Rousseau

Abstract

A fictional autobiographical tale of a Savoyard peasant who regrets having betrayed his rustic calling for a more turbulent fate: it illustrates in narrative form the Rousseauian theme of happiness lost through departure from natural simplicity.

Connections

Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Concetti: natura

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Je suis né dans les montagnes de Savoie. Mon père était un bon paysan, assez riche pour vivre commodément de son état, trop pauvre pour être exposé aux tourments de la convoitise, car on ne saurait désirer bien ardemment ce qu’on juge impossible à acquérir. Heureux non seulement d’avoir le nécessaire, mais surtout de ne l’avoir que par son travail qui l’empêchait de songer au superflu.

Le ciel semblait m’avoir destiné à être comme lui un honnête laboureur : le premier et le plus grand des maux que m’a faits la fortune, c’est d’avoir trompé ma vocation. Chaque pas que j’ai fait dans le monde m’a éloigné de l’innocence et du bonheur. Dans mon hameau j’aurais peut-être moins étudié les devoirs de l’homme, mais je les aurais mieux suivis, et au lieu d’être réduit à regretter une vie agitée et tumultueuse et à sentir dans ma vieillesse toutes les infirmités qui en sont le fruit, je jouirais d’un esprit serein dans un corps encore robuste, et je serais un bon vieillard, honoré des gens de bien et respectable chez tous les hommes pour avoir rempli dignement un état utile et bien mérité de la société.

Les premières années de ma vie, quoique destituées d’événements intéressants, seront toujours présentes à ma mémoire par la singularité des idées dont j’étais occupé. Par exemple, à peine m’eut-on parlé de Dieu que je me le représentai sous la figure de mon curé, c’est-à-dire vieux, contrefait, quelquefois ivre et toujours chagrin. Le vicaire était plus jeune et de meilleure humeur ; c’était pour moi une espèce de divinité subalterne dont je m’accommodais mieux parce que je la craignais moins. Je m’attachai à lui ; il prit aussi de l’amitié pour moi, et en échange des services que je lui rendais il m’apprit à lire.

J’avais aussi beaucoup entendu parler du marquis d’Argentières dont mon père était le fermier, et qui, comme tous les seigneurs de village, habitant la capitale, passait dans sa terre pour être en grande faveur à la cour. Mon imagination ne tarda pas à travailler d’après les idées de noblesse, de richesse et de puissance que j’avais conçues de lui ; je me figurais un grand et bel homme de plus de six pieds de haut, d’un port majestueux, d’un tempérament robuste, et doué de toutes les perfections du corps, de l’esprit et de l’âme dont les idées peuvent passer dans la tête d’un enfant. Quelle fut ma surprise, lorsque ce gentilhomme étant venu passer quelques mois à son château, je n’aperçus qu’un petit vieillard précoce, âgé de trente-huit ans, usé, goutteux, décrépit, perclus de la moitié de ses membres et à qui l’on aurait pu dire dès sa jeunesse, comme César à un vieux soldat tout cicatricé qui lui demandait la permission de se retirer : Eh quoi ! vous imaginez-vous d’être encore en vie ? Cet homme si blasé avait pourtant un fils qui ne se sentait pas encore de la mauvaise santé de son père, mais prenait le vrai chemin d’y arriver tout aussi promptement et de perdre de bonne heure les facultés et le goût du plaisir par l’usage immodéré des plaisirs.

Ce jeune homme, qui reparaîtra plus d’une fois sur la scène de ma vie, en a été le fléau ; et quand il n’aurait eu de part qu’au premier événement qui m’a éloigné de ma patrie, c’est à lui que je dois m’en prendre de tous les malheurs qui en ont été la suite. Je me hâte d’en venir à cette première époque d’où je date l’histoire de mes infortunes.

