Rousseau
Abstract
Rousseau’s major autobiography, whose declared aim is to show ‘a man in the truth of nature’, concealing neither good nor bad: it recounts his Genevan childhood, his formation under Mme de Warens, his years of writing and persecution, implicitly defending the natural goodness of his own character against a society that corrupted and hounded him.
Connections
Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Concetti: amor proprio
Forme: confessione
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables ; qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose : Je fus meilleur que cet homme-là.
( 1712 – 1719) Je suis né à Genève, en 1712[5] d’Isaac Rousseau, citoyen, et de Susanne Bernard, citoyenne. Un bien fort médiocre à partager entre quinze enfants ayant réduit presque à rien la portion de mon père, il n’avait pour subsister que son métier d’horloger, dans lequel il était à la vérité fort habile. Ma mère, fille du ministre Bernard, était plus riche ; elle avait de la sagesse et de la beauté : ce n’était pas sans peine que mon père l’avait obtenue. Leurs amours avaient commencé presque avec leur vie : dès l’âge de huit à neuf ans ils se promenaient ensemble tous les soirs sur la Treille ; à dix ans ils ne pouvaient plus se quitter. La sympathie, l’accord des âmes affermit en eux le sentiment qu’avait produit l’habitude. Tous deux, nés tendres et sensibles, n’attendaient que le moment de trouver dans un autre la même disposition, ou plutôt ce moment les attendait eux-mêmes, et chacun d’eux jeta son cœur dans le premier qui s’ouvrit pour le recevoir. Le sort, qui semblait contrarier leur passion, ne fit que l’animer. Le jeune amant, ne pouvant obtenir sa maîtresse, se consumait de douleur ; elle lui conseilla de voyager pour l’oublier. Il voyagea sans fruit, et revint plus amoureux que jamais. Il retrouva celle qu’il aimait tendre et fidèle. Après cette épreuve, il ne restait qu’à s’aimer toute la vie ; ils le jurèrent, et le ciel bénit leur serment.
Gabriel Bernard, frère de ma mère, devint amoureux d’une des sœurs de mon père ; mais elle ne consentit à épouser le frère qu’à condition que son frère épouserait la sœur. L’amour arrangea tout, et les deux mariages se firent le même jour. Ainsi mon oncle était le mari de ma tante, et leurs enfants furent doublement mes cousins germains. Il en naquit un de part et d’autre au bout d’une année ; ensuite il fallut encore se séparer.
Mon oncle Bernard était ingénieur : il alla servir dans l’Empire et en Hongrie sous le prince Eugène. Il se distingua au siège et à la bataille de Belgrade. Mon père, après la naissance de mon frère unique, partit pour Constantinople, où il était appelé, et devint horloger du sérail. Durant son absence, la beauté de ma mère, son esprit, ses talents[6], lui attirèrent des hommages. M. de la Closure, résident de France, fut des plus empressés à lui en offrir. Il fallait que sa passion fût vive, puisqu’au bout de trente ans je l’ai vu s’attendrir en me parlant d’elle. Ma mère avait plus que de la vertu pour s’en défendre, elle aimait tendrement son mari, elle le pressa de revenir : il quitta tout et revint. Je fus le triste fruit de ce retour. Dix mois après, je naquis infirme et malade ; je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs.[7].
Je n’ai pas su comment mon père supporta cette perte, mais je sais qu’il ne s’en consola jamais. Il croyait la revoir en moi, sans pouvoir oublier que je la lui avais ôtée ; jamais il ne m’embrassa que je ne sentisse à ses soupirs, à ses convulsives étreintes, qu’un regret amer se mêlait à ses caresses ; elles n’en étaient que plus tendres. Quand il me disait : Jean-Jacques, parlons de ta mère, je lui disais : hé bien ! mon père, nous allons donc pleurer ; et ce mot seul lui tirait déjà des larmes. Ah ! disait-il en gémissant, rends-la-moi, console-moi d’elle, remplis le vide qu’elle a laissé dans mon âme. T’aimerais-je ainsi si tu n’étais que mon fils ? Quarante ans après l’avoir perdue, il est mort dans les bras d’une seconde femme, mais le nom de la première à la bouche, et son image au fond du cœur.
Tels furent les auteurs de mes jours. De tous les dons que le ciel leur avait départis, un cœur sensible est le seul qu’ils me laissèrent ; mais il avait fait leur bonheur, et fit tous les malheurs de ma vie.
J’étais né presque mourant ; on espérait peu de me conserver. J’apportai le germe d’une incommodité que les ans ont renforcée[8], et qui maintenant ne me donne quelquefois des relâches que pour me laisser souffrir plus cruellement d’une autre façon. Une sœur de mon père, fille aimable et sage, prit si grand soin de moi, qu’elle me sauva. Au moment où j’écris ceci, elle est encore en vie, soignant, à l’âge de quatre-vingts ans, un mari plus jeune qu’elle, mais usé par la boisson. Chère tante, je vous pardonne de m’avoir fait vivre, et je m’afflige de ne pouvoir vous rendre à la fin de vos jours les tendres soins que vous m’avez prodigués au commencement des miens[9]. J’ai aussi ma mie Jacqueline encore vivante, saine et robuste. Les mains qui m’ouvrirent les yeux à ma naissance pourront me les fermer à ma mort.
Je sentis avant de penser : c’est le sort commun de l’humanité. Je l’éprouvai plus qu’un autre. J’ignore ce que je fis jusqu’à cinq ou six ans ; je ne sais comment j’appris à lire ; je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c’est le temps d’où je date sans interruption la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mîmes à les lire après souper mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants ; mais bientôt l’intérêt devint si vif, que nous lisions tour à tour sans relâche et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu’à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux : allons nous coucher ; je suis plus enfant que toi.
En peu de temps j’acquis, par cette dangereuse méthode, non seulement une extrême facilité à lire et à m’entendre, mais une intelligence unique à mon âge sur les passions. Je n’avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m’étaient déjà connus. Je n’avais rien conçu, j’avais tout senti[10]. Ces émotions confuses que j’éprouvais coup sur coup n’altéraient point la raison que je n’avais pas encore ; mais elles m’en formèrent une d’une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l’expérience et la réflexion n’ont jamais bien pu me guérir.
I am establishing a company that will have no precedent and whose methods will leave no imitators. I wish to show my fellow men what a man can be in all the truth of his nature; and that man shall be me.
Only I. I feel my own heart and I understand human nature. I am not made like any of those I have seen; I dare to believe that I am not made like any of those who exist. If I am not better, at least I am different. Whether nature has done well or ill in shaping me in this particular way, that can be judged only after understanding me fully.
Let the trumpet of judgment sound whenever it wishes; I will come, holding this book in my hand, to present myself before the supreme judge. I will declare aloud: This is what I did, what I thought, what I was. I spoke of good and evil with equal frankness. I neither concealed anything bad nor added anything good; and if at any time I used some trivial embellishment, it was merely to fill in gaps caused by my lack of memory. I assumed to be true whatever I believed might have been true, but never what I knew to be false. I presented myself as I truly was—despicable and vile when I was so, good, generous, and sublime when I was such. I revealed my inner self just as you yourself have seen it. To be eternal means to gather around me the countless multitude of my kind; let them listen to my confessions, groan at my indignities, and blush at my miseries. Let each of them, in turn, open their hearts before your throne with the same sincerity; and then let but one of them dare say to you: I was better than this man.
(1712 – 1719) I was born in Geneva in 1712[5] to Isaac Rousseau, a citizen, and Susanne Bernard, also a citizen. Their modest wealth was barely enough to support fifteen children, which left my father with very little. His only means of support was his trade as a watchmaker, in which he was indeed highly skilled. My mother, the daughter of Minister Bernard, was far wealthier; she possessed both wisdom and beauty—my father had not easily won her heart. Their love began almost from their earliest days: at the age of eight or nine, they would walk together every evening along the Treille; by ten years old, they could no longer be separated. Sympathy and the harmony of their souls strengthened the feelings that habit had already nurtured between them. Both being naturally tender and sensitive, they were only waiting for the moment when they would find in another person the same disposition—or rather, that moment was awaiting them. Each of them immediately devoted their heart to the first person who showed them kindness. Fate, which seemed to oppose their passion, actually only served to intensify it. Unable to win his beloved’s heart, the young man suffered greatly; she advised him to travel in order to forget her. He traveled in vain and returned even more deeply in love than before. He found her still tender and faithful. After this trial, all that remained was to love each other for the rest of their lives—they swore it, and heaven blessed their vow.
Gabriel Bernard, my mother’s brother, fell in love with one of my father’s sisters; but she agreed to marry him only on the condition that her own brother would marry the other sister. Love made it all possible, and both marriages took place on the same day. Thus, my uncle became my aunt’s husband, and their children were my first cousins by blood. A child was born to each of them a year later; after that, they had to separate again.
My uncle Bernard was an engineer; he went to serve in the Empire and in Hungary under Prince Eugène. He distinguished himself during the siege and battle of Belgrade. After the birth of my only brother, my father left for Constantinople, where he was called upon, and became a clockmaker at the sultan’s palace. During his absence, my mother’s beauty, her intellect, and her talents attracted many admirers. Mr. de la Closure, a resident of France, was among those who were most eager to court her. His passion must have been intense, for thirty years later, I saw him grow emotional when talking about her. My mother had more than enough virtue to protect herself; she loved her husband deeply and urged him to return. He left everything behind and came back. I was the unfortunate result of that return. Ten months later, I was born sickly and disabled; my birth cost my mother her life, and it was the beginning of all my misfortunes.[7]
I never understood how my father managed to endure such a loss, but I know he never came to terms with it. He believed he could see her in me again, yet he could never forget that I had taken her away from him. Whenever he kissed me, I could sense in his sighs and his trembling embraces that a bitter regret mingled with his tenderness; yet those kisses were all the more tender for that very reason. When he would say to me, “Jean-Jacques, let’s talk about your mother,” I would reply, “Well then, father, we are going to cry, ” And just that word brought tears to his eyes. “Ah!” he would lament, “Give her back to me, console me for her loss, fill the void she left in my soul. Would I love you in this way if you were merely my son?” Forty years after losing her, he died in the arms of another woman, but the name of the first one remained on his lips, and her image lived forever in his heart.
Such were the people who shaped my life. Of all the gifts that heaven had bestowed upon them, a sensitive heart was the only one they left to me; yet it brought them happiness—and caused all the misfortunes in my life.
I was born almost dead; there were few hopes that I could be saved. I carried within me the seeds of a disorder that the years have only exacerbated[8], and which now sometimes allows me some respite only to make me suffer more cruelly in another way. A sister of my father, kind and wise, took such great care of me that she saved my life. At the time I am writing this, she is still alive, caring for a husband who is younger than her but worn out by alcoholism, at the age of eighty. Dear aunt, I forgive you for making me live, and I regret that I cannot repay you with the tender care you gave me at the beginning of my life[9]. My dear Jacqueline is also still alive, healthy and strong. The very hands that opened my eyes at birth will also close them at my death.
I felt it before I thought about it: it is the common fate of humanity. I experienced it more intensely than others. I don’t remember what I did until I was five or six years old; I don’t know how I learned to read; I only recall my first readings and their effect on me: that is the time from which I can trace my self-awareness without interruption. My mother had left some novels behind. After dinner, my father and I would start reading them. At first, it was just about practicing reading with entertaining books; but soon our interest became so strong that we read one after another without stopping, spending entire nights on this activity. We could only stop when we had finished the whole book. Sometimes, in the morning, when my father heard the swallows singing, he would say, embarrassed, “Let’s go to bed; I’m still more of a child than you are.”
In a very short time, through this dangerous method, I not only acquired an extraordinary ability to read and understand what was being said around me, but also developed an intelligence regarding human passions that was unique for my age. I had no prior concepts about various things; yet all these emotions were already familiar to me. I had not conceived anything in advance; I had simply experienced them all[10]. These confused emotions, which arose one after another, did not in any way undermine my reason—which I still did not possess at that time—but they shaped it into a different kind of reasoning and gave me peculiar, almost romantic notions about human life, from which neither experience nor reflection have ever been able to completely free me.
Sto creando un’impresa senza precedenti, la cui realizzazione non avrà eguali. Voglio mostrare ai miei simili un uomo nella sua vera natura; e quell’uomo sarò io stesso.
Solo io. Sento il mio cuore e conosco gli uomini. Non sono fatto come nessuno di quelli che ho visto; oso credere di non essere fatto come nessuno di quelli che esistono. Se non valgo di più, almeno sono diverso. Se la natura abbia fatto bene o male a rompere il “modello” nel quale mi ha plasmato, questo si può giudicare solo dopo avermi conosciuto veramente.
Che suoni quando vuole la tromba del giudizio finale; io verrò, con questo libro in mano, a presentarmi davanti al sovrano giudice. Dirò ad alta voce: ecco ciò che ho fatto, ciò che ho pensato, ciò che sono stato. Ho parlato del bene e del male con la stessa onestà. Non ho nascosto nulla di male, né aggiunto nulla di buono; e se talvolta ho utilizzato qualche espressione superflua, è stato soltanto per colmare un vuoto causato dalla mia memoria debole; ho potuto considerare vero ciò che sapevo essere possibile, ma mai ciò che sapevo essere falso. Mi sono mostrato tale quale ero: spregevole e vile quando lo ero, buono, generoso, sublime, quando lo ero; ho rivelato il mio interno esattamente come tu stesso l’hai visto. Essendo eterno, raduna intorno a me l’innumerevole folla dei miei simili; che ascoltino le mie confessioni, che gemano per le mie indignità, che arrossiscano per le mie miserie. Che ognuno di loro, a turno, esponga il proprio cuore ai tuoi piedi con la stessa sincerità; e poi che solo uno di loro osi dirti: “Io sono stato migliore di quest’uomo”.
(1712 – 1719) Sono nato a Ginevra nel 1712[5] da Isaac Rousseau, cittadino, e da Susanne Bernard, anch’essa cittadina. La loro fortuna era molto modesta; divisa tra quindici figli, lasciava ben poco a mio padre, il quale doveva guadagnarsi da vivere esclusivamente con il suo mestiere di orologiaio, nel quale era davvero molto abile. Mia madre, figlia del ministro Bernard, era più ricca; possedeva saggezza e bellezza. Ma non fu facile per mio padre conquistarla. Il loro amore era nato fin da piccoli: già all’età di otto o nove anni passeggiavano insieme ogni sera lungo il Treille; a dieci anni non riuscivano più a stare separati. La simpatia e l’armonia dei loro caratteri rafforzarono ulteriormente i sentimenti che già esistevano tra di loro. Entrambi, nati teneri e sensibili, aspettavano soltanto il momento in cui avrebbero trovato in un altro essere la stessa disposizione d’animo. O meglio: quel momento li attendeva già. E ciascuno dei due donò immediatamente il proprio cuore alla prima persona che si aprì ad accoglierlo. Il destino, che sembrava contrariare la loro passione, non fece altro che alimentarla ancora di più. Il giovane innamorato, non riuscendo a ottenere l’amata, si consumava nel dolore; lei gli consigliò di viaggiare per dimenticarla. Lui viaggiò invano e tornò ancora più innamorato che mai. Riscoprì la donna che amava: tenera e fedele. Dopo questa prova, non restava altro da fare se non amarsi per tutta la vita. Lo giurarono. E il cielo benedisse il loro giuramento.
Gabriel Bernard, fratello di mia madre, si innamorò di una delle sorelle di mio padre; ma lei acconsentì a sposare lui solo a condizione che anche suo fratello sposasse la sorella di Gabriel. L’amore risolse ogni problema, e i due matrimoni ebbero luogo lo stesso giorno. Così mio zio divenne marito di mia zia, e i loro figli furono mie cugini di primo grado. Dopo un anno nacque un bambino da entrambe le coppie; in seguito dovettero separarsi nuovamente.
Mio zio Bernard era ingegnere: andò a prestare servizio nell’Impero e in Ungheria sotto il principe Eugenio. Si distinse durante l’assedio e nella battaglia di Belgrado. Mio padre, dopo la nascita del mio unico fratello, partì per Costantinopoli, dove era stato chiamato, e divenne orologiaio presso il serraglio imperiale. Durante la sua assenza, la bellezza di mia madre, il suo spirito e i suoi talenti attirarono molti corteggiatori; tra questi, il signor de la Closure, residente in Francia, fu uno dei più insistenti. La sua passione doveva essere davvero intensa, poiché trent’anni dopo lo vidi commuoversi quando ne parlava. Mia madre aveva ben più della semplice virtù per difendersi: amava profondamente suo marito e lo esortò a tornare; lui lasciò tutto e tornò da lei. Io fui il triste frutto di quel ritorno. Dieci mesi dopo nacqui malato e debole; la mia nascita fu l’inizio dei miei mali.
Non so come mio padre abbia potuto sopportare quella perdita, ma so che non si è mai consolato. Credeva di rivederla in me, senza riuscire a dimenticare che ero stato io ad avergliela portata via; ogni volta che mi baciava, nei suoi sospiri, nelle sue strette convulse, sentivo che un amaro rimpianto si mescolava alle sue carezze. E queste carezze ne risultavano solo più tenere. Quando mi diceva: “Jean-Jacques, parliamo di tua madre”, io rispondevo: “Beh, papà, allora piangeremo, ”, e già quella sola frase gli strappava le lacrime. “Ah!”, gemeva, “restammi lei, consolami per la sua mancanza, riempimi il vuoto che ha lasciato nella mia anima. Ti amerei allo stesso modo se non fossi solo mio figlio”. Quarant’anni dopo averla persa, morì tra le braccia di un’altra donna, ma il nome della prima era ancora sulle sue labbra e la sua immagine rimase per sempre nel suo cuore.
Ecco quali furono gli autori dei miei giorni. Di tutti i doni che il cielo aveva loro concesso, l’unico che mi lasciarono fu un cuore sensibile; ma proprio quel cuore fu la causa della loro felicità, e anche di tutte le mie sfortune.
Sono nato quasi morente; le speranze di salvarmi erano scarse. Ho portato con me il germe di un disturbo che gli anni hanno ulteriormente aggravato, e che ora, a volte, mi concede momenti di sollievo solo per far sì che soffra in modo ancora più crudele in altri modi. Una sorella di mio padre, donna amorevole e saggia, si prese cura di me con grande dedizione e riuscì a salvarmi. Nel momento in cui scrivo queste parole, lei è ancora viva: all’età di ottant’anni, si prende cura di un marito più giovane di lei, ma logorato dall’alcolismo. Cara zia, vi perdono per avermi fatto vivere, e mi addoloro di non potervi restituire, alla fine dei vostri giorni, le tenere cure che avete profuso su di me all’inizio dei miei. Anch’io ho ancora mia Jacqueline: è viva, sana e robusta. Le stesse mani che mi aprirono gli occhi al momento della mia nascita potranno chiuderli quando morirò.
Sentii prima di pensare: è il destino comune dell’umanità. Lo provai più intensamente di chiunque altro. Non so cosa facessi fino ai cinque o sei anni; non ricordo come abbia imparato a leggere. Ricordo solo le mie prime letture e l’effetto che ebbero su di me: da quel momento in poi ho consapevolmente iniziato a conoscere me stesso. Mia madre aveva lasciato alcuni romanzi; dopo cena, mio padre ed io iniziammo a leggerli. All’inizio si trattava solo di esercitarmi nella lettura con libri divertenti. Ma presto l’interesse divenne così forte che leggevamo uno dopo l’altro senza sosta, trascorrendo le notti in questa attività. Non potevamo smettere se non alla fine del volume. A volte, al mattino, mio padre, sentendo il canto delle rondini, diceva imbarazzato: “Andiamo a dormire. Io sono ancora più bambino di te”.
In poco tempo, con questo metodo pericoloso, acquisii non solo una straordinaria facilità nel leggere e nell’ascoltare, ma anche un’intelligenza unica, per la mia età, riguardo alle passioni umane. Non avevo alcuna idea delle cose; tutti i sentimenti mi erano già noti. Non avevo concepito nulla, ma avevo tutto percepito[10]. Queste emozioni confuse che provavo una dopo l’altra non alteravano affatto la ragione che ancora non possedevo; tuttavia, le resero di un tipo diverso e mi fornirono delle concezioni strane e romantiche sulla vita umana, dalle quali l’esperienza e la riflessione non sono mai riuscite a liberarmi completamente.
(1719-1723) Les romans finirent avec l’été de 1719. L’hiver suivant, ce fut autre chose. La bibliothèque de ma mère épuisée, on eut recours à la portion de celle de son père qui nous était échue. Heureusement, il s’y trouva de bons livres ; et cela ne pouvait guère être autrement ; cette bibliothèque ayant été formée par un ministre, à la vérité, et savant même, car c’était la mode alors, mais homme de goût et d’esprit. L’Histoire de l’Église et de l’Empire, par Le Sueur ; le Discours de Bossuet sur l’Histoire universelle ; les Hommes illustres de Plutarque ; l’Histoire de Venise par Nani ; les Métamorphoses d’Ovide ; La Bruyère ; les Mondes de Fontenelle ; ses Dialogues des Morts, et quelques tomes de Molière, furent transportés dans le cabinet de mon père, et je les lui lisais tous les jours, durant son travail. J’y pris un goût rare et peut-être unique à cet âge. Plutarque surtout devint ma lecture favorite. Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans ; et je préférai bientôt Agésilas, Brutus, Aristide, à Orondate, Artamène et Juba. De ces intéressantes lectures, des entretiens qu’elles occasionnaient entre mon père et moi, se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient de joug et de servitude, qui m’a tourmenté tout le temps de ma vie dans les situations les moins propres à lui donner l’essor. Sans cesse occupé de Rome et d’Athènes, vivant pour ainsi dire avec leurs grands hommes, né moi-même citoyen d’une république, et fils d’un père dont l’amour de la patrie était la plus forte passion, je m’en enflammais à son exemple ; je me croyais Grec ou Romain ; je devenais le personnage dont je lisais la vie : le récit des traits de constance et d’intrépidité qui m’avaient frappé me rendait les yeux étincelants et la voix forte. Un jour que je racontais à table l’aventure de Scævola, on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud pour représenter son action.
J’avais un frère plus âgé que moi de sept ans. Il apprenait la profession de mon père. L’extrême affection qu’on avait pour moi le faisait un peu négliger, et ce n’est pas cela que j’approuve. Son éducation se sentit de cette négligence. Il prit le train du libertinage, même avant l’âge d’être un vrai libertin. On le mit chez un autre maître, d’où il faisait des escapades comme il en avait fait de la maison paternelle. Je ne le voyais presque point, à peine puis-je dire avoir fait connaissance avec lui ; mais je ne laissais pas de l’aimer tendrement, et il m’aimait autant qu’un polisson peut aimer quelque chose. Je me souviens qu’une fois que mon père le châtiait rudement et avec colère, je me jetai impétueusement entre deux, l’embrassant étroitement. Je le couvris ainsi
de mon corps, recevant les coups qui lui étaient portés, et je m’obstinai si bien dans cette attitude, qu’il fallut enfin que mon père lui fît grâce, soit désarmé par mes cris et mes larmes, soit pour ne pas me maltraiter plus que lui. Enfin mon frère tourna si mal, qu’il s’enfuit et disparut tout à fait. Quelque temps après, on sut qu’il était en Allemagne. Il n’écrivit pas une seule fois. On n’a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique.
Si ce pauvre garçon fut élevé négligemment, il n’en fut pas ainsi de son frère, et les enfants des rois ne sauraient être soignés avec plus de zèle que je le fus durant mes premiers ans, idolâtré de tout ce qui m’environnait, et toujours, ce qui est bien plus rare, traité en enfant chéri, jamais en enfant gâté. Jamais une seule fois, jusqu’à ma sortie de la maison paternelle, on ne m’a laissé courir seul dans la rue avec les autres enfants, jamais on n’eut à réprimer en moi ni à satisfaire aucune de ces fantasques humeurs qu’on impute à la nature, et qui naissent toutes de la seule éducation. J’avais les défauts de mon âge ; j’étais babillard, gourmand, quelquefois menteur. J’aurais volé des fruits, des bonbons, de la mangeaille ; mais jamais je n’ai pris plaisir à faire du mal, du dégât, à charger les autres, à tourmenter de pauvres animaux. Je me souviens pourtant d’avoir une fois pissé dans la marmite d’une de nos voisines, appelée Mme Clot, tandis qu’elle était au prêche. J’avoue même que ce souvenir me fait encore rire, parce que Mme Clot, bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus grognon que je connus de ma vie. Voilà la courte et véridique histoire de tous mes méfaits enfantins.
Comment serais-je devenu méchant, quand je n’avais sous les yeux que des exemples de douceur, et autour de moi que les meilleures gens du monde ? Mon père, ma tante, ma mie, mes parents, nos amis, nos voisins, tout ce qui m’environnait ne m’obéissait pas à la vérité, mais m’aimait, et moi je les aimais de même. Mes volontés étaient si peu excitées et si peu contrariées, qu’il ne me venait pas dans l’esprit d’en avoir. Je puis jurer que jusqu’à mon asservissement sous un maître, je n’ai pas su ce que c’était qu’une fantaisie. Hors le temps que je passais à lire ou écrire auprès de mon père, et celui où ma mie me menait promener, j’étais toujours avec ma tante, à la voir broder, à l’entendre chanter, assis ou debout à côté d’elle, et j’étais content. Son enjouement, sa douceur, sa figure agréable, m’ont laissé de si fortes impressions, que je vois encore son air, son regard, son attitude : je me souviens de ses petits propos caressants ; je dirais comment elle était vêtue et coiffée, sans oublier les deux crochets que ses cheveux noirs faisaient sur ses tempes, selon la mode de ce temps-là.
Je suis persuadé que je lui dois le goût ou plutôt la passion pour la musique, qui ne s’est bien développée en moi que longtemps après. Elle savait une quantité prodigieuse d’airs et de chansons qu’elle chantait avec un filet de voix douce. La sérénité d’âme de cette excellente fille éloignait d’elle et de tout ce qui l’environnait la rêverie et la tristesse. L’attrait que son chant avait pour moi fut tel que non seulement plusieurs de ses chansons me sont toujours restées dans la mémoire, mais qu’il m’en revient même, aujourd’hui que je l’ai perdue, qui, totalement oubliées depuis mon enfance, se retracent à mesure que je vieillis, avec un charme que je ne puis exprimer. Dirait-on que moi, vieux radoteur, rongé de soucis et de peines, je me surprends quelquefois à pleurer comme un enfant en marmottant ces petits airs d’une voix déjà cassée et tremblante ? Il y en a un surtout qui m’est bien revenu tout entier quant à l’air ; mais la seconde moitié des paroles s’est constamment refusée à tous mes efforts pour me la rappeler, quoiqu’il m’en revienne confusément les rimes. Voici le commencement et ce que j’ai pu me rappeler du reste :
Tircis, je n’ose
Écouter ton chalumeau
Sous l’ormeau ;
Car on en cause
Déjà dans notre hameau.
…
… un berger …
… s’engager …
…sans danger ;
Et toujours l’épine est sous la rose*
*. Voici cette chanson, air et paroles. Elle était très connue à Paris, et se chante encore dans la classe ouvrière.
Je cherche où est le charme attendrissant que mon cœur trouve à cette chanson : c’est un caprice auquel je ne comprends rien ; mais il m’est de toute impossibilité de la chanter jusqu’à la fin sans être arrêté par mes larmes. J’ai cent fois projeté d’écrire à Paris pour faire chercher le reste des paroles, si tant est que quelqu’un les connaisse encore. Mais je suis presque sûr que le plaisir que je prends à me rappeler cet air s’évanouirait en partie, si j’avais la preuve que d’autres que ma pauvre tante Suzon l’ont chanté.
Telles furent les premières affections de mon entrée à la vie : ainsi commençait à se former ou à se montrer en moi ce cœur à la fois si fier et si tendre, ce caractère efféminé, mais pourtant indomptable, qui, flottant toujours entre la faiblesse et le courage, entre la mollesse et la vertu, m’a jusqu’au bout mis en contradiction avec moi-même, et a fait que l’abstinence et la jouissance, le plaisir et la sagesse, m’ont également échappé.
(1719-1723) The reading of novels came to an end in the summer of 1719. The following winter, however, things were different. Once my mother’s library was depleted, we turned to my father’s collection that had fallen into our hands. Fortunately, there were some good books there; indeed, it couldn’t have been otherwise, for this library had been compiled by a minister—indeed, a learned one, since such was the fashion at the time—but also a man of taste and intellect. Works like The History of the Church and the Empire by Le Sueur, Bossuet’s Discourse on Universal History, Plutarch’s Biographies of Eminent Men, Nani’s History of Venice, Ovid’s Metamorphoses, La Bruyère’s works, Fontenelle’s * Worlds*, his Dialogues of the Dead, and several volumes of Molière’s plays were moved into my father’s study, and I read them to him every day while he worked. At that age, I developed a rare and perhaps unique passion for these books. In particular, Plutarch’s writings became my favorite. The pleasure I took in rereading them constantly helped me gradually abandon novels; soon, I preferred stories of Agésilas, Brutus, and Aristide to those of Orondate, Artamene, and Juba. It was from these fascinating readings and the discussions they sparked between my father and me that my free-minded and republican spirit, my indomitable and proud character—one that could never tolerate oppression or servitude—was shaped. Throughout my life, even in the most unfavorable circumstances, this spirit remained with me. Constantly preoccupied with Rome and Athens, living as it were alongside their great men, and being born a citizen of a republic whose father’s deepest passion was for his country, I was inspired by his example. I felt like a Greek or a Roman; I became the very character whose life story I read. The accounts of steadfastness and courage that moved me filled me with energy and made my voice loud and firm. Once, while telling the story of Scævola at the dinner table, everyone was startled to see me reach for a stove to demonstrate his actions.
I had an older brother who was seven years older than me. He was learning the same trade as my father. The extreme affection that everyone felt for me caused him to neglect me somewhat, and I certainly did not approve of that. His upbringing suffered greatly from this neglect. Before he even reached the age when one would typically be considered a “libertine,” he began to indulge in such behavior. He was placed under the tutelage of another master, but he still managed to escape just as he had done when living at home. I saw him very little; hardly even got to know him properly. Yet I loved him dearly, and he loved me in all the way a mischievous boy can love someone. I remember once, when my father was harshly and angrily punishing him, I impulsively stepped between them and hugged him tightly. In that way, I protected him.
My body endured the blows that were inflicted upon it, and I persisted in such an attitude that my father was finally forced to spare him—either moved by my cries and tears, or out of reluctance to harm me any further than he already had. Eventually, my brother’s situation deteriorated so badly that he ran away and disappeared completely. Some time later, it was learned that he was in Germany. He never wrote a single letter afterward. We have lost all contact with him since then, and that is how I ended up being an only child.
If that poor boy was raised carelessly, his brother was not; indeed, the children of kings could not have received more attention and care than I did in my early years. I was adored by everything around me, and—what is even rarer—treated as a beloved child, never as a spoiled one. Not once, until I left my parents’ home, was I allowed to run in the streets alone with other children; no attempt was ever made to suppress or indulge any of those whimsical moods that people attribute to nature, when in reality they all stem solely from upbringing. I had the faults typical of my age: I was talkative, greedy, and sometimes deceitful. I might have stolen fruits, candies, or food, but I never took pleasure in causing harm, destroying things, burdening others, or tormenting poor animals. I do remember once urinating in our neighbor Mme Clot’s pot while she was attending church. I must admit that this memory still makes me laugh, because Mme Clot, though a good woman overall, was certainly the grumpiest old lady I ever knew. Such is the brief and truthful account of all my childish misdeeds.
How could I have become wicked, when all around me were examples of kindness and the best people in the world? My father, my aunt, my beloved, my parents, our friends, our neighbors—everything surrounding me did not actually obey my will, but loved me; and I loved them just the same. My desires were so rarely stirred or opposed that the idea of such things never even occurred to me. I swear that until I was subjected to a master, I had no idea what a fantasy even was. Apart from the time I spent reading or writing with my father, and the times when my beloved would take me for walks, I was always with my aunt, watching her embroider, listening to her sing, sitting or standing beside her—and I was happy. Her cheerfulness, her kindness, her pleasant demeanor left such a deep impression on me that I can still vividly recall her expression, her gaze, her posture; I remember her tender words; I could describe exactly how she was dressed and coiffed, including the two little curls that her black hair formed at her temples, in accordance with the fashion of that time.
I am convinced that I owe to her my taste for music, or rather, my passion for it—a passion that did not truly develop within me until much later. She knew an enormous number of tunes and songs, which she sang with a soft, delicate voice. The serene nature of this excellent girl kept both her and everything around her free from daydreaming and sadness. The allure of her singing was so strong that not only did several of her songs remain firmly in my memory, but even today, long after I lost her, those songs—whom I had completely forgotten since my childhood—resurface as I age, carrying with them a charm that I simply cannot express. Would one say that I, an old man plagued by worries and sorrows, sometimes find myself crying like a child while murmuring these little tunes in a voice that is now hoarse and trembling? There is one particular song whose melody has returned to me in its entirety; however, the second half of its lyrics has stubbornly eluded all my attempts to recall them, although I vaguely remember their rhymes. Here is the beginning of that song, along with what I have been able to remember of the rest:
Tircis, I dare not.
Listen to your flute.
Under the oak tree;
Because it is at issue.
Already in our village.
…
, a shepherd.
, to commit oneself.
, without danger;
And yet, the thorn is always beneath the rose*.
- Here is this song, including both the melody and lyrics. It was very popular in Paris, and it is still sung among the working class today.
I try to figure out where lies that touching charm that makes my heart respond so strongly to this song—it’s some kind of caprice that I simply don’t understand; yet it’s utterly impossible for me to sing it to the end without being interrupted by tears. I’ve thought many times about writing to Paris and asking if anyone still remembers the rest of the lyrics. But I’m almost certain that the pleasure I derive from recalling this melody would be diminished, if I knew that other people besides my poor aunt Suzon had ever sung it.
Such were the first sentiments that arose upon my entry into life: thus began to take shape within me that heart—both so proud and so tender, that character, effeminate yet indomitable, which constantly hovered between weakness and courage, between softness and virtue, and which caused me to be in constant conflict with myself throughout my life. As a result, both abstinence and indulgence, pleasure and wisdom eluded me.
(1719-1723) I romanzi terminarono con l’estate del 1719. L’inverno seguente, le cose furono diverse. La biblioteca di mia madre essendo esaurita, ci si rivolse alla parte della biblioteca di mio padre che ci era rimasta. Fortunatamente, vi erano dei buoni libri; e non poteva essere altrimenti, poiché quella biblioteca era stata formata da un ministro, anzi, un uomo davvero colto, poiché all’epoca era questa la moda; ma anche un uomo di gusto e d’intelligenza. L’“Storia della Chiesa e dell’Impero” di Le Sueur, il “Discorso su Storia Universale” di Bossuet, i “Vite dei Personaggi Illustri” di Plutarco, la “Storia di Venezia” di Nani, le “Metamorfosi” di Ovidio, La Bruyère, i “Mondi” di Fontenelle, i suoi “Dialoghi dei Morti”, e alcuni volumi di Molière furono trasferiti nel studio di mio padre; li leggevo ogni giorno, mentre lavorava. Acquisii così un gusto raro, forse unico a quell’età. Plutarco divenne soprattutto la mia lettura preferita. Il piacere che provavo nel rileggerlo continuamente mi aiutò ad abbandonare gradualmente i romanzi; presto preferii Agisila, Bruto, Aristide a Orondate, Artamene e Giuba. Da queste letture interessanti, dagli scambi di idee che esse suscitavano tra mio padre e me, si formò quell’animo libero e repubblicano, quel carattere indomabile e fiero, impaziente di schiavitù e sottomissione, un carattere che mi ha tormentato per tutta la vita, anche nelle situazioni meno adatte a farlo sbocciare. Costantemente immerso nella storia di Roma e Atene, vivendo praticamente insieme ai loro grandi uomini, essendo io stesso cittadino di una repubblica e figlio di un padre il cui amore per la patria era la passione più forte, ne ero profondamente influenzato; mi consideravo greco o romano, diventavo il personaggio della cui vita leggevo. Il racconto dei suoi gesti di costanza e coraggio mi faceva brillare negli occhi e rafforzava la mia voce. Un giorno, mentre raccontavo a tavola l’avventura di Scævola, tutti rimasero spaventati quando videro che mi alzavo in piedi e mettevo una mano su un braciere per rappresentare le sue azioni.
Avevo un fratello più grande di me di sette anni; imparava la stessa professione di mio padre. L’affetto eccessivo che tutti provavano per me lo facevano trascurare un po’, e questo non è certo qualcosa che approvo. La sua educazione ne risentì negativamente: iniziò a seguire una vita dissoluta, persino prima di raggiungere l’età in cui si può davvero considerarsi un libertino. Fu messo sotto la guida di un altro maestro, ma continuava a fare fughe, proprio come aveva fatto quando viveva ancora con i nostri genitori. Lo vedevo quasi mai; potrei dire di averlo conosciuto appena. Tuttavia lo amavo profondamente, e lui mi amava allo stesso modo in cui un ragazzo può amare qualcuno. Ricordo che una volta, quando mio padre lo punì severamente e con rabbia, mi gettai tra loro abbracciandolo forte. In quel modo cercai di proteggerlo.
Il mio corpo, che riceveva i colpi che gli venivano inflitti, rimase immobile in quella posizione; io insistetti così tanto in quell’atteggiamento, che alla fine mio padre dovette perdonarlo, sia per via dei miei gridi e delle mie lacrime, sia perché non voleva maltrattarmi ulteriormente. Alla fine, mio fratello andò talmente male che fuggì e scomparve del tutto. Poco dopo si seppe che si trovava in Germania. Non scrisse nemmeno una volta; da allora non abbiamo più avuto sue notizie, ed è così che sono rimasto l’unico figlio della mia famiglia.
Se quel povero ragazzo fu allevato con negligenza, suo fratello non lo fu; inoltre, i figli dei re non potrebbero essere curati con maggiore impegno di quanto io fossi curato nei miei primi anni: adorato da tutto ciò che mi circondava e, cosa ancora più rara, trattato sempre come un bambino amato, mai come un bambino viziato. Nemmeno una volta, fino al momento in cui lasciai la casa dei miei genitori, mi fu permesso di correre da solo per strada con gli altri bambini; nessuna delle quelle capricciose umore che si attribuiscono alla natura, ma che in realtà derivano unicamente dall’educazione, venne mai in me repressa o soddisfatta. Avevo i difetti tipici della mia età: ero chiacchierone, goloso, a volte bugiardo. Avrei potuto rubare frutta, caramelle, cibo; ma mai provai piacere nel fare del male, nel causare danni, nel tormentare gli altri o nei maltrattare poveri animali. Ricordo però di aver una volta urinato nella pentola di una nostra vicina, chiamata signora Clot, mentre lei era alla predica. Ammetto che questo ricordo mi fa ancora ridere, perché la signora Clot, sebbene fosse una brava donna, era davvero la vecchia più bisbetica che abbia mai conosciuto in vita mia. Ecco, dunque, la breve e veritiera storia di tutti i miei “misfatti” infantili.
Come avrei potuto diventare cattivo, se avevo davanti agli occhi solo esempi di dolcezza e intorno a me le migliori persone del mondo? Mio padre, mia zia, mia moglie, i nostri amici, i nostri vicini. Tutto ciò che mi circondava non mi obbediva certo in modo rigido, ma mi amava, e anch’io li amavo allo stesso modo. Le mie volontà venivano raramente stimolate o contrastate; non mi passava nemmeno per la mente di pensarci. Posso giurare che, fino al momento in cui sono stato sottomesso a un padrone, non ho mai conosciuto cosa fosse una vera fantasia. Tranne il tempo che trascorrevo a leggere o scrivere con mio padre, e quello in cui mia moglie mi portava a fare passeggiate, ero sempre con mia zia: la guardavo ricamare, l’ascoltavo cantare, seduto o in piedi accanto a lei. E ero felice. Il suo buon umore, la sua dolcezza, il suo aspetto piacevole hanno lasciato su di me impressioni così profonde che ancora oggi riesco a ricordare il suo modo di comportarsi, il suo sguardo, la sua postura. Mi ricordo anche delle sue parole affettuose; potrei descrivere esattamente come era vestita e pettinata. E non dimentico nemmeno quei due riccioli neri che le incorniciavano le tempie, secondo la moda di quel tempo.
Sono convinto di doverle il gusto, o meglio, la passione per la musica, che in me si è sviluppata solo molto tempo dopo. Conosceva un numero straordinario di melodie e canzoni che cantava con una voce dolce e sommessa. La serenità d’animo di questa eccellente ragazza allontanava da lei, e da tutto ciò che la circondava, la malinconia e la tristezza. L’attrazione che il suo canto esercitava su di me era tale che non solo molte delle sue canzoni sono rimaste per sempre nella mia memoria, ma anche oggi, ora che l’ho persa, alcune di esse, completamente dimenticate fin dall’infanzia, mi tornano alla mente con un fascino che non riesco a esprimere. Si potrebbe dire che io, vecchio e pieno di preoccupazioni e dolori, a volte mi sorprendo a piangere come un bambino mormorando quelle melodie con una voce ormai roca e tremante. C’è soprattutto una canzone la cui melodia mi è tornata completamente in mente; ma la seconda metà delle parole si è sempre rifiutata di ricordarmi, anche se riesco a ricordare vagamente le rime. Ecco l’inizio e ciò che sono riuscito a ricordare del resto.
Tircide, non oso.
Ascoltare il suono del tuo flauto di canna.
Sotto l’ombra del platano.
Perché ne stiamo discutendo.
Già nel nostro villaggio.
…
, un pastore.
, impegnarsi.
, senza pericolo;
E sempre l’spinello si nasconde sotto la rosa*.
Ecco questa canzone, con testo e musica. Era molto conosciuta a Parigi, e viene ancora cantata tra i lavoratori.
Cerco dove risieda quel fascino commovente che il mio cuore trova in questa canzone: è un capriccio di cui non comprendo assolutamente nulla; tuttavia mi è del tutto impossibile cantarla fino alla fine senza essere interrotto dalle mie lacrime. Ho pensato molte volte di scrivere a Parigi per far cercare il resto delle parole, nel caso qualcuno le conoscesse ancora. Ma sono quasi certo che il piacere che provo ricordando questa melodia svanirebbe in parte, se avessi la prova che altre persone, oltre alla mia povera zia Suzon, l’hanno cantata.
Tali furono i primi sentimenti che emersero al mio ingresso nella vita: così iniziò a formarsi o a manifestarsi in me quel cuore al tempo stesso così orgoglioso e così tenero, quel carattere effeminato, ma pur sempre indomabile, che, oscillando costantemente tra debolezza e coraggio, tra dolcezza e virtù, mi ha messo fino alla fine in contraddizione con me stesso, facendo sì che sia l’astinenza che il piacere, il divertimento che la saggezza mi sfuggissero entrambi.
Ce train d’éducation fut interrompu par un accident dont les suites ont influé sur le reste de ma vie. Mon père eut un démêlé avec un M. Gautier, capitaine en France et apparenté dans le Conseil. Ce Gautier, homme insolent et lâche, saigna du nez, et, pour se venger, accusa mon père d’avoir mis l’épée à la main dans la ville. Mon père, qu’on voulut envoyer en prison, s’obstinait à vouloir que, selon la loi, l’accusateur y entrât aussi bien que lui. N’ayant pu l’obtenir, il aima mieux sortir de Genève, et s’expatrier pour le reste de sa vie, que de céder sur un point où l’honneur et la liberté lui paraissaient compromis.
Je restai sous la tutelle de mon oncle Bernard, alors employé aux fortifications de Genève. Sa fille aînée était morte, mais il avait un fils de même âge que moi. Nous fûmes mis ensemble à Bossey, en pension chez le ministre Lambercier, pour y apprendre avec le latin tout le menu fatras dont on l’accompagne sous le nom d’éducation.
Deux ans passés au village adoucirent un peu mon âpreté romaine, et me ramenèrent à l’état d’enfant. A Genève, où l’on ne m’imposait rien, j’aimais l’application, la lecture ; c’était presque mon seul amusement ; à Bossey, le travail me fit aimer les jeux qui lui servaient de relâche. La campagne était pour moi si nouvelle, que je ne pouvais me lasser d’en jouir. Je pris pour elle un goût si vif, qu’il n’a jamais pu s’éteindre. Le souvenir des jours heureux que j’y ai passés m’a fait regretter son séjour et ses plaisirs dans tous les âges, jusqu’à celui qui m’y a ramené.
M. Lambercier était un homme fort raisonnable, qui, sans négliger notre instruction, ne nous chargeait point de devoirs extrêmes. La preuve qu’il s’y prenait bien est que, malgré mon aversion pour la gêne, je ne me suis jamais rappelé avec dégoût mes heures d’étude, et que, si je n’appris pas de lui beaucoup de choses, ce que j’appris je l’appris sans peine, et n’en ai rien oublié.
La simplicité de cette vie champêtre me fit un bien d’un prix inestimable en ouvrant mon cœur à l’amitié. Jusqu’alors je n’avais connu que des sentiments élevés, mais imaginaires. L’habitude de vivre ensemble dans un état paisible m’unit tendrement à mon cousin Bernard. En peu de temps j’eus pour lui des sentiments plus affectueux que ceux que j’avais eus pour mon frère, et qui ne se sont jamais effacés. C’était un grand garçon fort efflanqué, fort fluet, aussi doux d’esprit que faible de corps, et qui n’abusait pas trop de la prédilection qu’on avait pour lui dans la maison comme fils de mon tuteur. Nos travaux, nos amusements, nos goûts, étaient les mêmes : nous étions seuls ; nous étions de même âge ; chacun des deux avait besoin d’un camarade ; nous séparer était, en quelque sorte, nous anéantir. Quoique nous eussions peu d’occasions de faire preuve de notre attachement l’un pour l’autre, il était extrême, et non seulement nous ne pouvions vivre un instant séparés, mais nous n’imaginions pas que nous puissions jamais l’être. Tous deux d’un esprit facile à céder aux caresses, complaisants quand on ne voulait pas nous contraindre, nous étions toujours d’accord sur tout. Si, par la faveur de ceux qui nous gouvernaient, il avait sur moi quelque ascendant sous leurs yeux, quand nous étions seuls j’en avais un sur lui qui rétablissait l’équilibre. Dans nos études, je lui soufflais sa leçon quand il hésitait ; quand mon thème était fait je lui aidais à faire le sien, et dans nos amusements mon goût plus actif lui servait toujours de guide. Enfin nos deux caractères s’accordaient si bien, et l’amitié qui nous unissait était si vraie, que, dans plus de cinq ans que nous fûmes presque inséparables, tant à Bossey qu’à Genève, nous nous battîmes souvent, je l’avoue, mais jamais on n’eut besoin de nous séparer, jamais une de nos querelles ne dura plus d’un quart d’heure, et jamais une seule fois nous ne portâmes l’un contre l’autre aucune accusation. Ces remarques sont, si l’on veut, puériles, mais il en résulte pourtant un exemple peut-être unique depuis qu’il existe des enfants.
La manière dont je vivais à Bossey me convenait si bien, qu’il ne lui a manqué que de durer plus longtemps pour fixer absolument mon caractère. Les sentiments tendres, affectueux, paisibles, en faisaient le fond. Je crois que jamais individu de notre espèce n’eut naturellement moins de vanité que moi. Je m’élevais par élans, à des mouvements sublimes, mais je retombais aussitôt dans ma langueur. Être aimé de tout ce qui m’approchait était le plus vif de mes désirs. J’étais doux, mon cousin l’était ; ceux qui nous gouvernaient l’étaient eux-mêmes. Pendant deux ans entiers je ne fus ni témoin ni victime d’un sentiment violent. Tout nourrissait dans mon cœur les dispositions qu’il reçut de la nature. Je ne connaissais rien d’aussi charmant que de voir tout le monde content de moi et de toute chose. Je me souviendrai toujours qu’au temple, répondant au catéchisme, rien ne me troublait plus, quand il m’arrivait d’hésiter, que de voir sur le visage de Mlle Lambercier des marques d’inquiétude et de peine. Cela seul m’affligeait plus que la honte de manquer en public, qui m’affectait pourtant extrêmement ; car, quoique peu sensible aux louanges, je le fus toujours beaucoup à la honte, et je puis dire ici que l’attente des réprimandes de Mlle Lambercier me donnait moins d’alarmes que la crainte de la chagriner.
Cependant elle ne manquait pas au besoin de sévérité, non plus que son frère ; mais comme cette sévérité, presque toujours juste, n’était jamais emportée, je m’en affligeais, et ne m’en mutinais point. J’étais plus fâché de déplaire que d’être puni, et le signe du mécontentement m’était plus cruel que la peine afflictive. Il est embarrassant de s’expliquer mieux, mais cependant il le faut. Qu’on changerait de méthode avec la jeunesse, si l’on voyait mieux les effets éloignés de celle qu’on emploie toujours indistinctement, et souvent indiscrètement ! La grande leçon qu’on peut tirer d’un exemple aussi commun que funeste me fait résoudre à le donner.
Comme Mlle Lambercier avait pour nous l’affection d’une mère, elle en avait aussi l’autorité, et la portait quelquefois jusqu’à nous infliger la punition des enfants quand nous l’avions méritée. Assez longtemps elle s’en tint à la menace, et cette menace d’un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante ; mais après l’exécution, je la trouvai moins terrible à l’épreuve que l’attente ne l’avait été, et ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m’empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant ; car j’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant. Mais, de l’humeur dont il était, cette substitution n’était guère à craindre, et si je m’abstenais de mériter la correction, c’était uniquement de peur de fâcher Mlle Lambercier ; car tel est en moi l’empire de la bienveillance, et même de celle que les sens ont fait naître, qu’elle leur donna toujours la loi dans mon cœur.
Cette récidive, que j’éloignais sans la craindre, arriva sans qu’il y eût de ma faute, c’est-à-dire de ma volonté, et j’en profitai, je puis dire, en sûreté de conscience. Mais cette seconde fois fut aussi la dernière, car Mlle Lambercier, s’étant sans doute aperçue à quelque signe que ce châtiment n’allait pas à son but, déclara qu’elle y renonçait et qu’il la fatiguait trop. Nous avions jusque-là couché dans sa chambre, et même en hiver quelquefois dans son lit. Deux jours après on nous fit coucher dans une autre chambre, j’eus désormais l’honneur, dont je me serais bien passé, d’être traité par elle en grand garçon.
This period of education was interrupted by an accident whose consequences influenced the rest of my life. My father got involved in a dispute with a man named Monsieur Gautier, a captain in France and also related to someone on the Council. This Gautier, an insolent and cowardly man, suffered a nosebleed; in order to take revenge, he accused my father of drawing his sword in the town. My father, who was threatened with imprisonment, insisted that, according to the law, the accuser should also be sent to jail along with him. Since he could not succeed in this, he chose to leave Geneva and live abroad for the rest of his life, rather than yield on a matter where honor and freedom seemed at stake.
I remained under the tutelage of my uncle Bernard, who at that time was working on the fortifications of Geneva. His eldest daughter had died, but he had a son of the same age as me. We were placed together in Bossey, where we lived with Minister Lambercier and studied Latin along with all the other trivial subjects that are collectively referred to as “education.”
Two years spent in the village somewhat softened my Roman stubbornness and restored me to the state of a child. In Geneva, where nothing was imposed upon me, I enjoyed application and reading; these were almost my only sources of amusement. In Bossey, work made me appreciate the games that served as a relief from it. The countryside was so new to me that I could never get enough of it. I developed such a keen fondness for it that it never faded. The memories of those happy days I spent there made me cherish its beauty and pleasures at every stage of my life, right up until the time when I returned there again.
Mr. Lambercier was a very reasonable man who, without neglecting our education, did not burden us with excessive demands. The proof that he knew how to do things well is that, despite my aversion to hardship, I never remembered my study hours with disgust; and although I did not learn much from him, what I did learn I acquired without difficulty and have not forgotten it at all.
The simplicity of this rural life did me an immeasurable good by opening my heart to friendship. Until then, I had only known lofty but imaginary sentiments. The habit of living together in a peaceful environment tenderly united me with my cousin Bernard. In little time, I developed for him feelings far more affectionate than those I had ever held for my brother—and those feelings never faded. He was a tall, rather slender boy, gentle in spirit but weak in body, and he never took undue advantage of the special favor we received at home as the son of my tutor. Our tasks, our amusements, our tastes were all the same; we were alone, of the same age, and both needed a companion—to be separated would have meant destroying each other. Although we had few opportunities to show how attached we were to one another, our bond was profound; we couldn’t endure being apart for even a moment, nor could we ever imagine doing so. Both of us were easily influenced by kindness and accommodating when no one forced us to do otherwise; we always agreed on everything. If, in the presence of those who governed us, he had some influence over me, when we were alone I had one over him that restored balance. In our studies, I would help him with his lessons when he hesitated; once I finished mine, I would assist him with his. In our playtime, my more active nature always guided him. Finally, our personalities suited each other so well, and our friendship was so genuine, that during the more than five years we spent almost inseparably—both in Bossey and Geneva—we often fought, I admit it. But never was it necessary to separate us; none of our arguments lasted longer than fifteen minutes, and not once did either of us ever make any accusations against the other. These observations may seem naive, but they illustrate an example that is perhaps unique in the history of children.
The way I lived in Bossey suited me so well that it only needed to last a little longer to truly shape my character. Tender, affectionate, and peaceful feelings formed its very essence. I believe no individual of our kind has ever naturally possessed less vanity than I did. I would soar upwards with noble impulses, only to immediately sink back into my lethargy. To be loved by everything around me was my strongest desire. I was gentle; so was my cousin; and those who governed us were likewise kind-hearted. For two entire years, I was neither witness nor victim of any violent emotions. Everything in my environment nurtured the qualities that nature had bestowed upon me. There was nothing more delightful than seeing everyone content with me and with everything I did. I will always remember that in the temple, when answering the catechism and hesitating, the sight of concern and distress on Miss Lambercier’s face disturbed me far more than the shame of making a mistake in public—though that shame affected me greatly too. For, although I was little susceptible to praise, I was extremely sensitive to humiliation. And I can say with certainty that the fear of upsetting her worried me far less than the anticipation of her reprimands.
However, she was not lacking in the need for severity, nor was her brother; but since this severity, which was almost always just, was never carried to extremes, I was distressed by it, yet I did not rebel against it. I was more upset by displeasing others than by being punished, and the sign of discontent was far more cruel to me than the actual punishment itself. It is awkward to explain oneself in greater detail, but it must be done nonetheless. How much one would change one’s approach towards youth if one were to better understand the long-term effects of the methods that are always used indiscriminately—and often indiscreetly! The profound lesson that can be drawn from such a common yet tragic example is what motivates me to share it with others.
Since Mademoiselle Lambercier treated us with the affection of a mother, she also possessed the authority that comes with such a role, and sometimes she would even resort to punishing us in the same way that mothers would punish their children when we deserved it. For a long time, she limited herself to threats; these threats of a punishment that was entirely new to me seemed extremely frightening. However, once the punishment was actually carried out, I found it less terrible in reality than I had imagined during the anticipation. What is even more peculiar is that this punishment made me feel even closer to her who had imposed it upon me. In fact, it took all the sincerity of my affection and my natural gentleness to prevent me from seeking to be punished in the same way whenever I deserved it—because I had discovered, within the pain and even the shame, a kind of sensual pleasure that filled me with more desire than fear to experience it again through her hands. It is true that, since this feeling was probably mixed with some early instincts related to sex, the same punishment inflicted by her brother would have seemed entirely unpleasant to me. But given his nature, such a substitution posed little risk. If I avoided deserving punishment, it was purely out of fear of offending Mademoiselle Lambercier—for such is the power of kindness within me, even that kindled by sensual desires; it always remains the ruler of my heart.
This relapse, which I had tried to avoid without truly fearing it, occurred without any fault on my part—that is, without any intention on my part—and I may say that I took advantage of it with a clear conscience. But this second time was also the last, for Mademoiselle Lambercier must have realized, through some sign or other, that this punishment was not achieving its intended effect; she declared that she would abandon it, saying that it was too exhausting for her. Until then, we had slept in her room, and sometimes even in her bed during the winter. Two days later, we were moved to another room, and from then on I had the “honor”—which, frankly, I would have gladly avoided—to be treated by her as a proper young man.
Questo percorso formativo fu interrotto da un incidente le cui conseguenze influenzarono il resto della mia vita. Mio padre ebbe un conflitto con un certo signor Gautier, capitano in Francia e parente di qualcuno del Consiglio comunale. Quel Gautier, uomo insolente e codardo, si ferì al naso; per vendicarsi, accusò mio padre di aver estratto la spada in città. Mio padre, che volevano mandare in prigione, insisteva affinché, secondo la legge, anche l’accusatore finisse dentro insieme a lui. Non riuscendo nel suo intento, preferì lasciare Ginevra e emigrare per il resto della sua vita, piuttosto che cedere su un punto in cui onore e libertà gli sembravano essere in gioco.
Rimasi sotto la tutela di mio zio Bernard, che all’epoca lavorava alle fortificazioni di Ginevra. Sua figlia maggiore era morta, ma aveva un figlio della mia stessa età. Fummo messi insieme a Bossey, in pensione presso il ministro Lambercier, per imparare, insieme al latino, tutta quella serie di nozioni insignificanti che oggi vengono definite “istruzione”.
Due anni trascorsi nel villaggio attenuarono un po’ la mia asprezza tipica dei Romani e mi riportarono allo stato d’animo di un bambino. A Ginevra, dove nessuno mi imponeva nulla, amavo lo studio e la lettura; erano quasi le mie uniche distrazioni. A Bossey, il lavoro mi fece apprezzare i giochi che costituivano per me il modo per rilassarmi. La campagna era così nuova per me che non riuscivo mai a stancarmene di godermela; ne acquisii un tale piacere che esso non si è mai spento. Il ricordo dei giorni felici trascorsi lì mi ha fatto rimpiangere quel luogo e i suoi piaceri in tutte le fasi della mia vita, fino a quando non sono tornato lì di nuovo.
Il signor Lambercier era un uomo assai ragionevole: senza trascurare la nostra istruzione, non ci imponeva compiti eccessivamente onerosi. La prova che si occupasse bene di noi è che, nonostante il mio disgusto per le restrizioni, non ricordo mai con ripugnanza i momenti trascorsi a studiare; inoltre, sebbene non abbia imparato molto da lui, ciò che ho appreso l’ho fatto senza difficoltà e non l’ho mai dimenticato.
La semplicità di questa vita campestre mi fece provare un bene inestimabile, aprendo il mio cuore all’amicizia. Fino ad allora avevo conosciuto solo sentimenti elevati, ma immaginari. L’abitudine di vivere insieme in uno stato di pace mi legò dolcemente a mio cugino Bernard. In poco tempo provai per lui sentimenti più affettuosi di quelli che avevo avuto per mio fratello, e questi sentimenti non si sono mai spenti. Era un ragazzo alto, magro, dal carattere dolce ma fisicamente debole; non abusava mai della preferenza che tutti gli riservavano in casa, essendo figlio del mio tutore. I nostri lavori, i nostri divertimenti, i nostri gusti erano gli stessi; eravamo soli, della stessa età. Ognuno di noi aveva bisogno di un compagno; separarci significava, in qualche modo, distruggerci l’uno con l’altro. Anche se avevamo poche occasioni per dimostrare il nostro affetto reciproco, esso era estremo: non solo non potevamo vivere un attimo separati, ma nemmeno ce lo immaginavamo. Entrambi di carattere facile da commuovere, sempre disposti a compiacere chiunque non volesse costringerci, eravamo sempre d’accordo su tutto. Se, agli occhi di coloro che ci governavano, lui aveva un certo ascendente su di me, quando eravamo soli io ne avevo uno su di lui che ristabiliva l’equilibrio. Nello studio gli aiutavo quando esitava; nei nostri divertimenti il mio spirito più attivo era sempre il suo guida. Infine, i nostri caratteri si adattavano così bene l’uno all’altro, e l’amicizia che ci univa era così sincera, che, in più di cinque anni trascorsi quasi inseparabili, sia a Bossey che a Ginevra, spesso litigavamo. Lo ammetto, ma mai fu necessario separarci; nessuna delle nostre discussioni durava più di un quarto d’ora, e mai ci facemmo alcuna accusa reciproca. Queste osservazioni possono sembrare infantili, ma rappresentano comunque un esempio forse unico nella storia dell’umanità.
Il modo in cui vivevo a Bossey mi si adattava così bene che sarebbe bastato che quel periodo durasse più a lungo per fissare definitivamente il mio carattere. I sentimenti teneri, affettuosi e pacifici ne costituivano la base fondamentale. Credo che nessun individuo della nostra specie abbia mai avuto, per natura, meno vanità di me. Mi elevavo spesso a sentimenti sublimi, ma poi ricadevo immediatamente nella mia indolenza. Essere amato da tutte le persone che mi circondavano era il mio desiderio più ardente. Ero dolce; anche mio cugino lo era; coloro che ci governavano erano anch’essi gentili e premurosi. Per due anni interi non fui né testimone né vittima di alcun sentimento violento. Tutto contribuiva a nutrire nel mio cuore quelle inclinazioni che mi erano state innate. Non c’era nulla di più incantevole del vedere tutti contenti di me e di tutto ciò che facevo. Ricorderò sempre che, in chiesa, mentre rispondevo al catechismo, nulla mi turbava di più quando mi capitava di esitare, se non il vedere sul viso di Mademoiselle Lambercier segni di preoccupazione e dolore. Questo solo mi addolorava di più della vergogna di sbagliare in pubblico, che pure mi colpiva profondamente; perché, sebbene fossi poco sensibile ai complimenti, lo ero molto alla vergogna. E posso dire con certezza che l’attesa delle sue rimproveri non mi causava tanta angoscia quanto la paura di farla soffrire.
Tuttavia, né lei né suo fratello mancavano della necessaria severità; ma poiché questa severità, quasi sempre giusta, non era mai eccessiva, ne soffrivo, senza però ribellarmi. Mi dispiaceva di deludere piuttosto che di essere punito, e il segno dell’insoddisfazione mi risultava più crudele della stessa punizione. È imbarazzante cercare di spiegarsi meglio, ma è necessario farlo. Quanto cambierebbe la nostra metodologia nell’educare i giovani, se riconoscessimo meglio gli effetti a lungo termine di quella che utilizziamo sempre in modo indiscriminato e spesso anche indiscreto! La grande lezione che si può trarre da un esempio così comune e al contempo così funesto mi spinge a condividerlo.
Poiché la signorina Lambercier nutriva per noi l’affetto di una madre, ne possedeva anche l’autorità; a volte la esercitava fino al punto di infliggerci le stesse punizioni che venivano riservate ai bambini quando le meritavamo. Per molto tempo si limitò alle minacce, e queste minacce di un castigo del tutto nuovo per me mi sembravano molto spaventose; ma dopo che il castigo veniva effettivamente inflitto, lo trovavo meno terribile di quanto l’attesa lo rendesse temibile. La cosa più strana è che questo stesso castigo finì per legarmi ancora di più a colei che me lo aveva imposto. Fu necessaria tutta la sincerità del mio affetto e tutta la mia natura dolce per impedirmi di cercare di meritarmi nuovamente quel trattamento; perché nella sofferenza, persino nell’umiliazione stessa, avevo trovato un misto di sensazioni che mi facevano desiderare più di temere di sperimentarle ancora una volta dalle sue mani. È vero che, poiché probabilmente in tutto ciò era mescolato qualche istinto precoce legato al sesso, lo stesso castigo ricevuto da suo fratello non mi sarebbe affatto sembrato piacevole. Ma, data la sua natura, tale possibilità non rappresentava certo un pericolo; e se mi astenevo dal meritarmi quella correzione, era soltanto per paura di offendere la signorina Lambercier. Poiché in me l’autorità della benevolenza – persino di quella nata dai sensi – ha sempre avuto il sopravvento su tutto; nel mio cuore, infatti, i sensi sono sempre stati governati da questa stessa benevolenza.
Questa ricaduta, che cercavo di evitare senza temerla, arrivò senza alcuna colpa da parte mia, cioè senza la mia volontà, e posso dire di averne approfittato con la coscienza pulita. Ma questa seconda volta fu anche l’ultima: poiché la signorina Lambercier si rese sicuramente conto, attraverso qualche segnale, che quel castigo non raggiungeva il suo scopo, dichiarò di rinunciarvi, affermando che la stancava troppo. Fino ad allora dormivamo nella sua stanza; talvolta, anche in inverno, nel suo letto stesso. Due giorni dopo ci fecero trasferire in un’altra camera. Da quel momento ebbi l’onore – di cui avrei preferito fare a meno – di essere trattato da lei come un vero ragazzo adulto.
Qui croirait que ce châtiment d’enfant, reçu à huit ans par la main d’une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s’ensuivre naturellement ? En même temps que mes sens furent allumés, mes désirs prirent si bien le change, que, bornés à ce que j’avais éprouvé, ils ne s’avisèrent point de chercher autre chose. Avec un sang brûlant de sensualité presque dès ma naissance, je me conservai pur de toute souillure jusqu’à l’âge où les tempéraments les plus froids et les plus tardifs se développent. Tourmenté longtemps sans savoir de quoi, je dévorais d’un œil ardent les belles personnes ; mon imagination me les rappelait sans cesse, uniquement pour les mettre en œuvre à ma mode, et en faire autant de demoiselles Lambercier.
Même après l’âge nubile, ce goût bizarre, toujours persistant et porté jusqu’à la dépravation, jusqu’à la folie, m’a conservé les mœurs honnêtes qu’il semblerait avoir dû m’ôter. Si jamais éducation fut modeste et chaste, c’est assurément celle que j’ai reçue. Mes trois tantes n’étaient pas seulement des personnes d’une sagesse exemplaire, mais d’une réserve que depuis longtemps les femmes ne connaissaient plus. Mon père, homme de plaisir, mais galant à la vieille mode, n’a jamais tenu, près des femmes qu’il aimait le plus, des propos dont une vierge eût pu rougir, et jamais on n’a poussé plus loin que dans ma famille et devant moi le respect qu’on doit aux enfants ; je ne trouvai pas moins d’attention chez M. Lambercier sur le même article, et une fort bonne servante y fut mise à la porte pour un mot un peu gaillard qu’elle avait prononcé devant nous. Non seulement je n’eus jusqu’à mon adolescence aucune idée distincte de l’union des sexes, mais jamais cette idée confuse ne s’offrit à moi que sous une image odieuse et dégoûtante. J’avais pour les filles publiques une horreur qui ne s’est jamais effacée : je ne pouvais voir un débauché sans dédain, sans effroi même, car mon aversion pour la débauche allait jusque-là, depuis qu’allant un jour au Petit Sacconex par un chemin creux, je vis des deux côtés des cavités dans la terre, où l’on me dit que ces gens-là faisaient leurs accouplements. Ce que j’avais vu de ceux des chiennes me revenait aussi toujours à l’esprit en pensant aux autres, et le cœur me soulevait à ce seul souvenir.
Ces préjugés de l’éducation, propres par eux-mêmes à retarder les premières explosions d’un tempérament combustible, furent aidés, comme j’ai dit, par la diversion que rirent sur moi les premières pointes de la sensualité. N’imaginant que ce que j’avais senti, malgré des effervescences de sang très incommodes, je ne savais porter mes désirs que vers l’espèce de volupté qui m’était connue, sans aller jamais jusqu’à celle qu’on m’avait rendue haïssable et qui tenait de si près à l’autre sans que j’en eusse le moindre soupçon. Dans mes sottes fantaisies, dans mes érotiques fureurs, dans les actes extravagants auxquels elles me portaient quelquefois, j’empruntais imaginairement le secours de l’autre sexe, sans penser jamais qu’il fût propre à nul autre usage qu’à celui que je brûlais d’en tirer.
Non seulement donc c’est ainsi qu’avec un tempérament très ardent, très lascif, très précoce, je passai toutefois l’âge de puberté sans désirer, sans connaître d’autres plaisirs des sens que ceux dont Mlle Lambercier m’avait très innocemment donné l’idée ; mais quand, enfin le progrès des ans m’eut fait homme, c’est encore ainsi que ce qui devait me perdre me conserva. Mon ancien goût d’enfant, au lieu de s’évanouir, s’associa tellement à l’autre, que je ne pus jamais l’écarter des désirs allumés par mes sens, et cette folie, jointe à ma timidité naturelle, m’a toujours rendu très peu entreprenant près des femmes, faute d’oser tout dire ou de pouvoir tout faire, l’espèce de jouissance dont l’autre n’était pour moi que le dernier terme ne pouvant être usurpée par celui qui la désire, ni devinée par celle qui peut l’accorder. J’ai ainsi passé ma vie à convoiter et me taire auprès des personnes que j’aimais le plus. N’osant jamais déclarer mon goût, je l’amusais du moins par des rapports qui m’en conservaient l’idée. Être aux genoux d’une maîtresse impérieuse, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étaient pour moi de très douces jouissances, et plus ma vive imagination m’enflammait le sang, plus j’avais l’air d’un amant transi. On conçoit que cette manière de faire l’amour n’amène pas des progrès bien rapides, et n’est pas fort dangereuse à la vertu de celles qui en sont l’objet. J’ai donc fort peu possédé, mais je n’ai pas laissé de jouir beaucoup à ma manière, c’est-à-dire par l’imagination.
Voilà comment mes sens, d’accord avec mon humeur timide et mon esprit romanesque, m’ont conservé des sentiments purs et des mœurs honnêtes, par les mêmes goûts qui peut-être, avec un peu plus d’effronterie, m’auraient plongé dans les plus brutales voluptés.
J’ai fait le premier pas et le plus pénible dans le labyrinthe obscur et fangeux de mes confessions. Ce n’est pas ce qui est criminel qui coûte le plus à dire, c’est ce qui est ridicule et honteux. Dès à présent je suis sûr de moi : après ce que je viens d’oser dire, rien ne peut plus m’arrêter. On peut juger de ce qu’ont pu me coûter de semblables aveux, sur ce que, dans tout le cours de ma vie, emporté quelquefois près de celles que j’aimais par les fureurs d’une passion qui m’ôtait la faculté de voir, d’entendre, hors de sens et saisi d’un tremblement convulsif dans tout mon corps, jamais je n’ai pu prendre sur moi de leur déclarer ma folie, et d’implorer d’elles, dans la plus intime familiarité[11], la seule faveur qui manquait aux autres. Cela ne m’est jamais arrivé qu’une fois dans l’enfance avec une enfant de mon âge, encore fut-ce elle qui en fit la première proposition.
En remontant de cette sorte aux premières traces de mon être sensible, je trouve des éléments qui, semblant quelquefois incompatibles, n’ont pas laissé de s’unir pour produire avec force un effet uniforme et simple, et j’en trouve d’autres qui, les mêmes en apparence, ont formé, par le concours de certaines circonstances, de si différentes combinaisons, qu’on n’imaginerait jamais qu’ils eussent entre eux aucun rapport. Qui croirait, par exemple, qu’un des ressorts les plus vigoureux de mon âme fut trempé dans la même source d’où la luxure et la mollesse ont coulé dans mon sang ? Sans quitter le sujet dont je viens de parler, on en va voir sortir une impression bien différente.
J’étudiais un jour seul ma leçon dans la chambre contiguë à la cuisine. La servante avait mis sécher à la plaque les peignes de Mlle Lambercier. Quand elle revint les prendre, il s’en trouva un dont tout un côté de dents était brisé. A qui s’en prendre de ce dégât ? personne autre que moi n’était entré dans la chambre. On m’interroge : je nie d’avoir touché le peigne. M. et Mlle Lambercier se réunissent, m’exhortent, me pressent, me menacent ; je persiste avec opiniâtreté ; mais la conviction était trop forte, elle l’emporta sur toutes mes protestations, quoique ce fût la première fois qu’on m’eût trouvé tant d’audace à mentir. La chose fut prise au sérieux ; elle méritait de l’être. La méchanceté, le mensonge, l’obstination, parurent également dignes de punition ; mais pour le coup ce ne fut pas par Mlle Lambercier qu’elle me fut infligée. On écrivit à mon oncle Bernard ; il vint. Mon pauvre cousin était chargé d’un autre délit, non moins grave ; nous fûmes enveloppés dans la même exécution. Elle fut terrible. Quand, cherchant le remède dans le mal même, on eût voulu pour jamais amortir mes sens dépravés, on n’aurait pu mieux s’y prendre. Aussi me laissèrent-ils en repos pour longtemps.
On ne put m’arracher l’aveu qu’on exigeait. Repris à plusieurs fois et mis dans l’état le plus affreux, je fus inébranlable. J’aurais souffert la mort, et j’y étais résolu. Il fallut que la force même cédât au diabolique entêtement d’un enfant, car on n’appela pas autrement ma constance. Enfin je sortis de cette cruelle épreuve en pièces, mais triomphant.
Il y a maintenant près de cinquante ans de cette aventure, et je n’ai pas peur d’être aujourd’hui puni derechef pour le même fait. Eh bien, je déclare à la face du Ciel que j’en étais innocent, que je n’avais ni cassé, ni touché le peigne, que je n’avais pas approché de la plaque, et que je n’y avais pas même songé. Qu’on ne me demande pas comment ce dégât se fit : je l’ignore et ne puis le comprendre ; ce que je sais très certainement, c’est que j’en étais innocent.
Who would have believed that such a childish punishment, inflicted upon me at the age of eight by a thirty-year-old girl, would determine my tastes, desires, passions—and who I would become for the rest of my life, in exactly the opposite direction to what might have happened naturally? As soon as my senses were awakened, my desires took such an unexpected turn that, confined to what I had already experienced, they never sought anything else. With a blood burning with sensuality almost from birth, I remained pure of any corruption until the age when even the coldest and most delayed temperaments begin to develop. Tormented for a long time without knowing why, I gazed with eager desire at beautiful people; my imagination constantly brought them back to me, only to transform them in my own image—turning them all into little Lamberciers.
Even after reaching puberty, this strange inclination, which persisted throughout and even led to depravity and madness, managed to preserve in me those honest manners that one might have expected it to destroy. If there ever existed a modest and chaste form of education, it was certainly the one I received. My three aunts were not only people of exemplary wisdom but also possessed a restraint that women had long since lost. My father, though a man given to pleasures, was old-fashioned in his courtesies; he never uttered before the women he loved anything that would make a virgin blush, and respect for children was always upheld in my family and in my presence. I received similar attention from Mr. Lambercier on this matter, yet a very good servant was dismissed for having said something rather bold in front of us. Not only did I have no clear notion of the union of the sexes until adolescence, but even then this vague concept never presented itself to me except in the form of something repulsive and disgusting. I felt an innate horror toward prostitutes that never faded; I looked upon debauchers with disdain and even fear, for my aversion to such behavior went so far back that one day, while walking along a secluded path near Le Petit Sacconex, I saw holes in the ground where, I was told, these people engaged in their illicit activities. What I had seen of dogs engaging in similar acts would also always come to mind when thinking of humans, and the mere memory of it filled me with disgust.
These prejudices inherent in education, which were themselves capable of delaying the first outbursts of a passionate temperament, were further exacerbated, as I have said, by the diversion provided by the laughter that the initial manifestations of sensuality elicited from me. Since I could only imagine what I had experienced—despite those very uncomfortable surges of passion—I directed all my desires toward the kind of pleasure that was familiar to me, never venturing into that other kind which had been made hateful to me and which, though so closely related to the former, I was entirely unaware of its existence. In my foolish fantasies, in my erotic outbursts, and in the extravagant actions they sometimes prompted me to undertake, I imaginatively sought solace in the opposite sex, never realizing that it could serve no other purpose than the one I was eager to exploit it for.
Not only did I pass through adolescence with such an intensely passionate, licentious, and precocious temperament, without ever experiencing any other sensual pleasures beyond those that Mademoiselle Lambercier had so innocently introduced to me; but even when time eventually made of me a man, what was meant to ruin me actually preserved me. My childhood inclinations, far from fading away, became intertwined with my later desires in such a way that I was never able to separate them. This madness, combined with my natural timidity, made me extremely hesitant around women—unable to speak my thoughts outright or to act boldly, for the kind of pleasure that the other sex could offer me was something neither the one who desired it nor the one who could grant it could truly possess. Thus, I spent my life longing and remaining silent in the presence of those I loved most. Never daring to express my feelings directly, I at least tried to entertain them through various means that kept the idea of them alive in my mind. Being at the feet of a domineering mistress, obeying her commands, and even having to ask for her forgiveness—these were all very sweet pleasures for me. The more my fervent imagination kindled my passions, the more I appeared to be an infatuated lover. One can easily understand that such a way of engaging in love does not lead to rapid progress, nor is it particularly harmful to the virtue of those who are its victims. In short, I may have possessed very little in reality, but I certainly enjoyed plenty in my own particular way—through imagination alone.
In this way, my senses, in harmony with my timid disposition and my romantic nature, have preserved within me pure sentiments and honest manners—precisely those very tastes that, perhaps with a bit more audacity, could have led me into the most brutal pleasures.
I took the first and most difficult step into the dark, muddy labyrinth of my confessions. It is not what is criminal that is hardest to confess; it is what is ridiculous and shameful. From this moment on, I am certain of myself: after what I have just dared to say, nothing can stop me anymore. One can imagine what such admissions must have cost me—during the entire course of my life, sometimes when I was near those I loved, overwhelmed by the fury of a passion that robbed me of my ability to see, hear, and reason, trembling convulsively throughout my body, I never once managed to muster the courage to confess my madness to them and beg them, in the closest intimacy possible[11], for the only favor that was denied to me. Such an thing only happened once when I was a child, with a girl of my age; yet even then, she was the one who made the first move.
In tracing back in this manner to the earliest traces of my sensory being, I encounter elements that, although sometimes seemingly incompatible, have nevertheless combined to produce a uniform and simple effect. I also find other elements that, despite appearing identical, have, due to certain circumstances, formed such different combinations that one would never imagine they could be related in any way. Who would believe, for example, that one of the most vigorous aspects of my nature was derived from the very same source from which lust and weakness have flowed into my blood? Without departing from the subject I have just discussed, we will see how a quite different impression emerges from it.
One day, I was studying alone in the room next to the kitchen. The maid had hung Mlle Lambercier’s combs to dry on the rack. When she came to retrieve them, one of them was found with half of its bristles broken off. Who could be responsible for this damage? No one but me had entered that room. They questioned me, but I denied having touched the comb. M. and Mlle Lambercier gathered together, urged me, pressured me, even threatened me; yet I remained steadfast in my denial. But the evidence against me was too compelling—it overruled all my protests, despite it being the first time anyone had ever accused me of such audacity as lying. The matter was taken seriously; indeed, it deserved it. Malice, lies, and obstinacy all seemed worthy of punishment, but this time, it wasn’t Mlle Lambercier who imposed it upon me. They wrote to my uncle Bernard, and he came. My poor cousin was also accused of another equally serious offense; we were both subjected to the same punishment. It was terrible. If one had sought to cure my corrupted senses by inflicting even greater suffering upon them, they could not have chosen a more effective method. As a result, they left me alone for a very long time.
They were unable to extract from me the confession they demanded. Repeatedly subjected to torture and put in the most terrible conditions, I remained unshaken. I would have endured death—even resorted to it—if necessary. It seemed that even force had to yield to the diabolical stubbornness of a child; for nothing else could describe my perseverance. In the end, I emerged from this cruel ordeal shattered but triumphant.
It has been nearly fifty years since that incident, and I am not afraid of being punished again today for the same act. Well, I declare before Heaven that I was innocent—I did not break it, nor touch it, I did not even approach it, and I had not even thought about it. Let them not ask me how the damage was caused: I do not know, and I cannot understand it; what I know with absolute certainty is that I was innocent.
Chi avrebbe mai creduto che quella punizione infantile, subita all’età di otto anni da parte di una ragazza di trent’anni, potesse determinare i miei gusti, i miei desideri, le mie passioni, e influenzarmi per il resto della mia vita, esattamente nel senso opposto a ciò che avrebbe dovuto accadere naturalmente? Nello stesso momento in cui i miei sensi vennero risvegliati, i miei desideri presero una direzione completamente diversa; limitati a ciò che avevo sperimentato fino ad allora, non pensarono mai di cercare altro. Con un sangue ardente di sensualità fin quasi dalla nascita, rimasi puro da ogni contaminazione fino all’età in cui i temperamenti più freddi e più lenti si sviluppano. Per molto tempo fui tormentato senza sapere da cosa; divoravo con occhi ardenti le belle persone. La mia immaginazione me le ricordava costantemente, solo per trasformarle secondo i miei desideri, e farne delle “donne ideali” a mio piacimento.
Anche dopo aver raggiunto l’età nubile, quel gusto bizzarro, sempre persistente e che arrivava fino alla depravazione, fino alla follia, mi ha conservato comportamenti onesti che altrimenti avrebbero dovuto portarmi alla rovina. Se mai esistette un’educazione modesta e casta, sicuramente fu quella che ricevetti io. Le mie tre zie non erano solo persone di saggezza esemplare, ma anche di una riservatezza che da molto tempo le donne non conoscevano più. Mio padre, uomo d’amori, ma galante secondo gli antichi canoni, non pronunciò mai, davanti alle donne che amava di più, parole di cui una vergine avrebbe potuto arrossire; inoltre, nella mia famiglia e davanti a me il rispetto dovuto ai bambini fu sempre mantenuto con estrema cura. Anche da Monsieur Lambercier ricevetti lo stesso tipo di attenzioni; una serva molto brava venne addirittura cacciata via per aver detto qualcosa di un po’ audace davanti a noi. Non solo fino all’adolescenza non ebbi alcuna idea chiara riguardo all’unione tra i sessi, ma anche quando questa idea confusa mi si presentò alla mente, fu sempre associata a immagini orribili e disgustose. Provavo un’orrore profondo per le donne di vita facile; non riuscivo a guardare un libertino senza disprezzo, anzi con terrore, poiché il mio disgusto per la depravazione andava fino a quel punto. Un giorno, mentre camminavo lungo un sentiero stretto vicino al Petit Sacconex, vidi sulle due rive delle cavità nel terreno in cui, mi dissero, quegli uomini si accoppiavano. Quello che avevo visto riguardo ai cani mi tornava sempre in mente quando pensavo alle donne. E solo il ricordo di ciò mi faceva venire la nausea.
Questi pregiudizi legati all’educazione, che di per sé tendevano a ritardare le prime manifestazioni di un temperamento appassionato, furono ulteriormente alimentati, come ho detto, dalla distrazione che derivava dal riso delle prime manifestazioni della sensualità. Non immaginando altro di ciò che avevo provato – nonostante le molto sgradevoli effervescenze del sangue – potevo indirizzare i miei desideri soltanto verso quel tipo di piacere che conoscevo, senza mai approdare a quello che mi era stato reso odioso e che, pur essendo strettamente legato all’altro, non ne avevo la minima idea. Nelle mie sciocche fantasie, nelle mie furie erotiche, negli atti stravaganti a cui talvolta mi spingevano, immaginavo di poter contare sull’aiuto dell’altro sesso, senza mai pensare che esso fosse adatto a nessun altro scopo se non quello che ardentemente desideravo.
Pertanto, non solo è così che, con un temperamento molto appassionato, molto lascivo e molto precoce, ho trascorso l’età della pubertà senza desiderare né conoscere altri piaceri sensuali se non quelli di cui la signorina Lambercier mi aveva dato, in modo molto innocente, l’idea; ma anche quando, con il passare degli anni, sono diventato un uomo, ciò che avrebbe potuto distruggermi è invece rimasto intatto. Il mio antico gusto infantile, invece di svanire, si è associato a quello nuovo in modo tale che non sono mai riuscito a scacciarlo dai desideri suscitati dai miei sensi; e questa follia, unita alla mia timidezza naturale, mi ha sempre reso molto indeciso nei confronti delle donne: mancavo sia del coraggio di dire tutto ciò che pensavo, sia della capacità di fare tutto ciò che desideravo. Quel tipo di piacere, per me, rappresentava soltanto l’ultima fase di un processo più complesso; esso non poteva essere usurpato da chi lo desiderava, né intuito da chi era in grado di offrirlo. Così ho trascorso la mia vita a desiderare senza osare esprimere i miei sentimenti, cercando almeno di divertire le persone che amavo attraverso comportamenti che mi permettevano di mantenere viva quell’idea in loro. Trovarmi ai piedi di una donna dominante, obbedire ai suoi ordini, chiederle perdono, queste erano per me delle gioie molto dolci; e più la mia vivace immaginazione accendeva il mio sangue, più sembravo un amante appassionato. Si può facilmente capire che questo modo di fare l’amore non porti a grandi progressi, né rappresenti un vero pericolo per la virtù di chi ne è l’oggetto. Quindi ho posseduto molto poco, ma ho goduto molto, nel senso della mia immaginazione.
Ecco come i miei sens, in armonia con la mia timidezza e il mio spirito romantico, mi hanno permesso di conservare sentimenti puri e comportamenti onesti; gli stessi gusti che, forse, se accompagnati da un po’ più di audacia, mi avrebbero portato verso le più brutali voluttà.
Ho fatto il primo e più difficile passo nel labirinto oscuro e fangoso delle mie confessioni. Non è ciò che è criminoso a essere più difficile da confessare, ma ciò che è ridicolo e vergognoso. Ora sono sicuro di me: dopo ciò che ho appena osato dire, nulla potrà più fermarmi. Si può immaginare quanto mi sia costato fare simili confessioni. Nel corso della mia vita, spesso trascinato dalle furie di una passione che mi privava della capacità di vedere, sentire; perso nella follia e scosso da tremori convulsivi in tutto il corpo, non sono mai riuscito a confessare loro la mia follia, né ad implorarle, nell’intimità più profonda, della sola cosa che mi mancava. Questo mi è accaduto una sola volta, da bambino, con una ragazzina della mia età. E anche allora fu lei ad essere la prima a proporlo.
Risalendo in questo modo alle prime tracce della mia esistenza sensibile, trovo elementi che, sebbene a volte sembrino incompatibili, non hanno mancato di unirsi tra loro per produrre un effetto uniforme e semplice; ne trovo altri, apparentemente identici, che, a causa di determinate circostanze, hanno formato combinazioni così diverse da far pensare che non esista alcun legame tra di loro. Chi crederebbe, ad esempio, che uno dei motivi più forti della mia natura sia nato dalla stessa fonte da cui sono scaturite la lussuria e la debolezza nel mio sangue? Senza abbandonare l’argomento di cui ho appena parlato, ne concluderemo che ne deriva un’impressione del tutto diversa.
Un giorno studiavo da solo nella stanza adiacente alla cucina. La domestica aveva messo ad asciugare sul fornello le spazzole di mademoiselle Lambercier; quando tornò a prenderle, ne trovò una la cui metà delle setole era rotta. A chi attribuire quel danno? Nessuno altro che me era entrato in quella stanza. Mi interrogarono: negai di aver toccato quelle spazzole. Il signor e la signorina Lambercier si riunirono, mi esortarono, mi pressarono, mi minacciarono; io rimasi irremovibile nella mia negazione. Ma la convinzione che avevano era troppo forte: prevalse su tutte le mie proteste, anche se quella era la prima volta che mi si attribuiva tanta audacia nel mentire. La cosa fu presa sul serio, e meritava davvero di esserlo. La malvagità, il mentire, l’ostinazione sembravano tutti meritevoli di punizione. Ma in quel caso, non fu mademoiselle Lambercier ad infliggermela. Scrissero a mio zio Bernard; lui venne. Il mio povero cugino era accusato di un altro reato, altrettanto grave. Fu punito allo stesso modo. La punizione fu terribile. Se avessero cercato di “guarire” i miei vizi attraverso ulteriori sofferenze, non avrebbero potuto trovare modo migliore. Così mi lasciarono in pace per molto tempo.
Non riuscirono a farmi confessare ciò che pretendevano. Ripreso più volte e messo in condizioni estremamente dolorose, rimasi irremovibile: avrei sopportato anche la morte, ne ero deciso. Fu necessario che persino la forza cedesse di fronte alla diabolica ostinazione di un bambino, poiché non si poteva definire altrimenti la mia fermezza. Alla fine uscii da questa crudele prova in frantumi, ma vittorioso.
Sono passati ormai quasi cinquant’anni da quell’avventura, e non ho paura di essere punito oggi stesso per lo stesso fatto. Dichiaro davanti al Cielo che ero innocente: non avevo rotto nulla, né toccato quel pettine, non mi ero avvicinato nemmeno a quella lastra, e non ci avevo nemmeno pensato. Che nessuno mi chieda come sia potuto verificarsi quel danno: lo ignoro e non riesco a comprenderlo; quello che so con certezza è che ero innocente.
Qu’on se figure un caractère timide et docile dans la vie ordinaire, mais ardent, fier, indomptable dans les passions ; un enfant toujours gouverné par la voix de la raison, toujours traité avec douceur, équité, complaisance, qui n’avait pas même l’idée de l’injustice, et qui, pour la première fois, en éprouve une si terrible de la part précisément des gens qu’il chérit et qu’il respecte le plus. Quel renversement d’idées ! quel désordre de sentiments ! quel bouleversement dans son cœur, dans sa cervelle, dans tout son petit être intelligent et moral ! Je dis qu’on s’imagine tout cela, s’il est possible, car pour moi, je ne me sens pas capable de démêler, de suivre la moindre trace de ce qui se passait alors en moi.
Je n’avais pas encore assez de raison pour sentir combien les apparences me condamnaient, et pour me mettre à la place des autres. Je me tenais à la mienne, et tout ce que je sentais, c’était la rigueur d’un châtiment effroyable pour un crime que je n’avais pas commis. La douleur du corps, quoique vive, m’était peu sensible ; je ne sentais que l’indignation, la rage, le désespoir. Mon cousin, dans un cas à peu près semblable, et qu’on avait puni d’une faute involontaire comme d’un acte prémédité, se mettait en fureur à mon exemple, et se montait, pour ainsi dire, à mon unisson. Tous deux dans le même lit nous nous embrassions avec des transports convulsifs, nous étouffions et quand nos jeunes cœurs un peu soulagés pouvaient exhaler leur colère, nous nous levions sur notre séant, et nous nous mettions tous deux à crier cent fois de toute notre force : Carnifex, Carnifex, Carnifex !
Je sens en écrivant ceci que mon pouls s’élève encore ; ces moments me seront toujours présents quand je vivrais cent mille ans. Ce premier sentiment de la violence et de l’injustice est resté si profondément gravé dans mon âme, que toutes les idées qui s’y rapportent me rendent ma première émotion, et ce sentiment, relatif à moi dans son origine, a pris une telle consistance en lui-même, et s’est tellement détaché de tout intérêt personnel, que mon cœur s’enflamme au spectacle ou au récit de toute action injuste, quel qu’en soit l’objet et en quelque lieu qu’elle se commette, comme si l’effet en retombait sur moi. Quand je lis les cruautés d’un tyran féroce, les subtiles noirceurs d’un fourbe de prêtre, je partirais volontiers pour aller poignarder ces misérables, dussé-je cent fois y périr. Je me suis souvent mis en nage à poursuivre à la course ou à coups de pierre un coq, une vache, un chien, un animal que j’en voyais tourmenter un autre, uniquement parce qu’il se sentait le plus fort. Ce mouvement peut m’être naturel, et je crois qu’il l’est ; mais le souvenir profond de la première injustice que j’ai soufferte y fut trop longtemps et trop fortement lié pour ne l’avoir pas beaucoup renforcé.
Là fut le terme de la sérénité de ma vie enfantine. Dès ce moment je cessai de jouir d’un bonheur pur, et je sens aujourd’hui même que le souvenir des charmes de mon enfance s’arrête là. Nous restâmes encore à Bossey quelques mois. Nous y fûmes comme on nous représente le premier homme encore dans le paradis terrestre, mais ayant cessé d’en jouir. C’était en apparence la même situation, et en effet une tout autre manière d’être. L’attachement, le respect, l’intimité, la confiance, ne liaient plus les élèves à leurs guides ; nous ne les regardions plus comme des dieux qui lisaient dans nos cœurs : nous étions moins honteux de mal faire et plus craintifs d’être accusés : nous commencions à nous cacher, à nous mutiner, à mentir. Tous les vices de notre âge corrompaient notre innocence, et enlaidissaient nos jeux. La campagne même perdit à nos yeux cet attrait de douceur et de simplicité qui va au cœur. Elle nous semblait déserte et sombre ; elle s’était comme couverte d’un voile qui nous en cachait les beautés. Nous cessâmes de cultiver nos petits jardins, nos herbes, nos fleurs. Nous n’allions plus gratter légèrement la terre, et crier de joie en découvrant le germe du grain que nous avions semé. Nous nous dégoûtâmes de cette vie ; on se dégoûta de nous ; mon oncle nous retira, et nous nous séparâmes de M. et Mlle Lambercier, rassasiés les uns des autres, et regrettant peu de nous quitter.
Près de trente ans se sont passés depuis ma sortie de Bossey sans que je m’en sois rappelé le séjour d’une manière agréable par des souvenirs un peu liés : mais depuis qu’ayant passé l’âge mûr je décline vers la vieillesse, je sens que ces mêmes souvenirs renaissent tandis que les autres s’effacent, et se gravent dans ma mémoire avec des traits dont le charme et la force augmentent de jour en jour ; comme si, sentant déjà la vie qui s’échappe, je cherchais à la ressaisir par ses commencements. Les moindres faits de ce temps-là me plaisent par cela seul qu’ils sont de ce temps-là. Je me rappelle toutes les circonstances des lieux, des personnes, des heures. Je vois la servante ou le valet agissant dans la chambre, une hirondelle entrant par la fenêtre, une mouche se poser sur ma main tandis que je récitais ma leçon : je vois tout l’arrangement de la chambre où nous étions ; le cabinet de M. Lambercier à main droite, une estampe représentant tous les papes, un baromètre, un grand calendrier, des framboisiers qui, d’un jardin fort élevé dans lequel la maison s’enfonçait sur le derrière, venaient ombrager la fenêtre, et passaient quelquefois jusqu’en dedans. Je sais bien que le lecteur n’a pas grand besoin de savoir tout cela, mais j’ai besoin, moi, de le lui dire. Que n’osé-je lui raconter de même toutes les petites anecdotes de cet heureux âge, qui me font encore tressaillir d’aise quand je me les rappelle ! Cinq ou six surtout… Composons. Je vous fais grâce des cinq ; mais j’en veux une, une seule, pourvu qu’on me la laisse conter le plus longuement qu’il me sera possible, pour prolonger mon plaisir.
Si je ne cherchais que le vôtre, je pourrais choisir celle du derrière de Mlle Lambercier, qui, par une malheureuse culbute au bas du pré, fut étalé tout en plein devant le Roi de Sardaigne à son passage : mais celle du noyer de la terrasse est plus amusante pour moi qui fus acteur, au lieu que je ne fus que spectateur de la culbute, et j’avoue que je ne trouvai pas le moindre mot pour rire à un accident qui, bien que comique en lui-même, m’alarmait pour une personne que j’aimais comme une mère, et peut-être plus.
O vous, lecteurs curieux de la grande histoire du noyer de la terrasse, écoutez-en l’horrible tragédie et vous abstenez de frémir, si vous pouvez.
Il y avait, hors la porte de la cour, une terrasse à gauche en entrant, sur laquelle on allait souvent s’asseoir l’après-midi, mais qui n’avait point d’ombre. Pour lui en donner, M. Lambercier y fit planter un noyer. La plantation de cet arbre se fit avec solennité : les deux pensionnaires en furent les parrains ; et, tandis qu’on comblait le creux, nous tenions l’arbre chacun d’une main avec des chants de triomphe. On fit pour l’arroser une espèce de bassin tout autour du pied. Chaque jour, ardents spectateurs de cet arrosement, nous nous confirmions, mon cousin et moi, dans l’idée très naturelle qu’il était plus beau de planter un arbre sur la terrasse qu’un drapeau sur la brèche, et nous résolûmes de nous procurer cette gloire sans la partager avec qui que ce fût.
Pour cela nous allâmes couper une bouture d’un jeune saule, et nous la plantâmes sur la terrasse, à huit ou dix pieds de l’auguste noyer. Nous n’oubliâmes pas de faire aussi un creux autour de notre arbre : la difficulté était d’avoir de quoi le remplir ; car l’eau venait d’assez loin, et on ne nous laissait pas courir pour en aller prendre. Cependant il en fallait absolument pour notre saule. Nous employâmes toutes sortes de ruses pour lui en fournir durant quelques jours, et cela nous réussit si bien, que nous le vîmes bourgeonner et pousser de petites feuilles dont nous mesurions l’accroissement d’heure en heure, persuadés, quoiqu’il ne fût pas à un pied de terre, qu’il ne tarderait pas à nous ombrager.
Imagine a person who is timid and obedient in everyday life, but passionate, proud, and unyielding when it comes to emotions; a child who is always guided by reason, treated with kindness, fairness, and indulgence, someone who never even had the concept of injustice—only to experience such terrible injustice for the first time, precisely from those people he loves and respects the most. What a reversal of thoughts! What a chaos of feelings! What a upheaval in his heart, in his mind, in every aspect of his intelligent and moral being! I say one can imagine all this—if it is even possible—for me, however, I feel utterly incapable of sorting out or understanding the slightest detail of what was happening within me at that time.
I still did not have enough reason to realize how greatly appearances were condemning me, or to put myself in the others’ shoes. I stood firm in my own position, and all I felt was the severity of a terrible punishment for a crime I had not committed. The physical pain, though intense, was hardly noticeable to me; what I felt was only indignation, rage, and despair. My cousin, in a situation somewhat similar to mine—and who had been punished for an involuntary mistake as if it were a premeditated act—was enraged by my example, and so to speak, joined in my fury. Both of us, lying in the same bed, embraced each other in convulsive grief; we could hardly breathe. When our young hearts, somewhat relieved, managed to express our anger, we would sit up and shout together, with all our might: “Carnifex! Carnifex! Carnifex!”
As I write this, I feel my pulse quicken again; these moments will always remain with me even if I live for a hundred thousand years. That first experience of violence and injustice is so deeply imprinted in my soul that any idea related to it brings back that initial emotion. This feeling, which originally stemmed from my own experiences, has acquired such solidity on its own and has become so detached from any personal interest that my heart burns with indignation at the sight or mention of any unjust act, no matter what its object or where it takes place, as if I myself were directly affected by it. When I read about the cruelties of a ferocious tyrant or the subtle evils of a deceitful priest, I would gladly set out to stab those wretched creatures, even if it meant my own death. Many times, I have chased or beaten with stones a rooster, a cow, a dog, or any other animal that I saw tormenting another simply because it felt stronger. Such actions may come naturally to me, and I believe they do; but the profound memory of the first injustice I suffered has been too closely and enduringly associated with them to have failed in strengthening my tendency toward such behavior.
There ended the serenity of my childhood. From that moment on, I ceased to enjoy pure happiness, and even today, I feel that the memories of the charms of my early years stop there. We stayed in Bossey for a few more months. There we were, as one might imagine, like the first man still in the earthly paradise—but no longer enjoying it. On the surface, it was the same situation, but in reality, it was an entirely different state of being. Affection, respect, intimacy, and trust no longer bound the students to their guides; we no longer regarded them as gods who could read our hearts. We were less ashamed of doing wrong and more afraid of being accused; we began to hide, to rebel, to lie. All the vices of our age corrupted our innocence and tarnished our playfulness. Even the countryside lost its allure of gentleness and simplicity that touches the heart. It seemed desolate and gloomy to us; it was as if a veil had been cast over its beauties. We stopped tending to our small gardens, planting herbs and flowers. We no longer gently turned over the earth in joy at discovering the sprouts of the seeds we had sown. We grew weary of this way of life; people grew weary of us too. My uncle took us away, and we parted ways with Mr. and Miss Lambercier—each having grown satisfied with the other, and with little regret at leaving.
Nearly thirty years have passed since I left Bossey, and during all that time, I never recalled my stay there in a way that brought any pleasant memories. But now that I have passed middle age and am approaching old age, I feel that those same memories are reviving, while others seem to fade away. They are etching themselves into my memory with traits whose charm and intensity grow day by day. It’s as if, sensing that life is slipping away from me, I am trying to grasp it again through its beginnings. Even the smallest details of that time please me simply because they belong to that time. I remember every detail about the places, the people, and the moments. I see the maid or the servant moving about in the room, a swallow entering through the window, a fly landing on my hand as I recited my lessons; I recall every aspect of the room where we lived—the study of Monsieur Lambercier to the right, a print depicting all the popes, a barometer, a large calendar, and the raspberry bushes in a high garden that extended behind the house, casting shade on the window and sometimes even extending inside it. I know that the reader probably doesn’t need to know all this, but I need to tell it to him. Why not dare to share with you all those little anecdotes from that happy time, which still fill me with joy when I recall them? Especially five or six of them. Let me think. I’ll spare you the five; but I want one, just one, so long as you allow me to tell it at length, to prolong my own pleasure.
If I were only looking for yours, I could choose the one from behind Miss Lambercier—she, unfortunately, fell while running down the meadow and ended up right in front of the King of Sardinia as he passed by. But the one from under the oak tree on the terrace is far more amusing for me, since I was actually involved in that “accident” rather than just an observer. I must admit that I didn’t manage to find a single word to laugh at such an incident—though it was certainly comical in itself—it only filled me with worry for someone I loved as much as my own mother, perhaps even more.
Oh you, readers curious about the great story of the fig tree on the terrace, listen to its terrible tragedy—and try, if you can, not to shudder.
Outside the courtyard gate, on the left side upon entering, there was a terrace where we often went to sit in the afternoons, but it had no shade at all. To provide some shade for it, Mr. Lambercier had a walnut tree planted there. The planting of this tree was carried out with great solemnity: the two boarders acted as its godfathers; and as they filled in the hole where the tree was to be planted, we each held one of its branches while singing triumphant songs. A sort of basin was constructed around the base of the tree for watering it. Every day, we, my cousin and I, watched this watering process with great interest, and we reaffirmed our very natural belief that it was far more honorable to plant a tree on a terrace than to hoist a flag over a breach in the wall. We resolved to secure this honor for ourselves alone, without sharing it with anyone else.
For this purpose, we went and cut a sprig from a young willow tree and planted it on the terrace, about eight or ten feet away from the majestic oak tree. We did not forget to dig a hole around our new plant as well; the difficulty lay in finding enough water to fill it, since the source was quite far away and we were not allowed to fetch water from anywhere else. Nevertheless, it was absolutely necessary for the willow to survive. We employed various tricks to supply it with water for several days, and our efforts were so successful that we soon saw it sprout new buds and grow small leaves—whose growth we could observe hour by hour. Although it was not yet even a foot tall from the ground, we were certain that it would soon begin to provide us with shade.
Si immagini un carattere timido e docile nella vita quotidiana, ma appassionato, fiero, indomabile quando si tratta di passioni; un bambino sempre guidato dalla voce della ragione, sempre trattato con dolcezza, equità e comprensione, che non aveva nemmeno l’idea dell’ingiustizia. E che, per la prima volta, ne sperimenta una terribile proprio da parte delle persone che ama e rispetta di più. Che capovolgimento di idee! Che disordine di sentimenti! Che sconvolgimento nel suo cuore, nella sua mente, in tutto il suo piccolo essere intelligente e morale. Dico che si può immaginare tutto questo, anche se forse è impossibile. Perché io stesso non riesco a comprendere, a seguire nemmeno la minima traccia di ciò che accadeva dentro di me in quel momento.
Non avevo ancora abbastanza ragioni per comprendere quanto le apparenze mi condannassero e per mettermi nei panni degli altri. Mi attenevo al mio punto di vista, e tutto ciò che provavo era la severità di una punizione terribile per un crimine che non avevo commesso. Il dolore fisico, sebbene intenso, mi risultava poco sensibile; sentivo soltanto indignazione, rabbia, disperazione. Mio cugino, in una situazione più o meno simile e punito per un errore involontario come se fosse stato un atto premeditato, si arrabbiava al mio esempio, quasi seguendo le mie stesse emozioni. Entrambi, nello stesso letto, ci abbracciavamo con impeto convulso, ci soffocavamo; e quando i nostri giovani cuori, un po’ sollevati, riuscivano a esprimere la nostra rabbia, ci alzavamo e iniziavamo entrambi a gridare con tutte le nostre forze: “Carnifex, Carnifex, Carnifex!”
Scrivendo queste parole, sento il mio battito cardiaco accelerare ancora; questi momenti rimarranno sempre presenti nella mia memoria anche se vivessi centomila anni. Quel primo sentimento di violenza e ingiustizia è rimasto così profondamente inciso nella mia anima che tutte le idee ad esso relative suscitano in me quella stessa emozione. Questo sentimento, originariamente legato a me stesso, ha acquisito una tale consistenza e si è completamente separato da qualsiasi interesse personale, al punto che il mio cuore si infiamma ogni volta che assisto o leggo di un atto ingiusto, indipendentemente dall’oggetto o dal luogo in cui avviene. Quando leggo delle crudeltà di un tiranno spietato o delle astuzie di un prete malvagio, sono disposto a partire immediatamente per uccidere quei miserabili, anche a costo della mia vita. Molte volte mi sono messo all’inseguimento di polli, mucche, cani o altri animali che tormentavano altri esseri viventi, semplicemente perché si sentivano più forti. Questo comportamento potrebbe sembrarmi naturale, e credo davvero che lo sia, ma il profondo ricordo della prima ingiustizia che ho subito ha avuto un ruolo fondamentale nel plasmare tale reazione.
Lì terminò la serenità della mia vita infantile. Da quel momento smisi di godere di una felicità pura, e anche oggi sento che il ricordo dei piaceri dell’infanzia si ferma proprio lì. Rimanemmo ancora a Bossey per alcuni mesi; eravamo come quegli primi esseri umani descritti nei racconti, ancora nel paradiso terrestre, ma ormai privi della capacità di goderne. In apparenza la situazione era la stessa, ma in realtà tutto era cambiato: l’affetto, il rispetto, l’intimità, la fiducia non legavano più gli studenti ai loro insegnanti; non li consideravamo più come dei dèi che leggevano nei nostri cuori. Ci vergognavamo meno di commettere errori e temevamo di essere accusati; iniziammo a nasconderci, a ribellarci, a mentire. Tutti i vizi della nostra età corrompevano la nostra innocenza e rovinavano i nostri giochi. Anche il paesaggio perdeva, ai nostri occhi, quell’attrattiva di dolcezza e semplicità che lo rendeva così piacevole; ci sembrava desolato e cupo, come se fosse coperto da un velo che nascondeva le sue bellezze. Smettemmo di curare i nostri piccoli giardini, le erbe, i fiori. Non ci divertivamo più a scavare nella terra e a esultare nel scoprire i germogli dei semi che avevamo piantato. Ci stancammo di quella vita; anche gli altri si stancarono di noi. Mio zio ci prese con sé, e ci separammo da Monsieur e Madame Lambercier: ormai sazi l’uno dell’altro, non sentivamo quasi il bisogno di continuare a stare insieme.
Sono trascorsi quasi trent’anni da quando ho lasciato Bossey, e per lungo tempo non mi sono ricordato di quel periodo se non attraverso alcuni ricordi vaghi e poco significativi. Ma ora che ho superato l’età matura e inizio ad avvicinarmi alla vecchiaia, sento che quegli stessi ricordi ritornano a vivere, mentre gli altri svaniscono; si imprimono nella mia memoria con tratti il cui fascino e la cui forza aumentano giorno dopo giorno. È come se, percependo già la vita che mi sfugge, cercassi di afferrarla attraverso i suoi inizi. Anche i più piccoli avvenimenti di quel tempo mi piacciono soltanto perché appartengono a quel periodo. Ricordo tutte le circostanze, i luoghi, le persone, gli istanti. Rivedo la serva o il valletto che si muovevano nella stanza, l’hirondella che entrava dalla finestra, la mosca che si posava sulla mia mano mentre recitavo la mia lezione. Ricordo tutto l’arredamento della camera in cui vivevamo: lo studio di M. Lambercier a destra, un’incisione raffigurante tutti i papi, un barometro, un grande calendario. I lamponi che, provenienti da un giardino situato molto in alto sul retro della casa, proiettavano ombra sulla finestra e a volte si spingevano anche all’interno della stanza. So bene che al lettore non sia necessario conoscere tutti questi dettagli. Ma io ho bisogno di raccontarglieli. Perché non oserei mai raccontargli tutte quelle piccole aneddoti di quell’epoca felice, che ancora oggi mi fanno provare un piacere immenso quando me li ricordo? Cinque o sei. Lasciate che ne racconti uno solo, purché mi si permetta di descriverlo nel modo più dettagliato possibile, per prolungare il mio piacere.
Se cercassi soltanto la vostra, potrei scegliere quella dietro la signorina Lambercier, che, a causa di una sfortunata caduta in fondo al prato, si trovò distesa proprio davanti al Re di Sardegna nel momento del suo passaggio. Ma quella vicino al noce sul terrazzo è più divertente per me: io stesso fui l’attore di quell’incidente, invece di essere soltanto uno spettatore. Devo ammettere che non riuscii a trovare nemmeno una parola da dire per ridere di un evento che, sebbene comico in sé, mi preoccupava molto per una persona che amavo come una madre, o forse ancora di più.
Voi, lettori curiosi della grande storia del gelso del terrazzo, ascoltate la sua orribile tragedia, e cercate di non tremare, se ci riuscite.
Davanti alla porta del cortile c’era una veranda a sinistra; spesso ci sedevamo lì nel pomeriggio, ma non aveva ombra. Per fornirle un po’ d’ombra, il signor Lambercier fece piantare un noce. La piantumazione di quell’albero ebbe luogo con solennità: i due pensionari ne furono i padrini; e mentre si riempiva la buca nel terreno, noi tenevamo l’albero ciascuno per una mano, cantando canzoni di trionfo. Per annaffiarlo fu costruito un piccolo bacino intorno alla base dell’albero. Ogni giorno, spettatori attenti di quelle annaffiature, io e mio cugino ci confermavamo nell’idea, del tutto naturale, che fosse molto più bello piantare un albero in veranda piuttosto che una bandiera sulla breccia. E decidemmo di conquistare questa gloria da soli, senza condividerla con nessuno.
Per questo motivo andammo a tagliare un rametto di un giovane salice e lo piantammo in terrazza, a otto o dieci piedi di distanza dal maestoso noce. Non dimenticammo nemmeno di scavare un buco intorno al nostro albero: la difficoltà stava nel trovare il modo per riempirlo, poiché l’acqua proveniva da una distanza piuttosto lunga e non ci era permesso andarla a prendere. Tuttavia, era assolutamente necessaria per il nostro salice. Utilizzammo ogni sorta di stratagemmi per fornirgli acqua durante alcuni giorni, e riuscimmo nel nostro intento: vedemmo il salice germogliare e mettere fuori delle piccole foglie, la cui crescita misuravamo ora dopo ora, convinti che, anche se non era ancora alto nemmeno un piede, non avrebbe tardato a offrirci ombra.
Comme notre arbre, nous occupant tout entiers, nous rendait incapables de toute application, de toute étude, que nous étions comme en délire, et que, ne sachant à qui nous en avions, on nous tenait de plus court qu’auparavant, nous vîmes l’instant fatal où l’eau nous allait manquer, et nous nous désolions dans l’attente de voir notre arbre périr de sécheresse. Enfin la nécessité, mère de l’industrie, nous suggéra une invention pour garantir l’arbre et nous d’une mort certaine : ce fut de faire par-dessous terre une rigole qui conduisît secrètement au saule une partie de l’eau dont on arrosait le noyer. Cette entreprise, exécutée avec ardeur, ne réussit pourtant pas d’abord. Nous avions si mal pris la pente, que l’eau ne coulait point ; la terre s’éboulait et bouchait la rigole, l’entrée se remplissait d’ordures ; tout allait de travers. Rien ne nous rebuta : Omnia vincit labor improbus. Nous creusâmes davantage et la terre et notre bassin, pour donner à l’eau son écoulement ; nous coupâmes des fonds de boîtes en petites planches étroites, dont les unes mises de plat à la file, et d’autres posées en angle des deux côtes sur celles-là, nous firent un canal triangulaire pour notre conduit. Nous plantâmes à l’entrée de petits bouts de bois minces et à claire-voie, qui, faisant une espèce de grillage ou de crapaudine, retenaient le limon et les pierres sans boucher le passage à l’eau. Nous recouvrîmes soigneusement notre ouvrage de terre bien foulée, et le jour où tout fut fait, nous attendîmes dans des transes d’espérance et de crainte l’heure de l’arrosement. Après des siècles d’attente, cette heure vint enfin, M. Lambercier vint aussi à son ordinaire assister à l’opération, durant laquelle nous nous tenions tous deux derrière lui pour cacher notre arbre, auquel très heureusement il tournait le dos.
À peine achevait-on de verser le premier seau d’eau, que nous commençâmes d’en voir couler dans notre bassin. À cet aspect la prudence nous abandonna ; nous nous mîmes à pousser des cris de joie qui firent retourner M. Lambercier, et ce fut dommage, car il prenait grand plaisir à voir comment la terre du noyer était bonne et buvait avidement son eau. Frappé de la voir se partager entre deux bassins, il s’écrie à son tour, regarde, aperçoit la friponnerie, se fait brusquement apporter une pioche, donne un coup, fait voler deux ou trois éclats de nos planches, et criant à pleine tête : Un aqueduc ! un aqueduc ! il frappe de toutes parts des coups impitoyables, dont chacun portait au milieu de nos cœurs. En un moment, les planches, le conduit, le bassin, le saule, tout fut détruit, tout fut labouré, sans qu’il y eût, durant cette expédition terrible, nul autre mot prononcé, sinon l’exclamation qu’il répétait sans cesse. Un aqueduc ! s’écriait-il en brisant tout, un aqueduc ! un aqueduc !
On croira que l’aventure finit mal pour les petits architectes. On se trompera : tout fut fini. M. Lambercier ne nous dit pas un mot de reproche, ne nous fit pas plus mauvais visage, et ne nous en parla plus ; nous l’entendîmes même un peu après rire auprès de sa sœur à gorge déployée, car le rire de M. Lambercier s’entendait de loin, et ce qu’il y eut de plus étonnant encore, c’est que, passé le premier saisissement, nous ne fûmes pas nous-mêmes fort affligés. Nous plantâmes ailleurs un autre arbre, et nous nous rappelions souvent la catastrophe du premier, en répétant entre nous avec emphase : Un aqueduc ! un aqueduc ! Jusque-là j’avais eu des accès d’orgueil par intervalles quand j’étais Aristide ou Brutus. Ce fut ici mon premier mouvement de vanité bien marquée. Avoir pu construire un aqueduc de nos mains, avoir mis une bouture en concurrence avec un grand arbre, me paraissait le suprême degré de la gloire. A dix ans j’en jugeais mieux que César à trente.
L’idée de ce noyer et la petite histoire qui s’y rapporte m’est si bien restée ou revenue, qu’un de mes plus agréables projets dans mon voyage de Genève, en 1754, était d’aller à Bossey y revoir les monuments des jeux de mon enfance, et surtout le cher noyer, qui devait alors avoir déjà le tiers d’un siècle. Je fus si continuellement obsédé, si peu maître de moi-même, que je ne pus trouver le moment de me satisfaire. Il y a peu d’apparence que cette occasion renaisse jamais pour moi. Cependant je n’en ai pas perdu le désir avec l’espérance, et je suis presque sûr que si jamais, retournant dans ces lieux chéris, j’y retrouvais mon cher noyer encore en être, je l’arroserais de mes pleurs.
De retour à Genève, je passai deux ou trois ans chez mon oncle en attendant qu’on résolût ce que l’on ferait de moi. Comme il destinait son fils au génie, il lui fit apprendre un peu de dessin, et lui enseignait les Éléments d’Euclide. J’apprenais tout cela par compagnie, et j’y pris goût, surtout au dessin. Cependant on délibérait si l’on me ferait horloger, procureur ou ministre. J’aimais mieux être ministre, car je trouvais bien beau de prêcher. Mais le petit revenu du bien de ma mère à partager entre mon frère et moi ne suffisait pas pour pousser mes études. Comme l’âge où j’étais ne rendait pas ce choix bien pressant encore, je restais en attendant chez mon oncle, perdant à peu près mon temps, et ne laissant pas de payer, comme il était juste, une assez forte pension.
Mon oncle, homme de plaisir ainsi que mon père, ne savait pas comme lui se captiver par ses devoirs, et prenait assez peu de soin de nous. Ma tante était une dévote un peu piétiste, qui aimait mieux chanter les psaumes que veiller à notre éducation. On nous laissait presque une liberté entière dont nous n’abusâmes jamais. Toujours inséparables, nous nous suffisions l’un à l’autre, et n’étant point tentés de fréquenter les polissons de notre âge, nous ne prîmes aucune des habitudes libertines que l’oisiveté nous pouvait inspirer. J’ai même tort de nous supposer oisifs, car de la vie nous ne le fûmes moins, et ce qu’il y avait d’heureux était que tous les amusements dont nous nous passionnions successivement nous tenaient ensemble occupés dans la maison sans que nous fussions même tentés de descendre à la rue. Nous faisions des cages, des flûtes, des volants, des tambours, des maisons, des équiffles[12], des arbalètes. Nous gâtions les outils de mon bon vieux grand-père pour faire des montres à son imitation. Nous avions surtout un goût de préférence pour barbouiller du papier, dessiner, laver, enluminer, faire un dégât de couleurs. Il vint à Genève un charlatan italien, appelé Gamba-Corta ; nous allâmes le voir une fois, et puis nous n’y voulûmes plus aller : mais il avait des marionnettes, et nous nous mîmes à faire des marionnettes ; ses marionnettes jouaient des manières de comédies, et nous fîmes des comédies pour les nôtres. Faute de pratique, nous contrefaisions du gosier la voix de Polichinelle, pour jouer ces charmantes comédies que nos pauvres bons parents avaient la patience de voir et d’entendre. Mais mon oncle Bernard ayant un jour lu dans la famille un très beau sermon de sa façon, nous quittâmes les comédies, et nous nous mîmes à composer des sermons. Ces détails ne sont pas fort intéressants, je l’avoue ; mais ils montrent à quel point il fallait que notre première éducation eût été bien dirigée, pour que, maîtres presque de notre temps et de nous dans un âge si tendre, nous fussions si peu tentés d’en abuser. Nous avions si peu besoin de nous faire des camarades que nous en négligions même l’occasion. Quand nous allions nous promener, nous regardions en passant leurs jeux sans convoitise, sans songer même à y prendre part. L’amitié remplissait si bien nos cœurs, qu’il nous suffisait d’être ensemble pour que les plus simples goûts fissent nos délices.
À force de nous voir inséparables, on y prit garde ; d’autant plus que, mon cousin étant très grand et moi très petit, cela faisait un couple assez plaisamment assorti. Sa longue figure effilée, son petit visage de pomme cuite, son air mou, sa démarche nonchalante, excitaient les enfants à se moquer de lui.
Dans le patois du pays on lui donna le surnom de Barnâ Bredanna, et sitôt que nous sortions nous n’entendions que Barnâ Bredanna tout autour de nous. Il endurait cela plus tranquillement que moi. Je me fâchai, je voulus me battre ; c’était ce que les petits coquins demandaient. Je battis, je fus battu. Mon pauvre cousin me soutenait de son mieux ; mais il était faible, d’un coup de poing on le renversait. Alors je devenais furieux. Cependant, quoique j’attrapasse force horions, ce n’était pas à moi qu’on en voulait, c’était à Barnâ Bredanna ; mais j’augmentai tellement le mal par ma mutine colère que nous n’osions plus sortir qu’aux heures où l’on était en classe, de peur d’être hués et suivis par les écoliers.
Just as our tree, which occupied us entirely, made it impossible for us to engage in any activity or study—leaving us in a state of delirium—we also found ourselves in an extremely difficult situation. Not knowing whom to turn to for help, we were treated even more harshly than before. Finally, necessity, the mother of invention, prompted us to come up with a solution to prevent both our tree and ourselves from certain death: we dug a hidden channel beneath the ground that led secretly from the willow to a part of the water used to irrigate the oak tree. We carried out this project with great enthusiasm, but at first it was not successful. The slope we chose was too steep, so the water wouldn’t flow; the soil would collapse and block the channel, and the entrance would fill up with debris—everything went wrong. But nothing could deter us: “Perseverance conquers all.” We dug deeper, adjusting both the direction of the channel and the design of its walls using narrow wooden boards. At the entrance, we placed thin sticks in a grid-like pattern to prevent silt and stones from clogging the passage while still allowing water to flow through. Once our work was completed, we carefully covered it with well-compacted soil. On the day everything was ready, we waited with both hope and fear for the moment of irrigation. After what felt like centuries, that day finally arrived. Mr. Lambercier came as usual to oversee the process, and we both stood behind him, hiding our tree—fortunately, he was facing away from it.
No sooner had we finished pouring the first bucket of water than we began to see it flowing into our basin. At this sight, prudence abandoned us; we let out shouts of joy that brought Mr. Lambercier back again—which was a pity, for he had taken great pleasure in observing how good the quality of the willow wood was and how eagerly it absorbed the water. Seeing the water divide between two basins, he exclaimed in turn, “Look!” He realized what was happening, quickly grabbed a shovel, struck once, and two or three pieces of our planks flew apart. “An aqueduct! An aqueduct!” he cried, striking everywhere with merciless blows—each one of them hitting right at the heart of us. In an instant, the planks, the conduit, the basin, the willow tree—all was destroyed. Not a single other word was spoken during this terrible incident, except for that cry he repeated incessantly: “An aqueduct! An aqueduct!”
One might think that the little architects met with a bad end in this adventure. But one would be mistaken: everything turned out well. Mr. Lambercier said not a word of reproach to us, did not show us any ill will, and never mentioned it again; in fact, we even heard him laughing heartily with his sister some time later, for Mr. Lambercier’s laughter could be heard from afar. What was even more astonishing was that, once the initial shock wore off, we ourselves were not particularly distressed by what had happened. We planted another tree elsewhere and often recalled the “catastrophe” of the first one, saying to each other with great emphasis: “An aqueduct! An aqueduct!” Until then, I had occasionally felt moments of pride when I played the role of Aristide or Brutus; but this time, it was my first true experience of vanity. To have been able to build an aqueduct with our own hands, to have made a sapling compete with a grown tree—these seemed to me the ultimate manifestations of glory. At the age of ten, I thought I was better than Caesar at thirty.
The memory of that fig tree and the little story associated with it have remained so vivid in my mind that one of my most pleasant plans during my trip to Geneva in 1754 was to go to Bossey to revisit the places where I used to play as a child, especially that beloved fig tree—which must have been at least thirty years old by then. I was so constantly preoccupied by this thought that I simply couldn’t find the right moment to fulfill my desire. It seems highly unlikely that such an opportunity will ever present itself again. Nevertheless, my longing has not faded, and I am almost certain that if I ever return to those cherished places and find my old fig tree still standing there, I would pour all my tears over it.
Upon returning to Geneva, I spent two or three years living with my uncle while waiting to decide what would be done with me. Since he intended his son to pursue a career in science, he had him learn some drawing and teach him the Elements of Euclid. I learned all this alongside my cousin and took a liking to it, especially drawing. However, people were still debating whether I should become a clockmaker, a lawyer, or a minister. I preferred being a minister, for I found it very honorable to preach. But the meager income from my mother’s estate, to be shared between my brother and me, was not enough to support my studies. Since the age I was at at that time did not make such a choice particularly urgent, I remained living with my uncle, spending much of my time idly and, as was only fair, failing to pay him a decent pension.
My uncle, who was as much given to pleasure-seeking as my father, did not know how to occupy himself with his duties in the same way, and paid us very little attention. My aunt was a somewhat pious woman who preferred singing psalms to taking care of our education. We were left with almost complete freedom, which we never abused. Always inseparable, we relied on each other for company; since we had no inclination to associate with the mischievous children of our age, we did not develop any of those licentious habits that idleness might have induced. In fact, it would be wrong to assume that we were idle, for we were far from it throughout our childhood. What made it particularly happy was that all the pursuits that captivated us kept us occupied at home, without even giving us the urge to go out into the streets. We made cages, flutes, whirligsigs, drums, houses, models of vehicles[12], and crossbows. We damaged my grandfather’s tools in order to imitate him and make watches. Above all, we loved to scribble on paper, draw, color, and create a mess with colors. Once an Italian charlatan named Gamba-Corta came to Geneva; we went to see him once, but then lost interest. However, he had marionettes, and so we began making our own. His marionettes performed various comedic acts, and we wrote our own plays for them. Due to a lack of practice, we mimicked the voice of Polichinelle with our throats to perform these amusing plays—plays that our poor, kind parents had the patience to watch and listen to. But one day, my uncle Bernard read a very beautiful sermon written in his style, and so we abandoned our theatrical pursuits and began composing sermons instead. I admit that these details are not particularly interesting; but they show how well our early education must have been guided, for at such a tender age, when we already had considerable control over our time and ourselves, we were hardly tempted to misuse it. We needed so little in the way of companionship that we even neglected the opportunities to make friends. When we went out for walks, we would watch other children playing without any desire to join them. Friendship filled our hearts so completely that being together was enough to bring us great joy in the simplest pursuits.
Because people constantly saw us as inseparable, they began to pay attention to it; especially since my cousin was very tall and I was very short, we made a rather amusingly mismatched pair. His long, slender figure, his small, round face like that of a ripe apple, his soft demeanor, and his casual way of walking all encouraged the children to tease him.
In the local dialect of the region, they gave him the nickname Barnâ Bredanna; whenever we went out, all we heard around us was people calling him Barnâ Bredanna. He endured it more calmly than I did. I got angry and wanted to fight—they were exactly what those little mischievants were asking for. I fought, and I lost. My poor cousin tried his best to support me, but he was weak; a single punch would knock him down. Then I would become furious. However, even though I got beaten up quite often, it wasn’t really me they were targeting—it was Barnâ Bredanna. But my rebellious anger only made things worse; we no longer dared to go out except during class hours, for fear of being insulted and chased by the other students.
Come il nostro albero, che ci occupava interamente rendendoci incapaci di qualsiasi attività o studio, eravamo come in delirio; non sapendo a chi rivolgerci, venivamo trattati ancora più severamente del solito. Vedemmo arrivare l’istante fatale in cui l’acqua ci sarebbe mancata e ci disperammo nell’attesa che il nostro albero perisse di sete. Alla fine, la necessità, madre dell’inventiva, ci suggerì un modo per salvare sia l’albero che noi stessi dalla morte certa: costruimmo una canaletta sotterranea che portasse segretamente verso il salice una parte dell’acqua utilizzata per annaffiare il noce. Questo progetto, realizzato con impegno, non ebbe successo subito. Avevamo calcolato male la pendenza del terreno: l’acqua non scorreva; il terreno franava e ostruiva il canale, l’ingresso si riempiva di detriti. Tutto andava storto. Ma nulla ci arrese: “Omnia vincit labor improbus”. Allungammo ulteriormente la canaletta e costruimmo un condotto a forma triangolare utilizzando piccole assi ricavate da scatole; piantammo anche dei rami sottili all’ingresso del canale, che fungevano da griglia per trattenere il fango e le pietre senza bloccare il passaggio dell’acqua. Coprimmo con cura il nostro lavoro di terra ben compattata. Il giorno in cui tutto fu pronto, aspettammo con ansia l’ora dell’irrigazione. Dopo lunghi mesi d’attesa, finalmente arrivò quel momento. Il signor Lambercier venne come al solito ad assistere all’operazione; noi ci nascondemmo dietro di lui per non far vedere il nostro albero. Per fortuna, lui gli voltava le spalle.
Appena finimmo di versare il primo secchio d’acqua, vedemmo subito che iniziava a fluire nel nostro bacino. Di fronte a questa scena, la prudenza ci abbandonò; iniziammo a gridare di gioia, facendo così tornare indietro il signor Lambercier. E fu un peccato, perché a lui piaceva molto osservare quanto fosse buona l’acqua proveniente dal terreno dove erano piantati gli alberi di noce. Vedendola dividersi tra due bacini, anche lui esclamò sorpreso; notando poi la nostra manovra disonesta, chiamò immediatamente una pala, colpì con forza e fece volare via due o tre assi delle nostre strutture. Gridando a piena voce: “Un acquedotto! Un acquedotto!”, continuò a colpire ovunque, con colpi spietati. In un attimo, tutte le assi, la struttura dell’acquedotto, il bacino, tutto fu distrutto. Durante quell’orribile episodio, non fu pronunciata alcuna altra parola se non quella che ripeteva continuamente: “Un acquedotto! Un acquedotto!”
Si potrebbe pensare che l’avventura abbia avuto un esito negativo per quei piccoli architetti. Ma ci sbagliamo: tutto si concluse bene. Il signor Lambercier non ci disse una parola di rimprovero, non ci fece alcuna faccia cupa e non ne parlò più; anzi, poco dopo lo sentimmo ridere a squarciagola insieme a sua sorella. Il riso del signor Lambercier si udiva da lontano. E la cosa ancora più sorprendente è che, superato il primo momento di shock, noi stessi non fummo affatto addolorati. Piantammo un altro albero altrove e spesso ricordavamo quella “catastrofe”, ripetendo tra noi con enfasi: “Un acquedotto! Un acquedotto!” Fino ad allora avevo avuto, di tanto in tanto, momenti di orgoglio quando interpretavo il ruolo di Aristide o di Bruto. Ma questa volta fu la mia prima vera manifestazione di vanità. Riuscire a costruire un acquedotto con le nostre mani, far sì che una piantina potesse competere con un albero grande. Mi sembrava il massimo della gloria. A dieci anni ne ero più convinto di Cesare a trent’anni.
L’idea di quel gelso e la piccola storia ad esso legata mi sono rimaste così vividamente in mente che uno dei miei progetti più piacevoli durante il mio viaggio da Ginevra, nel 1754, era quello di recarmi a Bossey per rivedere i ricordi legati ai giochi della mia infanzia, e soprattutto quel caro gelso, che all’epoca doveva già avere circa un terzo di secolo. Ero così ossessionato da questo desiderio, così incapace di controllarmi, che non riuscii mai a trovare il momento giusto per realizzarlo. È molto improbabile che questa opportunità si presenti di nuovo per me. Tuttavia, non ho perso la speranza e sono quasi certo che, se un giorno dovessi tornare in quei luoghi cari e ritrovassi ancora quel gelso in vita, lo innaffierei con le mie lacrime.
Tornato a Ginevra, trascorsi due o tre anni da mio zio in attesa che si decidesse cosa fare di me. Poiché destinava suo figlio al mondo degli ingegneri, gli fece studiare un po’ di disegno e gli insegnò gli “Elementi” di Euclide. Io imparavo tutto questo insieme a lui e ne presi gusto, soprattutto per il disegno. Tuttavia, si discuteva ancora se farmi diventare orologiaio, procuratore o ministro. A me piaceva di più l’idea di essere ministro, perché trovavo molto bello predicare. Ma il piccolo reddito derivante dai beni di mia madre, da dividere tra mio fratello e me, non era sufficiente per permettermi di proseguire i miei studi. Poiché l’età in cui mi trovavo non rendeva questa scelta particolarmente urgente, rimasi a casa di mio zio, trascorrendo il tempo in modo piuttosto futile e senza pagare, come era giusto, una pensione adeguata.
Mio zio, così come mio padre, non sapeva come lui impegnarsi nei propri doveri e ci prestava molto poca attenzione. Mia zia, invece, era una donna devota e piuttosto bigotta; preferiva cantare i salmi che occuparsi della nostra educazione. Ci lasciavano quasi totale libertà, e noi non ne abusammo mai. Sempre insieme, ci bastavamo l’uno all’altro; poiché non eravamo tentati di frequentare compagnie disordinate della nostra età, non acquisimmo alcuna delle abitudini licenziose che la noia avrebbe potuto indurci ad assumere. Anzi, è quasi un errore considerarci pigri: in realtà non lo eravamo affatto; ciò che rendeva la nostra vita felice era il fatto che tutti gli svaghi a cui ci dedicavamo ci tenevano occupati in casa, senza nemmeno farci venire l’idea di uscire. Costruivamo gabbie, flauti, tamburi, case, e persino arbalèti; rovinavamo gli strumenti di mio nonno per creare delle “orologi” a sua imitazione. Avevamo soprattutto una grande passione per disegnare, colorare. Quando arrivò a Ginevra un ciarlatano italiano di nome Gamba-Corta, andammo a vederlo una volta sola, poi non vollimo più tornarci; tuttavia lui aveva delle marionette, e noi iniziammo a costruirne delle nostre. Le marionette di quell’uomo recitavano commedie, e noi ne scrivemmo delle nostre. Mancando di esperienza, imitavamo la voce di Polichinelle per rappresentare queste commedie; i nostri poveri genitori avevano la pazienza di guardarle e ascoltarle. Ma un giorno mio zio Bernard lesse in famiglia un bellissimo sermone, e noi abbandonammo le commedie per dedicarci alla composizione di sermoni. Questi dettagli, lo ammetto, non sono molto interessanti; tuttavia dimostrano fino a che punto la nostra prima educazione fosse stata ben guidata: a un’età così tenera, eravamo quasi padroni del nostro tempo e di noi stessi, eppure non sentivamo alcuna tentazione di abusarne. Avevamo talmente poco bisogno di “compagni” che persino l’occasione di trovarne ci sfuggiva. Quando andavamo a fare una passeggiata, osservavamo i loro giochi senza desiderio, senza nemmeno pensare di parteciparvi. L’amicizia riempiva completamente i nostri cuori; bastava stare insieme perché anche i più semplici divertimenti diventassero la nostra gioia.
Visto che ci consideravano inseparabili, la gente iniziò a fare attenzione; soprattutto perché mio cugino era molto alto e io molto basso, formavamo davvero una coppia abbastanza strana. La sua lunga figura snella, il suo piccolo viso rotondo come una mela cotta, il suo aspetto morbido e la sua andatura disinvolta incoraggiavano i bambini a prenderlo in giro.
Nel dialetto del posto gli diedero il soprannome di Barnâ Bredanna; non appena uscivamo, sentivamo solo quel nome intorno a noi. Lui lo sopportava più tranquillamente di me. Mi arrabbiai, volevo litigare. Era proprio quello che quei piccoli mascalzoni desideravano. Litigai e fui battuto. Il mio povero cugino cercava di aiutarmi nel modo migliore possibile; ma era debole. Un pugno bastava per farlo cadere a terra. Allora diventavo furioso. Tuttavia, anche se ricevevo molti schiaffi, in realtà non erano rivolti a me, ma a Barnâ Bredanna. Ma la mia rabbia ribelle peggiorava solo le cose; per questo non osavamo più uscire se non durante l’orario scolastico, per paura di essere insultati e inseguiti dagli altri studenti.
Me voilà déjà redresseur des torts. Pour être un Paladin dans les formes, il ne me manquait que d’avoir une dame ; j’en eus deux. J’allais de temps en temps voir mon père à Nyon, petite ville du pays de Vaud, où il s’était établi. Mon père était fort aimé, et son fils se sentait de cette bienveillance. Pendant le peu de séjour que je faisais près de lui, c’était à qui me fêterait. Une Mme de Vulson, surtout, me faisait mille caresses ; et pour y mettre le comble, sa fille me prit pour son galant. On sent ce que c’est qu’un galant de onze ans pour une fille de vingt-deux. Mais toutes ces friponnes sont si aises de mettre ainsi de petites poupées en avant pour cacher les grandes, ou pour les tenter par l’image d’un jeu qu’elles savent rendre attirant ! Pour moi, qui ne voyais point entre elle et moi de disconvenance, je pris la chose au sérieux ; je me livrai de tout mon cœur, ou plutôt de toute ma tête, car je n’étais guère amoureux que par là, quoique je le fusse à la folie, et que mes transports, mes agitations, mes fureurs donnassent des scènes à pâmer de rire.
Je connais deux sortes d’amours très distincts, très réels, et qui n’ont presque rien de commun, quoique très vifs l’un et l’autre, et tous deux différents de la tendre amitié. Tout le cours de ma vie s’est partagé entre ces deux amours de si diverses natures, et je les ai même éprouvés tous deux à la fois ; car, par exemple, au moment dont je parle, tandis que je m’emparais de Mlle de Vulson si publiquement et si tyranniquement que je ne pouvais souffrir qu’aucun homme approchât d’elle, j’avais avec une petite Mlle Goton des tête-à-tête assez courts, mais assez vifs, dans lesquels elle daignait faire la maîtresse d’école, et c’était tout ; mais ce tout, qui en effet était tout pour moi, me paraissait le bonheur suprême, et, sentant déjà le prix du mystère, quoique je n’en susse user qu’en enfant, je rendais à Mlle de Vulson, qui ne s’en doutait guère, le soin qu’elle prenait de m’employer à cacher d’autres amours. Mais à mon grand regret mon secret fut découvert, ou moins bien gardé de la part de ma petite maîtresse d’école que de la mienne, car on ne tarda pas à nous séparer.[13]
C’était en vérité, une singulière personne que cette petite Mlle Goton. Sans être belle, elle avait une figure difficile à oublier, et que je me rappelle encore, souvent beaucoup trop pour un vieux fou. Ses yeux surtout n’étaient pas de son âge, ni sa taille, ni son maintien. Elle avait un petit air imposant et fier, très propre à son rôle, et qui en avait occasionné la première idée entre nous. Mais ce qu’elle avait de plus bizarre était un mélange d’audace et de réserve difficile à concevoir. Elle se permettait avec moi les plus grandes privautés, sans jamais m’en permettre aucune avec elle ; elle me traitait exactement en enfant : ce qui me fait croire, ou qu’elle avait déjà cessé de l’être, ou qu’au contraire elle l’était encore assez elle-même pour ne voir qu’un jeu dans le péril auquel elle s’exposait.
J’étais tout entier, pour ainsi dire, à chacune de ces deux personnes, et si parfaitement, qu’avec aucune des deux il ne m’arrivait jamais de songer à l’autre. Mais du reste rien de semblable en ce qu’elles me faisaient éprouver. J’aurais passé ma vie entière avec Mlle de Vulson sans songer à la quitter ; mais en l’abordant ma joie était tranquille et n’allait pas à l’émotion. Je l’aimais surtout en grande compagnie ; les plaisanteries, les agaceries, les jalousies même, m’attachaient, m’intéressaient ; je triomphais avec orgueil de ses préférences près des grands rivaux qu’elle paraissait maltraiter. J’étais tourmenté, mais j’aimais ce tourment. Les applaudissements, les encouragements, les ris m’échauffaient, m’animaient. J’avais des emportements, des saillies ; j’étais transporté d’amour dans un cercle ; tête-à-tête j’aurais été contraint, froid, peut-être ennuyé. Cependant je m’intéressais tendrement à elle ; je souffrais quand elle était malade, j’aurais donné ma santé pour rétablir la sienne, et notez que je savais très bien par expérience ce que c’était que maladie, et ce que c’était que santé. Absent d’elle, j’y pensais, elle me manquait ; présent, ses caresses m’étaient douces au cœur, non aux sens. J’étais impunément familier avec elle ; mon imagination ne me demandait que ce qu’elle m’accordait ; cependant je n’aurais pu supporter de lui en voir faire autant à d’autres. Je l’aimais en frère, mais j’en étais jaloux en amant.
Je l’eusse été de Mlle Goton en Turc, en furieux, en tigre, si j’avais seulement imaginé qu’elle pût faire à un autre le même traitement qu’elle m’accordait, car cela même était une grâce qu’il fallait demander à genoux. J’abordais Mlle de Vulson avec un plaisir très vif, mais sans trouble ; au lieu qu’en voyant seulement Mlle Goton, je ne voyais plus rien ; tous mes sens étaient bouleversés. J’étais familier avec la première sans avoir de familiarités ; au contraire, j’étais aussi tremblant qu’agité devant la seconde, même au fort des plus grandes familiarités. Je crois que si j’étais resté trop longtemps avec elle, je n’aurais pu vivre ; les palpitations m’auraient étouffé. Je craignais également de leur déplaire ; mais j’étais plus complaisant pour l’une et plus obéissant pour l’autre. Pour rien au monde je n’aurais voulu fâcher Mlle de Vulson ; mais si Mlle Goton m’eût ordonné de me jeter dans les flammes, je crois qu’à l’instant j’aurais obéi.
Mes amours ou plutôt mes rendez-vous avec celle-ci durèrent peu, très heureusement pour elle et pour moi. Quoique mes liaisons avec Mlle de Vulson n’eussent pas le même danger, elles ne laissèrent pas d’avoir aussi leur catastrophe, après avoir un peu plus longtemps duré. Les fins de tout cela devaient toujours avoir l’air un peu romanesque, et donner prise aux exclamations. Quoique mon commerce avec Mlle de Vulson fût moins vif, il était plus attachant peut-être. Nos séparations ne se faisaient jamais sans larmes, et il est singulier dans quel vide accablant je me sentais plongé après l’avoir quittée. Je ne pouvais parler que d’elle, ni penser qu’à elle : mes regrets étaient vrais et vifs ; mais je crois qu’au fond ces héroïques regrets n’étaient pas tous pour elle, et que, sans que je m’en aperçusse, les amusements dont elle était le centre y avaient leur bonne part. Pour tempérer les douleurs de l’absence, nous nous écrivions des lettres d’un pathétique à faire fendre les rochers. Enfin j’eus la gloire qu’elle n’y put plus tenir, et qu’elle vint me voir à Genève. Pour le coup, la tête acheva de me tourner ; je fus ivre et fou les deux jours qu’elle y resta. Quand elle partit, je voulais me jeter dans l’eau après elle, et je fis longtemps retentir l’air de mes cris. Huit jours après, elle m’envoya des bonbons et des gants ; ce qui m’eût paru fort galant, si je n’eusse appris en même temps qu’elle était mariée, et que ce voyage, dont il lui avait plu de me faire honneur, était pour acheter ses habits de noces. Je ne décrirai pas ma fureur ; elle se conçoit. Je jurai dans mon noble courroux de ne plus revoir la perfide, n’imaginant pas pour elle de plus terrible punition. Elle n’en mourut pas cependant ; car vingt ans après, étant allé voir mon père, et me promenant avec lui sur le lac, je demandai qui étaient des dames que je voyais dans un bateau peu loin du nôtre. Comment ! me dit mon père en souriant, le cœur ne te le dit-il pas ? ce sont tes anciennes amours ; c’est Mme Christin, c’est Mlle de Vulson. Je tressaillis à ce nom presque oublié : mais je dis aux bateliers de changer de route ; ne jugeant pas, quoique j’eusse assez beau jeu pour prendre ma revanche, que ce fût la peine d’être parjure, et de renouveler une querelle de vingt ans avec une femme de quarante.
Here I was, already acting as a redresser of wrongs. To truly be a Paladin in every sense of the word, all that lacked was for me to have a lady; well, I ended up with two. From time to time, I would visit my father in Nyon, a small town in the canton of Vaud where he had settled down. My father was very beloved, and his son felt the benefit of this kindness. During the short periods I spent with him, everyone vied to entertain me. In particular, a Mrs. de Vulson lavished countless favors upon me; to top it all off, her daughter even took me as her sweetheart. One can imagine what such a eleven-year-old “lover” could mean to a twenty-two-year-old girl. But these coquettish women are so adept at using these little “dolls” as a cover for their true intentions, or as a means to tempt others with the illusion of something they know to be enticing! As for me, not seeing any obstacle between her and myself, I took it all seriously; I devoted my whole heart—or rather, my entire mind, for it was mostly through my thoughts that I was “in love,” though in truth I was utterly obsessed. My emotions, my agitation, my outbursts—even those were enough to provoke laughter.
I know two very distinct kinds of love—very real, yet possessing almost nothing in common; both intense, yet each utterly different from the tender affection of friendship. The entire course of my life has been divided between these two loves of such contrasting natures; I even experienced them simultaneously at one time. For instance, at the very moment I am speaking of, while I was so openly and tyrannically pursuing Mademoiselle de Vulson that I would not allow any man to approach her, I also engaged in rather brief but intense tête-à-têtes with a young girl named Mademoiselle Goton. In those moments, she would play the role of a “teacher,” and that was all. Yet this “all”—which, for me, truly meant everything—seemed to represent supreme happiness. Already sensing the allure of secrecy, though I knew only how to exploit it as a child, I reciprocated the care Mademoiselle de Vulson took in hiding my other loves. Though, to my great regret, my secret was discovered—or, rather, not kept as well by my little “teacher” as by me. Before long, we were separated.[13]
Indeed, that little Miss Goton was a rather peculiar person. Not beautiful, she had a face that was hard to forget—and one that I often recall, far too often for an old fool like me. Her eyes, in particular, did not correspond to her age, nor did her height or bearing. She carried an air of authority and pride that was very suited to her role, and it was this that gave rise to the first idea between us. But what was most bizarre about her was a mix of audacity and reserve that was hard to fathom. She allowed herself the greatest liberties with me, yet never permitted me the slightest freedom with her; she treated me exactly like a child—which leads me to believe either that she had already stopped being a child, or that, on the contrary, she was still quite childlike enough to see nothing but a game in the dangers she exposed herself to.
I was, so to speak, entirely devoted to each of these two people, and so completely that I never once thought about the other one in their presence. Yet nothing in what they made me feel could be compared to this state. I could have spent my entire life with Mademoiselle de Vulson without ever considering leaving her; but when I was with her, my joy was calm and devoid of any intense emotion. I especially loved her in the company of many others; the jokes, the teasing, even the jealousy that sometimes arose only made me feel more attached to her and interested in her. I took pride in her showing preference for me over those great rivals who seemed to be treated poorly by her. I suffered, but I loved that suffering. The applause, the encouragement, the laughter all thrilled and energized me. I would become passionate and enthusiastic in her presence; but alone with her, I might have felt constrained, cold, perhaps even bored. Nevertheless, I cared for her deeply; I suffered when she was ill, and I would have given my own health to restore hers—and let me say that I knew very well what it meant to be ill or healthy, from personal experience. When she was not with me, I thought about her constantly; she missed me when we were apart. But when we were together, her affection was sweet to my heart, though not to my senses. I felt completely at ease in her presence; my imagination demanded only what she offered me. Yet I could never tolerate seeing her treat others in the same way. I loved her as a brother, but as a lover, I was jealous of her.
I would have been just like Mademoiselle Goton in Turkey—furious, like a tiger—if I had even imagined that she could treat someone else in the same way she treated me; indeed, such an act would have been considered a grace worthy of being begged for on knees. I approached Mademoiselle de Vulson with great pleasure, but without any disturbance; whereas merely seeing Mademoiselle Goton would make me unable to see anything else—all my senses would be thrown into chaos. With the first, I felt at ease without being overly familiar; with the second, however, I was as trembling as agitated, even in the midst of the greatest intimacy. I believe that if I had stayed with her for too long, I wouldn’t have been able to survive—the palpitations would have choked me. I also feared offending either of them; but I was more accommodating toward one and more obedient toward the other. For nothing in the world would I have wanted to anger Mademoiselle de Vulson; but if Mademoiselle Goton had ordered me to throw myself into the flames, I believe I would have obeyed immediately.
My “affairs,” or rather my meetings with her, lasted for only a short time—very fortunately for both her and me. Although my relationship with Mademoiselle de Vulson did not carry the same degree of danger, it still ended in disaster after enduring a little longer. The endings of such things always had to take on a somewhat romantic hue, enough to provoke exclamations. Though my dealings with Mademoiselle de Vulson were less intense, they were perhaps more heartfelt. Our partings were always accompanied by tears, and it was astonishing how utterly empty and desolate I felt after leaving her. I could only talk about her, think of her—my regrets were genuine and profound. But I believe that, in truth, not all of those so-called “heroic” regrets were truly for her; unbeknownst to me, the pleasures that she was the center of also played their part in them. To alleviate the pain of separation, we wrote to each other letters so poignant that they could have split rocks apart. Finally, I had the misfortune to discover that she could no longer bear it and came to see me in Geneva. At that point, my mind completely turned upside down; I was drunk and mad for the entire two days she stayed there. When she left, I wanted to jump into the water after her and my screams echoed through the air for a long time. Eight days later, she sent me some candies and gloves—something that would have seemed very gracious to me if I had not also learned at that time that she was married, and that this trip, which she had taken the trouble to make for me, was actually to buy her wedding clothes. I need not describe my fury; it is easy enough to imagine. In my noble anger, I swore never to see that ungrateful woman again, unable to conceive of any punishment more terrible than that. Yet she did not die from it; twenty years later, when I went to visit my father and we were walking on the lake, I asked who those ladies in a boat not far from ours were. “How! Doesn’t your heart tell you?” my father said with a smile. “They are your former loves—Madame Christin, Mademoiselle de Vulson.” At that name, almost forgotten, I shuddered. But I told the boatmen to change course; I did not consider it worth breaking my oath and renewing a quarrel that had lasted twenty years over a woman who was now forty years old.
Ecco che già mi ritrovo a “rimediare agli errori altrui”. Per essere un vero Paladin, mancava solo una signora. Ne ebbi due. Andavo di tanto in tanto a trovare mio padre a Nyon, una piccola città nel Vaud, dove si era stabilito. Mio padre era molto amato, e suo figlio ne sentiva la benevolenza. Durante i brevi periodi che trascorrevo con lui, tutti cercavano di festeggiarmi. In particolare, una certa signora de Vulson mi dimostrava grande affetto; per completare il quadro, sua figlia iniziò a considerarmi il suo “innamorato”. Si può immaginare cosa significhi essere un “innamorato” di undici anni per una ragazza di ventidue. Ma tutte queste donne sono così abili nel mettere in evidenza le cose insignificanti per nascondere quelle importanti, o nel tentare gli uomini con l’immagine di un gioco che sanno rendere molto attraente! Per quanto mi riguarda, non vedendo alcuna inconvenienza tra noi due, presi la cosa sul serio. Mi dedicai completamente a lei. O meglio, dedicai tutta la mia “mente”, perché in realtà ero innamorato soltanto di questo modo. Anche se lo ero alla follia. E i miei sentimenti, le mie agitazioni, le mie “furie” creavano scene davvero esilaranti.
Conosco due tipi di amore molto diversi tra loro, assolutamente reali e che non hanno quasi nulla in comune, sebbene entrambi siano intensi; entrambi sono inoltre diversi dall’affetto tenero e fraterno. L’intera mia vita è stata divisa tra questi due amori di natura così distinta; anzi, li ho provati entrambi nello stesso momento: ad esempio, proprio nel momento di cui parlo, mentre afferravo pubblicamente e in modo dispotico la signorina de Vulson, impedendo a qualsiasi uomo di avvicinarsi a lei, avevo con una piccola ragazza di nome Goton degli incontri brevi ma intensi; in quegli incontri lei si comportava come se fosse la mia insegnante. Eppure quel “tutto”, che per me rappresentava davvero il massimo della felicità, mi sembrava il più grande dei beni. Sentendo già il valore del mistero – anche se non sapevo ancora come utilizzarlo – riservavo alla signorina de Vulson, che probabilmente nemmeno se ne rendeva conto, la stessa cura che lei metteva nel far sì che io nascondessi altri sentimenti. Ma, con mio grande rammarico, il mio segreto fu scoperto, o, per meglio dire, non fu protetto a dovere né da me né dalla mia “piccola insegnante”, e così presto fummo costretti a separarci.[13]
In verità, quella piccola signorina Goton era una persona davvero singolare. Non essendo bella, aveva un viso difficile da dimenticare, e me lo ricordo ancora oggi, spesso con troppa frequenza per uno vecchio pazzo come me. Soprattutto i suoi occhi non corrispondevano affatto alla sua età, né la sua statura, né il suo portamento. Aveva un’aria imponente e orgogliosa, molto adatta al ruolo che ricopriva, ed è stato proprio questo a far sorgere in noi l’idea di lei fin dal principio. Ma ciò che era ancora più strano in lei era una miscela di audacia e riservatezza difficile da comprendere: si permetteva con me le cose più intime, senza mai permettermi nulla con lei; mi trattava esattamente come un bambino. Il che mi fa pensare che o avesse già smesso di essere una ragazza, oppure, al contrario, lo fosse ancora abbastanza da considerare tutto ciò soltanto un gioco.
Ero completamente, per così dire, dedicato a entrambe queste persone, e in modo tale che non mi veniva mai in mente di pensare all’altra mentre ero con una delle due. Tuttavia, nulla di simile riguardo alle emozioni che provavo. Avrei potuto trascorrere tutta la mia vita con la signorina de Vulson senza mai pensare di lasciarla; ma quando la incontravo, la mia gioia era serena, priva di eccessi emotivi. La amavo soprattutto in compagnia di altre persone: le battute scherzose, le piccole gelosie stesse mi legavano a lei, mi interessavano. Ero orgoglioso delle sue preferenze nei confronti dei suoi “grandi rivali” che, apparentemente, lei maltrattava. Ero tormentato, ma amavo quel tormento. Gli applausi, gli incoraggiamenti, le risate mi infuocavano, mi animavano. Avevo momenti di passione, di esuberanza. In compagnia di altri, l’amavo; da solo, forse sarei stato freddo, forse annoiato. Tuttavia, provavo per lei un affetto sincero e tenero; soffrivo quando era malata. Avrei dato la mia salute per guarirla. E notate bene: sapevo molto bene, per esperienza personale, cosa significasse essere malati, o sani. Quando non ero con lei, pensavo a lei. Mi mancava. Quando eravamo insieme, le sue carezze mi riscaldavano il cuore, ma non i sensi. Ero completamente a mio agio con lei. La mia immaginazione si limitava a ciò che lei mi concedeva. Tuttavia, non avrei potuto sopportare che facesse lo stesso con altri. L’amavo come un fratello, ma ero geloso di lei come un amante.
Avrei agito allo stesso modo con la signorina Goton in Turchia, furioso, come una tigre. Se solo avessi immaginato che potesse trattare un altro nello stesso modo in cui mi trattava lei; anzi, quel trattamento era già una grazia che si doveva chiedere in ginocchio. Approcciavo la signorina de Vulson con grande piacere, ma senza alcun turbamento; mentre, al contrario, appena vedevo la signorina Goton, non riuscivo più a pensare ad altro. Tutti i miei sensi erano sconvolti. Con la prima avevo una certa familiarità, senza però essere troppo confidenziale; con la seconda, invece, ero tremante e agitato anche nel mezzo delle situazioni più intime. Credo che se fossi rimasto troppo a lungo con lei, non sarei riuscito a sopravvivere. Le palpitazioni mi avrebbero soffocato. Temevo anche di offenderle entrambe; ma ero molto più accomodante con la prima e molto più obbediente con la seconda. Per nulla al mondo avrei voluto offendere la signorina de Vulson. Ma se la signorina Goton mi avesse ordinato di gettarmi tra le fiamme, credo che avrei obbedito all’istante.
I miei incontri, o meglio, i nostri appuntamenti con lei durarono poco; molto fortunatamente, sia per lei che per me. Anche se le mie relazioni con la signorina de Vulson non presentavano lo stesso pericolo, anch’esse ebbero la loro tragedia, dopo essere durate un po’ più a lungo. Le fine di tutto ciò dovevano sempre avere un tono un po’ romanzesco, sufficiente a suscitare esclamazioni di sorpresa. Anche se il mio rapporto con la signorina de Vulson non era così intenso, forse era più profondo. I nostri addii avvenivano sempre tra lacrime, e è strano quanto vuoto opprimente mi sentissi dopo averla lasciata. Parlavo solo di lei, pensavo solo a lei: i miei rimpianti erano sinceri e intensi; ma credo che, in fondo, non tutti quei rimpianti fossero dedicati davvero a lei. I divertimenti che avevano luogo intorno a lei ne occupavano una buona parte. Per alleviare il dolore della separazione, ci scrivevamo lettere così patetiche da far tremare le rocce. Alla fine, ebbe la sfortuna di non poter resistere più, e venne a trovarmi a Ginevra. In quel momento, persi completamente la ragione: ero ubriaco e folle per i due giorni in cui rimase lì. Quando se ne andò, volevo gettarmi nel lago per seguirla. E i miei gridi risuonarono a lungo nell’aria. Otto giorni dopo, mi inviò dei dolci e dei guanti. Qualcosa che avrebbe potuto sembrare molto gentile, se solo non avessi scoperto nello stesso momento che era sposata, e che quel viaggio, di cui aveva voluto onorarmi, era in realtà destinato ad acquistare i suoi abiti da sposa. Non descriverò la mia furia. È facile immaginarla. Nel mio nobile furore, giurai di non rivedere mai più quella donna infedele. Non mi veniva in mente nessuna punizione più terribile per lei. Tuttavia, non morì a causa di questo. Perché vent’anni dopo, quando andai a trovare mio padre e passeggiavo con lui sul lago, chiesi chi fossero le dame che vedevo su una barca poco lontano dalla nostra, “Ma come!”, mi disse mio padre sorridendo, “Il tuo cuore non te lo dice? Sono le tue ex amanti. La signora Christin, la signorina de Vulson, ” Mi irrigidii al sentire quel nome ormai quasi dimenticato. Ma dissi ai barcaioli di cambiare rotta. Non ritenevo, anche se avessi avuto tutte le ragioni per vendicarmi, che valesse la pena tradire me stesso e rinnovare una vecchia lite con una donna di quarant’anni.
(1723-1728) Ainsi se perdait en niaiseries le plus précieux temps de mon enfance avant qu’on eût décidé de ma destination[14]. Après de longues délibérations pour suivre mes dispositions naturelles, on prit enfin le parti pour lequel j’en avais le moins, et l’on me mit chez M. Masseron, greffier de la ville, pour apprendre sous lui, comme disait M. Bernard, l’utile métier de grapignan. Ce surnom me déplaisait souverainement ; l’espoir de gagner force écus par une voie ignoble flattait peu mon humeur hautaine ; l’occupation me paraissait ennuyeuse, insupportable ; l’assiduité, l’assujettissement, achevèrent de m’en rebuter, et je n’entrais jamais au greffe qu’avec une horreur qui croissait de jour en jour. M. Masseron, de son côté, peu content de moi, me traitait avec mépris, me reprochant sans cesse mon engourdissement, ma bêtise, me répétant tous les jours que mon oncle l’avait assuré que je savais, que je savais, tandis que dans le vrai je ne savais rien ; qu’il lui avait promis un joli garçon, et qu’il ne le lui avait donné qu’un âne. Enfin je fus renvoyé du greffe ignominieusement pour mon ineptie, et il fut prononcé par les clercs de M. Masseron que je n’étais bon qu’à mener la lime.
Ma vocation ainsi déterminée, je fus mis en apprentissage, non toutefois chez un horloger, mais chez un graveur. Les dédains du greffier m’avaient extrêmement humilié et j’obéis sans murmure. Mon maître, appelé M. Ducommun, était un jeune homme rustre et violent, qui vint à bout, en très peu de temps, de ternir tout l’éclat de mon enfance, d’abrutir mon caractère aimant et vif, et de me réduire, par l’esprit ainsi que par la fortune, à mon véritable état d’apprenti. Mon latin, mes antiquités, mon histoire, tout fut pour longtemps oublié ; je ne me souvenais pas même qu’il y eût eu des Romains au monde. Mon père, quand je l’allais voir, ne trouvait plus en moi son idole, je n’étais plus pour les dames le galant Jean-Jacques, et je sentais si bien moi-même que M. et Mlle Lambercier n’auraient plus reconnu en moi leur élève, que j’eus honte de mec représenter à eux, et ne les ai plus revus depuis lors. Les goûts les plus vils, la plus basse polissonnerie, succédèrent à mes aimables amusements, sans m’en laisser même la moindre idée. Il faut que, malgré l’éducation la plus honnête, j’eusse un grand penchant à dégénérer ; car cela se fit très rapidement, sans la moindre peine, et jamais César si précoce ne devint si promptement Laridon.
Le métier ne me déplaisait pas en lui-même : j’avais un goût vif pour le dessin, le jeu du burin m’amusait assez, et, comme le talent du graveur pour l’horlogerie est très borné, j’avais l’espoir d’en atteindre la perfection. J’y serais parvenu peut-être si la brutalité de mon maître et la gêne excessive ne m’avaient rebuté du travail. Je lui dérobais mon temps pour l’employer en occupations du même genre, mais qui avaient pour moi l’attrait de la liberté. Je gravais des espèces de médailles pour nous servir, à moi et à mes camarades, d’ordre de chevalerie. Mon maître me surprit à ce travail de contrebande, et me roua de coups, disant que je m’exerçais à faire de la fausse monnaie, parce que nos médailles avaient les armes de la République. Je puis bien jurer que je n’avais nulle idée de la fausse monnaie, et très peu de la véritable. Je savais mieux comment se faisaient les as romains que nos pièces de trois sols.
La tyrannie de mon maître finit par me rendre insupportable le travail que j’aurais aimé, et par me donner des vices que j’aurais haïs, tels que le mensonge, la fainéantise, le vol. Rien ne m’a mieux appris la différence qu’il y a de la dépendance filiale à l’esclavage servile, que le souvenir des changements que produisit en moi cette époque. Naturellement timide et honteux, je n’eus jamais plus d’éloignement pour aucun défaut que pour l’effronterie. Mais j’avais joui d’une liberté honnête, qui seulement s’était restreinte jusque-là par degrés, et s’évanouit enfin tout à fait. J’étais hardi chez mon père, libre chez M. Lambercier, discret chez mon oncle ; je devins craintif chez mon maître, et dès lors je fus un enfant perdu. Accoutumé à une égalité parfaite avec mes supérieurs dans la manière de vivre, à ne pas connaître un plaisir qui ne fût à ma portée, à ne pas voir un mets dont je n’eusse ma part, à n’avoir pas un désire que je ne témoignasse, à mettre enfin tous les mouvements de mon cœur sur mes lèvres : qu’on juge de ce que je dus devenir dans une maison où je n’osais pas ouvrir la bouche, où il fallait sortir de table au tiers du repas, et de la chambre aussitôt que je n’y avais rien à faire, où, sans cesse enchaîné à mon travail, je ne voyais qu’objets de jouissance pour d’autres et de privations pour moi seul ; où l’image de la liberté du maître et des compagnons augmentait le poids de mon assujettissement ; où dans les disputes sur ce que je savais le mieux, je n’osais ouvrir la bouche ; où tout enfin ce que je voyais devenait pour mon cœur un objet de convoitise, uniquement parce que j’étais privé de tout. Adieu l’aisance, la gaieté, les mots heureux qui jadis souvent dans mes fautes m’avaient fait échapper au châtiment. Je ne puis me rappeler sans rire qu’un soir, chez mon père, étant condamné pour quelque espièglerie à m’aller coucher sans souper, et passant par la cuisine avec mon triste morceau de pain, je vis et flairai le rôti tournant à la broche. On était autour du feu ; il fallut en passant saluer tout le monde. Quand la ronde fut faite, lorgnant du coin de l’œil ce rôti qui avait si bonne mine et qui sentait si bon, je ne pus m’abstenir de lui faire aussi la révérence, et de lui dire d’un ton piteux : Adieu, rôti. Cette saillie de naïveté parut si plaisante, qu’on me fit rester à souper. Peut-être eût-elle eu le même bonheur chez mon maître, mais il est sûr qu’elle ne m’y serait pas venue, ou que je n’aurais jamais osé m’y livrer.
Voilà comment j’appris à convoiter en silence, à me cacher, à dissimuler, à mentir, et à dérober enfin, fantaisie qui jusqu’alors ne m’était pas venue, et dont je n’ai pu depuis lors bien me guérir. La convoitise et l’impuissance mènent toujours là. Voilà pourquoi tous les laquais sont fripons, et pourquoi tous les apprentis doivent l’être ; mais dans un état égal et tranquille, où tout ce qu’ils voient est à leur portée, ces derniers perdent en grandissant ce honteux penchant. N’ayant pas eu le même avantage, je n’en ai pu tirer le même profit.
Ce sont presque toujours de bons sentiments mal dirigés qui font faire aux enfants le premier pas vers le mal. Malgré les privations et les tentations continuelles, j’avais demeuré plus d’un an chez mon maître sans pouvoir me résoudre à rien prendre, pas même des choses à manger. Mon premier vol fut une affaire de complaisance ; mais il ouvrit la porte à d’autres qui n’avaient pas une si louable fin.
Il y avait chez mon maître un compagnon appelé M. Verrat, dont la maison, dans le voisinage, avait un jardin assez éloigné qui produisait de très belles asperges. Il prit envie à M. Verrat, qui n’avait pas beaucoup d’argent, de voler à sa mère des asperges dans leur primeur, et de les vendre pour faire quelques bons déjeuners. Comme il ne voulait pas s’exposer lui-même et qu’il n’était pas fort ingambe, il me choisit pour cette expédition. Après quelques cajoleries préliminaires, qui me gagnèrent d’autant mieux que je n’en voyais pas le but, il me la proposa comme une idée qui lui venait sur le champ. Je disputai beaucoup, il insista. Je n’ai jamais pu résister aux caresses, je me rendis. J’allais tous les matins moissonner les plus belles asperges, je les portais au Molard, où quelque bonne femme, qui voyait que je venais de les voler, me le disait pour les avoir à meilleur compte. Dans ma frayeur je prenais ce qu’elle voulait bien me donner, je le portais à M. Verrat. Cela se changeait promptement en un déjeuner dont j’étais le pourvoyeur, et qu’il partageait avec un autre camarade ; car pour moi, très content d’en avoir quelque bribe, je ne touchais pas même à leur vin.
(1723-1728) Thus was the most precious time of my childhood wasted in foolishness, before anyone finally decided on my future destiny[14]. After much deliberation about following my natural inclinations, they ultimately chose the path I disliked the least and sent me to live with Mr. Masseron, the city’s clerk, to learn there what Mr. Bernard called the “useful craft of a scribe.” This nickname disgusted me utterly; the prospect of earning a substantial amount of money through such an ignoble means hardly pleased my haughty nature at all. The task itself seemed tedious and unbearable, and the constant diligence and submission required of me only made it worse. I entered the clerk’s office with growing aversion every day. On his part, Mr. Masseron was far from satisfied with me; he treated me with disdain, constantly reproaching my laziness and stupidity, and repeating to me how my uncle had assured him that I knew everything when in reality I knew nothing at all. He had promised him a capable young man, but all he got was an incompetent fool. Eventually, I was shamefully dismissed from the clerk’s office due to my incompetence, and Mr. Masseron’s clerks declared that I was good for nothing but wielding a file.
With my vocation thus determined, I was placed in an apprenticeship—not, however, with a watchmaker, but with a engraver. The disdain shown toward me by that man had humiliated me greatly, and I obeyed without complaint. My master, named M. Ducommun, was a rough and violent young man who, in very little time, managed to destroy all the brilliance of my childhood, to dull my kind and lively nature, and to reduce me—both mentally and financially—to the true state of an apprentice. My knowledge of Latin, my interest in antiquities, my studies in history—all were forgotten for a long time; I no longer even remembered that there had ever been such a thing as the Romans in the world. When my father came to see me, he no longer found in me the person he had once adored; I was no longer the charming Jean-Jacques among the ladies, and I realized so clearly that M. and Mlle Lambercier would no longer recognize their former apprentice in me, that I felt too ashamed to present myself before them again. The most vulgar tastes and the lowest forms of behavior replaced my once pleasant pastimes, leaving me with not even the faintest memory of them. It must be that, despite having received the most honorable education, I had a strong inclination toward degeneration—for everything happened so quickly and effortlessly that not even Caesar, at such an early age, could have changed so dramatically.
The job itself did not displease me; I had a genuine passion for drawing, and the process of working with the burin held considerable appeal for me. Moreover, since a engraver’s skills in the field of horology are rather limited, I hoped to achieve perfection in that area. Perhaps I would have succeeded if it weren’t for the brutality of my master and the unbearable constraints he imposed on me. I would steal time from his work to engage in similar activities—activities that, for me, carried the allure of freedom. I would engrave various medals for myself and my companions, using them as a sort of token of honor. My master caught me engaged in this “contraband” activity and beat me mercilessly, accusing me of trying to forge money, since our medals bore the symbols of the Republic. I swear that I had no idea what counterfeit money even looked like, let alone how it was made; in fact, I knew more about ancient Roman coins than about our own three-sol pieces.
The tyranny of my master eventually made the work that I would have loved unbearable for me, and it induced in me vices that I would have hated—such as lying, laziness, and theft. Nothing taught me better the difference between filial dependence and servile slavery than the changes that that period brought about in me. Naturally timid and ashamed, I came to detest no fault more than audacity. But I had once enjoyed an honest freedom, which had gradually been restricted until it finally vanished entirely. I was bold with my father, free with Mr. Lambercier, and discreet with my uncle; yet with my master, I became fearful—and from that moment on, I was a lost child. Accustomed to equality with those above me in every aspect of life, to never experiencing any pleasure beyond my reach, to never seeing any food that I could not share, to never having any desire that I could not express openly—putting all the emotions of my heart into my words—I can only imagine what I became in a household where I dared not open my mouth, where I had to leave the table halfway through a meal and immediately leave the room when there was nothing left for me to do, where I was constantly chained to my work, seeing only objects of enjoyment for others and privations for myself alone. The sight of the freedom enjoyed by my master and his companions only added to the weight of my oppression; in arguments about what I knew best, I dared not speak up; everything I saw became an object of longing for me—simply because I was deprived of it all. Adieu, ease, joy, and those happy words that once often saved me from punishment when I made mistakes. I can’t help but laugh when I remember one evening, at my father’s house, being punished for some mischief by having to go to bed without dinner. As I passed through the kitchen with my sad piece of bread, I saw and smelled the roast meat turning on the spit. Everyone was gathered around the fire; I had to greet them all as I passed by. When the round of greetings was complete, stealing a glance at that delicious-looking, fragrant roast, I couldn’t help but bow to it and say with a pitiful tone, “Adieu, roast meat.” This naive outburst seemed so amusing that they let me stay for dinner. Perhaps it would have had the same effect with my master, but I’m sure I wouldn’t have dared to do it there—or perhaps I never would have thought of such a thing at all.
This is how I learned to covet in silence, to hide, to deceive, and ultimately to steal—fantasies that had never occurred to me before, and from which I have never been able to fully recover since. Covetousness and powerlessness always lead in that direction. That is why all servants are thieves, and why all apprentices must be the same; but in a state of equality and tranquility, where everything they see is within their reach, these latter lose such shameful tendencies as they grow up. Not having had the same advantages, I was unable to benefit from them in the same way.
It is almost always good intentions that have been misdirected that lead children to take their first step towards evil. Despite the privations and constant temptations, I stayed with my master for over a year without being able to bring myself to steal anything, not even food. My first act of theft was out of complacency; but it opened the door to other acts that were far less honorable in nature.
My master had a companion named Monsieur Verrat, whose house, located in the neighborhood, had a garden quite far away from the house itself, which produced some very beautiful asparagus. Monsieur Verrat, who didn’t have much money, got the idea of stealing some fresh asparagus from his mother’s garden and selling them to make some decent breakfasts. Since he didn’t want to take the risk himself and wasn’t particularly nimble, he chose me for this task. After some preliminary flattery—which only made me more willing, since I couldn’t understand what his real intention was—he presented it to me as an idea that had just occurred to him. I protested a lot, but he insisted. I could never resist such flattery, so I agreed. Every morning, I would go and pick the finest asparagus and bring it to Monsieur Verrat’s place. There, some kind-hearted woman, noticing that I had stolen them, would tell me where to get more for a better price. In my fear, I would take whatever she offered me and bring it to him. Quickly, this turned into a regular source of breakfasts for him—and he shared them with another friend; as for me, content with just a small portion myself, I didn’t even touch their wine.
(1723-1728) Così si sprecava il tempo più prezioso della mia infanzia in sciocchezze, prima ancora che si decidesse quale sarebbe stata la mia destinazione[14]. Dopo lunghe deliberazioni, si decise finalmente di seguire le mie inclinazioni naturali, ma si scelse proprio quella strada che meno mi piaceva. Così fui mandato da Monsieur Masseron, cancelliere della città, per imparare da lui, come diceva Monsieur Bernard, l’“utile mestiere” di scrivano. Questo soprannome mi dispiaceva profondamente; l’idea di guadagnare parecchi soldi con un lavoro ignobile non faceva affatto al caso della mia nobile natura; quell’occupazione mi sembrava noiosa e insopportabile. L’assiduità e la sottomissione che richiedeva quel mestiere finirono per disgustarmi completamente, e non entravo mai nell’ufficio del cancelliere se non con un orrore che aumentava di giorno in giorno. Monsieur Masseron, a sua volta, poco soddisfatto di me, mi trattava con disprezzo, rimproverandomi costantemente per la mia lentezza, la mia stupidità. E ogni giorno ripeteva che mio zio gli aveva assicurato che sapevo tutto, mentre in realtà non sapevo nulla; che gli aveva promesso un ragazzo intelligente, e invece gli aveva dato soltanto un “asino”. Alla fine fui licenziato dall’ufficio del cancelliere, per la mia incompetenza. E i suoi impiegati dichiararono pubblicamente che ero adatto soltanto a usare la lima.
Con una vocazione così determinata, fui messo in apprendistato, ma non presso un orologiaio, bensì presso un incisore. L’indifferenza e il disprezzo del mio maestro mi avevano profondamente umiliato, e io obbedii senza protestare. Il mio maestro, di nome M. Ducommun, era un giovane rozzo e violento che, in molto poco tempo, riuscì a offuscare completamente il splendore della mia infanzia, ad annientare il mio carattere gentile e vivace, e a ridurmi, sia nello spirito che nella fortuna, al vero stato di un apprendista. Il latino, le antichità, la storia, tutto fu dimenticato per molto tempo; non ricordavo nemmeno che esistessero dei Romani al mondo. Quando andavo a trovare mio padre, non trovava più in me l’idolo che aveva immaginato; non ero più, per le signore, quel galante Jean-Jacques. E io stesso sentivo chiaramente che M. e Mlle Lambercier non avrebbero più riconosciuto in me il loro allievo. Così provai vergogna di presentarmi davanti a loro, e da allora non li ho più rivisti. I gusti più volgari, la più bassa volgarità sostituirono i miei piacevoli passatempi. Senza nemmeno lasciarmi il ricordo di essi. Deve essere che, nonostante un’educazione molto onesta, avessi una forte tendenza a degenerare. Perché tutto ciò avvenne molto rapidamente, senza alcuna difficoltà. E mai Cesare, così precoce, divenne mai così rapidamente Laridon.
Il lavoro in sé non mi dispiaceva: avevo un vivo interesse per il disegno, e il gioco con lo scalpello mi divertiva abbastanza; inoltre, poiché il talento di un incisore nell’ambito dell’orologeria è piuttosto limitato, speravo di raggiungere la perfezione in questo campo. Forse ci sarei riuscito se la brutalità del mio maestro e le sue continue restrizioni non mi avessero allontanato dal lavoro. Gli sottraevo il mio tempo per dedicarlo a attività simili, ma che per me avevano il fascino della libertà: incidevo delle medaglie che io e i miei compagni utilizzavamo come ordini di cavalleria. Il mio maestro mi sorprese mentre svolgevo questo “lavoro illegale” e mi picchiò selvaggiamente, accusandomi di produrre falsa moneta, poiché le nostre medaglie riportavano gli stemmi della Repubblica. Posso giurare che non avevo la minima idea di cosa fosse la falsificazione monetaria, e conoscevo molto poco anche sulla moneta vera. Anzi, sapevo meglio come venivano realizzati gli as romani che le nostre monete da tre soldi.
La tirannia del mio padrone finì per rendere insopportabile il lavoro che avrei voluto svolgere, e per farmi acquisire vizi che avrei odiato, come la menzogna, la pigrizia, il furto. Niente mi insegnò meglio la differenza tra una dipendenza filiale e uno schiavitù servile di quanto i cambiamenti che quell’epoca causò in me. Naturalmente timido e vergognoso, non provavo più alcun disprezzo per alcun difetto tranne che per l’arroganza. Tuttavia avevo goduto di una libertà onesta, che fino ad allora era stata gradualmente restringata, fino a scomparire del tutto. Ero audace con mio padre, libero con il signor Lambercier, discreto con mio zio; diventai invece timido con il mio padrone, e da quel momento fui un bambino perduto. Abituato a una perfetta uguaglianza con i miei superiori nel modo di vivere, a non conoscere alcun piacere che non fosse alla mia portata, a non vedere alcun cibo di cui non potessi godere, a non avere alcun desiderio che non potessi esprimere. In una casa dove non osavo nemmeno aprire bocca, dove bisognava alzarsi da tavola a metà pasto e lasciare la stanza non appena non c’era più nulla da fare, dove ero costantemente legato al mio lavoro e vedevo solo oggetti di piacere per gli altri e privazioni soltanto per me. L’immagine della libertà del padrone e dei compagni aumentava ancora di più il peso della mia soggezione; nelle discussioni su ciò che sapevo meglio, non osavo nemmeno aprire bocca. Tutto ciò che vedevo diventava oggetto di desiderio per il mio cuore, solo perché mi veniva tutto negato. Addio all’agio, alla gioia, alle parole felici che un tempo, anche nei miei errori, mi aiutavano a sfuggire al castigo. Non posso ricordare senza ridere quella volta in cui, a casa di mio padre, per qualche scherzo fui punito con l’obbligo di andare a letto senza cena; passando dalla cucina con il mio triste pezzo di pane, vidi e annusai il roast che stava venendo cotto alla griglia. C’era gente intorno al fuoco; dovevo salutare tutti. Dopo aver fatto il giro, guardando di nascosto quel roast così appetitoso e profumato, non riuscii a trattenermi dal fargli anche io un inchino e dire con tono supplichevole: “Addio, roast, ” Quella battuta di ingenuità sembrò così divertente che mi fecero restare a cena. Forse avrebbe avuto lo stesso successo anche con il mio padrone, ma è certo che non me ne sarei mai azzardato.
Ecco come imparai a desiderare in silenzio, a nascondermi, a mentire e infine a rubare. Una fantasia che prima non mi era mai venuta in mente, e dalla quale da allora non sono mai riuscito a liberarmi del tutto. La brama e l’impotenza portano sempre verso questo. Ecco perché tutti i servitori sono ladri, e perché tutti gli apprendisti devono esserlo anch’essi; ma in una condizione equa e tranquilla, dove tutto ciò che vedono è a loro disposizione, questi ultimi perdono, crescendo, questa vergognosa tendenza. Non avendo avuto lo stesso vantaggio, non sono riuscito a trarne lo stesso beneficio.
Sono quasi sempre buoni sentimenti mal direzionati a spingere i bambini a compiere il primo passo verso il male. Nonostante le privazioni e le tentazioni continue, sono rimasto più di un anno presso il mio maestro senza riuscire a decidermi a prendere nulla, nemmeno del cibo. La mia prima volta che ho rubato è stata motivata dal desiderio di compiacere qualcuno; ma quell’atto ha aperto la strada ad altre azioni altrettanto disoneste.
Il mio maestro aveva un compagno di nome M. Verrat; la casa di quest’ultimo, situata nelle vicinanze, possedeva un giardino piuttosto lontano dal resto della proprietà, dove crescevano asparagi molto belli. A M. Verrat, che non aveva molti soldi, venne in mente di rubare alcuni di questi asparagi ancora acerbi alla madre e di venderli per prepararsi dei buoni pranzi. Poiché non voleva correre personalmente il rischio e non era molto agile, scelse me per questa impresa. Dopo alcune lusinghe preliminari, che mi fecero accettare l’idea ancora più facilmente, poiché non ne comprendevo lo scopo reale, mi propose di partecipare a questo “furto”. Discutemmo molto, ma lui insistette; non sono mai riuscito a resistere alle sue lusinghe e acconsentii. Ogni mattina andavo a raccogliere gli asparagi più belli, li portavo al Molard, dove alcune donne, vedendo che li avevo rubati, me li offrivano a un prezzo più conveniente. Spaventato com’ero, prendevo tutto ciò che volevano darmi e lo portavo a M. Verrat. In poco tempo, quegli asparagi si trasformavano in pranzi deliziosi, di cui io ero il fornitore principale; lui li condivideva con un altro compagno. Per quanto mi riguardava, molto soddisfatto di ricevere anche solo una piccola parte di quel cibo, non toccavo nemmeno il loro vino.
Ce petit manège dura plusieurs jours sans qu’il me vînt même à l’esprit de voler le voleur, et de dîner sur M. Verrat le produit de ses asperges. J’exécutais ma friponnerie avec la plus grande fidélité ; mon seul motif était de complaire à celui qui me la faisait faire. Cependant, si j’eusse été surpris, que de coups, que d’injures, quels traitements cruels n’eussé-je point essuyés, tandis que le misérable, en me démentant, eût été cru sur sa parole, et moi doublement puni pour avoir osé le charger, attendu qu’il était compagnon et que je n’étais qu’apprenti ! Voilà comment en tout état le fort coupable se sauve aux dépens du faible innocent.
J’appris ainsi qu’il n’était pas si terrible de voler que je l’avais cru, et je tirais bientôt si bon parti de ma science, que rien de ce que je convoitais n’était à ma portée en sûreté. Je n’étais pas absolument mal nourri chez mon maître et la sobriété ne m’était pénible qu’en la lui voyant si mal garder. L’usage de faire sortir de table les jeunes gens quand on y sert ce qui les tente le plus, me paraît très bien entendu pour les rendre aussi friands que fripons. Je devins en peu de temps l’un et l’autre ; et je m’en trouvais fort bien pour l’ordinaire, quelquefois fort mal quand j’étais surpris.
Un souvenir qui me fait frémir encore et rire tout à la fois, est celui d’une chasse aux pommes qui me coûta cher. Ces pommes étaient au fond d’une dépense qui, par une jalousie élevée recevait du jour de la cuisine. Un jour que j’étais seul dans la maison, je montai sur la maie pour regarder dans le jardin des Hespérides ce précieux fruit dont je ne pouvais approcher. J’allai chercher la broche pour voir si elle pourrait y atteindre : elle était trop courte. Je l’allongeai par une autre petite broche qui servait pour le menu gibier ; car mon maître aimait la chasse. Je piquai plusieurs fois sans succès, enfin je sentis avec transport que j’amenais une pomme. Je tirai très doucement : déjà la pomme touchait à la jalousie : j’étais prêt à la saisir. Qui dira ma douleur ? La pomme était trop grosse, elle ne put passer par le trou. Que d’inventions ne mis-je point en usage pour la tirer ! Il fallut trouver des supports pour tenir la broche en état, un couteau assez long pour fendre la pomme, une latte pour la soutenir. À force d’adresse et de temps je parvins à la partager, espérant tirer ensuite les pièces l’une après l’autre, mais à peine furent-elles séparées, qu’elles tombèrent toutes deux dans la dépense. Lecteur pitoyable, partagez mon affliction.
Je ne perdis point courage, mais j’avais perdu beaucoup de temps. Je craignais d’être surpris, je renvoie au lendemain une tentative plus heureuse, et je me remets à l’ouvrage tout aussi tranquillement que si je n’avais rien fait, sans songer aux deux témoins indiscrets qui déposaient contre moi dans la dépense.
Le lendemain, retrouvant l’occasion belle, je tente un nouvel essai. Je monte sur mes tréteaux, j’allonge la broche, je l’ajuste, j’étais prêt à piquer… Malheureusement le dragon ne dormait pas, tout à coup la porte de la dépense s’ouvre mon maître en sort, croise les bras, me regarde et me dit : Courage !… La plume me tombe des mains.
Bientôt, à force d’essuyer de mauvais traitements, j’y devins moins sensible, ils me parurent enfin une sorte de compensation du vol, qui me mettait en droit de le continuer. Au lieu de retourner les yeux en arrière et de regarder la punition, je les portais en avant et je regardais la vengeance. Je jugeais que me battre comme fripon, c’était m’autoriser à l’être. Je trouvais que voler et être battu allaient ensemble, et constituaient en quelque sorte un état, et qu’en remplissant la partie de cet état qui dépendait de moi, je pouvais laisser le soin de l’autre à mon maître. Sur cette idée je me mis à voler plus tranquillement qu’auparavant. Je me disais : Qu’en arrivera-t-il enfin ? Je serai battu. Soit : je suis fait pour l’être.
J’aime à manger, sans être avide : je suis sensuel, et non pas gourmand. Trop d’autres goûts me distraient de celui-là. Je ne me suis jamais occupé de ma bouche que quand mon cœur était oisif, et cela m’est si rarement arrivé dans ma vie, que je n’ai guère eu le temps de songer aux bons morceaux. Voilà pourquoi je ne bornai pas longtemps ma friponnerie au comestible, je l’étendis bientôt à tout ce qui me tentait, et si je ne devins pas un voleur en forme, c’est que je n’ai jamais été beaucoup tenté d’argent. Dans le cabinet commun, mon maître avait un autre cabinet à part qui fermait à clef ; je trouvai le moyen d’en ouvrir la porte et de la refermer sans qu’il y parût. Là je mettais à contribution ses bons outils, ses meilleurs dessins, ses empreintes, tout ce qui me faisait envie et qu’il affectait d’éloigner de moi. Dans le fond, ces vols étaient bien innocents, puisqu’ils n’étaient faits que pour être employés à son service : mais j’étais transporté de joie d’avoir ces bagatelles en mon pouvoir ; je croyais voler le talent avec ses productions. Du reste, il y avait dans des boîtes des recoupes d’or et d’argent, de petits bijoux, des pièces de prix, de la monnaie. Quand j’avais quatre ou cinq sols dans ma poche, c’était beaucoup : cependant, loin de toucher à rien de tout cela, je ne me souviens pas même d’y avoir jeté de ma vie un regard de convoitise. Je le voyais avec plus d’effroi que de plaisir. Je crois bien que cette horreur du vol de l’argent et de ce qui en produit me venait en grande partie de l’éducation. Il se mêlait à cela des idées secrètes d’infamie, de prison, de châtiment, de potence qui m’auraient fait frémir si j’avais été tenté ; au lieu que mes tours ne me semblaient que des espiègleries, et n’étaient pas autre chose en effet. Tout cela ne pouvait valoir que d’être bien étrillé par mon maître, et d’avance je m’arrangeais là-dessus.
Mais, encore une fois, je ne convoitais pas même assez pour avoir à m’abstenir ; je ne sentais rien à combattre. Une seule feuille de beau papier à dessiner me tentait plus que l’argent pour en payer une rame. Cette bizarrerie tient à une des singularités de mon caractère, elle a eu tant d’influence sur ma conduite qu’il importe de l’expliquer.
J’ai des passions très ardentes, et tandis qu’elles m’agitent, rien n’égale mon impétuosité : je ne connais plus ni ménagement, ni respect, ni crainte, ni bienséance : je suis à cynique, effronté, violent, intrépide ; il n’y a ni honte qui m’arrête, ni danger qui m’effraye : hors le seul objet qui m’occupe, l’univers n’est plus rien pour moi. Mais tout cela ne dure qu’un moment, et le moment qui suit me jette dans l’anéantissement. Prenez-moi dans le calme, je suis l’indolence et la timidité même : tout m’effarouche, tout me rebute ; une mouche en volant me fait peur ; un mot à dire, un geste à faire épouvante ma paresse ; la crainte et la honte me subjuguent à tel point que je voudrais m’éclipser aux yeux de tous les mortels. S’il faut agir, je ne sais que faire ; s’il faut parler, je ne sais que dire ; si l’on me regarde, je suis décontenancé. Quand je me passionne, je sais trouver quelquefois ce que j’ai à dire ; mais dans les entretiens ordinaires, je ne trouve rien, rien du tout ; ils me sont insupportables par cela seul que je suis obligé de parler.
Ajoutez qu’aucun de mes goûts dominants ne consiste en choses qui s’achètent. Il ne me faut que des plaisirs purs, et l’argent les empoisonne tous. J’aime par exemple ceux de la table ; mais, ne pouvant souffrir ni la gêne de la bonne compagnie, ni la crapule du cabaret, je ne puis les goûter qu’avec un ami ; car seul, cela ne m’est pas possible ; mon imagination s’occupe alors d’autre chose, et je n’ai pas le plaisir de manger. Si mon sang allumé me demande des femmes, mon cœur ému me demande encore plus de l’amour. Des femmes à prix d’argent perdraient pour moi tous leurs charmes ; je doute même s’il serait en moi d’en profiter. Il en est ainsi de tous les plaisirs à ma portée ; s’ils ne sont gratuits, je les trouve insipides. J’aime les seuls biens qui ne sont à personne qu’au premier qui sait les goûter.
This little scheme lasted for several days, and not once did it occur to me to steal from the thief and to eat Mr. Verrat’s asparagus as my own dinner. I carried out this mischief with the greatest diligence; my only motive was to please the person who had instructed me to do it. However, if I had been caught, what blows, what insults, what cruel treatments would I have endured! Meanwhile, that wretched man, by denying my claims, would have been believed and I would have been punished doubly for daring to accuse him—after all, he was a master, and I was but an apprentice! Such is the way in which, in every situation, the guilty manage to escape at the expense of the innocent and weak.
I thus came to realize that stealing was not as terrible as I had thought it to be, and soon I made such good use of my newfound skills that nothing I desired was beyond my reach. My master did not neglect my nourishment, but the sight of him so poorly maintaining his own sobriety made it difficult for me to maintain it as well. The practice of sending young people away from the table just after serving their favorite foods seemed to me a very reasonable way to make them both greedy and dishonest. In short, I soon became both; and while it generally worked to my advantage, things often went badly when I got caught.
A memory that still makes me both shiver and laugh is the time I spent on a fruitless quest for apples that cost me dearly. These apples were hidden at the bottom of a cupboard, which, due to excessive jealousy, was kept away from the kitchen area. One day, while I was alone in the house, I climbed onto a shelf to look into the garden of Hesperides—where those precious apples grew—but I couldn’t reach them. I tried using a fork to see if it could help, but it was too short. Then I used another small fork that was meant for hunting game, since my master loved hunting. After several failed attempts, I finally felt that I had caught an apple. I pulled gently—and the apple was about to pass through the gap in the cupboard when, oh dear! The apple was too big to fit through. What inventions didn’t I resort to in order to get it out? I had to find supports to keep the fork in place, a long knife to cut the apple open, and even a rod to help hold it steady. With great skill and patience, I finally managed to split it. I was ready to pull out each piece one by one—but as soon as they were separated, both of them fell back into the cupboard. Oh, poor reader, share my distress.
I did not lose courage, but I had wasted a great deal of time. Fearing that I might be caught, I postponed another attempt until the following day and then resumed my work as calmly as if nothing had happened, without giving any thought to those two indiscreet witnesses who were testifying against me in the court.
The next day, taking another chance when the circumstances were favorable, I tried again. I stepped onto my stand, stretched out the needle, adjusted it—I was ready to start sewing. Unfortunately, the dragon wasn’t asleep; suddenly, the door to the storage room opened, and my master came out, crossed his arms, looked at me, and said, “Courage!” The feather fell right out of my hands.
Soon, as a result of enduring such harsh treatment, I became less sensitive to it; it finally seemed to me like some sort of compensation for the thefts I committed, giving me the right to continue doing them. Instead of looking back at the punishments I faced, I looked forward to seeking revenge. I believed that acting in a thievish manner was in some way justified. I thought that stealing and being beaten went hand in hand, forming a kind of unified state of existence; by fulfilling my part of this state, I could leave the rest to my master. With this mindset, I began stealing even more calmly than before. I thought to myself: What will ultimately happen? I will be beaten. Well, perhaps that is just what I am destined to be.
I enjoy eating, but not greedily; I am sensual, not a glutton. Too many other tastes distract me from that one. I never paid attention to my taste buds unless my heart was at leisure, and such moments were so rare in my life that I hardly ever had the chance to think about delicious food. That’s why I didn’t limit my “mischievousness” to just food for a long time; soon, I extended it to anything that tempted me. And if I didn’t become a thief in the usual sense, it was because money never really tempted me much. In our shared room, my master had another private room that was locked; I found a way to open and close it without him noticing. There, I would take his good tools, his finest drawings, his molds—everything that I desired but that he pretended to keep away from me. In truth, these “steals” were quite innocent, since they were all meant to be used for his own work; yet I felt immense joy at having these things in my possession—I thought I was stealing his talent along with his creations. Moreover, there were boxes filled with gold and silver scraps, small jewels, valuable items, and coins. When I had four or five sous in my pocket, that was already a lot; however, far from touching any of those things, I don’t even remember ever having a greedy glance at them. I regarded them with more fear than pleasure. I believe that my aversion to stealing money and anything it could buy stemmed largely from my upbringing. It was associated with secret fears of shame, imprisonment, punishment, and execution—fears that would have made me tremble if I had been tempted. But for me, my little pranks were just harmless mischief, nothing more. All that would happen was that my master would scold me severely, and I already prepared myself for that in advance.
But once again, I did not feel such desire that I would have needed to restrain myself; I felt no urge to fight against anything. A single sheet of high-quality drawing paper tempted me more than the money needed to buy a whole roll of it. This peculiarity stems from one of the unique aspects of my character, and it has had such a significant impact on my behavior that it is important to explain it.
I possess very intense passions, and when they overwhelm me, nothing can match my impetuosity—then I know no moderation, respect, fear, or propriety at all. I become cynical, brazen, violent, and fearless; neither shame nor danger can stop me. Apart from the single object that occupies my mind, the entire universe means nothing to me. But this state only lasts for a moment, and immediately afterward, it plunges me into utter despair. Take me in a calm state of mind, and I become indolent and timid—everything frightens and repels me; even a flying fly causes me fear, and speaking a single word or making a simple gesture overwhelms my laziness. Fear and shame subjugate me so completely that I would wish to vanish from the sight of all mortals. When it comes to taking action, I don’t know what to do; when it’s time to speak, I’m at a loss for words; and whenever someone looks at me, I feel utterly embarrassed. When I am consumed by passion, I sometimes manage to find the right things to say; but in ordinary conversations, I am completely speechless—they become unbearable simply because I am forced to talk.
Add that none of my dominant tastes involve things that can be purchased with money. I only seek pure pleasures, but money poisons them all. For instance, I enjoy the pleasures associated with dining; yet, since I cannot endure the discomfort of high society or the filth of taverns, I can only savor them in the company of a friend—alone, it is impossible for me. My thoughts then wander elsewhere, and I no longer experience the pleasure of eating itself. If my heated blood craves women, my stirred heart yearns even more for love. Women who cost money would lose all their allure to me; in fact, I doubt I would even be able to appreciate them. The same is true for all pleasures within my reach—if they are not free, I find them insipid. I only cherish those things that belong to no one but the first person who knows how to appreciate them.
Questo piccolo trucco durò diversi giorni, e nemmeno per un istante mi venne in mente l’idea di rubare al ladro e di mangiare i suoi asparagi come mio pasto. Eseguivo questa “furbizia” con la massima fedeltà; il mio unico scopo era compiacere colui che me l’ordinava. Tuttavia, se fossi stato scoperto, quante botte, quante ingiurie, quali crudeli punizioni avrei subito. Mentre quel miserabile, negando le mie accuse, sarebbe stato creduto sulla parola sua, e io punito doppiamente per aver osato accusarlo, solo perché lui era un compagno e io soltanto un apprendista! Ecco come, in ogni situazione, il colpevole si salva a scapito dell’innocente debole.
Scoprii così che volare non era poi così terribile come avevo creduto, e ben presto iniziai a sfruttare appieno questa mia capacità, al punto che nulla di ciò che desideravo mi risultava irraggiungibile o pericoloso. Con il mio padrone non mancavo affatto di cibo; l’astinenza diventava solo insopportabile quando la vedevo lui stesso trasgredirla in modo così evidente. Il fatto che i giovani venissero mandati via dal tavolo nel momento in cui venivano serviti gli alimenti che più desideravano mi sembrava un metodo assolutamente logico per renderli sia golosi che disonesti. In poco tempo diventai sia l’uno che l’altro; e, per quanto riguarda la mia vita quotidiana, me la passavo abbastanza bene, a volte, però, finivo nei guai quando venivo scoperto.
Un ricordo che ancora oggi mi fa tremare e ridere allo stesso tempo è quello di una “caccia alle mele” che mi costò molto. Queste mele si trovavano in fondo a un vaso, protette da una griglia per via di una forte gelosia della cuoca. Un giorno, essendo solo in casa, salii sul tetto per guardare nel giardino delle Esperidi quel prezioso frutto a cui non potevo avvicinarmi. Presi un chiodo per vedere se potesse raggiungerlo. Ma era troppo corto. Allora lo allungai con un altro chiodo, che serviva per i cacciagioni, poiché mio padre amava la caccia. Provai più volte senza successo. Finché, finalmente, sentii di aver preso una mela! Tirai molto delicatamente: la mela era già a contatto con la griglia. Ero pronto ad afferrarla. Ma chi potrebbe descrivere il mio dolore? La mela era troppo grande. Non riuscì a passare attraverso il foro. Quante invenzioni non utilizzai per tirarla fuori! Fu necessario trovare dei supporti per tenere fermo il chiodo, un coltello abbastanza lungo per tagliare la mela, una lattina per sostenerla. Con molta abilità e tempo, riuscii finalmente a dividerla. Ma appena le parti furono separate, entrambe caddero nel vaso. Lettore compassionevole, condividete la mia sofferenza.
Non persi mai il coraggio, ma avevo perso molto tempo. Temevo di essere scoperto, quindi rimandai a il giorno seguente un tentativo più fortunato e ripresi il lavoro con la stessa tranquillità di prima, senza pensare ai due testimoni indiscreti che testimoniavano contro di me presso l’ufficio delle tasse.
Il giorno dopo, trovando nuovamente l’occasione giusta, provo di nuovo. Mi metto sui miei piedistalli, allungo l’ago, lo regolo. Ero pronto a iniziare. Purtroppo il drago non dormiva: improvvisamente si aprì la porta della dispensa, mio padrone ne uscì, incrociò le braccia, mi guardò e disse: “Coraggio!, ” La penna mi cadde di mano.
Ben presto, abituandomi a subire maltrattamenti, divenni meno sensibile ad essi; in qualche modo, mi sembravano una sorta di compensazione per i furti che commettevo, e questo mi dava il diritto di continuare a farlo. Invece di voltarmi indietro e guardare la punizione, la fissavo davanti a me, pensando alla vendetta. Ritenevo che battermi come un furfante significasse autorizzarmi a esserlo; credevo che rubare e essere picchiato andassero insieme, costituendo in qualche modo uno stato particolare. E che, occupandomi della parte di quel “stato” che dipendeva da me, potessi lasciare che il resto fosse curato dal mio padrone. Con questo pensiero, iniziai a rubare con maggiore tranquillità di prima. Mi dicevo: “Cosa accadrà alla fine? Sarò picchiato. Ebbene: sono fatto per essere picchiato.”
Mi piace mangiare, senza essere avido: sono sensuale, non ghiotto. Troppi altri piaceri mi distraggono da quello. Non mi sono mai occupato della mia bocca se non quando il mio cuore era “ozioso”, e questo è successo così raramente nella mia vita che quasi non ho mai avuto il tempo di pensare ai cibi più deliziosi. Ecco perché presto ho esteso questa mia “piccola mania” a tutto ciò che mi tentava. Se non sono diventato un ladro “a tutti gli effetti”, è perché non sono mai stato molto tentato dall’oro e dal denaro. Nella stanza comune, il mio maestro aveva un’altra stanza, chiusa a chiave; ho trovato il modo di aprirla e richiuderla senza che se ne accorgesse. Lì prendevo i suoi strumenti, i suoi disegni migliori, le sue impronte, tutto ciò che desideravo e che lui fingeva di tenere lontano da me. In fondo, questi “furti” erano abbastanza innocenti, visto che venivano utilizzati soltanto al suo servizio. Ma ero così felice di possedere quelle cose che credevo di aver rubato anche il suo talento, insieme alle sue opere. C’erano poi scatole piene di pezzi d’oro e d’argento, piccoli gioielli, monete preziose. Quando avevo quattro o cinque soldi in tasca, era già molto. Tuttavia, non toccavo mai nulla di tutto ciò; anzi, non ricordo nemmeno di aver mai provato desiderio per quelle cose. Le guardavo con più paura che piacere. Credo che questa avversione al furto di denaro e di ciò che esso rappresenta derivasse in gran parte dall’educazione che avevo ricevuto. Ci erano infatti idee segrete legate all’infamia, alla prigione, ai castighi. Idee che mi avrebbero fatto tremare se fossi stato tentato. Invece, i miei “trucchi” mi sembravano soltanto scherzi. E in realtà lo erano davvero. Tutto ciò non poteva comportare altro che una severa punizione da parte del mio maestro. E io me ne rendevo già conto.
Ma, ancora una volta, non provavo alcun desiderio tale da dovermi trattenere; non sentivo nulla che potesse spingermi a lottare contro qualcosa. Una singola foglia di bel carta da disegno mi attraeva molto di più dell’argento necessario per comprarne una intera razione. Questa stranezza deriva da una delle peculiarità del mio carattere; ha avuto un’influenza così grande sul mio comportamento che è importante spiegarla.
Ho passioni molto ardenti, e quando queste mi agitano, nulla può eguagliare la mia impetuosità: non conosco più né moderazione, né rispetto, né paura, né buone maniere; divento cinico, sfacciato, violento, intraprendente; nessuna vergogna mi ferma, nessun pericolo mi spaventa: al di fuori dell’unico oggetto che mi interessa, l’universo non ha più alcun significato per me. Ma tutto ciò dura solo un momento; il momento successivo mi getta nel disperazione. Se mi trovate in uno stato di calma, sono indolente e timido: tutto mi spaventa, tutto mi repugna; persino una mosca che vola mi fa paura; pronunciare una parola, compiere un gesto, rappresentano per la mia pigrizia un vero ostacolo; la paura e la vergogna mi sottomettono a tal punto che vorrei scomparire agli occhi di tutti gli esseri umani. Se devo agire, non so cosa fare; se devo parlare, non so cosa dire; se qualcuno mi guarda, resto senza parole. Quando sono preso da una passione, a volte riesco a trovare ciò che devo dire; ma nelle conversazioni ordinarie, non trovo nulla, assolutamente nulla; queste conversazioni mi risultano insopportabili proprio perché sono costretto a parlare.
Aggiungo che nessuno dei miei gusti principali riguarda cose che si possono acquistare con denaro. Ho bisogno soltanto di piaceri puri, ma il denaro li avvelena tutti. Ad esempio, amo i piaceri legati al cibo; tuttavia, non potendo sopportare né l’imbarazzo della buona compagnia né la volgarità dei locali notturni, posso goderli soltanto in compagnia di un amico; da solo, questo è impossibile. In quei momenti, la mia mente si distrae e non riesco più a godermi il cibo. Se il mio desiderio ardente mi spinge verso le donne, il mio cuore chiede ancora di più l’amore. Le donne che si possono acquistare con denaro perderebbero per me tutto il loro fascino; anzi, dubito persino che io sia in grado di apprezzarle. Lo stesso vale per tutti i piaceri a mia disposizione: se non sono gratuiti, li trovo insipidi. Amo soltanto quei beni che appartengono a nessuno, se non a colui che sa apprezzarli veramente.
Jamais l’argent ne me parut une chose aussi précieuse qu’on la trouve. Bien plus, il ne m’a même jamais paru fort commode ; il n’est bon à rien par lui-même, il faut le transformer pour en jouir ; il faut acheter, marchander, souvent être dupe, bien payer, être mal servi. Je voudrais une chose bonne dans sa qualité : avec mon argent je suis sûr de l’avoir mauvaise. J’achète cher un œuf frais, il est vieux, un beau fruit, il est vert ; une fille, elle est gâtée. J’aime le bon vin, mais où en prendre ? Chez un marchand de vin ? comme que je fasse, il m’empoisonnera. Veux-je absolument être bien servi ? que de soins, que d’embarras ! avoir des amis, des correspondants, donner des commissions, écrire, aller, venir, attendre ; et souvent au bout être encore trompé. Que de peine avec mon argent ! Je la crains plus que je n’aime le bon vin.
Mille fois, durant mon apprentissage et depuis, je suis sorti dans le dessein d’acheter quelque friandise. J’approche de la boutique d’un pâtissier, j’aperçois des femmes au comptoir ; je crois déjà les voir rire et se moquer entre elles du petit gourmand. Je passe devant une fruitière, je lorgne du coin de l’œil de belles poires, leur parfum me tente, deux ou trois jeunes gens tout près de là me regardent, un homme qui me connaît est devant sa boutique ; je vois de loin venir une fille, n’est-ce point la servante de la maison ? Ma vue courte me fait mille illusions. Je prends tous ceux qui passent pour des gens de connaissance ; partout je suis intimidé, retenu par quelque obstacle ; mon désir croît avec ma honte, et je rentre enfin comme un sot, dévoré de convoitise, ayant dans ma poche de quoi la satisfaire, et n’ayant osé rien acheter.
J’entrerais dans les plus insipides détails, si je suivais dans l’emploi de mon argent, soit par moi, soit par d’autres, l’embarras, la honte, la répugnance, les inconvénients, les dégoûts de toute espèce que j’ai toujours éprouvés. À mesure qu’avançant dans ma vie le lecteur prendra connaissance de mon humeur, il sentira tout cela sans que je m’appesantisse à le lui dire.
Cela compris, on comprendra sans peine une de mes prétendues contradictions : celle d’allier une avance presque sordide avec le plus grand mépris pour l’argent. C’est un meuble pour moi si peu commode, que je ne m’avise pas même de désirer celui que je n’ai pas, et que quand j’en ai je le garde longtemps sans le dépenser, faute de savoir l’employer à ma fantaisie ; mais l’occasion commode et agréable se présente-t-elle, j’en profite si bien que ma bourse se vide avant que je m’en sois aperçu. Du reste, ne cherchez pas en moi le tic des avares, celui de dépenser pour l’ostentation ; tout au contraire, je dépense en secret et pour le plaisir : loin de me faire gloire de dépenser, je m’en cache. Je sens si bien que l’argent n’est pas à mon usage, que je suis presque honteux d’en avoir, encore plus de m’en servir. Si j’avais eu jamais un revenu suffisant pour vivre commodément, je n’aurais point été tenté d’être avare, j’en suis très sûr. Je dépenserais tout mon revenu sans chercher à l’augmenter : mais ma situation précaire me tient en crainte. J’adore la liberté. J’abhorre la gêne, la peine, l’assujettissement. Tant que dure l’argent que j’ai dans ma bourse, il assure mon indépendance ; il me dispense de m’intriguer pour en trouver d’autre ; nécessité que j’eus toujours en horreur : mais de peur de le voir finir, je le choie. L’argent qu’on possède est l’instrument de la liberté ; celui qu’on pourchasse est celui de la servitude. Voilà pourquoi je serre bien et ne convoite rien.
Mon désintéressement n’est donc que paresse ; le plaisir d’avoir ne vaut pas la peine d’acquérir : et ma dissipation n’est encore que paresse ; quand l’occasion de dépenser agréablement se présente, on ne peut trop la mettre à profit. Je suis moins tenté de l’argent que des choses, parce qu’entre l’argent et la possession désirée il y a toujours un intermédiaire ; au lieu qu’entre la chose même et sa jouissance il n’y en a point. Je vois la chose, elle me tente ; si je ne vois que le moyen de l’acquérir, il ne me tente pas. J’ai donc été fripon et quelquefois je le suis encore de bagatelles qui me tentent et que j’aime mieux prendre que demander : mais, petit ou grand, je ne me souviens pas d’avoir pris de ma vie un liard à personne, hors une seule fois, il n’y a pas quinze ans, que je volai sept livres dix sous. L’aventure vaut la peine d’être contée, car il s’y trouve un concours impayable d’effronterie et de bêtise, que j’aurais peine moi-même à croire s’il regardait un autre que moi.
C’était à Paris. Je me promenais avec M. de Francueil au Palais-Royal, sur les cinq heures. Il tire sa montre, la regarde, et me dit : Allons à l’Opéra : je le veux bien ; nous allons. Il prend deux billets d’amphithéâtre, m’en donne un, et passe le premier avec l’autre, je le suis, il entre. En entrant après lui, je trouve la porte embarrassée. Je regarde, je vois tout le monde debout ; je juge que je pourrai bien me perdre dans cette foule, ou du moins laisser supposer à M. de Francueil que j’y suis perdu. Je sors, je reprends ma contremarque, puis mon argent, et je m’en vais, sans songer qu’à peine avais-je atteint la porte que tout le monde était assis, et qu’alors M. de Francueil voyait clairement que je n’y étais plus.[15].
Comme jamais rien ne fut plus éloigné de mon humeur que ce trait-là, je le note, pour montrer qu’il y a des moments d’une espèce de délire où il ne faut point juger des hommes par leurs actions. Ce n’était pas précisément voler cet argent ; c’était en voler l’emploi : moins c’était un vol, plus c’était une infamie.
Je ne finirais pas ces détails si je voulais suivre toutes les routes par lesquelles, durant mon apprentissage, je passai de la sublimité de l’héroïsme à la bassesse d’un vaurien. Cependant, en prenant les vices de mon état, il me fut impossible d’en prendre tout à fait les goûts. Je m’ennuyais des amusements de mes camarades ; et quand la trop grande gêne m’eut aussi rebuté du travail, je m’ennuyai de tout. Cela me rendit le goût de la lecture que j’avais perdu depuis longtemps. Ces lectures, prises sur mon travail, devinrent un nouveau crime qui m’attira de nouveaux châtiments. Ce goût irrité par la contrainte devint passion, bientôt fureur. La Tribu, fameuse loueuse de livres, m’en fournissait de toute espèce. Bons et mauvais, tout passait ; je ne choisissais point : je lisais tout avec une égale avidité. Je lisais à l’établi, je lisais en allant faire mes messages, je lisais à la garde-robe, et m’y oubliais des heures entières ; la tête me tournait de la lecture, je ne faisais plus que lire. Mon maître m’épiait, me surprenait, me battait, me prenait mes livres. Que de volumes furent déchirés, brûlés, jetés par les fenêtres ! que d’ouvrages restèrent s dépareillés chez la Tribu ! Quand je n’avais plus de quoi la payer, je lui donnais mes chemises, mes cravates, mes hardes ; mes trois sols d’étrennes tous les dimanches lui étaient régulièrement portés.
Voilà donc, me dira-t-on, l’argent devenu nécessaire. Il est vrai, mais ce fut quand la lecture m’eut ôté toute activité. Livré tout entier à mon nouveau goût, je ne faisais plus que lire, je ne volais plus. C’est encore ici une de mes différences caractéristiques. Au fort d’une certaine habitude d’être, un rien me distrait, me change, m’attache, enfin me passionne ; et alors tout est oublié, je ne songe plus qu’au nouvel objet qui m’occupe. Le cœur me battait d’impatience de feuilleter le nouveau livre que j’avais dans la poche ; je le tirais aussitôt que j’étais seul, et ne songeais plus à fouiller le cabinet de mon maître. J’ai même peine à croire que j’eusse volé quand même j’aurais eu des passions plus coûteuses. Borné au moment présent, il n’était pas dans mon tour d’esprit de m’arranger ainsi pour l’avenir. La Tribu me faisait crédit : les avances étaient petites ; et quand j’avais empoché mon livre, je ne songeais plus à rien. L’argent qui me venait naturellement passait de même à cette femme, et quand elle devenait pressante, rien n’était plus tôt sous ma main que mes propres effets. Voler par avance était trop de prévoyance, et voler pour payer n’était pas même une tentation.
Money has never seemed to me something as precious as people often believe it to be. In fact, it has never even seemed particularly convenient to me; it is of no use on its own—it must be transformed in some way before one can benefit from it. One has to buy, haggle, often be deceived, pay dearly, and yet receive poor service. I would prefer something that was truly good in its essential nature; with my money, however, I am certain I will end up with something of poor quality. I pay a lot for a fresh egg—only to find it stale; for a beautiful fruit—only to discover it is still green; and for a girl—only to find her spoiled. I like good wine, but where can I obtain it? From a wine merchant? No matter what I do, they will probably try to poison me. If I really want to receive good service, how much care and trouble does that entail! Having friends, maintaining correspondence, giving commissions, writing letters, traveling back and forth, waiting—and often ending up being deceived anyway. What a hassle using money! I fear it more than I enjoy good wine.
A thousand times, during my apprenticeship and since then, I have set out with the intention of buying some sweet treat. As I approach a pastry shop, I see women at the counter; I imagine them laughing and mocking me for being such a little glutton. Passing by a fruit stand, I take a keen look at some beautiful pears—their fragrance tempts me. Two or three young men nearby are watching me, and a man who knows me stands in front of his shop. From afar, I see a girl approaching. Could it be the maid from that house? My short-sightedness leads me to mistake countless strangers for acquaintances. Everywhere I go, I feel intimidated or blocked by some obstacle. My desire grows along with my shame, and in the end, I return home like a fool—filled with lust, yet having dared not buy anything at all.
I would delve into the most tedious details if I were to describe in any detail how I spend my money—whether by myself or through others—and all the embarrassment, shame, disgust, inconvenience, and various other unpleasant feelings that I have always experienced. As I progress through my life, the reader will gradually come to understand my character; they will sense all these things without me having to dwell on them explicitly.
With this in mind, one will easily understand one of my so-called contradictions: the combination of what might seem almost despicable greed with utter disdain for money. Money is for me such an inconvenient thing that I never even think about desiring what I don’t have; and when I do possess it, I keep it for a long time without spending it, because I don’t know how to use it in ways that would satisfy my whims. But whenever a convenient and enjoyable opportunity arises, I take full advantage of it, and before I even realize it, my purse is empty. Moreover, don’t look for the miserly habits in me—those of spending money for the sake of ostentation; quite the opposite: I spend it in secret and for pleasure. Far from taking pride in spending money, I try to hide it. I feel so clearly that money is not meant for my use that I’m almost ashamed to have it, let alone to use it. If I had ever had enough income to live comfortably, I would never have been tempted to be greedy; I’m quite sure of that. I would spend all my money without trying to increase it, but my precarious situation keeps me on guard. I love freedom; I hate hardship, pain, and oppression. As long as the money in my purse lasts, it ensures my independence; it frees me from having to worry about finding more—a necessity I have always loathed. But out of fear that it might run out, I cherish it. Money that one possesses is the tool of freedom; money that one seeks is the tool of slavery. That’s why I hold onto what I have tightly and desire nothing else.
My lack of interest is therefore merely laziness; the pleasure of possessing something is not worth the effort to acquire it. And my wasteful spending is still a form of laziness—when an opportunity arises to spend money in a pleasant way, one should seize it without hesitation. I am less tempted by money than by things themselves, because there is always an intermediary between money and the desired possession, whereas there is none between the thing itself and its enjoyment. When I see a thing I desire, it tempts me; but if I only see the means to acquire it, it no longer tempts me at all. Therefore, I have been petty and sometimes still am when it comes to trivial things that I would rather take than ask for them. But, whether small or large, I cannot remember having taken a single penny from anyone in my life—except once, not fifteen years ago, when I stole seven pounds and ten pence. The story is worth telling, for it showcases an unparalleled combination of audacity and stupidity; I myself would hardly believe it if it happened to someone else instead of me.
It was in Paris. Around five o’clock in the afternoon, I was walking with Mr. de Francueil in the Palais-Royal. He took out his watch, looked at it, and then said to me, “Let’s go to the Opera; I’d like to.” So we went. He bought two balcony tickets, gave me one, and went in first with the other. I followed him inside. But as soon as I entered behind him, I found the doors blocked. I looked around and saw everyone standing up; I thought I might easily get lost in that crowd, or at least give Mr. de Francueil the impression that I had gotten lost. So I went out, retrieved my ticket and my money, and left without realizing that by the time I reached the door again, everyone had already taken their seats, and Mr. de Francueil could clearly see that I was no longer there.[15]
Since nothing could be more at odds with my mood than such an act, I record it here to illustrate that there are moments of a kind of delirium in which one must not judge people by their actions. It was not so much stealing the money itself; it was stealing the opportunity to use it—the less it was a theft, the more it was an act of infamy.
I could never finish detailing all the ways in which, during my apprenticeship, I descended from the sublimity of heroism to the baseness of a scoundrel. However, even if I had embraced all the vices of that state, it would have been impossible for me to truly develop a taste for them. I grew weary of the amusements of my companions; and when excessive discomfort made work unbearable as well, I found everything tedious. This led me to regain an interest in reading that I had long lost. But these readings, undertaken amidst my other duties, became yet another vice that brought me new punishments. What began as a casual interest, irritated by restraint, soon turned into passion—and then into fury. The famous book rental establishment, the “Tribu,” supplied me with books of every kind. Good and bad alike, I devoured them all without distinction, reading with equal fervor. I read at my workbench, while running errands, even while standing in front of my wardrobe—sometimes forgetting the time as I lost myself in reading. My head would spin; all I could think about was reading. My master kept an eye on me, caught me reading, and beat me; he even took away my books. How many volumes were torn apart, burned, or thrown out the window! And how many books remained unfinished at the “Tribu”’s store! When I had no money to pay for them, I gave them in exchange for my shirts, ties, and other belongings—my three sols a week always went to them regularly.
“Here, one might say,” it is then the money that becomes necessary. Indeed, but that was only after reading had deprived me of all other activities. Completely devoted to my new passion, I devoted myself solely to reading—no more stealing. Once again, this is one of my distinctive traits. When I had developed a certain habit, even the slightest thing could distract me, change me, captivate me; and then everything else was forgotten—I thought only about the new object that occupied my attention. My heart would beat with impatience at the thought of flipping through the new book in my pocket; as soon as I was alone, I would take it out and forget all about rummaging through my master’s cabinet. I can hardly believe that I would have stolen anything, even if the objects I desired were more valuable. Restricted to the present moment, such thoughts about the future simply did not occur to me. The Tribe granted me credit on small amounts; and once I had obtained the book, I forgot about everything else. The money that came naturally into my hands was just as readily given away to that woman, and when she pressed for payment, my own belongings were always at hand. To steal in advance would have been an act of excessive foresight, and to steal merely to pay would not even have been a temptation.
Nessuna volta l’oro mi è sembrato qualcosa di così prezioso come si tende a ritenere. Anzi, non mi è mai parso nemmeno particolarmente utile; di per sé non serve a nulla: bisogna trasformarlo per poterne godere. Bisogna comprare, contrattare, spesso essere ingannati, pagare molto e ricevere un servizio scadente. Vorrei qualcosa che fosse davvero buono nella sua essenza. Con i miei soldi, invece, sono sicuro di ottenere soltanto cose di scarsa qualità. Compro a caro un uovo fresco, ma in realtà è vecchio; una bella frutta, eppure è ancora acerba; una ragazza, beh, è spesso viziata. Amo il buon vino, ma dove trovarlo? In un negozio di vini? Comunque lo compri, finirò per essere avvelenato. Voglio davvero ricevere un buon servizio? Quanti problemi, quante complicazioni. Avere amici, mantenere corrispondenza, affidare commissioni, scrivere, andare avanti e indietro, aspettare. E spesso, alla fine, essere comunque ingannato. Quanta fatica, con i miei soldi. Lo temo più di quanto ami il buon vino.
Mille volte, durante il mio apprendistato e da allora, sono uscito con l’intenzione di comprare qualche leccornia. Mi avvicino al negozio di un pasticciere: vedo alcune donne al bancone; penso già che stiano ridendo e prendendosi gioco di me, del piccolo goloso che sono. Passo davanti a una fruttivendola: con la coda dell’occhio noto delle belle pere; il loro profumo mi tenta. Due o tre giovani vicino a me mi osservano; un uomo che mi conosce è davanti al suo negozio. Da lontano vedo arrivare una ragazza. Non sarà mica la serva di quella casa? La mia vista debole mi fa credere un sacco di cose. Scambio tutti quelli che passano per conoscenti; ovunque vada, mi sento intimidito, ostacolato da qualche impedimento. Il mio desiderio cresce insieme alla mia vergogna. E alla fine torno a casa come uno sciocco, divorato dalla brama. Con in tasca abbastanza soldi per soddisfarla. Ma senza aver osato comprare nulla.
Entrerei nei dettagli più noiosi se, nell’uso del mio denaro – sia da parte mia che altrui – descrivessi tutti gli imbarazzi, le umiliazioni, la ripugnanza, gli inconvenienti e i disgusti di ogni sorta che ho sempre provato. Man mano che procederò nella narrazione della mia vita, il lettore comprenderà da solo tutto ciò, senza che io debba soffermarmi a descriverlo in modo dettagliato.
Compreso questo, si comprenderà facilmente una delle mie presunte contraddizioni: quella di combinare un progresso quasi spregevole con il massimo disprezzo per i soldi. Per me, i soldi sono un oggetto così poco pratico da non farmi nemmeno desiderare ciò che non ho; e quando li ho, li conservo a lungo senza spenderli, perché non so come utilizzarli secondo la mia fantasia. Tuttavia, non appena si presenta un’occasione comoda e piacevole, ne approfitto al massimo, fino a che il mio portafoglio si svuota prima ancora che me ne accorga. Inoltre, non cercate in me i tic tipici degli avari, né la tendenza a spendere per ostentazione; al contrario, spendo di nascosto e per piacere personale: lontano dall’essermi vantato delle mie spese, le nascondo. Sento così chiaramente che i soldi non sono fatti per il mio uso, che provo quasi vergogna ad averne, ancora di più a farne uso. Se avessi mai avuto un reddito sufficiente per vivere comodamente, non sarei mai stato tentato di essere avaro; ne sono assolutamente certo. Spenderei tutto il mio reddito senza cercare di aumentarlo. Ma la mia situazione precaria mi spinge alla prudenza. Amo la libertà; odio la povertà, la sofferenza, l’asservimento. Finché ho i soldi che ho nel portafoglio, sono indipendente; non devo cercare altri mezzi per vivere. Una necessità che ho sempre odiato. Ma temendo che finiscano, li custodisco con cura. I soldi che si possiedono sono lo strumento della libertà; quelli che si cercano disperatamente sono lo strumento della schiavitù. Ecco perché tengo stretti i miei soldi e non desidero nulla altro.
Il mio disinteresse non è quindi altro che pigrizia; il piacere di possedere qualcosa non vale la pena di cercare di ottenerlo. E la mia dissipazione non è altro che pigrizia ancora: quando si presenta l’occasione di spendere in modo piacevole, bisogna approfittarne al massimo. Sono meno tentato dall’oro che dalle cose stesse, perché tra l’oro e ciò che desidero c’è sempre un intermediario; mentre tra la cosa stessa e il suo godimento non c’è alcun intermediario. Vedo la cosa, mi attira, ma se vedo soltanto il mezzo per ottenerla, allora non mi attrae più. Quindi sono stato un furfante, e a volte lo sono ancora, per piccole cose che desidero e preferisco prendere piuttosto che chiederle. Ma, grande o piccola che sia, non ricordo di aver mai preso un soldo da nessuno in tutta la mia vita, tranne una volta, circa quindici anni fa, quando rubai sette lire e dieci soldi. Questa storia merita davvero di essere raccontata, perché contiene un insieme incredibile di audacia e stupidità, che io stesso faticherei a credere se riguardasse qualcun altro invece che me.
Era a Parigi. Alle cinque del pomeriggio passeggiavo con il signor de Francueil nel Palais-Royal. Lui tirò fuori l’orologio, lo guardò e mi disse: “Andiamo all’Opéra; mi va bene, andiamo.” Prese due biglietti per i posti in piedi, ne diede uno a me e entrò per primo con l’altro. Entrando dopo di lui, notai che la porta era bloccata. Guardai intorno e vidi tutti in piedi; pensai che avrei potuto perdermi in quella folla, o almeno far credere al signor de Francueil che fossi perso. Uscii, ripresi il mio biglietto e i miei soldi, e me ne andai, senza rendermi conto che appena raggiunto l’uscita, tutti si erano già seduti. E così il signor de Francueil capì chiaramente che non ero più lì.[15].
Poiché nulla era più lontano dal mio umore di questo comportamento, lo annoto per dimostrare che ci sono momenti di una sorta di delirio in cui non si dovrebbero giudicare le persone in base alle loro azioni. Non si trattava esattamente di rubare quei soldi; si trattava piuttosto di appropriarsene indebitamente: meno era un furto, più era una vergogna.
Non finirei mai di descrivere questi dettagli se volessi raccontare tutte le strade percorse durante il mio apprendistato, dalla sublimità dell’eroismo alla bassezza di un furfante. Tuttavia, pur assumendo i vizi del mio ambiente, non riuscii mai ad abituarmi completamente a loro. Mi annoiavo degli svaghi dei miei compagni; e quando anche il lavoro, con le sue troppe restrizioni, iniziò a disgustarmi, mi annoiai di tutto. Questo mi fece riprendere l’abitudine di leggere, che avevo da tempo abbandonata. Ma queste letture, effettuate durante il mio lavoro, divennero una nuova fonte di problemi e punizioni. Quel gusto per la lettura, inizialmente stimolato dalla necessità, si trasformò ben presto in passione, e poi in furia. La “Tribù”, famosa per noleggiare libri, me ne forniva di ogni tipo: buoni e cattivi, li leggevo tutti con la stessa avidità. Leggevo al banco di lavoro, mentre andavo a fare i messaggi, nella stanza dove tenevo i vestiti. Mi dimenticavo completamente del tempo che passava; mi girava la testa dalla lettura. Non facevo altro che leggere. Il mio maestro mi teneva d’occhio, mi sorprendeva mentre leggevo, mi picchiava e mi portava via i libri. Quanti volumi furono strappati, bruciati, gettati fuori dalla finestra! Quanti libri rimasero sparsi nella casa della “Tribù”. Quando non avevo più soldi per pagarla, le davo le mie camicie, le cravatte, i vestiti. I miei tre soldi settimanali venivano regolarmente portati da lei ogni domenica.
Ecco dunque, si potrebbe dire, l’argento diventato necessario. È vero, ma ciò accadde quando la lettura mi privò di ogni altra attività. Dedicandomi interamente a questo nuovo interesse, non facevo altro che leggere; non rubavo più nulla. Anche in questo si manifesta una delle mie caratteristiche distintive: bastava un piccolo stimolo per distrarmi, cambiare umore, interessarmi, e allora tutto veniva dimenticato; pensavo soltanto al nuovo oggetto che mi occupava. Il cuore mi batteva dall’impazienza di sfogliare il libro nuovo che avevo in tasca; non appena rimanevo solo, lo tiravo fuori immediatamente e non pensavo più nemmeno a rovistare nel cassetto del mio padrone. Faccio fatica a credere che avrei rubato, anche se avessi avuto passioni più costose. Limitato al momento presente, non era nella mia natura preoccuparmi del futuro. La Tribù mi concedeva dei crediti; le somme erano piccole. E una volta ottenuto il libro, non pensavo più a nulla altro. L’argento che ricevevo naturalmente finiva sempre nelle mani di quella donna. E quando lei diventava insistente, tutto ciò che avevo a disposizione era immediatamente a sua disposizione. Rubare in anticipo sarebbe stato troppo previdente. E rubare per pagare non rappresentava nemmeno una tentazione.
À force de querelles, de coups, de lectures dérobées et mal choisies, mon humeur devint taciturne, sauvage ; ma tête commençait à s’altérer, et je vivais en vrai loup-garou. Cependant si mon goût ne me préserva pas des livres plats et fades, mon bonheur me préserva des livres obscènes et licencieux : non que la Tribu, femme à tous égards très accommodante, se fît un scrupule de m’en prêter. Mais, pour les faire-valoir, elle me les nommait avec un air de mystère qui me forçait précisément à les refuser, tant par dégoût que par honte ; et le hasard seconda si bien mon humeur pudique, que j’avais plus de trente ans avant que j’eusse jeté les yeux sur aucun de ces dangereux livres qu’une belle dame de par le monde trouve incommodes, en ce qu’on ne peut, dit-elle, les lire que d’une main.[16].
En moins d’un an j’épuisai la mince boutique de la Tribu, et alors je me trouvai dans mes loisirs cruellement désœuvré. Guéri de mes goûts d’enfant et de polisson par celui de la lecture, et même par mes lectures, qui, bien que sans choix et souvent mauvaises, ramenaient pourtant mon cœur à des sentiments plus nobles que ceux que m’avait donnés mon état ; dégoûté de tout ce qui était à ma portée, et sentant trop loin de moi tout ce qui m’aurait tenté, je ne voyais rien de possible qui pût flatter mon cœur. Mes sens émus depuis longtemps me demandaient une jouissance dont je ne savais pas même imaginer l’objet. J’étais aussi loin du véritable que si je n’avais point eu de sexe ; et, déjà pubère et sensible, je pensais quelquefois à mes folies, mais je ne voyais rien au-delà. Dans cette étrange situation, mon inquiète imagination prit un parti qui me sauva de moi-même et calma ma naissante sensualité ; ce fut de se nourrir des situations qui m’avaient intéressé dans mes lectures, de les rappeler, de les varier, de les combiner, de me les approprier tellement que je devinsse un des personnages que j’imaginais, que je me visse toujours dans les positions les plus agréables selon mon goût, enfin que l’état fictif où je venais à bout de me mettre, me fît oublier mon état réel dont j’étais si mécontent. Cet amour des objets imaginaires et cette facilité de m’en occuper achevèrent de me dégoûter de tout ce qui m’entourait, et déterminèrent ce goût pour la solitude qui m’est toujours resté depuis ce temps-là. On verra plus d’une fois dans la suite les bizarres effets de cette disposition si misanthrope et si sombre en apparence, mais qui vient en effet d’un cœur trop affectueux, trop aimant, trop tendre, qui, faute d’en trouver d’existants qui lui ressemblent, est forcé de s’alimenter de fictions. Il me suffit, quant à présent, d’avoir marqué l’origine et la première cause d’un penchant qui a modifié toutes mes passions, et qui, les contenant par elles-mêmes, m’a toujours rendu paresseux à faire, par trop d’ardeur à désirer.
J’atteignis ainsi ma seizième année, inquiet, mécontent de tout et de moi, sans goûts de mon état, sans plaisirs de mon âge, dévoré de désirs dont j’ignorais l’objet, pleurant sans sujets de larmes, soupirant sans savoir de quoi ; enfin caressant tendrement mes chimères, faute de rien voir autour de moi qui les valût. Les dimanches, mes camarades venaient me chercher après le prêche pour aller m’ébattre avec eux. Je leur aurais volontiers échappé si j’avais pu ; mais une fois en train dans leurs jeux, j’étais le plus ardent et j’allais plus loin qu’aucun autre ; difficile à ébranler et à retenir. Ce fut là de tout temps ma disposition constante. Dans nos promenades hors de la ville, j’allais toujours en avant sans songer au retour, à moins que d’autres n’y songeassent pour moi. J’y fus pris deux fois ; les portes furent fermées avant que je pusse arriver. Le lendemain je fus traité comme on s’imagine, et la seconde fois il me fut promis un tel accueil pour la troisième, que je résolus de ne m’y pas exposer. Cette troisième fois si redoutée arriva pourtant. Ma vigilance fut mise en défaut par un maudit capitaine appelé M. Minutoli, qui fermait toujours la porte où il était de garde une demi-heure avant les autres. Je revenais avec deux camarades. À demi-lieue de la ville, j’entends sonner la retraite ; je double le pas ; j’entends battre la caisse, je cours à toutes jambes : j’arrive essoufflé, tout en nage ; le cœur me bat ; je vois de loin les soldats à leur poste ; j’accours, je crie d’une voix étouffée. Il était trop tard. À vingt pas de l’avancée je vois lever le premier pont. Je frémis en voyant en l’air ces cornes terribles, sinistre et fatal augure du sort inévitable que ce moment commençait pour moi.
Dans le premier transport de douleur, je me jetai sur le glacis et mordis la terre. Mes camarades, riant de leur malheur, prirent à l’instant leur parti. Je pris aussi le mien ; mais ce fut d’une autre manière. Sur le lieu même je jurai de ne retourner jamais chez mon maître ; et le lendemain, quand, à l’heure de la découverte, ils rentrèrent en ville, je leur dis adieu pour jamais, les priant seulement d’avertir en secret mon cousin Bernard de la résolution que j’avais prise, et du lieu où il pourrait me voir encore une fois.
À mon entrée en apprentissage, étant plus séparé de lui, je le vis moins : toutefois, durant quelque temps nous nous rassemblions les dimanches ; mais insensiblement chacun prit d’autres habitudes, et nous nous vîmes plus rarement. Je suis persuadé que sa mère contribua beaucoup à ce changement. Il était, lui, un garçon du haut ; moi, chétif apprenti, je n’étais plus qu’un enfant de Saint-Gervais[17]. Il n’y avait plus entre nous d’égalité malgré la naissance ; c’était déroger que de me fréquenter. Cependant les liaisons ne cessèrent point tout à fait entre nous, et comme c’était un garçon d’un bon naturel, il suivait quelquefois son cœur malgré les leçons de sa mère. Instruit de ma résolution, il accourut, non pour m’en dissuader ou la partager, mais pour jeter, par de petits présents, quelque agrément dans ma fuite ; car mes propres ressources ne pouvaient me mener fort loin. Il me donna entre autres une petite épée, dont j’étais fort épris, que j’ai portée jusqu’à Turin, où le besoin m’en fit défaire, et où je me la passai, comme on dit, au travers du corps. Plus j’ai réfléchi depuis à la manière dont il se conduisit avec moi dans ce moment critique, plus je me suis persuadé qu’il suivit les instructions de sa mère, et peut-être de son père ; car il n’est pas possible que de lui-même, il n’eût fait quelque effort pour me retenir, ou qu’il n’eût été tenté de me suivre : mais point. Il m’encouragea dans mon dessein plutôt qu’il ne m’en détourna ; puis, quand il me vit bien résolu, il me quitta sans beaucoup de larmes. Nous ne nous sommes jamais écrit ni revus. C’est dommage : il était d’un caractère essentiellement bon : nous étions faits pour nous aimer.
Through constant quarrels, fights, and the reading of stolen or poorly chosen books, my mood became gloomy and wild; my mind began to deteriorate, and I truly lived like a werewolf. However, while my taste did not protect me from dull and insipid books, my sense of morality kept me away from obscene and licentious literature: it was not that the Tribe, being in every way very accommodating, would have any scruples about lending me such books. But in order to emphasize their allure, they would refer to them with a mysterious air that forced me to refuse them—both out of disgust and shame. And luck seemed to favor my modest nature so well that it was over thirty years before I ever glanced at one of those dangerous books that a refined lady in the world deems inconvenient, claiming that one can only read them with one hand.[16].
In less than a year, I had exhausted the meager resources of the small shop belonging to the Tribe, and then I found myself utterly idle in my leisure time. Having been cured of my childish and mischievous inclinations through the habit of reading—though my readings were often indiscriminate and of poor quality—they still managed to elevate my sentiments to something nobler than what my actual condition could have given me. Disgusted by everything within my reach, and feeling that everything truly tempting was far beyond my grasp, I saw nothing possible that could satisfy my desires. My long-awakened senses clamored for some pleasure of which I could not even conceive the nature. I was as far from the true and good as if I had no sexual inclination at all; and though already adolescent and sensitive, I sometimes thought about my former follies, but could see no further beyond them. In this strange situation, my restless imagination took a course that saved me from myself and calmed my burgeoning sensuality: it began to feed on the situations that had interested me in my readings, to recall them, vary them, combine them, and make them my own in such a way that I became one of the characters I imagined myself to be. I found myself constantly in the most pleasing positions according to my tastes, and ultimately, this fictitious state in which I found myself completely immersed made me forget my real condition, which I was so dissatisfied with. This love for imaginary objects and this ease with which I could indulge in them completely turned me away from everything around me, and shaped my lifelong preference for solitude. We will see more than once in the course of this narrative the bizarre effects of such a seemingly misanthropic and gloomy disposition—yet in reality, it stems from a heart that is too affectionate, too loving, too tender; a heart that, unable to find any real counterparts to its own feelings, is forced to seek nourishment in fiction. For now, it is sufficient for me to have identified the origin and primary cause of a tendency that has altered all my passions, making me lazy in action due to my excessive eagerness to desire.
Thus I reached my sixteenth year, filled with anxiety and dissatisfaction toward everything and myself—lacking any true pleasures befitting my age, consumed by desires of whose nature I was unaware, weeping for no apparent reason, sighing without knowing why. In short, I tenderly cherished my own illusions, for there was nothing around me that could justify them. On Sundays, my friends would come to find me after the sermon to go out and play together. I would have gladly avoided them if possible; but once engaged in their games, I became the most enthusiastic participant, going further than any of them—difficult to discourage or restrain. Such was my constant disposition throughout those years. During our walks outside the city, I would always move ahead without thinking about returning, unless someone else reminded me to do so. I got caught twice; the gates were closed before I could reach them. The next day, I received the punishment one might expect. And the second time, I was promised even worse for the third attempt, which made me resolve never to expose myself again. Yet that dreaded third time eventually came. My vigilance was betrayed by a damned captain named M. Minutoli—who always closed the gate he was guarding half an hour before the others did. I was returning with two friends when, half a mile outside the city, I heard the signal for retreat. I quickened my pace; then I heard the drums beating—I ran at top speed. When I finally arrived, gasping for breath, I saw the soldiers already in position. I shouted, but it was too late. Twenty paces from the gate, I watched as it was raised. The sight of those terrifying devices hanging in the air filled me with dread—a sinister and fatal omen of the inevitable fate awaiting me.
In the first wave of pain, I threw myself onto the ice and bit down on the ground. My companions, laughing at their own misfortune, immediately took my side. I too chose my side—but in a different way. On the very spot, I swore never to return to my master’s house; and the next day, when they returned to town at the appointed time, I said goodbye to them forever, only asking them to secretly inform my cousin Bernard of the decision I had made and where he might still be able to see me one last time.
When I began my apprenticeship, being separated from him more often, I saw him less frequently; however, for some time we would meet on Sundays. But gradually, each of us developed different habits, and we began to see each other even less. I am convinced that his mother played a significant role in this change. He was a boy from a wealthy family; I, on the other hand, was a poor apprentice—little more than a child from Saint-Gervais[17]. Despite our similar birth, there was no equality between us; in fact, it would have been considered beneath him to associate with me. Nevertheless, our connection did not completely break off, and since he was a kind-hearted boy, he sometimes followed his own desires, despite his mother’s admonitions. Upon learning of my resolve, he came to see me, not to try to dissuade me or share it, but to bring me some small gifts to ease my hardships—for my own resources were far from sufficient. Among other things, he gave me a little sword, which I cherished greatly and carried with me all the way to Turin, where necessity eventually forced me to part with it. As I have thought more about his behavior at that critical time, I am increasingly convinced that he acted according to the instructions of his mother—and perhaps also of his father. It is impossible that he did not make some effort to try to keep me or even consider following me; but no, he did not. Instead, he encouraged my resolve rather than dissuading me. And when he saw that I was truly determined, he left without much crying. We never wrote to each other or met again. It is a pity—he had a naturally kind heart, and we were meant to be friends.
A causa di continue liti, colpi, letture rubate e mal scelte, il mio umore divenne cupo e selvaggio; ma la mia mente cominciava a cambiare, e vivevo davvero come un vero licantropo. Tuttavia, se il mio gusto non mi proteggeva dai libri banali e insipidi, la mia fortuna mi preservava da quelli osceni e licenziosi: non perché la Tribù, donna in ogni senso molto accomodante, si facesse scrupoli a prestarmeli. Ma, per farne le lodi, me li nominava con un tono misterioso che mi costringeva proprio a rifiutarli, sia per disgusto che per vergogna; e il caso aiutò così bene il mio pudore, che trascorsero più di trent’anni prima che io mettessi gli occhi su uno di quei libri pericolosi che una signora del mondo considera scomodi, perché, dice lei, non si possono leggere se non con una mano sola.[16].
In meno di un anno esaurii quella piccola bottega della Tribù; da allora, nei miei momenti di svago, mi trovai terribilmente senza nulla da fare. Ormai privo dei gusti infantili e scurrili che avevo un tempo, e anche delle letture che, sebbene prive di selezione e spesso di qualità, riuscivano comunque a riportare il mio cuore verso sentimenti più nobili di quelli che la mia condizione reale mi procurava; disgustato da tutto ciò che avevo a portata di mano e rendendomi conto di quanto fosse lontano da me tutto ciò che avrebbe potuto tentarmi, non riuscivo a vedere nulla di possibile che potesse soddisfare i miei desideri. I miei sensi, da tempo stimolati, chiedevano una gioia di cui non sapevo nemmeno immaginare l’oggetto. Ero così lontano dalla realtà che sembrava come se non avessi affatto un sesso; e, pur essendo già pubereo e sensibile, a volte ripensavo alle mie follie del passato, ma non riuscivo a vedere nulla al di là di esse. In questa strana situazione, la mia immaginazione inquieta trovò una soluzione che mi salvò da me stesso e placò la mia nascente sensualità: consisteva nel nutrirmi delle stesse situazioni che avevano suscitato il mio interesse nelle letture, nel ricordarle, nel variarle, nel combinarle, nell’appropriarmene completamente, fino a diventare uno dei personaggi che immaginavo, a trovarmi sempre nelle posizioni più piacevoli secondo i miei gusti. Infine, lo stato fittizio in cui riuscivo a immergermi mi faceva dimenticare la mia realtà, di cui ero così insoddisfatto. Questo amore per gli oggetti immaginari e questa facilità con cui mi dedicavo ad essi finirono per disgustarmi da tutto ciò che mi circondava, determinando in me quel gusto per la solitudine che mi è rimasto fino ad oggi. Più avanti vedremo ancora gli strani effetti di questa disposizione apparentemente misantropa e cupa, ma che in realtà deriva da un cuore troppo affettuoso, troppo amorevole, troppo tenero. Un cuore che, non trovando persone reali che gli assomiglino, è costretto a nutrirsi di fantasie. Per ora mi basta aver indicato l’origine e la prima causa di questo atteggiamento che ha modificato tutte le mie passioni, rendendomi pigro nell’agire a causa della mia eccessiva passione per il desiderio.
Raggiunsi così i sedici anni, inquieto, insoddisfatto di tutto e di me stesso, privo di interessi per la mia condizione, senza godimenti tipici della mia età, divorato da desideri di cui ignoravo l’oggetto, piangente senza motivo, sospirando senza sapere per cosa; in definitiva, accarezzavo dolcemente le mie illusioni, poiché non vedevo nulla intorno a me che potesse giustificarle. Nei domenici, i miei compagni venivano a prendermi dopo la predica per andare a giocare insieme. Avrei volentieri evitato di seguirli, se avessi potuto; ma una volta iniziati i loro giochi, ero sempre il più entusiasta e andavo oltre tutti gli altri; difficile da convincere o trattenere. Questa fu sempre la mia natura costante. Durante le nostre passeggiate fuori città, procedevo sempre avanti senza pensare al ritorno, a meno che qualcun altro non lo facesse per me. Fui sorpreso due volte; le porte si chiusero prima che potessi arrivare. Il giorno dopo fui trattato come ci si può immaginare. La seconda volta mi fu promesso un trattamento ancora peggiore per la terza volta. Così decisi di non espormi più a quel rischio. Ma quella terza volta tanto temuta arrivò comunque. La mia attenzione venne meno a causa di un maledetto capitano di nome M. Minutoli, che chiudeva sempre la porta di guardia mezz’ora prima degli altri. Tornavo con due compagni. A mezza lega dalla città, sentii suonare l’ordine di ritirata; accelerai il passo. Sentii battere il tamburo. Corsi a tutta velocità. Arrivai senza fiato. Il cuore mi batteva all’impazzata. Vidi da lontano i soldati ai loro posti. Corsi verso di loro, gridando con voce rauca. Ma era troppo tardi. A venti passi dall’ingresso principale vidi sollevare il primo ponte. Tremai nel vedere quelle terribili corna sospese in aria. Un presagio sinistro e fatale del destino inevitabile che quel momento iniziava per me.
Nel primo impeto di dolore, mi gettai sul ciglio della scogliera e morsi la terra. I miei compagni, ridendo del loro stesso sfortunio, presero immediatamente le parti loro; anch’io ne presi una, ma in modo diverso. Sul posto stesso giurai di non tornare mai più dal mio padrone; il giorno dopo, quando loro rientrarono in città all’ora prevista per la scoperta, mi congedai da loro per sempre, chiedendo loro soltanto di avvisare in segreto mio cugino Bernard della decisione che avevo preso e del luogo dove avrebbe potuto vedermi un’ultima volta.
Al momento del mio inizio come apprendista, essendo più lontano da lui, lo vedevo meno spesso; tuttavia, per un certo periodo ci riunivamo ogni domenica; ma gradualmente ognuno di noi prese abitudini diverse e ci vedemmo sempre meno. Sono convinto che sua madre abbia contribuito molto a questo cambiamento. Lui era un ragazzo di buona famiglia; io, invece, un povero apprendista, non ero altro che un bambino di Saint-Gervais[17]. Nonostante la nostra diversa condizione sociale, non esisteva più alcuna parità tra noi; frequentarmi sarebbe stato considerato un segno di disprezzo. Tuttavia i nostri rapporti non si interruppero del tutto: essendo un ragazzo dal buon cuore, a volte seguiva il proprio istinto, nonostante le raccomandazioni di sua madre. Avendo saputo della mia determinazione, venne da me non per cercare di dissuadermi o condividere la mia decisione, ma per offrirmi piccoli regali che potessero rendere più sopportabile la mia situazione difficile; infatti, le mie risorse personali non erano sufficienti. Mi diede, tra l’altro, una piccola spada di cui ero molto affezionato; la portai fino a Torino, dove, per necessità, fui costretto a disfarmene. Da allora, come si suol dire, “me ne sono servito per sopravvivere”. Più ci penso oggi al modo in cui si comportò con me in quel momento critico, più sono convinto che abbia seguito le istruzioni di sua madre, e forse anche di suo padre; perché è impossibile che da solo non abbia cercato in qualche modo di trattenermi o di seguirmi. Ma no: mi incoraggiò anzi nel mio proposito, piuttosto che dissuadermi. Poi, quando vide che ero davvero deciso, mi lasciò andare senza versare troppe lacrime. Non ci siamo mai scritti né rivisti. È un peccato: aveva un carattere essenzialmente buono. Eravamo fatti per amarci.
Avant de m’abandonner à la fatalité de ma destinée, qu’on me permette de tourner un moment les yeux sur celle qui m’attendait naturellement si j’étais tombé dans les mains d’un meilleur maître. Rien n’était plus convenable à mon humeur, ni plus propre à me rendre heureux, que l’état tranquille et obscur d’un bon artisan, dans certaines classes surtout, telle qu’est à Genève celle des graveurs. Cet état, assez lucratif pour donner une subsistance aisée, et pas assez pour mener à la fortune, eût borné mon ambition pour le reste de mes jours, et, me laissant un loisir honnête pour cultiver des goûts modérés, il m’eût contenu dans ma sphère sans m’offrir aucun moyen d’en sortir. Ayant une imagination assez riche pour orner de ses chimères tous les états, assez puissante pour me transporter, pour ainsi dire à mon gré, de l’un à l’autre, il m’importait peu dans lequel je fusse en effet. Il ne pouvait y avoir si loin du lieu où j’étais au premier château en Espagne, qu’il ne me fût aisé de m’y établir. De cela seul il suivait que l’état le plus simple, celui qui donnait le moins de tracas et de soins, celui qui laissait l’esprit le plus libre, était celui qui me convenait le mieux ; et c’était précisément le mien. J’aurais passé dans le sein de ma religion, de ma patrie, de ma famille et de mes amis, une vie paisible et douce, telle qu’il la fallait à mon caractère, dans l’uniformité d’un travail de mon goût et d’une société selon mon cœur. J’aurais été bon chrétien, bon citoyen, bon père de famille, bon ami, bon ouvrier, bon homme en toute chose. J’aurais aimé mon état, je l’aurais honoré peut-être, et après avoir passé une vie obscure et simple, mais égale et douce, je serais mort paisiblement dans le sein des miens. Bientôt oublié, sans doute, j’aurais été regretté du moins aussi longtemps qu’on se serait souvenu de moi.
Au lieu de cela… quel tableau vais-je faire ? Ah ! n’anticipons point sur les misères de ma vie ! Je n’occuperai que trop mes lecteurs de ce triste sujet.
FIN du PREMIER LIVRE
Livre Second
1728 – 1731
Autant le moment où l’effroi me suggéra le projet de fuir m’avait paru triste, autant celui où je l’exécutai me parut charmant. Encore enfant, quitter mon pays, mes parents, mes appuis, mes ressources ; laisser un apprentissage à moitié fait sans savoir mon métier assez pour en vivre ; me livrer aux horreurs de la misère sans voir aucun moyen d’en sortir ; dans l’âge de la faiblesse et de l’innocence, m’exposer à toutes les tentations du vice et du désespoir ; chercher au loin les maux, les erreurs, les pièges, l’esclavage et la mort, sous un joug bien plus inflexible que celui que je n’avais pu souffrir : c’était là ce que j’allais faire ; c’était la perspective que j’aurais dû envisager. Que celle que je me peignais était différente ! L’indépendance que je croyais avoir acquise était le seul sentiment qui m’affectait. Libre et maître de moi-même, je croyais pouvoir tout faire, atteindre à tout : je n’avais qu’à m’élancer pour m’élever et voler dans les airs. J’entrais avec sécurité dans le vaste espace du monde ; mon mérite allait le remplir ; à chaque pas j’allais trouver des festins, des trésors, des aventures, des amis prêts à me servir, des maîtresses empressées à me plaire : en me montrant j’allais occuper de moi l’univers, non pas pourtant l’univers tout entier, je l’en dispensais en quelque sorte, il ne m’en fallait pas tant. Une société charmante me suffisait sans m’embarrasser du reste. Ma modération m’inscrivait dans une sphère étroite, mais délicieusement choisie, où j’étais assuré de régner. Un seul château bornait mon ambition. Favori du seigneur et de la dame, amant de la demoiselle, ami du frère et protecteur des voisins, j’étais content ; il ne m’en fallait pas davantage.
En attendant ce modeste avenir, j’errai quelques jours autour de la Ville, logeant chez des paysans de ma connaissance, qui tous me reçurent avec plus de bonté que n’auraient fait des urbains. Ils m’accueillaient, me logeaient, me nourrissaient trop bonnement pour en avoir le mérite. Cela ne pouvait pas s’appeler faire l’aumône ; ils n’y mettaient pas assez l’air de la supériorité.
À force de voyager et de parcourir le monde, j’allai jusqu’à Confignon, terres de Savoie à deux lieues de Genève. Le curé s’appelait M. de Pontverre. Ce nom fameux dans l’histoire de la République me frappa beaucoup. J’étais curieux de voir comment étaient faits les descendants des gentilshommes de la Cuiller[18]. J’allai voir M. de Pontverre : il me reçut bien, me parla de l’hérésie de Genève, de l’autorité de la Sainte Mère Église, et me donna à dîner. Je trouvai peu de chose à répondre à des arguments qui finissaient ainsi s, et je jugeai que des curés chez qui l’on dînait si bien valaient tout au moins nos ministres. J’étais certainement plus savant que M. de Pontverre, tout gentilhomme qu’il était ; mais j’étais trop bon convive pour être si bon théologien ; et son vin de Frangy, qui me parut excellent, argumentait si victorieusement pour lui, que j’aurais rougi de fermer la bouche à un si bon hôte. Je cédais donc, ou du moins je ne résistais pas en face. À voir les ménagements dont j’usais, on m’aurait cru faux. On se fût trompé ; je n’étais qu’honnête, cela est certain. La flatterie, ou plutôt la condescendance, n’est pas toujours un vice, elle est plus souvent une vertu, surtout dans les jeunes gens. La bonté avec laquelle un homme nous traite nous attache à lui : ce n’est pas pour l’abuser qu’on lui cède, c’est pour ne pas l’attrister, pour ne pas lui rendre le mal pour le bien. Quel intérêt avait M. de Pontverre à m’accueillir, à me bien traiter, à vouloir me convaincre ? Nul autre que le mien propre. Mon jeune cœur se disait cela. J’étais touché de reconnaissance et de respect pour le bon prêtre. Je sentais ma supériorité ; je ne voulais pas l’en accabler pour prix de son hospitalité. Il n’y avait points de motif hypocrite à cette conduite : je ne songeais point à changer de religion ; et, bien loin de me familiariser si vite avec cette idée, je ne l’envisageais qu’avec une horreur qui devait l’écarter de moi pour longtemps : je voulais seulement ne point fâcher ceux qui me caressaient dans cette vue ; je voulais cultiver leur bienveillance, et leur laisser l’espoir du succès en paraissant moins armé que je ne l’étais en effet. Ma faute en cela ressemblait à la coquetterie des honnêtes femmes qui, quelquefois, pour parvenir à leurs fins, savent, sans rien permettre ni rien promettre, faire espérer plus qu’elles ne veulent tenir.
La raison, la pitié, l’amour de l’ordre exigeaient assurément que, loin de se prêter à ma folie, on m’éloignât de ma perte où je courais, en me renvoyant dans ma famille. C’est là ce qu’aurait fait ou tâché de faire tout homme vraiment vertueux. Mais quoique M. de Pont verre fût un bon homme, ce n’était assurément pas un homme vertueux ; au contraire, c’était un dévot qui ne connaissait d’autre vertu que d’adorer les images et de dire le rosaire ; une espèce de missionnaire qui n’imaginait rien de mieux, pour le bien de la foi, que faire des libelles contre les ministres de Genève. Loin de penser à me renvoyer chez moi, il profita du désir que j’avais de m’en éloigner, pour me mettre hors d’état d’y retourner quand même il m’en prendrait envie. Il y avait tout à parier qu’il m’envoyait périr de misère ou devenir un vaurien. Ce n’était point là ce qu’il voyait : il voyait une âme ôtée à l’hérésie et rendue à l’Église. Honnête homme ou vaurien, qu’importait cela pourvu que j’allasse à la messe ? Il ne faut pas croire, au reste, que cette façon de penser soit particulière aux Catholiques ; elle est celle de toute religion dogmatique où l’on fait l’essentiel non de faire, mais de croire.
Before submitting myself to the fate that awaited me, allow me to turn my gaze for a moment toward the life that would have naturally been mine if I had fallen into the hands of a better master. Nothing could have been more in line with my temperament, nor more apt to bring me happiness, than the tranquil and unassuming existence of a skilled artisan—especially in certain professions, such as those of engravers in Geneva. Such a life, sufficiently lucrative to provide for my needs without leading to wealth, would have limited my ambitions for the rest of my days. It would have allowed me to pursue moderate interests in my leisure time, confining me within my own sphere without offering any means to escape it. With an imagination rich enough to fill all states of existence with its fantasies, and powerful enough to transport me, as it were, at will from one state to another, it mattered little to me which one I actually inhabited. There was no place in the world, not even the farthest castle in Spain, that I could not have settled in easily. From this it follows that the simplest life, the one that required the least trouble and care, the one that left the mind freest, was precisely the one that suited me best—and indeed, it was my own. I would have led a peaceful and gentle life within my religion, my country, my family, and among my friends, engaging in work that pleased me and surrounded by company that suited my heart. I would have been a good Christian, a good citizen, a good father, a good friend, a good worker, and a good person in every respect. I would have loved my lot and perhaps even honored it; after living a life of obscurity and simplicity yet equality and contentment, I would have died peacefully among my loved ones. Soon forgotten, perhaps, I would still have been remembered for at least as long as people recalled my existence.
Instead of that, what kind of picture shall I paint? Ah! Let us not anticipate the miseries of my life yet; I would only fill my readers’ minds with such sad subjects.
End of Book One
Book Two
1728 – 1731
Just as the moment when fear suggested to me the idea of fleeing had seemed sad to me, the moment I actually carried it out appeared delightful. As a child, to leave my country, my parents, my support, my resources; to abandon an apprenticeship unfinished, without knowing enough about my trade to make a living from it; to expose myself to the horrors of poverty without seeing any way out of it; at an age of weakness and innocence, to face all the temptations of vice and despair; to seek far away for evils, mistakes, traps, slavery, and death, under a yoke far more inflexible than any I had ever endured before—this was what I was about to do; this was the prospect that I should have considered. How different the reality turned out to be from what I had imagined! The independence I thought I had acquired was the only feeling that truly affected me. Free and in control of my own destiny, I believed I could do anything, achieve anything; all I needed was to take action in order to rise and soar into the air. I entered safely into the vast expanse of the world; my merit would fill it; with every step I took, I would find feasts, treasures, adventures, friends ready to serve me, ladies eager to please me: by showing myself, I would occupy the entire universe for my own use—though not, of course, the whole universe itself; I needed no more than that. A charming society was enough for me, without the need to deal with anything else. My moderation confined me to a narrow but delightfully chosen sphere, where I was certain to reign supreme. Only one castle bounded my ambitions. Favored by the lord and the lady, loved by the young lady, cherished by my brothers, and respected by my neighbors, I was content; nothing more was needed for me.
In the meantime, awaiting this modest future, I wandered around the town for a few days, staying with farmers I knew, who all welcomed me with far more kindness than urban people would have done. They housed me, provided me with food—so generously that it could hardly be considered almsgiving; they certainly did not act in a manner that suggested their superiority.
Through constant travel and wandering around the world, I eventually arrived in Confignon, a region of Savoy located two miles from Geneva. The priest there was named Monsieur de Pontverre. This famous name, well-known in the history of the Republic, struck me greatly. I was curious to see what the descendants of those noble gentlemen from the Cuiller family were like. I went to meet Monsieur de Pontverre; he received me warmly, talked to me about the heresy in Geneva, the authority of the Holy Mother Church, and even invited me to dinner. I found little to respond to such arguments, and I concluded that priests who treated one so generously were at least as worthy as our own ministers. I was certainly more knowledgeable than Monsieur de Pontverre, despite his noble status; but I was too good a guest to be a skilled theologian as well. His Frangy wine, which tasted excellent to me, argued so convincingly in his favor that I would have felt ashamed to refuse such a generous host. So I yielded—or at least, I did not resist. Given the manner in which I behaved, one might have thought I was insincere. But they would have been mistaken; I was simply honest, that much is certain. Flattery, or rather condescension, is not always a vice; it is often a virtue, especially among young people. The kindness with which someone treats us makes us feel bound to them: we yield not in order to exploit them, but to avoid upsetting them, to prevent causing them harm instead of good. What motive could Monsieur de Pontverre have had for receiving me so warmly, treating me well, and trying to convince me? None other than my own benefit. That was what my young heart told me. I felt grateful and respectful toward this kind priest. I recognized my own superiority; yet I did not wish to overwhelm him with it as a reward for his hospitality. There was no hypocrisy in my behavior at all: I had no intention of changing my religion; far from it, I regarded the very idea with such horror that it would keep me away from it for a long time. I simply wanted not to offend those who were so kind toward me in this regard; I wanted to cultivate their goodwill and allow them to hold out hope of success by appearing less determined than I actually was. My mistake in this matter was similar to the tactfulness of honest women who, sometimes, in order to achieve their goals, know how to make people hope for more than they are willing to offer or promise.
Reason, compassion, and a love of order surely demanded that, far from indulging in my madness, one should remove me from the path of ruin upon which I was heading and send me back to my family. Such would have been the action of any truly virtuous man. But although Monsieur de Pontverre was a good man, he was certainly not a virtuous one; on the contrary, he was a devout individual whose only concept of virtue consisted in adoring statues and reciting the Rosary—a kind of missionary who, in his zeal for the faith, saw no better way to serve it than by publishing slanderous writings against the ministers of Geneva. Far from considering sending me home, he took advantage of my desire to leave and did everything in his power to prevent me from returning should I ever feel the urge to do so. It was almost certain that he was sending me to perish in misery or to become a scoundrel. But that was not what he saw; in his eyes, I was an soul rescued from heresy and restored to the Church. Whether I turned out to be an honest man or a rascal—what did it matter so long as I attended mass? Moreover, one should not think that such a way of thinking is particular to Catholics alone; it is inherent in any dogmatic religion where what truly matters is not action, but belief.
Prima di abbandonarmi al destino fatale che mi è stato assegnato, permettetemi di rivolgere per un momento lo sguardo verso quella vita che mi sarebbe stata naturalmente riservata se fossi caduto nelle mani di un maestro migliore. Nulla avrebbe potuto essere più adatto al mio umore, né più propenso a rendermi felice, dell’ambiente tranquillo e modesto di un bravo artigiano, soprattutto in certe classi sociali, come quella dei incisori a Ginevra. Quell’ambiente, sufficientemente redditizio per garantirmi una vita agiata, ma non abbastanza da condurmi alla ricchezza, avrebbe limitato le mie ambizioni per il resto della mia vita; mi avrebbe concesso il tempo libero necessario per coltivare gusti moderati e mi avrebbe tenuto entro i confini della mia condizione sociale senza offrirmi alcun mezzo per uscirne. Avendo un’immaginazione abbastanza ricca da adornare tutti gli stati possibili con le sue fantasie, e abbastanza potente da trasportarmi, per così dire a mio piacimento, da uno stato all’altro, non mi importava davvero in quale di essi mi trovassi. Non esisteva luogo più lontano da quello in cui mi trovavo che non fosse facile per me stabilirmici. Da questo si deduceva che lo stato più semplice, quello che richiedeva meno preoccupazioni e cure, quello che lasciava la mente più libera, era proprio quello che mi conveniva di più, ed era proprio il mio. Avrei trascorso una vita tranquilla e serena all’interno della mia religione, della mia patria, della mia famiglia e dei miei amici, una vita adatta al mio carattere, nell’ambito di un lavoro che mi piacesse e in compagnia di persone che mi fossero a cuore. Sarei stato un buon cristiano, un buon cittadino, un buon padre di famiglia, un buon amico, un buon artigiano, un buon uomo sotto ogni aspetto. Avrei amato la mia condizione sociale, forse l’avrei persino onorata, e dopo aver vissuto una vita semplice e modesta, ma equilibrata e serena, sarei morto pacificamente tra i miei cari. Presto dimenticato, forse, ma almeno per tutto il tempo in cui si sarebbe ricordato di me.
Invece, quale quadro dovrei dipingere? Ah! Non anticipiamo le miserie della mia vita. Occuperei i miei lettori con un argomento troppo triste.
Fine del primo libro.
Libro Secondo
1728 – 1731
Quanto il momento in cui la paura mi suggerì l’idea di fuggire mi sembrò triste, tanto quello in cui la realizzai mi parve incantevole. Ancora bambino, lasciare il mio paese, i miei genitori, le mie appoggi, le mie risorse; abbandonare un apprendistato a metà concluso senza conoscere abbastanza il mio mestiere per poter vivere di esso; esporre me stesso alle orrori della povertà senza vedere alcun modo per uscirne; all’età della debolezza e dell’innocenza, affrontare tutte le tentazioni del vizio e del disperio; cercare lontano mali, errori, trappole, schiavitù e morte, sotto un giogo ben più inflessibile di quello che avevo mai dovuto sopportare. Questo era ciò che avrei fatto; questa era la prospettiva che avrei dovuto considerare. Quanto quella che mi immaginavo fosse diversa! L’indipendenza che credevo di aver acquisito era l’unico sentimento che mi interessava. Libero e padrone di me stesso, pensavo di poter fare tutto, raggiungere qualsiasi obiettivo: bastava che mi lanciassi per elevarmi e volare nel cielo. Entravo con sicurezza nello vasto spazio del mondo; il mio merito avrebbe riempito quel vuoto; a ogni passo avrei trovato banchetti, tesori, avventure, amici pronti ad aiutarmi, donne desiderose di compiacermi. Mostrandomi, avrei dominato l’universo intero. Anzi, forse non tutto l’universo: ne avevo bisogno solo in parte. Una società incantevole mi sarebbe stata sufficiente, senza che avessi bisogno di altro. La mia moderazione mi collocava in un ambiente ristretto, ma deliziosamente scelto, dove ero certo di poter regnare. Un solo castello limitava la mia ambizione. Favorito dal signore e dalla signora, amante della fanciulla, amico del fratello e protettore dei vicini. Ero soddisfatto; non mi serviva nient’altro.
In attesa di quel modesto futuro, vagabonderò per alcuni giorni intorno alla città, ospitato da contadini che conoscevo; tutti mi accolsero con più gentilezza di quanto avrebbero fatto gli abitanti della città. Mi offrivano alloggio e cibo in modo così generoso da non sembrare nemmeno un atto di carità. Non c’era alcun segno di superiorità da parte loro.
Dopo aver viaggiato molto e attraversato il mondo, arrivai fino a Confignon, una regione della Savoia situata a due leghe da Ginevra. Il parroco si chiamava Monsignor de Pontverre; quel nome, famoso nella storia della Repubblica di Ginevra, mi colpì molto. Ero curioso di conoscere come fossero i discendenti dei gentiluomini della regione della Cuiller[18]. Andai a trovare Monsignor de Pontverre: mi accolse bene, parlò con me dell’eresia di Ginevra, dell’autorità della Santa Chiesa e mi invitò a cena. Non trovavo molte risposte da dare a quegli argomenti; pensai che dei parroci che ci offrivano una così buona ospitalità fossero almeno all’altezza dei nostri ministri religiosi. Sicuramente ero più erudito di Monsignor de Pontverre, nonostante fosse un gentiluomo; ma ero troppo buon convivente per essere anche un bravo teologo. Il suo vino di Frangy, che mi sembrava eccellente, argomentava con tale forza a suo favore che avrei avuto vergogna di contraddirlo davanti a un ospite così gentile. Quindi cedevo, o meglio, non resistevo. Guardando il modo in cui mi comportavo, si sarebbe potuto pensare che fossi ipocrita; ma si sbagliavano: ero semplicemente onesto, questo è certo. La lusinga, o piuttosto la condiscendenza, non è sempre un vizio, spesso è una virtù, soprattutto tra i giovani. La gentilezza con cui qualcuno ci tratta ci lega a lui: non cediamo per abusare di lui, ma per non rattristarlo, per non fargli del male in cambio del bene che riceviamo. Qual era lo scopo di Monsignor de Pontverre nel trattarmi bene, nell’invitarmi a cena, nel cercare di convincermi? Solo il mio interesse personale. Il mio giovane cuore me lo diceva chiaramente. Ero commosso dalla sua gentilezza e dal suo rispetto; sentivo la mia superiorità, ma non volevo approfittarne a scapito della sua ospitalità. Non c’era alcun motivo ipocrita in quel mio comportamento: non pensavo affatto di cambiare religione, anzi, l’idea mi ripugnava profondamente; volevo solo non offendere coloro che cercavano di avvicinarmi a quella fede, volevo coltivare la loro benevolenza e lasciare loro sperare nel successo, fingendo di essere meno deciso di quanto in realtà fossi. Il mio errore in questo senso assomigliava alla civetteria delle donne oneste: a volte, per raggiungere i propri scopi, sanno far sperare di più di quanto siano disposte a mantenere, senza mai permettere nulla né promettere nulla.
La ragione, la pietà, l’amore dell’ordine richiedevano certamente che, invece di prestarsi alla mia follia, si mi allontanasse dal pericolo verso cui correvo, rimandandomi nella mia famiglia. Questo è ciò che avrebbe fatto o cercato di fare qualsiasi uomo veramente virtuoso. Ma sebbene il signor de Pontverre fosse una brava persona, certamente non era un uomo virtuoso; al contrario, era un devoto che conosceva una sola virtù: adorare le immagini e recitare il rosario; una sorta di missionario che non immaginava nulla di meglio, per il bene della fede, che scrivere libelli contro i ministri di Ginevra. Lontano dall’idea di rimandarmi a casa, approfittò del desiderio che avevo di allontanarmene per impedirmi di tornarci anche se ne avessi avuto voglia. Si poteva scommettere che mi stesse mandando a morire di miseria o a diventare un furfante. Ma lui non vedeva così le cose: vedeva un’anima strappata all’eresia e restituita alla Chiesa. Che fossi una brava persona o un furfante, che importanza aveva purché andassi a messa? Del resto, non si deve credere che questo modo di pensare sia tipico dei Cattolici; è proprio caratteristico di qualsiasi religione dogmatica in cui l’importante non è agire, ma credere.
Dieu vous appelle, me dit M. de Pontverre : allez à Annecy ; vous y trouverez une bonne Dame bien charitable, que les bienfaits du Roi mettent en état de retirer d’autres âmes de l’erreur dont elle est sortie elle-même. Il s’agissait de Mme de Warens, nouvelle convertie, que les prêtres forçaient, en effet, de partager avec la canaille qui venait vendre sa foi, une pension de deux mille francs que lui donnait le Roi de Sardaigne. Je me sentais fort humilié d’avoir besoin d’une bonne Dame bien charitable. J’aimais fort qu’on me donnât mon nécessaire, mais non pas qu’on me fît la charité ; et une dévote n’était pas pour moi fort attirante. Toutefois, pressé par M. de Pontverre, par la faim qui me talonnait, bien aise aussi de faire un voyage et d’avoir un but, je prends mon parti, quoique avec peine, et je pars pour Annecy. J’y pouvais être aisément en un jour g ; mais je ne me pressais pas, j’en mis trois. Je ne voyais pas un château à droite ou à gauche sans aller chercher l’aventure que j’étais sûr qui m’y attendait. Je n’osais entrer dans le château ni heurter, car j’étais fort timide, mais je chantais sous la fenêtre qui avait le plus d’apparence, fort surpris, après m’être longtemps époumoné, de ne voir paraître ni Dames ni Demoiselles qu’attirât la beauté de ma voix ou le sel de mes chansons, vu que j’en savais d’admirables que mes camarades m’avaient apprises, et que je chantais admirablement.
J’arrive enfin ; je vois Mme de Warens. Cette époque de ma vie a décidé de mon caractère ; je ne puis me résoudre à la passer légèrement. J’étais au milieu de ma seizième année. Sans être ce qu’on appelle un beau garçon, j’étais bien pris dans ma petite taille ; j’avais un joli pied, la jambe fine, l’air dégagé, la physionomie animée, la bouche mignonne, les sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits et même enfoncés, mais qui lançaient avec force le feu dont mon sang était embrasé. Malheureusement je ne savais rien de tout cela, et de ma vie il ne m’est arrivé de songer à ma figure que lorsqu’il n’était plus temps d’en tirer parti. Ainsi j’avais avec la timidité de mon âge celle d’un naturel très aimant, toujours troublé par la crainte de déplaire. D’ailleurs, quoique j’eusse l’esprit assez orné, n’ayant jamais vu le monde, je manquais totalement de manières, et mes connaissances, loin d’y suppléer, ne servaient qu’à m’intimider davantage, en me faisant sentir combien j’en manquais.
Craignant donc que mon abord ne prévînt pas en ma faveur, je pris autrement mes avantages, et je fis une belle lettre en style d’orateur, où, cousant des phrases des livres avec des locutions d’apprenti, je déployais toute mon éloquence pour capter la bienveillance de Mme de Warens. J’enfermai la lettre de M. de Pontverre dans la mienne, et je partis pour cette terrible audience. Je ne trouvai point Mme de Warens ; on me dit qu’elle venait de sortir pour aller à l’église. C’était le jour des Rameaux de l’année 1728[19]. Je cours pour la suivre : je la vois, je l’atteins, je lui parle… Je dois me souvenir du lieu ; je l’ai souvent depuis mouillé de mes larmes et couvert de mes baisers. Que ne puis-je entourer d’un balustre d’or cette heureuse place ! que n’y puis-je attirer les hommages de toute la terre ! Quiconque aime à honorer les monuments du salut des hommes n’en devrait approcher qu’à genoux.
C’était un passage derrière sa maison, entre un ruisseau à main droite qui la séparait du jardin, et le mur de la cour à gauche, conduisant par une fausse porte à l’église des Cordeliers. Prête à entrer dans cette porte, Mme de Warens se retourne à ma voix. Que devins-je à cette vue ! Je m’étais figuré une vieille dévote bien rechignée ; la bonne Dame de M. de Pontverre ne pouvait être autre chose à mon avis. Je vois un visage pétri de grâces, de beaux yeux bleus pleins de douceur, un teint éblouissant, le contour d’une gorge enchanteresse. Rien n’échappa au rapide coup d’œil du jeune prosélyte ; car je devins à l’instant le sien, sûr qu’une religion prêchée par de tels missionnaires ne pouvait manquer de mener en paradis s. Elle prend en souriant la lettre que je lui présente d’une main tremblante, l’ouvre, jette un coup d’œil sur celle de M. de Pontverre, revient à la mienne, qu’elle lit tout entière, et qu’elle eût relue encore si son laquais ne l’eût avertie qu’il était temps d’entrer. Eh ! mon enfant, me dit-elle d’un ton qui me fit tressaillir, vous voilà courant le pays bien jeune ; c’est dommage en vérité. Puis, sans attendre ma réponse, elle ajouta : Allez chez moi m’attendre ; dites qu’on vous donne à déjeuner ; après la messe j’irai causer avec vous.
Louise-Éléonore de Warens était une demoiselle de la Tour de Pil, noble et ancienne famille de Vevey, ville du pays de Vaud. Elle avait épousé fort jeune M. de Warens de la maison de Loys, fils aîné de M. de Villardin de Lausanne. Ce mariage, qui ne produisit point d’enfants, n’ayant pas trop réussi, Mme de Warens, poussée par quelque chagrin domestique, prit le temps que le Roi Victor-Amédée était à Évian, pour passer le lac et venir se jeter aux pieds de ce prince, abandonnant ainsi son mari, sa famille et son pays, par une étourderie assez semblable à la mienne, et qu’elle a eu tout le temps de pleurer aussi. Le Roi, qui aimait à faire le zélé catholique, la prit sous sa protection, lui donna une pension de quinze cents livres de Piémont, ce qui était beaucoup pour un prince aussi peu prodigue, et voyant que sur cet accueil on l’en croyait amoureux, il l’envoya à Annecy, escortée par un détachement de ses gardes, où, sous la direction de Michel Gabriel de Bernex, évêque titulaire de Genève, elle fit abjuration au couvent de la Visitation.
Il y avait six ans qu’elle y était quand j’y vins, et elle en avait alors vingt-huit, étant née avec le siècle. Elle avait de ces beautés qui se conservent parce qu’elles sont plus dans la physionomie que dans les traits ; aussi la sienne était-elle encore dans tout son premier éclat. Elle avait un air caressant et tendre, un regard très doux, un sourire angélique, une bouche à la mesure de la mienne, des cheveux cendrés d’une beauté peu commune, et auxquels elle donnait un tour négligé qui la rendait très piquante. Elle était petite de stature, courte même, et ramassée un peu dans sa taille, quoique sans difformité ; mais il était impossible de voir une plus belle tête, un plus beau sein, de plus belles mains et de plus beaux bras.
Son éducation avait été fort mêlée : elle avait ainsi que moi perdu sa mère dès sa naissance, et recevant indifféremment des instructions comme elles s’étaient présentées, elle avait appris un peu de sa gouvernante, un peu de son père, un peu de ses maîtres, et beaucoup de ses amants, surtout d’un M. de Tavel, qui, ayant du goût et des connaissances, en orna la personne qu’il aimait. Mais tant de genres différents se nuisirent les uns aux autres, et le peu d’ordre qu’elle y mit empêcha que ses diverses études n’étendissent la justesse naturelle de son esprit. Ainsi, quoiqu’elle eût quelques principes de philosophie et de physique, elle ne laissa pas de prendre le goût que son père avait pour la médecine empirique et pour l’alchimie : elle faisait des élixirs, des teintures, des baumes, des magistères ; elle prétendait avoir des secrets. Les charlatans, profitant de sa faiblesse, s’emparèrent d’elle, l’obsédèrent, la ruinèrent, et consumèrent, au milieu des fourneaux et des drogues, son esprit, ses talents et ses charmes, dont elle eût pu faire les délices des meilleures sociétés.
Mais si de vils fripons abusèrent de son éducation mal dirigée pour obscurcir les lumières de sa raison, son excellent cœur fut à l’épreuve et demeura toujours le même : son caractère aimant et doux, sa sensibilité pour les malheureux, son inépuisable bonté, son humeur gaie, ouverte et franche, ne s’altérèrent jamais ; et même aux approches de la vieillesse, dans le sein de l’indigence, des maux, des calamités diverses, la sérénité de sa belle âme lui conserva jusqu’à la fin de sa vie toute la gaieté de ses plus beaux jours.
“God is calling you,” Mr. de Pontverre told me. “Go to Annecy; there you will find a kind and charitable lady whose blessings enable her to help other souls escape the errors from which she herself has been freed.” He was referring to Madame de Warens, a newly converted woman whom priests were forcing to share, along with other people who had sold their faith, a pension of two thousand francs granted to her by the King of Sardinia. I felt deeply humiliated at having to rely on such assistance. I was willing to be given what I needed, but not to receive charity; moreover, a devout woman held little appeal for me. Nevertheless, pressured by Mr. de Pontverre and driven by hunger, as well as the desire to travel and have a purpose in life, I reluctantly set off for Annecy. I could have reached there in a single day, but I took three days instead. Whenever I saw a castle, I would go investigate, hoping for some adventure—I was certain it awaited me there. Too shy to enter or knock on the doors, I would sing beneath the windows with the most attractive exteriors. To my great surprise, after singing at length, not a single lady or young woman appeared, despite the beauty of my voice and the charm of my songs—after all, my companions had taught me some truly wonderful tunes, and I sang them with great skill.
I have finally arrived; I see Madame de Warens. This period of my life shaped my character entirely; I cannot bring myself to treat it lightly. I was in the midst of my sixteenth year. Although not what one might call a handsome boy, I was quite pleasing in my small stature; I had pretty feet, slender legs, an open and lively demeanor, a charming mouth, black eyebrows and hair, and small eyes—though somewhat sunken—which burned with the intensity of the passion that filled my blood. Unfortunately, I was completely unaware of all this, and it was only when it was too late to make use of these qualities that I ever thought about my appearance at all. Thus, along with the timidity inherent in my age, I also carried the shyness of someone whose nature was deeply tender and who was always plagued by fear of displeasing others. Moreover, despite having a rather cultivated mind, having never seen the world, I lacked all mannerly skills entirely; my knowledge, far from helping me, only served to make me feel even more inadequate in these areas.
Fearing that my approach might not work in my favor, I chose another strategy to secure my advantage. I wrote a beautiful letter in the style of an orator, weaving phrases from books with expressions learned by heart, and deploying all my eloquence in order to win over Madame de Warens’ goodwill. I enclosed Mr. de Pontverre’s letter within mine and set off for this dreaded meeting. However, I did not find Madame de Warens; someone told me that she had just left for church. It was the Day of the Wreaths in the year 1728[19]. I hurried to follow her: I saw her, caught up with her, and spoke to her. I must remember this place well; so often since then, I have wet it with my tears and covered it with my kisses. How I wish I could encircle this blessed spot with a golden balustrade! How I wish I could draw the homage of all mankind to it! Anyone who values honoring the monuments that save humanity should approach them only on their knees.
It was a passage behind her house, between a brook on the right that separated it from the garden and the wall of the courtyard on the left, which led, through a false door, to the church of the Cordeliers. As she was about to enter through this door, Madame de Warens turned around at my voice. What a sight I saw! I had imagined her to be an old, rather grumpy devotee; in my opinion, the good lady of Monsieur de Pontverre could hardly be anything else. But what I saw was a face adorned with every grace, beautiful blue eyes filled with kindness, a dazzling complexion, and the enchanting contours of a neck. Nothing escaped the quick glance of this young convert—for in that instant, I too became one of her followers, convinced that a religion preached by such missionaries could only lead one to paradise. She took the letter I presented to her with trembling hands, smiled as she opened it, glanced at Monsieur de Pontverre’s letter, then returned to mine and read it entire. She would have read it again if her lackey had not reminded her that it was time to enter. “Ah, my child,” she said to me in a tone that made me shudder, “you are traveling the country at such a young age; indeed, that is a pity.” Without waiting for my reply, she added, “Go and wait for me at my house; ask them to give you something to eat. After mass, I will talk with you.”
Louise-Éléonore de Warens was a young lady from the Tour de Pil, belonging to a noble and ancient family from Vevey, a town in the canton of Vaud. She married at a very young age Mr. de Warens, from the house of Loys, the eldest son of M. de Villardin de Lausanne. This marriage, which did not produce any children and was not particularly successful, led Madame de Warens, driven by some domestic sorrow, to take advantage of the time when King Victor-Amédée was in Évian to cross the lake and go to his feet, thus abandoning her husband, her family, and her country—a decision as foolish as mine, for which she had ample time to regret. The king, who liked to appear devoutly Catholic, took her under his protection and granted her a pension of five hundred livres from Piedmont, a considerable sum for a prince so frugal. Seeing that people believed his interest in her was genuine because of this gesture, he sent her to Annecy, accompanied by a detachment of his guards. There, under the guidance of Michel Gabriel de Bernex, the titular bishop of Geneva, she took her vows at the Visitation convent.
It had been six years since she was there when I arrived; at that time, she was twenty-eight years old, having been born in the new century. She possessed that kind of beauty which endures because it resides more in the overall appearance than in specific features; thus, her beauty was still in its full initial splendor. She had a gentle and tender demeanor, very soft eyes, an angelic smile, a mouth perfectly shaped to match mine, and hair of a grayish hue of uncommon beauty—she wore it in a carefree manner that only added to its allure. She was small in stature, even somewhat short, with a slightly rounded waist, though without any deformities; yet it was impossible to see a more beautiful head, a more lovely bosom, or more exquisite hands and arms.
Her education had been quite varied: like me, she lost her mother at birth, and as she received instructions in whatever form they came, she learned a little from her governess, a little from her father, a little from her teachers, and much from her lovers—especially from a Mr. de Tavel, who, possessing both taste and knowledge, embellished the person he loved with these qualities. However, so many different influences ended up harming one another, and the lack of order in her learning prevented these various studies from enhancing the natural clarity of her mind. As a result, although she had some basic understanding of philosophy and physics, she nonetheless developed her father’s interest in empirical medicine and alchemy—she prepared elixirs, tinctures, ointments, and concoctions; she even claimed to possess certain secrets. Quacks took advantage of her weakness, preyed on her, ruined her, and consumed both her mind and her talents, as well as the charms she could have used to delight the finest societies.
But if some wicked scoundrels took advantage of her poorly-directed education to obscure the light of her reason, her excellent heart was put to the test yet remained unchanged: her loving and gentle nature, her compassion for the unfortunate, her inexhaustible kindness, and her cheerful, open, and straightforward disposition never altered. Even as she approached old age, amidst poverty, suffering, and various calamities, the serenity of her noble soul enabled her to retain all the joy of her best days until the end of her life.
“Dio vi chiama”, mi disse il signor de Pontverre: “andate ad Annecy; lì troverete una buona signora molto caritatevole, la cui bontà le permette di aiutare altre anime a uscire dall’errore da cui lei stessa è stata salvata”. Si trattava della signora de Warens, una nuova convertita che, infatti, i preti costringevano a condividere con la gente comune – quella che veniva a vendere la propria fede – una pensione di duemila franchi concessa dal Re di Sardegna. Mi sentivo profondamente umiliato all’idea di dover chiedere aiuto a una persona così benevola. Amavo che mi si desse ciò di cui avevo bisogno, ma non che si facesse carità con me; inoltre, una donna devota non mi attirava affatto. Tuttavia, spinto dal signor de Pontverre e dalla fame che mi tormentava, felice anche dell’opportunità di intraprendere un viaggio e di avere uno scopo preciso, decisi comunque di partire per Annecy. Avrei potuto arrivarci in un giorno, ma non mi affrettai: ci misi tre giorni. Ovunque vedessi un castello, correvo subito a cercare l’avventura che sicuramente mi aspettava là dentro. Non osavo entrare nei castelli né bussare alle porte, perché ero molto timido; ma cantavo sotto le finestre che sembravano più adatte. E rimanevo sorpreso quando, dopo aver cantato a lungo, non appariva nessuna signora o giovane donna attratta dalla bellezza della mia voce o dal fascino delle mie canzoni. Conoscevo infatti canzoni meravigliose che i miei compagni mi avevano insegnato, e le cantavo davvero molto bene.
Finalmente sono arrivato; vedo la signora de Warens. Quel periodo della mia vita ha determinato il mio carattere; non riesco a decidere di trascorrerlo in modo superficiale. Avevo appena compiuto sedici anni. Non ero certo quel che si definisce un bel ragazzo, ma ero ben proporzionato per la mia statura; avevo un piede grazioso, gambe sottili, un aspetto disinvolto, un viso vivace, una bocca carina, sopracciglia e capelli neri, occhi piccoli e leggermente incassati, ma che scagliavano con forza il fuoco che ardeva nel mio sangue. Purtroppo non ero consapevole di tutto questo; nella mia vita, ho iniziato a pensare al mio aspetto solo quando ormai era troppo tardi per approfittarne. Così, oltre alla timidezza tipica della mia età, possedevo anche quella di una natura molto affettuosa, sempre tormentata dal timore di non piacere agli altri. Inoltre, sebbene avessi un intelletto abbastanza sviluppato, non avendo mai visto il mondo, mancavo completamente delle buone maniere; le mie conoscenze, invece di aiutarmi, non facevano che intimidirmi ancora di più, facendomi rendere conto di quanto ne fossi privo.
Temendo che il mio modo di presentarmi non potesse giovare a mio favore, scelsi un altro approccio e scrissi una bella lettera nel stile di un oratore; in essa, intrecciando frasi tratte dai libri con espressioni tipiche dei giovani apprendisti, utilizzai tutta la mia eloquenza per conquistare la benevolenza di Madame de Warens. Infilai la lettera di Monsieur de Pontverre nella mia e partii per quell’incontro così importante. Non trovai Madame de Warens; mi dissero che era appena uscita per andare in chiesa. Era il giorno delle Palme del 1728[19]. Corsi subito per seguirla: la vidi, la raggiunsi e le parlai. Devo ricordare quel luogo: da allora l’ho spesso bagnato con le mie lacrime e coperto di baci. Ah, se solo potessi circondare questo felice momento con un balaustrato d’oro, se solo potessi attirare lì gli omaggi di tutta la terra! Chiunque ami onorare i monumenti che ricordano i momenti salienti della storia dell’umanità dovrebbe avvicinarsi ad essi in ginocchio.
Era un passaggio dietro la sua casa, tra un ruscello a destra che la separava dal giardino e il muro del cortile a sinistra, che conduceva, attraverso una porta falsa, alla chiesa dei Cordelieri. Pronta ad entrare da quella porta, Madame de Warens si voltò al mio richiamo. Che cosa vidi in quel momento! Mi ero immaginata una vecchia devota, piuttosto riluttante a ricevermi; secondo me, la buona signora di Monsieur de Pontverre non poteva essere altro che così. Invece vidi un viso incantevole, occhi blu pieni di dolcezza, una pelle radiosa, il contorno di un collo affascinante. Niente sfuggì al rapido sguardo di quel giovane convertito; perché in quell’istante divenni uno dei suoi seguaci, convinto che una religione predicata da missionari del genere non potesse che portare in paradiso. Prese con un sorriso la lettera che le presentavo, tremante, la aprì, diede un’occhiata a quella di Monsieur de Pontverre, tornò alla mia e la lesse tutta; avrebbe continuato a leggerla se il suo lacchè non le avesse fatto notare che era ora di entrare. “Eh, mio caro”, mi disse con un tono che mi fece tremare, “sei ancora molto giovane per viaggiare così. È davvero un peccato”. Poi, senza aspettare la mia risposta, aggiunse: “Vai da me ad aspettarmi; fai dire che ti diano da mangiare; dopo la messa verrò a parlare con te”.
Louise-Éléonore de Warens era una giovane signora della famiglia nobile e antica dei de la Tour de Pil, originaria di Vevey, nella regione del Vaud. Sposò molto giovane il signor de Warens, appartenente alla famiglia de Loys e figlio maggiore del signor de Villardin de Lausanne. Questo matrimonio, che non produsse figli e non ebbe successo, spinse la signora de Warens, colpita da qualche dolore domestico, a approfittare della presenza del re Vittorio Emanuele ad Évian per attraversare il lago e recarsi ai piedi di quel principe, abbandonando così marito, famiglia e patria in un gesto avventato non molto diverso dal mio, e ebbe tutto il tempo necessario per piangere. Il re, che amava ostentare la propria devozione cattolica, la prese sotto la sua protezione e le concesse una pensione di quindicicento lire piemontesi, una somma considerevole per un principe così parsimonioso. Vedendo che tutti credevano che fosse innamorato di lei a causa di questo trattamento favorevole, la inviò ad Annecy, scortata da una squadra delle sue guardie; lì, sotto la guida di Michel Gabriel de Bernex, vescovo titolare di Ginevra, si recò in un convento della Visitazione per abiurare.
Era da sei anni che si trovava lì quando ci andai io; all’epoca ne aveva ventotto, essendo nata nell’inizio di quel secolo. Possedeva quella sorta di bellezza che si conserva perché risiede più nel portamento che nei tratti del viso; per questo la sua bellezza era ancora tutta intatta, nel suo splendore originale. Aveva un aspetto dolce e affettuoso, uno sguardo molto gentile, un sorriso angelico, una bocca perfettamente proporzionata alla mia, capelli castani di una bellezza insolita, che lei lasciava crescere in modo disordinato, il che le conferiva un fascino particolarmente seducente. Era di statura piccola, anzi piuttosto bassa, e con la vita leggermente snella, sebbene senza alcuna deformità; ma non si poteva certo vedere una testa più bella, un seno più incantevole, mani o braccia più affascinanti.
La sua educazione era stata molto varia: proprio come me, aveva perso la madre alla nascita; ricevendo istruzioni di ogni tipo senza alcuna selezione, aveva imparato un po’ dalla sua governante, un po’ dal padre, un po’ dai suoi insegnanti, e molto dai suoi amanti, soprattutto da un certo signor de Tavel, che, dotato di gusto e conoscenze, contribuì a rendere ancora più affascinante la persona che amava. Tuttavia, tali influenze così diverse si ostacolarono a vicenda; inoltre, la mancanza di organizzazione nella sua formazione impedì che le sue varie esperienze potessero sviluppare appieno l’intelligenza naturale che possedeva. Così, sebbene avesse alcune nozioni di filosofia e fisica, non riuscì a resistere alla passione del padre per la medicina empirica e l’alchimia: preparava elisiri, tinture, unguenti, e sosteneva di possedere segreti. Gli imbroglioni, approfittando della sua debolezza, si impadronirono di lei, la tormentarono, la rovinarono, e distrussero, tra fornelli e sostanze chimiche, il suo spirito, i suoi talenti e i suoi fascini, che avrebbero potuto renderla una delizia nelle migliori società.
Ma se alcuni malvagi individui avessero abusato della sua educazione mal guidata per oscurare le luci della sua ragione, il suo eccellente cuore sarebbe stato messo alla prova, ma rimase sempre lo stesso: il suo carattere amorevole e gentile, la sua sensibilità verso i malheurevoli, la sua inesauribile bontà, il suo umore allegro, aperto e franco, non cambiarono mai. Anche negli anni della vecchiaia, nel mezzo della povertà, dei mali e delle varie calamità, la serenità della sua bella anima le permise di conservare fino alla fine della vita tutta la gioia dei suoi giorni più belli.
Ses erreurs lui vinrent d’un fonds d’activité inépuisable qui voulait sans cesse de l’occupation. Ce n’étaient pas des intrigues de femmes qu’il lui fallait, c’étaient des entreprises à faire et à diriger. Elle était née pour les grandes affaires. À sa place Mme de Longueville n’eût été qu’une tracassière ; à la place de Mme de Longueville elle eût gouverné l’État. Ses talents ont été déplacés ; et ce qui eût fait sa gloire dans une situation plus élevée a fait sa perte dans celle où elle a vécu. Dans les choses qui étaient à sa portée, elle étendait toujours son plan dans sa tête et voyait toujours son objet en grand. Cela faisait qu’employant des moyens proportionnés à ses vues plus qu’à ses forces, elle échouait par la faute des autres, et son projet venant à manquer, elle était ruinée où d’autres n’auraient presque rien perdu. Ce goût des affaires, qui lui fit tant de maux, lui fit du moins un grand bien dans son asile monastique, en l’empêchant de s’y fixer pour le reste de ses jours comme elle en était tentée. La vie uniforme et simple des religieuses, leur petit cailletage de parloir, tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui, formant chaque jour de nouveaux systèmes, avait besoin de liberté pour s’y livrer. Le bon évêque de Bernex, avec moins d’esprit que François de Sales, lui ressemblait sur bien des points ; et Mme de Warens, qu’il appelait sa fille, et qui ressemblait à Mme de Chantal sur beaucoup d’autres, eût pu lui ressembler encore dans sa retraite, si son goût ne l’eût détournée de l’oisiveté d’un couvent. Ce ne fut point manque de zèle si cette aimable femme ne se livra pas aux menues pratiques de dévotion qui semblaient convenir à une nouvelle convertie vivant sous la direction d’un prélat. Quel qu’eût été le motif de son changement de religion, elle fut sincère dans celle qu’elle avait embrassée. Elle a pu se repentir d’avoir commis la faute, mais non pas désirer d’en revenir. Elle n’est pas seulement morte bonne catholique, elle a vécu telle de bonne foi, et j’ose affirmer, moi qui pense avoir lu dans le fond de son âme, que c’était uniquement par aversion pour les simagrées qu’elle ne faisait point en public la dévote : elle avait une piété trop solide pour affecter de la dévotion. Mais ce n’est pas ici le lieu de m’étendre sur ses principes ; j’aurai d’autres occasions d’en parler.
Que ceux qui nient la sympathie des âmes expliquent, s’ils peuvent, comment, de la première entrevue, du premier mot, du premier regard, Mme de Warens m’inspira non seulement le plus vif attachement, mais une confiance parfaite et qui ne s’est jamais démentie. Supposons que ce que j’ai senti pour elle fût véritablement de l’amour, ce qui paraîtra tout au moins douteux à qui suivra l’histoire de nos liaisons ; comment cette passion fut-elle accompagnée, dès sa naissance, des sentiments qu’elle inspire le moins : la paix du cœur, le calme, la sérénité, la sécurité, l’assurance ? Comment, en approchant pour la première fois d’une femme aimable, polie, éblouissante, d’une Dame d’un état supérieur au mien, dont je n’avais jamais abordé la pareille, de celle dont dépendait mon sort en quelque sorte par l’intérêt plus ou moins grand qu’elle y prendrait ; comment, dis-je, avec tout cela me trouvai-je à l’instant aussi libre, aussi à mon aise que si j’eusse été parfaitement sûr de lui plaire ? Comment n’eus-je pas un moment d’embarras, de timidité, de gêne ? Naturellement honteux, décontenancé, n’ayant jamais vu le monde, comment pris-je avec elle, du premier jour, du premier instant les manières faciles, le langage tendre, le ton familier que j’avais dix ans après, lorsque la plus grande intimité l’eût rendu naturel ? A-t-on de l’amour, je ne dis pas sans désirs, j’en avais ; mais sans inquiétude, sans jalousie ? Ne veut-on pas au moins apprendre de l’objet qu’on aime si l’on est aimé ? C’est une question qu’il ne m’est pas plus venu dans l’esprit de lui faire une fois en ma vie que de me demander à moi-même si je m’aimais, et jamais elle n’a été plus curieuse avec moi. Il y eut certainement quelque chose de singulier dans mes sentiments pour cette charmante femme, et l’on y trouvera dans la suite des bizarreries auxquelles on ne s’attend pas.
Il fut question de ce que je deviendrais, et pour en causer plus à loisir, elle me retint à dîner. Ce fut le premier repas de ma vie où j’eusse manqué d’appétit, et sa femme de chambre, qui nous servait, dit aussi que j’étais le premier voyageur de mon âge et de mon étoffe qu’elle en eût vu manquer. Cette remarque, qui ne me nuisit pas dans l’esprit de sa maîtresse, tombait un peu à plomb sur un gros manant qui dînait avec nous et qui dévora lui tout seul un repas honnête pour six personnes. Pour moi, j’étais dans un ravissement qui ne me permettait pas de manger. Mon cœur se nourrissait d’un sentiment tout nouveau dont il occupait tout mon être ; il ne me laissait des esprits pour nulle autre fonction.
Mme de Warens voulut savoir les détails de ma petite histoire ; je retrouvai pour la lui conter tout le feu que j’avais perdu chez mon maître. Plus j’intéressais cette excellente âme en ma faveur, plus elle plaignait le sort auquel j’allais m’exposer. Sa tendre compassion se marquait dans son air, dans son regard, dans ses gestes. Elle n’osait m’exhorter à retourner à Genève. Dans sa position c’eût été un crime de lèse-catholicité, et elle n’ignorait pas combien elle était surveillée et combien ses discours étaient pesés. Mais elle me parlait d’un ton si touchant de l’affliction de mon père, qu’on voyait bien qu’elle eût approuvé que j’allasse le consoler. Elle ne savait pas combien, sans y songer, elle plaidait contre elle-même. Outre que ma résolution était prise, comme je crois l’avoir dit, plus je la trouvais éloquente, persuasive, plus ses discours m’allaient au cœur, et moins je pouvais me résoudre à me détacher d’elle. Je sentais que retourner à Genève était mettre entre elle et moi une barrière presque insurmontable, à moins de revenir à la démarche que j’avais faite, et à laquelle mieux valait me tenir tout d’un coup. Je m’y tins donc. Mme de Warens voyant ses efforts inutiles, ne les poussa pas jusqu’à se compromettre ; mais elle me dit avec un regard de commisération : « Pauvre petit, tu dois aller où Dieu t’appelle ; mais quand tu seras grand, tu te souviendras de moi. » Je crois qu’elle ne pensait pas elle-même que cette prédiction s’accomplirait si cruellement.
La difficulté restait tout entière. Comment subsister si jeune hors de mon pays ? À peine à la moitié de mon apprentissage, j’étais bien loin de savoir mon métier. Quand je l’aurais su, je n’en aurais pu vivre en Savoie, pays trop pauvre pour avoir des arts. Le manant qui dînait pour nous, forcé de faire une pause pour reposer sa mâchoire, ouvrit un avis qu’il disait venir du Ciel, et qui, à juger par les suites, venait bien plutôt du côté contraire ; c’était que j’allasse à Turin, où, dans un hospice établi pour l’instruction des catéchumènes, j’aurais, dit-il, la vie temporelle et spirituelle, jusqu’à ce qu’entré dans le sein de l’Église je trouvasse, par la charité des bonnes âmes, une place qui me convînt. À l’égard des frais du voyage, continua mon homme, Sa Grandeur Monseigneur l’Évêque ne manquera pas, si Madame lui propose cette sainte œuvre, de vouloir charitablement y pourvoir, et Madame la Baronne, qui est si charitable, dit-il en s’inclinant sur son assiette, s’empressera sûrement d’y contribuer aussi.
Je trouvais toutes ces charités bien dures : j’avais le cœur serré, je ne disais rien, et Mme de Warens, sans saisir ce projet avec autant d’ardeur qu’il était offert, se contenta de répondre que chacun devait contribuer au bien selon son pouvoir, et qu’elle en parlerait à Monseigneur : mais mon diable d’homme, qui craignit qu’elle n’en parlât à son gré, et qui avait son petit intérêt dans cette affaire, courut prévenir les aumôniers, et emboucha si bien les bons prêtres, que quand Mme de Warens, qui craignait pour moi ce voyage, en voulut parler à l’Évêque, elle trouva que c’était une affaire arrangée, et il lui remit à l’instant l’argent destiné pour mon petit viatique. Elle n’osa insister pour me faire rester : j’approchais d’un âge où une femme du sien ne pouvait décemment vouloir retenir un jeune homme auprès d’elle.
Her mistakes stemmed from an inexhaustible energy that constantly demanded some form of activity. What she needed were not women’s intrigues, but enterprises to undertake and manage. She was born for great affairs. In her place, Madame de Longueville would have been nothing but a troublemaker; in her place, she would have governed the state. Her talents were misdirected; what would have brought her glory in a higher position ended up costing her everything in the circumstances in which she lived. In matters within her reach, she would always expand her plans in her mind and envision their ultimate goals on a grand scale. As a result, by employing methods that matched her ambitions rather than her actual abilities, she failed due to the shortcomings of others; when her projects failed, she was ruined, while others might have suffered little or no loss at all. This passion for affairs, which caused her so much harm, brought her some benefit in her monastic retreat, as it prevented her from settling down there for the rest of her life, as she had often been tempted to do. The uniform and simple life of the nuns, their limited opportunities for social interaction—all these could not satisfy a mind that was always in motion, constantly forming new schemes and needing freedom to pursue them. The good Bishop of Bernex, though less intelligent than François de Sales, resembled him in many ways; and Madame de Warens, whom he called his daughter and who bore many similarities to Madame de Chantal, could have followed in his footsteps in her retreat if not for her inclination away from the idleness of a convent life. It was not a lack of zeal that prevented this kind woman from engaging in the petty devotional practices that seemed appropriate for a newly converted person living under the guidance of a prelate. Whatever the motive behind her conversion, she was sincere in her new faith. She may have regretted making that mistake, but she never desired to return to her former ways. She died not only as a good Catholic, but also with genuine devotion; and I dare affirm, having seemingly read the depths of her soul, that she avoided public displays of piety solely out of aversion for ostentation—her faith was too solid for such pretenses. But this is not the place to elaborate on her principles; I will have other opportunities to do so.
Those who deny the existence of sympathy between souls should explain, if they can, how it was possible for me, from our very first meeting, from her first word, from her first glance, that Madame de Warens inspired in me not only the deepest affection but also a perfect trust that never wavered. Suppose what I felt for her were truly love—though this might seem at least doubtful to anyone who knows the story of our relationship. How could such passion, from its very inception, be accompanied by those qualities which it least tends to inspire: peace of mind, calmness, serenity, security, confidence? How, as I approached for the first time a woman who was kind, polite, and dazzlingly beautiful—a lady of a higher social status than my own, someone whose fate was in some way tied to mine depending on how much interest she took in me—how could I feel at that moment so free, so at ease, as if I were certain of pleasing her? How could I not experience even the slightest embarrassment, timidity, or discomfort? Naturally shy and unaccustomed to such situations, having never before encountered the world, how did I manage from the very first day, from the very first instant, to adopt those natural manners, tender language, and familiar tone that I would only develop ten years later, when our relationship had grown much more intimate? Can one truly have love—let me not say without desires, for I certainly had them—but without worry or jealousy? Doesn’t one at least want to learn from the person one loves whether they are loved in return? This is a question I never once considered asking her in my life, just as I never questioned whether I loved myself. And yet, she was always the most curious about this matter. There was certainly something unusual about my feelings for this charming woman, and one will discover even more bizarre aspects as we continue this story.
They discussed what I would become in the future, and to talk about it at length, she invited me to dinner. That was the first meal in my life that I had no appetite for; her maid, who served us, also said that I was the first traveler of my age and social status that she had ever seen lack such an appetite. This remark, which did not harm her mistress’s opinion of me, fell rather heavily on a burly countryman who dined with us and devoured by himself a meal that would have been enough for six people. As for me, I was in such rapture that I could not eat at all. My heart was filled with a completely new emotion that occupied my entire being; it left me with no energy for anything else.
Madam de Warens wanted to know the details of my little story; I mustered all the enthusiasm that I had lost when with my master to tell it to her. The more I endeavored to impress this kind-hearted woman in my favor, the more she lamented the fate that awaited me. Her tender compassion was evident in her expression, in her gaze, in her gestures. She did not dare urge me to return to Geneva—such an action would have been regarded as a crime against Catholicism in her position, and she was well aware of how closely she was watched and how carefully her words were weighed. Yet, as she spoke of my father’s suffering in such a moving manner, it was clear that she would have approved of my going to comfort him. Little did she know how, without realizing it, she was actually working against her own interests. Since my resolve was already firm—as I believe I have mentioned before—her persuasive words only made me more reluctant to leave her. I felt that returning to Geneva would create an almost insurmountable barrier between us, unless I reverted to the approach I had initially taken, which it would be best for me to stick to at once. So I stayed. Seeing that her efforts were futile, Madam de Warens did not go so far as to compromise herself; but she said to me with a look of compassion, “Poor child, you must go where God calls you; but when you grow up, remember me.” I believe she had no idea how cruelly this prediction would come true.
The difficulty remained intact. How could I survive at such a young age outside my country? Having only completed half of my apprenticeship, I was far from mastering my craft. Even if I had done so, I would not have been able to make a living in Savoy, a region too poor to support the arts. The farmer who dined with us, forced to take a break to rest his jaw, read out a notice he claimed came from Heaven—but in reality, it seemed to come from quite the opposite direction. It advised me to go to Turin, where, he said, I could find both temporal and spiritual sustenance in an institution established for the education of catechumens, until I entered the Church and, through the generosity of kind-hearted people, found a place suitable for me. As for the costs of the journey, my host continued, His Eminence the Bishop would surely be willing to cover them generously if Madame proposed this holy endeavor, and he added that Madame la Baronne, being so charitable herself, would undoubtedly contribute as well.
I found all these charitable efforts rather harsh; my heart ached, but I said nothing. Madame de Warens, failing to embrace the project with the same enthusiasm as it was offered, merely replied that everyone should contribute to good according to their means, and that she would discuss it with Monseigneur. But my dear husband, fearing she might act on her own will—and having his own interests at stake in this matter—hurried off to inform the priests. He managed so well that when Madame de Warens, concerned for my safety during the journey, tried to bring up the subject with the Bishop, she found that everything had already been arranged. The Bishop immediately handed her the money intended for my travel expenses. She did not dare insist on keeping me; I was approaching an age at which a woman of her position could hardly justify wanting to keep a young man by her side.
I suoi errori derivavano da un’incessante attività che cercava sempre nuove occupazioni. Non le bastavano le intrighi femminili: aveva bisogno di imprese da realizzare e da dirigere. Era nata per gli affari importanti. Al suo posto, la signora de Longueville sarebbe stata solo una donna pettegola; al suo posto, avrebbe potuto governare lo Stato. I suoi talenti erano stati messi inutilmente alla prova; ciò che avrebbe potuto renderla famosa in un contesto più elevato, divenne invece la sua rovina nella situazione in cui visse. Nei compiti che le rientravano nelle possibilità, continuava sempre a progettare su larga scala e ad immaginare obiettivi ambiziosi. Questo la portava ad utilizzare metodi che non corrispondevano né alle sue forze né alle sue aspirazioni; di conseguenza falliva a causa degli altri, e quando i suoi piani andavano storti, finiva per rovinarsi, mentre altre persone probabilmente non avrebbero perso nulla. Questo interesse per gli affari, che le causò tanti problemi, le fu almeno di grande aiuto nel suo ritiro monastico, impedendole di stabilirsi lì per il resto della vita, come lei stessa era tentata di fare. La vita uniforme e semplice delle religiose, i loro brevi colloqui, tutto ciò non poteva soddisfare uno spirito sempre in movimento, che ogni giorno ideava nuovi progetti e aveva bisogno di libertà per realizzarli. Il buon vescovo di Bernex, sebbene meno intelligente di Francesco di Sales, le assomigliava in molti aspetti; e la signora de Warens, che lui chiamava sua figlia e che in altri modi ricordava la signora de Chantal, avrebbe potuto seguirne l’esempio nel suo ritiro, se non fosse stato per il suo interesse per gli affari che la allontanò dalla vita oziosa di un convento. Non si può certo dire che mancasse di zelo. Anzi, questa gentile donna non si dedicò alle pratiche devote che sembravano adatte a una nuova convertita sotto la guida di un prelato. Qualunque fosse stata la motivazione del suo cambiamento di religione, fu sincera nella fede che aveva abbracciato. Poté pentirsi di aver commesso quell’errore, ma non desiderò mai tornare indietro. Non è solo morta come buona cattolica: ha vissuto tutta la sua vita con tale sincerità. E oso affermare, avendo letto nel profondo del suo animo, che evitava di mostrarsi devota in pubblico soltanto per disprezzo verso le formalità religiose: la sua devozione era troppo profonda per essere simulata. Ma non è il momento adatto per approfondire questi argomenti. Avrò altre occasioni per farlo.
Coloro che negano l’esistenza di una simpatia spontanea tra le anime, spieghino pure, se possono, come sia stato possibile che fin dal primo incontro, dalla prima parola, dal primo sguardo, la signora de Warens suscitasse in me non solo un affetto profondo, ma anche una fiducia assoluta e mai tradita. Supponiamo che ciò che provavo per lei fosse davvero amore, il che sembrerà almeno dubbioso a chi conoscerà la storia delle nostre relazioni; come mai questa passione fu accompagnata, fin dal suo nascere, da quei sentimenti che di solito essa meno suscita: pace interiore, calma, serenità, sicurezza, fiducia in se stessi? Come mai, avvicinandomi per la prima volta a una donna affabile, gentile, incantevole, a una signora di rango superiore al mio, di cui non avevo mai incontrato l’eguale, e dalla quale il mio destino dipendeva in qualche modo, come mai mi sentii subito così libero, così a mio agio, come se fossi stato assolutamente certo di piacerle? Come mai non provai nemmeno un momento di imbarazzo, timidezza o disagio? Naturalmente vergognoso e inesperto nel mondo, come feci ad assumere con lei, fin dal primo giorno, quel modo disinvolto, quel linguaggio affettuoso, quel tono familiare che avrei acquisito soltanto dieci anni dopo, quando la nostra intimità fosse diventata naturale? Si può davvero amare senza desideri, ne avevo; ma senza inquietudini, senza gelosia? Non si vuole forse almeno conoscere meglio l’oggetto del proprio amore, se si è amati a propria volta? Questa domanda non mi è mai venuta in mente nemmeno una volta nella mia vita, così come non mi sono mai chiesto se mi amassi io stesso. Eppure questa domanda per lei era sempre stata particolarmente importante. C’era sicuramente qualcosa di strano nei miei sentimenti verso questa incantevole donna, e nel corso del tempo ne emergeranno altre stranezze, alle quali nessuno si aspetterebbe mai.
Si discuteva di ciò che sarei diventato, e per poter parlare più a lungo dell’argomento, mi trattenne a cena. Fu il primo pasto della mia vita in cui non provai appetito; anche la sua cameriera, che ci serviva, disse che ero il primo viaggiatore della mia età e della mia condizione sociale che avesse mai visto perdere l’appetito durante un pasto. Questa osservazione, che non influenzò negativamente la padrona di casa, ebbe invece un effetto disastroso su un grosso contadino che cenava con noi e che da solo consumò una quantità di cibo sufficiente per sei persone. Per quanto mi riguardava, ero in uno stato di estrema felicità che non mi permetteva nemmeno di mangiare; il mio cuore era completamente assorbito da un sentimento del tutto nuovo che occupava tutta la mia essenza, lasciandomi senza energie per qualsiasi altra attività.
La signora de Warens volle conoscere i dettagli della mia piccola storia; ritrovai tutto il fervore che avevo perso presso il mio maestro per raccontargliela. Più riuscivo a interessare questa eccellente donna a mio favore, più lei si lamentava del destino al quale mi sarei esposto. La sua tenera compassione si manifestava nel suo modo di parlare, nel suo sguardo, nei suoi gesti. Non osava incoraggiarmi a tornare a Ginevra: nella sua posizione, ciò sarebbe stato un crimine contro la fede cattolica, e lei sapeva bene quanto fosse sotto sorveglianza e quanto i suoi discorsi venissero attentamente valutati. Tuttavia, parlava di mio padre con tale commozione che era evidente che avrebbe approvato se fossi andato a consolarlo. Non immaginava certo quanto, senza volerlo, stesse agendo contro i propri interessi. Oltre al fatto che la mia decisione fosse già presa – come credo di aver detto –, più lei si dimostrava persuasiva e affettuosa, più i suoi discorsi mi toccavano il cuore e meno riuscivo a decidermi a lasciarla. Sentivo che tornare a Ginevra avrebbe creato tra noi una barriera quasi insormontabile, a meno di riprendere la strada che avevo già intrapreso. E preferivo decisamente mantenermi su quella strada. La signora de Warens, vedendo che i suoi sforzi erano inutili, non insistette oltre; ma mi disse con uno sguardo pieno di compassione: “Povero piccolo, devi andare dove Dio ti chiama. Ma quando sarai grande, ti ricorderai di me.” Credo che nemmeno lei si aspettasse che questa previsione si avverasse in modo così tragico.
La difficoltà rimaneva intatta: come sopravvivere così giovane lontano dal mio paese? Appena a metà del mio apprendistato, ero ancora molto lontano dall’imparare veramente il mestiere. Anche se lo avessi conosciuto, non avrei potuto guadagnarmi da vivere in Savoia, una regione troppo povera per avere sviluppo artistico. Il contadino che ci serviva a cena, costretto a fare una pausa per riposare la mascella, espresse un parere che, a giudicare dalle conseguenze, proveniva piuttosto dal lato opposto: mi consigliò di andare a Torino, dove, in un ospizio istituito per l’insegnamento dei catechumeni, avrei potuto trovare sia il sostentamento materiale che quello spirituale, fino a quando, entrando nel grembo della Chiesa, non avessi trovato, grazie alla carità delle persone buone, un posto adatto a me. Per quanto riguarda le spese del viaggio, continuò il contadino, Sua Grandezza Monsignor l’Vescovo, se Madame gli proponesse questa nobile iniziativa, non mancherebbe certamente di voler contribuire generosamente; e Madame la Baronessa, che è così caritatevole, disse inchinandosi sul suo piatto.
Tutte queste opere di carità mi sembravano davvero troppo severe: avevo il cuore stretto, ma non dicevo nulla. La signora de Warens, senza accogliere con lo stesso entusiasmo questo progetto, si limitò a rispondere che ognuno doveva contribuire al bene secondo le proprie possibilità, e che ne avrebbe parlato al Monsignore. Ma il mio maledetto marito, temendo che lei potesse agire a suo piacimento in questa faccenda – e avendo dei propri interessi personali in gioco – corse subito ad avvisare gli ecclesiastici, convincendoli con argomentazioni efficaci. Quando la signora de Warens, preoccupata per me a causa di questo viaggio, cercò di parlarne con l’Vescovo, scoprì che tutto era già stato sistemato; l’uomo le consegnò immediatamente i soldi destinati al mio piccolo viatico. Non osò insistere affinché io rimanessi. Ormai stavo raggiungendo un’età in cui una donna della sua posizione non avrebbe potuto, in modo decoroso, voler trattenere un giovane accanto a sé.
Mon voyage étant ainsi réglé par ceux qui prenaient soin de moi, il fallut bien me soumettre et c’est même ce que je fis sans beaucoup de répugnance. Quoique Turin fût plus loin que Genève, je jugeai qu’étant la capitale, elle avait avec Annecy des relations plus étroites qu’une ville étrangère d’état et de religion ; et puis, partant pour obéir à Mme de Warens, je me regardais comme vivant toujours sous sa direction ; c’était plus que de vivre à son voisinage. Enfin l’idée d’un grand voyage flattait ma manie ambulante, qui déjà commençait à se déclarer. Il me paraissait beau de passer les monts à mon âge, et de m’élever au-dessus de mes camarades de toute la hauteur des Alpes. Voir du pays est un appât auquel un Genevois ne résiste guère. Je donnai donc mon consentement. Mon manant devait partir dans deux jours avec sa femme. Je leur fus confié et recommandé. Ma bourse leur fut remise, renforcée par Mme de Warens qui de plus me donna secrètement un petit pécule, auquel elle joignit d’amples instructions, et nous partîmes le Mercredi Saint.
Le lendemain de mon départ d’Annecy, mon père y arriva courant à ma piste avec un M. Rival, son ami, horloger comme lui, homme d’esprit, bel esprit même, qui faisait des vers mieux que La Motte, et parlait presque aussi bien que lui ; de plus, parfaitement honnête homme, mais dont la littérature déplacée n’aboutit qu’à faire un de ses fils comédien.
Ces messieurs virent Mme de Warens et se contentèrent de pleurer mon sort avec elle, au lieu de me suivre et de m’atteindre, comme ils l’auraient pu facilement, étant à cheval et moi à pied. La même chose était arrivée à mon oncle Bernard. Il était venu à Confignon, et de là, sachant que j’étais à Annecy, il s’en retourna à Genève. Il semblait que mes proches conspirassent avec mon étoile pour me livrer au destin qui m’attendait. Mon frère s’était perdu par une semblable négligence, et si bien perdu qu’on n’a jamais su ce qu’il était devenu.
Mon père n’était pas seulement un homme d’honneur, c’était un homme d’une probité sûre, et il avait une de ces âmes fortes qui font les grandes vertus ; de plus, il était bon père, surtout pour moi. Il m’aimait très tendrement ; mais il aimait aussi ses plaisirs, et d’autres goûts avaient un peu attiédi l’affection paternelle depuis que je vivais loin de lui. Il s’était remarié à Nyon, et quoique sa femme ne fût plus en âge de me donner des frères, elle avait des parents ; cela faisait une autre famille, d’autres objets, un nouveau ménage, qui ne rappelait plus si souvent mon souvenir. Mon père vieillissait et n’avait aucun bien pour soutenir sa vieillesse. Nous avions, mon frère et moi, quelque bien de ma mère, dont le revenu devait appartenir à mon père durant notre éloignement. Cette idée ne s’offrait pas à lui directement, et ne l’empêchait pas de faire son devoir ; mais elle agissait sourdement sans qu’il s’en aperçût lui-même, et ralentissait quelquefois son zèle qu’il eût poussé plus loin sans cela. Voilà, je crois, pourquoi, venu d’abord à Annecy sur mes traces, il ne me suivit pas jusqu’à Chambéry, où il était moralement sûr de m’atteindre.
Voilà pourquoi encore l’étant allé voir souvent depuis ma fuite, je reçus toujours de lui des caresses de père, mais sans grands efforts pour me retenir.
Cette conduite d’un père dont j’ai si bien connu la tendresse et la vertu m’a fait faire des réflexions sur moi-même qui n’ont pas peu contribué à me maintenir le cœur sain. J’en ai tiré cette grande maxime de morale, la seule peut-être d’usage dans la pratique, d’éviter les situations qui mettent nos devoirs en opposition avec nos intérêts, et qui nous montrent notre bien dans le mal d’autrui : sûr que, dans de telles situations, quelque sincère amour de la vertu qu’on y porte, on faiblit tôt ou tard sans s’en apercevoir, et l’on devient injuste et méchant dans le fait, sans avoir cessé d’être juste et bon dans l’âme.
Cette maxime fortement imprimée au fond de mon cœur, et mise en pratique, quoiqu’un peu tard, dans toute ma conduite, est une de celles qui m’ont donné l’air le plus bizarre et le plus fou dans le public, et surtout parmi mes connaissances. On m’a imputé de vouloir être original et faire autrement que les autres. En vérité, je ne songeais guère à faire ni comme les autres ni autrement qu’eux. Je désirais sincèrement de faire ce qui était bien. Je me dérobais de toute ma force à des situations qui me donnassent un intérêt contraire à l’intérêt d’un autre homme, et par conséquent un désir secret, quoique involontaire, du mal de cet homme-là.
Il y a deux ans que Milord Maréchal me voulut mettre dans son testament. Je m’y opposai de toute ma force. Je lui marquai que je ne voudrais pour rien au monde me savoir dans le testament de qui que ce fût, et beaucoup moins dans le sien. Il se rendit : maintenant il veut me faire une pension viagère, et je ne m’y oppose pas. On dira que je trouve mon compte à ce changement, cela peut être. Mais, ô mon bienfaiteur et mon père, si j’ai le malheur de vous survivre, je sais qu’en vous perdant j’ai tout à perdre, et que je n’ai rien à gagner.
C’est là, selon moi, la bonne philosophie, la seule vraiment assortie au cœur humain. Je me pénètre chaque jour davantage de sa profonde solidité, et je l’ai retournée de différentes manières dans tous mes derniers écrits ; mais le public, qui est frivole, ne l’y a pas su remarquer. Si je survis assez à cette entreprise consommée pour en reprendre une autre, je me propose de donner dans la suite de l’Émile un exemple si charmant et si frappant de cette même maxime, que mon lecteur soit forcé d’y faire attention. Mais c’est assez de réflexions pour un voyageur ; il est temps de reprendre ma route.
Je la fis plus agréablement que je n’aurais dû m’y attendre, et mon manant ne fut pas si bourru qu’il en avait l’air. C’était un homme entre deux âges, portant en queue ses cheveux noirs grisonnants, l’air grenadier, la voix forte, assez gai, marchant bien, mangeant mieux, et qui faisait toute sorte de métiers, faute d’en savoir aucun. Il avait proposé, je crois, d’établir à Annecy je ne sais quelle manufacture. Mme de Warens n’avait pas manqué de donner dans le projet, et c’était pour tâcher de le faire agréer au ministre qu’il faisait, bien défrayé, le voyage de Turin. Notre homme avait le talent d’intriguer en se fourrant toujours avec les prêtres, et faisant l’empressé pour les servir ; il avait pris à leur école un certain jargon dévot dont il usait sans cesse, se piquant d’être un grand prédicateur. Il savait même un passage latin de la Bible, et c’était comme s’il en avait su mille, parce qu’il le répétait mille fois le jour : du reste, manquant rarement d’argent quand il en savait dans la bourse des autres ; plus adroit pourtant que fripon, et qui, débitant d’un ton de racoleur ses capucinades, ressemblait à l’ermite Pierre prêchant la croisade le sabre au côté.
Pour Mme Sabran, son épouse, c’était une assez bonne femme, plus tranquille le jour que la nuit. Comme je couchais toujours dans leur chambre, ses bruyantes insomnies m’éveillaient souvent et m’auraient éveillé bien davantage si j’en avais compris le sujet. Mais je ne m’en doutais pas même, et j’étais sur ce chapitre d’une bêtise qui a laissé à la seule nature tout le soin de mon instruction.
Since my journey was arranged by those who took care of me, I had no choice but to submit to their decisions—and indeed, I did so without much reluctance. Although Turin was farther away than Geneva, I reasoned that as the capital, it must have closer ties with Annecy than a foreign city with different political and religious affiliations. Moreover, since I was setting out to obey Madame de Warens’ wishes, I felt as if I were still under her guidance—even if it meant living in her vicinity. Lastly, the idea of a long journey pleased my fondness for travel, which was already beginning to manifest itself. At my age, it seemed wonderful to cross the mountains and surpass all my companions by the sheer height of the Alps. The prospect of seeing new places is an allure that a Genevan hardly resists. So I gave my consent. My landlord was set to leave in two days with his wife; they were entrusted to my care and recommended to me. My purse was handed over to them, and Madame de Warens added a small sum of money to it, along with detailed instructions. We set off on Saint Wednesday.
The day after I left Annecy, my father arrived there in a hurry, following my trail, accompanied by a Mr. Rival, his friend—a clockmaker like him, a man of wit, indeed a very witty man who composed verses even better than La Motte’s and could speak almost as well; moreover, he was a perfectly honest man—but his somewhat inappropriate literary tastes ultimately led to one of his sons becoming an actor.
These gentlemen saw Madame de Warens and merely wept over my fate with her, instead of following me and catching up with me—something they could have done easily, since they were on horseback while I was walking. The same thing happened to my uncle Bernard. He came to Confignon, and upon learning that I was in Annecy, he returned to Geneva. It seemed as if my relatives were conspiring with my fate to deliver me up to the destiny awaiting me. My brother had also lost his way due to similar negligence, and so completely that it was never known what happened to him.
My father was not only a man of honor; he was also a man of unwavering integrity, and he possessed one of those strong souls that give rise to great virtues. Moreover, he was a good father, especially to me. He loved me very tenderly; but he also cherished his own pleasures, and other interests had somewhat diminished the intensity of his paternal affection since I lived far away from him. He had remarryed in Nyon, and although his new wife was no longer of an age to have children with me, she still had relatives. This meant a new family, new concerns, and a new household that no longer frequently reminded him of me. My father was getting older, and he had no assets to support himself in his old age. My brother and I possessed some property left by our mother, the income from which was supposed to belong to my father during our separation. This fact did not occur to him directly, nor did it prevent him from fulfilling his duties; but it influenced him subtly, without his even realizing it, and sometimes it slowed down his enthusiasm, which otherwise might have been even greater. I believe this is the reason why, after initially coming to Annecy in my footsteps, he did not follow me all the way to Chambéry, where he was certain that he would eventually reach me.
This is why, even after I had left and gone to see him frequently since my escape, he always gave me the affection of a father, but without making any particular effort to hold onto me.
This behavior on the part of a father whose kindness and virtue I had so well known led me to reflect deeply on myself, and these reflections greatly helped me to maintain a healthy heart. From this, I derived a fundamental moral principle—perhaps the only one truly practical in everyday life: to avoid situations that place our duties in conflict with our interests, or that make our own good apparent through the suffering of others. For surely, in such circumstances, no matter how sincere our love for virtue may be, we will inevitably weaken sooner or later without even realizing it, and we will end up acting unjustly and wickedly, even though deep down we remain just and kind-hearted.
This maxim, deeply ingrained in my heart and put into practice—though somewhat late—in all my actions, was one of the reasons that made me appear so bizarre and eccentric in public, especially among my acquaintances. People assumed I wanted to be original and do things differently from others. In truth, I had no intention of doing anything different from what everyone else did; I simply desired to do what was right. With all my strength, I avoided situations that would have led me to act in a way that went against the interests of another person—and, consequently, would have caused me to secretly, though unintentionally, wish that person harm.
Two years ago, Lord Marshal tried to include me in his will. I resisted with all my might. I made it clear that I would never want to be included in anyone’s will, let alone his. He eventually gave in; now he wants to provide me with a lifetime pension, and I have no objection to that. Some might say that I see some advantage in this change—perhaps so. But, oh my benefactor and father, if I should have the misfortune to outlive you, I know that losing you would mean losing everything for me; I would gain nothing at all.
In my opinion, this is the true philosophy—the only one that truly corresponds to the human heart. Every day, I come to understand its profound solidity more deeply, and I have explored it in various ways in all my recent writings; yet the public, being frivolous, has failed to notice it. If I survive long enough to undertake another such endeavor, I intend to provide in the continuation of Émile an example so charming and so striking of this same principle that my reader will be forced to pay attention to it. But enough reflection for a traveler; it is time to resume my journey.
I made things more pleasant than I had expected, and my landlord turned out to be far less gruff than he seemed. He was a man of middle age, with his black hair streaked with gray, bearing the air of a soldier; he had a loud voice, was quite cheerful, walked well, ate well, and dabbled in various occupations, though he didn’t really specialize in any one. I believe he had proposed setting up some kind of factory in Annecy. Madame de Warens had certainly shown interest in the idea, and it was in order to try to get the minister’s approval that he had made this costly journey from Turin. Our man had a knack for scheming—always hanging around with priests and going out of his way to serve them; he had picked up some pious jargon from them and used it constantly, boasting about being a great preacher. He even knew a Latin passage from the Bible, but it was as if he knew thousands, because he repeated it countless times every day. Moreover, he hardly ever ran short of money—especially since he was always able to steal some from others’ pockets. Yet he wasn’t really a thief; instead, with his beggarly tone and his religious claptrap, he resembled the hermit Pierre preaching a crusade, with a sword at his side.
For his wife, Madame Sabran, she was quite a good woman—calmer during the day than at night. Since I always slept in their bedroom, her noisy insomnia often woke me up; it would have awakened me even more if I had understood the cause of it. But I had no idea whatsoever, and in that regard, I was so ignorant that nature itself was left to take care of “educating” me.
Poiché il mio viaggio era stato organizzato da coloro che si prendevano cura di me, non mi restò altra scelta se non sottomettermi, e lo feci senza molta riluttanza. Anche se Torino si trovava più lontano di Ginevra, ritenevo che, essendo la capitale, avesse rapporti più stretti con Annecy rispetto a una città straniera, diversa da noi per stato e religione; inoltre, partendo per obbedire a Madame de Warens, mi consideravo come se vivessi sempre sotto la sua guida. Il pensiero di un lungo viaggio soddisfaceva anche la mia natura ambulante, che già cominciava a manifestarsi. Mi sembrava bello superare le montagne alla mia età e distaccarmi dai miei compagni per l’intera altezza delle Alpi. Vedere nuovi luoghi è un richiamo al quale un ginevrino difficilmente resiste. Così acconsentii. Il mio padrone di casa avrebbe partito nel giro di due giorni con sua moglie; mi affidarono a loro e mi raccomandarono caldamente. Mi consegnarono anche il mio denaro, integrato da una somma aggiuntiva fornita segretamente da Madame de Warens, che inoltre mi diede precise istruzioni. E così partimmo di mercoledì Santo.
Il giorno dopo la mia partenza da Annecy, mio padre arrivò lì per cercarmi insieme a un certo signor Rival, suo amico e orologiaio come lui; un uomo di spirito, anzi, un vero intellettuale: scriveva versi migliori di La Motte e parlava quasi altrettanto bene di lui. Inoltre, era una persona assolutamente onesta, ma la sua passione per la letteratura finì per far sì che uno dei suoi figli diventasse attore.
Questi signori videro la signora de Warens e si limitarono a piangere insieme a lei il mio destino, invece di seguirmi e raggiungermi, cosa che avrebbero potuto fare facilmente essendo loro a cavallo e io a piedi. La stessa cosa era accaduta anche a mio zio Bernard: era venuto a Confignon e, sapendo che mi trovavo ad Annecy, se ne era tornato a Ginevra. Sembra che i miei parenti complottassero insieme al mio “destino” per consegnarmi a quello che mi aspettava. Mio fratello si era perso a causa di una simile negligenza, e così completamente che nessuno ha mai saputo cosa ne sia stato.
Mio padre non era soltanto un uomo d’onore, ma anche una persona di assoluta integrità; possedeva quella sorta di forza d’animo che porta alle grandi virtù. Inoltre, era un buon padre, soprattutto per me: mi amava molto teneramente. Tuttavia, amava anche i propri piaceri, e altri interessi avevano un po’ attenuato il suo affetto paterno da quando vivevo lontano da lui. Si era risposato a Nyon; sebbene sua moglie non fosse più in età di darmi dei fratelli, aveva parenti. Questo significava un’altra famiglia, altri interessi, una nuova vita domestica che ormai non ricordava più spesso me. Mio padre invecchiava e non possedeva alcun bene per sostenersi negli anni difficili. Io e mio fratello avevamo qualche proprietà lasciata da mia madre; il reddito derivante da essa avrebbe dovuto appartenergli durante la nostra lontananza. Questa idea, però, non gli veniva in mente direttamente, né lo impediva di adempiere ai propri doveri. Agiva, per così dire, in modo silenzioso e inconsapevole, rallentando talvolta il suo impegno che, altrimenti, avrebbe potuto essere ancora maggiore. Credo sia proprio per questo motivo che, dopo essere arrivato ad Annecy seguendo le mie tracce, non mi ha seguito fino a Chambéry. Lì, sapeva con certezza di raggiungermi.
Ecco perché, anche dopo la mia fuga, andavo spesso a trovarlo: ricevevo sempre da lui carezze da padre, ma senza che facesse grandi sforzi per trattenersi.
Questo comportamento di un padre il cui affetto e la cui virtù conoscevo bene mi hanno spinto a riflettere su me stesso, riflessioni che hanno certamente contribuito a mantenere il mio cuore sano. Ne ho tratto questa importante massima morale: evitare quelle situazioni in cui i nostri doveri entrano in conflitto con i nostri interessi, e che ci fanno vedere il nostro bene nel male altrui. Sono certo che, in tali circostanze, per quanto sincero possa essere il nostro amore per la virtù, prima o poi cediamo senza nemmeno accorgercene, e diventiamo ingiusti e malvagi nella pratica, pur rimanendo giusti e buoni nell’anima.
Questo principio, profondamente radicato nel mio cuore e messo in pratica, sebbene un po’ tardi, nella mia intera condotta, è uno di quelli che hanno fatto sì che io apparissi al pubblico, e soprattutto tra le mie conoscenze, come la persona più strana e più folle. Mi è stato attribuito il desiderio di essere originale e di comportarmi in modo diverso dagli altri. In realtà, non pensavo affatto a comportarmi né come gli altri né in modo diverso da loro; desideravo sinceramente fare ciò che era giusto. Mi sforzavo con tutte le mie forze di evitare situazioni che potessero portarmi ad interessarmi a cose contrarie agli interessi di un altro essere umano, e quindi a desiderare, sebbene involontariamente, il suo male.
Due anni fa, Milord Maréchal volle includermi nel suo testamento; mi opposi con tutte le mie forze. Gli dissi chiaramente che non avrei mai voluto figurare nel testamento di nessuno, tanto meno nel suo. Lui cedette; ora vuole offrirmi una pensione viaggiante, e io non mi oppongo più. Si potrebbe dire che io trae vantaggio da questo cambiamento, ma, oh mio benefattore e mio padre, se dovesse accadere che io sopravviviate a voi, so che perdendovi perderei tutto e non guadagnerei nulla.
Ecco, a mio parere, la vera filosofia, l’unica davvero adatta al cuore umano. Ogni giorno mi immergo sempre di più nella sua profonda solidità, e l’ho ripresa in diversi modi in tutti i miei ultimi scritti; ma il pubblico, che è frivolo, non se n’è accorto. Se sopravviverò abbastanza a questo impegno per intraprenderne un altro, mi propongo di fornire nel seguito di “Émile” un esempio così incantevole e evidente di questa stessa massima, che il mio lettore sia costretto ad prestarvi attenzione. Ma basta con queste riflessioni per un viaggiatore; è ora di riprendere la mia strada.
La rendetti più piacevole di quanto mi aspettassi, e il mio ospite non fu affatto così burbero come sembrava. Era un uomo di mezza età, con i capelli neri ingrigiti che gli arrivavano fino alla schiena; aveva l’aspetto di un soldato, una voce forte, era abbastanza allegro, camminava bene e mangiava bene; in realtà svolgeva ogni sorta di lavoro, pur non sapendo nessuno specifico mestiere. Credo che avesse proposto di stabilire ad Annecy qualche tipo di fabbrica. La signora de Warens aveva appoggiato questo progetto, e proprio per cercare di farlo approvare dal ministro egli aveva intrapreso il viaggio a Torino a sue spese. Quell’uomo aveva il talento di ingraziarsi le persone, mescolandosi sempre con i preti e mostrando un grande zelo nel servirli; aveva imparato da loro un certo gergo devoto che utilizzava costantemente, vantandosi di essere un grande predicatore. Conosceva persino un passaggio latino della Bibbia. E sembrava saperne migliaia, visto che lo ripeteva continuamente tutto il giorno; inoltre, raramente gli mancava denaro, soprattutto quando ne trovava negli altri. Tuttavia era più abile che disonesto: mentre pronunciava le sue parole con tono insinuante, assomigliava a quel povero eremita Pietro che predicava la crociata con la spada al fianco.
Per la signora Sabran, sua moglie, era una donna abbastanza perbene, più tranquilla di giorno che di notte. Poiché dormivo sempre nella loro stanza, i suoi rumorosi sonni insonni mi svegliavano spesso; e si sarebbero svegliati ancora di più se avessi capito il motivo di quei rumori. Ma non me ne rendevo nemmeno conto, ed ero così ignorante su questo argomento che lasciavo interamente alla natura il compito di “istruirmi”.
Je m’acheminais gaiement avec mon dévot guide et sa sémillante compagne. Nul accident ne troubla mon voyage ; j’étais dans la plus heureuse situation de corps et d’esprit où j’aie été de mes jours. Jeune, vigoureux, plein de santé, de sécurité, de confiance en moi et aux autres, j’étais dans ce court, mais précieux moment de la vie, où sa plénitude expansive étend pour ainsi dire notre être par toutes nos sensations, et embellit à nos yeux la nature entière du charme de notre existence. Ma douce inquiétude avait un objet qui la rendait moins errante et fixait mon imagination. Je me regardais comme l’ouvrage, l’élève, l’ami, presque l’amant de Mme de Warens. Les choses obligeantes qu’elle m’avait dites, les petites caresses qu’elle m’avait faites, l’intérêt si tendre qu’elle avait paru prendre à moi, ses regards charmants, qui me semblaient pleins d’amour parce qu’ils m’en inspiraient ; tout cela nourrissait mes idées durant la marche, et me faisait rêver délicieusement. Nulle crainte, nul doute sur mon sort ne troublait ces rêveries. M’envoyer à Turin, c’était, selon moi, s’engager à m’y faire vivre, à m’y placer convenablement. Je n’avais plus de souci sur moi-même ; d’autres s’étaient chargés de ce soin. Ainsi je marchais légèrement, allégé de ce poids ; les jeunes désirs, l’espoir enchanteur, les brillants projets remplissaient mon âme. Tous les objets que je voyais me semblaient les garants de ma prochaine félicité. Dans les maisons j’imaginais des festins rustiques ; dans les prés, de folâtres jeux ; le long des eaux, les bains, des promenades, la pêche ; sur les arbres, des fruits délicieux ; sous leur ombre, de voluptueux tête-à-tête ; sur les montagnes, des cuves de lait et de crème, une oisiveté charmante, la paix, la simplicité, le plaisir d’aller sans savoir où. Enfin rien ne frappait mes yeux sans porter à mon cœur quelque attrait de jouissance. La grandeur, la variété, la beauté réelle du spectacle, rendaient cet attrait digne de la raison ; la vanité même y mêlait sa pointe. Si jeune, aller en Italie, avoir déjà vu tant de pays, suivre Annibal à travers les monts, me paraissait une gloire au-dessus de mon âge. Joignez à tout cela des stations fréquentes et bonnes, un grand appétit et de quoi le contenter ; car en vérité ce n’était pas la peine de m’en faire faute, et sur le dîner de M. Sabran, le mien ne paraissait pas.
Je ne me souviens pas d’avoir eu, dans tout le cours de ma vie, d’intervalle plus parfaitement exempt de soucis et de peine que celui des sept ou huit jours que nous mîmes à ce voyage ; car le pas de Mme Sabran, sur lequel il fallait régler le nôtre, n’en fit qu’une longue promenade. Ce souvenir m’a laissé le goût le plus vif pour tout ce qui s’y rapporte, surtout pour les montagnes et pour les voyages pédestres. Je n’ai voyagé à pied que dans mes beaux jours, et toujours avec délices. Bientôt les devoirs, les affaires, un bagage à porter, m’ont forcé de faire le monsieur et de prendre des voitures ; les soucis rongeants, les embarras, la gêne, y sont montés avec moi, et dès lors, au lieu qu’auparavant dans mes voyages je ne sentais que le plaisir d’aller, je n’ai plus senti que le besoin d’arriver. J’ai cherché longtemps, à Paris, deux camarades du même goût que moi qui voulussent consacrer chacun cinquante louis de sa bourse et un an de son temps à faire ensemble, à pied, le tour de l’Italie, sans autre équipage qu’un garçon qui portât avec nous un sac de nuit. Beaucoup de gens se sont présentés, enchantés de ce projet en apparence, mais au fond le prenant tous pour un pur château en Espagne dont on cause en conversation sans vouloir l’exécuter en effet. Je me souviens que, parlant avec passion de ce projet avec Diderot et Grimm, je leur en donnai enfin la fantaisie. Je crus une fois l’affaire faite ; mais le tout se réduisit à vouloir faire un voyage par écrit, dans lequel Grimm ne trouvait rien de si plaisant que de faire faire à Diderot beaucoup d’impiétés, et de me faire fourrer à l’Inquisition à sa place.[20].
Mon regret d’arriver si vite à Turin fut tempéré par le plaisir de voir une grande ville, et par l’espoir d’y faire bientôt une figure digne de moi, car déjà les fumées de l’ambition me montaient à la tête ; déjà je me regardais comme infiniment au-dessus de mon ancien état d’apprenti ; j’étais bien loin de prévoir que dans peu j’allais être fort au-dessous.
Avant que d’aller plus loin, je dois au lecteur mon excuse ou ma justification, tant sur les menus détails où je viens d’entrer que sur ceux où j’entrerai dans la suite, et qui n’ont rien d’intéressant à ses yeux. Dans l’entreprise que j’ai faite de me montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou cache ; il faut que je me tienne incessamment sous ses yeux ; qu’il me suive dans tous les égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie ; qu’il ne me perde pas de vue un seul instant, de peur que, trouvant dans mon récit la moindre lacune, le moindre vide, et se demandant : Qu’a-t-il fait durant ce temps-là ? il ne m’accuse de n’avoir pas voulu tout dire. Je donne assez de prise à la malignité des hommes par mes récits, sans lui en donner encore par mon silence.
Mon petit pécule était parti : j’avais jasé, et mon indiscrétion ne fut pas pour mes conducteurs à pure perte. Mme Sabran trouva le moyen de m’arracher jusqu’à un petit ruban glacé d’argent que Mme de Warens m’avait donné pour ma petite épée, et que je regrettai plus que tout le reste ; l’épée même eût resté dans leurs mains si je m’étais moins obstiné. Ils m’avaient fidèlement défrayé dans la route, mais ils ne m’avaient rien laissé. J’arrive à Turin sans habits, sans argent, sans linge, et laissant très exactement à mon seul mérite tout l’honneur de la fortune que j’allais faire.
J’avais des lettres, je les portai ; et tout de suite je fus mené à l’Hospice des catéchumènes, pour y être instruit dans la religion pour laquelle on me vendait ma subsistance. En entrant je vis une grosse porte à barreaux de fer, qui dès que je fus passé fut fermée à double tour sur mes talons. Ce début me parut plus imposant qu’agréable, et commençait à me donner à penser, quand on me fit entrer dans une grande pièce. J’y vis pour tout meuble un autel de bois surmonté d’un grand crucifix au fond de la chambre, et autour quatre ou cinq chaises aussi de bois, qui paraissaient avoir été cirées, mais qui seulement étaient luisantes à force de s’en servir et de les frotter. Dans cette salle d’assemblée étaient quatre ou cinq affreux bandits, mes camarades d’instruction, et qui semblaient plutôt des archers du diable que des aspirants à se faire enfants de Dieu. Deux de ces coquins étaient des Esclavons, qui se disaient Juifs et Maures, et qui, comme ils me l’avouèrent, passaient leur vie à courir l’Espagne et l’Italie, embrassant le christianisme et se faisant baptiser partout où le produit en valait la peine. On ouvrit une autre porte de fer qui partageait en deux un grand balcon régnant sur la cour. Par cette porte entrèrent nos sœurs les catéchumènes, qui comme moi s’allaient régénérer, non par le baptême, mais par une solennelle abjuration. C’étaient bien les plus grandes salopes et les plus vilaines coureuses qui jamais aient empuanti le bercail du Seigneur. Une seule me parut jolie et assez intéressante. Elle était à peu près de mon âge, peut-être un an ou deux de plus. Elle avait des yeux fripons qui rencontraient quelquefois les miens. Cela m’inspira quelque désir de faire connaissance avec elle ; mais, pendant près de deux mois qu’elle demeura encore dans cette maison, où elle était depuis trois, il me fut absolument impossible de l’accoster, tant elle était recommandée à notre vieille geôlière, et obsédée par le saint missionnaire, qui travaillait à sa conversion avec plus de zèle que de diligence. Il fallait qu’elle fût extrêmement stupide, quoiqu’elle n’en eût pas l’air, car jamais instruction ne fut plus longue. Le saint homme ne la trouvait toujours point en état d’abjurer. Mais elle s’ennuya de sa clôture, et dit qu’elle voulait sortir, chrétienne ou non. Il fallut la prendre au mot tandis qu’elle consentait encore à l’être, de peur qu’elle ne se mutinât et qu’elle ne le voulût plus.
I was joyfully making my way along with my devoted guide and his lovely companion. No accident disturbed my journey; I was in the happiest state of body and mind I had ever experienced. Young, strong, full of health, security, and confidence in myself and others, I was in that brief but precious moment of life when its expansive vitality seems to extend our being through all our senses and beautifies the entire world around us with the charm of our existence. My gentle anxieties now had a definite object, which gave them direction and fixed my imagination. I saw myself as the work, the disciple, the friend, and almost the lover of Madame de Warens. The kind words she had spoken to me, the small touches she had given me, the tender concern she seemed to have for me, her charming looks that seemed filled with love because they inspired such feelings in me—all these nourished my thoughts as we walked and filled me with delightful dreams. No fear, no doubt about my fate disturbed these dreams. Sending me to Turin, I believed, meant ensuring that I would live there comfortably and well. I no longer had to worry about myself; others had taken care of that. Thus, I walked lightly, free from such burdens; youthful desires, enchanting hopes, and brilliant plans filled my soul. Everything I saw seemed to be a guarantee of my future happiness. In the houses, I imagined rustic feasts; in the fields, lively games; by the waters, baths, walks, and fishing; on the trees, delicious fruits; in their shade, pleasant moments of intimacy; on the mountains, abundant milk and cream, a life of leisure, peace, simplicity, and the joy of wandering without knowing where I was going. Finally, nothing I saw failed to arouse some desire for enjoyment in my heart. The grandeur, variety, and true beauty of the surroundings made this allure worthy of reason; even vanity found its place in it. To be so young and yet to have already seen so many places, to follow Hannibal through the mountains—these seemed like glories beyond my age. Add to this frequent and pleasant stays, a good appetite, and everything needed to satisfy it; indeed, I had no reason to lack anything, and at Mr. Sabran’s dinner table, mine hardly seemed worth mentioning.
I do not remember having ever experienced a period in my life that was so completely free from worries and troubles as the seven or eight days we spent on that journey; for Madame Sabran’s pace, which we had to adjust our own to, turned what should have been a strenuous trek into a pleasant stroll. This memory has left me with a deep fondness for everything related to such journeys, especially for mountains and hiking trips. I only traveled on foot during my best years, and always with great delight. Soon, however, duties, business, and the need to carry luggage forced me to adopt more conventional means of travel; worries, troubles, and discomfort followed. Since then, instead of enjoying the simple pleasure of traveling, I was constantly anxious to arrive at my destination. For a long time in Paris, I tried to find two companions who shared my interests and were willing to spend fifty louis each and a year of their time on a journey across Italy on foot, with nothing but a boy to carry our overnight bags. Many people expressed interest in the idea, seemingly enthusiastic about it, but in reality they saw it as nothing more than a fanciful notion, like those idle conversations about “castles in Spain” that are never put into action. I remember discussing this plan passionately with Diderot and Grimm, and eventually managing to pique their curiosity enough to get them thinking about it. Once, I even thought the deal was settled; but in the end, it all came down to some vague plans written on paper—plans in which Grimm found nothing more amusing than making Diderot commit various acts of impiety, while I was supposed to take his place at the Inquisition.[20].
My regret at arriving in Turin so quickly was tempered by the pleasure of seeing a great city, and by the hope that I would soon make there a position worthy of me—for already the flames of ambition were rising in my heart; I already regarded myself as infinitely superior to my former status as an apprentice. Little did I know that soon I would be far below it.
Before going any further, I must offer my apology or justification to the reader, both regarding those minor details that I have already mentioned and those that I will mention in the future—details that may seem of no interest to him. In the endeavor I have undertaken to present myself entirely to the public, it is essential that nothing about me remain obscure or hidden from them; I must constantly be within their sight, allowing them to follow me through every wandering of my thoughts and into every corner of my life. They must not lose sight of me for a single moment, lest, upon discovering the slightest gap or void in my account, they might wonder: “What did he do during all that time?” And thus accuse me of having chosen not to reveal everything. My stories already provide sufficient fodder for people’s malice; I need not add to it through my silence as well.
My little savings were gone; I had been too chatty, and my indiscretion did not go unnoticed by my companions. Madame Sabran found a way to take away even a small silver ribbon that Madame de Warens had given me for my little sword—something I regretted more than anything else. In fact, the sword itself would have remained in their hands if I hadn’t been so stubborn. They had faithfully paid all my expenses on the journey, but they left me with nothing. I arrived in Turin without clothes, without money, without any personal belongings—and I was left to rely solely on my own merit to earn whatever fortune awaited me.
I had some letters; I took them with me, and immediately I was taken to the Hospice for catechumens, where I was to be instructed in the religion for which my livelihood was being sold to me. Upon entering, I saw a large door with iron bars; as soon as I passed through it, the door was locked behind me. This beginning seemed rather imposing than pleasant to me, and it began to make me think deeply when I was led into a large room. There, the only furniture consisted of a wooden altar at the back of the room, topped with a large cross, and around it, four or five wooden chairs that seemed to have been polished, but were merely shiny from constant use and rubbing. In this assembly hall were four or five terrible villains, my fellow instructors, who seemed more like servants of the devil than aspirants to become children of God. Two of these scoundrels were Slavs who pretended to be Jews and Moors; they confessed to me that they spent their lives traveling around Spain and Italy, embracing Christianity and getting baptized wherever it was profitable to do so. Another iron door opened, dividing a large balcony overlooking the courtyard. Through this door came our sisters, the catechumens, who, like me, were there to be “regenerated”—not through baptism, but through a solemn renunciation of their former ways. They were truly the worst prostitutes and vilest women who had ever polluted the Lord’s sanctuary. Only one of them seemed pretty and rather interesting to me; she was about my age, perhaps one or two years older. She had mischievous eyes that sometimes met mine. This aroused some desire in me to get to know her better; but during the nearly two months she remained in that house—where she had already been for three weeks—it was absolutely impossible for me to approach her, because she was highly favored by our old jailer and constantly under the influence of a zealous missionary who worked tirelessly to convert her. She must have been extremely foolish, although she didn’t appear to be; after all, her “instruction” lasted an incredibly long time. The holy man always found that she was not yet ready to renounce her former beliefs. But she grew tired of being confined there and declared that she wanted to leave—whether Christian or not. We had no choice but to take her at her word, while she was still willing to become a Christian, for fear that she might rebel and refuse later on.
Camminavo felicemente insieme al mio devoto guida e alla sua affascinante compagna. Nessun incidente disturbò il mio viaggio; mi trovavo nella situazione più felice, sia fisicamente che mentalmente, di tutta la mia vita. Giovane, vigoroso, pieno di salute, sicurezza e fiducia in me stesso e negli altri, ero in quel breve ma prezioso momento della vita in cui la sua pienezza espansiva sembra estendere il nostro essere attraverso tutte le nostre sensazioni e rende più bella ai nostri occhi l’intera natura, con tutto il suo fascino. La mia dolce inquietudine aveva un oggetto che la rendeva meno vaga e fissava la mia immaginazione: mi consideravo l’opera, lo studente, l’amico, quasi l’amante di Madame de Warens. Le parole gentili che mi aveva detto, le piccole carezze che mi aveva fatto, l’interesse così tenero che sembrava provare per me, i suoi sguardi incantevoli, che mi parevano pieni d’amore perché mi ispiravano amore. Tutto ciò alimentava le mie idee durante il cammino e mi faceva sognare deliziosamente. Nessuna paura, nessun dubbio sul mio destino turbava questi sogni. Mandarmi a Torino significava, secondo me, assicurarmi che vi avrei vissuto bene, che sarei stato sistemato in modo appropriato. Non avevo più preoccupazioni per me stesso: altri si erano occupati di questo. Così camminavo leggermente, sollevato da quel peso; giovani desideri, speranze incantevoli, progetti brillanti riempivano la mia anima. Tutti gli oggetti che vedevo sembravano garantirmi la felicità futura. Nelle case immaginavo banchetti rustici; nei prati, giochi divertenti; lungo le acque, bagni, passeggiate, pesca; sugli alberi, frutti deliziosi; all’ombra di loro, dolci momenti d’intimità; sulle montagne, mucchi di latte e panna, una vita tranquilla e piacevole. Insomma, nulla ciò che vedevo non suscitava in me il desiderio di godere di quelle cose. La grandezza, la varietà, la vera bellezza del paesaggio rendevano questo desiderio degno della ragione; persino l’vanità vi si mescolava. Essere così giovane e andare in Italia, aver già visto tanti posti, seguire Annibale attraverso le montagne. Mi sembrava una gloria superiore alla mia età. Aggiungete a tutto questo soggiorni frequenti e piacevoli, un grande appetito e ciò che poteva soddisfarlo. Perché in realtà non c’era motivo di sentirmi privo di nulla; al banchetto di Monsieur Sabran, il mio sembrava insignificante.
Non ricordo di aver mai vissuto, in tutta la mia vita, un periodo così perfettamente privo di preoccupazioni e dolori come quei sette o otto giorni trascorsi in quel viaggio; infatti, il passo della signora Sabran, su cui dovevamo regolare il nostro, trasformò tutto in una lunga passeggiata. Questo ricordo mi ha lasciato un profondo interesse per tutto ciò che riguarda i viaggi a piedi, soprattutto le montagne e le escursioni pedonali. Ho viaggiato a piedi soltanto nei miei giorni migliori, e sempre con grande piacere. Presto, però, doveri, affari e il bisogno di portare bagagli mi costrinsero ad utilizzare i mezzi di trasporto; preoccupazioni incessanti, difficoltà e disagi seguirono me. Da allora, invece di provare piacere nel viaggiare, sentii soltanto il bisogno di arrivare a destinazione. A Parigi cercai a lungo due compagni con cui condividere questo interesse, disposti a investire ciascuno cinquanta luigi e un anno del loro tempo per fare insieme, a piedi, il giro d’Italia, con l’unica attrezzatura necessaria: un ragazzo che portasse con noi i nostri bagagli. Molti si offrirono, entusiasti di questo progetto in apparenza, ma in realtà lo consideravano soltanto un’idea piacevole da discutere, senza alcuna intenzione di metterla in atto. Ricordo che, parlando con passione di questo progetto con Diderot e Grimm, riuscii finalmente a convincerli. Ma tutto si ridusse alla stesura di un piano di viaggio scritto; in quel piano, Grimm trovava divertente far compiere a Diderot molte “impietà”, mentre io dovevo subire il ruolo dell’Inquisizione al suo posto.[20].
Il mio rammarico per essere arrivato così presto a Torino fu mitigato dalla gioia di vedere una grande città, e dall’aspettativa di poterci presto affermarmi in modo degno di me; già allora l’ambizione iniziava a invadere la mia mente; mi consideravo decisamente al di sopra della mia precedente condizione di apprendista. Ma non avrei mai potuto immaginare che, in breve tempo, sarei finito molto al di sotto delle mie aspettative.
Prima di andare oltre, devo scusarmi o giustificarmi con il lettore, sia per i dettagli che ho appena menzionato sia per quelli che tratterò in seguito e che, a suo avviso, non presentano alcun interesse. Nell’impresa di mostrarmi completamente al pubblico, è necessario che nulla di me rimanga oscuro o nascosto; devo essere costantemente sotto i suoi occhi, deve potermi seguire in tutti gli anfratti del mio cuore, in tutti i recessi della mia vita; non deve perdermi di vista nemmeno per un istante, altrimenti, trovando nel mio racconto la minima lacuna o il minimo vuoto e chiedendosi: “Cosa ha fatto in quel lasso di tempo?”, potrebbe accusarmi di non aver voluto dire tutto. I miei racconti offrono già abbastanza pretesti alla malvagità umana; non ho bisogno di fornirne altri anche con il mio silenzio.
Il mio piccolo patrimonio era andato perduto: avevo parlato troppo, e la mia indiscrezione non è stata di alcun aiuto ai miei accompagnatori. La signora Sabran trovò il modo di portarmi via anche un piccolo nastro d’argento che la signora de Warens mi aveva dato per la mia spada; quella spada, più di tutto il resto, mi mancava terribilmente. Anche la spada sarebbe rimasta nelle loro mani se non fossi stato così testardo. Mi avevano accompagnato fedelmente lungo il cammino, ma non mi avevano lasciato nulla. Arrivo a Torino senza abiti, senza denaro, senza biancheria. L’onore di quella fortuna che avrei potuto guadagnare dipendeva esclusivamente dal mio merito.
Avevo delle lettere; le portai con me e subito fui condotto all’Ospizio dei Catechumeni, dove avrei ricevuto l’insegnamento della religione per la quale mi veniva fornita la sostentazione necessaria. Entrando vidi una grande porta con sbarre di ferro; non appena la attraversai, fu chiusa a doppio chiave alle mie spalle. Questo inizio mi parve piuttosto imponente che gradito, e cominciò a farmi riflettere. Quando poi fui fatto entrare in una grande stanza, vidi come unico arredamento un altare di legno sormontato da un grande crocifisso, e intorno ad esso quattro o cinque sedie di legno, che sembravano essere state lucidate, ma che erano soltanto lustre a causa dell’uso frequente. In quella sala c’erano quattro o cinque orribili individui, i miei compagni di “istruzione”; sembravano più dei seguaci del diavolo che aspiranti a diventare figli di Dio. Due di loro erano Slavi che si dicevano Ebrei e Mori; mi confessarono che trascorrevano la vita viaggiando per Spagna e Italia, abbracciando il cristianesimo e facendosi battezzare ovunque ci fosse un qualche profitto da trarne. Fu aperta un’altra porta di ferro che divideva in due un grande balcone che si affacciava sulla corte; attraverso quella porta entrarono le nostre “sorelle”, le Catechumeni, che, come me, andavano a “rinascere”, non attraverso il battesimo, ma attraverso una solenne abiura. Erano davvero le peggiori donne dissolute e volgari che avessero mai contaminato il tempio del Signore. Solo una di loro mi sembrava bella e abbastanza attraente: aveva più o meno la mia età, forse un anno o due in più. Aveva occhi maliziosi che a volte incrociavano i miei; questo suscitò in me il desiderio di conoscerla meglio. Ma per quasi due mesi, durante i quali rimase ancora in quella casa (dove era già da tre mesi), non riuscii assolutamente a avvicinarmi a lei: era troppo protetta dalla nostra vecchia carceriera e ossessionata da quel santo missionario che si impegnava con grande zelo, sebbene non sempre con efficacia, nel suo tentativo di farla convertire. Doveva essere davvero estremamente stupida, anche se non lo sembrava; infatti, l’“istruzione” a cui era sottoposta durò un tempo incredibilmente lungo. Il santo uomo continuava a ritenere che non fosse ancora pronta ad abiurare. Ma lei si stancò di quella vita confinata e dichiarò di voler uscire, che fosse cristiana o meno. Fu necessario prendere sul serio la sua richiesta, finché era ancora disposta ad accettare il battesimo, per paura che poi cambiasse idea e rifiutasse di farlo.
La petite communauté fut assemblée en l’honneur du nouveau venu. On nous fit une courte exhortation ; à moi, pour m’engager à répondre à la grâce que Dieu me faisait ; aux autres, pour les inviter à m’accorder leurs prières et à m’édifier par leurs exemples. Après quoi, nos vierges étant rentrées dans leur clôture, j’eus le temps de m’étonner tout à mon aise de celle où je me trouvais.
Le lendemain matin on nous assembla de nouveau pour l’instruction, et ce fut alors que je commençai à réfléchir pour la première fois sur le pas que j’allais faire et sur les démarches qui m’y avaient entraîné.
J’ai dit, je répète et je répéterai peut-être une chose dont je suis tous les jours plus pénétré ; c’est que si jamais enfant reçut une éducation raisonnable et saine, ç’a été moi. Né dans une famille que ses mœurs distinguaient du peuple, je n’avais reçu que des leçons de sagesse et des exemples d’honneur de tous mes parents. Mon père, quoique homme de plaisir, avait non seulement une probité sûre, mais beaucoup de religion. Galant homme dans le monde, et chrétien dans l’intérieur, il m’avait inspiré de bonne heure les sentiments dont il était pénétré. De mes trois tantes, toutes sages et vertueuses, les deux aînées étaient dévotes, et la troisième, fille à la fois pleine de grâces, d’esprit et de sens, l’était peut-être encore plus qu’elles, quoique avec moins d’ostentation. Du sein de cette estimable famille, je passai chez M. Lambercier, qui, bien qu’homme d’église et prédicateur, était croyant en dedans et faisait presque aussi bien qu’il disait. Sa sœur et lui cultivèrent, par des instructions douces et judicieuses, les principes de piété qu’ils trouvèrent dans mon cœur. Ces dignes gens employèrent pour cela des moyens si vrais, si discrets, si raisonnables, que, loin de m’ennuyer au sermon, je n’en sortais jamais sans être intérieurement touché et sans faire des résolutions de bien vivre, auxquelles je manquais rarement en y pensant. Chez ma tante Bernard la dévotion m’ennuyait un peu plus, parce qu’elle en faisait un métier. Chez mon maître je n’y pensais plus guère, sans pourtant penser différemment. Je ne trouvai point de jeunes gens qui me pervertissent. Je devins polisson, mais non libertin.
J’avais donc de la religion tout ce qu’un enfant à l’âge où j’étais en pouvait avoir. J’en avais même davantage, car pourquoi déguiser ici ma pensée ? Mon enfance ne fut point d’un enfant ; je sentis, je pensai toujours en homme. Ce n’est qu’en grandissant que je suis rentré dans la classe ordinaire ; en naissant, j’en étais sorti. L’on rira de me voir me donner modestement pour un prodige. Soit : mais quand on aura bien ri, qu’on trouve un enfant qu’à six ans les romans attachent, intéressent, transportent au point d’en pleurer à chaudes larmes ; alors je sentirai ma vanité ridicule, et je conviendrai que j’ai tort.
Ainsi, quand j’ai dit qu’il ne fallait point parler aux enfants de religion si l’on voulait qu’un jour ils en eussent, et qu’ils étaient incapables de connaître Dieu, même à notre manière, j’ai tiré mon sentiment de mes observations, non de ma propre expérience : je savais qu’elle ne concluait rien pour les autres. Trouvez des J.-J. Rousseau à six ans, et parlez-leur de Dieu à sept, je vous réponds que vous ne courez aucun risque.
On sent, je crois, qu’avoir de la religion, pour un enfant, et même pour un homme, c’est suivre celle où il est né. Quelquefois on en ôte ; rarement on y ajoute ; la foi dogmatique est un fruit de l’éducation. Outre ce principe commun qui m’attachait au culte de mes pères, j’avais l’aversion particulière à notre ville[21] pour le catholicisme, qu’on nous donnait pour une affreuse idolâtrie, et dont on nous peignait le clergé sous les plus noires couleurs. Ce sentiment allait si loin chez moi qu’au commencement je n’entrevoyais jamais le dedans d’une église, je ne rencontrais jamais un prêtre en surplis, je n’entendais jamais la sonnette d’une procession sans un frémissement de terreur et d’effroi, qui me quitta bientôt dans les villes mais qui souvent m’a repris dans les paroisses de campagne, plus semblables à celles où je l’avais d’abord éprouvé. Il est vrai que cette impression était singulièrement contrastée par le souvenir des caresses que les curés des environs de Genève font volontiers aux enfants de la ville. En même temps que la sonnette du viatique me faisait peur, la cloche de la messe ou de vêpres me rappelait un déjeuner, un goûter, du beurre frais, des fruits, du laitage. Le bon dîner de M. de Pontverre avait produit encore un grand effet. Ainsi je m’étais aisément étourdi sur tout cela. N’envisageant le papisme que par ses liaisons avec les amusements et la gourmandise, je m’étais apprivoisé sans peine avec l’idée d’y vivre ; mais celle d’y entrer solennellement ne s’était présentée à moi qu’en fuyant, et dans un avenir éloigné. Dans ce moment il n’y eut plus moyen de prendre le change : je vis avec l’horreur la plus vive l’espèce d’engagement que j’avais pris et sa suite inévitable. Les futurs néophytes que j’avais autour de moi n’étaient pas propres à soutenir mon courage par leur exemple, et je ne pus me dissimuler que la sainte œuvre que j’allais faire n’était au fond que l’action d’un bandit. Tout jeune encore, je sentis que, quelque religion qui fût la vraie, j’allais vendre la mienne, et que, quand même je choisirais bien, j’allais au fond de mon cœur mentir au Saint-Esprit et mériter le mépris des hommes. Plus j’y pensais, plus je m’indignais contre moi-même ; et je gémissais du sort qui m’avait amené là, comme si ce sort n’eût pas été mon ouvrage. Il y eut des moments où ces réflexions devinrent si fortes, que si j’avais un instant trouvé la porte ouverte, je me serais certainement évadé ; mais il ne me fut pas possible, et cette résolution ne tint pas non plus bien fortement.
Trop de désirs secrets la combattaient pour ne la pas (vaincre. D’ailleurs, l’obstination du dessein formé de ne pas retourner à Genève, la honte, la difficulté même de repasser les monts, l’embarras de me voir loin de mon pays, sans amis, sans ressources ; tout cela concourait à me faire regarder comme un repentir tardif les remords de ma conscience ; j’affectais de me reprocher ce que j’avais fait, pour excuser ce que j’allais faire. En aggravant les torts du passé, j’en regardais l’avenir comme une suite nécessaire. Je ne me disais pas : rien n’est fait encore et tu peux être innocent si tu veux ; mais je me disais : gémis du crime dont tu t’es rendu coupable et que tu t’es mis dans la nécessité d’achever.
En effet, quelle rare force d’âme ne me fallait-il point à mon âge pour révoquer tout ce que jusque-là j’avais pu promettre ou laissé espérer, pour rompre les chaînes que je m’étais données, pour déclarer avec intrépidité que je voulais rester dans la religion de mes pères, au risque de tout ce qui en pouvait arriver ! Cette vigueur n’était pas de mon âge, et il est peu probable qu’elle eût eu un heureux succès. Les choses étaient trop avancées pour qu’on voulût en avoir le démenti, et plus ma résistance eût été grande, plus de manière ou d’autre, on se fût fait une loi de la surmonter.
Le sophisme qui me perdit est celui de la plupart des hommes, qui se plaignent de manquer de force quand il est déjà trop tard pour en user. La vertu ne nous coûte que par notre faute, et si nous voulions être toujours sages, rarement aurions-nous besoin d’être vertueux. Mais des penchants faciles à surmonter nous entraînent sans résistance ; nous cédons à des tentations légères dont nous méprisons le danger. Insensiblement nous tombons dans des situations périlleuses, dont nous pouvions aisément nous garantir, mais dont nous ne pouvons plus nous tirer sans des efforts héroïques qui nous effrayent, et nous tombons enfin dans l’abîme en disant à Dieu : « Pourquoi m’as-tu fait si faible ? » Mais malgré nous il répond à nos consciences : « Je t’ai fait trop faible pour sortir du gouffre, parce que je t’ai fait assez fort pour n’y pas tomber. »
The small community came together in honor of the newcomer. We were given a brief exhortation: to me, to commit myself to responding to the grace that God had bestowed upon me; to the others, to invite them to pray for me and to inspire me through their examples. Afterward, when our virgins returned to their enclosure, I had time to fully marvel at the place where I found myself.
The next morning, we were gathered again for instruction, and it was then that I began to think for the first time about the step I was about to take and about the series of events that had led me to that point.
I have said it once, I will say it again, and perhaps I will say it yet once more: I am increasingly convinced that if any child in this world received a reasonable and healthy education, it was me. Born into a family whose manners set it apart from the common people, I was surrounded by lessons of wisdom and examples of honor on the part of all my parents. My father, though a man of pleasure, not only possessed unwavering integrity but also deep religious devotion. A gentleman in public life and a true Christian in his private life, he instilled in me from an early age those values that were so dear to him. Of my three aunts, all wise and virtuous, the two older ones were devout; the third, a woman of great beauty, intelligence, and good sense, was perhaps even more pious than them, though she did not display it in such a pronounced manner. From this admirable family, I went to live with Mr. Lambercier, who, although a clergyman and preacher, was truly devout himself and practiced what he preached. His sister and he used gentle and wise methods to nurture the principles of piety that they found within me. These kind people employed such genuine, discreet, and reasonable approaches that instead of finding sermons boring, I always left them with a deep sense of gratitude and resolved to live a good life—a resolution that I rarely failed to keep in mind. At my aunt Bernard’s house, devotion began to seem a bit too obsessive, as it had become her main focus in life. With my teacher, I hardly thought about such matters at all, yet my beliefs remained unchanged. I never came into contact with any young people who could have influenced me negatively. I became somewhat frivolous, but not licentious.
