Rousseau

Abstract

Short essay comparing the sage (invulnerable but absorbed in his own happiness) and the hero (exposed but devoted to the happiness of others), concluding that heroism, rarer and more useful to peoples, deserves pre-eminence among the virtues directed to the public good.

Connections

Assi: Fondamento della morale
Posizioni: virtù
Concetti: virtù
Figure: Socrate, Platone
Forme: saggio

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Si je n’étais Alexandre, disait ce conquérant, je voudrais être Diogène. Le philosophe eût-il dit : Si je n’étais ce que je suis, je voudrais être Alexandre ? J’en doute ; un conquérant consentirait plutôt d’être un sage, qu’un sage d’être un conquérant. Mais quel homme au monde ne consentirait pas d’être un héros ? On sent donc que l’héroïsme a des vertus à lui, qui ne dépendent point de la fortune, mais qui ont besoin d’elle pour se développer. Le héros est l’ouvrage de la nature, de la fortune, et de lui-même. Pour bien le définir, il faudrait assigner ce qu’il tient de chacun des trois.

Toutes les vertus appartiennent au sage. Le héros se dédommage de celles qui lui manquent par l’éclat de celles qu’il possède. Les vertus du premier sont tempérées, mais il est exempt de vices ; si le second a des défauts, ils sont effacés par l’éclat de ses vertus. L’un, toujours vrai, n’a point de mauvaises qualités ; l’autre, toujours grand, n’en a point de médiocres. Tous deux sont fermes et inébranlables, mais de différentes manières et en différentes choses : l’un ne cède jamais que par raison, l’autre jamais que par générosité ; les faiblesses sont aussi peu connues du sage que les lâchetés le sont peu du héros ; et la violence n’a pas plus d’empire sur l’âme de celui-ci que les passions sur celle de l’autre.

Il y a donc plus de solidité dans le caractère du sage, et plus d’éclat dans celui du héros ; et la préférence se trouverait décidée en faveur du premier, en se contentant de les considérer ainsi en eux-mêmes. Mais si nous les envisageons par leur rapport avec l’intérêt de la société, de nouvelles réflexions produiront bientôt d’autres jugements, et rendront aux qualités héroïques cette prééminence qui leur est due, et qui leur a été accordée dans tous les siècles, d’un commun consentement.

En effet, le soin de sa propre félicité fait toute l’occupation du sage, et c’en est bien assez sans doute pour remplir la tâche d’un homme ordinaire. Les vues du vrai héros s’étendent plus loin ; le bonheur des hommes est son objet, et c’est à ce sublime travail qu’il consacre la grande âme qu’il a reçue du ciel. Les philosophes, je l’avoue prétendent enseigner aux hommes l’art d’être heureux ; et, comme s’ils devaient s’attendre à former des nations de sages, ils prêchent aux peuples une félicité chimérique qu’ils n’ont pas eux-mêmes, et dont ceux-ci ne prennent jamais ni l’idée ni le goût. Socrate vit et déplora les malheurs de sa patrie ; mais c’est à Thrasybule qu’il était réservé de les finir ; et Platon, après avoir perdu son éloquence, son honneur, et son temps, à la cour d’un tyran, fut contraint d’abandonner à un autre la gloire de délivrer Syracuse du joug de la tyrannie. Le philosophe peut donner à l’univers quelques instructions salutaires : mais ces leçons ne corrigeront jamais ni les grands qui les méprisent, ni le peuple qui ne les entend point. Les hommes ne se gouvernent pas ainsi par des vues abstraites ; on ne les rend heureux qu’en les contraignant à l’être, et il faut leur faire éprouver le bonheur pour le leur faire aimer : voilà l’occupation et les talents du héros ; c’est souvent la force à la main qu’il se met en état de recevoir les bénédictions des hommes qu’il contraint d’abord à porter le joug des lois pour les soumettre enfin à l’autorité de la raison.

L’héroïsme est donc de toutes les qualités de l’âme celle dont il importe le plus aux peuples que ceux qui les gouvernent soient revêtus. C’est la collection d’un grand nombre de vertus sublimes, rares dans leur assemblage, plus rares dans leur énergie, et d’autant plus rares encore que l’héroïsme qu’elles constituent, détaché de tout intérêt personnel, n’a pour objet que la félicité des autres, et pour prix que leur admiration.

Je n’ai rien dit ici de la gloire légitimement due aux grandes actions ; je n’ai point parlé de la force de génie ni des autres qualités personnelles nécessaires au héros, et qui, sans être vertus, servent souvent plus qu’elles au succès des grandes entreprises. Pour placer le vrai héros à son rang, je n’ai eu recours qu’à ce principe incontestable : que c’est entre les hommes celui qui se rend le plus utile aux autres qui doit être le premier de tous. Je ne crains point que les sages appellent d’une décision fondée sur cette maxime.

Il est vrai, et je me hâte de l’avouer, qu’il se présente dans cette manière d’envisager l’héroïsme une objection qui semble d’autant plus difficile à résoudre qu’elle est tirée du fond même du sujet. Il ne faut point, disaient les anciens, deux soleils dans la nature, ni deux Césars sur la terre. En effet, il en est de l’héroïsme comme de ces métaux recherchés dont le prix consiste dans leur rareté, et que leur abondance rendrait pernicieux ou inutiles. Celui dont la valeur a pacifié le monde l’eût désolé s’il y eût trouvé un seul rival digne de lui. Telles circonstances peuvent rendre un héros nécessaire au salut du genre humain ; mais, en quelque temps que ce soit, un peuple de héros en serait infailliblement la ruine, et, semblable aux soldats de Cadmus, il se détruirait bientôt lui-même.

Quoi donc ! me dira-t-on, la multiplication des bienfaiteurs du genre humain peut-elle être dangereuse aux hommes, et peut-il y avoir trop de gens qui travaillent au bonheur de tous ? Oui, sans doute, répondrai-je, quand ils s’y prennent mal, ou qu’ils ne s’en occupent qu’en apparence. Ne nous dissimulons rien ; la félicité publique est bien moins la fin des actions du héros qu’un moyen pour arriver à celle qu’il se propose ; et cette fin est presque toujours sa gloire personnelle. L’amour de la gloire a fait des biens et des maux innombrables ; l’amour de la patrie est plus pur dans son principe et plus sûr dans ses effets : aussi le monde a-t-il été souvent surchargé de héros ; mais les nations n’auront jamais assez de citoyens. Il y a bien de la différence entre l’homme vertueux et celui qui a des vertus : celles du héros ont rarement leur source dans la pureté de l’âme ; et, semblables à ces drogues salutaires, mais peu agissantes, qu’il faut animer par des sels acres et corrosifs, on dirait qu’elles aient besoin du concours de quelques vices pour leur donner de l’activité. Il ne faut donc pas se représenter l’héroïsme sous l’idée d’une perfection morale, qui ne lui convient nullement, mais comme un composé de bonnes et mauvaises qualités, salutaires ou nuisibles, selon les circonstances, et combinées dans une telle proportion qu’il en résulte souvent plus de fortune et de gloire pour celui qui les possède, et quelquefois même plus de bonheur pour les peuples, que d’une vertu plus parfaite.

De ces notions bien développées il s’ensuit qu’il peut y avoir bien des vertus contraires à l’héroïsme ; d’autres qui lui soient indifférentes ; que d’autres lui sont plus ou moins favorables, selon leurs différents rapports avec le grand art de subjuguer les cœurs et d’enlever l’admiration des peuples ; et qu’enfin parmi ces dernières il doit y en avoir quelqu’une qui lui soit plus nécessaire, plus essentielle, plus indispensable, et qui le caractérise en quelque manière : c’est cette vertu spéciale et proprement héroïque qui doit être ici l’objet de mes recherches.

Rien n’est si décisif que l’ignorance ; et le doute est aussi rare parmi le peuple que l’affirmation chez les vrais philosophes. Il y a longtemps que le préjugé vulgaire a prononcé sur la question que nous agitons aujourd’hui, et que la valeur guerrière passe chez la plupart des hommes pour la première vertu du héros. Osons appeler de ce jugement aveugle au tribunal de la raison, et que les préjugés, si souvent ses ennemis et ses vainqueurs, apprennent à lui céder à leur tour.

Ne nous refusons point à la première réflexion que ce sujet fournit, et convenons d’abord que les peuples ont bien inconsidérément accordé leur estime et leur encens à la vaillance martiale, ou que c’est en eux une inconséquence bien odieuse de croire que ce soit par la destruction des hommes que les bienfaiteurs du genre humain annoncent leur caractère. Nous sommes à la fois bien maladroits et bien malheureux, si ce n’est qu’à force de nous désoler qu’on peut exciter notre admiration. Faut-il donc croire que si jamais les jours de bonheur et de paix renaissaient parmi nous, ils en banniraient l’héroïsme avec le cortège affreux des calamités publiques, et que les héros seraient tous relégués dans le temple de Janus, comme on enferme, après la guerre, de vieilles et inutiles armes dans nos arsenaux ?

“If I were not Alexander,” said this conqueror, “I would wish to be Diogenes.” Would the philosopher have said: “If I were not what I am, I would wish to be Alexander?” I doubt it; a conqueror would rather consent to be a sage than a sage to be a conqueror. But which man in the world would not prefer to be a hero? It is clear therefore that heroism possesses virtues of its own—virtues that do not depend on fortune, but that require it in order to flourish. The hero is the product of nature, of fortune, and of himself. To define him properly, one would need to specify what he owes to each of these three factors.

All virtues belong to the wise man. The hero makes up for those virtues which he lacks through the brilliance of those he possesses. The virtues of the wise man are tempered, but he is free from vices; whereas the hero may have shortcomings, they are overshadowed by the radiance of his virtues. One is always true and possesses no bad qualities; the other is always great and has no mediocre ones at all. Both are firm and unshakable, but in different ways and concerning different matters: one never yields except out of reason, while the other never does so except out of generosity. The wise man knows nothing of weakness, just as the hero knows nothing of cowardice; and violence holds no power over the soul of the hero, any more than do passions over that of the wise man.