J’avais une sœur plus âgée que moi de quelques années, et qui, à peine hors de l’enfance, frappait déjà les regards et se faisait remarquer avantageusement dans une province si fertile en belles personnes[30]. C’était une brune vive et folâtre qui se livrait à toute son humeur enjouée avec d’autant moins de ménagement qu’elle n’avait point reçu de ces instructions dangereuses de modestie et de retenue avec lesquelles les jeunes filles bien élevées prennent toujours, et de si bonne heure, des lumières qu’elles ne tardent guère de mettre secrètement à profit. Ma sœur n’était point de ces automates apparentes, de ces idiotes factices, en qui le calme extérieur ne fait que concentrer l’orage au dedans ; elle était étourdie parce qu’elle était sage, et pour être beaucoup plus modeste, il ne lui fallait qu’un peu moins d’innocence. Ma mère, femme pleine de sens, n’avait jamais songé à réprimer cette gaieté ; et mon père, qui était fou de sa fille, se pâmait de joie en la voyant animer toute la jeunesse du lieu et réunir à elle seule tous les soins des garçons à marier. Mais le marquis d’Argentières arriva avec son fils, et c’est le sort des gentilshommes d’être partout des trouble-fêtes. Le courtisan blasé oublia la goutte à l’aspect de la jeune Claire, c’était le nom de ma sœur ; il l’agaça, il lui fit des promesses et des propositions avec plus d’ardeur d’être pris au mot que de faculté pour s’en prévaloir, et la tête lui tournant tout à fait, il lui prodigua toutes les galanteries de la vieille cour, et il en fut toujours traité comme un vieux fou qui n’était bon qu’à la faire rire. Elle riait aussi avec le fils ; mais celui-ci, prétendant quelquefois pousser le jeu trop loin, recevait des corrections dont il gardait le souvenir plus d’un jour, et qui lui apprirent que les villageoises ont communément pour cette sorte de défense une autre méthode et plus de vigueur que les femmes de la ville. Cependant, mon père et ma mère s’apercevant que ces jeux si fréquents pouvaient dégénérer en querelles ou pis que des querelles, firent plusieurs fois à ma sœur des leçons, dont, à dire la vérité, elle ne tint pas grand compte, et tout alla à peu près comme auparavant ; les jeux continuèrent avec la même liberté, ce qui aurait dû suffire pour leur prouver que ce n’étaient en effet que des jeux ; mais les bonnes gens ne se piquaient pas de tant de raffinement, ils s’alarmèrent tout de bon, ils firent des réprimandes sévères. Claire pleura, promit tout ce qu’on voulut, et deux heures après recommença ses folies, soit avec le jeune d’Argentières, soit avec le premier venu, car tout le monde était bon pour cela et personne n’était préféré ; c’est qu’elle suivait son humeur naturelle sans qu’aucun goût particulier s’en mêlât. Ainsi mes parents auraient dû bénir le ciel da ce qui faisait le sujet de leurs inquiétudes. On l’a dit mille fois, le naturel ne se change point, ou du moins il n’y a pour en venir à bout qu’un remède beaucoup pire que le mal. Malheureusement pour moi c’est précisément celui-là qui corrigea Claire. Tout à coup on la vit changer d’allure et de maintien ; toutes ses étourderies cessèrent, elle devint mélancolique ; elle prit avec les jeunes gens un air de réserve et de circonspection qu’on ne lui avait jamais vu ; elle rougissait pour un mot et réprimait vivement la moindre liberté qu’on voulait se donner auprès d’elle. Mon père et ma mère bénissaient le ciel d’un changement qu’ils attribuaient à leurs leçons, et ne se doutaient guère qu’il fût précisément l’effet du mal qu’ils avaient voulu prévenir. L’amour avait fait ce miracle. Combien de lecteurs jettent déjà leurs soupçons sur le jeune d’Argentières ! Mais ce n’était point un petit-maître plein de sa noblesse et de sa vanité qui devait soumettre un cœur d’autant plus difficile à vaincre que le côté qui semblait montrer un abord plus aisé était précisément celui par lequel il était invincible. Le badinage et l’étourderie n’y pouvaient rien, l’intérêt encore moins ; une femme peut vendre sa personne, mais les cœurs ne se vendent point, et Claire n’était point fille à livrer l’un sans l’autre.

Encore quelques lignes et nous voilà aux amours d’une paysanne et d’un paysan. Mais je ne trompe personne, et dès mon titre on a dû s’y attendre. Lecteurs délicats, gens du beau monde, fermez mon livre, il n’est pas écrit pour vous, et je vous avertis que je vais parler un langage que vous vous piquez de ne point entendre et que je me pique encore plus de vous rendre inintelligible[31].

