Abstract

A prose poem inspired by the biblical episode of the Levite of Ephraim (Judges 19-21), on the murder of the concubine and the ensuing civil wars among the tribes of Israel. A biblical narrative reworking, without a philosophical thesis of its own.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Sainte colère de la vertu, viens animer ma voix ; je dirai les crimes de Benjamin, et les vengeances d’Israël ; je dirai des forfaits inouïs, et des châtiments encore plus terribles. Mortels, respectez la beauté, les mœurs, l’hospitalité ; soyez justes sans cruauté, miséricordieux sans faiblesse ; et sachez pardonner au coupable, plutôt que de punir l’innocent.

O vous, hommes débonnaires, ennemis de toute inhumanité ; vous qui, de peur d’envisager les crimes de vos frères, aimez mieux les laisser impunis, quel tableau viens-je offrir à vos yeux ? Le corps d’une femme coupé par pièces ; ses membres déchirés et palpitants envoyés aux douze tribus ; tout le peuple, saisi d’horreur, élevant jusqu’au ciel une clameur unanime, s’écriant de concert : Non, jamais rien de pareil ne s’est fait en Israël, depuis le jour où nos Pères sortirent d’Égypte jusqu’à ce jour. Peuple saint, rassemble-toi : prononce sur cet acte horrible, et décerne le prix qu’il a mérité. À de tels forfaits, celui qui détourne ses regards est un lâche, un déserteur de la justice ; la véritable humanité les envisage, pour connaître, pour les juger, pour les détester. Osons entrer dans ces détails, et remontons à la source des guerres civiles qui firent périr une des tribus, et coûtèrent tant de sang aux autres. Benjamin, triste enfant de douleur, qui donnas la mort à ta mère, c’est de ton sein qu’est sorti le crime qui t’a perdu ; c’est ta race impie qui put le commettre, et qui devait trop l’expier.

Dans les jours de liberté où nul ne régnait sur le peuple du Seigneur, il fut un temps de licence où chacun, sans reconnaître ni magistrat ni juge, était seul son propre maître et faisait tout ce qui lui semblait bon. Israël, alors épars dans les champs, avait peu de grandes villes, et la simplicité de ses mœurs rendait superflu l’empire des lois. Mais tous les cœurs n’étaient pas également purs, et les méchants trouvaient l’impunité du vice dans la sécurité de la vertu.

Durant un de ces courts intervalles de calme et d’égalité qui restent dans l’oubli parce que nul n’y commande aux autres et qu’on n’y fait point de mal, un Lévite des monts d’Éphraïm vit dans Bethléem une jeune fille qui lui plut. Il lui dit : Fille de Juda, tu n’es pas de ma tribu, tu n’as point de frère ; tu es comme les filles de Salphaad, et je ne puis t’épouser selon la loi du Seigneur.[38]Mais mon cœur est à toi ; viens avec moi, vivons ensemble ; nous serons unis et libres ; tu seras mon bonheur, et je serai le tien. Le Lévite était jeune et beau ; la jeune fille sourit ; ils s’unirent, puis il l’emmena dans ses montagnes.

Là, coulant une douce vie, si chère aux cœurs tendes et simples, il goûtait dans sa retraite les charmes d’un amour partagé ; là, sur un sistre d’or fait pour chanter les louanges du Très-Haut, il chantait souvent les charmes de sa jeune épouse. Combien de fois les coteaux du mont Heba retentirent de ses aimables chansons ! Combien de fois il la mena sous l’ombrage, dans les vallons de Sichem, cueillir des roses champêtres et goûter le frais au bord des ruisseaux ! Tantôt il cherchait dans les creux des rochers des rayons d’un miel doré dont elle faisait ses délices ; tantôt dans le feuillage des oliviers il tendait aux oiseaux des pièges trompeurs, et lui apportait une tourterelle craintive qu’elle baisait en la flattant ; puis, l’enfermant dans son sein, elle tressaillait d’aise en la sentant se débattre et palpiter. Fille de Bethléem, lui disait-il, pourquoi pleures-tu toujours ta famille et ton pays ? Les enfants d’Éphraïm n’ont-ils point aussi des fêtes ? les filles de la riante Sichem sont-elles sans grâce et sans gaîté ? les habitants de l’antique Atharot manquent-ils de force et d’adresse ? Viens voir leurs jeux et les embellir. Donne-moi des plaisirs, ô ma bien-aimée ; en est-il pour moi d’autres que les tiens ?

Toutefois la jeune fille s’ennuya du Lévite, peut-être parce qu’il ne lui laissait rien à désirer. Elle se dérobe et s’enfuit vers son père, vers sa tendre mère, vers ses folâtres sœurs. Elle y croit retrouver les plaisirs innocents de son enfance, comme si elle y portait le même âge et le même cœur.

