Rousseau

Abstract

A prose poem inspired by the biblical episode of the Levite of Ephraim (Judges 19-21), on the murder of the concubine and the ensuing civil wars among the tribes of Israel. A biblical narrative reworking, without a philosophical thesis of its own.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Sainte colère de la vertu, viens animer ma voix ; je dirai les crimes de Benjamin, et les vengeances d’Israël ; je dirai des forfaits inouïs, et des châtiments encore plus terribles. Mortels, respectez la beauté, les mœurs, l’hospitalité ; soyez justes sans cruauté, miséricordieux sans faiblesse ; et sachez pardonner au coupable, plutôt que de punir l’innocent.

O vous, hommes débonnaires, ennemis de toute inhumanité ; vous qui, de peur d’envisager les crimes de vos frères, aimez mieux les laisser impunis, quel tableau viens-je offrir à vos yeux ? Le corps d’une femme coupé par pièces ; ses membres déchirés et palpitants envoyés aux douze tribus ; tout le peuple, saisi d’horreur, élevant jusqu’au ciel une clameur unanime, s’écriant de concert : Non, jamais rien de pareil ne s’est fait en Israël, depuis le jour où nos Pères sortirent d’Égypte jusqu’à ce jour. Peuple saint, rassemble-toi : prononce sur cet acte horrible, et décerne le prix qu’il a mérité. À de tels forfaits, celui qui détourne ses regards est un lâche, un déserteur de la justice ; la véritable humanité les envisage, pour connaître, pour les juger, pour les détester. Osons entrer dans ces détails, et remontons à la source des guerres civiles qui firent périr une des tribus, et coûtèrent tant de sang aux autres. Benjamin, triste enfant de douleur, qui donnas la mort à ta mère, c’est de ton sein qu’est sorti le crime qui t’a perdu ; c’est ta race impie qui put le commettre, et qui devait trop l’expier.

Dans les jours de liberté où nul ne régnait sur le peuple du Seigneur, il fut un temps de licence où chacun, sans reconnaître ni magistrat ni juge, était seul son propre maître et faisait tout ce qui lui semblait bon. Israël, alors épars dans les champs, avait peu de grandes villes, et la simplicité de ses mœurs rendait superflu l’empire des lois. Mais tous les cœurs n’étaient pas également purs, et les méchants trouvaient l’impunité du vice dans la sécurité de la vertu.

Durant un de ces courts intervalles de calme et d’égalité qui restent dans l’oubli parce que nul n’y commande aux autres et qu’on n’y fait point de mal, un Lévite des monts d’Éphraïm vit dans Bethléem une jeune fille qui lui plut. Il lui dit : Fille de Juda, tu n’es pas de ma tribu, tu n’as point de frère ; tu es comme les filles de Salphaad, et je ne puis t’épouser selon la loi du Seigneur.[38]Mais mon cœur est à toi ; viens avec moi, vivons ensemble ; nous serons unis et libres ; tu seras mon bonheur, et je serai le tien. Le Lévite était jeune et beau ; la jeune fille sourit ; ils s’unirent, puis il l’emmena dans ses montagnes.

Là, coulant une douce vie, si chère aux cœurs tendes et simples, il goûtait dans sa retraite les charmes d’un amour partagé ; là, sur un sistre d’or fait pour chanter les louanges du Très-Haut, il chantait souvent les charmes de sa jeune épouse. Combien de fois les coteaux du mont Heba retentirent de ses aimables chansons ! Combien de fois il la mena sous l’ombrage, dans les vallons de Sichem, cueillir des roses champêtres et goûter le frais au bord des ruisseaux ! Tantôt il cherchait dans les creux des rochers des rayons d’un miel doré dont elle faisait ses délices ; tantôt dans le feuillage des oliviers il tendait aux oiseaux des pièges trompeurs, et lui apportait une tourterelle craintive qu’elle baisait en la flattant ; puis, l’enfermant dans son sein, elle tressaillait d’aise en la sentant se débattre et palpiter. Fille de Bethléem, lui disait-il, pourquoi pleures-tu toujours ta famille et ton pays ? Les enfants d’Éphraïm n’ont-ils point aussi des fêtes ? les filles de la riante Sichem sont-elles sans grâce et sans gaîté ? les habitants de l’antique Atharot manquent-ils de force et d’adresse ? Viens voir leurs jeux et les embellir. Donne-moi des plaisirs, ô ma bien-aimée ; en est-il pour moi d’autres que les tiens ?

Toutefois la jeune fille s’ennuya du Lévite, peut-être parce qu’il ne lui laissait rien à désirer. Elle se dérobe et s’enfuit vers son père, vers sa tendre mère, vers ses folâtres sœurs. Elle y croit retrouver les plaisirs innocents de son enfance, comme si elle y portait le même âge et le même cœur.

Mais le Lévite abandonné ne pouvait oublier sa volage épouse. Tout lui rappelait dans sa solitude les jours heureux qu’il avait passés auprès d’elle, leurs jeux, leurs plaisirs, leurs querelles et leurs tendres raccommodements. Soit que le soleil levant dorât la cime des montagnes de Gelboé, soit qu’au soir un vent de mer vînt rafraîchir leurs roches brûlantes, il errait en soupirant dans les lieux qu’avait aimés l’infidèle ; et la nuit, seul dans sa couche nuptiale, il abreuvait son chevet de ses pleurs.

Après avoir flotté quatre mois entre le regret et le dépit, comme un enfant chassé du jeu par les autres feint n’en vouloir plus en brûlant de s’y remettre, puis enfin demande en pleurant d’y rentrer, le Lévite, entraîné par son amour, prend sa monture ; et, suivi de son serviteur avec deux ânes d’Épha chargés de ses provisions et de dons pour les parents de la jeune fille, il retourne à Bethléem pour se réconcilier avec elle, et tâcher de la ramener.

La jeune femme, l’apercevant de loin, tressaille, court au-devant de lui, et l’accueillant avec caresses, l’introduit dans la maison de son père, lequel apprenant son arrivée accourt aussi plein de joie, l’embrasse, le reçoit, lui, son serviteur, son équipage, et s’empresse à le bien traiter. Mais le Lévite ayant le cœur serré ne pouvait parler ; néanmoins, ému parle bon accueil de la famille, il leva les yeux sur sa jeune épouse, et lui dit : Fille d’Israël, pourquoi me fuis-tu ? quel mal t’ai-je fait ? La jeune fille se mit à pleurer en se couvrant le visage. Puis il dit au père : Rendez-moi ma compagne ; rendez-la-moi pour l’amour d’elle ; pourquoi vivrait-elle seule et délaissée ? Quel autre que moi peut honorer comme sa femme celle que j’ai reçue vierge ?

Le père regarda sa fille, et la fille avait le cœur attendri du retour de son mari. Le père dit donc à son gendre : Mon fils, donnez-moi trois jours ; passons ces trois jours dans la joie, et le quatrième jour, vous et ma fille partirez en paix. Le Lévite resta donc trois jours avec son beau-père et toute sa famille, mangeant et buvant familièrement avec eux : et la nuit du quatrième jour, se levant avant le soleil, il voulut partir. Mais son beau-père l’arrêtant par la main lui dit : Quoi ! voulez-vous partir à jeun ? Venez fortifier votre estomac, et puis vous partirez. Ils se mirent donc à table ; et, après avoir mangé et bu, le père lui dit : Mon fils, je vous supplie de vous réjouir avec nous encore aujourd’hui. Toutefois le Lévite se levant voulait partir ; il croyait ravir à l’amour le temps qu’il passait loin de sa retraite, livré à d’autres qu’à sa bien-aimée. Mais le père, ne pouvant se résoudre à s’en séparer, engagea sa fille d’obtenir encore cette journée ; et la fille, caressant son mari, le fit rester jusqu’au lendemain.

Dès le matin, comme il était prêt à partir, il fut encore arrêté par son beau-père, qui le força de se mettre à table en attendant le grand jour ; et le temps s’écoulait sans qu’ils s’en aperçussent. Alors le jeune homme s’étant levé pour partir avec sa femme et son serviteur, et ayant préparé toute chose : O mon fils, lui dit le père, vous voyez que le jour s’avance et que le soleil est sur son déclin : ne vous mettez pas si tard en route ; de grâce, réjouissez mon cœur encore le reste de cette journée ; demain dès le point du jour vous partirez sans retard. Et, en disant ainsi, le bon vieillard était tout saisi ; ses yeux paternels se remplissaient de larmes. Mais le Lévite ne se rendit point, et voulut partir à l’instant.

O holy wrath of virtue, come and fill my voice; I will speak of Benjamin’s crimes and Israel’s vengeance; I will recount unheard-of atrocities and even more terrible punishments. Mortals, respect beauty, morality, and hospitality; be just without cruelty, merciful without weakness; and know how to forgive the guilty, rather than punish the innocent.

O you good men, enemies of all inhumanity; you who, out of fear of confronting the crimes of your fellow humans, prefer to let them go unpunished—what a scene am I presenting before your eyes? The body of a woman torn apart piece by piece; her mutilated limbs sent to the twelve tribes; the entire people, overcome with horror, raising a unified cry and declaring in unison: “Never has such a thing happened in Israel since the day our ancestors left Egypt until this very day.” Holy people, gather together: pronounce your judgment upon this horrible act and determine its rightful punishment. For those who turn away their eyes from such atrocities are cowards, deserters of justice; true humanity must confront them in order to understand them, judge them, and despise them. Let us delve into these details and trace the origins of those civil wars that destroyed one tribe and caused so much bloodshed among the others. O Benjamin, sad and suffering child, whose mother met her death at your hands—it was from your very breast that the crime arose that led to your downfall; it was your ungodly race that committed it, and it is they who must pay its terrible price.

In those days of freedom when no one ruled over the people of the Lord, there was a time of license during which everyone, without recognizing any magistrate or judge, was their own master and did whatever they deemed right. Israel, then scattered across the fields, had few large cities, and the simplicity of its ways made the rule of laws unnecessary. But not all hearts were equally pure, and the wicked found impunity for their vices in the safety of virtue.

During one of those brief intervals of calm and equality—such moments being forgotten because no one commands others in them, nor is any harm done—a Levite from the mountains of Ephraim saw a young girl in Bethlehem who pleased him. He said to her, “Daughter of Judah, you do not belong to my tribe, and you have no brothers; you are like the daughters of Salphaad, so I cannot marry you according to the Lord’s law.[38] But my heart belongs to you; come with me, let us live together. We will be united and free; you will be my happiness, and I will be yours.” The Levite was young and handsome; the girl smiled, and they became lovers. Then he took her away to his mountains.

There, leading a gentle life so dear to tender and simple hearts, he enjoyed in solitude the pleasures of a shared love; there, upon a golden lyre meant to sing praises to the High One, he often chanted the beauties of his young wife. How many times did the hills of Mount Heba echo with his lovely songs! How many times did he take her into the shade of the trees in the valleys of Sichem to pick wild roses and taste the freshness by the streams! Sometimes he would search the crevices of rocks for golden honey that she would delight in; sometimes, among the olive leaves, he would set traps for birds, bringing her back a timid turtledove that she would kiss while caressing it. Then, holding her close to his heart, she would tremble with joy as she felt it struggle and flutter within her embrace. “O daughter of Bethlehem,” he would say, “why do you always mourn for your family and your homeland? Don’t the children of Ephraim also have their festivals? Aren’t the daughters of the joyful Sichem graceful and happy? Lack the people of ancient Atharot strength and skill? Come and see their games and join in their joy. Give me pleasures, my beloved—what else could I desire but you?”

However, the young girl grew tired of the Levite—perhaps because he offered her nothing to desire. She hid and ran away, toward her father, toward her tender mother, toward her carefree sisters. She believed she would find there the innocent pleasures of her childhood, as if she could once again possess the same age and the same heart.

But the abandoned Levite could not forget his unfaithful wife. Everything in his solitude reminded him of the happy days he had spent with her—their games, their pleasures, their arguments, and their tender reconciliations. Whether the rising sun bathed the peaks of the mountains of Gelboé in golden light, or whether a sea breeze came at dusk to cool their scorching rocks, he would wander around, sighing, in the places that his unfaithful wife had loved; and at night, alone in his marital bed, he would wet his pillow with his tears.

After drifting for four months between regret and resentment—like a child banished from a game who feigns not to care while secretly longing to return, only to finally beg to be allowed in again through tears—the Levite, driven by his love, mounts his horse. Accompanied by his servant and two donkeys loaded with provisions and gifts for the girl’s parents, he heads back to Bethlehem in order to reconcile with her and try to bring her back.

When the young woman saw him from a distance, she trembled with excitement, ran toward him, and greeted him with affection. She then led him into her father’s house. Upon learning of his arrival, the father also came forth, filled with joy; he embraced him and welcomed both him and his entourage, promising to treat them well. But the Levite, whose heart was heavy with sorrow, was unable to speak. Nevertheless, moved by their kindness, he expressed his gratitude. Then he looked up at his young wife and said, “Daughter of Israel, why have you fled from me? What wrong have I done to you?” The young woman began to weep and covered her face. He then turned to her father and said, “Give me back my wife. Give her back for the sake of her own love—why should she live alone and abandoned? Who else but me could honor her as his wife, since I received her in her virgin state?”

