still feel that I am far enough away from you.

How! Would I disturb this lovely order that I admired with such pleasure? Would I tarnish this haven of innocence and peace where I dwelled with such respect? Could I be so devoid of courage?!. Ah! How could even the most corrupt of men not be moved by such a charming scene? How could he not regain his love for honesty in this sanctuary? Far from bringing his evil habits there, it would be precisely there that he would seek to rid himself of them. Who? Me, Julie, me?. So late in life?. Right under your eyes?!. Dear friend, open your home to me without fear; for me, it is the temple of virtue. Everywhere I see its majestic image, and I can serve nothing but it at your side. It is true, I am not an angel; but I will dwell in their dwelling place, I will imitate their examples. For one avoids them precisely when they wish to be imitated.

Carissima amica, devo ammetterlo: da quando non oso più contemplare i tuoi incanti, divento più sensibile a quelli di un’altra. Quali occhi possono vagare continuamente da una bellezza all’altra senza mai fissarsi su nessuna in particolare? I miei l’hanno forse vista con troppo piacere; e da quando sono lontano, i suoi tratti, già incisi nel mio cuore, vi lasciano un’impressione ancora più profonda. Il “santuario” è chiuso, ma la sua immagine rimane nel “tempio”. In modo insensibile, divento per lei ciò che sarei stato se non ti avessi mai conosciuta; e solo tu avresti potuto farmi percepire la differenza tra ciò che lei mi ispira e l’amore vero. I sensi, liberati da questa terribile passione, si uniscono al dolce sentimento dell’amicizia. Ma diventa forse amore per questo? Julie, ah! Che differenza. Dov’è l’entusiasmo? Dov’è l’idolatria? Dov’è quella sorta di estasi divina che supera la ragione, più brillante, più sublime, cento volte più intensa della stessa ragione? Un fuoco passeggero mi avvolge; un momento di delirio mi afferra, mi turba, e poi passa. Tra me e lei ritrovo soltanto due amici che si amano teneramente e che se lo dicono a vicenda. Ma due amanti si amano davvero l’uno con l’altro? No. Tu ed io siamo parole proibite nella loro lingua: non sono più due, siamo uno.

Dunque sono davvero tranquillo? Come potrei esserlo? È incantevole, è vostra amica e anche mia; il senso di riconoscenza mi lega a lei; entra tra i miei ricordi più dolci. Quanti diritti ha su un’anima sensibile! E come si può scacciare un sentimento così tenero, tra tanti altri così giustificati? Ahimè. Si dice che, tra lei e voi, io non possa mai essere sereno nemmeno per un momento.

Donne! donne! oggetti preziosi e funesti, che la natura adorna per il nostro supplizio: che punite quando vi si sfida, che inseguite quando vi si teme; la cui odio e amore sono entrambi dannosi, e di cui non si può né cercare né fuggire impunemente. Bellezza, fascino, attrattiva, simpatia, essere o chimera inconcepibile, abisso di dolori e voluttà! Bellezza, più terribile per i mortali dell’elemento in cui sei nata. Infelici coloro che si affidano alla tua calma ingannevole. Sei tu a generare le tempeste che tormentano l’umanità. Oh Giulia! oh Claire. Quanto caro mi costate questo “amore crudele” di cui osate vantarvi con me. Ho vissuto nell’uragano, e sempre siete state voi ad alimentarlo. Ma quali diverse emozioni avete suscitato nel mio cuore. Le onde del lago di Ginevra non assomigliano affatto alle correnti dell’immenso Oceano: queste ultime hanno solo onde vive e brevi, il cui movimento continuo agita, commuove, sommerge a volte, senza mai formare lunghe correnti. Ma sul mare, apparentemente tranquillo, ci si sente sollevati, portati dolcemente lontano da una corrente lenta e quasi insensibile; si crede di non uscire dal proprio luogo, e invece si arriva all’estremità del mondo.

Ecco la differenza nell’effetto che i vostri e i suoi pregi hanno su di me. Quel primo amore, l’unico amore che ha determinato il corso della mia vita e che nulla è riuscito a sconfiggere se non esso stesso, è nato senza che io me ne accorgessi; mi trascinava via mentre ancora ne ignoravo l’esistenza: mi perdevo senza credere di essere smarrito. Durante la tempesta, ero sia in cielo che negli abissi; quando calma arrivava, non sapevo più dove fossi. Al contrario, quando sono vicino a lei, vedo e sento il mio turbamento, e me lo immagino più grande di quanto non sia in realtà; provo emozioni passeggeri e senza conseguenze; per un momento mi lascio travolgere da queste sensazioni, e subito dopo ritrovo la calma: l’onda non riesce a scuotere il vascello, il vento non gonfia le vele; il mio cuore, soddisfatto dei suoi incanti, non si lascia ingannare da essi; la vedo più bella di quanto non immagini, e la temo molto di più quando è vicina che quando è lontana. Questo effetto è quasi l’opposto di quello che provo quando sono con voi. Eppure, a Clarens, ho sperimentato costantemente entrambi questi sentimenti.

Dall’epoca della mia partenza, è vero che a volte lei si presenta davanti a me con maggiore prepotenza. Purtroppo mi è difficile vederla da sola. Finalmente la vedo, e questo basta; non mi ha lasciato amore, ma solo ansia.

Ecco fedelmente ciò che sono per entrambe. Tutto il resto del vostro sesso non significa più nulla per me; le mie lunghe sofferenze mi hanno fatto dimenticarlo.

Il mio tempo è agli sgoccioli, verso la metà degli anni.[218]

La sfortuna è stata per me una forza che mi ha permesso di superare la natura e di vincere le tentazioni. Quando si soffre, i desideri sono pochi; e voi mi avete insegnato a spegnerli resistendovi. Una grande passione infelice può essere un ottimo mezzo per raggiungere la saggezza. Il mio cuore è diventato, in qualche modo, l’organo di tutti i miei bisogni; non ne ho quando è tranquillo. Lasciatelo in pace, e da ora in poi lo sarà per sempre.

In questo stato, di cosa dovrei temere da parte mia? E con quale crudele precauzione volete privarmi della mia felicità per non espormi al rischio di perderla? Che capriccio è stato farmi combattere e vincere solo per poi togliermi il premio dopo la vittoria! Non siete voi a rendere colpevole un pericolo affrontato senza motivo? Perché mi avete chiamato vicino a voi, con tutti questi rischi? O perché mi esiliate quando sono degno di rimanervi? Dovevate davvero far soffrire così tanto vostro marito invano? Perché non gli avete detto: “Lasciatelo andare all’altro capo del mondo, visto che io stesso voglio che se ne vada”? Ahimè! Più temete per me, più dovreste affrettarvi a richiamarmi. No, il pericolo non è vicino a voi; è nella vostra assenza. E io vi temo soltanto quando non siete presente. Quando quella terribile Julie mi insegue, mi rifugio da Madame de Wolmar e sono tranquillo; ma dove fuggirò se anche questo rifugio mi viene tolto? In ogni momento, in ogni luogo, lontano da lei tutto è pericoloso. Dappertutto trovo Claire o Julie. Nel passato, nel presente, una e l’altra mi turbano a turno. Così la mia immaginazione, sempre agitata, si calma soltanto alla vostra vista. E solo vicino a voi sono al sicuro da me stesso. Come posso spiegarvi il cambiamento che provo quando vi avvicino? Sempre esercitate lo stesso potere su di me. Ma l’effetto è completamente opposto: reprimendo gli slanci che un tempo suscitavate in me, questo potere diventa ancora più grande, ancora più “sublime”. La pace, la serenità sostituiscono il tumulto delle passioni. Il mio cuore, sempre formato secondo i vostri esempi, ama come voi. E diventa tranquillo seguendo il vostro esempio. Ma questo riposo passeggero non è che una tregua. E nonostante mi sforzi di raggiungervi quando siete presente, appena vi lascio ricado nel mio caos interiore. Julie. In verità, credo di avere due anime. Di cui la “buona” è affidata alle vostre mani. Ah! Volete separarmi da lei?

Ma gli errori dei sens vi allarmano? Temete i resti di una giovinezza spenta dai problemi; temete per le giovani persone che sono sotto la vostra protezione; temete di me ciò che il saggio Wolmar non ha mai temuto! Oh Dio, quanto queste paure mi umiliano. Ritenete forse che il vostro amico sia meno degno dell’ultimo dei vostri servitori? Posso perdonarvi se pensate male di me, ma mai permetterò che non vi rendiate l’onore che dovete a voi stessi. No, no. Le fiamme nelle quali sono bruciato mi hanno purificato; non sono più un uomo comune. Dopo ciò che sono stato, se anche per un momento potessi diventare spregevole, andrei a nascondermi all’estremità del mondo e non crederei mai di essere abbastanza lontano da voi.

Che cosa! Disturberò questo ordine così piacevole che ammiravo con tanto piacere? Profanerò questo rifugio di innocenza e pace in cui vivevo con tanto rispetto? Potrei davvero essere così codardo?. Ebbene, come potrebbe l’uomo più corrotto non essere commosso da un quadro così incantevole? Come potrebbe non riprendere in questo rifugio l’amore per l’onestà? Lontano dall’portare con sé le sue cattive abitudini, è proprio lì che andrà a liberarsene. Chi? Io, Julie, io?. Così tardi?. Ai vostri occhi?. Cara amica, aprite la vostra casa senza paura; per me è il tempio della virtù; ovunque vedo il suo simulacro maestoso, e non posso servire altro che lei al vostro fianco. Non sono certo un angelo, è vero; ma abiterò nella loro dimora, imiterò i loro esempi: si fuggono coloro che non vogliono assomigliare a loro.

Vous le voyez, j’ai peine à venir au point principal de votre lettre, le premier auquel il fallait songer, le seul dont je m’occuperais si j’osais prétendre au bien qu’il m’annonce ! O Julie ! âme bienfaisante ! amie incomparable ! en m’offrant la digne moitié de vous-même, et le plus précieux trésor qui soit au monde après vous, vous faites plus, s’il est possible, que vous ne fîtes jamais pour moi. L’amour, l’aveugle amour put vous forcer à vous donner ; mais donner votre amie est une preuve d’estime non suspecte. Dès cet instant je crois vraiment être homme de mérite, car je suis honoré de vous. Mais que le témoignage de cet honneur m’est cruel ! En l’acceptant je le démentirais, et pour le mériter il faut que j’y renonce. Vous me connaissez : jugez-moi. Ce n’est pas assez que votre adorable cousine soit aimée ; elle doit l’être comme vous, je le sais : le sera-t-elle ? le peut-elle être ? et dépend-il de moi de lui rendre sur ce point ce qui lui est dû ? Ah ! si vous vouliez m’unir avec elle, que ne me laissiez-vous un coeur à lui donner, un coeur auquel elle inspirât des sentiments nouveaux dont il lui pût offrir les prémices ? En est-il un moins digne d’elle que celui qui sut vous aimer ? Il faudrait avoir l’âme libre et paisible du bon et sage d’Orbe pour s’occuper d’elle seule à son exemple ; il faudrait le valoir pour lui succéder : autrement la comparaison de son ancien état lui rendrait le dernier plus insupportable ; et l’amour faible et distrait d’un second époux, loin de la consoler du premier, le lui ferait regretter davantage. D’un ami tendre et reconnaissant elle aurait fait un mari vulgaire. Gagnerait-elle à cet échange ? Elle y perdrait doublement. Son coeur délicat et sensible sentirait trop cette perte ; et moi, comment supporterais-je le spectacle continuel d’une tristesse dont je serais cause, et dont je ne pourrais la guérir ? Hélas ! j’en mourrais de douleur même avant elle. Non, Julie, je ne ferai point mon bonheur aux dépens du sien. Je l’aime trop pour l’épouser.

Mon bonheur ? Non. Serais-je heureux moi-même en ne la rendant pas heureuse ? L’un des deux peut-il se faire un sort exclusif dans le mariage ? Les biens, les maux, n’y sont-ils pas communs, malgré qu’on en ait, et les chagrins qu’on se donne l’un à l’autre, ne retombent-ils pas toujours sur celui qui les cause ? Je serais malheureux par ses peines, sans être heureux par ses bienfaits. Grâces, beauté ; mérite, attachement, fortune, tout concourrait à ma félicité ; mon coeur, mon coeur seul empoisonnerait tout cela, et me rendrait misérable au sein du bonheur.

Si mon état présent est plein de charme auprès d’elle, loin que ce charme pût augmenter par une union plus étroite, les plus doux plaisirs que j’y goûte me seraient ôtés. Son humeur badine peut laisser un aimable essor à son amitié, mais c’est quand elle a des témoins de ses caresses. Je puis avoir quelque émotion trop vive auprès d’elle, mais c’est quand votre présence me distrait de vous. Toujours entre elle et moi dans nos tête-à-tête, c’est vous qui le rendez délicieux. Plus notre attachement augmente, plus nous songeons aux chaînes qui l’ont formé ; le doux lien de notre amitié se resserre, et nous nous aimons pour parler de vous. Ainsi mille souvenirs chers à votre amie, plus chers à votre ami, les réunissent : uni par d’autres noeuds, il y faudra renoncer. Ces souvenirs trop charmants ne seraient-ils pas autant d’infidélités envers elle ? Et de quel front prendrais-je une épouse respectée et chérie pour confidente des outrages que mon coeur lui ferait malgré lui ? Ce coeur n’oserait donc plus s’épancher dans le sien, il se fermerait à son abord. N’osant plus lui parler de vous, bientôt je ne lui parlerais plus de moi. Le devoir, l’honneur, en m’imposant pour elle une réserve nouvelle, me rendraient ma femme étrangère, et je n’aurais plus ni guide ni conseil pour éclairer mon âme et corriger mes erreurs. Est-ce là l’hommage qu’elle doit attendre ? Est-ce là le tribut de tendresse et de reconnaissance que j’irais lui porter ? Est-ce ainsi que je ferais son bonheur et le mien ?

Julie, oubliâtes-vous mes serments avec les vôtres ? Pour moi, je ne les ai point oubliés. J’ai tout perdu ; ma foi seule m’est restée ; elle me restera jusqu’au tombeau. Je n’ai pu vivre à vous ; je mourrai libre. Si l’engagement en était à prendre, je le prendrais aujourd’hui. Car si c’est un devoir de se marier, un devoir plus indispensable encore est de ne faire le malheur de personne ; et tout ce qui me reste à sentir en d’autres noeuds, c’est l’éternel regret de ceux auxquels j’osai prétendre. Je porterais dans ce lien sacré l’idée de ce que j’espérais y trouver une fois : cette idée ferait mon supplice et celui d’une infortunée. Je lui demanderais compte des jours heureux que j’attendis de vous. Quelles comparaisons j’aurais à faire ! Quelle femme au monde les pourrait soutenir ? Ah ! comment me consolerais-je à la fois de n’être pas à vous et d’être à une autre ?

Chère amie, n’ébranlez point des résolutions dont dépend le repos de mes jours ; ne cherchez point à me tirer de l’anéantissement où je suis tombé, de peur qu’avec le sentiment de mon existence, je ne reprenne celui de mes maux, et qu’un état violent ne rouvre toutes mes blessures. Depuis mon retour j’ai senti, sans m’en alarmer, l’intérêt plus vif que je prenais à votre amie ; car je savais bien que l’état de mon coeur ne lui permettrait jamais d’aller trop loin, et voyant ce nouveau goût ajouter à l’attachement déjà si tendre que j’eus pour elle dans tous les temps, je me suis félicité d’une émotion qui m’aidait à prendre le change, et me faisait supporter votre image avec moins de peine. Cette émotion a quelque chose des douceurs de l’amour, et n’en a pas les tourments. Le plaisir de la voir n’est point troublé par le désir de la posséder ; content de passer ma vie entière, comme j’ai passé cet hiver, je trouve entre vous deux cette situation paisible[219] et douce qui tempère l’austérité de la vertu et rend ses leçons aimables. Si quelque vain transport m’agite un moment, tout le réprime et le fait taire : j’en ai trop vaincu de plus dangereux pour qu’il m’en reste aucun à craindre. J’honore votre amie comme je l’aime et c’est tout dire. Quand je ne songerais qu’à mon intérêt, tous les droits de la tendre amitié me sont trop chers auprès d’elle pour que je m’expose à les perdre en cherchant à les étendre ; et je n’ai pas même eu besoin de songer au respect que je lui dois pour ne jamais lui dire un seul mot dans le tête-à-tête, qu’elle eût besoin d’interpréter ou de ne pas entendre. Que si peut-être elle a trouvé quelquefois un peu trop d’empressement dans mes manières, sûrement elle n’a point vu dans mon coeur la volonté de le témoigner. Tel que je fus six mois auprès d’elle, tel je serai toute ma vie. Je ne connais rien après vous de si parfait qu’elle ; mais, fût-elle plus parfaite que vous encore, je sens qu’il faudrait n’avoir jamais été votre amant pour pouvoir devenir le sien.

As you can see, I find it difficult to come to the main point of your letter—the first thing that should have been considered, the only one I would address if I dared to claim the happiness it promises me! Oh Julie, kind-hearted soul, incomparable friend! By offering me the worthy half of yourself, and the most precious treasure in the world after you, you do far more for me than you could possibly ever do. Love, that blind force, may have compelled you to give yourself to me; but to offer your friendship is an undeniable proof of your esteem for me. At this moment, I truly believe I am a worthy man, for I am honored by you. But how cruel is the testimony of this honor! By accepting it, I would be denying its truth; and to deserve it, I must renounce it. You know me well: judge for yourself. It is not enough that your adorable cousin be loved; she must be loved as you are loved—do I know that? Can she be so loved? And does it depend on me to give her what she deserves in this regard? Ah! If only you would allow me to unite with her, how I would give her a heart ready to love her, a heart that could inspire in her new feelings and offer her the first steps toward true happiness! Is there any heart less worthy of her than the one that once loved you so deeply? One must possess the calm and peaceful soul of a good and wise man to devote oneself entirely to her, as she did to you; one must be worthy enough to succeed her in this role. Otherwise, the comparison with her former state would make the latter seem even more unbearable; and the weak, distracted love of a second husband would only increase her regret for the first. With a tender and grateful friend, she might have made a mediocre husband of herself. Would such an exchange bring her any gain? It would cost her twice as much. Her delicate, sensitive heart would suffer greatly from this loss; and as for me, how could I bear to watch her suffer constantly because of me, without being able to relieve her pain? Alas! I would die of grief even before her. No, Julie, I will not seek my own happiness at the expense of yours. I love you too much to marry you in such a way.

My happiness? No. Would I truly be happy if I did not make her happy? Can either of us attain exclusive happiness within marriage? Are not goods and evils shared between us, regardless of who possesses them? And don’t the sorrows we cause each other always fall back on the one who inflicted them? I would be unhappy because of her pains, even though her blessings could bring me joy. Grace, beauty; merit, devotion, fortune—everything would contribute to my happiness; yet only my heart would poison all of it, making me miserable amidst all this good fortune.

If my current state holds great charm for her, far from increasing that charm through a closer union, the very pleasures I derive from it would be taken away. Her playful demeanor may lend warmth to her friendship, but only when there are witnesses to her affectionate gestures. I might experience intense emotions in her presence, yet it is precisely when your presence distracts me from you that these feelings arise. In all our private moments together, it is you who make them so delightful. The deeper our bond grows, the more we think of the circumstances that shaped it; the tender ties of our friendship tighten, and we end up loving each other just to talk about you. Thus, a thousand cherished memories—dear to her as well as to me—bring us together; yet bound by other obligations, we would have to give them up. Wouldn’t such enchanting memories amount to infidelity toward her? And with what right could I take a respected and beloved wife as confidante in the insults my heart might hurl at her, despite my own will? Such a heart would no longer dare to open itself to hers; it would shut her out entirely. Unable to speak of you to her, I would soon cease speaking of myself as well. Duty and honor, by imposing new restraints on me for her sake, would turn my wife into a stranger; I would have neither guide nor counsel to enlighten my soul or correct my mistakes. Is this the respect she deserves? Is this the tribute of tenderness and gratitude I would offer her? Is this how I would bring her happiness—and my own as well?

Julie, have you forgotten my vows as well as yours? For me, I have not forgotten them in the slightest. I have lost everything; only my faith remains with me—and it will remain with me until my death. I could not live with you; I shall die free. If it were still possible to make such a commitment today, I would do so without hesitation. For if marriage is indeed a duty, then an even more indispensable duty is to prevent anyone from suffering. All that remains for me in any other relationship is the eternal regret of those to whom I dared to aspire. In this sacred bond, I would carry with me the hopes I once had of finding happiness there—yet such hopes would only bring me and the unfortunate woman I marry endless torment. I would demand an account of the happy days I once hoped to share with you. What comparisons could I make? Which woman in the world could justify such expectations? Ah! How could I ever console myself for not being with you, yet being with someone else?

Dear friend, do not shake the resolutions upon which the peace of my life depends; do not attempt to pull me out of the abyss into which I have fallen, for lest, with the sensation of my own existence, I should also regain the awareness of my sufferings, and a violent state of mind might reopen all my wounds. Since my return, I have noticed, without alarm, that my interest in your friend had grown more intense; for I was well aware that the state of my heart would never allow me to go too far. Seeing this new affection added to the already tender bond I always felt for her, I rejoiced in an emotion that helped me distract myself and made it easier for me to bear the thought of you. This emotion possessed some of the sweetness of love, yet it lacked its troubles. The pleasure of seeing you was not tainted by the desire to possess you; content to spend my entire life as I did this winter, I found between you two a peaceful and gentle existence that tempered the rigor of virtue and made its lessons endearing. If sometimes some fleeting excitement disturbed me, everything else soon subdued it: I had overcome so many more dangerous temptations that I had no reason to fear any more. I honor your friend precisely because I love her—and that is saying enough. If I were solely concerned with my own interests, all the rights of a tender friendship would be too precious to me to risk losing them by attempting to extend them further; and I never even needed to consider the respect I owe her, for I would never say a single word in private that she might need to misunderstand or choose not to hear. And if perhaps she sometimes perceived too much eagerness in my behavior, surely she did not see in my heart any real intention to express it. Just as I was during those six months spent with her, so will I remain for the rest of my life. After you, I know of no one more perfect; but even if she were more perfect than you, I realize that one would need to have never been your lover in order to become hers.

Vedete: fatico a giungere al punto principale della vostra lettera, il primo su cui si sarebbe dovuto pensare, l’unico di cui mi occuperei se osassi sperare nella felicità che mi promette! Oh Julie, anima benevola, amica incomparabile. Offrendomi la parte nobile di voi stessa, e il tesoro più prezioso al mondo dopo di voi, fate molto di più di quanto possiate mai fare per me. L’amore, quell’amore cieco, potrebbe avervi costretto a donarvi; ma donare la vostra amicizia è una prova di stima sincera e inconfutabile. Da questo momento credo davvero di meritare il vostro affetto. Ma quanto è crudele questa testimonianza del mio merito! Accettandola, la negherei; per meritarla, dovrei rinunciarvi. Voi mi conoscete: giudicate me. Non basta che la vostra adorabile cugina sia amata. Deve essere amata come voi, lo so. Ma lo sarà? Può esserlo? E dipende da me offrirle ciò che le è dovuto in questo senso? Ah! Se voleste unirmi a lei, perché non mi lasciate un cuore da darle, un cuore che possa ispirarle sentimenti nuovi. Esiste forse un cuore meno degno di lei di quello che seppe amarvi? Bisognerebbe avere l’anima serena e pacifica del buon e saggio per dedicarsi a lei soltanto, seguendo il suo esempio. Bisognerebbe essere degni di succederle. Altrimenti, il confronto con la sua condizione precedente renderebbe il secondo marito ancora più insopportabile. E l’amore debole e distratto di un secondo coniuge, invece di consolarla per il primo, le farebbe rimpiangere ancora di più. Da un amico affettuoso e riconoscente, lei otterrebbe soltanto un marito volgare. Guadagnerebbe davvero in questo scambio? Perderebbe doppiamente. Il suo cuore delicato e sensibile percepirebbe troppo questa perdita. E io, come potrei sopportare lo spettacolo continuo di una tristezza della quale sarei la causa, e che non potrei alleviare? Ahimè, morirei di dolore prima ancora di lei. No, Julie. Non farò la mia felicità a scapito della sua. La amo troppo per sposarla.

La mia felicità? No. Sarei davvero felice se non la rendessi felice? È possibile che uno dei due coniugi si crei un destino esclusivo all’interno del matrimonio? Beni e mali non sono forse comuni a entrambi, nonostante li si possieda separatamente? E i dolori che ci infliggiamo a vicenda non ricadono sempre su colui che li ha causati? Sarei infelice a causa dei suoi dolori, senza essere felice per i suoi benefici. Grazie, bellezza; meriti, affetto, fortuna. Tutto contribuirebbe alla mia felicità; ma solo il mio cuore potrebbe rovinare tutto ciò, rendendomi miserabile nonostante la felicità che mi circonda.

Se il mio stato attuale è pieno di fascino per lei, e questo fascino non potrebbe aumentare con un legame ancora più stretto, i piaceri più dolci che ne trairei verrebbero persi. Il suo umore scherzoso può rendere la sua amicizia particolarmente affettuosa, ma solo quando c’è qualcuno che osserva le sue manifestazioni di affetto. Posso provare emozioni troppo intense in sua presenza, ma solo quando la vostra presenza mi distoglie da voi. Sempre, nei nostri momenti di intimità, è la vostra figura a rendere tutto questo così delizioso. Più il nostro legame si rafforza, più pensiamo alle ragioni che lo hanno formato; il dolce vincolo della nostra amicizia si stringe ancora di più, e ci amiamo proprio per parlare di voi. Così, mille ricordi cari per la sua amica, ancora più preziosi per me, ci uniscono. Ma se questi legami diventassero troppo forti, dovremmo rinunciarvi. Non sarebbero forse questi ricordi una sorta di infedeltà verso di lei? E con quale faccia potrei prendere una moglie rispettata e amata per farle conoscere gli affronti che il mio cuore le infliggerebbe, nonostante me stesso? Un cuore del genere non oserebbe più aprirsi nel suo. Si chiuderebbe davanti a lei. Non osando più parlare di voi, presto non parlerei più nemmeno di me stesso. Il dovere, l’onore mi impongono una nuova riservatezza nei suoi confronti. Mia moglie diventerebbe straniera per me, e non avrei più né guida né consiglio per illuminare la mia anima o correggere i miei errori. È davvero questo l’onore che lei merita? È davvero questo il tributo di tenerezza e riconoscenza che le porterei? È così che potrei rendere felici sia lei che me stesso?

Julie, avete forse dimenticato i miei giuramenti, così come i vostri? Per quanto mi riguarda, io non li ho mai dimenticati. Ho perso tutto; solo la mia fede mi è rimasta. E mi rimarrà fino alla tomba. Non sono riuscito a vivere con voi; morirò libero. Se si trattasse ancora di prendere un impegno, lo prenderei oggi stesso. Perché se sposarsi è un dovere, allora un dovere ancora più indispensabile è quello di non causare dolore a nessuno. E tutto ciò che mi resta da provare riguardo ad altri legami matrimoniali, è solo il rimorso eterno per coloro verso i quali ho osato aspirare. Porterei in questo legame sacro l’idea di ciò che un tempo speravo di trovarvi. Ma quell’idea diventerebbe sia la mia punizione che quella di una sfortunata donna. Le chiederei conto dei giorni felici che aspettavo da voi. Che confronti potrei fare! Quale donna al mondo potrebbe sopportarli? Ah. Come potrei consolarmi, allo stesso tempo, per non essere con voi e per essere con un’altra?

Carissima amica, non turbare mai quelle risoluzioni dalle quali dipende la tranquillità delle mie giornate; non cercare di tirarmi fuori dall’annientamento in cui sono caduto, per timore che, con il sentimento della mia esistenza, ritorni anche quello dei miei mali e che uno stato violento riapra tutte le mie ferite. Da quando sono tornato, ho notato, senza allarmarmene, un interesse sempre più vivo per la tua amica; sapevo infatti che lo stato del mio cuore non le avrebbe mai permesso di andare troppo oltre, e vedendo questo nuovo sentimento aggiungersi all’affetto già così profondo che provavo per lei in tutti i momenti, mi sono rallegrato di un’emozione che mi aiutava a distrarmi e mi faceva sopportare la tua immagine con meno dolore. Questa emozione ha qualcosa delle dolcezze dell’amore, ma non ne ha i tormenti: il piacere di vederti non è turbato dal desiderio di possederti; contento di trascorrere tutta la mia vita, come ho fatto quest’inverno, trovo tra voi due questa situazione tranquilla e dolce che attenua l’austerità della virtù e rende le sue lezioni piacevoli. Se qualche vano trasporto mi agita per un momento, tutto lo reprime e lo fa tacere: ne ho vinti troppi di più pericolosi per temerne ancora qualcuno. Onoro la tua amica come la amo. E questo basta a dire tutto. Se pensassi soltanto al mio interesse personale, tutti i diritti dell’affetto tenero mi sarebbero troppo cari accanto a lei perché potessi rischiare di perderli cercando di estenderli; e non ho nemmeno avuto bisogno di pensare al rispetto che le devo per non averle mai detto una parola in momenti di intimità, che lei potesse interpretare o preferire non ascoltare. E se forse a volte ho mostrato troppa fretta nelle mie azioni, sicuramente lei non ha visto nel mio cuore la volontà di manifestarla. Così come sono stato per sei mesi accanto a lei, così sarò per tutta la vita. Non conosco nulla dopo di te che sia così perfetto; ma anche se fosse ancora più perfetta di te, sento che sarebbe necessario non essere mai stati tuoi amanti per poter diventare i suoi.

Avant d’achever cette lettre, il faut vous dire ce que je pense de la vôtre. J’y trouve avec toute la prudence de la vertu les scrupules d’une âme craintive qui se fait un devoir de s’épouvanter, et croit qu’il faut tout craindre pour se garantir de tout. Cette extrême timidité a son danger ainsi qu’une confiance excessive. En nous montrant sans cesse des monstres où il n’y en a point, elle nous épuise à combattre des chimères ; et, à force de nous effaroucher sans sujet, elle nous tient moins en garde contre les périls véritables, et nous les laisse moins discerner. Relisez quelquefois la lettre que milord Édouard vous écrivit l’année dernière au sujet de votre mari ; vous y trouverez de bons avis à votre usage à plus d’un égard. Je ne blâme point votre dévotion ; elle est touchante, aimable, et douce comme vous ; elle doit plaire à votre mari même. Mais prenez garde qu’à force de vous rendre timide et prévoyante, elle ne vous mène au quiétisme par une route opposée, et que, vous montrant partout du risque à courir, elle ne vous empêche enfin d’acquiescer à rien. Chère amie, ne savez-vous pas que la vertu est un état de guerre, et que, pour y vivre, on a toujours quelque combat à rendre contre soi ? Occupons-nous moins des dangers que de nous, afin de tenir notre âme prête à tout événement. Si chercher les occasions c’est mériter d’y succomber, les fuir avec trop de soin, c’est souvent nous refuser à de grands devoirs ; et il n’est pas bon de songer sans cesse aux tentations, même pour les éviter. On ne me verra jamais rechercher des moments dangereux ni des tête-à-tête avec des femmes ; mais, dans quelque situation que me place désormais la Providence, j’ai pour sûreté de moi les huit mois que j’ai passés à Clarens, et ne crains plus que personne m’ôte le prix que vous m’avez fait mériter. Je ne serai pas plus faible que je l’ai été ; je n’aurai pas de plus grands combats à rendre ; j’ai senti l’amertume des remords ; j’ai goûté les douceurs de la victoire. Après de telles comparaisons on n’hésite plus sur le choix ; tout, jusqu’à mes fautes passées ; m’est garant de l’avenir.

Sans vouloir entrer avec vous dans de nouvelles discussions sur l’ordre de l’univers et sur la direction des êtres qui le composent, je me contenterai de vous dire que, sur des questions si fort au-dessus de l’homme, il ne peut juger des choses qu’il ne voit pas, que par induction sur celles qu’il voit, et que toutes les analogies sont pour ces lois générales que vous semblez rejeter. La raison même, et les plus saines idées que nous pouvons nous former de l’Être suprême, sont très favorables à cette opinion ; car bien que sa puissance n’ait pas besoin de méthode pour abréger le travail, il est digne de sa sagesse de préférer pourtant les voies les plus simples, afin qu’il n’y ait rien d’inutile dans les moyens non plus que dans les effets. En créant l’homme, il l’a doué de toutes les facultés nécessaires pour accomplir ce qu’il exigeait de lui ; et quand nous lui demandons le pouvoir de bien faire, nous ne lui demandons rien qu’il ne nous ait déjà donné. Il nous a donné la raison pour connaître ce qui est bien, la conscience pour l’aimer[220], et la liberté pour le choisir. C’est dans ces dons sublimes que consiste la grâce divine ; et comme nous les avons tous reçus, nous en sommes tous comptables.

J’entends beaucoup raisonner contre la liberté de l’homme, et je méprise tous ces sophismes, parce qu’un raisonneur a beau me prouver que je ne suis pas libre, le sentiment intérieur, plus fort que tous ses arguments, les dément sans cesse ; et quelque parti que je prenne, dans quelque délibération que ce soit, je sens parfaitement qu’il ne tient qu’à moi de prendre le parti contraire. Toutes ces subtilités de l’école sont vaines précisément parce qu’elles prouvent trop, qu’elles combattent tout aussi bien la vérité que le mensonge, et que, soit que la liberté existe ou non, elles peuvent servir également à prouver qu’elle n’existe pas. À entendre ces gens-là, Dieu même ne serait pas libre, et ce mot de liberté n’aurait aucun sens. Ils triomphent, non d’avoir résolu la question, mais d’avoir mis à sa place une chimère. Ils commencent par supposer que tout être intelligent est purement passif, et puis ils déduisent de cette supposition des conséquences pour prouver qu’il n’est pas actif. La commode méthode qu’ils ont trouvée là ! S’ils accusent leurs adversaires de raisonner de même, ils ont tort. Nous ne nous supposons point actifs et libres, nous sentons que nous le sommes. C’est à eux de prouver non seulement que ce sentiment pourrait nous tromper, mais qu’il nous trompe en effet[221]. L’évêque de Cloyne a démontré que, sans rien changer aux apparences, la matière et les corps pourraient ne pas exister ; est-ce assez pour affirmer qu’ils n’existent pas ? En tout ceci, la seule apparence coûte plus que la réalité : je m’en tiens à ce qui est plus simple.

Je ne crois dons pas qu’après avoir pourvu de toute manière aux besoins de l’homme, Dieu accorde à l’un plutôt qu’à l’autre des secours extraordinaires, dont celui qui abuse des secours communs à tous est indigne, et dont celui qui en use bien n’a pas besoin. Cette acception de personnes est injurieuse à la justice divine. Quand cette dure et décourageante doctrine se déduirait de l’Écriture elle-même, mon premier devoir n’est-il pas d’honorer Dieu ? Quelque respect que je doive au texte sacré, j’en dois plus encore à son auteur ; et j’aimerais mieux croire la Bible falsifiée ou inintelligible, que Dieu injuste ou malfaisant. Saint Paul ne veut pas que le vase dise au potier : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? » Cela est fort bien, si le potier n’exige du vase que des services qu’il l’a mis en état de lui rendre ; mais, s’il s’en prenait au vase de n’être pas propre à un usage pour lequel il ne l’aurait pas fait, le vase aurait-il tort de le lui dire : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? »

S’ensuit-il de là que la prière soit inutile ? À Dieu ne plaise que je m’ôte cette ressource contre mes faiblesses ! Tous les actes de l’entendement qui nous élèvent à Dieu nous portent au-dessus de nous-mêmes ; en implorant son secours, nous apprenons à le trouver. Ce n’est pas lui qui nous change ; c’est nous qui changeons en nous élevant à lui[222]. Tout ce qu’on lui demande comme il faut, on se le donne ; et comme vous l’avez dit, on augmente sa force en reconnaissant sa faiblesse. Mais, si l’on abuse de l’oraison et qu’on devienne mystique, on se perd à force de s’élever ; en cherchant la grâce, on renonce à la raison ; pour obtenir un don du ciel, on en foule aux pieds un autre ; en s’obstinant à vouloir qu’il nous éclaire, on s’ôte les lumières qu’il nous a données. Qui sommes-nous pour vouloir forcer Dieu de faire un miracle ?

Vous le savez ; il n’y a rien de bien qui n’ait un excès blâmable, même la dévotion qui tourne en délire. La vôtre est trop pure pour arriver jamais à ce point ; mais l’excès qui produit l’égarement commence avant lui, et c’est de ce premier terme que vous avez à vous défier. Je vous ai souvent entendue blâmer les extases des ascétiques ; savez-vous comment elles viennent ? En prolongeant le temps qu’on donne à la prière plus que ne le permet la faiblesse humaine. Alors l’esprit s’épuise, l’imagination s’allume et donne des visions ; on devient inspiré, prophète, et il n’y a plus ni sens ni génie qui garantisse du fanatisme. Vous vous enfermez fréquemment dans votre cabinet, vous vous recueillez, vous priez sans cesse ; vous ne voyez pas encore les piétistes[223] mais vous lisez leurs livres. Je n’ai jamais blâmé votre goût pour les écrits du bon Fénelon : mais que faites-vous de ceux de sa disciple ? Vous lisez Muralt : je le lis aussi ; mais je choisis ses Lettres, et vous choisissez son Instinct divin. Voyez comment il a fini, déplorez les égarements de cet homme sage, et songez à vous. Femme pieuse et chrétienne, allez-vous n’être plus qu’une dévote ?

Before concluding this letter, I must tell you what I think of yours. With all the prudence that virtue demands, I see therein the scruples of a fearful soul that takes it as its duty to be constantly filled with dread, and believes that one must fear everything in order to ensure safety from all dangers. Such extreme timidity is just as dangerous as excessive confidence. By constantly presenting us with monsters where none exist, it exhausts us in fighting against illusions; and by frightening us for no reason at all, it makes us less vigilant against real dangers and less able to discern them. Sometimes read again the letter that Lord Edward wrote to you last year regarding your husband; you will find therein good advice for your use in many respects. I do not blame your devotion; it is touching, kind, and gentle, just like you—surely it must please your husband as well. But be careful lest, by making you too timid and overly cautious, it lead you towards a form of quietism through the opposite path, and prevent you from undertaking any great responsibilities. Dear friend, do you not know that virtue is a state of constant warfare, and that in order to live in it, one must always fight against oneself? Let us focus less on dangers and more on preparing our souls for every eventuality. If seeking out opportunities means risking failure, then avoiding them too carefully often prevents us from fulfilling great duties; and it is not wise to constantly dwell on temptations, even if it is in order to avoid them. You will never see me seeking out dangerous situations or engaging in private encounters with women; but no matter what circumstances fate may place me in from now on, I have the eight months I spent at Clarens as a guarantee of my strength and virtue. I am not going to be weaker than I was before; I will not face greater challenges; I have tasted the bitterness of remorse and the sweetness of victory. After such comparisons, one no longer hesitates in making choices; everything—even my past mistakes—guarantes me a bright future.

Without wishing to engage in further discussions with you regarding the order of the universe and the direction of the beings that constitute it, I will simply say that on matters so far beyond human comprehension, one can only judge things that one does not see, by induction based on what one does observe. Moreover, all analogies are applicable to these universal laws, which you seem to reject. In fact, reason itself and the most sound ideas we can form about the Supreme Being are highly supportive of this view. For, although His power requires no method to streamline tasks, it is in keeping with His wisdom to choose the simplest means possible, ensuring that neither the methods nor the results contain anything superfluous. When He created man, He endowed him with all the faculties necessary to accomplish what He required of him; and when we ask Him for the power to do good, we are asking for nothing other than what He has already granted us. He has given us reason to understand what is good, conscience to love it[220], and freedom to choose it. It is in these divine gifts that true grace resides; and since we have all received them, we are all accountable for them.

I often hear arguments against human freedom, and I despise all such sophisms. For no matter how convincingly a reasoning person may prove to me that I am not free, my inner conviction—far stronger than all their arguments—constantly refutes them. No matter which side I take in any deliberation, I am fully aware that it is entirely up to me to choose the opposite option. All these subtleties of philosophical debate are utterly futile precisely because they prove too much; they attack both truth and falsehood alike, and whether freedom exists or not, they can equally be used to prove that it does not exist. Listening to such people, one might even conclude that God himself is not free, and that the very notion of freedom would lose all meaning. They claim victory not by resolving the issue, but by replacing it with a mere illusion. They begin by assuming that every intelligent being is purely passive, and then they derive conclusions from this assumption to prove that such beings are not active at all. What a convenient method they have devised! But if they accuse their opponents of reasoning in the same way, they are wrong. We do not assume that we are active and free; we feel that we indeed are. It is up to them to prove not only that this feeling might deceive us, but that it actually does[221]. The Bishop of Cloyne demonstrated that, without changing anything in appearance, matter and bodies might not exist at all—is that enough to claim that they do not exist? In all this, mere appearance is far more significant than reality; I stick to what is simpler.

I do not believe that, after having in any case met the needs of mankind, God would bestow extraordinary favors upon some rather than others—favors of which those who abuse the common benefits granted to all are unworthy, and which those who use them properly have no need for at all. Such discrimination toward individuals is an insult to divine justice. If this harsh and discouraging doctrine were actually derived from the Scriptures themselves, would not my primary duty be to honor God? No matter how much respect I owe to the sacred text, I owe even more to its Author; and I would rather believe that the Bible has been falsified or is incomprehensible than that God is unjust or malevolent. Saint Paul did not intend for a vessel to say to the potter, “Why have you made me in this way?” That is quite right, so long as the potter demands only those services of the vessel that it is capable of providing; but if the potter were to blame the vessel for not being suitable for a purpose for which it was not created, would the vessel be in the wrong for responding, “Why have you made me in this way?”

Does this mean that prayer is useless? By God, I would give up this means of combating my own weaknesses! Every act of reason that elevates us toward God takes us beyond ourselves; by imploring his help, we learn to find it within ourselves. It is not God who changes us; it is we who change as we ascend toward him[222]. Everything we ask of Him in the right way, we give to ourselves; and, as you have said, we increase His power by acknowledging our own weakness. But if one abuses prayer and becomes mystic, one loses oneself in the attempt to elevate oneself too far; in seeking grace, one renounces reason; in striving for a gift from heaven, one tramples another underfoot; in insisting that He enlighten us, one strips away the very light He has granted us. Who are we to demand that God perform a miracle?

You know it; there is nothing truly good that does not contain some blameworthy excess—even devotion when it turns into frenzy. Your devotion is too pure to ever reach such a state; but the excess that leads to delusion begins long before that. It is against this initial excess that you must guard yourself. I have often heard you criticize the ecstatic states of ascetics; do you know how they arise? By spending more time in prayer than human weakness permits. Then the mind becomes exhausted, the imagination flares up, and visions appear; one begins to feel inspired, to think oneself a prophet—but then there is no longer any sense or reason left to protect one from fanaticism. You often retreat to your study, meditate, pray incessantly; you may not yet have met any Pietists[223], but you read their books. I have never criticized your fondness for the writings of the good Fénelon; but what about those of his disciple? You read Muralt; I read him too—but I choose his Letters, while you choose his Instinct Divin. Consider how that man ended up; lament the delusions of this once wise man—and reflect on yourself. Pious and Christian woman, are you destined to become nothing more than a mere devotee?

Prima di concludere questa lettera, devo dirvi ciò che penso della vostra. Vi trovo, con tutta la prudenza propria alla virtù, gli scrupoli di un’anima timida che si impegna a temere tutto, credendo che sia necessario temere ogni cosa per garantirsi da qualsiasi pericolo. Questa estrema timidezza presenta i suoi rischi, proprio come una fiducia eccessiva. Mostrandoci continuamente mostri dove in realtà non ce ne sono, ci sfinisce nel combattere contro chimere; e, spaventandoci senza motivo, finisce per renderci meno attenti ai veri pericoli e meno capaci di riconoscerli. Rileggete qualche volta la lettera che lord Edward vi scrisse l’anno scorso riguardo a vostro marito: troverete in essa ottimi consigli utili sotto molti aspetti. Non biasimo affatto la vostra devozione; è commovente, gentile e dolce, proprio come voi. Dovrebbe piacere anche a vostro marito. Ma fate attenzione: se questa devozione vi rende troppo timide e preoccupate, potrebbe portarvi al quietismo, mostrandovi pericoli ovunque; in questo modo, vi impedirebbe di assumervi grandi responsabilità. Cara amica, non sapete forse che la virtù è uno stato di guerra, e che per viverla bisogna sempre combattere contro se stessi? Dobbiamo concentrarci meno sui pericoli esterni e più su noi stesse, affinché il nostro spirito sia sempre pronto ad affrontare qualsiasi situazione. Se cercare continuamente occasioni di pericolo significa correre dei rischi, evitarle con troppa cautela può spesso impedirci di assumerci grandi doveri. E non è certo positivo pensare costantemente alle tentazioni, anche solo per evitarle. Non cercherò mai momenti pericolosi né incontri con donne; ma, in qualsiasi situazione mi trovi ora, ho gli otto mesi trascorsi a Clarens come garanzia della mia forza interiore. E non temo più che qualcuno possa portarmi via il premio che voi mi avete fatto guadagnare. Non sarò più debole di prima; non dovrò affrontare battaglie più difficili. Ho sperimentato l’amarezza dei rimorsi, ho assaporato le dolcezze della vittoria. Dopo tali confronti, non si esita più nel scegliere. Tutto, anche i miei errori passati, mi garantisce un futuro sicuro.

Senza voler entrare con voi in nuove discussioni sull’ordine dell’universo e sulla direzione degli esseri che lo compongono, mi limiterò a dirvi che, su questioni così al di sopra della comprensione umana, non si può giudicare ciò che non si vede se non attraverso l’induzione riguardo a ciò che si osserva, e che tutte le analogie sono utili proprio per comprendere queste leggi generali che sembrate rifiutare. Anzi, la ragione stessa e le idee più sagge che possiamo formarci sull’Essere supremo sono molto favorevoli a questa opinione; poiché, sebbene la sua potenza non abbia bisogno di alcun metodo per semplificare il proprio operato, è degna della sua saggezza preferire comunque i mezzi più semplici, affinché né nei metodi né negli effetti vi sia nulla di superfluo. Creando l’uomo, gli ha dato tutte le facoltà necessarie per compiere ciò che da lui si esigeva; e quando gli chiediamo il potere di fare il bene, non gli chiediamo nulla che egli non ci abbia già concesso. Ci ha dato la ragione per conoscere ciò che è giusto, la coscienza per amarlo[220] e la libertà per sceglierlo. È in questi doni sublimi che consiste la grazia divina; e poiché tutti noi li abbiamo ricevuti, siamo tutti responsabili di loro.

Odo spesso persone che argomentano contro la libertà umana, e disprezzo tutti questi sofismi: perché anche se un ragionatore mi dimostrasse che non sono libero, il sentimento interno, più forte di tutti i suoi argomenti, li smentirebbe continuamente; e qualunque posizione io assuma, in qualsiasi deliberazione io partecipi, so perfettamente che dipende soltanto da me prendere l’opposto punto di vista. Tutte queste sottigliezze filosofiche sono vane proprio perché dimostrano troppo: combattono tanto la verità quanto il falso, e sia che la libertà esista o meno, possono ugualmente servire a dimostrare che non esiste. Ascoltando queste persone, nemmeno Dio sarebbe libero, e il termine stesso “libertà” perderebbe ogni significato. Loro vincono non perché abbiano risolto la questione, ma perché hanno sostituito la realtà con un’illusione. Partono dal presupposto che ogni essere intelligente sia puramente passivo, e poi ne deducono delle conseguenze per dimostrare che non è attivo. Che metodo comodo hanno trovato! Se accusano i loro avversari di ragionare allo stesso modo, si sbagliano: noi non supponiamo di essere attivi e liberi; sentiamo di esserlo. È a loro dovere dimostrare non solo che questo sentimento potrebbe ingannarci, ma anche che ci inganna davvero[221]. L’arcivescovo di Cloyne ha dimostrato che, senza cambiare nulla nelle apparenze, la materia e i corpi potrebbero non esistere. Ma è questo sufficiente per affermare che non esistono? In tutto ciò, l’apparenza stessa vale più della realtà; io mi attengo a ciò che è più semplice.

Non credo affatto che, dopo aver comunque soddisfatto i bisogni dell’uomo, Dio conceda a alcuni aiuti straordinari rispetto ad altri; colui che abusa degli aiuti comuni a tutti è indegno di essi, mentre colui che li utilizza correttamente non ne ha alcun bisogno. Questo tipo di distinzione tra le persone offende la giustizia divina. Se questa dottrina dura e scoraggiante derivasse direttamente dalla Scrittura stessa, il mio primo dovere non sarebbe forse quello di onorare Dio? Per quanto rispetto debba al testo sacro, ne devo ancora di più al suo autore; preferirei credere che la Bibbia fosse falsificata o incomprensibile, piuttosto che ritenere Dio ingiusto o malvagio. San Paolo non vuole che il vaso dica al vasaiolo: “Perché mi hai fatto così?”. Questo è giusto, se il vasaiolo richiede dal vaso soltanto quei servizi per i quali lo ha creato; ma se si lamentasse che il vaso non fosse adatto a un uso per cui non è stato fabbricato, il vaso non avrebbe certo torto a rispondergli: “Perché mi hai fatto così?”.

Ne consegue forse che la preghiera sia inutile? Per l’amor di Dio, non voglio privarmi di questo strumento contro le mie debolezze! Tutti gli atti dell’intelligenza che ci elevano verso Dio ci portano al di sopra di noi stessi; implorando il suo aiuto, impariamo a trovarlo. Non è lui a cambiarci; siamo noi a cambiare, elevandoci verso di Lui[222]. Tutto ciò che gli chiediamo nel modo giusto, ce lo diamo noi stessi; e, come avete detto voi, aumentiamo la sua forza riconoscendo la nostra debolezza. Ma se abusiamo della preghiera e diventiamo mistici, ci perdiamo cercando di elevarci troppo; cercando la grazia, rinunciamo alla ragione; per ottenere un dono dal cielo, calpestiamo un altro dono che Lui stesso ci ha dato; insistendo nel voler che Lui ci illumini, ci priviamo delle luci che ci ha concesso. Chi siamo noi per pretendere che Dio compia un miracolo?

Lo sapete: non c’è nulla di buono che non presenti un eccesso deprecabile, persino la devozione che sfocia nel delirio. La vostra è troppo pura per arrivare mai a quel punto; ma l’eccesso che porta all’illusione inizia molto prima. Ed è proprio da questo primo passo che dovete difendervi. Vi ho spesso sentita criticare le estasi degli asceti: sapete da dove derivano? Dal prolungare troppo il tempo dedicato alla preghiera, oltre quanto la debolezza umana possa sopportare. Allora lo spirito si esaurisce, l’immaginazione si accende e genera visioni; ci si sente ispirati, profeti. Ma non c’è più né senso né genio che possano garantire contro il fanatismo. Vi chiudete spesso nel vostro studio, vi ritirate in solitudine, pregate senza sosta. Non conoscete ancora i piétisti[223], ma leggete i loro libri. Non ho mai criticato il vostro interesse per gli scritti del buon Fénelon; ma che ne fate di quelli della sua discepola? Leggete Muralt: anch’io lo leggo. Ma io scelgo le sue Lettere, mentre voi scegliete il suo “Instinct divin”. Vedete come è finito. Piangete gli errori di quest’uomo saggio. E pensate a voi stessa. Donna pia e cristiana. Non vorrete mica diventare soltanto una devota?

