Rousseau
Abstract
A short story of thwarted love between two young peasants of the Dauphiné, Claire and Marcellin, whose sensibility exceeds their social condition. A minor tale, without substantial philosophical content.
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Dans le village d’Orival en Dauphiné demeurait un laboureur à son aise nommé Germon. Ce paysan avait un fils unique nommé Marcellin : jeune homme heureusement né et d’un mérite d’autant plus vrai qu’il n’avait point reçu le fard de l’éducation. Son père fâché de n’avoir que lui, voulut le marier de bonne heure pour s’assurer une plus nombreuse famille. Car la multitude des enfants qui chez les paysans ajoute à la misère des pauvres, augmente la richesse de ceux qui sont à leur aise. Germon s’étant donc arrangé pour ce mariage, le conclut moins en villageois qu’en homme riche, c’est-à-dire sur les seules convenances du bien et sans beaucoup consulter le goût de son fils.
Marcellin à qui le cœur ne disait rien en faveur du choix de son père, mais qui n’avait non plus rien de raisonnable à y opposer, prit le parti d’obéir sans murmure ; et le mariage allait s’achever si deux jours avant la noce le fiancé ne se fût trouvé attaqué d’un mal fort extraordinaire. Des vomissements continuels accompagnés de convulsions et de symptômes dangereux firent craindre pour sa vie. On appela le chirurgien du village qui ne connaissant rien à un mal aussi singulier ne manqua pas d’en donner une longue explication et de faire beaucoup de mauvaises ordonnances faute d’en savoir trouver une bonne. Heureusement pour le pauvre Marcellin, on découvrit la véritable cause de sa maladie avant que les drogues de son Esculape lui en eussent donné une plus dangereuse.
Cette cause secrète était l’amour mais avec des circonstances si singulières qu’elles feront mieux connaître l’innocente simplicité de ce jeune homme que toutes les descriptions que j’en pourrais faire.
Une jeune fille d’Orival nommée Claire avait été élevée à Valence auprès d’une dame qui l’avait prise en amitié et dont sa mère avait nourri un enfant. Cette dame était morte à peu près dans le temps que le mariage dont je viens de parler avait été résolu, et quelques jours après cet événement Marcellin étant allé à Valence avec sa mère faire des emplettes de noce, avait eu occasion de voir Claire pour quelques commissions dont la famille ce cette fille l’avait chargé pour elle.
Claire était charmante sans être belle, ou du moins sa beauté avait plus d’élégance que de régularité ; elle n’excitait pas l’admiration, mais elle touchait sans qu’on sût pourquoi : Ce pourquoi était qu’avec des traits communs, ses regards, son geste, sa physionomie annonçaient une âme sensible, et qu’un âme sensible est pour celles qui le sont le premier et le plus puissant de tous les charmes. Quant à ceux qui ont ce sens intérieur moins exquis, et qui ne s’affectent pour ainsi dire que par régle et méthode Claire n’eût été pour eux qu’une personne ordinaire qu’on est étonné d’oublier difficilement quoiqu’on ne voie point de raison de s’en souvenir. Un bon observateur aurait dit en la voyant ; il est très possible qu’elle n’excite jamais de passion, mais il est sûr qu’elle n’en excitera jamais de médiocre.
Pour Marcellin ; tranquille à l’extérieur et d’un tempérament froid en apparence, on l’aurait cru peu fait pour sentir tout le mérite de Claire. Cependant il avait les passions très vives et en était d’autant plus tourmenté que sous un air serein la tempête était concentrée au fond de son cœur. L’indolence et le sens froid qu’on croyait remarquer en lui était souvent l’ouvrage de sa sensibilité même. Plusieurs objets l’affectaient peu parce qu’ils agissaient sur une âme fortement préoccupée. D’autres l’affectaient si vivement qu’il avait honte de tant d’émotion et employait toute sa force à la surmonter ou du moins à la déguiser. La sorte d’éducation rude et grossière qu’il avait reçue de son père n’avait pas peu contribué à lui faire prendre cette habitude forcée de modération que des leçons plus douces ne lui auraient peut-être jamais donnée.
Voila, dira-t-on peut-être, bien de la finesse pour des paysans. Je réponds que ce ne sont point leurs habits que j’ai entrepris de peindre. Je puis répondre encore qu’il y a des âmes dont la place n’est dans aucun rang parce qu’elles sont supérieures à tous, et telles étaient celles de Claire et Marcellin. Les princes, les paysans, et même les philosophes pensent et sentent de même ; l’éducation change les noms et les apparences, mais le fond des cœurs ne change jamais. Or la nature n’a point de moules différents pour les rois et les laboureurs ; revenons à nôtre histoire.
Ces deux personnes se virent donc et l’on devine bien ce qui en arriva ; Marcellin revint tout pensif à son village et trouva sa fiancée encore plus maussade qu’auparavant. Quelque indifférent qu’il fût sur sa parure et celle de son épouse, il se trouva qu’on avait toujours oublié et qu’on oubliait toujours je ne sais combien de choses nécessaires, pour lesquelles il fallut faire successivement autant de voyages à Valence, sans manquer jamais d’aller recevoir les commissions de mademoiselle Claire.