I was born in the mountains of Savoy. My father was a good farmer, fairly wealthy enough to live comfortably from his earnings, but too poor to suffer from the troubles caused by greed—for one could hardly desire something earnestly if they believed it impossible to attain. He was happy not only to have what he needed, but especially because he had it solely through his own work, which prevented him from thinking about the superfluous.

It seemed as if heaven had destined me to be an honest laborer, just like it is meant to be. The greatest harm that fortune has ever done me was making me deviate from my true calling. Every step I took in this world brought me further away from innocence and happiness. In my humble village, I might not have studied the duties of a human being as extensively, but I would have fulfilled them more faithfully. Instead of regretting a tumultuous and restless life and suffering from the ailments that such a lifestyle brings in old age, I would enjoy a peaceful mind in a still-strong body, and I would be a respected elder, honored by good people and acknowledged by all for having lived a useful and truly meritorious life within society.

The first years of my life, although devoid of any interesting events, will always remain in my memory due to the uniqueness of the ideas that occupied my mind at that time. For example, as soon as someone mentioned God to me, I immediately imagined him in the likeness of my parish priest—old, deformed, sometimes drunk, and always gloomy. The vicar was younger and more cheerful; to me, he represented a sort of subordinate deity whom I found easier to accept because I feared him less. I grew fond of him, and he too developed a friendship for me. In exchange for the services I rendered him, he taught me how to read.

I had also heard a lot about the Marquis of Argentières, whose lands my father farmed. Like all local lords, he lived in the capital but would occasionally visit his estates to maintain his influence at court. My imagination quickly began to shape images of nobility, wealth, and power based on what I had heard about him; I envisioned a tall, handsome man over six feet tall, with a majestic bearing, a robust temperament, and possessing all the physical, mental, and spiritual perfection one could imagine for a child. But my surprise was immense when this gentleman came to spend some time at his castle—what I saw was a small, prematurely aged man of thirty-eight, worn out, crippled by gout, and weakened by illness. One might have said to him, just as Caesar once said to an old, scarred soldier asking for permission to retire: “Well! Do you really think you are still alive?” Yet this thoroughly decadent man had a son who, despite not yet sharing his father’s poor health, was already on the path to suffering the same fate, losing his faculties and his taste for pleasure through excessive indulgence.

This young man, who would reappear on the stage of my life more than once, was the cause of all my misfortune; and if his involvement had been limited to that first event that drove me away from my homeland, it is still him I must hold responsible for all the subsequent tragedies. I hasten now to recount that initial period from which the story of my misfortunes begins.

I had a sister who was a few years older than me, and who, barely out of childhood, already caught everyone’s attention and stood out prominently in a province so rich in beautiful people[30]. She was a lively and carefree brunette who expressed all her cheerful spirit without the slightest restraint—since she had never received those dangerous instructions about modesty and restraint that well-bred young ladies always receive at an early age, and from which they soon begin to secretly benefit. My sister was not one of those artificially composed, phony individuals whose outward calmness only serves to concentrate inner turmoil; she was lively because she was wise, and to be much more modest, she simply needed a bit less innocence. My mother, a sensible woman, never thought of suppressing her cheerfulness; and my father, who was mad about his daughter, rejoiced at seeing her enliven the entire youth of the place and attract all the attention of eligible young men. But then the Marquis of Argentières arrived with his son—and such is the fate of gentlemen: they are troublemakers wherever they go. That seasoned courtier forgot all about my sister, whose name was Claire; he annoyed her, made promises to her, and made proposals with more enthusiasm at the idea of being kept than with any real intention of fulfilling them. Completely carried away, he lavished upon her all the courtesies of the old court—but he was always treated as an old fool who was good for nothing but making her laugh. She laughed just as much with his son; but sometimes that boy would go too far, and receive corrections that he remembered for days—and which taught him that country girls usually have other, more effective ways to defend themselves than city women do. However, my parents, realizing that these frequent games might lead to quarrels or worse, repeatedly warned my sister—though, to be honest, she paid them little attention, and things continued more or less as before. The games continued with the same freedom, which should have been enough proof that they were indeed just games; but the good people around us weren’t so sophisticated—they took it seriously and issued severe reprimands. Claire cried, promised everything, but two hours later, she would resume her antics, whether with the young d’Argentières or with the first man who came along—because anyone would do for that, and no one was preferred over another; she simply followed her natural inclination without any particular bias. In fact, my parents should have been grateful to heaven for what caused their worries. It has been said a thousand times: nature never changes, or at least, the only way to overcome it is through a remedy far worse than the problem itself. Unfortunately for me, it was precisely this “remedy” that transformed Claire. Suddenly, everyone noticed her behavior and demeanor change; all her frivolity vanished, and she became melancholic. She adopted a reserved and cautious attitude towards young men—something we had never seen before. She would blush at the slightest remark and quickly suppress any attempt at freedom on their part. My parents thanked heaven for this change, attributing it to their teachings, without realizing that it was actually the very problem they had tried to prevent. Love had performed this miracle. How many readers must already be suspecting that young d’Argentières was behind it! But it was not some noble and vain young man who could conquer a heart so difficult to win over—especially since the very aspect that seemed most accessible was precisely the one that made her invincible. Flirtatiousness and frivolity were of no use, nor was any attempt at seduction; a woman may sell her body, but hearts cannot be bought. Claire was not the kind of girl who would give one without giving the other.