Chère et respectable amie, je reçois vos avis avec la docilité d’une enfant, et vous donne les miens avec le zèle d’un père. Depuis que la vertu, loin de rompre nos liens, les a rendus indissolubles, ses devoirs se confondent avec les droits de l’amitié. Les mêmes leçons nous conviennent, le même intérêt nous conduit. Jamais nos coeurs ne se parlent, jamais nos yeux ne se rencontrent, sans offrir à tous deux un objet d’honneur et de gloire qui nous élève conjointement ; et la perfection de chacun de nous importera toujours à l’autre. Mais si les délibérations sont communes, la décision ne l’est pas ; elle appartient à vous seule. O vous qui fîtes toujours mon sort, ne cessez point d’en être l’arbitre ; pesez mes réflexions, prononcez : quoi que vous ordonniez de moi, je me soumets ; je serai digne au moins que vous ne cessiez pas de me conduire. Dussé-je ne vous plus revoir, vous me serez toujours présente, vous présiderez toujours à mes actions ; dussiez-vous m’ôter l’honneur d’élever vos enfants, vous ne m’ôterez point les vertus que je tiens de vous ; ce sont les enfants de votre âme, la mienne les adopte, et rien ne les lui peut ravir.

Parlez-moi sans détour, Julie. À présent que je vous ai bien expliqué ce que je sens et ce que je pense, dites-moi ce qu’il faut que je fasse. Vous savez à quel point mon sort est lié à celui de mon illustre ami. Je ne l’ai point consulté dans cette occasion ; je ne lui ai montré ni cette lettre ni la vôtre. S’il apprend que vous désapprouviez son projet, ou plutôt celui de votre époux, il le désapprouvera lui-même ; et je suis bien éloigné d’en vouloir tirer une objection contre vos scrupules ; il convient seulement qu’il les ignore jusqu’à votre entière décision. En attendant je trouverai, pour différer notre départ, des prétextes qui pourront le surprendre, mais auxquels il acquiescera sûrement. Pour moi, j’aime mieux ne vous plus voir que de vous revoir pour vous dire un nouvel adieu. Apprendre à vivre chez vous en étranger est une humiliation que je n’ai pas méritée.

Lettre VIII – De Madame de Wolmar à Saint-Preux

Eh bien ! ne voilà-t-il pas encore votre imagination effarouchée ? Et sur quoi, je vous prie ? Sur les plus vrais témoignages d’estime et d’amitié que vous ayez jamais reçus de moi ; sur les paisibles réflexions que le soin de votre vrai bonheur m’inspire ; sur la proposition la plus obligeante, la plus avantageuse, la plus honorable qui vous ait jamais été faite, sur l’empressement, indiscret peut-être, de vous unir à ma famille par des noeuds indissolubles ; sur le désir de faire mon allié, mon parent, d’un ingrat qui croit ou qui feint de croire que je ne veux plus de lui pour ami. Pour vous tirer de l’inquiétude où vous paraissez être, il ne fallait que prendre ce que je vous écris dans son sens le plus naturel. Mais il y a longtemps que vous aimez à vous tourmenter par vos injustices. Votre lettre est, comme votre vie, sublime et rampante, pleine de force et de puérilités. Mon cher philosophe, ne cesserez-vous jamais d’être enfant ?

Où avez-vous donc pris que je songeasse à vous imposer des lois, à rompre avec vous, et, pour me servir de vos termes, à vous renvoyer au bout du monde ? De bonne foi, trouvez-vous là l’esprit de ma lettre ? Tout au contraire : en jouissant d’avance du plaisir de vivre avec vous, j’ai craint les inconvénients qui pouvaient le troubler ; je me suis occupée des moyens de prévenir ces inconvénients d’une manière agréable et douce, en vous faisant un sort digne de votre mérite et de mon attachement pour vous. Voilà tout mon crime : il n’y avait pas là, ce me semble, de quoi vous alarmer si fort.

Vous avez tort, mon ami, car vous n’ignorez pas combien vous m’êtes cher ; mais vous aimez à vous le faire redire ; et comme je n’aime guère moins à le répéter, il vous est aisé d’obtenir ce que vous voulez sans que la plainte et l’humeur s’en mêlent.

Soyez donc bien sûr que si votre séjour ici vous est agréable, il me l’est tout autant qu’à vous, et que, de tout ce que M. de Wolmar a fait pour moi, rien ne m’est plus sensible que le soin qu’il a pris de vous appeler dans sa maison, et de vous mettre en état d’y rester. J’en conviens avec plaisir, nous sommes utiles l’un à l’autre. Plus propres à recevoir de bons avis qu’à les prendre de nous-mêmes, nous avons tous deux besoin de guides. Et qui saura mieux ce qui convient à l’un, que l’autre qui le connaît si bien ? Qui sentira mieux le danger de s’égarer par tout ce que coûte un retour pénible ? Quel objet peut mieux nous rappeler ce danger ? Devant qui rougirions-nous autant d’avilir un si grand sacrifice ? Après avoir rompu de tels liens, ne devons-nous pas à leur mémoire de ne rien faire d’indigne du motif qui nous les fit rompre ? Oui, c’est une fidélité que je veux vous garder toujours de vous prendre à témoin de toutes les actions de ma vie, et de vous dire, à chaque sentiment qui m’anime : « Voilà ce que je vous ai préféré ! » Ah ! mon ami, je sais rendre honneur à ce que mon coeur a si bien senti. Je puis être faible devant toute la terre, mais je réponds de moi devant vous.

C’est dans cette délicatesse qui survit toujours au véritable amour, plutôt que dans les subtiles distinctions de M. de Wolmar, qu’il faut chercher la raison de cette élévation d’âme et de cette force intérieure que nous éprouvons l’un près de l’autre, et que je crois sentir comme vous. Cette explication du moins est plus naturelle, plus honorable à nos coeurs que la sienne, et vaut mieux pour s’encourager à bien faire ; ce qui suffit pour la préférer. Ainsi, croyez que, loin d’être dans la disposition bizarre où vous me supposez, celle où je suis est directement contraire ; que s’il fallait renoncer au projet de nous réunir, je regarderais ce changement comme un grand malheur pour vous, pour moi, pour mes enfants, et pour mon mari même, qui, vous le savez, entre pour beaucoup dans les raisons que j’ai de vous désirer ici. Mais, pour ne parler que de mon inclination particulière, souvenez-vous du moment de votre arrivée : marquai-je moins de joie à vous voir que vous n’en eûtes en m’abordant ? Vous a-t-il paru que votre séjour à Clarens me fût ennuyeux ou pénible ? Avez-vous jugé que je vous en visse partir avec plaisir ? Faut-il aller jusqu’au bout et vous parler avec ma franchise ordinaire ? Je vous avouerai sans détour que les six derniers mois que nous avons passés ensemble ont été le temps le plus doux de ma vie, et que j’ai goûté dans ce court espace tous les biens dont ma sensibilité m’ait fourni l’idée.

Je n’oublierai jamais un jour de cet hier, où, après avoir fait en commun la lecture de vos voyages et celle des aventures de votre ami, nous soupâmes dans la salle d’Apollon, et où, songeant à la félicité que Dieu m’envoyait en ce monde, je vis tout autour de moi mon père, mon mari, mes enfants, ma cousine, milord Édouard, vous, sans compter la Fanchon qui ne gâtait rien au tableau, et tout cela rassemblé pour l’heureuse Julie. Je me disais : « Cette petite chambre contient tout ce qui est cher à mon coeur, et peut-être tout ce qu’il y a de meilleur sur la terre ; je suis environnée de tout ce qui m’intéresse ; tout l’univers est ici pour moi ; je jouis à la fois de l’attachement que j’ai pour mes amis, de celui qu’ils me rendent, de celui qu’ils ont l’un pour l’autre ; leur bienveillance mutuelle ou vient de moi ou s’y rapporte ; je ne vois rien qui n’étende mon être, et rien qui le divise ; il est dans tout ce qui m’environne, il n’en reste aucune portion loin de moi ; mon imagination n’a plus rien à faire, je n’ai rien à désirer ; sentir et jouir sont pour moi la même chose ; je vis à la fois dans tout ce que j’aime, je me rassasie de bonheur et de vie. O mort ! viens quand tu voudras, je ne te crains plus, j’ai vécu, je t’ai prévenue ; je n’ai plus de nouveaux sentiments à connaître, tu n’as plus rien à me dérober. »

Dear and respected friend, I receive your opinions with the docility of a child, and I offer mine to you with the zeal of a father. Since virtue, far from breaking our bonds, has made them indissoluble, its duties merge with the rights of friendship. The same lessons apply to us both, and the same interests guide us. Never do our hearts speak to each other, never do our eyes meet, without bringing forth something that brings honor and glory to both of us, elevating us together; and the perfection of each of us will always be important to the other. Yet, while our deliberations are shared, the decision is not; it belongs solely to you. O you who determine my fate at all times, do not cease to be its arbiter; weigh my thoughts carefully and pronounce your judgment. Whatever you ordain for me, I shall submit; I will at least strive to deserve that you continue to guide me. Even if I should never see you again, you will always be present in my heart, overseeing all my actions. Even if you were to take away the honor of raising your children, you could not take away the virtues I have inherited from you; they are the children of your soul, and I have adopted them; nothing can ever snatch them from me.

Speak to me without reservation, Julie. Now that I have clearly explained to you what I feel and what I think, tell me what I should do. You know how closely my fate is tied to that of my illustrious friend. I did not consult him in this matter; I did not show him either this letter nor yours. If he learns that you disapprove of his plan—or, rather, the plan of your husband—he will himself disapprove of it. And I am far from wishing to use that as an objection against your scruples; it is only necessary that he ignore them until you have made your final decision. In the meantime, I will find excuses to delay our departure—excuses that may surprise him, but which he will surely accept. For my part, I would rather never see you again than to see you again just to say another goodbye. To have to live among you as a stranger is an humiliation I do not deserve.

Letter VIII – From Madame de Wolmar to Saint-Preux

Well! Here is yet again your overactive imagination at work—upon what, I ask you? Upon the most sincere expressions of respect and friendship I have ever given you; upon the peaceful reflections that the thought of your true happiness inspires in me; upon the most generous, advantageous, and honorable proposal that has ever been made to you; upon my perhaps indiscreet eagerness to unite you with my family through indissoluble bonds; upon my desire to make an ungrateful person my ally, my relative—when that very person believes, or pretends to believe, that I no longer wish him as my friend. To free you from the anxiety in which you seem to find yourself, all it would have taken was to take what I write to you in its most natural sense. But you have always enjoyed tormenting yourselves with your own misconceptions. Your letter, like your life, is both sublime and absurd, filled with both strength and childishness. My dear philosopher, will you never cease being a child?

Where did you get the idea that I intended to impose laws upon you, to break off relations with you, and—to use your own words—to send you to the ends of the earth? In good faith, do you find any such intention in my letter? On the contrary: while already looking forward to the joy of living with you, I was concerned about any possible obstacles that might disrupt that happiness; I sought ways to prevent these obstacles in a pleasant and gentle manner, by offering you a fate worthy of your merits and of my affection for you. That is all there is to it—there really was no reason for you to be so alarmed.

You are wrong, my friend, for you certainly know how dear I am to you; but you enjoy hearing me say it again, and since I enjoy repeating it just as much, it is easy for you to obtain what you want without any complaints or bad moods getting involved.

Therefore, be assured that if your stay here is pleasant to you, it is equally so for me; and of all that Mr. de Wolmar has done for me, nothing strikes me more than the care he took in inviting you to his house and ensuring that you could stay there. I am pleased to admit it—we are mutually beneficial to each other. Being better suited to receive good advice than to offer it ourselves, we both need guides. And who could know better what is suitable for one another than the person who knows the other so well? Who would be more aware of the dangers of going astray, given the cost of a difficult return? What object could serve as a better reminder of those dangers? Before whom would we feel more ashamed of tarnishing such a great sacrifice? Having severed such ties, should we not, out of respect for their memory, refrain from doing anything that would be unworthy of the reasons that led us to break them? Yes, it is this fidelity that I want to maintain always—to have you witness every action of my life and, in the face of every emotion that moves me, to tell you: “This is what I preferred over everything else!” Ah, my friend, I know how to honor what my heart has so deeply felt. I may be weak before all men, but I answer for myself before you.

It is in this delicacy—this quality that always survives true love, rather than in the subtle distinctions put forward by Monsieur de Wolmar—that we must seek the reason for this elevation of spirit and this inner strength that we both feel when we are together, and which I believe I share with you just as deeply. At least this explanation is more natural, more honorable to our hearts than his; it is far more conducive to encouraging us to do good—and for that alone, it deserves to be preferred. Believe me, far from being in the strange state you imagine me to be in, my true feelings are exactly the opposite. If it were necessary to abandon the plan of bringing us together again, I would regard such a change as a great misfortune for you, for me, for my children—and even for my husband, who, as you know, plays a significant role in the reasons why I desire to be with you here. But, speaking solely of my personal feelings, remember the moment of your arrival: did I not express less joy at seeing you than you did when you greeted me? Did it ever seem to you that your stay at Clarens was boring or unpleasant for me? Did you think I was happy when you left? Must I be completely honest and speak with my usual frankness? Without any reservation, I must admit that the last six months we spent together were the happiest time of my life; in that short period, I experienced all the joys that my sensitivity has ever allowed me to imagine.

I will never forget that day in the past when, after reading together your accounts of travels and those of your friend’s adventures, we dined in the Apollo Hall. As I reflected on the happiness that God had bestowed upon me in this world, I saw around me my father, my husband, my children, my cousin, Lord Edward, you—and, of course, Fanchon, who added nothing but beauty to the scene. All were gathered for the sake of the happy Julie. I thought to myself: “This small room contains everything dear to my heart; perhaps even all that is best on earth. I am surrounded by everything that interests me; the entire universe seems present here for me. I enjoy at once the affection I hold for my friends, the love they return to me, and the bond that binds them together. Their mutual kindness arises from me or is connected to me in some way; nothing exists around me that does not expand my being or divide it. It is present in everything surrounding me; not a single part of it is distant from me. My imagination has nothing more to seek; I have nothing left to desire. To feel and to enjoy are one and the same for me. I live within everything I love; I am saturated with happiness and vitality. O death, come when you will—I no longer fear you. I have lived; I have prepared you for your arrival. I have no new emotions to discover; you have nothing left to take away from me.”

Carissima e rispettabile amica, ricevo i tuoi consigli con la docilità di una bambina e ti do i miei con lo zelo di un padre. Da quando la virtù, invece di spezzare i nostri legami, li ha resi indissolubili, i suoi doveri si confondono con i diritti dell’amicizia. Le stesse lezioni ci sono utili, lo stesso interesse ci guida. Mai i nostri cuori comunicano tra loro, mai i nostri sguardi si incontrano senza offrire a entrambi un oggetto di onore e gloria che ci eleva insieme; e la perfezione di ciascuno di noi avrà sempre importanza per l’altro. Ma se le deliberazioni sono comuni, la decisione non lo è: spetta soltanto a te. Oh tu, che determini sempre il mio destino, non smettere mai di esserne l’arbitra; valuta le mie riflessioni e pronuncia la tua sentenza: qualunque cosa tu decida per me, mi sottometterò; sarò almeno degna che tu continui a guidarmi. Anche se non dovessi più rivederti, sarai sempre presente nella mia vita, guiderai sempre le mie azioni; anche se mi togliessi l’onore di allevare i tuoi figli, non mi priveresti mai delle virtù che ho ricevuto da te: sono i figli della tua anima, la mia li ha adottati, e nulla può portarmeli via.

Parlatemi senza mezzi termini, Julie. Ora che vi ho spiegato chiaramente ciò che provo e ciò che penso, ditemi cosa devo fare. Sapete quanto il mio destino sia legato a quello del mio illustre amico. In questa occasione non l’ho consultato; non gli ho mostrato né questa lettera né la vostra. Se scoprisse che voi disapprovate il suo progetto, o piuttosto quello di vostro marito, lui stesso lo disapproverebbe. E io non intendo affatto utilizzare questo per oppormi ai vostri scrupoli; è solo necessario che lui li ignori fino a quando non avrete preso una decisione definitiva. Nel frattempo troverò delle scuse per ritardare la nostra partenza. Scuse che potrebbero sorprenderlo, ma alle quali sicuramente acconsentirà. Per quanto mi riguarda, preferisco non rivedervi piuttosto che dovervi dire un altro addio. Vivere come uno straniero in casa vostra è un’umiliazione che non merito affatto.

Lettera VIII – Di Madame de Wolmar a Saint-Preux

Ebbene! Ecco ancora una volta la vostra immaginazione allarmata. E su cosa, vi prego? Su i più autentici segni di stima e amicizia che abbiate mai ricevuto da me; sulle riflessioni serene che il desiderio del vostro vero bene mi ispira; sulla proposta più gentile, più vantaggiosa, più onorevole che vi sia mai stata fatta; sull’impegno, forse indiscreto, di unirvi alla mia famiglia con legami indissolubili. Sul desiderio di rendere mio alleato, mio parente, uno che crede – o finge di credere – che io non voglia più averlo come amico. Per tirarvi dall’ansia in cui sembrate trovarvi, bastava interpretare ciò che vi scrivo nel suo senso più naturale. Ma da tempo avete l’abitudine di tormentarvi con le vostre ingiustizie. La vostra lettera, come la vostra vita, è “sublime” e al contempo piena di infantilità. Mio caro filosofo, smetterete mai di comportarvi da bambino?

Dove avete mai preso l’idea che io volessi imporvi leggi, interrompere i rapporti con voi, e, per usare le vostre stesse parole, mandarvi “all’altro capo del mondo”? Onestamente, trovate davvero in questo il senso della mia lettera? Al contrario: godendo già in anticipo del piacere di vivere con voi, temevo gli inconvenienti che potessero rovinare questa gioia; ho cercato quindi modi per prevenire tali inconvenienti in modo gradevole e delicato, offrendovi una sorte degna dei vostri meriti e del mio affetto per voi. Questo è tutto il “crimine” che ho commesso. Non c’è davvero nulla di così grave da farvi allarmare a tal punto.

Ti sbagli, mio amico, perché non ignori quanto tu sia prezioso per me; ma ti piace che te lo ripeta. E poiché a me non dispiace affatto ripeterlo, è facile per te ottenere ciò che desideri, senza che lamenti o malumore intervengano.

Siate certo che, se il vostro soggiorno qui vi è piacevole, lo è altrettanto per me; e che, di tutto ciò che il signor de Wolmar ha fatto per me, nulla mi colpisce di più del pensiero che abbia preso cura di farvi venire nella sua casa e di mettervi in condizioni di potervi rimanere. Lo ammetto con piacere: siamo reciprocamente utili l’uno all’altro. Più adatti a ricevere buoni consigli che a darli da soli, entrambi abbiamo bisogno di guida. E chi potrebbe conoscere meglio ciò che è adatto a uno di noi, se non colui che lo conosce così bene? Chi può percepire più chiaramente il pericolo di perderci in mezzo a tutte le difficoltà di un ritorno penoso? Qual oggetto potrebbe ricordarci meglio questo pericolo? Di fronte a chi dovremmo vergognarci di umiliare un sacrificio così grande? Dopo aver rotto legami del genere, non dobbiamo forse, per rispetto alla loro memoria, evitare di fare nulla che possa disonorare il motivo che ci ha spinto a romperli? Sì, è una fedeltà che desidero mantenere sempre: farvi testimoni di tutte le mie azioni e dirvi, di fronte a ogni sentimento che mi anima: “Ecco ciò che ho preferito a tutto il resto!” Ah, mio amico, so come onorare ciò che il mio cuore ha così profondamente sentito. Posso essere debole davanti a tutti, ma rispondo di me stesso davanti a voi.

È proprio in questa delicatezza, che sopravvive sempre all’amore vero, e non nelle sottili distinzioni di Monsieur de Wolmar, che bisogna cercare la ragione di quell’innalzamento d’animo e di quella forza interiore che proviamo l’uno vicino all’altro. E credo di percepirla anch’io, proprio come voi. Questa spiegazione, almeno, è più naturale, più degna dei nostri cuori rispetto alla sua. E basta certo per incoraggiarci a comportarci bene; questo solo è sufficiente per preferirla. Quindi credetemi: lontano dall’essere nella strana disposizione in cui voi mi immaginate, quella in cui mi trovo è esattamente l’opposta. Se dovesse essere necessario rinunciare al progetto di riunirci, considererei questo cambiamento un grande dolore per voi, per me, per i miei figli. E anche per mio marito, che, come sapete, svolge un ruolo fondamentale nelle ragioni per cui desidero tanto rivedervi. Ma, parlando soltanto della mia inclinazione personale. Ricordatevi del momento del vostro arrivo: non ho mostrato forse meno gioia nel vedervi di quanto ne abbiate provata voi nell’incontrarmi? Vi è sembrato che il vostro soggiorno a Clarens fosse noioso o penoso per me? Avete pensato che fossi felice quando vi siete congedati? Devo davvero essere sincera fino in fondo. Vi confesserò senza esitazione che gli ultimi sei mesi trascorsi insieme sono stati i più belli della mia vita. In quel breve periodo ho assaporato tutti i piaceri che la mia sensibilità mi ha permesso di conoscere.

Non dimenticherò mai quel giorno di ieri, in cui, dopo aver letto insieme i vostri racconti di viaggio e le avventure del vostro amico, abbiamo cenato nella sala di Apollo; riflettendo sulla felicità che Dio mi aveva donato in questo mondo, vidi intorno a me mio padre, mio marito, i miei figli, mia cugina, milord Edward, voi, e anche Fanchon, che non rovinava affatto l’atmosfera. Tutto ciò era riunito per la felice Julie. Mi dissi: “Questa piccola stanza contiene tutto ciò che è caro al mio cuore; forse addirittura tutto ciò che c’è di meglio sulla terra. Sono circondata da tutto ciò che mi interessa; l’intero universo è qui per me. Godo allo stesso tempo dell’affetto che provo per i miei amici, di quello che loro provano per me, e di quello che hanno l’uno per l’altro. La loro reciproca benevolenza deriva da me o riguarda me. Non vedo nulla che possa limitare la mia esistenza, nulla che possa separarmi da ciò che amo. Tutto ciò che mi circonda fa parte di me; non c’è nulla che mi sia lontano. La mia immaginazione non ha più bisogno di nulla; non desidero più nulla. Sentire e godere sono per me la stessa cosa. Vivo contemporaneamente in tutto ciò che amo. Mi sazio di felicità e di vita. Oh morte! Vieni pure quando vuoi. Non ti temo più. Ho vissuto. Ti ho anticipato. Non ho più nuovi sentimenti da scoprire. Non hai più nulla da portarmi via, ”

Plus j’ai senti le plaisir de vivre avec vous, plus il m’était doux d’y compter, et plus aussi tout ce qui pouvait troubler ce plaisir m’a donné d’inquiétude. Laissons un moment à part cette morale craintive et cette prétendue dévotion que vous me reprochez ; convenez du moins que tout le charme de la société qui régnait entre nous est dans cette ouverture de coeur qui met en commun tous les sentiments, toutes les pensées, et qui fait que chacun se sentant tel qu’il doit être se montre à tous tel qu’il est. Supposez un moment quelque intrigue secrète, quelque liaison qu’il faille cacher, quelque raison de réserve et de mystère ; à l’instant tout le plaisir de se voir s’évanouit, on est contraint l’un devant l’autre, on cherche à se dérober, quand on se rassemble on voudrait se fuir ; la circonspection ; la bienséance, amènent la défiance et le dégoût. Le moyen d’aimer longtemps ceux qu’on craint ! On se devient importun l’un à l’autre… Julie importune !… importune à son ami !… non ; non, cela ne saurait être ; on n’a jamais de maux à craindre que ceux qu’on peut supporter.

En vous exposant naïvement mes scrupules, je n’ai point prétendu changer vos résolutions, mais les éclairer, de peur que, prenant un parti dont nous n’auriez pas prévu toutes les suites, vous n’eussiez peut-être à vous en repentir quand vous n’oseriez plus vous en dédire. À l’égard des craintes que M. de Wolmar n’a pas eues, ce n’est pas à lui de les avoir, c’est à vous : nul n’est juge du danger qui vient de vous que vous-même. Réfléchissez-y bien, puis dites-moi qu’il n’existe pas, et je n’y pense plus : car je connais votre droiture, et ce n’est pas de vos intentions que je me défie. Si votre coeur est capable d’une faute imprévue, très sûrement le mal prémédité n’en approcha jamais. C’est ce qui distingue l’homme fragile du méchant homme.

D’ailleurs, quand mes objections auraient plus de solidité que je n’aime à le croire, pourquoi mettre d’abord la chose au pis comme vous faites ? Je n’envisage point les précautions à prendre aussi sévèrement que vous. S’agit-il pour cela de rompre aussitôt tous vos projets et de nous fuir pour toujours ? Non, mon aimable ami, de si tristes ressources ne sont point nécessaires. Encore enfant par la tête, vous êtes déjà vieux par le coeur. Les grandes passions usées dégoûtent des autres ; la paix de l’âme qui leur succède est le seul sentiment qui s’accroît par la jouissance. Un coeur sensible craint le repos qu’il ne connaît pas : qu’il le sente une fois, il ne voudra plus le perdre. En comparant deux états si contraires, on apprend à préférer le meilleur ; mais pour les comparer il les faut connaître. Pour moi, je vois le moment de votre sûreté plus près peut-être que vous ne le voyez vous-même. Vous avez trop senti pour sentir longtemps ; vous avez trop aimé pour ne pas devenir indifférent : on ne rallume plus la cendre qui sort de la fournaise, mais il faut attendre que tout soit consumé. Encore quelques années d’attention sur vous-même, et vous n’avez plus de risque à courir.

Le sort que je voulais vous faire eût anéanti ce risque ; mais, indépendamment de cette considération, ce sort était assez doux pour devoir être envié pour lui-même ; et si votre délicatesse vous empêche d’oser y prétendre, je n’ai pas besoin que vous me disiez ce qu’une telle retenue a pu vous coûter. Mais j’ai peur qu’il ne se mêle à vos raisons des prétextes plus spécieux que solides ; j’ai peur qu’en vous piquant de tenir des engagements dont tout vous dispense, et qui n’intéressent plus personne, vous ne vous fassiez une fausse vertu de je ne sais quelle vaine constance plus à blâmer qu’à louer, et désormais tout à fait déplacée. Je vous l’ai déjà dit autrefois, c’est un second crime de tenir un serment criminel : si le vôtre ne l’était pas, il l’est devenu ; c’en est assez pour l’annuler. La promesse qu’il faut tenir sans cesse est celle d’être honnête homme et toujours ferme dans son devoir : changer quand il change, ce n’est pas légèreté, c’est constance. Vous fîtes bien peut-être alors de promettre ce que vous feriez mal aujourd’hui de tenir. Faites dans tous les temps ce que la vertu demande, vous ne vous démentirez jamais.

Que s’il y a parmi vos scrupules quelque objection solide, c’est ce que nous pourrons examiner à loisir. En attendant je ne suis pas trop fâchée que vous n’ayez pas saisi mon idée avec la même avidité que moi, afin que mon étourderie vous soit moins cruelle si j’en ai fait une. J’avais médité ce projet durant l’absence de ma cousine. Depuis son retour et le départ de ma lettre, ayant eu avec elle quelques conversations générales sur un second mariage, elle m’en a paru si éloignée, que, malgré tout le penchant que je lui connais pour vous, je craindrais qu’il ne fallût user de plus d’autorité qu’il ne me convient, pour vaincre sa répugnance, même en votre faveur ; car il est point où l’empire de l’amitié doit respecter celui des inclinations et les principes que chacun se fait sur des devoirs arbitraires en eux-mêmes, mais relatifs à l’état du coeur qui se les impose.

Je vous avoue pourtant que je tiens encore à mon projet : il nous convient si bien à tous, il vous tirerait si honorablement de l’état précaire où vous vivez dans le monde, il confondrait tellement nos intérêts, il nous ferait un devoir si naturel de cette amitié qui nous est si douce, que je n’y puis renoncer tout à fait. Non, mon ami, vous ne m’appartiendrez jamais de trop près ; ce n’est pas même assez que vous soyez mon cousin ; ah ! je voudrais que vous fussiez mon frère.

Quoi qu’il en soit de toutes ces idées, rendez plus de justice à mes sentiments pour vous. Jouissez sans réserve de mon amitié, de ma confiance, de mon estime. Souvenez-vous que je n’ai plus rien à vous prescrire, et que je ne crois point en avoir besoin. Ne m’ôtez pas le droit de vous donner des conseils, mais n’imaginez jamais que j’en fasse des ordres. Si vous sentez pouvoir habiter Clarens sans danger, venez-y, demeurez-y ; j’en serai charmée. Si vous croyez devoir donner encore quelques années d’absence aux restes toujours suspects d’une jeunesse impétueuse, écrivez-moi souvent, venez nous voir quand vous voudrez ; entretenons la correspondance la plus intime. Quelle peine n’est pas adoucie par cette consolation ! Quel éloignement ne supporte-t-on pas par l’espoir de finir ses jours ensemble ! Je ferai plus ; je suis prête à vous confier un de mes enfants ; je le croirai mieux dans vos mains que dans les miennes : quand vous me le ramènerez, je ne sais duquel des deux le retour me touchera le plus. Si, tout à fait devenu raisonnable, vous bannissez enfin vos chimères, et voulez mériter ma cousine, venez, aimez-la, servez-la, achevez de lui plaire ; en vérité, je crois que vous avez déjà commencé ; triomphez de son coeur et des obstacles qu’il vous oppose, je vous aiderai de tout mon pouvoir. Faites enfin le bonheur l’un de l’autre, et rien ne manquera plus au mien. Mais quelque parti que vous puissiez prendre, après y avoir sérieusement pensé, prenez-le en toute assurance, et n’outragez plus votre amie en l’accusant de se défier de vous.

À force de songer à vous je m’oublie. Il faut pourtant que mon tour vienne ; car vous faites avec vos amis dans la dispute comme avec votre adversaire aux échecs, vous attaquez en vous défendant. Vous vous excusez d’être philosophe en m’accusant d’être dévote ; c’est comme si j’avais renoncé au vin lorsqu’il vous eut enivré. Je suis donc dévote à votre compte, ou prête à le devenir ? Soit : les dénominations méprisantes changent-elles la nature des choses ? Si la dévotion est bonne, où est le tort d’en avoir ? Mais peut-être ce mot est-il trop bas pour vous. La dignité philosophique dédaigne un culte vulgaire ; elle veut servir Dieu plus noblement ; elle porte jusqu’au ciel même ses prétentions et sa fierté. O mes pauvres philosophes !… Revenons à moi.

The more I felt the joy of living with you, the more pleasant it became to count on that happiness; yet everything that could disturb it filled me with anxiety. Let us set aside for a moment this fearful morality and this so-called devotion that you reproach me for; at least admit that all the charm of the companionship that existed between us stemmed from this openness of heart that allowed us to share all our feelings and thoughts, enabling each of us to present ourselves to the other as we truly were. Imagine, for a moment, some secret intrigue, some relationship that must be concealed, some reason for reserve and mystery; in an instant, all the pleasure of being together vanishes—people become constrained in each other’s presence, trying to avoid one another even when gathered together. Prudence and propriety lead to distrust and disgust. What a strange way to love those whom we fear! We end up bothering one another. Julie is bothersome!, bothersome to her friend!. No; that cannot be true. The only evils we have reason to fear are those we are capable of enduring.

By candidly expressing my own scruples, I have not sought to change your decisions, but rather to clarify them, for fear that if you take a course whose consequences we have not fully anticipated, you might later regret it when it becomes too late to reverse your choice. As for the fears that Mr. de Wolmar did not possess, it is not his duty to have them—it is yours. Only you can judge the danger that may arise from your actions. Consider this carefully, and then tell me that such a danger does not exist; in that case, I will cease to worry about it. For I know your integrity, and it is not your intentions that I doubt. If your heart is capable of unforeseen wrongdoing, then surely premeditated evil would never come close to it. It is this distinction that separates the fragile human being from the wicked one.

Besides, when my objections were more substantial than I am willing to admit, why would you go to such extreme measures first? I do not regard the precautions needed with such severity as you do. Does that mean we must immediately abandon all your plans and flee forever? No, my dear friend; such desperate measures are entirely unnecessary. You may still be young in mind, but your heart is already old. Worn-out passions repel others; the peace of the soul that follows them is the only emotion that grows stronger through enjoyment. A sensitive heart fears the tranquility it does not yet know; once it experiences it, it will never want to lose it again. By comparing these two utterly opposed states, we learn to prefer the better one; but to make such a comparison, we must first understand them both. For my part, I believe the time for your safety is perhaps closer than you realize. You have felt too deeply to continue feeling for long; you have loved too much to avoid becoming indifferent. One cannot rekindle the ashes that have already emerged from the furnace; one must wait until everything is completely consumed. Just a few more years of self-discipline, and you will no longer run any risks.

The fate I intended to inflict upon you would have eliminated that risk; but even apart from that consideration, such a fate was sufficiently kind as to deserve envy in itself. And if your delicacy prevents you from daring to claim it, I need not know what such restraint may have cost you. However, I fear that among your reasons there may be excuses that are more apparent than substantial. I fear that by insisting on keeping promises that nothing requires you to fulfill and that no one else is interested in, you may be creating a false virtue—a vain persistence that deserves more criticism than praise, and one that is utterly out of place today. I have said this before: to keep a criminal promise is a second crime. If your promise was not originally criminal, it has now become one; that alone is enough to annul it. The only promise that should always be kept is to be an honest person and steadfast in one’s duties. To change when circumstances change is not fickleness, but constancy. Perhaps you would have done well to promise something then, but it would be wrong to try to keep it now. Always do what virtue demands, and you will never fail to keep your word.

If there is any solid objection among your scruples, that is something we can examine at leisure. In the meantime, I am not too disappointed that you did not grasp my idea with the same eagerness as I did; perhaps this will make my rashness less painful for you if I have indeed made one. I had pondered this plan during my cousin’s absence. Since her return and the sending of my letter, after some general conversations with her about the possibility of a second marriage, she seemed so opposed to it that, despite all the fondness I know she has for you, I fear it might require more authority than I am willing to use in order to overcome her reluctance—even in your favor. For there is no realm where the power of friendship should override the dictates of one’s own inclinations or the principles one forms regarding duties that are ultimately arbitrary and depend on the state of one’s heart.

I must confess to you, however, that I still hold onto my project: it suits us all so well, it would bring you out of the precarious situation in which you live in the world so honorably, it would align our interests so perfectly, and it would make such a natural duty of this friendship, which is so dear to us, that I simply cannot give it up entirely. No, my friend, you can never be too close to me; it’s not even enough that you are my cousin; ah! I wish you could be my brother.

Whatever these ideas may be, do justice to my feelings for you. Enjoy without reservation my friendship, my trust, my respect. Remember that I have nothing more to impose upon you, and that I believe I need none at all. Do not take away from me the right to give you advice, but never assume that I am giving you orders. If you feel you can live in Clarens without danger, come there and stay; I would be delighted. If you think it is still necessary to spend a few more years apart, given the lingering doubts about your impetuous youth, write to me often and visit us whenever you wish; let us maintain the closest correspondence. What pain cannot be eased by such comfort! What distance cannot be endured in the hope of spending our days together? I would go even further: I am ready to entrust one of my children to you. I would trust him in your hands more than in mine own; when you bring him back to me, I do not know which of us two will be most moved by his return. If, finally, you become completely reasonable and abandon all your whims, and if you wish to deserve my cousin’s affection, come, love her, serve her, and continue to please her. Indeed, I believe you have already begun to do so. Conquer her heart and overcome the obstacles she puts in your way; I will support you with all my power. Finally, make each other happy, and nothing will be missing from my own happiness. But whatever decision you make, after careful consideration, do so with confidence, and never again insult your friend by accusing her of doubting you.

As I keep thinking of you, I begin to forget myself. Yet my turn will surely come; for in your arguments with your friends, just as you do against your opponents at chess, you attack while also defending yourself. You excuse being a philosopher by accusing me of being pious—as if I had given up wine just because it once intoxicated you. So, am I pious in your eyes, or am I merely about to become it? Well, do derogatory labels truly change the nature of things? If piety is a good thing, what is wrong with possessing it? But perhaps this word is too humble for you. The dignity of philosophy despises vulgar forms of worship; it seeks to serve God in a more noble way—raising its claims and pride all the way to the heavens. Oh, my poor philosophers. Let’s get back to me.

Più sentivo il piacere di vivere con voi, più mi era dolce contare su di esso; al contempo, tutto ciò che poteva turbare quel piacere suscitava in me ansia. Lasciamo da parte per un momento questa morale timorosa e questa presunta devozione di cui mi accusate; ammettete almeno che tutto il fascino della nostra compagnia risiedeva nell’apertura del cuore che condivide tutti i sentimenti, tutte le pensieri, e che permette a ciascuno di mostrarsi agli altri così com’è veramente. Immaginate per un momento qualche intrigo segreto, qualche relazione da nascondere, qualche motivo di riservatezza e mistero: all’istante tutto il piacere di stare insieme svanisce; si è costretti a stare l’uno di fronte all’altro, si cerca di sfuggirsi a vicenda; quando ci riuniamo, vorremmo solo scappare. La prudenza, la cortesia portano alla diffidenza e al disgusto. Che modo è questo per amare a lungo coloro che temiamo! Ci si diventa reciprocamente fastidiosi. Julie è fastidiosa, fastidiosa per il suo amico. No; no, questo non può essere vero. I soli mali di cui bisogna aver paura sono quelli che si possono sopportare.

Rivelandovi ingenuamente i miei scrupoli, non ho mai inteso cambiare le vostre decisioni, ma soltanto illuminarle, per timore che, prendendo una posizione la cui portata complessiva non fossimo stati in grado di prevedere, poteste in seguito pentirvene senza più avere il coraggio di ritrattarvi. Per quanto riguarda le paure che il signor de Wolmar non ha provato, non spetta a lui averle, ma a voi: soltanto voi siete in grado di giudicare il pericolo che vi minaccia. Rifletteteci bene, e poi ditemi che non esiste; in tal caso smetterò di pensarci, perché conosco la vostra onestà e non sono le vostre intenzioni a suscitare i miei dubbi. Se il vostro cuore è capace di commettere errori imprevisti, allora certamente il male premeditato non vi avvicinerà mai. È proprio questo che distingue l’uomo debole dal malvagio.

Del resto, se le mie obiezioni avessero una maggiore fondatezza di quanto io sia disposto ad ammettere, perché mai dovremmo prima peggiorare la situazione, come fate voi? Non prevedo le precauzioni da prendere con la stessa severità con cui lo fate voi. Per questo motivo dovremmo immediatamente abbandonare tutti i nostri progetti e fuggire per sempre l’uno dall’altro? No, mio caro amico: non sono necessarie misure così drastiche. Sei ancora troppo giovane nel cuore, nonostante la maturità della tua mente. Le grandi passioni, una volta esaurite, suscitano disgusto negli altri; la pace dell’anima che ne deriva è l’unico sentimento che cresce con il tempo e attraverso la sua stessa esperienza. Un cuore sensibile teme quella tranquillità che non conosce ancora: ma una volta che la prova, non vorrà più perderla. Confrontando due stati così opposti, si impara a preferire il migliore; ma per farlo, è necessario conoscerli entrambi. Per quanto mi riguarda, credo che il momento della vostra sicurezza sia forse più vicino di quanto voi stesso non pensiate. Avete provato troppo dolore per poter continuare a soffrire a lungo; avete amato troppo per non diventare indifferenti. Non si può riaccendere la cenere che è appena uscita dal fuoco: bisogna aspettare che tutto sia completamente consumato. Ancora qualche anno di attenzione verso voi stesso, e non correrete più alcun rischio.

Il destino che volevo infliggervi avrebbe annullato quel rischio; ma, indipendentemente da questo considerazione, quel destino era abbastanza dolce da meritare in sé stesso invidia; e se la vostra delicatezza vi impedisce di osarne fare richiesta, non ho bisogno che mi diciate a quale prezzo sia costata tale reticenza. Tuttavia temo che nelle vostre ragioni si mescolino scuse più apparenti che solide; temo che, volendo mantenere impegni di cui nessuno ha realmente bisogno e che ormai non interessano più a nessuno, vi attribuiate una falsa virtù, rappresentata da una vana costanza più da biasimare che da lodare, e del tutto fuori luogo in questo contesto. Ve l’ho già detto in passato: mantenere un giuramento criminoso è un secondo crimine; se il vostro non lo era prima, ora lo è diventato; questo basta per annullarlo. L’unica promessa che si debba mantenere costantemente è quella di essere persone oneste e sempre fedeli ai propri doveri: cambiare quando questi cambiano non significa essere leggerini, ma dimostrare costanza. Forse allora avreste fatto bene a promettere ciò che oggi non avreste il coraggio di mantenere. Fate sempre ciò che la virtù richiede, e non vi pentirete mai.

Se tra i vostri scrupoli esiste qualche obiezione fondata, possiamo esaminarla con calma. Nel frattempo, non mi dispiace affatto che non abbiate accolto la mia idea con la stessa avidità con cui l’ho fatto io; così, se dovesse trattarsi di un errore da parte mia, la sua gravità vi sembrerebbe meno dolorosa. Ho riflettuto a lungo su questo progetto durante l’assenza della mia cugina. Da quando è tornata e dopo aver ricevuto la mia lettera, abbiamo avuto alcune conversazioni generali riguardo a un secondo matrimonio; lei mi è sembrata così contraria all’idea che, nonostante il grande affetto che prova per voi, temo che sia necessario ricorrere a un’autorità maggiore del dovuta per superare la sua riluttanza, anche a vostro favore. Infatti, non esiste situazione in cui l’influenza dell’amicizia debba prevalere su quelle inclinazioni personali o sui principi che ciascuno si forma riguardo ai propri doveri, principi che spesso dipendono dall’umore del proprio cuore e non da ragioni oggettive.

Vi confesso tuttavia che tengo ancora molto al mio progetto: ci si addice così bene a tutti noi, vi tirerebbe fuori in modo così onorevole dall’ambiente precario in cui vivete nel mondo, i nostri interessi coincidono così perfettamente, e questo legame d’amicizia è così dolce per noi, che non riesco proprio a rinunciarvi del tutto. No, mio caro amico. Non potrete mai appartenere troppo a me; non basta nemmeno che siate mio cugino. Ah! Vorrei tanto che foste mio fratello.

Qualunque sia il destino di tutte queste idee, rispettate almeno i miei sentimenti per voi. Godetevi senza riserve della mia amicizia, della mia fiducia, del mio rispetto. Ricordatevi che non ho più nulla da vi prescrivere, e che non credo di averne bisogno. Non toglietemi il diritto di darvi consigli, ma non pensate mai che io li dia come ordini. Se ritenete di poter vivere a Clarens senza pericoli, veniteci, rimaneteci; ne sarò felice. Se credete di dover ancora trascorrere alcuni anni lontano da lei, a causa delle sue continue incertezze derivanti dalla sua giovinezza impetuosa, scrivetemi spesso, venite a trovarci quando volete; manteniamo una corrispondenza il più intima possibile. Quale dolore non viene alleviato da questa consolazione! Quanto lontananza si può sopportare con la speranza di trascorrere insieme gli ultimi giorni della vita! Farò ancora di più: sono pronta a affidarvi uno dei miei figli; lo considererò più al sicuro nelle vostre mani che nelle mie. Quando me lo riporterete, non so quale dei due ritorni mi commuoverà di più. Se, diventato finalmente ragionevole, abbandonerete tutte queste fantasie e vorrete meritare il mio affetto, venite, amatela, servitela, fate in modo che lei vi ami ancora di più; davvero, credo che abbiate già iniziato a farlo. Riuscite a conquistare il suo cuore e superate tutti gli ostacoli che vi oppone. Vi aiuterò con tutte le mie forze. Fatevi finalmente felici l’uno con l’altro. E nulla mancherà più al mio felicità. Ma qualunque decisione prendiate, dopo averci pensato seriamente, fatela con fiducia. E non offendetemi più accusandomi di diffidare di voi.

Pensandovi troppo, finisco per dimenticarmi di me stesso. Tuttavia, arriverà anche il mio turno. Poiché voi, nei vostri dibattiti con gli amici e con i vostri avversari agli scacchi, attaccate sempre mentre vi difendete. Vi scusate di essere filosofi accusandomi di essere devoto; è come se io avessi rinunciato al vino solo perché voi ne siete stati inebriati. Quindi, secondo voi, sono devoto, o sono sul punto di diventarlo? Ebbene: i nomi dispregiativi cambiano davvero la natura delle cose? Se la devozione è una cosa buona, qual è il male nell’essere devoti? Ma forse questa parola è troppo umile per voi. La dignità filosofica disprezza un culto volgare; vuole servire Dio in modo più nobile. Porta le proprie pretese e la propria fierezza fino al cielo stesso. Oh, miei poveri filosofi. Torniamo a me.

J’aimai la vertu dès mon enfance, et cultivai ma raison dans tous les temps. Avec du sentiment et des lumières, j’ai voulu me gouverner, et je me suis mal conduite. Avant de m’ôter le guide que j’ai choisi, donnez-m’en quelque autre sur lequel je puisse compter. Mon bon ami, toujours de l’orgueil, quoi qu’on fasse ! c’est lui qui vous élève, et c’est lui qui m’humilie. Je crois valoir autant qu’une autre, et mille autres ont vécu plus sagement que moi. Elles avaient donc des ressources que je n’avais pas. Pourquoi, me sentant bien née, ai-je eu besoin de cacher ma vie ? Pourquoi haïssais-je le mal que j’ai fait malgré moi ? Je ne connaissais que ma force ; elle n’a pu me suffire. Toute la résistance qu’on peut tirer de soi, je crois l’avoir faite, et toutefois j’ai succombé. Comment font celles qui résistent ? Elles ont un meilleur appui.

Après l’avoir pris à leur exemple, j’ai trouvé dans ce choix un autre avantage auquel je n’avais pas pensé. Dans le règne des passions, elles aident à supporter les tourments qu’elles donnent ; elles tiennent l’espérance à côté du désir. Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors[224] l’Être existant par lui-même il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.

Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable[225].

Voilà ce que j’éprouve en partie depuis mon mariage et depuis votre retour. Je ne vois partout que sujets de contentement, et je ne suis pas contente ; une langueur secrète s’insinue au fond de mon coeur ; je le sens vide et gonflé, comme vous disiez autrefois du vôtre ; l’attachement que j’ai pour tout ce qui m’est cher ne suffit pas pour l’occuper ; il lui reste une force inutile dont il ne sait que faire. Cette peine est bizarre, j’en conviens ; mais elle n’est pas moins réelle. Mon ami, je suis trop heureuse ; le bonheur m’ennuie[226].

Concevez-vous quelque remède à ce dégoût du bien-être ? Pour moi, je vous avoue qu’un sentiment si peu raisonnable et si peu volontaire a beaucoup ôté du prix que je donnais à la vie ; et je n’imagine pas quelle sorte de charme on y peut trouver, qui me manque ou qui me suffise. Une autre sera-t-elle plus sensible que moi ? Aimera-t-elle mieux son père, son mari, ses enfants, ses amis, ses proches ? En sera-t-elle mieux aimée ? Mènera-t-elle une vie plus de son goût ? Sera-t-elle plus libre d’en choisir une autre ? Jouira-t-elle d’une meilleure santé ? Aura-t-elle plus de ressources contre l’ennui, plus de liens qui l’attachent au monde ? Et toutefois j’y vis inquiète ; mon coeur ignore ce qui lui manque ; il désire sans savoir quoi.

Ne trouvant donc rien ici-bas qui lui suffise, mon âme avide cherche ailleurs de quoi la remplir : en s’élevant à la source du sentiment et de l’être, elle y perd sa sécheresse et sa langueur ; elle y renaît, elle s’y ranime, elle y trouve un nouveau ressort, elle y puise une nouvelle vie ; elle y prend une autre existence qui ne tient point aux passions du corps ; ou plutôt elle n’est plus en moi-même, elle est toute dans l’Être immense qu’elle contemple et, dégagée un moment de ses entraves, elle se console d’y rentrer par cet essai d’un état plus sublime qu’elle espère être un jour le sien.

Vous souriez ; je vous entends, mon bon ami ; j’ai prononcé mon propre jugement en blâmant autrefois cet état d’oraison que je confesse aimer aujourd’hui. À cela je n’ai qu’un mot à vous dire, c’est que je ne l’avais pas éprouvé. Je ne prétends pas même le justifier de toutes manières. Je ne dis pas que ce goût soit sage ; je dis seulement qu’il est doux, qu’il supplée au sentiment du bonheur qui s’épuise, qu’il remplit le vide de l’âme, qu’il jette un nouvel intérêt sur la vie passée à le mériter. S’il produit quelque mal, il faut le rejeter sans doute ; s’il abuse le coeur par une fausse jouissance, il faut encore le rejeter. Mais enfin lequel tient le mieux à la vertu, du philosophe avec ses grands principes, ou du chrétien dans sa simplicité ? Lequel est le plus heureux dès ce monde, du sage avec sa raison, ou du dévot dans son délire ? Qu’ai-je besoin de penser, d’imaginer, dans un moment où toutes mes facultés sont aliénées ? L’ivresse a ses plaisirs, disiez-vous : eh bien ! ce délire en est une. Ou laissez-moi dans cet état qui m’est agréable, ou montrez-moi comment je puis être mieux.

J’ai blâmé les extases des mystiques. Je les blâme encore quand elles nous détachent de nos devoirs, et que, nous dégoûtant de la vie active par les charmes de la contemplation, elles nous mènent à ce quiétisme dont vous me croyez si proche, et dont je crois être aussi loin que vous.

Servir Dieu, ce n’est point passer sa vie à genoux dans un oratoire, je le sais bien ; c’est remplir sur la terre les devoirs qu’il nous impose ; c’est faire en vue de lui plaire tout ce qui convient à l’état où il nous a mis :

… Il cor gradisce;

E serve a lui chi’l suo dover compisce.[227]

Il faut premièrement faire ce qu’on doit, et puis prier quand on le peut ; voilà la règle que je tâche de suivre. Je ne prends point le recueillement que vous me reprochez comme une occupation, mais comme une récréation ; et je ne vois pas pourquoi parmi les plaisirs qui sont à ma portée, je m’interdirais le plus sensible et le plus innocent de tous.

Je me suis examinée avec plus de soin depuis votre lettre ; j’ai étudié les effets que produit sur mon âme ce penchant qui semble si fort vous déplaire, et je n’y sais rien voir jusqu’ici qui me fasse craindre, au moins sitôt, l’abus d’une dévotion mal entendue.

I loved virtue since my childhood and cultivated my reason at all times. With passion and enlightenment, I tried to govern myself, yet I behaved poorly. Before taking away the guide I had chosen for myself, give me another one on which I can rely. My dear friend—always pride, no matter what! It is he who elevates you and it is he who humbles me. I believe I am just as worthy as anyone else, yet thousands have lived more wisely than I have. They must therefore have possessed resources that I lacked. Why, feeling that I was born into a good family, did I need to hide my life? Why did I hate the evil I committed against my will? I knew only of my own strength; it was not enough for me. I believe I tried every possible means of resistance, yet I still succumbed. How do those who manage to resist it do it? They must have some greater support.