The father looked at his daughter, and her heart was filled with joy at the return of her husband. So the father said to his son-in-law, “My son, give me three days; let us spend these three days in happiness, and on the fourth day, you and my daughter may go away in peace.” The Levite stayed with his father-in-law and his entire family for three days, eating and drinking together with them. On the night of the fourth day, he got up before dawn and prepared to leave. But his father-in-law stopped him, saying, “How? Do you want to leave on an empty stomach? Come, eat something to strengthen yourself before you go.” They sat down to eat, and after they had eaten and drunk, the father said to him, “My son, I beg you to stay and rejoice with us one more day.” Nevertheless, the Levite got up and wanted to leave; he thought that spending time away from his beloved was stealing moments that should have been spent with her. But the father, unable to bear to part with him, asked his daughter to persuade him to stay one more day. The daughter, tenderly speaking to her husband, convinced him to stay until the next day.

As soon as morning came and he was ready to set off, he was stopped again by his father-in-law, who forced him to sit down at the table and wait for the appointed day; and time passed without them even realizing it. Then the young man got up, ready to leave with his wife and his servant, and having prepared everything needed: “Oh my son,” his father said, “you see that the day is advancing and the sun is beginning to set—do not set off so late; please, cheer my heart up for at least the rest of this day; tomorrow, at dawn, you may leave without delay.” And as he spoke, the kind old man was overcome with emotion; his fatherly eyes filled with tears. But the Levite would not be persuaded and insisted on setting off immediately.

Santa ira della virtù, vieni a infondere forza nella mia voce; racconterò i crimini di Benjamin e le vendette di Israele; parlerò di atti inauditi e di punizioni ancora più terribili. Mortali, rispettate la bellezza, le buone maniere, l’ospitalità; siate giusti senza crudeltà, misericordiosi senza debolezza; e sappiate perdonare il colpevole, piuttosto che punire l’innocente.

O voi, uomini buoni e nemici di ogni forma di crudeltà; voi che, per paura di considerare i crimini dei vostri simili, preferite lasciarli impuniti. Che spettacolo vi sto offrendo? Il corpo di una donna tagliato a pezzi; i suoi membri strappati e ancora palpitanti inviati alle dodici tribù; tutto il popolo, preso dall’orrore, che alza verso il cielo un grido unanime, esclamando: “No, mai nulla di simile è accaduto in Israele, dal giorno in cui i nostri antenati uscirono dall’Egitto fino a oggi”. Popolo santo, radunatevi: pronunciatevi su questo atto orribile e assegnategli la punizione che merita. Chi distoglie lo sguardo da simili crimini è un codardo, un traditore della giustizia; l’uomo veramente umano li considera attentamente, per comprenderli, giudicarli e odiarli. Osserviamo questi dettagli con coraggio e risaliamo alle origini delle guerre civili che causarono la distruzione di una tribù e costarono tanto sangue alle altre. Beniamino, povero figlio della sofferenza. È dal tuo seno uscito il crimine che ti ha distrutto; è la tua razza empia quella che ha potuto commetterlo. E che doveva pagarne un prezzo terribile.

Nei giorni di libertà in cui nessuno dominava il popolo del Signore, vi fu un periodo di licenza durante il quale ognuno, senza riconoscere né magistrati né giudici, era padrone di se stesso e faceva tutto ciò che gli sembrava giusto. Allora Israele, disperso nei campi, aveva poche grandi città, e la semplicità delle sue usanze rendeva superfluo l’impero delle leggi. Ma non tutti i cuori erano ugualmente puri; i malvagi trovavano nell’ambiente sicuro della virtù l’impunità per i loro vizi.

Durante uno di quei brevi intervalli di calma e armonia che vengono dimenticati, poiché in quei momenti nessuno comanda sugli altri né si compiono atti di male, un levita delle montagne di Efraim vide a Betlemme una giovane ragazza che gli piacque. Le disse: “Figlia di Giuda, non appartieni alla mia tribù, non hai fratelli; sei come le figlie di Salphaad. Non posso sposarti secondo la legge del Signore.” Ma il mio cuore è tuo; vieni con me, viviamo insieme. Sarà un’unione libera e felice: tu sarai la mia fortuna, e io sarò la tua. Il levita era giovane e bello; la ragazza sorrise. Si unirono, e poi lui la portò via con sé sulle sue montagne.

Lì, dove scorreva una vita dolce e gradita ai cuori teneri e semplici, egli gustava nella sua solitudine i piaceri di un amore condiviso; lì, su uno strumento d’oro creato per esaltare il Nome del Creatore, cantava spesso le lodi della sua giovane moglie. Quante volte le colline del monte Eba risuonarono delle sue dolci canzoni! Quante volte la portò all’ombra degli alberi, nei valli di Sichem, a raccogliere rose selvatiche e a godere della frescura lungo i ruscelli! A volte cercava nelle cavità delle rocce raggi di miele dorato da cui lei traeva grande delizia; altre volte, tra le foglie degli ulivi, tendeva ai uccelli trappole ingannevoli e le portava una tortora timida che lei baciava con tenerezza; poi, stringendola a sé, tremava di gioia sentendola muoversi e palpitare. “Figlia di Betlemme”, le diceva, “perché piangi sempre la tua famiglia e il tuo paese? I figli di Efraim non hanno forse anch’essi le loro feste? Le ragazze della radiosa Sichem sono forse prive di grazia e di allegria? Gli abitanti dell’antica Atarot mancano forse di forza e di agilità? Vieni a vedere i loro giochi e partecipa alle loro festività. Dammi piaceri, o mia amata. Esistono forse altri piaceri per me oltre a quelli che tu mi offri?”

Tuttavia, la giovane ragazza iniziò a annoiarsi del Levita, forse perché non le offriva nulla di desiderabile. Si nascose e fuggì verso suo padre, verso sua madre amorevole, verso le sue sorelle spensierate. Credeva di poter ritrovare lì i piaceri innocenti della sua infanzia, come se vi portasse ancora lo stesso età e lo stesso cuore.

Ma il levita abbandonato non riusciva a dimenticare sua moglie infedele. Tutto, nella sua solitudine, gli ricordava i giorni felici trascorsi con lei: i loro giochi, i loro piaceri, le loro discussioni e i loro teneri riappacificamenti. Che il sole nascente dorasse la cima delle montagne di Gelboé, o che alla sera un vento marino venisse a rinfrescare le loro rocce arroventate, egli vagava, sospirando, nei luoghi amati dall’infedele; e di notte, solo nel suo letto coniugale, inondava il cuscino delle sue lacrime.

Dopo aver trascorso quattro mesi tra rimpianti e rancore, come un bambino allontanato dal gioco dagli altri che finge di non volerci più partecipare ma in realtà desidera ardentemente farlo di nuovo, fino a chiederne con le lacrime negli occhi il permesso, il Levita, spinto dall’amore, monta a cavallo; seguito dal suo servitore e da due asini di Efraim carichi delle sue provviste e dei doni per i genitori della ragazza, ritorna a Betlemme per riconciliarsi con lei e cercare di riportarla con sé.

La giovane donna, vedendolo da lontano, tremò di emozione; corse verso di lui e, accogliendolo con carezze, lo introdusse nella casa di suo padre. Questi, appreso del suo arrivo, corse anch’egli pieno di gioia, lo abbracciò e lo accolse insieme al suo servo e alla sua scorta, impegnandosi a trattarlo con ogni riguardo. Ma il levita, col cuore stretto dall’angoscia, non riusciva a parlare; tuttavia, commosso dal caloroso accogliimento della famiglia, alzò lo sguardo sulla sua giovane moglie e le disse: “Figlia d’Israele, perché mi fuggi? Che male ti ho fatto?” La ragazza scoppiò in lacrime, coprendosi il viso. Allora lui disse al padre: “Restituitemi mia moglie; restituitela per amor suo. Perché dovrebbe vivere sola e abbandonata? Chi altro, se non io, potrebbe onorarla come sua moglie, dato che l’ho ricevuta vergine?”

Il padre guardò sua figlia, e il cuore della ragazza si commosse al pensiero del ritorno di suo marito. Allora il padre disse a suo genero: “Mio figlio, dammi tre giorni; trascorriamo questi tre giorni nella gioia, e il quarto giorno tu e mia figlia potrete partire in pace”. Il levita rimase quindi per tre giorni con suo suocero e tutta la sua famiglia, mangiando e bevendo insieme a loro. La notte del quarto giorno, alzandosi prima dell’alba, volle partire; ma suo suocero lo trattenne dicendogli: “Come! Vuoi partire a stomaco vuoto? Vieni, ristorati prima di andartene”. Si misero dunque a tavola; e dopo aver mangiato e bevuto, il padre gli disse: “Mio figlio, ti prego di rimanere con noi ancora oggi”. Tuttavia il levita si alzò per partire, convinto che trascorrere quel tempo lontano dal suo rifugio, tra persone diverse dalla sua amata, avrebbe indebolito i suoi sentimenti. Ma il padre, non volendo separarsi da lui, pregò sua figlia di convincerlo a rimanere ancora un giorno; e la figlia, accarezzando suo marito, lo fece restare fino al giorno seguente.

Fin dal mattino, mentre era pronto a partire, fu nuovamente trattenuto da suo suocero, che lo costrinse a sedersi a tavola in attesa del grande giorno; il tempo passava senza che se ne accorgessero. Allora il giovane si alzò per partire con sua moglie e il suo servitore, dopo aver preparato tutto ciò di cui aveva bisogno: “Oh mio figlio”, gli disse il padre, “vedi che il giorno avanza e il sole sta tramontando: non mettiti in viaggio troppo tardi; per favore, rallegra ancora il mio cuore per il resto di questa giornata; domani, appena spunterà l’alba, partirai senza indugio”. E dicendo queste parole, il buon vecchio fu profondamente commosso; i suoi occhi pieni d’amore si riempirono di lacrime. Ma il Levita non volle ascoltare e decise di partire immediatamente.

Que de regrets coûta cette séparation funeste ! Que de touchants adieux furent dits et recommencés ! Que de pleurs les sœurs de la jeune fille versèrent sur son visage ! Combien de fois elles la reprirent tour à tour dans leurs bras ! Combien de fois sa mère éplorée, en la serrant derechef dans les siens, sentit les douleurs d’une nouvelle séparation ! Mais son père, en l’embrassant, ne pleurait pas : ses muettes étreintes étaient mornes et convulsives ; des soupirs tranchants soulevaient sa poitrine. Hélas ! il semblait prévoir l’horrible sort de l’infortunée. Oh ! s’il eût su qu’elle ne reverrait jamais l’aurore ; s’il eût su que ce jour était le dernier de ses jours !… Ils partent enfin, suivis des tendres bénédictions de toute leur famille, et de vœux qui méritaient d’être exaucés. Heureuse famille, qui, dans l’union la plus pure, coule au sein de l’amitié ses paisibles jours, et semble n’avoir qu’un cœur à tous ses membres ! O innocence des mœurs, douceur d’âme, antique simplicité, que vous êtes aimables ! Comment la brutalité du vice a-t-elle pu trouver place au milieu de vous ? Comment les fureurs de la barbarie n’ont-elles pas respecté vos plaisirs ?

Chant second

Le jeune Lévite suivait sa route avec sa femme, son serviteur et son bagage, transporté de joie de ramener l’amie de son cœur, et inquiet du soleil et de la poussière, comme une mère qui ramène son enfant chez la nourrice et craint pour lui les injures de l’air. Déjà l’on découvrait la ville de Jébus à main droite, et ses murs, aussi vieux que les siècles, leur offraient un asile aux approches de la nuit. Le serviteur dit donc à son maître : Vous voyez le jour prêt à finir ; avant que les ténèbres nous surprennent, entrons dans la ville des Jébuséens, nous y chercherons un asile ; et demain, poursuivant notre voyage, nous pourrons arriver à Géba.

À Dieu ne plaise, dit le Lévite, que je loge chez un peuple infidèle, et qu’un Cananéen donne le couvert au ministre du Seigneur ! non : mais allons jusques à Gabaa chercher l’hospitalité chez nos frères. Ils laissèrent donc Jérusalem derrière eux ; ils arrivèrent après le coucher du soleil à la hauteur de Gabaa, qui est de la tribu de Benjamin. Ils se détournèrent pour y passer la nuit : et y étant entrés il allèrent s’asseoir dans la place publique ; mais nul ne leur offrit un asile, et ils demeuraient à découvert.

Hommes de nos jours, ne calomniez pas les mœurs de vos pères. Ces premiers temps, il est vrai, n’abondaient pas comme les vôtres en commodités de la vie ; de vils métaux n’y suffisaient pas à tout : mais l’homme avait des entrailles qui faisaient le reste ; l’hospitalité n’était pas à vendre, et l’on n’y trafiquait pas des vertus. Les fils de Jémini n’étaient pas les seuls, sans doute, dont les cœurs de fer fussent endurcis ; mais cette dureté n’était pas commune. Partout avec la patience on trouvait des frères ; le voyageur dépourvu de tout ne manquait de rien.