A few more lines, and we are presented with the story of a peasant girl and a peasant boy falling in love. But I deceive no one; one should have expected this from my title alone. Delicate readers, people from the high society, please close this book—it is not written for you. And I warn you that I will use language that you pretend not to understand, and I take even more pleasure in making it completely incomprehensible to you[31].

Sono nato nelle montagne della Savoia. Mio padre era un bravo contadino, abbastanza ricco da vivere comodamente del proprio lavoro, troppo povero per essere esposto alle angosie dell’avidità, perché non si può desiderare ardentemente ciò che si ritiene impossibile ottenere. Era felice non solo di avere ciò che gli era necessario, ma soprattutto di possederlo soltanto grazie al proprio lavoro, il quale lo impediva di pensare al superfluo.

Il cielo sembrava avermi destinato a essere, come lui, un onesto contadino: il primo e più grande male che la fortuna mi abbia inflitto è stato quello di aver tradito la mia vocazione. Ogni passo che ho fatto nel mondo mi ha allontanato dall’innocenza e dalla felicità. Nel mio villaggio forse avrei studiato meno i doveri dell’uomo, ma li avrei rispettati meglio; invece di rimpiangere una vita agitata e tumultuosa e di soffrire nelle mie vecchiaia di tutte le infermità che ne derivano, godrei di un animo sereno in un corpo ancora robusto, e sarei un buon anziano, rispettato dalle persone oneste e stimato da tutti per aver svolto con dignità un ruolo utile e ammirevole nella società.

I primi anni della mia vita, sebbene privi di eventi interessanti, rimarranno sempre presenti nella mia memoria per la singolarità delle idee a cui ero dedicato. Ad esempio, non appena mi si parlò di Dio, me lo immaginai sotto l’aspetto del mio parroco: vecchio, brutto, a volte ubriaco e sempre malinconico. Il viceparroco era più giovane e di umore migliore; per me rappresentava una sorta di divinità inferiore, con la quale mi adattavo meglio perché la temevo meno. Mi affezionai a lui; anche lui iniziò a provare affetto per me, e in cambio dei servizi che gli rendevo, imparò a leggermi.

Avevo anche sentito molto parlare del marchese d’Argentières, il cui feudo era posseduto da mio padre; come tutti i signori locali, egli risiedeva nella capitale e trascorreva solo di tanto in tanto nel suo castello. La mia immaginazione, alimentata dalle idee di nobiltà, ricchezza e potere che avevo di lui, mi dipingeva un uomo alto più di sei piedi, dal portamento maestoso, di costituzione robusta e dotato di tutte le perfezioni fisiche, mentali ed emotive che si possono immaginare in un bambino. Quanto fui sorpreso quando, durante la sua visita al castello, vidi invece un anziano prematuramente invecchiato: trentotto anni, consumato dalla malattia, claudicante, con metà del corpo paralizzato. Si sarebbe potuto dire, fin da giovane, a quel vecchio soldato pieno di cicatrici che chiedeva il permesso di ritirarsi: “Eh bien! Pensa davvero di essere ancora vivo?” Quell’uomo, pur così decaduto, aveva però un figlio che, sebbene non presentasse ancora i sintomi della malattia del padre, stava già percorrendo lo stesso cammino verso la rovina, perdendo fin da giovane le capacità e il gusto per il piacere a causa di un uso eccessivo dei divertimenti.