Après la perte de sa protectrice, Claire n’avait point songé à quitter la ville où elle pouvait vivre commodément de son travail et d’une pension que cette dame lui avait laissée. Durant les courses de Marcellin elle changea d’avis, et réfléchissant qu’à son âge il était plus convenable de vivre sous les yeux de ses parents, elle prit le parti de retourner chez son père ; aussitôt qu’elle fut à Orival, Marcellin n’eut plus rien à faire à Valence.
Claire apprit avec surprise que Marcellin était prêt à se marier. Dans toutes les visites qu’il lui avait faites il ne lui en avait jamais parlé, et comme elle ne trouvait pas que le ton qu’il avait pris avec elle fût celui d’un homme prêt à en épouser une autre ; elle se crut en droit de lui reprocher sa dissimulation, il lui échappa même quelques larmes qu’elle s’efforça de cacher ; Marcellin s’en aperçut pourtant ; il en fut ému jusqu’au fond du cœur, et deux gouttes d’eau presque imperceptibles furent la source de bien des orages.
Marcellin au désespoir et plus amoureux cent fois qu’il ne croyait l’être, résolut de rompre ou de différer au moins son mariage, il fut à diverses reprises sur le point d’en parler à son père, mais ce rude et grossier paysan qui poussait jusqu’à la brutalité la sévérité paternelle était d’un entêtement que rien ne ramenait, le fils qui en craignait l’abord et qui croyait prévoir l’inutilité de ses représentations y renonça moins par raison que par timidité. Il aurait parlé volontiers à sa mère, mais elle avait plus de complaisance pour lui que de crédit sur l’esprit de Germon. D’ailleurs elle était malade depuis longtemps, il craignait de l’affliger et de nuire à sa guérison ; Enfin, malgré cette maladie qui traînait en longueur et sur laquelle Marcellin avait fondé l’espoir d’un délai, le jour de la noce ayant été fixé par les parents qui s’ennuyaient d’attendre, Marcellin s’avisa d’un expédient pour différer le moment de son malheur et cet expédient fut de se procurer une maladie passagère propre à donner un peu d’alarmes sur son compte et à faire suspendre le mariage. Il avait trouvé un paquet d’émétique qui contenait plusieurs doses et qui avait été préparé pour sa mère ; il avala le tout sans marchander. Je ne sais si son amour avait prévu la grandeur du péril où il s’allait précipiter, mais la trop forte dose jointe au défaut des précautions nécessaires pour adoucir et faciliter l’effet de cette dangereuse drogue le mit dans un état à faire craindre pour sa vie et voilà ce qui avait produit de la part du chirurgien tant de savantes dissertations.
Le danger du fils ranima la mère et l’arracha de son lit. Et cet événement qui lui eût peut-être ôté la santé si elle l’avait eue la lui rendit contre toute apparence ; tant la nature a de ressources inconnues à l’art. Cette bonne femme soupçonna quelque chose d’extraordinaire dans la maladie de son fils ; ce sont en pareil cas des yeux bien pénétrants que ceux d’une mère. Elle s’aperçut avec effroi que la fatale drogue avait disparu. Pleine de trouble elle questionne son fils, il balance, elle le presse, et employant à propos ces tendres caresses maternelles si puissantes sur les bons naturels, elle arrache enfin son secret et il finit sa confession en lui déclarant qu’il ne pouvait aimer la vie que pour la passer avec Claire.
Les causes du mal une fois connues, il n’y avait plus de difficulté dans le choix des remèdes. La jeunesse et la vigueur du malade promettaient bien la prompte guérison du corps, mais la plaie de l’âme devait saigner longtemps.
In the village of Orival in Dauphiné, there lived a comfortable farmer named Germon. This peasant had a only son named Marcellin—a young man who was happily born and possessed an even greater merit in that he had not received the influence of education. His father, displeased at having only one child, wished to marry him off early in order to have a larger family. For among peasants, numerous children only add to the poverty of the poor, while they increase the wealth of those who are well-off. Germon therefore arranged this marriage for his son, but did so not as a villager, but rather as a wealthy man—that is, solely in accordance with what was deemed right and without much regard for his son’s own wishes.
Marcellin, whose heart held no inclination toward his father’s choice, yet had no reasonable reason to object against it, chose to obey without complaint; and the marriage was about to take place when, two days before the wedding, the bridegroom fell seriously ill. Continuous vomiting, accompanied by convulsions and dangerous symptoms, caused great concern for his life. The village surgeon was called, but since he knew nothing about such a rare illness, he gave a lengthy explanation and prescribed many ineffective treatments, failing to find a proper remedy. Fortunately for poor Marcellin, the true cause of his illness was discovered before those harmful remedies could do any further harm.
This secret reason was love, but under such peculiar circumstances that they would better reveal the innocent simplicity of this young man than any description I might give of him.
A young girl from Orival named Claire had been raised in Valencia by a lady who had taken her under her protection; this lady’s own child had been born to Marcellin’s mother. The lady )died around the same time as the marriage I just mentioned was arranged. A few days after that event, when Marcellin went to Valencia with his mother to purchase wedding supplies, he happened to meet Claire while she was there on some errands entrusted to her by this family.