After following their example, I discovered another advantage in this choice that I had not considered before. In the realm of passions, they help us endure the torment they bring; they keep hope alongside desire. As long as one desires something, one can live without being happy; one expects to become happy—and if happiness does not come, hope endures, and the charm of illusion persists as long as the passion that gives rise to it lasts. Thus, this state is self-sufficient in itself, and the anxiety it induces is a kind of pleasure that compensates for reality, perhaps even surpassing it. Alas, those who no longer have anything to desire lose, so to speak, everything they possess. One enjoys less what one obtains than what one hopes for; one is only happy before actually becoming happy. Indeed, man, being both greedy and limited in his desires, strives to want everything but achieves little. Yet heaven has granted us a comforting power that brings all we desire closer to us, subdues it to our imagination, makes it present and tangible, and practically grants us these imagined possessions. Moreover, to make this imaginary ownership more pleasing, nature shapes it according to the dictates of our passions. But all this glamour vanishes when we confront the object itself; nothing beautifies that object in the eyes of its possessor anymore. One can no longer imagine what one sees; imagination can no longer embellish what one already possesses; illusion ends where true pleasure begins. In this world, the realm of illusions is the only one truly worthy of inhabitation. And such is the nature of human things that, apart from the Being that exists in itself, nothing is beautiful except what does not exist at all.

Although this effect does not always occur in relation to the particular objects of our passions, it is certainly inevitable in the general sentiment that encompasses them all. To live without suffering is not to be human; to live in such a manner is to be dead. Whoever could accomplish everything without being God would be a wretched creature; they would lack the pleasure of desiring anything; any other form of deprivation would seem more endurable[225].

This is what I have been feeling, to some extent, since my marriage and since your return. I see only reasons for satisfaction everywhere, yet I am not happy; a secret longing creeps into the depths of my heart; I feel it empty yet somehow filled, just as you used to describe yours. The affection I hold for everything dear to me is not enough to fill it; there remains some useless energy within it that it doesn’t know what to do with. This pain is strange, I admit; but it is all too real. My friend, I am far too happy; happiness itself bores me[226].

Can you conceive of any remedy for this aversion to happiness? For my part, I must confess that such an unreasonable and involuntary sentiment has greatly diminished the value I once placed on life; and I cannot imagine what kind of charm one could find in it that is either lacking or sufficient to me. Will someone else be more sensitive than I am? Will they love their father, husband, children, friends, and loved ones more dearly? Will they be loved more in return? Will they lead a life that better suits their tastes? Will they have greater freedom to choose otherwise? Will they enjoy better health? Will they possess more means to combat boredom, more ties that bind them to the world? Yet I live in anxiety; my heart does not know what it lacks; it longs without knowing for what.

Therefore, finding nothing here that satisfies it, my avid soul seeks elsewhere to fill itself: by ascending to the source of sensation and being, it loses its dryness and emptiness there; it is reborn, it revives, it finds new strength there, it draws renewed life from it; it assumes another existence that is not bound to the passions of the body; or rather, it is no longer merely within me; it is entirely in that immense Being which it contemplates. For a moment, freed from its shackles, it consoles itself with the thought that it will one day return there, in that state more sublime than it hopes to attain someday itself.

You smile; I hear you, my good friend. I once passed judgment on this state of contemplation that I now confess to loving. All I have to say is that I had never personally experienced it. I do not claim to justify it in any way. I am not saying that this taste is wise; I merely say that it is pleasant, that it compensates for the fading sense of happiness, that it fills the void within the soul, and that it gives new meaning to the past efforts to earn such joy. If it causes some harm, then it must certainly be rejected; if it deceives the heart with false pleasures, then it too must be dismissed. But ultimately, which approach is more closely aligned with virtue—the philosopher with his lofty principles, or the Christian in his simplicity? Which one brings greater happiness in this life—the wise man with his reason, or the devout person in their fervent devotion? What need do I have to think or imagine, at a time when all my faculties seem lost? You said that intoxication has its pleasures; well, then this state of delirious joy is nothing but another form of it. Either allow me to remain in this delightful condition, or show me how I could be better off otherwise.

I have condemned the ecstatic states of mystics. I still condemn them when they detach us from our duties, and when, by the allure of contemplation, they make us loathe active life, leading us to that quietism which you believe I am so close to—while in fact, I believe I am just as far from it as you are.

To serve God does not mean spending one’s life kneeling in a prayer room, I know that well; it means fulfilling on earth the duties He has imposed upon us; it means doing everything that is appropriate to the state in which He has placed us, with the aim of pleasing Him.

. He progresses steadily.

He must fulfill his own duty.[227]

One must first do what one is obliged to do, and then pray when one has the time; this is the rule that I strive to follow. I do not regard the contemplation you reproach me for as an occupation, but rather as a form of recreation; and I see no reason why, among all the pleasures within my reach, I should forbid myself the most sensible and the most innocent of them all.

Since your letter, I have examined myself more carefully; I have studied the effects that this tendency, which seems to displease you so greatly, has on my soul, and so far, I see nothing in it that would cause me to fear, at least for the time being, the abuse of a devotion that may be misunderstood.

Amavo la virtù fin da bambina e ho sempre coltivato la mia ragione. Con sentimento e lumi, ho cercato di guidarmi da sola, ma mi sono comportata male. Prima di togliermi il guidaio che avevo scelto, datemi un altro su cui possa contare. Mio caro amico, l’orgoglio, che cosa si può fare contro di esso? È lui a elevarti, ed è lui ad umiliarmi. Credo di valere quanto un’altra donna; mille altre hanno vissuto più saggiamente di me. Dunque dovevano possedere risorse che io non avevo. Perché, sentendomi nata bene, ho avuto bisogno di nascondere la mia vita? Perché odiavo il male che ho commesso nonostante me stessa? Conoscevo solo la mia forza, ma essa non è stata sufficiente. Credo di aver fatto tutto ciò che si possa fare per resistere, eppure ho ceduto. Come fanno quelle donne che riescono a resistere? Hanno un sostegno più forte.

Dopo aver seguito il loro esempio, ho scoperto in questa scelta un altro vantaggio di cui non mi ero reso conto. Nel regno delle passioni, queste aiutano ad affrontare i tormenti che stesse stesso causano; tengono viva l’illusione accanto al desiderio. Finché si desidera, si può anche rinunciare alla felicità reale: ci si aspetta di raggiungerla. E se questa non arriva, l’illusione sopravvive, e il fascino di quel sogno dura tanto quanto la passione che lo ha generato. Così, questo stato si autocompleta; l’ansia che provoca è una sorta di piacere che sostituisce la realtà. E forse addirittura ne è superiore. Sfortuna a chi non ha più nulla da desiderare: in quel caso perde, in un certo senso, tutto ciò che possiede. Si gode meno di ciò che si ottiene che di ciò che si spera. E si è felici soltanto prima ancora di diventarlo davvero. L’uomo, infatti, avido e limitato, desidera molte cose ma ne ottiene poche; tuttavia il cielo gli ha donato una forza consolante che gli avvicina tutto ciò che desidera, che lo fa percepire come reale. E che, in un certo senso, gli permette di possederlo. Questa forza modifiche la realtà secondo i desideri umani. Ma tutto questo splendore scompare di fronte all’oggetto stesso del desiderio; nulla rende più bello quell’oggetto agli occhi del possessore. L’immaginazione non sembra più nulla di ciò che si possiede. L’illusione finisce nel momento in cui inizia la vera gioia. Nel mondo terreno, l’unica realtà degna di essere vissuta è quella delle illusioni. E tale è il nulla delle cose umane: al di fuori dell’Essere che esiste per sé stesso, non c’è nulla di bello se non ciò che non esiste affatto.

Se questo effetto non si verifica sempre nei confronti degli oggetti specifici delle nostre passioni, è certamente inevitabile nel sentimento comune che le comprende tutte. Vivere senza dolore non costituisce uno stato umano; vivere in questo modo significa essere morti. Chi potesse ottenere tutto senza essere Dio sarebbe una creatura miserabile; gli mancherebbe il piacere di desiderare; qualsiasi altra privazione sarebbe più sopportabile[225].

Ecco ciò che provo da quando mi sono sposata e da quando siete tornato. Vedo ovunque motivi di soddisfazione, ma non sono felice; una malinconia segreta si insinua nel profondo del mio cuore; lo sento vuoto e gonfio, proprio come un tempo voi descrivevate il vostro. L’affetto che provo per tutto ciò che mi è caro non basta a riempirlo; gli rimane una forza inutile di cui non sa cosa fare. Questo dolore è strano, lo ammetto, ma non per questo meno reale. Amico mio, sono troppo felice. La felicità mi annoia[226].

Riuscite a immaginare qualche rimedio a questo disgusto per il benessere? Per quanto mi riguarda, devo ammettere che un sentimento così poco razionale e spontaneo ha molto diminuito il valore che attribuivo alla vita; non riesco a capire quale tipo di fascino si possa ancora trovarvi, che mi manchi o che mi basti. Un’altra persona sarà più sensibile di me? Amerà di più suo padre, suo marito, i suoi figli, i suoi amici, le persone a lei care? Sarà amata di più? Conduirà una vita più in linea con i suoi desideri? Avrà maggiore libertà nel scegliere un’altra vita? Godrà di una salute migliore? Disporrà di maggiori risorse per combattere noia e monotonia, di legami più forti che la tengano legata al mondo? Eppure vivo in preda all’inquietudine; il mio cuore ignora ciò che mi manca. Desidera qualcosa senza sapere esattamente cosa.

Non trovando qui nulla che le sia sufficiente, la mia anima avida cerca altrove ciò che possa colmarla: elevandosi alla fonte del sentimento e dell’essere, vi perde la sua aridità e la sua desolazione; vi rinasci, vi si rianima, vi trova una nuova forza, vi attinge una nuova vita; vi assume un’altra esistenza che non dipende dalle passioni del corpo; o meglio, non è più in me stessa, ma interamente nell’Essere immenso che contempla; liberata per un momento dai suoi vincoli, si consola all’idea di potervi ritornare attraverso questo tentativo di raggiungere uno stato più sublime di quello che spera un giorno di possedere.

Ridete; vi sento, mio caro amico. Ho espresso il mio parere in passato, biasimando quell’atteggiamento di meditazione che oggi confesso di amare. A questo ho solo una cosa da dirvi: allora non l’avevo sperimentato personalmente. Non pretendo nemmeno di giustificarlo in alcun modo. Non dico che tale inclinazione sia saggia; dico soltanto che è dolce, che compensa quella sensazione di felicità che tende a esaurirsi, che colma il vuoto dell’anima, e che conferisce nuovo significato alla vita passata, se vissuta nel modo giusto. Se produce qualche male, certamente deve essere rifiutata; se abusa del cuore con una falsa gioia, deve comunque essere respinta. Ma ditemi: chi tiene maggiormente alla virtù, il filosofo con i suoi grandi principi, o il cristiano nella sua semplicità? Chi è più felice in questo mondo, il saggio con la sua ragione, o il devoto nel suo estremo fervore religioso? A che serve pensare, immaginare, in un momento in cui tutte le mie facoltà sono paralizzate. L’ebbrezza ha i suoi piaceri, dicevate voi. Beh, questo stato di estasi ne è uno. O lasciatemi rimanere in questa condizione che mi dà gioia, oppure dimostratemi come possa essere meglio.

Ho biasimato le estasi dei mistici. Le biasimo ancora quando queste ci allontanano dai nostri doveri e, facendoci perdere interesse per la vita attiva attraverso il fascino della contemplazione, ci portano verso quel quietismo di cui credete io sia così vicino, mentre invece penso di essere altrettanto lontano da esso quanto voi.

Servire Dio non significa trascorrere tutta la vita in ginocchio in un luogo di preghiera, lo so bene; significa adempiere sulla terra ai doveri che Lui ci impone; significa fare tutto ciò che è conforme allo stato in cui ci ha messo, al fine di Lui piacere.

. Il canto si sussegue armoniosamente.

Ed è proprio lui ad aver bisogno di coloro che compiono il loro dovere.[227]

Prima di tutto, bisogna fare ciò che è dovere, e poi pregare quando si può; questa è la regola che cerco di seguire. Non considero il tempo dedicato alla meditazione, di cui mi rimproverate, come un’occupazione, ma come una forma di distrazione; e non vedo perché, tra i piaceri a mia disposizione, dovrei vietarmi quello più sensibile e più innocente di tutti.

Da quando ho ricevuto la vostra lettera, mi sono esaminata con maggiore attenzione; ho analizzato gli effetti che questo atteggiamento, che sembra tanto dispiacervi, ha sulla mia anima, e finora non riesco a individuare nulla che possa farmi temere, almeno per il momento, un abuso di una devozione malintesa.

Premièrement, je n’ai point pour cet exercice un goût trop vif qui me fasse souffrir quand j’en suis privée, ni qui me donne de l’humeur quand on m’en distrait. Il ne me donne point non plus de distractions dans la journée, et ne jette ni dégoût ni impatience sur la pratique de mes devoirs. Si quelquefois mon cabinet m’est nécessaire, c’est quand quelque émotion m’agite, et que je serais moins bien partout ailleurs : c’est là que, rentrant en moi-même, j’y retrouve le calme de la raison. Si quelque souci me trouble, si quelque peine m’afflige, c’est là que je les vais déposer. Toutes ces misères s’évanouissent devant un plus grand objet. En songeant à tous les bienfaits de la Providence, j’ai honte d’être sensible à de si faibles chagrins et d’oublier de si grandes grâces. Il ne me faut des séances ni fréquentes ni longues. Quand la tristesse m’y suit malgré moi, quelques pleurs versés devant celui qui console soulagent mon coeur à l’instant. Mes réflexions ne sont jamais amères ni douloureuses ; mon repentir même est exempt d’alarmes. Mes fautes me donnent moins d’effroi que de honte ; j’ai des regrets et non des remords. Le Dieu que je sers est un Dieu clément, un père : ce qui me touche est sa bonté ; elle efface à mes yeux tous ses autres attributs ; elle est le seul que je conçois. Sa puissance m’étonne, son immensité me confond, sa justice… Il a fait l’homme faible ; puisqu’il est juste, il est clément. Le Dieu vengeur est le Dieu des méchants : je ne puis ni le craindre pour moi ni l’implorer contre un autre. O Dieu de paix, Dieu de bonté, c’est toi que j’adore ! c’est de toi, je le sens, que je suis l’ouvrage ; et j’espère te retrouver au dernier jugement tel que tu parles à mon coeur durant ma vie.

Je ne saurais vous dire combien ces idées jettent de douceur sur mes jours et de joie au fond de mon coeur. En sortant de mon cabinet ainsi disposée, je me sens plus légère et plus gaie ; toute la peine s’évanouit, tous les embarras disparaissent ; rien de rude, rien d’anguleux ; tout devient facile et coulant, tout prend à mes yeux une face plus riante ; la complaisance ne me coûte plus rien ; j’en aime encore mieux ceux que j’aime, et leur en suis plus agréable. Mon mari même en est plus content de mon humeur. La dévotion, prétend-il, est un opium pour l’âme ; elle égaye, anime et soutient quand on en prend peu ; une trop forte dose endort, ou rend furieux, ou tue. J’espère ne pas aller jusque-là.

Vous voyez que je ne m’offense pas de ce titre de dévote autant peut-être que vous l’auriez voulu, mais je ne lui donne pas non plus tout le prix que vous pourriez croire. Je n’aime point, par exemple, qu’on affiche cet état par un extérieur affecté et comme une espèce d’emploi qui dispense de tout autre. Ainsi cette Mme Guyon dont vous me parlez eût mieux fait, ce me semble, de remplir avec soin ses devoirs de mère de famille, d’élever chrétiennement ses enfants, de gouverner sagement sa maison, que d’aller composer des livres de dévotion, disputer avec des évêques, et se faire mettre à la Bastille pour des rêveries où l’on ne comprend rien. Je n’aime pas non plus ce langage mystique et figuré qui nourrit le coeur des chimères de l’imagination, et substitue au véritable amour de Dieu des sentiments imités de l’amour terrestre, et trop propres à le réveiller. Plus on a le coeur tendre et l’imagination vive, plus on doit éviter ce qui tend à les émouvoir ; car enfin comment voir les rapports de l’objet mystique si l’on ne voit aussi l’objet sensuel, et comment une honnête femme ose-t-elle imaginer avec assurance des objets qu’elle n’oserait regarder ?[228]

Mais ce qui m’a donné le plus d’éloignement pour les dévots de profession, c’est cette âpreté de moeurs qui les rend insensibles à l’humanité, c’est cet orgueil excessif qui leur fait regarder en pitié le reste du monde. Dans leur élévation sublime, s’ils daignent s’abaisser à quelque acte de bonté ; c’est d’une manière si humiliante, ils plaignent les autres d’un ton si cruel, leur justice est si rigoureuse, leur charité est si dure, leur zèle est si amer, leur mépris ressemble si fort à la haine, que l’insensibilité même des gens du monde est moins barbare que leur commisération. L’amour de Dieu leur sert d’excuse pour n’aimer personne ; ils ne s’aiment pas même l’un l’autre. Vit-on jamais d’amitié véritable entre les dévots ? Mais plus ils se détachent des hommes, plus ils en exigent ; et l’on dirait qu’ils ne s’élèvent à Dieu que pour exercer son autorité sur la terre.

Je me sens pour tous ces abus une aversion qui doit naturellement m’en garantir : si j’y tombe, ce sera sûrement sans le vouloir, et j’espère de l’amitié de tous ceux qui m’environnent que ce ne sera pas sans être avertie. Je vous avoue que j’ai été longtemps sur le sort de mon mari d’une inquiétude qui m’eût peut-être altéré l’humeur à la longue. Heureusement la sage lettre de milord Édouard à laquelle vous me renvoyez avec grande raison, ses entretiens consolants et sensés, les vôtres, ont tout à fait dissipé ma crainte et changé mes principes. Je vois qu’il est impossible que l’intolérance n’endurcisse l’âme. Comment chérir tendrement les gens qu’on réprouve ? Quelle charité peut-on conserver parmi des damnés ? Les aimer, ce serait haïr Dieu qui les punit. Voulons-nous donc être humains ? Jugeons les actions et non pas les hommes ; n’empiétons point sur l’horrible fonction des démons ; n’ouvrons point si légèrement l’enfer à nos frères. Eh ! s’il était destiné pour ceux qui se trompent, quel mortel pourrait l’éviter ?

O mes amis, de quel poids vous avez soulagé mon coeur ! En m’apprenant que l’erreur n’est point un crime, vous m’avez délivrée de mille inquiétants scrupules. Je laisse la subtile interprétation des dogmes que je n’entends pas. Je m’en tiens aux vérités lumineuses qui frappent mes yeux et convainquent ma raison, aux vérités de pratique qui m’instruisent de mes devoirs. Sur tout le reste j’ai pris pour règle votre ancienne réponse à M. de Wolmar[229]. Est-on maître de croire ou de ne pas croire ? Est-ce un crime de n’avoir pas su bien argumenter ? Non : la conscience ne nous dit point la vérité des choses, mais la règle de nos devoirs ; elle ne nous dicte point ce qu’il faut penser, mais ce qu’il faut faire ; elle ne nous apprend point à bien raisonner, mais à bien agir. En quoi mon mari peut-il être coupable devant Dieu ? Détourne-t-il les yeux de lui ? Dieu lui-même a voilé sa face. Il ne fuit point la vérité, c’est la vérité qui le fuit. L’orgueil ne le guide point ; il ne veut égarer personne, il est bien aise qu’on ne pense pas comme lui. Il aime nos sentiments, il voudrait les avoir, il ne peut ; notre espoir, nos consolations, tout lui échappe. Il fait le bien sans attendre de récompense ; il est plus vertueux, plus désintéressé que nous. Hélas ! il est à plaindre ; mais de quoi sera-t-il puni ? Non, non : la bonté, la droiture, les moeurs, l’honnêteté, la vertu, voilà ce que le ciel exige et qu’il récompense, voilà le véritable culte que Dieu veut de nous, et qu’il reçoit de lui tous les jours de sa vie. Si Dieu juge la foi par les oeuvres, c’est croire en lui que d’être homme de bien. Le vrai chrétien c’est l’homme juste ; les vrais incrédules sont les méchants.

Firstly, I do not have an excessive fondness for this practice that would cause me distress when deprived of it, nor does it affect my mood when I am distracted from it. It does not distract me during the day, nor does it induce disgust or impatience in my pursuit of my duties. Occasionally, when some emotion perturbs me and I would be less able to concentrate elsewhere, it is then that I retreat into myself and find the calmness of reason there. When troubles or pain afflict me, it is there that I seek solace. All these miseries vanish in the face of something greater—when I consider all the benefits of Providence, I am ashamed to be so susceptible to such minor sorrows and to forget such great graces. I do not need frequent or lengthy sessions; when sadness follows me against my will, a few tears shed before one who consoles me relieve my heart at once. My reflections are never bitter or painful; even my repentance is free from alarm. My faults fill me with shame rather than fear; I feel regret, but not remorse. The God I serve is a kind and loving Father; it is his goodness that touches me—the only attribute of His that I truly comprehend. His power astonishes me, His greatness confounds me, His justice. He created man in weakness; since He is just, He must also be kind. The God of vengeance belongs to the wicked; I cannot fear Him for myself, nor can I pray to Him against another. O God of peace, God of goodness, it is You that I worship! It is from You, I feel, that I come into being; and I hope to meet You at the last judgment just as You speak to my heart throughout my life.

I cannot tell you how much these ideas bring sweetness to my days and joy to the depths of my heart. When I leave my room in this state of mind, I feel lighter and happier; all pain vanishes, all difficulties disappear; nothing is harsh or rough anymore; everything becomes easy and smooth, and everything takes on a more cheerful aspect in my eyes. Giving pleasure to others no longer costs me anything; I love those I love even more, and they enjoy my company even more. Even my husband is happier with my mood. Devotion, he says, is like opium for the soul; in moderation, it brings joy, vitality, and support; but an excessive dose can make one fall asleep, become furious, or even kill. I hope I will not go that far.

As you can see, I am not offended by this title of “devotee” to the same extent as you might have hoped, but I also do not attribute to it all the importance that you seem to believe. For instance, I dislike when such devotion is displayed through an affected exterior or is treated as a means to exempt one from all other responsibilities. In my opinion, Madame Guyon, about whom you speak, would have done better by diligently fulfilling her duties as a mother, raising her children in the Christian way, and managing her household wisely, rather than writing books of devotion, arguing with bishops, and even ending up in the Bastille for delusions that are utterly incomprehensible. I also disapprove of that mystical and figurative language that feeds the heart with illusions of the imagination and replaces true love of God with feelings that imitate earthly love—and which are far more likely to awaken such love than to nurture it. The more tender one’s heart and the more vivid one’s imagination, the more one should avoid anything that might stir them; for after all, how can one understand the relationships between the mystical and the sensual if one does not also perceive the sensual aspects of reality? And how can an honest woman dare to imagine things about which she would not even dare to look? [228]

But what has alienated me most from those who profess to be devout is that harshness of character which renders them insensitive to human suffering; it is that excessive pride which makes them look down upon the rest of the world with pity. In their so-called sublime elevation, if they deign to perform any act of kindness, it is done in such a humiliating manner; they speak of others with such cruelty, their sense of justice is so rigid, their charity so harsh, their zeal so bitter, and their contempt so akin to hatred, that even the indifference of ordinary people seems less barbaric than their compassion. Their love for God serves as an excuse for not loving anyone at all; they do not even love one another. Is there any true friendship among devout people? Yet the more they distance themselves from human beings, the more demands they make upon them; it seems as if they aspire to ascend to God only in order to exercise his authority on earth.

I feel a natural aversion toward all such abuses; if I should fall victim to them, it would surely be unintentionally, and I hope that those around me will warn me in time. I must confess that for a long time, the fate of my husband filled me with constant anxiety, which might have ultimately damaged my mood. Fortunately, the wise letter from Lord Edward, which you rightly referred me to, his comforting and sensible conversations, and yours, completely dispelled my fears and changed my views. It is clear that intolerance inevitably hardens the soul. How can one tenderly love those whom one condemns? What kind of charity can one maintain among those who are considered damned? To love them would be to hate God who punishes them. So, do we truly wish to remain human? Let us judge actions, not people; let us not assume the terrible role of demons; let us not so readily open hell to our fellow beings. Ah! If it were indeed meant for those who err, what mortal could escape it?

Oh my friends, how greatly you have relieved my heart! By telling me that error is not a crime, you have freed me from countless troubling scruples. I leave aside the subtle interpretations of doctrines that are beyond my understanding; I cling only to those clear truths that strike my eyes and convince my reason, to those practical truths that instruct me in my duties. As for everything else, I have taken your earlier response to Monsieur de Wolmar[229] as my guide. Can one choose whether to believe or not? Is it a crime to fail to argue persuasively? No: conscience does not tell us the truth about things, but rather the rules of our duties; it does not dictate what we should think, but what we should do; it does not teach us how to reason well, but how to act rightly. In what way can my husband be guilty before God? Does he turn away from Him? Yet God himself has hidden His face from him. He is not fleeing from the truth; it is the truth that forsakes him. Pride does not guide him; he has no desire to deceive anyone; in fact, he is glad when others do not think as he does. He shares our feelings; he would wish to have them, but he cannot. Our hopes and consolations elude him. He does good without expecting reward; he is more virtuous, more selfless than we are. Alas! He is worthy of pity. But what punishment will he face? No, no: kindness, righteousness, morality, honesty, virtue—these are what heaven demands and rewards; these are the true worship that God desires from us, and which He receives from us every day of his life. If God judges faith by deeds, then to be a good person is to believe in Him. The true Christian is the righteous man; the true unbelievers are the wicked.

Innanzitutto, non provo un desiderio così forte per questa attività da soffrire quando mi viene negata, né tale desiderio che mi renda irritabile se mi viene impedita. Non mi distoglie nemmeno dalle mie occupazioni quotidiane e non genera in me disgusto o impazienza nell’eseguire i miei doveri. Solo talvolta ho bisogno di ritirarmi nel mio studio quando qualche emozione mi agita e non riesco a calmarmi altrove; è lì che, riflettendo su me stessa, ritrovo la calma della ragione. Quando sono turbata da preoccupazioni o afflitta dal dolore, è lì che li lascio andare via: tutte queste sofferenze svaniscono di fronte a un obiettivo più grande. Pensando a tutti i benefici della Provvidenza, mi vergogno di essere sensibile a così piccoli dolori e di dimenticare tante grandi grazie che ricevo. Non ho bisogno di sessioni frequenti o lunghe: quando la tristezza mi assale nonostante me stessa, qualche lacrima versata davanti a colui che consola mi lenisce immediatamente il cuore. I miei pensieri non sono mai amari né dolorosi; nemmeno il mio pentimento è accompagnato da angoscia. I miei errori mi suscitano più vergogna che paura; provo rimorso, ma non angoscia. Il Dio che servo è un Dio misericordioso, un padre: ciò che mi tocca è la sua bontà; essa cancella ai miei occhi tutti gli altri suoi attributi; è l’unico che riesco a comprendere. La sua potenza mi stupisce, la sua immensità mi confonde, la sua giustizia. Ha creato l’uomo debole; poiché è giusto, è anche misericordioso. Il Dio vendicatore è il Dio dei malvagi: non posso né temerlo per me stessa né implorarlo contro altri. Oh Dio di pace, Dio di bontà, sei tu che amo! Sento che sono opera tua; e spero di rivederti al giudizio finale esattamente come parli al mio cuore durante la mia vita.

Non saprei dirvi quanto queste idee portino dolcezza nei miei giorni e gioia nel profondo del mio cuore. Uscendo dal mio studio in questo stato d’animo, mi sento più leggera e più allegra; tutta la sofferenza svanisce, tutti gli ostacoli scompaiono; nulla di duro, nulla di aspro; tutto diventa facile e naturale, tutto assume ai miei occhi un aspetto più sereno. Il compiacere non mi costa più nulla; amo ancora di più coloro che amo e sono più gradita a loro. Anche mio marito è più soddisfatto del mio umore. La devozione, dice lui, è un “oppio” per l’anima: la rende felice, vivace e forte quando se ne assume una dose moderata; una dose eccessiva, invece, può addormentare, far impazzire o uccidere. Spero di non arrivare a quel punto.

Come potete vedere, non mi offendo affatto di questo titolo di devota, forse tanto quanto voi avreste voluto che lo facessi, ma non gli attribuisco nemmeno tutto il valore che voi potreste ritenere. Ad esempio, non mi piace che si manifesti tale stato esteriormente in modo affettato, come se fosse qualcosa di separato da tutte le altre responsabilità quotidiane. Quella signora Guyon di cui parlate avrebbe fatto meglio, a mio parere, a svolgere con cura i suoi doveri di madre di famiglia, ad educare cristianamente i suoi figli e a gestire saggiamente la sua casa, piuttosto che scrivere libri di devozione, discutere con vescovi e finire per essere rinchiusa in prigione a causa di fantasie prive di qualsiasi fondamento razionale. Non mi piace nemmeno quel linguaggio mistico e figurato che alimenta nell’animo illusioni e immaginazioni vanitose, sostituendo l’autentico amore di Dio con sentimenti simili all’amore terreno, e per di più molto propensi a risvegliare in noi desideri illeciti. Più il cuore è sensibile e l’immaginazione vivida, più bisogna evitare ciò che potrebbe suscitare tali emozioni; infatti, come si possono comprendere i rapporti con l’oggetto mistico se non si considera anche l’aspetto sensuale di tale oggetto? E come può una donna onesta osare immaginare con sicurezza cose che non oserebbe nemmeno guardare con gli occhi della realtà?[228]

Ma ciò che mi ha allontanato di più dai devoti di professione è proprio quella durezza di costumi che li rende insensibili all’umanità, quel superbo orgoglio che li spinge a guardare con disprezzo il resto del mondo. Nella loro sublime elevazione, se si degnano di compiere qualche atto di bontà, lo fanno in modo così umiliante; lamentano gli altri con tono così crudele, la loro giustizia è così rigida, la loro carità così dura, il loro zelo così amaro, il loro disprezzo assomiglia così tanto all’odio, che persino l’insensibilità delle persone comuni appare meno barbara della loro compassione. L’amore di Dio serve loro da scusa per non amare nessuno; nemmeno si amano a vicenda. Esiste davvero un’amicizia vera tra i devoti? Ma più si allontanano dagli uomini, più ne esigono; e sembra che si elevino a Dio soltanto per esercitare il suo potere sulla terra.

Per tutti questi abusi provo un’avversione che, naturalmente, dovrebbe garantirmi la salvezza: se dovesse capitarmi di cadervi dentro, sicuramente accadrebbe senza che io lo volessi, e spero nell’amore di tutte le persone che mi circondano affinché ciò non avvenga senza che io venga avvertita. Vi confesso che per molto tempo sono stata preoccupata per la sorte di mio marito, una preoccupazione che, col passare del tempo, avrebbe potuto alterare il mio umore. Fortunatamente, la saggia lettera di Lord Edward, che mi avete inviato con grande ragione, i suoi consolanti e sensati discorsi, nonché i vostri, hanno completamente dissipato le mie paure e modificato le mie opinioni. Capisco bene che l’intolleranza possa indurire l’anima umana: come si può amare sinceramente coloro che si disprezza? Quale carità si può ancora provare verso persone ritenute “dannate”? Amarle significherebbe odiare Dio che le punisce. Dobbiamo quindi voler essere veramente umani. Giudichiamo le azioni, non le persone; non usurpiamo la terribile funzione dei demoni; non apriamo troppo facilmente l’inferno ai nostri fratelli. Ehi! Se l’inferno fosse destinato a coloro che si sbagliano, quale mortale potrebbe evitarlo?

Oh miei amici, quanto avete sollevato il mio cuore! Insegnandomi che l’errore non è un crimine, mi avete liberata da mille inquietanti scrupoli. Lascio alle interpretazioni subdole dei dogmi, che non comprendo; mi attengo alle verità chiare e evidenti che colpiscono i miei occhi e convincono la mia ragione, alle verità pratiche che mi insegnano quali siano i miei doveri. Per tutto il resto, ho adottato come regola la vostra precedente risposta a Monsieur de Wolmar[229]. È forse possibile decidere se credere o meno? È un crimine non essere in grado di argomentare correttamente? No: la coscienza non ci dice la verità delle cose, ma le regole dei nostri doveri; non ci indica cosa pensare, ma cosa fare; non ci insegna a ragionare bene, ma ad agire rettamente. In che modo mio marito potrebbe essere colpevole davanti a Dio? Si allontana forse da Lui? Anche Dio stesso ha nascosto il proprio volto. Non fugge dalla verità; è la verità che lo fuga. L’orgoglio non lo guida; non vuole ingannare nessuno. Gli basta che le persone non pensino come lui. Ama i nostri sentimenti. Vorrebbe averne. Ma non può. La nostra speranza, le nostre consolazioni. Tutto gli sfugge. Fa del bene senza aspettarsi ricompense. È più virtuoso, più disinteressato di noi. Ahimè. È da compiangere. Ma di cosa sarà punito? No. La bontà, la rettitudine, le buone maniere, l’onestà. Queste sono le cose che il cielo esige e ricompensa. Questo è il vero culto che Dio vuole da noi. E questo è ciò che riceve da Lui ogni giorno della sua vita. Se Dio giudica la fede attraverso le opere, allora credere in Lui significa essere persone buone. Il vero cristiano è l’uomo giusto. I veri increduli sono i malvagi.

Ne soyez donc pas étonné, mon aimable ami, si je ne dispute pas avec vous sur plusieurs points de votre lettre où nous ne sommes pas de même avis. Je sais trop bien ce que vous êtes pour être en peine de ce que vous croyez. Que m’importent toutes ces questions oiseuses sur la liberté ? Que je sois libre de vouloir le bien par moi-même, ou que j’obtienne en priant cette volonté, si je trouve enfin le moyen de bien faire, tout cela ne revient-il pas au même ? Que je me donne ce qui me manque en le demandant, ou que Dieu l’accorde à ma prière, s’il faut toujours pour l’avoir que je le demande, ai-je besoin d’autre éclaircissement ? Trop heureux de convenir sur les points principaux de notre croyance, que cherchons-nous au-delà ? Voulons-nous pénétrer dans ces abîmes de métaphysique qui n’ont ni fond ni rive, et perdre à disputer sur l’essence divine ce temps si court qui nous est donné pour l’honorer ? Nous ignorons ce qu’elle est, mais nous savons qu’elle est ; que cela nous suffise ; elle se fait voir dans ses oeuvres, elle se fait sentir au dedans de nous. Nous pouvons bien disputer contre elle, mais non pas la méconnaître de bonne foi. Elle nous a donné ce degré de sensibilité qui l’aperçoit et la touche ; plaignons ceux à qui elle ne l’a pas départi, sans nous flatter de les éclairer à son défaut. Qui de nous fera ce qu’elle n’a pas voulu faire ? Respectons ses décrets en silence et faisons notre devoir ; c’est le meilleur moyen d’apprendre le leur aux autres.

Connaissez-vous quelqu’un plus plein de sens et de raison que M. de Wolmar ? Quelqu’un plus sincère, plus droit, plus juste, plus vrai, moins livré à ses passions, qui ait plus à gagner à la justice divine et à l’immortalité de l’âme ? Connaissez-vous un homme plus fort, plus élevé, plus grand, plus foudroyant dans la dispute, que milord Édouard, plus digne par sa vertu de défendre la cause de Dieu, plus certain de son existence, plus pénétré de sa majesté suprême, plus zélé pour sa gloire, et plus fait pour la soutenir ? Vous avez vu ce qui s’est passé durant trois mois à Clarens ; vous avez vu deux hommes pleins d’estime et de respect l’un pour l’autre, éloignés par leur état et par leur goût des pointilleries de collège, passer un hiver entier à chercher dans des disputes sages et paisibles, mais vives et profondes, à s’éclairer mutuellement, s’attaquer, se défendre se saisir par toutes les prises que peut avoir l’entendement humain, et sur une matière où tous deux, n’ayant que le même intérêt, ne demandaient pas mieux que d’être d’accord.

Qu’est-il arrivé ? Ils ont redoublé d’estime l’un pour l’autre, mais chacun est resté dans son sentiment. Si cet exemple ne guérit pas à jamais un homme sage de la dispute, l’amour de la vérité ne le touche guère ; il cherche à briller.

Pour moi, j’abandonne à jamais cette arme inutile, et j’ai résolu de ne plus dire à mon mari un seul mot de religion que quand il s’agira de rendre raison de la mienne. Non que l’idée de la tolérance divine m’ait rendue indifférente sur le besoin qu’il en a. Je vous avoue même que, tranquillisée sur son sort à venir, je ne sens point pour cela diminuer mon zèle pour sa conversion. Je voudrais au prix de mon sang le voir une fois convaincu ; si ce n’est pour son bonheur dans l’autre monde, c’est pour son bonheur dans celui-ci. Car de combien de douceurs n’est-il point privé ! Quel sentiment peut le consoler dans ses peines ? Quel spectateur anime les bonnes actions qu’il fait en secret ? Quelle voix peut parler au fond de son âme ? Quel prix peut-il attendre de sa vertu ? Comment doit-il envisager la mort ? Non, je l’espère, il ne l’attendra pas dans cet état horrible. Il me reste une ressource pour l’en tirer, et j’y consacre le reste de ma vie ; ce n’est plus de le convaincre, mais de le toucher ; c’est de lui montrer un exemple qui l’entraîne, et de lui rendre la religion si aimable qu’il ne puisse lui résister. Ah ! mon ami, quel argument contre l’incrédule que la vie du vrai chrétien ! Croyez-vous qu’il y ait quelque âme à l’épreuve de celui-là ? Voilà désormais la tâche que je m’impose ; aidez-moi tous à la remplir. Wolmar est froid, mais il n’est pas insensible. Quel tableau nous pouvons offrir à son coeur, quand ses amis, ses enfants, sa femme, concourront tous à l’instruire en l’édifiant ! quand, sans lui prêcher Dieu dans leurs discours, ils le lui montreront dans les actions qu’il inspire, dans les vertus dont il est l’auteur, dans le charme qu’on trouve à lui plaire ! quand il verra briller l’image du ciel dans sa maison ! quand cent fois le jour il sera forcé de se dire : « Non, l’homme n’est pas ainsi par lui-même, quelque chose de plus qu’humain règne ici ! »

Si cette entreprise est de votre goût, si vous vous sentez digne d’y concourir, venez ; passons nos jours ensemble, et ne nous quittons plus qu’à la mort. Si le projet vous déplaît ou vous épouvante, écoutez votre conscience, elle vous dicte votre devoir. Je n’ai rien de plus à vous dire.

Selon ce que milord Édouard nous marque, je vous attends tous deux vers la fin du mois prochain. Vous ne reconnaîtrez pas votre appartement ; mais dans les changements qu’on y a faits, vous reconnaîtrez les soins et le coeur d’une bonne amie qui s’est fait un plaisir de l’orner. Vous y trouverez aussi un petit assortiment de livres qu’elle a choisis à Genève, meilleurs et de meilleur goût que l’Adone, quoiqu’il y soit aussi par plaisanterie. Au reste ; soyez discret ; car, comme elle ne veut pas que vous sachiez que tout cela vient d’elle, je me dépêche de vous l’écrire avant qu’elle me défende de vous en parler.

Adieu, mon ami. Cette partie du château de Chillon[230], que nous devions tous faire ensemble, se fera demain sans vous. Elle n’en vaudra pas mieux, quoiqu’on la fasse avec plaisir. M. le bailli nous a invités avec nos enfants, ce qui ne m’a point laissé d’excuse. Mais je ne sais pourquoi je voudrais être déjà de retour.

Liste des oeuvres littéraires

Liste générale des titres

Lettre X – À Saint-Preux

Commencée par Madame d’Orbe et achevée par M. de Wolmar.

Mort de Julie

C’en est fait, homme imprudent, homme infortuné, malheureux visionnaire ! Jamais vous ne la reverrez… le voile… Julie n’est…

Elle vous a écrit. Attendez sa lettre : honorez ses dernières volontés. Il vous reste de grands devoirs à remplir sur la terre.

Lettre XI – De M. de Wolmar à Saint-Preux

J’ai laissé passer vos premières douleurs en silence ; ma lettre n’eût fait que les aigrir ; vous n’étiez pas plus en état de supporter ces détails que moi de les faire. Aujourd’hui peut-être nous seront-ils doux à tous deux. Il ne me reste d’elle que des souvenirs ; mon coeur se plaît à les recueillir. Vous n’avez plus que des pleurs à lui donner ; vous aurez la consolation d’en verser pour elle. Ce plaisir des infortunés m’est refusé dans ma misère, je suis plus malheureux que vous.

Ce n’est point de sa maladie, c’est d’elle que je veux vous parler. D’autres mères peuvent se jeter après leur enfant. L’accident, la fièvre, la mort, sont de la nature : c’est le sort commun des mortels ; mais l’emploi de ses derniers moments, ses discours, ses sentiments, son âme, tout cela n’appartient qu’à Julie. Elle n’a point vécu comme une autre ; personne, que je sache, n’est mort comme elle. Voilà ce que j’ai pu seul observer, et que vous n’apprendrez que de moi.

Vous savez que l’effroi, l’émotion, la chute, l’évacuation de l’eau lui laissèrent une longue faiblesse dont elle ne revint tout à fait qu’ici. En arrivant, elle redemanda son fils ; il vint : à peine le vit-elle marcher et répondre à ses caresses, qu’elle devint tout à fait tranquille et consentit à prendre un peu de repos. Son sommeil fut court et comme le médecin n’arrivait point encore, en l’attendant elle nous fit asseoir autour de son lit, la Fanchon, sa cousine et moi. Elle nous parla de ses enfants, des soins assidus qu’exigeait auprès d’eux la forme d’éducation qu’elle avait prise, et du danger de les négliger un moment. Sans donner une grande importance à sa maladie, elle prévoyait qu’elle l’empêcherait quelque temps de remplir sa part des mêmes soins, et nous chargeait tous de répartir cette part sur les nôtres.

Therefore, my dear friend, do not be surprised if I disagree with you on several points in your letter where we hold different views. I know you too well to doubt what you believe. What do all these futile discussions about freedom matter to me? Whether I am free to choose to do good on my own, or whether I obtain that will through prayer—if I can ultimately find a way to do good, isn’t it essentially the same thing? Whether I ask for what is lacking in me, or whether God grants it in response to my prayers—since asking is always necessary to receive it—what further clarification could I need? Delighted as we are to agree on the fundamental aspects of our faith, what more do we seek? Do we wish to delve into those abysses of metaphysics that have neither bottom nor shore, and waste this brief time granted to us to honor God in arguments about his essence? We do not know what he is, but we know he exists; let that suffice. He reveals himself in his creations and within us. We may debate against him, but we cannot genuinely fail to recognize him. He has endowed us with the sensitivity to perceive and touch him; let us pity those to whom he has not granted this gift, without presuming to enlighten them in his absence. Who among us would dare do what he himself has refused to do? Let us respect his decrees in silence and fulfill our duties; that is the best way to help others understand their own duty.

Do you know anyone more full of sense and reason than Mr. de Wolmar? Anyone more sincere, more upright, more just, more true, less enslaved by their passions, and who has more to gain from divine justice and the immortality of the soul? Do you know a man stronger, more noble, more magnificent in debate than Lord Edward—more worthy, because of his virtue, to defend the cause of God; more convinced of its existence; more aware of its supreme majesty; more eager for its glory, and better suited to uphold it? You have witnessed what happened over three months at Clarens: two men filled with mutual respect and admiration, separated only by their social status and their different interests in academic pursuits, spent an entire winter engaging in wise and peaceful yet intense and profound debates, seeking to enlighten each other, attacking and defending their views using every means at the disposal of human reason. On a matter where both shared the same interests, they could have easily reached agreement.

What happened? They came to respect each other even more, but each remained true to their own feelings. If such an example does not forever cure a wise man of the tendency to argue, then a love for truth hardly touches him at all; he merely seeks to shine.

For me, I abandon this useless weapon forever, and I have resolved never to speak another word about religion to my husband unless it is necessary to justify my own beliefs. It is not that the idea of divine tolerance has made me indifferent to his need for it. On the contrary, knowing that his future is secure, I feel no less determined to work for his conversion. I would give my life to see him finally convinced; if not for his happiness in the afterlife, then for his happiness in this one. For how many joys is he deprived! What comfort can alleviate his sufferings? Who encourages the good deeds he performs in secret? What voice can speak to the depths of his soul? What reward can he expect from his virtue? How should he view death? No, I hope he will not face it in such horror. I still have one means to save him, and I am dedicating the rest of my life to it—no longer to convince him, but to touch his heart; to show him an example that will draw him toward religion, and to make it so appealing that he cannot resist it. Ah, my friend, what a powerful argument against the unbeliever is the life of a true Christian! Do you think there is any soul that could remain unimpressed by such a person? This is now the task I have set for myself; let us all help me fulfill it. Wolmar is cold, but he is not insensible. What a picture we can present to his heart when his friends, children, and wife all work together to educate him and inspire him! When, without preaching about God in their words, they show him God through the good deeds he inspires, through the virtues he embodies, through the joy of pleasing him! When he sees the image of heaven shining in his own home! When, a hundred times a day, he is forced to conclude: “No, man cannot be this by himself; something more than human reigns here!”

If this enterprise suits your taste, if you feel worthy of competing in it, then come; let us spend our days together and never part until death separates us. If the project displeases or frightens you, listen to your conscience—it will tell you what your duty is. I have nothing more to say to you.

According to what Lord Edward has informed us, I am expecting you both towards the end of next month. You will not recognize your apartment; but among the changes that have been made, you will surely detect the care and the thoughtfulness of a good friend who took great pleasure in decorating it. You will also find a small selection of books she chose in Geneva—books of better quality and more refined taste than Adone, although that one is included there merely for fun. Nevertheless, be discreet; since she does not want you to know that all this was done by her, I am writing to you quickly before she stops me from telling you.

Adieu, my friend. This part of the Chillon Castle[230], which we were all supposed to do together, will take place tomorrow without you. It won’t be any less enjoyable, even though it’s done with pleasure. The bailie invited us, along with our children, which left me with no excuse. But I don’t know why I would want to be back already.

List of literary works

General list of titles

Letter X – To Saint-Preux

Started by Madame d’Orbe and completed by Mr. de Wolmar.

Death of Julie

It is over now, foolish man, unfortunate man, wretched visionary! You will never see her again, the veil. Julie is no longer.

She has written to you. Wait for her letter; honor her last wishes. You still have great duties to fulfill on this earth.

Letter XI – From Mr. de Wolmar to Saint-Preux

I allowed your initial pains to pass in silence; my letter would only have made them worse. You were no more able to endure such details than I was to express them. Perhaps today they will bring us both some comfort. All that remains of her to me are memories, and my heart takes pleasure in cherishing them. You have nothing left but tears to offer her; you will at least have the consolation of shedding them for her. Such solace is denied to me in my misery; I am even more unfortunate than you.

It is not about her illness that I wish to speak to you; it is about her herself. Other mothers may cling desperately to their children. Accidents, fevers, death—these are part of nature; they are the common fate of all mortals. But how she spent her last moments, what she said, what her feelings were, her very soul—all these belong solely to Julie. She did not live like any other person; as far as I know, no one else died in the same way. This is what I alone have been able to observe, and you will learn it only from me.

You know that the fear, the emotion, the shock, and the loss of fluids left her in a state of great weakness from which she did not fully recover until she arrived here. Upon arrival, she demanded to see her son; he came, and as soon as she saw him walking and responding to her caresses, she became completely calm and agreed to rest for a while. Her sleep was short, and since the doctor had not yet arrived, while waiting for him, she asked us to sit around her bed—Fanchon, her cousin, and I. She talked to us about her children, about the careful attention they required due to the particular method of education she had chosen for them, and about the danger of neglecting them even for a short time. Although she did not attach great importance to her illness, she foresaw that it would prevent her from attending to their needs for some time and entrusted us all with the task of sharing those responsibilities among ourselves.

Non si meravigli quindi, mio caro amico, se non discuto con te su diversi punti della tua lettera nei quali non siamo d’accordo. Conosco troppo bene chi sei per poter dubitare di ciò in cui credi. Che importanza hanno tutte queste questioni oziose sulla libertà? Che io sia libero di volere il bene da solo, o che ottenga questa volontà attraverso la preghiera, se alla fine riesco a trovare il modo per fare del bene, non è forse lo stesso? Che io mi dia ciò che mi manca chiedendolo, o che Dio lo conceda alla mia preghiera, se per averlo devo sempre chiederlo, ho bisogno di altro chiarimento? Troppo felici di essere d’accordo sui punti principali della nostra fede, cosa cerchiamo oltre a questo? Vogliamo forse addentrarci in quegli abissi della metafisica che non hanno fondo né riva, e perdere il poco tempo che ci è dato per onorarla discutendo sull’essenza divina? Non sappiamo cosa sia, ma sappiamo che esiste; questo ci basta. Si manifesta nelle sue opere, si sente dentro di noi. Possiamo ben discuterne, ma non possiamo negarla in buona fede. Ci ha dato questo grado di sensibilità che la permette di essere percepita e toccata; compiangiamo coloro a cui non l’ha concessa, senza illuderci di poterli illuminare al suo posto. Chi di noi farà ciò che lei stessa non ha voluto fare? Rispettiamo in silenzio i suoi decreti e facciamo il nostro dovere; questo è il miglior modo per insegnare agli altri a rispettarne i suoi.

Conoscete qualcuno più pieno di senso e ragione del signor de Wolmar? Qualcuno più sincero, più retto, più giusto, più vero, meno soggetto alle proprie passioni, che abbia maggiori motivi per desiderare la giustizia divina e l’immortalità dell’anima? Conoscete un uomo più forte, più nobile, più grande, più persuasivo nelle discussioni del signor Edouard? Più degno, con la sua virtù, di difendere la causa di Dio; più convinto dell’esistenza di Dio; più profondamente consapevole della sua maestà suprema; più devoto alla sua gloria e più adatto a sostenerla? Avete visto ciò che è accaduto durante tre mesi a Clarens: due uomini pieni di stima e rispetto l’uno per l’altro, separati dal loro status sociale e dai loro interessi diversi, hanno trascorso un intero inverno a discutere in modo saggio e pacifico, ma intenso e approfondito, cercando di comprendersi a vicenda, attaccandosi, difendendosi, utilizzando tutte le argomentazioni possibili. Su una questione che entrambi consideravano di grande importanza, non desideravano altro che raggiungere un accordo.

Che cosa è successo? Hanno rafforzato ancora di più la stima reciproca, ma ognuno è rimasto fermo nelle proprie convinzioni. Se questo esempio non riesce a guarire per sempre un uomo saggio dal desiderio di discutere, allora l’amore per la verità non lo tocca affatto; egli cerca soltanto di brillare.

Per me, abbandono per sempre quest’arma inutile e ho deciso di non dire più a mio marito una sola parola sulla religione, se non quando si tratterà di spiegargli la mia fede. Non è che l’idea della tolleranza divina mi abbia resa indifferente al bisogno che lui ne ha; anzi, confesso che, essendo tranquilla riguardo al suo futuro, questo non diminuisce affatto il mio zelo per la sua conversione. Sarei disposta a dare la mia vita pur di vederlo una volta convinto: se non per la sua felicità nell’aldilà, allora per quella in questo mondo. Quante dolcezze gli sono negate! Qual sentimento può consolarlo nei suoi dolori? Qual spettatore anima le buone azioni che compie in segreto? Quale voce può parlare nel profondo della sua anima? Quale ricompensa può aspettarsi dalla sua virtù? Come deve considerare la morte? No, spero che non la affronterà in questo stato orribile. Mi rimane ancora un mezzo per tirarlo fuori da questa condizione, e vi dedico il resto della mia vita: non si tratta più di convincerlo, ma di toccarlo nel cuore; di mostrargli un esempio che lo guidi verso la vera fede, e di rendere la religione così attraente da far sì che non possa resistervi. Ah, mio caro, quale argomento potrebbe essere più efficace contro l’ateo della vita di un vero cristiano! Credete davvero che esista un’anima che possa rimanere indifferente di fronte a questa testimonianza? Ecco ora la missione che mi impongo; aiutatemi tutti a compierla. Wolmar è freddo, ma non insensibile. Quale quadro possiamo offrirgli quando i suoi amici, i suoi figli, sua moglie collaboreranno tutti insieme per educarlo e guidarlo verso la vera fede! Quando, senza parlare di Dio nei loro discorsi, glielo mostreranno attraverso le azioni che lui stesso ispira, attraverso le virtù di cui è autore, attraverso il piacere che deriva dal compiacerlo. Quando vedrà brillare l’immagine del cielo nella sua casa. Quando, cento volte al giorno, sarà costretto a dire: “No, l’uomo non può essere così per natura; qui regna qualcosa di più grande dell’umano, ”

Se questo progetto vi piace, se vi sentite degni di parteciparvi, venite; trascorreremo i nostri giorni insieme e non ci separeremo se non per morte. Se il progetto vi dispiace o vi spaventa, ascoltate la vostra coscienza: essa vi dirà quale sia il vostro dovere. Non ho nulla altro da aggiungere.