I therefore possessed all the religious beliefs that a child of my age could have. In fact, I even had more than that—for why should I conceal my true thoughts? My childhood was not that of an ordinary child; from a very young age, I felt and thought like an adult. It was only as I grew up that I rejoining the ordinary ranks of children; at birth, I had already left them behind. People might laugh if they saw me modestly claim to be a miracle. Well, let them laugh—but when they have finished laughing, when they encounter a child who, at the age of six, is so captivated by novels that they weep uncontrollably at their stories; then I will realize how ridiculous my vanity is, and I will admit that I was wrong.
Thus, when I said that one should not talk to children about religion if one wants them to develop a understanding of it in the future, and that they are incapable of comprehending God—even in our way—my opinion was based on observations, not on my own experience; I knew that my experience could not be generalized. Find some Jean-Jacques Rousseaus at the age of six, and talk to them about God when they are seven—I assure you, you will take no risks at all.
I believe it is generally believed that to have a religion, whether for a child or an adult, means to follow the one in which one was born. Sometimes it is taken away; rarely is it added; dogmatic faith is a product of education. Apart from this common principle that bound me to the worship of my ancestors, I also had a particular aversion to Catholicism in our town[21], which was presented to us as an abhorrent form of idolatry, and its clergy were depicted in the darkest terms. This feeling was so strong that at first I could never bear to enter a church, I would never encounter a priest in his robes, and the sound of a procession would always fill me with terror and dread—feelings that soon faded away in cities but often returned in the rural parishes, which reminded me of where I had first experienced them. It is true that these impressions were somewhat offset by the memory of how the priests around Geneva willingly treated the children of the city with kindness. While the sound of the viatic bell filled me with fear, the bells of mass or vespers would remind me of meals, snacks, fresh butter, fruits, and dairy products. The wonderful dinner hosted by Mr. de Pontverre had also left a deep impression on me. Thus, I had easily come to accept all this. Seeing papism only in terms of its connection with fun and indulgence, I had no difficulty getting used to the idea of living within it; but the notion of formally joining it never occurred to me until I was in flight, and then only in a distant future. At that moment, there was no longer any way to back out: I saw with the deepest horror the kind of commitment I had made and its inevitable consequences. The future converts around me were not likely to inspire me with courage through their example, and I could not help but realize that the “holy” act I was about to perform was nothing more than the actions of a bandit. Still very young, I felt that no matter what the true religion was, I would be betraying my own; and even if I chose wisely, I would ultimately lie to the Holy Spirit and deserve the scorn of men. The more I thought about it, the angrier I became at myself; and I lamented the fate that had brought me to this situation, as if it were not my own doing. There were moments when these thoughts became so intense that if I had found an open door, I would have fled without hesitation; but that was not possible, and even that resolve did not hold very firmly.
Too many secret desires were fighting against her, preventing her from (overcoming) it. Moreover, the stubborn determination not to return to Geneva, the shame, the difficulty of crossing those mountains again, the embarrassment of being far from my country, without friends, without resources—all these factors made me regard the remorse of my conscience as a tardive form of repentance. I pretended to reproach myself for what I had done in order to justify what I was about to do. By exaggerating the wrongs of the past, I viewed its future as an inevitable consequence. I did not say to myself: “Nothing has been done yet; you can still be innocent if you wish.” Instead, I said to myself: “Grieve over the crime you have committed and that has forced you to go this far.”
Indeed, what a rare strength of will it would have taken for me at my age to renounce everything I had promised or given cause to hope for up until then, to break the chains I had imposed upon myself, and to declare with courage that I wished to remain within the religion of my fathers, regardless of the consequences! Such resolve was unworthy of my age, and it is highly unlikely that it would have been successful. The situation had progressed too far for anyone to wish to deny it; moreover, the more stubborn my resistance was, the more determined others were to overcome it in one way or another.
The sophism that led me astray is the same one that most people embrace—complaining of a lack of strength when it is already too late to use it. Virtue costs us only through our own fault; if we always sought to be wise, we would rarely need to be virtuous at all. Yet tendencies that are easy to overcome drag us along without resistance. We yield to mere temptations whose dangers we despise. Insensibly, we find ourselves in perilous situations from which we could have easily escaped—only to realize that we can now extricate ourselves only through heroic efforts that fill us with fear. In the end, we fall into the abyss while asking God, “Why did you make me so weak?” But against our will, He answers our conscience: “I made you too weak to escape the pit—but also strong enough not to fall into it in the first place.”
La piccola comunità si riunì in onore del nuovo arrivato. Ci fu rivolta una breve esortazione: a me, affinché mi impegnassi a ricambiare la grazia che Dio mi aveva concesso; agli altri, affinché mi offrissero le loro preghiere e mi incoraggiassero con il loro esempio. Dopo di ciò, le nostre vergini rientrarono nella loro clausura, e io ebbi il tempo di meravigliarmi a mio agio di quel luogo in cui mi trovavo.
La mattina seguente fummo nuovamente radunati per l’addestramento, e fu allora che iniziai per la prima volta a riflettere sul passo che stavo per compiere e sulle circostanze che mi avevano portato fino a quel punto.
Ho detto, ripeto e forse ripeterò ancora una cosa di cui sono sempre più convinto: se mai un bambino ha ricevuto un’educazione ragionevole e sana, quel bambino sono stato io. Nato in una famiglia le cui abitudini la distinguevano dal popolo comune, ho ricevuto soltanto insegnamenti di saggezza ed esempi di onore da tutti i miei genitori. Mio padre, sebbene fosse un uomo d’amori, non solo possedeva una probità incrollabile, ma era anche molto devoto. Uomo galante nel mondo e cristiano nell’intimo, mi ha inculcato fin da piccolo quei valori in cui credeva lui stesso. Dei miei tre zii, tutti saggi e virtuosi, le due più anziane erano profondamente devote; la terza, piena di grazia, intelligenza e buon senso, lo era forse ancora di più, sebbene in modo meno appariscente. Dalla mia stimabile famiglia passai poi a casa del signor Lambercier: pur essendo un uomo di chiesa e predicatore, lui stesso credeva sinceramente nei valori religiosi e li metteva in pratica con grande efficacia. Sua sorella e lui, con insegnamenti dolci e saggi, coltivarono ulteriormente i principi di pietà che già esistevano nel mio cuore. Queste persone oneste utilizzarono metodi così autentici, discreti e ragionevoli che, invece di annoiarmi durante le prediche, ne uscivo sempre commosso e deciso a vivere bene, decisione che di solito mantenevo. A casa di mia zia Bernard la devozione mi annoiava un po’ di più, perché lei la praticava in modo eccessivo; a casa del mio maestro, invece, non ci pensavo quasi più, anche se, in realtà, i miei principi morali non erano cambiati. Non incontrai giovani che potessero corrompermi: diventai un po’ libertino, ma non un vero e proprio dissoluto.
Avevo quindi della religione tutto ciò che un bambino della mia età poteva averne; anzi, ne avevo persino di più. Perché mai dovrei nascondere i miei pensieri? La mia infanzia non fu quella di un normale bambino: ho sempre sentito e pensato da uomo. Solo crescendo sono tornato a far parte della “classe ordinaria” dei bambini; al momento della nascita, ne ero già uscito. Si riderà se mi vedranno comportarmi modestamente come un prodigio. Ebbene: ma quando si sarà finito di ridere, e si troverà un bambino che, a sei anni, i romanzi riescono ad affascinare, a commuovere fino alle lacrime; allora comprenderò quanto la mia vanità sia ridicola, e ammetterò di aver torto.
Pertanto, quando ho detto che non si dovrebbe parlare di religione ai bambini se si vuole che un giorno ne abbiano conoscenza, e che siano incapaci di comprendere Dio, anche a modo nostro, ho basato la mia opinione sulle mie osservazioni, non sulla mia esperienza personale: sapevo infatti che quest’ultima non poteva fornire alcuna conclusione valida per gli altri. Trovate dei bambini come Jean-Jacques Rousseau all’età di sei anni e parlatene di Dio a sette. Vi assicuro che non correrete alcun rischio.
Credo che si possa percepire chiaramente che, per un bambino e persino per un uomo, avere una religione significa seguire quella nella quale si è nati. A volte questa religione viene tolta; raramente viene aggiunta; la fede dogmatica è frutto dell’educazione. Oltre a questo principio comune che mi legava al culto dei miei antenati, provavo un’avversione particolare per il cattolicesimo nella mia città: ci veniva presentato come una terribile idolatria, e il clero veniva descritto nei termini più negativi. Questo sentimento era così forte in me che, all’inizio, non riuscivo nemmeno a guardare all’interno di una chiesa, non incontravo mai un prete in abiti liturgici, e il suono della campanella durante una processione mi provocava sempre un brivido di terrore. Questo sentimento, tuttavia, spesso ritornava nelle parrocchie di campagna, che assomigliavano molto a quelle dove l’avevo provato per la prima volta. È vero che queste impressioni venivano in parte contrastate dal ricordo delle carezze che i curati dei dintorni di Ginevra riservavano volentieri ai bambini della città; al suono della campanella del viatico provavo paura, ma il suono della campana della messa o delle vespere mi ricordava pranzi, merende, burro fresco, frutta e latticini. Anche la buona cena offerta da Monsieur de Pontverre aveva avuto un grande effetto su di me. Così, in un certo senso, ero riuscito a ignorare tutto ciò. Considerando il papismo soltanto come legato ai divertimenti e alla gola, mi ero abituato facilmente all’idea di viverci; ma l’idea di entrarvi formalmente non mi era mai venuta in mente, se non nel contesto di una fuga, e in un futuro lontano. In quel momento, però, non c’era più modo di tornare indietro: vedevo con orrore l’impegno che avevo preso e le sue inevitabili conseguenze. I futuri neofiti intorno a me non erano certo in grado di incoraggiarmi con il loro esempio, e non potevo nascondere che l’“opera sacra” che stavo per compiere non era, in fondo, altro che l’azione di un bandito. Ancora giovane, capivo che, qualunque fosse la vera religione, avrei dovuto tradire la mia; e che, anche se avessi scelto bene, nel profondo del mio cuore avrei mentito allo Spirito Santo e meritato il disprezzo degli uomini. Più ci pensavo, più mi indignavo contro me stesso; gemevo per il destino che mi aveva portato lì, come se quel destino non fosse stato frutto delle mie stesse scelte. Ci furono momenti in cui queste riflessioni divennero così intense che, se solo avessi trovato una porta aperta, me ne sarei sicuramente andato; ma non fu possibile, e nemmeno quella decisione rimase ferma a lungo.
Troppi desideri segreti lottavano in lei per impedirle di (vincere). Inoltre, l’ostinazione nel non voler tornare a Ginevra, la vergogna, le difficoltà stesse nel superare di nuovo quelle montagne, l’imbarazzo di trovarmi lontano dal mio paese, senza amici, senza risorse. Tutto ciò contribuiva a far sì che considerassi i rimorsi della mia coscienza come un pentimento tardivo; fingevo di rimproverarmi per ciò che avevo fatto, al fine di giustificare ciò che stavo per fare. Aggravando i torti del passato, ne facevo derivare l’inevitabilità del futuro. Non mi dicevo: “Niente è ancora stato fatto e puoi essere innocente se lo desideri”; ma pensavo: “Gemiti per il crimine che hai commesso e che ti ha costretto a proseguire su questa strada”.
Infatti, quale rara forza d’animo non mi sarebbe stata necessaria alla mia età per revocare tutto ciò che fino ad allora avevo potuto promettere o far sperare, per rompere le catene che mi ero imposta, per dichiarare con coraggio di voler rimanere nella religione dei miei padri, a rischio di tutto ciò che ne poteva derivare! Tale vigore non era adatta alla mia età, e è poco probabile che avesse potuto avere successo. Le cose erano ormai troppo avanzate perché si volesse ammettere il contrario; e più grande era la mia resistenza, più, in un modo o nell’altro, si cercava di superarla.
Il sofismo che mi ha fatto perdere è lo stesso di molti uomini: si lamentano di mancare della forza necessaria quando ormai è troppo tardi per utilizzarla. La virtù ci costa solo a causa delle nostre stesse colpe, e se volessimo sempre essere saggi, raramente avremmo bisogno di essere virtuosi. Tuttavia, inclinazioni facili da superare ci trascinano senza resistenza; cediamo a tentazioni banali di cui disprezziamo il pericolo. In modo insensibile finiamo per trovarci in situazioni pericolose, dalle quali avremmo potuto facilmente uscire, ma dalle quali non possiamo più liberarci se non con sforzi eroici che ci spaventano. E alla fine cadiamo nell’abisso, chiedendo a Dio: “Perché mi hai fatto così debole?” Ma, contro la nostra volontà, Lui risponde alle nostre coscienze: “Ti ho reso troppo debole per uscire dal baratro, ma abbastanza forte per non cadervi dentro.”
Je ne pris pas précisément la résolution de me faire catholique ; mais, voyant le terme encore éloigné, je pris le temps de m’apprivoiser à cette idée, et en attendant je me figurais quelque événement imprévu qui me tirerait d’embarras. Je résolus, pour gagner du temps, de faire la plus belle défense qu’il me serait possible. Bientôt ma vanité me dispensa de songer à ma résolution, et dès que je m’aperçus que j’embarrassais quelquefois ceux qui voulaient m’instruire, il ne m’en fallut pas davantage pour chercher à les terrasser tout à fait. Je mis même à cette entreprise un zèle bien ridicule ; car tandis qu’ils travaillaient sur moi, je voulus travailler sur eux. Je croyais bonnement qu’il ne fallait que les convaincre pour les engager à se faire protestants.
Ils ne trouvèrent donc pas en moi tout à fait autant de facilité qu’ils en attendaient, ni du côté des lumières ni du côté de la volonté. Les Protestants sont généralement mieux instruits que les Catholiques. Cela doit être : la doctrine des uns exige la discussion, celle des autres la soumission. Le Catholique doit adopter la décision qu’on lui donne ; le Protestant doit apprendre à se décider. On savait cela ; mais on n’attendait ni de mon état ni de mon âge de grandes difficultés pour des gens exercés. D’ailleurs je n’avais point fait encore ma première communion ni reçu les instructions qui s’y rapportent : on le savait encore, mais on ne savait pas qu’en revanche j’avais été bien instruit chez M. Lambercier, et que de plus j’avais par-devers moi un petit magasin fort incommode à ces messieurs dans l’Histoire de l’Église et de l’Empire, que j’avais apprise presque par cœur chez mon père, et depuis à peu près oubliée, mais qui me revint à mesure que la dispute s’échauffait.
Un vieux prêtre, petit, mais assez vénérable, nous fit en commun la première conférence. Cette conférence était pour mes camarades un catéchisme plutôt qu’une controverse, et il avait plus à faire à les instruire qu’à résoudre leurs objections. Il n’en fut pas de même avec moi. Quand mon tour vint, je l’arrêtai sur tout ; je ne lui sauvai pas une des difficultés que je pus lui faire. Cela rendit la conférence fort longue et fort ennuyeuse pour les assistants. Mon vieux prêtre parlait beaucoup, s’échauffait, battait la campagne, et se tirait d’affaire en disant qu’il n’entendait pas bien le français. Le lendemain, de peur que mes indiscrètes objections ne scandalisassent mes camarades, on me mit à part dans une autre chambre avec un autre prêtre, plus jeune, beau parleur, c’est-à-dire faiseur de longues phrases, et content de lui si jamais Docteur le fut. Je ne me laissai pourtant pas trop subjuguer à sa mine imposante, et, sentant qu’après tout je faisais ma tâche, je me mis à lui répondre avec assez d’assurance et à le bourrer par-ci par-là du mieux que je pus. Il croyait m’assommer avec saint Augustin, saint Grégoire et les autres Pères, et il trouvait, avec une surprise incroyable, que je maniais tous ces Pères-là presque aussi légèrement que lui : ce n’était pas que je les eusse jamais lus, ni lui peut-être ; mais j’en avais retenu beaucoup de passages tirés de mon Le Sueur ; et sitôt qu’il m’en citait un, sans disputer sur sa citation, je lui ripostais par une autre du même Père, et qui souvent l’embarrassait beaucoup. Il l’emportait pourtant à la fin par deux raisons : l’une, qu’il était le plus fort, et que, me sentant pour ainsi dire à sa merci, je jugeais très bien, quelque jeune que je fusse, qu’il ne fallait pas le pousser à bout ; car je voyais assez que le vieux petit prêtre n’avait pris en amitié ni mon érudition ni moi ; l’autre raison était que le jeune avait de l’étude et que je n’en avais point. Cela faisait qu’il mettait dans sa manière d’argumenter une méthode que je ne pouvais pas suivre, et que, sitôt qu’il se sentait pressé d’une objection imprévue, il la remettait au lendemain, disant que je sortais du sujet présent. Il rejetait même quelquefois toutes mes citations, soutenant qu’elles étaient fausses, et, s’offrant à m’aller chercher le livre, me défiait de les y trouver. Il sentait qu’il ne risquait pas grand-chose, et qu’avec toute mon érudition d’emprunt, j’étais trop peu exercé à manier les livres, et trop peu latiniste pour trouver un passage dans un gros volume, quand même je serais assuré qu’il y est. Je le soupçonne même d’avoir usé de l’infidélité dont il accusait les Ministres, et d’avoir fabriqué quelquefois des passages pour se tirer d’une objection qui l’incommodait. Tandis que duraient ces petites ergoteries, et que les jours se passaient à disputer, à marmotter des prières et à faire le vaurien, il m’arriva une petite vilaine aventure assez dégoûtante[22], et qui faillit même à tourner fort mal pour moi.
Il n’y a point d’âme si vile et de cœur si barbare qui ne soit susceptible de quelque sorte d’attachement. L’un de ces deux bandits qui se disaient Maures me prit en affection. Il m’accostait volontiers, causait avec moi dans son baragouin franc, me rendait de petits services, me faisait part quelquefois de sa portion à table, et me donnait surtout de fréquents baisers avec une ardeur qui m’était fort incommode. Quelque effroi que j’eusse naturellement de ce visage de pain d’épice, orné d’une longue balafre, et de ce regard allumé qui semblait plutôt furieux que tendre, j’endurais ces baisers en me disant en moi-même : le pauvre homme a conçu pour moi une amitié bien vive ; j’aurais tort de le rebuter. Il passait par degrés à des manières plus libres, et tenait de si singuliers propos, que je croyais quelquefois que la tête lui avait tourné. Un soir, il voulut venir coucher avec moi ; je m’y opposai, disant que mon lit était trop petit. Il me pressa d’aller dans le sien ; je le refusai encore ; car ce misérable était si malpropre et puait si fort le tabac mâché, qu’il me faisait mal au cœur.
Le lendemain, d’assez bon matin, nous étions tous deux seuls dans la salle d’assemblée : il recommença ses caresses, mais avec des mouvements si violents qu’il en était effrayant. Enfin, il voulut passer par degrés aux privautés les plus malpropres et me forcer, en disposant de ma main, d’en faire autant. Je me dégageai impétueusement en poussant un cri et faisant un saut en arrière, et, sans marquer ni indignation ni colère, car je n’avais pas la moindre idée de ce dont il s’agissait, j’exprimai ma surprise et mon dégoût avec tant d’énergie, qu’il me laissa là : mais tandis qu’il achevait de se démener, je vis partir vers la cheminée et tomber à terre je ne sais quoi de gluant et de blanchâtre qui me fit soulever le cœur. Je m’élançai sur le balcon, plus ému, plus troublé, plus effrayé même que je ne l’avais été de ma vie, et prêt à me trouver mal.
Je ne pouvais comprendre ce qu’avait ce malheureux ; je le crus saisi du haut mal, ou de quelque frénésie encore plus terrible, et véritablement je ne sache rien de plus hideux à voir pour quelqu’un de sang-froid que cet obscène et sale maintien, et ce visage affreux enflammé de la plus brutale concupiscence. Je n’ai jamais vu d’autre homme en pareil état ; mais si nous sommes ainsi dans nos transports près des femmes, il faut qu’elles aient les yeux bien fascinés pour ne pas nous prendre en horreur.
Je n’eus rien de plus pressé que d’aller conter à tout le monde ce qui venait de m’arriver. Notre vieille intendante me dit de me taire, mais je vis que cette histoire l’avait fort affectée, et je l’entendais grommeler entre ses dents : Can maledet ! brutta bestia ! Comme je ne comprenais pas pourquoi je devais me taire, j’allai toujours mon train, malgré la défense, et je bavardai si bien que le lendemain un des administrateurs vint de bon matin m’adresser une assez vive mercuriale, m’accusant de faire beaucoup de bruit pour peu de mal et de commettre l’honneur d’une maison sainte.
I did not specifically resolve to become a Catholic; but since I saw that the time was still far off, I took the time to get used to this idea. In the meantime, I imagined some unexpected event that would save me from this dilemma. To gain time, I decided to put up as strong a defense as possible. Soon, my vanity made me forget my original resolve; and as soon as I realized that I was sometimes causing trouble for those who wanted to instruct me, that was enough to make me determined to completely overwhelm them. I even went to rather ridiculous lengths in this endeavor—for while they were working on me, I tried to work on them in return. I truly believed that all I needed to do was convince them to convert to Protestantism.
They therefore did not find as much ease in me as they had expected, neither on the matter of knowledge nor with regard to my will. Protestants are generally more well-educated than Catholics. This must be because the doctrines of one require discussion, while those of the other demand submission. The Catholic must accept the decision that is given to him; the Protestant must learn to make his own decisions. People were aware of this; but they did not expect great difficulties from someone who had received a proper education, given my status and age. Moreover, I had not yet received my first communion or the corresponding instruction; people were still aware of that too. However, they did not know that I had received an excellent education under Mr. Lambercier, and that in addition I possessed a small amount of knowledge regarding the History of the Church and the Empire—which I had almost memorized at my father’s home but had since mostly forgotten. Yet this knowledge resurfaced as the debate intensified.
An old priest, small in stature but quite venerable, gave us all our first lecture together. For my companions, this lecture was more of a catechism than a debate; he spent more time instructing them than addressing their objections. However, it was different for me. When it was my turn to speak, I questioned everything he said; I didn’t manage to avoid raising even one difficult point. As a result, the lecture became very long and tedious for those attending. My old priest talked at length, grew heated in his arguments, and would often claim that he couldn’t understand French well enough to address my points properly. The next day, fearing that my impertinent objections might scandalize my companions, I was taken aside into another room with a younger priest—more eloquent, but certainly not as knowledgeable. Nevertheless, I didn’t let his imposing manner intimidate me too much; feeling that I was doing my duty after all, I replied to him with considerable confidence and managed to stump him on several occasions. He thought he was overwhelming me with references to Saint Augustine, Saint Gregory, and other Church Fathers, but to his great surprise, I handled these texts just as effortlessly as he did—though, in truth, I had never actually read them myself; I had merely memorized some passages from my “Le Sueur.” Whenever he quoted one of these fathers, I would respond with another quote from the same author, often leaving him at a loss. In the end, he managed to win the argument for two reasons: first, because he was more knowledgeable, and I realized that, despite my youth, it wouldn’t be wise to push him too far; after all, the old priest had clearly shown no particular fondness for either my learning or myself. Second, the younger priest was well-versed in his studies, while I was not at all. This gave him an advantage in his approach to debate—since he could always refer to books when faced with unexpected objections, claiming that I was digressing from the topic at hand. Sometimes he would even dismiss all my quotes, insisting they were false and challenging me to find them in the original texts. He was confident that he wouldn’t risk much, since my so-called “erudition” was largely superficial, and I lacked both the practical skills to consult books properly and a solid knowledge of Latin to locate relevant passages in voluminous texts. In fact, I even suspect that he sometimes fabricated his own quotations to avoid difficult objections. During those days filled with petty arguments, prayers, and mischievous behavior, I encountered a rather unpleasant incident that almost turned out very badly for me.
There is no soul so vile or heart so barbaric that it cannot be capable of some form of attachment. One of these two bandits who called themselves Moors took a liking to me. He often approached me, chatted with me in his broken French, did small favors for me, sometimes shared his food with me at table, and especially gave me frequent kisses with such fervor that it was quite uncomfortable for me. Despite my natural fear of that face, marked by a long scar, and of that fiery gaze that seemed more furious than tender, I endured these kisses, telling myself: “This poor man must have developed a very strong friendship for me; it would be wrong of me to reject him.” Gradually, his behavior became even more indecent, and he uttered such strange statements that at times I thought he had lost his mind. One evening, he tried to sleep with me; I refused, saying my bed was too small. He insisted that I go to his; I refused again—because that wretched man was so filthy and smelled so strongly of chewed tobacco that it was nauseating to be around him.
The next morning, quite early in the day, we were both alone in the assembly room; he began his caresses again, but this time with such violent movements that it was frightening. Eventually, he tried to progress step by step towards the most indecent acts and forced me, by manipulating my hand, to do the same. I suddenly pushed back, shouting in shock and leaping backward. Without showing any indignation or anger—because I had no idea what was happening—I expressed my surprise and disgust with such intensity that he left me there. But as he continued his frenzied behavior, I saw something sticky and pale-colored fall towards the fireplace and hit the ground; it made my heart turn sick. I rushed out onto the balcony, more shaken, disturbed, and frightened than at any time in my life, on the verge of losing consciousness.
I could not understand what was wrong with that unfortunate man; I thought he must be suffering from some terrible illness or some even more horrifying frenzy. Indeed, I truly do not know anything more grotesque or repulsive to behold for a person of calm mind than that obscene and filthy state, and that face distorted by the most brutal lust. I have never seen another man in such a condition; but if we men behave in such ways when near women, it must mean that their eyes are utterly blinded by desire, otherwise they would surely find us repulsive.
I had no greater urge than to go and tell everyone what had just happened to me. Our old housekeeper told me to be quiet, but I could see that this incident had greatly affected her; I heard her muttering under her breath: “Damn it! That ugly beast!” Since I didn’t understand why I was supposed to stay silent, I continued talking regardless of her warnings. As a result, the next morning one of the administrators came to reprimand me rather sharply, accusing me of making a lot of fuss over nothing and of tarnishing the reputation of a sacred institution.
Non presi esattamente la decisione di diventare cattolico; ma, vedendo che il momento era ancora lontano, decisi di prendermi del tempo per abituarmi a questa idea e, nel frattempo, immaginavo che potesse verificarsi qualche evento imprevisto che mi avrebbe tirato fuori dai guai. Per guadagnare tempo, decisi di opporre la più strenua resistenza possibile. Presto, però, la mia vanità mi fece dimenticare quella decisione; e non appena mi resi conto di creare difficoltà a coloro che cercavano di istruirmi, non esitai a cercare di sconfiggerli completamente. Anzi, dedicai a questo scopo un impegno davvero ridicolo: mentre loro lavoravano su di me, io cercai di fare lo stesso con loro. Credevo sinceramente che bastasse convincerli per farli convertire al protestantesimo.
Non trovarono quindi in me tutta quella facilità che si aspettavano, né dal punto di vista delle conoscenze né da quello della volontà. I Protestanti sono generalmente più istruiti dei Cattolici; ciò è dovuto al fatto che la dottrina dei primi richiede il dibattito, mentre quella dei secondi esige la sottomissione. Il Cattolico deve adottare la decisione che gli viene data; il Protestante deve imparare a prendere da solo le sue decisioni. Questo lo si sapeva; ma non ci si aspettavano grandi difficoltà, né in base al mio stato né alla mia età, per persone esperte come me. Inoltre, non avevo ancora ricevuto la prima comunione né le relative istruzioni; anche questo lo si sapeva. Ma non si sapeva che invece ero stato molto ben istruito da Monsieur Lambercier, e che inoltre possedevo una piccola conoscenza piuttosto scomoda per quei signori riguardo alla Storia della Chiesa e dell’Impero: una conoscenza che avevo appreso quasi a memoria con mio padre, e poi quasi dimenticato. Ma che mi tornò in mente man mano che la discussione si accendeva.
Un vecchio prete, piccolo ma abbastanza rispettabile, tenne con noi la prima conferenza. Per i miei compagni quella conferenza assomigliava più a un catechismo che a una discussione; il prete aveva più bisogno di istruirli che di risolvere le loro obiezioni. Io, invece, fui diverso: quando fu il mio turno, sollevai dubbi su tutto e non gli risolsi nemmeno una delle difficoltà che gli ponevo. Questo rese la conferenza molto lunga e noiosa per tutti i presenti. Il vecchio prete parlava molto, si eccitava, divagava nel discorso e si giustificava dicendo di non capire bene il francese. Il giorno dopo, temendo che le mie obiezioni indiscrete potessero scandalizzare i miei compagni, mi misero da parte in un’altra stanza con un altro prete, più giovane, eloquente ma privo di vera erudizione. Nonostante ciò, non mi lasciai completamente dominare dall’aspetto imponente di quest’ultimo e, sentendo che comunque stavo svolgendo il mio compito, risposi con sufficiente sicurezza alle sue domande, citando spesso altri Padri della Chiesa. Lui credeva di potermi sopraffare con le citazioni di Sant’Agostino, San Gregorio e altri, ma si trovò sorpreso nel constatare che io li utilizzavo quasi altrettanto facilmente di lui. Anche se in realtà non li avevo mai letti nemmeno io. Alla fine, lui prevalse per due motivi: primo, perché era più erudito e, sentendomi praticamente alla sua mercé, ritenni opportuno non provocarlo; secondo, perché lui possedeva una vera cultura, mentre io no. Questo gli permetteva di utilizzare tecniche di argomentazione che io non conoscevo affatto. Quando si trovava in difficoltà, rimandava la risposta al giorno dopo, sostenendo che io stessi deviando dal tema principale. A volte rifiutava persino tutte le mie citazioni, affermando che fossero false e mi sfidava a trovarle nel libro stesso. Sospetto addirittura che avesse inventato alcune di quelle citazioni per evitare di rispondere alle mie obiezioni. Durante queste discussioni, i giorni trascorrevano tra dispute, preghiere e comportamenti disordinati. Mi capitò poi un piccolo incidente piuttosto spiacevole, che quasi finì male per me.
Non esiste anima così vile né cuore così barbaro che non sia capace di qualche forma di affetto. Uno di quei due banditi che si dicevano Mori iniziò ad affezionarsi a me: mi si avvicinava volentieri, chiacchierava con me nel suo francese stentato, mi faceva piccoli favori, a volte mi lasciava anche la sua parte del cibo e soprattutto mi dava spesso baci con una passione che per me era davvero molto sgradevole. Nonostante il naturale timore che provavo di quel viso segnato da una lunga cicatrice e di quello sguardo ardente che sembrava più furioso che affettuoso, sopportavo quei baci pensando: “Poveruomo, deve provare per me un’amicizia molto profonda; sarebbe sbagliato da parte mia rifiutarlo”. Gradualmente, le sue maniere divennero ancora più audaci e iniziò a dire cose così strane che a volte pensavo che avesse perso la ragione. Una sera cercò di dormire con me; mi opposi, dicendo che il mio letto era troppo piccolo. Insistette perché andassi nel suo; rifiutai ancora, perché quel miserabile era così sporco e puzzava terribilmente di tabacco masticato, al punto da farmi male al cuore.
Il giorno dopo, molto presto al mattino, eravamo soltanto noi due nella sala riunioni: ricominciò le sue carezze, ma con movimenti così violenti da essere spaventosi. Alla fine cercò di passare gradualmente a comportamenti estremamente indecenti e mi costrinse, manipolando la mia mano, a fare lo stesso. Mi liberai bruscamente, gridando e facendo un balzo indietro; senza mostrare né indignazione né rabbia – poiché non avevo la minima idea di ciò che stesse accadendo – espressi la mia sorpresa e il mio disgusto con tale forza che lui smise immediatamente. Mentre si allontanava, vidi qualcosa di viscido e biancastro cadere a terra vicino al camino. Il cuore mi si strinse nel petto. Corsi sul balcone, più sconvolto, più turbato e persino più spaventato di quanto lo fossi mai stato in vita mia.
Non riuscivo a comprendere cosa avesse quel poveretto; pensai che fosse colpito da un attacco di follia o da qualche frenesia ancora più terribile. Davvero, non conosco nulla di più orribile da vedere per una persona equilibrata di quell’aspetto osceno e disgustoso, di quel volto spaventoso infuocato dalla concupiscenza più brutale. Non ho mai visto un altro uomo in tale stato; ma se noi ci comportiamo così quando siamo eccitati vicino alle donne, allora devono essere davvero ipnotizzate per non provare orrore di fronte a noi.
Non avevo nulla di più urgente da fare se non andare a raccontare a tutti ciò che mi era appena accaduto. La nostra vecchia governante mi disse di stare zitta, ma vidi chiaramente che quella storia l’aveva molto turbata; la sentivo mormorare tra i denti: “Maledetto! Bestia brutta!” Poiché non capivo perché dovessi tacere, continuai imperterrita nel mio racconto, e parlai così tanto che il giorno dopo uno degli amministratori venne da me molto presto al mattino per rimproverarmi aspramente, accusandomi di fare troppo rumore per una cosa insignificante e di macchiare l’onore di una casa sacra.
Il prolongea sa censure en m’expliquant beaucoup de choses que j’ignorais, mais qu’il ne croyait pas m’apprendre, persuadé que je m’étais défendu sachant ce qu’on me voulait, et n’y voulant pas consentir. Il me dit gravement que c’était une œuvre défendue, ainsi que la paillardise, mais dont au reste l’intention n’était pas plus offensante pour la personne qui en était l’objet, et qu’il n’y avait pas de quoi s’irriter si fort pour avoir été trouvé aimable. Il me dit sans détour que lui-même, dans sa jeunesse, avait eu le même honneur, et qu’ayant été surpris hors d’état de faire résistance, il n’avait rien trouvé là de si cruel. Il poussa l’impudence jusqu’à se servir des propres termes, et s’imaginant que la cause de ma résistance était la crainte de la douleur, il m’assura que cette crainte était vaine, et qu’il ne fallait pas s’alarmer de rien.
J’écoutais cet infâme avec un étonnement d’autant plus grand qu’il ne parlait point pour lui-même ; il semblait ne m’instruire que pour mon bien. Son discours lui paraissait si simple qu’il n’avait pas même cherché le secret du tête-à-tête ; et nous avions en tiers un ecclésiastique que tout cela n’effarouchait pas plus que lui. Cet air naturel m’en imposa tellement, que j’en vins à croire que c’était sans doute un usage admis dans le monde, et dont je n’avais pas eu plus tôt occasion d’être instruit. Cela fit que je l’écoutai sans colère, mais non sans dégoût. L’image de ce qui m’était arrivé, mais surtout de ce que j’avais vu, restait si fortement empreinte dans ma mémoire, qu’en y pensant, le cœur me soulevait encore. Sans que j’en susse davantage, l’aversion de la chose s’étendit à l’apologiste, et je ne pus me contraindre assez pour qu’il ne vît pas le mauvais effet de ses leçons. Il me lança un regard peu caressant, et dès lors il n’épargna rien pour me rendre le séjour de l’hospice désagréable. Il y parvint si bien que, n’apercevant pour en sortir qu’une seule voie, je m’empressai de la prendre, autant que jusque-là je m’étais efforcé de l’éloigner.
Cette aventure me mit pour l’avenir à couvert des entreprises des Chevaliers de la manchette, et la vue des gens qui passaient pour en être, me rappelant l’air et les gestes de mon effroyable Maure, m’a toujours inspiré tant d’horreur, que j’avais peine à la cacher. Au contraire, les femmes gagnèrent beaucoup dans mon esprit à cette comparaison : il me semblait que je leur devais en tendresse de sentiments, en hommage de ma personne, la réparation des offenses de mon sexe, et la plus laide guenon devenait à mes yeux un objet adorable, par le souvenir de ce faux Africain.
Pour lui, je ne sais ce qu’on put lui dire ; il ne me parut pas que, excepté la dame Lorenza, personne le vît de plus mauvais œil qu’auparavant. Cependant il ne m’accosta ni ne me parla plus. Huit jours après, il fut baptisé en grande cérémonie, et habillé de blanc de la tête aux pieds, pour représenter la candeur de son âme régénérée. Le lendemain il sortit de l’hospice et je ne l’ai jamais revu.
Mon tour vint un mois après ; car il fallut tout ce temps-là pour donner à mes directeurs l’honneur d’une conversion difficile, et l’on me fit passer en revue tous les dogmes pour triompher de ma nouvelle docilité.
Enfin, suffisamment instruit et suffisamment disposé au gré de mes maîtres, je fus mené processionnellement à l’église métropolitaine de Saint-Jean pour y faire une abjuration solennelle et recevoir les accessoires du baptême, quoiqu’on ne me baptisât pas réellement : mais comme ce sont à peu près les mêmes cérémonies, cela sert à persuader au peuple que les protestants ne sont pas chrétiens. J’étais revêtu d’une certaine robe grise, garnie de brandebourgs blancs, et destinée pour ces sortes d’occasions. Deux hommes portaient, devant et derrière moi, des bassins de cuivre, sur lesquels ils frappaient avec une clef, et où chacun mettait son aumône, au gré de sa dévotion ou de l’intérêt qu’il prenait au nouveau converti. Enfin, rien du faste catholique ne fut omis pour rendre la solennité plus édifiante pour le public, et plus humiliante pour moi. Il n’y eut que l’habit blanc, qui m’eût été fort utile, et qu’on ne me donna pas comme au Maure, attendu que je n’avais pas l’honneur d’être Juif.
Ce ne fut pas tout. Il fallut ensuite aller à l’Inquisition recevoir l’absolution du crime d’hérésie, et rentrer dans le sein de l’Église avec la même cérémonie à laquelle Henri IV fut soumis par son ambassadeur. L’air et les manières du très Révérend Père Inquisiteur n’étaient pas propres à dissiper la terreur secrète qui m’avait saisi en entrant dans cette maison. Après plusieurs questions sur ma foi, sur mon état, sur ma famille, il me demanda brusquement si ma mère était damnée. L’effroi me fit réprimer le premier mouvement de mon indignation ; je me contentai de répondre que je voulais espérer qu’elle ne l’était pas, et que Dieu avait pu l’éclairer à sa dernière heure. Le moine se tut, mais il fit une grimace qui ne me parut point du tout un signe d’approbation.
Tout cela fait, au moment où je pensais être enfin placé selon mes espérances, on me mit à la porte avec un peu plus de vingt francs en petite monnaie qu’avait produits ma quête. On me recommanda de vivre en bon chrétien, d’être fidèle à la grâce ; on me souhaita bonne fortune, on ferma sur moi la porte, et tout disparut.
Ainsi s’éclipsèrent en un instant toutes mes grandes espérances, et il ne me resta de la démarche intéressée que je venais de faire que le souvenir d’avoir été apostat[23] et dupe tout à la fois. Il est aisé de juger quelle brusque révolution dut se faire dans mes idées, lorsque de mes brillants projets de fortune je me vis tomber dans la plus complète misère, et qu’après avoir délibéré le matin sur le choix du palais que j’habiterais, je me vis le soir réduit à coucher dans la rue. On croira que je commençai par me livrer à un désespoir d’autant plus cruel que le regret de mes fautes devait s’irriter, en me reprochant que tout mon malheur était mon ouvrage. Rien de tout cela. Je venais pour la première fois de ma vie d’être enfermé pendant plus de deux mois ; le premier sentiment que je goûtai fut celui de la liberté que j’avais recouvrée. Après un long esclavage, redevenu maître de moi-même et de mes actions, je me voyais au milieu d’une grande ville abondante en ressources, pleine de gens de condition dont mes talents et mon mérite ne pouvaient manquer de me faire accueillir sitôt que j’en serais connu. J’avais de plus tout le temps d’attendre, et vingt francs que j’avais dans ma poche me semblaient un trésor qui ne pouvait s’épuiser. J’en pouvais disposer à mon gré, sans rendre compte à personne. C’était la première fois que je m’étais vu si riche. Loin de me livrer au découragement et aux larmes, je ne fis que changer d’espérances, et l’amour-propre n’y perdit rien. Jamais je ne me sentis tant de confiance et de sécurité ; je croyais déjà ma fortune faite, et je trouvais beau de n’en avoir l’obligation qu’à moi seul.
La première chose que je fis fut de satisfaire ma curiosité en parcourant toute la ville, quand ce n’eût été que pour faire un acte de ma liberté. J’allai voir monter la garde ; les instruments militaires me plaisaient beaucoup. Je suivis des processions ; j’aimais le faux-bourdon des prêtres ; j’allai voir le Palais du Roi ; j’en approchais avec crainte ; mais voyant d’autres gens entrer, je fis comme eux ; on me laissa faire. Peut-être dus-je cette grâce au petit paquet que j’avais sous le bras. Quoi qu’il en soit, je conçus une grande opinion de moi-même, en me trouvant dans ce palais ; déjà je m’en regardais presque comme un habitant. Enfin, à force d’aller et venir, je me lassai ; j’avais faim, il faisait chaud : j’entrai chez une marchande de laitage ; on me donna de la giuncà, du lait caillé, et avec deux grisses de cet excellent pain de Piémont que j’aime plus qu’aucun autre, je fis pour mes cinq ou six sols un des bons dîners que j’aie faits de mes jours.
Il fallut chercher un gîte. Comme je savais déjà assez de piémontais pour me faire entendre, il ne me fut pas difficile à trouver, et j’eus la prudence de le choisir plus selon ma bourse que selon mon goût.
He continued his reprimand by explaining many things to me that I did not know, but that he believed I already knew, convinced that I must have defended myself because I was aware of what was intended for me and refused to comply. He told me seriously that such behavior was just as reprehensible as licentiousness, but that in fact, the intention behind it was not any more offensive to the person affected than anything else; moreover, there was no reason to be so angered simply because one had been found to be amiable. Without any subtlety, he admitted that he himself had enjoyed the same “honor” in his youth, and that since he had been caught when unable to resist, he had not found it particularly cruel at all. He even went so far as to use my own words against me, assuming that the reason for my resistance was fear of pain, and assured me that such fear was unfounded and that there was nothing to worry about.
I listened to this wretch with growing astonishment, for he was not speaking for himself; it seemed as if he were instructing me solely for my own good. His words appeared so simple that he had not even bothered to conceal the true nature of their purpose; and we had an ecclesiastic present who was no less unafraid by all this than he was. His natural manner impressed me so deeply that I began to believe it must be some common practice in society, of which I had simply never had occasion to hear before. As a result, I listened to him without anger—but not without disgust. The memory of what had happened to me, and especially of what I had seen, remained so vivid in my mind that the mere thought of it still filled me with horror. Before I even realized it, my aversion toward him extended to his teachings as well, and I could no longer restrain myself from letting him see the harmful effect of his “lessons.” He gave me a look that was far from kind, and from then on, he did everything in his power to make my stay in that hospice as unpleasant as possible. He succeeded so well that, seeing no other way out, I hurriedly took advantage of the only one left—just as I had previously tried my best to avoid it.
This experience ensured that I would stay away from the dealings of those called “Knights of the Manchette” in the future. Moreover, the sight of people who pretended to be among them, and whose mannerisms reminded me of my dreadful Moorish companion, always filled me with such horror that I could hardly conceal it. On the contrary, women gained considerably in my mind through this comparison: I felt that I owed them tender feelings, as a tribute to their gender, as a way to atone for the insults inflicted upon my own sex. Thus, even the most unattractive woman became endearing in my eyes, thanks to the memory of that fake African man.
As for him, I don’t know what one could have said to him; it didn’t seem to me that, except for Lady Lorenza, anyone regarded him in a more unfavorable light than before. However, he neither approached me nor spoke to me again. Eight days later, he was baptized in a grand ceremony and dressed entirely in white, from head to toe, to symbolize the purity of his regenerated soul. The next day, he left the hospice, and I never saw him again.
My turn came a month later; for it took all that time to give my superiors the satisfaction of witnessing such a difficult transformation in me. They went over every doctrine with me in order to ensure that my newfound obedience was genuine.
Finally, having been sufficiently educated and sufficiently willing to comply with my masters’ wishes, I was led in a procession to the Metropolitan Church of Saint-Jean to perform a solemn abjuration and receive the items used for baptism, although I was not actually baptized. However, since these ceremonies are roughly the same, it serves to convince the people that Protestants are not Christians. I was dressed in a certain gray robe adorned with white buttons, designed for such occasions. Two men carried copper basins in front of and behind me; they struck them with keys, and everyone placed their donation into them, according to their devotion or the interest they took in the newly converted individual. In short, not a single aspect of Catholic pomp was omitted in order to make the ceremony more instructive for the public and more humiliating for me. The only thing missing was the white robe, which would have been of great use to me—but, since I did not enjoy the honor of being Jewish, it was not given to me, just as it had not been given to the Moor.
That was not all. I then had to go before the Inquisition to receive absolution for the crime of heresy and rejoin the Church through the same ceremony by which Henry IV had been subjected by his ambassador. The demeanor and manner of the Very Reverend Father Inquisitor were in no way conducive to dispelling the secret terror that had seized me upon entering that place. After several questions about my faith, my circumstances, and my family, he suddenly asked whether my mother was damned. Fear made me suppress my first impulse of indignation; I simply replied that I hoped she was not, and that God might have enlightened her in her final moments. The monk fell silent, but the expression on his face did not seem in any way indicative of approval.
After all this, just when I thought I had finally been placed in the position I desired, they kicked me out, giving me only a little over twenty francs in small change—what my efforts had managed to earn. They advised me to live as a good Christian, to remain faithful to grace; they wished me good luck, then closed the door behind me, and everything disappeared.
In an instant, all my great hopes vanished, and from the entire enterprise I had just undertaken, all that remained was the memory of having been both an apostate[23] and a fool. It is easy to imagine the drastic change that must have taken place in my thoughts when, from brilliant plans for prosperity, I found myself plunged into utter misery. After spending the morning deciding on which palace to inhabit, I ended up sleeping on the street that very evening. One might think I would have fallen into deep despair, especially since the regret of my mistakes only intensified, making me blame myself for all my misfortune. But nothing of the sort happened. For the first time in my life, I was confined for more than two months; my first feeling upon being freed was one of immense relief at having regained my liberty. After a long period of slavery, I had once again become the master of my own actions and decisions. I found myself in a large city full of resources, surrounded by people whose status and character would surely ensure that my talents and merits would bring me welcome as soon as they were known. Moreover, I had all the time in the world to wait, and the twenty francs I had in my pocket seemed like an inexhaustible treasure—something I could spend at will without having to account for it to anyone. It was the first time I had ever felt so wealthy. Far from becoming discouraged or crying, I simply changed my expectations, and my self-respect was not diminished in the slightest. For the first time, I felt such confidence and security; I already believed my fortune was secure, and I took pride in having to owe it to no one but myself.
The first thing I did was to satisfy my curiosity by walking throughout the entire city—just for the sake of exercising my freedom. I watched the troops mount guard; the military instruments pleased me greatly. I followed processions; I loved the false-bass sounds emitted by the priests’ instruments. I went to see the King’s Palace; I approached it with fear, but seeing other people enter, I did the same, and they allowed me to go in. Perhaps this favor was due to the small package I had under my arm. Anyway, being inside that palace, I gained a great sense of self-esteem; I almost began to consider myself one of its inhabitants. Eventually, after walking around for a while, I got tired; I was hungry and it was hot, so I went into a dairy shop. They gave me some giuncà and curdled milk, and along with two slices of that excellent Piedmontese bread which I prefer to any other, I had one of the best meals I have ever eaten for just five or six sols.
We had to find a place to stay. Since I already knew enough Piedmontese to make myself understood, it was not difficult for me to find one. And I took the precaution of choosing one based more on my budget than on my preferences.
Continuò la sua critica spiegandomi molte cose che ignoravo, ma che non riteneva mi fossero necessarie per comprendere, convinto che io mi fossi difeso sapendo ciò che mi si voleva fare e rifiutando semplicemente di cedere. Mi disse seriamente che si trattava di un’azione proibita, proprio come le attività licenziose, ma che in realtà l’intenzione non fosse affatto offensiva per la persona che ne era l’oggetto, e che quindi non ci fosse motivo di arrabbiarsi così tanto se si veniva trovati attraenti. Mi confessò senza mezzi termini che anche lui, da giovane, aveva ricevuto lo stesso “onore”, e che, essendo stato sorpreso in una situazione in cui non poteva resistere, non aveva trovato nulla di così crudele in quell’esperienza. Arrivò persino ad usare le mie stesse parole, supponendo che la ragione della mia resistenza fosse la paura del dolore, e mi assicurò che tale paura era infondata e che non c’era nulla di cui dovermi preoccupare.
Ascoltavo quell’individuo infame con un stupore sempre maggiore, poiché non parlava per sé stesso; sembrava che mi istruisse soltanto a mio vantaggio. Il suo discorso gli pareva così semplice da non aver nemmeno cercato di nascondere i veri intenti; e noi avevamo un ecclesiastico tra noi, il quale non era affatto spaventato da tutto ciò quanto lui. Quell’aria naturale lo rendeva così autorevole che finii per credere che si trattasse di una pratica comune nel mondo, di cui fino ad allora non avevo mai avuto occasione di conoscere l’esistenza. Per questo motivo continuai ad ascoltarlo senza rabbia, ma certo con disgusto. L’immagine di ciò che mi era accaduto, e soprattutto di ciò che avevo visto, rimaneva così profondamente impressa nella mia memoria che, ogni volta che ci pensavo, il cuore mi si stringeva nel petto. Senza che me ne rendessi conto, l’avversione verso quell’uomo si estese anche alle sue lezioni; non riuscii più a trattenermi dal far capire quanto fossero negative le sue influenze su di me. Lui mi lanciò uno sguardo poco cordiale, e da quel momento non risparmiò nulla per rendere il mio soggiorno in quell’ospizio il più sgradevole possibile. Riuscì nel suo intento a tal punto che, non vedendo altra via d’uscita, decisi immediatamente di andarmene, proprio come avevo cercato fino ad allora di evitare di rimanere lì.
Quell’avventura mi protesse, per il futuro, dalle imprese dei “Cavalieri della manica”; inoltre, vedere le persone che si fingevano membri di quella setta, e ricordare l’aspetto e i gesti del mio terribile “Mauro”, mi ispirava sempre un orrore tale da essere difficile da nascondere. Al contrario, le donne guadagnarono molto nella mia considerazione a seguito di questa comparazione: mi sembrava che dovessi loro, con sentimenti di tenerezza e rispetto per la mia persona, compensare le offese subite dal mio sesso. E persino la più brutta delle scimmie diventava, ai miei occhi, un oggetto adorabile, grazie al ricordo di quel falso africano.
Non so cosa si possa avergli detto; non mi sembrò che, ad eccezione della signora Lorenza, nessuno lo guardasse con cattivo occhio come prima. Tuttavia, non mi avvicinava più né parlava con me. Otto giorni dopo fu battezzato in una grande cerimonia e vestito di bianco dalla testa ai piedi, per rappresentare la purezza della sua anima rigenerata. Il giorno seguente lasciò l’ospizio e non lo ho mai più rivisto.
Il mio turno arrivò un mese dopo; perché ci volle tutto quel tempo per onorare i miei direttori con una conversione non facile, e mi fecero esaminare tutti i dogmi al fine di superare la mia nuova sottomissione.
Infine, sufficientemente istruito e disposto a seguire i voleri dei miei maestri, fui condotto in processione alla cattedrale di San Giovanni per compiere un’abiura solenne e ricevere gli oggetti necessari per il battesimo, anche se in realtà non venivo battezzato. Poiché si trattava comunque di cerimonie simili, ciò serviva a convincere la gente che i protestanti non fossero cristiani. Ero vestito con un abito grigio, decorato con stelle bianche, appositamente indossato per queste occasioni. Due uomini portavano davanti e dietro di me bacini di rame, sui quali battevano con una chiave; ognuno vi gettava la propria offerta, in base alla propria devozione o all’interesse che provava per il nuovo convertito. Infine, non fu tralasciato alcun elemento del fasto cattolico per rendere la cerimonia più edificante per il pubblico e più umiliante per me. Tranne l’abito bianco, che mi sarebbe stato molto utile, ma che non mi fu dato, come avvenne per i musulmani, poiché non avevo l’onore di essere ebreo.
Non era tutto. Fu necessario poi recarsi all’Inquisizione per ricevere l’assoluzione dal crimine di eresia e rientrare nel grembo della Chiesa con la stessa cerimonia a cui fu sottoposto Enrico IV tramite il suo ambasciatore. L’atteggiamento e i modi del molto Reverendo Padre Inquisitore non erano certo adatti a dissipare la terrore segreta che mi aveva assalito entrando in quella casa. Dopo diverse domande sulla mia fede, sul mio stato, sulla mia famiglia, mi chiese improvvisamente se mia madre fosse dannata. L’orrore mi impedì di esprimere subito la mia indignazione; mi limitai a rispondere che speravo di no, e che Dio avesse potuto illuminarla nell’ultimo momento della sua vita. Il monaco rimase in silenzio, ma fece una smorfia che non mi sembrò affatto un segno di approvazione.
Tutto ciò avvenne nel momento in cui pensavo finalmente di essere arrivato dove speravo; mi buttarono fuori di casa con poco più di venti franchi in moneta piccola, tutto ciò che avevo guadagnato con le mie ricerche. Mi consigliarono di vivere da buon cristiano, di essere fedele alla grazia divina; mi augurarono buona fortuna, chiusero la porta e tutto scomparve.
In un istante, tutte le mie grandi speranze svanirono; di quella azione interessata che avevo appena compiuto, non mi rimase che il ricordo di essere stato allo stesso tempo un apostata e una vittima di inganni. È facile immaginare la radicale trasformazione delle mie idee quando, da progetti brillanti per la mia fortuna, mi ritrovai precipitato nella più completa miseria: dopo aver deciso la mattina quale palazzo avrei abitato, la sera mi trovavo costretto a dormire in strada. Si potrebbe pensare che io caddi in un disperazione ancora più crudele poiché il rimorso dei miei errori diventava sempre più acuto, accusandomi di essere io stesso la causa della mia sfortuna. Ma non fu affatto così. Per la prima volta nella mia vita, fui rinchiuso per più di due mesi; il primo sentimento che provai fu quello della libertà appena ritrovata. Dopo una lunga schiavitù, essendo tornato padrone di me stesso e delle mie azioni, mi trovavo in mezzo a una grande città ricca di risorse, piena di persone di condizione sociale tale da farmi accogliere immediatamente non appena fossi stato conosciuto. Inoltre, avevo tutto il tempo necessario per aspettare; i venti franchi che avevo in tasca mi sembravano un tesoro inesauribile: potevo disporne a mio piacimento, senza dover rendere conto a nessuno. Era la prima volta che mi sentivo così ricco. Lontano dal lasciarmi prendere dallo sconforto o dalle lacrime, cambiai semplicemente le mie aspettative. E il mio orgoglio non ne risentì affatto. Per la prima volta nella mia vita, provai una tale fiducia in me stesso e una tale sicurezza. Credevo già di aver realizzato la mia fortuna. E trovavo bello il fatto che essa dipendesse soltanto da me stesso.
La prima cosa che feci fu soddisfare la mia curiosità esplorando tutta la città, anche solo per esercitare il mio diritto alla libertà. Andai a vedere come veniva schierata la guardia; gli strumenti militari mi piacevano molto. Seguii delle processioni; amavo il suono dei flauti dei sacerdoti; andai anche a visitare il Palazzo del Re; mi avvicinai con timore, ma vedendo altre persone entrare, feci come loro e mi lasciarono passare. Forse questa gentilezza fu dovuta al piccolo pacchetto che avevo sotto il braccio. Comunque sia, rimasi molto compiaciuto di me stesso trovandomi in quel palazzo; già mi consideravo quasi uno dei suoi abitanti. Alla fine, dopo aver camminato a lungo, mi stancai; avevo fame e faceva caldo: entrai in una bottega di latticini; mi diedero giuncà, latte cagliato, e con due fette di quel delizioso pane piemontese che amo più di ogni altro, preparai uno dei migliori pasti che abbia mai fatto in vita mia.
Fu necessario cercare un alloggio. Poiché conoscevo abbastanza il dialetto piemontese per farmi capire, non mi fu difficile trovarne uno; inoltre, fui saggio a sceglierlo più in base alle mie possibilità finanziarie che ai miei gusti personali.
On m’enseigna[24] dans la rue du Pô la femme d’un soldat qui retirait à un sol par nuit des domestiques hors de service. Je trouvai chez elle un grabat vide, et je m’y établis. Elle était jeune et nouvellement mariée, quoiqu’elle eût déjà cinq ou six enfants. Nous couchâmes tous dans la même chambre, la mère, les enfants, les hôtes ; et cela dura de cette façon tant que je restai chez elle. Au demeurant c’était une bonne femme, jurant comme un charretier, toujours débraillée et décoiffée, mais douce de cœur, officieuse, qui me prit en amitié, et qui même me fut utile.
Je passai plusieurs jours à me livrer uniquement au plaisir de l’indépendance et de la curiosité. J’allais errant dedans et dehors la ville, furetant, visitant tout ce qui me paraissait curieux et nouveau ; et tout l’était pour un jeune homme sortant de sa niche, qui n’avait jamais vu de capitale. J’étais surtout fort exact à faire ma cour, et j’assistais régulièrement tous les matins à la messe du Roi. Je trouvais beau de me voir dans la même chapelle avec ce Prince et sa suite : mais ma passion pour la musique, qui commençait à se déclarer, avait plus de part à mon assiduité que la pompe de la Cour, qui, bientôt vue et toujours la même, ne frappe pas longtemps. Le roi de Sardaigne avait alors la meilleure symphonie de l’Europe. Somis, Desjardins, les Bezozzi y brillaient alternativement. Il n’en fallait pas tant pour attirer un jeune homme que le jeu du moindre instrument, pourvu qu’il fût juste, transportait d’aise. Du reste, je n’avais pour la magnificence qui frappait mes yeux qu’une admiration stupide et sans convoitise. La seule chose qui m’intéressât dans tout l’éclat de la cour était de voir s’il n’y aurait point là quelque jeune Princesse qui méritât mon hommage, et avec laquelle je pusse faire un roman.
Je faillis en commencer un dans un état moins brillant, mais où, si je l’eusse mis à fin, j’aurais trouvé des plaisirs mille fois plus délicieux.
Quoique je vécusse avec beaucoup d’économie, ma bourse insensiblement s’épuisait. Cette économie, au reste, était moins l’effet de la prudence que d’une simplicité de goût que même aujourd’hui l’usage des grandes tables n’a point altéré. Je ne connaissais pas et je ne connais pas encore de meilleure chère que celle d’un repas rustique. Avec du laitage, des œufs, des herbes, du fromage, du pain bis et du vin passable, on est toujours sûr de me bien régaler ; mon bon appétit fera le reste, quand un maître d’hôtel et des laquais autour de moi ne me rassasieront pas de leur importun aspect. Je faisais alors de beaucoup meilleurs repas, avec six ou sept sols de dépense, que je ne les ai faits depuis à six ou sept francs. J’étais donc sobre, faute d’être tenté de ne pas l’être : encore ai-je tort d’appeler tout cela sobriété, car j’y mettais toute la sensualité possible. Mes poires, ma giuncà, mon fromage, mes grisses, et quelques verres d’un gros vin de Montferrat à couper par tranches, me rendaient le plus heureux des gourmands. Mais encore avec tout cela pouvait-on voir la fin de vingt livres. C’était ce que j’apercevais plus sensiblement de jour en jour, et malgré l’étourderie de mon âge, mon inquiétude sur l’avenir alla bientôt jusqu’à l’effroi. De tous mes châteaux en Espagne, il ne me resta que celui de chercher une occupation qui me fît vivre, encore n’était-il pas facile à réaliser. Je songeai à mon ancien métier ; mais je ne le savais pas assez pour aller travailler chez un maître, et les maîtres même n’abondaient pas à Turin. Je pris donc, en attendant mieux, le parti d’aller m’offrir de boutique en boutique pour graver un chiffre ou des armes sur de la vaisselle, espérant tenter les gens par le bon marché, en me mettant à leur discrétion. Cet expédient ne fut pas fort heureux. Je fus presque partout éconduit, et ce que je trouvais à faire était si peu de chose, qu’à peine y gagnai-je quelques repas. Un jour, cependant, passant d’assez bon matin dans la Contrà nova, je vis, à travers les vitres d’un comptoir, une jeune marchande de si bonne grâce et d’un air si attirant, que, malgré ma timidité près des dames, je n’hésitai pas d’entrer et de lui offrir mon petit talent. Elle ne me rebuta point, me fit asseoir, conter ma petite histoire, me plaignit, me dit d’avoir bon courage, et que les bons chrétiens ne m’abandonneraient pas ; puis, tandis qu’elle envoyait chercher, chez un orfèvre du voisinage, les outils dont j’avais dit avoir besoin, elle monta dans sa cuisine, et m’apporta elle-même à déjeuner. Ce début me parut de bon augure ; la suite ne le démentit pas. Elle parut contente de mon petit travail, encore plus de mon petit babil quand je me fus un peu rassuré ; car elle était brillante et parée, et, malgré son air gracieux, cet éclat m’en avait imposé. Mais son accueil plein de bonté, son ton compatissant, ses manières douces et caressantes, me mirent bientôt à mon aise. Je vis que je réussissais, et cela me fit réussir davantage. Mais quoique Italienne, et trop jolie pour n’être pas un peu coquette, elle était pourtant si modeste, et moi si timide, qu’il était difficile que cela vînt sitôt à bien. On ne nous laissa pas le temps d’achever l’aventure. Je ne m’en rappelle qu’avec plus de charmes les courts moments que j’ai passés auprès d’elle, et je puis dire y avoir goûté dans leurs prémices les plus doux ainsi que les plus purs plaisirs de l’amour.
C’était une brune extrêmement piquante, mais dont le bon naturel peint sur son joli visage rendait la vivacité touchante. Elle s’appelait Mme Basile. Son mari, plus âgé qu’elle et passablement jaloux, la laissait, durant ses voyages, sous la garde d’un commis trop maussade pour être séduisant, et qui ne laissait pas d’avoir des prétentions pour son compte, qu’il ne montrait guère que par sa mauvaise humeur. Il en prit beaucoup contre moi, quoique j’aimasse à l’entendre jouer de la flûte, dont il jouait assez bien. Ce nouvel Égisthe grognait toujours quand il me voyait entrer chez sa dame : il me traitait avec un dédain qu’elle lui rendait bien. Il semblait même qu’elle se plût, pour le tourmenter, à me caresser en sa présence, et cette sorte de vengeance, quoique fort de mon goût, l’eût été bien plus dans le tête-à-tête. Mais elle ne la poussait pas jusque-là, ou du moins ce n’était pas de la même manière. Soit qu’elle me trouvât trop jeune, soit qu’elle ne sût point faire les avances, soit qu’elle voulût sérieusement être sage, elle avait alors une sorte de réserve qui n’était pas repoussante, mais qui m’intimidait sans que je susse pourquoi. Quoique je ne me sentisse pas pour elle ce respect aussi vrai que tendre que j’avais pour Mme de Warens, je me sentais plus de crainte et bien moins de familiarité. J’étais embarrassé, tremblant ; je n’osais la regarder, je n’osais respirer auprès d’elle ; cependant je craignais plus que la mort de m’en éloigner. Je dévorais d’un œil avide tout ce que je pouvais regarder sans être aperçu : les fleurs de sa robe, le bout de son joli pied, l’intervalle d’un bras ferme et blanc qui paraissait entre son gant et sa manchette, et celui qui se faisait quelquefois entre son tour de gorge et son mouchoir. Chaque objet ajoutait à l’impression des autres. À force de regarder ce que je pouvais voir, et même au-delà, mes yeux se troublaient, ma poitrine s’oppressait, ma respiration, d’instant en instant plus embarrassée, me donnait beaucoup de peine à gouverner, et tout ce que je pouvais faire était de filer sans bruit des soupirs fort incommodes dans le silence où nous étions assez souvent. Heureusement Mme Basile occupée à son ouvrage, ne s’en apercevait pas, à ce qu’il me semblait. Cependant je voyais quelquefois, par une sorte de sympathie, son fichu se renfler assez fréquemment. Ce dangereux spectacle achevait de me perdre, et quand j’étais prêt à céder à mon transport, elle m’adressait quelque mot d’un ton tranquille qui me faisait rentrer en moi-même à l’instant.
Je la vis plusieurs fois seule de cette manière, sans que jamais un mot, un geste, un regard même trop expressif marquât entre nous la moindre intelligence. Cet état, très tourmentant pour moi, faisait cependant mes délices, et à peine dans la simplicité de mon cœur pouvais-je imaginer pourquoi j’étais si tourmenté. Il paraissait que ces petits tête-à-tête ne lui déplaisaient pas non plus, du moins elle en rendait les occasions assez fréquentes ; soin bien gratuit assurément de sa part pour l’usage qu’elle en faisait et qu’elle m’en laissait faire.
I was taught[24] on the Rue du Pô that the wife of a soldier would take in off-duty servants every night. I found an empty bed there and settled down. She was young and newly married, although she already had five or six children. We all slept in the same room—the mother, the children, and the “guests”; this continued throughout my stay with her. Nevertheless, she was a good woman—she swore like a cartwright, was always disheveled and untidy, but she had a kind heart and was very helpful to me.
I spent several days entirely devoted to the pleasures of independence and curiosity. I wandered throughout the city, exploring everything that seemed interesting or new to me—a young man fresh out of his provincial life who had never seen a capital before. In particular, I made a point of attending the King’s morning mass every day. It pleased me to see myself in the same chapel as the Prince and his entourage; yet my growing passion for music was the true reason for my regular attendance, rather than the pomp of court, which, after being seen once, soon loses its appeal due to its predictability. At that time, the King of Sardinia had the finest orchestra in Europe— musicians like Somis, Desjardins, and the Bezozzis took turns performing there. Such a setting was more than enough to captivate a young man, for even the simplest instrument, when played skillfully, could bring immense delight. As for the grandeur that surrounded me, I could only regard it with foolish admiration, devoid of any desire for it. The only thing that truly interested me about all the court’s splendor was whether there might be some young princess there worthy of my attention and with whom I could engage in a romantic affair.
I almost began one in a less splendid state, but if I had completed it, I would have found pleasures thousands of times more delightful.
Although I lived very frugally, my money gradually ran out. Moreover, this frugality was less the result of prudence than rather a simple taste that even today, the use of lavish tables has not altered in the slightest. I knew none—and still know none—better enjoyment than that of a simple meal. With some dairy products, eggs, herbs, cheese, fresh bread, and decent wine, one is always sure to have a good meal; my good appetite does the rest, especially when there are no obnoxious waiters or servants around me. At that time, I could enjoy much better meals for six or seven sous than I can now for six or seven francs. So I was frugal—not because I was tempted not to be—but perhaps I am wrong to call this frugality; after all, I put all my sensual pleasures into it. My pears, my giuncà, my cheese, my fats, and a few glasses of rich Montferrat wine made me one of the happiest gluttons. Yet even with all that, twenty pounds could easily be spent in just a few days. This was something I could see clearly day by day, and despite my youthful recklessness, my anxiety about the future soon turned into fear. Of all my properties in Spain, only one remained: finding some occupation to support myself—but that was not easy to achieve. I thought of returning to my old trade, but I didn’t know enough to work for someone else, and there weren’t many masters in Turin anyway. So, in the meantime, I decided to try offering my services at various shops, engraving numbers or coats of arms on dishes, hoping to attract customers with low prices and by being discreet. But this plan wasn’t very successful. Almost everywhere I was turned away, and the work I managed to find paid so little that it barely covered my expenses. One morning, as I walked through the Contrà nova, I saw a young merchant woman inside a shop whose pleasant demeanor and attractive appearance made me, despite my shyness around women, decide to enter and offer my services. She didn’t reject me; she invited me to sit down, listened to my story, sympathized with my plight, and encouraged me to stay hopeful, saying that good people wouldn’t abandon me. While she sent someone to fetch the tools I needed from a nearby goldsmith, she went into her kitchen herself and brought me lunch. This start seemed promising; the rest proved it to be even better. She was satisfied with my work—and even more so with my chatter once I had relaxed a bit; after all, she was elegant and well-dressed, and despite her gentle demeanor, her presence commanded respect. Her kind welcome, her sympathetic tone, and her soft, affectionate manners soon made me feel at ease. I saw that I was succeeding—and this success encouraged me even more. But although she was Italian, and too pretty to not be a bit coquettish, she was nevertheless so modest, and I was so shy, that it was difficult for things to develop quickly between us. We were not given the chance to pursue our relationship further. I only remember the brief moments I spent with her with even greater fondness; I can say that I experienced in their very beginnings both the sweetest and purest pleasures of love.
She was a very strikingly beautiful brunette, but her kind nature, reflected on her lovely face, made her liveliness endearing. Her name was Madame Basile. Her husband, older than her and rather jealous, left her in the care of a rather gloomy clerk during her travels—a man who was far from attractive but who certainly took liberties with her, especially through his bad temper. He resented me greatly, even though I enjoyed listening to him play the flute quite well. This new “Egisthe” always grumbled whenever he saw me enter his wife’s room; he treated me with such disdain that she seemed to return it in kind. In fact, it seemed she took pleasure in teasing him by caressing me in his presence. Such revenge, though very much to my liking, would have been far more effective in private. But she didn’t go that far—at least not in that way. Perhaps she thought I was too young, perhaps she didn’t know how to make such advances, or perhaps she truly intended to be virtuous. In any case, she maintained a certain reserve that wasn’t unpleasant, but it intimidated me without that I could quite understand why. Although I didn’t feel for her that same sincere and tender respect I had for Madame de Warens, I felt far more fear than familiarity toward her. I was embarrassed, trembling; I didn’t dare look at her, I didn’t dare breathe near her—but yet I feared even more the thought of leaving her. I eagerly watched everything I could without being seen: the flowers on her dress, the tip of her beautiful foot, the space between her firm, white arm and her glove, and sometimes the space between her neck and her handkerchief. Each detail only added to the overall effect. After staring at what I could see—and even beyond that—my eyes began to blur, my chest tightened, and my breathing became increasingly difficult. All I could manage was to let out quiet, uncomfortable sighs in the silence we often shared. Fortunately, Madame Basile, engrossed in her work, seemed not to notice. Nevertheless, sometimes, through some kind of sympathetic reaction, I could see the hem of her dress rising slightly. This dangerous sight was enough to drive me completely mad; just when I was on the verge of losing control of myself, she would say something in a calm tone that instantly brought me back to my senses.
I saw her alone in this manner on several occasions, and not once did a single word, gesture, or even a particularly expressive look indicate the slightest understanding between us. This state was extremely tormenting for me, yet it also brought me great delight; in the simplicity of my heart, I could hardly understand why I felt such anguish. It seemed that these brief encounters did not displeasure her either—indeed, she made sure they occurred quite frequently. Undoubtedly, this was a very generous gesture on her part, considering both how she utilized them and how she allowed me to do so as well.
Mi è stato insegnato[24] in rue du Pô che la moglie di un soldato prendeva ogni notte, per un sol, delle domestiche non in servizio. Trovai da lei un letto vuoto e vi mi stabilii. Era giovane e appena sposata, anche se già aveva cinque o sei figli. Dormivamo tutti nella stessa stanza: la madre, i bambini e gli ospiti; e questa situazione continuò finché rimasi da lei. Comunque, era una brava donna: imprecava come un carrettiere, era sempre in disordine e con i capelli sciolti, ma aveva un cuore gentile ed era molto premurosa nei miei confronti; anzi, mi fu davvero d’aiuto.
Trascorsi diversi giorni dedicandomi esclusivamente al piacere dell’indipendenza e della curiosità. Vagavo per la città, esplorando tutto ciò che mi sembrava interessante e nuovo; per un giovane appena uscito dalla sua “tana” e mai visto una capitale prima d’allora, tutto era davvero nuovo e affascinante. Ero particolarmente attento alle mie “doveri di corte”, assistendo regolarmente ogni mattina alla messa del Re. Mi piaceva molto trovarmi nella stessa chiesa con quel Principe e la sua scorta; tuttavia, la mia passione per la musica, che iniziava a manifestarsi, spiegava meglio la mia assiduità rispetto alla pompa della Corte, che, essendo sempre la stessa e facilmente osservabile, non riusciva a suscitare un vero interesse a lungo termine. All’epoca, il re di Sardegna disponeva della migliore orchestra d’Europa: Somis, Desjardins e i Bezozzi vi brillavano alternativamente. Non occorreva certo molto per attirare un giovane. Il suono di qualsiasi strumento, purché ben eseguito, bastava a procurarmi grande piacere. Del resto, di fronte alla magnificenza che mi circondava, provavo soltanto un’ammirazione stupida e priva di desideri. L’unica cosa che mi interessasse davvero in tutto quel lusso era scoprire se ci fosse qualche giovane principessa degna del mio rispetto, e con la quale poter intraprendere una “storia d’amore”.
Stavo per iniziarne uno in condizioni meno favorevoli, ma se l’avessi portato a termine, avrei trovato piaceri mille volte più deliziosi.
Nonostante vivesse in modo molto frugale, il mio denaro si esauriva lentamente. Questa parsimonia, del resto, era meno dovuta alla prudenza che a una semplicità di gusti che nemmeno l’uso delle tavole raffinate di oggi è riuscito a alterare. Non conoscevo e non conosco ancora nulla di meglio di un pasto rustico: con latte, uova, erbe, formaggio, pane bianco e vino passabile, si può sempre essere certi di godersi bene; il mio buon appetito fa il resto, anche se la presenza di camerieri e servitori potrebbe rivelarsi fastidiosa. All’epoca, con sei o sette soldi di spesa, facevo pasti molto migliori di quelli che faccio oggi spendendo sei o sette franchi. Ero quindi sobrio, perché non c’era nulla che potesse tentarmi a non esserlo; tuttavia, forse è un errore definire tutto ciò “sobrietà”, visto che vi mettevo tutta la mia sensualità possibile. Le mie pere, il mio formaggio, le mie carni grasse, e qualche bicchiere di vino robusto del Montferrat mi rendevano uno dei più felici gourmandi. Ma anche con tutto ciò, i venti libri che avevo risparmiato stavano per finire. Questo lo notavo sempre più chiaramente giorno dopo giorno; nonostante la leggerezza della mia età, l’ansia per il futuro iniziava a diventare paura. Di tutti i miei castelli in Spagna, mi rimase solo quello di cercare un modo per guadagnarmi da vivere, anche se non era affatto facile. Pensai al mio vecchio mestiere, ma non ne conoscevo abbastanza i dettagli per poter lavorare presso qualcuno; inoltre, a Torino i maestri non erano certo abbondanti. Così, nell’attesa di qualcosa di meglio, decisi di provare a offrire le mie capacità in varie botteghe, sperando di attirare la gente con i prezzi convenienti e di guadagnarmi da vivere così. Ma questo tentativo non ebbe molto successo: quasi ovunque fui rifiutato; il lavoro che trovavo era così poco remunerativo che a malapena mi permetteva di mangiare. Un giorno, però, passando presto al mattino nella Contrà Nova, vidi, attraverso le vetrine di un negozio, una giovane venditrice così attraente e gentile che, nonostante la mia timidezza con le donne, decisi di entrare e mostrarle le mie capacità. Non mi respinse; mi fece sedere, ascoltò la mia storia, si commosse per me e mi incoraggiò a non perdere speranza. Poi, mentre mandava a prendere gli strumenti di cui avevo bisogno da un orfèvre del vicinato, salì in cucina e mi portò lei stessa il pranzo. Questo inizio mi sembrò promettente; la successiva evoluzione delle cose non lo deluse affatto. Sembrava contenta del mio lavoro, e ancora di più del mio modo di parlare, quando mi ero un po’ rilassato, perché era una donna elegante e ben vestita, e quel suo aspetto affascinante mi aveva colpito. Ma il suo calore umano, il tono comprensivo, le sue maniere dolci e premurose mi fecero sentire a mio agio molto presto. Vidi che stavo avendo successo, e questo mi aiutò ad avere ancora più successo. Ma sebbene fosse italiana e troppo bella per non essere un po’ vanitosa, era comunque così umile, e io così timida, che era difficile che le cose andassero subito bene. Non ci fu dato il tempo di completare quella “avventura”. Ricordo solo i brevi momenti trascorsi al suo fianco con ancora più intensità; posso dire di aver assaporato nelle loro prime fasi i piaceri più dolci e puri dell’amore.
Era una donna bruna, estremamente vivace e attraente, ma la sua buona natura, visibile sul suo bel viso, rendeva quella vivacità particolarmente toccante. Si chiamava signora Basile. Suo marito, più anziano di lei e piuttosto geloso, la lasciava, durante i suoi viaggi, sotto la protezione di un commesso troppo cupo per essere attraente, il quale non mancava mai di fare delle avances nei suoi confronti, dimostrandole apertamente il suo interesse soltanto attraverso il suo cattivo umore. Quest’ultimo nutriva grande antipatia verso di me, anche se mi piaceva ascoltarlo suonare la flauta, che suonava abbastanza bene. Questo nuovo “Egisto” brontolava sempre quando mi vedeva entrare nella casa della sua donna; mi trattava con disprezzo, e lei gli rispondeva allo stesso modo. Sembra addirittura che, per tormentarlo, si compiacesse nel coccolarmi in sua presenza. Una vendetta del genere, sebbene molto gradita a me, sarebbe stata ancora più efficace in privato. Ma lei non andava fino a quel punto, o almeno non lo faceva nello stesso modo. Forse perché mi trovava troppo giovane, forse perché non sapeva come approcciarsi, o forse perché voleva davvero comportarsi con saggezza. Comunque fosse, manteneva una sorta di riserbo che non era certo respingente, ma che mi intimidiva senza che io sapessi esattamente il motivo. Anche se non provavo per lei quel rispetto sincero e affettuoso che provavo per la signora de Warens, sentivo molto più paura e molto meno familiarità. Ero imbarazzato, tremavo; non osavo guardarla, non osavo nemmeno respirare vicino a lei. Tuttavia temevo ancora di più allontanarmi da lei, divoravo con gli occhi tutto ciò che potevo vedere senza essere visto: i fiori del suo abito, la punta del suo bel piede, lo spazio tra il suo guanto e la manica. Ogni dettaglio rafforzava l’impressione generale che lei suscitava in me. Dopo aver fissato a lungo tutto ciò che potevo vedere, i miei occhi iniziavano a confondersi, il mio petto si stringeva, la mia respirazione diventava sempre più difficile. Tutto ciò mi causava grande sofferenza. L’unica cosa che riuscivo a fare era sospirare silenziosamente, nel silenzio in cui spesso ci trovavamo. Fortunatamente, la signora Basile, impegnata nel suo lavoro, non se ne accorgeva. Tuttavia, a volte, per una sorta di simpatia reciproca, il suo fazzoletto si gonfiava leggermente. Quella vista pericolosa finiva per farmi perdere completamente il controllo di me stesso. Ma quando stavo per cedere alla mia emozione, lei mi diceva qualcosa con un tono tranquillo che mi faceva immediatamente tornare in me.
L’ho vista più volte in questo modo, da sola; mai una parola, un gesto, nemmeno uno sguardo troppo esplicito hanno segnato tra di noi il minimo segno di intesa. Questo stato, molto tormentoso per me, era tuttavia la mia delizia; nella semplicità del mio cuore, non riuscivo quasi a capire perché fossi così turbato. Sembra che anche a lei questi brevi incontri non dispiacessero, almeno li rendeva abbastanza frequenti. Un vero e proprio gesto di gentilezza da parte sua, considerando l’uso che ne faceva e quello che mi permetteva di farne.
Un jour qu’ennuyée des sots colloques du commis elle avait monté dans sa chambre, je me hâtai, dans l’arrière-boutique où j’étais, d’achever ma petite tâche et je la suivis. Sa chambre était entr’ouverte ; j’y entrai sans être aperçu. Elle brodait près d’une fenêtre, ayant, en face, le côté de la chambre opposé à la porte. Elle ne pouvait me voir entrer, ni m’entendre, à cause du bruit que des chariots faisaient dans la rue. Elle se mettait toujours bien : ce jour-là sa parure approchait de la coquetterie. Son attitude était gracieuse, sa tête un peu baissée laissait voir la blancheur de son cou ; ses cheveux relevés avec élégance étalent ornés de fleurs. Il régnait dans toute sa figure un charme que j’eus le temps de considérer, et qui me mit hors de moi. Je me jetai à genoux à l’entrée de la chambre, en tendant les bras vers elle d’un mouvement passionné, bien sûr qu’elle ne pouvait m’entendre, et ne pensant pas qu’elle pût me voir : mais il y avait à la cheminée une glace qui me trahit. Je ne sais quel effet ce transport fit sur elle ; elle ne me regarda point, ne me parla point ; mais tournant à demi la tête, d’un simple mouvement de doigt, elle me montra la natte à ses pieds. Tressaillir, pousser un cri, m’élancer à la place qu’elle m’avait marquée, ne fut pour moi qu’une même chose : mais ce qu’on aurait peine à croire est que dans cet état je n’osai rien entreprendre au-delà, ni dire un seul mot, ni lever les yeux sur elle, ni la toucher même, dans une attitude aussi contrainte, pour m’appuyer un instant sur ses genoux. J’étais muet, immobile : mais non pas tranquille assurément : tout marquait en moi l’agitation, la joie, la reconnaissance, les ardents désirs incertains dans leur objet, et contenus par la frayeur de déplaire sur laquelle mon jeune cœur ne pouvait se rassurer.
Elle ne paraissait ni plus tranquille ni moins timide que moi. Troublée de me voir là, interdite de m’y avoir attiré, et commençant à sentir toute la conséquence d’un signe partir sans doute avant la réflexion, elle ne m’accueillait ni me repoussait, elle n’ôtait pas les yeux de dessus son ouvrage, elle tâchait de faire comme si elle ne m’eût pas vu à ses pieds : mais toute ma bêtise ne m’empêchait pas de juger qu’elle partageait mon embarras, peut-être mes désirs, et qu’elle était retenue par une honte semblable à la mienne, sans que cela me donnât la force de la surmonter. Cinq ou six ans qu’elle avait de plus que moi devaient, selon moi, mettre de son côté toute la hardiesse, et je me disais que, puisqu’elle ne faisait rien pour exciter la mienne, elle ne voulait pas que j’en eusse. Même encore aujourd’hui je trouve que je pensais juste, et sûrement elle avait trop d’esprit pour ne pas voir qu’un novice tel que moi avait besoin non seulement d’être encouragé, mais d’être instruit.
Je ne sais comment eût fini cette scène vive et muette, ni combien de temps j’aurais demeuré immobile dans cet état ridicule et délicieux, si nous n’eussions été interrompus. Au plus fort de mes agitations, j’entendis ouvrir la porte de la cuisine, qui touchait la chambre où nous étions, et Mme Basile alarmée me dit vivement de la voix et du geste : Levez-vous, voici Rosina. En me levant en hâte, je saisis une main qu’elle me tendait, et j’y appliquai deux baisers brûlants, au second desquels je sentis cette charmante main se presser un peu contre mes lèvres. De mes jours je n’eus un si doux moment : mais l’occasion que j’avais perdue ne revint plus, et nos jeunes amours en restèrent là.
C’est peut-être pour cela même que l’image de cette aimable femme est restée empreinte au fond de mon cœur en traits si charmants. Elle s’y est même embellie à mesure que j’ai mieux connu le monde et les femmes. Pour peu qu’elle eût eu d’expérience, elle s’y fût prise autrement pour animer un petit garçon : mais si son cœur était faible, il était honnête ; elle cédait involontairement au penchant qui l’entraînait : c’était, selon toute apparence, sa première infidélité, et j’aurais peut-être eu plus à faire à vaincre sa honte que la mienne. Sans être venu là, j’ai goûté près d’elle des douceurs inexprimables. Rien de tout ce que m’a fait sentir la possession des femmes ne vaut les deux minutes que j’ai passées à ses pieds sans même oser toucher à sa robe. Non, il n’y a point de jouissances pareilles à celles que peut donner une honnête femme qu’on aime ; tout est faveur auprès d’elle. Un petit signe du doigt, une main légèrement pressée contre ma bouche, sont les seules faveurs que je reçus jamais de Mme Basile, et le souvenir de ces faveurs si légères me transporte encore en y pensant.
Les deux jours suivants, j’eus beau guetter un nouveau tête-à-tête, il me fut impossible d’en trouver le moment, et je n’aperçus de sa part aucun soin pour le ménager. Elle eut même le maintien non plus froid, mais plus retenu qu’à l’ordinaire, et je crois qu’elle évitait mes regards, de peur de ne pouvoir assez gouverner les siens. Son maudit commis fut plus désolant que jamais : il devint même railleur, goguenard ; il me dit que je ferais mon chemin près des dames. Je tremblais d’avoir commis quelque indiscrétion, et, me regardant déjà comme d’intelligence avec elle, je voulus couvrir du mystère un goût qui jusqu’alors n’en avait pas grand besoin. Cela me rendit plus circonspect à saisir les occasions de le satisfaire, et à force de les vouloir sûres, je n’en trouvai plus du tout.
Voici encore une autre folie romanesque dont jamais je n’ai pu me guérir, et qui, jointe à ma timidité naturelle, a beaucoup démenti les prédictions du commis. J’aimais trop sincèrement, trop parfaitement, j’ose dire, pour pouvoir aisément être heureux. Jamais passions ne furent en même temps plus vives et plus pures que les miennes, jamais amour ne fut plus tendre, plus vrai, plus désintéressé. J’aurais mille fois sacrifié mon bonheur à celui de la personne que j’aimais ; sa réputation m’était plus chère que ma vie, et jamais pour tous les plaisirs de la jouissance je n’aurais voulu compromettre un moment son repos. Cela m’a fait apporter tant de soins, tant de secret, tant de précaution dans mes entreprises, que jamais aucune n’a pu réussir. Mon peu de succès près des femmes est toujours venu de les trop aimer.
Pour revenir au flûteur Égisthe, ce qu’il y avait de singulier, était qu’en devenant plus insupportable, le traître semblait devenir plus complaisant. Dès le premier jour que sa dame m’avait pris en affection, elle avait songé à me rendre utile dans le magasin. Je savais passablement l’arithmétique ; elle lui avait proposé de m’apprendre à tenir les livres ; mais mon bourru reçut très mal la proposition, craignant peut-être d’être supplanté. Ainsi tout mon travail après mon burin était de transcrire quelques comptes et mémoires, de mettre au net quelques livres, et de traduire quelques lettres de commerce d’italien en français. Tout d’un coup mon homme s’avisa de revenir à la proposition faite et rejetée, et dit qu’il m’apprendrait les comptes à parties doubles ; et qu’il voulait me mettre en état d’offrir mes services à M. Basile, quand il serait de retour. Il y avait dans son ton, dans son air, je ne sais quoi de faux, de malin, d’ironique, qui ne me donnait pas de la confiance. Mme Basile, sans attendre ma réponse, lui dit sèchement que je lui étais obligé de ses offres, qu’elle espérait que la fortune favoriserait enfin mon mérite, et que ce serait grand dommage qu’avec tant d’esprit je ne fusse qu’un commis.
One day, tired of the foolish conversations of the clerk, she went up to her room. I hurriedly finished my little task in the back store and followed her. Her room was slightly open; I entered without being seen. She was embroidering near a window, with the side of the room opposite the door facing her. She could neither see me enter nor hear me, because of the noise made by carts in the street. She always dressed herself elegantly; that day, her attire bordered on coquetry. Her posture was graceful; her head slightly lowered revealed the whiteness of her neck; her hair, neatly piled back, was adorned with flowers. There was a charm throughout her entire appearance that I had time to observe—and it overwhelmed me completely. I knelt at the entrance of the room, stretching out my arms toward her in an impassioned gesture. Of course, she could not hear me, nor did she think she could see me; but there was a mirror by the fireplace that betrayed me. I don’t know what effect this outburst had on her; she neither looked at me nor spoke to me. But turning her head slightly with just a flick of her finger, she pointed to the mat at her feet. To tremble, to cry out, to rush to the place she had indicated—these were all one and the same for me. Yet what is hard to believe is that in such a state, I did not dare to do anything more: not a single word, not a glance at her, not even the slightest touch, as I stood there, constrained, trying to lean against her knees for a moment. I was silent, motionless—but certainly not calm. Everything about me reflected agitation, joy, gratitude, and intense desires—desires whose objects were uncertain and held in check by fear of displeasing her, a fear that my young heart could never overcome.
She neither seemed more calm nor less timid than I was. Troubled by my presence there, ashamed that she had drawn me to her, and beginning to realize the full consequences of an impulsive action taken without proper thought, she neither welcomed me nor pushed me away; she kept her eyes fixed on her work, trying to act as if she hadn’t noticed me at her feet. But all my foolishness couldn’t prevent me from realizing that she shared my embarrassment—and perhaps even my desires—and that some kind of shame, similar to mine, was holding her back, though it didn’t give me the strength to overcome it. The fact that she was five or six years older than me surely gave her more courage; I thought that since she wasn’t doing anything to encourage mine, she probably didn’t want me to have any at all. Even today, I still believe I was right—and surely she was intelligent enough to understand that a novice like me needed not only encouragement but also guidance.
I have no idea how that lively and silent scene would have ended, nor how long I would have remained motionless in that ridiculous yet delightful state, had we not been interrupted. At the height of my agitation, I heard the kitchen door open—it was adjacent to the room where we were—and Mrs. Basile, alarmed, said to me quickly, both in voice and gesture: “Get up; Rosina is here.” As I hurriedly rose, I took her outstretched hand and pressed two passionate kisses on it; at the second kiss, I felt that charming hand press lightly against my lips. I never had such a sweet moment in all my life—but the opportunity I had lost was never to return, and our young love remained where it stood.
Perhaps precisely for this reason is the image of this kind woman remained imprinted in my heart, with such charming features. In fact, as I came to know the world and women better, her image only became more beautiful in my mind. Had she had even a little more experience, she would have handled the situation differently in order to care for a young boy; but although her heart was weak, it was honest. She involuntarily gave way to the inclination that drew her toward him—clearly, it was her first act of infidelity. Perhaps I would have had to work harder to overcome her shame than my own. Without even having been there, I experienced indescribable pleasures in her presence. Nothing of what women can offer me compares to those two minutes I spent at her feet, not daring even to touch her dress. No, there are no joys comparable to those brought by an honest woman whom one loves—everything she does is an act of kindness. A slight movement of her finger, a hand gently pressed against my lips—these were the only favors Mme. Basile ever bestowed upon me, and the memory of these tender gestures still fills me with delight when I think of them.
In the following two days, despite my efforts to seek another chance for a private meeting with her, I was unable to find any suitable moment; nor did I notice any indication on her part that she wanted to do so. Her demeanor was even more reserved than usual, and I believe she avoided looking at me, probably out of fear that she wouldn’t be able to control her own expressions properly. Her damned clerk became even more annoying than before—he started mocking and teasing me, telling me that I should pursue my interests among the ladies. I trembled with the thought that I might have committed some indiscretion, and since I already assumed that she was in some way involved with me, I felt compelled to hide a taste for her that, up until then, had not required any such concealment at all. This made me even more cautious about seeking opportunities to satisfy it, and as I tried too hard to ensure that those opportunities were safe, I ended up finding none at all.
Here is yet another romantic madness from which I was never able to recover; coupled with my natural timidity, it largely disproved the predictions of that commissar. I loved too sincerely, too perfectly—I dare say—even to be able to find happiness easily. Never were my passions more intense and pure at the same time; never was love more tender, more genuine, more selfless. I would have sacrificed my own happiness a thousand times for that of the person I loved; her reputation was dearer to me than my life, and for all the pleasures of enjoyment, I would never have wanted to jeopardize even a single moment of her peace. This caused me to be so cautious, so secretive, so careful in all my endeavors that not one of them ever succeeded. My few successes with women always resulted from loving them too much.
Returning to the flute player Égisthe, what was peculiar about him was that, as he became increasingly unbearable, the traitor seemed to become more accommodating. From the very first day that his mistress took a liking to me, she thought of putting me to good use in the shop. I had a decent knowledge of arithmetic; she suggested that he teach me how to keep accounts. However, my master took this suggestion very badly, perhaps fearing that I would replace him. Thus, all my work after finishing my tasks was to transcribe some accounts and memos, to tidy up some books, and to translate some business letters from Italian into French. Suddenly, my master decided to reconsider the offer he had previously rejected and said that he would teach me double-entry bookkeeping; he also planned to prepare me to assist Mr. Basile when he returned. There was something false, sly, and ironic in his tone and demeanor that did not inspire trust in me. Without waiting for my reply, Madame Basile told him bluntly that I was grateful for his offer, but that she hoped fortune would finally recognize my merits, as it would be a great pity for someone with such intelligence to remain nothing more than a clerk.
Un giorno, stufa delle stupide chiacchiere del commesso, salì nella sua stanza; io mi affrettai a terminare il mio piccolo compito nel retrobottega dove mi trovavo e la seguii. La sua camera era semiaperta; entrai senza essere visto. Lei ricamava vicino alla finestra, con il lato della stanza opposto alla porta di fronte a lei. Non poteva né vedermi entrare né sentirmi, a causa del rumore prodotto dai carri nella strada. Quel giorno era particolarmente elegante: i suoi abiti erano quasi eleganti; la sua postura era graziosa, la testa leggermente abbassata rivelava la bianchezza del suo collo; i capelli raccolti con eleganza erano adornati di fiori. Sul suo viso aleggiava un fascino che ebbi il tempo di osservare, e che mi lasciò senza parole. Mi gettai in ginocchio all’ingresso della stanza, tendendo le braccia verso di lei con un movimento appassionato, anche se ovviamente non poteva sentirmi, né pensava che potessi vederla. Ma c’era uno specchio vicino al camino che mi tradì. Non so quale effetto questo mio gesto ebbe su di lei; non mi guardò, non parlò con me, ma girando leggermente la testa, con un semplice movimento del dito, mi indicò il letto ai suoi piedi. Tremare, gridare, correre verso quel posto che mi aveva indicato, per me fu tutta una cosa. Ma ciò che è difficile da credere è che in quello stato non osai fare nulla di più: né dire una parola, né alzare lo sguardo su di lei, né nemmeno toccarla. Rimasi immobile, silenzioso, ma certamente non tranquillo. Tutto nel mio corpo rifletteva l’agitazione, la gioia, la riconoscenza, e i desideri ardenti, incerti riguardo al loro oggetto, contenuti però dalla paura di offenderla, una paura che il mio giovane cuore non riusciva a superare.
Non sembrava né più tranquilla né meno timida di me. Turbata dal vedermi lì, imbarazzata per avermi attirato a sé, e cominciando a rendersi conto delle conseguenze di un gesto che probabilmente era stato fatto prima ancora di rifletterci bene, non mi accoglieva né mi respingeva; non distoglieva lo sguardo dal suo lavoro, cercava di comportarsi come se non mi avesse visto ai suoi piedi. Ma tutta la mia goffaggine non mi impediva di capire che condivideva il mio imbarazzo, forse anche i miei desideri, e che era trattenuta da una vergogna simile alla mia, senza però che questo mi desse la forza di superarla. Cinque o sei anni in più che aveva rispetto a me dovevano, secondo me, toglierle ogni audacia. E pensavo che, poiché non faceva nulla per incoraggiare la mia, probabilmente non voleva nemmeno che ne avessi. Anche oggi ritengo di aver ragionato correttamente. Sicuramente lei aveva troppo buon senso per non rendersi conto che un principiante come me aveva bisogno non solo di incoraggiamento, ma anche di istruzioni.
Non so come sarebbe finita questa scena viva e silenziosa, né per quanto tempo sarei rimasto immobile in quello stato ridicolo ma delizioso, se non fossimo stati interrotti. Nel momento più intenso delle mie agitazioni, sentii aprirsi la porta della cucina, che era adiacente alla stanza dove ci trovavamo; Mme Basile, allarmata, mi disse subito, con voce e gesti concitati: “Alzati, è arrivata Rosina”. Alzandomi in fretta, afferrai la mano che lei mi tendeva e vi posai due baci appassionati; al secondo di essi sentii quella deliziosa mano premersi leggermente contro le mie labbra. Non ho mai vissuto un momento così dolce in tutta la mia vita. Ma quell’occasione che avevo perso non tornò più, e i nostri giovani amori rimasero lì, a quel punto.
Forse proprio per questo motivo l’immagine di questa gentile donna è rimasta impressa nel profondo del mio cuore, con tratti così incantevoli. Anzi, è diventata ancora più bella man mano che ho conosciuto meglio il mondo e le donne. Se solo avesse avuto un po’ più d’esperienza, si sarebbe comportata in modo diverso nell’educare un bambino. Ma sebbene il suo cuore fosse debole, era onesto; cedeva involontariamente al sentimento che la spingeva. Quella fu, a quanto pare, la sua prima infedeltà. E forse avrei dovuto lottare di più contro la sua vergogna che contro la mia. Senza nemmeno essere stato presente in quei momenti, ho provato con lei dolcezze indescrivibili. Niente di tutto ciò che le donne mi hanno fatto provare può paragonarsi alle due minuti trascorse ai suoi piedi, senza osare nemmeno toccare la sua veste. No, non esistono piaceri paragonabili a quelli che può offrire una donna onesta che si ama. Con lei, tutto è un segno di affetto. Un piccolo gesto con il dito, una mano che mi preme leggermente le labbra. Questi sono stati gli unici favori che ho mai ricevuto da Madame Basile. E il ricordo di questi gesti così delicati mi emoziona ancora oggi.
Nei due giorni successivi, nonostante cercassi con tutte le mie forze un’altra occasione per incontrarla di nuovo in privato, non riuscii a trovarne nessuna; inoltre, non notai alcun segno da parte sua che potesse indicare il desiderio di farlo. Il suo comportamento era persino più distaccato del solito, e credo che evitasse di guardarmi, temendo forse di non riuscire a controllare i propri sentimenti. Il suo maledetto commesso fu ancora più insopportabile del solito: divenne addirittura sarcastico e derisorio, dicendomi che avrei dovuto cercare le mie opportunità tra le donne. Tremavo all’idea di aver commesso qualche indiscrezione; considerandomi ormai in relazione con lei, cercai di nascondere un interesse che, in realtà, non aveva alcun bisogno di essere celato. Questo mi rese ancora più cauto nel cercare occasioni per soddisfarlo. Ma, proprio perché volevo che fossero sicure, non ne trovai più nessuna.
Ecco ancora un’altra follia romantica di cui non sono mai riuscito a liberarmi; unita alla mia timidezza naturale, ha spesso smentito le previsioni di quel commissario. Amavo troppo sinceramente, troppo appassionatamente, per poter essere facilmente felice. Mai le passioni furono così intense e pure come le mie; mai l’amore fu più tenero, più vero, più disinteressato. Avrei sacrificato mille volte la mia felicità per quella di colei che amavo: la sua reputazione mi era più cara della mia stessa vita, e mai, per tutti i piaceri del mondo, avrei voluto compromettere anche solo un momento il suo riposo. Questo ha fatto sì che nelle mie azioni mettessi così tanta cura, tanto riserbo, tanta prudenza, che nessuna di esse è mai riuscita a portare a successo. I pochi successi che ho avuto con le donne sono sempre derivati dal mio amore eccessivo per loro.
Ritornando al flautista Egisto, ciò che era singolare era che, diventando sempre più insopportabile, quel traditore sembrava diventare anche più accomodante. Fin dal primo giorno in cui la sua padrona aveva preso a simpatizzare con me, aveva pensato di rendermi utile nel negozio. Conoscevo abbastanza l’aritmetica; le aveva proposto di insegnarmi a tenere i registri contabili; ma il mio padrone aveva accolto molto male la proposta, forse temendo di essere sostituito. Così, tutto il mio lavoro consisteva nel trascrivere alcuni conti e appunti, sistemare alcuni registri e tradurre alcune lettere commerciali dall’italiano al francese. All’improvviso, il mio padrone decise di riprendere in considerazione quella proposta rifiutata in precedenza e disse che mi avrebbe insegnato i conti a doppie parti; inoltre, voleva prepararmi affinché potessi offrire i miei servizi al signor Basile quando questi fosse tornato. C’era qualcosa di falso, di astuto, di ironico nel suo tono e nel suo comportamento, che non mi ispirava alcuna fiducia. La signora Basile, senza aspettare la mia risposta, gli disse seccamente che ero grato per le sue offerte, che sperava che finalmente la fortuna riconoscesse i miei meriti, e che sarebbe stato un grande peccato che, con tutto quel talento, fossi soltanto un commesso.
Elle m’avait dit plusieurs fois qu’elle voulait me faire faire une connaissance qui pourrait m’être utile. Elle pensait assez sagement pour sentir qu’il était temps de me détacher d’elle. Nos muettes déclarations s’étaient faites le jeudi. Le dimanche elle donna un dîner, où je me trouvai et où se trouva aussi un Jacobin de bonne mine auquel elle me présenta. Le moine me traita très affectueusement, me félicita sur ma conversion, et me dit plusieurs choses sur mon histoire qui m’apprirent qu’elle la lui avait détaillée ; puis, me donnant deux petits coups d’un revers de main sur la joue, il me dit d’être sage, d’avoir bon courage, et de l’aller voir, que nous causerions plus à loisir ensemble. Je jugeai, par les égards que tout le monde avait pour lui, que c’était un homme de considération, et par le ton paternel qu’il prenait avec Mme Basile, qu’il était son confesseur. Je me rappelle bien aussi que sa décente familiarité était mêlée de marques d’estime et même de respect pour sa pénitente, qui me firent alors moins d’impression qu’elles ne m’en font aujourd’hui. Si j’avais eu plus d’intelligence, combien j’eusse été touché d’avoir pu rendre sensible une jeune femme respectée par son confesseur !
La table ne se trouva pas assez grande pour le nombre que nous étions ; il en fallut une petite, où j’eus l’agréable tête-à-tête[25] de M. le Commis. Je n’y perdis rien du côté des attentions et de la bonne chère ; il y eut bien des assiettes envoyées à la petite table dont l’intention n’était sûrement pas pour lui. Tout allait très bien jusque-là : les femmes étaient fort gaies, les hommes fort galants ; Mme Basile faisait ses honneurs avec une grâce charmante. Au milieu du dîner, l’on entend arrêter une chaise à la porte ; quelqu’un monte, c’est M. Basile. Je le vois comme s’il entrait actuellement, en habit d’écarlate à boutons d’or, couleur que j’ai prise en aversion depuis ce jour-là. M. Basile était un grand et bel homme qui se présentait très bien. Il entre avec fracas, et de l’air de quelqu’un qui surprend son monde, quoiqu’il n’y eût là que de ses amis. Sa femme lui saute au cou, lui prend les mains, lui fait mille caresses qu’il reçoit sans les lui rendre. Il salue la compagnie, on lui donne un couvert, il mange. À peine avait-on commencé de parler de son voyage, que, jetant les yeux sur la petite table, il demande d’un ton sévère ce que c’est que ce petit garçon qu’il aperçoit là. Mme Basile le lui dit tout naïvement. Il demande si je loge dans la maison. On lui dit que non. Pourquoi non ? reprend-il grossièrement : puisqu’il s’y tient le jour, il peut bien y rester la nuit. Le moine prit la parole, et après un éloge grave et vrai de Mme Basile, il fit le mien en peu de mots ; ajoutant que, loin de blâmer la pieuse charité de sa femme, il devait s’empresser d’y prendre part, puisque rien n’y passait les bornes de la discrétion. Le mari répliqua d’un ton d’humeur, dont il cachait la moitié, contenu par la présence du moine, mais qui suffit pour me faire sentir qu’il avait des instructions sur mon compte, et que le commis m’avait servi de sa façon.
À peine était-on hors de table, que celui-ci, dépêché par son bourgeois, vint en triomphe me signifier de sa part de sortir à l’instant de chez lui, et de n’y remettre les pieds de ma vie. Il assaisonna sa commission de tout ce qui pouvait la rendre insultante et cruelle. Je partis sans rien dire, mais le cœur navré, moins de quitter cette aimable femme que de la laisser en proie à la brutalité de son mari. Il avait raison, sans doute, de ne vouloir pas qu’elle fût infidèle ; mais, quoique sage et bien née, elle était italienne, c’est-à-dire sensible et vindicative, et il avait tort, ce me semble, de prendre avec elle les moyens les plus propres à s’attirer le malheur qu’il craignait.
Tel fut le succès de ma première aventure. Je voulus essayer de repasser deux ou trois fois dans la rue, pour revoir au moins celle que mon cœur regrettait sans cesse ; mais au lieu d’elle je ne vis que son mari et le vigilant commis, qui, m’ayant aperçu, me fit, avec l’aune de la boutique, un geste plus expressif qu’attirant. Me voyant si bien guetté, je perdis courage et n’y passai plus. Je voulus aller voir au moins le patron qu’elle m’avait ménagé. Malheureusement je ne savais pas son nom. Je rôdai plusieurs fois inutilement autour du couvent, pour tâcher de le rencontrer. Enfin d’autres événements m’ôtèrent les charmants souvenirs de Mme Basile, et dans peu je l’oubliai si bien, qu’aussi simple et aussi novice qu’auparavant je ne restai pas même affriandé de jolies femmes.
Cependant ses libéralités avaient un peu remonté mon petit équipage, très modestement toutefois, et avec la précaution d’une femme prudente, qui regardait plus à la propreté qu’à la parure, et qui voulait m’empêcher de souffrir, et non pas me faire briller. Mon habit, que j’avais apporté de Genève, était bon et portable encore ; elle y ajouta seulement un chapeau et quelque linge. Je n’avais point de manchettes ; elle ne voulut point m’en donner, quoique j’en eusse bonne envie. Elle se contenta de me mettre en état de me tenir propre, et c’est un soin qu’il ne fallut pas me recommander tant que je parus devant elle.
Peu de jours après ma catastrophe, mon hôtesse, qui, comme je l’ai dit, m’avait pris en amitié, me dit qu’elle m’avait peut-être trouvé une place, et qu’une dame de condition voulait me voir. A ce mot, je me crus tout de bon dans les hautes aventures : car j’en revenais toujours là. Celle-ci ne se trouva pas aussi brillante que je me l’étais figuré. Je fus chez cette dame avec le domestique qui lui avait parlé de moi. Elle m’interrogea, m’examina : je ne lui déplus pas ; et tout de suite j’entrai à son service, non pas tout à fait en qualité de favori, mais en qualité de laquais. Je fus vêtu de la couleur de ses gens ; la seule distinction fut qu’ils portaient l’aiguillette, et qu’on ne me la donna pas ; comme il n’y avait point de galons à sa livrée, cela faisait à peu près un habit bourgeois. Voilà le terme inattendu auquel aboutirent enfin toutes mes grandes espérances.
Madame la Comtesse de Vercellis, chez qui j’entrai, était veuve et sans enfants : son mari était piémontais ; pour elle, je l’ai toujours crue savoyarde, ne pouvant imaginer qu’une Piémontaise parlât si bien français, et eût un accent si pur. Elle était entre deux âges, d’une figure fort noble, d’un esprit orné, aimant la littérature française, et s’y connaissant. Elle écrivait beaucoup, et toujours en français. Ses lettres avaient le tour et presque la grâce de celles de Mme de Sévigné ; on aurait pu s’y tromper à quelques-unes. Mon principal emploi, et qui ne me déplaisait pas, était de les écrire sous sa dictée, un cancer au sein, qui la faisait beaucoup souffrir, ne lui permettant plus d’écrire elle-même.
Mme de Vercellis avait non seulement beaucoup d’esprit, mais une âme élevée et forte. J’ai suivi sa dernière maladie ; je l’ai vue souffrir et mourir sans jamais marquer un instant de faiblesse, sans faire le moindre effort pour se contraindre, sans sortir de son rôle de femme, et sans se douter qu’il y eût à cela de la philosophie, mot qui n’était pas encore à la mode, et qu’elle ne connaissait même pas dans le sens qu’il porte aujourd’hui. Cette force de caractère allait quelquefois jusqu’à la sécheresse. Elle m’a toujours paru aussi peu sensible pour autrui que pour elle-même : et quand elle faisait du bien aux malheureux, c’était pour faire ce qui était bien en soi, plutôt que par une véritable commisération. J’ai un peu éprouvé de cette insensibilité pendant les trois mois que j’ai passés auprès d’elle. Il était naturel qu’elle prît en affection un jeune homme de quelque espérance, qu’elle avait incessamment sous les yeux, et qu’elle songeât, se sentant mourir, qu’après elle il aurait besoin de secours et d’appui : cependant, soit qu’elle ne me jugeât pas digne d’une attention particulière, soit que les gens qui l’obsédaient ne lui aient permis de songer qu’à eux, elle ne fit rien pour moi.
She had told me several times that she wanted to introduce me to someone who might be of use to me. She was wise enough to realize it was time for me to become independent of her. Our silent exchanges took place on Thursday. On Sunday, she hosted a dinner at which I was present, as well as a well-looking Jacobin whom she introduced to me. The monk treated me with great kindness, congratulated me on my conversion, and told me several things about my past that showed he had been informed in detail by her. Then, giving me two light taps on the cheek with the back of his hand, he advised me to be wise, to have courage, and to visit him so that we could talk more at our leisure. Judging by the respect everyone held for him, I thought he must be a person of considerable importance; and from the fatherly tone he used with Madame Basile, I deduced that he was her confessor. I also remember that his polite familiarity was mixed with signs of esteem—even respect—for his penitent, but at that time it made less of an impression on me than it does today. If only I had been more discerning. How deeply moved I would have been to be able to help a young woman who was respected by her confessor!
The table was not large enough for the number of us; we needed a smaller one, where I had the pleasant tête-à-tête with Mr. the Commissar. I did not miss out on any attention or good food; indeed, many dishes were sent to the smaller table, though they were surely not meant for him. Everything was going very well until then: the women were very cheerful, the men very polite; Madame Basile was hosting everything with charming grace. In the middle of the dinner, we heard a chair stop at the door; someone came in—it was Mr. Basile. I see him as if he were entering right now, dressed in a scarlet coat with gold buttons, a color I have come to despise ever since that day. Mr. Basile was a tall and handsome man who presented himself very well. He entered noisily, looking as if he had surprised everyone there, although there were only his friends present. His wife threw herself into his arms, took his hands, and gave him countless caresses which he accepted without returning them. He greeted the company, was given a place at the table, and began to eat. Before we could even start talking about his journey, he glanced at the smaller table and asked sternly what that little boy there was. Madame Basile told him naively. He then asked if I was staying at the house. They said no. “Why not?” he demanded rudely. “If he can stay there during the day, he can certainly stay there at night too.” The monk spoke up then, and after giving a serious and genuine praise of Madame Basile, he also praised me in a few words, adding that instead of criticizing his wife’s pious generosity, he should be quick to join in, since nothing was happening beyond the bounds of discretion. The husband replied in a grumpy tone, half of which he concealed due to the monk’s presence, but enough to make me realize that he had some instructions regarding me, and that the commissar had been acting on his behalf.
No sooner had we left the table than that man, sent by his bourgeois wife, came triumphantly to inform me that she demanded I leave her house immediately and never set foot there again in my life. He embellished his message with everything possible to make it insulting and cruel. I left without saying a word, but my heart was broken—less willing to leave that kind woman than to see her subjected to her husband’s brutality. Perhaps he was right in not wanting her to be unfaithful; but although she was wise and well-born, she was Italian, which meant she was sensitive and vengeful. In my opinion, he was wrong to use the very methods that would most likely bring about the misfortune he feared.
Such was the success of my first adventure. I wanted to try passing by that street two or three more times, just to see at least those whom my heart constantly missed; but instead of them, I only saw her husband and the vigilant constable, who, upon spotting me, made a gesture toward me with the broom from his shop—a gesture far more expressive than inviting. Seeing how closely I was watched, I lost courage and never passed by again. I even tried to go and meet the man whom she had introduced me to, but unfortunately, I didn’t know his name. I wandered around the convent several times in vain, hoping to encounter him. Eventually, other events overshadowed those pleasant memories of Madame Basile, and before long, I had forgotten her so completely that, just as simple and naive as before, I no longer found any attraction in beautiful women at all.
However, her generosity had somewhat improved my modest attire—though very modestly, and with the caution of a prudent woman who valued cleanliness more than embellishment, aiming to prevent me from suffering rather than to make me shine. My dress, which I had brought from Geneva, was still in good condition and suitable for wearing; she simply added a hat and some other clothing. I didn’t have any cuffs; she refused to give me any, although I greatly desired them. She contented herself with ensuring that I was presentable, and that care was certainly unnecessary once I appeared before her.
A few days after my misfortune, my hostess—whom, as I have said, had taken a liking to me—told me that she might have found me a place, and that a lady of some standing wanted to meet me. At these words, I truly believed I was embarking on great adventures, for that was always where such stories led me. However, this particular adventure turned out to be far less splendid than I had imagined. I went to the lady’s house accompanied by the servant who had introduced me to her. She questioned me and examined me; I did not disappoint her in any way. Immediately afterward, I began working for her—not quite as a favorite, but rather as a footboy. I was dressed in the same color as her servants; the only difference was that they wore insignia of rank, while I was not given one. Since her uniform had no trimmings or embroidery, it essentially resembled the clothes of a commoner. Such was the unexpected outcome to which all my grand hopes had ultimately led me.
Madame la Comtesse de Vercellis, whom I visited, was a widow with no children; her husband had been from Piedmont. Although I always believed her to be from Savoy, I could not imagine that a Piedmontese woman would speak French so well and have such a pure accent. She was of an intermediate age, with a very noble appearance and an intelligent mind; she loved French literature and was quite knowledgeable in it. She wrote extensively, always in French. Her letters had the same style and almost the same grace as those of Madame de Sévigné; one might have mistaken them for hers at first glance. My main task, which I did not find unpleasant, was to write these letters under her dictation—a breast cancer that caused her great suffering no longer allowed her to write herself.
Madam de Vercellis not only possessed great intelligence but also a noble and strong character. I witnessed the course of her final illness; I saw her suffer and die without ever showing a trace of weakness, without making any effort to restrain herself, without ever departing from the role of a woman—and without realizing that there was any philosophy behind such behavior. The word “philosophy” was not yet in vogue at that time, and she did not even understand it in the sense it is used today. This strength of character sometimes bordered on indifference. She always seemed to be as insensitive toward others as she was toward herself; and when she did good to the unfortunate, it was more out of a sense of what was morally right than out of genuine compassion. I experienced some of this insensitivity during the three months I spent with her. It was only natural that she should grow fond of a young man who held promise and who was constantly in her sight; and that, knowing she was dying, she would consider how he might need help and support after her death. However, either because she did not think me worthy of special attention or because the people who occupied her thoughts prevented her from thinking of anything but them, she did nothing for me.
Mi aveva detto più volte che voleva presentarmi qualcuno che potesse essermi utile. Era abbastanza saggia da rendersi conto che era arrivato il momento di farmi allontanare da lei. Le nostre comunicazioni silenziose si erano svolte giovedì; domenica organizzò una cena a cui partecipai, e lì c’era anche un giacobino dall’aspetto distinto che lei mi presentò. Quell’uomo mi trattò con grande affetto, mi congratulò per la mia conversione e mi raccontò molte cose sulla mia storia, rivelandomi che lei gli ne aveva fatto dettagliatamente il resoconto; poi, dandomi due leggeri colpi sul viso con il dorso della mano, mi disse di essere saggia, di avere coraggio e di andare a trovarlo, aggiungendo che avremmo potuto parlare più a lungo insieme. Dal modo in cui tutti lo rispettavano, capii che era una persona di rilievo; dal tono paterno con cui si rivolgeva a Madame Basile, intuii che doveva essere il suo confessore. Ricordo anche che la sua affabilità era mescolata a segni di stima e persino di rispetto per la sua penitente. Ma all’epoca quelle cose non mi colpirono quanto fanno oggi. Se avessi avuto più intelligenza, quanto sarei stato commosso nel poter rendere felice una giovane donna rispettata dal proprio confessore!
Il tavolo non era abbastanza grande per il numero di persone che eravamo; ne fu necessario un altro più piccolo, dove ebbi l’aggradabile colloquio privato con il signor Commis. Non mancai di attenzioni né di cibo delizioso; anzi, molte porzioni furono portate al tavolo più piccolo, ma sicuramente non erano destinate a lui. Tutto andava molto bene fino a quel momento: le donne erano molto allegre, gli uomini molto cortesi; la signora Basile si comportava con una grazia incantevole. A metà cena, si sentì qualcuno fermarsi alla porta; entrò il signor Basile. Lo vedo come se fosse appena arrivato in quel momento, vestito con un abito rosso scuro con bottoni d’oro, un colore che ho preso in antipatia da quel giorno in poi. Il signor Basile era un uomo alto e bello, molto distinto nel suo aspetto. Entrò con fracasso, con l’aria di chi sorprende tutti, anche se c’erano solo i suoi amici. Sua moglie gli corse incontro, gli prese le mani e lo baciò mille volte; lui le rispose senza ricambiare i suoi gesti affettuosi. Salutò il gruppo, gli fu messo un piatto davanti e iniziò a mangiare. Appena si iniziò a parlare del suo viaggio, lanciò uno sguardo al tavolo più piccolo e chiese con tono severo chi fosse quel ragazzo che vedeva lì. La signora Basile gli spiegò tutto innocentemente. Lui chiese se io soggiornassi in quella casa; gli fu risposto di no. “Perché no?”, ribatté bruscamente: “Se può stare lì di giorno, può ben restarci anche di notte”. Il monaco intervenne e, dopo aver elogiato seriamente e sinceramente la signora Basile, fece altrettanto per me in poche parole, aggiungendo che, lontano dal biasimare la nobile carità di sua moglie, avrei dovuto essere felice di parteciparvi, visto che non si faceva nulla che andasse oltre i limiti della discrezione. Il marito rispose con tono irritato, un’irritazione che nascondeva solo in parte, a causa della presenza del monaco; ma fu sufficiente per farmi capire che aveva ricevuto istruzioni su di me, e che il signor Commis si era comportato nei miei confronti in quel modo.
Appena ci eravamo alzati da tavola, quell’uomo, inviato dal suo borghese, arrivò trionfante per dirmi che dovevo lasciare immediatamente la sua casa e non metterci più piede per tutta la vita. Aveva arricchito il proprio messaggio di tutto ciò che poteva renderlo offensivo e crudele. Me ne andai senza dire una parola, ma con il cuore spezzato: preferivo lasciare quella gentile donna piuttosto che vederla esposta alla brutalità di suo marito. Probabilmente aveva ragione nel non voler che lei fosse infedele; tuttavia, sebbene saggia e ben nata, era italiana, cioè sensibile e vendicativa. E quindi, a mio parere, sbagliava ad adottare i metodi più adatti per attirarsi proprio la sfortuna che temeva.
Ecco il successo della mia prima avventura. Volevo provare a passare per quella strada un’altra volta o due, almeno per rivedere colei che il mio cuore rimpiangeva costantemente; ma al suo posto vidi soltanto suo marito e il vigile commesso, che, non appena mi vide, fece verso di me con il palo della bottega un gesto più eloquente che attraente. Vedendomi così sorvegliato, persi coraggio e non ci tornai più. Volevo almeno incontrare il proprietario della bottega che lei mi aveva fatto conoscere. Purtroppo non conoscevo il suo nome. Girai inutilmente più volte intorno al convento, nella speranza di trovarlo. Alla fine, altri eventi cancellarono dalla mia memoria quei deliziosi ricordi legati a Madame Basile; e presto la dimenticai completamente, tanto che, semplice e inesperto come prima, non provavo più alcun interesse per le belle donne.
Tuttavia, le sue generosità avevano un po’ migliorato il mio modesto abbigliamento; lo faceva con la cautela di una donna prudente, che dava più importanza alla pulizia che all’eleganza, e che voleva evitarmi di soffrire, piuttosto che farmi brillare. Il mio abito, che avevo portato da Ginevra, era ancora buono e adatto all’uso; lei vi aggiunse soltanto un cappello e alcuni indumenti. Non avevo maniche; lei non volle darmene, anche se ne desideravo molto. Si accontentò di mettermi in condizioni di mantenere una certa pulizia, e questo è un cura che non ebbe bisogno di essere raccomandata, finché non mi presentai davanti a lei.
Pochi giorni dopo la mia disavventura, la mia ospite, che, come ho detto, si era affezionata a me, mi disse di aver forse trovato un posto per me e che una signora di rango voleva incontrarmi. A queste parole, pensai davvero di essere entrato in un’avventura straordinaria, perché finiva sempre così. Tuttavia, l’incontro non si rivelò così brillante come mi ero immaginato. Fui portato da quel domestico che le aveva parlato di me; lei mi interrogò e mi esaminò: non le piacqui affatto; e subito entrai al suo servizio, non proprio in qualità di favorito, ma di lacchè. Indossai i colori della sua servitù; l’unica differenza era che loro portavano una spada, mentre a me non fu data; poiché la sua divisa non aveva frange, il risultato fu praticamente un abito da borghese. Ecco dunque a quale termine inaspettato sono arrivate tutte le mie grandi speranze.
La Contessa di Vercellis, in casa della quale entrai, era vedova e senza figli; suo marito era piemontese; per quanto riguarda lei, l’ho sempre ritenuta savoiarda, poiché non riuscivo a immaginare che una donna piemontese parlasse così bene il francese e avesse un accento così puro. Era di mezza età, aveva un aspetto molto nobile, un’intelligenza brillante, amava la letteratura francese e ne conosceva bene i contenuti. Scriveva molto, sempre in francese; le sue lettere avevano lo stile e quasi la grazia di quelle di Madame de Sévigné; a volte si poteva confondere una sua lettera con quella dell’altra. Il mio compito principale, che non mi dispiaceva affatto, era scrivere queste lettere sotto la sua dettatura: un cancro al seno, che le causava grandi sofferenze, le impediva ormai di scrivere personalmente.
La signora de Vercellis non solo possedeva un grande ingegno, ma anche un’anima nobile e forte. Ho assistito alle sue ultime malattie; l’ho vista soffrire e morire senza mai mostrare un istante di debolezza, senza compiere il minimo sforzo per trattenersi, senza mai uscire dal suo ruolo di donna, e senza nemmeno rendersi conto che in tutto ciò vi fosse una forma di filosofia, termine che all’epoca non era ancora di moda, e che lei stesso non conosceva nel senso in cui viene utilizzato oggi. Questa forza di carattere a volte arrivava addirittura alla durezza. Mi è sempre sembrata estremamente insensibile verso gli altri quanto lo fosse verso se stessa; e quando faceva del bene ai malheureux, era più per il gusto di compiere qualcosa di giusto in sé stesso che per vera compassione. Ho anch’io sperimentato questa insensibilità durante i tre mesi trascorsi al suo fianco. Era naturale che si affezionasse a un giovane con qualche prospettiva, che aveva sempre davanti agli occhi, e che, sentendosi morire, pensasse che dopo di lei avrebbe avuto bisogno di aiuto e sostegno. Tuttavia, sia perché non mi riteneva degna di una particolare attenzione, sia perché le persone che la assillavano non le permettevano di pensare ad altro che a loro, non fece nulla per me.
Je me rappelle pourtant fort bien qu’elle avait marqué quelque curiosité de me connaître. Elle m’interrogeait quelquefois : elle était bien aise que je lui montrasse les lettres que j’écrivais à Mme de Warens, que je lui rendisse compte de mes sentiments. Mais elle ne s’y prenait assurément pas bien pour les connaître, en ne me montrant jamais les siens. Mon cœur aimait à s’épancher, pourvu qu’il sentît que c’était dans un autre. Des interrogations sèches et froides, sans aucun signe d’approbation ni de blâme sur mes réponses ne me donnaient, aucune confiance. Quand rien ne m’apprenait si mon babil plaisait ou déplaisait, j’étais toujours en crainte, et je cherchais moins à montrer ce que je pensais qu’à ne rien dire qui pût me nuire. J’ai remarqué depuis que cette manière sèche d’interroger les gens pour les connaître est un tic assez commun chez les femmes qui se piquent d’esprit. Elles s’imaginent qu’en ne laissant point paraître leur sentiment, elles parviendront à mieux pénétrer le vôtre : mais elles ne voient pas qu’elles ôtent par là le courage de le montrer. Un homme qu’on interroge commence par cela seul à se mettre en garde, et s’il croit que, sans prendre à lui un véritable intérêt, on ne veut que le faire jaser, il ment, ou se tait, ou redouble d’attention sur lui-même, et aime encore mieux passer pour un sot que d’être dupe de votre curiosité. Enfin c’est toujours un mauvais moyen de lire dans le cœur des autres que d’affecter de cacher le sien.
Mme de Vercellis ne m’a jamais dit un mot qui sentît l’affection, la pitié, la bienveillance. Elle m’interrogeait froidement ; je répondais avec réserve. Mes réponses étaient si timides qu’elle dut les trouver basses et s’en ennuya. Sur la fin elle ne me questionnait plus, ne me parlait plus que pour son service. Elle me jugea moins sur ce que j’étais que sur ce qu’elle m’avait fait, et à force de ne voir en moi qu’un laquais, elle m’empêcha de lui paraître autre chose.
Je crois que j’éprouvai dès lors ce jeu malin des intérêts cachés qui m’a traversé toute ma vie, et qui m’a donné une aversion bien naturelle pour l’ordre apparent qui les produit. Mme de Vercellis, n’ayant point d’enfants, avait pour héritier son neveu le comte de la Roque, qui lui faisait assidûment sa cour. Outre cela, ses principaux domestiques, qui la voyaient tirer à sa fin, ne s’oubliaient pas, et il y avait tant d’empressés autour d’elle, qu’il était difficile qu’elle eût du temps pour penser à moi. A la tête de sa maison était un nommé M. Lorenzi, homme adroit, dont la femme, encore plus adroite, s’était tellement insinuée dans les bonnes grâces de sa maîtresse, qu’elle était plutôt chez elle sur le pied d’une amie que d’une femme à gages. Elle lui avait donné pour femme de chambre une nièce à elle appelée Mlle Pontal, fine mouche, qui se donnait des airs de demoiselle suivante, et aidait sa tante à obséder si bien leur maîtresse qu’elle ne voyait que par leurs yeux et n’agissait que par leurs mains. Je n’eus pas le bonheur d’agréer à ces trois personnes : je leur obéissais, mais je ne les servais pas ; je n’imaginais pas qu’outre le service de notre commune maîtresse, je dusse être encore le valet de ses valets. J’étais d’ailleurs une espèce de personnage inquiétant pour eux. Ils voyaient bien que je n’étais pas à ma place ; ils craignaient que Madame ne le vît aussi, et que ce qu’elle ferait pour m’y mettre ne diminuât leurs portions : car ces sortes de gens, trop avides pour être justes, regardent tous les legs qui sont pour d’autres comme pris sur leur propre bien. Ils se réunirent donc pour m’écarter de ses yeux. Elle aimait à écrire des lettres ; c’était un amusement pour elle dans son état : ils l’en dégoûtèrent et l’en firent détourner par le médecin, en la persuadant que cela la fatiguait. Sous prétexte que je n’entendais pas le service, on employait au lieu de moi deux gros manants de porteurs de chaise autour d’elle ; enfin l’on fit si bien, que, quand elle fit son testament, il y avait huit jours que je n’étais entré dans sa chambre. Il est vrai qu’après cela j’y entrai comme auparavant, et j’y fus même plus assidu que personne, car les douleurs de cette pauvre femme me déchiraient ; la constance avec laquelle elle les souffrait me la rendait extrêmement respectable et chère, et j’ai bien versé dans sa chambre des larmes sincères, sans qu’elle ni personne s’en aperçût.
Nous la perdîmes enfin. Je la vis expirer. Sa vie avait été celle d’une femme d’esprit et de sens ; sa mort fut celle d’un sage. Je puis dire qu’elle me rendit la religion catholique aimable par la sérénité d’âme avec laquelle elle en remplit les devoirs sans négligence et sans affectation. Elle était naturellement sérieuse. Sur la fin de sa maladie, elle prit une sorte de gaieté trop égale pour être jouée, et qui n’était qu’un contrepoids donné par la raison même contre la tristesse de son état. Elle ne garda le lit que les deux derniers jours, et ne cessa de s’entretenir paisiblement avec tout le monde. Enfin, ne parlant plus, et déjà dans les combats de l’agonie, elle fit un gros pet. Bon ! dit-elle en se retournant, femme qui pète n’est pas morte. Ce furent les derniers mots qu’elle prononça.
Elle avait légué un an de leurs gages à ses bas domestiques ; mais n’étant point couché sur l’état de sa maison, je n’eus rien. Cependant le comte de la Roque me fit donner trente livres, et me laissa l’habit neuf que j’avais sur le corps, et que M. Lorenzi voulait m’ôter. Il promit même de chercher à me placer et me permit de l’aller voir. J’y fus deux ou trois fois sans pouvoir lui parler. J’étais facile à rebuter, je n’y retournai plus. On verra bientôt que j’eus tort.
Que n’ai-je achevé tout ce que j’avais à dire de mon séjour chez Mme de Vercellis ! Mais bien que mon apparente situation demeurât la même, je ne sortis pas de sa maison comme j’y étais entré. J’en emportai les longs souvenirs du crime et l’insupportable poids des remords dont au bout de quarante ans ma conscience est encore chargée, et dont l’amer sentiment, loin de s’affaiblir, s’irrite à mesure que je vieillis. Qui croirait que la faute d’un enfant pût avoir des suites aussi cruelles ? C’est de ces suites plus que probables que mon cœur ne saurait se consoler. J’ai peut-être fait périr dans l’opprobre et dans la misère une fille aimable, honnête, estimable, et qui sûrement valait beaucoup mieux que moi.
I remember quite clearly that she showed some curiosity about getting to know me. She would sometimes ask me questions; she was pleased when I showed her the letters I wrote to Madame de Warens and shared my feelings with her. But she certainly didn’t do a good job of understanding them, since she never shared hers own with me. My heart loved to express itself, as long as it felt that it was doing so in the presence of another person. Dry, cold questions, devoid of any sign of approval or disapproval toward my responses, did not give me any confidence. When nothing told me whether my chatter pleased her or not, I was always on edge, and I tried less to express what I thought and more to avoid saying anything that might harm me. I have since noticed that this dry manner of questioning people in order to understand them is a rather common habit among women who consider themselves clever. They imagine that by not showing their own feelings, they will be able to better understand those of others; but they don’t realize that in doing so, they deprive themselves of the courage to express their own feelings. A man who is questioned in this way immediately becomes wary. If he believes that someone is merely trying to make him talk without any genuine interest in him, he will either lie, remain silent, or become even more cautious about himself—and he would rather be regarded as a fool than fall for such curiosity. In short, pretending to hide one’s own feelings is always a poor way of trying to understand the hearts of others.
Madam de Vercellis never said a single word that expressed affection, pity, or kindness toward me. She questioned me coldly; I replied in a reserved manner. My answers were so timid that she must have found them insipid and grew weary of them. Eventually, she stopped questioning me altogether and only spoke to me in order to instruct me on her tasks. She judged me not by who I was, but by what she had done for me; and by constantly seeing me merely as a servant, she prevented me from ever appearing to her in any other light.
I believe that from that moment on, I began to experience that cunning game of hidden interests that would accompany me throughout my life and that gave me a natural aversion toward the apparent order that gave rise to them. Madame de Vercellis, having no children, had her nephew, the Count of la Roque, as her heir; he courted her assiduously. In addition, her main servants, seeing that her days were numbered, did not forget their own interests, and there were so many people vying for her attention that it was hardly possible for her to find time to think of me. At the head of her household was a man named M. Lorenzi, a shrewd individual; his even more cunning wife had managed to win over her mistress’s favor to such an extent that she was more like a friend than a paid servant in the house. She assigned her niece, a woman named Mademoiselle Pontal, as my chambermaid—a clever young woman who acted as if she were a noblewoman and helped her aunt so effectively that our mistress could only see through their eyes and act through their hands. I was not fortunate enough to please these three people; I obeyed them, but I did not serve them willingly. I never imagined that, in addition to serving our common mistress, I would also have to act as the servant of her servants. Moreover, I represented a threat to their interests. They could see clearly that I was not in my proper place; they feared that Madame would notice too and that whatever she did to correct this situation might reduce their own share of benefits. Such people, being too greedy to be fair, regard any inheritance meant for others as if it were taken from their own possessions. So they conspired to keep me out of her presence. She enjoyed writing letters; it was a pastime for her in her condition. They made her lose interest in this activity and persuaded the doctor that it exhausted her. Under the pretext that I was not competent enough to perform my duties, two burly men were hired to attend to her instead of me. Eventually, they managed to keep me out of her room for eight days before she drafted her will. True, after that, I returned to my usual duties and even became more attentive than anyone else, for the suffering of that poor woman filled me with compassion. Her endurance made her seem extremely admirable and dear to me, and I shed many sincere tears in her room—without her or anyone else noticing.
We finally lost her. I saw her breathe one last time. Her life had been that of a woman of intellect and taste; her death was that of a sage. I can say that she made Catholicism seem endearing to me, through the serenity with which she fulfilled its duties—without negligence or affectation. She was naturally serious. Towards the end of her illness, she displayed a kind of happiness that was too composed to be feigned; it was merely a counterbalance imposed by reason itself against the sadness of her condition. She remained in bed only for the last two days and continued to converse calmly with everyone around her. Finally, when she could no longer speak and was already in the throes of agony, she let out a loud fart. “Well!” she said, turning over. “A woman who farts is not dead.” Those were her last words.
She had left a year’s worth of their wages to her domestic servants; but since my situation was not recorded in the household accounts, I received nothing. However, the Count de la Roque gave me thirty livres and allowed me to keep the new clothes I was wearing, which Mr. Lorenzi had tried to take away from me. He even promised to help me find a place to live and allowed me to visit him. I went there two or three times but was never able to speak with him. Being easily discouraged, I stopped going back. As we will see soon enough, I was wrong in doing so.
How I wish I had finished speaking about my stay at Madame de Vercellis’ house! But although my apparent situation remained unchanged, I did not leave her home in the same way I had entered it. I took with me the painful memories of that crime, as well as the unbearable burden of guilt that, forty years later, still weighs heavily on my conscience. Moreover, this bitter feeling only intensifies as I grow older. Who would have believed that the mistake of a child could have such cruel consequences? It is precisely these all-too-likely outcomes that prevent my heart from finding any solace. Perhaps I caused the death of a kind, honest, and admirable girl—who was surely far better than I am—through shame and misery.
Ricordo però molto bene che lei mostrava una certa curiosità di conoscermi. A volte mi poneva domande; le faceva piacere che le mostrassi le lettere che scrivevo a Madame de Warens, che le raccontassi i miei sentimenti. Ma sicuramente non sapeva come farlo davvero, poiché mai mi mostrava i suoi sentimenti. Il mio cuore amava esprimersi, purché sentisse di poterlo fare con qualcun altro. Domande secche e fredde, prive di qualsiasi segno di approvazione o rimprovero sulle mie risposte, non mi davano alcuna fiducia. Quando nulla mi faceva capire se ciò che dicevo le piacesse o no, ero sempre in ansia; cercavo meno di esprimere i miei pensieri che di dire qualcosa che potesse nuocermi. Ho notato in seguito che questo modo freddo e distaccato di interrogare gli altri per conoscerli è un atteggiamento piuttosto comune tra le donne che si vantano di essere intelligenti. Pensano che nascondendo i propri sentimenti riusciranno a comprendere meglio quelli degli altri. Ma non si rendono conto che così facendo privano gli altri del coraggio di esprimerli. Un uomo che viene interrogato in questo modo inizia subito a diffidare; se crede che, senza un vero interesse per lui, si voglia soltanto farlo parlare, allora o mente, o tace, o diventa ancora più attento a se stesso. E preferisce essere considerato uno sciocco piuttosto che cadere vittima della curiosità altrui. In definitiva, nascondere i propri sentimenti è sempre un cattivo modo per cercare di comprendere quelli degli altri.
La signora de Vercellis non mi ha mai detto una parola che esprimesse affetto, pietà o benevolenza. Mi interrogava in modo freddo; rispondevo con riservatezza. Le mie risposte erano così timide che lei doveva considerarle insipide e si stancò di esse. Alla fine smise di interrogarmi e non parlava più con me se non per motivi legati ai suoi compiti. Mi giudicava non in base a ciò che ero, ma in base a ciò che lei aveva fatto per me; e poiché vedeva in me soltanto un servitore, mi impedì di apparirle in un altro modo.
Credo di aver provato fin da allora quel gioco astuto di interessi nascosti che mi ha accompagnato per tutta la vita e che mi ha fatto sviluppare un’antipatia naturale verso l’ordine apparente che ne derivava. La signora de Vercellis, non avendo figli, aveva come erede suo nipote, il conte di la Roque, che le faceva costantemente la corte. Inoltre, i suoi domestici principali, vedendola avvicinarsi alla fine, non si dimenticavano di sé; c’erano così tante persone ansiose di servirla che era difficile che lei trovasse il tempo per pensare a me. A capo della sua casa c’era un certo signor Lorenzi, un uomo astuto; sua moglie, ancora più abile, si era insinuata talmente nelle grazie della sua padrona da essere considerata piuttosto un’amica che una domestica a stipendio. Le aveva dato come cameriera una nipote di nome signorina Pontal, una donna astuta e presuntuosa che aiutava sua zia a dominare completamente la loro padrona, facendo in modo che questa vedesse e agisse soltanto attraverso di loro. Non ebbi la fortuna di essere gradito a queste tre persone: le obbedivo, ma non le servivo; non mi immaginavo affatto che, oltre al servizio della nostra comune padrona, dovessi anche fare da servo ai suoi domestici. Inoltre, rappresentavo una sorta di pericolo per loro: vedevano chiaramente che non ero al mio posto e temevano che la signora se ne accorgesse, e che qualsiasi cosa facesse per mettermi al mio posto potesse ridurre le loro porzioni. Poiché queste persone, troppo avide per essere giuste, considerano ogni eredità destinata ad altri come un diritto che spetta a loro. Così si misero d’accordo per allontanarmi dai suoi occhi. A lei piaceva scrivere lettere; era un passatempo per lei in quel momento. Loro la scoraggiarono in questo e la convinsero, con l’aiuto del medico, che scrivere la stancasse troppo. Con il pretesto che non ero abile nel svolgere i compiti domestici, mi sostituirono con due robusti servitori incaricati di portare la sua sedia a rotelle. Alla fine, quando fece testamento, erano già passati otto giorni da quando non entravo nella sua stanza. È vero che dopo quel periodo tornai ad entrarvi come prima. Anzi, ci entrai persino più spesso di chiunque altro. Poiché i dolori di quella povera donna mi straziavano il cuore. La costanza con cui li sopportava la rendeva estremamente rispettabile e cara ai miei occhi. E versai davvero molte lacrime nella sua stanza, senza che lei né nessun altro se ne accorgesse.
La perdemmo infine. La vidi esalare l’ultimo respiro. La sua vita era stata quella di una donna intelligente e sensata; la sua morte fu quella di una saggezza. Posso dire che fu lei a rendere per me la religione cattolica amabile, grazie alla serenità d’animo con cui adempiva ai suoi doveri, senza negligenza né affettazione. Era naturalmente seria. Alla fine della sua malattia, mostrò una sorta di allegria troppo equilibrata per essere simulata; in realtà, era soltanto un contrappeso offerto dalla ragione stessa contro la tristezza della sua condizione. Rimase a letto soltanto gli ultimi due giorni e continuò a conversare serenamente con tutti. Alla fine, quando smise di parlare e iniziò i dolori dell’agonia, emise un forte peto. “Bene!”, disse, girandosi, “una donna che fa il peto non è morta, ” Queste furono le sue ultime parole.
Aveva lasciato in eredità un anno dei loro stipendi alle sue domestiche; ma poiché non era specificato lo stato della sua casa nel testamento, non ricevetti nulla. Tuttavia, il conte de la Roque mi diede trenta lire e mi lasciò l’abito nuovo che indossavo, che il signor Lorenzi voleva portarmi via. Mi promise anche di cercare di trovarmi un lavoro e mi permise di andarlo a trovare. Ci andai due o tre volte, ma non riuscii a parlare con lui. Essendo facilmente respingibile, non ci tornai più. Presto si vedrà che ho avuto torto.
Quanto avrei voluto aver terminato tutto ciò che avevo da dire riguardo al mio soggiorno presso la signora de Vercellis! Ma sebbene la mia situazione apparente rimanesse la stessa, non uscii dalla sua casa nello stesso modo in cui vi ero entrato. Portai con me i lunghi ricordi di quel crimine e il peso insopportabile dei rimorsi che, a quarant’anni di distanza, continuano ad opprimere la mia coscienza; un sentimento amaro che, lontano dall’attenuarsi, si intensifica con l’avanzare dell’età. Chi avrebbe mai creduto che un errore commesso da un bambino potesse avere conseguenze così crudeli? Sono proprio queste conseguenze, molto probabili, a impedirmi di trovare conforto nel mio cuore. Forse ho causato la rovina e la miseria di una ragazza gentile, onesta, stimabile, che sicuramente valeva molto di più di me.
Il est bien difficile que la dissolution d’un ménage n’entraîne un peu de confusion dans la maison, et qu’il ne s’égare bien des choses : cependant, telle était la fidélité des domestiques et la vigilance de M. et Mme Lorenzi, que rien ne se trouva de manque sur l’inventaire. La seule Mlle Pontal perdit un petit ruban couleur de rose et argent, déjà vieux[26]. Beaucoup d’autres meilleures choses étaient à ma portée ; ce ruban seul me tenta, je le volai, et comme je ne le cachais guère, on me le trouva bientôt. On voulut savoir où je l’avais pris. Je me trouble, je balbutie, et enfin je dis, en rougissant, que c’est Marion qui me l’a donné. Marion était une jeune Mauriennoise dont Mme de Vercellis avait fait sa cuisinière, quand, cessant de donner à manger, elle avait renvoyé la sienne, ayant plus besoin de bons bouillons que de ragoûts fins. Non seulement Marion était jolie, mais elle avait une fraîcheur de coloris qu’on ne trouve que dans les montagnes, et surtout un air de modestie et de douceur qui faisait qu’on ne pouvait la voir sans l’aimer ; d’ailleurs bonne fille, sage, et d’une fidélité à toute épreuve. C’est ce qui surprit quand je la nommai. L’on n’avait guère moins de confiance en moi qu’en elle, et l’on jugea qu’il importait de vérifier lequel était le fripon des deux. On la fit venir ; l’assemblée était nombreuse, le comte de la Roque y était. Elle arrive, on lui montre le ruban, je la charge effrontément ; elle reste interdite, se tait, me jette un regard qui aurait désarmé les démons, et auquel mon barbare cœur résiste. Elle nie enfin avec assurance, mais sans emportement, m’apostrophe, m’exhorte à rentrer en moi-même, à ne pas déshonorer une fille innocente qui ne m’a jamais fait de mal ; et moi, avec une impudence infernale, je confirme ma déclaration, et lui soutiens en face qu’elle m’a donné le ruban. La pauvre fille se mit à pleurer, et ne me dit que ces mots : Ah ! Rousseau, je vous croyais un bon caractère. Vous me rendez bien malheureuse ; mais je ne voudrais pas être à votre place. Voilà tout. Elle continua de se défendre avec autant de simplicité que de fermeté, mais sans se permettre jamais contre moi la moindre invective. Cette modération, comparée à mon ton décidé, lui fit tort. Il ne semblait pas naturel de supposer d’un côté une audace aussi diabolique, et de l’autre une aussi angélique douceur. On ne parut pas se décider absolument, mais les préjugés étaient pour moi. Dans le tracas où l’on était, on ne se donna pas le temps d’approfondir la chose ; et le comte de la Roque, en nous renvoyant tous deux, se contenta de dire que la conscience du coupable vengerait assez l’innocent. Sa prédiction n’a pas été vaine ; elle ne cesse pas un seul jour de s’accomplir.
J’ignore ce que devint cette victime de ma calomnie ; mais il n’y a pas d’apparence qu’elle ait après cela trouvé facilement à se bien placer. Elle emportait une imputation cruelle à son honneur de toutes manières. Le vol n’était qu’une bagatelle, mais enfin c’était un vol, et, qui pis est, employé à séduire un jeune garçon : enfin le mensonge et l’obstination ne laissaient rien à espérer de celle en qui tant de vices étaient réunis. Je ne regarde pas même la misère et l’abandon comme le plus grand danger auquel je l’aie exposée. Qui sait, à son âge, où le découragement de l’innocence avilie a pu la porter ? Eh ! si le remords d’avoir pu la rendre malheureuse est insupportable, qu’on juge de celui d’avoir pu la rendre pire que moi !
Ce souvenir cruel me trouble quelquefois et me bouleverse au point de voir dans mes insomnies cette pauvre fille venir me reprocher mon crime, comme s’il n’était commis que d’hier. Tant que j’ai vécu tranquille, il m’a moins tourmenté ; mais au milieu d’une vie orageuse il m’ôte la plus douce consolation des innocents persécutés : il me fait bien sentir ce que je crois avoir dit dans quelque ouvrage, que le remords s’endort durant un destin prospère, et s’aigrit dans l’adversité. Cependant je n’ai jamais pu prendre sur moi de décharger mon cœur de cet aveu dans le sein d’un ami. La plus étroite intimité ne me l’a jamais fait faire à personne, pas même à Mme de Warens. Tout ce que j’ai pu faire a été d’avouer que j’avais à me reprocher une action atroce, mais jamais je n’ai dit en quoi elle consistait. Ce poids est donc resté jusqu’à ce jour sans allégement sur ma conscience, et je puis dire que le désir de m’en délivrer en quelque sorte a beaucoup contribué à la résolution que j’ai prise d’écrire mes confessions.
J’ai procédé rondement dans celle que je viens de faire, et l’on ne trouvera sûrement pas que j’aie ici pallié la noirceur de mon forfait. Mais je ne remplirais pas le but de ce livre[27], si je n’exposais en même temps mes dispositions intérieures, et que je craignisse de m’excuser en ce qui est conforme à la vérité. Jamais la méchanceté ne fut plus loin de moi que dans ce cruel moment, et lorsque je chargeai cette malheureuse fille, il est bizarre, mais il est vrai que mon amitié pour elle en fut la cause. Elle était présente à ma pensée, je m’excusai sur le premier objet qui s’offrit. Je l’accusai d’avoir fait ce que je voulais faire, et de m’avoir donné le ruban, parce que mon intention était de le lui donner. Quand je la vis paraître ensuite, mon cœur fut déchiré, mais la présence de tant de monde fut plus forte que mon repentir. Je craignais peu la punition, je ne craignais que la honte ; mais je la craignais plus que la mort, plus que le crime, plus que tout au monde. J’aurais voulu m’enfoncer, m’étouffer dans le centre de la terre ; l’invincible honte l’emporta sur tout, la honte seule fit mon impudence ; et plus je devenais criminel, plus l’effroi d’en convenir me rendait intrépide. Je ne voyais que l’horreur d’être reconnu, déclaré publiquement, moi présent, voleur, menteur, calomniateur. Un trouble universel m’ôtait tout autre sentiment. Si l’on m’eût laissé revenir à moi-même, j’aurais infailliblement tout déclaré. Si M. de la Roque m’eût pris à part, qu’il m’eût dit : Ne perdez pas cette pauvre fille ; si vous êtes coupable, avouez-le-moi ; je me serais jeté à ses pieds dans l’instant, j’en suis parfaitement sûr. Mais on ne fit que m’intimider quand il fallait me donner du courage. L’âge est encore une attention qu’il est juste de faire ; à peine étais-je sorti de l’enfance, ou plutôt j’y étais encore. Dans la jeunesse, les véritables noirceurs sont plus criminelles encore que dans l’âge mûr : mais ce qui n’est que faiblesse l’est beaucoup moins, et ma faute au fond n’était guère autre chose. Aussi son souvenir m’afflige-t-il moins à cause du mal en lui-même qu’à cause de celui qu’il a dû causer. Il m’a même fait ce bien de me garantir pour le reste de ma vie de tout acte tendant au crime, par l’impression terrible qui m’est restée du seul que j’aie jamais commis ; et je crois sentir que mon aversion pour le mensonge me vient en grande partie du regret d’en avoir pu faire un aussi noir. Si c’est un crime qui puisse être expié, comme j’ose le croire, il doit l’être par tant de malheurs dont la fin de ma vie est accablée, par quarante ans de droiture et d’honneur dans des occasions difficiles, et la pauvre Marion trouve tant de vengeurs en ce monde, que, quelque grande qu’ait été mon offense envers elle, je crains peu d’en emporter la coulpe avec moi. Voilà ce que j’avais à dire sur cet article. Qu’il me soit permis de n’en reparler jamais.
FIN du SECOND LIVRE
Livre Troisième
1728 – 1731
It is only natural that the dissolution of a household should cause some confusion and that many things might get lost; however, due to the loyalty of the servants and the vigilance of Mr. and Mrs. Lorenzi, not a single item was missing from the inventory. The only person who lost something was Miss Pontal—a small ribbon in rose and silver, which was already quite old[26]. There were many other more valuable items within my reach; but it was this ribbon alone that tempted me. I stole it, and since I didn’t hide it very well, it was soon found. People wanted to know where I had gotten it. I became flustered, stammered, and finally, blushing, I said that Marion had given it to me. Marion was a young girl from Maurienne whom Mrs. de Vercellis had hired as her cook when she decided to stop preparing meals herself, preferring good soups to fancy dishes. Not only was Marion pretty, but she also possessed a fresh, healthy complexion typical of mountain dwellers, and above all, she had such humility and gentleness that one couldn’t help but love her. She was also a kind and wise girl, with unwavering loyalty. This fact surprised everyone when I named her as the thief. People trusted me just as much as they trusted her, and they decided it was necessary to find out which of us two was the culprit. Marion was called before the group, which was quite large; the Count de la Roque was also there. They showed her the ribbon, and I boldly accused her. She remained stunned, silent, and gave me a look that could have subdued even demons—yet my cruel heart remained unshaken. She denied it firmly but calmly, admonished me to reflect on my actions and not to bring shame upon an innocent girl who had never done me any harm. But I, with infernal audacity, insisted on my claim, insisting that she had given me the ribbon. The poor girl began to cry and said only these words: “Ah, Rousseau! I thought you were a kind person. You are making me so unhappy—but I wouldn’t want to be in your place.” That was all. She continued to defend herself with both simplicity and determination, yet she never uttered a single harsh word against me. Such moderation, contrasted with my aggressive tone, seemed rather suspicious. It didn’t seem plausible that one person could be so boldly wicked and the other so angelically gentle. No firm conclusion was reached, but prejudice was clearly on my side. In the midst of all the confusion, no one took the time to investigate further; and the Count de la Roque, dismissing both of us, simply said that the guilty would soon suffer for the innocent’s wrongs. His prediction has never been fulfilled—until now.
I do not know what became of that victim of my slander; but it seems unlikely that she was able to settle into a good life afterward. She bore with her a cruel accusation that tarnished her honor in every way. The act of theft might have been trivial, but it was still theft—and, worse yet, it was used to seduce a young boy. Moreover, her lies and stubbornness left no hope for someone who combined so many vices. I do not even consider poverty and abandonment to be the greatest dangers I posed to her. Who knows, at her age, where the despair of an innocent person who has been degraded might have led her? Ah! If the remorse of having caused her such suffering is already unbearable, one can only imagine the agony of having made her worse than myself!
This cruel memory sometimes troubles me greatly and perturbs me so much that in my insomnia I see that poor girl coming to reproach me for my crime, as if it had been committed just yesterday. As long as I lived a peaceful life, it troubled me less; but in the midst of a tumultuous existence, it takes away from me the sweetest consolation of those who are persecuted for their innocence—it makes me acutely aware of what I believe I stated in one of my works: that remorse sleeps during a prosperous fate but intensifies in adversity. Yet I have never been able to bring myself to confide this burden to a friend. Even the closest intimacy has never led me to do so, not even with Madame de Warens. All I could do was admit that I had something terrible to reproach myself for, but I never revealed what it was. Thus, this weight has remained unalleviated on my conscience to this day, and I must say that the desire to somehow free myself from it played a significant role in my decision to write my confessions.
I handled the matter I just concluded in a straightforward manner, and one would surely not find that I attempted in any way to mitigate the severity of my wrongdoing. However, I would not have achieved the purpose of this book[27] if I did not also expose my inner thoughts and feelings, even if it meant admitting things that were true. At no time was I further removed from kindness than during that cruel moment; yet, oddly enough, it was precisely my friendship for that unfortunate girl that led me to act as I did. She was on my mind constantly, and I found an excuse at hand to justify my actions. I accused her of having done what I myself intended to do, and of giving me the ribbon because I had indeed planned to give it to her. When I saw her appear later on, my heart was torn apart, but the presence of so many people was stronger than my remorse. I feared little punishment; what I feared most was shame—more than death, more than crime, more than anything else. I wished I could bury myself deep beneath the earth; yet, the overwhelming sense of shame overcame everything else. It was that shame alone that drove my arrogance; and the more criminal my actions became, the less afraid I was of admitting them. All I could think about was the horror of being recognized as a thief, a liar, a slanderer, in front of everyone, with me present. A complete state of turmoil robbed me of all other feelings. If I had been allowed to reflect on my actions alone, I would have confessed everything without hesitation. If Mr. de la Roque had taken me aside and said, “Do not harm this poor girl; if you are guilty, confess it to me,” I am certain I would have fallen at his feet immediately. But instead, people only tried to intimidate me when what was needed was courage. Age is also a factor that should be taken into consideration; I had just left childhood behind—or perhaps I was still in it. In youth, true evils are often even more criminal than in adulthood; but what is merely weakness is far less serious, and my mistake was essentially nothing more than that. Therefore, the memory of it troubles me less because of the evil itself than because of the harm it caused. In fact, it has served to prevent me from committing any further crimes for the rest of my life, due to the terrible impact that single act had on me. I believe my aversion to lying stems largely from the regret of having committed such a heinous deed. If this is a crime that can be atoned for, as I hope it is, then surely it has been compensated for by all the misfortunes that have plagued the rest of my life—by forty years of integrity and honor in difficult circumstances. And since the poor Marion has so many avengers in this world, I fear that, no matter how great my offense against her was, I will not carry its burden with me into the afterlife. This is all I had to say on this subject. May I never have to speak of it again.
End of Book Two
Book Three
1728 – 1731
È assai difficile che la dissoluzione di una famiglia non causi un po’ di confusione in casa e che non si perdano molte cose; tuttavia, data la fedeltà dei domestici e la vigilanza del signor e della signora Lorenzi, nulla mancava nell’inventario. L’unica persona a cui mancò qualcosa fu la signorina Pontal, che perse un piccolo nastro color rosa e argento, già piuttosto vecchio[26]. Molte altre cose migliori erano a mia disposizione; ma fu proprio quel nastro ad attirare la mia attenzione: lo rubai, e poiché non lo nascondevo bene, fu presto ritrovato. Si volle sapere da dove l’avessi preso. Mi agitai, balbettai, e alla fine, arrossendo, dissi che me l’aveva dato Marion. Marion era una giovane ragazza di Maurienne che la signora de Vercellis aveva assunto come cuoca, dopo aver licenziata la sua precedente, poiché aveva più bisogno di buoni brodi che di piatti raffinati. Non solo Marion era bella, ma possedeva anche una freschezza di colori tipica delle montagne, e soprattutto un’aria di modestia e dolcezza che rendeva impossibile non amarla; inoltre, era una brava ragazza, saggia e estremamente fedele. Fu questa la sorpresa quando menzionai il suo nome. La fiducia che tutti avevano in me non era certo inferiore a quella che avevano in lei, e si decise quindi di verificare chi dei due fosse il colpevole. La fecero venire; c’era molta gente presente, anche il conte de la Roque. Quando arrivò, le mostrarono il nastro; io la accusai apertamente; lei rimase sbalordita, tacque e mi lanciò uno sguardo capace di disarmare i demoni, ma il mio cuore crudele non si commosse. Alla fine negò con fermezza, senza mai alzare la voce, mi esortò a riflettere e a non disonorare una ragazza innocente che non mi aveva mai fatto del male; io, con un’impudenza infernale, confermai le mie accuse, sostenendo che era stata lei ad darmi il nastro. La povera ragazza iniziò a piangere e mi disse solo: “Ah, Rousseau, credevo che aveste un buon carattere. Vi rendete davvero molto infelice. Ma non vorrei mai essere al vostro posto”. Non disse altro. Continuò a difendersi con semplicità e fermezza, senza mai rivolgermi alcuna offesa. Questa moderazione, rispetto al mio tono deciso, sembrava addirittura dannosa per lei. Non pareva naturale che da un lato ci fosse una tale audacia diabolica e dall’altro una dolcezza così angelica. Nessuno riuscì a prendere una decisione definitiva; ma i pregiudizi erano tutti a mio favore. Nel caos in cui ci trovavamo, nessuno si prese il tempo di indagare più a fondo. Il conte de la Roque, congedandoci entrambi, si limitò a dire che la coscienza del colpevole avrebbe vendicato abbastanza l’innocente. La sua previsione non si è mai rivelata falsa. E continua ad avverarsi ogni giorno.
Non so cosa sia diventata quella vittima delle mie calunnie; ma non sembra affatto che dopo quel fatto le sia stato facile trovare una situazione favorevole. Portava con sé un’accusa crudele per il suo onore, sotto ogni aspetto. Il furto era solo una piccolezza, ma dopotutto si trattava di furto, e, cosa peggiore, utilizzato per sedurre un giovane ragazzo. Inoltre, la menzogna e l’ostinazione non lasciavano alcuna speranza in quella persona in cui erano riuniti così tanti vizi. Non considero nemmeno la povertà e l’abbandono come il pericolo più grande che le abbia causato. Chi sa, a quell’età, dove possa averla portata il disperazione di un’innocenza umiliata? Ebbene, se il rimorso di aver potuto renderla infelice è insopportabile, si possa immaginare quale sia il rimorso di averla resa peggiore di me!
Questo ricordo crudele a volte mi turba e mi sconvolge al punto che, nelle mie notti insonni, vedo quella povera ragazza venire a rimproverarmi del mio crimine, come se fosse stato commesso solo ieri. Finché ho vissuto tranquillamente, mi ha tormentato meno; ma, nel mezzo di una vita piena di difficoltà, mi toglie la più dolce consolazione che possano offrire gli innocenti perseguitati: mi fa comprendere appieno ciò che credo di aver detto in qualche mio scritto, ovvero che il rimorso si addormenta durante una sorte prospera e si acuisce nell’avversità. Tuttavia, non sono mai riuscito a confidare questo peso nel cuore di un amico; nemmeno la più stretta intimità mi ha mai spinto a farlo con qualcuno, nemmeno con la signora de Warens. Tutto ciò che ho potuto fare è stato ammettere di dovermi rimproverare per un atto atroce, ma mai ho detto in cosa consistesse esattamente. Quindi questo peso è rimasto fino ad oggi senza alcun sollievo sulla mia coscienza, e posso dire che il desiderio di liberarmene in qualche modo ha contribuito molto alla decisione che ho preso di scrivere le mie confessioni.
Ho agito con estrema cautela in ciò che ho appena fatto, e sicuramente non si potrà dire che abbia minimizzato la gravità del mio misfatto. Tuttavia, non raggiungerei lo scopo di questo libro[27] se non esponessi anche le mie intenzioni interiori, senza temere di dovermi scusare per ciò che è in linea con la verità. Mai come in quel terribile momento la malvagità fu lontana da me; quando ho accusato quella povera ragazza, stranamente, ma è vero, è stata proprio la mia amicizia per lei a spingermi a farlo. Lei era presente nei miei pensieri, e mi sono scusato usando il primo pretesto che mi è venuto in mente: l’ho accusata di aver fatto ciò che io stesso volevo fare, di avermi dato quel nastro perché avevo intenzione di darglielo. Quando poi l’ho vista apparire di nuovo, il mio cuore si è spezzato, ma la presenza di tante persone era più forte del mio rimorso. Non temevo molto la punizione, temevo solo l’umiliazione; eppure la temevo più della morte, più del crimine. Avrei voluto sprofondare nel centro della terra; ma l’insopportabile vergogna ha avuto la meglio su tutto. Il ricordo di quel misfatto mi tormenta meno per il male che ho commesso in sé, che per quello che ne è derivato. Anzi, quell’esperienza mi ha aiutato a evitare di compiere altri atti criminali per il resto della mia vita. L’orrore di essere riconosciuto come ladro, bugiardo, calunniatore, tutto questo mi ha reso più coraggioso. Se solo mi fosse stato dato l’opportunità di riflettere, se M. de la Roque mi avesse parlato in privato, dicendomi: “Non abbandonare quella povera ragazza; se sei colpevole, ammettilo con me, ” Mi sarei gettato ai suoi piedi all’istante. Ne sono assolutamente certo. Ma invece si è limitato a intimidirmi quando avrebbe dovuto incoraggiarmi. L’età, dopotutto, merita di essere presa in considerazione. Ero appena uscito dall’infanzia. Nella giovinezza, le vere malvagità sono ancora più gravi che nell’età adulta. Ma ciò che nella giovinezza è solo debolezza diventa molto meno grave con l’avanzare degli anni. La mia colpa, in fondo, non era altro che questo. Per questo il ricordo di quel misfatto mi addolora meno. Anzi, mi ha aiutato a evitare altri crimini per il resto della mia vita. L’orrore di essere riconosciuto come ladro, bugiardo, calunniatore, tutto questo mi ha reso più coraggioso. Se solo mi fosse stato dato l’opportunità di riflettere.
Fine del secondo libro.
Libro Terzo
1728 – 1731
Sorti de chez Mme de Vercellis à peu près comme j’y étais entré, je retournai chez mon ancienne hôtesse, et j’y restai cinq ou six semaines, durant lesquelles la santé, la jeunesse et l’oisiveté me rendirent souvent mon tempérament importun. J’étais inquiet, distrait, rêveur ; je pleurais, je soupirais, je désirais un bonheur dont je n’avais pas l’idée, et dont je sentais pourtant la privation. Cet état ne peut se décrire, et peu d’hommes même le peuvent imaginer, parce que la plupart ont prévenu cette plénitude de vie, à la fois tourmentante et délicieuse, qui, dans l’ivresse du désir, donne un avant-goût de la jouissance. Mon sang allumé remplissait incessamment mon cerveau de filles et de femmes : mais, n’en sentant pas le véritable usage, je les occupais bizarrement en idée à mes fantaisies sans en savoir rien faire de plus ; et ces idées tenaient mes sens dans une activité très incommode, dont, par bonheur, elles ne m’apprenaient point à me délivrer. J’aurais donné ma vie pour retrouver un quart d’heure une demoiselle Goton. Mais ce n’était plus le temps où les jeux de l’enfance allaient là comme d’eux-mêmes. La honte, compagne de la conscience du mal, était venue avec les années ; elle avait accru ma timidité naturelle au point de la rendre invincible ; et jamais, ni dans ce temps-là ni depuis, je n’ai pu parvenir à faire une proposition lascive, que celle à qui je la faisais ne m’y ait en quelque sorte contraint par ses avances, quoique sachant qu’elle n’était pas scrupuleuse, et presque assuré d’être pris au mot.
Mon agitation crût au point que, ne pouvant contenter mes désirs, je les attisais par les plus extravagantes manœuvres. J’allais chercher des allées sombres, des réduits cachés, où je pusse m’exposer de loin aux personnes du sexe dans l’état où j’aurais voulu pouvoir être auprès d’elles. Ce qu’elles voyaient n’était pas l’objet obscène, je n’y songeais même pas ; c’était l’objet ridicule. Le sot plaisir que j’avais de l’étaler à leurs yeux ne peut se décrire. Il n’y avait de là plus qu’un pas à faire pour sentir le traitement désiré, et je ne doute pas que quelque résolue, en passant, ne m’en eût donné l’amusement, si j’eusse eu l’audace d’attendre. Cette folie eut une catastrophe à peu près aussi comique, mais un peu moins plaisante pour moi.
Un jour j’allai m’établir au fond d’une cour dans laquelle était un puits où les filles de la maison venaient souvent chercher de l’eau. Dans ce fond il y avait une petite descente qui menait à des caves par plusieurs communications. Je sondai dans l’obscurité ces allées souterraines, et, les trouvant longues et obscures, je jugeai qu’elles ne finissaient point, et que, si j’étais vu et surpris, j’y trouverais un refuge assuré. Dans cette confiance, j’offrais aux filles qui venaient au puits un spectacle plus risible que séducteur. Les plus sages feignirent de ne rien voir ; d’autres se mirent à rire ; d’autres se crurent insultées et firent du bruit. Je me sauvai dans ma retraite : j’y fus suivi. J’entendis une voix d’homme sur laquelle je n’avais pas compté, et qui m’alarma. Je m’enfonçai dans les souterrains, au risque de m’y perdre : le bruit, les voix, la voix d’homme, me suivaient toujours. J’avais compté sur l’obscurité, je vis de la lumière. Je frémis, je m’enfonçai davantage. Un mur m’arrêta, et, ne pouvant aller plus loin, il fallut attendre là ma destinée. En un moment je fus atteint et saisi par un grand homme portant une grande moustache, un grand chapeau, un grand sabre, escorté de quatre ou cinq vieilles femmes armées chacune d’un manche à balai, parmi lesquelles j’aperçus la petite coquine qui m’avait décelé, et qui voulait sans doute me voir au visage.
L’homme au sabre, en me prenant par le bras, me demanda rudement ce que je faisais là. On conçoit que ma réponse n’était pas prête. Je me remis cependant ; et, m’évertuant dans ce moment critique, je tirai de ma tête un expédient romanesque qui me réussit. Je lui dis, d’un ton suppliant, d’avoir pitié de mon âge et de mon état ; que j’étais un jeune étranger de grande naissance, dont le cerveau s’était dérangé ; que je m’étais échappé de la maison paternelle parce qu’on voulait m’enfermer ; que j’étais perdu s’il me faisait connaître ; mais que, s’il voulait bien me laisser aller, je pourrais peut-être un jour reconnaître cette grâce. Contre toute attente, mon discours et mon air firent effet : l’homme terrible en fut touché ; et après une réprimande assez courte, il me laissa doucement aller sans me questionner davantage. A l’air dont la jeune et les vieilles me virent partir, je jugeai que l’homme que j’avais tant craint m’était fort utile, et qu’avec elles seules je n’en aurais pas été quitte à si bon marché. Je les entendis murmurer je ne sais quoi dont je ne me souciais guère ; car, pourvu que le sabre et l’homme ne s’en mêlassent pas, j’étais bien sûr, leste et vigoureux comme j’étais, de me délivrer bientôt et de leurs tricots et d’elles.
Quelques jours après, passant dans une rue avec un jeune abbé, mon voisin, j’allai donner du nez contre l’homme au sabre. Il me reconnut, et me contrefaisant d’un ton railleur : Je suis prince, me dit-il, je suis prince ; et moi je suis un coïon : mais que Son Altesse n’y revienne. Il n’ajouta rien de plus, et je m’esquivai en baissant la tête et le remerciant, dans mon cœur, de sa discrétion. J’ai jugé que ces maudites vieilles lui avaient fait honte de sa crédulité. Quoi qu’il en soit, tout piémontais qu’il était, c’était un bon homme, et jamais je ne pense à lui sans un mouvement de reconnaissance : car l’histoire était si plaisante, que, par le seul désir de faire rire, tout autre à sa place m’eût déshonoré. Cette aventure, sans avoir les suites que j’en pouvais craindre, ne laissa pas de me rendre sage pour longtemps.
Mon séjour chez Mme de Vercellis m’avait procuré quelques connaissances, que j’entretenais dans l’espoir qu’elles pourraient m’être utiles. J’allais voir quelquefois entre autres un abbé savoyard appelé M. Gaime, précepteur des enfants du comte de Mellarède. Il était jeune encore et peu répandu, mais plein de bon sens, de probité, de lumières, et l’un des plus honnêtes hommes que j’aie connus. Il ne me fut d’aucune ressource pour l’objet qui m’attirait chez lui : il n’avait pas assez de crédit pour me placer ; mais je trouvai près de lui des avantages plus précieux qui m’ont profité toute ma vie, les leçons de la saine morale et les maximes de la droite raison. Dans l’ordre successif de mes goûts et de mes idées, j’avais toujours été trop haut ou trop bas ; Achille ou Thersite, tantôt héros et tantôt vaurien. M. Gaime prit le soin de me mettre à ma place et de me montrer à moi-même, sans m’épargner ni me décourager. Il me parla très honorablement de mon naturel et de mes talents : mais il ajouta qu’il en voyait naître les obstacles qui m’empêcheraient d’en tirer parti ; de sorte qu’ils devaient, selon lui, bien moins me servir de degrés pour monter à la fortune que de ressources pour m’en passer. Il me fit un tableau vrai de la vie humaine, dont je n’avais que de fausses idées ; il me montra comment, dans un destin contraire, l’homme sage peut toujours tendre au bonheur et courir au plus près du vent pour y parvenir ; comment il n’y a point de vrai bonheur sans sagesse, et comment la sagesse est de tous les états. Il amortit beaucoup mon admiration pour la grandeur, en me prouvant que ceux qui dominaient les autres n’étaient ni plus sages ni plus heureux qu’eux. Il me dit une chose qui m’est souvent revenue à la mémoire, c’est que si chaque homme pouvait lire dans les cœurs de tous les autres, il y aurait plus de gens qui voudraient descendre que de ceux qui voudraient monter. Cette réflexion, dont la vérité frappe, et qui n’a rien d’outré, m’a été d’un grand usage dans le cours de ma vie pour me faire tenir à ma place paisiblement. Il me donna les premières vraies idées de l’honnête, que mon génie ampoulé n’avait saisi que dans ses excès. Il me fit sentir que l’enthousiasme des vertus sublimes était peu d’usage dans la société, qu’en s’élançant trop haut on était sujet aux chutes ; que la continuité des petits devoirs toujours bien remplis ne demandait pas moins de force que les actions héroïques ; qu’on en tirait meilleur parti pour l’honneur et pour le bonheur ; et qu’il valait infiniment mieux avoir toujours l’estime des hommes que quelquefois leur admiration.
Leaving Madame de Vercellis’s house just as I had entered it, I returned to my former hostess and stayed there for five or six weeks. During that time, my health, youth, and idleness often made me behave in a rather troublesome manner. I was anxious, distracted, dreamy; I wept, sighed, and longed for some happiness of which I had no clear idea but for which I deeply felt the absence. Such a state is impossible to describe, and few people could even imagine it, because most have never experienced that perfect state of life—both tormenting and delightful—which, in the fervor of desire, gives one a taste of what true happiness might be like. My blood, stirred up by these thoughts, constantly filled my mind with images of girls and women; but since I did not know how to make proper use of them, I merely fantasized about them without being able to do anything more. These fantasies kept my senses in a state of constant agitation, though fortunately they never taught me how to escape it. I would have given my life just to spend another quarter of an hour with Mademoiselle Goton. But those were no longer the days when childhood games could happen so easily. With the passage of time, shame—that companion of conscience when one has done wrong—had grown stronger; it had increased my natural timidity to the point where it became almost invincible. Neither then nor since have I ever been able to make a lewd proposition unless the person I addressed somehow forced me to do so through her own advances, even though I knew she was not particular about such things and was almost certain that she would accept my offer.
My agitation grew to such an extent that, unable to satisfy my desires, I sought to stoke them through the most extravagant means. I would seek out dark alleys and hidden corners where I could expose myself from a distance to people of the opposite sex in the state I wished to be in when being near them. What they saw was not the obscene object itself—I didn’t even think of that; it was merely the ridiculous aspect of it. The foolish pleasure I derived from displaying it before their eyes is beyond description. It was only a single step away from experiencing the desired outcome, and I have no doubt that some determined person, if I had had the audacity to wait for them, would have provided me with that amusement. This madness ended in a catastrophe that was almost as comical—but less pleasing for me.
One day, I went to settle in the back of a courtyard where there was a well that the girls from the house often came to fetch water from. At the back of the courtyard, there was a small descent leading to several underground caves connected by various passages. I explored these dark tunnels and, finding them long and murky, concluded that they must have no end; moreover, if I were seen or caught, I would find a safe refuge there. With this thought, I offered the girls who came to draw water from the well a sight more ridiculous than enticing. The wiser of them pretended not to see anything; others began to laugh; still others took it as an insult and started making a fuss. I fled back into my hiding place—only to find that I was being followed. I heard a man’s voice, one I hadn’t anticipated, which alarmed me. I plunged deeper into the underground passages, risking getting lost; yet the noise, the voices, and that man’s voice continued to follow me. I had counted on the darkness, but now I saw light. I shuddered and retreated further. A wall stopped me; unable to go any further, I had no choice but to wait there for my fate to decide. In moments, I was caught by a tall man with a thick mustache, a large hat, and a long sword, accompanied by four or five old women, each armed with a broom handle. Among them was that little mischievous girl who had discovered me—she probably wanted to see my face.
The man with the sword took me by the arm and rudely asked what I was doing there. Needless to say, I wasn’t prepared with an answer at that moment. However, I quickly thought of a novel excuse that proved successful. I implored him to show mercy on my age and my condition; claimed to be a young foreigner of noble birth whose mind had been disturbed; said I had escaped from my parents’ home because they wanted to lock me up; and warned that if he revealed my identity, it would mean my ruin. But if he would let me go, perhaps one day I could repay this kindness. To my surprise, my words and demeanor had the desired effect: the fierce-looking man was moved, and after a brief reprimand, he gently allowed me to leave without further questioning. Judging by the looks of both the young women and the old woman as I departed, I realized that this man I had feared so much was actually of great help to me—without him, things might not have turned out so well. I overheard them muttering something, but I paid it no mind; as long as the sword and its owner stayed out of it, I was certain that, with my agility and strength, I would soon be free of them all.
A few days later, as I was walking down a street with my young neighbor, an abbe, I happened to come across the man with the sword. He recognized me and, in a mocking tone, said, “I am a prince; I am indeed a prince.” And I replied, “But I’m just a fool—please, Your Highness, don’t mention it again.” He said nothing more, and I made my way away, bowing my head and inwardly thanking him for his discretion. I guessed that those damned old women must have made him ashamed of his own gullibility. Anyway, despite being from Piedmont, he was a good man, and I never think of him without feeling grateful—because the whole incident was so amusing that, driven solely by the desire to make others laugh, anyone else in his place would have brought me shame. Though this adventure did not lead to the consequences I feared, it certainly taught me a valuable lesson for a long time to come.
My stay with Madame de Vercellis had provided me with some knowledge, which I maintained in the hope that it might be useful to me. From time to time, I would visit an Abbe from Savoy named Monsieur Gaime, who was the tutor to the children of the Count of Mellarède. He was still young and not very well-known, but he possessed sound judgment, integrity, and enlightenment, and was one of the most honest men I had ever known. However, he was of no help to me in regard to my purpose for visiting him; he did not have enough influence to secure me any advantageous position. Nevertheless, I found near him far more valuable benefits that would benefit me throughout my life: the lessons of sound morality and the maxims of right reason. In terms of my tastes and aspirations, I had always tended to either aim too high or too low—sometimes a hero, sometimes a scoundrel. Monsieur Gaime took the trouble to help me understand my true place and to show me, without sparing me criticism or discouragement, what was possible for me. He spoke very highly of my nature and talents, but he also pointed out the obstacles that would prevent me from making full use of them; in his view, these obstacles were more likely to hinder my progress than to serve as a means to achieve success. He gave me a true understanding of human life, something I had only vague notions about before; he showed me how, even in adverse circumstances, a wise person can always strive toward happiness and move in the right direction to attain it; how true happiness is inseparable from wisdom, and how wisdom is essential in all walks of life. He greatly reduced my admiration for greatness by proving to me that those who dominated others were neither wiser nor happier than those they ruled over. He also told me something that has often come back to mind: if every person could read the thoughts of everyone else, there would be more people willing to lower their status than those willing to elevate it. This thought, which is profound yet entirely reasonable, has been of great help to me throughout my life, helping me to accept my place in peace. He gave me my first true understanding of what honesty means, something that my inflated self-importance had never allowed me to grasp properly. He made me realize that excessive enthusiasm for noble virtues is often unproductive in society; that striving too high can lead to failure; that consistently fulfilling small duties requires just as much effort as heroic actions; and that gaining the respect of people is far more valuable than occasionally earning their admiration.
Uscito da casa di madame de Vercellis più o meno nello stesso stato in cui vi ero entrato, tornai dalla mia vecchia ospite e vi rimasi cinque o sei settimane, durante le quali la salute, la giovinezza e l’ozio mi restituirono spesso il mio temperamento importuno. Ero inquieto, distratto, sognante; piangevo, sospiravo, desideravo una felicità della quale non avevo neppure l’idea, e della quale tuttavia sentivo la privazione. Questo stato non si può descrivere, e pochi uomini possono anche solo immaginarlo, perché la maggior parte ha prevenuto quella pienezza di vita, al tempo stesso tormentosa e deliziosa, che, nell’ebbrezza del desiderio, dà un anticipo della gioia. Il sangue acceso mi riempiva incessantemente il cervello di fanciulle e donne: ma, non sentendone il vero uso, le occupavo stranamente con fantasie mie proprie senza saperne far nulla di più; e queste idee tenevano i miei sensi in un’attività molto scomoda, dalla quale, per fortuna, non imparavo a liberarmi. Avrei dato la vita per ritrovare per un quarto d’ora una signorina Goton. Ma non era più il tempo in cui i giochi dell’infanzia andavano da sé. La vergogna, compagna della coscienza del male, era venuta con gli anni; essa aveva accresciuto la mia timidezza naturale al punto da renderla invincibile; e mai, né in quel tempo né da allora, sono riuscito a fare una proposta lasciva senza che colei alla quale la facevo me ne avesse in qualche modo costretto le attenzioni, pur sapendo che lei non era scrupolosa e quasi certo di essere preso sul serio.
La mia agitazione crebbe al punto che, non potendo soddisfare i miei desideri, li alimentavo con le manovre più stravaganti. Andavo in cerca di vicoli bui, di anfratti nascosti, dove potessi osservare da lontano persone del sesso nel modo in cui avrei voluto poter essere io stesso accanto a loro. Quello che vedevano non era l’oggetto osceno, non ci pensavo nemmeno; era l’oggetto ridicolo. Il futile piacere che provavo a esporlo ai loro occhi non si può descrivere. Da lì era ormai un passo soltanto per sentire il trattamento desiderato, e non dubito che qualche donna risoluta, passando di lì, me lo avrebbe offerto, se io avessi avuto l’audacia di aspettarlo. Questa follia ebbe una catastrofe quasi altrettanto comica, ma un po’ meno piacevole per me.
Un giorno mi stabilii in fondo a una corte nella quale c’era un pozzo dove le ragazze della casa venivano spesso a prendere acqua. In quel fondo c’era una piccola discesa che portava a delle cantine attraverso diverse comunicazioni. Esplorai nell’oscurità questi corridoi sotterranei e, trovandoli lunghi e bui, giudicai che non finissero mai e che, se fossi stato visto e sorpreso, vi avrei trovato un rifugio sicuro. Con questa fiducia, offrivo alle ragazze che venivano al pozzo uno spettacolo più ridicolo che seducente. Le più sagge fecero finta di non vedere nulla; altre si misero a ridere; altre si credettero offese e fecero rumore. Io mi rifugiai nella mia tana: fui seguito. Sentii una voce maschile sulla quale non avevo contato e che mi mise in allarme. Mi addentrai nei sotterranei, rischiando di perdermi: il rumore, le voci, la voce maschile, mi seguivano sempre. Avevo contato sull’oscurità, invece vidi della luce. Fremei, mi addentrai ancora di più. Un muro mi fermò e, non potendo andare oltre, dovetti attendere lì la mia sorte. In un attimo fui raggiunto e afferrato da un uomo grande, con una grande barba, un grande cappello, un grande sciabola, accompagnato da quattro o cinque vecchie armate ciascuna di un manico di scopa, tra le quali riconobbi la piccola canaglia che mi aveva scoperto e che senza dubbio voleva vedermi in faccia.
L’uomo con la sciabola, prendendomi per il braccio, mi chiese rudemente cosa ci facessi lì. Si capisce che la mia risposta non era pronta. Tuttavia mi ripresi; e, impegnandomi in quel momento critico, tirai fuori dalla testa un espediente romanzesco che mi riuscì. Gli dissi, con tono supplichevole, di avere pietà della mia età e del mio stato; che ero un giovane straniero di alta nascita, il cui cervello si era turbato; che ero fuggito dalla casa paterna perché volevano rinchiudermi; che ero perduto se mi facesse conoscere; ma che, se mi lasciava andare, forse un giorno avrei potuto ricompensare quella grazia. Contro ogni aspettativa, il mio discorso e il mio atteggiamento fecero effetto: l’uomo terribile ne fu commosso; e dopo una reprimenda abbastanza breve, mi lasciò andare dolcemente senza interrogarmi ulteriormente. All’aria con cui la giovane e le vecchie mi videro partire, giudicai che l’uomo che tanto avevo temuto mi fosse assai utile, e che con loro sole non sarei uscito così a buon mercato. Le sentii mormorare chissà cosa, della quale non mi importava granché; perché, purché la sciabola e l’uomo non se ne fossero occupati, ero certo, agile e vigoroso com’ero, di liberarmi presto sia dai loro intrighi che da loro stesse.
Qualche giorno dopo, passeggiando per una strada con un giovane abate, mio vicino, mi imbattui proprio nell’uomo con la sciabola. Mi riconobbe e, mimando con tono beffardo: «Sono principe, mi disse, sono principe; e io sono un coglione: ma Vostra Altezza non ci torni più», aggiunse niente altro, e io mi dileguai abbassando la testa e ringraziandolo, nel mio cuore, della sua discrezione. Ho giudicato che quelle maledette vecchie gli avessero fatto vergognare della sua credulità. Comunque sia, per quanto piemontese fosse, era un brav’uomo, e non penso mai a lui senza un moto di riconoscenza: perché la storia era così divertente che, per il solo desiderio di far ridere, chiunque altro al suo posto mi avrebbe disonorato. Quest’avventura, pur non avendo le conseguenze che potevo temere, non mi lasciò comunque insensibile per lungo tempo.
Il mio soggiorno da madame de Vercellis mi aveva procurato alcune conoscenze, che coltivavo nella speranza potessero essermi utili. Andavo a trovare talvolta, tra gli altri, un abate savoiardo chiamato monsieur Gaime, precettore dei figli del conte di Mellarède. Era ancora giovane e poco conosciuto, ma pieno di buon senso, di probità, di luci, e uno degli uomini più onesti che abbia mai conosciuto. Non mi fu d’aiuto per l’oggetto che mi attirava da lui: non aveva abbastanza influenza per sistemarmi; ma trovai presso di lui vantaggi più preziosi che mi sono stati utili per tutta la vita, le lezioni di sana morale e le massime della retta ragione. Nell’ordine successivo dei miei gusti e delle mie idee, ero sempre stato troppo alto o troppo basso; Achille o Tersite, ora ero eroe ora furfante. Monsieur Gaime si prese cura di mettermi al mio posto e di mostrarmi a me stesso, senza risparmiarmi né scoraggiarmi. Mi parlò con grande onore del mio carattere e dei miei talenti: ma aggiunse che vedeva nascere ostacoli che mi avrebbero impedito di trarne profitto; per cui, secondo lui, essi dovevano servirmi meno come gradini per salire alla fortuna che come risorse per farne a meno. Mi fece un quadro veritiero della vita umana, della quale avevo solo idee false; mi mostrò come, in un destino contrario, l’uomo saggio possa sempre tendere alla felicità e correre al vento più favorevole per raggiungerla; come non ci sia vera felicità senza saggezza e come la saggezza sia indispensabile in ogni condizione. Attenuò molto la mia ammirazione per la grandezza, dimostrandoti che coloro che dominavano gli altri non erano né più saggi né più felici di loro. Mi disse una cosa che mi è tornata spesso alla mente: se ogni uomo potesse leggere nel cuore di tutti gli altri, ci sarebbero più persone che vorrebbero scendere che non quelle che vorrebbero salire. Questa riflessione, la cui verità colpisce e che non ha nulla di esagerato, mi è stata di grande utilità nel corso della vita per farmi stare tranquillamente al mio posto. Mi diede le prime vere idee dell’onestà, che il mio genio enfatico aveva colto solo nei suoi eccessi. Mi fece capire che l’entusiasmo per le virtù sublimi era poco utile nella società, che lanciandosi troppo in alto si era soggetti a cadute; che la continuità di piccoli doveri sempre ben compiuti richiedeva non meno forza che le azioni eroiche; che se ne traeva un miglior profitto per l’onore e per la felicità; e che valeva infinitamente più avere sempre l’approvazione degli uomini che qualche volta la loro ammirazione.
Pour établir les devoirs de l’homme il fallait bien remonter à leur principe. D’ailleurs, le pas que je venais de faire, et dont mon état présent était la suite, nous conduisait à parler de religion. L’on conçoit déjà que l’honnête M. Gaime est, du moins en grande partie, l’original du Vicaire Savoyard. Seulement, la prudence l’obligeant à parler avec plus de réserve, il s’expliqua moins ouvertement sur certains points ; mais au reste ses maximes, ses sentiments, ses avis, furent les mêmes, et, jusqu’au conseil de retourner dans ma patrie, tout fut comme je l’ai rendu depuis au public. Ainsi, sans m’étendre sur des entretiens dont chacun peut avoir la substance, je dirai que ses leçons, sages, mais d’abord sans effet, furent dans mon cœur un germe de vertu et de religion qui ne s’y étouffa jamais, et qui n’attendait, pour fructifier, que les soins d’une main plus chérie.
Quoique alors ma conversion fût peu solide, je ne laissais pas d’être ému. Loin de m’ennuyer de ses entretiens, j’y pris goût à cause de leur clarté, de leur simplicité, et surtout d’un certain intérêt de cœur dont je sentais qu’ils étaient pleins. J’ai l’âme aimante, et je me suis toujours attaché aux gens moins à proportion du bien qu’ils m’ont fait que de celui qu’ils m’ont voulu, et c’est sur quoi mon tact ne me trompe guère. Aussi je m’affectionnais véritablement à M. Gaime ; j’étais pour ainsi dire son second disciple ; et cela me fit pour le moment même l’inestimable bien de me détourner de la pente du vice où m’entraînait mon oisiveté.
Un jour que je ne pensais à rien moins, on vint me chercher de la part du comte de la Roque. À force d’y aller et de ne pouvoir lui parler, je m’étais ennuyé, je n’y allais plus : je crus qu’il m’avait oublié, ou qu’il lui était resté de mauvaises impressions de moi. Je me trompais. Il avait été témoin plus d’une fois du plaisir avec lequel je remplissais mon devoir auprès de sa tante ; il le lui avait même dit, et il m’en reparla quand moi-même je n’y songeais plus. Il me reçut bien, me dit que, sans m’amuser de promesses vagues, il avait cherché à me placer, qu’il avait réussi, qu’il me mettait en chemin de devenir quelque chose, que c’était à moi de faire le reste ; que la maison où il me faisait entrer était puissante et considérée, que je n’avais pas besoin d’autres protecteurs pour m’avancer, et que quoique traité d’abord en simple domestique, comme je venais de l’être, je pouvais être assuré que si l’on me jugeait par mes sentiments et par ma conduite au-dessus de cet état, on était disposé à ne m’y pas laisser. La fin de ce discours démentit cruellement les brillantes espérances que le commencement m’avait données. Quoi ! toujours laquais ? me dis-je en moi-même avec un dépit amer que la confiance effaça bientôt. Je me sentais trop peu fait pour cette place pour craindre qu’on m’y laissât.
Il me mena chez le Comte de Gouvon, premier écuyer de la Reine, et chef de l’illustre maison de Solar. L’air de dignité de ce respectable vieillard me rendit plus touchante l’affabilité de son accueil. Il m’interrogea avec intérêt, et je lui répondis avec sincérité. Il dit au comte de la Roque que j’avais une physionomie agréable et qui promettait de l’esprit ; qu’il lui paraissait qu’en effet je n’en manquais pas, mais que ce n’était pas là tout, et qu’il fallait voir le reste ; puis, se tournant vers moi : Mon enfant, me dit-il, presque en toutes choses les commencements sont rudes ; les vôtres ne le seront pourtant pas beaucoup. Soyez sage, et cherchez à plaire ici à tout le monde ; voilà, quant à présent, votre unique emploi : du reste, ayez bon courage ; on veut prendre soin de vous. Tout de suite il passa chez la marquise de Breil, sa belle-fille, et me présenta à elle, puis à l’abbé de Gouvon, son fils. Ce début me parut de bon augure. J’en savais assez déjà pour juger qu’on ne fait pas tant de façon à la réception d’un laquais. En effet, on ne me traita pas comme tel. J’eus la table de l’office ; on ne me donna point d’habit de livrée, et le comte de Favria, jeune étourdi, m’ayant voulu faire monter derrière son carrosse, son grand-père défendit que je montasse derrière aucun carrosse, et que je suivisse personne hors de la maison. Cependant je servais à table, et je faisais à peu près au-dedans le service d’un laquais ; mais je le faisais en quelque façon librement, sans être attaché nommément à personne. Hors quelques lettres qu’on me dictait, et des images que le comte de Favria me faisait découper, j’étais presque le maître de tout mon temps dans la journée. Cette épreuve dont je ne m’apercevais pas, était assurément très dangereuse ; elle n’était pas même fort humaine ; car cette grande oisiveté pouvait me faire contracter des vices que je n’aurais pas eus sans cela.
Mais c’est ce qui très heureusement n’arriva point. Les leçons de M. Gaime avaient fait impression sur mon cœur, et j’y pris tant de goût que je m’échappais quelquefois pour aller les entendre encore. Je crois que ceux qui me voyaient sortir ainsi furtivement ne devinaient guère où j’allais. Il ne se peut rien de plus censé que les avis qu’il me donna sur ma conduite. Mes commencements furent admirables ; j’étais d’une assiduité, d’une attention, d’un zèle, qui charmaient tout le monde. L’abbé Gaime m’avait sagement averti de modérer cette première ferveur, de peur qu’elle ne vînt à se relâcher et qu’on n’y prît garde. Votre début, me dit-il, est la règle de ce qu’on exigera de vous : tâchez de vous ménager de quoi faire plus dans la suite, mais gardez-vous de faire jamais moins.
Comme on ne m’avait guère examiné sur mes petits talents et qu’on ne me supposait que ceux que m’avait donnés la nature, il ne paraissait pas, malgré ce que le comte de Gouvon m’avait pu dire, qu’on songeât à tirer parti de moi. Des affaires vinrent à la traverse, et je fus à peu près oublié. Le marquis de Breil, fils du comte de Gouvon, était alors ambassadeur à Vienne. Il survint des mouvements à la cour qui se firent sentir dans la famille, et l’on y fut quelques semaines dans une agitation qui ne laissait guère le temps de penser à moi. Cependant jusque-là je m’étais peu relâché. Une chose me fit du bien et du mal, en m’éloignant de toute dissipation extérieure, mais en me rendant un peu plus distrait sur mes devoirs.
In order to establish the duties of man, it was necessary to trace them back to their fundamental principles. Indeed, the step I had just taken—and whose consequences my current situation represented—led us inevitably to discuss matters related to religion. It is readily understandable that the honest Mr. Gaime was, at least in large part, the original model upon which the character “Vicaire Savoyard” was based. However, out of prudence, he chose to express himself with greater restraint on certain points; nonetheless, his maxims, sentiments, and opinions remained unchanged. Up until the moment when he advised me to return to my homeland, everything remained just as I have subsequently presented it to the public. In short, without delving into the details of our conversations—whose essence anyone could understand—I would say that his teachings, though wise but initially ineffective, planted in my heart a seed of virtue and religion that never died out there; all that was needed for it to flourish was the care of a more beloved hand.
Although my conversion was not very solid at that time, I could not help but be moved. Far from finding his conversations tedious, I took a liking to them because of their clarity, their simplicity, and especially because they seemed to be filled with genuine sincerity. I have a loving nature, and I have always felt attached to people not so much in proportion to the good they have done me as to the kindness they have shown me—and my intuition rarely deceives me in such matters. Therefore, I truly came to cherish Mr. Gaime; I could almost say that I became his second disciple. And this, at that very moment, did me an invaluable service by preventing me from slipping into the path of vice that my idleness was leading me towards.
One day, when I was thinking of nothing in particular, someone came to summon me on behalf of the Count de la Roque. Having gone there repeatedly but never gotten the chance to speak with him, I had grown bored and stopped going; I assumed he had forgotten about me or that he still held a poor opinion of me. I was wrong. He had witnessed more than once how gladly I fulfilled my duties towards his aunt; he had even told her so, and now he brought it up again when I myself no longer thought about it. He received me warmly, telling me that without making vague promises, he had tried to secure a position for me, and that he had succeeded—now I was on the path to achieving something significant; it was up to me to do the rest. He explained that the family he was introducing me to was powerful and respected, that I needed no other protectors to advance in my career, and that although I had initially been treated merely as a servant, just as I had been before, he was certain that if people judged me based on my feelings and behavior, they would be willing to elevate me beyond that status. However, the conclusion of his speech cruelly shattered the bright hopes it had initially kindled in me. “Still a lackey?” I thought to myself with bitter resentment—though this feeling was soon overcome by confidence. I felt far too unworthy of such a position to fear that they would keep me there.
He took me to Count de Gouvon, the Queen’s chief equerry and head of the illustrious house of Solar. The dignified demeanor of this respected old man made his kindness all the more touching to me. He inquired about me with interest, and I answered him sincerely. He told Count de la Roque that I had an attractive appearance and that there was every sign of intelligence; that he indeed believed I lacked nothing in that regard, but that it was not all; that one needed to see the rest. Then, turning to me, he said, “My child, in almost everything, beginnings are rough; yours, however, will not be too difficult. Be wise, and try to please everyone here—that is your only task for now. Nevertheless, have courage; people intend to take care of you.” Immediately afterwards, he went to see the Marquise de Breil, his daughter-in-law, and introduced me to her, as well as to Abbe de Gouvon, his son. This beginning seemed promising to me. I already had enough information to judge that such courtesy was not usually extended to a footboy. Indeed, I was not treated as one. I sat at the family table; I was not given any official uniform, and when Count de Favria, a young fool, tried to have me ride behind his carriage, his grandfather refused absolutely, saying that I should not ride behind any carriage and that I should follow no one outside the house. Nevertheless, I served at the table and performed most of the duties usually assigned to a footboy, but in a somewhat free manner, without being formally attached to anyone. Apart from helping with some letters that were dictated to me and cutting out pictures for Count de Favria, I had almost complete freedom during the day. This seemingly harmless trial was actually very dangerous; such idleness could have led me to develop vices that I would otherwise have avoided.
But fortunately, this did not happen at all. Mr. Gaime’s lessons had made a deep impression on my heart, and I took such pleasure in them that I would sometimes sneak away to listen to them again. I believe those who saw me leaving so furtively had no idea where I was going. His advice regarding my behavior was absolutely sound. My beginnings were admirable; my diligence, attention, and zeal delighted everyone. Father Gaime had wisely warned me to moderate this initial fervor, for fear that it might slacken later on and attract unwanted attention. “Your beginning,” he told me, “will set the standard for what will be expected of you in the future: try to ensure that you have enough to do going forward, but never fall short of that standard.”
Since people had hardly examined my minor talents and assumed only those that nature had granted me, it seemed that, despite what Count de Gouvon might have said, no one intended to make use of me. Various circumstances got in the way, and I was almost forgotten. At that time, the Marquis de Breil, son son, was ambassador in Vienna. Some events at court had an impact on the family, and for several weeks we were immersed in such turmoil that there was little time to think of me. Nevertheless, up until then, I had not relaxed my efforts at all. One thing had both positive and negative effects on me: it kept me away from any form of external indulgence, but also made me somewhat more distracted in my duties.
Per stabilire i doveri dell’uomo, era necessario risalire al loro principio stesso. Del resto, il passo che avevo appena compiuto, e dal quale derivava la mia situazione attuale, ci portava inevitabilmente a parlare di religione. Si può facilmente intuire che l’onesto signor Gaime sia, almeno in gran parte, l’autore originale del “Vicario Savoiardo”. Tuttavia, per prudenza, egli si espresse con maggiore riservatezza su alcuni punti; ma nel complesso le sue massime, i suoi sentimenti, i suoi pareri rimasero gli stessi. Fino al consiglio che mi diede di tornare nella mia patria, tutto fu esattamente come ho poi raccontato al pubblico. Quindi, senza dilungarmi su conversazioni le cui sostanze ognuno può facilmente immaginare, dirò soltanto che le sue lezioni, sagge ma inizialmente prive di effetto concreto, furono nel mio cuore un seme di virtù e di religione che non si estinse mai, e che attendeva soltanto gli interventi di una mano più amorevole per poter germogliare.
Sebbene la mia conversione fosse piuttosto debole, non potevo fare a meno di essere commosso. Lontano dall’annoiarmi per le sue conversazioni, ne presi gusto grazie alla loro chiarezza, alla loro semplicità, e soprattutto a quel certo calore umano che ne trasudava. Ho un’anima amorevole, e mi sono sempre legato alle persone non in base al bene che mi hanno fatto, ma in base all’affetto che hanno dimostrato per me; ed è su questo punto che il mio intuito non mi inganna mai. Per questo motivo provavo davvero affetto per il signor Gaime; ero, in un certo senso, il suo secondo discepolo. E questo mi fu di immenso aiuto, nel momento stesso in cui mi aiutò a allontanarmi dalla strada del vizio verso cui mi trascinava la mia ozio.
Un giorno, mentre non pensavo affatto a nulla del genere, qualcuno venne a chiamarmi per conto del conte de la Roque. Dopo essere andato più volte da lui senza riuscire a parlargli, mi ero stancato e avevo smesso di andarci; credevo che mi avesse dimenticato o che avesse ancora cattive impressioni su di me. Mi sbagliavo. Lui aveva visto più volte con quanta gioia adempivo ai miei doveri verso sua zia; glielo aveva persino detto, e ne parlò di nuovo quando ormai io stesso non ci pensavo più. Mi accolse bene, mi disse che, senza fare promesse vane, aveva cercato di darmi una posizione nella società, che c’era riuscito e che ora stavo per intraprendere un percorso che avrebbe potuto portarmi a qualcosa; che spettava a me completare il lavoro iniziato; che la famiglia nella quale mi introduceva era potente e rispettata, che non avevo bisogno di altri protettori per fare carriera, e che, anche se all’inizio ero stato trattato come un semplice domestico, se si fosse giudicati i miei sentimenti e il mio comportamento al di sopra di tale status, si sarebbe stati disposti a non tenermi più in quella posizione. Tuttavia, la conclusione di quel discorso smentì crudelmente le brillanti speranze che ne erano nate all’inizio. “Ancora servitori, ”, mi dissi con amaro disappunto, ma presto la fiducia del conte dissipò quella delusione. Mi sentivo davvero troppo inadatto a quel ruolo per temere che mi vi tenessero.
Mi portò dal Conte di Gouvon, primo scudiero della Regina e capo della nobile famiglia dei Solar. L’aria di dignità di quel rispettabile anziano rese ancora più commovente l’affabilità del suo accogliimento. Mi interrogò con interesse e io risposi sinceramente. Disse al Conte de la Roque che avevo un viso gradevole e che prometteva intelligenza; che gli sembrava davvero che non ne mancassi, ma che questo non fosse tutto, e che fosse necessario vedere il resto; poi, rivolgendosi a me: “Mia cara”, mi disse, “in quasi tutte le cose i primi passi sono difficili; i tuoi, tuttavia, non lo saranno troppo. Sii saggia e cerca di piacere a tutti qui; questo è, per ora, il tuo unico compito. In ogni caso, abbi coraggio: si prenderà cura di te”. Subito dopo andò dalla Marchesa de Breil, sua nuora, e mi presentò a lei, poi all’Abate de Gouvon, suo figlio. Questo inizio mi parve di buon auspicio. Ne sapevo già abbastanza per capire che non si usano tante cerimonie per accogliere un semplice lacchè. Infatti, non fui trattato come tale. Ebbi il posto a tavola degli ufficiali; non mi fu dato alcun abito da servitore, e il Conte de Favria, un giovane sciocco, volle che salissi dietro al suo carrozza. Ma suo nonno vietò categoricamente che salissi dietro a nessuna carrozza, né che seguissi nessuno all’esterno della casa. Tuttavia, servivo a tavola e, in qualche modo, svolgevo le funzioni di un lacchè, ma lo facevo in modo libero, senza essere formalmente assegnato a nessuno. A parte alcune lettere che mi venivano dettate e alcune immagini che il Conte de Favria mi faceva ritagliare, avevo quasi tutto il tempo libero a disposizione durante la giornata. Questa prova, di cui non mi rendevo conto, era certamente molto pericolosa. Anzi, non era nemmeno molto umana: quella grande ozio poteva far sì che sviluppassi vizi di cui altrimenti sarei stato libero.
Ma, per fortuna, questo non accadde mai. Le lezioni di Monsignor Gaime avevano lasciato un profondo impatto nel mio cuore; ne trovavo tale piacere che a volte mi allontanavo di nascosto per ascoltarle ancora. Credo che coloro che mi vedevano uscire in questo modo non riuscissero mai a indovinare dove andassi. I consigli che mi diede riguardo al mio comportamento furono davvero saggi. I miei primi passi furono straordinari: la mia diligenza, attenzione e zelo incantavano tutti. Monsignor Gaime mi aveva avvertito con saggezza di moderare questa iniziale fervore, per evitare che si attenuasse e che qualcuno se ne accorgesse. “Il tuo inizio,” mi disse, “sarà la misura di ciò che verrà richiesto da te in futuro: cerca di riservarti delle possibilità per fare di più in seguito, ma fai attenzione a non fare mai di meno.”
Poiché nessuno mi aveva prestato molta attenzione ai miei piccoli talenti e si riteneva che possedessi soltanto quelli che la natura mi aveva donato, non sembrava che qualcuno avesse intenzione di sfruttare le mie capacità. Poi intervennero alcuni eventi imprevisti e fui quasi dimenticato. Il marchese de Breil, figlio del conte de Gouvon, era all’epoca ambasciatore a Vienna; ci furono dei cambiamenti alla corte che ebbero ripercussioni anche sulla nostra famiglia, e per alcune settimane trascorremmo in un clima di grande agitazione che non lasciava molto tempo per pensare a me. Tuttavia, fino ad allora non avevo mai smesso di impegnarmi seriamente nelle mie responsabilità. Una cosa, in qualche modo, ebbe effetti sia positivi che negativi su di me: mi allontanò da ogni forma di dissipazione esterna, ma allo stesso tempo mi rese un po’ più assente nei miei doveri.
Mlle de Breil était une jeune personne à peu près de mon âge, bien faite, assez belle, très blanche, avec des cheveux très noirs, et, quoique brune, portant sur son visage cet air de douceur des blondes auquel mon cœur n’a jamais résisté. L’habit de cour, si favorable aux jeunes personnes, marquait sa jolie taille, dégageait sa poitrine et ses épaules, et rendait son teint encore plus éblouissant par le deuil qu’on portait alors. On dira que ce n’est pas à un domestique de s’apercevoir de ces choses-là. J’avais tort, sans doute ; mais je m’en apercevais toutefois, et même je n’étais pas le seul. Le maître d’hôtel et les valets de chambre en parlaient quelquefois à table avec une grossièreté qui me faisait cruellement souffrir. La tête ne me tournait pourtant pas au point d’être amoureux tout de bon. Je ne m’oubliais point ; je me tenais à ma place, et mes désirs même ne s’émancipaient pas. J’aimais à voir Mlle de Breil, à lui entendre dire quelques mots qui marquaient de l’esprit, du sens, de l’honnêteté : mon ambition, bornée au plaisir de la servir, n’allait point au-delà de mes droits. À table j’étais attentif à chercher l’occasion de les faire valoir. Si son laquais quittait un moment sa chaise, à l’instant on m’y voyait établi : hors de là je me tenais vis-à-vis d’elle ; je cherchais dans ses yeux ce qu’elle allait demander, j’épiais le moment de changer son assiette. Que n’aurais-je point fait pour qu’elle daignât m’ordonner quelque chose, me regarder, me dire un seul mot ; mais point ; j’avais la mortification d’être nul pour elle ; elle ne s’apercevait pas même que j’étais là. Cependant, son frère, qui m’adressait quelquefois la parole à table, m’ayant dit je ne sais quoi de peu obligeant, je lui fis une réponse si fine et si bien tournée, qu’elle y fit attention, et jeta les yeux sur moi. Ce coup d’œil, qui fut court, ne laissa pas de me transporter. Le lendemain, l’occasion se présenta d’en obtenir un second, et j’en profitai. On donnait ce jour-là un grand dîner, où, pour la première fois, je vis avec beaucoup d’étonnement le maître d’hôtel servir l’épée au côté et le chapeau sur la tête. Par hasard on vint à parler de la devise de la maison de Solar, qui était sur la tapisserie avec les armoiries : Tel fiert qui ne tue pas. Comme les Piémontais ne sont pas pour l’ordinaire consommés dans la langue française, quelqu’un trouva dans cette devise une faute d’orthographe, et dit qu’au mot fiert il ne fallait point de t.
Le vieux comte de Gouvon allait répondre ; mais ayant jeté les yeux sur moi, il vit que je souriais sans oser rien dire : il m’ordonna de parler. Alors je dis que je ne croyais pas que le t fût de trop, que fiert était un vieux mot français qui ne venait pas du nom ferus, fier, menaçant, mais du verbe ferit, il frappe, il blesse ; qu’ainsi la devise ne me paraissait pas dire : Tel menace, mais tel frappe qui ne tue pas.
Tout le monde me regardait et se regardait sans rien dire. On ne vit de la vie un pareil étonnement. Mais ce qui me flatta davantage fut de voir clairement sur le visage de Mlle de Breil un air de satisfaction. Cette personne si dédaigneuse daigna me jeter un second regard qui valait tout au moins le premier ; puis, tournant les yeux vers son grand-papa, elle semblait attendre avec une sorte d’impatience la louange qu’il me devait, et qu’il me donna en effet si pleine et entière et d’un air si content, que toute la table s’empressa de faire chorus. Ce moment fut court, mais délicieux à tous égards. Ce fut un de ces moments trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel, et vengent le mérite avili des outrages de la fortune. Quelques minutes après, Mlle de Breil, levant derechef les yeux sur moi, me pria, d’un ton de voix aussi timide qu’affable, de lui donner à boire. On juge que je ne la fis pas attendre ; mais en approchant je fus saisi d’un tel tremblement, qu’ayant trop rempli le verre, je répandis une partie de l’eau sur l’assiette et même sur elle. Son frère me demanda étourdiment pourquoi je tremblais si fort. Cette question ne servit pas à me rassurer, et Mlle de Breil rougit jusqu’au blanc des yeux.
Ici finit le roman où l’on remarquera, comme avec Mme Basile, et dans toute la suite de ma vie, que je ne suis pas heureux dans la conclusion de mes amours. Je m’affectionnai inutilement à l’antichambre de Mme de Breil : je n’obtins plus une seule marque d’attention de la part de sa fille. Elle sortait et rentrait sans me regarder, et moi, j’osais à peine jeter les yeux sur elle. J’étais même si bête et si maladroit, qu’un jour qu’elle avait en passant laissé tomber son gant, au lieu de m’élancer sur ce gant que j’aurais voulu couvrir de baisers, je n’osai sortir de ma place, et je laissai ramasser le gant par un gros butor de valet que j’aurais volontiers écrasé. Pour achever de m’intimider, je m’aperçus que je n’avais pas le bonheur d’agréer à Mme de Breil. Non seulement elle ne m’ordonnait rien, mais elle n’acceptait jamais mon service ; et deux fois, me trouvant dans son antichambre, elle me demanda d’un ton fort sec si je n’avais rien à faire. Il fallut renoncer à cette chère antichambre. J’en eus d’abord du regret, mais les distractions vinrent à la traverse, et bientôt je n’y pensai plus.
J’eus de quoi me consoler du dédain de Mme de Breil par les bontés de son beau-père, qui s’aperçut enfin que j’étais là. Le soir du dîner dont j’ai parlé, il eut avec moi un entretien d’une demi-heure, dont il parut content et dont je fus enchanté. Ce bon vieillard, quoique homme d’esprit, en avait moins que Mme de Vercellis, mais il avait plus d’entrailles, et je réussis mieux auprès de lui. Il me dit de m’attacher à l’abbé de Gouvon son fils, qui m’avait pris en affection ; que cette affection, si j’en profitais, pouvait m’être utile, et me faire acquérir ce qui me manquait pour les vues qu’on avait sur moi. Dès le lendemain matin je volai chez M. l’abbé. Il ne me reçut point en domestique ; il me fit asseoir au coin de son feu, et, m’interrogeant avec la plus grande douceur, il vit bientôt que mon éducation, commencée sur tant de choses, n’était achevée sur aucune. Trouvant surtout que j’avais peu de latin, il entreprit de m’en enseigner davantage. Nous convînmes que je me rendrais chez lui tous les matins, et je commençai dès le lendemain. Ainsi, par une de ces bizarreries qu’on trouvera souvent dans le cours de ma vie, en même temps au-dessus et au-dessous de mon état, j’étais disciple et valet dans la même maison, et dans ma servitude j’avais cependant un précepteur d’une naissance à ne l’être que des enfants des rois.
Mademoiselle de Breil was a young woman roughly of my age, well-proportioned, quite pretty, very fair-skinned, with very black hair. Although she had brown eyes, her face carried that gentle expression characteristic of blondes—which my heart could never resist. The court dress, so flattering to young women, accentuated her graceful figure, revealed her chest and shoulders, and made her complexion even more dazzling due to the mourning attire of the time. One might think it is not a servant’s place to notice such things. I was probably wrong; yet I did notice them—and I wasn’t the only one. The head waiter and the chamberlains sometimes discussed these matters at the table in a manner so crude that it caused me great distress. However, my head wasn’t turning so much as to make me truly fall in love. I kept my place in mind; even my desires did not go beyond what was proper. I enjoyed seeing Mademoiselle de Breil and listening to her say things that showed intelligence, wit, and honesty. My ambition was merely to enjoy serving her—nothing more than what was within my rights. At the table, I would carefully look for any opportunity to demonstrate my abilities. If her lackey left his seat for a moment, I would immediately take his place; otherwise, I would sit directly opposite her. I would watch her eyes to anticipate what she might ask for and wait for the right moment to help her with her dishes. What wouldn’t I have done to earn her attention, to get her to say something to me—even just a single word! But nothing. I suffered the humiliation of being utterly insignificant in her eyes; she didn’t even seem to realize my presence. However, once her brother, who occasionally spoke to me at the table, said something rather impolite to me, I replied so cleverly and gracefully that he noticed and glanced my way. That brief glance filled me with delight. The next day, another opportunity arose, and I took it. That day, there was a grand dinner, and for the first time I saw the head waiter serve with his sword at his side and his hat on his head. By chance, the conversation turned to the motto of the Solar family, which was displayed on the tapestry along with their coat of arms: “Such is the pride of one who does not kill.” Since the Piedmontese generally don’t speak French very well, someone pointed out what they considered a spelling mistake in that motto, saying that the word “fiert” should not contain a “t”.
The old Count of Gouvon was about to reply; but upon seeing me, he noticed that I was smiling without daring to say anything, so he ordered me to speak. Then I said that I did not believe the use of “t” was excessive; that “fiert” was an old French word which did not derive from the name “ferus” – meaning fierce or threatening – but rather from the verb “ferit”, which means to strike or wound. Therefore, I felt that the motto did not actually mean: “Such one threatens, but such one strikes without killing.”
Everyone was looking at me and at each other without saying a word. Such astonishment is rarely seen in life. But what pleased me even more was to see a clear expression of satisfaction on Miss de Breil’s face. This woman, who was usually so disdainful, took the trouble to cast another look my way—one that was at least as meaningful as the first. Then, turning her gaze toward her grandfather, she seemed to await with some impatience the praise he owed me. And indeed, he gave it to me in such abundance and with such satisfaction that everyone at the table quickly joined in his approval. That moment was brief, but delightful in every way. It was one of those rare moments when things are placed back in their natural order and when the injustices of fate are compensated for. A few minutes later, Miss de Breil looked up at me again and, in a voice both timid and kind, asked me to bring her some drink. I suppose I didn’t make her wait; but as I approached, I was so overcome with tremor that, when I filled the glass, some of the water spilled onto the plate—and even onto her. Her brother foolishly asked why I was shaking so much. That question did nothing to calm me down, and Miss de Breil’s face turned red all the way to the whites of her eyes.
Here ends this novel; one thing that becomes evident, just as with Madame Basile and throughout the rest of my life, is that I am never happy in the outcome of my loves. In vain did I cultivate feelings for Madame de Breil’s waiting room—her daughter never gave me so much as a glance of attention. She came in and went out without looking at me, and I hardly dared to cast my eyes her way. I was so foolish and clumsy that one day, when she dropped her glove while passing by, instead of rushing to pick it up and covering it with kisses, I didn’t even dare move from my place; instead, I let a bulky footboy do it—someone I would have gladly crushed underfoot. To make matters worse, I realized that I simply did not please Madame de Breil. Not only did she never instruct me in anything, but she also never accepted my services. On two occasions, when I happened to be in her waiting room, she asked me rather sharply if I had nothing to do. I was forced to give up that cherished place. At first, I regretted it, but other distractions soon took my mind off it, and before long, I completely forgot about it.
I had enough to console me for Madame de Breil’s disdain in the kindnesses of her father-in-law, who finally noticed my presence. On the evening of that dinner I mentioned, he had a half-hour conversation with me, which seemed to please him as well as delight me. This good old man, though intelligent, was less erudite than Madame de Vercellis; yet he possessed more kindness and generosity, and I found it much easier to win his favor. He advised me to cultivate the friendship of Abbe de Gouvon, his son, who had taken a liking to me; saying that if I made good use of this relationship, it could be very beneficial to me and help me acquire what was lacking in my education. The next morning, I went straight to see Monsieur l’Abbe. He did not treat me as a servant; instead, he invited me to sit by the fire and, asking me questions with great kindness, soon realized that my education, though begun in many areas, had been left unfinished in most. Noting especially my poor knowledge of Latin, he decided to teach me more. We agreed that I would visit him every morning, and I began doing so immediately. Thus, by one of those strange coincidences that often occurred in the course of my life—being at once above and below my actual social status—I found myself both a disciple and a servant in the same household; yet in my humble role, I had a tutor of a rank far surpassing that of even royal children.
La signorina de Breil era una giovane donna più o meno della mia età, ben formata, abbastanza bella, molto pallida, con i capelli molto neri; e, sebbene fosse bruna, sul suo viso aveva quell’aria di dolcezza tipica delle bionde che il mio cuore non aveva mai potuto resistere. L’abito da cortigiana, così adatto alle giovani donne, metteva in risalto la sua bella figura, evidenziava il suo seno e le sue spalle, e rendeva ancora più splendente il suo incarnato a causa del lutto che all’epoca si portava. Si potrebbe dire che non sia compito di un servitore notare queste cose. Probabilmente avevo torto; ma io le notavo comunque, e anzi non ero l’unico. Il maggiordomo e i camerieri ne parlavano a volte a tavola con una grossolanità che mi causava grande sofferenza. Tuttavia, la mia testa non si girava al punto di innamorarmi davvero. Non dimenticavo mai le mie responsabilità; mi comportavo correttamente, e nemmeno i miei desideri andavano oltre i limiti del mio ruolo. Amavo vederla, ascoltare le parole intelligenti, sensate ed oneste che pronunciava. La mia ambizione si limitava al piacere di servirla. A tavola cercavo sempre l’occasione per dimostrare il mio valore. Se il suo lacchè lasciava per un momento il suo posto, subito io mi sistemavo al suo fianco; altrimenti mi trovavo di fronte a lei. Cerchiavo nei suoi occhi ciò che stava per chiedere, aspettavo il momento giusto per cambiare il suo piatto. Che cosa non avrei fatto perché lei si degnasse di ordinarmi qualcosa, di guardarmi, di dire anche solo una parola. Ma niente. Provavo la mortificazione di essere insignificante ai suoi occhi. Lei nemmeno si accorgeva che fossi lì. Tuttavia, suo fratello, che a volte mi parlava a tavola, mi disse qualcosa di poco gentile. Gli risposi in modo così raffinato e appropriato che lui se ne accorse e mi guardò. Quel breve sguardo mi fece letteralmente perdere la testa. Il giorno dopo si presentò l’occasione per ottenerne un altro. E io ne approfittai. Quel giorno si teneva un grande banchetto, e per la prima volta vidi il maggiordomo servire con l’epée al fianco e il cappello in testa. Per caso si iniziò a parlare del motto della famiglia Solar, che era scritto sulla tappezzeria insieme agli stemmi: “Tel fiert qui ne tue pas”. Poiché i piemontesi di solito non sono molto abili nell’uso della lingua francese, qualcuno trovò un errore di ortografia in quel motto e disse che nel termine “fiert” non doveva esserci la lettera “t”.
Il vecchio conte di Gouvon stava per rispondere; ma, notando che sorridevo senza osare dire nulla, mi ordinò di parlare. Allora dissi che non ritenevo che la parola “t” fosse eccessiva, che “fiert” fosse un vecchio termine francese che non derivava dal nome “ferus”, che significa fiero o minaccioso, ma dal verbo “ferir”, che vuol dire colpire o ferire; quindi quella divisa, a mio parere, non significava: “Così minaccia, ma così colpisce, senza uccidere”.
Tutti mi guardavano e si guardavano a vicenda senza dire una parola. Non si vede nella vita uno stupore simile. Ma ciò che mi lusingò ancora di più fu vedere chiaramente sul viso di mademoiselle de Breil un’espressione di soddisfazione. Questa persona, così sprezzante, si degnò di lanciarmi un secondo sguardo che valeva almeno quanto il primo; poi, voltando lo sguardo verso suo nonno, sembrava aspettare con impazienza la lode che lui mi doveva. E infatti me la diede in modo così pieno e sincero, con un’espressione così soddisfatta, che tutta la tavola si affrettò a fare eco. Quel momento fu breve, ma delizioso sotto ogni aspetto. Fu uno di quei rari momenti in cui le cose ritornano al loro ordine naturale e il merito umano viene ripagato dopo gli oltraggi della fortuna. Qualche minuto dopo, mademoiselle de Breil sollevò nuovamente lo sguardo su di me e mi chiese, con voce timida ma gentile, di darle da bere. Si può immaginare che non la feci aspettare. Ma avvicinandomi, fui colto da un tale tremore che, riempiendo troppo il bicchiere, versai parte dell’acqua sul piatto. E persino su di lei. Suo fratello mi chiese, in modo un po’ sciocco, perché tremassi così tanto. Quella domanda non servì affatto a rassicurarmi. E mademoiselle de Breil arrossì fino al bianco degli occhi.
Qui termina il romanzo; si noterà, come nel caso di Madame Basile e in tutta la successiva parte della mia vita, che non fui mai felice nelle conclusioni dei miei amori. Mi affezionai inutilmente all’anticamera di Madame de Breil: non ottenni più nemmeno un minimo di attenzione da parte di sua figlia. Lei entrava e usciva senza guardarmi, e io osavo a malapena alzarlo lo sguardo su di lei. Ero così sciocco e goffo che, un giorno in cui lei aveva lasciato cadere il guanto, invece di correre ad raccoglierlo per baciarlo, non osai muovermi dal mio posto e lasciai che fosse un grosso servitore a raccoglierlo. Un vero idiota. Per completare la mia sfortuna, mi resi conto anche di non essere gradito a Madame de Breil: non solo non mi ordinava nulla, ma non accettava mai il mio aiuto; anzi, due volte, trovandomi nel suo anticamera, mi chiese con tono molto secco se avessi qualcosa da fare. Fu necessario rinunciare a quell’anticamera tanto amata. All’inizio ne ebbi rimpianto, ma poi le distrazioni arrivarono in mio aiuto. E presto non ci pensai più affatto.
Ebbi motivo di consolarmi per il disprezzo dimostrato da Madame de Breil grazie alle gentilezze di suo suocero, che finalmente si rese conto della mia presenza. La sera del banchetto di cui ho parlato, ebbe con me una conversazione durata mezz’ora; sembrò soddisfatto e anch’io ne fui molto felice. Quel buon vecchio, sebbene intelligente, era meno colto di Madame de Vercellis, ma possedeva più cuore, e riuscii a conquistare la sua simpatia. Mi consigliò di legarmi al figlio dell’Abate de Gouvon, che si era affezionato a me; disse che tale affetto, se ne avessi fatto buon uso, poteva essermi utile e aiutarmi ad acquisire ciò che mi mancava per ottenere il rispetto che tutti avevano di me. Il giorno seguente andai subito da lui. Non mi accolse come un domestico; mi fece sedere accanto al fuoco e, interrogandomi con grande dolcezza, capì presto che la mia educazione, sebbene avesse avuto inizio in molti campi, non era stata completata in nessuno. Notando soprattutto che conoscevo poco il latino, decise di insegnarmelo meglio. Concordammo che sarei andato da lui ogni mattina e così feci dal giorno seguente. Così, per una di quelle strane coincidenze che si verificheranno spesso nella mia vita, trovandomi contemporaneamente al di sopra e al di sotto del mio status sociale, ero allo stesso tempo discepolo e servitore nella stessa casa; e nella mia condizione di sottomissione avevo tuttavia un insegnante di nascita tale da poter essere considerato pari solo ai figli dei re.
M. l’Abbé de Gouvon était un cadet destiné par sa famille à l’épiscopat, et dont par cette raison l’on avait poussé les études plus qu’il n’est ordinaire aux enfants de qualité. On l’avait envoyé à l’Université de Sienne, où il était resté plusieurs années et dont il avait rapporté une assez forte dose de cruscantisme[28] pour être à peu près à Turin ce qu’était jadis à Paris l’abbé de Dangeau. Le dégoût de la théologie l’avait jeté dans les belles-lettres, ce qui est très ordinaire en Italie à ceux qui courent la carrière de la prélature. Il avait bien lu les poètes ; il faisait passablement des vers latins et italiens. En un mot il avait le goût qu’il fallait pour former le mien et mettre quelque choix dans le fatras dont je m’étais farci la tête. Mais, soit que mon babil lui eût fait quelque illusion sur mon savoir, soit qu’il ne pût supporter l’ennui du latin élémentaire, il me mit d’abord beaucoup trop haut ; et à peine m’eut-il fait traduire quelques fables de Phèdre, qu’il me jeta dans Virgile, où je n’entendais presque rien. J’étais destiné, comme on verra dans la suite, à rapprendre souvent le latin et à ne le savoir jamais. Cependant je travaillais avec assez de zèle, et M. l’Abbé me prodiguait ses soins avec une bonté dont le souvenir m’attendrit encore. Je passais avec lui une bonne partie de la matinée, tant pour mon instruction que pour son service ; non pour celui de sa personne, car il ne souffrit jamais que je lui en rendisse aucun, mais pour écrire sous sa dictée et pour copier ; et ma fonction de secrétaire me fut plus utile que celle d’écolier. Non seulement j’appris ainsi l’italien dans sa pureté, mais je pris du goût pour la littérature et quelque discernement des bons livres qui ne s’acquérait pas chez la Tribu, et qui me servit beaucoup dans la suite, quand je me mis à travailler seul.
Ce temps fut celui de ma vie où, sans projets romanesques, je pouvais le plus raisonnablement me livrer à l’espoir de parvenir. M. l’Abbé, très content de moi, le disait à tout le monde, et son père m’avait pris dans une affection si singulière, que le comte de Favria m’apprit qu’il avait parlé de moi au Roi. Mme de Breil elle-même avait quitté pour moi son air méprisant. Enfin je devins une espèce de favori dans la maison, à la grande jalousie des autres domestiques, qui, me voyant honoré des instructions du fils de leur maître, sentaient bien que ce n’était pas pour rester longtemps leur égal.
Autant que j’ai pu juger des vues qu’on avait sur moi par quelques mots lâchés à la volée, et auxquels je n’ai réfléchi qu’après coup, il m’a paru que la maison de Solar, voulant courir la carrière des ambassades, et peut-être s’ouvrir de loin celle du ministère, aurait été bien aise de se former d’avance un sujet qui eût du mérite et des talents, et qui, dépendant uniquement d’elle, eût pu dans la suite obtenir sa confiance et la servir utilement. Ce projet du comte de Gouvon était noble, judicieux, magnanime, et vraiment digne d’un grand seigneur bienfaisant et prévoyant : mais, outre que je n’en voyais pas alors toute l’étendue, il était trop censé pour ma tête, et demandait un trop long assujettissement. Ma folle ambition ne cherchait la fortune qu’à travers les aventures, et ne voyant point de femme à tout cela, cette manière de parvenir me paraissait lente, pénible et triste ; tandis que j’aurais dû la trouver d’autant plus honorable et sûre que les femmes ne s’en mêlaient pas, l’espèce de mérite qu’elles protègent ne valant assurément pas celui qu’on me supposait.
Tout allait à merveilles. J’avais obtenu, presque arraché l’estime de tout le monde : les épreuves étaient finies ; et l’on me regardait généralement dans la maison comme un jeune homme de la plus grande espérance, qui n’était pas à sa place et qu’on s’attendait d’y voir arriver. Mais ma place n’était pas celle qui m’était assignée par les hommes, et j’y devais parvenir par des chemins bien différents. Je touche à un de ces traits caractéristiques qui me sont propres, et qu’il suffit de présenter au lecteur sans y ajouter de réflexion.
Quoiqu’il y eût à Turin beaucoup de nouveaux convertis de mon espèce, je ne les aimais pas et n’en avais jamais voulu voir aucun. Mais j’avais vu quelques Genevois qui ne l’étaient pas, entre autres un M. Mussard, surnommé Tord-Gueule, peintre en miniature, et un peu mon parent. Ce M. Mussard déterra ma demeure chez le comte de Gouvon, et vint m’y voir avec un autre Genevois appelé Bâcle, dont j’avais été camarade durant mon apprentissage. Ce Bâcle était un garçon très amusant, très gai, plein de saillies bouffonnes que son âge rendait agréables. Me voilà tout d’un coup engoué de M. Bâcle, mais engoué au point de ne pouvoir le quitter. Il allait partir bientôt pour s’en retourner à Genève. Quelle perte j’allais faire ! J’en sentais bien toute la grandeur. Pour mettre du moins à profit le temps qui m’était laissé, je ne le quittais plus, ou plutôt il ne me quittait pas lui-même ; car la tête ne me tourna pas d’abord au point d’aller hors de l’hôtel passer la journée avec lui sans congé ; mais bientôt, voyant qu’il m’obsédait entièrement, on lui défendit la porte, et je m’échauffai si bien, qu’oubliant tout, hors mon ami Bâcle, je n’allais ni chez M. l’Abbé, ni chez M. le Comte, et l’on ne me voyait plus dans la maison. On me fit des réprimandes que je n’écoutai pas. On me menaça de me congédier. Cette menace fut ma perte : elle me fit entrevoir qu’il était possible que Bâcle ne s’en allât pas seul. Dès lors, je ne vis plus d’autre plaisir, d’autre sort, d’autre bonheur, que celui de faire un pareil voyage, et je ne voyais à cela que l’ineffable félicité du voyage, au bout duquel, pour surcroît, j’entrevoyais Mme de Warens, mais dans un éloignement immense ; car pour retourner à Genève, c’est à quoi je ne pensai jamais. Les monts, les prés, les bois, les ruisseaux, les villages, se succédaient sans fin et sans cesse avec de nouveaux charmes ; ce bienheureux trajet semblait devoir absorber ma vie entière. Je me rappelais avec délices combien ce même voyage m’avait paru charmant en venant. Que devait-ce être lorsqu’à tout l’attrait de l’indépendance se joindrait celui de faire route avec un camarade de mon âge, de mon goût et de bonne humeur, sans gêne, sans devoir, sans contrainte, sans obligation d’aller ou rester que comme il nous plairait ? Il fallait être fou pour sacrifier une pareille fortune à des projets d’ambition d’une exécution lente, difficile, incertaine, et qui, les supposant réalisés un jour, ne valaient pas dans tout leur éclat un quart d’heure de vrai plaisir et de liberté dans la jeunesse.
Plein de cette sage fantaisie, je me conduisis si bien que je vins à bout de me faire chasser, et en vérité ce ne fut pas sans peine. Un soir, comme je rentrais, le maître d’hôtel me signifia mon congé de la part de M. le Comte. C’était précisément ce que je demandais ; car, sentant malgré moi l’extravagance de ma conduite, j’y ajoutais, pour m’excuser, l’injustice et l’ingratitude, croyant mettre ainsi les gens dans leur tort, et me justifier à moi-même un parti pris par nécessité. On me dit de la part du comte de Favria d’aller lui parler le lendemain matin avant mon départ ; et comme on voyait que, la tête m’ayant tourné, j’étais capable de n’en rien faire, le maître d’hôtel remit après cette visite à me donner quelque argent qu’on m’avait destiné, et qu’assurément j’avais fort mal gagné ; car ne voulant pas me laisser dans l’état de valet, on ne m’avait pas fixé de gages.
Le comte de Favria, tout jeune et tout étourdi qu’il était, me tint en cette occasion les discours les plus censés, et j’oserais presque dire les plus tendres, tant il m’exposa d’une manière flatteuse et touchante les soins de son oncle et les intentions de son grand-père. Enfin, après m’avoir mis vivement devant les yeux tout ce que je sacrifiais pour courir à ma perte, il m’offrit de faire ma paix, exigeant pour toute condition que je ne visse plus ce petit malheureux qui m’avait séduit.
Mr. Abbé de Gouvon was a young man whose family had destined him for the episcopate, and for that reason his studies were pursued with greater intensity than is usual for children of noble birth. He was sent to the University of Siena, where he stayed for several years and acquired such a strong degree of rigidity in his views that, in Turin, he represented roughly what Abbé de Dangeau had once represented in Paris. Bored by theology, he turned to the arts, which is quite common in Italy among those who aspire to a religious career. He had read extensively among poets and was fairly competent at composing Latin and Italian verses. In short, he possessed the tastes necessary to shape my own interests and help me discern through the chaos of knowledge I had absorbed. However, either because my chatter gave him some false impression of my abilities or because he could not endure the tediousness of basic Latin, he initially set very high expectations for me. After having me translate a few fables by Phaedrus, he immediately turned to Virgil, where I understood hardly anything. As one will see later, I was destined to repeatedly relearn Latin without ever truly mastering it. Nevertheless, I worked with considerable diligence, and Mr. Abbé devoted much care to my education with a kindness whose memory still moves me today. I spent a good part of the morning with him—both for my own learning and to assist him in his work; not in performing personal duties for him, for he never required it—but rather by taking dictation or copying manuscripts. This role as his secretary proved far more useful to me than that of an ordinary student. Not only did I learn Italian in its purest form through this experience, but I also developed a taste for literature and a discernment for quality books—qualities that would prove invaluable later on when I began working independently.
That was the period of my life when, without any romantic aspirations, I could devote myself most rationally to the hope of achieving success. Monsieur l’Abbé, very pleased with me, told everyone about it, and his father had taken a particularly fondness for me; so much so that the Count of Favria informed me that he had mentioned me to the King. Even Madame de Breil abandoned her contemptuous attitude toward me. In short, I became something of a favorite in the household, which caused great jealousy among the other servants. Seeing that I was receiving the attention and guidance of their master’s son, they realized quite well that I would not remain their equal for long.
As much as I was able to judge from a few casual remarks made about me, upon which I only reflected afterwards, it seemed to me that the family of Solar, wishing to pursue a career in diplomacy and perhaps eventually aspire to high office in the government, would have done well to cultivate in advance someone who possessed both merit and talent—and who, being entirely dependent on them, could later earn their trust and serve them usefully. The plan devised by Count de Gouvon was noble, judicious, and generous; it truly befit a great and benevolent lord with foresight. However, besides not fully understanding the full extent of its implications at the time, it was too complex for my mind to grasp, and required too long a period of dedication and sacrifice. My own foolish ambition sought wealth only through adventure, and since no women were involved in this plan, such a path seemed slow, arduous, and bleak to me. Yet I should have considered it far more honorable and certain—for if women had nothing to do with it, the so-called “merits” they supposedly protected would surely not be worth anything compared to what was expected of me.
Everything was going wonderfully well. I had managed to earn, or almost force upon myself, the respect of everyone; the trials were over; and within the household, I was generally regarded as a young man with great promise—one who was not yet in his proper place but for whom people expected to see him eventually arrive there. Yet my true place was not the one assigned to me by others, and I had to achieve it through entirely different paths. I am about to touch upon one of those distinctive traits that are inherent to me; a trait that can be simply presented to the reader without any further elaboration.
Although there were many newly converted individuals of my kind in Turin, I did not like them and never wanted to see any of them. However, I had met some Genevans who were not converts, among them a man named Monsieur Mussard, nicknamed “Tord-Gueule,” who was a miniature painter and somewhat related to me. This Monsieur Mussard discovered my residence at the Count de Gouvon’s estate and came to visit me there along with another Genevan named Bâcle, who had been my companion during my apprenticeship. Bâcle was a very amusing and cheerful man, full of witty remarks that were particularly endearing due to his age. Suddenly, I became utterly obsessed with Monsieur Bâcle—to the point where I couldn’t bear to be apart from him. He was about to leave and return to Geneva. What a loss I would be! I fully realized the extent of it. To make the most of the time left, I stayed with him constantly; or rather, he never left my side. At first, I didn’t dare to leave the hotel to spend the day with him without permission. But soon, since he occupied all my thoughts, people refused to let him in. I became so obsessed that I forgot everything but my friend Bâcle—no longer going to see Monsieur l’Abbé or the Count, and hardly appearing at all in the house. People reprimanded me, but I paid no attention. They threatened to dismiss me. This threat proved to be my downfall; it made me realize that Bâcle might not leave alone. From then on, all my joy, all my hope for a better life, revolved around the idea of making such a journey with him. I saw nothing but the immense happiness of such an adventure—especially since, at the end of it, I would perhaps be able to see Madame de Warens again, though she was still so far away. For I never considered returning to Geneva. Mountains, fields, forests, streams, villages—all unfolded endlessly before me, each with its own charm. This blissful journey seemed destined to consume my entire life. I recalled with delight how delightful this very same trip had seemed when I came here. How much more delightful it must be now, with the added attraction of traveling alongside a companion of my age, with similar interests and a cheerful disposition—without any constraints, obligations, or limits, free to go wherever we wished! Only a fool would sacrifice such an opportunity for the sake of ambitious plans that were slow to succeed, difficult to carry out, uncertain in outcome—and which, even if they ever materialized, would not amount to a quarter of the pleasure and freedom that a moment of genuine joy could bring in one’s youth.
Filled with such foolish whimsy, I behaved in such a way that I eventually managed to get myself dismissed—though not without considerable difficulty. One evening, as I was returning home, the housekeeper informed me that Monsieur le Comte had ordered my departure. That was precisely what I had been seeking; for, though I was aware of the extravagance of my behavior, I also believed that the injustice and ingratitude of my actions justified my actions, since I saw it as placing the others in the wrong and serving to justify my own decisions out of necessity. The count of Favria told me to go speak with him the next morning before leaving. Since it was clear that my head was turned and I might not follow through, the housekeeper postponed giving me the money that had been set aside for me—money that I had certainly earned in very questionable ways. After all, since they did not want to leave me in a position akin to that of a servant, no fixed salary had been assigned to me.
Although the Count of Favria was very young and rather foolish, on this occasion he delivered to me some of the most appropriate—and I would even say, the most tender—words. He described in a flattering and moving way the care taken by his uncle and the intentions of his grandfather. Finally, after vividly highlighting all that I was sacrificing in order to pursue my own ruin, he offered to reconcile with me, on the sole condition that I never see again that unfortunate young man who had seduced me.
Il signor Abate de Gouvon era un giovane destinato dalla sua famiglia alla carriera episcopale; per questo motivo i suoi studi furono promossi più di quanto sia solito avvenire per i figli di gente nobile. Fu inviato all’Università di Siena, dove rimase per diversi anni e ne tornò con una notevole dose di zelante ortodossia, tale da renderlo, a Torino, ciò che un tempo ad Parigi era stato l’abate de Dangeau. Il disgusto per la teologia lo spinse verso le lettere, cosa molto comune in Italia per coloro che intraprendono la carriera ecclesiastica. Conosceva bene i poeti e scriveva versi latini e italiani in modo discreto. In breve, possedeva quel gusto necessario per formare il mio e per selezionare tra le molte sciocchezze che avevo imparato. Tuttavia, o forse il mio modo di parlare gli aveva dato un’illusione sulla mia conoscenza, oppure non riusciva a sopportare la noia del latino elementare; comunque sia, all’inizio mi stimò eccessivamente. Appena mi fece tradurre alcune favole di Fedro, mi passò subito a Virgilio, di cui non capivo quasi nulla. Come si vedrà in seguito, fui costretto più volte a rimboccarmi le maniche con il latino, senza mai impararlo davvero. Nonostante ciò lavoravo con grande diligenza, e il signor Abate mi dedicava molte attenzioni con una gentilezza di cui ricordo ancora con affetto. Trascorrevo con lui gran parte della mattina, sia per i miei studi che per aiutarlo nei suoi compiti; non certo per servirlo personalmente, poiché mai mi chiese di farlo, ma piuttosto per scrivere sotto la sua dettatura o per copiare documenti. Il mio ruolo di segretario si rivelò più utile di quello di studente. Non solo imparai l’italiano nella sua purezza, ma sviluppai anche un certo gusto per la letteratura e una capacità di discernere i buoni libri, qualcosa che non avrei potuto acquisire altrove. Questo mi fu di grande aiuto in seguito, quando iniziai a lavorare da solo.
Quel periodo fu il momento della mia vita in cui, privo di qualsiasi progetto ambizioso, potevo dedicarmi con la massima serenità alla speranza di riuscire. Il signor Abate, molto soddisfatto di me, ne parlava a tutti; suo padre aveva sviluppato per me un affetto così particolare che il conte di Favria mi disse di aver parlato di me al Re. Anche la signora de Breil abbandonò nei miei confronti quell’atteggiamento sprezzante. Alla fine, diventai quasi una sorta di favorito in quella casa, suscitando l’invidia dei domestici, i quali, vedendomi trattato con tanta considerazione dal figlio del loro padrone, capivano bene che non sarei rimasto a lungo al loro livello.
Per quanto abbia potuto giudicare dalle opinioni che si avevano su di me attraverso alcune parole casualmente pronunciate, e sulle quali ho riflettuto solo in un secondo momento, mi è sembrato che la famiglia Solar, desiderosa di intraprendere la carriera diplomatica e forse anche di raggiungere in futuro una posizione ministeriale, avrebbe potuto trarre grande vantaggio dall’addestrare fin da subito un individuo dotato di meriti e talenti, che, essendo interamente sotto il suo controllo, avrebbe potuto in seguito guadagnarsi la sua fiducia e servirla efficacemente. Il progetto del conte de Gouvon era nobile, sagace, generoso, e davvero degno di un grande signore benevolo e previdente; tuttavia, oltre a non comprendere appieno tutte le sue implicazioni in quel momento, mi sembrava troppo complesso per la mia mente e richiedeva un impegno troppo lungo e difficile da mantenere. La mia folle ambizione cercava la fortuna soltanto attraverso avventure. E poiché in tutto ciò non c’era alcun ruolo per le donne, questo modo di raggiungere i propri obiettivi mi appariva lento, faticoso e triste; mentre invece avrebbe dovuto sembrarmi molto più onorevole e sicuro, visto che le donne, in realtà, non vi avevano alcun ruolo. Il cosiddetto “merito” che esse proteggono, dopotutto, non vale certo quanto quello che si supponeva fosse il mio.
Tutto andava meravigliosamente. Avevo ottenuto, quasi strappato via, l’ammirazione di tutti: le prove erano finite; e in casa mi si considerava generalmente un giovane dalle maggiori prospettive, che non era ancora al suo posto ma di cui ci si aspettava che vi arrivasse presto. Ma il mio posto non era quello che gli uomini mi avevano assegnato, e dovevo raggiungerlo attraverso strade molto diverse. Sto toccando uno di quei tratti caratteristici che mi sono propri; basta presentarli al lettore senza aggiungere alcuna riflessione.
Sebbene a Torino ci fossero molti nuovi convertiti della mia stessa specie, non li amavo e non volevo mai incontrarne nessuno. Tuttavia, avevo conosciuto alcuni genovesi che non lo erano; tra questi c’era un certo signor Mussard, soprannominato “Tord-Gueule”, pittore di miniature, e che era anche un po’ mio parente. Questo signor Mussard mi fece trovare una casa presso il conte de Gouvon e venne a trovarmi insieme a un altro genovese chiamato Bâcle, con cui avevo fatto amicizia durante il mio apprendistato. Bâcle era un ragazzo molto divertente, allegro e pieno di battute spiritose che, data la sua età, risultavano particolarmente piacevoli. All’improvviso iniziai ad essere profondamente affezionato a Bâcle, al punto di non riuscire più a stare senza di lui. Presto avrebbe dovuto partire per tornare a Genova. Che perdita sarebbe stata! Ne comprendevo appieno la gravità. Per sfruttare al massimo il tempo che mi restava, non lo lasciavo mai; anzi, era lui stesso a non volermi lasciare. All’inizio non avevo il coraggio di uscire dall’hotel per trascorrere la giornata con lui senza permesso. Ma presto, vedendo quanto fossi ossessionato da lui, mi fu vietato l’ingresso; io, arrabbiatissimo, dimenticai tutto, tranne Bâcle. Non andavo più né da monsignore l’Abate né dal conte, e nessuno mi vedeva più in casa. Mi furono fatte delle rimproveri, ma non le ascoltai; mi minacciarono di licenziarmi. Questa minaccia fu la mia rovina: mi fece capire che forse Bâcle non se ne sarebbe andato da solo. Da quel momento, non vidi più alcun piacere, alcuna felicità al di fuori di quella possibilità di viaggiare con lui. Immaginavo la meravigliosa gioia di un simile viaggio. E poi, alla fine, avrei anche potuto rivedere madame de Warens. Ma tutto questo sembrava così lontano. Non pensavo mai a tornare a Genova. I monti, i prati, i boschi, i ruscelli, i villaggi, si susseguivano all’infinito, offrendomi nuovi e continui piaceri. Quel viaggio sembrava destinato ad assorbire tutta la mia vita. Ricordavo con gioia quanto mi fosse sembrato incantevole quando ero arrivato lì. Che cosa doveva essere, allora, viaggiare insieme a un compagno della mia età, con i miei stessi gusti e con un umore allegro. Senza imbarazzi, senza obblighi, senza restrizioni. Solo il piacere di viaggiare. Chi sarebbe stato pazzo da sacrificare una simile opportunità per progetti ambiziosi, lenti, difficili e incerti, che, anche se un giorno avessero avuto successo, non avrebbero valso nemmeno un quarto dell’emozione e della libertà che un vero viaggio nella gioventù può offrire.
Ricco di questa sagge fantasia, mi comportai così bene da riuscire infine a farmi cacciare. E in verità non fu senza difficoltà. Una sera, mentre tornavo a casa, il maggiordomo mi comunicò che il conte aveva deciso di congedarmi. Era esattamente ciò che desideravo; poiché, pur essendo consapevole dell’eccesso della mia condotta, aggiungevo a questo comportamento anche ingiustizia e ingratitude, credendo così di far ricadere la colpa sugli altri e di giustificare, per necessità, le mie azioni. Mi fu detto che il conte di Favria desiderava parlarmi il giorno seguente, prima della mia partenza; ma poiché si vedeva chiaramente che, essendo ormai fuori di testa, avrei potuto anche non andare, il maggiordomo decise di rimandare la consegna dell’argento che mi era stato destinato. Un argento che, senza dubbio, avevo guadagnato in modo assai poco onorevole; poiché, non volendo lasciarmi nella condizione di servitore, nessuno mi aveva fissato uno stipendio.
Il conte di Favria, nonostante fosse molto giovane e un po’ sciocco, in quell’occasione mi tenne discorsi assai appropriati, e oserei quasi dire anche molto teneri; descrisse infatti in modo lusinghiero e commovente le premure di suo zio e le intenzioni di suo nonno. Alla fine, dopo avermi chiaramente fatto comprendere tutto ciò che stavo sacrificando per correre verso la mia rovina, mi propose di fare la pace, a condizione che smettessi di frequentare quel povero ragazzo che aveva cercato di sedurmi.
Il était si clair qu’il ne disait pas tout cela de lui-même, que malgré mon stupide aveuglement, je sentis toute la bonté de mon vieux maître, et j’en fus touché : mais ce cher voyage était trop empreint dans mon imagination pour que rien pût en balancer le charme. J’étais tout à fait hors de sens : je me raffermis, je m’endurcis, je fis le fier, et je répondis arrogamment que, puisqu’on m’avait donné mon congé, je l’avais pris, qu’il n’était plus temps de s’en dédire, et que quoi qu’il pût m’arriver en ma vie, j’étais bien résolu de ne jamais me faire chasser deux fois d’une maison. Alors ce jeune homme, justement irrité, me donna les noms que je méritais, me mit hors de sa chambre par les épaules, et me ferma la porte aux talons. Moi, je sortis triomphant, comme si je venais d’emporter la plus grande victoire et de peur d’avoir un second combat à soutenir, j’eus l’indignité de partir sans aller remercier M. l’Abbé de ses bontés.
Pour concevoir jusqu’où mon délire allait dans ce moment, il faudrait connaître à quel point mon cœur est sujet à s’échauffer sur les moindres choses, et avec quelle force il se plonge dans l’imagination de l’objet qui l’attire, quelque vain que soit quelquefois cet objet. Les plans les plus bizarres, les plus enfantins, les plus fous, viennent caresser mon idée favorite et me montrer de la vraisemblance à m’y livrer. Croirait-on qu’à près de dix-neuf ans on puisse fonder sur une fiole vide la subsistance du reste de ses jours ? Or, écoutez.
L’abbé de Gouvon m’avait fait présent, il y avait quelques semaines, d’une petite fontaine de Héron fort jolie[29], et dont j’étais transporté. À force de faire jouer cette fontaine et de parler de notre voyage, nous pensâmes, le sage Bâcle et moi, que l’une pourrait bien servir à l’autre et le prolonger. Qu’y avait-il dans le monde d’aussi curieux qu’une fontaine de Héron ? Ce principe fut le fondement sur lequel nous bâtîmes l’édifice de notre fortune. Nous devions, dans chaque village, assembler les paysans autour de notre fontaine, et là les repas et la bonne chère devaient nous tomber avec d’autant plus d’abondance que nous étions persuadés l’un et l’autre que les vivres ne coûtent rien à ceux qui les recueillent, et que quand ils n’en gorgent pas les passants, c’est pure mauvaise volonté de leur part. Nous n’imaginions partout que festins et noces, comptant que, sans débourser que le vent de nos poumons, et l’eau de notre fontaine, elle pouvait nous défrayer en Piémont, en Savoie, en France, et par tout le monde. Nous faisions des projets de voyage qui ne finissaient point, et nous dirigions d’abord notre course au nord, plutôt pour le plaisir de passer les Alpes que pour la nécessité supposée de nous arrêter enfin quelque part.
(1731-1732) — Tel fut le plan sur lequel je me mis en campagne, abandonnant sans regret mon protecteur, mon précepteur, mes études, mes espérances, et l’attente d’une fortune presque assurée, pour commencer la vie d’un vrai vagabond. Adieu la capitale ; adieu la cour, l’ambition, la vanité, l’amour, les belles, et toutes les grandes aventures dont l’espoir m’avait amené l’année précédente. Je pars avec ma fontaine et mon ami Bâcle, la bourse légèrement garnie, mais le cœur saturé de joie, et ne songeant qu’à jouir de cette ambulante félicité à laquelle j’avais tout à coup borné mes brillants projets.
Je fis cet extravagant voyage presque aussi agréablement toutefois que je m’y étais attendu, mais non pas tout à fait de la même manière ; car bien que notre fontaine amusât quelques moments dans les cabarets les hôtesses et leurs servantes, il n’en fallait pas moins payer en sortant. Mais cela ne nous troublait guère, et nous ne songions à tirer parti tout de bon de cette ressource que quand l’argent viendrait à nous manquer. Un accident nous en évita la peine : la fontaine se cassa près de Bramans ; et il en était temps, car nous sentions, sans oser nous le dire, qu’elle commençait à nous ennuyer. Ce malheur nous rendit plus gais qu’auparavant, et nous rîmes beaucoup de notre étourderie, d’avoir oublié que nos habits et nos souliers s’useraient, ou d’avoir cru les renouveler avec le jeu de notre fontaine. Nous continuâmes notre voyage aussi allègrement que nous l’avions commencé, mais filant un peu plus droit vers le terme où notre bourse tarissante nous faisait une nécessité d’arriver.
À Chambéry je devins pensif, non sur la sottise que je venais de faire : jamais homme ne prit sitôt ni si bien son parti sur le passé ; mais sur l’accueil qui m’attendait chez Mme de Warens : car j’envisageais exactement sa maison comme ma maison paternelle. Je lui avais écrit mon entrée chez le comte de Gouvon ; elle savait sur quel pied j’y étais, et en m’en félicitant, elle m’avait donné des leçons très sages sur la manière dont je devais correspondre aux bontés qu’on avait pour moi. Elle regardait ma fortune comme assurée, si je ne la détruisais pas par ma faute. Qu’allait-elle dire en me voyant arriver ? Il ne me vint pas même à l’esprit qu’elle pût me fermer sa porte : mais je craignais le chagrin que j’allais lui donner ; je craignais ses reproches plus durs pour moi que la misère. Je résolus de tout endurer en silence et de tout faire pour l’apaiser. Je ne voyais plus dans l’univers qu’elle seule : vivre dans sa disgrâce était une chose qui ne se pouvait pas.
Ce qui m’inquiétait le plus était mon compagnon de voyage, dont je ne voulais pas lui donner le surcroît, et dont je craignais de ne pouvoir me débarrasser aisément. Je préparai cette séparation en vivant assez froidement avec lui la dernière journée. Le drôle me comprit ; il était plus fou que sot. Je crus qu’il s’affecterait de mon inconstance ; j’eus tort ; mon ami Bâcle ne s’affectait de rien. À peine, en entrant à Annecy, avions-nous mis le pied dans la ville, qu’il me dit : Te voilà chez toi, m’embrassa, me dit adieu, fit une pirouette et disparut. Je n’ai jamais plus entendu parler de lui. Notre connaissance et notre amitié durèrent en tout environ six semaines, mais les suites en dureront autant que moi.
Que le cœur me battit en approchant de la maison de Mme de Warens ! Mes jambes tremblaient sous moi, mes yeux se couvraient d’un voile, je ne voyais rien, je n’entendais rien, je n’aurais reconnu personne ; je fus contraint de m’arrêter plusieurs fois pour respirer et reprendre mes sens. Était-ce la crainte de ne pas obtenir les secours dont j’avais besoin qui me troublait à ce point ? À l’âge où j’étais, la peur de mourir de faim donne-t-elle de pareilles alarmes ? Non, non ; je le dis avec autant de vérité que de fierté, jamais en aucun temps de ma vie il n’appartint à l’intérêt ni à l’indigence de m’épanouir ou de me serrer le cœur. Dans le cours d’une vie inégale et mémorable par ses vicissitudes, souvent sans asile et sans pain, j’ai toujours vu du même œil l’opulence et la misère. Au besoin, j’aurais pu mendier ou voler comme un autre, mais non pas me troubler pour en être réduit là. Peu d’hommes ont autant gémi que moi, peu ont autant versé de pleurs dans leur vie ; mais jamais la pauvreté ni la crainte d’y tomber ne m’ont fait pousser un soupir ni répandre une larme. Mon âme, à l’épreuve de la fortune, n’a connu de vrais biens ni de vrais maux que ceux qui ne dépendent pas d’elle, et c’est quand rien ne m’a manqué pour le nécessaire que je me suis senti le plus malheureux des mortels.
À peine parus-je aux yeux de Mme de Warens que son air me rassura. Je tressaillis au premier son de sa voix ; je me précipite à ses pieds, et, dans les transports de la plus vive joie, je colle ma bouche sur sa main. Pour elle, j’ignore si elle avait su de mes nouvelles ; mais je vis peu de surprise sur son visage, et je n’y vis aucun chagrin. Pauvre petit, me dit-elle d’un ton caressant, te revoilà donc ? Je savais bien que tu étais trop jeune pour ce voyage ; je suis bien aise au moins qu’il n’ait pas aussi mal tourné que j’avais craint. Ensuite elle me fit conter mon histoire, qui ne fut pas longue, et que je lui fis très fidèlement, en supprimant cependant quelques articles, mais au reste sans m’épargner ni m’excuser.
It was so clear that he wasn’t speaking of these things out of his own will; that, despite my foolish blindness, I could sense all the kindness of my old master, and I was deeply moved by it. But this wonderful journey was too deeply ingrained in my imagination for anything to be able to diminish its charm. I was completely overwhelmed; I steadied myself, hardened my resolve, put on a brave face, and arrogantly replied that since I had been given my permission to leave, I had taken it—there was no point in regretting it now—and that whatever might happen in my life, I was determined never to be driven out of a house twice. At that, the young man, already irritated by my behavior, called me all the names I deserved, pushed me out of his room, and slammed the door behind me. As for me, I left triumphantly, as if I had just achieved the greatest victory. And out of fear of having to engage in another battle, I had the indignity of departing without even thanking Father Abbé for his kindness.
To understand to what extent my delusion went at that moment, one would need to know how easily my heart becomes excited by the smallest things, and with what intensity I immerse myself in the imagination of whatever attracts me—no matter how trivial that object may be. The most bizarre, childish, or even insane ideas come to nurture my favorite thoughts and seem to provide them with a semblance of plausibility, encouraging me to indulge in them. Would one believe that at nearly nineteen years old, one could base the rest of their life on something as insignificant as an empty bottle? Yet, listen.
A few weeks ago, the abbot of Gouvon had given me a very beautiful little heron fountain[29], which delighted me greatly. After much discussion about how to make use of this fountain and our upcoming journey, the wise Bâcle and I came up with the idea that one could serve as a complement to the other and even extend our travels. What in the world could be more intriguing than a heron fountain? This concept became the foundation upon which we built the plan for our future fortune. In every village we would gather the locals around our fountain, and there, meals and good food would flow freely—because we were both convinced that food cost nothing to those who gathered it, and that if they refused to share it with passersby, it was pure malice on their part. We envisioned nothing but feasts and celebrations everywhere, believing that with nothing more than the effort of our breath and the water from our fountain, we could support ourselves in Piedmont, Savoy, France, and throughout the world. Our travel plans seemed endless; at first, we headed north, not so much out of necessity as for the joy of crossing the Alps.
(1731-1732) — Such was the plan upon which I embarked upon this journey, abandoning without regret my protector, my tutor, my studies, my hopes, and the prospect of a fortune that seemed almost certain, in order to begin the life of a true vagrant. Adieu to the capital; adieu to court, ambition, vanity, love, beautiful women, and all those grand adventures whose promise had led me here the previous year. I set off with my “fountain” (a term perhaps referring to a portable source of water) and my friend Bâcle, my purse lightly filled, but my heart overflowing with joy, thinking only of enjoying this itinerant happiness—this new limit I had suddenly set for all my once dazzling ambitions.
I found this extravagant journey to be almost as enjoyable as I had expected it to be, yet not quite in the same way; for although our “fountain” provided some amusement for the hostesses and their maids in the taverns, one still had to pay at the end of the night. However, this did not bother us much, and we only thought of making full use of this “resource” when we actually ran out of money. Fortunately, an accident spared us this trouble: the fountain broke near Bramans—and it was just in time, for we could sense, though we dared not admit it, that it was beginning to annoy us. This misfortune actually made us happier than before, and we laughed a lot at our own foolishness—at forgetting that our clothes and shoes would eventually wear out, or at thinking we could replenish them with the “magic” of our fountain. We continued our journey just as cheerfully as we had begun it, but now with even more determination to reach our destination before our dwindling purse forced us to stop.
In Chambéry, I fell into thought—not about the foolishness I had just committed—for no man could so quickly or so wisely decide how to deal with the past. Instead, my thoughts were focused on what awaited me at Madame de Warens’s house: I regarded it as my own family home. I had written her about my arrival at the Count of Gouvon’s residence; she knew exactly my situation there, and while congratulating me, she gave me very wise advice on how to respond to the kindness people showed me. She believed my fortune was secure, unless I ruined it through my own mistakes. What would she say when she saw me arrive? Not for a moment did I consider that she might refuse to welcome me; yet I feared the pain I would cause her, and I dreaded her reprimands even more than suffering itself. I resolved to endure everything in silence and do whatever was necessary to calm her down. In that moment, she was the only person in my entire world; living in her disfavor was simply unthinkable.
What worried me the most was my traveling companion; I didn’t want to burden him further and feared that I might not be able to get rid of him easily. So, on the last day, I kept a rather cold distance from him in order to prepare for this separation. That strange fellow understood what I was doing; he was more foolish than stupid. I thought he would be upset by my fickleness, but I was wrong—my friend Bâcle wasn’t affected by anything at all. As soon as we stepped into Annecy, he said to me, “Here you are at home,” kissed me goodbye, did a pirouette, and disappeared. I never heard anything about him again. Our acquaintance and friendship lasted for about six weeks in total, but the consequences of it will last as long as I live.
How my heart raced as I approached Madame de Warens’ house! My legs trembled beneath me; a veil descended before my eyes—I could see nothing, hear nothing; I wouldn’t have recognized anyone. I was forced to stop several times to catch my breath and regain my senses. Was it the fear of not receiving the help I needed that disturbed me so greatly? At my age, does the fear of dying of hunger cause such alarm? No, no—I say this with both truth and pride. Not once in my life did interest or poverty ever make me feel distressed or depressed. Throughout a life marked by inequality and numerous hardships, often without shelter or food, I have always viewed wealth and poverty with equal indifference. If necessary, I could have begged or stolen like anyone else, but such circumstances would never have disturbed me. Few men have suffered as much as I have; few have shed so many tears in their lives. Yet neither poverty nor the fear of falling into it ever made me utter a sigh or shed a tear. My soul, faced with the trials of fortune, has known only those true joys and sorrows that depend not on external circumstances. And it was when nothing lacked for my basic needs that I felt most wretched among mortals.
No sooner had I appeared before Madame de Warens than her expression reassured me. I trembled at the first sound of her voice; I rushed to her feet, and in an outburst of intense joy, pressed my lips to her hand. As for whether she had heard any news about me, I have no idea; however, I saw no surprise on her face, nor any sign of sorrow. “Poor little one,” she said tenderly, “so you are back again? I knew you were too young for such a journey; at least I am glad it did not turn out as badly as I feared.” Then she asked me to tell her my story, which was not long, and I told it to her very faithfully—though I omitted some details. But otherwise, I did not spare myself or make any excuses.
Era così evidente che non stava dicendo tutto questo per sé stesso; nonostante la mia stupida cecità, percepii tutta la bontà del mio vecchio maestro e ne fui commosso. Ma quel meraviglioso viaggio era troppo radicato nella mia immaginazione perché nulla potesse spezzarne il fascino. Ero completamente fuori di me: mi ripresi, mi resi più forte, assunsi un atteggiamento orgoglioso e risposi in modo arrogante che, poiché mi era stato concesso il congedo, l’avevo accettato; non c’era più tempo per pentirsi, e qualunque cosa potesse accadermi nella vita, ero deciso a non essere mai più cacciato da una casa due volte. Allora quel giovane, già irritato, mi diede tutti i nomi che meritavo, mi spinse fuori dalla sua stanza e chiuse la porta alle mie spalle. Io uscii trionfante, come se avessi appena ottenuto la più grande vittoria. E, per paura di dover affrontare un secondo scontro, ebbi l’indignità di andarmene senza nemmeno ringraziare il signor Abate per le sue gentilezze.
Per comprendere fino a che punto il mio delirio potesse spingersi in quel momento, sarebbe necessario conoscere fino a quale grado il mio cuore sia suscettibile di eccitarsi per le cose più banali, e con quanta forza si immerga nell’immaginazione dell’oggetto che lo attira, anche se talvolta quest’oggetto possa risultare del tutto insignificante. I progetti più strani, più infantili, persino i più folli, vengono a carezzare la mia idea preferita e sembrano offrirmi tutte le ragioni per abbandonarmici completamente. Si potrebbe credere che, a quasi diciannove anni, si possa basare l’esistenza del resto della propria vita su qualcosa di totalmente insignificante. Ma ascoltate.
Alcune settimane fa, l’abbé de Gouvon mi aveva regalato una piccola fontana di tipo “Héron”, molto bella[29], e ne ero rimasto estasiato. Dopo aver continuamente fatto funzionare questa fontana e parlato del nostro viaggio, io e il saggio Bâcle pensammo che una di queste fontane potesse essere utilizzata per prolungare l’altra. Cosa c’era al mondo di più curioso di una fontana di tipo “Héron”? Questo principio divenne la base su cui costruimmo il progetto della nostra fortuna. In ogni villaggio, avremmo radunato i contadini intorno alla nostra fontana; lì, i pasti e il cibo sarebbero arrivati in abbondanza, poiché eravamo convinti che il cibo non costasse nulla a coloro che lo raccoglievano. E se non lo offrivano generosamente ai passanti, allora era pura malvolenza da parte loro. Immaginavamo soltanto feste e banchetti ovunque, convinti che, spendendo solo il nostro respiro e l’acqua della nostra fontana, essa potesse mantenerci in Piemonte, in Savoia, in Francia, e in tutto il mondo. Facevamo progetti di viaggio senza fine; inizialmente ci dirigevamo verso nord, più per il piacere di attraversare le Alpi che per una vera necessità di fermarci da qualche parte.
(1731-1732) — Ecco il piano su cui mi misi in cammino: abbandonai senza rimpianti il mio protettore, il mio maestro, i miei studi, le mie speranze, nonché l’attesa di una fortuna quasi certa, per iniziare la vita di un vero vagabondo. Addio alla capitale; addio alla corte, all’ambizione, alla vanità, all’amore, alle belle donne e a tutte quelle grandi avventure che l’anno precedente mi avevano fatto sperare. Parto con la mia “fontana” e il mio amico Bâcle, con una borsa leggermente riempita di denaro, ma con il cuore colmo di gioia, pensando soltanto a godermi questa felicità itinerante, alla quale avevo improvvisamente limitato tutti i miei progetti brillanti.
Feci questo stravagante viaggio quasi altrettanto piacevolmente di quanto mi aspettassi, ma non esattamente nello stesso modo; perché, sebbene la nostra “fontana” avesse divertito per un po’ le cameriere e le loro aiutanti nei cabaret, era comunque necessario pagare al momento della partenza. Tuttavia questo non ci disturbava troppo, e pensavamo solo di sfruttare davvero questa risorsa quando i soldi ci fossero finiti. Un incidente ci risparmiò la fatica: la “fontana” si ruppe vicino a Bramans. E fu proprio in tempo, perché sentivamo, senza osarlo ammettere, che cominciava a darci fastidio. Questo disastro ci rese ancora più felici di prima, e ridemmo molto della nostra stupidità: avevamo dimenticato che i nostri vestiti e le nostre scarpe si sarebbero consumati, o avevamo creduto di poterli rinnovare con il “gioco” della nostra “fontana”. Continuammo il nostro viaggio con la stessa allegria con cui l’avevamo iniziato, ma dirigendoci un po’ più direttamente verso la meta, dove la nostra borsa, ormai vuota, rendeva assolutamente necessario arrivare.
A Chambéry, diventai pensieroso, non per la stupidaggine che avevo appena commesso – nessun uomo aveva mai preso così in fretta e con tanta certezza una posizione riguardo al passato – ma per l’accoglienza che mi aspettava a casa della signora de Warens. Consideravo infatti la sua dimora come se fosse quella di mio padre. Le avevo scritto del mio arrivo presso il conte de Gouvon; lei sapeva in quale situazione mi trovassi e, congratulandosi con me, mi aveva dato alcuni consigli molto saggi su come dovessi comportarmi di fronte alle gentilezze che ricevevo. Riteneva che la mia fortuna fosse ormai assicurata, a meno che non la rovinassi io stesso con le mie azioni. Cosa avrebbe detto vedendomi arrivare? Non mi passò nemmeno per la mente l’idea che potesse rifiutarsi di accogliermi; temevo invece il dolore che le avrei causato, i suoi rimproveri, che per me sarebbero stati più terribili della stessa povertà. Decisi quindi di sopportare tutto in silenzio e di fare di tutto per calmarla. Non vedevo più nell’universo nessun altro se non lei, vivere nella sua sfortuna era qualcosa che semplicemente non poteva accadere.
Quello che mi preoccupava di più era il mio compagno di viaggio: non volevo aggiungergli ulteriori problemi e temevo di non riuscire a liberarmene facilmente. Così, nella giornata precedente alla nostra separazione, ho cercato di mantenere con lui un rapporto piuttosto distaccato. Lui capì; era più pazzo che sciocco. Pensavo che si sarebbe addolorato per la mia “inconstanza”, ma mi sbagliavo: il mio amico Bâcle non si addolorava per nulla. Appena entrati ad Annecy, mi disse: “Ecco, sei a casa tua, ”, mi baciò, mi salutò e poi fece una piroetta e scomparve. Non ho mai più sentito parlare di lui. La nostra conoscenza e la nostra amicizia sono durate in totale circa sei settimane, ma le conseguenze di quell’incontro dureranno per tutta la mia vita.
Quanto il mio cuore batteva forte mentre mi avvicinavo alla casa di Madame de Warens! Le mie gambe tremavano, i miei occhi si coprivano di una nebbia; non vedevo nulla, non sentivo nulla, non avrei riconosciuto nessuno. Ero costretto a fermarmi più volte per riprendere fiato e recuperare le forze. Era forse la paura di non ricevere l’aiuto di cui avevo bisogno a turbarmi così tanto? A quell’età, la paura di morire di fame può davvero provocare simili angosie? No. Lo dico con tutta la verità e con orgoglio: in nessun momento della mia vita l’interesse o la povertà hanno mai avuto il potere di influenzare i miei sentimenti. Nel corso di una vita piena di difficoltà, spesso senza rifugio né cibo, ho sempre considerato con lo stesso sguardo sia la ricchezza che la miseria. Se necessario, avrei potuto mendicare o rubare come chiunque altro, ma non sarei mai stato disposto a ridurmi in quella condizione. Pochi uomini hanno sofferto quanto me, pochi hanno versato tante lacrime nella loro vita. Ma né la povertà né la paura di cadervi hanno mai fatto sì che io emettessi un sospiro o versassi una lacrima. La mia anima, di fronte alle avversità della fortuna, non ha conosciuto veri beni né veri mali, se non quelli che non dipendono da lei. E è proprio quando nulla mi mancava per le cose essenziali che mi sono sentito il più sfortunato degli uomini.
Appena apparsi davanti alla signora de Warens, il suo sguardo mi rassicurò immediatamente. Sussultai al primo suono della sua voce; mi precipitai ai suoi piedi e, nel tumulto di una gioia intensa, posai le mie labbra sulla sua mano. Per quanto riguarda lei, non so se fosse a conoscenza delle mie novità; tuttavia non notai alcuna sorpresa sul suo viso, né traccia di dolore. “Povero piccolo”, mi disse con tono affettuoso, “eccoti dunque tornato. Sapevo bene che eri troppo giovane per un viaggio del genere; sono almeno sollevata che non sia andato peggio di quanto temessi”. Poi mi fece raccontare la mia storia, che non fu lunga, e io gliela riferii con grande sincerità, omettendo tuttavia alcuni dettagli, ma nel complesso senza nascondergli nulla né scusarmi in alcun modo.
Il fut question de mon gîte. Elle consulta sa femme de chambre. Je n’osais respirer durant cette délibération ; mais quand j’entendis que je coucherais dans la maison, j’eus à peine à me contenir, et je vis porter mon petit paquet dans la chambre qui m’était destinée, à peu près comme Saint-Preux vit remiser sa chaise chez Mme de Wolmar. J’eus pour surcroît le plaisir d’apprendre que cette faveur ne serait point passagère ; et dans un moment où l’on me croyait attentif à tout autre chose, j’entendis qu’elle disait : On dira ce qu’on voudra ; mais puisque la providence me le renvoie, je suis déterminée à ne pas l’abandonner.
Me voilà donc enfin établi chez elle. Cet établissement ne fut pourtant pas encore celui dont je date les jours heureux de ma vie, mais il servit à le préparer. Quoique cette sensibilité de cœur, qui nous fait vraiment jouir de nous, soit l’ouvrage de la nature et peut-être un produit de l’organisation, elle a besoin de situations qui la développent. Sans ces causes occasionnelles ?, un homme né très sensible ne sentirait rien, et mourrait sans avoir connu son être. Tel à peu près j’avais été jusqu’alors, et tel j’aurais toujours été peut-être, si je n’avais jamais connu Mme de Warens, ou si même l’ayant connue, je n’avais pas vécu assez longtemps auprès d’elle pour contracter la douce habitude des sentiments affectueux qu’elle m’inspira. J’oserai le dire ; qui ne sent que l’amour ne sent pas ce qu’il y a de plus doux dans la vie. Je connais un autre sentiment, moins impétueux peut-être, mais plus délicieux mille fois, qui quelquefois est joint à l’amour et qui souvent en est séparé. Ce sentiment n’est pas non plus l’amitié seule ; il est plus voluptueux, plus tendre : je n’imagine pas qu’il puisse agir pour quelqu’un du même sexe ; du moins je fus ami si jamais homme le fut, et je ne l’éprouvai jamais près d’aucun de mes amis. Ceci n’est pas clair, mais il le deviendra dans la suite ; les sentiments ne se décrivent bien que par leurs effets.
Elle habitait une vieille maison mais assez grande pour avoir une belle pièce de réserve, dont elle fit sa chambre de parade, et qui fut celle où l’on me logea. Cette chambre était sur le passage dont j’ai parlé, où se fit notre première entrevue, et au-delà du ruisseau et des jardins, on découvrait la campagne. Cet aspect n’était pas pour le jeune habitant une chose indifférente. C’était, depuis Bossey, la première fois que j’avais du vert devant mes fenêtres. Toujours masqué par des murs, je n’avais eu sous les yeux que des toits ou le gris des rues. Combien cette nouveauté me fut sensible et douce ! Elle augmenta beaucoup mes dispositions à l’attendrissement. Je faisais de ce charmant paysage encore un des bienfaits de ma chère patronne : il me semblait qu’elle l’avait mis là tout exprès pour mois ; je m’y plaçais paisiblement auprès d’elle ; je la voyais partout entre les fleurs et la verdure ; ses charmes et ceux du printemps se confondaient à mes yeux. Mon cœur, jusqu’alors comprimé, se trouvait plus au large dans cet espace, et mes soupirs s’exhalaient plus librement parmi ces vergers.
On ne trouvait pas chez Mme de Warens la magnificence que j’avais vue à Turin ; mais on y trouvait la propreté, la décence et une abondance patriarcale avec laquelle le faste ne s’allie jamais. Elle avait peu de vaisselle d’argent, point de porcelaine, point de gibier dans sa cuisine, ni dans sa cave de vins étrangers ; mais l’une et l’autre étaient bien garnies au service de tout le monde, et dans des tasses de faïence elle donnait d’excellent café. Quiconque la venait voir était invité à dîner avec elle ou chez elle ; et jamais ouvrier, messager ou passant ne sortait sans manger ou boire. Son domestique était composé d’une femme de chambre fribourgeoise assez jolie, appelée Merceret, d’un valet de son pays appelé Claude Anet, dont il sera question dans la suite, d’une cuisinière et de deux porteurs de louage quand elle allait en visite, ce qu’elle faisait rarement. Voilà bien des choses pour deux mille livres de rente ; cependant son petit revenu bien ménagé eût pu suffire à tout cela dans un pays où la terre est très bonne et l’argent très rare. Malheureusement l’économie ne fut jamais sa vertu favorite : elle s’endettait, elle payait ; l’argent faisait la navette, et tout allait.
La manière dont son ménage était monté était précisément celle que j’aurais choisie : on peut croire que j’en profitais avec plaisir. Ce qui m’en plaisait moins était qu’il fallait rester très longtemps à table. Elle supportait avec peine la première odeur du potage et des mets ; cette odeur la faisait presque tomber en défaillance, et ce dégoût durait longtemps. Elle se remettait peu à peu, causait et ne mangeait point. Ce n’était qu’au bout d’une demi-heure qu’elle essayait le premier morceau. J’aurais dîné trois fois dans cet intervalle ; mon repas était fait longtemps avant qu’elle eût commencé le sien. Je recommençais de compagnie ; ainsi je mangeais pour deux, et ne m’en trouvais pas plus mail. Enfin je me livrais d’autant plus au doux sentiment du bien-être que j’éprouvais auprès d’elle, que ce bien-être dont je jouissais n’était mêlé d’aucune inquiétude sur les moyens de le soutenir. N’étant point encore dans l’étroite confidence de ses affaires, je les supposais en état d’aller toujours sur le même pied. J’ai retrouvé les mêmes agréments dans sa maison par la suite : mais, plus instruit de sa situation réelle, et voyant qu’ils anticipaient sur ses rentes, je ne les ai plus goûtés si tranquillement. La prévoyance a toujours gâté chez moi la jouissance. J’ai vu l’avenir à pure perte : je n’ai jamais pu l’éviter.
Dès le premier jour, la familiarité la plus douce s’établit entre nous au même ! degré où elle a continué tout le reste de sa vie. Petit fut mon nom, Maman fut le sien, et toujours nous demeurâmes Petit et Maman, même quand le nombre des années en eut presque effacé la différence entre nous. Je trouve que ces deux noms rendent à merveilles l’idée de notre ton, la simplicité de nos manières, et surtout la relation de nos cœurs. Elle fut pour moi la plus tendre des mères, qui jamais ne chercha son plaisir, mais toujours mon bien ; et si les sens entrèrent dans mon attachement pour elle, ce n’était pas pour en changer la nature, mais pour le rendre seulement plus exquis, pour m’enivrer du charme d’avoir une maman jeune et jolie qu’il m’était délicieux de caresser : je dis caresser au pied de la lettre, car jamais elle n’imagina de m’épargner les baisers ni les plus tendres caresses maternelles, et jamais il n’entra dans mon cœur d’en abuser. On dira que nous avons eu à la fin des relations d’une autre espèce ; j’en conviens ; mais il faut attendre, je ne puis tout dire à la fois.
Le coup d’œil de notre première entrevue fut le seul moment vraiment passionné qu’elle m’ait jamais fait sentir ; encore ce moment fut-il l’ouvrage de la surprise. Mes regards indiscrets n’allaient jamais fureter sous son mouchoir, quoiqu’un embonpoint mal caché dans cette place eût bien pu les y attirer. Je n’avais ni transports ni désirs auprès d’elle ; j’étais dans un calme ravissant, jouissant sans savoir de quoi. J’aurais ainsi passé ma vie et l’éternité même sans m’ennuyer un instant. Elle est la seule personne avec qui je n’ai jamais senti cette sécheresse de conversation qui me fait un supplice du devoir de la soutenir. Nos tête-à-tête étaient moins des entretiens qu’un babil intarissable, qui pour finir avait besoin d’être interrompu. Loin de me faire une loi de parler, il fallait plutôt m’en faire une de me taire. À force de méditer ses projets, elle tombait souvent dans la rêverie. Hé bien ! je la laissais rêver, je me taisais, je la contemplais, et j’étais le plus heureux des hommes. J’avais encore un tic fort singulier. Sans prétendre aux faveurs du tête-à-tête, je le recherchais sans cesse, et j’en jouissais avec une passion qui dégénérait en fureur quand des importuns venaient le troubler. Sitôt que quelqu’un arrivait, homme ou femme, il n’importait pas, je sortais en murmurant, ne pouvant souffrir de rester en tiers auprès d’elle. J’allais compter les minutes dans son antichambre, maudissant mille fois ces éternels visiteurs, et ne pouvant concevoir ce qu’ils avaient tant à dire, parce que j’avais à dire encore plus.
It was about my lodging that was being discussed. She consulted her maid. I didn’t dare breathe during that deliberation; but when I heard that I would be staying in the house, I could barely contain myself. I saw my small bundle carried into the room assigned to me, much like how Saint-Preux watched his chair being put away at Madame de Wolmar’s place. Moreover, I was delighted to learn that this favor would not be temporary; and at a moment when everyone thought my attention was focused on something else, I overheard her say: “People may say what they want; but since fate has sent me here, I am determined not to leave.”
So, I had finally settled in with her. However, this residence was not yet the one where I would experience the happy days of my life; it merely prepared me for them. Although this sensitivity of the heart, which truly allows us to enjoy ourselves, is a product of nature and perhaps also a result of our physical organization, it still requires certain circumstances to develop fully. Without these occasional triggers, a person born with great sensitivity would feel nothing at all and die without ever coming to understand the true meaning of existence. That was more or less my situation until I met Madame de Warens; had I never known her, or even if I had, if I hadn’t spent enough time with her to develop those tender, affectionate feelings she inspired in me, I might still be that way today. I dare say it: those who know only love never experience what is truly most sweet in life. I know of another feeling—perhaps not as intense, but thousands of times more delightful. Sometimes it accompanies love; other times, it exists apart from it. This feeling is also not merely friendship; it is even more pleasurable and tender. I cannot imagine that it could arise between people of the same sex; at least, I have never known such feelings toward any of my male friends. This may not seem clear now, but it will become so later on—feelings can only be truly understood through their effects.
She lived in an old house, but it was large enough to have a beautiful spare room, which she used as her dressing room—and it was also the room where I was accommodated. This room was located on that path I mentioned; our first meeting took place there. Beyond the stream and the gardens, one could see the countryside stretching out. This view was not indifferent to the young resident. Since leaving Bossey, this was the first time I had seen greenery in front of my windows. Until then, my view had always been confined by walls—either rooftops or the grayness of streets. How pleasant and soothing this novelty was! It greatly increased my tendency toward sentimentality. I regarded this charming landscape as another blessing bestowed upon me by my kind patroness; it seemed as if she had placed it there especially for me. I would sit quietly in that room, surrounded by flowers and greenery; her charms and those of spring merged before my eyes. My heart, which had until then been stifled, now felt much more free in this environment, and my sighs could escape more freely amidst these gardens.
One did not find in Madame de Warens the grandeur I had witnessed in Turin; but there was cleanliness, decency, and a kind of generous simplicity that is never associated with ostentation. She possessed little silverware, no porcelain, no game in her kitchen, nor any foreign wines in her cellar; yet both were well-stocked to serve everyone, and she served excellent coffee in plain ceramic cups. Anyone who visited her was invited to dine with her or at her home; and not a single worker, messenger, or passerby left without having eaten or drunk something. Her household consisted of a rather pretty Fribourgeois maid named Merceret, a country boy named Claude Anet—of whom more will be said later—and a cook, as well as two hired porters when she went on visits, which she did rarely. For only two thousand pounds of income, this seemed quite sufficient for all these needs; yet in a country where the land is fertile and money is scarce, her modest resources could have easily provided for everything. Unfortunately, frugality was never her strongest virtue: she would take on debts and then pay them off again; money kept circulating, and life went on.
The way her household was managed was precisely the one I would have chosen myself; one might think that I took pleasure in it. What displeased me less was the fact that we had to sit at the table for such a long time. She could hardly tolerate the initial smell of the soup and the dishes; that odor would almost make her faint, and this disgust would last for a long time. She would gradually recover, but then she would stop eating altogether. It wasn’t until half an hour later that she would try to take a first bite. During that interval, I could have eaten three meals; my meal was ready long before hers began. I would start eating again, so in effect I was feeding two people, yet I didn’t feel any less hungry. Eventually, the greater my pleasure in being with her became, the more I indulged in that delightful feeling of contentment—since there was no worry at all about how to sustain it. Since I wasn’t yet fully aware of the details of her financial situation, I assumed that things would always remain the same. Later on, I found the same comforts in her home again; but now, being better informed about her actual circumstances and seeing that these comforts relied on her income, I no longer enjoyed them so peacefully. For me, foresight has always spoiled the pleasure of the moment. I tried to predict the future in vain—I was never able to avoid it.
From the very first day, the sweetest familiarity was established between us, and that same degree of intimacy continued throughout the rest of her life. My name was “Petit,” and hers was “Maman”; we always remained “Petit” and “Maman,” even when the passage of time had almost erased any difference between us. I believe these two names perfectly capture the essence of our relationship—our simplicity in manner, and especially the deep bond between our hearts. She was the tenderest mother to me; she never sought her own pleasure, but always acted for my best. And though my senses were involved in my affection for her, it was not to change its nature, but merely to make it more intense—to allow me to savor the joy of having a young and beautiful mother whom I loved to touch. I use the word “touch” in the most literal sense; she never once refused to give me kisses or the tenderest maternal caresses, and I never once felt the urge to abuse such affection. Some might say that our relationship later took on a different form; I admit it; but we must wait—I cannot tell you everything at once.
The glance during our first meeting was the only truly passionate moment she ever made me feel; yet even that moment was the result of surprise. My indiscreet glances never dared to wander beneath her handkerchief, though a somewhat concealed plumpness there might have tempted them to do so. I felt neither excitement nor desire toward her; I was in a delightful calm, enjoying something without even knowing what it was. I could have spent my entire life, even eternity, in this state without ever feeling bored for a single moment. She is the only person with whom I have never experienced that dryness in conversation that makes maintaining such dialogue a torment. Our tête-à-têtes were less like conversations than endless chatter that ultimately needed to be interrupted. Far from making it a rule to speak, it was more necessary for me to refrain from speaking. Often, as she pondered over her plans, she would fall into reverie. Well! I let her dream, I remained silent, I gazed at her—and I was the happiest man in the world. I also had a rather peculiar habit: without seeking out such moments, I constantly longed for them and enjoyed them with such passion that it turned into fury whenever some intruders came to disturb us. As soon as someone arrived, whether male or female, it didn’t matter—whoever it was—I would leave in a huff, unable to bear being present when she was with others. I would spend the time counting the minutes in her antechamber, cursing those endless visitors a thousand times over, unable to understand what they had so much to say, because I had even more to say myself.
Si trattava del mio alloggio. Consultò la sua cameriera personale. Durante quella deliberazione non osavo nemmeno respirare; ma quando sentii che avrei dormito in quella casa, faticai a trattenere la mia emozione. Vidi portare il mio piccolo bagaglio nella stanza che mi era stata assegnata, proprio come Saint-Preux vide mettere via la sua sedia da parte di Madame de Wolmar. Inoltre, ebbi la gioia di scoprire che questa gentilezza non sarebbe stata temporanea; e in un momento in cui tutti pensavano che fossi concentrato su qualcos’altro, sentii lei dire: “Si potrà dire quello che si vuole, ma poiché la provvidenza me lo ha restituito, sono decisa a non abbandonarlo”.
Ecco quindi che finalmente mi sono stabilito presso di lei. Questa dimora, tuttavia, non era ancora quella in cui avrei trascorso i giorni più felici della mia vita, ma servì a prepararmi ad essa. Sebbene questa sensibilità del cuore, che ci permette davvero di godere di noi stessi, sia opera della natura e forse anche un prodotto dell’organizzazione umana, ha bisogno di situazioni particolari per svilupparsi appieno. Senza queste cause occasionali, un uomo nato estremamente sensibile non proverebbe nulla e morirebbe senza mai aver conosciuto veramente il proprio essere. Più o meno ero così fino ad allora. E forse sarei rimasto tale per sempre, se non avessi mai conosciuto la signora de Warens; o anche, pur essendola conosciuta, se non fossi rimasto abbastanza a lungo al suo fianco per acquisire quella dolce abitudine ai sentimenti affettuosi che lei mi ispirò. Oso dirlo: chi conosce soltanto l’amore non conosce ciò che c’è di più dolce nella vita. Conosco un altro sentimento, forse meno impetuoso, ma mille volte più delizioso; talvolta questo sentimento è legato all’amore, altre volte ne è separato. Questo sentimento non è nemmeno l’amicizia stessa: è più voluttuoso, più tenero. Non riesco a immaginare che possa esistere tra persone dello stesso sesso; almeno io, se mai un uomo lo è stato, non l’ho mai provato con nessuno dei miei amici. Questo non è ancora del tutto chiaro. Ma lo diventerà in seguito: i sentimenti si possono descrivere soltanto attraverso i loro effetti.
Viveva in una vecchia casa, ma abbastanza grande da disporre di una bella stanza riservata che utilizzava come camera da ricevimento; fu proprio in quella stanza che mi alloggiarono. Questa stanza si trovava lungo il corridoio di cui ho parlato, dove ebbe luogo il nostro primo incontro. Oltre il ruscello e i giardini, si apriva la campagna. Questo panorama non era affatto indifferente per il giovane inquilino: da Bossey in poi, era la prima volta che vedevo del verde davanti alle mie finestre. Fin allora, sempre nascosto dietro muri, avevo visto soltanto tetti o il grigio delle strade. Quanto questa novità fosse piacevole e rassicurante per me! Accresceva notevolmente la mia propensione alla tenerezza. Consideravo quel incantevole paesaggio come un altro dei doni della mia cara padrona: sembrava che lo avesse creato apposta per me. Mi sistemavo tranquillamente lì, accanto a lei; la vedevo ovunque, tra i fiori e la vegetazione. I suoi incanti si confondevano ai miei occhi con quelli della primavera. Il mio cuore, fino ad allora oppresso, si sentiva finalmente più libero in quel ambiente. E i miei sospiri potevano esprimersi liberamente, tra quei giardini.
Nella casa della signora de Warens non si trovava quella magnificenza che avevo visto a Torino; ma vi regnavano pulizia, decoro e una generosità patriarcale, senza che mai il lusso vi si mescolasse. Possedeva pochi piatti d’argento, nessuna porcellana, né selvaggina in cucina, né vini stranieri nella sua cantina; tuttavia, sia la cucina che la cantina erano ben attrezzate per servire tutti, e lei offriva del ottimo caffè in tazze di ceramica. Chiunque andava a farle visita veniva invitato a pranzo con lei o da lei; e nessun operaio, messaggero o passante se ne andava senza aver mangiato o bevuto qualcosa. Il suo personale era composto da una cameriera di Friburgo piuttosto bella, chiamata Merceret, da un valletto del suo paese di nome Claude Anet, di cui si parlerà in seguito, da una cuoca e da due portatori a noleggio quando andava a far visite, cosa che accadeva raramente. Tutto questo per un reddito di soli duemila lire all’anno; tuttavia, con un simile reddito ben gestito, avrebbe potuto bastare in un paese dove la terra è molto fertile e l’oro estremamente raro. Purtroppo, l’economia non fu mai la sua dote principale: si indebitava, pagava; i soldi andavano avanti e indietro, ma tutto procedeva comunque.
Il modo in cui era organizzata la sua casa era esattamente quello che avrei scelto io stesso: si potrebbe dire che ne approfittassi con piacere. Quello che però non mi piaceva molto era il fatto che fosse necessario trascorrere molto tempo a tavola. Lei sopportava a fatica l’odore iniziale dei zuppi e degli altri piatti; quell’odore la faceva quasi svenire, e questo disgusto durava a lungo. Si riprendeva lentamente, ma non mangiava nulla. Solo dopo mezz’ora provava ad assaggiare il primo boccone. In quel lasso di tempo io avrei potuto cenare tre volte; il mio pasto era pronto molto prima che lei iniziasse il suo. Riprendevo a mangiare con lei, così facevo da due persone, e non mi sentivo affatto meno sazio. Alla fine, più mi abbandonavo al piacevole senso di benessere che provavo al suo fianco, più quel benessere era privo di qualsiasi preoccupazione riguardo ai mezzi per mantenerlo. Non essendo ancora a conoscenza dei dettagli delle sue difficoltà finanziarie, supponevo che le cose andassero sempre allo stesso modo. In seguito ho ritrovato gli stessi piaceri nella sua casa, ma, avendone compreso meglio la situazione reale e vedendo che quei piaceri andavano oltre le sue entrate, non li ho più goduti con la stessa tranquillità. La previdenza, per me, ha sempre rovinato il piacere di vivere. Ho visto l’avenire senza poterlo evitare.
Fin dal primo giorno, si stabilì tra di noi una familiarità estremamente dolce, proprio allo stesso grado in cui continuò per tutta la restante parte della sua vita. Il mio nome era “Piccolo”, il suo era “Mamma”; e rimanemmo sempre “Piccolo” e “Mamma”, anche quando gli anni quasi cancellarono ogni differenza tra di noi. Penso che questi due nomi esprimano perfettamente il tono della nostra relazione, la semplicità delle nostre maniere, e soprattutto il legame profondo dei nostri cuori. Lei fu per me la madre più tenera: non cercò mai il proprio piacere, ma sempre il mio bene. E se i sensi ebbero un ruolo nel mio affetto per lei, fu soltanto per renderlo ancora più intenso, per farmi godere appieno del fascino di avere una mamma giovane e bella da coccolare. Dico “coccolare” in senso letterale: lei non si prese mai la briga di risparmiarmi baci o carezze materne; e nel mio cuore non nacque mai l’idea di abusarne. Si potrebbe dire che, alla fine, le nostre relazioni assunsero un altro tipo. Lo ammetto; ma bisogna aspettare. Non posso raccontare tutto contemporaneamente.
Lo sguardo scambiato durante il nostro primo incontro fu l’unico momento davvero appassionante che lei mi abbia mai fatto provare; tuttavia anche quel momento fu frutto della sorpresa. I miei sguardi indiscreti non osavano mai spingersi sotto il suo fazzoletto, sebbene un leggero rigonfiamento in quella zona potesse attirarli lì. Non provavo né emozioni intense né desideri nei suoi confronti; ero in uno stato di tranquillità meravigliosa, godendo senza nemmeno sapere di cosa. Avrei potuto trascorrere così tutta la mia vita, e forse anche l’eternità, senza mai annoiarmi un istante. Lei è l’unica persona con cui non ho mai provato quella sensazione di vuoto nella conversazione che rende insopportabile il dovere di mantenerla. I nostri incontri erano meno dei veri e propri dialoghi che piuttosto una chiacchierata incessante, la quale alla fine aveva bisogno di essere interrotta. Lontano dall’impormi di parlare, era piuttosto necessario che mi taccessi. Mentre rifletteva sui suoi progetti, spesso cadeva in meditazione. Beh, io la lasciavo sognare, tacevo e la contemplavo, ed ero l’uomo più felice del mondo. Avevo anche un’abitudine molto particolare: senza cercare di approfittare dei nostri incontri, li cercavo costantemente e ne godevo con una passione che si trasformava in furia quando qualcuno veniva a disturbarci. Non appena arrivava qualcuno, uomo o donna che fosse, me ne andavo sussurrando, incapace di sopportare l’idea di rimanere presente tra loro. Andavo a contare i minuti nella sua anticamera, maledicendo quelle visite incessanti e non riuscendo a capire cosa avessero da dirsi, perché io avevo molto di più da dire.
Je ne sentais toute la force de mon attachement pour elle que quand je ne la voyais pas. Quand je la voyais, je n’étais que content ; mais mon inquiétude en son absence allait au point d’être douloureuse. Le besoin de vivre avec elle me donnait des élans d’attendrissement qui souvent allaient jusqu’aux larmes. Je me souviendrai toujours qu’un jour de grande fête, tandis qu’elle était à vêpres, j’allai me promener hors de la ville, le cœur plein de son image et du désir ardent de passer mes jours auprès d’elle. J’avais assez de sens pour voir que quant à présent cela n’était pas possible, et qu’un bonheur que je goûtais si bien serait court. Cela donnait à ma rêverie une tristesse qui n’avait pourtant rien de sombre, et qu’un espoir flatteur tempérait. Le son des cloches, qui m’a toujours singulièrement affecté, le chant des oiseaux, la beauté du jour, la douceur du paysage, les maisons éparses et champêtres dans lesquelles je plaçais en idée notre commune demeure ; tout cela me frappait tellement d’une impression vive, tendre, triste et touchante, que je me vis comme en extase transporté dans cet heureux temps et dans cet heureux séjour où mon cœur, possédant toute la félicité qui pouvait lui plaire, la goûtait dans des ravissements inexprimables, sans songer même à la volupté des sens. Je ne me souviens pas de m’être élancé jamais dans l’avenir avec plus de force et d’illusion que je fis alors ; et ce qui m’a frappé le plus dans le souvenir de cette rêverie, quand elle s’est réalisée, c’est d’avoir retrouvé des objets tels exactement que je les avais imaginés. Si jamais rêve d’un homme éveillé eut l’air d’une vision prophétique, ce fut assurément celui-là[30]. Je n’ai été déçu que dans sa durée imaginaire ; car les jours, et les ans, et la vie entière, s’y passaient dans une inaltérable tranquillité ; au lieu qu’en effet tout cela n’a duré qu’un moment. Hélas ! mon plus constant bonheur fut en songe. Son accomplissement fut presque à l’instant suivi du réveil.
Je ne finirais pas si j’entrais dans le détail de toutes les folies que le souvenir de cette chère Maman me faisait faire quand je n’étais plus sous ses yeux. Combien de fois j’ai baisé mon lit en songeant qu’elle y avait couché ; mes rideaux, tous les meubles de ma chambre, en songeant qu’ils étaient à elle, que sa belle main les avait touchés ; le plancher même sur lequel je me prosternais en songeant qu’elle y avait marché ! Quelquefois même en sa présence il m’échappait des extravagances que le plus violent amour seul semblait pouvoir inspirer. Un jour, à table, au moment qu’elle avait mis un morceau dans sa bouche, je m’écrie que j’y vois un cheveu : elle rejette le morceau sur son assiette ; je m’en saisis avidement et l’avale. En un mot, de moi à l’amant le plus passionné il n’y avait qu’une différence unique, mais essentielle, et qui rend mon état presque inconcevable à la raison.
J’étais revenu d’Italie, non tout à fait comme j’y étais allé, mais comme peut-être jamais à mon âge on n’en est revenu. J’en avais rapporté non ma virginité, mais mon pucelage. J’avais senti le progrès des ans ; mon tempérament inquiet s’était enfin déclaré, et sa première éruption, très involontaire, m’avait donné sur ma santé des alarmes qui peignent mieux que toute autre chose l’innocence dans laquelle j’avais vécu jusqu’alors. Bientôt rassuré, j’appris ce dangereux supplément qui trompe la nature, et sauve aux jeunes gens de mon humeur beaucoup de désordres aux dépens de leur santé, de leur vigueur, et quelquefois de leur vie. Ce vice que la honte et la timidité trouvent si commode, a de plus un grand attrait pour les imaginations vives : c’est de disposer, pour ainsi dire, à leur gré, de tout le sexe, et de faire servir à leurs plaisirs la beauté qui les tente, sans avoir besoin d’obtenir son aveu. Séduit par ce funeste avantage, je travaillais à détruire la bonne constitution qu’avait rétablie en moi la nature, et à qui j’avais donné le temps de se bien former. Qu’on ajoute à cette disposition le local de ma situation présente ; logé chez une jolie femme, caressant son image au fond de mon cœur, la voyant sans cesse dans la journée ; le soir entouré d’objets qui me la rappellent, couché dans un lit où je sais qu’elle a couché. Que de stimulants ! tel lecteur qui se les représente me regarde déjà comme à demi mort. Tout au contraire ce qui devait me perdre fut précisément ce qui me sauva, du moins pour un temps. Enivré du charme de vivre auprès d’elle, du désir ardent d’y passer mes jours, absente ou présente, je voyais toujours en elle une tendre mère, une sœur chérie, une délicieuse amie, et rien de plus. Je la voyais toujours ainsi, toujours la même, et ne voyais jamais qu’elle. Son image, toujours présente à mon cœur, n’y laissait place à nulle autre ; elle était pour moi la seule femme qui fût au monde ; et l’extrême douceur des sentiments qu’elle m’inspirait, ne laissant pas à mes sens le temps de s’éveiller pour d’autres, me garantissait d’elle et de tout son sexe. En un mot, j’étais sage parce que je l’aimais. Sur ces effets, que je rends mal, dise qui pourra de quelle espèce était mon attachement pour elle. Pour moi, tout ce que j’en puis dire est que s’il paraît déjà fort extraordinaire, dans la suite il le paraîtra beaucoup plus.
Je passais mon temps le plus agréablement du monde, occupé des choses qui me plaisaient le moins. C’étaient des projets à rédiger, des mémoires à mettre au net, des recettes à transcrire ; c’étaient des herbes à trier, des drogues à piler, des alambics à gouverner. Tout à travers tout cela venaient des foules de passants, de mendiants, de visites de toute espèce. Il fallait entretenir tout à la fois un soldat, un apothicaire, un chanoine, une belle dame, un frère lai. Je pestais, je grommelais, je jurais, je donnais au diable toute cette maudite cohue. Pour elle, qui prenait tout en gaieté, mes fureurs la faisaient rire aux larmes ; et ce qui la faisait rire encore plus était de me voir d’autant plus furieux que je ne pouvais moi-même m’empêcher de rire. Ces petits intervalles où j’avais le plaisir de grogner étaient charmants ; et s’il survenait un nouvel importun durant la querelle, elle en savait encore tirer parti pour l’amusement en prolongeant malicieusement la visite, et me jetant des coups d’œil pour lesquels je l’aurais volontiers battue. Elle avait peine à s’abstenir d’éclater en me voyant, contraint et retenu par la bienséance, lui faire des yeux de possédé, tandis qu’au fond de mon cœur, et même en dépit de moi, je trouvais tout cela très comique.
Tout cela, sans me plaire en soi, m’amusait pourtant parce qu’il faisait partie d’une manière d’être qui m’était charmante. Rien de ce qui se faisait autour de moi, rien de tout ce qu’on me faisait faire, n’était selon mon goût, mais tout était selon mon cœur. Je crois que je serais parvenu à aimer la médecine, si mon dégoût pour elle n’eût fourni des scènes folâtres qui nous égayaient sans cesse : c’est peut-être la première fois que cet art a produit un pareil effet. Je prétendais connaître à l’odeur un livre de médecine, et ce qu’il y a de plaisant est que je m’y trompais rarement. Elle me faisait goûter des plus détestables drogues. J’avais beau fuir ou vouloir me défendre ; malgré ma résistance et mes horribles grimaces, malgré moi et mes dents, quand je voyais ses jolis doigts barbouillés s’approcher de ma bouche, il fallait finir par l’ouvrir et sucer. Quand tout son petit ménage était rassemblé dans la même chambre, à nous entendre courir et crier au milieu des éclats de rire, on eût cru qu’on y jouait quelque farce, et non pas qu’on y faisait de l’opiat ou de l’élixir.
Mon temps ne se passait pourtant pas tout entier à ces polissonneries. J’avais trouvé quelques livres dans la chambre que j’occupais : Le Spectateur, Pufendorf, Saint-Évremond, La Henriade. Quoique je n’eusse plus mon ancienne fureur de lecture, par désœuvrement je lisais un peu de tout cela. Le Spectateur surtout me plut beaucoup, et me fit du bien. M. l’abbé de Gouvon m’avait appris à lire moins avidement et avec plus de réflexion ; la lecture me profitait mieux. Je m’accoutumais à réfléchir sur l’élocution, sur les constructions élégantes ; je m’exerçais à discerner le français pur de mes idiomes provinciaux.
Par exemple, je fus corrigé d’une faute d’orthographe, que je faisais avec tous nos Genevois, par ces deux vers de la Henriade :
Soit qu’un ancien respect pour le sang de leurs maîtres
Parlât encor pour lui dans le cœur de ces traîtres.
I only truly felt the full strength of my attachment to her when I was not seeing her. When I saw her, I was merely content; but my anxiety in her absence became so intense that it was almost painful. The desire to live with her filled me with moments of tenderness that often led to tears. I will always remember that on a day of great celebration, while she was attending vespers, I went for a walk outside the city, my heart filled with her image and the fervent wish to spend every day with her. I had enough sense to realize that, for the time being, this was not possible, and that the happiness I enjoyed would be short-lived. This gave my dreams a sadness that was not truly gloomy, yet it was tempered by comforting hopes. The sound of the bells, which always affected me deeply, the singing of birds, the beauty of the day, the gentle landscape, and the scattered, rural homes I imagined as our shared dwelling—all these things left on me such vivid, tender, sad, and moving impressions that I felt as if I were transported into that happy time and place where my heart, possessing all the happiness it could desire, savored it in indescribable bliss, without even thinking of the pleasures of the senses. I do not remember having ever gazed into the future with such intensity and illusion as I did at that moment; and what struck me most when that dream came true was finding that everything was exactly as I had imagined it to be. If any dream of a waking man could be considered a prophetic vision, then it was certainly this one[30]. I was only disappointed in its imagined duration; for in that dream, days, years, and even an entire life passed in unchanging tranquility—whereas in reality, all of it lasted but for a moment. Alas! My greatest happiness was but a dream. Its fulfillment was almost immediately followed by awakening.
I could never finish describing all the absurdities I would commit when the memory of that dear Mother was still fresh in my mind, especially after she was no longer alive to see them. How many times I kissed my bed, thinking she had once slept there; my curtains, every piece of furniture in my room—thinking they had belonged to her, that her beautiful hands had touched them; even the floor on which I knelt—thinking she had walked upon it! Sometimes, even in her presence, I would let such extravagances escape me, as if only the deepest, most intense love could inspire them. Once, at the dinner table, just as she put a piece of food into her mouth, I exclaimed that I saw a hair in it. She immediately pushed the piece back onto her plate; I grabbed it eagerly and swallowed it. In short, the only difference between me and the most passionate lover was one single, yet essential difference—a difference that makes my state almost incomprehensible to reason.
I had returned from Italy—not quite in the same state as when I left, but perhaps in a way that no one at my age would ever return from such an experience. What I brought back was not my virginity, but my innocence. I had felt the passage of time; my restless temperament had finally manifested itself, and its first, very involuntary outburst had caused me to worry about my health—worries that spoke more eloquently than anything else of the innocence with which I had lived until then. Soon reassured, I learned about this dangerous practice that deceives nature and saves many young men of my temperament from various disorders at the expense of their health, their vigor, and sometimes even their lives. This vice, which shame and timidity find so convenient, also holds great appeal for lively imaginations: it allows one, so to speak, to have at one’s disposal all that belongs to the opposite sex and to use the beauty that tempts us for one’s own pleasure, without needing to obtain its consent. Seduced by this fatal advantage, I began to destroy the healthy disposition that nature had restored within me and that I had given time to fully develop. Add to this my current circumstances: living with a beautiful woman, keeping her image in my heart, seeing her constantly during the day, surrounded at night by objects that reminded me of her, lying in a bed where I knew she had once lain. What stimuli! Any reader who imagines these circumstances would surely consider me half-dead. On the contrary, what was meant to ruin me actually saved me—at least for a time. Enraptured by the charm of living beside her, filled with the intense desire to spend my days with her, whether she was present or absent, I always saw in her only a tender mother, a beloved sister, a delightful friend—and nothing more. I always perceived her in that light, always the same, and never saw anyone else but her. Her image, constantly present in my heart, left no room for any other; to me, she was the only woman in the world. The extreme sweetness of the feelings she inspired in me prevented my senses from ever turning toward others; she alone occupied all my thoughts and feelings. In short, I was virtuous because I loved her. As for the nature of my attachment to her—let those who can understand truly assess it. For me, all I can say is that if it already seems extraordinary now, it will seem even more so in the future.
I spent my time in the most delightful manner possible, engaged in activities that I least enjoyed—writing projects, refining memos, transcribing recipes, sorting herbs, crushing drugs, and managing alchemical apparatuses. All the while, crowds of passersby, beggars, and visitors of all sorts kept coming and going. At the same time, I had to attend to the needs of a soldier, an apothecary, a canon, a noblewoman, and a lay brother. I cursed, grumbled, swore, and damned this entire troublesome crowd. For her, who took it all in good humor, my outbursts only made her laugh until tears streamed down her face; what amused her even more was seeing me grow increasingly furious yet unable to stop laughing myself. Those brief moments when I got the chance to grumble were truly delightful. And if some new nuisance interrupted our quarrel, she would always find a way to turn it into further amusement by prolonging the visit maliciously and throwing at me glances that made me want to beat her. She could hardly contain herself from bursting into laughter when she saw me, constrained by propriety, giving her those frantic looks, while deep down inside, despite my efforts to control myself, I found it all utterly ridiculous.
All of this, although not particularly pleasing to me in itself, still amused me because it was part of a way of being that charmed me. Nothing of what happened around me, nothing of what people made me do, suited my taste; but everything conformed to my heart. I believe I would have come to love medicine if my aversion to it had not provided us with so many amusing situations that constantly kept us laughing—perhaps this is the first time in history that such a practice has had such an effect. I claimed to be able to recognize a medical book by its smell, and the funny thing was that I was rarely wrong. It made me taste some of the most detestable drugs. No matter how much I tried to run away or resist, despite my protests and grimaces, whenever I saw her pretty fingers covered in those substances approaching my mouth, I had no choice but to open it and suck it in. When all her family gathered in the same room, and we could hear them running around and laughing, one would think we were performing some sort of farce, rather than preparing opium or some other medicinal preparation.
However, not all of my time was spent on such mischief. I found some books in the room I was occupying: Le Spectateur, Pufendorf, Saint-Évremond, and La Henriade. Although I no longer possessed my former fervor for reading, out of boredom, I would read a bit of everything. In particular, Le Spectateur pleased me greatly and did me good. Monsieur l’abbé de Gouvon had taught me to read more slowly and with greater reflection; reading began to benefit me more. I got used to pondering the art of expression and elegant rhetorical structures; I practiced distinguishing pure French from my provincial dialects.
For example, I was corrected for a spelling mistake that all of us Genevans made, through these two verses from the Henriade:
Whether out of former respect for the blood of their masters.
Speak for him yet again in the hearts of these traitors.
Sentivo tutta la forza del mio attaccamento per lei soltanto quando non la vedevo. Quando la vedevo, ero semplicemente felice; ma l’ansia che provavo in sua assenza diventava quasi dolorosa. Il desiderio di vivere con lei suscitava in me sentimenti di tenerezza così intensi da spingermi spesso alle lacrime. Ricorderò sempre che, un giorno di grande festa, mentre lei era impegnata nelle funzioni religiose, andai a fare una passeggiata fuori città, con il cuore pieno del suo ricordo e il desiderio ardente di trascorrere i giorni al suo fianco. Avevo abbastanza buon senso per capire che, al momento, questo non era possibile e che la felicità che provavo sarebbe stata breve. Questo rendeva la mia fantasia ancora più triste, ma anche più dolce, mitigata da una speranza consolante. Il suono delle campane, il canto degli uccelli, la bellezza del giorno, il paesaggio tranquillo e rurale, tutto ciò mi colpiva con un’impressione così intensa, tenera, triste e commovente che mi sentivo come trasportato in quel felice momento, in quella felice dimora dove il mio cuore, possedendo tutta la felicità possibile, la gustava in estasi indescrivibili, senza nemmeno pensare alle voluttà dei sensi. Non ricordo di essermi mai immaginato l’avenire con tanta forza e illusione come in quel momento; e ciò che mi colpì di più, quando quella fantasia si realizzò, fu il fatto che gli oggetti che avevo immaginato esistevano davvero, esattamente come li avevo pensati. Se mai un sogno di un uomo sveglio assomigliò a una visione profetica, fu sicuramente quello. Fu deluso soltanto nella sua durata immaginaria: i giorni, gli anni, tutta la vita trascorrevano in una tranquillità infinita, mentre in realtà tutto ciò durò solo un momento. Ahimè, la mia più costante felicità fu soltanto un sogno. La sua realizzazione fu seguita quasi immediatamente dal risveglio.
Non finirei mai se entrassi nei dettagli di tutte le follie che il ricordo di quella cara Mamma mi faceva commettere quando non ero più sotto i suoi occhi. Quante volte ho baciato il mio letto pensando che lei vi aveva dormito; le mie tende, tutti gli arredi della mia stanza, pensando che appartenevano a lei, che la sua bella mano li aveva toccati; persino il pavimento su cui mi prostravo, pensando che lei ci aveva camminato sopra! A volte, anche in sua presenza, mi sfuggivano stranezze che sembravano ispirate soltanto dall’amore più violento. Un giorno, a tavola, nel momento in cui lei mise un boccone in bocca, gridai che vi vedevo un capello: lei gettò il boccone nel suo piatto; io lo afferrai avidamente e lo inghiottii. In breve, tra me e l’amante più appassionato c’era una sola differenza, ma essenziale, che rende il mio stato quasi inconcepibile per la ragione.
Ero tornato dall’Italia, non esattamente come ci ero andato, ma forse mai in vita mia, alla mia età, si era tornati da un viaggio del genere. Non avevo riportato indietro la mia verginità, ma il mio “pudore”. Avevo percepito i segni del passare degli anni; il mio temperamento inquieto si era finalmente manifestato, e la sua prima manifestazione, assolutamente involontaria, mi aveva causato preoccupazioni riguardo alla mia salute, preoccupazioni che rappresentano meglio di qualsiasi altra cosa l’innocenza nella quale avevo vissuto fino ad allora. Presto rassicurato, ho scoperto quel pericoloso “aggiunta” che inganna la natura e salva i giovani della mia indole da molti disordini, a scapito della loro salute, della loro forza, e talvolta anche della loro vita. Questo vizio, che la vergogna e la timidezza rendono così comodo da utilizzare, ha inoltre un grande fascino per le immaginazioni vivaci: permette, in qualche modo, di disporre a piacimento di tutto il sesso femminile, e di utilizzare la bellezza che ci tenta ai propri piaceri, senza bisogno di ottenere il suo consenso. Sedotto da questo pericoloso vantaggio, lavoravo per distruggere quella buona costituzione fisica che la natura aveva ripristinato in me, e alla quale avevo dato il tempo di svilupparsi completamente. Aggiungiamo a questa situazione il luogo in cui mi trovavo: vivevo con una bella donna, immaginavo continuamente il suo volto nel mio cuore, la vedevo costantemente durante il giorno; la sera ero circondato da oggetti che me la ricordavano, dormivo in un letto dove sapevo che lei aveva dormito. Quanti stimoli! Chiunque si immagini questa situazione probabilmente penserà che io fossi già “mezzo morto”. In realtà, ciò che avrebbe dovuto distruggermi fu proprio ciò che mi salvò, almeno per un certo periodo. Inebriato dal fascino di vivere al suo fianco, dal desiderio ardente di trascorrere i miei giorni con lei, sia che fosse assente o presente, la vedevo sempre come una madre tenera, una sorella cara, un’amica deliziosa, e nient’altro. La vedevo sempre così, sempre uguale, e non pensavo mai ad altre donne. L’immagine di lei, sempre presente nel mio cuore, non lasciava spazio a nessun’altra; per me era l’unica donna esistente al mondo. E la grande dolcezza dei sentimenti che mi ispirava impediva ai miei sensi di rivolgersi verso altre donne. In breve, ero saggio perché la amavo. Riguardo agli effetti di questo amore, che descrivo in modo impreciso, chi può capire davvero di quale natura fosse il mio attaccamento per lei? Per me, tutto ciò che posso dire è che, se già sembra straordinario ora, in futuro sembrerà ancora molto di più.
Trascorrevo il mio tempo in modo assai piacevole, occupandomi di cose che in realtà non mi piacevano affatto: progetti da redigere, memorie da sistemare, ricette da trascrivere; inoltre, dovevo occuparmi della classificazione di erbe medicinali, della preparazione di sostanze chimiche e del controllo degli alambicchi. Tutto questo, mentre continuavano ad arrivare folle di passanti, mendicanti e persone di ogni sorta. Dovevo contemporaneamente prendermi cura di un soldato, di un farmacista, di un canonico, di una signora elegante e di un frate laico. Imprecavo, borbottavo, maledicevo tutta quella maledetta gente. Per lei, che trovava tutto questo divertente, le mie furie la facevano ridere a crepapelle; e ciò che la faceva ridere ancora di più era vedermi diventare sempre più arrabbiato, pur non riuscendo io stesso a trattenere una risata. Quei brevi momenti in cui avevo il piacere di lamentarmi erano davvero deliziosi; e se durante quelle “liti” arrivava qualcun altro ad importunarmi, lei sapeva ancora come sfruttare la situazione per divertirsi, prolungando maliziosamente la visita e lanciandomi occhiate che avrei volentieri ricambiato con un pugno. A malapena riusciva a trattenersi dal ridere vedendomi, costretto a comportarmi in modo educato, mentre nel profondo del mio cuore, nonostante tutto, trovavo tutto questo davvero molto comico.
Tutto ciò, sebbene non mi piacesse in sé, mi divertiva comunque, perché faceva parte di un modo di essere che mi affascinava. Niente di ciò che accadeva intorno a me, niente di tutto ciò che mi veniva fatto fare, corrispondeva ai miei gusti, ma tutto era in armonia con il mio cuore. Credo che sarei riuscito ad amare la medicina, se il mio disgusto per essa non avesse fornito scene buffe e divertenti che ci intrattenevano costantemente: forse è la prima volta che quest’arte ha prodotto un effetto del genere. Pretendevo di riconoscere a olfatto un libro di medicina, e la cosa divertente è che spesso avevo ragione. Mi faceva assaggiare le droghe più detestabili. Non importava quanto cercassi di scappare o di difendermi; nonostante la mia resistenza e le mie orribili smorfie, nonostante me stesso e i miei denti, quando vedevo i suoi bei dita sporche avvicinarsi alla mia bocca, finivo per aprirla e succhiare. Quando tutta la sua “piccola famiglia” si riuniva nella stessa stanza, sentendoci correre e gridare tra risate, si sarebbe potuto pensare che stessimo recitando qualche farsa, e non che stessimo preparando oppio o elisir.
Tuttavia, il mio tempo non veniva interamente trascorso in queste sciocchezze. Avevo trovato alcuni libri nella stanza che occupavo: “Le Spectateur”, Pufendorf, Saint-Évremond, “La Henriade”. Anche se non provavo più quell’antica passione per la lettura, per noia leggevo un po’ di tutto ciò. “Le Spectateur” mi piacque particolarmente e mi fece molto bene. Il signor abate de Gouvon mi aveva insegnato a leggere con meno avidità e con maggiore riflessione; la lettura mi giovava di più. Mi abituavo a riflettere sull’elocuzione, sulle strutture linguistiche eleganti; mi esercitavo a distinguere il francese puro dai miei dialetti provinciali.
Ad esempio, fui corretto in un errore di ortografia che commettevamo tutti noi genovesi, grazie a questi due versi dell’“Henriade”:
Che si tratti di un antico rispetto per il sangue dei loro padroni.
Parlate ancora per lui nel cuore di questi traditori.
Ce mot parlât qui me frappa, m’apprit qu’il fallait un t à la troisième personne du subjonctif, au lieu qu’auparavant je l’écrivais et prononçais parla comme le présent de l’indicatif.
Quelquefois je causais avec Maman de mes lectures ; quelquefois je lisais auprès d’elle ; j’y prenais grand plaisir ; je m’exerçais à bien lire, et cela me fut utile aussi. J’ai dit qu’elle avait l’esprit orné : il était alors dans toute sa fleur. Plusieurs gens de lettres s’étaient empressés à lui plaire, et lui avaient appris à juger des ouvrages d’esprit. Elle avait, si je puis parler ainsi, le goût un peu protestant ; elle ne parlait que de Bayle et faisait grand cas de Saint-Évremond, qui depuis longtemps était mort en France. Mais cela n’empêchait pas qu’elle ne connût la bonne littérature et qu’elle n’en parlât fort bien. Elle avait été élevée dans des sociétés choisies : et, venue en Savoie encore jeune, elle avait perdu dans le commerce charmant de la noblesse du pays ce ton maniéré du pays de Vaud, où les femmes prennent le bel esprit pour l’esprit du monde, et ne savent parler que par épigrammes.
Quoiqu’elle n’eût vu la Cour qu’en passant, elle y avait jeté un coup d’œil rapide qui lui avait suffi pour la connaître. Elle s’y conserva toujours des amis, et malgré de secrètes jalousies, malgré les murmures qu’excitaient sa conduite et ses dettes, elle n’a jamais perdu sa pension. Elle avait l’expérience du monde et l’esprit de réflexion qui fait tirer parti de cette expérience. C’était le sujet favori de ses conversations, et c’était précisément, vu mes idées chimériques, la sorte d’instruction dont j’avais le plus grand besoin. Nous lisions ensemble La Bruyère : il lui plaisait plus que La Rochefoucauld, livre triste et désolant, principalement dans la jeunesse, où l’on n’aime pas à voir l’homme comme il est. Quand elle moralisait, elle se perdait quelquefois un peu dans les espaces ; mais, en lui baisant de temps en temps la bouche ou les mains, je prenais patience, et ses longueurs ne m’ennuyaient pas.
Cette vie était trop douce pour pouvoir durer. Je le sentais, et l’inquiétude de la voir finir était la seule chose qui en troublait la jouissance. Tout en folâtrant, Maman m’étudiait, m’observait, m’interrogeait, et bâtissait pour ma fortune force projets dont je me serais bien passé. Heureusement ce n’était pas le tout de connaître mes penchants, mes goûts, mes petits talents : il fallait trouver ou faire naître les occasions d’en tirer parti, et tout cela n’était pas l’affaire d’un jour. Les préjugés mêmes qu’avait conçus la pauvre femme en faveur de mon mérite reculaient les moments de le mettre en œuvre, en la rendant plus difficile sur le choix des moyens. Enfin, tout allait au gré de mes désirs, grâce à la bonne opinion qu’elle avait de moi : mais il en fallut rabattre, et dès lors adieu la tranquillité. Un de ses parents, appelé M. d’Aubonne, la vint voir. C’était un homme de beaucoup d’esprit, intrigant, génie à projets comme elle, mais qui ne s’y ruinait pas, une espèce d’aventurier. Il venait de proposer au cardinal de Fleury un plan de loterie très composée, qui n’avait pas été goûté. Il allait le proposer à la cour de Turin, où il fut adopté et mis en exécution. Il s’arrêta quelque temps à Annecy, et devint amoureux de Mme l’Intendante, qui était une personne fort aimable, fort de mon goût, et la seule que je visse avec plaisir chez Maman. M. d’Aubonne me vit ; sa parente lui parla de moi : il se chargea de m’examiner, de voir à quoi j’étais propre, et, s’il me trouvait de l’étoffe, de chercher à me placer.
Mme de Warens m’envoya chez lui deux ou trois matins de suite, sous prétexte de quelque commission, et sans me prévenir de rien. Il s’y prit très bien pour me faire jaser, se familiarisa avec moi, me mit à mon aise autant qu’il était possible, me parla de niaiseries et de toutes sortes de sujets, le tout sans paraître m’observer, sans la moindre affectation, et comme si, se plaisant avec moi, il eût voulu converser sans gêne. J’étais enchanté de lui. Le résultat de ses observations fut que, malgré ce que promettaient mon extérieur et ma physionomie animée, j’étais sinon tout à fait inepte, au moins un garçon de peu d’esprit, sans idées, presque sans acquis, très borné en un mot à tous égards, et que l’honneur de devenir quelque jour curé de village était la plus haute fortune à laquelle je dusse aspirer. Tel fut le compte qu’il rendit de moi à Mme de Warens. Ce fut la seconde ou troisième fois que je fus ainsi jugé : ce ne fut pas la dernière, et l’arrêt de M. Masseron a souvent été confirmé.
La cause de ces jugements tient trop à mon caractère pour n’avoir pas ici besoin d’explication ; car en conscience on sent bien que je ne puis sincèrement y souscrire, et qu’avec toute l’impartialité possible, quoi qu’aient pu dire MM. Masseron, d’Aubonne et beaucoup d’autres, je ne les saurais prendre au mot.
Deux choses presque inalliables s’unissent en moi sans que j’en puisse concevoir la manière : un tempérament très ardent, des passions vives, impétueuses, et des idées lentes à naître, embarrassées et qui ne se présentent jamais qu’après coup. On dirait que mon cœur et mon esprit n’appartiennent pas au même individu. Le sentiment, plus prompt que l’éclair, vient remplir mon âme, mais au lieu de m’éclairer, il me brûle et m’éblouit. Je sens tout et je ne vois rien. Je suis emporté, mais stupide ; il faut que je sois de sang-froid pour penser. Ce qu’il y a d’étonnant est que j’ai cependant le tact assez sûr, de la pénétration, de la finesse même, pourvu qu’on m’attende : je fais d’excellents impromptus à loisir, mais sur le temps je n’ai jamais rien fait ni dit qui vaille. Je ferais une fort jolie conversation par la poste, comme on dit que les Espagnols jouent aux échecs. Quand je lus le trait d’un duc de Savoie qui se retourna, faisant route, pour crier : À votre gorge, marchand de Paris[31], je dis, Me voilà.
Cette lenteur de penser, jointe à cette vivacité de sentir, je ne l’ai pas seulement dans la conversation, je l’ai même seul et quand je travaille. Mes idées s’arrangent dans ma tête avec la plus incroyable difficulté : elles y circulent sourdement, elles y fermentent jusqu’à m’émouvoir, m’échauffer, me donner des palpitations ; et, au milieu de toute cette émotion, je ne vois rien nettement, je ne saurais écrire un seul mot, il faut que j’attende. Insensiblement ce grand mouvement s’apaise, ce chaos se débrouille, chaque chose vient se mettre à sa place, mais lentement, et après une longue et confuse agitation. N’avez-vous point vu quelquefois l’opéra en Italie ? Dans les changements de scènes il règne sur ces grands théâtres un désordre désagréable et qui dure assez longtemps ; toutes les décorations sont entremêlées ; on voit de toutes parts un tiraillement qui fait peine, on croit que tout va renverser : cependant, peu à peu tout s’arrange, rien ne manque, et l’on est tout surpris de voir succéder à ce long tumulte un spectacle ravissant. Cette manœuvre est à peu près celle qui se fait dans mon cerveau quand je veux écrire. Si j’avais su premièrement attendre, et puis rendre dans leur beauté les choses qui s’y sont ainsi peintes, peu d’auteurs m’auraient surpassé.
De là vient l’extrême difficulté que je trouve à écrire. Mes manuscrits, raturés, barbouillés, mêlés, indéchiffrables, attestent la peine qu’ils m’ont coûtée. Il n’y en a pas un qu’il ne m’ait fallu transcrire quatre ou cinq fois avant de le donner à la presse. Je n’ai jamais pu rien faire la plume à la main vis-à-vis d’une table et de mon papier : c’est à la promenade, au milieu des rochers et des bois, c’est la nuit dans mon lit et durant mes insomnies, que j’écris dans mon cerveau ; l’on peut juger avec quelle lenteur, surtout pour un homme absolument dépourvu de mémoire verbale, et qui de la vie n’a pu retenir six vers par cœur. Il y a telle de mes périodes que j’ai tournée et retournée cinq ou six nuits dans ma tête avant qu’elle fût en état d’être mise sur le papier. De là vient encore que je réussis mieux aux ouvrages qui demandent du travail qu’à ceux qui veulent être faits avec une certaine légèreté, comme les lettres, genre dont je n’ai jamais pu prendre le ton, et dont l’occupation me met au supplice. Je n’écris point de lettres sur les moindres sujets qui ne me coûtent des heures de fatigue, ou, si je veux écrire de suite ce qui me vient, je ne sais ni commencer ni finir ; ma lettre est un long et confus verbiage ; à peine m’entend-on quand on la lit.
This word that was spoken struck me; it taught me that a “t” must be added in the third person singular of the subjunctive, whereas before I would write and pronounce it as if it were the present tense of the indicative.
Sometimes I would discuss my readings with Mama; other times I would read in her presence. I took great pleasure in doing so; I practiced reading carefully, and it proved to be of great benefit to me. I have said that she had a cultivated mind; at that time, it was in its full bloom. Many men of letters were eager to please her and taught her how to judge intellectual works. If I may put it this way, she had a somewhat Protestant taste in literature; she only spoke of Bayle and held Saint-Évremond in high regard, although he had long since died in France. But this did not prevent her from having a good understanding of quality literature and from speaking about it very well indeed. She had been raised in refined societies; and when she came to Savoy at a young age, she lost the affectation characteristic of the women of Vaud—where people mistake superficial wit for true intellectual substance and only know how to speak through epigrams.
Although she had only glanced at the Court in passing, that brief glimpse was enough for her to get a clear understanding of it. She always managed to maintain friends there, and despite secret jealousies and the murmurs caused by her behavior and debts, she never lost her pension. She possessed worldly experience and the ability to reflect on it wisely. This subject was often the focus of their conversations—and precisely the kind of knowledge I needed most, given my own fanciful ideas. We would read La Bruyère together; she found it more appealing than La Rochefoucauld, that sad and desolate book, especially for those in their youth who prefer not to see mankind as it truly is. When she would engage in moralizing, she sometimes would wander a bit off track in her thoughts; but by kissing her lips or hands from time to time, I would patiently endure her long-winded discussions—they never annoyed me at all.
This life was too pleasant to be able to last forever. I could sense it, and the fear that it might end was the only thing that marred its enjoyment. While we were playing and frolicking, Mama observed me closely, studied me, questioned me, and devised numerous plans for my future—plans of which I would have been quite happy to do without. Fortunately, understanding my inclinations, tastes, and minor talents was not enough; it was also necessary to find or create opportunities to make use of them—and all of this could not be accomplished in a day. Even the prejudices that poor Mama had formed in my favor delayed the moments when she could put them into practice, making her choice of methods even more difficult. In the end, everything went according to my wishes, thanks to the good opinion she had of me—but I still had to make sacrifices, and with that came the end of tranquility. One of her relatives, a man named M. d’Aubonne, came to visit her. He was a man of great intellect, full of schemes and ideas—like Mama herself—but he did not let such pursuits ruin him; he was, in a way, an adventurer. He had recently proposed to Cardinal de Fleury a very elaborate lottery scheme, but it had not been accepted. He planned to present it at the court of Turin, where it was adopted and put into effect. He stopped in Annecy for a while and fell in love with Madame l’Intendante—a very pleasant woman, exactly my type, and the only one I enjoyed spending time with at Mama’s house. M. d’Aubonne met me; his relative spoke to him about me, and he took it upon himself to assess my abilities and see what I might be good for. If he found any potential in me, he would try to arrange a suitable position for me.
Madam de Warens sent me to his place two or three mornings in a row, under the pretext of some errand, without telling me anything beforehand. He handled things very skillfully; he made me talk, became familiar with me, did his best to put me at ease, and talked about trivial matters and all sorts of subjects—without appearing to observe me in any way, without the slightest affectation, as if he were simply enjoying my company and wanting to converse freely. I was utterly enchanted by him. The result of his observations was that, despite what my appearance and lively demeanor might have suggested, I was not only entirely incompetent but also a rather dull-minded boy, lacking in ideas, with almost no knowledge acquired, and in short, very limited in every respect. In other words, becoming a village curate some day was the highest achievement I could possibly aspire to. Such was his report on me to Madame de Warens. It was the second or third time I had been judged in this way; it was not the last, and Mr. Masseron’s assessment was often confirmed later on.
The reasons for these judgments are too closely related to my character to not require some explanation here; for in good conscience, one can clearly see that I cannot truly agree with them, and that, despite all the impartiality possible—no matter what Mr. Masseron, Mr. d’Aubonne, and many others may have said—I would not be able to take their words at face value.
Two things that seem almost incompatible unite within me in a way I cannot fathom: a very passionate temperament, intense and impetuous passions, and ideas that are slow to emerge, hesitant, and only come into focus afterwards. It’s as if my heart and my mind do not belong to the same person. Emotions arrive faster than lightning, filling my soul, but instead of enlightening me, they burn me and blind me. I sense everything yet see nothing. I am carried away, yet also confused; I need calmness to think clearly. What is astonishing is that I still possess a certain degree of tact, insight, and even finesse—so long as people give me time to prepare. I can deliver excellent impromptu speeches at leisure, but in real-time, I have never managed to say or do anything worthwhile. I could engage in a very lively conversation over correspondence, just as the Spaniards are said to play chess. When I read about a Duke of Savoy who turned around on his way and shouted, “To your throat, merchant from Paris!” I thought to myself: “There it is—my chance.”
This slowness of thought, combined with this intensity of perception—I experience it not only in conversation but also when I am alone or working. My ideas move through my mind with incredible difficulty; they circulate slowly, fermenting until they stir my emotions, heat me up, cause my heart to race. Yet, amidst all this turmoil, I cannot see anything clearly; I wouldn’t be able to write a single word—I must wait. Gradually, this chaotic movement subsides, the disorder clears away, and everything takes its place—but slowly, after a long and confused period of agitation. Have you ever watched an opera in Italy? During scene changes, these grand theaters are filled with an unpleasant chaos that lasts for quite some time; all the sets are mixed up together; everywhere there is a messy scrambling that seems to threaten collapse. Yet, little by little, everything comes into order, nothing is missing—and suddenly, one is amazed to find that after such turmoil comes a breathtaking performance. The process in my mind when I try to write is roughly similar. If only I had learned to wait first, and then to express in their true beauty all those ideas that had formed in my mind—few authors would have surpassed me.
This is precisely why I find it extremely difficult to write. My manuscripts—full of crossings out, scribbles, mess, and illegibility—are a testament to the great effort they require of me. Not a single one of them has been written without being revised four or five times before I finally submitted it to the press. I have never been able to write anything while sitting at a desk with paper and pen in front of me; instead, it is only while walking amidst rocks and forests, or at night in my bed during moments of insomnia, that I manage to “write” in my mind. One can imagine how slowly I proceed—especially considering that I am completely devoid of verbal memory and have never been able to memorize even six lines of poetry in my life. There have been times when I went over the same ideas for five or six nights before finally managing to put them down on paper. This is also why I fare better with works that require considerable effort than with those that should be written in a more casual, effortless manner, such as letters. I have never been able to adopt the right tone for writing letters; in fact, the very act of doing so brings me immense distress. I never write about trivial matters without spending hours struggling over every word; and when I try to simply put down what comes to mind, I neither know how to begin nor how to end. My resulting letters are long, confused, and barely intelligible.
Quella parola mi colpì profondamente; mi insegnò che nel congiuntivo della terza persona fosse necessario utilizzare la “t”, invece di scriverla e pronunciarla come il presente dell’indicativo.
A volte discutevo con mia madre delle mie letture; altre volte leggevo in sua compagnia; ne traevo grande piacere e mi esercitavo a leggere bene, il che si rivelò anche utile per me. Avevo detto che lei possedesse un intelletto raffinato: in quel periodo, esso era al suo apice. Molti letterati si erano affrettati ad compiacerla e le avevano insegnato a giudicare correttamente gli opere di carattere intellettuale. Aveva, per così dire, un gusto piuttosto “protestante”: parlava solo di Bayle e apprezzava molto Saint-Évremond, che da tempo era morto in Francia. Tuttavia, questo non le impediva di conoscere la vera letteratura e di parlarne con grande competenza. Era stata educata in ambienti selezionati; arrivata in Savoia ancora giovane, aveva perso, nel piacevole contatto con l’aristocrazia del luogo, quel tono affettato tipico della regione del Vaud, dove le donne confondono il vero spirito intellettuale con quello mondaniero e sanno parlare soltanto attraverso epigrammi.
Anche se aveva visto la Corte solo di passaggio, le era bastato uno sguardo rapido per conoscerla bene. Lì mantenne sempre degli amici e, nonostante gelosie segrete e i pettegolezzi suscitati dal suo comportamento e dalle sue debiti, non perse mai la sua pensione. Possedeva l’esperienza del mondo e l’intelligenza necessaria per sfruttarla al meglio. Questo era l’argomento preferito delle loro conversazioni; proprio questo tipo di conoscenza mi era estremamente necessario, data la natura delle mie idee fantasiose. Leggevamo insieme La Bruyère: a lei piaceva più di La Rochefoucauld, un libro triste e deprimente, soprattutto per i giovani, che non amano vedere l’uomo così com’è realmente. Quando si dedicava alla moraleggiatura, a volte si perdeva un po’ nei suoi ragionamenti; ma baciandole di tanto in tanto le labbra o le mani, io tenevo pazienza e le sue lunghe digressioni non mi infastidivano affatto.
Questa vita era troppo dolce per poter durare. Lo sentivo; l’unica cosa che turbava il piacere di viverla era la paura che finisse. Mentre ci divertivamo, mia madre mi studiava, mi osservava, mi interrogava. E ideava progetti per il mio futuro, dei quali avrei ben potuto fare a meno. Fortunatamente, conoscere i miei gusti, le mie inclinazioni, i miei piccoli talenti non era tutto: bisognava trovare o creare le occasioni per sfruttarli. E tutto ciò richiedeva molto tempo. Anche gli pregiudizi che quella povera donna aveva riguardo al mio valore ritardavano l’attuazione di quei progetti, rendendo più difficile la scelta dei mezzi necessari per realizzarli. Alla fine, tutto andava secondo i miei desideri. Grazie alla buona opinione che lei aveva di me. Ma bisognava comunque fare delle rinunce. E da quel momento, addio alla tranquillità. Uno dei suoi parenti, di nome M. d’Aubonne, venne a trovarla. Era un uomo molto intelligente, astuto, pieno di idee. Come lei, ma senza rovinarsi. Una sorta di avventuriero. Aveva appena proposto al cardinale de Fleury un piano per una lotteria molto complessa, che non era stato accettato. Ne propose uno alla corte di Torino, dove fu adottato e messo in atto. Si trattenne per un po’ ad Annecy. E si innamorò della signora l’Intendante. Una persona molto gentile, proprio a mio gusto. L’unica che mi piacesse veramente quando ero a casa di mia madre. M. d’Aubonne mi conobbe; sua parente gli parlò di me. Si prese cura di esaminarmi, di vedere di cosa fossi capace. E, se avesse ritenuto che avessi i requisiti necessari, avrebbe cercato di trovarmi un posto adatto.
La signora de Warens mi mandò da lui due o tre mattine di seguito, con il pretesto di qualche commissione, senza avvisarmi in alcun modo. Lui si comportò molto bene: cercò di farmi parlare, si familiarizzò con me, mi fece sentire a mio agio nel modo possibile, discuteva con me di sciocchezze e di ogni sorta di argomenti, tutto senza sembrare osservarmi, senza la minima affettazione, come se, divertendosi con me, volesse conversare liberamente. Ero incantato da lui. Il risultato delle sue osservazioni fu che, nonostante ciò che promettevano il mio aspetto esteriore e il mio viso animato, io ero, se non del tutto inadatto, almeno un ragazzo poco intelligente, senza idee, quasi senza conoscenze, molto limitato, insomma, sotto ogni aspetto; e che l’onore di diventare un giorno curato di villaggio era la massima fortuna a cui potessi aspirare. Questo fu il resoconto che fece di me alla signora de Warens. Fu la seconda o terza volta che fui giudicato in questo modo: non fu l’ultima, e la valutazione del signor Masseron venne spesso confermata.
La causa di questi giudizi è troppo legata al mio carattere per non richiedere spiegazioni; infatti, a livello di coscienza, si percepisce chiaramente che non posso sinceramente concordare con essi, e che, nonostante tutta l’imparzialità possibile, non potrei prendere alla lettera quanto hanno detto i signori Masseron, d’Aubonne e molti altri.
Due cose quasi incompatibili si uniscono in me senza che io riesca a comprendere come ciò sia possibile: un temperamento molto appassionato, passioni vive e impetuose, e idee lente a nascere, difficili da esprimere e che emergono soltanto in seguito. Sembra quasi che il mio cuore e la mia mente non appartengano alla stessa persona. I sentimenti, più rapidi del lampo, invadono la mia anima, ma invece di illuminarmi, mi bruciano e mi accecano; percepisco tutto, ma non vedo nulla. Sono travolto dalle emozioni, ma allo stesso tempo privo di lucidità; devo mantenere la calma per poter pensare. Quello che è sorprendente è che, nonostante ciò, possiedo un certo tatto, una certa perspicacia e anche una certa finezza, purché mi si dia il tempo necessario: riesco a improvvisare ottimamente quando ho tempo libero, ma in situazioni di emergenza non sono mai riuscito a fare o dire nulla di significativo. Potrei intrattenere una conversazione molto piacevole per corrispondenza, proprio come si dice che gli spagnoli siano abili a giocare a scacchi. Quando lessi la descrizione di un duca di Savoia che, durante il viaggio, gridò: “Alla tua gola, mercante di Parigi!”, pensai: “Ecco me”.
Questa lentezza nel pensare, unita a questa vivacità nelle sensazioni, non la riscontro soltanto durante le conversazioni, ma anche quando sono solo o quando lavoro. Le mie idee si organizzano nella mia mente con estrema difficoltà: vi circolano lentamente, vi fermentano fino a commuovermi, scaldarmi, far aumentare il battito del mio cuore; e, in mezzo a tutta questa emozione, non riesco a vedere nulla chiaramente, non saprei nemmeno scrivere una singola parola. Devo aspettare. In modo insensibile, questo grande movimento si placa, il caos si risolve, ogni cosa ritorna al suo posto, ma lentamente, dopo un lungo e confuso tumulto. Non avete mai assistito all’opera in Italia? Nei cambi di scena, in quei grandi teatri regna un disordine sgradevole che dura per molto tempo; tutte le decorazioni sono mescolate insieme; si vede ovunque un movimento caotico e doloroso. Si pensa che tutto possa rovesciarsi. Eppure, poco a poco, tutto si sistema, nulla manca. E ci si sorprende nel vedere, dopo quel lungo tumulto, uno spettacolo incantevole. Questo processo è più o meno lo stesso che avviene nel mio cervello quando voglio scrivere. Se solo avessi saputo aspettare, e poi rappresentare con chiarezza tutte le idee che si erano formate nella mia mente. Pochi autori mi avrebbero superato.
Da ciò deriva l’estrema difficoltà che ho nel scrivere. I miei manoscritti, pieni di cancellature, scarabocchi e confusioni, sono davvero indecifrabili e testimoniano quanto sforzo mi costino. Non c’è uno solo che non abbia dovuto trascrivere quattro o cinque volte prima di poterlo inviare alla stampa. Non sono mai riuscito a scrivere nulla con la penna in mano, davanti a una scrivania e al mio foglio di carta: è camminando tra le rocce e nei boschi, di notte, nel mio letto o durante le mie insonnie, che scrivo nella mia mente. Si può immaginare quanto lentamente proceda, soprattutto per un uomo completamente privo di memoria verbale e che, in tutta la sua vita, non è mai riuscito a memorizzare nemmeno sei versi. Ci sono periodi in cui ho ripensato alla stessa idea per cinque o sei notti prima di riuscire a metterla per iscritto. Da ciò deriva anche il fatto che riesco meglio con opere che richiedono un grande impegno, piuttosto che con quelle che dovrebbero essere scritte in modo leggero e disinvolto, come le lettere. Genere di cui non sono mai riuscito a prendere il tono giusto, e la cui stessa scrittura rappresenta per me una vera sofferenza. Non scrivo lettere su argomenti banali senza che ciò mi costi ore di fatica; se invece cerco di scrivere immediatamente ciò che mi viene in mente, non so né come cominciare né come finire. La mia lettera diventa un lungo e confuso discorso; a malapena si riesce a capirla quando la si legge.
Non seulement les idées me coûtent à rendre, elles me coûtent même à recevoir. J’ai étudié les hommes, et je me crois assez bon observateur : cependant je ne sais rien voir de ce que je vois ; je ne vois bien que ce que je me rappelle, et je n’ai de l’esprit que dans mes souvenirs. De tout ce qu’on dit, de tout ce qu’on fait, de tout ce qui se passe en ma présence, je ne sens rien, je ne pénètre rien. Le signe extérieur est tout ce qui me frappe. Mais ensuite tout cela me revient : je me rappelle le lieu, le temps, le ton, le regard, le geste, la circonstance ; rien ne m’échappe. Alors, sur ce qu’on a fait ou dit, je trouve ce qu’on a pensé, et il est rare que je me trompe.
Si peu maître de mon esprit seul avec moi-même, qu’on juge de ce que je dois être dans la conversation, où, pour parler à propos, il faut penser à la fois et sur-le-champ à mille choses. La seule idée de tant de convenances, dont je suis sûr d’oublier au moins quelqu’une, suffit pour m’intimider. Je ne comprends pas même comment on ose parler dans un cercle : car à chaque mot il faudrait passer en revue tous les gens qui sont là ; il faudrait connaître tous leurs caractères, savoir leurs histoires, pour être sûr de ne rien dire qui puisse offenser quelqu’un. Là-dessus, ceux qui vivent dans le monde ont un grand avantage : sachant mieux ce qu’il faut taire, ils sont plus sûrs de ce qu’ils disent ; encore leur échappe-t-il souvent des balourdises. Qu’on juge de celui qui tombe là des nues : il lui est presque impossible de parler une minute impunément. Dans le tête-à-tête, il y a un autre inconvénient que je trouve pire, la nécessité de parler toujours : quand on vous parle il faut répondre, et si l’on ne dit mot il faut relever la conversation. Cette insupportable contrainte m’eût seule dégoûté de la société. Je ne trouve point de gêne plus terrible que l’obligation de parler sur-le-champ et toujours. Je ne sais si ceci tient à ma mortelle aversion pour tout assujettissement ; mais c’est assez qu’il faille absolument que je parle pour que je dise une sottise infailliblement.
Ce qu’il y a de plus fatal est qu’au lieu de savoir me taire quand je n’ai rien à dire, c’est alors que pour payer plus tôt ma dette, j’ai la fureur de vouloir parler. Je me hâte de balbutier promptement des paroles sans idées, trop heureux quand elles ne signifient rien du tout. En voulant vaincre ou cacher mon ineptie, je manque rarement de la montrer. Entre mille exemples que j’en pourrais citer, j’en prends un qui n’est pas de ma jeunesse, mais d’un temps où, ayant vécu plusieurs années dans le monde, j’en aurais pris l’aisance et le ton, si la chose eût été possible. J’étais un soir avec deux grandes dames et un homme qu’on peut nommer ; c’était M. le duc de Gontaut. Il n’y avait personne autre dans la chambre, et je m’efforçais de fournir quelques mots, Dieu sait quels ! à une conversation entre quatre personnes, dont trois n’avaient assurément pas besoin de mon supplément. La maîtresse de la maison se fit apporter un opiate dont elle prenait tous les jours deux fois pour son estomac. L’autre dame, lui voyant faire la grimace, dit en riant : Est-ce de l’opiate[32] de M. Tronchin ? — Je ne crois pas, répondit sur le même ton la première. — Je crois qu’elle ne vaut guère mieux, ajouta galamment le spirituel Rousseau. Tout le monde resta interdit ; il n’échappa ni le moindre mot ni le moindre sourire, et, à l’instant d’après, la conversation prit un autre tour. Vis-à-vis d’une autre, la balourdise eût pu n’être que plaisante ; mais adressée à une femme trop aimable pour n’avoir pas un peu fait parler d’elle, et qu’assurément je n’avais pas dessein d’offenser, elle était terrible ; et je crois que les deux témoins, homme et femme, eurent bien de la peine à s’abstenir d’éclater. Voilà de ces traits d’esprit qui m’échappent pour vouloir parler sans avoir rien à dire. J’oublierai difficilement celui-là ; car, outre qu’il est par lui-même très mémorable, j’ai dans la tête qu’il a eu des suites qui ne me le rappellent que trop souvent.
Je crois que voilà de quoi faire assez comprendre comment, n’étant pas un sot, j’ai cependant souvent passé pour l’être, même chez des gens en état de bien juger : d’autant plus malheureux que ma physionomie et mes yeux promettent davantage, et que cette attente frustrée rend plus choquante aux autres ma stupidité. Ce détail, qu’une occasion particulière a fait naître, n’est pas inutile à ce qui doit suivre. Il contient la clef de bien des choses extraordinaires qu’on m’a vu faire et qu’on attribue à une humeur sauvage que je n’ai point. J’aimerais la société comme un autre, si je n’étais sûr de m’y montrer non seulement à mon désavantage, mais tout autre que je ne suis. Le parti que j’ai pris d’écrire et de me cacher est précisément celui qui me convenait. Moi présent, on n’aurait jamais su ce que je valais, on ne l’aurait pas soupçonné même ; et c’est ce qui est arrivé à Mme Dupin, quoique femme d’esprit, et quoique j’aie vécu dans sa maison plusieurs années ; elle me l’a dit bien des fois elle-même depuis ce temps-là. Au reste, tout ceci souffre de certaines exceptions et j’y reviendrai dans la suite.[33]
La mesure de mes talents ainsi fixée, l’état qui me convenait ainsi désigné, il ne fut plus question, pour la seconde fois, que de remplir ma vocation. La difficulté fut que je n’avais pas fait mes études, et que je ne savais pas même assez de latin pour être prêtre. Mme de Warens imagina de me faire instruire au séminaire pendant quelque temps. Elle en parla au supérieur. C’était un lazariste appelé M. Gros, bon petit homme, à moitié borgne, maigre, grison, le plus spirituel et le moins pédant lazariste que j’aie connu ; ce qui n’est pas beaucoup dire, à la vérité.
Il venait quelquefois chez Maman, qui l’accueillait, le caressait, l’agaçait même, et se faisait quelquefois lacer par lui, emploi dont il se chargeait assez volontiers. Tandis qu’il était en fonction, elle courait par la chambre de côté et d’autre, faisant tantôt ceci, tantôt cela. Tiré par le lacet, M. le Supérieur suivait en grondant, et disant à tout moment : Mais, Madame, tenez-vous donc. Cela faisait un sujet assez pittoresque.
M. Gros se prêta de bon cœur au projet de Maman. Il se contenta d’une pension très modique, et se chargea de l’instruction. Il ne fut question que du consentement de l’évêque, qui non seulement l’accorda, mais qui voulut payer la pension. Il permit aussi que je restasse en habit laïque jusqu’à ce qu’on pût juger, par un essai, du succès qu’on devait espérer.
Quel changement ! Il fallut m’y soumettre. J’allai au séminaire comme j’aurais été au supplice. La triste maison qu’un séminaire, surtout pour qui sort de celle d’une aimable femme ! J’y portai un seul livre, que j’avais prié Maman de me prêter, et qui me fut d’une grande ressource. On ne devinera pas quelle sorte de livre c’était : un livre de musique. Parmi les talents qu’elle avait cultivés, la musique n’avait pas été oubliée. Elle avait de la voix, chantait passablement, et jouait un peu du clavecin : elle avait eu la complaisance de me donner quelques leçons de chant, et il fallut commencer de loin, car à peine savais-je la musique de nos psaumes. Huit ou dix leçons de femme, et fort interrompues, loin de me mettre en état de solfier, ne m’apprirent pas le quart des signes de la musique.
Cependant j’avais une telle passion pour cet art, que je voulus essayer de m’exercer seul. Le livre que j’emportai n’était pas même des plus faciles ; c’étaient les cantates de Clérambault. On concevra quelle fut mon application et mon obstination, quand je dirai que, sans connaître ni transposition, ni quantité, je parvins à déchiffrer et chanter sans faute le premier récitatif et le premier air de la cantate d’Alphée et Aréthuse ; et il est vrai que cet air est scandé si juste, qu’il ne faut que réciter les vers avec leur mesure pour y mettre celle de l’air.
Not only do ideas cost me effort to express, but they also cost me effort to comprehend when they are presented to me. I have studied human behavior and consider myself a fairly good observer; yet I am unable to perceive anything of what I see. I can only understand what I remember, and my mind seems to function solely within the realm of my memories. Of all that is said, done, or happens in my presence, I feel nothing, I comprehend nothing. The external signs are all that strike me. But later on, all these details resurface in my memory: I recall the place, the time, the tone of voice, the gaze, the gesture, the circumstances—nothing escapes me. Thus, based on what has been done or said, I can infer what was intended, and I rarely make mistakes.
So utterly lacking in control over my own thoughts when I am alone with myself—just imagine what I must be like in a conversation, where one must think about thousands of things at once and immediately in order to speak appropriately. The mere thought of all these considerations, of which I am certain that I will forget at least some of them, is enough to intimidate me. I don’t even understand how anyone dares to speak in a group of people: with every word spoken, one would have to consider everyone present; one would need to know their personalities, their backgrounds, in order to be sure not to say anything that might offend anyone. In this regard, those who live in the world have a great advantage: since they are better at knowing what to keep silent, they are more certain of what they say—even so, they often still manage to blunder. Just think of someone who is thrown into such a situation out of the blue: it’s almost impossible for them to speak for even a minute without making a mistake. In a private conversation, there is another disadvantage that I find even worse: the necessity of always speaking. When someone speaks to you, you have to respond; and if you remain silent, you have to try to continue the conversation. This unbearable pressure alone would make me loathe society entirely. I can’t imagine any more terrible embarrassment than the obligation to speak immediately and constantly. I don’t know if this has anything to do with my abhorrence of any form of restraint; but the fact that I am absolutely required to speak means that I will inevitably say something foolish.
What is most fatal is that, instead of knowing when to remain silent when I have nothing to say, it is precisely then—in my attempt to repay my “debt” sooner than expected—that I am filled with the fury to speak. I rush to blurt out words devoid of any meaning, overjoyed when they mean absolutely nothing at all. In my vain effort to conceal or overcome my own ineptitude, I often succeed only in revealing it even more clearly. Among countless examples I could cite, I will mention one that does not date from my youth, but rather from a time when, having lived in the world for several years, I might have acquired the ease and tone of conversation that such circumstances would have allowed me to possess—if such things were possible at all. One evening, I was in the company of two ladies and a gentleman whose name I may mention: it was Monsieur le Duc de Gontaut. No one else was in the room, and I was struggling to contribute something—God knows what—to the conversation among four people, three of whom surely did not need my addition at all. The hostess ordered an opiate to be brought; she took it twice a day for her stomach. Seeing her grimace, the other lady said with a laugh, “Is it M. Tronchin’s opiate?” “I don’t think so,” replied the first lady in the same tone. “I suppose it’s hardly any better,” added Monsieur Rousseau, with his usual wit. Everyone was stunned; not a single word or smile escaped them, and soon after, the conversation took another turn. With someone else, such foolishness might have been merely amusing; but addressed to a woman so kind-hearted that she must surely have heard about me before, and whom I certainly had no intention of offending, it was utterly terrible. I believe both the man and the woman present found it extremely difficult to suppress their laughter. Such are the moments of wit that escape me when I try to speak without having anything to say. I shall hardly ever forget this one; for, besides being truly memorable in its own right, I recall that it had rather unfortunate consequences that remind me of it all too often.
I believe that this explanation is sufficient to show how, despite not being a fool, I often appeared one to many people who were capable of making fair judgments—especially since my appearance and eyes suggested more than they actually were, and this frustrated expectation only made my perceived stupidity seem all the more shocking to others. This particular detail, which arose under certain circumstances, is not irrelevant to what follows; it contains the key to understanding many extraordinary things that people have seen me do and that they attribute to a wildness of temperament which I in fact do not possess. I would like to be accepted in society just like anyone else, if only I weren’t certain that I would present myself there not only to my own disadvantage but also in a way entirely different from who I really am. The decision I made to write and to hide myself was precisely the one that suited me best. If I had been present, people would never have known what I was truly capable of; they wouldn’t even have suspected it. The same thing happened to Madame Dupin—although she was a woman of intelligence, and although I lived in her house for many years, she herself told me so on several occasions since then. Of course, there are some exceptions to this general rule, and I will return to them later.[33]
Now that the measure of my talents had been determined and the state that suited me had been identified, it was once again time to fulfill my calling. The difficulty lay in the fact that I had not received any formal education and did not even know enough Latin to become a priest. Madame de Warens came up with the idea of sending me to study at a seminary for a while. She discussed it with the superior there—a Lazarist named Monsieur Gros, a kind and gentle man who was half-blind, thin, and gray-haired. He was the most spiritual—and also the least pedantic—Lazarist I had ever met; which is not saying much, to be honest.
He would sometimes come to Mother’s house; she would welcome him, caress him, and even tease him sometimes, and would sometimes let him pull at her laces—an activity he was quite willing to undertake. While he was engaged in this task, she would run around the room, doing this one thing and then that another. Drawn along by the laces, Mr. le Supérieur would follow, growling all the while and saying, “But, Madame, hold on a moment!” It made for a rather picturesque scene.
Mr. Gros willingly agreed to Mother’s plan. He accepted only a very modest salary and took charge of the education. All that was required was the bishop’s consent, which he not only granted but also offered to pay for Mr. Gros’ expenses. He also allowed me to remain in lay clothing until we could assess, through a trial period, the success we could expect to achieve.
What a change! I had to submit to it. I went to the seminary as if I were going to face some form of punishment. What a sad place a seminary is, especially for someone who comes from the home of a kind woman! I took only one book with me—one that I had asked my mother to lend me—and it proved to be of great help to me. You would never guess what kind of book it was: it was a music book. Among the talents she had cultivated, music had not been forgotten. She had a good voice, could sing fairly well, and played a bit on the clavichord. She had taken the trouble to give me some singing lessons, but we had to start from scratch, for I barely knew the music of our hymns. Eight or ten lessons, and quite sporadic at that—far from enabling me to read musical scores, they taught me less than a quarter of what is necessary to understand music notation.
However, I had such a passion for this art that I wanted to try practicing on my own. The book I took with me was not even one of the easiest; it was Clérambault’s cantatas. One can imagine how much effort and perseverance I put in when I say that, without knowing anything about transposition or musical notation, I managed to read and sing the first recitative and the first air of Alphée et Aréthuse without making a single mistake; and indeed, that air is so precisely metered that one only needs to recite the verses in their original rhythm to match it perfectly.
Non solo mi costa faticosamente esprimere i miei pensieri, ma mi costa anche riceverli. Ho studiato gli uomini e credo di essere un osservatore abile; tuttavia non riesco a comprendere nulla di ciò che vedo: vedo chiaramente soltanto ciò che ricordo, e il mio intelletto è attivo solo nei miei ricordi. Di tutto ciò che si dice, si fa o accade davanti ai miei occhi, non percepisco nulla, non comprendo nulla; l’unica cosa che mi colpisce sono i segni esteriori. Ma in seguito tutto mi torna in mente: ricordo il luogo, il momento, il tono di voce, lo sguardo, il gesto, le circostanze. Niente mi sfugge. Allora, partendo da ciò che è stato fatto o detto, riesco a capire ciò che si è pensato, e raramente mi sbaglio.
Essendo così poco padrone del mio pensiero quando sono solo con me stesso, si può immaginare quale debba essere la mia difficoltà nel conversare, dove per parlare in modo appropriato è necessario pensare contemporaneamente e immediatamente a mille cose diverse. Solo il pensiero di tutte queste convenienze, delle quali sono certo di dimenticarne almeno alcune, basta a intimidirmi. Non capisco nemmeno come si possa osare parlare in un gruppo di persone: per ogni parola dovremmo prendere in considerazione tutti coloro che ci circondano; dovremmo conoscere i loro caratteri, le loro storie, per essere sicuri di non dire nulla che possa offendere qualcuno. In questo senso, coloro che vivono nel mondo hanno un grande vantaggio: sapendo meglio cosa è opportuno tacere, sono più sicuri di ciò che dicono; tuttavia anche a loro spesso sfuggono battute sciocche. Si può immaginare quale sia la situazione di chi si trova in queste circostanze: gli è quasi impossibile parlare senza commettere errori. Nel colloquio privato esiste un altro svantaggio che ritengo ancora peggiore: la necessità di parlare costantemente. Quando qualcuno ci parla, dobbiamo rispondere; se non diciamo nulla, dobbiamo cercare di mantenere viva la conversazione. Questa insopportabile costrizione da sola mi avrebbe fatto disprezzare la società umana. Non esiste imbarazzo più terribile dell’obbligo di parlare immediatamente e senza sosta. Non so se ciò sia dovuto alla mia profonda avversione per qualsiasi forma di soggezione; ma è sufficiente che io debba assolutamente parlare perché, inevitabilmente, dica qualcosa di stupido.
La cosa più fatale è che, invece di sapere rimanere in silenzio quando non ho nulla da dire, proprio in quel momento, nel tentativo di saldare prima il mio “debito”, provo la furia di voler parlare. Mi affretto a balbettare parole prive di significato, felice quando queste non significano assolutamente nulla. Nel tentativo di nascondere o superare la mia inettitudine, raramente riesco a farlo. Tra mille esempi che potrei citare, ne prendo uno che non risale alla mia giovinezza, ma a un periodo in cui, avendo vissuto per diversi anni nel mondo, avrei potuto acquisire l’aplomb e il tono necessari. Se solo fosse stato possibile. Una sera ero con due dame di alto rango e un uomo che possiamo chiamare. Il duca di Gontaut. Non c’era nessun altro nella stanza; cercavo disperatamente di contribuire, con parole. Dio sa quali!, a una conversazione tra quattro persone, tre delle quali sicuramente non avevano alcun bisogno del mio intervento. La padrona di casa fece portare un oppiaceo che prendeva due volte al giorno per il suo stomaco; l’altra dama, vedendola fare una smorfia, disse ridendo: “È l’oppiaceo di M. Tronchin?” “Non credo”, rispose la prima. “Credo che non sia molto migliore”, aggiunse galantemente il spiritoso Rousseau. Tutti rimasero sbalorditi; nessuna parola, nessun sorriso sfuggì. Subito dopo, la conversazione prese un altro corso. Di fronte a un’altra donna, quella stupidaggine avrebbe potuto essere solo divertente. Ma rivolta a una persona troppo gentile per non aver già attirato l’attenzione su di sé, e che sicuramente non avevo alcuna intenzione di offendere. Era terribile. Credo che sia stato molto difficile, sia all’uomo che alla donna presenti, trattenersi dal ridere o esprimere commenti. Ecco uno di quegli episodi in cui, nel tentativo di parlare senza avere nulla da dire, finisco per rivelare la mia inettitudine. Non dimenticherò mai questo episodio. Perché, oltre al fatto che sia davvero memorabile di per sé, ricordo anche che ne sono derivate conseguenze che me lo fanno ricordare troppo spesso.
Credo che questo possa bastare a spiegare come, non essendo uno sciocco, abbia tuttavia spesso dato questa impressione, persino tra persone in grado di giudicare con saggezza: tanto più infelice è il fatto che la mia fisionomia e i miei occhi promettano di più, e che questa delusione renda ancora più evidente agli altri la mia stupidità. Questo dettaglio, sorto da un’occasione particolare, non è inutile per ciò che seguirà; contiene infatti la chiave di molte cose straordinarie che mi sono state viste fare e che vengono attribuite a un temperamento selvaggio che in realtà non possiedo. Vorrei tanto partecipare alla società come gli altri, se non fossi certo di presentarmi lì non solo a mio svantaggio, ma in modo completamente diverso da quello che sono realmente. La decisione che ho preso di scrivere e di nascondermi è proprio quella che mi conveniva: se fossi stato presente, nessuno avrebbe mai saputo cosa valgo, nemmeno l’avrebbero sospettato; ed è esattamente ciò che è accaduto a Madame Dupin, nonostante fosse una donna intelligente e io abbia vissuto nella sua casa per molti anni; lei stessa me lo ha detto molte volte da allora. Del resto, tutto questo presenta alcune eccezioni, e ne parlerò più avanti.[33]
Una volta definita in questo modo la misura dei miei talenti e individuato lo stato che mi conveniva, non rimase altro da fare se non adempiere alla mia vocazione. Il problema era che non avevo ricevuto un’istruzione adeguata e non conoscevo nemmeno abbastanza il latino per poter diventare prete. La signora de Warens pensò di farmi studiare per un certo periodo al seminario; ne parlò con il direttore, un lazarista di nome M. Gros: un bravo uomo, mezzo cieco, magro, grigio. Il più spirituale e il meno pedante tra tutti i lazaristi che abbia mai conosciuto. Il che, a dire il vero, non è certo poco.
A volte veniva a casa di Mamma, che lo accoglieva, lo coccolava, e a volte persino lo infastidiva; talvolta si lasciava anche strappare i lacci dai suoi gesti, compito che svolgeva con grande piacere. Mentre lui era impegnato in queste attività, lei correva avanti e indietro per la stanza, facendo una cosa dopo l’altra. Trascinato via dai lacci, il signor “Superiore” lo seguiva ringhiando e ripetendo continuamente: “Ma signora, si fermi un po’, per favore, ”. La scena risultava davvero piuttosto pittoresca.
Il signor Gros si offrì volontariamente di partecipare al progetto della mamma. Si accontentò di una pensione molto modesta e si occupò dell’istruzione del bambino. L’unica cosa necessaria era il consenso vescovile, che non solo lo concesse, ma volle anche pagare la pensione. Permette inoltre che io rimanga nell’abito laico fino a quando non si potrà valutare, attraverso un tentativo, il successo che ci si può aspettare.
Che cambiamento. Fu necessario che mi sottomettessi a questa nuova realtà. Andai al seminario come se fossi andato al supplizio. Quella triste dimora, un seminario, soprattutto per chi proviene da una casa di una donna gentile! Portai con me un solo libro, che avevo chiesto in prestito a mia madre, e che si rivelò di grande aiuto per me. Non indovinerete mai di che tipo fosse quel libro. Era un libro di musica. Tra i talenti che lei aveva coltivato, la musica non era stata dimenticata: aveva una bella voce, cantava abbastanza bene e suonava un po’ il clavicembalo. Mi aveva gentilmente dato alcune lezioni di canto. Ma dovetti iniziare da zero, perché conoscevo appena la musica dei nostri salmi. Otto o dieci lezioni, per di più molto interrotte. Non solo non mi permisero di imparare a leggere la musica, ma non mi insegnarono nemmeno un quarto dei segni musicali fondamentali.
Tuttavia, avevo una tale passione per quest’arte che decisi di provare a esercitarmi da solo. Il libro che portai con me non era nemmeno tra i più facili; si trattava delle cantate di Clérambault. Si può immaginare quanto fosse la mia determinazione e la mia ostinazione quando dirò che, senza conoscere né le trasposizioni musicali né le regole della metrica, riuscii a decifrare e cantare senza errori il primo recitativo e il primo airo della cantata “Alphée et Aréthuse”; inoltre, è vero che quel brano musicale presenta una struttura ritmica così precisa che basta semplicemente recitare i versi seguendo il loro metro per adattarli correttamente alla melodia.
Il y avait au séminaire un maudit lazariste qui m’entreprit, et qui me fit prendre en horreur le latin qu’il voulait m’enseigner. Il avait des cheveux plats, gras et noirs, un visage de pain d’épice, une voix de buffle, un regard de chat-huant, des crins de sanglier au lieu de barbe ; son sourire était sardonique ; ses membres jouaient comme les poulies d’un mannequin : j’ai oublié son odieux nom ; mais sa figure effrayante et doucereuse m’est bien restée, et j’ai peine à me la rappeler sans frémir. Je crois le rencontrer encore dans les corridors, avançant gracieusement son crasseux bonnet carré pour me faire signe d’entrer dans sa chambre, plus affreuse pour moi qu’un cachot. Qu’on juge du contraste d’un pareil maître pour le disciple d’un abbé de cour !
Si j’étais resté deux mois à la merci de ce monstre, je suis persuadé que ma tête n’y aurait pas résisté. Mais le bon M. Gros, qui s’aperçut que j’étais triste, que je ne mangeais pas, que je maigrissais, devina le sujet de mon chagrin ; cela n’était pas difficile. Il m’ôta des griffes de ma bête, et, par un autre contraste encore plus marqué, me remit au plus doux des hommes : c’était un jeune abbé faucigneran[34], appelé M. Gâtier, qui faisait son séminaire, et qui, par complaisance pour M. Gros, et je crois par humanité, voulait bien prendre sur ses études le temps qu’il donnait à diriger les miennes ; je n’ai jamais vu de physionomie plus touchante que celle de M. Gâtier. Il était blond, et sa barbe tirait sur le roux : il avait le maintien ordinaire aux gens de sa province, qui, sous une figure épaisse, cachent tous beaucoup d’esprit ; mais ce qui se marquait vraiment en lui était une âme sensible, affectueuse, aimante. Il y avait dans ses grands yeux bleus un mélange de douceur, de tendresse et de tristesse, qui faisait qu’on ne pouvait le voir sans s’intéresser à lui. Aux regards, au ton de ce pauvre jeune homme, on eût dit qu’il prévoyait sa destinée, et qu’il se sentait né pour être malheureux.
Son caractère ne démentait point sa physionomie ; plein de patience et de complaisance, il semblait plutôt étudier avec moi que m’instruire. Il n’en fallait pas tant pour me le faire aimer : son prédécesseur avait rendu cela très facile. Cependant, malgré tout le temps qu’il me donnait, malgré toute la bonne volonté que nous y mettions l’un et l’autre, et quoiqu’il s’y prît très bien, j’avançai peu en travaillant beaucoup. Il est singulier qu’avec assez de conception, je n’ai jamais pu rien apprendre avec des maîtres, excepté mon père et M. Lambercier. Le peu que je sais de plus, je l’ai appris seul, comme on verra ci-après. Mon esprit impatient de toute espèce de joug ne peut s’asservir à la loi du moment ; la crainte même de ne pas apprendre m’empêche d’être attentif ; de peur d’impatienter celui qui me parle, je feins d’entendre, il va en avant, et je n’entends rien. Mon esprit veut marcher à son heure, il ne peut se soumettre à celle d’autrui.
Le temps des ordinations étant venu, M. Gâtier s’en retourna diacre dans sa province. Il emporta mes regrets, mon attachement, ma reconnaissance. Je fis pour lui des vœux qui n’ont pas été plus exaucés que ceux que j’ai faits pour moi-même. Quelques années après j’appris qu’étant vicaire dans une paroisse, il avait fait un enfant à une fille, la seule dont, avec un cœur très tendre, il eût jamais été amoureux. Ce fut un scandale effroyable dans un diocèse administré très sévèrement. Les prêtres, en bonne règle, ne doivent faire des enfants qu’à des femmes mariées. Pour avoir manqué à cette loi de convenance, il fut mis en prison, diffamé, chassé. Je ne sais s’il aura pu dans la suite rétablir ses affaires ; mais le sentiment de son infortune, profondément gravé dans mon cœur, me revint quand j’écrivis l’Émile, et réunissant M. Gâtier avec M. Gaime, je fis de ces deux dignes prêtres l’original du Vicaire savoyard. Je me flatte que l’imitation n’a pas déshonoré mes modèles.
Pendant que j’étais au séminaire, M. d’Aubonne fut obligé de quitter Annecy. M. l’Intendant s’avisa de trouver mauvais qu’il fît l’amour à sa femme. C’était faire comme le chien du jardinier : car, quoique Mme Corvesi fût aimable, il vivait fort mal avec elle ; des goûts ultramontains la lui rendaient inutile, et il la traitait si brutalement qu’il fut question de séparation. M. Corvesi était un vilain homme, noir comme une taupe, fripon comme une chouette, et qui à force de vexations finit par se faire chasser lui-même. On dit que les Provençaux se vengent de leurs ennemis par des chansons : M. d’Aubonne se vengea du sien par une comédie ; il envoya cette pièce à Mme de Warens, qui me la fit voir. Elle me plut, et me fit naître la fantaisie d’en faire une pour essayer si j’étais en effet aussi bête que l’auteur l’avait prononcé : mais ce ne fut qu’à Chambéry que j’exécutai ce projet en écrivant l’Amant de lui-même. Ainsi quand j’ai dit dans la préface de cette pièce que je l’avais écrite à dix-huit ans, j’ai menti de quelques années.