Après avoir attendu longtemps inutilement, le Lévite allait détacher son bagage pour en faire à la jeune fille un lit moins dur que la terre nue, quand il aperçut un homme vieux revenant sur le tard de ses champs et de ses travaux rustiques. Cet homme était comme lui des monts d’Éphraïm, et il était venu s’établir autrefois dans cette ville parmi les enfants de Benjamin.

Le vieillard, élevant les yeux, vit un homme et une femme assise au milieu de la place, avec un serviteur, des bêtes de somme, et du bagage. Alors, s’approchant, il dit au Lévite : Étranger, d’où êtes-vous ? et où allez-vous ? Lequel lui répondit : Nous venons de Bethléem, ville de Juda ; nous retournons dans notre demeure sur le penchant du mont d’Éphraïm, d’où nous étions venus : et maintenant nous cherchions l’hospice du Seigneur ; mais nul n’a voulu nous loger. Nous avons du grain pour nos animaux, du pain, du vin pour moi, pour votre servante, et pour le garçon qui nous suit ; nous avons tout ce qui nous est nécessaire, il nous manque seulement le couvert. Le vieillard lui répondit : Paix vous soit, mon frère ! vous ne resterez point dans la place : si quelque chose vous manque, que le crime en soit sur moi. Ensuite il les mena dans sa maison, fit décharger leur équipage, garnir le râtelier pour leurs bêtes ; et ayant fait laver les pieds à ses hôtes, il leur fit un festin de patriarches, simple et sans faste, mais abondant.

Tandis qu’ils étaient à table avec leur hôte et sa fille[39], promise à un jeune homme du pays, et que, dans la gaieté d’un repas offert avec joie, ils se délassaient agréablement, les hommes de cette ville, enfants de Bélial, sans joug, sans frein, sans retenue, et bravant le ciel comme les Cyclopes du mont Etna, vinrent environner la maison, frappant rudement à la porte, et criant au vieillard d’un ton menaçant : Livre-nous ce jeune étranger que sans congé tu reçois dans nos murs ; que sa beauté nous paie le prix de cet asile, et qu’il expie ta témérité. Car ils avaient vu le Lévite sur la place, et, par un reste de respect pour le plus sacré de tous les droits, n’avaient pas voulu le loger dans leurs maisons pour lui faire violence ; mais ils avaient comploté de revenir le surprendre au milieu de la nuit ; et ayant su que le vieillard lui avait donné retraite, ils accouraient sans justice et sans honte pour l’arracher de sa maison.

Le vieillard, entendant ces forcenés, se trouble, s’effraie, et dit au Lévite : Nous sommes perdus : ces méchants ne sont pas des gens que la raison ramène, et qui reviennent jamais de ce qu’ils ont résolu. Toutefois il sort au-devant d’eux pour tâcher de les fléchir. Il se prosterne, et levant au ciel ses mains pures de toute rapine, il leur dit : O mes frères ! quels discours avez-vous prononcés ! Ah ! ne faites pas ce mal devant le Seigneur ; n’outragez pas ainsi la nature, ne violez pas la sainte hospitalité. Mais voyant qu’ils ne l’écoutaient point, et que, prêts à le maltraiter lui-même, ils allaient forcer la maison, le vieillard, au désespoir, prit à l’instant son parti ; et faisant signe de la main pour se faire entendre au milieu du tumulte, il reprit d’une voix plus forte : Non, moi vivant, un tel forfait ne déshonorera point mon hôte et ne souillera point ma maison : mais écoutez, hommes cruels, les supplications d’un malheureux père. J’ai une fille, encore vierge, promise à l’un d’entre vous ; je vais l’amener pour vous être immolée, mais seulement que vos mains sacrilèges s’abstiennent de toucher au Lévite du Seigneur. Alors, sans attendre leur réponse, il court chercher sa fille pour racheter son hôte aux dépens de son propre sang.

[Arv. ed]

Mais le Lévite, que jusqu’à cet instant la terreur rendait immobile, se réveillant à ce déplorable aspect, prévient le généreux vieillard, s’élance au-devant de lui, le force à rentrer avec sa fille, et prenant lui-même sa compagne bien aimée, sans lui dire un seul mot, sans lever les yeux sur elle, l’entraîne jusqu’à la porte et la livre à ces maudits. Aussitôt ils entourent la jeune fille à demi-morte, la saisissent, se l’arrachent sans pitié ; tels dans leur brutale furie qu’au pied de Alpes glacées un troupeau de loups affamés surprend une faible génisse, se jette sur elle et la déchire, au retour de l’abreuvoir. Oh misérables ! qui détruisez votre espèce par les plaisirs destinés à la reproduire, comment cette beauté mourante ne glace-t-elle point vos féroces désirs ? Voyez ses yeux déjà fermés à la lumière, ses traits effacés, son visage éteint ; la pâleur de la mort à couvert ses joues, les violettes livides en ont chassé les roses ; elle n’a plus de voix pour gémir ; ses mains n’ont plus de force pour repousser vos outrages : Hélas ! elle est déjà morte ! Barbares, indignes du nom d’hommes, vos hurlements ressemblent aux cris de l’horrible hyène, et comme elle vous dévorez les cadavres.

How many regrets resulted from this tragic separation! How many touching farewells were said and repeated! How many tears did the girl’s sisters shed over her face! How many times did they take her in their arms one after another! How many times did her grief-stricken mother, holding her tightly, feel the pain of yet another separation! But her father, when kissing her, did not weep; his silent embraces were gloomy and convulsive; sharp sighs rose from his chest. Alas! It seemed he foresaw the horrible fate of that unfortunate girl. Oh, if only he had known that she would never see dawn again; if only he had known that that day was the last of her days!. Finally, they departed, accompanied by the tender blessings of their entire family, and by wishes that truly deserved to be fulfilled. Happy family, who, in the purest union and amidst friendship, spend your peaceful days, seeming to have but one heart for all its members! Oh innocence of manners, gentleness of soul, ancient simplicity—how endearing you are! How could the brutality of vice find any place among you? How could the fury of barbarity not respect your joys?

Second chant

The young Levite continued on his way with his wife, his servant, and his belongings, filled with joy at bringing back his beloved friend, yet also concerned about the heat of the sun and the dust—just like a mother taking her child home to the nurse and worrying about the harm they might suffer from the elements. Already, the city of Jebus could be seen in the distance on the right; its walls, as old as centuries, offered them shelter as night approached. So the servant said to his master, “See, the day is about to end. Before darkness falls, let us enter the city of the Jebusites and seek refuge there. Then tomorrow, we can continue our journey and reach Gibeon.”

“By God,” said the Levite, “I would not lodge with an unbelieving people; nor would I let a Canaanite provide shelter for the minister of the Lord! No—let us rather go to Gabaa and seek hospitality among our brothers.” So they left Jerusalem behind and arrived at Gabaa, which belongs to the tribe of Benjamin, after sunset. They turned aside to spend the night there, but no one offered them any shelter; they were left to stay outdoors without a place to rest.

Men of our time, do not slander the customs of your forefathers. It is true that in those early times, there were not as many comforts in life as they are today; base metals were not sufficient to meet all needs; yet men possessed hearts that made up for everything else. Hospitality was not something to be sold or traded for virtues. The sons of Jemini were certainly not the only ones whose hearts were hardened; but such hardness was not common. Everywhere, with patience, one could find brothers; a traveler who had nothing at all would not lack anything.

After waiting for a long time to no avail, the Levite was about to untie his baggage in order to make a bed for the young girl that would be less hard than the bare ground when he saw an old man returning late from his fields and his agricultural work. This man, like him, came from the mountains of Ephraim and had once settled in this city among the people of Benjamin.

The old man looked up and saw a man and a woman sitting in the middle of the square, along with a servant, livestock, and luggage. So he approached them and said to the Levite, “Stranger, where do you come from? And where are you going?” The Levite replied, “We have come from Bethlehem, a city of Judah, and we are returning to our home on the slopes of Mount Ephraim, where we originally came from. Now we are looking for a place to stay with the Lord, but no one will accommodate us. We have grain for our animals, bread, and wine for me, your servant, and the boy who is with us; we have everything we need except shelter.” The old man said to him, “Peace be upon you, my brother! You shall not stay in the square. If anything is lacking, let it be my responsibility.” Then he took them into his house, had their luggage unloaded, prepared food for their animals, and after washing the feet of his guests, he gave them a simple but generous meal.

While they were dining with their host and his daughter[39], who was betrothed to a young man from the local town, and while they were enjoying themselves in the cheerful atmosphere of a meal offered with goodwill, the men of that city—children of Belial, unrestrained, unbridled, and defying heaven like the Cyclopes of Mount Etna—came around the house, banging violently on the door and shouting threateningly at the old man: “Hand over this young stranger you have taken in without our permission; let his beauty pay for the shelter he has received, and let him atone for your audacity.” For they had seen the Levite in the square, and out of respect for what is most sacred among all rights, they had not wished to take him into their homes to commit violence against him; but they had conspired to return and surprise him in the middle of the night. Now that they learned the old man had given him refuge, they came without any justice or shame, determined to drag him away from his home.

Upon hearing these violent words, the old man became disturbed and frightened, and said to the Levite, “We are lost; these wicked men are not those who can be persuaded by reason or who will ever change their resolve.” Nevertheless, he went out to try to appease them. He knelt down, raised his pure hands toward heaven, and pleaded with them, “Oh my brothers, what terrible words have you spoken! Do not commit such an evil act before the Lord; do not insult nature in this way, do not violate the sacred duty of hospitality.” But seeing that they would not listen and were even ready to harm him as well, determined to force their way into the house, the old man, in despair, resorted to a final measure. Making a gesture to be heard above the noise, he raised his voice again and said, “No, so long as I live, such a crime shall not bring shame upon my host or defile my home. But hear me, cruel men—listen to the pleas of a desperate father! I have a daughter, still a virgin, who is promised to one of you. I am ready to bring her here and offer her as a sacrifice, on the condition that your sacrilegious hands refrain from touching the Levite of the Lord.” Without waiting for their reply, he hurried off to fetch his daughter in order to save his host at the cost of his own life.

[Arv. ed]

But the Levite, who until that moment had been immobilized by terror, upon seeing this horrible scene, warned the kind-hearted old man, rushed forward to stop him, forced him to take his daughter back with him, and taking his own beloved companion himself—without saying a single word, without even raising his eyes at her—he led her to the door and handed her over to those damned men. At once, they surrounded the half-dead girl, seized her, and tore her away without mercy; just as a pack of starving wolves, in their brutal frenzy, pounce on a weak lamb by the icy slopes of the Alps upon its return from the watering hole, tearing it apart. Oh wretched ones! You who destroy your own kind with the very pleasures meant for its reproduction—how then does this dying beauty not chill your ferocious desires? Look at her eyes, already closed to light; her features blurred, her face lifeless; the pallor of death covers her cheeks, and the livid violet has replaced their rosy hue. She no longer has a voice to groan; her hands no longer have the strength to resist your atrocities. Alas! She is already dead! Barbarians, unworthy of the name of human beings—your howls resemble those of the horrible hyena as you devour one another’s corpses.

Quanti rimpianti comportò questa tragica separazione! Quante commoventi addii furono pronunciati e ripetuti. Quante lacrime le sorelle della giovane versarono sul suo viso. Quante volte la strinsero a sé una dopo l’altra. Quante volte sua madre, piangente, stringendola forte tra le sue braccia, sentì il dolore di un’altra separazione imminente. Ma suo padre, abbracciandola, non piangeva: i suoi silenziosi gesti erano cupi e convulsi; sospiri profondi sollevavano il suo petto. Ahimè, sembrava prevedere l’orribile destino di quella sfortunata. Oh, se solo avesse saputo che non avrebbe mai più visto l’alba, se solo avesse saputo che quel giorno era l’ultimo dei suoi giorni. Alla fine partirono, accompagnati dalle affettuose benedizioni di tutta la loro famiglia, e da desideri che meritavano davvero di essere esauditi. Che felice famiglia, che, nella più pura unione, conduce i propri giorni sereni nell’ambito dell’amore, e sembra avere un solo cuore per tutti i suoi membri. Oh, innocenza dei costumi, dolcezza d’animo, antica semplicità, quanto siete amabili. Come ha potuto la brutalità del vizio trovare posto tra di voi? Come hanno potute le furie della barbarie non rispettare i vostri piaceri?

Canto secondo

Il giovane levita proseguiva il suo cammino insieme a sua moglie, al suo servo e ai suoi bagagli, felice di riportare a casa l’amata del suo cuore, ma preoccupato per il caldo del sole e la polvere lungo il viaggio, proprio come una madre che riporta suo figlio dalla nutrice e teme per lui le insidie dell’ambiente esterno. Ormai si intravedeva già la città di Gibeon sulla destra; i suoi muri, antichi quanto i secoli, offrivano loro rifugio all’avvicinarsi della notte. Il servo disse quindi al suo padrone: “Vedete che il giorno sta per finire; prima che le tenebre ci colpiscano, entriamo nella città dei Gibeoniti e cerchiamo lì un riparo; domani potremo proseguire il nostro viaggio e raggiungere Geba.”