Secondo quanto ci ha detto milord Edward, vi aspetto entrambi verso la fine del prossimo mese. Non riconoscerete più il vostro appartamento; ma nei cambiamenti apportati, noterete sicuramente gli sforzi e l’affetto di una buona amica che si è presa la briga di abbellirlo. Troverete anche un piccolo assortimento di libri che ha scelto a Ginevra: migliori e di gusto più raffinato dell’“Adone”, anche se questi ultimi sono inclusi solo per scherzo. Comunque, siate discreti; poiché lei non vuole che sappiate che tutto ciò è stato fatto da lei, mi affretto a scrivervelo prima che mi proibisca di parlarvene.

Addio, mio amico. Questa parte del castello di Chillon[230], che avremmo dovuto fare tutti insieme, si svolgerà domani senza di te. Non sarà certo migliore, anche se la facciamo con piacere. Il signor balivo ci ha invitati insieme ai nostri bambini, il che non mi ha lasciato alcuna scusa. Ma non so perché io voglia già essere di ritorno.

Elenco delle opere letterarie

Elenco generale dei titoli

Lettera X – A Saint-Preux

Iniziata da Madame d’Orbe e conclusa da Monsieur de Wolmar.

La morte di Julie

È finita, uomo imprudente, uomo sfortunato, infelice visionario! Non la rivedrete mai più, il velo. Julie non è.

Vi ha scritto. Aspettate la sua lettera: rispettate le sue ultime volontà. Vi restano ancora grandi doveri da compiere in questa vita.

Lettera XI – Di Monsieur de Wolmar a Saint-Preux

Ho lasciato che le vostre prime sofferenze passassero in silenzio; ma una mia lettera non avrebbe fatto altro che aggravarle; voi non eravate in condizioni di sopportare tali dettagli, così come io non ero in grado di descriverli. Forse oggi questi ricordi saranno dolci per entrambi. Di lei mi restano solo dei ricordi; il mio cuore si compiace nel raccoglierli. Voi non avete altro da darle se non le vostre lacrime; avrete almeno la consolazione di versarle per lei. Questo piacere, che spetta agli sfortunati, mi è negato nella mia miseria. Sono più infelice di voi.

Non si tratta della sua malattia; è di lei che voglio parlarvi. Altre madri possono gettarsi disperatamente sul proprio figlio in momenti di pericolo. Un incidente, la febbre, la morte fanno parte della natura: sono il destino comune dei mortali. Ma il modo in cui ha trascorso gli ultimi momenti della sua vita, i suoi discorsi, i suoi sentimenti. Tutto ciò appartiene soltanto a Julie. Non ha vissuto come un’altra; per quanto ne so, nessuno è morto come lei. Questo è tutto ciò che ho potuto osservare personalmente. E questo è ciò che potrete sapere solo da me.

Sapevate che lo spavento, l’emozione, la caduta e l’evacuazione dell’acqua le avevano lasciato una grande debolezza dalla quale non si riprese completamente fino a quando non arrivò qui. Appena giunta, chiese di vedere suo figlio; lui venne: non appena lo vide camminare e rispondere alle sue carezze, si tranquillizzò del tutto e acconsentì a riposarsi un po’. Il suo sonno fu breve e, poiché il medico non era ancora arrivato, mentre lo aspettava ci fece sedere intorno al suo letto: Fanchon, sua cugina e io. Ci parlò dei suoi figli, delle cure costanti che richiedeva l’educazione che aveva scelto per loro, e del pericolo di trascurarli anche solo per un momento. Senza dare troppa importanza alla propria malattia, prevedeva che questa le avrebbe impedito, per un po’, di continuare a occuparsi di loro come al solito, e ci affidò il compito di dividere quella responsabilità tra noi.

Elle s’étendit sur tous ses projets, sur les vôtres, sur les moyens les plus propres à les faire réussir, sur les observations qu’elle avait faites et qui pouvaient les favoriser ou leur nuire, enfin sur tout ce qui devait nous mettre en état de suppléer à ses fonctions de mère aussi longtemps qu’elle serait forcée à les suspendre. C’était, pensais-je, bien des précautions pour quelqu’un qui ne se croyait privé que durant quelques jours d’une occupation si chère ; mais ce qui m’effraya tout à fait, ce fut de voir qu’elle entrait pour Henriette dans un bien plus grand détail encore. Elle s’était bornée à ce qui regardait la première enfance de ses fils, comme se déchargeant sur un autre du soin de leur jeunesse ; pour sa fille, elle embrassa tous les temps, et, sentant bien que personne ne suppléerait sur ce point aux réflexions que sa propre expérience lui avait fait faire, elle nous exposa en abrégé, mais avec force et clarté, le plan d’éducation qu’elle avait fait pour elle, employant près de la mère les raisons les plus vives et les plus touchantes exhortations pour l’engager à le suivre.

Toutes ces idées sur l’éducation des jeunes personnes et sur les devoirs des mères, mêlées de fréquents retours sur elle-même, ne pouvaient manquer de jeter de la chaleur dans l’entretien. Je vis qu’il s’animait trop. Claire tenait une des mains de sa cousine, et la pressait à chaque instant contre sa bouche, en sanglotant pour toute réponse ; la Fanchon n’était pas plus tranquille ; et pour Julie, je remarquai que les larmes lui roulaient aussi dans les yeux, mais qu’elle n’osait pleurer de peur de nous alarmer davantage. Aussitôt je me dis : « Elle se voit morte. » Le seul espoir qui me resta fut que la frayeur pouvait l’abuser sur son état, et lui montrer le danger plus grand qu’il n’était peut-être.

Malheureusement je la connaissais trop pour compter beaucoup sur cette erreur. J’avais essayé plusieurs fois de la calmer ; je la priai derechef de ne pas s’agiter hors de propos par des discours qu’on pouvait reprendre à loisir. « Ah ! dit-elle, rien ne fait tant de mal aux femmes que le silence ; et puis, je me sens un peu de fièvre ; autant vaut employer le babil qu’elle donne à des sujets utiles, qu’à battre sans raison la campagne. »

L’arrivée du médecin causa dans la maison un trouble impossible à peindre. Tous les domestiques l’un sur l’autre à la porte de la chambre attendaient, l’oeil inquiet et les mains jointes, son jugement sur l’état de leur maîtresse comme l’arrêt de leur sort. Ce spectacle jeta la pauvre Claire dans une agitation qui me fit craindre pour sa tête. Il fallut les éloigner sous différents prétextes, pour écarter de ses yeux cet objet d’effroi. Le médecin donna vaguement un peu d’espérance, mais d’un ton propre à me l’ôter. Julie ne dit pas non plus ce qu’elle pensait ; la présence de sa cousine la tenait en respect. Quand il sortit je le suivis ; Claire en voulut faire autant, mais Julie la retint et me fit de l’oeil un signe que j’entendis. Je me hâtai d’avertir le médecin que, s’il y avait du danger, il fallait le cacher à madame d’Orbe avec autant et plus de soin qu’à la malade, de peur que le désespoir n’achevât de la troubler, et ne la mît hors d’état de servir son amie. Il déclara qu’il y avait en effet du danger, mais que vingt-quatre heures étant à peine écoulées depuis l’accident, il fallait plus de temps pour établir un pronostic assuré ; que la nuit prochaine déciderait du sort de la maladie, et qu’il ne pouvait prononcer que le troisième jour. La Fanchon seule fut témoin de ce discours ; et après l’avoir engagée, non sans peine, à se contenir, on convint de ce qui serait dit à madame d’Orbe et au reste de la maison.

Vers le soir, Julie obligea sa cousine qui avait passé la nuit auprès d’elle, et qui voulait encore y passer la suivante, à s’aller reposer quelques heures. Durant ce temps la malade ayant su qu’on allait la saigner du pied, et que le médecin préparait des ordonnances, elle le fit appeler et lui tint ce discours : « Monsieur du Bosson, quand on croit devoir tromper un malade craintif sur son état, c’est une précaution d’humanité que j’approuve ; mais c’est une cruauté de prodiguer également à tous des soins superflus et désagréables dont plusieurs n’ont aucun besoin. Prescrivez-moi tout ce que vous jugerez m’être véritablement utile, j’obéirai ponctuellement. Quant aux remèdes qui ne sont que pour l’imagination, faites-m’en grâce ; c’est mon corps et non mon esprit qui souffre ; et je n’ai pas peur de finir mes jours, mais d’en mal employer le reste. Les derniers moments de la vie sont trop précieux pour qu’il soit permis d’en abuser. Si vous ne pouvez prolonger la mienne, au moins ne l’abrégez pas en m’ôtant l’emploi du peu d’instants qui me sont laissés par la nature. Moins il m’en reste, plus vous devez les respecter. Faites-moi vivre, ou laissez-moi : je saurai bien mourir seule. » Voilà comment cette femme si timide et si douce dans le commerce ordinaire savait trouver un ton ferme et sérieux dans les occasions importantes.

La nuit fut cruelle et décisive. Étouffement, oppression, syncope, la peau sèche et brûlante ; une ardente fièvre, durant laquelle on l’entendait souvent appeler vivement Marcellin comme pour le retenir, et prononcer aussi quelquefois un autre nom, jadis si répété dans une occasion pareille. Le lendemain, le médecin me déclara sans détour qu’il n’estimait pas qu’elle eût trois jours à vivre. Je fus seul dépositaire de cet affreux secret ; et la plus terrible heure de ma vie fut celle où je le portai dans le fond de mon coeur sans savoir quel usage j’en devais faire. J’allai seul errer dans les bosquets ; rêvant au parti que j’avais à prendre ; non sans quelques tristes réflexions sur le sort qui me ramenait dans ma vieillesse à cet état solitaire dont je m’ennuyais même avant d’en connaître un plus doux.

La veille, j’avais promis à Julie de lui rapporter fidèlement le jugement du médecin ; elle m’avait intéressé par tout ce qui pouvait toucher mon coeur à lui tenir parole. Je sentais cet engagement sur ma conscience. Mais quoi ! pour un devoir chimérique et sans utilité, fallait-il contrister son âme et lui faire à longs traits savourer la mort ? Quel pouvait être à mes yeux l’objet d’une précaution si cruelle ? Lui annoncer sa dernière heure n’était-ce pas l’avancer ? Dans un intervalle si court que deviennent les désirs, l’espérance, éléments de la vie ? Est-ce en jouir encore que de se voir si près du moment de la perdre ? Était-ce à moi de lui donner la mort ?

Je marchais à pas précipités avec une agitation que je n’avais jamais éprouvée. Cette longue et pénible anxiété me suivait partout ; j’en traînais après moi l’insupportable poids. Une idée vint enfin me déterminer. Ne vous efforcez pas de la prévoir ; il faut vous la dire.

Pour qui est-ce que je délibère ? Est-ce pour elle ou pour moi ? Sur quel principe est-ce que je raisonne ? Est-ce sur son système ou sur le mien ? Qu’est-ce qui m’est démontré sur l’un ou sur l’autre ? Je n’ai pour croire ce que je crois que mon opinion armée de quelques probabilités. Nulle démonstration ne la renverse, il est vrai ; mais quelle démonstration l’établit ? Elle a, pour croire ce qu’elle croit, son opinion de même, mais elle y voit l’évidence ; cette opinion à ses yeux est une démonstration. Quel droit ai-je de préférer, quand il s’agit d’elle, ma simple opinion que je reconnais douteuse à son opinion qu’elle tient pour démontrée ? Comparons les conséquences des deux sentiments. Dans le sien, la disposition de sa dernière heure doit décider de son sort durant l’éternité. Dans le mien, les ménagements que je veux avoir pour elle lui seront indifférents dans trois jours. Dans trois jours, selon moi, elle ne sentira plus rien. Mais si peut-être elle avait raison, quelle différence ! Des biens ou des maux éternels !… Peut-être ! ce mot est terrible… Malheureux ! risque ton âme et non la sienne.

She covered all her own projects, yours, the most suitable means to ensure their success, the observations she had made that could either benefit or harm them, and in short, everything that would enable us to take over her role as a mother for as long as she was forced to suspend it. I thought these were considerable precautions for someone who believed herself to be deprived of such an cherished occupation for only a few days; but what truly frightened me was to see how much more thorough she was in her considerations regarding Henriette. She had limited herself to matters related to the early childhood of her sons, as if delegating the responsibility for their upbringing to someone else; but for her daughter, she took into account every stage of her development. Aware that no one else could share in the careful consideration she had based on her own experience, she briefly yet clearly outlined the educational plan she had devised for her daughter, employing the most persuasive and heartfelt arguments to encourage us to follow it as well.

All these discussions about the education of young people and the duties of mothers, interspersed with frequent references to her own situation, could only add warmth to their conversation. I could see that he was becoming increasingly agitated. Claire held one of her cousin’s hands and pressed it against her mouth from time to time, sobbing as her only response; Fanchon was no less disturbed; and as for Julie, I noticed that tears were welling up in her eyes too, but she dared not cry for fear of alarming us even more. At that moment, I thought to myself: “She must be thinking she is dead.” The only hope that remained to me was that the terror might make her misjudge her own condition and make her realize the danger was perhaps greater than it actually was.

Unfortunately, I knew her too well to place much trust in such a mistake. I had tried several times to calm her down; I immediately begged her not to engage in irrelevant discussions that could be easily interrupted. “Ah!” she said, “Nothing harms women more than silence; besides, I feel a bit feverish; it would be better to use the chatter she produces for useful purposes, rather than wasting it on meaningless things.”

The arrival of the doctor caused an indescribable disturbance in the house. All the servants gathered at the door of the bedroom, their eyes filled with anxiety and hands clasped together; their fate depended on his judgment regarding the condition of their mistress. This scene left poor Claire in such a state of agitation that I feared for her sanity. It took some effort to send them away under various pretexts, so as to remove this source of terror from her sight. The doctor offered some vague hope, but in a tone that seemed rather to diminish it. Julie also kept silent about her thoughts—her cousin’s presence made her restrained. When he left, I followed him; Claire tried to do the same, but Julie stopped her and gave me a signal that I understood. I quickly informed the doctor that, if there was any danger, it was necessary to conceal it from Madame d’Orbe with even greater care than from the patient herself, for fear that despair might completely overwhelm her and render her unable to help her friend. He confirmed that there indeed was danger, but since only twenty-four hours had passed since the accident, more time was needed to make a definite diagnosis; the next night would determine the patient’s fate, and he could only give an estimate by the third day. Only Fanchon witnessed this conversation. After much difficulty, we managed to persuade her to keep quiet, and then we agreed on what should be told to Madame d’Orbe and the rest of the household.

In the evening, Julie insisted that her cousin, who had spent the night with her and wanted to stay another night as well, go rest for a few hours. During this time, learning that someone was going to draw blood from her foot and that the doctor was preparing prescriptions, she summoned him and addressed him in these words: “Mr. du Bosson, when one believes it is necessary to deceive a fearful patient about the severity of their condition, I consider such action a humane precaution; but it would be cruel to administer unnecessary and unpleasant treatments to everyone, when many of them do not require them at all. Prescribe for me whatever you deem truly beneficial to my health, and I will obey without hesitation. As for those remedies that are merely intended to soothe the imagination, please spare me; it is my body, not my mind, that is suffering. I am not afraid of ending my days, but of wasting what time remains. The final moments of life are too precious to be wasted in such a manner. If you cannot extend my life, at least do not shorten it by depriving me of the little time that nature has granted me. The fewer moments I have left, the more you must respect them. Let me live, or let me die—alone, I know how to do that.” Such was the manner in which this otherwise so timid and gentle woman could find the strength to speak with firmness and seriousness in critical situations.

The night was cruel and decisive. Suffocation, oppression, syncope; dry, burning skin; a high fever—during which I often heard her call out Marcellin urgently, as if trying to hold onto him, and sometimes she would utter another name, one that had been repeatedly spoken on similar occasions in the past. The next day, the doctor told me bluntly that he did not believe she would live for more than three days. I was the sole bearer of this terrible secret; and the most dreadful moment of my life was when I kept it deep in my -heart, without knowing what to do with it. I wandered alone through the woods, pondering over the decision I had to make—while also reflecting sadly on the fate that now forced me, in my old age, back into this lonely existence, which I already found unbearable even before learning of its even greater cruelty.

The previous day, I had promised Julie to faithfully convey the doctor’s judgment to her; she had piqued my interest with everything that could touch my heart and make me keep that promise. I felt this obligation weigh heavily on my conscience. But what! For a fanciful and utterly useless duty, was it necessary to torment her soul and force her to contemplate death so often? What could possibly be the reason for such cruel precaution on my part? To announce to her her last hour was not, in essence, to hasten it? In such a short span of time, what meaning do desires and hopes, the very elements of life, retain? Could it truly be considered enjoyment to know oneself so close to the moment of losing them all? Was it my duty to bring her death?

I was walking at a rapid pace, filled with an agitation I had never experienced before. This long and unbearable anxiety followed me everywhere; it weighed heavily on me. Finally, an idea came that helped me make up my mind. Try not to anticipate it; I must tell you what it is.

For whom am I deliberating? Is it for her or for me? On what principle am I reasoning? Is it based on her system or on mine? What evidence is presented to support either one? All that gives me reason to believe what I believe is merely my own opinion, supported by some likelihoods. Indeed, no proof can refute it; but what proof can establish it? She, too, has her own opinion upon which to base her beliefs, yet she regards it as evidence—in her eyes, that opinion itself is proof. What right do I have to prefer my own doubtful opinion to hers, which she considers irrefutable? Let us compare the consequences of these two perspectives. In her case, the disposition of her last moment will determine her fate for all eternity. In mine, the considerations I hold for her will be utterly meaningless to her in three days—in three days, according to me, she will no longer feel anything at all. But what if she is right? What a difference that would make! Eternal blessings or eternal torments. Perhaps! That word is terrifying. Unfortunate one! You are risking your own soul, not hers.

Si soffermò su tutti i suoi progetti, sui vostri, sui mezzi più adatti per farli riuscire, sulle osservazioni che aveva fatto e che potevano favorirli o danneggiarli, insomma, su tutto ciò che avrebbe potuto permetterci di sostituirla nelle sue funzioni di madre finché fosse stata costretta a sospenderle. Pensavo che si trattasse di molte precauzioni da parte di una persona che riteneva di essere privata soltanto per pochi giorni di un’occupazione così preziosa; ma ciò che mi spaventò veramente fu vedere che prendeva in considerazione, per Henriette, aspetti ancora più dettagliati. Si era limitata a ciò che riguardava la prima infanzia dei suoi figli, come se trasferisse su qualcun altro la responsabilità della loro crescita; per sua figlia, invece, considerò tutti gli stadi della vita, e, rendendosi conto che nessuno avrebbe potuto sostituirla nelle riflessioni che la sua esperienza personale le aveva suggerito, ci espose in modo sintetico, ma con forza e chiarezza, il piano educativo che aveva concepito per lei, utilizzando nei confronti della madre le ragioni più convincenti e le esortazioni più commoventi per invitarla ad attuarlo.

Tutte queste idee sull’educazione dei giovani e sui doveri delle madri, mescolate a frequenti riflessioni su se stesse, non potevano che rendere più calorosa quella conversazione. Vidi che lui si animava troppo; Claire teneva una delle mani della sua cugina e la premeva continuamente contro le sue labbra, singhiozzando come unica risposta; anche Fanchon non era meno agitata; quanto a Julie, notai che le lacrime le scorrevano anch’esse lungo le guance, ma lei non osava piangere per paura di spaventarci ancora di più. Allora pensai subito: “Si vede già morta”. L’unica speranza che mi rimase fu che la paura potesse farle sottovalutare la gravità della sua situazione, facendole percepire un pericolo maggiore di quanto in realtà esistesse.

Purtroppo la conoscevo troppo bene per poter contare molto su quell’errore. Avevo provato più volte a calmarla; le chiesi immediatamente di non agitarsi inutilmente con discorsi che qualcuno avrebbe potuto facilmente utilizzare contro di lei. “Ah!”, disse, “nulla fa tanto male alle donne quanto il silenzio. Inoltre, mi sento un po’ febbricitante; tanto vale utilizzare quel chiacchiericcio per argomenti utili, piuttosto che battere invano la campagna.”

L’arrivo del medico causò nella casa un turbamento indescrivibile. Tutti i domestici si affollarono alla porta della camera, con lo sguardo ansioso e le mani giunte, in attesa del suo verdetto sulle condizioni della loro padrona, come se da esso dipendesse il loro destino. Quella scena gettò la povera Claire in un’agitazione tale che temetti per la sua salute mentale. Fu necessario allontanarli con diversi pretesti, per evitare che assistessero a quella scena spaventosa. Il medico diede qualche speranza in modo vago, ma con un tono che sembrava privarla di ogni realistica possibilità. Nemmeno Julie osò esprimere il proprio parere; la presenza della sua cugina la teneva a freno. Quando il medico uscì, lo seguii; Claire cercò di farlo anch’essa, ma Julie la trattenne e mi fece un cenno che capii immediatamente. Mi affrettai ad avvertire il medico che, qualora ci fosse stato pericolo, era necessario nasconderlo a madame d’Orbe con la stessa cura riservata alla malata stessa, per evitare che il dispero la turbasse ulteriormente e la rendesse incapace di assistere la sua amica. Lui confermò che effettivamente esisteva un pericolo, ma poiché erano trascorse appena ventiquattro ore dall’incidente, occorreva più tempo per formulare una diagnosi accurata; la notte successiva avrebbe deciso del destino della malata, e solo il terzo giorno sarebbe stato possibile dare una risposta definitiva. Solo la Fanchon fu testimone di questa conversazione; dopo averla convinta, non senza difficoltà, a mantenere il silenzio, si decise cosa dire a madame d’Orbe e agli altri membri della famiglia.

Vers la sera, Julie costrinse sua cugina, che aveva trascorso la notte con lei e voleva rimanere anche il giorno seguente, ad andare a riposarsi per qualche ora. Nel frattempo, la malata, venuta a sapere che le avrebbero fatto un salasso al piede e che il medico stava preparando delle prescrizioni, lo chiamò e gli disse: “Signor du Bosson, quando si ritiene necessario ingannare un paziente timido riguardo alla sua condizione, questa è una precauzione umana che approvo; ma è crudeltà somministrare a tutti cure superflue e sgradevoli, di cui molti non hanno alcun bisogno. Prescrivetemi tutto ciò che ritenete veramente utile per me, obbedirò puntualmente. Quanto ai rimedi che servono soltanto all’immaginazione, risparmiatemi quella sofferenza; è il mio corpo, non la mia mente, a soffrire. Non ho paura di terminare i miei giorni, ma temo di sprecarne il resto. Gli ultimi momenti della vita sono troppo preziosi per essere maltrattati. Se non potete prolungarla, almeno non abbreviatela togliendomi gli ultimi istanti che la natura mi ha concesso. Più ne rimangono, più dovete rispettarli. Lasciate che viva, o lasciatemi morire: so come farlo da sola.” Ecco come questa donna, così timida e dolce nella vita quotidiana, sapeva assumere un tono deciso e serio nelle occasioni importanti.

La notte fu crudele e decisiva: soffocamento, oppressione, svenimenti, pelle secca e bruciante; una febbre ardente, durante la quale si sentiva spesso che lei chiamava disperatamente Marcellin come per trattenerlo, e a volte pronunciava anche un altro nome, che in passato era stato ripetuto molte volte in occasioni simili. Il giorno dopo, il medico mi disse senza mezzi termini che non riteneva che lei avesse ancora tre giorni da vivere. Io fui l’unico a conoscenza di questo terribile segreto; e l’ora più orribile della mia vita fu quella in cui lo portai nel profondo del mio cuore senza sapere quale uso ne avrei dovuto fare. Andai da solo a vagabondare nei boschi, riflettendo sulle decisioni che dovevo prendere; non senza alcune tristi considerazioni sul destino che mi riportava, in vecchiaia, in questa solitudine di cui già mi annoiavo prima ancora di conoscerne una forma più dolce.

La sera prima avevo promesso a Julie di riferirle fedelmente il parere del medico; lei mi aveva interessato con tutto ciò che poteva toccare il mio cuore, spingendomi così ad mantenere la mia promessa. Sentivo questo impegno sulla mia coscienza. Ma che cosa! Per un dovere chimeroso e senza alcun utilità, dovevo forse tormentare la sua anima e farle assaporare a lungo l’idea della morte? Qual poteva essere, ai miei occhi, lo scopo di una precauzione così crudele? Annunciarle l’ora della sua morte non significava forse accelerarla? In un lasso di tempo così breve, in che modo i desideri e la speranza, elementi essenziali della vita, possono ancora esistere? Goderseli significa forse continuare a vivere, anche quando si è così vicini al momento della loro perdita? Era davvero compito mio darle la morte?

Camminavo a passi affrettati, pervaso da un’agitazione che non avevo mai provato prima. Quell’ansia lunga e tormentosa mi seguiva ovunque; ne portavo con me il peso insopportabile. Alla fine, un’idea venne a darmi una direzione. Non cercate di prevederla, devo dirvela io stesso.

Per chi sto prendendo questa decisione? Per lei o per me? Su quale principio sto ragionando? Sul suo sistema o sul mio? Quali prove ho a sostegno della mia opinione? Credo in ciò che credo soltanto perché la mia opinione è avvalorata da alcune probabilità; nessuna prova la confuta, è vero. Ma quale prova la conferma realmente? Anche lei ha la sua opinione, ma la considera una prova evidente; ai suoi occhi, quella opinione è già una dimostrazione. Che diritto ho di preferire, quando si tratta di lei, la mia semplice opinione, che riconosco dubbia, alla sua opinione, che lei considera certa? Confrontiamo le conseguenze di queste due posizioni: nella sua, la disposizione del suo ultimo momento determinerà il suo destino per l’eternità; nella mia, le attenzioni che voglio dedicarle le saranno indifferenti tra tre giorni. Tra tre giorni, secondo me, lei non sentirà più nulla. Ma se forse avesse ragione lei. Che differenza! Beni o mali eterni. Forse. Questa parola è terribile. Sfortunato. Rischi la tua anima, non la sua.

Voilà le premier doute qui m’ait rendu suspecte l’incertitude que vous avez si souvent attaquée. Ce n’est pas la dernière fois qu’il est revenu depuis ce temps-là. Quoi qu’il en soit, ce doute me délivra de celui qui me tourmentait. Je pris sur-le-champ mon parti ; et, de peur d’en changer, je courus en hâte au lit de Julie. Je fis sortir tout le monde, et je m’assis ; vous pouvez juger avec quelle contenance. Je n’employai point auprès d’elle les précautions nécessaires pour les petites âmes. Je ne dis rien ; mais elle me vit et me comprit à l’instant. « Croyez-vous me l’apprendre ? dit-elle en me tendant la main. Non, mon ami, je me sens bien : la mort me presse, il faut nous quitter. »

Alors elle me tint un long discours dont j’aurai à vous parler quelque jour, et durant lequel elle écrivit son testament dans mon coeur. Si j’avais moins connu le sien, ses dernières dispositions auraient suffi pour me le faire connaître.

Elle me demanda si son état était connu dans la maison. Je lui dis que l’alarme y régnait, mais qu’on ne savait rien de positif, et que du Bosson s’était ouvert à moi seul. Elle me conjura que le secret fût soigneusement gardé le reste de la journée. « Claire, ajouta-t-elle, ne supportera jamais ce coup que de ma main ; elle en mourra s’il lui vient d’une autre. Je destine la nuit prochaine à ce triste devoir. C’est pour cela surtout que j’ai voulu avoir l’avis du médecin, afin de ne pas exposer sur mon seul sentiment cette infortunée à recevoir à faux une si cruelle atteinte. Faites qu’elle ne soupçonne rien avant le temps, ou vous risquez de rester sans amie et de laisser vos enfants sans mère. »

Elle me parla de son père. J’avouai lui avoir envoyé un exprès ; mais je me gardai d’ajouter que cet homme, au lieu de se contenter de donner ma lettre, comme je lui avais ordonné, s’était hâté de parler, et si lourdement, que mon vieil ami, croyant sa fille noyée, était tombé d’effroi sur l’escalier, et s’était fait une blessure qui le retenait à Blonay dans son lit. L’espoir de revoir son père la toucha sensiblement ; et la certitude que cette espérance était vaine ne fut pas le moindre des maux qu’il me fallut dévorer.

Le redoublement de la nuit précédente l’avait extrêmement affaiblie. Ce long entretien n’avait pas contribué à la fortifier. Dans l’accablement où elle était, elle essaya de prendre un peu de repos durant la journée ; je n’appris que le surlendemain qu’elle ne l’avait pas passée tout entière à dormir.

Cependant la consternation régnait dans la maison. Chacun dans un morne silence attendait qu’on le tirât de peine, et n’osait interroger personne, crainte d’apprendre plus qu’il ne voulait savoir. On se disait : « S’il y a quelque bonne nouvelle, on s’empressera de la dire, s’il y en a de mauvaises, on ne les saura toujours que trop tôt. » Dans la frayeur dont ils étaient saisis, c’était assez pour eux qu’il n’arrivât rien qui fît nouvelle. Au milieu de ce morne repos, Mme d’Orbe était la seule active et parlante. Sitôt qu’elle était hors de la chambre de Julie, au lieu de s’aller reposer dans la sienne, elle parcourait toute la maison ; elle arrêtait tout le monde, demandant ce qu’avait dit le médecin, ce qu’on disait. Elle avait été témoin de la nuit précédente, elle ne pouvait ignorer ce qu’elle avait vu ; mais elle cherchait à se tromper elle-même et à récuser le témoignage de ses yeux. Ceux qu’elle questionnait ne lui répondant rien que de favorable, cela l’encourageait à questionner les autres, et toujours avec une inquiétude si vive, avec un air si effrayant, qu’on eût su la vérité mille fois sans être tenté de la lui dire.

Auprès de Julie elle se contraignait, et l’objet touchant qu’elle avait sous les yeux la disposait plus à l’affliction qu’à l’emportement. Elle craignait surtout de lui laisser voir ses alarmes, mais elle réussissait mal à les cacher. On apercevait son trouble dans son affectation même à paraître tranquille. Julie, de son côté, n’épargnait rien pour l’abuser. Sans exténuer son mal elle en parlait presque comme d’une chose passée, et ne semblait en peine que du temps qu’il lui faudrait pour se remettre. C’était encore un de mes supplices de les voir chercher à se rassurer mutuellement, moi qui savais si bien qu’aucune des deux n’avait dans l’âme l’espoir qu’elle s’efforçait de donner à l’autre.

Mme d’Orbe avait veillé les deux nuits précédentes ; il y avait trois jours qu’elle ne s’était déshabillée. Julie lui proposa de s’aller coucher ; elle n’en voulut rien faire. « Eh bien donc ! dit Julie, qu’on lui tende un petit lit dans ma chambre ; à moins, ajouta-t-elle comme par réflexion, qu’elle ne veuille partager le mien. Qu’_en dis-tu, cousine ? Mon mal ne se gagne pas, tu ne te dégoûtes pas de moi, couche dans mon lit. » Le parti fut accepté. Pour moi, l’on me renvoya, et véritablement j’avais besoin de repos. Je fus levé de bonne heure. Inquiet de ce qui s’était passé durant la nuit, au premier bruit que j’entendis j’entrai dans la chambre. Sur l’état où Mme d’Orbe était la veille, je jugeai du désespoir où j’allais la trouver, et des fureurs dont je serais le témoin. En entrant, je la vis assise dans un fauteuil, défaite et pâle, plutôt livide, les yeux plombés et presque éteints, mais douce, tranquille, parlant peu, faisant tout ce qu’on lui disait sans répondre. Pour Julie, elle paraissait moins faible que la veille ; sa voix était plus ferme ; son geste plus animé ; elle semblait avoir pris la vivacité de sa cousine. Je connus aisément à son teint que ce mieux apparent était l’effet de la fièvre ; mais je vis aussi briller dans ses regards je ne sais quelle secrète joie qui pouvait y contribuer, et dont je ne démêlais pas la cause. Le médecin n’en confirma pas moins son jugement de la veille ; la malade n’en continua pas moins de penser comme lui, et il ne me resta plus aucune espérance.

Ayant été forcé de m’absenter pour quelque temps, je remarquai en entrant que l’appartement avait été arrangé avec soin ; il y régnait de l’ordre et de l’élégance ; elle avait fait mettre des pots de fleurs sur sa cheminée, ses rideaux étaient entr’ouverts et rattachés ; l’air avait été changé ; on y sentait une odeur agréable ; on n’eût jamais cru être dans la chambre d’un malade. Elle avait fait sa toilette avec le même soin : la grâce et le goût se montraient encore dans sa parure négligée. Tout cela lui donnait plutôt l’air d’une femme du monde qui attend compagnie, que d’une campagnarde qui attend sa dernière heure. Elle vit ma surprise, elle en sourit ; et lisant dans ma pensée, elle allait me répondre, quand on amena les enfants. Alors il ne fut plus question que d’eux ; et vous pouvez juger si, se sentant prête à les quitter, ses caresses furent tièdes et modérées. J’observai même qu’elle revenait plus souvent et avec des étreintes encore plus ardentes à celui qui lui coûtait la vie, comme s’il lui fût devenu plus cher à ce prix.

Tous ces embrassements, ces soupirs, ces transports, étaient des mystères pour ces pauvres enfants. Ils l’aimaient tendrement, mais c’était la tendresse de leur âge : ils ne comprenaient rien à son état, au redoublement de ses caresses, à ses regrets de ne les voir plus ; ils nous voyaient tristes et ils pleuraient ; ils n’en savaient pas davantage. Quoiqu’on apprenne aux enfants le nom de la mort, ils n’en ont aucune idée ; ils ne la craignent ni pour eux ni pour les autres ; ils craignent de souffrir et non de mourir. Quand la douleur arrachait quelque plainte à leur mère, ils perçaient l’air de leurs cris ; quand on leur parlait de la perdre, on les aurait crus stupides. La seule Henriette, un peu plus âgée, et d’un sexe où le sentiment et les lumières se développent plus tôt, paraissait troublée et alarmée de voir sa petite maman dans un lit, elle qu’on voyait toujours levée avant ses enfants. Je me souviens qu’à ce propos, Julie fit une réflexion tout à fait dans son caractère, sur l’imbécile vanité de Vespasien qui resta couché tandis qu’il pouvait agir, et se leva lorsqu’il ne put plus rien faire[231]. « Je ne sais pas, dit-elle, s’il faut qu’un empereur meure debout, mais je sais bien qu’une mère de famille ne doit s’aliter que pour mourir. »

This was the first doubt that made me suspect the uncertainty you so often attacked. It was not the last time it returned since then. In any case, this doubt freed me from the one that had been tormenting me. I immediately took a decision; and, fearing to change it, I hurriedly went to Julie’s bedside. I sent everyone away and sat down; you can imagine in what state of mind I was. I did not take the usual precautions necessary for dealing with such young people. I said nothing; but she saw me and understood immediately. “Do you think you are telling me something new?” she said, extending her hand to me. “No, my friend,” I replied, “I feel well; death is approaching, and we must part.”

Then she delivered a long speech to me about which I will tell you sometime in the future; during that speech, she wrote her last wishes into my -heart. If I had not known her well enough, her own words alone would have been enough to let me understand them.

She asked me if anyone in the house knew about her condition. I told her that there was widespread concern, but nothing positive had been learned; moreover, Du Bosson had confided in me alone. She begged me to keep this secret strictly for the rest of the day. “Claire,” she added, “will never survive such a blow if it comes from anyone else but me; it would kill her. I have decided to carry out this sad duty tonight. That’s precisely why I wanted to consult the doctor—so as not to risk subjecting this unfortunate woman to such a cruel blow based solely on my own judgment. Make sure she doesn’t suspect anything before it’s too late, or you may end up without a friend and your children without a mother.”

She told me about her father. I admitted that I had sent him a messenger; but I refrained from adding that, instead of simply delivering my letter as I had instructed him, he had hurriedly gone and spoken so loudly that my old friend, believing his daughter to be dead, had fainted in terror on the stairs and suffered an injury that kept him bedridden in Blonay. The hope of seeing her father again deeply moved her; and the realization that this hope was vain was certainly one of the greatest pains I had to endure.

The prolongation of the night preceding had left her extremely weakened. That long conversation had done nothing to help her recover. Overcome by exhaustion, she tried to rest during the day; it was not until the day after that I learned she hadn’t spent the entire time sleeping.

However, consternation reigned throughout the house. Everyone sat in silent despair, waiting to be informed of whatever news there might be, yet no one dared to ask anyone, fearing they would learn more than they wished to know. They thought to themselves: “If there are any good news, they will surely be shared promptly; if there are bad news, we will find out about them sooner or later anyway.” In their state of terror, anything that did not involve new developments was already considered terrible. Amidst this somber silence, Madame d’Orbe was the only one who remained active and talkative. As soon as she left Julie’s room, instead of going to rest in her own, she wandered throughout the house, stopping everyone and asking what the doctor had said, what people were discussing. She had witnessed what happened the previous night; she could not possibly ignore what she had seen. Yet she tried to deceive herself and deny the evidence of her own eyes. Since those she questioned only gave her favorable answers, this encouraged her to question others—even if they did so with such intense anxiety and a look so frightening that one would have revealed the truth a thousand times over without ever being tempted to do so.

In the presence of Julie, she forced herself to restrain her emotions; the tangible object before her eyes only inclined her toward sorrow rather than anger. She feared most that she might reveal her worries to her, but she struggled poorly to hide them. Her distress was evident even in her attempts to appear calm. On her part, Julie did everything possible to torment her. Without minimizing her suffering, she spoke of it as if it were something that had already passed, and seemed only concerned about how much time it would take for her to recover. Watching them try to comfort each other was yet another form of my torment—especially since I knew all too well that neither of them harbored the hope that she was trying to convey.

Madam d’Orbe had kept watch for the previous two nights; it had been three days since she had last changed her clothes. Julie offered to go to bed herself, but she refused. “Well then,” said Julie, “let them bring a small bed into my room; unless, she added after some thought, she prefers to share mine. What do you think, cousin? My illness is not worsening, and you don’t find me repulsive—why not sleep in my bed?” The suggestion was accepted. As for me, I was sent away; indeed, I needed rest. I got up early that morning. Anxious about what had happened during the night, I entered the room at the first sound I heard. Seeing the state Madam d’Orbe was in the previous day, I feared she would be in despair and that I would witness scenes of anger. But upon entering, I found her sitting in a chair, disheveled and pale—almost deathly white—her eyes dull and lifeless. Yet she was gentle, calm, spoke little, and did everything that was told to her without resisting. As for Julie, she seemed less weak than the previous day; her voice was firmer, her movements more lively—it seemed she had inherited some of her cousin’s vitality. I could tell at once from her complexion that this apparent improvement was merely the effect of fever; but I also saw a secret joy in her eyes, whose cause I could not fathom. Nevertheless, the doctor confirmed his earlier diagnosis; the patient continued to hold the same views as him, and for me, there was no hope left.

Having been forced to be away for some time, I noticed upon entering that the apartment had been carefully arranged; it was orderly and elegant. She had placed vases of flowers on the fireplace, the curtains were half-open and properly secured; the air had been refreshed, and a pleasant fragrance filled the room—one would never have thought it was the bedroom of a sick person. She had also taken great care in her own appearance; even in her casual attire, grace and taste were evident. All this gave her more the look of a woman of the world waiting for company than that of a countrywoman awaiting her last hour. She saw my surprise and smiled at it; reading my thoughts, she was about to respond when the children were brought in. Then all conversation turned to them, and you can imagine how tender and restrained her caresses were as she felt ready to part with them. I even noticed that she returned more frequently and gave even more passionate hugs to the one who cost her her life, as if he had become even dearer to her at that price.

All those kisses, those sighs, those outbursts of emotion were mysteries to these poor children. They loved her tenderly, but it was the tenderness of their age—they understood nothing about her state of mind, about the increased frequency of her caresses, about her regret at no longer seeing them; they saw us crying and they wept too, yet they knew even less. No matter how much one tries to teach children what death is, they have no real concept of it; they fear it neither for themselves nor for others—they fear suffering, not dying. When pain made their mother utter a cry, they would burst into tears; when they were told that she might die, one might have thought them utterly ignorant. Only Henriette, being a bit older and belonging to a gender where emotions and understanding develop sooner, seemed troubled and alarmed by seeing her little mother in bed—when she had always been up before them. I remember Julie making a comment, quite in keeping with her character, about the foolish vanity of Vespasian, who stayed in bed when he could still act but got up only when it was too late to do anything[231]. “I don’t know,” she said, “if an emperor is supposed to die standing up, but I do know that a mother should never lie down except to die.”

Ecco il primo dubbio che mi fece sospettare l’incertezza che voi avete spesso attaccato. Non è stata l’ultima volta che è riemerso da allora. Comunque sia, questo dubbio mi liberò da quello che mi tormentava. Presi immediatamente una decisione; e, per paura di cambiarla, corsi subito al letto di Julie. Mandai via tutti e mi sedetti. Potete immaginare con quale atteggiamento. Non adottai alcuna precauzione particolare nei suoi confronti. Non dissi nulla; ma lei mi vide e capì immediatamente. “Pensate davvero di dovermelo dire?”, disse porgendomi la mano. “No, mio caro. Mi sento bene. La morte mi sta cercando. Dobbiamo separarci.”

Allora mi tenne un lungo discorso di cui vi parlerò un giorno, e durante quel discorso scrisse il suo testamento nel mio cuore. Se non avessi conosciuto così bene il suo carattere, le sue ultime volontà sarebbero state sufficienti per farmelo comprendere.

Mi chiese se la sua condizione fosse conosciuta in casa. Le dissi che regnava il panico, ma che non si sapeva nulla di certo; inoltre, Du Bosson si era confidato solo a me. Mi pregò di mantenere il segreto con estrema cura per il resto della giornata. “Claire,” aggiunse, “non sopporterà mai questa colpa se verrà da me; ne morirà se provenisse da un’altra persona. Ho deciso di dedicare la prossima notte a questo triste dovere. È proprio per questo che ho voluto consultare il medico, per non esporre questa sfortunata al rischio di subire un colpo così crudele basandomi solo sul mio istinto. Fate in modo che lei non sospetti nulla prima del tempo. Altrimenti rischierete di rimanere senza amica e di lasciare i vostri figli senza madre.”

Mi parla di suo padre. Ammisi di avergli inviato un messaggero urgente; ma evitai di aggiungere che quell’uomo, invece di limitarsi a consegnare la mia lettera come gli avevo ordinato, si era affrettato a parlare, e in modo così grave che mio vecchio amico, credendo sua figlia morta annegata, era svenuto per lo spavento sulle scale, riportando una ferita che lo ha costretto a rimanere a Blonay a letto. La speranza di rivedere suo padre la commosse profondamente; ma la certezza che tale speranza fosse vana non fu certo il minore dei dolori che ho dovuto sopportare.

Il raddoppio della notte precedente l’aveva estremamente indebolita. Quel lungo colloquio non aveva certo contribuito a rafforzarla. Nell’avvilimento in cui si trovava, cercò di riposare un po’ durante il giorno; seppi solo il giorno dopo che non lo aveva trascorso interamente dormendo.

Tuttavia, nella casa regnava il più profondo sconforto. Ognuno, in un silenzio cupo, attendeva che qualcuno gli comunicasse notizie, senza osare chiedere nulla, temendo di scoprire più di quanto desiderasse sapere. Si pensava: “Se ci fossero buone notizie, qualcuno le annuncierebbe subito; se ci fossero cattive, le scopriremmo comunque troppo presto”. Nel terrore che li affliggeva, bastava già il fatto che non accadesse nulla di nuovo. In mezzo a quel silenzio opprimente, solo la signora d’Orbe era attiva e parlante. Non appena usciva dalla stanza di Julie, invece di andare a riposarsi nella sua, percorreva tutta la casa; fermava tutti, chiedendo cosa avesse detto il medico, cosa si diceva in giro. Aveva assistito alla notte precedente e non poteva ignorare ciò che aveva visto; ma cercava di ingannarsi da sola, di negare ciò che i suoi occhi avevano testimoniato. Poiché coloro a cui faceva domande le rispondevano solo cose positive, questo la incoraggiava ad interrogare anche gli altri, sempre con un’ansia così intensa, con un’espressione così spaventosa, che si sarebbe potuta conoscere la verità mille volte senza che nessuno avesse il desiderio di rivelarla.

In presenza di Julie, si costringeva a mantenere un comportamento composto; l’oggetto così vicino ai suoi occhi la spingeva piuttosto alla tristezza che all’ira. Temeva soprattutto di farle vedere le sue preoccupazioni, ma non riusciva a nasconderle del tutto. Il suo turbamento traspariva anche nel tentativo di apparire tranquilla. Julie, dal canto suo, non risparmiava nulla per tormentarla: senza minimizzare la sua sofferenza, ne parlava quasi come di qualcosa che fosse già accaduto, e sembrava preoccupata soltanto del tempo necessario perché si riprendesse. Era un altro dei miei supplizi vederle cercare di consolarsi a vicenda, quando io sapevo perfettamente che nessuna delle due aveva nella propria anima quella speranza che entrambe cercavano di trasmettersi l’una all’altra.

La signora d’Orbe aveva vegliato per le due notti precedenti; erano trascorsi tre giorni da quando si era spogliata. Julie le propose di andare a letto, ma lei rifiutò categoricamente. “Allora,” disse Julie, “portatele un lettino nella mia stanza; a meno che, ”, aggiunse come se ci pensasse dopo, “a meno che non voglia condividere il mio. Che ne dici, cugina? La mia malattia non peggiora, non ti disgusto, dormi nel mio letto.” L’offerta fu accettata. Per quanto mi riguardava, fui mandato via; in effetti avevo bisogno di riposo. Mi alzai presto quella mattina. Inquieto per ciò che era accaduto durante la notte, non appena sentii un rumore entrai nella stanza. Vidi la signora d’Orbe seduta in una poltrona, distrutta e pallida, quasi esangue; i suoi occhi erano spenti, ma lei sembrava tranquilla e docile, rispondeva appena alle domande che le venivano fatte. Per quanto riguardava Julie, sembrava meno debole del giorno prima: la sua voce era più ferma, i suoi gesti più vivaci; pareva aver assunto l’energia della sua cugina. Dal suo viso capii facilmente che quel miglioramento apparente era dovuto alla febbre; tuttavia notai nei suoi occhi una gioia segreta, la cui causa non riuscivo a comprendere. Anche il medico confermò la sua diagnosi di poco prima; la malata continuò comunque a pensare come lui. E per me non rimase più alcuna speranza.

Essendo stato costretto ad assentarmi per un certo periodo di tempo, notai che, entrando, l’appartamento era stato sistemato con cura: regnava ordine ed eleganza; aveva fatto mettere dei vasi di fiori sul caminetto, i tendaggi erano stati aperti e legati con cura; l’aria era stata rinfrescata e si percepiva un odore piacevole; non si sarebbe mai detto che si trovasse nella stanza di una malata. Si era anche vestita con lo stesso impegno: grazia e gusto si manifestavano ancora nel suo abbigliamento, sebbene trascurato. Tutto ciò le dava piuttosto l’aspetto di una donna di mondo che aspetta visite, che non di una contadina che attende la sua ultima ora. Notò la mia sorpresa e ne sorrise; leggendo nei miei pensieri, stava per rispondermi quando arrivarono i bambini. Allora l’attenzione si concentrò soltanto su di loro; e potete immaginare quanto fossero affettuose le sue carezze, sapendo che presto avrebbe dovuto lasciarli. Notai persino che tornava più spesso da colui che le costava la vita, e con abbracci ancora più appassionati, come se, a quel prezzo, fosse diventato per lei ancora più prezioso.

Tutti quei baci, quei sospiri, quelle effusioni di affetto rappresentavano dei misteri per quei poveri bambini. L’amavano teneramente, ma si trattava della tenerezza tipica della loro età: non capivano nulla del suo stato d’animo, del motivo per cui le sue carezze erano più frequenti o dei suoi rimpianti per non poterli vedere più spesso; ci vedevano tristi e piangevano. Ma non ne sapevano di più. Per quanto si possa insegnare ai bambini il nome della morte, loro non ne hanno alcuna idea; non la temono né per sé né per gli altri. Temono di soffrire, ma non di morire. Quando il dolore strappava qualche lamento alla loro madre, loro lanciavano grida nel vuoto; quando si parlava loro della sua possibile perdita, sembravano davvero ignoranti. L’unica Henriette, un po’ più grande e di sesso in cui i sentimenti e le “luci della ragione” si sviluppano più precocemente, appariva turbata e preoccupata nel vedere la sua piccola mamma a letto. Lei, che solitamente era sempre in piedi prima dei suoi figli. Ricordo che su questo argomento Julie fece una riflessione tipica del suo carattere: commentò l’assurda vanità di Vespasiano, che rimase a letto mentre avrebbe potuto agire, e si alzò soltanto quando non fu più in grado di fare nulla[231]. “Non so se un imperatore debba morire in piedi, ”, disse, “ma so bene che una madre di famiglia dovrebbe alzarsi soltanto per morire.”

Après avoir épanché son coeur sur ses enfants, après les avoir pris chacun à part, surtout Henriette, qu’elle tint fort longtemps, et qu’on entendait plaindre et sangloter en recevant ses baisers, elle les appela tous trois, leur donna sa bénédiction, et leur dit, en leur montrant Mme d’Orbe : « Allez, mes enfants, allez vous jeter aux pieds de votre mère : voilà celle que Dieu vous donne ; il ne vous a rien ôté. » À l’instant ils courent à elle, se mettent à ses genoux, lui prennent les mains, l’appellent leur bonne maman, leur seconde mère. Claire se pencha sur eux ; mais en les serrant dans ses bras elle s’efforça vainement de parler ; elle ne trouva que des gémissements, elle ne put jamais prononcer un seul mot ; elle étouffait. Jugez si Julie était émue ! Cette scène commençait à devenir trop vive ; je la fis cesser.