Therefore, the character of the sage possesses greater solidity, while that of the hero boasts more brilliance; and on its own, such consideration would lead us to favor the former. However, if we examine these qualities in relation to the interests of society, new considerations will soon lead to different judgments, and it will become clear that the heroic virtues possess the inherent superiority that they rightfully enjoy—and that this superiority has been universally acknowledged throughout all ages.

Indeed, the care for one’s own happiness constitutes the sole concern of the wise man; and this is certainly enough to fulfill the duties of an ordinary person. The vision of a true hero extends further; the happiness of mankind is his goal, and it is to this sublime endeavor that he devotes the great soul bestowed upon him by heaven. Philosophers, I admit, claim to teach men the art of being happy; but as if they expected to create nations of wise men, they preach to peoples a fanciful happiness that they themselves do not possess, and which the people never even conceive or desire. Socrates lived and lamented the misfortunes of his country; yet it was Thrasybule who ultimately put an end to them. And Plato, after having wasted his eloquence, his honor, and his time at the court of a tyrant, was forced to leave the glory of liberating Syracuse from tyranny to someone else. A philosopher may offer the world some beneficial teachings; but such lessons will never reform either those who despise them or those who do not hear them at all. Men do not govern themselves through abstract principles; they can only be made happy by being compelled to be so, and one must make them experience happiness in order for them to come to love it. Such is the mission and the role of a hero—often through force does he bring men under the yoke of law, and ultimately subject them to the authority of reason.

Hence, among all the qualities of the soul, heroism is that which is most essential for peoples that those who govern them possess it. It is a collection of numerous sublime virtues—rare when brought together, even rarer in their intensity—and yet even more extraordinary when such heroism, detached from any personal interest, aims solely at bringing happiness to others and seeks only their admiration as its reward.

I have said nothing here about the glory that rightfully belongs to great deeds; I have not spoken of the power of genius or other personal qualities necessary for a hero—qualities which, though not virtues per se, often contribute more to the success of great undertakings than virtues do. To place the true hero in his proper position, I have relied solely on this indisputable principle: that among men, he who is most useful to others should be regarded as the foremost of all. I have no fear that the wise would reject a decision based on this maxim.

It is true—and I hasten to admit it—that there exists an objection to this way of viewing heroism, one that seems all the more difficult to resolve precisely because it arises from the very essence of the subject itself. The ancients said that there should be no two suns in nature, nor two Caesars on earth. Indeed, heroism is akin to those rare metals whose value lies in their scarcity; were they to become abundant, they would prove harmful or even useless. The hero whose greatness brought peace to the world would have caused its ruin had there been even one rival worthy of him. Such circumstances may make a hero necessary for the salvation of humanity; but at any given time, a population composed entirely of heroes would inevitably lead to its own destruction, just as the soldiers of Cadmus ended up annihilating themselves.

“Indeed!” one might ask, “Could it be dangerous for humans if there were too many people devoted to promoting the welfare of mankind? Could it be harmful to have too many individuals working towards the happiness of all?” Yes, I would answer, certainly, when those efforts are misdirected or merely superficial. Let us not deceive ourselves: public happiness is far less the ultimate goal of a hero’s actions than a means to achieve the goal he truly pursues—and that goal is almost always his own personal glory. The love of glory has brought countless benefits and harms; however, the love of one’s country is purer in its essence and more certain in its effects. Therefore, the world has often been overfilled with heroes—but nations will never have enough citizens. There is a clear distinction between a virtuous person and one who merely possesses virtue: the virtues of a hero rarely stem from the purity of his soul. And, much like those beneficial but weak substances that require strong additives to become effective, it seems that these heroic qualities need the accompaniment of certain vices in order to be truly potent. Thus, we should not conceive heroism as some kind of moral perfection—such an notion is entirely inappropriate—but rather as a mixture of good and bad qualities, some of which may bring fortune and glory, while others might even lead to greater happiness for society than would more perfect virtue alone.

From these well-developed concepts, it follows that there can be many virtues that are contrary to heroism; others that are indifferent to it; and still others that are more or less favorable to it, depending on their various relationships with the great art of winning over people’s hearts and earning their admiration. Finally, among these latter virtues, there must surely be one that is more necessary, more essential, more indispensable than all others—and which, in some way, characterizes true heroism. It is this specific, truly heroic virtue that I aim to examine here.

Nothing is more decisive than ignorance; and doubt is as rare among the masses as affirmation is among true philosophers. Long ago, vulgar prejudice had already rendered its judgment on the issue we are discussing today, and for most people, military valor is regarded as the foremost virtue of a hero. Let us dare to bring this blind judgment before the tribunal of reason, and let prejudices—so often its enemies and conquerors—learn in turn to yield to it.

Let us not reject at first glance the considerations that this subject presents. Let us acknowledge, for instance, that peoples have rather imprudently bestowed their admiration and praise upon martial valor; or rather, that it is an utterly repugnant inconsistency on their part to believe that those who bring benefits to humanity do so by means of destruction. We are truly both clumsy and unfortunate in that we can only arouse our own admiration through lamentation. Must we therefore conclude that if days of happiness and peace ever returned among us, heroism would be banished along with the terrible specter of public calamities, and that all heroes would be relegated to the temple of Janus—just as old and useless weapons are stored away in our arsenals after a war?

“Se non fossi Alessandro”, diceva questo conquistatore, “vorrei essere Diogene”. Avrebbe detto il filosofo: “Se non fossi ciò che sono, vorrei essere Alessandro”? Ne dubito; un conquistatore accetterebbe piuttosto di essere un saggio, che un saggio di essere un conquistatore. Ma quale uomo al mondo non accetterebbe di essere un eroe? Si capisce quindi che l’eroismo possiede virtù proprie, che non dipendono dalla fortuna, ma che hanno bisogno di essa per svilupparsi. L’eroe è il risultato dell’azione della natura, della fortuna e di lui stesso. Per definirlo correttamente, sarebbe necessario indicare ciò che riceve da ciascuno di questi tre elementi.

Tutte le virtù appartengono al saggio. L’eroe compensa quelle che gli mancano con lo splendore di quelle che possiede. Le virtù del primo sono moderate, ma egli è esente da vizi; se il secondo presenta difetti, questi vengono cancellati dallo splendore delle sue virtù. Uno, sempre sincero e veritiero, non possiede alcuna cattiva qualità; l’altro, sempre nobile e grande, non ne ha alcuna mediocre. Entrambi sono fermi e ineguibili, ma in modi diversi e per cose diverse: uno non cede mai se non per ragione, l’altro mai se non per generosità; le debolezze sono altrettanto sconosciute al saggio quanto le viltà lo sono all’eroe; e la violenza non ha alcun potere sull’anima di quest’ultimo come le passioni su quella del primo.

Pertanto, nel carattere del saggio c’è maggiore solidità, mentre in quello dell’eroe c’è maggior splendore; la preferenza dovrebbe quindi essere data al primo, se ci limitassimo a considerarli tali per loro stessi. Ma se li osserviamo nel loro rapporto con gli interessi della società, nuove riflessioni porteranno presto a giudizi diversi e restituiranno alle qualità eroiche quella preminenza che loro spetta e che è stata riconosciuta da tutti i secoli, per consenso unanime.

Infatti, il solo pensiero alla propria felicità occupa interamente il saggio; e questo basta certamente per compiere il dovere di un uomo comune. Le visioni del vero eroe si estendono più lontano: la felicità degli uomini è il suo obiettivo, ed è a questo sublime compito che dedica l’anima grande che ha ricevuto dal cielo. Ammetto che i filosofi pretendano di insegnare agli uomini l’arte di essere felici; e come se dovessero formare intere nazioni di saggi, predicano ai popoli una felicità illusoria che loro stessi non possiedono, e della quale questi non hanno mai né idea né desiderio. Socrate visse e deplorò i mali della sua patria; ma fu a Thrasybule che toccò il compito di porre fine a quei mali; e Platon, dopo aver perso la propria eloquenza, onore e tempo alla corte di un tiranno, fu costretto a lasciare ad altri la gloria di liberare Siracusa dal giogo della tirannia. Il filosofo può fornire all’universo alcune istruzioni utili; ma queste lezioni non correggeranno mai né i potenti che le disprezzano, né il popolo che non le comprende. Gli uomini non si governano certo con idee astratte; si rendono felici soltanto costringendoli ad esserlo, e bisogna far loro sperimentare la felicità per farla amare: questa è l’occupazione e il compito dell’eroe; spesso è solo con la forza che riesce a ricevere le benedizioni degli uomini, che prima ha costretto ad obbedire alle leggi per poi sottometterli all’autorità della ragione.

L’eroismo è quindi, tra tutte le qualità dell’anima, quella di cui è più importante che coloro che governano i popoli ne siano dotati. È l’insieme di un gran numero di virtù sublimi: rare nella loro combinazione, ancora più rare nella loro intensità; e diventa davvero straordinario quando queste virtù, staccate da qualsiasi interesse personale, hanno come scopo solo la felicità altrui e come ricompensa l’ammirazione degli altri.

Non ho detto nulla, qui, della gloria legittimamente dovuta alle grandi imprese; non ho parlato della forza di genio né delle altre qualità personali necessarie al eroe, e che, anche se non sono virtù, spesso servono più di queste ultime al successo delle grandi imprese. Per porre il vero eroe al suo giusto posto, mi sono basato soltanto su questo principio incontestabile: che tra gli uomini è colui che si rende più utile agli altri ad essere considerato il primo di tutti. Non temo affatto che i saggi non approvino una decisione basata su questa massima.