C’est à peu près à ce temps-ci que se rapporte un événement peu important en lui-même, mais qui a eu pour moi des suites, et qui a fait du bruit dans le monde quand je l’avais oublié. Toutes les semaines j’avais une fois la permission de sortir ; je n’ai pas besoin de dire quel usage j’en faisais. Un dimanche que j’étais chez Maman, le feu prit à un bâtiment des Cordeliers attenant à la maison qu’elle occupait. Ce bâtiment, où était leur four, était plein jusqu’au comble de fascines sèches. Tout fut embrasé en très peu de temps : la maison était en grand péril et couverte par les flammes que le vent y portait. On se mit en devoir de déménager en hâte et de porter les meubles dans le jardin, qui était vis-à-vis mes anciennes fenêtres et au-delà du ruisseau dont j’ai parlé. J’étais si troublé, que je jetais indifféremment par la fenêtre tout ce qui me tombait sous la main, jusqu’à un gros mortier de pierre qu’en tout autre temps j’aurais eu peine à soulever. J’étais prêt à y jeter de même une grande glace si quelqu’un ne m’eût retenu. Le bon évêque, qui était venu voir Maman ce jour-là, ne resta pas non plus oisif : il l’emmena dans le jardin, où il se mit en prières avec elle et tous ceux qui étaient là ; en sorte qu’arrivant quelque temps après, je vis tout le monde à genoux, et m’y mis, comme les autres. Durant la prière du saint homme le vent changea, mais si brusquement et si à propos, que les flammes qui couvraient la maison et entraient déjà par les fenêtres furent portées de l’autre côté de la cour, et la maison n’eut aucun mal. Deux ans après, M. de Bernex étant mort, les Antonins, ses anciens confrères, commencèrent à recueillir les pièces qui pouvaient servir à sa béatification. À la prière du père Boudait, je joignis à ces pièces une attestation du fait que je viens de rapporter, en quoi je fis bien ; mais en quoi je fis mal, ce fut de donner ce fait pour un miracle. J’avais vu l’évêque en prière, et durant sa prière, j’avais vu le vent changer et même très à propos ; voilà ce que je pouvais dire et certifier ; mais qu’une de ces deux choses fût la cause de l’autre, voilà ce que je ne devais pas attester, parce que je ne pouvais le savoir. Cependant, autant que je puis me rappeler mes idées, alors sincèrement catholique, j’étais de bonne foi. L’amour du merveilleux, si naturel au cœur humain, ma vénération pour ce vertueux prélat, l’orgueil secret d’avoir peut-être contribué moi-même au miracle aidèrent à me séduire ; et ce qu’il y a de sûr est que si ce miracle eût été l’effet des plus ardentes prières, j’aurais bien pu m’en attribuer ma part.
Plus de trente ans après, lorsque j’eus publié les Lettres de la Montagne, M. Fréron déterra ce certificat, je ne sais comment, et en fit usage dans ses feuilles. Il faut avouer que la découverte était heureuse, et l’à-propos me parut à moi-même très plaisant.
At the seminar, there was a detestable Lazarist who took it upon himself to torment me, making me loathe the Latin he tried to teach me. He had flat, greasy, black hair, a face resembling spice cake, a voice like that of a buffalo, eyes like those of a night owl, and bristles like a boar’s instead of a beard; his smile was sardonic, and his limbs moved like the pulleys of a puppet. I have forgotten his vile name, but his terrifying yet seemingly gentle face remains vivid in my memory, and I shudder whenever I try to recall it. I still believe I see him in the corridors, gracefully advancing his filthy square-cap as if inviting me to enter his room—a room far more horrifying for me than any dungeon. One can only imagine the stark contrast such a teacher posed for the disciple of a courtly abbot!
If I had remained for two months at the mercy of that monster, I am convinced my mind would not have endured it. But kind Mr. Gros, noticing that I was sad, that I wasn’t eating, and that I was losing weight, guessed the cause of my distress—which was not difficult to discern. He freed me from the clutches of that beast and, through another striking contrast, placed me in the care of the kindest of men: a young abbot from Faucignan named Mr. Gâtier, who was attending seminary at the time. Out of kindness toward Mr. Gros—and, I believe, out of humanity—he was willing to sacrifice some of his own study time to help guide mine. I have never seen a more touching face than Mr. Gâtier’s. He had blond hair and a beard that tended toward red; he carried himself in the typical manner of people from his region—people who, beneath their somewhat rough appearance, hide great intelligence. But what truly distinguished him was a sensitive, affectionate, and loving soul. In his large blue eyes there was a mixture of gentleness, tenderness, and sadness that made it impossible not to feel sympathy for him. From the way he looked and spoke, one would have thought that he foresaw his own destiny and felt destined to be unhappy.
His character did not contradict his appearance at all; full of patience and complaisance, he seemed more interested in studying with me than in actually teaching me. That was enough to make me like him—his predecessor had made it very easy for me to do so. However, despite all the time he devoted to me, despite our mutual good will, and despite his great efforts, I made little progress despite working hard. It is strange that, with sufficient determination, I was never able to learn anything from any teacher, except my father and Mr. Lambercier. Everything else I know, I learned on my own, as will be seen later. My impatient nature refused to submit to anyone’s authority; the very fear of not learning kept me from paying attention. Out of fear of annoying those who taught me, I pretended to listen, but they would continue speaking while I understood nothing. My mind wanted to move at its own pace; it could never conform to someone else’s schedule.
When the time came for his ordination, Mr. Gâtier returned to his diocese as a deacon. He took with him my regrets, my affection, and my gratitude. I made prayers for him, but they were just as unheeded as those I made for myself. Some years later, I learned that while serving as a vicar in a parish, he had fathered a child with a girl—the only one for whom, with a very tender heart, he had ever felt true love. This caused an outrageous scandal in a diocese governed with great strictness. Priests, by proper convention, are only supposed to have children with married women. For violating this rule of propriety, he was imprisoned, slandered, and expelled from his position. I do not know whether he was able to restore his fortunes later on; but the memory of his misfortune, deeply imprinted in my heart, came back to me when I was writing Émile. By combining Mr. Gâtier with Mr. Gaime, I used these two worthy priests as the prototypes for the character of the Vicar Savoyard. I am pleased to say that my imitation did not bring any disgrace upon them.
While I was at the seminary, Mr. d’Aubonne was forced to leave Annecy. The Intendant found it improper for him to have relations with his wife; it was like the behavior of a gardener’s dog. For although Madame Corvesi was pleasant, he lived with her very unhappily. Her ultra-Catholic tastes made her useless to him, and he treated her so brutally that separation became an issue. Mr. Corvesi was a vile man—black as a mole, treacherous as a owl—and after causing endless troubles, he eventually forced himself to leave. It is said that Provençals take their revenge on their enemies through songs; Mr. d’Aubonne took his revenge in the same way, by writing a comedy. He sent it to Madame de Warens, who showed it to me. I liked it, and it gave me the idea of writing one myself to see if I was really as foolish as its author had claimed. But it wasn’t until I was in Chambéry that I carried out this plan, writing “The Lover of Himself.” So when I said in the preface to that play that I wrote it at eighteen years old, I lied by a few years.
It was around this time that an event occurred that was of little importance in itself, but that had significant consequences for me and caused quite a stir when I had already forgotten about it. Every week, I was allowed to go out once; there is no need to say what I used that time for. One Sunday while I was at my mother’s house, a fire broke out in a building belonging to the Cordeliers, which was adjacent to the house she lived in. That building, where they kept their dry twigs for heating, was filled to capacity with such materials. Everything was engulfed in flames very quickly; the house was in great danger, and the flames, driven by the wind, spread rapidly. People began to hurriedly move furniture into the garden, which was opposite my former windows and beyond the stream I had mentioned. I was so distraught that I carelessly threw everything I could get my hands on out of the window—even a heavy stone mortar, which under normal circumstances would have been impossible for me to lift. I was about to throw a large piece of ice as well when someone stopped me. The kind bishop who had come to visit my mother that day also did not stay idle; he took her into the garden, where he prayed with her and all those present. Some time later, I saw everyone kneeling, and I joined them. During the holy man’s prayer, the wind changed direction—so suddenly and just in time—that the flames, which had already begun to spread inside the house, were directed away from it, and the building was saved. Two years later, when Monsieur de Bernex died, his former fellow members of the Order of Antonines began collecting materials that could be used for his beatification process. During Father Boudait’s prayer, I added my testimony to these materials regarding the event I have just described; I did this in good faith. However, what I did wrong was to claim that this event was a miracle. I had seen the bishop praying and had witnessed the wind changing direction—indeed, very opportunely—but I could not assert with certainty that one of these two things was the cause of the other. Nevertheless, as far as I can recall my thoughts at that time—which were truly Catholic—I acted in good faith. The natural inclination to seek miracles, my reverence for that virtuous prelate, and perhaps even a secret sense of pride at having possibly contributed to such a miracle all played a role in leading me astray. One thing is certain: if that miracle had indeed been the result of fervent prayers, I would have gladly claimed some share in it.
More than thirty years later, when I published Letters from the Mountain, Mr. Fréron somehow came across that certificate and used it in his publications. It must be admitted that this discovery was fortunate, and to me, the relevance of it seemed particularly amusing.
Al seminario c’era un maledetto lazarista che iniziò a tormentarmi, facendomi odiare il latino che cercava di insegnarmi. Aveva i capelli lisci, grassi e neri, un viso simile a quello del pan di zenzero, una voce roca come quella di un bue, uno sguardo sinistro come quello di un gufo notturno, e barba fatta di peli di cinghiale al posto della vera barba; il suo sorriso era sarcastico; i suoi movimenti erano rigidi e meccanici, come quelli di una marionetta. Ho dimenticato il suo nome odioso, ma il suo aspetto spaventoso e insieme dolce mi è rimasto ben impresso nella memoria, e fatico a ricordarlo senza rabbrividire. Credo ancora di incontrarlo nei corridoi: avanza con grazia, tenendo in mano quel suo orribile berretto quadrato, per farmi segno di entrare nella sua stanza, una stanza più terribile per me di una prigione. Si può immaginare quale contrasto rappresentasse un maestro del genere per il discepolo di un abate di corte!
Se fossi rimasto per due mesi alla mercé di quel mostro, sono convinto che la mia mente non avrebbe resistito. Ma il buon signor Gros, accorgendosi che ero triste, che non mangiavo e che stavo perdendo peso, intuì la causa della mia angoscia; non era difficile capirlo. Mi liberò dalle grinfie di quella bestia e, in un contrasto ancora più marcato, mi affidò alle cure dell’uomo più gentile che esistesse: si trattava di un giovane abate del dipartimento di Faucignan, di nome signor Gâtier, che stava frequentando il seminario. Per compiacere il signor Gros – e credo anche per umanità – fu disposto a dedicare parte del proprio tempo agli studi miei, invece di occuparsi dei suoi. Non ho mai visto un volto più commovente di quello del signor Gâtier: era biondo, con una barba di colore rossastro; aveva l’aspetto tipico delle persone della sua regione, che, sotto un aspetto robusto, nascondono molto spirito. Ma ciò che in lui spiccava davvero era un’anima sensibile, affettuosa e piena di amore. Nei suoi grandi occhi azzurri si leggeva un misto di dolcezza, tenerezza e tristezza; non si poteva guardarlo senza provare simpatia per lui. Dal suo sguardo, dal tono della sua voce, sembrava che previdesse il proprio destino, e che si sentisse destinato a essere infelice.
Il suo carattere non contraddiceva affatto la sua fisionomia; pieno di pazienza e comprensione, sembrava più che altro studiare con me piuttosto che insegnarmi. Non occorreva molto per farmelo amare: il suo predecessore aveva reso tutto questo molto facile. Tuttavia, nonostante tutto il tempo che mi dedicasse, nonostante la buona volontà di entrambi, e nonostante si impegnasse al massimo, non facevo grandi progressi, nonostante lavorassi sodo. È strano: con una certa capacità di comprensione, non sono mai riuscito a imparare nulla con gli insegnanti, tranne che con mio padre e il signor Lambercier. Quello che so in più l’ho imparato da solo, come si vedrà in seguito. La mia mente, impaziente di ogni sorta di vincoli, non riesce ad assoggettarsi alle regole altrui; persino la paura di non imparare mi impedisce di prestare attenzione; per non far arrabbiare chi parla con me, fingo di ascoltare, ma lui continua e io non capisco nulla. La mia mente vuole agire secondo i suoi tempi, non può sottomettersi a quelli degli altri.
Quando arrivò il momento delle sue ordinazioni, il signor Gâtier tornò nella sua diocesi come diacono. Portò con sé i miei rimpianti, la mia affezione e la mia riconoscenza. Pregai per lui, ma le mie preghiere non furono più esaudite di quelle che avevo rivolto a me stesso. Alcuni anni dopo appresi che, mentre ricopriva la carica di vescovo ausiliare in una parrocchia, aveva avuto un figlio da una ragazza, l’unica donna di cui fosse mai stato innamorato con un cuore davvero tenero. Fu uno scandalo terribile in una diocesi governata con estrema severità: i preti, secondo le regole stabilite, non dovrebbero avere figli se non da donne sposate. Per aver trasgredito a questa norma di decoro, fu imprigionato, diffamato e allontanato dalla sua posizione ecclesiastica. Non so se sia riuscito in seguito a ripristinare la propria situazione; tuttavia il ricordo della sua sfortuna, profondamente impresso nel mio cuore, mi tornò in mente quando scrissi “Émile”. Riunendo il signor Gâtier al signor Gaime, feci di questi due onesti preti l’origine del personaggio del Vescovo savoiardo. Spero che la loro imitazione non abbia disonorato i miei modelli.
Mentre ero al seminario, il signor d’Aubonne fu costretto a lasciare Annecy. L’intendente decise che fosse inappropriato da parte sua avere rapporti con sua moglie; si comportava come il cane del giardiniere. Poiché, sebbene la signora Corvesi fosse affabile, lui viveva molto male con lei: i suoi gusti estremamente conservatori la rendevano inutile per lui, e la trattava così brutalmente che si parlò di separazione. Il signor Corvesi era un uomo spregevole: scuro come una talpa, disonesto come una civetta. E, a causa delle continue umiliazioni, alla fine fu costretto ad andarsene da solo. Si dice che i provenzali si vendichino dei loro nemici attraverso le canzoni; il signor d’Aubonne si vendicò del proprio nemico scrivendo una commedia. La inviò alla signora de Warens, che me la fece leggere. Mi piacque molto, e mi venne l’idea di scriverne una anch’io per verificare se fossi davvero così stupido come l’autore aveva affermato. Ma fu solo a Chambéry che realizzai questo progetto, scrivendo “L’Amante di sé stesso”. Quindi, quando ho detto nella prefazione di quella commedia di averla scritta all’età di diciotto anni, ho mentito di qualche anno.
È più o meno in questo periodo che ebbe luogo un evento di per sé poco importante, ma che ebbe delle conseguenze per me e causò scalpore nel mondo quando ormai l’avevo dimenticato. Ogni settimana avevo il permesso di uscire una volta; non c’è bisogno che dica a cosa lo utilizzavo. Un domenico, mentre ero da mia madre, scoppiò un incendio in un edificio dei Cordelieri adiacente alla casa in cui abitava. Quell’edificio, dove si trovava il loro forno, era pieno fino all’orlo di fascine secche; tutto prese fuoco in pochissimo tempo: la casa era in grave pericolo e avvolta dalle fiamme spinte dal vento. Ci mettemmo subito all’opera per trasferire rapidamente i mobili nel giardino, che si trovava di fronte alle mie vecchie finestre, al di là del ruscello di cui ho parlato. Ero così turbato che gettavo via dalla finestra qualsiasi cosa mi capitasse sotto mano, fino a un grosso mortaio di pietra che in altre circostanze avrei faticato a sollevare. Sarei stato pronto a gettarci anche un grande pezzo di ghiaccio, se qualcuno non mi avesse trattenuto. Il buon vescovo, che quel giorno era venuto a trovare mia madre, non rimase certo inattivo: la portò nel giardino e lì pregò insieme a lei e a tutti coloro che erano presenti; così, poco dopo, vidi tutti in ginocchio. E anch’io mi unii agli altri. Durante la preghiera di quel santo uomo il vento cambiò direzione, ma in modo così improvviso e tempestivo che le fiamme, che già avevano invaso la casa, furono spinte dall’altra parte del cortile, e la casa rimase illesa. Due anni dopo, quando il signor de Bernex morì, i suoi vecchi confratelli iniziarono a raccogliere le testimonianze utili alla sua beatificazione. Durante la preghiera del padre Boudait, aggiunsi anch’io una mia dichiarazione riguardo all’evento che ho appena raccontato. Ma commisi un errore: attribuii quell’evento a un miracolo. Avevo visto il vescovo pregare, e durante la sua preghiera avevo notato il cambiamento del vento. Questo era ciò che potevo dire e certificare. Ma se una di queste due cose fosse stata la causa dell’altra, questo non avrei dovuto affermarlo, perché non ne ero certo. Tuttavia, per quanto ricordi le mie idee di allora – sincere e profondamente cattoliche – ero sincero. L’amore per i miracoli, così naturale nel cuore umano, la mia venerazione per quel nobile vescovo, e anche l’orgoglio segreto di aver forse contribuito io stesso a quel “miracolo”, mi hanno indotto ad agire in quel modo. E una cosa è certa: se quel miracolo fosse stato effetto delle più fervide preghiere, avrei ben potuto attribuirmi anche a me la mia parte in esso.
Più di trent’anni dopo, quando pubblicai le “Lettere della Montagna”, il signor Fréron trovò, chissà come, quel certificato e lo utilizzò nelle sue pubblicazioni. Bisogna ammettere che questa scoperta fu fortunata, e a me stesso sembrò un’idea molto divertente.
J’étais destiné à être le rebut de tous les états. Quoique M. Gâtier eût rendu de mes progrès le compte le moins défavorable qui lui fût possible, on voyait qu’ils n’étaient pas proportionnés à mon travail, et cela n’était pas encourageant pour me faire pousser mes études. Aussi l’évêque et le supérieur se rebutèrent-ils, et on me rendit à Mme de Warens comme un sujet qui n’était pas même bon pour être prêtre ; au reste assez bon garçon, disait-on, et point vicieux : ce qui fit que, malgré tant de préjugés rebutants sur mon compte, elle ne m’abandonna pas.
Je rapportai chez elle en triomphe son livre de musique, dont j’avais tiré si bon parti. Mon air d’Alphée et Aréthuse était à peu près tout ce que j’avais appris au séminaire. Mon goût marqué pour cet art lui fit naître la pensée de me faire musicien : l’occasion était commode ; on faisait chez elle, au moins une fois la semaine, de la musique, et le maître de musique de la cathédrale, qui dirigeait ce petit concert, venait la voir très souvent. C’était un Parisien nommé M. Le Maître, bon compositeur, fort vif, fort gai, jeune encore, assez bien fait, peu d’esprit, mais au demeurant très bon homme. Maman me fit faire sa connaissance : je m’attachais à lui, je ne lui déplaisais pas : on parla de pension, l’on en convint. Bref, j’entrai chez lui, et j’y passai l’hiver d’autant plus agréablement que, la maîtrise n’étant qu’à vingt pas de la maison de Maman[35], nous étions chez elle en un moment, et nous y soupions très souvent ensemble.
On jugera bien que la vie de la maîtrise, toujours chantante et gaie, avec les musiciens et les enfants de chœur, me plaisait plus que celle du séminaire avec les pères de Saint-Lazare. Cependant cette vie, pour être plus libre, n’en était pas moins égale et réglée. J’étais fait pour aimer l’indépendance et pour n’en abuser jamais. Durant six mois entiers je ne sortis pas une seule fois que pour aller chez Maman ou à l’église, et je n’en fus pas même tenté. Cet intervalle est un de ceux où j’ai vécu dans le plus grand calme, et que je me suis rappelés avec le plus de plaisir. Dans les situations diverses où je me suis trouvé, quelques-uns ont été marqués par un tel sentiment de bien-être, qu’en les remémorant j’en suis affecté comme si j’y étais encore. Non seulement je me rappelle les temps, les lieux, les personnes, mais tous les objets environnants, la température de l’air, son odeur, sa couleur, une certaine impression locale qui ne s’est fait sentir que là, et dont le souvenir vif m’y transporte de nouveau. Par exemple, tout ce qu’on répétait à la maîtrise, tout ce qu’on chantait au chœur, tout ce qu’on y faisait, le bel et noble habit des chanoines, les chasubles des prêtres, les mitres des chantres, la figure des musiciens, un vieux charpentier boiteux qui jouait de la contrebasse, un petit abbé blondin qui jouait du violon, le lambeau de soutane qu’après avoir posé son épée, M. Le Maître endossait pardessus son habit laïque, et le beau surplis fin dont il en couvrait les loques pour aller au chœur ; l’orgueil avec lequel j’allais, tenant ma petite flûte à bec, m’établir dans l’orchestre à la tribune pour un petit bout de récit que M. Le Maître avait fait exprès pour moi, le bon dîner qui nous attendait ensuite, le bon appétit qu’on y portait ; ce concours d’objets vivement retracé m’a cent fois charmé dans ma mémoire, autant et plus que dans la réalité. J’ai gardé toujours une affection tendre pour un certain air du Conditor alme siderum qui marche par ïambes, parce qu’un dimanche de l’Avent j’entendis de mon lit chanter cette hymne avant le jour sur le perron de la cathédrale, selon un rite de cette église-là. Mlle Merceret, femme de chambre de Maman, savait un peu de musique ; je n’oublierai jamais un petit motet Afferte que M. Le Maître me fit chanter avec elle, et que sa maîtresse écoutait avec tant de plaisir. Enfin tout, jusqu’à la bonne servante Perrine, qui était si bonne fille et que les enfants de chœur faisaient tant endêver, tout, dans les souvenirs de ces temps de bonheur et d’innocence, revient souvent me ravir et m’attrister.
Je vivais à Annecy depuis près d’un an sans le moindre reproche ; tout le monde était content de moi. Depuis mon départ de Turin je n’avais point fait de sottise, et je n’en fis point tant que je fus sous les yeux de Maman. Elle me conduisait, et me conduisait toujours bien ; mon attachement pour elle était devenu ma seule passion ; et ce qui prouve que ce n’était pas une passion folle, c’est que mon cœur formait ma raison. Il est vrai qu’un seul sentiment, absorbant pour ainsi dire toutes mes facultés, me mettait hors d’état de rien apprendre, pas même la musique, bien que j’y fisse tous mes efforts. Mais il n’y avait point de ma faute ; la bonne volonté y était tout entière, l’assiduité y était. J’étais distrait, rêveur, je soupirais : qu’y pouvais-je faire ? Il ne manquait à mes progrès rien qui dépendît de moi ; mais pour que je fisse de nouvelles folies il ne fallait qu’un sujet qui vînt me les inspirer. Ce sujet se présenta ; le hasard arrangea les choses, et, comme on verra dans la suite, ma mauvaise tête en tira parti.
Un soir du mois de février qu’il faisait bien froid, comme nous étions tous autour du feu, nous entendîmes frapper à la porte de la rue. Perrine prend sa lanterne, descend, ouvre ; un jeune homme entre avec elle, monte, se présente d’un air aisé, et fait à M. Le Maître un compliment court et bien tourné, se donnant pour un musicien français que le mauvais état de ses finances forçait de vicarier pour passer son chemin. À ce mot de musicien français le cœur tressaillit au bon Le Maître ; il aimait passionnément son pays et son art. Il accueillit le jeune passager, lui offrit le gîte, dont il paraissait avoir grand besoin, et qu’il accepta sans beaucoup de façon. Je l’examinai tandis qu’il se chauffait et qu’il jasait en attendant le souper. Il était court de stature, mais large de carrure ; il avait je ne sais quoi de contrefait dans sa taille sans aucune difformité particulière ; c’était pour ainsi dire un bossu à épaules plates, mais je crois qu’il boitait un peu. Il avait un habit noir plutôt usé que vieux, et qui tombait par pièces, une chemise très fine et très sale, de belles manchettes d’effilé, des guêtres dans chacune desquelles il aurait mis ses deux jambes, et pour se garantir de la neige un petit chapeau à porter sous le bras. Dans ce comique équipage il y avait pourtant quelque chose de noble que son maintien ne démentait pas ; sa physionomie avait de la finesse et de l’agrément ; il parlait facilement et bien, mais très peu modestement. Tout marquait en lui un jeune débauché qui avait eu de l’éducation, et qui n’allait pas gueusant comme un gueux, mais comme un fou. Il nous dit qu’il s’appelait Venture de Villeneuve, qu’il venait de Paris, qu’il s’était égaré dans sa route, et oubliant un peu son rôle de musicien, il ajouta qu’il allait à Grenoble voir un parent qu’il avait dans le parlement.
Pendant le souper on parla de musique, et il en parla bien. Il connaissait tous les grands virtuoses, tous les ouvrages célèbres, tous les acteurs, toutes les actrices, toutes les jolies femmes, tous les grands seigneurs. Sur tout ce qu’on disait il paraissait au fait ; mais à peine un sujet était-il entamé qu’il brouillait l’entretien par quelque polissonnerie qui faisait rire et oublier ce qu’on avait dit. C’était un samedi ; il y avait le lendemain musique à la cathédrale ; M. Le Maître lui propose d’y chanter : Très volontiers ; lui demande quelle est sa partie : la haute-contre ; et il parle d’autre chose. Avant d’aller à l’église on lui offrit sa partie à prévoir ; il n’y jeta pas les yeux. Cette gasconnade surprit Le Maître. Vous verrez, me dit-il à l’oreille, qu’il ne sait pas une note de musique. J’en ai grand-peur, lui répondis-je. Je les suivis très inquiet. Quand on commença, le cœur me battit d’une terrible force, car je m’intéressais beaucoup à lui.
I was destined to be the reject of all institutions. Although Mr. Gâtier presented my progress in the most unfavorable light possible, it was clear that these achievements were not commensurate with the effort I had put in—which was certainly not encouraging for me to continue my studies. As a result, both the bishop and the superior lost interest in me, and I was returned to Madame de Warens as someone who was not even suitable to become a priest. Nevertheless, they said I was a fairly good boy, not at all wicked; and it was precisely because of this that, despite all those unfavorable preconceptions about me, she did not abandon me.
I triumphantly brought her music book home, having made such good use of it. My performance of “Alphée and Aréthuse” was practically all I had learned at the seminar. My clear fondness for this art led her to consider the idea of making me a musician: the circumstances were favorable—she held musical gatherings at her home at least once a week, and the cathedral’s music teacher, who conducted these small concerts, often visited her. He was a Parisian named Monsieur Le Maître—a good composer, lively and cheerful, still young, quite handsome, not particularly intelligent, but otherwise a very kind man. My mother introduced me to him; I quickly became fond of him—he didn’t dislike me at all. We discussed the possibility of me staying with him, and we agreed to it. In short, I moved in with him, and the winter was especially pleasant because the music school was only twenty steps away from my mother’s house. We could go there in no time, and we often dined together there.
It would be fair to say that the life at the maestro’s residence—always filled with singing and joy, amidst musicians and choirboys—pleased me far more than life at the seminary with the priests of Saint-Lazare. Yet, although this life was freer, it was no less orderly and regulated. I was destined to love independence, but never to abuse it. For a full six months, I never left home except to visit my mother or go to church—and I wasn’t even tempted to do so. That period was one of the most peaceful times of my life, and I recall it with great pleasure. In all the various situations I encountered during that time, some were marked by such a sense of well-being that recalling them still affects me as if I were there again. Not only do I remember the times, places, and people, but also every object around me—the temperature of the air, its smell, its color, even certain local sensations that were unique to that place—and the vivid memories of those experiences transport me back there once more. For example, everything that happened at the maestro’s residence—everything we sang in choir, everything we did there, the beautiful and noble robes of the canons, the vestments of the priests, the miters of the chanters, the appearance of the musicians, a lame old carpenter who played the double bass, a blond little abbot who played the violin, the piece of soutane that Monsieur Le Maître put on over his secular clothes before going to choir, and the fine ruffles he wore to cover up its frays—along with the pride I felt as I held my small flute and took my place in the orchestra for a short piece that Monsieur Le Maître had composed especially for me, the delicious meal that awaited us afterward, and the good appetite we all had—all these details have delighted me countless times in my memory, just as much as they did in reality. I have always held a tender affection for a certain air from “Conditor alme siderum” that is set to iambic meter, because one Sunday during Advent, I heard this hymn sung before dawn on the steps of the cathedral, according to the rites of that particular church. Mademoiselle Merceret, my mother’s maid, knew a bit of music; I will never forget a little motet called “Afferte” that Monsieur Le Maître had me sing with her, and which his mistress listened to with such delight. Finally, everything—even the kind-hearted servant Perrine, who was so good-natured but often caused so much trouble for the choirboys—everything from those days of happiness and innocence often comes back to fill me with joy or sorrow.
I had been living in Annecy for nearly a year without so much as a single reproach; everyone was pleased with me. Since leaving Turin, I had not committed any foolishness, and I continued to do so as long as my mother was watching over me. She guided me, and always did so well; my affection for her had become my only passion. And what proves that it was not a mad passion is that my heart itself governed my reason. It is true that a single emotion, which almost completely absorbed all my faculties, prevented me from learning anything—even music, despite all my efforts. But it was not my fault; I had every good intention and put in all the necessary diligence. Yet I was distracted, dreamy, and often lost in thought—what could I do? Nothing that would have affected my progress was within my control; but for me to commit new foolishities, all that was needed was some stimulus to inspire them. Such a stimulus eventually appeared; fate arranged things favorably, and, as we will see later, my foolish nature took advantage of it.
One evening in February, when it was bitterly cold, we were all gathered around the fire when we heard someone knocking at the door on the street side. Perrine took her lantern, went downstairs to open it, and a young man came in with her. He went upstairs, introduced himself in a casual manner, and paid Mr. Le Maître a brief but well-crafted compliment, claiming to be a French musician whose poor financial circumstances forced him to take on such menial work to make ends meet. At the mention of being a French musician, Mr. Le Maître’s heart stirred—he loved his country and its arts deeply. He welcomed this young traveler, offered him shelter, which he seemed in great need of, and he accepted it without much fuss. While he warmed himself by the fire and chatted while waiting for dinner, I took the opportunity to observe him. He was short in stature but broad in build; there was something oddly disproportionate about his frame, though no obvious deformity could be seen—he was, in a way, a hunchback with flat shoulders, but I also noticed that he limped slightly. He wore a rather worn black coat that fell apart at the seams, a very thin and dirty shirt with elegant cut sleeves, and gauntlets so large that he could have put both legs inside them. To protect himself from the snow, he carried a small hat that he could rest under his arm. Despite this comical attire, there was something noble about him; his demeanor was refined and pleasant, and he spoke easily and well—though not in the least modestly. Everything about him suggested a young man who had been spoiled by luxury but still retained some education; he didn’t behave like a beggar, but rather like a madman. He told us that his name was Venture de Villeneuve, that he came from Paris, and that he had gotten lost on his way. Forgetting, perhaps, his pretense of being a musician, he added that he was heading to Grenoble to visit a relative who worked in the parliament.
During dinner, they talked about music, and he spoke very knowledgeably about it. He knew all the great virtuosi, all the famous compositions, all the actors, actresses, beautiful women, and noble gentlemen. He seemed well-versed in everything that was discussed; but as soon as a new topic was brought up, he would disrupt the conversation with some vulgar remark that made everyone laugh and forget what had been said before. It was a Saturday; there was going to be a musical performance at the cathedral the following day. Mr. Le Maître suggested that he sing there; he agreed readily and was asked what part he would perform—high-contre—but then he changed the subject. Before going to the church, they offered him his part to practice; he didn’t even look at it. This behavior surprised Mr. Le Maître. “You’ll see,” he whispered in my ear, “that he doesn’t know a single note of music.” “I’m very afraid so,” I replied. I followed them, filled with concern. When the performance began, my heart beat wildly, because I cared deeply about him.
Ero destinato a essere rifiutato da tutti gli ambienti sociali. Nonostante il signor Gâtier avesse descritto i miei progressi nel modo meno lusinghiero possibile, era evidente che essi non fossero all’altezza dello sforzo che avevo compiuto, e questo non incoraggiava affatto la mia determinazione a proseguire gli studi. Pertanto, sia il vescovo che il superiore si rifiutarono di accettarmi, e fui restituito alla signora de Warens come un individuo persino inadatto a diventare prete; tuttavia, si diceva che fossi un ragazzo abbastanza perbene, senza vizi. Il che fece sì che, nonostante tutti questi pregiudizi sfavorevoli nei miei confronti, lei non mi abbandonasse.
Tornai da lei trionfante, portando con me il suo libro di musica di cui avevo tratto grande beneficio. La mia esecuzione dell’aria “Alphée e Aréthuse” rappresentava quasi tutto ciò che avevo imparato al seminario. Il mio evidente interesse per quest’arte le fece venire l’idea di farmi diventare musicista: l’occasione era propizia; da lei si suonava musica almeno una volta alla settimana, e il maestro di cappella della cattedrale, che dirigeva questi piccoli concerti, veniva spesso a trovarla. Si trattava di un parigino di nome M. Le Maître: un buon compositore, molto vivace, molto allegro, ancora giovane, abbastanza attraente. Poco intelligente, ma comunque una brava persona. Mia madre mi fece conoscere lui; mi affezionai a lui e non gli dispiacevo affatto: si parlò di un alloggio condiviso, e si decise di procedere. Insomma, entrai a vivere da lui e trascorsi l’inverno in modo molto piacevole, soprattutto perché la scuola di musica si trovava a soli venti passi dalla casa di mia madre; potevamo raggiungerla in un attimo e spesso cenavamo insieme.
Si può ben dire che la vita nella scuola di musica, sempre piena di canti e gioie, tra musicisti e coristi, mi piacesse di più rispetto a quella nel seminario con i padri di Saint-Lazare. Tuttavia, sebbene quella vita fosse più libera, non era meno regolata e ordinata. Ero fatto per amare l’indipendenza, ma senza mai abusarne. Per sei mesi interi non uscii nemmeno una volta, se non per andare da Mamma o in chiesa, e non ne provai nemmeno il desiderio. Quel periodo è uno dei più tranquilli che abbia vissuto, e me lo ricordo con grande piacere. In tutte le situazioni diverse in cui mi sono trovato, alcune sono state caratterizzate da un tale senso di benessere che, ripensandoci, ne sono ancora colpito come se fossi lì adesso. Non solo ricordo i tempi, i luoghi, le persone, ma anche tutti gli oggetti circostanti: la temperatura dell’aria, il loro odore, il loro colore, quelle particolari caratteristiche del luogo che si percepivano soltanto lì e il cui ricordo vivido mi riporta ancora lì. Ad esempio, tutto ciò che si ripeteva nella scuola di musica, tutto ciò che si cantava nel coro, tutti gli oggetti utilizzati: l’elegante abito dei canonici, le vesti sacerdotali, i mitri dei cantori, il volto dei musicisti, un vecchio carpentiere zoppo che suonava la contrabbasso, un piccolo abate biondo che suonava il violino, quel pezzo di veste che il maestro indossava sopra il proprio abito civile per andare in chiesa, e quel bel colletto fine con cui si copriva le parti logore dell’abito. L’orgoglio con cui andavo a prendere posto nell’orchestra per ascoltare quei brevi brani che il maestro aveva composto apposta per me, la buona cena che ci aspettava dopo, l’appetito che si aveva in quei momenti. Tutto questo mi ha sempre incantato nella memoria, tanto quanto nella realtà. Ho sempre conservato un tenero affetto per una certa melodia del “Conditor alme siderum”, perché un domenica d’Avvento la sentii cantare fuori dalla cattedrale prima dell’alba, secondo il rito di quella chiesa. La signorina Merceret, cameriera di Mamma, conosceva un po’ di musica; non dimenticherò mai quel piccolo mottetto che il maestro mi fece cantare insieme a lei, e che la sua padrona ascoltava con grande piacere. Infine, tutto, fino alla brava serva Perrine, così buona ragazza e che i coristi facevano sempre divertire. Tutto ciò, nei ricordi di quei tempi di felicità e innocenza, ritorna spesso a rallegrarmi o addolorarmi.
Vivevo ad Annecy da quasi un anno senza alcun rimprovero; tutti erano contenti di me. Dall’epoca del mio arrivo da Torino non avevo commesso alcuna sciocchezza, e non ne commisi nemmeno mentre ero sotto gli occhi di Mamma. Lei mi guidava, e sempre in modo eccellente; il mio affetto per lei era diventato la mia unica passione. E ciò che dimostra che non si trattava di una passione folle è che il mio cuore rappresentava davvero la mia ragione. È vero che un solo sentimento, che assorbiva praticamente tutte le mie facoltà, mi impediva di imparare qualsiasi cosa, nemmeno la musica, nonostante ci provassi con tutto me stesso. Ma la colpa non era mia: c’era tutta la buona volontà necessaria, e anche l’assiduità. Ero distratto, sognieroso. Che potevo fare? Non mancava nulla a quel mio progresso che dipendesse da me; ma per commettere altre sciocchezze, bastava soltanto un motivo che me le ispirasse. Quel motivo si presentò. Il caso sistemò tutto. E, come vedremo in seguito, la mia testa “cattiva” ne approfittò al massimo.
Una sera di febbraio, quando faceva molto freddo, mentre eravamo tutti intorno al fuoco, sentimmo bussare alla porta d’ingresso. Perrine prese la sua lanterna, scese ad aprire; un giovane entrò con lei, salì le scale e si presentò in modo disinvolto, facendo a Monsieur Le Maître un complimento breve ma ben formulato, dichiarandosi essere un musicista francese il cui cattivo stato finanziario lo costringeva ad assumere questo ruolo temporaneo per poter proseguire il suo viaggio. Alla parola “musicista francese”, il cuore di Monsieur Le Maître si commosse; amava profondamente il suo paese e il suo arte. Accolse il giovane viaggiatore, gli offrì ospitalità, di cui sembrava avere grande bisogno, e lui l’accettò senza molte cerimonie. Lo osservai mentre si scaldava e chiacchierava in attesa della cena. Era di statura bassa ma con una corporatura robusta; c’era qualcosa di strano nella sua figura, senza però alcuna deformità evidente; si potrebbe dire che fosse un gobbo dalle spalle piatte, ma credo anche che zoppicasse leggermente. Indossava un abito nero, piuttosto logoro, che gli cadeva a pezzi addosso; una camicia molto sottile e sporca, bellissime maniche strette, e per proteggersi dal freddo, un piccolo cappello da tenere sotto il braccio. In quell’aspetto comico, tuttavia, c’era qualcosa di nobile nel suo portamento; il suo viso aveva linee delicate e gradevoli; parlava con facilità e chiarezza, ma in modo assai poco modesto. Tutto in lui indicava un giovane dissoluto che aveva ricevuto un’educazione, e non si comportava come un mendicante, ma piuttosto come un pazzo. Ci disse di chiamarsi Venture de Villeneuve, che proveniva da Parigi, che si era perso lungo la strada, e, dimenticando per un momento il suo ruolo di “musicista”, aggiunse che stava andando a Grenoble per vedere un parente che aveva nel parlamento.
Durante la cena si parlò di musica, e lui ne parlava molto bene. Conosceva tutti i grandi virtuosi, tutte le opere celebri, tutti gli attori, tutte le attrici, tutte le donne belle, tutti i nobili signori. Su tutto ciò di cui si parlava sembrava essere ben informato; ma appena un argomento veniva affrontato, interrompeva la conversazione con qualche battuta volgare che faceva ridere e faceva dimenticare ciò che era stato detto. Era un sabato; il giorno dopo c’era un concerto in cattedrale; il signor Le Maître gli propose di parteciparvi cantando: “Con molto piacere”, rispose lui; gli chiesero quale fosse la sua parte: il contralto; ma lui cambiò subito argomento. Prima di andare in chiesa, gli offrirono di leggere la sua parte per prepararsi; lui non vi diede nemmeno un’occhiata. Questo comportamento sorprese molto il signor Le Maître. “Vedrete”, mi disse sottovoce, “che non conosce nemmeno una nota di musica”. “Ne ho grande paura”, risposi io. Li seguii con molta preoccupazione. Quando iniziarono il concerto, il mio cuore cominciò a battere molto forte, perché tenevo molto a lui.
J’eus bientôt de quoi me rassurer. Il chanta ses deux récits avec toute la justesse et tout le goût imaginables, et qui plus est, avec une très jolie voix. Je n’ai guère eu de plus agréable surprise. Après la messe, M. Venture reçut des compliments à perte de vue des chanoines et des musiciens, auxquels il répondait en polissonnant, mais toujours avec beaucoup de grâce. M. Le Maître l’embrassa de bon cœur, j’en fis autant : il vit que j’étais bien aise, et cela parut lui faire plaisir.
On conviendra, je m’assure, qu’après m’être engoué de M. Bâcle, qui tout compté n’était qu’un manant, je pouvais m’engouer de M. Venture, qui avait de l’éducation, des talents, de l’esprit, de l’usage du monde, et qui pouvait passer pour un aimable débauché. C’est aussi ce qui m’arriva, et ce qui serait arrivé, je pense, à tout autre jeune homme à ma place, d’autant plus facilement encore qu’il aurait eu un meilleur tact pour sentir le mérite, et un meilleur goût pour s’y attacher ; car Venture en avait, sans contredit, et il en avait surtout un bien rare à son âge, celui de n’être point pressé de montrer son acquis. Il est vrai qu’il se vantait de beaucoup de choses qu’il ne savait point ; mais pour celles qu’il savait et qui étaient en assez grand nombre, il n’en disait rien : il attendait l’occasion de les montrer ; il s’en prévalait alors sans empressement, et cela faisait le plus grand effet. Comme il s’arrêtait après chaque chose sans parler du reste, on ne savait plus quand il aurait tout montré. Badin, folâtre, inépuisable, séduisant dans la conversation, souriant toujours et ne riant jamais, il disait du ton le plus élégant les choses les plus grossières, et les faisait passer. Les femmes mêmes les plus modestes s’étonnaient de ce qu’elles enduraient de lui. Elles avaient beau sentir qu’il fallait se fâcher, elles n’en avaient pas la force. Il ne lui fallait que des filles perdues, et je ne crois pas qu’il fût fait pour avoir des bonnes fortunes, mais il était fait pour mettre un agrément infini dans la société des gens qui en avaient. Il était difficile qu’avec tant de talents agréables, dans un pays où l’on s’y connaît et où on les aime, il restât borné longtemps à la sphère des musiciens.
Mon goût pour M. Venture, plus raisonnable dans sa cause, fut aussi moins extravagant dans ses effets, quoique plus vif et plus durable que celui que j’avais pris pour M. Bâcle. J’aimais à le voir, à l’entendre ; tout ce qu’il faisait me paraissait charmant ; tout ce qu’il disait me semblait des oracles ; mais mon engouement n’allait point jusqu’à ne pouvoir me séparer de lui. J’avais à mon voisinage un bon préservatif contre cet excès. D’ailleurs, trouvant ses maximes très bonnes pour lui, je sentais qu’elles n’étaient pas à mon usage ; il me fallait une autre sorte de volupté, dont il n’avait pas l’idée, et dont je n’osais même lui parler, bien sûr qu’il se serait moqué de moi. Cependant j’aurais voulu allier cet attachement avec celui qui me dominait. J’en parlais à Maman avec transport ; Le Maître lui en y parlait avec éloges. Elle consentit qu’on le lui amenât. Mais cette entrevue ne réussit point du tout : il la trouva précieuse ; elle le trouva libertin ; et, s’alarmant pour moi d’une aussi mauvaise connaissance, non seulement elle me défendit de le lui ramener, mais elle me peignit si fortement les dangers que je courais avec ce jeune homme, que je devins un peu plus circonspect à m’y livrer, et très heureusement pour mes mœurs et pour ma tête, nous fûmes bientôt séparés.
M. Le Maître avait les goûts de son art, il aimait le vin. À table cependant il était sobre, mais en travaillant dans son cabinet il fallait qu’il bût. Sa servante le savait si bien, que, sitôt qu’il préparait son papier pour composer, et qu’il prenait son violoncelle, son pot et son verre arrivaient l’instant d’après, et le pot se renouvelait de temps à autre. Sans jamais être absolument ivre, il était presque toujours pris de vin, et en vérité c’était dommage, car c’était un garçon essentiellement bon et si gai que Maman ne l’appelait que petit chat. Malheureusement il aimait son talent, travaillait beaucoup, et buvait de même. Cela prit sur sa santé et enfin sur son humeur : il était quelquefois ombrageux et facile à offenser. Incapable de grossièreté, incapable de manquer à qui que ce ? fût, il n’a jamais dit une mauvaise parole, même à un de ses enfants de chœur ; mais il ne fallait pas non plus lui manquer, et cela était juste. Le mal était qu’ayant peu d’esprit, il ne discernait pas les tons et les caractères, et prenait souvent la mouche sur rien.
L’ancien Chapitre de Genève, où jadis tant de princes et d’évêques se faisaient un honneur d’entrer, a perdu dans son exil son ancienne splendeur, mais il a conservé sa fierté. Pour pouvoir y être admis, il faut toujours être gentilhomme ou docteur de Sorbonne, et s’il est un orgueil pardonnable, après celui qui se tire du mérite personnel, c’est celui qui se tire de la naissance. D’ailleurs tous les prêtres qui ont des laïques à leurs gages les traitent d’ordinaire avec asse de hauteur. C’est ainsi que les chanoines traitaient souvent le pauvre Le Maître. Le chantre surtout, appelé M. l’abbé de Vidonne, qui du reste était un très galant homme, mais trop plein de sa noblesse, n’avait pas toujours pour lui les égards que méritaient ses talents, et l’autre n’endurait pas volontiers ces dédains. Cette année ils eurent, durant la semaine sainte, un démêlé plus vif qu’à l’ordinaire dans un dîner de règle que l’évêque donnait aux chanoines, et où Le Maître était toujours invité. Le chantre lui fit quelque passe-droit, et lui dit quelque parole dure que celui-ci ne put digérer, il prit sur-le-champ la résolution de s’enfuir la nuit suivante, et rien ne put l’en faire démordre, quoique Mme de Warens, à qui il alla faire ses adieux, n’épargnât rien pour l’apaiser. Il ne put renoncer au plaisir de se venger de ses tyrans, en les laissant dans l’embarras aux fêtes de Pâques, temps où l’on avait le plus grand besoin de lui. Mais ce qui l’embarrassait lui-même était sa musique qu’il voulait emporter, ce qui n’était pas facile : elle formait une caisse assez grosse et fort lourde, qui ne s’emportait pas sous le bras.
Maman fit ce que j’aurais fait, et ce que je ferais encore à sa place. Après bien des efforts inutiles pour le retenir, le voyant résolu de partir comme que ce fût, elle prit le parti de l’aider en tout ce qui dépendait d’elle. J’ose dire qu’elle le devait. Le Maître s’était consacré, pour ainsi dire, à son service. Soit en ce qui tenait à son art, soit en ce qui tenait à ses soins, il était entièrement à ses ordres, et le cœur avec lequel il les suivait donnait à sa complaisance un nouveau prix. Elle ne faisait donc que rendre à un ami, dans une occasion essentielle, ce qu’il faisait pour elle en détail depuis trois ou quatre ans ; mais elle avait une âme qui, pour remplir de pareils devoirs, n’avait pas besoin de songer que c’en étaient pour elle. Elle me fit venir, m’ordonna de suivre M. Le Maître au moins jusqu’à Lyon, et de m’attacher à lui aussi longtemps qu’il aurait besoin de moi. Elle m’a depuis avoué que le désir de m’éloigner de Venture était entré pour beaucoup dans cet arrangement. Elle consulta Claude Anet, son fidèle domestique, pour le transport de la caisse. Il fut d’avis qu’au lieu de prendre à Annecy une bête de somme, qui nous ferait infailliblement découvrir, il fallait, quand il serait nuit, porter la caisse à bras jusqu’à une certaine distance, et louer ensuite un âne dans un village pour la transporter jusqu’à Seyssel où, étant sur terres de France, nous n’aurions plus rien à risquer. Cet avis fut suivi ; nous partîmes le même soir à sept heures, et Maman, sous prétexte de payer ma dépense, grossit la petite bourse du pauvre petit chat d’un surcroît qui ne lui fut pas inutile. Claude Anet, le jardinier et moi, portâmes la caisse comme nous pûmes jusqu’au premier village, ou un âne nous relaya, et la même nuit nous nous rendîmes à Seyssel.
I soon had reason to feel reassured. He performed both his recitations with all the accuracy and taste imaginable, and moreover, with a very lovely voice. I could not have been more pleased. After the mass, Mr. Venture received endless compliments from the canons and musicians, to which he responded with cheeky remarks—but always with great grace. Mr. Le Maître hugged him warmly, and I did the same; he saw that I was enjoying myself, and that seemed to please him greatly.
One will surely agree with me that, after having become enamored of Mr. Bâcle—who was, after all, nothing more than a country gentleman—I could quite fall for Mr. Venture, who possessed education, talents, wit, and the skills necessary to navigate the world of high society; indeed, he could even be regarded as a charming rake. Such was indeed my fate, and I believe it would have happened to any other young man in my position, all the more so if that person had possessed greater tact in recognizing merit and better judgment in pursuing it. For Venture certainly had such qualities—and, what was perhaps most rare at his age, he did not rush to display what he had acquired. It is true that he would boast about many things he did not actually know; but regarding those things he did know, and there were quite a number of them, he said nothing at all. He waited for the right opportunity to demonstrate them, and when it came, he did so without any haste—which had the greatest effect. Since he always stopped after mentioning one thing without going on to discuss others, it was never clear when he would finally reveal everything. Playful, witty, inexhaustible, and charming in conversation, always smiling yet never laughing outright, he could say the grossest things in the most elegant manner, and they still seemed acceptable. Even the most modest women were astonished by how much they had to endure his behavior. Despite knowing that they should be annoyed by him, they simply did not have the strength to resist. He was probably not destined for great romantic success, but he was certainly capable of adding immense pleasure to the company of those who already enjoyed such companionship. With so many delightful talents in a country where people appreciate and value such qualities, it would have been impossible for him to remain confined to the world of musicians for long.
My affection for Mr. Venture was more rational in its motives and less extreme in its effects, although it was just as intense and enduring as that I had for Mr. Bâcle. I enjoyed his presence and his company; everything he did seemed charming to me, and everything he said sounded like oracles. However, my infatuation never reached the point where I would be unable to separate myself from him. Fortunately, I had a good safeguard against such excess in my immediate surroundings. Moreover, while I found his principles very suitable for him, I realized they were not suited for me. I needed a different kind of pleasure—something he could not even conceive of, and about which I dared not speak to him, knowing full well he would have mocked me. Nevertheless, I wished to combine this affection with the other that dominated my heart. I spoke of it with great enthusiasm to my mother, and the Master also praised him highly in her presence. She agreed that he should be brought to see her. But that meeting was a complete failure: he found her charming; she considered him licentious. Alarmed at the dangers such an association posed for me, she not only forbade me from bringing him back again but also vividly described to me the risks I would incur if I continued to see him. As a result, I became far more cautious in my dealings with him—and, fortunately for both my morals and my well-being, we were soon separated.
Mr. Le Maître had tastes that were in line with his art—he loved wine. At the table, however, he remained sober; but when working in his study, he had to drink. His maid knew this so well that as soon as he began preparing his paper for writing and picked up his cello, a pot and a glass would appear shortly after, and the pot was often refilled from time to time. Although he was never completely drunk, he was almost always under the influence of wine, and indeed it was a pity, for he was essentially a good and cheerful man—so much so that Mother called him “little cat.” Unfortunately, he loved his talent, worked hard, and drank just as much. This took its toll on his health and ultimately on his temperament: sometimes he would become irritable and easily offended. Unable to be rude or disrespectful toward anyone, he never said a single bad word—even not to one of his choir members; but it was also true that no one should ever offend him. The problem was that, lacking insight, he could not distinguish between different types of people or their personalities, and often took things too personally.
The former Chapter of Geneva, where so many princes and bishops once took pride in being admitted, has lost its former splendor in exile, but it has retained its dignity. To be permitted entry there, one must still be a gentleman or a doctor from the Sorbonne. And if there is any pride worthy of forgiveness, after that derived from personal merit, it is surely that stemming from birth. Indeed, all priests who employ laypeople usually treat them with considerable disdain. Such was also the case with the poor Le Maître. In particular, the cantor—called Monsieur l’Abbé de Vidonne—was a very charming man, but his excessive pride often prevented him from showing due respect for Le Maître’s talents. The other priest, in turn, could not tolerate such disdain. This year, during Holy Week, a more intense dispute arose at a regular dinner hosted by the bishop for the canons, and Le Maître was always invited to these events. The cantor treated him with some rudeness and said something harsh that Le Maître could not bear. He immediately resolved to flee the next night, and nothing could persuade him to change his mind, despite the efforts of Madame de Warens, who tried everything to calm him down. He could not resist the desire to take revenge on his oppressors by causing them trouble during Easter celebrations, a time when their help was most needed. However, what troubled him most was how to transport his music instruments; they were quite large and heavy, and impossible to carry under one’s arm.
Mom did what I would have done, and what I would still do in her place. After many futile attempts to keep him behind, seeing that he was determined to leave no matter what, she decided to help him in everything within her power. I dare say she had no choice but to do so—the Master had, so to speak, devoted himself entirely to her service. Whether it was in terms of his art or his care for her, he was at her disposal, and the sincerity with which he carried out these duties gave them even greater value. In essence, she was simply returning to a friend what he had been doing for her on a daily basis for three or four years; yet her heart, in fulfilling such obligations, never needed to consider that it was repayment for his kindness. She called me over and instructed me to follow Mr. Le Maître at least as far as Lyon, and to stay with him as long as he needed my help. She later admitted that the desire to keep me away from Venture had played a significant role in this decision. She consulted her faithful servant, Claude Anet, about how to transport the chest. He suggested that instead of taking an animal from Annecy—which would surely expose us—we should carry the chest on our shoulders at night for a certain distance and then rent an ass in a village to take it the rest of the way to Seyssel, where we would be on French territory and no longer at risk. We followed this plan; we set off that very evening at seven o’clock, and Mom, under the pretext of covering my expenses, added some extra money to the poor little cat’s purse—money that proved to be very useful to him. Claude Anet, the gardener, and I carried the chest as far as the first village; there, an ass took over for us, and that same night we arrived in Seyssel.
Ben presto ebbi motivo di rassicurarmi: cantò i suoi due brani con tutta la precisione e il gusto possibili, e inoltre con una voce molto bella. Non potevo certo aspettarmi una sorpresa più piacevole. Dopo la messa, il signor Venture ricevette complimenti da parte dei canonici e dei musicisti, ai quali rispondeva con frasi scherzose, ma sempre con grande grazia. Il signor Le Maître lo abbracciò con affetto; anch’io feci lo stesso. Lui vide che ero molto contenta, e questo sembrò fargli piacere.
Si ammetterà certamente che, dopo essermi appassionato di Monsieur Bâcle – il quale, in fondo, non era altro che un semplice contadino – potevo facilmente appassionarmi anche di Monsieur Venture, che possedeva educazione, talenti, spirito e una notevole capacità nel comportarsi in società; si potrebbe persino dire che fosse un piacevole libertino. Ed è esattamente ciò che mi è accaduto, e credo che sarebbe accaduto a qualsiasi altro giovane al mio posto, soprattutto perché lui possedeva un grande talento nel riconoscere i meriti altrui e nel saperli apprezzare; infatti, ne aveva davvero molto, soprattutto qualcosa di estremamente raro alla sua età: la capacità di non essere affrettato a mostrare ciò che sapeva. È vero che si vantava di molte cose di cui in realtà non sapeva nulla; ma per quelle che conosceva e che erano abbastanza numerose, non ne parlava affatto: aspettava l’occasione giusta per dimostrarle, e quando lo faceva, lo faceva senza alcuna fretta, il che aveva un effetto davvero notevole. Poiché si fermava sempre dopo aver detto qualcosa senza aggiungere altro, non si sapeva mai quando avrebbe finito di mostrare tutto ciò che sapeva. Scherzoso, divertente, instancabile e affascinante nella conversazione, sorrideva sempre senza mai ridere apertamente; diceva le cose più volgari con il tono più elegante possibile, riuscendo così a farle sembrare meno offensive. Persino le donne più riservate si meravigliavano di ciò che erano costrette a sopportare da lui. Nonostante sentissero che avrebbero dovuto arrabbiarsi, non ne avevano la forza. Gli bastavano ragazze perdute. E non credo che fosse destinato ad avere successo con le donne perbene; tuttavia, era davvero in grado di aggiungere un grande piacere alla compagnia delle persone che ne avevano già abbastanza. Con tanti talenti così attraenti, in un paese dove si apprezzano queste qualità, era difficile che rimanesse a lungo confinato nel mondo dei musicisti.
Il mio interesse per il signor Venture era più razionale nelle sue motivazioni e meno estremo nei suoi effetti, anche se più intenso e duraturo di quello che avevo provato per il signor Bâcle. Amavo vederlo, ascoltarlo; tutto ciò che faceva mi sembrava incantevole, tutto ciò che diceva mi pareva un oracolo. Ma il mio attaccamento non arrivava al punto di impedirmi di stargli lontano. Avevo vicino a me un ottimo rimedio contro questo eccesso. Inoltre, sebbene ritenessi le sue idee molto valide per lui, capivo che non erano adatte a me; avevo bisogno di un altro tipo di piacere, di cui lui nemmeno si rendeva conto, e di cui non osavo nemmeno parlargli. Sicuramente si sarebbe preso gioco di me. Tuttavia, avrei voluto combinare questo sentimento con quello che dominava nella mia vita. Ne parlavo con entusiasmo a mia madre; il Maestro ne parlava in termini lusinghieri. Lei acconsentì che lo portassero da lei. Ma quell’incontro non ebbe affatto successo: lui lo trovò interessante; lei lo considerò un libertino. E, preoccupata per i pericoli che una tale conoscenza avrebbe potuto comportare per me, non solo mi proibì di riportarlo da lei, ma mi descrisse con tanta forza i rischi a cui sarei andato incontro con quel giovane, che divenni molto più cauto nel concedermi a lui. E, fortunatamente per le mie abitudini e per la mia salute mentale, presto fummo separati.
Il signor Maestro aveva i gusti tipici del suo mestiere: amava il vino. A tavola tuttavia era sobrio, ma quando lavorava nel suo studio doveva bere. La sua serva lo conosceva così bene che, non appena iniziava a preparare il materiale per comporre e prendeva il violoncello, subito dopo gli venivano portati il bicchiere e la brocca; quest’ultima veniva rifornita di tanto in tanto. Sebbene non fosse mai completamente ubriaco, era quasi sempre sotto l’influenza dell’alcol. Il che era un peccato, perché era davvero una brava persona, molto allegra, e sua madre lo chiamava soltanto “piccolo gatto”. Purtroppo amava il proprio talento, lavorava sodo, e beveva altrettanto. Questo influenzò negativamente la sua salute e anche il suo umore: a volte diventava irritabile e facilmente offeso. Incapace di essere scortese o di mancare di rispetto verso chiunque, non disse mai una parola cattiva, nemmeno con i suoi figli cantori. Ma nemmeno bisognava offenderlo, il che era giusto. Il problema era che, essendo poco perspicace, non riusciva a distinguere i diversi toni e caratteri delle persone, e spesso reagiva in modo eccessivo anche per motivi insignificanti.
L’antico Capitolo di Ginevra, dove un tempo tanti principi e vescovi si onoravano di entrare, ha perso nel suo esilio la sua antica magnificenza, ma ha conservato la sua fierezza. Per essere ammessi in esso, è sempre necessario essere gentiluomini o dottori della Sorbona; e se c’è un orgoglio perdonabile, dopo quello che deriva dal merito personale, è certamente quello che deriva dalla nascita. Del resto, tutti i preti che hanno laici al loro servizio li trattano solitamente con grande disprezzo. Così facevano anche i canonici nei confronti del povero Le Maître. In particolare il cantore, chiamato Monsignor l’Abate de Vidonne – uomo molto cortese, ma troppo preso dalla sua nobiltà – non sempre riservava a lui gli onori che i suoi talenti meritavano; e l’altro non sopportava facilmente tali disprezi. Quest’anno, durante la Settimana Santa, ebbero un diverbio più acceso del solito durante una cena organizzata dall’vescovo per i canonici, a cui Le Maître era sempre invitato. Il cantore gli fece qualche offesa e gli disse parole dure che quest’ultimo non riuscì a digerire; decise quindi di fuggire la notte seguente, e nulla poté convincerlo a cambiare idea, nonostante Madame de Warens facesse di tutto per calmarlo. Non volle rinunciare al piacere di vendicarsi dei suoi tiranni, lasciandoli in difficoltà durante le feste di Pasqua, periodo in cui avevano un grande bisogno di lui. Ma ciò che lo preoccupava davvero era la sua musica, che voleva portare con sé; il problema era che si trattava di un oggetto piuttosto grosso e pesante, impossibile da trasportare facilmente.
Mamma fece ciò che avrei fatto io, e ciò che farei ancora al suo posto. Dopo molti sforzi inutili per trattenerlo, vedendolo deciso a partire a tutti i costi, scelse di aiutarlo in tutto ciò che era in suo potere. Oso dire che lo doveva. Il Maestro si era praticamente dedicato al suo servizio: sia nel campo del suo mestiere che nelle sue cure quotidiane, era completamente ai suoi ordini, e l’impegno con cui le obbediva dava a tutto un valore particolare. Quindi, in quella circostanza fondamentale, lei stava semplicemente ricambiando ciò che quell’amico aveva fatto per lei negli ultimi tre o quattro anni. Ma lei aveva un’anima tale che, nel compiere simili doveri, non aveva nemmeno bisogno di pensare che si trattasse di un dovere verso di lui. Mi chiamò e mi ordinò di seguire il signor Le Maestro almeno fino a Lione, e di restargli accanto finché avesse avuto bisogno di me. In seguito mi confessò che il desiderio di allontanarmi da Venture aveva avuto un ruolo importante in questa decisione. Consultò Claude Anet, il suo fedele domestico, riguardo al trasporto della cassa. Lui suggerì di non prendere un animale da soma ad Annecy, poiché ci avrebbe inevitabilmente esposti a rischi; piuttosto, di portare la cassa a braccio fino a una certa distanza di notte, e poi noleggiare un asino in un villaggio per proseguire il viaggio fino a Seyssel. Lì, essendo su territorio francese, non avremmo più corso alcun rischio. Seguimmo questo consiglio: partimmo quella stessa sera alle sette, e Mamma, con l’scusa di pagare le mie spese, aumentò leggermente il denaro che avevo con me. Claude Anet, il giardiniere e io portammo la cassa per quanto fu possibile fino al primo villaggio; poi un asino ci aiutò a proseguire il viaggio, e quella stessa notte arrivammo a Seyssel.
Je crois avoir déjà remarqué qu’il y a des temps où je suis si peu semblable à moi-même qu’on me prendrait pour un autre homme de caractère tout opposé. On en va voir un exemple. M. Reydelet, curé de Seyssel, était chanoine de Saint-Pierre, par conséquent de la connaissance de M. Le Maître, et l’un des hommes dont il devait le plus se cacher. Mon avis fut au contraire d’aller nous présenter à lui, et lui demander gîte sous quelque prétexte, comme si nous étions là du consentement du Chapitre. Le Maître goûta cette idée qui rendait sa vengeance moqueuse et plaisante. Nous allâmes donc effrontément chez M. Reydelet, qui nous reçut très bien. Le Maître lui dit qu’il allait à Belley, à la prière de l’évêque, diriger sa musique aux fêtes de Pâques ; qu’il comptait repasser dans peu de jours, et moi, à l’appui de ce mensonge, j’en enfilai cent autres si naturels, que M. Reydelet, me trouvant joli garçon, me prit en amitié et me fit mille caresses. Nous fûmes bien régalés, bien couchés. M. Reydelet ne savait quelle chère nous faire, et nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde, avec promesse de nous arrêter plus longtemps au retour. À peine pûmes-nous attendre que nous fussions seuls pour commencer nos éclats de rire, et j’avoue qu’ils me reprennent encore en y pensant, car on ne saurait imaginer une espièglerie mieux soutenue et plus heureuse. Elle nous eût égayés durant toute la route, si M. Le Maître, qui ne cessait de boire et de battre la campagne, n’eût été attaqué deux ou trois fois d’une atteinte à laquelle il devenait très sujet et qui ressemblait fort à l’épilepsie. Cela me jeta dans des embarras qui m’effrayèrent, et dont je pensai bientôt à me tirer comme je pourrais.
Nous allâmes à Belley passer les fêtes de Pâques comme nous l’avions dit à M. Reydelet ; et, quoique nous n’y fussions point attendus, nous fûmes reçus du Maître de musique et accueillis de tout le monde avec grand plaisir. M. Le Maître avait de la considération dans son art, et la méritait. Le maître de musique de Belley se fit honneur de ses meilleurs ouvrages et tâcha d’obtenir l’approbation d’un si bon juge : car outre que Le Maître était connaisseur, il était équitable, point jaloux et point flagorneur. Il était si supérieur à tous ces maîtres de musique de province, et ils le sentaient si bien eux-mêmes, qu’ils le regardaient moins comme leur confrère que comme leur chef.
Après avoir passé très agréablement quatre ou cinq jours à Belley, nous en repartîmes et continuâmes notre route sans autre accident que ceux dont je viens de parler. Arrivés à Lyon, nous fûmes logés à Notre-Dame-de-Pitié, et en attendant la caisse, qu’à la faveur d’un autre mensonge nous avions embarquée sur le Rhône par les soins de notre bon patron M. Reydelet, M. Le Maître alla voir ses connaissances, entre autres le P. Caton, cordelier, dont il sera parlé dans la suite, et l’abbé Dortan, comte de Lyon. L’un et l’autre le reçurent bien ; mais ils le trahirent comme on verra tout à l’heure ; son bonheur s’était épuisé chez M. Reydelet.
Deux jours après notre arrivée à Lyon, comme nous passions dans une petite rue, non loin de notre auberge, Le Maître fut surpris d’une de ses atteintes, et celle-là fut si violente que j’en fus saisi d’effroi. Je fis des cris, appelai du secours, nommai son auberge et suppliai qu’on l’y fît porter ; puis, tandis qu’on s’assemblait et s’empressait autour d’un homme tombé sans sentiment et écumant au milieu de la rue, il fut délaissé du seul ami sur lequel il eût dû compter. Je pris l’instant où personne ne songeait à moi ; je tournai le coin de la rue et je disparus. Grâce au Ciel, j’ai fini ce troisième aveu pénible. S’il m’en restait beaucoup de pareils à faire, j’abandonnerais le travail que j’ai commencé.
De tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, il en est resté quelques traces dans les lieux où j’ai vécu ; mais ce que j’ai à dire dans le livre suivant est presque entièrement ignoré. Ce sont les plus grandes extravagances de ma vie, et il est heureux qu’elles n’aient pas plus mal fini. Mais ma tête, montée au ton d’un instrument étranger, était hors de son diapason : elle y revint d’elle-même, et alors je cessai mes folies, ou du moins j’en fis de plus accordantes à mon naturel. Cette époque de ma jeunesse est celle dont j’ai l’idée la plus confuse. Rien presque ne s’y est passé d’assez intéressant à mon cœur pour m’en retracer vivement le souvenir, et il est difficile que dans tant d’allées et venues, dans tant de déplacements successifs, je ne fasse pas quelques transpositions de temps ou de lieu. J’écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui me sont aussi présents que s’ils venaient d’arriver ; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’à l’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté. J’ai donc pu faire des erreurs quelquefois, et j’en pourrai faire encore sur des bagatelles, jusqu’au temps où j’ai de moi des renseignements plus sûrs ; mais en ce qui importe vraiment au sujet, je suis assuré d’être exact et fidèle, comme je tâcherai toujours de l’être en tout : voilà sur quoi l’on peut compter.
Sitôt que j’eus quitté M. Le Maître, ma résolution fut prise et je repartis pour Annecy. La cause et le mystère de notre départ m’avaient donné un grand intérêt pour la sûreté de notre retraite ; et cet intérêt, m’occupant tout entier, avait fait diversion durant quelques jours à celui qui me rappelait en arrière ; mais dès que la sécurité me laissa plus tranquille, le sentiment dominant reprit sa place. Rien ne me flattait, rien ne me tentait, je n’avais de désir pour rien que pour retourner auprès de Maman. La tendresse et la vérité de mon attachement pour elle avaient déraciné de mon cœur tous les projets imaginaires, toutes les folies de l’ambition. Je ne voyais plus d’autre bonheur que celui de vivre auprès d’elle, et je ne faisais pas un pas sans sentir que je m’éloignais de ce bonheur. J’y revins donc aussitôt que cela me fut possible. Mon retour fut si prompt et mon esprit si distrait, que, quoique je me rappelle avec tant de plaisir tous mes autres voyages, je n’ai pas le moindre souvenir de celui-là ; je ne m’en rappelle rien du tout, sinon mon départ de Lyon et mon arrivée à Annecy. Qu’on juge surtout si cette dernière époque a dû sortir de ma mémoire ! En arrivant, je ne trouvai plus Mme de Warens ; elle était partie pour Paris.
Je n’ai jamais bien su le secret de ce voyage. Elle me l’aurait dit, j’en suis très sûr, si je l’en avais pressée ; mais jamais homme ne fut moins curieux que moi du secret de ses amis : mon cœur, uniquement occupé du présent, en remplit toute sa capacité, tout son espace et, hors les plaisirs passés qui font désormais mes uniques jouissances, il n’y reste pas un coin de vide pour ce qui n’est plus. Tout ce que j’ai cru d’entrevoir dans le peu qu’elle m’en a dit est que, dans la révolution causée à Turin par l’abdication du roi de Sardaigne, elle craignit d’être oubliée, et voulut, à la faveur des intrigues de M. d’Aubonne, chercher le même avantage à la cour de France, où elle m’a souvent dit qu’elle l’eût préféré, parce que la multitude des grandes affaires fait qu’on n’y est pas si désagréablement surveillé. Si cela est, il est bien étonnant qu’à son retour on ne lui ait pas fait plus mauvais visage, et qu’elle ait toujours joui de sa pension sans aucune interruption. Bien des gens ont cru qu’elle avait été chargée de quelque commission secrète, soit de la part de l’évêque, qui avait alors des affaires à la cour de France, où il fut lui-même obligé d’aller, soit de la part de quelqu’un plus puissant encore, qui sut lui ménager un heureux retour. Ce qu’il y a de sûr, si cela est, est que l’ambassadrice n’était pas mal choisie, et que, jeune et belle encore, elle avait tous les talents nécessaires pour se bien tirer d’une négociation.
FIN du TROISIÈME LIVRE
Livre Quatrième
1731 – 1732
I believe I have already noticed that there are times when I am so different from myself that people might mistake me for another man with a completely opposite character. Here is an example to illustrate this. Mr. Reydelet, the curate of Seyssel, was also a canon of Saint-Pierre and therefore knew Mr. Le Maître quite well—indeed, one of the men he should have avoided at all costs. My opinion, however, was to go and present ourselves to him and ask for shelter under some pretext, as if we had been sent there with the approval of the chapter. Mr. Le Maître found this idea amusing, as it turned his revenge into something mocking and delightful. So we boldly went to Mr. Reydelet’s house, where he welcomed us very kindly. Mr. Le Maître told him that he was going to Belley at the bishop’s request to direct the music during Easter celebrations and that he expected to return in a few days. To support this lie, I came up with hundreds of other natural-sounding excuses. Since Mr. Reydelet found me a pleasant young man, he took a liking to me and treated me very affectionately. We were generously fed and well accommodated. Mr. Reydelet did his best to please us, and we parted as the best of friends, promising to meet again soon after our return. As soon as we were alone, we couldn’t help but burst into laughter—I must admit that thinking back to it still makes me laugh, for one could hardly imagine a more well-executed and enjoyable prank. It would have kept us amused throughout the entire journey if not for Mr. Le Maître, who, due to his constant drinking and erratic behavior, suffered several episodes similar to epilepsy. This caused me quite a bit of worry, but I quickly thought of ways to deal with the situation.
We went to Belley to spend Easter celebrations, just as we had told Mr. Reydelet; and although we were not expected there, we were welcomed by the Music Master and by everyone else with great pleasure. Mr. Le Maître enjoyed considerable respect in his field of art, and he deserved it. The music master of Belley presented his best works and tried to win the approval of such an experienced judge—because, besides being knowledgeable, Mr. Le Maître was also fair, unjealous, and not obsequious at all. He was so far superior to all those provincial music masters that they themselves regarded him less as a colleague than as their leader.
After spending four or five very pleasant days in Belley, we set off again and continued our journey without any further incidents other than those I have just mentioned. Upon arriving in Lyon, we were accommodated at Notre-Dame-de-Pitié. While waiting for the money that, thanks to another lie, we had managed to send down the Rhône through the efforts of our kind patron, Mr. Reydelet, Mr. Le Maître went to visit his acquaintances, among whom was Father Caton, a Cordelier whose story will be mentioned later on, as well as Abbe Dortan, Count of Lyon. Both received him warmly; but they betrayed him, as we shall see soon enough. His good fortune had come to an end at Mr. Reydelet’s house.
Two days after our arrival in Lyon, as we were passing through a small street not far from our inn, the Master was suddenly struck down by one of his attacks—such a violent one that it filled me with terror. I cried out for help, mentioned his inn, and begged them to take him there. But while everyone gathered around the unconscious man who was foaming at the mouth in the middle of the street, he was left alone, without the only friend he could have relied on. Seizing the moment when no one was paying attention to me, I turned the corner and disappeared. Thank heaven, I have finally finished this third difficult confession. If there were many more like it left to make, I would give up the task I began.
Of all that I have said so far, some traces remain in the places where I lived; but what I have to say in the next book is almost entirely unknown. These were the most extreme excesses of my life, and it is fortunate that they did not end more badly. Yet my mind, tuned like a foreign instrument, was out of its natural range; it returned to its normal state on its own, and then I ceased my follies—or at least I began to engage in activities that were more in line with my nature. This period of my youth is the one about which I have the most vague memories. Almost nothing happened there that was particularly significant to me, so it is difficult for me to recall those events clearly. With so many changes and moves, it is inevitable that some details of time or place may have been confused. I am writing entirely from memory, without any aids or references to remind me. There are events in my life that seem as if they happened just yesterday; yet there are gaps and blanks that can only be filled in with stories as vague as the memories I retain. Therefore, I may have made some mistakes at times, and I might still make them regarding trivial matters, until such time as I have more accurate information about myself. But as for what is truly important, I am certain to be accurate and faithful—just as I always strive to be in all things. That is what one can rely on.
As soon as I left Mr. Le Maître, my decision was made, and I set off for Annecy again. The reason behind our departure and the mystery surrounding it had aroused a great interest in me regarding the safety of our retreat; this interest, occupying my entire mind, had distracted me for several days from those who were trying to prevent me from going. But once I felt more secure, that dominant sentiment returned. Nothing pleased me, nothing tempted me; my only desire was to return to my mother. The depth and sincerity of my affection for her had rooted out all fanciful plans and the follies of ambition from my heart. I saw no other happiness than living with her, and I felt that every step I took was taking me further away from it. Therefore, I returned as soon as it was possible. My return was so hasty, and my mind so preoccupied, that although I recall all my other journeys with great pleasure, I have not the slightest memory of this one—except for leaving Lyon and arriving in Annecy. One must especially consider how difficult it must have been for me to forget such an important event! Upon arriving, I found that Madame de Warens had left; she had gone to Paris.
I never truly understood the secret of that journey. I am very certain that she would have told me if I had pressed her; but no man was ever less curious than I about the secrets of his friends. My heart, occupied solely by the present, filled all its capacity and space; aside from the past pleasures which now constitute my only joys, there was not a single trace left for anything that no longer existed. All I managed to infer from what she told me was that, during the upheaval caused in Turin by the abdication of the King of Sardinia, she feared being forgotten and sought, through the intrigues of Mr. d’Aubonne, to gain the same advantage at the French court—where she often said she would have preferred to be, since the multitude of important affairs there meant one was not so closely monitored. If this is indeed the case, it is quite astonishing that, upon her return, she did not encounter any difficulties and continued to receive her pension without interruption. Many people believed that she had been entrusted with some secret mission, either by the bishop, who at that time had affairs at the French court and was himself forced to go there, or by someone even more powerful who managed to secure her a successful return. What is certain, if this is true, is that the ambassador was well chosen; young and beautiful as she was, she possessed all the necessary talents to handle such negotiations skillfully.
End of Book Three
Book Four
1731 – 1732
Credo di aver già notato che ci sono momenti in cui sono così poco simile a me stesso da essere scambiato per un altro uomo dal carattere completamente opposto al mio. Ecco un esempio: il signor Reydelet, parroco di Seyssel, era canonico di Saint-Pierre e quindi conosceva bene il signor Le Maître, ed era proprio uno degli uomini da cui avrebbe dovuto nascondersi a tutti i costi. Io, invece, proposi di andare a presentarci a lui e chiedergli ospitalità sotto qualche pretesto, come se fossimo lì con il permesso del capitolo della chiesa. Il signor Le Maître apprezzò molto questa idea: rendeva la sua vendetta qualcosa di sarcastico e divertente. Così andammo senza alcuna esitazione da Monsignor Reydelet, che ci accolse molto bene. Il signor Le Maître gli disse che stava andando a Belley, su invito del vescovo, per dirigere la musica durante le feste di Pasqua; aggiunse che sarebbe tornato presto. E io, a sostegno di questa menzogna, ne inventai altre centinaia, così naturali da far credere a Monsignor Reydelet che fossi un ragazzo davvero simpatico. Mi prese in simpatia e mi trattò con grande affetto. Fummo ben nutriti e alloggiati con ogni comodità. Monsignor Reydelet non sapeva proprio come renderci felici, e ci separammo come i migliori amici del mondo, promettendoci di rivederci al nostro ritorno. Non appena fummo soli, iniziammo a ridere a crepapelle. Devo ammettere che ancora oggi, ripensandoci, mi viene da ridere: non si potrebbe immaginare una bravata più ben congegnata e più riuscita. Ci sarebbe divertito molto per tutto il viaggio, se solo il signor Le Maître, che non smetteva di bere e di girovagare per le campagne, non fosse stato colpito due o tre volte da un attacco simile all’epilessia. Questo mi mise in una situazione molto imbarazzante, ma riuscii comunque a trovare il modo per uscirne.
Andammo a Belley per trascorrere le feste di Pasqua, come avevamo detto al signor Reydelet; e sebbene non fossimo attesi, fummo accolti dal maestro di musica e da tutti con grande piacere. Il maestro di musica di Belley si fece onore presentando i suoi migliori lavori e cercò di ottenere l’approvazione di un giudice così competente: perché oltre ad essere un conoscitore, era anche equo, senza gelosia né adulazioni. Era così superiore a tutti quei maestri di musica provinciali che loro stessi lo consideravano meno come un collega che come il loro capo.
Dopo aver trascorso quattro o cinque giorni molto piacevolmente a Belley, ne ripartimmo e continuammo il nostro viaggio senza altri incidenti se non quelli di cui ho appena parlato. Arrivati a Lione, fummo alloggiati presso Notre-Dame-de-Pitié; in attesa del denaro che, grazie a un altro inganno, avevamo fatto trasportare sul Rodano tramite il nostro buon padrone, il signor Reydelet, il signor Le Maître andò a visitare alcune persone che conosceva, tra cui il padre Catone, del ordine dei Cordelieri, di cui si parlerà in seguito, e l’abate Dortan, conte di Lione. Entrambi lo accolsero bene; ma lo tradirono, come vedremo presto. La sua fortuna era ormai esaurita presso il signor Reydelet.
Due giorni dopo il nostro arrivo a Lione, mentre attraversavamo una piccola strada non lontano dalla nostra locanda, il Maestro fu colpito da un attacco improvviso; quell’attacco fu così violento che anch’io ne fui preso dal terrore. Gridai chiedendo aiuto, indicai la sua locanda e supplicai che lo portassero lì; intanto, mentre tutti si radunavano intorno a un uomo privo di sensi e che sputava sangue in mezzo alla strada, lui fu abbandonato dall’unico amico su cui avrebbe potuto contare. Approfittai del momento in cui nessuno si occupava di me; girai l’angolo della strada e scomparvii. Grazie al Cielo, ho finalmente terminato questo terzo e doloroso racconto. Se ne fossero rimasti molti altri da fare, avrei abbandonato il lavoro che avevo iniziato.
Di tutto ciò che ho detto finora, sono rimaste alcune tracce nei luoghi in cui ho vissuto; ma ciò che ho da dire nel libro successivo è quasi completamente sconosciuto. Si tratta delle più grandi stravaganze della mia vita, e fortunatamente non hanno avuto un esito peggiore. Tuttavia, la mia mente, portata a suonare come uno strumento estraneo, era fuori dal suo ambito naturale; è tornata da sola al giusto tono, e allora ho smesso le mie follie, o almeno ne ho fatte di più in armonia con la mia natura. Quell’epoca della mia giovinezza è quella di cui ho i ricordi più confusi. Quasi nulla di ciò che vi è accaduto è stato abbastanza interessante per il mio cuore da lasciare un ricordo vivido; inoltre, in tante avventure e spostamenti continui, è facile che io abbia commesso qualche errore riguardo al tempo o al luogo. Scrivo esclusivamente sulla base della memoria, senza alcun documento o materiale che possa aiutarmi a ricordare con precisione. Ci sono eventi della mia vita che mi sembrano così vicini come se fossero appena accaduti; ma ci sono anche lacune e vuoti che posso colmare soltanto attraverso racconti altrettanto confusi dei ricordi che ne ho conservato. Pertanto, a volte potrei aver commesso errori, e forse ne commetterò ancora su piccole cose, fino al momento in cui avrò informazioni più precise su me stesso; ma per quanto riguarda ciò che è veramente importante, sono certo di essere accurato e fedele, come cercherò sempre di essere in tutto: su questo si può contare.
Non appena lasciai il signor Le Maître, presi la mia decisione e ripartii per Annecy. La ragione e il mistero della nostra partenza avevano suscitato in me un grande interesse riguardo alla sicurezza del nostro rifugio; e questo interesse, assorbendomi completamente, aveva distolto, per alcuni giorni, la mia attenzione da ciò che mi tratteneva indietro. Ma non appena la sicurezza mi permise di riposare in tranquillità, il sentimento dominante riacquistò il sopravvento. Niente mi lusingava, niente mi tentava; non desideravo nulla se non tornare da mia madre. La tenerezza e la profondità del mio affetto per lei avevano estirpato dal mio cuore tutti i progetti vani, tutte le follie dell’ambizione. Non vedeva altro felicità che quella di vivere al suo fianco, e non facevo un passo senza sentire di allontanarmi da essa. Così tornai subito che ne ebbi l’opportunità. Il mio ritorno fu così rapido e la mia mente così assorbita dai miei pensieri, che, sebbene ricordi con grande piacere tutti gli altri viaggi che ho fatto, non ho il minimo ricordo di quello. Non mi ricordo nulla, se non del mio lascio di Lione e del mio arrivo ad Annecy. Si possa giudicare quanto questa ultima fase della mia vita debba essere stata dimenticata dalla mia memoria! Arrivato ad Annecy, non trovai più la signora de Warens: lei era partita per Parigi.
Non ho mai realmente compreso il segreto di quel viaggio. Ne sono molto sicuro: se l’avessi sollecitata, me lo avrebbe detto; ma nessun uomo è mai stato meno curioso del segreto dei propri amici di quanto lo fossi io. Il mio cuore, completamente assorbito dal presente, non lasciava spazio per nulla che non riguardasse i piaceri passati, ormai le uniche cose che mi procurassero gioia. Tutto ciò che ho potuto intuire dalle poche cose che mi ha detto è che, durante la rivoluzione causata ad Torino dall’abdicazione del re di Sardegna, temeva di essere dimenticata; perciò, grazie alle intrighi di Monsieur d’Aubonne, cercò di ottenere lo stesso vantaggio alla corte di Francia, dove mi disse spesso che avrebbe preferito trovarsi. Poiché la moltitudine delle grandi questioni politiche vi rende meno soggetti a controlli invasivi. Se è davvero così, è davvero sorprendente che al suo ritorno non le sia stato fatto alcun ostacolo e che abbia sempre ricevuto regolarmente la sua pensione senza interruzioni. Molti hanno pensato che fosse stata incaricata di qualche missione segreta, sia da parte dell’arcivescovo, che all’epoca aveva degli affari alla corte di Francia e fu costretto ad andarvi personalmente, sia da parte di qualcuno ancora più potente, che riuscì a garantirle un ritorno tranquillo. Quello che è certo, se davvero è così, è che l’ambasciatrice era stata scelta molto bene: giovane e bella, possedeva tutti i talenti necessari per affrontare con successo una simile missione.
Fine del terzo libro.
Libro Quarto
1731 – 1732
J’arrive, et je ne la trouve plus. Qu’on juge de ma surprise et de ma douleur ! C’est alors que le regret d’avoir lâchement abandonné. M. Le Maître commença de se faire sentir ; il fut plus vif encore quand j’appris le malheur qui lui était arrivé. Sa caisse de musique qui contenait toute sa fortune, cette précieuse caisse, sauvée avec tant de fatigue, avait été saisie en arrivant à Lyon, par les soins du comte Dortan, à qui le Chapitre avait fait écrire pour le prévenir de cet enlèvement furtif. Le Maître avait en vain réclamé son bien, son gagne-pain, le travail de toute sa vie. La propriété de cette caisse était tout au moins sujette à litige ; il n’y en eut point. L’affaire fut décidée à l’instant même par la loi du plus fort, et le pauvre Le Maître perdit ainsi le fruit de ses talents, l’ouvrage de sa jeunesse, et la ressource de ses vieux jours.
Il ne manqua rien au coup que je reçus pour le rendre accablant. Mais j’étais dans un âge où les grands chagrins ont peu de prise, et je me forgeai bientôt des consolations. Je comptais avoir dans peu des nouvelles de Mme de Warens, quoique je ne susse pas son adresse et qu’elle ignorât que j’étais de retour ; et quant à ma désertion, tout bien compté, je ne la trouvais pas si coupable. J’avais été utile à M. Le Maître dans sa retraite, c’était le seul service qui dépendît de moi. Si j’étais resté avec lui en France, je ne l’aurais pas guéri de son mal, je n’aurais pas sauvé sa caisse, je n’aurais fait que doubler sa dépense, sans lui pouvoir être bon à rien. Voilà comment alors je voyais la chose : je la vois autrement aujourd’hui. Ce n’est pas quand une vilaine action vient d’être faite qu’elle nous tourmente, c’est quand longtemps après on se la rappelle ; car le souvenir ne s’en éteint point.
Le seul parti que j’avais à prendre pour avoir des nouvelles de Maman était d’en attendre ; car où l’aller chercher à Paris, et avec quoi faire le voyage ? Il n’y avait point de lieu plus sûr qu’Annecy pour savoir tôt ou tard où elle était. J’y restai donc. Mais je me conduisis assez mal. Je n’allai pas voir l’évêque qui m’avait protégé et qui me pouvait protéger encore. Je n’avais plus ma patronne auprès de lui et je craignais les réprimandes sur notre évasion. J’allai moins encore au séminaire. M. Gros n’y était plus. Je ne vis personne de ma connaissance ; j’aurais pourtant bien voulu aller voir Mme l’Intendante, mais je n’osai jamais. Je fis plus mal que tout cela. Je retrouvai M. Venture, auquel, malgré mon enthousiasme, je n’avais pas même pensé depuis mon départ. Je le retrouvai brillant et fêté dans tout Annecy ; les dames se l’arrachaient. Ce succès acheva de me tourner la tête. Je ne vis plus rien que M. Venture, et il me fit presque oublier Mme de Warens. Pour profiter de ses leçons plus à mon aise, je lui proposai de partager avec moi son gîte ; il y consentit. Il était logé chez un cordonnier, plaisant et bouffon personnage, qui, dans son patois, n’appelait pas sa femme autrement que salopiéré ; nom qu’elle méritait assez. Il avait avec elle des prises que Venture avait soin de faire durer en paraissant vouloir faire le contraire. Il leur disait d’un ton froid et dans son accent provençal des mots qui faisaient le plus grand effet ; c’étaient des scènes à pâmer de rire. Les matinées se passaient ainsi sans qu’on y songeât : à deux ou trois heures, nous mangions un morceau ; Venture s’en allait dans ses sociétés, où il soupait, et moi j’allais me promener seul, méditant sur son grand mérite, admirant, convoitant ses rares talents, et maudissant ma maussade étoile qui ne m’appelait point à cette heureuse vie. Eh ! que je m’y connaissais mal ! la mienne eût été cent fois plus charmante si j’avais été moins bête, et si j’en avais su mieux jouir.
Mme de Warens n’avait emmené qu’Anet avec elle ; elle avait laissé Merceret, sa femme de chambre, dont j’ai parlé. Je la trouvai occupant encore l’appartement de sa maîtresse. Mlle Merceret était une fille un peu plus âgée que moi, non pas jolie, mais assez agréable ; une bonne Fribourgeoise sans malice, et à qui je n’ai connu d’autre défaut que d’être quelquefois un peu mutine avec sa maîtresse. Je l’allais voir assez souvent ; c’était une ancienne connaissance, et sa vue m’en rappelait une plus chère qui me la faisait aimer. Elle avait plusieurs amies, entre autres une Mlle Giraud, genevoise, qui pour mes péchés s’avisa de prendre du goût pour moi. Elle pressait toujours Merceret de m’amener chez elle ; je m’y laissais mener, parce que j’aimais assez Merceret, et qu’il y avait là d’autres jeunes personnes que je voyais volontiers. Pour Mlle Giraud, qui me faisait toutes sortes d’agaceries, on ne peut rien ajouter à l’aversion que j’avais pour elle. Quand elle approchait de mon visage son museau sec et noir, barbouillé de tabac d’Espagne, j’avais peine à m’abstenir d’y cracher. Mais je prenais patience ; à cela près, je me plaisais fort au milieu de toutes ces filles, et, soit pour faire leur cour à Mlle Giraud, soit pour moi-même, toutes me fêtaient à l’envi. Je ne voyais à tout cela que de l’amitié. J’ai pensé depuis qu’il n’eût tenu qu’à moi d’y voir davantage : mais je ne m’en avisais pas, je n’y pensais pas.
D’ailleurs des couturières, des filles de chambre, de petites marchandes ne me tentaient guère. Il me fallait des Demoiselles. Chacun a ses fantaisies ; ç’a toujours été la mienne, et je ne pense pas comme Horace sur ce point-là. Ce n’est pourtant pas du tout la vanité de l’état et du rang qui m’attire ;[36] c’est un teint mieux conservé, de plus belles mains, une parure plus gracieuse, un air de délicatesse et de propreté sur toute la personne, plus de goût dans la manière de se mettre et de s’exprimer, une robe plus fine et mieux faite, une chaussure plus mignonne, des rubans, de la dentelle, des cheveux mieux ajustés. Je préférerais toujours la moins jolie ayant plus de tout cela. Je trouve moi-même cette préférence très ridicule, mais mon cœur la donne malgré moi.
Hé bien ! cet avantage se présentait encore, et il ne tint encore qu’à moi d’en profiter. Que j’aime à tomber de temps en temps sur les moments agréables de ma jeunesse ! Ils m’étaient si doux ; ils ont été si courts, si rares, et je les ai goûtés à si bon marché ! Ah ! leur seul souvenir rend encore à mon cœur une volupté pure dont j’ai besoin pour ranimer mon courage et soutenir les ennuis du reste de mes ans.
L’aurore un matin me parut si belle que m’étant habillé précipitamment, je me hâtai de gagner la campagne pour voir lever le soleil. Je goûtai ce plaisir dans tout son charme ; c’était la semaine après la Saint-Jean. La terre, dans sa plus grande parure, était couverte d’herbe et de fleurs ; les rossignols, presque à la fin de leur ramage, semblaient se plaire à le renforcer ; tous les oiseaux, faisant en concert leurs adieux au printemps, chantaient la naissance d’un beau jour d’été, d’un de ces beaux jours qu’on ne voit plus à mon âge, et qu’on n’a jamais vus dans le triste sol où j’habite aujourd’hui.[37]
I arrive, and I find it gone. One can only imagine my surprise and my pain! It was then that the regret of having so cowardly abandoned it began to weigh heavily on me. The feelings of remorse grew even stronger when I learned of the misfortune that had befallen him. His music box, which contained all his wealth—that precious box, which he had saved with such great effort—had been seized upon his arrival in Lyon by Count Dortan, after the Chapter had sent a letter to warn him of this stealthy theft. The Master had vainly demanded the return of his property, his means of support, the fruit of all his life’s work. At least there should have been a legal dispute over ownership of that box; but there was none. The matter was decided instantly by the law of the stronger, and the poor Master lost thus the fruits of his talents, the work of his youth, and the means to support himself in his old age.
There was nothing missing from the blow I received that could have made it especially unbearable. But I was at an age where great sorrows have little effect on one, and soon I found ways to comfort myself. I hoped to hear news from Madame de Warens soon, although I did not know her address and she had no idea that I had returned; as for my own “desertion,” after all, I did not find it so grievous. I had been of some use to Monsieur Le Maître during his retreat—that was the only service I could render him. If I had stayed with him in France, I would not have cured him of his illness, nor saved his money; I would only have doubled his expenses and been of no help at all. That is how I viewed it back then; today, I see it differently. It is not when a wicked act has just been committed that it begins to torment us, but long after that, when we remember it again—because the memory never fades away.
The only way I had to find out anything about my mother was to wait for news; where else could I go to look for her in Paris, and with what means could I make the journey? There was no safer place than Annecy to eventually learn where she was. So I stayed there. But I behaved rather poorly. I did not go to see the bishop who had protected me and who could still protect me. I no longer had my patroness by his side, and I feared reprimands regarding our escape. I even became even less frequent at the seminary. Mr. Gros was no longer there. I didn’t meet anyone I knew; yet I really wanted to visit Madame l’Intendante, but I never dared. What I did was even worse than all that. I ran into M. Venture again, but despite my enthusiasm, I hadn’t thought of him since I left. I found him to be very popular and much admired in Annecy; the ladies were all fawning over him. This success completely turned my head. I could think of nothing but M. Venture, and he almost made me forget about Madame de Warens. In order to take his lessons more conveniently, I offered to share his lodging with him; he agreed. He was staying with a cobbler, a pleasant and humorous man who, in his local dialect, referred to his wife as nothing but “salopiéré”; a name that she thoroughly deserved. The cobbler had some disagreements with his wife, but Venture would always make sure those disagreements seemed to last longer, even though he pretended to do the opposite. He would address them in a cold tone, with his Provençal accent, using words that had a very funny effect; it was truly hilarious. We spent our mornings like this, without even realizing it. At two or three o’clock, we would have something to eat; then Venture would go off to his social activities where he would have dinner, while I would go for a walk alone, pondering over his great qualities, admiring and envying his rare talents, and cursing my own unfortunate fate that did not allow me to live such a happy life. Ah! How little I understood what was really good for me! My life could have been a hundred times more delightful if I had been less foolish and if I had known how to enjoy it better.
Madam de Warens had only taken Anet with her; she had left behind Merceret, her maid, about whom I have already spoken. I found her still occupying her mistress’s apartment. Miss Merceret was a girl a bit older than me; not pretty, but quite pleasant—a good-hearted Fribourgeois woman, without any malice, though sometimes a bit rebellious toward her mistress. I used to visit her quite often; we were old acquaintances, and her presence reminded me of another dear friend who made me fond of her as well. She had several friends, among them a Miss Giraud from Geneva, who, for my own misfortune, took a liking to me. She kept urging Merceret to invite me to her place; I allowed myself to be taken there because I rather liked Merceret, and there were also other young ladies I enjoyed meeting. As for Miss Giraud, who caused me all sorts of trouble, one can only add to the aversion I felt toward her. Whenever she brought her dry, black nose, smeared with Spanish tobacco, close to my face, I could hardly resist the urge to spit on it. But I endured it; otherwise, I really enjoyed being among all these girls, and whether it was to please Miss Giraud or for my own sake, they all flattered me eagerly. I saw nothing but friendship in all this. Later on, I realized that it would have been entirely up to me to see more than friendship there—but at the time, I hadn’t thought of it; I simply didn’t consider it possible.
Besides, dressmakers, maids, and petty shopkeepers held little appeal for me. What I wanted were young ladies. Everyone has their own fantasies; mine has always been this, and I don’t think in the same way as Horace on this matter. Yet it’s certainly not the vanity of status or rank that attracts me;[36] it’s a more well-preserved complexion, hands that are more beautiful, more graceful attire, an air of delicacy and cleanliness throughout one’s person, greater taste in how one dresses and expresses oneself, a finer and better-made dress, more charming shoes, ribbons, lace, and hair that is neatly arranged. I would always prefer the less attractive person who possesses all these qualities. I myself find this preference quite ridiculous, but my heart dictates it against my will.
Well! That advantage presented itself once again, and it still depended solely on me to make use of it. How I love to occasionally rediscover these pleasant moments from my youth! They were so gentle, yet so brief, so rare, and I enjoyed them at such little cost! Ah! The mere memory of them still brings my heart pure delight, a joy that I need in order to regain my courage and endure the hardships of the rest of my years.
One morning, the dawn seemed so beautiful to me that I got dressed in a hurry and hurried off into the countryside to watch the sun rise. I enjoyed this sight in all its beauty; it was the week after St. John’s Day. The earth, in all its splendor, was covered with grass and flowers; the nightingales, nearly at the end of their song-making season, seemed to enjoy adding their voices to this celebration; all the birds, singing together as they bid farewell to spring, heralded the arrival of a beautiful summer day—one of those lovely days that one no longer sees in my age, and that have never been seen in the bleak land where I live today.[37]
Arrivo, e non la trovo più. Che si possa immaginare la mia sorpresa e il mio dolore! Fu allora che iniziò a tormentarmi il rimorso di averlo abbandonato così crudelmente. Il Maestro cominciò a farsi sentire; il suo dolore divenne ancora più intenso quando appresi la sfortuna che gli era accaduta. La sua cassa da musica, che conteneva tutta la sua fortuna, quella preziosa cassa, salvata con tanta fatica, era stata sequestrata al suo arrivo a Lione, per ordine del conte Dortan, a cui il Capitolo aveva inviato una lettera per avvertirlo di questo furto. Il Maestro aveva invano reclamato la sua proprietà, il mezzo di sussistenza, il frutto di tutta la sua vita. La questione avrebbe potuto essere risolta legalmente; invece non ci fu alcun processo. Tutto fu deciso all’istante, secondo la legge del più forte. E il povero Maestro perse così il risultato dei suoi sforzi, l’opera di tutta la sua giovinezza, e la risorsa per i suoi ultimi anni.
Non mancava nulla a quel colpo che ricevetti, per renderlo particolarmente doloroso. Ma ero in un’età in cui i grandi dolori hanno poco effetto su di me, e presto trovai delle consolazioni. Speravo di ricevere presto notizie della signora de Warens, anche se non conoscevo il suo indirizzo e lei ignorava che fossi tornato. Quanto alla mia “diserzione”, a ben pensarci, non la ritenevo così colpevole. Avevo infatti reso un servizio al signor Le Maître durante la sua reclusione: era l’unico favore che potessi fargli. Se fossi rimasto con lui in Francia, non avrei potuto guarirlo dalla sua malattia, né salvare i suoi beni. Anzi, avrei solo raddoppiato le sue spese, senza essere di alcun aiuto per lui. Ecco come la vedevo allora. Oggi la vedo in modo diverso. Non è quando si compie un atto malvagio che ci tormenta, ma molto tempo dopo, quando ne ricordiamo. Perché il ricordo non svanisce mai.
L’unico modo che avevo per avere notizie di Mamma era aspettarle; dove andarla a cercare a Parigi, e con cosa fare il viaggio? Non c’era luogo più sicuro di Annecy per sapere, prima o poi, dove si trovasse. Così rimasi lì. Ma mi comportai molto male: non andai nemmeno dal vescovo che mi aveva protetto e che avrebbe potuto proteggermi ancora; non avevo più la mia protettrice al suo fianco, e temevo rimproveri per la nostra fuga. Andavo ancora meno al seminario. M. Gros non c’era più; non vidi nessuno che conoscessi. Avrei voluto molto incontrare Madame l’Intendante, ma non osai mai farlo. Feci ancora di peggio: ritrovai M. Venture, a cui, nonostante il mio entusiasmo, non avevo nemmeno pensato da quando ero partito. Lo trovai brillante e molto ammirato in tutta Annecy; le signore si contendevano la sua attenzione. Questo successo finì per farmi perdere la testa. Non vedevo più nulla se non M. Venture. Mi fece quasi dimenticare Madame de Warens. Per poter approfittare più facilmente delle sue lezioni, gli proposi di condividere il suo alloggio con me; acconsentì. Viveva in casa di un calzolaio, un uomo piacevole e buffo che, nel suo dialetto provenzale, chiamava sua moglie “salopiéré”. Un nome che lei meritava davvero. Aveva con lei delle relazioni che Venture faceva in modo che durassero, fingendo di volerle impedire. Le diceva, con tono freddo e nel suo accento provenzale, parole che avevano un effetto straordinario. Erano scene davvero esilaranti. Le mattine trascorrevano così, senza che ce ne rendessimo conto. Alle due o tre del pomeriggio mangiavamo qualcosa; Venture andava alle sue riunioni, dove cenava, e io me ne andavo a fare una passeggiata da solo, riflettendo sul suo grande merito, ammirando i suoi rari talenti. E maledicendo la mia sfortuna che non mi destinava a una vita così felice. Ah! Quanto poco ne sapevo. La mia vita sarebbe stata cento volte più bella se fossi stato meno stupido. E se avessi saputo apprezzarla di più.
La signora de Warens aveva portato con sé solo Anet; aveva lasciato a casa Merceret, la sua cameriera di cui ho già parlato. La trovai ancora nell’appartamento della sua padrona. La signorina Merceret era una ragazza un po’ più anziana di me: non bella, ma abbastanza attraente; una brava ragazza di Friburgo, senza malizia, e a cui non conoscevo altro difetto se non quello di essere talvolta un po’ ribelle verso la sua padrona. La vedevo abbastanza spesso: era un’antica conoscenza, e la sua presenza mi ricordava un’altra persona molto cara che mi faceva volerla bene. Aveva diverse amiche, tra cui una certa signorina Giraud, di Ginevra, che, per i miei “peccati”, decise di prendere interesse per me. Insisteva sempre affinché Merceret mi portasse a casa sua; io ci andavo perché mi piaceva abbastanza Merceret e perché c’erano altre giovani donne che vedevo volentieri. Per quanto riguarda la signorina Giraud, che mi causava ogni sorta di fastidi, non si può aggiungere nulla all’avversione che provavo per lei. Quando avvicinava il suo muso secco e nero, sporco di tabacco d’Spagna, al mio viso, faticavo a trattenermi dal sputarci sopra. Ma prendevo pazienza; a parte questo, mi divertivo molto in mezzo a tutte quelle ragazze, e sia per compiacere la signorina Giraud che per mio piacere, tutte mi trattavano con grande affetto. Non vedevo in tutto ciò altro che amicizia. In seguito ho pensato che sarebbe bastato solo che lo volessi io per vedere qualcosa di più in quelle relazioni. Ma all’epoca non me ne rendevo conto, non ci pensavo nemmeno.
Del resto, le sarte, le cameriere e le piccole commercianti non mi attiravano affatto; avevo bisogno di “Signorine”. Ognuno ha le sue fantasie; questa è sempre stata la mia, e in questo punto non penso come Orazio. Tuttavia, non è affatto la vanità dello status sociale o del rango quella che mi attira; si tratta piuttosto di una pelle più ben conservata, di mani più belle, di un abbigliamento più grazioso, di un aspetto delicato e pulito in tutto il corpo, di un gusto maggiore nel modo di vestirsi ed esprimersi, di un abito più raffinato e ben confezionato, di un paio di scarpe più carine, di nastri, di pizzo, di capelli meglio acconciati. Preferirei sempre quella meno bella che possedesse tutto ciò. Riconosco che questa preferenza sia molto ridicola, ma il mio cuore la esprime contro la mia volontà.
Ebbene! Quel vantaggio si presentava ancora. Ed era ancora solo a me che spettava approfittarne. Che gioia ritrovare, di tanto in tanto, quei momenti piacevoli della mia giovinezza! Erano così dolci. Eppure così brevi, così rari. E li ho goduti a un prezzo così basso. Ah! Solo il loro ricordo riesce ancora a infondere nel mio cuore una gioia pura, di cui ho bisogno per rinvigorire il mio coraggio e sopportare le difficoltà del resto dei miei anni.
Una mattina, l’alba mi parve così bella che, dopo essermi vestito in fretta, mi affrettai a recarmi in campagna per assistere all’alzarsi del sole. Godetti di quel piacere nella sua massima intensità; era la settimana successiva a San Giovanni. La terra, nel suo più splendido abbigliamento, era coperta d’erba e fiori; i rossellini, ormai quasi alla fine del loro periodo canoro, sembravano voler rafforzare ancora di più quel canto primaverile; tutti gli uccelli, intonando in coro addii alla primavera, cantavano la nascita di una bella giornata estiva, di uno di quei giorni meravigliosi che ormai non si vedono più alla mia età, e che mai si sono visti nel triste luogo dove vivo oggi.[37]
Je m’étais insensiblement éloigné de la ville, la chaleur augmentait, et je me promenais sous des ombrages dans un vallon le long d’un ruisseau. J’entends derrière moi des pas de chevaux et des voix de filles qui semblaient embarrassées, mais qui n’en riaient pas de moins bon cœur. Je me retourne, on m’appelle par mon nom, je m’approche, je trouve deux jeunes personnes de ma connaissance, Mlle de Graffenried et Mlle Galley, qui, n’étant pas d’excellentes cavalières, ne savaient comment forcer leurs chevaux à passer le ruisseau. Mlle de Graffenried était une jeune Bernoise fort aimable, qui, par quelque folie de son âge, ayant été jetée hors de son pays, avait imité Mme de Warens, chez qui je l’avais vue quelquefois ; mais, n’ayant pas eu une pension comme elle, elle avait été trop heureuse de s’attacher à Mlle Galley, qui, l’ayant prise en amitié, avait engagé sa mère à la lui donner pour compagne jusqu’à ce qu’on la pût placer de quelque façon. Mlle Galley, d’un an plus jeune qu’elle, était encore plus jolie ; elle avait je ne sais quoi de plus délicat, de plus fin ; elle était en même temps très mignonne et très formée, ce qui est pour une fille le plus beau moment. Toutes deux s’aimaient tendrement et leur bon caractère à l’une et à l’autre ne pouvait qu’entretenir longtemps cette union, si quelque amant ne venait pas la déranger. Elles me dirent qu’elles allaient à Thônes, vieux château appartenant à Mme Galley ; elles implorèrent mon secours pour faire passer leurs chevaux, n’en pouvant venir à bout elles seules. Je voulus fouetter les chevaux ; mais elles craignaient pour moi les ruades et pour elles les haut-le-corps. J’eus recours à un autre expédient. Je pris par la bride le cheval de Mlle Galley, puis, le tirant après moi, je traversai le ruisseau ayant de l’eau jusqu’à mi-jambes, et l’autre cheval suivit sans difficulté. Cela fait, je voulus saluer ces demoiselles, et m’en aller comme un benêt : elles se dirent quelques mots tout bas, et Mlle de Graffenried s’adressant à moi : Non pas, non pas, me dit-elle, on ne nous échappe pas comme cela. Vous vous êtes mouillé pour notre service ; et nous devons en conscience avoir soin de vous sécher : il faut, s’il vous plaît, venir avec nous ; nous vous arrêtons prisonnier. Le cœur me battait, je regardais Mlle Galley. Oui, oui, ajouta-elle en riant de ma mine effarée, prisonnier de guerre ; montez en croupe derrière elle ; nous voulons rendre compte de vous. — Mais Mademoiselle, je n’ai point l’honneur d’être connu de Madame votre mère ; que dira-t-elle en me voyant arriver ? — Sa mère, reprit Mlle de Graffenried, n’est pas à Thônes, nous sommes seules ; nous revenons ce soir, et vous reviendrez avec nous.
L’effet de l’électricité n’est pas plus prompt que celui que ces mots firent sur moi. En m’élançant sur le cheval de Mlle de Graffenried je tremblais de joie, et quand il fallut l’embrasser pour me tenir, le cœur me battait si fort qu’elle s’en aperçut ; elle me dit que le sien lui battait aussi par la frayeur de tomber ; c’était presque, dans ma posture, une invitation de vérifier la chose ; je n’osai jamais, et durant tout le trajet mes deux bras lui servirent de ceinture, très serrée à la vérité, mais sans se déplacer un moment. Telle femme qui lira ceci me souffletterait volontiers, et n’aurait pas tort.
La gaieté du voyage et le babil de ces filles aiguisèrent tellement le mien, que jusqu’au soir, et tant que nous fûmes ensemble, nous ne déparlâmes pas un moment. Elles m’avaient mis si bien à mon aise, que ma langue parlait autant que mes yeux, quoiqu’elle ne dît pas les mêmes choses. Quelques instants seulement, quand je me trouvais tête-à-tête avec l’une ou l’autre, l’entretien s’embarrassait un peu ; mais l’absente revenait bien vite, et ne nous laissait pas le temps d’éclaircir cet embarras.
Arrivés à Thônes, et moi bien séché, nous déjeunâmes. Ensuite il fallut procéder à l’importante affaire de préparer le dîner. Les deux demoiselles, tout en cuisinant, baisaient de temps en temps les enfants de la grangère et le pauvre marmiton regardait faire en rongeant son frein. On avait envoyé des provisions de la ville, et il y avait de quoi faire un très bon dîner, surtout en friandises ; mais malheureusement on avait oublié du vin. Cet oubli n’était pas étonnant pour des filles qui n’en buvaient guère : mais j’en fus fâché, car j’avais un peu compté sur ce secours pour m’enhardir. Elles en furent fâchées aussi, par la même raison peut-être, mais je n’en crois rien. Leur gaieté vive et charmante était l’innocence même ; et d’ailleurs qu’eussent-elles fait de moi entre elles deux ? Elles envoyèrent chercher du vin partout aux environs ; on n’en trouva point, tant les paysans de ce canton sont sobres et pauvres. Comme elles m’en marquaient leur chagrin, je leur dis de n’en pas être si fort en peine, qu’elles n’avaient pas besoin de vin pour m’enivrer. Ce fut la seule galanterie que j’osai leur dire de la journée ; mais je crois que les friponnes voyaient de reste que cette galanterie était une vérité.
Nous dînâmes dans la cuisine de la grangère, les deux amies assises sur des bancs aux deux côtés de la longue table, et leur hôte entre elles deux sur une escabelle à trois pieds. Quel dîner ! quel souvenir plein de charmes ! Comment, pouvant à si peu de frais goûter des plaisirs si purs et si vrais, vouloir en rechercher d’autres ? Jamais souper des petites maisons de Paris n’approcha de ce repas, je ne dis pas seulement pour la gaieté, pour la douce joie, mais je dis pour la sensualité.
Après le dîner nous fîmes une économie. Au lieu de prendre le café qui nous restait du déjeuner, nous le gardâmes pour le goûter avec de la crème et des gâteaux qu’elles avaient apportés ; et pour tenir notre appétit en haleine, nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l’arbre, et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley, avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein ; et de rire. Je me disais en moi-même : Que mes lèvres ne sont-elles des cerises ! comme je les leur jetterais ainsi de bon cœur.
La journée se passa de cette sorte à folâtrer avec la plus grande liberté, et toujours avec la plus grande décence. Pas un seul mot équivoque, pas une seule plaisanterie hasardée ; et cette décence, nous ne nous l’imposions point du tout, elle venait toute seule, nous prenions le ton que nous donnaient nos cœurs. Enfin ma modestie, d’autres diront ma sottise, fut telle, que la plus grande privauté qui m’échappa fut de baiser une seule fois la main de Mlle Galley. Il est vrai que la circonstance donnait du prix à cette légère faveur[38]. Nous étions seuls, je respirais avec embarras, elle avait les yeux baissés. Ma bouche, au lieu de trouver des paroles, s’avisa de se coller sur sa main, qu’elle retira doucement après qu’elle fut baisée, en me regardant d’un air qui n’était point irrité. Je ne sais ce que j’aurais pu lui dire : son amie entra, et me parut laide en ce moment.
Enfin elles se souvinrent qu’il ne fallait pas attendre la nuit pour rentrer en ville. Il ne nous restait que le temps qu’il fallait pour arriver de jour, et nous nous hâtâmes de partir en nous distribuant comme nous étions venus. Si j’avais osé, j’aurais transposé cet ordre ; car le regard de Mlle Galley m’avait vivement ému le cœur ; mais je n’osai rien dire, et ce n’était pas à elle de le proposer. En marchant nous disions que la journée avait tort de finir, mais, loin de nous plaindre qu’elle eût été courte, nous trouvâmes que nous avions eu le secret de la faire longue, par tous les amusements dont nous avions su la remplir.
I had gradually moved away from the town; the heat was increasing, so I strolled under the shade in a valley alongside a stream. Suddenly, I heard the footsteps of horses and the voices of girls who seemed somewhat embarrassed but still laughed heartily. I turned around, and they called out my name. Approaching, I saw two young ladies I knew: Miss de Graffenried and Miss Galley. Since they were not very skilled riders, they didn’t know how to get their horses across the stream. Miss de Graffenried was a pleasant young woman from Bern who, due to some youthful folly, had been forced to leave her country. She had imitated Madame de Warens, whom I had met on occasion; but without having a similar allowance as Madame de Warens, she was very grateful to have found Miss Galley, who took her under her protection and arranged for her mother to accompany them until she could find a suitable place for her to live. Miss Galley, being a year younger than her friend, was even more beautiful—she had something more delicate, more refined about her; she was both charming and well-mannered, which is the finest quality a girl can possess. The two of them loved each other deeply, and their kind natures ensured that their friendship would last for a long time, if not for some lover who might come to disrupt it. They told me they were heading to Thônes, an old castle belonging to Miss Galley, and begged me to help them cross the stream with their horses since they couldn’t manage on their own. I offered to whip the horses, but they feared the kicks for me and the sudden movements for themselves. So I came up with another idea: I took hold of Miss Galley’s horse by the bridle and led it across the stream, where the water reached up to my knees; the other horse followed without any trouble. After doing this, I tried to say goodbye and leave like a simpleton—but they whispered something to each other, and then Miss de Graffenried said to me, “No, no, we can’t let you go that easily. You’ve gotten wet helping us; we feel it’s only fair to make sure you dry off. Please come with us—we’re taking you prisoner!” My heart raced as I looked at Miss Galley. “Yes, yes,” she added, laughing at my bewildered expression, “a prisoner of war! Get on behind her; we have to report you.” “But Mademoiselle, I don’t know your mother at all; what will she think when she sees me arrive?” “Her mother isn’t in Thônes right now—we’re just the two of us. We’ll be returning tonight, and you’ll come with us.”
The effect of electricity was no more immediate than the impact those words had on me. As I mounted Mademoiselle de Graffenried’s horse, I trembled with joy; and when it came time to hold onto her in order not to fall off, my heart was beating so violently that she noticed it. She told me that her heart was pounding too, out of fear of falling. In my position, it was almost an invitation for her to verify this herself; but I never dared to do so. Throughout the entire journey, my arms served as a belt for her—very tightly indeed, but without ever moving once. Any woman who read this would probably want to hit me, and she wouldn’t be wrong.
The joy of the journey and the chatter of these girls greatly enhanced my own cheerfulness; throughout the evening, as long as we were together, we never stopped talking for a moment. They made me feel so at ease that my tongue was as active as my eyes—even if what I said was not always the same things. Only for brief moments, when I found myself alone with one of them, the conversation would become a bit awkward; but soon the other girl would return, and we never had time to clear up that awkwardness.
Upon arriving in Thônes, and after I had thoroughly dried myself, we had lunch. Then it was time to tackle the important task of preparing dinner. The two young ladies, while cooking, would occasionally kiss the children of the farmhand; the poor kitchen boy watched them do this, chewing on his gum in frustration. We had received provisions from the town, and there was enough to make a very good dinner—especially in terms of desserts—but unfortunately, we had forgotten to bring any wine. This oversight was not surprising for girls who rarely drank alcohol; but I was disappointed, as I had counted on it to help me muster some courage. They seemed upset too, perhaps for the same reason, but I don’t really think so. Their lively and charming humor was pure innocence; besides, what could they have done to me, being just the two of them? They searched everywhere in the vicinity for wine, but none could be found—such are the sober and poor peasants in this region. Seeing how distressed they were by this, I told them not to worry so much, that they certainly didn’t need wine to make me drunk. That was the only flirtatious thing I dared to say to them all day; but I believe those mischievous girls could see quite clearly that my “flirtation” was nothing but the truth.
We dined in the kitchen of the farmhouse; the two friends sat on benches on either side of the long table, while their host stood between them on a three-legged stool. What a dinner! What a memory filled with charm! How could one, for so little expense, enjoy such pure and genuine pleasures, and still seek after others? No dinner in the small houses of Paris could ever compare to this meal—not only in terms of cheerfulness and gentle joy, but also in terms of sensual enjoyment.
After dinner, we made some savings. Instead of drinking the coffee that was left from lunch, we saved it for afternoon tea, along with some cream and cakes they had brought; and to keep our appetites in check, we went into the orchard to finish our dessert with cherries. I climbed up a tree and threw them bunches after bunches, and they would return the pits to me through the branches. Once, Miss Galley, sticking out her apron and tilting her head back, presented herself in such a way that I aimed so precisely that I actually dropped a bunch right into her bosom—to her great amusement. I thought to myself: How I wish my lips were cherries! How gladly I would throw them at them just like that.
The whole day passed in such a manner—filled with carefree amusement, yet always with the utmost decency. Not a single ambiguous word was spoken, not a single casual joke; and this decency was not something we imposed upon ourselves at all—it came naturally; we simply adopted the tone that our hearts dictated. Finally, my modesty—or some might say my foolishness—was such that the only private moment I allowed myself was to kiss Mademoiselle Galley’s hand once. It is true that the circumstances gave extra significance to this slight favor[38]. We were alone; I breathed with difficulty; she kept her eyes down. Instead of finding words to say, my lips simply pressed against her hand, which she gently withdrew after the kiss, looking at me in a manner that was far from irritated. I don’t know what I could have said to her. Her friend came in, and at that moment, she seemed ugly to me.
Finally, they remembered that there was no need to wait until night to return to the city. We only had enough time to make it there during the day, so we hurried off, reassembling in the same order as we had come. If I had dared, I would have changed that order; for Miss Galley’s gaze had deeply moved my heart. But I did not dare say anything, and it was not her place to suggest it. As we walked, we said that the day seemed wrong to end so quickly, but instead of complaining that it had been too short, we felt that we had managed to make it seem much longer, thanks to all the pleasures we had found to fill it with.
Mi ero gradualmente allontanato dalla città; il caldo aumentava, e camminavo sotto gli alberi in un vallone lungo un ruscello. Sentii alle mie spalle i passi dei cavalli e le voci di alcune ragazze che sembravano imbarazzate, ma non per questo ridevano meno di cuore. Mi voltai: mi chiamarono per nome; mi avvicinai e vidi due giovani donne che conoscevo, la signorina de Graffenried e la signorina Galley. Poiché non erano molto abili a cavalcare, non sapevano come far passare i loro cavalli attraverso il ruscello. La signorina de Graffenried era una giovane bernese molto gentile; per qualche follia tipica della sua età, essendo stata costretta a lasciare il suo paese, aveva imitato i modi di Madame de Warens, che l’avevo vista alcune volte. Ma non avendo una pensione come lei, era stata molto felice di poter stare con la signorina Galley, che, prendendola in amicizia, aveva convinto sua madre a farla sua compagna fino a quando non si fosse trovata una sistemazione migliore per lei. La signorina Galley, un anno più giovane della signorina de Graffenried, era ancora più bella; aveva qualcosa di più delicato, di più raffinato nel suo aspetto; era al contempo molto graziosa e ben educata, il che è senz’altro il massimo per una ragazza. Si amavano molto e il loro buon carattere avrebbe potuto mantenere questa unione per molto tempo, se solo non fosse intervenuto qualche innamorato a disturbarle. Mi dissero che stavano andando a Thônes, un vecchio castello appartenente alla signorina Galley; mi chiesero di aiutarle a far passare i cavalli, poiché da sole non ce la facevano. Volevo frustare i cavalli, ma loro temevano che io venissi colpito dalle loro zampe o che i cavalli facessero un salto indietro. Così decisi di usare un altro metodo: presi per la briglia il cavallo della signorina Galley e, tirandolo con me, attraversai il ruscello, dove l’acqua mi arrivava fino alle ginocchia; l’altro cavallo seguì senza problemi. Dopo aver fatto questo, volevo salutare le due ragazze e andarmene come un sciocco. Ma loro si scambiarono qualche parola sottovoce, e la signorina de Graffenried mi disse: “No, no. Non possiamo lasciarvi andare così facilmente. Vi siete bagnato per aiutarci; quindi dobbiamo assicurarci che vi asciughiate. Per favore, venite con noi. Vi teniamo prigioniero!” Il mio cuore batteva forte. Guardai la signorina Galley, “Sì, sì, ” aggiunse lei ridendo della mia espressione sorpresa. “Prigioniero di guerra. Montate dietro di me. Vogliamo portarvi con noi.” “Ma signorina. Non ho l’onore di essere conosciuto da vostra madre. Cosa dirà vedendomi arrivare?” “Sua madre non è a Thônes. Siamo solo noi due. Torneremo stasera, e voi verrete con noi.”
L’effetto dell’elettricità non fu più immediato di quello che queste parole ebbero su di me. Mentre montavo a cavallo con la signorina de Graffenried, tremavo di gioia; quando fu il momento di abbracciarla per restare in equilibrio, il mio cuore batteva così forte che lei se ne accorse; mi disse che anche il suo cuore batteva forte, per la paura di cadere. Nella mia posizione, quella era quasi un invito a verificare la cosa. Non osai mai farlo; per tutto il tragitto, i miei due bracci le servirono da cintura. Molto stretta, in effetti, ma senza mai allentarsi nemmeno per un istante. Una donna che leggesse queste parole probabilmente mi schiaffeggerebbe volentieri. E non avrebbe torto.
La gioia del viaggio e il chiacchiericcio di quelle ragazze ravvivarono notevolmente la mia allegria; per tutta la sera, finché fummo insieme, non smettemmo mai di parlare un momento. Mi avevano reso così a mio agio che la mia lingua parlava tanto quanto i miei occhi, anche se non diceva le stesse cose. Solo in alcuni momenti, quando mi trovavo da solo con una di loro, la conversazione diventava un po’ imbarazzante; ma l’altra tornava subito, senza lasciarci il tempo di risolvere quell’imbarazzo.
Arrivati a Thônes, e io ormai completamente asciutto, pranzammo. Poi fu il momento di occuparsi dell’importante compito di preparare la cena. Le due ragazze, mentre cucinavano, baciavano di tanto in tanto i bambini della fattoria; il povero cuoco, intanto, osservava tutto con aria riluttante. Avevamo ricevuto provviste dalla città, e c’era abbastanza per preparare una cena molto buona, soprattutto per quanto riguardava le gustose prelibatezze; ma purtroppo ci era stato dimenticato il vino. Questo errore non sorprendeva affatto delle ragazze che di solito non bevevano molto. Ma io ne fui contrariato, perché avevo un po’ contato su quel vino per riuscire a “farmi coraggio”. Anche loro sembravano dispiaciute per la stessa ragione, ma non credo davvero che lo fossero. La loro allegria vivace e incantevole era l’espressione stessa dell’innocenza; inoltre, cosa avrebbero potuto fare di me, se fossi stato solo con loro? Andarono a cercare vino dappertutto nei dintorni, ma non ne trovarono alcuno: i contadini di quella zona sono infatti molto sobri e poveri. Vedendo quanto fossero dispiaciute, le consigliai di non preoccuparsi troppo, che non avevano certo bisogno del vino per “inebriarmi”. Quella fu l’unica galanteria che osai dir loro in tutta la giornata. Ma credo che quelle birichine capissero benissimo che si trattava della verità.
Cenammo nella cucina della fattoria: le due amiche erano sedute su panche ai due lati del lungo tavolo, mentre la loro ospite si trovava tra di loro su uno sgabello a tre piedi. Che cena! Che ricordo pieno di fascino. Come si può, spendendo così poco, gustare piaceri così puri e autentici, voler cercarne altri? Nessuna cena nelle piccole case di Parigi potrebbe avvicinarsi anche solo a questo pasto, non parlo solo della gioia, della dolce felicità, ma anche della sensualità.
Dopo cena facemmo economia: invece di bere il caffè che ci era rimasto a pranzo, lo riservammo per il tè con la panna e i dolci che avevano portato; e per mantenere l’appetito, andammo nel giardino a completare il nostro dessert con delle ciliegie. Salii sull’albero e ne gettai dei mazzi alle ragazze, che mi restituivano i noccioli attraverso i rami. Una volta, la signorina Galley, sporgendo il grembiule e ritraendo la testa, si presentò in modo così adatto, e mirai così bene che le feci cadere un mazzo direttamente nel petto; lei scoppiò a ridere. Pensai tra me: “Che le mie labbra non fossero delle ciliegie, come le getterei volentieri a loro in quel modo!”
La giornata trascorreva in questo modo: ci divertivamo con la massima libertà, ma sempre con la massima decenza. Nessuna parola ambigua, nessuna battuta casuale; e questa decenza non era affatto un impegno da parte nostra, ma derivava spontaneamente dal nostro cuore; sceglievamo il tono che i nostri sentimenti ci suggerivano. Infine, la mia modestia, o forse la mia stupidità, era tale che l’unica “intimità” a cui mi abbandonai fu baciare una sola volta la mano di mademoiselle Galley. È vero che le circostanze rendevano questo gesto particolarmente significativo. Eravamo soli, io respiravo con difficoltà, lei teneva gli occhi bassi. La mia bocca, invece di trovare parole adatte, si posò semplicemente sulla sua mano; lei la ritirò dolcemente dopo il bacio, guardandomi con un’espressione che non era affatto irritata. Non so cosa avrei potuto dirle. Entrò la sua amica, e in quel momento mi sembrò davvero brutta.
Finalmente si ricordarono che non era necessario aspettare la notte per tornare in città. Ci restava soltanto il tempo sufficiente per arrivare durante il giorno, quindi ci affrettammo a partire, ripartendo nello stesso ordine in cui eravamo venuti. Se avessi osato, avrei cambiato quell’ordine; infatti lo sguardo di Mlle Galley aveva profondamente commosso il mio cuore. Ma non osai dire nulla, e comunque non spettava a lei proporlo. Camminando, dicevamo che la giornata aveva torto ad finire. Ma, lontano dal lamentarci che fosse stata troppo breve, riconoscemmo di aver avuto il “segreto” per renderla lunga, grazie a tutti gli svaghi con cui eravamo riusciti a riempirla.
Je les quittai à peu près au même endroit où elles m’avaient pris. Avec quel regret nous nous séparâmes ! Avec quel plaisir nous projetâmes de nous revoir ! Douze heures passées ensemble nous valaient des siècles de familiarité. Le doux souvenir de cette journée ne coûtait rien à ces aimables filles ; la tendre union qui régnait entre nous trois valait des plaisirs plus vifs, et n’eût pu subsister avec eux : nous nous aimions sans mystère et sans honte, et nous voulions nous aimer toujours ainsi. L’innocence des mœurs a sa volupté, qui vaut bien l’autre, parce qu’elle n’a point d’intervalle et qu’elle agit continuellement. Pour moi, je sais que la mémoire d’un si beau jour me touche plus, me charme plus, me revient plus au cœur que celle d’aucuns plaisirs que j’aie goûtés en ma vie. Je ne savais pas trop bien ce que je voulais à ces deux charmantes personnes, mais elles m’intéressaient beaucoup toutes deux. Je ne dis pas que, si j’eusse été le maître de mes arrangements, mon cœur se serait partagé ; j’y sentais un peu de préférence. J’aurais fait mon bonheur d’avoir pour maîtresse Mlle de Graffenried ; mais à choix, je crois que je l’aurais mieux aimée pour confidente. Quoi qu’il en soit, il me semblait en les quittant que je ne pourrais plus vivre sans l’une et sans l’autre. Qui m’eût dit que je ne les reverrais de ma vie, et que là finiraient nos éphémères amours ?
Ceux qui liront ceci ne manqueront pas de rire de mes aventures galantes, en remarquant qu’après beaucoup de préliminaires, les plus avancées finissent par baiser la main. O mes lecteurs ! ne vous y trompez pas. J’ai peut-être eu plus de plaisir dans mes amours, en finissant par cette main baisée, que vous n’en aurez jamais dans les vôtres, en commençant tout au moins par là.
Venture, qui s’était couché fort tard la veille, rentra peu de temps après moi. Pour cette fois, je ne le vis pas avec le même plaisir qu’à l’ordinaire, et je me gardai de lui dire comment j’avais passé ma journée. Ces demoiselles m’avaient parlé de lui avec peu d’estime, et m’avaient paru mécontentes de me savoir en si mauvaises mains : cela lui fit tort dans mon esprit ; d’ailleurs tout ce qui me distrayait d’elles ne pouvait que m’être désagréable. Cependant, il me rappela bientôt à lui et à moi en me parlant de ma situation. Elle était trop critique pour pouvoir durer. Quoique je dépensasse très peu de chose, mon petit pécule achevait de s’épuiser ; j’étais sans ressource. Point de nouvelle de Maman ; je ne savais que devenir, et je sentais un cruel serrement de cœur de voir l’ami de Mlle Galley réduit à l’aumône.
Venture me dit qu’il avait parlé de moi à M. le Juge-maje ; qu’il voulait m’y mener dîner le lendemain ; que c’était un homme en état de me rendre service par ses amis, d’ailleurs une bonne connaissance à faire, un homme d’esprit et de lettres, d’un commerce fort agréable, qui avait des talents et qui les aimait : puis, mêlant à son ordinaire aux choses les plus sérieuses la plus mince frivolité, il me fit voir un joli couplet, venu de Paris, sur un air d’un opéra de Mouret qu’on jouait alors. Ce couplet avait plu si fort à M. Simon (c’était le nom du Juge-maje), qu’il voulait en faire un autre en réponse sur le même air : avait dit à Venture d’en faire aussi un ; et la folie prit à celui-ci de m’en faire faire un troisième, afin, disait-il, qu’on vît les couplets arriver le lendemain comme les brancards du Roman comique.[39]
La nuit, ne pouvant dormir, je fis comme je pus mon couplet. Pour les premiers vers que j’eusse faits, ils étaient passables, meilleurs même, ou du moins faits avec plus de goût qu’ils n’auraient été la veille, le sujet roulant sur une situation fort tendre, à laquelle mon cœurs était déjà tout disposé. Je montrai le matin mon couplet à Venture, qui, le trouvant joli, le mit dans sa poche sans me dire s’il avait fait le sien. Nous allâmes dîner chez M. Simon, qui nous reçut bien. La conversation fut agréable : elle ne pouvait manquer de l’être entre deux hommes d’esprit, à qui la lecture avait profité. Pour moi, je faisais mon rôle, j’écoutais, et je me taisais. Ils ne parlèrent de couplets ni l’un ni l’autre ; je n’en parlai point non plus, et jamais, que je sache, il n’a été question du mien.
M. Simon parut content de mon maintien : c’est à peu près tout ce qu’il vit de moi dans cette entrevue. Il m’avait déjà vu plusieurs fois chez Mme de Warens sans faire une grande attention à moi. Ainsi c’est de ce dîner que je puis dater sa connaissance, qui ne me servit de rien pour l’objet qui me l’avait fait faire, mais dont je tirai dans la suite d’autres avantages qui me font rappeler sa mémoire avec plaisir.
J’aurais tort de ne pas parler de sa figure, que, sur sa qualité de magistrat, et sur le bel esprit dont il se piquait, on n’imaginerait pas si je n’en disais rien. M. le Juge-maje Simon n’avait assurément pas deux pieds de haut[40]. Ses jambes, droites, menues et même assez longues, l’auraient agrandi si elles eussent été verticales ; mais elles posaient de biais comme celles d’un compas très ouvert. Son corps était non seulement court, mais mince et en tout sens d’une petitesse inconcevable. Il devait paraître une sauterelle quand il était nu. Sa tête, de grandeur naturelle, avec un visage bien formé, l’air noble, d’assez beaux yeux, semblait une tête postiche qu’on aurait plantée sur un moignon. Il eût pu s’exempter de faire de la dépense en parure, car sa grande perruque seule l’habillait parfaitement de pied en cap.
Il avait deux voix toutes différentes, qui s’entremêlaient sans cesse dans sa conversation avec un contraste d’abord très plaisant, mais bientôt très désagréable. L’une était grave et sonore ; c’était, si j’ose ainsi parler, la voix de sa tête. L’autre, claire, aiguë et perçante, était la voix de son corps. Quand il s’écoutait beaucoup, qu’il parlait très posément, qu’il ménageait son haleine, il pouvait parler toujours de sa grosse voix ; mais pour peu qu’il s’animât et qu’un accent plus vif vînt se présenter, cet accent devenait comme le sifflement d’une clef, et il avait toute la peine du monde à reprendre sa basse.
Avec la figure que je viens de peindre, et qui n’est point chargée, M. Simon était galant, grand conteur de fleurettes, et poussait jusqu’à la coquetterie le soin de son ajustement. Comme il cherchait à prendre ses avantages, il donnait volontiers ses audiences du matin dans son lit ; car quand on voyait sur l’oreiller une belle tête, personne n’allait s’imaginer que c’était là tout. Cela donnait lieu quelquefois à des scènes dont je suis sûr que tout Annecy se souvient encore.
Un matin qu’il attendait dans ce lit, ou plutôt sur ce lit, les plaideurs, en belle coiffe de nuit bien fine et bien blanche, ornée de deux grosses bouffettes de ruban couleur de rose, un paysan arrive, heurte à la porte. La servante était sortie. M. le Juge-maje, entendant redoubler, crie : entrez ; et cela, comme dit un peu trop fort, partit de sa voix aiguë. L’homme entre ; il cherche d’où vient cette voix de femme, et voyant dans ce lit une cornette, une fontange, il veut ressortir, en faisant à Madame de grandes excuses. M. Simon se fâche, et n’en crie que plus clair. Le paysan, confirmé dans son idée, et se croyant insulté, lui chante pouilles, lui dit qu’apparemment elle n’est qu’une coureuse, et que M. le Juge-maje ne donne guère bon exemple chez lui. Le Juge-maje, furieux, et n’ayant pour toute arme que son pot de chambre, allait le jeter à la tête de ce pauvre homme, quand sa gouvernante arriva.
I left them at roughly the same place where they had taken me. With what regret we parted! With what joy we looked forward to meeting again! Twelve hours spent together were worth centuries of familiarity. The sweet memories of that day cost these kind-hearted girls nothing; the tender bond that existed between us three was far more precious and could not have endured with anyone else: we loved each other without mystery or shame, and we wanted to continue loving in this way forever. The innocence of such relationships has its own pleasures, which are just as genuine because they are continuous and unbroken. For me, the memory of such a beautiful day touches me more deeply, charms me more, and remains closer to my heart than any other pleasure I have ever experienced. I wasn’t quite sure what I wanted from these two charming people, but they both interested me greatly. I’m not saying that, if I had had the choice, my heart would have been divided; I felt a slight preference for one of them. I would have been happy to have Mademoiselle de Graffenried as my mistress, but if given a choice, I think I would have preferred her as my confidante. Anyway, when I left them, I felt that I could no longer live without either of them. Who could have imagined that I would never see them again, and that our brief love affair would end there?
Those who read this will undoubtedly laugh at my romantic adventures, noting that after many preliminaries, the most advanced stages ultimately amount to kissing someone’s hand. Oh, my readers! Do not be mistaken—perhaps I have enjoyed more pleasure in my loves, by ending with such an act, than you will ever experience in yours, if you even begin with that at all.
Venture, who had gone to bed very late the previous night, returned shortly after me. This time, I did not see him with the same pleasure as usual, and I refrained from telling him how I had spent my day. Those ladies had spoken of him in rather dismissive terms and seemed displeased at knowing that I was in such poor hands; this made a negative impression on me regarding him. Moreover, anything that distracted my attention from them could only bring me distress. Nevertheless, he soon brought me back to thoughts of him and of my own situation. It was too critical to continue like this. Although I spent very little money, my small savings were gradually running out; I was left with no resources at all. There was no news from Maman; I did not know what to do, and the thought of seeing Mr. Galley’s friend reduced to begging filled me with heartache.
Venture told me that he had spoken about me to Mr. the Chief Judge; that he wanted to take me there for dinner the next day; that this man was in a position to do me a favor through his friends—and that he was, in any case, a person worth getting to know: an intelligent and cultured man, with very pleasant manners, who possessed talents and loved them as well. Then, as he usually did, mixing the most serious matters with the most frivolous, he showed me a lovely couplet that had come from Paris, set to the tune of an opera by Mouret that was being performed at the time. This couplet had pleased Mr. Simon so much that he wanted to compose another in reply, using the same tune; he had also asked Venture to write one as well. And Venture, in his whimsy, insisted that I write a third one too, saying that in this way, the couplets would arrive the next day just like the “brancards” in The Comic Tale.[39]
That night, unable to sleep, I tried my best to compose a stanza. The first few lines I wrote were passable—even better, in fact—or at least more carefully crafted than they would have been the previous day, since the subject was a rather tender one, and my heart was already predisposed toward it. In the morning, I showed my stanza to Venture, who thought it was pretty and put it in his pocket without telling me whether he had written his own. We went to dinner at Mr. Simon’s house, where we were received warmly. The conversation was pleasant—it naturally had to be, between two men of intellect who had both benefited from reading. As for me, I played my role: I listened and stayed silent. Neither of them mentioned stanzas; nor did I do so myself, and to my knowledge, the subject of my poem was never discussed at all.
Mr. Simon seemed pleased with my demeanor; that was practically all he noticed about me during that meeting. He had seen me several times at Madame de Warens’s house without paying much attention to me. Thus, it was from that dinner that I can date his acquaintance with me. It was of no use to me for the purpose that had initially led me to seek his company, but later on, it brought me other advantages that make me recall him with pleasure.
It would be wrong of me not to mention his appearance; given his status as a magistrate and the pride he took in his intellect, one would never imagine such features were possible if I did not mention them. Mr. Judge-Major Simon was certainly no taller than two feet[40]. His legs, straight, slender, and even rather long, would have made him appear taller if they had been vertical; but they stood at an angle, just like the legs of a very wide compass. His body was not only short but also thin, in every way incredibly small. When naked, he must have looked like a grasshopper. His head, of normal size, with a well-formed face, a noble expression, and rather beautiful eyes, seemed like a prosthetic head that had been attached to a stump. He could have spared the expense of wearing any clothing at all, for his large wig alone provided him with a perfect outfit from head to toe.
He had two completely different voices that constantly intertwined in his conversations—first creating a very pleasant contrast, but soon becoming quite unpleasant. One was deep and resonant; it could be said to be the voice of his “reason.” The other, clear, high-pitched, and piercing, was the voice of his body. When he listened carefully to himself, spoke slowly, and controlled his breathing, he could always use his deeper voice. But whenever he became more animated or used a sharper accent, that accent would sound like the whistling of a key, and it took him great effort to return to using his lower voice.
With the figure I have just depicted—which was by no means overly adorned—M. Simon was charming, an adept storyteller of light-hearted anecdotes, and went so far as to take great care in his appearance. Being keen to make the most of his advantages, he often received visitors in the morning while still in bed; for when one saw a beautiful head on the pillow, no one would have imagined that that was all there was to it. This sometimes led to scenes of which I am certain everyone in Annecy still remembers.
One morning, as he was waiting in that bed—or rather, on that bed—for the plaintiffs, who were dressed in fine, white nightgowns adorned with two large ribbons of rose color, a farmer arrived and knocked at the door. The maid had gone out. Hearing the knocking grow louder, Judge-Major shouted, “Enter!” His high-pitched voice carried the words rather too loudly. The man entered; wondering where that woman’s voice came from, he saw a nightcap and a comb on the bed and tried to leave, making excuses to Madame. Mr. Simon became angry and yelled even more loudly. The farmer, convinced of his own interpretation and believing himself to have been insulted, began cursing him, calling him a courtesan and claiming that Judge-Major was setting a poor example at home. Furious and armed only with his nightgown, Judge-Major was about to throw it at the poor man when his governess arrived.
Le lasciai più o meno nello stesso luogo in cui mi avevano accolto. Con quale rimpianto ci separammo! Con quale gioia progettammo di rivederci! Dodici ore trascorse insieme equivalevano a secoli di intimità. Il dolce ricordo di quel giorno non costava nulla a quelle adorabili ragazze; l’affetto tenero che regnava tra noi tre rappresentava piaceri ancora più intensi, eppure non avrebbe potuto sopravvivere con loro. Ci amavamo senza segreti né vergogna, e volevamo continuare ad amarci così per sempre. L’innocenza dei nostri rapporti aveva la sua dolcezza, che valeva ben quella altra, perché non conosceva pause e agiva in modo costante. Per me, ricordare un giorno così bello mi commuove, mi incanta e torna nel mio cuore più di qualsiasi altro piacere abbia mai provato nella mia vita. Non sapevo esattamente cosa volessi da quelle due persone adorabili, ma entrambe mi interessavano molto. Non dico che, se avessi potuto decidere liberamente, il mio cuore si sarebbe diviso; sentivo però una certa preferenza. Avrei scelto Mlle de Graffenried come mia compagna. Ma, a voler scegliere, credo che l’avrei amata ancora di più se fosse stata solo la mia confidente. Comunque sia, lasciandole, mi sembrava che non potessi più vivere senza una o l’altra. Chi avrebbe mai detto che non le avrei più riviste in vita mia, e che così sarebbero finite le nostre brevi relazioni d’amore?
Coloro che leggeranno queste pagine non mancheranno di ridere delle mie avventure amorose, notando come, dopo molti preliminari, quelle più avanzate finiscano sempre con un bacio sulla mano. Oh, mie lettrici e mie lettori! Non vi ingannate: forse ho provato più piacere nelle mie relazioni amorose, con quel bacio finale sulla mano, di quanto ne proverete voi nei vostri rapporti, almeno se inizierete proprio da lì.
Venture, che si era coricato molto tardi la sera prima, tornò poco dopo di me. Questa volta, non lo vidi con lo stesso piacere del solito e mi astenni dal raccontargli come avessi trascorso la giornata. Quele signorine avevano parlato di lui in termini poco lusinghieri e sembravano dispiaciute che fossi nelle sue mani; questo influenzò negativamente la mia opinione su di lui. Inoltre, tutto ciò che mi distraeva da loro non poteva che rivelarsi spiacevole per me. Tuttavia, presto mi fece tornare a pensare a lui e alla mia situazione. Quest’ultima era troppo critica per poter durare a lungo: anche se spendevo molto poco, il mio piccolo patrimonio stava per esaurirsi; ero senza risorse. Non c’erano notizie di Mamma; non sapevo proprio cosa fare e provavo un dolore acuto nel vedere l’amico di Mlle Galley ridotto alla miseria.
Venture mi disse che aveva parlato di me al giudice maggiore; che voleva portarmi a cena da lui il giorno dopo; che si trattava di un uomo in grado di aiutarmi attraverso i suoi amici, inoltre una persona interessante da conoscere: un uomo di spirito e letterato, dal modo di conversare molto piacevole, dotato di talenti e appassionato di essi. Poi, come al solito mescolando le cose più serie con la massima frivolezza, mi mostrò un bel verso proveniente da Parigi, su una melodia di un’opera di Mouret che all’epoca veniva rappresentata. Quel verso era piaciuto molto al signor Simon (così si chiamava il giudice maggiore), tanto che voleva scriverne un altro in risposta sulla stessa melodia; aveva anche detto a Venture di ne scrivere uno lui stesso; e Venture, preso dalla follia, decise di farne scrivere anche uno terzo, per far sì, diceva, che i versi arrivassero il giorno dopo proprio come i “bracci” del “Roman comique”.[39]
Di notte, non riuscendo a dormire, cercai di comporre il mio verso nel modo migliore possibile. I primi versi che scrissi erano passabili, anzi addirittura migliori; almeno erano stati scritti con maggiore gusto rispetto al giorno prima, poiché il tema trattato riguardava una situazione molto tenera, alla quale il mio cuore era già completamente predisposto. La mattina seguente mostrai il mio verso a Venture, che lo trovò bello e lo mise in tasca senza dirmi se avesse lui stesso composto qualcosa. Andammo a cena da Monsieur Simon, che ci accolse molto bene. La conversazione fu piacevole; non poteva essere altrimenti tra due uomini di spirito a cui la lettura aveva portato beneficio. Per quanto mi riguarda, io facevo semplicemente il mio ruolo: ascoltavo e tacevo. Nessuno dei due parlò di versi; nemmeno io ne feci menzione, e per quanto ne so, mai fu fatto alcun riferimento al mio lavoro.
Il signor Simon parve soddisfatto del mio comportamento: è più o meno tutto ciò che vide di me in quell’incontro. Mi aveva già visto diverse volte a casa della signora de Warens senza prestarmi molta attenzione. Quindi è da quel pranzo che posso datare la sua conoscenza di me; essa non mi fu di alcun aiuto per lo scopo per cui l’avevo cercato, ma in seguito ne trassi altri vantaggi che mi fanno ricordarla con piacere.
Sarebbe sbagliato da parte mia non parlare della sua figura: considerando la sua qualità di magistrato e lo spirito brillante di cui andava fiero, nessuno potrebbe immaginare com’era se non ne parlassi. Il giudice Simon, senza dubbio, non superava i due piedi di altezza[40]. Le sue gambe, dritte, sottili e persino abbastanza lunghe, lo avrebbero reso più alto se fossero state verticali; ma erano inclinate di lato, come quelle di un compasso molto aperto. Il suo corpo non era solo corto, ma anche snello, e in ogni senso di una piccolezza inconcepibile. Quando era nudo, doveva sembrare una cavalletta. La sua testa, di dimensioni normali, con un viso ben proporzionato, un aspetto nobile e occhi abbastanza belli, sembrava una testa postica fissata su un moncherino. Avrebbe potuto risparmiare soldi in vestiti, perché solo la sua grande parrucca lo “abbigliava” perfettamente da capo a piedi.
Aveva due voci completamente diverse che si intrecciavano continuamente nelle sue conversazioni; inizialmente questo contrasto era molto piacevole, ma presto diventò molto sgradevole. Una voce era grave e sonora; si potrebbe dire che fosse la “voce della sua mente”. L’altra, chiara, acuta e penetrante, era la “voce del suo corpo”. Quando si ascoltava attentamente, quando parlava con calma e controllando il respiro, riusciva sempre a utilizzare quella voce più profonda; ma appena si animava un po’ e compariva un accento più intenso, quell’accento diventava simile al sibilo di una chiave, e gli risultava molto difficile tornare alla sua voce normale.
Con la figura che ho appena descritto – e che non era affatto appariscente – il signor Simon era un uomo galante, un abile narratore di storie d’amore, e si curava con grande attenzione del proprio aspetto esteriore, arrivando persino a mostrare una certa vanità. Poiché cercava sempre di sfruttare al massimo i propri vantaggi, era solito ricevere le persone al mattino, a letto; infatti, quando si vedeva sul cuscino una bella testa, nessuno avrebbe mai immaginato che quella fosse l’unica cosa presente. Questo talvolta portava a scene di cui sono certo che tutta Annecy se ne ricordi ancora.
Un mattino, mentre aspettava in quel letto – o meglio, sdraiato su quel letto – gli imputanti, con bei capelli da notte bianchi e fini, adornati da due grandi nastri rosa, un contadino arrivò e bussò alla porta. La serva era uscita. Il giudice, sentendo bussare di nuovo, gridò: “Entrate!”, e questa frase, pronunciata con voce troppo acuta, risuonò nella stanza. L’uomo entrò; cercando di capire da dove provenisse quella voce femminile, vide nel letto una parrucca e un copricapo e volle uscire, scusandosi profondamente con la signora. Il giudice si arrabbiò ancora di più e gridò ancora più forte. Il contadino, convinto nella sua idea e credendosi insultato, iniziò a insultarlo, dicendo che probabilmente quella donna non era altro che una cortigiana e che il giudice non dava certo un buon esempio. Il giudice, furioso e con solo il suo vaso da notte come arma, stava per gettarglielo in testa quando arrivò la sua governante.
Ce petit nain, si disgracié dans son corps par la nature, en avait été dédommagé du côté de l’esprit : il l’avait naturellement agréable, et il avait pris soin de l’orner. Quoiqu’il fût, à ce qu’on disait, assez bon jurisconsulte, il n’aimait pas son métier. Il s’était jeté dans la belle littérature, et il y avait réussi. Il en avait pris surtout cette brillante superficie, cette fleur qui jette de l’agrément dans le commerce, même avec les femmes. Il savait par cœur tous les petits traits des ana et autres semblables : il avait l’art de les faire valoir, en contant avec intérêt, avec mystère, et comme une anecdote de la veille, ce qui s’était passé il y avait soixante ans. Il savait la musique et chantait agréablement de sa voix d’homme : enfin il avait beaucoup de jolis talents pour un magistrat. À force de cajoler les dames d’Annecy, il s’était mis à la mode parmi elles ; elles l’avaient à leur suite comme un petit sapajou. Il prétendait même à des bonnes fortunes, et cela les amusait beaucoup. Une Mme d’Épagny disait que pour lui la dernière faveur était de baiser une femme au genou.
Comme il connaissait les bons livres, et qu’il en parlait volontiers, sa conversation était non seulement amusante, mais instructive. Dans la suite, lorsque j’eus pris du goût pour l’étude, je cultivai sa connaissance, et je m’en trouvai très bien. J’allais quelquefois le voir de Chambéry, où j’étais alors. Il louait, animait mon émulation, et me donnait pour mes lectures de bons avis, dont j’ai souvent fait mon profit. Malheureusement dans ce corps si fluet logeait une âme très sensible. Quelques années après, il eut je ne sais quelle mauvaise affaire qui le chagrina, et il en mourut. Ce fut dommage ; c’était assurément un bon petit homme, dont on commençait par rire, et qu’on finissait par aimer. Quoique sa vie ait été peu liée à la mienne, comme j’ai reçu de lui des leçons utiles, j’ai cru pouvoir, par reconnaissance, lui consacrer un petit souvenir[41].
Sitôt que je fus libre, je courus dans la rue de Mlle Galley, me flattant de voir entrer ou sortir quelqu’un, ou du moins ouvrir quelque fenêtre. Rien ; pas un chat ne parut, et tout le temps que je fus là, la maison demeura aussi close que si elle n’eût point été habitée. La rue était petite et déserte, un homme s’y remarquait : de temps en temps quelqu’un passait, entrait ou sortait au voisinage. J’étais fort embarrassé de ma figure ; il me semblait qu’on devinait pourquoi j’étais là, et cette idée me mettait au supplice, car j’ai toujours préféré à mes plaisirs l’honneur et le repos de celles qui m’étaient chères.
Enfin, las de faire l’amant espagnol, et n’ayant point de guitare, je pris le parti d’aller écrire à Mlle de Graffenried. J’aurais préféré d’écrire à son amie ; mais je n’osais, et il convenait de commencer par celle à qui je devais la connaissance de l’autre et avec qui j’étais plus familier. Ma lettre faite, j’allai la porter à Mlle Giraud, comme j’en étais convenu avec ces demoiselles en nous séparant. Ce furent elles qui me donnèrent cet expédient. Mlle Giraud était contrepointière, et travaillant quelquefois chez Mme Galley, elle avait l’entrée de sa maison. La messagère ne me parut pourtant pas trop bien choisie ; mais j’avais peur, si je faisais des difficultés sur celle-là, qu’on ne m’en proposât point d’autre. Déplus, je n’osais dire qu’elle voulait travailler pour son compte. Je me sentais humilié qu’elle osât se croire pour moi du même sexe que ces demoiselles. Enfin j’aimais mieux cet entrepôt-là que point, et je m’y tins à tout risque.
Au premier mot la Giraud me devina : cela n’était pas difficile. Quand une lettre à porter à de jeunes filles n’aurait pas parlé d’elle-même, mon air sot et embarrassé m’aurait seul décelé. On peut croire que cette commission ne lui donna pas grand plaisir à faire ; elle s’en chargea toutefois et l’exécuta fidèlement. Le lendemain matin je courus chez elle, et j’y trouvai ma réponse. Comme je me pressai de sortir pour l’aller lire et baiser à mon aise ! Cela n’a pas besoin d’être dit ; mais ce qui en a besoin davantage, c’est le parti que prit Mlle Giraud, et où j’ai trouvé plus de délicatesse et de modération que je n’en aurais attendu d’elle. Ayant assez de bon sens pour voir qu’avec ses trente-sept ans, ses yeux de lièvre, son nez barbouillé, sa voix aigre et sa peau noire, elle n’avait pas beau jeu contre deux jeunes personnes pleines de grâces et dans tout l’éclat de la beauté, elle ne voulut ni les trahir ni les servir, et aima mieux me perdre que de me ménager pour elles.
(1732) — Il y avait déjà quelque temps que la Merceret, n’ayant aucune nouvelle de sa maîtresse, songeait à s’en retourner à Fribourg ; elle l’y détermina tout à fait. Elle fit plus, elle lui fit entendre qu’il serait bien que quelqu’un la conduisît chez son père, et me proposa. La petite Merceret, à qui je ne déplaisais pas non plus, trouva cette idée fort bonne à exécuter. Elles m’en parlèrent dès le même jour comme d’une affaire arrangée ; et comme je ne trouvais rien qui me déplût dans cette manière de disposer de moi, j’y consentis, regardant ce voyage comme une affaire de huit jours tout au plus. La Giraud, qui ne pensa pas de même, arrangea tout. Il fallut bien avouer l’état de mes finances. On y pourvut : la Merceret se chargea de me défrayer ; et, pour regagner d’un côté ce qu’elle dépensait de l’autre, à ma prière on décida qu’elle enverrait devant son petit bagage, et que nous irions à pied à petites journées. Ainsi fut fait.
Je suis fâché de faire tant de filles amoureuses de moi. Mais comme il n’y a pas de quoi être bien vain du parti que j’ai tiré de toutes ces amours-là, je crois pouvoir dire la vérité sans scrupule. La Merceret, plus jeune et moins déniaisée que la Giraud, ne m’a jamais fait des agaceries aussi vives ; mais elle imitait mes tons, mes accents, redisait mes mots, avait pour moi les attentions que j’aurais dû avoir pour elle, et prenait toujours grand soin, comme elle était fort peureuse, que nous couchassions dans la même chambre : identité qui se borne rarement là dans un voyage, entre un garçon de vingt ans et une fille de vingt-cinq.
Elle s’y borna pourtant cette fois. Ma simplicité fut telle, que quoique la Merceret ne fût pas désagréable, il ne me vint pas même à l’esprit durant tout le voyage, je ne dis pas la moindre tentation galante, mais même la moindre idée qui s’y rapportât ; et, quand cette idée me serait venue, j’étais trop sot pour en savoir profiter. Je n’imaginais pas comment une fille et un garçon parvenaient à coucher ensemble ; je croyais qu’il fallait des siècles pour préparer ce terrible arrangement. Si la pauvre Merceret, en me défrayant, comptait sur quelque équivalent, elle en fut la dupe, et nous arrivâmes à Fribourg exactement comme nous étions partis d’Annecy.
En passant à Genève je n’allai voir personne, mais je fus prêt à me trouver mal sur les ponts. Jamais je n’ai vu les murs de cette heureuse ville, jamais je n’y suis entré, sans sentir une certaine défaillance de cœur qui venait d’un excès d’attendrissement. En même temps que la noble image de la liberté m’élevait l’âme, celle de l’égalité, de l’union, de la douceur des mœurs, me touchaient jusqu’aux larmes, et m’inspiraient un vif regret d’avoir perdu tous ces biens. Dans quelle erreur j’étais, mais qu’elle était naturelle ! Je croyais voir tout cela dans ma patrie, parce que je le portais dans mon cœur.
This little dwarf, so unfortunate in his physical appearance due to nature, was compensated in the realm of the mind: he naturally possessed an pleasant disposition, and he took great care to embellish it further. Although he was reputed to be a fairly skilled jurist, he had no passion for his profession. Instead, he devoted himself to the arts of literature and succeeded greatly in that field. In particular, he excelled at creating those superficially attractive qualities—those “flowers” that add charm even when interacting with women. He knew by heart all the little anecdotes and tales of that sort; he had the art of presenting them in an engaging, mysterious way, as if they were recent events from just the day before. He also knew music and could sing pleasantly with his deep male voice. In short, he possessed many charming talents for someone in his position as a magistrate. By flattering the ladies of Annecy, he managed to become very popular among them; they followed him around like little parrots. He even went so far as to claim some romantic successes, which only amused them further. One Mrs. d’Épagny once said that, for him, the greatest favor a woman could grant would be to kiss his knee.
Since he knew about good books and was always willing to talk about them, his conversations were not only entertaining but also instructive. Later on, when I took a liking to studying, I made an effort to expand my knowledge through him, and I found it very beneficial. I would sometimes visit him in Chambéry, where I lived at that time. He encouraged my enthusiasm and provided me with valuable advice on my readings, which I often put to good use. Unfortunately, within such a frail body dwelled a highly sensitive soul. A few years later, some unfortunate event caused him great distress, and he died as a result. It was a pity; he was undoubtedly a kind and pleasant person—someone whom one would first laugh with and then come to love. Although his life had little in common with mine, since I had gained so much from him, I felt it was only right, out of gratitude, to dedicate this short tribute to him[41].
As soon as I was free, I ran down to Mlle Galley’s street, hoping to see someone come in or out, or at least someone open a window. Nothing; not a single soul appeared, and throughout the time I stayed there, the house remained just as closed as if it were uninhabited. The street was narrow and deserted; one man could be noticed walking along it from time to time, with people coming in and out of the nearby houses. I was very embarrassed about my presence there; it seemed to me that people must be wondering why I was there, and the thought was unbearable for me, because I have always preferred the honor and peace of those I loved to any pleasure of my own.
Finally, tired of playing the role of a Spanish lover and having no guitar at my disposal, I decided to write to Mademoiselle de Graffenried. I would have preferred to write to her friend, but I didn’t dare; moreover, it seemed appropriate to start with someone through whom I had come to know her friend and with whom I was more familiar. Once my letter was written, I took it to Mademoiselle Giraud, as we had agreed when parting ways. It was she who suggested this method to me. Mademoiselle Giraud was a counterpointist and sometimes worked for Madame Galley; thus, she had access to her house. Nevertheless, the messenger seemed not entirely suitable to me; but I feared that if I objected to her, no one else would be offered. Besides, I didn’t dare mention that she wanted to work for my own account. I felt humiliated by the fact that she even considered herself on equal terms with those ladies regarding my affairs. In any case, this arrangement was better than nothing at all, so I went along with it, regardless of the risks.
At the first word, Mlle Giraud guessed who I was; it wasn’t difficult at all. If a letter meant to be delivered to some young ladies hadn’t already revealed her identity, my foolish and embarrassed expression would have done so without fail. One might think that this task didn’t bring her much pleasure; yet she undertook it and carried it out faithfully. The next morning, I rushed to her house, and there I found my reply. How eagerly I hurried away to read it and kiss it! That goes without saying. But what deserves greater attention is the decision Mlle Giraud made—and in that regard, she showed more delicacy and restraint than I had expected of her. With her thirty-seven years, her hare-like eyes, her nose covered in freckles, her shrill voice, and her dark skin, she clearly had no advantage against two young women full of grace and radiating beauty. Yet she chose neither to betray them nor to serve them; rather than accommodating me for their sake, she preferred to lose me altogether.
(1732) — It had been some time since Merceret, receiving no news from her mistress, had considered returning to Fribourg; her mistress finally persuaded her to do so. Moreover, she suggested that it would be advisable for someone to accompany her to her father’s place—and she offered herself to do so. Little Merceret, who did not dislike me either, found this idea quite feasible. They discussed it with me on the same day as if it were already settled; and since I saw no objection to this arrangement, I agreed, considering the journey to take at most eight days. However, Giraud did not share this opinion and took charge of organizing everything. It was necessary to disclose my financial situation, but arrangements were made: Merceret would cover my expenses, and in order to recoup what she spent on my behalf, it was decided that she would send her luggage ahead while we continued our journey on foot at a leisurely pace. And so it was done.
I’m sorry to make so many girls fall in love with me. But since there’s no reason to feel overly proud of the advantage I gain from all these loves, I believe I can speak the truth without any remorse. The Merceret, being younger and less naive than the Giraud, never caused me such intense annoyance; yet she imitated my tone of voice, my accents, repeated my words, showed me the attentions that I should have shown her, and always went to great lengths—since she was quite fearful—to ensure that we slept in the same room. Such an intimacy rarely goes beyond that during a journey, between a twenty-year-old boy and a twenty-five-year-old girl.
Yet this time, it happened anyway. My simplicity was such that, although Miss Merceret was not unpleasant, not once during the entire journey did it occur to me—even the slightest flirtatious thought; and if such a thought had crossed my mind, I would have been too foolish to know how to act upon it. I had no idea how a girl and a boy could end up together in bed; I believed that centuries were needed to prepare for such a thing. If poor Miss Merceret had hoped to gain something in return for providing me with lodging and food, she was disappointed—by the time we arrived in Fribourg, we were just as we had left Annecy.
On my way to Geneva, I did not go to see anyone, but I was ready to feel unwell on those bridges. I had never seen the walls of this fortunate city before; I had never set foot inside it without feeling a certain weakness in my heart, caused by an excess of emotion. At the same time as the noble image of freedom elevated my soul, the images of equality, unity, and gentle manners moved me to tears and filled me with deep regret for having lost all these blessings. What a mistake I was making—but how natural it was! I believed I could see all this in my own country, because I carried it in my heart.
Questo piccolo nano, sfortunato nel suo aspetto fisico a causa della natura, ne era stato compensato dal punto di vista dell’intelligenza: essa gli era naturalmente piacevole, e si era preso cura di renderla ancora più attraente. Sebbene fosse, si diceva, un abile giurista, non amava il proprio lavoro; si era dedicato alla bella letteratura e vi aveva avuto successo. Si era concentrato soprattutto su quella superficie brillante, su quei dettagli che aggiungono piacere anche nel rapporto con le donne. Conosceva a memoria tutti i piccoli aneddoti del genere; sapeva come raccontarli in modo avvincente e misterioso, come se fossero accaduti il giorno prima. Sapeva anche suonare la musica e cantava piacevolmente con la sua voce maschile; insomma, possedeva molti talenti davvero interessanti per un magistrato. Grazie alle sue attenzioni verso le dame di Annecy, era diventato molto popolare tra loro; lo seguivano come se fosse un piccolo pagliaccio amabile. Si vantava persino di aver avuto qualche fortuna amorosa, il che le divertiva molto. Una certa signora d’Épagny diceva che per lui la massima distinzione possibile era baciare una donna sul ginocchio.
Poiché conosceva bene i buoni libri e ne parlava volentieri, la sua conversazione era non solo divertente, ma anche istruttiva. In seguito, quando iniziai ad appassionarmi allo studio, coltivai la nostra amicizia e ne trassi grande beneficio. A volte andavo a trovarlo a Chambéry, dove all’epoca risiedevo. Incoraggiava il mio impegno nello studio e mi dava ottimi consigli per le mie letture, dai quali ho spesso tratto vantaggio. Purtroppo, in quel corpo così esile dimorava un’anima molto sensibile. Alcuni anni dopo, gli accadde qualcosa di spiacevole che lo addolorò profondamente; ne morì. È stato un vero peccato: era sicuramente una brava persona, con cui all’inizio si rideva, ma che poi finiva per essere amata davvero. Anche se la sua vita non fu molto legata alla mia, poiché ho ricevuto da lui insegnamenti utili, ho ritenuto giusto dedicargli un piccolo ricordo in segno di gratitudine[41].
Non appena fui libero, corsi nella strada dove abitava la signorina Galley, sperando di vedere entrare o uscire qualcuno, o almeno che si aprisse qualche finestra. Niente; non comparve nemmeno un gatto, e per tutto il tempo in cui rimasi lì, la casa rimase chiusa come se non fosse abitata. La strada era piccola e deserta; c’era solo un uomo che si notava: di tanto in tanto qualcuno passava, entrava o usciva nelle vicinanze. Ero molto imbarazzato per il mio aspetto; mi sembrava che tutti potessero indovinare il motivo della mia presenza lì, e questa idea mi tormentava terribilmente, perché ho sempre preferito, rispetto ai miei piaceri personali, onore e tranquillità di coloro che mi erano cari.
Finalmente, stanco di fare il “amante spagnolo” e non avendo una chitarra, decisi di scrivere a Mademoiselle de Graffenried. Avrei preferito scrivere alla sua amica, ma non osavo; inoltre, era opportuno cominciare proprio con lei, poiché era stata lei ad introdurmi all’altra e con cui ero più a mio agio. Una volta scritta la lettera, andai a consegnarla a Mademoiselle Giraud, come avevamo concordato quando ci eravamo separate. Fu proprio lei a suggerirmi questo sistema per comunicare. Mademoiselle Giraud era una contrappuntista e, lavorando talvolta presso Madame Galley, aveva accesso alla sua casa. Tuttavia, la persona incaricata di consegnare la lettera non mi sembrava del tutto adatta; temevo che, se avessi sollevato obiezioni, non mi ne sarebbero state proposte altre. Inoltre, non osavo ammettere che lei volesse agire per conto mio. Mi sentivo umiliato dal fatto che si considerasse dello stesso sesso di quelle signore. Alla fine, preferii questa soluzione a nessuna altra e decisi di correre ogni rischio.
Appena sentì le prime parole che le dissi, la signorina Giraud intuì subito di cosa si trattasse: non era affatto difficile capirlo. Se una lettera da consegnare a due giovani ragazze non parlasse di lei stessa, il mio aspetto stupido e imbarazzato avrebbe già rivelato tutto. Si potrebbe pensare che questo incarico non le procurasse grande piacere; tuttavia lo assunse e lo eseguì con fedeltà. Il giorno seguente corsi da lei e trovai la mia risposta. Come mi affrettai a leggerla e baciarla con calma. Non c’è bisogno di dirlo. Ma ciò che merita davvero attenzione è la decisione che la signorina Giraud prese, e in questo ho trovato più delicatezza e moderazione di quanto mi aspettassi da lei. Essendo abbastanza saggia da rendersi conto che, con i suoi trentasette anni, i suoi occhi grigi, il suo naso un po’ schiacciato, la sua voce acuta e la sua pelle scura, non aveva alcuna possibilità di competere con due giovani donne piene di grazia e bellezza. Non volle né tradirle né servirle, e preferì perdere me piuttosto che compiacerle.
(1732) — Da un po’ di tempo, la Merceret, non avendo più notizie della sua padrona, pensava di tornare a Friburgo; questa decisione fu definitivamente presa insieme a lei. Fece anche di più: le fece capire che sarebbe stato opportuno che qualcuno la accompagnasse da suo padre, e mi propose me. La piccola Merceret, a cui non dispiacevo nemmeno io, trovò questa idea molto valida. Mi ne parlarono subito quel giorno stesso, come di una cosa già decisa; poiché non vedevo nulla di negativo in questo modo di organizzare il viaggio, acconsentii, considerandolo un percorso che avrebbe richiesto al massimo otto giorni. La Giraud, invece, la pensava diversamente e sistemò tutto lei stessa. Fu necessario ammettere lo stato delle mie finanze; si trovò una soluzione: la Merceret si offrì di coprire le spese del mio viaggio; e, per recuperare in parte quanto spendeva, su mia richiesta si decise che avrebbe inviato il suo piccolo bagaglio davanti a noi, mentre noi avremmo proseguito a piedi, facendo brevi tappe. E così fu fatto.
Mi dispiace di far innamorare così tante ragazze di me. Ma poiché non c’è motivo di vantarsi del vantaggio che ne traggo da tutti questi amore, credo di poter dire la verità senza rimorsi. La Merceret, più giovane e meno presuntuosa della Giraud, non mi ha mai fatto delle avances così esplicite; tuttavia imitava il mio modo di parlare, i miei toni, ripeteva le mie parole, mostrava per me quell’attenzione che avrei dovuto dimostrare io verso di lei. E, essendo molto timida, faceva sempre in modo che dormissimo nella stessa stanza: un’identità che, durante un viaggio, tra un ragazzo di vent’anni e una ragazza di venticinque, raramente si limita a questo.
Tuttavia, questa volta si limitò a questo. La mia semplicità era tale che, nonostante la Merceret non fosse sgradevole, durante tutto il viaggio non mi venne nemmeno in mente la minima tentazione galante, né la più piccola idea al riguardo; e anche se me ne fosse venuta in mente, ero troppo ingenuo per saperne approfittare. Non riuscivo nemmeno a immaginare come una ragazza e un ragazzo potessero finire a letto insieme; credevo che ci volessero secoli per preparare una cosa del genere. Se la povera Merceret, offrendomi il suo aiuto, si aspettava qualche ricompensa, rimase delusa: arrivammo a Friburgo esattamente come eravamo partiti da Annecy.
Passando per Ginevra, non andai a trovare nessuno, ma ero pronto a sentirmi male sui ponti. Mai avevo visto i muri di questa felice città, mai vi ero entrato senza provare una certa debolezza nel cuore, causata da un eccesso di commozione. Allo stesso tempo in cui l’immagine nobile della libertà elevava la mia anima, quelle dell’uguaglianza, dell’unione e della dolcezza nei costumi mi commuovevano fino alle lacrime, ispirandomi un profondo rimpianto per aver perso tutti questi beni. In quale errore mi trovavo. Ma quanto era naturale! Credevo di vedere tutto questo nella mia patria, perché lo portavo nel mio cuore.
Il fallait passer à Nyon. Passer sans voir mon bon père ! Si j’avais eu ce courage, j’en serais mort de regret. Je laissai la Merceret à l’auberge, et je l’allai voir à tout risque. Eh ! que j’avais tort de le craindre ! Son âme à mon abord s’ouvrit aux sentiments paternels dont elle était pleine. Que de pleurs nous versâmes en nous embrassant ! Il crut d’abord que je revenais à lui. Je lui fis mon histoire, et je lui dis ma résolution. Il la combattit faiblement. Il me fit voir les dangers auxquels je m’exposais, me dit que les plus courtes folies étaient les meilleures. Du reste, il n’eut pas même la tentation de me retenir de force ; et en cela je trouve qu’il eut raison ; mais il est certain qu’il ne fit pas pour me ramener tout ce qu’il aurait pu faire, soit qu’après le pas que j’avais fait, il jugeât lui-même que je n’en devais pas revenir, soit qu’il fût embarrassé peut-être à savoir ce qu’à mon âge il pourrait faire de moi. J’ai su depuis qu’il eut de ma compagne de voyage une opinion bien injuste et bien éloignée de la vérité, mais du reste assez naturelle. Ma belle-mère, bonne femme, un peu mielleuse, fit semblant de vouloir me retenir à souper. Je ne restai point, mais je leur dis que je comptais m’arrêter avec eux plus longtemps au retour, et je leur laissai en dépôt mon petit paquet, que j’avais fait venir par le bateau, et dont j’étais embarrassé. Le lendemain, je partis de bon matin, bien content d’avoir vu mon père et d’avoir osé faire mon devoir.
Nous arrivâmes heureusement à Fribourg. Sur la fin du voyage les empressements de Mlle Merceret diminuèrent un peu. Après notre arrivée, elle ne me marqua plus que de la froideur, et son père, qui ne nageait pas dans l’opulence, ne me fit pas non plus un bien grand accueil ; j’allai loger au cabaret. Je les fus voir le lendemain, ils m’offrirent à dîner, je l’acceptai. Nous nous séparâmes sans pleurs : je retournai le soir à ma gargote, et je repartis le surlendemain de mon arrivée, sans trop savoir où j’avais dessein d’aller.
Voilà encore une circonstance de ma vie où la providence m’offrait précisément ce qu’il me fallait pour couler des jours heureux. La Merceret était une très bonne fille, point brillante, point belle, mais point laide non plus ; peu vive, fort raisonnable, à quelques petites humeurs près, qui se passaient à pleurer, et qui n’avaient jamais de suite orageuse. Elle avait un vrai goût pour moi ; j’aurais pu l’épouser sans peine, et suivre le métier de son père[42]. Mon goût pour la musique me l’aurait fait aimer. Je me serais établi à Fribourg, petite ville peu jolie, mais peuplée de très bonnes gens. J’aurais perdu sans doute de grands plaisirs, mais j’aurais vécu en paix jusqu’à ma dernière heure ; et je dois savoir mieux que personne qu’il n’y avait pas à balancer sur ce marché.
Je revins non pas à Nyon, mais à Lausanne. Je voulais me rassasier de la vue de ce beau lac qu’on voit là dans sa plus grande étendue. La plupart de mes secrets motifs déterminants n’ont pas été plus solides. Des vues éloignées ont rarement assez de force pour me faire agir. L’incertitude de l’avenir m’a toujours fait regarder les projets de longue exécution comme des leurres de dupe. Je me livre à l’espoir comme un autre, pourvu qu’il ne me coûte rien à nourrir ; mais, s’il faut prendre longtemps de la peine, je n’en suis plus. Le moindre petit plaisir qui s’offre à ma portée me tente plus que les joies du Paradis. J’excepte pourtant le plaisir que la peine doit suivre ; celui-là ne me tente pas, parce que je n’aime que des jouissances pures, et que jamais on n’en a de telles quand on sait qu’on s’apprête un repentir.
J’avais grand besoin d’arriver où que ce fût, et le plus proche était le mieux ; car, m’étant égaré dans ma route, je me trouvai le soir à Moudon, où je dépensai le peu qui me restait, hors dix creutzer, qui partirent le lendemain à la dînée : et, arrivé le soir à un petit village auprès de Lausanne, j’y entrai dans un cabaret sans un sol pour payer ma couchée, et sans savoir que devenir. J’avais grand’faim ; je fis bonne contenance, et je demandai à souper, comme si j’eusse eu de quoi bien payer. J’allai me coucher sans songer à rien, je dormis tranquillement ; et, après avoir déjeuné le matin, et compté avec l’hôte, je voulus, pour sept batz, à quoi montait ma dépense, lui laisser ma veste en gage. Ce brave homme la refusa ; il me dit que, grâce au ciel, il n’avait jamais dépouillé personne, qu’il ne voulait pas commencer pour sept batz, que je gardasse ma veste, et que je payerais quand je pourrais. Je fus touché de sa bonté, mais moins que je ne devais l’être, et que je ne l’ai été depuis en y repensant. Je ne tardai guère à lui renvoyer son argent avec des remerciements par un homme sûr : mais, quinze ans après, repassant par Lausanne à mon retour d’Italie, j’eus un vrai regret d’avoir oublié le nom du cabaret et de l’hôte[43]. Je l’aurais été voir ; je me serais fait un vrai plaisir de lui rappeler sa bonne œuvre, et de lui prouver qu’elle n’avait pas été mal placée. Des services plus importants sans doute, mais rendus avec plus d’ostentation, ne m’ont pas paru si dignes de reconnaissance que l’humanité simple et sans éclat de cet honnête homme.
En approchant de Lausanne, je rêvais à la détresse où je me trouvais, aux moyens de m’en tirer sans aller montrer ma misère à ma belle-mère, et je me comparais dans ce pèlerinage pédestre à mon ami Venture arrivant à Annecy. Je m’échauffai si bien de cette idée, que, sans songer que je n’avais ni sa gentillesse, ni ses talents, je me mis en tête de faire à Lausanne le petit Venture, d’enseigner la musique, que je ne savais pas, et de me dire de Paris, où je n’avais jamais été. En conséquence de ce beau projet, comme il n’y avait point là de maîtrise où je pusse vicarier, et que d’ailleurs je n’avais garde d’aller me fourrer parmi les gens de l’art, je commençai par m’informer d’une petite auberge où l’on pût être assez bien et à bon marché. On m’enseigna un nommé Perrotet, qui tenait des pensionnaires. Ce Perrotet se trouva être le meilleur homme du monde, et me reçut fort bien. Je lui contai mes petits mensonges comme je les avais arrangés. Il me promit de parler de moi, et de tâcher de me procurer des écoliers ; il me dit qu’il ne me demanderait de l’argent que quand j’en aurais gagné. Sa pension était de cinq écus blancs ; ce qui était peu pour la chose, mais beaucoup pour moi. Il me conseilla de ne me mettre d’abord qu’à la demi-pension, qui consistait pour le dîner en une bonne soupe et rien de plus, mais bien à souper le soir. J’y consentis. Ce pauvre Perrotet me fit toutes ces avances du meilleur cœur du monde, et n’épargnait rien pour m’être utile. Pourquoi faut-il qu’ayant trouvé tant de bonnes gens dans ma jeunesse, j’en trouve si peu dans un âge avancé ? Leur race est-elle épuisée ? Non ; mais l’ordre où j’ai besoin de les chercher aujourd’hui n’est plus le même où je les trouvais alors. Parmi le peuple, où les grandes passions ne parlent que par intervalles, les sentiments de la nature se font plus souvent entendre. Dans les états plus élevés ils sont étouffés absolument, et sous le masque du sentiment il n’y a jamais que l’intérêt ou la vanité qui parle.
I had to go through Nyon. To pass by without seeing my dear father! If I had had the courage to do so, I would have died of regret. I left Merceret at the inn and went to see him at all risks. Ah! How wrong I was to fear him! Upon meeting me, his heart opened up to the paternal feelings that it was filled with. How many tears we shed as we embraced each other! At first, he thought I had returned to him. I told him my story and expressed my resolve. He weakly opposed it; he pointed out the dangers I was exposing myself to and said that the most foolish actions were sometimes the best. In any case, he did not even attempt to hold me back by force; and in that, I think he was right. However, it is certain that he did not do everything he could to make me change my mind—either because, after what I had done, he himself thought I should not return, or perhaps because he was unsure of what he could do with me at my age. Later on, I learned that he held a very unfair and far from true opinion about my traveling companion, but such opinions are, after all, quite natural. My mother-in-law, a kind but somewhat sweet-talking woman, pretended to want to persuade me to stay for dinner. I did not stay, but I told them that I planned to spend more time with them on my way back and left my small bundle with them; I had sent it by boat and was worried about it. The next morning, I set off early in the morning, very happy to have seen my father and to have dared to do what was right.
Fortunately, we arrived in Fribourg. Towards the end of the journey, Mademoiselle Merceret’s eagerness began to diminish. After our arrival, she treated me with coldness only, and her father, who was not particularly wealthy, also did not welcome me warmly; I ended up staying in an inn. The next day, I went to see them, and they invited me to dinner, which I accepted. We parted ways without tears: that evening I returned to my inn, and the day after my arrival I set off again, with little idea of where I was going next.
Here was yet another instance in my life where providence offered me precisely what I needed to lead a happy life. The Merceret was a very good girl—neither particularly brilliant nor beautiful, but certainly not ugly either; rather slow-witted, quite reasonable, with only a few minor moods that would sometimes make her cry, though they never turned violent. She truly had feelings for me; I could have married her without any difficulty and followed in my father’s footsteps[42]. My passion for music would have made her love me even more. We would have settled in Fribourg, a small town that may not be very pretty, but filled with very good people. I would have missed out on some great pleasures, certainly, but I would have lived in peace until my last hour. And I know better than anyone that there was no need to hesitate at all in that choice.
I did not return to Nyon, but rather to Lausanne. I wanted to feast my eyes on that beautiful lake, seen in all its vast expanse. Most of the decisive factors that influenced my decisions proved to be insufficiently solid. Distant views rarely possess enough power to motivate me to take action. The uncertainty of the future has always made me regard long-term projects as mere deceptions. I give in to hope, like anyone else, so long as it requires no effort on my part; but if it demands considerable effort, then I am no longer interested. The slightest pleasure within my reach tempts me more than the joys of Paradise itself. However, I make an exception for those pleasures that require suffering afterward—such pleasures do not tempt me, because I only seek pure enjoyment, and such joy can never be found when one knows they will soon regret it.
I was in desperate need of reaching somewhere, and the nearest place seemed the best option; for having gotten lost on my way, I found myself in Moudon by evening, where I spent what little money I had left—except for ten kreutzers, which were spent on dinner the next day. By nightfall, I arrived at a small village near Lausanne and entered an inn, but I had not even a penny to pay for a place to sleep and did not know what to do next. I was extremely hungry; I tried to maintain my composure and asked for dinner as if I had plenty of money. I went to bed without thinking much about it and slept peacefully. The next morning, after breakfast and settling my account with the innkeeper, I offered him my coat as a guarantee for the seven batz I owed him. This kind man refused; he told me that, thank goodness, he had never robbed anyone before and that he would not start doing so now for just seven batz. He advised me to keep my coat and pay him when I could afford to. I was moved by his kindness, but not as much as I should have been—and indeed, I haven’t regretted it since. I soon returned his money with my thanks through a trustworthy person. However, fifteen years later, on my way back from Italy through Lausanne, I truly regretted having forgotten the name of the inn and its owner[43]. I wished I could have gone to see him; it would have been a great pleasure for me to thank him for his kindness and show him that it had not been forgotten. More important services, perhaps rendered with greater ostentation, have never seemed to me as worthy of recognition as the simple and unassuming generosity of this honest man.
As I approached Lausanne, I pondered over my dire straits and wondered how I could extricate myself without having to expose my misery to my mother-in-law. In this mental journey, I compared myself to my friend Venture, who had arrived in Annecy. So inspired by this idea, I began to fantasize about becoming a kind of “little Venture” in Lausanne—teaching music, which I didn’t know how to do, and claiming to have come from Paris, a place I had never been to. However, since there was no master there for me to impersonate, and I had no intention of mingling with people in the arts, I first set out to find a modest inn where I could stay reasonably cheaply. Someone suggested a man named Perrotet who ran a boarding house. To my surprise, Perrotet turned out to be an extremely kind person who welcomed me warmly. I told him my fabricated stories, and he promised to speak well of me and try to help me find students. He assured me that he would only ask me for money once I had earned it myself. His boarding house charged five white écus per day—little by today’s standards, but a fortune for me at the time. He advised me to start with half-boarding, which meant a simple meal of soup for dinner, but a proper meal in the evening. I agreed. That poor Perrotet did everything he could with the best intentions to help me. Why is it that, despite encountering so many kind people in my youth, I find so few in my later years? Has their kind nature become extinct? No. It’s just that the society in which I now seek them is vastly different from the one where I found them before. Among ordinary people, where strong passions occasionally surface, the natural instincts are more likely to be expressed. In higher spheres of society, however, they are completely suppressed—under the guise of so-called “sentiments,” it’s always either self-interest or vanity that reigns supreme.
Era necessario passare per Nyon. Passare senza vedere mio buon padre! Se avessi avuto quel coraggio, ne sarei morto di rimorso. Lasciai la Merceret all’ostello e andai a trovarlo, a tutti i rischi. Ehi, quanto mi sbagliavo ad averne paura! Al mio arrivo, il suo cuore si aprì pieno di sentimenti paterni. Quante lacrime versammo abbracciandoci! All’inizio pensò che fossi tornato da lui. Gli raccontai tutta la mia storia e gli espressi la mia decisione. Lui cercò debolmente di dissuadermi. Mi fece notare i pericoli a cui mi esponevo, dicendomi che le follie più immediate sono spesso le migliori. Comunque, non ebbe nemmeno il tentativo di trattenermi con la forza; e in questo credo che avesse ragione. Ma è certo che non fece tutto ciò che avrebbe potuto per farmi tornare indietro. Forse perché, dopo quello che avevo fatto, riteneva che non dovesse più tornare. O forse perché non sapeva proprio cosa potesse fare di me alla mia età. In seguito ho scoperto che aveva un’opinione molto ingiusta e lontana dalla verità riguardo alla mia compagna di viaggio. Ma, in fondo, abbastanza naturale. Mia suocera, una brava donna un po’ dolcevole, fece finta di volermi trattenere a cena. Non rimasi, ma dissi loro che intendevo fermarmi da loro più a lungo al ritorno. Lasciai loro in deposito il mio piccolo pacchetto, che avevo fatto venire con la barca e di cui mi sentivo imbarazzato. Il giorno dopo partii presto al mattino. Molto contento di aver visto mio padre e di aver avuto il coraggio di fare ciò che dovevo.
Riuscimmo fortunatamente ad arrivare a Friburgo. Vers la fine del viaggio, l’impazienza di mademoiselle Merceret diminuì un po’. Dopo il nostro arrivo, lei mi mostrò solo freddezza, e suo padre, che non viveva in condizioni di grande agiamento, non mi accolse nemmeno con particolare calore; andai ad alloggiare in una locanda. Li andai a trovare il giorno dopo: mi offrirono di cenare, e accettai l’invito. Ci separammo senza lacrime: tornai quella sera nella mia locanda e ripartii il giorno successivo al mio arrivo, senza sapere con precisione dove avrei intenzione di andare.
Ecco un’altra circostanza della mia vita in cui la provvidenza mi ha offerto esattamente ciò di cui avevo bisogno per trascorrere giorni felici. La Merceret era una ragazza molto gentile: né brillante, né bella, ma nemmeno brutta; poco vivace, molto ragionevole, con qualche piccola capricciosità che si manifestava in lacrime, ma mai in scenate violente. Aveva davvero un debole per me; avrei potuto sposarla senza difficoltà e seguire la professione di suo padre[42]. Il mio interesse per la musica l’avrebbe fatta innamorare di me ancora di più. Mi sarei stabilito a Friburgo, una piccola città poco attraente, ma popolata da persone molto gentili. Probabilmente avrei perso alcuni grandi piaceri della vita, ma avrei vissuto in pace fino all’ultimo mio respiro; e so meglio di chiunque altro che non c’era nulla su cui valutare seriamente.
Non tornai a Nyon, ma a Losanna. Volevo godermi ancora una volta la vista di quel bellissimo lago, visto nella sua massima estensione. La maggior parte delle mie motivazioni decisive non risultò più così solida. Le visioni lontane raramente hanno abbastanza forza per spingermi ad agire. L’incertezza del futuro mi ha sempre fatto considerare i progetti che richiedono molto tempo come semplici inganni. Mi lascio guidare dall’ speranza, come chiunque altro, purché non mi costi nulla mantenerla; ma se per farla realizzare è necessario impegnarsi a lungo, allora non ne ho più voglia. Il minimo piacere che mi si presenta davanti sembra più attraente delle gioie del Paradiso. A meno che quel piacere non richieda di soffrire; in quel caso, non mi attira affatto, perché amo soltanto piaceri puri, e tali piaceri non esistono mai quando si sa di doversene pentire.
Avevo un disperato bisogno di arrivare da qualche parte, e il luogo più vicino sembrava essere la scelta migliore; essendomi perso lungo la strada, quella sera mi ritrovai a Moudon, dove spendetti l’ultimo denaro che avevo, tranne dieci kreutzer, che utilizzai il giorno seguente per cena. Arrivato alla sera in un piccolo villaggio vicino a Losanna, entrai in una taverna senza nemmeno un soldo per pagare la mia stanza e senza sapere cosa fare. Avevo molta fame; cercai di mantenere un’aria disinvolta e chiesi da mangiare, come se avessi abbastanza denaro per pagare bene. Andai a dormire senza pensare a nulla e dormii tranquillamente; la mattina dopo, dopo aver fatto colazione e saldato il conto con l’oste, volli lasciargli in pegno la mia giacca per sette batz, che rappresentavano le mie spese. Quel bravo uomo rifiutò; mi disse che, grazie al cielo, non aveva mai derubato nessuno e che non voleva iniziare a farlo nemmeno per sette batz, invitandomi a tenere la mia giacca e a pagare quando avessi potuto. Fui commosso dalla sua gentilezza, ma meno di quanto avrei dovuto essere. E, ripensandoci in seguito, non lo sono mai stato davvero abbastanza. Non passò molto tempo che gli restituii i suoi soldi con ringraziamenti, tramite una persona di fiducia; tuttavia, quindici anni dopo, tornando a Losanna al mio ritorno dall’Italia, provai un vero rimpianto per aver dimenticato il nome della taverna e dell’oste. Avrei voluto andarlo a trovare. Mi sarebbe stato davvero piacevole ricordargli la sua gentilezza e dimostrargli che non era stata affatto sprecata. Servizi più importanti, forse, resi con maggiore ostentazione, non mi sono mai sembrati così degni di gratitudine quanto l’umiltà e la semplicità di quell’onesto uomo.
Avvicinandomi a Losanna, pensavo alla situazione difficile in cui mi trovavo, ai modi per uscirne senza dover mostrare la mia miseria a mia suocera, e mi paragonavo, in questo viaggio a piedi, al mio amico Venture che arrivava ad Annecy. Mi entusiasmai così tanto con quest’idea che, senza considerare di non avere né la sua gentilezza né i suoi talenti, decisi di comportarmi a Losanna come il piccolo Venture: insegnare musica, cosa che non sapevo affatto, e fingere di provenire da Parigi, dove non ero mai stato. Poiché non esisteva alcuna scuola dove potessi sostituire un maestro, e inoltre non avevo alcuna intenzione di mescolarmi con le persone del mondo dell’arte, cominciai a cercare una piccola locanda dove poter soggiornare in modo decente e a buon mercato. Mi fu indicato un certo Perrotet che gestiva una pensione. Questo Perrotet si rivelò essere la persona più gentile del mondo e mi accolse molto bene. Gli raccontai le mie piccole menzogne, così come le avevo preparate. Mi promise di parlare di me e di cercare di trovarmi degli studenti; disse che non avrebbe chiesto soldi a meno che non ne avessi guadagnati. La sua pensione ammontava a cinque scudi bianchi: una somma piccola, ma molto importante per me. Mi consigliò di iniziare con una mezza pensione, che consisteva nel pranzo solo in una buona zuppa e nient’altro, mentre la cena sarebbe stata abbondante. Accettai il suo suggerimento. Quel povero Perrotet mi fu di grande aiuto con tutto il cuore possibile e non risparmiò nulla per essermi d’aiuto. Perché, se nella mia giovinezza ho incontrato così tante persone gentili, in età più matura ne trovo così poche? È forse la loro razza esaurita? No; ma il contesto in cui oggi devo cercarle non è più lo stesso di allora. Tra la gente comune, dove le grandi passioni si manifestano solo di tanto in tanto, i sentimenti naturali risuonano più spesso. Nei ceti sociali più elevati, invece, vengono completamente soffocati; sotto il velo dei sentimenti, ci sono soltanto interesse o vanità a parlare.
J’écrivis de Lausanne à mon père, qui m’envoya mon paquet et me marqua d’excellentes choses, dont j’aurais dû mieux profiter. J’ai déjà noté des moments de délire inconcevables où je n’étais plus moi-même. En voici encore un des plus marqués. Pour comprendre à quel point la tête me tournait alors, à quel point je m’étais pour ainsi dire venturisé, il ne faut que voir combien tout à la fois j’accumulai d’extravagances. Me voilà maître à chanter sans savoir déchiffrer un air ; car quand les six mois que j’avais passés avec Le Maître m’auraient profité, jamais ils n’auraient pu suffire ; mais outre cela j’apprenais d’un maître : c’en était assez pour apprendre mal. Parisien de Genève, et catholique en pays protestant, je crus devoir changer mon nom ainsi que ma religion et ma patrie. Je m’approchais toujours de mon grand modèle autant qu’il m’était possible. Il s’était appelé Venture de Villeneuve, moi je fis l’anagramme du nom de Rousseau dans celui de Vaussore, et je m’appelai Vaussore de Villeneuve. Venture savait la composition, quoiqu’il n’en eût rien dit ; moi, sans la savoir je m’en vantai à tout le monde, et, sans pouvoir noter le moindre vaudeville, je me donnai pour compositeur. Ce n’est pas tout : ayant été présenté à M. de Treytorens, professeur en droit, qui aimait la musique et faisait des concerts chez lui, je voulus lui donner un échantillon de mon talent, et je me mis à composer une pièce pour son concert, aussi effrontément que si j’avais su comment m’y prendre. J’eus la constance de travailler pendant quinze jours à ce bel ouvrage, de le mettre au net, d’en tirer les parties et de les distribuer avec autant d’assurance que si c’eût été un chef-d’œuvre d’harmonie. Enfin, ce qu’on aura peine à croire, et qui est très vrai, pour couronner dignement cette sublime production, je mis à la fin un joli menuet, qui courait les rues, et que tout le monde se rappelle peut-être encore, sur ces paroles jadis si connues :
Quel caprice !
Quelle injustice !
Quoi ! ta Clarice
Trahirait tes feux ! etc.
Venture m’avait appris cet air avec la basse sur d’autres paroles infâmes, à l’aide desquelles je l’avais retenu. Je mis donc à la fin de ma composition ce menuet et sa basse, en supprimant les paroles, et je le donnai pour être de moi, tout aussi résolument que si j’avais parlé à des habitants de la lune.
On s’assemble pour exécuter ma pièce. J’explique à chacun le genre du mouvement, le goût de l’exécution, les renvois des parties ; j’étais fort affairé. On s’accorde pendant cinq ou six minutes, qui furent pour moi cinq ou six siècles. Enfin, tout étant prêt, je frappe avec un beau rouleau de papier sur mon pupitre magistral les cinq ou six coups du prenez garde à vous. On fait silence, je me mets gravement à battre la mesure ; on commence… Non, depuis qu’il existe des opéras français, de la vie on n’ouït un semblable charivari. Quoi qu’on eût pu penser de mon prétendu talent, l’effet fut pire que tout ce qu’on semblait attendre. Les musiciens étouffaient de rire ; les auditeurs ouvraient de grands yeux, et auraient bien voulu fermer les oreilles ; mais il n’y avait pas moyen. Mes bourreaux de symphonistes, qui voulaient s’égayer, raclaient à percer le tympan d’un quinze-vingt. J’eus la constance d’aller toujours mon train, suant, il est vrai, à grosses gouttes, mais retenu par la honte, n’osant m’enfuir et tout planter là. Pour ma consolation, j’entendais autour de moi les assistants se dire à leur oreille, ou plutôt à la mienne, l’un : Il n’y a rien là de supportable ; un autre : Quelle musique enragée ? un autre : Quel diable de sabbat ? Pauvre Jean-Jacques, dans ce cruel moment tu n’espérais guère qu’un jour devant le Roi de France et toute sa cour tes sons exciteraient des murmures de surprise et d’applaudissement, et que, dans toutes les loges autour de toi, les plus aimables femmes se diraient à demi-voix : Quels sons charmants ! quelle musique enchanteresse ! tous ces chants-là vont au cœur !
Mais ce qui mit tout le monde de bonne humeur fut le menuet. À peine en eut-on joué quelques mesures, que j’entendis partir de toutes parts les éclats de rire. Chacun me félicitait sur mon joli goût de chant ; on m’assurait que ce menuet ferait parler de moi, et que je méritais d’être chanté partout. Je n’ai pas besoin de dépeindre mon angoisse ni d’avouer que je la méritais bien.
Le lendemain, l’un de mes symphonistes, appelé Lutold, vint me voir, et fut assez bon homme pour ne pas me féliciter sur mon succès. Le profond sentiment de ma sottise, la honte, le regret, le désespoir de l’état où j’étais réduit, l’impossibilité de tenir mon cœur fermé dans ses grandes peines, me firent ouvrir à lui ; je lâchai la bonde à mes larmes ; et, au lieu de me contenter de lui avouer mon ignorance, je lui dis tout, en lui demandant le secret, qu’il me promit, et qu’il me garda comme on peut le croire. Dès le même soir tout Lausanne sut qui j’étais ; et, ce qui est remarquable, personne ne m’en fit semblant, pas même le bon Perrotet, qui pour tout cela ne se rebuta pas de me loger et de me nourrir.
Je vivais, mais bien tristement. Les suites d’un pareil début ne firent pas pour moi de Lausanne un séjour fort agréable. Les écoliers ne se présentaient pas en foule ; pas une seule écolière, et personne de la ville. J’eus en tout deux ou trois gros Teutsches, aussi stupides que j’étais ignorant, qui m’ennuyaient à mourir, et qui, dans mes mains, ne devinrent pas de grands croque-notes. Je fus appelé dans une seule maison, où un petit serpent de fille se donna le plaisir de me montrer beaucoup de musique, dont je ne pus pas lire une note, et qu’elle eut la malice de chanter ensuite devant Monsieur le maître, pour lui montrer comment cela s’exécutait. J’étais si peu en état de lire un air de première vue, que, dans le brillant concert dont j’ai parlé, il ne me fut pas possible de suivre un moment l’exécution pour savoir si l’on jouait bien ce que j’avais sous les yeux et que j’avais composé moi-même.
Au milieu de tant d’humiliations j’avais des consolations très douces dans les nouvelles que je recevais de temps en temps des deux charmantes amies. J’ai toujours trouvé dans le sexe une grande vertu consolatrice, et rien n’adoucit plus mes afflictions dans mes disgrâces que de sentir qu’une personne aimable y prend intérêt. Cette correspondance cessa pourtant bientôt après, et ne fut jamais renouée ; mais ce fut ma faute. En changeant de lieu je négligeai de leur donner mon adresse, et, forcé par la nécessité de songer continuellement à moi-même, je les oubliai bientôt entièrement.
Il y a longtemps que je n’ai parlé de ma pauvre Maman : mais si l’on croit que je l’oubliais aussi, l’on se trompe fort. Je ne cessais de penser à elle, et de désirer de la retrouver, non seulement pour le besoin de ma subsistance, mais bien plus pour le besoin de mon cœur. Mon attachement pour elle, quelque vif, quelque tendre qu’il fût, ne m’empêchait pas d’en aimer d’autres ; mais ce n’était pas de la même façon. Toutes devaient également ma tendresse à leurs charmes mais elle tenait uniquement à ceux des autres, et ne leur eût pas survécu ; au lieu que Maman pouvait devenir vieille et laide sans que je l’aimasse moins tendrement. Mon cœur avait pleinement transmis à sa personne l’hommage qu’il fit d’abord à sa beauté ; et, quelque changement qu’elle éprouvât, pourvu que ce fût toujours elle, mes sentiments ne pouvaient changer. Je sais bien que je lui devais de la reconnaissance ; mais en vérité je n’y songeais pas. Quoi qu’elle eût fait ou n’eût pas fait pour moi, c’eût été toujours la même chose. Je ne l’aimais ni par devoir, ni par intérêt, ni par convenance : je l’aimais parce que j’étais né pour l’aimer. Quand je devenais amoureux de quelque autre, cela faisait distraction, je l’avoue, et je pensais moins souvent à elle ; mais j’y pensais avec le même plaisir, et jamais, amoureux ou non, je ne me suis occupé d’elle sans sentir qu’il ne pouvait y avoir pour moi de vrai bonheur dans la vie tant que j’en serais séparé.
I wrote from Lausanne to my father, who sent me my package and included some excellent things for me to enjoy, things I should have made better use of. I have already noted down some moments of utter delirium when I was no longer myself. Here is one of the most striking examples. To understand how utterly confused my mind was at that time, how far I had gone beyond what is reasonable, one only needs to see how many extravagances I accumulated all at once. There I was, claiming to be a master singer without even knowing how to read music; for though the six months I spent with the Master could have been of great benefit to me, they were certainly not enough. Moreover, I was learning from a teacher—which was more than enough to ensure that I would learn poorly. Being a Parisian by birth but living in Geneva, and being Catholic in a Protestant country, I thought it necessary to change my name, as well as my religion and my country of origin. I tried my best to emulate my great role model. He had been named Venture de Villeneuve; so I took the anagram of Rousseau’s name and created Vaussore de Villeneuve for myself. Venture knew how to compose music, though he never mentioned it; I, on the other hand, boasted about it to everyone without any real knowledge of the subject—and, unable to write a single decent piece of music, I called myself a composer. That wasn’t all: having been introduced to Mr. de Treytorens, a law professor who loved music and held concerts at his home, I wanted to show him some sample of my “talent.” So I began composing a piece for one of his concerts, with such audacity as if I truly knew how to do it. I patiently worked on this “masterpiece” for fifteen days, carefully organizing it, writing out the various parts, and arranging them with all the confidence of someone who had created a genuine musical masterpiece. Finally, what one would hardly believe but which is absolutely true—to crown this “sublime” effort—I added a lovely menuet at the end, a piece that was widely performed on the streets and that many people may still remember today, to these once-famous lyrics.
What a caprice!
What an injustice!
What! Your Clarice?
It would betray your true nature! etc.
Venture had taught me this air, using the bass line with other vile lyrics, which I had used to memorize it. So I included this minuet and its bass line at the end of my composition, removing all the lyrics, and presented it as if it were my own creation—just as confidently as if I had been addressing people from the moon.
We gathered together to perform my piece. I explained to each of them the style of the movement, the desired manner of execution, and the coordination between the different sections; I was very busy with these preparations. We spent five or six minutes discussing these details, which to me felt like five or six centuries. Finally, when everything was ready, I struck the first notes with a thick roll of paper on my desk—those very first beats that signaled, “Be careful!” Everyone fell silent, and I began playing seriously. But no, since the existence of French operas, one had never heard such a chaotic noise before. No matter what people might have thought of my so-called talent, the result was far worse than anyone could have expected. The musicians were laughing their heads off; the audience stared in astonishment, wishing they could block out the sound—but there was no way to do that. My “musicians,” who wanted to have some fun, were producing a noise so loud it was almost unbearable. I persevered, sweating profusely, but held my ground out of sheer shame—I couldn’t bring myself to run away and abandon everything. To my relief, I could hear the assistants around me whispering to each other, or rather, whispering in my ear: “This is absolutely unbearable. What kind of crazy music is this? What a terrible mess, ” Poor Jean-Jacques, at that moment, you surely had no hope that one day, before the King of France and his entire court, your music would evoke murmurs of surprise and applause, and that the most beautiful women in the audience would whisper: “What enchanting sounds! What delightful music! These melodies truly touch the heart, ”
But what put everyone in a good mood was that minuet. No sooner had it been played for a few measures when I heard laughter erupting from everywhere. Everyone praised my beautiful singing taste; they assured me that this minuet would make people talk about me, and that I truly deserved to have it sung everywhere. I need not describe my anxiety, nor admit that I certainly deserved it.
The next day, one of my fellow symphonists, named Lutold, came to see me, and was kind enough not to congratulate me on my “success.” The profound realization of my own stupidity, the shame, regret, and despair at the state I had fallen into, along with the impossibility of keeping my heart closed in the face of such great sorrow, made me open up to him. I let my tears flow freely; instead of merely admitting my ignorance to him, I told him everything, asking him to keep it a secret—which he promised and did, as one might expect. That very evening, everyone in Lausanne knew who I was; remarkably, no one pretended otherwise—not even the kind-hearted Perrotet, who still took the trouble of providing me with lodging and food.
I was living, but very sadly. The consequences of such a beginning made Lausanne no particularly pleasant place for me to stay. No large number of students came to attend the lessons; not a single girl, and none from the town at all. In total, I had only two or three rather stupid Germans, as ignorant as I was myself, who bored me to death. And in my hands, they never became any good at playing musical instruments. I was invited to one particular household, where a young girl took the pleasure of showing me a great deal of music—yet I couldn’t recognize a single note of it. To make matters worse, she had the audacity to sing it in front of the teacher, just to show him how it should be performed. I was so utterly incapable of reading a musical score at first glance that, during that splendid concert I mentioned, I wasn’t able to follow the performance for even a moment to see if what was being played was indeed correct—since after all, it was something I had composed myself.
Amidst so much humiliation, I found very gentle consolations in the occasional news I received from those two charming friends. I have always regarded sex as a great source of consolation; nothing alleviates my sufferings in times of adversity more than knowing that someone kind is interested in me. However, this correspondence soon came to an end and was never renewed—yet it was my own fault. When I changed residence, I neglected to give them my new address, and, being forced to constantly focus on my own needs, I soon forgot about them entirely.
It has been a long time since I last spoke of my poor Mother; but those who think that I have forgotten her are greatly mistaken. I never stopped thinking of her, and I always longed to reunite with her—not merely out of the need for sustenance, but far more because of the deep affection in my heart. My attachment to her, as intense and tender as it was, did not prevent me from loving others as well; yet it was not in the same way. All other women deserved my affection for their charms, but mine for them stemmed solely from their individual qualities, and it would have ended if they had changed; whereas my love for Mother could have endured even if she had grown old and unattractive. My heart had devoted all its reverence first to her beauty; and no matter how she might change, as long as it remained her, my feelings would remain the same. I know that I owe her gratitude; but in truth, I never gave it a thought. Whatever she had done or not for me, it would have been exactly the same. I did not love her out of duty, interest, or convention; I loved her because I was born to love her. When I fell in love with someone else, I must admit that it distracted my thoughts from her for a time; but I still thought of her with the same joy. And whether I was in love or not, I never considered life complete without her.
Scrissi da Losanna a mio padre, il quale mi inviò il mio pacco e mi scrisse cose eccellenti di cui avrei dovuto approfittare meglio. Ho già annotato alcuni momenti di delirio inimmaginabili in cui non ero più me stesso; ecco uno dei più evidenti. Per capire fino a che punto mi girasse la testa in quel periodo, fino a che punto fossi diventato, beh, diciamo “avventaturoso”, basta guardare quante stravaganze accumulai contemporaneamente: ero un maestro nel cantare senza saper leggere una partitura; i sei mesi trascorsi con il Maestro non sarebbero mai stati sufficienti per imparare davvero; inoltre, studiavo con un altro insegnante, il che era più che sufficiente per imparare male. Essendo parigino di Ginevra e cattolico in un paese protestante, pensai di dover cambiare nome, religione e patria. Cercai sempre di avvicinarmi al mio grande modello. Lui si chiamava Venture de Villeneuve; io feci l’anagramma del nome di Rousseau con quello di Vaussore, e mi chiamai Vaussore de Villeneuve. Venture conosceva la composizione musicale, anche se non ne aveva mai parlato; io, senza saperla, ne andavo vantando in giro con tutti. E, senza essere in grado di scrivere nemmeno una semplice canzone, mi proclamavo compositore. Non basta: essendo stato presentato a Monsieur de Treytorens, professore di diritto che amava la musica e organizzava concerti a casa sua, volli fargli vedere un esempio del mio talento, e iniziai a comporre una composizione per il suo concerto, con tale presunzione da sembrare davvero sapessi come farlo. Ebbi la “costanza” di lavorarci per quindici giorni, di metterla per iscritto, di distribuire le parti, con l’aria di chi avesse creato un capolavoro di musica. Infine, ciò che sarà difficile da credere, ma che è pur vero, per completare questa “sublime” produzione, aggiunsi alla fine un grazioso menuet, che circolava per le strade e che probabilmente molti ricordano ancora, su quelle parole una volta così famose.
Che capriccio!
Che ingiustizia!
Che cosa! La tua Clarice.
Tradirebbe i tuoi sentimenti, ecc.
Venture mi aveva insegnato a cantare quella melodia con quel basso su altre parole volgari, utilizzando proprio quelle canzoni per memorizzarla. Così, alla fine della mia composizione, inserii quel menuetto e il suo accompagnamento musicale, eliminando però le parole originali, e presentai il risultato come se fosse mio, con la stessa determinazione con cui avrei potuto farlo davanti agli abitanti della Luna.
Ci riuniamo per eseguire la mia opera. Spiego a ognuno il genere del movimento, lo stile dell’esecuzione, i collegamenti tra le varie parti; sono molto impegnato in questo compito. Dopo cinque o sei minuti di discussioni, che per me equivalgono a cinque o sei secoli, finalmente tutto è pronto. Batto con un bel rotolo di carta sul mio “pupitre magistrale” i primi colpi dell’inizio dell’esecuzione. Silenzio. Inizio seriamente a scandire il ritmo. E poi. No! Da quando esistono le opere francesi, non si è mai sentito un simile caos durante l’esecuzione di una musica. Qualunque cosa si possa pensare del mio presunto talento, l’effetto ottenuto fu peggiore di quanto ci si potesse aspettare: i musicisti ridevano a crepapelle; gli ascoltatori spalancavano la bocca, desiderosi di tapparsi le orecchie. Ma non c’era modo di farlo. I miei “carnefici” tra i musicisti, desiderosi di divertirsi, suonavano a un volume così alto da far scoppiare i timpani. Ebbi la costanza di continuare, sebbene sudassi copiosamente. Ma la vergogna mi impediva di fuggire e abbandonare tutto lì. Per consolarmi, sentivo intorno a me gli spettatori che si sussurravano tra loro, “Non c’è nulla di sopportabile in questa musica, ” “Che musica infernale, ” “Che caos assurdo, ” Povero Jean-Jacques. In quel momento terribile, non potevo certo sperare che un giorno, davanti al Re di Francia e a tutta la sua corte, i miei suoni suscitassero meraviglia e applausi. E che nelle logge intorno a me le donne più gentili si dicessero sottovoce: “Che suoni incantevoli! Che musica meravigliosa!”. No. Nessuna speranza del genere.
Ma ciò che rese tutti di buon umore fu il menuetto. Appena ne furono suonate alcune battute, sentii scoppiare risate da tutte le parti. Ognuno mi complimentava per il mio bel gusto musicale; mi assicuravano che quel menuetto avrebbe fatto parlare di me e che meritavo davvero di essere cantato ovunque. Non ho bisogno di descrivere la mia angoscia, né di ammettere che me la meritassi davvero.
Il giorno dopo, uno dei miei compagni di studio che suonava la sinfonia, di nome Lutold, venne a trovarmi e fu abbastanza gentile da non congratularsi con me per il mio “successo”. Il profondo senso della mia stupidità, l’umiliazione, il rimorso, il disperazione per la situazione in cui mi trovavo, tutto ciò mi spinse a confidargli tutto; piansi liberamente. E invece di limitarmi ad ammettere la mia ignoranza, gli raccontai ogni cosa, chiedendogli di mantenere il segreto. Lui me lo promise e lo rispettò, come si può credere. Quella stessa sera tutta Lausanna seppe chi ero; e, cosa sorprendente, nessuno fece commenti al riguardo, nemmeno il buon Perrotet, che comunque non smise di offrirmi vitto e alloggio.
Vivevo, ma in modo molto triste. Le conseguenze di un simile inizio non resero il mio soggiorno a Losanna affatto piacevole. Gli studenti non si presentavano in gran numero; nessuna ragazza, e nessuno della città. In tutto, ebbi soltanto due o tre tedeschi stupidi quanto io ignorante, che mi annoiavano terribilmente. E che, nelle mie mani, non divennero certo dei bravi musicisti. Fui invitato in una sola casa, dove una ragazza si divertì a mostrarmi molta musica. Di cui non riuscii nemmeno a leggere una nota; inoltre, ebbe la malizia di cantarla davanti al maestro, per fargli vedere come venisse eseguita. Ero talmente incapace di leggere subito una melodia che, nel brillante concerto di cui ho parlato, non riuscii nemmeno per un momento a seguire l’esecuzione, per verificare se ciò che veniva suonato fosse davvero corretto, o se fosse stato composto da me stesso.
In mezzo a tante umiliazioni, trovavo grandi consolazioni nelle notizie che ricevevo di tanto in tanto da quelle due adorabili amiche. Ho sempre ritenuto che il sesso possedesse una grande forza consolatoria; nulla alleviava di più le mie sofferenze nei momenti di sfortuna, quanto sapere che qualcuno che mi amava se ne interessasse. Tuttavia, questa corrispondenza cessò presto e non fu mai ripresa, ma la colpa era mia. Dopo essermi trasferita in un altro luogo, dimenticai di fornire loro il mio indirizzo; inoltre, costretta a pensare continuamente a me stessa, presto le dimenticai del tutto.
Da molto tempo non parlavo più della mia povera mamma. Ma chi pensasse che l’avessi dimenticata si sbaglierebbe di grosso. Non smettevo mai di pensarla e di desiderare di rivederla, non solo per il bisogno della mia sopravvivenza, ma molto di più per il bisogno del mio cuore. Il mio affetto per lei, per quanto vivo e tenero fosse, non mi impediva di amare anche altre donne; ma non nello stesso modo. Tutte meritavano la mia tenerezza per i loro pregi. Ma quella che provavo per loro derivava esclusivamente dai loro meriti, e sarebbe svanita se loro stesse fossero scomparse; mentre mamma, anche diventando vecchia e brutta, avrebbe continuato ad essere amata con la stessa intensità. Il mio cuore aveva trasferito interamente l’ammirazione che inizialmente provavo per la sua bellezza alla persona stessa di mia madre. E, qualunque cambiamento lei subisse, purché rimanesse sempre lei, i miei sentimenti non avrebbero potuto cambiare. So bene di doverle gratitudine. Ma in realtà non ci pensavo affatto. Qualunque cosa avesse fatto o non avesse fatto per me, sarebbe stato comunque lo stesso. Non la amavo per dovere, né per interesse, né per convenienza. La amavo perché ero nato per amarla. Quando mi innamoravo di un’altra donna, devo ammetterlo, questo distoglieva la mia attenzione da lei. Ma pensavo a lei con lo stesso piacere. E mai, sia che fossi innamorato o no, ho pensato a qualcun’altra senza sentire che nella vita non potesse esserci vera felicità finché fossi stato separato da lei.
N’ayant point de ses nouvelles depuis si longtemps, je ne crus jamais que je l’eusse tout à fait perdue, ni qu’elle eût pu m’oublier. Je me disais : Elle saura tôt ou tard que je suis errant, et me donnera quelque signe de vie ; je la retrouverai, j’en suis certain. En attendant, c’était une douceur pour moi d’habiter son pays, de passer dans les rues où elle avait passé, devant les maisons où elle avait demeuré, et le tout par conjecture, car une de mes ineptes bizarreries était de n’oser m’informer d’elle ni prononcer son nom sans la plus absolue nécessité. Il me semblait qu’en la nommant je disais tout ce qu’elle m’inspirait, que ma bouche révélait le secret de mon cœur, que je la compromettais en quelque sorte. Je crois même qu’il se mêlait à cela quelque frayeur qu’on ne me dît du mal d’elle.
On avait parlé beaucoup de sa démarche, et un peu de sa conduite. De peur qu’on n’en dît pas ce que je voulais entendre, j’aimais mieux qu’on n’en parlât point du tout.
Comme mes écoliers ne m’occupaient pas beaucoup, et que sa ville natale n’était qu’à quatre lieues de Lausanne, j’y fis une promenade de deux ou trois jours, durant lesquels la plus douce émotion ne me quitta point. L’aspect du lac de Genève et de ses admirables côtes eut toujours à mes yeux un attrait particulier que je ne saurais expliquer, et qui ne tient pas seulement à la beauté du spectacle, mais à je ne sais quoi de plus intéressant qui m’affecte et m’attendrit. Toutes les fois que j’approche du pays de Vaud, j’éprouve une impression composée du souvenir de Mlle de Warens qui y est née, de mon père qui y vivait, de Mlle de Vulson qui y eut les prémices de mon cœur, de plusieurs voyages de plaisir que j’y fis dans mon enfance, et, ce me semble, de quelque autre cause encore plus secrète et plus forte que tout cela. Quand l’ardent désir de cette vie heureuse et douce qui me fuit et pour laquelle j’étais né vient enflammer mon imagination, c’est toujours au pays de Vaud, près du lac, dans des campagnes charmantes, qu’elle se fixe. Il me faut absolument un verger au bord de ce lac et non pas d’un autre ; il me faut un ami sûr, une femme aimable, une vache et un petit bateau. Je ne jouirai d’un bonheur parfait sur la terre que quand j’aurai tout cela. Je ris de la simplicité avec laquelle je suis allé plusieurs fois dans ce pays-là uniquement pour y chercher ce bonheur imaginaire. J’étais toujours surpris d’y trouver les habitants, surtout les femmes, d’un tout autre caractère que celui que j’y cherchais. Combien cela me semblait disparate ! Le pays et le peuple dont il est couvert ne m’ont jamais paru faits l’un pour l’autre.
Dans ce voyage de Vevey, je me livrais, en suivant ce beau rivage, à la plus douce mélancolie. Mon cœur s’élançait avec ardeur à mille félicités innocentes : je m’attendrissais, je soupirais, et pleurais comme un enfant. Combien de fois, m’arrêtant pour pleurer à mon aise, assis sur une grosse pierre, je me suis amusé à voir tomber mes larmes dans l’eau !
J’allai à Vevey loger à La Clef, et pendant deux jours que j’y restai sans voir personne, je pris pour cette ville un amour qui m’a suivi dans tous mes voyages, et qui m’y a fait établir enfin les héros de mon roman. Je dirais volontiers à ceux qui ont du goût et qui sont sensibles : Allez à Vevey, visitez le pays, examinez les sites, promenez-vous sur le lac, et dites si la nature n’a pas fait ce beau pays pour une Julie, pour une Claire, et pour un Saint-Preux ; mais ne les y cherchez pas. Je reviens à mon histoire.
Comme j’étais catholique et que je me donnais pour tel, je suivais sans mystère et sans scrupule le culte que j’avais embrassé. Les dimanches, quand il faisait beau, j’allais à la messe à Assens, à deux lieues de Lausanne. Je faisais ordinairement cette course avec d’autres catholiques, surtout avec un brodeur parisien dont j’ai oublié le nom. Ce n’était pas un Parisien comme moi, c’était un vrai Parisien de Paris, un archi-Parisien du bon Dieu, bon homme comme un Champenois. Il aimait si fort son pays, qu’il ne voulut jamais douter que j’en fusse de peur de[44] perdre cette occasion d’en parler. M. de Crousaz, lieutenant-baillival, avait un jardinier de Paris aussi, mais moins complaisant, et qui trouvait la gloire de son pays compromise à ce qu’on osât se donner pour en être lorsqu’on n’avait pas cet honneur. Il me questionnait de l’air d’un homme sûr de me prendre en faute, et puis souriait malignement. Il me demanda une fois ce qu’il y avait de remarquable au Marché-Neuf. Je battis la campagne comme on peut croire. Après avoir passé vingt ans à Paris, je dois à présent connaître cette ville ; cependant, si l’on me faisait aujourd’hui pareille question, je ne serais pas moins embarrassé d’y répondre ; et de cet embarras on pourrait aussi bien conclure que je n’ai jamais été à Paris : tant, lors même qu’on rencontre la vérité, l’on est sujet à se fonder sur des principes trompeurs !
Je ne saurais dire exactement combien de temps je demeurai à Lausanne. Je n’apportai pas de cette ville des souvenirs bien rappelants. Je sais seulement que, n’y trouvant pas à vivre, j’allai de là à Neufchâtel, et que j’y passai l’hiver. Je réussis mieux dans cette dernière ville ; j’y eus des écolières, et j’y gagnai de quoi m’acquitter avec mon bon ami Perrotet, qui m’avait fidèlement envoyé mon petit bagage, quoique je lui redusse assez d’argent.
J’apprenais insensiblement la musique en l’enseignant. Ma vie était assez douce ; un homme raisonnable eût pu s’en contenter : mais mon cœur inquiet me demandait autre chose. Les dimanches et les jours où j’étais libre, j’allais courir les campagnes et les bois des environs, toujours errant, rêvant, soupirant ; et quand j’étais une fois sorti de la ville, je n’y rentrais plus que le soir. Un jour, étant à Boudry, j’entrai pour dîner dans un cabaret : j’y vis un homme à grande barbe avec un habit violet à la grecque, un bonnet fourré, l’équipage et l’air assez nobles, et qui souvent avait peine à se faire entendre, ne parlant qu’un jargon presque indéchiffrable, mais plus ressemblant à l’italien qu’à nulle autre langue. J’entendais presque tout ce qu’il disait, et j’étais le seul ; il ne pouvait s’énoncer que par signes avec l’hôte et les gens du pays. Je lui dis quelques mots en italien qu’il entendit parfaitement : il se leva, et vint m’embrasser avec transport. La liaison fut bientôt faite, et dès ce moment je lui servis de truchement. Son dîner était bon, le mien était moins que médiocre. Il m’invita de prendre part au sien ; je fis peu de façons. En buvant et baragouinant nous achevâmes de nous familiariser, et dès la fin du repas nous devînmes inséparables. Il me conta qu’il était prélat grec et archimandrite de Jérusalem ; qu’il était chargé de faire une quête en Europe pour le rétablissement du Saint-Sépulcre. Il me montra de belles patentes de la Czarine et de l’Empereur ; il en avait de beaucoup d’autres souverains. Il était assez content de ce qu’il avait amassé jusqu’alors ; mais il avait eu des peines incroyables en Allemagne, n’entendant pas un mot d’allemand, de latin ni de français, et réduit à son grec, au turc et à la langue franque pour toute ressource ; ce qui ne lui en procurait pas beaucoup dans le pays où il s’était enfourné. Il me proposa de l’accompagner pour lui servir de secrétaire et d’interprète. Malgré mon petit habit violet, nouvellement acheté, et qui ne cadrait pas mal avec mon nouveau poste, j’avais l’air si peu étoffé, qu’il ne me crut pas difficile à gagner, et il ne se trompa point. Notre accord fut bientôt fait ; je ne demandais rien, et il promettait beaucoup. Sans caution, sans sûreté, sans connaissance, je me livre à sa conduite, et dès le lendemain me voilà parti pour Jérusalem.
Not having heard from her for so long, I never believed that I had truly lost her, nor that she could have forgotten me. I told myself: Sooner or later, she will learn that I am wandering about and will send some sign of life; I will find her again, I am certain of it. In the meantime, it was a source of great comfort for me to live in her country, to walk through the streets where she had walked, to pass by the houses where she had lived—all based on mere speculation, for one of my most foolish quirks was that I never dared to inquire about her or mention her name unless it was absolutely necessary. It seemed to me that mentioning her name would reveal everything she inspired in me, that my lips would betray the secrets of my heart, and that I would somehow put her in danger. I even believe that there was a certain fear involved—the fear that someone might speak ill of her.
Much had been said about his manner of walking, and a bit about his behavior as well. Out of fear that people might say something I did not want to hear, I would have preferred if they had not spoken about it at all.
Since my students did not occupy much of my time, and since her hometown was only four miles away from Lausanne, I took a two- or three-day trip there, during which the gentlest emotions never left me. The sight of Lake Geneva and its magnificent shores always held a special appeal for me—something I cannot explain, which arises not merely from the beauty of the scenery but from something far more profound that touches and moves me deeply. Whenever I approach the region of Vaud, I am reminded of Mademoiselle de Warens, who was born there; of my father, who lived there; of Mademoiselle de Vulson, whose presence played a significant role in the formation of my character; of the many pleasant trips I made there as a child—and perhaps also of some other, even more secret and powerful reason. Whenever the intense desire for that happy and peaceful life, which eludes me yet for which I was born, ignites my imagination, it is always in the region of Vaud, by the lake, in those charming landscapes, that this vision takes shape. I absolutely need a garden by that lake—none other; I need a trustworthy friend, a kind woman, a cow, and a small boat. Only when I have all these things will I truly experience perfect happiness on earth. I laugh at how naively I once traveled there several times, seeking merely that imaginary happiness. I was always surprised to find the locals, especially the women, to be entirely different from what I had imagined them to be. How incongruous it seemed! The land and its people never seemed to fit together in my mind.
On this journey from Vevey, as I followed this beautiful shoreline, I indulged in the gentlest form of melancholy. My heart yearned passionately for a thousand innocent delights; I grew tender-hearted, sighed, and wept like a child. How many times, stopping to cry in peace while sitting on a large rock, did I watch my tears fall into the water!
I went to Vevey and stayed at La Clef. During those two days spent there without seeing anyone, I developed a deep affection for this town that accompanied me on all my subsequent travels and ultimately led me to settle the heroes of my novel there. I would gladly advise those who have taste and are sensitive to such things: Go to Vevey, explore its countryside, visit the sites, take walks by the lake, and see if nature hasn’t created this beautiful place especially for a Julie, a Claire, and a Saint-Preux, but don’t go looking for them there. Let me get back to my story.
Since I was Catholic and openly professed to be one, I followed without hesitation or scruple the religious practices I had embraced. On Sundays, when the weather was nice, I would go to mass in Assens, which is two miles away from Lausanne. I usually made this journey with other Catholics, especially a Parisian embroiderer whose name I have forgotten. He wasn’t like me—a mere Parisian; he was a true Parisian, one of those born and raised there, a good man, as honest as a Champenois. He loved his country so much that he never wanted to doubt my loyalty to it, for fear of missing the opportunity to speak well of it. Mr. de Crousaz, the deputy bailiff, also had a Parisian gardener, but one who was far less accommodating; he felt that the glory of his country was compromised by people who pretended to be its citizens when they didn’t actually possess that honor. He would question me in a way that suggested he was certain of catching me in some mistake, and then smile mischievously. Once he asked me what was so remarkable about the Marché-Neuf. I stammered and stumbled through an answer—after all, having spent twenty years in Paris, I thought I ought to know the city well; yet if someone asked me the same question today, I would still be at a loss for words. And from this lack of knowledge, one might conclude that I had never even been to Paris. For sometimes, even when we encounter the truth, we rely on misleading principles!
I cannot say exactly how long I stayed in Lausanne. I do not have any particularly memorable memories of that city. I only know that, since I could not find a place to live there, I went on to Neufchâtel and spent the winter there. I fared better in Neufchâtel; I met some schoolgirls there, and I was able to send money to my good friend Perrotet, who had faithfully sent me my belongings, even though I had reduced the amount of money I asked him to send.
I gradually learned music while teaching it myself. My life was quite peaceful; a reasonable person might have been content with it, but my restless heart demanded something more. On Sundays and other days when I was free, I would wander through the countryside and forests around us, always lost in thought, dreaming, sighing. Once I left the city, I wouldn’t return until evening. One day, while I was in Boudry, I entered an inn for dinner. There, I saw a man with a thick beard, dressed in a purple Greek-style robe, wearing a fur-lined hat, and carrying himself with considerable nobility. He often had difficulty being understood, speaking in a jargon that was almost indecipherable—but it resembled Italian more than any other language. I could understand nearly everything he said, and I was the only one who could; he could only communicate with the innkeeper and the locals through gestures. I spoke a few words to him in Italian, which he understood perfectly. He stood up and embraced me warmly. Soon after, we became friends, and from that moment on, I served as his interpreter and assistant. His meals were good, but mine were rather poor. He invited me to share his meals, and I didn’t hesitate. As we drank and talked, we grew increasingly familiar with each other, and by the end of the meal, we were inseparable. He told me that he was a Greek prelate and archimandrite from Jerusalem, and that he had been sent to Europe to raise funds for the restoration of the Holy Sepulchre. He showed me beautiful letters from the Tsarina and the Emperor, as well as many others from various sovereigns. He was quite satisfied with what he had managed to gather so far, but he had faced incredible difficulties in Germany—not understanding a word of German, Latin, or French, and having to rely solely on Greek, Turkish, and Frankish to get by. These languages were of little use in the country where he found himself. He offered to take me with him as his secretary and interpreter. Despite my newly purchased purple robe, which didn’t quite suit my new role, I looked so disheveled that he thought it wouldn’t be difficult for me to make a living, and he was not wrong. We quickly reached an agreement; I asked for nothing in return, and he promised plenty. Without any guarantees, without any security, without knowing anything about the future, I entrusted myself to his care—and the next day, I set off for Jerusalem.
Non avendo sue notizie da così tanto tempo, non credevo mai di averla completamente persa, né che potesse essersi dimenticata di me. Mi dicevo: “Prima o poi scoprirà che sono in viaggio e mi darà qualche segno di vita; la ritroverò, ne sono certo”. Nel frattempo, per me era una grande dolcezza vivere nel suo paese, passeggiare per le strade dove lei aveva camminato, davanti alle case dove aveva abitato. E tutto questo solo per congetture, perché una delle mie sciocche eccentricità era quella di non osare informarmi su di lei né pronunciare il suo nome se non in caso di assoluta necessità. Mi sembrava che nominarla significasse rivelare tutto ciò che lei mi ispirava, che la mia bocca tradisse i segreti del mio cuore. Come se, in qualche modo, la mettessi in pericolo. Credo persino che in questo ci fosse anche una sorta di paura: temevo che qualcuno potesse parlare male di lei.
Si era parlato molto del suo modo di camminare, e anche un po’ del suo comportamento. Per paura che si dicessero cose che non volevo sentire, preferivo che non se ne parlasse affatto.
Poiché i miei studenti non mi occupavano molto, e poiché la sua città natale distava soltanto quattro miglia da Losanna, vi feci un viaggio di due o tre giorni; durante tutto il tempo, non mi lasciò mai una sensazione più dolce. Il paesaggio del lago di Ginevra e delle sue meravigliose coste ebbero sempre per me un fascino particolare che non saprei spiegare; tale fascino non dipende soltanto dalla bellezza del panorama, ma da qualcosa di ancora più interessante che mi commuove e mi riscalda il cuore. Ogni volta che mi avvicino alla regione del Vaud, provo un’emozione composta dal ricordo di Madame de Warens, che vi nacque; di mio padre, che vi visse; di Madame de Vulson, che fu la prima persona a suscitare in me sentimenti amorosi; di numerosi viaggi piacevoli che feci lì da bambino. E, credo, anche da qualche altra causa ancora più segreta e potente di tutte queste. Quando il forte desiderio di quella vita felice e serena, che mi sfugge e per la quale sono nato, infiamma la mia immaginazione, è sempre nel Vaud, vicino al lago, in quelle incantevoli campagne, che essa si forma nella mia mente. Ho assolutamente bisogno di un giardino sulle rive di quel lago, e non di un altro; ho bisogno di un amico fidato, di una donna amorevole, di una mucca e di una piccola barca. Solo avendo tutto questo potrò godere di una felicità perfetta sulla terra. Rido della semplicità con cui sono andato più volte in quella regione soltanto per cercare quella felicità immaginaria. Mi sorprendeva sempre scoprire che gli abitanti, soprattutto le donne, avevano un carattere completamente diverso da quello che cercavo. Quanto sembrava tutto ciò incongruente! Il paesaggio e il popolo che lo abitano non mi sono mai parsi fatti l’uno per l’altro.
In questo viaggio a Vevey, seguendo quella bella riva, mi abbandonavo alla più dolce malinconia. Il mio cuore si elevava con passione verso mille felicità innocenti: mi commuovevo, sospiravo e piangevo come un bambino. Quante volte, fermandomi per piangere in tranquillità seduto su una grossa pietra, mi divertivo a osservare le mie lacrime cadere nell’acqua!
Andai a Vevey e mi sistemai in La Clef; per i due giorni che vi trascorsi senza incontrare nessuno, sviluppai per quella città un affetto che mi accompagnò in tutti i miei viaggi e che alla fine mi spinse a stabilirmici, proprio lì, per ambientare gli eroi del mio romanzo. Direi volentieri a coloro che hanno gusto e sono sensibili: andate a Vevey, visitate la regione, esaminate i luoghi, passeggiate sul lago. E ditemi se la natura non abbia creato questa bellissima terra apposta per una Julie, per una Claire, e per un Saint-Preux; ma non cercateli lì. Torno ora alla mia storia.
Essendo cattolico e dichiarandomi tale, seguivo senza alcun mistero né scrupoli la religione che avevo adottato. Nei giorni domenicali, quando faceva bel tempo, andavo a messa ad Assens, che si trova a due leghe da Losanna. Di solito facevo questo viaggio insieme ad altri cattolici, soprattutto con un ricamatore parigino il cui nome ho dimenticato. Non era un parigino come me, ma un vero parigino di Parigi, un autentico “parigino di Dio”, un brav’uomo come quelli della Champagne. Amava così tanto la sua città che non voleva mai dubitare che io ne fossi uno, per paura di perdere l’occasione di parlarne. Anche il signor de Crousaz, luogotenente balivale, aveva un giardiniere parigino, ma meno accomodante; quest’ultimo riteneva che la gloria della sua città fosse compromessa dal fatto che qualcuno si dichiarasse suo cittadino senza realmente esserlo. Mi interrogava con l’aria di essere certo di scoprire in me un errore, poi sorrideva maliziosamente. Una volta mi chiese cosa ci fosse di particolare al Marché-Neuf; io risposi in modo evasivo, come si può immaginare. Dopo aver trascorso vent’anni a Parigi, ora dovrei conoscerla bene; tuttavia, se oggi mi facessero la stessa domanda, sarei altrettanto imbarazzato a rispondere. E da questo imbarazzo si potrebbe anche dedurre che non sia mai stato a Parigi: tanto è vero che, anche quando si incontra la verità, si può basarsi su principi ingannevoli!
Non saprei dire con esattezza per quanto tempo rimasi a Losanna. Non ho ricordi particolarmente vividi legati a quella città. So soltanto che, non trovandovi nulla di adatto alla vita, mi trasferii a Neufchâtel, dove trascorsi l’inverno. Lì le cose andarono meglio: ebbi delle studentesse e riuscii a guadagnare abbastanza denaro per poter mantenere il mio caro amico Perrotet, che mi aveva inviato fedelmente i miei piccoli bagagli, anche se gli avevo fatto risparmiare parecchio.
Imparavo gradualmente la musica insegnandola agli altri. Ma la mia vita era abbastanza tranquilla; un uomo ragionevole avrebbe potuto esserne soddisfatto. Ma il mio cuore inquieto desiderava qualcos’altro. Nei giorni di domenica e nei momenti liberi, andavo a vagabondare per le campagne e i boschi dei dintorni, sempre errante, sognando, sospirando. E una volta uscito dalla città, non vi tornavo se non la sera. Un giorno, trovandomi a Boudry, entrai in un cabaret per pranzare: lì vidi un uomo con una grande barba, vestito con un abito viola a motivi greci, un cappello foderato; aveva un aspetto nobile e parlava spesso in un gergo quasi indecifrabile, ma che assomigliava di più all’italiano che a qualsiasi altra lingua. Riuscivo a capire quasi tutto ciò che diceva. Lui, invece, poteva comunicare soltanto con gesti con il proprietario del locale e la gente del posto. Gli dissi alcune parole in italiano; le capì perfettamente. Si alzò e venne ad abbracciarmi con entusiasmo. Presto stabilimmo una buona relazione, e da quel momento in poi io gli feci da interprete e segretario. Il suo pasto era buono; il mio, invece, molto scadente. Mi invitò a partecipare al suo pranzo. Non esitai affatto. Mentre bevevamo e chiacchieravamo, diventammo sempre più intimi. Dopo il pasto, diventammo inseparabili. Mi raccontò di essere un prelato greco, arcimandrita di Gerusalemme, incaricato di raccogliere fondi in Europa per la ricostruzione del Santo Sepolcro. Mi mostrò bellissime lettere della Zarina e dell’Imperatore. Ne aveva anche molte altre da sovrani diversi. Era abbastanza soddisfatto di ciò che aveva raccolto fino ad allora. Ma aveva avuto molte difficoltà in Germania: non parlava né tedesco, né latino, né francese. E doveva affidarsi soltanto al greco, al turco e alla lingua franca per comunicare. Il che non gli risultava molto utile nel paese in cui si trovava. Mi propose di accompagnarlo come suo segretario e interprete. Nonostante il mio nuovo abito viola, appena acquistato, sembrassi davvero poco presentabile. Ma lui non dubitò affatto che potessi guadagnare bene. E non si sbagliò. Presto raggiungemmo un accordo. Non chiedevo nulla. Lui prometteva molto. Senza garanzie, senza sicurezze, senza conoscenti. Mi affidai completamente a lui. Il giorno dopo partii per Gerusalemme.
Nous commençâmes notre tournée par le canton de Fribourg, où il ne fit pas grand-chose. La dignité épiscopale ne permettait pas de faire le mendiant, et de quêter aux particuliers ; mais nous présentâmes sa commission au Sénat, qui lui donna une petite somme. De là nous fûmes à Berne. Il fallut ici plus de façon, et l’examen de ses titres ne fut pas l’affaire d’un jour. Nous logions au Faucon, bonne auberge alors, où l’on trouvait bonne compagnie. La table était nombreuse et bien servie. Il y avait longtemps que je faisais mauvaise chère ; j’avais grand besoin de me refaire, j’en avais l’occasion, et j’en profitai. Monseigneur l’archimandrite était lui-même un homme de bonne compagnie, aimant assez à tenir table, gai, parlant bien pour ceux qui l’entendaient, ne manquant pas de certaines connaissances, et plaçant son érudition grecque avec assez d’agrément. Un jour, cassant au dessert des noisettes, il se coupa le doigt fort avant ; et comme le sang sortait avec abondance, il montra son doigt à la compagnie, et dit en riant : Mirate, signori ; questo è sangue pelasgo.
À Berne mes fonctions ne lui furent pas inutiles, et je ne m’en tirai pas aussi mal que j’avais craint. J’étais bien plus hardi et mieux parlant que je n’aurais été pour moi-même. Les choses ne se passèrent pas aussi simplement qu’à Fribourg. Il fallut de longues et fréquentes conférences avec les premiers de l’État, et l’examen de ses titres ne fut pas l’affaire d’un jour.] Enfin, tout étant en règle, il fut admis à l’audience du Sénat. J’entrai avec lui comme son interprète, et l’on me dit de parler. Je ne m’attendais à rien moins, et il ne m’était pas venu dans l’esprit qu’après avoir longuement conféré avec les membres, il fallût s’adresser au corps comme si rien n’eût été dit. Qu’on juge de mon embarras ! Pour un homme aussi honteux, parler non seulement en public, mais devant le Sénat de Berne, et parler impromptu sans avoir une seule minute pour me préparer, il y avait là de quoi m’anéantir. Je ne fus pas même intimidé. J’exposai succinctement et nettement la commission de l’archimandrite. Je louai la piété des Princes qui avaient contribué à la collecte qu’il était venu faire. Piquant d’émulation celle de leurs Excellences, je dis qu’il n’y avait pas moins à espérer de leur munificence accoutumée ; et puis, tâchant de prouver que cette bonne œuvre en était également une pour tous les chrétiens sans distinction de secte, je finis par promettre les bénédictions du Ciel à ceux qui voudraient y prendre part. Je ne dirai pas que mon discours fit effet ; mais il est sûr qu’il fut goûté, et qu’au sortir de l’audience l’Archimandrite reçut un présent fort honnête, et de plus, sur l’esprit de son secrétaire, des compliments dont j’eus l’agréable emploi d’être le truchement, mais que je n’osai lui rendre à la lettre. Voilà la seule fois dans ma vie que j’aie parlé en public et devant un souverain, et la seule fois aussi peut-être que j’aie parlé hardiment et bien. Quelle différence dans les dispositions du même homme ! Il y a trois ans qu’étant allé voir à Yverdon mon vieux ami M. Roguin, je reçus une députation pour me remercier de quelques livres que j’avais donnés à la bibliothèque de cette ville. Les Suisses sont grands harangueurs ; ces messieurs me haranguèrent. Je me crus obligé de répondre ; mais je m’embarrassai tellement dans ma réponse, et ma tête se brouilla si bien, que je restai court et me fis moquer de moi. Quoique timide naturellement, j’ai été hardi quelquefois dans ma jeunesse, jamais dans mon âge avancé. Plus j’ai vu le monde, moins j’ai pu me faire à son ton.
Partis de Berne, nous allâmes à Soleure ; car le dessein de l’Archimandrite était de reprendre la route d’Allemagne, et de s’en retourner par la Hongrie ou par la Pologne, ce qui faisait une route immense : mais, comme chemin faisant, sa bourse s’emplissait plus qu’elle ne se vidait, il craignait peu les détours. Pour moi, qui me plaisais presque autant à cheval qu’à pied, je n’aurais pas mieux demandé que de voyager ainsi toute ma vie : mais il était écrit que je n’irais pas si loin.
La première chose que nous fîmes, arrivant à Soleure, fut d’aller saluer M. l’Ambassadeur de France. Malheureusement pour mon évêque, cet ambassadeur était le marquis de Bonac, qui avait été ambassadeur à la Porte, et qui devait être au fait de tout ce qui regardait le Saint-Sépulcre. L’Archimandrite eut une audience d’un quart d’heure, où je ne fus pas admis, parce que M. l’Ambassadeur entendait la langue franque, et parlait l’italien du moins aussi bien que moi. À la sortie de mon Grec je voulus le suivre ; on me retint : ce fut mon tour. M’étant donné pour parisien, j’étais comme tel sous la juridiction de Son Excellence. Elle me demanda qui j’étais, m’exhorta de lui dire la vérité ; je le lui promis en lui demandant une audience particulière qui me fut accordée. M. l’Ambassadeur m’emmena dans son cabinet, dont il ferma sur nous la porte, et là, me jetant à ses pieds, je lui tins parole. Je n’aurais pas moins dit quand je n’aurais rien promis, car un continuel besoin d’épanchement met à tout moment mon cœur sur mes lèvres ; et, après m’être ouvert sans réserve au musicien Lutold, je n’avais garde de faire le mystérieux avec le marquis de Bonac. Il fut si content de ma petite histoire et de l’effusion de cœur avec laquelle il vit que je l’avais contée, qu’il me prit par la main, entra chez Mme l’Ambassadrice, et me présenta à elle en lui faisant un abrégé de mon récit. Mme de Bonac m’accueillit avec bonté, et dit qu’il ne fallait pas me laisser aller avec ce moine grec. Il fut résolu que je resterais à l’hôtel en attendant qu’on vît ce qu’on pourrait faire de moi. Je voulais aller faire mes adieux à mon pauvre Archimandrite, pour lequel j’avais conçu de l’attachement : on ne me le permit pas. On envoya lui signifier mes arrêts, et un quart d’heure après je vis arriver mon petit sac. M. de la Martinière, secrétaire d’ambassade, fut en quelque façon chargé de moi. En me conduisant dans la chambre qui m’était destinée, il me dit : Cette chambre a été occupée sous le comte Du Luc par un homme célèbre du même nom que vous : il ne tient qu’à vous de le remplacer de toutes manières, et de faire dire un jour, Rousseau premier, Rousseau second. Cette conformité, qu’alors je n’espérais guère, eût moins flatté mes désirs si j’avais pu prévoir à quel prix je l’achèterais un jour.
Ce que m’avait dit M. de la Martinière me donna de la curiosité. Je lus les ouvrages de celui dont j’occupais la chambre, et sur le compliment qu’on m’avait fait, croyant avoir du goût pour la poésie, je fis pour mon coup d’essai une cantate à la louange de Mme de Bonac. Ce goût ne se soutint pas. J’ai fait de temps en temps quelques médiocres vers ; c’est un exercice assez bon pour se rompre aux inversions élégantes, et apprendre à mieux écrire en prose ; mais je n’ai jamais trouvé dans la poésie française assez d’attrait pour m’y livrer tout à fait[45].
M. de la Martinière voulut voir de mon style, et me demanda par écrit le même détail que j’avais fait à M. l’Ambassadeur. Je lui écrivis une longue lettre, que j’apprends avoir été conservée par M. de Marianne, qui était attaché depuis longtemps au marquis de Bonac, et qui depuis a succédé à M. de la Martinière sous l’ambassade de M. de Courteilles. J’ai prié M. de Malesherbes de tâcher de me procurer une copie de cette lettre[46]. Si je puis l’avoir par lui ou par d’autres, on la trouvera dans le recueil qui doit accompagner mes confessions.
We began our tour with the canton of Fribourg, where little was accomplished. The dignity of his episcopal position did not allow him to beg or solicit donations from individuals; however, we presented his commission to the Senate, which granted him a small sum of money. From there, we went to Bern. Here, more formalities were required, and the verification of his credentials took several days. We stayed at the Faucon, a good inn at that time, where one could find pleasant company. The meals were plentiful and well-prepared. It had been a long time since I had enjoyed decent food; I greatly needed to replenish my strength, and I took the opportunity to do so. Monsignor the Archimandrite himself was a man of good company, fond of entertaining guests, cheerful, eloquent when speaking to those who listened, possessing considerable knowledge, and able to present his Greek learning in an engaging manner. One day, while cracking nuts at dessert, he cut his finger quite deeply; as blood flowed abundantly, he showed it to the company and said with a laugh, “Look, gentlemen; this is Pelasgian blood.”
In Bern, my duties were not useless to him, and I fared better than I had feared. I was much bolder and more eloquent than I would have been if I were acting on my own. Things did not proceed as simply as they had in Fribourg; it took many long and frequent discussions with the highest officials of the state, and verifying his credentials was no matter of a day. Finally, once everything was in order, he was admitted to an audience with the Senate. I went in with him as his interpreter, and they told me to speak. I had expected nothing less; I had not even thought that after such lengthy discussions with the members of the Senate, one would still have to address them as if nothing had been said before. One can imagine my embarrassment! For a man as ashamed as I was, to speak not only in public but also before the Senate of Bern, and to do so impromptu without a single minute to prepare—there was enough there to destroy me. Yet I was not intimidated at all. I briefly and clearly presented the archimandrite’s mission. I praised the piety of the princes who had contributed to the collection he had come to solicit. Spurred on by their example, I said that one could expect no less from their usual generosity; and then, trying to prove that this good deed was also beneficial to all Christians regardless of sect, I concluded by promising the blessings of heaven to those who wished to participate in it. I would not say that my speech had a particular effect; but it was certainly well-received, and after the audience, the archimandrite received a very generous gift. Moreover, through his secretary, he received compliments which I had the pleasure of conveying, though I did not dare repeat them verbatim. This was the only time in my life that I spoke in public before a sovereign, and perhaps also the only time that I spoke boldly and well. What a difference there is in a person’s behavior depending on the circumstances! Three years ago, when I went to Yverdon to visit my old friend M. Roguin, I was received by a delegation who thanked me for some books I had donated to the city’s library. The Swiss are great orators; these gentlemen harangued me. I felt obliged to respond, but I got so confused in my reply that I fell short and made a fool of myself. Although naturally timid, I had been bold at times in my youth, but never in my later years. The more I saw the world, the less I could adjust to its ways.
Leaving Bern, we headed for Soleure; for the Archimandrite’s plan was to continue on towards Germany and then return via Hungary or Poland—a truly immense route indeed. However, as he traveled, his purse kept filling rather than emptying, so he had little concern about taking detours. As for me, who enjoyed riding a horse just as much as walking, I would have gladly traveled this way for the rest of my life; but it was fate that destined me not to go so far.
The first thing we did upon arriving in Soleure was to go and pay our respects to the Ambassador of France. Unfortunately for my bishop, this ambassador was the Marquis de Bonac, who had previously served as ambassador at the Porte and must therefore have been well-informed about everything concerning the Holy Sepulchre. The Archimandrite had an audience with him that lasted a quarter of an hour; I was not allowed to attend, because the Ambassador spoke French fluently and could also speak Italian just as well as I could. After my Greek companion left, I tried to follow him, but someone stopped me—my turn had come next. Since I presented myself as a Parisian, I was under the jurisdiction of His Excellency. He asked who I was and urged me to tell him the truth; I promised to do so and requested a private audience, which was granted to me. The Ambassador took me into his office, closed the door behind us, and there, kneeling at his feet, I told him everything as I had promised. I would have spoken anyway, for I always feel an overwhelming need to express my feelings; and since I had been so open with the musician Lutold, I saw no reason to keep secrets with the Marquis de Bonac. He was very pleased with my story and with the sincerity with which I told it, and took me by the hand, led me into the Ambassador’s wife’s room, and introduced me to her, giving her a brief summary of what had happened. Madame de Bonac welcomed me kindly and said that I should not be allowed to leave with that Greek monk. It was decided that I would stay at the embassy until it was decided what to do with me. I wanted to say goodbye to my poor Archimandrite, whom I felt deep affection for, but they did not allow me to. They sent someone to inform him of my situation, and a quarter of an hour later, my small bag arrived. M. de la Martinière, the ambassador’s secretary, was in charge of me. As he led me to the room assigned to me, he said: “This room was previously occupied by a man named Du Luc—someone with the same name as you. It’s up to you to ‘take his place’ in every way possible, and one day to make people say, ‘Rousseau first, Rousseau second.’” This coincidence, which I had little hope of encountering at the time, would have pleased me even less if I had known at what cost I would eventually achieve it.
What Mr. de la Martinière had told me piqued my curiosity. I read the works of the person whose room I was occupying, and believing that I had a taste for poetry, on the basis of the compliment someone had given me, I tried my hand at writing a cantata in praise of Madame de Bonac. However, this interest did not last. From time to time, I composed some mediocre verses; such exercises are quite useful for getting used to elegant rhetorical structures and learning to write prose more skillfully. But I never found enough appeal in French poetry to devote myself entirely to it[45].
Mr. de la Martinière wished to see the style of my writing and requested in writing the same details that I had provided to the Ambassador. I wrote him a long letter, which I later learned had been preserved by Mr. de Marianne—someone who had long served under the Marquis de Bonac and later succeeded Mr. de la Martinière as ambassador under Mr. de Courteilles. I asked Mr. de Malesherbes to try to obtain a copy of this letter for me[46]. If I am able to get it through him or through others, it will be included in the collection that is supposed to accompany my confessions.
Iniziammo il nostro viaggio dal cantone di Friburgo, dove non successe molto. La dignità episcopale non gli permetteva di chiedere l’elemosina o di elemosinare direttamente dalle persone; tuttavia presentammo la sua commissione al Senato, che gli concesse una piccola somma di denaro. Da lì ci recammo a Berna. Qui fu necessario adottare metodi più raffinati, e l’esame dei suoi titoli richiese diversi giorni. Alloggiavamo all’Faucon, un ottimo ostello dell’epoca, dove si trovava buona compagnia; la tavola era sempre ricca e ben servita. Da molto tempo non mi nutrivo adeguatamente; avevo davvero bisogno di riprendermi in forze, e ne ebbi l’opportunità: ne approfittai. Il monsignore arcimandrita stesso era una persona piacevole da compagnia, amava molto intrattenere gli ospiti, era allegro, parlava bene coloro che lo ascoltavano, possedeva notevoli conoscenze e sapeva esprimere con grande grazia la sua erudizione greca. Un giorno, mentre spezzava delle noci al dessert, si tagliò il dito gravemente; poiché il sangue sgorgava abbondantemente, mostrò il suo dito alla compagnia e disse ridendo: “Guardate, signori. Questo è sangue pelasgo.”
A Berna, le mie funzioni non risultarono inutili per lui, e me la cavai meglio di quanto temessi. Ero molto più coraggioso e eloquente di quanto avrei potuto essere se fossi stato da solo. Le cose non andarono così facilmente come a Friburgo: furono necessarie lunghe e frequenti discussioni con i principali esponenti dello Stato, e l’esame dei suoi titoli non fu questione di un giorno. Alla fine, tutto essendo in ordine, fu ammesso all’udienza del Senato. Entrai con lui come suo interprete, e mi fu chiesto di parlare. Non mi aspettavo nientemeno di così; non mi era nemmeno passato per la mente che, dopo lunghe discussioni con i membri del Senato, fosse necessario rivolgersi al corpo legislativo come se nulla fosse stato detto prima. Immaginate il mio imbarazzo. Per un uomo così timido, parlare non solo in pubblico, ma davanti al Senato di Berna, e farlo su due piedi senza nemmeno un minuto per prepararmi. Era qualcosa che avrebbe potuto distruggermi. Eppure non mi lasciai intimidire. Esposi brevemente e chiaramente la missione dell’arcimandrita; lodai la pietà dei Principi che avevano contribuito alla raccolta di fondi per cui era venuto. Stimolato dall’esempio delle loro Eccellenze, dissi che non c’era motivo di dubitare della loro solita generosità; inoltre, cercando di dimostrare che questa buona azione fosse vantaggiosa per tutti i cristiani, senza distinzione di setta, conclusi promettendo le benedizioni del Cielo a coloro che volessero parteciparvi. Non dirò che il mio discorso abbia avuto effetto. Ma è certo che fu apprezzato; al termine dell’udienza, l’arcimandrita ricevette un dono molto generoso, e inoltre, tramite i complimenti del suo segretario, ebbi l’opportunità di esprimermi, anche se non osai ripeterli letteralmente. Questa è stata l’unica volta nella mia vita in cui ho parlato in pubblico davanti a un sovrano. E forse anche l’unica volta in cui ho parlato con coraggio e abilità. Che differenza nelle disposizioni dello stesso uomo. Tre anni fa, andando a Yverdon a trovare il mio vecchio amico M. Roguin, ricevetti una delegazione che voleva ringraziarmi per alcuni libri che avevo donato alla biblioteca di quella città. Gli svizzeri sono grandi oratori. Quei signori mi elogiarono molto; sentii di dover rispondere. Ma mi imbarazzai così tanto che rimasi senza parole e finii per essere preso in giro. Anche se di natura timida, a volte da giovane ero stato coraggioso. Ma mai, in età avanzata. Più conoscevo il mondo, meno riuscivo ad abituarmi al suo tono.
Partiti da Berna, andammo a Soleura; poiché l’intenzione dell’Arcimandrita era di riprendere la strada per la Germania e tornare poi attraverso l’Ungheria o la Polonia, il che avrebbe significato un viaggio molto lungo. Tuttavia, poiché durante il viaggio il suo portafoglio si riempiva più velocemente di quanto si svuotasse, non temeva affatto i deviazioni. Per quanto mi riguarda, a me piaceva cavalcare tanto quanto camminare a piedi; non avrei desiderato nulla di meglio che viaggiare in questo modo per tutta la vita. Ma era scritto che non sarei andato così lontano.
La prima cosa che facemmo arrivando a Soleura fu andare a salutare l’Ambasciatore di Francia. Sfortunatamente per il mio vescovo, quell’ambasciatore era il marchese de Bonac, che aveva precedentemente ricoperto la stessa carica alla Porta di San Pietro e doveva quindi essere a conoscenza di tutto ciò che riguardava il Santo Sepolcro. L’Arcimandrita ebbe un colloquio di quindici minuti; a me non fu permesso di parteciparvi, poiché l’Ambasciatore parlava fluentemente la lingua francese e l’italiano altrettanto bene di me. Alla fine del colloquio, mentre il mio greco stava per uscire, cercai di seguirlo, ma fui trattenuto: era il mio turno. Dato che mi ero presentato come parigino, ero sotto la giurisdizione della Sua Eccellenza. L’Ambasciatore mi chiese chi fossi e mi esortò a dire la verità; glielo promisi e gli chiesi un colloquio privato, che mi fu concesso. Mi portò nel suo studio, chiuse la porta e lì, gettandomi ai suoi piedi, gli raccontai tutto sinceramente. Avrei detto lo stesso anche senza averlo promesso, poiché il bisogno costante di esprimere i miei sentimenti mi spingeva sempre a parlare apertamente; dopo essermi confidato senza riserve al musicista Lutold, non avevo certo intenzione di nascondere nulla con il marchese de Bonac. Fu molto soddisfatto della mia storia e dell’emozione con cui l’avevo raccontata; mi prese per mano, entrò nella stanza della moglie dell’Ambasciatore e mi presentò a lei, riassumendo brevemente quanto mi era accaduto. La signora de Bonac mi accolse con gentilezza e disse che non dovevo essere lasciato andare via con quel monaco greco. Fu deciso che sarei rimasto nell’hotel in attesa di decidere cosa fare di me. Volevo salutare il mio povero Arcimandrite, per il quale provavo grande affetto, ma non mi fu permesso. Si mandò qualcuno a comunicargli le decisioni prese riguardo a me; quindici minuti dopo ricevetti il mio piccolo bagaglio. Il segretario d’ambasciata, M. de la Martinière, fu incaricato di prendersi cura di me. Portandomi nella stanza che mi era stata assegnata, mi disse: “Questa stanza è stata occupata in passato dal conte Du Luc da un uomo omonimo a voi; basta che voi lo sostituiate in ogni modo possibile, e un giorno si potrà dire: ‘Rousseau primo, Rousseau secondo’, ” Questa coincidenza, che all’epoca non mi aspettavo affatto, non avrebbe certo soddisfatto i miei desideri se avessi potuto prevedere a quale prezzo l’avrei pagata in seguito.
Quello che mi aveva detto il signor de la Martinière suscitò in me della curiosità. Lessi gli scritti di colui che occupava la stanza accanto alla mia, e, credendo di avere un certo gusto per la poesia, scrissi per fare una prova una cantata in lode della signora de Bonac. Tuttavia, questo interesse non durò a lungo: di tanto in tanto composi qualche verso mediocre; si tratta comunque di un esercizio utile per abituarsi alle inversioni grammaticali eleganti e imparare a scrivere meglio in prosa; ma non ho mai trovato nella poesia francese abbastanza attrattiva da dedicarmici completamente[45].
Il signor de la Martinière volle conoscere il mio stile e mi chiese per iscritto gli stessi dettagli che avevo fornito al signor Ambasciatore. Gli scrissi una lunga lettera, che ho appreso essere stata conservata dal signor de Marianne, il quale era da tempo addetto al marchese di Bonac e in seguito ha sostituito il signor de la Martinière nell’ambasciata del signor de Courteilles. Ho chiesto al signor de Malesherbes di cercare di procurarmi una copia di questa lettera[46]. Se riuscirò ad ottenerla da lui o da altri, verrà inclusa nella raccolta che dovrebbe accompagnare le mie confessioni.
L’expérience que je commençais d’avoir modérait peu à peu mes projets romanesques, et par exemple, non seulement je ne devins point amoureux de Mme de Bonac, mais je sentis d’abord que je ne pouvais faire un grand chemin dans la maison de son mari. M. de la Martinière en place, et M. de Marianne pour ainsi dire en survivance, ne me laissaient espérer pour toute fortune qu’un emploi de sous-secrétaire qui ne me tentait pas infiniment. Cela fit que, quand on me consulta sur ce que je voulais faire, je marquai beaucoup d’envie d’aller à Paris. M. l’Ambassadeur goûta cette idée, qui tendait au moins à le débarrasser de moi. M. de Merveilleux, secrétaire interprète de l’ambassade, dit que son ami M. Gaudard, colonel suisse au service de la France, cherchait quelqu’un pour mettre auprès de son neveu, qui entrait fort jeune au service, et pensa que je pourrais lui convenir. Sur cette idée assez légèrement prise, mon départ fut résolu ; et moi, qui voyais un voyage à faire et Paris au bout, j’en fus dans la joie de mon cœur. On me donna quelques lettres, cent francs pour mon voyage, accompagnés de force bonnes leçons, et je partis.
Je mis à ce voyage une quinzaine de jours, que je peux compter parmi les heureux de ma vie. J’étais jeune, je me portais bien, j’avais assez d’argent, beaucoup d’espérance, je voyageais, je voyageais à pied, et je voyageais seul. On serait étonné de me voir compter un pareil avantage, si déjà l’on n’avait dû se familiariser avec mon humeur. Mes douces chimères me tenaient compagnie, et jamais la chaleur de mon imagination n’en enfanta de plus magnifiques. Quand on m’offrait quelque place vide dans une voiture, ou que quelqu’un m’accostait en route, je rechignais de voir renverser la fortune dont je bâtissais l’édifice en marchant. Cette fois mes idées étaient martiales. J’allais m’attacher à un militaire et devenir militaire moi-même ; car on avait arrangé que je commencerais par être cadet. Je croyais déjà me voir en habit d’officier avec un beau plumet blanc. Mon cœur s’enflait à cette noble idée. J’avais quelque teinture de géométrie et de fortifications ; j’avais un oncle ingénieur ; j’étais en quelque sorte enfant de la balle. Ma vue courte offrait un peu d’obstacle, mais qui ne m’embarrassait pas ; et je comptais bien à force de sang-froid et d’intrépidité suppléer à ce défaut. J’avais lu que le maréchal Schomberg avait la vue très courte ; pourquoi le maréchal Rousseau ne l’aurait-il pas ? Je m’échauffais tellement sur ces folies, que je ne voyais plus que troupes, remparts, gabions, batteries, et moi, au milieu du feu et de la fumée, donnant tranquillement mes ordres, la lorgnette à la main. Cependant, quand je passais dans des campagnes agréables, que je voyais des bocages et des ruisseaux, ce touchant aspect me faisait soupirer de regret ; je sentais au milieu de ma gloire que mon cœur n’était pas fait pour tant de fracas, et bientôt, sans savoir comment, je me retrouvais au milieu de mes chères bergeries, renonçant pour jamais aux travaux de Mars.
Combien l’abord de Paris démentit l’idée que j’en avais ! La décoration extérieure que j’avais vue à Turin, la beauté des rues, la symétrie et l’alignement des maisons, me faisaient chercher à Paris autre chose encore. Je m’étais figuré une ville aussi belle que grande, de l’aspect le plus imposant, où l’on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d’or. En entrant par le faubourg Saint-Marceau, je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, l’air de la malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisanes et de vieux chapeaux. Tout cela me frappa d’abord à tel point, que tout ce que j’ai vu depuis à Paris de magnificence réelle n’a pu détruire cette première impression, et qu’il m’en est resté toujours un secret dégoût pour l’habitation de cette capitale. Je puis dire que tout le temps que j’y ai vécu dans la suite ne fut employé qu’à y chercher des ressources pour me mettre en état d’en vivre éloigné. Tel est le fruit d’une imagination trop active, qui exagère par-dessus l’exagération des hommes, et voit toujours plus que ce qu’on lui dit. On m’avait tant vanté Paris, que je me l’étais figuré comme l’ancienne Babylone, dont je trouverais peut-être autant à rabattre, si je l’avais vue, du portrait que je m’en suis fait. La même chose m’arriva à l’Opéra, où je me pressai d’aller le lendemain de mon arrivée ; la même chose m’arriva dans la suite à Versailles ; dans la suite encore en voyant la mer ; et la même chose m’arrivera toujours en voyant des spectacles qu’on m’aura trop annoncés : car il est impossible aux hommes et difficile à la nature elle-même de passer en richesse mon imagination.
À la manière dont je fus reçu de tous ceux pour qui j’avais des lettres, je crus ma fortune faite. Celui à qui j’étais le plus recommandé, et qui me caressa le moins, était M. de Surbeck, retiré du service et vivant philosophiquement à Bagneux, où je fus le voir plusieurs fois, et où jamais il ne m’offrit un verre d’eau. J’eus plus d’accueil de Mme de Merveilleux, belle-sœur de l’interprète, et de son neveu, officier aux gardes : non seulement la mère et le fils me reçurent bien, mais ils m’offrirent leur table, dont je profitai souvent durant mon séjour à Paris. Mme de Merveilleux me parut avoir été belle ; ses cheveux étaient d’un[47] beau noir, et faisaient, à la vieille mode, le crochet sur ses tempes. Il lui restait ce qui ne périt point avec les attraits, un esprit très agréable. Elle me parut goûter le mien, et fit tout ce qu’elle put pour me rendre service ; mais personne ne la seconda, et je fus bientôt désabusé de tout ce grand intérêt qu’on avait paru prendre à moi. Il faut pourtant rendre justice aux Français ; ils ne s’épuisent point tant qu’on dit en protestations, et celles qu’ils font sont presque toujours sincères ; mais ils ont une manière de paraître s’intéresser à vous qui trompe plus que des paroles. Les gros compliments des Suisses n’en peuvent imposer qu’à des sots : les manières des Français sont plus séduisantes en cela même qu’elles sont plus simples ; on croirait qu’ils ne vous disent pas tout ce qu’ils veulent faire, pour vous surprendre plus agréablement. Je dirai plus ; ils ne sont point faux dans leurs démonstrations ; ils sont naturellement officieux, humains, bienveillants, et même, quoi qu’on en dise, plus vrais qu’aucune autre nation ; mais ils sont légers et volages. Ils ont en effet le sentiment qu’ils vous témoignent, mais ce sentiment s’en va comme il est venu. En vous parlant, ils sont pleins de vous ; ne vous voient-ils plus, ils vous oublient. Rien n’est permanent dans leur cœur : tout est chez eux l’œuvre du moment.
Je fus donc beaucoup flatté et peu servi. Ce colonel Gaudard au neveu duquel on m’avait donné, se trouva être un vilain vieux avare, qui, quoique tout cousu d’or, voyant ma détresse, me voulut avoir pour rien. Il prétendait que je fusse auprès de son neveu une espèce de valet sans gages plutôt qu’un vrai gouverneur. Attaché continuellement à lui, et par là dispensé du service, il fallait que je vécusse de ma paye de cadet, c’est-à-dire de soldat ; et à peine consentait-il à me donner l’uniforme ; il aurait voulu que je me contentasse de celui du régiment. Mme de Merveilleux, indignée de ses propositions, me détourna elle-même de les accepter ; son fils fut du même sentiment. On cherchait autre chose, et l’on ne trouvait rien. Cependant je commençais d’être pressé, et cent francs, sur lesquels j’avais fait mon voyage, ne pouvaient me mener bien loin. Heureusement je reçus, de la part de M. l’Ambassadeur, encore une petite remise qui me fit grand bien, et je crois qu’il ne m’aurait pas abandonné si j’eusse eu plus de patience : mais languir, attendre, solliciter, sont pour moi choses impossibles. Je me rebutai, je ne parus plus, et tout fut fini. Je n’avais pas oublié ma pauvre Maman ; mais comment la trouver ? où la chercher ? Mme de Merveilleux, qui savait mon histoire, m’avait aidé dans cette recherche, et longtemps inutilement. Enfin elle m’apprit que Mme de Warens était repartie il y avait plus de deux mois, mais qu’on ne savait si elle était allée en Savoie ou à Turin, et que quelques personnes la disaient retournée en Suisse. Il ne m’en fallut pas davantage pour me déterminer à la suivre, bien sûr qu’en quelque lieu qu’elle fût, je la trouverais plus aisément en province que je n’avais pu faire à Paris.
The experiences I began to have gradually influenced my literary plans. For instance, not only did I not fall in love with Madame de Bonac, but I also realized that I had little chance of achieving anything significant within her husband’s household. With Monsieur de la Martinière in position and Monsieur de Marianne, so to speak, still alive, the best prospect for me was a job as an under-secretary—something that held little appeal for me. As a result, when people asked me what I wanted to do, I expressed a strong desire to go to Paris. The Ambassador found this idea pleasing, as it would at least allow him to get rid of me. Monsieur de Merveilleux, the embassy’s interpreter-secretary, mentioned that his friend Monsieur Gaudard, a Swiss colonel serving in France, was looking for someone to assist his nephew, who was starting his military career at a young age, and thought I might be suitable for the role. With this rather casual suggestion, my departure was decided upon. And I, seeing a journey ahead and Paris at its end, was overjoyed. They gave me some letters, one hundred francs for my travel expenses, along with numerous valuable admonitions, and so I set off.
I spent about fifteen days on this journey, which I consider one of the happiest times of my life. I was young, in good health, had enough money, and was filled with hope. I traveled—on foot, and alone. One might be surprised to hear me mention such an advantage, were it not for those who are familiar with my temperament. My gentle whims kept me company, and the heat of my imagination gave birth to even more magnificent ideas. When someone offered me a spot in a carriage or approached me on the road, I was reluctant to let such fortune disrupt the plan I had carefully crafted along the way. This time, my aspirations were military in nature—I planned to attach myself to a soldier and eventually become one myself, starting as a cadet. I could already imagine myself in an officer’s uniform, with a beautiful white plume. The thought filled me with pride. I had some knowledge of geometry and fortification; I had an uncle who was an engineer, so in a way, I was born into this world. My short-sightedness posed no real obstacle, though it did cause me some trouble at times—but I was determined to overcome it through patience and courage. I had read that Marshal Schomberg was also very nearsighted; why shouldn’t Marshal Rousseau be the same? I became so engrossed in these fanciful ideas that all I could see were troops, walls, batteries—and myself, calmly issuing orders amidst the fire and smoke, with a monocle in hand. However, when I passed through beautiful countryside, seeing groves and streams, I would feel a pang of regret. Despite my imagined glory, I knew my heart was not meant for such turmoil—and before long, without realizing it, I would find myself back among my beloved flocks, forever giving up on the pursuits of war.
How much the exterior of Paris contradicted the image I had of it! The external decorations I had seen in Turin, the beauty of the streets, the symmetry and alignment of the buildings—all these led me to expect something even more magnificent in Paris. I had imagined a city as beautiful as it was vast, with an imposing appearance, filled with splendid streets, palaces made of marble and gold. But upon entering through the Faubourg Saint-Marceau, all I saw were dirty, smelly narrow streets, ugly black houses, and an atmosphere of filth, poverty, beggars, carters, vagrants, herbal sellers, and old hats. This first impression was so strong that nothing I later witnessed of Paris’ actual splendor was able to change it, and I always felt a secret aversion toward living in this capital. In fact, the entire time I spent there afterward was devoted to trying to find ways to live away from it. Such is the result of an overly active imagination that exaggerates even beyond what humans can possibly say or experience. People had praised Paris so much that I had imagined it to be like the ancient Babylon—perhaps I would have found just as many reasons to be disappointed if I had actually seen it. The same thing happened when I went to the Opera the day after my arrival; the same thing occurred later when I visited Versailles, and again when I saw the sea. And it will always happen whenever I witness something that has been excessively hyped up for me: for it is impossible for humans, and even difficult for nature itself, to surpass the limits of my imagination.
From the way I was received by all those to whom I had written letters, I thought my fortune was made. The person who was most highly recommended to me, yet showed me the least kindness, was Mr. de Surbeck—a man who had retired from active service and lived in a philosophical manner in Bagneux. I visited him several times there, but he never offered me even a glass of water. I received much better treatment from Madame de Merveilleux, the sister-in-law of the interpreter, and her nephew, an officer in the guards. Not only did the mother and son receive me well, but they also invited me to share their meals, which I took advantage of on many occasions during my stay in Paris. Madame de Merveilleous seemed to have been quite beautiful; her hair was a beautiful black color, and it fell in old-fashioned curls over her temples. What remained with her, beyond physical charms, was a very pleasant disposition. She seemed to appreciate mine and did everything she could to help me; however, no one else supported her efforts, and I soon realized that all the apparent interest people showed in me was merely superficial. Nevertheless, it is fair to acknowledge the French—they do not go to such lengths as one might suppose in their expressions of goodwill, and their compliments are almost always sincere. But they have a way of appearing interested in you that is even more deceptive than words alone. The excessive flattery of the Swiss can only fool fools; the manners of the French are far more appealing precisely because they are more natural. One would think they hold back from telling you everything they intend to do, in order to surprise you more pleasantly. To put it bluntly, their expressions of affection are not insincere—they are naturally polite, kind, and, despite what one might say, more genuine than those of any other nation. But they are also fleeting and changeable. Indeed, they feel what they say to you, but that feeling passes just as quickly as it came. When they talk to you, they seem completely devoted to you; but the moment they stop seeing you, they forget you entirely. Nothing in their hearts remains permanent—everything is temporary for them, a product of the moment alone.
I was therefore greatly flattered, but little helped in my situation. This Colonel Gaudard, whose nephew I had been assigned to serve with, turned out to be a vile old miser. Despite being covered in gold, upon seeing my plight, he tried to get me to work for him for nothing. He claimed that I was more of a unpaid servant to his nephew than a proper governor. Being constantly attached to him and thus exempt from regular duties, I had to live on my salary as a cadet—that is, as a soldier. He was barely willing to provide me with a uniform; he would have preferred me to wear the regimental one instead. Madame de Merveilleux, outraged by his proposals, prevented me from accepting them herself; her son felt the same way. People tried to find another solution, but to no avail. However, I was beginning to run out of money—the hundred francs I had brought with me for my journey wouldn’t last long. Fortunately, I received another small sum from the Ambassador, which helped me greatly. I believe he would not have abandoned me if I had been more patient; but for me, enduring hardship, waiting, and pleading is simply impossible. I gave up and stopped showing up, and that was the end of it. I had not forgotten my poor mother; but how could I find her? Where should I look for her? Madame de Merveilleous, who knew my story, had helped me in this search—though to no avail for a long time. Finally, she told me that Madame de Warens had left more than two months ago, but it was unknown whether she had gone to Savoy or Turin; some people said she might have returned to Switzerland. That was enough to convince me to follow her. After all, wherever she was, I would surely be able to find her more easily in the countryside than I had been able to do in Paris.
L’esperienza che iniziavo ad accumulare modificava gradualmente i miei progetti letterari: per esempio, non solo non iniziai a provare sentimenti d’amore per la signora de Bonac, ma ebbi anche l’intuizione che non avrei potuto avere grandi opportunità nella casa di suo marito. Il signor de la Martinière, all’epoca in carica, e il signor de Marianne, in un certo senso suo successore, non mi lasciavano sperare altro che un incarico di segretario, cosa che per me non rappresentava alcuna attrattiva. Per questo motivo, quando mi chiesero cosa volessi fare, espressi vivamente il desiderio di andare a Parigi. L’ambasciatore apprezzò questa idea, poiché almeno avrebbe potuto liberarsi di me. Il signor de Merveilleux, segretario interprete dell’ambasciata, disse che suo amico, il colonnello svizzero M. Gaudard al servizio della Francia, stava cercando qualcuno da mettere al fianco di suo nipote, che entrava molto giovane nel servizio militare, e pensò che io potessi essere adatto a quel ruolo. Sulla base di questa idea, decisi di partire; e io, che vedevo davanti a me un viaggio verso Parigi, ne ero estremamente felice. Mi diedero alcune lettere, cento franchi per il viaggio, insieme a molti buoni consigli, e così partii.
Impiegai circa quindici giorni in questo viaggio, che posso considerare tra i momenti più felici della mia vita. Ero giovane, in buona salute, avevo abbastanza denaro, molte speranze; viaggiavo, a piedi, e da solo. Si sorprenderebbe se qualcuno pensasse di poter considerare un vantaggio del genere mio, se non si fosse già abituati al mio carattere. Le mie dolci fantasie mi facevano compagnia, e la calore della mia immaginazione generava sempre immagini ancora più magnifiche. Quando qualcuno mi offriva un posto libero in una carrozza o quando qualcuno mi si avvicinava lungo la strada, rifiutavo l’idea di vedere distrutta quella fortuna su cui stavo costruendo il mio “edificio” durante il viaggio. Questa volta i miei pensieri erano decisamente “militari”: intendevo unirmi a un militare e diventare anch’io soldato, poiché era stato deciso che iniziasse la mia carriera come cadetto. Già mi immaginavo con l’uniforme di ufficiale, con un bel pennacchio bianco. Il mio cuore si gonfiava di orgoglio al pensiero di questa nobile possibilità. Avevo una certa conoscenza di geometria e fortificazioni; avevo un zio ingegnere. In un certo senso, ero “figlio dell’esercito”. La mia vista corta rappresentava un piccolo ostacolo, ma non mi creava problemi; contavo di compensare questa mancanza con calma e coraggio. Avevo letto che il maresciallo Schomberg aveva la vista molto corta. Perché mai il maresciallo Rousseau non avrebbe potuto averla allo stesso modo? Mi entusiasmavo così tanto per queste idee folli, che non vedevo altro che truppe, mura, fortificazioni, e me stesso, al centro del fuoco e del fumo, che impartivo ordini con tranquillità, tenendo in mano la lorgnette. Tuttavia, quando passavo attraverso campagne piacevoli, vedendo boschetti e ruscelli, quel panorama incantevole mi faceva sospirare di rimpianto. Sentivo che, nonostante tutta quella gloria, il mio cuore non era fatto per tanto clamore. E presto, senza nemmeno rendermene conto, mi ritrovavo di nuovo tra le mie amate pecore, rinunciando per sempre ai “lavori di Marte”.
Quanto l’aspetto di Parigi smentisse l’immagine che ne avevo! La decorazione esterna che avevo visto a Torino, la bellezza delle strade, la simmetria e l’allineamento delle case mi facevano sperare di trovare a Parigi qualcosa di ancora più meraviglioso. Mi ero immaginato una città bella e grande, dall’aspetto imponente, con strade magnifiche, palazzi di marmo e d’oro. Entrando per il quartiere di Saint-Marceau, invece, vidi solo strade sporche e puzzolenti, case brutte e nere, un’atmosfera di sporcizia, povertà, mendicanti, carrettieri. Tutto ciò mi colpì così profondamente che nulla di ciò che ho visto in seguito a Parigi è riuscito a cancellare quell’impressione negativa; anzi, mi è rimasto sempre un disgusto segreto per l’ambiente di questa capitale. Posso dire che tutto il tempo trascorso successivamente a Parigi è stato dedicato soltanto alla ricerca di modi per vivere lontano da quella città. Questo è il risultato di un’immaginazione troppo fervida, che esagera oltre ogni limite umano e vede sempre di più di quanto le venga detto. Mi avevano parlato così tanto bene di Parigi che me l’ero immaginata come l’antica Babilonia. Forse avrei scoperto che anche quella città aveva i suoi difetti, se l’avessi vista con i miei occhi. La stessa cosa è successa quando sono andato all’Opéra il giorno dopo il mio arrivo; lo stesso è accaduto in seguito a Versailles, e poi ancora davanti al mare. E continuerà ad accadere ogni volta che assisterò a spettacoli di cui mi viene fatto un’enorme pubblicità: perché è impossibile per gli esseri umani, e persino difficile per la natura stessa, superare i limiti della mia immaginazione.
Dalla maniera in cui fui accolto da tutte quelle persone a cui avevo scritto, pensai di aver realizzato il mio sogno. Quello a cui ero più raccomandato, e che tuttavia mi trattò con la minore cordialità, era il signor de Surbeck: si era ritirato dal servizio militare e viveva in modo filosofico a Bagneux, dove lo andai a visitare più volte, ma mai una volta mi offrì nemmeno un bicchiere d’acqua. Ricevetti invece un’accoglienza molto migliore da Madame de Merveilleux, cognata dell’interprete, e dal suo nipote, ufficiale delle guardie: sia la madre che il figlio mi trattarono con grande gentilezza e mi offrirono spesso il loro cibo durante il mio soggiorno a Parigi. Madame de Merveilleux mi sembrava davvero bella; i suoi capelli erano di un bel nero intenso, e seguivano la vecchia moda. Le restava però qualcosa che non svanisce mai con gli anni: uno spirito davvero piacevole. Mi parve apprezzare il mio modo di essere e fece tutto ciò che poté per aiutarmi. Ma nessuno la sostenne, e presto mi resi conto che tutta quell’attenzione che sembrava essermi rivolta in realtà non esisteva. Bisogna comunque dare giustizia ai francesi: non si stancano mai di fare dichiarazioni di interesse per qualcuno, e queste dichiarazioni sono quasi sempre sincere. Tuttavia hanno un modo di mostrarsi interessati a voi che inganna più delle parole stesse. I complimenti eccessivi degli svizzeri possono ingannare solo gli sciocchi; i modi dei francesi, invece, sono molto più seducenti proprio perché più semplici. Si direbbe che non vi dicano tutto ciò che intendono fare, per sorprendervi in modo ancora più piacevole. Direi persino di più: nelle loro dimostrazioni di affetto non sono mai falsi; sono naturalmente cortesi, umani, gentili. E, a dispetto di quanto si possa dire, più sinceri di qualsiasi altra nazione. Ma sono anche leggeri e volubili. Hanno davvero il sentimento che mostrano nei vostri confronti, ma questo sentimento svanisce non appena vi perdono di vista. Niente nel loro cuore è permanente: tutto è frutto del momento presente.
Fui quindi molto lusingato, ma poco aiutato. Quel colonnello Gaudard, di cui mi avevano dato il nipote come referente, si rivelò essere un vecchio avaro e spregevole; nonostante fosse tutto vestito d’oro, vedendo la mia difficoltà, cercò di avermi gratuitamente a sua disposizione. Sostenne che io fossi più un servitore senza stipendio che un vero governatore presso suo nipote. Essendo costantemente legato a lui e quindi esentato dal compiere qualsiasi dovere, dovevo vivere con lo stipendio di un soldato semplice; inoltre, si rifiutava persino di darmi l’uniforme ufficiale, preferendo che indossassi quella del reggimento. La signora de Merveilleux, indignata dalle sue proposte, mi aiutò personalmente a rifiutarle; anche suo figlio condivideva questo punto di vista. Si cercava qualcun altro, ma senza successo. Tuttavia iniziai ad avere difficoltà economiche: i cento franchi che avevo portato con me per il viaggio non erano sufficienti a mantenermi a lungo. Fortunatamente ricevetti un’altra piccola somma da parte dell’ambasciatore, il che mi fu di grande aiuto; credo che non mi avrebbe abbandonato se avessi avuto più pazienza. Ma soffrire, aspettare, chiedere aiuto, per me sono cose impossibili. Mi arresi, smisi di presentarmi e tutto finì lì. Non avevo dimenticato mia povera madre, ma come trovarla? Dove cercarla? La signora de Merveilleux, che conosceva la mia storia, aveva cercato di aiutarmi in questa ricerca, senza successo per molto tempo. Alla fine mi disse che la signora de Warens se n’era andata più di due mesi prima, ma non si sapeva se fosse tornata in Savoia o a Torino; alcune persone pensavano invece che fosse tornata in Svizzera. Non ci volle di più per decidere di seguirla, certo, ovunque si trovasse, l’avrei trovata più facilmente in provincia che a Parigi.
Avant de partir j’exerçai mon nouveau talent poétique dans une épître au colonel Gaudard, où je le drapai de mon mieux. Je montrai ce barbouillage à Mme de Merveilleux, qui, au lieu de me censurer comme elle aurait dû faire, rit beaucoup de mes sarcasmes, de même que son fils, qui, je crois, n’aimait pas M. Gaudard, et il faut avouer qu’il n’était pas aimable. J’étais tenté de lui envoyer mes vers, ils m’y encouragèrent : j’en fis un paquet à son adresse, et comme il n’y avait point alors à Paris de petite poste, je le mis dans ma poche, et je le lui envoyai d’Auxerre en passant. Je ris quelquefois encore en songeant aux grimaces qu’il dut faire en lisant ce panégyrique, où il était peint trait pour trait. Il commençait ainsi :
Tu croyais, vieux pénard, qu’une folle manie
D’élever ton neveu m’inspirerait l’envie.
Cette petite pièce, mal faite à la vérité, mais qui ne manquait pas de sel, et qui annonçait du talent pour la satire, est cependant le seul écrit satirique qui soit sorti de ma plume. J’ai le cœur trop peu haineux pour me prévaloir d’un pareil talent : mais je crois qu’on peut juger par quelques écrits polémiques faits de temps à autre pour ma défense, que, si j’avais été d’humeur batailleuse, mes agresseurs auraient eu rarement les rieurs de leur côte.
La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de mes voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai faits seul et à pied. La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées : je ne puis presque penser quand je reste en place, il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, l’éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l’immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré, sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière, mon cœur, errant d’objet en objet, s’unit, s’identifie à ceux qui le flattent, s’entoure d’images charmantes, s’enivre de sentiments délicieux. Si pour les fixer je m’amuse à les décrire en moi-même, quelle vigueur de pinceau, quelle fraîcheur de coloris, quelle énergie d’expression je leur donne ! On a, dit-on, trouvé de tout cela dans mes ouvrages, quoique écrits vers le déclin de mes ans. Oh ! si l’on eût vu ceux de ma première jeunesse, ceux que j’ai faits durant mes voyages, ceux que j’ai composés et que je n’ai jamais écrits… Pourquoi, direz-vous, ne les pas écrire ? Et pourquoi les écrire ? vous répondrai-je : pourquoi m’ôter le charme actuel de la jouissance, pour dire à d’autres que j’avais joui ? Que m’importaient des lecteurs, un public, et toute la terre, tandis que je planais dans le ciel ? D’ailleurs, portais-je avec moi du papier, des plumes ? Si j’avais pensé à tout cela, rien ne me serait venu. Je ne prévoyais pas que j’aurais des idées ; elles viennent quand il leur plaît, non quand il me plaît. Elles ne viennent point, ou elles viennent en foule, elles m’accablent de leur nombre et de leur force. Dix volumes par jour n’auraient pas suffi. Où prendre du temps pour les écrire ? En arrivant je ne songeais qu’à bien dîner. En partant je ne songeais qu’à bien marcher. Je sentais qu’un nouveau paradis m’attendait à la porte. Je ne songeais qu’à l’aller chercher.
Jamais je n’ai si bien senti tout cela que dans le retour dont je parle. En venant à Paris, je m’étais borné aux idées relatives à ce que j’y allais faire. Je m’étais élancé dans la carrière où j’allais entrer, et je l’avais parcourue avec assez de gloire : mais cette carrière n’était pas celle où mon cœur m’appelait et les êtres réels nuisaient aux êtres imaginaires. Le colonel Gaudard et son neveu figuraient mal avec un héros tel que moi. Grâce au ciel, j’étais maintenant délivré de tous ces obstacles : je pouvais m’enfoncer à mon gré dans le pays des chimères, car il ne restait que cela devant moi. Aussi je m’y égarai si bien, que je perdis réellement plusieurs fois ma route ; et j’eusse été fort fâché d’aller plus droit, car, sentant qu’à Lyon j’allais me retrouver sur la terre, j’aurais voulu n’y jamais arriver.
Un jour entre autres, m’étant à dessein détourné pour voir de près un lieu qui me parut admirable, je m’y plus si fort et j’y fis tant de tours que je me perdis enfin tout à fait. Après plusieurs heures de course inutile, las et mourant de soif et de faim, j’entrai chez un paysan dont la maison n’avait pas belle apparence, mais c’était la seule que je visse aux environs. Je croyais que c’était comme à Genève ou en Suisse où tous les habitants à leur aise sont en état d’exercer l’hospitalité. Je priai celui-ci de me donner à dîner en payant. Il m’offrit du lait écrémé et de gros pain d’orge, en me disant que c’était tout ce qu’il avait. Je buvais ce lait avec délices, et je mangeais ce pain, paille et tout ; mais cela n’était pas fort restaurant pour un homme épuisé de fatigue. Ce paysan, qui m’examinait, jugea de la vérité de mon histoire par celle de mon appétit. Tout de suite, après m’avoir dit qu’il voyait bien[48] que j’étais un bon jeune honnête homme qui n’était pas là pour le vendre, il ouvrit une petite trappe à côté de sa cuisine, descendit, et revint un moment après avec un bon pain bis de pur froment, un jambon très appétissant quoique entamé, et une bouteille de vin dont l’aspect me réjouit le cœur plus que tout le reste. On joignit à cela une omelette assez épaisse, et je fis un dîner tel qu’autre qu’un piéton n’en connut jamais. Quand ce vint à payer, voilà son inquiétude et ses craintes qui le reprennent, il ne voulait point de mon argent, il le repoussait avec un trouble extraordinaire ; et ce qu’il y avait de plaisant était que je ne pouvais imaginer de quoi il avait peur. Enfin, il prononça en frémissant ces mots terribles de Commis et de Rats-de-Cave. Il me fit entendre qu’il cachait son vin à cause des aides, qu’il cachait son pain à cause de la taille, et qu’il serait un homme perdu si l’on pouvait se douter qu’il ne mourût pas de faim. Tout ce qu’il me dit à ce sujet, et dont je n’avais pas la moindre idée, me fit une impression qui ne s’effacera jamais. Ce fut là le germe de cette haine inextinguible qui se développa depuis dans mon cœur contre les vexations qu’éprouve le malheureux peuple et contre ses oppresseurs. Cet homme, quoique aise, n’osait manger le pain qu’il avait gagné à la sueur de son front, et ne pouvait éviter sa ruine qu’en montrant la même misère qui régnait autour de lui. Je sortis de sa maison aussi indigné qu’attendri, et déplorant le sort de ces belles contrées à qui la nature n’a prodigué ses dons que pour en faire la proie des barbares publicains.
Voilà le seul souvenir bien distinct qui me reste de ce qui m’est arrivé durant ce voyage. Je me rappelle seulement qu’en approchant de Lyon je fus tenté de prolonger ma route pour aller voir les bords du Lignon ; car, parmi les romans que j’avais lus avec mon père l’Astrée n’avait pas été oubliée, et c’était celui qui me revenait au cœur le plus fréquemment. Je demandai la route du Forez ; et tout en causant avec une hôtesse, elle m’apprit que c’était un bon pays de ressource pour les ouvriers, qu’il y avait beaucoup de forges, et qu’on y travaillait fort bien en fer. Cet éloge calma tout à coup ma curiosité romanesque, et je ne jugeai pas à propos d’aller chercher des Dianes et des Sylvandres chez un peuple de forgerons. La bonne femme qui m’encourageait de la sorte m’avait sûrement pris pour un garçon serrurier.
Before leaving, I put my new poetic talent to use by writing a letter to Colonel Gaudard, in which I lavished praise upon him. I showed this letter to Madame de Merveilleux, who, instead of criticizing me as she should have done, found great amusement in my sarcasms—just as did her son, who, I believe, did not like Mr. Gaudard at all, and it must be admitted that he was not a pleasant person. I felt tempted to send him my verses, and they encouraged me to do so; so I packed them up and addressed them to him. Since there was no small-post service in Paris at that time, I simply put them in my pocket and sent them to him from Auxerre on my way there. Sometimes I still laugh when I think of the expressions he must have made while reading this “panegyric” that portrayed him in such vivid detail. It began like this:
You thought, you old fool, that some crazy obsession.
Raising your nephew would inspire me with such a desire.
This little piece, admittedly poorly crafted, but certainly full of wit and indicating a talent for satire, is nonetheless the only satirical work that has ever come from my pen. My heart harbors too little hatred to take pride in such a talent; however, I believe that from some of the occasional polemical writings I have written in my defense, one can infer that had I been inclined toward combativeness, my adversaries would have rarely had the upper hand.
What I regret most about the details of my life that I have lost memory of is not having kept travel journals. Never have I thought so much, existed so fully, lived so intensely, been so truly myself—if such a thing is possible—to as when I traveled alone on foot. Walking has a way of invigorating and enlightening my thoughts; I can hardly think when I stay still—my body must be in motion for my mind to function. The sight of the countryside, the succession of pleasant views, the fresh air, the increased appetite, the good health I gained from walking, the freedom of being alone, the distance from everything that made me aware of my dependence, from everything that reminded me of my circumstances—all these things liberated my soul, gave me greater courage to think, and as it were, threw me into the vastness of existence, allowing me to combine, choose, and appropriateness things at will, without restraint or fear. I wielded the entire natural world at my disposal; my heart, wandering from one object to another, united with those that pleased it, surrounded itself with charming images, and intoxicated itself with delightful emotions. If I amused myself by describing these experiences within myself in order to fix them in memory, what vigor in my writing, what freshness in my colors, what energy in my expression! People have said they found all this in my writings, even though they were written in the later years of my life. Oh! If only people had seen those from my early youth, those I wrote during my travels, those I composed but never actually put into writing. Why not write them now? And why write them at all? I would reply: Why deprive myself of the current joy of these experiences, and tell others that I once enjoyed them? What did readers, an audience, or even the entire world matter to me when I was soaring through the heavens? Besides, did I even carry paper and pen with me? If I had thought about such things, nothing would have happened. I never expected to have ideas; they come when they please them, not when I please them. They may not come at all, or they may come in overwhelming numbers, overwhelming me with their sheer volume and intensity. Ten volumes a day would not have been enough—where could I have found the time to write them? Upon arriving, my only thought was to enjoy a good meal; upon leaving, my only thought was to walk well. I felt that a new paradise awaited me at the next turn—my only concern was to go and embrace it.
I have never felt all these things so intensely as during that return I am referring to. When I came to Paris, my thoughts were confined solely to what I intended to do there. I plunged into the career I had chosen and pursued it with considerable success; yet that career was not the one my heart called for. The real people in my life hindered my progress toward the imagined ideals. A man like Colonel Gaudard and his nephew simply did not belong in the same company as a hero like me. Fortunately, I was now free from all these obstacles; I could delve into the realm of fantasy as much as I wished—because that was all that remained before me. As a result, I got so lost that I actually lost my way several times. In fact, I would have been very glad if I had never found my way back to reality, for knowing that Lyon meant returning to earth, I would have preferred never to arrive there at all.
One day in particular, having deliberately taken a detour to closely examine a place that seemed truly admirable to me, I wandered there so much that I eventually got completely lost. After several hours of futile searching, exhausted and dying of hunger and thirst, I entered the home of a farmer whose dwelling looked rather modest, but it was the only one in the vicinity. I assumed that, like in Geneva or Switzerland, where everyone lived comfortably and was willing to offer hospitality, this man would do the same. I asked him if he could provide me with dinner in exchange for payment. He offered me skimmed milk and thick rye bread, saying that it was all he had. I enjoyed the milk and ate the bread, though it was rather coarse; but for a man exhausted from fatigue, such food was hardly sufficient. The farmer, observing me closely, must have judged the truth of my story by the intensity of my hunger. After telling me that he could see clearly that I was an honest young man who had no ill intentions, he opened a small trap next to his kitchen, descended down, and soon returned with fine bread made from pure wheat flour, a rather tempting piece of ham, and a bottle of wine whose sight alone filled me with joy. We also had a thick omelette for dinner, and I enjoyed a meal that no other traveler could have ever experienced. When it came time to pay, however, his anxiety and fear returned—he refused my money, pushing it away in evident distress. What was amusing was that I couldn’t figure out what he was afraid of. Finally, trembling, he mentioned those terrible terms like “tax collectors” and “thieves.” He explained that he hid his wine to avoid the taxes and his bread to escape the requisitions; he said that if anyone suspected he wasn’t dying of hunger, it would mean his ruin. All this, which I had no idea about before, left a deep impression on me. It was the beginning of that everlasting hatred I have since felt toward the injustices suffered by the poor people and their oppressors. This man, despite being well-off, didn’t dare to eat the bread he had earned through hard work; he could only avoid ruin by living in the same poverty as those around him. I left his house filled with indignation and compassion, lamenting the fate of these beautiful lands that nature had so generously blessed—only for them to become prey to cruel tax collectors.
This is the only clear memory I have of what happened to me during that journey. I only recall that as I approached Lyon, I felt tempted to extend my trip and visit the banks of the Lignon river; for among the novels my father and I had read, Astrée had not been forgotten, and it was the one that came to my mind most frequently. I inquired about the route to the Forez region, and while chatting with a landlady, she told me that it was a prosperous area for workers, with many forges and high-quality iron production. This praise immediately dispelled my romantic curiosity, and I felt it would be inappropriate to seek out “Dianes” and “Sylvanders” among a people of blacksmiths. The kind woman who had encouraged me must have thought me to be a young locksmith.
Prima di partire, esercitai il mio nuovo talento poetico scrivendo una lettera al colonnello Gaudard, nella quale lo lodiavo con tutte le parole possibili. Mostrai quel testo a Madame de Merveilleux, che, invece di rimproverarmi come avrebbe dovuto fare, rise molto delle mie battute sarcastiche, così come suo figlio, il quale, credo, non amasse affatto il signor Gaudard. E bisogna ammettere che lui stesso non era certo una persona simpatica. Ero tentato di inviargli i miei versi; loro mi incoraggiarono a farlo. Così ne preparai un pacchetto e, poiché all’epoca a Parigi non esisteva ancora il servizio postale rapido, lo misi in tasca e lo inviai ad Auxerre durante il viaggio. A volte rido ancora al pensiero delle smorfie che deve aver fatto leggendo quel “panegirico” in cui veniva descritto nei minimi dettagli. Il testo iniziava così:
Pensavi davvero, vecchio sciocco, che una follia del genere.
Crescere tuo nipote mi susciterebbe invidia.
Questo piccolo scritto, in realtà piuttosto mal fatto, ma non privo di spirito e che preannunciava un certo talento per la satira, è tuttavia l’unico testo satirico che sia mai uscito dalla mia penna. Ho un cuore troppo poco pieno di odio per poter vantarmi di un tale talento; tuttavia credo che, giudicando da alcuni scritti polemici che ho talvolta pubblicato in mia difesa, si possa dedurre che, se fossi stato di indole combattiva, i miei aggressori avrebbero raramente avuto la meglio.
La cosa che mi dispiace di più riguardo ai dettagli della mia vita, di cui ho perso la memoria, è di non aver tenuto un diario dei miei viaggi. Mai come in quei viaggi fatti da solo e a piedi ho pensato così tanto, ho vissuto così intensamente, sono stato davvero me stesso. Il camminare ha il potere di animare e rinfrescare le mie idee: quasi non riesco a pensare quando resto fermo; il mio corpo deve muoversi affinché anche la mia mente possa agire. La vista dei campi, i paesaggi piacevoli che si susseguono, l’aria fresca, l’appetito aumentato, la buona salute che il camminare mi dona, la libertà. Tutto ciò libera la mia anima, mi dà più coraggio nel pensare, mi fa sentire parte di un universo immenso, dove posso combinare, scegliere e appropriarmi delle cose a mio piacimento, senza ostacoli né paura. Dispongo come padrone di tutta la natura; il mio cuore, viaggiando da un oggetto all’altro, si unisce a ciò che lo soddisfa, si circonda di immagini incantevoli, si inebria di sentimenti deliziosi. Se cerco di fissare queste sensazioni descrivendole dentro di me, quale forza nel pittare, quale freschezza nei colori, quale energia nell’espressione riesco a dare loro! Si dice che tutto ciò si trovi nei miei scritti, anche se sono stati composti verso la fine della mia vita. Oh! Se solo qualcuno avesse visto quelli della mia prima giovinezza, quelli fatti durante i viaggi. Perché, direste voi, non scriverli? E perché scriverli? Vi risponderei: perché privarmi del piacere di vivere in quel momento, per raccontare ad altri ciò che ho vissuto? A me importavano poco i lettori, il pubblico, e tutta la terra, mentre volavo nel cielo. Inoltre, avevo con me carta e penna? Se ci avessi pensato, nulla sarebbe venuto fuori. Non mi aspettavo di avere idee; arrivano quando vogliono loro, non quando lo voglio io. A volte non arrivano affatto, altre volte arrivano in gran numero, sopraffacendomi con la loro quantità e la loro forza. Dieci volumi al giorno non sarebbero stati sufficienti. Da dove prendere il tempo per scriverli? Arrivando pensavo solo a mangiare bene; partendo pensavo solo a camminare bene. Sentivo che un nuovo paradiso mi aspettava alla porta. Pensavo solo ad andarlo a cercare.
Non ho mai provato tutto ciò con tanta intensità come durante il viaggio di ritorno di cui parlo. Arrivando a Parigi, mi ero limitato a riflettere su ciò che avrei fatto lì; mi ero lanciato nella carriera che avevo scelto e l’avevo percorso con notevole successo. Ma quella non era la strada che il mio cuore desiderava davvero percorrere; inoltre, le realtà della vita ostacolavano i sogni che avevo nella mia mente. Il colonnello Gaudard e suo nipote non si adattavano affatto a un eroe come me. Grazie al cielo, ora ero libero da tutti questi ostacoli: potevo immergermi liberamente nel regno delle fantasie, poiché ormai non mi restava altro davanti. E così mi persi completamente in quel mondo immaginario. Persi più volte la strada; anzi, sarei stato molto contento di non aver trovato mai la via giusta. Perché sapevo che a Lione avrei ritrovato la realtà. E preferivo non arrivarci affatto.
Un giorno, per curiosità, mi diressi verso un luogo che mi sembrava meraviglioso; vi entrai con tale insistenza e feci tanti giri che alla fine mi persi completamente. Dopo diverse ore di inutili ricerche, stanco, affamato e assetato, entrai nella casa di un contadino il cui aspetto non era certo lussuoso, ma era l’unica che vedevo nelle vicinanze. Pensavo che fosse come a Ginevra o in Svizzera, dove tutti gli abitanti sono così agiati da poter offrire ospitalità generosamente. Chiesi al contadino di darmi da mangiare in cambio del denaro che avevo con me; mi offrì latte scremato e pane di orzo grosso, dicendomi che era tutto ciò che aveva. Bevvi quel latte con piacere e mangiai quel pane, anche se era pieno di paglia; ma per un uomo esausto come me, quella non era certo una cena sostanziosa. Il contadino, osservandomi attentamente, giunse alla conclusione che la mia storia fosse vera, a giudicare dal mio appetito. Subito dopo, dicendomi che capiva chiaramente che ero un bravo giovane onesto e che non fossi lì per ingannarlo, aprì una piccola botola accanto alla cucina, scese e tornò poco dopo con del buon pane bianco di grano tenero, un prosciutto molto appetitoso, anche se già tagliato, e una bottiglia di vino il cui aspetto mi rallegrò più di tutto il resto. Insieme a questo, ci fu anche un’omelette abbastanza spessa; feci quindi una cena tale che nessun viaggiatore aveva mai provata prima. Quando arrivò il momento di pagare, il contadino iniziò ad agitarsi e a preoccuparsi; rifiutava assolutamente il mio denaro, scuotendolo con grande nervosismo. La cosa divertente era che non riuscivo proprio a capire di cosa avesse paura. Alla fine, pronunciò quelle terribili parole riguardo ai “Commissari” e ai “Ratti di Cantina”. Mi spiegò che nascondeva il vino per evitare le tasse, che nascondeva il pane per sfuggire alle ronde delle autorità. E che sarebbe stato rovinato se qualcuno avesse sospettato che non morisse di fame. Tutto ciò che mi disse su questo argomento, di cui non avevo la minima idea, lasciò in me un’impressione indelebile. Fu lì che nacque quell’odio infinito verso le oppressioni subite dal povero popolo e verso i suoi oppressori. Quel contadino, pur essendo agiato, non osava mangiare il pane che aveva guadagnato con il proprio lavoro; poteva evitare la rovina solo mostrando la stessa povertà che regnava intorno a lui. Uscii dalla sua casa indignato e commosso, e mi dispiacque profondamente per il destino di quelle belle regioni alle quali la natura aveva donato tanti tesori, solo per farne preda dei tiranni pubblici.
Questo è l’unico ricordo nitido che mi rimane di ciò che mi è accaduto durante quel viaggio. Ricordo soltanto che, avvicinandomi a Lione, fui tentato di prolungare il mio itinerario per andare a visitare le rive del Lignon; infatti, tra i romanzi che avevo letto con mio padre, “L’Astrée” non era stato dimenticato, ed era proprio quello che mi tornava più spesso in mente. Chiesi indicazioni per il Forez; mentre chiacchieravo con una locandiera, lei mi disse che si trattava di una regione molto ricca di risorse per gli operai, che vi fossero molte fucine e che la lavorazione del ferro fosse di ottima qualità. Questi elogi placarono immediatamente la mia curiosità romantica, e non ritenni opportuno andare a cercare “Diane” e “Sylvandri” tra un popolo di fabbri. Quella brava donna, che mi incoraggiava in questo modo, doveva sicuramente avermi scambiato per un ragazzo fabbro.
Je n’allais pas tout à fait à Lyon sans vues. En arrivant, j’allai voir aux Chasottes Mlle du Châtelet, amie de Mme de Warens, et pour laquelle elle m’avait donné une lettre quand je vins avec M. Le Maître : ainsi c’était une connaissance déjà faite. Mlle du Châtelet m’apprit qu’en effet son amie avait passé à Lyon, mais qu’elle ignorait si elle avait poussé sa route jusqu’en Piémont, et qu’elle était incertaine elle-même en partant si elle ne s’arrêterait point en Savoie ; que si je voulais, elle écrirait pour en avoir des nouvelles, et que le meilleur parti que j’eusse à prendre était de les attendre à Lyon. J’acceptai l’offre : mais je n’osai dire à Mlle du Châtelet que j’étais pressé de la réponse, et que ma petite bourse épuisée ne me laissait pas en état de l’attendre longtemps. Ce qui me retint n’était pas qu’elle m’eût mal reçu. Au contraire, elle m’avait fait beaucoup de caresses, et me traitait sur un pied d’égalité qui m’ôtait le courage de lui laisser voir mon état, et de descendre du rôle de bonne compagnie à celui d’un malheureux mendiant.
Il me semble de voir assez clairement la suite de tout ce que j’ai marqué dans ce livre. Cependant je crois me rappeler, dans le même intervalle, un autre voyage de Lyon, dont je ne puis marquer la place, et où je me trouvai déjà fort à l’étroit. Une petite anecdote assez difficile à dire ne me permettra jamais de l’oublier[49]. J’étais un soir assis en Bellecour, après un très mince souper, rêvant aux moyens de me tirer d’affaire, quand un homme en bonnet vint s’asseoir à côté de moi ; cet homme avait l’air d’un de ces ouvriers en soie qu’on appelle à Lyon des taffetatiers. Il m’adresse la parole ; je lui réponds : voilà la conversation liée. À peine avions-nous causé un quart d’heure, que, toujours avec le même sang-froid et sans changer de ton, il me propose de nous amuser de compagnie. J’attendais qu’il m’expliquât quel était cet amusement ; mais, sans rien ajouter, il se mit en devoir de m’en donner l’exemple. Nous nous touchions presque, et la nuit n’était pas assez obscure pour m’empêcher de voir à quel exercice il se préparait. Il n’en voulait point à ma personne ; du moins rien n’annonçait cette intention, et le lieu ne l’eût pas favorisée. Il ne voulait exactement, comme il me l’avait dit, que s’amuser et que je m’amusasse, chacun pour son compte ; et cela lui paraissait si simple, qu’il n’avait même pas supposé qu’il ne me le parût pas comme à lui. Je fus si effrayé de cette impudence que, sans lui répondre, je me levai précipitamment et me mis à fuir à toutes jambes, croyant avoir ce misérable à mes trousses. J’étais si troublé, qu’au lieu de gagner mon logis par la rue Saint-Dominique, je courus du côté du quai, et ne m’arrêtai qu’au-delà du pont de bois, aussi tremblant que si je venais de commettre un crime. J’étais sujet au même vice ; ce souvenir m’en guérit pour longtemps.
À ce voyage-ci j’eus une autre aventure à peu près du même genre, mais qui me mit en plus grand danger. Sentant mes espèces tirer à leur fin, j’en ménageais le chétif reste. Je prenais moins souvent des repas à mon auberge, et bientôt je n’en pris plus du tout, pouvant pour cinq ou six sols, à la taverne, me rassasier tout aussi bien que je faisais là pour mes vingt-cinq. N’y mangeant plus, je ne savais comment y aller coucher, non que j’y dusse grand-chose, mais j’avais honte d’occuper une chambre sans rien faire gagner à mon hôtesse. La saison était belle. Un soir qu’il faisait fort chaud, je me déterminai à passer la nuit dans la place, et déjà je m’étais établi sur un banc, quand un abbé qui passait, me voyant ainsi couché s’approcha et me demanda si je n’avais point de gîte. Je lui avouai mon cas, il en parut touché ; il s’assit à côté de moi, et nous causâmes. Il parlait agréablement ; tout ce qu’il me dit me donna de lui la meilleure opinion du monde. Quand il me vit bien disposé, il me dit qu’il n’était pas logé fort au large, qu’il n’avait qu’une seule chambre, mais qu’assurément il ne me laisserait pas coucher ainsi dans la place ; qu’il était tard pour me trouver un gîte, et qu’il m’offrait pour cette nuit la moitié de son lit. J’accepte l’offre, espérant déjà me faire un ami qui pourrait m’être utile. Nous allons ; il bat le fusil. Sa chambre me parut propre dans sa petitesse : il m’en fit les honneurs fort poliment. Il tira d’une armoire un pot de verre où étaient des cerises à l’eau-de-vie ; nous en mangeâmes chacun deux, et nous fûmes nous coucher.
Cet homme avait les mêmes goûts que mon Juif de l’hospice, mais il ne les manifestait pas si brutalement. Soit que, sachant que je pouvais être entendu, il craignît de me forcer à me défendre, soit qu’en effet il fût moins confirmé dans ses projets, il n’osa m’en proposer ouvertement l’exécution, et cherchait à m’émouvoir sans m’inquiéter. Plus instruit que la première fois, je compris bientôt son dessein, et j’en frémis ; ne sachant ni dans quelle maison, ni entre les mains de qui j’étais, je craignis, en faisant du bruit, de le payer de ma vie. Je feignis d’ignorer ce qu’il me voulait ; mais paraissant très importuné de ses caresses et très décidé à n’en pas endurer le progrès, je fis si bien qu’il fut obligé de se contenir. Alors je lui parlai avec toute la douceur et toute la fermeté dont j’étais capable ; et, sans paraître rien soupçonner, je m’excusai de l’inquiétude que je lui avais montrée, sur mon ancienne aventure, que j’affectai de lui conter en termes si pleins de dégoût et d’horreur, que je lui fis, je crois, mal au cœur à lui-même, et qu’il renonça tout à fait à son sale dessein. Nous passâmes tranquillement le reste de la nuit. Il me dit même beaucoup de choses très bonnes, très censées, et ce n’était assurément pas un homme sans mérite, quoique ce fût un grand vilain.
Le matin, M. l’Abbé, qui ne voulait pas avoir l’air mécontent, parla de déjeuner, et pria une des filles de son hôtesse, qui était fort jolie, d’en faire apporter. Elle lui dit qu’elle n’avait pas le temps : il s’adressa à sa sœur, qui ne daigna pas lui répondre. Nous attendions toujours : point de déjeuner. Enfin nous passâmes dans la chambre de ces demoiselles. Elles reçurent M. l’Abbé d’un air très peu caressant ; j’eus encore moins à me louer de leur accueil. L’aînée, en se retournant, m’appuya son talon pointu sur le bout du pied, où un cor fort douloureux m’avait forcé de couper mon soulier ; l’autre vint ôter brusquement de derrière moi une chaise sur laquelle j’étais prêt à m’asseoir ; leur mère, en jetant de l’eau par la fenêtre, m’en aspergea le visage : en quelque place que je me misse, on m’en faisait ôter pour chercher quelque chose ; je n’avais été de ma vie à pareille fête. Je voyais dans leurs regards insultants et moqueurs une fureur cachée, à laquelle j’avais la stupidité de ne rien comprendre. Ébahi, stupéfait, prêt à les croire toutes possédées, je commençais tout de bon à m’effrayer, quand l’Abbé, qui ne faisait semblant de voir ni d’entendre, jugeant bien qu’il n’y avait point de déjeuner à espérer, prit le parti de sortir, et je me hâtai de le suivre, fort content d’échapper à ces trois furies. En marchant il me proposa d’aller déjeuner au café. Quoique j’eusse grand’faim, je n’acceptai pas cette offre, sur laquelle il n’insista pas beaucoup non plus, et nous nous séparâmes au trois ou quatrième coin de rue ; moi, charmé de perdre de vue tout ce qui appartenait à cette maudite maison ; et lui fort aise, à ce que je crois, de m’en avoir assez éloigné pour qu’elle ne me fût pas facile à reconnaître. Comme à Paris, ni dans aucune autre ville, jamais rien ne m’est arrivé de semblable à ces deux aventures, il m’en est resté une impression peu avantageuse au peuple de Lyon, et j’ai toujours regardé cette ville comme celle de l’Europe où règne la plus affreuse corruption.
I had not gone to Lyon entirely without some purpose in mind. Upon arriving, I went to see Mademoiselle du Châtelet at the Chasottes; she was a friend of Madame de Warens, and she had given me a letter when I came with Monsieur Le Maître—so we already knew each other. Mademoiselle du Châtelet told me that her friend had indeed passed through Lyon, but that she did not know whether she had continued on to Piedmont, and that herself had been uncertain whether she would stop in Savoy before continuing her journey. She offered to write to inquire about her friend’s whereabouts and suggested that the best thing for me to do was to wait for her in Lyon. I accepted her offer, but I did not dare tell her how urgently I needed an answer, nor could I afford to wait too long since my money had run out. What held me back was not that she had treated me poorly—in fact, she was very kind to me and treated me on an equal footing—but the shame of revealing my difficult situation and lowering myself from the role of a decent companion to that of a poor beggar.
It seems to me that I can quite clearly see what will happen next in all that I have recorded in this book. However, I believe I also remember another journey from Lyon during the same period, but I am unable to pinpoint its exact location; on that journey, I found myself in a very difficult situation. A rather awkward anecdote makes it impossible for me to ever forget it[49]. One evening, after a very meager meal, I was sitting in Bellecour, trying to figure out how to get out of this predicament when a man wearing a hat came and sat next to me. He looked like one of those silk workers known in Lyon as “taffetatiers.” He started talking to me; I replied, and that was the beginning of our conversation. After barely half an hour, he, still with the same calmness and without changing his tone, suggested that we spend some time together in a more, intimate manner. I waited for him to explain what he meant by that, but without saying anything further, he began to demonstrate it himself. We were almost touching, and it wasn’t dark enough to prevent me from seeing what he was about to do. He seemed to have no ill intentions toward me—at least nothing suggested that—but the place certainly wouldn’t have facilitated such an action. All he wanted, as he had said, was to have some fun, and for me to do the same; he found it so simple that he didn’t even consider that I might not share his view. I was so terrified by this audacity that, without saying a word, I got up and ran away as fast as I could, thinking that that wretched man was chasing after me. I was so distraught that, instead of heading toward my lodging on Rue Saint-Dominique, I ran in the direction of the quai and didn’t stop until I reached beyond the wooden bridge, trembling as if I had just committed a crime. I used to suffer from the same vice; this experience cured me of it for a long time.
On this journey, I had another adventure of roughly the same kind, but one that put me in even greater danger. Sensing that my supplies were coming to an end, I began to ration what little I had left. I stopped eating at the inn more often, and soon I stopped altogether, for for five or six sols, I could get just as much to eat at the tavern as I used to spend twenty-five sols on my meals at the inn. Not eating there anymore, I didn’t know where to sleep—not that I owed much, but I felt ashamed to occupy a room without contributing anything to my hostess. The weather was nice that season. One evening, when it was very hot, I decided to spend the night in the square. I had already settled down on a bench when an abbot passing by saw me lying there and approached to ask if I had nowhere to stay. I told him my situation, and he seemed moved by it. He sat down next to me, and we began to talk. He was pleasant to speak with, and everything he said gave me the best impression of him. Seeing that I was in a good mood, he told me that he didn’t have much space to offer, as he only had one room, but that he certainly wouldn’t let me sleep outdoors in the square. It was too late to find another place to stay, so he offered to share his bed with me for the night. I accepted his offer, hoping that we might become friends who could be of mutual benefit. We went inside; he struck a match and lit a candle. His room was small but clean, and he treated me with great courtesy. He took out a glass jar from a cabinet that contained cherries soaked in brandy; we each ate two, and then we went to bed.
This man had the same tastes as my Jew from the hospice, but he did not express them in such a brutal manner. Either because he knew I might overhear him and feared forcing me to defend myself, or perhaps because his plans were not so well-thought-out after all, he did not dare openly propose their execution to me; instead, he tried to move me without alarming me. Being more informed than the first time, I soon understood his intentions and was horrified by them. Not knowing in what house I was or whose hands I was in, I feared that making a fuss would cost me my life. I pretended not to understand what he wanted from me; but appearing very annoyed by his advances and resolutely determined not to tolerate any further of it, I managed to make him restrain himself. Then I spoke to him with all the gentleness and firmness I could muster. Without seeming to suspect anything, I apologized for the concern I had shown him regarding my past experience, and I recounted it in such terms filled with disgust and horror that I believe it truly troubled him, and he completely gave up on his wicked plans. We spent the rest of the night peacefully. He even said many kind and sensible things to me; certainly, he was not a man without merit, even though he was a terrible villain.
In the morning, Monsieur the Abbe, not wishing to appear displeased, mentioned having lunch and asked one of the hostess’s daughters, who was quite pretty, to bring it out. She told him she didn’t have time; he then turned to her sister, but she wouldn’t even deign to respond. We waited and waited—no lunch came. Finally, we went into the girls’ room. They received Monsieur the Abbe in a very unfriendly manner; my impression of their hospitality was even worse. The older one, turning around, pressed the tip of her pointed heel against the end of my foot, where a particularly painful thorn had forced me to cut my shoe; the other suddenly pulled away a chair behind me on which I had been about to sit; their mother, pouring water out the window, splashed it all over my face. No matter where I stood, someone would pull something away so that they could search for something else; I had never experienced anything like this in my life. In their insulting and mocking looks, I could see hidden fury—yet I was foolish enough not to understand what was going on. Dazed and astonished, ready to believe they were all possessed, I began to feel truly frightened when the Abbe, pretending not to see or hear anything, realizing that there would be no lunch after all, decided to leave. I hurriedly followed him, glad to get away from those three “furies.” On the way, he suggested we go eat at a café. Although I was very hungry, I refused his offer; he didn’t insist much either, and we parted ways at the third or fourth corner of the street. I was delighted to be rid of everything connected to that damned house; as for him, I suppose he was quite pleased to have gotten me far enough away so that I wouldn’t easily recognize it again. Like nothing else that had ever happened to me in Paris or any other city, these two incidents left a rather unfavorable impression on me of the people of Lyon—and I have always regarded that city as one where the most terrible corruption reigns.
Non ero certo andato a Lione senza alcun piano preciso. Arrivato lì, andai a trovare Mademoiselle du Châtelet alle Chasottes; era un’amica di Madame de Warens, e lei mi aveva dato una lettera quando ero venuto con Monsieur Le Maître: quindi già ci conoscevamo. Mademoiselle du Châtelet mi disse che la sua amica era effettivamente passata per Lione, ma che non sapeva se avesse proseguito fino al Piemonte; inoltre, lei stessa non era certa se, partendo, si sarebbe fermata in Savoia. Se volevo, mi propose di scrivere per avere notizie della sua amica, e suggerì che fosse la cosa migliore da fare: aspettarla a Lione. Accettai l’offerta, ma non osai dirle quanto fossi ansioso di ricevere una risposta, né che il mio misero portafoglio non mi permettesse di attendere a lungo. Quello che mi trattenne non fu certo un cattivo trattamento da parte sua: al contrario, era molto gentile con me e mi trattava come un suo pari. Il che mi impedì di confessarle la mia situazione difficile e di passare dal ruolo di una compagnia gradevole a quello di un povero mendicante.
Mi sembra di poter vedere abbastanza chiaramente la continuazione di tutto ciò che ho annotato in questo libro. Tuttavia, credo di ricordare, nello stesso periodo, un altro viaggio da Lione, del quale non riesco a ricordare con precisione le circostanze, e durante il quale mi trovai in una situazione molto difficile. Una piccola aneddota, piuttosto difficile da raccontare, mi impedirà mai di dimenticarla[49]. Una sera ero seduto in Bellecour, dopo aver mangiato molto poco, e riflettevo su come uscire da quella situazione imbarazzante, quando un uomo con un cappello si sedette accanto a me. Quell’uomo sembrava uno di quegli operai che lavorano la seta a Lione. Mi rivolse la parola; gli risposi. E così iniziò la nostra conversazione. Dopo appena quindici minuti, sempre con lo stesso sangue freddo e senza cambiare tono, mi propose di “divertirci insieme”. Aspettavo che mi spiegasse di cosa si trattasse. Ma lui, senza aggiungere nulla, iniziò subito ad esempio. Eravamo così vicini l’uno all’altro, e la notte non era abbastanza buia da impedirmi di vedere quale “esercizio” si stesse preparando a fare. Non aveva alcuna intenzione offensiva nei miei confronti. Almeno nulla sembrava indicarlo. E il luogo, in ogni caso, non avrebbe favorito una simile azione. Voleva semplicemente “divertirsi”, e che io mi divertissi anch’io. Ognuno per conto proprio. Gli sembrava una cosa così semplice, che nemmeno aveva pensato che potesse non esserlo per me. Fui talmente spaventato da quella sua audacia che, senza rispondergli, mi alzai di scatto e iniziai a correre. Pensavo che quel miserabile mi stesse inseguendo. Ero così turbato, che, invece di tornare al mio alloggio passando per rue Saint-Dominique, corsi verso il quai. E non mi fermai fino a oltre il ponte di legno. Tremavo come se avessi commesso un crimine. Ero soggetto allo stesso vizio. Quel ricordo mi aiutò a liberarmene per molto tempo.
In questo viaggio ebbi un’altra avventura più o meno dello stesso genere, ma che mi mise in pericolo ancora maggiore. Sentendo che le mie riserve stavano per esaurirsi, ne facevo economia al massimo: mangiavo sempre meno all’ostello, e presto smisi del tutto di farlo, poiché con cinque o sei soldi potevo saziarmi altrettanto bene in una taverna. Non essendo più lì a mangiare, non sapevo come trovare un posto dove dormire; non che ci fosse davvero bisogno di pagare, ma mi vergognavo di occupare una stanza senza contribuire in alcun modo alle spese dell’ostessa. La stagione era bella; una sera, quando faceva molto caldo, decisi di passare la notte in piazza. Mi ero già sistemato su un banco quando un prete che passava mi vide così sdraiato e si avvicinò per chiedermi se non avessi trovato un alloggio. Gli raccontai la mia situazione; sembrò commosso, si sedette accanto a me e iniziammo a chiacchierare. Parlava in modo molto piacevole; tutto ciò che mi disse mi fece prendere una buona opinione di lui. Quando vide che ero disposto ad ascoltarlo, mi disse che non aveva trovato un alloggio molto confortevole e che aveva soltanto una stanza, ma che sicuramente non mi avrebbe lasciato dormire in piazza; aggiunse che era troppo tardi per trovare un posto dove stare e mi offrì di condividere la sua stanza per quella notte. Accettai l’offerta, sperando di fare un nuovo amico che potesse essermi utile. Andammo da lui; aprì una cassa e ne tirò fuori un vaso di vetro contenente ciliegie al liquore; ne mangiammo due ciascuno e poi andammo a dormire.
Quest’uomo aveva gli stessi gusti del mio ebreo dell’ospizio, ma non li manifestava in modo così brutale. O forse, sapendo che potevo essere sentito, temeva di costringermi a difendermi; oppure, in realtà, i suoi progetti non erano così ben congegnati, quindi non osò propormeli apertamente e cercò di commuovermi senza allarmarmi. Più informato della prima volta, capii presto le sue intenzioni e ne fui spaventato; non sapendo in quale casa né nelle mani di chi mi trovassi, temevo che facendo rumore potessi pagare con la mia vita. Finsi di ignorare ciò che voleva da me; ma mostrandomi molto infastidito dalle sue attenzioni e deciso a non tollerarle oltre, riuscii a far sì che si contenesse. Allora gli parlai con tutta la dolcezza e la fermezza di cui ero capace; e, senza sembrare sospettare nulla, mi scusai per l’inquietudine che gli avevo causato riguardo al mio passato, fingendo di raccontargliene gli episodi con termini pieni di disgusto e orrore. Credo che questo lo abbia davvero addolorato, e così abbandonò del tutto i suoi cattivi propositi. Trascorremmo il resto della notte in tranquillità; anzi, mi disse molte cose molto gentili e sensate. Non era certamente un uomo senza meriti, anche se era davvero un individuo spregevole.
La mattina, il signor Abate, che non voleva dare l’impression di essere scontento, parlò di pranzo e chiese a una delle ragazze della sua ospite, che era molto carina, di farlo portare. Lei gli rispose che non aveva tempo; allora si rivolse alla sorella di lei, ma nemmeno questa si degnò di rispondergli. Aspettavamo ancora, nessun pranzo in vista. Alla fine entrammo nella stanza di quelle ragazze. Le ricevettero con un’aria molto scortese; il loro comportamento nei miei confronti fu ancora peggiore. La maggiore, girandosi, mi premette il tacco acuto sul piede, dove un dolore forte mi aveva costretto a tagliare la suola della scarpa; l’altra venne improvvisamente a togliermi una sedia sulla quale stavo per sedermi; loro madre, gettando acqua dalla finestra, mi spruzzò il viso. Ovunque mi mettessi, qualcuno mi faceva spostare per cercare chissà cosa. Non avevo mai vissuto una simile esperienza in vita mia. Nei loro sguardi offensivi e derisori leggevo una rabbia nascosta. E io, con la mia stupidità, non capivo nulla di tutto ciò. Sbalordito, stupefatto, pronto a credere che fossero tutte possedute, iniziai davvero ad avere paura. Quando l’Abate, fingendo di non vedere né sentire nulla, e ritenendo chiaramente che non ci sarebbe stato alcun pranzo, decise di andarsene; io lo seguii subito, felice di sfuggire a quelle tre “furie”. Lungo la strada mi propose di andare a pranzo in un caffè. Anche se avevo molto fame, rifiutai l’offerta; lui non insistette troppo e ci separammo all’angolo di una strada. Io, felice di perdere di vista tutto ciò che apparteneva a quella maledetta casa. Lui, probabilmente contento di essersi allontanato abbastanza da non rischiare di riconoscermi più. Come a Parigi, e in nessun’altra città, mai mi era capitato nulla del genere. Quell’esperienza mi lasciò un’impressione molto negativa della gente di Lione. E da allora ho sempre considerato quella città come la più corrotta d’Europa.
Le souvenir des extrémités où j’y fus réduit ne contribue pas non plus à m’en rappeler agréablement la mémoire. Si j’avais été fait comme un autre, que j’eusse eu le talent d’emprunter et de m’endetter à mon cabaret, je me serais aisément tiré d’affaire ; mais c’est à quoi mon inaptitude égalait ma répugnance ; et pour imaginer à quel point vont l’une et l’autre, il suffit de savoir qu’après avoir passé presque toute ma vie dans le mal-être, et souvent prêt à manquer de pain, il ne m’est jamais arrivé une seule fois de me faire demander de l’argent par un créancier sans lui en donner à l’instant même. Je n’ai jamais su faire des dettes criardes, et j’ai toujours mieux aimé souffrir que devoir.
C’était souffrir assurément que d’être réduit à passer la nuit dans la rue, et c’est ce qui m’est arrivé plusieurs fois à Lyon. J’aimais mieux employer quelques sols qui me restaient à payer mon pain que mon gîte ; parce qu’après tout je risquais moins de mourir de sommeil que de faim. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que dans ce cruel état je n’étais ni inquiet ni triste. Je n’avais pas le moindre souci sur l’avenir, et j’attendais les réponses que devait recevoir Mlle du Châtelet, couchant à la belle étoile, et dormant étendu par terre ou sur un banc aussi tranquillement que sur un lit de roses. Je me souviens même d’avoir passé une nuit délicieuse hors de la ville, dans un chemin qui côtoyait le Rhône ou la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des deux. Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là, la soirée était charmante ; la rosée humectait l’herbe flétrie ; point de vent, une nuit tranquille ; l’air était frais, sans être froid ; le soleil, après son coucher, avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l’eau couleur de rose ; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l’un à l’autre. Je me promenais dans une sorte d’extase, livrant mes sens et mon cœur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d’en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m’apercevoir que j’étais las. Je m’en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d’une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur de terrasse ; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres ; un rossignol était précisément au-dessus de moi ; je m’endormis à son chant : mon sommeil fut doux, mon réveil le fut davantage. Il était grand jour : mes yeux en s’ouvrant virent l’eau[50], la verdure, un paysage admirable. Je me levai, me secouai, la faim me prit, je m’acheminai gaiement vers la ville, résolu de mettre à un bon déjeuner deux pièces de six blancs qui me restaient encore. J’étais de si bonne humeur, que j’allais chantant tout le long du chemin, et je me souviens même que je chantais une cantate de Batistin, intitulée Les bains de Thomery, que je savais par cœur. Que béni soit le bon Batistin et sa bonne cantate, qui m’a valu un meilleur déjeuner que celui sur lequel je comptais et un dîner bien meilleur encore, sur lequel je n’avais point compté du tout. Dans mon meilleur train d’aller et de chanter, j’entends quelqu’un derrière moi, je me retourne, je vois un Antonin[51] qui me suivait et qui paraissait m’écouter avec plaisir. Il m’accoste, me salue, me demande si je sais la musique. Je réponds, un peu, pour faire entendre beaucoup. Il continue à me questionner ; je lui conte une partie de mon histoire. Il me demande si je n’ai jamais copié de la musique. Souvent, lui dis-je. Et cela était vrai ; ma meilleure manière de l’apprendre était d’en copier. Eh bien ! me dit-il, venez avec moi ; je pourrai vous occuper quelques jours, durant lesquels rien ne vous manquera, pourvu que vous consentiez à ne pas sortir de la chambre. J’acquiesçai très volontiers et je le suivis.
Cet Antonin s’appelait M. Rolichon ; il aimait la musique, il la savait, et chantait dans de petits concerts qu’il faisait avec ses amis. Il n’y avait rien là que d’innocent et d’honnête ; mais ce goût dégénérait apparemment en fureur, dont il était obligé de cacher une partie. Il me conduisit dans une petite chambre que j’occupai, et où je trouvai beaucoup de musique qu’il avait copiée. Il m’en donna d’autre à copier, particulièrement la cantate que j’avais chantée, et qu’il devait chanter lui-même dans quelques jours. J’en demeurai là trois ou quatre à copier tout le temps où je ne mangeais pas ; car de ma vie je ne fus si affamé ni mieux nourri. Il apportait mes repas lui-même de leur cuisine, et il fallait qu’elle fût bonne si leur ordinaire valait le mien. De mes jours je n’eus tant de plaisir à manger, et il faut avouer aussi que ces lippées me venaient fort à propos, car j’étais sec comme du bois. Je travaillais presque d’aussi bon cœur que je mangeais, et ce n’est pas peu dire. Il est vrai que je n’étais pas aussi correct que diligent. Quelques jours après, M. Rolichon, que je rencontrai dans la rue, m’apprit que mes parties avaient rendu la musique inexécutable, tant elles s’étaient trouvées pleines d’omissions, de duplications et de transpositions. Il faut avouer que j’ai choisi là dans la suite le métier du monde auquel j’étais le moins propre. Non que ma note ne fût belle et que je ne copiasse fort nettement ; mais l’ennui d’un long travail me donne des distractions si grandes, que je passe plus de temps à gratter qu’à noter, et que si je n’apporte la plus grande attention à collationner mes parties, elles font toujours manquer l’exécution. Je fis donc très mal en voulant bien faire, et pour aller vite j’allais tout de travers. Cela n’empêcha pas M. Rolichon de me bien traiter jusqu’à la fin, et de me donner encore en sortant un petit écu que je ne méritais guère, et qui me remit tout à fait en pied ; car peu de jours après je reçus des nouvelles de Maman qui était à Chambéry, et de l’argent pour l’aller joindre, ce que je fis avec transport. Depuis lors mes finances ont souvent été fort courtes, mais jamais assez pour être obligé de jeûner. Je marque cette époque avec un cœur sensible aux soins de la providence. C’est la dernière fois de ma vie que j’ai senti la misère et la faim.
Je restai à Lyon sept ou huit jours encore pour attendre les commissions dont Maman avait chargé Mlle du Châtelet, que je vis durant ce temps-là plus assidûment qu’auparavant, ayant le plaisir de parler avec elle de son amie, et n’étant plus distrait par ces cruels retours sur ma situation, qui me forçaient de la cacher. Mlle du Châtelet n’était ni jeune ni jolie, mais elle ne manquait pas de grâce ; elle était liante et familière, et son esprit donnait du prix à cette familiarité. Elle avait ce goût de morale observatrice qui porte à étudier les hommes ; et c’est d’elle, en première origine, que ce même goût m’est venu. Elle aimait les romans de Le Sage, et particulièrement Gil Blas ; elle m’en parla, me le prêta, je le lus avec plaisir ; mais je n’étais pas mûr encore pour ces sortes de lectures ; il me fallait des romans à grands sentiments. Je passais ainsi mon temps à la grille de Mlle du Châtelet avec autant de plaisir que de profit, et il est certain que les entretiens intéressants et censés d’une femme de mérite sont plus propres à former un jeune homme que toute la pédantesque philosophie des livres. Je fis connaissance aux Chasottes avec d’autres pensionnaires et de leurs amies ; entre autres avec une jeune personne de quatorze ans, appelée Mlle Serre, à laquelle je ne fis pas alors une grande attention, mais dont je me passionnai huit ou neuf ans après, et avec raison, car c’était une charmante fille.
The memories of those extreme circumstances in which I found myself do not help me recall them in a pleasant way at all. If I had been made like other people, if I had had the ability to borrow money from my own “cabaret” (a metaphorical reference to some source of funds), I would have easily gotten out of trouble; but my inability was equal to my aversion toward such things. To understand just how extreme both these traits were, one only needs to know that, having spent almost all my life in misery and often on the brink of hunger, not once in my life did a creditor ever ask me for money without me giving it to them immediately. I simply never knew how to incur excessive debts; I always preferred suffering than owing money.
It must have been truly miserable to be forced to spend the night on the streets, and that was what happened to me several times in Lyon. I would rather spend a few remaining coins on bread than on shelter, for after all, I stood a much smaller chance of dying from lack of sleep than from hunger. What’s astonishing is that in such a cruel state, I felt neither anxious nor sad. I had no worries about the future at all; I simply waited for the replies Mlle du Châtelet was expected to receive, lying under the stars, sleeping peacefully on the ground or on a bench just as comfortably as if I were lying on a bed of roses. I even remember spending a delightful night outside the city, along a path that bordered either the Rhône or the Saône—I can’t remember which one exactly. Terraced gardens lined the path on the opposite side. It had been a very hot day; the evening was lovely—the dew moistened the withered grass; there was no wind, and it was a peaceful night. The air was fresh but not cold; after sunset, the sun left behind red clouds in the sky, whose reflections gave the water a rosy hue. The trees on the terraces were filled with nightingales singing to each other. I wandered along in a state of ecstasy, allowing my senses and heart to fully enjoy all this, and I only regretted that I was enjoying it alone. Lost in my pleasant reverie, I continued walking far into the night without realizing how tired I was. Eventually, I noticed it. I lay down comfortably on a sort of bench or fake doorway built into a terrace wall; the “ceiling” of my bed was formed by the treetops. A nightingale was singing right above me; I fell asleep to its tune. My sleep was sweet, and so was my wake-up. It was already daylight when I opened my eyes—I saw the water, the greenery, a magnificent landscape. I got up, shook myself off, and suddenly felt hungry. I cheerfully made my way towards the city, determined to spend two six-sou coins I still had on a good breakfast. In such a good mood, I sang all the way; I even remembered singing a cantata by Batistin called “Les bains de Thomery,” which I knew by heart. Blessed be the kind-hearted Batistin and his lovely cantata—they led me to a better breakfast than I had expected, and an even better dinner that I hadn’t anticipated at all. As I continued walking and singing in high spirits, I heard someone following behind me. I turned around and saw Antonin, who seemed to be enjoying listening to me. He approached me, greeted me, and asked if I knew music. I replied that I knew a bit, in order to imply that I knew quite a lot. He kept asking questions; I told him part of my story. He asked if I had ever copied any music before. “Many times,” I said. And that was true—copying music was actually the best way for me to learn it. “Well!” he said to me, “come with me; I can keep you occupied for a few days, and you won’t lack anything, as long as you agree not to leave the room.” I agreed very willingly and followed him.
This Antonin was actually named Monsieur Rolichon; he loved music, knew it well, and would sing in small concerts he organized with his friends. There was nothing improper or dishonest about it; yet this passion seemingly degenerated into a kind of frenzy, some of which he was forced to hide. He took me to a small room where I would stay and found there a lot of music that he had copied for me. He gave me more material to copy, especially the cantata that I had sung and which he himself was going to perform in a few days. I spent three or four days there, copying music whenever I wasn’t eating—for I had never been so hungry in my life, nor had I ever eaten so well. He brought my meals himself from their kitchen, and it must have been quite good if their regular diet was comparable to mine. I never enjoyed eating so much in my life; admittedly, those meals came at just the right time, because I was as dry as wood. I worked with almost as much enthusiasm as I ate—and that’s saying a lot. True, I wasn’t particularly meticulous or diligent in my work. A few days later, Monsieur Rolichon, whom I met on the street, told me that my copies had rendered the music unusable, full as they were of omissions, duplications, and errors in transposition. It must be admitted that this experience led me to choose a profession that was far from what I was best suited for. Not that my handwriting wasn’t neat or my copying not precise; but the tediousness of such work often distracted me so much that I spent more time correcting mistakes than actually writing, and even with great care in checking my notes, the performance would still be flawed. So, despite my good intentions, I ended up doing things poorly. Nevertheless, Monsieur Rolichon continued to treat me kindly until the end and even gave me a small coin when I left—which I hardly deserved—but it helped me get back on my feet. A few days later, I received news from my mother in Chambéry and some money to go join her, which I did with great joy. Since then, my finances have often been tight, but never so bad that I had to go without food. I remember this period with gratitude for the care of providence—it was the last time in my life that I truly experienced poverty and hunger.
I stayed in Lyon for another seven or eight days, waiting for the commissions that Mama had entrusted to Mademoiselle du Châtelet. During that time, I saw her more frequently than before, and I enjoyed talking with her about her friend. No longer distracted by those cruel reminders of my own situation that forced me to hide it, I was able to focus entirely on our conversations. Mademoiselle du Châtelet was neither young nor beautiful, but she possessed considerable grace. She was friendly and approachable, and her intelligence made such companionship all the more valuable. She had that keen interest in observing human behavior that leads one to study people closely; it was from her that I first acquired this taste. She loved the novels of Le Sage, especially Gil Blas, and she talked about it with me and even lent me the book. I read it with great pleasure, but at that time I was not yet ready for such literature; what I needed were novels filled with profound emotions. I spent my time in front of Mademoiselle du Châtelet’s window, enjoying both her company and the knowledge she shared with me. Indeed, meaningful and well-informed conversations with a woman of virtue are far more effective in shaping the character of a young man than all the pedantic philosophy found in books. I also got to know other boarding school students and their friends, including a fourteen-year-old girl named Mademoiselle Serre. At that time, I paid her little attention, but eight or nine years later, I fell deeply in love with her—and for good reason, for she was truly a charming girl.
Il ricordo di quelle condizioni estreme in cui sono stato ridotto non contribuisce affatto a farmele rivivere in modo piacevole nella memoria. Se fossi stato come gli altri, se avessi avuto il talento di prendere in prestito denaro dal mio “cambio”, mi sarei facilmente tirato fuori dai guai; ma la mia inadeguatezza era pari alla mia ripugnanza verso tutto ciò che potesse comportare debiti. E per capire fino a che punto arrivassero queste due caratteristiche, basta sapere che, dopo aver trascorso quasi tutta la mia vita nella povertà, spesso al limite della fame, non mi è mai capitato nemmeno una volta di dover chiedere denaro a un creditore senza darglielo immediatamente. Non ho mai saputo come contrarre debiti onerosi; ho sempre preferito soffrire piuttosto che essere in debito.
Era certamente una sofferenza dover trascorrere la notte per strada, ed è ciò che mi è accaduto più volte a Lione. Preferivo spendere gli ultimi soldi che avevo per comprarmi il pane piuttosto che un alloggio; dopotutto, rischiavo meno di morire di fame che di sonno. La cosa strana è che, in quella terribile situazione, non ero né ansioso né triste. Non avevo alcuna preoccupazione per il futuro e aspettavo con tranquillità le risposte che Mlle du Châtelet avrebbe ricevuto, dormendo all’aperto, sdraiato a terra o su un banco, proprio come se fossi stato in un letto di rose. Ricordo persino di aver trascorso una notte deliziosa fuori città, lungo un sentiero che costeggiava il Rodano o la Saona, non ricordo esattamente quale dei due. Ai lati del sentiero c’erano giardini terrazzati; faceva molto caldo quel giorno, la sera era incantevole: la rugiada umidificava l’erba appassita; non c’era vento, una notte tranquilla. L’aria era fresca, ma non fredda; il sole, dopo il tramonto, aveva lasciato nel cielo delle nuvole rosse le cui riflessioni rendevano l’acqua di colore rosa; gli alberi dei giardini erano pieni di usignoli che si rispondevano a vicenda. Camminavo in un’estasi, lasciando i miei sensi e il mio cuore godere di tutto ciò. E mi lamentavo soltanto di doverlo fare da solo. Immerso nella mia dolce fantasticheria, proseguii la mia passeggiata fino a tarda notte, senza accorgermi di essere stanco. Alla fine me ne resi conto e mi sdraiai felicemente su una sorta di nicchia o di porta finta incastonata in un muro del giardino terrazzato; il “soffitto” della mia “letto” era formato dalle cime degli alberi. C’era proprio un usignolo sopra di me. Mi addormentai ascoltando il suo canto. Il mio sonno fu dolce, e lo stesso vale per il risveglio. Era giorno fatto: aprendo gli occhi, vidi l’acqua, il verde, un paesaggio meraviglioso. Mi alzai, mi scossi. La fame mi assalì. Mi diressi felicemente verso la città, deciso a spendere i due soldi che mi erano rimasti per un buon pranzo. Ero di così buon umore che cantavo lungo tutto il cammino. Ricordo persino di aver cantato una canzone di Batistin, intitolata “I bagni di Thomery”, che conoscevo a memoria. Che benedetto sia quel bravo Batistin e la sua bella canzone. Mi hanno permesso di pranzare meglio di quanto mi aspettassi. E anche di cenare ancora meglio, di qualcosa di cui non avevo nemmeno pensato. Mentre camminavo felice e cantando, sentii qualcuno alle mie spalle. Mi voltai. Vidi un certo Antonin che mi seguiva e sembrava ascoltarmi con piacere. Si avvicinò a me, mi salutò e mi chiese se conoscessi la musica. Risposi di sì, un po’, per far capire che ne sapevo molto. Continuò a farmi domande. Gli raccontai parte della mia storia. Mi chiese se avessi mai copiato della musica. Spesso, gli dissi. E era vero. Il modo migliore per imparare la musica era proprio copiarla. “Ebbene!”, mi disse, “vieni con me; potrò occuparmi di te per alcuni giorni, e durante quel tempo non ti mancherà nulla, a condizione che tu acconsenta a non uscire dalla stanza.” Accettai molto volentieri e lo seguii.
Questo Antonin si chiamava M. Rolichon; amava la musica, la conosceva bene e cantava in piccoli concerti che organizzava con i suoi amici. Non c’era nulla di male o di disonesto in tutto ciò; tuttavia, questo suo interesse sembrava trasformarsi in una sorta di furia, di cui era costretto a nascondere una parte. Mi portò in una piccola stanza dove avrei soggiornato e lì trovai molta musica che aveva copiato lui stesso. Mi diede anche altra musica da copiare, in particolare la cantata che avevo cantato io e che lui stesso avrebbe dovuto eseguire tra pochi giorni. Rimasi lì per tre o quattro giorni, occupato solo a copiare musica, senza mai avere il tempo di mangiare; infatti, non sono mai stato così affamato in tutta la mia vita. Era lui stesso ad portarmi i pasti dalla loro cucina, e si può immaginare che fosse una cucina molto buona, visto che il loro cibo era migliore del mio. Non ho mai provato tanta gioia nel mangiare in quei giorni. E devo ammettere che quelle occasioni di nutrirmi furono davvero molto opportune, perché ero così magro da sembrare di legno. Lavoravo con lo stesso impegno con cui mangiavo, e questo non è poco dire. È vero che non ero particolarmente diligente nel mio lavoro. Qualche giorno dopo, incontrai M. Rolichon in strada e lui mi disse che le mie parti musicali erano così piene di errori, omissioni e errori di trascrizione che rendevano impossibile eseguire la musica. Devo ammettere che in seguito scelsi proprio quella professione, una professione che non mi si addiceva affatto. Non è che la mia calligrafia non fosse bella o che non copiassi con precisione; ma il noio di un lavoro così lungo e ripetitivo mi distraeva molto, tanto che passavo più tempo a correggere gli errori che a scrivere. E anche se facevo del mio meglio, i risultati erano comunque scarsi. Nonostante ciò, M. Rolichon continuò a trattarmi bene fino alla fine e, quando me ne andai, mi diede anche un piccolo soldo che non meritavo affatto, ma che mi aiutò molto. Pochi giorni dopo ricevetti notizie di mia madre, che si trovava a Chambéry, e anche del denaro necessario per andare da lei, cosa che feci con grande gioia. Da allora, le mie finanze sono state spesso molto precarie, ma mai al punto di dovermi privare del cibo. Ricordo questo periodo con gratitudine, come un segno della cura che la provvidenza ha avuto per me. È stata l’ultima volta in vita mia che ho provato povertà e fame.
Rimasi a Lione per altri sette o otto giorni, in attesa delle commissioni che mia madre aveva affidato a mademoiselle du Châtelet; durante quel periodo la vidi più spesso del solito, e ebbi il piacere di parlare con lei della sua amica. Non ero più distratto da quelle crudeli riflessioni sulla mia situazione che mi costringevano a nasconderla. Mademoiselle du Châtelet non era né giovane né bella, ma non le mancava affatto grazia; era cordiale e simpatica, e il suo spirito rendeva tale affabilità particolarmente piacevole. Aveva quel gusto per l’osservazione morale che spinge a studiare gli uomini; fu proprio da lei che ricevetti per la prima volta questo interesse. Amava i romanzi di Le Sage, in particolare “Gil Blas”; ne parlò con me, me li prestò e io li lessi con piacere. Ma non ero ancora maturo per quel genere di letture; avevo bisogno di romanzi pieni di grandi sentimenti. Trascorrevo così il mio tempo davanti alla finestra di mademoiselle du Châtelet, godendo sia del piacere che dei benefici di tali conversazioni. E è certo che gli argomenti interessanti e appropriati trattati da una donna di valore siano molto più efficaci nel formare un giovane uomo di tutta la pedantesca filosofia contenuta nei libri. Feci conoscenza con altre pensionarie e le loro amiche; tra queste c’era una ragazza di quattordici anni, chiamata mademoiselle Serre. Allora non le prestai molta attenzione, ma otto o nove anni dopo ne rimasi profondamente affascinato. E a ragione: era davvero una ragazza incantevole.
Occupé de l’attente de revoir bientôt ma bonne-Maman, je fis un peu de trêve à mes chimères, et le bonheur réel qui m’attendait me dispensa d’en chercher dans mes visions. Non seulement je la retrouvais, mais je retrouvais près d’elle et par elle un état agréable ; car elle marquait m’avoir trouvé une occupation qu’elle espérait qui me conviendrait, et qui ne m’éloignerait pas d’elle. Je m’épuisais en conjectures pour deviner quelle pouvait être cette occupation, et il aurait fallu deviner en effet pour rencontrer juste. J’avais suffisamment d’argent pour faire commodément la route. Mlle du Châtelet voulait que je prisse un cheval ; je n’y pus consentir, et j’eus raison : j’aurais perdu le plaisir du dernier voyage pédestre que j’ai fait en ma vie ; car je ne peux donner ce nom aux excursions que je faisais souvent à mon voisinage, tandis que je demeurais à Môtiers.
C’est une chose bien singulière que mon imagination ne se monte jamais plus agréablement que quand mon état est le moins agréable, et qu’au contraire elle est moins riante lorsque tout rit autour de moi. Ma mauvaise tête ne peut s’assujettir aux choses. Elle ne saurait embellir, elle veut créer. Les objets réels s’y peignent tout au plus tels qu’ils sont ; elle ne sait parer que les objets imaginaires. Si je veux peindre le printemps, il faut que je sois en hiver ; si je veux décrire un beau paysage, il faut que je sois dans des murs ; et j’ai dit cent fois que si j’étais mis à la Bastille, j’y ferais le tableau de la liberté. Je ne voyais en partant de Lyon qu’un avenir agréable ; j’étais aussi content, et j’avais tout lieu de l’être, que je l’étais peu quand je partis de Paris. Cependant je n’eus point durant ce voyage ces rêveries délicieuses qui m’avaient suivi dans l’autre. J’avais le cœur serein, mais c’était tout. Je me rapprochais avec attendrissement de l’excellente amie que j’allais revoir. Je goûtais d’avance, mais sans ivresse, le plaisir de vivre auprès d’elle : je m’y étais toujours attendu ; c’était comme s’il ne m’était rien arrivé de nouveau. Je m’inquiétais de ce que j’allais faire comme si cela eût été fort inquiétant. Mes idées étaient paisibles et douces, non célestes et ravissantes. Tous les objets que je passais frappaient ma vue ; je donnais de l’attention aux paysages ; je remarquais les arbres, les maisons, les ruisseaux ; je délibérais aux croisées des chemins, j’avais peur de me perdre, et je ne me perdais point. En un mot, je n’étais plus dans l’empyrée, j’étais tantôt où j’étais, tantôt où j’allais, jamais plus loin.
Je suis, en racontant mes voyages, comme j’étais en les faisant ; je ne saurais arriver. Le cœur me battait de joie en approchant de ma chère Maman, et je n’en allais pas plus vite. J’aime à marcher à mon aise, et m’arrêter quand il me plaît. La vie ambulante est celle qu’il me faut. Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus de mon goût. Au reste, on sait déjà ce que j’entends par un beau pays. Jamais pays de plaine, quelque beau qu’il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur. J’eus ce plaisir, et je le goûtai dans tout son charme en approchant de Chambéry. Non loin d’une montagne coupée qu’on appelle le Pas-de-l’Échelle, au-dessous du grand chemin taillé dans le roc à l’endroit appelé Chailles, court et bouillonne dans des gouffres affreux une petite rivière qui paraît avoir mis à les creuser des milliers de siècles. On a bordé le chemin d’un parapet pour prévenir les malheurs : cela faisait que je pouvais contempler au fond et gagner des vertiges tout à mon aise ; car ce qu’il y a de plaisant dans mon goût pour les lieux escarpés, est qu’ils me font tourner la tête, et j’aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. Bien appuyé sur le parapet, j’avançais le nez, et je restais là des heures entières, entrevoyant de temps en temps cette écume et cette eau bleue dont j’entendais le mugissement à travers les cris des corbeaux et des oiseaux de proie qui volaient de roche en roche et de broussaille en broussaille à cent toises au-dessous de moi. Dans les endroits où la pente était assez unie et la broussaille assez claire pour laisser passer des cailloux, j’en allais chercher au loin d’aussi gros que je les pouvais porter ; je les rassemblais sur le parapet en pile ; puis, les lançant l’un après l’autre, je me délectais à les voir rouler, bondir et voler en mille éclats, avant que d’atteindre le fond du précipice.
Plus près de Chambéry j’eus un spectacle semblable, en sens contraire. Le chemin passe au pied de la plus belle cascade que je vis de mes jours. La montagne est tellement escarpée, que l’eau se détache net et tombe en arcade, assez loin pour qu’on puisse passer entre la cascade et la roche quelquefois sans être mouillé. Mais si l’on ne prend bien ses mesures, on y est aisément trompé, comme je le fus : car, à cause de l’extrême hauteur, l’eau se divise et tombe en poussière, et lorsqu’on approche un peu trop de ce nuage, sans s’apercevoir d’abord qu’on se mouille, à l’instant on est tout trempé.
J’arrive enfin, je la revois. Elle n’était pas seule. M. l’Intendant général était chez elle au moment que j’entrai. Sans me parler, elle me prend par la main, et me présente à lui avec cette grâce qui lui ouvrait tous les cœurs : Le voilà, monsieur, ce pauvre jeune homme ; daignez le protéger aussi longtemps qu’il le méritera, je ne suis plus en peine de lui pour le reste de sa vie. Puis, m’adressant la parole : Mon enfant, me dit-elle, vous appartenez au Roi ; remerciez M. l’Intendant qui vous donne du pain. J’ouvrais de grands yeux sans rien dire, sans savoir trop qu’imaginer ; il s’en fallut peu que l’ambition naissante ne me tournât la tête, et que je ne fisse déjà le petit Intendant. Ma fortune se trouva moins brillante que sur ce début je ne l’avais imaginée ; mais quant à présent, c’était assez pour vivre, et pour moi c’était beaucoup. Voici de quoi il s’agissait.
Le roi Victor-Amédée, jugeant, par le sort des guerres précédentes et par la position de l’ancien patrimoine de ses pères, qu’il lui échapperait quelque jour, ne cherchait qu’à l’épuiser. Il y avait peu d’années qu’ayant résolu d’en mettre la noblesse à la taille, il avait ordonné un cadastre général de tout le pays, afin que, rendant l’imposition réelle, on pût la répartir avec plus d’équité. Ce travail, commencé sous le père, fut achevé sous le fils[52]. Deux ou trois cents hommes, tant arpenteurs qu’on appelait géomètres, qu’écrivains qu’on appelait secrétaires, furent employés à cet ouvrage, et c’était parmi ces derniers que Maman m’avait fait inscrire. Le poste, sans être fort lucratif, donnait de quoi vivre au large dans ce pays-là. Le mal était que cet emploi n’était qu’à temps, mais il mettait en état de chercher et d’attendre, et c’était par prévoyance qu’elle tâchait de m’obtenir de l’Intendant une protection particulière pour pouvoir passer à quelque emploi plus solide quand le temps de celui-là serait fini.
J’entrai en fonction peu de jours après mon arrivée. Il n’y avait à ce travail rien de difficile, et je fus bientôt au fait. C’est ainsi qu’après quatre ou cinq ans de courses, de folies et de souffrances depuis ma sortie de Genève, je commençai pour la première fois de gagner mon pain avec honneur.
Preoccupied with the thought of soon seeing my dear Aunt again, I put aside my fanciful imaginings for a while, and the real happiness that awaited me made it unnecessary for me to seek it in dreams or illusions. Not only was I going to reunite with her, but I was also to find myself in a pleasant state of being near her and because of her; she had apparently found an occupation for me that she hoped would suit me and that would not keep me away from her. I spent hours speculating about what this occupation might be, but indeed, one would have to guess correctly in order to discover it. I had enough money to make the journey comfortably. Miss du Châtelet suggested that I take a horse; I could not agree to that, and I was right: I would have missed out on the pleasure of that last walk I took in my life—because I cannot really call those short excursions I often made in the vicinity while living in Môtiers anything other than walks.
It is a most peculiar fact that my imagination never finds greater pleasure when my state of being is the least pleasant; on the contrary, it becomes less lively whenever everything around me seems to be joyful. My troubled mind cannot submit itself to reality; it cannot embellish things—it seeks only to create them. Real objects at best are depicted as they are; it can only adorn imaginary ones. If I wish to paint spring, I must be in winter; if I want to describe a beautiful landscape, I am confined within walls. And I have said a hundred times that if I were thrown into the Bastille, I would there paint a portrait of freedom. Leaving Lyon, I saw only a pleasant future ahead; I was just as happy then, and had every reason to be so, as I was when I left Paris. Yet during that journey, I did not experience those delightful reveries that had accompanied me on my previous travels. My heart was calm, but that was all. I looked forward with affection to the wonderful friend I was about to see again; I already tasted, though without intoxication, the joy of living beside her—I had always expected such things; it was as if nothing new had happened to me. I worried about what I would do upon arriving, yet it seemed no particularly serious matter. My thoughts were peaceful and gentle, but not celestial or enchanting. Every object I encountered caught my attention; I observed the landscapes, the trees, the houses, the streams. At crossroads, I wondered whether I would get lost—but I never did. In short, I was no longer in a state of ecstasy; I was either where I was or where I was going, but never beyond that.
In recounting my travels, I am just as I was during them; I would never be able to describe them accurately. My heart beat with joy as I approached my dear Mother, yet I did not speed up in my progress. I enjoy walking at my own pace and stopping whenever I wished. A life of wandering is precisely what suits me best. To travel on foot on a beautiful day, through a lovely landscape, without any haste, and to have something pleasant as the end of my journey—such a way of living is indeed in perfect accord with my tastes. As for what I mean by a “beautiful landscape,” you already know what I have in mind. No plainland, no matter how beautiful, has ever seemed that way to me. What I need are torrents, rocks, pine trees, dark forests, mountains, rugged paths up and down—which all create a sense of danger yet also immense pleasure. I had the joy of experiencing all this as I approached Chambéry. Not far from a mountain called Le Pas-de-l’Échelle, below the road cut into the rock at a place called Chailles, there flows a small river that rumbles and bubbles through terrifying chasms—as if it has taken thousands of centuries to carve out its course. The path is lined with a parapet to prevent accidents, allowing me to gaze down into those abysses without fear of falling. What delights me about steep landscapes is the dizziness they induce—it’s precisely this sensation that I adore, so long as I remain safe. Leaning firmly against the parapet, I would stand there for hours, watching the foam and blue water churn below, listening to their roar amidst the cries of crows and predatory birds soaring hundreds of feet above me. In places where the slope was relatively smooth and the bushes clear enough to reveal rocks, I would pick up as large stones as I could carry, pile them up on the parapet, and then one by one, watch them roll, bounce, and shatter before disappearing into the abyss below.
Not far from Chambéry, I witnessed a similar spectacle, but in the opposite direction. The path passes at the foot of the most beautiful waterfall I have ever seen. The mountain is so steep that the water breaks away cleanly and falls in an arch, far enough away that one can sometimes walk between the waterfall and the rocks without getting wet. However, if one does not take proper precautions, it is easy to be deceived—just as I was. Because of the immense height, the water splits into fine droplets; and when one gets too close to this “cloud” of mist, one doesn’t realize it until it’s already too late—and then one is completely soaked.
I finally arrive; I see her again. She wasn’t alone. When I entered, Mr. the Intendant General was with her. Without saying a word to me, she took my hand and introduced me to him with that grace which could win over any heart: “Here he is, sir, this poor young man; please grant him your protection for as long as he deserves it—I need no longer worry about him for the rest of his life.” Then, turning to me, she said, “My child, you belong to the King; thank Mr. the Intendant for providing you with food.” I stared at her in wide-eyed silence, not knowing quite what to think. It was only a moment away from my budding ambition getting the better of me—and I might have become that little “Intendant” myself. My fortune turned out to be less splendid than I had imagined at first; but for now, it was enough to live on—and for me, that was already a lot. Here was what had happened.
King Victor-Amédée, judging from the outcomes of previous wars and considering the state of his ancestors’ former territories, believed that these lands would one day escape his control; therefore, he sought only to exhaust their resources. A few years prior, resolved to rein in the nobility’s excesses, he had ordered a comprehensive census of the entire kingdom, with the aim of making taxation more equitable and based on actual property values. This task, begun under his father, was completed under his son[52]. Two or three hundred people were employed in this project—surveyors (referred to as “geometers”) and clerks (called “secretaries”); it was among these latter that my mother had managed to get me enrolled. Although the position was not particularly lucrative, it provided a means of supporting oneself reasonably well in that region. The drawback was that it was only available on a temporary basis; nonetheless, it allowed one to keep looking for and waiting for better opportunities. It was out of this consideration that my mother had sought special protection from the Intendant, so that I could secure a more stable job once this temporary position came to an end.
I began working just a few days after my arrival. There was nothing difficult about this job, and I quickly got the hang of it. In this way, after four or five years of running around, indulging in excesses, and enduring suffering since leaving Geneva, I finally began to earn my living honestly for the first time.
Occupato dall’attesa di rivedere presto mia nonna, mi presi una piccola pausa dalle mie fantasie; la felicità reale che mi aspettava mi dispensò dal cercarla nelle mie visioni. Non solo la ritrovavo, ma ritrovavo anche, al suo fianco e grazie a lei, uno stato di serenità e piacere. Poiché lei aveva trovato per me un’occupazione che sperava mi fosse adatta e che non mi allontanasse da lei. Mi sforzavo in mille congetture per indovinare quale potesse essere questa occupazione. Ma avrei davvero dovuto indovinarla per azzeccare. Avevo abbastanza denaro per viaggiare comodamente; la signorina du Châtelet voleva che prendessi un cavallo. Ma non ne ebbi il coraggio, e avevo ragione: avrei perso il piacere dell’ultimo viaggio a piedi che faccia nella mia vita. Poiché non posso definire “viaggi” quelle escursioni che facevo spesso nei dintorni, mentre abitavo a Môtiers.
È davvero singolare che la mia immaginazione si sollevi mai in modo più piacevole quando il mio stato d’animo è il meno gradevole, e al contrario appaia meno vivace quando tutto intorno a me risplende di gioia. La mia mente ribelle non riesce ad adattarsi alle realtà; non sa abbellirle, vuole crearle. Gli oggetti reali, al massimo, vengono descritti così come sono; lei sa soltanto adornare quelli immaginari. Se voglio dipingere la primavera, devo trovarmi nell’inverno; se desidero descrivere un bel paesaggio, devo essere rinchiuso tra mura. E ho detto centinaia di volte che, se fossi stato messo alla Bastiglia, lì avrei dipinto l’immagine della libertà. Partendo da Lione, vedevo davanti a me un futuro piacevole; ero altrettanto felice, e avevo tutte le ragioni per esserlo, quanto lo ero poco quando sono partito da Parigi. Tuttavia, durante quel viaggio non ho provato quelle deliziose fantasticherie che mi avevano accompagnato nella precedente esperienza. Il mio cuore era sereno, ma nient’altro. Mi avvicinavo con emozione all’amica meravigliosa che avrei rivisto; anticipavo con gioia, ma senza ebbrezza, il piacere di vivere al suo fianco. Me l’aspettavo sempre; era come se nulla di nuovo mi fosse accaduto. Mi preoccupavo di ciò che avrei fatto, come se fosse davvero qualcosa di molto inquietante. Le mie idee erano tranquille e dolci, ma non celestiali né incantevoli. Tutti gli oggetti che incontravo attiravano la mia attenzione; osservavo i paesaggi, notavo gli alberi, le case, i ruscelli. Riflettevo sulle strade che avrei percorso, temevo di perdermi, ma non mi perdevo mai. In breve, non ero più “nell’empireo”: a volte ero dove mi trovavo, altre volte dove stavo andando, mai oltre.
Raccontando i miei viaggi, sono esattamente come ero quando li facevo; non saprei mai come arrivarci in modo diverso. Il mio cuore batteva di gioia all’idea di avvicinarmi alla mia cara mamma, ma non acceleravo il passo per questo motivo. Mi piace camminare con calma e fermarmi quando ne ho voglia. La vita itinerante è proprio quella che mi si addice. Viaggiare a piedi in una bella giornata, in un bel paesaggio, senza alcuna fretta, e avere come meta un luogo piacevole. Questo è sicuramente il modo di vivere che più mi soddisfa. Del resto, tutti sanno cosa intendo per “bel paesaggio”: mai un paese pianeggiante, per quanto bello possa essere, mi è sembrato tale ai miei occhi. Ho bisogno di torrenti, rocce, pini, foreste scure, montagne, sentieri accidentati da scalare. E anche di precipizi che mi facciano paura. Ho avuto questa possibilità, e l’ho goduta appieno mentre mi avvicinavo a Chambéry. Non lontano da una montagna chiamata “Pas-de-l’Échelle”, sotto la strada scavata nella roccia in un punto denominato “Chailles”, scorreva un piccolo fiume che, con le sue acque tumultuose e scure, sembrava aver impiegato migliaia di anni per formare quei canyon spaventosi. Lungo il percorso era stato costruito un parapetto per prevenire incidenti; così potevo guardare giù con tranquillità. Ciò che mi piace davvero nei luoghi scoscesi è proprio questo senso di vertigine. Mi diverte molto quel movimento, purché io sia al sicuro. Appoggiato saldamente al parapetto, fissavo quelle acque blu e quelle schiume bianche. A volte intravedevo anche i corvi e gli uccelli rapaci che volavano tra le rocce e le piante, a centinaia di piedi sotto di me. Ne raccoglievo dei sassi grandi quanto potevo portare, li accumulavo sul parapetto e poi, lanciandoli uno dopo l’altro, mi divertivo a vederli rotolare, saltare e schiantarsi contro le rocce.
Più vicino a Chambéry ho assistito a uno spettacolo simile, ma in senso opposto. Il sentiero passa ai piedi della cascata più bella che abbia mai visto in vita mia. La montagna è così scoscesa che l’acqua si stacca nettamente e cade formando un arco, tanto lontano da permettere a volte di passare tra la cascata e la roccia senza bagnarsi. Ma se non si prendono le dovute precauzioni, si rischia facilmente di essere ingannati, come è successo a me: a causa dell’altitudine estrema, l’acqua si disperde in gocce sottili, e quando ci si avvicina troppo a quel “nuvolo” d’acqua, senza rendersene conto all’inizio, si finisce immediatamente bagnati fradici.
Finalmente sono arrivato, la rivedo. Non era sola: il Signor Intendente generale si trovava in sua compagnia al momento del mio arrivo. Senza dire una parola, mi prese per mano e me lo presentò con quella grazia che le apriva tutti i cuori: “Ecco, signore, questo povero giovane; per favore proteggetelo finché meriterà di essere protetto. Per il resto della sua vita, non dovrò più preoccuparmi per lui.” Poi, rivolgendosi a me, disse: “Mia cara, appartieni al Re. Ringrazia il Signor Intendente che ti dà del pane.” Aprii grandi occhi, senza dire nulla, senza sapere bene cosa pensare. Per poco l’ambizione nascente non mi fece perdere la testa. Ma per ora, era abbastanza per vivere. E per me, era già molto. Ecco di cosa si trattava.
Il re Vittore Emanuele, valutando, in base al destino delle guerre precedenti e alla situazione del vecchio patrimonio dei suoi antenati, che un giorno quel patrimonio gli sarebbe sfuggito di mano, cercava soltanto di esaurirlo. Poche anni prima, deciso a ridurre il potere della nobiltà, aveva ordinato la realizzazione di un censimento generale di tutto il paese, al fine di rendere l’imposta più equa e basata sulla realtà delle risorse disponibili. Questo lavoro, iniziato sotto il padre, fu portato a termine dal figlio[52]. Per realizzarlo furono impiegati due o trecento uomini: alcuni erano chiamati geometri, altri segretari; tra questi ultimi era stato iscritto anche mio padre. Il lavoro, sebbene non molto remunerativo, permetteva di vivere in modo dignitoso in quel paese. Il problema era che tale incarico durava solo per un periodo limitato; tuttavia, permetteva comunque di cercare e aspettare opportunità migliori. Fu proprio per questa ragione che mia madre cercò di ottenere dall’Intendente una protezione particolare affinché io potessi passare a un incarico più stabile non appena quello attuale fosse terminato.
Iniziai a lavorare pochi giorni dopo il mio arrivo. Quel lavoro non presentava alcuna difficoltà e presto ne presi confidenza. Fu così che, dopo quattro o cinque anni di corse, follie e sofferenze da quando ero uscito da Ginevra, iniziai finalmente a guadagnarmi da vivere onestamente.
Ces longs détails de ma première jeunesse auront paru bien puérils, et j’en suis fâché : quoique né homme à certains égards, j’ai été longtemps enfant, et je le suis encore à beaucoup d’autres. Je n’ai pas promis d’offrir au public un grand personnage ; j’ai promis de me peindre tel que je suis ; et, pour me connaître dans mon âge avancé, il faut m’avoir bien connu dans ma jeunesse. Comme en général les objets font moins d’impression sur moi que leurs souvenirs, et que toutes mes idées sont en images, les premiers traits qui se sont gravés dans ma tête y sont demeurés, et ceux qui s’y sont empreints dans la suite se sont plutôt combinés avec eux qu’ils ne les ont effacés. Il y a une certaine succession d’affections et d’idées qui modifient celles qui les suivent, et qu’il faut connaître pour en bien juger. Je m’applique à bien développer partout les premières causes pour faire sentir l’enchaînement des effets. Je voudrais pouvoir en quelque façon rendre mon âme transparente aux yeux du lecteur, et pour cela je cherche à la lui montrer sous tous les points de vue, à l’éclairer par tous les jours, à faire en sorte qu’il ne s’y passe pas un mouvement qu’il n’aperçoive, afin qu’il puisse juger par lui-même du principe qui les produit.