Ce moment d’attendrissement passé, l’on se remit à causer autour du lit, et quoique la vivacité de Julie se fût un peu éteinte avec le redoublement, on voyait le même air de contentement sur son visage : elle parlait de tout avec une attention et un intérêt qui montraient un esprit très libre de soins ; rien ne lui échappait ; elle était à la conversation comme si elle n’avait eu autre chose à faire. Elle nous proposa de dîner dans sa chambre, pour nous quitter le moins qu’il se pourrait ; vous pouvez croire que cela ne fut pas refusé. On servit sans bruit, sans confusion, sans désordre, d’un air aussi rangé que si l’on eût été dans le salon d’Apollon. La Fanchon, les enfants, dînèrent à table. Julie, voyant qu’on manquait d’appétit, trouva le secret de faire manger de tout, tantôt prétextant l’instruction de sa cuisinière, tantôt voulant savoir si elle oserait en goûter, tantôt nous intéressant par notre santé même dont nous avions besoin pour la servir, toujours montrant le plaisir qu’on pouvait lui faire, de manière à ôter tout moyen de s’y refuser, et mêlant à tout cela un enjouement propre à nous distraire du triste objet qui nous occupait. Enfin, une maîtresse de maison, attentive à faire ses honneurs, n’aurait pas, en pleine santé, pour des étrangers, des soins plus marqués, plus obligeants, plus aimables, que ceux que Julie mourante avait pour sa famille. Rien de tout ce que j’avais cru prévoir n’arrivait, rien de ce que je voyais ne s’arrangeait dans ma tête. Je ne savais qu’imaginer ; je n’y étais plus.

Après le dîner on annonça monsieur le ministre. Il venait comme ami de la maison, ce qui lui arrivait fort souvent. Quoique je ne l’eusse point fait appeler, parce que Julie ne l’avait pas demandé, je vous avoue que je fus charmé de son arrivée ; et je ne crois pas qu’en pareille circonstance le plus zélé croyant l’eût pu voir avec plus de plaisir. Sa présence allait éclaircir bien des doutes et me tirer d’une étrange perplexité.

Rappelez-vous le motif qui m’avait porté à lui annoncer sa fin prochaine. Sur l’effet qu’aurait dû selon moi produire cette affreuse nouvelle, comment concevoir celui qu’elle avait produit réellement ? Quoi ! cette femme dévote qui dans l’état de santé ne passe pas un jour sans se recueillir, qui fait un de ses plaisirs de la prière, n’a plus que deux jours à vivre ; elle se voit prête à paraître devant le juge redoutable ; et au lieu de se préparer à ce moment terrible, au lieu de mettre ordre à sa conscience, elle s’amuse à parer sa chambre, à faire sa toilette, à causer avec ses amis, à égayer leur repas ; et dans tous ses entretiens pas un seul mot de Dieu ni du salut ! Que devais-je penser d’elle et de ses vrais sentiments ? Comment arranger sa conduite avec les idées que j’avais de sa piété ? Comment accorder l’usage qu’elle faisait des derniers moments de sa vie avec ce qu’elle avait dit au médecin de leur prix ? Tout cela formait à mon sens une énigme inexplicable. Car enfin, quoique je ne m’attendisse pas à lui trouver toute la petite cagoterie des dévotes, il me semblait pourtant que c’était le temps de songer à ce qu’elle estimait d’une si grande importance, et qui ne souffrait aucun retard. Si l’on est dévot durant le tracas de cette vie, comment ne le sera-t-on pas au moment qu’il la faut quitter, et qu’il ne reste plus qu’à penser à l’autre ?

Ces réflexions m’amenèrent à un point où je ne me serais guère attendu d’arriver. Je commençai presque d’être inquiet que mes opinions indiscrètement soutenues n’eussent enfin trop gagné sur elle. Je n’avais pas adopté les siennes, et pourtant je n’aurais pas voulu qu’elle y eût renoncé. Si j’eusse été malade, je serais certainement mort dans mon sentiment ; mais je désirais qu’elle mourût dans le sien, et je trouvais pour ainsi dire qu’en elle je risquais plus qu’en moi. Ces contradictions vous paraîtront extravagantes ; je ne les trouve pas raisonnables, et cependant elles ont existé. Je ne me charge pas de les justifier, je vous les rapporte.

Enfin le moment vint où mes doutes allaient être éclaircis. Car il était aisé de prévoir que tôt ou tard le pasteur amènerait la conversation sur ce qui fait l’objet de son ministère ; et quand Julie eût été capable de déguisement dans ses réponses, il lui eût été bien difficile de se déguiser assez pour qu’attentif et prévenu je n’eusse pas démêlé ses vrais sentiments.

Tout arriva comme je l’avais prévu. Je laisse à part les lieux communs mêlés d’éloges qui servirent de transition au ministre pour venir à son sujet ; je laisse encore ce qu’il lui dit de touchant sur le bonheur de couronner une bonne vie par une fin chrétienne. Il ajouta qu’à la vérité il lui avait quelquefois trouvé sur certains points des sentiments qui ne s’accordaient pas entièrement avec la doctrine de l’Église, c’est-à-dire avec celle que la plus saine raison pouvait déduire de l’Écriture ; mais comme elle ne s’était jamais aheurtée à les défendre, il espérait qu’elle voulait mourir ainsi qu’elle avait vécu, dans la communion des fidèles, et acquiescer en tout à la commune profession de foi.

Comme la réponse de Julie était décisive sur mes doutes, et n’était pas, à l’égard des lieux communs, dans le cas de l’exhortation, je vais vous la rapporter presque mot à mot ; car je l’avais bien écoutée, et j’allai l’écrire dans le moment.

« Permettez-moi, Monsieur, de commencer par vous remercier de tous les soins que vous avez pris de me conduire dans la droite route de la morale et de la foi chrétienne, et de la douceur avec laquelle vous avez corrigé ou supporté mes erreurs quand je me suis égarée. Pénétrée de respect pour votre zèle et de reconnaissance pour vos bontés, je déclare avec plaisir que je vous dois toutes mes bonnes résolutions, et que vous m’avez toujours portée à faire ce qui était bien, et à croire ce qui était vrai.

J’ai vécu et je meurs dans la communion protestante, qui tire son unique règle de l’Écriture sainte et de la raison ; mon coeur a toujours confirmé ce que prononçait ma bouche ; et quand je n’ai pas eu pour vos lumières toute la docilité qu’il eût fallu peut-être, c’était un effet de mon aversion pour toute espèce de déguisement : ce qu’il m’était impossible de croire, je n’ai pu dire que je le croyais ; j’ai toujours cherché sincèrement ce qui était conforme à la gloire de Dieu et à la vérité. J’ai pu me tromper dans ma recherche ; je n’ai pas l’orgueil de penser avoir eu toujours raison : j’ai peut-être eu toujours tort ; mais mon intention a toujours été pure, et j’ai toujours cru ce que je disais croire. C’était sur ce point tout ce qui dépendait de moi Si Dieu n’a pas éclairé ma raison au-delà, il est clément et juste ; pourrait-il me demander compte d’un don qu’il ne m’a pas fait ?

After having poured out her heart to her children, after taking each of them aside—especially Henriette, whom she held in her arms for a very long time, and whose cries and sobs could be heard as she received her kisses—she called all three of them, blessed them, and said to them, pointing at Madame d’Orbe: “Go, my children, go and throw yourselves at your mother’s feet; this is the one that God has given you; he has not taken anything away from you.” At once they ran towards her, knelt at her knees, took her hands, and called her their good mother, their second mother. Claire bent over them; but as she hugged them tightly, she tried in vain to speak; all that came out were murmurs and sobs; she was unable to utter a single word; she could hardly breathe. Imagine how moved Julie must have been! The scene was beginning to become too intense; I had to stop it.

Once that moment of tenderness passed, we resumed our conversations around the bed. Although Julie’s liveliness had somewhat diminished with the increase in illness, the same expression of contentment could still be seen on her face: she discussed everything with such attention and interest that it was clear her mind was free from any worries; nothing escaped her notice; she participated in the conversation as if she had nothing else to do. She even offered to have dinner in her room so as to part with us for as short a time as possible—of course, this offer was not refused. The meal was served quietly, without confusion or disorder, in such an orderly manner that it seemed we were in Apollo’s hall. Fanchon and the children ate at the table. Seeing that we had little appetite, Julie found ways to make us eat everything, sometimes claiming it was her cook’s instructions, sometimes asking if she would dare to taste it herself, and at other times showing concern for our health—something we certainly needed in order to help her out with these arrangements. She always managed to convey the pleasure that such attention could bring us, leaving us with no excuse to refuse. Moreover, she added a light-heartedness that helped distract us from the sad situation we were facing. In short, a hostess who took great care to please her guests would not, even in perfect health, offer strangers more attentive, obliging, and kind service than Julie did for her family in her dying state. Nothing of what I had anticipated happened; nothing of what I saw made any sense to me. All I could do was imagine things—I was no longer present in that reality at all.

After dinner, it was announced that Minister so-and-so had arrived. He came as a friend of the family, which happened quite often to him. Although I hadn’t asked him to come, since Julie hadn’t requested it, I must admit that I was delighted by his arrival; and I don’t think that in such a situation, even the most devout believer could have been any happier to see him. His presence was going to clarify many doubts and help me out of an awkward predicament.

Remember the reason that led me to inform her of her impending death. According to my expectations, what kind of effect such terrible news should have had on her; how could I possibly understand the actual impact it had? Oh! That devout woman, who in her current state of health spends not a single day without praying, who takes prayer as one of her greatest pleasures—she now has only two days left to live. She knows she is about to face that dreaded judgment; yet instead of preparing herself for this terrible moment, instead of settling her conscience, she spends her time decorating her room, taking care of herself, chatting with her friends, and making their meal more enjoyable. In all her conversations, not a single word about God or salvation! What was I to think of her and her true feelings? How could I reconcile her behavior with what I believed about her piety? How could I explain the way she was spending the last moments of her life, given what she had said to her doctor about their importance? To me, all this formed an unsolvable mystery. For after all, although I did not expect to find in her all the petty superstitions typical of devout women, it still seemed to me that now was the time to consider what she regarded as so important—and something that could wait for no longer. If one is pious throughout the troubles of this life, why should not one be even more so at the moment when it is time to leave it behind and think only of the next?

These reflections led me to a place where I had hardly expected to end up. I began to worry that my opinions, which I had so indiscreetly expressed, might have ultimately gained too much influence over her. I had not adopted her views, yet I did not want her to abandon hers either. If I had been ill, I would surely have died holding onto my own beliefs; but I wished that she would die holding onto hers, and I felt that in some way, I was risking more with her than with myself. These contradictions may seem absurd to you; I do not consider them reasonable, yet they did indeed exist. I am not responsible for justifying them; I am merely telling you about them.

Finally, the moment came when my doubts were going to be clarified. It was easy to predict that sooner or later the pastor would bring up the subject of the purpose of his ministry; and once Julie had learned how to disguise her responses, it would have been extremely difficult for her to conceal her true feelings enough so as to escape my observant and vigilant attention.

Everything happened just as I had predicted. I will set aside the commonplace phrases mixed with praise that served as a transition for the minister to address his subject; I will also leave out what he said about the joy of ending a good life with a Christian death. He added that, in truth, he had sometimes found in her views certain opinions that did not entirely conform to the doctrine of the Church—that is, to the teachings that soundest reason could derive from the Scriptures. But since she had never taken a stand in defense of those opinions, he hoped that she would wish to die just as she had lived, in communion with the faithful, and to accept unconditionally the common profession of faith.

Since Julie’s response dispelled all my doubts and, in terms of the common arguments raised, was entirely in line with what I had hoped for, I will quote it almost verbatim—because I listened to it carefully and immediately decided to write it down.

“Permit me, sir, to begin by expressing my gratitude for all the care you have taken in guiding me on the right path of morality and Christian faith, and for the kindness with which you corrected or tolerated my mistakes when I strayed from it. Deeply moved by your zeal and grateful for your kindnesses, I am pleased to declare that I owe all my good resolutions to you, and that you have always encouraged me to do what is right and to believe in what is true.”

I have lived and died within the Protestant communion, which draws its sole authority from the Holy Scriptures and reason; my heart has always affirmed what my mouth proclaimed. And when I did not exhibit towards your lights all the obedience that might have been necessary, it was due to my aversion toward any form of deception—what I was incapable of believing, I could only claim to believe. I have always sought sincerely what was in accordance with God’s glory and truth. I may have erred in my pursuit; I do not boast of having always been right—I may well have been wrong all the time—but my intentions were always pure, and I always believed what I said I believed. In this regard, everything depended on me. If God has not enlightened my reason beyond its limits, he is kind and just; could he possibly hold me accountable for a gift that he himself did not bestow upon me?

Dopo aver espresso tutto il proprio cuore nei confronti dei suoi figli, dopo averli presi uno per uno in disparte – soprattutto Henriette, che tenne a lungo tra le braccia e dalla quale si udivano lamenti e singhiozzi mentre riceveva i suoi baci – li chiamò tutti e tre, li benedisse e, indicando loro Madame d’Orbe, disse: “Andate, miei figli, andate a gettarvi ai piedi di vostra madre: questa è la donna che Dio vi ha dato; non vi ha tolto nulla.” All’istante corsero verso di lei, si inginocchiarono ai suoi piedi, le presero le mani e la chiamarono “la loro buona mamma”, la loro seconda madre. Claire si chinò su di loro; ma mentre li stringeva tra le braccia cercò invano di parlare; riuscì solo a emettere gemiti, non fu mai in grado di pronunciare una parola; stava soffocando. Immaginate quanto fosse commossa Julie! Quella scena stava diventando troppo intensa; la feci interrompere.

Passato quel momento di commozione, ci rimettemmo a chiacchierare intorno al letto; sebbene la vivacità di Julie fosse un po’ diminuita con l’aumentare della malattia, si leggeva ancora sul suo viso lo stesso sorriso di contentezza. Parlava di tutto con attenzione e interesse, dimostrando di essere completamente libera da qualsiasi preoccupazione; nulla le sfuggiva; partecipava alla conversazione come se non avesse nient’altro da fare. Ci propose di pranzare nella sua stanza, per poterci lasciare il meno possibile; potete immaginare che la proposta non venne rifiutata. Il pasto fu servito in silenzio, senza confusione né disordine, con una precisione tale da far pensare di essere nel salone di Apollo. La Fanchon e i bambini mangiarono a tavola; vedendo che avevamo poco appetito, Julie trovò il modo di farci mangiare comunque, ora sostenendo che fosse necessario seguire le istruzioni della sua cuoca, ora chiedendoci se osassimo assaggiare certi piatti, ora interessandosi persino alla nostra salute, mostrando sempre quanto le facesse piacere renderci felici, in modo da eliminare ogni possibilità di rifiuto. In tutto ciò, aggiungeva un’allegria che ci aiutava a dimenticare l’argomento triste che ci occupava. Infine, una padrona di casa attenta e premurosa non avrebbe potuto dedicare, nemmeno in piena salute, agli estranei cure più affettuose e gentili di quelle che Julie, malata e prossima alla morte, riservava alla sua famiglia. Niente di ciò che avevo previsto accadeva; nulla di ciò che vedevo trovava spiegazione nella mia mente. Non sapevo che cosa immaginare. Ero semplicemente sconvolto.

Dopo cena fu annunciato il signor ministro. Veniva come amico di casa, cosa che gli accadeva molto spesso. Anche se non l’avevo fatto chiamare, poiché Julie non lo aveva richiesto, devo ammettere che fui molto felice della sua visita; e non credo che, in una circostanza del genere, nemmeno il credente più zelante avrebbe potuto riceverla con maggiore piacere. La sua presenza avrebbe chiarito molti dubbi e mi avrebbe tolto da una strana perplessità.

Ricordate il motivo che mi aveva spinto ad annunciarle la sua prossima fine. Riguardo all’effetto che, secondo me, quella terribile notizia avrebbe dovuto avere su di lei, come si può concepire quello che in realtà ha prodotto? Che cosa! Quella donna devota, che in condizioni di salute normali non trascorre nemmeno un giorno senza pregare, che trova piacere nella preghiera. Le restano soltanto due giorni da vivere; sa di dover presto affrontare il giudice terribile. E invece di prepararsi a quel momento spaventoso, invece di mettere in ordine la propria coscienza, si dedica ad abbellire la sua stanza, a curarsi, a chiacchierare con gli amici, a rendere più piacevole il loro pasto. E in tutte le sue conversazioni, nemmeno una parola su Dio o sulla salvezza! Cosa dovevo pensare di lei e dei suoi veri sentimenti? Come potevo conciliare il suo comportamento con quelle idee che avevo riguardo alla sua devozione? Come potevo spiegare il modo in cui utilizzava gli ultimi momenti della sua vita, considerando ciò che aveva detto al medico riguardo all’importanza di quei momenti. Tutto questo, a mio parere, formava un enigma inspiegabile. Perché, dopotutto, anche se non mi aspettavo certo di trovarla immersa in quelle piccole frivolezze tipiche delle devote, sembrava comunque il momento giusto per riflettere su ciò che lei riteneva così importante da non poter permettersi alcun ritardo. Se si è devoti durante le difficoltà di questa vita, perché non lo si sarà anche nel momento in cui bisogna lasciarla e pensare all’altra?

Queste riflessioni mi portarono in una situazione a cui non mi sarei mai aspettato di arrivare. Iniziai quasi ad angosciarmi all’idea che le mie opinioni, espresse con troppa franchezza, potessero finire per prevalere su di lei. Non avevo adottato le sue idee, eppure non avrei voluto che lei rinunciasse alle sue. Se fossi stato malato, sarei sicuramente morto nella mia convinzione; ma desideravo che lei morisse nella sua, e in un certo senso sentivo di rischiare di più in lei che in me stesso. Queste contraddizioni vi sembreranno stravaganti; a me non sembrano razionali, eppure sono esistite davvero. Non mi assumo il compito di giustificarle; vi le racconto semplicemente così come sono.

Finalmente arrivò il momento in cui i miei dubbi avrebbero trovato risposta. Era infatti facile prevedere che, prima o poi, il pastore avrebbe portato la conversazione su ciò che costituiva l’oggetto del suo ministero; e quando Julie fosse stata in grado di nascondere i propri veri sentimenti nelle sue risposte, le sarebbe stato molto difficile riuscirci al punto da non farmi scoprire la verità.

Tutto è andato esattamente come avevo previsto. Lascio da parte le frasi banali e piene di lodi che hanno servito da transizione per passare al discorso sul ministro stesso; lascio anche quelle parole commoventi riguardo alla felicità di concludere una buona vita con una fine cristiana. Aggiunse inoltre che, a dire il vero, talvolta aveva riscontrato nel ministro alcuni sentimenti che non coincidevano del tutto con la dottrina della Chiesa, ovvero con quella che la ragione più sana poteva trarre dagli Scritti; ma poiché questi sentimenti non erano mai stati difesi apertamente, sperava che il ministro volesse morire proprio come aveva vissuto, nella comunione dei fedeli, e aderire in tutto alla comune professione di fede.

Poiché la risposta di Julie era decisiva per dissipare i miei dubbi e, riguardo ai luoghi comuni, non corrispondeva affatto al tipo di esortazione che mi aspettavo, vi la riferirò quasi parola per parola; l’avevo infatti ascoltata attentamente e avevo intenzione di scriverla subito dopo.

“Permettetemi, signore, di iniziare ringraziandovi per tutti i riguardi che avete dimostrato nel guidarmi sulla retta via della morale e della fede cristiana, nonché per la dolcezza con cui avete corretto o tollerato i miei errori quando mi sono smarrita. Profondamente rispettosa del vostro zelo e grata delle vostre gentilezze, dichiaro con piacere di dovervi tutte le mie buone intenzioni, e che voi mi avete sempre spinta a fare il bene e a credere nella verità.”

Ho vissuto e muoio nella comunità protestante, la quale trae la sua unica regola dall’Scrittura sacra e dalla ragione; il mio cuore ha sempre confermato ciò che la mia bocca pronunciava; e quando non ho dimostrato verso le vostre luci tutta la sottomissione che forse sarebbe stata necessaria, ciò è stato dovuto alla mia avversione per qualsiasi tipo di mascheramento: ciò che mi era impossibile credere, non ho potuto dire se non che lo credevo; ho sempre cercato sinceramente ciò che fosse conforme alla gloria di Dio e alla verità. Ho potuto sbagliare nella mia ricerca; non ho l’orgoglio di pensare di aver sempre avuto ragione: forse ho sempre avuto torto; ma le mie intenzioni sono state sempre pure, e ho sempre creduto in ciò che dicevo di credere. In questo punto, tutto dipendeva da me; se Dio non ha illuminato la mia ragione oltre i limiti della mia capacità, Egli è misericordioso e giusto; potrebbe forse chiedermi conto di un dono che non mi ha fatto?

« Voilà, monsieur, ce que j’avais d’essentiel à vous dire sur les sentiments que j’ai professés. Sur tout le reste mon état présent vous répond pour moi. Distraite par le mal, livrée au délire de la fièvre, est-il temps d’essayer de raisonner mieux que je n’ai fait, jouissant d’un entendement aussi sain que je l’ai reçu ? Si je me suis trompée alors, me tromperais-je moins aujourd’hui, et dans l’abattement où je suis, dépend-il de moi de croire autre chose que ce que j’ai cru étant en santé ? C’est la raison qui décide du sentiment qu’on préfère ; et la mienne ayant perdu ses meilleures fonctions, quelle autorité peut donner ce qui m’en reste aux opinions que j’adopterais sans elle ? Que me reste-t-il donc désormais à faire ? C’est de m’en rapporter à ce que j’ai cru ci-devant : car la droiture d’intention est la même, et j’ai le jugement de moins. Si je suis dans l’erreur, c’est sans l’aimer ; cela suffit pour me tranquilliser sur ma croyance.

Quant à la préparation à la mort, Monsieur, elle est faite ; mal, il est vrai, mais de mon mieux, et mieux du moins que je ne la pourrais faire à présent. J’ai tâché de ne pas attendre, pour remplir cet important devoir, que j’en fusse incapable. Je priais en santé, maintenant je me résigne. La prière du malade est la patience. La préparation à la mort est une bonne vie ; je n’en connais point d’autre. Quand je conversais avec vous, quand je me recueillais seule, quand je m’efforçais de remplir les devoirs que Dieu m’impose, c’est alors que je me disposais à paraître devant lui, c’est alors que je l’adorais de toutes les forces qu’il m’a données : que ferais-je aujourd’hui que je les ai perdues ? Mon âme aliénée est-elle en état de s’élever à lui ? Ces restes d’une vie à demi éteinte, absorbés par la souffrance, sont-ils dignes de lui être offerts ? Non, monsieur, il me les laisse pour être donnés à ceux qu’il m’a fait aimer et qu’il veut que je quitte ; je leur fais mes adieux pour aller à lui ; c’est d’eux qu’il faut que je m’occupe : bientôt je m’occuperai de lui seul. Mes derniers plaisirs sur la terre sont aussi mes derniers devoirs : n’est-ce pas le servir encore et faire sa volonté, que de remplir les soins que l’humanité m’impose avant d’abandonner sa dépouille ? Que faire pour apaiser des troubles que je n’ai pas ? Ma conscience n’est point agitée ; si quelquefois elle m’a donné des craintes, j’en avais plus en santé qu’aujourd’hui. Ma confiance les efface ; elle me dit que Dieu est plus clément que je ne suis coupable, et ma sécurité redouble en me sentant approcher de lui. Je ne lui porte point un repentir imparfait, tardif et forcé, qui, dicté par la peur, ne saurait être sincère, et n’est qu’un piège pour le tromper. Je ne lui porte pas le reste et le rebut de mes jours, pleins de peine et d’ennuis, en proie à la maladie, aux douleurs, aux angoisses de la mort, et que je ne lui donnerais que quand je n’en pourrais plus rien faire. Je lui porte ma vie entière, pleine de péchés et de fautes, mais exempte des remords de l’impie et des crimes du méchant.

À quels tourments Dieu pourrait-il condamner mon âme ? Les réprouvés, dit-on, le haïssent ; il faudrait donc qu’il m’empêchât de l’aimer ? Je ne crains pas d’augmenter leur nombre. O grand Être ! Être éternel, suprême intelligence, source de vie et de félicité, créateur, conservateur, père de l’homme et roi de la nature, Dieu très puissant, très bon, dont je ne doutai jamais un moment, et sous les yeux duquel j’aimai toujours à vivre ! je le sais, je m’en réjouis, je vais paraître devant ton trône. Dans peu de jours mon âme, libre de sa dépouille, commencera de t’offrir plus dignement cet immortel hommage qui doit faire mon bonheur durant l’éternité. Je compte pour rien tout ce que je serai jusqu’à ce moment. Mon corps vit encore, mais ma vie morale est finie. Je suis au bout de ma carrière, et déjà jugée sur le passé. Souffrir et mourir est tout ce qui me reste à faire ; c’est l’affaire de la nature : mais moi, j’ai tâché de vivre de manière à n’avoir pas besoin de songer à la mort ; et maintenant qu’elle approche, je la vois venir sans effroi. Qui s’endort dans le sein d’un père n’est pas en souci du réveil. »

Ce discours, prononcé d’abord d’un ton grave et posé, puis avec plus d’accent et d’une voix plus élevée, fit sur tous les assistants, sans m’en excepter, une impression d’autant plus vive, que les yeux de celle qui le prononça brillaient d’un feu surnaturel ; un nouvel éclat animait son teint, elle paraissait rayonnante ; et s’il y a quelque chose au monde qui mérite le nom de céleste, c’était son visage tandis qu’elle parlait.

Le pasteur lui-même, saisi, transporté de ce qu’il venait d’entendre, s’écria en levant les mains et les yeux au ciel : « Grand Dieu, voilà le culte qui t’honore ; daigne t’y rendre propice ; les humains t’en offrent peu de pareils.

Madame, dit-il en s’approchant du lit, je croyais vous instruire, et c’est vous qui m’instruisez. Je n’ai plus rien à vous dire. Vous avez la véritable foi, celle qui fait aimer Dieu. Emportez ce précieux repos d’une bonne conscience, il ne vous trompera pas ; j’ai vu bien des chrétiens dans l’état où vous êtes, je ne l’ai trouvé qu’en vous seule. Quelle différence d’une fin si paisible à celle de ces pécheurs bourrelés qui n’accumulent tant de vaines et sèches prières que parce qu’ils sont indignes d’être exaucés ! Madame, votre mort est aussi belle que votre vie : vous avez vécu pour la charité ; vous mourez martyre de l’amour maternel. Soit que Dieu vous rende à nous pour nous servir d’exemple, soit qu’il vous appelle à lui pour couronner vos vertus, puissions-nous tous tant que nous sommes vivre et mourir comme vous ! Nous serons bien sûrs du bonheur de l’autre vie. »

Il voulut s’en aller ; elle le retint. « Vous êtes de mes amis, lui dit-elle, et l’un de ceux que je vois avec le plus de plaisir ; c’est pour eux que mes derniers moments me sont précieux. Nous allons nous quitter pour si longtemps qu’il ne faut pas nous quitter si vite. » Il fut charmé de rester, et je sortis là-dessus.

En rentrant, je vis que la conversation avait continué sur le même sujet, mais d’un autre ton et comme sur une matière indifférente. Le pasteur parlait de l’esprit faux qu’on donnait au christianisme en n’en faisant que la religion des mourants, et de ses ministres des hommes de mauvais augure. « On nous regarde, disait-il, comme des messagers de mort, parce que, dans l’opinion commode qu’un quart d’heure de repentir suffit pour effacer cinquante ans de crimes, on n’aime à nous voir que dans ce temps-là. Il faut nous vêtir d’une couleur lugubre ; il faut affecter un air sévère ; on n’épargne rien pour nous rendre effrayants. Dans les autres cultes, c’est pis encore. Un catholique mourant n’est environné que d’objets qui l’épouvantent, et de cérémonies qui l’enterrent tout vivant. Au soin qu’on prend d’écarter de lui les démons, il croit en voir sa chambre pleine ; il meurt cent fois de terreur avant qu’on l’achève ; et c’est dans cet état d’effroi que l’Église aime à le plonger pour avoir meilleur marché de sa bourse. — Rendons grâces au ciel, dit Julie, de n’être point nés dans ces religions vénales qui tuent les gens pour en hériter, et qui, vendant le paradis aux riches, portent jusqu’en l’autre monde l’injuste inégalité qui règne dans celui-ci. Je ne doute point que toutes ces sombres idées ne fomentent l’incrédulité, et ne donnent une aversion naturelle pour le culte qui les nourrit. J’espère, dit-elle en me regardant, que celui qui doit élever nos enfants prendra des maximes tout opposées, et qu’il ne leur rendra point la religion lugubre et triste en y mêlant incessamment des pensées de mort. S’il leur apprend à bien vivre, ils sauront assez bien mourir. »

“Here, sir, is what I had essentially to tell you regarding the feelings I have expressed. As for everything else, my current state speaks for itself. Distraught by illness, overwhelmed by the delirium of fever—is it even possible for me to reason more clearly than I did before, when I still possessed a sound mind? If I erred then, would I err any less today? In this state of weakness and despair, is it really up to me to believe anything other than what I believed when I was healthy? It is reason alone that determines which feelings one should pursue; but since my reason has lost its most vital functions, what authority can the little that remains grant to the opinions I might form without it? What is left for me to do, then? To rely solely on what I believed in the past—for my intentions remain unchanged, even if my judgment has weakened. If I am mistaken, it is certainly not out of love for that belief; and that alone should suffice to reassure me in my convictions.”

As for preparing for death, sir, I have done so; indeed, not perfectly, but as best I could, and at least better than I could now. I tried not to wait until I was no longer able to fulfill this important duty. I prayed when I was healthy; now I accept my fate in resignation. The prayer of the sick is patience. Preparing for death means living a good life; I know of none other. When I conversed with you, when I meditated in solitude, when I tried to fulfill the duties that God had imposed upon me, it was then that I prepared myself to appear before Him, that I adored Him with all the strength He had given me. What could I do today, now that I have lost that strength? Is my soul, estranged from Him, even capable of rising toward Him? Are these remnants of a half-extinguished life, consumed by suffering, worthy to be offered to Him? No, sir; He allows me to give them to those whom He has made me love and whom I am meant to leave behind. I bid them farewell in order to go to Him; it is for them that I must now focus my attention—soon, I will focus solely on Him. My last pleasures on earth are also my last duties: is not serving Him further and fulfilling His will nothing more than carrying out the responsibilities that humanity demands of me before I abandon its remains? What can I do to alleviate troubles that I do not even possess? My conscience is at peace; if it ever caused me fear, I feared even more when I was healthy. My trust in God erases those fears; it tells me that He is far more merciful than I am guilty. And as I feel myself drawing closer to Him, my confidence grows. I do not bring to Him a half-hearted, tardive, and forced repentance—such repentance, born of fear, could never be sincere and would only be a trick to deceive Him. I do not bring to Him the residue of my life, filled with pain, troubles, illness, suffering, and the anxieties of death; I would offer that only when I were no longer able to care for it. Instead, I bring Him my entire life—full of sins and mistakes, but free from the remorse of the ungodly and the crimes of the wicked.

What torments might God condemn my soul to? It is said that the condemned hate Him; therefore, should He not prevent me from loving Him? I fear not that I will increase their number. O Great Being! Eternal Being, supreme intelligence, source of life and happiness, Creator, Preserver, Father of man, and King of nature—God, all-powerful and all-good, whom I never doubted for a single moment, and in whose presence I always cherished the joy of living! I know it; I rejoice in it; I shall soon appear before your throne. In a few days, my soul, freed from its mortal vessel, will begin to offer you this immortal tribute that shall bring me eternal happiness. I consider everything I will be until then to be insignificant. My body still lives, but my moral life is over. I have reached the end of my earthly existence, and my actions have already been judged. To suffer and die—such is the fate appointed by nature; but I have strived to live in such a way that I would never need to think of death. And now that it approaches, I see it coming without fear. “Who sleeps in the embrace of a father need not worry about waking.”

This speech, delivered at first in a grave and composed tone, then with more emphasis and a higher pitch, made a particularly deep impression on all those present, including me. Moreover, the eyes of the speaker shone with an otherworldly intensity; a new glow animated her complexion, and she seemed to radiate brilliance. If there is anything in this world that truly deserves to be called celestial, it was her face as she spoke.

The pastor himself, seized and moved by what he had just heard, cried out, raising his hands and looking up to the heavens: “Great God, this is the worship that honours You; please grant Your favor upon it; humans offer You few such things.”

“Madam,” he said as he approached the bed, “I thought I was teaching you, but it is you who are teaching me. I have nothing more to say to you. You possess true faith—the kind that makes one love God. Take with you this precious peace of a good conscience; it will never deceive you. I have seen many Christians in the same state as you, but I have found such faith only in you. What a difference between such a peaceful end and the miserable fate of those sinners who utter so many vain and empty prayers merely because they are unworthy of having their prayers answered! Madam, your death is just as beautiful as your life: you lived for charity; you die as a martyr of maternal love. Whether God brings you back to us to serve as an example for us, or whether he calls you to himself to crown your virtues—may we all, while we are alive, live and die as you have done! We shall then be certain of our happiness in the next life.”

He wanted to leave; she stopped him. “You are one of my friends,” she said to him, “one of those whom I enjoy seeing the most; it is for their sake that my last moments are precious to me. We will be separated for such a long time that we must not part so quickly.” He was delighted to stay, and that’s how things ended.

Upon returning, I saw that the conversation had continued on the same subject, but in a different tone, as if it were about some indifferent matter. The pastor spoke of the false spirit that is imparted to Christianity when it is reduced merely to the religion of the dying, and of its ministers as men of ill omen. “People regard us,” he said, “as messengers of death, because, in the convenient belief that a quarter of an hour of repentance is enough to erase fifty years of sins, they only wish to see us during that brief period. We are forced to dress in somber colors, to assume a severe demeanor; every effort is made to make us appear frightening. In other religions, it is even worse. A dying Catholic is surrounded by objects that fill him with terror and ceremonies that seem to bury him alive. The care taken to drive away demons from his bedside makes him believe his room is filled with them; he dies a hundred times over in fear before his end comes. And it is in such a state of dread that the Church delights to plunge people into, in order to exploit their wealth more easily. — Let us be grateful to heaven,” said Julie, “that we were not born into these venal religions that kill people in order to inherit their property, and that sell paradise to the rich, carrying the unjust inequality of this world with them into the next. I have no doubt that all these gloomy ideas foster disbelief and arouse a natural aversion toward the religion that nurtures them. I hope,” she added, looking at me, “that those who will raise our children will adopt principles entirely contrary to these, and will not render religion a somber and sorrowful experience by constantly filling it with thoughts of death. If they teach them how to live well, they will know how to die well as well.”

“Ecco, signore, tutto ciò che avevo di essenziale da dirvi riguardo ai sentimenti che ho provato in passato. Per quanto riguarda il resto, la mia situazione attuale parla per me. Distolta dalla malattia, sopraffatta dal delirio della febbre, è davvero il momento di cercare di ragionare meglio di quanto abbia fatto in precedenza, godendo ancora di una mente sana come quella che avevo? Se allora mi sono sbagliata, potrei sbagliarmi meno oggi? E nella condizione di debolezza in cui mi trovo, dipende da me credere in qualcosa diverso da ciò in cui credevo quando ero sana? È la ragione a determinare quale sentimento si preferisca; ma poiché la mia ragione ha perso le sue funzioni migliori, quale autorità potrebbe dare valore alle opinioni che adottassi senza di essa? Quindi, cosa mi resta da fare ora? Riferirmi semplicemente a ciò in cui credevo in passato: poiché l’intenzione è sempre la stessa, anche se il giudizio è diminuito. Se mi sbaglio, è perché non amo più quella persona; e questo basta per tranquillizzarmi riguardo alla mia fede.”

Per quanto riguarda la preparazione alla morte, signore, è stata fatta; certo, in modo imperfetto, ma con tutto il mio impegno, e almeno meglio di quanto potrei farlo ora. Ho cercato di non attendere fino a quando fossi diventata incapace di adempiere a questo importante dovere. Quando ero sana pregavo, ora mi rassegno. La preghiera del malato è la pazienza; la preparazione alla morte consiste in una vita virtuosa: non ne conosco altra. Quando conversavo con voi, quando mi ritiravo in solitudine, quando cercavo di adempiere ai doveri che Dio mi imponeva, era allora che mi preparavo a presentarmi davanti a Lui, che Lo adoravo con tutte le forze che Mi aveva dato. Cosa potrei fare oggi, ora che ho perso quelle forze? La mia anima, ormai lontana da Lui, è ancora in grado di elevarsi verso di Lui? Questi resti di una vita quasi spenta, assorbiti dal dolore, sono davvero degni di essere offerti a Lui? No, signore. Lui mi lascia questi beni per che io li doni a coloro che Mi ha fatto amare e da cui devo separarmi; mi congedo da loro per andare da Lui. È di loro che devo occuparmi ora; presto mi occuperò soltanto di Lui. Gli ultimi piaceri che ho sulla terra sono anche i miei ultimi doveri. Non è forse servirLo ancora e compiere la Sua volontà, adempiere ai doveri che l’umanità Mi impone prima di abbandonare il Suo corpo? Cosa posso fare per placare dei turbamenti che non ho causato io stessa? La mia coscienza non è turbata; se talvolta mi ha fatto provare paura, ne provavo di più quando ero sana che oggi. La mia fiducia in Lui cancella quelle paure; Mi dice che Dio è più misericordioso di quanto io sia colpevole. E la Mia sicurezza aumenta man mano che Mi avvicino a Lui. Non Gli porto un pentimento imperfetto, tardivo e forzato, nato dalla paura e quindi certo non sincero. Non Gli porto nemmeno i resti di una vita piena di dolore, sofferenza e angoscia. Li lascerei solo se non potessi più farne nulla. Gli porto tutta la Mia vita, piena di peccati e errori. Ma priva dei rimorsi dell’empio e dei crimini del malvagio.

A quali tormenti Dio potrebbe condannare la mia anima? Si dice che coloro che sono ripudiati odino Dio; quindi dovrebbe impedirmi di amarlo. Non temo affatto di aumentarne il numero. Oh grande Essere! Essere eterno, intelligenza suprema, fonte di vita e di felicità, creatore, conservatore, padre dell’uomo e re della natura. Dio, molto potente e molto buono, di cui non ho mai dubitato un istante, e al cui cospetto ho sempre desiderato vivere! Lo so, ne sono lieto: apparirò davanti al tuo trono. Tra pochi giorni la mia anima, liberata dal suo guscio terreno, inizierà a offrirti con maggiore dignità quell’omaggio immortale che renderà felice per l’eternità. Non considero nulla di ciò che sarò fino a quel momento; il mio corpo vive ancora, ma la mia vita morale è finita. Sono giunto alla fine del mio cammino, e già sono stato giudicato in base al passato. Soffrire e morire, è tutto ciò che mi resta da fare. Ma io ho cercato di vivere in modo da non dover mai pensare alla morte. E ora, che si avvicina, la vedo arrivare senza paura. Chi si addormenta nel grembo di un padre non teme il risveglio.

Questo discorso, pronunciato inizialmente con tono grave e serio, poi con maggiore enfasi e voce più alta, produsse su tutti gli ascoltatori, me compreso, un’impressione ancora più profonda; gli occhi di chi lo pronunciava brillavano di una luce soprannaturale, il suo viso splendeva di nuova vitalità; se esiste qualcosa al mondo che meriti davvero il nome di “celestiale”, era certamente il suo volto in quel momento.

Anche il pastore stesso, colpito e commosso da quanto aveva appena sentito, esclamò alzando le mani e gli occhi al cielo: “Grande Dio, ecco un culto che ti onora; concedi di esserne favorevole. Gli uomini ti offrono pochi simili sacrifici”.

“Madame,” disse avvicinandosi al letto, “pensavo di insegnarvi io, e invece siete voi a insegnarmi. Non ho più nulla da dirvi. Voi possedete la vera fede, quella che fa amare Dio. Portate con voi questo prezioso riposo derivante da una coscienza pulita: non vi ingannerà mai. Ho visto molti cristiani nello stato in cui siete voi, ma l’ho trovato soltanto in voi. Che differenza tra una fine così serena e quella di quei peccatori che accumulano tante preghiere vane e sterili, solo perché non meritano di essere ascoltati! Madame, la vostra morte è altrettanto bella quanto la vostra vita: avete vissuto per la carità, morite come martire dell’amore materno. Che Dio vi riporti tra noi per farci da esempio, o che vi chiami a sé per coronare le vostre virtù, possiamo tutti, finché siamo in vita, vivere e morire come voi! Saremo certi del paradiso nell’altra vita.”

Voleva andarsene; lei lo trattenne. “Sei uno dei miei amici”, gli disse, “e uno di quelli che vedo con maggiore piacere; sono per loro che i miei ultimi momenti hanno un valore particolare. Ci separeremo per così tanto tempo che non dobbiamo lasciarci subito.” Lui fu felice di restare, e io me ne andai in quel momento.

Tornando a casa, vidi che la conversazione continuava sullo stesso argomento, ma con un tono diverso e come se si trattasse di una questione indifferente. Il pastore parlava dello spirito errato che veniva attribuito al cristianesimo, quando esso veniva considerato soltanto la religione dei moribondi, e dei suoi ministri come persone di cattivo auspicio. “Ci considerano”, diceva, “come messaggeri di morte, perché, nella convinzione errata che un quarto d’ora di pentimento sia sufficiente per cancellare cinquant’anni di crimini, ci si vede soltanto in quei momenti. Dobbiamo vestirci di colori cupi; dobbiamo assumere un atteggiamento severo; non si risparmia nulla per renderci spaventosi. Nei altri culti la situazione è ancora peggiore: un cattolico morente viene circondato soltanto da oggetti che lo terrorizzano e da cerimonie che lo “seppelliscono” mentre è ancora vivo. Si fa di tutto per allontanare i demoni da lui, ma lui crede di vederne la stanza piena; muore cento volte di terrore prima che la sua vita termini. E è in questo stato di paura che la Chiesa ama gettarlo, per poter sfruttare più facilmente il suo denaro. — Ringraziamo il cielo”, disse Julie, “per non essere nati in queste religioni vili che uccidono le persone soltanto per ereditarne i beni, e che, vendendo il paradiso ai ricchi, portano anche nell’altro mondo l’ingiusta disuguaglianza che regna in questo. Non dubito affatto che tutte queste idee oscure favoriscano l’incredulità e suscitino un naturale disgusto per il culto che le alimenta. Spero”, aggiunse guardandomi, “che colui che dovrà educare i nostri figli adotti principi completamente opposti, e non renda loro la religione una cosa cupa e triste, mescolandovi continuamente pensieri di morte. Se impareranno a vivere bene, sapranno anche morire con dignità.”

Dans la suite de cet entretien, qui fut moins serré et plus interrompu que je ne vous le rapporte, j’achevai de concevoir les maximes de Julie et la conduite qui m’avait scandalisé. Tout cela tenait à ce que, sentant son état parfaitement désespéré, elle ne songeait plus qu’à en écarter l’inutile et funèbre appareil dont l’effroi des mourants les environne, soit pour donner le change à notre affliction, soit pour s’ôter à elle-même un spectacle attristant à pure perte. « La mort, disait-elle, est déjà si pénible ! pourquoi la rendre encore hideuse ? Les soins que les autres perdent à vouloir prolonger leur vie, je les emploie à jouir de la mienne jusqu’au bout : il ne s’agit que de savoir prendre son parti ; tout le reste va de lui-même. Ferai-je de ma chambre un hôpital, un objet de dégoût et d’ennui, tandis que mon dernier soin est d’y rassembler tout ce qui m’est cher ? Si j’y laisse croupir le mauvais air, il faudra en écarter mes enfants, ou exposer leur santé. Si je reste dans un équipage à faire peur, personne ne me reconnaîtra plus ; je ne serai plus la même ; vous vous souviendrez tous de m’avoir aimée, et ne pourrez plus me souffrir ; j’aurai, moi vivante, l’affreux spectacle de l’horreur que je ferai, même à mes amis, comme si j’étais déjà morte. Au lieu de cela, j’ai trouvé l’art d’étendre ma vie sans la prolonger. J’existe, j’aime, je suis aimée, je vis jusqu’à mon dernier soupir. L’instant de la mort n’est rien ; le mal de la nature est peu de chose ; j’ai banni tous ceux de l’opinion. »

Tous ces entretiens et d’autres semblables se passaient entre la malade, le pasteur, quelquefois le médecin, la Fanchon et moi. Mme d’Orbe y était toujours présente, et ne s’y mêlait jamais. Attentive aux besoins de son amie, elle était prompte à la servir. Le reste du temps, immobile et presque inanimée, elle la regardait sans rien dire, et sans rien entendre de ce qu’on disait.

Pour moi, craignant que Julie ne parlât jusqu’à s’épuiser, je pris le moment que le ministre et le médecin s’étaient mis à causer ensemble ; et, m’approchant d’elle, je lui dis à l’oreille : « Voilà bien des discours pour une malade ! voilà bien de la raison pour quelqu’un qui se croit hors d’état de raisonner ! »

« Oui, me dit-elle tout bas, je parle trop pour une malade, mais non pas pour une mourante, bientôt je ne dirai plus rien. À l’égard des raisonnements, je n’en fais plus, mais j’en ai fait. Je savais en santé qu’il fallait mourir. J’ai souvent réfléchi sur ma dernière maladie ; je profite aujourd’hui de ma prévoyance. Je ne suis plus en état de penser ni de résoudre ; je ne fais que dire ce que j’avais pensé, et pratiquer ce que j’avais résolu. »

Le reste de la journée, à quelques accidents près, se passa avec la même tranquillité, et presque de la même manière que quand tout le monde se portait bien. Julie était, comme en pleine santé, douce et caressante ; elle parlait avec le même sens, avec la même liberté d’esprit, même d’un air serein qui allait quelquefois jusqu’à la gaieté. Enfin, je continuais de démêler dans ses yeux un certain mouvement de joie qui m’inquiétait de plus en plus, et sur lequel je résolus de m’éclaircir avec elle.

Je n’attendis pas plus tard que le même soir. Comme elle vit que je m’étais ménagé un tête-à-tête, elle me dit : « Vous m’avez prévenue, j’avais à vous parler. — Fort bien, lui dis-je ; mais puisque j’ai pris les devants, laissez-moi m’expliquer le premier. »

Alors, m’étant assis auprès d’elle, et la regardant fixement, je lui dis : « Julie, ma chère Julie ! vous avez navré mon coeur : hélas ! vous avez attendu bien tard ! Oui, continuai-je, voyant qu’elle me regardait avec surprise, je vous ai pénétrée ; vous vous réjouissez de mourir ; vous êtes bien aise de me quitter. Rappelez-vous la conduite de votre époux depuis que nous vivons ensemble ; ai-je mérité de votre part un sentiment si cruel ? » À l’instant elle me prit les mains, et de ce ton qui savait aller chercher l’âme : « Qui ? moi ? je veux vous quitter ? Est-ce ainsi que vous lisez dans mon coeur ? Avez-vous sitôt oublié notre entretien d’hier ? — Cependant, repris-je, vous mourez contente… je l’ai vu… je le vois… — Arrêtez, dit-elle ; il est vrai, je meurs contente ; mais c’est de mourir comme j’ai vécu, digne d’être votre épouse. Ne m’en demandez pas davantage, je ne vous dirai rien de plus ; mais voici, continua-t-elle en tirant un papier de dessous son chevet, où vous achèverez d’éclaircir ce mystère. » Ce papier était une lettre ; et je vis qu’elle vous était adressée. « Je vous la remets ouverte, ajouta-t-elle en me la donnant, afin qu’après l’avoir lue vous vous déterminiez à l’envoyer ou à la supprimer, selon ce que vous trouverez le plus convenable à votre sagesse et à mon honneur. Je vous prie de ne la lire que quand je ne serai plus ; et je suis si sûre de ce que vous ferez à ma prière, que je ne veux pas même que vous me le promettiez. » Cette lettre, cher Saint-Preux, est celle que vous trouverez ci-jointe. J’ai beau savoir que celle qui l’a écrite est morte, j’ai peine à croire qu’elle n’est plus rien.

Elle me parla ensuite de son père avec inquiétude. « Quoi ! dit-elle, il sait sa fille en danger, et je n’entends point parler de lui ! Lui serait-il arrivé quelque malheur ? Aurait-il cessé de m’aimer ? Quoi ! mon père !… ce père si tendre… m’abandonner ainsi !… me laisser mourir sans le voir… sans recevoir sa bénédiction… ses derniers embrassements !… O Dieu ! quels reproches amers il se fera quand il ne me trouvera plus !… » Cette réflexion lui était douloureuse. Je jugeai qu’elle supporterait plus aisément l’idée de son père malade que celle de son père indifférent. Je pris le parti de lui avouer la vérité. En effet, l’alarme qu’elle en conçut se trouva moins cruelle que ses premiers soupçons. Cependant la pensée de ne plus le revoir l’affecta vivement. « Hélas ! dit-elle, que deviendra-t-il après moi ? à quoi tiendra-t-il ? Survivre à toute sa famille !… quelle vie sera la sienne ? Il sera seul, il ne vivra plus. » Ce moment fut un de ceux où l’horreur de la mort se faisait sentir, et où la nature reprenait son empire. Elle soupira, joignit les mains, leva les yeux ; et je vis qu’en effet elle employait cette difficile prière qu’elle avait dit être celle du malade.

Elle revint à moi. « Je me sens faible, dit-elle ; je prévois que cet entretien pourrait être le dernier que nous aurons ensemble. Au nom de notre union, au nom de nos chers enfants qui en sont le gage, ne soyez plus injuste envers votre épouse. Moi, me réjouir de vous quitter ! vous qui n’avez vécu que pour me rendre heureuse et sage ; vous de tous les hommes celui qui me convenait le plus, le seul peut-être avec qui je pouvais faire un bon ménage et devenir une femme de bien ! Ah ! croyez que si je mettais un prix à la vie, c’était pour la passer avec vous. » Ces mots prononcés avec tendresse m’émurent au point qu’en portant fréquemment à ma bouche ses mains que je tenais dans les miennes, je les sentis se mouiller de mes pleurs. Je ne croyais pas mes yeux faits pour en répandre. Ce furent les premiers depuis ma naissance, ce seront les derniers jusqu’à ma mort. Après en avoir versé pour Julie, il n’en faut plus verser pour rien.

Ce jour fut pour elle un jour de fatigue. La préparation de Mme d’Orbe durant la nuit, la scène des enfants le matin, celle du ministre l’après-midi, l’entretien du soir avec moi, l’avaient jetée dans l’épuisement. Elle eut un peu plus de repos cette nuit-là que les précédentes, soit à cause de sa faiblesse, soit qu’en effet la fièvre et le redoublement fussent moindres.

In the course of this conversation, which was less intense and more interrupted than I relate to you here, I finally came to understand Julie’s principles and the attitude that had shocked me so much. It all stemmed from the fact that, realizing her situation was utterly desperate, she no longer thought about eliminating the unnecessary and gruesome elements surrounding the dying—whether it was to distract us from our sorrow or to spare herself the sight of such a pitiful spectacle. “Death is already so painful enough!” she said. “Why make it even more horrible? The efforts others make to prolong their lives, I use to enjoy mine to the very end. It’s simply a matter of choosing one’s course; everything else will follow naturally. Would I turn my room into a hospital, a source of disgust and boredom, when my last concern should be to gather around me everything that is dear to me? If I allow foul air to accumulate there, I would have to keep my children away—or risk their health. If I remain in such a frightening state, no one will recognize me anymore; I will no longer be the same person. You all will remember having loved me, but you will no longer be able to bear it. While still alive, I would have to endure the horrible sight of the horror I inflict on even my friends, as if I were already dead. Instead, I have found a way to extend my life without actually prolonging it. I exist; I love; I am loved; I live until my last breath. The moment of death is nothing; the suffering of nature is insignificant; I have banished all such concerns from my mind.”

All these conversations and others of a similar nature took place between the sick woman, the pastor, sometimes the doctor, Fanchon, and me. Madame d’Orbe was always present, but she never participated in them. Attentive to her friend’s needs, she was always ready to assist her. For the rest of the time, motionless and almost lifeless, she would watch her without saying a word, and without hearing anything that was said.

fearing that Julie might talk until she ran out of breath, I took the opportunity when the minister and the doctor began to converse together; and, approaching her, I whispered in her ear: “What a lot of talking for someone who is ill! What a display of ‘reason’ from someone who thinks they are no longer capable of reasoning!”