Mais le Lévite abandonné ne pouvait oublier sa volage épouse. Tout lui rappelait dans sa solitude les jours heureux qu’il avait passés auprès d’elle, leurs jeux, leurs plaisirs, leurs querelles et leurs tendres raccommodements. Soit que le soleil levant dorât la cime des montagnes de Gelboé, soit qu’au soir un vent de mer vînt rafraîchir leurs roches brûlantes, il errait en soupirant dans les lieux qu’avait aimés l’infidèle ; et la nuit, seul dans sa couche nuptiale, il abreuvait son chevet de ses pleurs.

Après avoir flotté quatre mois entre le regret et le dépit, comme un enfant chassé du jeu par les autres feint n’en vouloir plus en brûlant de s’y remettre, puis enfin demande en pleurant d’y rentrer, le Lévite, entraîné par son amour, prend sa monture ; et, suivi de son serviteur avec deux ânes d’Épha chargés de ses provisions et de dons pour les parents de la jeune fille, il retourne à Bethléem pour se réconcilier avec elle, et tâcher de la ramener.

La jeune femme, l’apercevant de loin, tressaille, court au-devant de lui, et l’accueillant avec caresses, l’introduit dans la maison de son père, lequel apprenant son arrivée accourt aussi plein de joie, l’embrasse, le reçoit, lui, son serviteur, son équipage, et s’empresse à le bien traiter. Mais le Lévite ayant le cœur serré ne pouvait parler ; néanmoins, ému parle bon accueil de la famille, il leva les yeux sur sa jeune épouse, et lui dit : Fille d’Israël, pourquoi me fuis-tu ? quel mal t’ai-je fait ? La jeune fille se mit à pleurer en se couvrant le visage. Puis il dit au père : Rendez-moi ma compagne ; rendez-la-moi pour l’amour d’elle ; pourquoi vivrait-elle seule et délaissée ? Quel autre que moi peut honorer comme sa femme celle que j’ai reçue vierge ?

Le père regarda sa fille, et la fille avait le cœur attendri du retour de son mari. Le père dit donc à son gendre : Mon fils, donnez-moi trois jours ; passons ces trois jours dans la joie, et le quatrième jour, vous et ma fille partirez en paix. Le Lévite resta donc trois jours avec son beau-père et toute sa famille, mangeant et buvant familièrement avec eux : et la nuit du quatrième jour, se levant avant le soleil, il voulut partir. Mais son beau-père l’arrêtant par la main lui dit : Quoi ! voulez-vous partir à jeun ? Venez fortifier votre estomac, et puis vous partirez. Ils se mirent donc à table ; et, après avoir mangé et bu, le père lui dit : Mon fils, je vous supplie de vous réjouir avec nous encore aujourd’hui. Toutefois le Lévite se levant voulait partir ; il croyait ravir à l’amour le temps qu’il passait loin de sa retraite, livré à d’autres qu’à sa bien-aimée. Mais le père, ne pouvant se résoudre à s’en séparer, engagea sa fille d’obtenir encore cette journée ; et la fille, caressant son mari, le fit rester jusqu’au lendemain.

Dès le matin, comme il était prêt à partir, il fut encore arrêté par son beau-père, qui le força de se mettre à table en attendant le grand jour ; et le temps s’écoulait sans qu’ils s’en aperçussent. Alors le jeune homme s’étant levé pour partir avec sa femme et son serviteur, et ayant préparé toute chose : O mon fils, lui dit le père, vous voyez que le jour s’avance et que le soleil est sur son déclin : ne vous mettez pas si tard en route ; de grâce, réjouissez mon cœur encore le reste de cette journée ; demain dès le point du jour vous partirez sans retard. Et, en disant ainsi, le bon vieillard était tout saisi ; ses yeux paternels se remplissaient de larmes. Mais le Lévite ne se rendit point, et voulut partir à l’instant.

Que de regrets coûta cette séparation funeste ! Que de touchants adieux furent dits et recommencés ! Que de pleurs les sœurs de la jeune fille versèrent sur son visage ! Combien de fois elles la reprirent tour à tour dans leurs bras ! Combien de fois sa mère éplorée, en la serrant derechef dans les siens, sentit les douleurs d’une nouvelle séparation ! Mais son père, en l’embrassant, ne pleurait pas : ses muettes étreintes étaient mornes et convulsives ; des soupirs tranchants soulevaient sa poitrine. Hélas ! il semblait prévoir l’horrible sort de l’infortunée. Oh ! s’il eût su qu’elle ne reverrait jamais l’aurore ; s’il eût su que ce jour était le dernier de ses jours !… Ils partent enfin, suivis des tendres bénédictions de toute leur famille, et de vœux qui méritaient d’être exaucés. Heureuse famille, qui, dans l’union la plus pure, coule au sein de l’amitié ses paisibles jours, et semble n’avoir qu’un cœur à tous ses membres ! O innocence des mœurs, douceur d’âme, antique simplicité, que vous êtes aimables ! Comment la brutalité du vice a-t-elle pu trouver place au milieu de vous ? Comment les fureurs de la barbarie n’ont-elles pas respecté vos plaisirs ?