“Per favore di Dio”, disse il Levita, “che io non debba soggiornare presso un popolo infedele, e che un Cananeo non offra ospitalità al ministro del Signore! No: andremo fino a Gabaa per cercare rifugio tra i nostri fratelli”. Lasciarono quindi Gerusalemme alle loro spalle; arrivarono dopo il tramonto nei pressi di Gabaa, che appartiene alla tribù di Beniamino. Si diressero lì per trascorrere la notte; entrati nella città, si sedettero nella piazza pubblica. Ma nessuno gli offrì ospitalità, e dovettero rimanere all’aperto.

Oggi, uomini del nostro tempo, non calunniate le usanze dei vostri antenati. È vero che in quei tempi primordiali non vi erano tutte le comodità della vita di oggi; i metalli vili non erano sufficienti per soddisfare tutti i bisogni; ma l’uomo possedeva qualcosa di più prezioso: la generosità e l’ospitalità. I figli di Giemini non erano certo gli unici ad avere cuori duri come il ferro, ma tale durezza non era comune. Dappertutto, con la pazienza, si trovavano fratelli pronti ad aiutare; il viaggiatore privo di tutto non mancava di nulla.

Dopo aver atteso a lungo invano, il Levita stava per preparare un giaciglio meno duro della terra nuda per la ragazza, quando vide un uomo anziano tornare tardi dai suoi campi e dai suoi lavori agricoli. Quell’uomo, come lui, proveniva dalle montagne di Efraim ed era venuto in precedenza a stabilirsi in quella città tra i figli di Beniamino.

L’anziano, alzando lo sguardo, vide un uomo e una donna seduti nel mezzo della piazza, insieme a un servo, a degli animali da soma e al loro bagaglio. Allora si avvicinò e disse al levita: “Straniero, da dove vieni? E dove stai andando?” Il levita rispose: “Veniamo da Betlemme, città di Giuda; torniamo nella nostra dimora, situata sulle pendici del monte Efraim, da dove siamo partiti. Cerchiamo ora un luogo dove riposare presso il Signore, ma nessuno vuole ospitarci. Abbiamo grano per i nostri animali, pane e vino per me, per la tua serva e per il ragazzo che ci segue; abbiamo tutto ciò di cui abbiamo bisogno, tranne un posto dove dormire.” L’anziano gli rispose: “Che la pace sia con te, fratello mio! Non rimarrete certo in piazza: se vi manca qualcosa, che il peccato cada su di me.” Poi li portò nella sua casa, fece scaricare il loro bagaglio e preparò del cibo per gli animali; dopo aver fatto lavare i piedi ai suoi ospiti, organizzò per loro un banchetto semplice ma abbondante.

Mentre erano a tavola con il loro ospite e sua figlia[39], promessa a un giovane del luogo, e mentre si divertivano piacevolmente nella gioia di un pasto offerto con entusiasmo, gli uomini di quella città – figli di Belial, senza legami, senza freni, senza alcuna inibizione, e sfidando il cielo come i Ciclopi dell’Etna – circondarono la casa, bussando rudemente alla porta e gridando minacciosamente al vecchio: “Consegnaci questo giovane straniero che hai accolto senza autorizzazione nelle nostre mura; che la sua bellezza paghi il prezzo di questo rifugio, e che egli espi i tuoi atti temerari”. Poiché avevano visto il Levita nella piazza, e per un residuo di rispetto verso il diritto più sacro di tutti, non avevano voluto ospitarlo nelle loro case per commettere violenza su di lui; ma avevano architettato di tornare a sorprenderlo nel cuore della notte; e, avendo appreso che il vecchio gli aveva offerto rifugio, erano accorsi senza giustizia né vergogna per strapparlo dalla sua casa.

L’anziano, sentendo queste parole, si turbò e si spaventò; disse quindi al levita: “Siamo perduti. Questi malvagi non sono persone che la ragione possa convincere, né coloro che possano cambiare idea dopo aver preso una decisione”. Tuttavia uscì ad affrontarli nel tentativo di farli desistere. Si prostrò e, alzando le mani pure verso il cielo, disse loro: “Oh miei fratelli, quali parole avete pronunciato! Non compite questo male davanti al Signore; non insultate così la natura, non violate la sacra ospitalità”. Ma vedendo che non lo ascoltavano e che erano pronti a maltrattarlo anche lui, decise di intervenire disperatamente. Faccendo segno con la mano per farsi sentire nel tumulto, riprese a dire ad alta voce: “No, finché sono in vita, un simile crimine non disonorerà il mio ospite né sporcherà la mia casa. Ma ascoltate, o uomini crudeli, le suppliche di un povero padre! Ho una figlia ancora vergine, promessa a uno di voi; la porterò qui affinché venga sacrificata, ma solo a condizione che le vostre mani sacrileghe si astengano dal toccare il levita del Signore”. Senza aspettare risposta, corse a prendere sua figlia per salvare il proprio ospite con il suo stesso sangue.

[Edizione Arv.]

Ma il Levita, che fino a quel momento era rimasto immobile per la paura, svegliandosi di fronte a quella scena orribile, avverte l’anziano generoso, si precipita al suo fianco, lo costringe a rientrare con sua figlia e, prendendo lui stesso la sua amata compagna, senza dire una parola, senza alzarle gli occhi addosso, la conduce fino alla porta e la consegna a quei maledetti. Subito loro circondano la giovane ragazza, semicadavere, la afferrano e se la strappano via senza pietà; come una banda di lupi affamati che, ai piedi delle gelide Alpi, assalgono una debole agnella al ritorno dal pozzo. Oh miseri! Che distruggete la vostra stessa specie con i piaceri destinati alla sua riproduzione. Come mai questa bellezza morente non raffredda i vostri feroci desideri? Guardate: i suoi occhi sono già chiusi alla luce, i suoi tratti sono scomparsi, il suo viso è spento; la pallidezza della morte ha coperto le sue guance, i violacei lividi hanno spazzato via le rose. Non ha più voce per gemere, le sue mani non hanno più forza per respingere le vostre offese. Ahimè! È già morta. Barbari, indegni del nome di uomini. I vostri urli assomigliano ai versi dell’orribile iena. E proprio come lei, voi divorate i cadaveri.

Les approches du jour qui rechasse les bêtes farouches dans leurs tanières avant dispersé ces brigands, l’infortunée use le reste de sa force à se traîner jusqu’au logis du vieillard ; elle tombe à la porte la face contre terre et les bras étendus sur le seuil. Cependant, après avoir passé la nuit à remplir la maison de son hôte d’imprécations et de pleurs, le Lévite prêt à sortir ouvre la porte et trouve dans cet état celle qu’il a tant aimée. Quel spectacle pour son cœur déchiré ! Il élève un cri plaintif vers le ciel vengeur du crime ; puis, adressant la parole à la jeune fille : Lève-toi, lui dit-il, fuyons la malédiction qui couvre cette terre : viens, ô ma compagne ! je suis cause de ta perte, je serai ta consolation ; périsse l’homme injuste et vil qui jamais te reprochera ta misère ! tu m’es plus respectable qu’avant nos malheurs. La jeune fille ne répond point : il se trouble, son cœur saisi d’effroi commence à craindre de plus grands maux ; il l’appelle derechef, il regarde, il la touche ; elle n’était plus. O fille trop aimable, et trop aimée ! c’est donc pour cela que je t’ai tiré de la maison de ton père ! Voilà donc le sort que te préparait mon amour ! Il acheva ces mots prêt à la suivre, et ne lui survécut que pour la venger.

Dès cet instant, occupé du seul projet dont son âme était remplie, il fut sourd à tout autre sentiment ; l’amour, les regrets, la pitié, tout en lui se change en fureur ; l’aspect même de ce corps, qui devrait le faire fondre en larmes, ne lui arrache plus ni plaintes ni pleurs : il le contemple d’un œil sec et sombre ; il n’y voit plus qu’un objet de rage et de désespoir. Aidé de son serviteur, il le charge sur sa monture et l’emporte dans sa maison. Là, sans hésiter, sans trembler, le barbare ose couper ce corps en douze pièces ; d’une main ferme et sûre il frappe sans crainte, il coupe la chair et les os, il sépare la tête et les membres, et après avoir fait aux tribus ces envois effroyables, il les précède à Maspha, déchire ses vêtements, couvre sa tête de cendres, se prosterne à mesure qu’ils arrivent, et réclame à grands cris la justice du Dieu d’Israël.

Chant troisième

Cependant vous eussiez vu tout le peuple de Dieu s’émouvoir, s’assembler, sortir de ses demeures, accourir de toutes les tribus à Maspha devant le Seigneur, comme un nombreux essaim d’abeilles se rassemble en bourdonnant autour de leur roi. Ils vinrent tous, ils vinrent de toutes parts, de tous les cantons, tous d’accord comme un seul homme, depuis Dan jusqu’à Bersabée, et depuis Galaad jusqu’à Maspha.

Alors le Lévite, s’étant présenté dans un appareil lugubre, fut interrogé par les anciens devant l’assemblée sur le meurtre de la jeune fille, et il leur parla ainsi : « Je suis entré dans Gabaa, ville de Benjamin, avec ma femme pour y passer la nuit ; et les gens du pays ont entouré la maison où j’étais logé, voulant m’outrager et me faire périr. J’ai été forcé de livrer ma femme à leur débauche, et elle est morte en sortant de leurs mains. Alors j’ai pris son corps, je l’ai mis en pièces, et je vous les ai envoyées à chacun dans vos limites. Peuple du Seigneur, j’ai dit la vérité ; faites ce qui vous semblera juste devant le Très-Haut. »

À l’instant il s’éleva dans tout Israël un seul cri, mais éclatant, mais unanime : Que le sang de la jeune femme retombe sur ses meurtriers. Vive l’Éternel ! nous ne rentrerons point dans nos demeures, et nul de nous ne retournera sous son toit, que Gabaa ne soit exterminé. Alors le Lévite s’écria d’une voix forte : Béni soit Israël qui punit l’infamie et venge le sang innocent ! Fille de Bethléem, je te porte une bonne nouvelle ; ta mémoire ne restera point sans honneur. En disant ces mots, il tomba sur sa face, et mourut. Son corps fut honoré de funérailles publiques. Les membres de la jeune femme furent rassemblés et mis dans le même sépulcre, et tout Israël pleura sur eux.

Les apprêts de la guerre qu’on allait entreprendre commencèrent par un serment solennel de mettre à mort quiconque négligerait de s’y trouver. Ensuite on fit le dénombrement de tous les Hébreux portant armes, et l’on choisit dix de cent, cent de mille, et mille de dix mille, la dixième partie de peuple entier, dont on fit une armée de quarante mille hommes qui devait agir contre Gabaa, tandis qu’un pareil nombre était chargé des convois de munitions et de vivres pour l’approvisionnement de l’armée. Ensuite le peuple vint à Silo devant l’arche du Seigneur, en disant : Quelle tribu commandera les autres contre les enfants de Benjamin ? Et le Seigneur répondit : C’est le sang de Juda qui crie vengeance ; que Juda soit votre chef.

Mais avant de tirer le glaive contre leurs frères, ils envoyèrent à la tribu de Benjamin des hérauts, lesquels dirent aux Benjamites : Pourquoi cette horreur se trouve-t-elle au milieu de vous ? Livrez-nous ceux qui l’ont commise, afin qu’ils meurent, et que le mal soit ôté du sein d’Israël.

Les farouches enfants de Jémini, qui n’avaient pas ignoré l’assemblée de Maspha, ni la résolution qu’on y avait prise, s’étant préparés de leur côté, crurent que leur valeur les dispensait d’être justes. Ils n’écoutèrent point d’exhortation de leurs frères ; et, loin de leur accorder la satisfaction qu’ils leur devaient, ils sortirent en armes de toutes les villes de leur partage, et accoururent à la défense de Gabaa, sans se laisser effrayer par le nombre, et résolus de combattre seuls tout le peuple réuni. L’armée de Benjamin se trouva de vingt-cinq mille hommes tirant l’épée, outre les habitants de Gabaa, au nombre de sept cents hommes bien aguerris, maniant les armes des deux mains avec la même adresse, et tous si excellents tireurs de frondes qu’ils pouvaient atteindre un cheveu, sans que la pierre déclinât de côté ni d’autre.

L’armée d’Israël s’étant assemblée, et ayant élu ses chefs vint camper devant Gabaa, comptant emporter aisément cette place. Mais les Benjamites, étant sortis en bon ordre, l’attaquent, la rompent, la poursuivent avec furie ; la terreur les précède et la mort les suit. On voyait les forts d’Israël en déroute tomber par milliers sous leur épée, et les champs de Rama se couvrir de cadavres, comme les sables d’Elath se couvrent des nuées de sauterelles qu’un vent brûlant apporte et tue en un jour. Vingt-deux mille hommes de l’armée d’Israël périrent dans ce combat : mais leurs frères ne se découragèrent point ; et se fiant à leur force et à leur grand nombre encore plus qu’à la justice de leur cause, ils vinrent le lendemain se ranger en bataille dans le même lieu.