È vero, e mi affretto ad ammetterlo, che in questo modo di considerare l’eroismo sorge un’obiezione che sembra tanto più difficile da risolvere quanto più deriva proprio dal cuore stesso dell’argomento. Gli antichi dicevano: “Non devono esserci due soli nella natura, né due Cesari sulla terra”. Infatti, l’eroismo è come quei metalli pregiati il cui valore risiede nella loro rarità; se ne trovassero in abbondanza, diventerebbero pericolosi o inutili. Colui il cui valore ha pacificato il mondo lo avrebbe distrutto se ne fosse esistito anche solo uno degno di lui. Tali circostanze possono rendere necessario un eroe per il salvataggio dell’umanità; ma, in qualsiasi momento ciò accadesse, un popolo composto interamente da eroi ne sarebbe inevitabilmente distrutto, e, simile ai soldati di Cadmo, si autodistruggerebbe presto.

“Che cosa! Si potrebbe forse dire che la moltiplicazione di coloro che operano per il bene dell’umanità possa rivelarsi dannosa per gli uomini, o che possa esserci troppa gente impegnata a realizzare il benessere comune? Sì, senza dubbio”, risponderei, “se questi sforzi vengono compiuti in modo errato, o se vi si dedica solo in apparenza. Non nascondiamoci nulla: la felicità pubblica è molto meno lo scopo principale delle azioni di un eroe che un mezzo per raggiungere quello che egli stesso si propone; e questo scopo è quasi sempre la sua gloria personale. L’amore per la gloria ha portato a innumerevoli beni e mali; l’amore per la patria, invece, è più puro nei suoi principi e più efficace nei suoi risultati. Per questo il mondo è spesso stato sovraccarico di eroi; ma le nazioni non avranno mai abbastanza cittadini. C’è infatti una grande differenza tra l’uomo virtuoso e colui che possiede soltanto alcune virtù: quelle dell’eroe raramente derivano dalla purezza dell’anima; e, simili a quei medicinali benefici ma poco efficaci, che richiedono l’aggiunta di sostanze aggressive per agire pienamente, sembra che queste qualità eroiche abbiano bisogno della collaborazione di alcuni vizi per diventare realmente efficaci. Pertanto non dobbiamo considerare l’eroismo come un’espressione di perfezione morale, cosa che non gli corrisponde affatto; bensì come una combinazione di qualità positive e negative, benefiche o dannose a seconda delle circostanze, messe insieme in modo tale da portare spesso a maggior fortuna e gloria per colui che le possiede. E talvolta anche a maggiore felicità per i popoli, rispetto a quanto potrebbe derivare da una virtù più assoluta.”

Da queste nozioni ben definite deriva che possono esistere molte virtù contrarie all’eroismo; altre che gli siano indifferenti; altre ancora che lo favoriscano in misura maggiore o minore, a seconda del loro rapporto con l’arte suprema di conquistare i cuori e suscitare l’ammirazione dei popoli; e infine, tra queste ultime, deve essercene una che sia per lui più necessaria, più essenziale, più indispensabile, e che lo caratterizzi in qualche modo particolare: è questa virtù specifica e propriamente eroica che deve essere l’oggetto delle mie ricerche.

Niente è più decisivo dell’ignoranza; e il dubbio è altrettanto raro tra la gente quanto l’affermazione tra i veri filosofi. Da molto tempo il pregiudizio volgare ha già espresso un parere su quella questione che oggi dibattiamo, e per la maggior parte delle persone il valore militare è considerato la prima virtù di un eroe. Osiamo portare questo giudizio cieco davanti al tribunale della ragione, affinché i pregiudizi, spesso suoi nemici e suoi vincitori, imparino a loro volta a cederle il posto.

Non rifiutiamo affatto la prima riflessione che questo argomento ci suggerisce; ammettiamo innanzitutto che i popoli abbiano spesso concesso, in modo avventato, il loro rispetto e la loro ammirazione al valore militare. O forse è davvero una contraddizione odiosa credere che siano proprio le distruzioni umane a rivelare il vero carattere di coloro che portano benefici all’umanità. Siamo davvero maldestri e sfortunati, se non è vero che solo attraverso la nostra costante disperazione possiamo provare ammirazione per qualcosa. Dovremmo quindi credere che, se mai i giorni della felicità e della pace tornassero tra di noi, l’eroismo verrebbe bandito insieme alle orribili calamità pubbliche. E gli eroi sarebbero tutti relegati nel tempio di Giano, proprio come le vecchie e inutili armi vengono chiuse negli arsenali dopo la guerra?

Je sais qu’entre les qualités qui doivent former le grand homme, le courage est quelque chose ; mais hors du combat la valeur n’est rien. Le brave ne fait ses preuves qu’aux jours de bataille : le vrai héros fait les siennes tous les jours ; et ses vertus, pour se montrer quelquefois en pompe, n’en sont pas d’un usage moins fréquent sous un extérieur plus modeste.

Osons le dire. Tant s’en faut que la valeur soit la première vertu du héros, qu’il est douteux même qu’on la doive compter au nombre des vertus. Comment pourrait-on honorer de ce titre une qualité sur laquelle tant de scélérats ont fondé leurs crimes ? Non, jamais les Catilina ni les Cromwell n’eussent rendu leurs noms célèbres ; jamais l’un n’eût tenté la ruine de sa patrie, ni l’autre asservi la sienne, si la plus inébranlable intrépidité n’eût fait le fond de leur caractère. Avec quelques vertus de plus, me direz-vous, ils eussent été des héros ; dites plutôt qu’avec quelques crimes de moins ils eussent été des hommes.

Je ne passerai point ici en revue ces guerriers funestes, la terreur et le fléau du genre humain, ces hommes avides de sang et de conquêtes, dont on ne peut prononcer les noms sans frémir, des Marius, des Totila, des Tamerlan. Je ne me prévaudrai point de la juste horreur qu’ils ont inspirée aux nations. Et qu’est-il besoin de recourir à des monstres pour établir que la bravoure même la plus généreuse est plus suspecte dans son principe, plus journalière dans ses exemples, plus funeste dans ses effets, qu’il n’appartient à la constance, à la solidité, et aux avantages de la vertu ? Combien d’actions mémorables ont été inspirées par la honte ou par la vanité ! Combien d’exploits, exécutés à la face du soleil, sous les yeux des chefs, et en présence de toute une armée, ont été démentis dans le silence et l’obscurité de la nuit ! Tel est brave au milieu de ses compagnons, qui ne serait qu’un lâche, abandonné à lui-même : tel a la tête d’un général, qui n’eut jamais le cœur d’un soldat : tel affronte sur une brèche la mort et le fer de son ennemi, qui dans le secret de sa maison ne peut soutenir la vue du fer salutaire d’un chirurgien.

Un tel était brave un tel jour, disaient les Espagnols du temps de Charles-Quint ; et ces gens-là se connaissaient en bravoure. En effet, rien peut-être n’est si journalier que la valeur, et il y a bien peu de guerriers sincères qui osassent répondre d’eux seulement pour vingt-quatre heures. Ajax épouvante Hector ; Hector épouvante Ajax et fuit devant Achille. Antiochus-le-Grand fut brave la moitié de sa vie, et lâche l’autre moitié. Le triomphateur des trois parties du monde perdit le cœur et la tête à Pharsale. César lui-même fut ému à Dyrrachium, et eut peur à Munda ; et le vainqueur de Brutus s’enfuit lâchement devant Octave, et abandonna la victoire et l’empire du monde à celui qui tenait de lui l’un et l’autre. Croira-t-on que ce soit faute d’exemples modernes que je n’en cite ici que d’anciens ?

Qu’on ne nous dise donc plus que la palme héroïque n’appartient qu’à la valeur et aux talents militaires. Ce n’est point sur les exploits des grands hommes que leur réputation est mesurée. Cent fois les vaincus ont remporté le prix de la gloire sur les vainqueurs. Qu’on recueille les suffrages, et qu’on me dise lequel est le plus grand d’Alexandre ou de Porus, de Pyrrhus ou de Fabrice, d’Antoine ou de Brutus, de François Ier, dans les fers ou de Charles-Quint triomphant, de Valois vainqueur ou de Coligni vaincu.

Que dirons-nous de ces grands hommes qui, pour n’avoir point souillé leurs mains dans le sang, n’en sont que plus sûrement immortels ? Que dirons-nous du législateur de Sparte, qui, après avoir goûté le plaisir de régner, eut le courage de rendre la couronne au légitime possesseur qui ne la lui demandait pas ; de ce doux et pacifique citoyen qui savait venger ses injures non par la mort de l’offenseur, mais en le rendant honnête homme ? Faudra-t-il démentir l’oracle qui lui accorda presque les honneurs divins, et refuser l’héroïsme à celui qui a fait des héros de tous ses compatriotes ? Que dirons-nous du législateur d’Athènes, qui sut garder sa liberté et sa vertu à la cour même des tyrans, et osa soutenir en face, à un monarque opulent, que la puissance et les richesses ne rendent point un homme heureux ? Que dirons-nous du plus grand des Romains et du plus vertueux des hommes, de ce modèle des citoyens, auquel seul l’oppresseur de la patrie fit l’honneur de le haïr assez pour prendre la plume contre lui, même après sa mort ? Ferons-nous cet affront à l’héroïsme d’en refuser le titre à Caton d’Utique ? Et pourtant cet homme ne s’est point illustré dans les combats et n’a point rempli le monde du bruit de ses exploits. Je me trompe ; il en a fait un, le plus difficile qui ait jamais été entrepris et le seul qui ne sera point imité, quand d’un corps de gens de guerre il forma une société d’hommes sages, équitables, et modestes.

On sait assez que le partage d’Auguste n’était pas la valeur. Ce n’est point aux rives d’Actium ni dans les plaines de Philippes qu’il a cueilli les lauriers qui l’ont immortalisé, mais bien dans Rome pacifique et rendue heureuse. L’univers soumis a moins fait pour la gloire et pour la sûreté de sa vie que l’équité de ses lois et le pardon de Cinna : tant les vertus sociales sont, dans les héros mêmes, préférables au courage ! Le plus grand capitaine du monde meurt assassiné en plein sénat pour un peu de hauteur indiscrète, pour avoir voulu ajouter un vain titre à un pouvoir réel ; et l’auteur odieux des proscriptions, effaçant ses forfaits à force de justice et de clémence, devient le père de sa patrie qu’il avait désolée, et meurt adoré des Romains qu’il avait asservis.