Chant second

Le jeune Lévite suivait sa route avec sa femme, son serviteur et son bagage, transporté de joie de ramener l’amie de son cœur, et inquiet du soleil et de la poussière, comme une mère qui ramène son enfant chez la nourrice et craint pour lui les injures de l’air. Déjà l’on découvrait la ville de Jébus à main droite, et ses murs, aussi vieux que les siècles, leur offraient un asile aux approches de la nuit. Le serviteur dit donc à son maître : Vous voyez le jour prêt à finir ; avant que les ténèbres nous surprennent, entrons dans la ville des Jébuséens, nous y chercherons un asile ; et demain, poursuivant notre voyage, nous pourrons arriver à Géba.

À Dieu ne plaise, dit le Lévite, que je loge chez un peuple infidèle, et qu’un Cananéen donne le couvert au ministre du Seigneur ! non : mais allons jusques à Gabaa chercher l’hospitalité chez nos frères. Ils laissèrent donc Jérusalem derrière eux ; ils arrivèrent après le coucher du soleil à la hauteur de Gabaa, qui est de la tribu de Benjamin. Ils se détournèrent pour y passer la nuit : et y étant entrés il allèrent s’asseoir dans la place publique ; mais nul ne leur offrit un asile, et ils demeuraient à découvert.

Hommes de nos jours, ne calomniez pas les mœurs de vos pères. Ces premiers temps, il est vrai, n’abondaient pas comme les vôtres en commodités de la vie ; de vils métaux n’y suffisaient pas à tout : mais l’homme avait des entrailles qui faisaient le reste ; l’hospitalité n’était pas à vendre, et l’on n’y trafiquait pas des vertus. Les fils de Jémini n’étaient pas les seuls, sans doute, dont les cœurs de fer fussent endurcis ; mais cette dureté n’était pas commune. Partout avec la patience on trouvait des frères ; le voyageur dépourvu de tout ne manquait de rien.

Après avoir attendu longtemps inutilement, le Lévite allait détacher son bagage pour en faire à la jeune fille un lit moins dur que la terre nue, quand il aperçut un homme vieux revenant sur le tard de ses champs et de ses travaux rustiques. Cet homme était comme lui des monts d’Éphraïm, et il était venu s’établir autrefois dans cette ville parmi les enfants de Benjamin.

Le vieillard, élevant les yeux, vit un homme et une femme assise au milieu de la place, avec un serviteur, des bêtes de somme, et du bagage. Alors, s’approchant, il dit au Lévite : Étranger, d’où êtes-vous ? et où allez-vous ? Lequel lui répondit : Nous venons de Bethléem, ville de Juda ; nous retournons dans notre demeure sur le penchant du mont d’Éphraïm, d’où nous étions venus : et maintenant nous cherchions l’hospice du Seigneur ; mais nul n’a voulu nous loger. Nous avons du grain pour nos animaux, du pain, du vin pour moi, pour votre servante, et pour le garçon qui nous suit ; nous avons tout ce qui nous est nécessaire, il nous manque seulement le couvert. Le vieillard lui répondit : Paix vous soit, mon frère ! vous ne resterez point dans la place : si quelque chose vous manque, que le crime en soit sur moi. Ensuite il les mena dans sa maison, fit décharger leur équipage, garnir le râtelier pour leurs bêtes ; et ayant fait laver les pieds à ses hôtes, il leur fit un festin de patriarches, simple et sans faste, mais abondant.

Tandis qu’ils étaient à table avec leur hôte et sa fille[39], promise à un jeune homme du pays, et que, dans la gaieté d’un repas offert avec joie, ils se délassaient agréablement, les hommes de cette ville, enfants de Bélial, sans joug, sans frein, sans retenue, et bravant le ciel comme les Cyclopes du mont Etna, vinrent environner la maison, frappant rudement à la porte, et criant au vieillard d’un ton menaçant : Livre-nous ce jeune étranger que sans congé tu reçois dans nos murs ; que sa beauté nous paie le prix de cet asile, et qu’il expie ta témérité. Car ils avaient vu le Lévite sur la place, et, par un reste de respect pour le plus sacré de tous les droits, n’avaient pas voulu le loger dans leurs maisons pour lui faire violence ; mais ils avaient comploté de revenir le surprendre au milieu de la nuit ; et ayant su que le vieillard lui avait donné retraite, ils accouraient sans justice et sans honte pour l’arracher de sa maison.