Si je me chargeais du résultat et que je lui disse : Tel est mon caractère, il pourrait croire sinon que je le trompe, au moins que je me trompe. Mais en lui détaillant avec simplicité tout ce qui m’est arrivé, tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai pensé, tout ce que j’ai senti, je ne puis l’induire en erreur, à moins que je ne le veuille ; encore même en le voulant, n’y parviendrais-je pas aisément de cette façon. C’est à lui d’assembler ces éléments et de déterminer l’être qu’ils composent : le résultat doit être son ouvrage ; et s’il se trompe alors, toute l’erreur sera de son fait. Or, il ne suffit pas pour cette fin que mes récits soient fidèles, il faut aussi qu’ils soient exacts. Ce n’est pas à moi de juger de l’importance des faits, je les dois tous dire, et lui laisser le soin de choisir. C’est à quoi je me suis appliqué jusqu’ici de tout mon courage, et je ne me relâcherai pas dans la suite. Mais les souvenirs de l’âge moyen sont toujours moins vifs que ceux de la première jeunesse. J’ai commencé par tirer de ceux-ci le meilleur parti qu’il m’était possible. Si les autres me reviennent avec la même force, des lecteurs impatients s’ennuieront peut-être, mais moi je ne serai pas mécontent de mon travail. Je n’ai qu’une chose à craindre dans cette entreprise : ce n’est pas de trop dire ou de dire des mensonges, mais c’est de ne pas tout dire, et de taire des vérités.
FIN du QUATRIÈME LIVRE
Livre Cinquième
1732 – 1736
Ce fut, ce me semble, en 1732 que j’arrivai à Chambéry, comme je viens de le dire, et que je commençai d’être employé au cadastre pour le service du Roi. J’avais vingt ans passés, près de vingt et un. J’étais assez formé pour mon âge, du côté de l’esprit, mais le jugement ne l’était guère, et j’avais grand besoin des mains dans lesquelles je tombai pour apprendre à me conduire : car quelques années d’expérience n’avaient pu me guérir encore radicalement de mes visions romanesques, et malgré tous les maux que j’avais soufferts, je connaissais aussi peu le monde et les hommes que si je n’avais pas acheté ces instructions.
Je logeai chez moi, c’est-à-dire chez Maman ; mais je ne retrouvai pas ma chambre d’Annecy. Plus de jardin, plus de ruisseau, plus de paysage. La maison qu’elle occupait était sombre et triste, et ma chambre était la plus sombre et la plus triste de la maison. Un mur pour vue, un cul-de-sac pour rue, peu d’air, peu de jour, peu d’espace, des grillons, des rats, des planches pourries ; tout cela ne faisait pas une plaisante habitation. Mais j’étais chez elle, auprès d’elle ; sans cesse à mon bureau ou dans sa chambre, je m’apercevais peu de la laideur de la mienne ; je n’avais pas le temps d’y rêver. Il paraîtra bizarre qu’elle se fût fixée[53] à Chambéry tout exprès pour habiter cette vilaine maison : cela même fut[54] un trait d’habileté de sa part que je ne dois pas taire.
Elle allait à Turin avec répugnance, sentant bien qu’après des révolutions encore toutes récentes(45), et dans l’agitation où l’on était encore à la cour, ce n’était pas le moment de s’y présenter. Cependant ses affaires demandaient qu’elle s’y montrât ; elle craignait d’être oubliée ou desservie. Elle savait surtout que le comte de Saint-Laurent, intendant général des finances, ne la favorisait pas. Il avait à Chambéry une maison vieille, mal bâtie, et dans une si vilaine position, qu’elle restait toujours vide ; elle la loua et s’y établit. Cela lui réussit mieux qu’un voyage ; sa pension ne fut point supprimée, et depuis lors le comte de Saint-Laurent fut toujours de ses amis.
J’y trouvai son ménage à peu près monté comme auparavant, et le fidèle Claude Anet toujours avec elle. C’était, comme je crois l’avoir dit, un paysan de Montru, qui, dans son enfance, herborisait dans le Jura, pour faire du thé de Suisse, et qu’elle avait pris à son service à cause de ses drogues, trouvant commode d’avoir un herboriste dans son laquais. Il se passionna si bien pour l’étude des plantes, et elle favorisa si bien son goût, qu’il devint un vrai botaniste, et que, s’il ne fût mort jeune, il se serait fait un nom dans cette science, comme il en méritait un parmi les honnêtes gens. Comme il était sérieux, même grave, et que j’étais plus jeune que lui, il devint pour moi une espèce de gouverneur, qui me sauva beaucoup de folies : car il m’en imposait, et je n’osais m’oublier devant lui. Il en imposait même à sa maîtresse, qui connaissait son grand sens, sa droiture, son inviolable attachement pour elle, et qui le lui rendait bien. Claude Anet était sans contredit un homme rare, et le seul même de son espèce que j’aie jamais vu. Lent, posé, réfléchi, circonspect dans sa conduite, froid dans ses manières, laconique et sentencieux dans ses propos, il était dans ses passions d’une impétuosité qu’il ne laissait jamais paraître, mais qui le dévorait en dedans, et qui ne lui a fait faire en sa vie qu’une sottise, mais terrible, c’est de s’être empoisonné. Cette scène tragique se passa peu après mon arrivée, et il la fallait pour m’apprendre l’intimité de ce garçon avec sa maîtresse ; car si elle ne me l’eût dit elle-même, jamais je ne m’en serais douté. Assurément, si l’attachement, le zèle et la fidélité peuvent mériter une pareille récompense, elle lui était bien due, et ce qui prouve qu’il en était digne, il n’en abusa jamais. Ils avaient rarement des querelles, et elles finissaient toujours bien. Il en vint pourtant une qui finit mal : sa maîtresse lui dit dans la colère un mot outrageant qu’il ne put digérer. Il ne consulta que son désespoir, et trouvant sous sa main une fiole de laudanum, il l’avala, puis fut se coucher tranquillement, comptant ne se réveiller jamais. Heureusement Mme de Warens, inquiète, agitée elle-même, errant dans sa maison, trouva la fiole vide et devina le reste. En volant à son secours, elle poussa des cris qui m’attirèrent ; elle m’avoua tout, implora mon assistance, et parvint avec beaucoup de peine à lui faire vomir l’opium. Témoin de cette scène, j’admirai ma bêtise de n’avoir jamais eu le moindre soupçon des liaisons qu’elle m’apprenait. Mais Claude Anet était si discret, que de plus clairvoyants auraient pu s’y méprendre. Le raccommodement fut tel que j’en fus vivement touché moi-même, et depuis ce temps, ajoutant pour lui le respect à l’estime, je devins en quelque façon son élève, et ne m’en trouvai pas plus mal.
These lengthy details of my early youth might have seemed rather childish, and I am sorry for that; although I was born a man in certain respects, I remained a child for a long time, and in many other ways, I still am one. I did not promise to present the public with a great character; I promised to depict myself as I really am. And in order to understand me in my later years, it is necessary to have known me well in my youth. As generally speaking, objects leave less of an impression on me than their memories, and since all my thoughts exist in the form of images, those first impressions that were etched into my mind have remained there, and subsequent experiences have more often combined with them rather than erasing them. There is a certain sequence of emotions and ideas that influence those that follow them, and it is essential to understand this sequence in order to judge them properly. I strive to thoroughly develop these initial causes everywhere in order to demonstrate the chain of effects that results from them. I would like to be able, in some way, to make my soul transparent to the reader’s eyes; for that reason, I endeavor to present it from every possible angle, to illuminate it with all its aspects, and to ensure that not a single event occurs within it that he does not perceive, so that he may judge for himself the principles that give rise to them.
If I were to present the result to him and say, “This is my character,” he might think that I am either deceiving him or at least deluding myself. But by simply explaining to him everything that has happened to me, everything I have done, everything I have thought, everything I have felt, I cannot lead him into error, unless I wish to do so; and even if I did desire to, I would not be able to accomplish it so easily in this way. It is up to him to piece these elements together and determine the person they constitute—the result must be his own creation; and if he mistakes, then the entire error will be his own doing. Moreover, for this purpose, it is not enough that my accounts be faithful; they must also be accurate. It is not my role to judge the importance of these events; I must tell them all and leave it to him to decide which are significant. This is what I have been striving to do with all my courage up until now, and I will not slacken in my efforts. However, memories from middle age are always less vivid than those from one’s early youth. I have done my best to make the most of the latter. If the former return to me with equal clarity, some impatient readers may find it tedious, but I shall be satisfied with my work. There is only one thing I fear in this undertaking: not to say too much or to tell lies, but rather not to say everything and to conceal certain truths.
END OF BOOK FOUR
Book Five
1732 – 1736
It was in 1732, I believe, that I arrived in Chambéry, as I have just mentioned, and began to work on the cadastre for the service of the King. I was a little over twenty years old at the time. For my age, I was fairly well-educated intellectually, but my judgment was rather poor. I needed the guidance of those around me greatly in order to learn how to conduct myself properly—for even several years of experience had not yet managed to completely cure me of my romantic ideals. And despite all the hardships I had endured, my understanding of the world and of people was still as limited as if I had never received any such instruction at all.
I was staying at my home, that is, at Mom’s place; but I couldn’t find my room from Annecy anymore. No more garden, no more stream, no more scenery. The house where she lived was dark and gloomy, and my room was the darkest and gloomiest in the whole house. A wall as its view, a dead-end street as its access—little air, little light, little space, crickets, rats, rotten boards. None of this made it a pleasant place to live. But I was with her, beside her; constantly either at my desk or in her room, I hardly noticed the ugliness of my own room—I simply didn’t have time to dwell on it. It might seem strange that she had chosen to settle in Chambéry just so as to live in such a terrible house. But precisely this was another sign of her cleverness, one that I must not overlook.
She went to Turin with reluctance, fully aware that after the recent revolutions and given the turmoil still prevailing at the court, it was not the right time to appear there. However, her affairs required her to be present; she feared being forgotten or neglected. Above all, she knew that the Count of Saint-Laurent, the General Intendant of Finance, did not favor her. He owned an old, poorly built house in Chambéry, situated in such a poor location that it was always vacant; she rented it and settled there. This turned out to be better for her than traveling; her pension was not reduced, and from then on, the Count of Saint-Laurent remained one of her friends.
I found his household almost in the same state as before, and the faithful Claude Anet was still with her. He was, as I believe I have mentioned before, a farmer from Montru who, in his childhood, had collected herbs in the Jura to make Swiss tea. She took him into her service because of his knowledge of medicinal plants, finding it convenient to have a herbalist among her servants. He became so passionate about the study of plants, and she encouraged his interest so much that he eventually became a true botanist. Had he not died young, he would have made a name for himself in this field, as he truly deserved to. Being serious and even grave in nature, and being younger than him, he sort of acted as my mentor, preventing me from making many foolish mistakes—because he kept me in check, and I did not dare to act recklessly in his presence. He even imposed discipline on his mistress, who recognized his wisdom, integrity, and unwavering devotion to her, and she reciprocated his feelings. Without a doubt, Claude Anet was a rare man, perhaps the only one of his kind that I had ever met. Slow, steady, thoughtful, cautious in his behavior, cold in his manners, laconic and judgmental in his speech, he hid the intensity of his passions deep within himself; however, this very passion led him to commit one terrible mistake in his life: he poisoned himself. This tragic event occurred shortly after my arrival, and it was only then that I learned about the close relationship between this man and his mistress—because if she had not told me herself, I would never have suspected it. Indeed, if devotion, zeal, and fidelity could merit such a reward, they certainly deserved it from him; moreover, he never abused them in any way. They rarely argued, and when they did, it always ended well. However, one argument turned out badly: in her anger, his mistress said something offensive that he could not forgive. Desperate, he took some laudanum and went to bed, believing he would never wake up again. Fortunately, Madame de Warens, worried and agitated, found the empty bottle and realized what had happened. She rushed to his aid, crying out in distress, and I overheard everything. She begged my help, and after much effort, we managed to make him vomit the opium. Witnessing this scene, I realized how foolish it of me had been to never suspect the nature of their relationship. But Claude Anet was so discreet that even those with sharper eyes might have been deceived. Their reconciliation moved me deeply, and from then on, I regarded him not only with respect but also with admiration. In a way, I became his disciple, and I found myself no worse off as a result.
Questi lunghi dettagli della mia prima giovinezza potrebbero sembrare piuttosto infantili, e ne sono rammaricato: sebbene in alcuni aspetti fossi già un uomo, per molto tempo sono rimasto un bambino, e lo sono ancora in molti altri. Non ho promesso di offrire al pubblico un personaggio importante; ho promesso di descrivere me stesso così come sono realmente. E per comprendere chi sono nella mia età avanzata, è necessario conoscermi bene quando ero giovane. Poiché, in generale, gli oggetti stessi non mi lasciano un’impressione profonda quanto i loro ricordi, e poiché tutte le mie idee si presentano sotto forma di immagini, i primi tratti che si sono impressi nella mia mente vi sono rimasti; quelli che sono venuti in seguito si sono piuttosto combinati con essi, piuttosto che cancellarli. Esiste una certa sequenza di sentimenti e idee che modificano quelle che seguono, e per comprenderle correttamente è necessario conoscerla. Mi sforzo di sviluppare appieno tutte le cause iniziali, affinché si possa percepire chiaramente la catena degli effetti che ne derivano. Vorrei in qualche modo rendere la mia anima “trasparente” agli occhi del lettore; per questo cerco di mostrarla da tutti i punti di vista, di illuminarla attraverso tutte le esperienze vissute, di far sì che non si verifichi alcun cambiamento senza che il lettore se ne accorga, affinché possa giudicare personalmente il principio che li determina.
Se fossi io a decidere il risultato e gli dicessi: “Ecco il mio carattere”, potrebbe credere che lo sto ingannando, o almeno che mi sto ingannando io stesso. Ma se gli raccontassi con semplicità tutto ciò che mi è accaduto, tutto ciò che ho fatto, tutto ciò che ho pensato, tutto ciò che ho provato, non potrei indurlo in errore, a meno che non lo volessi io stesso; e anche volendolo, non riuscirei facilmente a farlo in questo modo. Spetta a lui combinare questi elementi e determinare l’“essere” che essi compongono: il risultato deve essere opera sua; e se si sbaglia, allora tutta l’errore sarà da attribuire a lui. Ora, per raggiungere questo scopo, non basta che i miei racconti siano fedeli, ma devono anche essere esatti. Non spetta a me giudicare l’importanza dei fatti: devo raccontarli tutti e lasciare a lui il compito di scegliere ciò che è rilevante. È a questo che mi sono dedicato con tutto il mio impegno finora, e non intendo allentare gli sforzi in futuro. Tuttavia, i ricordi dell’età media sono sempre meno vividi di quelli della prima giovinezza; ho cercato di trarre il meglio da quelli che avevo a disposizione. Se gli altri ricordi mi tornassero alla mente con la stessa intensità, alcuni lettori impazienti potrebbero annoiarsi, ma io non sarei insoddisfatto del mio lavoro. L’unica cosa di cui ho paura in questa impresa è di dire troppo o di dire menzogne, ma anche questo rischio esiste: quello di non dire tutto, di nascondere verità importanti.
Fine del quarto libro.
Libro Quinto
1732 – 1736
Credo che sia stato nel 1732 quando arrivai a Chambéry e iniziai a lavorare al catasto al servizio del Re. Avevo poco più di vent’anni; ero abbastanza istruito per la mia età, dal punto di vista intellettuale, ma il mio giudizio non era certo affidabile. Avevo davvero bisogno dell’aiuto delle persone che incontrai per imparare a comportarmi correttamente: pochi anni di esperienza non erano ancora riusciti a eliminare completamente le mie visioni romantiche, e nonostante tutti i mali che avevo subito, conoscevo il mondo e gli uomini altrettanto poco come se non avessi mai ricevuto alcuna istruzione.
Rimasi a casa mia, cioè da Mamma; ma non ritrovai la mia stanza di Annecy. Niente giardino, niente ruscello, nessun paesaggio. La casa in cui viveva era cupa e triste, e la mia stanza era la più cupa e la più triste di tutta la casa. Un muro come vista, un vicolo cieco come strada: poco aria, poca luce, poco spazio. Grilli, topi, assi marci. Tutto ciò non rendeva certo quella casa piacevole da abitare. Ma ero con lei, accanto a lei; passavo tutto il tempo al mio studio o nella sua stanza, e quasi non mi accorgevo della bruttezza della mia stanza. Non avevo nemmeno il tempo di pensarci. Potrebbe sembrare strano che si fosse trasferita apposta a Chambéry per abitare in quella casa orribile. Ma anche questo fu, in realtà, un segno della sua astuzia, che non devo certo nascondere.
Si recava a Torino con riluttanza, ben sapendo che, dopo rivoluzioni ancora recenti e in un’atmosfera di agitazione che regnava alla corte, non fosse il momento adatto per presentarsi lì. Tuttavia, le sue faccende richiedevano che vi si recasse; temeva di essere dimenticata o trascurata. Sapeva soprattutto che il conte di Saint-Laurent, intendente generale delle finanze, non la favoriva. Questi possedeva a Chambéry una casa vecchia, mal costruita e situata in una posizione molto sgradevole, tanto da rimanere sempre vuota; la affittò e vi si stabilì. Questo le riuscì meglio di un viaggio: la sua pensione non fu mai ridotta, e da allora il conte di Saint-Laurent divenne sempre suo amico.
Trovai che la sua casa era rimasta più o meno come prima, e il fedele Claude Anet era ancora con lei. Era, come credo di aver detto, un contadino di Montru che, da bambino, raccoglieva erbe nel Giura per preparare il tè svizzero; lei lo aveva assunto al suo servizio proprio a causa delle sue conoscenze in materia di piante medicinali, trovandolo utile avere un esperto del genere tra i suoi domestici. Claude si appassionò profondamente allo studio delle piante, e lei favorì molto questo suo interesse, tanto che divenne un vero botanico; se non fosse morto giovane, avrebbe sicuramente ottenuto grande riconoscimento in questa disciplina, dato il suo merito tra le persone oneste. Essendo una persona seria e riservata, e io più giovane di lui, diventò quasi come un “governante” per me, impedendomi di commettere molte sciocchezze: mi impondeva dei limiti, e non osavo mai comportarmi in modo irrispettoso davanti a lui. Imponeva lo stesso anche alla sua padrona, che conosceva bene il suo buon senso, la sua onestà e il suo immutabile affetto per lei, e glielo ricambiava appieno. Claude Anet era senza dubbio un uomo raro; anzi, l’unico del suo genere che abbia mai incontrato. Lento, calmo, riflessivo, cauto nel comportamento, freddo nelle maniere, laconico e sentenzioso nei suoi discorsi, mostrava nell’intimità delle sue passioni un impeto che mai lasciava trasparire, ma che lo divorava interiormente; questa passione gli fece commettere una sola follia terribile: si avvelenò. Questa tragica scena ebbe luogo poco dopo il mio arrivo, e fu proprio grazie a essa che appresi l’intimità dei suoi rapporti con la sua padrona; se non me lo avesse raccontato lei stessa, non me ne sarei mai accorto. Senza dubbio, se l’affetto, lo zelo e la fedeltà possono meritare una tale ricompensa, essa gli era certamente dovuta. E ciò che dimostra quanto fosse degno di essa è il fatto che non ne abusò mai. Raramente avevano litigi, e questi finivano sempre bene. Tuttavia, ne ebbero uno che finì male: la sua padrona, in preda alla rabbia, gli disse qualcosa di offensivo che lui non riuscì a digerire. Pensando solo al proprio dispero, trovò una fiala di laudano e la bevve, poi andò a letto tranquillamente, convinto di non svegliarsi mai più. Fortunatamente, la signora de Warens, preoccupata e agitata, lo trovò e capì subito cosa fosse successo. Correndo in suo aiuto, gridò così forte che io mi avvicinai; lei mi raccontò tutto, mi chiese il suo aiuto. E riuscì a fargli vomitare l’oppio. Essendo stato testimone di questa scena, ammirai la mia stupidità per non aver mai sospettato nulla delle loro relazioni. Ma Claude Anet era così discreto che anche persone più perspicaci avrebbero potuto sbagliarsi. Il loro riavvicinamento mi commosse profondamente; da quel momento in poi, rispetto e stima per lui aumentarono ancora di più. E diventai in un certo senso il suo discepolo. E non me ne pentii affatto.
Je n’appris pourtant pas sans peine que quelqu’un pouvait vivre avec elle dans une plus grande intimité que moi. Je n’avais pas songé même à désirer pour moi cette place, mais il m’était dur de la voir remplir par un autre ; cela était fort naturel. Cependant, au lieu de prendre en aversion celui qui me l’avait soufflée, je sentis réellement s’étendre à lui l’attachement que j’avais pour elle. Je désirais sur toute chose qu’elle fût heureuse : et, puisqu’elle avait besoin de lui pour l’être, j’étais content qu’il fût heureux aussi. De son côté, il entrait parfaitement dans les vues de sa maîtresse, et prit en sincère amitié l’ami qu’elle s’était choisi. Sans affecter avec moi l’autorité que son poste le mettait en droit de prendre, il prit naturellement celle que son jugement lui donnait sur le mien. Je n’osais rien faire qu’il parût désapprouver, et il ne désapprouvait que ce qui était mal. Nous vivions ainsi dans une union qui nous rendait tous heureux, et que la mort seule a pu détruire. Une des preuves de l’excellence du caractère de cette aimable femme est que tous ceux qui l’aimaient s’aimaient entre eux. La jalousie, la rivalité même cédait au sentiment dominant qu’elle inspirait, et je n’ai vu jamais aucun de ceux qui l’entouraient se vouloir du mal l’un à l’autre. Que ceux qui me lisent suspendent un moment leur lecture à cet éloge, et s’ils trouvent en y pensant quelque autre femme dont ils puissent en dire autant, qu’ils s’attachent à elle pour le repos de leur vie, fût-elle au reste la dernière des catins[55].
Ici commence, depuis mon arrivée à Chambéry jusqu’à mon départ pour Paris en 1741 un intervalle de huit ou neuf ans, durant lequel j’aurai peu d’événements à dire, parce que ma vie a été aussi simple que douce, et cette uniformité était précisément ce dont j’avais le plus grand besoin pour achever de former mon caractère, que des troubles continuels empêchaient de se fixer. C’est durant ce précieux intervalle que mon éducation, mêlée et sans suite, ayant pris de la consistance, m’a fait ce que je n’ai plus cessé d’être à travers les orages qui m’attendaient. Ce progrès fut insensible et lent, chargé de peu d’événements mémorables ; mais il mérite cependant d’être suivi et développé.
Au commencement je n’étais guère occupé que de mon travail ; la gêne du bureau ne me faisait pas songer à autre chose. Le peu de temps que j’avais de libre se passait auprès de la bonne maman, et n’ayant pas même celui de lire, la fantaisie ne m’en prenait pas. Mais quand ma besogne, devenue une espèce de routine, occupa moins mon esprit, il reprit ses inquiétudes ; la lecture me redevint nécessaire, et comme si ce goût se fût toujours irrité par la difficulté de m’y livrer, il serait redevenu passion comme chez mon maître, si d’autres goûts venus à la traverse n’eussent fait diversion à celui-là.
Quoiqu’il ne fallût pas à nos opérations une arithmétique bien transcendante, il en fallait assez pour m’embarrasser quelquefois. Pour vaincre cette difficulté, j’achetai des livres d’arithmétique, et je l’appris bien, car je l’appris seul. L’arithmétique pratique s’étend plus loin qu’on ne pense quand on y veut mettre l’exacte précision. Il y a des opérations d’une longueur extrême, au milieu desquelles j’ai vu quelquefois de bons géomètres s’égarer. La réflexion jointe à l’usage donne des idées nettes, et alors on trouve des méthodes abrégées, dont l’invention flatte l’amour-propre, dont la justesse satisfait l’esprit, et qui font faire avec plaisir un travail ingrat par lui-même. Je m’y enfonçai si bien, qu’il n’y avait point de question soluble par les seuls chiffres qui m’embarrassât, et maintenant que tout ce que j’ai su s’efface journellement de ma mémoire, cet acquis y demeure encore en partie au bout de trente ans d’interruption. Il y a quelques jours que, dans un voyage que j’ai fait à Davenport, chez mon hôte, assistant à la leçon d’arithmétique de ses enfants, j’ai fait sans faute, avec un plaisir incroyable, une opération des plus composées. Il me semblait, en posant mes chiffres, que j’étais encore à Chambéry dans mes heureux jours. C’était revenir de loin sur mes pas.
Le lavis des mappes de nos géomètres m’avait aussi rendu le goût du dessin. J’achetai des couleurs, et je me mis à faire des fleurs et des paysages. C’est dommage que je me sois trouvé peu de talent pour cet art ; l’inclination y était tout entière. Au milieu de mes crayons et de mes pinceaux j’aurais passé des mois entiers sans sortir. Cette occupation devenant pour moi trop attachante, on était obligé de m’en arracher. Il en est ainsi de tous les goûts auxquels je commence à me livrer ; ils augmentent, deviennent passion, et bientôt je ne vois plus rien au monde que l’amusement dont je suis occupé. L’âge ne m’a pas guéri de ce défaut, et ne l’a pas diminué même, et maintenant que j’écris ceci, me voilà comme un vieux radoteur engoué d’une autre étude inutile où je n’entends rien[56], et que ceux même qui s’y sont livrés dans leur jeunesse sont forcés d’abandonner à l’âge où je la veux commencer.
C’était alors qu’elle eût été à sa place. L’occasion était belle, et j’eus quelque tentation d’en profiter. Le contentement que je voyais dans les yeux d’Anet, revenant chargé de plantes nouvelles, me mit deux ou trois fois sur le point d’aller herboriser avec lui. Je suis presque assuré que si j’y avais été une seule fois, cela m’aurait gagné, et je serais peut-être aujourd’hui un grand botaniste : car je connais point d’étude au monde qui s’associe mieux avec mes goûts naturels que celle des plantes, et la vie que je mène depuis dix ans à la campagne n’est guère qu’une herborisation continuelle, à la vérité sans objet et sans progrès ; mais n’ayant alors aucune idée de la botanique, je l’avais prise en une sorte de mépris et même de dégoût ; je ne la regardais que[57] comme une étude d’apothicaire. Maman, qui l’aimait, n’en faisait pas elle-même un autre usage ; elle ne recherchait que les plantes usuelles, pour les appliquer à ses drogues. Ainsi la botanique, la chimie et l’anatomie, confondues dans mon esprit sous le nom de médecine, ne servaient qu’à me fournir des sarcasmes plaisants toute la journée, et à m’attirer des soufflets de temps en temps. D’ailleurs, un goût différent et trop contraire à celui-là croissait par degrés, et bientôt absorba tous les autres. Je parle de la musique. Il faut assurément que je sois né pour cet art, puisque j’ai commencé de l’aimer dès mon enfance, et qu’il est le seul que j’aie aimé constamment dans tous les temps. Ce qu’il y a d’étonnant est qu’un art pour lequel j’étais né m’ait néanmoins tant coûté de peine à apprendre, et avec des succès si lents, qu’après une pratique de toute ma vie, jamais je n’ai pu parvenir à chanter sûrement tout à livre ouvert. Ce qui me rendait surtout alors cette étude agréable était que je la pouvais faire avec Maman. Ayant des goûts d’ailleurs fort différents, la musique était pour nous un point de réunion dont j’aimais à faire usage. Elle ne s’y refusait pas ; j’étais alors à peu près aussi avancé qu’elle ; en deux ou trois fois nous déchiffrions un air. Quelquefois, la voyant empressée autour d’un fourneau, je lui disais : Maman, voici un duo charmant qui m’a bien l’air de faire sentir l’empyreume à vos drogues. Ah ! par ma foi, me disait-elle, si tu me les fais brûler, je te les ferai manger. Tout en disputant, je l’entraînais à son clavecin : on s’y oubliait ; l’extrait de genièvre ou d’absinthe était calciné : elle m’en barbouillait le visage, et tout cela était délicieux.
On voit qu’avec peu de temps de reste j’avais beaucoup de choses à quoi l’employer. Il me vint pourtant encore un amusement de plus qui fit bien valoir tous les autres.
Yet, I learned with difficulty that someone else could live with her in an even greater intimacy than I did. I had never even considered desiring such a place for myself, but it was hard for me to see it occupied by another; it was only natural. However, instead of feeling resentment toward the person who had taken this place from me, I actually found my affection for her extending to him as well. More than anything, I wished her happiness; and since she needed him to be happy, I was glad that he too was happy. On his part, he perfectly suited his mistress’s wishes and sincerely befriended the friend she had chosen. Without assuming the authority that his position entitled him to toward me, he naturally took on the role that his judgment deemed appropriate for him. I did not dare do anything that he might disapprove of, and he only disapproved of what was wrong. In this way, we lived together in a union that brought happiness to all of us—until death alone could destroy it. One proof of the excellent character of this kind woman is that everyone who loved her also loved each other. Jealousy and even rivalry gave way to the dominant sentiment she inspired; I have never seen anyone among those who surrounded her wish to do harm to one another. Those who read these words, let me ask you to pause for a moment in your reading. If you can think of any other woman whom you could say the same about, then cling to her for the rest of your life—even if she were the lowest of common prostitutes[55].
From my arrival in Chambéry until my departure for Paris in 1741, there was a period of eight or nine years during which I had few events to relate, for my life was both simple and peaceful. precisely such uniformity was what I needed most in order to fully shape my character, since constant turmoil would have prevented it from taking firm root. It was during this precious time that my education, though sporadic and unstructured, gradually took shape and made me what I have remained ever since, despite the storms that awaited me later on. This progress was gradual and subtle, marked by few memorable events; yet it is still worth following up and developing further.
At first, I was hardly preoccupied with anything but my work; the monotony of the office kept me from thinking about anything else. The little free time I had was spent with my kind mother, and since I didn’t even have time to read, fantasy never entered my mind. But when my duties, having become a sort of routine, occupied less of my attention, my worries returned; reading became necessary once again. And just as if this interest had always been stirred by the difficulty of indulging in it, it would have turned into a passion, just like with my master, if it weren’t for other interests that came along and distracted me from it.
Although the arithmetic required for our operations was not particularly advanced, it was still enough to sometimes cause me trouble. To overcome this difficulty, I bought books on arithmetic and mastered it thoroughly, since I learned it all by myself. Practical arithmetic extends much further than one might think when striving for absolute precision. There are calculations of immense complexity, and even some skilled mathematicians have occasionally made mistakes while working with them. However, careful reflection combined with practice leads to clear understanding, and then one can devise concise methods—methods whose invention flatters one’s pride and whose accuracy satisfies the mind, making what might otherwise seem tedious work enjoyable. I delved into it so deeply that no problem that could be solved solely through arithmetic calculations ever troubled me. And now, even though everything I once learned is gradually fading from my memory, this knowledge remains to some extent after thirty years of interruption. A few days ago, during a trip to Davenport where I was staying with my host, I watched his children’s arithmetic lessons and effortlessly performed a particularly complex calculation with immense pleasure. As I entered the numbers one by one, it felt as if I were back in Chambéry, in those happy days of my past. It was like retracing my steps from a distant place.
The practice of mapping, as undertaken by our geometers, also inspired in me a passion for drawing. I bought some paints and began to create flowers and landscapes. It’s a pity that I lacked any real talent for this art; yet my inclination was strong. With my crayons and brushes at hand, I could have spent months without leaving home. As this activity became increasingly absorbing for me, others were forced to intervene and stop me from indulging in it further. This is true of all interests I begin to pursue: they grow stronger, turn into passions, and soon I end up seeing nothing in the world but the pursuit that occupies my mind. Age has not cured me of this flaw; on the contrary, it has only made it worse. And now, as I write these words, I find myself like an old man obsessed with some other useless pursuit, one in which I understand nothing at all[56]. Even those who devoted themselves to it in their youth are forced to abandon it by the time I wish to begin.
It was then that she would have been in my place. The opportunity was perfect, and I felt somewhat tempted to take advantage of it. The satisfaction I saw in Anet’s eyes when he returned home laden with new plants made me consider going out with him to collect more several times. I’m almost certain that if I had done so even once, it would have benefited me greatly; perhaps today I would be a renowned botanist. For there is no other pursuit in the world that matches my natural inclinations better than the study of plants. The life I’ve led in the countryside for ten years has essentially been a continuous process of collecting herbs—though, to be honest, it’s often aimless and unproductive. But at that time, having no knowledge of botany whatsoever, I regarded it with disdain and even aversion; I saw it merely as an apprenticeship in pharmacy. My mother, who loved it herself, didn’t pursue it in any other way either; she only looked for common plants to use in her medicines. Thus, botany, chemistry, and anatomy—combined in my mind under the name of medicine—only served to provide me with endless opportunities for witty remarks throughout the day and occasionally earned me some scolding from her. Moreover, a different taste, one utterly opposed to that, was gradually growing within me and soon overshadowed all others. I’m referring to music. Clearly, I was born for this art, for I began to love it as a child, and it is the only one I have ever loved consistently throughout my life. What’s astonishing is that learning such an art proved so difficult for me, with such slow progress—that even after dedicating my entire life to it, I was never able to sing confidently from memory. What made this study particularly enjoyable for me at that time was that I could do it together with my mother. With our very different tastes, music served as a bond between us; I loved to engage in it with her. She wasn’t averse to it either. By then, I had progressed almost as much as she had; together, we would decipher and perform a piece of music. Sometimes, when I saw her busy around the stove, I would tease her by saying, “Mom, this duet really seems like it would give your medicines a ‘taste’ of heaven, ” “Ah! If you burn them,” she would retort, “I’ll make you eat them instead!” While arguing, I would lead her to the piano; we would forget everything around us—the genièvre or absinthe extract might be burned while we played, and she would smear it all over my face. And yet, it was all absolutely delightful.
It seems that, with so little time left, I had many things to spend it on. Yet, another form of entertainment came along, one that truly made all the others worthwhile.
Tuttavia, non fu senza difficoltà che scoprii come qualcun altro potesse vivere con lei in un’intimità maggiore di quella che io avevo. Non avevo nemmeno pensato di desiderare per me quel posto, ma mi risultava difficile vedere che venisse occupato da un altro; era del tutto naturale. Eppure, invece di provare avversione per colui che me l’aveva fatto conoscere, sentii davvero crescere nei miei confronti quell’affetto che provavo per lei. Desideravo ardentemente che fosse felice; e poiché aveva bisogno di lui per esserlo, ero contento anche che fosse felice lui. Da parte sua, si adattava perfettamente alle intenzioni della sua padrona e prese sinceramente a cuore l’amico che lei stessa si era scelto. Senza assumere con me quell’autorità che il suo ruolo gli dava diritto di esercitare, assunse naturalmente quella che il suo giudizio gli conferiva sul mio conto. Non osavo fare nulla che potesse sembrargli disapprovato, e lui disapprovava soltanto ciò che era sbagliato. Vivevamo così in un’unione che rendeva felici tutti noi, e solo la morte fu in grado di distruggerla. Una delle prove dell’eccellenza del carattere di questa amabile donna è il fatto che tutte le persone che l’amavano si amavano a vicenda. La gelosia, persino la rivalità, cedevano al sentimento dominante che lei ispirava; e non ho mai visto nessuno di coloro che la circondavano volersi del male gli uni agli altri. Chi legge queste parole, si fermi un momento a rifletterci. E se trova, pensandoci, qualche altra donna di cui possa dire lo stesso, si attacchi a lei per il resto della sua vita, anche se fosse l’ultima delle donne.
Da quando arrivai a Chambéry fino al mio ritorno a Parigi nel 1741, trascorsi otto o nove anni durante i quali non ho avuto molti eventi da raccontare: la mia vita fu semplice e serena, e proprio questa uniformità era ciò di cui avevo più bisogno per completare la formazione del mio carattere, poiché continui turbamenti lo impedivano di prendere forma. Fu durante questo prezioso periodo che la mia educazione, sebbene discontinua e senza un ordine preciso, divenne più solida e mi portò a diventare ciò che sono stato da allora, nonostante le avversità che mi aspettavano. Questo progresso fu lento e graduale, privo di eventi particolarmente memorabili; tuttavia merita sicuramente di essere continuato e sviluppato.
All’inizio, mi occupavo soltanto del mio lavoro; l’atmosfera noiosa dell’ufficio non mi faceva pensare ad altro. Il poco tempo libero che avevo lo trascorrevo con la mia cara mamma, e poiché nemmeno avevo il tempo di leggere, la fantasia non si risvegliava in me. Ma quando il mio lavoro, diventato una sorta di routine, occupò meno la mia mente, le mie preoccupazioni ricomparvero; la lettura divenne necessaria per me. E come se questo interesse fosse sempre stato stimolato dalla difficoltà di dedicarmici, sarebbe potuto trasformarsi in passione, proprio come era accaduto al mio maestro, se non fossero intervenuti altri interessi che lo avevano distratto.
Sebbene le nostre operazioni non richiedessero un livello di aritmetica particolarmente elevato, ne era comunque necessario abbastanza per mettermi a volte in difficoltà. Per superare queste difficoltà, acquistai libri di aritmetica e la imparai bene, poiché la studiai da solo. L’aritmetica pratica si estende molto più di quanto si possa pensare quando si cerca di applicarle con la massima precisione. Esistono operazioni estremamente complesse; in mezzo a queste, ho visto persino alcuni bravi geometri sbagliarsi. La riflessione unita all’uso pratico permettono di acquisire idee chiare, e allora si riescono a trovare metodi semplificati: la loro inventiva lusinga l’amor proprio, la loro precisione soddisfa l’intelletto, e permettono di svolgere con piacere un compito che in sé potrebbe risultare noioso. Mi immersi così profondamente nello studio dell’aritmetica che nessuna questione risolvibile soltanto con i numeri mi creava difficoltà; e ora, anche se tutto ciò che ho imparato sta gradualmente svanendo dalla mia memoria, queste conoscenze sono ancora in parte presenti dopo trent’anni di interruzione. Qualche giorno fa, durante un viaggio a Davenport presso il mio ospite, assistetti alla lezione di aritmetica dei suoi figli e riuscii senza alcun errore, con un piacere incredibile, a eseguire un’operazione particolarmente complessa. Mentre inserivo i numeri, avevo l’impressione di essere ancora a Chambéry, nei miei giorni felici. Era come tornare indietro nel tempo.
La pratica di disegnare le mappe dei nostri geometri mi aveva anche fatto prendere gusto al disegno. Comprai dei colori e iniziai a creare fiori e paesaggi. Peccato che non possedessi molto talento per quest’arte; l’inclinazione, invece, c’era tutta. Tra i miei matite e i miei pennelli avrei potuto trascorrere mesi interi senza uscire di casa. Questa occupazione divenne così attirante per me che qualcuno dovette costringermi ad abbandonarla. È lo stesso per tutti i gusti a cui inizio ad dedicarmi: crescono, diventano una passione, e presto non vedo più nulla nel mondo se non l’attività che mi occupa. L’età non ha guarito questo difetto, anzi non l’ha nemmeno diminuito; ora che sto scrivendo queste parole, mi trovo come un vecchio noioso ossessionato da un’altra attività inutile di cui non capisco nulla[56], e anche coloro che se ne sono dedicati nella loro giovinezza sono costretti ad abbandonarla all’età in cui io vorrei cominciarci.
Fu allora che avrebbe dovuto essere al suo posto. L’occasione era propizia, e provai quasi il desiderio di approfittarne. La soddisfazione che vedevo negli occhi di Anet, tornato con nuove piante raccolte, mi spinse più volte ad andare a raccoglierle insieme a lui. Sono quasi certo che se ci fossi andato anche solo una volta, tutto sarebbe cambiato. Forse oggi sarei un grande botanico: infatti non esiste alcuna disciplina al mondo che si abbini meglio ai miei gusti naturali di quella delle piante. La vita che conduco da dieci anni in campagna è, in realtà, una continua attività di raccolta di erbe. Anche se spesso priva di scopo e senza progressi concreti. Ma all’epoca non avevo alcuna idea della botanica; la consideravo quasi con disprezzo. La vedevo soltanto come uno studio legato alla preparazione dei farmaci. Mia madre, che l’amava, non ne faceva certo un uso diverso dal mio. Lei cercava solo le piante comuni, per utilizzarle nelle sue pozioni medicinali. Così la botanica, la chimica e l’anatomia, confuse nella mia mente sotto il nome di “medicina”, servivano soltanto a fornirmi argomenti per scherzi divertenti. E a farmi ricevere rimproveri di tanto in tanto. Del resto, un altro interesse, molto diverso da questi, stava crescendo gradualmente nel mio cuore. E presto ne assorbì tutti gli altri. Parlo della musica. Sicuramente sono nato per questo arte. Poiché ho iniziato ad amarla fin da bambino. Ed è l’unica che abbia sempre amato con costanza. Quello che sorprende è che un’arte per la quale ero nato mi abbia comunque causato tante difficoltà nell’apprendimento. E i progressi fatti sono stati così lenti. Che, dopo una vita intera dedicata allo studio, non sono mai riuscito a cantare correttamente, seguendo le note scritte. Quello che rendeva particolarmente piacevole questo studio era il fatto che potessimo farlo insieme a mia madre. Avendo gusti molto diversi, la musica rappresentava per noi un punto di incontro. Lei non si rifiutava mai di suonare con me. All’epoca ero più o meno all’altezza delle sue capacità. In due o tre occasioni riuscimmo persino a suonare insieme un brano musicale. A volte, vedendola impegnata davanti al fornello, le dicevo: “Mamma, questo duetto è davvero delizioso. Sembra proprio che possa ‘far sentire l’empireo’ alle tue pozioni medicinali, ” “Ah! Perbacco”, mi rispondeva lei, “se me le fai bruciare, te ne farò mangiare, ” Mentre scherzavamo, la portavo al clavicembalo. Ci dimenticavamo completamente del mondo intorno a noi. L’estratto di genièvre o di assenzio finiva per bruciarsi. Lei mi spalmava quel liquido sul viso. E tutto questo era davvero delizioso.
Si può vedere che, con così poco tempo a disposizione, avevo molte cose da fare; tuttavia, mi capitò ancora un’altra distrazione che rese tutte le altre particolarmente piacevoli.
Nous occupions un cachot si étouffé, qu’on avait besoin quelquefois d’aller prendre l’air sur la terre. Anet engagea Maman à louer, dans un faubourg, un jardin pour y mettre des plantes. À ce jardin était jointe une guinguette assez jolie qu’on meubla suivant l’ordonnance. On y mit un lit ; nous allions souvent y dîner, et j’y couchais quelquefois. Insensiblement je m’engouai de cette petite retraite ; j’y mis quelques livres, beaucoup d’estampes ; je passais une partie de mon temps à l’orner et à y préparer à Maman quelque surprise agréable lorsqu’elle s’y venait promener. Je la quittais pour venir m’occuper d’elle, pour y penser avec plus de plaisir ; autre caprice que je n’excuse ni n’explique, mais que j’avoue parce que la chose était ainsi. Je me souviens qu’une fois Mme de Luxembourg me parlait en raillant d’un homme qui quittait sa maîtresse pour lui écrire. Je lui dis que j’aurais bien été cet homme-là, et j’aurais pu ajouter que je l’avais été quelquefois. Je n’ai pourtant jamais senti près de Maman ce besoin de m’éloigner d’elle pour l’aimer davantage : car tête-à-tête avec elle j’étais aussi parfaitement à mon aise que si j’eusse été seul, et cela ne m’est jamais arrivé près de personne autre, ni homme ni femme, quelque attachement que j’aie eu pour eux. Mais elle était si souvent entourée, et de gens qui me convenaient si peu, que le dépit et l’ennui me chassaient dans mon asile, où je l’avais comme je la voulais, sans crainte que les importuns vinssent nous y suivre.
Tandis qu’ainsi partagé entre le travail, le plaisir et l’instruction, je vivais dans le plus doux repos, l’Europe n’était pas si tranquille que moi. La France et l’Empereur venaient de s’entre-déclarer la guerre[58] : le roi de Sardaigne était entré dans la querelle, et l’armée française filait en Piémont pour entrer dans le Milanais. Il en passa une colonne par Chambéry, et entre autres le régiment de Champagne, dont était colonel M. le duc de la Trimouille, auquel je fus présenté, qui me promit beaucoup de choses, et qui sûrement n’a jamais repensé à moi. Notre petit jardin était précisément au haut du faubourg par lequel entraient les troupes, de sorte que je me rassasiais du plaisir d’aller les voir passer, et je me passionnais pour le succès de cette guerre comme s’il m’eût beaucoup intéressé. Jusque-là je ne m’étais pas encore avisé de songer aux affaires publiques, et je me mis à lire les gazettes, pour la première fois, mais avec une telle partialité pour la France, que le cœur me battait de joie à ses moindres avantages et que ses revers m’affligeaient comme s’ils fussent tombés sur moi. Si cette folie n’eût été que passagère, je ne daignerais pas en parler ; mais elle s’est tellement enracinée dans mon cœur sans aucune raison, que lorsque j’ai fait dans la suite, à Paris, l’anti-despote et le fier républicain, je sentais en dépit de moi-même une prédilection secrète pour cette même nation que je trouvais servile et pour ce gouvernement que j’affectais de fronder. Ce qu’il y avait de plaisant était qu’ayant honte d’un penchant si contraire à mes maximes, je n’osais l’avouer à personne, et je raillais les Français de leurs défaites, tandis que le cœur m’en saignait plus qu’à eux. Je suis sûrement le seul qui, vivant chez une nation qui le traitait bien, et qu’il adorait, se soit fait chez elle un faux air de la dédaigner. Enfin, ce penchant s’est trouvé si désintéressé de ma part, si fort, si constant, si invincible, que même depuis ma sortie du royaume, depuis que le gouvernement, les magistrats, les auteurs, s’y sont à l’envi déchaînés contre moi, depuis qu’il est devenu de bon air de m’accabler d’injustices et d’outrages, je n’ai pu me guérir de ma folie. Je les aime en dépit de moi quoiqu’ils me maltraitent[59].
J’ai cherché longtemps la cause de cette partialité, et je n’ai pu la trouver que dans l’occasion qui la vit naître. Un goût croissant pour la littérature m’attachait aux livres français, aux auteurs de ces livres, et au pays de ces auteurs. Au moment même que défilait sous mes yeux l’armée française, je lisais les grands capitaines de Brantôme. J’avais la tête pleine des Clisson, des Bayard, des Lautrec, des Coligny, des Montmorency, des la Trimouille, et je m’affectionnais à leurs descendants comme aux héritiers de leur mérite et de leur courage. À chaque régiment qui passait, je croyais revoir ces fameuses bandes noires qui jadis avaient tant fait d’exploits en Piémont. Enfin j’appliquais à ce que je voyais les idées que je puisais dans les livres ; mes lectures continuées et toujours tirées de la même nation nourrissaient mon affection pour elle, et m’en firent enfin une passion aveugle que rien n’a pu surmonter. J’ai eu dans la suite occasion de remarquer dans mes voyages que cette impression ne m’était pas particulière, et qu’agissant plus ou moins dans tous les pays sur la partie de la nation qui aimait la lecture et qui cultivait les lettres, elle balançait la haine générale qu’inspire l’air avantageux des Français. Les romans plus que les hommes leur attachent les femmes de tous les pays, leurs chefs-d’œuvre dramatiques affectionnent la jeunesse à leurs théâtres. La célébrité de celui de Paris y attire des foules d’étrangers qui en reviennent enthousiastes : enfin l’excellent goût de leur littérature leur soumet tous les esprits qui en ont, et dans la guerre si malheureuse dont ils sortent, j’ai vu leurs auteurs et leurs philosophes soutenir la gloire du nom français ternie par leurs guerriers.
J’étais donc Français ardent, et cela me rendit nouvelliste. J’allais avec la foule des gobe-mouches attendre sur la place l’arrivée des courriers, et, plus bête que l’âne de la fable, je m’inquiétais beaucoup pour savoir de quel maître j’aurais l’honneur de porter le bât ; car on prétendait alors que nous appartiendrions à la France, et l’on faisait de la Savoie un échange pour le Milanais. Il faut pourtant convenir que j’avais quelques sujets de crainte ; car si cette guerre eût mal tourné pour les alliés, la pension de Maman courait un grand risque. Mais j’étais plein de confiance dans mes bons amis, et pour le coup, malgré la surprise de M. de Broglie, cette confiance ne fut pas trompée, grâce au roi de Sardaigne, à qui je n’avais pas pensé.
Tandis qu’on se battait en Italie, on chantait en France. Les opéras de Rameau commençaient à faire du bruit, et relevèrent ses ouvrages théoriques que leur obscurité laissait à la portée de peu de gens. Par hasard, j’entendis parler de son Traité de l’harmonie, et je n’eus point de repos que je n’eusse acquis ce livre. Par un autre hasard, je tombai malade. La maladie était inflammatoire ; elle fut vive et courte, mais ma convalescence fut longue, et je ne fus d’un mois en état de sortir. Durant ce temps, j’ébauchai, je dévorai mon Traité de l’harmonie [60] ; mais il était si long, si diffus, si mal arrangé, que je sentis qu’il me fallait un temps considérable pour l’étudier et le débrouiller. Je suspendais mon application et je récréais mes yeux avec de la musique. Les cantates de Bernier, sur lesquelles je m’exerçais, ne me sortaient pas de l’esprit. J’en appris par cœur quatre ou cinq, entre autres celle des Amours dormants, que je n’ai pas revue depuis ce temps-là, et que je sais encore presque tout entière, de même que l’Amour piqué par une abeille, très jolie cantate de Clérambault, que j’appris à peu près dans le même temps.
Pour m’achever, il arriva du Val-d’Aoste un jeune organiste appelé l’abbé Palais, bon musicien, bon homme, et qui accompagnait très bien du clavecin. Je fais connaissance avec lui ; nous voilà inséparables. Il était élève d’un moine italien, grand organiste. Il me parlait de ses principes ; je les comparais avec ceux de mon Rameau ; je remplissais ma tête d’accompagnements, d’accords, d’harmonie. Il fallait se former l’oreille à tout cela : je proposai à Maman un petit concert tous les mois ; elle y consentit. Me voilà si plein de ce concert, que ni jour ni nuit, je ne m’occupais d’autre chose ; et réellement cela m’occupait, et beaucoup, pour rassembler la musique, les concertants, les instruments, tirer les parties, etc. Maman chantait ; le P. Caton, dont j’ai parlé, et dont j’ai à parler encore, chantait aussi ; un maître à danser appelé Roche et son fils jouaient du violon ; Canavas, musicien piémontais qui travaillait au cadastre, et qui depuis s’est marié à Paris, jouait du violoncelle ; l’abbé Palais accompagnait du clavecin : j’avais l’honneur de conduire la musique, sans oublier le bâton du bûcheron. On peut juger combien tout cela était beau ! pas tout à fait comme chez M. de Treytorens ; mais il ne s’en fallait guère.
We lived in a prison so stifling that sometimes we needed to go outside and breathe fresh air. Anet persuaded Mama to rent a garden in a suburb where we could plant some plants. This garden was connected to a rather nice little shack, which we furnished according to our tastes. We put a bed there; we often dined there, and sometimes I even stayed the night. Gradually, I grew fond of this little retreat. I collected some books and many prints; I spent much of my time decorating it and preparing pleasant surprises for Mama whenever she came to stroll there. I would leave her there to take care of her and think of her with even greater pleasure. It was a caprice that I neither excuse nor explain, but I admit it because it was simply the way things were. I remember once Madame de Luxembourg teased me about a man who left his mistress in order to write to her. I told her that I would have been that man—and I could even add that I had sometimes been such a man. However, I never felt the need to distance myself from Mama in order to love her more; when we were alone together, I felt just as at ease as if I were alone, and this has never happened with anyone else, neither man nor woman, no matter how much I may have loved them. But Mama was often surrounded by people who did not suit me at all, and so anger and boredom would drive me to my little refuge, where I could have her exactly the way I wanted her, without fear that any intruders would follow us there.
While I was thus divided between work, pleasure, and learning, living in the greatest peace and tranquility, Europe was not so serene as I was. France and the Emperor had just declared war on each other[58]: the King of Sardinia had joined the conflict, and the French army was marching towards Piedmont to invade Milan. One of their columns passed through Chambéry, including the Champagne regiment, led by Colonel Monsieur le Duc de la Trimouille—whom I was introduced to. He promised me many things, but surely he never thought of me again. Our small garden happened to be located right at the end of the suburb through which the troops passed; so I enjoyed watching them go by, and I took great interest in the outcome of this war, as if it directly affected me. Until then, I had never given much thought to public affairs, but now I began reading newspapers for the first time—yet with such bias in favor of France that my heart would beat with joy at its smallest successes and grieve deeply at its defeats, as if they were mine own. If this foolishness had been temporary, I wouldn’t bother mentioning it; but it took root in my heart without any apparent reason. Later, when I was in Paris and became an anti-despot and a staunch republican, I found myself secretly favoring the very nation I used to despise and the government I pretended to oppose. The funny thing was that, ashamed of such a tendency that ran counter to my principles, I didn’t dare admit it to anyone. I would mock the French for their defeats, yet inwardly, it hurt me more than them. I am surely the only person who, living among a nation that treated me well and which I loved, pretended to despise it. In the end, this bias remained so strong, constant, and unshakable that, even after leaving the country—when the government, officials, and writers all turned against me, when it became fashionable to treat me unjustly and insult me—I was unable to overcome it. I still love them, despite their cruelty[59].
I spent a long time trying to find the cause of this bias, and I was able to discover it only in the circumstances that gave rise to it. An increasing fondness for literature drew me toward French books, their authors, and the country from which they came. Just as the French army marched before my eyes, I was reading about the great heroes of Brantôme’s works. My mind was filled with names like Clisson, Bayard, Lautrec, Coligny, Montmorency, and la Trimouille; I grew to cherish their descendants as heirs to their merit and courage. With each regiment that passed by, I seemed to see again those famous black bands that had once performed so many heroic deeds in Piedmont. In the end, I applied the ideas I had learned from books to what I was observing. My continuous reading, always focused on the same nation, nurtured my affection for it and eventually turned it into a blind passion that nothing could overcome. Later, during my travels, I noticed that this sentiment was not unique to me; in virtually every country where there was a love of reading and cultivation of the arts, it counterbalanced the general hatred inspired by the French people’s perceived advantages. Novels, more than men, win over women from all nations; their dramatic masterpieces captivate the youth at their theaters. The fame of Parisian theater attracts crowds of foreigners who return in awe; moreover, the high quality of their literature conquers the minds of those who are open to it. Even during the tragic wars they endured, I saw their authors and philosophers help preserve the glory of the French name, which had been tarnished by their warriors.
I was therefore an ardent Frenchman, and this made me a novelist. I would join the crowd of eager onlookers waiting in the square for the arrival of the mail carriers. More foolish than the donkey in that fable, I worried greatly about which master I would have the honor to serve; for it was then believed that we would belong to France, and Savoy was being considered as part of a trade deal involving Milan. However, I must admit that I had some reasons to fear; for if that war had turned out badly for the allies, my mother’s pension would have been in great danger. But I had full confidence in my good friends, and this time, despite Mr. de Broglie’s surprise, that confidence was not misplaced—thanks to the King of Sardinia, whom I had not considered at all.
While people were fighting in Italy, people were singing in France. Rameau’s operas began to gain attention, bringing his theoretical works to the fore—works that, due to their obscurity, had previously been accessible only to a few. By chance, I heard mention of his Treatise on Harmony, and I was determined to acquire it at any cost. By another stroke of luck, I fell ill. The illness was inflammatory; it was severe but short-lived, yet my recovery took a long time—I wasn’t able to leave home for a whole month. During that period, I began drafting and then thoroughly studying my Treatise on Harmony [60]. However, it was so lengthy, so disorganized, and so poorly structured that I realized I would need considerable time to truly comprehend and organize its contents. So I took breaks from my studies and entertained myself with music. Bernier’s cantatas, which I practiced regularly, occupied my thoughts constantly. I memorized four or five of them, in particular the one titled Amours dormants—which I haven’t seen since that time—and I still remember almost all of it. I also learned another very lovely cantata by Clérambault, titled Amour piqué par une abeille, around the same time.
To complete my story, a young organist named Abbe Palais arrived from the Val-d’Aoste. He was a fine musician and a good man, and he played the clavecin extremely well. I got to know him, and soon we became inseparable. He had been a student of an Italian monk who was a renowned organist. He talked to me about his musical principles; I compared them with those of my teacher Rameau, and my mind was filled with ideas regarding accompaniment, chords, and harmony. One had to train one’s ear for all these things. I suggested to my mother that we hold a small concert every month, and she agreed. I was so absorbed in this activity that, day and night, I devoted myself solely to it—collecting music scores, selecting performers, preparing instruments, and arranging the parts. My mother sang; Father Caton, about whom I have already mentioned and will mention again, also sang; a dance master named Roche and his son played the violin; Canavas, a Piedmontese musician who worked in the land survey department and later married in Paris, played the cello; Abbe Palais accompanied on the clavecin, and I had the honor of conducting the music—though I also occasionally took on the role of “the lumberjack’s axe.” One can imagine how beautiful all this was! Not quite like what happened at Mr. de Treytorens’ place, but it came very close.
Occupavamo una prigione così soffocante che a volte era necessario uscire all’aperto per prendere aria. Anet convinse Mamma ad affittare, in un sobborgo, un giardino dove potevamo coltivare delle piante. A quel giardino era annessa una piccola veranda abbastanza graziosa; la arredammo secondo i nostri gusti. Lì mettemmo un letto; andavamo spesso a cena lì e a volte ci fermavamo anche a dormire. Gradualmente iniziai ad apprezzare molto quel rifugio tranquillo: vi misi alcuni libri, molte stampe; trascorrevo parte del mio tempo ad abbellirlo e a preparare per Mamma delle sorprese piacevoli quando veniva a passeggiarvi. Lasciavo quel posto solo per occuparmi di lei, per pensare a lei con ancora più gioia. Un capriccio che non scuso né spiego, ma che ammetto semplicemente perché era così. Ricordo che una volta la signora de Luxembourg scherzò su un uomo che lasciava la sua donna solo per scrivere a lei. Le dissi che avrei voluto essere proprio quell’uomo, e forse aggiunsi anche che a volte lo ero stato davvero. Tuttavia, mai ho provato il bisogno di allontanarmi da Mamma per amarla di più: quando eravamo soli insieme, mi sentivo altrettanto a mio agio come se fossi stato solo. E questo non mi è mai accaduto con nessun altro, né uomo né donna, per quanto forte fosse il mio affetto per loro. Ma lei era spesso circondata da persone che non mi piacevano affatto; quindi la rabbia e noia mi spingevano a rifugiarmi nel mio angolo tranquillo, dove potevo averla esattamente come volevo, senza il timore che degli importuni ci seguissero.
Mentre così diviso tra lavoro, piacere e studio, vivevo nel più dolce riposo, l’Europa non era altrettanto tranquilla di me. La Francia e l’Imperatore avevano appena dichiarato guerra l’uno all’altro[58]: il re di Sardegna si era unito alla contesa, e l’esercito francese si dirigeva verso il Piemonte per invadere il Milanese. Una colonna militare passò per Chambéry; tra queste truppe c’era anche il reggimento della Champagne, comandato dal duca di la Trimouille, che mi fu presentato. Lui mi promise molte cose, ma sicuramente non ha mai più pensato a me. Il nostro piccolo giardino si trovava proprio all’estremità del quartiere attraverso cui passavano le truppe; quindi godevo immensamente nel vederle passare e mi appassionavo al successo di quella guerra, come se ne dipendesse la mia stessa sorte. Fino ad allora non avevo mai pensato alle questioni politiche; lessi per la prima volta i giornali, ma con una tale parzialità a favore della Francia, che il mio cuore si riempiva di gioia ogni volta che essa otteneva un vantaggio, e soffrivo profondamente quando subiva una sconfitta, come se fosse accaduta a me personalmente. Se questa follia fosse stata solo temporanea, non mi sarei nemmeno preso la briga di parlarne. Ma si era radicata così profondamente nel mio cuore, senza alcuna ragione apparente, che anche in seguito, a Parigi, quando diventai un fervente sostenitore della repubblica e dell’antidittatura, sentivo dentro di me una preferenza segreta per quella stessa nazione che consideravo servile, e per quel governo che fingevo di criticare. La cosa divertente era che, avendo vergogna di un tale atteggiamento in contrasto con le mie idee, non osavo ammetterlo con nessuno. E ridevo delle sconfitte dei francesi, mentre nel mio cuore soffrivo molto più di loro. Sono sicuramente l’unico che, vivendo in una nazione che mi trattava bene e che amavo profondamente, abbia finto di disprezzarla. Alla fine, questo sentimento è rimasto così forte, costante e invincibile, che anche dopo essere uscito dal regno, nonostante il governo, i magistrati e gli scrittori si siano scatenati contro di me, non sono riuscito a liberarmene. Li amo, nonostante mi maltrattino[59].
Ho cercato a lungo la causa di questa preferenza, e non sono riuscito a trovarla se non nell’occasione che ne ha dato origine. Un interesse crescente per la letteratura mi legava ai libri francesi, agli autori di quei libri e al paese di quegli autori. Proprio nel momento in cui l’esercito francese sfilava davanti ai miei occhi, leggevo le opere dei grandi capitani descritte da Brantôme; la mia mente era piena di nomi come Clisson, Bayard, Lautrec, Coligny, Montmorency, la Trimouille. E mi affezionavo ai loro discendenti, considerandoli eredi del loro merito e del loro coraggio. Ogni volta che un reggimento passava, credevo di rivedere quelle famose bande nere che un tempo avevano compiuto tante imprese in Piemonte. Infine, applicavo alle cose che vedevo le idee che avevo appreso dai libri; le mie letture continue, sempre incentrate sulla stessa nazione, alimentavano il mio affetto per essa, trasformandolo infine in una passione cieca che nulla è riuscito a sopraffare. In seguito, durante i miei viaggi, ho notato che questa impressione non era particolare a me: in tutti i paesi, su quella parte della popolazione che amava la lettura e coltivava le lettere, essa bilanciava l’odio generale che suscitano i vantaggi sociali dei francesi. I romanzi, più degli uomini stessi, legano alle donne di tutti i paesi le donne francesi; i loro capolavori teatrali conquistano il cuore della gioventù nei loro teatri; la fama del teatro parigino attira folle di stranieri che ne escono entusiasti. Infine, l’eccellente qualità della loro letteratura rende sottomessi tutti coloro che ne hanno apprezzamento. E nella guerra così sfortunata da cui sono usciti, ho visto i loro autori e i loro filosofi sostenere la gloria di un nome francese offuscato dai comportamenti dei loro soldati.
Ero quindi un francese appassionato, e questo mi rese uno scrittore di racconti. Andavo con la folla ad aspettare in piazza l’arrivo dei corrieri; più sciocco dell’asino della favola, mi preoccupavo molto di sapere a quale “padrone” avrei l’onore di appartenere. Allora si diceva che fossimo destinati alla Francia, e la Savoia veniva considerata un oggetto di scambio per il Milanese. Devo ammettere però che avevo buone ragioni per temere: se quella guerra fosse andata male per gli alleati, la pensione di mia madre avrebbe corso grandi rischi. Ma avevo piena fiducia nei miei buoni amici; e, a dispetto della sorpresa del signor de Broglie, questa fiducia non fu tradita, grazie al re di Sardegna, di cui non avevo nemmeno pensato.
Mentre si combatteva in Italia, in Francia si cantava. Gli opere di Rameau cominciarono a guadagnare popolarità, facendo risaltare i suoi lavori teorici, che la loro oscurità rendeva accessibili solo a pochi. Per caso, sentii parlare del suo “Trattato sull’armonia” e non ebbi pace finché non lo ebbi acquistato. Un altro caso fortuito fece sì che mi ammalassi. La malattia era di natura infiammatoria; fu intensa ma breve, tuttavia la convalescenza fu lunga, e passò un mese prima che potessi uscire di casa. Durante quel periodo, iniziai a scrivere il mio “Trattato sull’armonia”; tuttavia era così lungo, così disordinato nella struttura, che capii che avrei avuto bisogno di molto tempo per studiarlo e sistemarlo. Interrompevo spesso il mio lavoro per rilassarmi ascoltando musica. Le cantate di Bernier, su cui mi esercitavo, non smettevano mai di tornarmi in mente; ne imparai a memoria quattro o cinque, tra cui quella intitolata “Gli Amori addormentati”, che da allora non ho più rivisto, ma che ricordo ancora quasi completamente. In quel periodo imparai anche una bellissima cantata di Clérambault, intitolata “L’Amore pungolato da un’ape”.
Per concludere, arrivò dal Val d’Aosta un giovane organista chiamato abate Palais: un bravo musicista, una buona persona, che suonava il clavicembalo in modo eccellente. Feci conoscenza con lui e da quel momento diventammo inseparabili. Era allievo di un monaco italiano, un grande organista. Mi parlava dei suoi principi musicali; li confrontavo con quelli di Rameau e riempivo la mia mente di idee riguardo ad accompagnamenti, accordi e armonia. Bisognava allenare l’orecchio a tutto ciò: proposi quindi a mia madre di organizzare un piccolo concerto ogni mese; lei acconsentì. Ero così assorbito da queste attività che, giorno e notte, non pensavo ad altro; raccoglievo la musica necessaria, selezionavo i musicisti e gli strumenti, preparavo le parti da suonare, ecc. Mia madre cantava; il padre Catone, di cui ho già parlato e ne parlerò ancora, cantava anch’egli; un maestro di danza di nome Roche e suo figlio suonavano il violino; Canavas, un musicista piemontese che lavorava al catasto e in seguito si sposò a Parigi, suonava il violoncello; l’abate Palais accompagnava al clavicembalo. Ero onorato di dirigere tutta questa musica. Si può immaginare quanto fosse bello tutto ciò! Non esattamente come da parte del signor de Treytorens, ma quasi.
Le petit concert de Mme de Warens, nouvelle convertie, et vivant, disait-on, des charités du Roi, faisait murmurer la séquelle dévote ; mais c’était un amusement agréable pour plusieurs honnêtes gens. On ne devinerait pas qui je mets à leur tête en cette occasion ? Un moine, mais un moine homme de mérite, et même aimable, dont les infortunes m’ont dans la suite bien vivement affecté, et dont la mémoire, liée à celle de mes beaux jours, m’est encore chère. Il s’agit du P. Caton, cordelier, qui, conjointement avec le comte Dortan, avait fait saisir à Lyon la musique du pauvre petit chat ; ce qui n’est pas le plus beau trait de sa vie. Il était bachelier de Sorbonne : il avait vécu longtemps à Paris dans le plus grand monde et très faufilé surtout chez le marquis d’Entremont, alors ambassadeur de Sardaigne. C’était un grand homme, bien fait, le visage plein, les yeux à fleur de tête, des cheveux noirs qui faisaient sans affectation le crochet à côté du front[61], l’air à la fois noble, ouvert, modeste, se présentant simplement et bien ; n’ayant ni le maintien cafard ou effronté des moines, ni l’abord cavalier d’un homme à la mode, quoiqu’il le fût, mais l’assurance d’un honnête homme qui, sans rougir de sa robe, s’honore lui-même et se sent toujours à sa place parmi les honnêtes gens. Quoique le P. Caton n’eût pas beaucoup d’étude pour un docteur, il en avait beaucoup pour un homme du monde ; et n’étant point pressé de montrer son acquis, il le plaçait si à propos qu’il en paraissait davantage. Ayant beaucoup vécu dans la société, il s’était plus attaché aux talents agréables qu’à un solide savoir. Il avait de l’esprit, faisait des vers, parlait bien, chantait mieux, avait la voix belle, touchait l’orgue et le clavecin. Il n’en fallait pas tant pour être recherché ; aussi l’était-il ; mais cela lui fit si peu négliger les soins de son état, qu’il parvint, malgré des concurrents très jaloux, à être élu définiteur de sa province, ou, comme on dit, un des grands colliers de l’ordre.
Ce P. Caton fit connaissance avec Maman chez le marquis d’Entremont. Il entendit parler de nos concerts, il en voulut être ; il en fut, et les rendit brillants. Nous fûmes bientôt liés par notre goût commun pour la musique, qui chez l’un et chez l’autre était une passion très vive ; avec cette différence qu’il était vraiment musicien, et que je n’étais qu’un barbouillon. Nous allions avec Canavas et l’abbé Palais faire de la musique dans sa chambre, et quelquefois à son orgue les jours de fête. Nous dînions souvent à son petit couvert ; car ce qu’il avait encore d’étonnant pour un moine est qu’il était généreux, magnifique, et sensuel sans grossièreté. Les jours de nos concerts il soupait chez Maman. Ces soupers étaient très gais, très agréables ; on y disait le mot et la chose ; on y chantait des duos ; j’étais à mon aise, j’avais de l’esprit, des saillies : le P. Caton était charmant, Maman était adorable, l’abbé Palais, avec sa voix de bœuf, était le plastron. Moments si doux de la folâtre jeunesse, qu’il y a de temps que vous êtes partis !
Comme je n’aurai plus à parler de ce pauvre P. Caton, que j’achève ici en deux mots sa triste histoire. Les autres moines, jaloux ou plutôt furieux de lui voir un mérite, une élégance de mœurs qui n’avait rien de la crapule monastique, le prirent en haine, parce qu’il n’était pas aussi haïssable qu’eux. Les chefs se liguèrent contre lui, et ameutèrent les moinillons envieux de sa place, et qui n’osaient auparavant le regarder. On lui fit mille affronts, on le destitua, on lui ôta sa chambre, qu’il avait meublée avec goût, quoique avec simplicité, on le relégua je ne sais où ; enfin ces misérables l’accablèrent de tant d’outrages, que son âme honnête et fière avec justice n’y put résister, et après avoir fait les délices des sociétés les plus aimables, il mourut de douleur sur un vil grabat, dans quelque fond de cellule ou de cachot, regretté, pleuré de tous les honnêtes gens dont il fut connu, et qui ne lui ont trouvé d’autre défaut que d’être moine.
Avec ce petit train de vie, je fis si bien en très peu de temps, qu’absorbé tout entier par la musique, je me trouvai hors d’état de penser à autre chose. Je n’allais plus à mon bureau qu’à contre-cœur ; la gêne et l’assiduité au travail m’en firent un supplice insupportable, et j’en vins enfin à vouloir quitter mon emploi pour me livrer totalement à la musique. On peut croire que cette folie ne passa pas sans opposition. Quitter un poste honnête et d’un revenu fixe pour courir après des écoliers incertains, était un parti trop peu sensé pour plaire à Maman. Même en supposant mes progrès futurs aussi grands que je me les figurais, c’était borner bien modestement mon ambition que de me réduire pour la vie à l’état de musicien. Elle qui ne formait que des projets magnifiques, et qui ne me prenait plus tout à fait au mot de M. d’Aubonne, me voyait avec peine occupé sérieusement d’un talent qu’elle trouvait si frivole, et me répétait souvent ce proverbe de province, un peu moins juste à Paris, que qui bien chante et bien danse fait un métier qui peu avance. Elle me voyait d’un autre côté entraîné par un goût irrésistible ; ma passion de musique devenait une fureur, et il était à craindre que mon travail, se sentant de mes distractions, ne m’attirât un congé qu’il valait beaucoup mieux prendre de moi-même. Je lui représentais encore que cet emploi n’avait pas longtemps à durer, qu’il me fallait un talent pour vivre, et qu’il était plus sûr d’achever d’acquérir par la pratique celui auquel mon goût me portait, et qu’elle m’avait choisi, que de me mettre à la merci des protections, ou de faire de nouveaux essais qui pouvaient mal réussir, et me laisser, après avoir passé l’âge d’apprendre, sans ressource pour gagner mon pain. Enfin j’extorquai son consentement plus à force d’importunités et de caresses que de raisons dont elle se contentât. Aussitôt je courus remercier fièrement M. Coccelli, directeur général du cadastre, comme si j’avais fait l’acte le plus héroïque, et je quittai volontairement mon emploi, sans sujet, sans raison, sans prétexte, avec autant et plus de joie que je n’en avais eu à le prendre il n’y avait pas deux ans.
Cette démarche, toute folle qu’elle était, m’attira dans le pays une sorte de considération qui me fut utile. Les uns me supposèrent des ressources que je n’avais pas ; d’autres, me voyant livré tout à fait à la musique, jugèrent de mon talent par mon sacrifice, et crurent qu’avec tant de passion pour cet art je devais le posséder supérieurement. Dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois ; je passai là pour un bon maître, parce qu’il n’y en avait que de mauvais. Ne manquant pas, au reste, d’un certain goût de chant, favorisé d’ailleurs par mon âge et par ma figure, j’eus bientôt plus d’écolières qu’il ne m’en fallait pour remplacer ma paye de secrétaire.
Il est certain que pour l’agrément de la vie on ne pouvait passer plus rapidement d’une extrémité à l’autre. Au cadastre, occupé huit heures par jour du plus maussade travail, avec des gens encore plus maussades, enfermé dans un triste bureau empuanti de l’haleine et de la sueur de tous ces manants, la plupart fort mal peignés et fort malpropres, je me sentais quelquefois accablé jusqu’au vertige par l’attention, l’odeur, la gêne et l’ennui. Au lieu de cela, me voilà tout à coup jeté parmi le beau monde, admis, recherché dans les meilleures maisons ; partout un accueil gracieux, caressant, un air de fête : d’aimables demoiselles bien parées m’attendent, me reçoivent avec empressement ; je ne vois que des objets charmants, je ne sens que la rose et la fleur d’orange ; on chante, on cause, on rit, on s’amuse ; je ne sors de là que pour aller ailleurs en faire autant. On conviendra qu’à égalité dans les avantages il n’y avait pas à balancer dans le choix. Aussi me trouvai-je si bien du mien, qu’il ne m’est arrivé jamais de m’en repentir, et je ne m’en repens pas même en ce moment, où je pèse au poids de la raison les actions de ma vie, et où je suis délivré des motifs peu sensés qui m’ont entraîné.
Voilà presque l’unique fois qu’en n’écoutant que mes penchants je n’ai pas vu tromper mon attente. L’accueil aisé, l’esprit liant, l’humeur facile des habitants du pays, me rendirent le commerce du monde aimable, et le goût que j’y pris alors m’a bien prouvé que si je n’aime pas à vivre parmi les hommes, c’est moins ma faute que la leur.
The small concert given by Madame de Warens, a newly converted woman who was said to live off the King’s charitable grants, caused murmurs among the devout crowd; yet it provided pleasant entertainment for many honest people. Could you guess who I have in mind as their leader on this occasion? A monk—yet a meritorious and even amiable one whose misfortunes later greatly affected me, and whose memory, tied to those of my happier days, remains dear to my heart. I mean Father Caton, a Cordelier who, together with Count Dortan, had had the music of that poor little cat seized in Lyon—though that is not perhaps the most remarkable aspect of his life. He was a bachelor of the Sorbonne; he had lived for many years in Paris among the highest society, especially gaining favor at the court of the Marquis d’Entremont, who was then ambassador to Sardinia. He was a tall, well-built man with a full face, eyes that sparkled with intelligence, and black hair that naturally framed his forehead. His demeanor was noble yet approachable, modest without being pretentious; he carried himself simply yet with grace. Unlike some monks, he did not have an awkward or bold manner, nor the flirtatious air of a fashionably dressed man—even though he certainly was one—but rather the confidence of an honest person who is unashamed by his religious robes and always feels at home among those of good character. Although Father Caton did not possess extensive knowledge for someone holding a doctorate degree, he had enough to be considered a man of the world. And since he was not eager to show off what he knew, he presented it in such a way that it seemed even more impressive. Having spent so much time in society, his interests lay more in cultivated talents than in solid academic learning. He was witty, composed poetry, spoke eloquently, sang beautifully, and had a pleasant voice. Such qualities were enough to make him highly sought after—and indeed he was. Yet this did not prevent him from attending diligently to his religious duties; despite fierce competition, he managed to be elected definer of his province, or what is known as one of the highest ranks in that order.
Father Caton metted me in touch with Mama at the house of the Marquis of Entremont. He heard about our concerts and wanted to join us; he did so, and made them even more splendid. Soon, we became close friends due to our shared passion for music—which was very intense in both of us. The only difference was that he was a true musician, while I was but a novice. We would often go to Canavas’ and Abbe Palais’ rooms to practice music, and on festive days, we would also play at his organ. We dined frequently at his small table; what was truly remarkable about him, for someone in his position as a monk, was that he was generous, generous beyond measure, and sensual without being vulgar. On the nights of our concerts, he would dine at Mama’s house. Those evenings were always lively and pleasant—we would speak freely, sing duets, and I would feel completely at ease, showing off my wit and humor. Father Caton was charming, Mama was adorable, and Abbe Palais, with his deep voice, provided the perfect accompaniment. What sweet moments of carefree youth those were. How long it has been since you all departed!
Since I will have no further occasion to speak of that poor P. Caton, I shall conclude his sad story in a few words here. The other monks, jealous—or rather, furious—that he possessed qualities and manners that were far removed from the baseness typical of monastic life, hated him because he was not as despicable as they were. The leaders among them conspired against him, inciting those young monks who envied his position and who had previously not dared even look at him. They subjected him to countless insults; deprived him of his position; took away the room he had furnished with taste, though simply; and sent him away to some unknown place. In the end, these wretched people overwhelmed him with so many indignities that his honest and proud soul could no longer bear it. After having been the delight of some of the most respectable societies, he died of grief on a miserable bed of straw, in some obscure cell or dungeon. All those honest people who had known him mourned his loss, and could find no fault with him except that he was a monk.
With such a routine, I achieved so much in such a short time that, completely absorbed by music, I was unable to think of anything else. I went to my office only with reluctance; the embarrassment and the sheer effort required by my work made it an unbearable torment for me, and eventually I decided that I wanted to quit my job in order to devote myself entirely to music. One might assume that such madness did not go unopposed. To leave a decent job with a steady income to pursue the uncertain prospects of teaching children seemed far too unreasonable for my mother to accept. Even if I imagined that my future progress would be as great as I hoped, reducing myself to a musician for the rest of my life would be a remarkably modest ambition at best. She, who always had grand plans for me and no longer entirely believed what Monsieur d’Aubonne said about my talents, found it hard to accept that I should seriously devote myself to what she regarded as such a frivolous pursuit. She often repeated a provincial proverb that, though less true in Paris, goes: “He who sings and dances well has a profession that brings little success.” On the other hand, she saw me being driven by an irresistible passion; my love for music was turning into an obsession, and there was a real danger that my work, distracted by these interests, would lead to my quitting it—something I would have been far wiser to do on my own. I tried to convince her that this job could not last long, that I needed a talent to make a living, and that it would be far more certain to develop the skills my passion led me toward, especially since she had already chosen that path for me, rather than relying on favors or taking risky new attempts that might fail. In the end, I managed to get her to agree, not so much through reason as through persistent pleading and affectionate persuasion. I immediately went to thank Monsieur Coccelli, the director general of the cadastre, as if I had performed some heroic deed, and then I voluntarily quit my job—without any particular reason or pretext—and with even more joy than when I had taken it two years before.
This approach, as crazy as it was, earned me a certain degree of respect in that country, which proved useful to me. Some assumed I possessed resources that I did not actually have; others, seeing me devoted entirely to music, judged my talent by the extent of my sacrifice and believed that such passion for this art meant I must possess it exceptionally well. In a land of the blind, the one-eyed are kings; there, I was regarded as an excellent teacher, simply because there were no good ones at all. Moreover, since I did have a certain talent for singing, which was further enhanced by my age and appearance, I soon had more students than I needed in order to earn enough to replace my salary as a secretary.
It is certainly true that, in order to enjoy life, one could not have changed from one extreme to another more quickly. In the office, where I spent eight hours a day engaged in the most tedious work, surrounded by even more gloomy people, confined to a dismal room filled with the breath and sweat of all these peasants—most of whom were poorly dressed and untidy—I sometimes felt overwhelmed, almost dizzy, by the constant attention, the unpleasant smells, the discomfort, and the boredom. Yet now, suddenly, I find myself among the elite, welcomed and sought after in the finest households; everywhere, I receive kind and gentle treatment, a festive atmosphere surrounds me—elegant young ladies wait for me, welcoming me eagerly. All I see are charming objects; all I smell is the fragrance of roses and oranges. People sing, converse, laugh, and enjoy themselves; I leave one place only to do the same elsewhere. One must admit that, given equal advantages, there was no reason to hesitate in making this choice. And indeed, I have never regretted it; not even now, as I weigh the actions of my life with the judgment of reason and am free from those foolish motives that once guided me.
This is almost the only time in which, by following solely my own inclinations, I did not find myself disappointed. The warm hospitality, the friendly spirit, and the cheerful disposition of the people there made interacting with them a pleasant experience. The enjoyment I gained from it clearly proved that, if I do not enjoy living among humans, it is less my fault than theirs.
Il piccolo concerto della signora de Warens, una nuova convertita la cui vita, si diceva, dipendesse dalle carità del Re, suscitava mormorii tra il pubblico devoto; tuttavia rappresentava un divertimento piacevole per molte persone oneste. Non indovinerete mai chi metto al loro capo in questa occasione. Un monaco, ma un monaco meritevole e persino affabile, le cui sfortune mi hanno in seguito profondamente commosso, e il cui ricordo, legato ai miei bei giorni, mi è ancora molto caro. Si tratta del padre Catone, cordigliere che, insieme al conte Dortan, aveva fatto sequestrare a Lione la musica di quel povero gattino. Il che non rappresenta certo il momento più bello della sua vita. Era baccalaureato alla Sorbona; aveva vissuto a lungo a Parigi nel mondo più raffinato, e in particolare presso il marchese d’Entremont, allora ambasciatore di Sardegna. Era un uomo di grande statura, ben fatto: viso pieno, occhi luminosi, capelli neri che gli incorniciavano naturalmente la fronte; aveva un aspetto al contempo nobile, aperto e modesto, si comportava con semplicità ma con dignità. Non aveva né l’atteggiamento servile né l’arroganza dei monaci, né l’aria presuntuosa di un uomo alla moda. Ma la sicurezza di una persona onesta che, senza vergognarsi della sua veste monastica, si rispetta e si sente a proprio agio tra le persone perbene. Sebbene il padre Catone non possedesse grandi conoscenze accademiche, ne aveva molte sufficienti per un uomo di mondo; e poiché non era ansioso di ostentarle, le utilizzava con tale abilità da farle sembrare ancora maggiori. Avendo vissuto a lungo nella società, dava più importanza ai talenti piacevoli che a una conoscenza solida; aveva spirito, scriveva versi, parlava bene, cantava ancora meglio. La sua voce era bella; suonava l’organo e il clavicembalo. Non servivano certo queste qualità per essere desiderato. E infatti lo era; ma questo non gli impedì di dedicarsi con impegno ai propri doveri, tanto che riuscì, nonostante la concorrenza molto agguerrita, ad essere eletto decano della sua provincia. O, come si dice, uno dei ranghi più elevati dell’ordine.
Il padre Catone conobbe mia madre presso il marchese d’Entremont. Sentì parlare dei nostri concerti e volle parteciparvi; vi prese parte e li rese davvero brillanti. Presto fummo legati dal nostro comune amore per la musica, che in entrambi era una passione molto intensa; con questa differenza: lui era veramente un musicista, mentre io non ero altro che un dilettante. Andavamo spesso nella stanza di Canavas e dell’abate Palais a suonare insieme, e talvolta anche al suo organo nei giorni festivi. Spesso cenavamo da lui; ciò che era davvero sorprendente in un monaco era il fatto che fosse generoso, magnanimo e sensuale senza essere volgare. Nei giorni dei nostri concerti, lui cenava da mia madre. Quei banchetti erano molto allegri e piacevoli: si parlava di tutto, si cantavano duetti; io mi sentivo a mio agio, ero spiritoso e facevo spesso battute divertenti; il padre Catone era incantevole, mia madre adorabile, e l’abate Palais, con la sua voce profonda, aggiungeva un tocco particolare alle nostre serate. Momenti così dolci della nostra giovinezza. Peccato che siano passati da tanto tempo!
Poiché non dovrò più parlare di quel povero P. Catone, concluderò qui, in poche parole, la sua triste storia. Gli altri monaci, gelosi – o meglio, furiosi – del fatto che egli possedesse meriti e un comportamento elegante, del tutto diversi da quelli tipici della vita monastica, presero a odiarlo, perché non era così odioso quanto loro. I capi si allearono contro di lui e attirarono a sé i giovani monaci invidiosi della sua posizione, quegli che prima non osavano nemmeno guardarlo. Gli inflissero mille offese: lo destituirono dalla sua carica, gli tolsero la stanza che aveva arredato con gusto, sebbene in modo semplice, e lo relegarono chissà dove. Alla fine, quei miserabili lo sommersero di tali oltraggi che la sua anima onesta e orgogliosa non riuscì a resistere. Dopo aver goduto dell’affetto delle società più nobili, morì di dolore su un misero giaciglio, in qualche angolo remoto di una cella o di una prigione. Rimpianto e pianto da tutti coloro che lo conoscevano come persona onesta; e a loro non sembrava avere alcun difetto, se non quello di essere un monaco.
Con questa piccola routine quotidiana, riuscii a fare così tanto in molto poco tempo che, completamente assorbito dalla musica, non ero più in grado di pensare ad altro. Andavo al mio ufficio solo a malincuore; l’imbarazzo e la costanza nel lavoro divennero per me un vero supplizio insopportabile, fino a quando alla fine decisi di lasciare il mio impiego per dedicarmi completamente alla musica. Si può immaginare che questa follia non passasse senza opposizioni. Abbandonare un lavoro onesto e ben retribuito per insegnare a studenti incerti era una scelta troppo poco sensata per piacere a mia madre. Anche ammettendo che i miei progressi futuri fossero così grandi come me li immaginavo, limitare la mia ambizione a diventare un musicista per tutta la vita significava comunque ridurla in modo molto modesto. Lei, che aveva sempre progetti grandiosi per il mio futuro e non mi prendeva più completamente sul serio quando parlavo di talento, trovava difficile accettare che io dedicassi seriamente del tempo a una passione che considerava frivola. Mi ripeteva spesso quel proverbio provinciale, un po’ meno vero a Parigi, secondo cui chi canta e balla bene ha già trovato il proprio mestiere. D’altra parte, vedeva che ero trascinato da un desiderio irresistibile; la mia passione per la musica diventava sempre più intensa, e temevo che il mio lavoro, influenzato dalle mie distrazioni, potesse portarmi a chiedere una licenza, che sarebbe stato molto meglio prendere di mia iniziativa. Le spiegavo anche che quel lavoro non avrebbe potuto durare a lungo; avevo bisogno di un talento con cui guadagnarmi da vivere. E che era molto più sicuro acquisire gradualmente il talento verso cui mi portava il mio interesse, proprio quello che lei aveva scelto per me, piuttosto che affidarmi alle protezioni altrui o provare nuove strade che potevano rivelarsi fallimentari. Lasciandomi, dopo aver superato l’età in cui si impara, senza alcuna risorsa per guadagnarmi da vivere. Alla fine, ottenni il suo consenso più con insistenze e tenerezze che con argomentazioni che potessero convincerla. Subito corsi a ringraziare con orgoglio il signor Coccelli, direttore generale del catasto, come se avessi compiuto l’atto più eroico. E lasciai volontariamente il mio lavoro, senza motivo, senza ragione, senza pretesto, con la stessa gioia con cui l’avevo iniziato due anni prima.
Questa azione, per quanto folle fosse, mi attirò in quel paese una sorta di considerazione che si rivelò utile per me. Alcuni supposero che possedessi risorse che in realtà non avevo; altri, vedendomi completamente dedicato alla musica, giudicarono il mio talento in base al mio sacrificio e credettero che, con tanta passione per quell’arte, dovessi possederla in modo eccezionale. Nel regno dei ciechi, i non vedenti sono re; lì fui considerato un buon maestro, perché non ce n’erano altri che fossero cattivi. Inoltre, non mancandomi affatto di un certo talento per il canto, favorito anche dall’età e dal mio aspetto, presto ebbi più allieve di quante ne avessi bisogno per sostituire lo stipendio che avrei guadagnato come segretario.
È certo che, per godere della vita, non si potesse passare più rapidamente da un’estremità all’altra. Nel catasto, dove trascorrevo otto ore al giorno in un lavoro estremamente noioso, tra persone ancora più sgradevoli, rinchiuso in un ufficio triste e invaso dall’odore e dal sudore di tutti quei contadini, la maggior parte dei quali molto trasandati e poco puliti, a volte mi sentivo sopraffatto fino al vertigine da tutta quell’attenzione, quel odore, quella fastidiosa situazione e quella noia. Invece, ora mi trovo improvvisamente immerso nel bel mondo: sono accolto con favore nelle migliori case; ovunque ricevo un’accoglienza gentile e affettuosa, un’atmosfera di festa. Belle signorine ben vestite mi aspettano e mi accolgono con entusiasmo; vedo solo oggetti incantevoli, sento solo il profumo dei fiori. Si canta, si chiacchiera, si ride, ci si diverte. Esco da lì soltanto per andare altrove a fare lo stesso. Bisogna ammettere che, a parità di vantaggi, non c’era motivo di esitare nella scelta. Quindi mi sono trovato così bene nel mio nuovo ambiente che non ho mai avuto rimpianti al riguardo. E nemmeno ora ne ho, mentre valuto con la ragione le azioni della mia vita e sono libero dai motivi poco sensati che un tempo mi hanno spinto in quella direzione.
Questa è quasi l’unica volta in cui, ascoltando soltanto i miei desideri, non sono stato deluso dalle aspettative che avevo. L’ospitalità degli abitanti di quel luogo, il loro spirito cordiale e il loro umore allegro hanno reso piacevole la convivenza con loro; inoltre, l’affetto che ho sviluppato per quella regione mi ha dimostrato chiaramente che, se non amo vivere tra gli uomini, la colpa è meno mia che loro.
C’est dommage que les Savoyards ne soient pas riches, ou peut-être serait-ce dommage qu’ils le fussent ; car tels qu’ils sont, c’est le meilleur et le plus sociable[62] peuple que je connaisse. S’il est une petite ville au monde où l’on goûte la douceur de la vie dans un commerce agréable et sûr, c’est Chambéry. La noblesse de la province, qui s’y rassemble, n’a que ce qu’il faut de bien pour vivre ; elle n’en a pas assez pour parvenir ; et ne pouvant se livrer à l’ambition, elle suit par nécessité le conseil de Cinéas. Elle dévoue sa jeunesse à l’état militaire, puis revient vieillir paisiblement chez soi. L’honneur et la raison président à ce partage. Les femmes sont belles, et pourraient se passer de l’être ; elles ont tout ce qui peut faire valoir la beauté, et même y suppléer. Il est singulier qu’appelé par mon état à voir beaucoup de jeunes filles, je ne me rappelle pas d’en avoir vu à Chambéry une seule qui ne fût pas charmante. On dira que j’étais disposé à les trouver telles, et l’on peut avoir raison ; mais je n’avais pas besoin d’y mettre du mien pour cela. Je ne puis, en vérité, me rappeler sans plaisir le souvenir de mes jeunes écolières. Que ne puis-je, en nommant ici les plus aimables, les rappeler de même, et moi avec elles, à l’âge heureux où nous étions lors des moments aussi doux qu’innocents que j’ai passés auprès d’elles ! La première fut Mlle de Mellarède, ma voisine, sœur de l’élève de M. Gaime. C’était une brune très vive, mais d’une vivacité caressante, pleine de grâces, et sans étourderie. Elle était un peu maigre, comme sont la plupart des filles à son âge ; mais ses yeux brillants, sa taille fine et son air attirant n’avaient pas besoin d’embonpoint pour plaire. J’y allais le matin, et elle était encore ordinairement en déshabillé, sans autre coiffure que ses cheveux négligemment relevés, ornés de quelques fleurs qu’on mettait à mon arrivée, et qu’on ôtait à mon départ pour se coiffer. Je ne crains rien tant dans le monde[63] qu’une jolie personne en déshabillé ; je la redouterais cent fois moins parée. Mlle de Menthon, chez qui j’allais l’après-midi, l’était toujours, et me faisait une impression tout aussi douce, mais différente. Ses cheveux étaient d’un blond cendré : elle était très mignonne, très timide et très blanche ; une voix nette, juste et flûtée, mais qui n’osait se développer. Elle avait au sein la cicatrice d’une brûlure d’eau bouillante, qu’un fichu de chenille bleue ne cachait pas extrêmement. Cette marque attirait quelquefois de ce côté mon attention, qui bientôt n’était plus pour la cicatrice. Mlle de Challes, une autre de mes voisines, était une fille faite ; grande, belle carrure, de l’embonpoint ; elle avait été très bien. Ce n’était plus une beauté, mais c’était une personne à citer pour la bonne grâce, pour l’humeur égale, pour le bon naturel. Sa sœur, Mme de Charly, la plus belle femme de Chambéry, n’apprenait plus la musique, mais elle la faisait apprendre à sa fille, toute jeune encore, mais dont la beauté naissante eût promis d’égaler celle de sa mère, si malheureusement elle n’eût été un peu rousse. J’avais à la Visitation une petite demoiselle française, dont j’ai oublié le nom, mais qui mérite une place dans la liste de mes préférences. Elle avait pris le ton lent et traînant des religieuses, et sur ce ton traînant elle disait des choses très saillantes qui ne semblaient pas aller avec son maintien. Au reste, elle était paresseuse, n’aimait pas à prendre la peine de montrer son esprit, et c’était une faveur qu’elle n’accordait pas à tout le monde. Ce ne fut qu’après un mois ou deux de leçons et de négligence qu’elle s’avisa de cet expédient pour me rendre plus assidu ; car je n’ai jamais pu prendre sur moi de l’être. Je me plaisais à mes leçons quand j’y étais, mais je n’aimais pas être obligé de m’y rendre ni que l’heure me commandât. En toute chose la gêne et l’assujettissement me sont insupportables ; ils me feraient prendre en haine le plaisir même. On dit que chez les mahométans un homme passe au point du jour dans les rues pour ordonner aux maris de rendre le devoir à leurs femmes. Je serais un mauvais Turc à ces heures-là.
J’avais quelques écolières aussi dans la bourgeoisie, et une entre autres qui fut la cause indirecte d’un changement de relation dont j’ai à parler, puisque enfin je dois tout dire. Elle était fille d’un épicier, et se nommait Mlle Lard, vrai modèle d’une statue grecque, et que je citerais pour la plus belle fille que j’aie jamais vue, s’il y avait quelque véritable beauté sans vie et sans âme. Son indolence, sa froideur, son insensibilité, allaient à un point incroyable. Il était également impossible de lui plaire et de la fâcher, et je suis persuadé que, si on eût fait sur elle quelque entreprise, elle aurait laissé faire, non par goût, mais par stupidité. Sa mère, qui n’en voulait pas courir le risque, ne la quittait pas d’un pas. En lui faisant apprendre à chanter, en lui donnant un jeune maître, elle faisait tout de son mieux pour l’émoustiller ; mais cela ne réussit point. Tandis que le maître agaçait la fille, la mère agaçait le maître, et cela ne réussissait pas beaucoup mieux. Mme Lard ajoutait à sa vivacité naturelle toute celle que sa fille aurait dû avoir. C’était un petit minois éveillé, chiffonné, marqué de petite vérole. Elle avait de petits yeux très ardents, et un peu rouges, parce qu’elle y avait presque toujours mal. Tous les matins, quand j’arrivais, je trouvais prêt mon café à la crème, et la mère ne manquait jamais de m’accueillir par un baiser bien appliqué sur la bouche, et que par curiosité j’aurais voulu rendre à la fille, pour voir comment elle l’aurait pris. Au reste, tout cela se faisait si simplement et si fort sans conséquence, que, quand M. Lard était là, les agaceries et les baisers n’en allaient pas moins leur train. C’était une bonne pâte d’homme, le vrai père de sa fille, et que sa femme ne trompait pas, parce qu’il n’en était pas besoin.
Je me prêtais à toutes ces caresses avec ma balourdise ordinaire, les prenant tout bonnement pour des marques de pure amitié. J’en étais pourtant importuné quelquefois ; car la vive Mme Lard ne laissait pas d’être exigeante, et si dans la journée j’avais passé devant la boutique sans m’arrêter, il y aurait eu du bruit. Il fallait, quand j’étais pressé, que je prisse un détour pour passer dans une autre rue, sachant bien qu’il n’était pas aussi aisé de sortir de chez elle que d’y entrer.
Mme Lard s’occupait trop de moi pour que je ne m’occupasse point d’elle. Ses attentions me touchaient beaucoup ; j’en parlais à Maman comme d’une chose sans mystère, et quand il y en aurait eu, je ne lui en aurais pas moins parlé ; car lui faire un secret de quoi que ce fût ne m’eût pas été possible : mon cœur était ouvert devant elle comme devant Dieu. Elle ne prit pas tout à fait la chose avec la même simplicité que moi. Elle vit des avances où je n’avais vu que des amitiés ; elle jugea que Mme Lard, se faisant un point d’honneur de me laisser moins sot qu’elle ne m’avait trouvé, parviendrait de manière ou d’autre à se faire entendre, et outre qu’il n’était pas juste qu’une autre femme se chargeât de l’instruction de son élève, elle avait des motifs plus dignes d’elle pour me garantir des pièges auxquels mon âge et mon état m’exposaient. Dans le même temps, on m’en tendit un d’une espèce plus dangereuse, auquel j’échappai, mais qui lui fit sentir que les dangers qui me menaçaient sans cesse rendaient nécessaires tous les préservatifs qu’elle y pouvait apporter.
It’s a pity that the Savoyards are not wealthy; perhaps it would also be a pity if they were. As they are, they constitute the best and most sociable people I know. If there is any small town in the world where one can enjoy the sweetness of life through pleasant and secure pursuits, it is Chambéry. The nobility of the province who gather there possesses just enough wealth to live comfortably; it is not enough for them to achieve great things. And since they cannot indulge in ambition, they follow the advice of Cinéas out of necessity. They devote their youth to military service and then return home to spend their old age in peace. Honor and reason guide this way of life. The women are beautiful, and perhaps they wouldn’t need to be; they possess everything that can enhance beauty, or even make it unnecessary. It is strange that, despite my profession which often brings me into contact with many young girls, I cannot recall having seen a single one in Chambéry who was not charming. Some might say that I was predisposed to find them all so, and they might be right; but I didn’t need any particular effort on my part to do so. Indeed, I always fondly remember my young schoolmates. How I wish I could recall here, among the most lovely of them, those happy times we spent together during those innocent and sweet moments! The first one was Mademoiselle de Mellarède, my neighbor and the sister of a student of Mr. Gaime. She was a dark-haired girl with a lively but gentle disposition, full of grace and without any frivolity. She was a bit thin for a girl of her age; but her bright eyes, delicate figure, and attractive demeanor needed no extra charm to be pleasing. I would visit her in the morning, and she was usually still in her dressing gown, with her hair simply piled up and adorned with a few flowers that were placed there when I arrived and removed again when I left. There is nothing in the world that frightens me more than a beautiful person in their dressing gown; but I would fear her far less if she were fully dressed. Mademoiselle de Menthon, whom I visited in the afternoon, was always properly dressed, and she made on me an equally pleasant but different impression. Her hair was a pale blonde; she was very pretty, very shy, and very fair-skinned. She had a clear, pure, and melodious voice, but one that never dared to sound too loudly. She had a scar on her breast from being scalded by boiling water, which was not completely concealed by a blue silk scarf. This mark sometimes caught my attention in that direction, but soon my gaze would stray elsewhere. Mademoiselle de Challes, another of my neighbors, was a mature young woman—tall, with a graceful figure and a pleasing plumpness. She had once been very beautiful. She was no longer a beauty, but she was someone to be admired for her good manners, even temperament, and kind nature. Her sister, Madame de Charly—the most beautiful woman in Chambéry—no longer studied music herself, but she had her young daughter teach it to her. The girl was still very young, but her budding beauty promised to equal that of her mother, had it not been for the unfortunate fact that she was somewhat red-haired. At the Visitation convent, I knew a young French lady whose name I have forgotten, but who deserves a place in my list of favorites. She adopted the slow, drawn-out manner of speech typical of the nuns, and in that same tone, she would say things that were quite striking—though they seemed out of place with her demeanor. Moreover, she was lazy and did not care to exert herself to show off her intelligence; she was not generous enough to do so with everyone. It was only after a month or two of lessons and some neglect on my part that she realized this tactic might make me more diligent—though I could never force myself to be it. I enjoyed my lessons when I was there, but I hated being forced to attend them, or having someone else determine the time for me to do so. In everything, discomfort and restraint are unbearable to me; they would make me despise even the simplest pleasures. It is said that among Muslims, a man walks through the streets at noon to order husbands to fulfill their marital duties with their wives. At such times, I would be a terrible Muslim indeed.
I also had a few schoolgirls from the bourgeoisie among my acquaintances, and one in particular who was indirectly responsible for a change in our relationship—which I must mention, since after all, I have to tell everything. She was the daughter of a grocer and was named Mademoiselle Lard; she was a veritable model for a Greek statue, and I would consider her the most beautiful girl I had ever seen, if there were such a thing as true beauty that was lifeless and soulless. Her laziness, coldness, and insensitivity reached incredible levels. It was also impossible to either please her or anger her, and I am convinced that if anyone had tried to take any action towards her, she would have allowed it to happen—not out of desire, but out of stupidity. Her mother, not wanting to take any risks, never left her for a single moment. By having her learn to sing and by assigning her a young tutor, her mother did her best to arouse her interest; but this was utterly unsuccessful. While the tutor annoyed the girl, her mother annoyed the tutor—yet that didn’t achieve much better results either. Mademoiselle Lard added to her natural liveliness all the extra charm that her daughter should have possessed. She had a small, alert face, somewhat disheveled, marked with the scars of smallpox. She had very bright, slightly reddened eyes, because they almost always hurt. Every morning, when I arrived, my coffee with cream was already ready for me, and her mother never failed to greet me with a firm kiss on the mouth—a kiss that out of curiosity, I would have liked to return to the girl, just to see how she would react. Anyway, all these things were done in such a natural and casual way, without any consequences, that even when Monsieur Lard was present, the teasing and kisses continued as usual. He was a good man, the real father of his daughter, and his wife didn’t cheat on him—because there was no need to.
I indulged in all these caresses with my usual clumsiness, taking them entirely for signs of pure friendship. Yet sometimes they were rather troublesome; for the lively Mrs. Lard was quite demanding, and if I happened to pass by her shop during the day without stopping, there would be trouble. When I was in a hurry, I had to take a detour and enter through another street, knowing full well that it was not as easy to leave her place as it was to enter.
Madam Lard cared for me so much that I couldn’t help but care for her in return. Her attentions touched me deeply; I talked about them to my mother as if they were nothing mysterious, and even if there had been any mystery involved, I would have spoken about it just the same—because keeping anything secret from her would have been impossible: my heart was open to her, just as it is to God. However, she did not accept things with the same simplicity as I did. She saw in Madam Lard’s actions what I had only seen as signs of friendship; she believed that since Madam Lard took it as a point of honor to ensure I didn’t remain as ignorant as when she first met me, she would somehow manage to make herself heard. Moreover, it seemed not only unfair for another woman to take on the responsibility of educating her student, but she also had reasons of greater importance to protect me from the dangers that my age and circumstances put me at risk. At the same time, someone else tried to lay a more dangerous trap for me; I managed to escape it, but this experience made her realize that the constant threats against me required all the precautions she could take to safeguard me.
È un peccato che i Savoiardi non siano ricchi, o forse sarebbe un peccato se lo fossero; perché così come sono, rappresentano il popolo migliore e più socievole che conosca. Se esiste una piccola città al mondo dove si può godere la dolcezza della vita in un ambiente piacevole e sicuro, quella è Chambéry. La nobiltà della provincia, che vi si riunisce, possiede tutto ciò che è necessario per vivere bene; ma non abbastanza per raggiungere grandi successi. E poiché non può indulgere in ambizioni, segue necessariamente i consigli di Cinéas: dedica la sua giovinezza alla vita militare e poi ritorna a casa per trascorrere gli anni tranquillamente. Onore e ragione guidano questa scelta. Le donne sono belle, e forse non avrebbero nemmeno bisogno di esserlo; possiedono tutto ciò che può rendere la bellezza ancora più preziosa, o addirittura compensarne l’assenza. È strano: essendo costretto, per il mio lavoro, a incontrare molte giovani donne, non ricordo di averne vista una sola a Chambéry che non fosse incantevole. Si potrebbe dire che fossi predisposto a vederle tutte così, e forse hanno ragione; ma in realtà non avevo bisogno di alcuno sforzo per farlo. Non posso davvero ricordare senza piacere i momenti trascorsi con le mie giovani compagne di scuola. Vorrei poterle nominare qui, insieme a me, in quel felice periodo della nostra vita, durante quei momenti dolci e innocenti. La prima era Mlle de Mellarède, la mia vicina, sorella dello studente di M. Gaime. Era una ragazza bruna, molto vivace, ma con una vivacità gentile e affettuosa; piena di grazia, senza alcuna sciocchezza. Era un po’ magra, come molte ragazze della sua età. Ma i suoi occhi brillanti, la sua figura snella e il suo aspetto attraente non avevano bisogno di grasso per essere piacevoli. Andavo da lei al mattino, e di solito era ancora in vestaglia, con i capelli semplicemente raccolti, adornati con alcune fiori che le venivano messi al mio arrivo e tolti alla mia partenza. Non c’è nulla al mondo che tema di più di una bella donna in vestaglia. La temerei cento volte meno se fosse vestita in modo elegante. Mlle de Menthon, che incontravo nel pomeriggio, era sempre ben vestita. E mi lasciava un’impressione altrettanto dolce, ma diversa. I suoi capelli erano di un biondo cenere. Era molto carina, molto timida e molto pallida. Aveva una voce chiara, netta e melodiosa. Ma non osava mai esprimerla appieno. Sul suo seno c’era la cicatrice lasciata da una scottatura con acqua bollente. Un fazzoletto di seta blu la nascondeva in parte. Questa macchia attirava talvolta la mia attenzione, ma presto non era più l’unica cosa a cui pensavo. Mlle de Challes, un’altra delle mie vicine, era una ragazza adulta. Alta, con una bella figura, piuttosto formosa. Era stata molto attraente. Non era più una bellezza, ma era sicuramente una persona degna di ammirazione per la sua gentilezza, per il suo equilibrio d’animo e per il suo buon carattere. Sua sorella, la signora de Charly, la donna più bella di Chambéry, non studiava più musica, ma ne faceva studiare sua figlia, ancora molto giovane; tuttavia, la bellezza nascente della ragazza prometteva di eguagliare quella di sua madre, se solo non fosse stata un po’ rossa. Alla Visitation conoscevo una giovane francese, ho dimenticato il suo nome, ma merita senz’altro di essere inclusa nella lista delle mie preferite. Aveva assunto quel tono lento e strascicato tipico delle religiose, e con quel tono diceva cose molto argute che, però, non sembravano accordarsi con il suo comportamento. In ogni caso, era pigra, non le piaceva prendersi la briga di dimostrare il proprio intelletto. E questa era una “favourità” che non concedeva a tutti. Fu solo dopo un mese o due di lezioni e di trascuratezza da parte sua che si rese conto di questo stratagemma per costringermi ad essere più assiduo, perché io, in realtà, non sono mai stato capace di esserlo. Mi piacevano le mie lezioni quando ci ero, ma non mi piaceva essere costretto ad andarci, né che l’orario me lo imponesse. In ogni cosa, la noia e la costrizione sono insopportabili per me. Mi farebbero odiare persino il piacere stesso. Si dice che, tra i musulmani, un uomo passi al punto del giorno per ordinare ai mariti di adempiere ai loro doveri verso le mogli. A quell’ora, io sarei un cattivo turco.
Avevo anche alcune studentesse nella borghesia; tra queste, una fu la causa indiretta di un cambiamento nelle nostre relazioni di cui devo parlare, poiché dopotutto devo dire tutto. Era figlia di un droghiere e si chiamava signorina Lard: un vero modello per una statua greca. La consideravo la ragazza più bella che avessi mai visto, se esistesse davvero una bellezza priva di vita e di anima. La sua indolenza, la sua freddezza, la sua insensibilità raggiungevano livelli incredibili. Era impossibile né compiacerla né offenderla. E sono convinto che, se qualcuno avesse cercato di approfittare di lei, lei avrebbe lasciato fare, non per desiderio, ma per stupidità. Sua madre, che non voleva correre rischi, non la lasciava mai un attimo. Provvedeva a farle imparare a cantare, le trovava un giovane insegnante, faceva di tutto per stimolarla. Ma senza successo. Mentre l’insegnante infastidiva la ragazza, sua madre infastidiva l’insegnante. E il risultato non era molto migliore. La signorina Lard aggiungeva alla propria vivacità naturale tutta quella che una figlia del genere avrebbe dovuto avere. Aveva un visino piccolo, vivace, un po’ rovinato dal vaiolo. Occhi piccoli e molto ardenti. Sempre un po’ rossi, perché quasi sempre le facevano male. Ogni mattina, quando arrivavo, trovavo il mio caffè pronto. E sua madre non mancava mai di accogliermi con un bacio appassionato sulle labbra. Un bacio che, per curiosità, avrei voluto restituire a lei, per vedere come l’avrebbe preso. Comunque, tutto ciò avveniva in modo così naturale e senza conseguenze, che, anche quando il signor Lard era presente, le “infastidite” e i baci continuavano comunque. Era un bravo uomo. Il vero padre di sua figlia. E sua moglie non lo tradiva, perché non ce n’era bisogno.
Mi prestavo a tutte queste carezze con la mia solita goffaggine, considerandole semplicemente segni di pura amicizia. Tuttavia, a volte mi sentivo importunato; infatti, la vivace signora Lard non era certo facile da soddisfare, e se durante il giorno passavo davanti al suo negozio senza fermarmi, ne seguivano inevitabilmente dei problemi. Quando ero di fretta, dovevo prendere una deviazione per entrare in un’altra strada, ben sapendo che uscire da casa sua non era affatto facile come entrarvi.
La signora Lard si occupava troppo di me perché io non mi occupassi a mia volta di lei. Le sue attenzioni mi commuovevano molto; ne parlavo a Mamma come di qualcosa di del tutto naturale, e anche se ci fossero stati aspetti più complessi, le avrei comunque raccontati tutto; perché nasconderle qualcosa sarebbe stato impossibile: il mio cuore era aperto davanti a lei, proprio come lo è davanti a Dio. Lei, però, non interpretò le cose con la stessa semplicità mia. Vide in quelle attenzioni qualcosa di più di quanto io vedessi; ritenne che la signora Lard, volendo evitare che io rimanessi indietro rispetto a lei, avrebbe trovato il modo per farsi ascoltare, e inoltre, non solo non era giusto che un’altra donna si occupasse dell’insegnamento del suo allievo, ma aveva anche motivi molto più validi per proteggermi dai pericoli a cui la mia età e la mia situazione mi espondevano. Nel frattempo, qualcuno tentò di tendermi un altro tipo di trappola, più pericolosa; riuscii a evitarla, ma questo le fece capire che i rischi che mi minacciavano costantemente rendevano necessari tutti i mezzi possibili per proteggermi.
Madame la comtesse de Menthon, mère d’une de mes écolières, était une femme de beaucoup d’esprit, et passait pour n’avoir pas moins de méchanceté. Elle avait été cause, à ce qu’on disait, de bien des brouilleries, et d’une entre autres qui avait eu des suites fatales à la maison d’Entremont. Maman avait été assez liée avec elle pour connaître son caractère ; ayant très innocemment inspiré du goût à quelqu’un sur qui Mme de Menthon avait des prétentions, elle resta chargée auprès d’elle du crime de cette préférence, quoiqu’elle n’eût été ni recherchée ni acceptée ; et Mme de Menthon chercha depuis lors à jouer à sa rivale plusieurs tours, dont aucun ne réussit. J’en rapporterai un des plus comiques, par manière d’échantillon. Elles étaient ensemble à la campagne avec plusieurs gentilshommes du voisinage, et entre autres l’aspirant en question. Mme de Menthon dit un jour à un de ces messieurs que Mme de Warens n’était qu’une précieuse ; qu’elle n’avait point de goût, qu’elle se mettait mal, qu’elle couvrait sa gorge comme une bourgeoise. Quant à ce dernier article, lui dit l’homme, qui était un plaisant, elle a ses raisons, et je sais qu’elle a un gros vilain rat empreint sur le sein, mais si ressemblant qu’on dirait qu’il court. La haine ainsi que l’amour rend crédule. Mme de Menthon résolut de tirer parti de cette découverte, et un jour que Maman était au jeu avec l’ingrat favori de la dame, celle-ci prit son temps pour passer derrière sa rivale, puis renversant à demi sa chaise, elle découvrit adroitement son mouchoir. Mais au lieu du gros rat, le Monsieur ne vit qu’un objet fort différent, qu’il n’était pas plus aisé d’oublier que de voir, et cela ne fit pas le compte de la dame.
Je n’étais pas un personnage à occuper Mme de Menthon, qui ne voulait que des gens brillants autour d’elle. Cependant elle fit quelque attention à moi, non pour ma figure, dont assurément elle ne se souciait point du tout, mais pour l’esprit qu’on me supposait, et qui m’eût pu rendre utile à ses goûts. Elle en avait un assez vif pour la satire. Elle aimait à faire des chansons et des vers sur les gens qui lui déplaisaient. Si elle m’eût trouvé assez de talent pour lui aider à tourner ses vers, et assez de complaisance pour les écrire, entre elle et moi nous aurions bientôt mis Chambéry sens dessus dessous. On serait remonté à la source de ces libelles : Mme de Menthon se serait tirée d’affaire en me sacrifiant, et j’aurais été enfermé le reste de mes jours peut-être, pour m’apprendre à faire le Phébus avec les dames.
Heureusement rien de tout cela n’arriva. Mme de Menthon me retint à dîner deux ou trois fois pour me faire causer, et trouva que je n’étais qu’un sot. Je le sentais moi-même, et j’en gémissais, enviant les talents de mon ami Venture, tandis que j’aurais dû remercier ma bêtise des périls dont elle me sauvait. Je demeurai pour Mme de Menthon le maître à chanter de sa fille, et rien de plus : mais je vécus tranquille et toujours bien voulu dans Chambéry. Cela valait mieux que d’être un bel esprit pour elle et un serpent pour le reste du pays.
Quoi qu’il en soit, Maman vit que, pour m’arracher au péril de ma jeunesse, il était temps de me traiter en homme, et c’est ce qu’elle fit, mais de la façon la plus singulière dont jamais femme se soit avisée en pareille occasion[64]. Je lui trouvai l’air plus grave, et le propos plus moral qu’à son ordinaire. À la gaieté folâtre dont elle entremêlait ordinairement ses instructions succéda tout à coup un ton toujours soutenu, qui n’était ni familier, ni sévère, mais qui semblait préparer une explication. Après avoir cherché vainement en moi-même la raison de ce changement, je la lui demandai ; c’était ce qu’elle attendait. Elle me proposa une promenade au petit jardin pour le lendemain : nous y fûmes dès le matin. Elle avait pris ses mesures pour qu’on nous laissât seuls toute la journée ; elle l’employa à me préparer aux bontés qu’elle voulait avoir pour moi, non, comme une autre femme, par du manège et des agaceries ; mais par des entretiens pleins de sentiment et de raison[65], plus faits pour m’instruire que pour me séduire, et qui parlaient plus à mon cœur qu’à mes sens. Cependant, quelque excellents et utiles que fussent les discours qu’elle me tint, et quoiqu’ils ne fussent rien moins que froids et tristes, je n’y fis pas toute l’attention qu’ils méritaient, et je ne les gravai pas dans ma mémoire comme j’aurais fait dans tout autre temps. Son début, cet air de préparatif m’avait donné de l’inquiétude : tandis qu’elle parlait, rêveur et distrait malgré moi, j’étais moins occupé de ce qu’elle disait que de chercher à quoi elle en voulait venir, et sitôt que je l’eus compris, ce qui ne me fut pas facile, la nouveauté de cette idée, qui depuis que je vivais auprès d’elle ne m’était pas venue une seule fois dans l’esprit, m’occupant alors tout entier, ne me laissa plus le maître de penser à ce qu’elle me disait.
Je ne pensais qu’à elle et je ne l’écoutais pas.
Vouloir rendre les jeunes gens attentifs à ce qu’on leur veut dire, en leur montrant au bout un objet très intéressant pour eux, est un contresens très ordinaire aux instituteurs, et que je n’ai pas évité moi-même dans mon Émile. Le jeune homme, frappé de l’objet qu’on lui présente, s’en occupe uniquement, et saute à pieds joints par-dessus vos discours préliminaires pour aller d’abord où vous le menez trop lentement à son gré. Quand on veut le rendre attentif, il ne faut pas se laisser pénétrer d’avance, et c’est en quoi Maman fut maladroite. Par une singularité qui tenait à son esprit systématique, elle prit la précaution très vaine de faire ses conditions ; mais sitôt que j’en vis le prix, je ne les écoutai pas même, et je me dépêchai de consentir à tout. Je doute même qu’en pareil cas il y ait sur la terre entière un homme assez franc ou assez courageux pour oser marchander, et une seule femme qui pût pardonner de l’avoir fait. Par une suite de la même bizarrerie, elle mit à cet accord les formalités les plus graves, et me donna pour y penser huit jours, dont je l’assurai faussement que je n’avais pas besoin : car pour comble de singularité, je fus très aise de les avoir, tant la nouveauté de ces idées m’avait frappé, et tant je sentais un bouleversement dans les miennes qui me demandait du temps pour les arranger !
On croira que ces huit jours me durèrent huit siècles. Tout au contraire ; j’aurais voulu qu’ils les eussent duré en effet. Je ne sais comment décrire l’état où je me trouvais, plein d’un certain effroi mêlé d’impatience, redoutant ce que je désirais, jusqu’à chercher quelquefois tout de bon dans ma tête quelque honnête moyen d’éviter d’être heureux. Qu’on se représente mon tempérament ardent et lascif, mon sang enflammé, mon cœur enivré d’amour, ma vigueur, ma santé, mon âge ; qu’on pense que dans cet état altéré de la soif des femmes, je n’avais encore approché d’aucune ; que l’imagination, le besoin, la vanité, la curiosité, se réunissaient pour me dévorer de l’ardent désir d’être homme et de le paraître. Qu’on ajoute surtout, car c’est ce qu’il ne faut pas qu’on oublie, que mon vif et tendre attachement pour elle, loin de s’attiédir, n’avait fait qu’augmenter de jour en jour ; que je n’étais bien qu’auprès d’elle ; que je ne m’en éloignais que pour y penser ; que j’avais le cœur plein, non seulement de ses bontés, de son caractère aimable, mais de son sexe, de sa figure, de sa personne, d’elle, en un mot, par tous les rapports sous lesquels elle pouvait m’être chère ; et qu’on n’imagine pas que pour dix ou douze ans que j’avais de moins qu’elle, elle fût vieillie ou me parût l’être. Depuis cinq ou six ans que j’avais éprouvé des transports si doux à sa première vue, elle était réellement très peu changée, et ne me le paraissait point du tout. Elle a toujours été charmante pour moi, et l’était encore pour tout le monde. Sa taille seule avait pris un peu plus de rondeur. Du reste, c’était le même œil, le même teint, le même sein, les mêmes traits, les mêmes beaux cheveux blonds, la même gaieté, tout jusqu’à la même voix, cette voix argentée de la jeunesse, qui fit toujours sur moi tant d’impression, qu’encore aujourd’hui je ne puis entendre sans émotion le son d’une jolie voix de fille.
Madame la Comtesse de Menthon, the mother of one of my students, was a woman of great intellect and was also known for her malice. It was said that she had caused many troubles, among them one that had fatal consequences for the family of Entremont. My mother had maintained considerable contact with her and thus knew her character well. Having rather innocently inspired someone’s interest in a person whom Madame de Menthon had her own designs on, my mother was subsequently held responsible for this preference, even though she had neither sought it nor been accepted by that person. From then on, Madame de Menthon tried various schemes against her rival, but none of them succeeded. I will relate one of the most amusing examples as a sample. They were together in the countryside with several gentlemen from the neighborhood, including the aforementioned suitor. One day, Madame de Menthon told one of these gentlemen that Madame de Warens was nothing but a frivolous woman—she had no taste for anything, dressed poorly, and covered her chest like a commoner. As for this last point, the witty gentleman replied that she had her reasons for doing so; he knew for sure that she had a large, ugly rat clinging to her breast, one so similar in appearance that it seemed to be moving. Both hatred and love can make people believe things that are not true. Madame de Menthon decided to take advantage of this “discovery.” One day, while my mother was playing cards with the ungrateful favorite of this lady, she took her time to approach her rival from behind and then, leaning back slightly in her chair, cleverly revealed her handkerchief. But instead of the large rat, the gentleman saw something entirely different—a sight that was neither easy to forget nor ignore. Needless to say, this did not please Madame de Menthon at all.
I was not the kind of person that Madame de Menthon would have wanted around her; she only desired people of brilliance by her side. Nevertheless, she paid some attention to me—not because of my appearance, which surely held no interest for her at all—but because of the intellect she assumed I possessed, which might have made me useful to her tastes. She had a rather keen taste for satire; she enjoyed composing songs and verses about those who displeased her. If she had found in me enough talent to help her craft these satirical works, and enough willingness to write them for her, we would have soon turned Chambéry upside down. We would have traced the origin of these libels; Madame de Menthon would have gotten out of trouble by sacrificing me, and I might have spent the rest of my days imprisoned, learning how to behave like a courtly suitor with ladies.
Fortunately, none of this came to happen. Madame de Menthon invited me to dinner two or three times to engage me in conversation and concluded that I was nothing but a fool. I could sense it myself and lamented it, envying my friend Venture’s talents, when in fact I should have been grateful for my own stupidity for saving me from so many dangers. For Madame de Menthon, I remained nothing more than her daughter’s singing teacher; yet I lived peacefully and was always well-treated in Chambéry. That was far better than being considered a “bright mind” in her eyes but a “serpent” to the rest of the country.
In any case, Mother realized that in order to save me from the dangers of my youth, it was time to treat me as a man—and that’s exactly what she did, but in a way so unique that no other woman had ever thought of doing on such an occasion[64]. She seemed more serious and her words more moral than usual. The frivolous cheerfulness with which she usually interspersed her instructions was suddenly replaced by a tone that was neither familiar nor severe, but seemed to prelude to some kind of explanation. After failing to find the reason for this change within myself, I asked her; that was exactly what she had been waiting for. She suggested that we go for a walk in the small garden the next day, and we went there early in the morning. She had taken care to ensure that we would be alone all day; she used that time to prepare me for the kindnesses she intended to show me—not in the usual way of other women, through flattery or teasing, but through conversations filled with sentiment and reason[65], more intended to instruct me than to seduce me, and which spoke more to my heart than to my senses. However, no matter how excellent and useful these discussions were, and despite the fact that they were anything but cold or cheerful, I did not pay them as much attention as they deserved, nor did I commit them to memory in the way I would have done at any other time. Her initial demeanor, that air of preparation, had filled me with anxiety; while she spoke, I was lost in thought, less focused on what she said than on trying to figure out what her real intentions were. And once I understood—which was not easy—I was so absorbed by the novelty of this idea, something that had never even crossed my mind since I lived with her, that I was completely preoccupied and unable to pay attention to what she was saying.
I was only thinking about her and didn’t listen to what she was saying.
To try to attract the attention of young people by showing them something that is very interesting to them is a very common mistake made by teachers—and one that I myself did not avoid in my work with “Émile.” When a young person is struck by something presented to them, they focus entirely on it and ignore any preliminary remarks you might make, eager to get straight to what they want. If you want to capture their attention, you shouldn’t let them preoccupy themselves with anything else beforehand—and that’s where Maman made her mistake. Due to her systematic way of thinking, she took the unnecessary precaution of setting conditions before reaching an agreement; but as soon as I realized what this meant, I ignored them altogether and quickly agreed to everything. I even doubt whether there exists a single man on earth who would be bold enough to negotiate under such circumstances, or a single woman who could forgive someone for doing so. Out of the same strange reasoning, she insisted on going through all these formalities and gave me eight days to think about it—though I falsely assured her that I didn’t need any time at all. Indeed, given how novel these ideas were and how much they disrupted my own way of thinking, I found those eight days to be more than necessary!
One might think that those eight days lasted for eight centuries. On the contrary; I wished they had indeed lasted that long. I don’t know how to describe the state in which I found myself—filled with a mixture of fear and impatience, fearing what I desired so much that at times I would earnestly try to find some honest way to avoid being happy. Imagine my passionate and lascivious temperament, my blood burning with desire, my heart intoxicated with love, my vigor, my health, my age. Consider how, in this altered state of longing for a woman, I had yet never approached any of them; how imagination, need, vanity, and curiosity combined to drive me with an intense desire to be a man—and to appear one. And above all, let not be forgotten that my deep and tender affection for her had only grown day by day; that I was truly only happy when I was with her; that every moment I spent away from her was spent thinking of her; that my heart was filled not only with memories of her kindnesses and her lovely character, but also with thoughts of her sex, her face, her person—her in every possible way. And let no one imagine that, despite being ten or twelve years younger than her, she had aged or seemed to have aged. Five or six years since I first felt such tender emotions upon seeing her, she had hardly changed at all—and to me, she still looked exactly the same. She had always been charming to me, and she was just as charming to everyone else. Her figure had perhaps become a bit more rounded, but otherwise, it was still the same eyes, the same complexion, the same breasts, the same features, the same beautiful blonde hair, the same cheerful disposition—everything, down to that silver-like voice of youth, which always had such an effect on me that even today, I can’t hear the sound of a pretty girl’s voice without feeling moved.
La contessa di Menthon, madre di una delle mie alunne, era una donna molto intelligente, ma si diceva che non mancasse nemmeno di malvagità. Si diceva che fosse stata causa di molte discussioni, e in particolare di una che aveva avuto conseguenze fatali per la famiglia d’Entremont. Mia madre aveva avuto rapporti abbastanza stretti con lei da conoscere il suo carattere; essendo stata, in modo del tutto innocente, all’origine dell’interesse di qualcuno verso cui la contessa di Menthon nutriva delle pretese, mia madre fu accusata di aver favorito questa preferenza, anche se non era stata né cercata né accettata; da allora la contessa di Menthon cercò in tutti i modi di vendicarsi della sua rivale, ma senza successo. Vi racconterò uno degli episodi più comici a titolo esemplificativo. Erano insieme in campagna con diversi gentiluomini del vicinato, tra cui il suddetto giovane. Un giorno la contessa di Menthon disse a uno di questi signori che la signora de Warens non era altro che una donna frivola; che non aveva alcun gusto, che si vestiva in modo ridicolo, che si copriva il collo come una borghese. Quanto all’ultimo punto, l’uomo, che era molto spiritoso, le rispose: “Ha le sue ragioni. So per certo che ha un grosso ratto attaccato al seno. Un ratto così simile da sembrare che corra davvero, ” L’odio, proprio come l’amore, rende le persone credulone. La contessa di Menthon decise quindi di sfruttare questa “scoperta”; un giorno, mentre mia madre era a giocare con quel traditore favorito della signora, lei ne approfittò per avvicinarsi furtivamente da dietro e, rovesciando leggermente la sedia di mia madre, riuscì ad “scoprire” il suo fazzoletto. Ma al posto del grosso ratto, il signore vide qualcosa di completamente diverso. Qualcosa che non era certo facile d’oubliare. E questo non andò affatto a genio alla contessa.
Non ero certo il tipo di persona adatto a interessare Madame de Menthon, che desiderava soltanto avere intorno a sé persone brillanti. Tuttavia, mi prestò un po’ di attenzione, non per il mio aspetto – di cui certamente non le importava affatto – ma per l’intelligenza che si supponeva possedessi e che avrebbe potuto rendermi utile ai suoi scopi. Lei aveva un certo gusto per la satira: le piaceva comporre canzoni e versi su coloro che le dispiacevano. Se avesse ritenuto che possedessi abbastanza talento per aiutarla nella stesura di tali testi, e abbastanza disponibilità per scriverli, molto probabilmente avremmo messo Chambéry sottosopra in poco tempo. Si sarebbe risalita alla fonte di quei libelli; Madame de Menthon si sarebbe salvata sacrificandomi, e io, forse, avrei trascorso il resto della mia vita rinchiuso, imparando a comporre versi adatti alle dame.
Fortunatamente nulla di tutto ciò accadde. La signora de Menthon mi invitò a cena due o tre volte per chiacchierare con me, ma concluse che non fossi altro che uno sciocco. Lo sentivo anch’io e ne soffrivo, invidiando i talenti del mio amico Venture; invece avrei dovuto ringraziare la mia stupidità per i pericoli che mi evitava. Per la signora de Menthon rimasi soltanto il maestro di canto di sua figlia, e nient’altro. Ma visi tranquillamente e sempre ben accetto a Chambéry. Questo era meglio che essere considerato un “intelligente” per lei e un “serpente” per il resto del paese.
In ogni caso, mia madre capì che, per salvarmi dal pericolo della mia giovane età, era giunto il momento di trattarmi come un uomo, e così fece, ma in un modo del tutto singolare, mai immaginato da nessuna donna in una simile circostanza[64]. Le sembrava di avere un tono più serio e i suoi discorsi più morali del solito. La gaiezza spensierata con cui di solito mi impartiva le sue istruzioni fu improvvisamente sostituita da un tono costante, né familiare né severo, ma che sembrava preludere a una spiegazione importante. Dopo aver inutilmente cercato nella mia mente la ragione di questo cambiamento, gliela chiesi, ed era proprio ciò che lei aspettava. Mi propose di fare una passeggiata nel piccolo giardino il giorno seguente; vi andammo subito la mattina seguente. Aveva preso tutte le precauzioni affinché fossimo lasciati soli per l’intera giornata, e la utilizzò per prepararmi alle “bontà” che voleva farmi, non, come fanno altre donne, con moine e civetterie, ma attraverso conversazioni piene di sentimento e ragione[65], più adatte a istruirmi che a sedurmi, e che parlavano più al mio cuore che ai miei sensi. Tuttavia, per quanto eccellenti e utili fossero questi discorsi, e nonostante non fossero affatto freddi o tristi, non vi prestai tutta l’attenzione che meritavano, né li ricordo nella mia memoria come avrei fatto in altri momenti. Il suo modo di comportarsi, quel tono apparentemente preparatorio, mi aveva messo in ansia, mentre lei parlava, io ero distratto e pensieroso, meno attento a ciò che diceva che alla ricerca di ciò che realmente voleva comunicarmi. E non appena ne capii il senso – il che non fu facile – la novità di quell’idea, che da quando vivevo con lei non mi era mai venuta in mente nemmeno una volta, mi assorbì completamente, impedendomi di prestare attenzione a ciò che stava dicendo.
Pensavo solo a lei e non la ascoltavo.
Cercare di attirare l’attenzione dei giovani su ciò che si vuole loro dire mostrando loro, alla fine, un oggetto di grande interesse per loro rappresenta uno degli errori più comuni tra gli insegnanti; anch’io non ne sono stato esente nel mio “Émile”. Il giovane, colpito dall’oggetto che gli viene presentato, si concentra soltanto su esso e ignora completamente i discorsi preliminari per andare subito là dove lo si conduce troppo lentamente secondo i suoi desideri. Quando si vuole attirare la sua attenzione, non bisogna lasciarsi influenzare in anticipo. Ed è proprio in questo che mia madre commise un errore. A causa della sua mentalità sistematica, prese la precauzione – pur inutile – di stabilire delle condizioni; ma non appena ne compresi il vero significato, non le ascoltai nemmeno e accettai immediatamente tutto ciò che mi veniva proposto. Dubito persino che esista al mondo un uomo abbastanza franco o coraggioso da osare negoziare in una situazione del genere. E una sola donna che possa perdonarglielo se lo avesse fatto. Per la stessa stranezza di carattere, mia madre impose alle nostre condizioni accordi molto formali e mi diede otto giorni per pensarci. Di cui le assicurai falsamente che non ne avevo bisogno: perché, per completare questa serie di stranezze, fui davvero felice di poter prendere del tempo per rifletterci. Tanta era la novità di queste idee e il senso di sconvolgimento interiore che provavo!
Si potrebbe pensare che quei otto giorni mi siano durati otto secoli. Niente affatto; anzi, avrei voluto che durassero davvero così a lungo. Non so come descrivere lo stato in cui mi trovavo: pieno di un certo terrore mescolato all’impazienza, temevo ciò che desideravo tanto da cercare spesso, nella mia mente, qualche modo onesto per evitare di essere felice. Si immagini il mio temperamento appassionato e lussurioso, il mio sangue infuocato, il mio cuore inebriato d’amore, la mia forza, la mia salute, la mia età. Si pensi che, in questo stato alterato di desiderio per le donne, non ne avessi ancora avvicinata nessuna; che l’immaginazione, il bisogno, la vanità, la curiosità si unissero tutte per alimentare in me quel ardente desiderio di essere uomo e di apparirlo. E soprattutto si ricordi che il mio affetto profondo e tenero per lei, invece di attenuarsi, era aumentato giorno dopo giorno; che ero felice soltanto quando le ero vicino; che mi allontanavo da lei solo per pensare a lei; che il mio cuore era pieno non solo delle sue gentilezze, del suo carattere affabile, ma anche del suo sesso, della sua figura, della sua persona. Insomma, di tutto ciò che poteva renderla cara per me. E si creda pure che, nonostante avessi dieci o dodici anni in meno di lei, lei non fosse invecchiata o non mi sembrasse tale. Da cinque o sei anni che provavo sentimenti così dolci al suo primo sguardo, lei era davvero cambiata molto poco e non mi sembrava affatto diversa. Era sempre stata incantevole per me, e lo era ancora per tutti. Solo la sua figura aveva preso un po’ più di rotondità. Ma restavano gli stessi occhi, lo stesso incarnato, lo stesso seno, gli stessi tratti del viso, gli stessi bei capelli biondi, la stessa allegria. Persino la stessa voce, quella voce argentea della giovinezza, che aveva sempre avuto su di me un tale effetto. Che ancora oggi non riesco a sentire senza emozione il suono di una bella voce femminile.
Naturellement, ce que j’avais à craindre dans l’attente de la possession d’une personne si chérie était de l’anticiper, et de ne pouvoir assez gouverner mes désirs et mon imagination pour rester maître de moi-même. On verra que, dans un âge avancé, la seule idée de quelques légères faveurs qui m’attendaient près de la personne aimée, allumait mon sang à tel point, qu’il m’était impossible de faire impunément le court trajet qui me séparait d’elle. Comment, par quel prodige, dans la fleur de ma jeunesse, eus-je si peu d’empressement pour la première jouissance ? Comment pus-je en voir approcher l’heure avec plus de peine que de plaisir ? Comment, au lieu des délices qui devaient m’enivrer, sentais-je presque de la répugnance et des craintes ? Il n’y a point à douter que, si j’avais pu me dérober à mon bonheur avec bienséance, je ne l’eusse fait de tout mon cœur. J’ai promis des bizarreries dans l’histoire de mon attachement pour elle ; en voilà sûrement une à laquelle on ne s’attendait pas[66].
Le lecteur, déjà révolté, juge qu’étant possédée par un autre homme, elle se dégradait à mes yeux en se partageant, et qu’un sentiment de mésestime attiédissait ceux qu’elle m’avait inspirés : il se trompe. Ce partage, il est vrai, me faisait une cruelle peine, tant par une délicatesse fort naturelle, que parce qu’en effet je le trouvais peu digne d’elle et de moi ; mais quant à mes sentiments pour elle, il ne les altérait point, et je peux jurer que jamais je ne l’aimai plus tendrement que quand je désirais si peu de la posséder. Je connaissais trop son cœur chaste et son tempérament de glace pour croire un moment que le plaisir des sens eût aucune part à cet abandon d’elle-même : j’étais parfaitement sûr que le seul soin de m’arracher à des dangers autrement presque inévitables, et de me conserver tout entier à moi et à mes devoirs, lui en faisait enfreindre un qu’elle ne regardait pas du même œil que les autres femmes, comme il sera dit ci-après. Je la plaignais et je me plaignais. J’aurais voulu lui dire : Non, Maman, il n’est pas nécessaire ; je vous réponds de moi sans cela. Mais je n’osais ; premièrement parce que ce n’était pas une chose à dire, et puis parce qu’au fond je sentais que cela n’était pas vrai, et qu’en effet il n’y avait qu’une femme qui pût me garantir des autres femmes et me mettre à l’épreuve des tentations. Sans désirer de la posséder, j’étais bien aise qu’elle m’ôtât le désir d’en posséder d’autres ; tant je regardais tout ce qui pouvait me distraire d’elle comme un malheur.
La longue habitude de vivre ensemble et d’y vivre innocemment, loin d’affaiblir mes sentiments pour elle, les avait renforcés, mais leur avait en même temps donné une autre tournure qui les rendait plus affectueux, plus tendres peut-être, mais moins sensuels. À force de l’appeler Maman, à force d’user avec elle de la familiarité d’un fils, je m’étais accoutumé à me regarder comme tel. Je crois que voilà la véritable cause du peu d’empressement que j’eus de la posséder, quoiqu’elle me fût si chère. Je me souviens très bien que mes premiers sentiments, sans être plus vifs, étaient plus voluptueux. À Annecy, j’étais dans l’ivresse ; à Chambéry, je n’y étais plus. Je l’aimais aussi passionnément qu’il fût possible ; mais je l’aimais plus pour elle et moins pour moi, ou du moins je cherchais plus mon bonheur que mon plaisir auprès d’elle : elle était pour moi plus qu’une sœur, plus qu’une mère, plus qu’une amie, plus même qu’une maîtresse, et c’était pour cela qu’elle n’était pas une maîtresse. Enfin, je l’aimais trop pour la convoiter : voilà ce qu’il y a de plus clair dans mes idées.
Ce jour, plutôt redouté qu’attendu, vint enfin. Je promis tout, et je ne mentis pas. Mon cœur confirmait mes engagements sans en désirer le prix. Je l’obtins pourtant. Je me vis pour la première fois dans les bras d’une femme, et d’une femme que j’adorais. Fus-je heureux ? Non, je goûtai le plaisir. Je ne sais quelle invincible tristesse en empoisonnait le charme. J’étais comme si j’avais commis un inceste. Deux ou trois fois, en la pressant avec transport dans mes bras, j’inondai son sein de mes larmes. Pour elle, elle n’était ni triste ni vive ; elle était caressante et tranquille. Comme elle était peu sensuelle et n’avait point recherché la volupté, elle n’en eut pas les délices et n’en a jamais eu les remords.
Je le répète : toutes ses fautes lui vinrent de ses erreurs, jamais de ses passions. Elle était bien née, son cœur était pur, elle aimait les choses honnêtes, ses penchants étaient droits et vertueux, son goût était délicat ; elle était faite pour une élégance de mœurs qu’elle a toujours aimée, et qu’elle n’a jamais suivie, parce qu’au lieu d’écouter son cœur, qui la menait bien, elle écouta sa raison, qui la menait mal. Quand des principes faux l’ont égarée, ses vrais sentiments les ont toujours démentis : mais malheureusement elle se piquait de philosophie, et la morale qu’elle s’était faite gâta celle que son cœur lui dictait.
M. de Tavel, son premier amant, fut son maître de philosophie, et les principes qu’il lui donna furent ceux dont il avait besoin pour la séduire. La trouvant attachée à son mari, à ses devoirs, toujours froide, raisonnante, et inattaquable par les sens, il l’attaqua par des sophismes, et parvint à lui montrer ses devoirs auxquels elle était si attachée comme un bavardage de catéchisme fait uniquement pour amuser les enfants, l’union des sexes comme l’acte le plus indifférent en soi, la fidélité conjugale comme une apparence obligatoire dont toute la moralité regardait l’opinion, le repos des maris comme la seule règle du devoir des femmes, en sorte que des infidélités ignorées, nulles pour celui qu’elles offensaient, l’étaient aussi pour la conscience ; enfin il lui persuada que la chose en elle-même n’était rien, qu’elle ne prenait d’existence que par le scandale, et que toute femme qui paraissait sage, par cela seul l’était en effet. C’est ainsi que le malheureux parvint à son but en corrompant la raison d’un enfant dont il n’avait pu corrompre le cœur. Il en fut puni par la plus dévorante jalousie, persuadé qu’elle le traitait lui-même comme il lui avait appris à traiter son mari. Je ne sais s’il se trompait sur ce point. Le ministre Perret passa pour son successeur. Ce que je sais, c’est que le tempérament froid de cette jeune femme, qui l’aurait dû garantir de ce système, fut ce qui l’empêcha dans la suite d’y renoncer. Elle ne pouvait concevoir qu’on donnât tant d’importance à ce qui n’en avait point pour elle. Elle n’honora jamais du nom de vertu une abstinence qui lui coûtait si peu.
Elle n’eût donc guère abusé de ce faux principe pour elle-même ; mais elle en abusa pour autrui, et cela par une autre maxime presque aussi fausse, mais plus d’accord avec la bonté de son cœur. Elle a toujours cru que rien n’attachait tant un homme à une femme que la possession, et quoiqu’elle n’aimât ses amis que d’amitié, c’était d’une amitié si tendre, qu’elle employait tous les moyens qui dépendaient d’elle pour se les attacher plus fortement. Ce qu’il y a d’extraordinaire est qu’elle a presque toujours réussi. Elle était si réellement aimable que plus l’intimité dans laquelle on vivait avec elle était grande, plus on y trouvait de nouveaux sujets de l’aimer. Une autre chose digne de remarque est qu’après sa première faiblesse elle n’a guère favorisé que des malheureux ; les gens brillants ont tous perdu leur peine auprès d’elle : mais il fallait qu’un homme qu’elle commençait par plaindre fût bien peu aimable si elle ne finissait par l’aimer. Quand elle se fit des choix peu dignes d’elle, bien loin que ce fût par des inclinations basses, qui n’approchèrent jamais de son noble cœur, ce fut uniquement par son cœur trop généreux, trop humain, trop compatissant, trop sensible, qu’elle ne gouverna pas toujours avec assez de discernement.
Naturally, what I feared most while awaiting the moment of being with such a beloved person was that I might anticipate those moments too early and fail to control my desires and imagination enough to remain in control of myself. As one will see, even in old age, the mere thought of some slight favors awaiting me near the person I loved would set my blood ablaze to such an extent that I could not endure the short distance separating us. How is it possible—by what miracle—that in the prime of my youth, I felt so little eagerness for that first moment of pleasure? How could I regard its approach with more dread than joy? Instead of feeling delight, I was filled with aversion and fear. There is no doubt that if I had been able to escape my happiness in a proper manner, I would have done so with all my heart. I have promised to tell some strange stories about my devotion to her; this is surely one of them that no one could have expected[66].
The reader, already outraged, might think that since she was possessed by another man, her actions degraded her in my eyes as she shared herself with him, and that a sense of self-loathing must have weakened the feelings she once inspired in me—but he is mistaken. Indeed, such sharing caused me great pain, both out of a naturally sensitive nature and because I truly felt it was unworthy of her and of me; but as for my feelings toward her, it did not alter them in the slightest. I can swear that I never loved her more tenderly than when I desired her so little. I knew too well how chaste her heart and how reserved her temperament were to believe for a moment that sensual pleasure had any role in her decision to surrender herself to me. I was absolutely certain that her sole concern was to save me from what would otherwise have been almost inevitable dangers and to preserve myself entirely for myself and my duties—this made her disregard such sacrifices in a way that other women would not have done, as will be explained later. I pitied her, and I pitied myself too. I wished I could tell her: “No, Mother, it is not necessary; I can guarantee you my integrity without that.” But I did not dare; firstly because such a thing was not appropriate to say, and secondly because, in truth, I felt it was not true at all. Only one woman could truly guarantee me against the temptations of others. Without desiring to possess her myself, I was glad that she removed from me the desire to possess any other; for I regarded anything that might distract me from her as a great misfortune.
The long habit of living together and doing so in innocence had not weakened my feelings for her; on the contrary, it had strengthened them. Yet it had also given them a different character, making them more affectionate, perhaps even more tender—but less sensual. By calling her “Mom” and treating her with the familiarity of a son, I had come to regard myself as such. I believe this is the true reason why I was not so eager to possess her, even though she was so dear to me. I remember very well that my initial feelings, although not more intense, were indeed more passionate. In Annecy, I was in a state of ecstasy; in Chambéry, I was no longer. I loved her with all the passion possible—but I loved her more for her sake than for my own. Or rather, I sought her happiness more than my own pleasure. To me, she was more than a sister, more than a mother, more than a friend—even more than a lover; and precisely because of this, she was not merely a lover. In short, I loved her too much to desire her in a sensual way. That is what is most clear in my thoughts.
That day, long feared rather than anticipated, finally arrived. I promised everything, and I did not lie. My heart affirmed my commitments without desiring the price for them. Yet I obtained it anyway. For the first time, I found myself in the arms of a woman—a woman whom I adored. Was I happy? No; I experienced pleasure. Some invincible sadness tainted its sweetness. It was as if I had committed incest. Once or twice, as I held her tightly in my arms, tears streamed down her chest. For her, there was neither sorrow nor excitement; she was gentle and calm. Since she was so unappetent for sensual pleasures and had never sought them, she neither enjoyed them nor later regretted them.
I repeat it: all her faults stemmed from her mistakes, never from her passions. She was born into a good family; her heart was pure; she loved honest things; her inclinations were upright and virtuous; her tastes were delicate. She was destined for an elegance of manners that she always admired but never pursued, for instead of listening to her heart—which would have led her on the right path—she listened to her reason, which led her astray. When false principles misled her, her true feelings always refuted them; yet unfortunately, she took great pride in her so-called “philosophy,” and the morality she had devised for herself ruined that which her heart was telling her.
Mr. de Tavel, her first lover, was also her philosophy teacher, and the principles he imparted to her were precisely those she needed in order to be seduced. Seeing that she was devoted to her husband, to her duties, always cold, rational, and impervious to sensual allure, he resorted to sophistry to attack her beliefs. He managed to make her regard the duties she held so dear as nothing more than trivialities meant solely to amuse children; to see the union of the sexes as an act devoid of any true significance; to consider marital fidelity merely a superficial obligation governed by public opinion; and to regard the rest of a husband’s life as the only proper role for a woman. In this way, he convinced her that reality itself was nothing but a pretext for scandal, and that any woman who appeared virtuous was indeed virtuous—just because she conformed to these false beliefs. Thus, this unfortunate man achieved his goal by corrupting the reasoning of a young woman whose heart he had been unable to manipulate. He was punished in turn by intense jealousy, convinced that she treated him in just the same way he had taught her to treat her husband. I do not know whether he was wrong in this belief. Minister Perret was regarded as his successor. What I am certain of is that the cold temperament of this young woman—which might have protected her from such ideas—was precisely what prevented her from abandoning them later on. She could never understand why anyone would attach so much importance to things that held no meaning for her. She never regarded abstinence as a virtue, since it posed her with so little difficulty.
She would thus have made little abuse of this false principle for her own sake; but she abused it for the sake of others—and this through another maxim, almost as false but more in line with the kindness of her heart. She always believed that nothing bound a man to a woman more firmly than possession; and although she loved her friends only out of friendship, it was such a tender friendship that she employed every means within her power to bind them to her even more closely. What is extraordinary is that she almost always succeeded. She was so genuinely kind that the greater the intimacy of one’s relationship with her, the more reasons one found to love her even more. Another thing worth noting is that, after her first lapse in judgment, she mostly favored unfortunate people; all those who were brilliant or successful lost their chances with her. But it would be impossible for a man whom she began by sympathizing with to not end up being loved by her. When she made choices that were not worthy of her, it was far from because of any base inclinations—such things could never have approached her noble heart—but solely because her heart was too generous, too compassionate, too empathetic, too sensitive. It was precisely because of these qualities that she sometimes failed to exercise sufficient discretion in her decisions.
Naturalmente, ciò che temevo nell’attesa di possedere una persona così cara era proprio di anticipare quel momento e di non riuscire a controllare a sufficienza i miei desideri e la mia immaginazione per rimanere padrone di me stesso. Si vedrà che, in età avanzata, solo il pensiero di alcune piccole attenzioni che mi aspettavano vicino alla persona amata bastava a infuocare il mio sangue al punto che diventava impossibile per me compiere senza conseguenze quel breve tragitto che mi separava da lei. Come è possibile, in piena giovinezza, provare così poco desiderio per la prima volta che si sperimenta un piacere del genere? Come posso aver visto avvicinarsi quell’ora con più timore che gioia? Invece dei piaceri che avrebbero dovuto inebriarmi, provavo quasi repulsione e paura. Non c’è dubbio che, se avessi potuto sfuggire al mio destino felice con dignità, l’avrei fatto con tutto il cuore. Ho promesso di raccontare storie strane riguardo al mio attaccamento per lei; questa ne è sicuramente una a cui nessuno si aspettava[66].
Il lettore, già indignato, ritiene che, essendo posseduta da un altro uomo, lei si degradasse ai miei occhi condividendosi con lui, e che un sentimento di disprezzo offuscasse quelli che lei aveva suscitato in me. Si sbaglia. È vero, questa condivisione mi causava una profonda sofferenza, sia per una delicatezza del tutto naturale, sia perché effettivamente la ritenevo poco degna di lei e di me; ma quanto ai miei sentimenti per lei, essa non li alterava affatto, e posso giurare che mai l’ho amata con maggiore tenerezza di quando desideravo così poco possederla. Conoscevo troppo bene il suo cuore puro e il suo carattere freddo per credere anche solo per un momento che il piacere dei sensi avesse qualche ruolo in questo suo “abbandono di sé”: ero assolutamente certo che l’unico scopo del suo comportamento fosse quello di salvarmi da pericoli quasi inevitabili e di preservarmi interamente per me stesso e per i miei doveri. Un pericolo che lei non considerava allo stesso modo delle altre donne, come verrà detto in seguito. La compiansi. E mi compiansi anch’io. Avrei voluto dirle: “No, Mamma. Non è necessario; ti assicuro io di me stesso”. Ma non osavo. Prima di tutto perché non era una cosa da dire. E poi perché, in fondo, sentivo che non era vero. C’era soltanto una donna che avrebbe potuto garantirmi contro le altre donne e mettermi alla prova davanti alle tentazioni. Senza desiderare di possederla, ero felice che lei mi togliesse il desiderio di possedere altre donne. Tutto ciò che poteva distogliermi da lei lo consideravo una sfortuna.
L’abitudine consolidata di vivere insieme e di farlo in modo innocente non aveva affatto indebolito i miei sentimenti per lei, anzi li aveva rafforzati; tuttavia, questi sentimenti avevano assunto una forma diversa, rendendoli più affettuosi, forse anche più teneri, ma meno sensuali. Chiamandola continuamente “Mamma” e trattandola con la familiarità tipica di un figlio, mi ero abituato a considerarmi tale. Credo che questa sia la vera ragione per cui non provavo alcuna fretta di possederla, nonostante fosse così cara per me. Ricordo molto bene che i miei primi sentimenti, sebbene meno intensi, erano più appassionati. Ad Annecy ero in preda all’estasi; a Chambéry, non lo ero più. L’amavo con tutta la passione possibile; ma l’amavo di più per lei e meno per me stesso. O meglio: cercavo più il mio bene che il mio piacere al suo fianco. Per me, lei era qualcosa di più di una sorella, di una madre, di un’amica, persino di una amante. E proprio per questo motivo, non era affatto una semplice amante. In definitiva, l’amavo troppo per desiderarla. Questo è ciò che risulta più chiaro dalle mie riflessioni.
Quel giorno, più temuto che atteso, finalmente arrivò. Promisi tutto, e non mentii. Il mio cuore confermava le mie promesse senza desiderare il prezzo che ne derivava. Eppure lo ottenni. Per la prima volta mi trovai tra le braccia di una donna, e di una donna che amavo profondamente. Ero felice? No: provai piacere. Ma una tristezza invincibile avvelenava quel momento. Mi sentivo come se avessi commesso un incesto. Due o tre volte, stringendola forte tra le braccia, versai lacrime sul suo seno. Per lei, non c’era né tristezza né gioia; era solo dolce e tranquilla. Poiché non era affatto sensuale e non aveva mai cercato il piacere, non ne provò mai le delizie. E nemmeno i rimorsi.
Lo ripeto: tutti i suoi errori derivavano dalle sue azioni sbagliate, mai dalle sue passioni. Era nata in una buona famiglia, il suo cuore era puro; amava le cose oneste, i suoi inclini erano retti e virtuosi, il suo gusto era raffinato. Era fatta per un comportamento elegante, che amava sempre, ma che mai seguì, perché invece di ascoltare il proprio cuore, che la guidava nella retta via, ascoltò la propria ragione, che la portava sulla strada sbagliata. Quando principi falsi la fecero deviare, i suoi veri sentimenti li smentirono sempre; ma purtroppo si vantava di essere filosofica, e la morale che si era imposta rovinò quella che il suo cuore le suggeriva.
Il signor de Tavel, il suo primo amante, fu anche il suo insegnante di filosofia; i principi che le insegnò erano proprio quelli di cui aveva bisogno per sedurla. Ritenendo che fosse legata a suo marito, ai suoi doveri, sempre fredda, razionale e insensibile alle tentazioni fisiche, egli attaccò la sua ragione con sofismi e riuscì a farle considerare i propri doveri come semplici nozioni di catechismo destinate esclusivamente ad intrattenere i bambini; l’unione tra i sessi come un atto del tutto indifferente in sé; la fedeltà coniugale come una mera apparenza obbligatoria, la cui importanza morale dipendeva soltanto dall’opinione altrui; il riposo del marito come l’unica regola che le donne dovessero seguire. In questo modo, riuscì a farle credere che ciò che per lei non aveva alcun valore diventasse importante solo attraverso lo scandalo, e che qualsiasi donna che sembrasse saggia lo fosse davvero. Così, quel poveruomo raggiunse il suo scopo corrompendo la ragione di una ragazza la cui anima non poté mai essere corrotta. Fu punito dalla gelosia più divorante, convinto che lei lo trattasse esattamente come gli aveva insegnato a trattare suo marito. Non so se si sbagliasse in questo. Il ministro Perret fu considerato il suo successore. Quello che so è che il temperamento freddo di quella giovane donna, che avrebbe dovuto renderla immune a quel sistema, fu proprio ciò che le impedì in seguito di abbandonarlo: lei non riusciva a comprendere perché si desse tanta importanza a qualcosa che per lei non aveva alcun significato; non considerava mai virtuosa quell’astinenza che le costava così poco.
Quindi, lei stessa non abusava molto di questo falso principio; ma lo abusava per gli altri, e ciò seguendo un’altra massima quasi altrettanto falsa, ma più in linea con la bontà del suo cuore. Credeva sempre che nulla legasse tanto un uomo a una donna quanto la possesso, e sebbene amasse i suoi amici soltanto per amicizia, questa amicizia era così tenera che utilizzava tutti i mezzi a sua disposizione per legarsi a loro ancora di più. Quello che è straordinario è che quasi sempre riusciva nel suo intento. Era davvero così affabile che più grande era l’intimità con cui si viveva con lei, più si trovavano nuovi motivi per amarla. Un’altra cosa degna di nota è che, dopo la sua prima debolezza, favorì quasi esclusivamente gli sfortunati; le persone brillanti persero tutti i loro sforzi con lei. Ma era necessario che un uomo di cui inizialmente provava compassione fosse davvero poco meritevole d’amore, se lei non finiva per amarlo comunque. Quando faceva scelte poco degne di sé, non fu mai per inclinazioni basse o volgari, che mai avrebbero potuto toccare il suo nobile cuore. Fu soltanto a causa del suo cuore troppo generoso, troppo umano, troppo compassionevole, troppo sensibile, se non riusciva sempre a governarsi con sufficiente discernimento.
Si quelques principes faux l’ont égarée, combien n’en avait-elle pas d’admirables dont elle ne se départait jamais ! Par combien de vertus ne rachetait-elle pas ses faiblesses, si l’on peut appeler de ce nom des erreurs où les sens avaient si peu de part ! Ce même homme qui la trompa sur un point l’instruisit excellemment sur mille autres ; et ses passions, qui n’étaient pas fougueuses, lui permettant de suivre toujours ses lumières, elle allait bien quand ses sophismes ne l’égaraient pas. Ses motifs étaient louables jusque dans ses fautes ; en s’abusant elle pouvait mal faire, mais elle ne pouvait vouloir rien qui fût mal. Elle abhorrait la duplicité, le mensonge ; elle était juste, équitable, humaine, désintéressée, fidèle à sa parole, à ses amis, à ses devoirs qu’elle reconnaissait pour tels, incapable de vengeance et de haine, et ne concevant pas même qu’il y eût le moindre mérite à pardonner. Enfin, pour revenir à ce qu’elle avait de moins excusable, sans estimer ses faveurs ce qu’elles valaient, elle n’en fit jamais un vil commerce ; elle les prodiguait, mais elle ne les vendait pas, quoiqu’elle fût sans cesse aux expédients pour vivre ; et j’ose dire que si Socrate put estimer Aspasie, il eût respecté Mme de Warens[67].
Je sais d’avance qu’en lui donnant un caractère sensible et un tempérament froid, je serai accusé de contradiction comme à l’ordinaire, et avec autant de raison. Il se peut que la nature ait eu tort et que cette combinaison n’ait pas dû être ; je sais seulement qu’elle a été. Tous ceux qui ont connu Mme de Warens, et dont un si grand nombre existe encore, ont pu savoir qu’elle était ainsi. J’ose même ajouter qu’elle n’a connu qu’un seul vrai plaisir au monde ; c’était d’en faire à ceux qu’elle aimait. Toutefois, permis à chacun d’argumenter là-dessus tout à son aise, et de prouver doctement que cela n’est pas vrai. Ma fonction est de dire la vérité, mais non pas de la faire croire.
J’appris peu à peu tout ce que je viens de dire dans les entretiens qui suivirent notre union, et qui seuls la rendirent délicieuse. Elle avait eu raison d’espérer que sa complaisance me serait utile ; j’en tirai pour mon instruction de grands avantages. Elle m’avait jusqu’alors parlé de moi seul comme à un enfant. Elle commença de me traiter en homme, et me parla d’elle. Tout ce qu’elle me disait m’était si intéressant, je m’en sentais si touché, que, me repliant sur moi-même, j’appliquai à mon profit ses confidences plus que je n’avais fait ses leçons. Quand on sent vraiment que le cœur parle, le nôtre s’ouvre pour recevoir ses épanchements ; et jamais toute la morale d’un pédagogue ne vaudra le bavardage affectueux et tendre d’une femme sensée pour qui l’on a de l’attachement.
L’intimité dans laquelle je vivais avec elle l’ayant mise à portée de m’apprécier plus avantageusement qu’elle n’avait fait, elle jugea que, malgré mon air gauche, je valais la peine d’être cultivé pour le monde, et que, si je m’y montrais un jour sur un certain pied, je serais en état d’y faire mon chemin. Sur cette idée, elle s’attachait non seulement à former mon jugement, mais mon extérieur, mes manières, à me rendre aimable autant qu’estimable, et s’il est vrai qu’on puisse allier les succès dans le monde avec la vertu, ce que pour moi je ne crois pas, je suis sûr au moins qu’il n’y a pour cela d’autre route que celle qu’elle avait prise, et qu’elle voulait m’enseigner. Car Mme de Warens connaissait les hommes et savait supérieurement l’art de traiter avec eux sans mensonge et sans imprudence, sans les tromper et sans les fâcher. Mais cet art était dans son caractère bien plus que dans ses leçons ; elle savait mieux le mettre en pratique que l’enseigner, et j’étais l’homme du monde le moins propre à l’apprendre. Aussi tout ce qu’elle fit à cet égard fut-il, peu s’en faut, peine perdue, de même que le soin qu’elle prit de me donner des maîtres pour la danse et pour les armes. Quoique leste et bien pris dans ma taille, je ne pus apprendre à danser un menuet. J’avais tellement pris, à cause de mes cors, l’habitude de marcher du talon, que Roche ne put me la faire perdre, et jamais avec l’air assez ingambe, je n’ai pu sauter un médiocre fossé. Ce fut encore pis à la salle d’armes. Après trois mois de leçons je tirais encore à la muraille, hors d’état de faire assaut, et jamais je n’eus le poignet assez souple, ou le bras assez ferme, pour retenir mon fleuret quand il plaisait au maître de le faire sauter. Ajoutez que j’avais un dégoût mortel pour cet exercice et pour le maître qui tâchait de me l’enseigner. Je n’aurais jamais cru qu’on pût être si fier de l’art de tuer un homme. Pour mettre son vaste génie à ma portée, il ne s’exprimait que par des comparaisons tirées de la musique qu’il ne savait point. Il trouvait des analogies frappantes entre les bottes de tierce et de quarte et les intervalles musicaux du même nom. Quand il voulait faire une feinte, il me disait de prendre garde à ce dièse, parce qu’anciennement les dièses s’appelaient des feintes ; quand il m’avait fait sauter de la main mon fleuret, il disait en ricanant que c’était une pause. Enfin je ne vis de ma vie un pédant plus insupportable que ce pauvre homme avec son plumet et son plastron.
Je fis donc peu de progrès dans mes exercices, que je quittai bientôt par pur dégoût ; mais j’en fis davantage dans un art plus utile, celui d’être content de mon sort, et de n’en pas désirer un plus brillant pour lequel je commençais à sentir que je n’étais pas né. Livré tout entier au désir de rendre à Maman la vie heureuse, je me plaisais toujours auprès d’elle, et quand il fallait m’en éloigner pour courir en ville, malgré ma passion pour la musique, je commençais à sentir la gêne de mes leçons.
J’ignore si Claude Anet s’aperçut de l’intimité de notre commerce. J’ai lieu de croire qu’il ne lui fut pas caché. C’était un garçon très clairvoyant, mais très discret, qui ne parlait jamais contre sa pensée, mais qui ne la disait pas toujours. Sans me faire le moindre semblant qu’il fût instruit, par sa conduite il paraissait l’être, et cette conduite ne venait sûrement pas de bassesse d’âme, mais de ce qu’étant entré dans les principes de sa maîtresse, il ne pouvait désapprouver qu’elle agît conséquemment. Quoique aussi jeune qu’elle, il était si mûr et si grave, qu’il nous regardait presque comme deux enfants dignes d’indulgence, et nous le regardions l’un et l’autre comme un homme respectable dont nous avions l’estime à ménager. Ce ne fut qu’après qu’elle lui fut infidèle que je connus bien tout l’attachement qu’elle avait pour lui. Comme elle savait que je ne pensais, ne sentais, ne respirais que par elle, elle me montrait combien elle l’aimait, afin que je l’aimasse de même, et elle appuyait encore moins sur son amitié pour lui que sur son estime, parce que c’était le sentiment que je pouvais partager le plus pleinement. Combien de fois elle attendrit nos cœurs et nous fit embrasser avec des larmes, en nous disant que nous étions nécessaires tous deux au bonheur de sa vie ! Et que les femmes qui liront ceci ne sourient pas malignement. Avec le tempérament qu’elle avait, ce besoin n’était pas équivoque : c’était uniquement celui de son cœur.
If a few false principles had led her astray, how many admirable ones did she possess that she never abandoned! How many virtues did they not compensate for her weaknesses—if one could even call those errors virtues, in which the senses played so little part! The very man who deceived her in one regard instructed her excellently in countless others; and since her passions were not fierce, allowing her to always follow the guidance of reason, she fared well whenever her sophisms did not mislead her. Even in her mistakes, her motives were praiseworthy; though she might err through self-deception, she could never intend anything evil. She loathed duplicity and falsehood; she was just, fair, kind, selfless, faithful to her word, to her friends, and to her duties—which she recognized as such. She was incapable of vengeance or hatred, and could not even see any merit in forgiving others. Finally, returning to what in her behavior was less excusable—without overestimating the value of her favors, she never exploited them for personal gain; she gave them freely, but she never sold them, despite constantly having to resort to various means to make ends meet. And I dare say that if Socrates could have appreciated Aspasia, he would have respected Madame de Warens[67] as well.
I know in advance that by endowing her with a sensitive nature and a cold temperament, I will be accused of contradiction, as usual—and with every right to be so. It is possible that nature made a mistake, and that such a combination should not have existed; all I know is that it did. Everyone who knew Madame de Warens—and there are still many who do—can attest to the fact that she was indeed like this. I even dare to add that she knew only one true pleasure in this world: to bring joy to those she loved. Nevertheless, let everyone argue on this matter as they please, and prove with all their eloquence that this is not true. My role is to speak the truth—not to make people believe it.
I gradually learned all that I have just mentioned through the conversations that followed our union—conversations that were the very reason it proved so delightful. She had been right to hope that her compliance would be of some use to me; I gained great benefits from it for my own illuminismo. Until then, she had spoken about me as if I were a child. But now she began to treat me as an adult and told me about herself. Everything she said was so fascinating and moved me so deeply that, turning inward, I made much more use of her confidences than I had of the lessons she taught me. When one truly feels that the heart is speaking, our own hearts open up to receive its expressions; and no amount of moral instruction from a pedagogue can compare to the affectionate, tender words of a sensible woman whom we hold dear.
The intimacy of our relationship allowed her to appreciate me in a way that she had never done before; therefore, she believed that, despite my awkwardness, I was worth cultivating for the world and that if I ever managed to present myself in a decent manner, I would be able to make my way there. With this idea in mind, she not only focused on shaping my judgment but also my appearance, my manners—making me both likable and respectable. And although it is true that one can combine success in the world with virtue (though I personally do not believe this), I am certain that there is no other path to achieve this than the one she had chosen and was determined to teach me. For Madame de Warens knew men well and possessed an extraordinary ability to deal with them—without lying, without imprudence, without deceiving or offending them. Yet this skill was more inherent in her character than something she could simply impart through instruction; she was far better at putting it into practice than at explaining it, and I was certainly the least suited person in the world to learn such things. As a result, all her efforts in this regard were almost entirely in vain, just as were her attempts to find me teachers for dancing and fencing. Despite being agile and of proper build, I was unable to learn how to dance a minuet; due to the constant pressure on my heels from wearing corslets, Roche could not help me break this habit, and I was never able to jump over even the smallest obstacle with any grace. The situation in the fencing school was no better. After three months of lessons, I still couldn’t make a proper attack; my wrist was not flexible enough, nor was my arm strong enough to hold my foil when the instructor demanded it. Moreover, I detested this activity utterly, as well as the teacher who tried to teach me it. I could never have imagined that anyone could take pride in the art of killing a man. To make his profound knowledge more accessible to me, he resorted to comparisons drawn from music—which he himself did not understand. He found striking analogies between the musical intervals of “tierce” and “quarte” and the corresponding steps in dancing; when he wanted to demonstrate a feint, he would tell me to be careful with that particular step, claiming that in ancient times such steps were actually called “feints.” After making me jump my foil away from him, he would laugh and say it was just a brief pause. In short, I never met a more unbearable pedant in my life than that poor man—with his feather hat and his padded jacket.
Therefore, I made little progress with my exercises and soon abandoned them out of sheer disgust; but I made more progress in a far more useful art: learning to be content with my lot and not to desire a brighter fate for which I began to realize that I was not born destined. Devoted entirely to the wish of making my mother happy, I always enjoyed her company, and when it was necessary for me to leave her in order to go to town, despite my passion for music, I began to find my lessons rather troublesome.
I do not know whether Claude Anet was aware of the intimacy of our relationship. I have reason to believe that it was not hidden from him. He was a very perceptive but also very discreet young man who never spoke against his own convictions, though he did not always express them openly. Without ever giving any hint that he was informed about what was going on, his behavior suggested otherwise—and such behavior surely stemmed not from any baseness of character, but rather from the fact that, having embraced his mistress’s principles, he could not possibly disapprove of her actions. Despite being so young, he was so mature and serious that he regarded us almost as two children worthy of indulgence; we, in turn, saw him as a respectable man whose respect we wanted to maintain. It was only after she became unfaithful to him that I fully realized the depth of her attachment to him. Knowing that my thoughts, feelings, and very existence were centered around her, she showed me how much she loved him, in order to encourage my love for her as well. Moreover, she placed even more emphasis on his friendship with her than on her respect for him, because that was the sentiment I could most readily share with her. How many times did she move our hearts and make us kiss each other through tears, telling us how both of us were indispensable to the happiness of her life! And let those women who read this not smile maliciously—given her temperament, such a need was anything but ambiguous; it was purely the expression of the truth of her heart.
Se alcuni principi errati l’hanno ingannata, quante altre principesse meravigliose seguiva sempre fedelmente! Con quante virtù compensava le sue debolezze, anche se si potessero chiamare “errori” quelle decisioni in cui i sens avevano ben poco ruolo. Quell’uomo stesso che la ingannò su un punto, l’insegnò eccellentemente su mille altri; e le sue passioni, non essendo troppo violente, le permettevano di seguire sempre la “luce della ragione”. Se i suoi sofismi non la distoglievano dal giusto cammino, andava bene. I suoi motivi erano lodevoli anche nei suoi errori: poteva sbagliare nell’agire, ma non avrebbe mai voluto nulla di male. Odiava la doppiezza e il mentire; era giusta, equa, umana, disinteressata, fedele alle sue promesse, ai suoi amici, ai suoi doveri, incapace di vendetta o odio, e non riconosceva nemmeno il minimo merito nel perdonare. Infine, per tornare a ciò che in lei era meno scusabile, senza sopravvalutare i suoi favori, non ne fece mai un cattivo uso; li donava generosamente, ma non li vendeva, anche se spesso doveva ricorrere a mezzi disonorevoli per vivere. E oso dire che, se anche Socrate poté apprezzare Aspasia, avrebbe rispettato senz’altro Madame de Warens[67].
So già che, attribuendole un carattere sensibile e un temperamento freddo, verrò accusato di contraddizione, come al solito, e con altrettanta ragione. È possibile che la natura abbia commesso un errore, e che questa combinazione non fosse destinata ad esistere; so soltanto che è esistita. Tutti coloro che hanno conosciuto Madame de Warens – e ne esiste ancora una grande quantità – possono testimoniare che era proprio così. Oso persino aggiungere che lei ha conosciuto un solo vero piacere al mondo: quello di procurarlo a coloro che amava. Tuttavia, lascio che ognuno argomenti liberamente su questo argomento e provi in modo “dotto” che ciò non sia vero. La mia funzione è dire la verità, ma non quella di farla credere agli altri.
Imparai gradualmente tutto ciò che ho appena detto attraverso i colloqui che seguirono il nostro incontro, e che furono gli unici ad renderlo davvero delizioso. Lei aveva avuto ragione ad sperare che la sua disponibilità potesse essermi utile; ne trassi grandi benefici per la mia formazione personale. Fino ad allora mi aveva parlato di me stesso come se fossi un bambino; iniziò invece a trattarmi da uomo e a raccontarmi di sé. Tutto ciò che mi diceva era così interessante, mi colpiva così profondamente, che, riflettendo su quelle parole, ne trassi maggior beneficio di quanto avessi tratto dalle sue lezioni. Quando si percepisce davvero che è il cuore a parlare, il proprio cuore si apre per accogliere tali confidenze; e nessuna dottrina pedagogica potrà mai eguagliare la conversazione affettuosa e tenera di una donna sensata, verso cui si prova un vero affetto.
L’intimità nella quale vivevo con lei mi permise di farmi apprezzare in modo migliore di quanto avesse fatto prima; quindi lei concluse che, nonostante il mio aspetto goffo, valeva la pena coltivarmi per il mondo e che, se un giorno fossi riuscito a comportarmi adeguatamente, avrei potuto avere successo. Basandosi su questa idea, si impegnò non solo a formare il mio giudizio, ma anche il mio aspetto esteriore, i miei modi di comportamento, per rendermi attraente e stimabile allo stesso tempo. E se è vero che si possano combinare successo nel mondo e virtù – cosa che io personalmente non credo – sono certo che non esista altra strada se non quella che lei aveva scelto e che voleva insegnarmi. Infatti, la signora de Warens conosceva bene gli uomini e sapeva perfettamente come trattarli senza bugie né imprudenze, senza ingannarli né offenderli. Ma quest’arte faceva parte del suo carattere più che delle sue lezioni: lei era molto meglio nella pratica che nell’insegnamento, e io ero sicuramente l’uomo meno adatto a impararla. Pertanto, tutto ciò che fece in questo senso risultò quasi inutile, così come i suoi sforzi per farmi prendere lezioni di danza e di scherma. Nonostante fossi agile e di statura media, non riuscii mai a imparare a ballare il menuet; a causa dei miei tacchi alti, ero abituato a camminare sul tacco e Roche non riuscì a farmi cambiare questa abitudine. Inoltre, non fui mai in grado di saltare un fossato, nemmeno con l’aria più aggraziata. La situazione alla sala d’armi fu ancora peggiore: dopo tre mesi di lezioni, riuscivo a malapena a sparare contro il muro, senza essere in grado di sferrare attacchi efficaci; inoltre, non avevo mai abbastanza agilità nel polso né forza nel braccio per trattenere il mio fioretto quando il maestro lo faceva volare via. In più, provavo un disgusto profondo per questo esercizio e per il maestro che cercava di insegnarmelo. Non avrei mai creduto che si potesse essere così orgogliosi dell’arte di uccidere un uomo. Per rendere il suo vasto sapere accessibile a me, lui lo esprimeva soltanto attraverso paragoni tratti dalla musica, che però non conosceva bene. Trovava analogie sorprendenti tra le “botte di terza e quarta” e gli intervalli musicali omonimi; quando voleva farmi fare una finta, mi diceva di stare attento a quel “dièse”, perché un tempo i “dièses” venivano chiamati proprio “finte”; quando riusciva a far volare via il mio fioretto, rideva dicendo che si trattava di una “pausa”. Infine, non ho mai visto in vita mia un pedante più insopportabile di quel poveruomo con il suo pennacchio e il suo pettorale.
Quindi feci pochi progressi nei miei esercizi, che abbandonai presto per pura noia; invece ne feci di maggiori in un’arte molto più utile: quella di essere soddisfatto del mio destino e di non desiderare uno più brillante, per il quale cominciavo a rendermi conto di non essere nato. Dedicandomi interamente al desiderio di rendere felice mia madre, mi divertivo sempre in sua compagnia; e quando dovevo allontanarmi per recarmi in città, nonostante la mia passione per la musica, iniziavo a sentire il disagio causato dalle mie lezioni.
Non so se Claude Anet si rendesse conto dell’intimità dei nostri rapporti. Ho motivo di credere che non gli fossero nascosti. Era un ragazzo molto perspicace, ma anche molto discreto: non parlava mai contro le sue convinzioni, ma nemmeno le esprimeva sempre apertamente. Senza dare alcun segno di essere a conoscenza di certe cose, il suo comportamento faceva pensare che lo fosse; e tale comportamento sicuramente non derivava da bassezze d’animo, ma dal fatto che, essendo entrato nei principi della sua padrona, non poteva che approvare il modo in cui lei agiva. Nonostante fosse così giovane, era già molto maturo e serio; ci considerava quasi due bambini degni di indulgenza, mentre noi lo vedevamo come un uomo rispettabile il cui affetto andava preservato con cura. Fu solo dopo che lei gli fu infedele che compresi appieno quanto fosse profondo il suo attaccamento per lui. Poiché sapeva che io pensavo, sentivo e vivevo esclusivamente per lei, mi dimostrava quanto lo amasse, affinché anch’io lo amassi allo stesso modo; inoltre, dava ancora più importanza alla sua amicizia con lui che al suo rispetto per me, perché questo era il sentimento che potevo condividere pienamente con lei. Quante volte ci commuoveva fino alle lacrime, dicendoci che entrambi eravamo indispensabili per la felicità della sua vita. E che le donne che leggeranno queste parole non dovrebbero sorridere in modo malizioso. Data la sua natura, tale bisogno non era affatto ambiguo: era esclusivamente il risultato dei sentimenti sinceri del suo cuore.
Ainsi s’établit entre nous trois une société sans autre exemple peut-être sur la terre. Tous nos vœux, nos soins, nos cœurs, étaient en commun. Rien n’en passait au-delà de ce petit cercle. L’habitude de vivre ensemble et d’y vivre exclusivement devint si grande, que si dans nos repas un des trois manquait ou qu’il vînt un quatrième, tout était dérangé, et, malgré nos liaisons particulières, les tête-à-tête nous étaient moins doux que la réunion. Ce qui prévenait entre nous la gêne était une extrême confiance réciproque, et ce qui prévenait l’ennui était que nous étions tous fort occupés. Maman, toujours projetante et toujours agissante, ne nous laissait guère oisifs ni l’un ni l’autre, et nous avions encore chacun pour notre compte de quoi bien remplir notre temps. Selon moi, le désœuvrement n’est pas moins le fléau de la société que celui de la solitude. Rien ne rétrécit plus l’esprit, rien n’engendre plus de riens, de rapports, de paquets, de tracasseries, de mensonges, que d’être éternellement renfermés vis-à-vis les uns des autres dans une chambre, réduits pour tout ouvrage à la nécessité de babiller continuellement. Quand tout le monde est occupé, l’on ne parle que quand on a quelque chose à dire, mais quand on ne fait rien, il faut absolument parler toujours, et voilà de toutes les gênes la plus incommode et la plus dangereuse. J’ose même aller plus loin, et soutiens que pour rendre un cercle vraiment agréable, il faut non seulement que chacun y fasse quelque chose, mais quelque chose qui demande un peu d’attention. Faire des nœuds, c’est ne rien faire, et il faut tout autant de soin pour amuser une femme qui fait des nœuds que celle qui tient les bras croisés. Mais quand elle brode, c’est autre chose ; elle s’occupe assez pour remplir les intervalles du silence. Ce qu’il y a de choquant, de ridicule, est de voir pendant ce temps une douzaine de flandrins se lever, s’asseoir, aller, venir, pirouetter sur leurs talons, retourner deux cents fois les magots de la cheminée, et fatiguer leur minerve à maintenir un intarissable flux de paroles : la belle occupation ! Ces gens-là, quoi qu’ils fassent, seront toujours à charge aux autres et à eux-mêmes. Quand j’étais à Môtiers, j’allais faire des lacets chez mes voisines, si je retournais dans le monde, j’aurais toujours dans ma poche un bilboquet, et j’en jouerais toute la journée pour me dispenser de parler quand je n’aurais rien à dire. Si chacun en faisait autant, les hommes deviendraient moins méchants, leur commerce deviendrait plus sûr, et je pense, plus agréable. Enfin, que les plaisants rient, s’ils veulent, mais je soutiens que la seule morale à la portée du présent siècle est la morale du bilboquet.
Au reste, on ne nous laissait guère le soin d’éviter l’ennui par nous-mêmes ; et les importuns nous en donnaient trop par leur influence, pour nous en laisser quand nous restions seuls. L’impatience qu’ils m’avaient donnée autrefois n’était pas diminuée, et toute la différence était que j’avais moins de temps pour m’y livrer. La pauvre Maman n’avait point perdu son ancienne fantaisie d’entreprises et de systèmes. Au contraire, plus ses besoins domestiques devenaient pressants, plus, pour y pourvoir, elle se livrait à ses visions. Moins elle avait de ressources présentes, plus elle s’en forgeait dans l’avenir. Le progrès des ans ne faisait qu’augmenter en elle cette manie ; et à mesure qu’elle perdait le goût des plaisirs du monde et de la jeunesse, elle le remplaçait par celui des secrets et des projets. La maison ne désemplissait pas de charlatans, de fabricants, de souffleurs, d’entrepreneurs de toute espèce, qui, distribuant par millions la fortune, finissaient par avoir besoin d’un écu. Aucun ne sortait de chez elle à vide, et l’un de mes étonnements est qu’elle ait pu suffire aussi longtemps à tant de profusions sans en épuiser la source, et sans lasser ses créanciers.
Le projet dont elle était le plus occupée au temps dont je parle, et qui n’était pas le plus déraisonnable qu’elle eût formé, était de faire établir à Chambéry un Jardin royal de plantes, avec un démonstrateur appointé, et l’on comprend d’avance à qui cette place était destinée. La position de cette ville au milieu des Alpes était très favorable à la botanique, et Maman, qui facilitait toujours[68] un projet par un autre, y joignit celui d’un Collège de pharmacie, qui véritablement paraissait très utile dans un pays aussi pauvre, où les apothicaires sont presque les seuls médecins. La retraite du proto-médecin Grossi à Chambéry, après la mort du roi Victor, lui parut favoriser beaucoup cette idée, et la lui suggéra peut-être. Quoi qu’il en soit, elle se mit à cajoler Grossi, qui pourtant n’était pas trop cajolable ; car c’était bien le plus caustique et le plus brutal monsieur que j’aie jamais connu. On en jugera par deux ou trois traits que je vais citer pour échantillon.
Un jour il était en consultation avec d’autres médecins, un entre autres qu’on avait fait venir d’Annecy, et qui était le médecin ordinaire du malade. Ce jeune homme, encore mal appris pour un médecin, osa n’être pas de l’avis de Monsieur le proto. Celui-ci, pour toute réponse, lui demanda, quand il s’en retournait, par où il passait, et quelle voiture il prenait. L’autre, après l’avoir satisfait, lui demande à son tour s’il y a quelque chose pour son service. Rien, rien, dit Grossi, sinon que je veux m’aller mettre à une fenêtre, sur votre passage, pour avoir le plaisir de voir passer un âne à cheval. Il était aussi avare que riche et dur. Un de ses amis lui voulut un jour emprunter de l’argent avec de bonnes sûretés : Mon ami, lui dit-il, en lui serrant le bras et grinçant les dents, quand saint Pierre descendrait du Ciel pour m’emprunter dix pistoles, et qu’il me donnerait la Trinité pour caution, je ne les lui prêterais pas. Un jour, invité à dîner chez M. le comte Picon, gouverneur de Savoie, et très dévot, il arrive avant l’heure, et S. E., alors occupée à dire le rosaire, lui en propose l’amusement. Ne sachant trop que répondre, il fait une grimace affreuse, et se met à genoux. Mais à peine avait-il récité deux Ave, que, n’y pouvant plus tenir, il se lève brusquement, prend sa canne et s’en va sans mot dire. Le comte Picon court après, et lui crie : M. Grossi ! M. Grossi ! restez donc, vous avez là-bas à la broche une excellente bartavelle. — M. le comte ! lui répond l’autre en se retournant, vous me donneriez un ange rôti que je ne resterais pas. Voilà quel était M. le proto-médecin Grossi, que Maman entreprit et vint à bout d’apprivoiser. Quoique extrêmement occupé, il s’accoutuma à venir très souvent chez elle, prit Anet en amitié, marqua faire cas de ses connaissances, en parlait avec estime, et, ce qu’on n’aurait pas attendu d’un pareil ours, affectait de le traiter avec considération, pour effacer les impressions du passé. Car, quoique Anet ne fût plus sur le pied d’un domestique, on savait qu’il l’avait été, et il ne fallait pas moins que l’exemple et l’autorité de M. le Proto-médecin pour donner à son égard le ton qu’on n’aurait pas pris de tout autre. Claude Anet avec un habit noir, une perruque bien peignée, un maintien grave et décent, une conduite sage et circonspecte, des connaissances assez étendues en matière médicale et en botanique, et la faveur du chef de la faculté, pouvait raisonnablement espérer de remplir avec applaudissement la place de démonstrateur royal des plantes, si l’établissement projeté avait lieu, et réellement Grossi en avait goûté le plan, l’avait adopté, et n’attendait, pour le proposer à la cour, que le moment où la paix permettrait de songer aux choses utiles, et laisserait disposer de quelque argent pour y pourvoir.
Thus, a society was established among the three of us—perhaps without any parallel on earth. All our wishes, our concerns, our hearts were shared in common. Nothing went beyond that small circle. The habit of living together and exclusively within it became so ingrained that if one of us missed a meal or if a fourth person joined us, everything would be disrupted. Despite our special bonds, being alone was less pleasant to us than being together. What prevented any awkwardness between us was an extreme degree of mutual trust; what kept boredom at bay was the fact that we were all very busy. Our mother, always active and engaged in various projects, never allowed either of us to be idle, and each of us had our own things to do to keep ourselves occupied. In my opinion, idleness is just as much a scourge on society as solitude. Nothing stifles the mind more effectively than being confined together in a room, forced to talk endlessly when there is nothing to say. When everyone is busy, people only speak when they have something to share; but when there is nothing to do, one is compelled to talk constantly—and that is undoubtedly the most uncomfortable and dangerous form of boredom. I would even go further and claim that for a group to be truly enjoyable, it is not enough that everyone does something; what matters is that their activities require some degree of attention. Knitting knots is simply doing nothing at all; it takes just as much effort to entertain a person who knits knots as one who sits cross-legged without doing anything. But when someone is sewing, that’s different—she is engaged enough to fill the silence between conversations. What is truly offensive and ridiculous is to see a dozen people standing up, sitting down, walking around, twirling on their toes, turning the embers in the fireplace over and over again, and exhausting themselves in endless chatter—all for what? What a terrible occupation! No matter what they do, such people will always be a burden to others and to themselves. When I lived in Môtiers, I used to go to my neighbors’ houses to ask them to tie my shoelaces for me; if I were back in the world today, I would always carry a maraca with me and play with it all day long—to avoid having to talk when there is nothing to say. If everyone did the same, men would become less wicked, business would be more reliable—and, I believe, more enjoyable as well. Well, let those who enjoy joking laugh away—if they must—but I insist that the only morality suitable for this century is the morality of the maraca.
Besides, we were hardly given the chance to avoid boredom on our own; moreover, those who bothered us constantly imposed it upon us through their influence, so that even when we were alone, we could not escape it. The impatience they had once induced in me had not diminished at all; the only difference was that I now had less time to indulge it. Poor Mother had not lost her old habit of coming up with various projects and schemes. On the contrary, the more pressing her household needs became, the more she devoted herself to these fantasies in order to meet them. The fewer resources she had at hand, the more she tried to create them for the future. As time went by, this habit only grew worse; and as she lost interest in the pleasures of the world and youth, she replaced it with a fascination for secrets and schemes of all kinds. Our house was always full of charlatans, fraudsters, impostors, and entrepreneurs of every kind—people who, while distributing millions in fake wealth, themselves ended up in need of a single penny. None of them left our home empty-handed, and one of my wonders is how she managed to sustain such extravagant spending for so long without depleting her resources or exhausting her creditors.
The project that occupied her most at the time I am referring to, and which was not the most unreasonable of all those she had conceived, was to establish a Royal Botanical Garden in Chambéry, with a designated demonstrator to oversee it—and it is easy to understand whom this position was intended for. The location of the city, amidst the Alps, was extremely favorable for botany. Moreover, Mother, who always sought to facilitate one project by introducing another, added the idea of establishing a Pharmacy College, which indeed seemed highly useful in such a poor country where pharmacists were practically the only physicians available. After the death of King Victor, the retirement of the chief physician, Grossi, to Chambéry seemed to greatly support this idea; perhaps it was even he who suggested it to her. In any case, she began to lobby Grossi vigorously—though he was not exactly a man who could be easily persuaded; indeed, he was one of the most stubborn and blunt-minded men I had ever known. This can be judged from two or three examples I will cite here as illustrations.
One day, he was consulting with other doctors, among them one who had been brought from Annecy and who was the patient’s regular physician. This young man, not yet well-versed in his profession, dared to disagree with Monsieur le Proto. In response, the latter simply asked him, when he left, what route he would take and which vehicle he would use. After satisfying the doctor’s questions, the young man in turn asked if there was anything he could do for him. “Nothing,” said Grossi, “except that I wish to stand by a window on your way so that I may enjoy the sight of an ass riding a horse.” He was as stingy as he was wealthy and stubborn. One day, a friend of his wanted to borrow some money from him on good terms. “My friend,” he said, gripping his arm and grinning, “even if Saint Peter came down from heaven to ask me for ten pistoles and offered me the Trinity as collateral, I would not lend them to you.” Another time, when invited to dinner at the home of Count Picon, the governor of Savoy and a devout man, he arrived early. The count, who was praying the rosary at the time, suggested that he join in. Not knowing quite what to say, he made a grimace and knelt down. But after reciting only two “Aves,” he could hold back no longer, stood up abruptly, picked up his cane, and left without a word. The count called out after him, “Monsieur Grossi! Monsieur Grossi! Please stay; there is an excellent roast lamb waiting for you.” “My lord,” the other replied, turning around, “even if you offered me a roasted angel, I would not stay.” Such was Monsieur le Proto-médecin Grossi—until Mama managed to win his trust and affection. Despite being extremely busy, he became accustomed to visiting her frequently, took a liking to Anet, acknowledged the value of her knowledge, spoke of it with respect, and, contrary to what one might expect from such a stern person, treated her with courtesy in order to erase the bad impressions of the past. For although Anet was no longer in a domestic position, it was known that she had once been one; and it was only with the example and authority of Monsieur le Proto-médecin that she could be treated in such a way. Claude Anet, dressed in black, with neatly groomed hair, a grave and dignified demeanor, sensible and cautious behavior, extensive knowledge in medicine and botany, and the support of the head of the faculty, could reasonably hope to fulfill the role of Royal Demonstrator of Plants if the planned establishment came to fruition. Indeed, Grossi had approved of the plan, adopted it, and was only waiting for peace to allow him to consider practical matters and secure the necessary funds to implement it.
Così si stabilì tra noi tre una società forse senza eguali al mondo intero. Tutti i nostri desideri, le nostre attenzioni, i nostri sentimenti erano condivisi in modo totale. Niente andava oltre quel piccolo cerchio; l’abitudine di vivere insieme e esclusivamente l’uno con l’altro divenne così forte che, se durante i pasti mancava uno di noi o se arrivava un quarto, tutto veniva sconvolto. Nonostante le nostre particolari relazioni, i momenti trascorsi da soli non ci sembravano altrettanto piacevoli come quando eravamo tutti insieme. Quello che evitava tra di noi ogni imbarazzo era una profonda fiducia reciproca; inoltre, il fatto che fossimo tutti molto impegnati impediva che ci annoiassimo. Mia madre, sempre attiva e piena di iniziative, non ci lasciava mai tempo libero, e ognuno di noi aveva comunque molte cose da fare per occupare il proprio tempo. Secondo me, la noia rappresenta un flagello tanto per la società quanto per la solitudine: nulla riduce di più l’intelligenza, nulla genera più inutilità, relazioni banali, problemi, bugie, che stare costantemente rinchiusi insieme in una stanza, costretti a parlare continuamente senza motivo. Quando tutti sono impegnati, si parla solo quando c’è qualcosa da dire; ma quando non si fa nulla, bisogna comunque parlare incessantemente. E questa è di tutte le situazioni la più scomoda e pericolosa. Oso addirittura andare oltre: sostengo che, per rendere un gruppo veramente piacevole, sia necessario che ognuno faccia qualcosa, qualcosa che richieda davvero attenzione. Fare nodi non significa fare nulla; serve lo stesso impegno per intrattenere una donna che fa nodi quanto per quella che rimane seduta con le braccia incrociate. Ma quando lei ricama, è un’altra cosa: si occupa abbastanza da riempire i momenti di silenzio. Quello che è davvero offensivo e ridicolo è vedere, in quei momenti, una dozzina di persone alzarsi, sedersi, andare avanti e indietro, girare su se stesse, rigirare continuamente gli oggetti sul camino, e impegnarsi in chiacchiere infinite: che bella occupazione! Queste persone, qualunque cosa facciano, rappresentano sempre un peso sia per gli altri che per sé stesse. Quando vivevo a Môtiers, andavo dalle mie vicine a fare i lacci delle scarpe; se tornassi nel mondo reale, avrei sempre con me un mazzo di carte da gioco e le userei tutto il giorno per evitare di parlare quando non ho nulla da dire. Se tutti facessero lo stesso, gli uomini diventerebbero meno cattivi, i loro rapporti sociali sarebbero più sicuri, e, credo, anche più piacevoli. Insomma, che i divertenti ridano pure, se vogliono, ma sostengo che l’unica morale accessibile al nostro secolo sia proprio quella rappresentata dal gioco delle carte da gioco.
Del resto, a noi non veniva quasi mai lasciato il compito di evitare da soli la noia; inoltre, le persone importune ci causavano troppi problemi con la loro influenza, tanto che non avevamo modo di farlo nemmeno quando eravamo soli. L’impazienza che un tempo provavo nei loro confronti non era affatto diminuita; l’unica differenza era che ora avevo meno tempo a disposizione per indulgerla. Povera mamma. Non aveva certo perso la sua vecchia passione per iniziative e progetti stravaganti. Anzi, più i suoi bisogni domestici diventavano urgenti, più si dedicava alle sue “visioni”. Meno risorse aveva a disposizione nel presente, più ne inventava per il futuro. Con il passare degli anni, questa abitudine peggiorava; e mentre perdeva l’appetito per i piaceri del mondo e della gioventù, lo sostituiva con quello per misteri e progetti segreti. In casa nostra non mancavano mai ciarlatani, imbroglioni di ogni sorta: distribuivano milioni di soldi, ma alla fine avevano bisogno anche loro di un solo scudo. Nessuno se ne andava da casa nostra a mani vuote; e uno dei miei grandi meravigli è che lei sia riuscita a mantenere tutte queste spese per così tanto tempo, senza esaurire le sue risorse né stancare i suoi creditori.
Il progetto a cui dedicava la maggior parte del suo tempo in quel periodo, e che non era certo il più irragionevole tra quelli che aveva concepito, consisteva nel far istituire a Chambéry un Giardino Reale di Piante, con un esperto incaricato della sua gestione; è facile intuire a chi fosse destinata questa iniziativa. La posizione di quella città, situata tra le Alpi, era estremamente favorevole allo studio della botanica. Mia madre, che spesso facilitava l’attuazione di un progetto con un altro, vi aggiunse anche l’idea di istituire un Collegio di Farmacia, il quale sembrava davvero molto utile in una nazione così povera, dove gli apothicari erano quasi gli unici medici disponibili. Il ritiro del protomedico Grossi a Chambéry, dopo la morte del re Vittore, parve favorire notevolmente questa idea; forse fu proprio lui a suggerirla a mia madre. Comunque sia, lei iniziò ad adularlo con grande insistenza, anche se lui non era certo il tipo da essere facilmente lusingato: era davvero l’uomo più caustico e brutale che abbia mai conosciuto. Ciò si può evincere da due o tre episodi che citerò a titolo di esempio.
Un giorno era in consultazione con altri medici, tra cui uno che era stato chiamato da Annecy e che era il medico curante del paziente. Questo giovane, ancora poco esperto per essere un medico, osò dissentire dall’opinione del dottor Grossi. A quel punto, il dottor Grossi gli chiese, quando se ne andava, da quale strada passasse e con quale veicolo viaggiasse. Dopo aver risposto alle domande, il giovane medico gli chiese a sua volta se ci fosse qualcosa che potesse fare per lui. “Niente, niente”, disse Grossi, “tranne che vorrei mettermi davanti a una finestra, sul vostro passaggio, per avere il piacere di vedere passare un asino a cavallo”. Era tanto avaro quanto ricco e molto duro di cuore. Un giorno, un suo amico volle chiedergli in prestito del denaro, offrendogli buone garanzie: “Amico mio”, gli disse Grossi stringendogli il braccio e digrignando i denti, “anche se San Pietro scendesse dal Cielo per chiedermi dieci pistole in prestito, e mi desse la Trinità in garanzia, non gliele presterei”. Un altro giorno, invitato a cena da Monsieur le Comte Picon, governatore della Savoia e molto devoto, arrivò prima dell’ora prevista. La contessa, impegnata a recitare il rosario, gli propose di unirsi a loro. Non sapendo bene cosa rispondere, fece una smorfia orribile e si mise in ginocchio. Ma dopo aver recitato solo due “Ave Maria”, non riuscì più a trattenersi e se ne andò senza dire una parola. Il conte Picon lo chiamò indietro, dicendogli: “Monsieur Grossi! Restate, c’è un ottimo pasticcio arrosto che stiamo preparando, ”. “Monsieur le Comte”, rispose lui, “anche se mi offriste un angelo arrosto, non resterei lo stesso”. Ecco com’era il dottor Grossi: una persona molto rigida e difficile da compiacere. Tuttavia, Madame Anet riuscì a conquistare la sua simpatia. Nonostante fosse estremamente impegnato, iniziò ad andare spesso a casa sua, prese affetto per Anet, mostrò di apprezzare le sue conoscenze e ne parlava con stima. E, cosa sorprendente, fingeva di trattarla con rispetto, nel tentativo di cancellare le cattive impressioni del passato. Poiché, anche se Anet non era più una domestica, tutti sapevano che lo era stata in precedenza, e fu solo l’esempio e l’autorità del dottor Grossi a permettere che si comportasse con lei in un modo diverso rispetto agli altri. Claude Anet, con il suo abito nero, la parrucca ben curata, un portamento serio e dignitoso, un comportamento saggio e prudente, una notevole conoscenza in campo medico e botanico, e il favore del capo della facoltà, avrebbe potuto facilmente ottenere il ruolo di “demonstratore reale delle piante” se l’istituzione prevista fosse stata realizzata. Il dottor Grossi aveva apprezzato molto il progetto e lo aveva adottato; aspettava soltanto che la pace permettesse di procedere con i preparativi e di reperire i fondi necessari per realizzarlo.
Mais ce projet, dont l’exécution m’eût probablement jeté dans la botanique, pour laquelle il me semble que j’étais né, manqua par un de ces coups inattendus qui renversent les desseins les mieux concertés. J’étais destiné à devenir, par degrés, un exemple des misères humaines. On dirait que la Providence, qui m’appelait à ces grandes épreuves, écartait de la main tout ce qui m’eût empêché d’y arriver. Dans une course qu’Anet avait faite au haut des montagnes, pour aller chercher du Génipi, plante rare qui ne croît que sur les Alpes, et dont M. Grossi avait besoin, ce pauvre garçon s’échauffa tellement, qu’il gagna une pleurésie, dont le génipi ne put le sauver, quoiqu’il y soit, dit-on, spécifique, et malgré tout l’art de Grossi, qui certainement était un très habile homme, malgré les soins infinis que nous prîmes de lui, sa bonne maîtresse et moi, il mourut le cinquième jour entre nos mains après la plus cruelle agonie, durant laquelle il n’eut d’autres exhortations que les miennes ; et je les lui prodiguai avec des élans de douleur et de zèle qui, s’il était en état de m’entendre, devaient être de quelque consolation pour lui. Voilà comment je perdis le plus solide ami que j’eus en toute ma vie, homme estimable et rare, en qui la nature tint lieu d’éducation, qui nourrit dans la servitude toutes les vertus des grands hommes, et à qui, peut-être, il ne manqua, pour se montrer tel à tout le monde, que de vivre et d’être placé.
Le lendemain j’en parlais avec Maman dans l’affliction la plus vive et la plus sincère, et tout d’un coup, au milieu de l’entretien, j’eus la vile et indigne pensée que j’héritais de ses nippes, et surtout d’un bel habit noir qui m’avait donné dans la vue. Je le pensai, par conséquent je le dis ; car près d’elle c’était pour moi la même chose. Rien ne lui fit mieux sentir la perte qu’elle avait faite que ce lâche et odieux mot, le désintéressement et la noblesse d’âme étant des qualités que le défunt avait éminemment possédées. La pauvre femme, sans rien répondre, se tourna de l’autre côté et se mit à pleurer. Chères et précieuses larmes ! Elles furent entendues et coulèrent toutes dans mon cœur ; elles y lavèrent jusqu’aux dernières traces d’un sentiment bas et malhonnête, il n’y en est jamais entré depuis ce temps-là.
Cette perte causa à Maman autant de préjudice que de douleur. Depuis ce moment ses affaires ne cessèrent d’aller en décadence. Anet était un garçon exact et rangé, qui maintenait l’ordre dans la maison de sa maîtresse. On craignait sa vigilance, et le gaspillage était moindre. Elle-même craignait sa censure, et se contenait davantage dans ses dissipations. Ce n’était pas assez pour elle de son attachement, elle voulait conserver son estime, et elle redoutait le juste reproche qu’il osait quelquefois lui faire qu’elle prodiguait le bien d’autrui autant que le sien. Je pensais comme lui, je le disais même ; mais je n’avais pas le même ascendant sur elle, et mes discours n’en imposaient pas comme les siens. Quand il ne fut plus, je fus bien forcé de prendre sa place, pour laquelle j’avais aussi peu d’aptitude que de goût ; je la remplis mal. J’étais peu soigneux, j’étais fort timide ; tout en grondant à part moi, je laissais tout aller comme il allait. D’ailleurs j’avais bien obtenu la même confiance, mais non pas la même autorité. Je voyais le désordre, j’en gémissais, je m’en plaignais, et je n’étais pas écouté. J’étais trop jeune et trop vif pour avoir le droit d’être raisonnable, et quand je voulais me mêler de faire le censeur, Maman me donnait de petits soufflets de caresses, m’appelait son petit Mentor, et me forçait à reprendre le rôle qui me convenait.
Le sentiment profond de la détresse où ses dépenses peu mesurées devaient nécessairement la jeter tôt ou tard me fit une impression d’autant plus forte, qu’étant devenu l’inspecteur de sa maison, je jugeais par moi-même de l’inégalité de la balance entre le doit et l’avoir. Je date de cette époque le penchant à l’avarice que je me suis toujours senti depuis ce temps-là. Je n’ai jamais été follement prodigue que par bourrasques ; mais jusqu’alors je ne m’étais jamais beaucoup inquiété si j’avais peu ou beaucoup d’argent. Je commençai à faire cette attention et à prendre du souci de ma bourse. Je devenais vilain par un motif très noble ; car, en vérité, je ne songeais qu’à ménager à Maman quelque ressource dans la catastrophe que je prévoyais. Je craignais que ses créanciers ne fissent saisir sa pension, qu’elle ne fût tout à fait supprimée, et je m’imaginais, selon mes vues étroites, que mon petit magot lui serait alors d’un grand secours. Mais pour le faire, et surtout pour le conserver, il fallait me cacher d’elle ; car il n’eût pas convenu, tandis qu’elle était aux expédients, qu’elle eût su que j’avais de l’argent mignon. J’allais donc cherchant par-ci par-là de petites caches où je fourrais quelques louis en dépôt, comptant augmenter ce dépôt sans cesse jusqu’au moment de le mettre à ses pieds. Mais j’étais si maladroit dans le choix de mes cachettes, qu’elle les éventait toujours ; puis, pour m’apprendre qu’elle les avait trouvées, elle ôtait l’or que j’y avais mis, et en mettait davantage en autres espèces. Je venais tout honteux rapporter à la bourse commune mon petit trésor, et jamais elle ne manquait de l’employer en nippes ou meubles à mon profit, comme épée d’argent, montre, ou autre chose pareille.
Bien convaincu qu’accumuler ne me réussirait jamais, et serait pour elle une mince ressource, je sentis enfin que je n’en avais point d’autre contre le malheur que je craignais que de me mettre en état de pourvoir par moi-même à sa subsistance, quand, cessant de pourvoir à la mienne, elle verrait le pain prêt à lui manquer. Malheureusement, jetant mes projets du côté de mes goûts, je m’obstinais à chercher follement ma fortune dans la musique, et sentant naître des idées et des chants dans ma tête, je crus qu’aussitôt que je serais en état d’en tirer parti j’allais devenir un homme célèbre, un Orphée moderne dont les sons devaient attirer tout l’argent du Pérou. Ce dont il s’agissait pour moi, commençant à lire passablement la musique, était d’apprendre la composition. La difficulté était de trouver quelqu’un pour me l’enseigner ; car avec mon Rameau seul, je n’espérais pas y parvenir par moi-même, et depuis le départ de M. Le Maître, il n’y avait personne en Savoie qui entendît rien à l’harmonie.
Ici l’on va voir encore une de ces inconséquences dont ma vie est remplie, et qui m’ont fait si souvent aller contre mon but, lors même que j’y pensais tendre directement. Venture m’avait beaucoup parlé de l’abbé Blanchard, son maître de composition, homme de mérite et d’un grand talent, qui pour lors était maître de musique de la cathédrale de Besançon, et qui l’est maintenant de la chapelle de Versailles. Je me mis en tête d’aller à Besançon prendre leçon de l’abbé Blanchard, et cette idée me parut si raisonnable, que je parvins à la faire trouver telle à Maman. La voilà travaillant à mon petit équipage, et cela avec la profusion qu’elle mettait à toute chose. Ainsi, toujours avec le projet de prévenir une banqueroute et de réparer dans l’avenir l’ouvrage de sa dissipation, je commençai dans le moment même par lui causer une dépense de huit cents francs : j’accélérais sa ruine pour me mettre en état d’y remédier. Quelque folle que fût cette conduite, l’illusion était entière de ma part, et même de la sienne. Nous étions persuadés l’un et l’autre, moi que je travaillais utilement pour elle, elle que je travaillais utilement pour moi.
J’avais compté trouver Venture encore à Annecy, et lui demander une lettre pour l’abbé Blanchard. Il n’y était plus. Il fallut, pour tout renseignement, me contenter d’une messe à quatre parties de sa composition et de sa main, qu’il m’avait laissée. Avec cette recommandation je vais à Besançon, passant par Genève, où je fus voir mes parents, et par Nyon, où je fus voir mon père, qui me reçut comme à son ordinaire et se chargea de me faire parvenir ma malle, qui ne venait qu’après moi, parce que j’étais à cheval. J’arrive à Besançon. L’abbé Blanchard me reçoit bien, me promet ses instructions, et m’offre ses services. Nous étions prêts à commencer quand j’apprends par une lettre de mon père que ma malle a été saisie et confisquée aux Rousses, bureau de France sur les frontières de Suisse. Effrayé de cette nouvelle, j’emploie les connaissances que je m’étais faites à Besançon pour savoir le motif de cette confiscation ; car, bien sûr de n’avoir point de contrebande, je ne pouvais concevoir sur quel prétexte on l’avait pu fonder. Je l’apprends enfin : il faut le dire, car c’est un fait curieux.
But this project, the execution of which would probably have led me into the field of botany—for which I seem to have been born—was thwarted by one of those unexpected events that overturn even the most carefully devised plans. It seemed fate had destined me to become, step by step, an example of human misery. One might say that Providence, calling me to face such great trials, deliberately removed everything that could have prevented me from reaching that fate. During a hike Anet went into the mountains in search of genipi—a rare plant that grows only in the Alps and which M. Grossi needed—this poor boy overexerted himself and caught pneumonia. Despite the fact that genipi is said to be particularly effective in such cases, and despite all of M. Grossi’s expertise as a skilled physician, as well as the endless care we took for him, his kind mistress and I, he died on the fifth day, after suffering the most agonizing torment. During those final moments, the only words I had to offer him were my own; I poured them out in bursts of grief and devotion—words that, if he had been able to hear me, would surely have brought him some comfort. Such was how I lost the most steadfast friend I ever had in my life: a worthy and rare man for whom nature itself seemed to act as a teacher, who cultivated all the virtues of great men even in humble circumstances, and who perhaps only needed the chance to live and be given his proper place in the world to truly realize his full potential.
The next day, I spoke to my mother about it with the deepest and most sincere sorrow. Suddenly, in the midst of our conversation, I had the vile and despicable thought that I was going to inherit her clothes—especially a beautiful black dress that she had shown me. I thought it, and therefore I said it; because, in her presence, it meant the same thing for me. Nothing could make her realize more keenly the loss she had suffered than that cowardly and hateful word. For indifference and noble character were qualities that the deceased had possessed in the highest degree. The poor woman, without saying a word, turned away and began to cry. Oh, dear and precious tears! They were heard, and all of them flowed into my heart; they washed away every last trace of any base or dishonest sentiment. Since then, such feelings have never entered my mind again.
This loss caused Mama as much harm as pain. From that moment on, her affairs began to decline steadily. Anet was an orderly and meticulous boy who kept everything in his mistress’s house in perfect order. People feared his vigilance, which meant less waste. She herself feared his criticism and thus restrained her own extravagances even more. But this was not enough for her; she wanted to maintain his respect and dreaded the fair reprimands he sometimes gave her for squandering both other people’s and her own property. I thought the same as him and even voiced it, but I did not have the same influence over her; my words were not as effective as his. When he was no longer there, I was forced to take his place—something for which I had neither the aptitude nor the desire; I failed miserably in that role. I was careless and very shy; though I grumbled inwardly, I let things go as they were. Indeed, I managed to gain her trust again, but not her authority. I saw the chaos around me, I lamented it, I complained about it—but no one listened to me. I was too young and too impulsive to be expected to act in a sensible way; and whenever I tried to take on the role of a disciplinarian, Mama would give me gentle scolds, call me her “little mentor,” and force me to return to my more appropriate place in our relationship.
The profound sense of distress into which her imprudent spending would inevitably plunge her sooner or later made a particularly strong impression on me. Since I had become the inspector of her household, I was in a position to assess for myself the disparity between her debts and her assets. It was during this period that I developed the tendency toward miserliness that has persisted ever since. I had never been wildly extravagant except during brief outbursts; but until then, I had never really cared much whether I had little or much money. It was then that I began to pay attention to my finances and start worrying about my savings. I was acting in what seemed like a noble motive—after all, my only intention was to provide some means of support for my mother in the impending crisis. I feared that her creditors might seize her pension, or that it might be completely cut off, and in my narrow-minded way, I believed that my small savings would be of great help to her at such a time. However, in order to acquire and preserve this money, I had to keep it hidden from her; after all, it would have been inappropriate for her, in times of dire need, to know that I had any funds. So I would go around looking for small hiding places where I would deposit a few louis, hoping to gradually increase this amount until the time came to hand it over to her. But I was so inept at choosing these locations that she always managed to find them. Moreover, as a way of letting me know she had discovered them, she would take away the money I had put there and replace it with more in other forms. I would then return, ashamed, to hand over my meager treasure to our joint savings account, and she would never fail to spend it on clothes or furniture for my benefit—such as a silver sword, a watch, or something similar.
Being thoroughly convinced that accumulation would never work for me and would only represent a meager resource for her, I finally realized that my only means to counter the misfortune I feared was to ensure that she could support herself once I no longer could provide for her—otherwise, when I ran out of resources, she would face dire poverty. Unfortunately, despite setting aside my personal desires, I stubbornly persisted in seeking wealth through music. As ideas and songs began to form in my mind, I believed that once I was able to put them into practice, I would become a famous man—a modern Orpheus whose music would attract all the wealth of Peru. For me, since I had begun to read music fairly well, the next step was to learn composition. The difficulty lay in finding someone to teach me; with only Rameau’s works at my disposal, I saw no way to succeed on my own—and since Mr. Le Maître had left, there was no one in Savoy who had any knowledge of harmony.
Here we see yet another of those inconsistencies that fill my life and that so often caused me to go against my own goals, even when I intended to pursue them directly. Venture had told me a great deal about Abbe Blanchard, his composition teacher—a man of merit and great talent who at that time was the music director of the cathedral of Besançon and is now that of the chapel in Versailles. I decided to go to Besançon to take lessons from Abbe Blanchard, and this idea seemed so reasonable to me that I managed to convince my mother of its merits. There she was, working diligently on my little ship model, with all the same enthusiasm she devoted to everything else. Thus, while still aiming to prevent bankruptcy and eventually reverse the effects of her reckless spending, I actually caused her an additional expense of eight hundred francs—accelerating her ruin in order to be able to remedy it later. No matter how foolish such behavior might have been, both she and I were completely deluded by it. We each believed that I was working for her benefit, and she believed that I was working for my own.
I had hoped to find Venture still in Annecy and ask him for a letter for Abbé Blanchard. He was no longer there. All I could obtain for any information was a mass composed in four parts by his hand, which he had left for me. With this recommendation, I set off for Besançon, passing through Geneva where I visited my parents, and then through Nyon where I saw my father. He received me as usual and took care of having my trunk sent to me, which had arrived after me because I was traveling by horse. Upon arriving in Besançon, Abbé Blanchard welcomed me warmly, promised to give me his guidance, and offered his assistance. We were about to begin when I learned from a letter from my father that my trunk had been seized and confiscated by the Rousses, the French customs office on the Swiss border. Frightened by this news, I used the connections I had made in Besançon to find out the reason for this confiscation; since I was certain I had no contraband with me, I could not understand on what grounds it could have been done. Eventually, I found out: it is a curious fact, indeed.
Ma questo progetto, la cui realizzazione avrebbe probabilmente portato me nella botanica – per la quale credo di essere nato – fallì a causa di uno di quei colpi inaspettati che sovvertono i piani più accuratamente concepiti. Ero destinato, gradualmente, a diventare un esempio delle miserie umane. Sembra che la Provvidenza, che mi chiamava a queste grandi prove, allontanasse con la sua mano tutto ciò che avrebbe potuto impedirmi di arrivarci. Durante una gita che Anet aveva fatto in montagna per cercare il genipi, una pianta rara che cresce solo sulle Alpi e di cui il signor Grossi aveva bisogno, quel povero ragazzo si scaldò così tanto da contrarre una pleurite. Il genipi, si dice, sia un rimedio specifico per questa malattia; tuttavia, nonostante l’abilità del signor Grossi e le infinite cure che io e la sua buona padrona gli prestammo, morì il quinto giorno tra le nostre braccia, dopo una sofferenza atroce. Durante tutto quel tempo, le uniche parole di conforto che ricevette furono le mie. Le pronunciai con slanci di dolore e zelo. Se solo fosse stato in grado di ascoltarmi. Forse avrebbero potuto consolarlo. Ecco come persi l’amico più sincero che abbia mai avuto in tutta la mia vita: un uomo stimabile e raro, nel quale la natura aveva sostituito l’educazione. Un uomo che, nella schiavitù, coltivava tutte le virtù dei grandi uomini. Forse gli mancava soltanto di vivere in condizioni dignitose, per poter mostrare a tutti il suo vero valore.
Il giorno dopo ne parlai con mia madre con la più profonda e sincera afflizione; e all’improvviso, nel corso della conversazione, mi venne in mente quel pensiero vile e indegno: che ereditavo i suoi vestiti, soprattutto un bell’abito nero che avevo visto. Lo pensai, quindi lo dissi; perché per me, vicino a lei, significava la stessa cosa. Niente fece sentire meglio a mia madre la perdita che aveva subito di quanto quel gesto vile e odioso: l’indifferenza e la nobiltà d’animo erano infatti qualità che il defunto possedeva in modo eccezionale. La povera donna, senza dire una parola, si girò dall’altra parte e prese a piangere. Care e preziose lacrime. Furono sentite e penetrarono tutto nel mio cuore; lavarono via fino all’ultima traccia di un sentimento basso e disonesto. Da quel momento in poi, nessun simile sentimento è mai più entrato nella mia anima.
Questa perdita causò a Mamma tanto danno quanto dolore. Da quel momento, le sue condizioni iniziarono a declinare costantemente. Anet era un ragazzo preciso e ordinato che manteneva l’ordine nella casa della sua padrona; tutti temevano la sua attenzione, quindi il dispendio diminuì. Lei stessa, però, temeva le sue critiche e si moderava nelle sue spese. Non le bastava la sua devozione: voleva anche conservare la sua stima, e temeva i giusti rimproveri che lui le faceva, accusandola di sperperare tanto il bene altrui quanto il proprio. Io pensavo come lui, lo dicevo persino; ma non avevo su di lei lo stesso ascendente, e le mie parole non avevano lo stesso effetto delle sue. Quando lui non ci fu più, fui costretto a prendere il suo posto, ma ne ero altrettanto incapace quanto poco interessato; me la cavai male. Ero negligente, molto timido, e, pur rimproverandola in segreto, lasciavo che tutto andasse come voleva. In ogni caso, ottenni la stessa fiducia di lui, ma non la stessa autorità. Vedevo il disordine, ne soffrivo, me ne lamentavo, ma nessuno mi ascoltava. Ero troppo giovane e troppo impulsivo per avere il diritto di essere “ragionevole”; quando cercavo di intervenire, Mamma mi dava dei piccoli baci affettuosi, mi chiamava il suo “piccolo mentore”, e mi costringeva a riprendere il ruolo che mi spettava.
Il profondo senso di disperazione in cui doveva necessariamente trovarsi a causa delle sue spese smisurate mi colpì ancora di più, soprattutto perché, essendo diventato l’ispettore della sua casa, potevo constatare personalmente l’enorme disparità tra debiti e risorse. Fu in quel periodo che sviluppai quella tendenza all’avarizia che ho mantenuto da allora. Non ero mai stato follemente prodigo, se non in momenti di impulsività; ma fino ad allora non mi preoccupavo molto del fatto di avere poco o molto denaro. Iniziò allora a importarmi davvero della mia situazione economica e presi a fare attenzione alle mie risorse finanziarie. Diventai meschino per un motivo assai nobile: in realtà, volevo semplicemente garantire a mia madre una qualche risorsa nel momento di difficoltà che prevedevo. Temevo che i suoi creditori confiscassero la sua pensione o che questa venisse completamente interrotta; e, con la mia mentalità ristretta, pensavo che il mio piccolo tesoro potesse esserle di grande aiuto in quella situazione. Tuttavia, per ottenerlo e soprattutto per conservarlo, dovevo nasconderglielo; non sarebbe stato giusto, infatti, che lei sapesse che avevo del denaro mentre cercava disperatamente di far fronte alle sue difficoltà. Così andavo in giro a trovare piccoli nascondigli nei quali depositavo qualche luigino, sperando di poter aumentare gradualmente quella somma fino al momento in cui avrei potuto darla a lei. Ma ero così maldestro nel scegliere i miei nascondigli che lei li scopriva sempre; inoltre, per farmi capire che li aveva trovati, toglieva l’oro che vi avevo messo e ne metteva di più in altre monete. Allora tornavo imbarazzato a restituire il mio “piccolo tesoro” nel fondo comune, e lei non mancava mai di usarlo per comprare vestiti o mobili a mio vantaggio: una spada d’argento, un orologio da tasca, o qualcos’altro del genere.
Convinto che accumulare ricchezze non mi avrebbe mai portato a nulla e che per lei sarebbe stata una risorsa insignificante, finalmente capii di non disporre di alcun altro mezzo per contrastare la sfortuna che temevo: se io smettevo di provvedere al mio sostentamento, anche il suo si sarebbe trovato in pericolo. Purtroppo, mettendo da parte i miei progetti e seguendo soltanto i miei desideri, mi ostinavo a cercare follemente la fortuna nella musica; sentendo nascere idee e melodie nella mia mente, credevo che non appena fossi stato in grado di sfruttarle, sarei diventato un uomo famoso, un “Orfeo moderno” i cui suoni avrebbero attirato tutto l’oro del Perù. Quello che dovevo fare, essendo ormai in grado di leggere abbastanza bene la musica, era imparare a comporre. La difficoltà consisteva nel trovare qualcuno che potesse insegnarmelo; con il solo Rameau a disposizione, non speravo di riuscirci da solo, e da quando se n’era andato il signor Le Maître, in Savoia non c’era nessuno che sapesse nulla di armonia.
Qui vedremo ancora una di quelle incoerenze che riempiono la mia vita e che così spesso mi hanno fatto allontanarmi dal mio obiettivo, anche quando pensavo di procedere direttamente verso di esso. Venture mi aveva parlato molto dell’abate Blanchard, il suo maestro di composizione: un uomo meritevole e dotato di grande talento, che all’epoca era maestro di musica della cattedrale di Besançon e lo è ancora oggi nella cappella di Versailles. Decisi quindi di recarmi a Besançon per prendere lezioni dall’abate Blanchard; questa idea mi sembrò così ragionevole che riuscii a farla accettare anche a mia madre. Lei si mise all’opera con grande impegno, come faceva sempre in tutto ciò che intraprendeva. Così, continuando nel mio intento di evitare la bancarotta e di riparare in futuro i danni causati dalla sua dissipatezza, finii per farle sostenere una spesa di ottocento franchi. Acceleravo così la sua rovina, nella speranza di poter poi rimediare. Quanto fosse folle questo comportamento, l’illusione era totale da entrambe le parti: io credevo davvero di agire nel suo interesse, e lei pensava che io stessi facendo lo stesso per il mio.
Avevo sperato di trovare Venture ancora ad Annecy e di chiedergli una lettera per l’abate Blanchard. Ma lui non c’era più. Per ottenere qualsiasi informazione, dovetti accontentarmi di una messa composta da lui in quattro parti e scritta di suo pugno, che mi aveva lasciato. Con questa raccomandazione partii per Besançon, passando per Ginevra, dove andai a trovare i miei genitori, e poi per Nyon, dove vidi mio padre, che mi accolse come al solito e si occupò di farmi consegnare la mia valigia, che era arrivata dopo di me perché viaggiavo a cavallo. Arrivato a Besançon, l’abate Blanchard mi accolse con affetto, mi promise il suo aiuto e mi offrì i suoi servizi. Eravamo pronti ad iniziare quando ricevetti una lettera da mio padre che annunciava che la mia valigia era stata sequestrata dal “Bureau de France” situato al confine con la Svizzera. Spaventato da questa notizia, utilizzai le conoscenze acquisite a Besançon per scoprire il motivo di tale confisca; poiché ero certo di non aver portato nulla di contrabbando, non riuscivo a capire su quale pretesto si fosse basata l’autorità. Alla fine scoprii la verità: devo dirlo, perché è un fatto curioso.
Je voyais à Chambéry un vieux Lyonnais, fort bon homme, appelé M. Duvivier, qui avait travaillé au visa sous la Régence, et qui, faute d’emploi, était venu travailler au cadastre. Il avait vécu dans le monde ; il avait des talents, quelque savoir, de la douceur, de la politesse ; il savait la musique, et comme j’étais de chambrée avec lui, nous nous étions liés de préférence au milieu des ours mal léchés qui nous entouraient. Il avait à Paris des correspondances qui lui fournissaient ces petits riens, ces nouveautés éphémères, qui courent on ne sait pourquoi, qui meurent on ne sait comment, sans que jamais personne y repense quand on a cessé d’en parler. Comme je le menais quelquefois dîner chez Maman, il me faisait sa cour en quelque sorte, et, pour se rendre agréable, il tâchait de me faire aimer ces fadaises pour lesquelles j’eus toujours un tel dégoût, qu’il ne m’est arrivé de la vie d’en lire une à moi seul[69]. Malheureusement un de ces maudits papiers resta dans la poche de veste d’un habit neuf que j’avais porté deux ou trois fois pour être en règle avec les commis. Ce papier était une parodie janséniste, assez plate, de la belle scène du Mithridate de Racine. Je n’en avais pas lu dix vers, et l’avais laissé par oubli dans ma poche. Voilà ce qui fit confisquer mon équipage. Les commis firent à la tête de l’inventaire de cette malle un magnifique procès-verbal, où, supposant que cet écrit venait de Genève pour être imprimé et distribué en France, ils s’étendaient en saintes invectives contre les ennemis de Dieu et de l’Église, et en éloges de leur pieuse vigilance, qui avait arrêté l’exécution de ce projet infernal. Ils trouvèrent sans doute que mes chemises sentaient aussi l’hérésie ; car, en vertu de ce terrible papier, tout fut confisqué, sans que jamais, comme que j’aie pu m’y prendre, j’aie eu ni raison ni nouvelle de ma pauvre pacotille. Les gens des fermes à qui l’on s’adressa demandaient tant d’instructions, de renseignements, de certificats, de mémoires, que, me perdant mille fois dans ce labyrinthe, je fus contraint de tout abandonner. J’ai un vrai regret de n’avoir pas conservé le procès-verbal du bureau des Rousses. C’était une pièce à figurer avec distinction parmi celles dont le recueil doit accompagner cet écrit.
Cette perte me fit revenir à Chambéry, tout de suite, sans avoir rien fait avec l’abbé Blanchard, et, tout bien pesé, voyant le malheur me suivre dans toutes mes entreprises, je résolus de m’attacher uniquement à Maman, de courir sa fortune, et de ne plus m’inquiéter inutilement d’un avenir auquel je ne pouvais rien. Elle me reçut comme si j’avais rapporté des trésors, remonta peu à peu ma petite garde-robe, et mon malheur, assez grand pour l’un et pour l’autre, fut presque aussitôt oublié qu’arrivé.
Quoique ce malheur m’eût refroidi sur mes projets de musique, je ne laissais pas d’étudier toujours mon Rameau ; et à force d’efforts je parvins enfin à l’entendre et à faire quelques petits essais de composition dont le succès m’encouragea. Le comte de Bellegarde, fils du marquis d’Entremont, était revenu de Dresde, après la mort du roi Auguste. Il avait vécu longtemps à Paris : il aimait extrêmement la musique, et avait pris en passion celle de Rameau. Son frère, le comte de Nangis, jouait du violon, Madame la comtesse de la Tour, leur sœur, chantait un peu. Tout cela mit à Chambéry la musique à la mode, et l’on établit une manière de concert public, dont on voulut d’abord me donner la direction ; mais on s’aperçut bientôt qu’elle passait mes forces, et l’on s’arrangea autrement. Je ne laissais pas d’y donner quelques petits morceaux de ma façon, et entre autres une cantate qui plut beaucoup. Ce n’était pas une pièce bien faite, mais elle était pleine de chants nouveaux et de choses d’effet que l’on n’attendait pas de moi. Ces messieurs ne purent croire que, lisant si mal la musique, je fusse en état d’en composer de passable, et ils ne doutèrent pas que je ne me fusse fait honneur du travail d’autrui. Pour vérifier la chose, un matin M. de Nangis vint me trouver avec une cantate de Clérambault, qu’il avait transposée, disait-il, pour la commodité de la voix, et à laquelle il fallait faire une autre basse, la transposition rendant celle de Clérambault impraticable sur l’instrument. Je répondis que c’était un travail considérable, et qui ne pouvait être fait sur-le-champ. Il crut que je cherchais une défaite, et me pressa de lui faire au moins la basse d’un récitatif. Je la fis donc, mal sans doute, parce qu’en toute chose il me faut, pour bien faire, mes aises et la liberté ; mais je la fis du moins dans les règles, et comme il était présent, il ne put douter que je ne susse les éléments de la composition. Ainsi je ne perdis pas mes écolières, mais je me refroidis un peu sur la musique, voyant qu’on faisait un concert et que l’on s’y passait de moi.
Ce fut à peu près dans ce temps-là que, la paix étant faite[70], l’armée française repassa les monts. Plusieurs officiers vinrent voir Maman, entre autres M. le comte de Lautrec, colonel du régiment d’Orléans, depuis plénipotentiaire à Genève, et enfin maréchal de France, auquel elle me présenta. Sur ce qu’elle lui dit, il parut s’intéresser beaucoup à moi, et me promit beaucoup de choses, dont il ne s’est souvenu que la dernière année de sa vie, lorsque je n’avais plus besoin de lui. Le jeune marquis de Sennecterre, dont le père était alors ambassadeur à Turin, passa dans le même temps à Chambéry. Il dîna chez Mme de Menthon ; j’y dînais aussi ce jour-là. Après le dîner il fut question de musique ; il la savait très bien. L’opéra de Jephté[71] était alors dans sa nouveauté ; il en parla, on le fit apporter. Il me fit frémir, en me proposant d’exécuter à nous deux cet opéra, et tout en ouvrant le livre, il tomba sur ce morceau célèbre, à deux chœurs :
La terre, l’enfer, le Ciel même,
Tout tremble devant le Seigneur.
Il me dit : Combien voulez-vous faire de parties ? je ferai pour ma part ces six-là. Je n’étais pas encore accoutumé à cette pétulance française ; et quoique j’eusse quelquefois ânonné des partitions, je ne comprenais pas comment le même homme pouvait faire en même temps six parties, ni même deux. Rien ne m’a plus coûté dans l’exercice de[72] la musique que de sauter aussi légèrement d’une partie à l’autre, et d’avoir l’œil à la fois sur toute une partition. À la manière dont je me tirai de cette entreprise, M. de Sennecterre dut être tenté de croire que je ne savais pas la musique. Ce fut peut-être pour vérifier ce doute qu’il me proposa de noter une chanson qu’il voulait donner à Mlle de Menthon. Je ne pouvais m’en défendre. Il chanta la chanson ; je l’écrivis, même sans le faire beaucoup répéter. Il la lut ensuite, et trouva, comme il était vrai, qu’elle était très correctement notée. Il avait vu mon embarras, il prit plaisir à faire valoir ce petit succès. C’était pourtant une chose très simple. Au fond, je savais fort bien la musique ; je ne manquais que de cette vivacité du premier coup d’œil que je n’eus jamais sur rien, et qui ne s’acquiert en musique que par une pratique consommée. Quoi qu’il en soit, je fus sensible à l’honnête soin qu’il prit d’effacer dans l’esprit des autres, et dans le mien, la petite honte que j’avais eue ; et douze ou quinze ans après, me rencontrant avec lui dans diverses maisons de Paris, je fus tenté plusieurs fois de lui rappeler cette anecdote, et de lui montrer que j’en gardais le souvenir. Mais il avait perdu les yeux depuis ce temps-là : je craignis de renouveler ses regrets en lui rappelant l’usage qu’il en avait su faire, et je me tus.
In Chambéry, I met an elderly man from Lyon named Monsieur Duvivier—a very kind person who had worked as a clerk during the Regency period and, lacking employment, had come to work in the land registry office. He had lived in the world; he possessed talents, some knowledge, kindness, and courtesy; he knew music too. Since we shared a room, we became particularly close amidst all those rough-and-tumble people around us. In Paris, he maintained correspondences with people who supplied him with those trivial matters, those fleeting novelties that appear for some reason and disappear just as mysteriously, never to be remembered again once they are no longer discussed. Sometimes when I took him to dinner at my mother’s place, he would flatter me in a way; to please me, he tried to make me enjoy those frivolous things that I always found utterly repulsive—so much so that I never once read one of them on my own in my life[69]. Unfortunately, one of those damned papers got left in the pocket of a new suit I had worn only twice or three times just to comply with the requirements of the officials. This paper was a rather dull parody of Racine’s beautiful play “Mithridate.” I hadn’t read more than ten lines of it when I forgot it in my pocket. That was what led to the confiscation of all my belongings. The officials drafted a lengthy official report detailing the contents of my trunk, assuming that this document had been sent from Geneva for printing and distribution throughout France. In it, they poured out holy indignation against the enemies of God and the Church, while praising their own pious vigilance for having thwarted this diabolical scheme. They must have also thought that my shirts smelled of heresy too; because of that terrible paper, everything was confiscated—yet I never managed to get any information or news about my poor belongings. The people at the farms to whom they were sent asked for so many instructions, certifications, and documents that, getting lost countless times in this maze of bureaucracy, I was forced to give up on it all. I truly regret not having kept that official report from the Rousses office; it would have been a valuable addition to any collection meant to accompany such a narrative.
This loss made me return to Chambéry immediately, without having done anything with Abbe Blanchard. After much reflection, and seeing that misfortune followed me in every endeavor I undertook, I resolved to focus solely on my mother, to seek her fortune, and to no longer worry needlessly about a future over which I had no control. She welcomed me as if I had brought back treasures, gradually restored my small wardrobe, and our combined misfortunes were almost immediately forgotten, as soon as they had occurred.
Although this misfortune had dampened my enthusiasm for musical projects, I did not cease to study Rameau’s works; and through persistent effort, I eventually managed to understand them and compose a few small pieces, the success of which encouraged me further. The Count of Bellegarde, son of the Marquis of Entremont, had returned from Dresden after the death of King Augustus. He had lived in Paris for many years; he had a deep love for music and was particularly fond of Rameau’s compositions. His brother, the Count of Nangis, played the violin, and their sister, Madame la Comtesse de la Tour, could sing to some degree. All these factors helped make music fashionable in Chambéry, and they decided to organize public concerts, initially offering me the position of conductor. However, it soon became clear that this task was beyond my abilities, so they arranged otherwise. Nevertheless, I still composed a few pieces of my own, including a cantata that was quite well-received. It wasn’t a particularly masterful work, but it contained many new melodies and musical effects that no one had expected from me. These gentlemen could not believe that someone who read music so poorly could compose anything passable; they were certain I must have stolen the work of another person. To verify this, one morning M. de Nangis brought me a cantata by Clérambault, claiming that he had adapted it for vocal convenience and that a new bass line was needed since Clérambault’s arrangement made it unsuitable for performance on the instrument. I replied that such an adaptation required considerable effort and could not be done immediately. He assumed I was trying to avoid my responsibilities and insisted that I at least compose a bass line for a recitative. I did so, albeit poorly—since I need unhindered freedom to create well—but at least it was done according to musical principles. Since he was present, he had no doubt that I understood the basics of composition. In this way, I did not lose my students, but my enthusiasm for music waned somewhat when I saw that concerts were being organized without my involvement.
It was around this time that, with peace having been established[70], the French army crossed the mountains once again. Several officers came to visit Madame; among them was Mr. the Count of Lautrec, colonel of the Orléans regiment and later plenipotentiary in Geneva, and eventually Marshal of France, whom she introduced to me. Upon hearing what she had to say about me, he seemed very interested in me and promised me many things—of which he remembered only in the last year of his life, by which time I no longer needed his help. At around the same time, the young Marquis de Sennecterre, whose father was then ambassador in Turin, passed through Chambéry. He dined at Madame de Menthon’s house; I also dined there that day. After dinner, the topic of music came up; he knew it very well. The opera “Jephté”[71] had just been performed for the first time; he talked about it, and they brought it out to play. He filled me with awe when he offered to perform this opera together with me; as he opened the score, he came across that famous passage with two choruses.
Earth, hell, even heaven itself.
Everything trembles before the Lord.
He said to me, “How many parts do you want to compose? I will handle these six parts myself.” I was not yet accustomed to this French frivolity; and although I had sometimes attempted to transcribe musical scores, I did not understand how the same person could manage to compose six parts at once—let alone two. Nothing proved more difficult for me in my pursuit of music than jumping so nimbly from one part to another while keeping an eye on the entire score. The way I managed this task must have led Monsieur de Sennecterre to think that I knew nothing about music. Perhaps to verify this suspicion, he offered to have me transcribe a song he intended to present to Mademoiselle de Menthon. I had no choice but to accept. He sang the song, and I wrote it down—even without much rehearsal on his part. After reading it, he found, quite rightly, that it was transcribed with great accuracy. Having witnessed my difficulty, he took pleasure in highlighting this small success of mine. Yet it was actually a very simple task. In truth, I knew music quite well; what I lacked was that quick, intuitive ability to grasp musical structures at first sight—a skill that can only be acquired through extensive practice. Regardless, I was grateful for the sincere effort he made to erase both my own and others’ memories of that embarrassing incident. Twelve or fifteen years later, when I encountered him in various places in Paris, I felt tempted several times to remind him of this anecdote and show him that I still remembered it. But by then he had lost his eyesight; I feared that reminding him of how he had made use of that ability would only bring him renewed regret, so I stayed silent.
A Chambéry vedevo un vecchio di Lione, molto bravo uomo, di nome M. Duvivier, che aveva lavorato come impiegato durante il periodo della Reggenza e, non trovando lavoro, era venuto a occuparsi del catasto. Aveva vissuto nel mondo; possedeva talenti, una certa cultura, dolcezza e cortesia; conosceva la musica, e poiché condividevo la stanza con lui, ci eravamo legati l’uno all’altro, in mezzo a quelle persone poco affidabili che ci circondavano. A Parigi aveva delle corrispondenze che gli fornivano quei piccoli oggetti, quelle novità effimere che appaiono senza motivo e scompaiono allo stesso modo, di cui nessuno si ricorda più una volta cessato di parlarne. Quando a volte lo portavo a cena da mia madre, lui cercava in qualche modo di piacermi e, per essere gradito, provava a farmi apprezzare quelle sciocchezze che io ho sempre trovato detestabili; non mi è mai capitato nella vita di leggerne nemmeno una da solo[69]. Purtroppo, uno di quei maledetti fogli rimase nella tasca della mia giacca nuova, che avevo indossata un paio di volte per essere in regola con gli ufficiali incaricati dei controlli. Quel foglio era una parodia jansenista, piuttosto banale, della bella scena del “Mitridate” di Racine; non ne avevo letto nemmeno dieci versi e l’avevo dimenticato nella tasca. Ed è stato questo a far confiscare tutto il mio bagaglio. Gli ufficiali redassero un magnifico verbale dell’inventario, nel quale, supponendo che quel documento provenisse da Ginevra per essere stampato e distribuito in Francia, si dilungavano in invettive contro i nemici di Dio e della Chiesa, elogiando al contempo la loro pia vigilanza per aver fermato l’esecuzione di quel progetto infernale. Probabilmente ritenevano anche che le mie camicie puzzassero di eresia; perché, in base a quel terribile foglio, tutto fu confiscato, senza che mai, per quanto abbia cercato, riuscissi a ottenere informazioni o notizie riguardo al mio povero bagaglio. Le persone delle fattorie a cui ci rivolgemmo chiedevano così tante istruzioni, informazioni, certificati e documenti che, perdendomi mille volte in quel labirinto, fui costretto ad abbandonare tutto. Mi dispiace davvero di non aver conservato il verbale dell’ufficio incaricato dei controlli. Sarebbe stato un documento degno di essere incluso con distinzione tra quelli che dovrebbero accompagnare questo scritto.
Questa perdita mi fece tornare immediatamente a Chambéry, senza aver avuto alcun rapporto con l’abate Blanchard. E, dopo aver bene riflettuto, vedendo che la sfortuna mi seguiva in tutte le mie imprese, decisi di dedicarmi esclusivamente a mia madre, di cercare di renderla felice e di non preoccuparmi più inutilmente di un futuro su cui non potevo avere alcun controllo. Lei mi accolse come se avessi portato con me dei tesori; gradualmente ripristinò la mia piccola collezione di abiti, e la mia sfortuna, abbastanza grande per entrambi, fu quasi immediatamente dimenticata non appena arrivata.
Sebbene quel disastro avesse raffreddato il mio entusiasmo per i progetti musicali, non smettevo comunque di studiare costantemente le opere di Rameau; e grazie a molti sforzi riuscii infine a comprenderle appieno e a provare a comporre alcuni piccoli brani, il successo dei quali mi incoraggiò ulteriormente. Il conte de Bellegarde, figlio del marchese d’Entremont, era tornato da Dresda dopo la morte del re Augusto. Aveva vissuto a lungo a Parigi: amava profondamente la musica e aveva preso una grande passione per quella di Rameau. Suo fratello, il conte de Nangis, suonava il violino; loro sorella, la contessa de la Tour, cantava un po’. Tutto ciò fece sì che a Chambéry la musica diventasse molto in voga, e si decise di organizzare dei concerti pubblici; all’inizio vollero affidarmi la direzione di questi eventi, ma presto si resero conto che tale compito andava oltre le mie possibilità, quindi trovarono un’altra soluzione. Non smettevo comunque di presentare alcuni piccoli brani composti da me, tra cui una cantata che piacque molto a tutti. Non era certo un’opera perfetta, ma era piena di melodie nuove e di elementi musicali sorprendenti, che nessuno si aspettava da me. Quei signori non riuscivano a credere che, pur leggendo la musica in modo così scadente, fossi in grado di comporre opere decenti, e non dubitarono certo che mi fossi appropriato del lavoro altrui. Per verificare questa ipotesi, un giorno il conte de Nangis venne da me con una cantata di Clérambault che aveva adattato, a suo dire, per rendere più agevole l’esecuzione; secondo lui era necessario aggiungere un nuovo basso, poiché la trasposizione originale rendeva impossibile suonarla con il violino. Risposi che si trattava di un lavoro considerevole e che non poteva essere completato immediatamente. Lui pensò che cercassi scuse e mi esortò ad almeno comporre il basso per un recitativo; così lo feci, anche se probabilmente in modo imperfetto, poiché per fare bene ho bisogno di tranquillità e libertà nel mio lavoro. Ma comunque lo feci seguendo le regole della composizione musicale, e poiché lui era presente, non poté dubitare che conoscessi gli elementi fondamentali di questa arte. Così non persi le mie allieve, ma il mio entusiasmo per la musica diminuì un po’, vedendo che si tenevano concerti senza di me.
Fu più o meno in quel periodo che, essendo stata ripristinata la pace[70], l’esercito francese attraversò di nuovo le montagne. Diversi ufficiali vennero a visitare Madame, tra cui il conte de Lautrec, colonnello del reggimento d’Orléans e in seguito plenipotenziario a Ginevra; fu proprio lui che lei mi presentò. Dopo aver ascoltato ciò che lei gli raccontò, sembrò interessarsi molto a me e mi promise molte cose, di cui però si ricordò soltanto l’ultimo anno della sua vita, quando ormai non avevo più bisogno di lui. Nello stesso periodo, il giovane marchese de Sennecterre, il cui padre era allora ambasciatore a Torino, passò da Chambéry; cenò a casa di Madame de Menthon, e anch’io cenei lì quel giorno. Dopo cena si parlò di musica; lui la conosceva molto bene. L’opera “Iefte”[71] era appena stata rappresentata; ne discussero e decisero di farla suonare. Mi fece tremare quando mi propose di eseguirla insieme. Mentre apriva il libretto, trovò quel famoso brano a due cori.
La terra, l’inferno, persino il cielo stesso.
Tutto trema davanti al Signore.
Mi disse: “Quante parti vuoi comporre? Io ne farò sei”. Non ero ancora abituato a quella vivacità tipica dei francesi; e sebbene avessi talvolta tentato di trascrivere delle partiture, non capivo come una stessa persona potesse comporre contemporaneamente sei parti, o anche solo due. Nella pratica della musica, nulla mi costò di più che passare con estrema agilità da una parte all’altra della partitura e mantenere lo sguardo su tutta quanta essa. Dal modo in cui riuscii a portare a termine questa impresa, il signor de Sennecterre dovette pensare che non sapessi affatto la musica. Forse per verificare questo dubbio, mi propose di trascrivere una canzone che voleva dedicare alla signorina de Menthon. Non potevo rifiutare. Lui cantò la canzone; io la scrissi, anche senza che me la facesse ripetere molte volte. In seguito la lesse e, come era vero, constatò che era stata trascritta in modo molto corretto. Aveva notato le mie difficoltà e si compiacque di sottolineare questo piccolo successo. Anche se in realtà si trattava di una cosa molto semplice. In fondo, conoscevo bene la musica; mi mancava soltanto quella capacità di comprendere immediatamente i dettagli delle partiture, qualcosa che si acquisisce solo attraverso una lunga pratica. Comunque sia, apprezzai molto l’attenzione che ebbe nel cercare di cancellare, sia negli occhi degli altri che nei miei, quella piccola vergogna che avevo provato. Dodici o quindici anni dopo, incontrandolo in diverse case di Parigi, più volte ebbi la tentazione di raccontargli questa aneddota e di fargli vedere che me ne ricordavo ancora. Ma da allora lui aveva perso la vista; temevo di rinnovare i suoi rimpianti ricordandogli come avesse saputo sfruttare quella capacità, quindi tenni la bocca chiusa.
Je touche au moment qui commence à lier mon existence passée avec la présente. Quelques amitiés de ce temps-là, prolongées jusqu’à celui-ci, me sont devenues bien précieuses. Elles m’ont souvent fait regretter cette heureuse obscurité où ceux qui se disaient mes amis l’étaient et m’aimaient pour moi, par pure bienveillance, non par la vanité d’avoir des liaisons avec un homme connu, ou par le désir secret de trouver ainsi plus d’occasions de lui nuire. C’est d’ici que je date ma première connaissance avec mon vieux ami Gauffecourt, qui m’est toujours resté, malgré les efforts qu’on a faits pour me l’ôter. Toujours resté ! non. Hélas ! je viens de le perdre. Mais il n’a cessé de m’aimer qu’en cessant de vivre, et notre amitié n’a fini qu’avec lui. M. de Gauffecourt était un des hommes les plus aimables qui aient existé. Il était impossible de le voir sans l’aimer, et de vivre avec lui sans s’y attacher tout à fait. Je n’ai vu de ma vie une physionomie plus ouverte, plus caressante, qui eût plus de sérénité, qui marquât plus de sentiment et d’esprit, qui inspirât plus de confiance. Quelque réservé qu’on pût être, on ne pouvait, dès la première vue, se défendre d’être aussi familier avec lui que si on l’eût connu depuis vingt ans, et moi qui avais tant de peine d’être à mon aise avec les nouveaux visages, j’y fus avec lui du premier moment. Son ton, son accent, son propos, accompagnaient parfaitement sa physionomie. Le son de sa voix était net, plein, bien timbré, une belle voix de basse, étoffée et mordante, qui remplissait l’oreille et sonnait au cœur. Il est impossible d’avoir une gaieté plus égale et plus douce, des grâces plus vraies et plus simples, des talents plus naturels et cultivés avec plus de goût. Joignez à cela un cœur aimant, mais aimant un peu trop tout le monde, un caractère officieux avec peu de choix, servant ses amis avec zèle, ou plutôt se faisant l’ami des gens qu’il pouvait servir, et sachant faire très adroitement ses propres affaires en faisant très chaudement celles d’autrui. Gauffecourt était fils d’un simple horloger, et avait été horloger lui-même. Mais sa figure et son mérite l’appelaient dans une autre sphère, où il ne tarda pas d’entrer. Il fit connaissance avec M. de La Closure, résident de France à Genève, qui le prit en amitié. Il lui procura à Paris d’autres connaissances qui lui furent utiles, et par lesquelles il parvint à avoir la fourniture des sels du Valais, qui lui valait vingt mille livres de rente. Sa fortune, assez belle, se borna là du côté des hommes ; mais du côté des femmes la presse y était : il eut à choisir, et fit ce qu’il voulut[73]. Ce qu’il y eut de plus rare et de plus honorable pour lui fut qu’ayant des liaisons dans tous les états, il fut partout chéri, recherché de tout le monde, sans jamais être envié ni haï de personne, et je crois qu’il est mort sans avoir eu de sa vie un seul ennemi. Heureux homme ! Il venait tous les ans aux bains d’Aix, où se rassemble la bonne compagnie des pays voisins. Lié avec toute la noblesse de Savoie, il venait d’Aix à Chambéry voir le comte de Bellegarde, et son père le marquis d’Entremont, chez qui Maman fit et me fit faire connaissance avec lui. Cette connaissance, qui semblait devoir n’aboutir à rien, et fut nombre d’années interrompue, se renouvela dans l’occasion que je dirai et devint un véritable attachement. C’est assez pour m’autoriser à parler d’un ami avec qui j’ai été si étroitement lié ; mais, quand je ne prendrais aucun intérêt personnel à sa mémoire, c’était un homme si aimable et si heureusement né, que, pour l’honneur de l’espèce humaine, je la croirais toujours bonne à conserver. Cet homme si charmant avait pourtant ses défauts, ainsi que les autres, comme on pourra voir ci-après ; mais s’il ne les eût pas eus, peut-être eût-il été moins aimable. Pour le rendre intéressant autant qu’il pouvait l’être, il fallait qu’on eût quelque chose à lui pardonner.
Une autre liaison du même temps n’est pas éteinte, et me leurre encore de cet espoir du bonheur temporel, qui meurt si difficilement dans le cœur de l’homme. M. de Conzié, gentilhomme savoyard, alors jeune et aimable, eut la fantaisie d’apprendre la musique, ou plutôt de faire connaissance avec celui qui l’enseignait. Avec de l’esprit et du goût pour les belles connaissances, M. de Conzié avait une douceur de caractère qui le rendait très liant, et je l’étais beaucoup moi-même pour les gens en qui je la trouvais. La liaison fut bientôt faite[74]. Le germe de littérature et de philosophie qui commençait à fermenter dans ma tête, et qui n’attendait qu’un peu de culture et d’émulation pour se développer tout à fait, les trouvait en lui. M. de Conzié avait peu de disposition pour la musique ; ce fut un bien pour moi ; les heures des leçons se passaient à tout autre chose qu’à solfier. Nous déjeunions, nous causions, nous lisions quelques nouveautés, et pas un mot de musique. La correspondance de Voltaire avec le Prince royal de Prusse faisait du bruit alors[75] : nous nous entretenions souvent de ces deux hommes célèbres, dont l’un, depuis peu sur le trône[76][77], s’annonçait déjà tel qu’il devait dans peu se montrer ; et dont l’autre, aussi décrié qu’il est admiré maintenant, nous faisait plaindre sincèrement le malheur qui semblait le poursuivre, et qu’on voit si souvent être l’apanage des grands talents. Le Prince de Prusse avait été peu heureux dans sa jeunesse, et Voltaire semblait fait pour ne l’être jamais. L’intérêt que nous prenions à l’un et à l’autre s’étendait à tout ce qui s’y rapportait. Rien de tout ce qu’écrivait Voltaire ne nous échappait. Le goût que je pris à ces lectures m’inspira le désir d’apprendre à écrire avec élégance, et de tâcher d’imiter le beau coloris de cet auteur, dont j’étais enchanté. Quelque temps après parurent ses Lettres philosophiques. Quoiqu’elles ne soient assurément pas son meilleur ouvrage, ce fut celui qui m’attira le plus vers l’étude, et ce goût naissant ne s’éteignit plus depuis ce temps-là.
Mais le moment n’était pas venu de m’y livrer tout de bon. Il me restait encore une humeur un peu volage, un désir d’aller et venir, qui s’était plutôt borné qu’éteint, et que nourrissait le train de la maison de Mme de Warens, trop bruyant pour mon humeur solitaire. Ce tas d’inconnus qui lui affluaient journellement de toutes parts, et la persuasion où j’étais que ces gens-là ne cherchaient qu’à la duper chacun à sa manière, me faisaient un vrai tourment de mon habitation. Depuis qu’ayant succédé à Claude Anet dans la confidence de sa maîtresse je suivais de plus près l’état de ses affaires, j’y voyais un progrès en mal dont j’étais effrayé. J’avais cent fois remontré, prié, pressé, conjuré, et toujours inutilement. Je m’étais jeté à ses pieds, je lui avais représenté fortement la catastrophe qui la menaçait, je l’avais vivement exhortée à réformer sa dépense, à commencer par moi, à souffrir plutôt un peu tandis qu’elle était encore jeune que, multipliant toujours ses dettes et ses créanciers, de s’exposer sur ses vieux jours à leurs vexations et à la misère. Sensible à la sincérité de mon zèle, elle s’attendrissait avec moi, et me promettait les plus belles choses du monde. Un croquant arrivait-il, à l’instant tout était oublié. Après mille épreuves de l’inutilité de mes remontrances, que me restait-il à faire que de détourner les yeux du mal que je ne pouvais prévenir ? Je m’éloignais de la maison dont je ne pouvais garder la porte ; je faisais de petits voyages à Nyon, à Genève, à Lyon, qui, m’étourdissant sur ma peine secrète, en augmentaient en même temps le sujet par ma dépense. Je puis jurer que j’en aurais souffert tous les retranchements avec joie si Maman eût vraiment profité de cette épargne, mais certain que ce que je me refusais passait à des fripons, j’abusais de sa facilité pour partager avec eux, et, comme le chien qui revient de la boucherie, j’emportais mon lopin du morceau que je n’avais pu sauver.
I am reaching that moment when my past existence begins to connect with the present. Some of the friendships from that time, which have continued into this one, have become extremely precious to me. They often make me miss those happy times of ignorance when those who called themselves my friends truly were my friends and loved me for me alone, out of pure kindness—not out of vanity at having connections with a well-known person, nor out of the secret desire to find more opportunities to harm me. It was during this time that I first met my old friend Gauffecourt, who remained by my side despite all attempts to separate us. He truly remained, until sadly, he passed away. But his love for me ceased only with his life; our friendship ended with him. Monsieur de Gauffecourt was one of the most delightful men who ever lived. It was impossible not to love him upon first meeting him, and impossible not to become deeply attached to him while living with him. I have never seen a face more open, more kind, more serene, expressing more emotion and intelligence, or inspiring more trust. No matter how reserved one might be, it was impossible not to feel as if one had known him for twenty years upon first sight. And yet, although I usually find it difficult to feel at ease with new people, I felt completely natural with him from the very beginning. His tone of voice, his accent, and his manner perfectly complemented his appearance. His voice was clear, rich, and well-modulated—a beautiful bass that filled the ear and touched the heart. He possessed a joyfulness that was both even and gentle, true and simple grace, and talents that were both natural and refined, executed with great taste. Add to this a kind heart—that is, a heart that loved almost everyone—but not in an indiscriminate way. He had a casual manner but made careful choices; he served his friends with zeal, or rather, he became the friend of those he could help, and was very adept at managing both his own affairs and those of others. Gauffecourt was the son of a humble watchmaker and had himself worked as a watchmaker. But his appearance and merits called him to a higher sphere, where he soon found himself. He met Monsieur de La Closure, the French resident in Geneva, who became his friend and helped him make useful connections in Paris. These connections enabled him to secure the monopoly on salt supplies from the Valais, which brought him an annual income of twenty thousand livres. His fortune was considerable, but when it came to women, well, there were many choices, and he did as he pleased[73]. What was most rare and honorable about him was that, despite having connections in all walks of life, he was loved and sought after by everyone everywhere—yet he never inspired envy or hatred in anyone. I believe he died without ever having an enemy in his life. What a fortunate man! He came to Aix every year, where the finest company from neighboring countries gathered. Connected with all the nobility of Savoy, he would travel from Aix to Chambéry to visit Count de Bellegarde and his father, the Marquis d’Entremont, through whom my mother and I got to know him. This acquaintance, which at first seemed unlikely to lead to anything significant and was interrupted for many years, was renewed on an occasion I will mention later and eventually developed into a true bond of friendship. This is enough to justify my referring to him as a friend with whom I was so closely connected; but even if I had no personal interest in remembering him, he was such an amiable and fortunate man that, for the honor of the human race, I believe it would always be worthwhile to preserve his memory. Yet, this charming man had his flaws, like everyone else, as one will see below; but perhaps if he had not had them, he might not have been so endearing. To make him as interesting as possible, it was necessary for people to be willing to forgive certain things about him.
Another connection, existing at the same time, was not yet extinguished; it continued to deceive me with the illusion of temporal happiness—a feeling that dies so difficultly in the human heart. Mr. de Conzié, a young and pleasant Savoyard gentleman, took the fancy to learn music, or rather, to get to know the person who taught it. Possessed of both intelligence and an appreciation for noble pursuits, Mr. de Conzié had a gentle nature that made him very approachable, and I myself felt a strong affinity for those who shared such qualities. Our friendship was soon established[74]. The seeds of literature and philosophy that were beginning to germinate in my mind—and that needed only a little cultivation and encouragement to fully flourish—found fertile ground in him. Mr. de Conzié had little talent for music, which was actually a blessing for me; our lessons were spent on various other topics rather than practicing musical notation. We would have lunch together, engage in conversation, read some recent publications—not a single word about music was ever mentioned. At that time, Voltaire’s correspondence with the Prince of Prussia was causing quite a stir[75]; we often discussed these two famous men. One of them, having recently ascended the throne[76][77], was already showing signs of the greatness he would soon attain; the other, though once highly criticized, is now greatly admired. We sincerely felt sorry for the misfortunes that seemed to haunt him—a fate so common among those with great talent. The Prince of Prussia had had a troubled youth, and Voltaire seemed destined never to experience happiness. Our interest in both men extended to everything related to them; not a single word Voltaire wrote escaped our attention. My growing fondness for these readings inspired in me the desire to learn to write with elegance and to attempt to imitate the beautiful style of this author, who filled me with admiration. Not long after, his Philosophical Letters were published. Although they are certainly not his best work, they were those that drew me most deeply into the world of learning—and since then, that interest has never faded.
But the time had not yet come to fully commit myself to it. I still harbored a somewhat capricious mood, a desire to wander about that was more of a persistence than an actual departure, and this desire was further fueled by the constant bustle at Madame de Warens’s house—too noisy for my solitary nature. The influx of strangers who flocked there every day, and the conviction that these people were only trying to deceive her in their own ways, caused me great distress regarding my residence there. Since I had taken over from Claude Anet in serving my mistress’s needs, I had been keeping a closer watch on her financial affairs, and what I saw was nothing but a steady decline toward ruin, which filled me with fear. I had repeatedly warned her, prayed for her, urged her, and even begged her—yet to no avail. I had knelt at her feet, vividly describing the catastrophe that loomed over her, earnestly urging her to rein in her spending, to start by cutting back on herself, to endure some hardship now while she was still young, rather than accumulating more debts and creditors, which would expose her to their harassment and poverty in her old age. Sensible to the sincerity of my concern, she would sometimes soften toward me and promise me the greatest things under the sun. But as soon as some new visitor arrived, all those promises were instantly forgotten. After enduring countless failures in trying to stop her misbehavior, what was left for me to do but turn a blind eye to the harm that I was powerless to prevent? I began to avoid staying at that house whose door I could no longer keep watch over; I took short trips to Nyon, Geneva, and Lyon—trips that, while distracting me from my secret sorrow, also increased it through my expenses. I swear that I would have gladly endured any hardship if Mama had truly benefited from the money I was saving for her, but knowing that what I refused for myself was being squandered by scoundrels, I took advantage of her generosity to share it with them. And just like a dog returning from the butcher’s shop, I would take home my small portion of what I had failed to save.
Tocco quel momento in cui la mia esistenza passata inizia a collegarsi al presente. Alcune amicizie di allora, che si sono prolungate fino ad oggi, sono diventate per me molto preziose. Spesso mi hanno fatto rimpiangere quella felice ignoranza in cui coloro che si dicevano miei amici lo erano davvero e mi amavano per me stesso, per pura benevolenza, e non per vanità nel possedere legami con un uomo noto, né per il desiderio segreto di trovarsi così più occasioni per nuocermi. È da questo momento che risale la mia prima conoscenza con il mio vecchio amico Gauffecourt, che mi è sempre rimasto accanto, nonostante tutti gli sforzi fatti per allontanarmelo. Sempre rimasto! Ahimè, l’ho appena perso. Ma lui ha smesso di amarmi solo quando ha smesso di vivere, e la nostra amicizia è finita con lui. Il signor de Gauffecourt era uno degli uomini più affabili che siano mai esistiti: era impossibile vederlo senza amarlo, e vivere con lui senza attaccarsi completamente a lui. Non ho mai visto nella mia vita un volto più aperto, più gentile, più sereno, che esprimesse maggior sentimento ed intelligenza, che ispirasse maggiore fiducia. Qualunque fosse la nostra riservatezza, non si poteva fare a meno di sentirsi immediatamente a proprio agio con lui, come se lo conoscessimo da vent’anni. Io, che ho sempre avuto difficoltà ad adattarmi ai nuovi volti, mi sono sentito a mio agio con lui fin dal primo momento. Il suo tono di voce, il suo accento, le sue parole si abbinavano perfettamente al suo aspetto. La sua voce era chiara, piena, ben modulata, una bella voce di basso, ricca e incisiva, che riempiva l’orecchio e toccava il cuore. Era impossibile avere una gioia più equilibrata e dolce, grazie più autentiche e semplici, talenti più naturali e coltivati con maggior gusto. Aggiungete a questo un cuore amorevole, ma che amava un po’ troppo tutti, un carattere aperto, senza pregiudizi, che serviva i suoi amici con zelo, o meglio, si faceva l’amico di coloro che poteva aiutare, e sapeva gestire molto abilmente le proprie faccende, prendendosi cura anche delle faccende altrui. Gauffecourt era figlio di un semplice orologiaio e aveva lavorato lui stesso come orologiaio. Ma il suo aspetto e i suoi meriti lo destinarono a una posizione sociale più elevata, nella quale entrò presto. Conobbe il signor de La Closure, residente francese a Ginevra, che divenne suo amico. Questi gli procurò a Parigi altre conoscenze utili, grazie alle quali riuscì ad ottenere la fornitura di sali dal Vallese, un’attività che gli fruttava ventimila lire di rendita all’anno. La sua fortuna, piuttosto considerevole, si fermò lì. Ma sul fronte delle donne c’era molta concorrenza: dovette scegliere, e fece ciò che volle. Ciò che fu più raro e onorevole per lui fu il fatto che, pur avendo relazioni in tutti gli ambienti sociali, fosse amato da tutti, desiderato da tutti, senza mai essere invidiato o odiato da nessuno. Credo che sia morto senza aver mai avuto un nemico in vita sua. Che uomo fortunato! Veniva ogni anno ai bagni di Aix, dove si riuniva la buona società dei paesi vicini. In rapporti con tutta la nobiltà della Savoia, veniva da Aix a Chambéry per vedere il conte di Bellegarde e suo padre, il marchese d’Entremont; fu lì che mia madre mi fece conoscere lui. Questa conoscenza, che inizialmente sembrava destinata a non portare a nulla ed fu interrotta per molti anni, si rinnovò in un’occasione che dirò in seguito e divenne una vera amicizia. È sufficiente questo per permettermi di parlare di un amico con cui sono stato così strettamente legato; ma anche senza alcun interesse personale per la sua memoria, era un uomo così gentile e nato così fortunatamente che, per onore dell’umanità intera, credo che valga sempre la pena preservarlo. Quest’uomo così affascinante aveva tuttavia i suoi difetti, come tutti gli altri; ma se non li avesse avuti, forse non sarebbe stato altrettanto amabile. Per renderlo interessante nel modo migliore possibile, era necessario che ci fosse qualcosa per cui si potesse perdonarlo.
Un’altra relazione nello stesso periodo non era ancora terminata e continuava a illudermi con quella speranza di felicità temporanea che è così difficile estinguere nel cuore dell’uomo. Il signor de Conzié, un gentiluomo savoiardo allora giovane e affabile, ebbe l’idea di imparare la musica, o meglio, di conoscere colui che la insegnava. Dotato di spirito e di gusto per le belle conoscenze, il signor de Conzié possedeva anche un carattere dolce che lo rendeva molto affabile; anch’io lo ero molto nei confronti delle persone che mostravano simili qualità. La nostra amicizia nacque rapidamente[74]. Il germe di letteratura e filosofia che iniziava a germogliare nella mia mente, e che attendeva soltanto un po’ di coltivazione e stimolo per svilupparsi appieno, trovò in lui il terreno adatto. Il signor de Conzié non aveva molta predisposizione per la musica; questo fu un vantaggio per me: le ore delle lezioni trascorrevano dedicandosi a tutto tranne che al solfeggio. Pranzavamo insieme, chiacchieravamo, leggevamo qualche novità, e non si parlava mai di musica. All’epoca, la corrispondenza tra Voltaire e il principe reale di Prussia suscitava grande interesse[75]; spesso discutevamo di questi due uomini celebri: uno, appena salito al trono[76][77], già mostrava i segni di ciò che in futuro sarebbe diventato; l’altro, tanto criticato un tempo quanto ammirato oggi, suscitava in noi sincera compassione per la sfortuna che sembrava perseguitarlo, una sfortuna che spesso accompagna i grandi talenti. Il principe di Prussia aveva avuto una giovinezza poco felice; Voltaire, invece, sembrava destinato a non essere mai felice. L’interesse che provavamo per uno e per l’altro si estendeva a tutto ciò che li riguardava: nessuno dei testi scritti da Voltaire ci sfuggiva. Il gusto che sviluppai leggendo queste opere mi spinse a desiderare di imparare a scrivere in modo elegante, e di cercare di emulare lo stile di quell’autore che mi incantava così tanto. Poco dopo uscirono le sue “Lettere filosofiche”. Anche se sicuramente non rappresentano il suo capolavoro migliore, furono proprio queste opere a spingermi maggiormente allo studio, e quel gusto nascente non si è mai spento da allora.
Ma non era ancora il momento di dedicarmi completamente a questo compito. Avevo ancora un umore un po’ incostante, un desiderio di andare avanti e indietro che, sebbene si fosse limitato piuttosto che estinto, veniva alimentato dal movimento incessante della casa di Madame de Warens, troppo rumoroso per il mio carattere solitario. Quel flusso continuo di sconosciuti che vi affluivano ogni giorno da tutte le direzioni, e la convinzione che quelle persone cercassero solo di ingannarla a loro modo, mi causavano un vero tormento riguardo alla mia residenza lì. Dopo essere diventato il confidente di Claude Anet nella relazione con sua moglie, seguivo più da vicino lo stato delle sue finanze e vi notavo un peggioramento che mi spaventava molto. Avevo ripetutamente cercato di farle cambiare idea, pregandola, insistendo, supplicandola, ma tutto era stato inutile. Mi ero gettato ai suoi piedi, le avevo descritto con forza la catastrofe che la minacciava, l’avevo esortata vivamente a ridurre le sue spese, a cominciare da sé stessa, a sopportare qualche sacrificio finché era ancora giovane, piuttosto che accumulare debiti e aumentare il numero dei suoi creditori, rischiando di subire umiliazioni e povertà in vecchiaia. Sensibile alla sincerità della mia preoccupazione, lei si commuoveva con me e mi prometteva le cose più belle del mondo. Ma appena arrivava qualche nuovo ospite, tutto veniva dimenticato all’istante. Dopo mille tentativi falliti per farle cambiare idea, cosa mi restava da fare se non distogliere lo sguardo dal male che non riuscivo a prevenire? Mi allontanavo da quella casa di cui non potevo più prendersi cura; facevo piccoli viaggi a Nyon, a Ginevra, a Lione. Viaggi che, sebbene mi distraessero dalla mia segreta angoscia, ne aumentavano al contempo le cause, a causa delle spese che comportavano. Posso giurare che avrei sopportato con gioia ogni sacrificio, se solo Maman avesse davvero tratto beneficio da quei risparmi. Ma siccome ero certo che ciò che mi rifiutavo di fare finiva nelle mani di dei furfanti, abusavo della sua generosità per condividerlo con loro. E, come un cane che torna dalla macelleria, portavo a casa la mia parte di quel cibo che non ero riuscito a salvare.
Les prétextes ne me manquaient pas pour tous ces voyages, et Maman seule m’en eût fourni de reste, tant elle avait partout de liaisons, de négociations, d’affaires, de commissions à donner à quelqu’un de sûr. Elle ne demandait qu’à m’envoyer, je ne demandais qu’à aller ; cela ne pouvait manquer de faire une vie assez ambulante. Ces voyages me mirent à portée de faire quelques bonnes connaissances, qui m’ont été dans la suite agréables ou utiles ; entre autres, à Lyon, celle de M. Perrichon, que je me reproche de n’avoir pas assez cultivée, vu les bontés qu’il a eues pour moi ; celle du bon Parisot, dont je parlerai dans son temps ; à Grenoble, celles de Mme Deybens et de Mme la présidente de Bardonanche, femme de beaucoup d’esprit, et qui m’eût pris en amitié si j’avais été à portée de la voir plus souvent ; à Genève, celle de M. de La Closure, résident de France, qui me parlait souvent de ma mère, dont malgré la mort et le temps son cœur n’avait pu se déprendre ; celle des deux Barillot, dont le père, qui m’appelait son petit-fils, était d’une société très aimable, et l’un des plus dignes hommes que j’aie jamais connus. Durant les troubles de la République, ces deux citoyens se jetèrent dans les deux partis contraires : le fils dans celui de la bourgeoisie, le père dans celui des magistrats, et lorsqu’on prit les armes en 1737, je vis, étant à Genève, le père et le fils sortir armés de la même maison, l’un pour monter à l’hôtel de ville, l’autre pour se rendre à son quartier, sûrs de se trouver deux heures après, l’un vis-à-vis de l’autre, exposés à s’entr’égorger. Ce spectacle affreux me fit une impression si vive, que je jurai de ne tremper jamais dans aucune guerre civile, et de ne soutenir jamais au dedans la liberté par les armes, ni de ma personne, ni de mon aveu, si jamais je rentrais dans mes droits de citoyen. Je me rends le témoignage d’avoir tenu ce serment dans une occasion délicate, et l’on trouvera, du moins je le pense, que cette modération fut de quelque prix.
Mais je n’en étais pas encore à cette première fermentation de patriotisme que Genève en armes excita dans mon cœur. On jugera combien j’en étais loin par un fait très grave à ma charge, que j’ai oublié de mettre à sa place, et qui ne doit pas être omis.
Mon oncle Bernard était, depuis quelques années, passé dans la Caroline pour y faire bâtir la ville de Charlestown dont il avait donné le plan. Il y mourut peu après ; mon pauvre cousin était aussi mort au service du roi de Prusse, et ma tante perdait ainsi son fils et son mari presque en même temps. Ces pertes réchauffèrent un peu son amitié pour le plus proche parent qui lui restât et qui était moi. Quand j’allais à Genève, je logeais chez elle, et je m’amusais à fureter et feuilleter les livres et papiers que mon oncle avait laissés. J’y trouvai beaucoup de pièces curieuses, et des lettres dont assurément on ne se douterait pas. Ma tante, qui faisait peu de cas de ces paperasses, m’eût laissé tout emporter si j’avais voulu. Je me contentai de deux ou trois livres commentés de la main de mon grand-père Bernard, le ministre, et entre autres les Œuvres posthumes de Rohault in-quarto, dont les marges étaient pleines d’excellentes scholies qui me firent aimer les mathématiques. Ce livre est resté parmi ceux de Mme de Warens ; j’ai toujours été fâché de ne l’avoir pas gardé. À ces livres je joignis cinq ou six mémoires manuscrits, et un seul imprimé qui était du fameux Micheli Ducret, homme d’un grand talent, savant éclairé, mais trop remuant, traité bien cruellement par les magistrats de Genève, et mort dernièrement dans la forteresse d’Arberg, où il était enfermé depuis de longues années pour avoir, disait-on, trempé dans la conspiration de Berne.
Ce mémoire était une critique assez judicieuse de ce grand et ridicule plan de fortification qu’on a exécuté en partie à Genève, à la grande risée des gens du métier, qui ne savent pas le but secret qu’avait le Conseil dans l’exécution de cette magnifique entreprise. M. Micheli, ayant été exclu de la Chambre des fortifications pour avoir blâmé ce plan, avait cru, comme membre des Deux Cents, et même comme citoyen, pouvoir en dire son avis plus au long, et c’était ce qu’il avait fait par ce mémoire, qu’il eut l’imprudence de faire imprimer, mais non pas publier ; car il n’en fit tirer que le nombre d’exemplaires qu’il envoyait aux Deux Cents, et qui furent tous interceptés à la poste par ordre du Petit Conseil. Je trouvai ce mémoire parmi les papiers de mon oncle, avec la réponse qu’il avait été chargé d’y faire, et j’emportai l’un et l’autre. J’avais fait ce voyage peu après ma sortie du cadastre, et j’étais demeuré en quelque liaison avec l’avocat Coccelli, qui en était le chef. Quelque temps après, le directeur de la Douane s’avisa de me prier de lui tenir un enfant, et me donna Mme Coccelli pour commère. Les honneurs me tournaient la tête ; et, fier d’appartenir de si près à M. l’Avocat, je tâchais de faire l’important pour me montrer digne de cette gloire.
Dans cette idée je crus ne pouvoir rien faire de mieux que de lui faire voir mon mémoire imprimé de M. Micheli, qui réellement était une pièce rare, pour lui prouver que j’appartenais à des notables de Genève qui savaient les secrets de l’État. Cependant, par une demi-réserve dont j’aurais peine à rendre raison, je ne lui montrai point la réponse de mon oncle à ce mémoire, peut-être parce qu’elle était manuscrite, et qu’il ne fallait à M. l’Avocat que du moulé. Il sentit pourtant si bien le prix de l’écrit que j’eus la bêtise de lui confier, que je ne pus jamais le ravoir ni le revoir, et que, bien convaincu de l’inutilité de mes efforts, je me fis un mérite de la chose et transformai ce vol en présent. Je ne doute pas un moment qu’il n’ait bien fait valoir à la cour de Turin cette pièce, plus curieuse cependant qu’utile, et qu’il n’ait eu grand soin de se faire rembourser de manière ou d’autre de l’argent qu’il lui en avait dû coûter pour l’acquérir. Heureusement, de tous les futurs contingents, un des moins probables est qu’un jour le roi de Sardaigne assiégera Genève. Mais comme il n’y a pas d’impossibilité à la chose, j’aurai toujours à reprocher à ma sotte vanité d’avoir montré les plus grands défauts de cette place à son plus ancien ennemi.
Je passai deux ou trois ans de cette façon entre la musique, les magistères, les projets, les voyages, flottant incessamment d’une chose à l’autre, cherchant à me fixer sans savoir à quoi, mais entraîné pourtant par degrés vers l’étude, voyant des gens de lettres, entendant parler de littérature, me mêlant quelquefois d’en parler moi-même, et prenant plutôt le jargon des livres que la connaissance de leur contenu. Dans mes voyages de Genève j’allais de temps en temps voir en passant mon ancien bon ami M. Simon, qui fomentait beaucoup mon émulation naissante par des nouvelles toutes fraîches de la république des lettres, tirées de Baillet ou de Colomiès. Je voyais aussi beaucoup à Chambéry un jacobin, professeur de physique, bonhomme de moine, dont j’ai oublié le nom, et qui faisait souvent de petites expériences qui m’amusaient extrêmement. Je voulus à son exemple[78] faire de l’encre de sympathie. Pour cet effet, après avoir rempli une bouteille plus qu’à demi de chaux vive, d’orpiment et d’eau, je la bouchai bien. L’effervescence commença presque à l’instant très violemment. Je courus à la bouteille pour la déboucher, mais je n’y fus pas à temps ; elle me sauta au visage comme une bombe. J’avalai de l’orpiment, de la chaux ; j’en faillis mourir. Je restai aveugle plus de six semaines, et j’appris ainsi à ne pas me mêler de physique expérimentale sans en savoir les éléments[79].
Cette aventure m’arriva mal à propos pour ma santé, qui depuis quelque temps s’altérait sensiblement. Je ne sais d’où venait qu’étant bien conformé par le coffre et ne faisant d’excès d’aucune espèce, je déclinais à vue d’œil. J’ai une assez bonne carrure, la poitrine large, mes poumons doivent y jouer à l’aise ; cependant j’avais la courte haleine, je me sentais oppressé, je soupirais involontairement, j’avais des palpitations, je crachais du sang ; la fièvre lente survint, et je n’en ai jamais été bien quitte. Comment peut-on tomber dans cet état à la fleur de l’âge, sans avoir aucun viscère vicié, sans avoir rien fait pour détruire sa santé ?
I had no lack of excuses for all these travels, and indeed, my mother alone would have provided me with countless reasons to go, since she had so many connections, negotiations, affairs, and commissions to entrust to someone trustworthy. She was only too willing to send me off, and I was only too eager to go; such circumstances inevitably led to a rather itinerant lifestyle. These travels allowed me to make some valuable acquaintances, which proved useful or pleasant in the years that followed. In Lyon, for example, I got to know Mr. Perrichon—of whom I regret not having cultivated my relationship further, given all the kindness he showed me—and also the kind Mr. Parisot, about whom I will speak in due course. In Grenoble, I met Mrs. Deybens and Madame la Présidente de Bardonanche, a woman of great intelligence who would have become dear to me if I had had more opportunities to spend time with her. In Geneva, I became acquainted with Mr. de La Closure, the French resident there, who often spoke of my mother; despite her death and the passage of time, his heart had never been able to let go of her. I also got to know the two Barillots—whose father, who called me his grandson, was a most pleasant company, and one of the most honorable men I have ever known. During the turmoil of the Republic, these two citizens took different sides: the son joined the bourgeois faction, while the father sided with the magistrates. In 1737, when arms were drawn, I saw them both leave the same house armed—one heading for the town hall and the other going to his district—and I realized that within two hours, they might be facing each other, ready to kill one another. This horrifying sight left such a deep impression on me that I swore never to participate in any civil war, and never to use arms to defend liberty, either personally or by acknowledging it, if I ever regained my civic rights. I can testify that I kept this oath under a difficult circumstances, and I believe that such moderation was indeed of some value.
But I had not yet reached that initial stage of patriotism when the sight of Geneva in arms stirred something within me. One very serious incident involving me will show how far I was still from such feelings; I have forgotten to mention it in its proper context, but it must not be overlooked.
My uncle Bernard had moved to Carolina a few years earlier in order to have the city of Charlestown built according to the plans he had drawn up. He died there shortly after; my poor cousin also lost his life serving the King of Prussia, and thus my aunt lost both her son and her husband almost at the same time. These losses somewhat deepened her friendship for the closest relative she still had left, which was me. Whenever I went to Geneva, I would stay with her and enjoyed rummaging through the books and papers that my uncle had left behind. I found many interesting items, as well as letters that one would never suspect such contents contained. My aunt, who paid little attention to these documents, would have allowed me to take everything away if I had wished. I contented myself with two or three books annotated by my grandfather Bernard, the minister; among them were Rohault’s Posthumous Works in quarto format, whose margins were filled with excellent annotations that helped me develop a love for mathematics. This book remains among those owned by Madame de Warens; I have always regretted not keeping it. In addition to these books, I added five or six manuscripts and only one printed work: it belonged to the famous Micheli Ducret—a man of great talent and an enlightened scholar, but also too restless, who was harshly treated by the magistrates of Geneva and later died in the fortress of Arberg, where he had been imprisoned for many years on charges of being involved in the conspiracy in Bern.
This memorandum was a rather judicious critique of that grand and ridiculous fortification plan which was partially implemented in Geneva, to the great amusement of those in the profession who were unaware of the secret purpose the Council had in undertaking this ambitious project. Mr. Micheli, having been expelled from the Chamber of Fortifications for criticizing this plan, believed that, as a member of the Two Hundred and even as a citizen, he was entitled to express his views more fully—and indeed he did so in this memorandum. Unfortunately, he was imprudent enough to have it printed but not published; only a limited number of copies were made, and these were all intercepted at the post office on orders from the Little Council. I found this memorandum among my uncle’s papers, along with the response that he had been instructed to prepare; I took both documents with me. I had made this trip shortly after leaving the cadastre office and still maintained some contact with Attorney Coccelli, who was in charge of that department. Some time later, the director of the Customs asked me to take care of a child for him and assigned me Madame Coccelli as my business partner. All these honors began to turn my head; proud to be so closely associated with Mr. the Attorney, I tried my best to behave in a manner worthy of such glory.
In this matter, I thought there was nothing better to do than to show him my printed copy of Mr. Micheli’s memorial—which was indeed a rare document—to prove that I belonged to prominent families in Geneva who knew the secrets of the state. However, out of some half-reserve that I find hard to justify, I did not show him my uncle’s reply to that memorial; perhaps because it was in manuscript form, while what the lawyer required was only a printed version. Nevertheless, he realized perfectly the value of the written document, and I made the mistake of giving it to him—only to never be able to retrieve or see it again. Realizing the futility of my efforts, I decided to turn this “loss” into a gift. I have no doubt that he must have presented this curious but ultimately useless document before the court of Turin and taken great care to get reimbursed in some way for the money it cost him to acquire it. Fortunately, among all possible future events, one of the least likely is that the King of Sardinia will ever besiege Geneva. But since nothing is absolutely impossible, I will always regret my foolish vanity for having exposed this city’s most serious weaknesses to its oldest enemy.
I spent two or three years in this manner, moving constantly between music, graduate studies, various projects, and travels—constantly shifting from one thing to another, trying to settle down but not knowing exactly what I wanted. Yet, little by little, I was drawn towards studying; I met people involved in literature, heard discussions about it, and sometimes even participated in them myself. However, what I really acquired was the jargon of books, rather than a true understanding of their content. During my trips to Geneva, I would occasionally visit my old friend Mr. Simon, who greatly inspired my growing interest in literature by sharing with me the latest news from the world of letters, drawn from works like Baillet’s and Colomiès’. In Chambéry, I also met a Jacobin professor of physics—a kind-hearted man whose name I have forgotten—who often conducted small experiments that amused me greatly. Following his example, I tried to make “sympathetic ink”. To do this, I filled a bottle more than half full with quicklime, orpiment, and water, then sealed it tightly. Almost immediately, the mixture began to ferment violently. I rushed to open the bottle, but it was too late—it exploded in my face. I swallowed some of the orpiment and quicklime and nearly died. I remained blind for over six weeks, and that experience taught me never to engage in experimental physics without a thorough understanding of its fundamental principles.
This adventure occurred at a very unfortunate time for my health, which had been deteriorating significantly lately. I have no idea where it came from—since I was in good physical shape and did not indulge in any excesses of any kind—I began to decline rapidly. I have a fairly robust build, with a broad chest; my lungs must function quite well. Nevertheless, I started to experience shortness of breath, felt oppressed, sighed involuntarily, had palpitations, and even coughed up blood. A low-grade fever soon followed, and I never fully recovered from it. How can one fall into such a state in the prime of life, without any internal organs being damaged, without having done anything to ruin one’s health?
Non mi mancavano pretesti per tutti questi viaggi, e soprattutto mia madre ne avrebbe forniti molti, dato che aveva ovunque contatti, negoziazioni, affari da sbrigare con persone di fiducia. Lei desiderava solo che io partissi, e io non volevo altro che andare; di conseguenza, la nostra vita era piuttosto nomade. Questi viaggi mi permisero di fare alcune buone conoscenze, che in seguito si rivelarono utili o piacevoli per me. Tra queste, a Lione, quella con il signor Perrichon, di cui mi pento di non aver coltivato abbastanza le relazioni, considerando le gentilezze che mi ha dimostrato; poi c’era il buon Parisot, di cui parlerò in seguito; a Grenoble, quelle con la signora Deybens e la presidente de Bardonanche, una donna molto intelligente che avrebbe sicuramente stretto amicizia con me se avessi potuto incontrarla più spesso; a Ginevra, quella con il signor de La Closure, residente francese che parlava spesso di mia madre, la cui memoria non si era mai spenta nonostante la morte e il tempo trascorso. Inoltre, conoscevo anche i due Barillot: il padre, che mi chiamava suo nipote, era una persona molto piacevole da frequentare e uno degli uomini più onesti che abbia mai incontrato. Durante i turbamenti della Repubblica, questi due cittadini si schierarono su parti opposte: il figlio con la borghesia, il padre tra i magistrati. Nel 1737, quando scoppiarono le ostilità, vidi entrambi uscire armati dalla stessa casa: uno diretto all’hotel de ville, l’altro al proprio quartiere, convinti che due ore dopo si sarebbero trovati di fronte l’uno all’altro, pronti a uccidersi a vicenda. Questo spettacolo orribile mi lasciò un’impressione così profonda che giurai di non partecipare mai più a guerre civili e di non difendere mai la libertà con le armi, né personalmente né con le mie dichiarazioni, qualora avessi mai ripreso i miei diritti di cittadino. Posso testimoniare di aver mantenuto questo giuramento in un’occasione delicata, e credo che questa moderazione abbia avuto il suo peso.
Ma non ero ancora giunto a quel primo stadio di patriottismo quando Ginevra in armi suscitò in me sentimenti profondi. Si potrà valutare quanto fossi lontano da tali sentimenti attraverso un fatto molto grave che mi riguardava, e che ho dimenticato di menzionare, ma che non deve assolutamente essere tralasciato.
Mio zio Bernard, da alcuni anni, si era trasferito in Carolina per far costruire la città di Charlestown, della quale aveva fornito i progetti. Morì poco dopo; anche mio povero cugino era morto al servizio del re di Prussia, e così mia zia perse sia suo figlio che suo marito quasi contemporaneamente. Queste perdite rafforzarono un po’ il suo affetto per l’unica parente rimasta, che ero io. Quando andavo a Ginevra, soggiornavo da lei e mi divertivo a sfogliare i libri e i documenti lasciati da mio zio. Vi trovai molte cose curiose, oltre a lettere di cui sicuramente nessuno avrebbe sospettato l’esistenza. Mia zia, che non dava grande importanza a quei documenti, mi avrebbe permesso di portarmeli via tutti se lo avessi voluto. Mi limitai a prendere due o tre libri commentati a mano da mio nonno Bernard, il ministro; tra questi c’erano le “Opere postume” di Rohault, in quarto formato, le cui margine erano piene di eccellenti note che mi fecero apprezzare molto la matematica. Questo libro è rimasto tra i libri di Madame de Warens; ho sempre rimpianto di non averlo conservato. Aggiunsi a questi libri cinque o sei manoscritti e un solo testo stampato, che apparteneva al famoso Micheli Ducret: un uomo di grande talento e scienziato erudito, ma troppo irrequieto; fu trattato con estrema durezza dai magistrati di Ginevra e morì recentemente nella fortezza di Arberg, dove era stato rinchiuso per molti anni a causa di una presunta partecipazione alla cospirazione di Berna.
Questo memoriale rappresentava una critica piuttosto acuta di quel grandioso e ridicolo progetto di fortificazioni che fu parzialmente realizzato a Ginevra, suscitando le grandi risate degli esperti del settore, i quali non conoscevano lo scopo segreto che il Consiglio aveva in mente nell’attuare tale imponente iniziativa. Il signor Micheli, essendo stato escluso dalla Camera delle Fortificazioni per aver criticato quel progetto, riteneva, in qualità di membro dei “Duecento” e anche come cittadino, di poter esprimere più ampiamente il proprio parere; ed è proprio ciò che fece attraverso questo memoriale, che ebbe l’imprudenza di far stampare, ma non pubblicare. Infatti ne fece distribuire soltanto il numero di copie destinate ai membri dei “Duecento”, le quali furono tutte intercettate alla posta su ordine del Piccolo Consiglio. Trovai questo memoriale tra i documenti di mio zio, insieme alla risposta che gli era stata chiesta di redigere; presi entrambi e me li portai via. Avevo intrapreso quel viaggio poco dopo essere uscito dal servizio del catasto, e continuavo a mantenere qualche rapporto con l’avvocato Coccelli, che ne era il capo. Poco tempo dopo, il direttore della Dogana mi chiese di prendermi cura di un bambino e mi affidò la signora Coccelli come cliente. Gli onori mi giravano la testa; e, fiero di appartenere così strettamente all’avvocato Coccelli, cercavo di comportarmi in modo da dimostrare di essere degno di tale gloria.
In questa circostanza, pensai che non ci fosse nulla di meglio da fare se non fargli vedere il mio memoriale stampato dal signor Micheli, che in realtà era un documento davvero raro, per dimostrargli che appartenevo a famiglie note di Genova che conoscevano i segreti dello Stato. Tuttavia, per una sorta di reticenza difficile da spiegare, non gli mostrai la risposta di mio zio a quel memoriale; forse perché era scritta a mano, mentre al signor Avvocato serviva soltanto un documento stampato. Egli comprese comunque appieno il valore di quel documento, tanto che ebbi la sventatezza di affidarglielo, senza mai riuscire a riprenderlo né a vederlo di nuovo. Convinto dell’inutilità dei miei sforzi, decisi di considerare quella perdita come un “regalo” e trasformai quel furto in una sorta di dono. Non dubito affatto che abbia presentato con successo questo documento alla corte di Torino, anche se era più curioso che utile, e che si sia assicurato in qualche modo di farsi rimborsare i soldi spesi per ottenerlo. Fortunatamente, tra tutti gli eventi futuri possibili, uno dei meno probabili è che un giorno il re di Sardegna assedi Genova. Ma poiché nulla è impossibile, dovrò sempre rimproverare la mia sciocca vanità per aver mostrato i punti più deboli di questa città al suo più vecchio nemico.
Trascorsi due o tre anni in questo modo: tra la musica, i corsi di studio, i progetti e i viaggi, passando continuamente da un’attività all’altra, cercando di stabilirmi senza sapere esattamente su cosa, ma pur essendo gradualmente spinto verso lo studio. Incontravo persone di lettere, ascoltavo parlare di letteratura, a volte ne parlavo anch’io io stesso, ma preferivo utilizzare il gergo dei libri piuttosto che comprendere davvero il loro contenuto. Durante i miei viaggi a Ginevra, andavo di tanto in tanto a trovare il mio vecchio amico M. Simon, che stimolava molto la mia crescente passione per le lettere con notizie fresche provenienti dalla “repubblica delle lettere”, tratte da opere di Baillet o Colomiès. A Chambéry incontravo anche un giacobino, professore di fisica, un uomo gentile e dal carattere monastico; ho dimenticato il suo nome, ma spesso faceva piccoli esperimenti che mi divertivano molto. Seguendo il suo esempio, decisi di provare a preparare dell’inchiostro di simpatia. Per farlo, riempii una bottiglia per più della metà con calce viva, orpimento e acqua, poi la chiusi bene. L’effervescenza iniziò quasi immediatamente in modo molto violento; corsi subito a aprire la bottiglia, ma non fui abbastanza veloce: mi schizzò addosso come una bomba. Inghiottii orpimento e calce viva, per poco non morii. Rimasi cieco per più di sei settimane, e in quel modo imparai a non occuparmi di esperimenti di fisica senza conoscere adeguatamente i suoi fondamenti.
Questa avventura mi è capitata in un momento molto sfortunato per la mia salute, che da qualche tempo peggiorava notevolmente. Non so da dove derivasse questo declino: nonostante fossi in buona forma fisica e non commettessi alcun eccesso, il mio stato di salute andava rapidamente deteriorandosi. Avevo una corporatura abbastanza robusta, un torace ampio; i miei polmoni dovevano funzionare senza problemi. Tuttavia soffrivo di difficoltà respiratorie, mi sentivo oppresso, sospiravo involontariamente, avevo palpitazioni e sputavo sangue. In seguito è sopraggiunta la febbre lenta, e da allora non sono mai più riuscito a riprendermi completamente. Come si può finire in questo stato alla vigilia della vita, senza che nessun organo interno sia danneggiato, senza aver commesso alcun atto che possa aver compromesso la propria salute?
L’épée use le fourreau, dit-on quelquefois. Voilà mon histoire. Mes passions m’ont fait vivre, et mes passions m’ont tué. Quelles passions ? dira-t-on. Des riens : les choses du monde les plus puériles, mais qui m’affectaient comme s’il se fût agi de la possession d’Hélène ou du trône de l’univers. D’abord les femmes. Quand j’en eus une, mes sens furent tranquilles, mais mon cœur ne le fut jamais. Les besoins de l’amour me dévoraient au sein de la jouissance. J’avais une tendre mère, une amie chérie ; mais il me fallait une maîtresse. Je me la figurais à sa place ; je me la créais de mille façons pour me donner le change à moi-même. Si j’avais cru tenir Maman dans mes bras quand je l’y tenais, mes étreintes n’auraient pas été moins vives, mais tous mes désirs se seraient éteints, j’aurais sangloté de tendresse, mais je n’aurais pas joui. Jouir ! Ce sort est-il fait pour l’homme ? Ah ! si jamais une seule fois dans ma vie j’avais goûté dans leur plénitude toutes les délices de l’amour, je n’imagine pas que ma frêle existence y eût pu suffire ; je serais mort sur le fait.
J’étais donc brûlant d’amour sans objet, et c’est peut-être ainsi qu’il épuise le plus. J’étais inquiet, tourmenté du mauvais état des affaires de ma pauvre Maman, et de son imprudente conduite, qui ne pouvait manquer d’opérer sa ruine totale en peu de temps. Ma cruelle imagination, qui va toujours au-devant des malheurs, me montrait celui-là sans cesse dans tout son excès et dans toutes ses suites. Je me voyais d’avance forcément séparé par la misère de celle à qui j’avais consacré ma vie, et sans qui je n’en pouvais jouir. Voilà comment j’avais toujours l’âme agitée. Les désirs et les craintes me dévoraient alternativement.
La musique était pour moi une autre passion, moins fougueuse, mais non moins consumante par l’ardeur avec laquelle je m’y livrais, par l’étude opiniâtre des obscurs livres de Rameau, par mon invincible obstination à vouloir en charger ma mémoire, qui s’y refusait toujours, par mes courses continuelles, par les compilations immenses que j’entassais, passant très souvent à copier les nuits entières. Et pourquoi m’arrêter aux choses permanentes, tandis que toutes les folies qui passaient dans mon inconstante tête, les goûts fugitifs d’un seul jour, un voyage, un concert, un souper, une promenade à faire, un roman à lire, une comédie à voir, tout ce qui était le moins du monde prémédité dans mes plaisirs ou dans mes affaires, devenait pour moi tout autant de passions violentes qui, dans leur impétuosité ridicule, me donnaient le plus vrai tourment ? La lecture des malheurs imaginaires de Cléveland, faite avec fureur et souvent interrompue, m’a fait faire, je crois, plus de mauvais sang que les miens.
Il y avait un Genevois nommé M. Bagueret, lequel avait été employé sous Pierre le Grand à la cour de Russie ; un des plus vilains hommes[80] et des plus grands fous que j’aie jamais vus, toujours plein de projets aussi fous que lut, qui faisait tomber les millions comme la pluie, et à qui les zéros ne coûtaient rien. Cet homme, étant venu à Chambéry pour quelque procès au Sénat, s’empara de Maman comme de raison, et, pour ses trésors de zéros qu’il lui prodiguait généreusement, lui tirait ses pauvres écus pièce à pièce. Je ne l’aimais point, il le voyait ; avec moi cela n’est pas difficile : il n’y avait sorte de bassesse qu’il n’employât pour me cajoler. Il s’avisa de me proposer d’apprendre les échecs, qu’il jouait un peu. J’essayai presque malgré moi, et après avoir tant bien que mal appris la marche, mon progrès fut si rapide, qu’avant la fin de la première séance je lui donnai la tour qu’il m’avait donnée en commençant. Il ne m’en fallut pas davantage : me voilà forcené des échecs. J’achète un échiquier ; j’achète le Calabrais ; je m’enferme dans ma chambre ; j’y passe les jours et les nuits à vouloir apprendre par cœur toutes les parties, à les fourrer dans ma tête bon gré, mal gré, à jouer seul sans relâche et sans fin. Après deux ou trois mois de ce beau travail et d’efforts inimaginables, je vais au café, maigre, jaune et presque hébété. Je m’essaye, je rejoue avec M. Bagueret : il me bat une fois, deux fois, vingt fois ; tant de combinaisons s’étaient brouillées dans ma tête, et mon imagination s’était si bien amortie, que je ne voyais plus qu’un nuage devant moi. Toutes les fois qu’avec le livre de Philidor ou celui de Stamma j’ai voulu m’exercer à étudier des parties, la même chose m’est arrivée, et, après m’être épuisé de fatigue, je me suis trouvé plus faible qu’auparavant. Du reste, que j’aie abandonné les échecs, ou qu’en jouant je me sois remis en haleine, je n’ai jamais avancé d’un cran depuis cette première séance, et je me suis toujours retrouvé au même point où j’étais en la finissant. Je m’exercerais des milliers de siècles, que je finirais par pouvoir donner la tour à Bagueret, et rien de plus. Voilà du temps bien employé ! direz-vous. Et je n’y en ai pas employé peu. Je ne finis ce premier essai que quand je n’eus plus la force de continuer. Quand j’allai me montrer sortant de ma chambre, j’avais l’air d’un déterré, et, suivant le même train, je n’aurais pas resté déterré longtemps. On conviendra qu’il est difficile, et surtout dans l’ardeur de la jeunesse, qu’une pareille tête laisse toujours le corps en santé.
L’altération de la mienne agit sur mon humeur, et tempéra l’ardeur de mes fantaisies. Me sentant affaiblir, je devins plus tranquille et perdis un peu la fureur des voyages. Plus sédentaire, je fus pris non de l’ennui, mais de la mélancolie ; les vapeurs succédèrent aux passions ; ma langueur devint tristesse ; je pleurais et soupirais à propos de rien ; je sentais la vie m’échapper sans l’avoir goûtée ; je gémissais sur l’état où je laissais ma pauvre Maman, sur celui où je la voyais prête à tomber ; je puis dire que la quitter et la laisser à plaindre était mon unique regret. Enfin je tombai tout à fait malade. Elle me soigna comme jamais mère n’a soigné son enfant, et cela lui fit du bien à elle-même, en faisant diversion aux projets et tenant écartés les projeteurs. Quelle douce mort si alors elle fût venue ! Si j’avais peu goûté les biens de la vie, j’en avais peu senti les malheurs. Mon âme paisible pouvait partir sans le sentiment cruel de l’injustice des hommes, qui empoisonne la vie et la mort. J’avais la consolation de me survivre dans la meilleure moitié de moi-même ; c’était à peine mourir. Sans les inquiétudes que j’avais sur son sort, je serais mort comme j’aurais pu m’endormir, et ces inquiétudes mêmes avaient un objet affectueux et tendre qui en tempérait l’amertume. Je lui disais : Vous voilà dépositaire de tout mon être ; faites en sorte qu’il soit heureux. Deux ou trois fois, quand j’étais le plus mal, il m’arriva de me lever dans la nuit, et de me traîner à sa chambre pour lui donner, sur sa conduite, des conseils, j’ose dire pleins de justesse et de sens, mais où l’intérêt que je prenais à son sort se marquait mieux que toute autre chose. Comme si les pleurs étaient ma nourriture et mon remède, je me fortifiais de ceux que je versais auprès d’elle, avec elle, assis sur son lit, et tenant ses mains dans les miennes. Les heures coulaient dans ces entretiens nocturnes, et je m’en retournais en meilleur état que je n’étais venu ; content et calme dans les promesses qu’elle m’avait faites, dans les espérances qu’elle m’avait données, je m’endormais là-dessus avec la paix du cœur et la résignation à la Providence. Plaise à Dieu qu’après tant de sujets[81] de haïr la vie, après tant d’orages qui ont agité la mienne et qui ne m’en font plus qu’un fardeau, la mort qui doit la terminer me soit aussi peu cruelle qu’elle me l’eût été dans ce moment-là !
“It is said that the sword relies on its scabbard,” they say. Such is my story. My passions made me live—and they also killed me. What passions? One might ask. Nothing more than the most trivial things in this world—yet they affected me as if they had been the possession of Helen or the throne of the universe. First, there were women. When I had one, my senses were at peace, but my heart never was. The demands of love devoured me even amidst pleasure. I had a tender mother, a beloved friend—but I needed a mistress. I imagined her in their place; I created her in countless ways to deceive myself. If I had truly believed I was holding my mother in my arms when I did so, my embrace might have been just as intense—yet all my desires would have vanished. I would have wept with tenderness, but I would not have experienced pleasure. To experience pleasure! Is such fate meant for man? Ah! If only once in my life I had tasted the fullness of all the delights of love, I cannot imagine that my fragile existence could have endured it; I would have died on the spot.
I was therefore consumed by love without an object, and perhaps it is in this way that such feelings exhaust one the most. I was anxious and tormented by the poor state of my dear mother’s affairs, as well as by her imprudent behavior, which surely would lead to her total ruin in a short time. My cruel imagination, which always anticipates misfortune, constantly depicted for me all the extreme consequences of such a situation. I already foresaw that poverty would inevitably separate us; I had devoted my life to her, and without her, I could not enjoy it at all. Such was the state of my soul at that time—desires and fears alternately consumed me.
Music was another passion for me—one less intense, but no less consuming in terms of the fervor with which I devoted myself to it. It involved studying Rameau’s obscure books with relentless determination, my unyielding perseverance in trying to force those ideas into my memory, even when it resisted, my constant efforts, and the vast amounts of material I compiled, often spending entire nights copying pages. And why should I limit myself to things that remained permanent? All those fleeting whims that crossed my ever-changing mind—a single day’s fleeting interests, a trip, a concert, a dinner, a walk, a novel to read, a play to watch—anything that was not premeditated in my pleasures or activities—became for me just as intense passions. In their ridiculous impulsiveness, they brought me the most genuine torment. Reading about Cléveland’s imagined misfortunes, done with fury and often interrupted, I believe caused me more distress than any of my own real troubles.
There was a man from Geneva named Monsieur Bagueret who had served under Peter the Great at the Russian court; one of the most vile and insane people I have ever seen—always full of utterly ridiculous plans, spending millions as if they were nothing. This man came to Chambéry for some legal proceedings before the Senate and immediately took a firm hold on my mother, exploiting her “treasures of zeros” that he lavished upon her while systematically draining her poor savings bit by bit. I didn’t like him at all, and he knew it; dealing with me was no challenge for him—he resorted to every kind of baseness just to please me. He even suggested that I learn chess since he played it somewhat. Against my will, I tried it out, and after struggling to master the basic moves, my progress was so rapid that by the end of our first session, I had managed to return to him the piece he had given me at the start. That was enough for him—to suddenly become obsessed with chess myself. I bought a chessboard and a book, locked myself in my room, and spent days and nights trying to memorize all the moves, forcing myself to play endlessly. After two or three months of such intense effort, I went to the café—weak, pale, and almost delirious. When I tried playing with Monsieur Bagueret again, he defeated me time after time. So many complex strategies had gotten tangled in my mind, and my ability to think clearly had been completely ruined; all I could see was a blur before my eyes. Whenever I tried to practice by studying games from Philidor or Stamma, the same thing happened, and I ended up even weaker than before. In the end, whether I gave up chess altogether or continued playing, I never made any progress beyond that first session—I remained stuck where I started. No matter how many centuries I spent practicing, I would still only be able to return the piece to Bagueret. What a waste of time! And yet, I really did spend a lot of it—I didn’t stop until I was completely exhausted. When I finally emerged from my room, I looked like a ghost; continuing on that path, I doubt I would have survived much longer. One must admit that it’s extremely difficult, especially when one is young, for such mental exertion to leave the body unharmed.
The change in my condition affected my mood and lessened the intensity of my fantasies. Feeling myself growing weaker, I became more tranquil and lost some of the fervor that once characterized my journeys. Becoming more sedentary, I was not overcome by boredom but rather by melancholy; passion gave way to gloom, and my listlessness turned into sorrow. I wept and sighed for no apparent reason, feeling as if life was slipping away from me without even having truly tasted it. I lamented the state in which I left my poor mother, knowing she was on the verge of collapse; leaving her to suffer alone was indeed my only regret. Eventually, I fell seriously ill. She cared for me in a way no mother has ever done before for her child—and this care did her good in its own right, by distracting her from other worries and keeping her away from those who might have caused her trouble. What a gentle death that would have been if it had come then! If I had tasted so little of the joys of life, I had also felt far fewer of its hardships. My peaceful soul could depart without the cruel sensation of human injustice that poisons both life and death. I took solace in the fact that a better part of me would continue to exist after my death; it was almost like not dying at all. Had it not been for my concerns about her fate, I might have passed away as easily as I could have fallen asleep. But those very worries carried with them a tender and affectionate element that mitigated their bitterness. I would say to her: “You now hold the entire essence of me in your hands; please ensure that it is happy.” On two or three occasions, when I was at my worst, I would get up in the middle of the night and go to her room to give her advice on how to live—advice I am sure was both wise and meaningful. What was more, the concern I felt for her fate was evident in every word I said. It was as if tears were my nourishment and my remedy; sitting by her bed, holding her hands in mine, I found strength in those tears. Hours would pass in these nightly conversations, and I would return to bed in a better state than when I had gone. Satisfied and calm, buoyed by the promises she had made me and the hopes she had given me, I would fall asleep with a peaceful heart and resignation toward fate. May God ensure that, after so many reasons to hate life, after so many storms that have shaken my existence and now only weigh it down, the death that will bring it to an end be for me just as gentle as it could have been at that moment.
Si dice talvolta che la spada utilizzi il fodero. Ecco la mia storia: le mie passioni mi hanno fatto vivere, e mi hanno ucciso. Quali passioni? Si chiederà. Niente di importante. Le cose più banali del mondo, ma che per me avevano lo stesso valore della possessione di Elena o del trono dell’universo. Prima di tutto, le donne. Quando ne ebbi una, i miei sensi trovarono pace, ma il mio cuore mai. I bisogni dell’amore mi consumavano anche nel momento stesso del piacere. Avevo una madre tenera, un’amicizia preziosa, ma avevo bisogno di una “dama”. Me la immaginavo al posto di lei, la creavo in mille modi diversi, solo per illudermi. Se avessi creduto davvero di tenere mia madre tra le braccia quando invece stringevo un’altra donna, i miei abbracci non sarebbero stati meno appassionati, ma tutti i miei desideri si sarebbero spenti. Avrei pianto di tenerezza, ma non avrei provato piacere. Provar piacere. È davvero questo il destino dell’uomo? Ah, se solo una volta nella mia vita avessi assaporato appieno tutte le delizie dell’amore. Non credo che la mia fragile esistenza ne sarebbe stata in grado. Sarei morto sul colpo.
Ero quindi divorato da un amore senza oggetto, e forse è proprio in questo modo che tale sentimento si esaurisce più completamente. Ero ansioso, tormentato dal cattivo stato delle cose della mia povera madre e dalla sua imprudente condotta, che sicuramente avrebbe portato al suo totale declino in poco tempo. La mia crudele immaginazione, sempre pronta a prevedere i disastri, mi rappresentava costantemente tutto ciò nel suo massimo grado e con tutte le sue conseguenze. Mi vedevo già inevitabilmente separato, a causa della povertà, da colei a cui avevo dedicato la mia vita e senza di cui non avrei potuto goderla affatto. Ecco in che modo il mio animo era sempre in tumulto: desideri e paure si alternavano continuamente in me.
La musica era per me un’altra passione: meno appassionata, forse, ma non meno divorante per l’intensità con cui vi mi dedicavo, per lo studio instancabile dei testi oscuri di Rameau, per la mia ostinazione invincibile nel voler riempire la mia memoria, che continuava a rifiutarlo. Per le continue ricerche, per le immense quantità di materiale che accumulavo, spesso passando intere notti a copiare. E perché fermarmi alle cose “permanenti”, quando tutte quelle follie che attraversavano la mia mente inconstante – i gusti effimeri di un solo giorno, un viaggio, un concerto, una cena, una passeggiata, un romanzo da leggere, una commedia da vedere, tutto ciò che, nella mia vita quotidiana, era il meno premeditato possibile – diventava per me altrettanto intense passioni, che, con la loro impetuosità ridicola, mi causavano il vero tormento? La lettura dei disastri immaginari di Cléveland, fatta con furia e spesso interrotta, credo abbia fatto più male al mio spirito di quanto non ne abbiano fatto i miei veri problemi.
C’era un genevoise di nome M. Bagueret, che aveva lavorato alla corte russa sotto Pietro il Grande; uno degli uomini più spregevoli e dei pazzi più grandi che abbia mai visto: sempre pieno di progetti assurdi e disperati, spendeva milioni senza pensarci due volte. Quest’uomo, venuto a Chambéry per qualche processo al Senato, si impossessò di mia madre come se fosse sua proprietà privata; per i suoi “tesori” di zeri, che le regalava generosamente, le strappava via i pochi soldi che aveva. Non gli piacevo affatto, e lui lo sapeva; con me non era difficile: usava ogni sorta di bassezze per adularmi. Un giorno mi propose di imparare a giocare a scacchi, che conosceva un po’. Provai quasi contro la mia volontà, e dopo aver appreso le regole, i miei progressi furono così rapidi che, alla fine della prima lezione, riuscii a batterlo con la torre che lui stesso mi aveva dato all’inizio. Non ci volle altro: da quel momento fui completamente assorbito dal gioco degli scacchi. Comprai un tavolo da scacchi, studiai i libri di Philidor e Stamma, passavo giorni e notti a memorizzare le partite, a giocare da solo senza sosta. Dopo due o tre mesi di questo duro lavoro, andai al caffè: ero magro, pallido, quasi esausto. Provai di nuovo a giocare con M. Bagueret. Ma fu una sconfitta dopo l’altra: troppe combinazioni si erano confuse nella mia mente, e la mia capacità di pensare era completamente distrutta. Ogni volta che provavo a studiare nuove partite, finivo per stancarmi ancora di più. In realtà, sia che abbia smesso del tutto di giocare agli scacchi, sia che abbia continuato con determinazione, non ho mai fatto alcun progresso. Sembra proprio che, nella frenesia della giovinezza, una mente del genere possa solo danneggiare il corpo. Che tempo sprecato. Direte voi. E in effetti, ne ho sprecato davvero molto: ho continuato fino a quando non ho più avuto la forza di proseguire. Quando sono uscito dalla mia stanza, sembravo un morto. Se avessi continuato così, probabilmente sarei morto davvero. Bisogna ammettere che è difficile, soprattutto nella passione della giovinezza, mantenere il corpo in salute quando la mente è completamente distrutta.
Il cambiamento nel mio stato influenzava il mio umore e attenuava l’intensità delle mie fantasie. Sentendomi indebolire, diventai più tranquillo e persi in parte quella passione per i viaggi che un tempo mi caratterizzava. Diventando più sedentario, non fu la noia a prendere il sopravvento, ma la malinconia; le passioni lasciarono il posto alla tristezza; la mia apatia si trasformò in dolore profondo; piangevo e sospiravo senza motivo; sentivo che la vita mi sfuggiva senza che ne avessi realmente goduto; gemevo per lo stato in cui lasciavo mia povera madre, per il rischio che correva di cadere nel declino. Posso dire che lasciarla sola e in difficoltà era l’unico rimpianto che avevo. Alla fine, mi ammalai gravemente. Lei si prese cura di me come nessuna madre si è mai presa cura del proprio figlio, e questo le fece bene a lei stessa, distrarla dai suoi pensieri cupi e allontanare coloro che avrebbero potuto causarle problemi. Che morte dolce sarebbe stata se fosse arrivata in quel momento. Se avevo goduto poco dei beni della vita, ne avevo percepito meno i mali. La mia anima serena poteva lasciare questo mondo senza il dolore crudele dell’ingiustizia umana che avvelena sia la vita che la morte. Avevo il conforto di continuare a esistere nella parte migliore di me stesso. Era quasi come morire in pace. Senza le preoccupazioni per il suo destino, sarei morto tranquillamente, come se mi fossi addormentato. Ma quelle preoccupazioni avevano un motivo dolce e tenero che attenuava la loro amarezza. Le dicevo: “Ora tu sei la custode di tutto ciò che sono; fai in modo che io sia felice”. Due o tre volte, quando stavo peggio, mi alzavo di notte e andavo nella sua stanza per darle consigli riguardo al suo comportamento. Consigli pieni di giustizia e sensatezza. Ma il vero motivo della mia preoccupazione era l’affetto profondo che provavo per lei. Come se le lacrime fossero la mia nutrizione e il mio rimedio, mi rinvigorivo piangendo al suo fianco, tenendole le mani nelle mie. Le ore passavano in quei dialoghi notturni. E tornavo a casa in condizioni migliori di quando ero arrivato. Confortato dalle promesse che lei mi aveva fatto, dalle speranze che mi aveva dato. Mi addormentavo con il cuore in pace e la rassegnazione alla Provvidenza. Che Dio voglia che, dopo tanti motivi per odiare la vita, dopo tante tempeste che hanno turbato la mia esistenza e che ora non fanno altro che renderla un peso insopportabile. La morte che dovrà porre fine a tutto ciò sia per me altrettanto dolce di quanto lo sarebbe stata in quel momento.
À force de soins, de vigilance et d’incroyables peines, elle me sauva, et il est certain qu’elle seule pouvait me sauver. J’ai peu de foi à la médecine des médecins, mais j’en ai beaucoup à celle des vrais amis ; les choses dont notre bonheur dépend se font toujours beaucoup mieux que toutes les autres. S’il y a dans la vie un sentiment délicieux, c’est celui que nous éprouvâmes d’être rendus l’un à l’autre. Notre attachement mutuel n’en augmenta pas, cela n’était pas possible ; mais il prit je ne sais quoi de plus intime, de plus touchant dans sa grande simplicité. Je devenais tout à fait son œuvre, tout à fait son enfant, et plus que si elle eût été ma vraie mère. Nous commençâmes, sans y songer, à ne plus nous séparer l’un de l’autre, à mettre en quelque sorte notre existence en commun, et sentant que réciproquement nous nous étions non seulement nécessaires, mais suffisants, nous nous accoutumâmes à ne plus penser à rien d’étranger à nous, à borner absolument notre bonheur et tous nos désirs à cette possession mutuelle, et peut-être unique parmi les humains, qui n’était point, comme je l’ai dit, celle de l’amour, mais une possession plus essentielle, qui, sans tenir aux sens, au sexe, à l’âge, à la figure, tenait à tout ce par quoi l’on est soi, et qu’on ne peut perdre qu’en cessant d’être.
À quoi tint-il que cette précieuse crise n’amenât le bonheur du reste de ses jours et des miens ? Ce ne fut pas à moi, je m’en rends le consolant témoignage. Ce ne fut pas non plus à elle, du moins à sa volonté. Il était écrit que bientôt l’invincible naturel[82] reprendrait son empire. Mais ce fatal retour ne se fit pas tout d’un coup. Il y eut, grâce au ciel, un intervalle ; court et précieux intervalle, qui n’a pas fini par ma faute, et dont je ne me reprocherai pas d’avoir mal profité !
Quoique guéri de ma grande maladie, je n’avais pas repris ma vigueur. Ma poitrine n’était pas rétablie ; un reste de fièvre durait toujours, et me tenait en langueur. Je n’avais plus de goût à rien qu’à finir mes jours près de celle qui m’était chère, à la maintenir dans ses bonnes résolutions, à lui faire sentir en quoi consistait le vrai charme d’une vie heureuse, à rendre la sienne telle, autant qu’il dépendait de moi. Mais je voyais, je sentais même que dans une maison sombre et triste la continuelle solitude du tête-à-tête deviendrait à la fin triste aussi. Le remède à cela se présenta comme de lui-même. Maman m’avait ordonné le lait, et voulait que j’allasse le prendre à la campagne. J’y consentis, pourvu qu’elle y vînt avec moi. Il n’en fallut pas davantage pour la déterminer ; il ne s’agit plus que du choix du lieu. Le jardin du faubourg n’était pas proprement à la campagne ; entouré de maisons et d’autres jardins, il n’avait point les attraits d’une retraite champêtre. D’ailleurs, après la mort d’Anet, nous avions quitté ce jardin pour raison d’économie, n’ayant plus à cœur d’y tenir des plantes, et d’autres vues nous faisant peu regretter ce réduit.
Profitant maintenant[83] du dégoût que je lui trouvai pour la ville, je lui proposai de l’abandonner tout à fait, et de nous établir dans une solitude agréable, dans quelque petite maison assez éloignée pour dérouter les importuns. Elle l’eût fait, et ce parti que son bon ange et le mien me suggérait nous eût vraisemblablement assuré des jours heureux et tranquilles jusqu’au moment où la mort devait nous séparer. Mais cet état n’était pas celui où nous étions appelés. Maman devait éprouver toutes les peines de l’indigence et du mal-être, après avoir passé sa vie dans l’abondance, pour la lui faire quitter avec moins de regret ; et moi, par un assemblage de maux de toute espèce, je devais être un jour un exemple à quiconque, inspiré du seul amour du bien public et de la justice, ose, fort de sa seule innocence, dire ouvertement la vérité aux hommes sans s’étayer par des cabales, sans s’être fait des partis pour le protéger.
Une malheureuse crainte la retint. Elle n’osa quitter sa vilaine maison, de peur de fâcher le propriétaire. Ton projet de retraite est charmant, me dit-elle, et fort de mon goût ; mais dans cette retraite il faut vivre. En quittant ma prison, je risque de perdre mon pain, et quand nous n’en aurons plus dans les bois, il en faudra bien retourner chercher à la ville. Pour avoir moins besoin d’y venir, ne la quittons pas tout à fait. Payons cette petite pension au Comte de Saint-Laurent, pour qu’il me laisse la mienne. Cherchons quelque réduit assez loin de la ville pour vivre en paix et assez près pour y revenir toutes les fois qu’il sera nécessaire. Ainsi fut fait. Après avoir un peu cherché, nous nous fixâmes aux Charmettes, une terre de M. de Conzié, à la porte de Chambéry, mais retirée et solitaire comme si l’on était à cent lieues. Entre deux coteaux assez élevés est un petit vallon nord et sud au fond duquel coule une rigole entre des cailloux et des arbres. Le long de ce vallon, à mi-côte, sont quelques maisons éparses, fort agréables pour quiconque aime un asile un peu sauvage et retiré. Après avoir essayé deux ou trois de ces maisons, nous choisîmes enfin la plus jolie, appartenant à un gentilhomme qui était au service, appelé M. Noëray. La maison était très logeable. Au-devant était un jardin en terrasse, une vigne au-dessus, un verger au-dessous, vis-à-vis un petit bois de châtaigniers, une fontaine à portée ; plus haut dans la montagne, des prés pour l’entretien du bétail ; enfin tout ce qu’il fallait pour le petit ménage champêtre que nous y voulions établir. Autant que je puis me rappeler les temps et les dates, nous en prîmes possession vers la fin de l’été de 1736. J’étais transporté le premier jour que nous y couchâmes. O Maman ! dis-je à cette chère amie en l’embrassant et l’inondant de larmes d’attendrissement et de joie, ce séjour est celui du bonheur et de l’innocence. Si nous ne les trouvons pas ici l’un avec l’autre, il ne les faut chercher nulle part[84].
FIN du CINQUIÈME LIVRE
Livre Sixième
1736
« Hoc erat in votis : modus agri non ita magnus,
Hortus ubi, et tecto vicinus jugis aquae fons ;
Et paulum sylvae super his foret.[85] …»
Je ne puis pas ajouter,
« Auctius atque
Di melius fecere.[86].»
mais n’importe, il ne m’en fallait pas davantage ; il ne m’en fallait pas même la propriété, c’était assez pour moi de la jouissance : et il y a longtemps que j’ai dit et senti que le propriétaire et le possesseur sont souvent deux personnes très différentes, même en laissant à part les maris et les amants.
Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. Moments précieux et si regrettés ! ah ! recommencez pour moi votre aimable cours, coulez plus lentement dans mon souvenir, s’il est possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession. Comment ferai-je pour prolonger à mon gré ce récit si touchant et si simple, pour redire toujours les mêmes choses, et n’ennuyer pas plus mes lecteurs en les répétant que je ne m’ennuyais moi-même en les recommençant sans cesse ? Encore si tout cela consistait en faits, en actions, en paroles, je pourrais le décrire et le rendre en quelque façon ; mais comment dire ce qui n’était ni dit, ni fait, ni pensé même, mais goûté, mais senti, sans que je puisse énoncer d’autre objet de mon bonheur que ce sentiment même ? Je me levais avec le soleil et j’étais heureux ; je me promenais et j’étais heureux ; je voyais Maman et j’étais heureux ; je la quittais et j’étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j’errais dans les vallons, je lisais, j’étais oisif ; je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n’était dans aucune chose assignable, il était tout en moi-même, il ne pouvait me quitter un seul instant.
Through endless care, vigilance, and immense effort, she saved me—and it is certain that only she could have done so. I place little trust in the medicine practiced by doctors, but I place great faith in the power of true friends; those things upon which our happiness depends are always accomplished much more effectively than anything else. If there is any delightful emotion in life, it is the one we felt when we were reunited. Our mutual affection did not increase—such was simply impossible—but it took on a deeper, more tender quality, born of its pure simplicity. I became entirely her creation, entirely her child, more so even than if she had been my actual mother. Unconsciously, we began to live together as one, to share our existence entirely. Realizing that we were not only indispensable to each other but also sufficient in ourselves, we grew accustomed to thinking of nothing outside of our bond. We confined our happiness and all our desires solely to this mutual possession—perhaps unique among human experiences. It was not the love I had spoken of, but something far more essential: a connection that did not depend on senses, gender, age, or appearance, but on everything that defines who we are as individuals—and something that can be lost only when we cease to exist as such.
Why was it that this precious crisis did not bring happiness to the rest of his days and to mine? It was not due to me, I can bear witness to that with comfort. Nor was it due to her, at least not through her will. It was forewritten that soon the invincible natural order would regain its dominion. But this fateful return did not happen all at once. Thanks to heaven, there was an interval—a short and precious interval, which, thanks to me, has not yet come to an end, and for which I shall not regret having taken full advantage of it!
Although I had recovered from my serious illness, I had not yet regained my strength. My chest had not healed; a lingering fever kept me weak and listless. All I desired was to spend the rest of my days beside those I loved, to help them maintain their good resolutions, to show them what true happiness truly entailed, and to make their lives as pleasant as it was in my power to do so. Yet I could see—and even feel—that in a dark and gloomy home, such constant solitude would eventually become unbearable. The solution presented itself quite naturally. My mother had advised me to drink milk, and suggested that I go fetch it from the countryside. I agreed, on the condition that she come with me. That was all that was needed to persuade her; now it was merely a matter of choosing a suitable location. The garden in the suburbs was not truly what one might call a country retreat—it was surrounded by houses and other gardens, lacking the charm of a peaceful rural setting. Moreover, after Anet’s death, we had left that garden for economic reasons; we no longer felt the need to tend to its plants, and other considerations made us little regretful about leaving it behind.
Now that I took advantage of the aversion she felt for the city, I suggested to her that we abandon it entirely and settle in a pleasant solitude, in some small house far enough away to keep away all intruders. She would have done so, and this plan, suggested to us both by our good intentions, would probably have ensured us happy and peaceful days until death separated us. But such a life was not meant for us. My mother was destined to endure all the hardships of poverty and misery after having lived in abundance, just so that she could leave it with less regret; and as for me, through a series of misfortunes of every kind, I was destined one day to become an example for anyone who, inspired solely by love for the public good and justice, dares, relying only on his own innocence, to speak the truth openly to people, without resorting to conspiracies or forming factions to protect himself.
A unfortunate fear held her back. She dared not leave that unpleasant house, for fear of offending its owner. “Your plan for retirement is charming,” she said to me, “and it suits my taste very well; but in order to live there, we must have food and shelter.” If I left my current situation, I risked losing what little I had; and when we ran out of provisions in the woods, we would have no choice but to return to the city. To reduce the need to go there, let’s not completely abandon it. Let’s pay a small pension to Count de Saint-Laurent so that he will leave me alone. Let’s find some secluded place far enough from the city to live in peace, yet close enough to return whenever necessary. And so we did. After some searching, we settled at Les Charmettes, a piece of land belonging to Mr. de Conzié, just outside Chambéry—but so remote and quiet that it felt as if we were hundreds of miles away. Between two fairly steep hills lay a small valley running from north to south, with a narrow stream flowing through it, surrounded by rocks and trees. Along the valley, at an intermediate elevation, there were a few scattered houses—perfect for anyone who enjoyed a somewhat wild and secluded retreat. After trying two or three of them, we finally chose the most beautiful one, which belonged to a gentleman named M. Noëray. The house was very comfortable. In front of it was a terraced garden; above it, a vineyard; below, an orchard, facing a small grove of chestnut trees; not far away, a spring within easy reach. Further up the hill were meadows for raising livestock—and in short, everything needed to start a small country life there. As far as I can recall the dates, we took possession of it towards the end of the summer of 1736. On the first day we stayed there, I was utterly enchanted. “Oh, Mother!” I exclaimed, embracing her and overflowing with tears of gratitude and joy. “This place is truly one of happiness and innocence! If we don’t find it here, together, we need never look elsewhere.”
End of Book Five
Sixth Book
1736
“It was thus expressed in their wishes: the method of farming should not be too extensive, ”
There is a garden there, and near the roof, a spring of water.
“And a little forest lies before them.” [85], ”
I cannot add anything further.
“Auctius and, ”
“To do better.” [86]
But anyway, I did not need any more; I did not even need ownership itself; for me, merely the enjoyment was sufficient. And it has been a long time since I realized and felt that the owner and the possessor are often two very different people—even when we exclude husbands and lovers from the equation.
Here begins the brief happiness of my life; here come those peaceful yet fleeting moments that gave me the right to say I had lived. Precious moments, so deeply regretted! Ah, could you once again unfold your kind course before me, flow more slowly through my memories, if only possible, than you do in your fleeting succession? How can I extend at will this touching and simple narrative, repeat the same things over and over without ever boring my readers as much as I myself grew weary of repeating them endlessly? If only all of this consisted of facts, actions, words—then I might be able to describe it and convey it in some way; but how can one speak of what was neither spoken, nor done, nor even thought, but merely felt and experienced, without being able to identify any other object of my happiness than that very feeling itself? I would rise with the sun and feel happy; I would walk around and feel happy; seeing my mother would make me happy; parting from her would still bring me happiness; wandering through forests and hills, roaming in valleys, reading, being idle—working in the garden, picking fruits, helping with household chores—happiness followed me everywhere. It was not tied to any particular thing; it was entirely within me; it never left my side for a single moment.
Grazie a cure costanti, attenzione e sforzi inimmaginabili, lei mi salvò. E è certo che solo lei poteva farlo. Ho scarsa fiducia nella medicina dei medici, ma molta fiducia in quella degli veri amici; le cose di cui dipende la nostra felicità si realizzano sempre molto meglio di qualsiasi altra cosa. Se c’è un sentimento delizioso nella vita, è quello che provammo quando fummo di nuovo uniti l’uno all’altro. Il nostro legame reciproco non aumentò. Non era possibile. Ma divenne qualcosa di più intimo, di più commovente, nella sua grande semplicità. Diventai completamente il suo “opera”, il suo “figlio”. Più di quanto lei potesse essere considerata mia madre vera. Iniziammo, senza nemmeno pensarci, a non separarci mai l’uno dall’altro, a condividere letteralmente la nostra esistenza. Sentendo che eravamo reciprocamente necessari, e persino sufficienti l’uno all’altro, ci abituammo a non pensare a nulla che non fosse legato a noi stessi. A limitare assolutamente la nostra felicità e tutti i nostri desideri a quella possessione reciproca. Forse unica tra gli esseri umani. Non si trattava, come ho detto, dell’amore. Ma di una forma di possesso ancora più essenziale. Una cosa che non dipende dai sensi, dal sesso, dall’età, dal viso. Ma da tutto ciò che ci rende “noi stessi”. E che si può perdere soltanto smettendo di esistere.
Perché mai questa preziosa crisi non portò alla felicità del resto dei suoi giorni e dei miei? Non fu colpa mia, ne sono la confortante testimonianza. Né fu nemmeno colpa sua, almeno non per sua volontà. Era scritto che presto il suo invincibile naturale avrebbe ripreso il sopravvento. Ma questo fatale ritorno non avvenne all’improvviso. Grazie al cielo, ci fu un intervallo: breve, ma prezioso; un intervallo che, per mia fortuna, non è mai terminato, e di cui non mi pentirò mai di averne approfittato al meglio!
Sebbene fossi guarito dalla mia grave malattia, non avevo ancora ripreso le mie forze. Il mio petto non era ancora completamente ripreso; un residuo di febbre persisteva e mi lasciava debole e senza appetito. Non desideravo nulla se non trascorrere i miei ultimi giorni accanto a colei che mi era cara, aiutarla a mantenere le sue buone risoluzioni, farle comprendere in cosa consistesse il vero fascino di una vita felice e rendere la sua vita quanto più possibile serena, nella misura in cui dipendeva da me. Tuttavia, vedevo e sentivo che, in una casa cupa e triste, la solitudine costante del rapporto intimo tra due persone finiva per diventare anch’essa triste. La soluzione a questo problema si presentò da sola: mia madre mi aveva prescritto il latte e voleva che andassi a prenderlo in campagna. Accettai, a condizione che venisse con me. Questo fu sufficiente per convincerla; non restava altro da fare se non scegliere il luogo adatto. Il giardino del sobborgo non poteva essere considerato propriamente un ambiente campestre: circondato da case e altri giardini, non possedeva gli attratti di una vera dimora rurale. Inoltre, dopo la morte di Anet, avevamo lasciato quel giardino per motivi economici; non avevamo più voglia di curarvi le piante, e altre considerazioni ci facevano sentire poco dispiaciuti di averlo abbandonato.
Approfittando ora[83] del disgusto che provavo per quella città, gli proposi di abbandonarla completamente e di stabilirci in una solitudine piacevole, in una piccola casa sufficientemente lontana da tenere alla larga gli importuni. Lei avrebbe accettato; questa decisione, suggerita sia dal suo angelo custode che dal mio, ci avrebbe probabilmente assicurato giorni felici e tranquilli fino al momento in cui la morte ci avrebbe separati. Ma tale stato non era quello previsto per noi. Mia madre avrebbe dovuto sopportare tutte le difficoltà dell’indigenza e del malessere, dopo aver trascorso tutta la sua vita nell’abbondanza, affinché potesse lasciarla senza troppi rimpianti; e io, a causa di una serie di mali di ogni sorta, sarei diventato un esempio per chiunque, ispirato soltanto dall’amore per il bene pubblico e dalla giustizia, osasse, confidando solo nella propria innocenza, dire apertamente la verità agli uomini senza ricorrere a complotti o formare alleanze per proteggersi.
Un timore spiacevole la trattenne; non osava lasciare quella brutta casa, per paura di offendere il proprietario. “Il tuo progetto di ritiro è delizioso”, mi disse, “e molto in linea con i miei gusti; ma per vivere in quel luogo bisogna pur mangiare. Lasciando la mia ‘prigione’, rischio di perdere il mio pane; e quando non ne avremo più nei boschi, dovremo pur tornare in città a cercarlo. Per aver meno bisogno di andarci, non lasciamola del tutto. Paghiamo questa piccola pensione al Conte di Saint-Laurent, affinché ci lasci la nostra casa. Cerchiamo un luogo abbastanza lontano dalla città per vivere in pace, ma abbastanza vicino da poterci tornare ogni volta che sarà necessario, ” Così fu fatto. Dopo aver cercato un po’, ci stabilimmo alle Charmettes, una tenuta del signor de Conzié, alla porta di Chambéry, un luogo remoto e solitario, come se fossimo a cento miglia di distanza dalla città. Tra due colli abbastanza alti c’era una piccola valle; sul fondo scorreva un ruscello tra sassi e alberi. Lungo il ruscello, a metà pendio, si trovavano alcune case sparse, molto piacevoli per chi ama un rifugio un po’ selvaggio e isolato. Dopo aver provato due o tre di queste case, ne scegliemmo finalmente la più bella, appartenente a un gentiluomo di nome Noëray. La casa era molto confortevole: davanti c’era un giardino in terrazza, sopra una vigna, sotto un frutteto; di fronte, un piccolo bosco di castagni; vicino, una fontana. Più in alto sulla montagna, prati per il bestiame. Insomma, tutto ciò che era necessario per stabilire lì una piccola vita rurale. Per quanto ricordi i tempi e le date, prendemmo possesso della casa verso la fine dell’estate del 1736. Il primo giorno in cui vi dormimmo, fui estremamente felice. “Oh Mamma!”, dissi abbracciandola e versando lacrime di commozione e gioia, “questo luogo è davvero quello del felicità e dell’innocenza. Se qui non li troviamo insieme, non li troveremo da nessun’altra parte.”
Fine del quinto libro.
Libro Sesto
1736
“Ecco ciò che era stato desiderato: un metodo di coltivazione non troppo estensivo, ”
Un giardino dove, vicino al tetto, si trova una sorgente d’acqua.
E poco oltre la foresta si estendeva su di loro.[85], »
Non posso aggiungere nulla di più.
“[Auctius] e, ”
“Fare di meglio.” [86].
Ma in ogni caso, non mi serviva di più; non mi serviva nemmeno la proprietà stessa, bastava a me il semplice godimento: e da tempo dico e sento che il proprietario e colui che possiede sono spesso due persone molto diverse, anche senza considerare mariti e amanti.
Qui inizia la breve felicità della mia vita; qui arrivano quei momenti tranquilli, ma rapidi, che mi hanno dato il diritto di dire di aver vissuto. Momenti preziosi e tanto rimpianti! Ah, riprendete per me il vostro dolce corso, scorrete più lentamente nella mia memoria, se possibile, rispetto a come avvengono realmente nella loro fugace successione. Come potrò prolungare a mio piacimento questo racconto così toccante e semplice, ripetere sempre le stesse cose senza annoiare i miei lettori più di quanto io stesso non mi annoiassi nel rinnovarlo continuamente? Se solo tutto ciò consistesse in fatti, azioni, parole, potrei descriverlo e rappresentarlo in qualche modo; ma come posso esprimere ciò che non è stato né detto, né fatto, né nemmeno pensato, ma soltanto sperimentato, soltanto percepito? Non riesco a indicare altro oggetto della mia felicità se non questo stesso sentimento. Mi alzavo con il sole e ero felice; passeggiavo e ero felice; vedevo Mamma e ero felice; la lasciavo e ero ancora felice; percorrevo i boschi, i colli, vagabondavo nei valli, leggevo, o semplicemente mi riposavo; lavoravo in giardino, raccoglievo frutti, aiutavo nelle faccende domestiche, e la felicità mi seguiva ovunque: non risiedeva in nulla di concreto, era tutta dentro di me, e non mi lasciava mai nemmeno per un istante.
Rien de tout ce qui m’est arrivé durant cette époque chérie, rien de ce que j’ai fait, dit et pensé tout le temps qu’elle a duré, n’est échappé de ma mémoire. Les temps qui précèdent et qui suivent me reviennent par intervalles ; je me les rappelle inégalement et confusément : mais je me rappelle celui-là tout entier comme s’il durait encore. Mon imagination, qui dans ma jeunesse allait toujours en avant, et maintenant rétrograde, compense par ces doux souvenirs l’espoir que j’ai pour jamais perdu. Je ne vois plus rien dans l’avenir qui me tente ; les seuls retours du passé peuvent me flatter, et ces retours si vifs et si vrais dans l’époque dont je parle me font souvent vivre heureux malgré mes malheurs.
Je donnerai de ces souvenirs un seul exemple qui pourra faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, Maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte : elle était assez pesante, et craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : Voilà de la pervenche encore en fleur. Je n’avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’œil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’aie revu de la pervenche ou que j’y aie fait attention. En 1764, étant à Cressier avec mon ami M. Du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Belle-Vue. Je commençais alors d’herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : Ah ! voilà de la pervenche ! et c’en était en effet. Du Peyrou s’aperçut du transport, mais il en ignorait la cause ; il l’apprendra, je l’espère, lorsqu’un jour il lira ceci. Le lecteur peut juger par l’impression d’un si petit objet, de celle que m’ont faite tous ceux qui se rapportent à la même époque.
Cependant l’air de la campagne ne me rendit point ma première santé. J’étais languissant ; je le devins davantage. Je ne pus supporter le lait ; il fallut le quitter. C’était alors la mode de l’eau pour tout remède ; je me mis à l’eau, et si peu discrètement, qu’elle faillit me guérir, non de mes maux, mais de la vie. Tous les matins, en me levant, j’allais à la fontaine avec un grand gobelet, et j’en buvais successivement, en me promenant, la valeur de deux bouteilles. Je quittai tout à fait le vin à mes repas. L’eau que je buvais était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes. Bref, je fis si bien, qu’en moins de deux mois je me détruisis totalement l’estomac, que j’avais eu très bon jusqu’alors. Ne digérant plus, je compris qu’il ne fallait plus espérer de guérir. Dans ce même temps il m’arriva un accident aussi singulier par lui-même que par ses suites, qui ne finiront qu’avec moi.
Un matin que je n’étais pas plus mal qu’à l’ordinaire, en dressant une petite table sur son pied, je sentis dans tout mon corps une révolution subite et presque inconcevable. Je ne saurais mieux la comparer qu’à une espèce de tempête qui s’éleva dans mon sang, et gagna dans l’instant tous mes membres. Mes artères se mirent à battre d’une si grande force, que non seulement je sentais leur battement, mais que je l’entendais même, et surtout celui des carotides[87]. Un grand bruit d’oreilles se joignit à cela, et ce bruit était triple ou plutôt quadruple, savoir : un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très aigu et le battement que je viens de dire, et dont je pouvais aisément compter les coups sans me tâter le pouls ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand, qu’il m’ôta la finesse d’ouïe que j’avais auparavant, et me rendit non tout à fait sourd mais dur d’oreille, comme je le suis depuis ce temps-là.
On peut juger de ma surprise et de mon effroi. Je me crus mort ; je me mis au lit : le médecin fut appelé ; je lui contai mon cas en frémissant et le jugeant sans remède. Je crois qu’il en pensa de même ; mais il fit son métier. Il m’enfila de longs raisonnements où je ne compris rien du tout ; puis en conséquence de sa sublime théorie, il commença in anima vili la cure expérimentale qu’il lui plut de tenter. Elle était si pénible, si dégoûtante, et opérait si peu, que je m’en lassai bientôt ; et au bout de quelques semaines, voyant que je n’étais ni mieux ni pis, je quittai le lit et repris ma vie ordinaire avec mon battement d’artères et mes bourdonnements, qui, depuis ce temps-là, c’est-à-dire depuis trente ans, ne m’ont pas quitté une minute.
J’avais été jusqu’alors grand dormeur. La totale privation du sommeil qui se joignit à tous ces symptômes, et qui les a constamment accompagnés jusqu’ici, acheva de me persuader qu’il me restait peu de temps à vivre. Cette persuasion me tranquillisa pour un temps sur le soin de guérir. Ne pouvant prolonger ma vie, je résolus de tirer du peu qu’il m’en restait tout le parti qu’il était possible ; et cela se pouvait par une singulière faveur de la nature, qui, dans un état si funeste, m’exemptait des douleurs qu’il semblait devoir m’attirer. J’étais importuné de ce bruit, mais je n’en souffrais pas : il n’était accompagné d’aucune autre incommodité habituelle que de l’insomnie durant les nuits, et en tout temps d’une courte haleine qui n’allait pas jusqu’à l’asthme et ne se faisait sentir que quand je voulais courir ou agir un peu fortement.
Cet accident qui devait tuer mon corps, ne tua que mes passions, et j’en bénis le ciel chaque jour par l’heureux effet qu’il produisit sur mon âme. Je puis bien dire que je ne commençai de vivre que quand je me regardai comme un homme mort. Donnant leur véritable prix aux choses que j’allais quitter, je commençai de m’occuper de soins plus nobles, comme par anticipation sur ceux que j’aurais bientôt à remplir et que j’avais fort négligés jusqu’alors. J’avais souvent travesti la religion à ma mode, mais je n’avais jamais été tout à fait sans religion. Il m’en coûta moins de revenir à ce sujet, si triste pour tant de gens, mais si doux pour qui s’en fait un objet de consolation et d’espoir. Maman me fut, en cette occasion, beaucoup plus utile que tous les théologiens ne me l’auraient été.
Elle qui mettait toute chose en système[88], n’avait pas manqué d’y mettre aussi la religion ; et ce système était composé d’idées très disparates, les unes très saines, les autres très folles, de sentiments relatifs à son caractère et de préjugés venus de son éducation. En général, les croyants font Dieu comme ils sont eux-mêmes ; les bons le font bon, les méchants le font méchant ; les dévots, haineux et bilieux, ne voient que l’enfer, parce qu’ils voudraient damner tout le monde ; les âmes aimantes et douces n’y croient guère ; et l’un des étonnements dont je ne reviens point est de voir le bon Fénelon en parler dans son Télémaque comme s’il y croyait tout de bon : mais j’espère qu’il mentait alors ; car enfin, quelque véridique qu’on soit, il faut bien mentir quelquefois quand on est évêque. Maman ne mentait pas avec moi ; et cette âme sans fiel, qui ne pouvait imaginer un Dieu vindicatif et toujours courroucé, ne voyait que clémence et miséricorde où les dévots ne voient que justice et punition. Elle disait souvent qu’il n’y aurait point de justice en Dieu d’être juste envers nous, parce que, ne nous ayant pas donné ce qu’il faut pour l’être, ce serait redemander plus qu’il n’a donné. Ce qu’il y avait de bizarre était que, sans croire à l’enfer, elle ne laissait pas de croire au purgatoire. Cela venait de ce qu’elle ne savait que faire des âmes des méchants, ne pouvant ni les damner ni les mettre avec les bons jusqu’à ce qu’ils le fussent devenus, et il faut avouer qu’en effet, et dans ce monde et dans l’autre, les méchants sont toujours bien embarrassants.
Nothing of all that happened to me during that beloved period, nothing of what I did, said, or thought throughout its duration has escaped my memory. The times that preceded and followed it come back to me in intervals; I recall them unevenly and confusedly—but I remember that particular time in its entirety, as if it were still happening now. My imagination, which in my youth always moved forward and now moves backward, compensates for the hope I have lost forever through these sweet memories. I see nothing in the future that could tempt me; only the recollections of the past can please me, and these vivid, true memories of that time often make me happy despite my misfortunes.
I will give but one example of these memories to illustrate their strength and truth. On the first day we went to stay at Charmettes, Mother was in a sedan chair, and I followed on foot. The path went uphill; she was quite heavy, and fearing that her bearers might get too tired, she decided to get off halfway so that she could walk the rest of the way. As we were walking, she saw something blue in the bushes and said to me, “Look, there are more pervenches in bloom.” I had never seen pervenches before; I didn’t bend down to examine them, and my eyesight is too poor to distinguish plants at my own height from the ground. I just glanced at them as we passed by, and nearly thirty years went by without my ever seeing pervenches again or paying any attention to them. In 1764, while I was in Cressier with my friend Mr. Du Peyrou, we climbed a small hill whose summit had a beautiful terrace that he rightly called Belle-Vue. At that time, I had begun to collect some plants. As we were climbing and looking through the bushes, I exclaimed in joy, “Ah! There are pervenches!” And indeed, they were there. Du Peyrou noticed my excitement, but he did not know its cause; I hope he will learn of it when he reads this one day. The reader can perhaps understand the impact such a small object had on me, as well as the effect all these memories have had on me since that time.
However, the air of the countryside did not restore my health. I was weak; in fact, I grew weaker still. I could no longer tolerate milk, so I had to give it up. At that time, water was considered the universal remedy; I began to drink large amounts of it every morning, and in doing so, I consumed what was equivalent to two bottles’ worth while walking around. I completely abandoned wine at meals. The water I drank was somewhat raw and difficult to swallow, just like most mountain waters. In short, my efforts were so extreme that within less than two months, I completely damaged my stomach, which had previously been in excellent condition. Since I could no longer digest anything, I realized that there was no hope of recovery. At about the same time, an incident occurred—both its nature and its consequences were so unusual that they would only come to an end with my death.
One morning, when I was not feeling any worse than usual, as I was setting up a small table on its stand, I felt throughout my body a sudden and almost unimaginable upheaval. I could compare it only to a sort of tempest that arose within my blood and instantly spread to every part of my body. My arteries began to beat with such force that I could not only feel their pulsation but also hear it—especially the beating of my carotid arteries[87]. A loud noise in my ears joined to this, and this noise was triple, or rather quadruple: a deep, dull buzzing; a clearer murmur, like the sound of flowing water; a very high-pitched hissing; and the pulsation I had already mentioned, which I could easily count without needing to feel my pulse or touch my body. This internal noise was so intense that it deprived me of the sharpness of hearing I once possessed, rendering me not entirely deaf but somewhat hard-of-hearing—just as I remain ever since.
One can imagine my surprise and fear. I thought I was dead; I went to bed, and the doctor was called. I told him my condition, trembling and believing it to be incurable. I think he thought the same, but he did his duty. He delivered a long series of explanations that I didn’t understand at all; then, based on his sublime theory, he began what he deemed an experimental treatment—though it was so painful, so disgusting, and so ineffective that I soon grew tired of it. After a few weeks, seeing that my condition hadn’t improved or worsened, I got out of bed and resumed my normal life, accompanied by the constant throbbing in my arteries and the buzzing in my ears that have not left me for thirty years.
I had always been a heavy sleeper. The complete deprivation of sleep, coupled with all these other symptoms that had constantly accompanied me up until then, finally convinced me that I did not have much time left to live. This realization temporarily calmed me down regarding the effort required to recover. Since I could not extend my life, I resolved to make the most of whatever time was left to me; and this was possible thanks to a peculiar favor of nature—which, in such a dire state, spared me the pains that one might have expected. The noise bothered me, but it did not cause me any real suffering: aside from the insomnia at night, it was only accompanied by shortness of breath at times, which did not progress to the point of asthma and only occurred when I tried to run or exert myself too much.
That accident which was meant to destroy my body merely killed my passions, and for this I blessed heaven every day for the beneficial effect it had on my anima. I can truly say that I only began to live when I regarded myself as a dead man. By assigning true value to the things I was about to leave behind, I began to engage in more noble pursuits, as if anticipating the duties I would soon have to fulfill and which I had previously neglected greatly. I had often adapted religion to my own whims, but I had never been completely devoid of it. It did not cost me much to return to this faith—so sad for so many people, yet so comforting and full of hope for those who find solace in it. In this regard, my mother was far more helpful to me than all the theologians could have been.
She, who organized everything into a systematic framework[88], did not fail to include religion within it; and this system was composed of ideas of the most varied nature—some very sound, others utterly absurd—as well as sentiments inherent in her character and prejudices shaped by her upbringing. In general, believers portray God in accordance with their own nature: the good see God as good, the evil as evil; devout and bitter-minded people only perceive hell, for they wish to condemn everyone; loving and gentle souls, on the other hand, hardly believe in such a thing at all. One of the things that never ceases to amaze me is how the virtuous Fénelon could speak of God in his “Télémaque” as if he truly believed in him—but I hope he was lying at that time; for, after all, no matter how truthful one may be, it is sometimes necessary to lie when one holds the position of a bishop. My mother never lied to me; and that heart, devoid of malice, which could not conceive of a vengeful or constantly wrathful God, saw only kindness and mercy where devout people see only justice and punishment. She often said that it would be unjust for God to be just toward us, since he had not given us what we needed in order to be just ourselves—meaning that asking for more than he had given would be unreasonable. What was peculiar about her views was that, although she did not believe in hell, she still believed in purgatory. This stemmed from her inability to understand what happened to the souls of the wicked after death; since she could neither condemn them nor place them among the good until they changed their ways, it must be admitted that, indeed, both in this world and the next, the wicked pose a great dilemma for those who consider their fate.
Niente di tutto ciò che mi è accaduto durante quel periodo così caro, niente di ciò che ho fatto, detto e pensato in tutto il tempo che è durato, è sfuggito alla mia memoria. I tempi precedenti e quelli successivi ritornano a me a intervalli; me li ricordo in modo disomogeneo e confuso. Ma quel particolare periodo lo ricordo interamente, come se continuasse ancora adesso. La mia immaginazione, che da giovane procedeva sempre verso il futuro e ora retrocede, compensa con questi dolci ricordi la speranza che ho perso per sempre. Non vedo più nulla nell’avvenire che possa tentarmi; solo i ritorni dal passato possono consolarmi. E questi ritorni, così vividi e realistici in quel periodo di cui parlo, mi fanno spesso sentire felice nonostante i miei mali.
Fornirò un solo esempio di questi ricordi, che possa dare un’idea della loro forza e della loro veridicità. Il primo giorno in cui andammo a dormire alle Charmettes, mia madre era su una sedia a portatori e io la seguivo a piedi. Il sentiero saliva: lei era abbastanza pesante, e temendo di stancare troppo i portatori, volle scendere a metà strada per completare il resto a piedi. Mentre camminava, vide qualcosa di blu tra gli arbusti e mi disse: “Ecco ancora pervinche in fiore”. Non avevo mai visto la pervinca prima d’allora; non mi chinai per esaminarla, e inoltre ho la vista troppo debole per riconoscere a terra le piante della mia altezza. Gettai solo un’occhiata veloce mentre passavo, e quasi trent’anni sono trascorsi senza che vedessi di nuovo della pervinca o ci prestassi attenzione. Nel 1764, trovandomi a Cressier con il mio amico M. Du Peyrou, salimmo una piccola collina sulla cui cima si trova un bel salotto che lui chiama giustamente “Belle-Vue”. All’epoca iniziai appena ad occuparmi di botanica. Salendo e guardando tra i cespugli, esclamai con gioia: “Ah! Ecco la pervinca!” Ed effettivamente era proprio quella. Du Peyrou notò il mio entusiasmo, ma non ne conosceva la ragione; spero che un giorno, leggendo queste parole, la scopra. Il lettore può facilmente immaginare l’impatto che ebbero su di me tutti questi ricordi legati a quel periodo della mia vita.
Tuttavia, l’aria della campagna non mi restituì affatto la mia salute precedente. Ero debole; diventai ancora più debole. Non riuscivo a tollerare il latte; dovetti smetterlo di berlo. All’epoca era di moda considerare l’acqua come il rimedio per tutto; iniziai quindi a berla, e con tale abbondanza che quasi mi uccise, non dei miei mali, ma della vita stessa. Ogni mattina, al risveglio, andavo alla fontana con un grande bicchiere e ne bevevo, mentre camminavo, una quantità equivalente a due bottiglie. Abbandonai completamente il vino nei pasti. L’acqua che bevevo era piuttosto fredda e difficile da digerire, come la maggior parte delle acque di montagna. Insomma, feci tutto ciò con tale eccesso che, in meno di due mesi, distrussi completamente il mio stomaco, che fino ad allora era stato molto sano. Non riuscendo più a digerire nulla, capii che non c’era più speranza di guarigione. Nello stesso periodo mi accadde un incidente così straordinario, sia per le sue cause che per le sue conseguenze, che termineranno soltanto con la mia morte.
Una mattina, quando non mi sentivo affatto peggio del solito, mentre sistemavo un piccolo tavolino su uno dei suoi piedi, percepii in tutto il mio corpo una rivoluzione improvvisa e quasi incomprensibile. Non saprei come altro paragonarla se non a una sorta di tempesta che si scatenò nel mio sangue e in un istante raggiunse tutti i miei arti. Le mie arterie iniziarono a pulsare con tale forza che non solo ne percepivo il battito, ma lo udivo anche chiaramente, soprattutto quello delle carotidi[87]. A questo si aggiunse un forte rumore alle orecchie: un suono triplo, anzi quadruplo: un ronzio grave e sommesso, un mormorio più chiaro, simile al rumore dell’acqua che scorre, un sibilo molto acuto, e il battito delle arterie di cui ho appena parlato; potevo contare facilmente i suoi colpi senza bisogno di tastarmi il polso o toccarmi il corpo con le mani. Questo rumore interno era così forte da privarmi della finezza uditiva che possedevo prima, rendendomi non del tutto sordo, ma piuttosto difficile ad ascoltare chiaramente, proprio come lo sono ancora oggi.
Si può immaginare la mia sorpresa e il mio terrore. Pensai di essere morto; mi misi a letto; fu chiamato il medico; gli raccontai quanto mi era accaduto tremando e ritenendo che non ci fosse rimedio. Credo che anche lui la pensasse allo stesso modo, ma fece comunque il suo dovere. Mi espresse lunghe ragionamenti di cui non capii assolutamente nulla; poi, sulla base della sua sublime teoria, iniziò a provare un trattamento sperimentale che gli sembrava opportuno. Quel trattamento era così doloroso, così disgustoso, e produceva risultati così scarsi che presto mi arresi; dopo alcune settimane, vedendo che non miglioravo né peggioravo, lasciai il letto e ripresi la mia vita normale, con quel battito cardiaco accelerato e quei ronzii nelle orecchie che, da allora, cioè da trent’anni, non mi hanno mai abbandonato nemmeno per un minuto.
Fino ad allora ero una persona che dormiva molto. La totale privazione di sonno, unita a tutti questi sintomi che mi avevano accompagnato costantemente fino ad ora, finì per convincermi che mi restava poco tempo da vivere. Questa convinzione, per un certo periodo, mi tranquillizzò riguardo ai tentativi di guarigione. Non potendo prolungare la mia vita, decisi di sfruttare al massimo ciò che mi rimaneva; e questo era possibile grazie a una singolare benevolenza della natura, che, in un contesto così funesto, mi risparmiava i dolori che sembravano inevitabili. Quel rumore mi infastidiva, ma non ne soffrivo: non comportava altre incomodità, se non l’insonnia di notte e, in ogni momento, una respirazione affannosa che però non arrivava mai al livello dell’asma e si manifestava soltanto quando cercavo di correre o di muovermi con troppa energia.
Quell’incidente che avrebbe dovuto uccidere il mio corpo uccise soltanto le mie passioni, e ogni giorno ringrazio il cielo per l’effetto positivo che ebbe sulla mia anima. Posso dire con certezza di aver iniziato davvero a vivere solo quando mi considerai un uomo morto. Dando il giusto valore alle cose che stavo per lasciare, iniziai a dedicarmi a cure più nobili, come se anticipassi quelle che avrei presto dovuto svolgere e che fino ad allora avevo trascurato completamente. Spesso avevo adattato la religione ai miei gusti personali, ma in realtà non ero mai stato del tutto privo di fede. Tornare a questa fede, così triste per tante persone ma così dolce per chi ne fa un’ fonte di consolazione e speranza, non mi costò nulla. In quell’occasione, mia madre fu molto più utile di tutti i teologi possibili.
Colui che sistemava ogni cosa in un ordine preciso[88] non aveva certo trascurato di includere anche la religione in quel sistema; tale sistema era composto da idee molto eterogenee: alcune assolutamente sane, altre del tutto folli, da sentimenti legati al suo carattere e da pregiudizi derivanti dalla sua educazione. In generale, i credenti immaginano Dio come sono loro stessi: i buoni lo vedono come buono, i cattivi come cattivo; i devoti, pieni di odio e amarezza, vedono solo l’inferno, perché desiderano condannare tutti; le anime amorevoli e gentili, invece, quasi non ci credono affatto. Uno degli aspetti sorprendenti è che il buon Fénelon, nel suo “Télemaco”, ne parlava come se ci credesse davvero. Ma spero che in quel momento stesse mentendo; perché, dopotutto, per quanto si possa essere veritieri, a volte bisogna pur mentire quando si è vescovi. Mia madre, con me, non mentiva mai; quell’anima senza malizia, che non riusciva nemmeno ad immaginare un Dio vendicativo e sempre arrabbiato, vedeva solo misericordia e pietà là dove i devoti vedono solo giustizia e punizione. Spesso diceva che in Dio non ci sarebbe stata alcuna giustizia nel trattarci con equità, perché, non essendoci dato ciò di cui abbiamo bisogno per essere giusti, chiedere questo significherebbe pretendere più di quanto abbia dato. La cosa strana era che, pur non credendo all’inferno, non esitava a credere nel purgatorio. Questo derivava dal fatto che non sapeva proprio come spiegare l’esistenza delle anime dei malvagi: né poteva condannarle, né metterle tra i buoni finché non diventassero tali. E devo ammettere che, in effetti, sia in questo mondo che nell’altro, i malvagi rappresentano davvero un grande problema.
Autre bizarrerie. On voit que toute la doctrine du péché originel et de la rédemption est détruite par ce système, que la base du christianisme vulgaire en est ébranlée, et que le catholicisme au moins ne peut subsister. Maman, cependant, était bonne catholique, ou prétendait l’être, et il est sûr qu’elle le prétendait de très bonne foi. Il lui semblait qu’on expliquait trop littéralement et trop durement l’Écriture. Tout ce qu’on y lit des tourments éternels lui paraissait comminatoire ou figuré. La mort de Jésus-Christ lui paraissait un exemple de charité vraiment divine pour apprendre aux hommes à aimer Dieu et à s’aimer entre eux de même. En un mot, fidèle à la religion qu’elle avait embrassée, elle en admettait sincèrement toute la profession de foi ; mais quand on venait à la discussion de chaque article, il se trouvait qu’elle croyait tout autrement que l’Église, toujours en s’y soumettant.
Elle avait là-dessus une simplicité de cœur, une franchise plus éloquente que des ergoteries, et qui souvent embarrassait jusqu’à son confesseur, car elle ne lui déguisait rien. Je suis bonne catholique, lui disait-elle, je veux toujours l’être ; j’adopte de toutes les puissances de mon âme les décisions de Sainte mère Église. Je ne suis pas maîtresse de ma foi, mais je le suis de ma volonté. Je la soumets sans réserve, et je veux tout croire. Que me demandez-vous de plus ?
Quand il n’y aurait point eu de morale chrétienne, je crois qu’elle l’aurait suivie, tant elle s’adaptait bien à son caractère. Elle faisait tout ce qui était ordonné ; mais elle l’eût fait de même quand il n’aurait pas été ordonné. Dans les choses indifférentes elle aimait à obéir, et s’il ne lui eût pas été permis, prescrit même, de faire gras, elle aurait fait maigre entre Dieu et elle, sans que la prudence eût eu besoin d’y entrer pour rien. Mais toute cette morale était subordonnée aux principes de M. de Tavel, ou plutôt elle prétendait n’y rien voir de contraire. Elle eût couché tous les jours avec vingt hommes en repos de conscience, et même sans en avoir plus de scrupule que de désir. Je sais que force dévotes ne sont pas sur ce point plus scrupuleuses ; mais la différence est qu’elles sont séduites par leurs passions, et qu’elle ne l’était que par ses sophismes. Dans les conversations les plus touchantes, et j’ose dire les plus édifiantes, elle fût tombée sur ce point sans changer ni d’air ni de ton, sans se croire en contradiction avec elle-même. Elle l’eût même interrompue au besoin pour le fait, et puis l’eût reprise avec la même sérénité qu’auparavant : tant elle était intimement persuadée que tout cela n’était qu’une maxime de police sociale, dont toute personne sensée pouvait faire l’interprétation, l’application, l’exception, selon l’esprit de la chose, sans le moindre risque d’offenser Dieu. Quoique sur ce point je ne fusse assurément pas de son avis, j’avoue que je n’osais le combattre, honteux du rôle peu galant qu’il m’eût fallu faire pour cela. J’aurais bien cherché d’établir la règle pour les autres, en tâchant de m’en excepter ; mais, outre que son tempérament prévenait assez l’abus de ses principes, je sais qu’elle n’était pas femme à prendre le change, et que réclamer l’exception pour moi c’était la lui laisser pour tous ceux qu’il lui plairait. Au reste, je compte ici par occasion cette inconséquence avec les autres, quoiqu’elle ait eu toujours peu d’effet dans sa conduite, et qu’alors elle n’en eût point du tout : mais j’ai promis d’exposer fidèlement ses principes, et je veux tenir cet engagement. Je reviens à moi.
Trouvant en elle toutes les maximes dont j’avais besoin pour garantir mon âme des terreurs de la mort et de ses suites, je puisais avec sécurité dans cette source de confiance. Je m’attachais à elle plus que je n’avais jamais fait ; j’aurais voulu transporter tout en elle ma vie que je sentais prête à m’abandonner. De ce redoublement d’attachement pour elle, de la persuasion qu’il me restait peu de temps à vivre, de ma profonde sécurité sur mon sort à venir, résultait un état habituel très calme, et sensuel même, en ce qu’amortissant toutes les passions qui portent au loin nos craintes et nos espérances, il me laissait jouir sans inquiétude et sans trouble du peu de jours qui m’étaient laissés. Une chose contribuait à les rendre plus agréables, c’était le soin de nourrir son goût pour la campagne par tous les amusements que j’y pouvais rassembler. En lui faisant aimer son jardin, sa basse-cour, ses pigeons, ses vaches, je m’affectionnais moi-même à tout cela ; et ces petites occupations, qui remplissaient ma journée sans troubler ma tranquillité, me valurent mieux que le lait et tous les remèdes pour conserver ma pauvre machine, et la rétablir même autant que cela se pouvait.
Les vendanges, la récolte des fruits, nous amusèrent le reste de cette année, et nous attachèrent de plus en plus à la vie rustique, au milieu des bonnes gens dont nous étions entourés. Nous vîmes arriver l’hiver avec grand regret, et nous retournâmes à la ville comme nous serions allés en exil ; moi surtout, qui, doutant de revoir le printemps, croyais dire adieu pour toujours aux Charmettes. Je ne les quittai pas sans baiser la terre et les arbres, et sans me retourner plusieurs fois en m’en éloignant. Ayant quitté depuis longtemps mes écolières, ayant perdu le goût des amusements et des sociétés de la ville, je ne sortais plus, je ne voyais plus personne, excepté Maman, et M. Salomon, devenu depuis peu son médecin et le mien ; honnête homme, homme d’esprit, grand cartésien, qui parlait assez bien du système du monde, et dont les entretiens agréables et instructifs me valurent mieux que toutes ses ordonnances. Je n’ai jamais pu supporter ce sot et niais remplissage des conversations ordinaires ; mais des conversations utiles et solides m’ont toujours fait grand plaisir, et je ne m’y suis jamais refusé. Je pris beaucoup de goût à celle de M. Salomon ; il me semblait que j’anticipais avec lui sur ces hautes connaissances que mon âme allait acquérir quand elle aurait perdu ses entraves. Ce goût que j’avais pour lui s’étendit aux sujets qu’il traitait, et je commençai de rechercher les livres qui pouvaient m’aider à le mieux entendre. Ceux qui mêlaient la dévotion aux sciences m’étaient les plus convenables, tels étaient particulièrement ceux de l’Oratoire et de Port-Royal. Je me mis à les lire, ou plutôt à les dévorer. Il m’en tomba dans les mains un du P. Lamy, intitulé : Entretiens sur les Sciences[89]. C’était une espèce d’introduction à la connaissance des livres qui en traitent. Je le lus et relus cent fois ; je résolus d’en faire mon guide. Enfin je me sentis entraîné peu à peu, malgré mon état, ou plutôt par mon état, vers l’étude avec une force irrésistible, et tout en regardant chaque jour comme le dernier de mes jours, j’étudiais avec autant d’ardeur que si j’avais dû toujours vivre. On disait que cela me faisait du mal ; je crois, moi, que cela me fit du bien, et non seulement à mon âme, mais à mon corps ; car cette application pour laquelle je me passionnais me devint si délicieuse, que, ne pensant plus à mes maux, j’en étais beaucoup moins affecté. Il est pourtant vrai que rien ne me procurait un soulagement réel ; mais, n’ayant pas de douleurs vives, je m’accoutumais à languir, à ne pas dormir, à penser au lieu d’agir, et enfin à regarder le dépérissement successif et lent de ma machine comme un progrès inévitable que la mort seule pouvait arrêter.
Another bizarreity: it becomes clear that the entire doctrine of original sin and redemption is destroyed by this system; the foundations of popular Christianity are shaken, and at least Catholicism cannot possibly survive under such conditions. However, my mother was a devout Catholic—or at least she claimed to be one, and I am certain she meant it in all sincerity. She thought that the Scriptures were being interpreted too literally and too harshly. Everything she read about eternal torment seemed either threatening or metaphorical to her. The death of Jesus Christ appeared to her as an example of truly divine charity, intended to teach people how to love God and love one another. In short, while faithful to the religion she had embraced, she sincerely accepted all its doctrines; but when it came to discussing the specifics of those doctrines, she actually believed something entirely different from what the Church taught—yet she still pretended to agree with it.
She possessed a simplicity of heart and a frankness that were far more eloquent than any words; often, this very honesty would even embarrass her confessor, for she never concealed anything from him. “I am a good Catholic,” she would say to him, “and I always want to remain one; with all the strength of my soul, I accept the decisions of the Holy Mother Church. I may not be in control of my faith, but I am in control of my will. I submit it without reservation—and I want to believe everything. What more could you possibly ask of me?”
If there had been no Christian morality, I believe she would have followed it, for it suited her character so well. She did everything that was commanded; but she would have done the same even if it had not been commanded. In matters that were indifferent to her, she enjoyed obeying; and if it had not been permitted—or even prescribed—for her to eat meat, she would have abstained from it out of respect for God, without any need for prudence to intervene at all. But all this morality was subordinated to the principles of Monsieur de Tavel—or rather, she pretended not to see anything contrary to them in it. She would have slept with twenty men every day without any remorse, and indeed without more scruples than desire. I know that many devout women are not more scrupulous on this point; but the difference is that they are led astray by their passions, while she was led astray only by her own sophisms. In the most touching—and I dare say, the most edifying—conversations, she would have discussed such matters without changing her expression or tone, without feeling any contradiction within herself. If necessary, she would have interrupted the conversation to discuss these matters directly and then continued it with the same calmness as before—so thoroughly convinced was she that all this was merely a social rule, which any sensible person could interpret, apply, or exceptionally disregard according to the circumstances, without risking offending God in the slightest. Although I certainly did not agree with her on this point, I admit that I did not dare to oppose her, ashamed of the rather ungentle role I would have had to play in doing so. I might have tried to establish rules for others while trying to exempt myself from them; but besides her temperament being sufficient to prevent her from abusing her principles, I know she was not the kind of person to accept exceptions for herself—so claiming an exception for me would have meant allowing everyone else to do the same whenever they wished. After all, I mention this inconsistency with others here merely as an example, although it had little actual effect on her behavior. But I promised to faithfully present her principles, and I intend to keep that promise. Now, let me return to myself.
Finding in it all the maxims I needed to protect my soul from the horrors of death and its consequences, I could draw safely from this source of confidence. I attached myself to it more than ever before; I would have wished to transfer all my life into it, for I felt that my life was on the point of giving way. This heightened attachment to it, the conviction that I had little time left to live, and my profound certainty regarding my future fate led to a state of mind that was unusually calm—even somewhat sensual. By soothing all those passions that tend to carry our fears and hopes too far away, this state allowed me to enjoy the few days remaining to me without worry or disturbance. One thing that made these days even more pleasant was the effort I made to cultivate her love for the countryside by providing her with all sorts of amusements there. By making her fond of her garden, her poultry, her pigeons, and her cows, I also came to cherish these things myself. And these little occupations, which filled my day without disturbing my peace of mind, did more than any milk or medicine to preserve my frail health—and even helped to restore it as much as possible.
The harvest of fruits kept us entertained for the rest of that year, and it made us increasingly attached to a rustic way of life, among the good people who surrounded us. We welcomed the arrival of winter with great regret and returned to the city as if we had been exiled; especially I, who, doubting whether I would ever see spring again, felt as though I were saying goodbye to Charmettes forever. Before leaving, I kissed the earth and the trees several times and looked back repeatedly as I walked away. Having long since abandoned my former amusements and city life, I no longer went out or saw anyone except for my mother and Mr. Salomon, who had recently become her doctor and also mine. He was an honest man, intelligent, and a staunch Cartesian; he spoke quite well about the workings of the universe, and his pleasant and instructive conversations were far more beneficial to me than any medical prescriptions he might have given. I could never tolerate the foolish and banal chatter that filled everyday conversations; but useful and substantial discussions always brought me great pleasure, and I never refused them. I took a particular liking to Mr. Salomon’s talks; it felt as though I were gaining an early understanding of those profound insights my soul would eventually acquire once free from its constraints. This interest in his discussions extended to the subjects he covered, and I began to seek out books that could help me better understand him. Those that combined devotion with scientific knowledge were particularly suitable for me—especially the works of the Oratory and Port-Royal. I began reading them, or rather devouring them. One day, I came across a book by Father Lamy titled Entretiens sur les Sciences. It served as an introduction to the numerous books that dealt with these subjects. I read it over and over again and decided to make it my guide. Gradually, despite my poor health, I found myself drawn toward study with an irresistible force. Even though I regarded each day as my last, I studied with such fervor as if I were destined to live forever. Some said this was harmful to me; but I believe it was actually beneficial—not only for my soul but also for my body. The intensity of my focus became so delightful that, once I stopped thinking about my ailments, they no longer affected me as much. It is true that nothing provided me with real relief; but since I suffered no severe pain, I came to accept enduring fatigue, lack of sleep, and excessive contemplation over action. In fact, I viewed the gradual decline of my physical condition as an inevitable process that only death could halt.
Un’altra stranezza: si evince chiaramente che l’intera dottrina del peccato originale e della redenzione viene distrutta da questo sistema; le basi del cristianesimo popolare ne risultano scosse, e almeno il cattolicesimo non può più sopravvivere. Tuttavia, mia madre era una buona cattolica, o almeno lo pretendeva, e sicuramente lo credeva con grande sincerità. Le sembrava che le Scritture venissero spiegate in modo troppo letterale e troppo severo; tutto ciò che vi si leggeva riguardo ai tormenti eterni le appariva minaccioso o simbolico. La morte di Gesù Cristo le sembrava un esempio di vera carità divina, capace di insegnare agli uomini ad amare Dio e a amarsi tra loro allo stesso modo. In breve, fedele alla religione che aveva adottato, accettava sinceramente tutta la sua dottrina; ma quando si arrivava a discutere i singoli punti della fede, si scopriva che credeva in modi completamente diversi da quelli dell’Chiesa, pur continuando comunque a sottomettersi alle sue decisioni.