Claire was charming without being beautiful; or rather, her beauty was more elegant than regular. She did not arouse admiration, but she touched people in a way that was hard to explain. The reason for this was that, despite having ordinary features, her gaze, her gestures, and her expression revealed a sensitive soul—and for those who possess such sensitivity, a sensitive soul is the most powerful and irresistible of all charms. As for those whose inner perceptions are less refined and who are moved only by convention and routine, Claire would have been merely an ordinary person whom one would find hard to forget, even though there was no particular reason to remember her. A keen observer observing her might have said: “It is very likely that she will never arouse any passion; but it is certain that she will never arouse any mediocre ones either.”
As for Marcellin—appearing calm on the outside and having a cold temperament, one might have thought him unsuitable to appreciate Claire’s true merits. Yet he possessed intensely passionate feelings, which only made him more tormented; beneath his composed demeanor, a storm raged deep within his heart. The indifference and coldness that one might perceive in him were often the result of his very sensitivity. Some things affected him little because they merely touched an soul already deeply preoccupied; others, however, stirred emotions so intense that he felt ashamed of them and exerted all his strength to suppress or conceal them. The rough and crude education he had received from his father had certainly contributed to this forced restraint—a restraint that gentler teachings might never have enabled him to develop.
“Surely,” one might say, “this shows great delicacy on the part of these peasants.” I reply that it was not their clothes that I sought to paint. I could also add that there are some souls whose place lies outside any social category, for they are superior to all others—such were the souls of Claire and Marcellin. Princes, peasants, and even philosophers think and feel in the same way; education may change names and appearances, but the essence of the heart never changes. And nature provides no different molds for kings and laborers. Let us return to our story.
These two people thus faced each other, and one can easily imagine what happened next; Marcellin returned to his village in a deep state of thought and found his fiancée even more gloomy than before. No matter how indifferent he was to her appearance or that of his wife, it turned out that countless necessary things had always been forgotten—and continued to be forgotten. As a result, he had to make numerous trips to Valencia, never failing to stop on the way to pick up orders from mademoiselle Claire.
After losing her protector, Claire had not considered leaving the city where she could live comfortably on her earnings and a pension left to her by that lady. However, after Marcellin’s departure, she changed her mind. Realizing that at her age it would be more appropriate to live under her parents’ watchful eye, she decided to return home to her father. As soon as she arrived in Orival, Marcellin no longer had any reason to stay in Valence.
Claire was surprised to learn that Marcellin was ready to get married. During all the visits he had made her, he had never mentioned it, and since she did not notice any indication in his tone that he was a man prepared to marry someone else, she felt entitled to reproach him for his concealment. She even shed a few tears, which she tried to hide; however, Marcellin noticed them. It touched him deeply, and those two almost imperceptible tears became the source of many future conflicts.
In despair, and far more in love than he had ever believed himself to be, Marcellin resolved to cancel or at least postpone his marriage. On several occasions, he was on the point of discussing it with his father, but that rough and crude countryman, whose paternal severity bordered on brutality, was so stubborn that nothing could persuade him to change his mind. At first, the son feared such a confrontation and thought he would recognize the futility of trying to reason with him; yet in the end, it was more out of timidity than reason that he gave up the idea. He would have gladly spoken to his mother, but she favored him too much to believe anything negative about Germon’s character. Moreover, she had been ill for a long time, and Marcellin feared that discussing this matter might aggravate her condition or hinder her recovery. Finally, despite her prolonged illness—which Marcellin had hoped would delay the wedding—since his parents were growing impatient with the wait, he came up with a plan to postpone the moment of his misfortune: he pretended to fall ill himself, a temporary illness that would arouse concern for his well-being and allow the wedding to be postponed. He found a packet of emetic containing several doses, which had originally been intended for his mother; without hesitation, he swallowed it all. I do not know whether his love had foreseen the grave danger into which he was about to plunge, but the excessive dose, combined with the lack of proper precautions to mitigate the effects of this dangerous substance, left him in a life-threatening condition—precisely what had prompted the surgeon to deliver those lengthy and elaborate explanations.
The danger posed by her son revived the mother and pulled her from her bed. This event, which might have cost her her health had she any left, actually restored it to her, against all expectations; for nature possesses resources unknown to art. This good woman suspected something extraordinary about her son’s illness; in such cases, a mother’s eyes are indeed extremely perceptive. With horror, she realized that the fatal substance had disappeared. Disturbed beyond measure, she questioned her son relentlessly. He hesitated at first, but under her tender, persuasive care—those maternal caresses so powerful when directed toward kind natures—he finally revealed the truth. In his confession, he stated that he could only embrace life if it meant spending it with Claire.
Once the causes of the illness were known, choosing the appropriate remedies became no longer difficult. The youth and vigor of the patient promised a quick recovery of the body, but the wound in the soul would require prolonged healing.
Nel villaggio di Orival, in Dauphiné, viveva un contadino agiato di nome Germon. Questo agricoltore aveva un figlio unico chiamato Marcellin: un giovane fortunatamente nato e il cui merito era tanto più reale in quanto non aveva ricevuto alcuna educazione formale. Il padre, desideroso di avere altri figli per aumentare la propria famiglia, volle sposarlo presto. Infatti, nella vita dei contadini, un gran numero di bambini aumenta la povertà dei poveri e arricchisce coloro che sono agiati. Germon, quindi, organizzò questo matrimonio non come un contadino, ma come un uomo ricco, cioè seguendo soltanto le convenienze della ragione e senza consultare molto i desideri di suo figlio.