Le vieillard, entendant ces forcenés, se trouble, s’effraie, et dit au Lévite : Nous sommes perdus : ces méchants ne sont pas des gens que la raison ramène, et qui reviennent jamais de ce qu’ils ont résolu. Toutefois il sort au-devant d’eux pour tâcher de les fléchir. Il se prosterne, et levant au ciel ses mains pures de toute rapine, il leur dit : O mes frères ! quels discours avez-vous prononcés ! Ah ! ne faites pas ce mal devant le Seigneur ; n’outragez pas ainsi la nature, ne violez pas la sainte hospitalité. Mais voyant qu’ils ne l’écoutaient point, et que, prêts à le maltraiter lui-même, ils allaient forcer la maison, le vieillard, au désespoir, prit à l’instant son parti ; et faisant signe de la main pour se faire entendre au milieu du tumulte, il reprit d’une voix plus forte : Non, moi vivant, un tel forfait ne déshonorera point mon hôte et ne souillera point ma maison : mais écoutez, hommes cruels, les supplications d’un malheureux père. J’ai une fille, encore vierge, promise à l’un d’entre vous ; je vais l’amener pour vous être immolée, mais seulement que vos mains sacrilèges s’abstiennent de toucher au Lévite du Seigneur. Alors, sans attendre leur réponse, il court chercher sa fille pour racheter son hôte aux dépens de son propre sang.

[Arv. ed]

Mais le Lévite, que jusqu’à cet instant la terreur rendait immobile, se réveillant à ce déplorable aspect, prévient le généreux vieillard, s’élance au-devant de lui, le force à rentrer avec sa fille, et prenant lui-même sa compagne bien aimée, sans lui dire un seul mot, sans lever les yeux sur elle, l’entraîne jusqu’à la porte et la livre à ces maudits. Aussitôt ils entourent la jeune fille à demi-morte, la saisissent, se l’arrachent sans pitié ; tels dans leur brutale furie qu’au pied de Alpes glacées un troupeau de loups affamés surprend une faible génisse, se jette sur elle et la déchire, au retour de l’abreuvoir. Oh misérables ! qui détruisez votre espèce par les plaisirs destinés à la reproduire, comment cette beauté mourante ne glace-t-elle point vos féroces désirs ? Voyez ses yeux déjà fermés à la lumière, ses traits effacés, son visage éteint ; la pâleur de la mort à couvert ses joues, les violettes livides en ont chassé les roses ; elle n’a plus de voix pour gémir ; ses mains n’ont plus de force pour repousser vos outrages : Hélas ! elle est déjà morte ! Barbares, indignes du nom d’hommes, vos hurlements ressemblent aux cris de l’horrible hyène, et comme elle vous dévorez les cadavres.

Les approches du jour qui rechasse les bêtes farouches dans leurs tanières avant dispersé ces brigands, l’infortunée use le reste de sa force à se traîner jusqu’au logis du vieillard ; elle tombe à la porte la face contre terre et les bras étendus sur le seuil. Cependant, après avoir passé la nuit à remplir la maison de son hôte d’imprécations et de pleurs, le Lévite prêt à sortir ouvre la porte et trouve dans cet état celle qu’il a tant aimée. Quel spectacle pour son cœur déchiré ! Il élève un cri plaintif vers le ciel vengeur du crime ; puis, adressant la parole à la jeune fille : Lève-toi, lui dit-il, fuyons la malédiction qui couvre cette terre : viens, ô ma compagne ! je suis cause de ta perte, je serai ta consolation ; périsse l’homme injuste et vil qui jamais te reprochera ta misère ! tu m’es plus respectable qu’avant nos malheurs. La jeune fille ne répond point : il se trouble, son cœur saisi d’effroi commence à craindre de plus grands maux ; il l’appelle derechef, il regarde, il la touche ; elle n’était plus. O fille trop aimable, et trop aimée ! c’est donc pour cela que je t’ai tiré de la maison de ton père ! Voilà donc le sort que te préparait mon amour ! Il acheva ces mots prêt à la suivre, et ne lui survécut que pour la venger.

Dès cet instant, occupé du seul projet dont son âme était remplie, il fut sourd à tout autre sentiment ; l’amour, les regrets, la pitié, tout en lui se change en fureur ; l’aspect même de ce corps, qui devrait le faire fondre en larmes, ne lui arrache plus ni plaintes ni pleurs : il le contemple d’un œil sec et sombre ; il n’y voit plus qu’un objet de rage et de désespoir. Aidé de son serviteur, il le charge sur sa monture et l’emporte dans sa maison. Là, sans hésiter, sans trembler, le barbare ose couper ce corps en douze pièces ; d’une main ferme et sûre il frappe sans crainte, il coupe la chair et les os, il sépare la tête et les membres, et après avoir fait aux tribus ces envois effroyables, il les précède à Maspha, déchire ses vêtements, couvre sa tête de cendres, se prosterne à mesure qu’ils arrivent, et réclame à grands cris la justice du Dieu d’Israël.