In questo riguardo, lei possedeva una semplicità d’animo, una schiettezza più eloquente di qualsiasi discorso complicato, e che spesso imbarazzava persino il suo confessore, perché non gli nascondeva nulla. “Sono una buona cattolica”, gli diceva, “e voglio sempre esserlo; con tutte le forze della mia anima adotto le decisioni di Santa Madre Chiesa. Non sono padrona della mia fede, ma lo sono della mia volontà. La sottometto senza riserve e voglio credere in tutto. Che altro potete chiedermi?”
Se non fosse esistita alcuna morale cristiana, credo che lei l’avrebbe comunque seguita, poiché si adattava perfettamente al suo carattere. Faceva tutto ciò che le veniva ordinato; ma lo avrebbe fatto ugualmente anche se non fosse stato un ordine. Nelle cose indifferenti amava obbedire, e se non le fosse stato permesso, o addirittura prescritto, di mangiare cibi grassi, avrebbe comunque seguito tali regole, senza che la prudenza avesse alcun ruolo in questa decisione. Tuttavia, tutta questa morale era subordinata ai principi del signor de Tavel; o meglio, lei sosteneva di non vedere nulla in essa che fosse contrario a tali principi. Avrebbe potuto dormire ogni giorno con venti uomini senza alcun rimorso, e anzi senza provare né scrupoli né desiderio particolari al riguardo. So che molte devote donne non sono più scrupolose su questo punto; ma la differenza è che queste ultime sono sedotte dalle proprie passioni, mentre lei lo era soltanto dai propri sofismi. Anche nelle conversazioni più toccanti e, oserei dire, più edificanti, lei non avrebbe cambiato atteggiamento o tono in merito a questo argomento, senza sentirsi in contraddizione con se stessa. Avrebbe persino potuto interrompere una conversazione per motivi personali e poi riprenderla con la stessa serenità di prima: era così profondamente convinta che tutto ciò non fosse altro che una massima di “polizia sociale”, la cui interpretazione, applicazione o eccezione potessero essere fatte da chiunque avesse un minimo di buon senso, senza alcun rischio di offendere Dio. Anche se su questo punto io certamente non condividevo il suo punto di vista, ammetto di non aver osato contraddirla, per paura di assumere un ruolo poco lusinghiero in quella discussione. Avrei voluto stabilire regole per gli altri, cercando di escludermi da esse; ma, oltre al fatto che il suo temperamento impediva abbastanza che i suoi principi venissero abusati, so anche che lei non era il tipo di donna che accetta eccezioni: richiedere un’eccezione per me avrebbe significato permetterla a chiunque altro le fosse piaciuto. Del resto, menziono qui questa sua incoerenza rispetto agli altri soltanto per caso, anche se essa aveva ben poco effetto sulla sua condotta, o forse addirittura nessuno affatto. Ma ho promesso di esporre fedelmente i suoi principi, e intendo mantenere questa promessa. Torno ora a parlare di me stesso.
Trovando in essa tutte le massime di cui avevo bisogno per proteggere la mia anima dalle paure della morte e delle sue conseguenze, potevo attingere con sicurezza a questa fonte di fiducia. Mi attaccavo a lei più di quanto avessi mai fatto prima; avrei voluto trasferire in lei tutta la mia vita, che sentivo pronta ad abbandonarmi. Da questo raddoppiamento dell’affetto per lei, dalla convinzione che mi restasse poco tempo da vivere, e dalla mia profonda sicurezza riguardo al mio futuro, derivava uno stato d’animo estremamente calmo, persino sensuale; poiché attenuava tutte le passioni che allontanano le nostre paure e le nostre speranze, mi permetteva di godere senza inquietudine e senza turbamenti dei pochi giorni che mi erano rimasti. Un altro fattore che rendeva quei giorni ancora più piacevoli era il curare con attenzione il suo amore per la campagna, offrendole tutti i divertimenti che potevo trovare lì. Facendola amare il suo giardino, la sua corte, i suoi piccioni, le sue mucche, anch’io mi affezionavo a tutto ciò; e queste piccole occupazioni, che riempivano la mia giornata senza turbare la mia tranquillità, mi aiutarono più di qualsiasi alimento o medicina a preservare il mio povero corpo, e persino a ripristinarlo nella misura del possibile.
Le raccolte dei frutti ci divertirono per il resto di quell’anno e ci legarono sempre di più alla vita rustica, tra le buone persone che ci circondavano. Arrivò l’inverno con grande rammarico, e tornammo in città come se fossimo andati in esilio; soprattutto io, che, dubitando di rivedere la primavera, credevo di dire addio per sempre alle Charmettes. Non le lasciai senza baciare la terra e gli alberi, e senza voltarmi più volte mentre mi allontanavo. Dopo aver lasciato da tempo le mie compagne di scuola e aver perso l’interesse per i divertimenti e le società cittadine, non uscivo più, non vedeva più nessuno, tranne mia madre e il signor Salomon, che da poco era diventato il suo medico e anche il mio; un uomo onesto, intelligente, grande cartesiano, che parlava molto bene del sistema del mondo, e i cui piacevoli e istruttivi dialoghi mi furono di maggior aiuto di tutte le sue prescrizioni mediche. Non ho mai potuto sopportare quella stupida e banale conversazione quotidiana; ma quelle utili e profonde discussioni mi procuravano sempre grande piacere, e non me ne sono mai astenuto. Presi molto gusto alle conversazioni con il signor Salomon; mi sembrava di anticipare, insieme a lui, quelle alte conoscenze che la mia anima avrebbe acquisito quando avesse perso le sue restrizioni. Questo interesse per lui si estese anche ai argomenti che trattava, e iniziai a cercare libri che potessero aiutarmi a comprenderlo meglio. Quelli che univano la devozione alle scienze erano i più adatti per me, in particolare quelli dell’Oratorio e di Port-Royal. Iniziai a leggerli, o meglio, a divorarli. Mi capitò tra le mani uno del padre Lamy, intitolato: “Conversazioni sulle Scienze”. Era una sorta di introduzione alla conoscenza dei libri che ne trattavano. Lo lessi e rilessi cento volte; decisi di farne il mio guida. Alla fine, nonostante la mia condizione, o forse proprio a causa di essa, mi sentii gradualmente trascinato verso lo studio con una forza irresistibile, e pur considerando ogni giorno come l’ultimo della mia vita, studiavo con tanto impegno come se dovessi vivere per sempre. Si diceva che questo mi facesse del male; io credo invece che mi facesse bene, non solo per la mia anima, ma anche per il mio corpo; perché quell’appassionato studio divenne così piacevole che, non pensando più ai miei mali, ne soffrivo molto meno. È vero che nulla mi procurava un vero sollievo; ma, non avendo dolori acuti, mi abituai a soffrire in silenzio, a non dormire, a pensare invece di agire, e infine ad accettare il lento e progressivo declino del mio corpo come un processo inevitabile che solo la morte poteva fermare.
Non seulement cette opinion me détacha de tous les vains soins de la vie, mais elle me délivra de l’importunité des remèdes auxquels on m’avait jusqu’alors soumis malgré moi. Salomon, convaincu que ses drogues ne pouvaient me sauver, m’en épargna le déboire, et se contenta d’amuser la douleur de ma pauvre Maman avec quelques-unes de ces ordonnances indifférentes qui leurrent l’espoir du malade et maintiennent le crédit du médecin. Je quittai l’étroit régime ; je repris l’usage du vin et tout le train de vie d’un homme en santé, selon la mesure de mes forces, sobre sur toute chose, mais ne m’abstenant de rien. Je sortis même, et recommençai d’aller voir mes connaissances, surtout M. de Conzié, dont le commerce me plaisait fort. Enfin, soit qu’il me parût beau d’apprendre jusqu’à ma dernière heure, soit qu’un reste d’espoir de vivre se cachât au fond de mon cœur, l’attente de la mort, loin de ralentir[90] mon goût pour l’étude, semblait l’animer, et je me pressais d’amasser un peu d’acquis pour l’autre monde, comme si j’avais cru n’y avoir que celui que j’aurais emporté. Je pris en affection la boutique d’un libraire appelé Bouchard, où se rendaient quelques gens de lettres ; et le printemps que j’avais cru ne pas revoir étant proche, je m’assortis de quelques livres pour les Charmettes, en cas que j’eusse le bonheur d’y retourner.
J’eus ce bonheur, et j’en profitai de mon mieux. La joie avec laquelle je vis les premiers bourgeons est inexprimable. Revoir le printemps était pour moi ressusciter en paradis. À peine les neiges commençaient à fondre que nous quittâmes notre cachot, et nous fûmes assez tôt aux Charmettes pour y avoir les prémices du rossignol. Dès lors je ne crus plus mourir, et réellement il est singulier que je n’ai jamais fait de grandes maladies à la campagne. J’y ai beaucoup souffert, mais je n’y ai jamais été alité. Souvent, j’ai dit, me sentant plus mal qu’à l’ordinaire : Quand vous me verrez prêt à mourir, portez-moi à l’ombre d’un chêne, je vous promets que j’en reviendrai.
Quoique faible, je repris mes fonctions champêtres, mais d’une manière proportionnée à mes forces. J’eus un vrai chagrin de ne pouvoir faire le jardin tout seul ; mais quand j’avais donné six coups de bêche, j’étais hors d’haleine, la sueur me ruisselait, je n’en pouvais plus. Quand j’étais baissé, mes battements redoublaient, et le sang me montait à la tête avec tant de force, qu’il fallait bien vite me redresser. Contraint de me borner à des soins moins fatigants, je pris entre autres celui du colombier, et je m’y affectionnai si fort, que j’y passais souvent plusieurs heures de suite sans m’ennuyer un moment. Le pigeon est fort timide et difficile à apprivoiser. Cependant je vins à bout d’inspirer aux miens tant de confiance, qu’ils me suivaient partout, et se laissaient prendre quand je voulais. Je ne pouvais paraître au jardin ni dans la cour sans en avoir à l’instant deux ou trois sur les bras, sur la tête, et enfin, malgré le plaisir que j’y prenais, ce cortège me devint si incommode, que je fus obligé de leur ôter cette familiarité. J’ai toujours pris un singulier plaisir à apprivoiser les animaux, surtout ceux qui sont craintifs et sauvages. Il me paraissait charmant de leur inspirer une confiance que je n’ai jamais trompée. Je voulais qu’ils m’aimassent en liberté.
J’ai dit que j’avais apporté des livres ; j’en fis usage, mais d’une manière moins propre à m’instruire qu’à m’accabler. La fausse idée que j’avais des choses me persuadait que pour lire un livre avec fruit il fallait avoir toutes les connaissances qu’il supposait, bien éloigné de penser que souvent l’auteur ne les avait pas lui-même, et qu’il les puisait dans d’autres livres à mesure qu’il en avait besoin. Avec cette folle idée, j’étais arrêté à chaque instant, forcé de courir incessamment d’un livre à l’autre, et quelquefois avant d’être à la dixième page de celui que je voulais étudier, il m’eût fallu épuiser des bibliothèques. Cependant je m’obstinai si bien à cette extravagante méthode, que j’y perdis un temps infini, et faillis à me brouiller la tête au point de ne pouvoir plus ni rien voir ni rien savoir. Heureusement je m’aperçus que j’enfilais une fausse route qui m’égarait dans un labyrinthe immense, et j’en sortis avant d’y être tout à fait perdu.
Pour peu qu’on ait un vrai goût pour les sciences, la première chose qu’on sent en s’y livrant, c’est leur liaison, qui fait qu’elles s’attirent, s’aident, s’éclairent mutuellement, et que l’une ne peut se passer de l’autre. Quoique l’esprit humain ne puisse suffire à toutes, et qu’il en faille toujours préférer une comme la principale, si l’on n’a quelque notion des autres, dans la sienne même on se trouve souvent dans l’obscurité. Je sentis que ce que j’avais entrepris était bon et utile en lui-même, qu’il n’y avait que la méthode à changer. Prenant d’abord l’encyclopédie, j’allais la divisant dans ses branches. Je vis qu’il fallait faire tout le contraire, les prendre chacune séparément, et les poursuivre chacune à part[91] jusqu’au point où elles se réunissent. Ainsi je revins à la synthèse ordinaire, mais j’y revins en homme qui sait ce qu’il fait. La méditation me tenait en cela lieu de connaissance et une réflexion très naturelle aidait à me bien guider. Soit que je vécusse ou que je mourusse, je n’avais point de temps à perdre. Ne rien savoir à près de vingt-cinq ans, et vouloir tout apprendre, c’est s’engager à bien mettre le temps à profit. Ne sachant à quel point le sort ou la mort pouvait arrêter mon zèle, je voulais à tout événement acquérir des idées de toutes choses, tant pour sonder mes dispositions naturelles que pour juger par moi-même de ce qui méritait le mieux d’être cultivé.
Je trouvai dans l’exécution de ce plan un autre avantage auquel je n’avais pas pensé, celui de mettre beaucoup de temps à profit. Il faut que je ne sois pas né pour l’étude, car une longue application me fatigue à tel point qu’il m’est impossible de m’occuper demi-heure de suite avec force du même sujet, surtout en suivant les idées d’autrui ; car il m’est arrivé quelquefois de me livrer plus longtemps aux miennes, et même avec assez de succès. Quand j’ai suivi durant quelques pages un auteur qu’il faut lire avec application, mon esprit l’abandonne et se perd dans les nuages. Si je m’obstine, je m’épuise inutilement ; les éblouissements me prennent, je ne vois plus rien. Mais que des sujets différents se succèdent, même sans interruption, l’un me délasse de l’autre, et sans avoir besoin de relâche, je les suis plus aisément. Je mis à profit cette observation dans mon plan d’études, et je les entremêlai tellement, que je m’occupais tout le jour, et ne me fatiguais jamais. Il est vrai que les soins champêtres et domestiques faisaient des diversions utiles ; mais dans ma ferveur croissante, je trouvai bientôt le moyen d’en ménager encore le temps pour l’étude, et de m’occuper à la fois de deux choses, sans songer que chacune en allait moins bien.
Dans tant de menus détails qui me charment et dont j’excède souvent mon lecteur, je mets pourtant une discrétion dont il ne se douterait guère, si je n’avais soin de l’en avertir. Ici, par exemple, je me rappelle avec délices tous les différents essais que je fis pour distribuer mon temps de façon que j’y trouvasse à la fois autant d’agrément et d’utilité qu’il était possible ; et je puis dire que ce temps où je vivais dans la retraite, et toujours malade, fut celui de ma vie où je fus le moins oisif et le moins ennuyé. Deux ou trois mois se passèrent ainsi à tâter la pente de mon esprit, et à jouir, dans la plus belle saison de l’année, et dans un lieu qu’elle rendait enchanté, du charme de la vie dont je sentais si bien le prix, de celui d’une société aussi libre que douce, si l’on peut donner le nom de société à une aussi parfaite union, et de celui des belles connaissances que je me proposais d’acquérir ; car c’était pour moi comme si je les avais déjà possédées, ou plutôt c’était mieux encore, puisque le plaisir d’apprendre entrait pour beaucoup dans mon bonheur.
Il faut passer sur ces essais, qui tous étaient pour moi des jouissances, mais trop simples pour pouvoir être expliquées. Encore un coup, le vrai bonheur ne se décrit pas, il se sent, et se sent d’autant mieux qu’il peut le moins se décrire, parce qu’il ne résulte pas d’un recueil de faits, mais qu’il est un état permanent. Je me répète souvent, mais je me répéterais bien davantage si je disais la même chose autant de fois qu’elle me vient dans l’esprit. Quand enfin mon train de vie, souvent changé, eut pris un cours uniforme, voici à peu près quelle en fut la distribution.
Not only did this opinion free me from all the futile concerns of life, but it also liberated me from the annoyance of those remedies that had been imposed upon me against my will. Solomon, convinced that his medicines could not save me, spared me the trouble of taking them and contented himself with alleviating the pain of my poor mother with some of those meaningless prescriptions that merely deceive the sick and maintain the doctor’s reputation. I abandoned that strict regimen; I resumed the consumption of wine and led the life of a healthy man, within the limits of my strength—moderate in everything but unreserved in nothing. I even began to visit my acquaintances again, especially Mr. de Conzié, whose company pleased me greatly. Perhaps it was because I found it noble to pursue learning until my last moment, or perhaps because a faint hope of survival lingered in my heart; but rather than slowing my enthusiasm for study, the anticipation of death seemed to invigorate it. I hurried to acquire as much knowledge as possible for the other world, as if I believed that all I would take with me there would be what I had acquired here. I took a liking to the shop of a bookseller named Bouchard, where some literati frequented; and since spring, which I had thought I would never see again, was approaching, I selected several books for the Charmettes, in case I should have the fortune to return there.
I was fortunate enough to have this joy, and I made the most of it. The happiness I felt when I saw the first buds appear is indescribable. To see spring return was like being reborn in paradise for me. As soon as the snow began to melt, we left our hiding place, and we arrived at Charmettes in time to hear the first songs of the nightingale. From that moment on, I no longer believed I would die, and it is truly remarkable that I never suffered from any serious illnesses in the countryside. I endured much hardship there, but I was never bedridden. Often, when I felt worse than usual, I would say: “When you see me on the verge of death, take me to the shade of an oak tree—I promise you, I will recover.”
Though weak, I resumed my chores in the countryside, but only to the extent that my strength permitted. It truly saddened me that I could no longer tend to the garden alone; yet after just six strokes of the hoe, I would be out of breath, drenched in sweat, and completely exhausted. When I bent down, my heartbeat would quicken dramatically, and blood would rush to my head so violently that I had to straighten up immediately. Forced to limit myself to less strenuous tasks, I took on the responsibility of caring for the doves. I grew to love this task so much that I often spent hours at a time doing it without feeling the slightest boredom. Pigeons are notoriously shy and difficult to tame; yet I managed to earn their complete trust, to the point where they followed me everywhere and allowed me to catch them whenever I wished. Whenever I appeared in the garden or courtyard, there would always be two or three of them perched on my arms, head, or elsewhere. Despite the pleasure it brought me, this constant companionship became so inconvenient that I eventually had to end it. I have always found great joy in taming animals, especially those that are timid and wild. It filled me with delight to inspire in them such trust that they never failed to reciprocate it. I wanted them to love me freely.
I had said that I had brought books with me; I did use them, but in a way that was more likely to burden me than to aid my learning. The false notion I held that I already possessed all the knowledge required to understand a book led me to believe that in order to read it effectively, one must have all that knowledge beforehand—far from realizing that often the author himself did not possess it and had to seek it out in other books as needed. With this absurd idea, I was constantly stopped in my progress, forced to rush from one book to another. Sometimes, before even reaching the tenth page of the book I wanted to study, I would have already exhausted entire libraries. Yet I persisted in this extravagant method, wasting countless hours and almost driving myself mad—until I realized that I was following a wrong path that led me into a vast labyrinth. Fortunately, I managed to find my way out before becoming completely lost.
For anyone who truly has a passion for the sciences, the first thing one discovers upon engaging in them is their interconnectedness—how they attract each other, assist one another, and enhance each other’s understanding; how one cannot exist without the other. Although the human mind may not be capable of comprehending all sciences, and it is always necessary to prioritize some over others, without a basic understanding of the rest, even those one studies in depth can lead to confusion. I realized that what I had undertaken was inherently good and useful; it was merely the approach that needed to be adjusted. Starting with an encyclopedia, I attempted to divide its contents into various categories. However, I soon realized that the opposite approach was necessary—to study each category separately and delve deeply into it until I understood how it connected to the others. In this way, I returned to the traditional method of synthesis, but now as someone who knew exactly what I was doing. Meditation served as my source of knowledge in this process, and natural reflection helped me stay on track. Whether living or dying, I had no time to waste. To know nothing at the age of twenty-five and yet aspire to learn everything meant committing to making the most of every moment. Not knowing to what extent fate or death might halt my efforts, I was determined to acquire a broad understanding of all things—both to understand my own natural inclinations and to discern for myself what deserved the greatest attention in my pursuit of knowledge.
I discovered in the execution of this plan another advantage that I had not considered before: the ability to make effective use of a great deal of time. It is clear that I was not born for studying, for prolonged concentration exhausts me so much that it becomes impossible for me to focus on the same subject for even half an hour at a time, especially when trying to follow someone else’s ideas. On occasion, however, when I devoted myself to my own thoughts for an extended period, I even achieved considerable success. When I tried to follow an author who required intense attention for several pages in a row, my mind would wander and lose focus. If I persisted, I would end up wasting energy needlessly; dizziness would overtake me, and I would be unable to concentrate anymore. But when I switched between different subjects, even without any breaks, one would help me recover from the fatigue of the previous one, allowing me to engage with them more easily without the need for rest. I took this observation into account in my study plan and arranged my subjects so that I was occupied throughout the day without ever feeling tired. It is true that farm work and household chores provided useful diversions; but as my enthusiasm grew, I soon found ways to still allocate time for studying, managing to attend to two tasks at once without compromising the quality of either.
In all these numerous details that delight me and often exceed the understanding of my readers, I exercise a discretion of which they would never even suspect were it not for my careful attention to inform them of it. For instance, I recall with great pleasure all the various attempts I made to arrange my time in such a way as to combine both enjoyment and usefulness to the greatest extent possible; and I can say that the period of my life spent in seclusion, constantly ill though I was, was indeed the time when I was least idle and least bored. Two or three months were thus devoted to exploring the potential of my mind, and to enjoying, in the most beautiful season of the year and in a place rendered enchanting by its very surroundings, the pleasures of life—those pleasures of which I was fully aware of their value, as well as the joys of a society that was both free and gentle; for, to me, it was as if I already possessed all these things, or rather, it was even better, since the pleasure of learning played a significant role in my happiness.
One must set aside these experiments—each of them having been for me a source of great pleasure, yet too simple to be explained in detail. Once again, true happiness cannot be described; it can only be felt—and the more it cannot be described, the better it can be felt, for it does not arise from a collection of facts, but is rather a permanent state of being. I often repeat this, and I would repeat it even more if I had to say the same thing every time it came to my mind. When, finally, my often-changing way of life began to follow a consistent course, here was roughly how it unfolded.
Non solo questo punto di vista mi liberò da tutte le vane preoccupazioni della vita, ma mi salvò anche dall’importunità dei rimedi a cui fino ad allora ero stato costretto a sottopormi contro la mia volontà. Salomone, convinto che le sue medicine non potessero salvarmi, mi risparmiò l’obbligo di prenderle e si accontentò di alleviare il dolore della mia povera madre con alcune di quelle prescrizioni inutili che illudono la speranza del malato e mantengono il credito del medico. Abbandonai quella rigida dieta; ripresi a bere vino e a condurre una vita da uomo sano, secondo le mie forze: moderato in tutto, ma senza astenermi da nulla. Uscivo anche spesso e ricominciai a frequentare i miei conoscenti, soprattutto il signor de Conzié, la cui compagnia mi piaceva molto. Infine, sia perché desideravo continuare a imparare fino all’ultimo momento, sia perché nel profondo del mio cuore persisteva ancora una speranza di vivere, l’attesa della morte, invece di indebolire il mio interesse per lo studio, sembrava anzi rafforzarlo. Mi affrettavo quindi a accumulare qualche conoscenza utile per l’aldilà, come se credessi che esistesse solo quel mondo che avrei potuto portare con me dopo la morte. Presi particolare affetto per il negozio di un libraio di nome Bouchard, dove si recavano alcuni letterati; e poiché la primavera, che credevo di non rivedere mai più, era ormai vicina, mi procurai alcuni libri da portare con me alle Charmettes, nel caso avessi avuto la fortuna di poterci tornare.
Ebbi questa fortuna e ne approfittai al massimo. La gioia con cui vidi spuntare i primi germogli è indescrivibile. Rivedere la primavera significava per me rinascere in paradiso. Appena la neve iniziò a sciogliersi, lasciammo il nostro nascondiglio e arrivammo presto alle Charmettes, dove ascoltammo i primi canti del rossignolo. Da quel momento non credetti più di poter morire. Ed è davvero strano che non abbia mai contratto malattie gravi in campagna. Ho sofferto molto, ma non sono mai stato costretto a letto. Spesso, quando mi sentivo peggio del solito, dicevo: “Quando mi vedrete pronto a morire, portatemi all’ombra di un quercio. Vi prometto che tornerò in vita”.
Sebbene debole, ripresi le mie attività in campagna, ma in modo proporzionato alle mie forze. Fu davvero un dispiacere non poter curare il giardino da solo; tuttavia, dopo soltanto sei colpi di zappa, ero senza fiato, il sudore mi scorreva addosso e non riuscivo più a continuare. Quando mi chinavo, i battiti del mio cuore acceleravano e il sangue mi saliva alla testa con tale forza che dovevo immediatamente rialzarmi. Costretto quindi a dedicarmi a compiti meno faticosi, iniziai a prendermi cura del colombaio, e ci presi così tanto gusto che spesso trascorrevo diverse ore lì senza mai annoiarmi un attimo. Il piccione è molto timido e difficile da addomesticare; tuttavia riuscii a instillargli una tale fiducia in me che mi seguiva ovunque e si lasciava catturare ogni volta che volevo. Ogni volta che apparivo nel giardino o nella cortile, subito ne avevo due o tre addosso, sulla testa. E, nonostante il piacere che provavo in queste attività, tale “corteo” divenne così scomodo che fui costretto a interromperlo. Ho sempre trovato grande soddisfazione nell’addomesticare gli animali, soprattutto quelli timidi e selvatici; mi sembrava meraviglioso riuscire a ispirare in loro una fiducia che non ho mai tradito. Volevo che mi amassero anche quando erano liberi.
Avevo detto di aver portato con me dei libri; li utilizzai, ma in modo meno propenso ad arricchirmi la conoscenza che a sovraccaricarmi di lavoro. L’errata convinzione che possedessi già tutte le informazioni necessarie per comprendere un libro mi spingeva a credere che fosse indispensabile disporre di tali conoscenze per poterlo leggere efficacemente; ignoravo completamente il fatto che spesso l’autore stesso non le possedesse e le ricavasse da altri libri, secondo le esigenze della sua argomentazione. Con questa folle idea, mi trovavo costantemente bloccato nel mio percorso di studio, costretto a passare continuamente da un libro all’altro; a volte, prima ancora di arrivare alla decima pagina di quello che volevo studiare, avrei dovuto esaurire intere biblioteche. Tuttavia, mi ostinai così tanto in questo metodo assurdo da perdere un tempo infinito e rischiare di confondere completamente le idee, al punto di non riuscire più a vedere nulla né a capire nulla. Fortunatamente, mi resi conto che stavo seguendo una strada sbagliata che mi avrebbe condotto in un labirinto senza fine; riuscii quindi a uscirne prima di esserci completamente perduto.
Per chiunque abbia un vero interesse per le scienze, la prima cosa che si avverte quando vi si dedica è il loro legame intrinseco: esse si attraggono a vicenda, si aiutano a vicenda, si chiariscono reciprocamente, e una non può esistere senza l’altra. Sebbene lo spirito umano non possa affrontare tutte le scienze contemporaneamente, e sia sempre necessario preferirne alcune come principali, senza una qualche conoscenza delle altre, anche nella propria disciplina principale ci si trova spesso nell’oscurità. Sentii che ciò che avevo intrapreso era in sé buono e utile; l’unica cosa da cambiare era il metodo di approccio. Inizialmente presi in mano un’enciclopedia per dividerla nelle sue varie branche, ma mi resi conto che bisognava fare esattamente il contrario: studiarle una per una separatamente e seguirle ciascuna individualmente fino al punto in cui si collegano tra loro. Così ritornai alla sintesi tradizionale, ma questa volta come qualcuno che sapeva esattamente ciò che stava facendo. La meditazione mi serviva da strumento di conoscenza, e una riflessione molto naturale mi aiutava a orientarmi correttamente. Che vivessi o morissi, non avevo tempo da perdere: non sapere quasi nulla a venticinque anni e voler imparare tutto significava impegnarsi a sfruttare al meglio il proprio tempo. Non conoscendo fino a che punto il destino o la morte potessero fermare il mio zelo, volevo comunque acquisire una conoscenza completa di tutte le cose, sia per comprendere meglio le mie inclinazioni naturali, sia per giudicare da solo ciò che meritava davvero di essere coltivato.
Nell’esecuzione di questo piano notai un altro vantaggio a cui non avevo pensato: quello di poter sfruttare al meglio il tempo disponibile. È evidente che non sono nato per lo studio, poiché una lunga concentrazione mi stanca terribilmente; non riesco infatti a dedicarmi per mezz’ora consecutiva allo stesso argomento, soprattutto se devo seguire le idee di altri. Tuttavia, qualche volta ci sono riuscito, e anche con successo. Quando seguivo per alcune pagine un autore che richiedeva attenzione continua, la mia mente si distraeva e si perdeva in pensieri vaghi; se insistivo, mi sfinivo inutilmente: mi veniva la testa vuota. Invece, se gli argomenti studiati erano diversi tra loro, anche senza pause, uno mi aiutava a distrarmi dall’altro, e potevo seguirli con maggiore facilità, senza bisogno di riposare. Ho tenuto conto di questa osservazione nel mio piano di studio: ho mescolato gli argomenti in modo che potessi occuparmene tutto il giorno senza mai stancarmi. È vero che le attività agricole e domestiche rappresentavano distrazioni utili; ma, con la mia crescente dedizione allo studio, ho trovato presto il modo di trovare anche per queste il tempo necessario, occupandomi contemporaneamente di due cose senza che una ne risentisse negativamente.
In tanti piccoli dettagli che mi deliziano e di cui spesso esagero con il mio lettore, metto comunque una discrezione di cui egli non si accorgerebbe mai, se non facessi attenzione a avvertirlo. Qui, ad esempio, ricordo con piacere tutti i tentativi che feci per distribuire il mio tempo in modo da trovarvi sia il massimo del piacere che dell’utilità; posso dire che quel periodo in cui vivevo in ritiro e sempre malato fu senz’altro quello della mia vita in cui fui meno ozioso e meno annoiato. Due o tre mesi trascorsero così, nel tentativo di esplorare le possibilità del mio spirito e godendo, nella stagione più bella dell’anno e in un luogo reso incantevole dal paesaggio stesso, del fascino della vita di cui sentivo così profondamente il valore, di quello di una compagnia libera e dolce – se si può davvero definire “compagnia” un’unione così perfetta – e di quello delle belle conoscenze che mi proponevo di acquisire; per me, infatti, era come se le possedessi già, o meglio ancora: poiché il piacere di imparare costituiva una parte fondamentale della mia felicità.
È necessario trascurare questi esperimenti, che per me rappresentavano tutte delle gioie, ma troppo semplici per poter essere spiegati. Ancora una volta: la vera felicità non si descrive, si sperimenta, e si sperimenta tanto meglio quanto meno può essere descritta, perché non deriva da una raccolta di fatti, ma è uno stato permanente. Me lo ripeto spesso, e me lo ripeterei ancora di più se dovessi dirlo tutte le volte che mi viene in mente. Quando finalmente la mia vita, spesso cambiante, prese un corso uniforme, ecco più o meno come si svolgeva.
Je me levais tous les matins avant le soleil. Je montais par un verger voisin dans un très joli chemin qui était au-dessus de la vigne, et suivait la côte jusqu’à Chambéry. Là, tout en me promenant, je faisais ma prière qui ne consistait pas en un vain balbutiement de lèvres, mais dans une sincère élévation de cœur à l’auteur de cette aimable nature dont les beautés étaient sous mes yeux. Je n’ai jamais aimé à prier dans la chambre ; il me semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s’interposent entre Dieu et moi. J’aime à le contempler dans ses œuvres tandis que mon cœur s’élève à lui. Mes prières étaient pures, je puis le dire, et dignes par là d’être exaucées. Je ne demandais pour moi, et pour celle dont mes vœux ne me séparaient jamais, qu’une vie innocente et tranquille, exempte du vice, de la douleur, des pénibles besoins, la mort des justes et leur sort dans l’avenir. Du reste cet acte se passait plus en admiration et en contemplation qu’en demandes, et je savais qu’auprès du dispensateur des vrais biens le meilleur moyen d’obtenir ceux qui nous sont nécessaires est moins de les demander que de les mériter. Je revenais en me promenant par un assez grand tour, occupé à considérer avec intérêt et volupté les objets champêtres dont j’étais environné, les seuls dont l’œil et le cœur ne se lassent jamais. Je regardais de loin s’il était jour chez Maman : quand je voyais son contrevent ouvert, je tressaillais de joie[92] et j’accourais. S’il était fermé, j’entrais au jardin en attendant qu’elle fût éveillée, m’amusant à repasser ce que j’avais appris la veille, ou à jardiner. Le contrevent s’ouvrait, j’allais l’embrasser dans son lit, souvent encore à moitié endormie, et cet embrassement aussi pur que tendre tirait de son innocence même un charme qui n’est jamais joint à la volupté des sens.
Nous déjeunions ordinairement avec du café au lait. C’était le temps de la journée où nous étions le plus tranquilles, où nous causions le plus à notre aise. Ces séances, pour l’ordinaire assez longues, m’ont laissé un goût vif pour les déjeuners, et je préfère infiniment l’usage d’Angleterre et de Suisse, où le déjeuner est un vrai repas qui rassemble tout le monde, à celui de France, où chacun déjeune seul dans sa chambre, ou le plus souvent ne déjeune point du tout. Après une heure ou deux de causerie, j’allais à mes livres jusqu’au dîner. Je commençais par quelque livre de philosophie, comme la Logique de Port-Royal, l’Essai de Locke, Malebranche, Leibnitz, Descartes, etc. Je m’aperçus bientôt que tous ces auteurs étaient entre eux en contradiction presque perpétuelle, et je formai le chimérique projet de les accorder, qui me fatigua beaucoup et me fit perdre bien du temps. Je me brouillais la tête, et je n’avançais point. Enfin, renonçant encore à cette méthode, j’en pris une infiniment meilleure, et à laquelle j’attribue tout le progrès que je puis avoir fait, malgré mon défaut de capacité ; car il est certain que j’en eus toujours fort peu pour l’étude. En lisant chaque auteur, je me fis une loi d’adopter et suivre toutes ses idées sans y mêler les miennes ni celles d’un autre, et sans jamais disputer avec lui. Je me dis : Commençons par me faire un magasin d’idées, vraies ou fausses, mais nettes, en attendant que ma tête en soit assez fournie pour pouvoir les comparer et choisir. Cette méthode n’est pas sans inconvénient, je le sais, mais elle m’a réussi dans l’objet de m’instruire. Au bout de quelques années passées à ne penser exactement que d’après autrui, sans réfléchir pour ainsi dire et presque sans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d’acquis pour me suffire à moi-même, et penser sans le secours d’autrui. Alors, quand les voyages et les affaires m’ont ôté les moyens de consulter les livres, je me suis amusé à repasser et comparer ce que j’avais lu, à peser chaque chose à la balance de la raison, et à juger quelquefois mes maîtres. Pour avoir commencé tard à mettre en exercice ma faculté judiciaire, je n’ai pas trouvé qu’elle eût perdu sa vigueur ; et quand j’ai publié mes propres idées, on ne m’a pas accusé d’être un disciple servile et de jurer in verba magistri.
Je passais de là à la géométrie élémentaire ; car je n’ai jamais été plus loin, m’obstinant à vouloir vaincre mon peu de mémoire, à force de revenir cent et cent fois sur mes pas et de recommencer incessamment la même marche. Je ne goûtai pas celle d’Euclide, qui cherche plutôt la chaîne des démonstrations que la liaison des idées ; je préférai la géométrie du P. Lami, qui dès lors devint un de mes auteurs favoris, et dont je relis encore avec plaisir les ouvrages. L’algèbre suivait, et ce fut toujours le P. Lami que je pris pour guide. Quand je fus plus avancé, je pris la Science du calcul du P. Reyneau, puis son Analyse démontrée, que je n’ai fait qu’effleurer. Je n’ai jamais été assez loin pour bien sentir l’application de l’algèbre à la géométrie. Je n’aimais point cette manière d’opérer sans voir ce qu’on fait, et il me semblait que résoudre un problème de géométrie par les équations, c’était jouer un air en tournant une manivelle. La première fois que je trouvai par le calcul que le carré d’un binôme était composé du carré de chacune de ses parties, et du double produit de l’une par l’autre, malgré la justesse de ma multiplication, je n’en voulus rien croire jusqu’à ce que j’eusse fait la figure. Ce n’était pas que je n’eusse un grand goût pour l’algèbre en n’y considérant que la quantité abstraite ; mais appliquée à l’étendue, je voulais voir l’opération sur les lignes, autrement je n’y comprenais plus rien.
Après cela venait le latin. C’était mon étude la plus pénible et dans laquelle je n’ai jamais fait de grands progrès. Je me mis d’abord à la méthode latine de Port-Royal, mais sans fruit. Ces vers ostrogoths me faisaient mal au cœur, et ne pouvaient entrer dans mon oreille. Je me perdais dans ces foules de règles, et en apprenant la dernière j’oubliais tout ce qui avait précédé. Une étude de mots n’est pas ce qu’il faut à un homme sans mémoire, et c’était précisément pour forcer ma mémoire à prendre de la capacité que je m’obstinais à cette étude. Il fallut l’abandonner à la fin. J’entendais assez la construction pour pouvoir lire un auteur facile, à l’aide d’un dictionnaire. Je suivis cette route, et je m’en trouvai bien. Je m’appliquai à la traduction, non par écrit, mais mentale, et je m’en tins là. À force de temps et d’exercice, je suis parvenu à lire assez couramment les auteurs latins, mais jamais à pouvoir ni parler ni écrire dans cette langue ; ce qui m’a souvent mis dans l’embarras quand je me suis trouvé, je ne sais comment, enrôlé parmi les gens de lettres. Un autre inconvénient, conséquent à cette manière d’apprendre, est que je n’ai jamais su la prosodie, encore moins les règles de la versification. Désirant pourtant de sentir l’harmonie de la langue en vers et en prose, j’ai fait bien des efforts pour y parvenir ; mais je suis convaincu que sans maître cela est presque impossible. Ayant appris la composition du plus facile de tous les vers, qui est l’hexamètre, j’eus la patience de scander presque tout Virgile, et d’y marquer les pieds et la quantité ; puis, quand j’étais en doute si une syllabe était longue ou brève, c’était mon Virgile que j’allais consulter. On sent que cela me faisait faire bien des fautes, à cause des altérations permises par les règles de la versification. Mais s’il y a de l’avantage à étudier seul, il y a aussi de grands inconvénients, et surtout une peine incroyable. Je sais cela mieux que qui que ce soit.
Avant midi je quittais mes livres, et si le dîner n’était pas prêt, j’allais faire visite à mes amis les pigeons, ou travailler au jardin en attendant l’heure.
I would get up every morning before the sun rose. I would walk along a very pretty path that led through a nearby orchard, above the vineyards, and followed the coastline all the way to Chambéry. There, as I strolled along, I would pray—not in vain murmuring of words, but with a sincere elevation of my heart toward the Creator of this lovely nature whose beauties were right before my eyes. I never liked to pray inside a room; it seemed to me that the walls and all those human creations stood in the way between God and me. I preferred to contemplate Him in His creations, as my heart rose toward Him. My prayers were pure, I can say, and therefore worthy of being answered. What I asked for myself—and for the one whose fate was inseparably linked to mine—was but an innocent and peaceful life, free from vice, pain, and hard necessities; the death of the righteous, and their future destiny. Moreover, this act of worship was more one of admiration and contemplation than of pleading; I knew that before the giver of true blessings, the best way to obtain what we need is not to ask for it, but to earn it through our own actions. On my way back, I would take a longer route, taking pleasure in observing the rural scenery around me—the only things whose beauty never fails to delight both eye and heart. From a distance, I would check to see if Mama was up; when I saw her window open, I would feel overjoyed and hurry over. If it was closed, I would enter the garden and wait for her to wake up, either reviewing what I had learned the previous day or tending to the plants. Once she woke up, I would go to hug her in her bed—often still half-asleep—and that pure, tender embrace carried with it a charm that was far beyond the pleasures of physical sensation.
We usually had lunch with coffee and milk. It was the time of day when we were most at peace, when we would chat most comfortably. These sessions, which were usually quite long, gave me a lasting fondness for lunches; I much prefer the customs of England and Switzerland, where lunch is a proper meal that brings everyone together, to those of France, where everyone eats alone in their room—or more often, doesn’t eat at all. After an hour or two of chatting, I would go to my books until dinner time. I would start with some philosophical works, such as Port-Royal’s Logic, Locke’s Essay, Malebranche’s works, Leibniz’s, Descartes’s, and so on. I soon realized that all these authors were almost constantly in conflict with one another, and I foolishly tried to reconcile their views—only to exhaust myself and waste a great deal of time. It confused my mind entirely, and I made no progress at all. Finally, giving up that approach, I adopted one far better, and I attribute all the progress I have made, despite my lack of natural ability, to this method. For it is certain that I had very little innate talent for studying. In reading each author, I made a rule for myself to adopt and follow all their ideas without mixing in my own or those of others, and never to argue with them. I told myself: “Let me first accumulate a store of ideas—true or false, but clear—and wait until my mind is well-equipped enough to compare and choose among them.” This method has its drawbacks, I know, but it was effective in helping me learn. After several years of thinking solely according to what others said, without really reflecting or reasoning much, I found that I had acquired enough knowledge to support myself independently and think without relying on others. Later, when travel and other commitments prevented me from consulting books, I enjoyed reviewing and comparing what I had read, weighing each idea carefully against reason—and sometimes even criticizing my own “masters.” Since I began exercising this critical ability quite late in life, I found that it had not lost its sharpness at all; and when I published my own ideas, no one accused me of being a slavish follower or of parroting others’ words.
I then moved on to elementary geometry; for I never went any further, stubbornly determined to overcome my poor memory by repeatedly reviewing the same concepts and starting over again and again. I did not appreciate Euclid’s approach, which focused more on the chain of demonstrations than on the connection between ideas; instead, I preferred the geometry taught by Father Lami, who soon became one of my favorite authors, and whose works I still enjoy reading today. Algebra came next, and once again, Father Lami was my guide. As I progressed further, I studied Monsieur Reyneau’s Calcul and his Demonstrated Analysis, though I only scratched the surface of these topics. I never reached a point where I could fully understand how algebra could be applied to geometry. I disliked this method of working without seeing what one was actually doing; it seemed to me that solving a geometric problem using equations was like playing a tune by turning a crank. The first time I discovered through calculation that the square of a binomial consisted of the square of each term plus twice the product of the terms, I refused to believe it until I visually verified it on paper. It wasn’t that I lacked an interest in algebra as such—after all, I found great pleasure in considering its abstract concepts—but when applied to geometry, I needed to see the actual operations being performed on the figures; otherwise, I simply couldn’t understand it.
After that came Latin. It was the most difficult subject for me, and I never made much progress in it. At first, I tried the Port-Royal method of studying Latin, but to no avail. Those Gothic verses gave me a terrible headache; they simply wouldn’t enter my mind. I got lost in all those rules—learning one new rule meant forgetting everything before it. Studying words alone is not what’s needed by someone without a good memory, and yet that was exactly what I was forcing myself to do. In the end, I had to give up. I could understand the basic structure of Latin enough to read easy authors with the help of a dictionary. I followed that path, and it worked well for me. I focused on translation—not written, but mental—and that’s where I stayed. With time and practice, I was able to read Latin authors fairly fluently, but I was never able to speak or write in that language, which often caused me trouble when I found myself among other scholars. Another drawback of this learning method was that I never mastered prosody, let alone the rules of versification. Yet, since I wanted to understand the harmony of the language in both verse and prose, I made great efforts to do so—but I’m convinced that without a teacher, it’s almost impossible. Having learned how to construct the simplest form of verse, the hexameter, I took the trouble to scan nearly all of Virgil’s works, marking the rhythm and syllable counts. Whenever I was unsure about whether a syllable should be long or short, I would refer to Virgil. Of course, this led me to make many mistakes, due to the various exceptions allowed by versification rules. But if there is any advantage to studying alone, there are also great disadvantages—and especially an incredible amount of hardship. I know this better than anyone.
Before noon, I put my books aside, and if dinner wasn’t ready yet, I would go visit my friends the pigeons or work in the garden while waiting for the time to come.
Mi alzavo ogni mattina prima dell’alba. Salivo attraverso un frutteto vicino, lungo un sentiero molto bello che si trovava sopra i vigneti e seguiva la costa fino a Chambéry. Lì, mentre passeggiavo, recitavo la mia preghiera: non consisteva in vani balbettii labiali, ma in un sincero innalzamento del cuore verso l’autore di quella meravigliosa natura le cui bellezze erano davanti ai miei occhi. Non ho mai amato pregare in camera; mi sembra che i muri e tutte queste opere umane si interpongano tra Dio e me. Amo contemplarlo nelle sue opere, mentre il mio cuore si eleva verso di Lui. Le mie preghiere erano pure, posso dirlo, e per questo degne di essere esaudite. Non chiedevo per me, né per colei di cui i miei desideri non mi separavano mai, altro che una vita innocente e tranquilla, libera dal vizio, dal dolore, dalle difficoltà della vita; inoltre, speravo nella morte dei giusti e nel loro destino futuro. Del resto, tutto ciò avveniva più per ammirazione e contemplazione che per richieste; sapevo che, presso il donatore dei veri beni, il modo migliore per ottenere ciò di cui abbiamo bisogno non è chiederlo, ma meritarlo. Tornavo a casa passeggiando lungo un percorso piuttosto lungo, occupato ad osservare con interesse e gioia gli oggetti del paesaggio che mi circondavano: gli unici che lo sguardo e il cuore non stancano mai di ammirare. Guardavo da lontano se in casa di Mamma fosse giorno; quando vedevo la sua finestra aperta, ero colmo di gioia e correvo subito da lei. Se era chiusa, entravo nel giardino aspettando che si svegliasse, divertendomi a ripassare ciò che avevo imparato il giorno prima o a lavorare in giardino. Quando la finestra si apriva, andavo ad abbracciarla nel suo letto; spesso era ancora mezza addormentata. E quell’abbraccio, puramente affettuoso e tenero, traeva da quella sua innocenza un fascino che non ha nulla a che fare con la voluttà dei sensi.
Di solito pranzavamo con caffè latte. Era l’ora della giornata in cui eravamo più tranquilli e conversavamo con maggiore disinvoltura. Queste sessioni, che di solito duravano a lungo, mi hanno lasciato una grande affezione per i pranzi; preferisco di gran lunga le abitudini dell’Inghilterra e della Svizzera, dove il pranzo è un vero pasto che riunisce tutta la famiglia, rispetto a quelle della Francia, dove ognuno pranza da solo nella propria stanza, o spesso non pranza affatto. Dopo un’ora o due di conversazione, mi dedicavo ai miei libri fino al momento di cena. Iniziavo con qualche opera di filosofia, come la “Logica” di Port-Royal, l’“Essai” di Locke, Malebranche, Leibniz, Cartesio, ecc. Presto mi resi conto che tutti questi autori erano spesso in contraddizione tra loro; così concepii il progetto, per quanto irrealistico, di armonizzarne le opinioni, ma questo mi causò molta fatica e mi fece perdere molto tempo. Mi confondevo nelle idee degli altri e non facevo alcun progresso. Alla fine, abbandonando questo metodo, ne adottai uno molto migliore, e a esso attribuisco tutto il progresso che ho potuto compiere, nonostante la mia scarsa capacità di studio. Leggendo ciascun autore, mi impegnavi a adottare e seguire tutte le sue idee senza mescolarvi le mie o quelle di altri, e senza mai discutere con loro. Mi dicevo: “Innanzitutto, accumuli un magazzino di idee, vere o false che siano, ma chiare; poi, quando avrò abbastanza materiale a disposizione, potrò confrontarle e scegliere quelle giuste”. So che questo metodo non è privo di inconvenienti, ma mi è stato utile nel mio percorso di apprendimento. Dopo alcuni anni trascorsi pensando esclusivamente secondo gli altri, senza riflettere molto e quasi senza ragionare, riuscii ad accumulare una notevole quantità di conoscenze che mi permettevano di pensare autonomamente, senza l’aiuto di nessuno. Quando i viaggi e le altre responsabilità mi impedirono di consultare i libri, mi divertivo a ripassare e confrontare ciò che avevo letto, a valutare ogni cosa con la ragione e, a volte, anche a mettere in discussione le idee dei miei autori. Poiché ho iniziato tardi ad esercitare questa capacità di giudizio, non ho riscontrato che essa avesse perso efficacia; anzi, quando ho pubblicato le mie proprie idee, nessuno mi ha accusato di essere un discepolo servile o di seguire ciecamente gli insegnamenti altrui.
Passavo dalla geometria elementare; poiché non ero mai andato oltre, ostinandomi a cercare di superare la mia scarsa memoria, ripetendo innumerevoli volte gli stessi passaggi e ricominciando incessantemente lo stesso percorso. Non apprezzavo il metodo di Euclide, che cerca piuttosto la catena delle dimostrazioni che il legame tra le idee; preferivo invece la geometria del Padre Lami, che divenne uno dei miei autori preferiti e i cui libri rileggo ancora con piacere. Successivamente studiai l’algebra, sempre seguendo le indicazioni del Padre Lami. Quando fui più avanti, presi in considerazione il “Lavoro sul Calcolo” del Padre Reyneau, nonché la sua “Analisi Dimostrata”, che però esplorai solo superficialmente. Non sono mai arrivato a comprendere appieno l’applicazione dell’algebra alla geometria. Non mi piaceva quel modo di procedere senza vedere con chiarezza ciò che si stava facendo; mi sembrava che risolvere un problema geometrico attraverso le equazioni fosse come suonare un brano musicale girando una manovella. La prima volta che scoprii, attraverso i calcoli, che il quadrato di un binomio è composto dal quadrato di ciascuna delle sue parti e dal prodotto doppio di una parte con l’altra, non volli crederci fino a quando non ebbi disegnato graficamente la relazione tra i termini. Non era che non apprezzassi l’algebra in sé, considerandola come un mezzo per manipolare quantità astratte; ma applicata allo spazio geometrico, volevo vedere con i miei occhi l’operazione che si stava eseguendo; altrimenti non riuscivo a comprenderne il significato.
Dopo di ciò veniva il latino. Era lo studio più arduo per me, e in esso non ho mai fatto grandi progressi. All’inizio provai con il metodo latino di Port-Royal, ma senza risultati. Quei versi ostrogoti mi causavano dolore e non riuscivo affatto a comprenderli. Mi perdevo in quella miriade di regole: imparando l’ultima, dimenticavo tutto ciò che avevo appreso prima. Lo studio dei vocaboli non è certo adatto a una persona senza memoria, e proprio per forzare la mia memoria a sviluppare capacità, mi ostinavo in quell’apprendimento. Alla fine dovetti abbandonarlo. Riuscivo comunque a comprendere abbastanza bene la struttura grammaticale del latino da poter leggere autori semplici con l’aiuto di un dizionario. Seguii questa strada e mi trovai bene. Mi dedicai alla traduzione, non in modo scritto, ma mentalmente, e mi fermai lì. Con il tempo e l’esercizio, riuscii a leggere abbastanza fluentemente gli autori latini, ma mai a parlare o scrivere in quella lingua; questo mi causò spesso difficoltà quando, chissà come, finii per entrare nel mondo degli intellettuali. Un altro svantaggio di questo metodo di studio è che non ho mai imparato la prosodia, né le regole della versificazione. Tuttavia, desiderando comprendere l’armonia della lingua sia in versi che in prosa, feci molti sforzi per riuscirci; ma sono convinto che senza un insegnante sia quasi impossibile. Dopo aver imparato la struttura del verso più semplice di tutti, ovvero l’esametro, ebbi la pazienza di scandire quasi tutto Virgilio, marcando i piedi metrici e le quantità delle sillabe; quando avevo dubbi su quale sillaba fosse lunga o breve, era sempre Virgilio il mio riferimento. So per certo che questo mi fece commettere molti errori, a causa delle modifiche consentite dalle regole della versificazione. Ma se c’è un vantaggio nell’apprendere da soli, ci sono anche grandi svantaggi, soprattutto una fatica incredibile. Lo so meglio di chiunque altro.
Prima di mezzogiorno mettevo da parte i miei libri; se il pranzo non era pronto, andavo a fare visita ai miei amici i piccioni o lavoravo in giardino nell’attesa dell’ora del pasto.
Quand je m’entendais appeler, j’accourais fort content et muni d’un grand appétit ; car, c’est encore une chose à noter, que, quelque malade que je puisse être, l’appétit ne me manque jamais. Nous dînions très agréablement, en causant de nos affaires, en attendant que Maman pût manger. Deux ou trois fois la semaine, quand il faisait beau, nous allions derrière la maison prendre le café dans un cabinet frais et touffu, que j’avais garni de houblon, et qui nous faisait grand plaisir durant la chaleur ; nous passions là une petite heure à visiter nos légumes, nos fleurs, à des entretiens relatifs à notre manière de vivre, et qui nous en faisaient mieux goûter la douceur[93]. J’avais une autre petite famille au bout du jardin : c’étaient des abeilles. Je ne manquais guère, et souvent Maman avec moi, d’aller leur rendre visite ; je m’intéressais beaucoup à leur ouvrage, je m’amusais infiniment à les voir revenir de la picorée, leurs petites cuisses quelquefois si chargées qu’elles avaient peine à marcher. Les premiers jours la curiosité me rendit indiscret, et elles me piquèrent deux ou trois fois ; mais ensuite nous fîmes si bien connaissance, que quelque près que je vinsse, elles me laissaient faire, et quelque pleines que fussent les ruches prêtes à jeter leur essaim, j’en étais quelquefois entouré, j’en avais sur les mains, sur le visage sans qu’aucune me piquât jamais. Tous les animaux se défient de l’homme, et n’ont pas tort : mais sont-ils sûrs une fois qu’il ne leur veut pas nuire, leur confiance devient si grande qu’il faut être plus que barbare pour en abuser.
Je retournais à mes livres : mais mes occupations de l’après-midi devaient moins porter le nom de travail et d’étude que de récréation et d’amusement. Je n’ai jamais pu supporter l’application du cabinet après mon dîner, et en général toute peine me coûte durant la chaleur du jour. Je m’occupais pourtant, mais sans gêne et presque sans règle, à lire sans étudier. La chose que je suivais le plus exactement était l’histoire et la géographie, et comme cela ne demandait point de contention d’esprit, j’y fis autant de progrès que le permettait mon peu de mémoire. Je voulus étudier le P. Pétau, et je m’enfonçai dans les ténèbres de la chronologie ; mais je me dégoûtai de la partie critique qui n’a ni fond ni rive, et je m’affectionnai par préférence à l’exacte mesure des temps et à la marche des corps célestes. J’aurais même pris du goût pour l’astronomie si j’avais eu des instruments, mais il fallut me contenter de quelques éléments pris dans des livres, et de quelques observations grossières faites avec une lunette d’approche, seulement pour connaître la situation générale du ciel : car ma vue courte ne me permet pas de distinguer, à yeux nus, assez nettement les astres. Je me rappelle à ce sujet une aventure dont le souvenir m’a souvent fait rire. J’avais acheté un planisphère céleste pour étudier les constellations. J’avais attaché ce planisphère sur un châssis, et les nuits où le ciel était serein, j’allais dans le jardin poser mon châssis sur quatre piquets de ma hauteur, le planisphère tourné en dessous, et pour l’éclairer sans que le vent soufflât ma chandelle, je la mis dans un seau à terre entre les quatre piquets ; puis, regardant alternativement le planisphère avec mes yeux et les astres avec ma lunette, je m’exerçais à connaître les étoiles et à discerner les constellations. Je crois avoir dit que le jardin de M. Noëray était en terrasse ; on voyait du chemin tout ce qui s’y faisait. Un soir, des paysans passant assez tard me virent dans un grotesque équipage occupé à mon opération. La lueur qui donnait sur mon planisphère, et dont ils ne voyaient pas la cause parce que la lumière était cachée à leurs yeux par les bords du seau, ces quatre piquets, ce grand papier barbouillé de figures, ce cadre, et le jeu de ma lunette, qu’ils voyaient aller et venir, donnaient à cet objet un air de grimoire qui les effraya. Ma parure n’était pas propre à les rassurer ; un chapeau clabaud par-dessus mon bonnet, et un pet-en-l’air ouaté de Maman qu’elle m’avait obligé de mettre, offraient à leurs yeux l’image d’un vrai sorcier, et comme il était près de minuit, ils ne doutèrent point que ce ne fût le commencement du sabbat. Peu curieux d’en voir davantage, ils se sauvèrent très alarmés, éveillèrent leurs voisins pour leur conter leur vision, et l’histoire courut si bien, que dès le lendemain chacun sut dans le voisinage que le sabbat se tenait chez M. Noëray. Je ne sais ce qu’eût produit enfin cette rumeur, si l’un des paysans, témoin de mes conjurations, n’en eût le même jour porté sa plainte à deux Jésuites qui venaient nous voir, et qui sans savoir de quoi il s’agissait, les désabusèrent par provision. Ils nous contèrent l’histoire ; je leur en dis la cause, et nous rîmes beaucoup. Cependant il fut résolu, crainte de récidive, que j’observerais désormais sans lumière, et que j’irais consulter le planisphère dans la maison. Ceux qui ont lu, dans les Lettres de la Montagne, ma magie de Venise trouveront, je m’assure, que j’avais de longue main une grande vocation pour être sorcier[94].
Tel était mon train de vie aux Charmettes quand je n’étais occupé d’aucuns soins champêtres ; car ils avaient toujours la préférence, et dans ce qui n’excédait pas mes forces, je travaillais comme un paysan ; mais il est vrai que mon extrême faiblesse ne me laissait guère alors sur cet article que le mérite de la bonne volonté. D’ailleurs je voulais faire à la fois deux ouvrages, et par cette raison je n’en faisais bien aucun. Je m’étais mis dans la tête de me donner par force de la mémoire ; je m’obstinais à vouloir beaucoup apprendre par cœur. Pour cela je portais toujours avec moi quelque livre qu’avec une peine incroyable j’étudiais et repassais tout en travaillant. Je ne sais pas comment l’opiniâtreté de ces vains et continuels efforts ne m’a pas enfin rendu stupide. Il faut que j’aie appris et rappris bien vingt fois les églogues de Virgile, dont je ne sais pas un seul mot. J’ai perdu ou dépareillé des multitudes de livres par l’habitude que j’avais d’en porter partout avec moi, au colombier, au jardin, au verger, à la vigne. Occupé d’autre chose, je posais mon livre au pied d’un arbre ou sur la haie ; partout j’oubliais de le reprendre, et souvent au bout de quinze jours, je le retrouvais pourri ou rongé des fourmis et des limaçons. Cette ardeur d’apprendre devint une manie qui me rendait comme hébété, tout occupé que j’étais sans cesse à marmotter quelque chose entre mes dents.
Les écrits de Port-Royal et de l’Oratoire, étant ceux que je lisais le plus fréquemment, m’avaient rendu demi-janséniste, et, malgré toute ma confiance, leur dure théologie m’épouvantait quelquefois. La terreur de l’enfer, que jusque-là j’avais très peu craint, troublait peu à peu ma sécurité, et si Maman ne m’eût tranquillisé l’âme, cette effrayante doctrine m’eût enfin tout à fait bouleversé. Mon confesseur, qui était aussi le sien, contribuait pour sa part à me maintenir dans une bonne assiette. C’était le P. Hemet, jésuite, bon et sage vieillard dont la mémoire me sera toujours en vénération. Quoique jésuite, il avait la simplicité d’un enfant, et sa morale, moins relâchée que douce, était précisément ce qu’il me fallait pour balancer les tristes impressions du jansénisme. Ce bonhomme et son compagnon, le P. Coppier, venaient souvent nous voir aux Charmettes, quoique le chemin fût fort rude et assez long pour des gens de leur âge. Leurs visites me faisaient grand bien : que Dieu veuille le rendre à leurs âmes, car ils étaient trop vieux alors pour que je les présume en vie encore aujourd’hui. J’allais aussi les voir à Chambéry ; je me familiarisais peu à peu avec leur maison ; leur bibliothèque était à mon service ; le souvenir de cet heureux temps se lie avec celui des Jésuites au point de me faire aimer l’un par l’autre, et quoique leur doctrine m’ait toujours paru dangereuse, je n’ai jamais pu trouver en moi le pouvoir de les haïr sincèrement.
Whenever I heard myself being called, I would run over very happily, full of great appetite; for another thing worth noting is that, no matter how ill I might be, my appetite never fails me. We dined very pleasantly, talking about our affairs and waiting for Mama to be able to eat as well. Two or three times a week, when the weather was nice, we would go behind the house to drink coffee in a cool, lush little cabin that I had furnished with hops—it brought us great pleasure during the heat. We would spend an hour there, taking care of our vegetables and flowers, engaging in conversations about our way of living, which only made us appreciate its sweetness even more. At the end of the garden, I also had a “little family”: bees. Mama and I often went to visit them; I was very interested in their work, and it amused me immensely to watch them return from collecting nectar, their little legs sometimes so laden that they could hardly move. In the beginning, my curiosity made me a bit too close, and they stung me a couple of times; but later on, we became such good friends that no matter how close I got, they let me do whatever I wanted. Even when the hives were full and about to swarm, I would sometimes find myself surrounded by them, with some even on my hands or face—and yet not a single one ever stung me. All animals are wary of humans, and they are right in that regard; but once they realize that we mean them no harm, their trust becomes so great that only the most barbaric person would abuse it.
I returned to my books, but my afternoons were less devoted to work or study than to recreation and amusement. I could never endure studying after dinner; in fact, any form of exertion was unbearable during the heat of the day. Nevertheless, I did engage in some activities—though without much discipline or method, simply reading without truly studying. What I paid the most attention to were history and geography, as these subjects required no mental strain, and I made as much progress as my limited memory would allow. I tried to study P. Pétau but got lost in the complexities of chronology. However, I soon grew weary of the speculative parts of such studies, which lacked both foundation and clarity, and preferred the precise measurement of time and the movements of celestial bodies. I might have even taken a liking to astronomy if I had had the necessary instruments; but instead, I had to content myself with basic information from books and crude observations made through a small telescope, just enough to get a general understanding of the sky—since my poor eyesight prevented me from distinguishing stars clearly without aid. I recall an amusing incident related to this. I had bought a celestial globe to study the constellations. I mounted it on a stand and, on clear nights, would set it up in the garden, with the globe facing downward. To keep the candle from being blown out by the wind, I placed it in a basin on the ground between the four stakes that supported the stand. Then, using both my eyes and a telescope to observe the stars and constellations simultaneously, I practiced identifying them. I remember that M. Noëray’s garden was on a terrace, and from the road below, people could see what was happening there. One evening, some late-passing peasants saw me in this rather bizarre setup engaged in my “studies.” The light coming from the globe—whose source they couldn’t see because it was hidden by the basin, the stakes, and the paper map—along with the movement of my telescope, gave the whole scene an eerie, almost magical appearance that frightened them. My attire didn’t help to ease their concerns: a hat perched atop my bonnet, along with a woolen scarf my mother had insisted I wear, made me look like a real sorcerer in their eyes. Since it was nearly midnight, they were certain this must be the beginning of the Sabbath. Unwilling to see any more, they fled in panic, went to wake their neighbors to share their frightening experience—and soon, everyone in the neighborhood knew that the “Sabbath” was being observed at M. Noëray’s house that night. I do not know what would have ultimately happened as a result of this rumor, had one of the peasants, who witnessed my rituals, not taken his complaint to two Jesuits who came to visit us on the same day. Without knowing the details of what was going on, they set them at ease for the time being. They told us what had occurred; I explained the reason behind it, and we all laughed a lot. However, out of fear of recurrence, it was decided that from then on I should perform my rituals in the dark and go to consult the globe in the house. Those who have read my “Letters from the Mountain” will surely find that I had, from a very early age, a great inclination toward being a sorcerer[94].
Such was my way of life at the Charmettes when I was not engaged in any agricultural tasks; for those always took precedence, and within my limits of strength, I worked like a farmer. However, it is true that my extreme weakness left me with little merit beyond good intentions in such matters. Moreover, I tried to undertake two projects simultaneously, which was the reason why I accomplished neither well. I had set out to strengthen my memory through sheer determination; I stubbornly insisted on trying to memorize a great deal. For this purpose, I always carried some book with me and studied it tirelessly while working. I don’t know how such relentless and futile effort did not ultimately render me stupid. I must have learned and then forgotten the eglogues of Virgil twenty times over, yet I don’t remember a single word of them. I lost or misplaced countless books because I was in the habit of carrying them everywhere—I to the pigeon loft, to the garden, to the orchard, to the vineyard. When occupied with other things, I would leave my book at the foot of a tree or on a hedge; everywhere I forgot to pick it up again, and often after fifteen days, I would find it rotten or eaten away by ants and snails. This zeal for learning became an obsession that left me almost dazed, as I was constantly muttering something to myself.
The writings of Port-Royal and the Oratory were those that I read most frequently, and they had made me somewhat inclined toward Jansenism. Despite my confidence, their harsh theology sometimes filled me with fear. The dread of hell, which I had previously feared little, gradually began to shake my peace of mind. If it weren’t for my mother’s efforts to comfort me, that terrifying doctrine would have completely disrupted my life. My confessor, who was also theirs, helped me maintain a sound spiritual outlook. He was Father Hemet, a kind and wise Jesuit whose memory I will always hold in reverence. Although he was a Jesuit, he possessed the innocence of a child; his morals, though strict rather than lenient, were just what I needed to counterbalance the negative influences of Jansenism. This good man and his companion, Father Coppier, often came to visit us at Charmettes, despite the difficult and long journey for people of their age. Their visits did me great good; may God grant them eternal peace in heaven, for they were already too old by then for me to assume they are still alive today. I also went to see them in Chambéry; gradually, I became familiar with their home. Their library was at my disposal, and the memories of those happy times are closely linked to those associated with the Jesuits. As a result, I came to love both groups; although their doctrines always seemed dangerous to me, I was never able to truly hate them.
Quando sentivo che mi chiamavano, correvo subito, molto felice e con un gran appetito; perché, è anche questo da notare, per quanto malato possa essere, l’appetito non mi manca mai. Pranzavamo molto piacevolmente, parlando delle nostre faccende, in attesa che Mamma potesse mangiare. Due o tre volte alla settimana, quando faceva bel tempo, andavamo dietro la casa a bere il caffè in una stanza fresca e rigogliosa, che avevo arredata con l’erba di luppolo; ci divertivamo molto lì, durante il caldo, passando un po’ di tempo a curare le nostre piante, a parlare della nostra vita quotidiana, il che ci faceva apprezzarne ancora di più la dolcezza. Avevo anche un “piccolo mondo” all’estremità del giardino: si trattava delle api. Spesso, insieme a Mamma, andavo a trovarle; mi interessava molto il loro lavoro e mi divertivo moltissimo a vederle tornare dal raccolto di nettare, con le loro piccole zampe a volte così cariche che faticavano a camminare. Nei primi giorni, la curiosità mi rese indiscreto e alcune volte mi pungono; ma poi diventammo così amici che, per quanto mi avvicinassi, mi lasciavano fare. Anche quando le arnie erano piene zepe di miele pronto a fuoriuscire, a volte mi trovavo circondato da loro, ne avevo sulle mani, sul viso, e nessuna mai mi pungeva. Tutti gli animali diffidano dell’uomo, e non hanno torto; ma quando sono sicuri che lui non intenda far loro del male, la loro fiducia diventa tale che bisogna essere davvero crudeli per abusarne.
Tornavo ai miei libri; ma attività pomeridiana assomigliava molto di più a un’attività ricreativa e divertente che a uno studio serio. Non ho mai potuto sopportare il dovere di studiare dopo cena, e in generale mi costa molta fatica lavorare durante il calore del giorno. Ciononostante, mi dedicavo alla lettura, senza alcun impegno particolare o regole precise. Gli argomenti che seguivo con maggiore attenzione erano la storia e la geografia; poiché non richiedevano uno sforzo intellettuale eccessivo, riuscii a fare progressi nella loro conoscenza, grazie anche alla mia scarsa memoria. Cercai di studiare il P. Pétau, ma mi persi nelle complesse dinamiche della cronologia; in seguito, però, abbandonai quella parte critica, priva di fondamento e di logica, preferendo concentrarmi sull’accurata misurazione dei tempi e sul movimento dei corpi celesti. Avrei persino potuto prendere gusto all’astronomia se avessi avuto gli strumenti necessari; ma dovetti accontentarmi di pochi elementi tratti dai libri e di alcune osservazioni approssimative fatte con un semplice telescopio, al solo scopo di conoscere la disposizione generale del cielo. Poiché la mia vista debole non mi permetteva di distinguere chiaramente le stelle a occhio nudo. Ricordo ancora una volta un episodio che mi ha spesso fatto ridere: avevo comprato un planisfero celeste per studiare le costellazioni. Lo fissavo su un supporto e, nelle notti serene, lo posizionavo nel giardino, tra quattro pali della mia stessa altezza; per illuminarlo senza che il vento spegnesse la candela, la mettevo in un secchio posato a terra. Guardando alternativamente il planisfero con i miei occhi e le stelle con il telescopio, mi esercitavo nel riconoscere le costellazioni. Il giardino di M. Noëray era in terrazza, e dalla strada si poteva vedere tutto ciò che vi accadeva. Una sera, alcuni contadini che passavano tardi mi videro in quella strana situazione, intento nella mia attività. La luce che proveniva dal planisfero, la cui origine loro non riuscivano a comprendere (la candela era nascosta dal secchio), quei quattro pali, quel grande foglio di carta coperto di figure, il telescopio, tutto questo dava all’insieme un aspetto davvero inquietante, simile a quello di un grimorio. Il mio abbigliamento non aiutava certo a rassicurarli: un cappello strano sopra il mio berretto, e una giacca imbottita che mia madre mi aveva fatto indossare, tutto ciò li faceva pensare a un vero stregone. Essendo quasi mezzanotte, non dubitarono affatto che si trattasse dell’inizio del sabato. Non curiosi di vedere altro, se ne andarono spaventati, svegliarono i loro vicini per raccontare loro ciò che avevano visto. E la storia si diffuse così rapidamente che il giorno dopo tutti nel quartiere sapevano che “il sabato” si teneva a casa di M. Noëray. Non so quale sarebbe stato l’esito di questa voce, se uno dei contadini, testimone delle mie pratiche magiche, non ne avesse fatto parola lo stesso giorno a due gesuiti che venivano a trovarci. Senza sapere di cosa si trattasse, questi li rassicurarono immediatamente. Ci raccontarono l’accaduto; io spiegai loro la causa e ridemmo molto. Tuttavia, per timore di ripetizioni, fu deciso che da allora avrei dovuto procedere alle mie pratiche al buio, e che sarei andato a consultare il planisfero in casa. Coloro che hanno letto, nelle “Lettere della Montagna”, della mia “magia di Venezia”, troveranno sicuramente che fin da giovane avevo una grande predisposizione per l’arte della stregoneria[94].
Ecco come era la mia vita alle Charmettes quando non ero impegnato in alcun lavoro agricolo; poiché questi mi interessavano sempre di più, e nel limite delle mie forze lavoravo come un contadino. Tuttavia, la mia estrema debolezza mi permetteva soltanto di dimostrare buona volontà in quel campo. Inoltre, cercavo di portare a termine due progetti contemporaneamente, ma per questo motivo non riuscivo a completarne nessuno. Mi ero imposto di migliorare la mia memoria a tutti i costi; mi ostinavo nel voler imparare molte cose a memoria. Per questo motivo portavo sempre con me qualche libro, e con grande sforzo lo studiavo e lo ripassavo mentre lavoravo. Non so come la tenacia di questi vani e continui sforzi non abbia finito per rendermi stupido. Devo aver studiato e ripetuto più volte le egloghe di Virgilio, senza però ricordarne nemmeno una parola. Ho perso o smarrito moltissimi libri a causa dell’abitudine di portarli ovunque con me: nel pollaio, nel giardino, nel frutteto, nella vigna. Quando ero impegnato in altre cose, li lasciavo ai piedi degli alberi o sulle siepi; spesso, dopo quindici giorni, li ritrovavo marci o rovinati dalle formiche e dai lumache. Questa passione per lo studio divenne una vera mania che mi rendeva quasi stordito. Ero sempre occupato a mormorare qualcosa tra i denti.
Gli scritti di Port-Royal e dell’Oratorio, essendo quelli che leggevo più spesso, mi avevano reso semi-jansenista; nonostante tutta la mia fiducia in loro, la loro dottrina rigida a volte mi spaventava. La paura dell’inferno, di cui fino ad allora avevo temuto molto poco, iniziò gradualmente a minare la mia serenità; se non fosse stato per le parole rassicuranti di mia madre, quella terribile dottrina avrebbe finito per sconvolgere completamente la mia mente. Il mio confessore, che era anche il suo, contribuiva a mantenermi su una retta via: si trattava del P. Hemet, un gesuita buono e saggio, il cui ricordo sarà sempre caro per me. Nonostante fosse gesuita, possedeva la semplicità di un bambino; la sua morale, meno indulgente ma più gentile, era proprio ciò di cui avevo bisogno per contrastare le tristi influenze del jansenismo. Quel buon uomo e il suo compagno, il P. Coppier, venivano spesso a trovarci alle Charmettes, nonostante il cammino fosse molto difficile e lungo per persone della loro età. Le loro visite mi facevano molto bene; che Dio li tenga con sé nelle loro anime, poiché all’epoca erano già troppo anziani perché potessi presumere che siano ancora vivi oggi. Andavo anche a trovarli a Chambéry; gradualmente mi abituai alla loro casa; la loro biblioteca era a mia disposizione. Il ricordo di quei felici tempi è strettamente legato a quello dei Gesuiti, tanto che entrambi mi hanno fatto amare l’uno e l’altro. Anche se la loro dottrina mi è sempre sembrata pericolosa, non sono mai riuscito a provare un vero odio nei loro confronti.
Je voudrais savoir s’il passe quelquefois dans les cœurs des autres hommes des puérilités pareilles à celles qui passent quelquefois dans le mien. Au milieu de mes études et d’une vie innocente autant qu’on la puisse mener, et malgré tout ce qu’on m’avait pu dire, la peur de l’enfer m’agitait encore. Souvent je me demandais : En quel état suis-je ? Si je mourais à l’instant même, serais-je damné ? Selon mes jansénistes la chose était indubitable, mais selon ma conscience il me paraissait que non. Toujours craintif, et flottant dans cette cruelle incertitude, j’avais recours, pour en sortir, aux expédients les plus risibles, et pour lesquels je ferais volontiers enfermer un homme si je lui en voyais faire autant. Un jour, rêvant à ce triste sujet, je m’exerçais machinalement à lancer des pierres contre les troncs des arbres, et cela avec mon adresse ordinaire, c’est-à-dire sans presque en toucher aucun. Tout au milieu de ce bel exercice, je m’avisai de m’en faire une espèce de pronostic pour calmer mon inquiétude. Je me dis : Je m’en vais jeter cette pierre contre l’arbre qui est vis-à-vis de moi ; si je le touche, signe de salut ; si je le manque, signe de damnation. Tout en disant ainsi, je jette ma pierre d’une main tremblante et avec un horrible battement de cœur, mais si heureusement, qu’elle va frapper au beau milieu de l’arbre ; ce qui véritablement n’était pas difficile, car j’avais eu soin de le choisir fort gros et fort près. Depuis lors je n’ai plus douté de mon salut. Je ne sais, en me rappelant ce trait, si je dois rire ou gémir sur moi-même. Vous autres grands hommes, qui riez sûrement, félicitez-vous ; mais n’insultez pas à ma misère, car je vous jure que je la sens bien.
Au reste, ces troubles, ces alarmes, inséparables peut-être de la dévotion, n’étaient pas un état permanent. Communément j’étais assez tranquille, et l’impression que l’idée d’une mort prochaine faisait sur mon âme était moins de la tristesse qu’une langueur paisible, et qui même avait ses douceurs. Je viens de retrouver parmi de vieux papiers une espèce d’exhortation que je me faisais à moi-même, et où je me félicitais de mourir à l’âge où l’on trouve assez de courage en soi pour envisager la mort, et sans avoir éprouvé de grands maux, ni de corps ni d’esprit, durant ma vie. Que j’avais bien raison ! Un pressentiment me faisait craindre de vivre pour souffrir. Il semblait que je prévoyais le sort qui m’attendait sur mes vieux jours. Je n’ai jamais été si près de la sagesse que durant cette heureuse époque. Sans grands remords sur le passé, délivré des soucis de l’avenir, le sentiment qui dominait constamment dans mon âme était de jouir du présent. Les dévots ont pour l’ordinaire une petite sensualité très vive qui leur fait savourer avec délices les plaisirs innocents qui leur sont permis. Les mondains leur en font un crime, je ne sais pourquoi, ou plutôt je le sais bien, c’est qu’ils envient aux autres la jouissance des plaisirs simples dont eux-mêmes ont perdu le goût. Je l’avais ce goût, et je trouvais charmant de le satisfaire en sûreté de conscience. Mon cœur, neuf encore, se livrait à tout avec un plaisir d’enfant, ou plutôt, si je l’ose dire, avec une volupté d’ange, car en vérité ces tranquilles jouissances ont la sérénité de celles du paradis. Des dîners faits sur l’herbe, à Montagnole, des soupers sous le berceau, la récolte des fruits, les vendanges, les veillées à teiller avec nos gens, tout cela faisait pour nous autant de fêtes auxquelles Maman prenait le même plaisir que moi. Des promenades plus solitaires avaient un charme plus grand encore, parce que le cœur s’épanchait plus en liberté. Nous en fîmes une entre autres qui fait époque dans ma mémoire, un jour de Saint-Louis dont Maman portait le nom. Nous partîmes ensemble et seuls de bon matin, après la messe qu’un carme était venu dire à la pointe du jour, dans une chapelle attenante à la maison. J’avais proposé d’aller parcourir la côte opposée à celle où nous étions, et que nous n’avions point visitée encore. Nous avions envoyé nos provisions d’avance, car la course devait durer tout le jour. Maman, quoique un peu ronde et grasse, ne marchait pas mal : nous allions de colline en colline et de bois en bois, quelquefois au soleil et souvent à l’ombre, nous reposant de temps en temps, et nous oubliant des heures entières ; causant de nous, de notre union, de la douceur de notre sort, et faisant pour sa durée des vœux qui ne furent pas exaucés. Tout semblait conspirer au bonheur de cette journée. Il avait plu depuis peu ; point de poussière, et des ruisseaux bien courants ; un petit vent frais agitait les feuilles, l’air était pur, l’horizon sans nuage, la sérénité régnait au ciel comme dans nos cœurs. Notre dîner fut fait chez un paysan, et partagé avec sa famille qui nous bénissait de bon cœur. Ces pauvres Savoyards sont si bonnes gens ! Après le dîner nous gagnâmes l’ombre sous de grands arbres, où, tandis que j’amassais des brins de bois sec pour faire notre café, Maman s’amusait à herboriser parmi les broussailles, et avec les fleurs du bouquet que, chemin faisant, je lui avais ramassé, elle me fit remarquer dans leur structure mille choses curieuses qui m’amusèrent beaucoup, et qui devaient me donner du goût pour la botanique ; mais le moment n’était pas venu, j’étais distrait par trop d’autres études. Une idée qui vint me frapper fit diversion aux fleurs et aux plantes. La situation d’âme où je me trouvais, tout ce que nous avions dit et fait ce jour-là, tous les objets qui m’avaient frappé me rappelèrent l’espèce de rêve que tout éveillé j’avais fait à Annecy sept ou huit ans auparavant, et dont j’ai rendu compte en son lieu[95]. Les rapports en étaient si frappants, qu’en y pensant j’en fus ému jusqu’aux larmes. Dans un transport d’attendrissement j’embrassai cette chère amie : Maman, Maman, lui dis-je avec passion, ce jour m’a été promis depuis longtemps, et je ne vois rien au-delà. Mon bonheur, grâce à vous, est à son comble ; puisse-t-il ne pas décliner désormais ! puisse-t-il durer aussi longtemps que j’en conserverai le goût ! il ne finira qu’avec moi.
Ainsi coulèrent mes jours heureux, et d’autant plus heureux que, n’apercevant rien qui les dût troubler, je n’envisageais en effet leur fin qu’avec la mienne. Ce n’était pas que la source de mes soucis fût absolument tarie ; mais je lui voyais prendre un autre cours que je dirigeais de mon mieux sur des objets utiles, afin qu’elle portât son remède avec elle. Maman aimait naturellement la campagne, et ce goût ne s’attiédissait pas avec moi. Peu à peu elle prit celui des soins champêtres ; elle aimait à faire valoir les terres ; et elle avait sur cela des connaissances dont elle faisait usage avec plaisir. Non contente de ce qui dépendait de la maison qu’elle avait prise, elle louait tantôt un champ, tantôt un pré. Enfin, portant son humeur entreprenante sur des objets d’agriculture, au lieu de rester oisive dans sa maison, elle prenait le train de devenir bientôt une grosse fermière. Je n’aimais pas trop à la voir ainsi s’étendre, et je m’y opposais tant que je pouvais, bien sûr qu’elle serait toujours trompée, et que son humeur libérale et prodigue porterait toujours la dépense au-delà du produit. Toutefois je me consolais en pensant que ce produit du moins ne serait pas nul, et lui aiderait à vivre. De toutes les entreprises qu’elle pouvait former, celle-là me paraissait la moins ruineuse, et, sans y envisager comme elle un objet de profit, j’y envisageais une occupation continuelle, qui la garantirait des mauvaises affaires et des escrocs. Dans cette idée je désirais ardemment de recouvrer autant de force et de santé qu’il m’en fallait pour veiller à ses affaires, pour être piqueur de ses ouvriers, ou son premier ouvrier, et naturellement l’exercice que cela me faisait faire, m’arrachant souvent à mes livres et me distrayant sur mon état, devait le rendre meilleur.
I wonder whether, sometimes, other men’s hearts experience the same kind of childish fears that occasionally arise in mine. Amidst my studies and what one might consider an innocent life, despite everything that had been told to me, the fear of hell still troubled me. Often I would ask myself: In what state am I? If I died right now, would I be damned? According to my Jansenists, such a thing was undeniable; but according to my conscience, it seemed otherwise. Always fearful and caught in this cruel uncertainty, I resorted to the most ridiculous expedients in an attempt to escape it—expedients for which I would gladly have imprisoned anyone who dared to employ them. One day, while lost in these sad thoughts, I mechanically began throwing stones at tree trunks, doing so with my usual accuracy—that is, almost never hitting any of them. In the midst of this “exercise,” I suddenly decided to use it as a sort of prophecy to calm my anxiety. I thought to myself: I’ll throw this stone at the tree right in front of me; if I hit it, it means salvation; if I miss, it means damnation. With trembling hands and a pounding heart, I threw the stone—and, to my immense relief, it landed right in the middle of the tree, which, frankly, wasn’t very difficult to hit, since I had chosen one that was particularly large and close by. Since then, I have never doubted my salvation again. Now, as I recall this incident, I don’t know whether to laugh at myself or lament my plight. You great men, who surely laugh at such things, may rejoice; but do not mock my suffering, for I swear that I feel it very truly.
Besides, these troubles and alarms, perhaps inseparable from devotion itself, were not a permanent state of affairs. Generally speaking, I was quite calm; the effect that the thought of an impending death had on my soul was less sorrow than a peaceful melancholy—even one that carried its own sweetness. Recently, I found among some old papers a sort of exhortation I had written to myself, in which I rejoiced at dying at an age when one still possesses enough courage within oneself to face death, and without having suffered any great afflictions, neither physically nor mentally, throughout my life. How right I was! A premonition made me fear living merely to suffer. It seemed as if I had foreseen the fate that awaited me in my old age. I had never been so close to wisdom as during that happy period. Without heavy regrets for the past and free from the worries of the future, the predominant feeling in my soul was one of enjoying the present. Devotees usually possess a keen sensitivity that allows them to savor with great delight the innocent pleasures permitted to them. Worldly people regard such pleasures as a sin—for some reason, or rather, for a very clear reason: they envy others the enjoyment of those simple delights from which they themselves have lost all taste. I still had that taste, and I found it delightful to satisfy it in good conscience. My heart, still young and innocent, embraced everything with the joy of a child—or, if I may dare say so, with the bliss of an angel, for indeed these peaceful pleasures possess the serenity of those in paradise. Picnics on the grass at Montagnole, dinners under the shade of trees, harvesting fruits, attending vineyard festivals, and spending evenings together with our people—all these were for us like festive occasions that brought Mama as much joy as me. More solitary walks held an even greater charm, for then the heart could express itself more freely. One such day, on Saint-Louis’s birthday—which Mama shared with me—we set out alone early in the morning, after attending mass said at dawn by a Carmelite priest in a chapel attached to our house. I suggested we explore the coastline opposite to the one we had already visited. We had prepared our provisions in advance, as the journey was expected to last all day. Mama, though a bit plump, walked quite well. We climbed hills and wandered through woods, sometimes basking in the sun and often in the shade, resting from time to time and losing ourselves in conversation for hours on end—talking about us, our bond, and the sweetness of our fate, while making wishes for its continuation that were never fulfilled. Everything seemed to conspire to make that day a perfect one. It had just started to rain; there was no dust, and small streams flowed swiftly. A gentle breeze stirred the leaves; the air was pure, the horizon cloudless—serenity reigned both in the sky and in our hearts. We dined at a farmer’s house, sharing a meal with his family, who blessed us wholeheartedly. What kind people these poor Savoyards are! After dinner, we sought shade under large trees; while I gathered dry twigs to make coffee, Mama enjoyed collecting herbs among the bushes. With the flowers I had picked along the way, she pointed out countless fascinating details about their structure, which greatly amused me and probably sparked my interest in botany—though the time for such pursuits had not yet come, as my attention was drawn to other matters. Suddenly, an idea struck me, diverting my thoughts from flowers and plants. The state of mind I found myself in, everything we had said and done that day, all the things that had caught my attention—these all reminded me of a dream I had had while awake in Annecy seven or eight years earlier, about which I had written elsewhere[95]. The parallels were so striking that they moved me to tears. In an outburst of emotion, I embraced my dear mother and said passionately, “Mama, this day has been promised to me for a long time; I see no limit to it. Thanks to you, my happiness is complete—may it never decline! May it last as long as I retain this feeling for it! It will end only with my life.”
Thus passed my happy days, all the happier because, seeing nothing that could disturb them, I truly did not envision their end until mine came. It was not that the source of my worries had completely dried up; but I saw it taking another course, one which I directed as best I could toward useful pursuits, so that it might bring its own remedies along with it. My mother naturally loved the countryside, and this taste did not diminish with me. Gradually, she took a fondness for agricultural work; she enjoyed managing our lands, and she possessed knowledge in this area that she gladly put to use. Not content with what belonged to the house we lived in, she would sometimes rent a field or some pastureland. Finally, turning her enterprising spirit toward farming, instead of staying idle at home, she soon began to become a fairly successful farmer. I wasn’t particularly fond of seeing her engage in such activities, and I opposed it as much as possible—though, of course, she would always be deceived, and her generous and wasteful nature would ensure that expenses far exceeded income. Nevertheless, I consoled myself by thinking that at least this income would not be entirely useless and would help her make ends meet. Of all the undertakings she might undertake, this one seemed to me the least destructive. And although she did not view it as a means of profit, I saw it as a constant occupation that would protect her from bad dealings and swindlers. With this thought, I earnestly wished to regain enough strength and health to help her manage her affairs—perhaps even to act as an overseer for her workers or even take on the role of their chief laborer myself. Naturally, the physical activity this involved often pulled me away from my books and distracted me from my studies, but I believed that such engagement would only improve my condition overall.
Vorrei sapere se, a volte, nei cuori degli altri uomini passino delle sciocchezze simili a quelle che talvolta passano nel mio. Tra i miei studi e una vita innocente, per quanto si possa condurla in quel modo, nonostante tutto ciò che mi era stato detto, la paura dell’inferno continuava ad agitarmi. Spesso mi chiedevo: In quale stato mi trovo? Se morissi in questo stesso istante, sarei dannato? Secondo i miei jansenisti, la cosa era indubbia; ma secondo la mia coscienza, non lo era. Sempre timoroso e immerso in questa terribile incertezza, ricorrevo a mezzi assai ridicoli per uscirne, mezzi per cui sarei pronto a far imprigionare qualcuno, se lo vedessi comportarsi allo stesso modo. Un giorno, mentre riflettevo su questo triste argomento, iniziai meccanicamente a lanciare pietre contro i tronchi degli alberi, con la mia solita abilità, cioè senza quasi colpire nessuno. Proprio nel bel mezzo di questo “esercizio”, mi venne l’idea di usarlo come un modo per prevedere il mio destino e calmare la mia inquietudine. Mi dissi: “Lancerò questa pietra contro l’albero che si trova di fronte a me; se lo colpisco, significa salvezza; se lo manco, significa dannazione”. Mentre lo dicevo, lanciai la pietra con mano tremante e con il cuore in gola, ma fortunatamente, colpì esattamente nel centro dell’albero, il quale, in realtà, era piuttosto grosso e vicino. Da allora non ho più dubitato della mia salvezza. Non so se, ripensandoci, dovrei ridere o lamentarmi di me stesso. Voi grandi uomini, che sicuramente ridete, rallegratevi pure; ma non insultate la mia miseria, perché vi giuro che la sento davvero.
Del resto, questi turbamenti, queste apprensioni, forse inseparabili dalla devozione, non costituivano uno stato permanente. Di solito ero abbastanza tranquillo, e l’impressione che l’idea di una morte imminente suscitava nella mia anima era piuttosto una sorta di serenità pacifica, persino dolce. Ho appena ritrovato tra vecchi documenti un genere di esortazione che mi rivolgevo da solo, in cui mi rallegravo di morire all’età in cui si possiede abbastanza coraggio per affrontare la morte, senza aver provato grandi sofferenze, né fisiche né mentali, durante la mia vita. Che ragione avevo! Un presentimento mi faceva temere di vivere solo per soffrire. Sembrava che prevedessi il destino che mi aspettava negli anni futuri. Non sono mai stato così vicino alla saggezza come in quel periodo felice: senza grandi rimorsi per il passato, liberato dalle preoccupazioni per il futuro, il sentimento che dominava costantemente nella mia anima era quello di godermi il presente. I devoti, in genere, possiedono una piccola sensualità molto viva che permette loro di assaporare con piacere i piaceri innocenti a loro concessi; i mondani, invece, li considerano un crimine. Non so perché. O meglio, lo so bene: invidiano agli altri il godimento di quei semplici piaceri di cui loro stessi hanno perso il gusto. Io possedevo questo gusto e trovavo delizioso soddisfarlo, con la coscienza pulita. Il mio cuore, ancora giovane, si abbandonava a tutto con il piacere di un bambino. O meglio, se oso dirlo, con una voluttà d’angelo. Perché in realtà questi tranquilli piaceri hanno la serenità di quelli del paradiso. Pranzi consumati all’aperto, a Montagnole; cene sotto il pergolato; la raccolta dei frutti, le vendite. Tutte queste cose costituivano per noi vere e proprie feste, alle quali Mamma prendeva lo stesso piacere che io. Le passeggiate più solitarie avevano un fascino ancora maggiore, perché il cuore si esprimeva con maggiore libertà. Ne facemmo una in particolare che rimane impressa nella mia memoria: un giorno di San Luigi, che Mamma portava nel suo nome. Partimmo insieme, molto presto al mattino, dopo la messa celebrata all’alba da un carmelitano in una cappella annessa alla casa. Avevo proposto di attraversare la costa opposta a quella dove vivevamo, che non avevamo ancora visitato. Avevamo portato con noi le provviste necessarie, perché la passeggiata avrebbe dovuto durare tutto il giorno. Mamma, sebbene un po’ in carne, camminava bene. Ci spostavamo da una collina all’altra, da un bosco all’altro. A volte al sole, a volte all’ombra. Ci riposavamo di tanto in tanto. E trascorrevamo ore intere a parlare di noi, della nostra unione, della dolcezza del nostro destino. E facevamo voti per la sua durata. Voti che, purtroppo, non furono esauditi. Tutto sembrava concorrere al felicità di quella giornata. Pioveva da poco; non c’era polvere e i ruscelli scorrevano abbondantemente; una brezza fresca agitava le foglie, l’aria era pura, l’orizzonte privo di nuvole. La serenità regnava nel cielo come nei nostri cuori. Il nostro pasto fu preparato da un contadino e condiviso con la sua famiglia, che ci benedisse sinceramente. Quei poveri Savoiardi sono davvero persone così buone! Dopo cena ci rifugiammo all’ombra di grandi alberi; mentre raccoglievo rametti secchi per preparare il caffè, mia madre si divertiva a raccogliere erbe tra i cespugli. Con i fiori che le avevo raccolto lungo la strada, mi fece notare mille particolari curiosi nella loro struttura. Mi divertirono molto e probabilmente mi fecero prendere gusto alla botanica; ma non era ancora il momento giusto. Ero troppo distratto da altre cose. Un’idea improvvisa distolse la mia attenzione dai fiori e dalle piante. La situazione d’animo in cui mi trovavo, tutto ciò che avevamo detto e fatto quel giorno, tutti gli oggetti che avevo notato. Mi ricordarono il tipo di sogno che avevo fatto ad Annecy sette o otto anni prima, di cui ho parlato altrove[95]. I collegamenti tra quei ricordi erano così evidenti che, riflettendoci, ne fui commosso fino alle lacrime. In un impeto di tenerezza abbracciai quella cara amica: “Mamma, mamma”, le dissi con passione, “questo giorno mi era stato promesso da molto tempo. Non vedo nulla al di là di questo. Il mio felicità, grazie a te, è al suo apice. Possa non declinare mai più. Possa durare per tutto il tempo in cui ne manterrò il desiderio. Finirà soltanto con me.”
Così trascorsero i miei giorni felici; e tanto più felici, in quanto, non vedendo nulla che potesse disturbarli, immaginavo davvero la loro fine soltanto insieme alla mia. Non era che la fonte delle mie preoccupazioni fosse del tutto prosciugata; ma vedevo che prendeva un altro corso, e cercavo di indirizzarla verso oggetti utili, affinché portasse con sé anche il suo “remedio”. Mamma amava naturalmente la campagna, e questo gusto non diminuì mai in me. Gradualmente sviluppò l’amore per le attività agricole: le piaceva curare i terreni, e possedeva delle conoscenze in questo campo che utilizzava con piacere. Non contenta di ciò che apparteneva alla casa che avevamo preso in affitto, a volte noleggiava un campo, altre volte un prato. Alla fine, applicando il suo spirito imprenditoriale alle attività agricole, invece di rimanere inattiva in casa, iniziò rapidamente a diventare una vera e propria contadina. Non mi piaceva molto vederla impegnata in questo modo, e cercavo sempre di oppormi, anche se sapevo che sarebbe stata comunque sfortunata, e che il suo carattere generoso e spendaccione avrebbe sempre fatto sì che le spese superassero i proventi. Tuttavia, mi consolavo pensando che almeno questi proventi non sarebbero stati nulli, e l’avrebbero aiutata a vivere. Di tutte le iniziative che poteva intraprendere, questa mi sembrava la meno dannosa; e, anche se lei non la considerava un mezzo per guadagnare denaro, io vi vedevo un’occupazione continua che l’avrebbe protetta da problemi finanziari e da truffatori. Con questo pensiero, desideravo ardentemente recuperare tutta la forza e la salute necessarie per occuparmi delle sue faccende, per guidare i suoi operai. E naturalmente, l’attività che questo mi costringeva a svolgere, allontanandomi spesso dai miei libri e distraendomi dal mio studio, avrebbe sicuramente migliorato le mie condizioni.
(1737 — 1741.) L’hiver suivant, Barillot revenant d’Italie m’apporta quelques livres, entre autres le Bontempi et la Cartella per musica du P. Banchieri, qui me donnèrent du goût pour l’histoire de la musique et pour les recherches théoriques de ce bel art. Barillot resta quelque temps avec nous, et comme j’étais majeur depuis plusieurs mois, il fut convenu que j’irais le printemps suivant à Genève redemander le bien de ma mère, ou du moins la part qui m’en revenait, en attendant qu’on sût ce que mon frère était devenu. Cela s’exécuta comme il avait été résolu. J’allai à Genève, mon père y vint de son côté. Depuis longtemps il y revenait sans qu’on lui cherchât querelle, quoiqu’il n’eût jamais purgé son décret : mais comme on avait de l’estime pour son courage et du respect pour sa probité, on feignait d’avoir oublié son affaire, et les magistrats, occupés du grand projet qui éclata peu après[96], ne voulaient pas effaroucher avant le temps la bourgeoisie, en lui rappelant mal à propos leur ancienne partialité.
Je craignais qu’on ne me fît des difficultés sur mon changement de religion ; l’on n’en fit aucune. Les lois de Genève sont à cet égard moins dures que celles de Berne, où quiconque change de religion perd non seulement son état, mais son bien. Le mien ne me fut donc pas disputé, mais se trouva, je ne sais comment, réduit à fort peu de chose. Quoiqu’on fût à peu près sûr que mon frère était mort, on n’en avait point de preuve juridique. Je manquais de titres suffisants pour réclamer sa part, et je la laissai sans regret pour aider à vivre à mon père qui en a joui tant qu’il a vécu. Sitôt que les formalités de justice furent faites et que j’eus reçu mon argent, j’en mis quelque partie en livres, et je volai porter le reste aux pieds de Maman. Le cœur me battait de joie durant la route, et le moment où je déposai cet argent dans ses mains me fut mille fois plus doux que celui où il entra dans les miennes. Elle le reçut avec cette simplicité des belles âmes, qui, faisant ces choses-là sans effort, les voient sans admiration. Cet argent fut employé presque tout entier à mon usage, et cela avec une égale simplicité. L’emploi en eût exactement été le même s’il lui fût venu d’autre part.
Cependant ma santé ne se rétablissait point ; je dépérissais au contraire à vue d’œil ; j’étais pâle comme un mort et maigre comme un squelette : mes battements d’artères étaient terribles, mes palpitations plus fréquentes ; j’étais continuellement oppressé, et ma faiblesse enfin devint telle que j’avais peine à me mouvoir ; je ne pouvais presser le pas sans étouffer, je ne pouvais me baisser sans avoir de vertiges, je ne pouvais soulever le plus léger fardeau ; j’étais réduit à l’inaction la plus tourmentante pour un homme aussi remuant que moi. Il est certain qu’il se mêlait à tout cela beaucoup de vapeurs. Les vapeurs sont les maladies des gens heureux, c’était la mienne : les pleurs que je versais souvent sans raison de pleurer, les frayeurs vives au bruit d’une feuille ou d’un oiseau, l’inégalité d’humeur dans le calme de la plus douce vie, tout cela marquait cet ennui du bien-être qui fait pour ainsi dire extravaguer la sensibilité. Nous sommes si peu faits pour être heureux ici-bas, qu’il faut nécessairement que l’âme ou le corps souffre quand ils ne souffrent pas tous les deux, et que le bon état de l’un fait presque toujours tort à l’autre. Quand j’aurais pu jouir délicieusement de la vie, ma machine en décadence m’en empêchait, sans qu’on pût dire où la cause du mal avait son vrai siège. Dans la suite, malgré le déclin des ans, et des maux très réels et très graves, mon corps semble avoir repris des forces pour mieux sentir mes malheurs, et maintenant que j’écris ceci, infirme et presque sexagénaire, accablé de douleurs de toute espèce, je me sens pour souffrir plus de vigueur et de vie que je n’en eus pour jouir à la fleur de mon âge et dans le sein du plus vrai bonheur.
Pour m’achever, ayant fait entrer un peu de physiologie dans mes lectures, je m’étais mis à étudier l’anatomie, et passant en revue la multitude et le jeu des pièces qui composaient ma machine, je m’attendais à sentir détraquer tout cela vingt fois le jour : loin d’être étonné de me trouver mourant je l’étais que je pusse encore vivre, et je ne lisais pas la description d’une maladie que je ne crusse être la mienne. Je suis sûr que si je n’avais pas été malade, je le serais devenu par cette fatale étude. Trouvant dans chaque maladie des symptômes de la mienne, je croyais les avoir toutes, et j’en gagnai par-dessus une plus cruelle encore dont je m’étais cru délivré : la fantaisie de guérir ; c’en est une difficile à éviter quand on se met à lire des livres de médecine. À force de chercher, de réfléchir, de comparer, j’allai m’imaginer que la base de mon mal était un polype au cœur, et Salomon lui-même parut frappé de cette idée. Raisonnablement je devais partir de cette opinion pour me confirmer dans ma résolution précédente. Je ne fis point ainsi. Je tendis tous les ressorts de mon esprit pour chercher comment on pouvait guérir d’un polype au cœur, résolu d’entreprendre cette merveilleuse cure. Dans un voyage qu’Anet avait fait à Montpellier, pour aller voir le Jardin des Plantes et le démonstrateur, M. Sauvages, on lui avait dit que M. Fizes avait guéri un pareil polype. Maman s’en souvint et m’en parla. Il n’en fallut pas davantage pour m’inspirer le désir d’aller consulter M. Fizes. L’espoir de guérir me fait retrouver du courage et des forces pour entreprendre ce voyage. L’argent venu de Genève en fournit le moyen. Maman, loin de m’en détourner, m’y exhorte, et me voilà parti pour Montpellier.
Je n’eus pas besoin d’aller si loin pour trouver le médecin qu’il me fallait. Le cheval me fatiguant trop, j’avais pris une chaise à Grenoble. À Moirans, cinq ou six chaises arrivèrent à la file après la mienne. Pour le coup c’était vraiment l’aventure des brancards. La plupart de ces chaises étaient le cortège d’une nouvelle mariée appelée Mme du Colombier. Avec elle était une autre femme, appelée Mme de Larnage, moins jeune et moins belle que Mme du Colombier, mais non moins aimable, et qui de Romans, où s’arrêtait celle-ci, devait poursuivre sa route jusqu’au Bourg Saint-Andéol, près le Pont du Saint-Esprit. Avec la timidité qu’on me connaît, on s’attend que la connaissance ne fût pas sitôt faite avec des femmes brillantes et la suite qui les entourait ; mais enfin, suivant la même route, logeant dans les mêmes auberges, et, sous peine de passer pour un loup-garou, forcé de me présenter à la même table, il fallait bien que cette connaissance se fît. Elle se fit donc, et même plus tôt que je n’aurais voulu ; car tout ce fracas ne convenait guère à un malade, et surtout à un malade de mon humeur. Mais la curiosité rend ces coquines de femmes si insinuantes, que pour parvenir à connaître un homme, elles commencent par lui faire tourner la tête. Ainsi arriva de moi. Mme du Colombier, trop entourée de ses jeunes roquets, n’avait guère le temps de m’agacer, et d’ailleurs ce n’en était pas la peine, puisque nous allions nous quitter ; mais Mme de Larnage, moins obsédée, avait des provisions à faire pour sa route. Voilà Mme de Larnage qui m’entreprend, et adieu le pauvre Jean-Jacques, ou plutôt adieu la fièvre, les vapeurs, le polype ; tout part auprès d’elle, hors certaines palpitations qui me restèrent et dont elle ne voulait pas me guérir. Le mauvais état de ma santé fut le premier texte de notre connaissance. On voyait que j’étais malade, on savait que j’allais à Montpellier, et il faut que mon air et mes manières n’annonçassent pas un débauché, car il fut clair dans la suite qu’on ne m’avait pas soupçonné d’aller y faire un tour de casserole. Quoique l’état de maladie ne soit pas pour un homme une grande recommandation près des dames, il me rendit toutefois intéressant pour celles-ci. Le matin elles envoyaient savoir de mes nouvelles et m’inviter à prendre le chocolat avec elles ; elles s’informaient comment j’avais passé la nuit. Une fois, selon ma louable coutume de parler sans penser, je répondis que je ne savais pas. Cette réponse leur fit croire que j’étais fou ; elles m’examinèrent davantage, et cet examen ne me nuisit pas. J’entendis une fois Mme du Colombier dire à son amie : Il manque de monde, mais il est aimable. Ce mot me rassura beaucoup, et fit que je le devins en effet.
(1737 — 1741.) The following winter, Barillot, returning from Italy, brought me several books, among them Bontempi and Cartella per musica by Father Banchieri, which sparked my interest in the history of music and the theoretical studies of this beautiful art. Barillot stayed with us for some time, and since I had come of age several months earlier, it was agreed that I would go to Geneva the following spring to claim my mother’s property—or at least the portion that belonged to me—until we found out what had become of my brother. Everything proceeded as planned. I went to Geneva, and my father went there from his side. For a long time he had been returning there without incident, although he had never been formally exonerated of his charges; however, because people respected his courage and admired his integrity, they pretended to have forgotten about his case. Moreover, the authorities, preoccupied with the major issues that arose shortly thereafter[96], did not wish to frighten the bourgeoisie by bringing up their past bias at an inappropriate time.
I feared that someone might make difficulties for me because of my change of religion; but no such difficulties were raised at all. In this regard, the laws of Geneva are less strict than those of Bern, where anyone who changes religion not only loses their status but also their property. Therefore, my property was not disputed by anyone; yet, somehow, it was reduced to very little. Although it was almost certain that my brother had died, there was no legal proof of it. I lacked the necessary documents to claim his share, so I gave it up without regret, in order to help support my father, who benefited from it throughout his life. Once the legal formalities were completed and I received my money, I invested some of it in books and took the rest to my mother’s feet. My heart was filled with joy on the way there, and the moment I placed the money in her hands was a thousand times more satisfying than when it had been given to me. She accepted it with that kind of simplicity characteristic of noble souls—those who do such things without effort and see them as something entirely natural. Almost all of that money was spent for my own use, and she did so with equal indifference. It would have been spent in exactly the same way if it had come from elsewhere.
However, my health did not improve at all; on the contrary, I was visibly deteriorating. I was as pale as a dead man and as thin as a skeleton; my heartbeat was terrible, and my palpitations became more frequent. I felt constantly oppressed, and my weakness eventually reached such a degree that I could barely move. I could hardly walk faster without feeling suffocated, I would feel dizzy whenever I bent down, and I couldn’t lift even the lightest burden. I was reduced to the most tormenting inaction for someone as active as I once was. It is certain that there was a lot of “vapors” involved in my condition. Vapors are the illnesses of happy people—this was mine. The frequent tears I shed for no apparent reason, the sudden fears at the sound of a leaf or a bird, the mood swings amidst the tranquility of the most peaceful life—all these signs indicated that the happiness I once enjoyed had somehow made my sensitivity become overactive. We are simply not meant to be happy in this world; whenever one part of our being is not suffering, another inevitably does, and good health for one often harms the other. While I could have enjoyed life immensely, my deteriorating physical condition prevented me from doing so—yet it was impossible to determine exactly where the source of my suffering lay. Later on, despite the passage of time and various serious illnesses, my body seemed to regain some strength, making my misfortunes even more apparent. Now, as I write these words, weak and nearly sixty years old, afflicted by all kinds of pain, I find that I have more energy and vitality to endure suffering than I did when I was at the height of my youth and living in true happiness.
To complete my reflections, having incorporated some knowledge of physiology into my readings, I began to study anatomy. As I examined the numerous components that made up my body’s “machine,” I expected these parts to malfunction dozens of times every day. Far from being surprised when I felt unwell, I was amazed that I was still able to live at all. Whenever I read about a disease, I assumed it was mine. I am certain that if I had not already been ill, this fatal study would have made me sick. Seeing symptoms of my own condition in every illness, I believed I suffered from them all—and as a result, I developed an even more cruel delusion: the illusion of being able to cure myself. This is a dangerous notion when one begins to read medical books. Through endless research, reflection, and comparison, I came to believe that the root of my illness was a polyp in my heart—even Solomon himself seemed to be afflicted by this idea. Logically, I should have based my treatment plan on this assumption. But instead, I devoted all my mental energy to figuring out how such a condition could be cured, determined to undertake this seemingly impossible task. During a trip Anet had made to Montpellier to visit the Botanical Garden and the scientist M. Sauvages, she had heard that M. Fizes had successfully treated a similar case. My mother remembered this and mentioned it to me. That was enough to inspire my desire to consult M. Fizes. The hope of recovery gave me the courage and strength to embark on this journey. The money sent from Geneva provided the means for it. Instead of discouraging me, my mother encouraged me—and so I set off for Montpellier.
I didn’t have to go so far to find the doctor I needed. Since my horse was causing me too much fatigue, I had taken a chair from Grenoble. In Moirans, five or six more chairs arrived one after another behind mine. This time, it was truly an adventure involving those carrying chairs. Most of these chairs belonged to a newlywed woman named Madame du Colombier. With her was another woman, Madame de Larnage—less young and less beautiful than Madame du Colombier, but no less kind—and who, from Romans, where Madame du Colombier stopped, had to continue her journey until the Bourg Saint-Andéol, near the Pont du Saint-Esprit. Given my usual shyness, one might expect that making acquaintance with such brilliant women and their entourage would not be easy; but since we were on the same road, staying in the same inns, and I had no choice but to sit at the same table as them, it was inevitable that we would get to know each other. And indeed, we did—even sooner than I had hoped. After all, all this commotion was hardly suitable for a sick man, especially one in my state of mind. But curiosity makes these women so insinuating that, in order to get to know a man, they will do anything to catch his attention. That’s exactly what happened to me. Madame du Colombier, being surrounded by her young companions, didn’t have much time to bother with me—and besides, there was no need, since we were about to part ways. But Madame de Larnage, less occupied, had some matters to attend to before continuing her journey. It was she who began to engage me in conversation. And so, goodbye, poor Jean-Jacques—or rather, goodbye to the fever, the discomforts, and all that torment. Everything vanished when I was with her, except for those occasional palpitations that remained and which she refused to cure. My poor health became the very starting point of our acquaintance. It was obvious I was sick; people knew I was heading for Montpellier, and surely my appearance and behavior didn’t suggest I was there for some improper purpose. Although illness isn’t usually a great recommendation for a man among women, in this case it actually made me interesting to them. In the mornings, they would send someone to check on me and invite me to join them for chocolate; they would also ask how I had spent the night. Once, following my unfortunate habit of speaking without thinking, I replied that I didn’t know. This response led them to believe I was insane; they examined me more closely—and this “examination” did me no harm at all. I once overheard Madame du Colombier say to her friend: “He’s not very talkative, but he is pleasant.” That remark reassured me greatly—and indeed, I became even more pleasant from then on.
(1737 — 1741.) Nell’inverno successivo, Barillot, tornato dall’Italia, mi portò alcuni libri, tra cui il “Bontempi” e la “Cartella per musica” di Padre Banchieri; questi testi mi fecero prendere interesse per la storia della musica e per le ricerche teoriche di quest’arte meravigliosa. Barillot rimase con noi per un po’ di tempo, e poiché ormai ero maggiorenne da diversi mesi, fu deciso che quella primavera sarei andato a Ginevra per recuperare i beni di mia madre, o almeno la parte che mi spettava, in attesa di sapere cosa fosse successo a mio fratello. Tutto si svolse come previsto: io partii per Ginevra e mio padre vi andò dal suo lato. Da tempo egli vi tornava senza che gli venissero creati problemi, anche se non aveva mai ricevuto la grazia per il suo processo; tuttavia, poiché si rispettava il suo coraggio e la sua onestà, si fingeva di aver dimenticato quella questione. Inoltre, i magistrati, impegnati nel grande progetto che scoppiò poco dopo[96], non volevano spaventare prematuramente la borghesia ricordandole inappropriatamente il loro vecchio pregiudizio nei suoi confronti.
Temevo che mi si creassero difficoltà a causa del mio cambiamento di religione; invece non ne furono create alcune. Le leggi di Ginevra, in questo senso, sono meno severe di quelle di Berna, dove chi cambia religione perde non solo la propria posizione sociale, ma anche i propri beni. Pertanto, i miei beni non mi furono contestati, ma, chissà come, si ridussero a molto poco. Sebbene si fosse quasi certi che mio fratello fosse morto, non esistevano prove legali a sostenerlo. Mi mancavano i documenti necessari per rivendicare la mia parte, e li lasciai senza rimpianti, per aiutare mio padre a vivere; ne ha goduto finché è vissuto. Non appena furono completate le formalità legali e ricevetti il mio denaro, ne investii una parte in titoli finanziari e portai il resto direttamente dalle mani di mia madre. Lungo la strada, il cuore mi batteva di gioia; il momento in cui deposi quel denaro nelle sue mani fu mille volte più dolce di quando lo avevo ricevuto io stesso. Lei lo accettò con quella semplicità tipica delle anime belle, che compiono queste cose senza sforzo e le considerano naturali. Quel denaro fu quasi interamente utilizzato a mio uso, e ciò avvenne con la stessa semplicità. L’uso che ne avrebbe fatto se fosse arrivato da un’altra fonte sarebbe stato esattamente lo stesso.
Tuttavia, la mia salute non migliorava affatto; anzi, peggioravo di giorno in giorno: ero pallido come un morto, magro come uno scheletro; i battiti del mio cuore erano terribili, le palpitazioni sempre più frequenti; mi sentivo costantemente oppresso, e la mia debolezza divenne tale che faticavo a muovermi; non riuscivo ad accelerare il passo senza soffocare, non potevo piegarmi in avanti senza provare vertigini, non ero in grado di sollevare nemmeno il peso più leggero; ero ridotto all’inattività più tormentosa per una persona così dinamica come me. È certo che in tutto ciò c’era un grande contributo dei vapori. I vapori sono le malattie delle persone felici: questa era la mia malattia. I pianti che spesso versavo senza motivo, le paure intense al suono di una foglia o di un uccello, l’instabilità d umore anche nel tranquillo della vita più serena, tutto ciò indicava quell’infelicità derivante dal benessere stesso, che in qualche modo fa sì che la sensibilità esploda. Siamo così poco fatti per essere felici in questo mondo, che è inevitabile che l’anima o il corpo soffrano, quando uno dei due non soffre. E lo stato di salute di uno finisce quasi sempre per danneggiare quello dell’altro. Se solo avessi potuto godere appieno della vita, la mia malata condizione fisica me lo impediva, senza che si potesse dire con certezza dove risiedesse realmente la causa del mio malessere. In seguito, nonostante l’avanzare dell’età e malattie molto reali e gravi, il mio corpo sembrò riprendere forze, per permettermi di percepire ancora più intensamente i miei dolori. Ora che scrivo queste parole, infermo e quasi sessantenne, sopraffatto da ogni sorta di sofferenza, mi rendo conto di avere più energia e vitalità per soffrire, di quante ne avessi avute per godermi la vita al culmine della mia giovinezza, nel pieno del vero felicità.
Per concludere, dopo aver introdotto un po’ di conoscenze fisiologiche nelle mie letture, iniziai a studiare l’anatomia. Esaminando attentamente tutte le componenti del mio “organismo”, mi aspettavo che qualcosa potesse andare storto in qualsiasi momento; invece di meravigliarmi per essere ancora vivo, ero sorpreso dal fatto che riuscissi a sopravvivere. Ogni descrizione di una malattia sembrava riguardarmi personalmente. Sono certo che, se non fossi stato già malato, questa studiata analisi medica mi avrebbe portato inevitabilmente alla malattia. Trovando in ogni disturbo sintomi simili ai miei, finii per credere di averli tutti, e ciò mi rese ancora più vittima di una malattia ancora più terribile: la fantasia di potermi guarire da solo. È molto difficile evitare questo errore quando si inizia a leggere libri di medicina. Dopo molte ricerche, riflessioni e confronti, arrivai a credere che la causa della mia malattia fosse un polipo nel cuore. Persino Salomone sembrava essere stato colpito da questa idea! Logicamente, avrei dovuto partire da questa ipotesi per rafforzare la mia decisione precedente di non curarmi. Ma non lo feci. Invece, utilizzai tutte le mie capacità mentali per cercare modi possibili per guarire da un polipo nel cuore, deciso a tentare questa “meravigliosa” cura. Durante un viaggio che Anet aveva fatto a Montpellier per visitare il Giardino Botanico e il dottor Sauvages, le persone gli avevano detto che il signor Fizes aveva guarito un caso simile. Mamma se ne ricordò e me ne parlò. Non ci volle di più per farmi prendere la decisione di consultare il signor Fizes. La speranza di guarire mi diede il coraggio e le forze necessarie per intraprendere questo viaggio. L’argento arrivato da Ginevra ne fornì i mezzi. Mamma, invece di dissuadermi, mi incoraggiò. E così partii per Montpellier.
Non ebbi bisogno di andare lontano per trovare il medico di cui avevo bisogno. Poiché il cavallo mi stancava troppo, avevo preso una sedia a Grenoble. A Moirans, cinque o sei sedie arrivarono una dopo l’altra, dietro la mia. Questa volta fu davvero un’avventura. La maggior parte di queste sedie apparteneva al seguito di una nuova sposa chiamata Madame du Colombier; con lei c’era anche un’altra donna, chiamata Madame de Larnage: meno giovane e meno bella di Madame du Colombier, ma non meno gentile. Dalla città di Romans, dove si fermava Madame du Colombier, Madame de Larnage avrebbe proseguito il suo viaggio fino al Bourg Saint-Andéol, vicino al Pont du Saint-Esprit. Data la mia timidezza, ci si sarebbe potuti aspettare che l’amicizia con queste donne brillanti e il loro seguito non nascesse facilmente. Ma, essendo sulla stessa strada, soggiornando nelle stesse locande, e costretto a sedermi allo stesso tavolo per evitare di essere scambiato per un lupo mannaro, inevitabilmente quella conoscenza nacque. E avvenne anche prima del previsto. Poiché tutto quel trambusto non era certo adatto a un malato, soprattutto a uno con la mia indole. Ma la curiosità rende queste donne così insinuanti che, per conoscere un uomo, sono disposte a fare di tutto. Fu così anche nel mio caso. Madame du Colombier, troppo circondata dai suoi giovani amici, non aveva molto tempo da dedicarmi. E inoltre non ce n’era bisogno, visto che presto ci saremmo separati. Ma Madame de Larnage, meno assorbita dalle sue occupazioni, aveva il tempo di chiedermi notizie. Così Madame de Larnage iniziò a conversare con me. E addio, povero Jean-Jacques. O meglio, addio alla febbre, alle vertigini, al polipo. Tutto svanì grazie a lei. Tranne alcune palpitazioni che mi rimasero, e di cui lei non voleva che mi liberassi. Lo stato della mia salute fu il primo argomento di conversazione tra noi. Si vedeva chiaramente che ero malato. Si sapeva che stavo andando a Montpellier. E il mio aspetto, le mie maniere non lasciavano certo supporre che fossi un libertino. Poiché in seguito risultò chiaro che nessuno sospettava che fossi lì per divertirmi. Anche se una malattia non rappresenta certo una grande raccomandazione per un uomo davanti alle donne. In quel caso, tuttavia, mi rese interessante ai loro occhi. Al mattino, mandavano a chiedere come stavo e mi invitavano a prendere il cioccolato con loro. Si informavano su come avessi trascorso la notte. Una volta, seguendo la mia abitudine di parlare senza pensare, risposi che non lo sapevo. Questa risposta le fece credere che fossi pazzo. Mi esaminarono più attentamente. E quell’esame non mi nuocque affatto. Una volta sentii Madame du Colombier dire alla sua amica: “Manca di compagnia, ma è gentile, ” Quelle parole mi rassicurarono molto. E in effetti diventai davvero gentile.
En se familiarisant, il fallait parler de soi, dire d’où l’on venait, qui l’on était. Cela m’embarrassait ; car je sentais très bien que, parmi la bonne compagnie, et avec des femmes galantes, ce mot de nouveau converti m’allait tuer. Je ne sais par quelle bizarrerie je m’avisai de passer pour Anglais, je me donnai pour Jacobite, on me prit pour tel ; je m’appelai Dudding, et l’on m’appela M. Dudding. Un maudit marquis de Torignan qui était là, malade ainsi que moi, vieux au par-dessus et d’assez mauvaise humeur, s’avisa de lier conversation avec M. Dudding. Il me parla du roi Jacques, du prétendant, de l’ancienne cour de Saint-Germain. J’étais sur les épines : je ne savais de tout cela que le peu que j’en avais lu dans le comte Hamilton et dans les gazettes ; cependant je fis de ce peu si bon usage que je me tirai d’affaire : heureux qu’on ne se fût pas avisé de me questionner sur la langue anglaise, dont je ne savais pas un seul mot.
Toute la compagnie se convenait et voyait à regret le moment de se quitter. Nous faisions des journées de limaçon. Nous nous trouvâmes un dimanche à Saint-Marcellin. Mme de Larnage voulut aller à la messe, j’y fus avec elle : cela faillit à gâter mes affaires. Je me comportai comme j’ai toujours fait. Sur ma contenance modeste et recueillie elle me crut dévot, et prit de moi la plus mauvaise opinion du monde, comme elle me l’avoua deux jours après. Il me fallut ensuite beaucoup de galanterie pour effacer cette mauvaise impression ; ou plutôt M de Larnage, en femme d’expérience et qui ne se rebutait pas aisément, voulut bien courir les risques de ses avances pour voir comment je m’en tirerais. Elle m’en fit beaucoup et de telles, que bien éloigné de présumer de ma figure, je crus qu’elle se moquait de moi. Sur cette folie il n’y eut sorte de bêtises que je ne fisse ; c’était pis que le marquis du Legs. Mme de Larnage tint bon, me fit tant d’agaceries et me dit des choses si tendres, qu’un homme beaucoup moins sot eût eu bien de la peine à prendre tout cela sérieusement. Plus elle en faisait, plus elle me confirmait dans mon idée, et ce qui me tourmentait davantage était qu’à bon compte je me prenais d’amour tout de bon. Je me disais, et je lui disais en soupirant : Ah ! que tout cela n’est-il vrai ! je serais le plus heureux des hommes. Je crois que ma simplicité de novice ne fit qu’irriter sa fantaisie ; elle n’en voulut pas avoir le démenti.
Nous avions laissé à Romans Mme du Colombier et sa suite. Nous continuions notre route le plus lentement et le plus agréablement du monde, Mme de Larnage, le marquis de Torignan et moi. Le marquis, quoique malade et grondeur, était un assez bon homme, mais qui n’aimait pas trop à manger son pain à la fumée du rôti. Mme de Larnage cachait si peu le goût qu’elle avait pour moi, qu’il s’en aperçut plus tôt que moi-même ; et ses sarcasmes malins auraient dû me donner au moins la confiance que je n’osais prendre aux bontés de la dame, si, par un travers d’esprit dont moi seul étais capable, je ne m’étais imaginé qu’ils s’entendaient pour me persifler. Cette sotte idée acheva de me renverser la tête, et me fit faire le plus plat personnage dans une situation où mon cœur, étant réellement pris, m’en pouvait dicter un assez brillant. Je ne conçois pas comment Mme de Larnage ne se rebuta pas de ma maussaderie, et ne me congédia pas avec le dernier mépris. Mais c’était une femme d’esprit qui savait discerner son monde, et qui voyait bien qu’il y avait plus de bêtise que de tiédeur dans mes procédés.
Elle parvint enfin à se faire entendre, et ce ne fut pas sans peine. À Valence, nous étions arrivés pour dîner, et, selon notre louable coutume, nous y passâmes le reste du jour. Nous étions logés hors de la ville, à Saint-Jacques ; je me souviendrai toujours de cette auberge, ainsi que de la chambre que Mme de Larnage y occupait. Après le dîner elle voulut se promener : elle savait que M. de Torignan n’était pas allant ; c’était le moyen de se ménager un tête-à-tête dont elle avait bien résolu de tirer parti, car il n’y avait plus de temps à perdre pour en avoir à mettre à profit. Nous nous promenions autour de la ville le long des fossés. Là je repris la longue histoire de mes complaintes, auxquelles elle répondait d’un ton si tendre, me pressant quelquefois contre son cœur le bras qu’elle tenait, qu’il fallait une stupidité pareille à la mienne pour m’empêcher de vérifier si elle parlait sérieusement. Ce qu’il y avait d’impayable était que j’étais moi-même excessivement ému. J’ai dit qu’elle était aimable : l’amour la rendait charmante ; il lui rendait tout l’éclat de la première jeunesse, et elle ménageait ses agaceries avec tant d’art, qu’elle aurait séduit un homme à l’épreuve. J’étais donc fort mal à mon aise et toujours sur le point de m’émanciper ; mais la crainte d’offenser ou de déplaire, la frayeur plus grande encore d’être hué, sifflé, berné, de fournir une histoire à table, et d’être complimenté sur mes entreprises par l’impitoyable Torignan, me retinrent au point d’être indigné moi-même de ma sotte honte, et de ne la pouvoir vaincre en me la reprochant. J’étais au supplice : j’avais déjà quitté mes propos de Céladon, dont je sentais tout le ridicule en si beau chemin : ne sachant plus quelle contenance tenir ni que dire, je me taisais ; j’avais l’air boudeur, enfin je faisais tout ce qu’il fallait pour m’attirer le traitement que j’avais redouté. Heureusement Mme de Larnage prit un parti plus humain. Elle interrompit brusquement ce silence en passant un bras autour de mon cou, et dans l’instant sa bouche parla trop clairement sur la mienne pour me laisser mon erreur. La crise ne pouvait se faire plus à propos. Je devins aimable. Il en était temps. Elle m’avait donné cette confiance dont le défaut m’a presque toujours empêché d’être moi. Je le fus alors. Jamais mes yeux, mes sens, mon cœur et ma bouche n’ont si bien parlé ; jamais je n’ai si pleinement réparé mes torts ; et si cette petite conquête avait coûté des soins à Mme de Larnage, j’eus lieu de croire qu’elle n’y avait pas regret.
Quand je vivrais cent ans, je ne me rappellerais jamais sans plaisir le souvenir de cette charmante femme. Je dis charmante, quoiqu’elle ne fût ni belle ni jeune ; mais n’étant non plus ni laide ni vieille, elle n’avait rien dans sa figure qui empêchât son esprit et ses grâces de faire tout leur effet. Tout au contraire des autres femmes, ce qu’elle avait de moins frais était le visage, et je crois que le rouge le lui avait gâté. Elle avait ses raisons pour être facile, c’était le moyen de valoir tout son prix. On pouvait la voir sans l’aimer, mais non pas la posséder sans l’adorer. Et cela prouve, ce me semble, qu’elle n’était pas toujours aussi prodigue de ses bontés qu’elle le fut avec moi. Elle s’était prise d’un goût trop prompt et trop vif pour être excusable, mais où le cœur entrait du moins autant que les sens ; et durant le temps court et délicieux que je passai auprès d’elle j’eus lieu de croire, aux ménagements forcés qu’elle m’imposait, que, quoique sensuelle et voluptueuse, elle aimait encore mieux ma santé que ses plaisirs.
Notre intelligence n’échappa pas au marquis de Torignan. Il n’en tirait pas moins sur moi ; au contraire, il me traitait plus que jamais en pauvre amoureux transi, martyr des rigueurs de sa dame. Il ne lui échappa jamais un mot, un sourire, un regard qui pût me faire soupçonner qu’il nous eût devinés, et je l’aurais cru notre dupe, si Mme de Larnage, qui voyait mieux que moi, ne m’eût dit qu’il ne l’était pas, mais qu’il était galant homme ; et en effet on ne saurait avoir des intentions plus honnêtes, ni se comporter plus poliment qu’il fit toujours, même envers moi, sauf ses plaisanteries, surtout depuis mon succès. Il m’en attribuait l’honneur peut-être, et me supposait moins sot que je ne l’avais paru. Il se trompait, comme on a vu : mais n’importe, je profitais de son erreur, et il est vrai qu’alors les rieurs étant pour moi, je prêtais le flanc de bon cœur et d’assez bonne grâce à ses épigrammes, et j’y ripostais quelquefois, même assez heureusement, tout fier de me faire honneur auprès de Mme de Larnage de l’esprit qu’elle m’avait donné. Je n’étais plus le même homme.
As one got to know each other better, it was necessary to talk about oneself, to mention where one came from and who one was. This embarrassed me; for I very well realized that, in such good company, among ladies of grace, using that word—“newly converted”—would be deadly for me. For some strange reason, I decided to pretend to be English, to claim to be a Jacobite; they took me at it. I called myself Dudding, and they referred to me as Mr. Dudding. A certain marquis de Torignan, who was also there—ill, old, and in rather a bad mood—decided to strike up a conversation with Mr. Dudding. He talked to me about King James, the Pretender, and the former court of Saint-Germain. I was in a terrible predicament: all I knew about these matters was what I had read in Lord Hamilton’s writings and in the newspapers. Yet, using that little knowledge wisely, I managed to get through it. Fortunately, no one thought of asking me questions about the English language—of which I didn’t know a single word.
The whole company got along well with each other and was reluctant to part ways. We spent days wandering around aimlessly. One Sunday, we found ourselves in Saint-Marcellin. Madame de Larnage wanted to go to mass, so I went with her; this almost ruined my plans. I behaved as I always had. Seeing my modest and reserved demeanor, she thought me pious and formed the worst opinion of me possible, as she admitted two days later. It took a great deal of tact on my part to erase that bad impression—or rather, Madame de Larnage, being an experienced woman who wasn’t easily discouraged, was willing to take the risks of her advances to see how I would react. She did much to provoke me, and in such a way that, far from thinking she took an interest in me, I believed she was simply mocking me. Out of sheer foolishness, I did everything she asked; it was even worse than what the Marquis du Legs had done. But Madame de Larnage persisted, teasing me relentlessly and saying such tender things that a man less foolish than I would have found it very difficult to take any of it seriously. The more she did this, the more it confirmed my belief—that in truth, I was truly falling in love with her. I would say to myself, and also tell her sighing, “Ah! If only all this were real! I would be the happiest man in the world.” I think my naive innocence only irritated her whims; she refused to let any evidence contradict them.
We had left Madame du Colombier and her entourage with Romans. Mme de Larnage, the Marquis de Torignan, and I continued our journey in the slowest and most pleasant manner possible. Although the marquis was ill and often complained, he was actually a fairly good man—though he certainly did not appreciate having his food overshadowed by the smell of roasting meat. Mme de Larnage hardly concealed her fondness for me, and he realized it sooner than I did; his clever sarcasms could have given me at least some confidence in her kindness, had it not been for that whimsical notion of mine—that they were actually plotting together to mock me. That foolish idea completely turned things upside down, making me the most ridiculous figure in a situation where my truly sincere feelings should have allowed me to behave much more confidently. I cannot understand how Mme de Larnage could tolerate my gloominess and not dismiss me with utter disdain. But she was a woman of wit who knew how to judge people—and she saw very well that there was more stupidity than indifference in my behavior.
She finally managed to get her point across, though not without some difficulty. In Valencia, we had arrived for dinner, and, in accordance with our commendable custom, we spent the rest of the day there. We were staying outside the city, in Saint-Jacques; I will always remember that inn, as well as the room where Madame de Larnage was staying. After dinner, she wanted to go for a walk; she knew that Monsieur de Torignan was not in good health, so this was an opportunity for them to be alone, which she was determined to make the most of, since there was no time to lose. We walked around the city, along the moats. There, I resumed my long story of my grievances, to which she responded with such tenderness—sometimes pressing my arm against her heart—that only someone as foolish as I could fail to realize whether she was serious or not. What was particularly unbearable was that I was myself extremely emotional. I had said she was kind; love made her charming; it restored all the radiance of her early youth, and she handled her teasing with such skill that she would have seduced any man under normal circumstances. So I was in a very awkward position, constantly on the verge of breaking free from this situation—but the fear of offending or displeasing her, even more so the dread of being ridiculed, hooted at, or made fun of, of becoming the subject of conversation at dinner, and of having Monsieur de Torignan mock my “efforts” kept me in place, to the point where I was ashamed of my own foolish shamefulness but unable to overcome it by reproaching myself. I was in agony; I had already abandoned my pretenses about being Céladon, realizing how ridiculous they were at this moment—not knowing what to do or say, I simply stayed silent, looking sullen, doing everything possible to earn just the kind of treatment I had feared. Fortunately, Madame de Larnage took a more humane approach. She suddenly broke the silence by putting her arm around my neck, and in that instant, her lips spoke far too clearly against mine for me to continue deluding myself. The moment was perfect. I became pleasant—just in time. She had given me that confidence which, so often, had prevented me from being myself. This time, I was able to be myself. Never before had my eyes, senses, heart, and lips spoken so eloquently; never had I made such amends for my past mistakes. And if this little “conquest” required some effort on Madame de Larnage’s part, I have every reason to believe that she saw no harm in it at all.
Even if I lived to be a hundred years old, I would never fail to recall with pleasure the memory of that charming woman. I say charming, although she was neither beautiful nor young; but since she was neither ugly nor old either, there was nothing about her appearance that would prevent her mind and her charms from having their full effect. Unlike other women, what was least fresh about her was her face, and I believe that rouge had spoiled it. She had her reasons for being easy to please—it was the way for her to retain all her value. One could see her without loving her, but not possess her without adoring her. And this, in my opinion, proves that she was not always as generous with her kindness as she was towards me. She developed a taste too quick and too intense to be excused; yet at least her heart was involved as much as her senses were. During the short and delightful time I spent with her, I had reason to believe, from the careful attention she paid to me, that although she was sensual and fond of pleasure, she valued my health even more than her own pleasures.
The marquis of Torignan was not unaware of our plans. Yet he continued to treat me in the same manner—as if I were but a poor, infatuated lover, a martyr to the rigors of his lady. Not a single word, smile, or glance from him ever gave me any reason to suspect that he had discovered our scheme. I would have believed him to be our dupe, had it not been for Mme de Larnage, who saw things more clearly than I did. She told me that he was not deceived but was indeed a gentleman of fine manners. Indeed, one could hardly imagine more honorable intentions or more polite behavior than his—especially toward me, despite his occasional jokes, especially after my success. Perhaps he even attributed that success to myself and thought me less foolish than I had appeared. But he was mistaken, as we have seen. Nevertheless, I took advantage of his error. With the onlookers all in my favor, I willingly and graciously endured his epigrams—even sometimes replying to them rather successfully—and I felt proud that I was able to impress Mme de Larnage with the wit she had credited me with. I was no longer the same man.
Per entrare in confidenza con le persone, era necessario parlare di sé, dire da dove si proveniva e chi si era. Questo mi imbarazzava molto; perché sentivo chiaramente che, in mezzo a buona compagnia e tra donne affascinanti, quella parola di “nuovo convertito” avrebbe potuto rovinarmi completamente. Non so per quale strana idea mi venne in mente di fingermi inglese, di dichiararmi giacobita; così fecero anche gli altri, e mi presero per tale. Mi chiamai Dudding, e tutti mi chiamarono signor Dudding. Un maledetto marchese di Torignan, che si trovava lì anch’egli malato, anziano e di cattivo umore, iniziò a conversare con me. Mi parlò del re Giacomo, del pretendente al trono, dell’ex corte di Saint-Germain. Ero nei guai: sapevo di tutto questo solo ciò che avevo letto nel conte Hamilton e nelle gazette; tuttavia riuscii a cavarmela abbastanza bene. Fortunatamente, nessuno pensò di interrogarmi sulla lingua inglese, di cui non conoscevo nemmeno una parola.
Tutta la compagnia era d’accordo e si rammaricava all’idea di doversi separare. Trascorrevamo giorni interi insieme. Un domenica ci trovammo a Saint-Marcellin. La signora de Larnage volle andare alla messa; io la accompagnai, ma questo rischiò di rovinarmi tutto. Mi comportai come al solito. Il suo sguardo modesto e composto le fece credere che fossi devoto, e così formò di me l’opinione peggiore del mondo. Come mi confessò due giorni dopo. Fu necessario molto impegno da parte mia per cancellare questa cattiva impressione; o meglio, la signora de Larnage, essendo una donna esperta e non facilmente scoraggiata, volle correre il rischio di mostrarmi i suoi sentimenti per vedere come avrei reagito. Fece molte cose. Tali che, lontano dal pensare che ci fosse qualcosa tra noi, credetti addirittura che si stesse prendendo gioco di me. A causa di questa follia, commisi ogni sorta di sciocchezze. Era ancora peggio del marchese du Legs. La signora de Larnage insistette, continuò a provocarmi e mi disse cose così tenere. Che un uomo meno stupido avrebbe faticato molto ad attribuire loro un significato serio. Più lei faceva queste cose, più si rafforzava nella mia convinzione. E ciò che mi tormentava di più era il fatto che, in realtà, stavo davvero iniziando a provare dei veri sentimenti per lei. Mi dicevo, e glielo dicevo anche sospirando: “Ah, se solo tutto questo fosse vero! Sarei l’uomo più felice del mondo, ” Credo che la mia ingenuità da novizio abbia semplicemente irritato la sua fantasia. Lei non voleva ammettere di essersi sbagliata.
Avevamo lasciato a Romans Madame du Colombier e la sua compagnia. Continuavamo il nostro viaggio nel modo più lento e piacevole possibile, io, Madame de Larnage e il marchese di Torignan. Il marchese, sebbene malato e brontolone, era un uomo abbastanza gentile; tuttavia non gradiva affatto che gli si “mangiasse il pane” sotto il fumo dei piatti arrostiti. Madame de Larnage nascondeva così poco il suo interesse per me che lui se ne accorse prima di me stesso; i suoi sarcasmi maliziosi avrebbero dovuto almeno darmi la fiducia che non osavo nutrire nelle sue gentilezze, se non fosse stato per un capriccio del mio carattere, di cui solo io ero responsabile. Quell’idea stupida finì per rovinare completamente tutto; mi resi il personaggio più ridicolo in una situazione in cui, se il mio cuore non fosse stato veramente coinvolto, avrei potuto comportarmi in modo molto più brillante. Non capisco come Madame de Larnage abbia potuto sopportare la mia malinconia e non mi abbia congedato con il massimo disprezzo. Ma era una donna intelligente, che sapeva distinguere bene le persone; capiva chiaramente che nei miei comportamenti c’era più stupidità che freddezza.
Riuscì finalmente a farsi ascoltare, e non senza difficoltà. A Valencia eravamo arrivati per cena, e, secondo la nostra lodevole abitudine, trascorremmo lì il resto della giornata. Eravamo alloggiati fuori città, a Saint-Jacques; ricorderò sempre quell’ostello, così come la stanza che la signora de Larnage vi occupava. Dopo cena volle fare una passeggiata: sapeva che il signor de Torignan non sarebbe venuto; era quindi l’occasione perfetta per avere un incontro privato di cui aveva deciso assolutamente di approfittare, poiché non c’era più tempo da perdere. Camminavamo intorno alla città lungo le mura. Lì ripresi a raccontarle tutta la storia delle mie sofferenze, e lei rispondeva con un tono così tenero, a volte stringendo il mio braccio contro il suo petto, che ci voleva davvero una stupidità simile alla mia per non rendermi conto se parlasse seriamente. La cosa più insopportabile era che anch’io ero estremamente emozionato. Avevo detto che era gentile: l’amore la rendeva incantevole; le restituiva tutto lo splendore della prima giovinezza, e gestiva le sue tenerezze con tale arte da essere in grado di sedurre qualsiasi uomo. Ero quindi molto a disagio, sempre sul punto di “liberarmi” da quella situazione imbarazzante; ma la paura di offendere o di dispiacere, ancora più grande la paura di essere deriso, insultato, preso in giro, di diventare oggetto di scherno a tavola, e di ricevere complimenti dal crudele Torignan, mi tratteneva nel punto di vergognarmi profondamente della mia stupidità, senza però riuscire a superarla. Ero davvero in un tormento: avevo abbandonato del tutto quei discorsi ridicoli su Céladon; non sapendo più come comportarmi o cosa dire, tacevo, sembravo arrabbiato, insomma, facevo di tutto per attirare proprio quel trattamento che temevo. Fortunatamente la signora de Larnage prese una decisione più umana: interruppe bruscamente quel silenzio, mettendomi un braccio intorno al collo, e in quell’istante le sue parole divennero fin troppo chiare per permettermi di continuare a credere nel mio errore. La crisi arrivò proprio al momento giusto. Diventai gentile. Era finalmente il momento giusto. Lei mi aveva dato quella fiducia che, di solito, mi impediva di essere me stesso. Quella volta invece lo fui davvero. Mai i miei occhi, i miei sensi, il mio cuore e la mia bocca avevano parlato così bene. Mai avevo riparato completamente i miei torti. E se questa piccola “conquista” era costata alla signora de Larnage qualche sforzo, ho motivo di credere che non ne abbia rimpianto nulla.
Anche se vivessi cent anni, non dimenticherei mai con piacere il ricordo di quella donna incantevole. Dico incantevole, anche se né bella né giovane; ma poiché non era né brutta né vecchia, nulla nel suo aspetto impediva che il suo spirito e le sue grazie facessero tutto il loro effetto. A differenza delle altre donne, ciò che in lei mancava di freschezza era il viso, e credo che il rossetto lo avesse rovinato. Aveva le sue ragioni per essere disponibile: era il modo per aumentare il proprio valore. Si poteva vederla senza amarla, ma non possederla senza adorarla. E questo, a mio parere, dimostra che non era sempre così generosa nelle sue gentilezze come lo fu con me. Aveva sviluppato un gusto troppo rapido e troppo intenso per essere scusabile. Ma almeno nel suo cuore c’era lo stesso interesse dei suoi sensi; e durante il breve e delizioso periodo che trascorsi al suo fianco, ebbi motivo di credere, dai modi forzati con cui si comportava nei miei confronti, che, sebbene fosse sensuale e voluttuosa, amasse molto di più la mia salute dei suoi piaceri personali.
La nostra intelligenza non sfuggì al marchese di Torignan. Tuttavia continuò a trattarmi come un povero innamorato sconvolto, martire delle rigidezze della sua signora. Non gli sfuggì mai una parola, un sorriso, uno sguardo che potesse farmi sospettare che avesse scoperto la nostra relazione; avrei creduto fosse nostro complice, se non fosse stata Mme de Larnage, che vedeva più chiaramente di me, a dirmi che in realtà non lo era, ma che era un uomo galante. Infatti, non si potrebbero avere intenzioni più oneste, né comportarsi con maggiore cortesia di quanto facesse lui, anche nei miei confronti, tranne per le sue battute, soprattutto dopo il mio successo. Forse attribuiva a me tale merito e riteneva che fossi meno sciocco di quanto sembrassi. Si sbagliava, come si è visto; ma in ogni caso approfittavo del suo errore. E devo ammettere che, quando erano gli altri ad essere presi in giro, accettavo con piacere e buona grazia le sue battute, rispondendogli a volte anche con successo, tutto fiero di onorare Mme de Larnage con l’intelligenza che lei stessa aveva riconosciuto in me. Non ero più lo stesso uomo.
Nous étions dans un pays et dans une saison de bonne chère ; nous la faisions partout excellente, grâce aux bons soins de M. de Torignan. Je me serais pourtant passé qu’il les étendît jusqu’à nos chambres, mais il envoyait devant son laquais pour les retenir, et le coquin, soit de son chef, soit par l’ordre de son maître, le logeait toujours à côté de Mme de Larnage, et me fourrait à l’autre bout de la maison. Mais cela ne m’embarrassait guère, et nos rendez-vous n’en étaient que plus piquants. Cette vie délicieuse dura quatre ou cinq jours, pendant lesquels je me gorgeai, je m’enivrai des plus douces voluptés. Je les goûtai pures, vives, sans aucun mélange de peine : ce sont les premières et les seules que j’aie ainsi goûtées, et je puis dire que je dois à Mme de Larnage de ne pas mourir sans avoir connu le plaisir.
Si ce que je sentais pour elle n’était pas précisément de l’amour, c’était du moins un retour si tendre pour celui qu’elle me témoignait, c’était une sensualité si brûlante dans le plaisir, et une intimité si douce dans les entretiens, qu’elle avait tout le charme de la passion sans en avoir le délire qui tourne la tête et fait qu’on ne sait pas jouir. Je n’ai senti l’amour vrai qu’une seule fois en ma vie, et ce ne fut pas auprès d’elle. Je ne l’aimais pas non plus comme j’avais aimé et comme j’aimais Mme de Warens ; mais c’était pour cela même que je la possédais cent fois mieux. Près de Maman mon plaisir était toujours troublé par un sentiment de tristesse, par un secret serrement de cœur que je ne surmontais pas sans peine ; au lieu de me féliciter de la posséder, je me reprochais de l’avilir. Près de Mme de Larnage, au contraire, fier d’être homme et d’être heureux, je me livrais à mes sens avec joie, avec confiance : je partageais l’impression que je faisais sur les siens : j’étais assez à moi pour contempler avec autant de vanité que de volupté mon triomphe et pour tirer de là de quoi le redoubler.
Je ne me souviens pas de l’endroit où nous quitta le marquis de Torignan, qui était du pays, mais nous nous trouvâmes seuls avant d’arriver à Montélimar, et dès lors Mme de Larnage établit sa femme de chambre dans ma chaise et je passai dans la sienne avec elle. Je puis assurer que la route ne nous ennuyait pas de cette manière, et j’aurais eu bien de la peine à dire comment le pays que nous parcourions était fait. À Montélimar, elle eut des affaires qui l’y retinrent trois jours, durant lesquels elle ne me quitta pourtant qu’un quart d’heure pour une visite qui lui attira des importunités désolantes et des invitations qu’elle n’eut garde d’accepter. Elle prétexta des incommodités, qui ne nous empêchèrent pourtant pas d’aller nous promener tous les jours tête-à-tête dans le plus beau pays et sous le plus beau ciel du monde. Oh ! ces trois jours ! j’ai dû les regretter quelquefois, il n’en est plus revenu de semblables.
Des amours de voyage ne sont pas faits pour durer. Il fallut nous séparer, et j’avoue qu’il en était temps, non que je fusse rassasié ni prêt à l’être, je m’attachais chaque jour davantage ; mais, malgré toute la discrétion de la dame, il ne me restait guère que la bonne volonté[97]. Nous donnâmes le change à nos regrets par des projets pour notre réunion. Il fut décidé que, puisque ce régime me faisait du bien, j’en userais et que j’irais passer l’hiver au Bourg Saint-Andéol, sous la direction de Mme de Larnage. Je devais seulement rester à Montpellier cinq ou six semaines, pour lui laisser le temps de préparer les choses de manière à prévenir les caquets. Elle me donna d’amples instructions sur ce que je devais savoir, sur ce que je devais dire, sur la manière dont je devais me comporter. En attendant nous devions nous écrire. Elle me parla beaucoup et sérieusement du soin de ma santé ; m’exhorta de consulter d’habiles gens, d’être très attentif à tout ce qu’ils me prescriraient, et se chargea, quelque sévère que pût être leur ordonnance, de me la faire exécuter tandis que je serais auprès d’elle. Je crois qu’elle parlait sincèrement, car elle m’aimait : elle m’en donna mille preuves plus sûres que des faveurs. Elle jugea par mon équipage que je ne nageais pas dans l’opulence ; quoiqu’elle ne fût pas riche elle-même, elle voulut, à notre séparation, me forcer de partager sa bourse, qu’elle apportait de Grenoble assez bien garnie, et j’eus beaucoup de peine à m’en défendre. Enfin je la quittai le cœur tout plein d’elle, et lui laissant, ce me semble, un véritable attachement pour moi.
J’achevai ma route en la recommençant dans mes souvenirs, et pour le coup très content d’être dans une bonne chaise pour y rêver plus à mon aise aux plaisirs que j’avais goûtés et à ceux qui m’étaient promis. Je ne pensais qu’au Bourg Saint-Andéol et à la charmante vie qui m’y attendait ; je ne voyais que Mme de Larnage et ses entours : tout le reste de l’univers n’était rien pour moi, Maman même était oubliée. Je m’occupais à combiner dans ma tête tous les détails dans lesquels Mme de Larnage était entrée, pour me faire d’avance une idée de sa demeure, de son voisinage, de ses sociétés, de toute sa manière de vivre. Elle avait une fille dont elle m’avait parlé très souvent en mère idolâtre. Cette fille avait quinze ans passés ; elle était vive, charmante et d’un caractère aimable. On m’avait promis que j’en serais caressé : je n’avais pas oublié cette promesse, et j’étais fort curieux d’imaginer comment Mlle de Larnage traiterait le bon ami de sa maman. Tels furent les sujets de mes rêveries depuis le Pont-Saint-Esprit jusqu’à Remoulin. On m’avait dit d’aller voir le Pont du Gard ; je n’y manquai pas. Après un déjeuner d’excellentes figues, je pris un guide, et j’allai voir le Pont du Gard. C’était le premier ouvrage des Romains que j’eusse vu. Je m’attendais à voir un monument digne des mains qui l’avaient construit. Pour le coup l’objet passa mon attente ; et ce fut la seule fois en ma vie. Il n’appartenait qu’aux Romains de produire cet effet. L’aspect de ce simple et noble ouvrage me frappa d’autant plus qu’il est au milieu d’un désert où le silence et la solitude rendent l’objet plus frappant et l’admiration plus vive, car ce prétendu pont n’était qu’un aqueduc. On se demande quelle force a transporté ces pierres énormes si loin de toute carrière, et a réuni les bras de tant de milliers d’hommes dans un lieu où il n’en habite aucun. Je parcourus les trois étages de ce superbe édifice, que le respect m’empêchait presque d’oser fouler sous mes pieds. Le retentissement de mes pas sous ces immenses voûtes me faisait croire entendre la forte voix de ceux qui les avaient bâties. Je me perdais comme un insecte dans cette immensité. Je sentais, tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui m’élevait l’âme, et je me disais en soupirant : Que ne suis-je né Romain ! Je restai là plusieurs heures dans une contemplation ravissante. Je m’en revins distrait et rêveur, et cette rêverie ne fut pas favorable à Mme de Larnage. Elle avait bien songé à me prémunir contre les filles de Montpellier, mais non pas contre le Pont du Gard. On ne s’avise jamais de tout.
À Nîmes, j’allai voir les Arènes. C’est un ouvrage beaucoup plus magnifique que le Pont du Gard, et qui me fit beaucoup moins d’impression, soit que mon admiration se fût épuisée sur le premier objet, soit que la situation de l’autre au milieu d’une ville fût moins propre à l’exciter. Ce vaste et superbe cirque est entouré de vilaines petites maisons, et d’autres maisons plus petites et plus vilaines encore en remplissent l’arène, de sorte que le tout ne produit qu’un effet disparate et confus où le regret et l’indignation étouffent le plaisir et la surprise. J’ai vu depuis le cirque de Vérone, infiniment plus petit et moins beau que celui de Nîmes, mais entretenu et conservé avec toute la décence et la propreté possibles, et qui par cela même me fit une impression plus forte et plus agréable. Les Français n’ont soin de rien et ne respectent aucun monument. Ils sont tout feu pour entreprendre et ne savent rien finir ni rien entretenir.[98]
We were in a country where the seasons brought forth abundant provisions; thanks to the careful arrangements of Mr. de Torignan, we enjoyed everything in the finest manner possible. I would have been quite content if he had not extended his hospitality to our rooms as well, but he always sent his lackey in advance to prevent this from happening. Either on his own initiative or at his master’s orders, the lackey always arranged for him to stay next to Madame de Larnage, while I was forced to stay at the other end of the house. However, this did not bother me much; in fact, it only made our secret meetings all the more exciting. This delightful life lasted for four or five days, during which I indulged in the purest and most intense pleasures—pleasures that were entirely free from any trace of pain. Those were the first and only such pleasures I ever experienced, and I must say that I owe my knowledge of true happiness to Madame de Larnage.
If what I felt for her was not precisely love, it was at least a tender response to the affection she showed me; it was a passion so intense in its pleasures, and an intimacy so gentle in our conversations, that it possessed all the charm of true passion without the delirium that clouds one’s mind and makes one lose control of oneself. I have only once in my life experienced true love, and it was not with her. I did not love her in the same way I had loved—and still love—Madame de Warens; but precisely for that reason, I possessed her a hundred times more fully. With Mama, my pleasure was always tainted by a sense of sadness, by a secret anguish that I could hardly overcome; instead of rejoicing in having her, I would reproach myself for demeaning her. With Madame de Larnage, on the other hand, proud to be a man and to be happy, I surrendered myself to my senses with joy and confidence. I shared the sense of satisfaction I brought her; I was fully aware of my own triumph, and I took pride in it, which only made it more intense.
I do not remember where the Marquis de Torignan, who was from the local area, left us, but we found ourselves alone before arriving in Montélimar. From that point on, Madame de Larnage had her maid-in-waiting sit in my chair, and I moved into hers to be with her. I can assure you that this arrangement did not cause us any discomfort on the journey; in fact, it would have been very difficult for me to describe how the landscape we passed through was composed. In Montélimar, she had some matters to attend to that kept her there for three days. During that time, she only left my side for a quarter of an hour at a time—during visits that brought her numerous annoying interruptions and invitations that she was careful not to accept. She made excuses for being unable to accompany me, but these obstacles did not prevent us from going for walks together every day, in the most beautiful scenery and under the most splendid sky in the world. Oh! Those three days. I sometimes regretted them; such days will never come again.
Love conceived during a journey is not meant to last. It was necessary for us to part, and I must admit that it was time—not because I had grown satisfied or ready to be so, but because my feelings grew stronger day by day. However, despite the lady’s utmost discretion, there was little left for me but good will[97]. To conceal our regret, we made plans for our future reunion. It was decided that since this regimen was beneficial to me, I should continue with it and spend the winter in Bourg Saint-Andéol under the care of Madame de Larnage. I would only need to stay in Montpellier for five or six weeks, to give her time to prepare everything necessary to avoid any gossip. She gave me detailed instructions on what I should know, say, and how I should behave. In the meantime, we were to write to each other frequently. She spoke to me at length and seriously about the importance of taking care of my health; she urged me to consult skilled physicians and to follow their orders strictly, promising to ensure they were carried out while I was with her. I believe she spoke sincerely, for she loved me—she gave me countless proofs of it, far more convincing than any favors she might have offered. Judging by my belongings, she saw that I did not live in great wealth; although she herself was not wealthy, when we parted, she insisted on sharing her money with me—the amount she had brought from Grenoble was quite substantial—and I had some difficulty refusing. In the end, I left her with my heart filled with her, and I believe I left her with a true affection for me as well.
I continued my journey by reliving it through my memories, and this time, I was very pleased to be sitting in a comfortable chair, allowing me to dream more leisurely about the pleasures I had already experienced and those that were yet to come. My thoughts were solely focused on Bourg Saint-Andéol and the charming life that awaited me there; all I could see was Madame de Larnage and her surroundings—everything else in the world meant nothing to me, not even my mother. I spent hours piecing together in my mind all the details about Madame de Larnage, trying to form an image of her home, her neighborhood, her social circles, and her way of life. She had a daughter whom she often spoke of with great affection as a loving mother. This daughter was fifteen years old; she was lively, charming, and kind-hearted. I had been promised that I would get to know her well, and I couldn’t forget that promise. I was very curious to imagine how Madame de Larnage would treat her mother’s good friend. Such were the themes of my dreams from the Pont-Saint-Esprit all the way to Remoulin. I had been told to visit the Pont du Gard, so I did not miss the opportunity. After a delicious lunch with figs, I took a guide and went to see it. It was the first Roman structure I had ever seen. I had expected to encounter a monument worthy of the hands that had built it, but in this case, the sight exceeded my expectations—and that was the only time in my life it happened. Only the Romans could have created such a masterpiece. The simplicity and elegance of this structure were all the more striking because it stood amidst a desert where silence and solitude made it even more impressive. After all, what was called a “bridge” was actually just an aqueduct. I wondered what kind of force had transported those enormous stones so far from any quarry and brought together the efforts of thousands of people in a place where no one lived. I walked through the three levels of this magnificent structure, my respect preventing me almost from daring to step on it. The echo of my footsteps under those immense vaults made me feel as if I could hear the strong voices of those who had built them. I felt like an insect lost in that vastness; though I tried to make myself insignificant, something within me seemed to elevate my soul. I sighed and thought: “How I wish I were born a Roman!” I stayed there for several hours, lost in delightful contemplation. When I returned, I was distracted and dreamy—yet those dreams were not very kind to Madame de Larnage. She had certainly tried to warn me about the girls of Montpellier, but not about the Pont du Gard. One can never anticipate everything.
In Nîmes, I went to see the Arenas. It is a much more magnificent structure than the Pont du Gard, yet it left me with far less impression—either because my admiration had been exhausted by the former, or because the latter’s location in the midst of a city was less conducive to evoking awe. This vast and splendid arena is surrounded by ugly, small houses, and even smaller and uglier buildings fill its interior, resulting in a disjointed and confusing overall effect in which regret and indignation overshadow any pleasure or surprise one might feel. I have since seen the Arena of Verona, which is infinitely smaller and less beautiful than that of Nîmes, yet it is maintained and preserved with all possible care and cleanliness—precisely because of this, it left a stronger and more pleasing impression on me. The French care for nothing and show no respect for any monuments. They are full of enthusiasm for undertaking projects but lack the ability to complete them or maintain them properly.[98]
Ci trovavamo in un paese e in una stagione di abbondanza; grazie alle cure di Monsieur de Torignan, riuscivamo a rendere deliziosi tutti i momenti della nostra vita. Tuttavia, avrei preferito che tali attenzioni non si estendessero anche alle nostre stanze. Ma lui inviava sempre il suo lacchè ad impedirlo; quel furfante, sia di sua iniziativa che su ordine del suo padrone, mi sistemava sempre dall’altra parte della casa, accanto a Madame de Larnage. Tuttavia, questo non mi dava alcun fastidio. Anzi, i nostri incontri diventavano ancora più appassionanti. Questa vita deliziosa durò quattro o cinque giorni; in quel periodo mi abbuffai e mi ubriacai delle più dolci voluttà. Le sperimentai pure, vive, senza alcun misto di dolore. Furono le prime e uniche volte che provai piaceri del genere. E posso dire che devo a Madame de Larnage il fatto di non essere morto senza aver conosciuto la vera felicità.
Se ciò che provavo per lei non era esattamente amore, era almeno un sentimento di tenerezza profonda verso quello che lei mi dimostrava; c’era una sensualità intensa nel piacere e un’intimità dolce nelle nostre conversazioni. Lei possedeva tutto il fascino della passione, senza però quel delirio che fa perdere la testa e impedisce di godere veramente. Ho provato l’amore vero una sola volta nella mia vita, e non è stata lei la persona amata. Non la amavo come avevo amato e amo ancora Madame de Warens; ma proprio per questo motivo la possedevo cento volte meglio. Con Mamma, il mio piacere era sempre turbato da un senso di tristezza, da un dolore segreto che faticavo a superare. Invece di gioirmi di averla, mi rimproveravo per averla umiliata. Con Madame de Larnage, invece, fiero di essere uomo e felice, mi abbandonavo ai miei sentimenti con gioia e fiducia. Provavo l’emozione che suscitavo in lei. Ero abbastanza padrone di me stesso da ammirare con orgoglio e piacere il mio “trionfo”, e da trarne motivo per rafforzarlo ancora di più.
Non ricordo dove ci lasciò il marchese di Torignan, che era del posto; tuttavia ci trovammo soli prima di arrivare a Montélimar. A quel punto, la signora de Larnage fece sistemare la sua cameriera nella mia carrozza, e io mi trasferii nella sua. Posso assicurare che questo sistema non ci causò alcun disagio durante il viaggio; anzi, avrei faticato molto a descrivere com’era fatto il paesaggio che attraversavamo. A Montélimar, lei ebbe delle faccende che la trattennero per tre giorni; in quel periodo, mi lasciò solo per un quarto d’ora ogni volta che andava a fare visite, visite che le attirarono molte seccature e inviti che non esitò ad accettare. Prese come scusa alcuni problemi personali, ma questo non ci impedì di passeggiare ogni giorno insieme, nel paesaggio più bello e sotto il cielo più meraviglioso del mondo. Oh! Quei tre giorni, a volte li ho rimpianti; non ne sono mai più capitati altri simili.
Gli amori nati durante un viaggio non sono fatti per durare a lungo. Fu necessario separarci, e devo ammettere che era giunto il momento giusto: non perché fossi sazio o desideroso di esserlo, anzi, mi legavo a lei sempre di più ogni giorno; tuttavia, nonostante la grande discrezione della signora in questione, non mi restava quasi altro che la sua buona volontà. Mascherammo i nostri rimpianti con progetti per il nostro futuro ricongiungimento. Fu deciso che, poiché quel regime mi faceva bene, lo avrei continuato e sarei andato a trascorrere l’inverno al Bourg Saint-Andéol, sotto la guida di Madame de Larnage. Dovevo però rimanere a Montpellier per cinque o sei settimane, affinché lei avesse il tempo di preparare tutto in modo da evitare pettegolezzi. Mi diede istruzioni dettagliate su ciò che dovevo sapere, dire e comportarmi; nel frattempo, dovevamo continuare a scriverci. Parlò molto seriamente con me della cura della mia salute, mi esortò a consultare persone competenti, ad attenermi rigorosamente alle loro prescrizioni e si impegnò, qualunque fosse stata la loro severità, ad assicurarsi che venissero rispettate mentre fossi con lei. Credo che parlasse sinceramente, perché mi amava: ne diede mille prove più concrete di qualsiasi favore potesse farmi. Giudicò dal mio equipaggiamento che non vivevo in condizioni di grande agiatezza; e sebbene lei stessa non fosse ricca, volle, al momento della nostra separazione, costringermi a condividere il suo denaro, che aveva portato da Grenoble in abbondanza. Fui costretto ad oppormi con forza. Alla fine la lasciai con il cuore pieno di lei e credo che lei abbia conservato per me un vero affetto.
Conclusi il mio viaggio, lo ripresi attraverso i miei ricordi, e questa volta ero davvero felice di poter sedermi comodamente in una bella poltrona per sognare più tranquillamente ai piaceri che avevo provato e a quelli che mi erano stati promessi. Pensavo solo al Bourg Saint-Andéol e alla vita incantevole che mi aspettava lì; vedevo solo Madame de Larnage e il suo ambiente: tutto il resto dell’universo non esisteva per me, persino mia madre era stata dimenticata. Passavo il tempo a immaginare tutti i dettagli riguardanti la vita di Madame de Larnage, per farmi un’idea della sua casa, del suo ambiente, delle persone che frequentava e del suo modo di vivere. Aveva una figlia di cui mi aveva parlato spesso con grande affetto; questa ragazza aveva quindici anni, era vivace, incantevole e dal carattere gentile. Mi era stato promesso che avrei potuto stare in sua compagnia: non avevo dimenticato quella promessa e ero molto curioso di immaginare come Madame de Larnage avrebbe trattato il “buon amico” di sua madre. Questi furono i soggetti dei miei sogni dal Pont-Saint-Esprit fino a Remoulin. Mi era stato detto di andare a vedere il Pont du Gard; non mancai all’appuntamento. Dopo pranzo, con deliziose fichine, presi un guida e andai a visitarlo. Era la prima opera romana che vedevo. Mi aspettavo di trovare un monumento degno delle mani che l’avevano costruito; invece, quell’opera superò le mie aspettative. Solo i Romani avrebbero potuto creare qualcosa del genere. L’aspetto di quel semplice ma maestoso edificio mi colpì ancora di più perché si trovava in mezzo a un deserto, dove il silenzio e la solitudine rendevano l’ambiente ancora più suggestivo. Quel cosiddetto pont non era altro che un acquedotto. Mi chiedevo quale forza avesse potuto trasportare quelle enormi pietre così lontano da qualsiasi cava, e come fosse stato possibile coordinare i lavori di migliaia di uomini in un luogo dove non viveva nessuno. Percorsi tutti e tre i livelli di quel meraviglioso edificio. Il rispetto che provavo mi impediva quasi di osare calpestarlo con i piedi. Il rumore dei miei passi sotto quelle immense volte mi faceva credere di sentire la voce potente di coloro che l’avevano costruito. Mi perdevo in quell’immensità. Sentivo, mentre mi rendevo piccolo davanti a tanta grandezza, qualcosa che elevava il mio spirito. E pensavo, sospirando: “Che cosa non darei per essere nato romano!” Rimasi lì per molte ore, immerso in una contemplazione incantevole. Tornai a casa distratto e assorto nei miei pensieri. Ma quei pensieri non furono certo favorevoli a Madame de Larnage. Aveva cercato di prepararmi alle ragazze di Montpellier, ma non anche al Pont du Gard. Non ci si preoccupa mai di tutto.
A Nîmes sono andato a vedere le Arène. È un’opera molto più maestosa del Pont du Gard, ma non mi ha fatto la stessa impressione: forse perché la mia ammirazione si era già esaurita di fronte al primo monumento, o forse perché la posizione dell’Arène, in mezzo a una città, non è particolarmente adatta a suscitare emozioni. Questo vasto e splendido anfiteatro è circondato da brutte case piccole; altre case ancora più piccole e squallide riempiono l’interno dell’arena, tanto che il tutto produce un effetto disordinato e confuso, in cui rimpianto e indignazione soffocano piacere e meraviglia. Ho poi visto l’anfiteatro di Verona: molto più piccolo e meno bello di quello di Nîmes, ma curato e mantenuto con la massima decenza e pulizia possibile; proprio per questo mi ha fatto un’impressione più forte e piacevole. I francesi non si prendono cura di nulla e non rispettano alcun monumento. Sono sempre pronti ad intraprendere qualcosa, ma non sanno mai portare a termine nulla né mantenere nulla in buone condizioni.[98]
J’étais changé à tel point, et ma sensualité mise en exercice s’était si bien éveillée, que je m’arrêtai un jour au Pont de Lunel pour y faire bonne chère avec de la compagnie qui s’y trouva. Ce cabaret, le plus estimé de l’Europe, méritait alors de l’être. Ceux qui le tenaient avaient su tirer parti de son heureuse situation pour le tenir abondamment approvisionné et avec choix. C’était réellement une chose curieuse de trouver dans une maison seule et isolée au milieu de la campagne une table fournie en poisson de mer et d’eau douce, en gibier excellent, en vins fins, servie avec ces attentions et ces soins qu’on ne trouve que chez les grands et les riches, et tout cela pour vos trente-cinq sols. Mais le Pont de Lunel ne resta pas longtemps sur ce pied, et à force d’user sa réputation, la perdit enfin tout à fait.
J’avais oublié, durant ma route, que j’étais malade ; je m’en souvins en arrivant à Montpellier. Mes vapeurs étaient bien guéries, mais tous mes autres maux me restaient et quoique l’habitude m’y rendît moins sensible, c’en serait assez pour se croire mort à qui s’en trouverait attaqué tout d’un coup. En effet, ils étaient moins douloureux qu’effrayants, et faisaient plus souffrir l’esprit que le corps dont ils semblaient annoncer la destruction. Cela faisait que, distrait par des passions vives, je ne songeais plus à mon état ; mais comme il n’était pas imaginaire, je le sentais sitôt que j’étais de sang-froid. Je songeai donc sérieusement aux conseils de Mme de Larnage et au but de mon voyage. J’allai consulter les praticiens les plus illustres, surtout M. Fizes, et, pour surabondance de précaution, je me mis en pension chez un médecin. C’était un Irlandais appelé Fitz-Moris, qui tenait une table assez nombreuse d’étudiants en médecine, et il y avait cela de commode pour un malade à s’y mettre, que M. Fitz-Moris se contentait d’une pension honnête pour la nourriture, et ne prenait rien de ses pensionnaires pour ses soins comme médecin. Il se chargea de l’exécution des ordonnances de M. Fizes, et de veiller sur ma santé. Il s’acquitta fort bien de cet emploi quant au régime ; on ne gagnait pas d’indigestion à cette pension-là, et, quoique je ne sois pas fort sensible aux privations de cette espèce, les objets de comparaison étaient si proches, que je ne pouvais m’empêcher de trouver quelquefois en moi-même que M. de Torignan était un meilleur pourvoyeur que M. Fitz-Moris. Cependant, comme on ne mourait pas de faim non plus, et que toute cette jeunesse était fort gaie, cette manière de vivre me fit du bien réellement, et m’empêcha de retomber dans mes langueurs. Je passais la matinée à prendre des drogues, surtout je ne sais quelles eaux, je crois les eaux de Vals, et à écrire à Mme de Larnage ; car la correspondance allait son train, et Rousseau se chargeait de retirer les lettres de son ami Dudding. À midi, j’allais faire un tour à la Canourgue, avec quelqu’un de nos jeunes commensaux, qui tous étaient de très bons enfants ; on se rassemblait, on allait dîner. Après dîner une importante affaire occupait la plupart d’entre nous jusqu’au soir, c’était d’aller hors de la ville jouer le goûter en deux ou trois parties de mail. Je ne jouais pas, je n’en avais ni la force ni l’adresse ; mais je pariais, et suivant, avec l’intérêt du pari, nos joueurs et leurs boules à travers des chemins raboteux et pleins de pierres, je faisais un exercice agréable et salutaire qui me convenait tout à fait. On goûtait dans un cabaret hors la ville. Je n’ai pas besoin de dire que ces goûters étaient gais ; mais j’ajouterai qu’ils étaient assez décents, quoique les filles du cabaret fussent jolies. M. Fitz-Moris, grand joueur de mail, était notre président, et je puis dire, malgré la mauvaise réputation des étudiants, que je trouvai plus de mœurs et d’honnêteté parmi toute cette jeunesse qu’il ne serait aisé d’en trouver dans le même nombre d’hommes faits. Ils étaient plus bruyants que crapuleux, plus gais que libertins, et je me monte si aisément à un train de vie quand il est volontaire, que je n’aurais pas mieux demandé que de voir durer celui-là toujours. Il y avait parmi ces étudiants plusieurs Irlandais avec lesquels je tâchais d’apprendre quelques mots d’anglais par précaution pour le Bourg-Saint-Andéol, car le temps approchait de m’y rendre. Mme de Larnage m’en pressait chaque ordinaire, et je me préparais à lui obéir. Il était clair que mes médecins, qui n’avaient rien compris à mon mal, me regardaient comme un malade imaginaire, et me traitaient sur ce pied avec leur squine, leurs eaux, et leur petit-lait. Tout au contraire des théologiens, les médecins et les philosophes n’admettent pour vrai que ce qu’ils peuvent expliquer, et font de leur intelligence la mesure des possibles. Ces messieurs ne connaissaient rien à mon mal, donc je n’étais pas malade : car comment supposer que des docteurs ne sussent pas tout ? Je vis qu’ils ne cherchaient qu’à m’amuser et me faire manger mon argent, et jugeant que leur substitut du Bourg-Saint-Andéol ferait cela tout aussi bien qu’eux, mais plus agréablement, je résolus de lui donner la préférence, et je quittai Montpellier dans cette sage intention.
Je partis vers la fin de novembre, après six semaines ou deux mois de séjour dans cette ville, où je laissai une douzaine de louis sans aucun profit pour ma santé ni pour mon instruction, si ce n’est un cours d’anatomie commencé sous M. Fitz-Moris, et que je fus obligé d’abandonner par l’horrible puanteur des cadavres qu’on disséquait, et qu’il me fut impossible de supporter.
Mal à mon aise au-dedans de moi sur la résolution que j’avais prise, j’y réfléchissais en m’avançant toujours vers le Pont-Saint-Esprit, qui était également la route du Bourg-Saint-Andéol et de Chambéry. Les souvenirs de Maman, et ses lettres, quoique moins fréquentes que celles de Mme de Larnage, réveillaient dans mon cœur des remords que j’avais étouffés durant ma première route. Ils devinrent si vifs au retour, que, balançant l’amour du plaisir, ils me mirent en état d’écouter la raison seule. D’abord, dans le rôle d’aventurier que j’allais recommencer, je pouvais être moins heureux que la première fois ; il ne fallait, dans tout le Bourg-Saint-Andéol, qu’une seule personne qui eût été en Angleterre, qui connût les Anglais, ou qui sût leur langue, pour me démasquer. La famille de Mme de Larnage pouvait se prendre de mauvaise humeur contre moi et me traiter peu honnêtement. Sa fille, à laquelle malgré moi je pensais plus qu’il n’eût fallu, m’inquiétait encore : je tremblais d’en devenir amoureux, et cette peur faisait déjà la moitié de l’ouvrage. Allais-je donc, pour prix des bontés de la mère, chercher à corrompre sa fille, à lier le plus détestable commerce, à mettre la dissension, le déshonneur, le scandale et l’enfer dans sa maison ? Cette idée me fit horreur ; je pris bien la ferme résolution de me combattre et de me vaincre si ce malheureux penchant venait à se déclarer. Mais pourquoi m’exposer à ce combat ? Quel misérable état de vivre avec la mère, dont je serais rassasié, et de brûler pour la fille sans oser lui montrer mon cœur ! Quelle nécessité d’aller chercher cet état, et m’exposer aux malheurs, aux affronts, aux remords, pour des plaisirs dont j’avais d’avance épuisé le plus grand charme ? Car il est certain que ma fantaisie avait perdu sa première vivacité ; le goût du plaisir y était encore, mais la passion n’y était plus. À cela se mêlaient des réflexions relatives à ma situation, à mes devoirs, à cette Maman si bonne, si généreuse, qui, déjà chargée de dettes, l’était encore de mes folles dépenses, qui s’épuisait pour moi, et que je trompais si indignement. Ce reproche devint si vif qu’il l’emporta à la fin. En approchant du Saint-Esprit, je pris la résolution de brûler l’étape du Bourg-Saint-Andéol, et de passer tout droit. Je l’exécutai courageusement, avec quelques soupirs, je l’avoue, mais aussi avec cette satisfaction intérieure, que je goûtais pour la première fois de ma vie, de me dire : Je mérite ma propre estime : je sais préférer mon devoir à mon plaisir. Voilà la première obligation véritable que j’aie à l’étude. C’était elle qui m’avait appris à réfléchir, à comparer. Après les principes si purs que j’avais adoptés il y avait peu de temps, après les règles de sagesse et de vertu que je m’étais faites et que je m’étais senti si fier de suivre, la honte d’être si peu conséquent à moi-même, de démentir si tôt et si haut mes propres maximes, l’emporta sur la volupté. L’orgueil eut peut-être autant de part à ma résolution que la vertu ; mais si cet orgueil n’est pas la vertu même, il a des effets si semblables, qu’il est pardonnable de s’y tromper.
I had changed so much, and my senses had been so thoroughly awakened through exercise, that one day I stopped at the Pont de Lunel to enjoy some good food in the company of those who happened to be there. That tavern, considered the most prestigious in Europe at the time, truly deserved such reputation. Its owners had managed to take advantage of its favorable location to ensure it was always well-stocked with a wide variety of goods. It was truly remarkable to find, in a solitary house located deep in the countryside, a table offering both marine and freshwater fish, exquisite game, fine wines—all served with the attention and care one would expect only from the wealthy and powerful—and all for just thirty-five sols. However, the Pont de Lunel could not maintain this standard for long; its reputation eventually faded entirely due to excessive exploitation.
I had forgotten, during my journey, that I was ill; I remembered it only when I arrived in Montpellier. My fever had completely subsided, but all the other ailments remained. Although habit had made me less sensitive to them, they would still be enough to make one feel as if they were death itself if they struck suddenly. Indeed, they were more frightening than painful, and they caused more suffering to the mind than to the body, though they seemed to presage the destruction of the latter. Because I was distracted by various passions, I no longer thought about my condition; but since it was not imaginary, I became aware of it whenever I calmed down. Therefore, I seriously considered the advice of Madame de Larnage and the purpose of my journey. I went to consult the most renowned physicians, especially Mr. Fizes, and, as a precaution, I took up residence with a doctor. He was an Irishman named Fitz-Moris who had quite a number of medical students living with him. For a patient, this arrangement was very convenient, since Mr. Fitz-Moris only demanded a fair amount for food and did not charge his tenants anything for his medical care. He was responsible for preparing the prescriptions given by Mr. Fizes and for monitoring my health. He did an excellent job in terms of my diet; one certainly did not suffer from indigestion at that pension. Although I am not particularly sensitive to such privations, the comparisons were so obvious that I sometimes found to my own surprise that Monsieur de Torignan was a better provider than Mr. Fitz-Moris. However, since one also did not die of hunger, and since all those young people were very cheerful, this way of living actually did me good and prevented me from falling back into my listlessness. I spent the mornings taking various medicines, especially some waters—I think it was Vals water—and writing to Madame de Larnage; our correspondence continued as usual, and Rousseau took care of delivering my friend Dudding’s letters. At noon, I would go for a walk with some of our young companions, all of whom were very nice people; we would gather together and then go to dinner. After dinner, most of us would be occupied until evening with an important activity: playing croquet in two or three teams outside the city. I did not play; I neither had the strength nor the skill for that; but I placed bets, and following the excitement of the betting, I would follow our players and their balls along rough, stone-filled paths, which provided me with a pleasant and healthy form of exercise. We would have tea at an inn outside the city. Needless to say, these afternoons were very lively; but I should also add that they were quite decent, although the inn girls were pretty. Fitz-Moris, a skilled player of mail, was our president, and I can say that, despite the poor reputation of students in general, I found more manners and honesty among them than one would easily expect to find among the same number of grown men. They were more boisterous than corrupt, more cheerful than licentious, and since I can so readily adapt myself to a particular way of living when it is voluntary, I could have wished nothing better than for that lifestyle to continue indefinitely. Among these students were several Irishmen with whom I tried to learn a few words of English, as a precaution for my upcoming trip to Bourg-Saint-Andéol—Madame de Larnage was urging me to do so every day, and I was preparing to obey her. It was clear that my doctors, who had no understanding of my illness, regarded me as a hypochondriac and treated me accordingly with their various remedies, potions, and “little milks.” Unlike theologians, doctors and philosophers only acknowledge as true what they can explain; they measure the possible by the limits of their own intelligence. Since these gentlemen knew nothing about my condition, it followed that I was not ill—after all, how could one possibly assume that doctors did not know everything? I realized that they were merely trying to amuse me and make me spend my money, so I decided that their substitute in Bourg-Saint-Andéol would do the same thing just as well, perhaps even more pleasantly. With that wise intention, I left Montpellier.
I left at the end of November, after having spent six weeks or two months in that city. There, I left behind a dozen louis without any benefit to my health or my education—except for a course in anatomy that I began under Mr. Fitz-Moris, but which I was forced to abandon due to the unbearable stench of the corpses being dissected.
I felt uneasy within myself regarding the decision I had made, and as I continued on my way toward Pont-Saint-Esprit—which was also the route to Bourg-Saint-Andéol and Chambéry—I kept pondering over it. The memories of my mother, along with her letters (though less frequent than those from Madame de Larnage), awakened in my heart feelings of remorse that I had tried to suppress during my first journey. Upon returning, these feelings became so intense that, weighing the love of pleasure against them, they made me willing to listen solely to reason. Firstly, in the role of an adventurer that I was about to re-engage in, I might not be as fortunate as I had been before; in all of Bourg-Saint-Andéol, there could be just one person who had been to England, who knew the English people or spoke their language, and who could expose me. Madame de Larnage’s family might take a dislike to me and treat me unfairly. Her daughter, about whom I thought more than was appropriate, continued to worry me—I feared that I might fall in love with her, and this fear alone already constituted half of the struggle I faced. Was I therefore going to, in return for my mother’s kindnesses, attempt to corrupt her daughter, engage in the most despicable behavior, and bring discord, disgrace, scandal, and even hell into her home? The thought filled me with horror, and I resolved firmly to fight against such tendencies if they should arise. But why expose myself to such a struggle? What a miserable existence it would be to live with my mother, whom I already felt somewhat tired of, while secretly pining for her daughter without daring to confess my feelings! Why go seeking such suffering, exposing myself to misfortune, humiliation, and remorse, all for pleasures whose allure had already faded for me? Indeed, my imagination no longer held its former intensity; the desire for pleasure was still there, but passion was gone. Moreover, I began to reflect on my own situation, my responsibilities, and on that kind mother of mine—so good, so generous—who, already burdened with debts, was now also shouldering the cost of my reckless spending. She exhausted herself for me, yet I betrayed her in such an outrageous way. This reproach grew increasingly powerful until it ultimately prevailed over all else. As I approached Pont-Saint-Esprit, I resolved to skip the stop at Bourg-Saint-Andéol and continue straight on. I did so bravely, albeit with some sighs, but also with a sense of satisfaction I had never experienced before—the satisfaction of telling myself: “I deserve my own respect; I know how to put my duty above pleasure.” This was the first true obligation I recognized in my life. It was it that had taught me to think carefully and to make comparisons. After the pure principles I had embraced not so long ago, after the rules of wisdom and virtue I had set for myself and upon which I took such pride, the shame of being so inconsistent with my own standards, of so quickly and openly contradicting my own beliefs, outweighed any allure of pleasure. Pride may have played just as much of a role in my resolve as virtue itself; but if this pride is not virtue itself, its effects are so similar that it is understandable to mistake one for the other.
Ero cambiato a tal punto, e la mia sensualità, messa alla prova, si era così risvegliata, che un giorno mi fermai al Pont de Lunel per godermi del buon cibo in compagnia di alcune persone che vi si trovavano. Quel cabaret, il più rinomato d’Europa, meritava davvero tale reputazione. Coloro che lo gestivano avevano saputo sfruttare la sua posizione strategica per garantire una vasta scelta di cibi e vini di ottima qualità. Era davvero curioso trovare, in una locanda isolata nel mezzo della campagna, una tavola servita con pesce marino e d’acqua dolce, prelibatezze venatorie e vini raffinati, tutto questo con quell’attenzione e quel cura che si riservano soltanto ai ricchi e ai potenti. E tutto per soli trentacinque soldi. Tuttavia, il Pont de Lunel non mantenne a lungo questa posizione di prestigio: a forza di abusarne, alla fine perse completamente la sua reputazione.
Durante il mio viaggio, avevo dimenticato di essere malato; me ne resi conto solo arrivando a Montpellier. I miei disturbi respiratori erano ormai guariti, ma tutti gli altri mali mi rimanevano. Anche se l’abitudine li rendeva meno evidenti, sarebbero stati sufficienti per far credere di essere morti a chi ne fosse stato colpito all’improvviso. Infatti, quei disturbi non erano così dolorosi quanto spaventosi; causavano più sofferenza nello spirito che nel corpo, e sembravano preannunciare la distruzione di quest’ultimo. Per questo motivo, distratto dalle mie passioni, non pensavo più al mio stato di salute; ma poiché non era immaginario, me ne rendevo conto non appena riacquistavo la calma. Così, presi seriamente in considerazione i consigli di Madame de Larnage e lo scopo del mio viaggio. Andai a consultare i medici più illustri, soprattutto il signor Fizes, e, per maggiore sicurezza, mi misi sotto la cura di un medico: si trattava di un irlandese di nome Fitz-Moris, che ospitava numerosi studenti di medicina nella sua casa. Per un malato, questo era un vantaggio, poiché il signor Fitz-Moris si accontentava di una modesta pensione per il cibo e non chiedeva nulla ai suoi inquilini per le cure mediche. Si occupò lui stesso dell’esecuzione delle prescrizioni del signor Fizes e della mia salute. Si comportò molto bene in questo ruolo, soprattutto riguardo al regime alimentare: a quella pensione non si rischiava di soffrire di indigestioni, e anche se non ero particolarmente sensibile alle privazioni di quel tipo, i confronti con le condizioni precedenti erano così evidenti che a volte mi rendevo conto che il signor de Torignan era un miglior provveditore di cibo del signor Fitz-Moris. Tuttavia, poiché non si moriva nemmeno di fame e tutta quella giovane compagnia era molto allegra, quel modo di vivere mi fece davvero bene e mi aiutò a uscire dalla mia depressione. Trascorrevo la mattina prendendo medicine, soprattutto alcune acque medicinali, credo quelle di Vals, e scrivendo a Madame de Larnage; la corrispondenza proseguiva regolarmente, e Rousseau si occupava di ritirare le lettere del mio amico Dudding. A mezzogiorno andavo a fare una passeggiata alla Canourgue con alcuni dei nostri giovani compagni di casa, tutti molto gentili; ci riunivamo poi per pranzo. Dopo pranzo, la maggior parte di noi era impegnata fino al tramonto in partite a palla a mezz’aria fuori dalla città. Io non giocavo, né ne avevo le forze né l’abilità; ma facevo scommesse e, seguendo l’andamento della partita e i movimenti dei giocatori con le loro palle lungo strade accidentate e piene di pietre, mi divertivo in modo piacevole e salutare. Dopo pranzo ci riunivamo in un cabaret fuori città per il “goûter”. Non c’è bisogno di dire che quei pasti erano molto allegri; ma aggiungerei anche che erano abbastanza decenti, anche se le ragazze del cabaret erano piuttosto attraenti. Fitz-Moris, un abile giocatore di mail, era il nostro presidente; posso dire che, nonostante la cattiva reputazione degli studenti, trovavo tra loro più buone maniere e onestà di quanto si possa facilmente trovare in altrettanti uomini adulti. Erano più rumorosi che dissoluti, più allegri che libertini. E poiché mi abituo facilmente a un certo stile di vita quando questo è volontario, non avrei desiderato altro se non che quel modo di vivere continuasse per sempre. Tra quegli studenti c’erano diversi irlandesi con i quali cercavo di imparare qualche parola d’inglese, per precauzione, in vista del mio viaggio verso il Bourg-Saint-Andéol. La signora de Larnage mi sollecitava costantemente a farlo, e io mi preparavo ad obbedirle. Era evidente che i miei medici, che non avevano capito affatto la mia malattia, mi consideravano un paziente immaginario e mi trattavano di conseguenza con le loro pozioni, le loro acque, e tutto il resto. Al contrario dei teologi, medici e filosofi ammettono come vero soltanto ciò che riescono a spiegare, e fanno della propria intelligenza la misura di ciò che è possibile. Quei signori non sapevano nulla della mia malattia; quindi, secondo loro, non ero affatto malato. Come si potrebbe mai pensare che dei medici non sappiano tutto? Capii che cercavano soltanto di divertirsi e di farmi spendere i miei soldi. E poiché ritenevo che il loro sostituto al Bourg-Saint-Andéol avrebbe fatto lo stesso, ma in modo più piacevole, decisi di dargli la preferenza. E lasciai Montpellier con questa saggia intenzione.
Partii alla fine di novembre, dopo sei settimane o due mesi trascorsi in quella città, dove lasciai una dozzina di luigi senza alcun beneficio né per la mia salute né per la mia istruzione, se non per un corso di anatomia iniziato sotto la guida del signor Fitz-Moris, che fui costretto ad abbandonare a causa dell’orribile odore dei cadaveri che venivano dissezionati, un odore che non riuscivo assolutamente a sopportare.
Ero a disagio dentro di me riguardo alla decisione che avevo preso; ci riflettevo mentre continuavo ad avanzare verso il Pont-Saint-Esprit, che era anche la strada per il Bourg-Saint-Andéol e per Chambéry. I ricordi di mia madre, e le sue lettere – sebbene meno frequenti di quelle di Madame de Larnage – risvegliavano nel mio cuore rimorsi che avevo cercato di soffocare durante il mio primo viaggio. Al ritorno, questi rimorsi divennero così intensi che, contrapposti all’amore per i piaceri, mi spinsero ad ascoltare soltanto la ragione. Prima di tutto, nel ruolo di avventuriero che stavo per ricominciare, potevo essere meno fortunato della prima volta; in tutto il Bourg-Saint-Andéol, c’era solo una persona che fosse stata in Inghilterra, che conoscesse gli inglesi o che parlasse la loro lingua, e questa persona avrebbe potuto smascherarmi. La famiglia di Madame de Larnage poteva prendersi un brutto umore nei miei confronti e trattarmi in modo disonesto. Sua figlia, a cui pensavo più di quanto fosse opportuno, mi preoccupava ancora: temevo di innamorarmene, e questa paura rappresentava già metà del problema. Avrei quindi, in cambio delle gentilezze di mia madre, cercato di corrompere sua figlia, di intraprendere il rapporto più odioso possibile, di portare discordia, disonore, scandalo, e l’inferno nella sua casa? Questa idea mi disgustò profondamente; presi la ferma decisione di combattermi e di vincere su quel cattivo impulso, se mai si fosse manifestato. Ma perché esporrmi a tale battaglia? Che misera condizione sarebbe stata quella di vivere con mia madre, di cui mi sarei saziato, e di bruciare d’amore per sua figlia senza osare mostrarle i miei sentimenti. Perché cercare proprio quel tipo di vita, esponendomi a disastri, umiliazioni e rimorsi, per dei piaceri i cui fascini erano ormai svaniti? Era certo che la mia fantasia aveva perso la sua vivacità iniziale; il desiderio di godere era ancora lì, ma la passione non c’era più. A questo si aggiungevano riflessioni sulla mia situazione, sui miei doveri, su quella madre così buona e generosa che, già gravata dai debiti, lo era anche a causa delle mie folli spese. Si stava esaurendo per me, e io la tradivo in modo così ignobile. Questo rimprovero divenne così forte da prevalere alla fine. Avvicinandomi al Pont-Saint-Esprit, presi la decisione di saltare il tratto del Bourg-Saint-Andéol e di proseguire direttamente. Lo feci con coraggio, accompagnato da alcuni sospiri, lo ammetto, ma anche con quella soddisfazione interiore che provavo per la prima volta in vita mia: “Merito il rispetto di me stesso. So come preferire il mio dovere al piacere”. Questa fu la prima vera lezione che appresi. Fu lei a insegnarmi a riflettere, a confrontare le cose. Dopo i principi così puri che avevo adottato poco tempo prima, dopo le regole di saggezza e virtù che mi ero imposto e di cui andavo così fiero nel seguirle, la vergogna di essere così incoerente con me stesso, di tradire così presto e apertamente le mie stesse massime, prevalse sulla voluttà. L’orgoglio ha forse avuto lo stesso peso nella mia decisione quanto la virtù; ma se quest’orgoglio non è la stessa virtù, i suoi effetti sono così simili che è comprensibile sbagliarsi a riguardo.
L’un des avantages des bonnes actions est d’élever l’âme et de la disposer à en faire de meilleures : car telle est la faiblesse humaine, qu’on doit mettre au nombre des bonnes actions l’abstinence du mal qu’on est tenté de commettre. Sitôt que j’eus pris ma résolution je devins un autre homme, ou plutôt je redevins celui que j’étais auparavant, et que ce moment d’ivresse avait fait disparaître. Plein de bons sentiments et de bonnes dispositions, je continuai ma route dans la bonne intention[99] d’expier ma faute, ne pensant qu’à régler désormais ma conduite sur les lois de la vertu, à me consacrer sans réserve au service de la meilleure des mères, à lui vouer autant de fidélité que j’avais d’attachement pour elle, et à n’écouter plus d’autre amour que celui de mes devoirs. Hélas ! la sincérité de mon retour au bien semblait me promettre une autre destinée ; mais la mienne était écrite et déjà commencée et quand mon cœur, plein d’amour pour les choses bonnes et honnêtes, ne voyait plus qu’innocence et bonheur dans la vie, je touchais au moment funeste qui devait traîner à sa suite la longue chaîne de mes malheurs.
L’empressement d’arriver me fit faire plus de diligence que je n’avais compté. Je lui avais annoncé de Valence le jour et l’heure de mon arrivée. Ayant gagné une demi-journée sur mon calcul, je restai autant de temps à Chaparillan, afin d’arriver juste au moment que j’avais marqué. Je voulais goûter dans tout son charme le plaisir de la revoir. J’aimais mieux le différer un peu pour y joindre celui d’être attendu. Cette précaution m’avait toujours réussi. J’avais vu toujours marquer mon arrivée par une espèce de petite fête : je n’en attendais pas moins cette fois ; et ces empressements, qui m’étaient si sensibles, valaient bien la peine d’être ménagés.
J’arrivai donc exactement à l’heure. De tout loin je regardais si je ne la verrais point sur le chemin ; le cœur me battait de plus en plus à mesure que j’approchais. J’arrive essoufflé, car j’avais quitté ma voiture en ville ; je ne vois personne dans la cour, sur la porte, à la fenêtre : je commence à me troubler, je redoute quelque accident. J’entre ; tout est tranquille ; des ouvriers goûtaient dans la cuisine ; du reste aucun apprêt. La servante parut surprise de me voir ; elle ignorait que je dusse arriver. Je monte, je la vois enfin cette chère Maman, si tendrement, si vivement, si purement aimée ; j’accours, je m’élance à ses pieds. Ah ! te voilà, petit, me dit-elle en m’embrassant ; as-tu fait bon voyage ? comment te portes-tu ? Cet accueil m’interdit un peu. Je lui demandai si elle n’avait pas reçu ma lettre. Elle me dit que oui. J’aurais cru que non, lui dis-je, et l’éclaircissement finit là. Un jeune homme était avec elle. Je le connaissais pour l’avoir vu déjà dans la maison avant mon départ ; mais cette fois il y paraissait établi ; il l’était. Bref, je trouvai ma place prise.
Le nouveau venu s’était montré zélé, diligent, exact pour toutes ses petites commissions, qui étaient toujours en grand nombre ; il s’était fait le piqueur de ses ouvriers. Aussi bruyant que je l’étais peu, il se faisait voir et surtout entendre à la fois à la charrue, aux foins, au bois, à l’écurie, à la basse-cour. Il n’y avait que le jardin qu’il négligeait, parce que c’était un travail trop paisible et qui ne faisait point de bruit. Son grand plaisir était de charger et charrier, de scier ou fendre du bois ; on le voyait toujours la hache ou la pioche à la main ; on l’entendait courir, cogner, crier à pleine tête. Je ne sais de combien d’hommes il faisait le travail, mais il faisait toujours le bruit de dix ou douze. Tout ce tintamarre en imposa à ma pauvre Maman ; elle crut ce jeune homme un trésor pour ses affaires. Voulant se l’attacher, elle employa pour cela tous les moyens qu’elle y crut propres, et n’oublia pas celui sur lequel elle comptait le plus.
On a dû connaître mon cœur, ses sentiments les plus constants, les plus vrais, ceux surtout qui me ramenaient en ce moment auprès d’elle. Quel prompt et plein bouleversement dans tout mon être ! qu’on se mette à ma place pour en juger. En un moment je vis évanouir pour jamais tout l’avenir de félicité que je m’étais peint. Toutes les douces idées que je caressais si affectueusement disparurent, et moi, qui depuis mon enfance ne savais voir mon existence qu’avec la sienne, je me vis seul pour la première fois. Ce moment fut affreux : ceux qui le suivirent furent toujours sombres. J’étais jeune encore, mais ce doux sentiment de jouissance et d’espérance qui vivifie la jeunesse me quitta pour jamais. Dès lors, l’être sensible fut mort à demi. Je ne vis plus devant moi que les tristes restes d’une vie insipide, et si quelquefois encore une image de bonheur effleura mes désirs, ce bonheur n’était plus celui qui m’était propre ; je sentais qu’en l’obtenant je ne serais pas vraiment heureux.
J’étais si bête et ma confiance était si pleine, que malgré le ton familier du nouveau venu, que je regardais comme un effet de cette facilité d’humeur de Maman qui rapprochait tout le monde d’elle, je ne me serais pas avisé d’en soupçonner la véritable cause si elle ne me l’eût dit elle-même ; mais elle se pressa de me faire cet aveu avec une franchise capable d’ajouter à ma rage, si mon cœur eût pu se tourner de ce côté-là ; trouvant quant à elle la chose toute simple, me reprochant ma négligence dans la maison, et m’alléguant mes fréquentes absences, comme si elle eût été d’un tempérament fort pressé d’en remplir les vides. Ah ! Maman, lui dis-je, le cœur serré de douleur, qu’osez-vous m’apprendre ! quel prix d’un attachement pareil au mien ! Ne m’avez-vous tant de fois conservé la vie que pour m’ôter tout ce qui me la rendait chère ? J’en mourrai, mais vous me regretterez. Elle me répondit d’un ton tranquille à me rendre fou, que j’étais un enfant, qu’on ne mourait point de ces choses-là ; que je ne perdrais rien ; que nous n’en serions pas moins bons amis, pas moins intimes dans tous les sens ; que son tendre attachement pour moi ne pouvait ni diminuer ni finir qu’avec elle. Elle me fit entendre, en un mot, que tous mes droits demeuraient les mêmes, et qu’en les partageant avec un autre, je n’en étais pas privé pour cela.
Jamais la pureté, la vérité, la force de mes sentiments pour elle, jamais la sincérité, l’honnêteté de mon âme ne se firent mieux sentir à moi que dans ce moment. Je me précipitai à ses pieds, j’embrassai ses genoux en versant des torrents de larmes. Non, Maman, lui dis-je avec transport, je vous aime trop pour vous avilir ; votre possession m’est trop chère pour la partager ; les regrets qui l’accompagnèrent quand je l’acquis se sont accrus avec mon amour ; non, je ne la puis conserver au même prix. Vous aurez toujours mes adorations, soyez-en toujours digne : il m’est plus nécessaire encore de vous honorer que de vous posséder. C’est à vous, ô Maman ! que je vous cède ; c’est à l’union de nos cœurs que je sacrifie tous mes plaisirs. Puissé-je périr mille fois avant d’en goûter qui dégradent ce que j’aime !
Je tins cette résolution avec une constance digne, j’ose le dire, du sentiment qui me l’avait fait former. Dès ce moment je ne vis plus cette Maman si chérie que des yeux d’un véritable fils ; et il est à noter que, bien que ma résolution n’eût point son approbation secrète, comme je m’en suis trop aperçu, elle n’employa jamais pour m’y faire renoncer ni propos insinuants, ni caresses, ni aucune de ces adroites agaceries dont les femmes savent user sans se commettre et qui manquent rarement de leur réussir. Réduit à me chercher un sort indépendant d’elle, et n’en pouvant même imaginer, je passai bientôt à l’autre extrémité, et le cherchai tout en elle. Je l’y cherchai si parfaitement que je parvins presque à m’oublier moi-même. L’ardent désir de la voir heureuse, à quelque prix que ce fût, absorbait toutes mes affections : elle avait beau séparer son bonheur du mien, je le voyais mien en dépit d’elle.
One of the advantages of good deeds is that they elevate the soul and predispose it to perform even greater good: for such is human weakness that we must consider abstaining from evil—even when tempted to commit it—as a form of good action. The moment I made up my mind, I became another person; rather, I returned to who I had been before, freed from the influence of that fleeting moment of indulgence.Filled with good intentions and noble sentiments, I continued on my path with the sole purpose of atoning for my mistake. From then on, I resolved to regulate my conduct according to the principles of virtue, to devote myself wholeheartedly to serving the greatest of mothers—devoting to her as much loyalty as I felt for her—and to listen only to the voice of my duties. Alas! Though my sincere return to goodness seemed to promise me a different destiny, my fate had already been written and had begun. And just when my heart, filled with love for all that was good and honest, saw nothing but innocence and happiness in life, I encountered that fateful moment that would lead to the long chain of misfortunes that followed.
My eagerness to arrive made me work harder than I had originally planned. I had informed her in Valencia of the exact day and time of my arrival. Since I had estimated half a day less for the journey, I stayed in Chaparillan for that extra time, so as to arrive precisely at the scheduled moment. I wanted to savor to the fullest the joy of seeing her again; moreover, I preferred to delay it slightly, so as to add the pleasure of being awaited. This precaution had always worked for me before. I had noticed that my arrival was always celebrated with some sort of little celebration; I certainly expected no less this time too. And these signs of eagerness, which were so evident on her part, were well worth taking the trouble to arrange.
I arrived exactly on time. From a distance, I kept looking to see if I could spot her along the way; my heart beat faster and faster as I drew closer. I arrived out of breath, having left my car in town; I saw no one in the yard, at the door, or by the window—my anxiety began to grow; I feared some accident had happened. I went inside; everything was quiet. Some workers were eating in the kitchen; otherwise, there was no sign of preparations being made. The maid seemed surprised to see me; she didn’t know I was coming. I went upstairs and finally saw my dear Mother—so tenderly, so lovingly cherished by me. I rushed over and threw myself at her feet. “Ah! Here you are, my child,” she said, embracing me. “Did you have a good journey? How are you?” Her welcome left me momentarily speechless. I asked her if she had received my letter; she said yes. I would have thought not, I told her, and that was the end of the conversation. There was a young man with her; I recognized him from previous visits to the house before I left, but this time he seemed to be staying there permanently—he indeed was. In short, I found my place had already been taken.
The newcomer proved to be diligent, eager, and meticulous in carrying out all his numerous tasks; he even acted as a supervisor over the workers. As quiet as I was, he was always visible—and especially audible—at the plow, while harvesting hay, cutting wood, tending to the horses, or looking after the poultry. Only the garden seemed to escape his attention, for it was too leisurely an activity that produced no noise at all. His greatest pleasure lay in loading and transporting goods, as well as chopping or splitting wood; one could always see him with an axe or shovel in hand, and hear him running around, hammering, and shouting at the top of his voice. I don’t know how many men’s worth of work he managed to accomplish on his own, but he certainly made as much noise as ten or twelve men together. All this commotion greatly disturbed my poor mother; she considered this young man an invaluable asset for her affairs. Desiring to keep him by her side, she employed every means at her disposal—and did not forget the one method she relied on most heavily.
One must have known my heart, its most constant and genuine sentiments—especially those that, at that moment, drew me back toward her. What a sudden and profound upheaval in my entire being! Try to put yourself in my place and judge for yourself. In an instant, all the future of happiness I had imagined vanished forever. All those tender thoughts that I cherished so fondly disappeared, and I, who since childhood had always seen my own existence only in connection with hers, found myself alone for the first time. That moment was terrible; those that followed were equally dark. I was still young, but that sweet feeling of joy and hope that gives life to youth left me forever. From then on, my sensuous being was half-dead. All that lay before me were the bleak remnants of a dull existence. And though sometimes the image of happiness still brushed against my desires, that happiness was no longer the one that belonged to me; I felt that even if I obtained it, I would not truly be happy.
I was so foolish, and my trust was so absolute, that despite the familiar tone of the newcomer—who I regarded as a manifestation of Mother’s easy-going nature, which seemed to draw everyone closer to her—I would never have suspected the true reason behind it had she not told me herself. But she hurriedly confessed it to me with such candor that it could only add to my rage, if such a thing were possible in my heart. To her, it was all perfectly simple; she blamed my negligence in household affairs and cited my frequent absences, as if she were eager to fill the void left by their absence. “Ah! Mother,” I said, my heart broken with pain, “how dare you tell me such things! What a terrible price to pay for a bond like mine! Have you kept me alive all these times only to take away everything that made it precious to me? I will die from this—yet you will regret it.” She replied in a calm voice that drove me mad: “You are just a child; one doesn’t die from such things. You won’t lose anything. We will still be good friends, as close as ever in every way. Her tender affection for me could neither diminish nor end until she was no more.” In short, she made it clear that all my rights remained unchanged, and that sharing them with someone else did not mean I would lose them at all.
Never before had the purity, the truth, the intensity of my feelings for her ever been so clearly expressed to me; never before had the sincerity and honesty of my soul been more evident. I rushed to her feet, kissed her knees, and burst into tears. “No, Mother,” I said fervently, “I love you too much to degrade you; your possession is too precious for me to share it. The regrets that accompanied my acquisition of it have only grown stronger with my growing love—no, I cannot keep you at this price. You will always have my adoration; always be worthy of it. For me, it is even more necessary to honor you than to possess you. It is to you, oh Mother! that I yield; it is for the union of our hearts that I sacrifice all my pleasures. May I perish a thousand times before ever tasting those pleasures that would degrade what I love!”
I maintained this resolve with a constancy that, I dare say, was worthy of the sentiment that had prompted me to form it. From that moment on, I saw my dear mother only through the eyes of a true son; and it is worth noting that, although her secret approval was not granted—something I became all too aware of—I never encountered any insinuating words, tender gestures, or those subtle tactics women know how to use without compromising themselves, yet which rarely fail to achieve their purpose. Forced to seek my own destiny independent of hers, and unable even to conceive one, I soon went to the other extreme and sought it within her herself. I searched for it so fervently that I almost forgot who I was. The intense desire to see her happy, at any cost, consumed all my feelings; no matter how much she tried to separate her own happiness from mine, I saw it as mine, despite her efforts.
Uno dei vantaggi delle buone azioni è quello di elevare l’anima e di predisporla a compiere ancora azioni migliori: poiché tale è la debolezza umana, che bisogna considerare tra le buone azioni anche l’astinenza dal male che si è tentati di commettere. Non appena presi questa decisione, diventai un altro uomo, o meglio, ritornai ad essere ciò che ero prima, e quel momento di debolezza scomparve. Riempito di buoni sentimenti e intenzioni positive, proseguii il mio cammino con la ferma volontà di espiare i miei errori, decidendo da allora di regolare il mio comportamento secondo le leggi della virtù, di dedicarmi senza riserve al servizio della migliore delle madri, di renderle la stessa fedeltà che provavo per lei, e di ascoltare soltanto l’amore per i miei doveri. Ahimè! La sincerità del mio ritorno al bene sembrava promettermi un destino diverso, ma il mio vero destino era già scritto e aveva iniziato a realizzarsi. Mentre il mio cuore, pieno di amore per le cose buone e oneste, vedeva nella vita soltanto innocenza e felicità, arrivai al momento funesto che avrebbe portato con sé tutta la lunga catena dei miei mali.
L’urgenza di arrivare mi spinse a mettermi più impegno del previsto. Le avevo comunicato da Valenza il giorno e l’ora del mio arrivo. Avendo anticipato di mezza giornata i miei calcoli, rimasi a Chaparillan per lo stesso periodo, in modo da arrivare esattamente nel momento che avevo previsto. Volevo assaporare appieno la gioia di rivederla, e preferivo ritardare un po’ quell’incontro per aggiungervi anche il piacere di essere atteso. Questa precauzione mi era sempre stata utile: in passato, l’arrivo mio veniva sempre celebrato con una piccola festa; non mi aspettavo certo nulla di meno anche questa volta. E tutte queste attenzioni, che per me erano così importanti, valevano davvero la pena di essere curate con impegno.
Arrivai dunque puntuale. Da lontano cercavo di vederla lungo la strada; il mio cuore batteva sempre più forte man mano che mi avvicinavo. Arrivai senza fiato, poiché avevo lasciato l’auto in città; non vidi nessuno nel cortile, sulla porta, alla finestra. Iniziai ad agitarmi, temevo qualche incidente. Entrai: tutto era tranquillo; alcuni operai stavano mangiando in cucina, ma non c’era alcun segno di preparativi per un evento particolare. La domestica sembrò sorpresa di vedermi; ignorava che sarei arrivato. Salii al piano di sopra. Finalmente la vidi: quella cara Mamma, così amata con tanta tenerezza, con tanto affetto. Corsi verso di lei e mi gettai ai suoi piedi. “Ah! Ecco te, piccolo mio”, mi disse abbracciandomi. “Hai fatto un buon viaggio? Come stai?” Quel modo di accogliermi mi lasciò per un momento senza parole. Le chiesi se avesse ricevuto la mia lettera; lei rispose di sì. Avrei pensato di no, le dissi. E lì finì tutto. C’era un giovane con lei; lo conoscevo già, l’avevo visto in casa prima della mia partenza. Ma questa volta sembrava essersi stabilito lì. Insomma, trovai che il mio posto era stato preso da qualcun altro.
Il nuovo arrivato si era dimostrato zeloso, diligente e preciso in tutte le sue piccole incombenze, che erano sempre molte; si era addirittura assunto il compito di coordinare i lavori dei suoi operai. Altrettanto rumoroso quanto io fossi silenzioso, lui si faceva notare, e soprattutto sentire, sia nei lavori con la aratura che con la mietitura del fieno, nella raccolta della legna, nell’ambito delle stalle e del cortile. L’unica attività che trascurava era il giardinaggio, perché si trattava di un lavoro troppo tranquillo e privo di rumore. Il suo grande piacere consisteva nel caricare e trasportare materiali, nel tagliare o dividere la legna; lo si vedeva sempre con l’ascia o la pala in mano; lo si sentiva correre, colpire e gridare a piena voce. Non so quante persone riuscisse a sostituire con il suo lavoro, ma faceva sempre tanto rumore quanto dieci o dodici uomini messi insieme. Tutto questo baccano finì per intimidire mia povera mamma; lei considerò quel giovane un vero tesoro per le sue faccende. Volendo assicurarselo come collaboratore, utilizzò tutti i mezzi che riteneva efficaci, senza dimenticare quello su cui contava di più.
Si doveva conoscere il mio cuore, i suoi sentimenti più costanti, più veri, soprattutto quelli che in quel momento mi riportavano accanto a lei. Che rapido e profondo sconvolgimento in tutto il mio essere! Bisogna mettersi nei miei panni per poterlo comprendere. In un istante vidi svanire per sempre tutta quella prospettiva di felicità che mi ero immaginato. Tutte quelle dolci idee a cui tenevo tanto sparirono; e io, che fin dall’infanzia non riuscivo a vedere la mia esistenza se non in relazione alla sua, mi ritrovai solo per la prima volta. Quel momento fu terribile. E quelli che seguirono furono sempre cupi. Ero ancora giovane, ma quel dolce sentimento di gioia e speranza che dà vita alla giovinezza mi abbandonò per sempre. Da allora, l’essere umano rimase in parte morto. Non vedevo più davanti a me che i tristi resti di una vita insipida; e se talvolta ancora un’immagine di felicità sfiorava i miei desideri, quella felicità non era più quella che mi apparteneva. Sentivo che, anche ottenerla, non sarei stato davvero felice.
Ero così sciocco e la mia fiducia era così illimitata che, nonostante il tono cordiale del nuovo arrivato – che consideravo un effetto della natura affabile di Mamma, capace di avvicinare tutti a lei – non mi sarei mai sospettato la vera ragione di quel comportamento se lei stessa non me l’avesse rivelata. Ma si affrettò a confessarmelo con una franchezza che avrebbe potuto aumentare ancora di più la mia rabbia, se solo il mio cuore fosse stato in grado di provare odio. Lei, invece, trovava tutto ciò del tutto naturale; mi rimproverava per la mia negligenza in casa e adduceva come scusa le mie frequenti assenze, come se avesse un temperamento particolarmente impaziente di colmare quei “vuoti”. Ah, Mamma, dissi con il cuore stretto dal dolore, come osate dirmi una cosa del genere! Quanto poco vale un affetto simile al mio. Non mi avete forse conservato la vita solo per poi privarmi di tutto ciò che la rendeva preziosa? Morirò, ma voi vi pentirete. Lei rispose con tono tranquillo, capace di farmi impazzire: “Sei ancora un bambino. Non si muore per queste cose. Non perderai nulla. Saremo comunque buoni amici, sempre molto intimi in tutti i sensi. Il mio affetto per te non può né diminuire né finire, mai.” In breve, mi fece capire che tutti i miei diritti rimanevano gli stessi, e che condividerli con un altro non significava affatto perderli.
Nella vita mia, la purezza dei miei sentimenti per lei, la verità di tali sentimenti, la forza con cui li provavo, mai come in quel momento la sincerità e l’onestà della mia anima si fecero sentire così chiaramente. Mi precipitai ai suoi piedi, baciai i suoi ginocchi mentre versavo fiumi di lacrime. “No, mamma”, le dissi con passione, “vi amo troppo per umiliarvi; la vostra presenza è troppo preziosa per me per poterla condividere. I rimpianti che provai quando vi ottenni sono aumentati con il mio amore. No, non posso più conservarla a quel prezzo. Avrete sempre le mie adorazioni, siate sempre degna di esse: per me è ancora più necessario onorarvi che possedervi. È a voi, oh mamma, che la cedo; è all’unione dei nostri cuori che sacrifico tutti i miei piaceri. Possa morire mille volte prima di assaporare quelli che potrebbero degradare ciò che amo!”
Rimasi fedele a questa risoluzione con una costanza degna, oserei dire, del sentimento che me l’aveva ispirata. Da quel momento in poi vidi quella cara mamma soltanto con gli occhi di un vero figlio; e va notato che, sebbene la mia risoluzione non avesse il suo consenso segreto – come ne fui ben consapevole – lei non utilizzò mai parole insinuanti, carezze o quelle astute manovre di cui le donne sanno fare uso senza esagerare e che spesso riescono nel loro scopo. Costretto a cercarmi un destino indipendente da lei, e incapace persino di immaginarne uno, finii per cercarlo proprio in lei. La cercai con tale intensità che quasi riuscii a dimenticarmi completamente. Il desiderio ardente di vederla felice, a qualunque prezzo fosse, assorbì tutte le mie emozioni: anche se lei separava la propria felicità dalla mia, io la consideravo comunque mia, nonostante tutto.
Ainsi commencèrent à germer avec mes malheurs les vertus dont la semence était au fond de mon âme, que l’étude avait cultivées, et qui n’attendaient pour éclore que le ferment de l’adversité. Le premier fruit de cette disposition si désintéressée fut d’écarter de mon cœur tout sentiment de haine et d’envie contre celui qui m’avait supplanté. Je voulus, au contraire, et je voulus sincèrement, m’attacher à ce jeune homme, le former, travailler à son éducation, lui faire sentir son bonheur, l’en rendre digne, s’il était possible, et faire en un mot pour lui tout ce qu’Anet avait fait pour moi dans une occasion pareille. Mais la parité manquait entre les personnes. Avec plus de douceur et de lumières, je n’avais pas le sang-froid et la fermeté d’Anet, ni cette force de caractère qui en imposait, et dont j’aurais eu besoin pour réussir. Je trouvai encore moins dans le jeune homme les qualités qu’Anet avait trouvées en moi : la docilité, l’attachement, la reconnaissance, surtout le sentiment du besoin que j’avais de ses soins, et l’ardent désir de les rendre utiles. Tout cela manquait ici. Celui que je voulais former ne voyait en moi qu’un pédant importun qui n’avait que du babil. Au contraire, il s’admirait lui-même comme un homme important dans la maison, et mesurant les services qu’il y croyait rendre sur le bruit qu’il y faisait, il regardait ses haches et ses pioches comme infiniment plus utiles que tous mes bouquins. À quelque égard il n’avait pas tort ; mais il partait de là pour se donner des airs à faire mourir de rire. Il tranchait avec les paysans du gentilhomme campagnard ; bientôt il en fit autant avec moi, et enfin avec Maman elle-même. Son nom de Wintzenried ne lui paraissant pas assez noble, il le quitta pour celui de M. de Courtilles, et c’est sous ce dernier nom qu’il a été connu depuis à Chambéry et en Maurienne, où il s’est marié.
Enfin, tant fit l’illustre personnage qu’il fut tout dans la maison, et moi rien. Comme, lorsque j’avais le malheur de lui déplaire, c’était Maman et non pas moi qu’il grondait, la crainte de l’exposer à ses brutalités me rendait docile à tout ce qu’il désirait, et chaque fois qu’il fendait du bois, emploi qu’il remplissait avec une fierté sans égale, il fallait que je fusse là spectateur oisif et tranquille admirateur de sa prouesse. Ce garçon n’était pourtant pas absolument d’un mauvais naturel ; il aimait Maman, parce qu’il était impossible de ne la pas aimer ; il n’avait même pas pour moi de l’aversion, et quand les intervalles de ses fougues permettaient de lui parler, il nous écoutait quelquefois assez docilement, convenant franchement qu’il n’était qu’un sot : après quoi il n’en faisait pas moins de nouvelles sottises. Il avait d’ailleurs une intelligence si bornée et des goûts si bas, qu’il était difficile de lui parler raison et presque impossible de se plaire avec lui. À la possession d’une femme pleine de charmes, il ajouta le ragoût d’une femme de chambre vieille, rousse, édentée, dont Maman avait la patience d’endurer le dégoûtant service, quoiqu’elle lui fît mal au cœur. Je m’aperçus de ce nouveau ménage, et j’en fus outré d’indignation : mais je m’aperçus d’une autre chose qui m’affecta bien plus vivement encore, et qui me jeta dans un plus profond découragement que tout ce qui s’était passé jusqu’alors ; ce fut le refroidissement de Maman envers moi.
La privation que je m’étais imposée et qu’elle avait fait semblant d’approuver est une de ces choses que les femmes ne pardonnent point, quelque mine qu’elles fassent, moins par la privation qui en résulte pour elles-mêmes, que par l’indifférence qu’elles y voient pour leur possession. Prenez la femme la plus sensée, la plus philosophe, la moins attachée à ses sens ; le crime le plus irrémissible que l’homme dont au reste elle se soucie le moins, puisse commettre envers elle, est d’en pouvoir jouir et de n’en rien faire. Il faut bien que ceci soit sans exception, puisqu’une sympathie si naturelle et si forte fut altérée en elle par une abstinence qui n’avait que des motifs de vertu, d’attachement et d’estime. Dès lors je cessai de trouver en elle cette intimité des cœurs qui fit toujours la plus douce jouissance du mien. Elle ne s’épanchait plus avec moi que quand elle avait à se plaindre du nouveau venu ; quand ils étaient bien ensemble, j’entrais peu dans ses confidences. Enfin elle prenait peu à peu une manière d’être dont je ne faisais plus partie. Ma présence lui faisait plaisir encore, mais elle ne lui faisait plus besoin, et j’aurais passé des jours entiers sans la voir, qu’elle ne s’en serait pas aperçue.
Insensiblement je me sentis isolé et seul dans cette même maison dont auparavant j’étais l’âme, et où je vivais pour ainsi dire à double. Je m’accoutumai peu à peu à me séparer de tout ce qui s’y faisait, de ceux mêmes qui l’habitaient, et pour m’épargner de continuels déchirements, je m’enfermais avec mes livres, ou bien j’allais soupirer et pleurer à mon aise au milieu des bois. Cette vie me devint bientôt tout à fait insupportable. Je sentis que la présence personnelle et l’éloignement de cœur d’une femme qui m’était si chère irritaient ma douleur, et qu’en cessant de la voir je m’en sentirais moins cruellement séparé. Je formai le projet de quitter sa maison ; je le lui dis, et, loin de s’y opposer, elle le favorisa. Elle avait à Grenoble une amie appelée Mme Deybens, dont le mari était ami de M. de Mably, grand prévôt à Lyon. M. Deybens me proposa l’éducation des enfants de M. de Mably : j’acceptai, et je partis pour Lyon sans laisser ni presque sentir le moindre regret d’une séparation dont auparavant la seule idée nous eût donné les angoisses de la mort.
J’avais à peu près les connaissances nécessaires pour un précepteur, et j’en croyais avoir le talent. Durant un an que je passai chez M. de Mably, j’eus le temps de me désabuser. La douceur de mon naturel m’eût rendu propre à ce métier, si l’emportement n’y eût mêlé ses orages. Tant que tout allait bien, et que je voyais réussir mes soins et mes peines, qu’alors je n’épargnais point, j’étais un ange ; j’étais un diable quand les choses allaient de travers. Quand mes élèves ne m’entendaient pas, j’extravaguais, et, quand ils marquaient de la méchanceté, je les aurais tués : ce n’était pas le moyen de les rendre savants et sages. J’en avais deux ; ils étaient d’humeurs très différentes. L’un de huit à neuf ans, appelé Sainte-Marie, était d’une jolie figure, l’esprit assez ouvert, assez vif, étourdi, badin, malin, mais d’une malignité gaie. Le cadet, appelé Condillac[100], paraissait presque stupide, musard, têtu comme une mule, et ne pouvant rien apprendre. On peut juger qu’entre ces deux sujets je n’avais pas besogne faite. Avec de la patience et du sang-froid peut-être aurais-je pu réussir ; mais, faute de l’une et de l’autre, je ne fis rien qui vaille, et mes élèves tournaient très mal. Je ne manquais pas d’assiduité, mais je manquais d’égalité, surtout de prudence. Je ne savais employer auprès d’eux que trois instruments toujours inutiles et souvent pernicieux auprès des enfants : le sentiment, le raisonnement, la colère. Tantôt je m’attendrissais avec Sainte-Marie jusqu’à pleurer ; je voulais l’attendrir lui-même, comme si l’enfant était susceptible d’une véritable émotion de cœur ; tantôt je m’épuisais à lui parler raison, comme s’il avait pu m’entendre ; et comme il me faisait quelquefois des arguments très subtils, je le prenais tout de bon pour raisonnable, parce qu’il était raisonneur. Le petit Condillac était encore plus embarrassant, parce que, n’entendant rien, ne répondant rien, ne s’émouvant de rien, et d’une opiniâtreté à toute épreuve, il ne triomphait jamais mieux de moi que quand il m’avait mis en fureur ; alors c’était lui qui était le sage, et c’était moi qui étais l’enfant. Je voyais toutes mes fautes, je les sentais ; j’étudiais l’esprit de mes élèves, je les pénétrais très bien, et je ne crois pas que jamais une seule fois j’aie été la dupe de leurs ruses. Mais que me servait de voir le mal sans savoir appliquer le remède ? En pénétrant tout je n’empêchais rien, je ne réussissais à rien, et tout ce que je faisais était précisément ce qu’il ne fallait pas faire.
Thus, amidst my misfortunes, the virtues that lay dormant at the core of my soul—virtues that study had nurtured—began to sprout forth, waiting only for the catalyst of adversity to bring them into bloom. The first fruit of this selfless attitude was my ability to cast aside all feelings of hatred and envy toward the one who had taken my place. On the contrary, I sincerely desired to bond with this young man, to nurture him, to devote myself to his education, to help him realize his own happiness, to make him worthy of it—if such were possible—and in short, to do for him everything that Anet had done for me under similar circumstances. Yet, the equality between us was lacking. With greater gentleness and knowledge, I lacked Anet’s composure and resolve, as well as the strong character that would have been necessary to succeed. Moreover, I found in this young man none of the qualities that Anet had seen in me: obedience, devotion, gratitude—especially the awareness of my need for his care, and the fervent desire to be useful to him. All these were absent. To him, I was merely an annoying pedant who spouted empty words. On the contrary, he regarded himself as an important figure in the household; judging by the noise he made, he believed he was performing invaluable services—and thus considered his axes and shovels far more useful than all my books. In some ways, he wasn’t wrong; but his arrogance was downright laughable. He distinguished himself from the peasants as a country gentleman—soon after, he did the same with me, and ultimately with Mama herself. Finding his surname of Wintzenried insufficiently noble, he changed it to M. de Courtilles, and under that name he became known in Chambéry and the Maurienne region, where he eventually married.
In the end, that illustrious individual became the absolute master of the household, while I became nothing at all. Whenever I had the misfortune to displease him, it was Mother—not me—who would be reprimanded. The fear of exposing her to his brutality made me obedient to every wish of his. Every time he chopped wood—a task he performed with unparalleled pride—I was forced to watch passively and quietly, admiring his prowess. Yet that boy was not entirely of a bad nature; he loved Mother, because it was impossible not to love her; he even felt no aversion toward me, and when the intervals between his outbursts allowed us to speak to him, he would sometimes listen quite obediently, even admitting frankly that he was nothing but a fool—only to go off and commit new foolishnesses shortly after. His intelligence was so limited and his tastes so vulgar that it was difficult to reason with him, and almost impossible to enjoy his company. To the possession of a woman full of charm, he added the presence of an old, red-haired, toothless maid; Mother endured her disgusting services out of patience, though they caused her great distress. I became aware of this new arrangement in the household, and I was outraged by it. But what affected me even more deeply, and plunged me into greater despair than anything that had happened before, was the coldness that Mother began to show toward me.
The privation that I had imposed upon myself, and which she had pretended to approve of, is one of those things that women never forgive—no matter what guise it takes. It’s not so much the privation itself that bothers them as the indifference it reveals toward their own possessions. Take the most sensible, most philosophical woman, the one least attached to her senses; the most unforgivable offense an man can commit against her, the one she cares least about, is to be able to enjoy her without actually doing so. This must be true without exception, for such a natural and strong sympathy was altered in her by an abstinence that was motivated only by virtue, attachment, and respect. From that moment on, I no longer found in her that kind of heartfelt intimacy that had always brought me the greatest pleasure. She only confided in me when she had complaints about the newcomer; when they were alone together, she rarely shared her thoughts with me. Eventually, she began to behave in a way that no longer included me in her life. My presence still pleased her, but it was no longer essential to her existence. I could spend entire days without seeing her, and she wouldn’t even notice.
Insensibly, I began to feel isolated and alone in the very same house that had once been the very essence of my life; I lived there as it were in a dual existence. Gradually, I got used to separating myself from everything that took place there, even from those who inhabited it. To avoid constant heartbreak, I would retreat with my books, or go into the woods to weep and lament in solitude. Soon, this way of life became utterly unbearable for me. I realized that the presence—and, more so, the emotional distance—of a woman whom I cherished so deeply only intensified my suffering; that by ceasing to see her, I might feel less cruelly separated from her. I resolved to leave her home; I told her so, and far from opposing it, she actually encouraged me to do so. She had a friend in Grenoble named Madame Deybens, whose husband was acquainted with Monsieur de Mably, the chief magistrate of Lyon. Madame Deybens offered me the opportunity to teach Monsieur de Mably’s children; I accepted, and left for Lyon without expressing nearly any regret at this separation—whereas previously, the mere thought of it would have filled us both with agony.
I possessed roughly the necessary knowledge to be a tutor, and I believed I had the talent as well. During the year I spent with Mr. de Mably, I had enough time to realize my mistake. My gentle nature would have made me suitable for this job, if not for the storms of impulsiveness that often disrupted everything. Whenever things went well, and when I saw the results of my efforts, I was truly an angel; but whenever things went wrong, I became a devil. When my students did not listen to me, I would lose my temper completely; and when they showed any malice, I felt like killing them—though such actions would have done no good in making them wise or virtuous. I had two students; their personalities were very different. The older one, around eight or nine years old and named Sainte-Marie, was quite handsome, with an open-minded and lively personality—he was somewhat foolish, playful, and clever, but also harbored a mischievous nature. The younger one, named Condillac[100], seemed almost stupid, lazy, and stubborn as a mule, and appeared utterly incapable of learning anything. One can imagine that dealing with such two students presented me with considerable challenges. Perhaps with patience and calmness, I could have succeeded; but lacking both, I achieved nothing, and my students ended up doing very poorly. I was diligent in my efforts, but lacked consistency and prudence. When teaching them, I resorted to only three methods—always ineffective and often harmful for children: emotion, reasoning, and anger. Sometimes I would become so emotional with Sainte-Marie that I would cry; I tried to reason with him, as if he were capable of genuine emotional understanding; other times I would spend hours trying to convince him, assuming he could listen. Since he sometimes presented very clever arguments, I would mistake his behavior for rationality—just because he was argumentative. The younger Condillac was even more troublesome: since he understood nothing, responded not at all, and remained utterly unmoved by anything, he only managed to “defeat” me when he made me angry—then it was he who seemed wise, and I the fool. I saw all my mistakes clearly; I understood my students well, but knowing everything did nothing to help me correct their problems. My efforts were always counterproductive.
E così iniziarono a germogliare, insieme alle mie sfortune, quelle virtù la cui semina era già presente nel profondo della mia anima, e che lo studio aveva coltivato; virtù che attendevano soltanto l’effetto del dolore per fiorire. Il primo frutto di questa natura disinteressata fu allontanare dal mio cuore ogni sentimento di odio e invidia verso colui che mi aveva sostituito. Al contrario, desideravo sinceramente legarmi a quel giovane, formarlo, dedicarmi alla sua educazione, fargli comprendere quanto fosse fortunato, renderlo degno di tale fortuna, se possibile. Insomma, fare per lui tutto ciò che Anet aveva fatto per me in una situazione simile. Ma mancava la parità tra le persone: con maggiore dolcezza e “lumi”, non possedevo l’equilibrio e la fermezza di Anet, né quella forza di carattere che avrei avuto bisogno per riuscirci. Trovavo in quel giovane anche meno delle qualità che Anet aveva riscontrato in me: docilità, affetto, gratitudine, soprattutto la consapevolezza del mio bisogno dei suoi aiuti e il desiderio ardente di renderli utili. Tutto ciò mancava. Colui che volevo formare vedeva in me soltanto un pedante fastidioso, capace solo di chiacchiere vuote. Al contrario, lui stesso si considerava un uomo importante in quella casa; valutando i “servizi” che credeva di rendere, considerava le sue attività molto più utili dei miei libri. In qualche modo non aveva torto; ma partendo da questo presupposto, assumeva atteggiamenti davvero ridicoli. Si distingueva dai contadini come un vero gentiluomo di campagna; presto iniziò a fare lo stesso con me, e infine anche con Mamma stessa. Il suo nome, Wintzenried, gli sembrava non abbastanza nobile, quindi lo cambiò in “M. de Courtilles”; ed è sotto questo nome che fu conosciuto da allora in poi a Chambéry e nella Maurienne, dove si sposò.
Infine, quell’illustre personaggio finì per dominare completamente in casa; io, invece, non ero nulla. Poiché, quando avevo la sfortuna di contrariarlo, era mia madre e non io ad essere rimproverata, la paura di esporla alle sue brutalità mi rendeva docile a tutto ciò che desiderava. Ogni volta che tagliava la legna – un compito che svolgeva con una fierezza senza eguali – dovevo esserci io, spettatore passivo e tranquillo, ad ammirare le sue “prodezze”. Quel ragazzo, tuttavia, non era affatto di cattivo carattere: amava mia madre, perché era impossibile non amarla; non provava nemmeno avversione per me, e quando i momenti di calma gli permettevano di parlare con noi, a volte ci ascoltava abbastanza docilmente, ammettendo apertamente di essere uno sciocco. Poi, comunque, continuava a commettere nuove sciocchezze. Inoltre, la sua intelligenza era così limitata e i suoi gusti così volgari che era difficile ragionare con lui, e quasi impossibile divertirsi in sua compagnia. Oltre alla presenza di una donna piena di fascino, nella nostra casa c’era anche quella di una vecchia cameriera rossastra, sdentata. Mia madre aveva la pazienza di sopportare i suoi servizi disgustosi, anche se le causavano dolore. Mi resi conto di questa nuova situazione e ne fui indignato; ma ciò che mi colpì ancora di più, e mi gettò in un profondo scoraggiamento, fu il distacco di mia madre nei miei confronti.
La privazione che mi ero imposta e che lei aveva finto di approvare è una di quelle cose che le donne non perdonano mai, qualunque atteggiamento assumano; meno per la privazione che ne deriva per loro stesse, che per l’indifferenza che vi vedono nei confronti della propria proprietà. Prendete la donna più sensata, più filosofa, meno attaccata ai propri desideri. Il crimine più irreparabile che un uomo, di cui comunque lei si cura poco, possa commettere contro di lei è quello di poterla godere senza però agire concretamente al riguardo. Deve trattarsi senz’eccezione di una situazione del genere: una simpatia così naturale e forte, infatti, venne alterata in lei da un’astinenza motivata soltanto da virtù, affetto ed stima. Da quel momento smisi di trovare in lei quella intimità reciproca che rendeva sempre così dolce il mio rapporto con lei. Si confidava con me solo quando aveva motivo di lamentarsi del nuovo arrivato; quando erano insieme, raramente entravo nel suo mondo interiore. Alla fine, prese gradualmente un atteggiamento tale da escludermi completamente dalla sua vita. La mia presenza le faceva ancora piacere, ma non ne aveva più bisogno. Avrei potuto trascorrere intere giornate senza vederla, e lei non se ne sarebbe nemmeno accorta.
In modo insensibile, mi sentii isolato e solo in quella stessa casa che un tempo era stata l’essenza della mia vita, dove vivevo praticamente in due mondi diversi. Mi abituai gradualmente a separarmi da tutto ciò che vi avveniva, persino dalle persone che vi abitavano; per evitare continui dolori, mi ritiravo nei miei libri o andavo a piangere tranquillamente tra i boschi. Questa vita divenne presto insopportabile per me. Sentivo che la presenza fisica e l’assenza emotiva di una donna così cara mi aggravavano il dolore; pensai quindi che smettere di vederla avrebbe potuto alleviare quella separazione così crudele. Decisi quindi di lasciare la sua casa; glielo dissi, e lei, invece di opporsi, mi incoraggiò nella mia decisione. Aveva a Grenoble un’amica di nome signora Deybens, il cui marito era amico del signor de Mably, alto prevosto di Lione. La signora Deybens mi offrì l’opportunità di occuparmi dell’educazione dei figli del signor de Mably; accettai e partii per Lione, senza provare quasi alcun rimpianto per quella separazione che un tempo avrebbe potuto causarci angoscie terribili.
Disposavo approssimativamente delle conoscenze necessarie per essere un precettore e credevo di possedere anche il talento adatto a tale ruolo. Durante l’anno trascorso presso il signor de Mably, ebbi il tempo di rendermi conto dei miei limiti. La dolcezza del mio carattere avrebbe potuto rendermi adatto a quel mestiere, se non fosse stato per la mia impulsività che sovente causava problemi. Quando tutto andava bene, quando i miei sforzi sembravano portare a risultati positivi, ero davvero un angelo. Ma quando le cose prendevano una brutta piega, diventavo un diavolo. Se i miei studenti non mi ascoltavano, perdevo la pazienza; se mostravano cattiveria, avrei voluto ucciderli. Ma quel non era certo il modo per farli diventare saggi e istruiti. Ne avevo due: uno di otto o nove anni, chiamato Sainte-Marie, dal viso grazioso, con un’intelligenza abbastanza vivace e arguta, ma anche molto maliziosa; l’altro, chiamato Condillac[100], sembrava quasi stupido, indolente e testardo, e apparentemente incapace di imparare qualsiasi cosa. Si può immaginare quanto fosse difficile gestire due studenti così diversi tra loro. Forse con pazienza e calma avrei potuto avere successo; ma, a mancanza di queste qualità, non riuscii a ottenere nulla, e i miei studenti finirono per andare molto male. Non mi mancava la diligenza, ma né l’equilibrio né la prudenza. Con loro utilizzavo soltanto tre metodi che risultavano sempre inutili, se non addirittura dannosi: il sentimento, il ragionamento e la rabbia. A volte cercavo di commuovermi con Sainte-Marie fino alle lacrime; altre volte provavo a ragionare con lui, come se fosse davvero in grado di capirmi. E poiché a volte mi contraddiceva in modo molto astuto, finivo per credere che avesse davvero un’intelligenza razionale. Il piccolo Condillac era ancora più difficile da gestire: non ascoltava nulla, non rispondeva a nulla, non si commuoveva per nulla. E la sua testardaggine lo rendeva sempre vincente su di me. Allora lui era il “saggio”, e io l’“infante”. Vedevo tutti i miei errori, li sentivo chiaramente. Studiavo il carattere dei miei studenti, li comprendevo molto bene. E non credo di essere mai stato ingannato dalle loro astuzie. Ma a che mi serviva vedere il male senza sapere come rimediarvi? Nonostante comprendessi tutto, non riuscivo a impedire nulla. Non ottenevo alcun risultato. E tutto ciò che facevo era esattamente ciò che non avrei dovuto fare.
Je ne réussissais guère mieux pour moi que pour mes élèves. J’avais été recommandé par Mme Deybens à Mme de Mably. Elle l’avait priée de former mes manières et de me donner le ton du monde. Elle y prit quelques soins, et voulut que j’apprisse à faire les honneurs de sa maison, mais je m’y pris si gauchement, j’étais si honteux, si sot, qu’elle se rebuta, et me planta là. Cela ne m’empêcha pas de devenir, selon ma coutume, amoureux d’elle. J’en fis assez pour qu’elle s’en aperçût, mais je n’osai jamais me déclarer. Elle ne se trouva pas d’humeur à faire les avances, et j’en fus pour mes lorgneries et mes soupirs, dont même je m’ennuyai bientôt[101], voyant qu’ils n’aboutissaient à rien.
J’avais tout à fait perdu chez Maman le goût des petites friponneries, parce que, tout étant à moi, je n’avais rien à voler. D’ailleurs les principes élevés que je m’étais faits devaient me rendre désormais bien supérieur à de telles bassesses, et il est certain que depuis lors je l’ai d’ordinaire été : mais c’est moins pour avoir appris à vaincre mes tentations que pour en avoir coupé la racine, et j’aurais grand-peur de voler comme dans mon enfance si j’étais sujet aux mêmes désirs. J’eus la preuve de cela chez M. de Mably. Environné de petites choses volables que je ne regardais même pas, je m’avisai de convoiter un certain petit vin blanc d’Arbois très joli, dont quelques verres que par-ci par-là je buvais à table m’avaient fort affriandé. Il était un peu louche, je croyais savoir bien coller le vin, je m’en vantai, on me confia celui-là ; je le collai et le gâtai, mais aux yeux seulement, il resta toujours agréable à boire, et l’occasion fit que je m’en accommodai de temps en temps de quelques bouteilles pour boire à mon aise en mon petit particulier. Malheureusement je n’ai jamais pu boire sans manger. Comment faire pour avoir du pain ? Il m’était impossible d’en mettre en réserve. En faire acheter par les laquais, c’était me déceler, et presque insulter le maître de la maison. En acheter moi-même, je n’osai jamais. Un beau monsieur, l’épée au côté, aller chez un boulanger acheter un morceau de pain, cela se pouvait-il ? Enfin je me rappelai le pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : Qu’ils mangent de la brioche. J’achetai de la brioche. Encore que de façons pour en venir là ! Sorti seul à ce dessein, je parcourais quelquefois toute la ville, et passais devant trente pâtissiers avant d’entrer chez aucun. Il fallait qu’il n’y eût qu’une seule personne dans la boutique, et que sa physionomie m’attirât beaucoup, pour que j’osasse franchir le pas. Mais aussi quand j’avais une fois ma chère petite brioche, et que, bien enfermé dans ma chambre, j’allais trouver ma bouteille au fond d’une armoire, quelles bonnes petites buvettes je faisais là tout seul, en lisant quelques pages de roman ! Car lire en mangeant fut toujours ma fantaisie, au défaut d’un tête-à-tête. C’est le supplément de la société qui me manque. Je dévore alternativement une page et un morceau : c’est comme si mon livre dînait avec moi.
Je n’ai jamais été dissolu ni crapuleux, et ne me suis enivré de ma vie. Ainsi mes petits vols n’étaient pas fort indiscrets : cependant ils se découvrirent, les bouteilles me décelèrent. On ne m’en fit pas semblant, mais je n’eus plus la direction de la cave. En tout cela, M. de Mably se conduisit honnêtement et prudemment. C’était un très galant homme, qui, sous un air aussi dur que son emploi, avait une véritable douceur de caractère et une rare bonté de cœur. Il était judicieux, équitable, et, ce qu’on n’attendrait pas d’un officier de maréchaussée, même très humain. En sentant son indulgence, je lui en devins plus attaché, et cela me fit prolonger mon séjour dans sa maison plus que je n’aurais fait sans cela. Mais enfin, dégoûté d’un métier auquel je n’étais pas propre et d’une situation très gênante qui n’avait rien d’agréable pour moi, après un an d’essai, durant lequel je n’épargnai point mes soins, je me déterminai à quitter mes disciples, bien convaincu que je ne parviendrais jamais à les bien élever. M. de Mably lui-même voyait cela tout aussi bien que moi. Cependant je crois qu’il n’eût jamais pris sur lui de me renvoyer si je ne lui en eusse épargné la peine, et cet excès de condescendance en pareil cas n’est assurément pas ce que j’approuve.
Ce qui me rendait mon état plus insupportable était la comparaison continuelle que j’en faisais avec celui que j’avais quitté, c’était le souvenir de mes chères Charmettes, de mon jardin, de mes arbres, de ma fontaine, de mon verger, et surtout de celle pour qui j’étais né, qui donnait de l’âme à tout cela. En repensant à elle, à nos plaisirs, à notre innocente vie, il me prenait des serrements de cœur, des étouffements qui m’ôtaient le courage de rien faire. Cent fois j’ai été violemment tenté de partir à l’instant et à pied pour retourner auprès d’elle ; pourvu que je la revisse encore une fois, j’aurais été content de mourir à l’instant même.
Enfin je ne pus résister à ces souvenirs si tendres, qui me rappelaient auprès d’elle à quelque prix que ce fût. Je me disais que je n’avais pas été assez patient, assez complaisant, assez caressant, que je pouvais encore vivre heureux dans une amitié très douce, en y mettant du mien plus que je n’avais fait. Je forme les plus beaux projets du monde, je brûle de les exécuter. Je quitte tout, je renonce à tout, je pars, je vole, j’arrive dans tous les mêmes transports de ma première jeunesse, et je me retrouve à ses pieds. Ah ! j’y serais mort de joie si j’avais retrouvé dans son accueil, dans ses caresses[102], dans son cœur enfin, le quart de ce que j’y retrouvais autrefois[103], et que j’y reportais encore.
Affreuse illusion des choses humaines ! Elle me reçut toujours avec son excellent cœur, qui ne pouvait mourir qu’avec elle ; mais je venais rechercher le passé qui n’était plus et qui ne pouvait renaître. À peine eus-je resté une demi-heure avec elle, que je sentis mon ancien bonheur mort pour toujours. Je me retrouvai dans la même situation désolante que j’avais été forcé de fuir, et cela sans que je pusse dire qu’il y eût de la faute de personne ; car au fond Courtilles n’était pas mauvais, et parut me revoir avec plus de plaisir que de chagrin. Mais comment me souffrir surnuméraire près de celle pour qui j’avais été tout, et qui ne pouvait cesser d’être tout pour moi ? Comment vivre étranger dans la maison dont j’étais l’enfant ? L’aspect des objets témoins de mon bonheur passé me rendait la comparaison plus cruelle. J’aurais moins souffert dans une autre habitation. Mais me voir rappeler incessamment tant de doux souvenirs, c’était irriter le sentiment de mes pertes. Consumé de vains regrets, livre à la plus noire mélancolie, je repris le train de rester seul hors les heures des repas. Enfermé avec mes livres, j’y cherchais des distractions utiles, et sentant le péril imminent que j’avais tant craint autrefois, je me tourmentais derechef à chercher en moi-même les moyens d’y pourvoir quand Maman n’aurait plus de ressources. J’avais mis les choses dans sa maison sur le pied d’aller sans empirer ; mais depuis moi tout était changé. Son économe était un dissipateur. Il voulait briller : bon cheval, bon équipage ; il aimait à s’étaler noblement aux yeux des voisins ; il faisait des entreprises continuelles en choses où il n’entendait rien. La pension se mangeait d’avance, les quartiers en étaient engagés, les loyers étaient arriérés, et les dettes allaient leur train. Je prévoyais que cette pension ne tarderait pas d’être saisie et peut-être supprimée. Enfin je n’envisageais que ruine et désastres, et le moment m’en semblait si proche, que j’en sentais d’avance toutes les horreurs.
I was just as unsuccessful with myself as I was with my students. Mme Deybens had recommended me to Mme de Mably, who asked her to teach me proper manners and introduce me to the ways of society. She took some effort in doing so and wanted me to learn how to conduct myself in her home, but I was so awkward, so ashamed, and so foolish that she eventually gave up on me. Nevertheless, as usual, I fell in love with her. I did everything possible to let her know my feelings, but I never dared to confess them directly. She wasn’t in the mood to take any initiative on my behalf, so I was left with nothing but my longing and sighs—which, in time, began to bore me as well, since they led to nothing at all.
I had completely lost any inclination for such little mischievous acts at my mother’s house, because since everything belonged to me, there was nothing left to steal. Moreover, the high moral principles I had adopted should have made me far superior to such baseness; indeed, in most cases, I certainly was. But this was less due to my ability to overcome such temptations than to the fact that I had cut their root entirely. I would be terrified at the thought of stealing again, as I used to do in my childhood. I got proof of this when I was with Mr. de Mably. Surrounded by various small items that were easily stealable and that I didn’t even look at, I suddenly found myself coveting a very nice little white wine from Arbois—some glasses of which I had tasted at dinner and which had really whetted my appetite. The wine was a bit questionable in quality; I thought I knew how to mix it properly, so I boasted about my skills, and they entrusted me with this particular bottle. I tried to mix it, but I ruined it—though, to the eye, it still tasted fine. Eventually, I managed to steal a few bottles from time to time to enjoy in private. Unfortunately, I could never drink wine without eating something as well. How was I supposed to get bread? It was impossible for me to stockpile any. Asking the servants to buy it for me would have exposed me, and it would have been almost insulting to the host of the house. Buying it myself? I never dared to. Could a decent man, with a sword at his side, really go to a baker’s shop to buy some bread? In the end, I remembered how a great princess, when told that the peasants had no bread, replied, “Let them eat brioche.” So I bought brioche. But oh, what a complicated process it was! Sometimes I would walk all over the city alone, passing by thirty pastry shops before finally entering one. The shop had to be empty, and the person inside had to have a face that really attracted me—only then would I dare to step inside. And once I got my brioche and locked myself in my room, where I kept my wine bottle in a closet, what delightful little snacks I would enjoy while reading a few pages of a novel! Reading while eating was always my favorite pastime, when I couldn’t have a private conversation with someone. It was like having the companionship of others without actually being with them. I would alternate between reading and eating—it was as if my book were dining with me.
I have never been dissolute or dishonest in my life, nor have I ever gotten drunk. Therefore, my minor thefts were not particularly blatant; yet they were discovered—the bottles gave me away. No one made a fuss about it, but after that, I was no longer in charge of the cellar. Throughout all this, Mr. de Mably behaved with honesty and prudence. He was a very gentlemanly man who, despite his stern appearance due to his role, possessed a truly kind character and a rare generosity of heart. He was judicious, fair, and—something one would not expect from an officer of the maréchaussée—extremely humane. Sensing his indulgence, I grew even more attached to him, which made me stay in his house longer than I otherwise would have done. But eventually, tired of a profession that was not suited for me and of a very awkward situation that brought me no joy, after a year of trying my best without success, I decided to leave my “students,” convinced that I would never be able to educate them properly. Mr. de Mably saw things just the same way as I did. However, I believe he would never have taken the trouble to send me away if I had not spared him that effort—and such excessive indulgence in such a situation is certainly not something I approve of.
What made my situation even more unbearable was the constant comparison I made between it and the one I had left behind—the memories of my dear Charmettes, my garden, my trees, my fountain, my orchard, and especially of the one for whom I was born, the one who gave meaning to all of it. Whenever I thought of her, of our pleasures, of our innocent life, it brought me such heartache and despair that I lost the courage to do anything at all. A hundred times over, I was violently tempted to leave immediately and walk back to be with her; if only I could see her one more time, I would be content to die right then and there.
Finally, I could no longer resist such tender memories—memories that reminded me of her, at any cost. I told myself that I had not been patient enough, accommodating enough, affectionate enough; that I could still live happily in a very gentle friendship, if I put in more effort than I had before. I made the most beautiful plans in the world, eager to carry them out. I gave up everything, renounced everything, and set off—filled with the same excitement as in my youth. And once again, I found myself at her feet. Ah! I would have died of joy if I had found, in her welcome, in her caresses, in her heart at last, even a quarter of what I used to find there—and what I still hoped to find there.
What an awful illusion human affairs can be! She always received me with her excellent heart, a heart that could die only with her; but I came seeking the past, which was gone forever and could never return. Yet, after having spent only half an hour with her, I felt that my former happiness was dead for good. I found myself in the same desolate situation from which I had been forced to flee—yet no one was to blame; for, at heart, Courtilles was not a bad person, and he seemed to greet me with more pleasure than sorrow. But how could I endure living beside someone for whom I had meant everything, only for her to remain everything to me? How could I live as a stranger in the very house that had once been my home? The sight of all those objects that had witnessed my past happiness only made the contrast seem all the more cruel. Perhaps I would have suffered less in another place. But to be constantly reminded of so many sweet memories was nothing but an aggravation to my grief. Consumed by futile regret and plunged into deepest melancholy, I began to spend my time alone outside meal times. Locked away with my books, I tried to find solace in them; yet, as I faced the imminent danger I had once feared so much, I racked my brain for ways to prepare myself for what would happen when Mom no longer had any resources left. I had ensured that everything in her home was arranged in such a way as to avoid further problems, but since my arrival, everything had changed. Her steward was a wasteful man who wanted to live in luxury: fine horses, a splendid carriage—he loved to show off before his neighbors and constantly embarked on ventures in areas where he knew nothing at all. The pension money was being spent ahead of time; the rent payments were overdue, and debts kept accumulating. I feared that the pension would soon be seized—or even completely lost. All I could see ahead was ruin and disaster, and it seemed so close that I already felt all its horrors.
Non riuscivo molto meglio con me stesso che con i miei studenti. Sono stato raccomandato da Madame Deybens a Madame de Mably, la quale le aveva chiesto di insegnarmi le buone maniere e di introdurmi nel mondo elegante. Lei si prese cura di me, volle che imparassi ad onorare la sua casa, ma io mi comportavo in modo così goffo, ero così timido e sciocco che lei si stancò presto e mi abbandonò lì. Questo non impedì tuttavia che, come al solito, mi innamorassi di lei. Feci di tutto per farle capire i miei sentimenti, ma non osai mai dichiararmi apertamente. Lei non era disposta a ricambiare i miei sentimenti, e così rimasi con le mie occhiate languide e i miei sospiri, che presto iniziarono anche a darmi noia, visto che non portavano a nulla.
Avevo completamente perso, presso mia madre, l’abitudine a compiere piccole marachelle: poiché tutto mi apparteneva, non avevo nulla da rubare. Inoltre, i principi elevati che mi ero imposto dovevano rendermi ben superiore a simili bassezze; e di certo, da allora, sono stato solitamente tale. Ma ciò non derivava tanto dal fatto di aver imparato a vincere le mie tentazioni, quanto dallo averne estirpato la radice. Temo molto che, se ancora provassi gli stessi desideri, ruberei come facevo da bambino. Ne ebbi la prova presso il signor de Mably: circondato da piccoli oggetti facilmente rubabili a cui nemmeno prestavo attenzione, mi resi conto di desiderare un certo vino bianco d’Arbois molto delizioso. Alcuni bicchieri che avevo bevuto a tavola mi avevano fatto venire voglia di altro. Il vino era un po’ strano; credevo di saperlo preparare bene, ne andai fiero. Mi fu affidato; lo preparai, e lo rovinai. Ma, agli occhi degli altri, rimase comunque piacevole da bere. L’occasione fece sì che ogni tanto ne prendessi qualche bottiglia per bere in privato. Purtroppo, non sono mai riuscito a bere senza mangiare. Come fare ad avere del pane? Era impossibile per me conservarne delle scorte. Farlo comprare dai servitori significava tradirmi. E quasi insultare il padrone di casa. Comprarlo io stesso? Non osavo mai. Un gentiluomo, con la spada al fianco, andare da un panettiere a comprare del pane. Era possibile? Alla fine, ricordai l’esempio di una grande principessa a cui si disse che i contadini non avevano pane. E lei rispose: “Che mangino della brioche, ” Comprai della brioche. Anche se per arrivarci ci vollero molte peripezie. Uscivo da solo con questo scopo, percorrevo tutta la città. Passavo davanti a trenta panetterie prima di entrare in una qualsiasi. Doveva esserci solo una persona nel negozio. E che il suo aspetto mi piacesse molto. Perché osassi entrare. Ma poi, quando finalmente avevo quella mia deliziosa brioche, e me la chiudevo bene in camera, e prendevo la bottiglia dall’armadio. Che bei momenti di solitudine trascorrevo lì, leggendo qualche pagina di romanzo! Perché leggere mentre mangiavo è sempre stata una mia passione. Quando non avevo l’opportunità di un incontro intimo. Era il “supplemento” alla compagnia che mi mancava. Mangiavo una pagina e poi bevevo un sorso. Era come se il mio libro cenasse con me.
Non sono mai stato dissoluto né disonesto, e in tutta la mia vita non mi sono mai ubriacato. Pertanto, i miei piccoli furti non erano certo molto audaci. Tuttavia vennero scoperti: le bottiglie mi tradirono. Nessuno fece commenti, ma da allora persi il controllo della cantina. In tutto questo, il signor de Mably si comportò onestamente e con prudenza. Era un uomo molto gentile; sotto un aspetto severo, tipico del suo ruolo, nascondeva una vera dolcezza di carattere e una rara bontà d’animo. Era giusto, equo. E, cosa che non si sarebbe mai aspettato da un ufficiale della gendarmeria, era anche molto umano. Sentendo la sua indulgenza, ne diventai ancora più legato a lui, e questo mi spinse a trascorrere in casa sua più tempo di quanto avrei fatto altrimenti. Ma alla fine, stanco di un mestiere che non faceva per me e di una situazione molto scomoda e priva di piaceri, dopo un anno di tentativi durante i quali non ho mai risparmiato gli sforzi, decisi di lasciare i miei “discepoli”, convinto che non sarei mai riuscito a educarli correttamente. Anche il signor de Mably la pensava allo stesso modo. Tuttavia credo che non avrebbe mai preso l’iniziativa di mandarmi via, se non glielo avessi chiesto io. E un tale eccesso di indulgenza in una situazione del genere, certamente, non è qualcosa che approvo.
Quello che rendeva la mia situazione ancora più insopportabile era il confronto continuo che facevo tra essa e quella che avevo lasciato: erano i ricordi delle mie care Charmettes, del mio giardino, degli alberi, della fontana, dell’orto. E soprattutto di colei per cui ero nato, che dava anima a tutto ciò. Ripensandoci a lei, ai nostri piaceri, alla nostra vita innocente, provavo dolori così intensi da non avere il coraggio di fare nulla. Centinaia di volte sono stato violentemente tentato di partire all’istante e di tornare da lei a piedi; avrei accettato di morire in quel momento stesso, se solo avessi potuto rivederla un’ultima volta.
Finalmente non riuscii più a resistere a questi ricordi così teneri, che mi riportavano da lei a qualunque costo. Mi dissi che non ero stato abbastanza paziente, abbastanza comprensivo, abbastanza affettuoso; che potevo ancora essere felice in un’amicizia molto dolce, se ci mettevo di più rispetto a prima. Formulai i progetti più bellissimi del mondo, bruciavo dal desiderio di realizzarli. Lasciai tutto, rinunciai a tutto, partii. E ritrovandomi ai suoi piedi, ah! sarei morto di gioia se nel suo abbraccio, nelle sue carezze, nel suo cuore, avessi trovato anche solo un quarto di ciò che un tempo vi trovavo, e che ancora speravo di trovare.
Orribile illusione delle cose umane! Lei mi accoglieva sempre con quel suo cuore meraviglioso, che poteva morire soltanto insieme a lei; ma io venivo a cercare un passato ormai svanito e irrecuperabile. Appena rimasi con lei per mezz’ora, sentii che la mia antica felicità era morta per sempre. Mi ritrovai nella stessa situazione disperata da cui ero stato costretto a fuggire. E tutto ciò senza che nessuno fosse colpevole: in fondo, Courtilles non era cattivo, anzi sembrava felice di rivedermi. Ma come potevo sopportare di vivere accanto a lei, per la quale ero stato tutto e che non avrebbe mai potuto smettere di essere tutto per me? Come potevo vivere come uno straniero in quella casa che era stata la mia casa? Il vedere gli oggetti che testimoniavano della mia passata felicità rendeva il confronto ancora più doloroso. Avrei sofferto meno in un’altra abitazione. Ma essere costantemente ricordato di tanti bei momenti significava soltanto aggravare il mio dolore. Consumato da vani rimpianti, prigioniero della più cupa malinconia, ripresi a trascorrere le ore lontano da tutti, chiuso nei miei libri in cerca di distrazioni utili. Sentivo che il pericolo di cui avevo sempre temuto era imminente. E così mi tormentavo nel cercare dentro di me i modi per affrontarlo, nel caso in cui mia madre non avesse più risorse. Avevo messo le cose in ordine nella sua casa, in modo che tutto potesse andare avanti senza problemi. Ma da quando ero arrivato io, tutto era cambiato. Il suo amministratore era un dissipatore: voleva apparire ricco e prestigioso agli occhi dei vicini. Intraprendeva continuamente imprese senza alcuna conoscenza specifica in quel campo. La pensione veniva spesa in anticipo, gli affitti non venivano pagati. E le difficoltà finanziarie aumentavano sempre di più. Prevedevo che quella pensione sarebbe stata presto sequestrata, o addirittura abolita. Non vedevo altro che rovina e disastri. E mi sembrava che quel momento fosse già molto vicino. Sentivo già tutte le sue orrori.
Mon cher cabinet était ma seule distraction. À force d’y chercher des remèdes contre le trouble de mon âme, je m’avisai d’y en chercher contre les maux que je prévoyais, et revenant à mes anciennes idées, me voilà bâtissant de nouveaux châteaux en Espagne pour tirer cette pauvre Maman des extrémités cruelles où je la voyais prête à tomber. Je ne me sentais pas assez savant et ne me croyais pas assez d’esprit pour briller dans la république des lettres et faire une fortune par cette voie. Une nouvelle idée qui se présenta m’inspira la confiance que la médiocrité de mes talents ne pouvait me donner. Je n’avais pas abandonné la musique en cessant de l’enseigner ; au contraire, j’en avais assez étudié la théorie pour pouvoir me regarder au moins comme savant en cette partie. En réfléchissant à la peine que j’avais eue d’apprendre à déchiffrer la note, et à celle que j’avais encore à chanter à livre ouvert, je vins à penser que cette difficulté pouvait bien venir de la chose autant que de moi, sachant surtout qu’en général apprendre la musique n’était pour personne une chose aisée. En examinant la constitution des signes, je les trouvais souvent fort mal inventés. Il y avait longtemps que j’avais pensé à noter l’échelle par chiffres, pour éviter d’avoir toujours à tracer des lignes et portées lorsqu’il fallait noter le moindre petit air. J’avais été arrêté par les difficultés des octaves et par celles de la mesure et des valeurs. Cette ancienne idée me revint dans l’esprit, et je vis, en y repensant, que ces difficultés n’étaient pas insurmontables. J’y rêvai avec succès, et je parvins à noter quelque musique que ce fût par mes chiffres avec la plus grande exactitude, et je puis dire avec la plus grande simplicité. Dès ce moment je crus ma fortune faite, et dans l’ardeur de la partager avec celle à qui je devais tout, je ne songeai qu’à partir pour Paris, ne doutant pas qu’en présentant mon projet à l’Académie je ne fisse une révolution. J’avais rapporté de Lyon quelque argent, je vendis mes livres. En quinze jours ma résolution fut prise et exécutée. Enfin, plein des idées magnifiques qui me l’avaient inspirée, et toujours le même dans tous les temps, je partis de Savoie avec mon système de musique comme autrefois j’étais parti de Turin avec ma fontaine de Héron.
Telles ont été les erreurs et les fautes de ma jeunesse. J’en ai narre l’histoire avec une fidélité dont mon cœur est content. Si dans la suite, j’honorai mon âge mûr de quelques vertus, je les aurais dites avec la même franchise, et c’était mon dessein. Mais il faut m’arrêter ici. Le temps peut lever bien des voiles. Si ma mémoire parvient à la postérité, peut être un jour elle apprendra ce que j’avais à dire. Alors on saura pourquoi je me tais.
Ces cahiers pleins de fautes de toute espèce, et que je n’ai pas même le temps de relire, suffisent pour mettre tout ami de la vérité sur sa trace, et lui donner les moyens de s’en assurer par ses propres informations. Malheureusement, il me paraît difficile et même impossible qu’ils échappent à la vigilance de mes ennemis. S’ils tombent entre les mains d’un honnête homme ou des amis de M. de Choiseul, s’ils parviennent à M. de Choiseul lui-même, je ne crois pas l’honneur de ma mémoire encore sans ressource. Mais, ô ciel, protecteur de l’innocence, garantis ces derniers renseignements de la mienne des mains des Dames de Boufflers, de Verdelin, et de celles de leurs amis. Dérobe du moins à ces deux furies la mémoire d’un infortuné que tu leur as abandonné de son vivant[104].
J. -J. Rousseau
Intus, et in cute
FIN du SIXIÈME LIVRE
Livre Septième
1741
Après deux ans de silence et de patience, malgré mes résolutions, je reprends la plume. Lecteur, suspendez votre jugement sur les raisons qui m’y forcent. Vous n’en pouvez juger qu’après m’avoir lu.
On a vu s’écouler ma paisible jeunesse dans une vie égale, assez douce, sans de grandes traverses ni de grandes prospérités. Cette médiocrité fut en grande partie l’ouvrage de mon naturel ardent, mais faible, moins prompt encore à entreprendre que facile à décourager ; sortant du repos par secousses, mais y rentrant par lassitude et par goût, et qui, me ramenant toujours, loin des grandes vertus et plus loin des grands vices, à la vie oiseuse et tranquille pour laquelle je me sentais né, ne m’a jamais permis d’aller à rien de grand, soit en bien, soit en mal.
Quel tableau différent j’aurai bientôt à développer ! Le sort, qui durant trente ans favorisa mes penchants, les contraria durant les trente autres, et, de cette opposition continuelle entre ma situation et mes inclinations, on verra naître des fautes énormes, des malheurs inouïs, et toutes les vertus, excepté la force, qui peuvent honorer l’adversité.
Ma première partie a été toute écrite de mémoire ; j’y ai dû faire beaucoup d’erreurs[105]. Forcé d’écrire la seconde de mémoire aussi, j’y en ferai probablement beaucoup davantage. Les doux souvenirs de mes beaux ans, passés avec autant de tranquillité[106] que d’innocence, m’ont laissé mille impressions charmantes que j’aime sans cesse à me rappeler. On verra bientôt combien sont différents ceux du reste de ma vie. Les rappeler, c’est en renouveler l’amertume. Loin d’aigrir celle de ma situation par ces tristes retours, je les écarte autant qu’il m’est possible ; et souvent j’y réussis au point de ne les pouvoir plus retrouver au besoin. Cette facilité d’oublier les maux est une consolation que le ciel m’a ménagée dans ceux que le sort devait un jour accumuler sur moi. Ma mémoire, qui me retrace uniquement les objets agréables, est l’heureux contrepoids de mon imagination effarouchée, qui ne me fait prévoir que de cruels avenirs.
Tous les papiers que j’avais rassemblés pour suppléer à ma mémoire et me guider dans cette entreprise, passés en d’autres mains, ne rentreront plus dans les miennes. Je n’ai qu’un guide fidèle sur lequel je puisse compter, c’est la chaîne des sentiments qui ont marqué la succession de mon être, et par eux celle des événements qui en ont été la cause ou l’effet. J’oublie aisément mes malheurs ; mais je ne puis oublier mes fautes, et j’oublie encore moins mes bons sentiments. Leur souvenir m’est trop cher pour s’effacer jamais de mon cœur. Je puis faire des omissions dans les faits, des transpositions, des erreurs de dates ; mais je ne puis me tromper sur ce que j’ai senti, ni sur ce que mes sentiments m’ont fait faire ; et voilà de quoi principalement il s’agit. L’objet propre de mes confessions est de faire connaître exactement mon intérieur dans toutes les situations de ma vie. C’est l’histoire de mon âme que j’ai promise, et pour l’écrire fidèlement je n’ai pas besoin d’autres mémoires ; il me suffit, comme j’ai fait jusqu’ici, de rentrer au-dedans de moi[107].
Il y a cependant, et très heureusement, un intervalle de six à sept ans dont j’ai des renseignements sûrs dans un recueil transcrit de lettres dont les originaux sont dans les mains de M. Du Peyrou. Ce recueil, qui finit en 1760, comprend tout le temps de mon séjour à l’Ermitage et de ma grande brouillerie avec mes soi-disant amis : époque mémorable dans ma vie et qui fut la source de tous mes autres malheurs. À l’égard des lettres originales plus récentes qui peuvent me rester, et qui sont en très petit nombre, au lieu de les transcrire à la suite du recueil, trop volumineux pour que je puisse espérer de le soustraire à la vigilance de mes Argus, je les transcrirai dans cet écrit même, lorsqu’elles me paraîtront fournir quelque éclaircissement soit à mon avantage, soit à ma charge : car je n’ai pas peur que le lecteur oublie jamais que je fais mes confessions pour croire que je fais mon apologie ; mais il ne doit pas s’attendre non plus que je taise la vérité lorsqu’elle parle en ma faveur.
My dear study was my only source of distraction. In searching there for remedies to the troubles in my soul, I began to look for solutions to the evils I foresaw. Returning to my old ideas, I found myself constructing new “castles in Spain” in my imagination, all in an effort to save my poor mother from the dire straits into which I saw her on the verge of falling. I did not feel sufficiently learned or clever enough to make a name for myself in the world of letters or to amass wealth through that path. However, a new idea came to me, giving me the confidence that my mediocre talents might not prevent me from achieving success. I had not abandoned music after ceasing to teach it; on the contrary, I had studied its theory thoroughly enough to consider myself at least knowledgeable in that field. Reflecting on the difficulty I had faced in learning to read musical notes and on the continued challenges of singing from sheet music, I realized that such obstacles might stem as much from the system itself as from my own abilities—especially considering that learning music is generally not an easy task for anyone. Upon examining the structure of musical notation, I often found it poorly designed. For some time, I had thought about using numbers to represent the musical scale, thus avoiding the need to constantly draw lines and staffs whenever I needed to notate a simple tune. However, I had been deterred by the complexities involved in dealing with octaves, time signatures, and note values. This old idea resurfaced in my mind, and upon further consideration, I realized that these difficulties were not insurmountable. I began working on it diligently and eventually succeeded in notating music using my numerical system—with great accuracy and simplicity. From that moment on, I believed my fortune was secured. Eager to share this achievement with the one to whom I owed everything, I set out for Paris, certain that presenting my idea to the Academy would cause a sensation. Having brought some money back from Lyon, I sold my books. Within fifteen days, my decision was made and put into action.Filled with magnificent ideas that had inspired me—and remaining steadfast in my resolve at all times—I left Savoy with my musical system, just as I had once left Turin with my “fountain of Héron.”
Such were the mistakes and faults of my youth. I have recounted their story with a fidelity that satisfies my heart. If in later years I displayed certain virtues befitting my maturity, I would have done so with the same sincerity—and such was indeed my intention. But I must stop here. Time may reveal many things. Should my memory reach future generations, perhaps one day they will learn what I had to say. Then people will understand why I remained silent.
These notebooks, filled with errors of every kind and which I don’t even have time to reread, are more than enough to lead any friend of truth to their whereabouts and provide them with the means to verify everything for themselves through their own research. Unfortunately, it seems to me difficult, if not impossible, for them to escape the vigilance of my enemies. If they fall into the hands of an honest person or of friends of Monsieur de Choiseul, or even if they reach Monsieur de Choiseul himself, I do not believe that the memory of my dear friend will be lost forever. But, oh heavens, protector of innocence, please safeguard these last remnants of my friend from the hands of Madame de Boufflers, Madame de Verdelin, and their accomplices. At least, take away from those two cruel women the memory of this unfortunate man whom you yourself left in their care during his lifetime[104].
J.-J. Rousseau
Within, and within the cute.
End of the Sixteenth Book
Seventh Book
1741
After two years of silence and patience, despite my resolutions, I take up the pen again. Reader, withhold your judgment regarding the reasons that force me to do so. You can only form an opinion after having read what I have written.
My peaceful youth passed in a life that was uneventful and rather gentle, devoid of both great hardships and great successes. To a large extent, this mediocrity was the result of my passionate yet weak nature—less inclined to take action than easily discouraged. My life alternated between periods of activity and moments of weariness and indifference; it always led me back to that idle and tranquil existence for which I seemed born, never allowing me to achieve anything significant, whether in good or in evil.
What a vastly different picture I will soon have to depict! Fate, which for thirty years favored my inclinations, opposed them for the next thirty years; and it was from this constant opposition between my circumstances and my nature that enormous mistakes, unprecedented misfortunes arose—along with all those virtues, except for strength, which can bring honor in adversity.
The first part of my work was entirely written from memory; I must have made many mistakes[105]. Forced to write the second part in the same way, I will probably make even more errors. The sweet memories of my peaceful and innocent youth have left me with countless delightful recollections that I constantly enjoy reliving. Soon we shall see how vastly different these memories are from those of the rest of my life. To recall them is to renew their bitterness. Far from aggravating the bitterness of my current situation through such sad reminders, I try my best to avoid them altogether; often I succeed so well that I am unable to retrieve them when needed. This ability to easily forget misfortunes is a consolation that heaven has granted me in those times when fate seemed destined to heap suffering upon me. My memory, which only retains pleasant things, serves as a happy counterbalance to my fearful imagination, which always predicts only cruel outcomes for me.
All the papers I had gathered to supplement my memory and guide me in this endeavor, now in other hands, will never return to mine. I have only one faithful guide upon which I can rely: the chain of emotions that have marked the sequence of my existence, and through them, the series of events that were their cause or effect. I can easily forget my misfortunes; but I cannot forget my mistakes, and even less can I forget my good sentiments. Their memory is too precious to ever be erased from my heart. I may make omissions regarding facts, make transpositions, or err in dates; but I cannot deceive myself about what I felt, nor about what my emotions prompted me to do; and it is chiefly of this that these confessions are intended. The true purpose of my revelations is to present an accurate account of my inner self in all the circumstances of my life. This is the story of my soul that I have promised to tell, and to write it faithfully, I need no other records; all I need is to look within myself[107].
However, and very fortunately, there is a period of six to seven years for which I possess reliable information in a collection of transcribed letters; the originals of these letters are in the hands of Mr. Du Peyrou. This collection, which ends in 1760, covers the entire duration of my stay at the Ermitage and the time during which I had serious conflicts with what I called my “friends” – a memorable period in my life that was also the source of all my subsequent misfortunes. As for the more recent original letters that may still exist, and which are very few in number, instead of transcribing them at the end of this collection (which is too voluminous for me to hope to keep it hidden from my “Argus”-like observers), I will transcribe them here whenever they seem to offer some clarification, whether to my advantage or to my disadvantage. For I have no fear that the reader will ever forget that I am making these confessions in the belief that I am thus presenting my defense; but at the same time, he should not expect me to conceal the truth when it speaks in my favor.
Il mio caro studio era l’unica distrazione che avessi. Cercando in esso rimedi al turbamento della mia anima, mi resi conto che poteva offrirmi anche soluzioni ai mali che prevedevo per il futuro. Riprendendo le mie vecchie idee, iniziai a costruire nuovi “castelli” nella Spagna, nel tentativo di salvare quella povera mamma dalle terribili difficoltà nelle quali la vedevo sull’orlo del precipizio. Non mi sentivo abbastanza istruito, né credevo di possedere l’intelligenza necessaria per brillare nel mondo letterario e arricchirmi in quel modo. Tuttavia, un’idea nuova mi diede la fiducia che anche una mediocrità di talenti non potesse impedirmi di realizzare i miei sogni. Non avevo abbandonato la musica dopo aver smesso di insegnarla; anzi, avevo studiato a fondo la sua teoria, tanto da considerarmi almeno competente in questo campo. Riflettendo sulle difficoltà che avevo incontrato nell’apprendere a leggere le note e nel cantare seguendo il testo scritto, pensai che tali ostacoli potessero derivare tanto dall’oggetto stesso della musica quanto da me stesso, soprattutto considerando che generalmente imparare la musica non è affatto facile per nessuno. Esaminando la struttura dei segni musicali, mi resi conto che spesso erano molto mal concepiti. Da tempo avevo pensato di rappresentare la scala musicale con i numeri, per evitare di dover tracciare continuamente linee e staffe ogni volta che dovevo scrivere una melodia. Tuttavia, ero stato ostacolato dalle difficoltà legate alle ottave, alla misura e alle variazioni ritmiche. Questa vecchia idea tornò a galla nella mia mente, e dopo averci riflettuto attentamente, mi resi conto che non erano insormontabili. Iniziai quindi a lavorarci con successo, riuscendo finalmente a scrivere musica utilizzando i numeri in modo estremamente preciso e semplice. Da quel momento credetti di aver realizzato il mio sogno, e con l’entusiasmo di condividerlo con colei a cui dovevo tutto, non pensai ad altro che partire per Parigi, convinto che presentando il mio progetto all’Accademia avrei scatenato un vero “rivoluzione”. Avevo portato con me del denaro da Lione e vendetti i miei libri. In quindici giorni presi la mia decisione e la attuai immediatamente. Con in mente tutte le idee magnifiche che mi avevano ispirato, partii dalla Savoia con il mio sistema musicale, proprio come un tempo ero partito da Torino con la mia “fontana di Ero”.
Tali sono state le errori e i fallimenti della mia giovinezza. Ne ho raccontato la storia con una fedeltà di cui il mio cuore è soddisfatto. Se in seguito avessi onorato la mia età matura con alcune virtù, le avrei descritte con la stessa franchezza, ed era proprio questo il mio intento. Ma devo fermarmi qui. Il tempo può rivelare molte cose. Se la mia memoria dovesse raggiungere la posterità, forse un giorno si saprà ciò che avevo da dire. Allora si capirà perché ho taciuto.
Questi quaderni pieni di errori di ogni sorta, e che non ho nemmeno il tempo di rileggere, sono sufficienti per far individuare a qualsiasi amico della verità la strada da seguire e fornirgli i mezzi per verificarla con le proprie informazioni. Purtroppo, mi sembra difficile, se non addirittura impossibile, che possano sfuggire alla vigilanza dei miei nemici. Se cadessero nelle mani di una persona onesta o degli amici di Monsieur de Choiseul, o se arrivassero direttamente a lui, non credo che l’onore della mia memoria rimanga senza difesa. Ma, oh cielo, protettore dell’innocenza, custodisci questi ultimi documenti dalle mani delle Dame de Boufflers, di Verdelin e dei loro amici. Almeno sottrae alla loro furia la memoria di un infelice che tu hai abbandonato in vita[104].
J.-J. Rousseau
Nel cuore, e sulla pelle.
Fine del Sesto Libro
Libro Settimo
1741
Dopo due anni di silenzio e pazienza, nonostante le mie risoluzioni, riprendo a scrivere. Lettore, astenetevi dal giudicare le ragioni che mi spingono a farlo: potrete valutarle solo dopo aver letto ciò che ho scritto.
Ho trascorso la mia giovinezza in modo pacifico, in una vita monotona e abbastanza dolce, priva di grandi difficoltà né di grandi fortune. Questa mediocrità fu in gran parte il risultato della mia natura appassionata, ma debole: meno propensa ad intraprendere che facile da scoraggiare; una natura che mi portava fuori dal riposo attraverso momenti di turbolenza, ma vi ritornava per stanchezza e per pigrizia. Questa mia indole, che mi allontanava sempre sia dalle grandi virtù che dai grandi vizi, verso una vita tranquilla e oziosa per cui sentivo di essere nato, non mi ha mai permesso di raggiungere nulla di significativo, né nel bene né nel male.
Che quadro diverso dovrò presto descrivere. Il destino, che per trent’anni ha favorito i miei inclini, li ha poi ostacolati nei successivi trent’anni; da questa continua contrapposizione tra la mia situazione e le mie tendenze, ne derivaranno errori enormi, sfortune inaudite. E tutte le virtù, tranne quella della forza, che possono onorare l’avversità.
La prima parte di questo scritto è stata interamente redatta a memoria; in essa ho commesso sicuramente molti errori[105]. Essendo costretto anche a scrivere la seconda parte a memoria, probabilmente ne commetterò ancora di più. I dolci ricordi dei miei bei anni, trascorsi con tanta tranquillità[106] quanto innocenza, mi hanno lasciato mille impressioni incantevoli che amo rievocare costantemente. Presto vedremo quanto siano diversi questi ricordi rispetto a quelli del resto della mia vita. Rievocarli significa rinnovarne l’amarezza. Lontano dal peggiorare la mia situazione con questi tristi ricordi, li allontano il più possibile; spesso ci riesco al punto di non riuscire più a ritrovarli quando ne ho bisogno. Questa facilità nell’obliare i mali è una consolazione che il cielo mi ha concesso in mezzo a tutte quelle sofferenze che il destino avrebbe un giorno potuto accumulare su di me. La mia memoria, che ricorda soltanto cose piacevoli, rappresenta il felice contrappeso alla mia immaginazione angosciata, la quale mi fa prevedere solo futuri crudeli.
Tutti i documenti che avevo raccolto per integrare la mia memoria e guidarmi in questa impresa, essendo passati ad altre mani, non torneranno mai più nelle mie. Ho soltanto un guida fedele su cui posso contare: è la catena di sentimenti che hanno segnato lo svolgersi della mia esistenza, e attraverso di essa anche quella degli eventi che ne sono stati causa o effetto. Dimentico facilmente i miei mali; ma non riesco a dimenticare i miei errori, e ancor meno i miei buoni sentimenti. Il loro ricordo è troppo prezioso per poter mai svanire dal mio cuore. Posso commettere omissioni riguardo ai fatti, fare errori di data; ma non posso ingannarmi su ciò che ho provato, né su ciò che i miei sentimenti mi hanno spinto a fare. Ed è proprio di questo che si tratta principalmente. Lo scopo principale delle mie confessioni è quello di far conoscere con precisione il mio interno in tutte le situazioni della mia vita. È la storia della mia anima quella che ho promesso di raccontare, e per scriverla fedelmente non ho bisogno di altri ricordi; mi basta, come ho fatto finora, tornare dentro me stesso[107].
Tuttavia, e molto fortunatamente, esiste un intervallo di sei o sette anni riguardo al quale dispongo di informazioni sicure, contenute in una raccolta di lettere trascritte; gli originali di queste lettere si trovano nelle mani del signor Du Peyrou. Questa raccolta, che termina nel 1760, comprende tutto il periodo del mio soggiorno all’Ermitage e della mia profonda inimicizia con i miei cosiddetti amici: un periodo memorabile nella mia vita e che fu la causa di tutti gli altri miei mali. Per quanto riguarda le lettere originali più recenti, che potrebbero ancora essermi rimaste e sono molto poche, invece di trascriverle alla fine della raccolta – troppo voluminosa perché possa sperare di sfuggire alla vigilanza dei miei “Argus” – le trascriverò direttamente in questo scritto, ogni volta che mi sembreranno fornire qualche chiarimento a mio vantaggio o a mio svantaggio. Non temo infatti che il lettore possa dimenticare che faccio queste confessioni nella speranza di potermi difendere; ma non deve nemmeno aspettarsi che taccia la verità quando essa parla a mio favore.
Au reste, cette seconde partie n’a que cette même vérité de commune avec la première, ni d’avantage sur elle que par l’importance des choses. À cela près, elle ne peut que lui être inférieure en tout. J’écrivais la première avec plaisir, avec complaisance, à mon aise, à Wootton, ou dans le château de Trye[108] ; tous les souvenirs que j’avais à me rappeler étaient autant de nouvelles jouissances. J’y revenais sans cesse avec un nouveau plaisir, et je pouvais tourner mes descriptions sans gêne jusqu’à ce que j’en fusse content. Aujourd’hui, ma mémoire et ma tête affaiblies me rendent presque incapable de tout travail ; je ne m’occupe de celui-ci que par force et le cœur serré de détresse. Il ne m’offre que malheurs, trahisons, perfidies, que souvenirs attristants et déchirants. Je voudrais pour tout au monde pouvoir ensevelir dans la nuit des temps ce que j’ai à dire, et, forcé de parler malgré moi, je suis réduit encore à me cacher, à ruser, à tâcher de donner le change, à m’avilir aux choses pour lesquelles j’étais le moins né ; les planchers sous lesquels je suis ont des yeux, les murs qui m’entourent ont des oreilles ; environné d’espions et de surveillants malveillants et vigilants, inquiet et distrait, je jette à la hâte sur le papier quelques mots interrompus qu’à peine j’ai le temps de relire, encore moins de corriger. Je sais que, malgré les barrières immenses qu’on entasse sans cesse autour de moi, l’on craint toujours que la vérité ne s’échappe par quelque fissure.
Comment m’y prendre pour la faire percer ? Je le tente avec peu d’espoir de succès. Qu’on juge si c’est là de quoi faire des tableaux agréables et leur donner un coloris bien attrayant. J’avertis donc ceux qui voudront commencer cette lecture, que rien, en la poursuivant, ne peut les garantir de l’ennui, si ce n’est le désir d’achever de connaître un homme, et l’amour sincère de la justice et de la vérité.
Je me suis laissé, dans ma première partie, partant à regret pour Paris, déposant mon cœur aux Charmettes, y fondant mon dernier château en Espagne, projetant d’y rapporter un jour aux pieds de Maman, rendue à elle-même, les trésors que j’aurais acquis, et comptant sur mon système de musique comme sur une fortune assurée.
Je m’arrêtai quelque temps à Lyon pour y voir mes connaissances, pour m’y procurer quelques recommandations pour Paris, et pour vendre mes livres de géométrie que j’avais apportés avec moi. Tout le monde m’y fit accueil. M. et Mme de Mably marquèrent du plaisir à me revoir, et me donnèrent à dîner plusieurs fois. Je fis chez eux connaissance avec l’abbé de Mably, comme je l’avais faite déjà avec l’abbé de Condillac, qui tous deux étaient venus voir leur frère. L’abbé de Mably me donna des lettres pour Paris, entre autres une pour M. de Fontenelle et une pour le comte de Caylus. L’un et l’autre me furent des connaissances très agréables, surtout le premier, qui jusqu’à sa mort n’a point cessé de me marquer de l’amitié[109] et de me donner dans nos tête-à-tête des conseils dont j’aurais dû mieux profiter.
Je revis M. Bordes, avec lequel j’avais depuis longtemps fait connaissance, et qui m’avait souvent obligé de grand cœur et avec le plus vrai plaisir. En cette occasion je le retrouvai toujours le même. Ce fut lui qui me fit vendre mes livres, et il me donna par lui-même ou me procura de bonnes recommandations pour Paris.
Je revis M. l’Intendant, dont je devais la connaissance à M. Bordes, et à qui je dus celle de M. le duc de Richelieu, qui passa à Lyon dans ce temps-là. M. Pallu me présenta à lui. M. de Richelieu me reçut bien et me dit de l’aller voir à Paris ; ce que je fis plusieurs fois, sans pourtant que cette haute connaissance, dont j’aurai souvent à parler dans la suite, m’ait été jamais utile à rien.
Je revis le musicien David, qui m’avait rendu service dans ma détresse à un de mes précédents voyages. Il m’avait prêté ou donné un bonnet et des bas, que je ne lui ai jamais rendus, et qu’il ne m’a jamais redemandés, quoique nous nous soyons revus souvent depuis ce temps-là. Je lui ai pourtant fait dans la suite un présent à peu près équivalent. Je dirais mieux que cela s’il s’agissait ici de ce que j’ai dû ; mais il s’agit de ce que j’ai fait, et malheureusement ce n’est pas la même chose.
Je revis le noble et généreux Perrichon, et ce ne fut pas sans me ressentir de sa magnificence ordinaire ; car il me fit le même cadeau qu’il avait fait auparavant au Gentil Bernard, en me défrayant de ma place à la diligence. Je revis le chirurgien Parisot, le meilleur et le mieux faisant des hommes ; je revis sa chère Godefroi, qu’il entretenait depuis dix ans, et dont la douceur de caractère et la bonté de cœur faisaient à peu près tout le mérite, mais qu’on ne pouvait aborder sans intérêt ni quitter sans attendrissement ; car elle était au dernier terme d’une étisie dont elle mourut peu après. Rien ne montre mieux les vrais penchants d’un homme que l’espèce de ses attachements[110]. Quand on avait vu la douce Godefroi, on connaissait le bon Parisot.
J’avais obligation à tous ces honnêtes gens. Dans la suite je les négligeai tous, non certainement par ingratitude, mais par cette invincible paresse qui m’en a souvent donné l’air. Jamais le sentiment de leurs services n’est sorti de mon cœur ; mais il m’en eût moins coûté de leur prouver ma reconnaissance que de la leur témoigner assidûment. L’exactitude à écrire a toujours été au-dessus de mes forces ; sitôt que je commence à me relâcher, la honte et l’embarras de réparer ma faute me la font aggraver, et je n’écris plus du tout. J’ai donc gardé le silence, et j’ai paru les oublier. Parisot et Perrichon n’y ont même pas fait attention, et je les ai toujours trouvés les mêmes ; mais on verra vingt ans après, dans M. Bordes, jusqu’où l’amour-propre d’un bel esprit peut porter la vengeance lorsqu’il se croit négligé.
Avant de quitter Lyon, je ne dois pas oublier une aimable personne que j’y revis avec plus de plaisir que jamais, et qui laissa dans mon cœur des souvenirs bien tendres. C’est Mlle Serre, dont j’ai parlé dans ma première partie[111], et avec laquelle j’avais renouvelé connaissance tandis que j’étais chez M. de Mably. À ce voyage, ayant plus de loisir, je la vis davantage ; mon cœur se prit et très vivement. J’eus quelque lieu de penser que le sien ne m’était pas contraire, mais elle m’accorda une confiance qui m’ôta la tentation d’en abuser. Elle n’avait rien, ni moi non plus ; nos situations étaient trop semblables pour que nous pussions nous unir, et, dans les vues qui m’occupaient, j’étais bien éloigné de songer au mariage. Elle m’apprit qu’un jeune négociant appelé M. Genève paraissait vouloir s’attacher à elle. Je le vis chez elle une fois ou deux ; il me parut honnête homme, il passait pour l’être. Persuadé qu’elle serait heureuse avec lui, je désirai qu’il l’épousât, comme il a fait dans la suite, et, pour ne pas troubler leurs innocentes amours, je me hâtai de partir, faisant pour le bonheur de cette charmante personne des vœux qui n’ont été exaucés ici-bas que pour un temps, hélas ! bien court, car j’appris dans la suite qu’elle était morte au bout de deux ou trois ans de mariage. Occupé de mes tendres regrets durant toute ma route, je sentis et j’ai souvent senti depuis lors, en y repensant, que si les sacrifices qu’on fait au devoir et à la vertu coûtent à faire, on en est bien payé par les doux souvenirs qu’ils laissent au fond du cœur.
Autant à mon précédent voyage j’avais vu Paris par son côté défavorable, autant à celui-ci je le vis par son côté brillant ; non pas toutefois quant à mon logement ; car, sur une adresse que m’avait donnée M. Bordes, j’allai loger à l’hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, proche la Sorbonne, vilaine rue, vilain hôtel, vilaine chambre, mais où cependant avaient logé des hommes de mérite, tels que Gresset, Bordes, les abbés de Mably, de Condillac, et plusieurs autres dont malheureusement je n’y trouvai plus aucun. Mais j’y trouvai un M. de Bonnefond, hobereau boiteux, plaideur, faisant le puriste, auquel je dus la connaissance de M. Roguin, maintenant le doyen de mes amis, et par lui celle du philosophe Diderot, dont j’aurai beaucoup à parler dans la suite.
Moreover, this second part shares with the first only that same truth; it possesses no advantage over it except in terms of the importance of the matters discussed. Apart from this, it is in every way inferior to the first. I wrote the first part with pleasure, with delight, at my ease, either in Wootton or in the castle of Trye[108]; every memory I had to recall was like a new source of enjoyment. I returned to it time and again, finding renewed pleasure in its pages, and I could elaborate on my descriptions without any restraint until I was satisfied with them. Today, however, my weakened memory and failing mind render me almost incapable of any work; I undertake this task only out of necessity, with a heart filled with distress. It brings me only sorrow, betrayal, treachery, and painful, heartbreaking memories. I wish nothing more than to bury what I have to say in the depths of time; yet, forced to speak against my will, I am once again reduced to hiding, deceiving, trying to mislead, and demeaning myself for things for which I was least suited. The floors beneath me seem to have eyes, the walls surrounding me seem to have ears; surrounded by spies and vigilant observers, anxious and distracted, I hastily scrawl a few interrupted words on paper—words that I hardly have time to reread, let alone correct. I know that, despite the countless barriers we constantly erect around us, there is always the fear that the truth may slip through some crack.
How should I proceed to make her understand? I attempt it with little hope of success. Let others judge whether this is indeed the means to create pleasing paintings and give them a truly attractive coloration. Therefore, I warn those who wish to begin reading this that nothing, in the course of its progression, can guarantee them anything but boredom—unless they are driven by the desire to fully understand this man, as well as a sincere love for justice and truth.
In my first part, I reluctantly left for Paris, leaving my heart in the Charmettes, where I built my last “castle” in Spain, planning to one day return there and present to my mother—now restored to herself—the treasures I had acquired, relying on my musical system as if it were a guaranteed source of wealth.
I stopped in Lyon for some time to visit my acquaintances there, to obtain some recommendations for Paris, and to sell my geometry books that I had brought with me. Everyone welcomed me warmly. Mr. and Mrs. de Mably were delighted to see me again and invited me to dinner on several occasions. There, I got to know Abbé de Mably, just as I had previously met Abbé de Condillac—both of them having come to visit their brother. Abbé de Mably gave me letters to present in Paris, including one for Mr. de Fontenelle and another for the Count of Caylus. Both of them proved to be very pleasant acquaintances; especially Mr. de Fontenelle, who, until his death, never ceased to show me his friendship[109] and to offer me valuable advice during our private conversations, which I could have made better use of.
I met again Mr. Bordes, whom I had known for some time and who had often done me great favors with great kindness and genuine pleasure. On this occasion, I found him just the same as always. It was he who helped me to sell my books, and he either gave me personal recommendations or arranged for me to get good references in Paris.
I met again Mr. the Intendant, whose acquaintance I owed to Mr. Bordes, and who also introduced me to Mr. the Duke of Richelieu, who was passing through Lyon at that time. Mr. Pallu presented me to him. Mr. de Richelieu received me kindly and told me to visit him in Paris; which I did on several occasions, yet this high connection, of which I will often speak in the course of this narrative, never proved of any use to me.
I met again the musician David, who had helped me in my time of need during one of my previous travels. He had lent or given me a hat and some stockings, which I never returned to him, and he never asked for them back, even though we often saw each other afterward. Nevertheless, I later gave him a gift that was roughly equivalent in value. To be more precise, it would be fairer to say it was something I felt I owed him; but in reality, it was something I did myself, and unfortunately, the two are not the same thing.
I saw again the noble and generous Perrichon, and I could not help feeling impressed by his usual generosity; for he gave me the same gift that he had previously given to Gentil Bernard, by covering my travel expenses. I also saw again the surgeon Parisot, the best and most skilled man of his kind; I saw his dear Godefroi, whom he had been supporting for ten years. Her gentle nature and kind heart were truly her greatest virtues, but one could not approach her without feeling affectionate, nor leave her without being moved to tears; for she was in the final stages of a serious illness from which she soon after passed away. Nothing better reveals a man’s true character than the kind of attachments he forms[110]. Once one had met the gentle Godefroi, one could understand what kind of person the good Parisot was.
I owed obligations to all these honest people. Later on, I neglected them all—not certainly out of ingratitude, but due to that invincible laziness which often gave me the appearance of being ungrateful. The feeling of their kindness was never forgotten in my heart; yet it would have cost me less effort to show my gratitude than to do so consistently. The diligence required to write accurately was always beyond my powers. As soon as I began to slack off, the shame and embarrassment of having to correct my mistakes made me worsen my performance even further, and I ended up not writing at all. Therefore, I kept silent and appeared to have forgotten them. Parisot and Perrichon didn’t even notice; they always seemed the same to me. But twenty years later, in Mr. Bordes’ story, we will see to what extent the self-respect of a clever person can drive them to seek vengeance when they feel neglected.
Before leaving Lyon, I must not forget a kind person whom I meet there with even greater pleasure than ever before, and who left in my heart some very tender memories. It is Miss Serre, about whom I spoke in the first part of this narrative[111]; I had rekindled my acquaintance with her while staying at Mr. de Mably’s house. On this trip, having more leisure time, I spent more time with her, and my feelings for her grew very strong. I began to think that she felt the same way towards me, but she gave me such trust that it prevented me from taking advantage of it. Neither of us had much; our situations were too similar for us to consider marriage, and, given my own concerns at the time, I was far from thinking about such a thing. She told me that a young merchant named Mr. Genève seemed to have taken an interest in her. I met him once or twice at her house; he appeared to be an honest man, and indeed so he was regarded by others. Believing that she would be happy with him, I wished for his marriage to her—which indeed happened later—and, in order not to disturb their innocent love, I hurried away, making wishes for the happiness of this charming woman that were, alas, only fulfilled for a short time on earth, for I later learned that she died within two or three years of marriage. Throughout my journey, I was preoccupied with these tender regrets, and ever since, whenever I think of her, I realize that although the sacrifices one makes for duty and virtue may be difficult to bear at the time, they are amply rewarded by the sweet memories they leave in our hearts.
Whereas on my previous trip I had seen Paris in its less favorable aspects, this time I saw it in all its glorious light; except, of course, when it came to my accommodation. Following an address given to me by Mr. Bordes, I checked into the Hôtel Saint-Quentin, located on the rue des Cordiers, near the Sorbonne. It was a poor street, a shabby hotel, and a dismal room – yet men of distinction such as Gresset, Bordes, the abbés de Mably and de Condillac had once stayed there. Unfortunately, I found none of them there anymore. However, I met a Mr. de Bonnefond, a lame country gentleman and lawyer who prided himself on being a purist. Through him, I got to know Mr. Roguin, who has since become one of my closest friends, and through him also the philosopher Diderot – about whom I will have much to say in the future.
Del resto, questa seconda parte condivide con la prima soltanto quella stessa verità; non presenta alcun vantaggio rispetto a essa se non per l’importanza degli argomenti trattati. A parte questo, non può che essere inferiore in ogni senso. Ho scritto la prima parte con piacere, con soddisfazione, con tranquillità, a Wootton o nel castello di Trye[108]; tutti i ricordi che dovevo rievocare rappresentavano per me nuove fonti di gioia. Tornavo continuamente su di essa con nuovo piacere e potevo modificare le mie descrizioni senza alcun imbarazzo, fino a quando non ero soddisfatto del risultato. Oggi, la mia memoria e la mia mente indebolite mi rendono quasi incapace di qualsiasi lavoro; mi occupo di questo solo per forza, con il cuore stretto dal dolore. Questo lavoro non mi porta che sfortune, tradimenti, perfidie, ricordi tristi e strazianti. Vorrei con tutto il mio cuore poter seppellire nel buio degli anni ciò che ho da dire; costretto a parlare contro la mia volontà, sono ridotto a nascondermi, a ingannare, a cercare di distrarre l’attenzione, a umiliarmi per cose per le quali non ero affatto adatto. I pavimenti su cui scrivo hanno “occhi”, i muri che mi circondano hanno “orecchie”; circondato da spie e osservatori malvagi e attenti, in preda all’ansia e alla distrazione, getto frettolosamente sul foglio qualche parola interrotta, senza nemmeno il tempo di rileggerla, figuriamoci di correggerla. So che, nonostante le immense barriere che vengono costantemente erette intorno a me, si teme sempre che la verità possa sfuggire attraverso qualche fessura.
Come posso procedere per farla “trapelare”? Ci provo con scarse speranze di successo. Che ognuno giudichi se questo sia davvero il modo per creare dipinti piacevoli e conferire loro un colore attraente. Avverto quindi coloro che desiderano iniziare questa lettura che, proseguendola, nulla può garantir loro altro che noia, a meno che non sia il desiderio di conoscere meglio quest’uomo, e un sincero amore per la giustizia e la verità.
Nella mia prima parte, lasciando con rammarico Parigi, ho affidato il mio cuore alle Charmettes, vi ho costruito il mio ultimo “castello” in Spagna, progettando di riportarvi un giorno, ai piedi di Mamma ormai ritrovata se stessa, i tesori che avrei accumulato. Contavo sul mio sistema musicale come su una fortuna certa.
Mi fermai per un po’ a Lione per rivedere i miei conoscenti, per ottenere alcune raccomandazioni utili per Parigi e per vendere i miei libri di geometria che avevo portato con me. Tutti mi accolsero con affetto. Il signor e la signora de Mably furono molto felici di rivedermi e mi invitarono più volte a cena. Lì conobbi l’abate de Mably, così come avevo già conosciuto l’abate de Condillac; entrambi erano venuti a trovare il loro fratello. L’abate de Mably mi diede alcune lettere da portare a Parigi, tra cui una per il signor de Fontenelle e una per il conte di Caylus. Entrambi furono persone molto piacevoli da frequentare, soprattutto il primo, che fino alla sua morte non smise mai di dimostrarmi amicizia e di darmi consigli nei nostri incontri privati, dei quali avrei dovuto trarre maggior beneficio.
Rivedetti il signor Bordes, che conoscevo da tempo e che spesso mi aveva aiutato con grande generosità e sincero piacere. In quell’occasione lo trovai esattamente come sempre. Fu lui a far vendere i miei libri e mi fornì personalmente o mi procurò ottime raccomandazioni per Parigi.
Rivedetti il signor Intendente, di cui avevo fatto conoscenza grazie al signor Bordes, e che a sua volta mi presentò al duca di Richelieu, il quale si trovava a Lione in quel periodo. Il signor Pallu mi presentò a lui; il duca di Richelieu mi accolse bene e mi disse di andarlo a trovare a Parigi, cosa che feci più volte, anche se questa importante conoscenza, di cui parlerò spesso in seguito, non mi fu mai di alcun utilità.
Rivedo il musicista David, che mi aveva aiutato nel momento del mio bisogno durante uno dei miei viaggi precedenti. Mi aveva prestato o regalato un cappello e delle calze, che non gli ho mai restituito e che lui non mi ha mai chiesto indietro, nonostante ci siamo incontrati spesso da allora. Tuttavia, in seguito gli ho fatto un dono più o meno equivalente. Direi di più, se si trattasse di ciò che ho dovuto fare; ma in realtà si tratta di ciò che ho effettivamente fatto, e purtroppo non è la stessa cosa.
Rivedetti il nobile e generoso Perrichon, e non potei fare a meno di essere colpito dalla sua solita magnanimità; infatti mi fece lo stesso regalo che aveva fatto in precedenza al gentile Bernard, offrendomi il posto libero sul treno. Rivedetti anche il chirurgo Parisot, l’uomo migliore e più competente del suo mestiere; rivedetti la sua cara Godefroi, che lui manteneva da dieci anni: la dolcezza del suo carattere e la bontà del suo cuore rappresentavano quasi tutto il suo valore, ma non si poteva avvicinarla senza provare affetto, né lasciarla senza sentirsi commossi; poiché era agli ultimi stadi di una malattia dalla quale morì poco dopo. Niente mostra meglio i veri sentimenti di un uomo del tipo di legami che instaura[110]. Dopo aver conosciuto la dolce Godefroi, si poteva comprendere chi fosse davvero il buon Parisot.
Ero in debito con tutte queste persone oneste; in seguito le ho trascurate tutte, non certo per ingratitudine, ma a causa di quella invincibile pigrizia che spesso mi faceva sembrare tale. Il sentimento del loro aiuto non è mai uscito dal mio cuore; tuttavia, dimostrare loro la mia riconoscenza mi sarebbe costato meno sforzo che farlo con assiduità. L’accuratezza nella scrittura è sempre stata al di sopra delle mie forze: non appena inizio a trascurarmi, la vergogna e l’imbarazzo di dover correggere i miei errori mi spingono ad agire ancora peggio, fino a smettere del tutto di scrivere. Così ho mantenuto il silenzio, dando l’impressione di averli dimenticati. Nemmeno Parisot e Perrichon se ne sono accorti; li ho sempre trovati uguali a prima. Ma tra vent’anni, in M. Bordes, si vedrà fino a che punto l’orgoglio di un intellettuale può spingere alla vendetta quando si ritiene trascurato.
Prima di lasciare Lione, non devo dimenticare una persona gentile che rivedo con sempre maggiore piacere e che ha lasciato nel mio cuore ricordi molto teneri. Si tratta di signorina Serre, di cui ho parlato nella prima parte[111], e con la quale avevo ripreso a frequentare i rapporti durante il mio soggiorno da M. de Mably. In questo viaggio, avendo più tempo libero, la vidi spesso; il mio cuore si legò a lei in modo molto profondo. Ebbi motivo di pensare che anche il suo sentimento fosse simile al mio, ma lei mi concesse una fiducia tale da togliermi ogni tentazione di abusarne. Nessuno dei due possedeva nulla; le nostre situazioni erano troppo simili perché potessimo unirci, e, data la direzione delle mie considerazioni personali, ero lontano dall’idea di pensare al matrimonio. Mi disse che un giovane commerciante di nome M. Genève sembrava volerla corteggiare. Lo vidi una o due volte a casa sua; mi parve un uomo onesto e rispettabile. Convinto che sarebbe stata felice con lui, desiderai che la sposasse, come infatti accadde in seguito. E per non disturbare i loro innocenti sentimenti, mi affrettai a partire, formulando per il bene di quella deliziosa persona desideri che, ahimè, sono stati esauditi solo per un breve periodo, poiché in seguito appresi che era morta dopo due o tre anni di matrimonio. Per tutto il viaggio fui assillato dai miei teneri rimpianti; e da allora, ogni volta che ci ripenso, mi rendo conto che, sebbene i sacrifici fatti per il dovere e la virtù siano spesso difficili da compiere, vengono ampiamente compensati dai dolci ricordi che lasciano nel cuore.
Se nel viaggio precedente avevo visto Parigi dal suo lato meno attraente, in questo viaggio la vidi invece sotto il suo aspetto più luminoso; tuttavia, non lo stesso valeva per il mio alloggio: seguendo l’indirizzo fornito da Monsieur Bordes, mi sistemai all’hotel Saint-Quentin, in rue des Cordiers, vicino alla Sorbona. Una strada brutta, un hotel squallido, una stanza sgradevole, ma dove avevano soggiornato persone di valore, come Gresset, Bordes, gli abati de Mably e de Condillac, tra molti altri, purtroppo, di alcuni di loro non trovai più traccia. Tuttavia, lì conobbi un certo Monsieur de Bonnefond: un gentiluomo zoppo, avvocato e appassionato di questioni linguistiche; grazie a lui feci la conoscenza di Monsieur Roguin, oggi il mio più caro amico, e attraverso di lui anche del filosofo Diderot, di cui parlerò molto in seguito.
J’arrivai à Paris dans l’automne de 1741, avec quinze louis d’argent comptant, ma comédie de Narcisse, et mon projet de musique pour toute ressource, et ayant par conséquent peu de temps à perdre pour tâcher d’en tirer parti. Je me pressai de faire valoir mes recommandations. Un jeune homme qui arrive à Paris avec une figure passable, et qui s’annonce par des talents, est toujours sûr d’être accueilli. Je le fus ; cela me procura des agréments sans me mener à grand-chose. De toutes les personnes à qui je fus recommandé, trois seules me furent utiles : M. Damesin, gentilhomme savoyard, alors écuyer, et, je crois, favori de Mme la princesse de Carignan ; M. de Boze, secrétaire de l’Académie des inscriptions, et garde des médailles du cabinet du roi ; et le P. Castel, jésuite, auteur du Clavecin oculaire. Toutes ces recommandations, excepté celle de M. Damesin, me venaient de l’abbé de Mably.
M. Damesin pourvut au plus pressé par deux connaissances qu’il me procura : l’une de M. de Gasc, président à mortier au parlement de Bordeaux, et qui jouait très bien du violon ; l’autre, de M. l’abbé de Léon, qui logeait alors en Sorbonne, jeune seigneur très aimable, qui mourut à la fleur de son âge après avoir brillé quelques instants dans le monde sous le nom de chevalier de Rohan. L’un et l’autre eurent la fantaisie d’apprendre la composition. Je leur en donnai quelques mois de leçon qui soutinrent un peu ma bourse tarissante. L’abbé de Léon me prit en amitié, et voulait m’avoir pour son secrétaire ; mais il n’était pas riche, et ne put m’offrir en tout que huit cents francs, que je refusai bien à regret, mais qui ne pouvaient me suffire pour mon logement, ma nourriture et mon entretien.
M. de Boze me reçut fort bien. Il aimait le savoir, il en avait ; mais il était un peu pédant. Mme de Boze aurait été sa fille ; elle était brillante et petite-maîtresse. J’y dînais quelquefois. On ne saurait avoir l’air plus gauche et plus sot que je l’avais vis-à-vis d’elle. Son maintien dégagé m’intimidait et rendait le mien plus plaisant. Quand elle me présentait une assiette, j’avançais ma fourchette pour piquer modestement un petit morceau de ce qu’elle m’offrait ; de sorte qu’elle rendait à son laquais l’assiette qu’elle m’avait destinée, en se tournant pour que je ne la visse pas rire. Elle ne se doutait guère que dans la tête de ce campagnard il ne laissait pas d’y avoir quelque esprit. M. de Boze me présenta à M. de Réaumur, son ami, qui venait dîner chez lui tous les vendredis, jours d’Académie des sciences. Il lui parla de mon projet, et du désir que j’avais de le soumettre à l’examen de l’Académie. M. de Réaumur se chargea de la proposition, qui fut agréée ; le jour donné, je fus introduit et présenté par M. de Réaumur, et le même jour, 22 août 1742, j’eus l’honneur de lire à l’Académie le Mémoire que j’avais préparé pour cela. Quoique cette illustre assemblée fût assurément très imposante, j’y fus bien moins intimidé que devant Mme de Boze, et je me tirai passablement de mes lectures et de mes réponses. Le Mémoire réussit, et m’attira des compliments, qui me surprirent autant qu’ils me flattèrent, imaginant à peine que devant une Académie, quiconque n’en était pas pût avoir le sens commun. Les commissaires qu’on me donna furent : MM. de Mairan, Hellot et de Fouchy : tous trois gens de mérite assurément, mais dont pas un ne savait la musique, assez du moins pour être en état de juger de mon projet.
(1742.) — Durant mes conférences avec ces Messieurs, je me convainquis, avec autant de certitude que de surprise, que si quelquefois les savants ont moins de préjugés que les autres hommes, ils tiennent, en revanche, encore plus fortement à ceux qu’ils ont. Quelque faibles, quelque fausses que fussent la plupart de leurs objections, et quoique j’y répondisse timidement, je l’avoue, et en mauvais termes, mais par des raisons péremptoires, je ne vins pas une seule fois à bout de me faire entendre et de les contenter. J’étais toujours ébahi de la facilité avec laquelle, à l’aide de quelques phrases sonores, ils me réfutaient sans m’avoir compris. Ils déterrèrent, je ne sais où, qu’un moine appelé le P. Souhaitti avait jadis imaginé de noter la gamme par chiffres ; c’en fut assez pour prétendre que mon système n’était pas neuf, et passe pour cela ; car bien que je n’eusse jamais ouï parler du P. Souhaitti, et bien que sa manière d’écrire les sept notes du plain-chant sans même songer aux octaves ne méritât en aucune sorte d’entrer en parallèle avec ma simple et commode invention pour noter aisément par chiffres toute musique imaginable, clefs, silences, octaves, mesures, temps, et valeurs des notes, choses auxquelles Souhaitti n’avait pas même songé ; il était néanmoins très vrai de dire que, quant à l’élémentaire expression des sept notes, il en était le premier inventeur. Mais outre qu’ils donnèrent à cette invention primitive plus d’importance qu’elle n’en avait, ils ne s’en tinrent pas là, et sitôt qu’ils voulurent parler du fond du système, ils ne firent plus que déraisonner. Le plus grand avantage du mien était d’abroger les transpositions et les clefs, en sorte que le même morceau se trouvait noté et transposé à volonté, dans quelque ton qu’on voulût, au moyen du changement supposé d’une seule lettre initiale à la tête de l’air. Ces Messieurs avaient ouï dire aux croque-sol de Paris que la méthode d’exécuter par transposition ne valait rien. Ils partirent de là pour tourner en invincible objection contre mon système son avantage le plus marqué, et ils décidèrent que ma note était bonne pour la vocale, et mauvaise pour l’instrumentale ; au lieu de décider, comme ils l’auraient dû, qu’elle était bonne pour la vocale, et meilleure pour l’instrumentale. Sur leur rapport, l’Académie m’accorda un certificat plein de très beaux compliments à travers lesquels on démêlait, pour le fond, qu’elle ne jugeait mon système ni neuf ni utile. Je ne crus pas devoir orner d’une pareille pièce l’ouvrage intitulé Dissertation sur la musique moderne, par lequel j’en appelais au public[112].
J’eus lieu de remarquer en cette occasion combien, même avec un esprit borné, la connaissance unique, mais profonde, de la chose est préférable, pour en bien juger, à toutes les lumières que donne la culture des sciences, lorsqu’on n’y a pas joint l’étude particulière de celle dont il s’agit. La seule objection solide qu’il y eût à faire à mon système y fut faite par Rameau. À peine le lui eus-je expliqué, qu’il en vit le côté faible. Vos signes, me dit-il, sont très bons en ce qu’ils déterminent simplement et clairement les valeurs, en ce qu’ils représentent nettement les intervalles et montrent toujours le simple dans le redoublé, toutes choses que ne fait pas la note ordinaire ; mais ils sont mauvais en ce qu’ils exigent[113] une opération de l’esprit qui ne peut toujours suivre la rapidité de l’exécution. La position de nos notes, continua-t-il, se peint à l’œil sans le concours de cette opération. Si deux notes, l’une très haute, l’autre très basse, sont jointes par une tirade de notes intermédiaires, je vois du premier coup d’œil le progrès de l’une à l’autre par degrés conjoints ; mais pour m’assurer chez vous de cette tirade, il faut nécessairement que j’épelle tous vos chiffres l’un après l’autre : le coup d’œil ne peut suppléer à rien. L’objection me parut sans réplique, et j’en convins à l’instant : quoiqu’elle soit simple et frappante, il n’y a qu’une grande pratique de l’art qui puisse la suggérer, et il n’est pas étonnant qu’elle ne soit venue à aucun académicien ; mais il l’est que tous ces grands savants, qui savent tant de choses, sachent si peu que chacun ne devrait juger que de son métier.
I arrived in Paris in the autumn of 1741, bringing with me fifteen silver louis in cash, my comedy “Narcisse,” and my musical compositions as my only resources—so I had little time to waste in trying to make use of them. I promptly took steps to utilize the recommendations I had. A young man who arrives in Paris with a decent appearance and claims to possess certain talents is always assured of being welcomed. I was indeed welcomed; this brought me some advantages, but not much in terms of practical results. Of all the people whom I was recommended to, only three were truly useful to me: Monsieur Damesin, a Savoyard gentleman who at that time served as an equerry and was, I believe, a favorite of Madame la Princesse de Carignan; Monsieur de Boze, secretary of the Academy of Inscriptions and keeper of the king’s collection of medals; and Father Castel, a Jesuit and author of “The Clavecin Oculaire.” All these recommendations, except for that of Monsieur Damesin, came from Abbé de Mably.
Mr. Damesin provided me, in urgent need, with two acquaintances he introduced to me: one was Mr. de Gasc, a member of the Bordeaux parliament who also played the violin very well; the other was Mr. Abbé de Léon, who at that time lived in the Sorbonne. He was a young and very pleasant gentleman who died at the height of his life after having briefly distinguished himself in society under the name of Chevalier de Rohan. Both of them took an interest in learning music composition. I gave them lessons for several months, which helped to sustain my dwindling income. Mr. Abbé de Léon became my friend and wanted to have me as his secretary; however, he was not wealthy and could only offer me eight hundred francs—an amount I regretted having to refuse, but which was certainly insufficient to cover my expenses for lodging, food, and other necessities.
Mr. de Boze received me very kindly. He loved knowledge and possessed considerable erudition; however, he was somewhat pedantic. Mrs. de Boze could have been his daughter—she was intelligent and refined. I dined there occasionally. One could hardly have appeared more awkward and foolish in her presence than I did. Her natural grace intimidated me and made my own demeanor seem more polished in contrast. Whenever she offered me a dish, I would modestly take a small piece with my fork; as a result, she would turn around and hand the dish back to her servant, hiding her laughter so that I wouldn’t see it. She had no idea that this country bumpkin actually possessed some wit. Mr. de Boze introduced me to his friend, Mr. de Réaumur, who dined at his house every Friday, the day when the Académie des Sciences met. Mr. de Réaumur mentioned my project and my desire to present it before the Academy. He took charge of the proposal, which was approved. On the designated day, I was introduced by Mr. de Réaumur, and on the same day, August 22, 1742, I had the honor of presenting my paper before the Academy. Although this distinguished assembly was undoubtedly very imposing, I felt far less intimidated there than in Mrs. de Boze’s presence, and I managed quite well with both my readings and responses. My paper was successful and earned me compliments that surprised and pleased me greatly—I could hardly believe that anyone who wasn’t a member of the Academy could possess such common sense. The commissioners appointed to review it were Messrs. de Mairan, Hellot, and de Fouchy—all men of considerable merit, but not one of them had any knowledge of music, at least not enough to be able to assess my project properly.
(1742.) — During my discussions with these gentlemen, I became convinced, with as much certainty as surprise, that although scientists sometimes possess fewer prejudices than other people, they cling even more tenaciously to those they do have. No matter how weak or erroneous most of their objections might be, and although I answered them timidly—admittedly in rather inept terms—I was never able to convince them or satisfy them. I was always astonished by the ease with which they refuted me using a few catchy phrases, without even attempting to understand what I was saying. They somehow unearthed the fact that a monk named Father Souhaitti had once attempted to represent musical notes numerically; this was enough for them to claim that my system was not original and thus worthless. Even though I had never heard of Father Souhaitti, and his method of notating the seven notes of plainchant without considering octaves in any way did not deserve to be compared with my simple and convenient invention, which allowed for easy numerical notation of all imaginable musical elements—keys, rests, octaves, measures, time signatures, and note values—things that Souhaitti had never even thought of—they still insisted that, when it came to the basic representation of the seven notes, he had been the first to do so. But beyond giving this primitive invention more importance than it deserved, they went on to utter complete nonsense whenever they tried to discuss the fundamental principles of my system. The greatest advantage of mine was that it eliminated the need for transpositions and keys, allowing the same piece to be notated and transposed in any desired key simply by changing a single initial letter at the beginning of the melody. These gentlemen had heard from Parisian music teachers that the method of performing through transposition was worthless. Based on this, they turned this very advantage of mine into an invincible objection against my system, claiming that my notation was suitable for vocals but not for instrumental music—when in fact it was suitable for both. At their recommendation, the Academy issued me a certificate filled with flattering words, yet which essentially stated that they did not find my system original or useful. I felt no need to include such a document in my work titled “Dissertation on Modern Music,” in which I sought to present my ideas to the public[112].
On this occasion, I had the opportunity to observe how, even with a limited mind, a unique and profound understanding of something is far preferable to all the knowledge that comes from the study of sciences, when that knowledge is not accompanied by a specific study of the subject in question. The only solid objection raised against my system came from Rameau. As soon as I explained it to him, he immediately saw its weakness. “Your notation,” he said, “is very good in that it simply and clearly determines musical values, represents intervals accurately, and always shows the simple within the complex—things that ordinary musical notation does not do. But it is flawed because it requires a mental process that cannot always keep up with the speed of performance. The position of our notes,” he continued, “can be perceived at a glance without such a process. If two notes, one very high and the other very low, are connected by a series of intermediate notes, I can immediately see how one progresses to the other in gradual steps. But to understand your notation system, I would have to read out all your symbols one by one—visual inspection is utterly insufficient.” The objection seemed irrefutable to me, and I admitted it on the spot: although simple and convincing, such a critique can only arise from extensive practice in the art. It is no wonder that no academic had ever raised it before; yet it is surprising that these great scholars, who know so much about so many things, understand so little that each of them should limit their judgment to their own field of expertise alone.
Arrivai a Parigi nell’autunno del 1741, con quindici luigi d’argento in contanti, la mia commedia “Narciso” e il mio progetto musicale come unica risorsa; quindi non avevo molto tempo da perdere nel cercare di sfruttarli al meglio. Mi affrettai a far valere le mie raccomandazioni. Un giovane che arriva a Parigi con un aspetto decente e che si proclama dotato di talenti è sempre certo di essere accolto bene; anch’io lo fui, ma ciò non mi portò a grandi risultati. Di tutte le persone per cui fui raccomandato, solo tre furono davvero utili per me: il signor Damesin, gentiluomo savoiardo allora scudiero e, credo, favorito di Madame la principessa di Carignan; il signor de Boze, segretario dell’Accademia delle iscrizioni e custode delle medaglie del gabinetto reale; e il padre Castel, gesuita, autore del “Clavecin oculaire”. Tutte queste raccomandazioni, tranne quella del signor Damesin, provenivano dall’abate de Mably.
Il signor Damesin mi procurò immediatamente due conoscenti: uno era il signor de Gasc, presidente del parlamento di Bordeaux e un ottimo violinista; l’altro era l’abate de Léon, che all’epoca risiedeva alla Sorbona. Era un giovane gentiluomo molto affabile, morto prematuramente dopo aver brillato per un breve periodo nella società con il nome di cavaliere de Rohan. Entrambi nutrirono l’ambizione di imparare a comporre musica; io diedi loro lezioni per alcuni mesi, il che mi aiutò in qualche modo a sostenere le mie spese. L’abate de Léon divenne mio amico e volle assumermi come suo segretario; tuttavia non era ricco e poté offrirmi soltanto ottocento franchi, una somma che rifiutai con rammarico, poiché non era sufficiente a coprire le mie spese di alloggio, cibo e mantenimento.
Il signor de Boze mi accolse molto bene. Amava la conoscenza e ne possedeva una notevole quantità; tuttavia era un po’ pedante. La signora de Boze avrebbe potuto essere sua figlia: era brillante e molto colta. A volte pranzavo da loro. Non si può immaginare di apparire più goffo e sciocco di quanto io lo fossi in sua presenza. Il suo comportamento disinvolto mi intimidiva, ma rendeva il mio ancora più impacciato. Quando mi porgeva un piatto, allungavo timidamente la forchetta per prendere un piccolo boccone di ciò che mi offriva; così lei restituiva al suo servitore il piatto che mi era stato destinato, voltandosi in modo che non la vedessi ridere. Probabilmente non si rendeva conto che nella testa di quel “contadino” doveva esserci un certo spirito. Il signor de Boze mi presentò al suo amico, il signor de Réaumur, che veniva a pranzare da lui ogni venerdì, giorno in cui si tenevano le riunioni dell’Accademia delle Scienze. Gli parlò del mio progetto e del desiderio che avevo di sottoporlo all’esame dell’Accademia. Il signor de Réaumur si occupò della proposta, che fu accettata; il giorno stabilito fui introdotto e presentato da lui stesso, e lo stesso giorno, il 22 agosto 1742, ebbi l’onore di leggere all’Accademia il memoriale che avevo preparato per l’occasione. Anche se quell’illustre assemblea era certamente molto imponente, non mi sentii affatto intimidito come davanti alla signora de Boze, e riuscii abbastanza bene nelle mie letture e risposte. Il memoriale ebbe successo e ricevette molti complimenti, che mi sorpresero tanto quanto mi lusingarono. Non avrei mai immaginato che davanti all’Accademia qualcuno che non ne faceva parte potesse possedere un minimo di buon senso. I commissari incaricati di valutare il mio lavoro furono i signori de Mairan, Hellot e de Fouchy: tutti e tre persone certamente meritevoli, ma nessuno dei quali conosceva abbastanza la musica da poter giudicare correttamente il mio progetto.
(1742.) — Durante le mie conversazioni con questi signori, mi resi conto, con tanto stupore quanto certezza, che se talvolta gli scienziati hanno meno pregiudizi degli altri uomini, altrettanto fermamente si attengono a quelli che possiedono. Per quanto deboli e false fossero la maggior parte delle loro obiezioni, e anche se rispondevo timidamente ad esse – lo ammetto, e in termini poco appropriati – basandomi su ragioni irrefutabili, non riuscii mai nemmeno una volta a farmi comprendere o a soddisfarli. Ero sempre stupito dalla facilità con cui, utilizzando alcune frasi sonore, mi confutavano senza nemmeno aver capito ciò che dicevo. Scoprirono, chissà dove, che un monaco di nome Padre Souhaitti aveva un tempo immaginato di rappresentare la scala musicale con dei numeri; questo fu sufficiente per affermare che il mio sistema non fosse originale. Anche se non avevo mai sentito parlare di Padre Souhaitti, e anche se il suo modo di scrivere le sette note del canto senza nemmeno considerare le ottave non aveva alcun punto in comune con la mia semplice e pratica invenzione per rappresentare facilmente con numeri tutta la musica immaginabile – inclusi chiavi, silenzi, ottave, misure, tempi e valori delle note, cose a cui Souhaitti non aveva nemmeno pensato – era comunque vero che, per quanto riguardava l’espressione elementare delle sette note, lui ne era stato il primo inventore. Ma oltre ad attribuire a questa invenzione primitiva un’importanza maggiore di quella che aveva, non si fermarono lì: non appena cercarono di discutere i fondamenti del mio sistema, iniziarono semplicemente a ragionare in modo confuso. Il più grande vantaggio del mio sistema era proprio l’abolizione delle trasposizioni e delle chiavi, permettendo così di notare e trasporre lo stesso brano a piacimento, in qualsiasi tono si desiderasse, semplicemente cambiando una singola lettera all’inizio della melodia. Questi signori avevano sentito dire dai musicisti parigini che il metodo delle trasposizioni non era efficace. Partendo da questo, trasformarono questo vantaggio del mio sistema in un’obiezione insuperabile, affermando che la mia notazione fosse adatta solo alla voce e non agli strumenti; invece di riconoscere, come avrebbero dovuto, che era utile sia per la voce che per gli strumenti. Su loro raccomandazione, l’Accademia mi concesse un certificato pieno di complimenti lusinghieri. Ma in realtà, nel contenuto, si affermava che il mio sistema non fosse né originale né utile. Non ritenni necessario includere un simile documento nell’opera intitolata “Dissertazione sulla musica moderna”, con la quale chiedevo l’attenzione del pubblico[112].
In quell’occasione ebbi modo di notare quanto, anche con un intelletto limitato, la conoscenza unica ma profonda di una determinata materia sia preferibile, per giudicarla correttamente, a tutte le “luci” che offre lo studio delle scienze, quando non si abbia unito allo stesso l’approfondimento specifico della materia in questione. L’unica obiezione solida al mio sistema fu avanzata da Rameau. Appena gliela spiegai, egli ne individuò immediatamente il punto debole. “I vostri segni”, mi disse, “sono molto validi nel fatto che determinano in modo semplice e chiaro le valori, rappresentano con precisione gli intervalli musicali e mostrano sempre come il semplice si trovi nel doppio; cose che la nota ordinaria non riesce a fare. Tuttavia sono difettosi perché richiedono un’operazione mentale che non sempre riesce a tenere il passo con la rapidità dell’esecuzione. La posizione delle nostre note, invece”, continuò, “si percepisce immediatamente senza bisogno di tale operazione mentale. Se due note, una molto alta e l’altra molto bassa, sono collegate da una serie di note intermedie, io riesco a vedere immediatamente il progresso graduale dell’una verso l’altra; ma per comprendere correttamente questa sequenza nei vostri sistemi, è necessario che legga uno dopo l’altro tutti i numeri indicati: l’occhio, da solo, non basta”. L’obiezione mi sembrò irrefutabile e ne convenni all’istante: anche se semplice e convincente, essa dimostra quanto sia necessaria una lunga pratica per padroneggiare veramente quest’arte; non sorprende quindi che nessun accademico l’abbia mai sollevata. Ma è sorprendente che tutti questi grandi sapienti, che sanno così tante cose, ignorino fino a questo punto quanto sia fondamentale giudicare soltanto ciò di cui si ha esperienza diretta.
Mes fréquentes visites à mes commissaires et à d’autres académiciens me mirent à portée de faire connaissance avec tout ce qu’il y avait à Paris de plus distingué dans la littérature, et par là cette connaissance se trouva toute faite lorsque je me vis, dans la suite, inscrit tout d’un coup parmi eux. Quant à présent, concentré dans mon système de musique, je m’obstinai à vouloir par lui faire une révolution dans cet art, et parvenir de la sorte à une célébrité qui, dans les beaux-arts, se conjoint toujours à Paris avec la fortune. Je m’enfermai dans ma chambre et travaillai deux ou trois mois avec une ardeur inexprimable à refondre, dans un ouvrage destiné pour le public, le mémoire que j’avais lu à l’Académie. La difficulté fut de trouver un libraire qui voulût se charger de mon manuscrit, vu qu’il y avait quelque dépense à faire pour les nouveaux caractères, que les libraires ne jettent pas leurs écus à la tête des débutants, et qu’il me semblait cependant bien juste que mon ouvrage me rendît le pain que j’avais mangé en l’écrivant.
Bonnefond me procura Quillau le père, qui fit avec moi un traité à moitié profit, sans compter le privilège que je payai seul. Tant fut opéré par ledit Quillau, que j’en fus pour mon privilège, et n’ai tiré jamais un liard de cette édition, qui vraisemblablement eut un débit médiocre, quoique l’abbé Desfontaines[114] m’eût promis de la faire aller, et que les autres journalistes en eussent dit assez de bien.
Le plus grand obstacle à l’essai de mon système était la crainte que, s’il n’était pas admis, on ne perdît le temps qu’on mettrait à l’apprendre. Je disais à cela que la pratique de ma note rendait les idées si claires, que pour apprendre la musique par les caractères ordinaires on gagnerait encore du temps à commencer par les miens. Pour en donner la preuve par l’expérience, j’enseignai gratuitement la musique à une jeune Américaine appelée Mlle Desroulins, dont M. Roguin m’avait procuré la connaissance ; en trois mois elle fut en état de déchiffrer sur ma note quelque musique que ce fût, et même de chanter à livre ouvert mieux que moi-même toute celle qui n’était pas chargée de difficultés. Ce succès fut frappant, mais ignoré. Un autre en aurait rempli les journaux ; mais avec quelque talent pour trouver des choses utiles, je n’en eus jamais pour les faire valoir.
Voilà comment ma fontaine de Héron fut encore cassée : mais cette seconde fois j’avais trente ans, et je me trouvais sur le pavé de Paris, où l’on ne vit pas pour rien. Le parti que je pris dans cette extrémité n’étonnera que ceux qui n’auront pas bien lu ma première partie. Je venais de me donner des mouvements aussi grands qu’inutiles ; j’avais besoin de reprendre haleine. Au lieu de me livrer au désespoir, je me livrai tranquillement à ma paresse et aux soins de la Providence, et, pour lui donner le temps de faire son œuvre, je me mis à manger, sans me presser, quelques louis qui me restaient encore, réglant la dépense de mes nonchalants plaisirs sans la retrancher, n’allant plus au café que de deux jours l’un, et au spectacle que deux fois la semaine. À l’égard de la dépense des filles, je n’eus aucune réforme à y faire, n’ayant mis de ma vie un sol à cet usage, si ce n’est une seule fois, dont j’aurai bientôt à parler.
La sécurité, la volupté, la confiance avec laquelle je me livrais à cette vie indolente et solitaire, que je n’avais pas de quoi faire durer trois mois, est une des singularités de ma vie et une des bizarreries de mon humeur. L’extrême besoin que j’avais qu’on pensât à moi était précisément ce qui m’ôtait le courage de me montrer, et la nécessité de faire des visites me les rendit insupportables, au point que je cessai même de voir les académiciens et autres gens de lettres avec lesquels j’étais déjà faufilé. Marivaux, l’abbé de Mably, Fontenelle, furent presque les seuls chez qui je continuai d’aller quelquefois. Je montrai même au premier ma comédie de Narcisse. Elle lui plut, et il eut la complaisance de la retoucher. Diderot, plus jeune qu’eux, était à peu près de mon âge. Il aimait la musique ; il en savait la théorie ; nous en parlions ensemble ; il me parlait aussi de ses projets d’ouvrages. Cela forma bientôt entre nous des liaisons plus intimes, qui ont duré quinze ans, et qui probablement dureraient encore si malheureusement, et bien par sa faute[115], je n’eusse été jeté dans son même métier.
On n’imaginerait pas à quoi j’employais ce court et précieux intervalle qui me restait encore avant d’être forcé de mendier mon pain : à étudier par cœur des passages de poètes, que j’avais appris cent fois et autant de fois oubliés. Tous les matins, vers les dix heures, j’allais me promener au Luxembourg, un Virgile ou un Rousseau dans ma poche, et là, jusqu’à l’heure du dîner, je remémorais tantôt une ode sacrée et tantôt une bucolique, sans me rebuter de ce qu’en repassant celle du jour je ne manquais point d’oublier celle de la veille. Je me rappelais qu’après la défaite de Nicias à Syracuse, les Athéniens captifs gagnaient leur vie à réciter les poèmes d’Homère. Le parti que je tirai de ce trait d’érudition, pour me prémunir contre la misère, fut d’exercer mon heureuse mémoire à retenir tous les poètes par cœur.
J’avais un autre expédient non moins solide dans les échecs, auxquels je consacrais régulièrement, chez Maugis, les après-midi des jours que je n’allais pas au spectacle. Je fis là connaissance avec M. de Légal, avec un M. Husson, avec Philidor, avec tous les grands joueurs d’échecs de ce temps-là, et n’en devins pas plus habile. Je ne doutais pas cependant que je ne devinsse à la fin plus fort qu’eux tous, et c’en était assez, selon moi, pour me servir de ressource. De quelque folie que je m’engouasse, j’y portais toujours la même manière de raisonner. Je me disais : Quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d’être recherché. Primons donc, n’importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. Cet enfantillage n’était pas le sophisme de ma raison, c’était celui de mon indolence. Effrayé des grands et rapides efforts qu’il aurait fallu faire pour m’évertuer, je tâchais de flatter ma paresse, et je m’en voilais la honte par des arguments dignes d’elle.
J’attendais ainsi tranquillement la fin de mon argent, et je crois que je serais arrivé au dernier sou sans m’en émouvoir davantage, si le P. Castel, que j’allais voir quelquefois en allant au café, ne m’eût arraché de ma léthargie. Le P. Castel était fou, mais bon homme au demeurant : il était fâché de me voir consumer ainsi sans rien faire. Puisque les musiciens, me dit-il, puisque les savants ne chantent pas à votre unisson, changez de corde et voyez les femmes. Vous réussirez peut-être mieux de ce côté-là. J’ai parlé de vous à Mme de Bezenval ; allez la voir de ma part. C’est une bonne femme qui verra avec plaisir un pays de son fils et de son mari. Vous verrez chez elle Mme de Broglie, sa fille, qui est une femme d’esprit. Mme Dupin en est une autre à qui j’ai aussi parlé de vous : portez-lui votre ouvrage ; elle a envie de vous voir, et vous recevra bien. On ne fait rien dans Paris que par les femmes : ce sont comme des courbes dont les sages sont les asymptotes ; ils s’en approchent sans cesse, mais ils n’y touchent jamais.
My frequent visits to my commissioners and other academicians enabled me to get in touch with everything that was most distinguished in Paris’s literary world, and thus this knowledge was already fully acquired when I was suddenly included among them. For the time being, however, I focused entirely on my musical system and insisted on using it to bring about a revolution in this art, with the goal of achieving fame—a fame that, in the realm of the arts, is always associated with wealth in Paris. I locked myself in my room and worked for two or three months with indescribable fervor, aiming to rework the manuscript I had presented at the Academy into a work suitable for the general public. The difficulty lay in finding a publisher willing to take on my manuscript—after all, new typesetting required certain expenses, and publishers are not inclined to invest in newcomers. Yet I felt it was only fair that my work should repay me for the time and effort I had invested in writing it.
Bonnefond introduced me to Quillau the elder, who entered into a deal with me that was somewhat unfair to me, not to mention the privilege I had to pay for myself. As a result of Quillau’s actions, I never made a single penny from that publication, which likely sold poorly, despite the fact that Abbe Desfontaines had promised to help promote it, and other journalists had spoken highly of it.
The greatest obstacle to testing my system was the fear that, if it were not accepted, all the time spent learning it would be wasted. I argued that practicing my notation system made the concepts so clear that learning music using conventional methods would actually take more time. To prove this, I taught music for free to a young American woman named Miss Desroulins, whom Mr. Roguin introduced to me. In just three months, she was able to read any music written in my notation system and even sing from sheet music better than I could myself—especially for pieces that were not particularly difficult. This success was remarkable, but went unnoticed. Another such success would have made its way into the newspapers; yet, despite having some talent for discovering useful things, I never had the ability to promote them effectively.
This is how my “heron fountain” was broken again: but this time I was thirty years old, and I found myself on the streets of Paris, where one does not live in vain. The decision I made in that desperate situation will only surprise those who have not read the first part of my story carefully. I had just engaged in actions as grand as they were futile; I needed to regain my composure. Instead of giving in to despair, I simply indulged in my laziness and trusted in the care of Providence. To give it time to work its magic, I began to spend slowly the few louis that remained to me, carefully regulating the expenses for my leisurely pleasures without cutting them back at all. I only went to the café every other day and to the theater twice a week. As for the expenses related to women, well, I had never spent a single penny on that in my life, except for one particular occasion, about which I will speak soon enough.
The security, the pleasure, and the confidence with which I devoted myself to this idle and solitary life—a life that I knew could not last even three months—were among the peculiarities of my existence and the quirks of my temperament. The extreme need I had for others to think of me was precisely what deprived me of the courage to appear in public; moreover, the necessity of attending social gatherings made them unbearable for me, to the point where I even stopped seeing the academicians and other literati with whom I used to associate. Marivaux, Abbé de Mably, and Fontenelle were almost the only people I still visited occasionally. I even showed him my comedy “Narcisse”; he liked it and took the trouble to revise it for me. Diderot, being younger than them and about my own age, loved music and had a good understanding of its theory; we often discussed it together, and he also told me about his own literary projects. This gradually led to more intimate friendships between us, which lasted for fifteen years and would probably have continued if, unfortunately—and largely due to his own actions—I had not ended up pursuing the same career as him.
One could never imagine what I used that short and precious time left before I was forced to beg for my food: I spent it memorizing passages of poetry that I had learned once and then forgotten just as often. Every morning, around ten o’clock, I would go for a walk in the Luxembourg Gardens, with a copy of Virgil or Rousseau in my pocket. There, until dinner time, I would recite either a sacred ode or a pastoral piece, never getting tired of repeating the same poems over and over again—only to forget them the very next day. I remembered that after Nicias’ defeat at Syracuse, the captive Athenians made a living by reciting Homer’s poems. The lesson I learned from this bit of erudition was to use my excellent memory to commit all those poems to heart, as a means to protect myself from poverty.
I had another equally sound strategy in chess; on the afternoons when I did not go to the theater, I would regularly spend time at Maugis playing chess. There I got to know Mr. de Légal, Mr. Husson, Philidor, and all the other great chess players of that time—but my skills did not improve as a result. However, I had no doubt that in the end I would become better than them all, and that alone, in my opinion, was enough to provide me with a means of success. No matter what foolishness I engaged in, I always applied the same reasoning: Anyone who excels in something will surely attract attention. So let me excel in whatever field—it will draw attention to me, opportunities will present themselves, and my merit will do the rest. This kind of childishness was not the product of my rational thinking, but rather of my laziness. Frightened by the great and strenuous efforts that would have been required to improve my skills, I tried to indulge my laziness—and in doing so, I justified it with arguments worthy of such behavior.
I was thus calmly waiting for my money to run out, and I believe I would have reached the last sou without feeling the slightest emotion if it weren’t for Mr. Castel, whom I occasionally met when I went to the café—he pulled me out of my lethargy. Mr. Castel was a bit crazy, but otherwise a good man; he was upset to see me wasting away doing nothing. “Since musicians,” he said, “since scholars do not sing in unison with you, change your approach and try approaching women. You might have more success that way.” I mentioned you to Madame de Bezenval; go and see her on my behalf. She’s a kind woman who would be delighted to meet someone from her son’s and husband’s country. You’ll also meet Madame de Broglie, her daughter, who is very intelligent. And then there’s Madame Dupin—I’ve also spoken about you to her; take your work to her; she wants to meet you and will receive you warmly. In Paris, nothing gets done without the help of women—they’re like curves whose asymptotes are the wise; they continually approach them but never ever touch them.
Le mie frequenti visite ai miei commissari e ad altri accademici mi permisero di entrare in contatto con tutto ciò che a Parigi vi fosse di più distinto nel campo della letteratura; quindi, quando in seguito fui ammesso tra loro, questa conoscenza era già completa. Per il momento, concentrato sul mio sistema musicale, ero determinato a compiere una rivoluzione in questo ambito e ad ottenere così una fama che, nelle arti belle, a Parigi è sempre legata alla fortuna. Mi chiusi nella mia stanza e lavorai per due o tre mesi con un’ardore indescrivibile, al fine di rielaborare, in un’opera destinata al pubblico, il saggio che avevo presentato all’Accademia. La difficoltà principale consisteva nel trovare un editore disposto ad accettare il mio manoscritto: infatti erano necessari alcuni investimenti per la stampa dei nuovi caratteri tipografici, e gli editori di solito non sono disposti a finanziare i debuttanti. Tuttavia ritenevo giusto che il mio lavoro mi permettesse di guadagnarmi da vivere con ciò che avevo speso per scriverlo.
Bonnefond mi procurò Quillau il padre, il quale stipulò con me un contratto che risultò vantaggioso solo per lui, senza contare il privilegio che dovetti pagare di mia tasca. A causa delle azioni di Quillau, io non ottenni mai alcun profitto da quell’edizione, la quale probabilmente ebbe scarsi successi commerciali, nonostante l’abate Desfontaines mi avesse promesso di farla avere successo e che anche gli altri giornalisti ne avessero parlato molto bene.
Il più grande ostacolo alla sperimentazione del mio sistema era la paura che, se non fosse stato accettato, si perdesse il tempo impiegato nell’apprenderlo. Rispondevo a questa obiezione dicendo che l’uso della mia notazione rendeva le idee così chiare che, per imparare la musica con i metodi tradizionali, si avrebbe guadagnato ancora più tempo se si fossero iniziati con la mia notazione. Per dimostrarlo concretamente, insegnai gratuitamente la musica a una giovane americana di nome Mlle Desroulins, che il signor Roguin mi aveva presentato; in tre mesi fu in grado di leggere qualsiasi partitura utilizzando la mia notazione e persino di cantare, seguendo il testo scritto, meglio di me stesso quelle parti che non presentavano particolari difficoltà. Questo successo fu notevole, ma ignorato. Un altro simile successo avrebbe sicuramente fatto notizia sui giornali; tuttavia, per quanto possedessi un certo talento nel trovare soluzioni utili, non ne ebbi mai il coraggio o la capacità di farle conoscere al mondo.
Ecco come la mia fontana di Héron andò nuovamente in frantumi: ma questa volta avevo trent’anni e mi trovavo per le strade di Parigi, dove non si vive invano. La decisione che presi in quella situazione drammatica sorprenderà soltanto coloro che non hanno letto attentamente la prima parte della mia storia. Avevo appena compiuto gesti così grandi quanto inutili; avevo bisogno di riprendermi. Invece di lasciarmi prendere dal disperazione, mi abbandonai tranquillamente alla mia pigrizia e alle cure della Provvidenza, e, per darle il tempo di compiere il suo lavoro, iniziai a mangiare con calma i pochi luigi che mi erano rimasti, regolando le spese dei miei piaceri senza ridurle; andavo al caffè soltanto ogni due giorni e al teatro solo due volte alla settimana. Per quanto riguarda le spese per le donne, non ebbi bisogno di apportare alcun cambiamento: in tutta la mia vita non avevo mai speso un soldo a tale scopo, se non una volta sola, di cui parlerò presto.
La sicurezza, la voluttà, la fiducia con cui mi dedicavo a questa vita pigra e solitaria – una vita che non avrebbe potuto durare nemmeno tre mesi – rappresentano una delle peculiarità della mia esistenza e una delle stranezze del mio carattere. Quella estrema necessità di essere considerato da gli altri era proprio ciò che mi impediva di avere il coraggio di mostrarmi; inoltre, la necessità di fare visite divenne insopportabile per me, al punto che smisi persino di frequentare gli accademici e gli altri letterati con cui avevo già stretto rapporti. Marivaux, l’abate de Mably, Fontenelle furono quasi gli unici con cui continuai a incontrarmi di tanto in tanto; presentai addirittura al primo la mia commedia “Narciso”. Gli piacque molto e ebbe la gentilezza di modificarla. Diderot, più giovane di loro e pressoché della mia età, amava la musica e ne conosceva bene la teoria; ne parlavamo spesso insieme, e lui mi raccontava anche dei suoi progetti letterari. Questo creò tra noi legami sempre più stretti, che durarono quindici anni e probabilmente sarebbero continuati ancora oggi, se purtroppo – e in gran parte a causa sua[115] – non fossi finito a intraprendere la stessa carriera.
Non si potrebbe immaginare a cosa impiegassi quel breve e prezioso lasso di tempo che mi rimaneva prima di essere costretto a chiedere l’elemosina: lo dedicavo allo studio a memoria di passaggi poetici, che avevo imparato cento volte, per poi dimenticarli altrettante volte. Ogni mattina, verso le dieci, andavo a passeggiare nel Luxembourg, con un Virgilio o un Rousseau in tasca; lì, fino all’ora di pranzo, ripassavo ora un’ode sacra, ora una poesia bucolica, senza mai stancarmi di ricordarle, anche se, rileggendo quella del giorno, spesso dimenticavo quella del giorno precedente. Ricordavo infatti che, dopo la sconfitta di Nicias a Siracusa, gli ateniesi prigionieri guadagnavano da vivere recitando i poemi di Omero. Il vantaggio che trassi da questa mia erudizione, per difendermi dalla miseria, fu quello di esercitare la mia fortunata memoria, imparando a ricordare tutti quei poeti a memoria.
Avevo un altro espediente altrettanto efficace negli scacchi: dedicavo regolarmente le tarde dei giorni in cui non andavo al teatro a giocare da Maugis. Lì conobbi il signor de Légal, il signor Husson, Philidor e tutti i grandi giocatori di scacchi dell’epoca, ma non diventai certo più abile. Tuttavia non dubitavo che, col tempo, sarei diventato più forte di loro tutti; e questo, a mio parere, era sufficiente per poter contare su di me in qualsiasi situazione. Qualunque follia mi assalisse, seguivo sempre lo stesso modo di ragionare: “Chi vince in qualcosa è sicuramente ricercato. Quindi vinciamo in qualcosa; verranno le opportunità, e il mio merito farà il resto”. Questo comportamento infantile non era il risultato di una riflessione razionale, ma della mia pigrizia. Temendo gli sforzi enormi che avrei dovuto compiere per migliorare, cercavo di lusingare la mia indolenza, utilizzando argomentazioni degne proprio di essa.
Aspettavo quindi tranquillamente che il mio denaro finisse, e credo che sarei arrivato all’ultimo centesimo senza provare alcuna emozione, se il signor Castel, che di tanto in tanto incontravo andando al caffè, non mi avesse strappato da questa letargia. Il signor Castel era pazzo, ma comunque una brava persona: gli dispiaceva vedermi consumare così senza fare nulla. “Poiché i musicisti, mi disse, poiché gli scienziati non cantano al tuo ritmo, cambia approccio e cerca di avvicinarti alle donne. Forse avrai più successo da quella parte.” Parlai di te alla signora de Bezenval; vai a trovarla da parte mia. È una brava donna che sarà felice di rivedere il paese del suo figlio e del suo marito. Lì incontrerai anche la signora de Broglie, sua figlia, una donna molto intelligente. La signora Dupin è un’altra persona di cui ho parlato: portale il tuo libro. Ha voglia di conoscerti e ti accoglierà bene. A Parigi non si ottiene nulla senza l’aiuto delle donne. Sono come delle curve le cui asintoti sono gli saggi: ci avviciniamo continuamente, ma non le tocchiamo mai davvero.
Après avoir remis d’un jour à l’autre ces terribles corvées, je pris enfin courage, et j’allai voir Mme de Bezenval. Elle me reçut avec bonté. Mme de Broglie étant entrée dans sa chambre, elle lui dit : Ma fille, voilà M. Rousseau dont le P. Castel nous a parlé. Mme de Broglie me fit compliment sur mon ouvrage, et me menant à son clavecin, me fit voir qu’elle s’en était occupée. Voyant à sa pendule qu’il était près d’une heure, je voulus m’en aller. Mme de Bezenval me dit : Vous êtes loin de votre quartier, restez, vous dînerez ici. Je ne me fis pas prier. Un quart d’heure après je compris par quelques mots que le dîner auquel elle m’invitait était celui de son office. Mme de Bezenval était une très bonne femme, mais bornée, et trop pleine de son illustre noblesse polonaise ; elle avait peu d’idées des égards qu’on doit aux talents. Elle me jugeait même en cette occasion sur mon maintien plus que sur mon équipage, qui, quoique très simple, était fort propre, et n’annonçait point du tout un homme fait pour dîner à l’office. J’en avais oublié le chemin depuis trop longtemps pour vouloir le rapprendre. Sans laisser voir tout mon dépit, je dis à Mme de Bezenval qu’une petite affaire, qui me revenait en mémoire, me rappelait dans mon quartier, et je voulus partir. Mme de Broglie s’approcha de sa mère, et lui dit à l’oreille quelques mots qui firent effet. Mme de Bezenval se leva pour me retenir et me dit : Je compte que c’est avec nous que vous nous ferez l’honneur de dîner. Je crus que faire le fier serait faire le sot, et je restai. D’ailleurs la bonté de Mme de Broglie m’avait touché et me la rendait intéressante. Je fus fort aise de dîner avec elle et j’espérai qu’en me connaissant davantage elle n’aurait pas regret à m’avoir procuré cet honneur. M. le président de Lamoignon, grand ami de la maison, y dîna aussi. Il avait, ainsi que Mme de Broglie, ce petit jargon de Paris, tout en petits mots, tout en petites allusions fines. Il n’y avait pas là de quoi briller pour le pauvre Jean-Jacques. J’eus le bon sens de ne vouloir pas faire le gentil malgré Minerve, et je me tus. Heureux si j’eusse été toujours aussi sage ! je ne serais pas dans l’abîme où je suis aujourd’hui.
J’étais désolé de ma lourdise, et de ne pouvoir justifier aux yeux de Mme de Broglie ce qu’elle avait fait en ma faveur. Après le dîner, je m’avisai de ma ressource ordinaire. J’avais dans ma poche une épître en vers, écrite à Parisot pendant mon séjour à Lyon. Ce morceau ne manquait pas de chaleur ; j’en mis dans la façon de le réciter, et je les fis pleurer tous trois. Soit vanité, soit vérité dans mes interprétations, je crus voir que les regards de Mme de Broglie disaient à sa mère : Eh bien, maman, avais-je tort de vous dire que cet homme était plus fait pour dîner avec vous qu’avec vos femmes ? Jusqu’à ce moment j’avais eu le cœur un peu gros ; mais après m’être ainsi vengé, je fus content. Mme de Broglie, poussant un peu trop loin le jugement avantageux qu’elle avait porté de moi, crut que j’allais faire sensation dans Paris et devenir un homme à bonnes fortunes. Pour guider mon inexpérience, elle me donna les Confessions du Comte de***. Ce livre, me dit-elle, est un Mentor dont vous aurez besoin dans le monde : vous ferez bien de le consulter quelquefois. J’ai gardé plus de vingt ans cet exemplaire avec reconnaissance pour la main dont il me venait, mais riant souvent de l’opinion que paraissait avoir cette dame de mon mérite galant. Du moment que j’eus lu cet ouvrage, je désirai d’obtenir l’amitié de l’auteur. Mon penchant m’inspirait très bien : c’est le seul ami vrai que j’aie eu parmi les gens de lettres.[116]
Dès lors j’osai compter que Mme la baronne de Bezenval et Mme la marquise de Broglie, prenant intérêt à moi, ne me laisseraient pas longtemps sans ressource, et je ne me trompai pas. Parlons maintenant de mon entrée chez Mme Dupin, qui a eu de plus longues suites.
Mme Dupin était, comme on sait, fille de Samuel Bernard et de Mme Fontaine. Elles étaient trois sœurs qu’on pouvait appeler les trois Grâces. Mme de la Touche qui fit une escapade en Angleterre avec le duc de Kingston ; Mme d’Arty, la maîtresse, et, bien plus l’amie, l’unique et sincère amie de M. le prince de Conti, femme adorable autant par la douceur, par la bonté de son charmant caractère, que par l’agrément de son esprit et par l’inaltérable gaieté de son humeur ; enfin, Mme Dupin, la plus belle des trois, et la seule à qui l’on n’ait point reproché d’écart dans sa conduite. Elle fut le prix de l’hospitalité de M. Dupin, à qui sa mère la donna avec une place de fermier général et une fortune immense, en reconnaissance du bon accueil qu’il lui avait fait dans sa province. Elle était encore, quand je la vis pour la première fois, une des plus belles femmes de Paris. Elle me reçut à sa toilette. Elle avait les bras nus, les cheveux épars, son peignoir mal arrangé. Cet abord m’était très nouveau ; ma pauvre tête n’y tint pas ; je me trouble, je m’égare, et bref me voilà épris de Mme Dupin.
Mon trouble ne parut pas me nuire auprès d’elle, elle ne s’en aperçut point. Elle accueillit le livre et l’auteur, me parla de mon projet en personne instruite, chanta, s’accompagna du clavecin, me retint à dîner, me fit mettre à table à côté d’elle ; il n’en fallait pas tant pour me rendre fou, je le devins. Elle me permit de la venir voir : j’usai, j’abusai de la permission. J’y allais presque tous les jours, j’y dînais deux ou trois fois la semaine. Je mourais d’envie de parler ; je n’osais jamais. Plusieurs raisons renforçaient ma timidité naturelle. L’entrée d’une maison opulente était une porte ouverte à la fortune ; je ne voulais pas, dans ma situation, risquer de me la fermer. Mme Dupin, tout aimable qu’elle était, était sérieuse et froide ; je ne trouvais rien dans ses manières d’assez agaçant pour m’enhardir. Sa maison, aussi brillante alors qu’aucune autre dans Paris, rassemblait des sociétés auxquelles il ne manquait que d’être un peu moins nombreuses pour être d’élite dans tous les genres. Elle aimait à voir tous les gens qui jetaient de l’éclat, les grands, les gens de lettres, les belles femmes. On ne voyait chez elle que ducs, ambassadeurs, cordons-bleus. Mme la princesse de Rohan, Mme la comtesse de Forcalquier, Mme de Mirepoix, Mme de Brignole, milady Hervey, pouvaient passer pour ses amies. M. de Fontenelle, l’abbé de Saint-Pierre, l’abbé Sallier, M. de Fourmont, M. de Bernis, M. de Buffon, M. de Voltaire étaient de son cercle et de ses dîners. Si son maintien réservé n’attirait pas beaucoup les jeunes gens, sa société, d’autant mieux composée, n’en était que plus imposante, et le pauvre Jean-Jacques n’avait pas de quoi se flatter de briller beaucoup au milieu de tout cela. Je n’osai donc parler ; mais, ne pouvant plus me taire, j’osai écrire. Elle garda deux jours ma lettre sans m’en parler. Le troisième jour elle me la rendit, m’adressant verbalement quelques mots d’exhortation d’un ton froid qui me glaça. Je voulus parler, la parole expira sur mes lèvres ; ma subite passion s’éteignit avec l’espérance, et, après une déclaration dans les formes, je continuai de vivre avec elle comme auparavant, sans plus lui parler de rien, même des yeux.
After postponing these terrible chores day after day, I finally mustered the courage to go and see Madame de Bezenval. She received me kindly. When Madame de Broglie entered her room, she said to her: “My daughter, this is Mr. Rousseau about whom Father Castel has spoken to us.” Madame de Broglie praised my work and led me to her clavichord, showing me that she had taken some care of it. Seeing that it was nearly one o’clock on her clock, I wanted to leave. Madame de Bezenval said: “You are far from your residence; stay and have dinner with us.” I did not hesitate. Quince minutes later, I realized from a few words that the dinner she was inviting me to attend was actually the family’s evening meal. Madame de Bezenval was a very kind woman, but rather narrow-minded and overly preoccupied with her illustrious Polish nobility; she had little understanding of the respect that should be shown to talent. In fact, on this occasion, she judged me more by my manners than by my attire, which, although very simple, was quite neat and in no way suggested a man who would dine at such an informal gathering. I had forgotten the way there long ago and had no desire to try to recall it. Without showing any of my disappointment, I told Madame de Bezenval that something I suddenly remembered had made me want to return to my residence, and I tried to leave. Madame de Broglie approached her mother and whispered a few words to her, which seemed to have some effect. Madame de Bezenval stood up to stop me and said: “I expect you to honor us by dining with us.” I thought that being stubborn would only make me appear foolish, so I stayed. Moreover, Madame de Broglie’s kindness had touched me, and she began to seem interesting to me. I was very pleased to dine with her and hoped that as we got to know each other better, she would not regret having given me this honor. Mr. le President de Lamoignon, a close friend of the family, also dined there. Like Madame de Broglie, he used that peculiar Parisian jargon—full of short phrases and subtle allusions. There was nothing there for poor Jean-Jacques to shine in. I had the good sense not to try to be polite despite my efforts; I simply stayed silent. If only I had always been so wise! I would not be in the abyss I find myself in today.
I was ashamed of my own clumsiness and of my inability to justify in Madame de Broglie’s eyes what she had done on my behalf. After dinner, I remembered of my usual resource: I had a poem in verse in my pocket, which I had written for Parisot during my stay in Lyon. The piece was certainly full of warmth; I put all my emotion into reciting it, and I managed to make all three of them cry. Whether it was vanity or truth in my interpretation, I believed that Madame de Broglie’s gaze seemed to say to her mother: “Well, mama, wasn’t I right when I told you that this man would be more suited to dine with you than with your ladies?” Until that moment, I had felt somewhat distressed; but after having taken my revenge in this way, I was satisfied. Madame de Broglie, going a little too far in her favorable opinion of me, thought that I was about to make a name for myself in Paris and become a man of great success. To guide my inexperience, she gave me The Confessions of the Count of ***. She told me that this book was like a mentor that I would need in the world; I should consult it from time to time. I kept this copy with me for over twenty years, grateful for the kindness from which it came, but often laughing at the idea that this lady must have had of my romantic merits. The moment I read this book, I resolved to win the author’s friendship. My inclination was certainly right: he is the only true friend I have ever had among men of letters.[116]
From that moment on, I dared to hope that Madame la Baronne de Bezenval and Madame la Marquise de Broglie, taking an interest in me, would not let me be without resources for long, and I was not mistaken. Now let us talk about my entry into the household of Madame Dupin, which had even more far-reaching consequences.
As is well known, Madame Dupin was the daughter of Samuel Bernard and Madame Fontaine. They were three sisters who could be called the “Three Graces”: Madame de la Touche, who went on an escapade to England with the Duke of Kingston; Madame d’Arty, the mistress—and, more importantly, the friend, the only true and sincere friend of Monsieur le Prince de Conti—a woman adorable for the gentleness and kindness of her charming character, as well as for the elegance of her mind and the enduring cheerfulness of her disposition. Finally, there was Madame Dupin, the most beautiful of the three, and the only one whose conduct had never been criticized in any way. She became the reward for Monsieur Dupin’s hospitality; his mother gave her to him along with a position as farmer-general and an immense fortune, in recognition of the kind welcome he had given her in their province. When I first met her, she was still one of the most beautiful women in Paris. She received me while getting dressed—her arms were bare, her hair was loose, and her dressing gown was half-put on. Such a scene was entirely new to me; my poor head couldn’t handle it at all. I became confused, lost my composure, and before long, I found myself utterly enamored of Madame Dupin.
My troubles did not seem to harm me in her eyes; she was not aware of them at all. She welcomed the book and its author, spoke to me personally about my project with great knowledge, sang, played the clavier for me, invited me to dinner, and had me sit at the table beside her. Such things were enough to drive me mad—indeed, I went mad. She allowed me to visit her; I took advantage of that permission to the fullest extent. I went there almost every day, dining there two or three times a week. I was dying to speak with her, but I never dared. Several reasons heightened my natural timidity. Entering a wealthy household meant opening oneself up to opportunities for fortune; in my situation, I did not want to risk closing those doors. Although Madame Dupin was very kind, she was also serious and cold; there was nothing in her manner that could encourage me to speak up. Her home, as brilliant as any other in Paris at the time, gathered people of the highest caliber in every field. She liked to meet all those who shone—nobles, literati, beautiful women. At her house, one would find dukes, ambassadors, and members of the royal guard. Madame la Princesse de Rohan, Madame la Comtesse de Forcalquier, Madame de Mirepoix, Madame de Brignole, and Milady Hervey could be considered her friends. Monsieur de Fontenelle, the Abbé de Saint-Pierre, the Abbé Sallier, Monsieur de Fourmont, Monsieur de Bernis, Monsieur de Buffon, and Monsieur de Voltaire were also part of her circle and dined with her frequently. If her reserved demeanor did not attract many young men, her high-quality company only made her more impressive. And the poor Jean-Jacques had no reason to think he would stand out in such company. Therefore, I dared not speak; but since I could no longer remain silent, I dared to write. She kept my letter for two days without saying a word about it. On the third day, she returned it to me and gave me some cold words of encouragement, which chilled me to the bone. I tried to speak again, but the words died on my lips. My sudden passion faded along with my hope, and after making a formal declaration, I continued to live with her as before, never speaking to her about anything—not even about our eyes.
Dopo aver rimandato di giorno in giorno queste terribili corvée, finalmente raccolsi il coraggio e andai a trovare Madame de Bezenval. Mi accolse con gentilezza. Quando Madame de Broglie entrò nella sua stanza, lei le disse: “Mia figlia, ecco Monsieur Rousseau di cui il Padre Castel ci ha parlato”. Madame de Broglie mi fece i complimenti sul mio lavoro e, portandomi al suo clavicembalo, mi mostrò che se ne era occupata. Vedendo che erano quasi le undici, volli andarmene. Madame de Bezenval mi disse: “Siete lontano dal vostro quartiere, restate, mangerete qui”. Non mi feci pregare. Un quarto d’ora dopo, capii da alcune parole che il pranzo a cui mi invitava era quello della sua cerchia domestica. Madame de Bezenval era una donna molto buona, ma limitata e troppo presa dalla sua illustre origine nobiliare polacca; aveva poche idee riguardo ai rispetti che si devono tributare ai talenti. Anzi, in quell’occasione mi giudicò più dal mio modo di comportarmi che dall’abbigliamento, che, sebbene molto semplice, era comunque pulito e non lasciava affatto intendere che fossi una persona adatta a partecipare a pranzi del genere. Non ricordavo da troppo tempo la strada per tornare al mio quartiere, quindi non volli cercarla di nuovo. Senza mostrare tutto il mio disappunto, dissi a Madame de Bezenval che un piccolo impegno improvviso mi costringeva ad andarmene. Madame de Broglie si avvicinò alla madre e le sussurrò qualcosa; questo ebbe effetto. Madame de Bezenval si alzò per trattenermi e mi disse: “Spero che vorrete onorarci con la vostra presenza a cena”. Pensai che comportarmi in modo ostinato sarebbe stato sciocco, quindi rimasi. Del resto, la gentilezza di Madame de Broglie mi aveva commosso e la rendeva interessante. Fu un piacere cenare con lei, e speravo che, conoscendomi meglio, non avrebbe rimpianto di avermi concesso questo onore. Anche il Presidente de Lamoignon, grande amico della famiglia, cenò lì con noi. Lui, come Madame de Broglie, utilizzava quel gergo parigino fatto di frasi brevi e allusioni sottili. Non c’era certo nulla lì che potesse permettermi di brillare. Fortunatamente, ebbi la saggezza di non cercare di comportarmi in modo diverso dal mio solito; rimasi in silenzio. Se solo avessi sempre agito con saggezza. Non mi troverei oggi in questo abisso.
Ero pentito della mia goffaggine e di non riuscire a giustificare agli occhi di Madame de Broglie ciò che aveva fatto in mio favore. Dopo cena, mi ricordai del mio solito espediente: avevo in tasca una lettera in versi scritta a Parisot durante il mio soggiorno a Lione. Quel testo non mancava di calore; ne accentuai l’effetto nel modo in cui lo lessi, e riuscii a far piangere tutti e tre. Che si trattasse di vanità o di verità nelle mie interpretazioni, credetti di leggere negli sguardi di Madame de Broglie un messaggio per sua madre: “Ebbene, mamma, avevo torto quando vi dicevo che quest’uomo era più adatto a pranzare con voi che con le vostre donne?” Fino a quel momento mi sentivo un po’ a disagio; ma dopo essermi così vendicato, fui soddisfatto. Madame de Broglie, esagerando un po’ troppo nella stima che aveva di me, pensò che avrei fatto sensazione a Parigi e che sarei diventato un uomo fortunato. Per guidare la mia inesperienza, mi diede le “Confessioni del Conte di ***”. Quel libro, mi disse, era come un “Mentore” di cui avrei avuto bisogno nel mondo: avrei fatto bene a consultarlo di tanto in tanto. Ho conservato quell’esemplare per più di vent’anni, grato per la generosità di chi me lo aveva regalato, ma ridendo spesso dell’opinione che quella signora sembrava avere sul mio valore come corteggiatore. Non appena ebbi letto quel libro, desiderai ardentemente conquistare l’amicizia del suo autore. Il mio istinto non mi ingannava: è stato l’unico vero amico che abbia avuto tra gli uomini di lettere.[116]
Da quel momento, osai sperare che la baronessa de Bezenval e la marchesa de Broglie, interessate a me, non mi lasciassero a lungo senza risorse, e non mi sbagliai. Ora parliamo della mia entrata in casa di Madame Dupin, gli eventi successivi ai quali ciò portò furono molto più significativi.
Come si sa, Madame Dupin era figlia di Samuel Bernard e di Madame Fontaine. Erano tre sorelle che si potevano definire le “tre Grazie”: Madame de la Touche, che fece un viaggio in Inghilterra con il Duca di Kingston; Madame d’Arty, amante e, soprattutto, vera amica del Principe di Conti: una donna adorabile sia per la dolcezza e la bontà del suo carattere, sia per l’intelligenza e la costante allegria del suo spirito. Infine, Madame Dupin, la più bella delle tre, e l’unica la cui condotta non fu mai messa in discussione. Fu il premio dell’ospitalità di Monsieur Dupin: sua madre la gli diede in sposa insieme a una carica di intendente generale e a un’enorme fortuna, in ringraziamento per l’accoglienza ricevuta nella sua provincia. Quando la vidi per la prima volta, era ancora una delle donne più belle di Parigi. Mi ricevette mentre si vestiva: aveva le braccia nude, i capelli sciolti e il suo accappatoio mal sistemato. Questo modo di presentarsi mi fu del tutto nuovo; la mia povera testa non riuscì a comprenderlo. Mi confusi, mi persi nell’ambiente. E, in breve, mi innamorai perdutamente di Madame Dupin.
Il mio turbamento, a quanto pare, non le causò alcun danno; lei non se ne accorse nemmeno. Accolse il libro e l’autore con gentilezza, parlò personalmente del mio progetto con grande competenza, cantò, suonava il clavicembalo, mi invitò a cena e mi fece sedere al suo fianco. Non ci voleva molto per farmi impazzire. E infatti impazzii. Mi permise di andare a trovarla spesso: ne approfittai senza ritegno, vi andavo quasi ogni giorno, cenavo lì due o tre volte alla settimana. Morivo dalla voglia di parlare. Ma non osavo mai farlo. Diverse ragioni rafforzavano la mia naturale timidezza: l’ingresso di una casa agiata rappresentava un’opportunità per ottenere fortuna. Non volevo, nella mia situazione, rischiare di perderla. Madame Dupin, per quanto gentile, era seria e fredda. Non trovavo nulla nelle sue maniere che potesse incoraggiarmi a parlare. La sua casa, all’epoca la più brillante di Parigi, riuniva persone di ogni genere. Amava incontrare i personaggi illustri, gli scrittori, le belle donne. Lì si vedevano duchi, ambasciatori, nobili di alto rango. Madame la princesse de Rohan, Madame la comtesse de Forcalquier, Madame de Mirepoix, Madame de Brignole, milady Hervey potevano essere considerate sue amiche. M. de Fontenelle, l’abbé de Saint-Pierre, l’abbé Sallier, M. de Fourmont, M. de Bernis, M. de Buffon, M. de Voltaire facevano parte del suo circolo e dei suoi pranzi. Se il suo comportamento riservato non attirava molto i giovani, la sua compagnia, per quanto selezionata, era ancora più imponente. Il povero Jean-Jacques non aveva certo motivo di sperare di brillare in mezzo a tutto ciò. Non osai quindi parlare. Ma, non potendo più tacere, osai scrivere. Lei tenne la mia lettera per due giorni senza rispondermi. Al terzo giorno me la restituì, dicendomi alcune parole d’esortazione con un tono freddo che mi gelò il sangue. Volevo parlare. Ma le parole mi morirono sulle labbra. La mia improvvisa passione si spense insieme alla speranza. Dopo averle fatto una dichiarazione formale, continuai a vivere con lei come prima, senza più parlarle di nulla, nemmeno con lo sguardo.
Je crus ma sottise oubliée ; je me trompai. M. de Francueil, fils de M. Dupin et beau-fils de madame, était à peu près de son âge et du mien. Il avait de l’esprit, de la figure ; il pouvait avoir des prétentions ; on disait qu’il en avait auprès d’elle, uniquement peut-être parce qu’elle lui avait donné une femme bien laide, bien douce, et qu’elle vivait parfaitement bien avec tous les deux. M. de Francueil aimait et cultivait les talents. La musique, qu’il savait fort bien, fut entre nous un moyen de liaison. Je le vis beaucoup ; je m’attachais à lui : tout d’un coup il me fit entendre que Mme Dupin trouvait mes visites trop fréquentes, et me priait de les discontinuer. Ce compliment aurait pu être à sa place quand elle me rendit ma lettre ; mais huit ou dix jours après, et sans aucune autre cause, il venait, ce me semble, hors de propos. Cela faisait une position d’autant plus bizarre, que je n’en étais pas moins bien venu qu’auparavant chez M. et Mme de Francueil. J’y allai cependant plus rarement, et j’aurais cessé d’y aller tout à fait, si, par un autre caprice imprévu, Mme Dupin ne m’avait fait prier de veiller pendant huit ou dix jours à son fils, qui, changeant de gouverneur, restait seul durant cet intervalle. Je passai ces huit jours dans un supplice que le plaisir d’obéir à Mme Dupin pouvait seul me rendre souffrable ; car le pauvre Chenonceau avait dès lors cette mauvaise tête qui a failli déshonorer sa famille, et qui l’a fait mourir à l’île de Bourbon. Pendant que je fus auprès de lui, je l’empêchai de faire du mal à lui-même ou à d’autres, et voilà tout : encore ne fut-ce pas une médiocre peine ; je ne m’en serais pas chargé huit autres jours de plus, quand Mme Dupin se serait donnée à moi pour récompense.
M. de Francueil me prenait en amitié, je travaillais avec lui : nous commençâmes ensemble un cours de chimie chez Rouelle. Pour me rapprocher de lui, je quittai mon hôtel Saint-Quentin et vins me loger au jeu de Paume de la rue Verdelet, qui donne dans la rue Plâtrière, où logeait M. Dupin. Là, par la suite d’un rhume négligé, je gagnai une fluxion de poitrine dont je faillis mourir. J’ai eu souvent dans ma jeunesse de ces maladies inflammatoires, pleurésies, et surtout des esquinancies auxquelles j’étais très sujet, dont je ne tiens pas ici le registre, et qui toutes m’ont fait voir la mort d’assez près pour me familiariser avec son image. Durant ma convalescence, j’eus le temps de réfléchir sur mon état, et de déplorer ma timidité, ma faiblesse, et mon indolence qui, malgré le feu dont je me sentais embrasé, me laissait languir dans l’oisiveté d’esprit toujours à la porte de la misère. La veille du jour où j’étais tombé malade, j’étais allé à un opéra de Royer, qu’on donnait alors, et dont j’ai oublié le titre. Malgré ma prévention pour les talents des autres, qui m’a toujours fait défier des miens, je ne pouvais m’empêcher de trouver cette musique faible, sans chaleur, sans invention. J’osais quelquefois me dire : Il me semble que je ferais mieux que cela. Mais la terrible idée que j’avais de la composition d’un opéra, et l’importance que j’entendais donner par les gens de l’art à cette entreprise, m’en rebutaient à l’instant même, et me faisaient rougir d’oser y penser. D’ailleurs où trouver quelqu’un qui voulût me fournir des paroles et prendre la peine de les tourner à mon gré ? Ces idées de musique et d’opéra me revinrent durant ma maladie, et dans le transport de ma fièvre, je composais des chants[117], des duos, des chœurs. Je suis certain d’avoir fait deux ou trois morceaux di prima intenzione dignes peut-être de l’admiration des maîtres s’ils avaient pu les entendre exécuter. Oh ! si l’on pouvait tenir registre des rêves d’un fiévreux, quelles grandes et sublimes choses on verrait sortir quelquefois de son délire !