Qui de nous osera ôter à tous ces grands hommes la couronne héroïque dont leurs têtes immortelles sont ornées ? Qui l’osera refuser à ce guerrier philosophe et bienfaisant qui, d’une main accoutumée à manier les armes, écarte de votre sein les calamités d’une longue et funeste guerre, et fait briller au milieu de vous, avec une magnificence royale, les sciences et les beaux-arts ? O spectacle digne des temps héroïques ! je vois les muses dans tout leur éclat marcher d’un pas assuré parmi vos bataillons, Apollon et Mars se couronner réciproquement, et votre île, encore fumante des ravages de la foudre, en braver désormais les éclats à l’abri de ces doubles lauriers. Décidez donc, citoyens illustres, lesquels ont mieux mérité la palme héroïque, des guerriers qui sont accourus à votre défense ou des sages qui font tout pour votre bonheur ; ou plutôt épargnez-vous un choix inutile, puisqu’à ce double titre vous n’aurez que les mêmes fronts à couronner.

Aux exemples qui se présentent en foule et qu’il ne m’est pas permis d’épuiser, ajoutons quelques réflexions qui confirment les inductions que j’en veux tirer ici. Assigner le premier rang à la valeur dans le caractère héroïque, ce serait donner au bras qui exécute la préférence sur la tête qui projette. Cependant on trouve plus aisément des bras que des têtes. On peut confier à d’autres l’exécution d’un grand projet, sans en perdre le principal mérite ; mais exécuter le projet d’autrui, c’est rentrer volontairement dans l’ordre subalterne qui ne convient point au héros.

Ainsi, quelle que soit la vertu qui le caractérise, elle doit annoncer le génie et en être inséparable. Les qualités héroïques ont bien leur germe dans le cœur, mais c’est dans la tête qu’elles se développent et prennent de la solidité. L’âme la plus pure peut s’égarer dans la route même du bien, si l’esprit et la raison ne la guident ; et toutes les vertus s’altèrent, sans le concours de la sagesse. La fermeté dégénère aisément en opiniâtreté, la douceur en faiblesse, le zèle en fanatisme, la valeur en férocité. Souvent une grande entreprise mal concertée fait plus de tort à celui qui la manque qu’un succès mérité ne lui eût fait d’honneur ; car le mépris est ordinairement plus fort que l’estime. Il semble même que, pour établir une réputation éclatante, les talents suppléent bien plus aisément aux vertus que les vertus aux talents. Le soldat du Nord, avec un génie étroit et un courage sans bornes, perdit sans retour, dès le milieu de sa carrière, une gloire acquise par des prodiges de valeur et de générosité ; et il est encore douteux, dans l’opinion publique, si le meurtrier de Charles Stuart n’est point, avec tous ses forfaits, un des plus grands hommes qui aient jamais existé.

I know that courage is one of the qualities that must constitute a great man; but outside of battle, valor is nothing. The brave prove themselves only on days of combat; the true hero proves himself every day. And his virtues, though they may sometimes be displayed in a grand manner, are no less useful or frequently employed when presented in a more modest guise.

We dare to say it: far from being the primary virtue of a hero, courage is even doubtful whether it should be considered among virtues at all. How could such a quality, upon which so many villains have based their crimes, ever deserve to bear this title? No, neither Catilina nor Cromwell would have ever become famous if their most unshakable bravery had not been the core of their character. You might say that with a few more virtues, they would have been heroes; but rather, with a few fewer crimes, they would have been decent people.

I shall not here review these terrible warriors—these scourges and plagues of humanity, these men avid for blood and conquest whose names alone fill us with dread: Marius, Totila, Tamerlane. I need not boast about the sheer horror they inspired among nations. And what is there to prove that even the most noble courage is, in its essence, more suspect; in its examples, more common; in its consequences, more deadly, than steadfastness, integrity, and the true virtues? How many memorable deeds have been motivated by shame or vanity! How many heroic exploits, carried out under the sun, before the eyes of leaders and an entire army, have been undone in the silence and darkness of night! There is those who are brave among their comrades, yet would be mere cowards if left to their own devices; there are those who possess the demeanor of a general but lack the heart of a soldier; there are those who face death and the enemy’s sword at the battlefield, yet in the privacy of their homes cannot endure even the sight of a surgeon’s blade.

“Such a man was brave on such a day,” said the Spaniards in the time of Charles V; and those people truly knew what bravery meant. Indeed, perhaps nothing is more common than courage in daily life, and there are very few sincere warriors who would dare to guarantee their own bravery for even twenty-four hours. Ajax terrified Hector; Hector terrified Ajax and fled before Achilles. Antiochus the Great was brave for half of his life, but cowardly for the other half. The conqueror of three-quarters of the world lost both courage and reason at Pharsalus. Even Caesar was moved at Dyrrachium and feared at Munda; and the victor over Brutus fled in cowardice before Octavian, abandoning both victory and the empire of the world to the very man who had once been his enemy. Would anyone believe that I am citing only ancient examples here, simply because there are no modern ones to refer to?

Let us no longer be told that the heroic palm belongs solely to valor and military talent. It is not upon the exploits of great men that their reputation is measured. Time and again, the vanquished have won the prize of glory over the conquerors. Let us gather the opinions of people and tell me whom they consider the greater: Alexander or Porus, Pyrrhus or Fabrice, Antoine or Brutus, Francis I in chains or Charles V in triumph, Valois as a victor or Coligni as a loser.

What shall we say of these great men who, having not stained their hands with blood, are all the more surely immortal? What shall we say of the legislator of Sparta, who, after tasting the pleasure of ruling, had the courage to return the crown to its rightful owner, even though that owner did not ask for it; of that gentle and peaceful citizen who knew how to avenge insults not by killing the offender, but by making him a decent person? Must we deny the oracle that granted him almost divine honors, and refuse to acknowledge heroism in someone who made all his fellow citizens heroes? What shall we say of the legislator of Athens, who managed to preserve his freedom and virtue even in the court of tyrants, and who dared to declare before a wealthy monarch that power and wealth do not make a man happy? What shall we say of the greatest of the Romans and the most virtuous of men, that model of citizenship whom, alone, the oppressor of his country felt worthy enough to hate him so much as to write against him even after his death? Will we dare deny him the title of hero for this reason? Yet this man did not achieve glory in battle or fill the world with the sound of his exploits. I mistake; he accomplished something far more difficult than any other ever attempted—and something that will never be imitated: he transformed a group of warriors into a community of wise, fair, and modest people.

It is well known that Augustus’ ambition was not truly about virtue or integrity. It was not on the shores of Actium or in the plains of Philippi that he earned the laurels that immortalized him, but rather in a peaceful and happy Rome. The subdued world did far less to contribute to his glory or the security of his life than the fairness of his laws and the mercy shown toward Cinna—for indeed, among even the greatest heroes, social virtues are far more valuable than courage alone! The greatest commander in the world was assassinated in the very heart of the Senate, for having sought to add an empty title to real power; yet the man who had inflicted such horrors upon his country became its savior through justice and mercy, and died loved by the very Romans he had once enslaved.

Who among us would dare to strip all these great men of the heroic crowns that adorn their immortal heads? Who would dare to refuse such a warrior-priest and benefactor—who, with hands accustomed to wielding arms, scatters away the calamities of a long and terrible war from your midst, and makes the sciences and the arts shine forth before you with royal magnificence? What a spectacle worthy of heroic times! I see the Muses, in all their glory, marching confidently among your battalions; Apollo and Mars crowning each other; and your island, still smoldering from the ravages of war, now braving its storms under the shelter of these twin laurels. Therefore, illustrious citizens, decide for yourselves whom these honors belong to—whether to the warriors who came to defend you or to the sages who work tirelessly for your happiness. Or perhaps, spare yourselves such an unnecessary choice, for in both cases, it is but the same noble heads that deserve to be crowned.

To the numerous examples that present themselves and which it is not possible for me to exhaust here, let us add some reflections that confirm the conclusions I wish to draw from them. To assign primary importance to value in the heroic character would mean giving preference to the arm that executes an action over the head that conceives it. However, arms are far more readily available than heads. It is possible to entrust others with the execution of a great project without losing its principal merit; but to execute someone else’s project is to willingly place oneself in a subordinate position, which is certainly not befitting a hero.

Thus, whatever virtue characterizes a person, it must be an indication of their genius and be inseparable from it. Heroic qualities indeed have their origin in the heart, but it is in the mind that they develop and take on solidity. Even the purest soul can stray from the path of goodness if the intellect and reason do not guide it; and all virtues degenerate without the support of wisdom. Firmness easily turns into obstinacy, gentleness into weakness, zeal into fanaticism, and courage into ferocity. Often, a poorly conceived undertaking does more harm to its perpetrator than a well-deserved success would bring honor; for contempt is usually far more powerful than respect. It seems even that, in order to establish a brilliant reputation, talents can often compensate for the lack of virtue far more effectively than vice can make up for the absence of talent. The soldier from the North, with his narrow-mindedness and boundless courage, lost forever, at the very height of his career, a glory earned through acts of valor and generosity; and it is still debated in public opinion whether Charles Stuart’s murderer is not, despite all his crimes, one of the greatest men who ever lived.

So che, tra le qualità necessarie per essere considerati grandi uomini, il coraggio è senza dubbio una di queste; ma al di fuori dei campi di battaglia, il valore non significa nulla. Il bravo dimostra la propria forza soltanto nei giorni di guerra; il vero eroe, invece, lo fa ogni giorno. Le sue virtù, anche se a volte vengono esibite in modo appariscente, non sono certo meno utili quando manifestate in modo più modesto.

Osserviamolo con franchezza: l’audacia non è affatto la prima virtù di un eroe; anzi, è persino dubbia che possa essere considerata una vera virtù. Come si potrebbe onorare con questo titolo una qualità su cui tanti malviventi hanno fondato i loro crimini? No, mai Catilina né Cromwell avrebbero reso famosi i loro nomi; mai uno dei due avrebbe tentato di distruggere la propria patria, né l’altro di sottometterla, se non fosse stata l’intraprendenza incrollabile a costituire il nucleo fondamentale del loro carattere. Con alcune virtù in più, mi direte, sarebbero stati degli eroi; ma dite piuttosto che con alcuni crimini in meno sarebbero stati semplicemente degli uomini onesti.