Marcellin, per il quale il cuore non provava alcuna simpatia per la scelta fatta dal padre, ma che nemmeno aveva motivi ragionevoli per opporsi, decise di obbedire senza proteste; e il matrimonio stava per concludersi quando, due giorni prima delle nozze, lo sposo fu colpito da una malattia estremamente grave. Vomiti continui, convulsioni e sintomi pericolosi fecero temere per la sua vita. Fu chiamato il chirurgo del villaggio, che, non conoscendo affatto questa malattia così insolita, non mancò di fornire una lunga spiegazione e di prescrivere molte terapie inutili, a causa della sua ignoranza. Fortunatamente per il povero Marcellin, la vera causa della sua malattia fu scoperta prima che le medicine prescritte potessero rivelarsi ancora più dannose.
Questa causa segreta era l’amore, ma in circostanze così particolari che esse faranno conoscere meglio la semplicità innocente di questo giovane uomo di qualsiasi descrizione io possa farne.
Una giovane ragazza di Orival di nome Claire era stata cresciuta a Valencia presso una signora che se n’era presa cura e della quale la madre aveva allattato un figlio. Questa signora morta più o meno nel periodo in cui il matrimonio di cui ho appena parlato fu deciso; pochi giorni dopo questo evento, Marcellin, recatosi a Valencia con sua madre per fare acquisti nuziali, ebbe l’occasione di incontrare Claire mentre lei svolgeva alcune commissioni affidatele dalla famiglia di questa ragazza.
Claire era affascinante senza essere bella; o almeno, la sua bellezza aveva più eleganza che regolarità. Non suscitava ammirazione, ma commuoveva in modo inspiegabile: il motivo stava nel fatto che, con tratti del viso comuni, i suoi sguardi, i suoi gesti, il suo aspetto rivelavano un’anima sensibile, e un’anima sensibile rappresenta, per coloro che ne sono dotati, il primo e più potente di tutti i fascini. Per coloro invece la cui sensibilità interiore è meno raffinata, e che si commuovono soltanto in modo meccanico o convenzionale, Claire sarebbe stata solo una persona ordinaria, di cui ci si sorprende a non dimenticare facilmente, anche se non vi è alcun motivo per ricordarla. Un buon osservatore, vedendola, avrebbe detto: “È molto probabile che lei non susciti mai passioni intense, ma è certo che non ne susciterà mai di mediocri”.
Per Marcellin: apparentemente tranquillo all’esterno e dal temperamento freddo, si sarebbe potuto pensare che non fosse il tipo ad apprezzare appieno i meriti di Claire. Tuttavia, possedeva passioni molto intense; per questo motivo soffriva ancora di più, poiché, sotto un aspetto sereno, la tempesta era in realtà concentrata nel profondo del suo cuore. L’indolenza e il distacco che si credeva di notare in lui erano spesso il risultato della sua stessa sensibilità. Alcuni oggetti lo influenzavano poco, perché agivano su un’anima profondamente preoccupata; altri, invece, lo colpivano con tale intensità che provava vergogna di tali emozioni e faceva di tutto per sopprimerle o almeno nasconderle. Il tipo di educazione rude e grossolana che aveva ricevuto da suo padre aveva certamente contribuito a fargli sviluppare questa abitudine forzata di moderazione, che lezioni più dolci probabilmente non gli avrebbero mai insegnato.
Si potrebbe dire che ci sia davvero molta raffinatezza in tutto questo per dei contadini. Rispondo che non sono stati i loro abiti quelli che ho cercato di dipingere. Posso anche aggiungere che esistono anime le cui posizioni non rientrano in alcuna categoria, perché sono superiori a tutte; queste erano proprio quelle di Claire e Marcellin. Principi, contadini, persino filosofi pensano e sentono allo stesso modo: l’educazione cambia i nomi e le apparenze, ma il fondo dei cuori non cambia mai. E la natura, dopotutto, non possiede modelli diversi per re e contadini. Torniamo alla nostra storia.
Queste due persone si incontrarono quindi, e si può facilmente immaginare cosa accadde; Marcellin tornò nel suo villaggio, pensieroso, e trovò la sua fidanzata ancora più malinconica di prima. Per quanto fosse indifferente riguardo all’abbigliamento di lei e di sua moglie, si rese conto che venivano sempre dimenticate, o comunque trascurate, un numero infinito di cose necessarie; per questo dovette intraprendere numerosi viaggi a Valencia, senza mai trascurare di andare a ricevere le commissioni da parte di mademoiselle Claire.
Dopo la perdita della sua protettrice, Claire non aveva mai pensato di lasciare la città dove poteva vivere comodamente grazie al suo lavoro e a una pensione che quella signora le aveva lasciato. Tuttavia, durante le corse organizzate da Marcellin, cambiò idea: riflettendo sul fatto che, alla sua età, fosse più opportuno vivere sotto gli occhi dei propri genitori, decise di tornare a casa del padre. Non appena arrivò a Orival, per Marcellin non ci fu più motivo di rimanere a Valence.