Ces sujets de musique et d’opéra m’occupèrent encore pendant ma convalescence, mais plus tranquillement. À force d’y penser, et même malgré moi, je voulus en avoir le cœur net, et tenter de faire à moi seul un opéra, paroles et musique. Ce n’était pas tout à fait mon coup d’essai. J’avais fait à Chambéry un opéra tragédie, intitulé Iphis et Anaxarète, que j’avais eu le bon sens de jeter au feu. J’en avais fait à Lyon un autre intitulé La découverte du nouveau monde dont, après l’avoir lu à M. Bordes, à l’abbé de Mably, à l’abbé Trublet et à d’autres, j’avais fini par faire le même usage, quoique j’eusse déjà fait la musique du prologue et du premier acte, et que David m’eût dit, en voyant cette musique, qu’il y avait des morceaux dignes du Buononcini.
Cette fois, avant de mettre la main à l’œuvre, je me donnai le temps de méditer mon plan. Je projetai dans un ballet héroïque trois sujets différents en trois actes détachés, chacun dans un différent caractère de musique ; et, prenant pour chaque sujet les amours d’un poète, j’intitulai cet opéra Les Muses galantes. Mon premier acte, en genre de musique forte, était le Tasse ; le second, en genre de musique tendre, était Ovide ; et le troisième, intitulé Anacréon, devait respirer la gaieté du dithyrambe. Je m’essayai d’abord sur le premier acte, et je m’y livrai avec une ardeur qui, pour la première fois, me fit goûter les délices de la verve dans la composition. Un soir, près d’entrer à l’Opéra, me sentant tourmenté, maîtrisé par mes idées, je remets mon argent dans ma poche, je cours m’enfermer chez moi, je me mets au lit, après avoir bien fermé tous mes rideaux pour empêcher le jour d’y pénétrer, et là, me livrant à tout l’œstre poétique et musical, je composai rapidement en sept ou huit heures la meilleure partie de mon acte. Je puis dire que mes amours pour la princesse de Ferrare (car j’étais le Tasse pour lors) et mes nobles et fiers sentiments vis-à-vis de son injuste frère, me donnèrent une nuit cent fois plus délicieuse que je ne l’aurais trouvée dans les bras de la princesse elle-même[118]. Il ne resta le matin dans ma tête qu’une bien petite partie de ce que j’avais fait ; mais ce peu, presque effacé par la lassitude et le sommeil, ne laissait pas de marquer encore l’énergie des morceaux dont il offrait les débris.
Pour cette fois, je ne poussai pas fort loin ce travail, en ayant été détourné par d’autres affaires. Tandis que je m’attachais à la maison Dapin, Mme de Bezenval et Mme de Broglie, que je continuais de voir quelquefois, ne m’avaient pas oublié. M. le comte de Montaigu, capitaine aux Gardes, venait d’être nommé ambassadeur à Venise. C’était un ambassadeur de la façon de Barjac[119], auquel il faisait assidûment sa cour. Son frère, le chevalier de Montaigu, gentilhomme de la manche de M. le Dauphin, était de la connaissance de ces deux dames et de celle de M. l’abbé Alary, de l’Académie française, que je voyais aussi quelquefois. Mme de Broglie, sachant que l’ambassadeur cherchait un secrétaire, me proposa. Nous entrâmes en pourparlers. Je demandai cinquante louis d’appointement, ce qui était bien peu dans une place où l’on est obligé de figurer. Il ne voulait me donner que cent pistoles, et que je fisse le voyage à mes frais. La proposition était ridicule. Nous ne pûmes nous accorder. M. de Francueil, qui faisait ses efforts pour me retenir, l’emporta. Je restai, et M. de Montaigu partit, emmenant un autre secrétaire appelé M. Follau, qu’on lui avait donné au bureau des Affaires étrangères. À peine furent-ils arrivés à Venise qu’ils se brouillèrent. Follau, voyant qu’il avait affaire à un fou, le planta là ; et M. de Montaigu n’ayant qu’un jeune abbé appelé de Binis, qui écrivait sous le secrétaire et n’était pas en état d’en remplir la place, eut recours à moi. Le chevalier son frère, homme d’esprit, me tourna si bien, me faisant entendre qu’il y avait des droits attachés à la place de secrétaire, qu’il me fit accepter les mille francs. J’eus vingt louis pour mon voyage, et je partis.
(1743 — 1744) — À Lyon, j’aurais bien voulu prendre la route du Mont Cenis pour voir en passant ma pauvre Maman. Mais je descendis le Rhône et fus m’embarquer à Toulon, tant à cause de la guerre et par raison d’économie, que pour prendre un passeport de M. de Mirepoix, qui commandait alors en Provence, et à qui j’étais adressé. M. de Montaigu, ne pouvant se passer de moi, m’écrivait lettre sur lettre, pour presser mon voyage. Un incident le retarda.
I thought my foolishness had been forgotten; I was mistaken. Monsieur de Francueil, son son and the son-in-law of Madame Dupin, was about the same age as her and me. He was intelligent and good-looking; he might have had claims to her attention—people said he did indeed have such claims, perhaps simply because she had given him a wife who was very ugly but very kind, and because she got along perfectly well with both of them. Monsieur de Francueil loved and cultivated talents. Music, which he knew quite well, became a means of connection between us. I saw him often; I grew fond of him. Suddenly, he told me that Madame Dupin thought my visits were too frequent and asked me to stop coming. Such a remark might have been appropriate if she had returned my letter at that time; but eight or ten days later, for no apparent reason at all, he brought up this subject out of the blue. This created an even more bizarre situation, especially since I had always been received very well by Monsieur and Madame de Francueil before. Nevertheless, I began to visit them less often, and I would have completely stopped going if, due to some other unexpected caprice on Madame Dupin’s part, she hadn’t asked me to take care of her son for eight or ten days while he was without a tutor. I spent those eight days in constant distress—yet the pleasure of obeying Madame Dupin made it somewhat endurable. For the poor young man had already begun to show that stubbornness which would later bring disgrace to his family and ultimately lead to his death on the island of Bourbon. While I was with him, I managed to prevent him from harming himself or others—and that was about all I could do. Still, it wasn’t a particularly difficult task; I wouldn’t have continued doing it for another eight days even if Madame Dupin had offered me her affection in return.
Mr. de Francueil took a liking to me; I worked with him, and together we began taking lessons in chemistry with Rouelle. To get closer to him, I left my hotel in Saint-Quentin and moved to live at the jeu de Paume on rue Verdelet, which leads into rue Plâtrière, where Mr. Dupin lived. There, due to a neglected cold, I developed a severe chest infection that nearly cost me my life. In my youth, I often suffered from such inflammatory illnesses, pleurisy, and especially bronchitis, which I was particularly prone to—though I do not record all of them here. All these illnesses brought death close to me enough to familiarize me with its image. During my convalescence, I had time to reflect on my condition and lament my timidity, weakness, and laziness, which, despite the passion within me, left me languishing in mental idleness, always on the brink of misery. The day before I fell ill, I had gone to watch an opera by Royer that was being performed at the time; I have forgotten its title. Despite my usual skepticism toward the talents of others, which always made me doubt my own, I couldn’t help but find the music weak, lacking warmth and originality. Sometimes I would even think to myself, “I could do better than this.” But the terrifying idea I had of composing an opera, and the importance that artists attached to such a endeavor, immediately deterred me and made me ashamed even to consider it. Moreover, where could I find someone willing to provide me with lyrics and take the trouble to adapt them to my wishes? These thoughts about music and opera returned to me during my illness. In the delirium of fever, I composed songs, duets, and choruses. I am certain that I created two or three pieces that, if performed by masters, might have earned their admiration. Oh! If one could record the dreams of a feverish person, what great and sublime things might sometimes emerge from their delirium!
These subjects of music and opera continued to occupy my mind during my convalescence, but in a more tranquil manner. As I kept thinking about them, even against my will, I became determined to settle the matter once and for all and attempt to compose an entire opera myself, including both lyrics and music. However, this was not entirely my first attempt at such a project. I had previously composed a tragic opera in Chambéry, titled Iphis et Anaxarète, which I wisely destroyed. In Lyon, I wrote another opera called La découverte du nouveau monde. After presenting it to Mr. Bordes, Abbé de Mably, Abbé Trublet, and others, I ended up discarding it as well, even though I had already composed the music for the prologue and the first act—and David, upon seeing it, told me that some of those passages were worthy of Buononcini.
This time, before beginning to work on it, I took the time to carefully consider my plan. I envisioned a heroic ballet consisting of three different subjects, each divided into separate acts and each accompanied by a distinct musical style. Choosing the loves of a poet as the theme for each subject, I titled this opera Les Muses galantes. The first act, in a vigorous musical style, was set to the story of Tasso; the second, in a more tender musical style, told the tale of Ovid; and the third, entitled Anacréon, was meant to convey the joy of the dithyramb. I began working on the first act first, and I did so with such fervor that for the first time, I truly experienced the delight of creative inspiration in composition. One evening, just before entering the Opera House, feeling overwhelmed by my ideas, I put my money back in my pocket, ran home, went to bed, and closed all the curtains tightly to block out the light. There, fully immersed in poetic and musical creativity, I quickly composed the best part of that act in seven or eight hours. I can say that my love for the Princess of Ferrara (for at that time, I was portraying Tasso) and my noble and indignant feelings toward her unjust brother made that night a hundred times more delightful than it could have been if I had spent it in her arms[118]. By morning, only a very small portion of what I had composed remained in my mind; yet even that, almost erased by fatigue and sleep, still bore the unmistakable mark of the energy and passion that had gone into those musical fragments.
This time, I did not pursue this matter further, as I was distracted by other affairs. While I was engaged with the Dapin household, Madame de Bezenval and Madame de Broglie, whom I still occasionally met, had not forgotten me. Monsieur le Comte de Montaigu, captain of the Guards, had just been appointed ambassador to Venice. He was the kind of ambassador typical of the Barjac style[119], and I frequently attended his court. His brother, the Knight de Montaigu, a gentleman in the service of the Dauphin, knew these two ladies as well as Monsieur l’Abbé Alary from the Académie française, whom I also occasionally met. Madame de Broglie, knowing that the ambassador was looking for a secretary, recommended me to him. We began negotiations. I asked for a salary of fifty louis, which was remarkably low for such a position. He offered only one hundred pistoles and required me to cover my own travel expenses. The offer was ridiculous, and we could not reach an agreement. Monsieur de Francueil, who was trying hard to keep me, prevailed. I stayed on, while Monsieur de Montaigu left, taking with him another secretary named M. Follau, whom he had been assigned at the Bureau of Foreign Affairs. As soon as they arrived in Venice, they fell out. Realizing that he was dealing with a madman, Follau abandoned him; and since Monsieur de Montaigu only had a young abbe named de Binis, who could barely perform the duties of a secretary, he turned to me for help. His brother, the Knight de Montaigu, being a clever man, persuaded me by emphasizing the benefits associated with the position of secretary, and I finally accepted the thousand francs. I received twenty louis for my travel expenses and set off.
(1743 — 1744) — In Lyon, I would have liked to take the road to Mont Cenis to visit my poor mother on my way. But I followed the Rhône downstream and boarded a ship in Toulon—both because of the war and for economic reasons, as well as to obtain a passport from Monsieur de Mirepoix, who was then in command of Provence and to whom I was addressed. Monsieur de Montaigu, unable to do without me, wrote letter after letter urging me to set off immediately. However, an incident delayed his plans.
Pensavo che la mia stupidità fosse stata dimenticata; mi sbagliavo. Il signor de Francueil, figlio del signor Dupin e genero di madame Dupin, aveva più o meno la stessa età sua e mia. Era intelligente, aveva un bell’aspetto; poteva avere delle pretese. Si diceva che ne avesse verso di lei, forse soltanto perché lei gli aveva dato in moglie una donna molto brutta ma molto dolce, e che vivesse perfettamente bene con entrambi. Il signor de Francueil amava e coltivava i talenti; la musica, che conosceva molto bene, divenne un mezzo di comunicazione tra noi. Lo vedevo spesso; mi ero affezionato a lui. All’improvviso mi fece capire che madame Dupin riteneva le mie visite troppo frequenti e mi pregò di smetterle. Questo “complimento” avrebbe potuto essere detto da lei quando mi restituì la mia lettera; ma otto o dieci giorni dopo, senza alcuna altra ragione, lui fece questa osservazione. Una situazione davvero strana. Tuttavia continuavo ad andare a casa del signor e della signora de Francueil come prima. Anzi, ci andavo sempre meno spesso. Avrei smesso del tutto di andarci, se non fosse stato per un altro capriccio inaspettato di madame Dupin: mi chiese di prendermi cura di suo figlio per otto o dieci giorni, poiché cambiava governante e rimaneva solo durante quel periodo. Trascorsi quegli otto giorni in un vero supplizio. Ma il piacere di obbedire a madame Dupin rendeva tutto questo sopportabile. Il povero Chenonceau, intanto, aveva già iniziato ad avere quella cattiva testa che avrebbe finito per disonorare la sua famiglia. E che alla fine lo portò alla morte sull’isola di Bourbon. Mentre ero con lui, riuscii a impedirgli di fare del male a se stesso o ad altri. E basta. Anche così, non fu certo un compito facile. Non l’avrei assunto per altri otto giorni, nemmeno se madame Dupin mi avesse offerto in ricompensa tutto ciò che desideravo.
Il signor de Francueil iniziò a trattarmi con amicizia; lavoravo insieme a lui e insieme cominciammo un corso di chimica presso Rouelle. Per avvicinarmi di più a lui, lasciai il mio hotel Saint-Quentin e mi trasferii nel “jeu de Paume” situato in rue Verdelet, che si affaccia su rue Plâtrière, dove abitava il signor Dupin. Lì, a causa di un raffreddore trascurato, sviluppai una polmonite dalla quale rischiavo di morire. Da giovane soffrivo spesso di queste malattie infiammatorie, di pleuriti e soprattutto di bronchiti, alle quali ero molto soggetto; non intendo qui elencare tutti questi episodi, ma tutte queste malattie mi hanno fatto sperimentare da vicino la morte, facendomi così abituare all’idea stessa della morte. Durante il mio periodo di convalescenza ebbi il tempo di riflettere sul mio stato e di rimpiangere la mia timidezza, la mia debolezza e la mia pigrizia, che, nonostante il fuoco interno che mi divorava, mi lasciavano languire nell’ozio mentale, sempre sull’orlo della miseria. La sera prima di ammalarmi ero andato ad ascoltare un’opera di Royer, la cui trama ho dimenticato; nonostante la mia diffidenza verso i talenti altrui, che mi spingeva sempre a mettere in discussione i miei stessi, non potevo fare a meno di considerare quella musica debole, priva di calore e di originalità. A volte mi dicevo: “Forse potrei fare meglio di così”. Ma l’idea terribile che avevo della composizione di un’opera, e l’importanza che gli artisti attribuivano a questo genere di attività, mi scoraggiavano immediatamente, facendomi arrossire al solo pensiero di provarci. Inoltre, dove avrei potuto trovare qualcuno disposto a fornirmi le parole delle canzoni e a prendersi la briga di adattarle alle mie esigenze? Queste idee legate alla musica e all’opera mi tornavano in mente durante la mia malattia; nel delirio febbrile componevo canti, duetti, cori. Sono certo di aver creato due o tre brani che, se fossero stati eseguiti, avrebbero potuto meritare l’ammirazione dei maestri. Oh! Se solo si potesse registrare ciò che i malati sognano. Quante cose grandi e sublimi emergerebbero forse dal loro delirio!
Questi argomenti legati alla musica e all’opera continuarono a occuparmi durante il mio periodo di convalescenza, ma in modo più tranquillo. Pensandoci continuamente, e anche contro la mia volontà, decisi di chiarire definitivamente la questione e provare da solo a comporre un’opera, con testo e musica. Tuttavia, non fu esattamente il mio primo tentativo: avevo già scritto un’opera tragica a Chambéry, intitolata “Iphis e Anaxarète”, che per fortuna distrussi subito dopo averla scritta; ne avevo anche composta un’altra a Lione, intitolata “La scoperta del nuovo mondo”. Dopo averla letta a persone come Monsieur Bordes, l’abate de Mably, l’abate Trublet e ad altri, decisi di distruggerla anch’essa, nonostante avessi già scritto la musica del prologo e del primo atto. E David, vedendo quella musica, mi disse che alcuni passaggi erano davvero degni di Buononcini.
Questa volta, prima di mettermi all’opera, mi presi il tempo di riflettere attentamente sul mio piano. Immaginai un “balletto eroico” composto da tre parti distinte, ciascuna caratterizzata da uno stile musicale diverso; per ogni parte scelsi i temi amorosi di un poeta e intitolai l’opera “Le Muse galanti”. Il primo atto, di carattere energico, riguardava Tasso; il secondo, più tenero, Ovidio; il terzo, intitolato “Anacréone”, doveva trasmettere la gioia tipica del ditirambo. Provai prima con il primo atto e mi ci dedicai con tale passione che per la prima volta assaporai i piaceri della creatività musicale. Una sera, poco prima di entrare all’Opera, sentendomi sopraffatto dalle mie idee, riposi i soldi in tasca, corsi a chiudermi in casa, mi misi a letto e, dopo aver chiuso bene tutte le tende per impedire alla luce di entrare, mi abbandonai completamente alla mia ispirazione poetica e musicale. In soli sette o otto ore composi la maggior parte del primo atto. Posso dire che i miei sentimenti per la principessa di Ferrara (poiché in quel momento rappresentavo Tasso) e il mio orgoglio nei confronti del suo fratello ingiusto resero quella notte cento volte più piacevole di quanto avrei potuto provare tra le braccia della stessa principessa[118]. La mattina seguente, nella mia mente rimaneva solo una piccola parte di ciò che avevo composto; ma anche quel poco, ormai quasi cancellato dalla stanchezza e dal sonno, conservava ancora l’energia dei brani che avevo creato.
Questa volta non portai avanti questo lavoro con troppa insistenza, poiché fui distratto da altre questioni. Mentre mi dedicavo alle attività legate alla casa Dapin, Madame de Bezenval e Madame de Broglie, che continuavo a incontrare di tanto in tanto, non mi avevano dimenticato. Il conte de Montaigu, capitano delle Guardie, era stato appena nominato ambasciatore a Venezia. Era un uomo del tipo di Barjac[119], e io frequentavo assiduamente la sua compagnia. Suo fratello, il cavaliere de Montaigu, gentiluomo al servizio del duca d’Orléans, conosceva queste due dame, così come l’abate Alary dell’Accademia francese, che anch’io incontravo di tanto in tanto. Madame de Broglie, sapendo che l’ambasciatore cercava un segretario, mi propose di candidarmi. Iniziammo a trattare l’argomento; chiesi cinquanta luigi di stipendio, una somma molto bassa per una posizione che richiedeva la presenza costante in ufficio. Lui voleva darmi soltanto cento pistole e che io finanziassi personalmente il viaggio. La proposta era ridicola; non riuscimmo a trovare un accordo. Il signor de Francueil, che cercava in tutti i modi di farmi restare, ebbe la meglio. Rimasi, mentre il conte de Montaigu partì portando con sé un altro segretario di nome M. Follau, assegnatogli dal Ministero degli Affari Esteri. Appena arrivati a Venezia, i due iniziarono a litigare; Follau, rendendosi conto che aveva a che fare con una persona irragionevole, lo abbandonò lì. Il conte de Montaigu, non avendo altro che un giovane prete di nome de Binis, che faceva da assistente senza essere in grado di sostituire pienamente il segretario precedente, si rivolse a me. Suo fratello, un uomo intelligente, riuscì a convincermi, facendomi capire che c’erano dei vantaggi legati alla posizione di segretario; così accettai i mille franchi offertimi. Ricevetti venti luigi per il viaggio e partii.
(1743 — 1744) — A Lione, avrei voluto prendere la strada del Monte Cenis per salutare mia povera madre durante il viaggio. Ma scesi lungo il Rodano e mi imbarcai a Tolone: sia a causa della guerra che per motivi economici, e anche per ottenere un passaporto da parte di Monsieur de Mirepoix, che all’epoca comandava in Provenza ed era l’indirizzo a cui dovevo rivolgermi. Monsieur de Montaigu, non potendosi fare a meno di me, mi scriveva lettere su lettere per sollecitarmi ad affrettare il mio viaggio. Un incidente, tuttavia, lo ritardò.
C’était le temps de la peste de Messine. La flotte anglaise y avait mouillé et visita la felouque sur laquelle j’étais. Cela nous assujettit en arrivant à Gênes, après une longue et pénible traversée, à une quarantaine de vingt et un jours. On donna le choix aux passagers de la faire à bord ou au lazaret, dans lequel on nous prévint que nous ne trouverions que les quatre murs, parce qu’on n’avait pas encore eu le temps de le meubler. Tous choisirent la felouque. L’insupportable chaleur, l’espace étroit, l’impossibilité d’y marcher, la vermine, me firent préférer le lazaret, à tout risque. Je fus conduit dans un grand bâtiment à deux étages absolument nu, où je ne trouvai ni fenêtre, ni lit, ni table, ni chaise, pas même un escabeau pour m’asseoir, ni une botte de paille pour me coucher. On m’apporta mon manteau, mon sac de nuit, mes deux malles ; on ferma sur moi de grosses portes à grosses serrures, et je restai là, maître de me promener à mon aise de chambre en chambre et d’étage en étage, trouvant partout la même solitude et la même nudité.
Tout cela ne me fit pas repentir d’avoir choisi le lazaret plutôt que la felouque, et, comme un nouveau Robinson, je me mis à m’arranger pour mes vingt et un jours comme j’aurais fait pour toute ma vie. J’eus d’abord l’amusement d’aller à la chasse aux poux que j’avais gagnés dans la felouque. Quand, à force de changer de linge et hardes, je me fus enfin rendu net, je procédai à l’ameublement de la chambre que je m’étais choisie. Je me fis un bon matelas de mes vestes et de mes chemises, des draps de plusieurs serviettes que je cousus, une couverture de ma robe de chambre, un oreiller de mon manteau roulé. Je me fis un siège d’une malle posée à plat, et une table de l’autre posée de champ. Je tirai du papier, une écritoire, j’arrangeai en manière de bibliothèque une douzaine de livres que j’avais. Bref, je m’accommodai si bien, qu’à l’exception des rideaux et des fenêtres, j’étais presque aussi commodément à ce lazaret absolument nu qu’à mon jeu de paume de la rue Verdelet. Mes repas étaient servis avec beaucoup de pompe ; deux grenadiers, la baïonnette au bout du fusil, les escortaient ; l’escalier était ma salle à manger, le palier me servait de table, la marche inférieure me servait de siège, et quand mon dîner était servi, l’on sonnait en se retirant une clochette pour m’avertir de me mettre à table. Entre mes repas, quand je ne lisais ni n’écrivais, ou que je ne travaillais pas à mon ameublement, j’allais me promener dans le cimetière des protestants, qui me servait de cour, ou je montais dans une lanterne qui donnait sur le port et d’où je pouvais voir entrer et sortir les navires. Je passai de la sorte quatorze jours, et j’y aurais passé la vingtaine entière sans m’ennuyer un moment si M. de Jonville, envoyé de France, à qui je fis parvenir une lettre vinaigrée, parfumée et demi-brûlée, n’eût fait abréger mon temps de huit jours : je les allai passer chez lui, et je me trouvai mieux, je l’avoue, du gîte de sa maison que de celui du lazaret. Il me fit force caresses. Dupont, son secrétaire, était un bon garçon, qui me mena, tant à Gênes qu’à la campagne, dans plusieurs maisons où l’on s’amusait assez, et je liai avec lui connaissance et correspondance, que nous entretînmes fort longtemps. Je poursuivis agréablement ma route à travers la Lombardie. Je vis Milan, Vérone, Bresse, Padoue, et j’arrivai enfin à Venise, impatiemment attendu par M. l’ambassadeur.
Je trouvai des tas de dépêches, tant de la cour que des autres ambassadeurs, dont il n’avait pu lire ce qui était chiffré, quoiqu’il eût tous les chiffres nécessaires pour cela. N’ayant jamais travaillé dans aucun bureau ni vu de ma vie un chiffre de ministre, je craignis d’abord d’être embarrassé ; mais je trouvai que rien n’était plus simple, et en moins de huit jours j’eus déchiffré le tout, qui assurément n’en valait pas la peine ; car, outre que l’ambassade de Venise est toujours assez oisive, ce n’était pas à un pareil homme qu’on eût voulu confier la moindre négociation. Il s’était trouvé dans un grand embarras jusqu’à mon arrivée, ne sachant ni dicter, ni écrire lisiblement. Je lui étais très utile ; il le sentait, et me traita bien. Un autre motif l’y portait encore. Depuis M. de Froulay, son prédécesseur, dont la tête s’était dérangée, le consul de France, appelé M. le Blond, était resté chargé des affaires de l’ambassade, et, depuis l’arrivée de M. de Montaigu, il continuait de les faire jusqu’à ce qu’il l’eût mis au fait. M. de Montaigu, jaloux qu’un autre fît son métier, quoique lui-même en fût incapable, prit en guignon le consul, et sitôt que je fus arrivé, il lui ôta les fonctions de secrétaire d’ambassade pour me les donner. Elles étaient inséparables du titre ; il me dit de le prendre. Tant que je restai près de lui, jamais il n’envoya que moi sous ce titre au Sénat et à son confèrent ; et dans le fond il était fort naturel qu’il aimât mieux avoir pour secrétaire d’ambassade un homme à lui, qu’un consul ou un commis des bureaux nommé par la cour.
Cela rendit ma situation assez agréable, et empêcha ses gentilshommes, qui étaient Italiens, ainsi que ses pages et la plupart de ses gens, de me disputer la primauté dans sa maison. Je me servis avec succès de l’autorité qui y était attachée pour maintenir son droit de liste, c’est-à-dire la franchise de son quartier contre les tentatives qu’on fit plusieurs fois pour l’enfreindre, et auxquelles ses officiers vénitiens n’avaient garde de résister. Mais aussi je ne souffris jamais qu’il s’y réfugiât des bandits, quoiqu’il m’en eût pu revenir des avantages dont Son Excellence n’aurait pas dédaigné sa part.
Elle osa même la réclamer sur les droits du secrétariat qu’on appelait la chancellerie. On était en guerre ; il ne laissait pas d’y avoir bien des expéditions de passeports. Chacun de ces passeports payait un sequin au secrétaire qui l’expédiait et le contresignait. Tous mes prédécesseurs s’étaient fait payer indistinctement ce sequin, tant des Français que des étrangers. Je trouvai cet usage injuste ; et, sans être Français, je l’abrogeai pour les Français ; mais j’exigeai si rigoureusement mon droit de tout autre, que le marquis Scotti, frère du favori de la reine d’Espagne, m’ayant fait demander un passeport sans m’envoyer le sequin, je le lui fis demander, hardiesse que le vindicatif Italien n’oublia pas. Dès qu’on sut la réforme que j’avais faite dans la taxe des passeports, il ne se présenta plus, pour en avoir, que des foules de prétendus Français, qui, dans des baragouins abominables, se disaient l’un Provençal, l’autre Picard, l’autre Bourguignon. Comme j’ai l’oreille assez fine, je n’en fus guère la dupe, et je doute qu’un seul Italien m’ait soufflé mon sequin et qu’un seul Français l’ait payé. J’eus la bêtise de dire à M. de Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j’avais fait. Ce mot de sequin lui fit ouvrir les oreilles, et sans me dire son avis sur la suppression de ceux des Français, il prétendit que j’entrasse en compte avec lui sur les autres, me promettant des avantages équivalents. Plus indigné de cette bassesse qu’affecté par mon propre intérêt, je rejetai hautement sa proposition ; il insista, je m’échauffai : Non, monsieur, lui dis-je très vivement ; que Votre Excellence garde ce qui est à elle et me laisse ce qui est à moi ; je ne lui en céderai jamais un sol. Voyant qu’il ne gagnait rien par cette voie, il en prit une autre, et n’eut pas honte de me dire que, puisque j’avais les profits de sa chancellerie, il était juste que j’en fisse les frais. Je ne voulus pas chicaner sur cet article, et depuis lors j’ai fourni de mon argent encre, papier, cire, bougie, nonpareille, jusqu’au sceau, que je fis refaire, sans qu’il m’en ait remboursé jamais un liard. Cela ne m’empêcha pas de faire une petite part du produit des passeports à l’abbé de Binis, bon garçon, et bien éloigné de prétendre à rien de semblable. S’il était complaisant envers moi, je n’étais pas moins honnête envers lui, et nous avons toujours bien vécu ensemble.
It was the time of the plague in Messina. The British fleet had docked there and inspected the felouque on which I was. Upon arriving in Genoa after a long and arduous voyage, we were subjected to a quarantine period of forty-two days. Passengers were given the choice to either stay aboard the ship or go to the lazaret, where we were informed that we would find only four walls, as there had not yet been time to furnish it. Everyone chose to remain on the felouque. The unbearable heat, the cramped space, the impossibility of moving around freely, and the presence of vermin made me prefer the lazaret, regardless of the risks. I was taken into a large two-story building that was completely bare; there were no windows, beds, tables, chairs, even a stool to sit on or a straw mat to sleep on. My coat, night bag, and two suitcases were brought to me. Heavy doors with thick locks were closed behind me, and I was left there, free to wander from room to room, floor to floor, finding everywhere the same solitude and bareness.
All of this did not make me regret having chosen the lazaret rather than the felouque; and, like a new Robinson Crusoe, I began to arrange my twenty-one days there just as I would have done for the rest of my life. First, I found it amusing to hunt down the lice I had acquired on the felouque. After changing my clothes and bedding repeatedly until I was finally clean, I proceeded to furnish the room I had chosen for myself. I made a good mattress from my coats and shirts, curtains from several handkerchiefs that I sewed together, a blanket from my dressing gown, and a pillow from my rolled-up coat. I fashioned a seat from a flat suitcase and a table from another one placed upright. I obtained paper and a writing desk, and arranged a dozen books I had into what I called a “library.” In short, I made myself so comfortable that, apart from the lack of curtains and windows, I was almost as well off in this completely bare lazaret as I had been in my modest dwelling on Rue Verdelet. My meals were served with great pomp; two grenadiers, with bayonets at their rifles, escorted me. The staircase served as my dining room, the landing as my table, and the lower step as my seat. When it was time for dinner, they would ring a bell to signal me to sit down. Between meals, when I wasn’t reading, writing, or working on my furnishings, I would take walks in the Protestant cemetery, which served as my courtyard, or climb up to a lantern overlooking the port from where I could watch ships coming and going. In this way, I spent fourteen days there—and could have stayed another twenty without feeling bored at all if it weren’t for Mr. de Jonville, who was sent from France. After sending him a letter that was seasoned with vinegar, perfumed, and even slightly burned, he managed to shorten my stay by eight days. I went to spend those days with him, and I must admit that I found his home far more comfortable than the lazaret. He lavished much affection on me. His secretary, Dupont, was a nice young man who took me to Genoa and the countryside, to several places where we had quite a good time. I became friends with him and kept up a correspondence with him for a long time after that. I continued my pleasant journey through Lombardy, visiting Milan, Verona, Brescia, Padua, and finally arriving in Venice, where I was eagerly awaited by the ambassador.
I found piles of dispatches, both from the court and from other ambassadors; among them were many that contained encrypted messages, which he was unable to read, despite possessing all the necessary codes. Never having worked in any office or seen a ministerial code in my life, I was initially afraid that it would cause me trouble; but I soon realized that it was actually quite simple. In less than eight days, I had deciphered everything—though, to be honest, it wasn’t really worth the effort. After all, the Venetian embassy was usually quite idle, and such an individual would hardly be entrusted with any serious negotiations. Before my arrival, he had been in great trouble, unable to dictate or write clearly. I was of great help to him; he realized it and treated me well. There was another reason as well: since the previous ambassador, Monsieur de Froulay, whose mind had become disturbed, the French consul, Monsieur le Blond, had been in charge of the embassy’s affairs. After Monsieur de Montaigu arrived, he continued to handle them until Monsieur de Montaigu himself became familiar with them. Monsieur de Montaigu, jealous that someone else was doing his job—even though he was incapable of doing it himself—took a dislike to the consul. As soon as I arrived, he removed the consul from his position as ambassador’s secretary and gave it to me. This position was inseparable from the ambassadorship itself; he told me to accept it. As long as I stayed with him, he would always send me, under that title, to the Senate and to his meetings. In truth, it was only natural that he preferred having a man of his own trust as ambassador’s secretary, rather than a consul or an official appointed by the court.
This made my situation quite comfortable, and it prevented his gentlemen—who were Italians—as well as his pages and most of his people from challenging my precedence in his household. I successfully used the authority attached to that position to uphold his right to have his district exempt from taxes, despite several attempts to violate this right, which his Venetian officials were unable to resist. Moreover, I never suffered any inconvenience because he took refuge there with bandits; indeed, such actions could have brought me certain advantages, of which His Excellency would not have refused a share.
She even dared to demand it as part of the fees owed to the secretary, a position then known as “chancery.” We were at war; therefore, there were frequent requests for passports. Each passport required a sequin to be paid to the secretary who processed and countersigned it. All my predecessors had indiscriminately collected this fee from both French citizens and foreigners. I found this practice unjust; and, although not French myself, I abolished it for French people. However, I insisted strictly on claiming my right regarding all other cases. Once, the marquis Scotti, brother of the favorite of the Queen of Spain, requested a passport without paying the required sequin. I demanded that he pay it—an act the vengeful Italian never forgot. As soon as people learned about the change I had made to the passport fees, crowds of so-called French people began presenting themselves, claiming to be from Provence, Picardy, or Burgundy, while speaking in terrible gibberish. Being quite perceptive, I saw through their pretenses, and I doubt a single Italian ever managed to swindle me out of that fee, nor did any French person actually pay it. I foolishly told M. de Montaigu, who knew nothing about the matter, what I had done. The mention of the sequin piqued his interest. Without expressing his opinion on abolishing the fee for French citizens, he suggested that I settle accounts with him regarding the fees for others, promising me equivalent benefits. More outraged by such baseness than concerned about my own interests, I firmly rejected his offer. He persisted, and I grew angry: “No, sir,” I said sharply, “your excellence may keep what belongs to her and let me keep what belongs to me; I will never give you a single sou.” Seeing that he could not succeed in this way, he tried another approach and had the audacity to say that since I was reaping the profits of his “chancery,” it was only fair for me to bear the costs. I chose not to argue about this point, and from then on, I paid out of my own pocket for ink, paper, wax, candles, seal paste—even for having the seal made anew—without ever receiving a single penny in return. This did not prevent me from giving a small portion of the passport fees to the abbe de Binis, a good man who never dared to claim anything similar for himself. If he was kind to me, I was just as honest with him, and we got along very well together.
Era il tempo della peste di Messina. La flotta inglese vi aveva fatto scalo e visitò la feluca su cui mi trovavo. Al nostro arrivo a Genova, dopo un lungo e penoso viaggio, fummo costretti a sottoporci a una quarantena di ventuno giorni. Ai passeggeri fu data la possibilità di scegliere se svolgere la quarantena a bordo della feluca o nel lazaretto; ci fu detto che nel lazaretto non avremmo trovato nulla, se non le quattro pareti, poiché non c’era ancora stato il tempo di arredarlo. Tutti scelsero di rimanere sulla feluca. Il caldo insopportabile, lo spazio ristretto, l’impossibilità di muoversi liberamente, la presenza di insetti, tutto ciò mi spinse a preferire il lazaretto, a qualsiasi rischio. Fui condotto in un grande edificio a due piani, completamente vuoto: non c’erano finestre, letti, tavoli, sedie, nemmeno uno sgabello su cui sedermi o un mucchio di paglia su cui dormire. Mi portarono il mio mantello, il mio bagaglio notturno e le mie due valigie; poi chiusero porte massicce con serrature robuste, e io rimasi lì, libero di muovermi da una stanza all’altra, da un piano all’altro, ovunque regnavano la stessa solitudine e la stessa desolazione.
Tutto ciò non mi fece pentire di aver scelto il lazaretto invece della felucca; e, come un nuovo Robinson Crusoe, iniziai a organizzare i miei ventuno giorni come se fossero stati tutta la mia vita. Prima di tutto, mi divertii a cacciare le pulci che avevo accumulato sulla felucca. Dopo aver cambiato continuamente vestiti e biancheria fino a quando non fui completamente pulito, iniziai ad arredare la stanza che mi ero scelto: mi feci un buon materasso con le mie giacche e camicie, lenzuola cucite con diverse pezze di stoffa, una coperta con il mio mantello e un cuscino con il mio mantello arrotolato. Mi costruii anche un sedile con una valigia posata orizzontalmente e un tavolo con un’altra valigia sistemata in modo improvvisato. Presi del carta, un tavolino da scrivere, e organizzai una “biblioteca” con una dozzina di libri che avevo con me. In breve, mi sistemai così bene che, ad eccezione delle tende e delle finestre, ero quasi altrettanto comodo in quel lazaretto completamente spoglio quanto nel mio rifugio nella strada Verdelet. I miei pasti venivano serviti con grande solennità: due granatieri, con la baionetta sul fucile, mi scortavano; le scale costituivano la mia sala da pranzo, il corridoio il mio tavolo e i gradini inferiori il mio sedile. Quando arrivava l’ora di mangiare, suonavano una campanella per avvisarmi di sedermi a tavola. Tra un pasto e l’altro, quando non leggevo, non scrivevo o non lavoravo all’arredamento della mia stanza, andavo a fare una passeggiata nel cimitero dei protestanti, che fungeva da cortile, oppure salivo su una torre che si affacciava sul porto, da dove potevo vedere le navi entrare e uscire. Trascorsi così quattordici giorni; avrei potuto passarne anche venti senza annoiarmi nemmeno per un momento, se non fosse stato per il signor de Jonville, inviato dalla Francia, a cui inviai una lettera profumata, aromatizzata e parzialmente bruciata. Lui mi fece abbreviare il mio soggiorno di otto giorni: andai da lui e, devo ammetterlo, mi trovai meglio nella sua casa che nel lazaretto. Mi dimostrò grande affetto. Dupont, il suo segretario, era un bravo ragazzo che mi portò a Genova e in campagna, in diverse case dove si poteva divertire abbastanza; instaurai con lui una buona amicizia e continuammo a scriverci per molto tempo. Proseguii poi felicemente il mio viaggio attraverso la Lombardia: vidi Milano, Verona, Brescia, Padova. E finalmente arrivai a Venezia, dove l’ambasciatore mi stava aspettando con impazienza.
Trovai un mucchio di lettere, sia della corte che di altri ambasciatori; molte di queste contenevano messaggi cifrati che lui non riusciva a decifrare, nonostante possedesse tutti i codici necessari. Non avendo mai lavorato in un ufficio né visto in vita mia alcun documento cifrato, all’inizio temetti di trovarmi in difficoltà; ma scoprii che tutto era molto semplice, e in meno di otto giorni riuscii a decifrare tutto, anche se, a dire il vero, quei documenti non valevano davvero la pena di essere decifrati. Del resto, l’ambasciata di Venezia era comunque piuttosto inattiva, e nessuno avrebbe mai affidato a una persona del genere compiti importanti. Fino al mio arrivo, lui si trovava in grande difficoltà: non sapeva né parlare né scrivere in modo leggibile. Io gli ero di grande aiuto; se ne rendeva conto e mi trattava bene. Un altro motivo lo spingeva ad agire così: dopo il precedente ambasciatore, il signor de Froulay, la cui mente aveva iniziato a declinare, il console francese, il signor le Blond, continuava a occuparsi degli affari dell’ambasciata; e anche dopo l’arrivo del signor de Montaigu, egli proseguì nel suo incarico fino a quando quest’ultimo non ne prese il controllo. Il signor de Montaigu, geloso che qualcun altro svolgesse il suo lavoro – sebbene lui stesso fosse incapace di farlo – iniziò a ostacolare il console; non appena arrivai, gli tolse l’incarico di segretario d’ambasciata per darlo a me. Quell’incarico era strettamente legato al titolo di ambasciatore; lui mi disse di accettarlo. Finché rimasi al suo fianco, lui inviò sempre me, con quel titolo, presso il Senato e ai suoi interlocutori; ed era del tutto naturale che preferisse avere come segretario d’ambasciata una persona a lui fedele, piuttosto che un console o un funzionario nominato dalla corte.
Ciò rese la mia situazione piuttosto confortevole e impedì ai suoi gentiluomini, che erano italiani, così come ai suoi paggi e alla maggior parte dei suoi servitori, di contestarmi la precedenza nella sua casa. Riuscii con successo a utilizzare l’autorità che vi era associata per far rispettare il suo diritto di precedenza, cioè la libertà del suo quartiere, contro le numerose tentativi di violarlo; i suoi ufficiali veneziani non osarono mai opporsi a tali tentativi. Inoltre, non soffrii mai che vi si rifugiasse qualche bandito, anche se ciò avrebbe potuto comportare per me dei vantaggi di cui Sua Eccellenza non avrebbe certo disdegnato una parte.
Osava persino rivendicare tale diritto sui fondi destinati al segretariato, che un tempo veniva chiamato “cancelleria”. Eravamo in guerra; non poteva quindi mancare di una notevole quantità di passaporti da rilasciare. Ogni passaporto comportava il pagamento di una somma di denaro al segretario incaricato della sua emissione e del relativo controfirmare. Tutti i miei predecessori avevano accettato questo pagamento, sia per i francesi che per gli stranieri. Ritenni tale pratica ingiusta; e, non essendo francese, la abolii per i francesi, ma esigei con estrema rigore il mio diritto riguardo agli altri cittadini. Il marchese Scotti, fratello del favorito della regina di Spagna, mi chiese un passaporto senza pagare la dovuta somma; gliela feci richiedere a sua volta. Un atto di audacia che l’italiano vendicativo non dimenticò mai. Non appena si seppe della riforma che avevo attuato riguardo alla tassa sui passaporti, iniziarono ad presentarsi frotte di presunti francesi che, parlando in gergi orribili, si dichiaravano provenzali, piccardi o borgognoni. Avendo un orecchio abbastanza fine, non fui affatto ingannato da loro. E dubito che anche solo un italiano mi abbia pagato quella somma, né che un solo francese l’abbia effettivamente versata. Feci la sciocchezza di raccontare a Monsieur de Montaigu, che non sapeva assolutamente nulla della situazione, ciò che avevo fatto. Quella parola “somma da pagare” lo incuriosì molto; senza però esprimere il suo parere riguardo all’abolizione di tale tassa per i francesi, mi propose di regolare la questione con lui riguardo agli altri cittadini, promettendomi vantaggi equivalenti. Più indignato da questa bassezza che interessato al mio stesso guadagno, rifiutai decisamente la sua proposta. Insistette; mi arrabbiai: “No, signore”, gli dissi con fermezza, “che Vostra Eccellenza si tenga ciò che le appartiene e mi lasci ciò che è mio. Non le cederò mai nemmeno un soldo.” Vedendo che non otteneva nulla in questo modo, cambiò tattica e osò addirittura dirmi che, poiché beneficiavo dei profitti derivanti dalla sua “cancelleria”, era giusto che ne sostenessi i costi. Non volli discutere su questo punto; da allora pagai di tasca mia inchiostro, carta, cera, candele, sigilli, senza mai ricevere un centesimo in cambio. Questo non mi impedì tuttavia di destinare una piccola parte dei proventi derivanti dai passaporti all’abbé de Binis: un bravo ragazzo, lontano da qualsiasi pretesa simile. Se lui era gentile con me, anch’io lo ero con lui. E abbiamo sempre vissuto bene insieme.
Sur l’essai de ma besogne, je la trouvai moins embarrassante que je n’avais craint pour un homme sans expérience, auprès d’un ambassadeur qui n’en avait pas davantage, et dont, pour surcroît, l’ignorance et l’entêtement contrariaient comme à plaisir tout ce que le bon sens et quelques lumières m’inspiraient de bien pour son service et celui du roi. Ce qu’il fit de plus raisonnable fut de se lier avec le marquis Mari, ambassadeur d’Espagne, homme adroit et fin, qui l’eût mené par le nez s’il l’eût voulu, mais qui, vu l’union d’intérêt des deux couronnes, le conseillait d’ordinaire assez bien, si l’autre n’eût gâté ses conseils en fourrant toujours du sien dans leur exécution. La seule chose qu’ils eussent à faire de concert était d’engager les Vénitiens à maintenir la neutralité. Ceux-ci ne manquaient pas de protester de leur fidélité à l’observer, tandis qu’ils fournissaient publiquement des munitions aux troupes autrichiennes, et même des recrues, sous prétexte de désertion. M. de Montaigu, qui, je crois, voulait plaire à la République, ne manquait pas aussi, malgré mes représentations, de me faire assurer dans toutes ses dépêches qu’elle n’enfreindrait jamais la neutralité. L’entêtement et la stupidité de ce pauvre homme me faisaient écrire et faire à tout moment des extravagances dont j’étais bien forcé d’être l’agent, puisqu’il le voulait, mais qui me rendaient quelquefois mon métier insupportable et même presque impraticable. Il voulait absolument, par exemple, que la plus grande partie de sa dépêche au roi et de celle au ministre fût en chiffres, quoique l’une et l’autre ne continssent absolument rien qui demandât cette précaution. Je lui représentai qu’entre le vendredi qu’arrivaient les dépêches de la cour et le samedi que partaient les nôtres, il n’y avait pas assez de temps pour l’employer à tant de chiffres et à la forte correspondance dont j’étais chargé pour le même courrier. Il trouva à cela un expédient admirable, ce fut de faire dès le jeudi la réponse aux dépêches qui devaient arriver le lendemain. Cette idée lui parut même si heureusement trouvée, quoi que je pusse lui dire sur l’impossibilité, sur l’absurdité de son exécution, qu’il en fallut passer par là ; et tout le temps que j’ai demeuré chez lui, après avoir tenu note de quelques mots qu’il me disait dans la semaine à la volée, et de quelques nouvelles triviales que j’allais écumant par-ci par-là, muni de ces uniques matériaux, je ne manquais jamais le jeudi matin de lui porter le brouillon des dépêches qui devaient partir le samedi, sauf quelques additions ou corrections que je faisais à la hâte sur celles qui devaient venir le vendredi, et auxquelles les nôtres servaient de réponses. Il avait un autre tic fort plaisant et qui donnait à sa correspondance un ridicule difficile à imaginer. C’était de renvoyer chaque nouvelle à sa source, au lieu de lui faire suivre son cours. Il marquait à M. Amelot les nouvelles de la cour, à M. de Maurepas celles de Paris, à M. d’Havrincourt celles de Suède, à M. de La Chétardie celles de Pétersbourg, et quelquefois à chacun celles qui venaient de lui-même, et que j’habillais en termes un peu différents. Comme de tout ce que je lui portais à signer il ne parcourait que les dépêches de la cour et signait celles des autres ambassadeurs sans les lire, cela me rendait un peu plus le maître de tourner ces dernières à ma mode, et j’y fis au moins croiser les nouvelles. Mais il me fut impossible de donner un tour raisonnable aux dépêches essentielles : heureux encore quand il ne s’avisait pas d’y larder impromptu quelques lignes de son estoc, qui me forçaient de retourner transcrire en hâte toute la dépêche ornée de cette nouvelle impertinence, à laquelle il fallait donner l’honneur du chiffre, sans quoi il ne l’aurait pas signée. Je fus tenté vingt fois, pour l’amour de sa gloire, de chiffrer autre chose que ce qu’il avait dit ; mais sentant que rien ne pouvait autoriser une pareille infidélité, je le laissai délirer à ses risques, content de lui parler avec franchise, et de remplir aux miens mon devoir auprès de lui.
C’est ce que je fis toujours avec une droiture, un zèle et un courage qui méritaient de sa part une autre récompense que celle que j’en reçus à la fin. Il était temps que je fusse une fois ce que le ciel qui m’avait doué d’un heureux naturel, ce que l’éducation que j’avais reçue de la meilleure des femmes, ce que celle que je m’étais donnée à moi-même m’avait fait être ; et je le fus. Livré à moi seul, sans ami, sans conseil, sans expérience, en pays étranger, servant une nation étrangère, au milieu d’une foule de fripons, qui, pour leur intérêt et pour écarter le scandale du bon exemple, m’excitaient à les imiter, loin d’en rien faire, je servis bien la France, à qui je ne devais rien, et mieux l’ambassadeur, comme il était juste, en tout ce qui dépendit de moi. Irréprochable dans un poste assez en vue, je méritai, j’obtins l’estime de la République, celle de tous les ambassadeurs avec qui nous étions en correspondance, et l’affection de tous les Français établis à Venise, sans en excepter le consul même, que je supplantais à regret dans des fonctions que je savais lui être dues, et qui me donnaient plus d’embarras que de plaisir.
M. de Montaigu, livré sans réserve au marquis Mari, qui n’entrait pas dans les détails de ses devoirs, les négligeait à tel point que, sans moi, les Français qui étaient à Venise ne se seraient pas aperçus qu’il y eût un ambassadeur de leur nation. Toujours éconduits sans qu’il voulût les entendre lorsqu’ils avaient besoin de sa protection, ils se rebutèrent, et l’on n’en voyait plus aucun ni à sa suite ni à sa table, où il ne les invita jamais. Je fis souvent de mon chef ce qu’il aurait dû faire : je rendis aux Français qui avaient recours à lui, ou à moi, tous les services qui étaient en mon pouvoir. En tout autre pays j’aurais fait davantage ; mais, ne pouvant voir personne en place à cause de la mienne, j’étais forcé de recourir souvent au consul, et le consul, établi dans le pays où il avait sa famille, avait des ménagements à garder qui l’empêchaient de faire ce qu’il aurait voulu. Quelquefois cependant, le voyant mollir et n’oser parler, je m’aventurais à des démarches hasardeuses dont plusieurs m’ont réussi. Je m’en rappelle une dont le souvenir me fait encore rire. On ne se douterait guère que c’est à moi que les amateurs du spectacle à Paris ont dû Coralline et sa sœur Camille : rien cependant n’est plus vrai. Véronèse, leur père, s’était engagé avec ses enfants pour la troupe italienne ; et après avoir reçu deux mille francs pour son voyage, au lieu de partir, il s’était tranquillement mis à Venise au théâtre de Saint-Luc[120], où Coralline, tout enfant qu’elle était encore, attirait beaucoup de monde. M. le duc de Gesvres, comme premier gentilhomme de la chambre, écrivit à l’ambassadeur pour réclamer le père et la fille. M. de Montaigu, me donnant la lettre, me dit pour toute instruction : Voyez cela. J’allai chez M. Le Blond le prier de parler au patricien à qui appartenait le théâtre de Saint-Luc, et qui était, je crois, un Zustinian, afin qu’il renvoyât Véronèse, qui était engagé au service du roi. Le Blond, qui ne se souciait pas trop de la commission, la fit mal. Zustinian battit la campagne, et Véronèse ne fut point renvoyé. J’étais piqué. L’on était en carnaval. Ayant pris la bahute et le masque, je me fis mener au palais Zustiniani. Tous ceux qui virent entrer ma gondole avec la livrée de l’ambassadeur furent frappés ; Venise n’avait jamais vu pareille chose. J’entre, je me fais annoncer sous le nom d’una Siora Maschera. Sitôt que je fus introduit, j’ôte mon masque et je me nomme. Le sénateur pâlit et reste stupéfait. Monsieur, lui dis-je en vénitien, c’est à regret que j’importune Votre Excellence de ma visite ; mais vous avez à votre théâtre de Saint-Luc un homme nommé Véronèse qui est engagé au service du Roi, et qu’on vous a fait demander inutilement : je viens le réclamer au nom de Sa Majesté.
Ma courte harangue fit effet. À peine étais-je parti, que mon homme courut rendre compte de son aventure aux Inquisiteurs d’État, qui lui lavèrent la tête. Véronèse fut congédié le jour même. Je lui fis dire que s’il ne partait dans la huitaine je le ferais arrêter ; et il partit.
In trying out my task, I found it less embarrassing than I had feared it would be for an inexperienced man in the presence of an ambassador who was just as inexperienced, whose ignorance and obstinacy deliberately went against everything that good sense and some knowledge could have advised me to do for his own benefit as well as for that of the king. The most reasonable thing he did was to associate with the Marquis de Mari, the Spanish ambassador—a clever and astute man who could have guided him in the right direction if he had wished, but who, given the mutual interests of the two courts, usually gave him sound advice, except when the other ambassador interfered by insisting on his own ideas. The only thing both ambassadors should have done together was to urge the Venetians to maintain neutrality. The Venetians did not fail to declare their loyalty to that principle, yet they publicly supplied ammunition and even recruits to the Austrian troops, under the pretext of dealing with deserters. Monsieur de Montaigu, who I believe wanted to please the Republic, also insisted, despite my warnings, that the Republic would never violate neutrality in its communications with us. The stubbornness and stupidity of this poor man forced me to constantly engage in absurdities—I was, after all, his agent if he wished it—but sometimes these actions made my job unbearable and almost impossible to carry out. For example, he insisted that the majority of his letters to the king and to the minister be coded, even though there was nothing in them that required such secrecy. I pointed out that there was not enough time between when the court’s letters arrived on Friday and when ours were sent out on Saturday to go through all that encoding and handle the extensive correspondence I was responsible for. He came up with an ingenious solution: he would prepare responses to the letters expected on Monday while they were still arriving on Thursday. This idea seemed so clever to him, despite my objections about its impracticality and absurdity, that we had no choice but to follow it. As long as I stayed with him, I would jot down a few words he told me during the week or gather some trivial news from around, and then use those materials to draft the letters to be sent out on Saturday—except for any last-minute additions or corrections I made to those intended for Friday, which were then used as responses. He also had another peculiar habit that added an almost laughable element to his correspondence: he would refer to each piece of news back to its source instead of letting it follow its natural course. For example, he would direct M. Amelot to forward court news to him, rather than allowing it to reach its intended destination directly. To Monsieur de Maurepas, I sent those from Paris; to Monsieur d’Havrincourt, those from Sweden; to Monsieur de La Chétardie, those from St. Petersburg. Sometimes, too, I would send him reports that originated with me myself, and I would phrase them in slightly different ways. Since, of all the documents I presented to him for his signature, he only read the court dispatches and signed those from other ambassadors without even reading them, this gave me some leeway to adapt these latter documents to my own purposes—at least I made sure the news contained within them was properly balanced. However, it was impossible for me to alter the essential content of the official dispatches. Fortunately, he sometimes did not add his own arbitrary remarks to them; but when he did, I was forced to hastily rewrite the entire document, adding these irrelevant additions before encoding it—otherwise, he would not have signed it at all. Twenty times over, out of respect for his reputation, I felt tempted to encode something other than what he had actually said; but knowing that such deceit would be utterly unacceptable, I chose to remain honest with him and fulfill my duty towards him.
This is exactly what I did, with such integrity, zeal, and courage that it deserved a different reward from the one I received in the end. It was time for me to be what the heavens had endowed me with—a natural talent—and what the best education I had received from the finest woman, as well as the efforts I had made myself, had enabled me to become; and so I became it. Alone, without friends, without advice, without experience, in a foreign country, serving a foreign nation, surrounded by a crowd of scoundrels who, for their own interests and to avoid scandal, encouraged me to imitate them—yet far from doing so, I served France well, to whom I owed nothing, and even better served the ambassador, as it was only right that I should. Irreproachable in a position of considerable prominence, I earned and received the respect of the Republic, of all the other ambassadors with whom we corresponded, and the affection of all French people living in Venice—except for the consul himself, whom I regretted having to supplant in duties that I knew were rightfully his, yet which brought me more embarrassment than pleasure.
Mr. de Montaigu was completely at the mercy of the Marquis Mari, who paid no attention to the details of his duties and neglected them so thoroughly that, without my intervention, the French people in Venice would have never even realised that there was an ambassador from their nation there. They were always ignored whenever they needed his protection; frustrated by this treatment, none of them were seen accompanying him or sitting at his table, since he never invited them to do so. I often took it upon myself to do what he should have done: I provided all the assistance within my power to those Frenchmen who turned to me for help. In any other country, I would have done even more; but since I couldn’t meet with anyone in position due to my own status, I was often forced to rely on the consul. However, the consul, living in a country where his family had settled down, had certain considerations that prevented him from acting as he wished. Occasionally, when I saw him hesitate and not dare take action, I would venture into risky attempts, several of which were successful. I still remember one in particular that makes me laugh to this day. One might never guess that it was I who provided Parisian theater enthusiasts with Coralline and her sister Camille; yet it is absolutely true. Véronèse, their father, had signed a contract to work for an Italian troupe; after receiving two thousand francs for his travel expenses, he simply stayed in Venice at the Saint-Luc Theater, where Coralline, though still very young, attracted large crowds. Mr. le Duc de Gesvres, as the First Gentleman of the Chamber, wrote to the ambassador demanding the return of both father and daughter. Mr. de Montaigu gave me the letter and told me simply, “Take care of this.” I went to see M. Le Blond and asked him to speak with the patrician who owned the Saint-Luc Theater—whom I believe was a member of the Zustinian family—in order to get Véronèse released from his contract with the King’s service. Le Blond, not caring much about this task, handled it poorly. The Zustinians raised objections, and Véronèse was not released. This angered me. It was Carnival time, so I donned a mask and went to the Zustiniani palace. Everyone who saw my gondola with the ambassador’s insignia was astonished; such a thing had never happened in Venice before. I entered and introduced myself as “a masked lady.” As soon as I was brought before him, I removed my mask and revealed my identity. The senator paled and was stunned. “Sir,” I said in Venetian, “I regret having to disturb Your Excellency with this request; but you have a man named Véronèse working at your Saint-Luc Theater who is contracted to serve the King, and he has been unnecessarily requested by someone else. I have come to claim him in the name of His Majesty.”
My brief tirade had the desired effect. No sooner had I left than my husband rushed off to report his “adventure” to the State Inquisitors, who scolded him severely. Véronèse was dismissed on the same day. I told him that if he did not leave within eight days, I would have him arrested; and he departed immediately.
Sull’esempio del mio lavoro, lo trovai meno imbarazzante di quanto temessi per un uomo senza esperienza, di fronte a un ambasciatore che non ne aveva altrettanta; inoltre, l’ignoranza e l’ostinazione di quest’ultimo contraddicevano sistematicamente tutto ciò che il buon senso e alcune “luci” mi suggerivano per il suo bene, così come per quello del re. La cosa più ragionevole che potesse fare fu legarsi al marchese de Mari, ambasciatore di Spagna: un uomo abile e astuto che avrebbe potuto guidarlo facilmente se lo avesse voluto; tuttavia, data l’unità d’interessi tra le due corone, di solito gli dava ottimi consigli, se non fosse stato per il fatto che quest’ultimo rovinava sempre i suoi suggerimenti, introducendo continuamente le sue idee nella loro attuazione. L’unica cosa che avrebbero dovuto fare insieme era convincere i Veneziani a mantenere la neutralità. Questi ultimi non mancavano di dichiarare la loro fedeltà a tale principio, mentre in pubblico fornivano munizioni alle truppe austriache, e persino reclute, sotto il pretesto delle diserzioni. Monsieur de Montaigu, che credo volesse compiacere la Repubblica, non mancava nemmeno lui, nonostante le mie raccomandazioni, di assicurarmi in tutte le sue lettere che essa non avrebbe mai violato la neutralità. L’ostinazione e la stupidità di quell’uomo mi costringevano a scrivere e compiere continuamente azioni stravaganti; ero costretto ad agire così, poiché lui lo voleva, ma questo rendeva talvolta il mio lavoro insopportabile, persino quasi impossibile da svolgere. Voleva assolutamente che la maggior parte delle sue lettere al re e al ministro fosse scritta in codice, anche se nessuna di esse conteneva informazioni tali da richiedere tale precauzione. Gli spiegai che, tra il venerdì in cui arrivavano le lettere dalla corte e il sabato in cui ne partivano delle nostre, non c’era abbastanza tempo per dedicarsi a tanto lavoro di cifratura e alla corrispondenza abbondante di cui ero incaricato. Trovò però un “espediente” ingegnoso: rispondeva alle lettere che sarebbero arrivate il giorno dopo già il giovedì. Quest’idea gli sembrava così geniale, nonostante i miei tentativi di dimostrargli l’impossibilità e l’assurdità della sua attuazione, che dovette pur seguirla. Per tutto il tempo in cui rimasi da lui, dopo aver annotato qualche parola che mi diceva durante la settimana, o alcune notizie banali che raccoglievo qua e là, utilizzando questi pochi elementi, non mancavo mai di portargli giovedì mattina il bozzetto delle lettere da inviare sabato, a meno che non aggiungessi o modificassi qualcosa in fretta e furia, basandomi su quelle che sarebbero arrivate venerdì. Aveva anche un’altra abitudine molto divertente, ma al contempo ridicola: quella di rimandare ogni notizia alla sua fonte, invece di farla seguire il suo normale corso. Indicava a Monsieur Amelot le notizie provenienti dalla corte, a Monsieur. Di Maurepas quelle di Parigi, a Monsieur d’Havrincourt quelle della Svezia, a Monsieur de La Chétardie quelle di San Pietroburgo; e a volte, a ciascuno di loro, anche quelle che provenivano direttamente da lui stesso, e che io redigeva in termini leggermente diversi. Poiché, tra tutto ciò che gli portavo per la firma, egli esaminava soltanto le comunicazioni della corte e firmava quelle degli altri ambasciatori senza nemmeno leggerle, questo mi permetteva di modificarle a mio piacimento; almeno facevo in modo che le notizie contenute in esse si intrecciassero tra loro. Tuttavia, non riuscii mai a modificare in modo sensato le comunicazioni più importanti: fortunatamente, spesso lui stesso non si accorgeva di aggiungervi improvvisamente alcune righe delle sue osservazioni personali, il che mi costringeva ad alterare rapidamente l’intera lettera, arricchendola con quelle nuove informazioni inopportune. Lettere che, però, dovevano essere sigillate con il codice cifrato, altrimenti lui non le avrebbe firmate. Per amore della sua reputazione, fui tentato venti volte di modificare i contenuti di quelle comunicazioni; ma, rendendomi conto che nulla poteva giustificare una simile infedeltà, lasciai che continuasse a comportarsi come voleva, contento di parlargli con franchezza e di adempiere ai miei doveri nei suoi confronti.
Ecco ciò che feci sempre con una rettitudine, un zelo e un coraggio tali da meritare, da parte sua, una ricompensa diversa da quella che ricevetti alla fine. Era giunto il momento che diventassi finalmente ciò che il cielo mi aveva donato per natura, ciò che l’educazione ricevuta dalla migliore delle donne e ciò che io stesso mi ero imposto di essere; e così fu. Lasciato a me stesso, senza amici, senza consigli, senza esperienza, in un paese straniero, al servizio di una nazione straniera, circondato da una folla di individui disonesti che, per il loro interesse personale e per evitare scandali, mi incoraggiavano ad imitarli. Lontano dall’ascoltarli, servii bene la Francia, a cui non dovevo nulla, e ancora meglio l’ambasciatore, come era giusto che fosse, in tutto ciò che dipendeva da me. Incaricato di una posizione piuttosto importante, fui irreprensibile e meritai, ottenni la stima della Repubblica, quella di tutti gli ambasciatori con cui eravamo in corrispondenza, nonché l’affetto di tutti i francesi residenti a Venezia, senza eccezione del console stesso, che, pur rimanendo il mio superiore in alcune funzioni che sapevo gli spettassero, mi causava più imbarazzi che piacere.
Il signor de Montaigu, completamente devoto al marchese Mari, il quale non si occupava dei dettagli dei suoi doveri, li trascurava a tal punto che, senza di me, i francesi presenti a Venezia non avrebbero mai saputo che esistesse un ambasciatore della loro nazione. Essendo sempre trattati con disprezzo e senza che il signor de Montaigu fosse disposto ad ascoltarli quando avevano bisogno della sua protezione, essi finirono per scoraggiarsi e nessuno di loro si fece più vedere né al suo seguito né alla sua tavola, dove egli non li invitava mai. Spesso io stesso facevo ciò che avrebbe dovuto fare lui: fornivo ai francesi che si rivolgevano a me tutti i servizi che erano in mio potere. In qualsiasi altro paese avrei fatto di più; ma, essendo impossibile incontrare nessuno in carica a causa della mia posizione, ero costretto ad affidarmi spesso al console, il quale, essendo stabilito nel paese dove viveva la sua famiglia, aveva delle considerazioni da rispettare che gli impedivano di agire come avrebbe voluto. Tuttavia, a volte, vedendolo esitare e non osare intervenire, mi azzardavo a intraprendere iniziative rischiose, molte delle quali ebbero successo. Ricordo ancora una di queste: si potrebbe difficilmente credere che sia stato io ad assicurare ai frequentatori dei teatri di Parigi l’opera “Coralline” e la sua sorella Camille; ma è la pura verità. Véronèse, il loro padre, aveva contratto un accordo con i suoi figli per partecipare a una compagnia teatrale italiana; dopo aver ricevuto duemila franchi per il suo viaggio, invece di partire, si era tranquillamente stabilito a Venezia al teatro di San Luca[120], dove Coralline, ancora bambina, attirava molta gente. Il signor duca di Gesvres, in qualità di primo gentiluomo di camera, scrisse all’ambasciatore per chiedere il ritorno del padre e della figlia. Il signor de Montaigu mi diede la lettera e mi disse: “Occupatevene voi”. Andai dunque da Monsieur Le Blond e lo pregai di parlare con il patrizio proprietario del teatro di San Luca, che credo fosse un Zustinian, affinché facesse ritornare Véronèse, il quale era impegnato al servizio del re. Le Blond, non prestando molta attenzione a questa commissione, la eseguì male. Il Zustinian fece delle obiezioni e Véronèse non fu rimpatriato. Ero furioso. Era il periodo del Carnevale. Presi una gondola e un maschera, e mi feci portare al palazzo Zustiniani. Tutti coloro che videro entrare la mia gondola con la livrea dell’ambasciatore rimasero sorpresi; a Venezia non era mai accaduto nulla del genere. Entrai e mi presentai come “Siora Maschera”. Non appena fui introdotto, tolsi il maschera e mi dichiarai. Il senatore impallidì e rimase sbalordito. Gli dissi in veneto: “Signore, mi dispiace molto importunare Vostra Eccellenza con questa visita; ma nel vostro teatro di San Luca c’è un uomo di nome Véronèse che è impegnato al servizio del Re, e che è stato inviato qui inutilmente. Vengo a richiederne il ritorno in nome di Sua Maestà”.
Il mio breve discorso ebbe l’effetto desiderato. Appena me n’ero andato, mio marito corse a raccontare quanto gli era accaduto agli Inquisitori di Stato, i quali lo rimproverarono aspramente. Véronèse fu congedato lo stesso giorno. Gli dissi che se non fosse partito entro l’ottava giornata, avrei fatto arrestare lui; e così lui se ne andò.
Dans une autre occasion, je tirai de peine un capitaine de vaisseau marchand par moi seul et presque sans le secours de personne. Il s’appelait le capitaine Olivet, de Marseille ; j’ai oublié le nom du vaisseau. Son équipage avait pris querelle avec des Esclavons au service de la République : il y avait eu des voies de fait, et le vaisseau avait été mis aux arrêts avec une telle sévérité, que personne, excepté le seul capitaine, n’y pouvait aborder ni en sortir sans permission. Il eut recours à l’ambassadeur, qui l’envoya promener ; il fut au consul, qui lui dit que ce n’était pas une affaire de commerce et qu’il ne pouvait s’en mêler ; ne sachant plus que faire, il revint à moi. Je représentai à M. de Montaigu qu’il devait me permettre de donner sur cette affaire un mémoire au Sénat ; je ne me rappelle pas s’il y consentit et si je présentai le mémoire ; mais je me rappelle bien que mes démarches n’aboutissant à rien, et l’embargo durant toujours, je pris un parti qui me réussit. J’insérai la relation de cette affaire dans une dépêche à M. de Maurepas, et j’eus même assez de peine à faire consentir M. de Montaigu à passer cet article. Je savais que nos dépêches, sans valoir trop la peine d’être ouvertes, l’étaient à Venise. J’en avais la preuve dans les articles que j’en trouvais mot pour mot dans la gazette : infidélité dont j’avais inutilement voulu porter l’ambassadeur à se plaindre. Mon objet, en parlant de cette vexation dans la dépêche, était de tirer parti de leur curiosité pour leur faire peur et les engager à délivrer le vaisseau ; car s’il eût fallu attendre pour cela la réponse de la Cour, le capitaine était ruiné avant qu’elle fût venue. Je fis plus, je me rendis au vaisseau pour interroger l’équipage. Je pris avec moi l’abbé Patizel, chancelier du consulat, qui ne vint qu’à contre-cœur ; tant tous ces pauvres gens craignaient de déplaire au Sénat. Ne pouvant monter à bord à cause de la défense, je restai dans ma gondole, et j’y dressai mon verbal, interrogeant à haute voix et successivement tous les gens de l’équipage, et dirigeant mes questions de manière à tirer des réponses qui leur fussent avantageuses. Je voulus engager Patizel à faire les interrogations et le verbal lui-même, ce qui en effet était plus de son métier que du mien. Il n’y voulut jamais consentir, ne dit pas un seul mot, et voulut à peine signer le verbal après moi. Cette démarche un peu hardie eut cependant un heureux succès, et le vaisseau fut délivré longtemps avant la réponse du ministre. Le capitaine voulut me faire un présent. Sans me fâcher, je lui dis, en lui frappant sur l’épaule : Capitaine Olivet, crois-tu que celui qui ne reçoit pas des Français un droit de passeport qu’il trouve établi, soit homme à leur vendre la protection du Roi ? Il voulut au moins me donner sur son bord un dîner, que j’acceptai, et où je menai le secrétaire d’ambassade d’Espagne, nommé Carrio, homme d’esprit et très aimable, qu’on a vu depuis secrétaire d’ambassade à Paris et chargé des affaires, avec lequel je m’étais intimement lié, à l’exemple de nos ambassadeurs.
Heureux si, lorsque je faisais avec le plus parfait désintéressement tout le bien que je pouvais faire, j’avais su mettre assez d’ordre et d’attention dans tous ces menus détails pour n’en pas être la dupe et servir les autres à mes dépens ! Mais dans des places comme celle que j’occupais, où les moindres fautes ne sont point sans conséquence, j’épuisais toute mon attention pour n’en point faire contre mon service ; je fus jusqu’à la fin du plus grand ordre et de la plus grande exactitude en tout ce qui regardait mon devoir essentiel. Hors quelques erreurs qu’une précipitation forcée me fit faire en chiffrant, et dont les commis de M. Amelot se plaignirent une fois, ni l’ambassadeur ni personne n’eut jamais à me reprocher une seule négligence dans aucune de mes fonctions, ce qui est à noter pour un homme aussi négligent et aussi étourdi que moi ; mais je manquais parfois de mémoire et de soin dans les affaires particulières dont je me chargeais, et l’amour de la justice m’en a toujours fait supporter le préjudice de mon propre mouvement avant que personne songeât à se plaindre. Je n’en citerai qu’un seul trait, qui se rapporte à mon départ de Venise, et dont j’ai senti le contrecoup dans la suite à Paris.
Notre cuisinier, appelé Rousselot, avait apporté de France un ancien billet de deux cents francs, qu’un perruquier de ses amis avait d’un noble vénitien appelé Zanetto Nani, pour fournitures de perruques. Rousselot m’apporta ce billet, me priant de tâcher d’en tirer quelque chose par accommodement. Je savais, il savait aussi que l’usage constant des nobles vénitiens est de ne jamais payer, de retour dans leur patrie, les dettes qu’ils ont contractées en pays étranger ; quand on les y veut contraindre, ils consument en tant de longueurs et de frais le malheureux créancier, qu’il se rebute, et finit par tout abandonner, ou s’accommoder presque pour rien. Je priai M. Le Blond de parler à Zanetto ; celui-ci convint du billet, non du paiement. À force de batailler, il promit enfin trois sequins. Quand Le Blond lui porta le billet, les trois sequins ne se trouvèrent pas prêts ; il fallut attendre. Durant cette attente survint ma querelle avec l’ambassadeur et ma sortie de chez lui. Je laissai les papiers de l’ambassade dans le plus grand ordre, mais le billet de Rousselot ne se trouva point. M. Le Blond m’assura me l’avoir rendu ; je le connaissais trop honnête homme pour en douter ; mais il me fut impossible de me rappeler ce qu’était devenu ce billet. Comme Zanetto avait avoué la dette, je priai M. Le Blond de tâcher d’en tirer les trois sequins sur un reçu, ou de l’engager à renouveler le billet par duplicata. Zanetto, sachant le billet perdu, ne voulut faire ni l’un ni l’autre. J’offris à Rousselot les trois sequins de ma bourse pour l’acquit du billet. Il les refusa, et me dit que je m’accommoderais à Paris avec le créancier, dont il me donna l’adresse. Le perruquier, sachant ce qui s’était passé, voulut son billet ou son argent en entier. Que n’aurais-je point donné dans mon indignation pour retrouver ce maudit billet ! Je payai les deux cents francs, et cela dans ma plus grande détresse. Voilà comment la perte du billet valut au créancier le paiement de la somme entière, tandis que si, malheureusement pour lui, ce billet se fût retrouvé, il en aurait difficilement tiré les dix écus promis par Son Excellence Zanetto Nani.
Le talent que je crus me sentir pour mon emploi me le fit remplir avec goût, et hors la société de mon ami de Carrio, celle du vertueux Altuna, dont j’aurai bientôt à parler, hors les récréations bien innocentes de la place Saint-Marc, du spectacle, et de quelques visites que nous faisions presque toujours ensemble, je fis mes seuls plaisirs de mes devoirs. Quoique mon travail ne fût pas fort pénible, surtout avec l’aide de l’abbé de Binis, comme la correspondance était très étendue et qu’on était en temps de guerre, je ne laissais pas d’être occupé raisonnablement. Je travaillais tous les jours une bonne partie de la matinée, et les jours de courrier quelquefois jusqu’à minuit. Je consacrais le reste du temps à l’étude du métier que je commençais, et dans lequel je comptais bien, par le succès de mon début, être employé plus avantageusement dans la suite. En effet, il n’y avait qu’une voix sur mon compte, à commencer par celle de l’ambassadeur, qui se louait hautement de mon service, qui ne s’en est jamais plaint, et dont toute la fureur ne vint dans la suite que de ce que, m’étant plaint inutilement moi-même, je voulus enfin avoir mon congé. Les ambassadeurs et ministres du roi, avec qui nous étions en correspondance, lui faisaient, sur le mérite de son secrétaire, des compliments qui devaient le flatter, et qui, dans sa mauvaise tête, produisirent un effet tout contraire. Il en reçut un surtout dans une circonstance essentielle, qu’il ne m’a jamais pardonné. Ceci vaut la peine d’être expliqué.
On another occasion, I managed alone, with almost no help from anyone else, to secure the cooperation of a merchant ship’s captain. His name was Captain Olivet, from Marseille; I have forgotten the name of his ship. His crew had gotten into a dispute with Slavs serving the Republic; there were physical clashes, and the ship was seized so strictly that no one, except for the captain himself, was allowed to board or leave it without permission. He turned to the ambassador, who sent him away; he then went to the consul, who told him that this was not a commercial matter and that he could not intervene. Not knowing what else to do, he returned to me. I advised Mr. de Montaigu that he should allow me to submit a memorial on this matter to the Senate. I don’t remember whether he agreed or whether I actually presented the memorial; but I do recall that since my efforts yielded nothing and the embargo continued, I took another approach that proved successful. I included a description of this incident in a dispatch to Mr. de Maurepas and even had some difficulty getting Mr. de Montaigu to approve including this item. I knew that our dispatches, though not worth much in terms of their content, were still read in Venice. I had evidence of this; I could find word-for-word copies of them in the local gazettes—a sign of their circulation, although I had unnecessarily wanted the ambassador to complain about this “infidelity.” By mentioning this incident in my dispatch, my aim was to take advantage of their curiosity to frighten them into releasing the ship. For if we had waited for the Court’s response, the captain would have been ruined by then. I even went so far as to visit the ship myself to question the crew. I took with me Abbé Patizel, the consul’s chancellor, who came only reluctantly—such was the fear of these poor people of offending the Senate. Unable to board the ship due to the security measures in place, I stayed in my gondola and there prepared my formal record of the interviews, asking the crew members questions aloud one after another in a way that would lead them to give answers favorable to me. I tried to persuade Patizel to conduct the interrogations and prepare the record himself, since it was more within his role than mine. But he refused outright, said not a word, and only reluctantly signed the document after I had done so. This somewhat bold approach, however, was successful, and the ship was released long before the minister’s response arrived. The captain wanted to give me some sort of gift. Without getting angry, I patted him on the shoulder and said, “Captain Olivet, do you really think that someone who does not receive a passport from the French, when such a right is clearly established, would be someone worthy of selling the protection of the King to them?” He at least wanted to offer me a dinner at his residence, which I accepted. I took along with me the Spanish ambassador’s secretary, named Carrio—a man of wit and great kindness. He later served as ambassador to Paris and was in charge of various affairs; I had become very close to him, just like we often do with our own ambassadors.
I would have been happy if, in performing all the good deeds I could with utmost disinterest, I had managed to apply sufficient care and attention to every minor detail so as not to become a victim of my own actions and instead serve others at my own expense! But in a position like mine, where even the smallest mistakes could have serious consequences, I devoted all my attention to ensuring that nothing hindered my duties. Until the very end, I maintained the highest level of order and precision in everything related to my essential responsibilities. Apart from a few errors caused by forced haste when doing calculations—of which the clerks of Monsieur Amelot complained once—I was never reproached by the ambassador or anyone else for any negligence in my duties, which is quite remarkable considering how careless and forgetful I am by nature. However, sometimes I lacked memory and attention in matters that were not directly related to my official responsibilities, but my love for justice always made me endure the resulting setbacks before anyone even thought of complaining. I will mention only one such incident, which occurred when I left Venice and had subsequent repercussions in Paris.
Our chef, named Rousselot, had brought from France an old two-hundred-franc bill that a friend of his, a barber, had received from a Venetian nobleman named Zanetto Nani in exchange for supplies for making wigs. Rousselot brought this bill to me and asked me to see if I could somehow obtain some money from it through some arrangement. Both he and I knew that it was the custom of these Venetian nobles never to pay off debts incurred abroad when they returned to their homeland; whenever someone tried to force them to do so, they would incur such excessive expenses and delays that the unfortunate creditor would end up giving up or settling for almost nothing in return. I asked Mr. Le Blond to speak with Zanetto; he agreed to accept the bill but not to make any payment. After much negotiation, Zanetto finally promised to pay three sequins. However, when Mr. Le Blond presented him with the bill, the three sequins were not ready yet, and we had to wait. During this waiting period, my dispute with the ambassador occurred, and I left his residence. I left all the embassy documents in good order, but Rousselot’s bill was nowhere to be found. Mr. Le Blond assured me that he had returned it to me; I knew him to be too honest a man to doubt him, but I simply could not remember what had happened to that bill. Since Zanetto had admitted the debt, I asked Mr. Le Blond to try to get the three sequins in the form of a receipt or to persuade Zanetto to reissue the bill as a duplicate. Knowing that the bill was lost, Zanetto refused to do either. I offered Rousselot the three sequins from my own pocket to pay for the bill, but he refused and told me to try dealing with the creditor in Paris; he gave me his address. The barber, having learned what had happened, demanded both his bill and the money in full. Oh, how I wished I could have given anything at that time just to get my damned bill back! In my greatest distress, I ended up paying the two hundred francs. Such was how the loss of that bill resulted in the creditor receiving the full amount; had it been found, he would have hardly been able to extract the ten écus that His Excellency Zanetto Nani had promised him.
The talent that I believed I possessed for my job enabled me to perform it with great enthusiasm. Apart from the company of my friend from Carrio and that of the virtuous Altuna, about whom I will speak soon, as well as the innocent pastimes in Saint-Marc’s Square, attending performances, and making some visits that we almost always did together, I found my only pleasure in fulfilling my duties. Although my work was not particularly arduous, especially with the help of Abbe de Binis, and since the amount of correspondence was considerable and we were in a time of war, I was kept reasonably busy. I worked for a good part of the morning every day, and on days when there was much mail to process, sometimes until midnight. The rest of my time was devoted to studying the profession I had begun, and I hoped that, given the success of my initial efforts, I would be able to secure more advantageous employment in the future. Indeed, there was only one opinion regarding me—namely, that of the ambassador himself, who highly praised my service, never complained about it, and whose anger later stemmed solely from the fact that I had, in vain, complained myself and eventually requested to be released from my duties. The ambassadors and ministers of the king with whom we corresponded also paid compliments to him regarding the merits of his secretary, which should have pleased him; however, in his stubborn nature, these compliments had the exact opposite effect. One particular incident, crucial in its consequences, is worth explaining in detail.
In un’altra occasione, riuscii da solo, quasi senza l’aiuto di nessuno, a liberare un capitano di nave mercantile che si trovava in difficoltà. Si chiamava il capitano Olivet, di Marsiglia; ho dimenticato il nome della nave. L’equipaggio suo aveva avuto una lite con degli Slavi al servizio della Repubblica: ci furono atti di violenza e la nave fu sequestrata in modo così severo che nessuno, tranne il capitano stesso, poteva salirci o scenderne senza autorizzazione. Il capitano ricorse all’ambasciatore, ma questi lo mandò via; poi si rivolse al console, il quale gli disse che non si trattava di una questione commerciale e quindi non poteva intervenire. Non sapendo più cosa fare, tornò da me. Spiegai a Monsieur de Montaigu che doveva permettermi di presentare un memoriale al Senato su questa faccenda; non ricordo se acconsentì o se effettivamente presentai il memoriale, ma so con certezza che poiché le mie iniziative non portarono a nulla e l’embargo continuava, presi una decisione che ebbe successo. Inserii la descrizione di questa vicenda in una lettera indirizzata a Monsieur de Maurepas, e persino fui costretto a insistere molto affinché Monsieur de Montaigu acconsentisse a includere questo punto nella lettera. Sapevo che le nostre lettere, sebbene non avessero molta importanza, venivano comunque lette a Venezia; ne avevo la prova nei resoconti pubblicati sul giornale: una mancanza di fedeltà che inutilmente avevo cercato di far notare all’ambasciatore. Lo scopo della mia menzione di questa ingiustizia nella lettera era quello di sfruttare la loro curiosità per spaventarli e convincerli a liberare la nave; altrimenti, se avessimo dovuto aspettare la risposta del governo, il capitano sarebbe stato rovinato prima ancora che essa arrivasse. Feci anche di più: andai personalmente sulla nave per interrogare l’equipaggio. Portai con me l’abate Patizel, cancelliere del consolato, che venne solo a malincuore; tutti quei poveretti temevano davvero di offendere il Senato. Non potendo salire a bordo a causa delle misure di sicurezza in atto, rimasi nella mia gondola e lì redigetti il verbale degli interrogatori, ponendo domande ad alta voce all’equipaggio in modo da ottenere risposte che fossero a loro vantaggio. Cercai anche di convincere Patizel a condurre personalmente gli interrogatori e a redigere il verbale, ma lui si rifiutò categoricamente: non disse una parola e quasi non volle nemmeno firmare il documento dopo di me. Tuttavia, questa iniziativa un po’ audace ebbe successo: la nave fu liberata molto prima che arrivasse la risposta del governo. Il capitano cercò di farmi un regalo, ma io gli dissi, battendogli sulla spalla: “Capitano Olivet, credete davvero che colui che non riceve dai francesi il diritto di viaggio che riteniamo legittimo sia una persona adatta a vendere loro la protezione del Re?” Voleva almeno offrirmi una cena sulla sua nave; l’accettai e vi portai con me il segretario d’ambasciata spagnolo, di nome Carrio, un uomo intelligente e molto affabile che in seguito divenne segretario d’ambasciata a Parigi e incaricato delle questioni diplomatiche. Mi ero legato a lui strettamente, seguendo l’esempio dei nostri ambasciatori.
Che fortuna se, quando facevo tutto il bene che potevo con la massima imparzialità, fossi riuscito a prestare abbastanza attenzione e cura in tutti quei dettagli minori per non diventarne vittima e per non danneggiare gli altri a mie spese! Ma in una posizione come la mia, dove anche i più piccoli errori possono avere conseguenze gravi, dedicavo tutta la mia attenzione affinché nessuno di essi compromettesse il mio dovere; fino alla fine fui estremamente ordinato e preciso in tutto ciò che riguardava le mie mansioni essenziali. Ad eccezione di alcuni errori causati da una fretta forzata nella compilazione dei documenti, di cui i commessi di Monsieur Amelot si lamentarono una volta, né l’ambasciatore né nessun altro ebbe mai motivo di rimproverarmi per alcuna negligenza nelle mie funzioni; il che è davvero notevole per un uomo così negligente e distratto come me. Tuttavia, a volte mancavo di memoria e di attenzione nelle questioni particolari di cui mi occupavo, ma l’amore per la giustizia mi spingeva sempre a sopportare le conseguenze dei miei errori prima che qualcuno potesse lamentarsene. Ne citerò solo un esempio: riguarda il mio lascio di Venezia e ne ho sentito gli effetti negativi successivamente a Parigi.
Il nostro cuoco, di nome Rousselot, aveva portato dalla Francia un vecchio biglietto da duecento franchi; quel biglietto era stato ottenuto da un suo amico parrucchiere in cambio di forniture per parrucche da parte di un nobile veneziano di nome Zanetto Nani. Rousselot me lo portò, chiedendomi di cercare in qualche modo di ottenere qualcosa da esso. Sapevamo entrambi che i nobili veneziani avevano l’abitudine di non pagare mai le debiti contratti all’estero al loro ritorno in patria; quando si cercava di costringerli a farlo, spendevano tante spese e causavano così tanti problemi al povero creditore che questi finiva per arrendersi o per accontentarsi praticamente senza nulla ricevere. Chiesi a M. Le Blond di parlare con Zanetto; quest’ultimo riconobbe il valore del biglietto, ma non si impegnò a pagarlo. Dopo molte discussioni, alla fine promise tre sequini. Quando M. Le Blond gli portò il biglietto, quei tre sequini non erano ancora pronti; fu necessario aspettare. Durante quell’attesa scoppiò la mia disputa con l’ambasciatore e lasciai la sua casa. Lasciai tutti i documenti dell’ambasciata in ordine, ma il biglietto di Rousselot scomparve. M. Le Blond mi assicurò di avermelo restituito; lo conoscevo troppo bene per dubitarne, ma non riuscivo a ricordare cosa ne fosse stato di quel biglietto. Poiché Zanetto aveva ammesso di dover pagare, chiesi a M. Le Blond di cercare di ottenere i tre sequini tramite un ricevuto o di convincere Zanetto a rinnovare il debito con un duplicato del biglietto. Tuttavia, sapendo che il biglietto era perso, Zanetto rifiutò di fare nulla. Offrii a Rousselot i tre sequini della mia tasca per saldare il debito, ma lui li rifiutò e mi suggerì di cercare di risolvere la questione a Parigi con il creditore, fornendomi anche il suo indirizzo. Il parrucchiere, venuto a sapere cosa era successo, voleva sia il biglietto che i soldi in tutto il loro valore. Quanto avrei dato, nella mia indignazione, per ritrovare quel maledetto biglietto! Alla fine pagai i duecento franchi, e questo avvenne nel bel mezzo della mia più grande difficoltà economica. Ecco come la perdita di quel biglietto permise al creditore di ottenere l’intera somma dovuta; mentre, se per sfortuna quel biglietto fosse stato ritrovato, probabilmente non avrebbe mai ricevuto i dieci scudi promessi da Sua Eccellenza Zanetto Nani.
Il talento che credevo di possedere per il mio incarico mi spinse a svolgerlo con piacere; al di fuori della compagnia del mio amico Carrio e di quella dell’onesto Altuna, di cui parlerò presto, e delle innocenti distrazioni offerte da piazza San Marco, dagli spettacoli e da alcune visite che facevamo quasi sempre insieme, i miei unici piaceri derivavano dal mio dovere. Sebbene il mio lavoro non fosse particolarmente faticoso, soprattutto con l’aiuto dell’abate de Binis, e poiché la corrispondenza era molto estesa e ci trovavamo in tempo di guerra, non mi mancava mai nulla da fare. Lavoravo ogni giorno per gran parte della mattina, e nei giorni in cui arrivavano le lettere a volte fino a mezzanotte. Il resto del tempo lo dedicavo allo studio della professione che stavo imparando, convinto che il successo dei miei primi passi mi avrebbe permesso di ottenere in seguito incarichi più vantaggiosi. Infatti, su di me c’era un’unica opinione positiva: quella dell’ambasciatore, che si complimentava molto del mio lavoro, non si era mai lamentato di me e la cui unica rabbia derivò in seguito dal fatto che io stesso, dopo essermi lamentato invano, decisi finalmente di chiedere le mie dimissioni. Gli ambasciatori e i ministri del re, con cui eravamo in corrispondenza, facevano all’ambasciatore complimenti sul merito del mio segretario, complimenti che sicuramente avrebbero dovuto lusingarlo, ma nella sua testa malata ebbero l’effetto opposto. Ne ricevette uno particolarmente grave in una circostanza fondamentale, e non me lo perdonò mai. Vale la pena spiegarlo.
Il pouvait si peu se gêner, que le samedi même, jour de presque tous les courriers, il ne pouvait attendre pour sortir que le travail fût achevé ; et me talonnant sans cesse pour expédier les dépêches du roi et des ministres, il les signait en hâte, et puis courait je ne sais où, laissant la plupart des autres lettres sans signature : ce qui me forçait, quand ce n’étaient que des nouvelles, de les tourner en bulletins ; mais lorsqu’il s’agissait d’affaires qui regardaient le service du roi, il fallait bien que quelqu’un signât, et je signais. J’en usai ainsi pour un avis important que nous venions de recevoir de M. Vincent, chargé des affaires du roi à Vienne. C’était dans le temps que le prince de Lobkowitz marchait à Naples, et que le comte de Gages[121] fit cette mémorable retraite, la plus belle manœuvre de guerre de tout le siècle, et dont l’Europe a trop peu parlé. L’avis portait qu’un homme dont M. Vincent nous envoyait le signalement partait de Vienne, et devait passer à Venise, allant furtivement dans l’Abruzze, chargé d’y faire soulever le peuple à l’approche des Autrichiens. En l’absence de M. le comte de Montaigu, qui ne s’intéressait à rien, je fis passer à M. le marquis de l’Hôpital cet avis si à propos, que c’est peut-être à ce pauvre Jean-Jacques si bafoué que la maison de Bourbon doit la conservation du royaume de Naples[122].
Le marquis de l’Hôpital, en remerciant son collègue comme il était juste, lui parla de son secrétaire et du service qu’il venait de rendre à la cause commune. Le comte de Montaigu, qui avait à se reprocher sa négligence dans cette affaire, crut entrevoir dans ce compliment un reproche, et m’en parla avec humeur. J’avais été dans le cas d’en user avec le comte de Castellane, ambassadeur à Constantinople, comme avec le marquis de l’Hôpital, quoique en chose moins importante. Comme il n’y avait point d’autre poste pour Constantinople que les courriers que le Sénat envoyait de temps en temps à son Bayle, on donnait avis du départ de ces courriers à l’ambassadeur de France, pour qu’il pût écrire par cette voie à son collègue, s’il le jugeait à propos. Cet avis venait d’ordinaire un jour ou deux à l’avance : mais on faisait si peu de cas de M. de Montaigu, qu’on se contentait d’envoyer chez lui pour la forme, une heure ou deux avant le départ du courrier ; ce qui me mit plusieurs fois dans le cas de faire la dépêche en son absence. M. de Castellane, en y répondant, faisait mention de moi en termes honnêtes ; autant en faisait à Gênes M. de Jonville ; autant de nouveaux griefs.
J’avoue que je ne fuyais pas l’occasion de me faire connaître, mais je ne la cherchais pas non plus hors de propos ; et il me paraissait fort juste, en servant bien, d’aspirer au prix naturel des bons services, qui est l’estime de ceux qui sont en état d’en juger et de les récompenser. Je ne dirai pas si mon exactitude à remplir mes fonctions était de la part de l’ambassadeur un légitime sujet de plainte, mais je dirai bien que c’est le seul qu’il ait articulé jusqu’au jour de notre séparation.
Sa maison, qu’il n’avait jamais mise sur un trop bon pied, se remplissait de canaille ; les Français y étaient maltraités, les Italiens y prenaient l’ascendant ; et même, parmi eux, les bons serviteurs attachés depuis longtemps à l’ambassade furent tous malhonnêtement chassés, entre autres son premier gentilhomme, qui l’avait été du comte de Froulay, et qu’on appelait, je crois, le comte Peati, ou d’un nom très approchant. Le second gentilhomme du choix de M. de Montaigu était un bandit de Mantoue, appelé Dominique Vitali, à qui l’ambassadeur confia le soin de sa maison, et qui, à force de patelinage et de basse lésine, obtint sa confiance et devint son favori, au grand préjudice du peu d’honnêtes gens qui y étaient encore, et du secrétaire qui était à leur tête. L’œil intègre d’un honnête homme est toujours inquiétant pour les fripons. Il n’en aurait pas fallu davantage pour que celui-ci me prît en haine ; mais cette haine avait une autre cause encore qui la rendit bien plus cruelle. Il faut dire cette cause, afin qu’on me condamne si j’avais tort.
L’ambassadeur avait, selon l’usage, une loge à chacun des cinq spectacles. Tous les jours à dîner il nommait le théâtre où il voulait aller ce jour-là ; je choisissais après lui, et les gentilshommes disposaient des autres loges. Je prenais en sortant la clef de la loge que j’avais choisie. Un jour, Vitali n’étant[123] pas là, je chargeai le valet de pied qui me servait de m’apporter la mienne dans une maison que je lui indiquai. Vitali, au lieu de m’envoyer ma clef, dit qu’il en avait disposé. J’étais d’autant plus outré, que le valet de pied m’avait rendu compte de ma commission devant tout le monde. Le soir, Vitali voulut me dire quelques mots d’excuse que je ne reçus point : Demain, monsieur, lui dis-je, vous viendrez me les faire à telle heure dans la maison où j’ai reçu l’affront et devant les gens qui en ont été témoins, ou après-demain, quoi qu’il arrive, je vous déclare que vous ou moi sortirons d’ici. Ce ton décidé lui en imposa. Il vint au lieu et à l’heure me faire des excuses publiques avec une bassesse digne de lui ; mais il prit à loisir ses mesures, et, tout en me faisant de grandes courbettes, il travailla tellement à l’italienne[124], que, ne pouvant porter l’ambassadeur à me donner mon congé, il me mit dans la nécessité de le prendre.
Un pareil misérable n’était assurément pas fait pour me connaître ; mais il connaissait de moi ce qui servait à ses vues. Il me connaissait bon et doux à l’excès pour supporter des torts involontaires, fier et peu endurant pour des offenses préméditées, aimant la décence et la dignité dans les choses convenables, et non moins exigeant pour l’honneur qui m’était dû qu’attentif à rendre celui que je devais aux autres. C’est par là qu’il entreprit et vint à bout de me rebuter. Il mit la maison sens dessus dessous ; il en ôta ce que j’avais tâché d’y maintenir de règle, de subordination, de propreté, d’ordre. Une maison sans femme a besoin d’une discipline un peu sévère pour y faire régner la modestie inséparable de la dignité. Il fit bientôt de la nôtre un lieu de crapule et de licence, un repaire de fripons et de débauchés. Il donna pour second gentilhomme à Son Excellence, à la place de celui qu’il avait fait chasser, un autre maquereau comme lui qui tenait bordel public à la Croix-de-Malte ; et ces deux coquins bien d’accord étaient d’une indécence égale à leur insolence. Hors la seule chambre de l’ambassadeur, qui même n’était pas trop en règle, il n’y avait pas un seul coin dans la maison souffrable pour un honnête homme.
Comme Son Excellence ne soupait pas, nous avions le soir, les gentilshommes et moi, une table particulière, où mangeaient aussi l’abbé de Binis et les pages. Dans la plus vilaine gargote on est servi plus proprement, plus décemment, en linge moins sale, et l’on a mieux à manger. On nous donnait une seule petite chandelle bien noire, des assiettes d’étain, des fourchettes de fer. Passe encore pour ce qui se faisait en secret ; mais on m’ôta ma gondole ; seul de tous les secrétaires d’ambassadeurs, j’étais forcé d’en louer une, ou d’aller à pied, et je n’avais plus la livrée de Son Excellence que quand j’allais au Sénat. D’ailleurs, rien de ce qui se passait au dedans n’était ignoré dans la ville. Tous les officiers de l’ambassadeur jetaient les hauts cris. Dominique, la seule cause de tout, criait le plus haut, sachant bien que l’indécence avec laquelle nous étions traités m’était plus sensible qu’à tous les autres. Seul de la maison, je ne disais rien au dehors, mais je me plaignais vivement à l’ambassadeur et du reste et de lui-même, qui, secrètement excité par son âme damnée, me faisait chaque jour quelque nouvel affront. Forcé de dépenser beaucoup pour me tenir au pair de mes confrères, et convenablement à mon poste, je ne pouvais arracher un sol de mes appointements, et quand je lui demandais de l’argent, il me parlait de son estime et de sa confiance, comme si elle eût dû remplir ma bourse et pourvoir à tout.
He was so careless with his duties that even on Saturdays, when nearly all mail was to be processed, he wouldn’t wait until the work was finished before rushing out. He constantly pressured me to expedite the dispatches from the king and his ministers; I would sign them in haste and then he would dash off somewhere, leaving most of the other letters unsigned. This forced me to turn what were merely news items into brief bulletins. But when it came to matters concerning the king’s affairs, someone had to sign them, so I did it myself. I did this with an important message we had just received from Mr. Vincent, who was in charge of the king’s affairs in Vienna. At that time, the Prince of Lobkowitz was marching towards Naples, and Count Gages[121] carried out that memorable retreat—perhaps the finest military maneuver of the entire century, yet one about which Europe has spoken too little. The message stated that a man whose details Mr. Vincent had sent us was leaving Vienna and would pass through Venice before making his way secretly into the Abruzzes, with the task of inciting the people there to rise up against the Austrians. In the absence of Mr. Count de Montaigu, who paid no attention to such matters, I promptly forwarded this highly timely message to Mr. Marquis de l’Hôpital. Perhaps it was thanks to that poor, much-maligned Jean-Jacques that the House of Bourbon was able to preserve the Kingdom of Naples[122].
The Marquis of l’Hôpital, thanking his colleague as it was only just to do, mentioned his secretary and the service he had just rendered to their common cause. The Count of Montaigu, who felt he had been negligent in this matter, thought he saw a reproach hidden in this compliment and brought it up to me in a rather irritable manner. I had previously used such a method with the Count de Castellane, ambassador to Constantinople, just as I had with the Marquis of l’Hôpital—though in matters of less importance. Since there was no other official channel for communications to Constantinople than the letters sent occasionally by the Senate to its governor there, the French ambassador would be informed of the departure of these letters so that he could write to his colleague via this route if he deemed it appropriate. Such notifications usually arrived one or two days in advance; but since M. de Montaigu was considered of little importance, people simply sent someone to his residence an hour or two before the letter was to be dispatched—which on several occasions forced me to send the message in his absence. When M. de Castellane replied, he mentioned me in very kind terms; the same happened in Genoa with M. de Jonville—but this only led to even more complaints on my part.
I admit that I did not avoid any opportunity to make myself known, but I also did not seek such opportunities inappropriately; and it seemed to me entirely just that, by performing my duties well, one should aspire to the natural reward for good service—namely, the respect of those who are in a position to judge and reward such service. I would not say whether my diligence in fulfilling my responsibilities was a legitimate subject of complaint on the part of the ambassador, but I can certainly say that it was the only complaint he ever raised until the day we parted ways.
His house, which he had never taken great care to maintain, was filled with ruffians; the French were treated badly there, the Italians gained the upper hand, and even among them, the honest servants who had long been attached to the embassy were all unjustly dismissed—among them his chief gentleman, who had previously served Count de Froulay and was, I believe, called Count Peati or a name very similar to it. The second gentleman of M. de Montaigu’s choice was a bandit from Mantua named Dominique Vitali. The ambassador entrusted him with the management of his household, and through sheer cunning and unscrupulous behavior, he won the ambassador’s trust and became his favorite, to the great detriment of the few honest people who were still there, as well as of the secretary in charge. The honest eye of an upright person is always a source of concern for scoundrels. It would have taken little more for this man to take a dislike to me; but there was another reason for his hatred, one that made it even more cruel. That reason must be stated, so that those who may think I am in error can condemn me accordingly.
According to custom, the ambassador had a box at each of the five performances. Every day at dinner, he would announce which theater he wished to attend that day; I would choose one after him, and the other gentlemen would arrange their boxes accordingly. Upon leaving, I would take the key to the box I had selected. One day, since Vitali was not present, I instructed my footboy to bring me mine to a particular house I told him about. Instead of sending me my key, Vitali said he had already dealt with it. This angered me even more, especially since the footboy had reported my request in front of everyone. That evening, Vitali tried to apologize to me, but I refused to accept his excuses: “Tomorrow,” I told him, “you will come and apologize to me at the very hour and place where I was insulted, in front of all those who witnessed it. Or else, tomorrow afternoon—no matter what happens—I declare that either you or I must leave this place.” His decisive tone finally convinced him. He came, at the appointed time, and publicly apologized in a manner truly befitting his character; however, he took his time to do so. While bowing deeply, he tried every trick in his repertoire to persuade the ambassador to dismiss me, but ultimately, it was I who was forced to leave.
Such a wretched person was certainly not meant to get to know me; yet he knew about me exactly what was useful to his own purposes. He knew me to be excessively kind and gentle, too good-natured to endure unintentional wrongs; proud and easily offended when it came to deliberate insults; someone who valued decency and dignity in proper matters, and just as demanding when it came to the honor that was due to me as attentive to fulfilling the obligations I owed others. It was through these means that he managed to succeed in repelling me. He turned our home upside down, removing everything I had tried to maintain there—order, discipline, cleanliness, respectability. A house without a woman needs some strict discipline to ensure that modesty, an indispensable aspect of dignity, is upheld. Soon, our home became a den of debauchery and licentiousness, a refuge for scoundrels and libertines. He appointed another fellow rascal, just like himself and running a public brothel at the Croix-de-Malte, as the second gentleman in attendance upon His Excellency, in place of the one he had previously had driven away. These two shameless individuals were equally devoid of decency and respectability. Apart from the ambassador’s private room—which was itself far from orderly—there wasn’t a single decent corner in that house for an honest person to stay in.
Since His Excellency did not dine at home, Mr. and I, along with the other gentlemen, had a separate table in the evening; the abbot of Binis and the pages also dined there. Even in the most shabby taverns, one is served more neatly, more decently, with cleaner dishes and better food. We were given only a small, dark candle, tin plates, and iron forks. It was still bearable when things were done in secret; but my gondola was taken away from me. Of all the secretaries at the embassy, I was the only one forced to rent one or walk; I no longer wore His Excellency’s uniform except when going to the Senate. Moreover, nothing that happened inside the embassy remained unknown in the city. All the officers of the embassy would protest loudly. Dominique, the main cause of all this trouble, shouted the loudest, knowing full well that the indignity we suffered was especially hard on me compared to everyone else. Alone among the household staff, I said nothing outside, but I complained bitterly to the ambassador about everything—about him and his behavior as well. Secretly incited by his own damned nature, he inflicted new insults on me every day. Forced to spend a great deal of money to keep up with my colleagues and maintain my dignity in my position, I was unable to scrape even a basic income from my salary. Whenever I asked him for money, he would talk about his respect and trust for me, as if that were enough to fill my pockets and take care of everything else.
Non si curava affatto di nascondere le sue azioni; anzi, proprio il sabato, giorno in cui arrivavano quasi tutti i messaggi, non aspettava che il lavoro fosse terminato per uscire subito. Mi pressava costantemente perché inviassi al più presto le comunicazioni del re e dei ministri; le firmava in fretta e poi correva chissà dove, lasciando la maggior parte delle altre lettere senza firma. Questo mi costringeva, quando si trattava soltanto di notizie ordinarie, a trasformarle in comunicati ufficiali; ma quando si trattava di questioni relative al servizio del re, era necessario che qualcuno firmasse, e allora ero io ad occuparmene. Fu così anche per un messaggio importante che avevamo appena ricevuto da Monsieur Vincent, incaricato delle affari del re a Vienna. In quel periodo il principe di Lobkowitz stava marciando verso Napoli, mentre il conte di Gages[121] compì quella memorabile ritirata, la più brillante manovra militare di tutto il secolo, di cui l’Europa ha parlato troppo poco. Il messaggio indicava che un uomo, le cui caratteristiche erano descritte da Monsieur Vincent, stava lasciando Vienna e avrebbe dovuto passare per Venezia per poi recarsi furtivamente in Abruzzo con il compito di sollevare la popolazione all’avvicinarsi degli austriaci. In assenza di Monsieur le comte de Montaigu, che non si interessava affatto a queste questioni, feci pervenire immediatamente questo messaggio a Monsieur le marquis de l’Hôpital; forse è proprio grazie a quel povero Jean-Jacques, così spesso ignorato e deriso, che la casa di Bourbon ha potuto conservare il regno di Napoli[122].
Il marchese di l’Hôpital, ringraziando il suo collega come era giusto, gli parlò del suo segretario e del servizio che questi aveva appena reso alla causa comune. Il conte di Montaigu, che doveva rimproverarsi la propria negligenza in questa faccenda, credette di intravedere in quel complimento un rimprovero e ne parlò con me in tono irritato. Anch’io avevo avuto l’occasione di utilizzare lo stesso metodo con il conte di Castellane, ambasciatore a Costantinopoli, proprio come avevo fatto con il marchese di l’Hôpital, sebbene si trattasse di una questione meno importante. Poiché non esisteva alcun altro canale per comunicare con Costantinopoli se non attraverso i messaggeri che il Senato inviava di tanto in tanto al suo bailo, si informava l’ambasciatore di Francia della partenza di questi messaggeri, affinché potesse scrivere al proprio collega, se lo riteneva opportuno. Di solito questa comunicazione arrivava un giorno o due prima della partenza; ma poiché si dava così poca importanza al conte di Montaigu, si limitava a inviare qualcuno da lui un’ora o due prima della partenza del messaggero; il che mi mise più volte nella situazione di dover redigere la comunicazione in sua assenza. Il conte di Castellane, rispondendo, menzionava me in termini lusinghieri; lo stesso faceva a Genova il signor de Jonville, il che rappresentava altri nuovi motivi di dissidio.
Ammetto di non aver evitato le occasioni per farmi conoscere, ma nemmeno le cercavo in modo inappropriato; mi sembrava del tutto giusto, nel svolgere bene i propri doveri, aspirare al premio naturale dei buoni servizi, ovvero all’aprezzamento di coloro che sono in grado di giudicarli e ricompensarli. Non dirò se la mia precisione nell’eseguire le mie mansioni fosse un motivo legittimo di lamentela da parte dell’ambasciatore, ma posso affermare con certezza che è stato l’unico motivo che egli abbia sollevato fino al giorno della nostra separazione.
La sua casa, che non aveva mai ricevuto cure particolari, si riempì di gente disonesta; i francesi vi venivano maltrattati, gli italiani prendevano il sopravvento; persino tra loro, i bravi servitori fedeli all’ambasciata da tempo furono tutti cacciati in modo sleale, tra gli altri anche il suo primo gentiluomo, che era stato al servizio del conte di Froulay e che, credo, si chiamasse conte Peati o un nome molto simile. Il secondo gentiluomo scelto da Monsieur de Montaigu era un bandito di Mantova di nome Dominique Vitali; l’ambasciatore gli affidò la gestione della sua casa e, grazie a una condotta insidiosa e a comportamenti meschini, riuscì ad ottenere la sua fiducia diventandone il favorito, con grande danno per i pochi onesti che ancora vi risiedevano e per il segretario che ne era a capo. L’occhio attento di una persona onesta rappresenta sempre un pericolo per i furfanti. Non ci voleva molto perché quel individuo iniziasse a odiarmi; ma quell’odio aveva un’altra causa, ancora più crudele. Bisogna raccontare questa causa, affinché si possa giudicare se ho torto.
L’ambasciatore, secondo l’uso, aveva una loggia per ciascuno dei cinque spettacoli. Ogni giorno, a cena, indicava il teatro in cui desiderava andare quel giorno; io sceglievo dopo di lui, e gli altri gentiluomini si occupavano delle altre logge. Al momento della partenza, prendevo la chiave della loggia che avevo scelto. Un giorno, poiché Vitali non era presente, chiesi al valletto che mi serviva di portarmi la mia chiave in una casa che gli indicai. Vitali, invece di inviarmi la chiave, disse di averla già sistemata altrove. Fui ancora più offeso, poiché il valletto aveva riferito l’incarico davanti a tutti. Quella sera, Vitali cercò di scusarsi con me, ma non accettai le sue scuse: “Domani”, gli dissi, “verrete a farlo davanti alle persone che hanno assistito all’offesa, o dopodomani, in ogni caso, io o voi dovremo lasciare questa casa”. Quel tono deciso lo costrinse ad arrendersi. Venne quindi al momento stabilito per scusarsi pubblicamente, con una umiltà degna di lui, ma prese tutto il tempo necessario per farlo. Non riuscendo a convincere l’ambasciatore a concedermi le dimissioni, fui costretto ad andarmene da solo.
Un individuo così miserabile certamente non era destinato a conoscermi; tuttavia sapeva di me ciò che gli serviva ai suoi scopi. Conosceva che ero troppo buono e gentile per sopportare offese involontarie, orgoglioso e poco tollerante verso offese premeditate; amavo la decenza e la dignità nelle cose appropriate, e altrettanto esigente riguardo all’onore che mi spettava quanto attento a rendere quello che dovevo agli altri. Fu proprio per questo che iniziò a cercare modi per disgustarmi. Rovinò completamente la casa: eliminò tutto ciò che avevo cercato di mantenervi, come regole, subordinazione, pulizia e ordine. Una casa senza donna ha bisogno di una disciplina un po’ severa affinché vi regni la modestia, inscindibile dalla dignità. Ben presto la nostra casa divenne un luogo di crapula e licenziosità, un rifugio per furfanti e dissoluti. Fece assumere a Son Excellence, al posto di colui che aveva fatto cacciare, un altro individuo simile a lui, che gestiva un bordello pubblico alla Croix-de-Malte. Quei due individui, perfettamente d’accordo tra loro, erano ugualmente indecenti e insolenti. A parte la sola stanza dell’ambasciatore, che nemmeno lì le cose erano troppo in ordine, non c’era un solo angolo di quella casa adatto a un uomo onesto.
Poiché Sua Eccellenza non pranzava in casa, noi, i gentiluomini e io, avevamo ogni sera un tavolo separato, dove mangiavano anche l’abate de Binis e i paggi. Anche nella peggiore delle taverne si viene serviti in modo più pulito, più decente, con stoviglie meno sporche e cibo migliore. Ci veniva data una sola piccola candela molto scura, piatti di stagno, forchette di ferro. Ancora si potrebbe tollerare ciò che avveniva in segreto; ma mi fu tolta la gondola: ero l’unico tra tutti i segretari d’ambasciata ad essere costretto a noleggiarne una o ad andare a piedi. Non avevo più nemmeno l’uniforme di Sua Eccellenza se non quando andavo al Senato. Inoltre, nulla di ciò che accadeva all’interno dell’ambasciata rimaneva sconosciuto in città: tutti gli ufficiali dell’ambasciata facevano grandi storie. Dominique, la sola responsabile di tutto questo, gridava più forte di tutti, ben sapendo che l’indignità con cui venivamo trattati mi colpiva molto di più che tutti gli altri. Solo io, in famiglia, non dicevo nulla all’esterno; ma mi lamentavo amaramente con l’ambasciatore di tutto ciò che accadeva, e anche di lui stesso, che, spinto segretamente dal suo spirito dannato, mi infliggeva ogni giorno nuove umiliazioni. Costretto a spendere molto per mantenere lo stesso tenore di vita dei miei colleghi e per rispettare adeguatamente il mio ruolo, non riuscivo nemmeno a guadagnare un soldo in più dai miei stipendi; quando gli chiedevo denaro, lui mi parlava della sua stima e della sua fiducia in me, come se questa dovesse bastare a riempire la mia borsa e a provvedere a tutte le mie esigenze.
Ces deux bandits finirent par faire tourner tout à fait la tête à leur maître, qui ne l’avait déjà pas trop droite, et le ruinaient dans un brocantage continuel par des marchés de dupe, qu’ils lui persuadaient être des marchés d’escroc. Ils lui firent louer sur la Brenta un Palazzo le double de sa valeur, dont ils partagèrent le surplus avec le propriétaire. Les appartements en étaient incrustés en mosaïque et garnis de colonnes et de pilastres de très beaux marbres, à la mode du pays. M. de Montaigu fit superbement masquer tout cela d’une boiserie de sapin, par l’unique raison qu’à Paris les appartements sont ainsi boisés. Ce fut par une raison semblable que, seul de tous les ambassadeurs qui étaient à Venise, il ôta l’épée à ses pages et la canne à ses valets de pied. Voilà quel était l’homme qui, toujours par le même motif peut-être, me prit en grippe, uniquement sur ce que je le servais fidèlement.
J’endurai patiemment ses dédains, sa brutalité, ses mauvais traitements, tant qu’en y voyant de l’humeur je crus n’y pas voir de la haine : mais dès que je vis le dessein formé de me priver de l’honneur que je méritais par mon bon service, je résolus d’y renoncer. La première marque que je reçus de sa mauvaise volonté fut à l’occasion d’un dîner qu’il devait donner à M. le duc de Modène et à sa famille, qui étaient alors à Venise, et dans lequel il me signifia que je n’aurais pas place à sa table. Je lui répondis piqué, mais sans me fâcher, qu’ayant l’honneur d’y dîner journellement, si M. le duc de Modène exigeait que je m’en abstinsse quand il y viendrait, il était de la dignité de Son Excellence et de mon devoir de n’y pas consentir. Comment ! dit-il avec emportement, mon secrétaire, qui même n’est pas gentilhomme, prétend dîner avec un souverain quand mes gentilshommes n’y dînent pas ? Oui, monsieur, lui répliquai-je, le poste dont m’a honoré Votre Excellence m’anoblit si bien tant que je le remplis, que j’ai même le pas sur vos gentilshommes, ou soi-disant tels, et suis admis où ils ne peuvent l’être. Vous n’ignorez pas que, le jour que vous ferez votre entrée publique, je suis appelé par l’étiquette, et par un usage immémorial, à vous y suivre en habit de cérémonie et à l’honneur d’y dîner avec vous au palais de Saint-Marc ; et je ne vois pas pourquoi un homme qui peut et doit manger en public avec le doge et le Sénat de Venise, ne pourrait pas manger en particulier avec M. le duc de Modène. Quoique l’argument fût sans réplique, l’ambassadeur ne s’y rendit point : mais nous n’eûmes pas occasion de renouveler la dispute, M. le duc de Modène n’étant point venu dîner chez lui.
Dès lors il ne cessa de me donner des désagréments, de me faire des passe-droits, s’efforçant de m’ôter les petites prérogatives attachées à mon poste pour les transmettre à son cher Vitali ; et je suis sûr que s’il eût osé l’envoyer au Sénat à ma place, il l’aurait fait. Il employait ordinairement l’abbé de Binis pour écrire dans son cabinet ses lettres particulières : il se servit de lui pour écrire à M. de Maurepas une relation de l’affaire du capitaine Olivet, dans laquelle, loin de lui faire aucune mention de moi qui seul m’en étais mêlé, il m’ôtait même l’honneur du verbal, dont il lui envoyait un double, pour l’attribuer à Patizel, qui n’avait pas dit un seul mot. Il voulait me mortifier et complaire à son favori ; mais non pas se défaire de moi. Il sentait qu’il ne lui serait plus aussi aisé de me trouver un successeur qu’à M. Follau, qui l’avait déjà fait connaître. Il lui fallait absolument un secrétaire qui sût l’italien à cause des réponses du Sénat ; qui fit toutes ses dépêches, toutes ses affaires, sans qu’il se mêlât de rien ; qui joignît au mérite de le bien servir la bassesse d’être le complaisant de messieurs ses faquins de gentilshommes. Il voulait donc me garder et me mater, en me tenant loin de mon pays et du sien, sans argent pour y retourner : et il aurait réussi, peut-être, s’il s’y fût pris modérément : mais Vitali, qui avait d’autres vues, et qui voulait me forcer de prendre mon parti, en vint à bout. Dès que je vis que je perdais toutes mes peines, que l’ambassadeur me faisait des crimes de mes services au lieu de m’en savoir gré, que je n’avais plus à espérer chez lui que désagréments au dedans, injustice au dehors, et que dans le décri général où il s’était mis, ses mauvais offices pouvaient me nuire sans que les bons pussent me servir, je pris mon parti et lui demandai mon congé, lui laissant le temps de se pourvoir d’un secrétaire. Sans me dire ni oui, ni non, il alla toujours son train. Voyant que rien n’allait mieux et qu’il ne se mettait en devoir de chercher personne, j’écrivis à son frère, et, lui détaillant mes motifs, je le priai d’obtenir mon congé de Son Excellence, ajoutant que de manière ou d’autre il m’était impossible de rester. J’attendis longtemps et n’eus point de réponse. Je commençais d’être fort embarrassé, mais l’ambassadeur reçut enfin une lettre de son frère. Il fallait qu’elle fût vive, car, quoiqu’il fût sujet à des emportements très féroces, je ne lui en vis jamais un pareil. Après des torrents d’injures abominables, ne sachant plus que dire, il m’accusa d’avoir vendu ses chiffres. Je me mis à rire et lui demandai d’un ton moqueur s’il croyait qu’il y eût dans tout Venise un homme assez sot pour en donner un écu. Cette réponse le fit écumer de rage. Il fit mine d’appeler ses gens pour me faire, dit-il, jeter par la fenêtre. Jusque-là j’avais été fort tranquille ; mais à cette menace la colère et l’indignation me transportèrent à mon tour. Je m’élançai vers la porte ; et après avoir tiré un bouton qui la fermait en dedans : Non pas, monsieur le comte, lui dis-je en revenant à lui d’un pas grave ; vos gens ne se mêleront pas de cette affaire, trouvez bon qu’elle se passe entre nous. Mon action, mon air, le calmèrent à l’instant même : la surprise et l’effroi se marquèrent dans son maintien. Quand je le vis revenu de sa furie, je lui fis mes adieux en peu de mots ; puis, sans attendre sa réponse, j’allai rouvrir la porte, je sortis, et passai posément dans l’antichambre au milieu de ses gens, qui se levèrent à l’ordinaire, et qui, je crois, m’auraient plutôt prêté main-forte contre lui qu’à lui contre moi. Sans remonter chez moi, je descendis l’escalier tout de suite, et sortis sur-le-champ du palais pour n’y plus rentrer.
These two rascals eventually completely turned their master’s head upside down—his mind was already not quite steady to begin with—and they ruined him through a continuous stream of swindles, convincing him that what they called “markets” were actually schemes designed to cheat him. They got him to rent a palace on the Brenta for twice its actual value, and they shared the surplus profits with the owner. The apartments were inlaid with mosaics and adorned with columns and pilasters made of very beautiful marbles, in keeping with local fashion. Monsieur de Montaigu had all this splendid decoration covered over with pine wood panels—simply because, in Paris, apartments were typically furnished in that way. For the same reason, he was the only ambassador in Venice who removed his sword from his pages and his cane from his footboys. Such was the man who, perhaps for the very same reason, took a dislike to me simply because I served him loyally.
I patiently endured his disdain, his brutality, and his harsh treatment, assuming that what he did was merely due to his mood and not out of hatred. But once I realized that his intention was to deprive me of the honor I deserved for my loyal service, I resolved to refuse it. The first sign of his ill will towards me occurred during a dinner he was hosting for the Duke of Modena and his family, who were then in Venice. He informed me that I would not be allowed to sit at his table. I replied calmly but firmly that since I had the honor of dining there daily, if the Duke of Modena demanded that I abstain when he attended, it would be both an insult to His Excellency’s dignity and my duty to refuse. “How!,” he exclaimed angrily, “my secretary, who is not even a gentleman, dares to dine with a sovereign while my own gentlemen are excluded from such an honor?” “Yes, sir,” I replied, “the position you have granted me elevates me so much that I am even considered superior to your own gentlemen—and I am allowed to attend events where they are not. You surely know that on the day of your public entrance, it is my duty by convention and ancient tradition to accompany you in ceremonial attire and dine with you at St. Mark’s Palace. I see no reason why a man who can dine publicly with the Doge and the Venetian Senate should not be able to do so privately with the Duke of Modena.” Although my argument was irrefutable, the ambassador refused to accept it. However, we never had another opportunity to argue, as the Duke of Modena did not come to dine at his residence that day.
From that moment on, he ceaselessly caused me trouble, gave himself special privileges at my expense, and tried every means to strip me of the minor advantages associated with my position in order to grant them to his favorite, Vitali. I am certain that if he had dared to send Vitali to the Senate in my place, he would have done so without hesitation. He usually used Abbé de Binis to write his personal letters; he also employed him to send a report regarding Captain Olivet’s affair to Monsieur de Maurepas. In this report, not a word was mentioned about me—although I was the only one involved—and instead, the credit for that report was given to Patizel, who had said not a single thing. He wanted to humiliate me and please his favorite, but he did not intend to get rid of me. He realized that finding a successor for me would be far more difficult than it had been with Monsieur Follau, who had already introduced me to him before. He needed a secretary who knew Italian in order to handle the Senate’s responses; someone who could handle all his correspondence and affairs without his having to intervene at all; someone who, in addition to being competent, would be willing to act as a lackey for his own worthless gentlemen. Therefore, he wanted to keep me under control and suppress me by keeping me away from both my own country and his, without giving me any money to return home. Perhaps he would have succeeded if he had approached the matter more gently; but Vitali, who had other plans and wanted to force me to take sides with him, eventually succeeded in his efforts. Once I realized that all my efforts were in vain—that the ambassador was actually grateful for my services only when I caused him trouble—and that I could expect nothing but hardship both inside and outside the embassy, and that his own bad behavior would harm me more than any good he might do—I decided to resign and gave him time to find a replacement. Without giving me an explicit answer, he continued to act as usual. Seeing that things did not improve and that he made no effort to find someone new, I wrote to his brother, explaining my reasons in detail and asking him to secure my resignation from His Excellency, adding that it was absolutely impossible for me to stay any longer. I waited for a long time but received no response. I began to feel very troubled when, finally, the ambassador received a letter from his brother. It must have been a very angry letter, because, although he was known for his violent outbursts, I had never seen him like this before. After a torrent of vile insults, he accused me of selling his confidential documents. I laughed and mockingly asked him if he really thought there was anyone in all of Venice who would be so foolish as to pay a single euro for them. This response enraged him even more. He threatened to have me thrown out the window by his servants. Until then, I had remained calm; but at this threat, anger and indignation overtook me as well. I rushed toward the door; after pulling the button that closed it from the inside, I turned back to him with a grave step and said, “No, Count, your people must not be involved in this matter—it should take place only between us.” My actions and my demeanor calmed him immediately; surprise and fear were evident in his expression. Once I saw that he had regained his composure, I bid him farewell briefly, then, without waiting for his reply, I went to reopen the door, stepped outside, and calmly walked into the antechamber amidst his people, who, as usual, rose to their feet. I believe they would have rather helped me against him than against them. Without returning to my room, I descended the stairs at once and left the palace forever.
Questi due banditi finirono per far completamente perdere la testa al loro padrone, che già non ne aveva molta. Lo rovinarono con continui truffe, convincendolo che quei mercati fossero in realtà truffe ordite da imbroglioni. Gli fecero affittare sul Brenta un palazzo il doppio del suo valore reale, e divisero con il proprietario l’eccedenza degli introiti. Gli appartamenti erano decorati con mosaici e colonne realizzate in pregiati marmi, secondo la moda del luogo. Il signor de Montaigu fece coprire tutto ciò con una semplice rivestitura in legno di pino. Solo perché a Parigi gli appartamenti venivano decorati allo stesso modo. Per lo stesso motivo, fu l’unico tra tutti gli ambasciatori presenti a Venezia a togliere la spada ai suoi paggi e il bastone ai suoi valletti di servizio. Ecco l’uomo che, forse per la stessa ragione, iniziò ad odiarmi. Solo perché lo servivo fedelmente.
Sopportai pazientemente i suoi disprezi, la sua brutalità, i suoi maltrattamenti, finché, vedendovi soltanto un segno del suo umore, credevo che non ci fosse odio dietro di essi; ma non appena compresi che aveva intenzione di privarmi dell’onore che meritavo per il mio buon servizio, decisi di rinunciarvi. La prima manifestazione della sua cattiva volontà ebbe luogo durante un banchetto che doveva organizzare per il duca di Modena e la sua famiglia, allora presenti a Venezia; in quell’occasione mi comunicò che non avrei avuto posto al suo tavolo. Gli risposi con fermezza, ma senza arrabbiarmi, dicendo che, poiché avevo l’onore di partecipare regolarmente a quei banchetti, se il duca di Modena esigeva che io mi astenessi quando lui vi avrebbe preso parte, allora era sia della dignità Sua che del mio dovere non acconsentire. “Come!”, esclamò con irritazione, “il mio segretario, che nemmeno è un gentiluomo, pretende di mangiare alla stessa tavola di un sovrano, mentre i miei gentiluomini non sono ammessi?” “Sì, signore”, risposi, “la posizione che Vostra Eccellenza mi ha concesso mi nobilita a tal punto che ho addirittura il diritto di sedermi dove loro non possono; inoltre, il giorno della vostra entrata ufficiale a Venezia, per etichetta e tradizione antica, sono chiamato ad accompagnarvi nel palazzo di San Marco e ad avere l’onore di pranzare con voi. Non vedo quindi motivo per cui un uomo che può mangiare in pubblico con il doge e il Senato di Venezia non possa farlo anche in privato con il duca di Modena.” Sebbene il mio argomento fosse irrefutabile, l’ambasciatore non si arrese; tuttavia non ebbe più occasione di riprendere la discussione, poiché il duca di Modena non venne mai a pranzare da lui.
Da quel momento, non smise più di causarmi fastidi, di prendersi delle libertà con me, cercando di privarmi delle piccole prerogative legate al mio incarico per trasferirle al suo caro Vitali; e sono sicuro che, se avesse osato mandarlo al Senato al mio posto, l’avrebbe fatto. Di solito utilizzava l’abate de Binis per scrivere nelle sue lettere private; lo usò anche per inviare a Monsieur de Maurepas un resoconto sull’affare del capitano Olivet, nel quale, invece di menzionarmi minimamente – essendo stato io l’unico coinvolto nella questione – mi privava persino dell’onore di essere citato esplicitamente, inviandogli una copia della lettera e attribuendone il merito a Patizel, che non aveva detto una parola. Voleva umiliarmi e compiacere il suo favorito, ma non si voleva liberare di me. Sapeva bene che trovare un mio successore non sarebbe stato altrettanto facile come con Monsieur Follau, che gli aveva già fornito un sostituto efficace. Aveva assolutamente bisogno di un segretario che conoscesse l’italiano, per poter gestire le risposte del Senato; che si occupasse di tutte le sue comunicazioni e delle sue faccende senza che lui dovesse intervenire personalmente; che, oltre a servirlo bene, fosse anche disposto ad accontentare i suoi sciocchi favoriti. Voleva quindi tenermi con sé e dominarmi, tenendomi lontano sia dal mio paese che dal suo, senza darmi i mezzi per tornarci. Forse avrebbe riuscito nel suo intento se si fosse comportato con moderazione, ma Vitali, che aveva altri piani e voleva costringermi a schierarmi dalla sua parte, alla fine riuscì nel suo scopo. Quando capii che tutti i miei sforzi erano vani, che l’ambasciatore considerava i miei servizi come crimini invece di ringraziarmene, che non potevo più aspettarmi da lui altro che fastidi interni e ingiustizie esterne, e che, nella situazione disonorevole in cui si era cacciato, le sue azioni negative avrebbero potuto nuocermi senza che quelle positive potessero aiutarmi, decisi di chiedere il congedo, lasciandogli il tempo necessario per trovarsi un altro segretario. Senza rispondermi né sì né no, continuò a comportarsi come al solito. Vedendo che le cose non miglioravano e che lui non si dava nemmeno la pena di cercare qualcuno per sostituirmi, scrissi a suo fratello, spiegandogli i motivi della mia decisione e chiedendogli di ottenere il mio congedo da Sua Eccellenza, aggiungendo che, in ogni caso, non era più possibile che rimanessi. Aspettai a lungo, ma non ricevetti risposta. Iniziai ad avere molte difficoltà, ma finalmente l’ambasciatore ricevette una lettera da suo fratello. Doveva essere molto violenta, perché, sebbene fosse soggetto a improvvisi accessi di rabbia estrema, non gli avevo mai visto uno simile. Dopo un diluvio di insulti orribili, non sapendo più cosa dire, mi accusò di aver venduto i suoi documenti segreti. Risi e gli chiesi, in tono sarcastico, se pensasse davvero che ci fosse a Venezia qualcuno abbastanza stupido da pagare un quattrino per quei documenti. Questa risposta lo fece infuriare ancora di più. Fece finta di chiamare i suoi servitori per farmi gettare dalla finestra. Fino ad allora ero rimasto calmo, ma di fronte a questa minaccia, la rabbia e l’indignazione presero il sopravvento anche su di me. Mi precipitai verso la porta; dopo aver tirato il pulsante che la chiudeva dall’interno, dissi con voce grave: “No, signor conte. I vostri uomini non dovranno immischiarsi in questa faccenda; lasciate che tutto avvenga tra noi soltanto.” Il mio comportamento e il tono della mia voce lo calmarono all’istante; sorpresa e paura si leggevano nel suo atteggiamento. Quando lo vidi riprendersi dalla sua furia, gli dissi addio in poche parole; poi, senza aspettare la sua risposta, riaprii la porta, uscii e mi diressi tranquillamente nell’anticamera, tra le sue guardie, che si alzarono come al solito. Credo che avrebbero preferito aiutarmi contro di lui piuttosto che contro di loro. Senza tornare nel mio appartamento, scesi subito le scale e lasciai immediatamente il palazzo, senza mai più rientrarvi.
J’allai droit chez M. Le Blond lui conter l’aventure. Il en fut peu surpris ; il connaissait l’homme. Il me retint à dîner. Ce dîner, quoique impromptu, fut brillant. Tous les Français de considération qui étaient à Venise s’y trouvèrent. L’ambassadeur n’eut pas un chat. Le consul conta mon cas à la compagnie. À ce récit, il n’y eut qu’un cri, qui ne fut pas en faveur de Son Excellence. Elle n’avait point réglé mon compte, ne m’avait pas donné un sol, et réduit pour toute ressource à quelques louis que j’avais sur moi, j’étais dans l’embarras pour mon retour. Toutes les bourses me furent ouvertes. Je pris une vingtaine de sequins dans celle de M. Le Blond, autant dans celle de M. de Saint-Cyr, avec lequel, après lui, j’avais le plus de liaison ; je remerciai tous les autres, et en attendant mon départ, j’allai loger chez le chancelier du consulat, pour bien prouver au public que la nation n’était pas complice des injustices de l’ambassadeur. Celui-ci, furieux de me voir fêté dans mon infortune, et lui délaissé, tout ambassadeur qu’il était, perdit tout à fait la tête, et se comporta comme un forcené. Il s’oublia jusqu’à présenter un mémoire au Sénat pour me faire arrêter. Sur l’avis que m’en donna l’abbé de Binis, je résolus de rester encore quinze jours, au lieu de partir le surlendemain, comme j’avais compté. On avait vu et approuvé ma conduite ; j’étais universellement estimé. La Seigneurie ne daigna pas même répondre à l’extravagant mémoire de l’ambassadeur, et me fit dire par le consul que je pouvais rester à Venise aussi longtemps qu’il me plairait, sans m’inquiéter des démarches d’un fou. Je continuai de voir mes amis : j’allai prendre congé de M. l’ambassadeur d’Espagne, qui me reçut très bien, et du comte de Finochietti, ministre de Naples, que je ne trouvai pas, mais à qui j’écrivis, et qui me répondit la lettre du monde la plus obligeante. Je partis enfin, ne laissant, malgré mes embarras, d’autres dettes que les emprunts dont je viens de parler et une cinquantaine d’écus chez un marchand nommé Morandi, que Carrio se chargea de payer, et que je ne lui ai jamais rendus, quoique nous nous soyons souvent revus depuis ce temps-là : mais quant aux deux emprunts dont j’ai parlé, je les remboursai très exactement sitôt que la chose me fut possible.
Ne quittons pas Venise sans dire un mot des célèbres amusements de cette ville, ou du moins de la très petite part que j’y pris durant mon séjour. On a vu dans le cours de ma jeunesse combien peu j’ai couru les plaisirs de cet âge, ou du moins ceux qu’on nomme ainsi. Je ne changeai pas de goût à Venise ; mais mes occupations, qui d’ailleurs m’en auraient empêché, rendirent plus piquantes les récréations simples que je me permettais. La première et la plus douce était la société des gens de mérite, MM. Le Blond, de Saint-Cyr, Carrio, Altuna et un gentilhomme forlan[125] dont j’ai grand regret d’avoir oublié le nom, et dont je ne me rappelle point sans émotion l’aimable souvenir : c’était, de tous les hommes que j’ai connus dans ma vie, celui dont le cœur ressemblait le plus au mien. Nous étions liés aussi avec deux ou trois Anglais pleins d’esprit et de connaissances, passionnés de la musique ainsi que nous. Tous ces messieurs avaient leurs femmes, ou leurs amies, ou leurs maîtresses ; ces dernières, presque toutes filles à talents, chez lesquelles on faisait de la musique ou des bals. On y jouait aussi, mais très peu ; les goûts vifs, les talents, les spectacles, nous rendaient cet amusement insipide. Le jeu n’est que la ressource des gens ennuyés. J’avais apporté de Paris le préjugé qu’on a dans ce pays-là contre la musique italienne ; mais j’avais aussi reçu de la nature cette sensibilité de tact contre laquelle les préjugés ne tiennent pas. J’eus bientôt pour cette musique la passion qu’elle inspire à ceux qui sont faits pour en juger. En écoutant des barcarolles, je trouvais que je n’avais pas ouï chanter jusqu’alors, et bientôt je m’engouai tellement de l’opéra, qu’ennuyé de babiller, manger et jouer dans les loges, quand je n’aurais voulu qu’écouter, je me dérobais souvent à la compagnie pour aller d’un autre côté. Là, tout seul, enfermé dans ma loge, je me livrais, maigre la longueur du spectacle, au plaisir d’en jouir à mon aise et jusqu’à la fin. Un jour, au théâtre de Saint-Chrysostome, je m’endormis, et bien plus profondément que je n’aurais fait dans mon lit. Les airs bruyants et brillants ne me réveillèrent point. Mais qui pourrait exprimer la sensation délicieuse que me firent la douce harmonie et les chants angéliques de celui qui me réveilla ? Quel réveil, quel ravissement, quelle extase quand j’ouvris au même instant les oreilles et les yeux ! Ma première idée fut de me croire en paradis. Ce morceau ravissant, que je me rappelle encore et que je n’oublierai de ma vie, commençait ainsi :
Conservami la bella
Che si m’accende il cor.
Je voulus avoir ce morceau : je l’eus, et je l’ai gardé longtemps ; mais il n’était pas sur mon papier comme dans ma mémoire. C’était bien la même note, mais ce n’était pas la même chose. Jamais cet air divin ne peut être exécuté que dans ma tête, comme il le fut en effet le jour qu’il me réveilla.
Une musique à mon gré bien supérieure à celle des opéras, et qui n’a pas sa semblable en Italie ni dans le reste du monde, est celle des scuole. Les scuole sont des maisons de charité établies pour donner l’éducation à de jeunes filles sans bien, et que la république dote ensuite, soit pour le mariage, soit pour le cloître. Parmi les talents qu’on cultive dans les jeunes filles, la musique est au premier rang. Tous les dimanches, à l’église de chacune de ces quatre scuole, on a durant les vêpres des motets à grand chœur et en grand orchestre, composés et dirigés par les plus grands maîtres de l’Italie, exécutés dans des tribunes grillées uniquement par des filles dont la plus vieille n’a pas vingt ans. Je n’ai l’idée de rien d’aussi voluptueux, d’aussi touchant que cette musique : les richesses de l’art, le goût exquis des chants, la beauté des voix, la justesse de l’exécution, tout dans ces délicieux concerts concourt à produire une impression qui n’est assurément pas du bon costume, mais dont je doute qu’aucun cœur d’homme soit à l’abri. Jamais Carrio ni moi ne manquions ces vêpres aux Mendicanti, et nous n’étions pas les seuls. L’église était toujours pleine d’amateurs : les acteurs mêmes de l’Opéra venaient se former au vrai goût du chant sur ces excellents modèles. Ce qui me désolait était ces maudites grilles, qui ne laissaient passer que des sons, et me cachaient les anges de beauté dont ils étaient dignes. Je ne parlais d’autre chose. Un jour que j’en parlais chez M. Le Blond : Si vous êtes si curieux, me dit-il, de voir ces petites filles, il est aisé de vous contenter. Je suis un des administrateurs de la maison. Je veux vous y donner à goûter avec elles. Je ne le laissai pas en repos qu’il ne m’eût tenu parole. En entrant dans le salon qui renfermait ces beautés si convoitées, je sentis un frémissement d’amour que je n’avais jamais éprouvé. M. Le Blond me présenta l’une après l’autre ces chanteuses célèbres, dont la voix et le nom étaient tout ce qui m’était connu. Venez, Sophie… Elle était horrible. Venez, Cattina… Elle était borgne. Venez, Bettina… La petite vérole l’avait défigurée. Presque pas une n’était sans quelque notable défaut. Le bourreau riait de ma cruelle surprise. Deux ou trois cependant me parurent passables : elles ne chantaient que dans les chœurs. J’étais désolé. Durant le goûter on les agaça ; elles s’égayèrent. La laideur n’exclut pas les grâces ; je leur en trouvai. Je me disais : On ne chante pas ainsi sans âme ; elles en ont. Enfin ma façon de les voir changea si bien, que je sortis presque amoureux de tous ces laiderons. J’osais à peine retourner à leurs vêpres. J’eus de quoi me rassurer. Je continuai de trouver leurs chants délicieux et leurs voix fardaient si bien leurs visages, que tant qu’elles chantaient je m’obstinais, en dépit de mes yeux, à les trouver belles.
I went straight to Mr. Le Blond to tell him about my adventures. He was not surprised at all; he knew the man in question. He invited me to dinner. Although impromptu, the dinner was splendid. All the respectable French people in Venice were there. The ambassador didn’t get a single word of thanks. The consul recounted my story to the company present. At that point, there was but one reaction—and it was certainly not in favor of His Excellency. She had not settled my account, had not given me a single sou, and left me with only a few louis that I had on me, leaving me in great difficulty regarding my return home. Everyone was willing to help me out. I took about twenty sequins from Mr. Le Blond’s purse and the same amount from Mr. de Saint-Cyr, with whom I had the closest relationship at that time. I thanked all the others, and in the meantime, I went to stay with the consul’s chancellor, in order to clearly show the public that the nation was not complicit in the ambassador’s injustices. The ambassador, furious at seeing me celebrated despite my misfortunes while he was ignored, completely lost his mind and behaved like a madman. He even went so far as to submit a petition to the Senate asking for my arrest. Following the advice of Abbe de Binis, I decided to stay another fifteen days instead of leaving the next day as I had originally planned. My behavior had been seen and approved by everyone; I was universally respected. The authorities not only refused to respond to the ambassador’s absurd petition but also told me through the consul that I could stay in Venice as long as I wished, without having to worry about the actions of a madman. I continued to see my friends and went to say goodbye to Mr. the Ambassador of Spain, who received me very well, as well as to Count de Finochietti, the Minister of Naples. I didn’t happen to meet him at that time, but I wrote to him and he replied in the most gracious manner possible. Finally, I left, leaving behind, despite my difficulties, only the debts I had mentioned earlier and about fifty ecus owed to a merchant named Morandi—debt that Carrio took care of paying on my behalf. I have never repaid that money to him, although we have seen each other many times since then. However, I paid off both of the debts I had mentioned promptly once it became possible for me to do so.
Let us not leave Venice without mentioning the famous amusements of this city, or at least that very small part of them that I had the chance to experience during my stay. In the course of my youth, I had seen how little I participated in the pleasures of that age—or at least those that are commonly so called. My tastes did not change in Venice; however, my other occupations, which would have prevented me from engaging in such activities anyway, made the simple recreations I allowed myself all the more enjoyable. The first and most pleasant of these was the company of worthy people—Messrs. Le Blond, de Saint-Cyr, Carrio, Altuna, and a kind gentleman from Forlán[125] whose name I regret having forgotten; I recall him with deep emotion—the only man among all those I have known in my life whose heart resembled mine the most. We also associated with two or three intelligent and knowledgeable Englishmen, who shared our passion for music. All these gentlemen had their wives, friends, or mistresses; nearly all of them were talented women at whom music was played or balls were held. Music was also performed there, but very seldom; our lively tastes, talents, and love for performances made such entertainment seem insipid to us. Gambling is merely a resort for those who are bored. I brought with me from Paris the prejudice common in that country against Italian music; yet nature had endowed me with a sensitivity to musical beauty that prejudices could not overcome. Soon, I developed for this music the same passion that it inspires in those who are truly capable of appreciating it. Listening to barcarolles, I felt as if I had never heard music before; soon, I became so enamored of opera that, tired of chatting, eating, and playing in the loges when all I wanted was to listen, I would often sneak away from the crowd and go somewhere else. There, alone in my loge, I would indulge in the pleasure of enjoying the performance at my own pace, right to the very end. One day, at the theater of Saint-Chrysostome, I fell asleep—far more deeply than I would have done in my bed. The loud and brilliant music did not wake me. But who could describe the delightful sensation that the gentle harmony and the angelic voices of those who woke me brought me? What a awakening, what rapture, what ecstasy when I opened my ears and eyes at the same moment! My first thought was that I must be in paradise. That wonderful piece, which I still remember to this day and will never forget, began in this way:
Keep me beautiful.
If it ignites, then the heart will burn.
I wanted to have that piece of music; I got it and kept it for a long time. But on paper, it was not the same as in my memory. It was indeed the same note, but it was not the same thing at all. That divine melody can never be performed except in my mind—just as it was on the day it awakened me.
A music far superior to that of operas, and one that has no equivalent in Italy or anywhere else in the world, is the music performed by the scuole. These scuoles are charitable institutions established to provide education for young girls without means, and the republic subsequently provides them with resources for marriage or entry into religious life. Among the talents cultivated in these young girls, music holds the foremost place. Every Sunday, in the churches of these four scuoles, during vespers, motets performed by large choirs and orchestras composed and directed by Italy’s greatest masters are sung—entertained solely by girls none of whom are over twenty years old. I cannot imagine anything more delightful or moving than this music: the riches of art, the exquisite taste in singing, the beauty of the voices, the precision of the performances—all these elements combine to create an effect that is certainly not of this world, but one from which I doubt any human heart can remain untouched. Neither Carrio nor I ever missed these vespers at the Mendicanti Church, and we were far from alone; the church was always filled with enthusiasts—even actors from the opera house would come there to learn the true art of singing from these excellent models. What saddened me were those damned grilles that allowed only sound to pass through, hiding from my view the angels of beauty they truly were. One day, while discussing this with Mr. Le Blond, he said, “If you’re so curious about seeing these young girls, it’s easy to satisfy your desire. I’m one of the administrators of this institution; I can arrange for you to meet them.” I insisted that he keep his word. Upon entering the salon where these much-desired beauties were gathered, I felt an overwhelming surge of emotion I had never experienced before. Mr. Le Blond introduced me to each of these famous singers—whose voices and names were all I knew of them. “Come, Sophie, ” She was hideous. “Come, Cattina, ” She was blind. “Come, Bettina, ” Smallpox had disfigured her. Almost none of them was without some significant flaw. The butcher laughed at my astonishment. However, two or three of them seemed passable—they only performed in the choirs. I was disappointed. During the tea party, they were teased; they laughed. Beauty does not exclude grace—I found it in them. I thought to myself: “One cannot sing in such a way without soul, but they have souls.” Eventually, my perception of them changed so much that I almost fell in love with all these “ugly” girls. I could hardly bring myself to attend their vespers again. But soon, I found reason to be reassured. Their songs continued to seem delightful to me, and their voices managed to hide the flaws in their faces so well that, as long as they sang, I stubbornly refused to see anything but beauty in them.
Andai direttamente da Monsieur Le Blond per raccontargli l’intera avventura. Non fu affatto sorpreso; conosceva quell’uomo. Mi invitò a cena. Quella cena, sebbene improvvisata, fu molto piacevole. Vi parteciparono tutti i francesi di rilievo presenti a Venezia. L’ambasciatore non ebbe nemmeno un minimo ruolo in quell’occasione. Il console raccontò la mia storia al gruppo presente; all’ascolto di quella narrazione, si levò un solo grido, e non certo a favore dell’Eccellenza dell’ambasciatore. Quest’ultimo non aveva ancora saldato il mio debito, non mi aveva dato nemmeno un soldo, lasciandomi con soltanto alcuni luigi che avevo con me; quindi mi trovavo in difficoltà riguardo al mio ritorno. Tutti si offrirono di aiutarmi. Presi una ventina di sequini da Monsieur Le Blond e altrettanti da Monsieur de Saint-Cyr, con il quale, dopo di lui, avevo i rapporti più stretti; ringraziai tutti gli altri e, mentre aspettavo la mia partenza, andai ad alloggiare presso il cancelliere del consolato, per dimostrare chiaramente al pubblico che il popolo non era complice delle ingiustizie dell’ambasciatore. Quest’ultimo, furioso nel vedermi festeggiato nella mia sfortuna e ignorato da lui stesso, pur essendo un ambasciatore, perse completamente la testa e si comportò come un pazzo. Arrivò persino a presentare un memoriale al Senato per farmi arrestare. Su consiglio dell’abate de Binis, decisi di rimanere ancora quindici giorni, invece di partire il giorno dopo come avevo previsto. La mia condotta era stata vista e apprezzata da tutti; ero universalmente stimato. Il Senato non si degnò nemmeno di rispondere a quel folle memoriale dell’ambasciatore e mi fece dire dal console che potevo rimanere a Venezia per tutto il tempo che desideravo, senza preoccuparmi delle azioni di un pazzo. Continuai a frequentare i miei amici; andai a salutare l’ambasciatore di Spagna, che mi accolse molto bene, e il conte di Finochietti, ministro di Napoli, che non trovai, ma a cui scrissi e che mi rispose con una lettera estremamente gentile. Alla fine partii, lasciando, nonostante le mie difficoltà, solo i debiti di cui ho parlato prima, oltre a circa cinquanta scudi che dovevo a un mercante di nome Morandi, ma Carrio si occupò di pagarli per me, e io non glieli ho mai restituiti, anche se ci siamo incontrati spesso da allora. Per quanto riguarda i due debiti di cui ho parlato, li ho ripagati puntualmente non appena ne ho avuto l’opportunità.
Non lasciamo Venezia senza menzionare almeno in parte i celebri divertimenti di questa città, o quanto ne abbia io stesso approfittato durante il mio soggiorno. Nella mia giovinezza ho sempre evitato quelli che si considerano piaceri tipici di quell’età; a Venezia non cambiai certo abitudini, ma le mie occupazioni, che in ogni caso me lo avrebbero impedito, resero ancora più apprezzabili quei semplici svaghi che mi permettevo. Il primo e più dolce di questi svaghi era la compagnia di persone meritevoli: i signori Le Blond, de Saint-Cyr, Carrio, Altuna, e un gentiluomo forlan[125] il cui nome mi dispiace molto di aver dimenticato; ricordo con emozione l’impressione positiva che su di me ebbe: tra tutte le persone che ho conosciuto nella mia vita, era colui il cui cuore assomigliava di più al mio. Eravamo inoltre in rapporti con due o tre inglesi pieni di spirito e cultura, appassionati di musica come noi. Tutti questi signori avevano le loro mogli, amiche o amanti; queste ultime, quasi tutte donne dotate di talenti, organizzavano concerti e balli in casa loro. Si suonava anche lì, ma molto raramente; i nostri gusti vivaci, i nostri talenti e gli spettacoli rendevano questi divertimenti insipidi per noi. Il gioco è soltanto un rimedio per chi si annoia. Avevo portato da Parigi il pregiudizio diffuso in quel paese contro la musica italiana; ma avevo anche ereditato dalla natura quella sensibilità musicale che i pregiudizi non possono alterare. Presto sviluppai per questa musica la passione che essa ispira a chi è davvero in grado di apprezzarla. Ascoltando le barcarole, mi resi conto che fino ad allora non avevo mai ascoltato vera musica; ben presto mi appassionai talmente all’opera che, stanco di chiacchierare, mangiare e giocare nelle logge, quando avrei voluto soltanto ascoltare, spesso me ne andavo da solo per godermi lo spettacolo in tranquillità fino alla fine. Un giorno, al teatro di San Cristoforo, mi addormentai, e molto più profondamente di quanto avrei fatto a letto. I suoni intensi e brillanti non riuscirono a svegliarmi; ma chi potrebbe descrivere la deliziosa sensazione che mi procurò quella dolce armonia e quei canti angelici. Che risveglio, che estasi! Quando aprii occhi e orecchie nello stesso istante, pensai di essere in paradiso. Quel brano incantevole, che ricordo ancora oggi e non dimenticherò mai, iniziava così.
Conservami la bellezza.
Che il mio cuore si accenda.
Volevo possedere quel brano musicale: l’ho ottenuto e l’ho conservato a lungo; tuttavia, non era scritto sulla carta, come invece lo ricordavo nella mia memoria. Era la stessa nota, ma non era la stessa cosa. Quel motivo divino può essere eseguito soltanto nella mia mente, proprio come avvenne il giorno in cui mi risvegliò.
Una musica, a mio parere di gran lunga superiore a quella degli opere, e senza eguali in Italia né nel resto del mondo, è quella delle scuole. Le scuole sono istituzioni di carità create per fornire un’educazione alle giovani ragazze prive di mezzi, e che successivamente la repubblica sovvenziona, sia per il matrimonio che per l’ingresso in convento. Tra i talenti coltivati nelle giovani ragazze, la musica occupa il primo posto. Ogni domenica, nella chiesa di ciascuna di queste quattro scuole, durante le vespere si eseguono mottetti a grande coro e con un’orchestra numerosa, composti e diretti dai più grandi maestri d’Italia; questi concerti sono ascoltati soltanto da ragazze la cui età massima non supera i vent’anni. Non riesco a immaginare nulla di più delizioso o commovente di questa musica: le ricchezze dell’arte, il gusto raffinato dei canti, la bellezza delle voci, l’esecuzione impeccabile. Tutto contribuisce a creare un’impressione davvero indimenticabile. Io e Carrio non mancavamo mai queste vespere alle scuole dei Mendicanti, e non eravamo gli unici: la chiesa era sempre piena di appassionati; persino gli attori dell’Opera venivano lì per imparare il vero gusto del canto. Quello che mi rattristava erano quelle maledette grate che permettevano di vedere soltanto i suoni, nascondendo così gli angeli di bellezza che quelle ragazze rappresentavano. Un giorno ne parlai con il signor Le Blond: “Se sei davvero curioso di vedere queste giovani ragazze”, mi disse, “è facile accontentarti. Sono uno degli amministratori di questa istituzione; ti porterò lì per farti ascoltare i loro canti insieme a loro”. Non lo lasciai finché non mantenne la sua promessa. Entrando nel salone dove si trovavano queste ragazze tanto desiderate, provai un fremito d’amore come non ne avevo mai sentito prima. Il signor Le Blond mi presentò una dopo l’altra queste cantanti famose, le cui voci e i cui nomi erano tutto ciò che conoscevo di loro. Ma quasi nessuna era priva di qualche difetto evidente. Il “boia” rideva della mia spiacevole sorpresa. Tuttavia, due o tre mi sembrarono accettabili; cantavano soltanto nei cori. Ero deluso. Durante il “goûter” le fecero divertire. La bruttezza non esclude la grazia. Ne trovai comunque. Mi dissi: “Non si può cantare in quel modo senza anima. Loro ne hanno, ” Alla fine, il mio modo di vedere queste ragazze cambiò completamente. Uscii quasi innamorato di tutte loro. Non osavo più tornare alle loro vespere. Ma ebbi motivo di rassicurarmi: continuai a trovare i loro canti deliziosi. Le loro voci “nascondevano” così bene i loro volti, che finché cantavano, nonostante i miei occhi, mi ostinavo a considerarle belle.
La musique en Italie coûte si peu de chose, que ce n’est pas la peine de s’en faire faute quand on a du goût pour elle. Je louai un clavecin, et pour un petit écu j’avais chez moi quatre ou cinq symphonistes, avec lesquels je m’exerçais une fois la semaine à exécuter les morceaux qui m’avaient fait le plus de plaisir à l’Opéra. J’y fis essayer aussi quelques symphonies de mes Muses galantes. Soit qu’elles plussent, ou qu’on me voulût cajoler, le maître des ballets de St Jean Chrysostome m’en fit demander deux, que j’eus le plaisir d’entendre exécuter par cet admirable orchestre, et qui furent dansées par une petite Bettina, jolie et surtout aimable fille, entretenue par un Espagnol de nos amis appelé Fagoaga, et chez laquelle nous allions passer la soirée assez souvent.
Mais, à propos de filles, ce n’est pas dans une ville comme Venise qu’on s’en abstient ; n’avez-vous rien, pourrait-on me dire, à confesser sur cet article ? Oui, j’ai quelque chose à dire en effet, et je vais procéder à cette confession avec la même naïveté que j’ai mise à toutes les autres.
J’ai toujours eu du dégoût pour les filles publiques, et je n’avais pas à Venise autre chose à ma portée, l’entrée de la plupart des maisons du pays m’étant interdite à cause de ma place. Les filles de M. Le Blond étaient très aimables, mais d’un difficile abord, et je considérais trop le père et la mère pour penser même à les convoiter. J’aurais eu plus de goût pour une jeune personne appelée Mlle de Cataneo, fille de l’agent du roi de Prusse : mais Carrio était amoureux d’elle, il a même été question de mariage. Il était à son aise, et je n’avais rien ; il avait cent louis d’appointements, je n’avais que cent pistoles ; et, outre que je ne voulais pas aller sur les brisées d’un ami, je savais que partout, et surtout à Venise, avec une bourse aussi mal garnie on ne doit pas se mêler de faire le galant. Je n’avais pas perdu la funeste habitude de donner le change à mes besoins ; trop occupé pour sentir vivement ceux que le climat donne, je vécus près d’un an dans cette ville aussi sage que j’avais fait à Paris, et j’en suis reparti au bout de dix-huit mois sans avoir approché du sexe que deux seules fois par les singulières occasions que je vais dire.
La première me fut procurée par l’honnête gentilhomme Vitali, quelque temps après l’excuse que je l’obligeai de me demander dans toutes les formes. On parlait à table des amusements de Venise. Ces messieurs me reprochaient mon indifférence pour le plus piquant de tous, vantant la gentillesse des courtisanes vénitiennes, et disant qu’il n’y en avait point au monde qui les valussent. Dominique dit qu’il fallait que je fisse connaissance avec la plus aimable de toutes ; qu’il voulait m’y mener, et que j’en serais content. Je me mis à rire de cette offre obligeante ; et le comte Piati, homme déjà vieux et vénérable, dit avec plus de franchise que je n’en aurais attendu d’un Italien qu’il me croyait trop sage pour me laisser mener chez des filles par mon ennemi. Je n’en avais en effet ni l’intention ni la tentation, et malgré cela, par une de ces inconséquences que j’ai peine à comprendre moi-même, je finis par me laisser entraîner, contre mon goût, mon cœur, ma raison, ma volonté même, uniquement par faiblesse, par honte de marquer de la défiance, et, comme on dit dans ce pays-là, per non parer troppo coglione. La Padoana, chez qui nous allâmes, était d’une assez jolie figure, belle même, mais non pas d’une beauté qui me plût. Dominique me laissa chez elle ; je fis venir des sorbetti, je la fis chanter, et au bout d’une demi-heure je voulus m’en aller, en laissant sur la table un ducat ; mais elle eut le singulier scrupule de n’en vouloir point qu’elle ne l’eût gagné, et moi la singulière bêtise de lever son scrupule. Je m’en revins au palais si persuadé que j’étais poivré, que la première chose que je fis en arrivant fut d’envoyer chercher le chirurgien pour lui demander des tisanes. Rien ne peut égaler le malaise d’esprit que je souffris durant trois semaines, sans qu’aucune incommodité réelle, aucun signe apparent le justifiât. Je ne pouvais concevoir qu’on pût sortir impunément des bras de la Padoana. Le chirurgien lui-même eut toute la peine imaginable à me rassurer. Il n’en put venir à bout qu’en me persuadant que j’étais conformé d’une façon particulière à ne pouvoir pas aisément être infecté, et quoique je me sois moins exposé peut-être qu’aucun autre homme à cette expérience, ma santé de ce côté n’ayant jamais reçu d’atteinte m’est une preuve que le chirurgien avait raison. Cette opinion cependant ne m’a jamais rendu téméraire, et, si je tiens en effet cet avantage de la nature, je puis dire que je n’en ai pas abusé.
Mon autre aventure, quoique avec une fille aussi, fut d’une espèce bien différente, et quant à son origine, et quant à ses effets. J’ai dit que le capitaine Olivet m’avait donné à dîner sur son bord, et que j’y avais mené le secrétaire d’Espagne. Je m’attendais au salut du canon. L’équipage nous reçut en haie ; mais il n’y eut pas une amorce brûlée, ce qui me mortifia beaucoup à cause de Carrio, que je vis en être un peu piqué ; et il était vrai que sur les vaisseaux marchands on accordait le salut du canon à des gens qui ne nous valaient certainement pas : d’ailleurs je croyais avoir mérité quelque distinction du capitaine. Je ne pus me déguiser, parce que cela m’est toujours impossible ; et quoique le dîner fût très bon et qu’Olivet en fît très bien les honneurs, je le commençai de mauvaise humeur, mangeant peu et parlant encore moins.
In Italy, music costs so little that it’s not worth missing out on if one has a taste for it. I rented a clavichord, and for a small sum of money, I had four or five musicians at my disposal; once a week, we would practice performing the pieces that had pleased me the most at the opera house. I also had a few symphonies from my series “Muses Galantes” performed for me. Whether they were to their liking or not, the director of the ballets at St. John Chrysostom’s theater asked me to compose two more; I was fortunate enough to hear them performed by that excellent orchestra, and they were danced by a young woman named Bettina—beautiful and especially kind-hearted, maintained by a Spanish gentleman among our friends named Fagoaga. We would often spend evenings at her place.
But when it comes to girls, it’s not in a city like Venice that one would refrain from having them; don’t you have anything to confess about this matter? Yes, indeed, I have something to say, and I will make this confession with the same naivety as I have used in all my other confessions.
I have always felt a deep aversion for prostitutes, and in Venice, with my social status preventing me from entering most of the local establishments, I had no other options available to me. The ladies belonging to Mr. Le Blond were very kind, but rather difficult to approach; moreover, I respected their parents too much to even consider pursuing any relationship with them. I would have preferred a young woman named Mademoiselle de Cataneo, the daughter of the Prussian king’s agent—but Carrio was in love with her, and marriage was even discussed at one point. He had ample means, while I had nothing; he possessed one hundred louis in income, whereas I only had one hundred pistoles. Besides, I did not wish to rely on a friend’s generosity, and I knew that, especially in Venice, with such limited resources, one should not dare pursue romantic entanglements. I had not lost the unfortunate habit of deceiving myself about my financial situation; too busy to truly experience the hardships that climate can bring, I managed to survive in this city just as frugally as I had in Paris. After eighteen months, I left without having ever come into contact with the opposite sex, except on those peculiar occasions I will mention later.
The first one was procured for me by the honest gentleman Vitali, some time after I had forced him to ask for it in all due form. At dinner, we talked about the amusements of Venice. Those gentlemen reproached me for my indifference toward what they considered the most fascinating aspect of these amusements, praising the kindness of the Venetian courtesans and claiming that no one in the world could compare with them. Dominique suggested that I should get to know the most charming one of them; he offered to take me there and assured me that I would be pleased. I laughed at this kind offer; but Count Piati, an elderly and respected man, spoke more frankly than I would have expected from an Italian, saying that he believed me too wise to allow my enemy to lead me to such places. In truth, I had neither the intention nor the desire to do so; yet, due to some inconsistency of my own that I find hard to understand, I ended up allowing myself to be taken there—against my taste, my heart, my reason, and even my will—merely out of weakness, out of shame at showing too much suspicion, and, as they say in that country, “to avoid appearing too foolish.” The Padoana we went to was quite pretty, even beautiful, but not in a way that appealed to me. Dominique left me with her; I ordered some sorbettes and had her sing for me. After half an hour, I decided to leave, leaving a ducat on the table; but she had the strange scruple of insisting that she must have earned it herself, and I made the even stranger mistake of satisfying her wish. When I returned to the palace, I was convinced that I had been poisoned, so the first thing I did was to send for a surgeon to ask for some remedies. Nothing could compare to the mental distress I suffered for three weeks—without any real discomfort or obvious symptoms to justify it. I couldn’t believe that anyone could come out unscathed from the arms of the Padoana. Even the surgeon had great difficulty reassuring me; he managed to do so only by convincing me that my body was uniquely constructed in such a way that I was unlikely to be affected. Although I may have been more exposed to such risks than any other man, since my health has never been harmed as a result, this proves that the surgeon was right. However, this belief has never made me reckless; and if I indeed possess this advantage bestowed by nature, I can say that I have never taken undue advantage of it.
My other adventure, although also involving a girl, was of a completely different kind, both in terms of its origin and its consequences. I had mentioned that Captain Olivet invited me to dinner on his ship, and that I took the Spanish secretary with me. I had expected a salute fired by the cannons. The crew received us in a formal manner; however, not a single shot was fired, which greatly disappointed me, especially since I saw Carrio seem somewhat offended by this. Indeed, on merchant ships, people who were certainly not worth as much as us would often be greeted with a cannon salute. Moreover, I felt that I had deserved some special treatment from Captain Olivet. I couldn’t hide my disappointment, because it’s always impossible for me to do so; and although the dinner was very good and Olivet hosted it with great courtesy, I began it in a bad mood, eating little and speaking even less.
In Italia, la musica costa così poco che non vale davvero la pena privarsene quando si ha gusto per essa. Noleggiai un clavicembalo e, con pochi soldi, avevo a disposizione quattro o cinque musicisti con i quali mi esercitavo una volta alla settimana nell’eseguire le melodie che mi avevano più piaciuto all’Opera. Feci anche provare alcune delle mie “Sinfonie galanti”. Che queste fossero apprezzate o che si volesse lusingarmi, il maestro di balletto di San Giovanni Crisostomo ne chiese due a me; ebbi il piacere di ascoltarle eseguite da quell’eccezionale orchestra, e furono danzate da una giovane ragazza di nome Bettina, bella e soprattutto gentile, mantenuta da un spagnolo tra i nostri amici di nome Fagoaga; andavamo spesso a passare la serata da lei.
Ma, a proposito delle ragazze, non è certo in una città come Venezia che si evita di parlarne. Non avete nulla da confessare su questo argomento? Sì, in effetti ho qualcosa da dire, e procederò con questa confessione con la stessa ingenuità con cui ho fatto tutte le altre.
Ho sempre provato disgusto per le donne di lusso; a Venezia non avevo altro alla mia disposizione, poiché l’ingresso nella maggior parte delle case della città mi era vietato a causa della mia condizione sociale. Le ragazze del signor Le Blond erano molto gentili, ma difficili da avvicinare; inoltre, rispettavo troppo i loro genitori per anche solo considerare l’idea di corteggiarle. Avrei preferito una giovane donna di nome signorina de Cataneo, figlia dell’agente del re di Prussia. Ma Carrio era innamorato di lei; addirittura si parlò di matrimonio. Lui aveva risorse economiche, mentre io ne ero sprovvisto: lui guadagnava cento luigi all’anno, io solo cento pistole. Inoltre, non volevo certo approfittare della situazione di un amico; sapevo bene che, soprattutto a Venezia, con una borsa così vuota, non si dovrebbe nemmeno pensare di corteggiare qualcuno. Non avevo perso l’abitudine dannosa di cercare soluzioni per soddisfare i miei bisogni; troppo impegnato com’ero per sentire con forza i desideri che il clima può suscitare, ho vissuto in quella città quasi un anno, comportandomi esattamente come a Parigi. E ne sono partito dopo diciotto mesi, senza aver avuto rapporti con il sesso femminile se non in due occasioni particolari che racconterò presto.
La prima di queste donne mi fu presentata dall’onesto gentiluomo Vitali, poco dopo che lo avevo costretto a chiedermi scusa in tutti i modi possibili. A tavola si parlava degli svaghi di Venezia; quei signori mi rimproveravano la mia indifferenza per ciò che era considerato il più interessante tra questi svaghi, lodando la gentilezza delle cortigiane veneziane e affermando che non esistesse al mondo nessuna donna che potesse eguagliarle. Dominique disse che dovevo conoscere quella che era ritenuta la più affascinante di tutte; voleva portarmici e ero sicuro che ne sarei stato soddisfatto. Risi di questa gentile offerta; il conte Piati, un uomo ormai anziano e rispettabile, disse con maggiore franchezza di quanto mi aspettassi da un italiano, che credeva fossi troppo saggio per lasciarmi portare da una donna da parte del mio nemico. In realtà non avevo né l’intenzione né la tentazione di farlo; tuttavia, per una di quelle contraddizioni che fatico a comprendere io stesso, alla fine mi lasciai convincere, contro il mio gusto, il mio cuore, la mia ragione e persino la mia volontà, soltanto per debolezza, per vergogna di mostrare diffidenza, e, come si dice in quel paese, per non sembrare troppo sciocco. La donna presso cui andammo era piuttosto attraente, anzi bella, ma non una bellezza che mi piacesse. Dominique mi lasciò da lei; ordinai dei sorbetti, la feci cantare, e dopo mezz’ora decisi di andarmene, lasciando sul tavolo un ducato; ma lei ebbe la strana preoccupazione di non volerlo accettare se non lo avesse guadagnato con i suoi sforzi, e io commisi la sciocchezza di accontentarla. Tornai al palazzo convinto di essere “avvelenato”; la prima cosa che feci arrivando fu chiamare il chirurgo per fargli preparare delle erbe medicinali. Niente può eguagliare lo scompiglio mentale che provai per tre settimane, senza che alcun disagio reale o segno evidente potesse giustificarlo. Non riuscivo a credere che si potesse uscire indenni dalle braccia di quella donna. Anche il chirurgo ebbe molta difficoltà a tranquillizzarmi; riuscì nel suo intento solo convincendomi che la mia costituzione fisica mi rendeva particolarmente resistente a quel tipo di pericolo. E anche se forse ero meno esposto di qualsiasi altro uomo a tale rischio, il fatto che la mia salute non ne abbia mai sofferto è una prova che il chirurgo aveva ragione. Tuttavia, questa convinzione non mi ha mai reso imprudente. E se davvero possiedo questo vantaggio naturale, posso dire di non averlo mai sfruttato a mio vantaggio.
La mia altra avventura, sebbene anche in questo caso si trattasse di una ragazza, era di tipo completamente diverso, sia per le sue origini che per i suoi effetti. Avevo detto che il capitano Olivet mi aveva invitato a cena sulla sua nave e che vi avevo portato anche il segretario spagnolo. Mi aspettavo che ci venisse reso omaggio con il cannone; l’equipaggio ci accolse in formazione di schiera, ma non fu sparata nemmeno una cannonata, il che mi offese molto, soprattutto perché vidi che Carrio ne era un po’ contrariato. In effetti, sulle navi mercantili si riservava questo onore a persone che di certo non valevano quanto noi; inoltre, credevo di meritare qualche distinzione da parte del capitano. Non riuscii a nascondere il mio disappunto, poiché questo mi è sempre impossibile; e sebbene la cena fosse molto buona e Olivet si occupasse personalmente di servirla con grande cura, iniziai a mangiare di cattivo umore, mangiando poco e parlando ancora meno.
À la première santé, du moins, j’attendais une salve : rien. Carrio, qui me lisait dans l’âme, riait de me voir grogner comme un enfant. Au tiers du dîner je vois approcher une gondole. Ma foi, Monsieur, me dit le capitaine, prenez garde à vous, voici l’ennemi. Je lui demande ce qu’il veut dire ; il répond en plaisantant. La gondole aborde, et j’en vois sortir une jeune personne éblouissante, fort coquettement mise et fort leste, qui dans trois sauts fut dans la chambre ; et je la vis établie à côté de moi avant que j’eusse aperçu qu’on y avait mis un couvert. Elle était aussi charmante que vive, une brunette de vingt ans au plus. Elle ne parlait qu’italien ; son accent seul eût suffi pour me tourner la tête. Tout en mangeant, tout en causant, elle me regarde, me fixe un moment, puis s’écriant : Bonne Vierge ! Ah ! mon cher Brémond, qu’il y a de temps que je ne t’ai vu ! se jette entre mes bras, colle sa bouche contre la mienne, et me serre à m’étouffer. Ses grands yeux noirs à l’orientale lançaient dans mon cœur des traits de feu ; et, quoique la surprise fît d’abord quelque diversion, la volupté me gagna très rapidement, au point que, malgré les spectateurs, il fallut bientôt que cette belle me contînt elle-même ; car j’étais ivre ou plutôt furieux. Quand elle me vit au point où elle me voulait, elle mit plus de modération dans ses caresses, mais non dans sa vivacité ; et quand il lui plut de nous expliquer la cause vraie ou fausse de toute cette pétulance, elle nous dit que je ressemblais, à s’y tromper, à M. de Brémond, directeur des douanes de Toscane ; qu’elle avait raffolé de ce M. de Brémond ; qu’elle en raffolait encore ; qu’elle l’avait quitté parce qu’elle était une sotte ; qu’elle me prenait à sa place ; qu’elle voulait m’aimer parce que cela lui convenait ; qu’il fallait, par la même raison, que je l’aimasse tant que cela lui conviendrait ; et que, quand elle me planterait là, je prendrais patience comme avait fait son cher Brémond. Ce qui fut dit fut fait. Elle prit possession de moi comme d’un homme à elle, me donnait à garder ses gants, son éventail, son cinda, sa coiffe ; m’ordonnait d’aller ici ou là, de faire ceci ou cela, et j’obéissais. Elle me dit d’aller renvoyer sa gondole, parce qu’elle voulait se servir de la mienne, et j’y fus ; elle me dit de m’ôter de ma place, et de prier Carrio de s’y mettre, parce qu’elle avait à lui parler, et je le fis. Ils causèrent très longtemps ensemble et tout bas ; je les laissai faire. Elle m’appela, je revins. Écoute, Zanetto, me dit-elle, je ne veux point être aimée à la française, et même il n’y ferait pas bon. Au premier moment d’ennui, va-t’en ; mais ne reste pas à demi, je t’en avertis. Nous allâmes après le dîner voir la verrerie à Murano. Elle acheta beaucoup de petites breloques qu’elle nous laissa payer sans façon ; mais elle donna partout des tringueltes beaucoup plus forts que tout ce que nous avions dépensé. Par l’indifférence avec laquelle elle jetait son argent et nous laissait jeter le nôtre, on voyait qu’il n’était d’aucun prix pour elle. Quand elle se faisait payer, je crois que c’était par vanité plus que par avarice. Elle s’applaudissait du prix qu’on mettait à ses faveurs.
Le soir nous la ramenâmes chez elle. Tout en causant, je vis deux pistolets sur sa toilette. Ah ! ah ! dis-je en en prenant un, voici une boîte à mouches de nouvelle fabrique ; pourrait-on savoir quel en est l’usage ? Je vous connais d’autres armes qui font feu mieux que celles-là. Après quelques plaisanteries sur le même ton, elle nous dit, avec une naïve fierté qui la rendait encore plus charmante : Quand j’ai des bontés pour des gens que je n’aime point, je leur fais payer l’ennui qu’ils me donnent ; rien n’est plus juste : mais en endurant leurs caresses, je ne veux pas endurer leurs insultes, et je ne manquerai pas le premier qui me manquera.
En la quittant j’avais pris son heure pour le lendemain. Je ne la fis pas attendre. Je la trouvai in vestito di confidenza, dans un déshabillé plus que galant, qu’on ne connaît que dans les pays méridionaux, et que je ne m’amuserai pas à décrire, quoique je me le rappelle trop bien. Je dirai seulement que ses manchettes et son tour de gorge étaient bordés d’un fil de soie garni de pompons couleur de rose. Cela me parut animer fort une belle peau. Je vis ensuite que c’était la mode à Venise ; et l’effet en est si charmant, que je suis surpris que cette mode n’ait jamais passé en France. Je n’avais point d’idée des voluptés qui m’attendaient. J’ai parlé de Mme de Larnage, dans les transports que son souvenir me rend quelquefois encore ; mais qu’elle était vieille, et laide, et froide auprès de ma Zulietta ! Ne tâchez pas d’imaginer les charmes et les grâces de cette fille enchanteresse, vous resteriez trop loin de la vérité. Les jeunes vierges des cloîtres sont moins fraîches, les beautés du sérail sont moins vives, les houris du paradis sont moins piquantes. Jamais si douce jouissance ne s’offrit au cœur et aux sens d’un mortel. Ah ! du moins, si je l’avais su goûter pleine et entière un seul moment !… Je la goûtai, mais sans charme. J’en émoussai toutes les délices, je les tuai comme à plaisir. Non, la nature ne m’a point fait pour jouir. Elle a mis dans ma mauvaise tête le poison de ce bonheur ineffable dont elle a mis l’appétit dans mon cœur.
S’il est une circonstance de ma vie qui peigne bien mon naturel[126], c’est celle que je vais raconter. La force avec laquelle je me rappelle en ce moment l’objet de mon livre me fera mépriser ici la fausse bienséance qui m’empêcherait de le remplir. Qui que vous soyez, qui voulez connaître un homme, osez lire les deux ou trois pages qui suivent ; vous allez connaître à plein J.-J. Rousseau.
J’entrai dans la chambre d’une courtisane comme dans le sanctuaire de l’amour et de la beauté ; j’en crus voir la divinité dans sa personne. Je n’aurais jamais cru que, sans respect et sans estime, on pût rien sentir de pareil à ce qu’elle me fit éprouver. À peine eus-je connu, dans les premières familiarités, le prix de ses charmes et de ses caresses, que, de peur d’en perdre le fruit d’avance, je voulus me hâter de le cueillir. Tout à coup, au lieu des flammes qui me dévoraient, je sens un froid mortel courir dans mes veines, les jambes me flageolent, et prêt à me trouver mal, je m’assieds[127], et je pleure comme un enfant.
Qui pourrait deviner la cause de mes larmes, et ce qui me passait par la tête en ce moment ? Je me disais : Cet objet dont je dispose est le chef-d’œuvre de la nature et de l’amour ; l’esprit, le corps, tout en est parfait ; elle est aussi bonne et généreuse qu’elle est aimable et belle. Les grands, les princes, devraient être ses esclaves ; les sceptres devraient être à ses pieds. Cependant la voilà, misérable coureuse, livrée au public ; un capitaine de vaisseau marchand dispose d’elle ; elle vient se jeter à ma tête, à moi qu’elle sait qui n’ai rien, à moi dont le mérite, qu’elle ne peut connaître, doit être nul à ses yeux. Il y a là quelque chose d’inconcevable. Ou mon cœur me trompe, fascine mes sens et me rend la dupe d’une indigne salope, ou il faut que quelque défaut secret que j’ignore détruise l’effet de ses charmes et la rende odieuse à ceux qui devraient se la disputer. Je me mis à chercher ce défaut avec une contention d’esprit singulière, et il ne me vint pas même à l’esprit que la vérole pût y avoir part. La fraîcheur de ses chairs, l’éclat de son coloris, la blancheur de ses dents, la douceur de son haleine, l’air de propreté répandu sur toute sa personne, éloignaient de moi si parfaitement cette idée, qu’en doute encore sur mon état depuis la Padoana, je me faisais plutôt un scrupule de n’être pas assez sain pour elle, et je suis très persuadé qu’en cela ma confiance ne me trompait pas.
At least at the beginning, I had expected some sort of reaction; but nothing came. Carrio, who seemed to read my thoughts, laughed at me grumbling like a child. Halfway through dinner, I saw a gondola approaching. “Be careful, Monsieur,” the captain said, “that’s our enemy.” I asked him what he meant, and he replied jokingly. The gondola arrived, and from it stepped out a young woman who was dazzlingly beautiful, dressed very coquettishly and full of energy. In three quick steps, she was in my room; before I even realized it, a table had been set for two. She was as charming as she was lively—a twenty-year-old brunette at most. She only spoke Italian; her accent alone was enough to captivate me. While eating and chatting, she kept looking at me, staring at me for a moment, then exclaiming, “Good Virgin! Ah, my dear Brémond, how long it’s been since I’ve seen you!” She threw herself into my arms, pressed her lips to mine, and hugged me so tightly that I could hardly breathe. Her large black eyes, with an oriental cast, sent flames of passion through my heart. Although the surprise at first distracted me, pleasure soon overtook me completely; in front of all the onlookers, it became necessary for this beautiful woman to restrain me herself, for I was utterly intoxicated—or rather, furious. When she saw that I was in the state she desired, she became more moderate in her caresses but not less lively in her behavior. Later, when she chose to explain the true or false reason behind all this excitement, she told us that I resembled, almost identically, Monsieur de Brémond, the customs director of Tuscany; that she had been infatuated with him; that she still was; that she had left him because she had been foolish; that she was taking my place now; that she wanted to love me because it suited her; and that, for the same reason, I should love her as much as it pleased her. And when she decided it was time for me to leave, I was supposed to be patient, just like her dear Brémond had done. Well, that’s exactly what happened. She treated me as if I belonged to her, ordered me to take care of her gloves, fan, handkerchief, and hair; told me to go here or there, do this or that, and I obeyed every command. She asked me to send away her gondola so she could use mine instead; I did so. Then she told me to leave my seat and ask Carrio to sit in it because she had something to say to him; I did that too. They talked for a long time, in low voices; I let them be. She called me back; I returned. “Listen, Zanetto,” she said, “I don’t want to be loved in the French way—at least not now. The moment you get bored, just leave; but don’t stay half-way there—I’m warning you.” After dinner, we went to see the glasswork in Murano. She bought many small trinkets and insisted that we pay for them without any fuss; but her actual expenses were much higher than what we had spent together. From the indifference with which she spent her money and allowed us to spend ours, it was clear that it held no value for her at all. When she let herself be paid, I believe it was more out of vanity than greed. She took pleasure in the recognition and value people placed on her favors.
That evening, we took her back to her place. While chatting, I noticed two pistols on her dressing table. “Ah! Ah!” I said, picking up one of them. “Look at this newly-made flytrap—what on earth is it for?” I knew you had other weapons that fired even better than these. After some more jokes in the same vein, she said to us, with an innocent pride that made her even more charming: “When I do favors for people I don’t like, I make them pay for the trouble they cause me. That’s only fair. But while enduring their affectionate gestures, I refuse to tolerate their insults—and I won’t hesitate to take action against the first one who offends me.”
When I left her, I had reserved the next day for our meeting. I did not make her wait. I found her dressed in a garment of confidence, a kind of informal attire far more charming than anything one sees in the southern countries—and I would not bother to describe it, though I remember it too clearly. I will only say that the sleeves and the neckline were edged with a thread of silk adorned with pink pompons. This, I thought, added great allure to her beautiful skin. Later, I learned that this was the fashion in Venice; and the effect is so enchanting that I wonder why such a fashion has never spread to France. I had no idea of the delights that awaited me. I have mentioned Madame de Larnage in the moments when her memory still fills me with emotion; but how old, ugly, and cold she was compared to my Zulietta! Try not to imagine the charms and graces of this enchanting girl—you would fall far short of the truth. Even the young virgins in the cloisters are less fresh, the beauties of the harem are less vibrant, and the houris of paradise are less enticing. Never has such a tender pleasure been offered to the heart and senses of a mortal. Ah! At least, if I had known how to taste it in its fullness for even a single moment. I did taste it, but without any true delight. I savored all its pleasures, yet I destroyed them, as if out of sheer malice. No, nature has not created me to enjoy such happiness. It has placed the poison of this ineffable bliss in my wicked mind, while arousing my desire for it in my heart.
If there is any single event in my life that truly reflects my nature[126], it is the one I am about to tell you. The vividness with which I recall the subject of my book at this moment makes me despise all those false conveniences that might prevent me from expressing myself freely. Whoever you are, if you wish to understand a man, dare to read these next two or three pages; you will then come to know J.-J. Rousseau in his true essence.
I entered the chamber of a courtesan as if I were entering the sanctuary of love and beauty; I believed I saw its divinity in her person. I could never have imagined that, without respect or admiration, one could experience anything akin to what she made me feel. As soon as I began to appreciate the value of her charms and caresses during those initial moments of intimacy, fearing that I might lose them before I had even reaped their benefits, I hurried to seize them. Suddenly, instead of the flames that consumed me, I felt a deadly cold coursing through my veins; my legs gave way under me, and on the verge of losing consciousness, I sat down and wept like a child.
Who could guess the cause of my tears, or what was going through my mind at that moment? I thought to myself: This object in my possession is the masterpiece of nature and love; both the spirit and the body are perfect in it; she is as kind and generous as she is lovely and beautiful. Kings and princes should be her slaves; thrones should lie at her feet. Yet here she was, a miserable woman, exposed to the public eye; some merchant captain had control over her; and now she came to throw herself at me, knowing full well that I possessed nothing, that my merits—of which she could have no idea—must have seemed utterly insignificant in her eyes. There was something utterly inconceivable about it. Either my heart was deceiving me, bewitching my senses and making me a victim of some unworthy woman, or there must be some hidden flaw that I was unaware of, which destroyed the effect of her charms and made her repulsive to those who should have fought over her. I began to search fervently for this flaw, but not once did it occur to me that syphilis could be involved. The freshness of her skin, the radiance of her complexion, the whiteness of her teeth, the sweetness of her breath, and the overall cleanliness of her person utterly dispelled such an idea from my mind. In fact, since my encounter with that woman in Padoana, I even began to worry that I might not be healthy enough for her—yet I am absolutely certain that my suspicions were unfounded.
Almeno, all’inizio del pasto, mi aspettavo un qualche gesto di cortesia. Niente. Carrio, che leggeva nei miei pensieri, rideva vedendomi borbottare come un bambino. A metà cena vidi avvicinarsi una gondola. “State attento, signore”, mi disse il capitano, “ecco l’ nemico”. Gli chiesi cosa intendesse; lui rispose scherzando. La gondola attraccò e ne scese una giovane donna incantevole, vestita con grande eleganza e agilità; in pochi secondi fu nella stanza. E mi trovai accanto a lei prima ancora che mi rendessi conto che era stata preparata una tavola per noi. Era affascinante e vivace: una bruna di al massimo vent’anni. Parlava solo italiano; il suo accento da solo sarebbe stato sufficiente per farmi perdere la testa. Mentre mangiavamo e chiacchieravamo, lei mi guardava, mi fissava per un momento. Poi esclamò: “Madonna mia! Ah, caro Brémond, quanto tempo è che non ti vedo!” Si gettò tra le mie braccia, posò la sua bocca sulla mia e mi strinse così forte da quasi soffocarmi. I suoi grandi occhi neri, dallo sguardo orientale, sembravano scagliare fiamme nel mio cuore. E, sebbene all’inizio la sorpresa mi distogliesse un po’, ben presto il piacere prese il sopravvento. A tal punto che, nonostante i presenti, fu lei stessa ad aver bisogno di “contenermi”, perché ero letteralmente inebriato. O meglio: folle di desiderio. Quando vide che ero pronto per lei, aumentò la dolcezza delle sue carezze, ma non quella della sua vivacità. E quando decise di spiegarci la vera o falsa ragione di tutta questa effervescenza, ci disse che assomigliavo, a prima vista, al signor de Brémond, direttore delle dogane della Toscana. Che aveva avuto una grande passione per lui. Che ancora ne aveva. Che lo aveva lasciato perché era stata sciocca. E che ora mi prendeva al suo posto. Voleva amarmi perché le conveniva. E che, per la stessa ragione, io dovevo amarla quanto le fosse gradito. E che, quando avesse deciso di “lasciarmi”, avrei dovuto pazientare, proprio come aveva fatto il suo caro Brémond. Fu esattamente ciò che accadde. Si impossessò di me come se fossi stato suo. Mi affidò i suoi guanti, il suo ventaglio, la sua sciarpa, il suo cappello. Mi ordinò di andare qua e là, di fare questo o quello. E io obbedivo. Mi disse di mandare via la sua gondola, perché voleva usarne la mia. Così feci. Mi disse di lasciare il mio posto e di chiedere a Carrio di sedersi al suo posto, perché aveva qualcosa da dirgli. E lo feci. Parlarono a lungo, in privato. Li lasciai fare. Poi mi chiamò. Tornai da lei, “Ascolta, Zanetto”, mi disse, “non voglio essere amata nel modo francese. Anzi, non sarebbe affatto appropriato. Nel momento in cui ti annoieresti, devi andartene. Ma non lasciarmi sola, te lo avverto, ” Dopo cena andammo a vedere la vetreria di Murano. Comprò molte piccole decorazioni che ci fece pagare senza problemi. Ma ovunque spendeva somme molto maggiori di quelle che avevamo speso noi. Dall’indifferenza con cui spendeva i suoi soldi e ci lasciava spendere i nostri, si capiva che per lei non avevano alcun valore. Quando permetteva a qualcuno di pagarla, credo fosse più per vanità che per avarizia; si compiaceva del prezzo che le veniva attribuito per le sue attenzioni.
Quella sera la riaccompagnammo a casa sua. Mentre chiacchieravamo, notai due pistole sul suo comodino. “Ah! Ah!”, dissi prendendone una, “ecco una scatola per mosche di nuova fabbricazione. Si potrebbe sapere a cosa serve?” Conosco altre armi che sparano meglio di queste. Dopo alcune battute scherzose sullo stesso tono, lei ci disse, con una ingenua fierezza che la rendeva ancora più affascinante: “Quando faccio del bene a persone che non amo, le faccio pagare l’fastidio che mi causano. Non c’è nulla di più giusto. Ma mentre sopporto i loro gesti affettuosi, non intendo tollerare nemmeno le loro offese. E non mancherò al primo che mi mancherà.”
Quando la lasciai, avevo preso appuntamento con lei per il giorno seguente. Non la feci aspettare. La trovai vestita in abiti informali, in un costume più che elegante, tipico dei paesi meridionali; non mi metterò certo a descriverlo, anche se me lo ricordo troppo bene. Dirò soltanto che le maniche e il colletto erano bordati da un filo di seta decorato con pomponi di colore rosa. Questo, ne sono sicuro, rendeva ancora più bella la sua pelle. Notai poi che era una moda diffusa a Venezia; l’effetto era davvero incantevole. Mi chiedo come mai questa moda non sia mai arrivata in Francia. Non avevo idea delle delizie che mi aspettavano. Ho parlato di Madame de Larnage, nei momenti in cui il suo ricordo ancora mi commuove; ma lei era vecchia, brutta e fredda, rispetto alla mia Zulietta. Non cercate nemmeno di immaginare i fascini e le grazie di questa incantevole ragazza: rimarreste lontani dalla verità. Le giovani vergini dei conventi non sono più fresche, le bellezze del harem non sono più vivaci, le houris del paradiso non sono più seducenti. Mai una gioia così dolce si è offerta al cuore e ai sensi di un mortale. Ah! Almeno, se solo avessi potuto goderla pienamente, anche per un solo momento. L’ho provata, ma senza alcun piacere. Ho esplorato tutte le sue delizie, ma le ho distrutte, come se lo facessi apposta. No, la natura non mi ha creato per godere. Ha messo nel mio cuore il desiderio di quel felicità ineffabile, ma non i mezzi per realizzarlo.
Se c’è una circostanza della mia vita che rappresenti bene la mia natura[126], è proprio quella che sto per raccontare. La forza con cui in questo momento ricordo l’argomento del mio libro mi spingerà a disprezzare qui tutta quella falsa convenienza che potrebbe impedirmi di esprimerlo appieno. Chiunque siate, chi desideri conoscere veramente un uomo, osate leggere le due o tre pagine che seguono: conoscerete allora J.-J. Rousseau nella sua interezza.
Entrai nella camera di una cortigiana come se fossi entrato nel santuario dell’amore e della bellezza; credetti di vedere in lei la personificazione stessa della divinità. Non avrei mai immaginato che, senza rispetto né ammirazione, si potesse provare qualcosa del genere. Appena, nelle prime occasioni di intimità, compresi il valore dei suoi incanti e delle sue carezze, temendo di perderne i frutti prima ancora di averli assaporati, decisi di affrettarmi a coglierli. Improvvisamente, al posto delle fiamme che mi divoravano, sentii un freddo mortale diffondersi nelle mie vene; le gambe iniziarono a tremare e, sul punto di svenire, mi sedetti e piansi come un bambino.
Chi potrebbe indovinare la causa delle mie lacrime, e cosa mi passasse per la mente in quel momento? Mi dicevo: Questo oggetto che possiedo è l’opera maggiore della natura e dell’amore; lo spirito, il corpo, tutto in esso è perfetto; lei è tanto buona e generosa quanto affascinante e bella. I grandi, i principi dovrebbero essere suoi schiavi; i troni dovrebbero trovarsi ai suoi piedi. Eppure eccola lì, misera creatura, esposta al pubblico. Un capitano di nave mercantile la possiede; lei viene a gettarsi tra le mie braccia, io, che so di non avere nulla, io, il cui merito, che lei non può conoscere, deve sembrarle nullo ai suoi occhi. C’è qualcosa di inconcepibile in tutto questo. O il mio cuore mi inganna, abbaglia i miei sensi e mi rende vittima di una donna indegna, oppure deve esserci qualche difetto segreto che io ignoro, un difetto che distrugge l’effetto dei suoi incanti e la rende odiosa a coloro che dovrebbero contendersela. Cominciai a cercare questo difetto con una determinazione straordinaria. E non mi venne nemmeno in mente che potesse trattarsi della sifilide. La freschezza della sua pelle, il colore luminoso del suo viso, la bianchezza dei suoi denti, la dolcezza del suo respiro, tutto ciò mi allontanava completamente da quell’idea. E se ancora dubitavo del mio stato di salute dopo l’episodio della Padoana, era piuttosto il timore di non essere abbastanza sano per lei. E sono molto convinto che in questo mio timore non mi sbagliassi affatto.
Ces réflexions, si bien placées, m’agitèrent au point d’en pleurer. Zulietta, pour qui cela faisait sûrement un spectacle tout nouveau dans la circonstance, fut un moment interdite. Mais ayant fait un tour de chambre et passé devant son miroir, elle comprit, et mes yeux lui confirmèrent que le dégoût n’avait point de part à ce rat. Il ne lui fut pas difficile de m’en guérir et d’effacer cette petite honte. Mais, au moment que j’étais prêt à me pâmer sur une gorge qui semblait pour la première fois souffrir la bouche et la main d’un homme, je m’aperçus qu’elle avait un téton borgne[128]. Je me frappe, j’examine, je crois voir que ce téton n’est pas conformé comme l’autre. Me voilà cherchant dans ma tête comment on peut avoir un téton borgne ; et, persuadé que cela tenait à quelque notable vice naturel, à force de tourner et retourner cette idée, je vis clair comme le jour que dans la plus charmante personne dont je pusse me former l’image, je ne tenais dans mes bras qu’une espèce de monstre, le rebut de la nature, des hommes et de l’amour. Je poussai la stupidité jusqu’à lui parler de ce téton borgne. Elle prit d’abord la chose en plaisantant, et, dans son humeur folâtre, dit et fit des choses à me faire mourir d’amour. Mais gardant un fond d’inquiétude que je ne pus lui cacher, je la vis enfin rougir, se rajuster, se redresser, et, sans dire un seul mot, s’aller mettre à sa fenêtre. Je voulus m’y mettre à côté d’elle ; elle s’en ôta, fut s’asseoir sur un lit de repos, se leva le moment d’après, et se promenant par la chambre en s’éventant, me dit d’un ton froid et dédaigneux : Zanetto, lascia le donne, e studia la matamatica.
Avant de la quitter, je lui demandai pour le lendemain un autre rendez-vous, qu’elle remit au troisième jour, en ajoutant, avec un sourire ironique, que je devais avoir besoin de repos. Je passai ce temps mal à mon aise, le cœur plein de ses charmes et de ses grâces, sentant mon extravagance, me la reprochant, regrettant les moments si mal employés, qu’il n’avait tenu qu’à moi de rendre les plus doux de ma vie, attendant avec la plus vive impatience celui d’en réparer la perte, et néanmoins inquiet encore, malgré que j’en eusse, de concilier les perfections de cette adorable fille avec l’indignité de son état. Je courus, je volai chez elle à l’heure dite. Je ne sais si son tempérament ardent eût été plus content de cette visite. Son orgueil l’eût été du moins, et je me faisais d’avance une jouissance délicieuse de lui montrer de toutes manières comment je savais réparer mes torts. Elle m’épargna cette épreuve. Le gondolier qu’en abordant j’envoyai chez elle me rapporta qu’elle était partie la veille pour Florence. Si je n’avais pas senti tout mon amour en la possédant, je le sentis bien cruellement en la perdant. Mon regret insensé ne m’a point quitté. Tout aimable, toute charmante qu’elle était à mes yeux, je pouvais me consoler de la perdre ; mais de quoi je n’ai pu me consoler, je l’avoue, c’est qu’elle n’ait emporté de moi qu’un souvenir méprisant.
Voilà mes deux histoires. Les dix-huit mois que j’ai passés à Venise ne m’ont fourni de plus à dire qu’un simple projet tout au plus. Carrio était galant. Ennuyé de n’aller toujours que chez des filles engagées à d’autres, il eut la fantaisie d’en avoir une à son tour ; et, comme nous étions inséparables, il me proposa l’arrangement, peu rare à Venise, d’en avoir une à nous deux. J’y consentis. Il s’agissait de la trouver sûre. Il chercha tant qu’il déterra une petite fille d’onze à douze ans, que son indigne mère cherchait à vendre. Nous fûmes la voir ensemble. Mes entrailles s’émurent en voyant cette enfant. Elle était blonde et douce comme un agneau : on ne l’aurait jamais crue italienne. On vit pour très peu de chose à Venise. Nous donnâmes quelque argent à la mère, et pourvûmes à l’entretien de la fille. Elle avait de la voix : pour lui procurer un talent de ressource, nous lui donnâmes une épinette et un maître à chanter. Tout cela nous coûtait à peine à chacun deux sequins par mois, et nous en épargnait davantage en autres dépenses ; mais comme il fallait attendre qu’elle fût mûre, c’était semer beaucoup avant que de recueillir. Cependant, contents d’aller là passer les soirées, causer et jouer très innocemment avec cette enfant, nous nous amusions plus agréablement peut-être que si nous l’avions possédée : tant il est vrai que ce qui nous attache le plus aux femmes est moins la débauche qu’un certain agrément de vivre auprès d’elles. Insensiblement mon cœur s’attachait à la petite Anzoletta, mais d’un attachement paternel, auquel les sens avaient si peu de part, qu’à mesure qu’il augmentait il m’aurait été moins possible de les y faire entrer ; et je sentais que j’aurais eu horreur d’approcher de cette fille devenue nubile comme d’un inceste abominable. Je voyais les sentiments du bon Carrio prendre, à son insu, le même tour. Nous nous ménagions, sans y penser, des plaisirs non moins doux, mais bien différents de ceux dont nous avions d’abord eu l’idée ; et je suis certain que, quelque belle qu’eût pu devenir cette pauvre enfant, loin d’être jamais les corrupteurs de son innocence, nous en aurions été les protecteurs. Ma catastrophe, arrivée peu de temps après, ne me laissa pas celui d’avoir part à cette bonne œuvre ; et je n’ai à me louer dans cette affaire que du penchant de mon cœur. Revenons à mon voyage.
Mon premier projet en sortant de chez M. de Montaigu était de me retirer à Genève, en attendant qu’un meilleur sort, écartant les obstacles, pût me réunir à ma pauvre Maman ; mais l’éclat qu’avait fait notre querelle, et la sottise qu’il fit d’en écrire à la cour, me fit prendre le parti d’aller moi-même y rendre compte de ma conduite, et me plaindre de celle d’un forcené. Je marquai de Venise ma résolution à M. du Theil, chargé par intérim des Affaires étrangères après la mort[129] de M. Amelot. Je partis aussitôt que ma lettre : je pris ma route par Bergame, Côme et Domodossola ; je traversai le Simplon. À Sion, M. de Chaignon, chargé des affaires de France, me fit mille amitiés ; à Genève, M. de la Closure m’en fit autant. J’y renouvelai connaissance avec M. de Gauffecourt, dont j’avais quelque argent à recevoir. J’avais traversé Nyon sans voir mon père, non qu’il ne m’en coûtât extrêmement ; mais je n’avais pu me résoudre à me montrer à ma belle-mère après mon désastre, certain qu’elle me jugerait sans vouloir m’écouter. Le libraire Duvillard, ancien ami de mon père, me reprocha vivement ce tort. Je lui en dis la cause ; et, pour le réparer sans m’exposer à voir ma belle-mère, je pris une chaise, et nous fûmes ensemble à Nyon descendre au cabaret. Duvillard s’en fut chercher mon pauvre père qui vint tout courant m’embrasser. Nous soupâmes ensemble, et, après avoir passé une soirée bien douce à mon cœur, je retournai le lendemain matin à Genève avec Duvillard, pour qui j’ai toujours conservé de la reconnaissance du bien qu’il me fit en cette occasion.
These thoughts, so aptly expressed, disturbed me so much that I began to cry. For Zulietta, this must have been a completely new experience for her; at first, she was taken aback. But after walking around the room and looking at herself in the mirror, she understood, and my eyes confirmed to her that there was nothing amiss with that rat. It was not difficult for her to cure me of this notion and erase that slight shame. But just as I was about to faint in adoration at a throat that seemed, for the first time, to be touched by a man’s lips and hands, I realized that she had a deformed nipple[128]. I examined it closely and believed that it was not shaped like the other. I tried to understand how such a thing could exist; convinced that it must stem from some serious natural defect, I kept pondering this idea until it became clear to me that in the most beautiful creature imaginable, I was holding nothing but a kind of monster—the rejects of nature, of men, and of love. I went so far as to mention this deformed nipple to her. At first, she took it in jest, and in her playful mood, said and did things that almost killed me of love. But still, she seemed worried, and eventually, she blushed, straightened herself up, and, without saying a word, went to stand by her window. I tried to join her there; she moved away and sat down on a couch. A moment later, she got up and began walking around the room, fanning herself, and said to me in a cold and disdainful tone: “Zanetto, leave women alone and study mathematics instead.”
Before leaving her, I asked her for another meeting the next day; she postponed it until the third day, adding with an ironic smile that I must surely need some rest. I spent that time in great discomfort, my heart filled with her charms and beauty. I was aware of my own extravagance, reproaching myself for having wasted so many precious moments—moments that could have made the sweetest days of my life if only I had acted differently. I waited with intense impatience for the chance to make amends for those lost opportunities, yet I remained anxious, wondering how I could reconcile the perfection of this adorable girl with the indignity of her situation. At the appointed time, I rushed to her house. I don’t know whether her passionate nature would have been pleased by this visit; at least her pride would have been satisfied. I looked forward with delight to showing her in every way how I was determined to make up for my mistakes. But she spared me that ordeal. The gondolier I sent to her house told me that she had left for Florence the previous day. If not for the deep love I felt for her while we were together, I would have suffered immensely upon losing her. My sense of regret never faded. As lovely and charming as she was in my eyes, I could come to terms with the idea of losing her; but what I truly couldn’t bear was the thought that she might have taken only a contemptible impression of me with her.
These are my two stories. The eighteen months I spent in Venice yielded me nothing more than a mere plan at best. Carrio was generous. Bored by always visiting girls who were already engaged to others, he had the idea of taking one for himself too; and since we were inseparable, he proposed to me the arrangement—which was not uncommon in Venice—to share her together. I agreed. The key was to find a reliable girl. After much searching, he found a little girl of eleven or twelve years old whose unworthy mother was trying to sell her. We went to see her together. My heart stirred at the sight of the child—she was blond and as gentle as a lamb; one would never have thought she was Italian. In Venice, people can be bought for very little money. We gave some money to the mother and provided for the girl’s needs. She had a good voice, so we bought her a lute and hired a singing teacher for her. All this cost us barely two sequins each month, and it even saved us money on other expenses. However, since we had to wait until she reached maturity, it was like sowing a lot before reaping anything. Nevertheless, the fact that we could spend evenings there, chatting and playing innocently with this child brought us far more pleasure than if we had actually possessed her—for what truly binds us to women is less the desire for indulgence than the pleasantness of living in their company. Gradually, my heart began to grow attached to little Anzoletta, but in a fatherly way, with very little involvement of the senses. As this feeling grew stronger, it would have become even harder for me to let sensual desires interfere; and I would have found abhorrent to approach her once she reached puberty, as if it were an act of incest. I could see that Carrio’s feelings were developing in the same direction, though he was unaware of it. Unconsciously, we were enjoying pleasures that were just as sweet but quite different from what we had initially imagined; and I am certain that, no matter how beautiful this poor child might have become, far from corrupting her innocence, we would have been its protectors. However, my own tragedy soon intervened, preventing me from continuing this good deed; and in this regard, all I can take credit for is the integrity of my heart. Let’s return to my journey.
My first plan upon leaving Mr. de Montaigu’s house was to retire to Geneva, in the hope that some better fate might eventually bring me together with my poor mother, once all obstacles were overcome. However, the publicity given to our dispute, and the foolishness of Mr. de Montaigu in reporting it to the court, made me decide to go there myself to explain my actions and complain about those of a madman. From Venice, I informed Mr. du Theil, who had temporarily taken charge of foreign affairs after the death of Mr. Amelot[129], of my intentions. I set off immediately, traveling through Bergamo, Como, and Domodossola before crossing the Simplon Pass. In Sion, Mr. de Chaignon, who was in charge of French affairs there, welcomed me warmly; in Geneva, Mr. de la Closure did the same. There, I reconnected with Mr. de Gauffecourt, from whom I was due to receive some money. I passed through Nyon without seeing my father—not because it did not cost me great effort, but because I could not bring myself to face my stepmother after what had happened, knowing she would judge me without even listening to me. The bookseller Duvillard, who had been a friend of my father’s, strongly reproached me for this mistake. I explained the reasons to him, and in order to make amends without risking encountering my stepmother, we took a carriage together and went to Nyon to stay at an inn. Duvillard went to find my poor father, who came running over to embrace me. We had dinner together, and after spending a very pleasant evening, I returned to Geneva the next morning with Duvillard, for whom I have always felt grateful for the help he provided me in that difficult time.
Queste riflessioni, pur così piacevoli, mi agitarono a tal punto che iniziai a piangere. Zulietta, per lei certamente una situazione del tutto nuova, rimase per un momento sbalordita. Ma dopo essersi guardata intorno nella stanza e aver visto il proprio riflesso nello specchio, capì; i miei occhi le confermarono che quel disgusto non aveva alcuna ragione di esistere. Non le fu difficile guarirmi da quella sensazione di vergogna. Ma nel momento in cui ero pronto a perdere la testa per una gola che sembrava, per la prima volta, essere toccata dalla bocca e dalla mano di un uomo, mi resi conto che aveva un seno “cieco”. Mi misi a riflettere su come fosse possibile avere un seno del genere; convinto che ci fosse qualche grave difetto naturale alla base, continuando a pensarci, capii chiaramente che tra le persone più affascinanti che potessi immaginare, non tenevo tra le braccia altro che una sorta di mostro, il rifiuto della natura, degli uomini e dell’amore. Arrivai persino al punto di parlarle di quel seno “cieco”. All’inizio lei prese la cosa in giro; nel suo umore spensierato disse e fece cose che avrebbero potuto uccidermi d’amore. Ma, nonostante il mio evidente turbamento, alla fine arrossì, si sistemò i vestiti e, senza dire una parola, andò a sedersi vicino alla finestra. Cercai di raggiungerla; lei si allontanò, si mise su un divano, poi si alzò e iniziò a camminare avanti e indietro nella stanza, sventolandosi. Con tono freddo e sprezzante mi disse: “Zanetto, lascia le donne e studia la matematica”.
Prima di lasciarla, le chiesi un altro appuntamento per il giorno seguente; lei lo rimandò al terzo giorno, aggiungendo, con un sorriso ironico, che dovevo aver bisogno di riposo. Passai quel tempo in uno stato di disagio: il cuore pieno dei suoi incanti e delle sue grazie, mi rendevo conto della mia follia, me ne rimproveravo, rimpiangevo quei momenti sprecati. Quei momenti che avrebbero potuto rendere i più dolci della mia vita, se solo fossi stato capace di sfruttarli al meglio. Aspettavo con impazienza l’occasione per recuperare tutto ciò che avevo perso. Eppure ero ancora preoccupato: come avrei potuto conciliare le perfezioni di quella adorabile ragazza con la condizione umiliante della sua situazione? Corsi da lei all’ora stabilita. Non so se il suo temperamento appassionato fosse stato più soddisfatto di questa visita; almeno il suo orgoglio lo sarebbe stato. E già mi immaginavo con piacere come avrei potuto dimostrarle quanto fossi disposto a rimediare ai miei errori. Ma lei mi risparmiò quell’umiliazione. Il gondoliere che inviai da lei per informarmi mi riferì che se n’era andata il giorno prima, diretta a Firenze. Se non avessi già provato un amore così profondo per lei, ne avrei sofferto terribilmente la perdita. Il mio rimpianto incessante non mi ha mai abbandonato. Per quanto fosse gentile e affascinante ai miei occhi, potevo consolarmi della sua assenza. Ma quello che non sono riuscito a superare, lo ammetto, è il pensiero che lei avesse portato con sé di me soltanto un ricordo sprezzante.
Ecco le mie due storie. Gli diciotto mesi trascorsi a Venezia non mi hanno fornito nulla di più di un semplice progetto, al massimo. Carrio era galante; annoiato dal fatto che andasse sempre da ragazze già impegnate con altri, gli venne l’idea di averne una anche lui; e poiché eravamo inseparabili, mi propose quella soluzione, non così rara a Venezia, di averne una insieme. Accettai. L’importante era trovarne una affidabile. Dopo molte ricerche, trovò una bambina di undici o dodici anni che la sua indegna madre cercava di vendere. Andammo a vederla insieme: il mio cuore si commosse nel vedere quella bambina. Era bionda e dolce come un agnello; non si sarebbe mai detto che fosse italiana. A Venezia si possono ottenere molte cose per poco denaro. Diamo qualche soldo alla madre e provvediamo al mantenimento della bambina. Aveva una bella voce; per farle sviluppare questo talento, le procurammo un liuto e un maestro di canto. Tutto ciò ci costava appena due sequini al mese ciascuno, risparmiandoci anche in altre spese. Ma poiché dovevamo aspettare che fosse cresciuta, significava seminare molto prima di raccogliere i frutti. Tuttavia, eravamo felici di trascorrere le serate lì, chiacchierando e giocando in modo del tutto innocente con quella bambina. Forse ci divertivamo ancora di più di quanto avremmo potuto fare se l’avessimo posseduta. È vero che ciò che ci attacca di più alle donne non è tanto la lussuria, quanto piuttosto il piacere di vivere insieme a loro. Gradualmente, il mio cuore iniziò ad affezionarsi a quella piccola Anzoletta. Ma un affetto paterno, in cui i sensi avevano ben poco ruolo. Man mano che quell’affetto cresceva, diventava sempre più impossibile coinvolgere i sensi in esso. E sentivo che avrei avuto orrore all’idea di avvicinarmi a quella ragazza ormai adulta, come se si trattasse di un incesto abominevole. Vedevo anche i sentimenti del buon Carrio prendere, senza che lui se ne rendesse conto, lo stesso corso. Senza pensarci troppo, ci procuravamo piaceri altrettanto dolci, ma ben diversi da quelli che avevamo inizialmente immaginato. E sono certo che, per quanto bella potesse diventare quella povera bambina, lontano dall’essere i suoi corrottori di innocenza, saremmo stati i suoi protettori. La mia catastrofe, arrivata poco dopo, non mi permise di portare a termine questa buona azione. E in questa faccenda, posso lodarmi soltanto per il sentimento del mio cuore. Torniamo ora al mio viaggio.
Il mio primo progetto dopo essere uscito di casa del signor de Montaigu era quello di ritirarmi a Ginevra, in attesa che un destino migliore, eliminando gli ostacoli, potesse riunirmi alla mia povera madre; ma lo scalpore suscitato dalla nostra lite, e l’errore commesso dal signor de Montaigu nel scrivere della cosa alla corte, mi spinsero a decidere di recarmi personalmente per spiegare il mio comportamento e lamentarmi di quello di un pazzo. Da Venezia comunicai la mia decisione al signor du Theil, incaricato temporaneamente degli Affari Esteri dopo la morte del signor Amelot[129]. Partii immediatamente dopo aver inviato la lettera: presi la strada per Bergamo, Como e Domodossola; attraversai il Simplon. A Sion, il signor de Chaignon, incaricato degli affari francesi, mi accolse con grande cordialità; a Ginevra, lo stesso fece il signor de la Closure. Lì rinnovai la mia conoscenza con il signor de Gauffecourt, da cui dovevo ricevere del denaro. Passai per Nyon senza incontrare mio padre: non perché non desiderassi farlo, ma perché non mi sentivo in grado di affrontare mia suocera dopo quanto accaduto, essendo certo che mi avrebbe giudicato senza volermi ascoltare. Il libraio Duvillard, vecchio amico di mio padre, mi rimproverò vivamente per questo errore. Gli spiegai le ragioni; e, per rimediare senza rischiare di incontrare mia suocera, presi una carrozza e andammo insieme a Nyon, dove scendemmo in un cabaret. Duvillard andò a cercare mio padre, che arrivò subito per abbracciarmi. Mangiammo insieme, e dopo aver trascorso una serata molto dolce per il mio cuore, tornai il giorno seguente a Ginevra con Duvillard, al quale sono sempre stato grato per il bene che mi ha fatto in quell’occasione.
Mon plus court chemin n’était pas par Lyon ; mais j’y voulus passer pour vérifier une friponnerie bien basse de M. de Montaigu. J’avais fait venir de Paris une petite caisse contenant une veste brodée en or, quelques paires de manchettes et six paires de bas de soie blancs ; rien de plus. Sur la proposition qu’il m’en fit lui-même, je fis ajouter cette caisse, ou plutôt cette boîte, à son bagage. Dans le mémoire d’apothicaire qu’il voulut me donner en payement de mes appointements, et qu’il avait écrit de sa main, il avait mis que cette boîte, qu’il appelait ballot, pesait onze quintaux, et il m’en avait passé le port à un prix énorme. Par les soins de M. Boy de La Tour, auquel j’étais recommandé par M. Roguin, son oncle, il fut vérifié sur les registres des douanes de Lyon et de Marseille que ledit ballot ne pesait que quarante-cinq livres, et n’avait payé le port qu’à raison de ce poids. Je joignis cet extrait authentique au mémoire de M. de Montaigu ; et, muni de ces pièces et de plusieurs autres de la même force, je me rendis à Paris, très impatient d’en faire usage. J’eus, durant toute cette longue route, de petites aventures à Côme, en Valais et ailleurs. Je vis plusieurs choses, entre autres les îles Borromées, qui mériteraient d’être décrites. Mais le temps me gagne, les espions m’obsèdent ; je suis forcé de faire à la hâte et mal un travail qui demanderait le loisir et la tranquillité qui me manquent. Si jamais la Providence, jetant les yeux sur moi, me procure enfin des jours plus calmes, je les destine à refondre, si je puis, cet ouvrage, ou à y faire au moins un supplément dont je sens qu’il a grand besoin.[130]
Le bruit de mon histoire m’avait devancé, et en arrivant je trouvai que dans les bureaux et dans le public tout le monde était scandalisé des folies de l’ambassadeur. Malgré cela, malgré le cri public dans Venise, malgré les preuves sans réplique que j’exhibais, je ne pus obtenir aucune justice. Loin d’avoir ni satisfaction ni réparation, je fus même laissé à la discrétion de l’ambassadeur pour mes appointements, et cela par l’unique raison que, n’étant pas Français, je n’avais pas droit à la protection nationale, et que c’était une affaire particulière entre lui et moi. Tout le monde convint avec moi que j’étais offensé, lésé, malheureux ; que l’ambassadeur était un extravagant cruel, inique, et que toute cette affaire le déshonorait à jamais. Mais quoi ! il était l’ambassadeur ; je n’étais, moi, que le secrétaire. Le bon ordre, ou ce qu’on appelle ainsi, voulait que je n’obtinsse aucune justice, et je n’en obtins aucune. Je m’imaginai qu’à force de crier et de traiter publiquement ce fou comme il le méritait, on me dirait à la fin de me taire ; et c’était ce que j’attendais, bien résolu de n’obéir qu’après qu’on aurait prononcé. Mais il n’y avait point alors de ministre des Affaires étrangères. On me laissa clabauder, on m’encouragea même, on faisait chorus ; mais l’affaire en resta toujours là, jusqu’à ce que, las d’avoir toujours raison et jamais justice, je perdis enfin courage, et plantai là tout[131].
La seule personne qui me reçut mal et dont j’aurais le moins attendu cette injustice, fut Mme de Bezenval. Toute pleine des prérogatives du rang et de la noblesse, elle ne put jamais se mettre dans la tête qu’un ambassadeur pût avoir tort avec son secrétaire. L’accueil qu’elle me fit fut conforme à ce préjugé. J’en fus si piqué, qu’en sortant de chez elle je lui écrivis une des fortes et vives lettres que j’aie peut-être écrites, et n’y suis jamais retourné. Le P. Castel me reçut mieux ; mais, à travers le patelinage jésuitique, je le vis suivre assez fidèlement une des grandes maximes de la Société, qui est d’immoler toujours le plus faible au plus puissant. Le vif sentiment de la justice de ma cause et ma fierté naturelle ne me laissèrent pas endurer patiemment cette partialité. Je cessai de voir le P. Castel, et par là d’aller aux Jésuites, où je ne connaissais que lui seul. D’ailleurs, l’esprit tyrannique et intrigant de ses confrères, si différent de la bonhomie du bon P. Hemet, me donnait tant d’éloignement pour leur commerce, que je n’en ai vu aucun depuis ce temps-là, si ce n’est le P. Berthier, que je vis deux ou trois fois chez M. Dupin, avec lequel il travaillait de toute sa force à la réfutation de Montesquieu.
Achevons, pour n’y plus revenir, ce qui me reste à dire de M. de Montaigu. Je lui avais dit dans nos démêlés qu’il ne lui fallait pas un secrétaire, mais un clerc de procureur. Il suivit cet avis et me donna réellement pour successeur un vrai procureur, qui dans moins d’un an lui vola vingt ou trente mille livres. Il le chassa, le fit mettre en prison, chassa ses gentilshommes avec esclandre et scandale ; se fit partout des querelles, reçut des affronts qu’un valet n’endurerait pas et finit, à force de folies, par se faire rappeler et renvoyer planter ses choux. Apparemment que, parmi les réprimandes qu’il reçut à la cour, son affaire avec moi ne fut pas oubliée. Du moins, peu de temps après son retour, il m’envoya son maître d’hôtel pour solder mon compte et me donner de l’argent. J’en manquais dans ce moment-là ; mes dettes de Venise, dettes d’honneur si jamais il en fut, me pesaient sur le cœur. Je saisis le moyen qui se présentait de les acquitter, de même que le billet de Zanetto Nani. Je reçus ce qu’on voulut me donner ; je payai toutes mes dettes, et je restai sans un sol, comme auparavant, mais soulagé d’un poids qui m’était insupportable. Depuis lors, je n’ai plus entendu parler de M. de Montaigu qu’à sa mort, que j’appris par la voix publique. Que Dieu fasse paix à ce pauvre homme ! Il était aussi propre au métier d’ambassadeur que je l’avais été dans mon enfance à celui de grapignan. Cependant il n’avait tenu qu’à lui de se soutenir honorablement par mes services, et de me faire avancer rapidement dans l’état auquel le comte de Gouvon m’avait destiné dans ma jeunesse, et dont par moi seul je m’étais rendu capable dans un âge plus avancé.
La justice et l’inutilité de mes plaintes me laissèrent dans l’âme un germe d’indignation contre nos sottes institutions civiles, où le vrai bien public et la véritable justice sont toujours sacrifiés à je ne sais quel ordre apparent, destructif en effet de tout ordre, et qui ne fait qu’ajouter la sanction de l’autorité publique à l’oppression du faible et à l’iniquité du fort. Deux choses empêchèrent ce germe de se développer pour lors comme il a fait dans la suite : l’une, qu’il s’agissait de moi dans cette affaire, et que l’intérêt privé, qui n’a jamais rien produit de grand et de noble, ne saurait tirer de mon cœur les divins élans qu’il n’appartient qu’au plus pur amour du juste et du beau d’y produire. L’autre fut le charme de l’amitié, qui tempérait et calmait ma colère par l’ascendant d’un sentiment plus doux. J’avais fait connaissance à Venise avec un Biscayen, ami de mon ami de Carrio, et digne de l’être de tout homme de bien. Cet aimable jeune homme, né pour tous les talents et pour toutes les vertus, venait de faire le tour de l’Italie pour prendre le goût des beaux-arts ; et, n’imaginant rien de plus à acquérir, il voulait s’en retourner en droiture dans sa patrie. Je lui dis que les arts n’étaient que le délassement d’un génie comme le sien, fait pour cultiver les sciences ; et je lui conseillai, pour en prendre le goût, un voyage et six mois de séjour à Paris. Il me crut et fut à Paris. Il y était et m’attendait quand j’y arrivai. Son logement était trop grand pour lui, il m’en offrit la moitié ; je l’acceptai[132]. Je le trouvai dans la ferveur des hautes connaissances[133].
Rien n’était au-dessus de sa portée ; il dévorait et digérait tout avec une prodigieuse rapidité. Comme il me remercia d’avoir procuré cet aliment à son esprit, que le besoin de savoir tourmentait sans qu’il s’en doutât lui-même ! quels trésors de lumières et de vertus je trouvai dans cette âme forte ! Je sentis que c’était l’ami qu’il me fallait : nous devînmes intimes. Nos goûts n’étaient pas les mêmes ; nous disputions toujours. Tous deux opiniâtres, nous n’étions jamais d’accord sur rien. Avec cela nous ne pouvions nous quitter ; et, tout en nous contrariant sans cesse, aucun des deux n’eût voulu que l’autre fût autrement.
My shortest route was not through Lyon; but I wanted to pass through there in order to verify a rather underhanded scheme of Mr. de Montaigu’s. I had brought from Paris a small box containing a gold-embroidered jacket, some cuffs, and six pairs of white silk stockings—nothing more. At his own suggestion, I had this box added to his luggage. In the pharmacist’s certificate he gave me as payment for my wages, which he had written himself, it was stated that this box, which he called a “bundle,” weighed eleven quintals, and he had charged me an enormous amount for its transportation. With the help of Mr. Boy de La Tour, whom I was introduced to by his uncle, Mr. Roguin, it was verified in the customs records of Lyon and Marseille that the so-called “bundle” actually weighed only forty-five pounds, and that the shipping fee had been calculated based on that weight alone. I attached this authentic document to Mr. de Montaigu’s certificate; and, armed with these and several other equally valid pieces of evidence, I set off for Paris, eager to make use of them. During the entire long journey, I encountered various small adventures in Como, Valais, and other places. I saw many things—including the Borromee Islands—which would merit a detailed description. But time is running out, and spies are pursuing me; I am forced to complete this work in haste and with little care, when it actually requires the leisure and tranquility that I lack. If ever Providence allows me to enjoy some quieter days, I intend to use them to revise this work, or at least add a supplement that I feel is greatly needed.[130]
The news of my story had preceded me, and upon my arrival I found that everyone in the offices and among the public was horrified by the ambassador’s outrageous behavior. Yet, despite the outrage in Venice and the irrefutable evidence I presented, I was unable to obtain any justice. Far from receiving satisfaction or compensation, I was even left at the mercy of the ambassador regarding my salary—solely because I was not French and thus did not enjoy national protection; it was a matter solely between him and me. Everyone agreed with me that I had been offended, wronged, and made unhappy; that the ambassador was a cruel, unjust man whose actions would forever bring shame upon him. But alas! He was the ambassador; I was but a secretary. The so-called “order” demanded that I receive no justice—and indeed, I did not. I imagined that if I continued to speak out publicly and condemn that fool as he deserved, someone would eventually tell me to shut up. That was what I expected, determined to obey only after a formal decision had been made. But at that time, there was no Minister of Foreign Affairs. People allowed me to speak freely; some even encouraged me, joining in my outcry. Yet the matter remained unresolved until, tired of always being right but never seeing justice done, I finally lost courage and gave up on it all[131].
The only person who treated me badly in a way I least expected such injustice from was Madame de Bezenval. Full of the prerogatives associated with her rank and nobility, she simply could not conceive that an ambassador might be in error regarding his secretary. The reception she gave me was entirely in line with this prejudice. I was so offended that, upon leaving her house, I wrote her one of the most forceful and passionate letters I have ever penned—and I never returned to see her again. Father Castel received me more kindly; yet, beneath his Jesuitic flattery, I could see him faithfully adhering to one of the core principles of the Society—always sacrificing the weaker to the stronger. My firm belief in the justice of my cause and my natural pride made it impossible for me to tolerate such bias. I stopped seeing Father Castel, and consequently ceased attending the Jesuit meetings, where he was the only person I knew. Moreover, the tyrannical and scheming nature of his fellow Jesuits—so different from the kindness of the good Father Hemet—made their company utterly repulsive to me. Since then, I have never had any dealings with them again, except for Father Berthier, whom I met two or three times at Mr. Dupin’s house, where he was working diligently with him to refute Montesquieu’s ideas.
Let us conclude, once and for all, what remains to be said about Monsieur de Montaigu. During our disagreements, I had advised him that he needed not a secretary but a clerk of procurator. He followed my advice and indeed appointed a genuine procurator as his successor—only for that person to steal twenty or thirty thousand livres from him in less than a year. Monsieur de Montaigu dismissed him, had him imprisoned, and expelled his gentlemen amidst great uproar and scandal. He provoked conflicts everywhere, endured insults that even a servant would not tolerate, and ultimately, through his own follies, he was recalled to his country to tend his crops. Apparently, the incident with me was not forgotten among the reprimands he received at court. At any rate, shortly after his return, he sent his butler to settle my accounts and give me some money. I was in need of it at that time; my debts in Venice—honorable debts, if such things existed—were weighing heavily on my mind. I took the opportunity to pay them off, as well as Zanetto Nani’s debt. I accepted whatever they were willing to offer me, paid off all my debts, and found myself once again penniless—but at least free from a burden that had become unbearable. Since then, I heard nothing more about Monsieur de Montaigu until his death, which I learned about through the news. May God grant peace to this poor man! He was just as unfit for the role of ambassador as I had been as a child for the job of a vine-dresser. Yet it would have been within his power to use my services to maintain his honor and to advance me rapidly in the career that the Count de Gouvon had intended for me in my youth—a career that, in my own hands, I managed to achieve despite being older.
The justice of my complaints and their utter futility left a seed of indignation in my soul against our foolish civil institutions, where true public good and genuine justice are always sacrificed to some apparent order that, in reality, destroys all order and merely adds the sanction of public authority to the oppression of the weak and the injustice inflicted upon the strong. Two things prevented this seed from developing as it later did: first, the fact that it involved me personally in this matter, and that private interests—which have never produced anything great or noble—could never draw forth from my heart those divine impulses that are inherent only in the purest love for what is just and beautiful. The other factor was the charm of friendship, which tempered and calmed my anger with its softer influence. In Venice, I had met a Biscayan man, a friend of my friend Carrio, and one truly worthy of being called a gentleman. This kind young man, born with every talent and virtue, had just traveled throughout Italy to cultivate his appreciation for the arts; finding nothing more worthwhile to pursue, he intended to return directly to his homeland. I told him that the arts were merely a pastime for a genius like his, who was better suited to pursue scientific pursuits; I advised him to travel to Paris and spend six months there to develop an interest in them. He believed me and went to Paris. When I arrived, he was waiting for me there. His apartment was too large for him alone, so he offered me half of it; I accepted. I found him immersed in the pursuit of high-level knowledge.
Nothing was beyond its capacity; it devoured and digested everything with incredible speed. How it thanked me for providing this nourishment for its mind—how the thirst for knowledge tormented it without even its own awareness! What treasures of knowledge and virtue I discovered in that strong soul! I felt that it was the friend I needed: we became close friends. Our tastes were not the same; we always argued. Both being stubborn, we never agreed on anything. Yet, despite constantly disagreeing, neither of us would have wanted the other to be otherwise.
Il percorso più breve non passava per Lione; tuttavia decisi di fermarmi lì per verificare una piccola frode commessa da Monsieur de Montaigu. Avevo fatto portare da Parigi una scatola contenente una giacca ricamata d’oro, alcune maniche e sei paia di calze di seta bianche; nient’altro. Su sua stessa proposta, feci aggiungere questa scatola al suo bagaglio. Nel memoriale dell’apotecario che mi diede in pagamento del mio stipendio, scritto di suo pugno, indicava che quella scatola pesava undici quintali e mi fece pagare le spese di trasporto a un prezzo esorbitante. Grazie all’aiuto di Monsieur Boy de La Tour, a cui ero stato raccomandato da Monsieur Roguin, suo zio, si verificò che il peso effettivo della scatola era solo quarantacinque libbre e che le spese di trasporto erano state calcolate in base a quel peso. Aggiunsi questo certificato autentico al memoriale di Monsieur de Montaigu; munito di queste prove, insieme ad altre di uguale validità, mi recai a Parigi, impaziente di poterle utilizzare. Durante tutto il lungo viaggio ebbi alcune piccole avventure a Como, nel Vallese e in altri luoghi; vidi anche le isole Borromee, che meriterebbero di essere descritte in dettaglio. Ma il tempo stringe, gli spie mi perseguitano; sono costretto a compiere questo lavoro in fretta e male, quando invece richiederebbe tranquillità e tempo. Se mai la Provvidenza mi concederà giorni più sereni, li dedicherò a rifinire, se possibile, quest’opera, o almeno ad aggiungervi un supplemento di cui sento che abbia grande bisogno.[130]
Il rumore legato alla mia storia mi aveva preceduto; arrivando, scoprii che sia negli uffici che tra il pubblico tutti erano scandalizzati dalle follie dell’ambasciatore. Nonostante ciò, nonostante le proteste della gente a Venezia e le prove irrefutabili che presentavo, non riuscii ad ottenere alcuna giustizia. Lontano dall’avere soddisfazione o riparazione, fui persino lasciato alla discrezione dell’ambasciatore per quanto riguardava il mio stipendio, e questo solo perché, non essendo francese, non avevo diritto alla protezione nazionale; si trattava quindi di una questione particolare tra lui e me. Tutti concordavano con me nel ritenere che fossi stato offeso, ingiustamente trattato e sfortunato; che l’ambasciatore fosse un individuo eccentrico, crudele e ingiusto, e che tutta quella faccenda lo disonorasse per sempre. Ma lui era l’ambasciatore; io ero soltanto il segretario. L’“ordine pubblico”, o quanto meno ciò che si definiva tale, esigeva che non ottenessi alcuna giustizia, e infatti non ne ottenni nessuna. Pensavo che, continuando a gridare e a denunciare pubblicamente le follie di quell’uomo, alla fine mi avrebbero chiesto di tacere. Ed era proprio ciò che aspettavo, deciso a obbedire soltanto dopo che qualcuno avesse emesso una sentenza definitiva. Ma all’epoca non esisteva alcun ministro degli Affari Esteri. Mi lasciarono parlare liberamente, anzi mi incoraggiarono persino; tutti facevano coro alle mie lamentele. Ma la questione rimase irrisolta, fino a quando, stanco di avere sempre ragione e mai giustizia, alla fine persi il coraggio e abbandonai tutto[131].
L’unica persona che mi accolse male e dalla quale meno avrei potuto aspettarmi un simile comportamento ingiusto fu la signora de Bezenval. Ricca delle prerogative derivanti dal suo rango e dalla sua nobiltà, non riusciva proprio ad accettare l’idea che un ambasciatore potesse sbagliarsi nei suoi rapporti con il proprio segretario. L’accoglienza che mi riservò fu dunque in linea con tale pregiudizio. Ne fui così offeso che, uscendo da casa sua, le scrissi una delle lettere più aspre e veementi che abbia mai scritto; da allora non ci sono mai più tornato. Il padre Castel mi accolse meglio; tuttavia, nonostante la sua apparente cordialità, osservai che seguiva fedelmente uno dei principi fondamentali della Compagnia di Gesù: quello di sacrificare sempre il più debole al più potente. Il forte senso di giustizia riguardo alla mia causa e la mia naturale fierezza non mi permisero di tollerare una tale parzialità. Smisi quindi di frequentare il padre Castel, e di conseguenza anche i Gesuiti, dove conoscevo soltanto lui. Inoltre, lo spirito tirannico e intrighistico dei suoi confratelli, così diverso dalla gentilezza del buon padre Hemet, mi allontanò completamente da loro; da allora non ho più avuto alcun contatto con loro, se non con il padre Berthier, che vidi due o tre volte a casa del signor Dupin, dove lavorava con tutte le sue forze alla confutazione delle teorie di Montesquieu.
Concludiamo, per non tornarci più sopra, ciò che mi resta da dire su Monsieur de Montaigu. Gli avevo detto, durante le nostre divergenze, che non gli serviva un segretario, ma un cancelliere legale. Lui seguì questo consiglio e mi nominò davvero suo successore un vero procuratore, il quale, in meno di un anno, gli rubò venti o trentamila lire. Lo cacciò, fece mettere in prigione quel procuratore, scacciò i suoi gentiluomini con grande clamore e scandalo; si mise a litigare ovunque, subì offese che nemmeno un servitore avrebbe sopportato, e alla fine, a causa delle sue follie, fu costretto a tornare in patria per dedicarsi al suo lavoro agricolo. A quanto pare, tra le rimproveri che ricevette alla corte, la sua vicenda con me non fu dimenticata. Almeno, poco dopo il suo ritorno, mi inviò il suo maggiordomo per saldare il mio conto e darmi del denaro. In quel momento ne avevo bisogno; i miei debiti a Venezia, debiti d’onore se mai ne furono, mi pesavano sul cuore. Sfruttai l’occasione che si presentò per saldarli, così come il biglietto di Zanetto Nani. Ricevetti ciò che mi venne offerto; pagai tutti i miei debiti e rimasi senza un soldo, proprio come prima, ma sollevato da un peso insopportabile. Da allora, non ho più sentito parlare di Monsieur de Montaigu se non dopo la sua morte, di cui appresi notizie dal pubblico. Che Dio conceda pace a quell’uomo povero! Era altrettanto inadatto al ruolo di ambasciatore quanto lo ero io da bambino a quello di ladro. Tuttavia, sarebbe bastato che si avvalesse dei miei servizi per mantenersi onorevolmente e per far progredire rapidamente la mia carriera nel grado che il Conte de Gouvon mi aveva destinato in giovane età, e che io stesso ero riuscito a raggiungere in un’età più matura.
La giustizia e l’inutilità delle mie lamentele lasciarono nel mio animo un germe di indignazione verso le nostre stupide istituzioni civili, nelle quali il vero bene pubblico e la vera giustizia vengono sempre sacrificati a qualche ordine apparente, in realtà distruttivo di ogni ordine reale, e che non fa altro che aggiungere la sanzione dell’autorità pubblica all’oppressione del debole e all’iniquità del forte. Due cose impedirono per il momento che questo germe si sviluppasse come poi avvenne: la prima era che si trattava di me in quella questione, e che l’interesse privato, che mai ha prodotto nulla di grande e nobile, non poteva estrarre dal mio cuore quegli slanci divini che appartengono soltanto all’amore più puro per il giusto e il bello. La seconda era il fascino dell’amicizia, che temperava e calmava la mia rabbia con l’influenza di un sentimento più dolce. A Venezia avevo conosciuto un basco, amico del mio amico Carrio, e degno di essere considerato tale da qualsiasi uomo onesto. Questo gentile giovane, nato per possedere tutti i talenti e tutte le virtù, aveva appena completato un viaggio in Italia allo scopo di apprezzare meglio le belle arti; non immaginando nulla di più da acquisire, intendeva tornare immediatamente nella sua patria. Gli dissi che le arti non erano altro che un passatempo per un genio come il suo, destinato invece a coltivare le scienze; e gli consigliai, per apprezzarle davvero, di intraprendere un viaggio e di trascorrere sei mesi a Parigi. Mi credette e andò a Parigi. Quando arrivai anch’io, lo trovai ad aspettarmi. La sua casa era troppo grande per lui; mi offrì metà di essa; accettai[132]. Lo trovai immerso nella passione per le alte conoscenze[133].
Niente era al di sopra delle sue capacità; divorava e digeriva tutto con una velocità straordinaria. Come mi ringraziò per avergli fornito questo “alimento” per la sua mente. Quanto il bisogno di conoscere lo tormentava, senza che lui stesso se ne rendesse conto! Che tesori di lumi e virtù trovai in quell’anima forte. Sentii che era l’amico che mi serviva: diventammo intimi. I nostri gusti non erano gli stessi; discutevamo sempre. Entrambi testardi, non eravamo mai d’accordo su nulla. Eppure non riuscivamo a separarci; e, nonostante ci contraddicessimo costantemente, nessuno dei due avrebbe voluto che l’altro fosse diverso.
Ignacio Emanuel de Altuna était un de ces hommes rares que l’Espagne seule produit, et dont elle produit trop peu pour sa gloire. Il n’avait pas ces violentes passions nationales, communes dans son pays. L’idée de la vengeance ne pouvait pas plus entrer dans son esprit que le désir dans son cœur. Il était trop fier pour être vindicatif, et je lui ai souvent ouï dire avec beaucoup de sang-froid qu’un mortel ne pouvait pas offenser son âme. Il était galant sans être tendre. Il jouait avec les femmes comme avec de jolis enfants. Il se plaisait avec les maîtresses de ses amis ; mais je ne lui en ai jamais vu aucune, ni aucun désir d’en avoir. Les flammes de la vertu dont son cœur était dévoré ne permirent jamais à celles de ses sens de naître. Après ses voyages, il s’est marié ; il est mort jeune ; il a laissé des enfants, et je suis persuadé, comme de mon existence, que sa femme est la première et la seule qui lui ait fait connaître les plaisirs de l’amour. À l’extérieur, il était dévot comme un Espagnol, mais en dedans était la piété d’un ange. Hors moi, je n’ai vu que lui seul de tolérant depuis que j’existe. Il ne s’est jamais informé d’aucun homme comment il pensait en matière de religion. Que son ami fût juif, protestant, turc, bigot, athée, peu lui importait, pourvu qu’il fût honnête homme. Obstiné, têtu pour des opinions indifférentes, dès qu’il s’agissait de religion, même de morale, il se recueillait, se taisait, ou disait simplement : Je ne suis chargé que de moi. Il est incroyable qu’on puisse associer autant d’élévation d’âme avec un esprit de détail porté jusqu’à la minutie. Il partageait et fixait d’avance l’emploi de sa journée par heures, quarts d’heure et minutes, et suivait cette distribution avec un tel scrupule, que si l’heure eût sonné tandis qu’il lisait sa phrase, il eût fermé le livre sans achever. De toutes ces mesures de temps ainsi rompues, il y en avait pour telle étude, il y en avait pour telle autre ; il y en avait pour la réflexion, pour la conversation, pour l’office, pour Locke, pour le rosaire, pour les visites, pour la musique, pour la peinture ; et il n’y avait ni plaisir, ni tentation, ni complaisance qui pût intervertir cet ordre. Un devoir à remplir seul l’aurait pu. Quand il me faisait la liste de ses distributions, afin que je m’y conformasse, je commençais par rire et je finissais par pleurer d’admiration. Jamais il ne gênait personne, ni ne supportait la gêne ; il brusquait les gens qui, par politesse, voulaient le gêner. Il était emporté sans être boudeur. Je l’ai vu souvent en colère, mais je ne l’ai jamais vu fâché. Rien n’était si gai que son humeur : il entendait raillerie et il aimait à railler. Il y brillait même, et il avait le talent de l’épigramme. Quand on l’animait, il était bruyant et tapageur en paroles, sa voix s’entendait de loin. Mais, tandis qu’il criait, on le voyait sourire, et tout à travers ses emportements, il lui venait quelque mot plaisant qui faisait éclater tout le monde. Il n’avait pas plus le teint espagnol que le flegme. Il avait la peau blanche, les joues colorées, les cheveux d’un châtain presque blond. Il était grand et bien fait. Son corps fut formé pour loger son âme.
Ce sage de cœur ainsi que de tête se connaissait en hommes et fut mon ami. C’est toute ma réponse à quiconque ne l’est pas. Nous nous liâmes si bien, que nous fîmes le projet de passer nos jours ensemble. Je devais, dans quelques années, aller à Azcoytia pour vivre avec lui dans sa terre. Toutes les parties de ce projet furent arrangées entre nous la veille de son départ. Il n’y manqua que ce qui ne dépend pas des hommes dans les projets les mieux concertés. Les événements postérieurs, mes désastres, son mariage, sa mort enfin, nous ont séparés pour toujours.
On dirait qu’il n’y a que les noirs complots des méchants qui réussissent ; les projets innocents des bons n’ont presque jamais d’accomplissement.
Ayant senti l’inconvénient de la dépendance, je me promis bien de ne m’y plus exposer. Ayant vu renverser dès leur naissance des projets d’ambition que l’occasion m’avait fait former, rebuté de rentrer dans la carrière que j’avais si bien commencée, et dont néanmoins je venais d’être expulsé, je résolus de ne plus m’attacher à personne, mais de rester dans l’indépendance en tirant parti de mes talents, dont enfin je commençais à sentir la mesure, et dont j’avais trop modestement pensé jusqu’alors. Je repris le travail de mon opéra, que j’avais interrompu pour aller à Venise ; et pour m’y livrer plus tranquillement, après le départ d’Altuna, je retournai loger à mon ancien hôtel Saint-Quentin, qui, dans un quartier solitaire et peu loin du Luxembourg, m’était plus commode pour travailler à mon aise que la bruyante rue Saint-Honoré. Là m’attendait la seule consolation réelle que le ciel m’ait fait goûter dans ma misère, et qui seule me la rend supportable. Ceci n’est pas une connaissance passagère ; je dois entrer dans quelque détail sur la manière dont elle se fit.
Nous avions une nouvelle hôtesse qui était d’Orléans. Elle prit pour travailler en linge une fille de son pays, d’environ vingt-deux à vingt-trois ans, qui mangeait avec nous ainsi que l’hôtesse. Cette fille, appelée Thérèse Le Vasseur, était de bonne famille ; son père était officier de la Monnaie d’Orléans ; sa mère était marchande. Ils avaient beaucoup d’enfants. La Monnaie d’Orléans n’allant plus, le père se trouva sur le pavé ; la mère, ayant essuyé des banqueroutes, fit mal ses affaires, quitta le commerce, et vint à Paris avec son mari et sa fille, qui les nourrissait tous trois de son travail.
La première fois que je vis paraître cette fille à table, je fus frappé de son maintien modeste, et plus encore de son regard vif et doux, qui pour moi n’eut jamais son semblable. La table était composée, outre M. de Bonnefond, de plusieurs abbés irlandais, gascons, et autres gens de pareille étoffe. Notre hôtesse elle-même avait rôti le balai : il n’y avait là que moi seul qui parlât et se comportât décemment. On agaça la petite ; je pris sa défense. Aussitôt les lardons tombèrent sur moi. Quand je n’aurais eu naturellement aucun goût pour cette pauvre fille, la compassion, la contradiction m’en auraient donné. J’ai toujours aimé l’honnêteté dans les manières et dans les propos, surtout avec le sexe. Je devins hautement son champion. Je la vis sensible à mes soins, et ses regards, animés par la reconnaissance, qu’elle n’osait exprimer de bouche, n’en devenaient que plus pénétrants.
Elle était très timide ; je l’étais aussi. La liaison que cette disposition commune semblait éloigner se fit pourtant très rapidement. L’hôtesse, qui s’en aperçut, devint furieuse, et ses brutalités avancèrent encore mes affaires auprès de la petite, qui, n’ayant d’appui que moi seul dans la maison, me voyait sortir avec peine et soupirait après le retour de son protecteur. Le rapport de nos cœurs, le concours de nos dispositions eut bientôt son effet ordinaire. Elle crut voir en moi un honnête homme ; elle ne se trompa pas. Je crus voir en elle une fille sensible, simple et sans coquetterie ; je ne me trompai pas non plus. Je lui déclarai d’avance que je ne l’abandonnerais ni ne l’épouserais jamais. L’amour, l’estime, la sincérité naïve, furent les ministres de mon triomphe ; et c’était parce que son cœur était tendre et honnête que je fus heureux sans être entreprenant.
La crainte qu’elle eut que je ne me fâchasse de ne pas trouver en elle ce qu’elle croyait que j’y cherchais recula mon bonheur plus que toute autre chose. Je la vis interdite et confuse avant de se rendre, vouloir se faire entendre, et n’oser s’expliquer. Loin d’imaginer la véritable cause de son embarras, j’en imaginai une bien fausse et bien insultante pour ses mœurs, et croyant qu’elle m’avertissait que ma santé courait des risques, je tombai dans des perplexités qui ne me retinrent pas, mais qui durant plusieurs jours empoisonnèrent mon bonheur. Comme nous ne nous entendions point l’un l’autre, nos entretiens à ce sujet étaient autant d’énigmes et d’amphigouris plus que risibles. Elle fut prête à me croire absolument fou ; je fus prêt à ne savoir plus que penser d’elle. Enfin nous nous expliquâmes : elle me fit, en pleurant, l’aveu d’une faute unique au sortir de l’enfance, fruit de son ignorance et de l’adresse d’un séducteur. Sitôt que je la compris, je fis un cri de joie : Pucelage ! m’écriai-je ; c’est bien à Paris, c’est bien à vingt ans qu’on en cherche ! Ah ! ma Thérèse, je suis trop heureux de te posséder sage et saine, et de ne pas trouver ce que je ne cherchais pas.
Ignacio Emanuel de Altuna was one of those rare men whom Spain alone produces—and yet produces too few for its own glory. He did not possess those intense national passions common in his country. The idea of vengeance could never enter his mind, just as the desire for such things could never arise in his heart. He was too proud to be vengeful, and I often heard him say with great calmness that a mortal could never offend his soul. He was chivalrous without being tender; he played with women as if they were lovely children. He enjoyed the company of his friends’ mistresses, but I never saw him have any of them, nor did I detect any desire for such things in him. The flames of virtue that consumed his heart never allowed the flames of sensual desire to arise. After his travels, he married; he died young and left behind children. I am convinced, just as I am certain of my own existence, that his wife was the first and only one who taught him the pleasures of love. On the outside, he was pious like a Spaniard, but inside, he possessed the piety of an angel. Apart from me, I have never seen anyone else as tolerant since I came into this world. He never inquired about how any man thought on religious matters. It did not matter whether his friend was Jewish, Protestant, Turkish, bigoted, or atheist—as long as he was an honest person. But when it came to matters of religion or even morality, he became serious, quiet, and would simply say: “I am only responsible for myself.” It is incredible how such a high-mindedness could be combined with a meticulous attention to detail. He would plan his day hour by hour, quarter-hour by quarter-hour, and minute by minute, and he followed this schedule so strictly that if the time had struck while he was reading a particular passage, he would have closed the book without finishing it. Each of these time allocations was designated for specific activities—studying, conversing, praying, reading Locke, saying prayers, visiting people, listening to music, painting—and nothing, not even pleasure or temptation, could disrupt this order. Even a duty that had to be carried out alone would not have disturbed it. When he gave me a list of his daily schedule so that I could follow it, I would start by laughing and end up in awe. He never bothered anyone, nor did he tolerate being bothered himself; he would cut short those who, out of politeness, tried to interfere with him. He was passionate without being sulky. I often saw him angry, but I never once saw him truly furious. Nothing could make his mood less cheerful—he enjoyed joking and was himself good at it. When people animated him, he became boisterous and loud in his speech; his voice could be heard from a distance. But even while shouting, he would smile, and amidst all his enthusiasm, he would come up with some witty remark that would make everyone laugh. He neither had the Spanish complexion nor the composure characteristic of that culture. His skin was fair, his cheeks rosy, and his hair a shade of brown that bordered on blonde. He was tall and well-built; his body seemed perfectly crafted to accommodate his soul.
This sage, both in heart and mind, knew how to judge people well and became my friend. That is my entire response to anyone who does not know him well. We became so close that we decided to spend our days together; in a few years, I was supposed to go to Azcoytia to live with him in his homeland. Every detail of this plan was arranged between us the day before he left. All that was missing were those factors beyond human control, even in the most carefully devised plans. However, subsequent events—my own misfortunes, his marriage, and ultimately his death—separated us forever.
It seems as if only the evil schemes of villains ever succeed; the innocent plans of good people hardly ever see fruition.
Having experienced the inconvenience of dependence, I resolved never to expose myself to it again. Having seen ambitious plans that I had begun to pursue thwarted from the very outset, and being repelled by the idea of returning to a career I had so well embarked on but from which I had just been expelled, I decided to remain independent, to make use of my talents—of whose true extent I was finally beginning to become aware—and to live modestly but with dignity. I resumed work on my opera, which I had interrupted to go to Venice; and in order to concentrate more peacefully on it, after Altuna left, I returned to stay at my old hotel, Saint-Quentin, which, located in a quiet neighborhood not far from the Luxembourg Gardens, was much more suitable for my work than the noisy street of Saint-Honoré. There awaited me the only true consolation that heaven had granted me in my misery—the only thing that made it endurable. This is not some fleeting acquaintance; I must delve into some details about how that connection came about.
We had a new landlady who was from Orléans. She took a girl from her own country, around twenty-two or twenty-three years old, to help with the laundry work; this girl ate with us, just like the landlady herself. Her name was Thérèse Le Vasseur; she came from a decent family—her father was an officer at the Orléans Mint, and her mother was a merchant. They had many children. But when the Orléans Mint ceased operations, her father lost his job; after experiencing several bankruptcies, her mother failed in her business dealings, gave up trading, and came to Paris with her husband and daughter. It was their daughter who supported them all three through her own labor.
The first time I saw that girl at the table, I was struck by her modest demeanor, and even more so by her sharp yet gentle gaze, which was truly unique to me. The table was composed, in addition to Mr. de Bonnefond, of several Irish and Gascon abbots, as well as other people of similar standing. Our hostess herself had prepared the food; I was the only one there who spoke and behaved in a decent manner. Someone offended the girl; I took her defense. Immediately, I became the target of their hostility. Even if I naturally had no interest in that poor girl, compassione and the sense of injustice made me stand up for her. I have always admired honesty in both behavior and speech, especially when it comes to women. I became her staunch defender. I could see that she was grateful for my care, and her looks, filled with gratitude though too shy to be expressed verbally, became all the more expressive.
She was very shy; so was I. Yet the bond that this common trait seemed to distance us actually grew very quickly. The hostess, noticing this, became furious, and her brutality only served to further advance my chances with the young girl. Since she had no one else in the house but me for support, she saw me leave with difficulty and longed for the return of her “protector.” Soon, the compatibility of our natures began to bear its usual fruit. She came to see me as an honest man; she was not mistaken. I, too, saw her as a sensitive, simple girl without any coquetry; I was equally correct in that assessment. I told her from the beginning that I would never abandon her or marry her. Love, respect, and innocent sincerity were the instruments of my success; and it was precisely because her heart was kind and honest that I was able to be happy without having to take any aggressive actions.
Her fear that I might be angered by not finding in her what she believed I was looking for diminished my happiness more than anything else. I saw her hesitate and become confused, before finally trying to explain herself but not daring to do so. Far from guessing the real cause of her embarrassment, I imagined one that was completely false and highly insulting to her character. Thinking that she was warning me about some danger to my health, I fell into confusion that did not stop me, but for several days it poisoned my happiness. Since we could not understand each other, our conversations on this subject were nothing but ridiculous puzzles and ambiguities. She was ready to believe me absolutely insane; I was ready to lose all understanding of her. Finally, we clarified things: in tears, she confessed to a mistake that had occurred only shortly after she left childhood, the result of her ignorance and the cunning of a seducer. The moment I understood, I exclaimed with joy: “Chastity!” I said. “Surely such innocence can only be found in Paris—at twenty years old!” Ah, my Thérèse, I am too happy to have you pure and healthy, and to find that what I was looking for was not there at all.
Ignacio Emanuel de Altuna era uno di quegli uomini rari che l’Spagna sola produce, e ne produce troppo pochi per la sua gloria. Non possedeva quelle passioni nazionali violente comuni nel suo paese; l’idea della vendetta non poteva entrare nella sua mente, così come il desiderio non esisteva nel suo cuore. Era troppo orgoglioso per essere vendicativo, e gli ho spesso sentito dire con grande calma che un mortale non poteva offendere la sua anima. Era galante senza essere tenero: giocava con le donne come con bei bambini, si divertiva con le amanti dei suoi amici, ma non ne ho mai visto nessuna, né mostrato alcun desiderio di averne. Le fiamme della virtù che divoravano il suo cuore impedivano mai alle fiamme dei suoi sensi di nascere. Dopo i suoi viaggi, si sposò; morì giovane, lasciando dei figli, e sono convinto, tanto quanto ne sono convinto dell’esistenza mia stessa, che sua moglie fu la prima e l’unica persona a fargli conoscere i piaceri dell’amore. All’esterno, era devoto come un spagnolo; dentro, possedeva la pietà di un angelo. Oltre a me, non ho mai visto nessuno altrettanto tollerante da quando esisto. Non si interessava mai al modo in cui gli altri pensavano in materia di religione: che il suo amico fosse ebreo, protestante, turco, bigotto o ateo, non gli importava nulla, purché fosse una persona onesta. Era ostinato riguardo a opinioni indifferenti, ma quando si trattava di religione, o anche di morale, si ritirava in se stesso, taceva, oppure diceva semplicemente: “Io sono responsabile solo di me stesso”. È incredibile come si possa combinare una tale elevatezza d’animo con uno spirito di precisione portato fino alla minuzia. Divideva la sua giornata in momenti dedicati allo studio, alla riflessione, alle conversazioni, alle preghiere, a letture varie, e non esisteva alcun piacere, alcuna tentazione, alcuna indulgenza che potesse sovvertire questo ordine. Solo un dovere da compiere da solo avrebbe potuto farlo. Quando mi elencava le sue attività quotidiane, per farmi adattare a esse, inizialmente ridevo, poi finivo per ammirarlo profondamente. Non disturbava mai nessuno, né sopportava che gli altri lo disturbassero; interrompeva bruscamente coloro che, per gentilezza, cercavano di farlo. Era appassionato, ma non scontroso. Lo ho visto spesso arrabbiarsi, ma mai realmente offeso. Niente era più allegro della sua umore: ascoltava volentieri le battute e amava scherzare. Anzi, ne aveva anche il talento. Quando veniva stimolato, diventava molto loquace, la sua voce si sentiva da lontano. Ma mentre parlava ad alta voce, sorrideva, e attraverso le sue emozioni intense, pronunciava sempre parole divertenti che facevano ridere tutti. Non aveva né il colore della pelle tipico degli spagnoli né la loro calma e compostezza. Aveva la pelle bianca, le guance rosee, i capelli di un castano quasi biondo. Era alto e ben proporzionato; il suo corpo era stato creato apposta per ospitare la sua anima.
Questo saggio, sia nel cuore che nella mente, conosceva bene gli esseri umani ed è stato mio amico. Questa è la mia risposta a chiunque non lo sia. Ci siamo legati così strettamente da decidere di trascorrere insieme i nostri giorni; in pochi anni avrei dovuto recarmi ad Azcoytia per vivere con lui nella sua terra. Tutti gli aspetti di questo piano furono concordati tra noi la vigilia della sua partenza. Mancava soltanto ciò che non dipende dagli uomini, nemmeno nei progetti più ben congegnati. Gli eventi successivi – i miei disastri, il suo matrimonio e, infine, la sua morte – ci hanno separati per sempre.
Sembra che solo i cattivi complotti riescano; i progetti innocenti dei buoni quasi mai si realizzano.
Avendo percepito gli svantaggi della dipendenza, mi promisi fermamente di non espormi più a essa. Avendo visto fallire fin dalla loro nascita dei progetti ambiziosi che l’occasione mi aveva spinto a intraprendere, riluttante ad intraprendere nuovamente la carriera che avevo iniziato con tanta determinazione ma dalla quale ero stato appena espulso, decisi di non legarmi più a nessuno e di rimanere indipendente, sfruttando al massimo i miei talenti, dei quali finalmente cominciavo a comprendere la reale portata, mentre fino ad allora ne avevo valutato l’importanza in modo troppo modesto. Ripresi quindi il lavoro alla mia opera, che avevo interrotto per recarmi a Venezia; e per potermici dedicare con maggiore tranquillità, dopo la partenza di Altuna, tornai ad alloggiare nel mio vecchio hotel Saint-Quentin, situato in un quartiere isolato e non lontano dal Luxembourg, il che mi permetteva di lavorare in pace, molto meglio rispetto alla rumorosa rue Saint-Honoré. Lì mi attendeva l’unica vera consolazione che il cielo mi avesse concesso nella mia miseria, e l’unica cosa che rendeva quella condizione sopportabile. Questa conoscenza non è di natura occasionale; devo quindi entrare nei dettagli su come si sia verificata.
Avevamo una nuova padrona di casa che proveniva da Orléans. Prese con sé per lavorare nel settore della biancheria una ragazza del suo paese, di circa ventidue o ventitré anni, che mangiava con noi insieme alla padrona di casa. Questa ragazza, di nome Thérèse Le Vasseur, proveniva da una buona famiglia: suo padre era un funzionario della Zecca di Orléans e sua madre era una commerciante. Avevano molti figli. Quando la Zecca di Orléans cessò le sue attività, il padre rimase senza lavoro; la madre, dopo aver subito diverse fallite, non riuscì più a gestire il proprio negozio, abbandonò l’attività commerciale e venne a Parigi con suo marito e sua figlia, che provvedeva al sostentamento di tutti e tre con il proprio lavoro.
La prima volta che vidi quella ragazza seduta a tavola, fui colpito dal suo comportamento modesto, e ancora di più dal suo sguardo vivace e dolce, che per me non aveva mai avuto eguali. A tavola, oltre al signor de Bonnefond, c’erano diversi abati irlandesi, guasconi e altre persone dello stesso rango. Anche la nostra ospite aveva cucinato personalmente; ero l’unico a parlare e comportarmi in modo decente. Qualcuno prese di mira quella ragazza; io presi le sue difese. All’istante, tutte le critiche si rivolsero contro di me. Anche se naturalmente non provavo alcun interesse per quella povera ragazza, la compassione e la contraddizione che ne derivava mi spinsero a farlo. Ho sempre apprezzato l’onestà nei modi e nelle parole, soprattutto verso il sesso opposto. Diventai il suo strenuo difensore; vidi che era sensibile alle mie attenzioni, e i suoi sguardi, pieni di riconoscenza ma troppo timidi per essere espressi a parole, diventavano ancora più significativi.
Era molto timida; lo ero anch’io. La distanza che sembrava derivare da questa nostra somiglianza si dissipò però molto rapidamente. La padrona di casa, accorgendosene, divenne furiosa, e le sue crudeltà contribuirono ancora di più a avvicinarmi alla ragazza, la quale, non avendo in tutta la casa che il mio sostegno, mi vedeva uscire con difficoltà e anelava al ritorno del suo protettore. Il legame dei nostri cuori, la sintonia delle nostre nature ebbero presto l’effetto desiderato: lei iniziò a considerarmi un uomo onesto; non si sbagliava. Io vidi in lei una ragazza sensibile, semplice e priva di vanità; nemmeno io mi sbagliavo. Le dichiarai fin dall’inizio che non l’avrei mai abbandonata né sposata. L’amore, la stima, la sincerità ingenua furono i mezzi che mi permisero di ottenere il mio successo; e fu proprio perché il suo cuore era gentile e onesto che fui felice senza dover compiere alcuno sforzo particolare.
La paura che lei aveva che io mi arrabbiassi per non trovare in lei ciò che credeva che cercassi ostacolò il mio felicità più di qualsiasi altra cosa. La vidi esitante e confusa, prima di riuscire a farsi sentire, senza osare spiegarsi. Lontano dall’immaginare la vera causa del suo imbarazzo, ne immaginai una completamente falsa e offensiva per le sue virtù; credendo che mi stesse avvertendo che la mia salute fosse in pericolo, caddei in preda a confusione che, sebbene non mi trattenessero, avvelenarono il mio felicità per diversi giorni. Poiché non riuscivamo a capirci a vicenda, i nostri dialoghi su questo argomento erano più enigmi e assurdità che cose divertenti. Fu pronta a credere che fossi completamente pazzo; io fui pronto a perdere ogni fiducia in lei. Alla fine ci spiegammo: lei, piangendo, mi confessò un errore commesso all’uscita dall’infanzia, frutto della sua ignoranza e dell’astuzia di un seduttore. Non appena capii, esclamai di gioia: “Innocenza!”, pensai; “È proprio a Parigi, proprio a vent’anni che si cerca una cosa del genere. Ah, mia Thérèse, sono troppo felice di averti sana e virtuosa, e di non trovare ciò che in realtà non cercavo affatto.”
Je n’avais cherché d’abord qu’à me donner un amusement. Je vis que j’avais plus fait, et que je m’étais donné une compagne. Un peu d’habitude avec cette excellente fille, un peu de réflexion sur ma situation, me firent sentir qu’en ne songeant qu’à mes plaisirs j’avais beaucoup fait pour mon bonheur. Il me fallait à la place de l’ambition éteinte un sentiment vif qui remplît mon cœur. Il fallait, pour tout dire, un successeur à Maman : puisque je ne devais plus vivre avec elle, il me fallait quelqu’un qui vécût avec son élève, et en qui je trouvasse la simplicité, la docilité de cœur qu’elle avait trouvée en moi. Il fallait que la douceur de la vie privée et domestique me dédommageât du sort brillant auquel je renonçais. Quand j’étais absolument seul, mon cœur était vide ; mais il n’en fallait qu’un pour le remplir. Le sort m’avait ôté, m’avait aliéné, du moins en partie, celui pour lequel la nature m’avait fait. Dès lors j’étais seul ; car il n’y eut jamais pour moi d’intermédiaire entre tout et rien. Je trouvai dans Thérèse le supplément dont j’avais besoin ; par elle je vécus heureux autant que je pouvais l’être selon le cours des événements.
Je voulus d’abord former son esprit. J’y perdis ma peine. Son esprit est ce que l’a fait la nature ; la culture et les soins n’y prennent pas. Je ne rougis point d’avouer qu’elle n’a jamais bien su lire[134], quoiqu’elle écrive passablement. Quand j’allai loger dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, j’avais à l’hôtel de Pontchartrain, vis-à-vis mes fenêtres[135], un cadran sur lequel je m’efforçai durant plus d’un mois à lui faire connaître les heures. À peine les connaît-elle encore à présent. Elle n’a jamais pu suivre l’ordre des douze mois de l’année, et ne connaît pas un seul chiffre, malgré tous les soins que j’ai pris pour les lui montrer. Elle ne sait ni compter l’argent ni le prix d’aucune chose. Le mot qui lui vient en parlant est souvent l’opposé de celui qu’elle veut dire. Autrefois j’avais fait un dictionnaire de ses phrases pour amuser Mme de Luxembourg, et ses quiproquos sont devenus célèbres dans les sociétés où j’ai vécu. Mais cette personne si bornée, et, si l’on veut, si stupide, est d’un conseil excellent dans les occasions difficiles. Souvent, en Suisse, en Angleterre, en France, dans les catastrophes où je me trouvais, elle a vu ce que je ne voyais pas moi-même ; elle m’a donné les avis les meilleurs à suivre ; elle m’a tiré des dangers où je me précipitais aveuglément ; et devant les dames du plus haut rang, devant les grands et les princes, ses sentiments, son bon sens, ses réponses et sa conduite lui ont attiré l’estime universelle, et à moi, sur son mérite, des compliments dont je sentais la sincérité.
Auprès des personnes qu’on aime, le sentiment nourrit l’esprit ainsi que le cœur, et l’on a peu besoin de chercher ailleurs des idées. Je vivais avec ma Thérèse aussi agréablement qu’avec le plus beau génie de l’univers. Sa mère, fière d’avoir été jadis élevée auprès de la marquise de Monpipeau, faisait le bel esprit, voulait diriger le sien, et gâtait, par son astuce, la simplicité de notre commerce. L’ennui de cette importunité me fit un peu surmonter la sotte honte de n’oser me montrer avec Thérèse en public, et nous faisions tête-à-tête de petites promenades champêtres et de petits goûters qui m’étaient délicieux. Je voyais qu’elle m’aimait sincèrement, et cela redoublait ma tendresse. Cette douce intimité me tenait lieu de tout ; l’avenir ne me touchait plus, ou ne me touchait que comme le présent prolongé : je ne désirais rien que d’en assurer la durée.
Cet attachement me rendit toute autre dissipation superflue et insipide. Je ne sortais plus que pour aller chez Thérèse ; sa demeure devint presque la mienne. Cette vie retirée devint si avantageuse à mon travail, qu’en moins de trois mois mon opéra tout entier fut fait, paroles et musique. Il restait seulement quelques accompagnements et remplissages à faire. Ce travail de manœuvre m’ennuyait fort. Je proposai à Philidor de s’en charger, en lui donnant part au bénéfice. Il vint deux fois, et fit quelques remplissages dans l’acte d’Ovide, mais il ne put se captiver à ce travail assidu pour un profit éloigné et même incertain. Il ne revint plus, et j’achevai ma besogne moi-même.
Mon opéra fait, il s’agit d’en tirer parti : c’était un autre opéra bien plus difficile. On ne vient à bout de rien à Paris quand on y vit isolé. Je pensai à me faire jour par M. de la Poplinière, chez qui Gauffecourt, de retour de Genève, m’avait introduit. M. de la Poplinière était le Mécène de Rameau : Mme de la Poplinière était sa très humble écolière. Rameau faisait, comme on dit, la pluie et le beau temps dans cette maison. Jugeant qu’il protégerait avec plaisir l’ouvrage d’un de ses disciples, je voulus lui montrer le mien. Il refusa de le voir, disant qu’il ne pouvait lire des partitions, et que cela le fatiguait trop. La Poplinière dit là-dessus qu’on pouvait le lui faire entendre, et m’offrit de rassembler des musiciens pour en exécuter des morceaux ; je ne demandais pas mieux. Rameau consentit en grommelant, et répétant sans cesse que ce devait être une belle chose que de la composition d’un homme qui n’était pas enfant de la balle, et qui avait appris la musique tout seul. Je me hâtai de tirer en parties cinq ou six morceaux choisis. On me donna une dizaine de symphonistes, et pour chanteurs Albert, Bérard et Mlle Bourbonnois. Rameau commença, dès l’ouverture, à faire entendre, par ses éloges outrés, qu’elle ne pouvait être de moi. Il ne laissa passer aucun morceau sans donner des signes d’impatience ; mais à un air de haute-contre, dont le chant était mâle et sonore et l’accompagnement très brillant, il ne put plus se contenir ; il m’apostropha avec une brutalité qui scandalisa tout le monde, soutenant qu’une partie de ce qu’il venait d’entendre était d’un homme consommé dans l’art, et le reste d’un ignorant qui ne savait pas même la musique ; et il est vrai que mon travail, inégal et sans règle, était tantôt sublime et tantôt très plat, comme doit être celui de quiconque ne s’élève que par quelques élans de génie, et que la science ne soutient point. Rameau prétendit ne voir en moi qu’un petit pillard sans talent et sans goût. Les assistants, et surtout le maître de la maison, ne pensèrent pas de même. M. de Richelieu, qui, dans ce temps-là, voyait beaucoup M., et, comme on sait, Mme de la Poplinière, ouït parler de mon ouvrage, et voulut l’entendre en entier, avec le projet de le faire donner à la cour s’il en était content. Il fut exécuté à grand chœur et en grand orchestre, aux frais du roi, chez M. de Bonneval, intendant des Menus. Francœur dirigeait l’exécution. L’effet en fut surprenant. M. le Duc ne cessait de s’écrier et d’applaudir, et à la fin d’un chœur, dans l’acte du Tasse, il se leva, vint à moi, et me serrant la main : M. Rousseau, me dit-il, voilà de l’harmonie qui transporte. Je n’ai jamais rien entendu de plus beau : je veux faire donner cet ouvrage à Versailles. Mme de la Poplinière, qui était là, ne dit pas un mot. Rameau, quoique invité, n’y avait pas voulu venir. Le lendemain, Mme de la Poplinière me fit à sa toilette un accueil fort dur, affecta de rabaisser ma pièce, et me dit que, quoique un peu de clinquant eût d’abord ébloui M. de Richelieu, il en était bien revenu, et qu’elle ne me conseillait pas de compter sur mon opéra. M. le Duc arriva peu après et me tint un tout autre langage, me dit des choses flatteuses sur mes talents, et me parut toujours disposé à faire donner ma pièce devant le Roi. Il n’y a, dit-il, que l’acte du Tasse qui ne peut passer à la cour : il en faut faire un autre. Sur ce seul mot j’allai m’enfermer chez moi, et dans trois semaines j’eus fait à la place du Tasse un autre acte dont le sujet était Hésiode inspiré par une muse. Je trouvai le secret de faire passer dans cet acte une partie de l’histoire de mes talents, et de la jalousie dont Rameau voulait bien les honorer. Il y avait dans ce nouvel acte une élévation moins gigantesque et mieux soutenue que celle du Tasse. La musique en était aussi noble et beaucoup mieux faite, et si les deux autres actes avaient valu celui-là, la pièce entière eût avantageusement soutenu la représentation : mais tandis que j’achevais de la mettre en état, une autre entreprise suspendit l’exécution de celle-là.
At first, I had merely sought to amuse myself. But I soon realized that I had done far more than that—I had found a companion. After getting used to this excellent girl and reflecting on my own situation, I came to understand that by focusing solely on my own pleasures, I had actually done a great deal for my own happiness. What I needed now, in place of the extinguished ambition, was a strong feeling that could fill my heart. In short, what was needed was someone to succeed Mother: since I was no longer to live with her, I needed someone who would live with her disciple—and in whom I could find the simplicity and willingness to please that she had found in me. The sweetness of private and domestic life was necessary to compensate for the brilliant destiny I was giving up. When I was completely alone, my heart felt empty; but all it took was one person to fill it. Fate had taken away from me, or at least alienated me from, the person for whom nature had created me. From that moment on, I was truly alone—for there was never any intermediary between “everything” and “nothing” for me. In Thérèse, I found the complement I needed; through her, I lived as happily as it was possible for me to do, given the circumstances of my life.
I first tried to educate her mind, but in vain. Her mind is what nature itself has shaped; culture and care cannot alter it. I am not ashamed to admit that she has never truly learned how to read[134], although she can write fairly well. When I moved into the rue Neuve-des-Petits-Champs, I had a clock in front of my window at the hotel de Pontchartrain[135]; for over a month, I tried to teach her how to tell the time. Yet even now, she barely understands it. She has never been able to grasp the sequence of the twelve months of the year and does not know any numbers, despite all my efforts to teach her. She cannot count money or determine the price of anything. Often, when she speaks, she uses the opposite word of what she actually means. In the past, I had compiled a dictionary of her phrases to amuse Madame de Luxembourg, and her misunderstandings became well-known in the societies where I lived. But this woman, so limited in her understanding and perhaps even foolish by some standards, possesses excellent judgment in difficult situations. Many times, in Switzerland, England, France, or during other crises, she saw what I failed to notice; she gave me the best advice and saved me from dangers into which I would have plunged blindly. In front of ladies of the highest rank, as well as nobles and princes, her sentiments, common sense, responses, and behavior earned her universal respect—and for my part, they led me to express sincere admiration for her abilities.
In the presence of those we love, such feelings nourish both the mind and the heart, and there is little need to seek ideas elsewhere. I lived with my Thérèse as happily as if I were with the most brilliant genius in the universe. Her mother, proud of having been raised in the company of the Marquise de Monpipeau, tried to impress everyone, wanted to control our interactions, and, through her cunning, spoiled the simplicity of our relationship. The annoyance caused by this incessant interference helped me overcome my foolish shame at not daring to appear in public with Thérèse; we would take quiet walks in the countryside and enjoy small snacks together, which were truly delightful for me. I could see that she loved me sincerely, and this only deepened my affection for her. This sweet intimacy meant everything to me; the future no longer concerned me, or if it did, it was merely seen as a continuation of the present. All I desired was to ensure its lastingness.
This attachment made all other distractions seem superfluous and insipid to me. I no longer went out except to visit Thérèse; her home almost became mine. This reclusive life was so beneficial to my work that, in less than three months, I completed the entire opera, including both lyrics and music. Only a few additional accompaniments and filler pieces remained to be done. However, this tedious task bored me greatly. I offered Philidor to take on the work, sharing the profits with him. He came twice and made some additions to the act from Ovid, but he was unable to devote himself to such diligent labor for a distant and even uncertain reward. He never returned, and I finished the work myself.
My opera was there; the task was to make use of it—it was a different kind of opera, much more difficult indeed. One cannot accomplish anything in Paris when one lives in isolation. I thought of seeking help through M. de la Poplinière, whom Gauffecourt had introduced me to upon his return from Geneva. M. de la Poplinière was Rameau’s patron; Mme de la Poplinière was his very humble student. Rameau, as it were, held absolute power in that household. Thinking that he would gladly support the work of one of his disciples, I wanted to show him mine. But he refused to even look at it, saying that he could not read musical scores and that it exhausted him too much. Mme de la Poplinière suggested that we could play it for him and offered to gather musicians to perform some pieces; I was more than willing. Rameau grumbled his consent, repeatedly insisting that such composition by a man who had no formal training in music and who had learned it all on his own must be something extraordinary. I quickly selected five or six pieces from my work. We were given about ten musicians, along with singers Albert, Bérard, and Mlle Bourbonnois. As soon as the performance began, Rameau’s exaggerated praises made it clear that he did not believe it was my work at all. He showed impatience throughout; but when a high-contralto air, with its powerful singing and brilliant accompaniment, was played, he could contain himself no longer. He addressed me rudely in front of everyone, claiming that part of the music was by a true master while the rest was the work of an ignorant fool who had no knowledge of music at all. Indeed, my composition, uneven and unstructured, sometimes displayed great beauty but often fell short, as is the case with works born of sporadic bursts of genius rather than solid musical training. Rameau dismissed me as a talentless and tasteless hack. However, those present, especially the host, did not share his opinion. M. de Richelieu, who at that time had frequent dealings with Mme de la Poplinière, heard about my work and wanted to hear it in its entirety, with the intention of presenting it at court if he was pleased. The performance was given with great enthusiasm and a large orchestra, at the expense of the king, at M. de Bonneval’s residence, the superintendent of the royal kitchens. Francœur conducted the orchestra. The effect was astonishing. M. le Duc kept exclaiming in admiration; at the end of a chorus from the “Tasse” act, he stood up, came over to me, and, shaking my hand, said, “M. Rousseau, this is music that moves one’s soul. I have never heard anything more beautiful; I want this work to be performed at Versailles.” Mme de la Poplinière, who was there, said not a word. Rameau, although invited, had refused to attend. The next day, Madame de la Poplinière received me rather coldly during her morning ablutions, pretended to belittle my play, and told me that although a bit of ostentation might have initially dazzled Monsieur de Richelieu, he had soon come round to his senses and advised me not to rely on the success of my work. Shortly after, Monsieur le Duc arrived and spoke entirely differently to me; he praised my talents and seemed genuinely willing to have my play performed before the King. He said that only the act involving Tasse could not be presented at court, and that another act needed to be written in its place. At these words, I went away to work on it alone, and within three weeks, I composed a new act featuring Hesiod inspired by a muse. I managed to incorporate into this new act elements of my own story of how my talents were recognized—and also of the jealousy Rameau had felt toward them. The new act was less grandiose in its scale but more well-balanced; its music was just as noble and much better crafted. Had the other two acts been as good as this one, the whole play would have been a great success. However, before I could complete it, another project intervened and prevented its performance.
Inizialmente, avevo cercato soltanto di divertirmi. Mi resi conto però che avevo fatto molto di più: mi ero trovato una compagna. Dopo aver preso un po’ d’abitudine a questa meravigliosa ragazza e riflettuto sulla mia situazione, capii che, pensando soltanto ai miei piaceri, avevo contribuito in modo significativo al mio stesso benessere. Avevo bisogno, al posto dell’ambizione ormai spenta, di un sentimento vivo che riempisse il mio cuore. In altre parole, avevo bisogno di qualcuno che sostituisse “Mamma”: poiché non avrei più vissuto con lei, doveva esserci qualcuno che vivesse con la sua allieva e in cui potessi trovare quella semplicità, quella docilità d’animo che lei aveva trovato in me. La dolcezza della vita privata e domestica doveva compensarmi del destino brillante che rinunciavo. Quando ero completamente solo, il mio cuore era vuoto; ma bastava una persona per riempirlo. Il destino mi aveva tolto, o almeno in parte, colui per cui la natura mi aveva creato. Da quel momento, fui solo: non esisteva mai nessuno tra “tutto” e “niente”. Trovai in Teresa ciò di cui avevo bisogno; grazie a lei, vivetti felice nel modo in cui era possibile, data la sequenza degli eventi.
Volevo innanzitutto formare il suo intelletto. Ma invano. Il suo modo di pensare è quello che la natura le ha dato; né l’educazione né gli sforzi possano modificarlo. Non mi vergogno ad ammettere che lei non abbia mai imparato davvero a leggere[134], anche se scrive in modo passabile. Quando mi trasferii nella rue Neuve-des-Petits-Champs, nell’hotel de Pontchartrain, di fronte alle mie finestre[135], c’era un orologio; per più di un mese cercai di farle imparare a riconoscere le ore. Ma ancora oggi lei ne conosce appena il funzionamento. Non è mai riuscita a comprendere l’ordine dei dodici mesi dell’anno, e non conosce nemmeno un numero, nonostante tutti i miei sforzi per insegnarglieli. Non sa né contare il denaro né conoscere il prezzo delle cose. Spesso, quando parla, usa parole opposte a quelle che intende dire. In passato avevo compilato un “dizionario” delle sue frasi per divertire la signora di Luxembourg. I suoi errori di linguaggio divennero famosi nelle società in cui vivevo. Ma questa donna, così limitata e, se si vuole, così stupida, offre spesso consigli eccellenti nelle situazioni difficili. Molte volte, in Svizzera, in Inghilterra, in Francia, nei momenti di pericolo, lei vedeva ciò che io non riuscivo a vedere; mi dava i migliori suggerimenti da seguire, mi salvava dai pericoli nei quali mi gettavo ciecamente. E davanti alle dame di alto rango, ai nobili e ai principi, il suo modo di comportarsi, la sua intelligenza, le sue risposte attiravano l’ammirazione generale. E a me, per il suo merito, venivano fatti complimenti che sentivo essere sinceri.
In presenza delle persone che si amano, il sentimento nutre sia lo spirito che il cuore, e non c’è quasi bisogno di cercare altrove idee. Vivevo con Thérèse in modo tanto piacevole quanto se fossi stato con il più bel genio dell’universo. Sua madre, orgogliosa di essere stata un tempo educata presso la marchesa de Monpipeau, si comportava in modo affettato, cercava di influenzare le nostre decisioni e, con la sua astuzia, rovinava la semplicità delle nostre relazioni. L’irritazione causata da questa insistenza mi aiutò a superare quella stupida vergogna di non osare mostrarmi in pubblico con Thérèse; facevamo insieme piccole passeggiate in campagna e gustavamo deliziosi spuntini. Vedevo che lei mi amava sinceramente, e questo raddoppiava la mia tenerezza verso di lei. Questa dolce intimità mi bastava completamente; il futuro non mi interessava più, o al massimo mi appariva come un’estensione del presente: desideravo soltanto che quel momento durasse per sempre.
Questo attaccamento rese ogni altra distrazione superflua e insipida; uscivo soltanto per andare da Thérèse; la sua dimora divenne quasi la mia. Questa vita ritirata risultò estremamente vantaggiosa per il mio lavoro: in meno di tre mesi completai l’intero mio opera, parole e musica comprese. Restavano soltanto alcuni accompagnamenti musicali da realizzare; questo tipo di lavoro mi annoiava molto. Proposi quindi a Philidor di occuparsene, offrendogli una parte dei profitti. Venne due volte e modificò alcune parti dell’opera di Ovidio, ma non riuscì ad impegnarsi con costanza in un lavoro così noioso per un guadagno lontano e persino incerto. Non tornò più, e io completai da solo il mio compito.
Il mio opera è stata creata apposta per essere sfruttata al meglio: si trattava di un’opera molto più difficile della precedente. A Parigi, se si vive isolati, è impossibile portare a termine nulla. Pensai quindi di cercare il sostegno di Monsieur de la Poplinière, attraverso il quale Gauffecourt, al suo ritorno da Ginevra, mi aveva presentato. Monsieur de la Poplinière era il mecenate di Rameau; Madame de la Poplinière, invece, ne era l’allieva molto umile. In quella casa, Rameau aveva davvero un ascendente totale. Ritenendo che fosse felice di proteggere l’opera di uno dei suoi discepoli, decisi di fargliela ascoltare. Lui rifiutò categoricamente, dicendo di non essere in grado di leggere le partiture e che ciò lo stancasse troppo. Madame de la Poplinière suggerì invece di farla eseguire, offrendosi di radunare alcuni musicisti; accettai subito. Rameau acconsentì con riluttanza, ripetendo continuamente quanto fosse straordinaria l’opera di un uomo che non aveva ricevuto una formazione classica e aveva imparato la musica da solo. Preparai rapidamente cinque o sei brani scelti; mi furono messi a disposizione dieci musicisti, oltre ad Albert, Bérard e Mademoiselle Bourbonnois come cantanti. Appena iniziata l’esecuzione, Rameau iniziò a esprimere commenti sprezzanti, sostenendo che quei brani non potessero essere stati scritti da me. Non riuscì a trattenersi davanti a un certo pezzo, il cui canto era vigoroso e l’accompagnamento brillante; mi rimproverò con brutalità, affermando che una parte dell’opera fosse di qualcuno veramente esperto nell’arte, mentre il resto appartenesse a un ignorante. Il mio lavoro, infatti, era discontinuo e privo di regolarità: a volte eccezionale, altre volte molto banale, proprio come può essere quello di chi si avvicina all’arte solo con occasionali ispirazioni geniali, senza una vera formazione musicale. Rameau mi definì un “piccolo predone” privo di talento e gusto. Gli spettatori, invece, e soprattutto il padrone di casa, la pensavano diversamente. Monsieur de Richelieu, che all’epoca frequentava spesso Madame de la Poplinière, sentì parlare del mio lavoro e volle ascoltarlo interamente, con l’intenzione di farlo eseguire alla corte se gli fosse piaciuto. L’esecuzione ebbe un grande successo: il Duca non smetteva di esclamare e applaudire; alla fine di un brano dell’opera “Il Tasso”, si alzò, venne da me e, stringendomi la mano, mi disse: “Monsieur Rousseau, questa è davvero armonia che commuove profondamente. Non ho mai sentito nulla di più bello; voglio far eseguire quest’opera a Versailles”. Madame de la Poplinière non disse una parola; Rameau, invece, pur essendo stato invitato, aveva rifiutato di partecipare all’esecuzione. Il giorno seguente, Madame de la Poplinière mi accolse in modo molto freddo durante il mio rituale mattutino, fingeva di sottovalutare la mia opera e mi disse che, sebbene all’inizio un po’ di fronzoli avessero abbagliato Monsieur de Richelieu, lui ne era poi ripreso pienamente conto, e non mi consigliava quindi di fare affidamento sulla mia pièce. Poco dopo arrivò il Duca, che mi parlò in modo completamente diverso: mi disse cose lusinghiere sui miei talenti e sembrava sempre disposto a far rappresentare la mia opera davanti al Re. Disse però che c’era solo l’atto di Tasso che non poteva essere presentato alla corte; bisognava quindi scriverne un altro. Appena udii queste parole, mi ritirai in casa e, in tre settimane, scrissi un nuovo atto al posto di quello di Tasso; il suo argomento era Esiodo ispirato da una musa. Riuscii a inserire nella nuova versione parte della storia dei miei talenti, nonché dell’invidia di cui Rameau sembrava volermi onorare. Il nuovo atto presentava un livello artistico meno elevato ma più equilibrato rispetto a quello di Tasso; anche la musica era più nobile e ben realizzata. Se gli altri due atti fossero stati all’altezza di questo, l’intera opera avrebbe potuto avere grande successo. Ma mentre finivo di prepararla, un’altra iniziativa ne ritardò la rappresentazione.
(1745 — 1747) — L’hiver qui suivit la bataille de Fontenoy, il y eut beaucoup de fêtes à Versailles, entre autres plusieurs opéras au théâtre des Petites-Écuries. De ce nombre fut le drame de Voltaire intitulé La Princesse de Navarre, dont Rameau avait fait la musique, et qui venait d’être changé et réformé sous le nom des Fêtes de Ramire. Ce nouveau sujet demandait plusieurs changements aux divertissements de l’ancien, tant dans les vers que dans la musique. Il s’agissait de trouver quelqu’un qui pût remplir ce double objet, Voltaire, alors en Lorraine, et Rameau, tous deux occupés pour lors à l’opéra du Temple de la Gloire, ne pouvant donner des soins à celui-là. M. de Richelieu pensa à moi, me fit proposer de m’en charger, et pour que je pusse examiner mieux ce qu’il y avait à faire, il m’envoya séparément le poème et la musique. Avant toute chose, je ne voulus toucher aux paroles que de l’aveu de l’auteur ; je lui écrivis à ce sujet une lettre très honnête, et même respectueuse, comme il convenait[136]. Voici sa réponse, dont l’original est dans la liasse A, n° I.
« 15 décembre 1745.
Vous réunissez, monsieur, deux talents qui ont toujours été séparés jusqu’à présent. Voilà déjà deux bonnes raisons pour moi de vous estimer et de chercher à vous aimer. Je suis fâché pour vous que vous employiez ces deux talents à un ouvrage qui n’en est pas trop digne. Il y a quelques mois que M. le duc de Richelieu m’ordonna absolument de faire en un clin d’œil une petite et mauvaise esquisse de quelques scènes insipides et tronquées, qui devaient s’ajouter à des divertissements qui ne sont point faits pour elles. J’obéis avec la plus grande exactitude ; je fis très vite et très mal. J’envoyai ce misérable croquis à M. le duc de Richelieu, comptant qu’il ne servirait pas, ou que je le corrigerais. Heureusement il est entre vos mains, vous en êtes le maître absolu ; j’ai perdu entièrement tout cela de vue. Je ne doute pas que vous n’ayez rectifié toutes les fautes échappées nécessairement dans une composition si rapide d’une simple esquisse, que vous n’ayez suppléé à tout.
Je me souviens qu’entre autres balourdises il n’est pas dit, dans ces scènes qui lient les divertissements, comment la princesse Grenadine passe tout d’un coup d’une prison dans un jardin ou dans un palais. Comme ce n’est point un magicien qui lui donne des fêtes, mais un seigneur espagnol, il me semble que rien ne doit se faire par enchantement. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien revoir cet endroit, dont je n’ai qu’une idée confuse. Voyez s’il est nécessaire que la prison s’ouvre et qu’on fasse passer notre princesse de cette prison dans un beau palais doré et verni, préparé pour elle. Je sais très bien que tout cela est fort misérable, et qu’il est au-dessous d’un être pensant de faire une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais enfin, puisqu’il s’agit de déplaire le moins qu’on pourra, il faut mettre le plus de raison qu’on peut, même dans un mauvais divertissement d’opéra.
Je me rapporte de tout à vous et à M. Ballod, et je compte avoir bientôt l’honneur de vous faire mes remerciements, et de vous assurer, Monsieur, à quel point j’ai celui d’être, etc. »
Qu’on ne soit pas surpris de la grande politesse de cette lettre comparée aux autres lettres demi-cavalières qu’il m’a écrites depuis ce temps-là. Il me crut en grande faveur auprès de M. de Richelieu, et la souplesse courtisane qu’on lui connaît l’obligeait à beaucoup d’égards pour un nouveau venu, jusqu’à ce qu’il connût mieux la mesure de son crédit.
Autorisé par M. de Voltaire et dispensé de tous égards pour Rameau, qui ne cherchait qu’à me nuire, je me mis au travail, et en deux mois ma besogne fut faite. Elle se borna, quant aux vers, à très peu de chose. Je tâchai seulement qu’on n’y sentît pas la différence des styles, et j’eus la présomption de croire avoir réussi. Mon travail en musique fut plus long et plus pénible. Outre que j’eus à faire plusieurs morceaux d’appareil, et entre autres l’ouverture, tout le récitatif dont j’étais chargé se trouva d’une difficulté extrême, en ce qu’il fallait lier, souvent en peu de vers et par des modulations très rapides, des symphonies et des chœurs dans des tons fort éloignés ; car, pour que Rameau ne m’accusât pas d’avoir défiguré ses airs, je n’en voulus changer ni transposer aucun. Je réussis à ce récitatif. Il était bien accentué, plein d’énergie, et surtout excellemment modulé. L’idée des deux hommes supérieurs auxquels on daignait m’associer m’avait élevé le génie, et je puis dire que dans ce travail ingrat et sans gloire, dont le public ne pouvait pas même être informé, je me tins presque toujours à côté de mes modèles.
La pièce, dans l’état où je l’avais mise, fut répétée au grand théâtre de l’Opéra. Des trois auteurs, je m’y trouvai seul. Voltaire était absent, et Rameau n’y vint pas, ou se cacha.
Les paroles du premier monologue étaient très lugubres. En voici le début :
O mort ! viens terminer les malheurs de ma vie.
Il avait bien fallu faire une musique assortissante. Ce fut pourtant là-dessus que Mme de la Poplinière fonda sa censure, en m’accusant, avec beaucoup d’aigreur, d’avoir fait une musique d’enterrement. M. de Richelieu commença judicieusement par s’informer de qui étaient les vers de ce monologue. Je lui présentai le manuscrit qu’il m’avait envoyé, et qui faisait foi qu’ils étaient de Voltaire. En ce cas, dit-il, c’est Voltaire seul qui a tort. Durant la répétition, tout ce qui était de moi fut successivement improuvé par Mme de la Poplinière, et justifié par M. de Richelieu. Mais enfin j’avais affaire à trop forte partie, et il me fut signifié qu’il y avait à refaire à mon travail plusieurs choses sur lesquelles il fallait consulter M. Rameau. Navré d’une conclusion pareille, au lieu des éloges que j’attendais, et qui certainement m’étaient dus, je rentrai chez moi, la mort dans le cœur. J’y tombai malade, épuisé de fatigue, dévoré de chagrin, et de six semaines je ne fus en état de sortir.
Rameau, qui fut chargé des changements indiqués par Mme de la Poplinière, m’envoya demander l’ouverture de mon grand opéra pour la substituer à celle que je venais de faire. Heureusement je sentis le croc-en-jambe, et je la refusai. Comme il n’y avait plus que cinq ou six jours jusqu’à la représentation il n’eut pas le temps d’en faire une, et il fallut laisser la mienne. Elle était à l’italienne, et d’un style très nouveau pour lors en France. Cependant, elle fut goûtée, et j’appris par M. de Valmalette, maître d’hôtel du roi, et gendre de M. Mussard, mon parent et mon ami, que les amateurs avaient été très contents de mon ouvrage, et que le public ne l’avait pas distingué de celui de Rameau. Mais celui-ci, de concert avec Mme de la Poplinière, prit des mesures pour qu’on ne sût pas même que j’y avais travaillé. Sur les livres qu’on distribue aux spectateurs, et où les auteurs sont toujours nommés, il n’y eut de nommé que Voltaire, et Rameau aima mieux que son nom fût supprimé que d’y voir associer le mien[137].
Sitôt que je fus en état de sortir, je voulus aller chez M. de Richelieu. Il n’était plus temps. Il venait de partir pour Dunkerque, où il devait commander le débarquement destiné pour l’Écosse. À son retour, je me dis, pour autoriser ma paresse, qu’il était trop tard. Ne l’ayant plus revu depuis lors, j’ai perdu l’honneur que méritait mon ouvrage, l’honoraire qu’il devait me produire, et mon temps, mon travail, mon chagrin, ma maladie et l’argent qu’elle me coûta, tout cela fut à mes frais, sans me rendre un sol de bénéfice, ou plutôt de dédommagement. Il m’a cependant toujours paru que M. de Richelieu avait naturellement de l’inclination pour moi et pensait avantageusement de mes talents. Mais mon malheur et Mme de la Poplinière empêchèrent tout l’effet de sa bonne volonté.
(1745 — 1747) — During the winter following the battle of Fontenoy, there were many festivities in Versailles, including several operas performed at the Théâtre des Petites-Écuries. Among them was a drama by Voltaire titled La Princesse de Navarre, for which Rameau had composed the music; this work had recently been revised and reworked under the title Les Fêtes de Ramire. This new version required significant changes to both the lyrics and the music of the original piece. It became necessary to find someone capable of undertaking such revisions. At that time, Voltaire was in Lorraine, and Rameau was busy working on the opera Le Temple de la Gloire, so neither of them could handle the task. Monsieur de Richelieu thought of me and suggested that I take on the project. To allow me to better assess what needed to be done, he sent me both the poem and the music separately. Before making any alterations, I insisted on obtaining the author’s permission; I wrote him a very honest and respectful letter regarding this matter[136]. Here is his reply, whose original is found in folder A, number I.
“December 15, 1745.”
Sir, you combine two talents that have always been separate until now. That alone is already two good reasons for me to respect and try to love you. I am sorry that you are using these two talents on a task that is not quite worthy of them. A few months ago, Monsieur the Duke of Richelieu ordered me to quickly draft a poor, inadequate sketch of some dull and incomplete scenes, which were supposed to be added to entertainments that were not really suited for such material. I obeyed his orders with utmost precision; I finished it quickly—but poorly. I sent this miserable sketch to Monsieur the Duke of Richelieu, assuming it would be discarded or that I could revise it later. Fortunately, it is now in your hands—you are its absolute master; I have completely forgotten about all of this. I have no doubt that you have corrected every mistake that inevitably occurred in such a hasty creation of a mere sketch, and that you have made everything right.
I remember that, among other absurdities, it is not explained in these scenes that link one entertainment with another how Princess Grenadine suddenly manages to move from a prison into a garden or a palace. Since it is not a magician who organizes these festivities for her, but a Spanish lord, I think nothing should happen through magic. Please, Monsieur, take the time to examine this place again; I only have a vague idea of what it looks like. Determine whether it is necessary for the prison to be opened and for our princess to be transported from there into a beautiful, gilded, and polished palace that has been prepared for her. I am well aware that all of this is extremely poor in quality, and that it would be beneath a thinking person to take such trivial matters seriously; but after all, since we are trying to minimize any displeasure that might arise, we must put as much care into even the worst entertainment in the form of an opera as possible.
I report everything to you and to Mr. Ballod, and I hope to have the honor of thanking you soon. Moreover, I would like to assure you, Monsieur, of how grateful I am to be, etc.
It is hardly surprising to find such great politeness in this letter, compared to the rather cavalier letters he has written to me since then. He believed that I held considerable influence with Monsieur de Richelieu, and his usual courteous demeanor compelled him to show great respect toward someone new to the situation, until he came to understand better the extent of my influence.
Approved by Monsieur de Voltaire and exempted from any restrictions regarding Rameau, who only sought to harm me, I began my work, and in two months it was completed. As for the verses, very little needed to be changed; my aim was simply to ensure that no difference in style could be detected, and I believed I had succeeded. My work on the music, however, was much longer and more difficult. In addition to composing several introductory pieces, including the overture, the entire recitative section I was responsible for proved to be extremely challenging, as it required combining symphonies and choruses in vastly different tones within very few verses and through rapid modulations. Moreover, to prevent Rameau from accusing me of distorting his melodies, I refused to alter or transpose any of them. I succeeded with this recitative; it was well-enunciated, full of energy, and particularly masterfully modulated. The fact that I was considered worthy of working alongside these two distinguished men had inspired my creativity, and I can say that in this thankless and unglorious task, of which the public would never even hear, I managed to remain true to their standards almost throughout.
The play, in the state I had left it in, was performed at the Grand Theatre of the Opera. Of the three authors, only I was present. Voltaire was absent, and Rameau either did not come or hid himself away.
The words of the first monologue were very somber. Here is its beginning:
O death! Come and end the misfortunes of my life.
It was necessary to compose music that suited the occasion. Yet it was on this very point that Madame de la Poplinière based her criticism, accusing me, with great bitterness, of having created music suitable for a funeral. Monsieur de Richelieu began by asking who had written the verses for this monologue. I showed him the manuscript he had sent to me, which proved that they were indeed by Voltaire. In that case, he said, it was only Voltaire who was in error. During the rehearsals, everything I had done was successively criticized by Madame de la Poplinière and defended by Monsieur de Richelieu. But ultimately, I was up against too strong an opponent, and it was told to me that several aspects of my work needed to be revised, and that I should consult Monsieur Rameau on those matters. Disappointed by such a outcome—instead of the praise I had expected and certainly deserved—I returned home in utter despair. There, I fell ill, exhausted by fatigue and consumed by grief; for six weeks, I was unable to leave my bed.
Rameau, who was responsible for making the necessary changes suggested by Madame de la Poplinière, sent someone to ask me to allow my new opera to be performed in place of the one I had just composed. Fortunately, I saw through his scheme and refused. Since there were only five or six days left before the performance, he did not have time to compose another opera, so my work was ultimately staged. It was written in the Italian style and represented a very new approach at that time in France. Nevertheless, it was well received; I learned from Monsieur de Valmalette, the king’s valet de chambre and son-in-law of Monsieur Mussard, my relative and friend, that the aficionados were very pleased with my work, and that the general public could not distinguish it from Rameau’s. However, Rameau, in collusion with Madame de la Poplinière, took steps to ensure that no one even knew I had been involved in its creation. On the program sheets distributed to the audience, where the authors’ names are usually listed, only Voltaire’s name appeared; Rameau would rather have his own name removed than see mine associated with it[137].
As soon as I was able to leave, I wanted to go to see Monsieur de Richelieu. But it was too late—he had just set off for Dunkirk, where he was to oversee the landing forces destined for Scotland. When he returned, I told myself that it was already too late to justify my laziness. Since then, I never saw him again, and as a result, I lost the recognition that my work deserved, the income it could have brought me, as well as all the time, effort, sorrow, illness, and money spent on it—all at my own expense, without receiving so much as a single penny in return. Nevertheless, I always felt that Monsieur de Richelieu naturally had a favorable opinion of me and believed in my talents. But my misfortune and Madame de la Poplinière prevented any positive outcome of his good intentions.
(1745 — 1747) — L’inverno successivo alla battaglia di Fontenoy, a Versailles si tennero molte feste, tra cui diversi spettacoli d’opera al teatro delle Petites-Écuries. Tra questi vi fu il dramma di Voltaire intitolato “La Principessa di Navarra”, la cui musica era stata composta da Rameau; l’opera era stata recentemente modificata e rielaborata con il titolo “Le Feste di Ramire”. Questa nuova versione richiedeva numerosi cambiamenti sia nei versi che nella musica rispetto all’originale. Bisognava trovare qualcuno in grado di occuparsi di entrambi gli aspetti; Voltaire, che in quel periodo si trovava in Lorena, e Rameau, impegnati entrambi nell’opera “Il Tempio della Gloria”, non potevano dedicarsi a questo progetto. Monsieur de Richelieu pensò a me, mi propose di occuparmene e, affinché potessi esaminare più attentamente ciò che era necessario fare, mi inviò separatamente il testo poetico e la musica. Prima di tutto, decisi di modificare soltanto i versi con l’autorizzazione dello stesso autore; gli scrissi a questo proposito una lettera molto onesta e rispettosa, come era opportuno[136]. Ecco la sua risposta; l’originale si trova nella cartella A, n. I.
“15 dicembre 1745.”
Signore, voi unite due talenti che fino ad ora sono sempre stati separati. Questo è già un buon motivo per me per stimarvi e cercare di amarvi. Mi dispiace molto che utilizziate questi due talenti per un’opera che non ne è davvero degna. Alcuni mesi fa, il duca di Richelieu mi ordinò assolutamente di realizzare in pochissimo tempo una bozza rudimentale e scadente di alcune scene insipide e incomplete, da aggiungere a spettacoli che non erano affatto adatti a esse. Obbedii con la massima precisione: lavorai velocemente, ma male. Inviai quella misera bozza al duca di Richelieu, pensando che non sarebbe stata utilizzata o che l’avrei corretta in seguito. Fortunatamente ora è nelle vostre mani; voi ne siete il padrone assoluto. Io ho completamente dimenticato tutta questa faccenda. Non dubito che abbiate corretto tutti gli errori inevitabili in una composizione così frettolosamente realizzata, e che abbiate compensato ogni mancanza.
Ricordo che, tra le altre sciocchezze, in queste scene che collegano i diversi momenti di intrattenimento non viene mai spiegato come la principessa Grenadine passi improvvisamente da una prigione a un giardino o a un palazzo. Poiché non è un mago a organizzare per lei le feste, ma un signore spagnolo, mi sembra che nulla debba avvenire per mezzo di incantesimi. La prego, Signore, di voler rivedere questo luogo, di cui ho solo una vaga idea. Verifichi se sia necessario che la prigione si apra e che la nostra principessa venga fatta passare da essa in un bellissimo palazzo dorato e lucido, preparato apposta per lei. So benissimo che tutto ciò è molto misero, e che sarebbe indegno di una persona pensante occuparsi seriamente di simili sciocchezze; ma dopotutto, poiché si tratta di cercare di dispiacere il meno possibile al pubblico, bisogna mettere il massimo impegno, anche in un cattivo spettacolo d’opera.
Mi riferisco a tutto questo sia a voi che al signor Ballod, e spero di avere presto l’onore di ringraziarvi, e di assicurarvi, signore, di quanto io sia grato per, ecc.
Non sorprende affatto la grande cortesia di questa lettera, rispetto alle altre missive piuttosto formali che mi ha scritto da allora. Credeva che io godessi di una grande influenza presso il signor de Richelieu, e la sua abitudine a comportarsi con eleganza e diplomazia lo obbligava ad essere molto rispettoso nei confronti di qualcuno che fosse appena entrato in sua orbita, fino a quando non avesse meglio compreso quale fosse il reale peso della mia influenza.
Autorizzato da Monsieur de Voltaire e esentato da ogni tipo di restrizione riguardo a Rameau, che non cercava altro che nuocermi, mi misi all’opera e in due mesi completai il mio compito. Per quanto riguarda i versi, il lavoro consistette sostanzialmente in poche modifiche; mi sforzai soltanto di far sì che non si percepisse alcuna differenza nello stile, e credo di essere riuscito nel mio intento. Il lavoro musicale, invece, fu più lungo e più arduo: oltre a dover comporre diversi brani di introduzione, tra cui l’ouverture, l’intero recitativo che mi era stato affidato presentava una difficoltà estrema, poiché bisognava collegare, spesso in pochi versi e attraverso modulazioni molto rapide, sinfonie e cori in tonalità molto distanti tra loro; inoltre, per evitare che Rameau mi accusasse di aver alterato le sue melodie, non volli modificarne o trasporne nessuna. Riuscii comunque nel mio compito: il recitativo risultò ben accentuato, pieno di energia e, soprattutto, eccellentemente modulato. L’idea di essere associato a due uomini così illustri mi aveva ispirato notevolmente; posso dire che in questo lavoro ingrato e privo di gloria, di cui il pubblico non avrebbe nemmeno potuto venire a conoscenza, riuscii quasi sempre a mantenere lo stesso livello dei miei modelli.
L’opera, nella forma in cui l’avevo preparata, fu rappresentata al grande teatro dell’Opera. Dei tre autori, ero l’unico presente. Voltaire era assente, e Rameau non venne, o si nascose.
Le parole del primo monologo erano molto lugubri. Ecco l’inizio:
Oh morte, vieni a porre fine alle sventure della mia vita.
Era necessario comporre una musica adatta al contesto. Fu proprio su questo punto che Madame de la Poplinière esercitò la sua censura, accusandomi, con grande asprezza, di aver creato una musica funebre. Monsieur de Richelieu iniziò saggiamente chiedendo chi avesse scritto i versi di quel monologo. Gli mostrai il manoscritto che mi aveva inviato, il quale provava che appartenevano a Voltaire. “In tal caso”, disse, “è soltanto Voltaire ad avere torto”. Durante le prove, tutto ciò che avevo composto fu successivamente criticato da Madame de la Poplinière e giustificato da Monsieur de Richelieu. Ma alla fine mi trovavo di fronte a un avversario troppo potente; mi fu detto che dovevo modificare diverse parti del mio lavoro, consultando per questo Monsieur Rameau. Deluso da una conclusione del genere, invece degli elogi che mi aspettavo e che certamente mi spettavano, tornai a casa con il cuore spezzato. Lì mi ammalai, esausto per la fatica e divorato dal dolore; per sei settimane non fui in grado di uscire di casa.
Rameau, incaricato di apportare i cambiamenti indicati da Madame de la Poplinière, mi mandò a chiedere che il mio grande opera venisse messo in scena al posto di quello che avevo appena composto. Fortunatamente riuscii a evitarlo e lo rifiutai. Poiché mancavano soltanto cinque o sei giorni alla rappresentazione, non ebbe il tempo di ne scrivere uno nuovo, quindi dovette lasciare che fosse messo in scena il mio. L’opera era in stile italiano e presentava uno stile molto innovativo per l’epoca in Francia. Tuttavia fu apprezzata: attraverso M. de Valmalette, maggiordomo del re e genero di M. Mussard, mio parente e amico, seppi che gli appassionati erano molto soddisfatti del mio lavoro e che il pubblico non aveva rilevato alcuna differenza tra la mia opera e quella di Rameau. Tuttavia quest’ultimo, in accordo con Madame de la Poplinière, prese delle misure affinché nessuno venisse a sapere che vi avevo lavorato. Nei libretti distribuiti ai spettatori, dove gli autori vengono sempre menzionati, fu indicato soltanto il nome di Voltaire; Rameau preferì che il mio nome venisse omesso piuttosto che associato al suo[137].
Non appena fui in grado di uscire, desiderai andare da Monsieur de Richelieu. Ma era ormai troppo tardi: aveva appena lasciato Parigi per Dunkerque, dove avrebbe dovuto comandare lo sbarco destinato alla Scozia. Al suo ritorno, pensai che fosse troppo tardi per potermi permettere la pigrizia. Da allora non l’ho più rivisto e ho perso l’onore che il mio lavoro meritava, i guadagni che avrebbe dovuto procurarmi, nonché tutto il tempo, il lavoro, la sofferenza, la malattia e i soldi che questa mi è costata. Tutto ciò è stato a mie spese, senza che io ne ottenessi nemmeno un centesimo di beneficio, o meglio, di compensazione. Tuttavia, ho sempre creduto che Monsieur de Richelieu avesse naturalmente una certa simpatia per me e che considerasse i miei talenti con favore. Ma la mia sfortuna e Madame de la Poplinière hanno impedito che la sua buona volontà potesse avere alcun effetto concreto.
Je ne pouvais rien comprendre à l’aversion de cette femme à qui je m’étais efforcé de plaire et à qui je faisais assez régulièrement ma cour. Gauffecourt m’en expliqua les causes. D’abord, me dit-il, son amitié pour Rameau, dont elle est la prôneuse en titre et qui ne veut souffrir aucun concurrent, et de plus un péché originel qui vous damne auprès d’elle, et qu’elle ne vous pardonnera jamais, c’est d’être Genevois. Là-dessus, il m’expliqua que l’abbé Hubert, qui l’était, et sincère ami de M. de la Poplinière, avait fait ses efforts pour l’empêcher d’épouser cette femme qu’il connaissait bien, et qu’après le mariage elle lui avait voué une haine implacable, ainsi qu’à tous les Genevois. Quoique la Poplinière, ajouta-t-il, ait de l’amitié pour vous, et que je le sache, ne comptez pas sur son appui. Il est amoureux de sa femme ; elle vous hait ; elle est méchante, elle est adroite ; vous ne ferez jamais rien dans cette maison. Je me le tins pour dit.
Ce même Gauffecourt me rendit à peu près dans le même temps un service dont j’avais grand besoin. Je venais de perdre mon vertueux père âgé d’environ soixante ans. Je sentis moins cette perte que je n’aurais fait en d’autres temps, où les embarras de ma situation m’auraient moins occupé. Je n’avais point voulu réclamer de son vivant ce qui restait du bien de ma mère et dont il tirait le petit revenu. Je n’eus plus là-dessus de scrupule après sa mort. Mais le défaut de preuve juridique de la mort de mon frère faisait une difficulté que Gauffecourt se chargea de lever, et qu’il leva en effet par les bons offices de l’avocat Delorme. Comme j’avais le plus grand besoin de cette petite ressource, et que l’événement était douteux, j’en attendais la nouvelle définitive avec le plus vif empressement. Un soir, en rentrant chez moi, je trouvai la lettre qui devait contenir cette nouvelle, et je la pris pour l’ouvrir avec un tremblement d’impatience dont j’eus honte au-dedans de moi. Eh quoi ! me dis-je avec dédain, Jean-Jacques se laissera-t-il subjuguer à ce point par l’intérêt et par la curiosité ? Je remis sur-le-champ la lettre sur ma cheminée. Je me déshabillai, me couchai tranquillement, dormis mieux qu’à mon ordinaire, et me levai le lendemain assez tard, sans plus penser à ma lettre. En m’habillant, je l’aperçus ; je l’ouvris sans me presser ; j’y trouvai une lettre de change. J’eus bien des plaisirs à la fois, mais je puis jurer que le plus vif fut celui d’avoir su me vaincre. J’aurais vingt traits pareils à citer en ma vie, mais je suis trop pressé pour pouvoir tout dire. J’envoyai une petite partie de cet argent à ma pauvre Maman, regrettant avec larmes l’heureux temps où j’aurais mis le tout à ses pieds. Toutes ses lettres se sentaient de sa détresse. Elle m’envoyait des tas de recettes et de secrets dont elle prétendait que je fisse ma fortune et la sienne. Déjà le sentiment de sa misère lui resserrait le cœur et lui rétrécissait l’esprit. Le peu que je lui envoyai fut la proie des fripons qui l’obsédaient. Elle ne profita de rien. Cela me dégoûta de partager mon nécessaire avec ces misérables, surtout après l’inutile tentative que je fis pour la leur arracher, comme il sera dit ci-après.
Le temps s’écoulait et l’argent avec lui. Nous étions deux, même quatre, ou, pour mieux dire, nous étions sept ou huit. Car, quoique Thérèse fût d’un désintéressement qui a peu d’exemples, sa mère n’était pas comme elle. Sitôt qu’elle se vit un peu remontée par mes soins, elle fit venir toute sa famille pour en partager le fruit. Sœurs, fils, filles, petites-filles, tout vint, hors sa fille aînée, mariée au directeur des carrosses d’Angers. Tout ce que je faisais pour Thérèse était détourné par sa mère en faveur de ces affamés. Comme je n’avais pas affaire à une personne avide, et que je n’étais pas subjugué par une passion folle, je ne faisais pas des folies. Content de tenir Thérèse honnêtement, mais sans luxe, à l’abri des pressants besoins, je consentais que ce qu’elle gagnait par son travail fût tout entier au profit de sa mère, et je ne me bornais pas à cela. Mais, par une fatalité qui me poursuivait, tandis que Maman était en proie à ses croquants, Thérèse était en proie à sa famille, et je ne pouvais rien faire d’aucun côté qui profitât à celle pour qui je l’avais destiné. Il était singulier que la cadette des enfants de Mme Le Vasseur, la seule qui n’eût point été dotée, était la seule qui nourrissait son père et sa mère, et qu’après avoir été longtemps battue par ses frères, par ses sœurs, même par ses nièces, cette pauvre fille en était maintenant pillée, sans qu’elle pût mieux se défendre de leurs vols que de leurs coups. Une seule de ses nièces, appelée Goton Leduc, était assez aimable et d’un caractère assez doux, quoique gâtée par l’exemple et les leçons des autres. Comme je les voyais souvent ensemble, je leur donnais les noms qu’elles s’entre-donnaient ; j’appelais la nièce, ma nièce, et la tante, ma tante. Toutes deux m’appelaient leur oncle. De là le nom de tante, duquel j’ai continué d’appeler Thérèse, et que mes amis répétaient quelquefois en plaisantant.
On sent que, dans une pareille situation, je n’avais pas un moment à perdre pour tâcher de m’en tirer. Jugeant que M. de Richelieu m’avait oublié, et n’espérant plus rien du côté de la cour, je fis quelques tentatives pour faire passer à Paris mon opéra ; mais j’éprouvai des difficultés qui demandaient bien du temps pour les vaincre, et j’étais de jour en jour plus pressé. Je m’avisai de présenter ma petite comédie de Narcisse aux Italiens ; elle y fut reçue, et j’eus les entrées, qui me firent grand plaisir. Mais ce fut tout. Je ne pus jamais parvenir à faire jouer ma pièce ; et ennuyé de faire ma cour à des comédiens je les plantai là. Je revins enfin au dernier expédient qui me restait, et le seul que j’aurais dû prendre. En fréquentant la maison de M. de la Poplinière je m’étais éloigné de celle de M. Dupin. Les deux dames, quoique parentes, étaient mal ensemble et ne se voyaient point. Il n’y avait aucune société entre les deux maisons, et Thieriot seul vivait dans l’une et dans l’autre. Il fut chargé de tâcher de me ramener chez M. Dupin. M. de Francueil suivait alors l’histoire naturelle et la chimie, et faisait un cabinet. Je crois qu’il aspirait à l’Académie des sciences ; il voulait pour cela faire un livre, et il jugeait que je pouvais lui être utile dans ce travail. Mme Dupin, qui, de son côté, méditait un autre livre, avait sur moi des vues à peu près semblables. Ils auraient voulu m’avoir en commun pour une espèce de secrétaire, et c’était là l’objet des semonces de Thieriot. J’exigeai préalablement que M. de Francueil emploierait son crédit avec celui de Jelyotte pour faire répéter mon ouvrage à l’Opéra ; il y consentit. Les Muses galantes furent répétées d’abord plusieurs fois au Magasin puis au grand théâtre. Il y avait beaucoup de monde à la grande répétition, et plusieurs morceaux furent très applaudis. Cependant je sentis moi-même durant l’exécution, fort mal conduite par Rebel, que la pièce ne passerait pas, et même qu’elle n’était pas en état de paraître sans de grandes corrections. Ainsi je la retirai sans mot dire et sans m’exposer au refus ; mais je vis clairement par plusieurs indices que l’ouvrage, eût-il été parfait, n’aurait pas passé. Francueil m’avait bien promis de le faire répéter, mais non pas de le faire recevoir. Il me tint exactement parole. J’ai toujours cru voir dans cette occasion et dans beaucoup d’autres que ni lui ni Mme Dupin ne se souciaient de me laisser acquérir une certaine réputation dans le monde, de peur peut-être qu’on ne supposât, en voyant leurs livres, qu’ils avaient greffé leurs talents sur les miens. Cependant, comme Mme Dupin m’en a toujours supposé de très médiocres, et qu’elle ne m’a jamais employé qu’à écrire sous sa dictée, ou à des recherches de pure érudition, ce reproche, surtout à son égard, eût été bien injuste.
I could not understand at all why this woman, to whom I had tried so hard to please and who I frequently courted, felt such aversion towards me. Gauffecourt explained the reasons to me. First of all, he said, her friendship with Rameau—whom she openly supported and who refused to tolerate any competitors—was a major factor. Moreover, there was an original sin that doomed me in her eyes: the fact that I was from Geneva. He further explained that Abbé Hubert, who himself was from Geneva and a close friend of M. de la Poplinière, had tried his best to prevent her from marrying this woman, whom he knew well. After the marriage, she swore eternal hatred towards him—and towards all Genevans as well. Although Mme de la Poplinière seemed to have some friendship for me, he warned me not to rely on her support. She was in love with her husband; she hated me; she was malicious and cunning—there was no chance for me in that household. I took his words seriously.
Around the same time, Gauffecourt rendered me a service of great necessity. I had just lost my virtuous father, who was about sixty years old. I felt less affected by this loss than I would have in other circumstances, when the troubles of my situation would have occupied my mind more. While he was alive, I had not wished to claim what remained of my mother’s estate, from which he derived a small income. After his death, I no longer had any scruples regarding this matter. However, the lack of legal proof of my brother’s death posed a difficulty that Gauffecourt took care to resolve, and indeed he succeeded through the efforts of lawyer Delorme. Since I needed this money desperately and since the situation was uncertain, I awaited the final confirmation with great impatience. One evening, upon returning home, I found the letter containing this news. I took it and opened it, trembling with impatient excitement—a feeling for which I felt ashamed inwardly. “How could Jean-Jacques be so enslaved by greed and curiosity?” I thought in disdain. I immediately put the letter back on the fireplace, got ready to go to bed, slept well beyond my usual time, and did not think about it again until the next day. While getting dressed, I noticed the letter; I opened it leisurely and found a draft inside. I felt immense pleasure at that moment—but perhaps the greatest joy was knowing that I had managed to overcome my desire for it. There were many other similar moments in my life, but I am too pressed for time to mention them all. I sent a portion of this money to my poor mother, regretting with tears the times when I could have given her everything. All her letters reflected her suffering; she sent me numerous recipes and secrets, claiming that they would make us both wealthy. However, the weight of her poverty had already weakened both her body and mind. The little money I sent her was stolen by the thieves who plagued her. She never benefited from it in any way. This experience made me loathe sharing my meager resources with such wretched people—especially after the futile attempt I made to save her, as will be told later on.
Time passed, and so did the money. We were two, or even four; or, to put it more precisely, we were seven or eight. For although Thérèse was remarkable for her selflessness—something rarely seen—her mother was not like her. As soon as she felt somewhat improved by my care, she brought over all her family to share in the benefits. Sisters, sons, daughters, granddaughters—everyone came, except for her eldest daughter, who was married to the director of the carriages in Angers. Everything I did for Thérèse was diverted by her mother to benefit these hungry relatives. Since I wasn’t dealing with a greedy person and was not overcome by any insane passion, I didn’t indulge in any extravagance. Content to provide Thérèse with a decent life without luxury, ensuring that she had what she needed most, I allowed all the money she earned through her work to go to her mother—though I didn’t stop there. But fate seemed to be against me: while Mother was preoccupied with her own desires, Thérèse was overwhelmed by her family’s demands, and I couldn’t do anything on either side that would truly benefit the person I had intended it for. It was strange how the youngest child of Madame Le Vasseur—the only one who had received no inheritance—was the one who supported her parents. After being mistreated by her brothers, sisters, and even nieces for so long, this poor girl was now robbed of everything, with no means to defend herself against their thefts or their violence. Only one of her nieces, named Goton Leduc, was kind-hearted and gentle in nature, though spoiled by the example and influence of the others. Since I often saw them together, I called them by the names they used for each other: I referred to the niece as “my niece” and the aunt as “my aunt.” Both of them called me “their uncle.” Hence the nickname “aunt,” which I continued to use when addressing Thérèse—and sometimes my friends would joke about it.
It was clear that, in such a situation, I had no time to lose if I wanted to try and get out of it. Assuming that M. de Richelieu had forgotten about me and seeing no hope left from the court side, I made several attempts to get my opera performed in Paris; however, I encountered difficulties that would take a considerable amount of time to overcome, and my situation became increasingly urgent day by day. I then decided to present my short comedy “Narcisse” to the Italian actors; it was accepted, and I obtained the necessary performances, which gave me great pleasure. But that was all. I was never able to get my play staged; and, tired of courting these actors, I simply abandoned the idea. Finally, I resorted to the last remaining option—and indeed the only one I should have taken from the beginning. By frequenting M. de la Poplinière’s house, I had distanced myself from M. Dupin’s household. Although the two ladies were related, they did not get along well and did not see each other. There was no social interaction between the two households; only Thieriot lived in both places. He was tasked with trying to bring me back to M. Dupin’s home. At that time, M. de Francueil was studying natural history and chemistry and was working on a research project. I believe he aspired to join the Academy of Sciences; for this purpose, he wanted to write a book and thought I could be of some help to him with this endeavor. Mme Dupin, for her part, also had her own plans for writing a book and had similar intentions regarding me. They both wanted to have me work as a sort of secretary for them, and this was the purpose behind Thieriot’s efforts to bring me back. I first demanded that M. de Francueil use his influence, along with that of Jelyotte, to have my work rehearsed at the Opera; he agreed to do so. “Les Muses galantes” were rehearsed several times at the Magasin Theatre and then at the Grand Theatre. There was a large audience at the final rehearsal, and several scenes received much applause. However, during the performance itself—and poorly directed by Rebel—I realized that the play would not be successful; in fact, it needed significant revisions before it could even be presented. So I withdrew it without saying a word, avoiding the risk of rejection. But various signs clearly indicated that, even if perfect, the work would not have been accepted. Francueil had promised to help me with the rehearsals, but not necessarily with getting it performed. He kept his promise. I have always believed that in this instance—and in many others—neither he nor Mme Dupin were interested in helping me gain a certain reputation in society, perhaps out of fear that people might assume, upon seeing their books, that they had merely borrowed my talents to their own works. Nevertheless, since Mme Dupin had always considered my abilities to be quite mediocre and had never used me except for writing under her dictation or for conducting purely academic research, such a criticism would have been particularly unfair in her case.
Non riuscivo a comprendere affatto l’avversione di quella donna verso di me, a cui avevo cercato di piacere e che corteggiavo abbastanza regolarmente. Gauffecourt mi spiegò le ragioni. Prima di tutto, mi disse, c’era la sua amicizia per Rameau, di cui era la principale sostenitrice e che non voleva assolutamente avere concorrenti; inoltre, un “peccato originale” che mi condannava ai suoi occhi e che lei non mi avrebbe mai perdonato, quel peccato era essere svizzero di Ginevra. Su questo punto, mi spiegò anche che l’abate Hubert, anch’egli di Ginevra e sincero amico del signor de la Poplinière, aveva cercato in tutti i modi di impedirle di sposare quella donna che conosceva bene; dopo il matrimonio, lei gli aveva giurato odio implacabile, così come a tutti i ginevrini. “Anche se la Poplinière ha simpatia per voi, e lo so per certo, non contate sul suo appoggio”, aggiunse Gauffecourt. “Lui è innamorato di sua moglie; lei vi odia. È cattiva, astuta. Non riuscirete mai a ottenere nulla in quella casa”. Presi seriamente le sue parole.
Lo stesso Gauffecourt mi rese, più o meno nello stesso periodo, un servizio di cui avevo grande bisogno. Avevo appena perso mio padre, un uomo virtuoso di circa sessant’anni; sentii la sua perdita in modo meno acuto di quanto avrei fatto in altri tempi, quando le difficoltà della mia situazione mi avrebbero assorbito maggiormente. Non avevo voluto chiedere, durante la sua vita, ciò che rimaneva del patrimonio di mia madre, da cui egli traeva un piccolo reddito; dopo la sua morte, però, non ebbi più scrupoli al riguardo. Tuttavia, l’assenza di prove legali della morte di mio fratello creava una difficoltà che Gauffecourt si incaricò di risolvere, riuscendoci grazie all’aiuto dell’avvocato Delorme. Poiché avevo un estremo bisogno di quel piccolo introito e poiché la situazione era dubbia, aspettavo con grande impazienza la notizia definitiva. Una sera, rientrando a casa, trovai la lettera che doveva contenere quella notizia; la presi e l’aprii con un tremore di impazienza di cui mi vergognai dentro di me. “Ehi!”, mi dissi con disprezzo, “Jean-Jacques si lascerà davvero dominare così tanto dall’interesse e dalla curiosità?” Rimisi immediatamente la lettera sul camino, mi spogliai, mi misi a letto tranquillamente, dormii meglio del solito e il giorno dopo mi alzai piuttosto tardi, senza più pensare alla mia lettera. Mentre mi vestivo, la vidi; l’aprii con calma e vi trovai una cambiale. Ebbi molti momenti di gioia, ma posso giurare che il più intenso fu quello di essere riuscito a vincere su me stesso. Avrei potuto citare altre venti occasioni simili nella mia vita, ma sono troppo impegnato per poter raccontare tutto. Inviai una parte di quel denaro alla mia povera madre, rimpiangendo con lacrime i tempi felici in cui avrei potuto darle tutto ciò che avevo. Tutte le sue lettere rivelavano la sua miseria; mi inviava un sacco di ricette e di “segreti” con cui, secondo lei, avrei potuto fare fortuna sia io che lei. Già allora il senso della sua povertà le stringeva il cuore e restringeva il suo spirito; quel poco che le inviai finì nelle mani dei furfanti che la perseguitavano. Non ne trasse alcun beneficio. Questo mi fece disgustare l’idea di condividere ciò di cui avevo bisogno con quei miserabili, soprattutto dopo il tentativo inutile che feci per liberarla da loro, come verrà raccontato più avanti.
Il tempo passava, e con esso anche i soldi. Eravamo in due, o forse in quattro. O, per essere più precisi, eravamo sette o otto. Perché, sebbene Thérèse fosse caratterizzata da un disinteresse raro da trovare, sua madre non era affatto come lei. Non appena si sentì un po’ migliorata grazie alle mie cure, fece venire tutta la sua famiglia per condividere i benefici di questa situazione. Sorelle, figli, figlie, nipoti. Tutti arrivarono, tranne sua figlia maggiore, sposata con il direttore delle carrozze di Angers. Tutto ciò che facevo per Thérèse veniva sottratto da sua madre a beneficio di quella famiglia affamata. Poiché non avevo a che fare con una persona avida, e non ero soggiogato da alcuna passione folle, non commettevo follie. Mi accontentavo di mantenere Thérèse onestamente, ma senza lusso, al riparo dalle necessità più urgenti; permettevo quindi che tutto ciò che guadagnava con il suo lavoro andasse interamente a beneficio di sua madre. E non mi limitavo a questo. Ma, per una fatalità che mi perseguitava, mentre Mamma era vittima delle pretese della sua famiglia, Thérèse ne subiva gli effetti negativi, e non riuscivo in alcun modo ad aiutare quella per cui avevo destinato tutto ciò. Era strano che la figlia minore di Madame Le Vasseur, l’unica a non essere stata dotata, fosse proprio lei ad alimentare i suoi genitori. Dopo essere stata a lungo maltrattata dai fratelli, dalle sorelle, persino dalle nipoti, quella povera ragazza veniva ora derubata da loro, senza che potesse difendersi in alcun modo. Solo una delle sue nipoti, di nome Goton Leduc, era abbastanza gentile e dal carattere dolce. Anche se viziata dall’esempio e dalle azioni degli altri. Poiché le vedevo spesso insieme, le chiamavo con i nomi che si usavano tra loro: chiamavo la nipote “mia nipote”, e la zia “mia zia”. Entrambe mi chiamavano “nostro zio”. Da lì è nato il nome “zia”, che ho continuato a usare per chiamare Thérèse. E i miei amici, a volte, lo ripetevano scherzando.
Si può intuire che, in una situazione del genere, non avevo un attimo da perdere nel tentativo di uscirne. Ritenendo che Monsieur de Richelieu mi avesse dimenticato e non sperando più nulla dalla corte, feci alcuni tentativi per far portare a Parigi la mia opera; tuttavia incontrai difficoltà che richiedevano molto tempo per superare, e il tempo passava sempre più in fretta. Allora pensai di presentare la mia piccola commedia “Narciso” agli italiani: fu accettata e ottenni i permessi necessari per rappresentarla, il che mi rese molto felice. Ma questo fu tutto; non riuscii mai a far mettere in scena la mia opera, e, stanco di corteggiare degli attori, li lasciai perdere. Alla fine ricorsi all’ultima soluzione che mi rimaneva, l’unica che avrei dovuto prendere fin dall’inizio. frequentando la casa di Monsieur de la Poplinière, mi ero allontanato da quella di Monsieur Dupin; le due dame, sebbene parenti, non andavano d’accordo e non si vedevano mai. Non esisteva alcun rapporto tra le due case, e solo Thieriot vi abitava sia in una che nell’altra. Fu lui incaricato di cercare di riportarmi da Monsieur Dupin. A quel tempo Monsieur de Francueil si dedicava allo studio della storia naturale e della chimica; credo che aspirasse ad entrare all’Accademia delle scienze, e per questo voleva scrivere un libro, ritenendo che io potessi essergli utile in questo lavoro. Anche Madame Dupin, che a sua volta aveva in mente di scrivere un altro libro, nutriva idee simili su di me. Avrebbero voluto avermi con loro come una sorta di segretario, ed era proprio questo lo scopo delle sollecitazioni di Thieriot. Prima di tutto, chiesi a Monsieur de Francueil di utilizzare il suo ascendente, insieme a quello di Jelyotte, per far provare la mia opera all’Opéra; acconsentì. “Le Muse galanti” furono provate più volte prima al Magasin e poi al grande teatro. Alla prova finale c’era molta gente, e alcuni brani ricevettero grandi applausi. Tuttavia, durante l’esecuzione – molto mal gestita da Rebel – mi resi conto che l’opera non avrebbe avuto successo e che, anzi, non era nemmeno pronta per essere presentata senza importanti correzioni. Così la ritirai senza dire una parola, evitando così un rifiuto; ma capii chiaramente, da diversi indizi, che anche se l’opera fosse stata perfetta, non sarebbe stata accettata. Francueil mi aveva promesso di farla provare, ma non di farla accettare. E mantenne la sua parola. Ho sempre pensato che, in questa occasione come in molte altre, né lui né Madame Dupin volessero che io acquisissi una certa reputazione nel mondo, forse per paura che si potesse pensare, vedendo i loro libri, che avessero “innestato” i loro talenti sui miei. Tuttavia, poiché Madame Dupin ha sempre ritenuto i miei talenti molto mediocri e non mi ha mai fatto fare altro che scrivere sotto la sua dettatura o occuparmi di ricerche puramente eruditive, questo rimprovero, soprattutto da parte sua, sarebbe stato assolutamente ingiusto.
(1747 — 1749) — Ce dernier mauvais succès acheva de me décourager. J’abandonnai tout projet d’avancement et de gloire ; et, sans plus songer à des talents vrais ou vains qui me prospéraient si peu, je consacrai mon temps et mes soins à me procurer ma subsistance et celle de ma Thérèse, comme il plairait à ceux qui se chargeraient d’y pourvoir. Je m’attachai donc tout à fait à Mme Dupin et à M. de Francueil. Cela ne me jeta pas dans une grande opulence ; car, avec huit à neuf cents francs par an que j’eus les deux premières années, à peine avais-je de quoi fournir à mes premiers besoins, forcé de me loger à leur voisinage, en chambre garnie, dans un quartier assez cher, et payant un autre loyer à l’extrémité de Paris, tout au haut de la rue Saint-Jacques, où, quelque temps qu’il fît, j’allais souper presque tous les soirs. Je pris bientôt le train et même le goût de mes nouvelles occupations. Je m’attachai à la chimie. J’en fis plusieurs cours avec M. de Francueil chez M. Rouelle et nous nous mîmes à barbouiller du papier tant bien que mal sur cette science dont nous possédions à peine les éléments. En 1747 nous allâmes passer l’automne en Touraine, au château de Chenonceau, maison royale sur le Cher, bâtie par Henri second pour Diane de Poitiers, dont on y voit encore les chiffres, et maintenant possédée par M. Dupin, fermier général. On s’amusa beaucoup dans ce beau lieu ; on y faisait très bonne chère ; j’y devins gras comme un moine. On y fit beaucoup de musique. J’y composai plusieurs trios à chanter, pleins d’une assez forte harmonie, et dont je reparlerai peut-être dans mon supplément, si jamais j’en fais un. On y joua la comédie. J’y en fis, en quinze jours, une en trois actes, intitulée L’Engagement téméraire, qu’on trouvera parmi mes papiers, et qui n’a d’autre mérite que beaucoup de gaieté. J’y composai d’autres petits ouvrages, entre autres une pièce en vers, intitulée L’Allée de Sylvie, du nom d’une allée du parc qui bordait le Cher[138] ; et tout cela se fit sans discontinuer mon travail sur la chimie, et celui que je faisais auprès de madame Dupin.
Tandis que j’engraissais à Chenonceau, ma pauvre Thérèse engraissait à Paris d’une autre manière, et quand j’y revins, je trouvai l’ouvrage que j’avais mis sur le métier plus avancé que je ne l’avais cru. Cela m’eût jeté, vu ma situation, dans un embarras extrême, si des camarades de table ne m’eussent fourni la seule ressource qui pouvait m’en tirer. C’est un de ces récits essentiels que je ne puis faire avec trop de simplicité, parce qu’il faudrait, en les commentant, m’excuser ou me charger, et que je ne dois faire ici ni l’un ni l’autre.
Durant le séjour d’Altuna à Paris, au lieu d’aller manger chez un traiteur, nous mangions ordinairement lui et moi à notre voisinage, presque vis-à-vis le cul-de-sac de l’Opéra, chez une Mme La Selle, femme d’un tailleur, qui donnait assez mal à manger, mais dont la table ne laissait pas d’être recherchée à cause de la bonne et sûre compagnie qui s’y trouvait ; car on n’y recevait aucun inconnu, et il fallait être introduit par quelqu’un de ceux qui y mangeaient d’ordinaire. Le commandeur de Graville, vieux débauché, plein de politesse et d’esprit, mais ordurier, y logeait, et y attirait une folle et brillante jeunesse en officiers aux gardes et mousquetaires. Le commandeur de Nonant, chevalier de toutes les filles de l’Opéra, y apportait journellement toutes les nouvelles de ce tripot. M. du Plessis, lieutenant-colonel retiré, bon et sage vieillard, et Ancelet[139], officier des mousquetaires, y maintenaient un certain ordre parmi ces jeunes gens. Il y venait aussi des commerçants, des financiers, des vivriers, mais polis, honnêtes, et de ceux qu’on distinguait dans leur métier ; M. de Besse, M. de Forcade, et d’autres dont j’ai oublié les noms. Enfin l’on y voyait des gens de mise de tous les états, excepté des abbés et des gens de robe que je n’y ai jamais vus ; et c’était une convention de n’y en point introduire. Cette table, assez nombreuse, était très gaie sans être bruyante, et l’on y polissonnait beaucoup sans grossièreté. Le vieux commandeur, avec tous ses contes gras quant à la substance, ne perdait jamais sa politesse de la vieille cour, et jamais un mot de gueule ne sortait de sa bouche qu’il ne fût si plaisant que des femmes l’auraient pardonné. Son ton servait de règle à toute la table : tous ces jeunes gens contaient leurs aventures galantes avec autant de licence que de grâce, et les contes de filles manquaient d’autant moins que le magasin était à la porte ; car l’allée par où l’on allait chez Mme La Selle était la même où donnait la boutique de la Duchapt, célèbre marchande de modes, qui avait alors de très jolies filles avec lesquelles nos messieurs allaient causer avant ou après dîner. Je m’y serais amusé comme les autres si j’eusse été plus hardi. Il ne fallait qu’entrer comme eux ; je n’osai jamais. Quant à Mme La Selle, je continuai d’y aller manger assez souvent après le départ d’Altuna. J’y apprenais des foules d’anecdotes très amusantes, et j’y pris aussi peu à peu, non, grâce au ciel, jamais les mœurs, mais les maximes que j’y vis établies. D’honnêtes personnes mises à mal, des maris trompés, des femmes séduites, des accouchements clandestins, étaient là les textes les plus ordinaires, et celui qui peuplait le mieux les Enfants-Trouvés était toujours le plus applaudi. Cela me gagna ; je formai ma façon de penser sur celle que je voyais en règne chez des gens très aimables, et dans le fond très honnêtes gens, et je me dis : Puisque c’est l’usage du pays, quand on y vit on peut le suivre. Voilà l’expédient que je cherchais. Je m’y déterminai gaillardement sans le moindre scrupule, et le seul que j’eus à vaincre fut celui de Thérèse, à qui j’eus toutes les peines du monde de faire adopter cet unique moyen de sauver son honneur. Sa mère, qui de plus craignait un nouvel embarras de marmaille, étant venue à mon secours, elle se laissa vaincre. On choisit une sage-femme prudente et sûre, appelée Mlle Gouin, qui demeurait à la pointe St-Eustache, pour lui confier ce dépôt, et quand le temps fut venu, Thérèse fut menée par sa mère chez la Gouin pour y faire ses couches. J’allai l’y voir plusieurs fois, et je lui portai un chiffre que j’avais fait à double sur deux cartes, dont une fut mise dans les langes de l’enfant, et il fut déposé par la sage-femme au bureau des Enfants-Trouvés, dans la forme ordinaire. L’année suivante, même inconvénient et même expédient, au chiffre près qui fut négligé. Pas plus de réflexion de ma part, pas plus d’approbation de celle de la mère : elle obéit en gémissant. On verra successivement toutes les vicissitudes que cette fatale conduite a produites dans ma façon de penser, ainsi que dans ma destinée. Quant à présent, tenons-nous à cette première époque. Ses suites, aussi cruelles qu’imprévues, ne me forceront que trop d’y revenir.
Je marque ici celle de ma première connaissance avec Mme d’Épinay, dont le nom reviendra souvent dans ces Mémoires. Elle s’appelait Mlle d’Esclavelles, et venait d’épouser M. d’Épinay, fils de M. de Lalive de Bellegarde, fermier général. Son mari était musicien, ainsi que M. de Francueil. Elle était musicienne aussi, et la passion de cet art mit entre ces trois personnes une grande intimité. M. de Francueil m’introduisit chez Mme d’Épinay ; j’y soupais quelquefois avec lui. Elle était aimable, avait de l’esprit, des talents ; c’était assurément une bonne connaissance à faire. Mais elle avait une amie, appelée Mlle d’Ette, qui passait pour méchante, et qui vivait avec le chevalier de Valory, qui ne passait pas pour bon. Je crois que le commerce de ces deux personnes fit tort à Mme d’Épinay, à qui la nature avait donné, avec un tempérament très exigeant, des qualités excellentes pour en régler ou racheter les écarts. M. de Francueil lui communiqua une partie de l’amitié qu’il avait pour moi, et m’avoua ses liaisons avec elle, dont, par cette raison, je ne parlerais pas ici si elles ne fussent devenues publiques au point de n’être pas même cachées à M. d’Épinay. M. de Francueil me fit même sur cette dame des confidences bien singulières, qu’elle ne m’a jamais faites elle-même et dont elle ne m’a jamais cru instruit ; car je n’en ouvris ni n’en ouvrirai de ma vie la bouche ni à elle ni à qui que ce soit[140].
(1747 — 1749) — This latest failure completely discouraged me. I abandoned all thoughts of advancement and glory; and, no longer considering those talents—whether real or fictitious—which brought me so little success, I devoted my time and efforts to securing a livelihood for myself and my sister Thérèse, in whatever way those responsible for our welfare might decide. Thus, I became entirely dependent on Madame Dupin and Monsieur de Francueil. However, this did not bring me great wealth; for with only eight or nine hundred francs per year during the first two years, I barely managed to meet my basic needs. I was forced to live in a rented room in a rather expensive neighborhood near them, and also paid another rent at the far end of Paris, up on the Rue Saint-Jacques, where I dined almost every evening, regardless of the weather. Soon, I took a liking to my new occupations and even developed a passion for them. I devoted myself to chemistry. Along with Monsieur de Francueil, I attended several lessons given by Monsieur Rouelle, and we tried our hand at studying this science, although we possessed very little knowledge of its fundamentals. In 1747, we spent the autumn in Touraine, at the Château of Chenonceau—a royal residence on the Cher River, built by Henry II for Diane de Poitiers, whose initials can still be seen there today—and which is now owned by Monsieur Dupin, a farmer-general. We had a great time in this beautiful place; we ate very well there, and I even gained some weight. Much music was played there too; I composed several three-act operas filled with lively harmonies, which I may mention again in my supplementary works, if I ever decide to write any. We also performed plays; in fifteen days, I wrote one in three acts titled L’Engagement téméraire, which can be found among my papers. It is worth mentioning only for its humor. In addition, I composed other small works, including a verse piece called L’Allée de Sylvie, named after a path in the park that bordered the Cher River[138]. And all of this was done without interrupting my studies in chemistry or my work with Madame Dupin.
While I was gaining weight at Chenonceau, my poor Thérèse was gaining weight in Paris in a different way. When I returned, I found that the work I had begun had progressed further than I had expected. Under the circumstances, this would have put me in an extremely difficult position if it weren’t for some fellow diners who provided me with the only resource that could save me. This is one of those essential stories that I cannot tell without being overly simple; otherwise, I would either have to apologize or take credit for it, and neither is appropriate in this context.
During Altuna’s stay in Paris, instead of going out to eat at a restaurant, he and I would usually dine nearby, almost right across from the Opera House, at the home of a woman named Madame La Selle, whose husband was a tailor. The food there wasn’t particularly good, but the company was always pleasant and respectable—no strangers were allowed, and one had to be introduced by someone who regularly dined there. The Commander de Graville, an old roue full of wit and politeness though somewhat vulgar, lived there and attracted a group of lively and handsome young officers from the guards and musketeers. The Commander de Nonant, who was popular with all the opera girls, brought us the latest gossip from that circle. M. du Plessis, a retired lieutenant-colonel who was kind and wise, and Ancelet, an officer in the musketeers, helped maintain some order among these young men. There were also merchants, financiers, and suppliers—respectable people respected in their professions: M. de Besse, M. de Forcade, and others whose names I’ve forgotten. In short, one could find people of all social classes there, except for abbots and lawyers, who were never seen at that table; it was an unwritten rule not to invite them. The table, though quite large, was always lively without being noisy, and people would joke around freely without any rudeness. Despite his vulgar stories, the old Commander never lost the manners of the old court; every word he said was so witty that even women would forgive it. His tone set the tone for the whole table—these young men told their love stories with equal license and grace, and tales about women were no less common, especially since the street where Madame La Selle’s house was located led right to the shop of the famous fashion merchant Duchapt, whose attractive daughters our gentlemen would visit before or after dinner. I could have enjoyed myself there as much as they did if I had been more bold; all one had to do was enter like them—but I never dared. As for Madame La Selle, I continued to dine there quite often after Altuna left. I learned many amusing anecdotes there, and gradually—thank goodness—I adopted not their ways, but the principles I observed being practiced there. Stories of unfaithful wives, deceived husbands, and secret births were the most common topics, and those tales that amused the children in the foundling home were always the most popular. This influenced my own way of thinking; I formed my opinions based on what I saw among very pleasant and, at heart, honest people, and I thought to myself: “Since it’s the custom of the place, I can follow it while I’m here.” Here was the expedient I was seeking. I resolutely embarked upon it without the slightest scruple, and the only obstacle I had to overcome was that of Thérèse herself—convincing her to adopt this means of saving her honor proved extremely difficult. Her mother, who was also afraid of further embarrassment involving children, came to my aid, and she eventually agreed. We chose a prudent and reliable midwife named Madame Gouin, who lived at the Pointe St-Eustache, to take care of this matter. When the time came, Thérèse was taken by her mother to Madame Gouin’s house to give birth. I visited her several times and gave her a secret code that I had written on two separate pieces of paper, one of which was placed in the baby’s swaddling clothes. The midwife then filed it at the Orphanage Office in the usual manner. The following year, the same situation arose again, with the same expedient being used—except that the secret code was forgotten this time. Neither I nor Thérèse’s mother gave it a second thought; she simply obeyed, though with evident reluctance. Later on, we would see all the tragic consequences that this fateful decision had for both my mindset and my fate. For now, let us stick to this initial period of events. Its cruel and unexpected aftermath would force me to return to this subject again sooner or later.
I here mark the occasion of my first acquaintance with Madame d’Épinay, whose name will frequently appear in these Memoirs. Her full name was Mademoiselle d’Esclavelles; she had just married Monsieur d’Épinay, the son of Monsieur de Lalive de Bellegarde, a superintendent of finances. Both her husband and Monsieur de Francueil were musicians; she herself possessed musical talent as well, and it was this common passion for music that created a very close bond between these three people. Monsieur de Francueil introduced me to Madame d’Épinay, and I sometimes dined with them together. She was kind, intelligent, and talented—a truly valuable acquaintance indeed. However, she had a friend named Mademoiselle d’Ette, who was considered rather unpleasant, and who lived with the Knight de Valory, a man far from being respectable. I believe that the company of these two people had an adverse effect on Madame d’Épinay. Nature had endowed her with a highly demanding temperament, but also with excellent qualities that could have helped her overcome or mitigate its negative effects. Monsieur de Francueil shared some of his friendship for me with her and confessed to me about his relationship with her; however, for this very reason, I would not mention it here were it not for the fact that it had become publicly known, to the extent that even Madame d’Épinay herself was aware of it. In fact, Monsieur de Francueil confided in me regarding this lady some very unusual details—details that she herself had never told me and that she never believed I was aware of. For my part, I would never disclose such things, neither to her nor to anyone else[140].
(1747 — 1749) Questo ultimo insuccesso mi scoraggiò completamente. Abbandonai ogni progetto di successo e gloria; e, senza più pensare a talenti veri o falsi che tanto poco mi avessero portato fortuna, dedicai tutto il mio tempo e le mie energie a procurarmi da vivere io e mia sorella Thérèse, come avrebbero voluto coloro che si fossero incaricati di farlo. Mi attaccai quindi completamente a Madame Dupin e a Monsieur de Francueil. Questo non mi portò certo in una grande opulenza; infatti, con otto o novecento franchi all’anno nei primi due anni, a malapena riuscivo a soddisfare i miei bisogni più elementari. Ero costretto ad affittare una stanza in un quartiere piuttosto costoso, vicino a loro, e pagavo un altro affitto all’estremità di Parigi, in cima alla rue Saint-Jacques, dove quasi ogni sera andavo a cena. Presto presi gusto alle mie nuove occupazioni; mi dedicai alla chimica. Seguii diversi corsi con Monsieur de Francueil presso Monsieur Rouelle e ci mettemmo a sperimentare su questa scienza, di cui conoscevamo appena i fondamenti. Nel 1747 trascorremmo l’autunno in Touraine, al castello di Chenonceau, una residenza reale sul fiume Cher, costruita da Enrico II per Diana di Poitiers; oggi appartiene a Monsieur Dupin, intendente reale. Ci divertimmo molto in quel bel luogo: mangiavamo molto bene e io diventai grasso come un monaco. Si suonava molta musica; composi diversi trii cantati, piuttosto armoniosi, di cui forse parlerò ancora nel mio supplemento, se mai ne scriverò uno. Si recitavano anche commedie; in quindici giorni ne scrissi una in tre atti, intitolata “L’Engagement téméraire”, che si troverà tra i miei documenti. Nonostante tutto ciò, non smisi mai di dedicarmi allo studio della chimica e ai compiti che svolgevo per Madame Dupin.
Mentre io ingrassavo a Chenonceau, povera Thérèse ingrassava a Parigi in un modo diverso; quando tornai, scoprii che il lavoro che avevo iniziato era più avanzato di quanto avessi creduto. Questo mi avrebbe messo, data la mia situazione, in una difficoltà estrema, se non fosse stato per alcuni compagni di tavola che mi fornirono l’unica risorsa in grado di tirarmi fuori da quella situazione. È uno di quei racconti essenziali che non posso narrare senza troppa semplicità: commentarli significherebbe dovermi scusare o difendere, e io qui non devo fare né l’uno né l’altro.
Durante il soggiorno di Altuna a Parigi, invece di andare a mangiare da un ristorante, io e lui abitualmente pranzavamo nei dintorni, quasi di fronte all’incrocio vicino all’Opéra, da una certa signora La Selle, moglie di un sarto. Il cibo non era molto buono, ma la compagnia che vi si trovava era sempre piacevole e affidabile; infatti, non venivano ammessi estranei, e bisognava essere presentati da qualcuno che ci andasse regolarmente a mangiare. Il comandante de Graville, un vecchio libertino pieno di cortesia e spirito, ma anche di volgarità, abitava lì e attirava una folla di giovani ufficiali delle guardie e dei moschettieri. Il comandante de Nonant, cavaliere di tutte le ragazze dell’Opéra, portava ogni giorno tutte le notizie di quel luogo di divertimento. Il signor du Plessis, tenente colonnello in pensione, un anziano buono e saggio, e Ancelet, ufficiale dei moschettieri, mantenevano una certa disciplina tra quei giovani. Vi venivano anche commercianti, banchieri, fornitori di cibo, ma persone rispettabili e oneste, appartenenti ai vari settori professionali; tra questi c’erano il signor de Besse, il signor de Forcade e altri di cui ho dimenticato i nomi. Inoltre, vi si vedevano persone di ogni condizione sociale, tranne che abati e giuristi, che non vi furono mai presenti; sembrava esserci un accordo generale per non ammetterli. Quella tavola, piuttosto numerosa, era molto allegra senza essere rumorosa, e si scherzava molto lì, ma senza volgarità. Il vecchio comandante, nonostante i suoi racconti spinti su argomenti scabrosi, non perdeva mai la cortesia tipica della vecchia corte; nessuna parola volgare usciva dalla sua bocca, e tutte erano così piacevoli da poter essere perdonate anche dalle donne. Il suo modo di parlare costituiva una sorta di regola per tutta la tavola: quei giovani raccontavano le loro avventure amorose con tanto spirito quanto grazia, e i racconti sulle ragazze non mancavano mai, soprattutto perché il negozio della Duchapt, famosa commerciante di moda, si trovava proprio lì vicino; gli ufficiali andavano a chiacchierare da lei prima o dopo pranzo. Mi sarei divertito anch’io come gli altri, se solo avessi avuto il coraggio. Bastava entrare come facevano loro, ma io non osavo mai farlo. Per quanto riguarda la signora La Selle, continuai ad andarci a mangiare abbastanza spesso dopo la partenza di Altuna. Lì imparavo un sacco di aneddoti molto divertenti, e gradualmente, no, grazie al cielo, non acquisii mai quelle abitudini, ma piuttosto alcune massime che vedevo diffondersi tra quelle persone. Donne oneste ma in difficoltà economiche, mariti traditi, donne sedotte, parti clandestine, queste erano le storie più comuni; e quelle che riguardavano i bambini nati fuori matrimonio venivano sempre acclamate con maggior entusiasmo. Questo influenzò il mio modo di pensare: poiché era l’uso del luogo, se ci si trovava lì, si poteva seguirlo. Ecco il rimedio che cercavo. Mi decisi ad adottarlo senza il minimo scrupolo; l’unico ostacolo da superare fu quello di Thérèse, a cui fu molto difficile far accettare questo unico mezzo per salvare la sua onore. Sua madre, temendo inoltre nuovi problemi legati alla prole, venne in mio aiuto e si lasciò convincere. Fu scelta una levatrice prudente e affidabile, di nome signorina Gouin, che abitava nella zona di Pointe St-Eustache, per assistere Thérèse durante il parto. Quando arrivò il momento giusto, Thérèse fu portata da sua madre dalla signorina Gouin. Andai a trovarla più volte e le portai un numero che avevo scritto su due carte, una delle quali venne messa nei pannolini del bambino; la levatrice depositò poi il neonato presso l’ufficio degli “Bambini Smarriti”, secondo la procedura abituale. L’anno seguente si ripeté lo stesso scenario, con lo stesso rimedio, ma con un numero diverso che fu dimenticato di inserire nei documenti ufficiali. Nessuna riflessione da parte mia, nessun accordo da parte della madre: lei obbedì, sebbene con riluttanza. Vedremo in seguito tutte le conseguenze tragiche di questa decisione per il mio modo di pensare e per la mia stessa sorte. Per ora, concentriamoci su questo primo momento. Le sue conseguenze, crudeli e impreviste, mi costringeranno inevitabilmente a tornarci sopra in seguito.
Qui segno il momento della mia prima conoscenza con Madame d’Épinay, il cui nome ricomparirà spesso in questi Memorie. Si chiamava Mademoiselle d’Esclavelles e aveva appena sposato Monsieur d’Épinay, figlio di Monsieur de Lalive de Bellegarde, intendente generale delle finanze. Suo marito era musicista, così come Monsieur de Francueil; anche lei era musicista, e la passione per quest’arte creò una grande intimità tra queste tre persone. Monsieur de Francueil mi presentò a Madame d’Épinay; talvolta cenavo lì con lui. Era gentile, intelligente, dotata di talenti; senza dubbio era una persona molto interessante da conoscere. Tuttavia aveva un’amica chiamata Mademoiselle d’Ette, considerata cattiva, che viveva con il cavaliere de Valory, anch’egli non molto stimato. Credo che l’influenza di queste due persone abbia danneggiato Madame d’Épinay; la natura le aveva dato, unito a un temperamento molto esigente, qualità eccellenti per correggere o compensare eventuali difetti. Monsieur de Francueil condivise con me una parte dell’affetto che provava per lei e mi rivelò i suoi rapporti con lei; per questa ragione non ne parlerei qui se non fossero diventati di dominio pubblico al punto da non essere più un segreto nemmeno per Madame d’Épinay. Monsieur de Francueil mi fece anche delle confidenze molto particolari su questa signora; lei stessa, però, non me ne ha mai fatte e non credeva che io ne fossi a conoscenza; infatti, né io né alcun altro avremo mai parlato di queste cose in vita nostra[140].
Toute cette confiance de part et d’autre rendait ma situation très embarrassante, surtout avec Mme de Francueil, qui me connaissait assez pour ne pas se défier de moi, quoique en liaison avec sa rivale. Je consolais de mon mieux cette pauvre femme, à qui son mari ne rendait assurément pas l’amour qu’elle avait pour lui. J’écoutais séparément ces trois personnes ; je gardais leurs secrets avec la plus grande fidélité, sans qu’aucune des trois m’en arrachât jamais aucun de ceux des deux autres, et sans dissimuler à chacune des deux femmes mon attachement pour sa rivale. Mme de Francueil, qui voulait se servir de moi pour bien des choses, essuya des refus formels ; et Mme d’Épinay, m’ayant voulu charger une fois d’une lettre pour Francueil, non seulement en reçut un pareil, mais encore une déclaration très nette que, si elle voulait me chasser pour jamais de chez elle, elle n’avait qu’à me faire une seconde fois pareille proposition. Il faut rendre justice à Mme d’Épinay : loin que ce procédé parût lui déplaire, elle en parla à Francueil, avec éloge, et ne m’en reçut pas moins bien. C’est ainsi que, dans des relations orageuses entre trois personnes que j’avais à ménager, dont je dépendais en quelque sorte, et pour qui j’avais de l’attachement, je conservai jusqu’à la fin leur amitié, leur estime, leur confiance, en me conduisant avec douceur et complaisance, mais toujours avec droiture et fermeté. Malgré ma bêtise et ma gaucherie, Mme d’Épinay voulut me mettre des amusements de la Chevrette, château près de Saint-Denis, appartenant à M. de Bellegarde. Il y avait un théâtre où l’on jouait souvent des pièces. On me chargea d’un rôle que j’étudiai six mois sans relâche, et qu’il fallut me souffler d’un bout à l’autre à la représentation. Après cette épreuve, on ne me proposa plus de rôle[141].
En faisant la connaissance de Mme d’Épinay, je fis aussi celle de sa belle-sœur, Mlle de Bellegarde, qui devint bientôt comtesse de Houdetot. La première fois que je la vis, elle était à la veille de son mariage ; elle me causa longtemps[142] avec cette familiarité charmante qui lui est naturelle. Je la trouvai très aimable ; mais j’étais bien éloigné de prévoir que cette jeune personne ferait un jour le destin de ma vie, et m’entraînerait, quoique bien innocemment, dans l’abîme où je suis aujourd’hui.
Quoique je n’aie pas parlé de Diderot depuis mon retour de Venise, non plus que de mon ami M. Roguin, je n’avais pourtant négligé ni l’un ni l’autre, et je m’étais surtout lié de jour en jour plus intimement avec le premier. Il avait une Nanette ainsi que j’avais une Thérèse ; c’était entre nous une conformité de plus. Mais la différence était que ma Thérèse, aussi bien de figure[143] que sa Nanette, avait une humeur douce et un caractère aimable, fait pour attacher un honnête homme ; au lieu que la sienne, pie-grièche et harengère, ne montrait rien aux yeux des autres qui pût racheter la mauvaise éducation. Il l’épousa toutefois : ce fut fort bien fait, s’il l’avait promis. Pour moi, qui n’avais rien promis de semblable, je ne me pressai pas de l’imiter.
Je m’étais aussi lié avec l’abbé de Condillac, qui n’était rien, non plus que moi, dans la littérature, mais qui était fait pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Je suis le premier peut-être qui ait vu sa portée et qui l’ait estimé ce qu’il valait. Il paraissait aussi se plaire avec moi ; et tandis qu’enfermé dans ma chambre, rue Jean St-Denis, près l’Opéra, je faisais mon acte d’Hésiode, il venait quelquefois dîner avec moi tête-à-tête, en pique-nique. Il travaillait alors à l’Essai sur l’origine des connaissances humaines[144], qui est son premier ouvrage. Quand il fut achevé, l’embarras fut de trouver un libraire qui voulût s’en charger. Les libraires de Paris sont arrogants et durs pour tout homme qui commence, et la métaphysique, alors très peu à la mode, n’offrait pas un sujet bien attrayant. Je parlai à Diderot de Condillac et de son ouvrage ; je leur fis faire connaissance. Ils étaient faits pour se convenir ; ils se convinrent. Diderot engagea le libraire Durand à prendre le manuscrit de l’abbé, et ce grand métaphysicien eut de son premier livre, et presque par grâce, cent écus qu’il n’aurait peut-être pas trouvés sans moi. Comme nous demeurions dans des quartiers fort éloignés les uns des autres, nous nous rassemblions tous trois une fois la semaine au Palais-Royal, et nous allions dîner ensemble à l’hôtel du Panier-Fleuri. Il fallait que ces petits dîners hebdomadaires plussent extrêmement à Diderot, car lui qui manquait presque à tous ses rendez-vous[145], ne manqua jamais aucun de ceux-là. Je formai là le projet d’une feuille périodique, intitulée Le Persifleur, que nous devions faire alternativement, Diderot et moi. J’en esquissai la première feuille et cela me fit faire connaissance avec d’Alembert, à qui Diderot en avait parlé. Des événements imprévus nous barrèrent, et ce projet en demeura là.
Ces deux auteurs venaient d’entreprendre le Dictionnaire Encyclopédique, qui ne devait d’abord être qu’une espèce de traduction de Chambers, semblable à peu près à celle du Dictionnaire de Médecine, de James, que Diderot venait d’achever. Celui-ci voulut me faire entrer pour quelque chose dans cette seconde entreprise, et me proposa la partie de la musique, que j’acceptai, et que j’exécutai très à la hâte et très mal, dans les trois mois qu’il m’avait donnés, comme à tous les auteurs qui devaient concourir à cette entreprise ; mais je fus le seul qui fut prêt au terme prescrit.
Je lui remis mon manuscrit, que j’avais fait mettre au net par un laquais de M. de Francueil, appelé Dupont, qui écrivait très bien, et à qui je payai dix écus, tirés de ma poche, qui ne m’ont jamais été remboursés. Diderot m’avait promis, de la part des libraires, une rétribution dont il ne m’a jamais reparlé, ni moi à lui.
Cette entreprise de l’Encyclopédie fut interrompue par sa détention. Les Pensées philosophiques lui avaient attiré quelques chagrins qui n’eurent point de suite. Il n’en fut pas de même de la Lettre sur les Aveugles[146], qui n’avait rien de répréhensible que quelques traits personnels, dont Mme Dupré de St-Maur et M. de Réaumur furent choqués, et pour lesquels il fut mis au Donjon de Vincennes. Rien ne peindra jamais les angoisses que me fit sentir le malheur de mon ami. Ma funeste imagination, qui porte toujours le mal au pis, s’effaroucha. Je le crus là pour le reste de sa vie. La tête faillit à m’en tourner. J’écrivis à Mme de Pompadour pour la conjurer de le faire relâcher, ou d’obtenir qu’on m’enfermât avec lui. Je n’eus aucune réponse à ma lettre : elle était trop peu raisonnable pour être efficace, et je ne me flatte pas qu’elle ait contribué aux adoucissements qu’on mit quelque temps après à la captivité du pauvre Diderot. Mais si elle eût duré quelque temps encore avec la même rigueur, je crois que je serais mort de désespoir au pied de ce malheureux Donjon. Au reste, si ma lettre a produit peu d’effet, je ne m’en suis pas, non plus, beaucoup fait valoir ; car je n’en parlai qu’à très peu de gens, et jamais à Diderot lui-même.
FIN du SEPTIÈME LIVRE
Livre Huitième
1749 — 1755
J’ai dû faire une pause à la fin du précédent livre. Avec celui-ci commence, dans sa première origine, la longue chaîne de mes malheurs.
All this mutual trust made my situation extremely awkward, especially with Madame de Francueil, who knew me well enough not to doubt my integrity, even though she was in association with her rival. I did my best to comfort this poor woman, whose husband certainly did not return the love she held for him. I listened to what these three people had to say separately and kept their secrets with utmost fidelity. None of them ever tried to make me reveal any secrets of the other two, and I never concealed from either of them my feelings toward their rival. Madame de Francueil, who wanted to use me for various purposes, faced firm rejections on every attempt; while Madame d’Épinay, once trying to ask me to deliver a letter for Francueil, not only received a similar request in return but also a clear statement that if she ever wanted to drive me away from her house forever, she would only have to make such a request a second time. It is fair to say that Madame d’Épinay was far from displeased by this approach; on the contrary, she spoke highly of it to Francueil and continued to treat me kindly. In this way, amidst the turbulent relationships between these three people whom I had to manage and for whom I felt some degree of attachment, I managed to preserve their friendship, respect, and trust throughout. I did so by behaving with gentleness and compliance, yet always with integrity and firmness. Despite my foolishness and clumsiness, Madame d’Épinay decided to arrange for me to participate in the entertainment activities at the Chevrette, a castle near Saint-Denis owned by Monsieur de Bellegarde. There was a theater where plays were often performed; I was assigned a role that I practiced relentlessly for six months, and during the actual performance, I had to memorize my lines completely. After this ordeal, no one ever offered me another role again[141].
When I got to know Madame d’Épinay, I also met her sister-in-law, Mademoiselle de Bellegarde, who soon became Countess of Houdetot. The first time I saw her, she was on the eve of her marriage; she entertained me for a long time with that charming familiarity that is natural to her. I found her very pleasant; but I had no way of predicting that this young woman would one day become the destiny of my life and lead me, though perhaps quite innocently, into the abyss in which I find myself today.
Although I have not spoken of Diderot since my return from Venice, nor of my friend Mr. Roguin, I have not neglected either of them; indeed, my relationship with the former has grown increasingly close over time. He had a Nanette, just as I had a Thérèse—another point of similarity between us. However, the difference was that my Thérèse, both in appearance and temperament, possessed a gentle disposition and an amiable character, perfectly suited to winning the heart of an honest man. In contrast, his Nanette, with her sour and quarrelsome nature, had nothing about her that could compensate for her poor upbringing. Nevertheless, he married her—and it was quite right of him, assuming he had truly promised to do so. As for me, having made no such promise, I saw no reason to follow his example.
I also became acquainted with Abbé Condillac, who, like me, was initially insignificant in the literary world but had the potential to become what he ultimately became. Perhaps I was the first person to recognize his true importance and appreciate his worth. He seemed to enjoy my company as well; while I spent my time working on my own projects in my room on rue Jean St-Denis, near the Opera House, he would sometimes come over for dinner with me, just the two of us. At that time, he was working on Essai sur l’origine des connaissances humaines [144], his first published work. When it was finished, we faced the challenge of finding a publisher willing to take a chance on it. Publishers in Paris were often arrogant and dismissive toward newcomers, and metaphysics, being far from fashionable at the time, was not considered an attractive subject for publication. I mentioned Condillac and his book to Diderot; they got to know each other, and it turned out they were perfectly suited for each other. Diderot persuaded the publisher Durand to take on the manuscript, and this great metaphysician managed to get one hundred écus for his first book—something he might not have achieved without my help. Since we lived in very different neighborhoods, the three of us would meet once a week at the Palais-Royal and go dinner together at l’hôtel du Panier-Fleuri. These weekly dinners were extremely important to Diderot; despite his tendency to miss most of his other appointments [145], he never missed one of these. It was during these meetings that I came up with the idea of creating a periodic publication called Le Persifleur, which Diderot and I would take turns writing for. I drafted the first issue, and this led me to meet d’Alembert, about whom Diderot had spoken to me. However, unforeseen circumstances prevented us from carrying out this project.
These two authors had just begun work on the Encyclopedic Dictionary, which was initially intended to be a sort of translation similar to Chambers’ Dictionary, much like James’ Dictionary of Medicine that Diderot had just completed. He wanted me to participate in this second endeavor and offered me the section on music, which I accepted. However, I completed it very hastily and poorly within the three months allotted to me, just like all the other contributors; yet I was the only one who finished on time.
I handed him my manuscript, which I had had typeset by a clerk of Mr. de Francueil named Dupont, who was a very skilled typist. I paid him ten écus out of my own pocket, but they were never refunded to me. Diderot had promised me a remuneration on behalf of the publishers, but he never mentioned it again, nor did I.
This endeavor to compile an encyclopedia was interrupted by his imprisonment. His philosophical writings had drawn him some displeasure, though it did not have immediate consequences. However, the same could not be said of “Letter on the Blind”[146], which contained only a few personal remarks that offended Madame Dupré de St-Maur and Monsieur de Réaumur; as a result, Diderot was imprisoned in the Donjon de Vincennes. Nothing can ever convey the anguish caused to me by my friend’s misfortune. My unfortunate imagination, which always exaggerates the worst, was utterly terrified. I believed he would remain there for the rest of his life; my head nearly turned. I wrote to Madame de Pompadour, begging her to order his release or at least to allow me to be imprisoned with him. I received no response to my letter—it was too unreasonable to be effective, and I must not pretend that it played any role in the eventual alleviation of the poor Diderot’s captivity. But if that imprisonment had continued with the same severity, I believe I would have died of despair at the foot of that unfortunate donjon. Nevertheless, even though my letter had little effect, I did not make much of an effort to promote it; I spoke about it only to very few people, and never to Diderot himself.
End of Book Seven
Eighth Book
1749 — 1755
I had to take a break at the end of the previous book. With this one begins, in its very origin, the long chain of my misfortunes.
Tutta questa fiducia da entrambe le parti rendeva la mia situazione molto imbarazzante, soprattutto con Madame de Francueil, che mi conosceva abbastanza bene da non diffidare di me, nonostante fosse in rapporti con la sua rivale. Facevo del mio meglio per consolare quella povera donna, a cui suo marito certamente non restituiva l’amore che lei provava per lui. Ascoltavo separatamente queste tre persone; tenevo i loro segreti con la massima fedeltà, senza che nessuna delle tre mi costringesse mai a rivelarne alcuno degli altri due, e senza nascondere a ciascuna di loro il mio legame con la rivale. Madame de Francueil, che voleva servirsi di me per molte cose, ricevette rifiuti categorici; mentre Madame d’Épinay, una volta volendomi incaricare di portare una lettera a Francueil, non solo ne ricevette un’altra altrettanto categorica, ma anche una dichiarazione molto chiara: se voleva cacciarmi per sempre dalla sua casa, doveva soltanto propormelo una seconda volta. Bisogna rendere giustizia a Madame d’Épinay: lontano dal dispiacerle questo comportamento, ne parlò con Francueil in termini elogiosi e continuò comunque a trattarmi molto bene. Fu così che, in mezzo a relazioni turbolente tra queste tre persone di cui dovevo prendere cura, da cui dipendevo in un certo senso e per le quali provavo affetto, riuscii a conservare fino alla fine la loro amicizia, il loro rispetto, la loro fiducia, comportandomi con dolcezza e compiacimento, ma sempre con onestà e fermezza. Nonostante la mia stupidità e goffaggine, Madame d’Épinay volle offrirmi l’opportunità di divertirmi al castello della Chevrette, vicino a Saint-Denis, che apparteneva a Monsieur de Bellegarde. C’era un teatro dove spesso si rappresentavano opere; mi affidarono un ruolo che studiai per sei mesi senza sosta, e durante la rappresentazione dovetti recitarlo interamente a memoria. Dopo questa esperienza, non mi fu più offerto alcun ruolo[141].
Incontrando la signora d’Épinay, conobbi anche sua cognata, la signorina de Bellegarde, che in seguito divenne contessa di Houdetot. La prima volta che la vidi, era alla vigilia del suo matrimonio; mi intrattenne a lungo con quella affabilità incantevole che le è naturale. La trovai molto piacevole; ma non avrei mai potuto immaginare che questa giovane donna un giorno avrebbe determinato il corso della mia vita, trascinandomi, sebbene in modo del tutto innocente, nell’abisso in cui mi trovo oggi.
Anche se non ho parlato di Diderot da quando sono tornato da Venezia, né del mio amico M. Roguin, tuttavia non ho trascurato nessuno dei due; anzi, il rapporto con il primo è diventato sempre più stretto col passare del tempo. Lui aveva una Nanette, proprio come io avevo una Thérèse: questo rappresentava un’altra somiglianza tra di noi. Tuttavia, la differenza stava nel fatto che la mia Thérèse, sia nell’aspetto che nel carattere, era dolce e affabile, perfetta per attirare un uomo onesto; mentre quella di lui, cupa e irascibile, non mostrava nulla in sé che potesse compensare una cattiva educazione. Eppure la sposò. Fu una scelta saggia, se l’aveva promessa davvero. Per quanto mi riguarda, poiché non avevo fatto alcuna promessa del genere, non ho affatto fretta di imitarlo.