Non intendo qui passare in rassegna questi guerrieri funesti, terrore e flagello dell’umanità, questi uomini avidi di sangue e di conquiste, i cui nomi soltanto fanno tremare: Marii, Totili, Tamerlano. Non mi vanto certo dell’orrore che hanno ispirato alle nazioni. E a che bisogno, dunque, ricorrere a mostri per dimostrare che anche il coraggio più generoso è, in principio, più sospetto; nei suoi esempi, più frequente; nei suoi effetti, più funesto, di quanto non lo siano la costanza, la solidità e i vantaggi della virtù? Quante imprese memorabili sono state ispirate dall’umiliazione o dalla vanità! Quanti gesti eroici, compiuti alla luce del sole, sotto gli occhi dei comandanti e di un intero esercito, sono stati poi negati nel silenzio e nell’oscurità della notte. C’è chi è coraggioso tra i suoi compagni, ma che da solo sarebbe soltanto un codardo; c’è chi ha l’intelligenza di un generale, ma non il cuore di un soldato; c’è chi affronta la morte e le armi del nemico in battaglia, ma che nella quiete della sua casa non riesce nemmeno a sopportare la vista del bisturi di un chirurgo.

“Un tale era coraggioso in quel giorno”, dicevano gli spagnoli ai tempi di Carlo V; e quelle persone conoscevano bene il significato del coraggio. Infatti, forse nulla è più quotidiano della valentia, e ci sono ben pochi guerrieri sinceri che oserebbero garantire il proprio comportamento per soltanto ventiquattro ore. Achille spaventa Ettore; Ettore spaventa Achille e fugge davanti ad Alessandro Magno. Antioco il Grande fu coraggioso per metà della sua vita, e codardo per l’altra metà. Il vincitore di tutte e tre le parti del mondo perse il coraggio e la ragione a Farsalo. Anche Cesare si commosse a Durrachio e ebbe paura a Munda; e il vincitore di Bruto fuggì codardamente davanti ad Ottaviano, abbandonando vittoria e impero del mondo a colui che ne possedeva entrambi i diritti. Si crederà forse che io citi qui soltanto esempi antichi, per mancanza di esempi moderni?

Che non ci si dica più che la palma dell’eroismo appartenga soltanto al valore e ai talenti militari. La reputazione dei grandi uomini non viene misurata dai loro exploit. Cento volte i vinti hanno conquistato il premio della gloria sui vincitori. Raccogliamo i voti e ditemi quale sia il più grande tra Alessandro o Porro, Pirro o Fabrizio, Antonio o Bruto, Francesco I nelle prigioni o Carlo V trionfante, Valois vincitore o Coligni sconfitto.

Che diremo di questi grandi uomini che, non avendo macchiato le loro mani con il sangue, sono ancora più certamente immortali? Che diremo del legislatore di Sparta, che, dopo aver assaporato il piacere di regnare, ebbe il coraggio di restituire la corona al legittimo possessore che non gliela chiedeva; di quel cittadino dolce e pacifico che sapeva vendicarsi delle offese non con la morte dell’offensore, ma rendendolo un uomo onesto? Dovremo forse negare l’oracolo che gli concesse quasi onori divini, e rifiutare il titolo di eroe a colui che fece degli tutti i suoi connazionali degli eroi? Che diremo del legislatore di Atene, che seppe conservare la propria libertà e virtù anche alla corte dei tiranni, e osò affermare davanti a un monarca ricco che il potere e le ricchezze non rendono un uomo felice? Che diremo del più grande degli Romani e del più virtuoso degli uomini, di quel modello di cittadino al quale solo l’oppressore della patria ebbe l’onore di odiarlo abbastanza da scrivere contro di lui anche dopo la sua morte? Cometeremo questa offesa all’eroismo rifiutandogli il titolo di eroe? Eppure quest’uomo non si è distinto nei combattimenti né ha riempito il mondo del rumore delle sue imprese. Mi sbaglio: lo ha fatto in modo ancora più difficile di qualsiasi altro, e questo è l’unico modo che non verrà mai imitato. Infatti, da un gruppo di guerrieri creò una società di uomini saggi, equi e modesti.

Si sa bene che la divisione del potere da parte di Augusto non era basata su principi morali o valori autentici. Non fu sulle rive di Actium né nelle pianure di Filippi che egli raccolse i lauri che lo resero immortale, ma piuttosto a Roma, in un ambiente pacifico e felice. L’universo sottomesso contribuì meno alla sua gloria e alla sicurezza della sua vita dell’equità delle sue leggi e del perdono di Cinna: dimostra infatti quanto le virtù sociali siano, anche nei più grandi eroi, preferibili al coraggio stesso! Il più grande condottiero del mondo muore assassinato in senato per un po’ di arroganza, per aver voluto aggiungere un titolo vano a un potere reale; mentre l’autore delle proscrizioni, cancellando i propri crimini con giustizia e clemenza, diventa il padre della patria che aveva devastato, e muore amato dai Romani che aveva sottomesso.

Chi di noi oserebbe togliere a tutti questi grandi uomini la corona eroica che orna le loro teste immortali? Chi oserebbe rifiutarla a quel guerriero filosofo e benefattore che, con una mano abituata a maneggiare le armi, allontana dalle vostre vite le calamità di una lunga e funesta guerra, facendo brillare al centro di voi, con maestosa magnificenza, le scienze e le arti? Oh spettacolo degno degli tempi eroici! Vedo le muse, nel loro pieno splendore, camminare con passo sicuro tra i vostri battaglioni; Apollo e Marte si incoronano a vicenda, e la vostra isola, ancora fumante per i disastri causati dalla guerra, ora può affrontarne gli effetti protetta da queste doppie corone di onore. Decidete dunque, illustri cittadini: chi tra i guerrieri venuti in vostro aiuto e i saggi che lavorano per il vostro bene merita maggiormente la palma eroica? O forse è meglio evitare una scelta inutile, poiché sotto entrambi questi titoli avrete sempre gli stessi volti da onorare.

Aggiungiamo, ai numerosi esempi che si presentano e che non mi è possibile esaurire tutti, alcune riflessioni che confermano le conclusioni a cui intendo giungere. Riconoscere il primato al valore nel comportamento eroico significherebbe dare priorità al braccio che agisce rispetto alla mente che concepisce; tuttavia, i bracci sono più facili da trovare delle menti. È possibile affidare ad altri l’esecuzione di un grande progetto senza perdere il merito principale che esso comporta; ma realizzare il progetto altrui significa volontariamente assumersi un ruolo subalterno, che non è degno di un eroe.

Pertanto, qualunque sia la virtù che lo caratterizza, essa deve annunciare il genio e ne essere inscindibile. Le qualità eroiche hanno certamente il loro germe nel cuore, ma è nella mente che si sviluppano e acquisiscono solidità. Anche l’anima più pura può errare sulla strada del bene, se lo spirito e la ragione non la guidano; e tutte le virtù decadono senza il contributo della saggezza. La fermezza degenera facilmente in ostinazione, la dolcezza in debolezza, lo zelo in fanatismo, il coraggio in ferocia. Spesso un grande progetto mal concepito arreca più danno a colui che lo intraprende di quanto un successo meritato gli avrebbe portato onore; infatti il disprezzo è solitamente più forte dell’ammirazione. Sembra persino che, per stabilire una reputazione illustre, i talenti possano compensare molto meglio le mancanze di virtù di quanto le virtù possano compensare la mancanza di talenti. Il soldato del Nord, dotato di un ingegno limitato ma di un coraggio senza limiti, perse irrimediabilmente, già a metà della sua carriera, una gloria conquistata attraverso prodigi di valore e generosità; ed è ancora discutibile, nell’opinione pubblica, se il assassino di Carlo Stuart non sia, nonostante tutti i suoi crimini, uno degli uomini più grandi che siano mai esistiti.

La bravoure ne constitue point un caractère ; et c’est au contraire du caractère de celui qui la possède qu’elle tire sa forme particulière. Elle est vertu dans une âme vertueuse, et vice dans un méchant. Le chevalier Bayard était brave ; Cartouche l’était aussi : mais croira-t-on jamais qu’ils le fussent de la même manière ? La valeur est susceptible de toutes les formes ; elle est généreuse ou brutale, stupide ou éclairée, furieuse ou tranquille, selon l’âme qui la possède ; selon les circonstances, elle est l’épée du vice ou le bouclier de la vertu ; et, puisqu’elle n’annonce nécessairement ni la grandeur de l’âme ni celle de l’esprit, elle n’est point la vertu la plus nécessaire au héros. Pardonnez-le-moi, peuple vaillant et infortuné qui avez si longtemps rempli l’Europe du bruit de vos exploits et de vos malheurs. Non, ce n’est point à la bravoure de ceux de vos concitoyens qui ont versé leur sang pour leur pays que j’accorderai la couronne héroïque, mais à leur ardent amour pour la patrie, et à leur constance invincible dans l’adversité. Pour être des héros, avec de tels sentiments ils auraient même pu se passer d’être braves.

J’ai attaqué une opinion dangereuse et trop répandue ; je n’ai pas les mêmes raisons pour suivre dans tous ses détails la méthode des exclusions. Toutes les vertus naissent des différents rapports que la société a établis entre les hommes. Or, le nombre de ces rapports est presque infini. Quelle tâche serait-ce donc d’entreprendre de les parcourir ! Elle serait immense, puisqu’il y a parmi les hommes autant de vertus possibles que de vices réels ; elle serait superflue, puisque dans le nombre des grandes et difficiles vertus dont le héros a besoin pour bien commander, on ne saurait comprendre comme nécessaires le grand nombre de vertus plus difficiles encore dont la multitude a besoin pour obéir. Tel a brillé dans le premier rang, qui, né dans le dernier, fût mort obscur sans s’être fait remarquer. Je ne sais ce qui fût arrivé d’Épictète placé sur le trône du monde ; mais je sais qu’à la place d’Épictète César lui-même n’eût jamais été qu’un chétif esclave.