“Yes,” she said in a low voice, “I talk too much for someone who is ill, but not for someone who is dying—soon I will say nothing at all. As for reasoning, I no longer engage in it, but I once did. When I was healthy, I knew that one must die. I often thought about my final illness; today, I am benefiting from my foresight. I am no longer able to think or make decisions; I merely speak out what I had thought and put into practice what I had resolved to do.”

For the rest of the day, apart from a few minor incidents, everything proceeded with the same tranquility, and almost in the same manner as when everyone was feeling well. Julie was as gentle and affectionate as if she were perfectly healthy; she spoke with the same sense, with the same freedom of mind, and even with a calmness that at times bordered on cheerfulness. Finally, I continued to notice a certain gleam of joy in her eyes that worried me increasingly, and I resolved to clarify things with her about it.

I did not wait any longer than that very evening. Seeing that I had arranged for a private conversation with her, she said to me, “You warned me; I needed to talk to you.” “Very well,” I replied, “but since I took the initiative, let me explain myself first.”

So, after sitting down beside her and looking at her intently, I said to her: “Julie, my dear Julie! You have broken my heart. Alas, you waited too long to do it! Yes,” I continued, seeing that she was looking at me in surprise, “I have understood your feelings; you are glad to die. You are relieved to leave me. Remember how your husband has behaved since we began living together. Have I deserved such cruelty from you?” At that moment, she took my hands and, in a voice that seemed to reach straight into my soul, said: “Me? Want to leave you? Is that what you read in my heart? Have you already forgotten our conversation yesterday?, ” “Yet,” I replied, “you are dying contentedly. I saw it. I see it still, ” “Stop,” she said. “It’s true, I die contentedly. But only because I die in a way that befits someone who has been your wife. Don’t ask me anything more; I won’t say anything else. But here,” she continued, taking out a piece of paper from under her bed, “you will find the answer to this mystery.” It was a letter, and I saw that it was addressed to you. “I’m giving it to you open,” she added as she handed it to me, “so that after reading it, you can decide whether to send it or destroy it, according to what you deem best for both your wisdom and my honor. Please read it only after I am gone. And I am so sure you will do as I ask that I don’t even want you to promise it.” Dear Saint-Preux, this is the letter you will find attached here. Even though I know that the person who wrote it is dead, I can hardly believe that she really isn’t anymore.

She then spoke to me about her father with concern. “How is that possible!” she said, “He knows his daughter is in danger, and yet I hear nothing from him! Has something terrible happened to him? Has he stopped loving me? My father, such a kind father, how could he abandon me like this? Let me die without his presence, without receiving his blessing, his last kisses. Oh God! What bitter reproaches will he heap upon himself when he finds me no more, ” This thought was unbearable for her. I felt that she would find it easier to accept the idea of her father being ill than the idea of him being indifferent to her. So I decided to tell her the truth. Indeed, the shock she felt was less severe than her initial suspicions. Nevertheless, the thought of never seeing him again affected her deeply. “Alas,” she said, “what will become of him after me? What will support him? To survive his entire family, what kind of life will he have? He will be alone; he will no longer have a reason to live.” That moment was one when the horror of death became all too real, and when nature seemed to reclaim its dominion over us. She sighed, clasped her hands together, raised her eyes. And I saw that she was indeed reciting that difficult prayer which she had told me was the one used by the dying.

She turned to me again. “I feel weak,” she said, “and I fear that this may be the last time we speak together. In the name of our marriage, in the name of our dear children who are its proof, please do not be unjust to your wife anymore. How could I possibly rejoice at leaving you—you who have devoted your entire life to making me happy and virtuous? You are, of all men, the one who suited me best; perhaps the only one with whom I could have led a good life and become a worthy woman! Ah! Believe me, if life had a price, I would choose to spend it with you.” These words, spoken with such tenderness, moved me so deeply that whenever I brought her hands, which were in mine, to my lips, I could feel them moistened by my tears. I never believed my eyes were capable of shedding such tears—these were the first since my birth, and they would be the last until my death. After having wept for Julie, there was no more reason left to cry for anything else.

That day was one of fatigue for her. The preparations undertaken by Madame d’Orbe throughout the night, the incident with the children in the morning, the meeting with the minister in the afternoon, and the conversation with me in the evening had left her utterly exhausted. That night, she managed to rest a little longer than on previous nights—perhaps due to her weakened state, or perhaps because the fever and its intensity had indeed diminished.

Nel corso di quell’interlocuzione, che fu meno serrata e più interrotta di quanto vi la racconti, riuscii finalmente a comprendere le idee di Julie e il comportamento che mi aveva scandalizzato. Tutto ciò derivava dal fatto che, rendendosi conto della propria situazione completamente disperata, lei non pensava ad altro che a eliminare tutto ciò che era inutile e macabro nell’ambiente circostante i moribondi: sia per distogliere gli altri dalla nostra sofferenza, sia per evitarsi lei stessa lo spettacolo angoscioso di una morte inevitabile. “La morte”, diceva, “è già abbastanza dolorosa. Perché renderla ancora più orribile? Gli sforzi che gli altri compiono nel tentativo di prolungare la propria vita, io li utilizzo per godermi la mia fino in fondo: basta semplicemente scegliere il modo giusto di affrontarla; il resto seguirà da sé. Farò della mia stanza un ospedale, un luogo di disgusto e noia, quando invece il mio ultimo desiderio è quello di riunire lì tutto ciò che mi è caro? Se lascio che nell’aria si accumuli aria viziata, dovrò allontanare i miei bambini o rischiare la loro salute; se resto in un ambiente spaventoso, nessuno mi riconoscerà più. Non sarò più la stessa persona. Voi tutti vi ricorderete di avermi amata, ma non potrete più sopportarmi. Avrò, mentre sono ancora viva, lo spettacolo orribile della mia sofferenza, anche davanti ai miei amici, come se fossi già morta. Invece, ho trovato il modo di prolungare la mia vita senza cercare di allungarla artificialmente. Esisto, amo, sono amata. Vivo fino al mio ultimo respiro. L’istante della morte non è nulla. Il dolore legato alla natura umana è poco. Ho bandito tutto ciò che potrebbe rendere quella fase ancora più terribile.”

Tutti questi colloqui e altri simili avvenivano tra la malata, il pastore, a volte il medico, Fanchon e me. Madame d’Orbe era sempre presente, ma non vi partecipava mai. Attenta ai bisogni della sua amica, era pronta ad aiutarla in ogni momento. Nel resto del tempo, immobile e quasi inanimata, la guardava senza dire nulla e senza ascoltare ciò che si diceva.

Per paura che Julie continuasse a parlare fino ad esaurirsi, approfittai del momento in cui il ministro e il medico avevano iniziato a conversare tra loro; mi avvicinai a lei e le sussurrai all’orecchio: “Che discorsi per una malata. Che ragionamenti per qualcuno che si ritiene incapace di pensare con lucidità!”

“Sì,” mi disse sottovoce, “parlo troppo per una malata, ma non per una morente. Presto non dirò più nulla. Per quanto riguarda i ragionamenti, non ne faccio più, ma ne ho fatti. Sapevo già in salute che bisogna morire. Ho spesso riflettuto sulla mia ultima malattia; oggi approfitto della mia previdenza. Non sono più in grado di pensare né di prendere decisioni; faccio solo ciò che avevo pensato e ciò che avevo deciso di fare.”

Il resto della giornata, ad eccezione di alcuni piccoli incidenti, trascorse con la stessa tranquillità e quasi nello stesso modo in cui tutto andava bene quando tutti erano in salute. Julie era dolce e affettuosa, come se fosse completamente guarita; parlava con lo stesso senso, con la stessa libertà di pensiero, e anche con un’aria serena che a volte sfiorava la gioia. Infine, continuavo a notare nei suoi occhi un certo segno di felicità che mi preoccupava sempre di più, e decisi di chiarire la cosa con lei.

Non aspettai oltre quella stessa sera. Vedendo che avevo predisposto un incontro privato con lei, mi disse: «Mi avevate avvertito, dovevo parlarvi. — Bene, le risposi; ma poiché sono stato io ad anticipare il momento, lasciate che sia io a spiegarmi per primo.»

Allora, sedutomi accanto a lei e guardandola fissamente, le dissi: “Julie, mia cara Julie! Hai spezzato il mio cuore. Ahimè, hai aspettato troppo a lungo! Sì”, continuai, vedendo che mi guardava con sorpresa, “ti ho compresa. Ti rallegri all’idea di morire. Ti fa piacere lasciarmi. Ricorda il comportamento di tuo marito da quando viviamo insieme. Ho forse meritato da parte tua un sentimento così crudele?” In quel momento lei mi prese le mani e, con quel tono che sapeva toccare l’anima, disse: “Io? Voglio lasciarti? È davvero così che leggi nel mio cuore? Hai già dimenticato la nostra conversazione di ieri?” “Tuttavia”, ripresi, “muori felice. L’ho visto. Lo vedo ancora, ” “Basta”, disse lei. “È vero, muoio felice. Ma è perché muoio come ho vissuto, degna di essere tua moglie. Non chiedermi nient’altro. Non ti dirò più nulla. Ma ecco”, aggiunse, tirando fuori un foglio da sotto il suo letto, “qui troverai la spiegazione di questo mistero.” Quel foglio era una lettera. E vidi che era indirizzata a te. “Te la lascio aperta”, continuò, dandomela, “affinché, dopo averla letta, tu possa decidere se inviarla o distruggerla, secondo ciò che riterrai più opportuno per la tua saggezza e il mio onore. Ti prego di leggerla solo quando io non sarò più qui. E sono così sicura di ciò che farai alla mia richiesta, che non voglio nemmeno che me lo prometti.” Questa lettera, caro Saint-Preux, è quella che troverai qui accanto. Anche se so che la persona che l’ha scritta è morta, fatico a credere che non esista più.

Poi mi parlò di suo padre con ansia. “Come!”, disse, “lui sa che sua figlia è in pericolo, e non si sente parlare di lui. Gli sarà accaduto qualche disgrazia? Avrà smesso di amarmi? Mio padre, quel padre così premuroso, abbandonarmi in questo modo, lasciarmi morire senza che mi veda, senza ricevere la sua benedizione, i suoi ultimi baci. Oh Dio! Quanti amari rimproveri si farà quando non mi troverà più, ” Questo pensiero le era doloroso. Pensai che sopportasse più facilmente l’idea di un padre malato che quella di un padre indifferente, quindi decisi di rivelarle la verità. Infatti, l’allarme che ne provò risultò meno crudele dei suoi primi sospetti. Tuttavia, il pensiero di non vederlo più più tardi la colpì profondamente. “Ahimè!”, disse, “che fine farà dopo di me? A cosa si aggrapperà nella vita? Sopravvivere a tutta la sua famiglia. Che vita sarà la sua? Sarà solo, non vivrà più, ” Quel momento fu uno di quelli in cui l’orrore della morte diventava palpabile e la natura riacquistava il suo dominio su di lei. Sospirò, giunse le mani, alzò lo sguardo. E vidi che effettivamente stava recitando quella difficile preghiera di cui aveva detto essere quella dei malati.

Tornò da me. “Mi sento debole”, disse; “prevedo che questa conversazione possa essere l’ultima che avremo insieme. Nel nome del nostro legame, nel nome dei nostri cari figli che ne sono la garanzia, non essere più ingiusto con tua moglie. Io, gioirmi di lasciarti! Tu, che hai vissuto solo per rendermi felice e saggia; tu, tra tutti gli uomini, quello che mi si addiceva di più, forse l’unico con cui avrei potuto condurre una buona vita e diventare una donna onesta! Ah, credimi, se ci fosse un prezzo da pagare per la vita, lo pagherei volentieri per passarlo con te.” Queste parole, pronunciate con tenerezza, mi commossero a tal punto che, portando spesso le sue mani alle mie, le sentivo bagnarsi delle mie lacrime. Non credevo che i miei occhi fossero fatti per versare lacrime. Furono le prime da quando ero nata, e saranno le ultime fino alla mia morte. Dopo aver pianto per Julie, non c’è più nulla per cui valga la pena piangere.

Quel giorno fu per lei un giorno di grande stanchezza. La preparazione di Madame d’Orbe durante la notte, la situazione dei bambini al mattino, l’incontro con il ministro nel pomeriggio, e la conversazione della sera con me l’avevano completamente esaurita. Quella notte riuscì a riposare un po’ di più rispetto alle precedenti, forse a causa della sua debolezza, o forse perché la febbre e i sintomi si erano attenuati.

Le lendemain, dans la matinée, on vint me dire qu’un homme très mal mis demandait avec beaucoup d’empressement à voir Madame en particulier. On lui avait dit l’état où elle était : il avait insisté, disant qu’il s’agissait d’une bonne action, qu’il connaissait bien Madame de Wolmar, et qu’il savait bien que tant qu’elle respirerait elle aimerait à en faire de telles. Comme elle avait établi pour règle inviolable de ne jamais rebuter personne, et surtout les malheureux, on me parla de cet homme avant de le renvoyer. Je le fis venir. Il était presque en guenilles, il avait l’air et le ton de la misère ; au reste, je n’aperçus rien dans sa physionomie et dans ses propos qui me fît mal augurer de lui. Il s’obstinait à ne vouloir parler qu’à Julie. Je lui dis que, s’il ne s’agissait que de quelques secours pour lui aider à vivre, sans importuner pour cela une femme à l’extrémité, je ferais ce qu’elle aurait pu faire. « Non, dit-il, je ne demande point d’argent, quoique j’en aie grand besoin : je demande un bien qui m’appartient, un bien que j’estime plus que tous les trésors de la terre, un bien que j’ai perdu par ma faute, et que Madame seule, de qui je le tiens, peut me rendre une seconde fois. »

Ce discours, auquel je ne compris rien, me détermina pourtant. Un malhonnête homme eût pu dire la même chose, mais il ne l’eût jamais dite du même ton. Il exigeait du mystère : ni laquais, ni femme de chambre. Ces précautions me semblaient bizarres ; toutefois je les pris. Enfin, je le lui menai. Il m’avait dit être connu de Mme d’Orbe : il passa devant elle ; elle ne le reconnut point ; et j’en fus peu surpris. Pour Julie, elle le reconnut à l’instant ; et, le voyant dans ce triste équipage, elle me reprocha de l’y avoir laissé. Cette reconnaissance fut touchante. Claire, éveillée par le bruit, s’approche, et le reconnaît à la fin, non sans donner aussi quelques signes de joie ; mais les témoignages de son bon coeur s’éteignaient dans sa profonde affliction : un seul sentiment absorbait tout ; elle n’était plus sensible à rien.

Je n’ai pas besoin, je crois, de vous dire qui était cet homme. Sa présence rappela bien des souvenirs. Mais tandis que Julie le consolait et lui donnait de bonnes espérances, elle fut saisie d’un violent étouffement, et se trouva si mal qu’on crut qu’elle allait expirer. Pour ne pas faire scène, et prévenir les distractions dans un moment où il ne fallait songer qu’à la secourir, je fis passer l’homme dans le cabinet, l’avertissant de le fermer sur lui. La Fanchon fut appelée, et à force de temps et de soins la malade revint enfin de sa pâmoison. En nous voyant tous consternés autour d’elle, elle nous dit : « Mes enfants, ce n’est qu’un essai ; cela n’est pas si cruel qu’on pense. »

Le calme se rétablit ; mais l’alarme avait été si chaude qu’elle me fit oublier l’homme dans le cabinet ; et, quand Julie me demanda tout bas ce qu’il était devenu, le couvert était mis, tout le monde était là. Je voulus entrer pour lui parler ; mais il avait fermé la porte en dedans, comme je le lui avais dit ; il fallut attendre après le dîner pour le faire sortir.

Durant le repas, du Bosson, qui s’y trouvait, parlant d’une jeune veuve qu’on disait se remarier, ajouta quelque chose sur le triste sort des veuves. « Il y en a, dis-je, de bien plus à plaindre encore, ce sont les veuves dont les maris sont vivants. — Cela est vrai, reprit Fanchon qui vit que ce discours s’adressait à elle, surtout quand ils leur sont chers. » Alors l’entretien tomba sur le sien ; et, comme elle en avait parlé avec affection dans tous les temps, il était naturel qu’elle en parlât de même au moment où la perte de sa bienfaitrice allait lui rendre la sienne encore plus rude. C’est aussi ce qu’elle fit en termes très touchants, louant son bon naturel, déplorant les mauvais exemples qui l’avaient séduit, et le regret tant si sincèrement, que, déjà disposée à la tristesse, elle s’émut jusqu’à pleurer. Tout à coup le cabinet s’ouvre, l’homme en guenilles en sort impétueusement, se précipite à ses genoux, les embrasse, et fond en larmes. Elle tenait un verre ; il lui échappe : « Ah ! malheureux ! d’où viens-tu ? » se laisse aller sur lui, et serait tombée en faiblesse si l’on n’eût été prompt à la secourir.

Le reste est facile à imaginer. En un moment on sut par toute la maison que Claude Anet était arrivé. Le mari de la bonne Fanchon ! quelle fête ! À peine était-il hors de la chambre qu’il fut équipé. Si chacun n’avait eu que deux chemises, Anet en aurait autant eu lui tout seul qu’il en serait resté à tous les autres. Quand je sortis pour le faire habiller, je trouvai qu’on m’avait si bien prévenu qu’il fallut user d’autorité pour faire tout reprendre à ceux qui l’avaient fourni.

Cependant Fanchon ne voulait point quitter sa maîtresse. Pour lui faire donner quelques heures à son mari, on prétexta que les enfants avaient besoin de prendre l’air, et tous deux furent chargés de les conduire.

Cette scène n’incommoda point la malade comme les précédentes ; elle n’avait rien eu que d’agréable, et ne lui fit que du bien. Nous passâmes l’après-midi, Claire et moi, seuls auprès d’elle ; et nous eûmes deux heures d’un entretien paisible, qu’elle rendit le plus intéressant, le plus charmant que nous eussions jamais eu.

Elle commença par quelques observations sur le touchant spectacle qui venait de nous frapper, et qui lui rappelait si vivement les premiers temps de sa jeunesse. Puis, suivant le fil des événements, elle fit une courte récapitulation de sa vie entière, pour montrer qu’à tout prendre elle avait été douce et fortunée, que de degré en degré elle était montée au comble du bonheur permis sur la terre, et que l’accident qui terminait ses jours au milieu de leur course marquait, selon toute apparence, dans sa carrière naturelle, le point de séparation des biens et des maux.

Elle remercia le ciel de lui avoir donné un coeur sensible et porté au bien, un entendement sain, une figure prévenante ; de l’avoir fait naître dans un pays de liberté et non parmi des esclaves, d’une famille honorable, et non d’une race de malfaiteurs, dans une honnête fortune et non dans les grandeurs du monde qui corrompent l’âme, ou dans l’indigence qui l’avilit. Elle se félicita d’être née d’un père et d’une mère tous deux vertueux et bons, pleins de droiture et d’honneur, et qui, tempérant les défauts l’un de l’autre, avaient formé sa raison sur la leur sans lui donner leur faiblesse ou leurs préjugés. Elle vanta l’avantage d’avoir été élevée dans une religion raisonnable et sainte, qui, loin d’abrutir l’homme, l’ennoblit et l’élève ; qui, ne favorisant ni l’impiété ni le fanatisme, permet d’être sage et de croire, d’être humain et pieux tout à la fois.

Après cela, serrant la main de sa cousine qu’elle tenait dans la sienne, et la regardant de cet oeil que vous devez connaître et que la langueur rendait encore plus touchant : « Tous ces biens, dit-elle, ont été donnés à mille autres ; mais celui-ci !… le ciel ne l’a donné qu’à moi. J’étais femme, et j’eus une amie. Il nous fit naître en même temps ; il mit dans nos inclinations un accord qui ne s’est jamais démenti ; il fit nos coeurs l’un pour l’autre ; il nous unit dès le berceau ; je l’ai conservée tout le temps de ma vie, et sa main me ferme les yeux. Trouvez un autre exemple pareil au monde, et je ne me vante plus de rien. Quels sages conseils ne m’a-t-elle pas donnés ? De quels périls ne m’a-t-elle pas sauvée ? De quels maux ne me consolait-elle pas ? Qu’eussé-je été sans elle ? Que n’eût-elle pas fait de moi si je l’avais mieux écoutée ? Je la vaudrais peut-être aujourd’hui. » Claire, pour toute réponse, baissa la tête sur le sein de son amie, et voulut soulager ses sanglots par des pleurs : il ne fut pas possible. Julie la pressa longtemps contre sa poitrine en silence. Ces moments n’ont ni mots ni larmes.

The next morning, someone came to tell me that a man in very poor clothes was insisting eagerly on seeing Madame in particular. They had told him about her condition; he insisted, saying that it was a good deed to do, that he knew Madame de Wolmar well, and that he was certain she would always be willing to perform such acts as long as she lived. Since she had made it an unbreakable rule never to turn anyone away, especially the unfortunate, they mentioned this man to me before sending him away. I called him in. He was almost in rags, his appearance and tone spoke of utter poverty; moreover, nothing in his face or words gave me any reason to hope for anything good from him. He insisted on speaking only to Julie. I told him that if what he wanted was just some help to enable him to live without causing any trouble to a woman in such dire straits, I would do what she would have done herself. “No,” he said, “I am not asking for money, even though I need it very much. What I ask for is something that belongs to me—something I value more than all the riches of the earth. It is something I lost through my own fault, and only Madame, from whom I obtained it, can give it back to me.”

This speech, of which I understood not a word, yet determined me to act. An dishonest man might have said the same things, but he would never have expressed them in such a tone. There was something mysterious about it—no lackeys, no maidservants. These precautions seemed strange to me; nevertheless, I followed them. Finally, I brought him to her. He had told me that Madame d’Orbe knew him; he passed before her, but she did not recognize him—and I was not surprised by that. As for Julie, she recognized him at once; and, seeing him in such a sad state, she reproached me for having allowed him to come there. That recognition was truly touching. Claire, awakened by the noise, came over and also recognized him, showing some signs of joy as well. But the expressions of her kind heart were drowned out by her deep sorrow; only one emotion dominated her—she was no longer sensitive to anything else.

I believe I need not tell you who that man was. His presence brought back many memories. But while Julie comforted him and gave him hope, she suddenly felt a violent sensation of suffocation and became so ill that it seemed she would die. In order to avoid causing a scene and to prevent any distractions at a time when all our attention should have been focused on helping her, I led the man into another room, warning him to close the door behind him. Fanchon was called, and after much care and time, the patient finally regained consciousness. Seeing us all gathered around her in distress, she said to us: “My children, this was just a test; it’s not as cruel as you think.”

Calm was restored; but the alarm had been so intense that it made me forget about the man in the study. When Julie asked me quietly what had happened to him, the table was already set, and everyone was there. I wanted to go in and talk to him, but he had closed the door from the inside, just as I had told him to do; so we had to wait until after dinner to get him out.

During the meal, someone present mentioned a young widow who was said to be getting married again, and added something about the sad fate of widows in general. “There are some,” I said, “whose lot is even more pitiable—those whose husbands are still alive.” “That’s true,” Fanchon replied, realizing that this remark was directed at her, especially since her husband was still alive and dear to her heart. The conversation then turned to her own situation; and since she had always spoken of him with deep affection, it was only natural for her to express her feelings now, especially as the loss of her benefactress would make her own loss even more severe. She spoke in very touching terms, praising his good nature, lamenting the bad influences that had led him astray, and expressing her regret so sincerely that, already overcome with grief, she began to weep. Suddenly, the door opened, and a man in tattered clothes rushed in, threw himself at her knees, kissed her, and burst into tears. She was holding a glass; it slipped from her hand. “Ah! Poor man! Where have you come from?” she cried, collapsing upon him; had someone not quickly helped her, she would have fainted.

The rest is easy to imagine. In no time, everyone in the house knew that Claude Anet had arrived—the husband of the kind-hearted Fanchon! What a celebration! As soon as he left his room, he was dressed immediately. If everyone else only had two shirts, Anet would have had just as many, and there would have been none left for anyone else. When I went out to help him get dressed, I found that everything had been so well prepared in advance that I actually had to use some authority to make those who had provided the clothes do it all over again.

However, Fanchon was unwilling to leave her mistress. In order to allow her some time with her husband, it was pretended that the children needed to go outdoors for some fresh air, and both of them were tasked with taking them there.

This scene did not cause any discomfort to the patient, unlike the previous ones; it only brought her pleasure and was beneficial to her. Claire and I spent the afternoon alone with her, and we had two hours of peaceful conversation that she made as interesting and charming as anything we had ever experienced before.

She began with some observations about the moving spectacle that had just struck us, a spectacle that vividly reminded her of the early days of her youth. Then, following the sequence of events, she briefly summarized her entire life to show that, all things considered, she had been kind and fortunate; that step by step, she had reached the pinnacle of happiness permitted on earth; and that the accident that brought her end in the midst of her life’s journey clearly marked, in the course of her natural existence, the point where good and evil parted ways.

She thanked heaven for having given her a sensitive and benevolent heart, a sound mind, and an attractive appearance; for having born her in a country of freedom, rather than among slaves; into a honorable family, rather than one of criminals; into a decent fortune, rather than the riches of the world that corrupt the soul or poverty that debases it. She rejoiced at being born to parents who were both virtuous and kind, full of integrity and honor, who, by compensating for each other’s shortcomings, had shaped her character based on their own principles, without imparting their weaknesses or prejudices to her. She praised the advantage of having been raised in a reasonable and sacred religion that, far from dulling the mind, elevates and nurtures it; a religion that neither encourages impiety nor fanaticism, but allows one to be wise and faithful, human and pious at the same time.

After that, holding her cousin’s hand in hers and looking at her with that gaze you must surely understand—one made all the more tender by longing—she said, “All these possessions have been given to thousands of others; but this one, only heaven has granted it to me. I was a woman, and I had a friend. He brought us both into this world at the same time; he arranged our inclinations in such a way that they never failed to match; he made our hearts belong to each other; he united us from the very cradle. I kept him by my side throughout my life, and now his hand closes my eyes. Find another example like this in the whole world, and then I will cease to boast about anything. How many wise advice has she not given me? From what dangers has she not saved me? In what troubles has she not consoled me? What would I have been without her? And what might I have become if I had listened to her more attentively? Perhaps today, I would be worth something.” Claire, as her only response, lowered her head onto her friend’s bosom and tried to ease her sobs with her own tears—but it was impossible. For a long time, Julie held her close to her chest in silence. Such moments have neither words nor tears.

Il giorno seguente, a mattina presto, vennero a dirmi che un uomo molto in miseria chiedeva con grande insistenza di parlare personalmente con Madame. Gli era stato detto lo stato in cui si trovava; egli aveva insistito, affermando che si trattasse di una buona azione da compiere, che conoscesse bene Madame de Wolmar e che fosse certo che, finché lei avesse vita, avrebbe sempre desiderato fare cose del genere. Poiché Madame aveva stabilito come regola inviolabile quella di non rifiutare mai nessuno, soprattutto i malheurevoli, mi parlarono di quest’uomo prima di mandarlo via. Lo feci chiamare. Era quasi in stracci, aveva l’aspetto e il tono tipici della povertà; inoltre, non notai nulla nel suo volto o nelle sue parole che potesse farmi presagire qualcosa di negativo su di lui. Insisteva per parlare solo con Julie. Gli dissi che, se si trattasse soltanto di fornirgli qualche aiuto per permettergli di vivere, senza disturbare una donna in condizioni estreme, avrei fatto ciò che lei stessa avrebbe potuto fare. “No”, disse lui, “non chiedo denaro, anche se ne ho grande bisogno: chiedo qualcosa che mi appartiene, qualcosa che considero più prezioso di tutti i tesori della terra, qualcosa che ho perso a causa mia e che solo Madame, da cui lo ho ricevuto, può restituirmi”.

Questo discorso, che non capii affatto, tuttavia mi influenzò profondamente. Un uomo disonesto avrebbe potuto dire la stessa cosa, ma mai con lo stesso tono. C’era qualcosa di misterioso in quelle parole: nessun servitore, nessuna cameriera. Queste precauzioni mi sembravano strane; tuttavia le seguii. Alla fine, lo portai da lei. Mi aveva detto di essere conosciuto da Madame d’Orbe: le passò davanti; lei non lo riconobbe. E non ne fui sorpreso. Per quanto riguarda Julie, invece, lo riconobbe immediatamente; e, vedendolo in quelle condizioni miserevoli, mi rimproverò di averlo lasciato lì. Quel momento di riconoscimento fu davvero commovente. Claire, svegliata dal rumore, si avvicinò anch’essa e lo riconobbe; mostrò anche lei segni di gioia. Ma i segni del suo buon cuore si spegnevano nella sua profonda afflizione: un solo sentimento dominava tutto in lei; non era più sensibile a nulla.

Credo di non aver bisogno di dirvi chi fosse quell’uomo. La sua presenza riportò alla luce molti ricordi. Ma mentre Julie lo consolava e gli dava buone speranze, lei fu colta da un violento soffocamento e si trovò in così cattive condizioni che sembrava stesse per esalare l’ultimo respiro. Per evitare scene e per non distrarci in un momento in cui dovevamo pensare soltanto a salvarla, feci entrare quell’uomo nel cabinet, avvertendolo di chiuderlo a chiave dopo essere uscito. Fu chiamata la Fanchon, e grazie a molto tempo e cure, la malata riuscì finalmente a riprendersi. Vedendoci tutti sconvolti intorno a lei, ci disse: “Miei cari, è stato solo un tentativo. Non è così crudele come sembra.”

Il silenzio tornò a regnare; ma l’allarme era stato così intenso che mi fece dimenticare dell’uomo nella stanza. Quando Julie mi chiese sottovoce cosa ne fosse stato, la tavola era già imbandita e tutti erano presenti. Volevo entrare per parlargli, ma lui aveva chiuso la porta dall’interno, proprio come gli avevo detto; dovemmo aspettare dopo cena per farlo uscire.

Durante il pasto, il signor Bosson, che era presente, parlò di una giovane vedova di cui si diceva che stesse per risposarsi, aggiungendo qualcosa riguardo al triste destino delle vedove. “Ce ne sono,” dissi, “molte altre ancora più degne di compassione: quelle le cui mariti sono ancora vivi.” “È vero,” riprese Fanchon, rendendosi conto che quel discorso si riferiva a lei, soprattutto quando questi mariti sono molto cari alle loro mogli.” Allora la conversazione si concentrò sulla sua situazione; e poiché ne aveva parlato con affetto in tutti i tempi, era naturale che lo facesse anche in quel momento, quando la perdita della sua benefattrice avrebbe reso la sua condizione ancora più difficile. Lo fece con parole molto commoventi: lodò il buon cuore di quell’uomo, deplorò gli esempi negativi che lo avevano indotto a commettere errori e esprime il suo rimpianto in modo così sincero che, già predisposta alla tristezza, non poté fare a meno di piangere. All’improvviso la porta si aprì: l’uomo in abiti stracciati ne uscì di corsa, si gettò ai suoi piedi, la abbracciò e scoppiò in lacrime. Lei teneva in mano un bicchiere; questo le sfuggì di mano: “Ah! povero uomo. Da dove vieni?” Si lasciò andare su di lui e sarebbe svenuta se qualcuno non fosse intervenuto prontamente per aiutarla.

Il resto è facile da immaginare. In un attimo tutta la casa seppe che Claude Anet era arrivato. Il marito della brava Fanchon! Che festa. Appena uscì dalla camera, fu subito vestito. Se ognuno avesse avuto soltanto due camicie, Anet ne avrebbe avute altrettante da solo, lasciando così nessuna agli altri. Quando uscii per aiutarlo a vestirsi, scoprii che tutto era stato preparato con tale cura che fu necessario intervenire con autorità affinché coloro che gli avevano fornito i vestiti li riprendessero indietro.

Tuttavia, Fanchon non voleva lasciare la sua padrona. Per farle trascorrere qualche ora con suo marito, si inventò che i bambini avessero bisogno di prendere aria all’aperto, e così entrambi furono incaricati di portarli fuori.

Questa scena non causò alcun disagio alla malata, a differenza delle precedenti; fu soltanto piacevole per lei e le fece del bene. Trascorremmo l’pomeriggio io e Claire da soli al suo fianco; e avemmo due ore di conversazione tranquilla, che lei rendette la più interessante e affascinante che avessimo mai avuto.

Iniziò con alcune osservazioni su quel commovente spettacolo che ci aveva appena colpiti e che le ricordava così vividamente i primi anni della sua giovinezza. Poi, seguendo il filo degli eventi, fece una breve riepilogo di tutta la sua vita, per dimostrare che, in definitiva, essa era stata dolce e fortunata, che grado dopo grado aveva raggiunto l’apice della felicità possibile sulla terra, e che l’incidente che le pose fine nella piena dell’età adulta segnava, a quanto pareva, nel corso naturale della sua esistenza il punto di separazione tra bene e male.

Ringraziò il cielo per averle dato un cuore sensibile e incline al bene, un’intelligenza sana, un aspetto gradevole; per averla fatta nascere in un paese di libertà e non tra schiavi, in una famiglia onorabile e non tra persone malvagie, in condizioni economiche decenti e non tra le ricchezze del mondo che corrompono l’anima, né nell’indigenza che la degrada. Si rallegrò di essere nata da genitori entrambi virtuosi e buoni, pieni di rettitudine e onore; genitori che, compensando a vicenda i propri difetti, avevano formato la sua ragione seguendo le loro stesse principi, senza trasmetterle le proprie debolezze o pregiudizi. Esaltò inoltre il vantaggio di essere stata educata in una religione razionale e sacra, che, lontana dall’indebolire l’uomo, lo nobilita e lo eleva; una religione che, senza favorire né l’empietà né il fanatismo, permette di essere saggi e credenti, umani e devoti allo stesso tempo.

Dopo ciò, stringendo la mano della sua cugina che teneva nella propria e guardandola con quell’occhio che dovete conoscere e che la malinconia rendeva ancora più commovente, disse: “Tutti questi beni sono stati dati a mille altre persone; ma questo, il cielo l’ha dato soltanto a me. Ero donna e avevo un’amica; lui ci fece nascere nello stesso momento, mise nelle nostre inclinazioni un accordo che non si è mai spezzato, fece i nostri cuori destinati l’uno all’altra. Ci unì fin dalla culla. L’ho conservata per tutta la mia vita; ora è lei a chiudermi gli occhi. Trovate un altro esempio simile al mondo, e non mi vanterò più di nulla. Quanti saggi consigli non mi ha dato? Da quali pericoli non mi ha salvata? Da quali dolori non mi ha consolata. Che cosa sarei stata senza di lei? Che cosa avrebbe potuto fare di me se l’avessi ascoltata meglio? Forse oggi la valerei ancora.” Claire, in risposta, abbassò la testa sul petto dell’amica e cercò di alleviare i suoi singhiozzi con le proprie lacrime, ma non ci riuscì. Julie la tenne a lungo stretta contro il proprio petto in silenzio. Quei momenti non hanno parole, né lacrime.

Elles se remirent, et Julie continua : « Ces biens étaient mêlés d’inconvénients ; c’est le sort des choses humaines. Mon coeur était fait pour l’amour, difficile en mérite personnel, indifférent sur tous les biens de l’opinion. Il était presque impossible que les préjugés de mon père s’accordassent avec mon penchant. Il me fallait un amant que j’eusse choisi moi-même. Il s’offrit ; je crus le choisir ; sans doute le ciel le choisit pour moi, afin que, livrée aux erreurs de ma passion, je ne le fusse pas aux horreurs du crime, et que l’amour de la vertu restât au moins dans mon âme après elle. Il prit le langage honnête et insinuant avec lequel mille fourbes séduisent tous les jours autant de filles bien nées ; mais seul parmi tant d’autres il était honnête homme et pensait ce qu’il disait. Était-ce ma prudence qui l’avait discerné ? Non ; je ne connus d’abord de lui que son langage, et je fus séduite. Je fis par désespoir ce que d’autres font par effronterie : je me jetai, comme disait mon père, à sa tête ; il me respecta. Ce fut alors seulement que je pus le connaître. Tout homme capable d’un pareil trait a l’âme belle ; alors on y peut compter. Mais j’y comptais auparavant, ensuite j’osai compter sur moi-même ; et voilà comment on se perd. »

Elle s’étendit avec complaisance sur le mérite de cet amant ; elle lui rendait justice, mais on voyait combien son coeur se plaisait à la lui rendre. Elle le louait même à ses propres dépens. À force d’être équitable envers lui, elle était inique envers elle, et se faisait tort pour lui faire honneur. Elle alla jusqu’à soutenir qu’il eut plus d’horreur qu’elle de l’adultère, sans se souvenir qu’il avait lui-même réfuté cela.

Tous les détails du reste de sa vie furent suivis dans le même esprit. Milord Édouard, son mari, ses enfants, votre retour, notre amitié, tout fut mis sous un jour avantageux. Ses malheurs même lui en avaient épargné de plus grands. Elle avait perdu sa mère au moment que cette perte lui pouvait être la plus cruelle ; mais si le ciel la lui eût conservée, bientôt il fût survenu du désordre dans sa famille. L’appui de sa mère, quelque faible qu’il fût, eût suffi pour la rendre plus courageuse à résister à son père ; et de là seraient sortis la discorde et les scandales, peut-être les désastres et le déshonneur, peut-être pis encore si son frère avait vécu. Elle avait épousé malgré elle un homme qu’elle n’aimait point, mais elle soutint qu’elle n’aurait pu jamais être aussi heureuse avec un autre, pas même avec celui qu’elle avait aimé. La mort de M. d’Orbe lui avait ôté un ami, mais en lui rendant son amie. Il n’y avait pas jusqu’à ses chagrins et ses peines qu’elle ne comptât pour des avantages, en ce qu’ils avaient empêché son coeur de s’endurcir aux malheurs d’autrui. « On ne sait pas, disait-elle, quelle douceur c’est de s’attendrir sur ses propres maux et sur ceux des autres. La sensibilité porte toujours dans l’âme un certain contentement de soi-même indépendant de la fortune et des événements. Que j’ai gémi ! que j’ai versé de larmes ! Eh bien ! s’il fallait renaître aux mêmes conditions, le mal que j’ai commis serait le seul que je voudrais retrancher ; celui que j’ai souffert me serait agréable encore. » Saint-Preux, je vous rends ses propres mots ; quand vous aurez lu sa lettre, vous les comprendrez peut-être mieux.

« Voyez donc, continuait-elle, à quelle félicité je suis parvenue. J’en avais beaucoup ; j’en attendais davantage. La prospérité de ma famille, une bonne éducation pour mes enfants, tout ce qui m’était cher rassemblé autour de moi ou prêt à l’être. Le présent, l’avenir, me flattaient également ; la jouissance et l’espoir se réunissaient pour me rendre heureuse. Mon bonheur monté par degrés était au comble ; il ne pouvait plus que déchoir ; il était venu sans être attendu, il se fût enfui quand je l’aurais cru durable. Qu’eût fait le sort pour me soutenir à ce point ? Un état permanent est-il fait pour l’homme ? Non, quand on a tout acquis, il faut perdre, ne fût-ce que le plaisir de la possession qui s’use par elle. Mon père est déjà vieux ; mes enfants sont dans l’âge tendre où la vie est encore mal assurée : que de pertes pouvaient m’affliger, sans qu’il me restât plus rien à pouvoir acquérir ! L’affection maternelle augmente sans cesse, la tendresse filiale diminue, à mesure que les enfants vivent plus loin de leur mère. En avançant en âge, les miens se seraient plus séparés de moi. Ils auraient vécu dans le monde ; ils m’auraient pu négliger. Vous en voulez envoyer un en Russie ; que de pleurs son départ m’aurait coûtés ! Tout se serait détaché de moi peu à peu, et rien n’eût suppléé aux pertes que j’aurais faites. Combien de fois j’aurais pu me trouver dans l’état où je vous laisse. Enfin n’eût-il pas fallu mourir ? Peut-être mourir la dernière de tous ! Peut-être seule et abandonnée. Plus on vit, plus on aime à vivre, même sans jouir de rien : j’aurais eu l’ennui de la vie et la terreur de la mort, suite ordinaire de la vieillesse. Au lieu de cela, mes derniers instants sont encore agréables, et j’ai de la vigueur pour mourir ; si même on peut appeler mourir que laisser vivant ce qu’on aime. Non, mes amis, non, mes enfants, je ne vous quitte pas, pour ainsi dire, je reste avec vous ; en vous laissant tous unis, mon esprit, mon coeur, vous demeurent. Vous me verrez sans cesse entre vous ; vous vous sentirez sans cesse environnés de moi… Et puis nous nous rejoindrons, j’en suis sûre ; le bon Wolmar lui-même ne m’échappera pas. Mon retour à Dieu tranquillise mon âme et m’adoucit un moment pénible ; il me promet pour vous le même destin qu’à moi. Mon sort me suit et s’assure. Je fus heureuse, je le suis, je vais l’être : mon bonheur est fixé, je l’arrache à la fortune ; il n’a plus de bornes que l’éternité. »

Elle en était là quand le ministre entra. Il l’honorait et l’estimait véritablement. Il savait mieux que personne combien sa foi était vive et sincère. Il n’en avait été que plus frappé de l’entretien de la veille, et en tout de la contenance qu’il lui avait trouvée. Il avait vu souvent mourir avec ostentation, jamais avec sérénité. Peut-être à l’intérêt qu’il prenait à elle se joignait-il un désir secret de voir si ce calme se soutiendrait jusqu’au bout.

Elle n’eut pas besoin de changer beaucoup le sujet de l’entretien pour en amener un convenable au caractère du survenant. Comme ses conversations en pleine santé n’étaient jamais frivoles, elle ne faisait alors que continuer à traiter dans son lit avec la même tranquillité des sujets intéressants pour elle et pour ses amis ; elle agitait indifféremment des questions qui n’étaient pas indifférentes.

En suivant le fil de ses idées sur ce qui pouvait rester d’elle avec nous, elle nous parlait de ses anciennes réflexions sur l’état des âmes séparées des corps. Elle admirait la simplicité des gens qui promettaient à leurs amis de venir leur donner des nouvelles de l’autre monde. « Cela, disait-elle, est aussi raisonnable que les contes de revenants qui font mille désordres et tourmentent les bonnes femmes ; comme si les esprits avaient des voix pour parler, et des mains pour battre[232] ! Comment un pur esprit agirait-il sur une âme enfermée dans un corps, et qui, en vertu de cette union, ne peut rien apercevoir que par l’entremise de ses organes ? Il n’y a pas de sens à cela. Mais j’avoue que je ne vois point ce qu’il y a d’absurde à supposer qu’une âme libre d’un corps qui jadis habita la terre puisse y revenir encore, errer, demeurer peut-être autour de ce qui lui fut cher ; non pas pour nous avertir de sa présence, elle n’a nul moyen pour cela ; non pas pour agir sur nous et nous communiquer ses pensées, elle n’a point de prise pour ébranler les organes de notre cerveau ; non pas pour apercevoir non plus ce que nous faisons, car il faudrait qu’elle eût des sens ; mais pour connaître elle-même ce que nous pensons et ce que nous sentons, par une communication immédiate, semblable à celle par laquelle Dieu lit nos pensées dès cette vie, et par laquelle nous lirons réciproquement les siennes dans l’autre, puisque nous le verrons face à face[233]. Car enfin, ajouta-t-elle en regardant le ministre, à quoi serviraient des sens lorsqu’ils n’auront plus rien à faire ? L’Être éternel ne se voit ni ne s’entend ; il se fait sentir ; il ne parle ni aux yeux ni aux oreilles, mais au coeur. »

They regained their composure, and Julie continued: “These advantages were mixed with disadvantages; such is the fate of human affairs. My heart was meant for love—difficult to please in terms of personal merit, indifferent to all worldly possessions. It was almost impossible for my father’s prejudices to align with my inclinations. I needed a lover whom I could choose myself. He offered himself; I thought I chose him—but perhaps it was heaven that chose him for me, so that, even if I succumbed to the errors of my passion, I would not fall into the horrors of crime, and so that the love of virtue would at least remain in my soul after its loss. He used those same honest yet insinuating words that thousands of deceivers use every day to seduce many well-born girls—but among so many, he was the only one who was an honest man and meant what he said. Was it my prudence that enabled me to recognize him? No; at first, I knew him only through his words, and yet I was deceived. In desperation, I did what others do out of sheer audacity: I threw myself at his feet, as my father would say; he respected me. Only then was I able to truly understand him. Any man capable of such behavior must have a noble soul; one can trust him then. But I had already trusted him before—I even dared to rely on myself afterward. And that is how one loses oneself.”

She willingly extolled the merits of this lover; she gave him his due, but it was evident how much pleasure her heart took in doing so. She even praised him at the expense of herself. In her effort to be fair to him, she became unfair to herself, and wronged herself in order to honor him. She even went so far as to claim that he detested adultery more than she did, without remembering that he had himself denied this claim.

Every detail of the rest of her life was viewed in the same light. Her husband, Lord Edward, their children, your return, our friendship—everything was presented in a favorable light. Even her misfortunes had spared her even greater ones. She had lost her mother at exactly the time when that loss could have been most cruel for her; but if heaven had kept her mother alive, chaos would soon have arisen in her family. Her mother’s support, albeit weak, would have given her the courage to resist her father; and from that would have come discord, scandal, perhaps disaster and disgrace—perhaps even worse if her brother had been alive. She had married, against her will, a man whom she did not love; but she claimed that she could never have been happier with anyone else, not even with the one she had loved. The death of Monsieur d’Orbe had taken away a friend from her, but it also returned her her dear friend. Even her sorrows and pains were considered advantages in that they prevented her heart from growing callous to the misfortunes of others. “One never knows,” she said, “how sweet it is to feel compassion for one’s own sufferings and those of others. Sensitivity always brings a certain inner satisfaction, independent of fortune and events. How much I have grieved! how many tears I have shed! Well, if I had to be born again under the same circumstances, the only mistake I would wish to correct would be the ones I made; the suffering I endured would still bring me joy.” Saint-Preux, I am repeating her own words here; perhaps you will understand them better after reading her letter.

“See how fortunate I have become,” she continued. “I once had much; I even expected even more. The prosperity of my family, a good education for my children—everything I cherished was gathered around me or ready to be so. The present and the future both promised me happiness; pleasure and hope combined to make me truly happy. My happiness, having reached its peak, could now only decline. It had come without being expected; it would have vanished if I had believed it would last forever. What force in fate could have supported me to such an extent? Is a permanent state truly meant for humans? No. When one has acquired everything, loss is inevitable—even the joy of possession itself wears away over time. My father is already old; my children are still at an age where life is uncertain—what losses might afflict me now, when there is nothing left for me to gain! A mother’s love grows ever stronger, but a child’s affection diminishes as they grow further away from their mother. As they grow older, my children would become even more separated from me; they might live in the world and neglect me. You even plan to send one of them to Russia—how many tears that departure would bring me! Little by little, everything would be taken away from me, and nothing would remain to compensate for those losses. How many times might I have found myself in the same situation as I leave you in now. Eventually, wouldn’t death have been inevitable? Perhaps to die last of all. Perhaps alone and abandoned. The longer one lives, the more one desires to live—even without enjoying anything at all. I would have endured the boredom of life and the terror of death, the inevitable consequences of old age. But instead, my final moments are still pleasant, and I still have the strength to die. If by dying we can mean leaving behind what we love. No, my friends, my children—I am not really leaving you; I remain with you. By leaving you all united, my spirit and my heart will continue to be with you. You will always feel my presence among you; you will always feel surrounded by me. And soon we will be reunited again—I am certain of it. Not even the good Wolmar will escape me. My return to God brings peace to my soul and alleviates this difficult moment for me; it promises you the same fate that it has granted me. My destiny follows me and ensures my well-being. I was happy; I am happy; I shall be happy forever—my happiness is secure; I have taken it away from the whims of fortune; its limits are only bound by eternity.”

She was in that state when the minister entered. He truly honored and respected her; he knew better than anyone how intense and sincere her faith was. The conversation they had the previous day, and the composure she displayed then, had left a deep impression on him. He had often seen people die in a showy manner, but never with serenity. Perhaps, in addition to his concern for her well-being, there was also a secret desire within him to see whether this calmness would last until the very end.

She did not need to change the subject of the conversation much in order to bring it onto a topic relevant to the character of the person who had just arrived. Since her conversations when she was in good health were never frivolous, she continued to discuss, with the same calmness, subjects that were interesting to her and her friends, even while lying in bed; she tackled issues that, after all, were not indifferent to her.

As she pursued her thoughts on what might remain of her after death, she spoke to us about her former reflections on the state of souls separated from their bodies. She admired the simplicity of those who promised their friends that they would come and bring news from the other world. “Such beliefs,” she said, “are just as reasonable as those stories about ghosts that cause so much chaos and torment good people—as if spirits had voices to speak with and hands to act with![232] How could a pure spirit affect a soul imprisoned within a body, a soul that, by virtue of that union, can perceive nothing but through the senses of that body? It makes no sense. But I must admit that I see no absurdity in assuming that a soul, once free from a body that once inhabited this earth, could return there, wander around, perhaps remain near what was dear to it—not to inform us of its presence, for it has no means to do so; not to influence us or convey its thoughts to us, for it has no way to affect the organs of our brain; nor even to perceive what we are doing, for that would require senses. But rather, to understand directly what we think and feel, through a kind of communication that is just like the way God reads our thoughts in this life, and the way we will read His in the next, since we will then see Him face to face[233]. For after all,” she added, looking at the minister, “what use would senses be if they had nothing left to do? The Eternal Being neither sees nor hears itself; it makes itself felt. It does not speak through eyes or ears, but through the heart.”

Si ripresero, e Julie continuò: «Quei beni erano mescolati di inconvenienti; è il destino delle cose umane. Il mio cuore era fatto per l’amore: difficile da conquistare con i meriti personali, indifferente a tutti i beni materiali. Era quasi impossibile che i pregiudizi di mio padre si accordassero con le mie inclinazioni. Avevo bisogno di un amante che fossi io stessa ad scegliere. Si presentò; credetti di averlo scelto. Ma forse fu il cielo a sceglierlo per me, affinché, sebbene esposta agli errori della mia passione, non fossi condotta alle orrori del crimine. E affinché l’amore per la virtù rimanesse almeno nel mio animo. Parlò con un linguaggio onesto e insinuante, simile a quello che mille impostori usano ogni giorno per sedurre ragazze ben nate. Ma lui solo, tra tanti altri, era davvero un uomo onesto e diceva ciò che pensava. Fu forse la mia prudenza a riconoscerlo? No. All’inizio conobbi di lui soltanto il suo modo di parlare. E fui sedotta. In preda al disperazione, feci ciò che altri fanno per sfida o audacia: mi gettai tra le sue braccia. Lui mi rispettò. Fu allora che potei conoscerlo veramente. Ogni uomo capace di un simile comportamento ha un’anima nobile. Allora si può fidare in lui. Ma io ci credevo già prima. Poi osai contare soltanto su me stessa. E così si perde, »

Si dilungò con piacere nel elogiare i meriti di quel suo amante; gli rendeva giustizia, ma si poteva vedere quanto il suo cuore fosse felice nel farlo. Lo lodava persino a scapito di sé stessa. Nel tentativo di essere equa nei suoi confronti, diventava ingiusta verso se stessa, e si danneggiava pur di rendergli onore. Arrivò persino ad affermare che lui provasse più orrore dell’adulterio di quanto ne provasse lei, senza ricordare che era stato proprio lui a negare tale cosa.