Toutefois avant que de risquer un nouveau combat, ils étaient montés la veille devant le Seigneur, et pleurant jusqu’au soir en sa présence ils l’avaient consulté sur le sort de cette guerre. Mais il leur dit : Allez, et combattez ; votre devoir dépend-il de l’événement ?

Comme ils marchaient donc vers Gabaa, les Benjamites firent une sortie par toutes les portes ; et tombant sur eux avec plus de fureur que la veille, ils les défirent et les poursuivirent avec un tel acharnement que dix-huit mille hommes de guerre périrent encore ce jour-là dans l’armée d’Israël. Alors tout le peuple vint derechef se prosterner et pleurer devant le Seigneur ; et jeûnant jusqu’au soir, ils offrirent des oblations et des sacrifices. Dieu d’Abraham, disaient-ils en gémissant, ton peuple, épargné tant de fois dans ta juste colère, périra-t-il pour vouloir ôter le mal de son sein ? Puis, s’étant présentés devant l’arche redoutable, et consultant derechef le Seigneur par la bouche de Phinées, fils d’Eléazar, ils lui dirent : Marcherons-nous encore contre nos frères, ou laisserons-nous en paix Benjamin ? La voix du Tout-Puissant daigna leur répondre : Marchez, et ne vous fiez plus en votre nombre, mais au Seigneur, qui donne et ôte le courage comme il lui plaît ; demain je livrerai Benjamin entre vos mains.

The approaches of day, which drive the fierce beasts back into their lairs and disperse those brigands, enable the unfortunate girl to use the remaining strength she has to drag herself until she reaches the old man’s dwelling. She falls at the door, face down, her arms stretched across the threshold. However, after spending the night filling her host’s house with curses and tears, the Levite, ready to leave, opens the door and finds her in such a state—that very one he had loved so deeply. What a sight for his heart, torn apart by grief! He raises a plaintive cry toward the heavens, vengeful for this crime; then, addressing the young girl, he says, “Get up, let us flee from this curse that weighs upon this land. Come, my beloved—I am the cause of your suffering, but I will also be your consolation. May that unjust and despicable man who ever reproaches you for your misfortune perish! You are now more worthy in my eyes than before our troubles.” The girl does not respond. He grows anxious; his heart, seized by fear, begins to dread even greater evils. He calls her again, looks for her—she is gone. Oh, too lovely and too much loved maiden! Was this therefore the fate that my love had prepared for you? Having spoken these words, he was ready to follow her, but he did not live long enough to avenge her.

From that moment on, absorbed solely in the project that filled his soul, he became deaf to all other feelings; love, regret, pity—everything within him turned into fury. The very sight of that body, which should have made him weep, now drew neither tears nor complaints from him; he regarded it with dry, dark eyes, seeing in it only an object of rage and despair. With the help of his servant, he loaded it onto his mount and took it back to his house. There, without hesitation or tremor, the barbarian dared to cut that body into twelve pieces; with a firm and steady hand, he struck without fear, cutting through flesh and bones, separating head from limbs. After making these terrible offerings to the tribes, he followed them to Maspha, tore his clothes apart, covered his head with ashes, and prostrated himself as they arrived, crying out loudly for justice from the God of Israel.

Third Chant

However, you would have seen all the people of God become agitated, gather together, leave their homes, and come from all tribes to Maspha before the Lord—just like a large swarm of bees gathering and buzzing around their queen. They came all, from every direction, from every region; they were all united as one man, from Dan to Bersabee, and from Galaad to Maspha.

Then the Levite, appearing in a solemn and mournful attire, was questioned by the elders in front of the assembly about the murder of the young girl. He said to them: “I went into Gabaa, a city of Benjamin, with my wife in order to spend the night there. The people of that place surrounded the house where I was staying, intending to insult me and kill me. I was forced to hand over my wife to their lusts, and she died in their hands. Then I took her body, cut it into pieces, and sent each part to you in your respective territories. People of the Lord, I have told the truth; do whatever seems right to you before the High God.”

At that moment, a single cry arose throughout all Israel—loud and unanimous: “Let the blood of this young woman fall back on her murderers! Long live the Eternal! We will not return to our homes, nor will any of us go under his roof until Gabaa is exterminated.” Then the Levite cried out in a loud voice: “Blessed be Israel, which punishes such infamy and avenges the blood of the innocent! Daughter of Bethlehem, I bring you good news; your memory shall not remain without honor.” Having said these words, he fell to the ground and died. His body was given public funeral rites. The remains of the young woman were gathered and buried in the same tomb, and whole Israel wept for them.

The preparations for the war that was about to begin began with a solemn oath to execute anyone who failed to join in it. Next, a count was taken of all the Hebrew men capable of bearing arms, and ten percent of them were selected—one in a hundred, one in a thousand, and one in ten thousand—from the entire population. These forty thousand men formed an army tasked with attacking Gabaa, while another equal number was assigned to oversee the supply of ammunition and provisions for the army. Afterwards, the people gathered at Silo before the Ark of the Lord and asked, “Which tribe shall lead the others in fighting against the sons of Benjamin?” The Lord replied, “It is the blood of Judah that cries out for vengeance; let Judah be your leader.”

But before drawing their swords against their brothers, they sent messengers to the tribe of Benjamin, who said to the Benjamites: “Why does such a horror exist among you? Hand over those who have committed this crime, so that they may die and the evil may be removed from Israel.”

The fierce children of Jémini, who had not overlooked the assembly at Maspha nor the resolution taken there, having prepared themselves on their own, believed that their courage exempted them from following any rules of justice. They heeded none of their brothers’ exhortations; far from granting them the satisfaction they deserved, they armed themselves and came forth from all the cities under their control to defend Gabaa. Unfazed by the enemy’s numbers, they were determined to fight alone against the entire assembled force. Benjamin’s army numbered twenty-five thousand men armed with swords, in addition to the seven hundred well-trained inhabitants of Gabaa—who handled weapons with equal skill and were such expert archers that their arrows never missed their target, never deviating from their course.

When the army of Israel had assembled and chosen its leaders, it came to camp before Gabaa, confident that it would easily take possession of the place. But the Benjamites, emerging in good order, attacked them, defeated them, and pursued them with fierce intensity; terror preceded them, and death followed them. Thousands of the Israelite soldiers were seen falling in defeat under their swords, and the fields of Ramah were covered with corpses, just as the sands of Elath are often filled with swarms of locusts brought there by a hot wind and killed in one day. Twenty-two thousand men from the army of Israel perished in this battle; but their brothers were not discouraged. Relying more on their own strength and numbers than on the justice of their cause, they came again the next day to take up position for battle in the same place.

However, before risking another battle, they had gone before the Lord the previous day and, weeping in his presence throughout the evening, had sought his guidance regarding the outcome of this war. But he told them: “Go, and fight; does your duty depend on the outcome of these events?”

As they were marching towards Gabaa, the Benjamites launched an attack from all sides; and falling upon them with even greater fury than the previous day, they defeated them and pursued them with such relentless intensity that eighteen thousand soldiers of Israel perished on that very day. Then the whole people went immediately to prostrate themselves and weep before the Lord; and after fasting until evening, they offered sacrifices and offerings. “O God of Abraham,” they cried in grief, “your people, who have been spared so many times in your righteous wrath, shall they perish just because they sought to remove evil from their midst?” Then, having come before the Ark of God and once again consulted the Lord through the mouth of Phinneas, son of Eleazar, they asked him: “Shall we march against our brothers again, or shall we leave Benjamin in peace?” The voice of the Almighty replied to them: “March, and do not trust in your numbers, but in the Lord, who gives and takes away courage as he pleases; tomorrow I will deliver Benjamin into your hands.”

Le prime luci dell’alba allontanano le bestie feroci dalle loro tane e disperdono quei briganti; l’infortunata utilizza le ultime forze che le rimangono per trascinarsi fino alla dimora del vecchio. Cade alla porta, con il viso rivolto a terra e le braccia distese sul gradino. Tuttavia, dopo aver trascorso la notte a riempire la casa del suo ospite di imprecazioni e pianti, il levita, pronto ad uscire, apre la porta e trova in quello stato la donna che aveva tanto amato. Che spettacolo per il suo cuore straziato! Lancia un grido lamentoso verso il cielo vendicatore del crimine; poi, rivolgendosi alla giovane, le dice: “Alzati, fuggiamo dalla maledizione che opprime questa terra. Vieni, o mia compagna! Sono la causa della tua sventura, ma sarò anche la tua consolazione. Che muoia quell’uomo ingiusto e spregevole che mai ti rimprovererà per la tua miseria! Ora mi sei ancora più cara di prima dei nostri mali, ” La giovane non risponde; lui si allarma, il suo cuore colmo di terrore inizia a temere ancora maggiori dolori. La chiama nuovamente, la guarda. Lei non c’è più. Oh, ragazza troppo amabile e troppo amata. È per questo che ti ho portata via dalla casa di tuo padre. Ecco dunque il destino che il mio amore aveva preparato per te. Concluse queste parole, era pronto a seguirla. Ma non sopravvisse a lungo: morì per vendicarla.

Da quel momento, assorbito unicamente dal progetto che riempiva tutta la sua anima, divenne sordo a ogni altro sentimento; l’amore, i rimpianti, la pietà, tutto in lui si trasformò in furia; persino l’aspetto di quel corpo, che avrebbe dovuto farlo piangere, non gli strappava più né lamenti né lacrime: lo contemplava con occhi secchi e cupi, vedendovi soltanto un oggetto di rabbia e disperazione. Con l’aiuto del suo servitore, lo caricò sulla sua cavalcatura e lo portò a casa propria. Lì, senza esitare, senza tremare, quel barbaro osò tagliare quel corpo in dodici pezzi; con mano ferma e sicura colpì senza paura, tagliando carne e ossa, separando testa e membra. Dopo aver inviato queste orribili offerte alle tribù, le precedette a Maspha, si strappò i vestiti, si coprì la testa di cenere, si prostrò non appena arrivarono, e gridò ad alta voce chiedendo giustizia al Dio d’Israele.

Canto terzo

Tuttavia, avreste visto tutto il popolo di Dio commuoversi, radunarsi, uscire dalle proprie dimore e accorrere da tutte le tribù a Masfa davanti al Signore, come un numeroso sciame d’api che si riunisce ronzando intorno al proprio re. Tutti vennero, provenienti da ogni parte, da tutti i cantoni; erano tutti d’accordo, come un solo uomo, dal Dan fino a Bersabè, e dal Galaad fino a Masfa.

Allora il Levita, presentatosi in un abito lugubre, fu interrogato dagli anziani davanti all’assemblea riguardo al delitto della giovane ragazza, e loro gli dissero: “Siamo entrati a Gabaa, città di Beniamino, con mia moglie per trascorrervi la notte; e la gente del luogo circondò la casa in cui soggiornavo, volendo insultarmi e uccidermi. Sono stato costretto a consegnare mia moglie alle loro lussurie, ed è morta dopo essere stata nelle loro mani. Allora ho preso il suo corpo, l’ho fatto a pezzi e ve li ho inviati, uno per uno, nelle vostre regioni. Popolo del Signore, ho detto la verità; fate ciò che vi sembrerà giusto davanti al SIGNORE Onnipotente.”

In quell’istante si levò in tutto Israele un unico grido, potente e unanimo: “Che il sangue di quella giovane donna cada sui suoi assassini! Viva l’Eterno! Non torneremo mai nelle nostre case, né nessuno di noi rientrerà sotto il proprio tetto, finché Gabaa non sarà sterminato.” Allora il levita gridò ad alta voce: “Benedetto Israele che punisce l’infamia e vendica il sangue innocente! Figlia di Betlemme, ti porto buone notizie: la tua memoria non rimarrà senza onore.” Dicendo queste parole, cadde a terra e morì. Il suo corpo ricevette onori funebri pubblici. I parenti della giovane donna furono raccolti e sepolti insieme a lui, e tutto Israele pianse per loro.

I preparativi per la guerra che stava per iniziare cominciarono con un solenne giuramento: chiunque si fosse astenuto dal parteciparvi sarebbe stato messo a morte. Successivamente venne effettuato il censimento di tutti gli Ebrei armati, e fu scelto un decimo di loro – cento su mille, mille su diecimila – per formare un esercito di quarantamila uomini destinato ad attaccare Gabaa; un numero equivalente fu incaricato del trasporto delle munizioni e dei viveri necessari al sostentamento dell’esercito. Infine il popolo si recò a Silo, davanti all’Arca del Signore, chiedendo: “Quale tribù comanderà le altre contro i figli di Beniamino?” E il Signore rispose: “È il sangue di Giuda che chiede vendetta; che Giuda sia il vostro capo.”