Chant troisième

Cependant vous eussiez vu tout le peuple de Dieu s’émouvoir, s’assembler, sortir de ses demeures, accourir de toutes les tribus à Maspha devant le Seigneur, comme un nombreux essaim d’abeilles se rassemble en bourdonnant autour de leur roi. Ils vinrent tous, ils vinrent de toutes parts, de tous les cantons, tous d’accord comme un seul homme, depuis Dan jusqu’à Bersabée, et depuis Galaad jusqu’à Maspha.

Alors le Lévite, s’étant présenté dans un appareil lugubre, fut interrogé par les anciens devant l’assemblée sur le meurtre de la jeune fille, et il leur parla ainsi : « Je suis entré dans Gabaa, ville de Benjamin, avec ma femme pour y passer la nuit ; et les gens du pays ont entouré la maison où j’étais logé, voulant m’outrager et me faire périr. J’ai été forcé de livrer ma femme à leur débauche, et elle est morte en sortant de leurs mains. Alors j’ai pris son corps, je l’ai mis en pièces, et je vous les ai envoyées à chacun dans vos limites. Peuple du Seigneur, j’ai dit la vérité ; faites ce qui vous semblera juste devant le Très-Haut. »

À l’instant il s’éleva dans tout Israël un seul cri, mais éclatant, mais unanime : Que le sang de la jeune femme retombe sur ses meurtriers. Vive l’Éternel ! nous ne rentrerons point dans nos demeures, et nul de nous ne retournera sous son toit, que Gabaa ne soit exterminé. Alors le Lévite s’écria d’une voix forte : Béni soit Israël qui punit l’infamie et venge le sang innocent ! Fille de Bethléem, je te porte une bonne nouvelle ; ta mémoire ne restera point sans honneur. En disant ces mots, il tomba sur sa face, et mourut. Son corps fut honoré de funérailles publiques. Les membres de la jeune femme furent rassemblés et mis dans le même sépulcre, et tout Israël pleura sur eux.

Les apprêts de la guerre qu’on allait entreprendre commencèrent par un serment solennel de mettre à mort quiconque négligerait de s’y trouver. Ensuite on fit le dénombrement de tous les Hébreux portant armes, et l’on choisit dix de cent, cent de mille, et mille de dix mille, la dixième partie de peuple entier, dont on fit une armée de quarante mille hommes qui devait agir contre Gabaa, tandis qu’un pareil nombre était chargé des convois de munitions et de vivres pour l’approvisionnement de l’armée. Ensuite le peuple vint à Silo devant l’arche du Seigneur, en disant : Quelle tribu commandera les autres contre les enfants de Benjamin ? Et le Seigneur répondit : C’est le sang de Juda qui crie vengeance ; que Juda soit votre chef.

Mais avant de tirer le glaive contre leurs frères, ils envoyèrent à la tribu de Benjamin des hérauts, lesquels dirent aux Benjamites : Pourquoi cette horreur se trouve-t-elle au milieu de vous ? Livrez-nous ceux qui l’ont commise, afin qu’ils meurent, et que le mal soit ôté du sein d’Israël.

Les farouches enfants de Jémini, qui n’avaient pas ignoré l’assemblée de Maspha, ni la résolution qu’on y avait prise, s’étant préparés de leur côté, crurent que leur valeur les dispensait d’être justes. Ils n’écoutèrent point d’exhortation de leurs frères ; et, loin de leur accorder la satisfaction qu’ils leur devaient, ils sortirent en armes de toutes les villes de leur partage, et accoururent à la défense de Gabaa, sans se laisser effrayer par le nombre, et résolus de combattre seuls tout le peuple réuni. L’armée de Benjamin se trouva de vingt-cinq mille hommes tirant l’épée, outre les habitants de Gabaa, au nombre de sept cents hommes bien aguerris, maniant les armes des deux mains avec la même adresse, et tous si excellents tireurs de frondes qu’ils pouvaient atteindre un cheveu, sans que la pierre déclinât de côté ni d’autre.

L’armée d’Israël s’étant assemblée, et ayant élu ses chefs vint camper devant Gabaa, comptant emporter aisément cette place. Mais les Benjamites, étant sortis en bon ordre, l’attaquent, la rompent, la poursuivent avec furie ; la terreur les précède et la mort les suit. On voyait les forts d’Israël en déroute tomber par milliers sous leur épée, et les champs de Rama se couvrir de cadavres, comme les sables d’Elath se couvrent des nuées de sauterelles qu’un vent brûlant apporte et tue en un jour. Vingt-deux mille hommes de l’armée d’Israël périrent dans ce combat : mais leurs frères ne se découragèrent point ; et se fiant à leur force et à leur grand nombre encore plus qu’à la justice de leur cause, ils vinrent le lendemain se ranger en bataille dans le même lieu.