Claire scoprì con sorpresa che Marcellin era pronto a sposarsi. In tutte le visite che le aveva fatto, non ne aveva mai parlato; inoltre, il tono che utilizzava con lei non sembrava quello di un uomo deciso ad innamorarsi di un’altra donna. Così, si sentì nel diritto di rimproverargli la sua dissimulazione. Le scesero persino qualche lacrima, che cercò di nascondere; Marcellin se ne accorse comunque e ne fu profondamente commosso. Due lacrime quasi impercettibili divennero allora l’origine di molti problemi.
Marcellin, disperato e cento volte più innamorato di quanto credesse, deciso a rompere o almeno a rimandare il suo matrimonio, fu più volte sul punto di parlarne con suo padre; ma quel rude e grossolano contadino, che portava la severità paterna fino alla brutalità, era così testardo che nulla riusciva a farlo cambiare idea. Il figlio, che temeva l’ostacolo rappresentato da lui e riteneva inutile tentare di convincerlo, rinunciò meno per ragione che per timidezza. Avrebbe volentieri parlato con sua madre, ma lei era più incline a compiacerlo che a credere alle sue parole riguardo al carattere di Germon. Inoltre, lei era da tempo malata; Marcellin temeva di aggravarne le condizioni e di ostacolare la sua guarigione. Infine, nonostante quella lunga malattia su cui aveva fatto affidamento per ottenere un rinvio, poiché i genitori si erano stancati di aspettare, Marcellin escogitò un stratagemma per rimandare il momento del suo “sventura”: fingere di ammalarsi. Trovò un pacchetto contenente diverse dosi di emetico, che era stato preparato originariamente per sua madre; lo inghiottì tutto d’un fiato, senza esitazioni. Non so se il suo amore gli avesse fatto prevedere la gravità del pericolo in cui stava per incorrere, ma la dose eccessiva, unita alla mancanza di precauzioni necessarie per attenuare gli effetti di quella sostanza pericolosa, lo mise in uno stato tale da far temere per la sua vita. Ed è questo che ha spinto il chirurgo a formulare quelle lunghe e complesse osservazioni.
Il pericolo che minacciava suo figlio risvegliò la madre e la strappò dal letto. Quell’evento, che avrebbe potuto portarle via la salute se ne avesse posseduta, gliela restituì contro ogni aspettativa; la natura possiede infatti risorse sconosciute all’arte umana. Questa brava donna intuì qualcosa di straordinario nella malattia di suo figlio; in casi del genere, gli occhi di una madre sono davvero penetranti. Con orrore si rese conto che il veleno fatale era scomparso. In preda al panico, interrogò il figlio: lui esitava, lei insisteva, e utilizzando con abilità quelle tenere carezze materne così potenti sui caratteri buoni, riuscì finalmente a fargli confessare la verità. Lui le dichiarò che poteva amare la vita soltanto se l’avesse trascorsa con Claire.
Una volta conosciute le cause del male, non vi era più alcuna difficoltà nel scegliere i rimedi appropriati. La giovinezza e la forza fisica del malato promettevano una guarigione rapida, ma la “ferita” dell’anima avrebbe dovuto sanguinare a lungo.
Germon apprit avec surprise et douleur le secret de la maladie de son fils, cependant son opiniâtreté naturelle balança longtemps l’effroi que lui causait une résolution si désespérée. Il la regardait plutôt comme une simplicité de jeune homme que comme un excès d’amour. Car Les phénomènes de cette étrange passion sont des mystères, inconcevables pour les cœurs qui ne sont pas faits pour la sentir. Claire ne s’y trompa pas de même ; le secret avait transpiré ; car quoique la bonne Germon fût mère, cela n’empêchait pas qu’elle ne fut femme. Et l’on conçoit bien qu’en pareil cas, une amante inquiète n’est pas la dernière instruite des événements qui l’intéressent. Claire vola au chevet de Marcellin ; elle avait le bonheur de n’être pas l’esclave de ces ridicules bienséances qui font des procédés des villes un commerce perpétuel de contrainte et de fausseté. Elle se livra donc sans scrupule a toute la sensibilité de son âme ; ses yeux en disaient plus que sa bouche et elle pouvait s’exprimer avec d’autant plus d’assurance que le langage du sentiment, si vif, si énergique, si bien entendu d’elle et de Marcellin ne l’était guère des autres spectateurs.
Elle le trouva presque hors de danger et sa présence acheva de l’y mettre de sorte qu’elle jouissait de son triomphe sans avoir rien à craindre pour l’événement. Cette preuve si décisive des sentiments de Marcellin ne fit pas moins d’impression sur elle, que ses pleurs en avaient fait sur lui et elle ne tarda pas à lui rendre d’une manière aussi peu équivoque les témoignages d’amour qu’elle en avait reçus.