Ma prima di estrarre la spada contro i loro fratelli, inviarono alla tribù di Beniamino degli araldi, i quali dissero ai Beniaminiti: “Perché questa orrore si trova in mezzo a voi? Rendeteci coloro che l’hanno commessa, affinché possano morire e il male venga eliminato dal seno di Israele”.

I feroci figli di Giamini, che non avevano ignorato l’assemblea tenutasi a Masfa né la risoluzione presa in essa, essendosi preparati a loro volta, credettero che il loro coraggio li dispensasse dal rispettare le regole della giustizia. Non ascoltarono alcuna esortazione da parte dei loro fratelli; anzi, invece di concedere loro la soddisfazione che gli erano dovuta, uscirono armati da tutte le città che appartenevano a loro e si precipitarono in difesa di Gabaa, senza lasciarsi intimidire dal numero nemico, decisi a combattere da soli contro l’intero esercito avversario. L’esercito di Beniamino contava venticinquemila uomini armati di spada; inoltre, i settcento abitanti di Gabaa erano uomini ben addestrati, capaci di maneggiare le armi con grande abilità e di scagliare le loro frecce con tale precisione da colpire un capello senza che la pietra deviasse dalla sua traiettoria.

L’esercito di Israele, una volta radunatosi e aver eletto i suoi comandanti, si accampò davanti a Gabaa, convinto di poter conquistare facilmente quella posizione. Ma i Beniaminiti, usciti in buon ordine, attaccarono l’esercito israelita, lo sconfissero e lo inseguirono con furia; il terrore precedette le loro truppe, mentre la morte li seguì. Si vide l’esercito di Israele in fuga, migliaia di uomini caduti sotto le loro spade; i campi di Rama si coprirono di cadaveri, proprio come i deserti di Elath vengono invasi dalle nuvole di cavallette portate da un vento ardente che le uccide in un solo giorno. Venticimila uomini dell’esercito di Israele persero la vita in questa battaglia; ma i loro fratelli non si scoraggiarono. Confidando più nella propria forza e nel proprio numero che nella giustizia della loro causa, il giorno seguente si schierarono nuovamente in battaglia nello stesso luogo.

Tuttavia, prima di rischiare un nuovo combattimento, la sera precedente si erano recati davanti al Signore e, piangendo alla sua presenza fino a tarda notte, gli avevano chiesto consiglio sul destino di quella guerra. Ma Lui loro disse: “Andate e combattete; il vostro dovere dipende forse dall’esito degli eventi?”

Mentre si dirigevano verso Gabaa, i Beniaminiti uscirono da tutte le porte; attaccandoli con una furia ancora maggiore di quella del giorno precedente, li sconfissero e li inseguirono con tale accanimento che diciottomila soldati persero la vita nell’esercito di Israele. Allora tutto il popolo si recò immediatamente a prostrarsi e piangere davanti al Signore; digiunando fino al tramonto, offrirono olocausti e sacrifici. “Dio d’Abramo”, dicevano gemendo, “il tuo popolo, così molte volte risparmiato nella tua giusta ira, perirà forse solo perché ha cercato di eliminare il male dal proprio seno?” Poi, presentatisi davanti all’arca sacra e consultando nuovamente il Signore attraverso la bocca di Finne, figlio di Eliazer, gli chiesero: “Dovremmo ancora attaccare i nostri fratelli, o lasciare in pace il popolo di Beniamino?” La voce del Potente rispose loro: “Andate avanti; non fidatevi più del vostro numero, ma del Signore, che dona e toglie il coraggio a seconda della sua volontà. Domani consegnerò Beniamino nelle vostre mani.”

À l’instant ils sentent déjà dans leurs cœurs l’effet de cette promesse. Une valeur froide et sûre, succédant à leur brutale, les éclaire et les conduit. Ils s’apprêtent posément au combat, et ne s’y présentent plus en forcenés, mais en hommes sages et braves qui savent vaincre sans fureur, et mourir sans désespoir. Ils cachent des troupes derrière le coteau de Gabaa, et se rangent en bataille avec le reste de leur armée ; ils attirent loin de la ville les Benjamites, qui, sur leurs premiers succès, pleins d’une confiance trompeuse, sortent plutôt pour les tuer que pour les combattre ; ils poursuivent avec impétuosité l’armée qui cède et recule à dessein devant eux ; ils arrivent après elle jusqu’où se joignent les chemins de Béthel et de Gabaa, et crient en s’animant au carnage : Ils tombent tous comme les premières fois. Aveugles qui, dans l’éblouissement d’un vain succès ne voient pas l’ange de la vengeance qui vole déjà sur leurs rangs, armé du glaive exterminateur !

Cependant le corps de troupes caché derrière le coteau, sort de son embuscade en bon ordre, au nombre de dix mille hommes, et s’étendant autour de la ville, l’attaque, la force, en passe tous les habitants au fil de l’épée ; puis, élevant une grande fumée, il donne à l’armée le signal convenu, tandis que le Benjamite acharné s’excite à poursuivre sa victoire.

Mais les forts d’Israël, ayant aperçu le signal, firent face à l’ennemi en Baal-Thamar. Les Benjamites, surpris de voir les bataillons d’Israël se former, se développer, s’étendre, fondre sur eux, commencèrent à perdre courage ; et, tournant le dos, ils virent avec effroi les tourbillons de fumée qui leur annonçaient le désastre de Gabaa. Alors, frappés de terreur à leur tour, ils connurent que le bras du Seigneur les avait atteints ; et, fuyant en déroute vers le désert, ils furent environnés, poursuivis, tués, foulés aux pieds, tandis que divers détachements entrant dans les villes y mettaient à mort chacun dans son habitation.

En ce jour de colère et de meurtre, presque toute la tribu de Benjamin, au nombre de vingt-six mille hommes, périt sous l’épée d’Israël ; savoir, dix-huit mille hommes dans leur première retraite depuis Menuha jusqu’à l’est du coteau, cinq mille dans la déroute vers le désert, deux mille qu’on atteignit près de Guidhon, et le reste dans les places qui furent brûlées, et dont tous les habitants, hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, jusqu’aux bêtes, furent mis à mort, sans qu’on fit grâce à aucun ; en sorte que ce beau pays, auparavant si vivant, si peuplé, si fertile, et maintenant moissonné par la flamme et par le fer, n’offrait plus qu’une affreuse solitude couverte de cendres et d’ossements.

Six cents hommes seulement, dernier reste de cette malheureuse tribu, échappèrent au glaive d’Israël, et se réfugièrent au rocher de Rhimmon, où ils restèrent cachés quatre mois, pleurant trop tard le forfait de leurs frères et la misère où il les avait réduits.

Mais les tribus victorieuses voyant le sang qu’elles avaient versé, sentirent la plaie qu’elles s’étaient faite. Le peuple vint, et, se rassemblant devant la maison du Dieu fort, éleva un autel sur lequel il lui rendit ses hommages, lui offrant des holocaustes et des actions de grâces ; puis, élevant sa voix, il pleura ; il pleura sa victoire après avoir pleuré sa défaite. Dieu d’Abraham, s’écriaient-ils dans leur affliction, ah ! où sont tes promesses ? et comment ce mal est-il arrivé à ton peuple, qu’une tribu soit éteinte en Israël ? Malheureux humains, qui ne savez ce qui vous est bon, vous avez beau vouloir sanctifier vos passions, elles vous punissent toujours des excès qu’elles vous font commettre ; et c’est en exauçant vos vœux injustes que le ciel vous les fait expier.

Chant quatrième

Après avoir gémi du mal qu’ils avaient fait dans leur colère, les enfants d’Israël y cherchèrent quelque remède qui pût rétablir en son entier la race de Jacob mutilée. Émus de compassion pour les six cents hommes réfugiés au rocher de Rhimmon, ils dirent : Que ferons-nous pour conserver ce dernier et précieux reste d’une de nos tribus presque éteinte ? Car ils avaient juré par le Seigneur, disant : Si jamais aucun d’entre nous donne sa fille au fils d’un enfant de Jémini, et mêle son sang au sang de Benjamin. Alors, pour éluder un serment si cruel, méditant de nouveaux carnages, ils firent le dénombrement de l’armée pour voir si, malgré l’engagement solennel, quelqu’un d’eux avait manqué de s’y rendre, et il ne s’y trouva nul des habitants de Jabès de Galaad. Cette branche des enfants de Manassès, regardant moins à la punition du crime qu’à l’effusion du sang fraternel, s’était refusée à des vengeances plus atroces que le forfait, sans considérer que le parjure et la désertion de la cause commune sont pires que la cruauté. Hélas ! la mort, la mort barbare fut le prix de leur injuste pitié. Dix mille hommes détachés de l’armée d’Israël reçurent et exécutèrent cet ordre effroyable : Allez, exterminez Jabès de Galaad et tous ses habitants, hommes, femmes, enfants, excepté les seules filles vierges, que vous amènerez au camp, afin qu’elles soient données en mariage aux enfants de Benjamin. Ainsi, pour réparer la désolation de tant de meurtres, ce peuple farouche en commit de plus grands ; semblable en sa furie à ces globes de fer lancés par nos machines embrasées, lesquels, tombés à terre après leur premier effet, se relèvent avec une impétuosité nouvelle, et dans leurs bonds inattendus, renversent et détruisent des rangs entiers.

Pendant cette exécution funeste, Israël envoya des paroles de paix aux six cents de Benjamin réfugiés au rocher de Rhimmon ; et ils revinrent parmi leurs frères. Leur retour ne fut point un retour de joie : ils avaient la contenance abattue et les yeux baissés ; la honte et le remords couvraient leurs visages ; et tout Israël consterné poussa des lamentations en voyant ces tristes restes d’une de ses tribus bénites, de laquelle Jacob avait dit : « Benjamin est un loup dévorant ; au matin il déchirera sa proie, et le soir il partagera le butin. »

Après que les dix mille hommes envoyés à Jabès furent de retour, et qu’on eut dénombré les filles qu’ils amenaient, il ne s’en trouva que quatre cents, et on les donna à autant de Benjamites, comme une proie qu’on venait de ravir pour eux. Quelles noces pour de jeunes vierges timides dont on vient d’égorger les frères, les pères, les mères, devant leurs yeux, et qui reçoivent des liens d’attachement et d’amour par des mains dégouttantes du sang de leurs proches ! Sexe toujours esclave ou tyran, que l’homme opprime ou qu’il adore, et qu’il ne peut pourtant rendre heureux ni l’être qu’en le laissant égal à lui.

Malgré ce terrible expédient il restait deux cents hommes à pourvoir ; et ce peuple cruel dans sa pitié même, et à qui le sang de ses frères coûtait si peu, songeait peut-être à faire pour eux de nouvelles veuves, lorsqu’un vieillard de Lébona parlant aux anciens, leur dit : Hommes israélites, écoutez l’avis d’un de vos frères. Quand vos mains se lasseront-elles du meurtre des innocents ? Voici les jours de la solennité de l’Éternel en Silo. Dites ainsi aux enfants de Benjamin : Allez, et mettez des embûches aux vignes ; puis quand vous verrez que les filles de Silo sortiront pour danser avec des flûtes, alors vous les envelopperez, et, ravissant chacun sa femme, vous retournerez vous établir avec elles au pays de Benjamin.

Et quand les pères ou les frères des jeunes filles viendront se plaindre à nous, nous leur dirons : Ayez pitié d’eux pour l’amour de nous et de vous-mêmes qui êtes leurs frères, puisque n’ayant pu les pourvoir après cette guerre, et ne pouvant leur donner nos filles contre le serment, nous serons coupables de leur perte si nous les laissons périr sans descendants.

In that very instant, they feel the effect of this promise in their hearts—a cold and steadfast resolve that replaces their former brutality, guiding them and illuminating their path. They prepare for battle with composure, no longer as desperate fighters, but as wise and brave men who know how to conquer without fury and die without despair. They hide their troops behind the hill of Gabaa and form up in battle alongside the rest of their army. They lure the Benjamites away from the city; these, flushed with false confidence after their initial successes, come out intending to kill rather than fight. With fierce determination, they pursue the retreating enemy, pursuing them all the way to where the roads of Bethel and Gabaa meet. There, they shout in excitement as they plunge into slaughter—and they are all defeated, just as before. Blind men, who, blinded by a fleeting success, fail to see the angel of vengeance already hovering over their ranks, armed with the sword of destruction!

However, the troop corps concealed behind the hill emerged from its ambush in good order—numbering ten thousand men—they surrounded the city and attacked it with such force that they slaughtered all its inhabitants. Then, raising a large cloud of smoke, they sent the agreed signal to their army, while the relentless Benjamites were incited to pursue and secure their victory.

But the Israelite forts, having seen the signal, took position to confront the enemy at Baal-Thamar. The Benjamites, surprised to see the Israelite battalions form up, expand their ranks, and advance upon them, began to lose heart. Turning around in terror, they saw the clouds of smoke that heralded their doom at Gabaa. Overwhelmed by fear, they realized that the Lord’s wrath had struck them. In a desperate retreat towards the desert, they were surrounded, pursued, killed, and trampled underfoot; meanwhile, various detachments entered the cities and slaughtered everyone within.