Toutefois avant que de risquer un nouveau combat, ils étaient montés la veille devant le Seigneur, et pleurant jusqu’au soir en sa présence ils l’avaient consulté sur le sort de cette guerre. Mais il leur dit : Allez, et combattez ; votre devoir dépend-il de l’événement ?

Comme ils marchaient donc vers Gabaa, les Benjamites firent une sortie par toutes les portes ; et tombant sur eux avec plus de fureur que la veille, ils les défirent et les poursuivirent avec un tel acharnement que dix-huit mille hommes de guerre périrent encore ce jour-là dans l’armée d’Israël. Alors tout le peuple vint derechef se prosterner et pleurer devant le Seigneur ; et jeûnant jusqu’au soir, ils offrirent des oblations et des sacrifices. Dieu d’Abraham, disaient-ils en gémissant, ton peuple, épargné tant de fois dans ta juste colère, périra-t-il pour vouloir ôter le mal de son sein ? Puis, s’étant présentés devant l’arche redoutable, et consultant derechef le Seigneur par la bouche de Phinées, fils d’Eléazar, ils lui dirent : Marcherons-nous encore contre nos frères, ou laisserons-nous en paix Benjamin ? La voix du Tout-Puissant daigna leur répondre : Marchez, et ne vous fiez plus en votre nombre, mais au Seigneur, qui donne et ôte le courage comme il lui plaît ; demain je livrerai Benjamin entre vos mains.

À l’instant ils sentent déjà dans leurs cœurs l’effet de cette promesse. Une valeur froide et sûre, succédant à leur brutale, les éclaire et les conduit. Ils s’apprêtent posément au combat, et ne s’y présentent plus en forcenés, mais en hommes sages et braves qui savent vaincre sans fureur, et mourir sans désespoir. Ils cachent des troupes derrière le coteau de Gabaa, et se rangent en bataille avec le reste de leur armée ; ils attirent loin de la ville les Benjamites, qui, sur leurs premiers succès, pleins d’une confiance trompeuse, sortent plutôt pour les tuer que pour les combattre ; ils poursuivent avec impétuosité l’armée qui cède et recule à dessein devant eux ; ils arrivent après elle jusqu’où se joignent les chemins de Béthel et de Gabaa, et crient en s’animant au carnage : Ils tombent tous comme les premières fois. Aveugles qui, dans l’éblouissement d’un vain succès ne voient pas l’ange de la vengeance qui vole déjà sur leurs rangs, armé du glaive exterminateur !

Cependant le corps de troupes caché derrière le coteau, sort de son embuscade en bon ordre, au nombre de dix mille hommes, et s’étendant autour de la ville, l’attaque, la force, en passe tous les habitants au fil de l’épée ; puis, élevant une grande fumée, il donne à l’armée le signal convenu, tandis que le Benjamite acharné s’excite à poursuivre sa victoire.

Mais les forts d’Israël, ayant aperçu le signal, firent face à l’ennemi en Baal-Thamar. Les Benjamites, surpris de voir les bataillons d’Israël se former, se développer, s’étendre, fondre sur eux, commencèrent à perdre courage ; et, tournant le dos, ils virent avec effroi les tourbillons de fumée qui leur annonçaient le désastre de Gabaa. Alors, frappés de terreur à leur tour, ils connurent que le bras du Seigneur les avait atteints ; et, fuyant en déroute vers le désert, ils furent environnés, poursuivis, tués, foulés aux pieds, tandis que divers détachements entrant dans les villes y mettaient à mort chacun dans son habitation.

En ce jour de colère et de meurtre, presque toute la tribu de Benjamin, au nombre de vingt-six mille hommes, périt sous l’épée d’Israël ; savoir, dix-huit mille hommes dans leur première retraite depuis Menuha jusqu’à l’est du coteau, cinq mille dans la déroute vers le désert, deux mille qu’on atteignit près de Guidhon, et le reste dans les places qui furent brûlées, et dont tous les habitants, hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, jusqu’aux bêtes, furent mis à mort, sans qu’on fit grâce à aucun ; en sorte que ce beau pays, auparavant si vivant, si peuplé, si fertile, et maintenant moissonné par la flamme et par le fer, n’offrait plus qu’une affreuse solitude couverte de cendres et d’ossements.

Six cents hommes seulement, dernier reste de cette malheureuse tribu, échappèrent au glaive d’Israël, et se réfugièrent au rocher de Rhimmon, où ils restèrent cachés quatre mois, pleurant trop tard le forfait de leurs frères et la misère où il les avait réduits.