Bornons-nous donc, pour abréger, aux divisions établies par les philosophes, et contentons-nous de parcourir les quatre principales vertus auxquelles ils rapportent toutes les autres, bien sûrs que ce n’est pas dans des qualités accessoires, obscures, et subalternes, que l’on doit chercher la base de l’héroïsme.

Mais dirons-nous que la justice soit cette base, tandis que c’est sur l’injustice même que la plupart des grands hommes ont fondé le monument de leur gloire ? Les uns, enivrés d’amour pour la patrie, n’ont rien trouvé d’illégitime pour la servir, et n’ont point hésité d’employer, pour son avantage, des moyens odieux que leurs généreuses âmes n’eussent jamais pu se résoudre à employer pour le leur ; d’autres, dévorés d’ambition, n’ont travaillé qu’à mettre leur pays dans les fers ; l’ardeur de la vengeance en a porté d’autres à le trahir. Les uns ont été d’avides conquérants, d’autres d’adroits usurpateurs, d’autres même n’ont pas eu honte de se rendre les ministres de la tyrannie d’autrui. Les uns ont méprisé leur devoir, les autres se sont joués de leur foi. Quelques-uns ont été injustes par système, d’autres par faiblesse, la plupart par ambition. Tous sont allés à l’immortalité.

La justice n’est donc pas la vertu qui caractérise le héros. On ne dira pas mieux que ce soit la tempérance ou la modération, puisque c’est pour avoir manqué de cette dernière vertu que les hommes les plus célèbres se sont rendus immortels, et que le vice opposé à l’autre n’a empêché nul d’entre eux de le devenir ; pas même Alexandre, que ce vice affreux couvrit du sang de son ami ; pas même César, à qui toutes les dissolutions de sa vie n’ôtèrent pas un seul autel après sa mort.

La prudence est plutôt une qualité de l’esprit qu’une vertu de l’âme. Mais, de quelque manière qu’on l’envisage, on lui trouve toujours plus de solidité que d’éclat, et elle sert plutôt à faire valoir les autres vertus qu’à briller par elle-même. La prudence, dit Montaigne, si tendre et circonspecte, est mortelle ennemie des hautes exécutions, et de tout acte véritablement héroïque : si elle prévient les grandes fautes, elle nuit aussi aux grandes entreprises ; car il en est peu où il ne faille toujours donner au hasard beaucoup plus qu’il ne convient à l’homme sage. D’ailleurs le caractère de l’héroïsme est de porter au plus haut degré les vertus qui lui sont propres. Or, rien n’approche tant de la pusillanimité qu’une prudence excessive ; et l’on ne s’élève guère au-dessus de l’homme qu’en foulant quelquefois aux pieds la raison humaine. La prudence n’est donc point encore la vertu caractéristique du héros.

La tempérance l’est encore moins, elle à qui l’héroïsme même, qui n’est qu’une intempérance de gloire, semble donner l’exclusion. Où sont les héros que des excès de quelque espèce n’ont point avilis ? Alexandre, dit-on, fut chaste ; mais fut-il sobre ? Cet émule du premier vainqueur de l’Inde n’imita-t-il pas ses dissolutions ? ne les réunit-il pas, quand, à la suite d’une courtisane, il brûla le palais de Persépolis ? Ah ! que n’avait-il une maîtresse ! dans sa funeste crapule il n’eût point tué son ami. César fut sobre ; mais fut-il chaste, lui qui fit connaître à Rome des prostitutions inouïes et changeait de sexe à son gré ? Alcibiade eut toutes les sortes d’intempérance, et n’en fut pas moins un des grands hommes de la Grèce. Le vieux Caton lui-même aima l’argent et le vin. Il eut des vices ignobles, et fut l’admiration des Romains. Or ce peuple se connaissait en gloire.

L’homme vertueux est juste, prudent, modéré, sans être pour cela un héros ; et trop fréquemment le héros n’est rien de tout cela. Ne craignons point d’en convenir ; c’est souvent au mépris même de ces vertus que l’héroïsme a du son éclat. Que deviennent César, Alexandre, Pyrrhus, Annibal, envisagés de ce côté ? Avec quelques vices de moins, peut-être eussent-ils été moins célèbres ; car la gloire est le prix de l’héroïsme ; mais il en faut un autre pour la vertu.

S’il fallait distribuer les vertus à ceux à qui elles conviennent le mieux, j’assignerais à l’homme d’état la prudence, au citoyen la justice, au philosophe la modération ; pour la force de l’âme, je la donnerais au héros, et il n’aurait pas à se plaindre de son partage.

En effet, la force est le vrai fondement de l’héroïsme ; elle est la source ou le supplément des vertus qui le composent, et c’est elle qui le rend propre aux grandes choses. Rassemblez à plaisir les qualités qui peuvent concourir à former le grand homme ; si vous n’y joignez la force pour les animer, elles tombent toutes en langueur, et l’héroïsme s’évanouit. Au contraire, la seule force de l’âme donne nécessairement un grand nombre de vertus héroïques à celui qui en est doué, et supplée à toutes les autres.

Comme on peut faire des actions de vertu sans être vertueux, on peut faire de grandes actions sans avoir droit à l’héroïsme. Le héros ne fait pas toujours de grandes actions ; mais il est toujours prêt à en faire au besoin, et se montre grand dans toutes les circonstances de sa vie : voilà ce qui le distingue de l’homme vulgaire. Un infirme peut prendre la bêche et labourer quelques moments la terre ; mais il s’épuise et se lasse bientôt. Un robuste laboureur ne supporte pas de grands travaux sans cesse ; mais il le pourrait sans s’incommoder, et c’est à sa force corporelle qu’il doit ce pouvoir. La force de l’âme est la même chose ; elle consiste à pouvoir toujours agir fortement.

Les hommes sont plus aveugles que méchants : et il y a plus de faiblesse que de malignité dans leurs vices. Nous nous trompons nous-mêmes avant que de tromper les autres, et nos fautes ne viennent que de nos erreurs ; nous n’en commettons guère que parce que nous nous laissons gagner à de petits intérêts présents qui nous font oublier les choses plus importantes et plus éloignées. De là, toutes les petitesses qui caractérisent le vulgaire, inconstance, légèreté, caprice, fourberie, fanatisme, cruauté : vices qui tous ont leur source dans la faiblesse de l’âme. Au contraire, tout est grand et généreux dans une âme forte, parce qu’elle sait discerner le beau du spécieux, la réalité de l’apparence, et se fixer à son objet avec cette fermeté qui écarte les illusions et surmonte les plus grands obstacles.

Bravery is not in itself a characteristic; rather, it takes on its particular form from the character of the person who possesses it. It is a virtue in a virtuous soul and a vice in a wicked one. Sir Bayard was brave; so was Cartouche—but would anyone ever believe they were brave in the same way? Valor can assume all forms: it can be generous or brutal, foolish or wise, furious or calm, depending on the soul that embodies it. Depending on the circumstances, it may become the sword of vice or the shield of virtue. And since bravery does not necessarily indicate the greatness of a person’s soul or intellect, it is not the most essential virtue for a hero. Forgive me, brave and unfortunate people who for so long have filled Europe with the sound of your exploits and misfortunes. No, it is not the bravery of those among you who shed their blood for their country that I would award the title of hero; rather, it is their passionate love for their homeland and their unyielding perseverance in adversity. With such sentiments, they could have done without being brave at all to be considered heroes.

I have attacked a dangerous and widely held opinion; I do not possess the same reasons to follow in detail the methodology of such exclusions. All virtues arise from the various relationships that society has established among people. Yet, the number of these relationships is almost infinite. What an immense task it would be to attempt to examine them all! It would be overwhelming, for there are as many possible virtues among men as there are real vices; and it would also be futile, for among the great and difficult virtues needed by a hero to govern well, one would hardly consider necessary the countless even more difficult virtues required by the multitude merely to obey. Thus, some have shone in the forefront of society, while others, born in the lowest ranks, would have died unnoticed had they not caught people’s attention. I do not know what would have happened if Epictetus had been placed on the throne of the world; but I know that even Caesar himself, in Epictetus’ place, would never have been anything more than a wretched slave.

Let us therefore, for the sake of brevity, confine ourselves to the divisions established by philosophers, and content ourselves with examining the four principal virtues to which they attribute all others. We are well aware that it is not in some incidental, obscure, or secondary qualities that one must seek the foundation of heroism.

But shall we say that justice is this foundation upon which greatness is built, when in fact it is upon injustice itself that most great men have erected the monuments of their glory? Some, filled with love for their country, saw no illegality in any means necessary to serve it, and did not hesitate to employ detestable methods—even those their noble souls would never have tolerated for their own sake; others, consumed by ambition, worked only to enslave their nation; still others, driven by a thirst for vengeance, betrayed their country. Some were greedy conquerors, some cunning usurpers; some even had no shame in becoming instruments of tyranny. Some despised their duties; others mocked their beliefs. Some acted out of sheer injustice; others out of weakness; most, out of ambition. Yet all of them achieved immortality.

Therefore, justice is not the virtue that characterizes a hero. One could hardly say it is temperance or moderation, for it was precisely the lack of this latter virtue that made the most famous men immortal; and yet, the vice opposite to it did not prevent any of them from achieving immortality—neither Alexander, despite that terrible vice which caused him to shed his friend’s blood, nor Caesar, whose various debaucheries did not prevent a single altar from being raised in his honor after his death.