Claire s’était bien aperçue que le père et la mère de Marcellin la voyaient avec une sorte de peine. Ils avaient fait des projets sur le mariage de leur fils. Ils étaient riches : c’était une très forte raison de vouloir l’être davantage. Et quoique la fille qu’ils avaient choisie ne le fût pas beaucoup elle-même ; ils comptaient sur le crédit que son père avait au château pour en obtenir la ferme, et pour d’autres avantages qui les auraient rendus les premiers du lieu. On ne pouvait rompre le mariage sans renoncer à des vues si séduisantes. Ils ne voulaient pas rendre Marcellin malheureux, car ce n’est pas dans un degré si bas que l’ambition fait taire la nature, mais ils étaient attristés que son goût fût un obstacle à leurs projets. Des projets de villageois ! Pourquoi non ! César même n’aimait-il pas mieux être le premier dans un hameau que le second à Rome ?
Tandis que Germon et sa femme disputaient entre eux si leur fils serait heureux ou riche, le père de la fiancée vint les mettre d’accord de la manière la plus imprévue. Il leur dit que sa fille dépitée du mépris de Marcellin et de son amour pour Claire renonçait à ce mariage et qu’il venait leur rendre leur parole et retirer la sienne : mais il ne disait pas la véritable cause de ces changements. C’était la tendre Claire qui avait trouvé le rare secret de gagner sa rivale et d’obliger une fille sage et sans autre amour à rompre volontairement un mariage assorti. Claire alla trouver la fiancée. J’aimais Marcellin, lui dit-elle, avant que je susse qu’il t’était promis, et je ne puis plus m’empêcher de l’aimer encore, ton mariage et mon amour nous rendront toutes deux malheureuses. Avec ce contrat de deux cents livres de rentes que je te donne tu peux choisir un aussi bon parti, et trouver de plus un mari qui t’aime. Cède-moi donc à ce prix un cœur qu’également tu m’ôterais avec peine ; il te convient mieux de rapporter du bien à un homme dont tu seras aimée que d’en recevoir d’un homme qui en aime une autre. Ce qu’il y avait de plus clair dans ce discours pour la fiancée, c’était les deux cents livres de rentes, et ce fut le motif qui la détermina, elle vendit son mari futur qui lui convenait assez mal pour en racheter un autre plus éveillé et dont l’humeur promit davantage : Marcellin, garçon modeste et peu fertile en sottises passa toujours chez les connaisseuses pour avoir assez peu d’esprit.
Jamais Claire ne fut si contente qu’au moment qu’elle n’eut plus rien, jamais son amour ne lui fut si doux qu’après lui avoir tant coûté. Marcellin de son côté fut transporté de joie à cette heureuse nouvelle. Il sentit combien il était aimé et combien Claire était digne de l’être de son côté, fier de la pâleur et de la faiblesse qui étaient demeurées il semblait craindre de voir disparaître avec sa convalescence les témoignages de sa tendresse, tandis que l’indigence de Claire était une preuve subsistante de la sienne. On aurait dit que toutes les privations qui coûtent le plus aux autres étaient pour eux de nouveaux moyens de richesse et de félicité. Jeunes amants, savourez à longs traits ces sentiments délicieux qui font le charme et le prix de la vie. Pauvres infirmes, oubliez ou méprisez de toute la terre, mais contents de votre cœur et de celui qui vous est cher, vous êtes heureux par tout ce qui fait le malheur des autres, hâtez-vous de jouir des plaisirs les plus purs qui soient connus des hommes, hélas ! vous connaîtrez peut-être un jour le prix des richesses, de la grandeur et de la considération, mais vous ne retrouverez plus le vrai bonheur.
En effet les moyens qui le leur rendaient si doux en retardaient déjà l’accomplissement. Les preuves de l’amour tendre et désintéressé de Claire n’augmentaient pas moins les répugnances du vieux Germon que l’empressement de Marcellin et dans le même événement où le fils ne regardait que le sacrifice de sa maîtresse, le père avare ne voyait que la perte des deux cents francs.
Une aventure aussi singulière même au village fit du bruit dans Orival.
FIN des AMOURS DE CLAIRE ET DE MARCELLIN
Liste des Mélanges ou littérature variée
Liste générale des titres
LE PETIT SAVOYARD
ou LA VIE DE CLAUDE NOYER
NOUVELLE
Jean-Jacques ROUSSEAU
MÉLANGES EN PROSE
Liste générale des titres
Pour toutes remarques ou suggestions :
ou rendez-vous sur :
J. J. Rousseau : Oeuvres complètes
Mélanges en prose
Germon learned, with both surprise and pain, the truth about her son’s illness; yet her natural stubbornness for a long time outweighed the fear caused by such a desperate decision. She regarded it more as a youthful naivety than as an excess of love—for the phenomena of such strange passion are mysteries incomprehensible to those hearts not destined to experience them. Claire saw through it just the same; the secret had been revealed, for despite being a good mother, Germon was still a woman. And it is easy to understand that in such circumstances, an anxious lover is far from ignorant of the events that concern her. Claire rushed to Marcellin’s bedside; fortunately, she was not bound by those ridiculous conventions that turn urban formalities into a perpetual exchange of restraint and deceit. Thus, without any scruples, she allowed all the sensitivity of her soul to express itself freely—her eyes spoke more than her words, and she could communicate with even greater assurance, for the language of emotion, so vivid, so intense, was so perfectly understood by both her and Marcellin that it needed no interpretation for others.