Mais les tribus victorieuses voyant le sang qu’elles avaient versé, sentirent la plaie qu’elles s’étaient faite. Le peuple vint, et, se rassemblant devant la maison du Dieu fort, éleva un autel sur lequel il lui rendit ses hommages, lui offrant des holocaustes et des actions de grâces ; puis, élevant sa voix, il pleura ; il pleura sa victoire après avoir pleuré sa défaite. Dieu d’Abraham, s’écriaient-ils dans leur affliction, ah ! où sont tes promesses ? et comment ce mal est-il arrivé à ton peuple, qu’une tribu soit éteinte en Israël ? Malheureux humains, qui ne savez ce qui vous est bon, vous avez beau vouloir sanctifier vos passions, elles vous punissent toujours des excès qu’elles vous font commettre ; et c’est en exauçant vos vœux injustes que le ciel vous les fait expier.

Chant quatrième

Après avoir gémi du mal qu’ils avaient fait dans leur colère, les enfants d’Israël y cherchèrent quelque remède qui pût rétablir en son entier la race de Jacob mutilée. Émus de compassion pour les six cents hommes réfugiés au rocher de Rhimmon, ils dirent : Que ferons-nous pour conserver ce dernier et précieux reste d’une de nos tribus presque éteinte ? Car ils avaient juré par le Seigneur, disant : Si jamais aucun d’entre nous donne sa fille au fils d’un enfant de Jémini, et mêle son sang au sang de Benjamin. Alors, pour éluder un serment si cruel, méditant de nouveaux carnages, ils firent le dénombrement de l’armée pour voir si, malgré l’engagement solennel, quelqu’un d’eux avait manqué de s’y rendre, et il ne s’y trouva nul des habitants de Jabès de Galaad. Cette branche des enfants de Manassès, regardant moins à la punition du crime qu’à l’effusion du sang fraternel, s’était refusée à des vengeances plus atroces que le forfait, sans considérer que le parjure et la désertion de la cause commune sont pires que la cruauté. Hélas ! la mort, la mort barbare fut le prix de leur injuste pitié. Dix mille hommes détachés de l’armée d’Israël reçurent et exécutèrent cet ordre effroyable : Allez, exterminez Jabès de Galaad et tous ses habitants, hommes, femmes, enfants, excepté les seules filles vierges, que vous amènerez au camp, afin qu’elles soient données en mariage aux enfants de Benjamin. Ainsi, pour réparer la désolation de tant de meurtres, ce peuple farouche en commit de plus grands ; semblable en sa furie à ces globes de fer lancés par nos machines embrasées, lesquels, tombés à terre après leur premier effet, se relèvent avec une impétuosité nouvelle, et dans leurs bonds inattendus, renversent et détruisent des rangs entiers.

Pendant cette exécution funeste, Israël envoya des paroles de paix aux six cents de Benjamin réfugiés au rocher de Rhimmon ; et ils revinrent parmi leurs frères. Leur retour ne fut point un retour de joie : ils avaient la contenance abattue et les yeux baissés ; la honte et le remords couvraient leurs visages ; et tout Israël consterné poussa des lamentations en voyant ces tristes restes d’une de ses tribus bénites, de laquelle Jacob avait dit : « Benjamin est un loup dévorant ; au matin il déchirera sa proie, et le soir il partagera le butin. »

Après que les dix mille hommes envoyés à Jabès furent de retour, et qu’on eut dénombré les filles qu’ils amenaient, il ne s’en trouva que quatre cents, et on les donna à autant de Benjamites, comme une proie qu’on venait de ravir pour eux. Quelles noces pour de jeunes vierges timides dont on vient d’égorger les frères, les pères, les mères, devant leurs yeux, et qui reçoivent des liens d’attachement et d’amour par des mains dégouttantes du sang de leurs proches ! Sexe toujours esclave ou tyran, que l’homme opprime ou qu’il adore, et qu’il ne peut pourtant rendre heureux ni l’être qu’en le laissant égal à lui.

Malgré ce terrible expédient il restait deux cents hommes à pourvoir ; et ce peuple cruel dans sa pitié même, et à qui le sang de ses frères coûtait si peu, songeait peut-être à faire pour eux de nouvelles veuves, lorsqu’un vieillard de Lébona parlant aux anciens, leur dit : Hommes israélites, écoutez l’avis d’un de vos frères. Quand vos mains se lasseront-elles du meurtre des innocents ? Voici les jours de la solennité de l’Éternel en Silo. Dites ainsi aux enfants de Benjamin : Allez, et mettez des embûches aux vignes ; puis quand vous verrez que les filles de Silo sortiront pour danser avec des flûtes, alors vous les envelopperez, et, ravissant chacun sa femme, vous retournerez vous établir avec elles au pays de Benjamin.

Et quand les pères ou les frères des jeunes filles viendront se plaindre à nous, nous leur dirons : Ayez pitié d’eux pour l’amour de nous et de vous-mêmes qui êtes leurs frères, puisque n’ayant pu les pourvoir après cette guerre, et ne pouvant leur donner nos filles contre le serment, nous serons coupables de leur perte si nous les laissons périr sans descendants.