Prudence is more of a quality of the mind than a virtue of the soul. Yet, regardless of how one considers it, it always possesses more solidity than brilliance; it serves more to enhance other virtues than to shine on its own. Montaigne said that prudence, though gentle and cautious by nature, is a deadly enemy of bold and heroic actions. While it prevents great mistakes, it also hinders ambitious endeavors—for there are few undertakings where one cannot be forced to rely on chance far more than is wise. Moreover, the essence of heroism lies in taking the virtues inherent to it to their highest degree. Yet nothing comes closer to cowardice than excessive prudence; and one can hardly rise above the level of an ordinary person without sometimes trampling underfoot human reason itself. Therefore, prudence is not yet the virtue that truly defines a hero.

Temperance is even less so; indeed, heroism itself, which is nothing but an excess of glory, seems to exclude those who practice temperance. Where are the heroes who have not been degraded by some form of excess? It is said that Alexander was chaste; but was he also temperate? That follower of the first conqueror of India did he not imitate his dissolute habits? Did he not even amplify them when, in pursuit of a courtesan, he set fire to the palace of Persepolis? Ah! If only he had had a mistress. In his tragic debauchery, he would not have killed his friend. Caesar was temperate; but was he chaste, he who introduced unprecedented forms of prostitution into Rome and even changed his own gender at will? Alcibiades indulged in all sorts of excesses yet remained one of Greece’s greatest men. Even the old Cato loved money and wine. He had vile vices, yet he was admired by the Romans. And this very people knew what glory truly meant.

The virtuous man is just, prudent, and moderate—yet this does not make him a hero; and all too often, a hero lacks all these qualities. Let us not hesitate to admit this: it is often precisely through the disregard of such virtues that heroism achieves its resounding fame. What about Caesar, Alexander, Pyrrhus, Hannibal, viewed in this light? Had they possessed fewer vices, might they not have been less famous? For glory is the reward of heroism; but virtue requires another kind of reward.

If virtues were to be distributed to those for whom they are most suitable, I would assign prudence to the statesman, justice to the citizen, and moderation to the philosopher; as for the strength of the soul, I would grant it to the hero, and he would have no reason to complain about his share.

Indeed, strength is the true foundation of heroism; it is the source or the complement to the virtues that constitute it, and it is what enables one to accomplish great things. You may gather as many qualities as you wish that can contribute to the formation of a great man; but without the strength to give them life and vigor, all these qualities will fade away, and heroism itself will vanish. On the contrary, the mere strength of the soul necessarily endows those who possess it with numerous heroic virtues and compensates for any lack of other qualities.

Just as one can perform virtuous actions without being virtuous itself, one can carry out great deeds without deserving the title of a hero. A hero does not always engage in great actions; yet he is always ready to do so when necessary and demonstrates greatness in every aspect of his life—this is what distinguishes him from an ordinary person. A disabled person may take up a hoe and till the soil for a short while, but they will soon exhaust themselves and grow tired. A strong laborer, on the other hand, can endure heavy work without difficulty; such capacity stems from their physical strength. The same principle applies to the strength of the soul: it lies in one’s ability to act with vigor at all times.

Men are more blind than evil; and in their vices, there is more weakness than malice. We deceive ourselves before deceiving others, and our faults stem merely from our mistakes. We commit them chiefly because we allow petty immediate interests to override the consideration of more important and distant matters. Hence arise all those petty traits that characterize the vulgar—instability, frivolity, caprice, deceit, fanaticism, cruelty: vices that all have their root in the weakness of the soul. On the contrary, a strong soul is always great and generous, for it knows how to distinguish between the beautiful and the deceptive, between reality and appearance, and it fixes its gaze upon its true objectives with a firmness that dispels illusions and overcomes even the greatest obstacles.

Il coraggio non costituisce di per sé un tratto caratteristico; al contrario, è proprio dal carattere di colui che lo possiede che deriva la sua forma particolare. È una virtù in un’anima virtuosa, e un vizio in uno malvagio. Il cavaliere Bayard era coraggioso; lo era anche Cartouche: ma si potrà mai credere che il loro coraggio fosse dello stesso tipo? Il valore può assumere tutte le forme: è generoso o brutale, stupido o illuminato, furioso o tranquillo, a seconda dell’anima che lo possiede; a seconda delle circostanze, può essere la spada del vizio o lo scudo della virtù. E poiché non annuncia necessariamente né la grandezza dell’anima né quella dell’intelletto, non è certo la virtù più indispensabile per un eroe. Perdonatemi, popolo valoroso e sfortunato che avete così a lungo riempito l’Europa del suono dei vostri exploit e delle vostre sfortune. No, non è al coraggio di quei vostri concittadini che hanno versato il loro sangue per la loro patria che concederò la corona eroica, ma al loro ardente amore per la nazione e alla loro costanza invincibile nell’avversità. Con sentimenti del genere, avrebbero potuto anche fare a meno di essere coraggiosi per essere considerati eroi.

Ho attaccato un’opinione pericolosa e troppo diffusa; non ho quindi le stesse ragioni per seguire nei suoi dettagli il metodo delle esclusioni. Tutte le virtù derivano dai diversi rapporti che la società ha stabilito tra gli uomini, e il numero di questi rapporti è quasi infinito. Quale compito arduo sarebbe quindi quello di analizzarli tutti! Sarebbe un compito immenso, poiché esistono tra gli uomini altrettante virtù possibili quanti vizi reali; sarebbe inoltre superfluo, poiché tra le grandi e difficili virtù di cui ha bisogno un eroe per comandare con successo, non si potrebbero considerare necessarie quelle molte altre virtù ancora più ardue di cui ha bisogno la massa delle persone per obbedire. Così è stato per colui che, nato tra gli ultimi, è morto nell’oscurità senza mai essere notato. Non so cosa sarebbe accaduto a Epitteto se fosse salito sul trono del mondo; ma so che al posto di Epittetto, nemmeno Cesare stesso sarebbe stato altro che un misero schiavo.

Dunque, per abbreviare, limitiamoci alle classificazioni stabilite dai filosofi e accontentiamoci di esaminare le quattro virtù principali a cui essi attribuiscono tutte le altre; siamo certi che non è nelle qualità accessorie, oscure e secondarie che si deve cercare la base dell’eroismo.

Ma possiamo davvero dire che la giustizia sia questa base, quando invece è proprio sull’ingiustizia che la maggior parte dei grandi uomini ha costruito il monumento della propria gloria? Alcuni, inebriati d’amore per la patria, non hanno ritenuto nulla illegittimo per servirla, e non hanno esitato ad utilizzare, a suo vantaggio, mezzi odiosi che le loro anime generose non avrebbero mai potuto accettare di impiegare per i propri scopi; altri, divorati dall’ambizione, hanno lavorato soltanto per mettere il proprio paese in schiavitù; ancora altri, spinti dalla sete di vendetta, lo hanno tradito. Alcuni sono stati avidi conquistatori, altri abili usurpatori; alcuni non hanno nemmeno avuto vergogna di diventare i ministri della tirannia altrui. Alcuni hanno disprezzato il proprio dovere, altri si sono presi gioco della propria fede. Alcuni sono stati ingiusti per principio, altri per debolezza, la maggior parte per ambizione. Tutti, comunque, sono arrivati all’immortalità.

Quindi, la giustizia non è quella virtù che caratterizza l’eroe. Non si potrebbe dire che sia la temperanza o la moderazione, poiché proprio per la mancanza di quest’ultima virtù gli uomini più celebri sono diventati immortali, e il vizio opposto a essa non ha impedito a nessuno di loro di raggiungere l’immortalità; né ad Alessandro, che quel terribile vizio coprì di sangue il suo amico; né a Cesare, le cui dissolutezze non gli impedirono di avere ancora molti templi dedicati a lui dopo la sua morte.

La prudenza è piuttosto una qualità dell’intelletto che una virtù dell’anima. Ma, in ogni modo in cui si consideri, essa presenta sempre più solidità che brillantezza, e serve piuttosto a far risaltare le altre virtù che a brillare di per sé. La prudenza, dice Montaigne, così timida e cauta, è un nemico mortale delle grandi imprese e di ogni atto veramente eroico: se previene i grandi errori, danneggia anche le grandi iniziative; poiché sono poche le occasioni in cui non sia necessario affidarsi al caso molto più di quanto sia conveniente per un uomo saggio. Del resto, il carattere dell’eroismo consiste nel portare al massimo grado le virtù che gli sono proprie. Ora, nulla si avvicina tanto alla pusillanimità quanto una prudenza eccessiva; e ci si eleva appena sopra l’uomo comune quando, a volte, si calpesta la ragione umana. Pertanto, la prudenza non è ancora la virtù caratteristica dell’eroe.

La temperanza ancora meno: anzi, sembra che persino l’eroismo, che non è altro che un’eccessiva passione per la gloria, escluda chi la pratica. Dove sono gli eroi che non siano stati umiliati da qualche tipo di eccesso? Si dice che Alessandro fosse casto, ma era anche sobrio? Questo imitatore del primo conquistatore dell’India non imitò forse le sue dissolutezze? Non le combinò forse tutte insieme, quando, inseguendo una cortigiana, distrusse il palazzo di Persepoli? Ah, se solo avesse avuto una amante! Nella sua funesta depravazione non avrebbe ucciso il suo amico. Cesare fu sobrio, ma era anche casto? Lui che introdusse a Roma pratiche di prostituzione inaudite e cambiava sesso a piacimento? Alcibiade ebbe ogni sorta di vizi, eppure fu uno dei grandi uomini della Grecia. Anche il vecchio Catone amava l’oro e il vino; ebbe vizi ignobili, eppure fu l’ammirazione dei Romani. Ebbene, quel popolo conosceva bene il valore della gloria.

L’uomo virtuoso è giusto, prudente, moderato, senza per questo essere considerato un eroe; e troppo spesso l’eroe non possiede nessuna di queste qualità. Non temiamo di ammetterlo: spesso è proprio il disprezzo per queste virtù a conferire all’eroismo il suo splendore. Che cosa diventano Cesare, Alessandro, Pirro, Annibale, se visti da questo punto di vista? Con qualche vizio in meno, forse sarebbero stati meno famosi; perché la gloria è il premio dell’eroismo, ma per la virtù serve un altro tipo di ricompensa.