On this day of wrath and slaughter, nearly the entire tribe of Benjamin, numbering twenty-six thousand men, perished at the sword of Israel. Eighteen thousand were slain in their first retreat from Menucha to the eastern foothills; five thousand fell in the rout as they fled toward the desert; two thousand were captured near Gidhon; and the rest met their end in the cities that were set ablaze. Every inhabitant of those cities—men, women, young and old, large and small, even animals—was put to death without mercy. Thus, that once beautiful and prosperous land, now devastated by fire and sword, was reduced to a desolate wasteland covered in ashes and bones.

Only six hundred men, the last remnant of this unfortunate tribe, escaped the sword of Israel and took refuge on the rock of Rimmon, where they remained hidden for four months, weeping too late over the betrayal of their brothers and the misery into which it had plunged them.

But the victorious tribes, seeing the blood they had shed and feeling the wounds they had inflicted upon themselves, came together before the house of the Almighty God. They raised an altar and offered sacrifices and prayers of gratitude to Him; then, raising their voices, they wept—weeping for their victory after having mourned their defeat. “God of Abraham,” they cried in their affliction, “where are your promises? How could such evil befall your people, that a tribe should be destroyed in Israel?” Wretched mortals, who do not know what is good for you! Despite your efforts to sanctify your passions, they always punish you for the excesses you commit; and it is by fulfilling your unjust desires that heaven makes you suffer for them.

Fourth Chant

After lamenting the harm they had caused in their anger, the children of Israel sought some remedy to restore the devastated race of Jacob. Moved with compassion for the six hundred men who had taken refuge on Mount Rimmon, they said, “What shall we do to preserve this last and precious remnant of one of our nearly extinct tribes?” For they had sworn by the Lord: “Never shall any of us give his daughter in marriage to a son of a Benjamite, nor mix our blood with that of Benjamin.” To evade such a cruel oath and avoid further slaughter, they counted their troops to see if anyone had failed to appear—yet not a single inhabitant of Jabes in Gilead was found. This branch of the children of Manasseh, more concerned with preventing further bloodshed than with punishing the crime, resorted to vengeance far more brutal than the original offense, without realizing that perjury and abandonment of the common cause were even worse. Alas! Barbaric death was the price they paid for their unjust compassion. Ten thousand men, detached from Israel’s army, received and carried out this horrible order: “Go and exterminate all the inhabitants of Jabes in Gilead—men, women, children—but keep the virgin girls alive to be given in marriage to the sons of Benjamin.” Thus, in an attempt to atone for the devastation caused by their own violence, this fierce people committed even greater atrocities. Like those iron balls launched from our flaming machines—falling to the ground after initial impact but rising again with renewed force, their unexpected attacks overthrew entire armies.

During this tragic execution, Israel sent words of peace to the six hundred Benjamites who were in exile at Rimmon Rock; and they returned among their brothers. Their return was not one of joy: they carried themselves in low spirits, with their eyes downcast; shame and remorse covered their faces. And all Israel, filled with grief, wailed upon seeing these sad remnants of one of its blessed tribes—of the tribe about which Jacob had said, “Benjamin is a wolf that devours; in the morning he tears his prey apart, and in the evening he shares the spoils.”

After the ten thousand men sent to Jabes returned, and when the number of girls they brought with them was counted, only four hundred were found. These were given to as many Benjamites as there were, as if they were spoils that had just been seized for them. What marriages for those young, timid virgins—whose brothers, fathers, and mothers had just been slaughtered before their eyes! And yet, they received bonds of affection and love from hands stained with the blood of their relatives! Sex, always either a slave or a tyrant—whether oppressed by man or adored by him—and yet incapable of bringing happiness to anyone unless it is treated as equal to itself.

Despite this terrible measure, there were still two hundred men left to be dealt with; and this cruel people, even in their so-called compassion—and for whom the blood of their brothers seemed to cost so little—perhaps considered making more widows out of them. At that moment, an old man from Lébona addressed the elders, saying: “Israelites, listen to the advice of one of your brothers. When will your hands ever cease killing the innocent? These are the days of the solemn festival of the Eternal in Silo. Tell the sons of Benjamin to go and set ambushes in the vineyards. When you see the daughters of Silo coming out to dance with their flutes, seize them and take each one as a wife for yourselves, so that you may return and settle in the land of Benjamin.”

And when the fathers or brothers of these young women come to complain to us, we shall tell them: Show mercy toward them out of love for us and for yourselves, who are their brothers. Since we have been unable to provide for them after this war, and since we cannot give our daughters to them in violation of our oaths, we would be guilty of their ruin if we allowed them to perish without descendants.

In quell’istante, già sentono nel proprio cuore l’effetto di quella promessa. Un valore freddo e sicuro sostituisce la loro violenza iniziale; li illumina e li guida con saggezza. Si preparano con calma al combattimento, non più come individui spinti dalla forza, ma come uomini saggi e coraggiosi che sanno vincere senza furia e morire senza disperazione. Nascondono le loro truppe dietro la collina di Gabaa e si schierano in battaglia insieme al resto del loro esercito; attirano lontano dalla città i Beniaminiti, i quali, spinti dai primi successi e da una fiducia ingannevole, escono piuttosto per ucciderli che per combattere contro di loro. Inseguono con impeto l’esercito nemico, che intenzionalmente si ritira davanti a loro; lo raggiungono nel punto in cui i sentieri di Betel e Gabaa si incontrano, e gridando di entusiasmo per il massacro, cadono tutti, proprio come la prima volta. Sono degli ignoranti: nell’ebbrezza di un successo apparente, non vedono l’angelo della vendetta che già vola sopra le loro file, armato della spada dell’estinzione!

Tuttavia, il corpo di truppe nascosto dietro la collina esce dalla sua imboscata in buon ordine, composto da diecimila uomini, e si dispone intorno alla città per attaccare; con la loro forza, uccidono tutti gli abitanti. Poi, sollevando una grande nuvola di fumo, danno all’esercito il segnale concordato, mentre i Beniaminiti, animati da un’indomabile determinazione, si preparano a proseguire la loro vittoria.

Ma i soldati forti di Israele, avendo visto quel segnale, si schierarono contro il nemico presso Baal-Tamar. I Beniaminiti, sorpresi nel vedere le truppe di Israele disporsi in formazione, avanzare e attaccarli, cominciarono a perdere coraggio; voltandosi indietro, videro con orrore i pennacchi di fumo che annunciavano il loro disastro a Gabaa. Allora, colpiti anch’essi dal terrore, compresero che la mano del Signore li aveva colpiti; e, fuggendo in rotta verso il deserto, furono circondati, inseguiti, uccisi e calpestati a morte, mentre diverse squadre entravano nelle città e uccidevano tutti coloro che vi si trovavano.

In quel giorno di furia e di morte, quasi tutta la tribù di Beniamino, composta da ventiseimila uomini, perì sotto la spada di Israele: diciottomila uomini durante la loro prima ritirata, da Menucha fino alla parte orientale della collina; cinquemila durante la fuga verso il deserto; duemila che furono catturati vicino a Gidone; e il resto nelle città che vennero bruciate, dove tutti gli abitanti, uomini e donne, giovani e vecchi, grandi e piccoli, persino gli animali, furono uccisi senza alcuna pietà. Così quel bellissimo paese, un tempo così vivace, popoloso e fertile, divenne ora una desolazione spazzata da fiamme e sangue, coperta solo di ceneri e ossa.

Solo seicento uomini, l’ultimo resto di questa sfortunata tribù, riuscirono a sfuggire alla spada di Israele e si rifugiarono sulle rocce di Rimmon, dove rimasero nascosti per quattro mesi, piangendo troppo tardi per il tradimento dei loro fratelli e per la miseria in cui questi li avevano gettati.

Ma le tribù vincitrici, vedendo il sang che avevano versato e sentendo la ferita che si erano inflitte, si radunarono davanti alla casa del Dio potente e costruirono un altare su cui gli offrirono sacrifici e ringraziamenti. Poi alzarono la voce e piansero: piansero la loro vittoria dopo aver pianto la loro sconfitta. “Dio di Abramo”, gridavano nella loro angoscia, “dove sono le tue promesse? Come mai questo male è accaduto al tuo popolo, perché una tribù sia stata distrutta in Israele?” Infelici umani, che non conoscete ciò che vi è vantaggioso. Nonostante vogliate santificare le vostre passioni, queste vi puniscono sempre per gli eccessi che vi spingono a commettere; ed è proprio esaudendo i vostri desideri ingiusti che il cielo vi fa pagare le conseguenze delle vostre azioni.

Canto quarto

Dopo essersi lamentati del male che avevano causato nella loro furia, i figli di Israele cercarono un rimedio per ripristinare completamente la razza di Giacobbe, ormai devastata. Commossi dalla compassione per quei seicento uomini rifugiati sul roccio di Rimmon, dissero: “Che faremo per salvare quest’ultimo e prezioso resto di una delle nostre tribù quasi estinte?”, poiché avevano giurato sul Signore: “Se mai qualcuno di noi darà sua figlia al figlio di un uomo di Giemini, mescolando così il proprio sangue con quello di Beniamino”. Per eludere un simile giuramento e per evitare nuovi massacri, fecero il conto delle truppe per verificare se qualcuno di loro fosse mancato all’appello. Ma non si trovò nessuno tra gli abitanti di Giabe di Galaad. Questa branca dei figli di Manasse, più interessata a versare sangue fratello che a punire il crimine, si rifiutò di compiere vendette ancora più atroci. Senza considerare che l’infedeltà e la tradizione della causa comune sono peggiori della crudeltà stessa. Ahimè! La morte, una morte barbara, fu il prezzo della loro ingiusta compassione. Diecimila uomini furono distaccati dall’esercito di Israele per eseguire quell’ordine orribile: “Andate e sterminate Giabe di Galaad e tutti i suoi abitanti, uomini, donne, bambini, tranne le sole ragazze vergini, che dovrete portare al campo per darle in sposa ai figli di Beniamino”. Così, nel tentativo di riparare alla devastazione causata da tante morti, quel popolo feroce ne commise altre ancora più gravi. Simili, nella loro furia, a quei proiettili di ferro lanciati dalle nostre macchine incendiate: dopo aver colpito il bersaglio, si rialzavano con una nuova forza, distruggendo intere formazioni nemiche nei loro balzi inaspettati.

Durante questa esecuzione funesta, Israele inviò messaggi di pace ai seicento membri della tribù di Beniamino rifugiati sul monte Rimmon; essi tornarono quindi tra i loro fratelli. Tuttavia il loro ritorno non fu accompagnato da gioia: avevano l’aspetto abbattuto e lo sguardo basso; vergogna e rimorso coprivano i loro volti. L’intero Israele, profondamente addolorato, lanciò lamenti vedendo questi tristi resti di una delle sue tribù benedette, di quella di cui Giacobbe aveva detto: “Beniamino è un lupo che divora la sua preda; al mattino dilanierà la sua vittima, e alla seradividerà il bottino”.

Dopo il ritorno dei diecimila uomini inviati a Jabes e dopo aver contato le ragazze che avevano portato con sé, ne risultarono soltanto quattrocento; queste furono date in sposa a altrettanti membri della tribù di Beniamino, come un bottino appena conquistato per loro. Che nozze per quelle giovani vergini timide, le cui fratelli, padri e madri erano stati appena massacrati davanti ai loro occhi. E che ricevevano legami d’affetto e d’amore da mani intrise del sangue dei loro cari! Genere sempre schiavo o tiranno: sia che l’uomo lo opprima sia che lo ami, eppure non può renderlo felice se non permettendogli di essere suo pari.

Nonostante quel terribile espediente, rimanevano ancora duecento uomini da occupare; e quel popolo crudele, persino nella sua pietà – al quale il sangue dei suoi fratelli costava così poco – forse stava pensando di creare altre vedove per loro. Quando un anziano di Lébona parlò agli anziani del popolo, disse: “Uomini israeliti, ascoltate il consiglio di uno dei vostri fratelli. Quando le vostre mani si stancheranno di uccidere gli innocenti? Ecco i giorni della solennità dell’Eterno a Silo. Dite ai figli di Beniamino: andate e piazzate delle trappole nei vigneti; poi, quando vedrete le ragazze di Silo uscire per ballare al suono delle flauti, circondatele e portate via ciascuna la propria moglie. Tornate quindi nel paese di Beniamino e stabilitevi lì con loro”.

E quando i padri o i fratelli delle giovani verranno a lamentarsi con noi, diremo loro: Abbiate pietà di loro per amor nostro e vostro, poiché siete loro fratelli. Poiché non siamo riusciti a provvederli dopo questa guerra e non possiamo dare loro le nostre figlie contro il giuramento fatto, saremmo colpevoli della loro perdita se li lasciassimo morire senza discendenza.