Questo giovane, che tornerà più volte sulla scena della mia vita, è stato il mio flagello; e se avesse avuto responsabilità soltanto del primo evento che mi ha allontanato dalla mia patria, è a lui che do la colpa di tutti i mali che ne sono seguiti. Mi affretto quindi a raccontare quel primo periodo da cui inizia la storia delle mie sfortune.

Avevo una sorella più grande di me di alcuni anni, che, appena uscita dall’infanzia, già attirava gli sguardi e si distingueva positivamente in una provincia così ricca di belle persone[30]. Era una ragazza bruna, vivace e spensierata, che esprimeva tutta la sua allegria senza alcun ritegno, poiché non aveva ricevuto quelle pericolose istruzioni di modestia e riservatezza che le ragazze ben educate ricevono fin da piccole, istruzioni che poi spesso vengono segretamente ignorate. Mia sorella non era uno di quegli “automi” apparentemente tranquilli, di quegli idioti artificiali in cui la calma esteriore nasconde solo tempeste interiori; era vivace perché saggia, e per essere ancora più modesta le sarebbe bastato essere un po’ meno innocente. Mia madre, una donna molto sensata, non aveva mai pensato di reprimere quella sua allegria; mio padre, che era pazzo di lei, si rallegrava nel vederla animare tutta la gioventù del luogo e attirare l’attenzione di tutti i giovani disponibili. Ma arrivò il marchese d’Argentières con suo figlio. E così è destino dei gentiluomini essere sempre fonte di problemi ovunque vadano. Quel cortigiano abituato a tutto dimenticò completamente la bellezza della giovane Claire, che era il nome di mia sorella; iniziò ad infastidirla, le fece promesse e le propose cose con più entusiasmo nel volerle mantenere che nella possibilità di farlo davvero. Alla fine, completamente preso dalla sua follia, le dedicò tutte le galanterie tipiche della vecchia corte. Ma fu sempre trattato come un vecchio pazzo, capace solo di farla ridere. Lei rideva anche con il figlio del marchese. Ma a volte questi pretendeva di spingere troppo lontano i loro “giochi”, e riceveva rimproveri che ricordava per giorni. E questi gli insegnarono che le ragazze di campagna, quando si tratta di difendersi da queste avances, usano metodi diversi e molto più efficaci rispetto alle donne della città. Tuttavia, mio padre e mia madre, vedendo che quei “giochi” così frequenti potevano trasformarsi in litigi o qualcosa di peggio, le fecero più volte delle ramanzine. Ma, a dire il vero, lei non le prese molto sul serio. E tutto andò più o meno come prima. I “giochi” continuarono con la stessa libertà. Il che avrebbe dovuto dimostrare che si trattava davvero solo di giochi. Ma la gente semplice non era così raffinata. Si allarmarono seriamente e fecero delle severe rimproveri. Claire pianse, promise tutto ciò che le veniva chiesto. Ma due ore dopo ricominciava con le sue follie. Sia con il figlio del marchese che con chiunque altro fosse disponibile. Perché tutti erano buoni per questo. E nessuno era preferito agli altri. Lei seguiva semplicemente la sua natura, senza che alcun tipo di gusto particolare interferisse. Così i miei genitori avrebbero dovuto ringraziare il cielo per ciò che rappresentava motivo delle loro preoccupazioni. Si è detto mille volte che la natura non cambia mai, o almeno che per farla cambiare occorre un rimedio molto peggiore del male stesso. Sfortunatamente per me, fu proprio questo il rimedio che modificò Claire. All’improvviso si vide cambiare nel comportamento e nell’aspetto; tutte le sue sciocchezze cessarono, divenne malinconica; assunse nei confronti dei giovani un atteggiamento di riservatezza e prudenza che non le era mai stato noto prima; arrossiva al minimo commento e reprimeva con forza qualsiasi libertà qualcuno volesse prendersi nei suoi confronti. Mio padre e mia madre ringraziavano il cielo per questo cambiamento, attribuendolo alle loro lezioni, senza sospettare minimamente che fosse proprio l’effetto del male che avevano cercato di prevenire. L’amore aveva compiuto questo miracolo. Quanti lettori già iniziano a sospettare di quel giovane d’Argentières! Ma non era certo un giovane pieno di nobiltà e vanità il responsabile di tale cambiamento. Un cuore tanto difficile da conquistare, infatti, presentava proprio nel suo aspetto apparentemente più accessibile la sua vera invincibilità. I scherzi e le sciocchezze non potevano nulla contro di esso, né tantomeno l’interesse. Una donna può vendere il proprio corpo, ma i cuori non si vendono. E Claire non era certo una ragazza disposta a sacrificare uno senza l’altro.