Ero anche in rapporti con l’abate di Condillac, che, proprio come me, non aveva alcuna esperienza nel campo letterario, ma che era destinato a diventare ciò che è oggi. Forse sono stato il primo a riconoscere le sue potenzialità e ad apprezzarlo davvero per quello che valeva. Sembrava anche che gli piacesse stare in mia compagnia; spesso veniva a cena da me, da solo, come se fosse in un pic-nic. In quel periodo lavorava all’“Saggio sull’origine delle conoscenze umane”, il suo primo libro. Quando lo completò, fu difficile trovare un editore disposto ad accettarlo. Gli editori di Parigi sono spesso arroganti e scortesi verso chi inizia nel mondo letterario, e la metafisica, all’epoca poco di moda, non rappresentava certo un argomento allettante per gli editori. Parlai di Condillac e del suo libro a Diderot; li presentai l’uno all’altro. Erano fatti l’uno per l’altro, e si piacquero immediatamente. Diderot convinse l’editore Durand ad acquistare il manoscritto dell’abate, e quel grande metafisico ottenne, per il suo primo libro, cento scudi, quasi per grazia mia. Poiché abitavamo in quartieri molto distanti l’uno dall’altro, ci riunivamo tutti e tre una volta alla settimana al Palais-Royal e andavamo a cena insieme all’hotel du Panier-Fleuri. Quei piccoli pasti settimanali dovevano essere particolarmente graditi a Diderot, poiché lui, che di solito mancava a quasi tutti gli appuntamenti, non ne saltò mai uno. Fu lì che concepimmo l’idea di pubblicare una rivista periodica intitolata “Le Persifleur”, che avremmo scritto alternativamente io e Diderot. Ne redigetti la prima pagina, e questo mi permise di conoscere d’Alembert, di cui Diderot aveva parlato. Tuttavia, eventi imprevisti impedirono la realizzazione di questo progetto.
Questi due autori avevano appena iniziato a lavorare al Dizionario Enciclopedico, che inizialmente doveva essere una sorta di traduzione del dizionario di Chambers, simile in qualche modo a quello di Medicina di James, che Diderot aveva appena completato. Quest’ultimo volle coinvolgermi in questo secondo progetto e mi propose la parte relativa alla musica; accettai l’incarico e lo svolgesi con grande fretta e scarsi risultati, nei tre mesi che mi furono concessi, così come a tutti gli altri autori coinvolti nel progetto; tuttavia fui l’unico ad essere pronto entro la scadenza stabilita.
Gli consegnai il mio manoscritto, che avevo fatto correggere da un servitore di Monsieur de Francueil di nome Dupont, che scriveva molto bene; gli pagai dieci scudi, tirati dalla mia tasca, e questi soldi non mi sono mai stati restituiti. Diderot mi aveva promesso, da parte dei librai, una ricompensa di cui non ho mai più sentito parlare, né io né lui.
Questo progetto di compilare un’Enciclopedia fu interrotto a causa della sua detenzione. Le “Pensées philosophiques” gli avevano causato alcuni problemi, ma non immediati; diverso fu il caso della “Lettera sui ciechi”[146], la quale conteneva soltanto alcune osservazioni personali che offesero Mme Dupré de St-Maur e M. de Réaumur, tanto da portare alla sua detenzione nel Donjon di Vincennes. Niente potrà mai descrivere le angosie che la sfortuna del mio amico mi causò. La mia immaginazione, sempre pronta a esagerare il peggio, si spaventò terribilmente; credetti che sarebbe rimasto lì per il resto della sua vita. Mi sentii sopraffatto dal dolore e scrissi a Mme de Pompadour pregandola di farlo rilasciare o, almeno, di permettermi di essere imprigionato con lui. Non ricevetti alcuna risposta: la mia lettera era troppo irragionevole per poter avere effetto. E non mi lusingo nemmeno che abbia contribuito in qualche modo ad alleviare le sofferenze del povero Diderot durante quella prigionia. Ma se quella situazione fosse durata ancora a lungo con la stessa durezza, credo che sarei morto di disperazione ai piedi di quel tragico Donjon. Comunque sia, anche se la mia lettera ebbe poco effetto, non mi sforzai troppo per farla arrivare alle orecchie delle persone giuste. Ne parlai soltanto a pochi, e mai direttamente a Diderot stesso.
Fine del settimo libro.
Libro Ottavo
1749 — 1755
Dovevo fare una pausa alla fine del libro precedente. Con questo inizia, nella sua prima origine, la lunga catena dei miei mali.
Ayant vécu dans deux des plus brillantes maisons de Paris, je n’avais pas laissé, malgré mon peu d’entregent, d’y faire quelques connaissances. J’avais fait, entre autres, chez Mme Dupin, celle du jeune prince héréditaire de, Saxe-Gotha, et du baron de Thun, son gouverneur. J’avais fait chez M. de la Poplinière celle de M. Seguy, ami du baron de Thun, et connu dans le monde littéraire par sa belle édition de Rousseau. Le baron nous invita, M. Seguy et moi, d’aller passer un jour ou deux à Fontenay-sous-Bois[147], où le prince avait une maison. Nous y fûmes. En passant devant Vincennes, je sentis à la vue du Donjon un déchirement de cœur dont le baron remarqua l’effet sur mon visage. À souper, le prince parla de la détention de Diderot. Le baron, pour me faire parler, accusa le prisonnier d’imprudence : j’en mis dans la manière impétueuse dont je le défendis. L’on pardonna cet excès de zèle à celui qu’inspire un ami malheureux, et l’on parla d’autre chose. Il y avait là deux Allemands attachés au prince. L’un, appelé M. Klupffel, homme de beaucoup d’esprit, était son chapelain, et devint ensuite son gouverneur, après avoir supplanté le baron. L’autre était un jeune homme appelé M. Grimm, qui lui servait de lecteur en attendant qu’il trouvât quelque place, et dont l’équipage très mince annonçait le pressant besoin de la trouver. Dès ce même soir, Klupffel et moi commençâmes une liaison qui bientôt devint amitié. Celle avec le sieur Grimm n’alla pas tout à fait si vite. Il ne se mettait guère en avant, bien éloigné de ce ton avantageux que la prospérité lui donna dans la suite. Le lendemain à dîner on parla de musique : il en parla bien. Je fus transporté d’aise en apprenant qu’il accompagnait du clavecin. Après le dîner on fit apporter de la musique. Nous musiquâmes tout le jour au clavecin du prince, et ainsi commença cette amitié qui d’abord me fut si douce, enfin si funeste, et dont j’aurai tant à parler désormais.
En revenant à Paris, j’y appris l’agréable nouvelle que Diderot était sorti du Donjon, et qu’on lui avait donné le château et le parc de Vincennes pour prison, sur sa parole, avec permission de voir ses amis. Qu’il me fut dur de n’y pouvoir courir à l’instant même ! Mais retenu deux ou trois jours chez Mme Dupin par des soins indispensables, après trois ou quatre siècles d’impatience je volai dans les bras de mon ami. Moment inexprimable ! il n’était pas seul. D’Alembert et le trésorier de la Sainte-Chapelle étaient avec lui. En entrant je ne vis que lui, je ne fis qu’un saut, un cri, je collai mon visage sur le sien, je le serrai étroitement sans lui parler autrement que par mes pleurs et par mes sanglots ; j’étouffais de tendresse et de joie. Son premier mouvement, sorti de mes bras, fut de se tourner vers l’ecclésiastique, et de lui dire : Vous voyez, monsieur, comment m’aiment mes amis. Tout entier à mon émotion, je ne réfléchis pas alors à cette manière d’en tirer avantage. Mais en y pensant quelquefois depuis ce temps-là, j’ai toujours jugé qu’à la place de Diderot, ce n’eût pas été là la première idée qui me serait venue.
Je le trouvai très affecté de sa prison. Le Donjon lui avait fait une impression terrible, et quoiqu’il fût fort agréablement au château, et maître de ses promenades dans un parc qui n’est pas même fermé de murs, il avait besoin de la société de ses amis pour ne pas se livrer à son humeur noire. Comme j’étais assurément celui qui compatissait le plus à sa peine, je crus être aussi celui dont la vue lui serait la plus consolante, et tous les deux jours au plus tard, malgré des occupations très exigeantes, j’allais, soit seul, soit avec sa femme, passer avec lui les après-midi.
Cette année 1749, l’été fut d’une chaleur excessive. On compte deux lieues de Paris à Vincennes. Peu en état de payer des fiacres, à deux heures après midi j’allais à pied quand j’étais seul, et j’allais vite pour arriver plus tôt. Les arbres de la route toujours élagués à la mode du pays ne donnaient presque aucune ombre, et souvent, rendu de chaleur et de fatigue, je m’étendais par terre n’en pouvant plus. Je m’avisai, pour modérer mon pas, de prendre quelque livre. Je pris un jour le Mercure de France, et tout en marchant et le parcourant, je tombai sur cette question proposée par l’Académie de Dijon pour le prix de l’année suivante : Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les mœurs.
À l’instant de cette lecture je vis un autre univers et je devins un autre homme. Quoique j’aie un souvenir vif de l’impression que j’en reçus, les détails m’en sont échappés depuis que je les ai déposés dans une de mes quatre lettres à M. de Malesherbes. C’est une des singularités de ma mémoire qui méritent d’être dites. Quand elle me sert, ce n’est qu’autant que je me suis reposé sur elle : sitôt que j’en confie le dépôt au papier, elle m’abandonne ; et dès qu’une fois j’ai écrit une chose, je ne m’en souviens plus du tout. Cette singularité me suit jusque dans la musique. Avant de l’apprendre je savais par cœur des multitudes de chansons : sitôt que j’ai su chanter des airs notés, je n’en ai pu retenir aucun ; et je doute que de ceux que j’ai le plus aimés j’en puisse aujourd’hui redire un seul tout entier.
Ce que je me rappelle bien distinctement dans cette occasion, c’est qu’en arrivant à Vincennes j’étais dans une agitation qui tenait du délire. Diderot l’aperçut : je lui en dis la cause, et je lui lus la prosopopée de Fabricius, écrite en crayon sous un chêne. Il m’exhorta de donner l’essor à mes idées, et de concourir au prix. Je le fis, et dès cet instant je fus perdu. Tout le reste de ma vie et de mes malheurs fut l’effet inévitable de cet instant d’égarement[148].
Mes sentiments se montèrent, avec la plus inconcevable rapidité, au ton de mes idées. Toutes mes petites passions furent étouffées par l’enthousiasme de la vérité, de la liberté, de la vertu, et ce qu’il y a de plus étonnant est que cette effervescence se soutint dans mon cœur, durant plus de quatre ou cinq ans, à un aussi haut degré peut-être qu’elle ait jamais été dans le cœur d’aucun autre homme.
Je travaillai ce discours d’une façon bien singulière, et que j’ai presque toujours suivie dans mes autres ouvrages. Je lui consacrais les insomnies de mes nuits. Je méditais dans mon lit à yeux fermés, et je tournais et retournais mes périodes dans ma tête avec des peines incroyables ; puis, quand j’étais parvenu à en être content, je les déposais dans ma mémoire jusqu’à ce que je pusse les mettre sur le papier : mais le temps de me lever et de m’habiller me faisait tout perdre, et quand je m’étais mis à mon papier il ne me venait presque plus rien de ce que j’avais composé. Je m’avisai de prendre pour secrétaire Mme Le Vasseur. Je l’avais logée avec sa fille et son mari plus près de moi, et c’était elle qui, pour m’épargner un domestique, venait tous les matins allumer mon feu et faire mon petit service. À son arrivée, je lui dictais de mon lit mon travail de la nuit, et cette pratique, que j’ai longtemps suivie, m’a sauvé bien des oublis.
Quand ce discours fut fait, je le montrai à Diderot, qui en fut content, et m’indiqua quelques corrections. Cependant cet ouvrage, plein de chaleur et de force, manque absolument de logique et d’ordre ; de tous ceux qui sont sortis de ma plume, c’est le plus faible de raisonnement et le plus pauvre de nombre et d’harmonie ; mais avec quelque talent qu’on puisse être né, l’art d’écrire ne s’apprend pas tout d’un coup.
Having lived in two of the most distinguished households in Paris, I had managed, despite my lack of social skills, to make some acquaintances there. Among others, at Madame Dupin’s residence, I met the young hereditary prince of Saxe-Gotha and Baron de Thun, his tutor. At Mr. de la Poplinière’s house, I got to know Mr. Seguy, a friend of Baron de Thun and known in literary circles for his excellent edition of Rousseau’s works. The baron invited Mr. Seguy and me to spend a day or two at Fontenay-sous-Bois, where the prince owned a residence. We went there. As we passed by Vincennes, the sight of the Donjon filled me with such sorrow that the baron noticed its effect on my face. During dinner, the prince mentioned Diderot’s imprisonment. To encourage me to speak, the baron accused the prisoner of imprudence; I vehemently defended him, showing my impetuosity in doing so. Everyone forgave this excess of zeal on the part of someone inspired by the plight of a friend in distress, and we turned to other topics. There were two Germans accompanying the prince: one named M. Klupffel, a man of great intelligence who served as his chaplain and later replaced Baron de Thun as his tutor; the other was a young man named M. Grimm, who acted as the prince’s reader while he sought employment—a situation that clearly indicated his urgent need for work. That very evening, Klupffel and I began to forge a friendship that soon grew deeper. My relationship with Mr. Grimm progressed more slowly; he was far from the assertive and successful person he would become later in life. The next day, during dinner, music came up, and he spoke about it with great knowledge. I was delighted to learn that he played the clavecin. After dinner, some musical instruments were brought over, and we spent the entire day playing the clavecin together at the prince’s residence. Thus began this friendship—first so pleasant for me, and ultimately so tragic, a subject upon which I will have much to say in the future.
Upon returning to Paris, I learned the pleasant news that Diderot had been released from the Donjon and that he had been given the château and park of Vincennes as his prison, on his word of honor, with permission to see his friends. How hard it was for me not to rush there immediately! But being detained for two or three days at Madame Dupin’s home due to some unavoidable matters, after three or four centuries of impatience, I finally flew into the arms of my friend. What an indescribable moment! He was not alone; D’Alembert and the treasurer of the Sainte-Chapelle were with him. Upon entering, I saw only him; I jumped forward, cried out, pressed my face against his, and hugged him tightly, speaking to him only through my tears and sobs. I was overwhelmed with tenderness and joy. His first reaction, once he was free from my embrace, was to turn to the clergyman and say: “See, monsieur, how much my friends love me.” Lost in my emotion at that moment, I did not consider how this situation could be exploited for personal gain. But reflecting on it since then, I have always believed that if it were me in Diderot’s place, such an idea would never have occurred to me first.
I found him greatly affected by his imprisonment. The dungeon had left a terrible impression on him; and although he enjoyed living in the castle and was free to walk in a park that wasn’t even enclosed by walls, he needed the company of his friends to prevent him from falling into gloom. Since I was undoubtedly the one who most sympathized with his suffering, I believed I would also be the one whose presence could comfort him the most. Therefore, at least every other day, despite my very busy schedule, I would go to spend the afternoons with him, either alone or accompanied by his wife.
In the year 1749, the summer was exceptionally hot. The distance between Paris and Vincennes is about two miles. Unable to afford a carriage, I would walk alone at around two in the afternoon, hurrying to arrive sooner. The trees along the road, always pruned according to local customs, offered little shade; often, overwhelmed by heat and fatigue, I would lie down on the ground, unable to go on any longer. To slow my pace, I would take a book with me. One day, I picked up the Mercure de France and, as I walked while reading it, I came across this question posed by the Academy of Dijon for the following year’s prize: “Has the progress of science and the arts contributed to corrupting or purifying morals?”
In the moment I read that passage, I saw another universe and became another man. Although I still vividly remember the impression it made on me, the details have faded from my memory since I recorded them in one of my four letters to Mr. de Malesherbes. This is one of the peculiarities of my memory that deserve to be mentioned. When it serves me, it is only because I have relied upon it; the moment I transfer those memories onto paper, they are lost to me. And once I have written something down, I can no longer remember it at all. This same peculiarity applies to music as well. Before I learned to read music, I could recite countless songs by heart; but once I was able to sing notated melodies, I was unable to retain any of them. I doubt that I could even recite in its entirety any of the songs that I used to love the most.
What I remember very clearly about that occasion is that, upon arriving in Vincennes, I was in a state of agitation bordering on delirium. Diderot noticed it; I told him the reason for it and read to him the “prosopopoeia” of Fabricius, which I had written in pencil under a oak tree. He encouraged me to develop my ideas further and to compete for the prize. I did so—and from that moment on, I was lost. The entire rest of my life and all the misfortunes that befell me were the inevitable consequences of that moment of madness[148].
My emotions rose, with an utterly inconceivable speed, to the same intensity as my thoughts. All my minor passions were overwhelmed by the enthusiasm for truth, freedom, and virtue; what is even more astonishing is that this fervor endured in my heart for more than four or five years—perhaps to an extent never reached by anyone else.
I worked on this discourse in a most peculiar manner, one that I have almost always followed in my other works as well. I devoted the nights of insomnia to it—meditating with my eyes closed in bed, turning over those ideas in my mind with great effort. Once I had settled upon them, I would commit them to memory until I could put them down on paper. However, by the time I got up and dressed, all that I had composed would be forgotten. Then I had the idea of hiring Madame Le Vasseur as my secretary. I had placed her, along with her daughter and husband, closer to where I lived, and it was she who, in order to save me the trouble of having a servant, would come every morning to light my fire and attend to my basic needs. Upon her arrival, I would dictate to her from my bed what I had written during the night. This practice, which I continued for a long time, saved me from countless omissions.
When this speech was written, I showed it to Diderot, who was pleased with it and suggested some corrections. However, this work, though full of passion and vigor, lacks entirely logic and coherence. Of all the works that have come from my pen, it is the one weakest in reasoning and the poorest in terms of structure and harmony. But no matter what talent one may be born with, the art of writing cannot be learned overnight.
Avendo vissuto in due delle case più prestigiose di Parigi, nonostante la mia scarsa capacità di entrare in relazioni con le persone, ero riuscito comunque a fare alcune conoscenze. Tra queste, presso la signora Dupin, avevo incontrato il giovane principe ereditario di Sassonia-Gotha e il barone di Thun, suo governante. Presso il signor de la Poplinière, invece, avevo conosciuto il signor Seguy, amico del barone di Thun e noto nel mondo letterario per la sua bella edizione delle opere di Rousseau. Il barone ci invitò, me e il signor Seguy, a trascorrere un giorno o due a Fontenay-sous-Bois, dove il principe possedeva una residenza. Ci recammo lì. Passando davanti a Vincennes, vidi il Donjon e provai un profondo dolore; il barone notò l’effetto di questa vista sul mio viso. A cena, il principe parlò della detenzione di Diderot. Il barone, per farmi parlare, accusò il prigioniero di imprudenza; io difesi Diderot con tale veemenza che tutti perdonarono questo eccesso di zelo da parte mia, soprattutto considerando che derivava dall’affetto per un amico in difficoltà. C’erano lì due tedeschi al servizio del principe: uno, di nome Klupffel, uomo molto intelligente, era il suo cappellano e in seguito ne divenne il governante, sostituendo il barone. L’altro era un giovane di nome Grimm, che gli faceva da lettore in attesa che trovasse una posizione più stabile; il suo aspetto molto modesto indicava chiaramente la sua urgente necessità di trovare lavoro. Quella stessa sera, Klupffel e io iniziammo a frequentarci, e presto quella conoscenza divenne amicizia. Quella con il signor Grimm, invece, si sviluppò più lentamente: lui non era molto propenso ad attirare l’attenzione, molto diverso da quel modo affabile che in seguito avrebbe assunto grazie al successo. Il giorno dopo, a cena, si parlò di musica; il signor Grimm ne parlò molto bene. Fui molto felice di scoprire che suonava il clavicembalo. Dopo cena, fu portata della musica e passammo l’intera giornata a suonare insieme al clavicembalo del principe; così iniziò quell’amicizia che all’inizio mi fu così dolce, e che alla fine si rivelò così tragica, di cui avrò molto da dire in seguito.
Tornato a Parigi, appresi la piacevole notizia che Diderot era stato rilasciato dal Donjon e che gli erano stati concessi il castello e il parco di Vincennes come prigione, sotto sua promessa e con il permesso di incontrare i suoi amici. Fu terribile non poter correre da lui immediatamente! Ma trattenuto per due o tre giorni a casa della signora Dupin per motivi indispensabili, dopo tre o quattro secoli di impazienza finalmente corsi tra le braccia del mio amico. Un momento indescrivibile. Non era solo: c’erano anche D’Alembert e il tesoriere della Sainte-Chapelle con lui. Entrando, vidi soltanto lui; feci un salto, gridai, appoggiai il mio viso al suo, lo abbracciai stretto senza dire una parola, se non attraverso le mie lacrime e i miei singhiozzi. Ero soffocato dall’affetto e dalla gioia. Il suo primo gesto, dopo essersi liberato dal mio abbraccio, fu quello di rivolgersi all’uomo di chiesa e dirgli: “Vedete, signore, quanto mi amino i miei amici”. Totalmente preso dall’emozione, in quel momento non riflettei su come questa situazione potesse essere sfruttata a proprio vantaggio. Ma ripensandoci da allora, ho sempre ritenuto che, al posto di Diderot, quella non sarebbe stata la prima cosa che mi sarebbe venuta in mente.
Lo trovai profondamente turbato a causa della sua prigionia. Il Castello gli aveva lasciato un’impressione terribile; e sebbene si trovasse in un ambiente molto piacevole e potesse passeggiare liberamente in un parco che non era nemmeno circondato da muri, aveva bisogno della compagnia dei suoi amici per non lasciarsi sopraffare dal suo umore cupo. Poiché ero sicuramente colui che provava più compassione per la sua sofferenza, pensai di essere anche colui il cui sostegno potesse consolarlo di più; quindi, al massimo ogni due giorni, nonostante avessi molte altre responsabilità impegnative, andavo a passare con lui le pomeriggi, da solo o insieme a sua moglie.
Quell’anno, il 1749, l’estate fu di una calura estrema. La distanza tra Parigi e Vincennes è di circa due leghe. Non essendo in grado di pagare i fiacchi, alle due del pomeriggio, quando ero solo, camminavo a piedi per arrivare prima. Gli alberi lungo la strada, sempre tagliati secondo le usanze locali, offrivano quasi nessuna ombra; spesso, sopraffatto dal caldo e dalla stanchezza, mi sdraiavo a terra senza più forze. Per rallentare il passo, presi con me un libro. Un giorno lessi il “Mercure de France” e, mentre camminavo e lo sfogliavo, mi imbattei in questa domanda proposta dall’Accademia di Digione per il premio dell’anno successivo: “Se i progressi delle scienze e degli arti abbiano contribuito a corrompere o a purificare i costumi”.
Nel momento in cui lessi quel testo, vidi un altro universo e diventai un altro uomo. Sebbene ricordi vividamente l’impressione che ne provai allora, i dettagli mi sono sfuggiti da quando li ho trascritti in una delle mie quattro lettere a Monsieur de Malesherbes. Questa è una delle peculiarità della mia memoria che meritano di essere raccontate: quando mi serve, lo fa soltanto perché mi sono affidato a essa; non appena confido i suoi contenuti sulla carta, mi abbandona completamente; e non appena ho scritto qualcosa, non me ne ricordo più affatto. Questa stranezza si manifesta anche nella musica: prima di impararla a suonare, conoscevo a memoria molte canzoni; ma non appena ho iniziato a cantare gli accordi scritti, non sono riuscito a ricordarmene nessuna; e dubito che oggi riesca a ripetere anche solo una di quelle che amavo di più.
Quello che ricordo con chiarezza in quell’occasione è che, arrivando a Vincennes, ero in uno stato di agitazione simile al delirio. Diderot mi vide: gli spiegai la causa della mia condizione e gli lessi anche la prosopopea di Fabricius, scritta a matita sotto un quercio. Mi esortò ad alimentare le mie idee e a partecipare al concorso. Lo feci, e da quel momento fui perduto. Tutto il resto della mia vita, così come i miei mali, furono l’inevitabile conseguenza di quell’istante di follia[148].
I miei sentimenti aumentarono, con una rapidità inimmaginabile, al ritmo delle mie idee. Tutte le mie piccole passioni furono soffocate dall’entusiasmo per la verità, la libertà, la virtù; e ciò che è ancora più sorprendente è che questa fervore rimase nel mio cuore per oltre quattro o cinque anni, forse al livello più alto mai raggiunto da alcun altro uomo.
Scrissi questo discorso in un modo davvero particolare, e lo ho seguito quasi sempre anche nei miei altri lavori. Vi dedicavo le notti insonni: riflettevo a letto con gli occhi chiusi, ripassando continuamente i contenuti del discorso nella mia mente con grande impegno; quando finalmente ero soddisfatto del risultato, li trascrivevo nella memoria fino al momento di metterli per iscritto. Tuttavia, il tempo necessario per alzarmi e vestirmi faceva sì che tutto andasse perso. E una volta iniziata la stesura, quasi nulla di ciò che avevo composto mi veniva più in mente. Allora decisi di assumere come segretaria Madame Le Vasseur: l’avevo sistemata insieme a sua figlia e a suo marito vicino a me, e fu lei ad accendermi il fuoco ogni mattina e a svolgere per me i piccoli compiti domestici. Appena arrivava, le dettavo dal letto il lavoro che avevo preparato durante la notte. Questa abitudine, che ho mantenuto per molto tempo, mi ha davvero aiutato a evitare molti errori nella stesura dei miei scritti.
Quando questo discorso fu scritto, lo mostrai a Diderot, il quale ne fu soddisfatto e mi indicò alcune correzioni da apportare. Tuttavia, quest’opera, piena di passione e forza espressiva, manca completamente di logica e ordine; tra tutte quelle che sono uscite dalla mia penna, è quella con il ragionamento più debole e la struttura meno coerente in termini di numeri e armonia. Ma, per quanto grande possa essere il talento naturale di una persona, l’arte di scrivere non si impara certo da un giorno all’altro.
Je fis partir cette pièce sans en parler à personne autre, si ce n’est, je pense, à Grimm, avec lequel, depuis son entrée chez le comte de Friese, je commençais à vivre dans la plus grande intimité. Il avait un clavecin qui nous servait de point de réunion, et autour duquel je passais avec lui tous les moments que j’avais de libres, à chanter des airs italiens et des barcarolles sans trêve et sans relâche du matin au soir, ou plutôt du soir au matin, et sitôt qu’on ne me trouvait pas chez Mme Dupin, on était sûr de me trouver chez M. Grimm, ou du moins avec lui, soit à la promenade, soit au spectacle. Je cessai d’aller à la Comédie-Italienne, où j’avais mes entrées, mais qu’il n’aimait pas, pour aller avec lui, en payant, à la Comédie-Française, dont il était passionné. Enfin, un attrait si puissant me liait à ce jeune homme, et j’en devins tellement inséparable, que la pauvre tante elle-même en était négligée ; c’est-à-dire que je la voyais moins, car jamais un moment de ma vie mon attachement pour elle ne s’est affaibli.
Cette impossibilité de partager à mes inclinations le peu de temps que j’avais de libre, renouvela plus vivement que jamais le désir que j’avais depuis longtemps de ne faire qu’un ménage avec Thérèse : mais l’embarras de sa nombreuse famille, et surtout le défaut d’argent pour acheter des meubles, m’avaient jusqu’alors retenu. L’occasion de faire un effort se présenta, et j’en profitai. M. de Francueil et Mme Dupin, sentant bien que huit à neuf cents francs par an ne pouvaient me suffire, portèrent de leur propre mouvement mon honoraire annuel jusqu’à cinquante louis, et de plus, Mme Dupin, apprenant que je cherchais à me mettre dans mes meubles, m’aida de quelques secours pour cela. Avec les meubles qu’avait déjà Thérèse, nous mîmes tout en commun, et ayant loué un petit appartement à l’hôtel de Languedoc, rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez de très bonnes gens, nous nous y arrangeâmes comme nous pûmes ; et nous y avons demeuré paisiblement et agréablement pendant sept ans, jusqu’à mon délogement pour l’Ermitage.
Le père de Thérèse était un vieux bonhomme, très doux, qui craignait extrêmement sa femme, et qui lui avait donné pour cela le surnom de Lieutenant-criminel, que Grimm, par plaisanterie, transporta dans la suite à la fille. Mme Le Vasseur ne manquait pas d’esprit, c’est-à-dire d’adresse, elle se piquait même de politesse et d’airs du grand monde ; mais elle avait un patelinage mystérieux qui m’était insupportable, donnant d’assez mauvais conseils à sa fille, cherchant à la rendre dissimulée avec moi, et cajolant séparément mes amis aux dépens les uns des autres et aux miens ; du reste, assez bonne mère, parce qu’elle trouvait son compte à l’être, et couvrant les fautes de sa fille, parce qu’elle en profitait. Cette femme, que je comblais d’attentions, de soins, de petits cadeaux, et dont j’avais extrêmement à cœur de me faire aimer, était, par l’impossibilité que j’éprouvais d’y parvenir, la seule cause de peine que j’eusse dans mon petit ménage, et du reste je puis dire avoir goûté, durant ces six ou sept ans, le plus parfait bonheur domestique que la faiblesse humaine puisse comporter. Le cœur de ma Thérèse était celui d’un ange : notre attachement croissait avec notre intimité, et nous sentions davantage de jour en jour combien nous étions faits l’un pour l’autre. Si nos plaisirs pouvaient se décrire, ils feraient rire par leur simplicité. Nos promenades tête-à-tête hors de la ville, où je dépensais magnifiquement huit ou dix sols à quelque guinguette. Nos petits soupers à la croisée de ma fenêtre, assis en vis-à-vis sur deux petites chaises posées sur une malle qui tenait la largeur de l’embrasure. Dans cette situation, la fenêtre nous servait de table, nous respirions l’air, nous pouvions voir les environs, les passants, et, quoiqu’au quatrième étage, plonger dans la rue tout en mangeant. Qui décrira, qui sentira les charmes de ces repas, composés, pour tous mets, d’un quartier de gros pain, de quelques cerises, d’un petit morceau de fromage et d’un demi-setier de vin que nous buvions à nous deux ? Amitié, confiance, intimité, douceur d’âme, que vos assaisonnements sont délicieux ! Quelquefois nous restions là jusqu’à minuit sans y songer et sans nous douter de l’heure, si la vieille maman ne nous en eût avertis. Mais laissons ces détails qui paraîtront insipides ou risibles. Je l’ai toujours dit et senti, la véritable jouissance ne se décrit point.
J’en eus à peu près dans le même temps une plus grossière, la dernière de cette espèce que j’aie eu à me reprocher. J’ai dit que le ministre Klupffel était aimable : mes liaisons avec lui n’étaient guère moins étroites qu’avec Grimm, et devinrent aussi familières ; ils mangeaient quelquefois chez moi. Ces repas, un peu plus que simples, étaient égayés par les fines et folles polissonneries de Klupffel, et par les plaisants germanismes de Grimm, qui n’était pas encore devenu puriste.
La sensualité ne présidait pas à nos petites orgies, mais la joie y suppléait, et nous nous trouvions si bien ensemble, que nous ne pouvions plus nous quitter. Klupffel avait mis dans ses meubles une petite fille, qui ne laissait pas[149] d’être à tout le monde, parce qu’il ne pouvait l’entretenir à lui seul. Un soir, en entrant au café, nous le trouvâmes qui en sortait pour aller souper avec elle. Nous le raillâmes ; il s’en vengea galamment en nous mettant du même souper, et puis nous raillant à son tour. Cette pauvre créature me parut d’un assez bon naturel, très douce, et peu faite à son métier, auquel une sorcière qu’elle avait avec elle la stylait de son mieux. Les propos et le vin nous égayèrent au point que nous nous oubliâmes. Le bon Klupffel ne voulut pas faire ses honneurs à demi, et nous passâmes tous trois successivement dans la chambre voisine avec la pauvre petite, qui ne savait si elle devait rire ou pleurer. Grimm a toujours affirmé qu’il ne l’avait pas touchée : c’était donc pour s’amuser à nous impatienter qu’il resta si longtemps avec elle, et s’il s’en abstint, il est peu probable que ce fût par scrupule, puisqu’avant d’entrer chez le comte de Friese, il logeait chez des filles au même quartier St-Roch.
Je sortis de la rue des Moineaux, où logeait cette fille, aussi honteux que Saint-Preux sortit de la maison où on l’avait enivré, et je me rappelai bien mon histoire en écrivant la sienne. Thérèse s’aperçut, à quelque signe, et surtout à mon air confus, que j’avais quelque reproche à me faire ; j’en allégeai le poids par ma franche et prompte confession. Je fis bien ; car dès le lendemain Grimm vint en triomphe lui raconter mon forfait en l’aggravant, et depuis lors il n’a jamais manqué de lui en rappeler malignement le souvenir, en cela d’autant plus coupable que, l’ayant mis librement et volontairement dans ma confidence, j’avais droit d’attendre de lui qu’il ne m’en ferait pas repentir. Jamais je ne sentis mieux qu’en cette occasion la bonté de cœur de ma Thérèse ; car elle fut plus choquée du procédé de Grimm qu’offensée de mon infidélité, et je n’essuyai de sa part que des reproches touchants et tendres, dans lesquels je n’aperçus jamais la moindre trace de dépit.
La simplicité d’esprit de cette excellente fille égalait sa bonté de cœur, c’est tout dire : mais un exemple qui se présente mérite pourtant d’être ajouté. Je lui avais dit que Klupffel était ministre et chapelain du prince de Saxe-Gotha. Un ministre était pour elle un homme si singulier, que, confondant comiquement les idées les plus disparates, elle s’avisa de prendre Klupffel pour le pape ; je la crus folle la première fois qu’elle me dit, comme je rentrais, que le pape m’était venu voir. Je la fis expliquer, je n’eus rien de plus pressé que d’aller conter cette histoire à Grimm et à Klupffel, à qui le nom de pape en resta parmi nous. Nous donnâmes à la fille de la rue des Moineaux le nom de papesse Jeanne. C’étaient des rires inextinguibles ; nous étouffions. Ceux qui, dans une lettre qu’il leur a plu de m’attribuer, m’ont fait dire que je n’avais ri que deux fois en ma vie, ne m’ont pas connu dans ce temps-là, ni dans ma jeunesse, car assurément cette idée n’aurait jamais pu leur venir.
I had this piece performed without telling anyone but, I believe, Grimm, with whom, since his arrival at the Count of Friese’s residence, I had begun to live in the greatest intimacy. He owned a clavichord that served as our meeting place, and there I would spend every free moment with him, singing Italian airs and barcaroles without cease, from morning till night—or rather, from night till morning. Whenever someone couldn’t find me at Madame Dupin’s house, they were certain to find me with Monsieur Grimm, or at least in his company, whether on a walk or at a performance. I stopped attending the Comédie-Italienne, where I had my tickets but which he did not like, and instead went with him, paying my own way, to the Comédie-Française, which he adored. In short, such a powerful attraction bound me to this young man that I became inseparable from him; as a result, even my poor aunt was neglected—meaning I saw her less often, though my affection for her never diminished in the slightest throughout my life.
This impossibility of dedicating even the little free time I had to my own desires once again intensified my long-held desire to live together solely with Thérèse. However, the difficulties posed by her large family, and especially the lack of money to buy furniture, had hitherto prevented me from taking action. When an opportunity arose to make an effort, I seized it. Mr. de Francueil and Madame Dupin, realizing that eight or nine hundred francs per year could not be sufficient for my needs, voluntarily increased my annual allowance to fifty louis. Moreover, when Madame Dupin learned that I was trying to acquire my own furniture, she helped me with some financial support. Together with the furniture Thérèse already had, we shared everything we owned. We rented a small apartment at the Hôtel de Languedoc, on the rue de Grenelle-Saint-Honoré, in the home of very kind people, and managed to make ourselves comfortable there for seven years, until I moved to the Ermitage.
Thérèse’s father was an elderly and very gentle man who feared his wife immensely; for this reason, he gave her the nickname “Lieutenant-criminel,” a term that Grimm, in jest, later applied to their daughter as well. Madame Le Vasseur was not lacking in wit or tact; she even prided herself on being polite and having the manners of high society. However, she had a mysterious, insufferable way of speaking, gave her daughter rather poor advice, tried to make her hide her true feelings around me, and separately flattered my friends at the expense of one another and mine as well. Nevertheless, she was a fairly good mother, since it suited her interests to be so; she also covered up her daughter’s mistakes because she benefited from them. This woman, to whom I lavished attention, care, and small gifts, and for whom I truly desired to be loved, became the sole source of sorrow in my little household—because I was utterly unable to win her affection. Nevertheless, I must say that during those six or seven years, I enjoyed the most perfect domestic happiness that human weakness can possibly afford. Thérèse’s heart was that of an angel; our bond grew stronger as we became more intimate, and day by day we realized even more how perfectly we were meant for each other. If our pleasures could be described, their simplicity would probably make people laugh. Our private walks outside the city, during which I would spend eight or ten sous on some refreshments at a tavern; our little dinners sitting face to face at my window, on two small chairs placed across from each other on a trunk that filled the entire width of the frame—these meals, consisting merely of a piece of bread, some cherries, a bit of cheese, and half a liter of wine shared between us, were truly delightful. Friendship, trust, intimacy, and kindness of heart—what delicious ingredients these are! Sometimes we would stay there until midnight, completely unaware of the time, if it weren’t for our old mother reminding us. But let’s leave these details aside; they may seem insipid or ridiculous. I have always believed—and felt—that true happiness cannot be described in words.
At about the same time, I committed another much more serious mistake—the last of its kind that I have ever had to regret. I had said that Minister Klupffel was pleasant; my relations with him were no less close than those with Grimm, and they even became even more familiar; they would sometimes dine at my home. These meals, though somewhat simpler than usual, were enlivened by Klupffel’s witty and playful banter, as well as Grimm’s amusing Germanisms—since he had not yet become a purist at that time.
Sensuality was not the driving force behind our little revelries; rather, joy served as its substitute. We felt so well together that we couldn’t bear to be apart. Klupffel had taken in a young girl who was always with everyone, since he couldn’t afford to support her alone. One evening, when we entered the café, we found him leaving to go dinner with her. We teased him about it; he retaliated playfully by inviting us all to the same meal and then teasing us in turn. That poor creature seemed to have a rather kind nature, was very gentle, but clearly not well-suited for her occupation—since a witch she had with her tried her best to train her for it. The conversation and the wine made us so merry that we completely forgot ourselves. Kind-hearted Klupffel refused to hold back, and one after another, the three of us ended up in the next room with that poor girl, who didn’t know whether to laugh or cry. Grimm always claimed that he never touched her; so it must have been just for the fun of making us wait that he stayed with her so long. And if he refrained from doing so, it’s unlikely that it was out of scruples—after all, before moving in with Count von Friese, he had been living with some girls in the same St-Roch district.
I left Rue des Moineaux, where that girl lived, just as ashamed as Saint-Preux must have felt when he left the house where he had been drunk. As I was writing her story, I vividly recalled my own experiences. Thérèse must have noticed something, especially from my confused expression; I relieved the burden of my guilt by confessing frankly and promptly. I did well in doing so—for the very next day, Grimm came triumphantly to tell her about my “misdeed,” exaggerating it greatly. From then on, he never failed to maliciously remind her of it. Moreover, since I had willingly shared my secrets with her, I had every right to expect that she would not use them against me. More than ever, I realized the kindness of Thérèse’s heart at that time—she was more shocked by Grimm’s behavior than by my infidelity, and all the reproaches she addressed to me were tender and heartfelt, without the slightest trace of resentment.
The simplicity of mind in this excellent girl was equal to the kindness of her heart—that’s all I have to say; yet there is one additional example that deserves to be mentioned. I had told her that Klupffel was a minister and chaplain to the Prince of Saxony-Gotha. To her, a “minister” was such an extraordinary figure that, in a comically confused manner, she actually mistook Klupffel for the Pope. When she told me, upon my return, that the Pope had come to see me, I thought she was insane at first. I made her explain herself, and immediately went to tell Grimm and Klupffel about this incident—since then, the name “Pope” remained among us. We gave the girl from Rue des Moineaux the nickname “Popeess Jeanne.” The laughter was endless; we could hardly breathe. Those who, in a letter they chose to attribute to me, claimed that I had only laughed twice in my life, did not know me at that time, nor in my youth—because surely such an idea would never have occurred to them.
Lasciai partire questa opera senza parlarne con nessun altro, se non, credo, con Grimm, con il quale, da quando era entrato a servire il conte di Friese, iniziavo a vivere nella massima intimità. Lui possedeva un clavicembalo che fungeva da luogo di ritrovo per noi; trascorrevo con lui tutti i momenti liberi, cantando senza sosta melodie italiane e barcarole, dal mattino alla sera, o meglio, dalla sera al mattino. Non appena non mi trovavano da Madame Dupin, era certo che fossi da Monsieur Grimm, o comunque con lui, sia durante le passeggiate che agli spettacoli. Smisi di andare alla Comédie-Italienne, dove avevo i miei posti riservati ma che a lui non piaceva, per andare invece con lui, pagando il biglietto, alla Comédie-Française, della quale era appassionato. Infine, un legame così forte mi univa a questo giovane, diventai talmente inscindibile da lui che persino la povera zia venne trascurata; voglio dire, la vedevo meno spesso, perché il mio affetto per lei non si indebolì mai nemmeno per un istante.
Questa impossibilità di dedicare al mio desiderio quel poco di tempo libero che avevo rinnovò, più intensamente che mai, il desiderio che da tempo nutrivo di convivere esclusivamente con Thérèse; tuttavia, le difficoltà legate alla sua numerosa famiglia e soprattutto la mancanza di denaro per acquistare mobili mi avevano finora trattenuto. Quando si presentò l’occasione di fare uno sforzo, ne approfittai. Il signor de Francueil e la signora Dupin, rendendosi conto che ottocento o novecento franchi all’anno non potevano certo bastarmi, aumentarono spontaneamente il mio stipendio annuale a cinquanta luigi; inoltre, la signora Dupin, venendo a sapere che cercavo di procurarmi dei mobili, mi aiutò con alcune somme. Con i mobili che Thérèse possedeva già, mettemmo tutto in comune e affittammo un piccolo appartamento all’hotel de Languedoc, in rue de Grenelle-Saint-Honoré, presso persone molto gentili; ci sistemammo al meglio e vi rimanemmo tranquillamente e felicemente per sette anni, fino al mio trasferimento all’Ermitage.
Il padre di Teresa era un vecchio molto gentile, che temeva terribilmente sua moglie; per questo motivo le aveva dato il soprannome di “Tenente Criminale”, che Grimm, per scherzo, in seguito trasferì anche alla figlia. La signora Le Vasseur non mancava di spirito, anzi era piuttosto astuta e si dava molta cura della propria educazione e dei modi da persona del bel mondo; tuttavia aveva un modo di comportarsi enigmatico e insopportabile per me: dava a sua figlia consigli molto sbagliati, cercava di farla essere dissimulata con me, e coccolava separatamente i miei amici a scapito gli uni degli altri e anche a scapito mio. In ogni caso, era una buona madre, perché ci guadagnava qualcosa; inoltre copriva i difetti di sua figlia, perché ne traeva vantaggio. Questa donna, a cui dedicavo molte attenzioni, cure e piccoli regali, e per la quale facevo di tutto per essere amato, era, proprio a causa della mia impossibilità di riuscirci, l’unica fonte di dolore nella mia piccola famiglia; tuttavia posso dire di aver provato, in quei sei o sette anni, il più perfetto felicità domestico che la debolezza umana possa permettersi. Il cuore di Teresa era quello di un angelo: il nostro affetto cresceva con la nostra intimità, e ogni giorno sentivamo sempre di più quanto fossimo fatti l’uno per l’altra. Se i nostri piaceri potessero essere descritti, susciterebbero sicuramente risate per la loro semplicità. Le nostre passeggiate solitarie fuori città, durante le quali spendevo ottanta o novanta soldi in qualche piccola taverna. I nostri piccoli pasti alla finestra, seduti uno di fronte all’altro su due piccole sedie posizionate sopra una valigia che occupava tutta la larghezza della finestra. In quella situazione, la finestra ci serviva da tavolo: respiravamo l’aria fresca, potevamo vedere i dintorni, i passanti. E, nonostante fossimo al quarto piano, potevamo “immergerci” nella strada mentre mangiavamo. Chi potrebbe descrivere, chi potrebbe comprendere i piaceri di quei pasti, composti soltanto da un pezzo di pane grosso, alcune ciliegie, un piccolo pezzo di formaggio e mezzo litro di vino che bevevamo in due? Amicizia, fiducia, intimità. Che deliziosi ingredienti per la vera felicità! A volte restavamo lì fino a mezzanotte, senza pensarci nemmeno e senza renderci conto dell’ora, se non fosse stato per la vecchia mamma che ci avvisava. Ma lasciamo perdere questi dettagli che potrebbero sembrare insipidi o ridicoli. Ho sempre detto e sentito che la vera gioia non può essere descritta.
Più o meno nello stesso periodo, ebbi un’altra esperienza ancora più grave, l’ultima di questo genere che debba rimproverarmi. Avevo detto che il ministro Klupffel era gentile: le mie relazioni con lui non erano certo meno strette di quelle con Grimm, anzi divennero altrettanto intime; a volte pranzavano anche da me. Questi pasti, piuttosto semplici, venivano resi più allegri dalle spiritose e un po’ sciocche battute di Klupffel, nonché dai divertenti germanismi di Grimm, che all’epoca non era ancora diventato un purista.
La sensualità non guidava le nostre piccole orge; tuttavia la gioia ne faceva le veci, e ci trovavamo così bene insieme che non riuscivamo più a separarci. Klupffel aveva assunto una bambina per aiutarlo nei lavori domestici; essa, essendo troppo giovane per essere affidata solo a lui, era costantemente presente in casa nostra. Una sera, entrando nel caffè, lo trovammo mentre ne usciva per andare a cena con lei. Lo prendemmo in giro; lui si vendicò in modo galante offrendoci la stessa cena, e poi fu il suo turno di scherzare con noi. Quella povera creatura mi parve avere un carattere abbastanza buono, essere molto dolce, ma poco adatta al mestiere che svolgeva, poiché una strega che viveva con lei cercava di insegnarle come comportarsi. Le parole e il vino ci resero così allegri da dimenticare completamente noi stessi. Il buon Klupffel non volle certo accontentarsi solo di una parte del divertimento, e così tutti e tre passammo, uno dopo l’altro, nella stanza accanto con quella povera bambina, che non sapeva se dovesse ridere o piangere. Grimm ha sempre affermato di non averla toccata; quindi deve essersi trattenuto con lei solo per farci impazientire. E se si è astenuto dal farlo, è improbabile che sia stato per scrupoli: dopotutto, prima di andare a vivere dal conte di Friese, abitava proprio in quel quartiere, vicino alle ragazze.
Uscii dalla rue des Moineaux, dove abitava quella ragazza, altrettanto imbarazzato di quanto lo fosse stato Saint-Preux al momento di uscire dalla casa in cui era stato ubriacato; ricordai bene tutta la mia storia mentre ne scrivevo la sua. Thérèse se ne accorse, per qualche segnale e soprattutto dal mio aspetto confuso, che avevo qualcosa da rimproverarmi; io allentai il peso di quel rimorso con una confessione franca e rapida. Feci bene: il giorno dopo Grimm venne a raccontarle con aria trionfante del mio “peccato”, aggravandone i dettagli; da allora non mancò mai di ricordarglielo in modo malizioso. Ero doppiamente colpevole, poiché, avendola messa volontariamente a conoscenza dei miei segreti, avevo il diritto di aspettarmi che non me ne pentisse mai. In quell’occasione compresi ancora meglio la bontà d’animo di Thérèse: fu più scioccata dal comportamento di Grimm che offesa dalla mia infedeltà, e io ricevetti da lei solo rimproveri commoventi e teneri, nei quali non percepii mai la minima traccia di rancore.
La semplicità d’animo di questa eccellente ragazza era pari alla bontà del suo cuore; ma un esempio che si presenta in questo contesto merita davvero di essere raccontato. Le avevo detto che Klupffel era ministro e cappellano del principe di Sassonia-Gotha. Per lei, un ministro era un uomo così straordinario che, confondendo in modo comico le idee più disparate, arrivò persino a scambiare Klupffel per il papa; la credetti pazza la prima volta che mi disse, al mio ritorno, che il papa era venuto a trovarmi. La feci spiegare e non esitai un attimo ad andare a raccontare questa storia a Grimm e a Klupffel; da allora, il nome di “papa” rimase tra di noi. Dedicammo alla ragazza della strada dei Moineaux il nome di “papessa Giovanna”. Erano risate inarrestabili, ci soffocavamo dalle risate. Coloro che, in una lettera che hanno voluto attribuirmi, affermano che io abbia riso solo due volte in vita mia, non mi conoscevano né allora né nella mia giovinezza, perché certamente loro non avrebbero mai potuto concepire un’idea del genere.
(1750 — 1752) — L’année suivante, 1750, comme je ne songeais plus à mon Discours, j’appris qu’il avait remporté le prix à Dijon. Cette nouvelle réveilla toutes les idées qui me l’avaient dicté, les anima d’une nouvelle force, et acheva de mettre en fermentation dans mon cœur ce premier levain d’héroïsme et de vertu que mon père, et ma patrie, et Plutarque, y avaient mis dans mon enfance. Je ne trouvai plus rien de grand et de beau que d’être libre et vertueux, au-dessus de la fortune et de l’opinion, et de se suffire à soi-même. Quoique la mauvaise honte et la crainte des sifflets m’empêchassent de me conduire d’abord sur ces principes et de rompre brusquement en visière aux maximes de mon siècle, j’en eus dès lors la volonté décidée, et je ne tardai à l’exécuter qu’autant de temps qu’il en fallait aux contradictions pour l’irriter et la rendre triomphante.
Tandis que je philosophais sur les devoirs de l’homme, un événement vint me faire mieux réfléchir sur les miens. Thérèse devint grosse pour la troisième fois. Trop sincère avec moi, trop fier en dedans pour vouloir démentir mes principes par mes œuvres, je me mis à examiner la destination de mes enfants, et mes liaisons avec leur mère, sur les lois de la nature, de la justice et de la raison, et sur celles de cette religion pure, sainte, éternelle comme son auteur, que les hommes ont souillée en feignant de vouloir la purifier, et dont ils n’ont plus fait, par leurs formules, qu’une religion de mots, vu qu’il en coûte peu de prescrire l’impossible quand on se dispense de le pratiquer.
Si je me trompai dans mes résultats, rien n’est plus étonnant que la sécurité d’âme avec laquelle je m’y livrai. Si j’étais de ces hommes mal nés, sourds à la douce voix de la nature, au-dedans desquels aucun vrai sentiment de justice et d’humanité ne germa jamais, cet endurcissement serait tout simple. Mais cette chaleur de cœur, cette sensibilité si vive, cette facilité à former des attachements, cette force avec laquelle ils me subjuguent, ces déchirements cruels quand il les faut rompre, cette bienveillance innée pour mes semblables, cet amour ardent du grand, du vrai, du beau, du juste, cette horreur du mal en tout genre, cette impossibilité de haïr, de nuire, et même de le vouloir, cet attendrissement, cette vive et douce émotion que je sens à l’aspect de tout ce qui est vertueux, généreux, aimable : tout cela peut-il jamais s’accorder dans la même âme, avec la dépravation qui fait fouler aux pieds, sans scrupule, le plus doux des devoirs ? Non, je le sens, et le dis hautement, cela n’est pas possible. Jamais un seul instant de sa vie Jean-Jacques n’a pu être un homme sans sentiment, sans entrailles, un père dénaturé. J’ai pu me tromper, mais non m’endurcir. Si je disais mes raisons, j’en dirais trop. Puisqu’elles ont pu me séduire, elles en séduiraient bien d’autres : je ne veux pas exposer les jeunes gens qui pourraient me lire à se laisser abuser par la même erreur. Je me contenterai de dire qu’elle fut telle, qu’en livrant mes enfants[150] à l’éducation publique, faute de pouvoir les élever moi-même, en les destinant à devenir ouvriers et paysans, plutôt qu’aventuriers et coureurs de fortunes, je crus faire un acte de citoyen et de père ; et je me regardai comme un membre de la république de Platon. Plus d’une fois, depuis lors, les regrets de mon cœur m’ont appris que je m’étais trompé ; mais, loin que ma raison m’ait donné le même avertissement, j’ai souvent béni le ciel de les avoir garantis par là du sort de leur père, et de celui qui les menaçait quand j’aurais été forcé de les abandonner. Si je les avais laissés à Mme d’Épinay ou à Mme de Luxembourg qui, soit par amitié, soit par générosité, soit par quelque autre motif, ont voulu s’en charger dans la suite, auraient-ils été plus heureux, auraient-ils été élevés du moins en honnêtes gens ? Je l’ignore ; mais je suis sûr qu’on les aurait portés à haïr, peut-être à trahir leurs parents : il vaut mieux cent fois qu’ils ne les aient point connus.
Mon troisième enfant fut donc mis aux Enfants-Trouvés, ainsi que les premiers, et il en fut de même des deux suivants ; car j’en ai eu cinq en tout. Cet arrangement me parut si bon, si sensé, si légitime, que si je ne m’en vantai pas ouvertement, ce fut uniquement par égard pour la mère ; mais je le dis à tous ceux à qui j’avais déclaré nos liaisons ; je le dis à Diderot, à Grimm ; je l’appris dans la suite à Mme d’Épinay, et dans la suite encore à Mme de Luxembourg, et cela librement, franchement, sans aucune espèce de nécessité, et pouvant aisément le cacher à tout le monde ; car la Gouin était une honnête femme, très discrète, et sur laquelle je comptais parfaitement. Le seul de mes amis à qui j’eus quelque intérêt de m’ouvrir fut le médecin Thierry, qui soigna ma pauvre tante dans une de ses couches où elle se trouva fort mal. En un mot, je ne mis aucun mystère à ma conduite, non seulement parce que je n’ai jamais rien su cacher à mes amis, mais parce qu’en effet je n’y voyais aucun mal. Tout pesé, je choisis pour mes enfants le mieux, ou ce que je crus l’être. J’aurais voulu, je voudrais encore avoir été élevé et nourri comme ils l’ont été.
Tandis que je faisais ainsi mes confidences, Mme Le Vasseur les faisait aussi de son côté, mais dans des vues moins désintéressées. Je les avais introduites, elle et sa fille, chez Mme Dupin, qui, par amitié pour moi, avait mille bontés pour elles. La mère la mit dans le secret de sa fille. Mme Dupin, qui est bonne et généreuse, et à qui elle ne disait pas combien, malgré la modicité de mes ressources, j’étais attentif à pourvoir à tout, y pourvoyait de son côté avec une libéralité que, par l’ordre de la mère, la fille m’a toujours cachée durant mon séjour à Paris, et dont elle ne me fit l’aveu qu’à l’Ermitage, à la suite de plusieurs autres épanchements de cœur. J’ignorais que Mme Dupin, qui ne m’en a jamais fait le moindre semblant, fût si bien instruite ; j’ignore encore si Mme de Chenonceau, sa bru, le fut aussi : mais Mme de Francueil, sa belle-fille, le fut, et ne put s’en taire. Elle m’en parla l’année suivante lorsque j’avais déjà quitté leur maison. Cela m’engagea à lui écrire à ce sujet une lettre qu’on trouvera dans mes recueils[151], et dans laquelle j’expose celles de mes raisons que je pouvais dire sans compromettre Mme Le Vasseur et sa famille ; car les plus déterminantes venaient de là, et je les tus[152].
Je suis sûr de la discrétion de Mme Dupin et de l’amitié de Mme de Chenonceau ; je l’étais de celle de Mme de Francueil, qui d’ailleurs mourut longtemps avant que mon secret fût ébruité. Jamais il n’a pu l’être que par les gens mêmes à qui je l’avais confié, et ne l’a été en effet qu’après ma rupture avec eux. Par ce seul fait, ils sont jugés : sans vouloir me disculper du blâme que je mérite, j’aime mieux en être chargé que de celui que mérite leur méchanceté. Ma faute est grande, mais c’est une erreur ; j’ai négligé mes devoirs, mais le désir de nuire n’est pas entré dans mon cœur, et les entrailles de père ne sauraient parler bien puissamment pour des enfants qu’on n’a jamais vus : mais trahir la confiance de l’amitié, violer le plus saint de tous les pactes, publier les secrets versés dans notre sein, déshonorer à plaisir l’ami qu’on a trompé, et qui nous respecte encore en nous quittant, ce ne sont pas là des fautes, ce sont des bassesses d’âme et des noirceurs[153].
J’ai promis ma confession, non ma justification ; ainsi je m’arrête ici sur ce point. C’est à moi d’être vrai, c’est au lecteur d’être juste. Je ne lui demanderai jamais rien de plus.
(1750 — 1752) — The following year, in 1750, when I had entirely forgotten about my essay, I learned that it had won the prize in Dijon. This news revived all the ideas that had inspired me to write it, giving them new vigor, and finally brought to fruition in my heart that first seed of heroism and virtue which my father, my country, and Plutarch had planted there in my childhood. I found nothing more noble or beautiful than to be free and virtuous, independent of fortune and public opinion, and self-sufficient. Although the shame of cowardice and the fear of criticism prevented me from immediately putting these principles into practice and openly defying the morals of my time, I resolved firmly to do so, and it was only a matter of time before these contradictions provoked me into taking action and enabled me to triumph over them.
As I pondered over the duties of man, an event prompted me to reflect more deeply on my own responsibilities. Thérèse became pregnant for the third time. Being too honest with me and too true to my principles, she was unwilling to betray them through her actions. I began to examine the fate of my children and my relationship with their mother, in light of the laws of nature, justice, and reason—and also those of that pure, holy, eternal religion, whose founder men have profaned by claiming to purify it, while their own doctrines have reduced it to nothing more than a religion of words. After all, it costs little to prescribe the impossible when one has no intention of fulfilling it.
If I were mistaken in my conclusions, nothing could be more astonishing than the calmness and indifference with which I undertook such an endeavor. If I had been one of those born ill-equipped, deaf to the gentle voice of nature, within whom no true sense of justice or humanity would ever arise, such hardness of heart would have been entirely understandable. But this warmth in my heart, this keen sensitivity, this readiness to form deep attachments, this power with which these feelings subdue me, these cruel pains I endure when it is necessary to break them off, this innate kindness toward my fellow human beings, this passionate love for the great, the true, the beautiful, the just, this abhorrence of all forms of evil, this utter inability to hate or cause harm—even to desire it—this tenderness, this intense and gentle emotion I feel at the sight of everything that is virtuous, generous, and kind: how could all these qualities coexist in the same anima alongside such depravity as would lead one to trample underfoot, without any remorse, the most tender of duties? No, I feel it with absolute certainty—such a thing is impossible. Not for a single moment in his life was Jean-Jacques capable of being a heartless man, a father devoid of compassion. I may have been mistaken, but I could never have hardened my heart. If I were to explain my reasons in detail, I would say too much. Since they were able to persuade me, they could easily persuade others as well; I do not wish to expose young people who might read these words to the risk of being misled by the same error. I will simply state that my reasoning was such that, in handing over my children to public education—since I was unable to raise them myself—and in destinating them to become workers or farmers rather than adventurers or fortune-seekers, I believed I was fulfilling my duties as a citizen and a father; and I saw myself as a member of Plato’s ideal republic. Yet more than once since then, the remorse in my heart has told me that I had erred. But far from being warned by reason, I often thanked heaven for having saved them from the fate that would have befallen their father—and also from the dangers that would have threatened them if I had been forced to abandon them. If I had left them in the care of Madame d’Épinay or Madame de Luxembourg—whether out of friendship, generosity, or some other motive—I do not know whether they would have been happier or at least raised as decent people. But I am certain that such care would have led them to hate, perhaps even to betray their parents; it is far better that they never knew them.
My third child was therefore placed in the Orphanage, just like the first two; in fact, I had a total of five children. This arrangement seemed to me so good, so sensible, so legitimate that, although I did not boast about it openly, it was solely out of consideration for the mother. However, I told everyone about our situation; I told Diderot, Grimm, and later on, Madame d’Épinay as well as Madame de Luxembourg. I did so freely and frankly, without any particular need to do so, since Madame Gouin was an honest woman who was very discreet, and I trusted her completely. The only friend of mine for whom I felt it necessary to be open about this matter was the doctor Thierry, who took care of my poor aunt during one of her very serious illnesses. In short, I did not hide anything about my actions—not only because I have never had anything to hide from my friends, but also because I truly saw no harm in it. All things considered, I chose what I believed to be the best for my children. I wish that I myself had been raised and nurtured in the same way they were.
As I was sharing these confidences of mine, Madame Le Vasseur was doing the same on her own behalf, though for less disinterested motives. I had introduced her and her daughter to Madame Dupin, who, out of friendship for me, treated them with great kindness. The mother revealed to her daughter the secret concerning me. Madame Dupin, being kind and generous, and not knowing how much, despite my modest means, I was doing to provide for their needs, offered her own assistance with such generosity that, at the mother’s request, the daughter never mentioned it to me during my stay in Paris. She only revealed it to me at the Ermitage, after several other moments of heartfelt openness. I had no idea that Madame Dupin, who never gave any hint about this, was so well-informed; I still don’t know whether Madame de Chenonceau, her daughter-in-law, was aware as well. But Madame de Francueil, her granddaughter, knew, and could not keep it to herself. She mentioned it to me the following year, after I had already left their home. This prompted me to write her a letter on the subject, which can be found in my collections[151]. In that letter, I explained the reasons I could share without compromising Madame Le Vasseur and her family; for the most decisive factors stemmed from that source, and I chose to keep them silent[152].
I am certain of Madame Dupin’s discretion and of Madame de Chenonceau’s friendship; I was also certain of Madame de Francueil’s loyalty, who, moreover, died long before my secret was revealed. It could never have been disclosed except by those to whom I had confided it, and indeed it was only after my break with them that it came out. By this very fact, they are judged: without wishing to absolve me from the blame I deserve, I would rather bear it than the guilt their malice deserves. My fault is grave, but it is an error; I neglected my duties, but the desire to do harm was never in my heart. Moreover, the heart of a father could never truly speak in defense of children whom he has never even seen. But to betray the trust of friendship, to violate the most sacred of all bonds, to reveal secrets confided to us, to willingly dishonor a friend who still respects us even as he leaves us—these are not mere mistakes; these are acts of abject depravity and utter darkness[153].
I have promised to make my confession, not my defense; therefore, I will stop here on this matter. It is up to me to be truthful, and it is up to the reader to be fair. I will never ask him for anything more than that.
(1750 — 1752) L’anno seguente, nel 1750, poiché non pensavo più al mio Discorso, appresi che aveva vinto il premio a Digione. Questa notizia rinvigorebbe tutte le idee che me ne avevano ispirato la stesura, dando loro una nuova forza, e completò il processo di sviluppo in me di quel primo germe di eroismo e virtù che mio padre, la mia patria e Plutarco avevano piantato nella mia infanzia. Non trovavo più nulla di grande e bello se non essere liberi e virtuosi, al di sopra della fortuna e dell’opinione altrui, e bastare a se stessi. Sebbene la vergogna e la paura delle critiche mi impedissero all’inizio di seguire questi principi e di sfidare apertamente le massime del mio tempo, da quel momento presi la decisione ferma di farlo, e non tardai a metterla in atto, solo il tempo necessario perché le contraddizioni presenti nel mio ambiente potessero irritarmi e rendermi ancora più determinato a perseguirla.
Mentre riflettevo sui doveri dell’uomo, un evento mi spinse a riflettere ancora più attentamente sui miei stessi doveri. Thérèse era incinta per la terza volta. Essendo troppo sincera con me e troppo orgogliosa dentro di sé per voler contraddire i miei principi attraverso le mie azioni, iniziai ad esaminare il destino dei miei figli, nonché le mie relazioni con loro madre, alla luce delle leggi della natura, della giustizia e della ragione, e di quella religione pura, santa ed eterna come il suo autore. Gli uomini, però, hanno contaminato questa religione fingendo di volerla purificare; le loro formule non sono altro che una religione di parole, poiché non costa nulla prescrivere l’impossibile quando si evita di praticarlo realmente.
Se avessi sbagliato nei miei calcoli, nulla sarebbe più sorprendente della sicurezza con cui mi sono impegnato in tale compito. Se fossi uno di quegli uomini mal nati, sordi alla dolce voce della natura, in cui non germoglia mai alcun vero sentimento di giustizia e umanità, questa durezza sarebbe del tutto comprensibile. Ma questo calore nel cuore, questa sensibilità così viva, questa facilità nell’instaurare legami affettivi, questa forza con cui mi conquistano, questi dolori crudeli quando è necessario romperli, questa benevolenza innata verso i miei simili, questo amore ardente per il grande, il vero, il bello, il giusto, questa orrore per il male in ogni sua forma, questa impossibilità di odiare, di nuocere, persino di volerlo fare. Questo commuoversi profondamente di fronte a tutto ciò che è virtuoso, generoso e gentile: tutto questo può mai coesistere nella stessa anima con la depravazione che spinge una persona a calpestare senza rimorso i doveri più delicati? No. Lo so con certezza, e lo dico apertamente: è impossibile. Nemmeno per un istante della sua vita Jean-Jacques poté essere un uomo privo di sentimenti, senza cuore, un padre disumano. Posso essermi sbagliato, ma non posso essermi indurito. Se raccontassi le mie ragioni, ne direi troppo. Poiché sono riuscite a sedurmi, potrebbero sedurre anche altri. Non voglio esporre i giovani che potrebbero leggere queste parole al rischio di essere ingannati dalla stessa errore. Mi limiterò a dire che tali ragioni erano tali che, affidando i miei figli all’istruzione pubblica – poiché non ero in grado di educarli personalmente, destinandoli a diventare operai o contadini, piuttosto che avventurieri o cercatori di fortuna – credevo di compiere un atto di cittadinanza e di padre. E mi consideravo un membro della repubblica di Platone. Più volte, in seguito, il rimorso mi ha fatto capire di essermi sbagliato. Ma, lontano dall’essere avvertito dalla ragione, ho spesso ringraziato il cielo per avermi protetto dal destino dei miei figli, quando sarei stato costretto ad abbandonarli. Se li avessi lasciati a Madame d’Épinay o a Madame de Luxembourg, che, per amicizia, generosità o qualche altro motivo, si erano offerte di prendersi cura di loro in seguito. Sarebbero stati più felici? Sarebbero stati almeno educati come persone oneste? Non lo so. Ma sono certo che sarebbero stati portati ad odiare, forse persino a tradire i loro genitori. È cento volte meglio che non li abbiano mai conosciuti.
Il mio terzo figlio fu quindi affidato agli Orfani, così come i primi due; lo stesso accadde anche per gli altri due, poiché ne ebbi in totale cinque. Questa soluzione mi sembrava così giusta, sensata e legittima che, se non ne parlavo apertamente, era solo per rispetto verso la madre; tuttavia lo dissi a tutti coloro a cui avevo rivelato le nostre relazioni: a Diderot, a Grimm; in seguito lo appresi anche da Madame d’Épinay e da Madame de Luxembourg, e questo in modo libero e franco, senza alcuna necessità particolare, poiché la Gouin era una donna onesta e molto discreta, su cui potevo contare pienamente. L’unico dei miei amici con il quale avrei avuto motivo di parlare apertamente fu il medico Thierry, che curò mia povera zia durante uno dei suoi parti, in cui si trovava in condizioni molto gravi. In breve, non nascosi nulla riguardo alla mia decisione: non solo perché non ho mai avuto nulla da nascondere ai miei amici, ma anche perché davvero non ritenevo che ci fosse nulla di male in ciò che facevo. Alla fine, scelsi per i miei figli ciò che ritenevo essere il meglio. Avrei voluto, e vorrei ancora oggi, essere stato cresciuto e nutrito nello stesso modo in cui lo sono stati loro.
Mentre io confidavo loro queste cose, anche la signora Le Vasseur faceva lo stesso dal suo canto, ma con intenti meno disinteressati. Io le avevo presentate, lei e sua figlia, alla signora Dupin, la quale, per amicizia verso di me, le trattava con grande gentilezza. La madre rivelò a lei il segreto della figlia. La signora Dupin, una donna buona e generosa, che non sapeva quanto, nonostante le mie modeste risorse, fossi attento a provvedere a tutte le loro esigenze, faceva del suo meglio per aiutarle con grande liberalità; tuttavia, su ordine della madre, la figlia mi nascose sempre questa generosità durante il mio soggiorno a Parigi, e me ne rivelò l’esistenza solo all’Ermitage, dopo diversi altri momenti di confidenza tra noi. Non sapevo che la signora Dupin fosse così ben informata; ignoro anche se lo fosse stata sua nuora, la signora de Chenonceau; ma sua figliastra, la signora de Francueil, lo era senz’altro e non poté trattenersi dal dirmelo. Me ne parlò l’anno seguente, quando ormai avevo lasciato la loro casa. Questo mi spinse a scriverle una lettera sull’argomento, che si troverà nelle mie raccolte[151]; in essa espongo le ragioni per cui potevo parlare senza compromettere la signora Le Vasseur e la sua famiglia; infatti, le ragioni più decisive provenivano proprio da lì, ma io le tenni nascoste[152].
Sono certo della discrezione di Madame Dupin e dell’amicizia di Madame de Chenonceau; lo ero anche per quella di Madame de Francueil, la quale, inoltre, morì molto tempo prima che il mio segreto venisse rivelato. Questo segreto poté essere conosciuto soltanto dalle persone a cui l’avevo confidato, e infatti fu divulgato solo dopo la mia rottura con loro. Solo per questo fatto possono essere giudicate: senza volermi scusare del biasimo che merito, preferisco assumermelo piuttosto che sopportare quello che meriterebbe la loro malvagità. Il mio errore è grave, ma si tratta soltanto di un’ingenuità; ho trascurato i miei doveri, ma il desiderio di nuocere non ha mai entrato nel mio cuore. Le viscere di un padre non potrebbero mai parlare con tanta forza a favore di figli che non ha mai visto. Ma tradire la fiducia dell’amicizia, violare il più sacro dei patti, rivelare i segreti confidati, disonorare a piacimento l’amico che ci ha tradito pur continuando a rispettarci. Queste non sono semplicemente errori: sono bassezze d’animo e azioni spregevoli.
Ho promesso di confessare i miei errori, non di giustificarli; pertanto mi fermo qui su questo punto. Spetta a me essere sincero, spetta al lettore essere giusto. Non gli chiederò mai nulla di più.
Le mariage de M. de Chenonceau me rendit la maison de sa mère encore plus agréable, par le mérite et l’esprit de la nouvelle mariée, jeune personne très aimable et qui parut me distinguer parmi les scribes de M. Dupin. Elle était fille unique de Mme la vicomtesse de Rochechouart, grande amie du comte de Friese, et par contrecoup de Grimm qui lui était attaché. Ce fut pourtant moi qui l’introduisis chez sa fille : mais leurs humeurs ne se convenant pas, cette liaison n’eut point de suite ; et Grimm, qui dès lors visait au solide, préféra la mère, femme du grand monde, à la fille, qui voulait des amis sûrs et qui lui convinssent, sans se mêler d’aucune intrigue ni chercher du crédit parmi les grands. Mme Dupin, ne trouvant pas dans Mme de Chenonceau toute la docilité qu’elle en attendait, lui rendit sa maison fort triste, et Mme de Chenonceau, fière de son mérite, peut-être de sa naissance, aima mieux renoncer aux agréments de la société, et rester presque seule dans son appartement, que de porter un joug pour lequel elle ne se sentait pas faite. Cette espèce d’exil augmenta mon attachement pour elle, par cette pente naturelle qui m’attire vers les malheureux. Je lui trouvai l’esprit métaphysique et penseur, quoique parfois un peu sophistique. Sa conversation, qui n’était point du tout celle d’une jeune femme qui sort du couvent, était pour moi très attrayante. Cependant elle n’avait pas vingt ans. Son teint était d’une blancheur éblouissante ; sa taille eût été grande et belle si elle se fût mieux tenue ; ses cheveux, d’un blond cendré et d’une beauté peu commune, me rappelaient ceux de ma pauvre Maman dans son bel âge, et m’agitaient vivement le cœur. Mais les principes sévères que je venais de me faire, et que j’étais résolu de suivre à tout prix, me garantirent d’elle et de ses charmes. J’ai passé, durant tout un été, trois ou quatre heures par jour tête-à-tête avec elle, à lui montrer gravement l’arithmétique, et à l’ennuyer de mes chiffres éternels, sans lui dire un seul mot galant ni lui jeter une œillade. Cinq ou six ans plus tard je n’aurais pas été si sage ou si fou ; mais il était écrit que je ne devais aimer d’amour qu’une fois en ma vie, et qu’une autre qu’elle aurait les premiers et les derniers soupirs de mon cœur.
Depuis que je vivais chez Mme Dupin, je m’étais toujours contenté de mon sort, sans marquer aucun désir de le voir améliorer. L’augmentation qu’elle avait faite à mes honoraires, conjointement avec M. de Francueil, était venue uniquement de leur propre mouvement. Cette année, M. de Francueil, qui me prenait de jour en jour plus en amitié, songea à me mettre un peu plus au large et dans une situation moins précaire. Il était receveur général des finances. M. Dudoyer, son caissier, était vieux, riche, et voulait se retirer. M. de Francueil m’offrit cette place, et pour me mettre en état de la remplir, j’allai pendant quelques semaines chez M. Dudoyer prendre les instructions nécessaires. Mais, soit que j’eusse peu de talent pour cet emploi, soit que Dudoyer, qui me parut vouloir se donner un autre successeur, ne m’instruisît pas de bonne foi, j’acquis lentement et mal les connaissances dont j’avais besoin, et tout cet ordre de comptes embrouillés à dessein ne put jamais bien m’entrer dans la tête. Cependant, sans avoir saisi le fin du métier, je ne laissai pas d’en prendre la marche courante assez pour pouvoir l’exercer rondement. J’en commençai même les fonctions ; je tenais les registres et la caisse ; je donnais et recevais de l’argent, des récépissés, et quoique j’eusse aussi peu de goût que de talent pour ce métier, la maturité des ans commençant à me rendre sage, j’étais déterminé à vaincre ma répugnance pour me livrer tout entier à mon emploi. Malheureusement, comme je commençais à me mettre en train, M. de Francueil fit un petit voyage, durant lequel je restai chargé de sa caisse, où il n’y avait cependant pour lors que vingt-cinq à trente mille francs. Les soucis, l’inquiétude d’esprit que me donna ce dépôt me firent sentir que je n’étais point fait pour être caissier, et je ne doute point que le mauvais sang que je fis durant cette absence n’ait contribué à la maladie où je tombai après son retour.
J’ai dit, dans ma première partie, que j’étais né mourant. Un vice de conformation dans la vessie me fit éprouver, durant mes premières années, une rétention d’urine presque continuelle, et ma tante Suzon, qui prit soin de moi, eut des peines incroyables à me conserver. Elle en vint à bout cependant ; ma robuste constitution prit enfin le dessus, et ma santé s’affermit tellement, durant ma jeunesse, qu’excepté la maladie de langueur dont j’ai raconté l’histoire, et de fréquents besoins d’uriner, que le moindre échauffement me rendit toujours incommodes, je parvins jusqu’à l’âge de trente ans sans presque me sentir de ma première infirmité. Le premier ressentiment que j’en eus fut à mon arrivée à Venise. La fatigue du voyage et les terribles chaleurs que j’avais souffertes me donnèrent une ardeur d’urine et des maux de reins que je gardai jusqu’à l’entrée de l’hiver. Après avoir vu la Padoana, je me crus mort, et n’eus pas la moindre incommodité. Après m’être épuisé plus d’imagination que de corps pour ma Zulietta, je me portai mieux que jamais. Ce ne fut qu’après la détention de Diderot, que l’échauffement contracté dans mes courses de Vincennes, durant les terribles chaleurs qu’il faisait alors, me donna une violente néphrétique, depuis laquelle je n’ai jamais recouvré ma première santé.
The marriage of Mr. de Chenonceau made his mother’s house even more pleasant to me, thanks to the merits and intellect of the new bride—a very kind young woman who seemed to distinguish me among Mr. Dupin’s clerks. She was the only child of Madame la Vicomtesse de Rochechouart, a close friend of the Count of Friese, and thus also associated with Grimm, who was fond of her. Yet it was I who introduced her to my daughter; but their temperaments did not suit each other, so their relationship never took root. Grimm, who from then on sought stability in his relationships, preferred the mother—a woman of high society—to the daughter, who desired reliable and suitable friends without getting involved in any intrigues or seeking favor among the powerful. Madame Dupin, not finding in Madame de Chenonceau all the docility she had expected, made her life very unpleasant for her. Madame de Chenonceau, proud of her own merits—and perhaps also of her birth—prefered to give up the pleasures of society and stay almost alone in her room, rather than endure a burden for which she felt unsuitable. This kind of exile only deepened my affection for her, due to that natural inclination I have toward those who are unfortunate. I found her to be thoughtful and philosophical in her ways, though sometimes a bit too speculative. Her conversation, far from that of a young woman just out of a convent, was very appealing to me. Yet she was not even twenty years old at the time. She had a strikingly fair complexion; her figure would have been tall and beautiful if she had held herself better; her hair, a rare shade of pale blonde, reminded me of my poor mother in her prime and stirred my heart deeply. But the strict principles I had just established for myself, and which I was determined to follow at all costs, protected me from her and her charms. For an entire summer, I spent three or four hours a day alone with her, patiently teaching her arithmetic and annoying her with those endless numbers, without ever saying a single flirtatious word or casting her a glance. Five or six years later, I might not have been so wise—or so foolish; but it was fate that decreed I should love only once in my life, and that she would be the one who held the first and last breaths of my heart.
Since I had been living with Madame Dupin, I had always been content with my lot, showing no desire to see it improved. The increase she gave me in my salary, together with that of Monsieur de Francueil, was purely voluntary on their part. This year, Monsieur de Francueil, who felt an increasing friendship for me, decided to place me in a position that would be more secure and less precarious. He was the General Receiver of Finances at the time. Monsieur Dudoyer, his cashier, was old and wealthy and wished to retire. Monsieur de Francueil offered me this position, and in order to prepare myself for it, I spent several weeks with Monsieur Dudoyer to learn the necessary skills. However, either because I lacked the talent for this job or because Monsieur Dudoyer, who seemed to want to find someone else for the role, did not instruct me properly, I slowly and inadequately acquired the knowledge I needed. All those complicated accounting procedures were utterly confusing to me. Nevertheless, even though I did not fully understand the intricacies of the job, I managed to carry out my duties satisfactorily enough to continue in it. I even began to perform the actual tasks: keeping the accounts and managing the cash. I issued and received payments, wrote receipts—but despite my lack of interest and talent for this work, as I grew older and became more mature, I was determined to overcome my aversion and devote myself entirely to my duties. Unfortunately, just as I had started getting the hang of things, Monsieur de Francueil went on a short trip, leaving me in charge of his cash affairs, which at that time amounted to only twenty-five to thirty thousand francs. The stress and anxiety associated with this responsibility made me realize that I was not suited for being a cashier, and I have no doubt that the constant worry during his absence contributed to the illness from which I later fell ill.
In my first part, I said that I was born sick. A congenital defect in my bladder caused me to experience almost constant urinary retention during my early years, and my aunt Suzon, who took care of me, endured incredible difficulties in keeping me alive. However, she eventually succeeded; my robust constitution finally overcame the problem, and my health improved so much that, apart from the chronic illness I have described and the frequent need to urinate, as well as the discomfort caused by even the slightest exertion, I managed to live until the age of thirty without hardly noticing any effects of my initial disability. The first time I became aware of it again was when I arrived in Venice. The fatigue from the journey and the intense heat I had endured caused severe urinary discomfort and kidney problems that lasted until the onset of winter. After visiting the Padoana, I thought I was dead—but then I felt no further discomfort at all. After exhausting all my energy—more mentally than physically—in caring for my Zulietta, I felt better than ever before. It wasn’t until after Diderot’s arrest that the heat I had suffered during those terrible summer days in Vincennes caused me a severe kidney illness from which I have never fully recovered since.
Il matrimonio del signor de Chenonceau rese ancora più piacevole la casa di sua madre, grazie al merito e allo spirito della nuova sposa: una giovane donna molto affabile che sembrava distinguermi tra gli scribi del signor Dupin. Era l’unica figlia della viscontessa de Rochechouart, grande amica del conte di Friese, e quindi anche di Grimm, che le era molto legato. Fu tuttavia io ad introdurla presso la figlia di quest’ultimo; ma poiché i loro temperamenti non si accordavano, quella relazione non ebbe successo. Grimm, che ormai cercava solide basi per le sue relazioni, preferì la madre, donna del gran mondo, alla figlia, che desiderava amici affidabili e che potessero comprenderla senza coinvolgersi in intrighi o cercare favori presso i potenti. La signora Dupin, non trovando nella signora de Chenonceau tutta la sottomissione che si aspettava, rese la sua casa molto triste; e la signora de Chenonceau, orgogliosa del proprio merito e forse anche della propria nascita, preferì rinunciare ai piaceri della società e rimanere quasi sola nel suo appartamento, piuttosto che sopportare un giogo che non si sentiva adatta a portare. Questo genere di esilio aumentò il mio affetto per lei, per quella naturale tendenza che mi spinge verso i malheureux. Scoprii in lei uno spirito metafisico e riflessivo, anche se talvolta un po’ sofistico; la sua conversazione, assolutamente diversa da quella di una giovane donna appena uscita dal convento, era molto attraente per me. Tuttavia non aveva ancora vent’anni: il suo viso era di una bianchezza abbagliante; la sua figura sarebbe stata alta e bella se si fosse tenuta meglio in piedi; i suoi capelli, di un biondo cenereo e di una bellezza poco comune, mi ricordavano quelli della mia povera mamma nei suoi anni migliori, e mi commuovevano profondamente. Ma i severi principi che avevo appena adottato, e che ero deciso a seguire a tutti i costi, mi preservarono da lei e dai suoi fascini. Trascorsi un intero estate passando tre o quattro ore al giorno con lei, insegnandole seriamente l’aritmetica e annoiandola con i miei eterni calcoli, senza dirle una parola galante né lanciarle uno sguardo affettuoso. Cinque o sei anni dopo forse non sarei stato così saggio. Ma era scritto che avrei amato d’amore solo una volta nella mia vita, e che un’altra donna avrebbe avuto i primi e gli ultimi pensieri del mio cuore.
Da quando vivevo presso la signora Dupin, mi accontentavo sempre del mio destino, senza mai manifestare alcun desiderio di vederlo migliorare. L’aumento che lei aveva apportato al mio stipendio, insieme a quello offerto dal signor de Francueil, era stato frutto esclusivamente della loro volontà. Quest’anno, il signor de Francueil, che mi considerava sempre di più un amico, pensò di darmi una posizione più stabile e meno precaria. Lui era il ricevitore generale delle finanze; il suo cassiere, il signor Dudoyer, era anziano e ricco, e desiderava ritirarsi. Il signor de Francueil mi offrì quel posto, e per essere in grado di assumerlo, andai per alcune settimane da lui per ricevere le istruzioni necessarie. Tuttavia, sia che io non avessi il talento necessario per quell’incarico, sia che il signor Dudoyer, che sembrava volersi trovare un altro successore, non mi avesse fornito informazioni accurate, acquisii lentamente e in modo incompleto le conoscenze richieste. Tutto quel sistema contabile complicato e deliberatamente confuso non riuscì mai a diventarmi del tutto chiaro. Nonostante ciò, senza aver completamente padroneggiato l’arte di svolgere quel lavoro, riuscii comunque a gestirlo in modo sufficientemente efficace. Iniziai persino ad esercitare le mie funzioni: tenevo i registri e la cassa, ricevevo e pagavo denaro, emettevo ricevute. E sebbene non avessi alcun interesse né talento per quel mestiere, con l’avanzare dell’età iniziai a prendere sul serio il mio compito, deciso a superare la mia avversione e dedicarmi completamente al mio lavoro. Purtroppo, proprio quando stavo iniziando ad ambientarmi, il signor de Francueil partì per un viaggio, lasciandomi temporaneamente responsabile della sua cassa, che all’epoca conteneva soltanto venticinque o trentamila franchi. Le preoccupazioni e l’ansia derivanti da questa responsabilità mi fecero capire chiaramente che non ero adatto a quel ruolo. E non dubito affatto che lo stato d’animo negativo in cui mi trovavo durante la sua assenza abbia contribuito alla malattia che mi colpì al suo ritorno.
Nella mia prima parte ho detto di essere nato già malato. Un difetto congenito della vescica mi causò, nei primi anni della mia vita, una retenzione urinaria quasi continua; mia zia Suzon, che si prese cura di me, ebbe grandi difficoltà a mantenermi in vita. Tuttavia riuscì nel suo compito: la mia robusta costituzione prevalse infine e la mia salute migliorò notevolmente durante la mia giovinezza. Ad eccezione della malattia di cui ho raccontato l’esperienza, nonché dei frequenti bisogni di urinare e del fatto che il minimo calore mi causasse disagio, arrivai fino all’età di trent’anni senza quasi più sentire gli effetti della mia prima infermità. Il primo “rimpianto” che ne provai fu al mio arrivo a Venezia: la fatica del viaggio e le terribili calure che avevo sopportato mi causarono un forte dolore alle reni, che persistette fino all’inizio dell’inverno. Dopo aver visitato il Padoana, pensai di essere morto, ma non provai alcun disagio. Dopo essermi esaurito più con l’immaginazione che con il corpo per la mia Zulietta, mi sentii meglio che mai. Fu solo dopo l’arresto di Diderot, a causa delle corse effettuate a Vincennes durante le terribili calde di quel periodo, che ebbi una grave insufficienza renale, da allora non ho più recuperato la salute di un tempo.
Au moment dont je parle, m’étant peut-être un peu fatigué au maussade travail de cette maudite caisse, je retombai plus bas qu’auparavant, et je demeurai dans mon lit cinq ou six semaines, dans le plus triste état que l’on puisse imaginer. Mme Dupin m’envoya le célèbre Morand, qui, malgré son habileté et la délicatesse de sa main, me fit souffrir des maux incroyables, et ne put jamais venir à bout de me sonder. Il me conseilla de recourir à Daran, dont les bougies plus flexibles parvinrent en effet à s’insinuer ; mais, en rendant compte à Mme Dupin de mon état, Morand lui déclara que dans six mois je ne serais pas en vie. Ce discours, qui me parvint, me fit faire de sérieuses réflexions sur mon état et sur la bêtise de sacrifier le repos et l’agrément du peu de jours qui me restaient à vivre, à l’assujettissement d’un emploi pour lequel je ne me sentais que du dégoût. D’ailleurs, comment accorder les sévères principes que je venais d’adopter avec un état qui s’y rapportait si peu, et n’aurais-je pas bonne grâce, caissier d’un receveur général des finances, à prêcher le désintéressement et la pauvreté ? Ces idées fermentèrent si bien dans ma tête, avec la fièvre, elles s’y combinèrent avec tant de force, que rien depuis lors ne les en put arracher, et durant ma convalescence je me confirmai de sens froid dans les résolutions que j’avais prises dans mon délire. Je renonçai pour jamais à tout projet de fortune et d’avancement. Déterminé à passer dans l’indépendance et la pauvreté le peu de temps qui me restait à vivre, j’appliquai toutes les forces de mon âme à briser les fers de l’opinion, et à faire avec courage tout ce qui me paraissait bien, sans m’embarrasser aucunement du jugement des hommes. Les obstacles que j’eus à combattre, et les efforts que je fis pour en triompher, sont incroyables. Je réussis autant qu’il était possible, et plus que je n’avais espéré moi-même. Si j’avais aussi bien secoué le joug de l’amitié que celui de l’opinion, je venais à bout de mon dessein, le plus grand peut-être, ou du moins le plus utile à la vertu, que mortel ait jamais conçu ; mais, tandis que je foulais aux pieds les jugements insensés de la tourbe vulgaire des soi-disant grands et des soi-disant sages, je me laissais subjuguer et mener comme un enfant par de soi-disant amis, qui, jaloux de me voir marcher seul[154] dans une route nouvelle, tout en paraissant s’occuper beaucoup à me rendre heureux, ne s’occupaient en effet qu’à me rendre ridicule, et commencèrent par travailler à m’avilir, pour parvenir dans la suite à me diffamer. Ce fut moins ma célébrité littéraire que ma réforme personnelle, dont je marque ici l’époque, qui m’attira leur jalousie : ils m’auraient pardonné peut-être de briller dans l’art d’écrire, mais ils ne purent me pardonner de donner par ma conduite un exemple qui semblait les importuner. J’étais né pour l’amitié ; mon humeur facile et douce la nourrissait sans peine. Tant que je vécus ignoré du public, je fus aimé de tous ceux qui me connurent, et je n’eus pas un seul ennemi. Mais sitôt que j’eus un nom, je n’eus plus d’amis. Ce fut un très grand malheur ; un plus grand encore fut d’être environné de gens qui prenaient ce nom, et qui n’usèrent des droits qu’il leur donnait que pour m’entraîner à ma perte. La suite de ces Mémoires développera cette odieuse trame ; je n’en montre ici que l’origine : on en verra bientôt former le premier nœud.
Dans l’indépendance où je voulais vivre, il fallait cependant subsister. J’en imaginai un moyen très simple : ce fut de copier de la musique à tant la page. Si quelque occupation plus solide eût rempli le même but, je l’aurais prise ; mais ce talent étant de mon goût, et le seul qui, sans assujettissement personnel, pût me donner du pain au jour le jour, je m’y tins. Croyant n’avoir plus besoin de prévoyance, et faisant taire la vanité, de caissier d’un financier je me fis copiste de musique. Je crus avoir gagné beaucoup à ce choix, et je m’en suis si peu repenti, que je n’ai quitté ce métier que par force, pour le reprendre aussitôt que je pourrai[155].
Le succès de mon premier discours me rendit l’exécution de cette résolution plus facile. Quand il eut remporté le prix, Diderot se chargea de le faire imprimer. Tandis que j’étais dans mon lit, il m’écrivit un billet pour m’en annoncer la publication et l’effet. Il prend, me marquait-il, tout par-dessus les nues ; il n’y a pas d’exemple d’un succès pareil. Cette faveur du public, nullement briguée, et pour un auteur inconnu, me donna la première assurance véritable de mon talent, dont, malgré le sentiment intime, j’avais toujours douté jusqu’alors. Je compris tout l’avantage que j’en pouvais tirer pour le parti que j’étais prêt à prendre, et je jugeai qu’un copiste de quelque célébrité dans les lettres ne manquerait vraisemblablement pas de travail.
Sitôt que ma résolution fut bien prise et bien confirmée, j’écrivis un billet à M. de Francueil pour lui en faire part, pour le remercier, ainsi que Mme Dupin, de toutes leurs bontés, et pour leur demander leur pratique. Francueil, ne comprenant rien à ce billet, et me croyant encore dans le transport de la fièvre, accourut chez moi ; mais il trouva ma résolution si bien prise qu’il ne put parvenir à l’ébranler. Il alla dire à Mme Dupin et à tout le monde que j’étais devenu fou. Je laissai dire et j’allai mon train. Je commençai ma réforme par ma parure ; je quittai la dorure et les bas blancs, je pris une perruque ronde, je posai l’épée, je vendis ma montre, en me disant avec une joie incroyable : Grâce au Ciel, je n’aurai plus besoin de savoir l’heure qu’il est. M. de Francueil eut l’honnêteté d’attendre assez longtemps encore avant de disposer de sa caisse. Enfin, voyant mon parti bien pris, il la remit à M. Dalibard, jadis gouverneur du jeune Chenonceau, et connu dans la botanique par sa Flora parisiensis[156].
Quelque austère que fût ma réforme somptuaire, je ne l’étendis pas d’abord jusqu’à mon linge, qui était beau et en quantité, reste de mon équipage de Venise, et pour lequel j’avais un attachement particulier. À force d’en faire un objet de propreté, j’en avais fait un objet de luxe, qui ne laissait pas de m’être coûteux. Quelqu’un me rendit le bon office de me délivrer de cette servitude. La veille de Noël, tandis que les Gouverneuses étaient à vêpres et que j’étais au Concert spirituel, on força la porta d’un grenier où était étendu tout notre linge, après une lessive qu’on venait de faire. On vola tout, et entre autres quarante-deux chemises à moi, de très belle toile, et qui faisaient le fond de ma garde-robe en linge. À la façon dont les voisins dépeignirent un homme qu’on avait vu sortir de l’hôtel, portant des paquets à la même heure, Thérèse et moi soupçonnâmes son frère, qu’on savait être un très mauvais sujet. La mère repoussa vivement ce soupçon ; mais tant d’indices le confirmèrent qu’il nous resta, malgré qu’elle en eût. Je n’osai faire d’exactes recherches, de peur de trouver plus que je n’aurais voulu. Ce frère ne se montra plus chez moi, et disparut enfin tout à fait. Je déplorai le sort de Thérèse et le mien de tenir à une famille si mêlée, et je l’exhortai plus que jamais de secouer un joug aussi dangereux. Cette aventure me guérit de la passion du beau linge, et je n’en ai plus eu depuis[157] que de très commun, plus assortissant au reste de mon équipage.
At the time I am speaking of, perhaps having grown a bit weary from the tedious tasks associated with that damned job at the cashier’s desk, my condition worsened even further; I remained in bed for five or six weeks, in the most miserable state one can imagine. Madame Dupin sent for the renowned Dr. Morand, who, despite his skill and delicate hands, caused me unspeakable pain and was ultimately unable to diagnose my illness accurately. He advised me to seek treatment from Daran, whose more flexible candles did indeed manage to reach inside my body; however, when Dr. Morand reported my condition to Madame Dupin, he declared that I would not survive six months. This statement made me seriously reflect on my situation and on the foolishness of sacrificing the rest of my days—few as they were—to a job that filled me with disgust. Moreover, how could I reconcile the strict principles I had just embraced with such a life? Would it be appropriate for someone in my position, working as a cashier for a government revenue collector, to preach about selflessness and poverty? These thoughts took firm root in my mind; coupled with the fever, they became so intertwined that nothing afterward could shake them. During my convalescence, I firmly upheld the resolutions I had made in my delirium. I abandoned all plans for wealth or advancement, determined to spend the remaining years of my life in independence and poverty. With all my strength, I tried to break free from the shackles of public opinion and to do whatever seemed right, without caring what others thought. The obstacles I faced and the efforts it took to overcome them were incredible. I succeeded beyond my own expectations. If only I had been able to shake off not only the constraints of friendship but also those of societal judgment. Then I would have accomplished perhaps the greatest, or at least the most beneficial deed a human being could ever undertake. But while I trampled underfoot the absurd judgments of the so-called greats and wise men of the world, I allowed so-called friends to manipulate me like a child—people who, while claiming to want my happiness, were actually working to make a fool of me and even to degrade me. What aroused their jealousy was not so much my literary fame as the personal transformation I underwent; they might have forgiven me for excelling in writing, but they could not tolerate me setting an example that seemed to threaten their interests. I was born for friendship; my gentle and easy-going nature made it natural for me to seek it out. As long as I lived unknown to the public, I was loved by everyone who knew me, and I had not a single enemy. But the moment I acquired a name, I no longer had any friends. That was a great misfortune; an even greater one was being surrounded by people who used that name and exploited the rights it granted them only to bring me ruin. The subsequent chapters of these Memoirs will unfold this odious plot in full; here I merely reveal its origin—soon, we will see how it begins to take shape.
In the independence I desired to live, it was still necessary to make a living. I imagined a very simple way to do so: I would copy music at one penny per page. If some more substantial occupation could have achieved the same goal, I would have chosen it; but since this talent suited my tastes and was the only one that, without requiring personal submission, could provide me with food and clothing day after day, I stuck with it. Believing that I no longer needed to plan for the future and suppressing my vanity, I went from being a cashier for a financier to becoming a music copier. I thought I had gained a great deal from this choice, and I never regretted it until I was forced to leave it; then I immediately returned to it as soon as I had the opportunity[155].
The success of my first speech made it much easier for me to carry out this resolution. After it won the prize, Diderot took care of having it printed. While I was in bed, he wrote me a note to inform me of its publication and the impact it had. He noted that it surpassed all precedents; there was no such example of success before. This favor from the public, which I had not sought at all and which came to an unknown author like me, gave me for the first time real assurance of my talent—something I had always doubted, despite my inner convictions. I realized all the advantages it could bring to the cause I was ready to pursue, and I believed that a copyist of some renowned figure in literature would surely have plenty of work to do.
As soon as my resolve was firmly made and confirmed, I wrote a note to Mr. de Francueil to inform him of it, to thank him as well as Madame Dupin for all their kindnesses, and to request their continued support. Not understanding the meaning of this note and believing me to still be affected by the fever, Mr. de Francueil came to see me; but he found my resolve so steadfast that he was unable to shake it in the slightest. He went and told Madame Dupin and everyone else that I had gone mad. I let them say what they wanted and continued on with my plans. I began my transformation by changing my appearance: I gave up wearing gold trimmings and white stockings, put on a round wig, stopped carrying a sword, and sold my watch, thinking to myself with incredible joy, “Thank God, I will no longer need to know what time it is.” Mr. de Francueil had the honesty to wait for some time before deciding what to do with his money. Finally, seeing that my resolve was unshakable, he handed it over to Mr. Dalibard, who had once been the governor of the young Chenonceau and was known in the field of botany for his work “Flora parisiensis.”
No matter how strict my reform of my wardrobe was, I did not extend it to my clothes at first—those clothes were beautiful and plentiful, having belonged to my Venetian attire, and I held a particular affection for them. By treating them with such care and cleanliness, I had turned them into objects of luxury, which naturally came at a considerable cost. Someone kindly helped me free myself from this burden. On Christmas Eve, while the nuns were attending vespers and I was at the spiritual concert, someone forced open the door of a storage room where all our clothes were laid out after being washed. Everything was stolen—among them, forty-two shirts belonging to me, made of very fine fabric and forming the backbone of my wardrobe. Based on what the neighbors described about a man seen leaving the house around the same time carrying bundles, Thérèse and I suspected his brother, who was known to be a very bad character. My mother firmly rejected this suspicion; yet so many clues supported it that we could not shake it, despite her efforts. I did not dare to conduct any thorough investigation, for fear of discovering something worse than I wished to know. That brother never appeared at my place again and eventually disappeared completely. I lamented the fate of both Thérèse and myself for being tied to such a mixed-up family, and I urged her more than ever to break free from such a dangerous burden. This incident cured me of my obsession with fine clothes; since then, I have only owned very ordinary garments that matched better with the rest of my belongings.
Nel momento di cui parlo, essendomi forse un po’ stancato del noioso lavoro presso quella maledetta cassa, ricaddi in uno stato ancora peggiore di prima e rimasi a letto per cinque o sei settimane, nel più triste stato che si possa immaginare. La signora Dupin mi mandò il famoso Morand, il quale, nonostante la sua abilità e la delicatezza delle sue mani, mi fece soffrire terribilmente e non riuscì mai a risolvere i problemi del mio corpo. Mi consigliò di ricorrere a Daran, le cui candele più flessibili riuscirono effettivamente a penetrare nel mio organismo; tuttavia, quando Morand riferì alla signora Dupin la mia condizione, le disse che in sei mesi non sarei sopravvissuto. Queste parole mi fecero riflettere seriamente sulla mia situazione e sull’assurdità di sacrificare il riposo e il piacere degli ultimi giorni della mia vita per un lavoro che mi disgustava profondamente. Inoltre, come avrei potuto conciliare i principi rigorosi che avevo appena adottato con una situazione così incompatibile con essi? Che figura avrei fatto, io cassiere di un ricevitore generale delle finanze, a predicare il disinteresse e la povertà? Queste idee si radicarono profondamente nella mia mente; insieme alla febbre, si combinarono con tale forza che nulla riuscì più a scacciarle. Durante la mia convalescenza, confermai con freddezza le decisioni che avevo preso nel delirio. Rinunciai per sempre a qualsiasi progetto di successo e promozione; deciso a trascorrere gli ultimi giorni della mia vita nell’indipendenza e nella povertà, dedicai tutte le mie forze ad infrangere i vincoli dell’opinione pubblica e a fare coraggiosamente tutto ciò che ritenevo giusto, senza curarmi affatto dei giudizi degli altri. Gli ostacoli che dovetti superare e gli sforzi che feci per vincerli sono inimmaginabili; riuscii meglio di quanto avessi sperato. Se fossi riuscito a liberarmi sia dal giogo dell’amicizia che da quello dell’opinione pubblica, avrei realizzato il mio scopo, forse il più grande, o almeno il più utile alla virtù che un essere umano possa concepire; ma mentre calpestavo i giudizi assurdi della plebe, dei cosiddetti grandi e saggi, mi lasciavo dominare e guidare come un bambino da alcuni presunti amici che, gelosi di vedermi percorrere da solo una strada nuova, pur fingendo di interessarsi al mio benessere, in realtà si impegnavano soltanto a rendermi ridicolo e a umiliarmi. Fu meno la mia fama letteraria che la mia riforma personale ad attirare la loro gelosia: forse mi avrebbero perdonato se fossi brillato nell’arte di scrivere, ma non poterono tollerare che il mio comportamento offrisse un esempio che li disturbava. Ero nato per l’amicizia; il mio carattere facile e gentile la coltivava senza difficoltà. Finché vivetti ignorato dal pubblico, fui amato da tutti coloro che mi conoscevano e non ebbi nemmeno un solo nemico. Ma non appena ebbi un nome, non ebbi più amici. Fu una grande sfortuna; ancora peggiore fu trovarmi circondato da persone che utilizzavano quel nome per portarmi alla rovina. La continuazione di questi Memorie svilupperà completamente questa odiosa trama; qui ne mostro soltanto l’origine: presto vedrete formarsi il primo nodo di essa.
Nell’indipendenza che desideravo vivere, era tuttavia necessario sopravvivere. Immaginai un modo molto semplice per farlo: copiare musica pagando una certa somma a pagina. Se qualche altra attività più seria avesse potuto raggiungere lo stesso scopo, l’avrei scelta; ma poiché questo talento corrispondeva ai miei gusti e era l’unico che, senza alcun impegno personale, mi permettesse di guadagnarmi da vivere giorno dopo giorno, decisi di seguirlo. Ritenendo di non aver più bisogno di prevedere il futuro e mettendo da parte la vanità, passai da cassiere di un banchiere a copista di musica. Credevo di aver guadagnato molto con questa scelta, e non ne ho mai pentito, tanto che l’ho abbandonata solo per forza, per riprenderla non appena ne avrò la possibilità[155].
Il successo del mio primo discorso rese più facile l’attuazione di questa decisione. Quando vinse il premio, Diderot si occupò di farlo stampare. Mentre ero a letto, mi scrisse una lettera per annunciarmi la pubblicazione e gli effetti che essa avrebbe avuto. “Prende tutto”, mi scriveva, “oltre ogni limite; non esiste alcun esempio di un successo simile”. Questo favore del pubblico, del tutto inaspettato e per un autore sconosciuto, mi diede la prima vera conferma del mio talento, di cui, nonostante le mie intuizioni, avevo sempre dubitato fino ad allora. Comprendei tutta l’utilità che potevo trarne per la causa per la quale ero pronto a impegnarmi, e ritenni che a un copista di qualche celebrità nel campo letterario non mancassero sicuramente lavori da svolgere.
Non appena la mia decisione fu ben presa e consolidata, scrissi una lettera a Monsieur de Francueil per informarlo, ringraziarlo insieme a Madame Dupin per tutte le loro gentilezze e chiedere il loro aiuto. Francueil, non capendo nulla di quella lettera e credendomi ancora sotto l’effetto della febbre, venne subito da me; ma vide che la mia risoluzione era così ferma che non riuscì a farla vacillare. Andò quindi a dire a Madame Dupin e a tutti gli altri che ero diventato pazzo. Lasciai che dicessero ciò che volevano e continuai per la mia strada. Iniziai la mia “riforma” dal mio aspetto esteriore: abbandonai i doramenti e le calze bianche, mi misi una parrucca rotonda, smisi di portare la spada e vendetti l’orologio, dicendomi con incredibile gioia: “Grazie al Cielo, non avrò più bisogno di sapere che ora è”. Monsieur de Francueil ebbe la gentilezza di aspettare ancora per un po’ prima di disporre del suo denaro. Alla fine, vedendo che la mia decisione era irrevocabile, lo consegnò a Monsieur Dalibard, ex governatore del giovane Chenonceau e noto nella botanica per la sua opera “Flora parisiensis”[156].
Per austera che fosse la mia riforma riguardo al lusso, non la estesi subito nemmeno ai miei vestiti: erano belli e in abbondanza, provenivano dal mio equipaggiamento di Venezia e ne avevo un particolare attaccamento. Dopo averne fatto oggetto di cura costante, li avevo trasformati in capi di lusso, il che naturalmente mi era costato molto. Qualcuno ebbe la gentilezza di liberarmi da questa “servitù”. La vigilia di Natale, mentre le Governatrici erano alle funzioni religiose e io partecipavo al Concerto spirituale, qualcuno forzò la porta di un granaio dove era riposto tutto il nostro bucato, appena lavato. Furono rubati tutti i vestiti; tra gli altri, quarantadue camicie mie, di ottima qualità e che costituivano il nucleo principale del mio guardaroba. Dalla descrizione fatta dai vicini di un uomo visto uscire dall’edificio in quel momento, Thérèse ed io sospettammo suo fratello, di cui sapevamo essere una persona molto poco affidabile. Mia madre scartò immediatamente questa ipotesi; tuttavia, così tanti indizi la confermarono che alla fine fummo costretti ad accettarla, nonostante le sue proteste. Non osai intraprendere ricerche approfondite, per paura di scoprire qualcosa di più spiacevole di quanto avrei voluto. Quel fratello non si fece più vedere da me e alla fine scomparve del tutto. Mi disperai per il destino di Thérèse e per il mio, per essere legati a una famiglia così discutibile, e la esortai ancora di più a liberarsi da un simile giogo pericoloso. Quell’episodio mi fece perdere ogni interesse per i vestiti eleganti; da allora ne ho acquistato soltanto di molto semplici, più in linea con il resto del mio equipaggiamento.
Ayant ainsi complété ma réforme, je ne songeai plus qu’à la rendre solide et durable, en travaillant à déraciner de mon cœur tout ce qui tenait encore au jugement des hommes, tout ce qui pouvait me détourner, par la crainte du blâme, de ce qui était bon et raisonnable en soi. À l’aide du bruit que faisait mon ouvrage, ma résolution fit du bruit aussi, et m’attira des pratiques ; de sorte que je commençai mon métier avec assez de succès. Plusieurs causes cependant m’empêchèrent d’y réussir comme j’aurais pu faire en d’autres circonstances. D’abord ma mauvaise santé. L’attaque que je venais d’essuyer eut des suites qui ne m’ont laissé jamais aussi bien portant qu’auparavant ; et je crois que les médecins auxquels je me livrai me firent bien autant de mal que la maladie. Je vis successivement Morand, Daran, Helvétius, Malouin, Thierry, qui, tous très savants, tous mes amis, me traitèrent chacun à sa mode, ne me soulagèrent point, et m’affaiblirent considérablement. Plus je m’asservissais à leur direction, plus je devenais jaune, maigre, faible. Mon imagination qu’ils effarouchaient, mesurant mon état sur l’effet de leur drogues, ne me montrait avant la mort qu’une suite de souffrances, les rétentions, la gravelle, la pierre. Tout ce qui soulage les autres, les tisanes, les bains, la saignée, empirait mes maux. M’étant aperçu que les sondes de Daran, qui seules me faisaient quelque effet, et sans lesquelles je ne croyais plus pouvoir vivre, ne me donnaient cependant qu’un soulagement momentané, je me mis à faire à grands frais d’immenses provisions de sondes, pour pouvoir en porter toute ma vie, même au cas que Daran vînt à manquer. Pendant huit ou dix ans que je m’en suis servi si souvent, il faut, avec tout ce qui m’en reste, que j’en aie acheté pour cinquante louis. On sent qu’un traitement si coûteux, si douloureux, si pénible, ne me laissait pas travailler sans distraction, et qu’un mourant ne met pas une ardeur bien vive à gagner son pain quotidien.
Les occupations littéraires firent une autre distraction non moins préjudiciable à mon travail journalier. À peine mon Discours eut-il paru, que les défenseurs des lettres fondirent sur moi comme de concert. Indigné de voir tant de petits Messieurs Josse, qui n’entendaient pas même la question, vouloir en décider en maîtres, je pris la plume, et j’en traitai quelques-uns de manière à ne pas laisser les rieurs de leur côté. Un certain M. Gautier, de Nancy, le premier qui tomba sous ma plume, fut rudement malmené dans une lettre à M. Grimm. Le second fut le roi Stanislas lui-même, qui ne dédaigna pas d’entrer en lice avec moi. L’honneur qu’il me fit me força de changer de ton pour lui répondre ; j’en pris un plus grave, mais non moins fort ; et, sans manquer de respect à l’auteur, je réfutai pleinement l’ouvrage. Je savais qu’un jésuite appelé le P. de Menou y avait mis la main. Je me fiai à mon tact pour démêler ce qui était du prince et ce qui était du moine ; et, tombant sans ménagement sur toutes les phrases jésuitiques, je relevai, chemin faisant, un anachronisme que je crus ne pouvoir venir que du Révérend. Cette pièce, qui, je ne sais pourquoi, a fait moins de bruit que mes autres écrits, est jusqu’à présent un ouvrage unique dans son espèce. J’y saisis l’occasion qui m’était offerte d’apprendre au public comment un particulier pouvait défendre la cause de la vérité contre un souverain même. Il est difficile de prendre en même temps un ton plus fier et plus respectueux que celui que je pris pour lui répondre. J’avais le bonheur d’avoir affaire à un adversaire pour lequel mon cœur plein d’estime pouvait, sans adulation, la lui témoigner ; c’est ce que je fis avec assez de succès, mais toujours avec dignité. Mes amis, effrayés pour moi, croyaient déjà me voir à la Bastille. Je n’eus pas cette crainte un seul moment, et j’eus raison. Ce bon prince, après avoir vu ma réponse, dit : J’ai mon compte ; je ne m’y frotte plus. Depuis lors, je reçus de lui diverses marques d’estime et de bienveillance, dont j’aurai quelques-unes à citer, et mon écrit courut tranquillement la France et l’Europe, sans que personne y trouvât rien à blâmer.
J’eus peu de temps après un autre adversaire auquel je ne m’étais pas attendu : ce même M. Bordes, de Lyon, qui dix ans auparavant m’avait fait beaucoup d’amitiés et rendu plusieurs services. Je ne l’avais pas oublié, mais je l’avais négligé par paresse ; et je ne lui avais pas envoyé mes écrits, faute d’occasion toute trouvée pour les lui faire passer. J’avais donc tort, et il m’attaqua, honnêtement toutefois, et je répondis de même. Il répliqua sur un ton plus décidé. Cela donna lieu à ma dernière réponse, après laquelle il ne dit plus rien ; mais il devint mon plus ardent ennemi, saisit le temps de mes malheurs pour faire contre moi d’affreux libelles, et fit un voyage à Londres exprès pour m’y nuire.
Toute cette polémique m’occupait beaucoup, avec beaucoup de perte de temps pour ma copie, peu de progrès pour la vérité, et peu de profit pour ma bourse ; Pissot, alors mon libraire, me donnant toujours très peu de chose de mes brochures, souvent rien du tout, et par exemple, je n’eus pas un liard de mon premier Discours, Diderot le lui donna gratuitement ; il fallait attendre longtemps, et tirer sol à sol le peu qu’il me donnait ; cependant la copie n’allait point. Je faisais deux métiers : c’était le moyen de faire mal l’un et l’autre.
Ils se contrariaient encore d’une autre façon, par les diverses manières de vivre auxquelles ils m’assujettissaient. Le succès de mes premiers écrits m’avait mis à la mode. L’état que j’avais pris excitait la curiosité ; l’on voulait connaître cet homme bizarre qui ne recherchait personne, et ne se souciait de rien que de vivre libre et heureux à sa manière : c’en était assez pour qu’il ne le pût point. Ma chambre ne désemplissait pas de gens qui, sous divers prétextes, venaient s’emparer de mon temps. Les femmes employaient mille ruses pour m’avoir à dîner. Plus je brusquais les gens, plus ils s’obstinaient. Je ne pouvais refuser tout le monde. En me faisant mille ennemis par mes refus, j’étais incessamment subjugué par ma complaisance, et de quelque façon que je m’y prisse, je n’avais pas par jour une heure de temps à moi.
Je sentis alors qu’il n’est pas toujours aussi aisé qu’on se l’imagine d’être pauvre et indépendant. Je voulais vivre de mon métier, le public ne le voulait pas. On imaginait mille petits moyens de me dédommager du temps qu’on me faisait perdre[158]. Bientôt il aurait fallu me montrer comme Polichinelle à tant par personne. Je ne connais pas d’assujettissement plus avilissant et plus cruel que celui-là. Je n’y vis de remède que de refuser les cadeaux grands et petits et de ne faire d’exception pour qui que ce fût. Tout cela ne fit qu’attirer les donneurs, qui voulaient avoir la gloire de vaincre ma résistance, et me forcer de leur être obligé malgré moi. Tel qui ne m’aurait pas donné un écu, si je l’avais demandé, ne cessait de m’importuner de ses offres, et, pour se venger de les voir rejetées, taxait mes refus d’arrogance et d’ostentation.
On se doutera bien que le parti que j’avais pris, et le système que je voulais suivre, n’étaient pas du goût de Mme Le Vasseur. Tout le désintéressement de la fille ne l’empêchait pas de suivre les directions de sa mère, et les Gouverneuses, comme les appelait Gauffecourt, n’étaient pas toujours aussi fermes que moi dans leurs refus. Quoiqu’on me cachât bien des choses, j’en vis assez pour juger que je ne voyais pas tout, et cela me tourmenta, moins par l’accusation de connivence qu’il m’était aisé de prévoir, que par l’idée cruelle de ne pouvoir jamais être maître chez moi ni de moi. Je priais, je conjurais, je me fâchais, le tout sans succès ; la maman me faisait passer pour un grondeur éternel, pour un bourru. C’étaient avec mes amis des chuchoteries continuelles ; tout était mystère et secret pour moi dans mon ménage, et pour ne pas m’exposer sans cesse à des orages, je n’osais plus m’informer de ce qui s’y passait. Il aurait fallu, pour me tirer de tous ces tracas, une fermeté dont je n’étais pas capable. Je savais crier, et non pas agir ; on me laissait dire et l’on allait son train.
Having thus completed my reform, I devoted all my thoughts to making it solid and enduring, striving to eradicate from my heart everything that was still tied to human judgment, everything that might lead me, through fear of criticism, away from what was inherently good and reasonable. With the noise produced by my efforts, my resolve also became audible, attracting those who shared my pursuits; thus, I began my work with considerable success. However, several factors prevented me from achieving even greater success under other circumstances. First and foremost, my poor health. The illness I had just endured had lasting effects that never left me as well-balanced as before; moreover, I believe the doctors I sought treatment from did as much harm to me as the disease itself. One after another, such renowned physicians as Morand, Daran, Helvétius, Malouin, and Thierry—all highly learned and my friends—treated me in their own ways, but none of them provided any relief; instead, they greatly weakened me. The more I submitted to their guidance, the sicker I became—my complexion turned yellow, I lost weight, and grew increasingly frail. Their treatments frightened my imagination, and judging my condition by the effects of their medicines, they only predicted for me a series of agonizing ailments: kidney stones, gravel in the kidneys, and other severe disorders. Everything that might relieve others—herbs, baths, bloodletting—only made my suffering worse. Realizing that Daran’s special tubes, which were the only thing that provided any relief to me and without which I felt I could no longer live, only offered temporary alleviation, I went to great lengths to stockpile large quantities of them, ensuring that I would have enough for life, just in case Daran should become unavailable. Over the eight or ten years during which I used them so frequently, considering everything that remains of them, I must have spent a total of fifty louis on them. One can easily imagine that such an expensive, painful, and debilitating treatment certainly prevented me from focusing on my work; after all, a dying man would hardly put much effort into earning his daily bread.
Literary pursuits brought me another distraction that was just as detrimental to my daily work. No sooner had my “Discourse” been published than the defenders of literature descended upon me all at once. Indignant at seeing so many individuals who didn’t even understand the issue attempting to decide it in their own way, I took up my pen and dealt with some of them in such a manner that they certainly didn’t come out on top. One particular individual, Mr. Gautier from Nancy, was the first to fall victim to my criticism; I severely criticized him in a letter addressed to Mr. Grimm. The second was none other than King Stanislas himself, who did not hesitate to engage with me in this debate. The honor he bestowed upon me forced me to change my tone in responding to him; I adopted a more serious but equally forceful approach, and while respecting the author, I thoroughly refuted his work. I knew that a Jesuit named Father de Menou had been involved in its composition. I relied on my tact to distinguish between what belonged to the prince and what belonged to the priest, and I mercilessly attacked all the Jesuitical phrases contained within it. In doing so, I uncovered an anachronism that, in my opinion, could only have come from the Reverend himself. This piece of work, for some reason, caused less of a stir than my other writings; yet to this day, it remains unique in its kind. It provided me with the opportunity to show the public how an individual could defend the cause of truth even against a sovereign. It is indeed difficult to adopt both a proud and a respectful tone at the same time when responding to such an opponent. Fortunately, I was dealing with an adversary whose heart filled me with respect; I managed to express that respect without flattery—and I did so quite successfully, always maintaining my dignity. My friends, fearing for my safety, already thought they would see me thrown into the Bastille. But I never had such a fear for a single moment, and I was right. After reading my response, that kind prince said, “I have had enough; I will not bother with this any longer.” From then on, he showed me various signs of respect and goodwill; I will mention some of them later on. My writing circulated peacefully throughout France and Europe, and no one found anything to criticize about it.
Soon after, I encountered another adversary whom I had not expected at all: it was none other than Mr. Bordes from Lyon, who ten years earlier had shown me great kindness and rendered several services to me. I had not forgotten him, but had neglected him out of laziness; moreover, I had not sent him my writings because I had never found the right opportunity to do so. Therefore, I was in the wrong, and he attacked me—honestly, it must be said—and I responded in kind. He replied in an even more determined tone. This led to my final response, after which he said nothing more; but he became my most ardent enemy. Taking advantage of the times of my misfortune, he published terrible libels against me and even made a special trip to London just to harm me.
All this controversy took up a great deal of my time, resulting in a lot of wasted effort on my copying work, little progress towards discovering the truth, and even less benefit for my finances. Pissot, my bookseller at the time, hardly ever gave me any copies of my pamphlets—often none at all. For example, I didn’t receive a single penny from the profits of my first pamphlet; Diderot had given it to him for free. I had to wait for a long time and negotiate hard just to get whatever little he was willing to offer me. Nevertheless, my work on copying continued without much progress. I held two jobs at the same time—which only led to doing a poor job in both.
They also opposed each other in another way: through the various ways of living that they forced upon me. The success of my early writings had made me fashionable. The state I was in aroused curiosity; people wanted to meet this strange man who sought the company of no one and cared only about living freely and happily in his own way—and that was enough to make it impossible for him to do so. My room was never empty of people who, under various pretexts, came to steal my time. Women used a thousand tricks to get me to dinner with them. The more I pushed people away, the more stubborn they became. I couldn’t refuse everyone. By making so many enemies through my refusals, I was constantly subdued by my own complacency, and no matter what I did, I never had an hour to myself in a day.
I then realized that being poor and independent is not always as easy as one might imagine. I wanted to make a living through my work, but the public was unwilling to support me in that way. People came up with countless little ways of compensating me for the time I was losing[158]. Soon, they would have tried to reward me in such excessive amounts that it became unbearable. I knew of no more degrading and cruel form of oppression than this one. The only solution I saw was to refuse all gifts, large or small, without making any exceptions for anyone. Yet all this only attracted more people willing to offer them, eager to claim the glory of overcoming my resistance and forcing me to be indebted to them against my will. Those who would not have given me a single penny if I had asked for it kept pestering me with their offers, and, in order to vent their frustration at being rejected, they labeled my refusals as signs of arrogance and ostentation.
One can easily imagine that the course I had chosen and the system I intended to follow were not to Mrs. Le Vasseur’s liking. Despite the girl’s complete lack of interest, she still obeyed her mother’s instructions. Moreover, these “Governesses,” as Gauffecourt called them, were not always as resolute in their refusals as I was. Although much was kept from me, what I did see was enough to convince me that I was not aware of everything—and this caused me great distress, not so much because of the accusation of complicity, which I could easily anticipate, but rather because of the cruel realization that I would never be able to take control of my own home or of myself. I prayed, I begged, I even lost my temper—but to no avail. My mother presented me as a perpetual grumbler, a stubborn man. With my friends, there was constant whispering; everything in my household was shrouded in mystery and secrecy. And in order to avoid constantly facing outbursts of anger, I dared not inquire about what was going on. To extricate myself from all these troubles, I would have needed the firmness that I simply did not possess. I knew how to shout, but not how to take action; people allowed me to complain without doing anything to address the issues.
Avendo così completato la mia riforma, non pensavo più ad altro che a renderla solida e duratura, lavorando con determinazione per estirpare dal mio cuore tutto ciò che ancora dipendeva dai giudizi altrui, tutto ciò che avrebbe potuto distogliermi, per paura del biasimo, da ciò che era in sé buono e ragionevole. Con il rumore prodotto dal mio lavoro, anche la mia determinazione divenne “rumorosa”, attirandomi nuove pratiche; così iniziai la mia attività con notevoli successi. Tuttavia, diverse circostanze mi impedirono di raggiungere i risultati che avrei potuto ottenere in altre condizioni. Prima di tutto, la mia cattiva salute: l’attacco che avevo appena subito ebbe conseguenze che non mi lasciarono mai più in buone condizioni fisiche; credo anche che i medici a cui mi affidai mi abbiano fatto tanto male quanto la malattia stessa. Successivamente, vidi Morand, Daran, Helvétius, Malouin, Thierry: tutti molto eruditi e miei amici, ma ognuno di loro mi trattò a modo suo, senza alleviare i miei mali anzi peggiorandoli notevolmente. Più mi sottomettevo alle loro indicazioni, più diventavo pallido, magro, debole. La mia immaginazione, spaventata da quelle pratiche e dal loro effetto sul mio corpo, mi mostrava soltanto sofferenze continue: retenzioni urinarie, calcoli renali. Tutto ciò che poteva alleviare il dolore degli altri – tisane, bagni, emorragie – non faceva altro che peggiorare la mia situazione. Quando mi resi conto che le sonde di Daran, le uniche a darmi un po’ di sollievo, non mi procuravano che un effetto temporaneo, decisi di spendere una fortuna per accumularne grandi scorte, in modo da poterle utilizzare per tutta la vita, nel caso in cui Daran dovesse mancare. Per otto o dieci anni le usai con grande frequenza; considerando ciò che ne è rimasto, devo averne acquistate per un totale di cinquanta luigi. Si può facilmente immaginare che un trattamento così costoso, doloroso e faticoso non mi permettesse certo di dedicarmi al mio lavoro con tranquillità. E che un moribondo non possa certo mettere grande impegno nel cercare di guadagnarsi da vivere.
Le occupazioni letterarie rappresentarono un’altra distrazione non meno dannosa per il mio lavoro quotidiano. Appena il mio “Discorso” fu pubblicato, i difensori delle lettere si scatenarono contro di me come se fossero d’accordo tra loro. Indignato dal vedere tanti individui che nemmeno comprendevano la questione cercare di decidere al mio posto, presi la penna e risposi a alcuni di loro in modo da non lasciare spazio alle loro risate. Un certo signor Gautier, di Nancy, fu il primo ad essere preso di mira; nella mia lettera a Monsieur Grimm lo trattai con durezza. Il secondo ad essere attaccato fu lo stesso re Stanislas, che non si fece scrupoli di entrare in polemica con me. L’onore che mi resse mi costrinse a cambiare tono nella mia risposta; utilizzai un linguaggio più serio, ma altrettanto deciso, e, senza mancare di rispetto per l’autore, confutai completamente il suo scritto. Sapevo che un gesuita di nome P. de Menou vi aveva messo le mani; mi affidai al mio tatto per distinguere ciò che apparteneva al principe da ciò che proveniva dal monaco, e attaccai senza pietà tutte le frasi di carattere gesuitico, scoprendo nel frattempo un anacronismo che, secondo me, poteva provenire soltanto dall’autore stesso. Quest’opera, per qualche motivo meno nota dei miei altri scritti, rimane tuttora un’opera unica nel suo genere. Ne approfittai per insegnare al pubblico come un privato possa difendere la causa della verità anche contro un sovrano. Fu difficile trovare un tono allo stesso tempo più fiero e rispettoso di quello che utilizzai nella mia risposta; ebbi la fortuna di affrontare un avversario verso il quale il mio cuore, pieno di stima, poté manifestarla senza adularlo; ci riuscii con successo, ma sempre mantenendo dignità. I miei amici, preoccupati per me, credevano già che fossi finito alla Bastiglia. Ma non ebbi mai questa paura, e avevo ragione. Dopo aver letto la mia risposta, quel buon principe disse: “Ho avuto ciò che volevo; non mi interessa più occuparmene”. Da allora ricevetti da lui diverse manifestazioni di stima e gentilezza; alcuni di questi episodi li racconterò in seguito. Il mio scritto circolò tranquillamente in Francia e in Europa, senza che nessuno vi trovasse nulla da criticare.
Poco dopo, mi trovai di fronte a un altro avversario che non mi aspettavo: era lo stesso signor Bordes, di Lione, che dieci anni prima mi aveva dimostrato grande amicizia e mi aveva reso diversi servizi. Non l’avevo dimenticato, ma l’avevo trascurato per pigrizia; inoltre, non gli avevo inviato i miei scritti, perché non ne avevo mai trovata l’occasione opportuna. Quindi ero in torto. Lui mi attaccò onestamente, e io risposi allo stesso modo. La sua replica fu ancora più decisa; ciò portò alla mia ultima risposta. Dopo di essa, non disse più nulla. Ma divenne il mio nemico più accanito: approfittò dei miei momenti di sfortuna per diffondere contro di me orribili calunnie e addirittura viaggiò appositamente a Londra per nuocermi.
Tutta questa polemica mi occupava molto, causandomi molte perdite di tempo per il mio lavoro di copia, pochi progressi nella ricerca della verità e scarsi guadagni economici; inoltre, Pissot, il mio libraio, mi dava sempre molto poco delle mie brochures, spesso addirittura nulla. Ad esempio, non ricevetti nemmeno un soldo per il mio primo “Discorso”: Diderot glielo diede gratuitamente. Bisognava aspettare a lungo e lottare con tutte le mie forze per ottenere quel poco che mi veniva dato; tuttavia, il lavoro di copia non procedeva affatto bene. Facevo due lavori contemporaneamente, il che significava che riuscivo a svolgerli entrambi male.
Si contraddicevano anche in un altro modo: con le diverse modalità di vita che mi imponevano. Il successo dei miei primi scritti aveva reso me popolare; lo stato in cui mi trovavo suscitava curiosità; tutti volevano conoscere quell’uomo strano che non cercava rapporti con nessuno e si preoccupava soltanto di vivere liberamente e felicemente a modo suo. Questo era sufficiente perché non potessi godermi la mia vita in pace. La mia stanza non smetteva mai di essere piena di persone che, con vari pretesti, venivano a rubarmi il tempo. Le donne usavano mille stratagemmi per convincermi ad andare a cena con loro. Più mi sforzavo di allontanarle, più si ostinavano. Non potevo rifiutare tutti. Rendendomi nemici di molte persone a causa dei miei rifiuti, finivo inevitabilmente per cedere alla loro insistenza. E in ogni caso, non avevo mai un’ora tutta mia al giorno.
Allora capii che non è sempre così facile come si potrebbe pensare essere poveri e indipendenti. Volevo vivere del mio lavoro, ma il pubblico non lo voleva. Si immaginavano mille modi per compensarmi del tempo che mi veniva fatto perdere[158]. Presto avrebbero dovuto offrirmi regali, come a Polichinelle. Non conosco alcuna forma di sottomissione più umiliante e crudele di questa. L’unico rimedio che vidi fu rifiutare tutti i doni, grandi o piccoli, senza fare eccezioni per nessuno. Tutto ciò, invece, attirava solo coloro che desideravano “vincere” la mia resistenza e costringermi a essere loro grato contro la mia volontà. Chi non mi avrebbe dato nemmeno un soldo, se glielo avessi chiesto, continuava ad importunarmi con le sue offerte; e, per vendicarsi del rifiuto, attribuiva ai miei dinieghi arroganza e ostentazione.
Si può facilmente immaginare che le posizioni che avevo assunto e il sistema che volevo seguire non fossero di gradimento a Madame Le Vasseur. Nonostante l’indifferenza della figlia, questa seguiva comunque le direttive di sua madre; inoltre, quelle che Gauffecourt chiamava “Governatrici” non erano sempre così ferme nei loro rifiuti come lo ero io. Anche se mi nascondevano molte cose, ne vedevo abbastanza per capire che non tutto mi veniva rivelato. E questo mi tormentava, meno per le accuse di complicità che potevo facilmente prevedere, che per l’idea crudele di non poter mai avere il controllo della mia stessa casa né su me stesso. Pregavo, supplicavo, mi arrabbiavo, ma tutto era inutile; mia madre mi presentava come un continuo brontolone, un uomo irascibile. Con i miei amici c’erano continue sussurrate; nella mia stessa casa tutto era un mistero, un segreto. E per non espormi costantemente a scenate, non osavo più chiedere cosa stesse succedendo. Per liberarmi da tutti questi problemi sarebbe servita una fermezza di cui io stesso ero incapace. Sapevo come lamentarmi, ma non come agire; mi lasciavano parlare e continuavano a fare ciò che volevano.
Ces tiraillements continuels, et les importunités journalières auxquelles j’étais assujetti, me rendirent enfin ma demeure et le séjour de Paris désagréables. Quand mes incommodités me permettaient de sortir, et que je ne me laissais pas entraîner ici ou là par mes connaissances, j’allais me promener seul ; je rêvais à mon grand système, j’en jetais quelque chose sur le papier, à l’aide d’un livret blanc et d’un crayon que j’avais toujours dans ma poche. Voilà comment les désagréments imprévus d’un état de mon choix me jetèrent par diversion tout à fait dans la littérature, et voilà comment je portai dans tous mes premiers ouvrages la bile et l’humeur qui m’en faisaient occuper.
Une autre chose y contribuait encore. Jeté malgré moi dans le monde sans en avoir le ton, sans être en état de le prendre et de m’y pouvoir assujettir, je m’avisai d’en prendre un à moi qui m’en dispensât. Ma sotte et maussade timidité que je ne pouvais vaincre, ayant pour principe la crainte de manquer aux bienséances, je pris, pour m’enhardir, le parti de les fouler aux pieds. Je me fis cynique et caustique par honte ; j’affectai de mépriser la politesse que je ne savais pas pratiquer. Il est vrai que cette âpreté, conforme à mes nouveaux principes, s’ennoblissait dans mon âme, y prenait l’intrépidité de la vertu, et c’est, je l’ose dire, sur cette auguste base qu’elle s’est soutenue mieux et plus longtemps qu’on aurait dû l’attendre d’un effort si contraire à mon naturel. Cependant, malgré la réputation de misanthropie que mon extérieur et quelques mots heureux me donnèrent dans le monde, il est certain que, dans le particulier, je soutins toujours mal mon personnage ; que mes amis et mes connaissances menaient cet ours si farouche comme un agneau, et que, bornant mes sarcasmes à des vérités dures, mais générales, je n’ai jamais su dire un mot désobligeant à qui que ce fût.
Le Devin du village acheva de me mettre à la mode, et bientôt il n’y eut pas d’homme plus recherché que moi dans Paris. L’histoire de cette pièce, qui fait époque, tient à celle des liaisons que j’avais pour lors. C’est un détail dans lequel je dois entrer pour l’intelligence de ce qui doit suivre.
J’avais un assez grand nombre de connaissances, mais deux seuls amis de choix, Diderot et Grimm. Par un effet du désir que j’ai de rassembler tout ce qui m’est cher, j’étais trop l’ami de tous les deux pour qu’ils ne le fussent pas bientôt l’un de l’autre. Je les liai, ils se convinrent, et s’unirent encore plus étroitement entre eux qu’avec moi. Diderot avait des connaissances sans nombre ; mais Grimm, étranger et nouveau venu, avait besoin d’en faire. Je ne demandais pas mieux que de lui en procurer. Je lui avais donné Diderot, je lui donnai Gauffecourt. Je le menai chez Mme de Chenonceau, chez Mme d’Épinay, chez le baron d’Holbach, avec lequel je me trouvais lié presque malgré moi. Tous mes amis devinrent les siens, cela était tout simple : mais aucun des siens ne devint jamais le mien, voilà ce qui l’était moins. Tandis qu’il logeait chez le comte de Friese, il nous donnait souvent à dîner chez lui ; mais jamais je n’ai reçu aucun témoignage d’amitié ni de bienveillance du comte de Friese, ni du comte de Schomberg, son parent, très familier avec Grimm, ni d’aucune des personnes, tant hommes que femmes, avec lesquelles Grimm eut par eux des liaisons. J’excepte le seul abbé Raynal, qui, quoique son ami, se montra des miens, et m’offrit dans l’occasion sa bourse avec une générosité peu commune. Mais je connaissais l’abbé Raynal longtemps avant que Grimm le connût lui-même, et je lui avais toujours été attaché depuis un procédé plein de délicatesse et d’honnêteté qu’il eut pour moi dans une occasion bien légère, mais que je n’oubliai jamais.
Cet abbé Raynal est certainement un ami chaud. J’en eus la preuve à peu près au temps dont je parle, envers le même Grimm, avec lequel il était très étroitement lié. Grimm, après avoir vu quelque temps de bonne amitié Mlle Fel, s’avisa tout d’un coup d’en devenir éperdument amoureux, et de vouloir supplanter Cahusac. La belle, se piquant de constance, éconduisit ce nouveau prétendant. Celui-ci prit l’affaire au tragique et s’avisa d’en vouloir mourir. Il tomba tout subitement dans la plus étrange maladie dont jamais peut-être on ait ouï parler. Il passait les jours et les nuits dans une continuelle léthargie, les yeux bien ouverts, le pouls bien battant, mais sans parler, sans manger, sans bouger, paraissant quelquefois entendre, mais ne répondant jamais, pas même par signe, et du reste sans agitation, sans douleur, sans fièvre, et restant là comme s’il eût été mort. L’abbé Raynal et moi nous partageâmes sa garde : l’abbé, plus robuste et mieux portant, y passait les nuits, moi les jours, sans le quitter jamais ensemble ; et l’un ne partait jamais que l’autre ne fût arrivé. Le comte de Friese, alarmé, lui amena Sénac, qui, après l’avoir bien examiné, dit que ce ne serait rien, et n’ordonna rien. Mon effroi pour mon ami me fit observer avec soin la contenance du médecin, et je le vis sourire en sortant. Cependant le malade resta plusieurs jours immobile, sans prendre ni bouillon, ni quoi que ce fût que des cerises confites que je lui mettais de temps en temps sur la langue, et qu’il avalait fort bien. Un beau matin il se leva, s’habilla, et reprit son train de vie ordinaire, sans que jamais il m’ait reparlé, ni, que je sache, à l’abbé Raynal, ni à personne, de cette singulière léthargie, ni des soins que nous lui avions rendus tandis qu’elle avait duré.
Cette aventure ne laissa pas de faire du bruit, et c’eût été réellement une anecdote merveilleuse, que la cruauté d’une fille de l’Opéra eût fait mourir un homme de désespoir. Cette belle passion mit Grimm à la mode ; bientôt il passa pour un prodige d’amour, d’amitié, d’attachement de toute espèce. Cette opinion le fit rechercher et fêter dans le grand monde, et par là l’éloigna de moi, qui jamais n’avais été pour lui qu’un pis-aller. Je le vis prêt à m’échapper tout à fait[159], car tous les sentiments vifs dont il faisait parade étaient ceux qu’avec moins de bruit j’avais pour lui. J’étais bien aise qu’il réussît dans le monde, mais je n’aurais pas voulu que ce fût en oubliant son ami. Je lui dis un jour : Grimm, vous me négligez ; je vous le pardonne. Quand la première ivresse des succès bruyants aura fait son effet, et que vous en sentirez le vide, j’espère que vous reviendrez à moi, et vous me retrouverez toujours. Quant à présent, ne vous gênez point ; je vous laisse libre, et je vous attends. Il me dit que j’avais raison, s’arrangea en conséquence, et se mit si bien à son aise, que je ne le vis plus qu’avec nos amis communs.
Notre principal point de réunion, avant qu’il fût aussi lié avec Mme d’Épinay qu’il le fut dans la suite, était la maison du baron d’Holbach. Ce dit baron était un fils de parvenu, qui jouissait d’une assez grande fortune, dont il usait noblement, recevant chez lui des gens de lettres et de mérite, et, par son savoir et ses lumières, tenant bien sa place au milieu d’eux. Lié depuis longtemps avec Diderot, il m’avait recherché par son entremise, même avant que mon nom fût connu. Une répugnance naturelle m’empêcha longtemps de répondre à ses avances. Un jour qu’il m’en demanda la raison, je lui dis : Vous êtes trop riche. Il s’obstina et vainquit enfin. Mon plus grand malheur fut toujours de ne pouvoir résister aux caresses. Je ne me suis jamais bien trouvé d’y avoir cédé.
Une autre connaissance, qui devint amitié sitôt que j’eus un titre pour y prétendre, fut celle de M. Duclos. Il y avait plusieurs années que je l’avais vu pour la première fois, à la Chevrette, chez Mme d’Épinay, avec laquelle il était très bien. Nous ne fîmes que dîner ensemble ; il repartit le même jour. Mais nous causâmes quelques moments après le dîner. Mme d’Épinay lui avait parlé de moi et de mon opéra des Muses galantes. Duclos, doué de trop grands talents pour ne pas aimer ceux qui en avaient, s’était prévenu pour moi, m’avait invité à l’aller voir. Malgré mon ancien penchant renforcé par la connaissance, ma timidité, ma paresse, me retinrent tant que je n’eus aucun passeport auprès de lui que sa complaisance ; mais encouragé par mon premier succès et par ses éloges qui me revinrent, je fus le voir, il vint me voir, et ainsi commencèrent entre nous des liaisons qui me le rendront toujours cher, et à qui je dois de savoir, outre le témoignage de mon propre cœur, que la droiture et la probité peuvent s’allier quelquefois avec la culture des lettres.
These constant interruptions and the daily annoyances I endured finally made my residence in Paris unpleasant. When my discomfort allowed me to go out, and when I did not let myself be dragged this way and that by my acquaintances, I would take walks alone; I would ponder over my grand scheme and sketch it down on paper using a small notebook and a pencil that I always carried with me. Such were the unexpected troubles of a choice I had made for myself that they led me, as a form of diversion, entirely into literature, and it was thus that the bitterness and frustration that drove me to engage in it found expression in all my early works.
There was another factor that contributed to this. Forced into this world without the right tone or the ability to adapt to it, I decided to adopt a different approach myself – one that would free me from its constraints. My foolish and gloomy timidity, rooted in the fear of failing to observe social norms, drove me to deliberately disregard them in order to gain courage. Out of shame, I became cynical and sarcastic; I pretended to despise politeness when, in reality, I simply didn’t know how to practice it. Indeed, this harshness, in line with my new principles, seemed to ennoble me internally, giving me the audacity of virtue. And it is on this “august foundation” that my behavior endured far longer and more successfully than one might have expected from an effort so contrary to my nature. Nevertheless, despite the reputation of being a misanthrope that my appearance and a few well-chosen words gave me in society, I must admit that in private, I often failed to live up to this image. My friends and acquaintances treated this “fierce bear” of mine like a gentle lamb; and while my sarcasms were limited to harsh but general truths, I never managed to utter a single offensive word towards anyone.
The village fortune-teller helped me become very popular, and soon there was no man more sought-after in Paris than I was. The story of this piece, which marks an important turning point in history, is closely connected to the affairs of my romantic entanglements at that time. It is a detail that I must explain in order for you to understand what follows next.
I had a considerable number of acquaintances, but only two true friends: Diderot and Grimm. Out of a desire to bring together everything that was dear to me, I was such a friend to both of them that it was only natural for them to become friends with each other soon after. I brought them together; they hit it off immediately, and their friendship grew even stronger than it had been with me. Diderot possessed an immense knowledge; but Grimm, being a newcomer and an outsider, needed to expand his own horizons. I was more than willing to help him in this regard. I introduced him to Diderot, and later to Gauffecourt. I took him to meet Madame de Chenonceau, Madame d’Épinay, and the Baron d’Holbach—someone with whom I had somewhat of a forced connection. All my friends became his friends; that was only natural. But none of his friends ever became mine—that was less so. While Grimm was staying at the Count of Friese’s residence, he often invited us to dine there; yet I never received any sign of friendship or kindness from the Count of Friese, nor from the Count of Schomberg, his relative who was very close to Grimm, nor from any of the other people with whom Grimm associated. The only exception was Abbé Raynal—whome, although he was Grimm’s friend, I considered my own as well. He once showed me great generosity at a time when it was not necessary. But I had known Abbé Raynal long before Grimm did; and I had always felt deeply grateful for the delicate and honest way in which he treated me on one rather trivial occasion—something I will never forget.
This Abbe Raynal is certainly a warm friend. I had proof of this around the time I am referring to, regarding the same Grimm with whom he was very closely connected. After having enjoyed some time of good friendship with Mademoiselle Fel, Grimm suddenly found himself utterly enamored of her and decided to supplant Cahusac in her affections. The beautiful young woman, proud of his constancy, rejected this new suitor. He took it tragically and resolved to die over it. Suddenly, he fell suffering from the most bizarre illness anyone had ever heard of before. He spent days and nights in a state of continuous lethargy—his eyes open, his pulse steady—but he neither spoke nor ate, nor moved at all. Sometimes it seemed he could hear what was said around him, but he never responded, not even with a gesture. Moreover, he showed no signs of agitation, pain, or fever; he simply lay there as if dead. Abbe Raynal and I took turns caring for him: the abbe, being stronger and in better health, stayed overnight, while I stayed by during the day, never leaving his side together. Neither of us would leave until the other had arrived. The Count of Friese, alarmed by his condition, brought over Sénac, who, after examining him thoroughly, said that it was nothing serious and prescribed no treatment. My fear for my friend made me pay close attention to the doctor’s demeanor, and I saw him smiling as he left. Nevertheless, the patient remained motionless for several days, consuming only preserved cherries that I would occasionally place on his tongue—he seemed to swallow them just fine. One beautiful morning, he got up, dressed himself, and resumed his usual routine, never mentioning this strange lethargy to me, nor, as far as I know, to Abbe Raynal or anyone else.
This affair caused quite a stir; indeed, it would have been a wonderful anecdote—if not for the cruelty of an opera girl who drove a man to despair and death. This tragic love affair made Grimm very popular; soon he was regarded as a marvel of love, friendship, and all kinds of devotion. This reputation led people to seek his company and celebrate him in high society, which in turn kept him away from me, since I had never meant to be anything more than a secondary option for him. I saw that he was on the point of completely ignoring me[159], for all those passionate feelings he displayed were precisely the same ones I felt for him, only without such public display. I was glad to see him succeed in society, but I wouldn’t have wanted it at the cost of his forgetting his true friend. One day I said to him, “Grimm, you are neglecting me; I forgive you. When the initial excitement of these dazzling successes fades and you realize their emptiness, I hope you will return to me—and find me waiting for you always. For now, please don’t feel constrained; I leave you free, and I am waiting for you.” He agreed that I was right, adjusted his behavior accordingly, and soon he was only seen in the company of our mutual friends.
Our main meeting place, before it became so closely associated with Madame d’Épinay as it later did, was the house of Baron d’Holbach. This baron was the son of a man who had risen from humble origins but who possessed considerable wealth, which he used nobly by welcoming scholars and people of merit in his home. Thanks to his knowledge and enlightenment, he held his own quite well among them. Having known Diderot for some time, he sought my acquaintance through his intermediation, even before my name became known. A natural aversion prevented me from responding to his overtures for a long time. One day when he asked me why I refused, I told him: “You are too rich.” He persisted, and eventually succeeded in winning me over. My greatest misfortune was always that I could never resist such allure; I never felt comfortable after giving in.
Another acquaintance who soon became a friend once I had the status to claim such a relationship was Mr. Duclos. I had seen him for the first time several years earlier at the Chevrette, where he was on very good terms with Madame d’Épinay. We simply had dinner together; he left on the same day. However, we talked for a while after dinner. Madame d’Épinay had mentioned me and my opera “Les Muses galantes” to him. Duclos, possessing such great talents that he could not help but admire those who possessed them as well, had already heard about me and invited me to come and see his performance. Despite my previous inclination, which was strengthened by this new acquaintanceship, my timidity and laziness kept me from going until I had some means of getting in touch with him—except through his own kindness. But encouraged by my initial success and the praise he gave me, I finally went to see him, and he came to see me as well. Thus began a relationship that would always remain dear to me, and which has taught me, beyond the testimony of my own heart, that integrity and honesty can sometimes be combined with a love for the arts.
Questi continui scontri e le molestie quotidiane a cui ero soggetto resero infine insopportabili sia la mia dimora che il soggiorno a Parigi. Quando i miei problemi mi permettevano di uscire, e non mi lasciavo trascinare da amici o conoscenti in questo o quel luogo, andavo a fare una passeggiata da solo; riflettevo sul mio grande progetto, ne buttavo giù qualche idea su carta, utilizzando un quaderno bianco e una matita che tenevo sempre in tasca. Fu così che gli inconvenienti imprevisti di una scelta che avevo fatto io stesso mi spinsero, per distrazione, verso la letteratura; ed è così che trasferii nelle mie prime opere tutta quella rabbia e quell’umore negativo che mi spingevano a occuparmene.
C’era un altro fattore che contribuiva a questo comportamento. Gettato a forza in questo mondo senza averne le capacità, senza essere in grado di adattarmici e di sottomettermi alle sue regole, mi resi conto che dovevo trovare un modo per sfuggirvi. Ma la mia stupida e malinconica timidezza, che non riuscivo a superare – una timidezza basata sulla paura di trasgredire le convenzioni sociali – mi spingeva, per farmi coraggio, ad ignorarle completamente. Diventai cinico e sarcastico per vergogna; fingevo di disprezzare quella cortesia che non sapevo come praticare. È vero che questa durezza, in linea con i miei nuovi principi, nobilitava la mia anima, le conferiva l’audacia della virtù. E posso dire che fu su questa solida base che riuscì a durare più a lungo di quanto ci si sarebbe potuti aspettare da uno sforzo così contrario alla mia natura. Tuttavia, nonostante la reputazione di misantropia che il mio aspetto esteriore e alcune mie parole mi procuravano nel mondo, è certo che, nella vita quotidiana, non riuscivo mai a mantenere correttamente questo “personaggio” che avevo creato; i miei amici e conoscenti trattavano quell’“orso” così feroce come un agnello. E io limitavo i miei sarcasmi a verità dure, ma generali: non ho mai detto una parola offensiva a nessuno.
Il “Veggente” del villaggio riuscì a rendermi molto popolare; presto non ci fu uomo più ricercato di me a Parigi. La storia di questo evento, che segnò un cambiamento epocale, è legata alle relazioni che all’epoca intrattenevo. È un dettaglio che devo chiarire per far capire ciò che seguirà.
Avevo un numero considerevole di conoscenti, ma solo due veri amici: Diderot e Grimm. A causa del desiderio che avevo di riunire tutto ciò che mi era caro, ero troppo legato a entrambi perché loro non diventassero presto amici tra loro. Li feci conoscere, si fidarono l’uno dell’altro e divennero ancora più stretti nella loro amicizia di quanto lo fossero con me. Diderot possedeva un numero innumerevole di conoscenze; ma Grimm, essendo uno straniero appena arrivato in città, ne aveva bisogno. Non c’era nulla che desiderassi di più che fargliene acquisire. Gli avevo già presentato Diderot, ora gli presentai anche Gauffecourt. Lo portai da Madame de Chenonceau, da Madame d’Épinay e dal barone d’Holbach, con il quale ero legato quasi contro la mia volontà. Tutti i miei amici divennero anche suoi; questo era del tutto naturale. Ma nessuno dei suoi amici divenne mai mio, ed è proprio questo che mi sembra meno logico. Mentre Grimm soggiornava presso il conte di Friese, spesso ci invitava a cena a casa sua; tuttavia non ricevetti mai alcun segno di amicizia o gentilezza da parte del conte di Friese, né dal conte di Schomberg, suo parente e molto intimo di Grimm, né da nessuna delle altre persone con cui Grimm aveva rapporti. Escludo soltanto l’abbé Raynal: sebbene fosse amico di Grimm, si dimostrò anche mio amico e, in un’occasione particolare, mi offrì la sua generosità in modo davvero eccezionale. Tuttavia conoscevo già l’abbé Raynal molto tempo prima che Grimm lo incontrasse, e ero sempre stato legato a lui per il comportamento pieno di delicatezza e onestà che ebbe nei miei confronti in un’occasione apparentemente banale, ma che non dimenticherò mai.
Questo abate Raynal è certamente un amico sincero e devoto. Ne ebbi la prova proprio nel periodo di cui parlo, nei suoi rapporti con lo stesso Grimm, con il quale era molto legato. Grimm, dopo aver trascorso del tempo in buona amicizia con mademoiselle Fel, all’improvviso si innamorò perdutamente di lei e decise di sostituire Cahusac nella sua vita. La bella ragazza, offesa dalla sua costanza, respinse questo nuovo pretendente. Questi, considerando la situazione tragica, decise addirittura di morire per amore. Improvvisamente cadde vittima di una malattia strana e mai prima d’allora descritta: trascorreva giorni e notti in uno stato di letargia continua, con gli occhi aperti e il polso regolare, ma senza parlare, senza mangiare, senza muoversi; a volte sembrava ascoltare, ma non rispondeva mai, né con gesti né con parole. Non mostrava alcuna agitazione, nessun dolore, nessuna febbre, e rimaneva lì come se fosse morto. L’abate Raynal ed io ci alternammo nella sua cura: lui, più robusto e in migliori condizioni fisiche, passava le notti al suo fianco, mentre io vegliavo di giorno, senza mai lasciarlo da soli; uno dei due non se ne andava mai finché l’altro non arrivava. Il conte di Friese, preoccupato per la sua salute, mandò a chiamare Sénac, il quale, dopo averlo esaminato attentamente, dichiarò che non c’era nulla di grave e non prescrisse alcun trattamento. Il mio terrore per il mio amico mi fece osservare con attenzione l’espressione del medico; lo vidi sorridere quando uscì dalla stanza. Tuttavia, il malato rimase immobile per diversi giorni, senza bere né mangiare nulla, tranne alcune ciliegie confitte che gli mettevo di tanto in tanto sulla lingua e che ingoiava senza problemi. Una bella mattina si alzò, si vestì e riprese la sua routine quotidiana, senza mai parlarmi, né, per quanto ne so, con l’abate Raynal o con chiunque altro, di quella strana condizione di letargia, né dei cura che gli avevamo prestato durante quel periodo.
Questa avventura fece molto scalpore; sarebbe davvero stata un’anedota meravigliosa, se la crudeltà di una ragazza dell’Opera non avesse fatto morire un uomo di disperazione. Questa bella storia rese Grimm molto popolare; presto fu considerato un vero prodigio di amore, amicizia e affetto di ogni sorta. Questa reputazione lo fece cercare e festeggiare nel gran mondo, allontanandolo da me, che per lui non ero mai stata altro che una scelta secondaria. Lo vidi pronto a “scapparmi del tutto”[159]: tutti quei sentimenti intensi di cui faceva sfoggio erano in realtà quelli che anch’io provavo per lui, ma in modo molto più discreto. Mi sarebbe piaciuto che avesse successo nel mondo, ma non volevo che lo facesse dimenticando il suo vero amico. Un giorno gli dissi: “Grimm, mi trascuri. Te lo perdono. Quando la prima euforia dei successi svanirà e sentirai la loro vuotezza, spero che tornerai da me. Ti aspetto sempre. Per ora, non sentirti limitato; ti lascio libero, ” Lui ammise che avevo ragione, si sistemò di conseguenza e iniziò a vivere così comodamente che lo vidi solo più con i nostri amici in comune.
Il nostro principale luogo di incontro, prima che diventasse così strettamente legato a Madame d’Épinay come avvenne in seguito, era la casa del barone d’Holbach. Questo barone era un figlio di persone umili che aveva accumulato una notevole fortuna, la quale utilizzava con nobiltà, ospitando presso di sé letterati e persone di merito; grazie alla sua cultura e alle sue “lumi”, si distingueva appieno in mezzo a loro. Essendo da tempo legato a Diderot, mi aveva cercato attraverso di lui, anche prima che il mio nome diventasse noto. Una naturale repulsione mi impedì per molto tempo di accettare le sue avances; un giorno, quando mi chiese il motivo, gli risposi: “Siete troppo ricco”. Lui insistette e alla fine riuscì nel suo intento. Il mio più grande dolore è sempre stato quello di non essere in grado di resistere a tali tentazioni. Non mi sono mai sentito bene per aver ceduto.
Un’altra conoscenza che divenne amicizia non appena ebbi i titoli per poterlo pretendere fu quella con il signor Duclos. Lo avevo visto per la prima volta alcuni anni prima, alla Chevrette, da Madame d’Épinay, con la quale era molto in buoni rapporti. Ci incontrammo solo a cena; lui se ne andò lo stesso giorno. Tuttavia, dopo cena conversammo per qualche momento. Madame d’Épinay gli aveva parlato di me e del mio opera “Le Muse galanti”. Duclos, dotato di grandi talenti e quindi incline ad apprezzare coloro che ne possedevano, si era informato su di me in precedenza e mi aveva invitato a andarlo a trovare. Nonostante il mio vecchio interesse, rafforzato da questa nuova conoscenza, la mia timidezza e la mia pigrizia mi trattennero finché non ottenni alcun invito ufficiale da parte sua; fu solo la sua gentilezza a spingermi ad andare. Incoraggiato dal mio primo successo e dai suoi elogi, lo andai a trovare e lui venne a trovarmi. Così iniziarono tra di noi rapporti che mi renderanno sempre grato verso di lui, e grazie ai quali posso dire, oltre al testimone del mio stesso cuore, che la rettitudine e la probità possono talvolta unirsi alla cultura delle lettere.
Beaucoup d’autres liaisons moins solides, et dont je ne fais pas ici mention, furent l’effet de mes premiers succès, et durèrent jusqu’à ce que la curiosité fût satisfaite. J’étais un homme sitôt vu, qu’il n’y avait rien à voir de nouveau dès le lendemain. Une femme cependant qui me rechercha dans ce temps-là tint plus solidement que toutes les autres : ce fut Mme la marquise de Créqui, nièce de M. le bailli de Froulay, ambassadeur de Malte, dont le frère avait précédé M. de Montaigu dans l’ambassade de Venise, et que j’avais été voir à mon retour de ce pays-là. Mme de Créqui m’écrivit ; j’allai chez elle : elle me prit en amitié. J’y dînais quelquefois ; j’y vis plusieurs gens de lettres, et entre autres M. Saurin, l’auteur de Spartacus, de Barnevelt, etc., devenu depuis lors mon très cruel ennemi, sans que j’en puisse imaginer d’autre cause, sinon que je porte le nom d’un homme que son père a bien vilainement persécuté.
On voit que, pour un copiste qui devait être occupé de son métier du matin jusqu’au soir, j’avais bien des distractions qui ne rendaient pas ma journée fort lucrative, et qui m’empêchaient d’être assez attentif à ce que je faisais pour le bien faire ; aussi perdais-je à effacer ou gratter mes fautes, ou à recommencer ma feuille, plus de la moitié du temps qu’on me laissait. Cette importunité me rendait de jour en jour Paris plus insupportable, et me faisait rechercher la campagne avec ardeur. J’allai plusieurs fois passer quelques jours à Marcoussis, dont Mme Le Vasseur connaissait le vicaire, chez lequel nous nous arrangions tous de façon qu’il ne s’en trouvait pas mal. Grimm y vint une fois avec nous[160].
Le vicaire avait de la voix, chantait bien, et quoiqu’il ne sût pas la musique, il apprenait sa partie avec beaucoup de facilité et de précision. Nous y passions le temps à chanter mes trios de Chenonceau. J’y en fis deux ou trois nouveaux, sur des paroles que Grimm et le vicaire bâtissaient tant bien que mal. Je ne puis m’empêcher de regretter ces trios faits et chantés dans des moments de bien pure joie, et que j’ai laissés à Wootton avec toute ma musique. Mlle Davenport en a peut-être déjà fait des papillotes ; mais ils méritaient d’être conservés et sont pour la plupart d’un très bon contrepoint. Ce fut après quelqu’un de ces petits voyages, où j’avais le plaisir de voir la tante à son aise, bien gaie, et où je m’égayais fort aussi, que j’écrivis au vicaire, fort rapidement et fort mal, une épître en vers qu’on trouvera parmi mes papiers.
J’avais, plus près de Paris, une autre station[161] fort de mon goût chez M. Mussard, mon compatriote, mon parent et mon ami, qui s’était fait à Passy une retraite charmante, où j’ai coulé de biens paisibles moments. M. Mussard était un joaillier, homme de bon sens, qui, après avoir acquis dans son commerce une fortune honnête, et avoir marié sa fille unique à M. de Valmalette, fils d’un agent de change, et maître d’hôtel du roi, prit le sage parti de quitter sur ses vieux jours le négoce et les affaires, et de mettre un intervalle de repos et de jouissance entre les tracas de la vie et la mort. Le bonhomme Mussard, vrai philosophe de pratique, vivait sans souci, dans une maison très agréable qu’il s’était bâtie, et dans un très joli jardin qu’il avait planté de ses mains. En fouillant à fond de cuve les terrasses de ce jardin, il trouva des coquillages fossiles, et il en trouva en si grande quantité, que son imagination exaltée ne vit plus que coquilles dans la nature, et qu’il crut enfin tout de bon que l’univers n’était que coquilles, débris de coquilles, et que la terre entière n’était que du cron. Toujours occupé de cet objet et de ses singulières découvertes, il s’échauffa si bien sur ces idées, qu’elles se seraient enfin tournées dans sa tête en système, c’est-à-dire en folie, si, très heureusement pour sa raison, mais bien malheureusement pour ses amis auxquels il était cher, et qui trouvaient chez lui l’asile le plus agréable, la mort ne fût venue le leur enlever par la plus étrange et cruelle maladie. C’était une tumeur dans l’estomac, toujours croissante, qui l’empêchait de manger, sans que durant très longtemps on en trouvât la cause, et qui finit, après plusieurs années de souffrances, par le faire mourir de faim. Je ne puis me rappeler, sans des serrements de cœur, les derniers temps de ce pauvre et digne homme, qui, nous recevant encore avec tant de plaisir Lenieps et moi, les seuls amis que le spectacle des maux qu’il souffrait n’écarta pas de lui jusqu’à sa dernière heure ; qui, dis-je, était réduit à dévorer des yeux le repas qu’il nous faisait servir, sans pouvoir presque humer quelques gouttes d’un thé bien léger, qu’il fallait rejeter un moment après. Mais avant ces temps de douleurs, combien j’en ai passés chez lui d’agréables, avec les amis d’élite qu’il s’était faits ! À leur tête je mets l’abbé Prévost, homme très aimable et très simple, dont le cœur vivifiait ses écrits, digne de l’immortalité, et qui n’avait rien dans l’humeur, ni dans sa société, du sombre coloris qu’il donnait à ses ouvrages ; le médecin Procope, petit Ésope à bonnes fortunes ; Boulanger, le célèbre auteur posthume du Despotisme oriental, et qui je crois étendait les systèmes de Mussard sur la durée du monde. En femmes, Mme Denis, nièce de Voltaire, qui, n’étant alors qu’une bonne femme, ne faisait pas encore du bel esprit ; Mme Vanloo, non pas belle assurément, mais charmante, qui chantait comme un ange ; Mme de Valmalette elle-même, qui chantait aussi, et qui, quoique fort maigre, eût été très aimable si elle en eût moins eu la prétention. Telle était à peu près la société de M. Mussard, qui m’aurait assez plu, si son tête-à-tête avec sa conchyliomanie ne m’avait plu davantage, et je puis dire que pendant plus de six mois j’ai travaillé à son cabinet avec autant de plaisir que lui-même.
Il y avait longtemps qu’il prétendait que pour mon état les eaux de Passy me seraient salutaires, et qu’il m’exhortait à les venir prendre chez lui. Pour me tirer un peu de l’urbaine cohue, je me rendis à la fin, et je fus à Passy huit ou dix jours, qui me firent plus de bien parce que j’étais à la campagne que parce que j’y prenais les eaux. Mussard jouait du violoncelle, et aimait passionnément la musique italienne. Un soir, nous en parlâmes beaucoup avant que de nous coucher, et surtout des opere buffe que nous avions vus l’un et l’autre en Italie, et dont nous étions tous deux transportés. La nuit, ne dormant pas, j’allais rêver comment on pourrait faire pour donner en France l’idée d’un drame de ce genre ; car les Amours de Ragonde[162] n’y ressemblaient point du tout. Le matin en me promenant et prenant les eaux, je fis quelques manières de vers très à la hâte, et j’y adaptai des chants qui me vinrent en les faisant. Je barbouillai le tout dans une espèce de salon voûté qui était au haut du jardin ; et au thé je ne pus m’empêcher de montrer ces airs à Mussard et à Mlle Duvernois, sa gouvernante, qui était en vérité une très bonne et aimable fille. Les trois morceaux que j’avais esquissés étaient le premier monologue, J’ai perdu mon serviteur, l’air du Devin, L’amour croît s’il s’inquiète, et le dernier duo, À jamais, Colin, je t’engage, etc. J’imaginais si peu que cela valût la peine d’être suivi, que, sans les applaudissements et les encouragements de l’un et de l’autre, j’allais jeter au feu mes chiffons et n’y plus penser, comme j’ai fait tant de fois pour des choses du moins aussi bonnes : mais ils m’excitèrent si bien, qu’en six jours mon drame fut écrit, à quelques vers près, et toute ma musique esquissée, tellement que je n’eus plus à faire à Paris qu’un peu de récitatif et tout le remplissage, et j’achevai le tout avec une telle rapidité, qu’en trois semaines mes scènes furent mises au net et en état d’être représentées. Il n’y manquait que le divertissement, qui ne fut fait que longtemps après.
Many other, less stable relationships, of which I do not mention them here, were the result of my initial successes and lasted until that curiosity was satisfied. I was a man who, once seen, offered nothing new to observe the next day. However, one woman who sought my company during that time remained more steadfast than all others: it was Madame la Marquise de Créqui, niece of Monsieur le Bailli de Froulay, ambassador to Malta. Her brother had preceded Monsieur de Montaigu as ambassador to Venice, and I had met her upon my return from that country. Madame de Créqui wrote to me; I visited her, and she took a liking to me. I dined at her house occasionally and met there several men of letters, among them Monsieur Saurin, the author of Spartacus and Barnevelt, who later became my most bitter enemy—without any other apparent reason than that I bore the same name as a man whose father had persecuted him in the most cruel manner.
It is evident that, for a scribe who had to be engaged in his work from morning till night, I faced numerous distractions that made my day far from profitable and prevented me from paying sufficient attention to what I was doing in order to do it well. As a result, spending more than half of the time allowed on erasing or correcting my mistakes, or starting over on my pages, made my work utterly inefficient. This constant interference made Paris increasingly unbearable for me day by day, and I began to long eagerly for the countryside. On several occasions, I spent a few days in Marcoussis, where Madame Le Vasseur knew the vicar, and we all managed in such a way that he did not suffer any inconvenience from our presence. Grimm also came with us on one of these trips[160].
The vicar had a good voice and sang beautifully; although he knew nothing about music, he learned his parts with great ease and precision. We spent time there singing my trios from Chenonceau. I composed two or three new ones, using lyrics that Grimm and the vicar concocted more or less successfully. I cannot help but regret those trios—created and performed in moments of pure joy—and which I left in Wootton along with all my other musical compositions. Miss Davenport may have already made some arrangements from them; but they deserved to be preserved, and most of them feature very good counterpoint. It was after one of these short trips, during which I had the pleasure of seeing my aunt in high spirits and enjoying myself greatly as well, that I wrote a letter to the vicar—rather hastily and rather poorly written—a poem that can be found among my papers.
Not far from Paris, I had another establishment that perfectly suited my taste, owned by Mr. Mussard—my compatriot, relative, and friend. He had retired to Passy and created a charming retreat where I spent some very peaceful moments. Mr. Mussard was a jeweler of sound judgment who, after amassing a decent fortune through his business, married his only daughter to Mr. de Valmalette, the son of a stockbroker and the king’s head chef. In his later years, he wisely decided to leave commerce behind and take some time for rest and enjoyment before facing the troubles of life and death. This good man, a true practical philosopher, lived carefree in a very pleasant house he had built himself and in a lovely garden he had planted with his own hands. When he dug deep into the soil of this garden, he found fossil shells—in such large quantities, in fact, that his imagination began to see nothing but shells in nature, and he even came to believe that the entire universe was nothing but shells and their fragments, and that the earth itself was nothing but, well, something else entirely. Preoccupied constantly by these ideas and his peculiar discoveries, he became so obsessed with them that they would have eventually turned into madness if it weren’t for death, which, fortunately for his reason but sadly for his friends who found solace in his company, came to take him away through the most bizarre and cruel of illnesses. It was a tumor in his stomach that grew steadily, preventing him from eating—yet for a long time, no cause for it could be identified. After years of suffering, it finally caused his death from starvation. I cannot recall without feeling deep sorrow the last days of this poor but worthy man who, right up until his last hour, welcomed Lenieps and me with such joy; we were his only friends, and the sight of his suffering did not drive us away. He was reduced to watching helplessly as the food he prepared for us was served, unable even to taste a few drops of the light tea that had to be discarded shortly after being poured. But before those days of pain, how many pleasant times had I spent at his home with the elite friends he had gathered around him! At the head of this group was Father Prévost—a very amiable and unassuming man whose writings, filled with warmth and sincerity, were truly worthy of immortality. His personality and company had nothing of the gloomy tone that characterized his writings. There was also Dr. Procope, a little “Aesop” of good fortune; and Boulanger, the famous posthumous author of Despotism Oriental, who, I believe, expanded upon Mussard’s theories regarding the duration of the world. Among the women were Madame Denis, Voltaire’s niece—who at that time was merely an honest woman and had not yet developed any intellectual interests; Madame Vanloo, who was certainly not beautiful but charming, and who sang like an angel; and even Madame de Valmalette herself, who also sang. Although quite thin, she would have been very pleasant if she had not been so full of pretension. Such was roughly the company of Monsieur Mussard—company that would have pleased me quite well, if it weren’t for his constant preoccupation with conchology. I can say that for more than six months, I worked in his office with as much pleasure as he did himself.
For a long time, he had claimed that the waters from Passy would be beneficial for my condition, and he urged me to go and fetch them from his place. In order to get away from the hustle and bustle of the city, I finally went there and stayed at Passy for eight or ten days. What did good to me was not so much drinking those waters as being in the countryside. Mussard played the cello and had a passionate love for Italian music. One evening, we talked a lot about it before going to bed, especially about the comic operas that we had both seen in Italy and which we both found extremely delightful. That night, unable to sleep, I began to dream about how one might introduce such a genre of drama in France—since Ragonde’s Amours[162] was nothing like it at all. The next morning, while walking and drinking the waters, I hastily composed some verses and adapted some songs that came to my mind as I wrote. I scribbled everything down in a sort of vaulted room at the top of the garden. At tea time, I couldn’t help but show these pieces to Mussard and Mlle Duvernois, his governess—a truly kind and pleasant young woman. The three pieces I had sketched were: the first monologue, “I Have Lost My Servant”; the aria “The Prophet”; the duet “Forever, Colin, I Swear to You,” and so on. I had no idea whether they were worth pursuing at all; without their encouragement and praise, I would have thrown them away and forgotten about them, just as I had done with many other ideas that were at least just as good. But their support inspired me so much that within six days, my drama was almost completely written, and all the music was outlined. In Paris, I only needed to add some recitative and fill in the remaining parts. I finished everything so quickly that within three weeks, my scenes were ready for performance. The final musical elements were added much later.
Molte altre relazioni, meno solide e di cui qui non faccio menzione, furono il risultato dei miei primi successi e durarono fino a quando la curiosità delle persone interessate non venne soddisfatta. Ero un uomo che, una volta conosciuto, non offriva più nulla di nuovo al giorno seguente. Tuttavia, una donna che mi cercò in quel periodo rimase legata a me più saldamente di tutte le altre: si trattava della marchesa de Créqui, nipote del balivo di Froulay, ambasciatore di Malta; il fratello di quest’ultimo aveva preceduto monsieur de Montaigu nell’ambasciata di Venezia. Avevo incontrato la marchesa al mio ritorno da quel paese. Lei mi scrisse; andai da lei e lei iniziò a considerarmi suo amico. A volte pranzavo da lei; vi incontravo diversi letterati, tra cui monsieur Saurin, autore di opere come “Spartacus” e “Barnevelt”, che in seguito divenne il mio acerrimo nemico. Non riesco a immaginare alcuna altra ragione per questa sua ostilità, se non il fatto che porto lo stesso nome di un uomo che suo padre aveva perseguitato con grande crudeltà.
Si può vedere che, per un copista il cui lavoro richiedeva di essere svolto dalla mattina alla sera, avevo molte distrazioni che rendevano la mia giornata poco proficua e mi impedivano di prestare sufficiente attenzione a ciò che facevo; di conseguenza, perdetti più della metà del tempo a cancellare o correggere i miei errori, o a ricominciare il foglio su cui scrivevo. Questa situazione rendeva Parigi sempre più insopportabile giorno dopo giorno, e mi spingeva con fervore a cercare rifugio in campagna. Andai più volte a trascorrere alcuni giorni a Marcoussis, dove la signora Le Vasseur conosceva il vicario di quella località; noi ci sistemavamo sempre in modo che lui non ne risentisse negativamente. Anche Grimm vi andò una volta insieme a noi[160].
Il vicario aveva una bella voce e cantava bene; anche se non conosceva la musica, imparava le sue parti con grande facilità e precisione. Trascorrevamo il tempo a cantare i miei trii di Chenonceau. Ne composi due o tre nuovi, su testi che Grimm e il vicario inventavano più o meno abilmente. Non posso fare a meno di rimpiangere quei trii composti e cantati in momenti di pura gioia, e che ho lasciato a Wootton insieme a tutta la mia musica. Forse la signorina Davenport ne ha già fatto delle “papillotes”; ma meritavano di essere conservati, e la maggior parte di essi presenta un ottimo contrappunto musicale. Fu dopo uno di quei piccoli viaggi, durante i quali avevo il piacere di vedere mia zia in buona salute e molto allegra, e in cui anch’io mi divertivo molto, che scrissi al vicario una lettera in versi, scritta molto rapidamente e molto male, naturalmente. Si troverà tra i miei documenti.
Più vicino a Parigi, possedevo un’altra residenza che molto mi piaceva: apparteneva a Monsieur Mussard, mio connazionale, parente e amico, il quale si era ritirato in una deliziosa dimora a Passy, dove trascorsi momenti di grande serenità. Monsieur Mussard era un gioielliere, uomo di buon senso; dopo aver accumulato una fortuna onesta nel suo commercio e aver dato in sposa sua figlia unica a Monsieur de Valmalette – figlio di un banchiere e maggiordomo del re – scelse saggiamente di lasciare il mondo degli affari negli ultimi anni della sua vita, per godersi un periodo di riposo e piacere tra le preoccupazioni quotidiane e la morte. Il buon Monsieur Mussard, vero filosofo nella pratica, viveva senza preoccupazioni in una casa molto confortevole che aveva costruito personalmente e in un bellissimo giardino che aveva piantato con le sue stesse mani. Scavando nelle terrazze di quel giardino, trovò molti gusci fossili; talmente numerosi, che la sua immaginazione si fece prendere dal sogno che tutta la natura fosse fatta solo di gusci, e arrivò persino a credere che l’universo intero non fosse altro che resti di conchiglie. Costantemente assorto in queste riflessioni e nelle sue strane scoperte, si eccitò così tanto che quelle idee finirono per trasformarsi nella sua mente in un vero e proprio sistema, ovvero in follia. Fortunatamente per la sua ragione, ma sfortunatamente per i suoi amici, che trovavano in lui un rifugio così piacevole, la morte lo colpì improvvisamente a causa di una malattia strana e crudele: si trattava di una tumore allo stomaco che continuava ad aumentare di dimensioni, impedendogli di mangiare; per molto tempo non si riuscì a individuare la causa della sua sofferenza, e dopo anni di tormenti morì finalmente di fame. Non riesco a ricordare senza un profondo dolore gli ultimi momenti di quell’uomo povero ma nobile: ci riceveva ancora con grande gioia, io e Lenieps, gli unici amici che non lo abbandonarono nemmeno all’ora della sua morte; era ridotto a guardare con desiderio il cibo che ci veniva servito, senza quasi riuscire a bere alcune gocce di tè. Ma prima di quei momenti di dolore, quante volte ho trascorso bei momenti in sua compagnia, insieme ad amici d’élite! Tra questi, c’era l’abate Prévost, uomo molto affabile e semplice il cui cuore rendeva i suoi scritti ancora più significativi; meritava davvero l’immortalità. Nella sua personalità e nella sua compagnia non c’era nulla di quel tono cupo che caratterizzava i suoi libri. C’era anche il medico Procope, un piccolo “Esopo” dalle fortune alterne; Boulanger, il famoso autore postumo del “Despotismo orientale”, che credo estendesse le teorie di Monsieur Mussard riguardo alla durata dell’universo. Tra le donne, c’erano la signora Denis, nipote di Voltaire; che all’epoca non era ancora considerata una donna di spirito, essendo soltanto una brava donna comune; la signora Vanloo, che certamente non era bella, ma molto affascinante, e che cantava come un angelo; e anche la stessa signora de Valmalette, che cantava anch’ella, e che, sebbene molto magra, sarebbe stata davvero deliziosa se non avesse avuto quella presunzione. Questa era più o meno la compagnia di cui faceva parte il signor Mussard; una compagnia che mi sarebbe piaciuta abbastanza, se non fosse stato per il suo continuo interesse per le conchiglie. Posso dire che, per oltre sei mesi, ho lavorato nel suo studio con tanto piacere quanto lui stesso.
Da tempo sosteneva che le acque di Passy fossero benefiche per la mia salute e mi esortava a recarmi da lui per berle. Per allontanarmi un po’ dal caos urbano, alla fine ci andai e trascorsi lì otto o dieci giorni; questi giorni mi fecero più bene perché ero in campagna che perché bevevo quelle acque. Mussard suonava il violoncello ed amava appassionatamente la musica italiana. Una sera ne parlammo a lungo prima di andare a letto, soprattutto delle opere buffe che entrambi avevamo visto in Italia e che ci avevano profondamente colpiti. Quella notte, incapace di dormire, pensai a come fosse possibile introdurre in Francia questo genere di dramma; infatti, le “Amours de Ragonde” non vi assomigliavano affatto. La mattina, mentre facevo una passeggiata e bevevo le acque, scrissi rapidamente alcuni versi e adattai alcune melodie che mi vennero in mente. Composi tutto questo in un piccolo salone a volta situato in cima al giardino; poi, durante il tè, non riuscii a trattenere l’impulso di mostrare quelle composizioni a Mussard e a Mademoiselle Duvernois, la sua governante, che era davvero una ragazza molto gentile e affabile. I tre brani che avevo abbozzato erano: il primo monologo “J’ai perdu mon serviteur”, l’aria del “Devin”, “L’amour croît s’il s’inquiète” e l’ultimo duetto “À jamais, Colin, je t’engage”. Non avrei mai immaginato che valesse la pena continuare a lavorarci; senza gli elogi e gli incoraggiamenti di entrambi, probabilmente avrei gettato via tutto quanto e non ci avrei più pensato, come avevo fatto molte altre volte per opere almeno altrettanto buone. Ma loro mi stimolarono così tanto che in sei giorni completai il dramma, con pochi versi ancora da aggiungere, e abbozzai tutta la musica necessaria. In tre settimane le mie scene furono pronte per essere rappresentate; mancava soltanto l’“divertissement”, che fu aggiunto molto tempo dopo.
(1752) — Échauffé de la composition de cet ouvrage j’avais une grande passion de l’entendre, et j’aurais donné tout au monde pour le voir représenter à ma fantaisie, à portes fermées, comme on dit que Lulli fit une fois jouer Armide pour lui seul. Comme il ne m’était pas possible d’avoir ce plaisir qu’avec le public, il fallait nécessairement, pour jouir de ma pièce, la faire passer à l’Opéra. Malheureusement elle était dans un genre absolument neuf, auquel les oreilles n’étaient point accoutumées ; et, d’ailleurs, le mauvais succès des Muses galantes me faisait prévoir celui du Devin, si je le présentais sous mon nom. Duclos me tira de peine, et se chargea de faire essayer l’ouvrage en laissant ignorer l’auteur. Pour ne pas me déceler, je ne me trouvai point à cette répétition ; et les petits violons,[163] qui la dirigèrent, ne surent eux-mêmes quel en était l’auteur qu’après qu’une acclamation générale eut attesté la bonté de l’ouvrage. Tous ceux qui l’entendirent en étaient enchantés, au point que dès le lendemain, dans toutes les sociétés, on ne parlait d’autre chose. M. de Cury, intendant des Menus, qui avait assisté à la répétition, demanda l’ouvrage pour être donné à la cour. Duclos, qui savait mes intentions, jugeant que je serais moins le maître de ma pièce à la cour qu’à Paris, la refusa. Cury la réclama d’autorité ; Duclos tint bon, et le débat entre eux devint si vif, qu’un jour à l’Opéra ils allaient sortir ensemble, si on ne les eût séparés. On voulut s’adresser à moi : je renvoyai la décision de la chose à M. Duclos. Il fallut retourner à lui. M. le duc d’Aumont s’en mêla. Duclos crut enfin devoir céder à l’autorité, et la pièce fut donnée pour être jouée à Fontainebleau.
La partie à laquelle je m’étais le plus attaché, et où je m’éloignais le plus de la route commune, était le récitatif. Le mien était accentué d’une façon toute nouvelle, et marchait avec le débit de la parole. On n’osa laisser cette horrible innovation, l’on craignait qu’elle ne révoltât les oreilles moutonnières. Je consentis que Francueil et Jelyotte fissent un autre récitatif, mais je ne voulus pas m’en mêler.
Quand tout fut prêt et le jour fixé pour la représentation, l’on me proposa le voyage de Fontainebleau, pour voir au moins la dernière répétition. J’y fus avec Mlle Fel, Grimm, et, je crois, l’abbé Raynal, dans une voiture de la cour. La répétition fut passable ; j’en fus plus content que je ne m’y étais attendu. L’orchestre était nombreux, composé de ceux de l’Opéra et de la musique du roi. Jelyotte faisait Colin ; Mlle Fel, Colette ; Cuvilier, le Devin ; les chœurs étaient ceux de l’Opéra. Je dis peu de chose : c’était Jelyotte qui avait tout dirigé ; je ne voulus pas contrôler ce qu’il avait fait, et malgré mon ton romain, j’étais honteux comme un écolier au milieu de tout ce monde.
Le lendemain, jour de la représentation, j’allai déjeuner au café du Grand-Commun. Il y avait là beaucoup de monde. On parlait de la répétition de la veille, et de la difficulté qu’il y avait eu d’y entrer. Un officier qui était là dit qu’il y était entré sans peine, conta au long ce qui s’y était passé, dépeignit l’auteur, rapporta ce qu’il avait fait, ce qu’il avait dit ; mais ce qui m’émerveilla de ce récit assez long, fait avec autant d’assurance que de simplicité, fut qu’il ne s’y trouva pas un seul mot de vrai. Il m’était très clair que celui qui parlait si savamment de cette répétition n’y avait point été, puisqu’il avait devant les yeux, sans le connaître, cet auteur qu’il disait avoir tant vu. Ce qu’il y eut de plus singulier dans cette scène fut l’effet qu’elle fit sur moi. Cet homme était d’un certain âge ; il n’avait point l’air ni le ton fat et avantageux ; sa physionomie annonçait un homme de mérite, sa croix de Saint-Louis annonçait un ancien officier. Il m’intéressait malgré son impudence et malgré moi ; tandis qu’il débitait ses mensonges je rougissais, je baissais les yeux, j’étais sur les épines ; je cherchais quelquefois en moi-même s’il n’y aurait pas moyen de le croire dans l’erreur et de bonne foi. Enfin, tremblant que quelqu’un ne me reconnût et ne lui en fît l’affront, je me hâtai d’achever mon chocolat sans rien dire, et baissant la tête en passant devant lui, je sortis le plus tôt qu’il me fut possible, tandis que les assistants péroraient sur sa relation. Je m’aperçus dans la rue que j’étais en sueur, et je suis sûr que si quelqu’un m’eût reconnu et nommé avant ma sortie, on m’aurait vu la honte et l’embarras d’un coupable, par le seul sentiment de la peine que ce pauvre homme aurait à souffrir si son mensonge était reconnu.
Me voici dans un de ces moments critiques de ma vie où il est difficile de ne faire que narrer, parce qu’il est presque impossible que la narration même ne porte empreinte de censure ou d’apologie. J’essayerai toutefois de rapporter comment et sur quels motifs je me conduisis, sans y ajouter ni louange ni blâme.
J’étais ce jour-là dans le même équipage négligé qui m’était ordinaire ; grande barbe et perruque assez mal peignée. Prenant ce défaut de décence pour un acte de courage, j’entrai de cette façon dans la même salle où devaient arriver, peu de temps après, le Roi, la Reine, la famille royale et toute la cour. J’allai m’établir dans la loge où me conduisit M. de Cury, et qui était la sienne. C’était une grande loge sur le théâtre, vis-à-vis une petite loge plus élevée, où se plaça le Roi avec Mme de Pompadour. Environné de dames, et seul homme sur le devant de la loge, je ne pouvais douter qu’on m’eût mis là précisément pour être en vue. Quand on eut allumé, me voyant dans cet équipage, au milieu de gens tous excessivement parés, je commençai d’être mal à mon aise : je me demandai si j’étais à ma place, si j’y étais mis convenablement, et après quelques minutes d’inquiétude, je me répondis : Oui, avec une intrépidité qui venait peut-être plus de l’impossibilité de m’en dédire que de la force de mes raisons. Je me dis : Je suis à ma place, puisque je vois jouer ma pièce, que j’y suis invité, que je ne l’ai faite que pour cela, et qu’après tout personne n’a plus de droit que moi-même à jouir du fruit de mon travail et de mes talents. Je suis mis à mon ordinaire, ni mieux ni pis. Si je recommence à m’asservir à l’opinion dans quelque chose, m’y voilà bientôt asservi derechef en tout. Pour être toujours moi-même, je ne dois rougir en quelque lieu que ce soit d’être mis selon l’état que j’ai choisi : mon extérieur est simple et négligé, mais non crasseux ni malpropre ; la barbe ne l’est point en elle-même, puisque c’est la nature qui nous la donne, et que, selon les temps et les modes, elle est quelquefois un ornement. On me trouvera ridicule, impertinent ; eh ! que m’importe ! Je dois savoir endurer le ridicule et le blâme, pourvu qu’ils ne soient pas mérités. Après ce petit soliloque, je me raffermis si bien, que j’aurais été intrépide si j’eusse eu besoin de l’être. Mais, soit effet de la présence du maître, soit naturelle disposition des cœurs, je n’aperçus rien que d’obligeant et d’honnête dans la curiosité dont j’étais l’objet. J’en fus touché jusqu’à recommencer d’être inquiet sur moi-même et sur le sort de ma pièce, craignant d’effacer des préjugés si favorables, qui semblaient ne chercher qu’à m’applaudir. J’étais armé contre leur raillerie ; mais leur air caressant, auquel je ne m’étais pas attendu, me subjugua si bien, que je tremblais comme un enfant quand on commença.
(1752) — Enflammated by the composition of this work, I had a great passion for hearing it performed; I would have given anything to see it staged in my imagination, behind closed doors—just as it is said that Lulli once had Armide performed solely for his own enjoyment. Since it was impossible for me to enjoy such a spectacle without an audience, I had no choice but to present my play at the Opera. Unfortunately, it belonged to a completely new genre, unfamiliar to the public; moreover, the poor reception of my earlier work, Les Muses galantes, made me anticipate the same fate for this one if I presented it under my own name. Duclos came to my rescue and agreed to have the work tried out, keeping the author’s identity secret. To avoid revealing myself, I was not present at that rehearsal; the musicians who directed it themselves did not know who the composer was until widespread acclaim confirmed the quality of the piece. Everyone who heard it was enchanted by it, and the next day, in every society, people talked only about it. Mr. de Cury, the Intendant of the Royal Kitchen, who had attended the rehearsal, requested the work to be performed at court. Knowing my intentions, Duclos believed that I would have less control over the production at court than in Paris and refused. Cury insisted on having it; Duclos stood his ground, and their argument became so heated that one day they were about to leave the Opera together if not for someone intervening. People tried to involve me in the decision, but I left it up to Mr. Duclos. Eventually, they had to return to him for a final resolution. Monsieur le Duc d’Aumont also got involved in the matter. Finally, Duclos felt compelled to yield to authority, and the play was scheduled to be performed at Fontainebleau.
The part that I was most attached to, and which deviated the most from the common approach, was the recitative. My version was characterized by a completely new accentuation, and it was delivered at the natural pace of speech. No one dared to adopt this radical innovation; they feared it might offend the ears of those accustomed to conventional methods. I agreed that Francueil and Jelyotte could compose another recitative, but I refused to get involved in it myself.
When everything was ready and the day set for the performance, I was offered the chance to travel to Fontainebleau in order to attend at least the final rehearsal. I went there with Mademoiselle Fel, Grimm, and, I believe, Abbé Raynal, in a court carriage. The rehearsal was satisfactory; I was even more pleased than I had expected. The orchestra was large, consisting of members from the Opera House and the King’s musical ensemble. Jelyotte played the role of Colin; Mademoiselle Fel played Colette; Cuvilier played the role of the Sorcerer; the choirs were also those from the Opera House. I said little during the rehearsal—Jelyotte had directed everything; I did not wish to criticize what he had done, and despite my Roman demeanor, I felt as embarrassed as a schoolboy in the presence of all those people.
The next day, the day of the performance, I went to have lunch at the café du Grand-Commun. There were many people there. They were talking about the rehearsal the previous day and the difficulty they had in getting in. An officer who was there said that he had entered without any trouble and then recounted in detail what had happened there, describing the author, telling what he had done and said. But what amazed me about this rather long account, told with such assurance and simplicity, was that not a single word of it was true. It was clear to me that the person who spoke so knowledgeably about that rehearsal had never actually been there, since he had before him, without even knowing him, this author about whom he claimed to have known so much. What was most peculiar about this whole situation was the effect it had on me. This man was of a certain age; he did not have an air or tone that was conceited or self-important. His appearance suggested that he was a person of some merit, and his Saint-Louis cross indicated that he was a former officer. Despite his audacity and despite my own reluctance, I found myself listening to him. As he spun his lies, I would blush, lower my eyes, and feel extremely uncomfortable. At times, I even wondered if there might be some way to believe that he was mistaken, in good faith. Finally, fearing that someone might recognize me and embarrass him, I quickly finished my chocolate, said nothing, and left as soon as possible, with my head down, while the others continued to praise his story. When I got outside, I realized I was sweating. I’m sure that if anyone had recognized me and called my name before I left, they would have seen the shame and embarrassment of a guilty person—just from thinking about the pain this poor man would suffer if his lie were exposed.
I find myself in one of those critical moments in my life where it is difficult to merely narrate events, because it is almost impossible for the narrative itself not to bear traces of censorship or apology. Nevertheless, I will try to describe how and for what reasons I acted, without adding either praise or blame.
That day, I was dressed in the same neglected attire as usual—a long beard and a rather poorly groomed wig. Deeming this lack of decorum an act of courage, I entered the same hall where, shortly after, the King, the Queen, the royal family, and the entire court were to arrive. I took my place in the box led there by Mr. de Cury, which was also his own. It was a large box on the stage, opposite a smaller one that was higher up, where the King sat with Madame de Pompadour. Surrounded by ladies and being the only man at the front of the box, I had no doubt that I had been placed there precisely to be noticed. When the lights were turned on and I saw myself in such attire, surrounded by people all dressed extremely elaborately, I began to feel uneasy. I wondered if I was in the right place, if I was presented appropriately, and after a few minutes of anxiety, I told myself: “Yes.” This courage perhaps stemmed more from the impossibility of changing my appearance than from any real conviction. I thought to myself: “I am in my proper place, since I am here to watch my play performed; I was invited for this purpose, and after all, no one has more right than I do to enjoy the fruits of my work and my talents. I am dressed as usual, neither better nor worse. If I begin to submit again to public opinion in any matter, soon I will be enslaved by it in everything. To remain true to myself at all times, I must not be ashamed of appearing as I have chosen to: my appearance is simple and neglected, but not dirty or unkempt; my beard is not bad in itself, for it is a gift from nature, and depending on the times and fashions, it can even be considered an ornament. People may find me ridiculous or impertinent; but what does it matter to me! I must learn to endure ridicule and criticism, so long as they are not deserved.” After this little soliloquy, I became so confident that I would have been brave if necessary. But perhaps due to the presence of the master of ceremonies, or perhaps out of my own natural disposition, I saw nothing but kindness and respect in the curiosity directed toward me. It touched me so deeply that I once again began to worry about myself and the fate of my play, fearing that I might destroy such favorable preconceptions that seemed determined to praise me. I was prepared to face their mockery; but their gentle demeanor, which I had not expected, overwhelmed me so much that I trembled like a child when the performance began.
(1752) — Appassionato dalla composizione di quest’opera, desideravo ardentemente che venisse rappresentata davanti ai miei occhi; avrei dato qualsiasi cosa pur di vederla eseguita in privato, come si dice che Lulli facesse una volta suonare “Armidè” solo per sé. Poiché non mi era possibile godere di questo piacere con il pubblico, fu necessario far rappresentare l’opera all’Opéra. Sfortunatamente, apparteneva a un genere assolutamente nuovo, al quale le orecchie del pubblico non erano abituate; inoltre, il fallimento delle mie opere precedenti mi faceva temere lo stesso destino anche per questa. Duclos mi salvò dalla situazione, accettando di far provare l’opera senza rivelare chi ne fosse l’autore. Per non farmi scoprire, non partecipai alla prova; nemmeno i musicisti che la dirigerono conoscevano il mio nome fino a quando un generale applauso non dimostrò la bontà dell’opera. Tutti coloro che la ascoltarono ne furono incantati, al punto che il giorno seguente, in tutte le società, si parlava solo di essa. Il signor de Cury, intendente dei Menus, che aveva assistito alla prova, chiese che l’opera venisse rappresentata alla corte. Duclos, conoscendo le mie intenzioni, ritenne che a corte non avrei avuto lo stesso controllo sull’opera rispetto a Parigi e la rifiutò. Cury insistette con autorità; Duclos rimase fermo sulla sua decisione, e la discussione tra loro divenne così accesa che un giorno, all’Opéra, stavano per venire alle mani, se non fossero stati separati. Si cercò di rivolgersi a me, ma decisi di lasciare che Duclos prendesse la decisione. Alla fine fu necessario tornare da lui; il duca d’Aumont intervenne nella questione. Duclos, ritenendo opportuno cedere all’autorità, permise che l’opera venisse rappresentata a Fontainebleau.
La parte a cui tenevo di più, e che più si discostava dal percorso comune, era il recitativo. Il mio presentava un modo di pronuncia del tutto nuovo, in armonia con il ritmo della parola stessa. Nessuno osò approvare questa innovazione: temevano che potesse sconvolgere le orecchie degli ascoltatori abituati a forme più convenzionali di espressione. Accettai che Francueil e Jelyotte ne scrivessero un altro, ma non volli prendervi parte personalmente.
Quando tutto fu pronto e fu fissato il giorno della rappresentazione, mi fu proposto di viaggiare a Fontainebleau per assistere almeno all’ultima prova. Ci andai con Mlle Fel, Grimm e, credo, anche l’abate Raynal, in una carrozza della corte. La prova fu discreta; ne fui più soddisfatto di quanto mi aspettassi. L’orchestra era numerosa e composta da musicisti dell’Opéra e della musica reale. Jelyotte interpretava il ruolo di Colin; Mlle Fel, quello di Colette; Cuvilier, quello del “Devin”; i cori erano quelli dell’Opéra. Non dissi molto: era Jelyotte ad aver diretto tutto; non volevo mettere in discussione ciò che aveva fatto, e nonostante il mio tono disinvolto, mi sentivo imbarazzato come un studente in mezzo a tutta quella gente.
Il giorno seguente, giorno della rappresentazione, andai a pranzo al caffè del Grand-Commun. C’era molta gente lì; si parlava della prova della sera precedente e delle difficoltà incontrate per entrare. Un ufficiale presente disse di essere riuscito ad entrare senza problemi, raccontò in dettaglio ciò che era accaduto, descrisse l’autore, riportò ciò che aveva fatto e detto; ma ciò che mi sorprese di questo lungo resoconto, narrato con tanta sicurezza e semplicità, fu che non c’era una sola parola vera. Era evidente che colui che parlava con tanta familiarità di quella prova in realtà non vi era mai stato, visto che aveva davanti agli occhi, senza conoscerlo, quell’autore di cui diceva di averne osservato attentamente ogni dettaglio. La cosa più strana di tutta questa situazione fu l’effetto che ebbe su di me: quell’uomo, di una certa età, non aveva un atteggiamento né un tono presuntuoso o arrogante; il suo aspetto denotava una persona meritevole, e la sua croce di San Luigi indicava che era un ex ufficiale. Nonostante la sua impudenza e nonostante me stesso, provavo interesse per lui; mentre raccontava le sue menzogne, arrossivo, abbassavo lo sguardo, mi sentivo a disagio. A volte pensavo se ci fosse modo di credere che si sbagliasse, sinceramente. Alla fine, temendo che qualcuno potesse riconoscermi e umiliarlo, finii in fretta il mio cioccolato senza dire nulla, abbassai la testa mentre gli passavo accanto e uscii il prima possibile, mentre gli altri continuavano a discutere della sua storia. In strada mi resi conto di essere sudato. E sono sicuro che, se qualcuno mi avesse riconosciuto prima che me ne andassi, avrei mostrato tutta la vergogna e l’imbarazzo di un colpevole, semplicemente per il pensiero del dolore che quell’uomo avrebbe provato se la sua menzogna fosse stata scoperta.
Mi trovo in uno di quei momenti critici della mia vita in cui è difficile limitarsi a raccontare, perché è quasi impossibile che il racconto stesso non presenti tracce di censura o apologia. Tuttavia, cercherò di descrivere come e per quali motivi mi sono comportato, senza aggiungere né lodi né rimproveri.
Quel giorno indossavo lo stesso abbigliamento trasandato che di solito portavo: una barba lunga e una parrucca piuttosto mal pettinata. Considerando questa mancanza di cura nell’aspetto come un atto di coraggio, entrai nella stessa sala in cui poco dopo sarebbero arrivati il Re, la Regina, tutta la famiglia reale e l’intera corte. Mi sistemai nella loggia che mi fu indicata da Monsieur de Cury, che era anche la sua. Si trattava di una grande loggia sul palco, di fronte a una più piccola e rialzata in cui si sedettero il Re con Madame de Pompadour. Circondato da dame e l’unico uomo nella parte anteriore della loggia, non potevo dubitare che fossi stato messo lì apposta per essere notato. Quando furono accese le luci, vedendomi in quel modo, circondato da persone estremamente ben vestite, iniziai a sentirmi a disagio: mi chiesi se fossi nel posto giusto, se fossi stato presentato adeguatamente. Dopo alcuni minuti di ansia, risposi a me stesso: “Sì”. Con un coraggio che forse derivava più dall’impossibilità di rimangiare che dalla forza delle mie ragioni, mi dissi che ero nel mio posto, visto che stavo assistendo alla rappresentazione della mia opera, che ero stato invitato a parteciparvi e che l’avevo scritta proprio per questo scopo. Dopo tutto, nessuno aveva più diritto di me stesso di godere dei frutti del mio lavoro e dei miei talenti. Ero vestito come al solito: né meglio né peggio. Se avessi iniziato di nuovo ad adeguarmi all’opinione altrui su qualcosa, presto sarei stato costretto a farlo in tutto. Per essere sempre me stesso, non dovevo vergognarmi di apparire come ero, visto che avevo scelto volontariamente quel modo di vestirmi: il mio aspetto era semplice e trasandato, ma non sporco né disordinato; la barba, in sé, non era certo brutta. Dopotutto, è qualcosa che la natura ci dona, e a seconda dei tempi e delle modo, a volte può anche essere considerata un ornamento. Qualcuno avrebbe potuto trovarmi ridicolo o impertinente. Ma che importanza aveva? Dovevo imparare ad affrontare il ridicolo e le critiche, purché non fossero meritati. Dopo questo breve monologo interiore, mi rafforzai a tal punto che sarei stato coraggioso se ne fosse stato necessario. Ma, forse a causa della presenza del maestro o per una naturale disposizione del mio carattere, non notai nulla di offensivo o scortese nella curiosità dimostrata nei miei confronti. Ne fui commosso al punto da iniziare di nuovo ad essere ansioso riguardo a me stesso e al destino della mia opera. Temevo di rovinare quei pregiudizi così favorevoli che sembravano volermi applaudire. Ero preparato ad affrontare le loro derisioni. Ma il loro tono gentile, a cui non mi aspettavo, mi conquistò completamente. Tremavo come un bambino quando iniziò la rappresentazione.
J’eus bientôt de quoi me rassurer. La pièce fut très mal jouée quant aux acteurs, mais bien chantée et bien exécutée quant à la musique. Dès la première scène, qui véritablement est d’une naïveté touchante, j’entendis s’élever dans les loges un murmure de surprise et d’applaudissement jusqu’alors inouï dans ce genre de pièces. La fermentation croissante alla bientôt au point d’être sensible dans toute l’assemblée et, pour parler à la Montesquieu, d’augmenter son effet par son effet même. À la scène des deux petites bonnes gens, cet effet fut à son comble. On ne claque point devant le Roi ; cela fit qu’on entendit tout : la pièce et l’auteur y gagnèrent. J’entendais autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges, et qui s’entredisaient à demi-voix : Cela est charmant, cela est ravissant ; il n’y a pas un son là qui ne parle au cœur. Le plaisir de donner de l’émotion à tant d’aimables personnes m’émut moi-même jusqu’aux larmes ; et je ne les pus contenir au premier duo en remarquant que je n’étais pas seul à pleurer. J’eus un moment de retour sur moi-même en me rappelant le concert de M. Treytorens. Cette réminiscence eut l’effet de l’esclave qui tenait la couronne sur la tête des triomphateurs ; mais elle fut courte, et je me livrai bientôt pleinement et sans distraction au plaisir de savourer ma gloire. Je suis pourtant sûr qu’en ce moment la volupté du sexe y entrait beaucoup plus que la vanité d’auteur ; et sûrement s’il n’y eût eu là que des hommes, je n’aurais pas été dévoré, comme je l’étais sans cesse, du désir de recueillir de mes lèvres les délicieuses larmes que je faisais couler. J’ai vu des pièces exciter de plus vifs transports d’admiration, mais jamais une ivresse aussi pleine, aussi douce, aussi touchante, régner dans tout un spectacle, et surtout à la cour, un jour de première représentation. Ceux qui ont vu celle-là doivent s’en souvenir ; car l’effet en fut unique.
Le même soir, M. le duc d’Aumont me fit dire de me trouver au château le lendemain sur les onze heures, et qu’il me présenterait au Roi. M. de Cury, qui me fit ce message, ajouta qu’on croyait qu’il s’agissait d’une pension, et que le Roi voulait me l’annoncer lui-même.
Croira-t-on que la nuit qui suivit une aussi brillante journée fut une nuit d’angoisse et de perplexité pour moi ? Ma première idée, après celle de cette présentation, se porta sur un fréquent besoin de sortir, qui m’avait fait beaucoup souffrir le soir même au spectacle, et qui pouvait me tourmenter le lendemain, quand je serais dans la galerie ou dans les appartements du Roi, parmi tous ces grands, attendant le passage de Sa Majesté. Cette infirmité était la principale cause qui me tenait écarté des cercles, et qui m’empêchait d’aller m’enfermer chez des femmes. L’idée seule de l’état où ce besoin pouvait me mettre était capable de me le donner au point de m’en trouver mal, à moins d’un esclandre auquel j’aurais préféré la mort. Il n’y a que les gens qui connaissent cet état qui puissent juger de l’effroi d’en courir le risque.
Je me figurais ensuite devant le Roi, présenté à Sa Majesté, qui daignait s’arrêter et m’adresser la parole. C’était là qu’il fallait de la justesse et de la présence d’esprit pour répondre. Ma maudite timidité, qui me trouble devant le moindre inconnu, m’aurait-elle quitté devant le Roi de France, ou m’aurait-elle permis de bien choisir à l’instant ce qu’il fallait dire ? Je voulais, sans quitter l’air et le ton sévère que j’avais pris, me montrer sensible à l’honneur que me faisait un si grand monarque. Il fallait envelopper quelque grande et utile vérité dans une louange belle et méritée. Pour préparer d’avance une réponse heureuse, il aurait fallu prévoir juste ce qu’il pourrait me dire ; et j’étais sûr après cela de ne pas retrouver en sa présence un mot de ce que j’aurais médité. Que deviendrais-je en ce moment et sous les yeux de toute la cour, s’il allait m’échapper dans mon trouble quelqu’une de mes balourdises ordinaires ? Ce danger m’alarma, m’effraya, me fit frémir au point de me déterminer, à tout risque, à ne m’y pas exposer.
Je perdais, il est vrai, la pension qui m’était offerte en quelque sorte ; mais je m’exemptais aussi du joug qu’elle m’eût imposé. Adieu la vérité, la liberté, le courage. Comment oser désormais parler d’indépendance et de désintéressement ? Il ne fallait plus que flatter ou me taire, en recevant cette pension : encore qui m’assurait qu’elle me serait payée ? Que de pas à faire, que de gens à solliciter ! Il m’en coûterait plus de soins, et bien plus désagréables, pour la conserver, que pour m’en passer. Je crus donc, en y renonçant, prendre un parti très conséquent à mes principes, et sacrifier l’apparence à la réalité. Je dis ma résolution à Grimm, qui n’y opposa rien. Aux autres j’alléguai ma santé, et je partis le matin même.
Mon départ fit du bruit et fut généralement blâmé. Mes raisons ne pouvaient être senties par tout le monde. M’accuser d’un sot orgueil était bien plus tôt fait, et contentait mieux la jalousie de quiconque sentait en lui-même qu’il ne se serait pas conduit ainsi. Le lendemain, Jelyotte m’écrivit un billet, où il me détailla les succès de ma pièce et l’engouement où le Roi lui-même en était. Toute la journée, me marquait-il, Sa Majesté ne cesse de chanter, avec la voix la plus fausse de son royaume : J’ai perdu mon serviteur ; j’ai perdu tout mon bonheur. Il ajoutait que, dans la quinzaine, on devait donner une seconde représentation du Devin, qui constaterait aux yeux de tout le public le plein succès de la première.
Deux jours après, comme j’entrais le soir sur les neuf heures chez Mme d’Épinay, où j’allais souper, je me vis croisé par un fiacre à la porte. Quelqu’un qui était dans ce fiacre me fit signe d’y monter ; j’y monte : c’était Diderot. Il me parla de la pension avec un feu que sur pareil sujet je n’aurais pas attendu d’un philosophe. Il ne me fit pas un crime de n’avoir pas voulu être présenté au Roi ; mais il m’en fit un terrible de mon indifférence pour la pension. Il me dit que, si j’étais désintéressé pour mon compte, il ne m’était pas permis de l’être pour celui de Mme Le Vasseur et de sa fille ; que je leur devais de n’omettre aucun moyen possible et honnête de leur donner du pain et comme on ne pouvait pas dire, après tout, que j’eusse refusé cette pension, il soutint que, puisqu’on avait paru disposé à me l’accorder, je devais la solliciter et l’obtenir, à quelque prix que ce fût. Quoique je fusse touché de son zèle, je ne pus goûter ses maximes, et nous eûmes à ce sujet une dispute très vive, la première que j’aie eue avec lui ; et nous n’en avons jamais eu que de cette espèce, lui me prescrivant ce qu’il prétendait que je devais faire, et moi m’en défendant, parce que je croyais ne le devoir pas.
Il était tard quand nous nous quittâmes. Je voulus le mener souper chez Mme d’Épinay ; il ne le voulut point, et quelque effort que le désir d’unir tous ceux que j’aime m’ait fait faire en divers temps pour l’engager à la voir, jusqu’à la mener à sa porte, qu’il nous tint fermée, il s’en est toujours défendu, ne parlant d’elle qu’en termes très méprisants. Ce ne fut qu’après ma brouillerie avec elle et avec lui qu’ils se lièrent, et qu’il commença d’en parler avec honneur.
Depuis lors, Diderot et Grimm semblèrent prendre à tâche d’aliéner de moi les Gouverneuses, leur faisant entendre que si elles n’étaient pas plus à leur aise, c’était mauvaise volonté de ma part, et qu’elles ne feraient jamais rien avec moi. Ils tâchaient de les engager à me quitter, leur promettant un regrat de sel, un bureau à tabac et je ne sais quoi encore, par le crédit de Mme d’Épinay. Ils voulurent même entraîner Duclos, ainsi que d’Holbach, dans leur ligue, mais le premier s’y refusa toujours. J’eus alors quelque vent de tout ce manège ; mais je ne l’appris bien distinctement que longtemps après, et j’eus souvent à déplorer le zèle aveugle et peu discret de mes amis, qui cherchant à me réduire, incommodé comme j’étais, à la plus triste solitude, travaillaient dans leur, idée à me rendre heureux par les moyens les plus propres en effet à me rendre misérable.
I soon had reason to feel reassured. The play was poorly acted by the actors, but the music was sung and performed with great skill. From the very first scene, which was truly touching in its naivety, I heard murmurs of surprise and applause rising from the galleries—something entirely unprecedented in such works. The growing enthusiasm soon became evident to everyone present, and, to use Montesquieu’s phrase, it amplified its effect through its own power. During the scene with those two kind-hearted people, this effect reached its climax. People did not applaud in front of the King; as a result, everyone could hear everything—both the play and the author benefited from this. Around me, I heard women whispering to each other in voices so soft they seemed like those of angels: “How charming, how delightful. Not a single sound here that does not touch the heart.” The pleasure of bringing such emotion to so many kind-hearted people moved me to tears; and I could hardly contain them during the first duet, realizing that I was not alone in weeping. For a moment, I recalled Mr. Treytorens’ concert. This memory had the effect of a slave holding the crown upon the heads of triumphant heroes—but it was but a brief interruption before I fully immersed myself in the joy of savoring my “glory.” Yet I am certain that at that moment, the pleasure derived from being loved by so many people far outweighed any sense of authorial vanity. And if there had been only men present, I doubt I would have been consumed, as I often was, by the desire to kiss those delicious tears that I had brought them to shed. I have seen plays arouse more intense admiration, but never such a full, gentle, and touching intoxication throughout an entire performance—especially not at court on a premiere night. Those who were there must remember it, for its effect was truly unique.
On the same evening, Monsieur the Duke of Aumont sent someone to tell me to be at the castle the following day at eleven o’clock, and that he would introduce me to the King. Monsieur de Cury, who delivered this message, added that it was believed to be about some kind of pension, and that the King wanted to announce it to me himself.
Would one believe that the night following such a brilliant day was one of anguish and confusion for me? My first thought, after considering that situation, was about the frequent urge to go out—which had caused me so much distress that very evening at the performance—and which might torment me again the next day, when I would be in the gallery or in the King’s apartments, among all those nobles, waiting for His Majesty to pass by. This affliction was the main reason why I kept my distance from social circles and avoided staying with women. The mere thought of the state into which this urge could drive me was enough to make me feel extremely ill—unless a public scandal occurred, in which case I would have preferred death. Only those who understand this condition can truly appreciate the terror of risking it.
I then imagined myself standing before the King, presented to His Majesty, who would deign to stop and speak to me. It was at that moment that precision and quick wits were required to respond appropriately. Would my damned timidity, which plagues me in the presence of even the simplest stranger, abandon me in front of the King of France, or would it allow me to choose precisely what to say at that instant? I wanted to show, without abandoning the serious demeanor I had assumed, how grateful I was for the honor bestowed upon me by such a great monarch. It was necessary to wrap some profound and meaningful truth within beautiful and well-deserved praise. To prepare a satisfactory response in advance, I would have needed to anticipate exactly what he might say to me; and I was certain that, in his presence, I would not utter a single word of what I had prepared in advance. What would happen to me at that moment, in front of the entire court, if, in my confusion, I blurted out one of my usual foolish remarks? This danger alarmed me, terrified me, and made me so nervous that I resolved, at all costs, not to expose myself to such a risk.
It is true that I would lose the pension that was offered to me; but at the same time, I would be freed from the burden it would have imposed upon me. Adieu then to truth, freedom, and courage. How could I now dare to speak of independence and selflessness? All that was required of me was to flatter or remain silent in exchange for that pension—yet who could guarantee that it would actually be paid to me? So many steps to take, so many people to approach! Maintaining it would have required more effort and caused far more distress than giving it up entirely. Therefore, I believed that by renouncing it, I was acting in accordance with my principles, sacrificing appearances for reality. I informed Grimm of my decision, and he had no objections. To the others, I cited my health as a reason and left the next morning.
My departure caused a stir and was generally condemned. My reasons could not be understood by everyone. Accusing me of foolish pride was far more convenient and better suited to satisfy the jealousy of those who felt they would not have acted in the same way. The next day, Jelyotte wrote me a note in which he detailed the success of my play and the enthusiasm shown by the King himself. Throughout the day, he noted, His Majesty kept singing, in the worst voice in the entire kingdom: “I have lost my servant; I have lost all my happiness.” He also added that in about two weeks, a second performance of The Prophet would be given, which would prove to the entire audience the complete success of the first one.
Two days later, as I was entering Mrs. d’Épinay’s house at around nine in the evening to dinner, I saw a carriage stop at the door. Someone inside the carriage signaled for me to get in; I did so, and it was Diderot. He spoke to me about the pension with such enthusiasm that I would not have expected from a philosopher on such a subject. He did not hold it against me that I had refused to be introduced to the King; but he was furious at my indifference toward the pension. He told me that, if I were indifferent for my own sake, I could not afford to be indifferent for Mrs. Le Vasseur and her daughter’s sake; that I owed them every possible and honorable means to provide for their needs. Since they had seemed willing to offer me this pension, he insisted that I must seek it and obtain it at any cost. Although moved by his zeal, I could not agree with his views, and we had a very heated argument on the subject—the first of its kind between us. And all our subsequent arguments were of this nature: he would prescribe what he believed I ought to do, while I would resist, arguing that I did not believe it was my duty to do so.
It was late when we parted ways. I wanted to take him to dinner at Madame d’Épinay’s house; he refused. No matter how much I tried—how eagerly I desired to bring together all those I loved—and how far I went to persuade him, even leading her to his door, he always kept it closed and stubbornly refused. He spoke of her only in terms of utter disdain. It was not until after my argument with both her and him that they became reconciled, and then he began to speak of her with respect.
From then on, Diderot and Grimm seemed determined to alienate the Governesses from me, making them believe that if they were not more comfortable, it was due to my bad will, and that they would never do anything with me again. They tried to persuade them to leave me, promising them a compensation in the form of salt, a tobacco shop, and various other things, all courtesy of Madame d’Épinay. They even attempted to draw Duclos and d’Holbach into their scheme, but the former always refused. I became aware of some of these maneuvers at that time; however, I did not understand them fully until much later. On many occasions, I regretted the blind and indiscreet zeal of my friends—since they were trying to reduce me, in my already difficult situation, to the most miserable solitude, their efforts actually ended up making me even more wretched.
Ben presto ebbi motivo di rassicurarmi. L’opera fu interpretata molto male da parte degli attori, ma la musica fu cantata e eseguita con grande abilità. Già dalla prima scena, davvero di una naività commovente, si alzò dalle logge un mormorio di sorpresa e applausi, fino ad allora inaudito in questo genere di spettacoli. L’entusiasmo cresceva sempre di più, diventando evidente in tutta l’assemblea; per usare le parole di Montesquieu, quel piacere si intensificava proprio grazie al suo stesso effetto. Nella scena delle due brave persone, quell’effetto raggiunse il suo apice. Non si applaude davanti al Re. E così si poterono sentire tutte le parole: l’opera e l’autore ne trassero beneficio. Intorno a me sentivo donne che sembravano angeli, bisbigliare tra loro: “È incantevole. È delizioso. Non c’è un suono qui che non tocchi il cuore”. Il piacere di suscitare emozioni in tante persone così gentili mi commosse fino alle lacrime. E non riuscii a trattenerle quando ascoltai il primo duetto, rendendomi conto che non ero l’unico a piangere. Per un momento riflettii su ciò che avevo visto al concerto di M. Treytorens. Quel ricordo ebbe l’effetto di uno schiavo che tiene la corona in testa ai vincitori. Ma fu breve. E presto mi abbandonai completamente, senza distrazioni, al piacere di godermi la mia “gloria”. Sono certo, però, che in quel momento il desiderio legato al sesso ebbe un ruolo molto più importante della vanità di autore. E sicuramente, se ci fossero stati solo uomini lì, non sarei stato continuamente assillato dal desiderio di raccogliere con le mie labbra quelle deliziose lacrime che facevo scorrere. Ho visto opere che hanno suscitato emozioni ancora più intense di ammirazione. Ma mai un’ebbrezza così piena, così dolce, così commovente in tutto uno spettacolo. Soprattutto alla corte, nel giorno della prima rappresentazione. Chi ha visto quell’opera se ne ricorderà sicuramente. Perché l’effetto fu davvero unico.
Nella stessa sera, il duca d’Aumont mi fece dire di recarmi al castello il giorno seguente alle undici, dove sarei stato presentato al Re. Il signor de Cury, che mi portò questo messaggio, aggiunse che si riteneva si trattasse di una pensione e che il Re volesse annunciarmela personalmente.
Si potrà credere che la notte che seguì una giornata così splendida fosse per me una notte di angoscia e confusione? La mia prima preoccupazione, dopo quella relativa a questa situazione, riguardava il frequente bisogno di uscire che mi aveva causato molti problemi la sera stessa durante lo spettacolo, e che avrebbe potuto tormentarmi il giorno seguente, quando sarei stato nella galleria o negli appartamenti del Re, tra tutte queste persone importanti, in attesa del passaggio di Sua Maestà. Questa condizione fisica era la principale ragione per cui mi tenevo lontano da quei circoli e mi impediva di andare a stare con delle donne. Solo coloro che conoscono questa situazione possono comprendere quanto sia terribile correre il rischio di trovarsi in quella condizione. Il pensiero stesso di ciò che avrebbe potuto accadermi era sufficiente per farmi sentire male, molto peggio di quanto sarebbe stato possibile dopo uno scandalo. Preferivo la morte a una situazione del genere. Solo coloro che conoscono questa realtà possono valutare appieno l’orrore di doverne affrontare i rischi.
Mi immaginavo poi di trovarmi davanti al Re, presentato alla Sua Maestà, che si degnava di fermarsi e rivolgermi la parola. Era in quel momento che occorreva precisione e prontezza di spirito per rispondere. Ma la mia maledetta timidezza, che mi rende incerto davanti al minimo sconosciuto, mi avrebbe abbandonato anche davanti al Re di Francia, o mi avrebbe permesso di scegliere con precisione ciò che dovevo dire? Volevo, senza perdere l’aria e il tono severi che avevo assunto, dimostrare di essere consapevole dell’onore che un monarca così grande mi concedeva. Era necessario avvolgere una verità importante e utile in un elogio appropriato e meritato. Per preparare in anticipo una risposta adeguata, avrei dovuto prevedere esattamente ciò che lui avrebbe potuto dirmi; e ero certo che, in quel caso, non avrei ripetuto davanti a Lui nessuna delle mie solite sciocchezze. Che cosa sarebbe successo in quel momento, sotto gli occhi di tutta la corte, se, nel mio turbamento, mi fosse sfuggita qualche mia solita battuta insensata? Questo pericolo mi allarmò, mi spaventò a tal punto che decisi, a tutti i rischi, di non espormi a tale situazione.
È vero che perdevo la pensione che mi veniva offerta; ma allo stesso tempo mi liberavo anche dal giogo che essa avrebbe imposto su di me. Addio alla verità, alla libertà, al coraggio. Come osare ora parlare di indipendenza e disinteresse? Per ricevere quella pensione, non restava altro da fare che lusingare o tacere. E chi mi garantiva che sarebbe stata effettivamente pagata? Quanti passi avrei dovuto compiere, quante persone avrei dovuto sollecitare! Per mantenerla, avrei dovuto dedicarvi più cure, e molte di queste cure sarebbero state particolarmente sgradevoli. Così, rinunciandovi, credetti di adottare una decisione assolutamente coerente con i miei principi, e di sacrificare l’apparenza alla realtà. Dissi la mia decisione a Grimm, che non vi oppose obiezioni. Gli altri, invece, fecero riferimento alla mia salute. E così partii il mattino stesso.
La mia partenza fece scalpore e fu generalmente criticata. Le mie ragioni non potevano essere comprese da tutti. Accusarmi di un orgoglio sciocco era senz’altro più facile, e soddisfaceva meglio l’invidia di chiunque si rendesse conto di non essersi comportato allo stesso modo. Il giorno dopo, Jelyotte mi scrisse una lettera in cui descriveva nei dettagli i successi della mia opera e l’entusiasmo del Re stesso per essa. Per tutta la giornata, aggiungeva, Sua Maestà non faceva altro che cantare, con la voce più stridula del suo regno: “Ho perso il mio servitore; ho perso tutta la mia felicità”. Aggiungeva anche che, entro quindici giorni, si sarebbe tenuta una seconda rappresentazione de “Il Vegliardo”, che avrebbe dimostrato a tutti i presenti il pieno successo della prima.
Due giorni dopo, mentre entravo alle nove di sera a casa della signora d’Épinay dove andavo a cena, vidi un fiacre davanti al portone. Qualcuno che si trovava dentro quel fiacre mi fece segno di salire; salii e si trattava di Diderot. Mi parlò della pensione con un entusiasmo che, su un argomento del genere, non avrei mai aspettato da un filosofo. Non mi rimproverò per non aver voluto essere presentato al Re; ma mi rimproverò severamente per la mia indifferenza riguardo a quella pensione. Mi disse che, se ero disinteressato a mio vantaggio, non potevo permettermi di esserlo anche a quello della signora Le Vasseur e di sua figlia; che dovevo fare ogni sforzo possibile e onesto per fornire loro il cibo necessario; e poiché, dopotutto, non si poteva dire che avessi rifiutato quella pensione, sosteneva che, dato che qualcuno sembrava disposto ad accordarmela, dovevo chiederla e ottenerla a qualsiasi costo. Anche se fui commosso dal suo zelo, non potei concordare con le sue idee; ne derivò una discussione molto accesa, la prima che ebbi con lui. E da allora ne abbiamo avute solo di questo tipo: lui mi imponeva ciò che riteneva fosse mio dovere fare, e io mi opponevo, perché non lo consideravo tale.
Era tardi quando ci siamo separati. Volevo portarlo a cena da Madame d’Épinay; lui però non lo voleva. Nonostante i miei sforzi, nel corso del tempo, per convincerlo ad andarci – arrivando persino a accompagnarla fino alla sua porta – lui si è sempre rifiutato, parlando di lei solo in termini molto sprezzanti. Solo dopo la mia lite con lei e con lui, hanno iniziato a rapportarsi meglio, e lui ha cominciato a parlare di lei con rispetto.
Da allora, Diderot e Grimm sembrarono impegnarsi attivamente nel separarmi dalle Governatrici, facendogli credere che se non si trovavano più a loro agio fosse colpa mia, e che quindi non avrebbero mai collaborato con me. Cercavano di convincerle ad abbandonarmi, promettendo loro sale in regalo, un banchetto da tabacco e altre cose ancora, facendo leva sul credito della signora d’Épinay. Volevano persino coinvolgere Duclos e d’Holbach nella loro cospirazione, ma il primo si rifiutò sempre. Io ebbi sentore di tutto questo intrigo; tuttavia ne fui a conoscenza solo molto tempo dopo, e spesso mi lamentai del zelo cieco e poco discreto dei miei amici: cercando di ridurmi, in una situazione già così difficile, alla più triste solitudine, lavoravano in realtà per rendermi felice con i mezzi che, in realtà, avrebbero potuto solo rendermi miserabile.
(1753) — Le carnaval suivant, 1753, le Devin fut joué à Paris et j’eus le temps, dans cet intervalle, d’en faire l’ouverture et le divertissement. Ce divertissement, tel qu’il est gravé, devait être en action d’un bout à l’autre, et dans un sujet suivi, qui, selon moi, fournissait des tableaux très agréables. Mais quand je proposai cette idée à l’Opéra, on ne m’entendit seulement pas, et il fallut coudre des chants et des danses à l’ordinaire : cela fit que ce divertissement, quoique plein d’idées charmantes, qui ne déparent point les scènes, réussit très médiocrement. J’ôtai le récitatif de Jelyotte, et je rétablis le mien, tel que je l’avais fait d’abord et qu’il est gravé ; et ce récitatif, un peu francisé, je l’avoue, c’est-à-dire traîné par les acteurs, loin de choquer personne, n’a pas moins réussi que les airs, et a paru, même au public, tout aussi bien fait pour le moins. Je dédiai ma pièce à M. Duclos, qui l’avait protégée, et je déclarai que ce serait ma seule dédicace. J’en ai pourtant fait une seconde avec son consentement ; mais il a dû se tenir encore plus honoré de cette exception, que si je n’en avais fait aucune.
J’ai sur cette pièce beaucoup d’anecdotes, sur lesquelles des choses plus importantes à dire ne me laissent pas le loisir de m’étendre ici. J’y reviendrai peut-être un jour dans le supplément. Je n’en saurais pourtant omettre une qui peut avoir trait à tout ce qui suit. Je visitais un jour dans le cabinet du baron d’Holbach sa musique ; après en avoir parcouru de beaucoup d’espèces, il me dit, en me montrant un recueil de pièces de clavecin : Voilà des pièces qui ont été composées pour moi ; elles sont pleines de goût, bien chantantes ; personne ne les connaît ni ne les verra que moi seul. Vous en devriez choisir quelqu’une pour l’insérer dans votre divertissement. Ayant dans la tête des sujets d’airs et de symphonies beaucoup plus que je n’en pouvais employer, je me souciais très peu des siens. Cependant il me pressa tant, que par complaisance je choisis une pastorale que j’abrégeai, et que je mis en trio pour l’entrée des compagnes de Colette. Quelques mois après, et tandis qu’on représentait le Devin, entrant un jour chez Grimm, je trouvai du monde autour de son clavecin, d’où il se leva brusquement à mon arrivée. En regardant machinalement sur son pupitre, j’y vis ce même recueil du baron d’Holbach, ouvert précisément à cette même pièce qu’il m’avait pressé de prendre, en m’assurant qu’elle ne sortirait jamais de ses mains. Quelque temps après je vis encore ce même recueil ouvert sur le clavecin de M. d’Épinay, un jour qu’il avait musique chez lui. Grimm ni personne ne m’a jamais parlé de cet air, et je n’en parle ici moi-même que parce qu’il se répandit quelque temps après un bruit que je n’étais pas l’auteur du Devin du village[164]. Comme je ne fus jamais un grand croque-note, je suis persuadé que sans mon Dictionnaire de musique on aurait dit à la fin que je ne la savais pas.[165]
Quelque temps avant qu’on donnât Le Devin du village, il était arrivé à Paris des Bouffons italiens, qu’on fit jouer sur le théâtre de l’Opéra sans prévoir l’effet qu’ils y allaient faire[166]. Quoiqu’ils fussent détestables, et que l’orchestre, alors très ignorant, estropiât à plaisir les pièces qu’ils donnèrent, elles ne laissèrent pas de faire à l’Opéra français un tort qu’il n’a jamais réparé. La comparaison de ces deux musiques, entendues le même jour, sur le même théâtre, déboucha les oreilles françaises. Il n’y en eut point qui pût endurer la traînerie de leur musique, après l’accent vif et marqué de l’italienne. Sitôt que les Bouffons avaient fini, tout s’en allait. On fut forcé de changer l’ordre, et de mettre les Bouffons à la fin. On donnait Eglé, Pygmalion, Le Sylphe ; rien ne tenait. Le seul Devin du village soutint la comparaison, et plut encore après la Serva padrona. Quand je composai mon intermède, j’avais l’esprit rempli de ceux-là ; ce furent eux qui m’en donnèrent l’idée, et j’étais bien éloigné de prévoir qu’on les passerait en revue à côté de lui. Si j’eusse été un pillard, que de vols seraient alors devenus manifestes, et combien on eût pris soin de les faire sentir ! Mais rien : on a eu beau faire, on n’a pas trouvé dans ma musique la moindre réminiscence d’aucune autre ; et tous mes chants, comparés aux prétendus originaux, se sont trouvés aussi neufs que le caractère de musique que j’avais créé. Si l’on eût mis Mondonville ou Rameau à pareille épreuve, ils n’en seraient sortis qu’en lambeaux.
Les Bouffons firent à la musique italienne des sectateurs très ardents. Tout Paris se divisa en deux partis plus échauffés que s’il se fût agi d’une affaire d’état ou de religion. L’un, plus puissant, plus nombreux, composé des grands, des riches et des femmes, soutenait la musique française ; l’autre, plus vif, plus fier, plus enthousiaste, était composé des vrais connaisseurs, des gens à talents, des hommes de génie. Son petit peloton se rassemblait à l’Opéra, sous la loge de la Reine. L’autre parti remplissait tout le reste du parterre et de la salle ; mais son foyer principal était sous la loge du Roi. Voilà d’où vinrent ces noms de partis célèbres dans ce temps-là, de Coin du Roi et de Coin de la Reine. La dispute, en s’animant, produisit des brochures. Le coin du Roi voulut plaisanter ; il fut moqué par Le Petit Prophète : il voulut se mêler de raisonner ; il fut écrasé par la Lettre sur la musique française. Ces deux petits écrits, l’un de Grimm, et l’autre de moi, sont les seuls qui survivent à cette querelle ; tous les autres sont déjà morts.
Mais Le Petit Prophète, qu’on s’obstina longtemps à m’attribuer malgré moi, fut pris en plaisanterie, et ne fit pas la moindre peine à son auteur ; au lieu que la Lettre sur la musique fut prise au sérieux, et souleva contre moi toute la nation, qui se crut offensée dans sa musique. La description de l’incroyable effet de cette brochure serait digne de la plume de Tacite. C’était le temps de la grande querelle du Parlement et du Clergé. Le Parlement venait d’être exilé ; la fermentation était au comble ; tout menaçait d’un prochain soulèvement. La brochure parut ; à l’instant toutes les autres querelles furent oubliées ; on ne songea qu’au péril de la musique française, et il n’y eut plus de soulèvement que contre moi. Il fut tel que la nation n’en est jamais bien revenue. À la cour on ne balançait qu’entre la Bastille et l’exil, et la lettre de cachet allait être expédiée, si M. de Voyer n’en eût fait sentir le ridicule. Quand en lira que cette brochure a peut-être empêché une révolution dans l’état, on croira rêver. C’est pourtant une vérité bien réelle, que tout Paris peut encore attester, puisqu’il n’y a pas aujourd’hui plus de quinze ans de cette singulière anecdote.
(1753) — The following year, in 1753, the opera “Le Devin” was performed in Paris, and I had the time during that interval to compose its opening scene as well as the additional entertainment elements. This additional section, as printed in the score, was intended to be performed continuously throughout without any interruptions, and it followed a coherent narrative that, in my opinion, presented some very pleasing scenes. However, when I proposed this idea to the Opera House, they simply ignored it, and so I was forced to add songs and dances to the existing structure. As a result, although this additional section was full of charming ideas that were entirely suitable for the stage, its performance was rather mediocre. I removed the recitative written by Jelyotte and restored my own version, as I had originally composed it—and it must be admitted that this recitative, though somewhat adapted to fit the actors’ delivery style, did not offend anyone at all and proved just as successful as the musical numbers; indeed, it was even considered by the audience to be well-executed. I dedicated my play to Monsieur Duclos, who had supported me, and declared that it would be my only dedication. Nevertheless, with his consent, I made a second dedication; but he must have felt even more honored by this exception than if I had not made any at all.
I have many anecdotes related to this piece, but matters of greater importance prevent me from elaborating on them here. Perhaps one day I will return to this subject in an addendum. However, I cannot overlook an anecdote that may be relevant to what follows. One day, while visiting Baron d’Holbach’s residence, I was shown his collection of music. After examining many pieces, he pointed to a collection of harpsichord sonatas and said, “These were composed for me; they are full of taste and are very melodious. No one else knows them except me—only you will hear them.” He suggested that I choose one of them for my entertainment. Having in mind many more themes for airs and symphonies than I could possibly use, I paid little attention to his suggestion. Nevertheless, he insisted so much that, out of politeness, I selected a pastoral piece that I shortened and adapted into a trio for the entrance scene with Colette’s companions. A few months later, while watching The Prophet being performed, I happened to enter Grimm’s house at a time when people were gathered around his harpsichord. He stood up abruptly upon my arrival. Glancing casually at the music stand, I saw Baron d’Holbach’s very same collection open on exactly that piece he had urged me to choose—assuring me that it would never leave his hands. Some time later, I noticed the same collection open on M. d’Épinay’s harpsichord when he was having a music session at his home. Neither Grimm nor anyone else ever mentioned this piece to me, and I mention it here only because, some time after its performance, rumors began circulating that I was the composer of The Prophet of the Village [164]. Since I was never particularly skilled at composing, I am certain that without my Dictionary of Music, people would have assumed I had no knowledge of such music at all [165].
Some time before the performance of Le Devin du village, Italian buffoons arrived in Paris and were invited to perform at the Opéra theater, without anyone anticipating the impact they would have there[166]. Despite being utterly detestable, and despite the orchestra’s poor understanding, which mercilessly distorted their performances, these shows still caused irreparable harm to French opera. Comparing these two styles of music on the same day, in the same theater, truly opened the eyes of French audiences. No one could endure the sluggishness of their music after hearing the lively and distinct rhythm of the Italian style. As soon as the Italian buffoons finished their performance, everything else seemed to lose its appeal. People were forced to change the order of performances and put the Italian acts at the end. Plays like Eglé, Pygmalion, and Le Sylphe failed completely; only Le Devin du village stood up well to the comparison—and even more so after La Serva padrona. When I composed my intermezzo, I had these Italian works constantly in mind; they inspired me, though I could never have imagined they would be performed alongside it. If I were a “plunderer” of musical traditions, what countless “thefts” would have been exposed then—how much effort would have been made to highlight them! But nothing: despite all attempts, no one found any traces of other styles in my music; indeed, all my songs, when compared to those supposedly original works, proved just as innovative as the musical style I had created myself. If Mondonville or Rameau had been put to the same test, they would have collapsed completely.
The Bouffons were ardent supporters of Italian music. Entire Paris was divided into two factions, more heated than if it had been a matter of state or religion. One faction, more powerful and numerous, consisting of the nobility, the wealthy, and women, supported French music; the other, more spirited, proud, and enthusiastic, was made up of true connoisseurs, talented individuals, and men of genius. Its members gathered at the Opera, under the Queen’s box. The other faction filled the rest of the parterre and the auditorium; its main stronghold, however, was under the King’s box. Hence came those famous names for the two factions of that time: “The King’s Corner” and “The Queen’s Corner.” As the dispute intensified, pamphlets were produced. The King’s faction tried to joke around; it was mocked by “Le Petit Prophète.” When it attempted to engage in rational argumentation, it was utterly defeated by “The Letter on French Music.” These two short writings—one by Grimm and the other by me—are the only survivors of that quarrel; all others have long since been forgotten.
But The Little Prophet, which for a long time people insisted on attributing to me against my will, was merely taken as a joke by its author, who felt no distress whatsoever at it; whereas Letter on Music was taken seriously and provoked the entire nation against me, since they felt their music had been offended. The description of the incredible effect of this pamphlet would be worthy of Tacite’s pen. It was during the great conflict between Parliament and the Clergy. Parliament had just been exiled; the tension was at its peak; everything seemed to be on the verge of another uprising. When the pamphlet appeared, all other disputes were immediately forgotten; everyone focused solely on the perceived threat to French music, and there was now no opposition other than that directed against me. The consequences were such that the nation never fully recovered from it. At court, people debated only whether I should be sent to the Bastille or exiled; the order for my arrest was about to be issued, had it not been for M. de Voyer pointing out how ridiculous such an action would be. When one reads that this pamphlet may have prevented a revolution in the country, it seems almost like a dream. Yet it is a perfectly real fact, which can still be verified by everyone in Paris, since less than fifteen years have passed since this peculiar incident occurred.
(1753) — Nel carnevale successivo, nel 1753, l’opera “Le Devin” fu rappresentata a Parigi e in quell’intervallo ebbi il tempo di comporre la parte introduttiva e i numeri di intrattenimento che ne completavano la struttura. Questo numero, così come è stato stampato, doveva essere eseguito in modo continuo, seguendo un tema coerente che, a mio parere, avrebbe offerto scene molto piacevoli da vedere. Tuttavia, quando proposi questa idea all’Opéra, nessuno mi diede retta; così fu necessario inserire canti e danze nel testo originale: il risultato, sebbene pieno di idee affascinanti che non si discostavano dalle scene previste, fu piuttosto deludente. Rimossi quindi il recitativo scritto da Jelyotte e ripristinai il mio, proprio come l’avevo concepito inizialmente; questo recitativo, un po’ modificato per adattarsi meglio alle esigenze degli attori, non solo non suscitò alcuna obiezione da parte del pubblico, ma riscosse addirittura successo. Dedicai la mia opera a Monsieur Duclos, che l’aveva sostenuta, dichiarando che quella sarebbe stata l’unica dedica che avrei fatto. Tuttavia, con il suo consenso ne feci una seconda; ma lui dovette considerarsi ancora più onorato per questa eccezione, di quanto lo sarebbe stato se non ne avessi fatta affatto.
Ho molte aneddoti legati a questa composizione, ma cose più importanti da dire non mi permettono di dilungarmi qui. Forse un giorno ne parlerò nuovamente nel supplemento. Tuttavia, potrei tralasciare qualcosa che potrebbe essere rilevante per quanto seguirà. Un giorno, visitando lo studio del barone d’Holbach, esaminai le sue composizioni musicali; dopo averne scorse molte, mi mostrò un raccolta di pezzi per clavicembalo e disse: “Queste sono opere composte apposta per me; sono piene di gusto e molto melodiose. Nessuno le conosce, e solo io le ascolterò”. Mi suggerì di sceglierne una da includere nel mio spettacolo. Avendo in mente molti altri soggetti per melodie e sinfonie, non mi curavo affatto delle sue proposte. Tuttavia insistette così tanto che, per compiacerlo, scelsi una pastorale che abbreviai e adattai in forma di trio per l’ingresso delle compagne di Colette. Alcuni mesi dopo, mentre si rappresentava “Il Vegliardo”, entrai un giorno nello studio di Grimm e vidi molte persone intorno al suo clavicembalo; lui si alzò immediatamente al mio arrivo. Guardando casualmente sullo spartito, notai proprio quel medesimo raccolta del barone d’Holbach, aperta esattamente sulla stessa composizione che mi aveva consigliato di scegliere. E lui stesso aveva detto che quella musica non sarebbe mai uscita dalle sue mani. Poco dopo, vidi ancora quel medesimo raccolta aperta sul clavicembalo di M. d’Épinay, un giorno in cui egli teneva una lezione musicale a casa sua. Nemmeno Grimm né nessun altro mi ha mai parlato di quella melodia. E io la menziono qui soltanto perché, poco dopo, si diffuse la voce che fossi l’autore di “Il Vegliardo del villaggio”[164]. Poiché non sono mai stato un grande esperto di musica, sono convinto che, senza il mio “Dizionario della musica”, alla fine avrebbero potuto dire che non ne conoscevo affatto i segreti.[165]
Qualche tempo prima che venisse rappresentato “Il Vegliardo del villaggio”, a Parigi arrivarono dei buffoni italiani i quali furono fatti esibire al teatro dell’Opéra senza che si prevedesse l’impatto che avrebbero avuto[166]. Anche se erano detestabili, e l’orchestra, all’epoca molto ignorante, stravolgeva a piacimento le loro opere, queste non mancarono di causare un danno irreparabile al teatro francese. Il confronto tra queste due musiche, ascoltate lo stesso giorno nello stesso teatro, aprì gli occhi dei francesi: nessuno riuscì più a sopportare la lentezza e la banalità della musica italiana, rispetto all’accento vivace e deciso di quella francese. Non appena i buffoni finivano le loro esibizioni, il pubblico se ne andava immediatamente; fu necessario cambiare l’ordine delle rappresentazioni, mettendo i buffoni alla fine della lista. Si suonavano opere come “Eglé”, “Pygmalion”, “Il Sylphe”; nulla reggeva il confronto con le loro esibizioni. Solo “Il Vegliardo del villaggio” riuscì a resistere, e piacque ancora di più dopo “La Serva padrona”. Quando composi il mio intermezzo, avevo in mente proprio questi buffoni; furono loro ad ispirarmi l’idea, e non avrei mai immaginato che sarebbero stati messi a confronto con quel lavoro. Se fossi stato un “ladro di idee”, quante frodi sarebbero venute alla luce. E quanto si sarebbe cercato di farle notare! Ma nulla: non si trovò nella mia musica alcuna traccia di altre influenze; tutti i miei brani, rispetto ai presunti originali, risultarono davvero nuovi, proprio come il genere musicale che avevo creato. Se Mondonville o Rameau fossero stati messi alla stessa prova, sarebbero usciti distrutti.
I “Bouffons” divennero ferventi sostenitori della musica italiana. L’intero Parigi si divise in due fazioni, più accese di quanto lo sarebbero state in caso di questioni di stato o religione. Una fazione, più potente e numerosa, composta da nobili, ricchi e donne, sosteneva la musica francese; l’altra, più vivace, orgogliosa ed entusiasta, era formata dai veri conoscitori, dalle persone dotate di talento, dagli uomini di genio. Il nucleo principale di questa seconda fazione si riuniva all’Opéra, sotto la loggia della Regina; l’altra fazione occupava il resto del parterre e della sala, ma il suo centro nevralgico era situato sotto la loggia del Re. Da qui derivarono i nomi delle due fazioni famose a quel tempo: “Coin du Roi” e “Coin de la Reine”. Con l’intensificarsi del dibattito, vennero pubblicate varie brochure; il gruppo del Re cercò di scherzare, ma fu deriso da “Le Petit Prophète”; quando tentò di argomentare seriamente, fu sopraffatto da “La Lettre sur la musique française”. Questi due brevi scritti, uno di Grimm e l’altro mio, sono gli unici ad essere sopravvissuti a questa controversia; tutti gli altri sono ormai scomparsi.
Ma il “Piccolo Profeta”, che per molto tempo si è ostinato ad attribuirmi contro la mia volontà, fu preso in giro dal suo autore, il quale non ne provò alcun dispiacere; al contrario, la “Lettera sulla musica” fu presa sul serio e scatenò l’ira di tutta la nazione, che si sentì offesa nella sua cultura musicale. La descrizione dell’incredibile effetto di quel pamphlet sarebbe degna della penna di Tacito. Era il periodo della grande controversia tra Parlamento e Clero: il Parlamento era appena stato esiliato; l’agitazione era al culmine; tutto sembrava preludere a un nuovo insurrezione. Apparve quel pamphlet; all’istante tutte le altre questioni furono dimenticate; si parlò soltanto del pericolo che minacciava la musica francese, e non ci fu più alcuna rivolta se non contro di me. Fu una situazione dalla quale la nazione non si è mai completamente ripresa. Alla corte si discuteva solo tra la Bastiglia e l’esilio; la lettera di ordine era pronta per essere inviata, se non fosse stato per il fatto che il signor de Voyer ne fece notare l’assurdità. Quando si leggerà che quel pamphlet potrebbe aver evitato una rivoluzione nello Stato, si crederà di sognare. Eppure è una verità assolutamente reale, che ancora oggi tutta Parigi può confermare, poiché da allora sono trascorsi soltanto quindici anni.
Si l’on n’attenta pas à ma liberté, l’on ne m’épargna pas du moins les insultes ; ma vie même fut en danger. L’orchestre de l’Opéra fit l’honnête complot de m’assassiner quand j’en sortirais. On me le dit : je n’en fus que plus assidu à l’Opéra ; et je ne sus que longtemps après que M. Ancelet, officier des mousquetaires, qui avait de l’amitié pour moi, avait détourné l’effet du complot en me faisant escorter à mon insu à la sortie du spectacle. La ville venait d’avoir la direction de l’Opéra. Le premier exploit du prévôt des marchands fut de me faire ôter mes entrées, et cela de la façon la plus malhonnête qu’il fût possible, c’est-à-dire en me les faisant refuser publiquement à mon passage ; de sorte que je fus obligé de prendre un billet d’amphithéâtre, pour n’avoir pas l’affront de m’en retourner ce jour-là. L’injustice était d’autant plus criante que le seul prix que j’avais mis à ma pièce, en la leur cédant, était mes entrées à perpétuité ; car, quoique ce fût un droit pour tous les auteurs, et que j’eusse ce droit à double titre, je ne laissai pas de le stipuler expressément en présence de M. Duclos. Il est vrai qu’on m’envoya pour mes honoraires, par le caissier de l’Opéra, cinquante louis que je n’avais pas demandés ; mais, outre que ces cinquante louis ne faisaient pas même la somme qui me revenait dans les règles, ce paiement n’avait rien de commun avec le droit d’entrée, formellement stipulé, et qui en était entièrement indépendant. Il y avait dans ce procédé une telle complication d’iniquité et de brutalité, que le public, alors dans sa plus grande animosité contre moi, ne laissa pas d’en être unanimement choqué ; et tel qui m’avait insulté la veille, criait le lendemain tout haut dans la salle qu’il était honteux d’ôter ainsi les entrées à un auteur qui les avait si bien méritées, et qui pouvait même les réclamer pour deux. Tant est juste le proverbe italien, qu’ogn’un ama la giustizia in casa d’altrui.
Je n’avais là-dessus qu’un parti à prendre ; c’était de réclamer mon ouvrage, puisqu’on m’en ôtait le prix convenu. J’écrivis pour cet effet à M. d’Argenson qui avait le département de l’Opéra ; et je joignis à ma lettre un mémoire qui était sans réplique, et qui demeura sans réponse et sans effet, ainsi que ma lettre. Le silence de cet homme injuste me resta sur le cœur, et ne contribua pas à augmenter l’estime très médiocre que j’eus toujours pour son caractère et pour ses talents. C’est ainsi qu’on a gardé ma pièce à l’Opéra, en me frustrant du prix pour lequel je l’avais cédée. Du faible au fort, ce serait voler ; du fort au faible, c’est seulement s’approprier le bien d’autrui.
Quant au produit pécuniaire de cet ouvrage, quoiqu’il ne m’ait pas rapporté le quart de ce qu’il aurait rapporté dans les mains d’un autre, il ne laissa pas d’être assez grand pour me mettre en état de subsister plusieurs années, et suppléer la copie qui allait toujours assez mal. J’eus cent louis du Roi, cinquante de Mme de Pompadour pour la représentation de Bellevue, où elle fit elle-même le rôle de Colin ; cinquante de l’Opéra, et cinq cents francs de Pissot pour la gravure ; en sorte que cet intermède, qui ne me coûta jamais que cinq ou six semaines de travail, me rapporta presque autant d’argent, malgré mon malheur et ma balourdise, que m’en a depuis rapporté l’Émile, qui m’avait coûté vingt ans de méditations et trois ans de travail. Mais je payai bien l’aisance pécuniaire où me mit cette pièce, par les chagrins infinis qu’elle m’attira. Elle fut le germe des secrètes jalousies qui n’ont éclaté que longtemps après. Depuis son succès, je ne remarquai plus ni dans Grimm, ni dans Diderot, ni dans presque aucun des gens de lettres de ma connaissance, cette cordialité, cette franchise, ce plaisir de me voir, que j’avais cru trouver en eux jusqu’alors. Dès que je paraissais chez le Baron, la conversation cessait d’être générale. On se rassemblait par petits pelotons, on se chuchotait à l’oreille, et je restais seul sans savoir avec qui parler. J’endurai longtemps ce choquant abandon et voyant que Mme d’Holbach, qui était douce et aimable, me recevait toujours bien, je supportai les grossièretés de son mari tant qu’elles furent supportables. Mais un jour il m’entreprit sans sujet, sans prétexte, et avec une telle brutalité devant Diderot, qui ne dit pas un mot, et devant Margency, qui m’a dit souvent depuis lors avoir admiré la douceur et la modération de mes réponses, qu’enfin chassé de chez lui par ce traitement indigne, j’en sortis résolu de n’y plus rentrer. Cela ne m’empêcha pas de parler toujours honorablement de lui et de sa maison ; tandis qu’il ne s’exprimait jamais sur mon compte qu’en termes outrageants, méprisants, sans me désigner autrement que par ce petit cuistre, et sans pouvoir cependant articuler aucun tort d’aucune espèce que j’aie eu jamais avec lui, ni avec personne à laquelle il prît intérêt. Voilà comment il finit par vérifier mes prédictions et mes craintes. Pour moi, je crois que mesdits amis m’auraient pardonné de faire des livres, et d’excellents livres, parce que cette gloire ne leur était pas étrangère ; mais qu’ils ne purent me pardonner d’avoir fait un opéra, ni les succès brillants qu’eut cet ouvrage, parce qu’aucun d’eux n’était en état de courir la même carrière, ni d’aspirer aux mêmes honneurs. Duclos seul, au-dessus de cette jalousie, parut même augmenter d’amitié pour moi, et m’introduisit chez Mlle Quinault, où je trouvai autant d’attentions, d’honnêtetés, de caresses, que j’avais peu trouvé de tout cela chez M. d’Holbach.
Tandis qu’on jouait Le Devin du village à l’Opéra, il était aussi question de son auteur à la Comédie-Française, mais un peu moins heureusement. N’ayant pu, dans sept ou huit ans, faire jouer mon Narcisse aux Italiens, je m’étais dégoûté de ce théâtre, par le mauvais jeu des acteurs dans le français, et j’aurais bien voulu avoir fait passer ma pièce aux Français, plutôt que chez eux. Je parlai de ce désir au comédien La Noue, avec lequel j’avais fait connaissance, et qui, comme on sait, était homme de mérite et auteur. Narcisse lui plut, il se chargea de le faire jouer anonyme, et en attendant il me procura les entrées qui me furent d’un grand agrément, car j’ai toujours préféré le Théâtre-Français aux deux autres. La pièce fut reçue avec applaudissement, et représentée sans qu’on en nommât l’auteur ; mais j’ai lieu de croire que les comédiens et bien d’autres ne l’ignoraient pas. Les demoiselles Gaussin et Grandval jouaient les rôles d’amoureuses ; et quoique l’intelligence du tout fût manquée, à mon avis, on ne pouvait pas appeler cela une pièce absolument mal jouée. Toutefois je fus surpris et touché de l’indulgence du public, qui eut la patience de l’entendre tranquillement d’un bout à l’autre, et d’en souffrir même une seconde représentation, sans donner le moindre signe d’impatience. Pour moi, je m’ennuyai tellement à la première, que je ne pus tenir jusqu’à la fin, et sortant du spectacle, j’entrai au café de Procope où je trouvai Boissy et quelques autres, qui probablement s’étaient ennuyés comme moi. Là, je dis hautement mon peccavi, m’avouant humblement ou fièrement l’auteur de la pièce, et en parlant comme tout le monde en pensait. Cet aveu public de l’auteur d’une mauvaise pièce qui tombe fut fort admiré, et me parut très peu pénible. J’y trouvai même un dédommagement d’amour-propre dans le courage avec lequel il fut fait, et je crois qu’il y eut en cette occasion plus d’orgueil à parler, qu’il n’y aurait eu de sotte honte à se taire. Cependant, comme il était sûr que la pièce, quoique glacée à la représentation, soutenait la lecture, je la fis imprimer, et dans la préface, qui est un de mes bons écrits, je commençai de mettre à découvert mes principes, un peu plus que je n’avais fait jusqu’alors.
J’eus bientôt occasion de les développer tout à fait dans un ouvrage de plus grande importance ; car ce fut, je pense, en cette année 1753, que parut le programme de l’Académie de Dijon sur l’Origine de l’inégalité parmi les hommes. Frappé de cette grande question, je fus surpris que cette Académie eût osé la proposer ; mais, puisqu’elle avait eu ce courage, je pouvais bien avoir celui de la traiter et je l’entrepris.
If they did not target my freedom, at least they spared me no insults; my very life was in danger. The orchestra of the Opera even conspired honestly to assassinate me as soon as I left the theater. I was told about it, but that only made me attend the Opera even more assiduously. It was not until much later that I learned that Mr. Ancelet, an officer of the musketeers who was fond of me, had thwarted the plot by having me escorted out of the theater without my knowledge. The city had just taken over the management of the Opera. The first act of the mayor of the merchants was to revoke my entry rights, and he did so in the most dishonest way possible—by publicly refusing me admission whenever I tried to enter. As a result, I was forced to buy a standing-room ticket, so as not to suffer the humiliation of having to turn away on that day. The injustice was all the more glaring because the only compensation I had requested for giving them my play was the permanent right to enter; although this right belonged to all authors and I had it doubly, I had made sure to specify it explicitly in front of Mr. Duclos. It is true that the accountant of the Opera sent me fifty louis as payment for my services, even though I had not asked for it; but apart from the fact that this amount was far less than what I was entitled to according to the rules, this payment had nothing to do with the formally stipulated right of entry, which was completely independent of it. The whole affair was so riddled with injustice and brutality that even the public, who was at that time extremely hostile toward me, was unanimously shocked by it. Someone who had insulted me the previous day would publicly declare in the theater the next day that it was shameful to deprive an author of entry rights that he had so deservedly earned—and who could even claim them twice over. As the Italian proverb says: “Ognuno ama la giustizia in casa d’altrui.”
I had only one course of action to take in this matter: to demand my work back, since it was being deprived of the reward that had been agreed upon. I wrote to Mr. d’Argenson, who was in charge of the Opera department, and attached to my letter a memorandum that was utterly irrefutable. Yet both the memorandum and my letter remained unanswered and produced no effect. The silence of this unjust man weighed heavily on me, and it did nothing to enhance the already poor opinion I had of his character and abilities. In this way, my play was kept at the Opera, but I was deprived of the reward for which I had given it up. To take from the weak to the strong would be theft; but to take from the strong to the weak is merely to appropriate someone else’s property.
As for the financial gain derived from this work, although it did not bring me a quarter of what it could have brought in the hands of another person, it was still sufficient to enable me to sustain myself for several years and to make up for the constant shortages I faced. I received one hundred louis from the King, fifty from Madame de Pompadour for the production of “Bellevue,” in which she herself played the role of Colin; fifty more from the Opera House, and five hundred francs from Pissot for the printing costs. In this way, this intermezzo, which never cost me more than five or six weeks of work, brought me nearly as much money, despite my misfortunes and clumsiness, as the play “Émile” did later—though that play had required twenty years of contemplation and three years of actual work on my part. However, I paid a heavy price for the financial ease this piece brought me, in terms of the endless distress it caused me. It was the seed of those secret jealousies that would only emerge much later. After its success, I no longer noticed among Grimm, Diderot, or nearly any other literati I knew, that kind of cordiality, openness, and pleasure they had once shown in my presence. Whenever I appeared at the Baron’s house, the conversations ceased to be general; people gathered in small groups, whispering to each other, leaving me alone without anyone to talk to. I endured this humiliating neglect for a long time, but since Madame d’Holbach always treated me kindly, I tolerated her husband’s rudeness as long as it was bearable. One day, however, he attacked me without any reason or pretext, in such a brutal manner in front of Diderot—who said not a word—and in front of Margency, who later told me how much she admired the gentleness and restraint of my responses. Finally, driven away by such indecent treatment, I resolved never to return. This did not prevent me from speaking well of him and his household; whereas he never stopped referring to me in offensive and contemptuous terms, calling me nothing but a “little fool,” without ever being able to point out any fault on my part—or on the part of anyone else who might have interested him. Such was how his behavior ultimately fulfilled my predictions and fears. As for me, I believe that my friends would have forgiven me for writing books—excellent books at that—because such glory was not foreign to them; but they could never forgive me for writing an opera, nor the brilliant success it achieved, because none of them were capable of following in my footsteps or aspiring to the same honors. Only Duclos, above such jealousy, even seemed to grow fond of me and introduced me to Mademoiselle Quinault, where I found as much kindness, honesty, and warmth as I had so rarely encountered at the house of M. d’Holbach.
While “The Village Seer” was being performed at the Opera, its author was also discussed at the Comédie-Française—but not quite as favorably. Having been unable to have my play “Narcisse” staged at the Italiens seven or eight years earlier, I had grown disinterested in that theater due to the actors’ poor performance in French. I would have much preferred to present my work among my own people rather than abroad. I mentioned this desire to the actor La Noue, whom I knew and who was, as one knows, a capable man and an author himself. “Narcisse” pleased him, and he took it upon himself to have it staged anonymously. In the meantime, he provided me with tickets, which were of great comfort to me, for I had always preferred the Comédie-Française to the other two theaters. The play was received with applause and performed without revealing its author; but I believe that both the actors and many others were aware of it. The ladies Gaussin and Grandval played the roles of the lovers, and although, in my opinion, the overall performance was lacking in quality, it certainly wasn’t utterly terrible. Nevertheless, I was surprised and moved by the audience’s patience—they listened to the entire play without showing any signs of impatience and even allowed a second performance. As for me, I found the first act so boring that I couldn’t stay until the end. After leaving the theater, I went to the café de Procope, where I met Boissy and a few others who, presumably, had found it just as tedious. There, I openly admitted that I was the author of the play, proudly declaring my role in what everyone already thought. This public acknowledgment of being the author of a failed work was greatly admired by those present, and to me, it brought no particular distress. In fact, I even felt some satisfaction in the courage it took to do so; I believed that in that instance, speaking out was a sign of pride rather than foolish shame. Since the play proved to be worth reading despite its poor stage performance, I had it printed. In the preface, one of my better writings, I began to express my principles more openly than I had before.
I soon had the opportunity to develop these ideas in greater detail in a work of far greater significance; for it was in the year 1753 that I believe the program of the Academy of Dijon on the Origin of Inequality Among Men was published. Confronted with this profound question, I was surprised that such an academy had dared to raise it; but since they had had the courage to do so, I certainly had the courage to address it myself, and I set about doing so.
Se non si fa attenzione alla mia libertà, almeno mi risparmiano le insulti; persino la mia vita era in pericolo. L’orchestra dell’Opera aveva pianificato di assassinarmi non appena ne fossi uscito. Me lo dissero, e per questo andavo ancora più spesso all’Opera. Solo molto tempo dopo seppi che il signor Ancelet, un ufficiale dei moschettieri che mi era amico, aveva sventato il complotto facendomi scortare alla uscita dello spettacolo senza che me ne accorgessi. La città aveva appena assunto la direzione dell’Opera. Il primo atto del prefetto dei mercanti fu quello di togliermi i diritti d’ingresso, e lo fece in modo estremamente ingiusto: mi rifiutarono pubblicamente l’accesso; così fui costretto ad acquistare un biglietto per l’amphitèâtre, per non subire l’umiliazione di dovermene tornare a casa quel giorno. L’ingiustizia era ancora più evidente se si considera che l’unica ricompensa che avevo chiesto in cambio della mia opera, cedendola loro, erano proprio quei diritti d’ingresso a vita. Poiché, sebbene fosse un diritto riservato a tutti gli autori e io lo avessi per due motivi diversi, non esitai a specificarlo chiaramente davanti al signor Duclos. È vero che il cassiere dell’Opera mi inviò cinquanta luigi come compenso, ma quei cinquanta luigi non rappresentavano nemmeno la somma che mi spettava secondo le regole; inoltre, quel pagamento non aveva nulla a che fare con i diritti d’ingresso, formalmente stabiliti e completamente indipendenti da esso. In tutto questo procedimento c’era una tale complessità di ingiustizia e brutalità che il pubblico, allora profondamente ostile nei miei confronti, ne rimase unanimemente scandalizzato. E chi mi aveva insultato il giorno prima, il giorno dopo gridava in sala che era vergognoso privare un autore dei diritti d’ingresso che si era così meritati. Un proverbio italiano recita: “Ognuno ama la giustizia nella casa altrui”.
Non avevo al riguardo che una scelta da fare: rivendicare il mio lavoro, poiché mi veniva rifiutato il premio concordato. Scrissi pertanto a Monsieur d’Argenson, incaricato del dipartimento dell’Opéra; allegai alla mia lettera un memoriale irrefutabile, ma né esso né la lettera ricevettero risposta o ebbero alcun effetto concreto. Il silenzio di quell’uomo ingiusto rimase impresso nel mio cuore e non fece che aumentare l’estima molto scarsa che avevo sempre avuto del suo carattere e dei suoi talenti. Ecco come la mia opera rimase all’Opéra, mentre mi veniva negato il premio per cui l’avevo ceduta. Dal debole al forte, ciò sarebbe stato un furto; dal forte al debole, si trattava semplicemente di appropriarsi del bene altrui.
Per quanto riguarda il reddito finanziario derivante da quest’opera, anche se non mi fruttò nemmeno un quarto di ciò che avrebbe potuto fruttare nelle mani di un altro, fu comunque sufficiente per permettermi di vivere per diversi anni e di integrare le entrate scarse che ricevevo. Ottenni cento luigi dal Re, cinquanta da Madame de Pompadour per la rappresentazione di “Bellevue”, in cui lei stessa interpretò il ruolo di Colin; altri cinquanta dall’Opéra, e cinquecento franchi da Pissot per le illustrazioni. Quindi, questo intermezzo, che non mi costò mai più di cinque o sei settimane di lavoro, mi fruttò quasi lo stesso denaro che in seguito mi ha procurato “L’Émile”, opera che invece mi era costata vent’anni di riflessioni e tre anni di lavoro. Tuttavia, pagai a caro questo benessere economico: quell’opera scatenò in me infinite sofferenze e dolori. Fu il germe delle gelosie nascoste che esplosero solo molto tempo dopo. Dopo il suo successo, non notai più né in Grimm, né in Diderot, né in quasi nessuno degli scrittori che conoscevo, quella cordialità, quella franchezza, quel piacere di vedermi che avevo creduto di trovare in loro. Non appena comparivo nella casa del Barone, le conversazioni cessavano di essere generali; le persone si raggruppavano in piccoli gruppi e bisbigliavano tra loro, lasciandomi solo senza sapere con chi parlare. Sopportai a lungo questa umiliante ignoranza, ma poiché Madame d’Holbach mi trattava sempre con gentilezza, tollerai anche le scortesie di suo marito finché furono sopportabili. Un giorno, però, egli iniziò a parlarmi in modo offensivo e brutale, davanti a Diderot che non disse una parola, e davanti a Margency, la quale in seguito mi ha spesso detto di aver ammirato la gentilezza e la moderazione delle mie risposte. Alla fine, scacciato da quella casa per quel trattamento indegno, decisi di non tornarci mai più. Questo non mi impedì tuttavia di parlare sempre con onore di lui e della sua famiglia; mentre lui, invece, non smise mai di parlare di me in termini offensivi e sprezzanti, chiamandomi sempre “quel piccolo sciocco”, senza mai riuscire a dimostrare che avessi commesso alcun torto nei suoi confronti, né verso chiunque altro gli fosse caro. Ecco come alla fine si verificarono le mie previsioni e i miei timori. Per quanto mi riguarda, credo che quegli amici avrebbero potuto perdonarmi per aver scritto libri, anzi ottimi libri, perché quella gloria non era loro estranea; ma non riuscirono mai a perdonarmi per aver scritto un’opera teatrale, né per i brillanti successi che essa ottenne, perché nessuno di loro aveva le capacità o gli ambizioni necessarie per intraprendere la stessa strada o aspirare agli stessi onori. Solo Duclos, al di sopra di queste gelosie, sembrò addirittura aumentare la sua amicizia per me e mi presentò a Madame Quinault, dove trovai tanto interesse, gentilezza e affetto quanto ne avevo trovato poco in casa del signor d’Holbach.
Mentre all’Opéra si rappresentava “Il Veggente del villaggio”, anche alla Comédie-Française si parlava dell’autore di questa opera, ma in modo meno fortunato. Non essendo riuscito, dopo sette o otto anni, a far mettere in scena il mio “Narciso” all’Italieni, avevo perso ogni interesse per quel teatro, a causa della scarsa qualità dell’interpretazione degli attori nel francese; avrei preferito molto di più far rappresentare la mia pièce in Francia, piuttosto che altrove. Parlai di questo desiderio con l’attore La Noue, che conoscevo e che, come si sa, era un uomo di merito e anche autore. A lui piacque molto “Narciso”; si impegnò a farlo mettere in scena sotto pseudonimo, e nel frattempo mi procurò dei biglietti per le rappresentazioni, i quali furono di grande conforto per me, poiché ho sempre preferito la Comédie-Française agli altri due teatri. La pièce fu accolta con applausi e andò in scena senza che si nominasse l’autore; tuttavia credo che gli attori e molte altre persone lo conoscessero bene. Le attrici Gaussin e Grandval interpretavano i ruoli delle amanti; e sebbene, a mio parere, la comprensione generale del testo fosse scarsa, non si poteva certo dire che l’opera fosse stata mal recitata. Tuttavia fui sorpreso e commosso dall’indulgenza del pubblico, che ebbe la pazienza di ascoltarla fino alla fine e addirittura di assistere a una seconda rappresentazione, senza mostrare alcun segno di impazienza. Per quanto mi riguarda, alla prima rappresentazione mi annoiai così tanto che non riuscii a resistere fino alla fine; uscito dal teatro, entrai al caffè di Procope, dove trovai Boissy e alcuni altri, che probabilmente si erano annoiati quanto me. Lì dichiarai apertamente di essere l’autore della pièce, ammettendolo con umiltà, o forse con orgoglio, a seconda dei punti di vista. Questo pubblico riconoscimento dell’autore di un’opera scadente fu molto apprezzato, e a me non sembrò affatto imbarazzante. Anzi, trovai in esso una sorta di compensazione per il mio “orgoglio”, nel coraggio con cui lo feci. E credo che in quell’occasione ci fosse più orgoglio nel parlare apertamente, che non vergogna nello tacere. Comunque sia, poiché era certo che l’opera, sebbene poco apprezzata durante la rappresentazione, meritasse di essere letta, la feci stampare; nella prefazione, che è uno dei miei scritti migliori, iniziai a esporre i miei principi, un po’ più apertamente di quanto avessi fatto fino ad allora.
Ben presto ebbi l’occasione di svilupparle completamente in un’opera di maggiore importanza; infatti, credo che sia stato proprio nell’anno 1753 che fu pubblicato il programma dell’Accademia di Digione sull’Origine dell’ineguaglianza tra gli uomini. Affascinato da questa importante questione, fui sorpreso dal fatto che quell’Accademia avesse osato sollevarla; ma poiché aveva avuto il coraggio di farlo, anch’io potevo avere quello di trattarla, e così decisi di farlo.
Pour méditer à mon aise ce grand sujet, je fis à Saint-Germain un voyage de sept ou huit jours, avec Thérèse, notre hôtesse, qui était une bonne femme, et une de ses amies. Je compte cette promenade pour une des plus agréables de ma vie. Il faisait très beau ; ces bonnes femmes se chargèrent des soins et de la dépense ; Thérèse s’amusait avec elles ; et moi, sans souci de rien, je venais m’égayer sans gêne aux heures des repas. Tout le reste du jour, enfoncé dans la forêt, j’y cherchais, j’y trouvais l’image des premiers temps, dont je traçais fièrement l’histoire ; je faisais main basse sur les petits mensonges des hommes ; j’osais dévoiler à nu leur nature, suivre le progrès du temps et des choses qui l’ont défigurée, et comparant l’homme de l’homme avec l’homme naturel, leur montrer dans son perfectionnement prétendu la véritable source de ses misères. Mon âme, exaltée par ces contemplations sublimes, s’élevait auprès de la Divinité, et voyant de là mes semblables suivre, dans l’aveugle route de leurs préjugés, celle de leurs erreurs, de leurs malheurs, de leurs crimes, je leur criais d’une faible voix qu’ils ne pouvaient entendre : Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux vous viennent de vous.
De ces méditations résulta le Discours sur l’Inégalité, ouvrage qui fut plus du goût de Diderot que tous mes autres écrits, et pour lequel ses conseils me furent le plus utiles[167], mais qui ne trouva dans toute l’Europe que peu de lecteurs qui l’entendissent, et aucun de ceux-là qui voulût en parler. Il avait été fait pour concourir au prix, je l’envoyai donc, mais sûr d’avance qu’il ne l’aurait pas, et sachant bien que ce n’est pas pour des pièces de cette étoffe que sont fondés les prix des académies.
Cette promenade et cette occupation firent du bien à mon humeur et à ma santé. Il y avait déjà plusieurs années que, tourmenté de ma rétention, je m’étais livré tout à fait aux médecins, qui, sans alléger mon mal, avaient épuisé mes forces et détruit mon tempérament. Au retour de Saint-Germain, je me trouvai plus de forces, et me sentis beaucoup mieux. Je suivis cette indication, et résolu de guérir ou mourir sans médecins et sans remèdes, je leur dis adieu pour jamais, et je me mis à vivre au jour la journée, restant coi quand je ne pouvais aller, et marchant sitôt que j’en avais la force. Le train de Paris parmi les gens à prétentions était si peu de mon goût ; les cabales des gens de lettres, leurs honteuses querelles, leur peu de bonne foi dans leurs livres, leurs airs tranchants dans le monde m’étaient si odieux, si antipathiques ; je trouvais si peu de douceur, d’ouverture de cœur, de franchise dans le commerce même de mes amis, que, rebuté de cette vie tumultueuse, je commençais de soupirer ardemment après le séjour de la campagne, et ne voyant pas que mon métier me permît de m’y établir, j’y courais du moins passer les heures que j’avais de libres. Pendant plusieurs mois, d’abord après mon dîner, j’allais me promener seul au Bois de Boulogne, méditant des sujets d’ouvrages, et je ne revenais qu’à la nuit.
(1754 — 1756) — Gauffecourt, avec lequel j’étais alors extrêmement lié, se voyant obligé d’aller à Genève pour son emploi, me proposa ce voyage ; j’y consentis. Je n’étais pas assez bien pour me passer des soins de la Gouverneuse : il fut décidé qu’elle serait du voyage, que sa mère garderait la maison, et tous nos arrangements pris, nous partîmes tous trois ensemble le premier juin 1754.
Je dois noter ce voyage comme l’époque de la première expérience qui, jusqu’à l’âge de quarante-deux ans que j’avais alors, ait porté atteinte au naturel pleinement confiant avec lequel j’étais né, et auquel je m’étais toujours livré sans réserve et sans inconvénient. Nous avions un carrosse bourgeois, qui nous menait avec les mêmes chevaux à très petites journées. Je descendais et marchais souvent à pied. À peine étions-nous à la moitié de notre route, que Thérèse marqua la plus grande répugnance à rester seule dans la voiture avec Gauffecourt, et que quand, malgré ses prières, je voulais descendre, elle descendait et marchait aussi. Je la grondai longtemps de ce caprice, et même je m’y opposai tout à fait, jusqu’à ce qu’elle se vît forcée enfin à m’en déclarer la cause. Je crus rêver, je tombai des nues quand j’appris que mon ami M. de Gauffecourt, âgé de plus de soixante ans, podagre, impotent, usé de plaisirs et de jouissances[168], travaillait depuis notre départ à corrompre une personne qui n’était plus ni belle ni jeune, qui appartenait à son ami, et cela par les moyens les plus bas, les plus honteux, jusqu’à lui présenter sa bourse, jusqu’à tenter de l’émouvoir par la lecture d’un livre abominable, et par la vue des figures infâmes dont il était plein. Thérèse, indignée, lui lança une fois son vilain livre par la portière, et j’appris que le premier jour, une violente migraine m’ayant fait aller coucher sans souper, il avait employé tout le temps de ce tête-à-tête à des tentatives et des manœuvres plus dignes d’un satyre et d’un bouc que d’un honnête homme auquel j’avais confié ma compagne et moi-même. Quelle surprise ! quel serrement de cœur tout nouveau pour moi ! Moi qui jusqu’alors avais cru l’amitié inséparable de tous les sentiments aimables et nobles qui font tout son charme, pour la première fois de ma vie je me vois forcé de l’allier au dédain, et d’ôter ma confiance et mon estime à un homme que j’aime et dont je me crois aimé ! Le malheureux me cachait sa turpitude. Pour ne pas exposer Thérèse, je me vis forcé de lui cacher mon mépris, et de recéler au fond de mon cœur des sentiments qu’il ne devait pas connaître. Douce et sainte illusion de l’amitié ! Gauffecourt leva le premier son voile à mes yeux. Que de mains cruelles l’ont empêché depuis lors de retomber !
À Lyon, je quittai Gauffecourt pour prendre ma route par la Savoie, ne pouvant me résoudre à passer derechef si près de Maman sans la revoir. Je la revis… Dans quel état, mon Dieu ! quel avilissement ! Que lui restait-il de sa vertu première ? Était-ce la même Mme de Warens, jadis si brillante, à qui le curé de Pontverre m’avait adressé ? Que mon cœur fut navré ! Je ne vis plus pour elle d’autre ressource que de se dépayser. Je lui réitérai vivement et vainement les instances que je lui avais faites plusieurs fois dans mes lettres, de venir vivre paisiblement avec moi, qui voulais consacrer mes jours et ceux de Thérèse à rendre les siens heureux. Attachée à sa pension, dont cependant, quoique exactement payée, elle ne tirait plus rien depuis longtemps, elle ne m’écouta pas. Je lui fis encore quelque légère part de ma bourse, bien moins que je n’aurais dû, bien moins que je n’aurais fait, si je n’eusse été parfaitement sûr qu’elle n’en profiterait pas d’un sol. Durant mon séjour à Genève, elle fit un voyage en Chablais, et vint me voir à Grange-Canal. Elle manquait d’argent pour achever son voyage ; je n’avais pas sur moi ce qu’il fallait pour cela ; je le lui envoyai une heure après par Thérèse. Pauvre Maman ! Que je dise encore ce trait de son cœur. Il ne lui restait pour dernier bijou qu’une petite bague. Elle l’ôta de son doigt pour la mettre à celui de Thérèse, qui la remit à l’instant au sien, en baisant cette noble main qu’elle arrosa de ses pleurs. Ah ! c’était alors le moment d’acquitter ma dette ! Il fallait tout quitter pour la suivre, m’attacher à elle jusqu’à sa dernière heure, et partager son sort quel qu’il fût. Je n’en fis rien ; distrait par un autre attachement, je sentis relâcher le mien pour elle, faute d’espoir de pouvoir le lui rendre utile. Je gémis sur elle, et ne la suivis pas. De tous les remords que j’ai sentis en ma vie, voilà le plus vif et le plus permanent. Je méritai par là les châtiments terribles qui depuis lors n’ont cessé de m’accabler : puissent-ils avoir expié mon ingratitude ! Elle fut dans ma conduite ; mais elle a trop déchiré mon cœur pour que jamais ce cœur ait été celui d’un ingrat.
In order to meditate at my ease on this profound subject, I made a journey of seven or eight days to Saint-Germain, accompanied by Thérèse, our hostess—a kind woman—and one of her friends. I consider this trip to be one of the most pleasant of my life. The weather was exceptionally beautiful; those kind ladies took care of all the arrangements and expenses; Thérèse enjoyed herself in their company; and as for me, free from any worries, I joined them at meals without any restraint. For the rest of the day, lost in the forest, I sought and found there the images of those early times whose history I proudly traced. I uncovered the petty lies men tell; I dared to reveal their true nature, to observe how time and various factors had distorted it, and by comparing the “man made” with the “natural man,” I showed them where the true source of their suffering lay in their own self-deception. My soul, elevated by these sublime contemplations, soared towards Divinity. From there, I saw my fellow humans following, in the blind path of their prejudices, the road that led to error, misfortune, and crime. And with a faint voice they could not hear, I cried out to them: “Foolish ones who constantly complain about nature—learn that all your evils come from within yourselves.”
These meditations resulted in the work Discourse on Inequality, which pleased Diderot more than any of my other writings, and for which his advice was of the greatest help to me[167]. However, throughout Europe, it found very few readers who understood its meaning, and none at all who were willing to discuss it. It had been written with the intention of competing for a prize, so I submitted it, though I was fully aware that it would not win; I also knew well that academies do not award prizes for works of this kind.
This walk and this activity did much to improve both my mood and my health. For several years, plagued by my constipation, I had completely entrusted myself to the doctors, but their treatment not only failed to alleviate my suffering; it also exhausted my strength and damaged my temperament. Upon returning from Saint-Germain, I found that I had more energy and felt much better. Following this new approach, determined to either recover or die without the help of doctors or medicines, I said goodbye to them forever and began to live day by day—remaining inactive when I was too weak to move, and walking whenever I had any strength left. The bustling world of Paris, with its pretentious people, the intrigues among writers, their shameful quarrels, their lack of sincerity in their writings, and their aloof behavior in society—all these things were utterly repulsive and unbearable to me. I found so little kindness, openness, or honesty even in my friendships that, tired of this tumultuous life, I began to long earnestly for the tranquility of the countryside. Since my profession did not allow me to settle there permanently, I at least made sure to spend as much time as possible in the fields during my free hours. For several months, after dinner, I would go for walks alone in the Bois de Boulogne, pondering ideas for new works, and only return home at night.
(1754 — 1756) — Gauffecourt, with whom I was extremely close at that time, found himself obliged to go to Geneva for his work and offered me to accompany him on the journey; I agreed. My health was not good enough to do without the care of the Governoress, so it was decided that she would come along too, and her mother would stay at home to take care of matters. Once all the arrangements were made, we three set off together on June 1, 1754.
I must consider this journey as the beginning of an experience that, until the age of forty-two, affected the natural confidence with which I was born and with which I had always acted, without reservation or inconvenience. We had a bourgeois carriage, which traveled at a slow pace on short distances. I often got off and walked on foot. Before we even reached halfway, Thérèse showed great reluctance to stay alone in the carriage with Gauffecourt; and whenever, despite her pleas, I tried to get off, she would also get off and walk alongside me. I scolded her severely for this caprice and even firmly opposed it, until she was finally forced to tell me the reason. I thought I was dreaming—I was horrified when I learned that my friend Monsieur de Gauffecourt, who was over sixty years old, suffering from gout, impotence, and having exhausted all pleasures and delights, had been trying since our departure to corrupt a woman who was no longer young or beautiful—and yet she belonged to him. He resorted to the most base and shameful methods: offering her money, attempting to move her with an abhorrent book, and showing her vile images. Indignated, Thérèse once threw his disgusting book out of the carriage window. I also learned that on the first day of our journey, because a severe headache made me go to bed without dinner, he had taken advantage of that time to engage in attempts and maneuvers more suited to a satyr or a boar than to an honest man to whom I had entrusted my companion and myself. What a shock! What a new feeling of distress for me! Until then, I had believed that friendship was inseparable from all those lovely and noble sentiments that make it so charming; but for the first time in my life, I was forced to associate it with contempt—and to withdraw my trust and respect from a man whom I loved and who, I thought, loved me too. The poor man had been hiding his depravity from me. To protect Thérèse, I had to conceal my disdain and keep these feelings hidden deep within my heart, far from his knowledge. Ah, the sweet and holy illusion of friendship! It was Gauffecourt who first lifted the veil of deceit before my eyes. How many cruel hands have since prevented him from falling back into that path!
In Lyon, I left Gauffecourt and set off for Savoie, unable to bring myself to pass so close to Maman without seeing her again. I saw her, in what state! What degradation! How much of her former virtue had been lost? Was this still the same Madame de Warens, once so brilliant, about whom the priest from Pontverre had written to me? My heart was broken! I saw no other solution for her but for her to change her environment. I repeatedly and vainly urged her, as I had done in several letters, to come and live with me peacefully; I was determined to devote my life and that of Thérèse to making hers happy. Attached to her pension—though it was paid in full, she no longer received any benefit from it—she would not listen to me. I gave her some money from my own purse, far less than I should have done, had I not been absolutely certain that she would not spend a single sou of it. During my stay in Geneva, she traveled to the Chablais region and came to see me in Grange-Canal. She lacked the money to continue her journey; I didn’t have what was needed with me, so I sent it to her an hour later through Thérèse. Poor Maman! Let me tell you one more story about her heart. Her last piece of jewelry was a small ring. She took it off her finger and put it on Thérèse’s; Thérèse immediately replaced it on her own finger, kissing that noble hand as she did so, her tears falling upon it. Ah! That was the moment when I should have repaid my debt to her! I should have left everything behind to follow her, to stay by her side until her last hour and share whatever fate awaited her. But I didn’t do it; distracted by other commitments, my attachment to her weakened, for I saw no hope of being able to be of any use to her. I lamented her, but did not follow her. Of all the regrets I have ever felt in my life, this is the most intense and enduring. For that, I deserve the terrible punishments that have since plagued me endlessly—may they atonate for my ingratitude! She suffered greatly because of my actions; but her heart was too deeply wounded for me to ever be considered ungrateful.
Per meditare con tranquillità su questo grande argomento, feci un viaggio di sette o otto giorni a Saint-Germain insieme a Teresa, la nostra ospite, una donna gentile, e a una sua amica. Considero questa gita tra le più piacevoli della mia vita. Il tempo era splendido; quelle brave donne si occuparono delle cure e delle spese; Teresa si divertiva con loro; e io, senza preoccupazioni di alcun tipo, mi recavo lì per rilassarmi liberamente durante i pasti. Nel resto della giornata, immerso nella foresta, cercavo e trovavo le tracce dei primi tempi dell’umanità, ne delineavo con orgoglio la storia; smascheravo le piccole menzogne degli uomini; osavo rivelare apertamente la loro vera natura, seguire il progresso del tempo e di ciò che lo ha deturpato, e confrontando l’uomo “artificiale” con l’uomo “naturale”, mostravo loro, nella sua presunta perfezione, la vera fonte delle sue miserie. La mia anima, esaltata da queste contemplazioni sublimi, si elevava verso la Divinità; e vedendo i miei simili seguire, nell’oscura strada dei loro pregiudizi, quella delle loro errori, dei loro mali, dei loro crimini, gridavo loro con una voce debole che non potevano sentire: “Insensati che vi lamentate costantemente della natura, imparate che tutti i vostri mali provengono da voi stessi”.
Da queste meditazioni è scaturito il “Discorso sull’ineguaglianza”, un’opera che piacque molto di più a Diderot rispetto a tutti i miei altri scritti, e per la quale i suoi consigli si rivelarono particolarmente utili[167]; tuttavia, in tutta Europa trovò pochi lettori capaci di comprenderne il significato, e nessuno che fosse disposto a parlarne. Era stato scritto appositamente per partecipare a un concorso, quindi lo inviai, ma ero consapevole in anticipo che non avrebbe vinto, e sapevo bene che non sono proprio opere di questo genere quelle premiate dalle accademie.
Questa passeggiata e questa attività fecero bene sia al mio umore che alla mia salute. Da molti anni ormai, tormentato dalla mia malattia, mi ero completamente affidato ai medici; tuttavia, sebbene non avessero alleviato il mio dolore, avevano esaurito le mie forze e distrutto il mio temperamento. Al ritorno da Saint-Germain, mi resi conto di avere riacquistato più energie e mi sentivo molto meglio. Decisi quindi di seguire questa nuova direzione: deciso a guarire, o a morire, senza medici né medicine, dissi addio per sempre a loro e iniziai a vivere giorno dopo giorno, restando fermo quando non ne avevo la forza e camminando non appena ne ero in grado. La vita mondana di Parigi, con le sue persone presuntuose, le meschine lotte tra gli scrittori, la loro mancanza di sincerità nelle loro opere e il loro comportamento arrogante nella società, mi erano così odiosi e antipatici. Trovavo così poca dolcezza, apertura d’animo e franchezza anche nel rapporto con i miei amici che, disgustato da questa vita tumultuosa, iniziai a desiderare ardentemente la tranquillità della campagna. Poiché il mio lavoro non mi permetteva di stabilirmi lì, almeno cercavo di trascorrere lì le ore libere. Per diversi mesi, dopo cena, andavo da solo a passeggiare nel Bois de Boulogne, riflettendo su argomenti per i miei futuri scritti, e non tornavo a casa se non alla sera.
(1754 — 1756) — Gauffecourt, con cui all’epoca ero estremamente legato, essendo costretto a recarsi a Ginevra per il suo lavoro, mi propose di accompagnarlo in questo viaggio; accettai. Non mi sentivo abbastanza in salute da poter fare a meno delle cure della Governatrice: fu deciso che lei avrebbe partecipato al viaggio, mentre sua madre si sarebbe occupata di casa. Una volta presi tutti gli accordi necessari, partimmo insieme il 1° giugno 1754.
Devo considerare questo viaggio come il periodo in cui ebbe luogo la prima esperienza che, fino all’età di quarantadue anni, influenzò negativamente la natura piena di fiducia con cui ero nato e alla quale mi ero sempre affidato senza riserve né inconvenienti. Avevamo una carrozza borghese, che ci portava per brevi distanze con gli stessi cavalli; spesso scendevo e camminavo a piedi. Appena avevamo percorso metà del tragitto, Thérèse iniziò ad opporsi con forza all’idea di rimanere da sola nella carrozza con Gauffecourt, e quando, nonostante le sue suppliche, cercavo di scendere, lei faceva lo stesso. La rimproverai a lungo per questo capriccio; anzi, mi opposi decisamente fino a quando non fu costretta a rivelarmi la vera ragione del suo comportamento. Pensai di sognare. Quando scoprii che il mio amico M. de Gauffecourt, ormai oltre i sessant’anni, affetto da gotta, impotenza e abituato ai piaceri e alle gioie, cercava fin dal nostro arrivo di corrompere una donna che non era né bella né giovane, e che apparteneva a lui, usando i metodi più bassi e vergognosi: le offriva denaro, tentava di commuoverla leggendole libri orribili o mostrandole immagini infami. Thérèse, indignata, gli gettò via quel libro dalla portiera; inoltre, scoprii che il primo giorno, poiché un forte mal di testa mi aveva costretto ad andare a letto senza cena, lui aveva approfittato di quell’occasione per compiere atti ancora più indegni di un uomo onesto. Che sorpresa! Che dolore profondo per me! Io, che fino ad allora credevo che l’amicizia fosse inscindibile da tutti i sentimenti nobili e affettuosi. Per la prima volta nella mia vita fui costretto a associarla al disprezzo, a togliere fiducia e stima a un uomo che amavo e di cui credevo di essere amato. Quel poveretto mi nascondeva la sua turpitudine. Per non esporre Thérèse, fui costretto a nascondere anche io il mio disprezzo, a tenere per me i sentimenti che lui non doveva conoscere. Dolce e santa illusione dell’amicizia. Fu Gauffecourt ad essere il primo a rivelarmi la verità. Quante mani crudeli hanno impedito da allora che tornasse sulla retta via!
A Lione, lasciai Gauffecourt e presi la strada per la Savoia, incapace di decidere di passare così vicino a Maman senza rivederla. La rividi. In che stato, mio Dio! Quanto decadimento. Che cosa le era rimasto della sua virtù originale? Era ancora la stessa Madame de Warens, un tempo così brillante, di cui il curato di Pontverre mi aveva parlato? Il mio cuore fu straziato. Non vidi altra soluzione se non quella di farle cambiare ambiente. Ripetei con insistenza, ma invano, le suppliche che le avevo già scritto più volte nelle mie lettere, chiedendole di venire a vivere con me, poiché ero deciso a dedicare i miei giorni e quelli di Thérèse al suo bene. Legata alla sua pensione, che tuttavia, sebbene pagata regolarmente, da tempo non le fruttava più nulla, non mi ascoltò. Le diedi ancora un po’ del denaro che avevo con me, molto meno di quanto avrei dovuto. Se solo fossi stato sicuro che non ne avrebbe approfittato nemmeno per un soldo! Durante il mio soggiorno a Ginevra, lei fece un viaggio nel Chablais e venne a trovarmi a Grange-Canal. Le mancava denaro per completare il suo viaggio; non ne avevo con me abbastanza; glielo inviai subito dopo tramite Thérèse. Povera Maman. Che altro possa dire riguardo al suo cuore. Le era rimasto l’ultimo gioiello: un piccolo anello. Lo tolse dal dito per metterlo su quello di Thérèse, che immediatamente lo riportò sul proprio, baciando quella nobile mano che inondò di lacrime. Ah. Era il momento di ripagare la mia colpa! Avrei dovuto lasciare tutto per seguirla, legarmi a lei fino all’ultimo istante e condividere il suo destino, qualunque esso fosse. Non lo feci; distratto da un altro affetto, sentii svanire il mio attaccamento per lei, mancando la speranza di poterlo rendere utile. Piangendo per lei, non la seguii. Di tutti i rimorsi che ho provato nella mia vita, questo è il più acuto e persistente. Per questo merito le punizioni terribili che da allora non hanno mai smesso di tormentarmi. Possano servire a espiare la mia ingratitudine! Lei ne ha sofferto a causa della mia condotta. Ma il dolore che le ho causato è stato così profondo che il mio cuore non potrà mai essere considerato quello di un ingrato.
Avant mon départ de Pans, j’avais esquissé la dédicace de mon Discours sur l’Inégalité. Je l’achevai à Chambéry, et la datai du même lieu, jugeant qu’il était mieux, pour éviter toute chicane, de ne la dater ni de France ni de Genève. Arrivé dans cette ville, je me livrai à l’enthousiasme républicain qui m’y avait amené. Cet enthousiasme augmenta par l’accueil que j’y reçus. Fêté, caressé dans tous les états, je me livrai tout entier au zèle patriotique, et, honteux d’être exclu de mes droits de citoyen par la profession d’un autre culte que celui de mes pères, je résolus de reprendre ouvertement ce dernier. Je pensais que l’Évangile étant le même pour tous les chrétiens, et le fond du dogme n’étant différent qu’en ce qu’on se mêlait d’expliquer ce qu’on ne pouvait entendre, il appartenait en chaque pays au seul souverain de fixer et le culte et ce dogme inintelligible, et qu’il était par conséquent du devoir du citoyen d’admettre le dogme et de suivre le culte prescrit par la loi. La fréquentation des Encyclopédistes, loin d’ébranler ma foi, l’avait affermie par mon aversion naturelle pour la dispute et pour les partis. L’étude de l’homme et de l’univers m’avait montré partout les causes finales et l’intelligence qui les dirigeait. La lecture de la Bible, et surtout de l’Évangile, à laquelle je m’appliquais depuis quelques années, m’avait fait mépriser les basses et sottes interprétations que donnaient à Jésus-Christ les gens les moins dignes de l’entendre. En un mot, la philosophie, en m’attachant à l’essentiel de la Religion, m’avait détaché de ce fatras de petites formules dont les hommes l’ont offusquée. Jugeant qu’il n’y avait pas pour un homme raisonnable deux manières d’être chrétien, je jugeais aussi que tout ce qui est forme et discipline était dans chaque pays du ressort des lois. De ce principe si sensé, si social, si pacifique, et qui m’a attiré de si cruelles persécutions, il s’ensuivait que, voulant être citoyen, je devais être protestant, et rentrer dans le culte établi dans mon pays. Je m’y déterminai ; je me soumis même aux instructions du pasteur de la paroisse où je logeais, laquelle était hors la ville. Je désirai seulement de n’être pas obligé de paraître en Consistoire. L’Édit Ecclésiastique cependant y était formel ; on voulut bien y déroger en ma faveur, et l’on nomma une commission de cinq ou six membres pour recevoir en particulier ma profession de foi. Malheureusement le ministre Perdriau, homme aimable et doux, avec qui j’étais lié, s’avisa de me dire qu’on se réjouissait de m’entendre parler dans cette petite assemblée. Cette attente m’effraya si fort, qu’ayant étudié jour et nuit, pendant trois semaines, un petit discours que j’avais préparé, je me troublai lorsqu’il fallut le réciter, au point de n’en pouvoir pas dire un seul mot, et je fis dans cette conférence le rôle du plus sot écolier. Les commissaires parlaient pour moi ; je répondais bêtement oui et non ; ensuite je fus admis à la communion, et réintégré dans mes droits de Citoyen : je fus inscrit comme tel dans le rôle des gardes que payent les seuls citoyens et bourgeois, et j’assistai à un conseil général extraordinaire, pour recevoir le serment du syndic Mussard. Je fus si touché des bontés que me témoignèrent en cette occasion le Conseil, le Consistoire, et des procédés obligeants et honnêtes de tous les magistrats, ministres et citoyens, que pressé par le bonhomme De Luc, qui m’obsédait sans cesse, et encore plus par mon propre penchant, je ne songeai à retourner à Paris que pour dissoudre mon ménage, mettre en règle mes petites affaires, placer Mme Le Vasseur et son mari, ou pourvoir à leur subsistance, et revenir avec Thérèse m’établir à Genève pour le reste de mes jours.
Cette résolution prise, je fis trêve aux affaires sérieuses pour m’amuser avec mes amis jusqu’au temps de mon départ. De tous ces amusements celui qui me plut davantage, fut une promenade autour du lac, que je fis en bateau avec De Luc père, sa bru, ses deux fils et ma Thérèse. Nous mîmes sept jours à cette tournée, par le plus beau temps du monde. J’en gardai le vif souvenir des sites qui m’avaient frappé à l’autre extrémité du lac, et dont je fis la description, quelques années après, dans la Nouvelle Héloïse.
Les principales liaisons que je fis à Genève, outre les De Luc, dont j’ai parlé, furent le jeune ministre Vernes, que j’avais déjà connu à Paris, et dont j’augurais mieux qu’il n’a valu dans la suite ; M. Perdriau, alors pasteur de campagne, aujourd’hui professeur de belles-lettres, dont la société, pleine de douceur et d’aménité, me sera toujours regrettable, quoiqu’il ait cru du bel air de se détacher de moi ; M. Jalabert, alors professeur de physique, depuis conseiller et syndic, auquel je lus mon Discours sur l’Inégalité (mais non pas la dédicace), et qui en parut transporté ; le professeur Lullin, avec lequel, jusqu’à sa mort, je suis resté en correspondance, et qui m’avait même chargé d’emplettes de livres pour la Bibliothèque ; le professeur Vernet, qui me tourna le dos, comme tout le monde, après que je lui eus donné des preuves d’attachement et de confiance qui l’auraient dû toucher, si un théologien pouvait être touché de quelque chose ; Chappuis, commis et successeur de Gauffecourt, qu’il voulut supplanter et qui bientôt fut supplanté lui-même ; Marcet de Mézières, ancien ami de mon père, et qui s’était aussi montré le mien ; mais qui après avoir jadis bien mérité de la patrie, s’étant fait auteur dramatique, et prétendant aux Deux-Cents, changea de maximes, et devint ridicule avant sa mort. Mais celui de tous dont j’attendis davantage, fut Moultou[169], jeune homme de la plus grande espérance par ses talents, par son esprit plein de feu, que j’ai toujours aimé, quoique sa conduite à mon égard ait été souvent équivoque, et qu’il ait des liaisons avec mes plus cruels ennemis, mais qu’avec tout cela, je ne puis m’empêcher de regarder encore comme appelé à être un jour le défenseur de ma mémoire et le vengeur de son ami.
Au milieu de ces dissipations, je ne perdis ni le goût ni l’habitude de mes promenades solitaires, et j’en faisais souvent d’assez grandes sur les bords du lac, durant lesquelles ma tête, accoutumée au travail, ne demeurait pas oisive. Je digérais le plan déjà formé de mes Institutions politiques, dont j’aurai bientôt à parler ; je méditais une Histoire du Valais, un plan de tragédie en prose, dont le sujet, qui n’était pas moins que Lucrèce, ne m’ôtait pas l’espoir d’atterrer les rieurs, quoique j’osasse laisser paraître encore cette infortunée, quand elle ne le peut plus sur aucun théâtre français. Je m’essayais en même temps sur Tacite, et je traduisis le premier livre de son histoire, qu’on trouvera parmi mes papiers.
Après quatre mois de séjour à Genève, je retournai au mois d’octobre à Paris, et j’évitai de passer par Lyon, pour ne pas me retrouver en route avec Gauffecourt. Comme il entrait dans mes arrangements de ne revenir à Genève que le printemps prochain, je repris pendant l’hiver mes habitudes et mes occupations, dont la principale fut de voir les épreuves de mon Discours sur l’Inégalité, que je faisais imprimer en Hollande par le libraire Rey, dont je venais de faire la connaissance à Genève. Comme cet ouvrage était dédié à la République, et que cette dédicace pouvait ne pas plaire au Conseil, je voulais attendre l’effet qu’elle ferait à Genève, avant que d’y retourner. Cet effet ne me fut pas favorable, et cette dédicace, que le plus pur patriotisme m’avait dictée, ne fit que m’attirer des ennemis dans le Conseil, et des jaloux dans la bourgeoisie. M. Chouet, alors premier syndic, m’écrivit une lettre honnête, mais froide, qu’on trouvera dans mes recueils, liasse A, n° 3. Je reçus des particuliers, entre autres de De Luc et de Jalabert, quelques compliments ; et ce fut là tout : je ne vis point qu’aucun Genevois me sût un vrai gré du zèle de cœur qu’on sentait dans cet ouvrage. Cette indifférence scandalisa tous ceux qui la remarquèrent. Je me souviens que, dînant un jour à Clichy, chez Mme Dupin, avec Crommelin, résident de la République, et avec M. de Miran, celui-ci dit, en pleine table, que le Conseil me devait un présent et des honneurs publics pour cet ouvrage, et qu’il se déshonorait s’il y manquait. Crommelin, qui était un petit homme noir et bassement méchant, n’osa rien répondre en ma présence, mais il fit une grimace effroyable qui fit sourire Mme Dupin. Le seul avantage que me procura cet ouvrage, outre celui d’avoir satisfait mon cœur, fut le titre de citoyen, qui me fut donné par mes amis, puis par le public à leur exemple, et que j’ai perdu dans la suite pour l’avoir trop bien mérité[170].
Before leaving Pans, I had drafted the dedication for my “Discourse on Inequality.” I completed it in Chambéry and dated it there, deciding that to avoid any controversy, it would be better not to specify whether it was written in France or Geneva. Upon arriving in this city, I was swept up in the republican enthusiasm that had brought me there. This enthusiasm grew even stronger with the welcome I received. Celebrated and flattered in every way, I devoted myself entirely to patriotic fervor. Humiliated by being excluded from my civic rights because of my adherence to a religion different from that of my ancestors, I resolved to openly rejoin my ancestral faith. I believed that since the Gospel was the same for all Christians, and the essence of doctrine differed only in the interpretations added by various people, it was the sole duty of the sovereign of each country to determine both the religion and these incomprehensible doctrines. Therefore, it was the citizen’s duty to accept the doctrines prescribed by law and follow the prescribed rituals. My interactions with the Encyclopedists had not shaken my faith; on the contrary, my natural aversion to debate and partisanship had only strengthened it. My study of humanity and the universe led me to recognize the ultimate causes and the intelligence that guided them. Reading the Bible, especially the Gospel, which I had been studying for several years, made me despise the vulgar and foolish interpretations given to Jesus Christ by those least worthy of understanding him. In short, philosophy, by helping me grasp the essence of religion, freed me from the trivial formulas that had offended so many people. Believing that there could be no two legitimate ways to be a Christian for a reasonable person, I also concluded that everything related to form and discipline in each country should be governed by law. This sensible, socially-minded, and peaceful principle led me to face cruel persecutions. But since I desired to be a citizen, it followed that I must be Protestant and join the religion established in my country. I resolved to do so and even sought the guidance of the pastor of the parish where I lived, which was located outside the city. I only asked not to be forced to appear in church meetings. However, the Ecclesiastical Edict required it; they agreed to make an exception for me and appointed a committee of five or six members to receive my confession personally. Unfortunately, Minister Perdriau, a kind and gentle man with whom I was acquainted, mentioned that people looked forward to hearing me speak in this small assembly. This prospect terrified me so much that, after studying a short speech I had prepared day and night for three weeks, I became so nervous when it came time to deliver it that I was unable to say a single word and ended up performing like the most foolish of students. The commissioners spoke on my behalf; I foolishly replied with yes and no. Later, I was allowed to receive communion and my rights as a Citizen were restored to me: I was listed among the guards, a duty reserved solely for citizens and bourgeoisie. I also attended an extraordinary general council where I took the oath administered by the syndic Mussard. I was so moved by the kindness shown to me by the Council, the Consistory, and the courteous and honest behavior of all the magistrates, ministers, and citizens that, urged on by the kind-hearted De Luc who constantly bothered me, and even more by my own desire, I considered returning to Paris only with the intention of ending my marriage, settling my personal affairs, taking care of Madame Le Vasseur and her husband, and then returning to Geneva with Thérèse to spend the rest of my life there.
Having made this decision, I put aside all serious matters and spent time enjoying myself with my friends until it was time for me to leave. Of all these pastimes, the one that pleased me most was a boat trip around the lake, which I took along with De Luc Sr., his daughter-in-law, their two sons, and my Thérèse. We spent seven days on this excursion, during the finest weather imaginable. I still vividly remember the beautiful sites we saw on the other side of the lake; several years later, I described them in La Nouvelle Héloïse.
The main connections I made in Geneva, apart from the De Lucs about whom I have already spoken, were with the young minister Vernes, whom I had known in Paris before and who, in my opinion, showed more promise at that time than he ultimately proved to be; Mr. Perdriau, who was then a country pastor but is now a professor of literature—his company, filled with kindness and gentleness, will always be missed by me, despite his pretense of distancing himself from me; Mr. Jalabert, who was then a physics professor and later became a councilor and syndic; I read my “Discourse on Inequality” to him (but not the dedication), and he seemed deeply moved by it; Professor Lullin, with whom I maintained correspondence until his death, and who even asked me to purchase books for the library; Professor Vernet, who, like everyone else, turned away from me after I had shown him evidence of my affection and trust—something that, if a theologian were capable of being moved by such things, would surely have touched him. There was also Chappuis, an agent and successor to Gauffecourt, whom Moultou[169] tried to replace but who himself was soon replaced in turn; Marcet de Mézières, a former friend of my father’s and also one of mine—yet after having once greatly served his country, he became a playwright and sought entry into the Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; he changed his principles and became ridiculous before his death. But of all these people, the one I had the greatest hopes for was Moultou[169], a young man with immense potential due to his talents and fiery spirit. I have always liked him, despite the fact that his behavior towards me was often ambiguous and he maintained connections with my most bitter enemies. Nevertheless, I cannot help but believe that one day he may become the defender of my memory and the avenger of his friend.
Amidst all these distractions, I neither lost the taste nor the habit of my solitary walks. I often took long walks along the shores of the lake, during which my mind, accustomed to intellectual activity, never remained idle. I refined the plan for my future “Institutions Politiques,” about which I would soon have to speak; I contemplated writing a history of Valais and a tragedy in prose—its subject being no less than Lucretius—which did not discourage me from hoping to amuse the readers, even though I dared to present such an unfortunate theme on a French stage where it could no longer find an audience. At the same time, I began experimenting with Tacitus’s works and translated the first book of his history, which can be found among my papers.
After four months in Geneva, I returned to Paris in October and made sure not to pass through Lyon, so as not to run into Gauffecourt on the way. Since my plans were to return to Geneva only the following spring, I resumed my usual habits and pursuits during the winter. My main activity was to oversee the printing of my work Discours sur l’Inégalité, which I had commissioned from the bookseller Rey in the Netherlands—whom I had met in Geneva shortly before. Since this book was dedicated to the Republic, and such a dedication might not please the Council, I decided to wait and see how it would be received there before returning. Unfortunately, the reaction was not favorable. This dedication, which had been inspired by pure patriotism, only brought me enemies among the Council members and jealous rivals among the bourgeoisie. Mr. Chouet, who at that time was the first syndic of Geneva, wrote me a polite but cold letter, which can be found in my collection, volume A, number 3. I received some compliments from individuals, including De Luc and Jalabert; but beyond that, there was no sign that anyone in Geneva truly appreciated the sincere dedication I had poured into this work. This indifference shocked everyone who noticed it. I remember one evening at dinner in Clichy, at Madame Dupin’s house, Crommelin, the representative of the Republic, and Mr. de Miran both said that the Council owed me a public recognition and honor for this book, and that it would be shameful if they failed to do so. Crommelin, a small, dark-skinned man of rather mean nature, did not dare say anything in my presence, but he made such an ugly face that it made Madame Dupin smile. The only tangible benefit this work brought me, apart from the satisfaction it gave me personally, was the title of “citizen” which my friends—and later, following their example, the general public—granted me. However, I eventually lost this title for having truly deserved it too much[170].
Prima di lasciare Pans, avevo abbozzato la dedica del mio “Discorso sull’ineguaglianza”. La completai a Chambéry e vi indicai la data dello stesso luogo, ritenendo che fosse meglio, per evitare qualsiasi controversia, non specificare né la Francia né Ginevra come luogo di stesura. Arrivato in questa città, mi lasciai travolgere dall’entusiasmo repubblicano che mi aveva portato lì; tale entusiasmo aumentò ancora di più grazie all’accoglienza che ricevetti. Festeggiato e coccolato in ogni ambito, mi dedicai completamente al fervore patriottico. Vergognandomi di essere escluso dai miei diritti civili a causa della pratica di una religione diversa da quella dei miei antenati, decisi di riprendere apertamente questa mia fede. Pensavo che, poiché l’Evangelo era lo stesso per tutti i cristiani e i fondamenti del dogma differivano soltanto nel modo in cui venivano interpretati, spettava al solo sovrano di ogni paese stabilire sia il culto che quel dogma incomprensibile; pertanto era dovere di ogni cittadino accettare il dogma e seguire il culto prescritto dalla legge. La frequentazione degli Enciclopedisti, invece di indebolire la mia fede, l’aveva rafforzata grazie alla mia naturale avversione per le dispute e i partiti politici. Lo studio dell’uomo e dell’universo mi aveva mostrato ovunque le cause finali e l’intelligenza che le guidava; la lettura della Bibbia, soprattutto dell’Evangelo, a cui mi dedicavo da alcuni anni, mi aveva fatto disprezzare quelle interpretazioni basse e stupide che di Gesù Cristo davano le persone meno degne di comprenderlo. In breve, la filosofia, attaccandomi all’essenza della Religione, mi aveva distolto da quei vani rituali che gli uomini ne avevano fatto un ostacolo. Ritenendo che non esistesse, per un uomo ragionevole, due modi diversi di essere cristiano, concludevo anche che tutto ciò che riguardava la forma e la disciplina religiosa fosse di competenza delle leggi di ogni paese. Da questo principio, così sensato, sociale e pacifico – ma che mi ha causato persecuzioni così crudeli – derivava che, volendo essere un cittadino, dovevo essere protestante e aderire al culto stabilito nel mio paese. Decisi quindi di farlo; mi sottomisi persino alle istruzioni del pastore della parrocchia in cui soggiornavo, che si trovava fuori città. Desideravo soltanto non essere costretto a partecipare al Consistoire. Tuttavia l’Editto Ecclesiastico lo prevedeva esplicitamente; decisero comunque di fare un’eccezione per me e nominarono una commissione di cinque o sei membri per ricevere personalmente la mia dichiarazione di fede. Purtroppo il pastore Perdriau, uomo gentile e premuroso con cui ero in rapporti, mi disse che si aspettavano con piacere di ascoltarmi parlare in quell’assemblea. Questa prospettiva mi spaventò a tal punto che, dopo aver studiato giorno e notte per tre settimane un breve discorso che avevo preparato, mi trovai così turbato al momento di recitarlo da non riuscire a pronunciare nemmeno una parola. E in quell’occasione feci la figura del più sciocco degli studenti. I commissari parlavano al mio posto; rispondevo stupidamente con “sì” o “no”; in seguito fui ammesso alla comunione e riottenni tutti i miei diritti di cittadino: fui iscritto nell’elenco dei guardiani, un incarico pagato esclusivamente dai cittadini e dai borghesi, e partecipai a un consiglio generale straordinario per ricevere il giuramento del sindaco Mussard. Fui così commosso dalle gentilezze dimostrate in quell’occasione dal Consiglio, dal Consistoire, nonché dall’atteggiamento cortese e onesto di tutti i magistrati, dei ministri e dei cittadini, che, spinto sia dal buon uomo De Luc, che non smetteva di assillarmi, sia dalla mia stessa volontà, pensai di tornare a Parigi soltanto per sciogliere il mio matrimonio, sistemare le mie piccole questioni personali, provvedere al sostentamento di Madame Le Vasseur e suo marito, e poi tornare con Thérèse a stabilirmi a Ginevra per il resto della mia vita.
Una volta presa questa decisione, interruppi le faccende serie per divertirmi con i miei amici fino al momento della mia partenza. Di tutti questi divertimenti, quello che mi piacque di più fu una gita intorno al lago, che feci in barca con De Luc padre, sua nuora, i suoi due figli e mia Thérèse. Impiegammo sette giorni per questo viaggio, nel bel mezzo del miglior tempo possibile. Conservo ancora vividi ricordi dei luoghi che mi avevano colpito sull’altra riva del lago; ne descrissi alcuni, alcuni anni dopo, nella “Nouvelle Héloïse”.
Le principali persone che conobbi a Ginevra, oltre ai De Luc di cui ho già parlato, furono il giovane ministro Vernes, che avevo già incontrato a Parigi e del quale speravo che avesse un futuro migliore di quanto poi si rivelò; il signor Perdriau, allora pastore di campagna e oggi professore di lettere, la cui compagnia, piena di dolcezza e gentilezza, mi mancherà sempre, nonostante lui abbia cercato in modo ostentato di allontanarsi da me; il signor Jalabert, allora professore di fisica e in seguito consigliere e sindaco, a cui lessi il mio “Discorso sull’ineguaglianza” (ma non la dedica), e che ne fu profondamente commosso; il professor Lullin, con il quale mantenni corrispondenza fino alla sua morte e che mi incaricò persino di acquistare libri per la Biblioteca; il professor Vernet, che, come tutti gli altri, si allontanò da me dopo che gli avevo dimostrato un affetto e una fiducia che avrebbero dovuto commuoverlo, se mai un teologo potesse essere commosso da qualcosa del genere; Chappuis, commissario e successore di Gauffecourt, che cercò di sostituirlo ma fu presto a sua volta sostituito; Marcet de Mézières, ex amico di mio padre e anch’egli mio amico; tuttavia, dopo aver un tempo reso grandi servizi alla patria, divenne drammaturgo e cercò di entrare nella Accademia dei Duecento, cambiando così le sue idee e diventando ridicolo prima della sua morte. Ma colui di cui mi aspettavo di più era Moultou[169], un giovane dalle grandi potenzialità, per i suoi talenti e per lo spirito appassionato che possedeva; l’ho sempre amato, nonostante il suo comportamento nei miei confronti fosse spesso ambiguo e avesse rapporti con i miei più acerrimi nemici. Ma nonostante tutto ciò, non posso fare a meno di considerarlo ancora come colui che un giorno potrebbe difendere la mia memoria e vendicare il suo amico.
In mezzo a tutte queste distrazioni, non persi né il gusto né l’abitudine alle mie passeggiate solitarie; ne facevo spesso di lunghe lungo le rive del lago, durante le quali la mia mente, abituata al lavoro, non rimaneva mai inattiva. Riflettevo sul progetto già delineato delle mie “Istituzioni politiche”, di cui parlerò presto; meditavo anche su una “Storia del Vallese” e su un piano per una tragedia in prosa, il cui argomento – nulla meno che Lucrizio – non mi toglieva la speranza di riuscire a divertire i lettori, anche se osavo ancora presentare quest’opera sfortunata, quando ormai nessun teatro francese è disposto a rappresentarla. Nel contempo provavo anche con Tacito e tradussi il primo libro della sua storia, che si troverà tra i miei documenti.
Dopo quattro mesi trascorsi a Ginevra, tornai a Parigi nell’ottobre dello stesso anno, evitando di passare per Lione per non incontrarmi lungo la strada con Gauffecourt. Poiché avevo deciso di rientrare a Ginevra solo la primavera successiva, ripresi le mie abitudini e le mie occupazioni durante l’inverno; quella principale consisteva nel revisionare le bozze del mio “Discorso sull’Ineguaglianza”, che facevo stampare in Olanda presso il libraio Rey, che avevo conosciuto a Ginevra. Poiché quest’opera era dedicata alla Repubblica e tale dedica poteva non essere gradita al Consiglio, decisi di attendere l’effetto che avrebbe avuto a Ginevra prima di tornarvi. Tuttavia, quell’effetto non fu favorevole: quella dedica, ispirata dal più puro patriottismo, mi attirò soltanto nemici nel Consiglio e invidiosi tra la borghesia. Il signor Chouet, allora primo sindaco di Ginevra, mi scrisse una lettera onesta ma fredda, che si trova nei miei raccolti, fascicolo A, numero 3. Ricevetti anche alcuni complimenti da privati, tra cui De Luc e Jalabert; ma questo fu tutto: nessun ginevrino mostrò di apprezzare davvero lo zelo con cui avevo scritto quell’opera. Questa indifferenza scandalizzò tutti coloro che se ne accorsero. Ricordo che un giorno, a cena a Clichy da Madame Dupin, insieme a Crommelin, residente della Repubblica, e a Monsieur de Miran, quest’ultimo dichiarò apertamente che il Consiglio mi doveva un ringraziamento pubblico per quell’opera, e che avrebbe disonorato se ci fosse mancato. Crommelin, un uomo piccolo, scuro di pelle e profondamente malvagio, non osò rispondere in mia presenza, ma fece una smorfia orribile che fece sorridere Madame Dupin. L’unico vantaggio che quell’opera mi portò, oltre a quello di aver soddisfatto il mio desiderio di esprimere i miei pensieri, fu il titolo di cittadino che i miei amici e poi anche il pubblico mi concessero su loro esempio; tuttavia, quel titolo me lo fecero perdere in seguito, per averlo troppo meritato, [170]
Ce mauvais succès ne m’aurait pourtant pas détourné d’exécuter ma retraite à Genève, si des motifs plus puissants sur mon cœur n’y avaient concouru. M. d’Épinay, voulant ajouter une aile qui manquait au château de Chevrette, faisait une dépense immense pour l’achever. Étant allé voir un jour, avec Mme d’Épinay, ces ouvrages, nous poussâmes notre promenade un quart de lieue plus loin, jusqu’au réservoir des eaux du parc qui touchait la forêt de Montmorency, et où était un joli potager, avec une petite loge fort délabrée, qu’on appelait l’Ermitage. Ce lieu solitaire et très agréable m’avait frappé, quand je le vis pour la première fois, avant mon voyage de Genève. Il m’était échappé de dire dans mon transport : Ah ! madame, quelle habitation délicieuse ! Voilà un asile tout fait pour moi. Mme d’Épinay ne releva pas beaucoup mon discours ; mais à ce second voyage je fus tout surpris de trouver, au lieu de la vieille masure, une petite maison presque entièrement neuve, fort bien distribuée, et très logeable pour un petit ménage de trois personnes. Mme d’Épinay avait fait faire cet ouvrage en silence et à très peu de frais, en détachant quelques matériaux et quelques ouvriers de ceux du château. Au second voyage, elle me dit en voyant ma surprise : Mon ours, voilà votre asile ; c’est vous qui l’avez choisi, c’est l’amitié qui vous l’offre ; j’espère qu’il vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi. Je ne crois pas avoir été[171] de mes jours plus vivement, plus délicieusement ému : je mouillai de pleurs la main bienfaisante de mon amie, et si je ne fus pas vaincu dès cet instant même, je fus extrêmement ébranlé. Mme d’Épinay, qui ne voulait pas en avoir le démenti, devint si pressante, employa tant de moyens, tant de gens pour me circonvenir, jusqu’à gagner pour cela Mme Le Vasseur et sa fille, qu’enfin elle triompha de mes résolutions. Renonçant au séjour de ma patrie, je résolus, je promis d’habiter l’Ermitage ; et en attendant que le bâtiment fût sec, elle prit soin d’en préparer les meubles, en sorte que tout fut prêt pour y entrer le printemps suivant[172].
Une chose qui aida beaucoup à me déterminer fut l’établissement de Voltaire auprès de Genève. Je compris que cet homme y ferait révolution ; que j’irais retrouver dans ma patrie le ton, les airs, les mœurs qui me chassaient de Paris, qu’il me faudrait batailler sans cesse, et que je n’aurais d’autre choix dans ma conduite que celui d’être un pédant insupportable, ou un lâche et mauvais citoyen. La lettre que Voltaire m’écrivit sur mon dernier ouvrage me donna lieu d’insinuer mes craintes dans ma réponse ; l’effet qu’elle produisit les confirma. Dès lors je tins Genève perdue, et je ne me trompai pas. J’aurais dû peut-être aller faire tête à l’orage, si je m’en étais senti le talent. Mais qu’eussé-je fait seul, timide et parlant très mal, contre un homme arrogant, opulent, étayé du crédit des grands, d’une brillante faconde, et déjà l’idole des femmes et des jeunes gens ? Je craignis d’exposer inutilement au péril mon courage ; je n’écoutai que mon naturel paisible, que mon amour du repos, qui, s’il me trompa, me trompe encore aujourd’hui sur le même article. En me retirant à Genève, j’aurais pu m’épargner de grands malheurs à moi-même ; mais je doute qu’avec tout mon zèle ardent et patriotique j’eusse fait rien de grand et d’utile pour mon pays.
Tronchin qui, dans le même temps à peu près, fut s’établir à Genève, vint quelque temps après à Paris faire le saltimbanque, et en emporta des trésors. À son arrivée, il me vint voir avec le chevalier de Jaucourt. Mme d’Épinay souhaitait fort de le consulter en particulier, mais la presse n’était pas facile à percer. Elle eut recours à moi. J’engageai Tronchin à l’aller voir. Ils commencèrent ainsi, sous mes auspices, des liaisons qu’ils resserrèrent ensuite à mes dépens. Telle a toujours été ma destinée ; sitôt que j’ai rapproché l’un de l’autre deux amis que j’avais séparément, ils n’ont jamais manqué de s’unir contre moi. Quoique dans le complot que formaient dès lors les Tronchin d’asservir leur patrie, ils dussent tous me haïr mortellement, le docteur pourtant continua longtemps à me témoigner de la bienveillance. Il m’écrivit même après son retour à Genève, pour m’y proposer la place de bibliothécaire honoraire. Mais mon parti était pris, et cette offre ne m’ébranla pas.
Je retournais dans ce temps-là chez M. d’Holbach. L’occasion en avait été la mort de sa femme, arrivée, ainsi que celle de Mme de Francueil, durant mon séjour à Genève. Diderot, en me la marquant, me parla de la profonde affliction du mari. Sa douleur émut mon cœur. Je regrettais vivement moi-même cette aimable femme. J’écrivis sur ce sujet à M. d’Holbach[173]. Ce triste événement me fit oublier tous ses torts, et lorsque je fus de retour de Genève, et qu’il fut de retour lui-même d’un tour de France qu’il avait fait pour se distraire, avec Grimm et d’autres amis, j’allai le voir, et je continuai jusqu’à mon départ pour l’Ermitage. Quand on sut dans sa coterie que Mme d’Épinay, qu’il ne voyait point encore, m’y préparait un logement, les sarcasmes tombèrent sur moi comme la grêle, fondés sur ce qu’ayant besoin de l’encens et des amusements de la ville, je ne soutiendrais pas la solitude seulement quinze jours. Sentant en moi ce qu’il en était, je laissai dire, et j’allai mon train. M. d’Holbach ne laissa pas de m’être utile, pour placer le vieux bonhomme Le Vasseur, qui avait plus de quatre-vingts ans, et dont sa femme, qui s’en sentait surchargée, ne cessait de me prier de la débarrasser. Il fut mis dans une maison de charité, où l’âge et le regret de se voir loin de sa famille le mirent au tombeau presque en arrivant. Sa femme et ses autres enfants le regrettèrent peu. Mais Thérèse, qui l’aimait tendrement, n’a jamais pu se consoler de sa perte, et d’avoir souffert que, si près de son terme, il allât loin d’elle achever ses jours.
J’eus à peu près dans le même temps une visite à laquelle je ne m’attendais guère, quoique ce fût une bien ancienne connaissance. Je parle de mon ami Venture, qui vint me surprendre un beau matin, lorsque je ne pensais à rien moins. Un autre homme était avec lui. Qu’il me parut changé ! Au lieu de ses anciennes grâces, je ne lui trouvai plus qu’un air crapuleux, qui m’empêcha de m’épanouir avec lui. Ou mes yeux n’étaient plus les mêmes, ou la débauche avait abruti son esprit, ou tout son premier éclat tenait à celui de la jeunesse, qu’il n’avait plus. Je le vis presque avec indifférence, et nous nous séparâmes assez froidement. Mais quand il fut parti, le souvenir de nos anciennes liaisons me rappela si vivement celui de mes jeunes ans, si doucement, si sagement consacrés[174] à cette femme angélique qui maintenant n’était guère moins changée que lui, les petites anecdotes de cet heureux temps, la romanesque journée de Thônes, passée avec tant d’innocence et de jouissance entre ces deux charmantes filles dont une main baisée avait été l’unique faveur, et qui, malgré cela, m’avait laissé des regrets si vifs, si touchants, si durables : tous ces ravissants délires d’un jeune cœur, que j’avais sentis alors dans toute leur force, et dont je croyais le temps passé pour jamais ; toutes ces tendres réminiscences me firent verser des larmes sur ma jeunesse écoulée, et sur ses transports désormais perdus pour moi. Ah ! combien j’en aurais versé sur leur retour tardif et funeste, si j’avais prévu les maux qu’il m’allait coûter !
This poor success would not have prevented me from carrying out my plan to retire to Geneva, had not stronger motives influenced my decision. Mr. d’Épinay, wishing to add an wing to the Château de Chevrette, was spending a tremendous amount of money to complete it. One day, while visiting these works with Madame d’Épinay, we continued our walk for a quarter of a mile further, until we reached the reservoir in the park—which bordered the forest of Montmorency—and where there was a lovely vegetable garden, along with a small, rather dilapidated cottage called the “Ermitage.” This secluded and delightful spot had impressed me when I first saw it, before my journey to Geneva. In my excitement, I exclaimed, “Ah, madam! What a wonderful dwelling! This is exactly what I need!” Madame d’Épinay didn’t seem too impressed by my remarks; but on our second visit, to my great surprise, the old shack had been replaced by a small, almost brand-new house—well-designed and perfectly suitable for a family of three. Madame d’Épinay had undertaken this project quietly and at minimal cost, using materials and workers from the château. Upon seeing my astonishment, she said, “My dear, this is your refuge; you chose it yourself—it is offered to you out of friendship. I hope it will help you abandon the cruel idea of leaving me.” I can’t remember having ever felt such intense and delightful emotion before. I kissed my kind friend’s hand through tears, and if I wasn’t completely overcome at that moment, I was certainly deeply moved. Madame d’Épinay, determined not to let me change my mind, used every means possible—even enlisting the help of Madame Le Vasseur and her daughter—to persuade me. In the end, she succeeded in overcoming my resistance. Giving up the idea of living in my homeland, I resolved and promised to move into the Ermitage. Meanwhile, while the building was still under construction, she took care of preparing all the furniture, so that everything would be ready for us to move in by the following spring.
One factor that greatly helped me make up my mind was Voltaire’s establishment in Geneva. I realized that this man would bring about a revolution there; that I would find in my homeland the same tone, manners, and customs that had driven me away from Paris. I understood that I would have to fight constantly, and that my only options were to become an intolerable pedant or a cowardly and bad citizen. The letter Voltaire wrote to me regarding my latest work gave me the opportunity to express my fears in my reply; the effect it produced confirmed them. From that moment on, I considered Geneva lost to me—and I was not wrong. Perhaps I should have tried to confront that storm, if I felt the courage to do so. But what could I have done alone, timid and with poor speaking skills, against a man who was arrogant, wealthy, backed by the respect of the powerful, eloquent, and already an idol among women and young men? I feared needlessly exposing my courage to danger; I simply followed my peaceful nature and my love for tranquility—though it may have misled me then, it still misleads me today. By retreating to Geneva, I might have avoided great suffering for myself; but I doubt that, with all my fervent patriotism, I could have accomplished anything truly great or useful for my country.
Tronchin, who around the same time established himself in Geneva, later came to Paris to engage in various theatrical endeavors and reaped considerable success. Upon his arrival, he visited me along with the Knight de Jaucourt. Madame d’Épinay was very eager to consult him privately, but it was not easy to gain access to him. She turned to me for help, and I advised Tronchin to meet with her. Under my auspices, they began to develop a relationship that they later used against me at my expense. Such has always been my fate: whenever I brought two friends who had previously been separated together, they would invariably unite against me. Although all the Tronchins were involved in a conspiracy aimed at enslaving their country and thus must have hated me deeply, the doctor continued to show me kindness for a long time. After returning to Geneva, he even wrote to me, offering me the position of honorary librarian there. But my decision was firm, and this offer did not sway me in the slightest.
I returned to Mr. d’Holbach during that time. The occasion was the death of his wife, which occurred, along with that of Madame de Francueil, while I was staying in Geneva. Diderot mentioned it to me, expressing how deeply distressed the husband was. His grief moved my heart; I myself deeply regretted the loss of this kind woman. I wrote about this matter to Mr. d’Holbach[173]. This sad event made me forget all his faults. When I returned from Geneva and he himself came back from a trip across France that he had taken for pleasure, along with Grimm and other friends, I went to see him, and my visits continued until my departure for the Ermitage. When those around him learned that Madame d’Épinay, whom he did not yet meet, had prepared a place for me there, sarcasm rained down on me—because they assumed that, needing the comforts of city life, I could not endure solitude for even fifteen days. Knowing how things stood, I let them say what they wanted and continued on my way. Mr. d’Holbach was kind enough to help me in arranging for the old man Le Vasseur, who was over eighty years old. His wife, feeling overwhelmed by taking care of him, constantly begged me to relieve her of that burden. Le Vasseur was placed in a home for the elderly, where his age and the sorrow of being separated from his family caused him to pass away shortly after arriving there. His wife and other children hardly mourned his loss. But Thérèse, who loved him deeply, never managed to come to terms with his death or with the fact that, so close to the end of his life, he had to leave her and spend his final days elsewhere.
At about the same time, I received a visit that I had not anticipated at all, although it was from an old acquaintance of mine. I am referring to my friend Venture, who came to surprise me one fine morning, when I was far from expecting any visitors. Another man was with him. How changed he seemed to me! Instead of his former charm, I could only perceive a dissolute and degraded appearance in him, which prevented me from feeling at ease in his company. Either my eyes had changed, or debauchery had dulled his mind, or perhaps all the brilliance he once possessed was merely due to his youth, which was now gone forever. I regarded him with almost indifference, and we parted quite coldly. But after he left, the memories of our past friendships brought back to life the pleasant times of my youth—those days so innocently and joyfully spent with that angelic woman who, like him, had undergone great changes. The little anecdotes from those happy times, the romantic day at Thônes, spent amidst two charming girls whose only favor I had ever received was a kiss on my hand. Despite that, they left me with such intense, heartfelt, and enduring regrets. All those delightful emotions of a young heart—those I had felt so vividly back then, and which I thought were forever lost—along with those tender memories, made me weep over my past youth and over the joys that were now gone forever from my life. Ah! How many more tears would I have shed if I had foreseen the suffering they would bring me in their late and tragic return.
Questo insuccesso non avrebbe comunque dovuto impedirmi di intraprendere il mio ritiro a Ginevra, se non fossero stati presenti motivi più potenti nel mio cuore. Il signor d’Épinay, desideroso di aggiungere un’ala al castello di Chevrette, stava spendendo una somma enorme per completarlo. Un giorno, accompagnato dalla signora d’Épinay, andai a visitare questi lavori e proseguimmo il nostro giro per un quarto di miglio fino al serbatoio delle acque del parco, che confinava con la foresta di Montmorency; lì c’era anche un grazioso orto, insieme a una piccola capanna molto fatiscente, chiamata “L’Ermitage”. Questo luogo solitario e molto piacevole mi aveva colpito la prima volta che lo vidi, prima del mio viaggio a Ginevra. In quel momento esclamai: “Ah, signora, che meravigliosa dimora! Questo è davvero l’asilo perfetto per me!” La signora d’Épinay non commentò molto la mia osservazione; ma al mio secondo viaggio fui sorpreso di trovare, al posto della vecchia capanna, una piccola casa quasi completamente nuova, ben progettata e molto adatta a ospitare una piccola famiglia di tre persone. La signora d’Épinay aveva fatto realizzare questo lavoro in silenzio e a basso costo, utilizzando alcuni materiali e alcuni operai provenienti dal castello stesso. Al mio secondo viaggio, vedendo la mia sorpresa, mi disse: “Mio caro, questa è la tua dimora; sei tu che l’hai scelta. È l’amore che te la offre. Spero che ti aiuti a rinunciare all’idea crudele di allontanarti da me.” Non credo di essere mai stato in vita mia così profondamente e deliziosamente commosso: bagnai di lacrime la mano gentile della mia amica. Se non fossi stato sopraffatto proprio in quel momento, sarei rimasto estremamente turbato. La signora d’Épinay, che non voleva ammettere il contrario, insistette molto, utilizzò tutti i mezzi possibili per convincermi. Riuscì persino a ottenere l’aiuto della signora Le Vasseur e di sua figlia. Alla fine riuscì a vincere le mie resistenze. Abbandonando così la mia patria, decisi e promisi di stabilirmi nell’Ermitage; nel frattempo, mentre il edificio non era ancora pronto, si prese cura di preparare tutti i mobili necessari. Così tutto fu pronto per l’arrivo della primavera successiva.
Ciò che contribuì molto a determinarmi fu l’insediamento di Voltaire a Ginevra. Capii che quell’uomo avrebbe scatenato una rivoluzione in quella città; che nel mio paese avrei ritrovato lo stesso tono, gli stessi modi, le stesse abitudini che mi avevano costretto a lasciare Parigi; che avrei dovuto lottare senza sosta e che non avrei avuto altra scelta se non quella di essere un pedante insopportabile o un cittadino debole e malvagio. La lettera che Voltaire mi scrisse riguardo al mio ultimo lavoro mi permise di esprimere le mie preoccupazioni nella mia risposta; l’effetto che essa ebbe ne confermò la fondatezza. Da quel momento considerai Ginevra una città persa per me, e non mi sbagliavo. Forse avrei dovuto affrontare direttamente quella tempesta, se ne fossi stato all’altezza. Ma cosa avrei potuto fare da solo, timido e con scarse capacità oratorie, contro un uomo arrogante, ricco, sostenuto dal credito dei potenti, dotato di una brillante eloquenza e già amato dalle donne e dai giovani? Temevo di esporre inutilmente il mio coraggio al pericolo; ascoltai soltanto la mia natura pacifica, il mio amore per la tranquillità. Anche se allora mi sbagliavo, oggi continuo a credere nel giusto valore di queste scelte. Ritirandomi a Ginevra, avrei potuto evitarmi grandi sofferenze. Ma dubito che, nonostante tutto il mio zelo e il mio patriottismo, sarei riuscito a compiere qualcosa di grande e utile per il mio paese.
Tronchin, che intorno allo stesso periodo si stabilì a Ginevra, poco dopo venne a Parigi per esibirsi come saltimbanco e vi ottenne grandi successi. Al suo arrivo, venne a trovarmi insieme al cavaliere de Jaucourt. Madame d’Épinay desiderava molto consultarlo in privato, ma non era facile entrare in contatto con lui; così si rivolse a me. Io incoraggiai Tronchin ad andare da lei. Così, sotto la mia mediazione, iniziarono una relazione che in seguito approfondirono a mie spese. Questa è sempre stata la mia sorte: non appena avvicinavo due amici che prima erano separati, loro non mancavano mai di unirsi contro di me. Anche se nel complotto che i Tronchin ordirono per sottomettere il loro paese dovevano tutti odiarmi profondamente, il dottore continuò a mostrarmi grande gentilezza. Dopo il suo ritorno a Ginevra, mi scrisse persino proponendomi la carica di bibliotecario onorario. Ma avevo già preso una decisione e quell’offerta non mi fece cambiare idea.
Tornavo in quel periodo a casa del signor d’Holbach. L’occasione fu la morte di sua moglie, avvenuta, così come quella della signora de Francueil, durante il mio soggiorno a Ginevra. Diderot, parlandomene, mi descrisse la profonda afflizione del marito; il suo dolore commosse il mio cuore. Anch’io provavo un sincero rimpianto per quella gentile donna. Scrissi al signor d’Holbach sull’argomento[173]. Quell’evento triste mi fece dimenticare tutti i suoi torti; quando tornai da Ginevra e anche lui rientrò da un viaggio in Francia che aveva fatto per divertirsi insieme a Grimm e ad altri amici, andai a trovarlo e rimasi con lui fino al mio ritorno all’Ermitage. Quando la sua cerchia scoprì che la signora d’Épinay, che non vedeva ancora, mi aveva preparato un alloggio lì, gli sarcasmi si riversarono su di me, basati sul presupposto che, avendo bisogno delle distrazioni e del divertimento della città, non sarei riuscito a sopportare la solitudine nemmeno per quindici giorni. Consapevole di ciò che pensavano, lasciai che dicessero quello che volevano e continuai la mia strada. Il signor d’Holbach fu comunque molto utile: sistemò il vecchio Le Vasseur, che aveva più di ottant’anni e la cui moglie, stanca di prendersi cura di lui, mi chiedeva costantemente di aiutarla a liberarsene. Il vecchio fu messo in un ospizio; l’età avanzata e il dolore per essere lontano dalla sua famiglia lo portarono quasi subito alla morte. Sua moglie e gli altri suoi figli non si disperarono molto per lui. Ma Thérèse, che lo amava profondamente, non riuscì mai a consolarsi della sua perdita, né di aver dovuto sopportare che, così vicino alla fine dei suoi giorni, andasse lontano da lei per morire.
Più o meno nello stesso periodo ricevetti una visita che non mi aspettavo affatto, anche se si trattava di un vecchio conoscente. Parlo del mio amico Venture, che venne a sorprendermi una bella mattina, quando non pensavo assolutamente a nulla del genere. Con lui c’era un altro uomo. Mi sembrò così cambiato! Al posto delle sue antiche grazie, non trovai in lui che un aspetto volgare e dissoluto, il che mi impedì di rapportarmi con lui come una volta. O forse i miei occhi erano diversi, o la dissolutezza aveva offuscato la sua mente. Oppure tutto il suo antico splendore dipendeva dalla giovinezza, ormai perduta per sempre. Lo vidi quasi con indifferenza, e ci separammo in modo piuttosto freddo. Ma quando se ne andò, il ricordo dei nostri vecchi legami mi fece rivivere intensamente i giorni della mia giovinezza, così dolci e saggiamente dedicati a quella donna angelica. Ora anche lei era cambiata tanto quanto lui; i piccoli aneddoti di quei tempi felici, la giornata romantica trascorsa a Thônes, tra quelle due incantevoli ragazze. Una delle quali aveva ricevuto da me un bacio come unico segno d’affetto. Eppure mi aveva lasciato rimpianti così intensi e duraturi. Tutti quei momenti meravigliosi di una giovane anima, che allora avevo provato con tutta la loro forza. E che credevo fossero ormai per sempre passati. Tutti questi teneri ricordi mi fecero versare lacrime sulla mia giovinezza perduta. Ah! Quante lacrime avrei versato se avessi previsto i mali che quel ritorno tardivo e funesto mi avrebbe causato.
Avant de quitter Paris, j’eus, durant l’hiver qui précéda ma retraite, un plaisir bien selon mon cœur, et que je goûtai dans toute sa pureté. Palissot, académicien de Nancy, connu par quelques drames, venait d’en donner un à Lunéville, devant le roi de Pologne. Il crut apparemment faire sa cour en jouant, dans ce drame, un homme qui avait osé se mesurer avec le Roi, la plume à la main. Stanislas, qui était généreux et qui n’aimait pas la satire, fut indigné qu’on osât ainsi personnaliser en sa présence. M. le comte de Tressan écrivit, par l’ordre de ce prince, à d’Alembert et à moi, pour m’informer que l’intention de Sa Majesté était que le sieur Palissot fût chassé de son Académie. Ma réponse fut une vive prière à M. de Tressan d’intercéder auprès du Roi de Pologne pour obtenir la grâce du sieur Palissot. La grâce fut accordée, et M. de Tressan, en me le marquant au nom du Roi, ajouta que ce fait serait inscrit sur les registres de l’Académie. Je répliquai que c’était moins accorder une grâce que perpétuer un châtiment. Enfin, j’obtins, à force d’instances, qu’il ne serait fait mention de rien dans les registres, et qu’il ne resterait aucune trace publique de cette affaire. Tout cela fut accompagné, tant de la part du Roi que de celle de M. de Tressan, de témoignages d’estime et de considération dont je fus extrêmement flatté, et je sentis en cette occasion que l’estime des hommes qui en sont si dignes eux-mêmes, produit dans l’âme un sentiment bien plus doux et plus noble que celui de la vanité. J’ai transcrit dans mon recueil les lettres de M. de Tressan avec mes réponses, et l’on en trouvera les originaux dans la liasse A, numéros 9, 10 et 11.
Je sens bien que, si jamais ces Mémoires parviennent à voir le jour, je perpétue ici moi-même le souvenir d’un fait dont je voulais effacer la trace ; mais j’en transmets bien d’autres malgré moi. Le grand objet de mon entreprise, toujours présent à mes yeux, l’indispensable devoir de la remplir dans toute son étendue, ne m’en laisseront point détourner par de plus faibles considérations qui m’écarteraient de mon but. Dans l’étrange, dans l’unique situation où je me trouve, je me dois trop à la vérité pour devoir rien de plus à autrui. Pour me bien connaître, il faut me connaître dans tous mes rapports, bons et mauvais. Mes confessions sont nécessairement liées avec celles de beaucoup de gens : je fais les unes et les autres avec la même franchise, en tout ce qui se rapporte à moi, ne croyant devoir à qui que ce soit plus de ménagements que je n’en ai pour moi-même, et voulant toutefois en avoir beaucoup plus. Je veux être toujours juste et vrai, dire d’autrui le bien tant qu’il me sera possible, ne dire jamais que le mal qui me regarde, et qu’autant que j’y suis forcé. Qui est-ce qui, dans l’état où l’on m’a mis, a droit d’exiger de moi davantage ? Mes confessions ne sont point faites pour paraître de mon vivant, ni de celui des personnes intéressées. Si j’étais le maître de ma destinée et de celle de cet écrit, il ne verrait le jour que longtemps après ma mort et la leur. Mais les efforts que la terreur de la vérité fait faire à mes puissants oppresseurs pour en effacer les traces me forcent à faire, pour les conserver, tout ce que me permettent le droit le plus exact et la plus sévère justice. Si ma mémoire devait s’éteindre avec moi, plutôt que de compromettre personne, je souffrirais un opprobre injuste et passager sans murmure ; mais puisque enfin mon nom doit vivre, je dois tâcher de transmettre avec lui le souvenir de l’homme infortuné qui le porta, tel qu’il fut réellement, et non tel que d’injustes ennemis travaillent sans relâche à le peindre.
FIN du HUITIÈME LIVRE
Livre Neuvième
1756 – 1757
[175]
L’impatience d’habiter l’Ermitage ne me permit pas d’attendre le retour de la belle saison ; et, sitôt que mon logement fut prêt, je me hâtai de m’y rendre, aux grandes huées de la coterie holbachique, qui prédisait hautement que je ne supporterais pas trois mois de solitude, et qu’on me verrait dans peu revenir, avec ma courte honte, vivre comme eux à Paris. Pour moi qui, depuis quinze ans hors de mon élément, me voyais près d’y rentrer, je ne faisais pas même attention à leurs plaisanteries. Depuis que je m’étais, malgré moi, jeté dans le monde, je n’avais cessé de regretter mes chères Charmettes, et la douce vie que j’y avais menée. Je me sentais fait pour la retraite et la campagne ; il m’était impossible de vivre heureux ailleurs. À Venise dans le train des affaires publiques, dans la dignité d’une espèce de représentation, dans l’orgueil des projets d’avancement ; à Paris dans le tourbillon de la grande société, dans la sensualité des soupers, dans l’éclat des spectacles, dans la fumée de la gloriole ; toujours mes bosquets, mes ruisseaux, mes promenades solitaires, venaient, par leur souvenir, me distraire, me contrister, m’arracher des soupirs et des désirs. Tous les travaux auxquels j’avais pu m’assujettir, tous les projets d’ambition, qui, par accès, avaient animé mon zèle, n’avaient d’autre but que d’arriver un jour à ces bienheureux loisirs champêtres auxquels, en ce moment, je me flattais de toucher. Sans m’être mis dans l’honnête aisance que j’avais cru seule pouvoir m’y conduire, je jugeais, par ma situation particulière, être en état de m’en passer, et pouvoir arriver au même but par un chemin tout contraire. Je n’avais pas un sou de rente ; mais j’avais un nom, des talents ; j’étais sobre, et je m’étais ôté les besoins les plus dispendieux, tous ceux de l’opinion. Outre cela, quoique paresseux, j’étais laborieux cependant quand je voulais l’être, et ma paresse était moins celle d’un fainéant que celle d’un homme indépendant, qui n’aime à travailler[176] qu’à son heure. Mon métier de copiste de musique n’était ni brillant ni lucratif ; mais il était sûr. On me savait gré dans le monde d’avoir eu le courage de le choisir. Je pouvais compter que l’ouvrage ne me manquerait pas, et il pouvait me suffire pour vivre en bien travaillant. Deux mille francs qui me restaient du produit du Devin du village et de mes autres écrits me faisaient une avance pour n’être pas à l’étroit, et plusieurs ouvrages que j’avais sur le métier me promettaient, sans rançonner les libraires, des suppléments suffisants pour travailler à mon aise, sans m’excéder, et même en mettant à profit les loisirs de la promenade. Mon petit ménage, composé de trois personnes, qui toutes s’occupaient utilement, n’était pas d’un entretien fort coûteux. Enfin mes ressources, proportionnées à mes besoins et à mes désirs, pouvaient raisonnablement me promettre une vie heureuse et durable dans celle que mon inclination m’avait fait choisir.
J’aurais pu me jeter tout à fait du côté le plus lucratif, et, au lieu d’asservir ma plume à la copie, la dévouer entière à des écrits qui, du vol que j’avais pris et que je me sentais en état de soutenir, pouvaient me faire vivre dans l’abondance et même dans l’opulence, pour peu que j’eusse voulu joindre des manœuvres d’auteur au soin de publier de bons livres. Mais je sentais qu’écrire pour avoir du pain eût bientôt étouffé mon génie et tué mon talent, qui était moins dans ma plume que dans mon cœur, et né uniquement d’une façon de penser élevée et fière, qui seule pouvait le nourrir. Rien de vigoureux, rien de grand ne peut partir d’une plume toute vénale. La nécessité, l’avidité peut-être m’eût fait faire plus vite que bien. Si le besoin du succès ne m’eût pas plongé dans les cabales, il m’eût fait chercher à dire moins des choses utiles et vraies que des choses qui plussent à la multitude, et d’un auteur distingué que je pouvais être, je n’aurais été qu’un barbouilleur de papier. Non, non : j’ai toujours senti que l’état d’auteur n’était, ne pouvait être illustre et respectable qu’autant qu’il n’était pas un métier. Il est trop difficile de penser noblement quand on ne pense que pour vivre. Pour pouvoir, pour oser dire de grandes vérités, il ne faut pas dépendre de son succès. Je jetais mes livres dans le public avec la certitude d’avoir parlé pour le bien commun, sans aucun souci du reste. Si l’ouvrage était rebuté, tant pis pour ceux qui n’en voulaient pas profiter : pour moi, je n’avais pas besoin de leur approbation pour vivre. Mon métier pouvait me nourrir si mes livres ne se vendaient pas ; et voilà précisément ce qui les faisait vendre.
Before leaving Paris, during the winter preceding my retirement, I enjoyed something that truly pleased me and that I savored in its purest form. Palissot, an academician from Nancy known for some of his plays, had just presented one in Lunéville in front of the King of Poland. He apparently thought he was flattering the king by portraying in this play a man who had dared to challenge him with his pen. Stanislas, being generous and not fond of satire, was outraged that someone would dare to portray him so personally in his presence. Count de Tressan, at the order of the prince, wrote to me and d’Alembert, informing us that His Majesty intended for Mr. Palissot to be expelled from the Academy. My reply was a fervent plea for Count de Tressan to intercede with the King of Poland in order to grant mercy to Mr. Palissot. The king granted this request, and Count de Tressan, informing me on his behalf, added that this decision would be recorded in the Academy’s archives. I argued that such an action was less a sign of mercy than a continuation of punishment. Eventually, through persistent efforts, I managed to ensure that nothing would be mentioned in the archives and that no public trace of this incident would remain. Both the king and Count de Tressan showed me great respect and consideration for my efforts, which filled me with immense satisfaction. In this instance, I realized that the esteem held by people of such noble character brings a far more gentle and noble feeling than pride can ever do. I have included Count de Tressan’s letters along with my replies in my collection; the originals can be found in Volume A, numbers 9, 10, and 11.
I am well aware that, should these Memoirs ever see the light of day, I would thereby be perpetuating the memory of an event whose traces I sought to erase; yet, against my will, I convey many other things as well. The primary objective of my endeavor, which remains constantly before my eyes, and the indispensable duty of fulfilling it in its entirety, will not allow me to be distracted by lesser considerations that might lead me away from my goal. In this peculiar, unique situation in which I find myself, I owe too much to the truth to owe anything else to anyone. To truly understand me, one must know me in all my relationships, both good and bad. My confessions are inevitably intertwined with those of many others; I make them both with the same sincerity, in everything that concerns me. I believe I owe no one more consideration than I extend to myself—and yet, I wish to offer far more. I seek always to be just and truthful, to speak well of others whenever possible, and to speak only of their faults when it is absolutely necessary. Who, in the state in which I have been placed, has the right to demand anything more from me? My confessions are not meant to be made during my lifetime, nor during the lives of those involved. If I were the master of my own destiny and that of this work, it would not see publication until long after my death and theirs. But the efforts made by my powerful oppressors, driven by the fear of the truth, to erase any traces of it, force me to do everything within the bounds of the strictest justice to preserve it. If my memory were to fade with me, I would endure an unjust and temporary disgrace without a word of complaint; but since my name is destined to live on, I must strive to pass on with it the memory of the unfortunate man who bore it—as he truly was, and not as unjust enemies work tirelessly to portray him.
End of Book Eight
Book Nine
1756 – 1757
[175]
My impatience to reside in the Hermitage prevented me from waiting for the return of the pleasant seasons; and as soon as my dwelling was ready, I hurried there, amidst the loud laughter of those associated with Holbach, who confidently predicted that I could not endure three months of solitude and that I would soon return to Paris to live among them in shame. For me, who had been away from my natural environment for fifteen years and was now on the verge of returning to it, their jokes held no meaning at all. Since I had, against my will, thrown myself into the world, I had constantly missed my beloved Charmettes and the peaceful life I had there. I felt that I was destined for seclusion and country living; elsewhere, it was impossible for me to be happy. In Venice, amidst the hustle and bustle of public affairs, the dignity of a certain position, and the pride associated with career advancement; in Paris, in the whirlwind of high society, the pleasures of fine dining, the splendor of performances, and the allure of fame—always, the memories of my woods, streams, and solitary walks came to distract me, sadden me, and fill me with longing. All the tasks I had undertaken, all the ambitions that had once inspired my zeal, were merely means to one day attain those blissful country pleasures which I now believed I was on the verge of enjoying. Although I had not achieved the comfortable prosperity I had thought necessary for such a life, I felt that given my circumstances, I could still achieve it through entirely different means. I had no income at all; but I had a name and talents. I was frugal and had eliminated all the most expensive expenses, those imposed by societal expectations. Moreover, despite being lazy by nature, I was diligent when I chose to be, and my laziness was more that of an independent person who preferred to work only when it suited her. My job as a music copier was neither glamorous nor lucrative; but it was steady. People appreciated the courage I had shown in choosing it. I could rely on a constant stream of work, which, if managed carefully, would be sufficient for my needs. The two thousand francs left over from the proceeds of “The Village Deacon” and my other writings gave me a starting point, ensuring that I would not lack resources. Several projects related to my profession also promised additional income without burdening publishers, allowing me to work at my own pace and even take advantage of leisure time for walks. My small household, consisting of three people who all engaged in useful activities, did not require much maintenance. In short, my resources, in proportion to my needs and desires, reasonably promised me a happy and sustainable life in the path I had chosen for myself.
I could have entirely devoted myself to the more lucrative path and, instead of using my pen for mere copying, have dedicated it entirely to writing works that, given the talent I possessed and the efforts I was willing to make, could have ensured me a life of abundance—even prosperity—if I had combined my literary endeavors with careful planning to publish quality books. But I felt that writing merely to earn a living would soon stifle my genius and kill my true talent, which resided not in my pen but in my heart, and was born solely from an elevated and proud way of thinking—only such a mindset could nurture it. Nothing vigorous or great can arise from a pen driven solely by greed. Need or ambition might have forced me to produce work hastily and poorly. Had the desire for success not led me into scheming and intrigue, I would have sought to say less that was useful and true, and more that would please the masses. Instead of being a distinguished writer, I might have become just another scribbler. No, I always believed that the state of being a writer could only be honorable and respected if it were not regarded as a mere profession. It is far too difficult to think nobly when one’s only goal is to survive. To utter great truths, one must not depend on success. I offered my books to the public with the conviction that I was speaking for the common good, without caring about anything else. If people rejected them, so be it—they who did not wish to benefit from them were not my concern; I did not need their approval to live. My art could sustain me even if my books did not sell well. And precisely because they did not sell well, they became successful.
Prima di lasciare Parigi, durante l’inverno che precedette il mio ritiro, ebbi un piacere assolutamente in linea con i miei desideri, che godetti nella sua massima purezza. Palissot, accademico di Nancy noto per alcuni drammi, aveva appena rappresentato uno di questi a Lunéville, davanti al re di Polonia. Egli credette evidentemente di fare la corte al re interpretando in quel dramma un uomo che aveva osato sfidarlo con la penna in mano. Stanislas, che era generoso e non amava la satira, si indignò per l’audacia di qualcuno che osasse personificare il re davanti a lui. Il conte de Tressan scrisse, su ordine di quel principe, a d’Alembert e a me, informandoci che l’intenzione del re era che Palissot venisse espulso dall’Accademia. La mia risposta fu una fervente preghiera a Monsieur de Tressan di intercedere presso il re di Polonia affinché venisse concesso il perdono a Palissot. Il perdono fu accordato, e Monsieur de Tressan, comunicandomelo in nome del re, aggiunse che questo fatto sarebbe stato registrato negli atti dell’Accademia. Risposi che ciò significava meno concedere un perdono che perpetuare una punizione. Alla fine, grazie alle mie insistenze, si decise di non fare alcuna menzione ufficiale in merito a questa vicenda, affinché non rimanesse traccia pubblica dell’incidente. Tutto ciò fu accompagnato, sia da parte del re che da quella di Monsieur de Tressan, da manifestazioni di stima e considerazione che mi resero estremamente lusingato; in quell’occasione compresi che l’apprezzamento delle persone così degne suscita nell’animo sentimenti molto più dolci e nobili di quelli derivanti dalla vanità. Ho trascritto nel mio raccolto le lettere di Monsieur de Tressan insieme alle mie risposte; gli originali si trovano nella cartella A, numeri 9, 10 e 11.
Sento chiaramente che, se mai queste Memorie dovessero vedere la luce, io stesso perpetuerò qui il ricordo di un fatto del quale volevo cancellare le tracce; ma, nonostante ciò, ne trasmetto molti altri, contro la mia volontà. L’obiettivo principale della mia impresa, sempre presente davanti ai miei occhi, e il dovere indispensabile di adempierla in tutta la sua estensione, non mi permetteranno mai di deviare per motivi più deboli che potrebbero allontanarmi dal mio scopo. Nella strana, unica situazione in cui mi trovo, devo troppo alla verità per dover qualcosa in più ad altri. Per conoscermi davvero, è necessario conoscere tutte le mie relazioni, sia positive che negative. Le mie confessioni sono inevitabilmente legate a quelle di molte persone; le faccio entrambe con la stessa franchezza, in tutto ciò che mi riguarda, senza credere di dover riservare a nessuno più riguardi di quelli che riservo a me stesso, eppure desiderando di farlo molto di più. Voglio sempre essere giusto e vero: dire del bene degli altri tanto quanto è possibile, e mai parlare del male se non quando sono costretto a farlo. Chi, nella situazione in cui mi trovo, ha il diritto di chiedermi di più? Le mie confessioni non sono destinate ad essere pubblicate durante la mia vita, né quella delle persone interessate. Se fossi io il padrone del mio destino e di quello di questo scritto, esso non vedrebbe mai la luce se non molto dopo la mia morte e la loro. Ma gli sforzi che la paura della verità costringe i miei potenti oppressori a compiere per cancellarne le tracce, mi obbligano a fare, per conservarle, tutto ciò che permettono il diritto più rigoroso e la giustizia più severa. Se la mia memoria dovesse spegnersi con me, preferirei sopportare un’ingiusta umiliazione temporanea senza lamentarmi; ma poiché, dopotutto, il mio nome deve sopravvivere, devo cercare di trasmettervi insieme a esso il ricordo dell’uomo sfortunato che lo portò, così com’era veramente, e non così come iniqui nemici lavorano instancabilmente per descriverlo.
Fine dell’ottavo libro.
Libro Nove
1756 – 1757
[175]
L’impazienza di stabilirmi nell’Ermitage non mi permetteva di attendere il ritorno della bella stagione; appena il mio alloggio fu pronto, mi affrettai ad andarvi, nonostante le grandi derisioni del gruppo di Holbach, che predicevano con sicurezza che non avrei potuto sopportare tre mesi di solitudine e che presto sarei tornato a Parigi per vivere come loro, con la mia breve vergogna. Per me, che da quindici anni ero lontano dal mio ambiente naturale e stavo per rientrarvi, non prestavo nemmeno attenzione alle loro battute. Da quando mi ero, contro la mia volontà, gettato nel mondo, non avevo fatto altro che rimpiangere le mie amate Charmettes e la dolce vita che vi conducevo. Mi sentivo fatto per la ritirata e la campagna; era impossibile per me essere felice altrove. A Venezia, tra gli impegni pubblici, nella dignità di una sorta di rappresentanza, nell’orgoglio dei progetti di promozione; a Parigi, nel vortice della grande società, nella sensualità delle cene, nello splendore degli spettacoli. Sempre i miei boschetti, i miei ruscelli, le mie solitarie passeggiate venivano, con il loro ricordo, a distrarmi, a rattristarmi, a strapparmi sospiri e desideri. Tutti i lavori a cui mi ero potuto assoggettare, tutti i progetti di ambizione che, per un momento, avevano animato il mio zelo, avevano solo lo scopo di raggiungere un giorno quei felici momenti di tranquillità campestre a cui, in quel momento, mi illudevo di poter arrivare. Senza aver raggiunto quella onesta agiatezza che credevo fosse l’unica strada per arrivarci, ritenevo, data la mia situazione particolare, di potermela cavare e di poter raggiungere lo stesso scopo attraverso un percorso completamente diverso. Non avevo un soldo di rendita; ma avevo un nome, dei talenti; ero sobrio e mi ero tolto i bisogni più dispendiosi, tutti quelli legati all’opinione altrui. Inoltre, sebbene pigro, ero laborioso quando lo volevo. E la mia pigrizia era piuttosto quella di una persona indipendente che non ama lavorare se non quando ne ha voglia. Il mio lavoro di copista di musica non era né brillante né redditizio; ma era sicuro. Nel mondo mi apprezzavano per aver avuto il coraggio di sceglierlo. Potevo contare sul fatto che il lavoro non mi mancasse, e mi sarebbe bastato per vivere lavorando sodo. Duemila franchi che mi rimanevano dai proventi del “Devin du village” e dai miei altri scritti mi permettevano di non stare a corto di denaro. E diversi lavori che avevo in corso mi promettevano, senza dover ricorrere ai librai, ulteriori guadagni sufficienti per lavorare tranquillamente, senza esagerare. Anzi, anche sfruttando i momenti di libertà che mi offrivano le passeggiate. La mia piccola famiglia, composta da tre persone che si occupavano tutte di cose utili, non richiedeva un mantenimento troppo costoso. Infine, le mie risorse, in proporzione ai miei bisogni e ai miei desideri, potevano promettermi ragionevolmente una vita felice e duratura. Proprio quella che la mia inclinazione mi aveva fatto scegliere.
Avrei potuto orientarmi interamente verso la strada più redditizia e, invece di dedicare la mia penna alla semplice copia, offrirla interamente a scritti che, grazie al talento che possedevo e che ero in grado di esprimere, avrebbero potuto garantirmi una vita agiata, se solo avessi unito alle mie capacità creative gli sforzi necessari per pubblicare opere di qualità. Ma sentivo che scrivere soltanto per guadagnarsi da vivere avrebbe presto soffocato il mio genio e ucciso il mio talento, che non risiedeva nella mia penna, ma nel mio cuore, e nasceva unicamente da una mentalità elevata e orgogliosa, capace di nutrirlo. Nulla di veramente grande può nascere da una penna completamente venduta al denaro; la necessità, forse l’avidità, mi avrebbero spinto a compiere opere scadenti in fretta e male. Se non fosse stata la ricerca del successo a trascinarmi nelle intrighi e nelle manovre meschine, avrei cercato di dire meno cose utili e vere, ma piuttosto ciò che piaceva al pubblico. E da un autore distinto come potevo essere, sarei diventato soltanto uno scribacchino. No: ho sempre sentito che lo stato di “autore” può essere illustre e rispettabile solo se non si tratta di un mestiere. È troppo difficile pensare nobilmente quando si pensa soltanto a sopravvivere. Per poter dire verità grandi e coraggiose, non bisogna dipendere dal proprio successo. Lanciavo i miei libri sul pubblico con la certezza di aver parlato per il bene comune, senza curarmi del resto. Se l’opera veniva rifiutata, pazienza per coloro che non volevano approvarla: io non avevo bisogno della loro approvazione per vivere. Il mio mestiere poteva nutrirmi anche se i miei libri non si vendevano. E proprio questo li rendeva vendibili.
Ce fut le 9 avril 1756 que je quittai la ville pour n’y plus habiter[177] ; car je ne compte pas pour habitation quelques courts séjours que j’ai faits depuis, tant à Paris qu’à Londres et dans d’autres villes, mais toujours de passage, ou toujours malgré moi. Mme d’Épinay vint nous prendre tous trois dans son carrosse ; son fermier vint charger mon petit bagage, et je fus installé dès le même jour[178]. Je trouvai ma petite retraite arrangée et meublée simplement, mais proprement et même avec goût. La main qui avait donné ses soins à cet ameublement le rendait à mes yeux d’un prix inestimable, et je trouvais délicieux d’être l’hôte de mon amie, dans une maison de mon choix, qu’elle avait bâtie exprès pour moi.
Quoiqu’il fît froid, et qu’il y eût même encore de la neige, la terre commençait à végéter ; on voyait des violettes et des primevères ; les bourgeons des arbres commençaient à poindre, et la nuit même de mon arrivée fut marquée par le premier chant du rossignol, qui se fit entendre presque à ma fenêtre, dans un bois qui touchait la maison. Après un léger sommeil, oubliant à mon réveil ma transplantation, je me croyais encore dans la rue Grenelle, quand tout à coup ce ramage me fit tressaillir, et je m’écriai dans mon transport : Enfin tous mes vœux sont accomplis ! Mon premier soin fut de me livrer à l’impression des objets champêtres dont j’étais entouré. Au lieu de commencer à m’arranger dans mon logement, je commençai par m’arranger pour mes promenades, et il n’y eut pas un sentier, pas un taillis, pas un bosquet, pas un réduit autour de ma demeure, que je n’eusse parcouru dès le lendemain. Plus j’examinais cette charmante retraite, plus je la sentais faite pour moi. Ce lieu solitaire plutôt que sauvage me transportait en idée au bout du monde. Il avait de ces beautés touchantes qu’on ne trouve guère auprès des villes ; et jamais, en s’y trouvant transporté tout d’un coup, on n’eût pu se croire à quatre lieues de Paris.
Après quelques jours livrés à mon délire champêtre, je songeai à ranger mes paperasses et à régler mes occupations. Je destinai, comme j’avais toujours fait, mes matinées à la copie, et mes après-dînées à la promenade, muni de mon petit livret blanc et de mon crayon : car n’ayant jamais pu écrire et penser à mon aise que sub dio, je n’étais pas tenté de changer de méthode, et je comptais bien que la forêt de Montmorency, qui était presque à ma porte, serait désormais mon cabinet de travail. J’avais plusieurs écrits commencés ; j’en fis la revue. J’étais assez magnifique en projets ; mais, dans les tracas de la ville, l’exécution jusqu’alors avait marché lentement. J’y comptais mettre un peu plus de diligence quand j’aurais moins de distraction. Je crois avoir assez bien rempli cette attente, et pour un homme souvent malade, souvent à la Chevrette, à Épinay, à Eaubonne, au château de Montmorency, souvent obsédé chez lui de curieux désœuvrés, et toujours occupé la moitié de la journée à la copie, si l’on compte et mesure les écrits que j’ai faits dans les six ans que j’ai passés tant à l’Ermitage qu’à Montmorency, l’on trouvera, je m’assure, que si j’ai perdu mon temps durant cet intervalle, ce n’a pas été du moins dans l’oisiveté.
Des divers ouvrages que j’avais sur le chantier celui que je méditais depuis plus longtemps, dont je m’occupais avec le plus de goût, auquel je voulais travailler toute ma vie, et qui devait, selon moi, mettre le sceau à ma réputation, était mes Institutions politiques. Il y avait treize ou quatorze ans que j’en avais conçu la première idée, lorsque étant à Venise j’avais eu quelque occasion de remarquer les défauts de ce gouvernement si vanté. Depuis lors mes vues s’étaient beaucoup étendues par l’étude historique de la morale. J’avais vu que tout tenait radicalement à la politique, et que, de quelque façon qu’on s’y prît, aucun peuple ne serait jamais que ce que la nature de son gouvernement le ferait être ; ainsi cette grande question du meilleur gouvernement possible me paraissait se réduire à celle-ci : Quelle est la nature du gouvernement propre à former un peuple le plus vertueux, le plus éclairé, le plus sage, le meilleur enfin, à prendre ce mot dans son plus grand sens ? J’avais cru voir que cette question tenait de bien près à cette autre-ci, si même elle en était différente : Quel est le gouvernement qui, par sa nature, se tient toujours le plus près de la loi ? De là, qu’est-ce que la loi ? et une chaîne de questions de cette importance. Je voyais que tout cela me menait à de grandes vérités, utiles au bonheur du genre humain, mais surtout à celui de ma patrie, où je n’avais pas trouvé, dans le voyage que je venais d’y faire, les notions des lois et de la liberté assez justes ni assez nettes à mon gré : et j’avais cru cette manière indirecte de les leur donner, la plus propre à ménager l’amour-propre de ses membres, et à me faire pardonner d’avoir pu voir là-dessus un peu plus loin qu’eux.
Quoiqu’il y eût déjà cinq ou six ans que je travaillais à cet ouvrage, il n’était encore guère avancé. Les livres de cette espèce demandent de la méditation, du loisir, de la tranquillité. De plus je faisais celui-là, comme on dit, en bonne fortune et je n’avais voulu communiquer mon projet à personne, pas même à Diderot. Je craignais qu’il ne parût trop hardi pour le siècle et le pays où j’écrivais et que l’effroi de mes amis[179] ne me gênât dans l’exécution. J’ignorais encore s’il serait fait à temps et de manière à pouvoir paraître de mon vivant. Je voulais pouvoir, sans contrainte, donner à mon sujet tout ce qu’il me demandait ; bien sûr que, n’ayant point l’humeur satirique, et ne voulant jamais chercher d’application, je serais toujours irrépréhensible en toute équité. Je voulais user pleinement, sans doute, du droit de penser, que j’avais par ma naissance, mais toujours en respectant le gouvernement sous lequel j’avais à vivre, sans jamais désobéir à ses lois, et très attentif à ne pas violer le droit des gens, je ne voulais pas non plus renoncer par crainte à ses avantages.
J’avoue même qu’étranger et vivant en France je trouvais ma position très favorable pour oser dire la vérité ; sachant bien que, continuant, comme je voulais faire, à ne rien imprimer dans l’État sans permission, je n’y devais compte à personne de mes maximes et de leur publication partout ailleurs. J’aurais été bien moins libre à Genève même, où, dans quelque lieu que mes livres fussent imprimés, le magistrat avait droit d’épiloguer sur leur contenu. Cette considération avait beaucoup contribué à me faire céder aux instances de Mme d’Épinay, et renoncer au projet d’aller m’établir à Genève. Je sentais, comme je l’ai dit dans l’Émile[180], qu’à moins d’être homme d’intrigues, quand on veut consacrer des livres au vrai bien de la patrie, il ne faut point les composer dans son sein.
Ce qui me faisait trouver ma position plus heureuse était la persuasion où j’étais que le gouvernement de France, sans peut-être me voir de fort bon œil, se ferait un honneur, sinon de me protéger, au moins de me laisser tranquille. C’était, ce me semblait, un trait de politique très simple et cependant très adroite, de se faire un mérite de tolérer ce qu’on ne pouvait empêcher ; puisque si l’on m’eût chassé de France, ce qui était tout ce qu’on avait droit de faire, mes livres n’auraient pas moins été faits, et peut-être avec moins de retenue ; au lieu qu’en me laissant en repos on gardait l’auteur pour caution de ses ouvrages, et de plus, on effaçait des préjugés bien enracinés dans le reste de l’Europe, en se donnant la réputation d’avoir un respect éclairé pour le droit des gens.
It was on April 9, 1756, that I left the city never to return there again[177]; for I do not consider those brief stays I have made since then—whether in Paris, London, or other cities—as true residences, but rather as temporary sojourns, always against my will. Madame d’Épinay came to pick us all three up in her carriage; her farmer brought my small luggage, and I was settled in on the very same day[178]. I found my little retreat simply furnished, yet neatly arranged and even tastefully decorated. The hand that had taken such care to arrange it made it invaluable in my eyes, and I found it delightful to be my friend’s guest in a house of my own choosing, one that she had built specifically for me.
Despite the cold, and even though there was still some snow, the earth began to show signs of life; violet flowers and primroses could be seen, and the buds of the trees were beginning to sprout. Even on the night of my arrival, the first song of a nightingale was heard, almost at my window, in a woods that bordered the house. After a short nap, I forgot about my recent relocation upon waking up and thought I was still in the Rue Grenelle. But then, that singing suddenly made me shudder, and in my excitement, I exclaimed: “At last, all my wishes have come true!” My first concern was to immerse myself in the beauty of the natural surroundings around me. Instead of starting to arrange my new home, I began planning my walks. Not a single path, thicket, grove, or small clearing near my residence remained unexplored by me the very next day. The more I admired this charming retreat, the more I felt it was meant for me. This secluded, though not wild, place transported me mentally to the ends of the earth. It possessed those tender beauties that are rarely found near cities; and one could never have guessed, upon suddenly arriving there, that they were just four miles away from Paris.
After several days devoted to my rustic delirium, I thought about putting my papers in order and settling my affairs. As I had always done before, I reserved the mornings for copying and the afternoons for walks, equipped with my little white notebook and pencil—for since I had never been able to write or think freely except under the influence of God, I saw no reason to change my methods. I was determined that the forest of Montmorency, which lay almost at my doorstep, would now become my office. I had several unfinished manuscripts; I went through them. My plans were quite ambitious, but amidst the distractions of city life, progress had been slow. I hoped to work more diligently once I had fewer interruptions. I believe I lived up to this expectation fairly well. For a man who was often ill, spending time at the Chevrette, Épinay, Eaubonne, or the château of Montmorency, and who was constantly preoccupied with various idle pursuits at home while still spending half each day on copying—if one takes into account all the writings I produced during those six years spent alternately at the Ermitage and Montmorency—I am certain that, even if I wasted some time during that period, it was not in idleness.
Among the various works I had in progress, the one that I had been meditating on for the longest time, with the greatest enthusiasm, and which I intended to devote my entire life to—work that, in my opinion, would seal my reputation—was my Institutions Politiques. Thirteen or fourteen years prior, while I was in Venice, I had taken occasion to observe the flaws of that much-praised form of government. Since then, my insights had greatly expanded through the historical study of morality. I came to realize that everything ultimately depended on politics; no matter how one approached it, a people would always be what its form of government determined it to be. Thus, the crucial question of what the best possible form of government was reduced, in my view, to this: What is the nature of a government capable of shaping a people into one that is most virtuous, most enlightened, most wise—in other words, the best in every sense? I believed this question was closely related to another: What kind of government is, by its very nature, always closest to the law? From there, the question arose: What is the law itself? And a whole chain of such important inquiries followed. I saw that all this led me toward profound truths beneficial to the happiness of humanity—and, above all, to that of my own country, where, during my recent visit, I had not found enough clarity and precision in people’s understanding of law and liberty. I believed that this indirect approach to imparting such knowledge was the most appropriate way to respect the self-respect of its citizens and to justify my having delved deeper into these matters than they might have done on their own.
Although I had been working on this work for five or six years, it had made little progress. Books of this kind require meditation, leisure, and tranquility. Moreover, I was undertaking this project at a time when fortune was favorable to me, and I had chosen not to share my plans with anyone—even not with Diderot. I feared that such a project might seem too bold for the century and the country in which I lived, and that the concerns of my friends might hinder its completion. I still did not know whether it would be finished in time or in a way that would allow it to be published during my lifetime. I wanted to be able to give my subject all that it required without any constraints; certainly, since I lacked a satirical temperament and never sought to apply my ideas practically, I would always act in an entirely just manner. I desired to fully exercise the right to think that I was born with, but at the same time, I wanted to respect the government under which I lived, never disobey its laws, and be careful not to violate the rights of others. Nor did I wish to give up, out of fear, any of the benefits that such a government could offer.