Se fosse necessario distribuire le virtù a coloro che ne sono più idonei, attribuirei alla figura politica la prudenza, al cittadino la giustizia, al filosofo la moderazione; quanto alla forza d’animo, la darei all’eroe, e questi non avrebbe motivo di lamentarsi della sua sorte.

Infatti, la forza è il vero fondamento dell’eroismo; essa è la fonte o il complemento delle virtù che lo compongono, ed è proprio essa a renderlo idoneo ad compiere imprese grandi. Potete riunire tutte le qualità necessarie per formare un grande uomo; tuttavia, se non vi aggiungete la forza per dar loro vita, queste qualità perdono ogni efficacia e l’eroismo svanisce. Al contrario, solo la forza dell’anima conferisce necessariamente a colui che ne è dotato un gran numero di virtù eroiche e compensa la mancanza di altre qualità.

Proprio come si possono compiere azioni virtuose senza essere veramente virtuosi, si possono compiere grandi imprese senza avere il diritto di essere considerati eroi. L’eroe non compie sempre grandi gesta; ma è sempre pronto a farlo quando necessario e dimostra grande coraggio in tutte le circostanze della sua vita: è questo che lo distingue dall’uomo comune. Un infermo può prendere la zappa e lavorare la terra per qualche momento; ma si stanca rapidamente. Un robusto contadino, invece, riesce a sopportare lavori pesanti senza problemi; tale capacità deriva dalla sua forza fisica. La forza dell’anima è qualcosa di simile: consiste nella possibilità di agire sempre con determinazione e vigore.

Gli uomini sono più ingenui che malvagi: nei loro vizi c’è più debolezza che malizia. Ci inganniamo prima ancora di ingannare gli altri, e i nostri errori derivano soltanto dalle nostre distrazioni; li commettiamo soprattutto perché ci lasciamo sedurre da piccoli interessi immediati che ci fanno dimenticare le cose più importanti e lontane. Da qui derivano tutte quelle meschinità tipiche della gente comune: inconstanza, leggerezza, capriccio, frode, fanatismo, crudeltà. Vizi tutti nati dalla debolezza dell’anima. Al contrario, in un’anima forte tutto è nobile e generoso, perché essa sa distinguere il bello dal brutto, la realtà dall’apparenza, e si concentra sul proprio obiettivo con quella fermezza che scaccia le illusioni e supera i più grandi ostacoli.

C’est ainsi qu’un jugement incertain et un cœur facile à séduire rendent les hommes faibles et petits. Pour être grand il ne faut que se rendre maître de soi. C’est au-dedans de nous-mêmes que sont nos plus redoutables ennemis ; et quiconque aura su les combattre et les vaincre aura plus fait pour la gloire, au jugement des sages, que s’il eût conquis l’univers.

Voilà ce que produit la force de l’âme ; c’est ainsi qu’elle peut éclairer l’esprit, étendre le génie, et donner de l’énergie et de la vigueur à toutes les autres vertus : elle peut même suppléer à celles qui nous manquent ; car celui qui ne serait ni courageux, ni juste, ni sage, ni modéré par inclination, le sera pourtant par raison, sitôt qu’ayant surmonté ses passions et vaincu ses préjugés, il sentira combien il lui est avantageux de l’être, sitôt qu’il sera convaincu qu’il ne peut faire son bonheur qu’en travaillant à celui des autres. La force est donc la vertu qui caractérise l’héroïsme, et elle l’est encore par un autre argument sans réplique que je tire des réflexions d’un grand homme : Les autres vertus, dit Bacon, nous délivrent de la domination des vices ; la seule force nous garantit de celle de la fortune. En effet, quelles sont les vertus qui n’ont pas besoin de certaines circonstances pour les mettre en œuvre ? De quoi sert la justice avec les tyrans, la prudence avec les insensés, la tempérance dans la misère ? Mais tous les événements honorent l’homme fort, le bonheur et l’adversité servent également à sa gloire, et il ne règne pas moins dans les fers que sur le trône. Le martyre de Régulus à Carthage, le festin de Caton rejeté du consulat, le sang-froid d’Épictète estropié par son maître, ne sont pas moins illustres que les triomphes d’Alexandre et de César ; et si Socrate était mort dans son lit, on douterait peut-être aujourd’hui s’il fut rien de plus qu’un adroit sophiste.

Après avoir déterminé la vertu la plus propre au héros, je devrais parler encore de ceux qui sont parvenus à l’héroïsme sans la posséder. Mais comment y seraient-ils parvenus sans la partie qui seule constitue le vrai héros et qui lui est essentielle ? Je n’ai rien à dire là-dessus, et c’est le triomphe de ma cause. Parmi les hommes célèbres dont les noms sont inscrits au temple de la gloire, les uns ont manqué de sagesse, les autres de modération ; il y en a eu de cruels, d’injustes, d’imprudents, de perfides ; tous ont eu des faiblesses, nui d’entre eux n’a été un homme faible. En un mot, toutes les autres vertus ont pu manquer à quelques grands hommes ; mais sans la force de l’âme il n’y eut jamais de héros.

Fin du Discours sur LA VERTU LA PLUS NÉCESSAIRE AUX HÉROS

It is in this way that uncertain judgment and a heart easily tempted render men weak and insignificant. To be great, one must merely master oneself. It is within us that lie our most formidable enemies; and anyone who succeeds in fighting them and defeating them has, in the eyes of the wise, done more for glory than if they had conquered the entire universe.

This is what the power of the soul can accomplish; in this way, it can illuminate the mind, expand one’s genius, and endow all other virtues with energy and vigor—it can even compensate for those we may lack. For someone who is not brave, just, wise, or temperate by nature, he will become so through reason, once he has overcome his passions and defeated his prejudices. He will then realize how advantageous it is to possess these qualities, especially when he understands that his own happiness depends entirely on working for the happiness of others. Thus, strength is the virtue that defines heroism—and this assertion is further supported by an irrefutable argument drawn from the reflections of a great man: “Other virtues,” said Bacon, “free us from the dominion of vices; but only strength guarantees us against the caprices of fortune.” Indeed, what virtues do not require certain circumstances to be put into practice? What use is justice with tyrants, prudence with the foolish, or temperance in times of hardship? Yet every event honors the strong man; both happiness and adversity serve to enhance his glory, and he reigns just as powerfully in chains as on a throne. The martyrdom of Regulus in Carthage, Cato’s rejection of the consulship despite its allure, and the composure of Epictetus, crippled by his master—these are no less illustrious than the triumphs of Alexander and Caesar. And if Socrates had died in his bed, perhaps we would doubt today whether he was anything more than a clever sophist.

After having identified the virtue most inherent in a hero, I should now speak of those who have achieved heroism without possessing it. But how could they have accomplished such greatness without that very quality which constitutes the true hero and is essential to him? I have nothing to say on this matter, and indeed, this is precisely the triumph of my argument. Among the famous men whose names are inscribed in the temple of glory, some lacked wisdom, others moderation; there were those who were cruel, unjust, imprudent, or treacherous; all of them had their weaknesses, but not one of them was a weak man. In short, while all other virtues may have been lacking in certain great individuals, without the strength of the soul, no one could ever have been called a hero.

End of the Discourse on the Most Necessary Virtue for Heroes

È così che un giudizio incerto e un cuore facilmente seducente rendono gli uomini deboli e meschini. Per essere grandi, basta imparare a dominarsi. I nostri più terribili nemici si trovano dentro di noi; chi riuscirà a combatterli e sconfiggerli avrà, secondo il giudizio dei saggi, compiuto un’impresa più gloriosa di quella di aver conquistato l’universo intero.

Ecco ciò che produce la forza dell’anima; è così che essa può illuminare lo spirito, ampliare il genio e donare energia e vigore a tutte le altre virtù: può persino compensare quelle che ci mancano. Infatti, colui che per natura non fosse né coraggioso, né giusto, né saggio, né moderato, lo diventerebbe comunque per ragione, una volta superate le proprie passioni e vinti i propri pregiudizi; si renderebbe conto di quanto sia vantaggioso esserlo, quando capisse che il proprio bene può essere realizzato solo lavorando al bene degli altri. La forza è quindi la virtù che caratterizza l’eroismo, e lo è ancora di più per un altro argomento irrefutabile, tratto dalle riflessioni di un grande uomo: “Le altre virtù”, dice Bacon, “ci liberano dal dominio dei vizi; solo la forza ci garantisce la protezione dalla fortuna”. Infatti, quali sono le virtù che non hanno bisogno di determinate circostanze per essere messe in pratica? A cosa serve la giustizia con i tiranni, la prudenza con gli insensati, la temperanza nella miseria? Ma tutti gli eventi onorano l’uomo forte: la felicità e le avversità servono entrambe alla sua gloria, e egli regna tanto nelle catene quanto sul trono. Il martirio di Regolo a Cartagine, il rifiuto da parte di Catone della carica di console, la calma di Epitteto, storpio dal proprio maestro, non sono meno illustri dei trionfi di Alessandro e Cesare; e se Socrate fosse morto nel suo letto, forse oggi si dubiterebbe che sia mai stato qualcosa di più di un abile sofista.

Dopo aver determinato quale sia la virtù più propria dell’eroe, dovrei ancora parlare di coloro che sono riusciti ad atteggiarsi all’eroismo senza possederla. Ma come avrebbero potuto raggiungere tale livello senza quella qualità che costituisce essenzialmente l’eroe stesso? Non ho nulla da dire al riguardo, e questo rappresenta proprio il trionfo della mia tesi. Tra gli uomini celebri i cui nomi sono iscritti nel tempio della gloria, alcuni hanno mancato di saggezza, altri di moderazione; ci sono stati crudeli, ingiusti, imprudenti, perfidi; tutti hanno avuto delle debolezze, ma nessuno di loro è stato davvero un uomo debole. In breve, tutte le altre virtù possono essere mancate in alcuni grandi uomini; ma senza la forza dell’anima, non esisterebbe mai stato un vero eroe.

Fine del Discorso sulla Virtù più Necessaria agli Eroi