Altre poche righe, e ci troviamo davanti alla storia d’amore tra una contadina e un contadino. Ma non inganno nessuno: già dal mio titolo si doveva aspettarsi questo. Lettori delicati, gente del bel mondo, chiudete il mio libro: non è scritto per voi. Vi avverto inoltre che parlerò un linguaggio di cui vi vantate di non comprendere. E mi compiaccio ancora di più nel renderlo del tutto incomprensibile per voi[31].

Le jeune d’Argentières, sans société, sans dissipation, livré à la solitude de son château, à la pédanterie de son gouverneur et aux vieilles histoires de son père, prit véritablement du goût pour Claire, de ce goût impétueux, sans délicatesse et sans retenue, à courir après la possession sans même songer à plaire, et tel, en un mot, qu’un jeune homme de son état pouvait en prendre pour la fille d’un paysan. N’ayant donc rien pu obtenir de gré, il résolut d’user de surprise à la première occasion. Il avait remarqué que ma sœur allait tous les matins porter du lait au château. Il fallait pour cela traverser un coin du parc très propre à recéler des larcins amoureux. Ce fut là qu’un jour il vint l’attendre de bonne heure, bien résolu de tirer du tête à tête un meilleur parti qu’il n’avait fait de toutes ses agaceries ; il courut à elle dès qu’il l’aperçut, et profitant de l’embarras où la mettait pour sa propre défense la conservation de son pot au lait, il causa bien du désordre dans son ajustement avant qu’elle eût trouvé le moyen de se garantir. Enfin, le danger augmentant et le jeune bomme gagnant toujours du terrain malgré ses menaces réitérées, elle prit le parti de se faire une arme à elle-même de ce qui en servait à son adversaire, et lui couvrit le visage du vase et de tout le lait qu’il contenait. D’Argentières, inondé et même blessé, n’en devint que plus animé, mais Claire débarrassée de son obstacle se mit bientôt en état de l’être de son ennemi, et cet emporté, plus furieux d’une défense

(Le reste du manuscrit est illisible.)

Il est facile de suppléer à ce qui manque, ajoute M. Gaullieur. Si Rousseau n’avait pas mis de côté ce sujet comme présentant des difficultés qu’il ne lui convenait pas de vaincre, ou comme indigne de l’occuper plus longtemps, on aurait sans doute eu, par anticipation, la Nouvelle savoyarde de Florian. Claire, sous la plume de ce gracieux écrivain, est devenue cette Claudine dont les aventures ont acquis, il y a quelque soixante ans, une si grande popularité, et ont défrayé les auteurs de romances et de vaudevilles. Seulement, M. de Florian, en précisant davantage le lieu de la scène, a dû nécessairement convertir le marquis français en un lord anglais. Tout autre séducteur aurait été déplacé dans la vallée de Chamouny[32].