Les enfants donc de Benjamin firent ainsi qu’il leur fut dit ; et, lorsque les jeunes filles sortirent de Silo pour danser, ils s’élancèrent et les environnèrent. La craintive troupe fuit, se disperse ; la terreur succède à leur innocente gaieté ; chacune appelle à grands cris ses compagnes, et court de toutes ses forces. Les ceps déchirent leurs voiles, la terre est jonchée de leurs parures. La course anime leur teint et l’ardeur des ravisseurs. Jeunes beautés, où courez-vous ? En fuyant l’oppresseur qui vous poursuit, vous tombez dans des bras qui vous enchaînent. Chacun ravit la sienne, et, s’efforçant de l’apaiser, l’effraie encore plus par ses caresses que par sa violence. Au tumulte qui s’élève, aux cris qui se font entendre au loin, tout le peuple accourt : les pères et mères écartent la foule et veulent dégager leurs filles ; les ravisseurs autorisés défendent leur proie ; enfin les anciens font entendre leur voix ; et le peuple, ému de compassion pour les Benjamites, s’intéresse en leur faveur.

Mais les pères, indignés de l’outrage fait à leurs filles, ne cessaient point leurs clameurs. Quoi ! s’écriaient-ils avec véhémence, des filles d’Israël seront-elles asservies et traitées en esclaves sous les yeux du Seigneur ? Benjamin nous sera-t-il comme le Moabite et l’Iduméen ? Où est la liberté du peuple de Dieu ? Partagée entre la justice et la pitié, l’assemblée prononce enfin que les captives seront remises en liberté et décideront elles-mêmes de leur sort. Les ravisseurs, forcés de céder à ce jugement, les relâchent à regret, et tâchent de substituer à la force des moyens plus puissants sur leurs jeunes cœurs. Aussitôt elles s’échappent et fuient toutes ensemble ; ils les suivent, leur tendent les bras, et leur crient : Filles de Silo, serez-vous plus heureuses avec d’autres ? Les restes de Benjamin sont-ils indignes de vous fléchir ? Mais plusieurs d’entre elles, déjà liées par des attachements secrets, palpitaient d’aise d’échapper à leurs ravisseurs. Axa, la tendre Axa parmi les autres, en s’élançant dans les bras de sa mère qu’elle voit accourir, jette furtivement les yeux sur le jeune Elmacin auquel elle était promise, et qui venait plein de douleur et de rage la dégager au prix de son sang. Elmacin la revoit, tend les bras, s’écrie et ne peut parler ; la course et l’émotion l’ont mis hors d’haleine. Le Benjamite aperçoit ce transport, ce coup d’œil ; il devine tout, il gémit ; et, prêt à se retirer, il voit arriver le père d’Axa.

C’était le même vieillard auteur du conseil donné aux Benjamites. Il avait choisi lui-même Elmacin pour son gendre ; mais sa probité l’avait empêché d’avertir sa fille du risque auquel il exposait celles d’autrui.

Il arrive ; et la prenant par la main : Axa, lui dit-il, tu connais mon cœur : j’aime Elmacin ; il eût été la consolation de mes vieux jours ; mais le salut de ton peuple et l’honneur de ton père doivent l’emporter sur lui. Fais ton devoir, ma fille, et sauve-moi de l’opprobre parmi mes frères ; car j’ai conseillé tout ce qui s’est fait. Axa baisse la tête, et soupire sans répondre ; mais enfin levant les yeux elle rencontre ceux de son vénérable père. Ils ont plus dit que sa bouche. Elle prend son parti. Sa voix faible et tremblante prononce à peine dans un faible et dernier adieu le nom d’Elmacin, qu’elle n’ose regarder ; et, se retournant à l’instant demi-morte, elle tombe dans les bras du Benjamite.

Un bruit s’excite dans l’assemblée. Mais Elmacin s’avance et fait signe de la main. Puis élevant la voix : Écoute, ô Axa ! lui dit-il, mon vœu solennel. Puisque je ne puis être à toi, je ne serai jamais à nulle autre : le seul souvenir de nos jeunes ans, que l’innocence et l’amour ont embellis, me suffit. Jamais le fer n’a passé sur ma tête. Jamais le vin n’a mouillé mes lèvres ; mon corps est aussi pur que mon cœur : prêtres du Dieu vivant, je me voue à son service ; recevez le Nazaréen du Seigneur.

Aussitôt, comme par une inspiration subite, toutes les filles, entraînées par l’exemple d’Axa, imitent son sacrifice ; et, renonçant à leurs premières amours, se livrent aux Benjamites qui les suivaient. À ce touchant aspect il s’élève un cri de joie au milieu du peuple : Vierges d’Éphraïm, par vous Benjamin va renaître. Béni soit le Dieu de nos pères ! il est encore des vertus en Israël.

FIN du LÉVITE D’ÉPHRAÏM

Table des matières du titre

Liste des Mélanges ou littérature variée

Liste générale des titres

Thus, the children of Benjamin did as they were told; and when the young girls came out of Silo to dance, they rushed forward and surrounded them. The frightened group fled in all directions; terror replaced their innocent joy. Each girl cried out for her companions and ran with all her might. The vines tore their garments apart, and the ground was strewn with their ornaments. The chase heightened the color in their cheeks and the fervor of their captors. Young beauties, where are you running to? In fleeing from your pursuers, you fall into arms that chain you even more tightly. Each man seized his captive, and in trying to calm her, he only frightened her further with his caresses rather than his violence. Amidst the growing uproar and the cries heard in the distance, the whole people gathered. Fathers and mothers pushed aside the crowd, determined to rescue their daughters; the authorized captors defended their prey; finally, the elders spoke up. And the people, moved with compassion for the Benjamites, took up their cause.

But the fathers, outraged by the outrage inflicted upon their daughters, did not cease their cries. “How is it possible!” they exclaimed vehemently, “that daughters of Israel should be enslaved and treated like servants in the presence of the Lord? Will Benjamin be to us what Moab and Edom were to our ancestors? Where is the freedom of God’s people?” After much deliberation, the assembly decided that the captives should be set free and allowed to decide their own fate. Forced to comply with this judgment, their captors released them reluctantly, attempting instead to win their hearts through gentler means. But the girls escaped together at once; the men pursued them, extending their arms and calling out, “Daughters of Silo, will you be happier with others? Are the remnants of Benjamin not worthy of your love?” Yet several of them, already bound by secret affections, rejoiced at being freed from their captors. Among them was the gentle Axa; as she threw herself into her mother’s arms, she stole a glance at the young Elmacin to whom she was promised in marriage—and who had come there, filled with grief and rage, to rescue her at the cost of his own life. Elmacin saw her, stretched out his arms, but could say nothing; the race and emotion had left him breathless. The Benjamite observed this scene, understood everything, and groaned in despair. Just then, Axa’s father arrived.

It was the same old man who had given that advice to the Benjamites. He had chosen Elmacin himself as his son-in-law; but his integrity prevented him from warning his daughter about the danger he was exposing others to.

He arrives; and taking her by the hand, he says to her, “Axa, you know my heart: I love Elmacin; he would have been the consolation of my old age; but the salvation of your people and the honor of your father must take precedence over him. Do your duty, my daughter, and save me from disgrace among my brothers; for I was responsible for all that happened.” Axa lowers her head and sighs without answering; but finally, raising her eyes, she meets those of her venerable father. Their gaze speaks more than her words. She decides to side with him. Her weak, trembling voice barely manages to utter Elmacin’s name in a faint, final farewell—before she dares look at him again. Turning around, half-dead with grief, she falls into the arms of the Benjamite.

A noise arises among the crowd. But Elmacin steps forward and gestures with his hand. Then, raising his voice, he says to her, “Hear me, O Axa! This is my solemn vow. Since I cannot be yours, I shall never be anyone else’s. The only memory of our youthful years, embellished by innocence and love, is enough for me. Never has iron touched my head; never has wine moistened my lips. My body is as pure as my heart. Priests of the living God, I dedicate myself to your service—receive this Nazarene from the Lord.”

At once, as if inspired by a sudden impulse, all the girls, led by the example of Axa, imitated her sacrifice; and, abandoning their first loves, they surrendered themselves to the Benjamites who were following them. At this sight, a cry of joy arose among the people: “O virgins of Ephraim, through you Benjamin shall be reborn! Blessed be the God of our fathers; there are still virtues left in Israel.”

End of the Levite of Ephraim

Table of Contents for the title

List of Miscellaneous Works or Varied Literature

General list of titles

Pertanto, i figli di Benjamin fecero quanto loro era stato detto; e quando le giovani uscirono dal Silo per ballare, essi si precipitarono intorno a loro. Il timoroso gruppo fuggì, si disperse; il terrore sostituì la loro innocente allegria; ognuna chiamava a gran voce le sue compagne e correva con tutte le sue forze. I rami strappavano via i loro veli, e la terra era coperta delle loro vesti. La corsa ravvivava il loro colorito e l’ardore dei rapitori. Giovani bellezze, dove corriete? Fuggendo dall’oppressore che vi insegue, cadete nelle braccia di chi vi incatena. Ognuno si impadronisce della sua preda e, cercando di calmarla, la spaventa ancora di più con le sue carezze che con la sua violenza. Al tumulto che si alza, ai gridi che si sentono in lontananza, tutto il popolo accorre; i padri e le madri allontanano la folla e cercano di liberare le loro figlie; i rapitori legittimati difendono la loro preda; infine gli anziani fanno sentire la loro voce. E il popolo, commosso da compassione per i Beniaminiti, si schiera a loro favore.

Ma i padri, indignati per l’offesa arrecata alle loro figlie, non smettevano di gridare. “Come!”, esclamavano con veemenza, “le figlie di Israele saranno schiave e trattate come schiave sotto gli occhi del Signore? Benjamin sarà per noi come il Moabita o l’Idumeo? Dov’è la libertà del popolo di Dio?” Dopo lunghe discussioni, l’assemblea decise che le prigioniere fossero rilasciate e potessero decidere da sole del loro destino. I rapitori, costretti ad accettare questa decisione, le liberarono a malincuore, cercando di sostituire la forza con altri mezzi per influenzare i loro giovani cuori. Le ragazze fuggirono immediatamente; i rapitori le inseguirono, tendendo loro le braccia e gridando: “Figlie di Silo, sarete più felici con altri? I resti di Benjamin sono forse indegni di voi?” Ma molte di loro, già legate da segreti sentimenti, provavano gioia all’idea di sfuggire ai loro rapitori. Axa, la dolce Axa, mentre si gettava tra le braccia della madre che correva ad accoglierla, lanciò uno sguardo furtivo al giovane Elmacin, a cui era promessa in sposa, e che era arrivato lì pieno di dolore e rabbia per liberarla a costo della propria vita. Elmacin la vide, tese le braccia, ma non riuscì a parlare; la corsa e l’emozione lo avevano lasciato senza fiato. Il figlio di Benjamin notò quel gesto, intuì tutto e gemette; mentre stava per allontanarsi, vide arrivare il padre di Axa.

Era lo stesso vecchio che aveva dato quel consiglio ai Beniaminiti. Era stato lui stesso a scegliere Elmacin come genero per sua figlia; ma la sua onestà gli aveva impedito di avvertirla del rischio che stava esponendo lei e gli altri.

Accade. E prendendola per la mano, lui dice: “Axa, conosci il mio cuore: amo Elmacin; sarebbe stato il conforto dei miei ultimi giorni. Ma la salvezza del tuo popolo e l’onore di tuo padre devono avere la precedenza su di lui. Fai il tuo dovere, mia figlia. E salvami dall’umiliazione tra i miei fratelli; poiché sono stato io a consigliare tutto ciò che è accaduto”. Axa abbassa la testa e sospira senza rispondere. Ma infine, alzando lo sguardo, incrocia quello del suo venerabile padre. Gli occhi di lui dicono più delle sue parole. Lei decide di prendere le sue parti. Con voce debole e tremante, pronuncia a malapena, in un ultimo addio, il nome di Elmacin. Poi, girandosi immediatamente, cade tra le braccia del Beniaminita.

Un rumore si diffonde nell’assemblea. Ma Elmacin si avvicina e fa un gesto con la mano. Poi alza la voce: “Ascolta, o Axa!”, le dice, “il mio voto solenne. Poiché non posso essere tuo, non sarò mai di nessun’altra: l’unica memoria dei nostri anni giovani, resa bella dall’innocenza e dall’amore, mi basta. Mai il ferro ha toccato la mia testa; mai il vino ha bagnato le mie labbra. Il mio corpo è tanto puro quanto il mio cuore. Sacerdoti del Dio vivente, mi dedico al suo servizio. Accogliete questo Nazareno del Signore.”

Immediatamente, come se fossero state colpite da un’ispirazione improvvisa, tutte le ragazze, guidate dall’esempio di Axa, imitarono il suo sacrificio; rinunciando ai loro primi amori, si consegnarono ai Beniaminiti che le seguivano. Di fronte a questa scena commovente, si levò un grido di gioia tra la folla: “Vergini di Efraim, grazie a voi Beniamino rinascerà! Benedetto sia il Dio dei nostri padri: in Israele esistono ancora virtù”.

Fine del Levita di Efraim

Indice dei contenuti del titolo

Elenco di miscellane o letteratura varia

Elenco generale dei titoli