Tutti i dettagli del resto della sua vita furono raccontati nello stesso spirito. Milord Edward, suo marito, i suoi figli, il vostro ritorno, la nostra amicizia, tutto fu presentato sotto una luce positiva. Anche le sue sfortune le avevano risparmiato altre ancora più grandi. Aveva perso sua madre proprio nel momento in cui quella perdita avrebbe potuto essere per lei la più terribile; ma se il cielo gliel’avesse conservata, presto nella sua famiglia sarebbero sorti disordini. Il sostegno di sua madre, per quanto debole fosse, le avrebbe dato il coraggio necessario per resistere a suo padre; e da lì sarebbero derivati conflitti, scandali, forse disastri e vergogna. Forse anche qualcosa di peggio, se suo fratello fosse stato ancora vivo. Aveva sposato, contro la sua volontà, un uomo che non amava; ma sosteneva di non poter essere mai stata più felice con nessun altro, nemmeno con colui che aveva amato. La morte di Monsieur d’Orbe le aveva tolto un amico, ma le aveva restituito la sua amica. Nemmeno i suoi dolori e le sue sofferenze lei considerava degli svantaggi: anzi, li riteneva dei vantaggi, poiché avevano impedito al suo cuore di indurirsi di fronte ai mali altrui. “Non si sa”, diceva, “quanta dolcezza ci sia nel commuoversi per i propri dolori e per quelli degli altri. La sensibilità porta sempre nell’anima un certo senso di soddisfazione di sé stesso, indipendentemente dalla fortuna e dagli eventi. Quanto ho pianto! Quante lacrime ho versato. Beh, se dovessi rinascere nelle stesse condizioni, il male che ho commesso sarebbe l’unico che vorrei cancellare; quello che ho sofferto mi sembrerebbe ancora piacevole.” Saint-Preux, vi ripeto le sue stesse parole: quando avrete letto la sua lettera, forse le comprenderete meglio.

“Vedete dunque”, continuava lei, “a quale felicità sono giunta. Ne avevo molta; ne aspettavo ancora di più. La prosperità della mia famiglia, una buona educazione per i miei figli. Tutto ciò che mi era caro si trovava intorno a me o era pronto ad esserlo. Il presente e il futuro mi lusingavano entrambi; il piacere e la speranza si univano per rendermi felice. La mia felicità, cresciuta gradualmente, aveva raggiunto il suo apice; non poteva più che declinare. Era arrivata senza essere attesa; se avessi creduto che fosse duratura, se ne sarebbe andata. Che cosa avrebbe potuto il destino fare per sostenermi fino a questo punto? Un stato permanente è davvero destinato all’uomo? No. Quando si possiede tutto, bisogna perdere qualcosa, anche solo il piacere della proprietà, che, col tempo, si esaurisce. Mio padre è già anziano; i miei figli sono ancora in età in cui la vita non è ancora sicura. Quante perdite avrebbero potuto colpirmi, senza che mi rimanesse più nulla da conquistare! L’affetto materno aumenta continuamente; la tenerezza filiale, invece, diminuisce man mano che i figli si allontanano dalla madre. Con l’avanzare dell’età, i miei figli si sarebbero allontanati ancora di più da me. Avrebbero vissuto nel mondo. Avrebbero potuto trascurarmi. Voi avete intenzione di mandarne uno in Russia. Quante lacrime il suo addio mi avrebbe costato! Tutto si sarebbe staccato da me poco a poco. E nulla avrebbe potuto compensare le perdite che avrei subito. Quante volte avrei potuto trovarmi nello stato in cui vi lascio ora. Alla fine, forse sarebbe stato necessario morire. Forse morire l’ultima di tutti. Forse da sola e abbandonata. Più si vive, più si desidera vivere, anche senza godere di nulla. Avrei avuto il tedio della vita e la paura della morte, conseguenze ordinarie dell’invecchiamento. Invece, i miei ultimi momenti sono ancora piacevoli. E ho ancora la forza per morire. Anche se si può chiamare “morire” il semplice fatto di lasciare vivi ciò che si ama. No, amici miei, no, figli miei, non vi lascio davvero, resto con voi. Lasciandovi tutti uniti, la mia mente, il mio cuore rimangono con voi. Vi vedrò sempre tra voi. Vi sentirete sempre circondati da me. E poi ci riuniremo. Ne sono sicura. Anche il buon Wolmar non mi sfuggirà. Il mio ritorno a Dio tranquillizza la mia anima e allevia un momento difficile. Mi promette per voi lo stesso destino che per me. Il mio destino mi segue e si assicura. Sono stata felice. Lo sono. Sarò ancora felice. La mia felicità è stabile. L’ho strappata al caso. Non ha più limiti se non quelli dell’eternità, ”

Era proprio in quel momento che entrò il ministro. L’onorava e la stimava davvero; sapeva meglio di chiunque altro quanto fosse viva e sincera la sua fede. Era stato ancora più colpito dall’incontro della sera precedente, e da tutto l’autocontrollo che aveva dimostrato. Aveva visto molte persone morire in modo teatrale, mai con serenità. Forse, oltre all’interesse che provava per lei, c’era anche un desiderio segreto di vedere se quel calmo avrebbe resistito fino alla fine.

Non ebbe bisogno di cambiare molto l’argomento della conversazione per portarla su un tema adatto al carattere della persona che stava per arrivare. Poiché le sue conversazioni in piena salute non erano mai frivole, continuò semplicemente a trattare, nel suo letto, con la stessa tranquillità argomenti interessanti sia per lei che per i suoi amici; affrontava senza distinzioni questioni che, in realtà, non erano affatto indifferenti.

Seguendo il filo dei suoi pensieri su ciò che di lei poteva ancora rimanere con noi, ci parlava delle sue vecchie riflessioni sull’essenza delle anime separate dai corpi. Ammirava la semplicità delle persone che promettevano ai loro amici di tornare da loro per portare notizie dall’aldilà. “Questo”, diceva, “è altrettanto ragionevole dei racconti di fantasmi che causano tanti disordini e tormentano le brave donne; come se gli spiriti avessero voci per parlare e mani per agire! Come potrebbe uno spirito puro influenzare un’anima imprigionata in un corpo, che, a causa di questa unione, non può percepire nulla se non attraverso i propri organi? Non ha alcun senso. Ma devo ammettere che non vedo nulla di assurdo nell’ipotizzare che un’anima libera da un corpo che un tempo abitò sulla terra possa tornarvi ancora, vagare, forse rimanere intorno a ciò che le fu caro. Non certo per avvertirci della sua presenza, poiché non ne ha i mezzi; né per influenzarci o comunicarci i suoi pensieri, poiché non ha modo di raggiungere gli organi del nostro cervello; e nemmeno per conoscere ciò che facciamo, poiché in tal caso dovrebbe disporre di sensi. Ma piuttosto per comprendere lei stessa ciò che pensiamo e sentiamo, attraverso una comunicazione immediata, simile a quella con cui Dio legge i nostri pensieri già in questa vita, e con cui noi leggeremo i suoi nell’aldilà, quando lo vedremo faccia a faccia”. “Infine”, aggiunse guardando il ministro, “a che servirebbero i sensi quando non avrebbero più nulla da fare? L’Essere eterno non si vede né si sente; si fa sentire. Non parla agli occhi né alle orecchie, ma al cuore.”

Je compris, à la réponse du pasteur et à quelques signes d’intelligence, qu’un des points ci-devant contestés entre eux était la résurrection des corps. Je m’aperçus aussi que je commençais à donner un peu plus d’attention aux articles de la religion de Julie où la foi se rapprochait de la raison.

Elle se complaisait tellement à ces idées, que quand elle n’eût pas pris son parti sur ses anciennes opinions, c’eût été une cruauté d’en détruire une qui lui semblait si douce dans l’état où elle se trouvait. « Cent fois, disait-elle, j’ai pris plus de plaisir à faire quelque bonne oeuvre en imaginant ma mère présente qui lisait dans le coeur de sa fille et l’applaudissait. Il y a quelque chose de si consolant à vivre encore sous les yeux de ce qui nous fut cher ! Cela fait qu’il ne meurt qu’à moitié pour nous. » Vous pouvez juger si, durant ces discours, la main de Claire était souvent serrée.

Quoique le pasteur répondît à tout avec beaucoup de douceur et de modération ; et qu’il affectât même de ne la contrarier en rien, de peur qu’on ne prît son silence sur d’autres points pour un aveu, il ne laissa pas d’être ecclésiastique un moment, et d’exposer sur l’autre vie une doctrine opposée. Il dit que l’immensité, la gloire, et les attributs de Dieu, serait le seul objet dont l’âme des bienheureux serait occupée ; que cette contemplation sublime effacerait tout autre souvenir ; qu’on ne se verrait point, qu’on ne se reconnaîtrait point, même dans le ciel, et qu’à cet aspect ravissant on ne songerait plus à rien de terrestre.

« Cela peut être, reprit Julie : il y a si loin de la bassesse de nos pensées à l’essence divine, que nous ne pouvons juger des effets qu’elle produira sur nous quand nous serons en état de la contempler. Toutefois, ne pouvant maintenant raisonner que sur mes idées, j’avoue que je me sens des affections si chères, qu’il m’en coûterait de penser que je ne les aurai plus. Je me suis même fait une espèce d’argument qui flatte mon espoir. Je me dis qu’une partie de mon bonheur consistera dans le témoignage d’une bonne conscience. Je me souviendrai donc de ce que j’aurai fait sur la terre ; je me souviendrai donc aussi des gens qui m’y ont été chers ; ils me le seront donc encore : ne les voir[234] plus serait une peine, et le séjour des bienheureux n’en admet point. Au reste, ajouta-t-elle en regardant le ministre d’un air assez gai, si je me trompe, un jour ou deux d’erreur seront bientôt passés : dans peu j’en saurai là-dessus plus que vous-même. En attendant, ce qu’il y a pour moi de très sûr, c’est que tant que je me souviendrai d’avoir habité la terre, j’aimerai ceux que j’y ai aimés, et mon pasteur n’aura pas la dernière place. »

Ainsi se passèrent les entretiens de cette journée, où la sécurité, l’espérance, le repos de l’âme, brillèrent plus que jamais dans celle de Julie, et lui donnaient d’avance, au jugement du ministre, la paix des bienheureux dont elle allait augmenter le nombre. Jamais elle ne fut plus tendre, plus vraie, plus caressante, plus aimable, en un mot plus elle-même. Toujours du sens, toujours du sentiment, toujours la fermeté du sage, et toujours la douceur du chrétien. Point de prétention, point d’apprêt, point de sentence ; partout la naïve expression de ce qu’elle sentait ; partout la simplicité de son coeur. Si quelquefois elle contraignait les plaintes que la souffrance aurait dû lui arracher, ce n’était point pour jouer l’intrépidité stoïque, c’était de peur de navrer ceux qui étaient autour d’elle ; et quand les horreurs de la mort faisaient quelque instant pâtir la nature, elle ne cachait point ses frayeurs, elle se laissait consoler. Sitôt qu’elle était remise, elle consolait les autres. On voyait, on sentait son retour ; son air caressant le disait à tout le monde. Sa gaieté n’était point contrainte, sa plaisanterie même était touchante ; on avait le sourire à la bouche et les yeux en pleurs. Ôtez cet effroi qui ne permet pas de jouir de ce qu’on va perdre, elle plaisait plus, elle était plus aimable qu’en santé même, et le dernier jour de sa vie en fut aussi le plus charmant.

Vers le soir elle eut encore un accident qui, bien que moindre que celui du matin, ne lui permit pas de voir longtemps ses enfants. Cependant elle remarqua qu’Henriette était changée. On lui dit qu’elle pleurait beaucoup et ne mangeait point. « On ne la guérira pas de cela, dit-elle en regardant Claire : la maladie est dans le sang. »

Se sentant bien revenue, elle voulut qu’on soupât dans sa chambre. Le médecin s’y trouva comme le matin. La Fanchon, qu’il fallait toujours avertir quand elle devait venir manger à notre table, vint ce soir-là sans se faire appeler. Julie s’en aperçut et sourit. « Oui, mon enfant, lui dit-elle, soupe encore avec moi ce soir ; tu auras plus longtemps ton mari que ta maîtresse. » Puis elle me dit : « Je n’ai pas besoin de vous recommander Claude Anet.

— Non, repris-je ; tout ce que vous avez honoré de votre bienveillance n’a pas besoin de m’être recommandé. »

Le souper fut encore plus agréable que je ne m’y étais attendu. Julie, voyant qu’elle pouvait soutenir la lumière, fit approcher la table, et, ce qui semblait inconcevable dans l’état où elle était, elle eut appétit. Le médecin, qui ne voyait plus d’inconvénient à la satisfaire, lui offrit un blanc de poulet : « Non, dit-elle ; mais je mangerais bien de cette ferra[235]. » On lui en donna un petit morceau ; elle le mangea avec un peu de pain et le trouva bon. Pendant qu’elle mangeait, il fallait voir Mme d’Orbe la regarder ; il fallait le voir, car cela ne peut se dire. Loin que ce qu’elle avait mangé lui fît mal, elle en parut mieux le reste du souper. Elle se trouva même de si bonne humeur, qu’elle s’avisa de remarquer, par forme de reproche, qu’il y avait longtemps que je n’avais bu de vin étranger. « Donnez, dit-elle, une bouteille de vin d’Espagne à ces messieurs. » À la contenance du médecin, elle vit qu’il s’attendait à boire de vrai vin d’Espagne, et sourit encore en regardant sa cousine. J’aperçus aussi que, sans faire attention à tout cela, Claire, de son côté, commençait de temps à autre à lever les yeux, avec un peu d’agitation, tantôt sur Julie, et tantôt sur Fanchon, à qui ces yeux semblaient dire ou demander quelque chose.

Le vin tardait à venir. On eut beau chercher la clé de la cave, on ne la trouva point ; et l’on jugea, comme il était vrai, que le valet de chambre du baron, qui en était chargé, l’avait emportée par mégarde. Après quelques autres informations, il fut clair que la provision d’un seul jour en avait duré cinq, et que le vin manquait sans que personne s’en fût aperçu, malgré plusieurs nuits de veille[236]. Le médecin tombait des nues. Pour moi, soit qu’il fallût attribuer cet oubli à la tristesse ou à la sobriété des domestiques, j’eus honte d’user avec de telles gens des précautions ordinaires. Je fis enfoncer la porte de la cave, et j’ordonnai que désormais tout le monde eût du vin à discrétion.

La bouteille arrivée, on en but. Le vin fut trouvé excellent. La malade en eut envie ; elle en demanda une cuillerée avec de l’eau ; le médecin le lui donna dans un verre, et voulut qu’elle le bût pur. Ici les coups d’oeil devinrent plus fréquents entre Claire et la Fanchon, mais comme à la dérobée et craignant toujours d’en trop dire.

Le jeûne, la faiblesse, le régime ordinaire à Julie, donnèrent au vin une grande activité. « Ah ! dit-elle, vous m’avez enivrée ! après avoir attendu si tard, ce n’était pas la peine de commencer, car c’est un objet bien odieux qu’une femme ivre. » En effet, elle se mit à babiller, très sensément pourtant, à son ordinaire, mais avec plus de vivacité qu’auparavant. Ce qu’il y avait d’étonnant, c’est que son teint n’était point allumé ; ses yeux ne brillaient que d’un feu modéré par la langueur de la maladie ; à la pâleur près, on l’aurait crue en santé. Pour alors l’émotion de Claire devint tout à fait visible. Elle élevait un oeil craintif alternativement sur Julie, sur moi, sur la Fanchon, mais principalement sur le médecin ; tous ces regards étaient autant d’interrogations qu’elle voulait et n’osait faire. On eût dit toujours qu’elle allait parler, mais que la peur d’une mauvaise réponse la retenait ; son inquiétude était si vive qu’elle en paraissait oppressée.

From the pastor’s response and some signs of understanding, I realized that one of the points in dispute among them was the resurrection of the body. I also noticed that I was beginning to pay more attention to the aspects of Julie’s religion where faith seemed closer to reason.

She took such pleasure in these ideas that, if she had not firmly held to her old opinions, it would have been cruel to destroy something that seemed so comforting to her in her current state of mind. “A hundred times,” she said, “I have found even greater joy in doing some good deed when I imagined my mother watching over me and reading in the heart of her daughter, applauding her efforts. There is something so comforting in continuing to live under the gaze of those we have loved—it’s as if they die only half for us.” You can imagine how often Claire’s hand would clench tightly while she spoke these words.

Although the pastor answered everything with great gentleness and moderation; and even went so far as to pretend not to contradict her in any matter, for fear that his silence on other points might be taken as an admission, he could not help but express views that were contrary to hers at times. He claimed that the immensity, glory, and attributes of God were the only things that the souls of the blessed would occupy themselves with; that such a sublime contemplation would erase all other memories; that one would neither see oneself nor recognize others, even in heaven; and that in the face of such an enchanting sight, one would no longer think of anything earthly at all.

“It is possible,” Julie continued, “for there is such a vast difference between the baseness of our thoughts and the divine essence that we cannot predict the effects it will have upon us when we are in a position to contemplate it. However, since I can only reason based on my own ideas at present, I must admit that I hold feelings so dear that the thought of never possessing them again would be unbearable for me. In fact, I have even formulated an argument that nurtures my hope: I tell myself that part of my happiness will come from the peace of a good conscience. I will remember what I have done on earth, and I will also remember the people who were dear to me there; they will still be dear to me. Not to see them again would be a great sorrow, but the abode of the blessed does not permit such sorrow.” She added, looking at the minister with rather cheerful expression, “And if I am mistaken, one or two days of error will soon pass; before long, I will know more about this than you do. In the meantime, what is absolutely certain for me is that as long as I remember having lived on earth, I will love those I loved there, and my pastor will not be among those whom I forget.”

Thus passed the conversations of that day—days in which security, hope, and the peace of soul shone more brightly in Julie than ever before, granting her, in the eyes of the minister, the serenity of the blessed who were soon to increase in number through her efforts. She was never more tender, more genuine, more affectionate, more kind—in short, more truly herself. Her words always carried meaning and emotion; she possessed both the wisdom of the sage and the gentleness of a Christian. There was no pretense, no affectation, no harshness in her speech; everywhere one could see the innocent expression of her true feelings, the simplicity of her heart. When sometimes she suppressed the complaints that pain might have forced from her, it was not out of a desire to feign stoic courage, but rather out of concern for those around her. And when the horrors of death caused her temporary distress, she did not hide her fears but allowed others to comfort her. Once she had regained her composure, she would in turn console those who needed it. One could see and feel her recovery; her kind demeanor spoke volumes to everyone. Her laughter was not forced, and even her jokes were filled with tenderness—such that people would find themselves smiling while tears welled up in their eyes. Remove that fear which prevents one from enjoying what one is about to lose, and she would have been even more delightful, even more endearing than in her healthiest days—and indeed, the last day of her life was just as charming as any other.

In the evening, she had another accident; although it was less severe than the one in the morning, it still prevented her from seeing her children for a long time. However, she noticed that Henriette had changed. Someone told her that Henriette cried a lot and wouldn’t eat anything. “They won’t be able to cure her of this,” she said, looking at Claire. “The disease is in her blood.”

Feeling well again, she wanted to have dinner in her room. The doctor was there, just as he had been in the morning. Fanchon, who always needed to be notified when it was time for her to come and eat at our table, came that evening without being asked. Julie noticed this and smiled. “Yes, my child,” she said to her, “eat dinner with me again tonight; you will have your husband with you for a longer time than your mistress.” Then she turned to me and added, “I don’t need to recommend Claude Anet to you.”

“No,” I replied; “everything for which you have shown me your kindness does not need any recommendation from you.”

Dinner was even more pleasant than I had expected. Seeing that she could tolerate the light, Julie ordered the table brought closer, and, despite her condition, she developed an appetite—something seemingly impossible. The doctor, seeing no harm in satisfying her desire, offered her some chicken breast; “No,” she said, “but I would like some of that ferra[235] instead.” A small piece was given to her; she ate it with some bread and found it delicious. As she ate, one had to see how Madame d’Orbe watched her—indeed, it was beyond description. Far from feeling ill after eating, she seemed even in better spirits for the rest of the meal. She was in such good humor that she even remarked, somewhat teasingly, that it had been a long time since I had tasted foreign wine. “Give these gentlemen a bottle of Spanish wine,” she said. From the doctor’s reaction, she could tell he expected to drink genuine Spanish wine, and she smiled again at her cousin. I also noticed that, unnoticed by everyone else, Claire from time to time would lift her eyes, looking first at Julie and then at Fanchon, as if trying to say or ask something with those looks.

The wine was slow to arrive. Despite searching for the key to the cellar, it could not be found; and it was concluded, quite rightly, that the baron’s valet, who was in charge of it, must have taken it by mistake. After some further inquiries, it became clear that what should have been enough wine for one day had actually lasted for five days, and that the shortage went unnoticed despite several nights of vigilance[236]. The doctor was utterly embarrassed. As for me, whether this oversight should be attributed to the servants’ sadness or their sobriety, I felt ashamed to take such ordinary precautions with such people. I had the cellar door forced open and ordered that from then on everyone should have as much wine as they wished.

Once the bottle arrived, they began to drink it. The wine was found to be excellent. The sick woman desired some; she asked for a spoonful mixed with water. The doctor gave it to her in a glass and insisted that she drink it pure. At this point, glances between Claire and Fanchon became more frequent, but always in secret and with constant fear of saying too much.

Fasting, weakness, and her usual diet had given Julie’s body an increased sensitivity to the effects of alcohol. “Ah!” she said, “you have made me drunk! After waiting so long, it was hardly worth starting at all—because what a terrible thing it is for a woman to be drunk.” Indeed, she began to talk nonsense, though quite sensibly, as usual, but with greater liveliness than before. What was remarkable was that her complexion showed no signs of redness; her eyes glowed only with a moderate intensity, softened by the effects of her illness. Apart from her paleness, one might have thought she was in good health. At that moment, Claire’s emotion became utterly visible. She cast fearful glances alternately at Julie, at me, at Fanchon—but chiefly at the doctor. All those looks were nothing but questions that she wanted to ask but dared not voice. It seemed as if she was about to speak at any moment, yet the fear of receiving an unfavorable reply held her back. Her anxiety was so intense that it appeared to be weighing heavily on her.

Dalla risposta del pastore e da alcuni segni di intesa, capii che uno dei punti su cui erano in disaccordo era proprio la resurrezione dei corpi. Mi resi anche conto che iniziavo a prestare un’attenzione maggiore agli articoli della religione di Julie, nei quali la fede si avvicinava alla ragione.

Si compiaceva così tanto in queste idee, che se non avesse mantenuto le sue vecchie opinioni, sarebbe stato crudele distruggerne una che le sembrava così dolce nella situazione in cui si trovava. “Cento volte”, diceva, “ho provato più piacere nel compiere qualche buona azione immaginando mia madre presente, che leggeva nel cuore di sua figlia e la lodava. C’è qualcosa di così consolante nel vivere ancora sotto gli occhi di ciò che ci è stato caro! Questo significa che per noi muore solo a metà, ” Potete immaginare quanto spesso, durante questi discorsi, la mano di Claire fosse stretta.

Sebbene il pastore rispondesse a tutto con grande dolcezza e moderazione, e fingesse persino di non contraddirla in nulla, per timore che il suo silenzio su altri argomenti potesse essere interpretato come un’ammissione, non smetteva mai di esprimere una dottrina opposta a quella della Chiesa riguardo all’aldilà. Affermava che l’immensità, la gloria e gli attributi di Dio fossero l’unico oggetto di interesse per l’anima dei beati; che tale contemplazione sublime cancellasse ogni altro ricordo; che, anche in cielo, nessuno si sarebbe riconosciuto, e che di fronte a tanta bellezza si dimenticassero completamente tutte le cose terrene.

“Può essere,” riprese Julie, “ci è un abisso così grande tra la bassezza dei nostri pensieri e l’essenza divina, che non possiamo giudicare gli effetti che essa produrrà su di noi quando saremo in grado di contemplarla. Tuttavia, poiché al momento posso ragionare soltanto sulle mie idee, devo ammettere di provare affetti così preziosi che mi costerebbe molto pensare di non averli più. Mi sono persino fatta un tipo di argomentazione che alimenta la mia speranza: penso che una parte della mia felicità consista nel sentirmi in pace con la coscienza. Ricorderò quindi ciò che avrò fatto sulla terra, ricorderò le persone che mi sono state care lì, e loro continueranno ad esserlo: non vederle più sarebbe una sofferenza, e il regno dei beati non ammette simili dolori. Del resto,” aggiunse guardando il ministro con un’aria abbastanza allegra, “se mi sbaglio, uno o due giorni di errore passeranno presto. Tra poco ne saprò più di voi stesso. Intanto, una cosa è certa: finché ricorderò di aver vissuto sulla terra, amerò coloro che ho amato lì, e il mio pastore non avrà certo l’ultima posizione nel mio cuore.”

Ecco come si svolsero gli incontri di quel giorno: nella mente di Julie brillarono più che mai la sicurezza, la speranza e il riposo dell’anima; secondo il parere del ministro, tutto ciò le garantiva già in anticipo la pace dei beati, tra i quali avrebbe presto aumentato il numero. Non fu mai più tenera, sincera, affettuosa, gentile, insomma, non fu mai se stessa come prima. Sempre piena di sensatezza e sentimento, sempre con la fermezza del saggio e la dolcezza del cristiano: nessuna pretesa, nessun atteggiamento forzato, nessuna frase tagliente; ovunque l’espressione spontanea di ciò che provava, ovunque la semplicità del suo cuore. Se a volte tratteneva i lamenti che il dolore avrebbe dovuto farle uscire, non era per fingere un coraggio stoico, ma per non addolorare coloro che le stavano intorno; e quando le terribilità della morte la facevano soffrire, non nascondeva le sue paure, ma si lasciava consolare. Non appena si riprendeva, era lei ad consolare gli altri. Si poteva vedere e sentire il suo ritorno alla normalità; il suo sguardo affettuoso lo comunicava a tutti. La sua allegria non era forzata, persino le sue battute erano commoventi; si sorrideva, ma gli occhi si riempivano di lacrime. Se solo fosse stata possibile godere serenamente di ciò che si stava per perdere. Lei sarebbe piaciuta ancora di più, sarebbe stata ancora più amabile, anche l’ultimo giorno della sua vita fu il più incantevole.

Vers il tramonto ebbe un altro incidente; sebbene meno grave di quello del mattino, non le permise comunque di vedere i suoi figli per molto tempo. Tuttavia notò che Henriette era cambiata. Le dissero che piangeva molto e non mangiava nulla. “Non si guarirà mai da questo”, disse guardando Claire, “la malattia è nel sangue”.

Sentendosi completamente ripresa, volle che cenassimo nella sua stanza. Il medico era lì, proprio come la mattina precedente. La Fanchon, che doveva sempre essere avvisata quando doveva venire a mangiare con noi, quella sera arrivò senza che nessuno la chiamasse. Julie se ne accorse e sorrise. “Sì, mia cara”, le disse, “cenare ancora con me stasera; avrai tuo marito per più tempo rispetto alla tua padrona.” Poi aggiunse: “Non ho bisogno di raccomandarti Claude Anet, ”

“No,” ripresi; “tutto ciò che avete voluto onorare con la vostra benevolenza non ha bisogno di essere raccomandato a me.”

La cena fu ancora più piacevole di quanto mi aspettassi. Julie, vedendo che riusciva a sopportare la luce, fece avvicinare il tavolo e, cosa che sembrava impossibile considerando le sue condizioni, provò appetito. Il medico, non vedendo più alcun inconveniente nel farla mangiare, le offrì del pollo bianco; “No,” disse lei, “ma mi piacerebbe molto quella ferra[235].” Le ne diedero un piccolo pezzo; lo mangiò con un po’ di pane e lo trovò delizioso. Mentre mangiava, bisognava vedere come la signora d’Orbe la guardasse. Era davvero indescrivibile. Lontano dall’avere male per ciò che aveva mangiato, sembrava stare meglio per il resto della cena. Anzi, era così di buon umore che, in modo quasi accusatorio, osservò che da molto tempo non bevevo vino straniero. “Date,” disse, “una bottiglia di vino spagnolo a questi signori.” Dalla reazione del medico capì che si aspettava di bere vero vino spagnolo e sorrise ancora guardando sua cugina. Notai anche che, senza dare troppo peso a tutto ciò, Claire, dal suo canto, ogni tanto alzava lo sguardo, con un po’ di agitazione, ora su Julie, ora su Fanchon, quegli sguardi sembravano dire o chiedere qualcosa.

Il vino tardava ad arrivare. Nonostante si cercasse invano la chiave della cantina, non fu trovata; si concluse quindi, giustamente, che il valletto di camera del barone, incaricato di custodirla, l’avesse portata via per errore. Dopo ulteriori indagini, divenne chiaro che la scorta di vino sufficiente per un solo giorno era durata fino a cinque giorni, e che il vino mancava senza che nessuno se ne accorgesse, nonostante diverse notti trascorse in veglia[236]. Il medico fu messo sotto accusa. Per quanto mi riguarda, indipendentemente dal fatto che questo errore dovesse essere attribuito alla tristezza o alla sobrietà dei domestici, mi vergognai di adottare le solite precauzioni con persone del genere. Feci forzare la porta della cantina e ordinai che da quel momento in poi tutti avessero vino a disposizione in quantità illimitata.

Una volta arrivata la bottiglia, la bevemmo. Il vino risultò eccellente. La malata ne ebbe voglia; ne chiese un cucchiaio mescolato con dell’acqua; il medico glielo diede in un bicchiere, volendo che lo bevesse puro. A quel punto, gli sguardi tra Claire e la Fanchon divennero più frequenti, ma sempre di nascosto e con timore di dire troppo.

Il digiuno, la debolezza e il regime alimentare abituale di Julie diedero al vino un’efficacia particolare. “Ah!”, disse lei, “mi avete ubriacata. Dopo aver aspettato così a lungo, non valeva nemmeno la pena iniziare. Una donna ubriaca è davvero una cosa orribile.” Infatti, cominciò a parlare a vanvera, con molta logica, come al solito, ma con maggiore vivacità del solito. Quello che era sorprendente era che il suo viso non mostrava alcun segno di eccitazione; i suoi occhi brillavano solo di un bagliore moderato, dovuto alla debolezza della malattia. A parte la pallidezza, si sarebbe potuta credere che fosse in salute. In quel momento, l’emozione di Claire divenne completamente evidente: alzava lo sguardo con timore alternativamente su Julie, su di me, sulla Fanchon, ma soprattutto sul medico; tutti quegli sguardi erano come domande che voleva porre, ma non osava formulare. Sembrava sempre sul punto di parlare, ma la paura di ricevere una risposta negativa la tratteneva. La sua ansia era così intensa da farla sembrare oppressa.

Fanchon, enhardie par tous ces signes, hasarda de dire, mais en tremblant et à demi-voix, qu’il semblait que Madame avait un peu moins souffert aujourd’hui… que la dernière convulsion avait été moins forte… que la soirée… Elle resta interdite. Et Claire, qui pendant qu’elle avait parlé tremblait comme la feuille, leva des yeux craintifs sur le médecin, les regards attachés aux siens, l’oreille attentive, et n’osant respirer de peur de ne pas bien entendre ce qu’il allait dire.

Il eût fallu être stupide pour ne pas concevoir tout cela. Du Bosson se lève, va tâter le pouls de la malade, et dit : « Il n’y a point là d’ivresse ni de fièvre ; le pouls est fort bon. » À l’instant Claire s’écrie en tendant à demi les deux bras : « Eh bien ! Monsieur !… le pouls ?… la fièvre ?… » La voix lui manquait, mais ses mains écartées restaient toujours en avant ; ses yeux pétillaient d’impatience ; il n’y avait pas un muscle de son visage qui ne fût en action. Le médecin ne répond rien, reprend le poignet, examine les yeux, la langue, reste un moment pensif, et dit : « Madame, je vous entends bien ; il m’est impossible de dire à présent rien de positif ; mais si demain matin à pareille heure elle est encore dans le même état, je réponds de sa vie. » À ce moment Claire part comme un éclair, renverse deux chaises et presque la table, saute au cou du médecin, l’embrasse, le baise mille fois en sanglotant et pleurant à chaudes larmes, et, toujours avec la même impétuosité, s’ôte du doigt une bague de prix, la met au sien malgré lui, et lui dit hors d’haleine : « Ah ! Monsieur, si vous nous la rendez, vous ne la sauverez pas seule ! »

Julie vit tout cela. Ce spectacle la déchira. Elle regarde son amie, et lui dit d’un ton tendre et douloureux : « Ah ! cruelle, que tu me fais regretter la vie ! veux-tu me faire mourir désespérée ? Faudra-t-il te préparer deux fois ? » Ce peu de mots fut un coup de foudre ; il amortit aussitôt les transports de joie ; mais il ne put étouffer tout à fait l’espoir renaissant.

En un instant la réponse du médecin fut sue par toute la maison. Ces bonnes gens crurent déjà leur maîtresse guérie. Ils résolurent tout d’une voix de faire au médecin, si elle en revenait, un présent en commun pour lequel, chacun donna trois mois de ses gages, et l’argent fut sur-le-champ consigné dans les mains de Fanchon, les uns prêtant aux autres ce qui leur manquait pour cela. Cet accord se fit avec tant d’empressement, que Julie entendait de son lit le bruit de leurs acclamations. Jugez de l’effet dans le coeur d’une femme qui se sent mourir ! Elle me fit signe, et me dit à l’oreille : « On m’a fait boire jusqu’à la lie la coupe amère et douce de la sensibilité. »

Quand il fut question de se retirer, Mme d’Orbe, qui partagea le lit de sa cousine comme les deux nuits précédentes, fit appeler sa femme de chambre pour relayer cette nuit la Fanchon ; mais celle-ci s’indigna de cette proposition, plus même, ce me sembla, qu’elle n’eût fait si son mari ne fût pas arrivé. Mme d’Orbe s’opiniâtra de son côté, et les deux femmes de chambres passèrent la nuit ensemble dans le cabinet ; je la passai dans la chambre voisine, et l’espoir avait tellement ranimé le zèle, que ni par ordre ni par menaces je ne pus envoyer coucher un seul domestique. Ainsi toute la maison resta sur pied cette nuit avec une telle impatience, qu’il y avait peu de ses habitants qui n’eussent donné beaucoup de leur vie pour être à neuf heures du matin.

J’entendis durant la nuit quelques allées et venues qui ne m’alarmèrent pas ; mais sur le matin que tout était tranquille, un bruit sourd frappa mon oreille. J’écoute, je crois distinguer des gémissements. J’accours, j’entre, j’ouvre le rideau… Saint-Preux !… cher Saint-Preux !… je vois les deux amies sans mouvement et se tenant embrassées, l’une évanouie et l’autre expirante. Je m’écrie, je veux retarder ou recueillir son dernier soupir, je me précipite. Elle n’était plus.

Adorateur de Dieu, Julie n’était plus… Je ne vous dirai pas ce qui se fit durant quelques heures ; j’ignore ce que je devins moi-même. Revenu du premier saisissement, je m’informai de Mme d’Orbe. J’appris qu’il avait fallu la porter dans sa chambre, et même l’y renfermer ; car elle rentrait à chaque instant dans celle de Julie, se jetait sur son corps, le réchauffait du sien, s’efforçait de le ranimer, le pressait, s’y collait avec une espèce de rage, l’appelait à grands cris de mille noms passionnés, et nourrissait son désespoir de tous ces efforts inutiles.

En entrant je la trouvai tout à fait hors de sens ne voyant rien, n’entendant rien, ne connaissant personne, se roulant par la chambre en se tordant les mains et mordant les pieds des chaises, murmurant d’une voix sourde quelques paroles extravagantes, puis poussant par longs intervalles des cris aigus qui faisaient tressaillir. Sa femme de chambre au pied de son lit, consternée, épouvantée, immobile, n’osant souffler, cherchait à se cacher d’elle, et tremblait de tout son corps. En effet, les convulsions dont elle était agitée avaient quelque chose d’effrayant. Je fis signe à la femme de chambre de se retirer ; car je craignais qu’un seul mot de consolation lâché mal à propos ne la mît en fureur.

Je n’essayai pas de lui parler, elle ne m’eût point écouté, ni même entendu ; mais au bout de quelque temps, la voyant épuisée de fatigue, je la pris et la portai dans un fauteuil ; je m’assis auprès d’elle en lui tenant les mains ; j’ordonnai qu’on amenât les enfants, et les fis venir autour d’elle. Malheureusement, le premier qu’elle aperçut fut précisément la cause innocente de la mort de son amie. Cet aspect la fit frémir. Je vis ses traits s’altérer, ses regards s’en détourner avec une espèce d’horreur, et ses bras en contraction se raidir pour le repousser. Je tirai l’enfant à moi. « Infortuné ! lui dis-je, pour avoir été trop cher à l’une tu deviens odieux à l’autre : elles n’eurent pas en tout le même coeur. » Ces mots l’irritèrent violemment et m’en attirèrent de très piquants. Ils ne laissèrent pourtant pas de faire impression. Elle prit l’enfant dans ses bras et s’efforça de le caresser : ce fut en vain ; elle le rendit presque au même instant. Elle continue même à le voir avec moins de plaisir que l’autre, et je suis bien aise que ce ne soit pas celui-là qu’on a destiné à sa fille.

Gens sensibles, qu’eussiez-vous fait à ma place ? Ce que faisait Mme d’Orbe. Après avoir mis ordre aux enfants, à Mme d’Orbe, aux funérailles de la seule personne que j’aie aimée, il fallut monter à cheval, et partir, la mort dans le coeur, pour la porter au plus déplorable père. Je le trouvai souffrant de sa chute, agité, troublé de l’accident de sa fille. Je le laissai accablé de douleur, de ces douleurs de vieillard, qu’on n’aperçoit pas au dehors, qui n’excitent ni gestes, ni cris, mais qui tuent. Il n’y résistera jamais, j’en suis sûr, et je prévois de loin le dernier coup qui manque au malheur de son ami. Le lendemain je fis toute la diligence possible pour être de retour de bonne heure et rendre les derniers honneurs à la plus digne des femmes. Mais tout n’était pas dit encore. Il fallait qu’elle ressuscitât pour me donner l’horreur de la perdre une seconde fois.

Fanchon, emboldened by all these signs, dared to say, though trembling and in a half-whisper, that it seemed as if Madame had suffered a little less today, that the last convulsion had been less severe, that the evening. She stopped speaking, stunned. And Claire, who had been shaking like a leaf while speaking, raised her fearful eyes toward the doctor, her gaze fixed on his, her ear attentive, not daring to breathe for fear of missing what he might say next.

It would take utter stupidity not to grasp all of this. Du Bosson gets up, checks the patient’s pulse, and says, “There is neither drunkenness nor fever; the pulse is very good.” At that moment, Claire cries out, stretching out her arms: “Well then, Monsieur!. The pulse?. The fever?, ” Her voice fails her, but her outstretched hands remain motionless; her eyes gleam with impatience—every muscle of her face is in motion. The doctor says nothing, takes her wrist again, examines her eyes and tongue, stays silent for a moment, and then declares, “Madam, I understand your concern; I cannot say anything definite at this time. But if she is still in the same condition tomorrow morning at this hour, I guarantee her life.” Instantly, Claire rushes forward like lightning, knocks over two chairs and nearly topples the table, throws herself around the doctor’s neck, kisses him repeatedly, sobbing bitterly, and, with equal fervor, takes off a precious ring from her finger and puts it on his without his consent. Gasping for breath, she says, “Ah, Monsieur! If you save her for us, she will not survive on your own efforts alone!”

Julie witnessed all of this. The sight tore her heart apart. She looked at her friend and said, in a tone both tender and full of pain, “Ah! Cruel one, you make me long for life even more! Do you want to drive me to despair and death? Will I have to prepare twice?” These few words were like a bolt from the blue; they instantly dampened the joy she felt, but they could not completely extinguish the hope that was once again kindling in her heart.

In an instant, the doctor’s reply was known throughout the entire house. These good people already believed their mistress to be cured. They unanimously decided that, if she recovered, they would give the doctor a gift together, for which each of them contributed three months’ worth of their wages. The money was immediately handed over to Fanchon; those who lacked the necessary funds borrowed what was needed from others. All this was arranged with such haste that Julie could hear their cheers from her bed. Imagine the effect this had on the heart of a woman who felt she was dying! She signaled to me and whispered in my ear: “They have forced me to drink to the dregs both the bitter and the sweet cup of sensibility.”

When it came time to retire for the night, Madame d’Orbe, who had shared her cousin’s bed just as on the previous two nights, ordered her maid to take Fanchon’s place that evening; but Fanchon was outraged by this suggestion—indeed, I felt she would have refused even if her husband had not arrived. Madame d’Orbe insisted on her way, and so the two maids spent the night together in the dressing room; I, on the other hand, stayed in the neighboring chamber. Hope had kindled such enthusiasm among everyone that neither orders nor threats were able to make a single servant go to bed. As a result, the entire household remained awake that night, filled with such impatience that few of its inhabitants would not have given everything in exchange for being at nine in the morning.

I heard some noises moving about during the night, but they did not alarm me; however, in the morning, when everything seemed quiet, a dull sound reached my ears. I listened—I thought I could distinguish groans. I rushed over, entered the room, pulled back the curtain. Saint-Preux!, dear Saint-Preux!. I saw the two friends motionless, embracing each other: one had fainted, and the other was on the verge of death. I cried out; I tried to hold back or catch her last breath—I rushed toward her. But she was gone.

As a devotee of God, Julie was no longer. I will not tell you what happened over those few hours; I myself do not know what I became. Having recovered from the initial shock, I inquired about Madame d’Orbe. I learned that she had to be carried to her room and even locked there, for she kept returning to Julie’s room, throwing herself upon her body, warming it with her own, trying desperately to revive her, pressing against her with a kind of rage, calling out to her in passionate voices, only to feed her despair with all these futile efforts.

Upon entering, I found her completely delirious—she couldn’t see, hear anything, didn’t recognize anyone, and was rolling around the room, wringing her hands and biting the legs of chairs. She murmured some bizarre words in a low voice, then from time to time let out high-pitched screams that made one shudder. Her maid, standing at the foot of the bed, was utterly horrified, motionless, too terrified to breathe; she tried to hide from her mistress and trembled with fear. Indeed, the convulsions she was suffering from were truly frightening. I signaled for the maid to leave, for I feared that even a single inappropriate word of comfort might set her off in a rage.

I did not attempt to speak to her; she would neither listen nor even hear me. But after some time, seeing her exhausted from fatigue, I took her up and placed her in a chair; I sat beside her, holding her hands, and ordered the children to be brought over. Unfortunately, the first one she saw was precisely the innocent cause of the death of her friend. This sight made her tremble. I could see her features change, her gaze turn away with horror, and her arms contract in an attempt to push him away. I pulled the child toward me and said, “Unfortunate one! Because you were too dear to one, you have become hateful to the other—their hearts were not the same after all.” These words angered her greatly and provoked a fierce response from her. Yet they still had no effect on her. She took the child in her arms and tried to caress him, but in vain; almost immediately afterward, she handed him back again. She still looks at him with less pleasure than at the other child, and I am glad that it is not he who has been chosen for her daughter.

Sensible people, what would you have done in my place? That’s what Madame d’Orbe did. After taking care of the children, attending to Madame d’Orbe, and organizing the funeral of the only person I had ever loved, I had to mount my horse and leave—with death in my heart—to bring her back to her most miserable husband. I found him suffering from the effects of his fall, agitated and devastated by his daughter’s accident. I left him overwhelmed with grief, those silent, invisible pains of old age that neither provoke gestures nor cries, but that are nonetheless deadly. I am certain he will not survive this; I can already foresee the final blow that will complete the tragedy of his friend’s fate. The next day, I did everything possible to return as quickly as possible and render my last respects to the most noble of women. But the worst was yet to come. She would have to rise from the dead just to give me the horror of losing her once more.

Fanchon, incoraggiata da tutti questi segni, osò dire, ma tremando e a bassa voce, che sembrava che Madame avesse sofferto un po’ meno oggi, che l’ultima convulsione fosse stata meno intensa, che la serata. Rimase senza parole. E Claire, che mentre parlava tremava come una foglia, alzò lo sguardo con timore verso il medico, i suoi occhi fissi nei suoi, l’orecchio attento, senza osare respirare per paura di non sentire bene ciò che avrebbe detto.

Sarebbe stato necessario essere stupidi per non comprendere tutto ciò. Du Bosson si alza, controlla il polso della malata e dice: “Non c’è né ubriachezza né febbre; il polso è molto buono.” In quel momento Claire esclama, tendendo entrambe le braccia: “Allora! Signore, il polso?, la febbre?, ” Le mancava la voce, ma le sue mani erano ancora tese in avanti; i suoi occhi brillavano di impazienza; nessun muscolo del suo viso rimaneva fermo. Il medico non risponde nulla, riprende il polso della paziente, esamina gli occhi e la lingua, resta per un momento pensieroso e dice: “Signora, capisco perfettamente; al momento non posso dirvi nulla di certo. Ma se domani mattina, alla stessa ora, lei sarà ancora nello stesso stato, vi garantisco la sua vita.” In quel momento Claire si lancia verso di lui come un fulmine, rovescia due sedie e quasi anche il tavolo, si getta al collo del medico, lo abbraccia, lo bacia mille volte piangendo a dirotto. E, con la stessa impetuosità, gli toglie un anello prezioso dal dito, se lo mette sul proprio senza che lui possa opporsi, e gli dice, ansimando: “Ah! Signore, se ci restituite mia figlia, non riuscirete comunque a salvarla da sola!”

Julie vide tutto ciò. Quella scena la distrusse interiormente. Guardò la sua amica e le disse con un tono tenero ma doloroso: «Ah! crudele, perché mi fai rimpiangere la vita! Vuoi davvero che muoia disperata? Dovremo prepararci due volte per questo momento?» Queste poche parole furono come un fulmine; placarono immediatamente gli slanci di gioia, ma non riuscirono a soffocare del tutto la speranza che era risorta in lei.

In un istante, la risposta del medico venne conosciuta in tutta la casa. Queste brave persone credettero già che la loro padrona fosse guarita. Decisero all’unanimità di offrire al medico, qualora si riprendesse, un regalo comune; ognuno contribuì con tre mesi dei propri stipendi, e i soldi furono immediatamente consegnati nelle mani di Fanchon. Alcuni prestavano agli altri ciò che gli mancava per poter partecipare al dono. Tutto ciò avvenne con tale fretta che Julie riusciva a sentire, dal suo letto, il rumore delle loro acclamazioni. Immaginate l’effetto su il cuore di una donna che si sente morire. Mi fece segno e mi sussurrò all’orecchio: “Mi hanno fatto bere fino all’ultima goccia la coppa amara e dolce della sensibilità”.

Quando arrivò il momento di ritirarsi, Madame d’Orbe, che aveva condiviso il letto della sua cugina come nelle due notti precedenti, chiamò la sua cameriera affinché quella notte sostituisse Fanchon; ma quest’ultima si indignò per questa proposta, e a mio parere avrebbe fatto lo stesso anche se suo marito non fosse arrivato. Madame d’Orbe insistette sulla sua decisione, e le due cameriere trascorsero la notte insieme nel gabinetto; io invece la passai nella stanza accanto. L’entusiasmo era così alto che, né con ordini né con minacce, riuscii a far andare a letto nemmeno un domestico. Così, tutta la casa rimase sveglia quella notte, in un’impazienza tale che pochi dei suoi abitanti non avrebbero dato volentieri la loro vita pur di essere alle nove del mattino.

Durante la notte sentii alcuni rumori che non mi allarmarono; ma al mattino, quando tutto sembrava tranquillo, un suono cupo raggiunse le mie orecchie. Ascolto, credo di distinguere dei gemiti. Corro, entro, sollevo la tenda. Saint-Preux! Caro Saint-Preux, vedo le due amiche immobili, abbracciate l’una all’altra: una svenuta, l’altra morente. Grido, cerco di fermare o raccogliere il suo ultimo respiro. Ma lei non c’è più.

Adoratrice di Dio, Julie non era più. Non vi dirò ciò che accadde in quelle ore; ignoro persino cosa diventai io stesso. Tornato in me dopo il primo shock, chiesi notizie di Madame d’Orbe. Scoprii che avevano dovuto portarla nella sua stanza e addirittura rinchiuderla lì; perché lei continuava a tornare nella camera di Julie, si gettava sul suo corpo, lo riscaldava con il proprio calore, cercava disperatamente di rianimarlo, lo stringeva forte, si attaccava a lui con una sorta di furia, lo chiamava a gran voce con mille nomi appassionati. Ma tutti questi sforzi risultavano inutili.

Entrando, la trovai completamente fuori di sé: non vedeva nulla, non sentiva nulla, non conosceva nessuno; si rotolava per la stanza, torcendosi le mani e mordendo i piedi delle sedie, mormorando a voce bassa parole stravaganti, poi emetteva di tanto in tanto urla acute che facevano tremare chi le ascoltava. La sua cameriera, in piedi ai piedi del letto, sconvolta e terrorizzata, immobile e senza osare respirare, cercava di nascondersi da lei e tremava tutta. Infatti, le convulsioni che la affliggevano avevano qualcosa di davvero spaventoso. Feci segno alla cameriera di allontanarsi; temevo infatti che una parola di conforto detta nel momento sbagliato potesse farla infuriare ancora di più.

Non cercai di parlarle: non mi avrebbe ascoltato, né tantomeno sentito; ma dopo un po’, vedendola esausta per la fatica, la presi in braccio e la portai su una sedia; mi sedetti accanto a lei tenendole le mani, ordinai che portassero i bambini e li feci avvicinare a lei. Sfortunatamente, il primo che lei vide fu proprio colui che, in modo innocente, aveva causato la morte della sua amica. Quel vedere la fece tremare; i suoi tratti si alterarono, lo sguardo si allontanò da lui con orrore, e le sue braccia si contrassero per scacciarlo via. Allora presi l’altro bambino e gli dissi: “Infelice. Per essere stato troppo caro a una, diventi odioso all’altra; non hanno avuto lo stesso cuore per te.” Queste parole la irritarono profondamente e mi provocarono risposte molto aspre; tuttavia non lasciarono alcuna traccia in lei. Prese l’altro bambino tra le braccia e cercò di accarezzarlo. Ma invano; quasi immediatamente lo restituì a me. Continua ancora a guardarlo con meno piacere dell’altro, e sono molto sollevato che non sia lui quello destinato a sua figlia.

Gente sensibile, cosa avreste fatto al mio posto? Quello che fece Madame d’Orbe. Dopo aver sistemato i bambini, occupatasi di Madame d’Orbe e organizzato i funerali dell’unica persona che abbia mai amato, dovette montare a cavallo e partire, con la morte nel cuore, per portarla dal padre più disperato. Lo trovai sofferente a causa della sua caduta, agitato, turbato dall’incidente di sua figlia. Lo lasciai sommerso dal dolore, quel dolore tipico degli anziani che non si manifesta con gesti o grida, ma che uccide. Sono sicuro che non riuscirà mai a resistere. E prevedo già il colpo finale che manca ancora al suo dolore. Il giorno dopo feci di tutto per tornare il prima possibile e rendere gli ultimi onori alla donna più nobile che esista. Ma non era ancora finita. Doveva risorgere. Per darmi l’orrore di perderla una seconda volta.