FIN de LE PETIT SAVOYARD

ou LA VIE DE CLAUDE NOYER

Liste des Mélanges ou littérature variée

Liste générale des titres

The young man from Argentières, with no companionship, no indulgences in pleasure, left to the solitude of his castle, the pedantry of his governor, and the old stories told by his father, truly developed a passion for Claire—a passionate desire, impetuous, without delicacy or restraint, driven solely by the urge to possess her without even considering whether he pleased her. In short, he was the kind of young man from such a background who might be attracted to the daughter of a peasant. Since he could not obtain anything willingly, he resolved to resort to surprise at the first opportunity. He had noticed that my sister went to deliver milk to the castle every morning. To do so, she had to cross a part of the park that was particularly suitable for secret romantic encounters. One day, he waited for her there early in the morning, determined to make better use of this face-to-face situation than all his previous attempts had succeeded. As soon as he saw her, he rushed toward her and, taking advantage of the embarrassment she felt in trying to protect her milk pot, he causad quite a commotion in her clothes before she managed to defend herself. Eventually, as the danger grew and the young man continued to advance despite his repeated threats, she decided to use the very thing that was his weapon against her—to cover his face with the vase and all the milk it contained. D’Argentières, drenched and even injured, became only more aggressive, but Claire, once free from this obstacle, soon managed to deal with her enemy. And that impetuous young man, furious at being resisted in such a way.

(The rest of the manuscript is illegible.)

“It is easy to make up for what is lacking,” adds Mr. Gaullieur. Had Rousseau not set aside this subject as one presenting difficulties that he felt unfit to overcome, or as one unworthy of his further attention, we would probably have had La Nouvelle Savoyarde by Florian long ago. Under the pen of this graceful writer, Claire became that Claudine whose adventures gained such great popularity some sixty years ago, attracting the attention of numerous novelists and playwrights. However, Mr. de Florian, by specifying the location of the story more precisely, was obliged to transform the French marquis into an English lord. Any other suitor would have been far more out of place in the valley of Chamouny[32].

End of “The Little Savoyard”.

or THE LIFE OF CLAUDE NOYER

List of Miscellaneous Works or Varied Literature

General list of titles

Il giovane di Argentières, senza compagnia, senza distrazioni, abbandonato alla solitudine del suo castello, alle noiose regole del suo governante e alle vecchie storie di suo padre, iniziò davvero a provare interesse per Claire, un interesse impetuoso, privo di delicatezza o riserve; un desiderio così ardente da spingerlo ad inseguire il possesso senza nemmeno pensare a piacerle. In altre parole, era il tipo di giovane che, nella sua condizione sociale, avrebbe potuto considerare una ragazza come quella di un contadino. Non avendo ottenuto nulla con le buone maniere, decise quindi di ricorrere alla sorpresa al primo momento opportuno. Aveva notato che mia sorella andava ogni mattina a portare il latte al castello; per farlo, doveva attraversare una parte del parco particolarmente adatta a nascondere incontri amorosi. Fu lì che un giorno la aspettò all’alba, deciso a ottenere di più da quel confronto diretto rispetto a tutte le sue precedenti tentativi falliti. La corse incontro non appena la vide e, approfittando del suo imbarazzo nel cercare di proteggere il vaso con il latte, causò un bel disordine nel suo abbigliamento prima che lei riuscisse a difendersi. Alla fine, quando il pericolo aumentò e quel giovane insistente continuò ad avvicinarsi nonostante le sue minacce, lei decise di usare lo stesso mezzo con cui lui la attaccava: gli coprì il viso con il vaso e tutto il latte che conteneva. D’Argentières, inondato e persino ferito, divenne ancora più aggressivo; ma Claire, una volta liberata dall’ostacolo rappresentato da lui, riuscì facilmente a sconfiggerlo. Quel giovane impulsivo, reso ancora più furioso dalla sua resistenza.

(La restante parte del manoscritto è illeggibile.)

“È facile compensare ciò che manca”, aggiunge il signor Gaullieur. Se Rousseau non avesse messo da parte questo argomento, ritenendolo troppo difficile da affrontare o indegno di ulteriori riflessioni, probabilmente oggi avremmo già la “Nouvelle savoyarde” di Florian. La figura di Claire, scritta dalla penna di questo grazioso scrittore, è diventata quella di Claudine, le cui avventure hanno acquisito, circa sessant’anni fa, una grande popolarità, finendo per ispirare numerosi autori di romanzi e opere teatrali. Tuttavia, il signor de Florian, precisando ulteriormente il luogo in cui si svolgono gli eventi, è stato costretto a trasformare il marchese francese in un lord inglese. Qualsiasi altro seduttore sarebbe risultato inadatto per ambientarsi nella valle di Chamouny[32].

Fine del “Piccolo Savoiardo”.

o LA VITA DI CLAUDE NOYER

Elenco di miscellane o letteratura varia

Elenco generale dei titoli