Les enfants donc de Benjamin firent ainsi qu’il leur fut dit ; et, lorsque les jeunes filles sortirent de Silo pour danser, ils s’élancèrent et les environnèrent. La craintive troupe fuit, se disperse ; la terreur succède à leur innocente gaieté ; chacune appelle à grands cris ses compagnes, et court de toutes ses forces. Les ceps déchirent leurs voiles, la terre est jonchée de leurs parures. La course anime leur teint et l’ardeur des ravisseurs. Jeunes beautés, où courez-vous ? En fuyant l’oppresseur qui vous poursuit, vous tombez dans des bras qui vous enchaînent. Chacun ravit la sienne, et, s’efforçant de l’apaiser, l’effraie encore plus par ses caresses que par sa violence. Au tumulte qui s’élève, aux cris qui se font entendre au loin, tout le peuple accourt : les pères et mères écartent la foule et veulent dégager leurs filles ; les ravisseurs autorisés défendent leur proie ; enfin les anciens font entendre leur voix ; et le peuple, ému de compassion pour les Benjamites, s’intéresse en leur faveur.

Mais les pères, indignés de l’outrage fait à leurs filles, ne cessaient point leurs clameurs. Quoi ! s’écriaient-ils avec véhémence, des filles d’Israël seront-elles asservies et traitées en esclaves sous les yeux du Seigneur ? Benjamin nous sera-t-il comme le Moabite et l’Iduméen ? Où est la liberté du peuple de Dieu ? Partagée entre la justice et la pitié, l’assemblée prononce enfin que les captives seront remises en liberté et décideront elles-mêmes de leur sort. Les ravisseurs, forcés de céder à ce jugement, les relâchent à regret, et tâchent de substituer à la force des moyens plus puissants sur leurs jeunes cœurs. Aussitôt elles s’échappent et fuient toutes ensemble ; ils les suivent, leur tendent les bras, et leur crient : Filles de Silo, serez-vous plus heureuses avec d’autres ? Les restes de Benjamin sont-ils indignes de vous fléchir ? Mais plusieurs d’entre elles, déjà liées par des attachements secrets, palpitaient d’aise d’échapper à leurs ravisseurs. Axa, la tendre Axa parmi les autres, en s’élançant dans les bras de sa mère qu’elle voit accourir, jette furtivement les yeux sur le jeune Elmacin auquel elle était promise, et qui venait plein de douleur et de rage la dégager au prix de son sang. Elmacin la revoit, tend les bras, s’écrie et ne peut parler ; la course et l’émotion l’ont mis hors d’haleine. Le Benjamite aperçoit ce transport, ce coup d’œil ; il devine tout, il gémit ; et, prêt à se retirer, il voit arriver le père d’Axa.

C’était le même vieillard auteur du conseil donné aux Benjamites. Il avait choisi lui-même Elmacin pour son gendre ; mais sa probité l’avait empêché d’avertir sa fille du risque auquel il exposait celles d’autrui.

Il arrive ; et la prenant par la main : Axa, lui dit-il, tu connais mon cœur : j’aime Elmacin ; il eût été la consolation de mes vieux jours ; mais le salut de ton peuple et l’honneur de ton père doivent l’emporter sur lui. Fais ton devoir, ma fille, et sauve-moi de l’opprobre parmi mes frères ; car j’ai conseillé tout ce qui s’est fait. Axa baisse la tête, et soupire sans répondre ; mais enfin levant les yeux elle rencontre ceux de son vénérable père. Ils ont plus dit que sa bouche. Elle prend son parti. Sa voix faible et tremblante prononce à peine dans un faible et dernier adieu le nom d’Elmacin, qu’elle n’ose regarder ; et, se retournant à l’instant demi-morte, elle tombe dans les bras du Benjamite.

Un bruit s’excite dans l’assemblée. Mais Elmacin s’avance et fait signe de la main. Puis élevant la voix : Écoute, ô Axa ! lui dit-il, mon vœu solennel. Puisque je ne puis être à toi, je ne serai jamais à nulle autre : le seul souvenir de nos jeunes ans, que l’innocence et l’amour ont embellis, me suffit. Jamais le fer n’a passé sur ma tête. Jamais le vin n’a mouillé mes lèvres ; mon corps est aussi pur que mon cœur : prêtres du Dieu vivant, je me voue à son service ; recevez le Nazaréen du Seigneur.

Aussitôt, comme par une inspiration subite, toutes les filles, entraînées par l’exemple d’Axa, imitent son sacrifice ; et, renonçant à leurs premières amours, se livrent aux Benjamites qui les suivaient. À ce touchant aspect il s’élève un cri de joie au milieu du peuple : Vierges d’Éphraïm, par vous Benjamin va renaître. Béni soit le Dieu de nos pères ! il est encore des vertus en Israël.

FIN du LÉVITE D’ÉPHRAÏM

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