En approchant du logis, je vois un de mes gens accourir à perte d’haleine, et s’écrier d’aussi loin que je pus l’entendre : « Monsieur, Monsieur, hâtez-vous, Madame n’est pas morte. » Je ne compris rien à ce propos insensé : j’accours toutefois. Je vois la cour pleine de gens qui versaient des larmes de joie en donnant à grands cris des bénédictions à Madame de Wolmar. Je demande ce que c’est ; tout le monde est dans le transport, personne ne peut me répondre : la tête avait tourné à mes propres gens. Je monte à pas précipités dans l’appartement de Julie. Je trouve plus de vingt personnes à genoux autour de son lit et les yeux fixés sur elle. Je m’approche ; je la vois sur ce lit habillée et parée ; le coeur me bat ; je l’examine… Hélas ! elle était morte ! Ce moment de fausse joie sitôt et si cruellement éteinte fut le plus amer de ma vie. Je ne suis pas colère : je me sentis vivement irrité. Je voulus savoir le fond de cette extravagante scène. Tout était déguisé altéré, changé : j’eus toute la peine du monde à démêler la vérité. Enfin j’en vins à bout ; et voici l’histoire du prodige.

Mon beau-père, alarmé de l’accident qu’il avait appris, et croyant pouvoir se passer de son valet de chambre, l’avait envoyé, un peu avant mon arrivée auprès de lui, savoir des nouvelles de sa fille. Le vieux domestique, fatigué du cheval, avait pris un bateau ; et, traversant le lac pendant la nuit, était arrivé à Clarens le matin même de mon retour. En arrivant, il voit la consternation, il en apprend le sujet, il monte en gémissant à la chambre de Julie ; il se met à genoux au pied de son lit, il la regarde, il pleure, il la contemple. « Ah ! ma bonne maîtresse ! ah ! que Dieu ne m’a-t-il pris au lieu de vous ! Moi qui suis vieux, qui ne tiens à rien, qui ne suis bon à rien, que fais-je sur la terre ? Et vous qui étiez jeune, qui faisiez la gloire de votre famille, le bonheur de votre maison, l’espoir des malheureux… hélas ! quand je vous vis naître, était-ce pour vous voir mourir ?… »

Au milieu des exclamations que lui arrachaient son zèle et son bon coeur, les yeux toujours collés sur ce visage, il crut apercevoir un mouvement : son imagination se frappe ; il voit Julie tourner les yeux, le regarder, lui faire un signe de tête. Il se lève avec transport, et court par toute la maison en criant que Madame n’est pas morte, qu’elle l’a reconnu, qu’il en est sûr, qu’elle en reviendra. Il n’en fallut pas davantage ; tout le monde accourt, les voisins, les pauvres, qui faisaient retentir l’air de leurs lamentations, tous s’écrient : « Elle n’est pas morte ! » Le bruit s’en répand et s’augmente : le peuple, ami du merveilleux, se prête avidement à la nouvelle ; on la croit comme on la désire ; chacun cherche à se faire fête en appuyant la crédulité commune. Bientôt la défunte n’avait pas seulement fait signe, elle avait agi, elle avait parlé, et il y avait vingt témoins oculaires de faits circonstanciés qui n’arrivèrent jamais.

Sitôt qu’on crut qu’elle vivait encore, on fit mille efforts pour la ranimer ; on s’empressait autour d’elle, on lui parlait, on l’inondait d’eaux spiritueuses, on touchait si le pouls ne revenait point. Ses femmes, indignées que le corps de leur maîtresse restât environné d’hommes dans un état si négligé, firent sortir le monde, et ne tardèrent pas à connaître combien on s’abusait. Toutefois, ne pouvant se résoudre à détruire une erreur si chère, peut-être espérant encore elles-mêmes quelque événement miraculeux, elles vêtirent le corps avec soin, et, quoique sa garde-robe leur eût été laissée, elles lui prodiguèrent la parure ; ensuite l’exposant sur un lit, et laissant les rideaux ouverts, elles se remirent à la pleurer au milieu de la joie publique.

C’était au plus fort de cette fermentation que j’étais arrivé. Je reconnus bientôt qu’il était impossible de faire entendre raison à la multitude ; que, si je faisais fermer la porte et porter le corps à la sépulture, il pourrait arriver du tumulte ; que je passerais au moins pour un mari parricide qui faisait enterrer sa femme en vie, et que je serais en horreur dans tout le pays. Je résolus d’attendre. Cependant, après plus de trente-six heures, par l’extrême chaleur qu’il faisait, les chairs commençaient à se corrompre ; et quoique le visage eût gardé ses traits et sa douceur, on y voyait déjà quelques signes d’altération. Je le dis à Mme d’Orbe, qui restait demi-morte au chevet du lit. Elle n’avait pas le bonheur d’être la dupe d’une illusion si grossière ; mais elle feignait de s’y prêter pour avoir un prétexte d’être incessamment dans la chambre, d’y navrer son coeur à plaisir, de l’y repaître de ce mortel spectacle, de s’y rassasier de douleur.

Elle m’entendit et, prenant son parti sans rien dire, elle sortit de la chambre. Je la vis rentrer un moment après, tenant un voile d’or brodé de perles que vous lui aviez apporté des Indes[237]. Puis, s’approchant du lit, elle baisa le voile, en couvrit en pleurant la face de son amie, et s’écria d’une voix éclatante : « Maudite soit l’indigne main qui jamais lèvera ce voile ! maudit soit l’oeil impie qui verra ce visage défiguré ! » Cette action, ces mots frappèrent tellement les spectateurs, qu’aussitôt, comme par une inspiration soudaine, la même imprécation fut répétée par mille cris. Elle a fait tant d’impression sur tous nos gens et sur tout le peuple, que la défunte ayant été mise au cercueil dans ses habits et avec les plus grandes précautions, elle a été portée et inhumée dans cet état, sans qu’il se soit trouvé personne assez hardi pour toucher au voile[238].

Le sort du plus à plaindre est d’avoir encore à consoler les autres. C’est ce qui me reste à faire auprès de mon beau-père, de Mme d’Orbe, des amis, des parents, des voisins, et de mes propres gens. Le reste n’est rien ; mais mon vieux ami ! mais Mme d’Orbe ! il faut voir l’affliction de celle-ci pour juger de ce qu’elle ajoute à la mienne. Loin de me savoir gré de mes soins, elle me les reproche ; mes attentions l’irritent, ma froide tristesse l’aigrit ; il lui faut des regrets amers semblables aux siens, et sa douleur barbare voudrait voir tout le monde au désespoir. Ce qu’il y a de plus désolant est qu’on ne peut compter sur rien avec elle, et ce qui la soulage un moment la dépite un moment après. Tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle dit, approche de la folie, et serait risible pour des gens de sang-froid. J’ai beaucoup à souffrir ; je ne me rebuterai jamais. En servant ce qu’aima Julie, je crois l’honorer mieux que par des pleurs.

Un seul trait vous fera juger des autres. Je croyais avoir tout fait en engageant Claire à se conserver pour remplir les soins dont la chargea son amie. Exténuée d’agitations, d’abstinences, elle semblait enfin résolue à revenir sur elle-même, à recommencer sa vie ordinaire, à reprendre ses repas dans la salle à manger. La première fois qu’elle y vint, je fis dîner les enfants dans leur chambre, ne voulant pas courir le hasard de cet essai devant eux ; car le spectacle des passions violentes de toute espèce est un des plus dangereux qu’on puisse offrir aux enfants. Ces passions ont toujours dans leurs excès quelque chose de puéril qui les amuse, qui les séduit, et leur fait aimer ce qu’ils devraient craindre[239]. Ils n’en avaient déjà que trop vu.

As I approached the residence, I saw one of my people running towards me, gasping for breath, and shouting from a distance that I could hear clearly: “Sir, sir, hurry! Madame is not dead.” I didn’t understand this absurd statement at all, but I rushed over anyway. I found the courtyard filled with people weeping with joy and loudly blessing Madame de Wolmar. I asked what was going on; everyone was in such ecstasy that no one could answer me—my own people had lost their senses. I hurried upstairs to Julie’s room. There, I saw more than twenty people kneeling around her bed, staring at her. As I approached, I saw her dressed and adorned on the bed; my heart pounded violently as I examined her. Alas! She was dead. That moment of false joy, so suddenly and cruelly extinguished, was the most bitter experience of my life. I wasn’t angry—I was simply furious. I wanted to understand the truth behind this bizarre scene. Everything seemed distorted and altered; it took me great effort to unravel the truth. Finally, I succeeded—and here was the story of that miracle.

My father-in-law, alarmed by the accident he had heard about and believing that he could do without his valet, had sent him, shortly before my arrival, to inquire about his daughter’s condition. The old servant, tired from the long journey by horse, took a boat; crossing the lake at night, he arrived in Clarens on the very morning of my return. Upon arriving, he saw the widespread grief; learning what had happened, he went upstairs, groaning, to Julie’s room. He knelt at the foot of her bed, looked at her, wept, and gazed at her in silence. “Ah! my dear mistress! Ah! if only God had taken me instead of you! I, who am old, who am good for nothing, what am I doing on this earth? And you—so young, bringing glory to your family, happiness to your home, and hope to the unfortunate. Alas! When I saw you born, was it meant that I should see you die?”

Amidst the exclamations that his zeal and good heart prompted him to utter, his eyes fixed intently on that face, he believed he saw a movement: his imagination stirred; he thought he saw Julie turn her head, look at him, and give him a nod. He rose in ecstasy and ran throughout the house, shouting that Madame was not dead, that she had recognized him, that he was certain of it, that she would recover. That was all that was needed; everyone rushed over—neighbors, the poor people whose lamentations filled the air—all exclaimed, “She isn’t dead!” The news spread quickly and grew more intense; the people, who loved such wonders, eagerly accepted it as true. Everyone sought to celebrate this belief, reinforcing it among others. Before long, the supposed deceased not only had given a signal but had also taken action, had spoken—even though there were no witnesses to these events, nor were any details ever made public.

As soon as it was believed that she was still alive, every effort was made to revive her; people gathered around her, spoke to her, poured spirituous liquids over her, and checked her pulse to see if it had returned. Her women, outraged that their mistress’s body should be left in such neglect surrounded by men, ordered everyone to leave the room, and soon realized how greatly people were mistaken. However, unable to bring themselves to destroy such a cherished illusion—and perhaps still hoping for some miraculous turn of events—they carefully dressed her body. Although her wardrobe had been left to them, they lavished it with fine garments. Then, placing her on a bed with the curtains open, they continued to weep over her amidst the general joy of those around them.

It was at the height of this turmoil that I arrived. I soon realized that it was impossible to reason with the crowd; that if I tried to have the body taken away for burial, more chaos would ensue; and that I would at least be regarded as a husband who had murdered his wife by burying her alive, bringing shame upon myself throughout the country. I decided to wait. However, after more than thirty-six hours, the extreme heat began to cause the flesh to decay. Although the face still retained its features and gentleness, signs of decomposition were already visible. I told Madame d’Orbe, who was lying half-dead by the bed. She was not fortunate enough to be deceived by such a blatant illusion; but she pretended to believe it in order to have a pretext for staying in the room constantly, to indulge her grief at will, to feed on that mortal spectacle, and to saturate herself with sorrow.

She heard me and, without saying a word, took my side and left the room. A moment later, I saw her return, holding a golden veil embroidered with pearls that you had brought her from India[237]. Then, approaching the bed, she lowered the veil and, weeping, covered her friend’s face with it, while shouting in a loud voice: “May the disgraceful hand that ever lifts this veil be cursed! May the impious eye that sees this disfigured face be cursed!” This act and these words affected the onlookers so deeply that, as if inspired by a sudden impulse, the same curse was repeated thousands of times. It made such an impression on all our people that, after the deceased was placed in her coffin in her original clothes with the greatest care, she was carried away and buried in that state, without anyone daring to touch the veil[238].

The fate of those who suffer the most is to have to console others as well. This is what remains for me to do: towards my father-in-law, Madame d’Orbe, my friends, relatives, neighbors, and my own people. Everything else is insignificant; but my old friend! But Madame d’Orbe! One must see the depth of her suffering to understand how much it adds to mine. Far from being grateful for my care, she blames me for it; my attentions irritate her, and my cold grief only makes things worse for her. She needs bitter regrets, just like I do, and her brutal pain makes her wish for everyone else to share in despair. The most heartbreaking thing of all is that one cannot rely on her at all; what comforts her one moment often angers her the next. Everything she does, everything she says, borders on madness—and would seem laughable to anyone who remains calm. I have a lot to suffer; but I will never give up. By serving what Julie loved, I believe I am honoring her better than by weeping over her loss.

A single trait will determine how you judge others. I thought I had done everything right by asking Claire to take care of herself in order to fulfill the responsibilities that her friend had entrusted to her. Exhausted from all the turmoil and sacrifices she had endured, she finally seemed determined to regain control of her life, to resume her normal daily routine, and to eat meals in the dining room again. The first time she went there, I had the children dine in their room; I did not want to risk subjecting them to such a scene in front of them—after all, witnessing violent emotions of every kind is one of the most dangerous things one can expose children to. In their excesses, such emotions always possess something childish that amuses and tempts them, making them fond of what they should actually fear[239]. They had already seen far too much of it.

Avvicinandomi alla dimora, vedo uno dei miei uomini correre verso di me senza fiato e gridare da lontano: «Signore, signore, si affretti! Madame non è morta». Non capivo nulla di questa assurda dichiarazione; tuttavia corro subito. La corte era piena di persone che piangevano di gioia, esprimendo grida di ringraziamento per Madame de Wolmar. Chiedo cosa stia succedendo; tutti sono in preda all’emozione e nessuno riesce a rispondermi: i miei stessi uomini avevano perso conoscenza. Salgo di corsa nella stanza di Julie e trovo più di venti persone inginocchiate intorno al suo letto, con lo sguardo fisso su di lei. Mi avvicino. La vedo vestita e truccata; il mio cuore batte all’impazzata. La esamino. Ahimè! È morta! Quel momento di falsa gioia, spentosi così rapidamente e in modo così crudele, fu il più amaro della mia vita. Non sono arrabbiato. Sono profondamente irritato. Voglio sapere la verità dietro questa strana scena. Tutto sembrava alterato, trasformato. Mi ci è voluto molto tempo per capire cosa fosse realmente accaduto. Alla fine ho scoperto tutta la verità. E ecco la storia di questo “miracolo”.

Mio suocero, allarmato dall’incidente di cui aveva appreso, e ritenendo di poter fare a meno del suo valletto di camera, lo aveva inviato, poco prima del mio arrivo da lui, per avere notizie di sua figlia. Il vecchio domestico, stanco dopo il viaggio a cavallo, aveva preso una barca; attraversando il lago durante la notte, era arrivato a Clarens la mattina stesso del mio ritorno. Appena giunto, vide la costernazione generale, ne seppe la causa e, gemendo, salì nella stanza di Julie; si inginocchiò ai piedi del suo letto, la guardò, pianse e la contemplò con dolore. «Ah! mia buona padrona, ah! perché Dio non mi ha preso al posto tuo! Io, che sono vecchio, che non valgo nulla, che non sono utile a nessuno, cosa faccio su questa terra? E tu, che eri giovane, che portavi gloria alla tua famiglia, felicità nella tua casa, speranza per i malheureux, ahimè! quando ti vidi nascere, era forse per vederti morire?, »

Tra le esclamazioni che il suo zelo e il suo buon cuore suscitavano, con gli occhi sempre fissi su quel volto, credette di scorgere un movimento: la sua immaginazione si eccitò; vide Julie girare lo sguardo verso di lui, guardarlo e fargli un cenno con la testa. Si alzò in preda all’entusiasmo e corse per tutta la casa gridando che Madame non era morta, che lo aveva riconosciuto, che ne era certo, che sarebbe guarita. Non fu necessario di più: tutti accorsero, i vicini, i poveri che riempivano l’aria con le loro lamentazioni; tutti esclamarono: “Non è morta!” Il rumore si diffuse e aumentò: la gente, amante delle meraviglie, accolse con avidità questa notizia; la credevano perché la desideravano; ognuno cercava di festeggiare, alimentando la credulità generale. Presto, la presunta defunta non si limitò a fare un cenno: agì, parlò, e ci furono venti testimoni oculari di fatti che in realtà non accaddero mai.

Non appena si credette che fosse ancora viva, si fecero mille sforzi per rianimarla; tutti si affollarono intorno a lei, le parlavano, le sommersero di liquidi alcolici e controllavano continuamente se il polso ricomparisse. Le sue donne, indignate che il corpo della loro padrona rimanesse circondato da uomini in uno stato così trascurato, fecero allontanare tutti e non tardarono a scoprire quanto si stesse sbagliando. Tuttavia, non riuscendo a sopportare l’idea di distruggere un errore così caro, forse ancora sperando in qualche evento miracoloso, vestirono con cura il corpo della loro padrona e, sebbene le sue vesti fossero state lasciate loro, le fornirono di tutti i ornamenti possibili. Poi la adagiarono su un letto, tenendo aperti i tendaggi, e continuarono a piangerla tra l’ilarità generale.

Era nel momento più acuto di questa “fermentazione” che ero arrivato. Presto mi resi conto che era impossibile far ragionare la folla; che, anche se avessi fatto chiudere la porta e portare il corpo in sepoltura, sarebbero potuti verificarsi ulteriori disordini; che, in ogni caso, sarei stato considerato un marito parricida che seppelliva viva sua moglie, e che avrei suscitato orrore in tutto il paese. Decisi quindi di aspettare. Tuttavia, dopo più di trentasei ore, a causa del calore estremo, le carni iniziarono a marcire; e sebbene il viso avesse conservato i suoi tratti e la sua dolcezza, si cominciavano già a notare alcuni segni di decomposizione. Ne parlai alla signora d’Orbe, che rimaneva semi-morta al capezzale del letto. Lei non aveva la sfortuna di essere vittima di un’illusione così evidente; ma fingeva di crederci, per avere così il pretesto di trovarsi costantemente nella stanza, di tormentare continuamente il proprio cuore, di godersi a piacimento quell’orribile spettacolo e di saziarsi di dolore.

Mi sentì e, prendendo le sue parti senza dire una parola, uscì dalla stanza. La vidi tornare poco dopo, tenendo un velo d’oro ricamato di perle che voi le avevate portato dalle Indie[237]. Poi, avvicinandosi al letto, baciò il velo e, piangendo, lo pose sul viso della sua amica, esclamando con voce straziante: «Maledetta sia la mano indegna che oserebbe mai sollevare questo velo! Maledetto sia l’occhio empio che vedrebbe questo volto deturpato!» Questo gesto e queste parole colpirono profondamente gli spettatori; immediatamente, come se fosse stata un’ispirazione improvvisa, lo stesso anatema fu ripetuto da migliaia di voci. L’evento fece una tale impressione su tutti i nostri uomini e su tutto il popolo, che la defunta, dopo essere stata messa nella bara con i suoi abiti e con le massime precauzioni, fu portata e sepolta in quello stato, senza che nessuno avesse il coraggio di toccare quel velo[238].

Il destino di chi ha più motivo di soffrire è quello di dover consolare gli altri ancora. È ciò che mi resta da fare con mio suocero, con la signora d’Orbe, con gli amici, i parenti, i vicini e le mie stesse persone. Il resto non conta nulla. Ma mio vecchio amico! Ma la signora d’Orbe! Bisogna vedere l’afflizione di lei per capire quanto essa aumenti la mia. Lontano dal ringraziarmi per le mie attenzioni, me le rimprovera; le mie premure la irritano, la mia fredda tristezza la rende ancora più cupa. Ha bisogno di un dolore amaro, simile al suo, e il suo dolore selvaggio vorrebbe che tutti fossero nel disperazione. La cosa più desolante è che non si può contare su nulla con lei: ciò che la consola in un momento la delude subito dopo. Tutto ciò che fa, tutto ciò che dice, rasenta la follia. E sarebbe ridicolo per persone calme e razionali. Devo soffrire molto. Ma non mi arrenderò mai. Servendo ciò che amava Julie, credo di onorarla meglio che con le lacrime.

Un solo tratto caratteristico vi farà giudicare gli altri. Pensavo di aver fatto tutto invitando Claire a prendersi cura di sé stessa, affinché potesse svolgere i compiti che la sua amica le aveva affidato. Estenuata da continue agitazioni e privazioni, sembrava finalmente decisa a riprendere in mano la propria vita, a tornare alle abitudini quotidiane, a mangiare di nuovo in sala da pranzo. La prima volta che ci andò, feci cenare i bambini nella loro stanza, per non correre il rischio di farli assistere a quell’esperimento; infatti, lo spettacolo delle passioni violente di ogni tipo è uno dei più pericolosi che si possano offrire ai bambini. Queste passioni, nei loro eccessi, hanno sempre qualcosa di infantile che le rende attraenti e le fa piacere ciò che invece dovrebbero temere[239]. I bambini ne avevano già visto abbastanza.

En entrant elle jeta un coup d’oeil sur la table et vit deux couverts. À l’instant elle s’assit sur la première chaise qu’elle trouva derrière elle, sans vouloir se mettre à table ni dire la raison de ce caprice. Je crus la devenir, et je fis mettre un troisième couvert à la place qu’occupait ordinairement sa cousine. Alors elle se laissa prendre par la main et mener à table sans résistance, rangeant sa robe avec soin, comme si elle eût craint d’embarrasser cette place vide. À peine avait-elle porté la première cuillerée de potage à sa bouche qu’elle la repose, et demande d’un ton brusque ce que faisait là ce couvert puisqu’il n’était point occupé. Je lui dis qu’elle avait raison, et fis ôter le couvert. Elle essaya de manger, sans pouvoir en venir à bout. Peu à peu son coeur se gonflait, sa respiration devenait haute et ressemblait à des soupirs. Enfin elle se leva tout à coup de table, s’en retourna dans sa chambre sans dire un mot, ni rien écouter de tout ce que je voulus lui dire, et de toute la journée elle ne prit que du thé.

Le lendemain ce fut à recommencer. J’imaginai un moyen de la ramener à la raison par ses propres caprices, et d’amollir la dureté du désespoir par un sentiment plus doux. Vous savez que sa fille ressemble beaucoup à Madame de Wolmar. Elle se plaisait à marquer cette ressemblance par des robes de même étoffe, et elle leur avait apporté de Genève plusieurs ajustements semblables, dont elles se paraient les mêmes jours. Je fis donc habiller Henriette le plus à l’imitation de Julie qu’il fût possible, et, après l’avoir instruite, je lui fis occuper à table le troisième couvert qu’on avait mis comme la veille.

Claire, au premier coup d’oeil, comprit mon intention ; elle en fut touchée ; elle me jeta un regard tendre et obligeant. Ce fut là le premier de mes soins auquel elle parut sensible, et j’augurai bien d’un expédient qui la disposait à l’attendrissement.

Henriette, fière de représenter sa petite maman, joua parfaitement son rôle, et si parfaitement que je vis pleurer les domestiques. Cependant elle donnait toujours à sa mère le nom de maman, et lui parlait avec le respect convenable ; mais enhardie par le succès, et par mon approbation qu’elle remarquait fort bien, elle s’avisa de porter la main sur une cuiller, et de dire dans une saillie : « Claire, veux-tu de cela ? » Le geste et le ton de voix furent imités au point que sa mère en tressaillit. Un moment après, elle part d’un grand éclat de rire, tend son assiette en disant : « Oui, mon enfant, donne ; tu es charmante. » Et puis, elle se mit à manger avec une avidité qui me surprit. En la considérant avec attention, je vis de l’égarement dans ses yeux, et dans son geste un mouvement plus brusque et plus décidé qu’à l’ordinaire. Je l’empêchai de manger davantage, et je fis bien ; car une heure après elle eut une violente indigestion qui l’eût infailliblement étouffée, si elle eût continué de manger. Dès ce moment je résolus de supprimer tous ces jeux, qui pouvaient allumer son imagination au point qu’on n’en serait plus maître. Comme on guérit plus aisément de l’affliction que de la folie, il vaut mieux la laisser souffrir davantage, et ne pas exposer sa raison.

Voilà, mon cher, à peu près où nous en sommes. Depuis le retour du baron, Claire monte chez lui tous les matins, soit tandis que j’y suis, soit quand j’en sors : ils passent une heure ou deux ensemble, et les soins qu’elle lui rend facilitent un peu ceux qu’on prend d’elle. D’ailleurs elle commence à se rendre plus assidue auprès des enfants. Un des trois a été malade, précisément celui qu’elle aime le moins. Cet accident lui a fait sentir qu’il lui reste des pertes à faire, et lui a rendu le zèle de ses devoirs. Avec tout cela, elle n’est pas encore au point de la tristesse ; les larmes ne coulent pas encore : on vous attend pour en répandre ; c’est à vous de les essuyer. Vous devez m’entendre. Pensez au dernier conseil de Julie : il est venu de moi le premier, et je le crois plus que jamais utile et sage. Venez vous réunir à tout ce qui reste d’elle. Son père, son amie, son mari, ses enfants, tout vous attend, tout vous désire, vous êtes nécessaire à tous. Enfin, sans m’expliquer davantage, venez partager et guérir mes ennuis : je vous devrai peut-être plus que personne.

Lettre XII – De Julie à Saint-Preux

Cette lettre était incluse dans la précédente.

Il faut renoncer à nos projets. Tout est changé, mon bon ami : souffrons ce changement sans murmure ; il vient d’une main plus sage que nous. Nous songions à nous réunir : cette réunion n’était pas bonne. C’est un bienfait du ciel de l’avoir prévenue ; sans doute il prévient des malheurs.

Je me suis longtemps fait illusion. Cette illusion me fut salutaire ; elle se détruit au moment que je n’en ai plus besoin. Vous m’avez crue guérie, et j’ai cru l’être. Rendons grâces à celui qui fit durer cette erreur autant qu’elle était utile : qui sait si, me voyant si près de l’abîme, la tête ne m’eût point tourné ? Oui, j’eus beau vouloir étouffer le premier sentiment qui m’a fait vivre, il s’est concentré dans mon coeur. Il s’y réveille au moment qu’il n’est plus à craindre ; il me soutient quand mes forces m’abandonnent ; il me ranime quand je me meurs. Mon ami, je fais cet aveu sans honte ; ce sentiment resté malgré moi fut involontaire ; il n’a rien coûté à mon innocence ; tout ce qui dépend de ma volonté fut pour mon devoir : si le coeur qui n’en dépend pas fut pour vous, ce fut mon tourment et non pas mon crime. J’ai fait ce que j’ai dû faire ; la vertu me reste sans tache, et l’amour m’est resté sans remords.

J’ose m’honorer du passé ; mais qui m’eût pu répondre de l’avenir ? Un jour de plus peut-être, et j’étais coupable ! Qu’était-ce de la vie entière passée avec vous ? Quels dangers j’ai courus sans le savoir ! À quels dangers plus grands j’allais être exposée ! Sans doute je sentais pour moi les craintes que je croyais sentir pour vous. Toutes les épreuves ont été faites ; mais elles pouvaient trop revenir. N’ai-je pas assez vécu pour le bonheur et pour la vertu ? Que me restait-il d’utile à tirer de la vie ? En me l’ôtant, le ciel ne m’ôte plus rien de regrettable, et met mon honneur à couvert. Mon ami, je pars au moment favorable, contente de vous et de moi ; je pars avec joie, et ce départ n’a rien de cruel. Après tant de sacrifices, je compte pour peu celui qui me reste à faire : ce n’est que mourir une fois de plus.

Je prévois vos douleurs, je les sens ; vous restez à plaindre, je le sais trop ; et le sentiment de votre affliction est la plus grande peine que j’emporte avec moi. Mais voyez aussi que de consolations je vous laisse ! Que de soins à remplir envers celle qui vous fut chère vous font un devoir de vous conserver pour elle ! Il vous reste à la servir dans la meilleure partie d’elle-même. Vous ne perdez de Julie que ce que vous en avez perdu depuis longtemps. Tout ce qu’elle eut de meilleur vous reste. Venez vous réunir à sa famille. Que son coeur demeure au milieu de vous. Que tout ce qu’elle aima se rassemble pour lui donner un nouvel être. Vos soins, vos plaisirs, votre amitié, tout sera son ouvrage. Le noeud de votre union formé par elle la fera revivre ; elle ne mourra qu’avec le dernier de tous.

Upon entering, she glanced at the table and saw two places set. Immediately, she sat down on the first chair she found behind her, without bothering to sit at the dinner table or explaining the reason for this whim. I thought I had won her over, so I had a third place set at where her cousin usually sat. Then she let me take her hand and lead her to the table without resistance, arranging her dress carefully, as if she were afraid of disturbing that empty seat. As soon as she brought the first spoonful of soup to her mouth, she put it down again and asked abruptly what that extra place was for since no one was sitting there. I told her she was right and had the extra place removed. She tried to eat, but couldn’t manage to finish anything. Gradually, her heart began to swell; her breathing became rapid, like sighs. Finally, she suddenly got up from the table, went back to her room without saying a word, and wouldn’t listen to anything I wanted to say to her. For the whole day, she only drank tea.

The next day, it had to be done all over again. I devised a way to make her return to reason through her own whims, and to soften the harshness of despair with a more gentle sentiment. You know that her daughter bears a great resemblance to Madame de Wolmar; she took pleasure in emphasizing this likeness by wearing dresses made of the same material, and she had brought several similar alterations from Geneva for them to wear on the same days. So I dressed Henriette in a way that closely resembled Julie’s attire as much as possible, and after instructing her, I had her sit at the third place at the table, just as she had done the previous day.

At first glance, Claire understood my intention; she was touched by it, and she gave me a tender and understanding look. That was the first of my efforts that seemed to resonate with her, and I felt hopeful about a method that might lead her to feel compassion.

Henriette, proud to be representing her little mother, played her role so perfectly that I saw the servants crying. However, she always called her mother “mommy” and spoke to her with proper respect. But emboldened by her success—and by my approval, which she noticed very well—she even dared to take a spoon in her hand and say, in a teasing tone, “Claire, do you want this?” The gesture and the tone were so convincing that her mother actually shuddered. A moment later, she burst into loud laughter, held out her plate, and said, “Yes, my child, take it; you’re adorable.” Then she began to eat with such voracity that surprised me. Upon observing her closely, I noticed a look of confusion in her eyes, and her movements were more abrupt and decisive than usual. I stopped her from eating any more—and I was right; an hour later, she suffered from severe indigestion that would have surely killed her if she had continued to eat. From that moment on, I resolved to put an end to all these games, which could stimulate her imagination to such an extent that it would become uncontrollable. Since it is easier to cure suffering than madness, it is better to let one suffer a bit more and not risk destroying their reason.

Well, my dear, that is roughly where we stand. Since the baron’s return, Claire goes to his house every morning, either while I am there or after I have left; they spend an hour or two together, and the care she takes of him makes it easier for us to take care of her. In fact, she has begun to devote more time to the children as well. One of the three of them fell ill—precisely the one she likes the least. This incident made her realize that there are still losses she has to bear, and it renewed her dedication to her duties. Nevertheless, she is not yet at the point of true sorrow; tears have not yet been shed. It is you who are expected to bring them. You must come and dry them away. You must be listening to me. Think about Julie’s last advice: it came from me first, and I believe it is more useful and wise than ever. Come and join what remains of her—her father, her friend, her husband, her children. Everyone is waiting for you, everyone desires your presence; you are necessary to all of them. In short, without further explanation, come and share in my troubles and help me heal them. I may owe you more than anyone else.

Letter XII – From Julie to Saint-Preux

This letter was included in the previous one.

We must give up our plans. Everything has changed, my good friend; let us endure this change without complaint, for it comes from a hand wiser than ours. We had thought of gathering together, but such a meeting would have been harmful. It is a blessing from heaven that it was prevented; surely, it would have brought misfortune.

For a long time, I deluded myself. This illusion was beneficial to me; it vanished the moment I no longer needed it. You believed me to be cured, and I believed it too. Let us give thanks to him who allowed this mistake to persist for as long as it was useful—who knows? If you had seen me so close to the abyss, might not my mind have given way? Yes, no matter how hard I tried to suppress the first feeling that gave me life, it remained in my heart. It awakens now that there is no longer any reason to fear it; it supports me when my strength fails; it revives me when I am on the verge of death. My friend, I make this confession without shame. This feeling, which persisted against my will, was involuntary; it did not cost me anything in terms of my innocence. Everything that depended on my will was done out of duty. As for that heart, which does not depend on my will, well, it was my torment, but not my crime. I did what I had to do; virtue remains untainted for me, and love remains without remorse.

I dare to take pride in my past; but who could have guaranteed me about the future? Perhaps one more day, and I would have been guilty! What was all the life spent with you but a series of dangers I faced without knowing it? What even greater dangers might I have encountered? Surely I felt for myself those fears that I thought I felt for you. All the trials had been endured; yet some could have returned to haunt me. Haven’t I lived long enough for happiness and virtue? What useful thing was left for me to gain from life? By taking it away, heaven removes nothing more that would cause me regret, and it safeguards my honor. My friend, I am leaving at a favorable moment, content with you and with myself; I am departing with joy, and this departure is in no way cruel. After so many sacrifices, what remains for me to do seems insignificant—nothing more than to die one more time.

I anticipate your pains; I feel them. You will continue to suffer, and I know it all too well. The awareness of your affliction is the greatest sorrow I bear with me. But consider also the consolations I leave you! The care you must take for one who was dear to you makes it your duty to preserve her for her sake. What remains of Julie is precisely what you have lost her since long ago—everything about her that was best still belongs to you. Come and join her family. Let her heart remain among you. May everything she loved gather together to give her a new life. Your care, your pleasures, your friendship—all will be her legacy. The bond of your union, formed by her, will bring her back to life; she will die only with the last one of you.

Entrando, gettò uno sguardo al tavolo e vide due piatti. All’istante si sedette sulla prima sedia che trovò dietro di sé, senza voler prendere posto a tavola né spiegare il motivo di quel capriccio. Pensai di potermi avvicinare a lei e feci mettere un terzo piatto al posto solitamente occupato dalla sua cugina. Allora si lasciò guidare per mano fino al tavolo senza resistenza, sistemando con cura la sua gonna, come se temesse di imbarazzare quel posto vuoto. Appena portò alla bocca il primo cucchiaio di zuppa, lo ripose immediatamente e chiese in tono brusco cosa facesse lì quel piatto, visto che non era occupato. Le dissi che aveva ragione e feci togliere il piatto. Tentò di mangiare, ma non riuscì a finire nulla. Poco a poco il suo cuore iniziò a gonfiarsi; il suo respiro divenne affannoso, simile a sospiri. Alla fine si alzò improvvisamente da tavola e tornò nella sua stanza senza dire una parola, ignorando tutto ciò che cercai di dirle; per l’intera giornata bevve solo tè.

Il giorno dopo tutto dovette ricominciare da capo. Pensai a un modo per farle ritornare in sé attraverso i suoi stessi capricci, e per alleviare la durezza della disperazione con sentimenti più dolci. Sapete che sua figlia assomiglia molto a Madame de Wolmar; le piaceva sottolineare questa somiglianza indossando abiti dello stesso tessuto, e aveva portato da Ginevra diversi accessori simili, che utilizzavano nei giorni stessi. Così feci vestire Henriette nel modo più possibile simile a Julie, e, dopo averla istruita, la feci sedere al terzo posto a tavola, proprio come il giorno prima.

Claire, al primo sguardo, comprese la mia intenzione; ne fu commossa e mi rivolse uno sguardo tenero e affettuoso. Fu il primo dei miei tentativi a cui lei rispose positivamente, e sperai che questo potesse portarla alla commozione.

Henriette, fiera di rappresentare sua madre, interpretò il suo ruolo alla perfezione; tanto bene che vidi le domestiche piangere. Tuttavia continuava a chiamare sua madre “mamma” e le parlava con il rispetto dovuto. Ma, incoraggiata dal successo e dalla mia approvazione – che lei notava molto bene – osò prendere un cucchiaio e dire: «Claire, lo vuoi?» Il gesto e il tono di voce erano così realistici che sua madre ebbe un sussulto. Poco dopo scoppiò a ridere forte, mi porse il suo piatto dicendo: «Sì, mia cara, dammelo; sei adorabile.» Poi iniziò a mangiare con tale avidità da sorprendermi. Osservandola attentamente, notai uno sguardo confuso nei suoi occhi e movimenti più bruschi del solito. La fermai dal continuare a mangiare. E fu una buona decisione: un’ora dopo ebbe un’indigestione così violenta che sarebbe sicuramente morta se avesse continuato a mangiare. Da quel momento decisi di eliminare tutti quei giochi che potevano eccitare la sua immaginazione al punto da renderla incontrollabile. Poiché si guarisce più facilmente dal dolore che dalla follia, è meglio lasciar soffrire un po’ di più, e non mettere a rischio la ragione di una persona.

Ecco, caro mio, più o meno dove ci troviamo. Da quando il barone è tornato, Claire va da lui ogni mattina, sia mentre io sono lì, sia quando ne esco: trascorrono insieme un’ora o due, e le cure che lei gli presta facilitano un po’ quelle che riceve lei stessa. Inoltre, sta iniziando a dedicarsi con maggiore impegno anche ai bambini. Uno dei tre è stato malato, proprio quello che lei ama meno di tutti. Questo evento le ha fatto rendere conto che le mancano ancora delle perdite da affrontare, e le ha rafforzato la determinazione nel compiere i suoi doveri. Nonostante tutto ciò, non è ancora arrivata al punto della vera tristezza; le lacrime non sono ancora scese. Vi aspettano per versarle. Siete voi che dovete asciugarle. Dovete sicuramente ascoltarmi. Pensate all’ultimo consiglio di Julie: è stato dato da me per primo, e lo ritengo più utile e saggio che mai. Venite a unirvi a tutto ciò che di lei rimane. Suo padre, sua amica, suo marito, i suoi bambini. Tutti vi aspettano, tutti vi desiderano. Siete necessario a tutti. Infine, senza spiegarmi oltre, venite a condividere e a lenire le mie preoccupazioni. Forse vi devo più di chiunque altro.

Lettera XII – Di Julie a Saint-Preux

Questa lettera era inclusa nella precedente.

Dobbiamo rinunciare ai nostri progetti. Tutto è cambiato, mio caro amico: sopportiamo questo cambiamento senza lamentarci; proviene da una mano più saggia della nostra. Pensavamo di riunirci: ma quella riunione non sarebbe stata positiva. È un dono del cielo averci avvertiti in tempo; probabilmente ci salverà da dei mali.

Per molto tempo mi sono illusa. Quell’illusione fu salutare per me; si è dissipata nel momento in cui non ne avevo più bisogno. Voi credevate che fossi guarita, e anch’io lo credevo. Diamo grazie a colui che ha permesso che questo errore durasse finché era utile: chi sa se, vedendomi così vicina all’abisso, la mia mente non si sarebbe ribellata? Sì, per quanto volessi soffocare quel primo sentimento che mi aveva dato la forza di vivere, esso è rimasto nel mio cuore. Si risveglia proprio quando non c’è più nulla da temere; mi sostiene quando le mie forze mi abbandonano; mi rianima quando sto per morire. Amico mio, faccio quest’ammissione senza vergogna: quel sentimento, che è rimasto contro la mia volontà, è stato involontario; non ha costato nulla alla mia innocenza; tutto ciò che dipendeva dalla mia volontà è stato fatto per dovere. Mentre il cuore, che non dipende dalla volontà, è stato dedicato a te, ma è stato il mio tormento, non il mio crimine. Ho fatto ciò che dovevo fare; la virtù rimane intatta in me, e l’amore non mi lascia rimorsi.

Oso onorare il passato; ma chi potrebbe garantirmi riguardo al futuro? Forse un altro giorno ancora, e sarei colpevole! Che cosa significava tutta la vita trascorsa con te? Quanti pericoli ho affrontato senza saperlo! A quali pericoli ancora più grandi sarei stata esposta! Senza dubbio provavo per me le stesse paure che credevo di provare per te. Tutte le prove sono state superate, ma alcune avrebbero potuto rivelarsi troppo gravi. Non ho vissuto abbastanza per la felicità e la virtù? Cosa mi restava ancora da trarre dalla vita? togliendomela, il cielo non mi priva più di nulla di spiacevole, e protegge la mia reputazione. Amico mio, parto nel momento giusto, soddisfatta di te e di me; parto con gioia, e questa partenza non ha nulla di crudele. Dopo tanti sacrifici, quello che mi resta da fare mi sembra poco importante: è soltanto morire un’altra volta.

Prevedo i vostri dolori; li percepisco chiaramente. Voi rimanete da compiangere. Lo so troppo bene. E il sentimento della vostra afflizione rappresenta la più grande sofferenza che porto con me. Ma considerate anche le consolazioni che vi lascio! Quanti doveri avete nei confronti di colei che fu cara per voi. Il vostro compito è preservarla per lei! Vi resta ancora il compito di servirla nella sua parte migliore. Non perdete Julie se non ciò che avevate già perso da molto tempo. Tutto ciò che in lei c’era di buono vi rimane. Venite a unirvi alla sua famiglia. Che il suo cuore rimanga tra voi. Che tutto ciò che amò si riunisca per darle una nuova vita. I vostri affetti, i vostri piaceri, la vostra amicizia. Tutto sarà opera sua. Il legame del vostro matrimonio, formato da lei stessa, le permetterà di rivivere. Morirà soltanto insieme all’ultimo di voi.

Songez qu’il vous reste une autre Julie, et n’oubliez pas ce que vous lui devez. Chacun de vous va perdre la moitié de sa vie, unissez-vous pour conserver l’autre ; c’est le seul moyen qui vous reste à tous deux de me survivre, en servant ma famille et mes enfants. Que ne puis-je inventer des noeuds plus étroits encore pour unir tout ce qui m’est cher ! Combien vous devez l’être l’un à l’autre ! Combien cette idée doit renforcer votre attachement mutuel ! Vos objections contre cet engagement vont être de nouvelles raisons pour le former. Comment pourrez-vous jamais vous parler de moi sans vous attendrir ensemble ! Non, Claire et Julie seront si bien confondues, qu’il ne sera plus possible à votre coeur de les séparer. Le sien vous rendra tout ce que vous aurez senti pour son amie ; elle en sera la confidente et l’objet : vous serez heureux par celle qui vous restera, sans cesser d’être fidèle à celle que vous aurez perdue, et après tant de regrets et de peines, avant que l’âge de vivre et d’aimer se passe, vous aurez brûlé d’un feu légitime et joui d’un bonheur innocent.

C’est dans ce chaste lien que vous pourrez sans distractions et sans craintes vous occuper des soins que je vous laisse, et après lesquels vous ne serez plus en peine de dire quel bien vous aurez fait ici-bas. Vous le savez, il existe un homme digne du bonheur auquel il ne sait pas aspirer. Cet homme est votre libérateur, le mari de l’amie qu’il vous a rendue. Seul, sans intérêt à la vie, sans attente de celle qui la suit, sans plaisir, sans consolation, sans espoir, il sera bientôt le plus infortuné des mortels. Vous lui devez les soins qu’il a pris de vous et vous savez ce qui peut les rendre utiles. Souvenez-vous de ma lettre précédente. Passez vos jours avec lui. Que rien de ce qui m’aima ne le quitte. Il vous a rendu le goût de la vertu, montrez-lui-en l’objet et le prix. Soyez chrétien pour l’engager à l’être. Le succès est plus près que vous ne pensez : il a fait son devoir, je ferai le mien, faites le vôtre. Dieu est juste : ma confiance ne me trompera pas.

Je n’ai qu’un mot à vous dire sur mes enfants. Je sais quels soins va vous coûter leur éducation ; mais je sais bien aussi que ces soins ne vous seront pas pénibles. Dans les moments de dégoût inséparables de cet emploi, dites-vous : ils sont les enfants de Julie ; il ne vous coûtera plus rien. M. de Wolmar vous remettra les observations que j’ai faites sur votre mémoire et sur le caractère de mes deux fils. Cet écrit n’est que commencé : je ne vous le donne pas pour règle, et je le soumets à vos lumières. N’en faites point des savants, faites-en des hommes bienfaisants et justes. Parlez-leur quelquefois de leur mère… vous savez s’ils lui étaient chers… Dites à Marcellin qu’il ne m’en coûta pas de mourir pour lui. Dites à son frère que c’était pour lui que j’aimais la vie. Dites-leur… Je me sens fatiguée. Il faut finir cette lettre. En vous laissant mes enfants, je m’en sépare avec moins de peine ; je crois rester avec eux.

Adieu, adieu, mon doux ami… Hélas ! j’achève de vivre comme j’ai commencé. J’en dis trop peut-être en ce moment où le coeur ne déguise plus rien… Eh ! pourquoi craindrais-je d’exprimer tout ce que je sens ? Ce n’est plus moi qui te parle ; je suis déjà dans les bras de la mort. Quand tu verras cette lettre, les vers rongeront le visage de ton amante, et son coeur où tu ne seras plus. Mais mon âme existerait-elle sans toi ? sans toi quelle félicité goûterais-je ? Non, je ne te quitte pas, je vais t’attendre. La vertu qui nous sépara sur la terre nous unira dans le séjour éternel. Je meurs dans cette douce attente : trop heureuse d’acheter au prix de ma vie le droit de t’aimer toujours sans crime, et de te le dire encore une fois !

Consider that you still have another Julie left, and never forget what you owe her. Each of you will lose half of your life; unite yourselves in order to preserve the other half. It is the only way for both of you to outlive me by serving my family and my children. How I wish I could devise even stronger bonds to unite everything that is dear to me! How deeply you must depend on each other! How this idea must strengthen your mutual affection! Any objections you may have against this commitment will only serve as further reasons to pursue it. How could you ever talk about me without feeling closer to each other? No, Claire and Julie will be so inseparably intertwined that your hearts will never be able to distinguish one from the other. Her heart will give you everything you once felt for her friend; she will be both your confidante and your beloved. You will find happiness in the one who remains with you, while remaining faithful to the one you have lost. After so much regret and sorrow, before the time comes for life and love to come to an end, you will experience a legitimate passion and enjoy innocent happiness.

It is in this pure bond that you will be able to devote yourselves without distractions or fear to the care I entrust to you, and after fulfilling it, you will no longer have difficulty in stating what good you have done here on earth. You know that there exists a man worthy of happiness, yet he does not know how to aspire to it. This man is your liberator, the husband of the friend he has given you. Alone, without any interest in life, without any expectations for the life that follows, without pleasure, without consolation, without hope, he will soon become the most unfortunate of mortals. You owe him the care he has taken for you, and you know what can make that care truly useful. Remember my previous letter. Spend your days with him. Let nothing of what loved me ever leave him. He has restored to you the taste for virtue; show him its object and its value. Be a Christian, so as to encourage him to become one as well. Success is closer than you think: he has done his duty; I will do mine; you must do yours as well. God is just; my trust in Him will not deceive me.

I have only one thing to say about my children. I know what it will cost you to educate them; but I also know that these expenses will not be a burden for you. In those moments of disgust that are inseparable from this job, remind yourself: they are Julie’s children; it will cost you nothing more. Mr. de Wolmar will give you the notes I have made regarding your report and the character of my two sons. This letter is only half-finished; I am not giving it to you as a set of rules, but rather submitting it to your judgment. Do not make them scholars—make them kind and just people. Sometimes talk to them about their mother, you know how much they loved her. Tell Marcellin that it did not cost me anything to die for him. Tell his brother that it was for him that I cherished life. Tell them. I am feeling tired. I must finish this letter. By leaving my children with you, I part from them with less sorrow; I believe I will remain with them in spirit.

Adieu, adieu, my dear friend. Alas! I am ending my life just as I began it. Perhaps I am saying too much at this moment when the heart no longer conceals anything. Why should I fear expressing everything I feel? It is no longer me speaking to you; I am already in the arms of death. When you read this letter, decay will have eaten away the face of your beloved, and her heart—where you will no longer be. But would my soul exist without you? Without you, what happiness could I ever know? No, I am not leaving you; I will wait for you. The virtue that separated us on earth will unite us in the eternal realm. I die in this sweet anticipation: too happy to pay the price of my life for the right to love you forever without sin, and to tell you that once more!

Pensate che vi rimanga un’altra Julie, e non dimenticate ciò che le dovete. Ognuno di voi perderà metà della propria vita: unitevi per conservare l’altra; è l’unico modo che vi resta per sopravvivere a me, servendo la mia famiglia e i miei figli. Quanto potrei inventare legami ancora più stretti per unire tutto ciò che mi è caro. Quanto dovete essere l’uno per l’altro. Quanto questa idea deve rafforzare il vostro legame reciproco! Le vostre obiezioni contro questo impegno diventeranno nuove ragioni per consolidarlo. Come potrete mai parlare di me senza sentire affetto l’uno per l’altro? No, Claire e Julie saranno così strettamente legate che il vostro cuore non riuscirà più a separarle. Il suo cuore vi darà tutto ciò che avrete provato per la sua amica; lei ne sarà la confidente e l’oggetto del vostro affetto. Sarete felici con colei che vi rimarrà, senza mai smettere di essere fedeli a quella che avrete perso. E dopo tanti rimpianti e dolori, prima ancora che arrivi l’età di vivere e amare, proverete un amore legittimo e godrete di una felicità innocente.

È in questo legame puro che potrete dedicarvi, senza distrazioni e senza timori, alle cure che vi lascio in custodia; solo dopo averle adempiute sarete in grado di dire quale bene abbiate fatto in questa vita. Lo sapete: esiste un uomo degno di felicità, ma che non sa come aspirarvi. Quest’uomo è il vostro liberatore, il marito dell’amica che vi ha restituito. Solo, privo di interessi per la vita terrena, senza aspettative riguardo a quella futura, privo di piaceri, consolazioni o speranze, presto diventerà l’uomo più sfortunato tra i mortali. Gli dovete le cure che ha avuto per voi, e sapete bene quale sia il loro vero valore. Ricordatevi della mia lettera precedente: trascorrete i vostri giorni con lui. Che nulla di ciò che mi amava vi abbandoni mai. Lui vi ha fatto riscoprire il gusto della virtù, mostrategli quale ne sia l’oggetto e il prezzo. Siate cristiani, affinché anche lui lo diventi. Il successo è più vicino di quanto pensiate: lui ha adempiuto al proprio dovere, io farò il mio, fate voi il vostro. Dio è giusto: la mia fiducia non mi tradirà.

Ho solo una cosa da dirvi sui miei figli. So quali sforzi vi costerà la loro educazione; ma so anche che questi sforzi non saranno per voi troppo onerosi. Nei momenti di disgusto inevitabili legati a questo compito, ricordatevi: sono i figli di Julie; quindi non vi costerà nulla in più. Il signor de Wolmar vi consegnerà le osservazioni che ho fatto riguardo al vostro memoriale e al carattere dei miei due figli. Questo scritto è solo un inizio: non ve lo do come regola da seguire, ma lo sottopongo alle vostre considerazioni. Non fatene degli studiosi, ma uomini buoni e giusti. Parlateli a volte di loro madre, sapete quanto fossero cari per lei. Dite a Marcellin che non mi è costato nulla morire per lui; dite a suo fratello che amavo la vita proprio per lui. Dite loro. Mi sento stanca. Devo concludere questa lettera. Lasciandovi i miei figli, mi separo da loro con meno dolore. Credo di rimanere comunque con loro.

Addio, addio, mio caro amico. Ahimè! Sto per morire esattamente come ho vissuto. Forse sto dicendo troppo in questo momento in cui il cuore non nasconde più nulla. Perché dovrei temere di esprimere tutto ciò che provo? Non sono più io a parlarti; sono già tra le braccia della morte. Quando leggerai questa lettera, i vermi divoreranno il viso della tua amante, e il suo cuore, in cui tu non sarai più. Ma esisterebbe ancora la mia anima senza di te? Senza di te, quale felicità potrei provare? No, non ti lascio; ti aspetterò. La virtù che ci ha separati sulla terra ci unirà nell’eterno regno della pace. Muoio in questa dolce attesa: troppo felice di pagare con la mia vita il prezzo per amarti sempre senza peccato, e per dirtelo ancora una volta!