She found him almost out of danger, and his presence ensured that he would indeed be safe, allowing her to rejoice in her triumph without any worries regarding the outcome. This decisive proof of Marcellin’s feelings left as deep an impression on her as his tears had done on him, and it did not take long before she reciprocated his expressions of love in just as unequivocal a manner.
Claire had clearly noticed that Marcellin’s parents regarded her with a certain degree of disapproval. They had made plans for their son’s marriage. They were wealthy, and this was a strong reason for them to desire even greater wealth. Moreover, although the girl they had chosen was not particularly attractive herself, they relied on her father’s influence at the castle to secure the estate and other advantages that would have placed them in the leading position in the community. It would have been impossible to break off the marriage without giving up such tempting prospects. They did not want to make Marcellin unhappy, for it is not until one’s ambition descends to such a low level that it silences one’s natural feelings; yet they were disappointed that his preferences stood in the way of their plans. Plans made by mere villagers! Why not? Even Caesar would have preferred to be number one in a small village rather than second in Rome.
While Germon and his wife were arguing among themselves about whether their son would be happy or wealthy, the fiancée’s father came and settled their disagreement in the most unexpected way. He told them that his daughter, disappointed by Marcellin’s disdain and his love for Claire, had decided to cancel the marriage, and that he was there to revoke his own promise as well as theirs—but he did not reveal the true reason behind these changes. It was the gentle Claire who had discovered the rare method of winning over her rival and forcing a sensible girl, who had no other lover, to voluntarily break off a marriage that seemed suitable for her. Claire went to see the fiancée and said to her, “I loved Marcellin before I even knew he was promised to you, and I can no longer help but love him still. Your marriage and my love will make us both unhappy.” With the promise of two hundred pounds per year in income, she added, “You could choose a far better husband this way—and one who truly loves you. So please, for this price, give me a heart that you would otherwise be reluctant to part with. It is far more worthwhile to bring happiness to a man who loves you than to accept wealth from one who loves another.” What was most convincing in Claire’s words to the fiancée were undoubtedly those two hundred pounds of income, and it was this consideration that ultimately led her to make her decision. She sold her future husband—who was not particularly suitable for her—and used the money to buy another man, one whose character seemed more promising. Marcellin, a modest young man who rarely committed any foolish mistakes, was always regarded by those in the know as rather lacking in intelligence.
Never was Claire so happy as at the moment when she no longer had anything left; never was her love so tender after having cost her so much. On his part, Marcellin was overjoyed by this fortunate news. He felt how deeply he was loved and how worthy Claire was of such love. He was proud of the paleness and weakness that seemed to threaten to disappear with her recovery—those very signs of his tenderness—but Claire’s poverty was a lasting proof of his own devotion. It was as if all the privations that caused others so much suffering were for them new sources of wealth and happiness. Young lovers, savor these delightful feelings that give life its charm and value. Poor sick people, you may forget or despise everything else in this world, but as long as you are content with your own heart and the one you love, you are happy—even in the very things that bring others sorrow. Hurry to enjoy the purest pleasures known to mankind; alas, perhaps one day you will understand the true value of wealth, greatness, and respect, but you will never find true happiness again.
Indeed, the very means that made her so gentle were already delaying the fulfillment of his desires. The proofs of Claire’s tender and selfless love did nothing to diminish the old Germon’s aversion; on the contrary, Marcellin’s eagerness only added to it. In the same situation where the son saw only the sacrifice of his beloved, the greedy father saw only the loss of those two hundred francs.
An adventure so unusual, even in the village, caused quite a stir in Orival.
The End of Claire and Marcelin’s Love Story
List of Miscellaneous Works or Varied Literature
General list of titles
THE LITTLE SAVOYARD
or THE LIFE OF CLAUDE NOYER
NEW STORY
Jean-Jacques Rousseau
Prose Mixtures
General list of titles
For any comments or suggestions:
or meet at:
J. J. Rousseau: Complete Works
Prose Mixtures
Germon apprese con sorpresa e dolore il segreto della malattia di suo figlio; tuttavia, la sua natura testarda fece a lungo prevalere la determinazione che quella risoluzione disperata le ispirava sul terrore che provava. La considerava piuttosto una semplicità tipica di un giovane che un eccesso d’amore. Poiché i fenomeni di questa strana passione sono misteri incomprensibili per coloro i cui cuori non sono fatti per provarla. Anche Claire non si ingannò; il segreto era trapelato. Poiché, anche se la buona Germon era una madre, questo non le impediva di essere donna. E si può facilmente immaginare che, in un simile caso, un’amante preoccupata non sia certo l’ultima a venire a conoscenza degli eventi che la riguardano. Claire corse al capezzale di Marcellin; aveva la fortuna di non essere schiava di quelle ridicole convenzioni sociali che trasformano le procedure delle città in un commercio perpetuo di costrizioni e falsità. Si abbandonò quindi senza rimorsi a tutta la sensibilità del proprio cuore. I suoi occhi dicevano più di quanto potessero dire le sue parole, e poteva esprimersi con ancora maggiore sicurezza, poiché il linguaggio dei sentimenti, così vivido, così energico, così compreso da lei e da Marcellin, lo era molto meno dagli altri spettatori.
Lo trovò quasi al sicuro e la sua presenza contribuì ulteriormente a rassicurarla, permettendole di godere del proprio trionfo senza alcun timore per l’esito dell’evento. Questa prova così decisiva dei sentimenti di Marcellin le fece altrettanta impressione quanto le sue lacrime ne avevano fatta su di lui, e non tardò a ricambiare in modo altrettanto esplicito gli attestati d’amore che aveva ricevuto.
Claire si era resa ben conto che i genitori di Marcellin la consideravano con una sorta di dispiacere. Avevano fatto dei progetti per il matrimonio di loro figlio. Erano ricchi: questo rappresentava un motivo molto forte per voler diventare ancora più ricchi. E anche se la ragazza che avevano scelto non era particolarmente attraente, contavano sul prestigio del padre di lei nel castello per ottenere la tenuta e altri vantaggi che avrebbero potuto renderli i primi della zona. Non si poteva rompere il matrimonio senza rinunciare a progetti così allettanti. Non volevano rendere Marcellin infelice, perché non è certo a un livello così basso che l’ambizione possa soffocare la natura umana; tuttavia erano delusi dal fatto che i gusti di lui rappresentassero un ostacolo ai loro piani. Progetti da contadini. E perché no? Anche Cesare preferiva essere il primo in un villaggio piuttosto che il secondo a Roma, no?
Mentre Germon e sua moglie discutevano se loro figlio sarebbe stato felice o ricco, il padre della fidanzata venne a metterli d’accordo in modo del tutto inaspettato. Disse loro che sua figlia, offesa dal disprezzo di Marcellin e dal suo amore per Claire, rinunciava a quel matrimonio e che veniva a ritirare la propria promessa e anche quella fatta loro: ma non rivelò mai la vera ragione di questi cambiamenti. Era stata proprio la gentile Claire a scoprire il modo per vincere la sua rivale e convincere una ragazza saggia e senza altri amori ad abbandonare volontariamente un matrimonio che le sembrava inadatto. Claire andò dalla fidanzata e le disse: “Amavo Marcellin prima di sapere che fosse promesso a te, e non riesco più a smettere di amarlo. Il vostro matrimonio e il mio amore ci renderanno entrambe infelici”. Con quei duecento libri di rendita che le offriva, la fidanzata poteva scegliere un partito altrettanto buono e trovare inoltre un marito che l’amasse. Quindi acconsentì a cederle quel cuore che, altrimenti, avrebbe faticato molto a lasciare andare. Era meglio per lei donare felicità a un uomo che l’avrebbe amata, piuttosto che riceverla da uno che ne amava un’altra. Quello che in quel discorso era più evidente per la fidanzata erano proprio quei duecento libri di rendita. E fu questo il motivo che la spinse a decidere. Vendette il suo futuro marito, che le sembrava piuttosto insoddisfacente, per acquistare un altro. Uno più sensato, il cui carattere prometteva di essere più stabile. Marcellin, ragazzo modesto e poco propenso alle sciocchezze, fu sempre considerato dalle donne come uno privo di intelletto.
Mai Claire fu così soddisfatta come nel momento in cui non le rimase più nulla; mai il suo amore le parve così dolce dopo averle costato tanto. Da parte sua, Marcellin fu travolto dalla gioia di questa lieta notizia. Sentì quanto fosse amato e quanto Claire fosse degna di essere amata da lui; era orgoglioso della palidezza e della debolezza che sembravano destinate a scomparire con la sua guarigione, temendo che tali segni del suo affetto potessero svanire. Mentre la povertà di Claire rappresentava una prova tangibile del suo amore per lei. Si sarebbe detto che tutte le privazioni che causano più dolore agli altri fossero, per loro, nuovi mezzi di ricchezza e felicità. Giovani amanti, godete a lungo di questi deliziosi sentimenti che rendono la vita così incantevole e preziosa. Poveri malati, dimenticate o disprezzate tutto ciò che il mondo può offrirvi, ma se siete soddisfatti del vostro cuore e di quello di chi vi è caro, siete felici nonostante tutto ciò che causa infelicità agli altri. Affrettatevi a godere dei piaceri più puri conosciuti dagli uomini. Ahimè, forse un giorno scoprirete il vero valore della ricchezza, della grandezza e del rispetto. Ma non riuscirete mai più a ritrovare la vera felicità.
Infatti, i mezzi che rendevano quelle azioni così dolci ritardavano già il loro compimento. Le prove dell’amore tenero e disinteressato di Claire non diminuivano affatto le avversioni del vecchio Germon, proprio come l’impegno di Marcellin: nello stesso evento in cui il figlio vedeva solo il sacrificio della sua amante, il padre avaro vedeva soltanto la perdita di quei duecento franchi.
Un’avventura così straordinaria, anche nel villaggio, suscitò grande scalpore a Orival.
Fine degli amori di Claire e Marcelin
Elenco di miscellane o letteratura varia
Elenco generale dei titoli
Il piccolo savoiardo
o LA VITA DI CLAUDE NOYER
NUOVO RACCONTO
Jean-Jacques Rousseau
MIXI DI PROSA
Elenco generale dei titoli
Per qualsiasi osservazione o suggerimento:
oppure incontriamoci su:
J.-J. Rousseau: Opere complete
Raccolte di prosa