I must even admit that, being an outsider living in France, I found my position extremely favorable for daring to speak the truth; knowing full well that, if I continued to print anything in the country without permission, I would not have to account to anyone for my principles or their publication elsewhere. I would have been far less free even in Geneva, where, no matter where my books were printed, the authorities had the right to censor their content. This consideration played a significant role in making me yield to Madame d’Épinay’s pleas and abandon the plan to settle in Geneva. As I stated in Émile[180], I believed that, unless one was involved in intrigue, if one intended to dedicate books to the true welfare of one’s country, they should not be composed within its borders.
What made me feel that my situation was more fortunate was the belief that the French government, although perhaps not holding me in high regard, would consider it an honor to either protect me or at least leave me alone. To me, this seemed a very simple yet astute political approach: to acknowledge as a merit the inability to prevent something; for if they had expelled me from France—which was all they were entitled to do—my books would have been written just the same, perhaps even more freely. By allowing me to remain undisturbed, they not only preserved the author as a guarantor of his works but also helped to dispel deeply ingrained prejudices throughout Europe, thereby earning the reputation of respecting human rights.
Fu il 9 aprile 1756 che lasciai la città per non vi abitare più[177]; infatti, non considero come vere e proprie residenze quei brevi soggiorni che ho avuto da allora, sia a Parigi che a Londra o in altre città, ma sempre solo di passaggio, o comunque contro la mia volontà. La signora d’Épinay venne a prenderci tutti e tre con la sua carrozza; il suo fattore si occupò di caricare i miei pochi bagagli, e io fui sistemato nello stesso giorno[178]. Trovai la mia piccola dimora arredata in modo semplice, ma pulito e addirittura elegante. La mano che aveva curato l’arredamento lo rendeva, ai miei occhi, di un valore inestimabile; e trovavo delizioso essere ospite della mia amica, in una casa scelta da me stesso, che lei aveva costruito appositamente per me.
Nonostante facesse freddo e ci fosse ancora della neve, la terra iniziava a rigogliarsi; si vedevano violette e primule; i germogli degli alberi cominciavano ad apparire, e persino nella notte del mio arrivo si udì il primo canto del rossignolo, che risuonò quasi alla mia finestra, in un bosco che confinava con la casa. Dopo un breve sonno, dimenticando al risveglio di essere stato trasferito lì, credevo ancora di trovarmi nella rue Grenelle, quando improvvisamente quel canto mi fece sobbalzare e esclamai: “Finalmente tutti i miei desideri si sono avverati!” La mia prima preoccupazione fu quella di godermi appieno il paesaggio rurale che mi circondava. Invece di iniziare a sistemarmi nella mia nuova dimora, cominciai subito a pianificare le mie passeggiate; non c’era sentiero, siepe, boschetto o angolo del mio giardino che non esplorassi il giorno seguente. Più osservavo questo incantevole rifugio, più mi sembrava fatto apposta per me. Quel luogo solitario, piuttosto che selvaggio, mi trasportava mentalmente all’estremità del mondo; possedeva quelle bellezze toccanti che difficilmente si trovano vicino alle città. E mai, entrandovi all’improvviso, si potrebbe pensare di essere a soli quattro miglia da Parigi.
Dopo alcuni giorni trascorsi nel mio delirio campestre, pensai di mettere in ordine le mie carte e sistemare le mie occupazioni. Come facevo sempre, dedicavo le mattine alla copia e i pomeriggi alle passeggiate, munito del mio piccolo quaderno bianco e della mia matita: poiché non ero mai riuscito a scrivere e pensare con tranquillità se non sotto la protezione di Dio, non avevo alcuna intenzione di cambiare metodo. Speravo che la foresta di Montmorency, che si trovava quasi sulla mia porta, diventasse il mio studio. Avevo iniziato diversi lavori; ne feci un riepilogo. I miei progetti erano abbastanza promettenti; tuttavia, a causa delle distrazioni della città, l’esecuzione dei lavori procedeva lentamente. Intendevo impegnarmi di più una volta ridotte le distrazioni. Credo di aver soddisfatto questa aspettativa: per un uomo che spesso era malato e trascorreva molto tempo a Épinay, Eaubonne o nel castello di Montmorency, e che inoltre passava metà della giornata a copiare documenti, se si considerano tutti i lavori che ho portato a termine nei sei anni trascorsi sia all’Ermitage che a Montmorency, si confermerà che, anche se ho perso del tempo in quel periodo, non è stato certo a causa dell’ozio.
Dei diversi lavori che avevo in corso, quello su cui riflettevo da più tempo, al quale dedicavo il maggior impegno e con il quale volevo trascorrere tutta la mia vita, e che, a mio parere, avrebbe dovuto consacrare la mia reputazione, erano le mie “Istituzioni politiche”. Avevo concepito l’idea fondamentale di questo lavoro tredici o quattordici anni prima, quando, trovandomi a Venezia, avevo avuto l’occasione di osservare i difetti di quel governo tanto lodato. Da allora, la mia visione si era notevolmente ampliata attraverso lo studio storico della morale: avevo compreso che tutto dipendesse fondamentalmente dalla politica, e che, in qualunque modo essa venisse gestita, nessun popolo sarebbe mai stato altro da ciò che la natura del suo governo avrebbe reso. Così, questa importante questione riguardante il miglior governo possibile mi sembrava ridursi a questa: Qual è la natura di quel governo che sia in grado di formare un popolo il più virtuoso, il più illuminato, il più saggio, insomma, il migliore nel senso più ampio del termine? Credevo di aver scoperto che questa domanda fosse strettamente legata a un’altra: Qual è il governo che, per sua natura, si attenga sempre maggiormente alla legge? Da qui nascevano altre domande di grande rilevanza. Ero convinto che tutto ciò mi avrebbe portato a grandi verità utili al benessere dell’umanità, ma soprattutto a quello della mia patria, dove, nel viaggio appena concluso, non avevo trovato concetti sufficientemente chiari e corretti riguardo alla legge e alla libertà. Credevo che questo metodo indiretto per trasmetterli fosse il più adatto per rispettare l’orgoglio dei suoi cittadini e per farmi perdonare se, su questi argomenti, avevo potuto andare un po’ oltre di loro.
Sebbene lavorassi a quest’opera da già cinque o sei anni, non era ancora molto avanzata. I libri di questo genere richiedono meditazione, tempo libero e tranquillità. Inoltre, lo stavo scrivendo in condizioni particolari: non avevo voluto condividere il mio progetto con nessuno, nemmeno con Diderot. Temevo che potesse sembrare troppo audace per l’epoca e il paese in cui scrivevo, e che la preoccupazione dei miei amici potesse ostacolare la sua realizzazione. Non sapevo ancora se sarebbe stato completato in tempo e in modo da poter essere pubblicato durante la mia vita. Volevo poter dedicare al mio argomento tutto ciò di cui avevo bisogno, senza alcuna restrizione; naturalmente, poiché non possedevo un temperamento satirico e non cercavo mai di applicare le mie idee in modo pratico, sarei sempre stato irreprensibile, secondo ogni criterio di equità. Volevo esercitare appieno il diritto di pensare che mi spettava per nascita, ma sempre rispettando il governo sotto cui vivevo, senza mai disobbedire alle sue leggi e attento a non violare i diritti altrui; allo stesso tempo, non volevo rinunciare, per paura, ai vantaggi che tale governo mi offriva.
Devo ammettere che, essendo straniero e vivendo in Francia, ritenevo la mia posizione particolarmente favorevole per osare dire la verità; sapevo infatti che, continuando a non stampare nulla nello Stato senza autorizzazione, non dovevo rendere conto a nessuno delle mie idee e della loro pubblicazione altrove. Sarei stato molto meno libero anche a Ginevra, dove, ovunque i miei libri venissero stampati, il magistrato aveva il diritto di intervenire sul loro contenuto. Questa considerazione ha contribuito in gran parte a farmi cedere alle insistenze di Madame d’Épinay e abbandonare il progetto di stabilirmi a Ginevra. Come ho detto nell’“Émile”[180], sentivo che, a meno di essere una persona coinvolta in intrighi, quando si vogliono dedicare dei libri al vero bene della patria, non bisogna certo scriverli all’interno dello stesso Stato.
Ciò che rendeva la mia situazione più felice era la convinzione che il governo francese, anche se probabilmente non mi considerava con simpatia, si sarebbe fatto un onore, se non nel proteggermi, almeno nel lasciarmi in pace. Mi sembrava che questo fosse un approccio politico molto semplice eppure molto astuto: riconoscere di aver tollerato ciò che non era possibile impedire; infatti, anche se mi avessero cacciato dalla Francia – il che era tutto ciò che avevano il diritto di fare – i miei libri sarebbero stati comunque scritti, forse addirittura con meno riserve. Lasciandomi in pace, invece, si teneva l’autore come garanzia per le sue opere; inoltre, si eliminavano pregiudizi profondamente radicati nel resto d’Europa, guadagnando la reputazione di rispettare il diritto degli uomini.
Ceux qui jugeront sur l’événement que ma confiance m’a trompé pourraient bien se tromper eux-mêmes. Dans l’orage qui m’a submergé, mes livres ont servi de prétexte, mais c’était à ma personne qu’on en voulait. On se souciait très peu de l’auteur, mais on voulait perdre Jean-Jacques, et le plus grand mal qu’on ait trouvé[181] dans mes écrits était l’honneur qu’ils pouvaient me faire. N’enjambons point sur l’avenir. J’ignore si ce mystère, qui en est encore un pour moi, s’éclaircira dans la suite aux yeux des lecteurs. Je sais seulement que, si mes principes manifestés avaient dû m’attirer les traitements que j’ai soufferts, j’aurais tardé moins longtemps à en être la victime, puisque celui de tous mes écrits où ces principes sont manifestés avec le plus de hardiesse, pour ne pas dire d’audace, avait paru, avait fait son effet, même avant ma retraite à l’Ermitage, sans que personne eût songé je ne dis pas à me chercher querelle, mais à empêcher seulement la publication de l’ouvrage en France, où il se vendait aussi publiquement qu’en Hollande. Depuis lors La Nouvelle Héloïse parut encore avec la même facilité, j’ose dire avec le même applaudissement, et ce qui semble presque incroyable, la profession de foi de cette même Héloïse mourante est exactement la même que celle du Vicaire savoyard. Tout ce qu’il y a de hardi dans le Contrat social était auparavant dans le Discours sur l’inégalité ; tout ce qu’il y a de hardi dans l’Émile était auparavant dans la Julie[182]. Or, ces choses hardies n’excitèrent aucune rumeur contre les deux premiers ouvrages ; donc ce ne furent pas elles qui l’excitèrent contre les derniers.
Une autre entreprise à peu près du même genre, mais dont le projet était plus récent, m’occupait davantage en ce moment : c’était l’extrait des ouvrages de l’Abbé de Saint-Pierre, dont, entraîné par le fil de ma narration, je n’ai pu parler jusqu’ici. L’idée m’en avait été suggérée, depuis mon retour de Genève, par l’abbé de Mably, non pas immédiatement, mais par l’entremise de Mme Dupin, qui avait une sorte d’intérêt à me la faire adopter. Elle était une des trois ou quatre jolies femmes de Paris dont le vieux Abbé de Saint-Pierre avait été l’enfant gâté, et si elle n’avait pas eu décidément la préférence, elle l’avait partagée au moins avec Mme d’Aiguillon. Elle conservait pour la mémoire du bon homme un respect et une affection qui faisaient honneur à tous deux, et son amour-propre eût été flatté de voir ressusciter, par son secrétaire, les ouvrages mort-nés de son ami. Ces mêmes ouvrages ne laissaient pas de contenir d’excellentes choses, mais si mal dites, que la lecture en était difficile à soutenir, et il est étonnant que l’Abbé de Saint-Pierre, qui regardait ses lecteurs comme de grands enfants, leur parlât cependant comme à des hommes par le peu de soin qu’il prenait de s’en faire écouter. C’était pour cela qu’on m’avait proposé ce travail, comme utile en lui-même, et comme très convenable à un homme laborieux en manœuvre, mais paresseux comme auteur, qui, trouvant la peine de penser très fatigante, aimait mieux, en chose de son goût, éclaircir et pousser les idées d’un autre que d’en créer. D’ailleurs, en ne me bornant pas à la fonction de traducteur, il ne m’était pas défendu de penser quelquefois par moi-même, et je pouvais donner telle forme à mon ouvrage, que bien d’importantes vérités y passeraient sous le manteau de l’abbé de Saint-Pierre, encore plus heureusement que sous le mien. L’entreprise, au reste, n’était pas légère, il ne s’agissait de rien moins que de lire, de méditer, d’extraire vingt-trois volumes, diffus, confus, pleins de longueurs, de redites, de petites vues courtes ou fausses, parmi lesquelles il en fallait pêcher quelques-unes, grandes, belles, et qui donnaient le courage de supporter ce pénible travail. Je l’aurais moi-même souvent abandonné, si j’eusse honnêtement pu m’en dédire ; mais en recevant les manuscrits de l’Abbé qui me furent donnés par son neveu, le comte de Saint-Pierre, à la sollicitation de Saint-Lambert, je m’étais en quelque sorte engagé d’en faire usage, et il fallait ou les rendre, ou tâcher d’en tirer parti. C’était dans cette dernière intention que j’avais apporté ces manuscrits à l’Ermitage, et c’était là le premier ouvrage auquel je comptais donner mes loisirs.
J’en méditais un troisième, dont je devais l’idée à des observations faites sur moi-même, et je me sentais d’autant plus de courage à l’entreprendre que j’avais lieu d’espérer faire un livre vraiment utile aux hommes, et même un des plus utiles qu’on pût leur offrir, si l’exécution répondait dignement au plan que je m’étais tracé. L’on a remarqué que la plupart des hommes sont, dans le cours de leur vie, souvent dissemblables à eux-mêmes, et semblent se transformer en des hommes tout différents. Ce n’était pas pour établir une chose aussi connue que je voulais faire un livre : j’avais un objet plus neuf et même plus important ; c’était de chercher les causes de ces variations, et de m’attacher à celles qui dépendent de nous, pour montrer comment elles pouvaient être dirigées par nous-mêmes, pour nous rendre meilleurs et plus sûrs de nous. Car il est, sans contredit, plus pénible à l’honnête homme de résister à des désirs déjà tout formés qu’il doit vaincre, que de prévenir, changer ou modifier ces mêmes désirs dans leur source, s’il était en état d’y remonter. Un homme tenté résiste une fois parce qu’il est fort, et succombe une autre fois parce qu’il est faible ; s’il eût été le même qu’auparavant, il n’aurait pas succombé.
En sondant en moi-même, et en recherchant dans les autres à quoi tenaient ces diverses manières d’être, je trouvai qu’elles dépendaient en grande partie de l’impression antérieure des objets extérieurs, et que, modifiés continuellement par nos sens et par nos organes, nous portions, sans nous en apercevoir, dans nos idées, dans nos sentiments, dans nos actions même l’effet de ces modifications. Les frappantes et nombreuses observations que j’avais recueillies étaient au-dessus de toute dispute, et par leurs principes physiques, elles me paraissaient propres à fournir un régime extérieur, qui, varié selon les circonstances, pouvait mettre ou maintenir l’âme dans l’état le plus favorable à la vertu. Que d’écarts on sauverait à la raison, que de vices on empêcherait de naître si l’on savait forcer l’économie animale à favoriser l’ordre moral qu’elle trouble si souvent ! Les climats, les saisons, les sons, les couleurs, l’obscurité, la lumière, les éléments, les aliments, le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre machine, et sur notre âme ; par conséquent tout nous offre mille prises presque assurées, pour gouverner dans leur origine les sentiments dont nous nous laissons dominer. Telle était l’idée fondamentale dont j’avais déjà jeté l’esquisse sur le papier, et dont j’espérais un effet d’autant plus sûr pour les gens bien nés, qui, aimant sincèrement la vertu, se défient de leur faiblesse, qu’il me paraissait aisé d’en faire un livre agréable à lire, comme il l’était à composer[183]. J’ai cependant bien peu travaillé à cet ouvrage, dont le titre était la Morale sensitive, ou le Matérialisme du sage. Des distractions, dont on apprendra bientôt la cause, m’empêchèrent de m’en occuper, et l’on saura aussi quel fut le sort de mon esquisse, qui tient au mien de plus près qu’il ne semblerait.
Outre tout cela, je méditais depuis quelque temps un système d’éducation, dont Mme de Chenonceau, que celle de son mari faisait trembler pour son fils, m’avait prié de m’occuper. L’autorité de l’amitié faisait que cet objet, quoique moins de mon goût en lui-même, me tenait au cœur plus que tous les autres. Aussi, de tous les sujets dont je viens de parler, celui-là est-il le seul que j’ai conduit à sa fin. Celle que je m’étais proposée, en y travaillant, méritait, ce semble, à l’auteur, une autre destinée. Mais n’anticipons pas ici sur ce triste sujet. Je ne serai que trop forcé d’en parler dans la suite de cet écrit.
Those who judge that my confidence in myself was misplaced may well be mistaken themselves. In the storm that overwhelmed me, my books served as a pretext, but it was actually my person that was targeted. People cared very little for the author; what they really wanted was to harm Jean-Jacques. The greatest “evil” they found in my writings was the honor they might bring me. Let us not speculate about the future. I do not know whether this mystery, which remains unclear to me, will be resolved in the eyes of readers later on. I only know that if the principles I expressed in my writings had indeed deserved the persecution I suffered, I would have become a victim much earlier—especially since the work where these principles were most boldly, even recklessly, expressed had already been published and had had its effect, even before I retired to the Hermitage. No one even thought of challenging me; instead, they simply tried to prevent the book from being published in France, where it sold just as well as in the Netherlands. Since then, La Nouvelle Héloïse has continued to be published with equal ease—and, I would say, with equal acclaim. What seems almost unbelievable is that the confession of faith expressed by this dying Héloïse is precisely the same as that of the Savoyard Vicar. Everything bold and daring that was contained in The Social Contract had already appeared in Discourse on Inequality; everything bold and daring that was contained in Emile had already appeared in Julie. Yet these bold ideas did not provoke any backlash against the first two books; therefore, they could not have been the cause of the backlash against the latter ones.
Another enterprise of roughly the same nature, but with a more recent project, was occupying my attention at that time: it involved extracting passages from the works of Abbé de Saint-Pierre, about which I had not yet had the opportunity to speak, as my narrative progressed. The idea had been suggested to me since my return from Geneva by Abbé de Mably, not directly, but through Madame Dupin, who had some interest in seeing me undertake this task. She was one of those three or four charming women in Paris who had been the favorite children of the elderly Abbé de Saint-Pierre; and although she did not hold a decisive preference for him, she certainly shared it with Madame d’Aiguillon. She retained for the memory of this kind man a respect and affection that brought honor to both of them, and her pride would have been pleased if her friend’s unfinished works had been revived through the efforts of his secretary. These works indeed contained many excellent ideas, but they were expressed in such a poor and confused manner that reading them was truly exhausting. It is astonishing that Abbé de Saint-Pierre, who regarded his readers as mere children, should have addressed them in such a way, showing so little care for their attention. It was for this reason that I was offered this task—both because it was in itself useful and because it suited well a person who was diligent at practical matters but lazy when it came to writing. Finding the effort of thinking too exhausting, I preferred, in my own taste, to clarify and develop the ideas of others rather than create my own. Moreover, since my role was not merely that of a translator, I was free to add my own thoughts from time to time, and I could shape my work in such a way that many important truths would be conveyed through the guise of Abbé de Saint-Pierre’s words—perhaps even more effectively than if they had come directly from me. Nevertheless, the task was no easy one; it involved reading, meditating on, and extracting material from twenty-three volumes of scattered, confused writings, filled with lengthy repetitions, trivial insights, and errors. It would have been very easy for me to give up on it if I had truly felt entitled to do so; but having received the manuscripts from Abbé’s nephew, Count de Saint-Pierre, at the request of Saint-Lambert, I felt somewhat obligated to make use of them. That was why I brought them to the Ermitage—because I intended to devote my leisure time to this project.
I was contemplating a third project, the idea for which stemmed from observations I had made of myself. The more I believed that I might succeed in creating a book truly useful to people—even one of the most beneficial books possible—if it were executed according to the plan I had outlined, the more courage I felt to undertake it. It has been observed that most people often change significantly throughout their lives, appearing to transform into entirely different individuals. However, my goal was not merely to confirm something already well-known; rather, I sought a more novel and important objective: to uncover the causes of these changes and to focus on those that are within our control, in order to show how we can direct them ourselves and thus become better and more confident individuals. After all, for an honest person, resisting desires that have already taken shape is undoubtedly far more difficult than preventing, altering, or modifying those desires at their very source—especially if one were in a position to do so. A man who is tempted resists once because he is strong, but yields another time because he is weak; if he had remained the same as before, he would not have succumbed.
In examining myself and in observing others, I found that these various ways of being were largely determined by the initial impressions left upon us by external objects. Continuously modified by our senses and organs, we unconsciously bring about the effects of these modifications into our thoughts, emotions, and even actions. The numerous and striking observations I had made were beyond dispute; based on physical principles, they seemed capable of providing an external framework that, varied according to circumstances, could either nurture or maintain the soul in a state most conducive to virtue. How many errors in reasoning might be avoided, how many vices might be prevented from arising, if we could somehow direct the natural functions of our bodies to promote the moral order they so often disrupt! Climates, seasons, sounds, colors, darkness, light, elements, food, noise, silence, movement, and rest—all these influence both our physical bodies and our souls. Consequently, they offer us countless means to control those emotions upon which we often allow ourselves to be dominated. Such was the fundamental idea I had initially outlined in writing; I hoped it would prove particularly effective for well-born individuals who truly cherish virtue and strive to overcome their weaknesses. It also seemed feasible to turn this idea into an entertaining and accessible work. However, I did little actual work on this project, which was intended to be titled The Sensuous Morality, or the Materialism of the Wise. Distractions of which the reasons will soon become clear prevented me from continuing it; one will also learn what fate befell my initial sketches—sketches that are, in fact, even more closely connected to my own thoughts than one might initially assume.
In addition to all this, I had for some time been contemplating a system of education; Madame de Chenonceau, whose own educational methods made her tremble for her son’s sake, had asked me to take charge of it. The authority of friendship meant that this project, although not particularly to my liking in itself, was dearer to my heart than any other. Therefore, of all the subjects I have mentioned, this is the only one that I saw through to its completion. The goal I had set for myself in working on it seemed to deserve a different fate from what ultimately occurred. But let us not anticipate such sad matters here; I will be forced to discuss them at length later in this text.
Coloro che giudicheranno che la mia fiducia mi abbia ingannato riguardo a questo evento potrebbero benissimo sbagliarsi anche loro. Nell’uragano che mi ha travolto, i miei libri sono stati soltanto un pretesto; in realtà, era la mia persona che veniva attaccata. A nessuno importava nulla dell’autore; l’obiettivo era distruggere Jean-Jacques. Il danno più grave che si è trovato nei miei scritti era proprio l’onore che essi potevano portarmi. Non anticipiamo il futuro: ignoro se questo mistero, che per me rimane ancora tale, verrà chiarito in seguito agli occhi dei lettori. So soltanto che, se i principi che ho espresso avessero dovuto attirarmi le persecuzioni che ho subito, sarei diventato vittima di esse molto prima. Poiché l’opera in cui questi principi sono espressi con la massima audacia era già stata pubblicata, aveva già avuto il suo effetto, anche prima della mia ritirata all’Ermitage, e nessuno aveva nemmeno pensato di cercarmi guai, ma soltanto di impedire la pubblicazione dell’opera in Francia, dove veniva venduta con lo stesso successo che in Olanda. Da allora, “La Nuova Eloisa” è stata pubblicata nuovamente con la stessa facilità, e posso dire con lo stesso entusiasmo da parte dei lettori. E ciò che sembra quasi incredibile è che le dichiarazioni di fede contenute in questa “Eloisa morente” siano esattamente le stesse di quelle del “Vicario savoiardo”. Tutto ciò che c’è di audace nel “Contratto sociale” esisteva già nel “Discorso sull’ineguaglianza”; tutto ciò che c’è di audace nell’“Emile” esisteva già nella “Julie”. Eppure, queste cose audaci non avevano suscitato alcuna reazione negativa nei confronti dei primi due libri. Quindi, non sono state esse a causare le critiche ai ultimi.
Un’altra azienda, più o meno dello stesso genere, ma il cui progetto era più recente, mi interessava di più in quel momento: si trattava dell’estrazione dei lavori dell’Abate de Saint-Pierre, di cui, trascinato dal filo della mia narrazione, non avevo ancora avuto modo di parlare fino ad ora. L’idea mi era stata suggerita, dopo il mio ritorno da Ginevra, dall’abate de Mably, non immediatamente, ma attraverso la mediazione di Madame Dupin, che aveva un certo interesse a farmela adottare. Lei era una delle tre o quattro belle donne di Parigi di cui l’anziano Abate de Saint-Pierre era stato il favorito; se non avesse avuto decisamente la sua preferenza, l’avrebbe almeno condivisa con Madame d’Aiguillon. Conservava per la memoria di quel buon uomo un rispetto e un affetto che onoravano entrambi, e il suo orgoglio sarebbe stato lusingato nel vedere, attraverso il suo segretario, rivivere i lavori morti-nati del suo amico. Questi stessi lavori contenevano certamente cose eccellenti, ma esposte in modo così scadente che la lettura risultava difficile da sostenere; è sorprendente che l’Abate de Saint-Pierre, pur considerando i suoi lettori come dei bambini grandi, parlasse loro comunque come a degli uomini, senza curarsi molto di farsi ascoltare. Era per questo che mi era stato proposto questo lavoro: sia perché utile in sé stesso, sia perché molto adatto a un uomo laborioso nel campo pratico ma pigro come autore, il quale, trovando la riflessione particolarmente faticosa, preferiva, nella sua opinione, chiarire e sviluppare le idee altrui piuttosto che crearne di nuove. Inoltre, non essendo limitato solo alla funzione di traduttore, non mi era stato vietato di riflettere a volte da solo, e potevo dare a mio lavoro una certa forma in modo che molte verità importanti vi passassero sotto il manto dell’Abate de Saint-Pierre, ancora più efficacemente che sotto il mio. L’impresa, comunque, non era facile: si trattava di leggere, meditare, estrarre ventitré volumi diffusi, confusi, pieni di lunghezze inutili, ripetizioni e idee superficiali o errate, tra cui bisognava cercare di selezionare alcune cose grandi e belle che dessero il coraggio di sopportare questo lavoro arduo. Anch’io avrei spesso abbandonato l’impresa, se avessi potuto onestamente rifiutarla; ma ricevendo i manoscritti dell’Abate tramite suo nipote, il conte de Saint-Pierre, su esortazione di Saint-Lambert, mi ero in qualche modo impegnato a utilizzarli, e quindi dovevo o restituirli o cercare di trarne profitto. Era con questa intenzione che avevo portato questi manoscritti all’Ermitage, e era lì che intendevo dedicare i miei momenti liberi.
Ne stavo meditando un terzo, il cui concetto derivava da osservazioni fatte su me stesso; sentivo quindi ancora più coraggio nel tentarlo, poiché avevo motivo di sperare di poter scrivere un libro davvero utile agli uomini, anzi uno dei più utili che si potessero offrire loro, a condizione che la sua realizzazione rispondesse degnamente al piano che mi ero tracciato. Si è notato che la maggior parte degli uomini, nel corso della loro vita, spesso cambia e sembra trasformarsi in persone completamente diverse da quelle che erano prima. Non era certo per dimostrare una cosa così ovvia che volevo scrivere questo libro: avevo un obiettivo più originale e persino più importante: cercare le cause di questi cambiamenti e concentrarmi su quelle che dipendono da noi, per mostrare come possiamo guidarle noi stessi, per diventare migliori e più sicuri di noi. Infatti, è senza dubbio molto più difficile per un uomo onesto resistere a desideri già formatisi, piuttosto che prevenirli, modificarli o cambiarne la fonte, se solo fosse in grado di risalire fino ad essa. Un uomo tentato resiste una volta perché è forte, e cede un’altra perché è debole; se fosse rimasto lo stesso di prima, non avrebbe ceduto.
Esaminando me stesso e cercando negli altri le cause di queste diverse modalità di essere, scoprii che esse dipendevano in gran parte dall’impressione prodotta in noi dagli oggetti esterni; modificati continuamente dai nostri sensi e dai nostri organi, portavamo, senza nemmeno accorgercene, nelle nostre idee, nei nostri sentimenti, persino nelle nostre azioni l’effetto di queste modifiche. Le numerose e significative osservazioni che avevo raccolto erano incontestabili; grazie ai loro principi fisici, mi sembravano capaci di fornire un metodo pratico che, variando a seconda delle circostanze, potesse portare l’anima nello stato più favorevole alla virtù. Quanti errori si potrebbero evitare nella ragione, quante vizi si potrebbero impedire di nascere se si riuscisse a far sì che il funzionamento del nostro organismo favorisse l’ordine morale che così spesso disturba! I climi, le stagioni, i suoni, i colori, l’oscurità, la luce, gli elementi, i cibi, il rumore, il silenzio, il movimento, il riposo, tutto influisce sul nostro corpo e sulla nostra anima; quindi tutto ci offre mille opportunità per governare, fin dalla loro origine, quei sentimenti di cui spesso ci lasciamo dominare. Questa era l’idea fondamentale su cui avevo già tracciato i primi contorni; speravo che avesse un effetto particolarmente positivo su quelle persone ben nate che, amando sinceramente la virtù e diffidando delle proprie debolezze, avrebbero trovato in questo libro uno strumento utile e piacevole da leggere e da utilizzare. Tuttavia ho lavorato molto poco a quest’opera, la cui intitolazione era “La morale sensitiva, ovvero il materialismo del saggio”. Distrazioni di cui presto si conoscerà la causa mi hanno impedito di proseguire; si saprà anche quale fine abbia avuto quel mio abbozzo, che in realtà è strettamente legato al mio lavoro attuale.
Oltre a tutto ciò, da tempo riflettevo su un sistema educativo; Madame de Chenonceau, che temeva per suo figlio l’educazione impartita dal marito, mi aveva chiesto di occuparmene. L’autorità dell’amicizia faceva sì che questo progetto, sebbene non fosse del tutto in linea con i miei gusti personali, fosse per me più importante di tutti gli altri. Pertanto, di tutti gli argomenti di cui ho parlato, questo è l’unico che abbia portato a termine. Lo scopo che mi ero prefissa lavorandoci sembrava meritare, da parte dell’autore, un destino diverso. Ma non anticipiamo su questo triste argomento: ne parlerò inevitabilmente più avanti in quest’opera.
Tous ces divers projets m’offraient des sujets de méditation pour mes promenades : car, comme je crois l’avoir dit, je ne puis méditer[184] qu’en marchant ; sitôt que je m’arrête, je ne pense plus, et ma tête ne va qu’avec mes pieds. J’avais cependant eu la précaution de me pourvoir aussi d’un travail de cabinet pour les jours de pluie. C’était mon Dictionnaire de Musique, dont les matériaux épars, mutilés, informes, rendaient l’ouvrage nécessaire à reprendre presque à neuf. J’apportais quelques livres dont j’avais besoin pour cela ; j’avais passé deux mois à faire l’extrait de beaucoup d’autres, qu’on me prêtait à la Bibliothèque du Roi, et dont on me permit même d’emporter quelques-uns à l’Ermitage. Voilà mes provisions pour compiler au logis, quand le temps ne me permettait pas de sortir, et que je m’ennuyais de ma copie. Cet arrangement me convenait si bien que j’en tirai parti, tant à l’Ermitage qu’à Montmorency, et même ensuite à Môtiers, où j’achevai ce travail tout en en faisant d’autres, et trouvant toujours qu’un changement d’ouvrage est un véritable délassement.
Je suivis assez exactement, pendant quelque temps, la distribution que je m’étais prescrite, et je m’en trouvais très bien ; mais quand la belle saison ramena plus fréquemment Mme d’Épinay à Épinay, ou à la Chevrette, je trouvai que des soins qui d’abord ne me coûtaient pas, mais que j’en avais pas mis en ligne de compte, dérangeaient beaucoup mes autres projets. J’ai déjà dit que Mme d’Épinay avait des qualités très aimables ; elle aimait bien ses amis, elle les servait avec beaucoup de zèle, et n’épargnant pour eux ni son temps ni ses soins, elle méritait assurément bien qu’en retour ils eussent des attentions pour elle. Jusqu’alors j’avais rempli ce devoir sans songer que c’en était un ; mais enfin je compris que je m’étais chargé d’une chaîne dont l’amitié seule m’empêchait de sentir le poids : j’avais aggravé ce poids par ma répugnance pour les sociétés nombreuses. Mme d’Épinay s’en prévalut pour me faire une proposition qui paraissait m’arranger, et qui l’arrangeait davantage. C’était de me faire avertir toutes les fois qu’elle serait seule, ou à peu près. J’y consentis, sans voir à quoi je m’engageais. Il s’ensuivit de là que je ne lui faisais plus de visite à mon heure, mais à la sienne, et que je n’étais jamais sûr de pouvoir disposer de moi-même un seul jour. Cette gêne altéra beaucoup le plaisir que j’avais pris jusqu’alors à l’aller voir. Je trouvai que cette liberté qu’elle m’avait tant promise ne m’était donnée qu’à condition de ne m’en prévaloir jamais, et pour une fois ou deux que j’en voulus essayer, il y eut tant de messages, tant de billets, tant d’alarmes sur ma santé, que je vis bien qu’il n’y avait que l’excuse d’être à plat de lit qui pût me dispenser de courir à son premier mot. Il fallait me soumettre à ce joug ; je le fis, et même assez volontiers pour un aussi grand ennemi de la dépendance, l’attachement sincère que j’avais pour elle m’empêchant en grande partie de sentir le lien qui s’y joignait. Elle remplissait ainsi, tant bien que mal, les vides que l’absence de sa cour ordinaire laissait dans ses amusements. C’était pour elle un supplément bien mince, mais qui valait encore mieux qu’une solitude absolue, qu’elle ne pouvait supporter. Elle avait cependant de quoi la remplir bien plus aisément, depuis qu’elle avait voulu tâter de la littérature et qu’elle s’était fourré dans la tête de faire bon gré mal gré des romans, des lettres, des comédies, des contes, et d’autres fadaises comme cela. Mais ce qui l’amusait n’était pas tant de les écrire que de les lire ; et s’il lui arrivait de barbouiller de suite deux ou trois pages, il fallait qu’elle fût sûre au moins de deux ou trois auditeurs bénévoles, au bout de cet immense travail. Je n’avais guère l’honneur d’être au nombre des élus qu’à la faveur de quelque autre. Seul, j’étais presque toujours compté pour rien en toute chose ; et cela non seulement dans la société de Mme d’Épinay, mais dans celle de M. d’Holbach, et partout où M. Grimm donnait le ton. Cette nullité m’accommodait fort partout ailleurs que dans le tête-à-tête, où je ne savais quelle contenance tenir, n’osant parler de littérature, dont il ne m’appartenait pas de juger, ni de galanterie, étant trop timide, et craignant plus que la mort le ridicule d’un vieux galant ; outre que cette idée ne me vint jamais près de Mme d’Épinay, et ne m’y serait peut-être pas venue une seule fois en ma vie, quand je l’aurais passée entière auprès d’elle : non que j’eusse pour sa personne aucune répugnance ; au contraire, je l’aimais peut-être trop comme ami, pour pouvoir l’aimer comme amant. Je sentais du plaisir à la voir, à causer avec elle. Sa conversation, quoique assez agréable en cercle, était aride en particulier ; la mienne, qui n’était pas plus fleurie, n’était pas pour elle d’un grand secours. Honteux d’un trop long silence, je m’évertuais pour relever l’entretien ; et quoiqu’il me fatiguât souvent, il ne m’ennuyait jamais. J’étais fort aise de lui rendre de petits soins, de lui donner de petits baisers bien fraternels qui ne me paraissaient pas plus sensuels pour elle : c’était là tout. Elle était fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main. Ce défaut seul eût suffi pour me glacer : jamais mon cœur ni mes sens n’ont su voir une femme dans quelqu’un qui n’eût pas des tétons et d’autres causes inutiles à dire[185], m’ont toujours fait oublier son sexe auprès d’elle.
Ayant ainsi pris mon parti sur un assujettissement nécessaire, je m’y livrai sans résistance, et le trouvai, du moins la première année, moins onéreux que je ne m’y serais attendu. Mme d’Épinay, qui d’ordinaire passait l’été presque entier à la campagne, n’y passa qu’une partie de celui-ci, soit que ses affaires la retinssent davantage à Paris, soit que l’absence de Grimm lui rendît moins agréable le séjour de la Chevrette. Je profitai des intervalles qu’elle n’y passait pas, ou durant lesquels elle y avait beaucoup de monde, pour jouir de ma solitude avec ma bonne Thérèse et sa mère, de manière à m’en bien faire sentir le prix. Quoique depuis quelques années j’allasse assez fréquemment à la campagne, c’était presque sans la goûter, et ces voyages, toujours faits avec des gens à prétentions, toujours gâtés par la gêne, ne faisaient qu’aiguiser en moi le goût des plaisirs rustiques, dont je n’entrevoyais de plus près l’image que pour mieux sentir leur privation. J’étais si ennuyé de salons, de jets d’eau, de bosquets, de parterres, et des plus ennuyeux montreurs de tout cela ; j’étais si excédé de brochures, de clavecins, de tris, de nœuds, de sots bons mots, de fades minauderies, de petits conteurs et de grands soupers, que quand je lorgnais du coin de l’œil un simple pauvre buisson d’épines, une haie, une grange, un pré ; quand je humais, en traversant un hameau, la vapeur d’une bonne omelette au cerfeuil ; quand j’entendais de loin le rustique refrain de la chanson des bisquières, je donnais au diable et le rouge et les falbalas et l’ambre, et regrettant le dîner de la ménagère et le vin du cru, j’aurais de bon cœur paumé la gueule à M. le Chef et à M. le Maître, qui me faisaient dîner à l’heure où je soupe, souper à l’heure où je dors ; mais surtout à Messieurs les laquais, qui dévoraient des yeux mes morceaux, et, sous peine de mourir de soif, me vendaient le vin drogué de leurs maîtres dix fois plus cher que je n’en aurais payé de meilleur au cabaret.
Me voilà donc enfin chez moi, dans un asile agréable et solitaire, maître d’y couler mes jours dans cette vie indépendante, égale et paisible, pour laquelle je me sentais né. Avant de dire l’effet que cet état, si nouveau pour moi, fit sur mon cœur, il convient d’en récapituler les affections secrètes, afin qu’on suive mieux dans ses causes le progrès de ces nouvelles modifications.
All these various projects provided me with subjects for contemplation during my walks, for, as I believe I have said before, I can only meditate while walking; the moment I stop, I cease to think, and my mind follows merely the movement of my feet. However, I had taken the precaution of preparing some work to do indoors on rainy days. This was my “Dictionary of Music”—its scattered, incomplete, and disorganized materials made it necessary to start over almost from scratch. I brought with me some books needed for this task; I also spent two months extracting information from many other books borrowed from the King’s Library, and I was even allowed to take a few of them with me to the Ermitage. These were my resources for compiling materials at home when the weather prevented me from going out and when I grew bored with my current work. This arrangement suited me so well that I made use of it both at the Ermitage and in Montmorency, and later on in Môtiers, where I completed this task while undertaking others as well, always finding that changing projects was a true source of relief.
For some time, I followed quite strictly the plan that I had set for myself, and I found it quite satisfactory. However, when the good weather brought Madame d’Épinay back to Épinay or to la Chevrette more frequently, I realized that certain expenses—which at first did not cost me anything but which I had not taken into account—were greatly interfering with my other plans. I have already mentioned that Madame d’Épinay possessed very endearing qualities; she loved her friends and devoted herself to serving them with great zeal, sparing neither her time nor her care for them. She certainly deserved that in return they should show her attention. Until then, I had fulfilled this duty without realizing that it was one in fact; but eventually I understood that I had taken on a burden whose weight was only masked by the nature of our friendship—and that my aversion to large gatherings had only made it worse. Madame d’Épinay took advantage of this situation to make me an offer that seemed to suit both her and me: she asked me to inform her whenever she was alone, or nearly so. I agreed without realizing what I was committing myself to. As a result, I no longer visited her at my own convenience but at hers, and I could never be sure that I would have free time at any given day. This inconvenience greatly diminished the pleasure I used to derive from visiting her. I realized that the freedom she had promised me so much was actually conditional upon my never taking advantage of it; and whenever I tried to do so, there would always be messages, notes, or concerns about my health preventing me from responding immediately to her requests. I had no choice but to submit to this restraint; I did so, and even rather willingly—for, despite being such an enemy of dependence, my sincere affection for her prevented me from fully feeling the burden it imposed upon me. In this way, she managed, more or less successfully, to fill the void left in her social life by the absence of her regular companions. For her, this was a meager compensation, but it was still better than complete solitude, which she could not bear. Moreover, since she had begun to dabble in literature and insisted on reading novels, letters, comedies, stories, and other such nonsense, she now had ways to occupy herself that would have been far more satisfying if she had not chosen these pursuits. However, what truly entertained her was not so much writing them as reading them; and whenever she managed to scribble down a few pages, she always relied on at least two or three willing listeners to appreciate the result of her efforts. I was hardly one of those fortunate individuals; in fact, I was almost always ignored in everything—even not just in Madame d’Épinay’s company, but also in that of Monsieur d’Holbach and wherever Monsieur Grimm set the tone. This lack of interest suited me well in every other situation except during private conversations, where I didn’t know how to behave—too shy to talk about literature, which was not my place to judge, nor about matters of gallantry. Moreover, such thoughts never even crossed my mind regarding Madame d’Épinay; in fact, they might never have occurred if I had spent my entire life with her. It wasn’t that I found anything repulsive about her person; on the contrary, I perhaps loved her too much as a friend to ever consider her as a lover. I took pleasure in seeing her and chatting with her. Her conversation, though pleasant in social settings, was rather dry when we were alone; mine, which was no more lively, wasn’t of much help either. Ashamed of prolonged silence, I tried hard to keep the conversation going—and although it often tired me, it never bored me. I enjoyed taking care of her, giving her small, fraternal kisses that I didn’t think she found particularly sensual at all. That was about it. She was very thin, very pale, with skin as soft as my own hand. That single flaw alone would have been enough to turn me off; my heart and senses had never allowed me to see a woman in anyone who lacked breasts and other physical attributes that were irrelevant to such matters[185]. With her, those aspects of femininity were always forgotten by me.
Having thus settled my mind on the necessity of submission, I submitted without resistance, and found it, at least in the first year, less onerous than I had expected. Madame d’Épinay, who usually spent almost the entire summer in the country, stayed there only for part of it—either because her affairs kept her in Paris more often, or because the absence of Grimm made her find the stay at La Chevrette less pleasant. I took advantage of the times when she was not there, or when there were too many people around, to enjoy my solitude with my dear Thérèse and her mother, and to truly appreciate its value. Although I had visited the countryside quite frequently in recent years, I had hardly ever really enjoyed it; those trips, always accompanied by people with pretensions and constantly spoiled by discomfort, only made me crave the simple pleasures of the countryside all the more—pleasures whose true nature I could only glimpse more clearly when I was deprived of them. I was so tired of salons, fountains, groves, gardens, and all the other boring trappings of such places; so sick of brochures, harpsichords, games, silly jokes, dull flirtatiousness, petty storytellers, and lavish dinners—that when I caught a glimpse of a simple thorny bush, a hedge, a barn, or a meadow; when I smelled the aroma of a fresh basil omelette as I passed through a village; when I heard from afar the rustic tune of the country women’s songs—I would curse all the finery and luxury, and gladly give up the dinner served by the housekeeper and the wine from their cellar, just to eat with the peasants at the hour when they dined, and sleep at the hour when they retired. But especially I loathed those servants who devoured my food with greedy eyes and, for fear of dying of thirst, sold me their masters’ poisoned wine ten times more expensively than it would cost me in a decent tavern.
Here I am at last, in my own home—a pleasant and solitary abode—where I can spend my days in this independent, equal, and peaceful life for which I feel destined. Before describing the effect this state, so new to me, had on my heart, it is necessary to summarize its underlying sentiments, so that one may better understand the gradual development of these new changes within me.
Tutti questi diversi progetti mi offrivano argomenti di riflessione durante le mie passeggiate; poiché, come credo di aver detto, posso meditare soltanto camminando; non appena mi fermo, smetto di pensare e la mia mente segue soltanto i movimenti dei miei piedi. Tuttavia, avevo preso la precauzione di prepararmi anche del lavoro da svolgere in casa nei giorni di pioggia: si trattava del mio “Dizionario di Musica”, il cui materiale, sparsivo, incompleto e disordinato rendeva necessario riprendere quasi da zero la stesura dell’opera. Portavo con me alcuni libri di cui avevo bisogno; avevo trascorso due mesi a raccogliere estratti da molti altri libri che mi venivano prestati dalla Biblioteca del Re, e mi fu persino permesso di portarne alcuni con me all’Ermitage. Queste erano le mie risorse per lavorare in casa, quando il tempo non mi permetteva di uscire e mi annoiavo nella mia attività di copia. Questo sistema mi si adattava così bene che ne approfittai sia all’Ermitage che a Montmorency, e anche in seguito a Môtiers, dove portai a termine questo lavoro mentre ne iniziavo altri, constatando sempre che cambiare argomento di studio rappresenta davvero un vero sollievo.
Per un certo periodo seguii con precisione la regola che mi ero imposto, e mi trovavo molto bene; ma quando la bella stagione fece tornare più spesso Madame d’Épinay a Épinay o alla Chevrette, mi resi conto che alcune attenzioni che inizialmente non mi costavano nulla, ma di cui non avevo tenuto conto, disturbavano molto i miei altri progetti. Avevo già detto che Madame d’Épinay possedeva qualità molto affascinanti: amava i suoi amici, li serviva con grande zelo e non risparmiava né il suo tempo né le sue cure per loro; meritava certamente che in cambio ricevesse delle attenzioni da parte loro. Fino ad allora avevo adempiuto a questo dovere senza rendermi conto che si trattasse di un vero dovere; ma alla fine capii che mi ero assunto una responsabilità dalla quale l’amicizia stessa mi impediva di percepire il peso: la mia avversione per le società numerose aveva aumentato ulteriormente questo peso. Madame d’Épinay ne approfittò per farmi una proposta che sembrava vantaggiosa per entrambi. Mi propose cioè di essere avvisato ogni volta che lei fosse sola, o quasi. Accettai senza capire a cosa mi impegnavo; di conseguenza non andavo più a trovarla nel momento che mi conveniva, ma nel suo, e non ero mai sicuro di poter disporre liberamente del mio tempo nemmeno un giorno. Questo impegno alterò notevolmente il piacere che provavo nell’andarla a trovare. Quella libertà che lei mi aveva promesso con tanta insistenza, in realtà mi veniva concessa solo a condizione che non la utilizzassi mai; e quando cercai di farlo una o due volte, ci furono così tanti messaggi, biglietti, preoccupazioni riguardo alla mia salute, che capii chiaramente che l’unica scusa per non correre subito da lei era quella di essere a letto malato. Dovevo sottomettermi a questo giogo; lo feci, e anzi con piacere, considerando quanto fosse forte il mio affetto sincero per lei. Questo affetto mi impediva in gran parte di percepire il peso della dipendenza che tale relazione comportava. In questo modo, lei riusciva comunque a colmare in qualche modo la mancanza delle compagnie abituali. Per lei era un rimedio molto modesto, ma certamente meglio di una solitudine assoluta, che non avrebbe potuto sopportare. Tuttavia, avrebbe potuto trovare modi molto più semplici per divertirsi, se solo avesse voluto provare a dedicarsi alla letteratura. Si era messa in testa di leggere romanzi, lettere, commedie, racconti e altre sciocchezze del genere. Ma ciò che la divertiva non era tanto scrivere, quanto leggere; e se riusciva a scrivere due o tre pagine, doveva essere sicura che ci fossero almeno due o tre ascoltatori disposti ad ascoltarle con attenzione. Io, però, raramente facevo parte di quel gruppo selezionato. Da solo, quasi sempre non contavo nulla in nulla. Non solo nella società di Madame d’Épinay, ma anche in quella di Monsieur d’Holbach, e ovunque Monsieur Grimm avesse la parola. Questa mancanza di attrattiva fisica non mi creava alcun problema in altre situazioni, tranne durante quei momenti di intimità in cui non sapevo come comportarmi: non osavo parlare di letteratura, poiché non spettava a me giudicarne; né di argomenti legati alla galanteria, essendo troppo timido e temendo più del morte l’umiliazione derivante da un comportamento inappropriato da parte di un anziano corteggiatore. Inoltre, questa idea non mi è mai venuta nemmeno in mente riguardo a Madame d’Épinay; probabilmente non mi sarebbe mai passata per la testa, nemmeno se avessi trascorso tutta la mia vita al suo fianco. Non che provassi alcuna avversione per lei: anzi, forse l’amavo troppo come amica, per poterla amare come amante. Mi piaceva vederla, chiacchierare con lei; la sua conversazione, sebbene abbastanza gradevole in compagnia di altri, risultava piuttosto arida quando eravamo soli. La mia, che non era certo più vivace, non le era di grande aiuto. Imbarazzato dal silenzio troppo lungo, mi sforzavo sempre di riprendere la conversazione; e anche se spesso mi stancava, non mi annoiava mai. Mi piaceva molto prendermi cura di lei, darle piccoli baci, gesti che, per me, non avevano alcun significato sensuale. Era tutto ciò che c’era tra noi. Lei era molto magra, molto pallida. Solo questo aspetto avrebbe potuto farmi distogliere lo sguardo da lei. Mai il mio cuore o i miei sensi hanno visto in lei una donna. Per me, lei non era altro che un’amica.
Avendo così preso posizione riguardo a questa necessaria sottomissione, mi ci adattai senza resistenza e, almeno nel primo anno, scoprii che non era così onerosa come mi aspettassi. La signora d’Épinay, che di solito trascorreva quasi tutto l’estate in campagna, vi rimase solo per una parte del periodo; forse perché le sue faccende la tenevano più spesso a Parigi, o forse perché l’assenza di Grimm rendeva meno piacevole il suo soggiorno alla Chevrette. Approfittavo dei periodi in cui lei non era lì, o quando c’era troppa gente, per godermi la solitudine con la mia cara Thérèse e sua madre, apprezzandone davvero il valore. Anche se negli ultimi anni andavo spesso in campagna, quasi mai ne godevo veramente; quei viaggi, sempre fatti in compagnia di persone presuntuose e sempre rovinati dalla noia, non facevano altro che accrescere nel mio cuore il desiderio per i piaceri rustici, dei quali, però, riuscivo a percepire solo l’immagine distante, proprio perché ne sentivo più acutamente la mancanza. Ero così stanco di salotti, fontane, boschetti, giardini e di tutti quegli elementi che contribuivano alla noia; ero così esasperato da brochures, clavicembali, giochi di carte, battute sciocche, frivolezze banali, racconti insignificanti e cene sontuose, che quando intravedevo da lontano un semplice cespuglio spinoso, una siepe, un granaio, un prato; quando annusavo, attraversando un villaggio, il profumo di un’ottima omelette al prezzemolo; quando sentivo da lontano il ritmo rustico delle canzoni delle contadine, allora maledicevo rossetti, abiti eleganti e oggetti costosi; rimpiangevo la cena semplice della casalinga e il vino genuino. E avrei volentieri dato via tutto per godermi in pace quei piaceri semplici. Ma soprattutto odiavo quei servitori che fissavano con avidità i miei cibi, vendendomi il vino adulterato dei loro padroni a un prezzo dieci volte più alto di quello che avrei pagato in un normale ristorante.
Ecco quindi finalmente a casa mia, in un rifugio piacevole e solitario, padrone di trascorrere i miei giorni in questa vita indipendente, equa e pacifica, per la quale mi sentivo nato. Prima di descrivere l’effetto che questo stato, così nuovo per me, ebbe sul mio cuore, è necessario riassumere le emozioni segrete che lo caratterizzavano, affinché si possa meglio comprendere le cause dei cambiamenti che avvennero in me.
J’ai toujours regardé le jour qui m’unit à ma Thérèse comme celui qui fixa mon être moral. J’avais besoin d’un attachement, puisque enfin celui qui devait me suffire avait été si cruellement rompu. La soif du bonheur ne s’éteint point dans le cœur de l’homme. Maman vieillissait et s’avilissait. Il m’était prouvé qu’elle ne pouvait plus être heureuse ici-bas. Restait à chercher un bonheur qui me fût propre, ayant perdu tout espoir de jamais partager le sien. Je flottai quelque temps d’idée en idée et de projet en projet. Mon voyage de Venise m’eût jeté dans les affaires publiques, si l’homme avec qui j’allais me fourrer avait eu le sens commun. Je suis facile à décourager, surtout dans les entreprises pénibles et de longue haleine. Le mauvais succès de celle-ci me dégoûta de toute autre, et regardant, selon mon ancienne maxime, les objets lointains comme des leurres de dupe, je me déterminai à vivre désormais au jour la journée, ne voyant plus rien dans la vie qui me tentât de m’évertuer.
Ce fut précisément alors que se fit notre connaissance. Le doux caractère de cette bonne fille me parut si bien convenir au mien, que je m’unis à elle d’un attachement à l’épreuve du temps et des torts, et que tout ce qui l’aurait dû rompre n’a jamais fait qu’augmenter. On connaîtra la force de cet attachement dans la suite, quand je découvrirai les plaies, les déchirures dont elle a navré mon cœur dans le fort de mes misères, sans que, jusqu’au moment où j’écris ceci, il m’en soit échappé jamais un seul mot de plainte à personne.
Quand on saura qu’après avoir tout fait, tout bravé pour ne m’en point séparer, qu’après vingt-cinq ans passés avec elle, en dépit du sort et des hommes, j’ai fini sur mes vieux jours par l’épouser[186], sans attente et sans sollicitation de sa part, sans engagement ni promesse de la mienne, on croira qu’un amour forcené, m’ayant dès le premier jour tourné la tête, n’a fait que m’amener par degrés à la dernière extravagance, et on le croira bien plus encore, quand on saura les raisons particulières et fortes qui devaient m’empêcher d’en jamais venir là. Que pensera donc le lecteur quand je lui dirai, dans toute la vérité qu’il doit maintenant me connaître, que du premier moment que je la vis jusqu’à ce jour, je n’ai jamais senti la moindre étincelle d’amour pour elle, que je n’ai pas plus désiré de la posséder que Mme de Warens, et que les besoins des sens, que j’ai satisfaits auprès d’elle, ont uniquement été pour moi ceux du sexe, sans avoir rien de propre à l’individu ? Il croira qu’autrement constitué qu’un autre homme, je fus incapable de sentir l’amour, puisqu’il n’entrait point dans les sentiments qui m’attachaient aux femmes qui m’ont été les plus chères. Patience, ô mon lecteur ! le moment funeste approche où vous ne serez que trop bien désabusé.
Je me répète, on le sait ; il le faut. Le premier de mes besoins, le plus grand, le plus fort, le plus inextinguible, était tout entier dans mon cœur ; c’était le besoin d’une société intime, et aussi intime qu’elle pouvait l’être ; c’était surtout pour cela qu’il me fallait une femme plutôt qu’un homme, une amie plutôt qu’un ami. Ce besoin singulier était tel, que la plus étroite union des corps ne pouvait encore y suffire : il m’aurait fallu deux âmes dans le même corps ; sans cela je sentais toujours du vide. Je me crus au moment de n’en plus sentir. Cette jeune personne, aimable par mille excellentes qualités, et même alors par la figure, sans ombre d’art ni de coquetterie, eût borné dans elle seule mon existence, si j’avais pu borner la sienne en moi, comme je l’avais espéré. Je n’avais rien à craindre de la part des hommes ; je suis sûr d’être le seul qu’elle ait véritablement aimé, et ses tranquilles sens ne lui en ont guère demandé d’autres, même quand j’ai cessé d’en être un pour elle à cet égard. Je n’avais point de famille ; elle en avait une, et cette famille, dont tous les naturels différaient trop du sien, ne se trouva pas telle que j’en pusse faire la mienne. Là fut la première cause de mon malheur. Que n’aurais-je point donné pour me faire l’enfant de sa mère ! Je fis tout pour y parvenir, et n’en pus venir à bout. J’eus beau vouloir unir tous nos intérêts, cela me fut impossible. Elle s’en fit toujours un différent du mien, contraire au mien, et même à celui de sa fille, qui déjà n’en était plus séparé. Elle et ses autres enfants et petits-enfants devinrent autant de sangsues, dont le moindre mal qu’ils fissent à Thérèse était de la voler. La pauvre fille, accoutumée à fléchir, même sous ses nièces, se laissait dévaliser et gouverner sans mot dire ; et je voyais avec douleur qu’épuisant ma bourse et mes leçons, je ne faisais rien pour elle dont elle pût profiter. J’essayai de la détacher de sa mère ; elle y résista toujours. Je respectai sa résistance, et l’en estimais davantage ; mais son refus n’en tourna pas moins à son préjudice et au mien. Livrée à sa mère et aux siens, elle fut à eux plus qu’à moi, plus qu’à elle-même. Leur avidité lui fut moins ruineuse que leurs conseils ne lui furent pernicieux. Enfin si, grâce à son amour pour moi, si, grâce à son bon naturel, elle ne fut pas tout à fait subjuguée, c’en fut assez du moins pour empêcher, en grande partie, l’effet des bonnes maximes que je m’efforçais de lui inspirer ; c’en fut assez pour que, de quelque façon que je m’y sois pu prendre, nous ayons toujours continué d’être deux.
Voilà comment, dans un attachement sincère et réciproque, où j’avais mis toute la tendresse de mon cœur, le vide de ce cœur ne fut pourtant jamais bien rempli. Les enfants, par lesquels il l’eût été, vinrent ; ce fut encore pis. Je frémis de les livrer à cette famille mal élevée, pour en être élevés encore plus mal. Les risques de l’éducation des Enfants-Trouvés étaient beaucoup moindres[187]. Cette raison du parti que je pris, plus forte que toutes celles que j’énonçai dans ma lettre à Mme de Francueil, fut pourtant la seule que je n’osai lui dire. J’aimai mieux être moins disculpé d’un blâme aussi grave, et ménager la famille d’une personne que j’aimais. Mais on peut juger, par les mœurs de son malheureux frère, si jamais, quoi qu’on en pût dire, je devais exposer mes enfants à recevoir une éducation semblable à la sienne.
Ne pouvant goûter dans sa plénitude cette intime société dont je sentais le besoin, j’y cherchais des suppléments qui n’en remplissaient pas le vide, mais qui me le laissaient moins sentir. Faute d’un ami qui fût à moi tout entier, il me fallait des amis dont l’impulsion surmontât mon inertie : c’est ainsi que je cultivai, que je resserrai mes liaisons avec Diderot, avec l’abbé de Condillac, que j’en fis avec Grimm une nouvelle, plus étroite encore, et qu’enfin je me trouvai, par ce malheureux Discours dont j’ai raconté l’histoire[188], rejeté, sans y songer, dans la littérature, dont je me croyais sorti pour toujours.
Mon début me mena par une route nouvelle dans un autre monde intellectuel, dont je ne pus, sans enthousiasme, envisager la simple et fière économie. Bientôt, à force de m’en occuper, je ne vis plus qu’erreur et folie dans la doctrine de nos sages, qu’oppression et misère dans notre ordre social. Dans l’illusion de mon sot orgueil, je me crus fait pour dissiper tous ces prestiges ; et jugeant que, pour me faire écouter, il fallait mettre ma conduite d’accord avec mes principes, je pris l’allure singulière qu’on ne m’a pas permis de suivre, dont mes prétendus amis ne m’ont pu pardonner l’exemple, qui d’abord me rendit ridicule, et qui m’eût enfin rendu respectable, s’il m’eût été possible d’y persévérer.
Jusque-là j’avais été bon : dès lors je devins vertueux, ou du moins enivré de la vertu. Cette ivresse avait commencé dans ma tête, mais elle avait passé dans mon cœur. Le plus noble orgueil y germa sur les débris de la vanité déracinée. Je ne jouai rien : je devins en effet tel que je parus, et pendant quatre ans au moins que dura cette effervescence dans toute sa force, rien de grand et de beau ne peut entrer dans un cœur d’homme dont je ne fusse capable entre le ciel et moi. Voilà d’où naquit ma subite éloquence ; voilà d’où se répandit dans mes premiers livres ce feu vraiment céleste qui m’embrasait, et dont pendant quarante ans il ne s’était pas échappé la moindre étincelle, parce qu’il n’était pas encore allumé.
I have always regarded the day that united me with my Thérèse as the moment that shaped my moral being. I needed some form of attachment, for finally, the one who should have been enough for me had been so cruelly taken away from me. The desire for happiness never dies in a man’s heart. My mother was growing old and deteriorating in spirit; it was clear to me that she could no longer find happiness in this world. What remained was to seek a happiness that belonged solely to me, since I had lost all hope of ever sharing hers. For a time, my thoughts wandered from one idea to another, my plans changing frequently. My trip to Venice might have led me into public affairs, had the man I was about to associate myself with possessed any common sense. I am easily discouraged, especially when faced with difficult and lengthy endeavors. The poor outcome of that attempt made me lose all interest in anything else; and, following my old maxim of viewing distant goals as mere illusions, I resolved to live solely for the present, finding nothing in life that could motivate me to strive anymore.
It was precisely at that time that we came to know each other. The gentle nature of this kind woman seemed so well suited to my own that I bound myself to her with a commitment that stood firm through the trials of time and adversity. Everything that could have severed our bond only served to strengthen it. One will understand the strength of this attachment later on, when I recount the wounds and heartbreaks she caused me during my darkest times—yet not a single word of complaint has ever left my lips, even up until now as I write these lines.
When it is known that, after having done everything and endured everything in order not to be separated from her, that after twenty-five years spent with her—despite fate and the actions of others—I ended up marrying her in my old age, without any expectation or solicitation on her part, without any commitment or promise on mine, one will believe that a forced love, which had captivated me from the very first day, gradually led me to this extreme step. And this belief will be even stronger when one learns of the particular and compelling reasons that should have prevented me from ever reaching such a point. What then will the reader think when I tell him, in all the truth he must now know, that from the moment I saw her until today, I never felt the slightest trace of love for her; that I desired to possess her no more than Madame de Warens did; and that the physical desires I satisfied with her were merely those inherent in human nature, without any particular connection to her as an individual? He will think that, being differently constituted from other men, I was simply incapable of feeling love, since such emotion was not among those that bound me to the women who were most dear to me. Patience, my reader! The terrible moment is approaching when you will be utterly disappointed.
I repeat it again—everyone knows this; it must be said. My foremost need, the greatest, strongest, most enduring desire, was entirely rooted in my heart: it was the need for an intimate relationship, as intimate as such a relationship could possibly be. For that very reason, I needed a woman rather than a man, a friend rather than a companion. This peculiar need was so profound that even the closest physical union would not have been enough to satisfy it; I would have needed two souls in one body—without that, I always felt a void within me. At one moment, I thought I had finally found someone who could fill that void. This young woman, endowed with countless excellent qualities and also an attractive appearance, without any trace of artifice or coquetry, could have fulfilled all my needs if only her life had been able to merge with mine, as I had hoped. I had nothing to fear from men; I am certain she truly loved only me, and her calm nature made her little interested in anyone else—even after I ceased to be such a man to her. I had no family; she did, but those relatives were so different from mine that they could never become my own. That was the first cause of my misfortune. How I wished I could become the child of her mother! I tried everything to make it happen, but in vain. No matter how much I tried to align our interests, it was impossible. She always kept them separate from mine, even contrary to those of her own daughter. She and her other children became like vampires—every harm they caused Thérèse was nothing compared to the way they drained her resources. The poor girl, accustomed to submitting even to her nieces, allowed them to exploit her without a word; and I watched in pain as my money and efforts brought her no real benefit. I tried to separate her from her mother, but she always resisted. I respected her resistance and even admired it more for that—but it only led to further harm for both of us. Left to the mercy of her family, she became more their child than mine, more herself than anyone else. Their greed caused her less damage than their harmful advice. In the end, although her love for me and her good nature prevented her from being completely dominated by them, it was still enough to undermine the positive influence I tried to have on her. No matter what I did, we remained two separate beings.
In this way, amidst sincere and mutual affection—where I had poured into it all the tenderness of my heart—the emptiness within that heart was never truly filled. The children came, but instead of filling that void, things only became worse. I trembled at the thought of handing them over to such a poorly raised family, where they would be raised even worse. The risks associated with raising foundlings were far less severe[187]. This reason for my decision was stronger than all those I mentioned in my letter to Madame de Francueil; yet it was the only one I dared not confess to her. I preferred to bear the greater blame for such a grave error rather than hurt the family of someone I loved. But one can judge, from the behavior of her unfortunate brother, whether, despite what anyone might say, I could ever have risked exposing my children to an education similar to his.
Unable to fully enjoy that intimate companionship of which I felt the need, I sought substitutes that could not fill its void but at least lessen its presence in my life. Lacking a friend who could be entirely devoted to me, I needed friends whose influence could overcome my inertia—such was how I cultivated and deepened my connections with Diderot, with Abbé de Condillac, and later with Grimm, forming even closer ties with them. Yet ultimately, through that unfortunate “Discourse” about which I have told its story[188], I found myself, without realizing it, drawn back into the world of literature from which I had thought myself forever free.
My beginning led me down a new path in another intellectual world, the simple and noble economy of which I could not help but regard with enthusiasm. Soon, as I devoted myself more deeply to it, I saw nothing but error and madness in the doctrines of our so-called wise men, and nothing but oppression and misery in our social order. Deluded by my own foolish pride, I believed I was destined to dispel all these illusions; and thinking that to be heard, my actions must conform to my principles, I adopted that peculiar course of action which no one allowed me to pursue. My so-called friends never forgave me for setting such an example; at first, it made me a laughingstock, but if I had been able to persevere in it, it might have ultimately earned me respect.
Until then, I had been good; from that moment on, I became virtuous—or at least intoxicated by virtue. This intoxication began in my mind but soon spread to my heart. The noblest pride took root there, amidst the ruins of the uprooted vanity. I played no tricks; I truly became what I appeared to be. For at least four years, throughout the full intensity of this fervor, nothing great or beautiful could enter the heart of a man if I myself were not capable of bringing it there. Such was the origin of my sudden eloquence; such was the source of that truly celestial fire that consumed me in my early writings—and which, for forty years, had not emitted a single spark, because it had not yet been kindled.
Ho sempre considerato il giorno che mi univa a mia Thérèse come quello che ha definito la mia essenza morale. Avevo bisogno di un legame affettivo, poiché colui che avrebbe dovuto bastarmi era stato crudelmente strappato via da me. La sete di felicità non si estingue mai nel cuore dell’uomo. Mamma invecchiava e decadeva. Mi era stato dimostrato che non poteva più essere felice in questo mondo. Restava solo da cercare una felicità che fosse mia, dopo aver perso ogni speranza di condividerne mai una con lei. Per un po’ vagai tra idee e progetti diversi. Il mio viaggio a Venezia avrebbe potuto portarmi nel mondo delle affari pubbliche, se l’uomo con cui avrei dovuto intraprenderlo avesse avuto un minimo di buon senso. Sono facilmente scoraggiato, soprattutto quando si tratta di imprese difficili e lungimiranti. Il fallimento di quella iniziativa mi fece perdere ogni interesse per qualsiasi altra. E, seguendo la mia vecchia massima che considerava gli obiettivi lontani come inganni per ingannare se stessi, decisi di vivere giorno dopo giorno, senza più vedere nulla nella vita che potesse spingermi a sforzarmi.
Fu proprio in quel momento che facemmo conoscenza. Il dolce carattere di quella brava ragazza mi sembrò così in armonia con il mio, che mi legai a lei con un affetto che ha resistito alla prova del tempo e delle ingiustizie; tutto ciò che avrebbe potuto distruggere quel legame non ha fatto altro che rafforzarlo. Si comprenderà la forza di questo affetto più avanti, quando scoprirò le ferite e i dolori che lei ha inflitto al mio cuore nel momento più difficile delle mie difficoltà. Eppure, fino al momento in cui scrivo queste parole, non ne ho mai fatto parola con nessuno.
Quando si saprà che, dopo aver fatto di tutto, dopo aver affrontato ogni difficoltà pur di non separarmi da lei, dopo venticinque anni trascorsi insieme, nonostante il destino e le avversità, ho finito per sposarla negli ultimi anni della mia vita, senza alcuna aspettativa né sollecitazione da parte sua, senza alcun impegno o promessa da parte mia, si crederà che un amore forzato, che fin dal primo giorno mi aveva conquistato il cuore, abbia gradualmente portato me a quest’estrema follia. E ciò sarà ancora più credibile quando si conosceranno le ragioni particolari e fondamentali che avrebbero dovuto impedirmi di arrivare a questo punto. Che cosa penserà allora il lettore, quando gli dirò, con tutta la verità che ormai deve conoscere, che dal momento in cui l’ho vista fino ad oggi non ho mai provato nemmeno un barlume d’amore per lei, che non ho desiderato possederla più di quanto avessi desiderato possedere Madame de Warens, e che i bisogni del mio corpo, che ho soddisfatto con lei, sono stati soltanto quelli legati al sesso, senza alcun sentimento personale? Crederà forse che, diversamente da un altro uomo, io fossi incapace di provare amore, visto che tale sentimento non faceva parte dei sentimenti che mi legavano alle donne che mi sono state più care. Pazienza, o lettore mio! Il momento terribile si avvicina, e allora sarete costretti ad arrendervi alla verità.
Me lo ripeto: lo sappiamo tutti; è necessario farlo. Il mio primo bisogno, il più grande, il più forte, l’indomabile, era interamente racchiuso nel mio cuore: si trattava del desiderio di una compagnia intima, il più possibile stretta e sincera; per questo motivo avevo bisogno di una donna piuttosto che di un uomo, di un’amica piuttosto che di un amico. Questo desiderio particolare era tale che nemmeno l’unione più stretta dei corpi poteva soddisfarlo: avrei avuto bisogno di due anime nello stesso corpo; altrimenti sentivo sempre una sorta di vuoto dentro di me. Pensavo di essere finalmente sul punto di colmare quel vuoto. Quella giovane donna, amabile per mille qualità eccellenti e anche per il suo aspetto naturale, privo di alcuna affettazione o vanità, avrebbe potuto completare la mia esistenza, se solo fosse stato possibile farlo allo stesso modo per lei. Non avevo nulla da temere dagli uomini; ero certo di essere l’unico che avesse veramente amato, e i suoi sentimenti tranquilli non le richiedevano altro. Anche quando smisi di rappresentare per lei quel ruolo, non ebbe bisogno di altri. Non avevo famiglia; lei ne aveva una, ma quella famiglia, con cui tutti i suoi parenti erano troppo diversi da me, non poteva diventare la mia. Questa fu la prima causa del mio dolore. Quanto avrei dato per poter diventare il figlio di sua madre! Feci di tutto per riuscirci, ma senza successo. Nonostante cercassi di unire i nostri interessi, era impossibile. Lei continuava sempre a considerarli diversi dai miei, addirittura contrari ai suoi stessi desideri. Lei e i suoi figli divennero come delle “sanguisughe” per lei: ogni loro comportamento negativo le causava danno. Quella povera ragazza, abituata a subire anche dalle sue nipoti, si lasciava derubare e manipolare in silenzio. E vedevo con dolore che, nonostante spendessi tutto ciò che avevo, non riuscivo a farle nulla di veramente utile. Cercai di allontanarla da sua madre, ma lei resistette sempre. Rispettai quella sua decisione e la stimavo ancora di più. Tuttavia quel rifiuto finì per danneggiare sia lei che me. Lasciata alle cure di sua madre e dei suoi parenti, divenne loro più di quanto non fosse a me. La loro avidità le causò meno danno dei loro consigli, che invece furono davvero pericolosi. Alla fine, sebbene grazie al suo amore per me e al suo buon carattere non fosse completamente dominata da loro, questo fu comunque sufficiente per impedire che le mie buone intenzioni avessero effetto. In ogni caso, continuammo sempre a essere “due”.
Ecco come, in un legame sincero e reciproco nel quale avevo messo tutta la tenerezza del mio cuore, il vuoto di quel cuore non fu mai completamente colmato. Arrivarono i bambini, che avrebbero potuto riempirlo, ma le cose andarono ancora peggio. Tremavo all’idea di affidarli a quella famiglia mal educata, temendo che venissero educati ancora peggio. I rischi legati all’educazione dei bambini trovati erano senz’altro molto minori[187]. Questa ragione, più forte di tutte quelle che espressi nella mia lettera a Madame de Francueil, fu tuttavia l’unica che non osai dirle. Preferii essere meno scusato per un biasimo così grave e rispettare la famiglia di una persona che amavo. Ma si può giudicare, dalle abitudini di suo fratello sfortunato, se mai, nonostante tutto, avessi dovuto esporre i miei figli a un’educazione simile alla sua.
Non potendo godere appieno di quella compagnia intima di cui sentivo il bisogno, cercavo in essa elementi che non potessero colmare quel vuoto, ma che almeno lo rendessero meno evidente. In assenza di un amico che fosse interamente mio, avevo bisogno di amici i cui stimoli potessero superare la mia indolenza: è così che ho intensificato e rafforzato le mie relazioni con Diderot, con l’abate de Condillac, e infine, a causa di quel sfortunato “Discorso” di cui ho raccontato la storia[188], mi sono ritrovato, senza nemmeno rendermene conto, rientrato nella letteratura da cui credevo di essermi finalmente liberato.
Il mio inizio mi condusse su un nuovo sentiero, in un altro mondo intellettuale; non potevo, senza entusiasmo, nemmeno immaginare l’economia semplice e nobile che vi regnava. Presto, dedicandomi a fondo ad esso, vidi soltanto errori e follie nella dottrina dei nostri saggi, oppressione e miseria nel nostro ordine sociale. Nell’illusione del mio sciocco orgoglio, credetti di essere destinato a dissipare tutti questi inganni; e, ritenendo che per farmi ascoltare fosse necessario far concordare il mio comportamento con i miei principi, intrapresi quella strada insolita che nessuno mi permise di seguire. I miei presunti amici non poterono mai perdonarmi per quell’esempio; all’inizio mi rese ridicolo, ma se solo fossi riuscito a perseverare, avrebbe finito per rendermi rispettabile.
Fino ad allora ero stato buono; da quel momento divenni virtuoso, o almeno inebriato dalla virtù. Quell’ebbrezza ebbe inizio nella mia mente, ma si diffuse poi nel mio cuore. Il più nobile orgoglio germogliò tra i resti della vanità ormai sradicata. Non recitavo alcuna parte: diventai davvero ciò che sembravo essere, e per almeno quattro anni, durante tutto il periodo in cui questa passione fu al suo apice, nulla di grande e bello poté entrare nel cuore di un uomo se non ero io stesso a permetterlo. Ecco da dove nacque la mia improvvisa eloquenza; ecco da dove si diffuse nei miei primi libri quel fuoco davvero celeste che mi divorava, e dal quale, per quarant’anni, non era ancora scaturita nemmeno una scintilla, perché non era ancora stato acceso.
J’étais vraiment transformé ; mes amis, mes connaissances ne me reconnaissaient plus. Je n’étais plus cet homme timide, et plutôt honteux que modeste, qui n’osait ni se présenter ni parler ; qu’un mot badin déconcertait, qu’un regard de femme faisait rougir. Audacieux, fier, intrépide, je portais partout une assurance d’autant plus ferme, qu’elle était simple et résidait dans mon âme plus que dans mon maintien. Le mépris que mes profondes méditations m’avaient inspiré pour les mœurs, les maximes et les préjugés de mon siècle, me rendaient insensible aux railleries de ceux qui les avaient, et j’écrasais leurs petits bons mots avec mes sentences, comme j’écraserais un insecte entre mes doigts. Quel changement ! Tout Paris répétait les âcres et mordants sarcasmes de ce même homme qui, deux ans auparavant et dix ans après, n’a jamais su trouver la chose qu’il avait à dire, ni le mot qu’il devait employer. Qu’on cherche l’état du monde le plus contraire à mon naturel, on trouvera celui-là. Qu’on se rappelle un de ces courts moments de ma vie, où je devenais un autre et cessais d’être moi ; on le trouve encore dans le temps dont je parle : mais au lieu de durer six jours, six semaines, il dura près de six ans, et durerait peut-être encore, sans les circonstances particulières qui le firent cesser, et me rendirent à la nature, au-dessus de laquelle j’avais voulu m’élever.
Ce changement commença sitôt que j’eus quitté Paris, et que le spectacle des vices de cette grande ville cessa de nourrir l’indignation qu’il m’avait inspirée. Quand je ne vis plus les hommes, je cessai de les mépriser ; quand je ne vis plus les méchants, je cessai de les haïr. Mon cœur, peu fait pour la haine, ne fit plus que déplorer leur misère et n’en distinguait pas leur méchanceté. Cet état plus doux, mais bien moins sublime, amortit bientôt l’ardent enthousiasme qui m’avait transporté si longtemps ; et sans qu’on s’en aperçût, sans presque m’en apercevoir moi-même, je redevins craintif, complaisant, timide[189] ; en un mot, le même Jean-Jacques que j’avais été auparavant.
Si la révolution n’eût fait que me rendre à moi-même, et s’arrêter là, tout était bien ; mais malheureusement elle alla plus loin, et m’emporta rapidement à l’autre extrême. Dès lors mon âme en branle n’a plus fait que passer par la ligne de repos, et ses oscillations toujours renouvelées ne lui ont jamais permis d’y rester Entrons dans le détail de cette seconde révolution : époque terrible et fatale d’un sort qui n’a point d’exemple chez les mortels.
N’étant que trois dans notre retraite, le loisir et la solitude devaient naturellement resserrer notre intimité. C’est aussi ce qu’ils firent entre Thérèse et moi. Nous passions tête-à-tête, sous les ombrages, des heures charmantes, dont je n’avais jamais si bien senti la douceur. Elle me parut la goûter elle-même encore plus qu’elle n’avait fait jusqu’alors. Elle m’ouvrit son cœur sans réserve, et m’apprit de sa mère et de sa famille des choses qu’elle avait eu la force de me taire pendant longtemps. L’une et l’autre avaient reçu de Mme Dupin des multitudes de présents faits à mon intention, mais que la vieille madrée, pour ne pas me fâcher, s’était appropriés pour elle et pour ses autres enfants, sans en rien laisser à Thérèse, et avec très sévères défenses de m’en parler[190] ; ordre que la pauvre fille avait suivi avec une obéissance incroyable.
Mais une chose qui me surprit beaucoup davantage fut d’apprendre qu’outre les entretiens particuliers que Diderot et Grimm avaient eus souvent avec l’une et l’autre pour les détacher de moi, et qui n’avaient pas réussi, par la résistance de Thérèse, tous deux avaient eu depuis lors de fréquents et secrets colloques avec sa mère, sans qu’elle eût pu rien savoir de ce qui se brassait entre eux. Elle savait seulement que les petits présents s’en étaient mêlés, et qu’il y avait de petites allées et venues dont on tâchait de lui faire un mystère, et dont elle ignorait absolument le motif. Quand nous partîmes de Paris, il y avait déjà longtemps que Mme Le Vasseur était dans l’usage d’aller voir M. Grimm deux ou trois fois par mois, et d’y passer quelques heures à des conversations si secrètes, que le laquais de Grimm était toujours renvoyé.
Je jugeai que ce motif n’était autre que le même projet dans lequel on avait tâché de faire entrer la fille, en promettant de leur procurer, par Mme d’Épinay, un regrat de sel, un bureau à tabac, et les tentant, en un mot, par l’appât du gain. On leur avait représenté qu’étant hors d’état de rien faire pour elles, je ne pouvais pas même, à cause d’elles, parvenir à rien faire pour moi. Comme je ne voyais à tout cela que de la bonne intention, je ne leur en savais pas absolument mauvais gré. Il n’y avait que le mystère qui me révoltât, surtout de la part de la vieille, qui, de plus, devenait de jour en jour plus flagorneuse et plus pateline avec moi : ce qui ne l’empêchait pas de reprocher sans cesse en secret à sa fille qu’elle m’aimait trop, qu’elle me disait tout, qu’elle n’était qu’une bête, et qu’elle en serait la dupe.
Cette femme possédait au suprême degré l’art de tirer d’un sac dix moutures, de cacher à l’un ce qu’elle recevait de l’autre, et à moi ce qu’elle recevait de tous. J’aurais pu lui pardonner son avidité, mais je ne pouvais lui pardonner sa dissimulation. Que pouvait-elle avoir à me cacher, à moi qu’elle savait si bien qui faisais mon bonheur presque unique de celui de sa fille et du sien ? Ce que j’avais fait pour sa fille, je l’avais fait pour moi ; mais ce que j’avais fait pour elle méritait de sa part quelque reconnaissance[191] ; elle en aurait dû savoir gré, du moins à sa fille, et m’aimer pour l’amour d’elle, qui m’aimait. Je l’avais tirée de la plus complète misère ; elle tenait de moi sa subsistance, elle me devait toutes ces connaissances dont elle tirait si bon parti. Thérèse l’avait longtemps nourrie de son travail, et la nourrissait maintenant de mon pain. Elle tenait tout de cette fille, pour laquelle elle n’avait rien fait ; et ses autres enfants qu’elle avait dotés, pour lesquels elle s’était ruinée, loin de lui aider à subsister, dévoraient encore sa subsistance et la mienne. Je trouvais que dans une pareille situation elle devait me regarder comme son unique ami, son plus sûr protecteur, et, loin de me faire un secret de mes propres affaires, loin de comploter contre moi dans ma propre maison, m’avertir fidèlement de tout ce qui pouvait m’intéresser, quand elle l’apprenait plus tôt que moi. De quel œil pouvais-je donc voir sa conduite fausse et mystérieuse ? Que devais-je penser surtout des sentiments qu’elle s’efforçait de donner à sa fille ? Quelle monstrueuse ingratitude devait être la sienne quand elle cherchait à lui en inspirer !
Toutes ces réflexions aliénèrent enfin mon cœur de cette femme, au point de ne pouvoir plus la voir sans dédain. Cependant je ne cessai jamais de traiter avec respect la mère de ma compagne, et de lui marquer en toutes choses presque les égards et la considération d’un fils ; mais il est vrai que je n’aimais guère à rester longtemps avec elle, et il n’est guère en moi de savoir me gêner.
C’est encore ici un de ces courts moments de ma vie où j’ai vu le bonheur de bien près, sans pouvoir l’atteindre, et sans qu’il y ait eut[192] de ma faute à l’avoir manqué. Si cette femme se fût trouvée d’un bon caractère, nous étions heureux tous les trois jusqu’à la fin de nos jours ; le dernier vivant seul fût resté à plaindre. Au lieu de cela, vous allez voir la marche des choses, et vous jugerez si j’ai pu la changer.
I had truly been transformed; my friends and acquaintances no longer recognized me. I was no longer that timid man—rather ashamed than modest, too afraid to introduce myself or speak; a man whose wit would be thrown off balance by a single playful remark, whose face would blush at the glance of a woman. Now bold, proud, and fearless, I carried everywhere an assurance that grew all the more firm precisely because it was simple and rooted in my soul rather than in my mannerisms. The contempt that my profound reflections had inspired in me toward the customs, maxims, and prejudices of my time made me indifferent to the mockery of those who held them; I crushed their petty insults with my own statements, just as I would crush an insect between my fingers. What a change! All of Paris was repeating the sharp and biting sarcasms of the very man who, two years earlier—and ten years later—still failed to find the right thing to say or the right word to use. One could seek out any state of society that is most contrary to my nature, and one would surely find it. Recall one of those brief moments in my life when I became someone else and ceased to be myself; such moments still exist in the time I am speaking of—but instead of lasting for six days or six weeks, they lasted nearly six years, and might perhaps continue yet if not for the particular circumstances that brought them to an end and restored me to my true nature, above which I had tried to ascend.
This change began the moment I left Paris, and when the sight of the vices of that great city ceased to arouse the indignation it had once inspired in me. When I no longer saw men, I stopped despising them; when I no longer saw the wicked, I stopped hating them. My heart, not readily inclined toward hatred, began only to pity their misery and could no longer distinguish their malice from it. This softer state of mind, though far less sublime, soon dampened the fervent enthusiasm that had once filled me; and before anyone noticed, and almost without my own realization, I became fearful, complaisant, and timid—in short, the same Jean-Jacques as I had been before.
If the revolution had merely restored me to myself and stopped there, all would have been well; but unfortunately, it went further and swiftly carried me to the other extreme. Since then, my restless soul has never once managed to rest in that state of equilibrium; its incessant oscillations have prevented it from ever staying there. Let us examine in detail this second revolution—this terrible and fateful period in a destiny that has no parallel among mortals.
Since there were only three of us in our retreat, leisure and solitude naturally brought us closer together. The same was true between Thérèse and me. We spent hours together under the shade, enjoying each other’s company in a way I had never before experienced such sweetness. It seemed to me that she herself was savoring these moments even more intensely than before. She opened her heart to me without reservation and told me things about her mother and family that she had been forced to keep hidden for so long. Both of them had received many gifts from Madame Dupin meant for me, but the old maid, in order not to anger me, had taken them for herself and her other children, leaving nothing for Thérèse—and she had strictly forbidden them from mentioning it to me[190]; a command that the poor girl had obeyed with incredible devotion.
But what surprised me even more was to learn that, in addition to the private discussions Diderot and Grimm often had with Thérèse in an attempt to separate her from me—discussions that had been unsuccessful due to her resistance—they had since then engaged in frequent and secret meetings with her mother, without her having any idea of what was going on between them. She only knew that small gifts were involved, and that there were various comings-and-goings that people tried to keep her in the dark about, completely unaware of their purpose. By the time we left Paris, Mme Le Vasseur had already been visiting M. Grimm two or three times a month for several hours at a time, engaging in such secretive conversations that Grimm’s servant was always sent away.
I judged that this scheme was nothing but the same attempt to manipulate them by promising to secure them a supply of salt and tobacco through Madame d’Épinay, and in short, by luring them with the prospect of gain. They had been led to believe that since I was unable to do anything for them, I could not even accomplish anything for myself on their behalf. Since I saw only good intentions behind all this, I held no ill will toward them at all. What truly angered me was the mystery surrounding it—especially on the part of the older woman, who became increasingly obsequious and flattering towards me day by day; yet this did not prevent her from constantly secretly reproaching her daughter for loving me too much, for telling me everything, for being nothing but a fool, and for ultimately becoming its own victim.
This woman possessed to the highest degree the art of withdrawing ten different things from a single bag, of hiding from one person what she received from another, and of concealing from me what she received from everyone else. I might have forgiven her greed, but I could never forgive her deceit. What could there be for her to hide from me—someone who knew so well who was the source of my nearly sole happiness, as well as that of her daughter and herself? What I had done for her daughter, I had also done for myself; yet what I had done for her deserved some form of gratitude on her part[191]. She should have been grateful, at least toward her daughter, and should have loved me for the love she held for her own daughter. I had rescued her from utter poverty; she depended on me for her livelihood; she owed me all those knowledge and skills that she made such good use of. For a long time, Thérèse had supported her with her own labor, and now she was being sustained by my bread. She relied entirely on this daughter—whom she had done nothing to help—and her other children, for whom she had ruined herself, not only failed to help her survive but also consumed both her and my resources. How could I possibly view her behavior in such a situation, except as that of her sole friend, her most reliable protector? Instead of keeping my own affairs secret from me or plotting against me in my own home, she should have faithfully informed me of anything that might concern me, whenever she learned of it before I did. How then could I accept her false and mysterious behavior? And what should I think especially of the feelings she tried to instill in her daughter? What monstrous ingratitude on her part must it have been when she sought to inspire such feelings in her own child!
All these reflections ultimately alienated my heart from this woman to such an extent that I could no longer look at her without feeling disdain. However, I never ceased to treat with respect the mother of my companion and showed her, in every regard, almost the same care and consideration as a son would; it is true, however, that I did not particularly enjoy spending much time with her, and I am not one to know how to restrain myself.
Once again, it was one of those brief moments in my life when I came within close proximity to happiness—yet was unable to attain it, and there was nothing I could have done to prevent that. If only that woman had been of a kind nature, we all three would have been happy for the rest of our days; it would have been only the last one left alive who would have suffered. But instead, you will see how things turned out, and you can then judge whether I was able to change that outcome in any way.
Ero davvero cambiato; i miei amici, le mie conoscenti non mi riconoscevano più. Non ero più quell’uomo timido, anzi vergognoso piuttosto che modesto, che non osava né presentarsi né parlare; una parola scherzosa lo metteva in imbarazzo, uno sguardo di donna lo faceva arrossire. Audace, fiero, intraprendente, portavo ovunque un’assoluta sicurezza, tanto più ferma in quanto semplice e radicata nell’anima mia piuttosto che nel mio comportamento esteriore. Il disprezzo che le mie profonde riflessioni mi avevano fatto provare per le usanze, i principi e i pregiudizi del mio secolo mi rendeva insensibile alle derisioni di coloro che li condividevano; schiacciavo i loro commenti sarcastici con le mie argomentazioni, come avrei schiacciato un insetto tra le dita. Che cambiamento. Tutto Parigi ripeteva gli acidi e taglienti sarcasmi di quell’uomo che, due anni prima e dieci anni dopo, non era mai riuscito a trovare le parole giuste da dire, né il termine appropriato da usare. Si possa cercare lo stato del mondo più contrario alla mia natura, si troverà senz’altro. Si ricordi uno di quei brevi momenti della mia vita in cui diventavo un altro e smettevo di essere me stesso, quel momento esiste ancora nel tempo di cui parlo; ma invece di durare sei giorni o sei settimane, è durato quasi sei anni, e probabilmente continuerebbe a durare, se non fossero intervenute circostanze particolari che lo hanno interrotto, facendomi tornare alla mia vera natura, al di sopra di quella verso cui avevo cercato di elevarmi.
Questo cambiamento iniziò non appena lasciai Parigi, e quando lo spettacolo dei vizi di questa grande città smise di alimentare l’indignazione che mi aveva ispirato. Quando non vidi più gli uomini, smisi di disprezzarli; quando non vidi più i malvagi, smisi di odiarli. Il mio cuore, poco incline all’odio, iniziò soltanto a provare compassione per la loro miseria, senza più distinguere tra la loro malvagità e le loro azioni negative. Questo stato, più dolce ma ben meno sublime, attenuò presto l’intenso entusiasmo che mi aveva animato per tanto tempo; e senza che nessuno se ne accorgesse, quasi nemmeno io stesso, tornai a essere timido, accomodante, riservato. In altre parole, diventai di nuovo lo stesso Jean-Jacques di prima.
Se la rivoluzione si fosse limitata a farmi ritrovare me stesso e non fosse andata oltre, tutto sarebbe stato bene; ma purtroppo è andata oltre, portandomi rapidamente all’altro estremo. Da quel momento, la mia anima, in continua agitazione, non ha mai più potuto riposarsi; le sue oscillazioni continue non le hanno mai permesso di raggiungere uno stato di equilibrio. Entriamo nei dettagli di questa seconda rivoluzione: un’epoca terribile e fatale per un destino che non ha eguali tra i mortali.
Essendo solo in tre nella nostra ritirata, il tempo libero e la solitudine dovevano naturalmente rafforzare la nostra intimità. Fu proprio ciò che accadde tra Teresa e me: trascorrevamo ore deliziose da soli, all’ombra degli alberi, e per la prima volta sentii pienamente tutta la dolcezza di quel momento. Mi sembrava che anche lei la gustasse ancora più intensamente di prima. Mi aprì il suo cuore senza riserve e mi raccontò cose sulla sua madre e sulla sua famiglia che aveva avuto il coraggio di tacermi per molto tempo. Sia lei che sua madre avevano ricevuto da Madame Dupin molti regali destinati a me, ma la vecchia matrigna, per non offendermi, li aveva presi per sé e per i suoi altri figli, senza lasciarne nulla a Teresa, imponendole anche di non parlarmene mai[190]; ordine che quella povera ragazza aveva rispettato con una obbedienza incredibile.
Ma ciò che mi sorprese ancora di più fu scoprire che, oltre ai colloqui privati che Diderot e Grimm avevano spesso avuto con Thérèse per allontanarla da me – e che non erano riusciti a ottenere il loro scopo a causa della sua resistenza – entrambi avevano in seguito avuto frequenti e segreti incontri con sua madre, senza che lei potesse sapere nulla di ciò che si stava tramando tra loro. Sapeva soltanto che alcuni piccoli regali erano stati coinvolti in queste vicende, e che c’erano delle persone che andavano e venivano in modo misterioso, senza che lei conoscesse assolutamente il motivo di tutto ciò. Quando lasciammo Parigi, da tempo Mme Le Vasseur aveva preso l’abitudine di andare a trovare M. Grimm due o tre volte al mese, trascorrendovi alcune ore in conversazioni così segrete che il lacchè di Grimm veniva sempre mandato via.
Ritenni che questo motivo non fosse altro che lo stesso progetto con cui si aveva cercato di coinvolgere quella ragazza, promettendo loro di procurare, tramite Madame d’Épinay, un rifornimento di sale e una scrivania da tabacco; in altre parole, si cercava di attirarle con la speranza di guadagno. A loro era stato detto che, essendo impossibile per me fare qualcosa per loro, non avrei nemmeno potuto ottenere nulla per me stesso a causa loro. Poiché vedevo in tutto ciò solo buone intenzioni, non ne ero affatto dispiaciuta. L’unico aspetto che mi disturbava era il mistero che circondava tutta la situazione, soprattutto da parte della vecchia, la quale, inoltre, diventava sempre più ossequiosa e insopportabile con me; questo, però, non le impediva di rimproverare segretamente sua figlia perché mi amava troppo, perché mi diceva tutto, perché era solo una sciocca, e che ne sarebbe stata la vittima.
Questa donna possedeva al massimo grado l’arte di estrarre, da un unico sacco, dieci cose diverse; di nascondere a uno ciò che riceveva dall’altro, e a me ciò che riceveva da tutti. Avrei potuto perdonarle la sua avidità, ma non potevo perdonarle la sua dissimulazione. Cosa mai avrebbe dovuto nascondermi, a me che sapevo così bene chi rendeva felice lei, e quasi unicamente sua figlia e lei stessa? Quello che avevo fatto per sua figlia, l’avevo fatto anche per me stesso; ma ciò che avevo fatto per lei meritava da parte sua qualche segno di riconoscenza. Avrebbe dovuto essermene grata, almeno verso sua figlia, e amarmi per l’amore che provavo per lei, un amore che era ricambiato. L’avevo tirata fuori dalla più completa miseria; dipendeva da me per il suo sostentamento; mi doveva tutte quelle conoscenze di cui approfittava così bene. Thérèse l’aveva nutrita a lungo con il proprio lavoro, e ora la nutriva con il mio pane. Dipendeva interamente da quella figlia, per la quale non aveva fatto nulla; e i suoi altri figli, che aveva dotato generosamente, invece di aiutarla a sopravvivere, consumavano ancora tutto il suo sostentamento, così come il mio. Ritenevo quindi che, in una situazione del genere, dovesse considerarmi il suo unico amico, il suo più sicuro protettore. E invece di nascondermi le proprie faccende, o complottare contro di me nella mia stessa casa, avrebbe dovuto informarmi fedelmente di tutto ciò che poteva interessarmi, non appena lo veniva a sapere. Con quale occhio quindi potevo considerare il suo comportamento falso e misterioso? E cosa dovevo pensare soprattutto dei sentimenti che cercava di ispirare in sua figlia. Quanta mostruosa ingratitudine doveva dimostrare, quando cercava di farle provare sentimenti del genere!
Tutti questi pensieri finirono per allontanare il mio cuore da quella donna, al punto che non riuscivo più a guardarla senza disprezzo. Tuttavia, non smisi mai di trattare con rispetto la madre della mia compagna, dimostrandole in ogni occasione l’affetto e la considerazione che un figlio dovrebbe mostrare; è vero, però, che non mi piaceva affatto trascorrere molto tempo con lei, e in me non c’è certo la capacità di comportarmi in modo educato o rispettoso.
È ancora uno di quei brevi momenti della mia vita in cui ho visto il felicità così vicina a me da non riuscire ad raggiungerla, e senza che ci fosse alcuna colpa da parte mia nel non averla ottenuta. Se quella donna avesse avuto un buon carattere, saremmo stati tutti e tre felici per tutta la vita; l’ultimo sopravvissuto, invece, sarebbe rimasto da compiangere. Invece, vedrete come sono andate le cose e giudicherete se sia stato possibile cambiarle.
Mme Le Vasseur, qui vit que j’avais gagné du terrain sur le cœur de sa fille, et qu’elle en avait perdu, s’efforça de le reprendre, et au lieu de revenir à moi par elle, tenta de me l’aliéner tout à fait. Un des moyens qu’elle employa fut d’appeler sa famille à son aide. J’avais prié Thérèse de n’en faire venir personne à l’Ermitage ; elle me le promit. On les fit venir en mon absence, sans la consulter ; et puis on lui fit promettre de ne m’en rien dire. Le premier pas fait, tout le reste fut facile ; quand une fois on fait à quelqu’un qu’on aime un secret de quelque chose, on ne se fait bientôt plus guère de scrupule de lui en faire sur tout. Sitôt que j’étais à la Chevrette, l’Ermitage était plein de monde qui s’y réjouissait assez bien. Une mère est toujours bien forte sur une fille d’un bon naturel ; cependant, de quelque façon que s’y prît la vieille, elle ne put jamais faire entrer Thérèse dans ses vues, et l’engager à se liguer contre moi. Pour elle, elle se décida sans retour : et voyant d’un côté sa fille et moi, chez qui l’on pouvait vivre, et puis c’était tout ; de l’autre, Diderot, Grimm, d’Holbach, Mme d’Épinay, qui promettaient beaucoup et donnaient quelque chose, elle n’estima pas qu’on pût avoir jamais tort dans le parti d’une fermière générale et d’un baron. Si j’eusse eu de meilleurs yeux, j’aurais vu dès lors que je nourrissais un serpent dans mon sein ; mais mon aveugle confiance, que rien encore n’avait altérée, était telle, que je n’imaginais pas même qu’on pût vouloir nuire à quelqu’un qu’on devait aimer ; en voyant ourdir autour de moi mille trames, je ne savais me plaindre que de la tyrannie de ceux que j’appelais mes amis et qui voulaient, selon moi, me forcer d’être heureux à leur mode, plutôt qu’à la mienne.
Quoique Thérèse refusât d’entrer dans la ligue avec sa mère, elle lui garda derechef le secret : son motif était louable ; je ne dirai pas si elle fit bien ou mal. Deux femmes qui ont des secrets aiment à babiller ensemble : cela les rapprochait, et Thérèse, en se partageant, me laissait sentir quelquefois que j’étais seul, car je ne pouvais plus compter pour société celle que nous avions tous trois ensemble. Ce fut alors que je sentis vivement le tort que j’avais eu, durant nos premières liaisons, de ne pas profiter de la docilité que lui donnait son amour, pour l’orner de talents et de connaissances qui, nous tenant plus rapprochés dans notre retraite, auraient agréablement rempli son temps et le mien, sans jamais nous laisser sentir la longueur du tête-à-tête. Ce n’était pas que l’entretien tarît entre nous, et qu’elle parût s’ennuyer dans nos promenades ; mais enfin nous n’avions pas assez d’idées communes pour nous faire un grand magasin : nous ne pouvions plus parler sans cesse de nos projets, bornés désormais à celui de jouir. Les objets qui se présentaient m’inspiraient des réflexions qui n’étaient pas à sa portée. Un attachement de douze ans[193] n’avait plus besoin de paroles ; nous nous connaissions trop pour avoir plus rien à nous apprendre. Restait la ressource des caillettes, médire, et dire des quolibets. C’est surtout dans la solitude qu’on sent l’avantage de vivre avec quelqu’un qui sait penser. Je n’avais pas besoin de cette ressource pour me plaire avec elle ; mais elle en aurait eu besoin pour se plaire toujours avec moi. Le pis était qu’il fallait avec cela prendre nos tête-à-tête en bonne fortune : sa mère, qui m’était devenue importune, me forçait à les épier. J’étais gêné chez moi, c’est tout dire ; l’air de l’amour gâtait la bonne amitié. Nous avions un commerce intime, sans vivre dans l’intimité.
Dès que je crus voir que Thérèse cherchait quelquefois des prétextes pour éluder les promenades que je lui proposais, je cessai de lui en proposer, sans lui savoir mauvais gré de ne pas s’y plaire autant que moi. Le plaisir n’est point une chose qui dépende de la volonté. J’étais sûr de son cœur, ce m’était assez. Tant que mes plaisirs étaient les siens, je les goûtais avec elle : quand cela n’était pas, je préférais son contentement au mien.
Voilà comment, à demi trompé dans mon attente, menant une vie de mon goût, dans un séjour de mon choix, avec une personne qui m’était chère, je parvins pourtant à me sentir presque isolé. Ce qui me manquait m’empêchait de goûter ce que j’avais. En fait de bonheur et de jouissance, il me fallait tout ou rien. On verra pourquoi ce détail m’a paru nécessaire. Je reprends à présent le fil de mon récit.
Je croyais avoir des trésors dans les manuscrits que m’avait donnés le comte de Saint-Pierre. En les examinant, je vis que ce n’était presque que le recueil des ouvrages imprimés de son oncle, annotés et corrigés de sa main, avec quelques autres petites pièces qui n’avaient pas vu le jour. Je me confirmai, par ses écrits de morale, dans l’idée que m’avaient donnée quelques lettres de lui, que Mme de Créqui m’avait montrées, qu’il avait beaucoup plus d’esprit que je n’avais cru : mais l’examen approfondi de ses ouvrages de politique ne me montra que des vues superficielles, des projets utiles, mais impraticables par l’idée dont l’auteur n’a jamais pu sortir, que les hommes se conduisaient par leurs lumières plutôt que par leurs passions. La haute opinion qu’il avait des connaissances modernes lui avait fait adopter ce faux principe de la raison perfectionnée, base de tous les établissements qu’il proposait, et source de tous ses sophismes politiques. Cet homme rare, l’honneur de son siècle et de son espèce, et le seul peut-être, depuis l’existence du genre humain, qui n’eût d’autre passion que celle de la raison, ne fit cependant que marcher d’erreur en erreur dans tous ses systèmes, pour avoir voulu rendre les hommes semblables à lui, au lieu de les prendre tels qu’ils sont, et qu’ils continueront d’être. Il n’a travaillé que pour des êtres imaginaires, en pensant travailler pour ses contemporains.
Tout cela vu, je me trouvai dans quelque embarras sur la forme à donner à mon ouvrage. Passer à l’auteur ses visions, c’était ne rien faire d’utile ; les réfuter à la rigueur était faire une chose malhonnête, puisque le dépôt de ses manuscrits, que j’avais accepté, et même demandé, m’imposait l’obligation d’en traiter honorablement l’auteur. Je pris enfin le parti qui me parut le plus décent, le plus judicieux et le plus utile. Ce fut de donner séparément les idées de l’auteur et les miennes, et, pour cela, d’entrer dans ses vues, de les éclaircir, de les étendre, et de ne rien épargner pour leur faire valoir tout leur prix.
Mon ouvrage devait donc être composé de deux parties absolument séparées : l’une, destinée à exposer de la façon que je viens de dire les divers projets de l’auteur ; dans l’autre, qui ne devait paraître qu’après que la première aurait fait son effet, j’aurais porté mon jugement sur ces mêmes projets : ce qui, je l’avoue, eût pu les exposer quelquefois au sort du sonnet du Misanthrope. À la tête de tout l’ouvrage devait être une vie de l’auteur, pour laquelle j’avais ramassé d’assez bons matériaux, que je me flattais de ne pas gâter en les employant. J’avais un peu vu l’abbé de Saint-Pierre dans sa vieillesse, et la vénération que j’avais pour sa mémoire m’était garant qu’à tout prendre M. le Comte ne serait pas mécontent de la manière dont j’aurais traité son parent.
Je fis mon essai sur la Paix perpétuelle, le plus considérable et le plus travaillé de tous les ouvrages qui composaient ce recueil, et avant de me livrer à mes réflexions, j’eus le courage de lire absolument tout ce que l’abbé avait écrit sur ce beau sujet, sans jamais me rebuter par ses longueurs et par ses redites. Le public a vu cet extrait, ainsi je n’ai rien à en dire. Quant au jugement que j’en ai porté, il n’a point été imprimé, et j’ignore s’il le sera jamais ; mais il fut fait en même temps que l’extrait. Je passai de là à la Polysynodie, ou pluralité des conseils, ouvrage fait sous le Régent, pour favoriser l’administration qu’il avait choisie, et qui fit chasser de l’Académie française l’abbé de Saint-Pierre, pour quelques traits contre l’administration précédente, dont la duchesse du Maine et le cardinal de Polignac furent fâchés. J’achevai ce travail comme le précédent, tant le jugement que l’extrait : mais je m’en tins là, sans vouloir continuer cette entreprise, que je n’aurais pas dû commencer.
Madam Le Vasseur, seeing that I had gained an influence over her daughter and that she herself had lost it, tried to regain it. Instead of winning my daughter back through herself, she attempted to completely alienate her from me. One of the methods she employed was to call upon her family for help. I had asked Thérèse not to bring anyone to the Ermitage; she promised me she would do so. However, they were brought there in my absence without consulting her, and then she was made to promise not to tell me anything about it. Once that first step was taken, everything else became easy; once one has shared a secret with someone one loves, it becomes less and less difficult to share many more secrets with them. As soon as I moved to the Chevrette, the Ermitage was filled with people who seemed quite happy there. A mother always has considerable influence over a daughter of good nature; nevertheless, no matter what methods the old woman used, she was never able to make Thérèse join her in opposing me. For her own sake, she made up her mind irrevocably: on one hand, she saw her daughter and myself—people with whom it would be possible to live happily; on the other hand, there were Diderot, Grimm, d’Holbach, and Madame d’Épinay, who promised much but gave little. She did not believe that one could ever be wrong in choosing the side of a tax collector and a baron. If I had been more perceptive, I would have realized at that time that I was harboring a serpent within me; but my blind trust, unshaken by anything yet, was so strong that I never even imagined anyone could want to harm someone they were supposed to love. Seeing countless schemes being woven around me, I could only complain about the tyranny of those I called my friends—people who, in my opinion, wanted to force me to be happy in their way, rather than in my own.
Although Thérèse refused to join her mother in this arrangement, she immediately kept the secret for her: her motive was commendable; whether she did right or wrong is something I cannot say. Two women who share secrets tend to gossip together; it brought them closer, and sometimes, by sharing these secrets with me, Thérèse would imply that I was now excluded, for we could no longer rely on the companionship of the three of us together. It was then that I deeply realized the mistake I had made in our early interactions—by not taking advantage of her willingness to learn and cultivating her talents and knowledge, which could have filled both her and my time in a pleasant way, without ever making those moments seem tedious. It wasn’t that our conversations dried up or that she seemed bored during our walks; rather, we simply didn’t have enough common interests to keep each other engaged. We could no longer talk endlessly about our plans, now limited merely to the simple pleasure of being together. The things that came up in conversation inspired reflections that were beyond her understanding. Twelve years of shared life no longer required words; we knew each other too well to have anything left to learn from one another. All that remained were trivialities, gossip, and teasing. It is especially in solitude that one realizes the value of having someone who knows how to think by one’s side. I didn’t need such things to enjoy her company; but she would have needed them to keep finding pleasure in being with me. The worst part was that we had to rely on chance to spend time alone together—her mother, who had become an annoyance, forced me to watch for such moments. I felt embarrassed at home, quite simply; the atmosphere of love began to undermine our good friendship. We had an intimate relationship, yet we did not live in actual intimacy.
As soon as I noticed that Thérèse sometimes found excuses to avoid the walks I offered her, I stopped suggesting them, without feeling any resentment at her not enjoying them as much as I did. Pleasure is not something that depends on one’s will. I was sure of her feelings; that was enough for me. As long as my pleasures were also hers, I enjoyed them with her; when they were not, I preferred her satisfaction to my own.
In this way, though somewhat deceived in my expectations, living the life I desired, in the place of my choice, with a person dear to me, I still found myself feeling almost isolated. What was missing prevented me from truly enjoying what I had. Instead of happiness and pleasure, I needed either everything or nothing at all. We will see why this detail seemed necessary to me. I shall now continue with the narrative.
I had believed that the manuscripts given to me by Count de Saint-Pierre contained treasures within them. Upon examining them, however, I found that they were almost entirely composed of his uncle’s printed works, annotated and corrected in his own hand, along with a few other minor pieces that had never been published. His moral writings confirmed for me, as had some letters he had written which Madame de Créqui had shown me, the impression he had made on me—that he possessed far more intellect than I had initially assumed. However, a closer examination of his political works revealed only superficial ideas and useful but unfeasible plans, all rooted in the mistaken notion that human behavior is guided by reason rather than passion. His excessive reverence for modern knowledge led him to adopt this fallacious principle of “perfect reason” as the foundation for all his proposals—and the source of his numerous political sophisms. This rare individual, a hero of his time and his race, and perhaps the only one in the entire history of humanity who possessed no passion other than that for reason, nevertheless stumbled from mistake to mistake in all his theories, because he tried to make human beings like himself when they were, and always would be, what they are. In doing so, he worked solely for imaginary beings, thinking he was serving his contemporaries.
In light of all this, I found myself in some difficulty regarding the form in which to present my work. To merely convey the author’s views would be utterly futile; to reject them outright would be dishonest, given that I had accepted—and even requested—to receive his manuscripts, which thus imposed upon me the obligation to treat him with fairness. In the end, I chose what seemed to me the most decent, judicious, and useful course of action: to present both the author’s ideas and my own separately. To do so, I decided to delve into his perspectives, clarify them, expand upon them, and spare no effort in ensuring they were given their full value.
My work was therefore intended to consist of two absolutely separate parts: one part would be dedicated to presenting, in the manner I have just described, the various projects of the author; in the other part, which was to appear only after the first had had its effect, I would express my own judgment on those same projects—something which, I admit, might have put them at some risk, similar to what happened to the sonnet in “The Misanthrope.” At the beginning of the entire work, there was to be a biography of the author, for which I had gathered quite sufficient materials, and I was confident that I would not mishandle them. I had had the opportunity to see Father de Saint-Pierre in his old age, and the respect I held for his memory assured me that, all things considered, Count de Saint-Pierre would not be dissatisfied with the way I treated his relative.
I dedicated my essay to “The Perpetual Peace”—the most substantial and elaborate work among all those that comprised this collection. Before embarking on my reflections, I took the courage to read absolutely everything the abbe had written on this subject, never letting its length or repetition deter me. The public has seen this excerpt; therefore, I have nothing further to say about it. As for the judgment I formed regarding it, it was not published, and I do not know whether it ever will be; however, it was drafted at the same time as the excerpt. Next, I turned my attention to “Polysynody,” or the system of multiple advisory councils—a work created during the Regent’s reign to support the administration he had chosen. This work led to the expulsion of Abbe de Saint-Pierre from the French Academy, due to his criticisms of the previous administration, which displeased both the Duchess of Maine and Cardinal de Polignac. I completed this work in just the same manner as the previous one—both the judgment and the excerpt—but I stopped there, deciding not to pursue this endeavor further, which I perhaps should never have begun in the first place.
La signora Le Vasseur, vedendo che avevo guadagnato terreno nel cuore di sua figlia e che lei ne aveva perso, cercò in tutti i modi di riconquistarlo. Invece di tornare da me attraverso lei, tentò di allontanarmi del tutto da lei. Uno dei mezzi che utilizzò fu chiamare in suo aiuto la sua famiglia. Avevo pregato Thérèse di non far venire nessuno all’Ermitage; lei mi lo promise. Tuttavia, le persone furono fatte venire in mia assenza, senza consultarla, e poi le fu fatto promettere di non dirmi nulla al riguardo. Una volta fatto questo primo passo, il resto risultò facile: quando si confida a qualcuno che si ama un segreto su qualcosa, presto non ci si fa più scrupoli a rivelargliene altri. Non appena mi trasferii alla Chevrette, l’Ermitage fu pieno di persone che vi si divertivano molto. Una madre ha sempre molta influenza su una figlia di buon carattere; tuttavia, per quanto la vecchia signora ci provasse, non riuscì mai a convincere Thérèse ad allearsi contro di me. Lei, invece, prese una decisione irrevocabile: da un lato c’erano sua figlia e io, con cui si poteva vivere, e basta; dall’altro c’erano Diderot, Grimm, d’Holbach, la signora d’Épinay, che promettevano molto e davano qualcosa. Lei non ritenne mai che ci fosse torto nel scegliere il partito di una “contadina generale” e di un barone. Se avessi avuto occhi più acuti, avrei capito subito che stavo nutrendo un serpente nel mio seno. Ma la mia cieca fiducia, ancora intatta, era tale che non immaginavo nemmeno che qualcuno potesse voler fare del male a qualcuno che doveva essere amato. Vedendo mille intrighi tessersi intorno a me, potevo lamentarmi soltanto della tirannia di coloro che chiamavo miei amici, e che, secondo me, volevano costringermi ad essere felice a loro modo, piuttosto che al mio.
Sebbene Teresa rifiutasse di entrare a far parte della stessa lega con sua madre, le tenne immediatamente il segreto: il suo motivo era lodevole; non dirò però se abbia agito bene o male. Due donne che hanno dei segreti amano chiacchierare insieme: questo le avvicina, e Teresa, condividendo i suoi segreti con me, a volte mi faceva capire di essere solo, perché non potevo più considerare lei come compagnia, visto che non eravamo più in tre insieme. Fu allora che sentii profondamente quanto avessi sbagliato, nei primi tempi della nostra relazione, a non sfruttare la docilità che il suo amore mi offriva per colmarla di talenti e conoscenze che, tenendoci più uniti nella nostra solitudine, avrebbero potuto rendere piacevole sia il suo che il mio tempo, senza mai farci sentire la noia delle lunghe conversazioni private. Non era che il nostro dialogo si esaurisse o che lei sembrasse annoiarsi durante le nostre passeggiate; ma semplicemente non avevamo abbastanza argomenti in comune per mantenere una conversazione interessante: non potevamo più parlare continuamente dei nostri progetti, ormai limitati soltanto al piacere di stare insieme. Gli oggetti che ci circondavano mi ispiravano riflessioni che lei non era in grado di comprendere. Un legame durato dodici anni non aveva più bisogno di parole; ci conoscevamo troppo bene per aver ancora qualcosa da imparare l’uno dall’altro. Restava allora la soluzione delle battute, dei pettegolezzi e dei scherzi. Ma è soprattutto nella solitudine che si apprezza veramente il vantaggio di vivere con qualcuno che sa pensare. Non avevo bisogno di questa “soluzione” per divertirmi con lei; ma lei ne avrebbe avuto bisogno per continuare a divertirsi sempre con me. Il peggio era che dovevamo affidarci alla fortuna per goderci quei momenti di intimità: sua madre, ormai fastidiosa, mi costringeva ad osservarli di nascosto. Ero a disagio nella mia stessa casa. L’atmosfera dell’amore rovinava quella che un tempo era stata una bella amicizia. Avevamo un rapporto intimo, ma non vivevamo davvero insieme.
Non appena notai che Thérèse a volte cercava scuse per evitare le passeggiate che le proponevo, smisi di invitarla, senza che lei si lamentasse del fatto che non le piacessero altrettanto quanto a me. Il piacere non dipende dalla volontà; ero certo del suo cuore, e questo mi bastava. Finché i miei piaceri erano anche i suoi, li condividevo con lei; quando invece non lo erano, preferivo la sua felicità alla mia.
Ecco come, pur essendo stato in parte ingannato nelle mie aspettative, conducendo una vita a mio piacimento, in un luogo scelto da me stesso, con una persona che mi era cara, riuscii comunque a sentirmi quasi isolato. Ciò che mi mancava mi impediva di godermi ciò che avevo. Per quanto riguarda la felicità e il piacere, avevo bisogno di tutto, o di niente. Vedremo perché questo dettaglio mi è sembrato necessario. Ora riprendo il filo della mia storia.
Pensavo di possedere dei tesori nei manoscritti che il conte di Saint-Pierre mi aveva donato. Esaminandoli, scoprii che si trattava quasi esclusivamente della raccolta degli scritti pubblicati da suo zio, annotati e corretti di sua mano, insieme ad alcune altre opere minori che non erano mai state pubblicate. Attraverso i suoi scritti di morale, confermai l’impressione che alcune sue lettere, mostratemi dalla signora de Créqui, mi avevano dato: lui possedeva molto più intelletto di quanto avessi creduto. Tuttavia, un esame approfondito dei suoi scritti politici rivelò solo opinioni superficiali e progetti utili, ma impraticabili a causa dell’idea fissa da cui l’autore non era mai riuscito a liberarsi: che gli uomini si guidassero più dalle loro “luci” che dalle loro passioni. La sua elevata considerazione per le conoscenze moderne lo aveva portato ad adottare questo falso principio di una ragione perfetta, base di tutti i sistemi politici che proponeva e fonte dei suoi sofismi. Quest’uomo straordinario, onore del suo secolo e della sua specie, e forse l’unico nella storia dell’umanità a non avere altra passione se non quella per la ragione, finì tuttavia per sbagliare continuamente in tutti i suoi progetti, nel tentativo di rendere gli uomini simili a sé stesso, invece di accettarli così come sono e come continueranno ad essere. Lavorò soltanto per esseri immaginari, credendo di lavorare per i suoi contemporanei.
Considerato tutto ciò, mi trovai di fronte a un certo imbarazzo riguardo alla forma da dare al mio lavoro. Trasmettere alle lettrici le visioni dell’autrice sarebbe stato inutile; confutarle, d’altra parte, sarebbe stato disonesto, poiché l’accettazione e persino la richiesta dei suoi manoscritti mi impegnavano ad trattarla con rispetto. Alla fine scelsi quella che mi sembrava la soluzione più decorosa, giudiziosa e utile: presentare separatamente le idee dell’autrice dalle mie, per cui decisi di approfondire le sue concezioni, chiarirle, ampliarle e fare tutto il possibile affinché venissero apprezzate al loro pieno valore.
Il mio lavoro doveva quindi essere composto da due parti assolutamente separate: una, destinata a esporre, nel modo che ho appena detto, i diversi progetti dell’autore; nell’altra, che sarebbe apparsa soltanto dopo che la prima avesse avuto il suo effetto, avrei espresso il mio giudizio su quegli stessi progetti: cosa che, devo ammetterlo, avrebbe potuto talvolta esporli al rischio di subire lo stesso destino del sonetto del “Misantropo”. All’inizio dell’intero lavoro doveva esserci una biografia dell’autore, per la quale avevo raccolto materiale abbastanza valido, e speravo di non rovinarlo utilizzandolo. Avevo avuto l’opportunità di incontrare l’abate de Saint-Pierre in vecchiaia, e il rispetto che provavo per la sua memoria mi garantiva che, nel complesso, il conte non sarebbe stato insoddisfatto del modo in cui avrei trattato il suo parente.
Scrissi il mio saggio sulla “Pace perpetua”, il più importante e il più elaborato di tutti gli scritti che componevano quella raccolta; prima di iniziare a riflettere, ebbi il coraggio di leggere tutto ciò che l’abate aveva scritto su questo argomento, senza mai scoraggiarmi per le sue lunghezze o le sue ripetizioni. Il pubblico ha visto quell’estratto, quindi non ho nulla da aggiungere al riguardo. Quanto al giudizio che ne ebbi, esso non fu mai pubblicato, e ignoro se lo sarà mai; tuttavia fu redatto contemporaneamente all’estratto stesso. Passai poi alla “Polysynodie”, ovvero alla pluralità dei consigli: un’opera scritta durante il periodo del Reggente al fine di sostenere l’amministrazione da lui scelta; quell’amministrazione causò l’allontanamento dall’Accademia francese dell’abate de Saint-Pierre, a causa di alcune critiche rivolte all’amministrazione precedente, che offesero la duchessa del Maine e il cardinale de Polignac. Completai anche questo lavoro come avevo fatto per il precedente: sia il giudizio che l’estratto; ma mi fermai lì, senza voler proseguire in quell’impresa, che forse non avrei nemmeno dovuto intraprendere.
La réflexion qui m’y fit renoncer se présente d’elle-même, et il était étonnant qu’elle ne me fût pas venue plus tôt. La plupart des écrits de l’abbé de Saint-Pierre étaient ou contenaient des observations critiques sur quelques parties du gouvernement de France, et il y en avait même de si libres, qu’il était heureux pour lui de les avoir faites impunément. Mais dans les bureaux des ministres, on avait de tout temps regardé l’abbé de Saint-Pierre comme une espèce de prédicateur, plutôt que comme un vrai politique, et on le laissait dire tout à son aise, parce qu’on voyait bien que personne ne l’écoutait. Si j’étais parvenu à le faire écouter, le cas eût été différent. Il était français, je ne l’étais pas ; et en m’avisant de répéter ses censures, quoique sous son nom, je m’exposais à me faire demander un peu rudement, mais sans injustice, de quoi je me mêlais. Heureusement, avant d’aller plus loin, je vis la prise que j’allais donner sur moi, et me retirai bien vite. Je savais que, vivant seul au milieu des hommes, et d’hommes tous plus puissants que moi, je ne pouvais jamais, de quelque façon que je m’y prisse, me mettre à l’abri du mal qu’ils voudraient me faire. Il n’y avait qu’une chose en cela qui dépendît de moi, c’était de faire en sorte au moins que, quand ils m’en voudraient faire, ils ne le pussent qu’injustement. Cette maxime, qui me fit abandonner l’abbé de Saint-Pierre, m’a fait souvent renoncer à des projets beaucoup plus chéris. Ces gens, toujours prompts à faire un crime de l’adversité, seraient bien surpris s’ils savaient tous les soins que j’ai pris en ma vie pour qu’on ne pût jamais me dire avec vérité dans mes malheurs : tu les as bien mérités.
Cet ouvrage abandonné me laissa quelque temps incertain sur celui que j’y ferais succéder, et cet intervalle de désœuvrement fut ma perte, en me laissant tourner mes réflexions sur moi-même, faute d’objet étranger qui m’occupât. Je n’avais plus de projet pour l’avenir qui pût amuser mon imagination ; il ne m’était pas même possible d’en faire, puisque la situation où j’étais était précisément celle où s’étaient réunis tous mes désirs : je n’en avais plus à former, et j’avais encore le cœur vide. Cet état était d’autant plus cruel, que je n’en voyais point à lui préférer. J’avais rassemblé mes plus tendres affections dans une personne selon mon cœur, qui me les rendait. Je vivais avec elle sans gêne, et pour ainsi dire à discrétion. Cependant un secret serrement de cœur ne me quittait ni près ni loin d’elle. En la possédant, je sentais qu’elle me manquait encore, et la seule idée que je n’étais pas tout pour elle faisait qu’elle n’était presque rien pour moi.
J’avais des amis des deux sexes, auxquels j’étais attaché par la plus pure amitié, par la plus parfaite estime ; je comptais sur le plus vrai retour de leur part, et il ne m’était pas même venu dans l’esprit de douter une seule fois de leur sincérité. Cependant cette amitié m’était plus tourmentante que douce, par leur obstination, par leur affectation même à contrarier tous mes goûts, mes penchants, ma manière de vivre ; tellement qu’il me suffisait de paraître désirer une chose qui n’intéressait que moi seul, et qui ne dépendait pas d’eux, pour les voir tous se liguer à l’instant même pour me contraindre d’y renoncer. Cette obstination de me contrôler en tout dans mes fantaisies, d’autant plus injuste que, loin de contrôler les leurs, je ne m’en informais pas même, me devint si cruellement onéreuse qu’enfin je ne recevais pas une de leurs lettres sans sentir, en l’ouvrant, un certain effroi qui n’était que trop justifié par sa lecture. Je trouvais que, pour des gens tous plus jeunes que moi, et qui tous auraient eu grand besoin pour eux-mêmes des leçons qu’ils me prodiguaient, c’était aussi trop me traiter en enfant. Aimez-moi, leur disais-je, comme je vous aime ; et du reste, ne vous mêlez pas plus de mes affaires que je ne me mêle des vôtres : voilà tout ce que je vous demande. Si de ces deux choses ils m’en ont accordé une, ce n’a pas été du moins la dernière.
J’avais une demeure isolée, dans une solitude charmante ; maître chez moi, j’y pouvais vivre à ma mode, sans que personne eût à m’y contrôler. Mais cette habitation m’imposait des devoirs doux à remplir, mais indispensables. Toute ma liberté n’était que précaire ; plus asservi que par des ordres, je devais l’être par ma volonté. Je n’avais pas un seul jour dont en me levant, je pusse dire : J’emploierai ce jour comme il me plaira. Bien plus, outre ma dépendance des arrangements de Mme d’Épinay, j’en avais une autre bien plus importune du public et des survenants. La distance où j’étais de Paris n’empêchait pas qu’il ne me vînt journellement des tas de désœuvrés qui, ne sachant que faire de leur temps, prodiguaient le mien sans aucun scrupule. Quand j’y pensais le moins, j’étais impitoyablement assailli, et rarement j’ai fait un joli projet pour ma journée, sans le voir renverser par quelque arrivant.
Bref ; au milieu des biens que j’avais le plus convoités, ne trouvant point de pure jouissance, je revenais par élans aux jours sereins de ma jeunesse, et je m’écriais quelquefois en soupirant : Ah ! ce ne sont pas encore ici les Charmettes !
Les souvenirs des divers temps de ma vie m’amenèrent à réfléchir sur le point où j’étais parvenu, et je me vis déjà sur le déclin de l’âge, en proie à des maux douloureux, et croyant approcher du terme de ma carrière, sans avoir goûté dans sa plénitude presque aucun des plaisirs dont mon cœur était avide, sans avoir donné l’essor aux vifs sentiments que j’y sentais en réserve, sans avoir savouré, sans avoir effleuré du moins cette enivrante volupté que je sentais dans mon âme en puissance, et qui, faute d’objet, s’y trouvait toujours comprimée, sans pouvoir s’exhaler autrement que par mes soupirs.
Comment se pouvait-il qu’avec une âme naturellement expansive, pour qui vivre, c’était aimer, je n’eusse pas trouvé jusqu’alors un ami tout à moi, un véritable ami, moi qui me sentais si bien fait pour l’être ? Comment se pouvait-il qu’avec des sens si combustibles, avec un cœur tout pétri d’amour, je n’eusse pas du moins une fois[194] brûlé de sa flamme pour un objet déterminé ? Dévoré du besoin d’aimer sans jamais l’avoir pu bien satisfaire, je me voyais atteindre aux portes de la vieillesse, et mourir sans avoir vécu.
Ces réflexions tristes, mais attendrissantes, me faisaient replier sur moi-même avec un regret qui n’était pas sans douceur. Il me semblait que la destinée me devait quelque chose qu’elle ne m’avait pas donné. À quoi bon m’avoir fait naître avec des facultés exquises, pour les laisser jusqu’à la fin sans emploi ? Le sentiment de mon prix interne, en me donnant celui de cette injustice, m’en dédommageait en quelque sorte, et me faisait verser des larmes que j’aimais à laisser couler.
Je faisais ces méditations dans la plus belle saison de l’année, au mois de juin, sous des bocages frais, au chant du rossignol, au gazouillement des ruisseaux. Tout concourut à me replonger dans cette mollesse trop séduisante, pour laquelle j’étais né, mais dont le ton dur et sévère où venait de me monter une longue effervescence m’aurait dû délivrer pour toujours. J’allai malheureusement me rappeler le dîner du château de Thônes, et ma rencontre avec ces deux charmantes filles, dans la même saison et dans des lieux à peu près semblables à ceux où j’étais en ce moment. Ce souvenir, que l’innocence qui s’y joignait me rendait plus doux encore, m’en rappela d’autres de la même espèce. Bientôt je vis rassemblés autour de moi tous les objets qui m’avaient donné de l’émotion dans ma jeunesse. Mlle Galley, Mlle de Graffenried, Mlle de Breil, Mme Basile, Mme de Larnage, mes jolies écolières, et jusqu’à la piquante Zulietta, que mon cœur ne peut oublier. Je me vis entouré d’un sérail de houris, de mes anciennes connaissances pour qui le goût le plus vif ne m’était pas un sentiment nouveau. Mon sang s’allume et pétille, la tête me tourne, malgré mes cheveux déjà grisonnants, et voilà le grave citoyen de Genève, voilà l’austère Jean-Jacques, à près de quarante-cinq ans, redevenu tout à coup le berger extravagant. L’ivresse dont je fus saisi, quoique si prompte et si folle, fut si durable et si forte, qu’il n’a pas moins fallu, pour m’en guérir, que la crise imprévue et terrible des malheurs où elle m’a précipité.
The realization that led me to abandon this idea came to me quite naturally; it was astonishing that it hadn’t occurred to me sooner. Most of the writings of Abbe de Saint-Pierre either contained critical observations on certain aspects of French governance, or were themselves such bold in their critique that he was fortunate to have been able to express them without facing consequences. However, in the offices of the ministers, Abbe de Saint-Pierre was always regarded more as a sort of preacher than as a true statesman, and people allowed him to speak freely, knowing full well that no one took his words seriously. Had I managed to get them to listen, things would have been different. He was French; I was not. By repeating his criticisms—even if in his name—I would have risked being asked rather rudely, though certainly not unjustly, what right I had to interfere. Fortunately, before proceeding any further, I realized the danger I was exposing myself to and quickly withdrew. I knew that, living alone among people far more powerful than me, there was no way I could ever protect myself from the harm they might wish to inflict upon me. The only thing within my control was to ensure that, if they chose to harm me, they could do so only unjustly. This principle, which led me to abandon Abbe de Saint-Pierre’s ideas, has also caused me to give up on many other projects that I cherished greatly. These people, always ready to turn adversity into an excuse for wrongdoing, would be greatly surprised if they knew all the precautions I had taken in my life to ensure that, in times of misfortune, no one could ever truly say to me: “You deserve this.”
This abandoned work left me uncertain for some time as to what I should replace it with, and this period of inactivity proved to be my downfall, for it forced me to turn my thoughts inward, lacking any external object that could occupy my mind. I no longer had any plans for the future that could stimulate my imagination; in fact, it was even impossible for me to conceive such plans, since the circumstances in which I found myself were precisely those in which all my desires had been fulfilled: I had no more desires to form, yet my heart remained empty. This state was all the more cruel because I saw no alternative to it. I had devoted all my tenderest affections to a person who truly mirrored my feelings and reciprocated them; I lived with her without any restraint, almost at will. Yet, a secret sense of longing never left me, whether near her or far from her. Even while possessing her, I felt that she was still missing from my life, and the mere thought that I was not everything to her made her seem almost nothing to me at all.
I had friends of both sexes, to whom I was attached by the purest friendship and the highest esteem; I relied on their utmost sincerity, and not once did it occur to me to doubt their honesty. Yet this friendship brought me more pain than comfort—due to their obstinacy, their deliberate effort to oppose all my tastes, inclinations, and ways of living. It was enough for me to express a desire for something that interested me alone and that had nothing to do with them, for they would immediately unite against me to force me to give it up. This relentless attempt to control every aspect of my whims, an effort all the more unjust since I neither influenced nor even inquired about their own whims, became so unbearable that reading one of their letters always filled me with dread—dread fully justified by its contents. I felt that, for people all younger than me and who themselves could have greatly benefited from the lessons they offered me, treating me like a child was utterly unfair. “Love me,” I would say to them, “just as I love you; and above all, do not interfere in my affairs any more than I interfere in yours—that is all I ask.” If they managed to fulfill one of these requests, it was certainly not the second one.
I possessed a secluded residence, nestled in charming solitude; as its master, I could live there in my own way, without anyone to control me. Yet this dwelling imposed upon me gentle but indispensable duties. All my freedom was merely precarious; more bound by my own will than by any external commands, I found myself constrained by it. Not a single day passed in which, upon waking, I could say: “I will spend this day as I please.” Moreover, in addition to my dependence on the arrangements made by Madame d’Épinay, I faced another, even more troublesome dependency—that of the public and those who came and went. Despite the distance from Paris, countless idlers flocked to me daily; having nothing better to do with their time, they wasted mine without the slightest remorse. Whenever I least expected it, I would be relentlessly interrupted, and seldom would I manage to make a plan for the day without it being disrupted by some unexpected visitor.
In short; amidst all those possessions I had longed for most, finding no true joy in them, I would often be drawn back to the peaceful days of my youth, and sometimes I would exclaim in sigh: Ah! These are not yet the “Charmettes”.
Memories of the various stages of my life led me to reflect on where I had arrived in life. I found myself at the decline of my years, afflicted by painful ailments, and realizing that I was nearing the end of my existence. Yet, I had hardly ever fully enjoyed any of the pleasures my heart desired; I had failed to bring forth the intense emotions that lay within me; I had not tasted, or even merely touched, that intoxicating bliss that residied in my soul—bliss which, lacking an object upon which to be expressed, was constantly suppressed and could only find release through my sighs.
How was it possible that, with a soul naturally inclined to expansiveness—where living meant loving—I had yet to find a friend truly mine, a true companion, given how well I seemed suited to be one? How could it be that, with senses so eager to embrace love and a heart so filled with it, I had never once felt the flames of passion ignite for a particular object? Devoured by the desire to love yet never able to fulfill it properly, I found myself approaching old age, destined to die without having truly lived.
These sad but touching reflections made me withdraw into myself, filled with a regret that was not without its own tenderness. It seemed to me that fate owed me something it had yet failed to grant. What use was it to have been born with such exquisite abilities if they were to remain unused until the end? The awareness of my inner worth, coupled with this sense of injustice, somehow compensated for it, and made me shed tears that I willingly let flow.
I engaged in these meditations during the most beautiful season of the year—June—beneath fresh hedges, amidst the song of nightingales and the babbling of streams. Everything conspired to plunge me once again into that alluring softness for which I was born; yet the harsh, severe tone that suddenly arose within me should have set me free forever. Unfortunately, these memories brought back to mind the dinner at the château of Thônes, as well as my encounter with those two charming girls—in the very same season, in places roughly similar to where I found myself now. This recollection, heightened by the innocence associated with it, evoked many other similar ones. Soon, all the objects that had once stirred my emotions in my youth gathered around me: Mademoiselle Galley, Mademoiselle de Graffenried, Mademoiselle de Breil, Madame Basile, Madame de Larnage, my lovely schoolmates—even the spirited Zulietta, whom my heart could never forget. I found myself surrounded by a harem of beauties—my old acquaintances, for whom the strongest feelings were nothing new to me. My blood burned and surged; my head swam, despite my already graying hair. And there I was: the solemn citizen of Geneva, the austere Jean-Jacques—nearly forty-five years old—and yet suddenly transformed back into that extravagant shepherd boy. The intoxication that overtook me, though swift and wild, proved so enduring and intense that only the sudden, terrible crisis of misfortune that followed could free me from it.
La riflessione che mi spinse a rinunciare venne a me spontaneamente; era sorprendente che non mi fosse venuta in mente prima. La maggior parte degli scritti dell’abate di Saint-Pierre conteneva osservazioni critiche su alcune parti del governo francese, e ce n’erano persino alcune così libere da far sì che lui stesso potesse esprimerle senza incorrere in conseguenze negative. Tuttavia, negli uffici dei ministri l’abate di Saint-Pierre era considerato più un predicatore che un vero politico; gli si permetteva quindi di dire ciò che voleva, poiché era evidente che nessuno lo ascoltava davvero. Se fossi riuscito a far sì che qualcuno lo ascoltasse, la situazione sarebbe stata diversa: lui era francese, io no; ripetendo le sue critiche, anche se sotto il suo nome, mi sarei esposto a domande piuttosto brusche, ma senza ingiustizia, su ciò che avevo da fare. Fortunatamente, prima di procedere oltre, mi resi conto dei rischi che avrei corso e mi ritirai immediatamente. Sapevo che, vivendo solo tra persone più potenti di me, non avrei mai potuto evitare del tutto i danni che avrebbero potuto causarmi; l’unica cosa che dipendeva da me era cercare almeno di far sì che, quando avessero voluto nuocermi, lo facessero in modo ingiusto. Questa massima, che mi spinse a rinunciare all’abate di Saint-Pierre, mi ha spesso fatto abbandonare progetti molto più importanti per me. Queste persone, sempre pronte a trasformare l’avversità in un crimine, sarebbero davvero sorprese se sapessero quanti sforzi ho fatto nella mia vita per evitare che qualcuno potesse dire, con sincerità, nei miei momenti di sfortuna: “Te li sei meritati”.
Quest’opera abbandonata mi lasciò per un certo tempo incerto su quale ne avrei fatta una successiva; questo periodo di inattività fu la mia rovina, poiché mi fece rivolgere i miei pensieri su me stesso, mancando di oggetti esterni che potessero occuparmi. Non avevo più progetti per il futuro che potessero stimolare la mia immaginazione; non era nemmeno possibile crearne, poiché la situazione in cui mi trovavo era proprio quella in cui si erano riuniti tutti i miei desideri: non ne avevo più da formare, eppure il mio cuore rimaneva vuoto. Questo stato era tanto più crudele quanto non vi fosse nulla che potesse renderlo più sopportabile. Avevo concentrato tutte le mie affettuose attenzioni su una persona che corrispondeva ai miei desideri; vivevo con lei senza alcun imbarazzo, quasi a piacimento mio. Tuttavia, un segreto senso di malinconia non mi abbandonava mai, né quando eravamo insieme né quando eravamo separati. Pur possedendola, sentivo che mi mancava ancora; e l’idea stessa che io non fossi tutto per lei faceva sì che lei, per me, quasi non esistesse più.
Avevo amici di entrambi i sessi, a cui ero legato da un’amicizia pura e da un profondo rispetto; contavo sul loro sincero affetto e non mi era mai venuto in mente di dubitare della loro sincerità. Tuttavia, quell’amicizia si rivelò per me più tormentosa che dolce: a causa della loro ostinazione, del loro atteggiamento deliberato di contrastare tutti i miei gusti, le mie preferenze, il mio modo di vivere. Bastava che desiderassi qualcosa che interessasse soltanto me e che non dipendesse da loro, per vederli subito coalizzarsi contro di me affinché rinunciassi a quel desiderio. Quell’ostinazione nel controllare ogni aspetto della mia vita, tanto più ingiusta poiché loro stessi non si lasciavano influenzare dai miei gusti e io non mi curavo nemmeno dei loro, divenne per me insopportabilmente pesante. Alla fine, non ricevevo una sola delle loro lettere senza provare un certo terrore non appena le aprivo. Un terrore più che giustificato dal contenuto di quelle lettere. Pensavo che, per persone tutte più giovani di me e che avrebbero avuto bisogno proprio delle lezioni che mi impartivano, fosse davvero troppo trattarmi come un bambino. “Amatemi”, dicevo loro, “come io vi amo; e in ogni caso, non immischiatevi nelle mie faccende così come io non mi immischio nelle vostre: è tutto ciò che vi chiedo”. Se di queste due cose mi hanno concesso una sola, almeno quella non è stata l’ultima.
Avevo una dimora isolata, in una solitudine incantevole; padrone di me stesso, potevo vivere a mio piacimento, senza che nessuno avesse il diritto di controllarmi. Tuttavia, quella residenza mi imponeva doveri dolci ma indispensabili da adempiere. Tutta la mia libertà era solo apparente; più vincolato di quanto lo fossi da ordini altrui, dovevo esserlo anche dalla mia stessa volontà. Non c’era nemmeno un giorno in cui, al risveglio, potessi dire: “Oggi lo trascorrerò come desidero”. Inoltre, oltre alla dipendenza dagli accordi stabiliti da Madame d’Épinay, ne esisteva un’altra, ancora più fastidiosa, dovuta al pubblico e ai visitatori. La distanza che mi separava da Parigi non impediva che ogni giorno arrivassero a me una miriade di persone oziose che, non sapendo come impiegare il proprio tempo, lo sprecavano senza alcun rimorso. Quando meno me l’aspettavo, venivo assalito in modo incessante; raramente riuscivo a formulare un bel piano per la giornata, senza che qualche visita improvvisa lo rovinasse.
In breve: tra i beni che desideravo di più, non trovando alcuna vera gioia, tornavo spesso con il pensiero ai giorni sereni della mia giovinezza e a volte esclamavo sospirando: “Ah! Qui non sono ancora le Charmettes, ”
I ricordi dei vari periodi della mia vita mi spinsero a riflettere sul punto in cui ero giunto: mi vedevo già all’avanzare dell’età, vittima di dolorosi mali, convinto che stessi avvicinandomi alla fine della mia esistenza. Non avevo mai assaporato appieno nessuno dei piaceri di cui il mio cuore era avido; non avevo mai dato libero sfogo ai sentimenti intensi che vi risiedevano; non avevo mai gustato, o almeno sfiorato, quella deliziosa voluttà che sentivo dentro di me, ma che, priva di un oggetto concreto su cui esprimersi, rimaneva sempre compressa e non poteva manifestarsi se non attraverso i miei sospiri.
Come era possibile che, con un’anima naturalmente aperta e generosa, per cui vivere significava amare, non fossi mai riuscito a trovare un vero amico, qualcuno che fosse davvero mio? Come era possibile che, con sensi così appassionati e un cuore pieno d’amore, non fossi almeno una volta stato travolto da tale passione per qualcuno in particolare? Consumato dal desiderio di amare senza mai essere riuscito a soddisfarlo appieno, mi ritrovavo ora alle porte della vecchiaia, e morivo senza aver davvero vissuto.
Queste riflessioni tristi, ma commoventi, mi spingevano a ritirarmi in me stesso, avvolto da un rimpianto che non era privo di dolcezza. Mi sembrava che il destino mi dovesse qualcosa che non mi aveva ancora dato. A che scopo avermi fatto nascere con capacità squisite, per poi lasciarle inutilizzate fino alla fine? Il sentimento della mia intrinseca valore, facendomi rendere conto di questa ingiustizia, in qualche modo mi consolava e mi spingeva a versare lacrime che amavo lasciare scorrere liberamente.
Ero immerso in queste meditazioni nella più bella stagione dell’anno, a giugno, tra freschi boschetti, al canto della rondine, al gorgogliare dei ruscelli. Tutto contribuiva a ricondurmi in quella dolcezza troppo seducente per cui ero nato; ma quell’atmosfera dura e severa, nella quale improvvisamente era sorta una forte emozione, avrebbe dovuto liberarmi per sempre da essa. Purtroppo, quel ricordo mi fece tornare in mente la cena al castello di Thônes e l’incontro con quelle due affascinanti ragazze, nella stessa stagione e in luoghi più o meno simili a quelli in cui mi trovavo in quel momento. Quel ricordo, reso ancora più dolce dall’innocenza che vi era associata, mi fece rivivere altri ricordi dello stesso genere. Presto vidi riunirsi intorno a me tutti gli oggetti che avevano suscitato in me emozioni nella mia giovinezza: Mlle Galley, Mlle de Graffenried, Mlle de Breil, Mme Basile, Mme de Larnage, le mie belle compagne di scuola, e persino la vivace Zulietta, che il mio cuore non può dimenticare. Mi ritrovai circondato da un “harem” di donne affascinanti, dalle mie vecchie conoscenti per le quali il più vivo interesse non rappresentava certo una sensazione nuova per me. Il mio sangue si infiammò, la testa mi girò. Nonostante i miei capelli ormai ingrigiti, ecco che il serio cittadino di Ginevra, l’austero Jean-Jacques, a quasi quarantacinque anni, tornava improvvisamente ad essere quel giovane appassionato e irruente. L’ebbrezza che mi colpì, sebbene rapida e folle, fu così duratura e intensa che per liberarmene fu necessaria una crisi improvvisa e terribile di sfortune.
Cette ivresse, à quelque point qu’elle fût portée, n’alla pourtant pas jusqu’à me faire oublier mon âge et ma situation, jusqu’à me flatter de pouvoir inspirer de l’amour encore, jusqu’à tenter de communiquer enfin ce feu dévorant, mais stérile, dont depuis mon enfance je sentais en vain consumer mon cœur. Je ne l’espérai point, je ne le désirai pas même. Je savais que le temps d’aimer était passé, je sentais trop le ridicule des galants surannés pour y tomber, et je n’étais pas homme à devenir avantageux et confiant sur mon déclin, après l’avoir été si peu durant mes belles années. D’ailleurs, ami de la paix, j’aurais craint les orages domestiques, et j’aimais trop sincèrement ma Thérèse pour l’exposer au chagrin de me voir porter à d’autres des sentiments plus vifs que ceux qu’elle m’inspirait.
Que fis-je en cette occasion ? Déjà mon lecteur l’a deviné, pour peu qu’il m’ait suivi jusqu’ici. L’impossibilité d’atteindre aux êtres réels me jeta dans le pays des chimères, et ne voyant rien d’existant qui fût digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal, que mon imagination créatrice eut bientôt peuplé d’êtres selon mon cœur. Jamais cette ressource ne vint plus à propos, et ne se trouva si féconde. Dans mes continuelles extases, je m’enivrais à torrents des plus délicieux sentiments qui jamais soient entrés dans un cœur d’homme. Oubliant tout à fait la race humaine, je me fis des sociétés de créatures parfaites, aussi célestes par leurs vertus que par leurs beautés, d’amis sûrs, tendres, fidèles, tels que je n’en trouvai jamais ici-bas. Je pris un tel goût à planer ainsi dans l’empyrée, au milieu des objets charmants dont je m’étais entouré, que j’y passais les heures, les jours sans compter ; et perdant le souvenir de toute autre chose, à peine avais-je mangé un morceau à la hâte, que je brûlais de m’échapper pour courir retrouver mes bosquets. Quand, prêt à partir pour le monde enchanté, je voyais arriver de malheureux mortels qui venaient me retenir sur la terre, je ne pouvais ni modérer, ni cacher mon dépit, et n’étant plus maître de moi, je leur faisais un accueil si brusque, qu’il pouvait porter le nom de brutal. Cela ne fit qu’augmenter ma réputation de misanthropie, par tout ce qui m’en eût acquis une bien contraire, si l’on eût mieux lu dans mon cœur.
Au fort de ma plus grande exaltation, je fus retiré tout d’un coup par le cordon comme un cerf-volant, et remis à ma place par la nature, à l’aide d’une attaque assez vive de mon mal. J’employai le seul remède qui m’eût soulagé, savoir les bougies, et cela fit trêve à mes angéliques amours : car, outre qu’on n’est guère amoureux quand on souffre, mon imagination, qui s’anime à la campagne et sous les arbres, languit et meurt dans la chambre et sous les solives d’un plancher. J’ai souvent regretté qu’il n’existât pas des dryades ; c’eût infailliblement été parmi elles que j’aurais fixé mon attachement.
D’autres tracas domestiques vinrent en même temps augmenter mes chagrins. Mme Le Vasseur, en me faisant les plus beaux compliments du monde, aliénait de moi sa fille tant qu’elle pouvait. Je reçus des lettres de mon ancien voisinage, qui m’apprirent que la bonne vieille avait fait à mon insu plusieurs dettes au nom de Thérèse, qui le savait et qui ne m’en avait rien dit. Les dettes à payer me fâchaient beaucoup moins que le secret qu’on m’en avait fait. Eh ! comment celle pour qui je n’eus jamais aucun secret pouvait-elle en avoir pour moi ? Peut-on dissimuler quelque chose aux gens qu’on aime ? La coterie holbachique, qui ne me voyait faire aucun voyage à Paris, commençait à craindre tout de bon que je ne me plusse en campagne, et que je ne fusse assez fou pour y demeurer. Là commencèrent les tracasseries par lesquelles on cherchait à me rappeler indirectement à la ville. Diderot, qui ne voulait pas se montrer sitôt lui-même, commença par me détacher Deleyre, à qui j’avais procuré sa connaissance, lequel recevait et me transmettait les impressions que voulait lui donner Diderot, sans que lui, Deleyre, en vît le vrai but.
Tout semblait concourir à me tirer de ma douce et folle rêverie. Je n’étais pas guéri de mon attaque, quand je reçus un exemplaire du poème sur la ruine de Lisbonne[195], que je supposai m’être envoyé par l’auteur. Cela me mit dans l’obligation de lui écrire, et de lui parler de sa pièce. Je le fis par une lettre qui a été imprimée longtemps après sans mon aveu, comme il sera dit ci-après.
Frappé de voir ce pauvre homme, accablé, pour ainsi dire, de prospérités et de gloire, déclamer toutefois amèrement contre les misères de cette vie, et trouver toujours que tout était mal, je formai l’insensé projet de le faire rentrer en lui-même, et de lui prouver que tout était bien. Voltaire, en paraissant toujours croire en Dieu, n’a réellement jamais cru qu’au Diable, puisque son Dieu prétendu n’est qu’un être malfaisant qui, selon lui, ne prend de plaisir qu’à nuire. L’absurdité de cette doctrine, qui saute aux yeux, est surtout révoltante dans un homme comblé des biens de toute espèce, qui, du sein du bonheur, cherche à désespérer ses semblables par l’image affreuse et cruelle de toutes les calamités dont il est exempt. Autorisé plus que lui à compter et peser les maux de la vie humaine, j’en fis l’équitable examen, et je lui prouvai que de tous ces maux, il n’y en avait pas un dont la Providence ne fût disculpée, et qui n’eût sa source dans l’abus que l’homme a fait de ses facultés plus que dans la nature elle-même. Je le traitai dans cette lettre avec tous les égards, toute la considération, tout le ménagement, et je puis dire avec tout le respect possibles. Cependant, lui connaissant un amour-propre extrêmement irritable, je ne lui envoyai pas cette lettre à lui-même, mais au docteur Tronchin, son médecin et son ami, avec plein pouvoir de la donner ou supprimer, selon ce qu’il trouverait le plus convenable. Tronchin donna la lettre. Voltaire me répondit en peu de lignes qu’étant malade et garde-malade lui-même, il remettait à un autre temps sa réponse, et ne dit pas un mot sur la question. Tronchin, en m’envoyant cette lettre, en joignit une où il marquait peu d’estime pour celui qui la lui avait remise[196].
Je n’ai jamais publié ni même montré ces deux lettres, n’aimant point à faire parade de ces sortes de petits triomphes ; mais elles sont en originaux dans mes recueils. (Liasse A. nos 20 et 21.) Depuis lors Voltaire a publié cette réponse qu’il m’avait promise, mais qu’il ne m’a pas envoyée. Elle n’est autre que le roman de Candide, dont je ne puis parler, parce que je ne l’ai pas lu.
Toutes ces distractions m’auraient dû guérir radicalement de mes fantasques amours[197], et c’était peut-être un moyen que le Ciel m’offrait d’en prévenir les suites funestes : mais ma mauvaise étoile fut la plus forte, et à peine recommençai-je à sortir, que mon cœur, ma tête et mes pieds reprirent les mêmes routes. Je dis les mêmes, à certains égards ; car mes idées, un peu moins exaltées, restèrent cette fois sur la terre, mais avec un choix si exquis de tout ce qui pouvait s’y trouver d’aimable en tout genre, que cette élite n’était guère moins chimérique que le monde imaginaire que j’avais abandonné.
Je me figurai l’amour, l’amitié, les deux idoles de mon cœur, sous les plus ravissantes images. Je me plus à les orner de tous les charmes du sexe que j’avais toujours adoré. J’imaginai deux amies plutôt que deux amis, parce que si l’exemple est plus rare, il est aussi plus aimable. Je les douai de deux caractères analogues, mais différents ; de deux figures non pas parfaites, mais de mon goût, qu’animaient la bienveillance et la sensibilité. Je fis l’une brune et l’autre blonde, l’une vive et l’autre douce, l’une sage et l’autre faible ; mais d’une si touchante faiblesse, que la vertu semblait y gagner. Je donnai à l’une des deux un amant dont l’autre fut la tendre amie, et même quelque chose de plus ; mais je n’admis ni rivalité ni querelle, ni jalousie, parce que tout sentiment pénible me coûte à imaginer, et que je ne voulais ternir ce riant tableau par rien qui dégradât la nature. Épris de mes deux charmants modèles, je m’identifiais avec l’amant et l’ami le plus qu’il m’était possible ; mais je le fis aimable et jeune, lui donnant au surplus les vertus et les défauts que je me sentais.
No matter how intense this intoxication was, it never went so far as to make me forget my age and my situation, nor to give me the illusion that I could still inspire love, nor to prompt me to attempt to convey that devouring yet sterile passion which, since my childhood, I had felt consuming my heart in vain. I neither hoped for it nor even desired it. I knew that the time for loving had passed; I was too aware of the absurdity of such outdated gallantry to fall for it. Moreover, being a man who valued peace, I would have feared the turmoil it might bring into my life. And I loved Thérèse too sincerely to subject her to the pain of seeing me devote feelings more intense toward others than those she inspired in me.
What did I do on that occasion? My reader must have already guessed it, if he has followed me thus far. The impossibility of reaching out to real beings plunged me into the realm of fantasy; and since I saw nothing in the existing world that was worthy of my delusions, I nourished them in an ideal world, which my creative imagination soon filled with creatures fashioned according to my desires. This resource proved ever more useful and fruitful than before. In my continual raptures, I indulged in the most delightful emotions that ever inhabited a human heart. Completely forgetting about the human race, I imagined myself surrounded by perfect beings—celestial in their virtues and beauty, with friends who were sure, tender, and faithful, like none I could find on earth. I took such pleasure in soaring through this ethereal realm, amidst these charming creations, that I spent hours and days without counting them; and losing all memory of anything else, I would hastily eat something before rushing off to rejoin my beloved groves. When, about to set forth for that enchanted world, I saw unfortunate mortals arriving to hold me back on earth, I could neither restrain nor hide my disappointment. No longer in control of myself, I greeted them so rudely that it might well be called brutal. This only served to enhance my reputation for misanthropy—though, if one had looked more deeply into my heart, they would have found reasons quite the opposite.
At the height of my greatest exaltation, I was suddenly pulled back down like a kite by some invisible force, and restored to my original state by the onset of my illness. I resorted to the only remedy that could alleviate my suffering—candles—but this brought an end to my “angelic” loves: for, apart from the fact that one is hardly in a state of love when suffering, my imagination, which comes alive in the countryside and under the trees, withers away in a room or beneath the planks of a floor. I have often wished that dryads did exist; surely it would have been among them that I would have found the object of my affections.
Other domestic troubles also came to add to my sorrows at the same time. Madame Le Vasseur, while showering me with the most flattering compliments, did everything in her power to alienate her daughter from me. I received letters from my former neighbors, which informed me that the kind old woman had, without my knowledge, incurred several debts in Thérèse’s name—something Thérèse herself was aware of but had never told me about. The debts themselves annoyed me much less than the fact that such a secret had been kept from me. How could someone for whom I would never hide anything possibly have secrets from me? Can one really conceal something from those one loves? The Holbachian circle, noticing that I was not traveling to Paris at all, began to worry that I might move to the countryside and even become so foolish as to stay there permanently. That was when various troubles started—troubles intended indirectly to remind me to return to the city. Diderot, not wishing to appear too eager himself, first tried to distance Deleyre from me; Deleyre, whom I had introduced to him, would then receive and pass on to me the impressions that Diderot wanted to convey, without Deleyre himself realizing the true purpose behind it.
Everything seemed to conspire to pull me out of my gentle and foolish reverie. I had not yet recovered from my illness when I received a copy of the poem about the ruins of Lisbon[195], which I assumed had been sent to me by its author. This compelled me to write to him and talk to him about his play. I did so in a letter that was published much later, without my knowledge, as will be explained below.
Filled with astonishment at seeing this poor man, seemingly overwhelmed by prosperity and glory, yet bitterly lamenting the miseries of life and always finding everything wrong, I came up with the absurd idea of trying to make him see the good in everything. Voltaire, while pretending to believe in God, never truly believed in anything but evil, for his so-called God was nothing but a malevolent being that took pleasure in causing harm. The absurdity of this doctrine—so obvious to everyone—is especially repulsive when it comes from a man who possesses every kind of good and yet seeks to fill others with despair by portraying the horrors of calamities from which he himself is exempt. As someone better qualified than him to assess the evils of human life, I conducted a fair examination of them and proved to him that not one of these evils could be blamed on Providence itself, but rather on man’s misuse of his own abilities rather than on nature itself. In this letter, I treated him with all due respect, consideration, and courtesy. However, knowing how easily his pride could be hurt, I did not send it directly to him but instead to Dr. Tronchin, his doctor and friend, giving him full authority to decide whether to forward it or not. Tronchin did so, and Voltaire replied in just a few lines, saying that being ill and needing care himself, he would defer his response until another time, without mentioning the issue at all. When Tronchin sent me this reply, he also included one of his own, expressing little respect for the person who had given it to him[196].
I have never published or even shown these two letters, as I dislike to flaunt such minor triumphs; however, they are included in their original form in my collections. (Volume A, pages 20 and 21.) Later on, Voltaire published the response he had promised me but never sent. That response is nothing other than the novel Candide, about which I cannot speak, as I have not read it.
All these distractions should have completely cured me of my fanciful loves[197]; perhaps it was a way for Heaven to prevent the tragic consequences of them. But my misfortune proved too strong—as soon as I began to go out again, my heart, my mind, and my actions took up the same old paths. I say “the same old paths,” in some respects; for although my thoughts were less exalted this time, they still remained grounded in reality. However, my choices were so refined, focusing solely on everything that was lovely in every realm, that this “elite” of realities was hardly any less fanciful than the imaginary world I had once abandoned.
I envisioned love and friendship—the two idols of my heart—in the most enchanting forms. I adorned them with all the charms of the opposite sex that I had always adored. I imagined them as two friends rather than two lovers, for although such a relationship is rarer, it is also more endearing. I endowed them with similar yet distinct personalities; not perfect figures, but ones that suited my taste and were filled with kindness and sensitivity. I made one of them brown-haired and the other blonde, one lively and the other gentle, one wise and the other fragile—but a fragility so touching that it seemed to enhance their virtue. I gave one of them a lover, while the other became her tender friend, even something more; yet I avoided any hint of rivalry, quarrel, or jealousy, for I found it painful to conceive of anything that could mar this idyllic image. Lost in my adoration for these two charming figures, I identified myself with both the lover and the friend to the greatest extent possible—but I portrayed them as kind and young, endowing them with the virtues and flaws that reflected my own nature.
Quell’ebbrezza, per quanto intensa fosse, non arrivò mai al punto di farmi dimenticare la mia età e la mia situazione, né di illudermi che potessi ancora ispirare amore, né tantomeno di cercare di trasmettere quel fuoco divorante ma sterile che, fin da bambino, sentivo consumare inutilmente il mio cuore. Non lo speravo, né lo desideravo nemmeno. Sapevo che il tempo per amare era passato; sentivo troppo l’assurdità di quei corteggiatori ormai superati per cadere nella loro trappola, e non ero certo il tipo da diventare insidioso o fiducioso nei miei confronti, dopo essere stato così poco tale durante i miei anni migliori. Inoltre, essendo un amante della pace, temevo gli “uragani domestici” che una relazione del genere avrebbe potuto scatenare; amavo troppo sinceramente mia Thérèse per esporla al dolore di vedermi dedicare ad altre persone sentimenti più intensi di quelli che lei stessa suscitava in me.
Cosa feci in quella circostanza? Il mio lettore probabilmente lo ha già indovinato, se mi ha seguito fino a questo punto. L’impossibilità di raggiungere gli esseri reali mi gettò nel regno delle chimere; non vedendo nulla nell’esistenza che fosse degno del mio delirio, ne alimentai l’immaginazione in un mondo ideale, popolato da creature create dalla mia fantasia, secondo i desideri del mio cuore. Quella risorsa si rivelò sempre più preziosa e feconda: nelle mie continue estasi, mi inebriavo dei sentimenti più deliziosi che mai fossero esistiti nel cuore di un uomo. Dimenticando completamente la razza umana, mi costruivo società di creature perfette, tanto celesti per le loro virtù quanto per la loro bellezza, amici sicuri, teneri e fedeli, come non ne avevo mai trovati in questo mondo. Presi così gusto a “volare” nell’empireo, tra quegli oggetti incantevoli che mi circondavano, da trascorrervi ore e giorni senza contarli; perdendo ogni ricordo di qualsiasi altra cosa, appena finivo di mangiare in fretta, non vedevo l’ora di fuggire per tornare nei miei boschetti. Quando, pronto a partire per quel mondo incantato, vedevo arrivare dei sfortunati mortali che cercavano di trattenermi sulla terra, non riuscivo né a moderare né a nascondere il mio disprezzo, e, perdendo completamente il controllo su me stesso, li accoglievo in modo così brusco da poter essere definito brutale. Questo non fece altro che aumentare la mia reputazione di misantropo, anche se, se si fosse letto meglio nel mio cuore, si sarebbe scoperto il contrario.
Nel culmine della mia più grande esaltazione, fui improvvisamente trascinato via come una farfalla di carta da vento e ricondotto al mio posto dalla natura, grazie a un attacco particolarmente violento della mia malattia. Utilizzai l’unico rimedio che potesse alleviare il mio dolore: le candele. Ma questo mi costrinse ad interrompere i miei “angelici amori”: infatti, oltre al fatto che difficilmente si è innamorati quando si soffre, la mia immaginazione, che si anima nella natura e tra gli alberi, languisce e muore in una stanza, sotto le travi di un pavimento. Spesso ho rimpianto che non esistessero delle driadi: sicuramente sarebbe stato tra loro che avrei fissato il mio affetto.
Altre preoccupazioni domestiche vennero ad aumentare ulteriormente i miei dolori. La signora Le Vasseur, facendomi i complimenti più lusinghieri del mondo, cercava in ogni modo di allontanare sua figlia da me. Ricevetti anche lettere dai miei vecchi vicini, che mi rivelarono che quella buona donna aveva contratto, a mia insaputa, diverse debiti a nome di Thérèse, la quale ne era a conoscenza ma non me ne aveva mai parlato. Le somme da pagare non mi infastidivano affatto quanto il segreto che mi era stato nascosto. Come poteva qualcuno per cui non avevo mai alcun segreto nascondermi qualcosa? È possibile nascondere qualcosa alle persone che si amano? Il gruppo di Holbach, vedendomi raramente viaggiare a Parigi, iniziò seriamente a temere che io non mi trasferissi più in campagna e che fossi abbastanza pazzo da rimanerci. Fu allora che iniziarono le varie manovre volte a farmi tornare indirettamente in città. Diderot, che non voleva farsi vedere subito, cominciò prima di tutto a separarmi da Deleyre, a cui avevo fatto conoscere Diderot stesso; quest’ultimo riceveva e mi trasmetteva le impressioni che Diderot desiderava gli facesse avere, senza che Deleyre stesso ne comprendesse lo scopo reale.
Tutto sembrava contribuire a strapparmi da quella dolce e folle fantasticheria. Non ero ancora guarito dall’attacco che avevo subito quando ricevetti un esemplare del poema sulla rovina di Lisbona[195], che supposi fosse stato inviato da parte dell’autore stesso. Questo mi costrinse a scrivergli e a parlargli della sua opera. Lo feci attraverso una lettera che, come verrà detto in seguito, fu pubblicata molto tempo dopo senza il mio consenso.
Vedendo quell’uomo povero, letteralmente sopraffatto da prosperità e gloria, esprimeva tuttavia amaramente disprezzo per le miserie di questa vita, ritenendo sempre che tutto fosse male, concepii l’assurda idea di farlo riflettere su se stesso e di dimostrargli che in realtà tutto era bene. Voltaire, pur fingendo sempre di credere in Dio, in realtà non credeva affatto nel Diavolo, poiché il suo presunto Dio non era altro che un essere malvagio che, secondo lui, trovava piacere solo nel nuocere agli altri. L’assurdità di questa dottrina, evidente a tutti, è particolarmente ripugnante in una persona che dispone di ogni sorta di beni e che, dal cuore della felicità, cerca di far disperare i suoi simili con l’immagine orribile e crudele di tutte le calamità da cui è lui stesso esente. Avendo io stesso più diritto di lui di valutare i mali della vita umana, ne feci un esame imparziale e gli dimostrai che, tra tutti questi mali, non ce n’era uno per il quale la Provvidenza non potesse essere giustificata, e che ognuno di essi derivava dall’abuso delle facoltà umane piuttosto che dalla natura stessa. In questa lettera lo trattai con ogni riguardo, considerazione e delicatezza; posso dire persino con tutto il rispetto possibile. Tuttavia, conoscendo la sua estrema suscettibilità nell’ambito dell’amor proprio, non gli inviai la lettera direttamente, ma al dottor Tronchin, suo medico e amico, dando a quest’ultimo pieno potere di distribuirla o distruggerla a suo piacimento. Tronchin consegnò la lettera; Voltaire mi rispose in poche righe, dicendo di essere malato e di dover attendere a se stesso prima di rispondere, senza pronunciarsi sulla questione in discussione. Tronchin, inviandomi questa risposta, ne allegò un’altra nella quale manifestava scarso apprezzamento per colui che gliela aveva consegnata[196].
Non ho mai pubblicato né mostrato queste due lettere, poiché non mi piace vantarmi di simili piccoli trionfi; tuttavia sono presenti nelle mie raccolte in origine. (Cartella A, numeri 20 e 21.) In seguito Voltaire pubblicò quella risposta che mi aveva promesso, ma non me la inviò mai. Quella risposta altro non è che il romanzo “Candide”, di cui non posso parlare, poiché non l’ho letto.
Tutte queste distrazioni avrebbero dovuto curarmi radicalmente da quelle fantasiose passioni[197]; forse era un modo che il Cielo mi offriva per prevenire le loro conseguenze funeste. Ma la mia cattiva stella fu più forte: non appena ripresi a uscire, il mio cuore, la mia mente e i miei passi presero di nuovo la stessa strada. Dico “la stessa”, in alcuni casi; perché le mie idee, sebbene meno esaltate, rimasero questa volta “sulla terra”, ma con una selezione così raffinata di tutto ciò che vi poteva esserci di piacevole in ogni genere, che questa “élite” non era affatto meno fantastica del mondo immaginario che avevo abbandonato.
Mi immaginavo l’amore, l’amicizia, le due icone del mio cuore, sotto le immagini più incantevoli. Mi sforzavo di adornarle con tutti i fascini del sesso che avevo sempre adorato. Pensavo a due amiche piuttosto che a due amici, perché se questo tipo di relazione è più raro, è anche più affascinante. Le attribuivo caratteri simili, ma diversi; due figure non perfette, ma in linea con i miei gusti, animate dalla benevolenza e dalla sensibilità. Ne facevo una bruna e l’altra bionda, una vivace e l’altra dolce, una saggia e l’altra fragile, ma una fragilità così commovente che la virtù sembrava ne trarre beneficio. Davo a una delle due un amante di cui l’altra era l’amica affettuosa, e persino qualcosa di più. Ma non ammettevo rivalità, litigi né gelosia: perché ogni sentimento doloroso mi risultava difficile da immaginare, e non volevo offuscare questo idilliaco quadro con nulla che potesse degradarne la natura. Appassionato di queste due incantevoli figure, mi identificavo al massimo possibile con l’amante e con l’amico, ma li rendevo affascinanti e giovani, attribuendo loro le virtù e i difetti che io stesso possedevo.
Pour placer mes personnages dans un séjour qui leur convînt, je passai successivement en revue les plus beaux lieux que j’eusse vus dans mes voyages, mais je ne trouvai point de bocage assez frais, point de paysage assez touchant à mon gré. Les vallées de la Thessalie m’auraient pu contenter, si je les avais vues ; mais mon imagination fatiguée à inventer voulait quelque lieu réel qui pût lui servir de point d’appui, et me faire illusion sur la réalité des habitants que j’y voulais mettre. Je songeai longtemps aux îles Borromées, dont l’aspect délicieux m’avait transporté ; mais j’y trouvai trop d’ornement et d’art pour mes personnages. Il me fallait cependant un lac, et je finis par choisir celui autour duquel mon cœur n’a jamais cessé d’errer. Je me fixai sur la partie des bords de ce lac à laquelle depuis longtemps mes vœux ont placé ma résidence dans le bonheur imaginaire auquel le sort m’a borné. Le lieu natal de ma pauvre Maman avait encore pour moi un attrait de prédilection. Le contraste des positions, la richesse et la variété des sites, la magnificence, la majesté de l’ensemble qui ravit les sens, émeut le cœur, élève l’âme, achevèrent de me déterminer, et j’établis à Vevey mes jeunes pupilles. Voilà tout ce que j’imaginai du premier bond ; le reste n’y fut ajouté que dans la suite.
Je me bornai longtemps à un plan si vague, parce qu’il suffisait pour remplir mon imagination d’objets agréables, et mon cœur de sentiments dont il aime à se nourrir. Ces fictions, à force de revenir, prirent enfin plus de consistance, et se fixèrent dans mon cerveau sous une forme déterminée. Ce fut alors que la fantaisie me prit d’exprimer sur le papier quelques-unes des situations qu’elles m’offraient, et rappelant tout ce que j’avais senti dans ma jeunesse, de donner ainsi l’essor en quelque sorte au désir d’aimer que je n’avais pu satisfaire, et dont je me sentais dévoré.
Je jetai d’abord sur le papier quelques lettres éparses sans suite et sans liaison, et lorsque je m’avisai de les vouloir coudre, j’y fus souvent fort embarrassé. Ce qu’il y a de peu croyable et de très vrai est que les deux premières parties ont été écrites presque en entier de cette manière, sans que j’eusse aucun plan bien formé, et même sans prévoir qu’un jour je serais tenté d’en faire un ouvrage en règle. Aussi voit-on que ces deux parties, formées après coup de matériaux qui n’ont pas été taillés pour la place qu’ils occupent, sont pleines d’un remplissage verbeux, qu’on ne trouve pas dans les autres.
Au plus fort de mes douces rêveries, j’eus une visite de Mme d’Houdetot, la première qu’elle m’eût faite en sa vie, mais qui malheureusement ne fut pas la dernière, comme on verra ci-après. La comtesse d’Houdetot était fille de feu M. de Bellegarde, fermier général, sœur de M. d’Épinay et de MM. de Lalive et de La Briche, qui depuis ont été tous deux introducteurs des ambassadeurs. J’ai parlé de la connaissance que je fis avec elle étant fille. Depuis son mariage, je ne la vis qu’aux fêtes de la Chevrette, chez Mme d’Épinay, sa belle-sœur. Ayant souvent passé plusieurs jours avec elle, tant à la Chevrette qu’à Épinay, non seulement je la trouvai toujours très aimable, mais je crus lui voir aussi pour moi de la bienveillance. Elle aimait assez à se promener avec moi ; nous étions marcheurs l’un et l’autre, et l’entretien ne tarissait pas entre nous. Cependant je n’allai jamais la voir à Paris, quoiqu’elle m’en eût prié et même sollicité plusieurs fois. Ses liaisons avec M. de Saint-Lambert, avec qui je commençais d’en avoir, me la rendirent encore plus intéressante, et c’était pour m’apporter des nouvelles de cet ami, qui pour lors était je crois à Mahon, qu’elle vint me voir à l’Ermitage.
Cette visite eut un peu l’air d’un début de roman. Elle s’égara dans la route. Son cocher, quittant le chemin qui tournait, voulut traverser en droiture, du moulin de Clairvaux à l’Ermitage : son carrosse s’embourba dans le fond du vallon ; elle voulut descendre et faire le reste du trajet à pied. Sa mignonne chaussure fut bientôt percée ; elle enfonçait dans la crotte ; ses gens eurent toutes les peines du monde à la dégager, et enfin elle arriva à l’Ermitage en bottes, et perçait l’air d’éclats de rire, auxquels je mêlai les miens en la voyant arriver. Il fallut changer de tout ; Thérèse y pourvut, et je l’engageai d’oublier la dignité pour faire une collation rustique dont elle se trouva fort bien. Il était tard, elle resta peu ; mais l’entrevue fut si gaie qu’elle y prit goût et parut disposée à revenir. Elle n’exécuta pourtant ce projet que l’année suivante ; mais, hélas ! ce retard ne me garantit de rien[198].
Je passai l’automne à une occupation dont on ne se douterait pas, à la garde du fruit de M. d’Épinay. L’Ermitage était le réservoir des eaux du parc de la Chevrette. Il y avait un jardin clos de murs, et garni d’espaliers et d’autres arbres, qui donnaient plus de fruits à M. d’Épinay que son potager de la Chevrette, quoiqu’on lui en volât les trois quarts. Pour n’être pas un hôte absolument inutile, je me chargeai de la direction du jardin et de l’inspection du jardinier. Tout alla bien jusqu’au temps des fruits ; mais à mesure qu’ils mûrissaient, je les voyais disparaître, sans savoir ce qu’ils étaient devenus. Le jardinier m’assura que c’étaient les loirs qui mangeaient tout. Je fis la guerre aux loirs, j’en détruisis beaucoup, et le fruit n’en disparaissait pas moins. Je guettai si bien, qu’enfin je trouvai que le jardinier lui-même était le grand loir. Il logeait à Montmorency, d’où il venait les nuits, avec sa femme et ses enfants, enlever les dépôts de fruits qu’il avait faits pendant la journée, et qu’il faisait vendre à la halle à Paris aussi publiquement que s’il eût eu un jardin à lui. Ce misérable que je comblais de bienfaits, dont Thérèse habillait les enfants, et dont je nourrissais presque le père, qui était mendiant, nous dévalisait aussi aisément qu’effrontément, aucun des trois n’étant assez vigilant pour y mettre ordre ; et dans une seule nuit il parvint à vider ma cave, où je ne trouvai rien le lendemain. Tant qu’il ne parut s’adresser qu’à moi, j’endurai tout ; mais voulant rendre compte du fruit, je fus obligé d’en dénoncer le voleur. Mme d’Épinay me pria de le payer, de le mettre dehors, et d’en chercher un autre ; ce que je fis. Comme ce grand coquin rôdait toutes les nuits autour de l’Ermitage, armé d’un gros bâton ferré qui avait l’air d’une massue, et suivi d’autres vauriens de son espèce, pour rassurer les Gouverneuses que cet homme effrayait terriblement, je fis coucher son successeur toutes les nuits à l’Ermitage, et, cela ne les tranquillisant pas encore, je fis demander à Mme d’Épinay un fusil que je tins dans la chambre du jardinier, avec charge à lui de ne s’en servir qu’au besoin, si l’on tentait de forcer la porte ou d’escalader le jardin, et de ne tirer qu’à poudre, uniquement pour effrayer les voleurs. C’était assurément la moindre précaution que pût prendre, pour la sûreté commune, un homme incommodé, ayant à passer l’hiver au milieu des bois, seul avec deux femmes timides. Enfin, je fis l’acquisition d’un petit chien pour servir de sentinelle. Deleyre m’étant venu voir dans ce temps-là, je lui contai mon cas, et ris avec lui de mon appareil militaire.
De retour à Paris, il en voulut amuser Diderot à son tour, et voilà comment la coterie holbachique apprit que je voulais tout de bon passer l’hiver à l’Ermitage. Cette constance, qu’ils n’avaient pu se figurer, les désorienta, et en attendant qu’ils imaginassent quelque autre tracasserie pour me rendre mon séjour déplaisant[199], ils me détachèrent, par Diderot, le même Deleyre, qui, d’abord, ayant trouvé mes précautions toutes simples, finit par les trouver inconséquentes à mes principes, et pis que ridicules, dans des lettres où il m’accablait de plaisanteries amères, et assez piquantes pour m’offenser, si mon humeur eût été tournée de ce côté-là. Mais alors, saturé de sentiments affectueux et tendres, et n’étant susceptible d’aucun autre, je ne voyais dans ses aigres sarcasmes que le mot pour rire, et ne le trouvais que folâtre où tout autre l’eût trouvé extravagant[200].
In order to place my characters in a dwelling that suited them, I successively reviewed the most beautiful places I had seen during my travels, but I could not find any countryside fresh enough, no landscape pleasing to my taste. The valleys of Thessaly might have satisfied me if I had seen them; but my imagination, tired from constantly creating new scenes, desired some real place that could serve as a basis for its creations and allow me to deceive myself regarding the reality of the inhabitants I intended to place there. For a long time, I thought of the Borromee Islands, whose delightful scenery had once captivated me; but I found them too ornate and artificial for my characters. Nevertheless, I needed a lake, and in the end I chose the one around which my heart had always yearned. I settled on the part of its shores where, for many years, my desires had placed my imagined dwelling in that imaginary happiness to which fate had confined me. The birthplace of my poor mother also held a special attraction for me. The contrast in landscapes, the richness and variety of the scenery, the magnificence and grandeur of the whole scene—everything that delighted the senses, moved the heart, and elevated the soul—finalmente convinced me, and I decided to establish my young charges in Vevey. That was all I had imagined at first; the rest was added later on.
For a long time, my existence was confined to such vague realms, for it was sufficient to fill my imagination with pleasant objects and my heart with emotions that it delighted in nourishing. Over time, these fantasies, recurring repeatedly, assumed greater solidity and took definite form within my mind. It was then that the urge arose to put some of these imagined situations down on paper—recalling all that I had felt in my youth—and thus, in a way, to give expression to that desire to love which I had been unable to satisfy and which seemed to devour me entirely.
At first, I jotted down on paper some scattered letters, without any coherence or connection between them. When I tried to sew them together, I found myself in great difficulty many times. What is truly incredible yet absolutely true is that the first two sections were written almost entirely in this way, without any well-defined plan on my part—indeed, I had not even anticipated that one day I might try to turn it into a properly structured work. As a result, these two sections, composed retrospectively using material that was not originally intended for the roles they now occupy, are filled with verbal embellishments that are not found in the other parts.
At the height of my sweet reveries, I received a visit from Madame d’Houdetot—her first ever visit to me, but unfortunately not the last, as one will see later on. The Countess d’Houdetot was the daughter of the late Monsieur de Bellegarde, a farmer-general, and the sister of Monsieur d’Épinay, as well as of Messieurs de Lalive and de La Briche, both of whom later became introducers to ambassadors. I have already mentioned meeting her when she was still a young girl. After her marriage, I only saw her at the parties held at the Chevrette, where she lived with her sister-in-law, Madame d’Épinay. Having spent many days with her, both at the Chevrette and in Épinay, I found her not only always very kind but also seemed to have a favorable opinion of me. She enjoyed walking with me; we were both good walkers, and our conversations never dried up. However, I never went to visit her in Paris, despite her requests and even repeated invitations. Her connections with Monsieur de Saint-Lambert, whom I was beginning to associate with at that time, made her even more interesting to me—and it was indeed to bring me news of this friend, who I believe was then in Mahon, that she came to visit me at the Ermitage.
This visit somewhat resembled the beginning of a novel. They got lost on the road. Her coachman, leaving the winding path behind, decided to go straight from the mill at Clairvaux to the Hermitage; their carriage got stuck in the bottom of the valley. She tried to get out and continue the journey on foot, but her pretty shoe soon got torn, sinking into the mud. Her servants had great difficulty pulling it free, and in the end, she arrived at the Hermitage wearing boots, bursting into laughter—laughter to which I joined my own when I saw her arrive. They had to change everything; Thérèse took care of that, and I asked her to forget about formalities and enjoy a simple meal, which she found very pleasant. It was already late, so she stayed for only a short while; but the meeting was so lively that she enjoyed it so much she seemed willing to return. However, she did not fulfill this intention until the following year—but alas, that delay did not guarantee anything[198].
I spent the autumn engaged in an activity that one might never suspect—guarding the fruits belonging to Monsieur d’Épinay. The Ermitage served as a reservoir for the water used in the Chevrette Park. There was a walled garden, planted with trellises and other trees, which produced more fruit for Monsieur d’Épinay than his own vegetable garden at Chevrette, even though three-quarters of that produce was stolen. To be of some use, I took charge of managing the garden and overseeing the gardener. Everything went well until the fruit season arrived; but as it ripened, I watched it disappear without knowing what had become of it. The gardener assured me that squirrels were eating it all up. I waged war on the squirrels and killed many of them, yet the fruits still kept disappearing. After careful surveillance, I finally discovered that the gardener himself was the main culprit. He lived in Montmorency and came every night with his wife and children to steal the fruit he had gathered during the day, selling it openly at the Paris market as if it were his own garden’s produce. This wretched man, to whom I bestowed so much kindness—whose children Thérèse dressed, and whose almost penniless father I supported—robbed us with such ease and audacity that none of us three were vigilant enough to stop him. In just one night, he managed to empty my cellar completely; nothing was left the next day. As long as he seemed to target only me, I endured it all; but when it came time to account for the stolen fruit, I had no choice but to report the thief. Madame d’Épinay asked me to pay him off, expel him, and find another gardener—which I did. Since this rascal wandered around the Ermitage every night, armed with a heavy iron stick that looked like a mace, accompanied by other scoundrels of his kind, in order to reassure the ladies living there that he was truly frightening, I had my successor stay at the Ermitage every night. Even that didn’t put them at ease, so I asked Madame d’Épinay for a rifle, which I kept in the gardener’s room, instructing him to use it only in case anyone tried to break in or climb over the garden walls—and to fire blanks solely as a deterrent. Surely this was the least precaution one could take for the common safety of people living alone in the woods during winter, especially when accompanied by two timid women. Finally, I bought a small dog to act as a sentinel. When Deleyre came to visit me at that time, I told him about my troubles and we laughed together at my rather absurd “military” arrangements.
Upon returning to Paris, he wished in turn to amuse Diderot, and thus the Holbachian circle learned that I was truly determined to spend the winter at the Hermitage. This steadfastness, which they had never been able to imagine, left them bewildered. While they waited for some other scheme to make my stay unpleasant[199], they sent me through Diderot the same Deleyre who, at first finding my precautions quite simple, eventually deemed them inconsistent with my principles—and even more ridiculous. In his letters, he overwhelmed me with bitter, rather than playful, sarcasm, which could have offended me had I been in a mood to take it that way. But at that time, being saturated with affectionate and tender feelings and incapable of any other, I saw in his harsh mockery nothing but an expression of humor, and found it merely playful where others might have seen it as absurd[200].
Per stabilire i miei personaggi in un luogo che fosse adatto a loro, esaminai uno dopo l’altro i più bei posti che avessi visto durante i miei viaggi, ma non riuscii a trovare nessun paesaggio abbastanza fresco, nessuna vista sufficientemente commovente per i miei gusti. Le valli della Tessaglia avrebbero potuto soddisfarmi, se le avessi viste; ma la mia immaginazione, ormai stanca di inventare, cercava un luogo reale che potesse servirle da punto di riferimento e che mi permettesse di crederci riguardo agli abitanti che vi volevo ambientare. Pensai a lungo alle isole Borromee, il cui aspetto delizioso mi aveva incantato; ma vi trovavo troppi ornamenti e elementi artistici per i miei personaggi. Avevo comunque bisogno di un lago, e alla fine scelsi quello intorno al quale il mio cuore non aveva mai smesso di vagare. Mi decisi per la parte delle rive di quel lago, dove da tempo desideravo stabilire la mia dimora in quell’immaginario felicità che il destino mi aveva concesso. Il luogo natale della mia povera mamma possedeva ancora un fascino particolare per me. Il contrasto delle ambientazioni, la ricchezza e la varietà dei paesaggi, la magnificenza e la maestosità dell’insieme che incanta i sensi, commuove il cuore ed eleva l’anima, furono gli elementi decisivi che mi spinsero a stabilire a Vevey le mie giovani protette. Questo è tutto ciò che immaginai fin dall’inizio; il resto fu aggiunto solo in seguito.
Per molto tempo mi limitai a un piano così vago, perché era sufficiente per alimentare la mia immaginazione con oggetti piacevoli e il mio cuore con sentimenti di cui ama nutrirsi. Queste fantasie, ripetute continuamente, presero infine più consistenza e si fissarono nella mia mente sotto una forma definita. Fu allora che mi venne l’idea di esprimere su carta alcune delle situazioni che mi offrivano, ricordando tutto ciò che avevo provato nella mia giovinezza, e così dare in qualche modo sfogo al desiderio d’amare che non ero riuscito a soddisfare e dal quale mi sentivo divorato.
Inizialmente scrissi sul foglio alcune lettere sparse, senza alcun collegamento logico tra di esse; quando poi decisi di unirle, mi trovai spesso in difficoltà. Quello che è davvero incredibile ma al contempo molto vero è che le prime due parti del testo sono state scritte quasi interamente in questo modo, senza che avessi alcun piano preciso, né tantomeno che previsione del fatto che un giorno avrei potuto voler trasformarle in un’opera organizzata. Per questo motivo queste due parti, composte successivamente utilizzando materiali che non erano stati originariamente pensati per il ruolo che svolgono nel testo, sono piene di elementi verbali che non si trovano nelle altre parti.
Nel pieno dei miei dolci sogni, ricevetti una visita da Madame d’Houdetot: la prima che mi facesse in tutta la sua vita, ma purtroppo non l’ultima, come si vedrà in seguito. La Contessa d’Houdetot era figlia del defunto Monsieur de Bellegarde, intendente generale delle finanze, sorella di Monsieur d’Épinay e dei signori de Lalive e de La Briche, i quali in seguito divennero entrambi introduttori degli ambasciatori. Ho già parlato della conoscenza che ebbi con lei quando era ancora una ragazza. Dopo il suo matrimonio, la vidi soltanto alle feste della Chevrette, presso Madame d’Épinay, sua cognata. Trascorrendo spesso diversi giorni con lei sia alla Chevrette che a Épinay, non solo la trovai sempre molto affabile, ma credetti anche di scorgere in lei una certa benevolenza verso di me. Le piaceva molto passeggiare con me; entrambi eravamo persone amanti delle escursioni, e la conversazione tra noi non mai si esauriva. Tuttavia, non andai mai a trovarla a Parigi, nonostante lei me lo avesse chiesto più volte. Le sue relazioni con Monsieur de Saint-Lambert, con il quale all’epoca iniziavo anch’io ad avere rapporti, la rendevano ancora più interessante per me; ed è proprio per portarmi notizie di questo amico, che allora si trovava a Mahon, che venne a trovarmi all’Ermitage.
Quel viaggio assomigliava un po’ all’inizio di un romanzo. Si perse lungo la strada: il suo cocchiere, abbandonando il sentiero che svoltava, volle attraversare direttamente, dal mulino di Clairvaux fino all’Ermitage; il suo carro si impantanò nel fondo della valle. Lei volle scendere e proseguire a piedi. Ma la sua graziosa scarpa si bucò presto; affondava nella fanghiglia. I suoi servitori ebbero molte difficoltà a liberarla. Alla fine arrivò all’Ermitage con le scarpe sporche di fango, e rideva così tanto che anch’io risi vedendola arrivare. Fu necessario cambiare tutto. Thérèse si occupò di farlo, e io la pregai di dimenticare ogni formalità per godersi una colazione rustica. Le piacque molto. Tuttavia tornò solo l’anno successivo. Ma, ahimè, quel ritardo non mi garantì nulla[198].
Trascorsi l’autunno occupato in un compito che nessuno avrebbe potuto immaginare: la custodia dei frutti del signor d’Épinay. L’Ermitage fungeva da serbatoio delle acque del parco della Chevrette; c’era un giardino recintato da muri, pieno di pergolati e altri alberi che producevano più frutti per il signor d’Épinay di quanto ne producesse il suo orto della Chevrette, nonostante ne venissero rubati tre quarti. Per non essere un ospite del tutto inutile, mi occupai della gestione del giardino e dell’ispezione del giardiniere. Tutto andava bene fino al periodo della raccolta dei frutti; ma man mano che maturavano, li vedevo scomparire senza sapere cosa ne fosse stato. Il giardiniere mi assicurò che erano i topi a mangiarli tutti. Lottai contro i topi, ne uccisi molti, ma i frutti continuavano comunque a scomparire. Alla fine scoprii che il vero colpevole era il giardiniere stesso: si recava ogni notte a Montmorency insieme alla moglie e ai figli per portare via i frutti che aveva raccolto durante il giorno, vendendoli poi pubblicamente al mercato di Parigi, come se fossero suoi. Quel miserabile, a cui fornivo continuamente aiuti, del quale Thérèse vestiva i bambini e io nutrivo quasi il padre, che era un mendicante, ci derubava con estrema facilità e sfacciataggine; nessuno dei tre era abbastanza attento da mettere fine a questa situazione. Una notte riuscì persino a svuotare la mia cantina, senza lasciare traccia del contenuto il giorno dopo. Finché sembrava che i furti avvenissero solo a mio danno, sopportai tutto; ma quando volli rendere conto dei frutti scomparsi, fui costretto a denunciare il ladro. La signora d’Épinay mi chiese di pagarlo, di cacciarlo via e di trovarne un altro; così feci. Poiché quel furfante gironzolava ogni notte intorno all’Ermitage, armato di un grosso bastone ferrato che sembrava una mazza, accompagnato da altri delinquenti della sua risma, per rassicurare le “governanti” spaventate da quell’uomo, feci dormire il suo successore nell’Ermitage ogni notte. Poiché questo non bastava a tranquillizzarle, chiesi alla signora d’Épinay un fucile che tenne nella stanza del giardiniere, con l’ordine di usarlo solo in caso di necessità, se qualcuno avesse cercato di forzare la porta o di scalare il giardino; doveva sparare soltanto a salve, al solo scopo di spaventare i ladri. Era certamente la precauzione più elementare che un uomo in difficoltà potesse prendere per garantire la sicurezza comune, soprattutto vivendo da solo tra i boschi con due donne timide. Infine, acquistai anche un piccolo cane per fare da sentinella. In quel periodo Deleyre venne a trovarmi e gli raccontai tutta la situazione; ridemmo insieme della mia “organizzazione militare”.
Tornato a Parigi, volle a sua volta divertire Diderot, ed è così che il gruppo di Holbach seppe che intendevo davvero trascorrere l’inverno all’Ermitage. Questa determinazione, che non erano riusciti a immaginare, li disorientò; mentre aspettavano di inventare qualche altro stratagemma per rendere il mio soggiorno sgradevole[199], mi inviarono, tramite Diderot, lo stesso Deleyre. All’inizio, quest’ultimo ritenne le mie precauzioni semplici, ma in seguito le considerò incoerenti con i miei principi, e persino ridicole. Nelle sue lettere mi sommergeva di battute amare e piuttosto pungenti, capaci di offendermi se solo il mio umore fosse stato incline in quella direzione. Ma in quel momento, saturato di sentimenti affettuosi e teneri, e incapace di provare altro, vedevo nelle sue sarcastiche osservazioni soltanto un modo per ridere, e le trovavo soltanto divertenti, dove chiunque altro avrebbe visto qualcosa di assurdo[200].
À force de vigilance et de soins, je parvins à garder si bien le jardin, que, quoique la récolte du fruit eût presque manqué cette année, le produit fut triple de celui des années précédentes, et il est vrai que je ne m’épargnais point pour le préserver, jusqu’à escorter les envois que je faisais à la Chevrette et à Épinay, jusqu’à porter des paniers moi-même, et je me souviens que nous en portâmes un si lourd, la tante et moi, que, prêts à succomber sous le faix, nous fûmes contraints de nous reposer de dix en dix pas, et n’arrivâmes que tout en nage.
(1757) — Quand la mauvaise saison commença de me renfermer au logis, je voulus reprendre mes occupations casanières ; il ne me fut pas possible. Je ne voyais partout que les deux charmantes amies, que leur ami, leurs entours, le pays qu’elles habitaient, qu’objets créés ou embellis pour elles par mon imagination. Je n’étais plus un moment à moi-même, le délire ne me quittait plus. Après beaucoup d’efforts inutiles pour écarter de moi toutes ces fictions, je fus enfin tout à fait séduit par elles, et je ne m’occupai plus qu’à tâcher d’y mettre quelque ordre et quelque suite, pour en faire une espèce de roman.
Mon grand embarras était la honte de me démentir ainsi moi-même si nettement et si hautement. Après les principes sévères que je venais d’établir avec tant de fracas, après les maximes austères que j’avais si fortement prêchées, après tant d’invectives mordantes contre les livres efféminés qui respiraient l’amour et la mollesse, pouvait-on rien imaginer de plus inattendu, de plus choquant, que de me voir tout d’un coup m’inscrire de ma propre main parmi les auteurs de ces livres que j’avais si durement censurés ? Je sentais cette inconséquence dans toute sa force, je me la reprochais, j’en rougissais, je m’en dépitais : mais tout cela ne put suffire pour me ramener à la raison. Subjugué complètement, il fallut me soumettre à tout risque, et me résoudre à braver le qu’en dira-t-on ; sauf à délibérer dans la suite si je me résoudrais à montrer mon ouvrage ou non : car je ne supposais pas encore que j’en vinsse à le publier.
Ce parti pris, je me jette à plein collier dans mes rêveries, et à force de les tourner et retourner dans ma tête, j’en forme enfin l’espèce de plan dont on a vu l’exécution. C’était assurément le meilleur parti qui se pût tirer de mes folies : l’amour du bien, qui n’est jamais sorti de mon cœur, les tourna vers des objets utiles, et dont la morale eût pu faire son profit. Mes tableaux voluptueux auraient perdu toutes leurs grâces, si le doux coloris de l’innocence y eût manqué. Une fille faible est un objet de pitié, que l’amour peut rendre intéressant, et qui souvent n’est pas moins aimable : mais qui peut supporter sans indignation le spectacle des mœurs à la mode ? et qu’y a-t-il de plus révoltant que l’orgueil d’une femme infidèle, qui, foulant ouvertement aux pieds tous ses devoirs, prétend que son mari soit pénétré de reconnaissance de la grâce qu’elle lui accorde de vouloir bien ne pas se laisser prendre sur le fait ? Les êtres parfaits ne sont pas dans la nature, et leurs leçons ne sont pas assez près de nous. Mais qu’une jeune personne, née avec un cœur aussi tendre qu’honnête, se laisse vaincre à l’amour étant fille, et retrouve, étant femme, des forces pour le vaincre à son tour, et redevenir vertueuse[201], quiconque vous dira que ce tableau dans sa totalité est scandaleux et n’est pas utile est un menteur et un hypocrite ; ne l’écoutez pas.
Outre cet objet de mœurs et d’honnêteté conjugale, qui tient radicalement à tout l’ordre social, je m’en fis un plus secret de concorde et de paix publique ; objet plus grand, plus important peut-être en lui-même, et du moins pour le moment où l’on se trouvait. L’orage excité par l’Encyclopédie, loin de se calmer, était alors dans sa plus grande force. Les deux partis, déchaînés l’un contre l’autre avec la dernière fureur, ressemblaient plutôt à des loups enragés, acharnés à s’entre-déchirer, qu’à des chrétiens et des philosophes qui veulent réciproquement s’éclairer, se convaincre, et se ramener dans la voie de la vérité. Il ne manquait peut-être à l’un et l’autre que des chefs remuants qui eussent du crédit, pour dégénérer en guerre civile, et Dieu sait ce qu’eût produit une guerre civile de religion, où l’intolérance la plus cruelle était au fond la même des deux côtés. Ennemi né de tout esprit de parti, j’avais dit franchement aux uns et aux autres des vérités dures qu’ils n’avaient pas écoutées. Je m’avisai d’un autre expédient, qui, dans ma simplicité, me parut admirable : c’était d’adoucir leur haine réciproque en détruisant leurs préjugés, et de montrer à chaque parti le mérite et la vertu dans l’autre, dignes de l’estime publique et du respect de tous les mortels[202]. Ce projet peu sensé, qui supposait de la bonne foi dans les hommes, et par lequel je tombai dans le défaut que je reprochais à l’abbé de Saint-Pierre, eut le succès qu’il devait avoir ; il ne rapprocha point les partis, et ne les réunit que pour m’accabler. En attendant que l’expérience m’eût fait sentir ma folie, je m’y livrai, j’ose le dire, avec un zèle digne du motif qui me l’inspirait, et je dessinai les deux caractères de Wolmar et de Julie, dans un ravissement qui me faisait espérer de parvenir à les rendre aimables tous les deux, et, qui plus est, l’un par l’autre.
Content d’avoir grossièrement esquissé mon plan, je revins aux situations de détail que j’avais tracées ; et de l’arrangement que je leur donnai résultèrent les deux premières parties de la Julie, que je fis et mis au net durant cet hiver avec un plaisir inexprimable, employant pour cela le plus beau papier doré, de la poudre d’azur et d’argent pour sécher l’écriture, de la nonpareille bleue pour coudre mes cahiers, enfin ne trouvant rien d’assez galant, rien d’assez mignon pour les charmantes filles dont je raffolais comme un autre Pygmalion[203]. Tous les soirs, au coin de mon feu, je lisais et relisais ces deux parties aux Gouverneuses. La fille, sans rien dire, sanglotait avec moi d’attendrissement ; la mère, qui ne trouvant point là de compliments, n’y comprenait rien, restait tranquille, et se contentait dans les moments de silence, de me répéter toujours : Monsieur, cela est bien beau.
Mme d’Épinay, inquiète de me savoir seul en hiver au milieu des bois, dans une maison isolée, envoyait très souvent savoir de mes nouvelles. Jamais je n’eus de si vrais témoignages de son amitié pour moi, et jamais la mienne n’y répondit plus vivement. J’aurais tort de ne pas spécifier, parmi ces témoignages, qu’elle m’envoya son portrait, et qu’elle me demanda des instructions pour avoir le mien, peint par La Tour, et qui avait été exposé au Salon. Je ne dois pas non plus omettre une autre de ses attentions, qui paraîtra risible, mais qui fait trait à l’histoire de mon caractère, par l’impression qu’elle fit sur moi. Un jour qu’il gelait très fort, en ouvrant un paquet qu’elle m’envoyait, de plusieurs commissions dont elle s’était chargée, j’y trouvai un petit jupon de dessous, de flanelle d’Angleterre, qu’elle me marquait avoir porté, et dont elle voulait que je me fisse faire un gilet. Le tour de son billet était charmant, plein de caresse et de naïveté. Ce soin, plus qu’amical, me parut si tendre, comme si elle se fût dépouillée pour me vêtir, que dans mon émotion je baisai vingt fois, en pleurant, le billet et le jupon. Thérèse me croyait devenu fou. Il est singulier que, de toutes les marques d’amitié que Mme d’Épinay m’a prodiguées, aucune ne m’a jamais touché comme celle-là, et que même depuis notre rupture je n’y ai jamais repensé sans attendrissement. J’ai longtemps conservé son petit billet, et je l’aurais encore s’il n’eût eu le sort de mes autres lettres du même temps[204].
Through constant vigilance and care, I managed to keep the garden in such good condition that, although the fruit harvest was nearly lost this year, the yield was three times that of previous years. Indeed, I spared no effort to protect it—even accompanying the shipments I sent to Chevrette and Épinay myself, carrying the baskets. I remember once, my aunt and I carried such a heavy basket that we were on the verge of collapsing under its weight; we had to stop every ten steps to rest, and only managed to make it there with great difficulty.
(1757) — When the bad weather began to confine me indoors, I tried to resume my domestic pursuits; but it was impossible for me to do so. Everywhere I saw only those two charming friends, their friend, their surroundings, the country in which they lived—objects that either my imagination had created or embellished for them. I no longer had a single moment of solitude; delirium never left me. After much futile effort to rid myself of all these fanciful notions, I was ultimately completely captivated by them. From then on, my only concern was trying to bring some order and coherence to them, in order to turn them into a sort of novel.
My greatest embarrassment was the shame of openly and publicly contradicting myself in such a clear and blatant manner. After having established such strict principles with such fanfare, after having preached these austere maxims so vehemently, and after having launched so many harsh attacks against those effeminate books that exuded love and weakness—what could be more unexpected, more shocking, than to see myself suddenly adding my own name among the authors of precisely these books that I had so fiercely condemned? I felt the entire inconsistency of this situation with utmost clarity; I reproached myself for it, I was ashamed of it, I resented it—but none of this was enough to bring me back to reason. Completely overwhelmed, I had no choice but to take all risks and resolve to brave whatever consequences might follow. Only later would I consider whether I should actually decide to publish my work—or not; at that point, I had not yet even thought about the possibility of doing so.
With such an inclination, I plunge headlong into my reveries, and by repeatedly turning them over in my mind, I finally form them into that kind of plan whose execution we have just witnessed. This was undoubtedly the best outcome that could be derived from my whims: my love for goodness, which never left my heart, directed these whims toward useful objectives, and their moral implications could have been truly beneficial. My amorous fantasies would have lost all their charm if the gentle hues of innocence had been absent from them. A weak-minded girl is an object of pity; love can make her interesting, and she is often no less endearing—but who could endure without indignation the sight of such behavior that is currently considered fashionable? And what is more repulsive than the arrogance of a unfaithful woman who, in open defiance of all her duties, pretends that her husband is grateful for the “favor” she grants him by not allowing herself to be caught in the act? Perfect beings do not exist in nature, and their lessons are not close enough to us. But if a young woman, born with both a tender and an honest heart, allows love to overcome her when she is a girl, and then finds the strength to conquer it again when she becomes a woman and returns to virtue[201], anyone who claims that such a scenario is entirely scandalous and of no use is a liar and a hypocrite—do not listen to them.
Apart from this aspect of morality and marital honesty, which is fundamentally tied to the entire social order, I also regarded it as a means to promote harmony and public peace—a goal perhaps even more significant in itself, at least for the time we were living through. The storm stirred up by the Encyclopédie was far from subsiding; on the contrary, it was at its most intense. The two opposing factions, locked in fierce conflict, resembled enraged wolves determined to tear each other apart, rather than Christians and philosophers seeking to enlighten, convince, and guide one another onto the path of truth. What was perhaps missing on both sides were influential leaders who could have turned this conflict into a civil war—God knows what such a religious civil war would have brought, given that intolerance was essentially the same on both sides. As someone who opposed all partisan tendencies, I had frankly spoken to them truths they were unwilling to hear. Then I came up with another approach, one that, in my naivety, seemed perfect: to soften their mutual hatred by dispelling their prejudices and showing each side the merits and virtues of the other—qualities worthy of public respect and admiration. This seemingly foolish plan, which relied on people’s good faith, led me to commit the very fault I had criticized in Father de Saint-Pierre. Yet it achieved the expected result: it did not bring the factions together; instead, it only served to turn them against me. Before realizing how absurd my endeavor was, I pursued it with a zeal worthy of the goal I sought—to create the characters of Wolmar and Julie in such a way that both would become likable, and perhaps even come to love each other.
Pleased with having roughly outlined my plan, I returned to the detailed scenarios I had outlined earlier; and from this arrangement emerged the first two parts of Julie. I worked on them and refined them throughout that winter, experiencing indescribable pleasure in the process. I used the finest gold-colored paper, powdered blue and silver to dry the ink, and exquisite blue thread to bind my notebooks together. Finally, I found nothing sufficiently elegant or charming enough for those lovely girls whom I adored, just like another Pygmalion[203]. Every evening, by the fire, I read and reread these two parts to the governesses. The girl, without saying a word, wept with me in emotion; the mother, unable to find any compliments in it, didn’t understand at all but remained quiet, content in those moments of silence to repeat to me again and again: “Monsieur, this is truly beautiful.”
Madam d’Épinay, concerned about me being alone in the winter amidst the woods, in a secluded house, often sent people to inquire about my well-being. I never received such genuine expressions of her friendship for me, and my own feelings in return were ever more intense. It would be wrong not to mention that among these gestures of care, she sent me her portrait and also asked me for instructions on how to obtain my own, painted by La Tour and exhibited at the Salon. I must also recall another of her attentions—perhaps seemingly trivial, but significant in light of my character—and the impact it had on me. One day, when it was bitterly cold, as I opened a package she had sent containing various tasks she had undertaken for me, I found a small underskirt made of English flannel; she noted that she had worn it herself and wanted me to have one made for myself too. The note accompanying it was charming, filled with tenderness and innocence. Such care, far more than mere friendship, seemed so heartfelt—as if she had willingly given up something of her own to dress me—that in my emotion, I kissed the note and the underskirt twenty times over, crying uncontrollably. Thérèse thought I had gone mad. It is strange that, among all the signs of affection Madam d’Épinay showed me, none ever touched me as deeply as this one; even after our separation, I never thought of it without feeling moved. I kept her little note for a long time—had it not shared the same fate as many of my other letters from that period[204].
Grazie a una costante vigilanza e cura, riuscii a mantenere il giardino in ottimo stato; sebbene quest’anno la raccolta dei frutti fosse quasi andata persa, il raccolto risultò tre volte superiore a quello degli anni precedenti. E devo ammettere che non mi risparmiavo alcuno sforzo per preservarlo: accompagnavo personalmente le spedizioni che inviavo alla Chevrette e ad Épinay, portavo io stesso i cesti. Ricordo che una volta, la zia ed io ne trasportammo uno così pesante che, quasi sopraffatti dal carico, fummo costretti a riposarci ogni dieci passi; arrivammo a destinazione letteralmente “annegati” sotto quel peso.
(1757) — Quando la stagione avversa iniziò a confinarmi in casa, volli riprendere le mie occupazioni domestiche; ma non mi fu possibile. Ovunque vedevo soltanto quelle due adorabili amiche, il loro amico, il loro ambiente, la regione in cui vivevano, oggetti creati o abbelliti dalla mia immaginazione per loro. Non avevo più un momento per me stesso; il delirio non mi lasciava mai. Dopo molti tentativi inutili per scacciare tutte queste fantasie, alla fine fui completamente conquistato da esse e iniziai a cercare di dar loro un certo ordine e una certa coerenza, trasformandole in una sorta di romanzo.
Il mio grande imbarazzo derivava dal fatto di dovermi contraddire così apertamente e pubblicamente. Dopo i principi severi che avevo appena enunciato con tanta enfasi, dopo le massime austere che avevo predicato con tanta forza, dopo aver attaccato con tali parole taglienti quei libri effeminati pieni di amore e debolezza. Che cosa si poteva immaginare di più inaspettato, di più scioccante, se non vedermi improvvisamente inserire tra gli autori di quei libri che avevo così duramente criticato? Sentivo tutta la contraddizione di questa situazione; me ne rimproveravo, ne arrossivo, ne ero indignato. Ma tutto ciò non fu sufficiente per farmi tornare in me. Completamente soggiogato, dovetti correre ogni rischio e decidermi a sfidare le conseguenze delle mie azioni. A meno che, in seguito, non decidessi di mostrare il mio lavoro o meno: perché all’epoca non pensavo affatto di pubblicarlo.
Con questa determinazione, mi immergo completamente nelle mie fantasie e, rigirandole continuamente nella mia mente, finisco per dar loro forma in quel tipo di piano che abbiamo visto poi realizzato. Senza dubbio, questo era il miglior modo per sfruttare le mie follie: l’amore per il bene, che non ha mai abbandonato il mio cuore, ne ha orientato gli impulsi verso obiettivi utili, e la loro morale avrebbe potuto trarne beneficio. I miei dipinti sensuali avrebbero perso tutta la loro grazia se fossero mancati i dolci colori dell’innocenza. Una ragazza debole è un oggetto di compassione; l’amore può renderla interessante, e spesso non è meno amabile. Ma chi può sopportare senza indignazione lo spettacolo di comportamenti volgari? E cosa c’è di più rivoltante dell’orgoglio di una donna infedele che, calpestando apertamente tutti i propri doveri, pretende che il marito sia grato per il “favore” che le fa nel non lasciarsi scoprire? Gli esseri perfetti non esistono nella natura, e le loro lezioni non sono abbastanza vicine a noi. Ma se una giovane donna, nata con un cuore tanto tenero quanto onesto, si lascia vincere dall’amore quando è ragazza, e poi ritrova la forza di sconfiggerlo diventando donna e tornando alla virtù. Chiunque vi dica che tutto questo è scandaloso e inutile è un bugiardo e un ipocrita; non ascoltatelo.
Oltre a questo aspetto legato alle usanze e all’onestà coniugale, che è strettamente collegato all’intero ordine sociale, ne feci un altro oggetto ancora più importante per la concordia e la pace pubblica; un obiettivo di maggior portata, forse persino più significativo in sé stesso, almeno nel momento in cui ci trovavamo. L’uragano scatenato dall’Enciclopedia, invece di placarsi, era al suo apice. I due partiti, scatenati l’uno contro l’altro con la massima furia, assomigliavano più a lupi inferociti, determinati a distruggersi a vicenda, che a cristiani e filosofi che cercassero di illuminarsi a vicenda, di convincersi reciprocamente e di ricondursi sulla strada della verità. Forse a entrambi mancavano solo leader influenti e credibili per trasformare la situazione in una guerra civile. E Dio sa cosa avrebbe potuto produrre una guerra civile di religione, in cui l’intolleranza più crudele era sostanzialmente la stessa da entrambe le parti. Essendo nemico di qualsiasi spirito di partigianeria, avevo detto apertamente a tutti delle verità dure che loro non avevano voluto ascoltare. Allora mi venne in mente un altro stratagemma, che nella mia semplicità mi sembrò meraviglioso: attenuare l’odio reciproco distruggendo i loro pregiudizi e mostrare a ciascun partito i meriti e le virtù dell’altro, degni dell’apprezzamento pubblico e del rispetto di tutti gli esseri umani. Questo progetto, apparentemente poco sensato ma che presupponeva la buona fede degli uomini, e per il quale commisi lo stesso errore che rimproveravo all’abate di Saint-Pierre, ebbe comunque il successo che si poteva aspettare: non riuscì a avvicinare i due partiti, ma li unì soltanto contro di me. Mentre aspettavo che l’esperienza mi facesse rendere conto della mia follia, mi ci dedicai con un zelo degno dello scopo che mi motivava. E descrissi i personaggi di Wolmar e Julie con tale entusiasmo da sperare davvero di renderli entrambi amabili. E, cosa ancora più importante, di far sì che si amassero a vicenda.
Risolto di aver delineato in modo approssimativo il mio piano, tornai alle singole situazioni che avevo descritto in dettaglio; dall’organizzazione che ne derivò nacquero le prime due parti de “Julie”, che scrissi e sistemai con immenso piacere durante quell’inverno. Utilizzai il miglior carta dorata, polvere di azzurro e d’argento per asciugare la scrittura, nonpareille blu per rilegare i miei quaderni. Insomma, cercai tutto ciò che potesse essere abbastanza elegante, sufficientemente grazioso per quelle deliziose ragazze di cui ero innamorato come un altro Pigmalione[203]. Ogni sera, accanto al mio fuoco, leggevo e rileggevo queste due parti davanti alle Governatrici. La ragazza, senza dire una parola, piangeva con me per commozione; la madre, non trovando lì alcun complimento, non capiva nulla e rimaneva tranquilla, limitandosi nei momenti di silenzio a ripetermi sempre: “Signore, è davvero bello”.
La signora d’Épinay, preoccupata all’idea che io fossi solo in inverno, nel mezzo dei boschi, in una casa isolata, mi mandava spesso notizie. Mai ho ricevuto prove più sincere della sua amicizia per me, e mai la mia le ho ricambiate con altrettanta intensità. Devo specificare che tra queste dimostrazioni d’affetto, ella mi inviò il suo ritratto e mi chiese indicazioni su come ottenere il mio, dipinto da La Tour e esposto al Salon. Non devo nemmeno tralasciare un altro dei suoi gesti, che potrebbe sembrare ridicolo, ma che rivela molto della mia personalità, per l’impressione che ebbe su di me. Un giorno, quando faceva molto freddo, aprendo un pacco che ella mi aveva inviato contenente diverse commissioni che si era assunta, trovai una piccola sottogonna di flanella inglese; lei mi disse di averla indossata e voleva che ne facessi fare uno giubbotto per me. Il biglietto che l’accompagnava era incantevole, pieno di tenerezza e ingenuità. Questo gesto, più che amichevole, mi parve così premuroso, come se lei si fosse spogliata per vestirmi, che nell’emozione baciai venti volte, piangendo, sia il biglietto che la sottogonna. Thérèse pensò che fossi impazzito. È strano che, di tutte le dimostrazioni d’amore che la signora d’Épinay mi ha dato, nessuna abbia mai toccato così profondamente il mio cuore; anzi, anche dopo la nostra rottura, non ci ho mai ripensato senza commuovermi. Ho conservato a lungo quel suo piccolo biglietto, e lo avrei ancora oggi, se non fosse stato distrutto insieme alle altre mie lettere di quell’epoca[204].
Quoique mes rétentions me laissassent alors peu de relâche en hiver, et qu’une partie de celui-ci je fusse réduit à l’usage des sondes, ce fut pourtant, à tout prendre, la saison que, depuis ma demeure en France, j’ai passée avec le plus de douceur et de tranquillité. Durant quatre ou cinq mois que le mauvais temps me tint davantage à l’abri des survenants, je savourai, plus que je n’ai fait avant et depuis, cette vie indépendante, égale et simple, dont la jouissance ne faisait pour moi qu’augmenter le prix, sans autre compagnie que celle des deux Gouverneuses en réalité, et celle des deux cousines en idée. C’est alors surtout que je me félicitais chaque jour davantage du parti que j’avais eu le bon sens de prendre, sans égard aux clameurs de mes amis, fâchés de me voir affranchi de leur tyrannie ; et quand j’appris l’attentat d’un forcené[205], quand Deleyre et Mme d’Épinay me parlaient dans leurs lettres du trouble et de l’agitation qui régnaient dans Paris, combien je remerciai le Ciel de m’avoir éloigné de ces spectacles d’horreurs et de crimes, qui n’eussent fait que nourrir, qu’aigrir l’humeur bilieuse que l’aspect des désordres publics m’avait donnée ; tandis que, ne voyant plus autour de ma retraite que des objets riants et doux, mon cœur ne se livrait qu’à des sentiments aimables. Je note ici avec complaisance le cours des derniers moments paisibles qui m’ont été laissés. Le printemps qui suivit cet hiver si calme vit éclore le germe des malheurs qui me restent à décrire, et dans le tissu desquels on ne verra plus d’intervalle semblable, où j’aie eu le loisir de respirer.
Je crois pourtant me rappeler que durant cet intervalle de paix et jusqu’au fond de ma solitude, je ne restai pas tout à fait tranquille de la part des Holbachiens. Diderot me suscita quelque tracasserie, et je suis fort trompé si ce n’est durant cet hiver que parut Le Fils naturel, dont j’aurai bientôt à parler. Outre que par des causes qu’on saura dans la suite, il m’est resté peu de monuments sûrs de cette époque, ceux mêmes qu’on m’a laissés sont très peu précis quant aux dates. Diderot ne datait jamais ses lettres. Mme d’Épinay, Mme d’Houdetot, ne dataient guère les leurs que du jour de la semaine, et Deleyre faisait comme elles le plus souvent. Quand j’ai voulu ranger ces lettres dans leur ordre, il a fallu suppléer, en tâtonnant, des dates incertaines, sur lesquelles je ne puis compter. Ainsi, ne pouvant fixer avec certitude le commencement de ces brouilleries, j’aime mieux rapporter ci-après dans un seul article tout ce que je m’en puis rappeler.
Le retour du printemps avait redoublé mon tendre délire, et dans mes érotiques transports, j’avais composé pour les dernières parties de la Julie plusieurs lettres qui se sentent du ravissement dans lequel je les écrivis. Je puis citer entre autres celles de l’Élysée et de la promenade sur le lac, qui, si je m’en souviens bien, sont à la fin de la quatrième partie. Quiconque, en lisant ces deux lettres, ne sent pas amollir et fondre son cœur dans l’attendrissement qui me les dicta, doit fermer le livre : il n’est pas fait pour juger des choses de sentiment.
Précisément dans le même temps, j’eus de Mme d’Houdetot une seconde visite imprévue. En l’absence de son mari, qui était capitaine de gendarmerie, et de son amant, qui servait aussi, elle était venue à Eaubonne, au milieu de la vallée de Montmorency, où elle avait loué une assez jolie maison. Ce fut de là qu’elle vint faire à l’Ermitage une nouvelle excursion. À ce voyage, elle était à cheval et en homme. Quoique je n’aime guère ces sortes de mascarades, je fus pris à l’air romanesque de celle-là, et, pour cette fois, ce fut de l’amour. Comme il fut le premier et l’unique en toute ma vie, et que ses suites le rendront à jamais mémorable et terrible à mon souvenir, qu’il me soit permis d’entrer dans quelques détails sur cet article.
Mme la comtesse d’Houdetot approchait de la trentaine, et n’était point belle ; son visage était marqué de la petite vérole ; son teint manquait de finesse, elle avait la vue basse et les yeux un peu ronds : mais elle avait l’air jeune avec tout cela, et sa physionomie, à la fois vive et douce, était caressante[206]. Elle avait une forêt de grands cheveux noirs, naturellement bouclés, qui lui tombaient au jarret ; sa taille était mignonne, et elle mettait dans tous ses mouvements de la gaucherie et de la grâce tout à la fois. Elle avait l’esprit très naturel et très agréable ; la gaieté, l’étourderie et la naïveté s’y mariaient heureusement : elle abondait en saillies charmantes qu’elle ne recherchait point et qui partaient quelquefois malgré elle. Elle avait plusieurs talents agréables, jouait du clavecin, dansait bien, faisait d’assez jolis vers. Pour son caractère, il était angélique ; la douceur d’âme en faisait le fond ; mais, hors la prudence et la force, il rassemblait toutes les vertus. Elle était surtout d’une telle sûreté dans le commerce, d’une telle fidélité dans la société, que ses ennemis même n’avaient pas besoin de se cacher d’elle. J’entends par ses ennemis ceux ou plutôt celles qui la haïssaient ; car, pour elle, elle n’avait pas un cœur qui pût haïr, et je crois que cette conformité contribua beaucoup à me passionner pour elle. Dans les confidences de la plus intime amitié, je ne lui ai jamais ouï parler mal des absents, pas même de sa belle-sœur. Elle ne pouvait ni déguiser ce qu’elle pensait à personne, ni même contraindre aucun de ses sentiments, et je suis persuadé qu’elle parlait de son amant à son mari même, comme elle en parlait à ses amis, à ses connaissances, et à tout le monde indifféremment. Enfin, ce qui prouve sans réplique la pureté et la sincérité de son excellent naturel, c’est qu’étant sujette aux plus énormes distractions et aux plus visibles étourderies, il lui en échappait souvent de très imprudentes pour elle-même, mais jamais d’offensantes pour qui que ce fût.
On l’avait mariée très jeune[207] et malgré elle au comte d’Houdetot, homme de condition, bon militaire, mais joueur, chicaneur, très peu aimable, et qu’elle n’a jamais aimé. Elle trouva dans M. de Saint-Lambert tous les mérites de son mari, avec des qualités plus agréables, de l’esprit, des vertus, des talents[208]. S’il faut pardonner quelque chose aux mœurs du siècle, c’est sans doute un attachement que sa durée épure, que ses effets honorent, et qui ne s’est cimenté que par une estime réciproque[209] [210].
C’était un peu par goût, à ce que j’ai pu croire, mais beaucoup pour complaire à Saint-Lambert, qu’elle venait me voir. Il l’y avait exhortée, et il avait raison de croire que l’amitié qui commençait à s’établir entre nous rendrait cette société agréable à tous les trois. Elle savait que j’étais instruit de leurs liaisons, et pouvant me parler de lui sans gêne, il était naturel qu’elle se plût avec moi. Elle vint ; je la vis ; j’étais ivre d’amour sans objet ; cette ivresse fascina mes yeux, cet objet se fixa sur elle ; je vis ma Julie en Mme d’Houdetot, et bientôt je ne vis plus que Mme d’Houdetot, mais revêtue de toutes les perfections dont je venais d’orner l’idole de mon cœur. Pour m’achever, elle me parla de Saint-Lambert en amante passionnée. Force contagieuse de l’amour ! en l’écoutant, en me sentant auprès d’elle, j’étais saisi d’un frémissement délicieux, que je n’avais éprouvé jamais auprès de personne. Elle parlait, et je me sentais ému ; je croyais ne faire que m’intéresser à ses sentiments, quand j’en prenais de semblables ; j’avalais à longs traits la coupe empoisonnée, dont je ne sentais encore que la douceur. Enfin, sans que je m’en aperçusse et sans qu’elle s’en aperçût, elle m’inspira pour elle-même tout ce qu’elle exprimait pour son amant. Hélas ! ce fut bien tard, ce fut bien cruellement brûler d’une passion non moins vive que malheureuse pour une femme dont le cœur était plein d’un autre amour.
Malgré les mouvements extraordinaires que j’avais éprouvés auprès d’elle, je ne m’aperçus pas d’abord de ce qui m’était arrivé : ce ne fut qu’après son départ que, voulant penser à Julie, je fus frappé de ne pouvoir plus penser qu’à Mme d’Houdetot. Alors mes yeux se dessillèrent ; je sentis mon malheur, j’en gémis, mais je n’en prévis pas les suites.
Although the cold weather left me with little respite during those months, and I was forced to rely largely on the use of probes for warmth, it was nonetheless the season that, since my residence in France, I spent in the greatest peace and tranquility. For four or five months, as the bad weather kept me sheltered from most troubles, I enjoyed, more than at any other time before or since, this independent, equal, and simple life—the pleasure of which only seemed to increase its value. My only companions were, in reality, the two Ladies who cared for me; in imagination, my two cousins. It was then that I increasingly rejoiced in the decision I had made, despite the protests of my friends who were angered by my escape from their tyranny. When I learned of the violent attack committed by a madman[205], and when Deleyre and Madame d’Épinay wrote to me about the chaos and unrest reigning in Paris, I was deeply grateful to Heaven for having removed me from such scenes of horror and crime—scenes that would only have intensified the bitter resentment caused by the sight of public disorder. Around me, all I saw were cheerful and gentle things; my heart was filled with only kind feelings. With pleasure, I recall these last peaceful moments that were granted to me. The spring that followed that tranquil winter saw the seeds of misfortune take root—the misfortunes I am yet to describe, within a context where there would be no more such intervals of peace for me to breathe in.
I believe I recall that during this period of peace, and even in the depths of my solitude, I was not entirely at ease regarding the Holbachiens. Diderot caused me some trouble, and I am greatly mistaken if it was not during this winter that Le Fils naturel appeared, about which I will speak shortly. Apart from certain reasons that will be explained later on, very few reliable remnants from that time have remained to me; even those that were left to me are extremely vague as far as dates are concerned. Diderot never dated his letters. Madame d’Épinay and Madame d’Houdetot rarely dated theirs at all, except by the day of the week, and Deleyre usually did the same. When I tried to arrange these letters in order, it was necessary to fill in uncertain dates by guesswork, on which I cannot rely. Therefore, since I am unable to determine with certainty when these misunderstandings began, I prefer to present everything I can recall about them in a single article below.
The return of spring had intensified my tender delirium, and in the midst of my erotic transports, I composed several letters for the latter parts of Julie—letters that truly reflected the rapture with which I wrote them. In particular, I recall those from the Élysée and those written while strolling by the lake; if I remember correctly, they are located at the end of the fourth part. Anyone who reads these two letters without feeling their effect soften and melt their heart, in that tender emotion which inspired me to write them, should put the book down: it is not meant for judging matters of the heart.
Exactly at the same time, I received another unexpected visit from Madame d’Houdetot. In the absence of her husband, who was a captain in the gendarmerie, and her lover, who also served in the military, she had come to Eaubonne, in the middle of the Montmorency valley, where she had rented a rather nice house. It was from there that she made another trip to the Ermitage. For this journey, she rode a horse and dressed as a man. Although I generally dislike such masquerades, I was captivated by the romantic aspect of this one—and, for once, it was related to love. Since it was the first and only time in my life that such a thing happened, and since its consequences have made it forever memorable and terrifying in my memory, I allow myself to go into some detail about this event.
Countess d’Houdetot was approaching thirty and was not particularly beautiful; her face bore the marks of smallpox, her complexion lacked delicacy, she had a slight hunchback and somewhat round eyes. Yet, despite these features, she appeared young, and her expression, both lively and gentle, was truly endearing[206]. She had a thick head of naturally curly black hair that reached her knees; her figure was petite, and every movement of hers was marked by both awkwardness and grace. Her mind was natural and pleasant; humor, frivolity, and innocence blended happily within it. She was full of charming quirks that came spontaneously, sometimes without her even realizing it. She possessed several pleasing talents: she played the clavichord well, danced gracefully, and composed rather lovely verses. As for her character, it was truly angelic; kindness was its essence, but aside from prudence and strength, she embodied all virtues. Especially in her interactions with others, she was so reliable and faithful that even her enemies had no need to hide their feelings toward her. By “enemies,” I mean those who hated her—because for her, there was no room in her heart for hatred. I believe this very quality greatly contributed to my deep affection for her. In the most intimate conversations, I never heard her speak ill of anyone absent, not even of her sister-in-law. She could neither conceal her thoughts nor suppress any of her emotions. I am convinced that she spoke about her lover to her husband just as freely as she did to her friends, acquaintances, and everyone else. Lastly, what indisputably proves the purity and sincerity of her excellent nature is the fact that, despite being prone to extreme distractions and obvious foolishness, she often made remarks that were imprudent for herself but never offensive to anyone else.
She was married at a very young age[207], and against her will to Count d’Houdetot—a man of good social standing, an excellent soldier, but also a gambler, a quarreler, and far from kind-hearted; a man she never loved. In Mr. de Saint-Lambert, she found all the virtues of her husband, coupled with more pleasant qualities: intelligence, virtue, and talents[208]. If one must forgive anything about the morals of that era, it is surely this kind of attachment—whose duration proves its sincerity, whose effects are honorable, and which was based solely on mutual respect[209][210].
I believe it was partly out of taste, but largely to please Saint-Lambert that she came to see me. He had urged her to do so, and he was right in thinking that the friendship that was beginning to develop between us would make our company pleasant for all three of us. She knew that I was aware of their relationship, and since she could talk about him without any restraint, it was only natural that she should enjoy my company. She came; I saw her; I was intoxicated with love—though for no particular person. This intoxication fascinated my senses, and soon that “person” became her. I saw my Julie in the person of Madame d’Houdetot, and soon I saw nothing but Madame d’Houdetot—only now endowed with all the perfection I had just imagined for the idol of my heart. To make matters worse, she spoke about Saint-Lambert with the passion of a devoted lover. What a contagious power love has! As I listened to her, as I felt her presence beside me, I was overcome by an exquisite tremor—something I had never experienced before with anyone. She spoke, and I grew increasingly moved; I thought I was merely reflecting on her feelings, but in reality, I began to share them myself. I drank deeply from that poisoned cup, feeling only its sweetness at first. Before I knew it—and before she realized it too—she had inspired in me all the same passion she expressed for her lover. Alas! It was far too late, and far too cruelly, to burn with such a fierce yet unhappy love for a woman whose heart belonged to another.
Despite the extraordinary feelings I experienced in her presence, I did not immediately realize what had happened to me; it was only after she left that, when I tried to think about Julie, I suddenly found myself unable to think of anyone but Madame d’Houdetot. Only then did I come to understand the truth; I realized my misfortune and mourned it, but I could not foresee its consequences.
Sebbene in quei mesi invernali le condizioni meteorologiche mi costringessero a vivere in modo piuttosto isolato, utilizzando spesso mezzi di trasporto rudimentali, fu comunque la stagione che, da quando risiedevo in Francia, trascorsi con maggiore dolcezza e tranquillità. Per quattro o cinque mesi, durante i quali il cattivo tempo mi proteggeva dalle avversità, godetti di quella vita indipendente, semplice ed equilibrata; il piacere che ne traevo aumentava giorno dopo giorno, senza alcuna compagnia se non quelle delle due “Governatrici”, in realtà, e delle due cugine, nel mio immaginario. Fu proprio allora che ringraziai ancora di più il Cielo per avermi fatto prendere quella decisione saggia, nonostante le proteste dei miei amici, offesi dal fatto che mi fossi liberato dalla loro “tirannia”. Quando appresi dell’attentato compiuto da un pazzo, e quando Deleyre e Madame d’Épinay mi scrivevano di quanto caos e agitazione regnassero a Parigi, ringraziai ancora di più il Cielo per avermi allontanato da quegli spettacoli orribili e criminosi che avrebbero solo peggiorato il mio umore già cupo a causa dei disordini pubblici; intorno a me c’erano soltanto cose gioiose e piacevoli, e il mio cuore era pieno di sentimenti positivi. Con piacere ricordo questi ultimi momenti tranquilli che mi sono stati concessi. La primavera successiva a quell’inverno così sereno vide nascere i germi dei mali che ancora devo descrivere; da allora, nella mia vita non ci sono più stati periodi simili in cui ho potuto godermi la tranquillità.
Credo tuttavia di ricordare che, durante quel periodo di pace e anche nel profondo della mia solitudine, non riuscivo a stare del tutto tranquillo riguardo alle intenzioni dei membri della famiglia Holbach. Diderot mi causò alcuni problemi, e sono molto ingannato se non è stato proprio in quell’inverno che apparve “Il Figlio naturale”, di cui parlerò presto. Oltre a questo, per ragioni che verranno spiegate in seguito, mi sono rimasti pochi documenti certi su quel periodo; anche quelli che mi sono stati lasciati sono molto imprecisi riguardo alle date. Diderot non datava mai le sue lettere; Madame d’Épinay e Madame d’Houdetot ne indicavano soltanto il giorno della settimana, e lo stesso faceva spesso Deleyre. Quando ho cercato di ordinare queste lettere, è stato necessario colmare con supposizioni le date incerte, su cui non posso fare affidamento. Pertanto, non potendo stabilire con certezza l’inizio di questi problemi, preferisco riportare qui sotto, in un unico articolo, tutto ciò che riesco a ricordare al riguardo.
Il ritorno della primavera aveva raddoppiato il mio tenero delirio; nei miei trasporti erotici avevo composto, per le ultime parti di “Julie”, diverse lettere nelle quali si percepisce la gioia intensa con cui le scrivevo. Posso citare, in particolare, quelle dell’“Élysée” e della “Passeggiata sul lago”; se ricordo bene, si trovano alla fine della quarta parte. Chiunque, leggendo queste due lettere, non sentisse il proprio cuore ammorbidirsi e sciogliersi nell’emozione che me le spinse a scrivere, dovrebbe chiudere immediatamente il libro: non è certo destinato a giudicare questioni di sentimento.
Esattamente nello stesso momento, ricevetti una seconda visita inaspettata da parte di Madame d’Houdetot. In assenza di suo marito, che era capitano della gendarmeria, e del suo amante, anch’egli militare, lei si era recata a Eaubonne, nel mezzo della valle di Montmorency, dove aveva affittato una casa abbastanza bella. Fu da lì che fece un’altra visita all’Ermitage. In quel viaggio, cavalcava come un uomo. Anche se non amo molto questo genere di “mascherate”, fui colpito dall’aspetto romantico di quella situazione. E questa volta, si trattava davvero d’amore. Poiché fu il primo e l’unico amore della mia vita, e le sue conseguenze lo renderanno per sempre memorabile e terribile nella mia memoria, permettetemi di entrare nei dettagli di quell’episodio.
La contessa d’Houdetot aveva circa trent’anni ed non era bella; il suo viso presentava i segni del vaiolo; la sua pelle mancava di delicatezza, aveva lo sguardo basso e occhi leggermente rotondi; tuttavia sembrava giovane, e il suo volto, al tempo stesso vivace e dolce, era davvero affascinante[206]. Aveva una folta chioma di capelli neri, naturalmente ondulati, che le arrivavano alle caviglie; la sua figura era graziosa, e nei suoi movimenti si combinavano goffaggine e grazia. Era molto naturale e piacevole nel suo modo di essere; la gioia, l’imprudenza e la naività si mescolavano in lei in modo armonioso; aveva molte qualità deliziose, suonava il clavicembalo, ballava bene e scriveva versi piuttosto belli. Per quanto riguarda il suo carattere, era davvero angelico; la dolcezza ne costituiva il tratto fondamentale; inoltre, oltre alla prudenza e alla forza d’animo, possedeva tutte le virtù possibili. Era particolarmente sicura nelle sue relazioni sociali, estremamente fedele nei suoi impegni, al punto che nemmeno i suoi “nemici” avevano bisogno di nascondersi da lei. Intendo con “nemici” coloro che la odiavano; perché, per lei, non esisteva alcun sentimento negativo nel suo cuore. E credo che proprio questa qualità abbia molto contribuito a farmi innamorare di lei. Nei momenti più intimi dell’amicizia, non l’ho mai sentita parlare male degli assenti, nemmeno di sua cognata. Non riusciva a nascondere i propri pensieri con nessuno, né a reprimere i propri sentimenti; sono convinto che parlasse del suo amante anche con suo marito, così come lo faceva con gli amici e con chiunque altro. Infine, ciò che dimostra senza alcun dubbio la purezza e la sincerità della sua eccellente natura è il fatto che, nonostante fosse soggetta a grandi distrazioni e a comportamenti spesso imprudenti per lei stessa, questi non erano mai offensivi verso gli altri.
Fu data in sposa molto giovane[207], e contro la sua volontà al conte d’Houdetot: un uomo di condizione sociale elevata, buon militare, ma anche giocatore, litigioso, molto poco affabile, e che lei non amò mai. In M. de Saint-Lambert trovò tutti i pregi del marito, uniti a qualità ancora più gradevoli: intelligenza, virtù, talenti[208]. Se dobbiamo perdonare qualcosa alle usanze di quel secolo, è senza dubbio un legame che la durata del loro rapporto ha purificato, il cui effetto è onorevole, e che si è consolidato soltanto grazie a un reciproco rispetto[209][210].
A quanto posso credere, veniva a trovarmi un po’ per gusto, ma soprattutto per compiacere Saint-Lambert; lui l’aveva esortata a farlo, e aveva ragione nel ritenere che l’amicizia che stava nascendo tra di noi avrebbe reso quella compagnia piacevole per tutti e tre. Sapeva che ero a conoscenza delle loro relazioni, e poiché poteva parlarmi di lui senza imbarazzo, era naturale che si trovasse bene con me. Venne; la vidi. Ero ubriaco d’amore, ma senza un oggetto reale su cui fissare i miei pensieri; quell’“oggetto” si concentrò su di lei. Vidi la mia Julie in Mme d’Houdetot. E presto non vidi più che Mme d’Houdetot, ma rivestita di tutte le perfezioni che avevo appena immaginato per l’ideale del mio cuore. Per completare il quadro, mi parlò di Saint-Lambert con passione. Che contagiosa forza dell’amore! Ascoltandola, sentendomi al suo fianco, provavo un fremito delizioso. Uno che non avevo mai sperimentato prima con nessuno. Lei parlava. E io mi sentivo commosso. Pensavo di interessarmi soltanto ai suoi sentimenti. Ma in realtà ne condividevo gli stessi. Bevevo avidamente da quella coppa avvelenata. Senza nemmeno accorgermene, e senza che lei se ne rendesse conto. Lei mi ispirò per lei stessa tutto ciò che esprimeva per il suo amante. Ahimè. Fu troppo tardi. E fu una passione altrettanto intensa quanto infelice. Per una donna il cui cuore era già pieno di un altro amore.
Nonostante i sentimenti straordinari che avevo provato in sua presenza, all’inizio non mi resi conto di ciò che mi era accaduto: fu solo dopo la sua partenza che, cercando di pensare a Julie, mi resi conto di non riuscire a pensare ad altro che a Madame d’Houdetot. Allora capii tutta la gravità della mia situazione; piansi il mio dolore, ma non previdi le conseguenze che ne sarebbero derivate.
J’hésitai longtemps sur la manière dont je me conduirais avec elle, comme si l’amour véritable laissait assez de raison pour suivre des délibérations. Je n’étais pas déterminé quand elle revint me prendre au dépourvu. Pour lors j’étais instruit. La honte, compagne du mal, me rendit muet, tremblant devant elle ; je n’osais ouvrir la bouche ni lever les yeux ; j’étais dans un trouble inexprimable, qu’il était impossible qu’elle ne vît pas. Je pris le parti de le lui avouer, et de lui en laisser deviner la cause : c’était la lui dire assez clairement.
Si j’eusse été jeune et aimable, et que dans la suite Mme d’Houdetot eût été faible, je blâmerais ici sa conduite : mais tout cela n’étant pas, je ne puis que l’applaudir et l’admirer. Le parti qu’elle prit était également celui de la générosité et de la prudence. Elle ne pouvait s’éloigner brusquement de moi sans en dire la cause à Saint-Lambert, qui l’avait lui-même engagée à me voir ; c’était exposer deux amis à une rupture, et peut-être à un éclat qu’elle voulait éviter. Elle avait pour moi de l’estime et de la bienveillance. Elle eut pitié de ma folie ; sans la flatter elle la plaignit et tâcha de m’en guérir. Elle était bien aise de conserver à son amant et à elle-même un ami dont elle faisait cas : elle ne me parlait de rien avec plus de plaisir que de l’intime et douce société que nous pouvions former entre nous trois, quand je serais devenu raisonnable ; elle ne se bornait pas toujours à ces exhortations amicales, et ne m’épargnait pas au besoin les reproches plus durs que j’avais bien mérités.
Je me les épargnais encore moins moi-même. Sitôt que je fus seul, je revins à moi ; j’étais plus calme après avoir parlé : l’amour connu de celle qui l’inspire en devient plus supportable. La force avec laquelle je me reprochais le mien m’en eût dû guérir, si la chose eût été possible. Quels puissants motifs n’appelai-je point à mon aide pour l’étouffer ! Mes mœurs, mes sentiments, mes principes, la honte, l’infidélité, le crime, l’abus d’un dépôt confié par l’amitié, le ridicule enfin de brûler à mon âge de la passion la plus extravagante pour un objet dont le cœur préoccupé ne pouvait ni me rendre aucun retour, ni me laisser aucun espoir : passion de plus, qui, loin d’avoir rien à gagner par la constance, devenait moins souffrable de jour en jour.
Qui croirait que cette dernière considération, qui devait ajouter du poids à toutes les autres, fut celle qui les éluda ? Quel scrupule, pensai-je, puis-je me faire d’une folie nuisible à moi seul ? Suis-je donc un jeune cavalier fort à craindre pour Mme d’Houdetot ? Ne dirait-on pas, à mes présomptueux remords, que ma galanterie, mon air, ma parure, vont la séduire ? Eh ! pauvre Jean-Jacques, aime à ton aise, en sûreté de conscience, et ne crains pas que tes soupirs nuisent à Saint-Lambert.
On a vu que jamais je ne fus avantageux, même dans ma jeunesse. Cette façon de penser était dans mon tour d’esprit, elle flattait ma passion ; c’en fut assez pour m’y livrer sans réserve, et rire même de l’impertinent scrupule que je croyais m’être fait par vanité plus que par raison. Grande leçon pour les âmes honnêtes, que le vice n’attaque jamais à découvert, mais qu’il trouve le moyen de surprendre, en se masquant toujours de quelque sophisme, et souvent de quelque vertu.
Coupable sans remords, je le fus bientôt sans mesure, et de grâce, qu’on voie comment ma passion suivit la trace de mon naturel pour m’entraîner enfin dans l’abîme. D’abord elle prit un air humble pour me rassurer, et pour me rendre entreprenant, elle poussa cette humilité jusqu’à la défiance. Mme d’Houdetot, sans cesser de me rappeler à mon devoir, à la raison, sans jamais flatter un moment ma folie, me traitait au reste avec la plus grande douceur, et prit avec moi le ton de l’amitié la plus tendre. Cette amitié m’eût suffi, je le proteste, si je l’avais crue sincère ; mais la trouvant trop vive pour être vraie, n’allai-je pas me fourrer dans la tête que l’amour, désormais si peu concevable à mon âge, à mon maintien, m’avait avili aux yeux de Mme d’Houdetot ; que cette jeune folle ne voulait que se divertir de moi et de mes douceurs surannées ; qu’elle en avait fait confidence à Saint-Lambert, et que l’indignation de mon infidélité ayant fait entrer son amant dans ses vues, ils s’entendaient tous les deux pour achever de me faire tourner la tête et me persifler ? Cette bêtise, qui m’avait fait extravaguer à vingt-six ans, auprès de Mme de Larnage, que je ne connaissais pas, m’eût été pardonnable à quarante-cinq, auprès de Mme d’Houdetot, si j’eusse ignoré qu’elle et son amant étaient trop honnêtes gens l’un et l’autre pour se faire un aussi barbare amusement.
Mme d’Houdetot continuait à me faire des visites que je ne tardai pas à lui rendre. Elle aimait à marcher, ainsi que moi : nous faisions de longues promenades dans un pays enchanté. Content d’aimer et de l’oser dire, j’aurais été dans la plus douce situation, si mon extravagance n’en eût détruit tout le charme. Elle ne comprit rien d’abord à la sotte humeur avec laquelle je recevais ses caresses : mais mon cœur, incapable de savoir jamais rien cacher de ce qui s’y passe, ne lui laissa pas longtemps ignorer mes soupçons ; elle en voulut rire ; cet expédient ne réussit pas ; des transports de rage en auraient été l’effet : elle changea de ton. Sa compatissante douceur fut invincible ; elle me fit des reproches qui me pénétrèrent ; elle me témoigna, sur mes injustes craintes, des inquiétudes dont j’abusai. J’exigeai des preuves qu’elle ne se moquait pas de moi. Elle vit qu’il n’y avait nul autre moyen de me rassurer. Je devins pressant, le pas était délicat. Il est étonnant, il est unique peut-être qu’une femme ayant pu venir jusqu’à marchander, s’en soit tirée à si bon compte. Elle ne me refusa rien de ce que la plus tendre amitié pouvait accorder. Elle ne m’accorda rien qui pût la rendre infidèle, et j’eus l’humiliation de voir que l’embrasement dont ses légères faveurs allumaient mes sens n’en porta jamais aux siens la moindre étincelle.
J’ai dit quelque part[211] qu’il ne faut rien accorder aux sens, quand on veut leur refuser quelque chose. Pour connaître combien cette maxime se trouva fausse avec Mme d’Houdetot, et combien elle eut raison de compter sur elle-même, il faudrait entrer dans les détails de nos longs et fréquents tête-à-tête, et les suivre dans toute leur vivacité durant quatre mois que nous passâmes ensemble dans une intimité presque sans exemple entre deux amis de différents sexes, qui se renferment dans les bornes dont nous ne sortîmes jamais. Ah ! si j’avais tardé si longtemps à sentir le véritable amour, qu’alors mon cœur et mes sens lui payèrent bien l’arrérage ! et quels sont donc les transports qu’on doit éprouver auprès d’un objet aimé qui nous aime, si même un amour non partagé peut en inspirer de pareils ?
Mais j’ai tort de dire un amour non partagé ; le mien l’était en quelque sorte ; il était égal des deux côtés, quoiqu’il ne fût pas réciproque. Nous étions ivres d’amour l’un et l’autre, elle pour son amant, moi pour elle ; nos soupirs, nos délicieuses larmes se confondaient. Tendres confidents l’un de l’autre, nos sentiments avaient tant de rapports, qu’il était impossible qu’ils ne se mêlassent pas en quelque chose ; et toutefois, au milieu de cette dangereuse ivresse, jamais elle ne s’est oubliée un moment ; et moi je proteste, je jure que si, quelquefois égaré par mes sens, j’ai tenté de la rendre infidèle, jamais je ne l’ai véritablement désiré. La véhémence de ma passion la contenait par elle-même. Le devoir des privations avait exalté mon âme. L’éclat de toutes les vertus ornait à mes yeux l’idole de mon cœur ; en souiller la divine image eût été l’anéantir. J’aurais pu commettre le crime, il a cent fois été commis dans mon cœur ; mais avilir ma Sophie ? Ah ! cela se pouvait-il jamais ? Non, non ; je le lui ai cent fois dit à elle-même, eussé-je été le maître de me satisfaire, sa propre volonté l’eût-elle mise à ma discrétion, hors quelques courts moments de délire, j’aurais refusé d’être heureux à ce prix. Je l’aimais trop pour vouloir la posséder.
I hesitated for a long time about how I should behave towards her, as if true love allowed enough room for deliberation. When she returned and caught me off guard, I was still undecided. But by then, I had learned my lesson. Shame, that companion of evil, left me speechless; I trembled in front of her—daring not open my mouth or raise my eyes. I was in an indescribable state of turmoil, which she could not have failed to notice. I decided to confess it to her and let her infer the reason: that was, after all, a clear enough way to tell her.
If I had been young and charming, and if Madame d’Houdetot had been weak-minded, I would condemn her behavior in this situation; but since none of these conditions apply, I can only praise and admire her. The course she took was one that combined generosity with prudence. She could not suddenly distance herself from me without explaining the reasons to Saint-Lambert, who had himself encouraged her to keep in contact with me; doing so would have risked causing a rift between two friends—and perhaps even more serious consequences—that she wanted to avoid. She felt respect and kindness toward me; she pitied my foolishness, and though she did not flatter it, she expressed sympathy for it and tried to help me overcome it. She was glad to be able to retain a friend who was so valued by both her lover and herself. Nothing pleased her more than talking about the intimate and pleasant relationship we could have shared the three of us once I became reasonable; moreover, she did not limit herself to such kind words—when necessary, she did not hesitate to address me with the stern reprimands that I well deserved.
I spared them no less than myself. As soon as I was alone, I regained my composure; speaking about it had calmed me down—even the love inspired by her made it more endurable. The intensity with which I reproached myself for my own feelings might have cured me of them, if such a thing were possible. What powerful reasons did I not invoke to suppress them! My habits, my sentiments, my principles. Shame, infidelity, crime, the abuse of a trust placed in me by friendship. And finally, the sheer absurdity of burning with such extravagant passion at my age for someone whose preoccupied heart could neither reciprocate it nor give me any hope. A passion that, far from benefiting from steadfastness, only became more unbearable day by day.
Who would have thought that this very consideration, which should have added weight to all the others, was precisely the one that led them astray? What scruples could I possibly have regarding a madness that harms only me alone? Am I really such a formidable young suitor for Madame d’Houdetot? Wouldn’t one think, judging by my presumptuous remorse, that my gallantry, my demeanor, my attire are all going to seduce her? Ah! Poor Jean-Jacques, love freely and in peace of conscience—and don’t worry that your sighs will harm Saint-Lambert.
It has been seen that I was never advantageous in anything, not even in my youth. Such a way of thinking was inherent in my nature; it flattered my passions. That was enough to make me devote myself to it without reservation, and even laugh at the foolish scruples I believed I had—scrupules born more out of vanity than reason. A great lesson for honest souls: vice never attacks openly, but always finds ways to surprise us, hiding itself behind some sophism—or often, some so-called virtue.
Guilty without remorse, I soon became guilty to an even greater degree; and let anyone see how my passion followed the traces of my nature, ultimately leading me into ruin. At first, it assumed an humble demeanor to reassure me; in order to encourage me to take action, it went so far as to turn that humility into defiance. Madame d’Houdetot, while constantly reminding me of my duties and reason, never flattered my madness for a single moment; yet she treated me with the greatest kindness and adopted the tone of the most tender friendship. I swear, this friendship alone would have been enough for me if I had believed it to be sincere; but since I found it too intense to be genuine, I began to believe that love—something so utterly inconceivable at my age and in my circumstances—had made me seem despicable in Madame d’Houdetot’s eyes; that this young woman merely wanted to amuse herself at my expense with my outdated tenderness; that she had confided in Saint-Lambert about it, and that his anger at my infidelity had led them both to conspire against me, further bewitching me and mocking me. Such foolishness—which had made me act absurdly at twenty-six years old, towards a woman I did not even know, Madame de Larnage—might have been forgivable at forty-five, towards Madame d’Houdetot, if I had not known that both she and her lover were too honorable people to resort to such barbaric amusement.
Madam d’Houdetot continued to visit me, and I soon returned those visits. She enjoyed walking just as much as I did; we would take long walks in a delightful countryside. Had it not been for my extravagance, which destroyed all the charm of our relationship, I would have been in the most fortunate position—happy to love her and willing to express that love openly. At first, she failed to understand the absurd behavior I displayed when receiving her affectionate gestures; but my heart, unable to hide anything from her, soon made her aware of my suspicions. She tried to laugh it off, but that strategy failed completely; instead, it only led to outbursts of anger, and she changed her attitude. Her compassionate gentleness proved invincible; she reproached me earnestly, and her concern for my unfounded fears only made me take advantage of it. I demanded proof that she was not mocking me, and she realized that there was no other way to reassure me. My insistence became pressing, but the situation was extremely delicate. It is truly remarkable—and perhaps unique—that a woman who had gone so far as to engage in such behavior was able to extricate herself with such minimal consequences. She did not refuse me anything that true friendship could offer; yet she never gave me anything that could have led her to infidelity. And I suffered the humiliation of realizing that the passion aroused by her slight affections never ignited the slightest spark in her own heart.
I have said somewhere[211] that one should grant nothing to the senses when one intends to deny them something. To understand how utterly false this maxim turned out to be in the case of Madame d’Houdetot, and how right she was to rely on herself, one would need to delve into the details of our long and frequent private conversations and follow them throughout their entire intensity during the four months we spent together in an intimacy almost unparalleled between two friends of different sexes who remained strictly within the boundaries we never once exceeded. Ah! If it had taken me so long to experience true love, then my heart and my senses surely made up for all the time lost! And what kind of transports must one feel when being near a beloved person who also loves us—especially if even an unrequited love can inspire such intense emotions?
But I am wrong to speak of an unrequited love; mine was in a way reciprocated; it existed on both sides, though not mutually. We were both intoxicated with love—she for her lover, I for her. Our sighs, our delightful tears, all mingled together. As tender confidants, our feelings were so closely intertwined that it was impossible for them not to blend in some way. Yet, amidst this dangerous intoxication, she never once forgot herself; and I swear that even if, sometimes, carried away by my senses, I tried to make her unfaithful, I never truly desired to do so. The intensity of my passion held it in check on its own. The sacrifices we endured had elevated my soul. In my eyes, all virtues adorned the idol of my heart; to tarnish that divine image would have meant to destroy it entirely. I might have committed that crime—indeed, it was conceived a hundred times in my mind—but to degrade my Sophie? Ah! Could such a thing ever be possible? No, no. I told her so a hundred times: even if I had the power to satisfy my own desires, even if her own will had been at my disposal, except for those brief moments of madness, I would have refused to be happy at such a cost. I loved her too much to wish to possess her.
Esitai a lungo su come comportarmi con lei, come se l’amore vero lasciasse abbastanza spazio per riflettere e prendere decisioni. Non ero ancora deciso quando tornò a trovarmi impreparato. A quel punto, però, sapevo cosa fare. La vergogna, compagna del male, mi rese muto; tremavo davanti a lei: non osavo aprire bocca né alzare lo sguardo. Ero in uno stato di agitazione indescrivibile. Era impossibile che lei non se ne accorgesse. Decisi quindi di confessarglielo e di lasciarle intuire la ragione: in fondo, questo significava dirglielo chiaramente.
Se fossi stato giovane e affabile, e se in seguito Madame d’Houdetot fosse stata debole, avrei criticato il suo comportamento; ma poiché nulla di tutto ciò è vero, posso soltanto lodarla e ammirarla. La decisione che prese era al contempo quella della generosità e della prudenza. Non poteva allontanarsi bruscamente da me senza spiegargliene il motivo a Saint-Lambert, che stesso l’aveva incoraggiata ad incontrarmi; avrebbe esposto così due amici a una rottura, e forse anche a un conflitto che voleva evitare. Provava per me stima e affetto; ebbe pietà della mia follia: senza adularla, ne pianse le conseguenze e cercò di aiutarmi a guarire. Le faceva piacere conservare sia al suo amante che a lei stessa un amico così prezioso; non parlava mai di nulla con più gioia del dolce e intimo rapporto che avremmo potuto avere noi tre, quando fossi diventato ragionevole. Non si limitava sempre a queste parole incoraggianti: quando necessario, non esitava a farmi dei rimproveri, meritati più che altro da me stesso.
Me ne risparmiavo ancora meno io stesso. Non appena rimasi solo, ripresi i sensi; dopo aver parlato, mi sentii più calmo: l’amore conosciuto da colei che lo ispira diventa infatti più sopportabile. La forza con cui mi rimproveravo il mio errore avrebbe dovuto guarirmi, se ciò fosse stato possibile. Quanti potenti motivi non chiamai a mia difesa per soffocare quella passione! I miei costumi, i miei sentimenti, i miei principi. La vergogna, l’infedeltà, il crimine, l’abuso di una fiducia concessa dall’amicizia. E infine, l’assurdità stessa di bruciare, alla mia età, per la passione più stravagante verso un oggetto del quale il mio cuore preoccupato non poteva né ricevere alcuna risposta, né darmi alcuna speranza. Una passione che, lungi dal trarre beneficio dalla costanza, diventava giorno dopo giorno sempre più insopportabile.
Chi avrebbe creduto che proprio questa ultima considerazione, che avrebbe dovuto aggiungere peso a tutte le altre, fosse quella che le rendeva inutili? Quale scrupolo potrei avere, pensai, riguardo a una follia che danneggia soltanto me stesso? Sono forse davvero un giovane così pericoloso da rappresentare un rischio per Madame d’Houdetot? Non si direbbe, di fronte ai miei presuntuosi rimorsi, che la mia galanteria, il mio aspetto, i miei abiti possano sedurla? Ebbene, povero Jean-Jacques, ama pure con tranquillità e in coscienza pulita; non temere che i tuoi sospiri possano nuocere a Saint-Lambert.
Si è visto che mai, nemmeno nella mia giovinezza, fui vantaggioso per qualcuno. Questo modo di pensare faceva parte del mio carattere; lusingava la mia passione. Fu sufficiente perché mi ci abbandonassi senza riserve, e persino ridessi di quel timore ingiustificato che credevo di provare, più per vanità che per ragione. Una grande lezione per gli animi onesti: il vizio non attacca mai apertamente, ma trova sempre il modo di sorprendere, nascondendosi sempre dietro qualche sofisma, e spesso anche dietro qualche “virtù”.
Colpevole senza rimorsi, presto lo fui in modo eccessivo; e per favore, che si veda come la mia passione abbia seguito le tracce della mia natura, portandomi infine nell’abisso. All’inizio assunse un atteggiamento umile per rassicurarmi; per rendermi più intraprendente, spinse questa umiltà fino alla sfida. La signora d’Houdetot, senza mai smettere di ricordarmi al mio dovere, alla ragione, senza mai lusingare nemmeno per un momento la mia follia, mi trattava comunque con la massima dolcezza e assumeva con me il tono dell’amicizia più tenera. Questa amicizia sarebbe stata sufficiente, lo giuro, se l’avessi ritenuta sincera; ma poiché la trovavo troppo intensa per essere vera, non iniziai forse a credere che l’amore, ormai così improbabile alla mia età e al mio aspetto, mi avesse umiliato agli occhi della signora d’Houdetot; che quella giovane folle volesse soltanto divertirsi di me e delle mie tenerezze superate; che ne avesse parlato a Saint-Lambert, e che l’indignazione per la mia infedeltà avesse fatto sì che il suo amante entrasse nei suoi piani, e che insieme si accordassero per farmi perdere la testa e prendersi gioco di me? Questa stupidaggine, che aveva fatto sì che io mi comportassi in modo esagerato a ventisei anni, accanto alla signora de Larnage, che non conoscevo, sarebbe stata perdonabile a quarantacinque anni, accanto alla signora d’Houdetot, se non avessi saputo che lei e il suo amante erano persone troppo oneste per divertirsi in modo così barbaro.
La signora d’Houdetot continuava a farmi visita, e io non tardai a ricambiare le sue visite. Amava camminare, proprio come me; facevamo lunghe passeggiate in un paesaggio incantevole. Felice di amarla e di osarlo dire apertamente, sarei stato nella situazione più dolce possibile, se la mia eccentricità non avesse rovinato tutto il fascino di quella relazione. All’inizio, lei non capì affatto l’atteggiamento sciocco con cui accoglievo i suoi gesti d’affetto; ma il mio cuore, incapace di nascondere mai ciò che provavo, non le permise a lungo di ignorare i miei sospetti. Lei cercò di riderne. Ma quel tentativo fallì; al suo posto, scoppiarono accesi di rabbia. Allora cambiò tono. La sua dolcezza comprensiva fu invincibile; mi fece dei rimproveri che mi colpirono profondamente nel cuore. Manifestò per le mie paure ingiuste un’ansia che io approfittai indegnamente. Chiesi prove concrete del fatto che non si stesse prendendo gioco di me. Lei capì che non esisteva altro modo per tranquillizzarmi. Diventai insistente. Ma il passo da compiere era delicato. È sorprendente, forse addirittura unico, che una donna che sia arrivata fino al punto di “negoziare” con me abbia potuto uscirne indenne. Non mi rifiutò nulla di ciò che l’amicizia più tenera può offrire. Ma non mi diede nulla che potesse renderla infedele. E io ebbi l’umiliazione di constatare che l’emozione che le sue tenere attenzioni suscitavano nei miei sensi non scatenò mai la minima reazione simile nel suo cuore.
Ho detto da qualche parte[211] che non bisogna concedere nulla ai sensi quando si vuole negare loro qualcosa. Per comprendere quanto questa massima fosse falsa nel caso di Madame d’Houdetot, e quanto invece avesse ragione a fidarsi di sé stessa, sarebbe necessario entrare nei dettagli dei nostri lunghi e frequenti incontri, seguendoli nella loro intera vivacità durante i quattro mesi che trascorremmo insieme in un’intimità quasi senza precedenti tra due amici di sesso diverso, che rimasero sempre entro i limiti che non abbiamo mai superato. Ah! Se avessi impiegato così tanto tempo a scoprire l’amore vero, allora il mio cuore e i miei sensi gli avrebbero sicuramente ripagato tutto il ritardo. E quali emozioni si possono provare accanto a un oggetto amato che ci ama a sua volta? Anche un amore non ricambiato potrebbe ispirare sentimenti del genere, non è vero?
Ma sbaglio a definire un amore non condiviso; il mio lo era in qualche modo: era reciproco da entrambe le parti, anche se non era davvero sincero. Eravamo entrambi “inebriati” d’amore, lei per il suo amante, io per lei; i nostri sospiri, le nostre dolci lacrime si mescolavano l’uno con l’altro. Essendo teneri confidenti l’uno dell’altro, i nostri sentimenti erano così strettamente legati che era impossibile che non si intrecciassero; eppure, nonostante questa pericolosa “ebrezza”, lei non dimenticò mai nemmeno per un istante me. E io giuro, protesto: anche se a volte, cedendo ai miei sensi, ho tentato di renderla infedele, in realtà non l’ho mai desiderato davvero. La violenza della mia passione la teneva sotto controllo da sola; il dovere e le privazioni avevano elevato la mia anima. L’eleganza di tutte le virtù rendeva ancora più bella l’immagine dell’amore nel mio cuore; contaminarla avrebbe significato distruggerla. Avrei potuto commettere quel crimine. Centinaia di volte l’ho pensato nel mio cuore. Ma umiliare la mia Sophie? Ah! Come sarebbe mai stato possibile? No, no. Gliel’ho detto centinaia di volte: anche se fossi stato libero di soddisfare i miei desideri, anche se la sua stessa volontà fosse stata a mia disposizione, tranne che in quei brevi momenti di follia, avrei rifiutato di essere felice a quel prezzo. La amavo troppo per volerla possedere.
Il y a près d’une lieue de l’Ermitage à Eaubonne ; dans mes fréquents voyages, il m’est arrivé quelquefois d’y coucher ; un soir, après avoir soupé tête-à-tête, nous allâmes nous promener au jardin par un très beau clair de lune. Au fond de ce jardin était un assez grand taillis, par où nous fûmes chercher un joli bosquet orné d’une cascade dont je lui avais donné l’idée, et qu’elle avait fait exécuter[212]. Souvenir immortel d’innocence et de jouissance ! Ce fut dans ce bosquet, qu’assis avec elle sur un banc de gazon, sous un acacia tout chargé de fleurs, je trouvai, pour rendre les mouvements de mon cœur, un langage vraiment digne d’eux. Ce fut la première et l’unique fois de ma vie ; mais je fus sublime, si l’on peut nommer ainsi tout ce que l’amour le plus tendre et le plus ardent peut porter d’aimable et de séduisant dans un cœur d’homme. Que d’enivrantes larmes je versai sur ses genoux ! Que je lui en fis verser malgré elle ! Enfin, dans un transport involontaire, elle s’écria : Non, jamais homme ne fut si aimable, et jamais amant n’aima comme vous ! Mais votre ami Saint-Lambert nous écoute, et mon cœur ne saurait aimer deux fois. Je me tus en soupirant ; je l’embrassai ; quel embrassement ! Mais ce fut tout. Il y avait six mois qu’elle vivait seule, c’est-à-dire loin de son amant et de son mari ; il y en avait trois que je la voyais presque tous les jours, et toujours l’amour en tiers entre elle et moi. Nous avions soupé tête-à-tête, nous étions seuls, dans un bosquet, au clair de la lune, et après deux heures de l’entretien le plus vif et le plus tendre, elle sortit au milieu de la nuit de ce bosquet et des bras de son ami, aussi intacte, aussi pure de corps et de cœur qu’elle y était entrée. Lecteurs, pesez toutes ces circonstances ; je n’ajouterai rien de plus.
Et qu’on n’aille pas s’imaginer qu’ici mes sens me laissaient tranquille, comme auprès de Thérèse et de Maman. Je l’ai déjà dit, c’était de l’amour cette fois, et l’amour dans toute son énergie et dans toutes ses fureurs. Je ne décrirai ni les agitations, ni les frémissements, ni les palpitations, ni les mouvements convulsifs, ni les défaillances de cœur que j’éprouvais continuellement ; on en pourra juger par l’effet que sa seule image faisait sur moi. J’ai dit qu’il y avait loin de l’Ermitage à Eaubonne : je passais par les coteaux d’Andilly, qui sont charmants. Je rêvais en marchant à celle que j’allais voir, à l’accueil caressant qu’elle me ferait, au baiser qui m’attendait à mon arrivée. Ce seul baiser, ce baiser funeste, avant même de le recevoir, m’embrasait le sang à tel point, que ma tête se troublait, un éblouissement m’aveuglait, mes genoux tremblants ne pouvaient me soutenir ; j’étais forcé de m’arrêter, de m’asseoir ; toute ma machine était dans un désordre inconcevable : j’étais prêt à m’évanouir. Instruit du danger, je tâchais, en partant, de me distraire et de penser à autre chose. Je n’avais pas fait vingt pas que les mêmes souvenirs et tous les accidents qui en étaient la suite revenaient m’assaillir sans qu’il me fût possible de m’en délivrer, et de quelque façon que je m’y sois pu prendre, je ne crois pas qu’il me soit jamais arrivé de faire seul ce trajet impunément. J’arrivais à Eaubonne, faible, épuisé, rendu, me soutenant à peine. À l’instant que je la voyais, tout était réparé, je ne sentais plus auprès d’elle que l’importunité d’une vigueur inépuisable et toujours inutile. Il y avait sur ma route, à la vue d’Eaubonne, une terrasse agréable, appelée le mont Olympe, où nous nous rendions quelquefois, chacun de notre côté. J’arrivais le premier ; j’étais fait pour l’attendre ; mais que cette attente me coûtait cher ! Pour me distraire, j’essayais d’écrire avec mon crayon des billets que j’aurais pu tracer du plus pur de mon sang : je n’en ai pu jamais achever un qui fût lisible. Quand elle en trouvait quelqu’un dans la niche dont nous étions convenus, elle n’y pouvait voir autre chose que l’état vraiment déplorable où j’étais en l’écrivant. Cet état, et surtout sa durée, pendant trois mois d’irritation continuelle et de privation, me jeta dans un épuisement dont je n’ai pu me tirer de plusieurs années, et finit par me donner une descente que j’emporterai ou qui m’emportera au tombeau. Telle a été la seule jouissance amoureuse de l’homme du tempérament le plus combustible, mais le plus timide en même temps, que peut-être la nature ait jamais produit. Tels ont été les derniers beaux jours qui m’aient été comptés sur la terre : ici commence le long tissu des malheurs de ma vie, où l’on verra peu d’interruption.
On a vu, dans tout le cours de ma vie, que mon cœur, transparent comme le cristal, n’a jamais su cacher durant une minute entière un sentiment un peu vif qui s’y fût réfugié. Qu’on juge s’il me fut possible de cacher longtemps mon amour pour Mme d’Houdetot. Notre intimité frappait tous les yeux, nous n’y mettions ni secret ni mystère. Elle n’était pas de nature à en avoir besoin, et comme Mme d’Houdetot avait pour moi l’amitié la plus tendre, qu’elle ne se reprochait point, que j’avais pour elle une estime dont personne ne connaissait mieux que moi toute la justice ; elle, franche, distraite, étourdie ; moi, vrai, maladroit, fier, impatient, emporté, nous donnions encore sur nous, dans notre trompeuse sécurité, beaucoup plus de prise que nous n’aurions fait si nous eussions été coupables. Nous allions l’un et l’autre à la Chevrette, nous nous y trouvions souvent ensemble, quelquefois même par rendez-vous. Nous y vivions à notre ordinaire, nous promenant tous les jours tête-à-tête, en parlant de nos amours, de nos devoirs, de notre ami, de nos innocents projets, dans le parc, vis-à-vis l’appartement de Mme d’Épinay, sous ses fenêtres, d’où, ne cessant de nous examiner, et se croyant bravée, elle assouvissait son cœur, par ses yeux, de rage et d’indignation.
Les femmes ont toutes l’art de cacher leur fureur, surtout quand elle est vive ; Mme d’Épinay, violente, mais réfléchie, possède surtout cet art éminemment. Elle feignit de ne rien voir, de ne rien soupçonner, et dans le même temps qu’elle redoublait avec moi d’attentions, de soins, et presque d’agaceries, elle affectait d’accabler sa belle-sœur de procédés malhonnêtes, et de marques d’un dédain qu’elle semblait vouloir me communiquer. On juge bien qu’elle ne réussissait pas ; mais j’étais au supplice. Déchiré de sentiments contraires, en même temps que j’étais touché de ses caresses, j’avais peine à contenir ma colère quand je la voyais manquer à Mme d’Houdetot. La douceur angélique de celle-ci lui faisait tout endurer sans se plaindre, et même sans lui en savoir plus mauvais gré. Elle était d’ailleurs souvent si distraite, et toujours si peu sensible à ces choses-là, que la moitié du temps elle ne s’en apercevait pas.
J’étais si préoccupé de ma passion, que ne voyant rien que Sophie (c’était un des noms de Mme d’Houdetot), je ne remarquais pas même que j’étais devenu la fable de toute la maison et des survenants. Le baron d’Holbach, qui n’était jamais venu, que je sache, à la Chevrette, fut au nombre de ces derniers. Si j’eusse été aussi défiant que je le suis devenu dans la suite, j’aurais fort soupçonné Mme d’Épinay d’avoir arrangé ce voyage pour lui donner l’amusant cadeau de voir le Citoyen amoureux. Mais j’étais alors si bête, que je ne voyais pas même ce qui crevait les yeux à tout le monde. Toute ma stupidité ne m’empêcha pourtant pas de trouver au Baron l’air plus content, plus jovial qu’à son ordinaire. Au lieu de me regarder noir, selon la coutume, il me lâchait cent propos goguenards, auxquels je ne comprenais rien. J’ouvrais de grands yeux sans rien répondre : Mme d’Épinay se tenait les côtés de rire : je ne savais sur quelle herbe ils avaient marché. Comme rien ne passait encore les bornes de la plaisanterie, tout ce que j’aurais eu de mieux à faire, si je m’en étais aperçu, eût été de m’y prêter. Mais il est vrai qu’à travers la railleuse gaieté du Baron l’on voyait briller dans ses yeux une maligne joie, qui m’aurait peut-être inquiété, si je l’eusse aussi bien remarquée alors que je me la rappelai dans la suite.
There is nearly a mile between the Hermitage and Eaubonne; during my frequent trips, I sometimes spent the night there. One evening, after dining alone with her, we went for a walk in the garden under the beautiful light of the moon. At the back of the garden was a rather large thicket; we went there to find a lovely grove adorned with a waterfall—an idea I had given her, and which she had had executed[212]. What an immortal memory of innocence and joy! It was in that grove that, sitting with her on a grassy bench beneath an acacia full of flowers, I found words truly worthy of expressing the emotions of my heart. That was the first and only time in my life; but I was sublime, if one can use such a word to describe all that the tenderest and most passionate love can bring to a man’s heart. How many intoxicating tears I shed at her knees! How often I made her weep against her will! Finally, in an involuntary outburst, she exclaimed: “No, no man has ever been so kind, and no lover has ever loved like you!” But your friend Saint-Lambert is listening to us, and my heart could never love anyone else twice. I fell silent, sighing; I kissed her—what a kiss! But that was all. It had been six months since she had lived alone, far away from both her lover and her husband; it had been three months since I saw her almost every day, and always with love standing between us. We had dined alone, we were alone in a grove under the moonlight; after two hours of the most lively and tender conversation, she left that grove and the arms of her lover, just as pure in body and heart as when she had entered it. Readers, consider all these circumstances; I will add nothing more.
And let none imagine that my senses were left untouched here, as they were near Thérèse and Mama. I have already said that it was love this time—love in all its intensity and fury. I will not describe the agitation, tremors, palpitations, convulsive movements, or heart failures that I constantly endured; one can judge their effect merely by how her mere presence affected me. I had mentioned that there is a long distance between the Hermitage and Eaubonne; I passed through the charming hills of Andilly on my way. As I walked, I dreamed of the person I was about to see, of the tender welcome she would give me, of the kiss awaiting me upon my arrival. That single kiss—that fatal kiss—before even receiving it, would set my blood ablaze to such an extent that my head would spin, blinding flashes would overwhelm me, and my trembling knees would fail to support me; I would be forced to stop and sit down. My entire being was thrown into utter chaos; I was on the verge of fainting. Aware of the danger, I tried to distract myself by thinking of other things as I set off. But no more than twenty steps had I taken when the same memories and all the consequences that followed them would overwhelm me once again, leaving me utterly unable to escape their grasp. No matter what I did, I believe I never managed to complete that journey without suffering greatly. When I finally arrived at Eaubonne, I was weak, exhausted, and barely able to stand. The moment I saw her, everything seemed to be forgotten; all I felt was the overwhelming force of an inexhaustible vitality—yet a vitality that was always futile. On my way there, there was a pleasant terrace called Mont Olympe where we would sometimes meet, each from our own direction. I arrived first; I was supposed to wait for her—but how dearly I paid for that waiting! To distract myself, I tried to write notes using my pencil, as if I could express my feelings with the purest of my blood—yet I was never able to finish a single one that was even readable. When she found them in the agreed-upon hiding place, all she saw was the terrible state I was in while writing them. That state—and especially its duration, three months of continuous irritation and deprivation—left me utterly exhausted for many years, and ultimately led to a decline from which I may never recover. Such was the only experience of love that a man of the most passionate yet most timid temperament could possibly have. Such were the last beautiful days I enjoyed on this earth; from here begins the long, uninterrupted thread of misfortune in my life.
Throughout my life, I have seen that my heart, as transparent as crystal, has never been able to conceal for even a minute a single intense emotion that might have taken refuge within it. One may judge whether it was possible for me to hide my love for Madame d’Houdetot for a long time. Our intimacy was obvious to everyone; we made no attempt to keep it secret or mysterious. It did not require such measures, and since Madame d’Houdetot held toward me the tenderest friendship, without any regret on her part, and I felt for her an esteem of which none knew better than I the full sincerity—she, frank, carefree, and somewhat scatterbrained; I, genuine but awkward, proud, impatient, and impulsive—we presented, in our seemingly secure illusion, far more opportunities for others to observe us than if we had been guilty of anything. We would both go to the Chevrette; we often found ourselves there together, sometimes even by arrangement. There, we led our usual life, walking side by side every day, talking about our loves, our duties, our friend, and our innocent plans—all within the park, right in front of Madame d’Épinay’s apartment, beneath her windows. There, she would watch us incessantly, believing herself to have outwitted us, and through those observations, her heart would be filled with rage and indignation.
Women all possess the art of concealing their fury, especially when it is intense; Madame d’Épinay, though violent in nature, was particularly adept at this skill. She pretended not to see anything, not to suspect anything, and while she redoubled her attentions, care, and even slightness towards me, she pretended to treat her sister-in-law with unfairness and disdain, as if trying to convey that attitude towards me as well. It is clear that she did not succeed; yet I suffered greatly. Torn by conflicting emotions, I was moved by her kindness yet unable to contain my anger when I saw her mistreat Madame d’Houdetot. The angelic gentleness of the latter allowed her to endure all this without complaint, and even without taking it too much to heart. Moreover, she was often so distracted and so indifferent to such matters that half the time, she wasn’t even aware of what was happening.
I was so engrossed in my own passions that, since I only saw Sophie (one of Madame d’Houdetot’s names), I didn’t even realize that I had become the subject of ridicule for everyone in the house and among those present. Baron d’Holbach, who, as far as I knew, had never been to the Chevrette before, was among them. If I had been as wary as I later became, I would have strongly suspected that Madame d’Épinay had arranged this visit in order to give him the amusing “gift” of witnessing a “loving citizen.” But at that time, I was so foolish that I didn’t even notice what was obvious to everyone else. Despite all my stupidity, I still noticed that the Baron seemed more cheerful and amused than usual. Instead of looking at me with his usual dark expression, he made hundreds of jesting remarks that I didn’t understand at all. I just stared blankly without responding; Madame d’Épinay was laughing so hard she could hardly stand still. I had no idea what was going on. Since nothing exceeded the bounds of mere humor, the best thing I could have done if I had realized it would have been to join in the fun. But indeed, through the Baron’s mocking gaiety, one could see a malicious joy shining in his eyes—a joy that might have worried me if I had noticed it then, just as I later remembered it.
Ci sono quasi un miglio tra l’eremo di Eaubonne e il luogo dove ci trovavamo; durante i miei frequenti viaggi, mi è capitato qualche volta di pernottarvi. Una sera, dopo aver cenato da soli, andammo a fare una passeggiata nel giardino, sotto la luce incantevole della luna piena. In fondo al giardino c’era un boschetto piuttosto grande; vi andammo per cercare un grazioso angolo adornato da una cascata, di cui le avevo parlato e che lei aveva fatto realizzare[212]. Un ricordo immortale d’innocenza e di gioia. Fu in quel boschetto, seduti su un banco di erba sotto un acero pieno di fiori, che trovai le parole adatte per esprimere i sentimenti del mio cuore. Fu la prima e unica volta nella mia vita; ma fu davvero un momento sublime, se si può definire così tutto ciò che l’amore più tenero e ardente può portare di affascinante in un cuore umano. Quante lacrime inebrianti versai sulle sue ginocchia. E le feci versare anche contro la sua volontà! Alla fine, in un impeto involontario, lei esclamò: “No, mai nessun uomo è stato così gentile, e mai nessun amante ha amato come te!” Ma il nostro amico Saint-Lambert ci ascolta. E il mio cuore non potrebbe amare due volte. Mi tacqui, sospirando; la baciai. Che bacio! Ma fu tutto. Lei viveva da sola da sei mesi, lontana dal suo amante e dal suo marito; da tre mesi la vedevo quasi ogni giorno. E sempre l’amore era presente tra noi. Avevamo cenato da soli, eravamo soli in quel boschetto, alla luce della luna. Dopo due ore di conversazioni intense e tenerissime, lei uscì dal boschetto, dai bracci del suo amante. Intatta, pura sia nel corpo che nel cuore, proprio come era entrata. Lettori, ponderate tutte queste circostanze. Non aggiungerò nulla di più.
E non si debba pensare che i miei sens rimanessero tranquilli in quel momento, come accadeva vicino a Teresa e a Mamma. L’ho già detto: questa volta si trattava d’amore, dell’amore nella sua totalità, con tutte le sue forze e le sue furie. Non descriverò mai le agitazioni, i tremori, le palpitazioni, i movimenti convulsivi, né le difficoltà respiratorie che provavo continuamente; si può giudicare dell’effetto che la sola sua immagine aveva su di me. Avevo detto che c’era una lunga distanza tra l’Ermitage ed Eaubonne: passavo per i colli di Andilly, che sono incantevoli. Camminando, sognavo a quella che avrei visto, all’accoglienza affettuosa che mi avrebbe riservato, al bacio che mi aspettava al mio arrivo. Quel solo bacio, quel bacio funesto. Prima ancora di riceverlo, mi faceva ardere il sangue a tal punto che la testa mi girava, vedevo tutto offuscato davanti agli occhi, le ginocchia mi tremavano e non riuscivo più a camminare; ero costretto a fermarmi, a sedermi. Tutto il mio corpo era in uno stato di disordine inimmaginabile. Ero sul punto di svenire. Consapevole del pericolo, cercavo di distrarmi e di pensare ad altro mentre viaggiavo. Ma non avevo fatto nemmeno venti passi che gli stessi ricordi e tutte le conseguenze negative di essi tornavano a assalirmi, impedendomi di liberarmene. Non credo di essere mai riuscito a compiere quel tragitto da solo, senza subire gravi conseguenze. Arrivavo a Eaubonne debole, esausto. Appena la vedevo, tutto tornava alla normalità. Ma al suo fianco provavo soltanto una forza inesauribile, e spesso inutile. Lungo il cammino, vicino a Eaubonne, c’era una bella terrazza chiamata “Mont Olympe”; ci andavamo a volte, ognuno per conto nostro. Arrivavo io per primo. Ero destinato ad aspettarla. Ma quell’attesa mi costava davvero molto. Per distrarmi, provavo a scrivere dei biglietti con il mio crayon. Ma non riuscivo mai a completarne uno in modo leggibile. Quando lei ne trovava uno nella nicchia concordata, vedeva soltanto lo stato disperato in cui mi trovavo mentre lo scrivevo. Quello stato, soprattutto la sua durata – per tre mesi di continui tormenti e privazioni – mi gettarono in un esaurimento dal quale non riuscii a riprendermi per molti anni. E alla fine causò il mio declino fisico, che probabilmente mi porterà alla morte. Questa è stata l’unica esperienza amorosa di un uomo dal temperamento estremamente passionale, ma al contempo molto timido. Forse la natura non ha mai creato nessuno come me. Questi sono stati gli ultimi bei giorni che ho avuto sulla terra. Ora inizia il lungo corso di sofferenze della mia vita. Un corso senza interruzioni.
Nel corso di tutta la mia vita ho visto che il mio cuore, trasparente come il cristallo, non è mai riuscito a nascondere, nemmeno per un minuto intero, un sentimento particolarmente intenso che vi si fosse rifugiato. Si possa quindi giudicare se sia stato possibile a me nascondere a lungo il mio amore per Madame d’Houdetot. La nostra intimità era evidente a tutti; non mettevamo né segreti né misteri in essa. Non ne aveva nemmeno bisogno. E poiché Madame d’Houdetot provava per me l’amicizia più tenera, senza alcun rimorso da parte sua, e io nutrivo per lei un rispetto di cui nessuno conosceva meglio di me tutta la giustezza. Lei, schietta, spensierata, un po’ confusa; io, sincero, goffo, orgoglioso, impaziente, impulsivo, noi due, nella nostra apparente sicurezza, offrivamo agli altri molte più occasioni di sospettare della nostra vera natura di quanto avremmo potuto fare se fossimo stati colpevoli. Andavamo entrambi alla Chevrette; spesso ci trovavamo lì insieme, a volte persino per appuntamento. Vivevamo lì come al solito: passeggiavamo ogni giorno uno accanto all’altro, parlando dei nostri amori, dei nostri doveri, del nostro amico, dei nostri progetti innocenti. Nel parco, di fronte all’appartamento di Madame d’Épinay, sotto le sue finestre. Lei, osservandoci senza sosta e credendosi sfidata, soddisfaceva il proprio cuore con lo sguardo, pieno di rabbia e indignazione.
Le donne possiedono tutte l’arte di nascondere la loro furia, soprattutto quando è intensa; Madame d’Épinay, violenta ma riflessiva, possedeva in modo particolare questa straordinaria abilità. Fingeva di non vedere nulla, di non sospettare nulla, e mentre aumentava con me le sue attenzioni, i suoi riguardi, e quasi le sue provocazioni, simulava al contempo di trattare sua cognata in modo disonesto, mostrandole un disprezzo che sembrava volermi trasmettere. È facile intuire che non riuscisse nel suo intento; ma io soffrivo terribilmente. Diviso tra sentimenti contrastanti, mentre ero commosso dalle sue carezze, faticavo a trattenere la mia rabbia quando la vedevo mancare di rispetto verso Madame d’Houdetot. La dolcezza angelica di quest’ultima le permetteva di sopportare tutto senza lamentarsi, e persino senza offendersene troppo. Inoltre, spesso era così distratta, e così poco sensibile a queste cose, che la metà delle volte nemmeno se ne accorgeva.
Ero così preoccupato per la mia passione che, vedendo solo Sophie (uno dei nomi di Madame d’Houdetot), non mi accorgevo nemmeno di essere diventato l’oggetto delle battute di tutta la casa e degli ospiti presenti. Il barone d’Holbach, che per quanto ne so non era mai stato alla Chevrette, faceva parte di questi ultimi. Se fossi stato altrettanto diffidente di quanto sono diventato in seguito, avrei sicuramente sospettato che Madame d’Épinay avesse organizzato quel viaggio apposta per fargli il “regalo divertente” di assistere al mio comportamento da “cittadino innamorato”. Ma allora ero così stupido che non notavo nemmeno ciò che era evidente a tutti. Tuttavia, nonostante la mia stupidità, mi sembrava che il barone fosse più felice e allegro del solito; invece di guardarmi con cattiveria, come al solito, mi faceva centinaia di battute sarcastiche che non capivo affatto. Io aprivo gli occhi sorpreso senza rispondere; Madame d’Épinay si teneva le mani sulla bocca per trattenersi dal ridere. Non avevo la minima idea di cosa stesse succedendo. Poiché nulla superava i limiti della semplice battuta scherzosa, l’unica cosa che avrei dovuto fare, se me ne fossi reso conto, era prendervi parte anch’io. Ma è vero che, oltre alla gioia sarcastica del barone, nei suoi occhi si leggeva una malizia evidente. Una malizia che forse mi avrebbe dovuto preoccupare, se l’avessi notata allora, invece di ricordarmene solo in seguito.
Un jour que j’allai voir Mme d’Houdetot à Eaubonne, au retour d’un de ses voyages de Paris, je la trouvai triste, et je vis qu’elle avait pleuré. Je fus obligé de me contraindre, parce que Mme de Blainville, sœur de son mari, était là ; mais sitôt que je pus trouver un moment, je lui marquai mon inquiétude. Ah ! me dit-elle en soupirant, je crains bien que vos folies ne me coûtent le repos de mes jours. Saint-Lambert est instruit et m’a instruite. Il me rend justice, mais il a de l’humeur, dont, qui pis est, il me cache une partie. Heureusement je ne lui ai rien tu de nos liaisons, qui se sont faites sous ses auspices. Mes lettres étaient pleines de vous, ainsi que mon cœur : je ne lui ai caché que votre amour insensé, dont j’espérais vous guérir, et dont, sans m’en parler, je vois qu’il me fait un crime. On nous a desservis ; l’on m’a fait tort ; mais n’importe. Ou rompons tout à fait, ou soyez tel que vous devez être. Je ne veux plus rien avoir à cacher à mon amant.
Ce fut là le premier moment où je fus sensible à la honte de me voir humilié, par le sentiment de ma faute, devant une jeune femme dont j’éprouvais les justes reproches et dont j’aurais dû être le mentor. L’indignation que j’en ressentis contre moi-même eût suffi peut-être pour surmonter ma faiblesse, si la tendre compassion que m’en inspirait la victime n’eût encore amolli mon cœur. Hélas ! était-ce le moment de pouvoir l’endurcir, lorsqu’il était inondé par des larmes qui le pénétraient de toutes parts ? Cet attendrissement se changea bientôt en colère contre les vils délateurs qui n’avaient vu que le mal d’un sentiment criminel, mais involontaire, sans croire, sans imaginer même la sincère honnêteté de cœur qui le rachetait. Nous ne restâmes pas longtemps en doute sur la main d’où partait le coup.
Nous savions l’un et l’autre que Mme d’Épinay était en commerce de lettres avec Saint-Lambert. Ce n’était pas le premier orage qu’elle avait suscité à Mme d’Houdetot, dont elle avait fait mille efforts pour le détacher, et que les succès[213] de quelques-uns de ces efforts faisaient trembler pour la suite. D’ailleurs Grimm, qui, ce me semble, avait suivi M. de Castries à l’armée, était en Westphalie, aussi bien que Saint-Lambert ; ils se voyaient quelquefois. Grimm avait fait près de Mme d’Houdetot quelques tentatives qui n’avaient pas réussi. Grimm, très piqué, cessa tout à fait de la voir. Qu’on juge du sang-froid avec lequel, modeste comme on sait qu’il l’est, il lui supposait des préférences pour un homme plus âgé que lui, et dont lui Grimm, depuis qu’il fréquentait les grands, ne parlait plus que comme de son protégé.
Mes soupçons sur Mme d’Épinay se changèrent en certitude quand j’appris ce qui s’était passé chez moi. Quand j’étais à la Chevrette, Thérèse y venait souvent, soit pour m’apporter mes lettres, soit pour me rendre des soins nécessaires à ma mauvaise santé. Mme d’Épinay lui avait demandé si nous ne nous écrivions pas, Mme d’Houdetot et moi. Sur son aveu, Mme d’Épinay la pressa de lui remettre les lettres de Mme d’Houdetot, l’assurant qu’elle les recachetterait si bien qu’il n’y paraîtrait pas. Thérèse, sans montrer combien cette proposition la scandalisait et même sans m’avertir, se contenta de mieux cacher les lettres qu’elle m’apportait : précaution très heureuse, car Mme d’Épinay la faisait guetter à son arrivée, et l’attendant au passage, poussa plusieurs fois l’audace jusqu’à chercher dans sa bavette. Elle fit plus : s’étant un jour invitée à venir avec M. de Margency dîner à l’Ermitage, pour la première fois depuis que j’y demeurais, elle prit le temps que je me promenais avec Margency pour entrer dans mon cabinet avec la mère et la fille, et les presser de lui montrer les lettres de Mme d’Houdetot. Si la mère eût su où elles étaient, les lettres étaient livrées ; mais heureusement, la fille seule le savait, et nia que j’en eusse conservé aucune. Mensonge assurément plein d’honnêteté, de fidélité, de générosité, tandis que la vérité n’eût été qu’une perfidie. Mme d’Épinay, voyant qu’elle ne pouvait la séduire, s’efforça de l’irriter par la jalousie, en lui reprochant sa facilité et son aveuglement. Comment pouvez-vous, lui dit-elle, ne pas voir qu’ils ont entre eux un commerce criminel ? Si, malgré tout ce qui frappe vos yeux, vous avez besoin d’autres preuves, prêtez-vous donc à ce qu’il faut faire pour les avoir : vous dites qu’il déchire les lettres de Mme d’Houdetot aussitôt qu’il les a lues. Eh bien ! recueillez avec soin les pièces, et donnez-les-moi ; je me charge de les rassembler. Telles étaient les leçons que mon amie donnait à ma compagne.
Thérèse eut la discrétion de me taire assez longtemps toutes ces tentatives ; mais voyant mes perplexités, elle se crut obligée à me tout dire, afin que, sachant à qui j’avais affaire, je prisse mes mesures pour me garantir des trahisons qu’on me préparait. Mon indignation, ma fureur ne peut se décrire. Au lieu de dissimuler avec Mme d’Épinay, à son exemple, et de me servir de contre-ruses, je me livrai sans mesure à l’impétuosité de mon naturel, et avec mon étourderie ordinaire, j’éclatai tout ouvertement. On peut juger de mon imprudence par les lettres suivantes, qui montrent suffisamment la manière de procéder de l’un et de l’autre en cette occasion.
Billet de madame d’Épinay.[214]
(liasse A, n° 44.)
« Pourquoi donc ne vous vois-je pas, mon cher ami ? Je suis inquiète de vous. Vous m’aviez tant promis de ne faire qu’aller et venir de l’Ermitage ici ! Sur cela je vous ai laissé libre ; et point du tout, vous laissez passer huit jours. Si on ne m’avait pas dit que vous étiez en bonne santé, je vous croirais malade. Je vous attendais avant-hier ou hier, et je ne vous vois point arriver. Mon Dieu ! qu’avez-vous donc ? Vous n’avez point d’affaires ; vous n’avez pas non plus de chagrins, car je me flatte que vous seriez venu sur-le-champ me les confier. Vous êtes donc malade ? Tirez-moi d’inquiétude bien vite, je vous en prie. Adieu, mon cher ami ; que cet adieu me donne un bonjour de vous. »
RÉPONSE.
Ce mercredi matin.
« Je ne puis rien vous dire encore. J’attends d’être mieux instruit, et je le serai tôt ou tard. En attendant, soyez sûre que l’innocence accusée trouvera un défenseur assez ardent pour donner quelque repentir aux calomniateurs, quels qu’ils soient.»
Second billet de la même.
(liasse A, no 45.)
« Savez-vous que votre lettre m’effraye ? Qu’est-ce qu’elle veut donc dire ? Je l’ai relue plus de vingt-cinq fois. En vérité je n’y comprends rien. J’y vois seulement que vous êtes inquiet et tourmenté, et que vous attendez que vous ne le soyez plus pour m’en parler. Mon cher ami, est-ce là ce dont nous étions convenus ? Qu’est donc devenue cette amitié, cette confiance ? Et comment l’ai-je perdue ? Est-ce contre moi ou pour moi que vous êtes fâché ? Quoi qu’il en soit, venez dès ce soir, je vous en conjure : souvenez-vous que vous m’avez promis il n’y a pas huit jours de ne rien garder sur le cœur, et de me parler sur-le-champ. Mon cher ami, je vis dans cette confiance… Tenez, je viens encore de lire votre lettre : je n’y conçois pas davantage, mais elle me fait trembler. Il me semble que vous êtes cruellement agité. Je voudrais vous calmer, mais comme j’ignore le sujet de vos inquiétudes, je ne sais que vous dire, sinon que me voilà tout aussi malheureuse que vous jusqu’à ce que je vous aie vu. Si vous n’êtes pas ici ce soir à six heures, je pars demain pour l’Ermitage, quelque temps qu’il fasse, et dans quelque état que je sois ; car je ne saurais tenir à cette inquiétude. Bonjour, mon cher bon ami. À tout hasard je risque de vous dire, sans savoir si vous en avez besoin ou non, de tâcher de prendre garde et d’arrêter les progrès que fait l’inquiétude dans la solitude. Une mouche devient un monstre. Je l’ai souvent éprouvé. »
RÉPONSE.
Ce mercredi soir.
One day, when I went to visit Madame d’Houdetot in Eaubonne, upon her return from one of her trips from Paris, I found her sad and noticed that she had cried. I had to restrain myself, because Madame de Blainville, her sister-in-law, was present; but as soon as I got the chance, I expressed my concern for her. “Ah!” she said, sighing, “I fear that your foolishness will cost me the peace of my life.” Saint-Lambert is educated, and he has educated me too. He treats me fairly, but he has moods—worse still, he hides some of them from me. Fortunately, I have not told him anything about our relationship, which began under his auspices. My letters were full of references to you, just as my heart was; I only concealed your insane love for her—love for which I had hoped to cure you, yet of which, without telling him, I see that he now holds me guilty. Someone has betrayed us; someone has wronged me. But whatever. Either we must break off all relations completely, or you must become what you are supposed to be. I no longer wish to hide anything from my lover.
That was the first moment when I felt the shame of being humiliated—by the awareness of my own fault, in front of a young woman whose just reproaches I deserved and who should have been my mentor. The indignation I felt toward myself might have been enough to overcome my weakness, if not for the tender compassion that the victim inspired in me, which only softened my heart further. Alas! Was now the time to harden it, when it was already overwhelmed by tears? This tenderness soon turned into anger toward those vile informers who had seen only the evil of a criminal act, but one that was involuntary—they neither believed nor even imagined the sincere honesty of his heart that redeemed him. We did not hesitate for long about the source of this harm.
Both of us knew that Madame d’Épinay was corresponding with Saint-Lambert. This was not the first time she had caused trouble for Madame d’Houdetot, for whom she had made every effort to separate her from Saint-Lambert; indeed, some of these efforts had been successful, which made one worry about what might happen next. Moreover, Grimm—whom I believe had followed Monsieur de Castries to the army—was in Westphalia, just like Saint-Lambert; they sometimes met. Grimm had made several attempts near Madame d’Houdetot, but they were unsuccessful. Very offended, Grimm completely stopped seeing her. One can only marvel at the calmness with which, being as modest as one knows him to be, he assumed that she had a preference for a man older than himself—a man whom, since joining high society, Grimm referred to merely as his protégé.
My suspicions about Madame d’Épinay turned into certainty when I learned what had happened at my home. When I was at La Chevrette, Thérèse often came there, either to bring me my letters or to attend to my poor health. Madame d’Épinay had asked her if we did not correspond with each other, Madame d’Houdetot and I. Upon her admission, Madame d’Épinay pressed her to hand over Madame d’Houdetot’s letters, assuring her that she would hide them so well that no one would ever find out. Thérèse, without showing how shocked this suggestion left her, and without informing me, simply began hiding the letters I received even more carefully. This precaution proved very fortunate, for Madame d’Épinay had people wait for her when Thérèse arrived; on several occasions, she even went so far as to search Thérèse’s belongings. What’s more, one day—when Thérèse had been invited to dine at the Ermitage with Monsieur de Margency, for the first time since I had moved there—she took the opportunity while I was out walking with Margency to enter my study along with the mother and daughter, and urged them to show her Madame d’Houdetot’s letters. If the mother had known where they were, the letters would have been handed over immediately; but fortunately, only the daughter knew, and she denied that I had kept any of them. A lie, certainly—one filled with what appeared to be honesty, fidelity, and generosity, while in reality it was nothing but betrayal. Seeing that she could not persuade Thérèse, Madame d’Épinay tried to irritate her by arousing jealousy, accusing her of being too easily deceived and too blind. “How can you not see,” she said, “that there is some criminal relationship between them?” “If, despite everything that strikes your eyes, you still need further proof,” she added, “then be willing to do what must be done to obtain it. You say that he destroys Madame d’Houdetot’s letters as soon as he reads them. Well! Then collect them carefully and give them to me; I will ensure they are kept safe.” Such were the lessons my friend was teaching my companion.
Thérèse had the discretion to keep silent about all these attempts for quite some time; but seeing my confusion, she felt obliged to tell me everything, so that, knowing who I was dealing with, I could take measures to protect myself from the treacheries that were being plotted against me. My indignation and fury are beyond description. Instead of hiding them, as Madame d’Épinay would have done, and using counterstrategies, I gave free rein to the impulsiveness of my nature. With my usual recklessness, I blurted everything out openly. One can judge the extent of my imprudence from the following letters, which clearly show how both parties acted in this matter.
Letter from Madame d’Épinay.[214]
(Liasse A, No. 44.)
“Why don’t I see you at all, my dear friend? I am worried about you. You had promised me so firmly that you would only travel back and forth between the Hermitage and here! For that matter, I gave you complete freedom; yet you have been away for eight days already. If it weren’t for people telling me that you are in good health, I would think you were ill. I was waiting for you the day before yesterday or yesterday, but you still haven’t arrived. My God! What could have happened? You don’t have any business matters to attend to; nor do you seem to be suffering from any sorrow, because I am sure you would have come to share it with me immediately if anything were wrong. So you are ill? Please put an end to my worry as soon as possible. Goodbye, my dear friend. May this farewell bring me news of your well-being.”
RESPONSE.
On this Wednesday morning.
“I cannot tell you anything yet. I am waiting to be better informed, and I will eventually be. In the meantime, be assured that the accused innocence will find a defender who is passionate enough to make those who slander her regret their actions, no matter who they are.”
Second installment of the same.
(Liasse A, No. 45.)
“Do you realize that your letter frightens me? What on earth does it mean? I have read it more than twenty-five times, but I still don’t understand a thing. All I see is that you are worried and troubled, and that you are waiting until you are no longer so before telling me. My dear friend, wasn’t this what we agreed upon? What has become of this friendship, of this trust between us? And how did I lose it? Are you angry with me, or because of me? Whatever the case, please come here tonight—remember, you promised me not to hold anything back in your heart and to tell me everything immediately, less than eight days ago. My dear friend, I am living in this trust. Look, I just read your letter again; I still don’t understand it, but it makes me tremble. It seems that you are terribly distressed. I want to calm you down, but since I don’t know what is causing your worries, all I can say is that I am just as unhappy as you until I see you. If you aren’t here by six o’clock tonight, I will leave for the Ermitage tomorrow, no matter what the weather or my condition; I simply cannot bear this uncertainty any longer. Goodbye, my dear friend. In case it might help, I might as well tell you to try to be careful and prevent these worries from growing worse in solitude. A single fly can become a monster—I’ve experienced that many times.”
RESPONSE.
On this Wednesday evening.
Un giorno, quando andai a trovare Madame d’Houdetot a Eaubonne, al ritorno da uno dei suoi viaggi a Parigi, la trovai triste e vidi che aveva pianto. Fui costretto a reprimere i miei sentimenti, perché c’era lì Madame de Blainville, sorella di suo marito; ma non appena ne ebbi l’occasione, le espressi la mia preoccupazione. “Ah!”, mi disse lei sospirando, “temo davvero che le vostre follie possano rovinarmi la vita. Saint-Lambert è istruito e mi ha insegnato molte cose; mi rispetta, ma ha un carattere capriccioso. E, cosa peggiore, nasconde una parte di sé stesso. Fortunatamente non gli ho mai raccontato nulla delle nostre relazioni, che sono nate sotto i suoi auspici. Le mie lettere erano piene di voi, così come il mio cuore; gli ho nascosto soltanto il vostro amore folle. Di cui speravo di potervi guarire. Ma, senza che me ne parliate, vedo che questo mio silenzio rappresenta per voi un vero crimine, ” “Ci hanno traditi. Mi hanno fatto del male. Ma non importa. O rompiamo completamente ogni legame tra noi, o siate finalmente ciò che dovete essere. Non voglio più nascondere nulla al mio amante.”
Fu in quel momento che per la prima volta provai vergogna di essere stato umiliato, a causa del senso di colpa che provavo di fronte a una giovane donna verso la quale provavo giusti rimproveri e di cui avrei dovuto essere il mentore. L’indignazione che ne provai nei miei confronti avrebbe forse potuto superare la mia debolezza, se non fosse stata quella tenera compassione che la vittima suscitava in me a addolcire il mio cuore. Ahimè! Era davvero il momento di rafforzarlo, quando era sommerso da lacrime che lo penetravano in ogni parte? Quel sentimento di tenerezza si trasformò presto in rabbia verso quei vili delatori che avevano visto soltanto il male derivante da un sentimento criminale, ma involontario, senza mai credere, senza nemmeno immaginare la sincera onestà d’animo che lo redimeva. Non rimanemmo a lungo incerti sulla mano da cui proveniva quel colpo.
Sapevamo entrambi che la signora d’Épinay intratteneva una corrispondenza epistolare con Saint-Lambert. Non era certo la prima volta che suscitava problemi nella signora d’Houdetot, per cui aveva fatto mille sforzi per allontanarla da Saint-Lambert; inoltre, i successi ottenuti da alcuni di questi tentativi facevano temere per il futuro. Del resto, Grimm, che a mio parere aveva seguito il signor de Castries nell’esercito, si trovava in Vestfalia, proprio come Saint-Lambert; talvolta si incontravano. Grimm aveva fatto alcuni tentativi nei confronti della signora d’Houdetot, ma senza successo. Molto offeso, smise completamente di frequentarla. Si può immaginare con quale freddezza, data la sua natura modesta, riuscisse a supporre che lei avesse delle preferenze per un uomo più anziano di lui. E lui stesso, da quando frequentava i circoli aristocratici, parlava di quell’uomo soltanto come del suo protetto.
I miei sospetti su Madame d’Épinay si trasformarono in certezza quando appresi ciò che era accaduto a casa mia. Mentre mi trovavo alla Chevrette, Thérèse vi andava spesso, sia per portarmi le lettere sia per prendersi cura della mia salute cagionevole. Madame d’Épinay le aveva chiesto se io e Madame d’Houdetot ci scrivevamo; sulla sua risposta affermativa, Madame d’Épinay l’aveva esortata a consegnarle le lettere di Madame d’Houdetot, assicurandole che le avrebbe nascoste in modo tale che nessuno se ne sarebbe accorto. Thérèse, senza mostrare quanto quella proposta la scandalizzasse e senza avvertirmi, si limitò a nascondere ancora meglio le lettere che mi portava: una precauzione molto opportuna, poiché Madame d’Épinay la faceva aspettare al suo arrivo e, tendendole un’imboscata lungo il cammino, osò persino cercarle nella sua sciarpa. Fece di più: un giorno, essendosi invitata a cena all’Ermitage insieme a Monsieur de Margency, per la prima volta da quando vi abitavo, approfittò del momento in cui io passeggiavo con lui per entrare nel mio studio insieme alla madre e alla figlia e le esortò ad mostrarle le lettere di Madame d’Houdetot. Se la madre avesse saputo dove si trovavano, le lettere sarebbero state consegnate; ma fortunatamente solo la figlia lo sapeva e negò che ne avessi conservata alcuna. Un chiaro inganno, certamente pieno di “onestà”, fedeltà e generosità, mentre la verità non sarebbe stata altro che una perfidia. Vedendo che non riusciva a sedurla, Madame d’Épinay cercò di irritarla facendole sentire gelosa, rimproverandola per la sua facilità e la sua cecità. “Come può essere”, le disse, “che non si accorga che hanno tra loro un rapporto criminoso? Se, nonostante tutto ciò che le salta agli occhi, ha bisogno di altre prove, allora sia disposta a fare ciò che è necessario per ottenerle: dice che lui distrugge le lettere di Madame d’Houdetot non appena le legge. Bene! Raccogliamo con cura quelle lettere e me le dia; io mi occuperò di metterle insieme.” Queste erano le “lezioni” che la mia amica impartiva alla mia compagna.
Thérèse ebbe la discrezione di non parlarmi di queste tentative per un lungo periodo; ma vedendo le mie perplessità, si sentì in dovere di dirmi tutto, affinché, conoscendo con chi avevo a che fare, potessi prendere le misure necessarie per proteggermi dalle tradizioni che mi venivano preparate. La mia indignazione, la mia furia sono indescrivibili. Invece di nascondere le cose, come faceva Madame d’Épinay, e di utilizzare strategie diversive, mi lasciai completamente andare all’impulsività del mio carattere e, con la mia solita leggerezza, espressi tutto apertamente. Si può giudicare della mia imprudenza dalle lettere che seguono, le quali mostrano chiaramente il modo in cui entrambi ci comportammo in quell’occasione.
Biglietto di Madame d’Épinay.[214]
(lascio A, n. 44.)
“Perché mai non vi vedo, mio caro amico? Sono preoccupata per voi. Mi avevate promesso con tanta insistenza di limitarvi a spostarvi avanti e indietro tra l’Ermitage e qui. Su questo punto vi ho lasciato libero; e invece siete assente da otto giorni. Se non mi avessero detto che eravate in buona salute, penserei che foste malato. Vi aspettavo ieri o l’altro ieri, ma non arrivate ancora. Mio Dio, cosa vi è successo? Non avete alcun impegno, né alcuna preoccupazione, perché mi sareste subito venuto a confidarle. Allora siete malato? Per favore, liberatemi da questa angoscia. Addio, mio caro amico; che questo addio significhi che state bene.”
RISPOSTA.
Quel mercoledì mattina.
“Non posso ancora dirvi nulla. Aspetto di essere meglio informato, e prima o poi lo sarò. Nel frattempo, sappiate che l’innocenza accusata troverà un difensore abbastanza determinato per far pentire coloro che l’hanno calunniata, chiunque essi siano.”
Secondo biglietto della stessa serie.
(lascio A, numero 45.)
“Sai che la tua lettera mi spaventa? Cosa vuole dire davvero? L’ho riletta più di venticinque volte. In realtà non ne capisco nulla. Vedo solo che sei preoccupato e angosciato, e che aspetti di essere meno turbato per potermene parlare. Mio caro amico, è davvero questo ciò che avevamo concordato? Che fine ha fatto quell’amicizia, quella fiducia. E come l’ho persa? Sei arrabbiato con me o contro di me? Comunque sia, vieni stasera stesso. Ricorda che mi hai promesso, meno di otto giorni fa, di non tenere nulla nel cuore e di parlarmene immediatamente. Mio caro amico, vivo in questa fiducia. Ascolta: ho appena riletto la tua lettera. Non ne capisco ancora nulla, ma mi fa tremare. Sembra che tu sia terribilmente agitato. Vorrei calmarti, ma poiché ignoro la causa delle tue preoccupazioni, non so cosa dirti, se non che ora sono altrettanto infelice quanto te. Se stasera alle sei non sarai qui, partirò domani per l’Ermitage, a qualunque ora e in qualsiasi condizione. Non potrei sopportare questa angoscia. Addio, mio caro amico. Per ogni evenienza, ti dico di cercare di stare attento e di fermare il progresso di queste preoccupazioni nella solitudine. Una mosca può diventare un mostro. L’ho sperimentato molte volte, ”
RISPOSTA.
Quella sera di mercoledì.
« Je ne puis vous aller voir ni recevoir votre visite, tant que durera l’inquiétude où je suis. La confiance dont vous parlez n’est plus, et il ne vous sera pas aisé de la recouvrer. Je ne vois à présent dans votre empressement que le désir de tirer des aveux d’autrui quelque avantage qui convienne à vos vues ; et mon cœur, si prompt à s’épancher dans un cœur qui s’ouvre pour le recevoir, se ferme à la ruse et à la finesse. Je reconnais votre adresse ordinaire dans la difficulté que vous trouvez à comprendre mon billet. Me croyez-vous assez dupe pour penser que vous ne l’ayez pas compris ? Non ; mais je saurai vaincre vos subtilités à force de franchise. Je vais m’expliquer plus clairement, afin que vous m’entendiez encore moins.
« Deux amants bien unis et dignes de s’aimer me sont chers ; je m’attends bien que vous ne saurez pas qui je veux dire, à moins que je ne vous les nomme. Je présume qu’on a tenté de les désunir, et que c’est de moi qu’on s’est servi pour donner de la jalousie à l’un des deux. Le choix n’est pas fort adroit, mais il a paru commode à la méchanceté, et cette méchanceté, c’est vous que j’en soupçonne. J’espère que ceci devient plus clair.
« Ainsi donc la femme que j’estime le plus aurait, de mon su, l’infamie de partager son cœur et sa personne entre deux amants, et moi celle d’être un de ces deux lâches ? Si je savais qu’un seul moment de la vie vous eussiez pu penser ainsi d’elle et de moi, je vous haïrais jusqu’à la mort. Mais c’est de l’avoir dit, et non de l’avoir cru, que je vous taxe. Je ne comprends pas, en pareil cas, auquel c’est des trois que vous avez voulu nuire ; mais si vous aimez le repos, craignez d’avoir eu le malheur de réussir. Je n’ai caché ni à vous ni à elle tout le mal que je pense de certaines liaisons ; mais je veux qu’elles finissent par un moyen aussi honnête que sa cause, et qu’un amour illégitime se change en une éternelle amitié. Moi, qui ne fis jamais de mal à personne, servirais-je innocemment à en faire à mes amis ? Non ; je ne vous le pardonnerais jamais, je deviendrais votre irréconciliable ennemi. Vos secrets seuls seraient respectés, car je ne serai jamais un homme sans foi.
« Je n’imagine pas que les perplexités où je suis puissent durer bien longtemps. Je ne tarderai pas à savoir si je me suis trompé. Alors j’aurai peut-être de grands torts à réparer, et je n’aurai rien fait en ma vie de si bon cœur. Mais savez-vous comment je rachèterai mes fautes durant le peu de temps qui me reste à passer près de vous ? En faisant ce que nul autre ne fera que moi ; en vous disant franchement ce qu’on pense de vous dans le monde, et les brèches que vous avez à réparer à votre réputation. Malgré tous les prétendus amis qui vous entourent, quand vous m’aurez vu partir, vous pourrez dire adieu à la vérité ; vous ne trouverez plus personne qui vous la dise. »
Troisième billet de la même.
(liasse A, no 46.)
« Je n’entendais pas votre lettre de ce matin : je vous l’ai dit, parce que cela était. J’entends celle de ce soir ; n’ayez pas peur que j’y réponde jamais : je suis trop pressée de l’oublier, et quoique vous me fassiez pitié, je n’ai pu me défendre de l’amertume dont elle me remplit l’âme. Moi ! user de ruse, de finesse avec vous ; moi ! accusée de la plus noire des infamies ! Adieu ; je regrette que vous ayez la… Adieu : je ne sais pas ce que je dis… Adieu : je serai bien pressée de vous pardonner. Vous viendrez quand vous voudrez ; vous serez reçu mieux que ne l’exigeraient vos soupçons. Dispensez-vous seulement de vous mettre en peine de ma réputation. Peu m’importe celle qu’on me donne. Ma conduite est bonne, et cela me suffit. Au surplus, j’ignorais absolument ce qui est arrivé aux deux personnes qui me sont aussi chères qu’à vous[215].»
Cette dernière lettre me tira d’un terrible embarras, et me replongea dans un autre qui n’était guère moindre. Quoique toutes ces lettres et réponses fussent allées et venues dans l’espace d’un jour, avec une extrême rapidité, cet intervalle avait suffi pour en mettre entre mes transports de fureur, et pour me laisser réfléchir sur l’énormité de mon imprudence. Mme d’Houdetot ne m’avait rien tant recommandé que de rester tranquille, et de lui laisser le soin de se tirer seule de cette affaire, et d’éviter, surtout dans le moment même, toute rupture et tout éclat, et moi, par les insultes les plus ouvertes et les plus atroces, j’allais achever de porter la rage dans le cœur d’une femme qui n’y était déjà que trop disposée. Je ne devais naturellement attendre de sa part qu’une réponse si fière, si dédaigneuse, si méprisante, que je n’aurais pu, sans la plus indigne lâcheté, m’abstenir de quitter sa maison sur-le-champ. Heureusement, plus adroite encore que je n’étais emporté, elle évita, par le tour de sa réponse, de me réduire à cette extrémité. Mais il fallait ou sortir, ou l’aller voir sur-le-champ ; l’alternative était inévitable. Je pris le dernier parti, fort embarrassé de ma contenance dans l’explication que je prévoyais. Car comment m’en tirer sans compromettre ni Mme d’Houdetot, ni Thérèse ? Et malheur à celle que j’aurais nommée ! Il n’y avait rien que la vengeance d’une femme implacable et intrigante ne me fît craindre pour celle qui en serait l’objet. C’était pour prévenir ce malheur que je n’avais parlé que de soupçons dans mes lettres, afin d’être dispensé d’énoncer mes preuves. Il est vrai que cela rendait mes emportements plus inexcusables, nuls simples soupçons ne pouvant m’autoriser à traiter une femme, et surtout une amie, comme je venais de traiter Mme d’Épinay. Mais ici commence la grande et noble tâche que j’ai dignement remplie, d’expier mes fautes et mes faiblesses cachées en me chargeant de fautes plus graves, dont j’étais incapable, et que je ne commis jamais.
Je n’eus pas à soutenir la prise que j’avais redoutée, et j’en fus quitte pour la peur. À mon abord, Mme d’Épinay me sauta au cou, en fondant en larmes. Cet accueil inattendu, et de la part d’une ancienne amie, m’émut extrêmement ; je pleurai beaucoup aussi. Je lui dis quelques mots qui n’avaient pas grand sens ; elle m’en dit quelques-uns qui en avaient encore moins, et tout finit là. On avait servi ; nous allâmes à table, où, dans l’attente de l’explication que je croyais remise après le souper, je fis mauvaise figure, car je suis tellement subjugué par la moindre inquiétude qui m’occupe, que je ne la saurais cacher aux moins clairvoyants. Mon air embarrassé devait lui donner du courage ; cependant elle ne risqua point l’aventure : il n’y eut pas plus d’explication après le souper qu’avant. Il n’y en eut pas plus le lendemain, et nos silencieux tête-à-tête ne furent remplis que de choses indifférentes, ou de quelques propos honnêtes de ma part, par lesquels, lui témoignant ne pouvoir encore rien prononcer sur le fondement de mes soupçons, je lui protestais avec bien de la vérité que, s’ils se trouvaient mal fondés, ma vie entière serait employée à réparer leur injustice. Elle ne marqua pas la moindre curiosité de savoir précisément quels étaient ces soupçons, ni comment ils m’étaient venus, et tout notre raccommodement, tant de sa part que de la mienne, consista dans l’embrassement du premier abord. Puisqu’elle était seule offensée, au moins dans la forme, il me parut que ce n’était pas à moi de chercher un éclaircissement qu’elle ne cherchait pas elle-même, et je m’en retournai comme j’étais venu. Continuant au reste à vivre avec elle comme auparavant, j’oubliai bientôt presque entièrement cette querelle, et je crus bêtement qu’elle l’oubliait elle-même, parce qu’elle paraissait ne s’en plus souvenir.
“As long as this anxiety persists, I am unable to visit you or receive your company. The trust of which you speak no longer exists, and it will not be easy for you to restore it. In your eagerness, I see only the desire to extract some advantage from others that serves your own purposes; and my heart, though willing to open up to a sincere and honest approach, closes itself against deceit and cunning. I recognize your usual skill in interpreting things difficultly. Do you really believe I am so naive as to think you have not understood my message? No; but I will overcome your subtleties through sheer honesty. I will explain myself more clearly—only to ensure that you understand me even less.”
“Two lovers who are deeply bound to each other and worthy of loving one another are dear to me; I expect you will not be able to guess who I mean, unless I name them directly. I suppose someone has tried to separate them, and that you were used in order to arouse jealousy in one of them. The choice may not have been very clever, but it seemed convenient for those with malice—and I suspect that malice is directed at you. I hope this becomes clearer to you.”
“Thus, then, the woman whom I hold in the highest esteem would, to my knowledge, be guilty of sharing her heart and herself between two lovers, and I would be one of those two cowards? If I had known for even a single moment that you could have thought such things of her and me, I would have hated you unto death. But it is because you said it, not because you believed it, that I condemn you. In such a situation, I do not understand whom of the three you intended to harm; but if you value peace, beware that you may have succeeded in your evil plans. I have never concealed from either of you all the disdain I hold for certain types of relationships; but I want them to end in a manner as honorable as their inception, and for an illicit love to transform into eternal friendship. I, who have never done harm to anyone, would I innocently become a tool for harming those I consider my friends? No; I could never forgive you for that—I would become your irreconcilable enemy. Only your secrets would be respected, for I will never be a man without integrity.”
“I don’t imagine that the confusion I am in will last very long. It won’t be long before I find out whether I have been mistaken. Then, perhaps, I will have to atone for great wrongs—I have done nothing in my life with such sincerity. But do you know how I will make amends for my mistakes during the little time I still have spent with you? By doing what no one else but me would do; by telling you frankly what people think of you in this world, and the flaws that need to be repaired in your reputation. Despite all those so-called friends surrounding you, when you see me leave, you will say goodbye to the truth; you will no longer find anyone who tells you it.”
Third installment of the same series.
(Liasse A, No. 46.)
“I did not receive your letter this morning; I told you so because it was the truth. But I have received tonight’s letter; do not fear that I will ever respond to it—I am too eager to forget it entirely. And even though you arouse my pity, I cannot help but feel the bitterness it fills my soul. Me! To resort to deceit or subtlety with you. Me! Accused of the darkest of infamies! Adieu; I regret that you have such beliefs about me. Adieu; I do not know what I am saying. Adieu; I will be more than willing to forgive you. Come whenever you wish; you will be welcomed far better than your suspicions would warrant. But please, do not worry about my reputation—what people think of me matters little to me. My behavior is good, and that is all that counts. Besides, I had absolutely no idea what had happened to those two people who are just as dear to me as you[215].”
This last letter saved me from a terrible embarrassment and plunged me into another one that was hardly less severe. Although all these letters and responses had been exchanged in the course of just one day, at an extremely rapid pace, that short interval was enough to cool my fury and allow me to reflect on the enormity of my imprudence. Madame d’Houdetot had repeatedly advised me to stay calm and let her handle this matter on her own, especially at that moment, in order to avoid any rupture or scandal. Yet, with my most blatant and cruel insults, I was about to add further fuel to the anger already present in a woman’s heart who was far too prone to it. Naturally, I could expect only a reply full of pride, disdain, and mockery from her; without the utmost shamelessness, I could not have avoided leaving her house immediately. Fortunately, she was far more clever than my anger allowed me to anticipate, and her response prevented me from reaching such an extreme. But one alternative was clear: I had to leave or go see her right away. I chose the latter option, deeply embarrassed by how I would behave during our confrontation. How could I explain myself without compromising either Madame d’Houdetot or Thérèse? And alas, for whoever might be the target of my actions. There was nothing but the merciless vengeance of a scheming and vengeful woman that I feared for that person. It was precisely to prevent such a disaster that I had only mentioned suspicions in my letters, in order to avoid having to present concrete evidence. True, this made my outbursts all the more unjustifiable—after all, mere suspicions could never justify treating a woman, especially a friend, in the way I had treated Madame d’Épinay. But here began the great and noble task I undertook: to atone for my own mistakes and hidden weaknesses by taking on even greater sins, which I was incapable of committing and which I never actually committed.
I did not have to endure the confrontation I had feared, and thus escaped that fear. Upon my arrival, Madame d’Épinay threw herself into my arms, bursting into tears. This unexpected welcome, from an old friend no less, deeply moved me; I too cried a great deal. I said a few words that meant little; she replied with even fewer words that meant still less, and that was the end of it. Dinner had been served; we sat down to eat, and in the anticipation of some explanation that I thought would follow after dinner, I felt extremely awkward—because I am so easily overwhelmed by any worry that occupies my mind that I would be unable to hide it from even the most perceptive observer. My embarrassed demeanor must have given her some courage; yet she did not dare take the risk of seeking an explanation. There was no clarification after dinner, nor the next day. Our silent encounters were filled only with trivial matters or with a few honest words from my part—words in which I assured her that if my suspicions turned out to be unfounded, I would devote my entire life to making amends for any injustice they might have caused. She showed not the slightest interest in knowing what those suspicions were or how they had arisen. Our reconciliation, on both our parts, consisted merely of an initial embrace. Since she was the one who had been “offended,” at least in form, it did not seem right for me to seek an explanation when she herself was not interested in doing so; so I left just as I had come. Continuing to live with her as before, I soon forgot about this whole incident entirely—and foolishly believed that she had forgotten it too, since she seemed not to remember it at all.
“Non posso andare a trovarvi né ricevere la vostra visita finché durerà questa ansia in cui mi trovo. La fiducia di cui parlate non esiste più, e non vi sarà facile ristabilirla. Nel vostro impegno vedo soltanto il desiderio di ottenere da altri delle confessioni che possano servire ai vostri scopi; mentre il mio cuore, sebbene pronto ad aprirsi a chi si apre sinceramente a me, si chiude di fronte alla astuzia e alle sottigliezze. Riconosco la vostra abilità nel comprendere ciò che scrivo. Ma credete davvero che io sia così ingenua da pensare che non abbiate capito il mio messaggio? No; ma supererò le vostre astuzie con la franchezza. Spiegherò più chiaramente, anche se questo significherà che voi mi comprenderete ancora meno.”
“Due amanti profondamente uniti e degni di amarsi sono molto cari per me; immagino che non riusciate a capire di chi parlo, a meno che non vi nomini loro. Presumo che qualcuno abbia cercato di separarli, e che si sia servito di me per suscitare gelosia in uno dei due. La scelta non è certo astuta, ma deve essere sembrata comoda alla malvagità. E questa malvagità, sospetto che siate voi.”
“Quindi, la donna che apprezzo di più dovrebbe, a mio parere, subire l’infamia di condividere il proprio cuore e la propria persona tra due amanti, mentre io dovrei essere considerato uno di questi due codardi? Se sapessi che anche solo per un momento nella vostra vita aveste potuto pensare a lei e a me in questo modo, vi odierei fino alla morte. Ma è il fatto che l’abbiate detto, e non che lo abbiate creduto, ciò che mi fa giudicarvi male. Non capisco, in un caso del genere, a quale dei tre avete voluto fare del male; ma se amate la tranquillità, temete di aver avuto la sfortuna di riuscirci. Non ho mai nascosto né a voi né a lei tutto il disprezzo che provo per certe relazioni; voglio solo che queste finiscano in modo altrettanto onesto di come sono iniziate, e che un amore illegittimo si trasformi in un’eterna amicizia. Io, che non ho mai fatto del male a nessuno, potrei forse servire innocentemente a farne ai miei amici? No; non vi perdonerei mai, diventerei il vostro nemico irreconciliabile. Solo i vostri segreti verrebbero rispettati, perché io non sarò mai un uomo infedele.”
“Non riesco a immaginare che le perplessità in cui mi trovo possano durare a lungo. Presto scoprirò se mi sono sbagliato. Allora forse dovrò rimediare a grandi errori, e non ho mai fatto nulla nella mia vita con tanta sincerità. Ma sapete come intendo compensare i miei torti nel poco tempo che mi resta da trascorrere accanto a voi? Facendo ciò che nessun altro farà se non io. Dicendovi apertamente ciò che la gente pensa di voi nel mondo, e quali sono le lacune che dovete colmare nella vostra reputazione. Nonostante tutti quegli presunti amici che vi circondano, quando me ne sarò andato, potrete dire addio alla verità. Non troverete più nessuno che ve la dica.”
Terzo biglietto della stessa serie.
(lascio A, numero 46.)
“Non ho ricevuto la vostra lettera stamattina; ve l’ho detto perché era così. Ora ho ricevuto quella di stasera. Non temete che io risponda mai: sono troppo ansiosa di dimenticarla. E anche se provate pietà per me, non sono riuscita a impedirmi che l’amarezza che contiene mi riempia l’anima. Io, usare astuzie o sottigliezze con voi? Io, accusata della più orribile delle infamie! Addio. Mi dispiace che abbiate dovuto subire tutto questo. Addio. Non so nemmeno cosa sto dicendo. Addio. Sarò molto felice di perdonarvi. Venite quando vorrete; sarete accolto meglio di quanto i vostri sospetti possano richiedere. Solo, non vi preoccupate della mia reputazione. A me importa poco di ciò che la gente pensa di me. Il mio comportamento è onesto, e questo mi basta. Del resto, ignoravo completamente ciò che era accaduto a quelle due persone che mi sono tanto care quanto a voi[215].”
Questa ultima lettera mi tirò fuori da un terribile imbarazzo e mi riportò in uno altrettanto grave. Sebbene tutte queste lettere e risposte fossero state scambiate in un solo giorno, con estrema rapidità, quel lasso di tempo era stato sufficiente perché i miei impeti di furia si placassero e potessi riflettere sull’enormità della mia imprudenza. Madame d’Houdetot mi aveva raccomandato soprattutto di rimanere calmo e di lasciarle il compito di risolvere da sola quella situazione, evitando in particolare, in quel momento, qualsiasi rottura o scenata; invece, con le mie offese più aperte e atroci, stavo per aggravare ulteriormente la rabbia di una donna che già ne era troppo colma. Naturalmente, non potevo aspettarmi da lei altro che risposte così orgogliose, sprezzanti e derisorie, da non poter fare a meno, senza la più indegna codardia, di lasciare immediatamente la sua casa. Fortunatamente, lei fu ancora più astuta di me e riuscì, con il modo in cui rispose, a evitare che arrivassi a tale estremo. Ma dovevo o uscire subito o andare da lei; l’alternativa era inevitabile. Scelsi la seconda opzione, molto imbarazzato per come avrei dovuto comportarmi durante quell’incontro. Come potevo uscirne senza compromettere né Madame d’Houdetot né Thérèse? E che sfortuna per colei che avrei potuto nominare. Non c’era nulla, tranne la vendetta di una donna spietata e intrigante, che non mi facesse temere per lei. Era proprio per evitare questo disastro che nelle mie lettere avevo parlato solo di sospetti, al fine di non dover esporre le prove delle mie accuse. È vero che questo rendeva i miei comportamenti ancora più inexcusabili: nessun semplice sospetto avrebbe potuto giustificare il modo in cui trattai una donna, soprattutto un’amica. Ma proprio qui inizia la grande e nobile impresa che ho portato a termine con onore: espiare i miei errori e le mie debolezze nascoste, assumendomi colpe ancora più gravi di quelle che non ero in grado di commettere. E che in realtà non ho mai commesso.
Non dovetti affrontare la situazione che temevo, e così mi liberai dalla paura. Non appena mi vide arrivare, Madame d’Épinay mi gettò al collo, scoppiando in lacrime. Questo accogliimento inaspettato, da parte di un’ex amica, mi commosse profondamente; anch’io piansi molto. Le dissi alcune parole prive di significato; lei ne disse altre ancora meno significative, e tutto finì lì. Era stato servito il cibo; ci sedemmo a tavola, dove, nell’attesa di una spiegazione che credevo sarebbe avvenuta dopo cena, mi comportai in modo imbarazzante, perché sono così sopraffatto da qualsiasi preoccupazione che mi assilla, da non riuscire a nasconderla nemmeno alle persone più perspicaci. Il mio aspetto imbarazzato dovette darle il coraggio di affrontare l’argomento; tuttavia lei non osò tentare: dopo cena non ci fu alcuna spiegazione, né il giorno seguente. I nostri silenziosi incontri si limitavano a discorsi banali o ad alcuni commenti onesti da parte mia, con cui le dichiaravo di non poter ancora esprimere nulla riguardo ai miei sospetti, e le assicuravo con sincerità che, se si fossero rivelati infondati, avrei dedicato tutta la mia vita a rimediare all’ingiustizia subita. Lei non mostrò alcun interesse per sapere esattamente quali fossero questi sospetti o come mi fossero venuti; tutto il nostro “riappacificamento”, da parte sua e da parte mia, si ridusse semplicemente a un abbraccio all’inizio del nostro incontro. Poiché era stata lei ad essere offesa, almeno in senso formale, mi sembrò che non spettasse a me cercare una spiegazione che lei stessa non desiderava; quindi me ne andai come ero venuto. Continuando a vivere con lei come prima, dimenticai quasi del tutto quella disputa, e credevo ingenuamente che anche lei l’avesse dimenticata, visto che sembrava non ricordarsene più.
Ce ne fut pas là, comme on verra bientôt, le seul chagrin que m’attira ma faiblesse ; mais j’en avais d’autres non moins sensibles, que je ne m’étais point attirés, et qui n’avaient pour cause que le désir de m’arracher de ma solitude[216], à force de m’y tourmenter. Ceux-ci me venaient de la part de Diderot et des Holbachiens. Depuis mon établissement à l’Ermitage, Diderot n’avait cessé de m’y harceler, soit par lui-même, soit par Deleyre, et je vis bientôt, aux plaisanteries de celui-ci sur mes courses boscaresques, avec quel plaisir ils avaient travesti l’ermite en galant berger. Mais il n’était pas question de cela dans mes prises avec Diderot ; elles avaient des causes plus graves. Après la publication du Fils naturel, il m’en avait envoyé un exemplaire, que j’avais lu avec l’intérêt et l’attention qu’on donne aux ouvrages d’un ami. En lisant l’espèce de poétique en dialogue qu’il y a jointe, je fus surpris, et même un peu contristé, d’y trouver, parmi plusieurs choses désobligeantes, mais tolérables, contre les solitaires, cette âpre et dure sentence, sans aucun adoucissement : Il n’y a que le méchant qui soit seul. Cette sentence est équivoque, et présente deux sens, ce me semble : l’un très vrai, l’autre très faux ; puisqu’il est même impossible qu’un homme qui est et veut être seul puisse et veuille nuire à personne, et par conséquent qu’il soit un méchant. La sentence en elle-même exigeait donc une interprétation ; elle l’exigeait bien plus encore de la part d’un auteur qui, lorsqu’il imprimait cette sentence, avait un ami retiré dans une solitude. Il me paraissait choquant et malhonnête, ou d’avoir oublié, en la publiant, cet ami solitaire, ou, s’il s’en était souvenu, de n’avoir pas fait, du moins en maxime générale, l’honorable et juste exception qu’il devait non seulement à cet ami, mais à tant de sages respectés, qui dans tous les temps ont cherché le calme et la paix dans la retraite, et dont, pour la première fois depuis que le monde existe, un écrivain s’avise, avec un seul trait de plume, de faire indistinctement autant de scélérats.
J’aimais tendrement Diderot ; je l’estimais sincèrement, et je comptais avec une entière confiance sur les mêmes sentiments de sa part. Mais excédé de son infatigable obstination à me contrarier éternellement sur mes goûts, mes penchants, ma manière de vivre, sur tout ce qui n’intéressait que moi seul ; révolté de voir un homme plus jeune que moi vouloir à toute force me gouverner comme un enfant ; rebuté de sa facilité à promettre et de sa négligence à tenir ; ennuyé de tant de rendez-vous donnés et manqués de sa part, et de sa fantaisie d’en donner toujours de nouveaux pour y manquer derechef ; gêné de l’attendre inutilement trois ou quatre fois par mois, les jours marqués par lui-même, et de dîner seul le soir, après être allé au-devant de lui jusqu’à Saint-Denis, et l’avoir attendu toute la journée, j’avais déjà le cœur plein de ses torts multipliés. Ce dernier me parut plus grave, et me navra davantage. Je lui écrivis pour m’en plaindre, mais avec une douceur et un attendrissement qui me fit inonder mon papier de mes larmes ; et ma lettre était assez touchante pour avoir dû lui en tirer. On ne devinerait jamais quelle fut sa réponse sur cet article ; la voici mot pour mot (liasse A, n° 33).
« Je suis bien aise que mon ouvrage vous ait plus, qu’il vous ait touché. Vous n’êtes pas de mon avis sur les Ermites ; dites-en tant de bien qu’il vous plaira, vous serez le seul au monde dont j’en penserai : encore y aurait-il bien à dire là-dessus, si l’on pouvait vous parler sans vous fâcher. Une femme de quatre-vingts ans etc. On m’a dit une phrase d’une lettre du fils de Mme d’Épinay, qui a dû vous peiner beaucoup, ou je connais mal le fond de votre âme. »
Il faut expliquer les deux dernières phrases de cette lettre.
Au commencement de mon séjour à l’Ermitage, Mme Le Vasseur parut s’y déplaire et trouver l’habitation trop seule. Ses propos là-dessus m’étant revenus, je lui offris de la renvoyer à Paris si elle s’y plaisait davantage ; d’y payer son loyer, et d’y prendre le même soin d’elle que si elle était encore avec moi. Elle rejeta mon offre, me protesta qu’elle se plaisait fort à l’Ermitage, que l’air de la campagne lui faisait du bien ; et l’on voyait que cela était vrai, car elle y rajeunissait, pour ainsi dire, et s’y portait beaucoup mieux qu’à Paris. Sa fille m’assura même qu’elle eût été dans le fond très fâchée que nous quittassions l’Ermitage, qui réellement était un séjour charmant, aimant fort le petit tripotage du jardin et des fruits, dont elle avait le maniement ; mais qu’elle avait dit ce qu’on lui avait fait dire, pour tâcher de m’engager à retourner à Paris.
Cette tentative n’ayant pas réussi, ils tâchèrent d’obtenir par le scrupule l’effet que la complaisance n’avait pas produit, et me firent un crime de garder là cette vieille femme, loin des secours dont elle pouvait avoir besoin à son âge ; sans songer qu’elle et beaucoup d’autres vieilles gens, dont l’excellent air du pays prolonge la vie, pouvaient tirer ces secours de Montmorency, que j’avais à ma porte, et comme s’il n’y avait des vieillards qu’à Paris, et que partout ailleurs ils fussent hors d’état de vivre. Mme Le Vasseur, qui mangeait beaucoup, et avec une extrême voracité, était sujette à des débordements de bile et à de fortes diarrhées, qui lui duraient quelques jours, et lui servaient de remède. À Paris, elle n’y faisait jamais rien, et laissait agir la nature. Elle en usait de même à l’Ermitage, sachant bien qu’il n’y avait rien de mieux à faire. N’importe : parce qu’il n’y avait pas des médecins et des apothicaires à la campagne, c’était vouloir sa mort que de l’y laisser, quoiqu’elle s’y portât très bien. Diderot aurait dû déterminer à quel âge il n’est plus permis, sous peine d’homicide, de laisser vivre les vieilles gens hors de Paris.
C’était là une des deux accusations atroces sur lesquelles il ne m’exceptait pas de sa sentence, qu’il n’y avait que le méchant qui fût seul ; et c’était ce que signifiait son exclamation pathétique et l’et cætera qu’il y avait bénignement ajouté : Une femme de quatre-vingts ans ! etc.
Je crus ne pouvoir mieux répondre à ce reproche qu’en m’en rapportant à Mme Le Vasseur elle-même. Je la priai d’écrire naturellement son sentiment à Mme d’Épinay. Pour la mettre plus à son aise, je ne voulus point voir sa lettre, et je lui montrai celle que je vais transcrire, et que j’écrivais à Mme d’Épinay, au sujet d’une réponse que j’avais voulu faire à une autre lettre de Diderot encore plus dure, et qu’elle m’avait empêché d’envoyer.
Ce jeudi.
« Mme Le Vasseur doit vous écrire, ma bonne amie ; je l’ai priée de vous dire sincèrement ce qu’elle pense. Pour la mettre bien à son aise, je lui ai dit que je ne voulais point voir sa lettre, et je vous prie de ne me rien dire de ce qu’elle contient.
« Je n’enverrai pas ma lettre, puisque vous vous y opposez ; mais, me sentant très grièvement offensé, il y aurait, à convenir que j’ai tort, une bassesse et une fausseté que je ne saurais me permettre. L’Évangile ordonne bien à celui qui reçoit un soufflet d’offrir l’autre joue, mais non pas de demander pardon. Vous souvenez-vous de cet homme de la comédie qui crie au meurtre en donnant des coups de bâton ? Voilà le rôle du philosophe.
« Ne vous flattez pas de l’empêcher de venir par le mauvais temps qu’il fait. Sa colère lui donnera le temps et les forces que l’amitié lui refuse, et ce sera la première fois de sa vie qu’il sera venu le jour qu’il avait promis. Il s’excédera pour venir me répéter de bouche les injures qu’il me dit dans ses lettres ; je ne les endurerai rien moins que patiemment. Il s’en retournera être malade à Paris ; et moi, je serai, selon l’usage, un homme fort odieux. Que faire ? Il faut souffrir.
« Mais n’admirez-vous pas la sagesse de cet homme qui voulait me venir prendre à Saint-Denis, en fiacre, y dîner, me ramener en fiacre, (Liasse A, N° 33), et à qui, huit jours après (Liasse A, n° 34), sa fortune ne permet plus d’aller à l’Ermitage autrement qu’à pied ? Il n’est pas absolument impossible, pour parler son langage, que ce soit là le ton de la bonne foi ; mais, en ce cas, il faut qu’en huit jours il soit arrivé d’étranges changements dans sa fortune.
It was not there, as we shall soon see, that my weakness brought me only one source of sorrow; but I faced other equally painful troubles, ones that I had not sought out myself, and whose sole cause was the desire to break free from my solitude[216], for it tormented me relentlessly. These troubles came from Diderot and the members of the Holbachian circle. Since I had settled at the Hermitage, Diderot had not ceased to harass me, either personally or through Deleyre, and I soon noticed, from the jokes made by Deleyre about my woodland pursuits, how much pleasure they took in portraying the hermit as a gallant shepherd. But such matters were not at issue in my conflicts with Diderot; there were far more serious reasons behind them. After the publication of The Natural Son, he sent me a copy, which I read with the same interest and attention one would devote to the works of a friend. However, when I read the poetic dialogue included therein, I was surprised—and even somewhat distressed—to find, among various things that were unpleasant but tolerable regarding solitaries, this harsh and unkind statement: “Only the wicked are alone.” This sentence is ambiguous and can be interpreted in two ways—one entirely true, the other utterly false; for it is impossible for a person who is and seeks to be alone to harm anyone, and therefore to be considered wicked. The sentence itself required an interpretation—and all the more so from the part of an author who, at the time of publishing it, had a friend living in solitude. To me, it seemed both shocking and dishonest either to have forgotten about this friend upon publication, or, if he had been remembered, to fail to make the honorable and just exception that was due not only to him but also to so many respected sages who, throughout history, have sought tranquility and peace in seclusion. For the first time since the world’s existence, a writer chose, with just one stroke of his pen, to portray all such people indistinctly as scoundrels.
I used to hold Diderot in deep affection; I truly respected him and placed my complete trust in his similar feelings toward me. But I was exasperated by his relentless obstinacy in constantly opposing my tastes, inclinations, and way of living—in short, everything that concerned only me alone. I was revolted at the thought of a man younger than me trying to govern me like a child; I was disgusted by his habit of making promises easily and then failing to keep them; I was annoyed by the numerous appointments he made only to break them immediately afterward; and I felt embarrassed having to wait for him three or four times a month on the days he himself had chosen, only to end up dining alone in the evening after traveling all the way to Saint-Denis just to wait all day long. Already, his many faults had filled my heart with resentment. His latest behavior seemed even more serious and caused me even greater distress. I wrote to him to complain, but did so with such gentleness and tenderness that my letter was soaked with tears; it was certainly touching enough to move him. One could never imagine what his reply was in this matter; here it is word for word (Volume A, No. 33).
“I am delighted that my work has touched you so deeply. You may not agree with me regarding the Hermits; say whatever good you wish about it, and you will be the only person in the world whose opinion matters to me. Yet there is still much to be said on this subject, if only I could speak to you without causing you any offense. A woman of eighty years old. Someone told me a phrase from a letter written by the son of Madame d’Épinay; it must have hurt you greatly, or else I do not understand the depths of your soul.”
It is necessary to explain the last two sentences of this letter.
At the beginning of my stay at the Ermitage, Madame Le Vasseur seemed to dislike it and find the place too lonely. When I remembered her remarks on this subject, I offered to send her back to Paris if she preferred it more; I would pay her rent there and take just as much care of her as if she were still with me. She refused my offer, insisting that she enjoyed herself greatly at the Ermitage and that the country air was good for her health. It was evident that this was true, for she seemed to grow younger there and felt much better than in Paris. Her daughter even assured me that, in truth, she would have been very upset if we had left the Ermitage, which was indeed a charming place. She loved the little gardening tasks and fruit picking, and she had taken great pleasure in them; but she had said what was expected of her in order to try to persuade me to return to Paris.
Since this attempt was unsuccessful, they tried to achieve by conscience the effect that complacency had failed to produce, and they accused me of a crime for keeping this old woman there, far away from any help she might have needed at her age; without realizing that she and many other elderly people, whose healthy environment in the countryside prolongs their lives, could have obtained such assistance right here in Montmorency, right at my door. It was as if there were only elderly people in Paris, and that elsewhere they were doomed to die. Madame Le Vasseur, who ate a great deal and with extreme greed, suffered from frequent bile disorders and severe diarrhea, which would last for several days but also served as a form of treatment for her. In Paris, she would never do anything about it and simply let nature take its course. She did the same at the Ermitage, fully aware that there was nothing better to do. Nevertheless, just because there were no doctors or pharmacists in the countryside, leaving such elderly people there was tantamount to wanting their death—even though they were doing quite well there. Diderot should have determined at what age it would be unlawful, under the charge of homicide, to allow elderly people to live outside of Paris.
That was one of the two terrible accusations he never spared me in his judgment—that only the villain could be alone in such a situation; and that was what his pathetic exclamation, as well as the other things he added kindly, meant: “An eighty-year-old woman!” and so on.
I believed that the best way to respond to this accusation was to refer directly to Madame Le Vasseur herself. I asked her to write down her feelings naturally and send them to Madame d’Épinay. To put her at ease even more, I refused to read her letter myself; instead, I showed her the one I was about to transcribe—which I had written to Madame d’Épinay in response to another even more harsh letter from Diderot, a letter that she had prevented me from sending.
On this Thursday.
“Madam Le Vasseur must be writing to you, my dear friend; I asked her to tell you sincerely what she thinks. To put her at ease, I told her that I did not want to see her letter, and I beg you not to tell me anything about its contents.”
“I will not send my letter, since you oppose it; but, feeling deeply offended, to admit that I am in the wrong would involve a kind of baseness and falsity that I could not endure. The Gospel indeed commands those who receive a blow to offer the other cheek, but it does not command them to ask for forgiveness. Do you remember that actor in the comedy who pretended to be murdered while being beaten with a stick? That is precisely the role of the philosopher.”
“Do not delude yourselves into thinking that the bad weather is preventing him from coming. His anger will give him the time and strength that friendship refuses to provide, and it will be the first time in his life that he comes on the very day he promised to do so. He will go to great lengths just to repeat to me in person the insults he writes in his letters; I will endure them with patience. Then he will return to Paris and fall ill again; and as is customary, I will become a truly detestable person. What can be done? One must simply suffer.”
“But don’t you admire the wisdom of this man who wanted to come and pick me up in Saint-Denis by carriage, take me there for dinner, and then bring me back home by carriage too (Liasse A, No. 33)? Eight days later, however (Liasse A, No. 34), his financial circumstances no longer allowed him to go to the Ermitage except on foot. It’s not absolutely impossible, to use his own words, for this to be an expression of good faith; but in that case, some very strange changes must have taken place in his fortune within those eight days.”
Non fu certo questo l’unico dolore che la mia debolezza mi causò; ne avevo altri altrettanto intensi, ma che non derivavano da alcuna mia volontà, bensì dal desiderio di uscire dalla mia solitudine, una solitudine che mi tormentava incessantemente. Questi dolori provenivano da Diderot e dai suoi seguaci. Da quando mi ero stabilito all’Ermitage, Diderot non aveva smesso di importunarmi, sia personalmente che attraverso Deleyre; presto notai, dalle battute scherzose di quest’ultimo sulle mie escursioni nella foresta, quanto divertimento provassero nel trasformare l’eremita in un galante pastore. Tuttavia, le nostre discussioni con Diderot avevano motivi molto più seri. Dopo la pubblicazione del “Figlio naturale”, mi inviò un esemplare che lessi con lo stesso interesse e attenzione riservati agli scritti di un amico. Leggendo quella sorta di poesia in forma di dialogo che vi era inclusa, fui sorpreso, e persino un po’ addolorato, nel trovarvi, tra molte cose spiacevoli ma tollerabili riguardo ai solitari, questa sentenza dura e tagliente: “Solo il malvagio è solo”. Questa frase è ambigua e può avere due significati: uno molto vero, l’altro molto falso; infatti è impossibile che un uomo che desidera vivere da solo possa nuocere a qualcuno, e quindi sia considerato malvagio. La stessa frase richiedeva quindi una spiegazione; soprattutto da parte di un autore che, pubblicandola, aveva un amico che viveva in solitudine. Mi sembrava offensivo e disonesto da parte sua: o aver dimenticato questo amico solitario nella pubblicazione del libro, oppure, se se ne era ricordato, non aver fatto, almeno come principio generale, l’onorevole eccezione che avrebbe dovuto riservare non solo a quell’amico, ma anche a tanti saggi che, in tutti i tempi, hanno cercato la tranquillità e la pace nella solitudine. Eppure, per la prima volta nella storia del mondo, un scrittore decideva, con una sola frase, di rappresentare tutti questi saggi come dei malvagi.
Amavo sinceramente Diderot; lo stimavo profondamente e contavo con piena fiducia che i suoi sentimenti fossero gli stessi dei miei. Ma esasperato dalla sua instancabile ostinazione nel contraddirmi costantemente riguardo ai miei gusti, alle mie preferenze, al mio modo di vivere, su tutto ciò che interessava soltanto me; indignato dal vedere un uomo più giovane di me cercare con ogni mezzo di trattarmi come un bambino; disgustato dalla sua facilità nel promettere e dalla sua negligenza nell’adempire alle sue promesse; infastidito da tutti quegli appuntamenti che lui stesso fissava per poi mancarli sistematicamente; imbarazzato dal doverlo aspettare inutilmente tre o quattro volte al mese nei giorni da lui stesso stabiliti, e dal dover cenare da solo la sera dopo aver viaggiato fino a Saint-Denis soltanto per attenderlo tutto il giorno. Il mio cuore era ormai pieno dei suoi torti. L’ultima sua azione mi parve particolarmente grave e mi addolorò ancora di più. Gli scrissi per lamentarmene, ma con una dolcezza e un sentimento così profondo che le mie lacrime inondarono il foglio; la mia lettera era abbastanza commovente da poterlo toccare nel profondo del cuore. Nessuno potrebbe mai immaginare quale fu la sua risposta a questa mia richiesta; eccola, parola per parola (cartella A, n. 33).
“Sono molto felice che il mio lavoro vi abbia colpito profondamente. Non siete d’accordo con me riguardo agli Eremiti; dite pure tutto il bene che volete, sarete l’unico al mondo di cui terrò conto. Anche se ci sarebbe molto da dire su questo argomento, se solo potessi parlarvene senza farvi arrabbiare. Una donna di ottant’anni. Mi è stata raccontata una frase tratta da una lettera del figlio di Madame d’Épinay; deve avervi ferito molto. A meno che non conosca male il profondo della vostra anima.”
È necessario spiegare le ultime due frasi di questa lettera.
All’inizio del mio soggiorno all’Ermitage, la signora Le Vasseur sembrava non trovarsi a suo agio e ritenere che l’abitazione fosse troppo isolata. Quando mi ricordai delle sue parole al riguardo, le offrii di riportarla a Parigi se si trovava meglio lì; le promisi di pagare il suo affitto e di prendermi cura di lei esattamente come se fosse ancora con me. Rifiutò la mia proposta, sostenendo che le piacesse molto l’Ermitage e che l’aria di campagna le facesse bene; si vedeva chiaramente che era vero, perché sembrava ringiovanire lì e stare molto meglio che a Parigi. Sua figlia mi assicurò persino che, in realtà, sarebbe stata molto dispiaciuta se avessimo lasciato l’Ermitage, che era davvero un luogo incantevole; amava molto le piccole attività nel giardino e la coltivazione dei frutti, di cui aveva grande dimestichezza. Tuttavia, aveva detto quelle cose su esortazione degli altri, nel tentativo di convincermi a tornare a Parigi.
Poiché questo tentativo non ebbe successo, cercarono di ottenere, attraverso il rigore morale, lo stesso effetto che la compiacenza non era riuscita a produrre, e mi accusarono di crimine per aver tenuto quella vecchia donna lontano dai soccorsi di cui avrebbe potuto aver bisogno alla sua età; senza considerare che lei e molte altre persone anziane, le cui condizioni fisiche favorite dal clima del luogo prolungavano la loro vita, avrebbero potuto ottenere quei soccorsi proprio da Montmorency, che avevo a portata di mano. Come se esistessero solo anziani a Parigi, e in ogni altro posto fossero destinati a morire. La signora Le Vasseur, che mangiava molto e con estrema voracità, soffriva spesso di episodi di iperacidità gastrica e di forti diarree, che duravano alcuni giorni e che, paradossalmente, costituivano il loro stesso “remedio”. A Parigi non faceva mai nulla per curarsi, lasciando che fosse la natura a intervenire. Lo stesso faceva all’Ermitage, sapendo bene che non esisteva niente di meglio da fare. Comunque sia: poiché in campagna non c’erano medici né farmacisti, lasciar vivere le persone anziane significava praticamente condannarle a morte, anche se si trovavano in ottime condizioni fisiche. Diderot avrebbe dovuto stabilire con precisione a quale età sia vietato, sotto pena di omicidio, lasciare vivere gli anziani al di fuori di Parigi.
Quella era una delle due terribili accuse dalle quali non mi escludeva dalla sua condanna: che solo il malevolo potesse agire da solo; ed era proprio ciò che significava la sua esclamazione patetica e le altre parole gentili che aveva aggiunto: “Una donna di ottant’anni!”, ecc.
Credetti che la miglior risposta a questa accusa fosse di fare riferimento direttamente alla signora Le Vasseur stessa. La pregai di esprimere liberamente i suoi sentimenti alla signora d’Épinay. Per metterla più a suo agio, non volli leggere la sua lettera; le mostrai invece quella che sto per trascrivere e che avevo scritto io stesso alla signora d’Épinay, riguardo a una risposta che avevo intenzione di inviare a un’altra lettera di Diderot ancora più dura, ma che lei mi aveva impedito di spedire.
Questo giovedì.
“La signora Le Vasseur dovrebbe scrivervi, mia cara amica; le ho chiesto di dirvi sinceramente ciò che pensa. Per metterla a suo agio, le ho detto che non volevo leggere la sua lettera, e vi prego di non dirmi nulla di ciò che contiene.”
“Non invierò la mia lettera, poiché vi opporreste; ma, sentendomi profondamente offeso, ammettere di avere torto significherebbe una bassezza e una falsità che non potrei permettermi. L’Evangelo ordina certamente a chi riceve un colpo di offrire l’altra guancia, ma non di chiedere scusa. Vi ricordate di quell’uomo nella commedia che gridava “assassinio” mentre dava pugni con un bastone? Ecco il ruolo del filosofo.”
“Non vi compiacete di averlo impedito di venire a causa del cattivo tempo. La sua rabbia gli darà il tempo e le forze che l’amicizia gli nega; sarà la prima volta in vita sua che verrà nel giorno che aveva promesso. Si esalterà per venire a ripetermi a voce alta le offese che mi scrive nelle sue lettere. Le sopporterò, senza dubbio, con pazienza. Poi tornerà a Parigi per ammalarsi. E io, come al solito, sarò un uomo molto odioso. Cosa fare? Bisogna soffrire.”
“Ma non ammirate forse la saggezza di quest’uomo che voleva venire a prendermi a Saint-Denis in fiacre, cenare con me e riportarmi indietro sempre in fiacre (Liasse A, N° 33)? Otto giorni dopo, però (Liasse A, N° 34), la sua fortuna non gli permetteva più di recarsi all’Ermitage se non a piedi. Non è assolutamente impossibile, per usare il suo stesso linguaggio, che si tratti davvero di buona fede; ma in tal caso, devono essere avvenuti cambiamenti straordinari nella sua situazione economica in soli otto giorni.”
« Je prends part au chagrin que vous donne la maladie de madame votre mère ; mais vous voyez que votre peine n’approche pas de la mienne. On souffre moins encore à voir malades les personnes qu’on aime, qu’injustes et cruelles.
« Adieu, ma bonne amie ; voici la dernière fois que je vous parlerai de cette malheureuse affaire. Vous me parlez d’aller à Paris, avec un sang-froid qui me réjouirait dans un autre temps. »
J’écrivis à Diderot ce que j’avais fait au sujet de Mme Le Vasseur, sur la proposition de Mme d’Épinay elle-même ; et Mme Le Vasseur ayant choisi, comme on peut bien croire, de rester à l’Ermitage, où elle se portait très bien, où elle avait toujours compagnie, et où elle vivait très agréablement, Diderot, ne sachant plus de quoi me faire un crime, m’en fit un de cette précaution de ma part, et ne laissa pas de m’en faire un autre de la continuation du séjour de Mme Le Vasseur à l’Ermitage, quoique cette continuation fût de son choix, et qu’il n’eût tenu, et ne tînt toujours qu’à elle, de retourner vivre à Paris, avec les mêmes secours de ma part qu’elle avait auprès de moi.
Voilà l’explication du premier reproche de la lettre de Diderot n° 33. Celle du second est dans sa lettre n° 34. « Le Lettré » (c’était un nom de plaisanterie donné par Grimm au fils de Mme d’Épinay), « le Lettré a dû vous écrire qu’il y avait sur le rempart vingt pauvres qui mouraient de faim et de froid, et qui attendaient le liard que vous leur donniez. C’est un échantillon de notre petit babil et si vous entendiez le reste, il vous amuserait comme cela. »
Voici ma réponse à ce terrible argument dont Diderot paraissait si fier :
« Je crois avoir répondu au Lettré, c’est-à-dire au fils d’un fermier général, que je ne plaignais pas les pauvres qu’il avait aperçus sur le rempart attendant mon liard ; qu’apparemment il les en avait amplement dédommagés ; que je l’établissais mon substitut ; que les pauvres de Paris n’auraient pas à se plaindre de cet échange ; que je n’en trouverais pas aisément un aussi bon pour ceux de Montmorency, qui en avaient beaucoup plus besoin. Il y a ici un bon vieillard respectable qui, après avoir passé sa vie à travailler, ne le pouvant plus, meurt de faim sur ses vieux jours. Ma conscience est plus contente des deux sols que je lui donne tous les lundis que de cent liards que j’aurais distribués à tous les gueux du rempart. Vous êtes plaisants, vous autres philosophes, quand vous regardez tous les habitants des villes comme les seuls hommes auxquels vos devoirs vous lient. C’est à la campagne qu’on apprend à aimer et servir l’humanité ; on n’apprend qu’à la mépriser dans les villes. »
Tels étaient les singuliers scrupules sur lesquels un homme d’esprit avait l’imbécillité de me faire sérieusement un crime de mon éloignement de Paris, et prétendait me prouver, par mon propre exemple, qu’on ne pouvait vivre hors de la capitale sans être un méchant homme. Je ne comprends pas aujourd’hui comment j’eus la bêtise de lui répondre et de me fâcher, au lieu de lui rire au nez pour toute réponse. Cependant les décisions de Mme d’Épinay et les clameurs de la coterie holbachique avaient tellement fasciné les esprits en sa faveur, que je passais généralement pour avoir tort dans cette affaire, et que Mme d’Houdetot elle-même, grande enthousiaste de Diderot, voulut que j’allasse le voir à Paris, et que je fisse toutes les avances d’un raccommodement, qui, tout sincère et entier qu’il fut de ma part, se trouva pourtant peu durable. L’argument victorieux sur mon cœur dont elle se servit fut qu’en ce moment Diderot était malheureux. Outre l’orage excité contre l’Encyclopédie, il en essuyait alors un très violent au sujet de sa pièce, que, malgré la petite histoire qu’il avait mise à la tête, on l’accusait d’avoir prise en entier de Goldoni. Diderot, plus sensible encore aux critiques que Voltaire, en était alors accablé. Mme de Graffigny avait même eu la méchanceté de faire courir le bruit que j’avais rompu avec lui à cette occasion. Je trouvai qu’il y avait de la justice et de la générosité de prouver publiquement le contraire, et j’allai passer deux jours non seulement avec lui, mais chez lui. Ce fut, depuis mon établissement à l’Ermitage, mon second voyage à Paris. J’avais fait le premier pour courir au pauvre Gauffecourt, qui eut une attaque d’apoplexie dont il n’a jamais été bien remis, et durant laquelle je ne quittai pas son chevet qu’il ne fût hors d’affaire.
Diderot me reçut bien. Que l’embrassement d’un ami peut effacer de torts ! Quel ressentiment peut après cela rester dans le cœur ? Nous eûmes peu d’explications. Il n’en est pas besoin pour des invectives réciproques. Il n’y a qu’une chose à faire, savoir de les oublier. Il n’y avait point eu de procédés souterrains, du moins qui fussent à ma connaissance : ce n’était pas comme avec Mme d’Épinay. Il me montra le plan du Père de famille. Voilà, lui dis-je, la meilleure défense du Fils naturel. Gardez le silence, travaillez cette pièce avec soin, et puis jetez-la tout d’un coup au nez de vos ennemis pour toute réponse. Il le fit et s’en trouva bien. Il y avait près de six mois que je lui avais envoyé les deux premières parties de la Julie, pour m’en dire son avis. Il ne les avait pas encore lues. Nous en lûmes un cahier ensemble. Il trouva tout cela feuillu, ce fut son terme ; c’est-à-dire chargé de paroles et redondant. Je l’avais déjà bien senti moi-même : mais c’était le bavardage de la fièvre ; je ne l’ai jamais pu corriger. Les dernières parties ne sont pas comme cela. La quatrième surtout, et la sixième, sont des chefs-d’œuvre de diction.
Le second jour de mon arrivée, il voulut absolument me mener souper chez M. d’Holbach. Nous étions loin de compte ; car je voulais même rompre l’accord du manuscrit de chimie, dont je m’indignais d’avoir l’obligation à cet homme-là. Diderot l’emporta sur tout. Il me jura que M. d’Holbach m’aimait de tout son cœur ; qu’il fallait lui pardonner un ton qu’il prenait avec tout le monde, et dont ses amis avaient plus à souffrir que personne. Il me représenta que refuser le produit de ce manuscrit, après l’avoir accepté deux ans auparavant, était un affront au donateur qu’il n’avait pas mérité, et que ce refus pourrait même être mésinterprété, comme un secret reproche d’avoir attendu si longtemps d’en conclure le marché. Je vois d’Holbach tous les jours, ajouta-t-il ; je connais mieux que vous l’état de son âme. Si vous n’aviez pas lieu d’en être content, croyez-vous votre ami capable de vous conseiller une bassesse ? Bref, avec ma faiblesse ordinaire, je me laissai subjuguer, et nous allâmes souper chez le Baron, qui me reçut à son ordinaire. Mais sa femme me reçut froidement, et presque malhonnêtement[217]. Je ne reconnus plus cette aimable Caroline qui marquait avoir pour moi tant de bienveillance étant fille. J’avais cru sentir dès longtemps auparavant que depuis que Grimm fréquentait la maison d’Aine, on ne m’y voyait plus d’aussi bon œil.
Tandis que j’étais à Paris, Saint-Lambert y arriva de l’armée. Comme je n’en savais rien, je ne le vis qu’après mon retour en campagne, d’abord à la Chevrette, et ensuite à l’Ermitage, où il vint avec Mme d’Houdetot me demander à dîner. On peut juger si je les reçus avec plaisir ! Mais j’en pris bien plus encore à voir leur bonne intelligence. Content de n’avoir pas troublé leur bonheur, j’en étais heureux moi-même ; et je puis jurer que durant toute ma folle passion, mais surtout en ce moment, quand j’aurais pu lui ôter Mme d’Houdetot, je ne l’aurais pas voulu faire, et je n’en aurais pas même été tenté. Je la trouvais si aimable, aimant Saint-Lambert, que je m’imaginais à peine qu’elle eût pu l’être autant en m’aimant moi-même ; et sans vouloir troubler leur union, tout ce que j’ai le plus véritablement désiré d’elle dans mon délire était qu’elle se laissât aimer. Enfin, de quelque violente passion que j’aie brûlé pour elle, je trouvais aussi doux d’être le confident que l’objet de ses amours, et je n’ai jamais un moment regardé son amant comme mon rival, mais toujours comme mon ami. On dira que ce n’était pas encore là de l’amour : soit, mais c’était donc plus.
“I share in the sorrow you feel at your mother’s illness; but as you can see, your pain is nothing compared to mine. It is even less painful to see those we love fall ill than to see them act unjustly and cruelly.”
“Goodbye, my dear friend; this will be the last time I speak to you about this unfortunate matter. You mention going to Paris with such calmness that it would bring me joy under other circumstances.”
I wrote to Diderot about what I had done regarding Madame Le Vasseur, at the suggestion of Madame d’Épinay herself. Since Madame Le Vasseur had chosen, quite reasonably, to remain at the Ermitage—where she was doing very well, always surrounded by companions, and leading a pleasant life—it became impossible for Diderot to find any fault with me. Instead, he accused me of being overly cautious in making that decision, and also criticized the fact that Madame Le Vasseur continued to stay there, even though it was her own choice. After all, it had always been up to her to return to Paris and live there again, with the same support I had always provided her.
This is the explanation for the first criticism mentioned in Diderot’s letter number 33; the second one is explained in his letter number 34. “The Literati” (a nickname Grimm gave to the son of Madame d’Épinay) “must have written to you about twenty poor people on the ramparts who were dying of hunger and cold, waiting for the liard you had promised to give them. This is just a sample of our trivial chatter; if you heard the rest, it would amuse you just as much.”
Here is my response to that terrible argument of which Diderot seemed so proud:
“I believe I replied to that ‘Literate man,’ that is, to the son of a farmer-general, that I did not feel sorry for the poor people I had seen on the ramparts waiting for my penny; that apparently he had already compensated them generously enough; that I was appointing him as my substitute; that the poor people of Paris would have nothing to complain about in this exchange; and that I could hardly find someone just as good for those of Montmorency, who needed it much more. There is a kind and respectable old man here who, after having spent his life working, can no longer do so and is dying of hunger in his old age. My conscience is far more satisfied with the two sous I give him every Monday than with a hundred pence I might have distributed to all the beggars on the ramparts. You philosophers are really amusing when you consider all the inhabitants of cities as the only people to whom your duties bind you. It is in the countryside that one learns to love and serve humanity; in cities, one only learns to despise it.”
Such were the peculiar scruples upon which a man of intellect had the foolishness of making me seriously consider my departure from Paris as a crime, and he even claimed to prove to me, through my own example, that one could not live outside the capital without becoming a bad person. I still cannot understand how I was so stupid as to respond to him and get angry, instead of simply laughing in his face. However, the opinions of Madame d’Épinay and the clamors of the Holbachian circle had so captivated people’s minds in favor of him that I was generally considered in the wrong regarding this matter. Even Madame d’Houdetot, a great admirer of Diderot, urged me to go see him in Paris and to make every effort to reconcile with him. Though my efforts were sincere and wholehearted, they proved to be short-lived. The argument that ultimately convinced me was that Diderot was suffering at that time. In addition to the intense criticism directed against the Encyclopédie, he was also facing severe backlash over his play, which, despite a brief introduction by him, was accused of being entirely copied from Goldoni’s works. More sensitive to criticism than Voltaire, Diderot was utterly overwhelmed by these attacks. Madame de Graffigny even went so far as to spread the rumor that I had broken up with him over this matter. I found it only fair and generous to publicly prove the opposite, so I spent two days not only with him but also at his home. This was my second trip to Paris since moving to the Ermitage. My first visit had been to see the poor Gauffecourt, who suffered a stroke from which he never fully recovered; during that time, I did not leave his bedside until he was out of danger.
Diderot welcomed me warmly. How the embrace of a friend can erase all grievances! What resentment could possibly remain in one’s heart after that? We had very few conversations; such things are unnecessary when there is mutual hostility. The only thing to do is to forget about it entirely. There were no underhanded schemes, at least not as far as I knew—unlike with Madame d’Épinay. He showed me the outline of The Father of Family. “Here,” I said to him, “is the best defense for an illegitimate son. Keep silent, work on this piece carefully, and then present it to your enemies in one go as your sole response.” He did so, and it turned out very well for him. It had been nearly six months since I had sent him the first two parts of Julie to ask for his opinion; he hadn’t read them yet. We read a whole volume together. He found it “full of words,” which was his way of saying it was excessively verbose and redundant. I had already sensed this myself, but it was merely the result of my feverish enthusiasm for writing; I was never able to refine it. The later parts are not like that. Especially the fourth and sixth chapters, which are masterpieces of diction.
On the second day of my arrival, he insisted on taking me to dinner at Mr. d’Holbach’s house. However, our opinions differed greatly; I was even considering breaking off the agreement regarding that chemistry manuscript, for which I felt deeply offended to be obligated to that man. But Diderot won out in the end. He swore to me that Mr. d’Holbach loved me wholeheartedly, and that one should forgive the tone he used with everyone—especially since his friends suffered more from it than anyone else. He argued that refusing the manuscript now, after having accepted it two years earlier, would be an insult to the donor, who hadn’t deserved such treatment, and that such a refusal could even be misinterpreted as a secret reproach for having waited so long to conclude the deal. “I see Mr. d’Holbach every day,” he added, “and I know better than you the state of his mind. If you had any reason not to be satisfied with him, do you really think your friend would advise you to commit such a baseness?” In short, despite my usual weakness, I allowed myself to be persuaded, and we went to dinner at the Baron’s house, where he received me as usual. However, his wife treated me coldly—and even rather rudely[217]. I no longer recognized that kind Caroline who had shown me so much kindness when she was still a young girl. I had already sensed, some time ago, that since Grimm began visiting the Aine family’s home, people no longer regarded me with the same favor.
While I was in Paris, Saint-Lambert arrived there from the army. Since I was unaware of his arrival, I did not see him until my return to the countryside, first at La Chevrette and then at the Ermitage, where he came with Madame d’Houdetot to invite me to dinner. One can imagine how gladly I received them! But what pleased me even more was the evident affection they shared for each other. Delighted that I had not disturbed their happiness, I felt truly happy myself; and I swear that throughout my entire insane passion—especially at that moment when I could have taken Madame d’Houdetot away from him—I never wished to do so, nor even felt tempted to. I found her so kind and devoted to Saint-Lambert that I could hardly believe she could have been just as much so if she had loved me instead. Without wanting to disrupt their union, all I truly desired from her in my madness was that she would allow me to love her too. In short, no matter how intense my passion for her was, I found it equally sweet to be the object of her affections rather than merely its recipient. And I never once regarded her lover as a rival, but always as a friend. Some might say that this was not true love yet. Well, perhaps not, but it was certainly something far more profound.
“Condivido il dolore che provate a causa della malattia di vostra madre; ma vedete bene che il vostro dolore non è paragonabile al mio. Soffrire perché le persone che si amano sono malate è ancora meno doloroso che soffrire perché queste stesse persone sono ingiuste e crudeli.”
“Addio, mia cara amica; questa è l’ultima volta che parlerò con te di questa sfortunata faccenda. Mi parli di andare a Parigi, con una calma che in altri momenti mi rallegrerebbe.”
Scrissi a Diderot di ciò che avevo fatto riguardo a Madame Le Vasseur, su proposta stessa di Madame d’Épinay; e poiché Madame Le Vasseur aveva scelto, come si può facilmente immaginare, di rimanere all’Ermitage, dove si trovava molto bene, dove aveva sempre compagnia e dove viveva in modo molto piacevole, Diderot, non sapendo più quale colpa potesse attribuirmi, ne inventò una riguardo a questa mia precauzione, e non mancò di rimproverarmi anche per la continuazione della permanenza di Madame Le Vasseur all’Ermitage, sebbene tale decisione fosse stata sua e dipendesse esclusivamente da lei; inoltre, lui stesso avrebbe potuto tornare a vivere a Parigi, godendo degli stessi aiuti che aveva ricevuto da me.
Ecco la spiegazione del primo rimprovero contenuto nella lettera di Diderot n. 33; quella relativa al secondo si trova nella sua lettera n. 34. “Il Lettré” (era un soprannome scherzoso che Grimm aveva dato al figlio di Madame d’Épinay) “deve avervi scritto che sulle mura c’erano venti poveri persone che morivano di fame e di freddo, in attesa del liardo che volevate donare loro. Questo è solo un esempio dei nostri piccoli discorsi. Se ascoltaste il resto, vi divertireste molto.”
Ecco la mia risposta a questo terribile argomento di cui Diderot sembrava così orgoglioso:
“Credo di aver risposto a quel Lettore, cioè al figlio di un intendente reale, dicendogli che non mi lamentavo dei poveri che aveva visto sulle mura in attesa del mio liardo; che apparentemente li aveva ampiamente compensati; che lo nominavo mio sostituto; che i poveri di Parigi non avrebbero dovuto lamentarsi di questo scambio; che non ne avrei trovato facilmente uno altrettanto buono per quelli di Montmorency, che ne avevano molto più bisogno. C’è qui un bravo vecchio rispettabile che, dopo aver trascorso tutta la sua vita a lavorare e non potendone più fare, muore di fame negli ultimi anni della sua vita. La mia coscienza è più soddisfatta dei due soldi che gli do ogni lunedì che di cento liardi che avrei distribuito a tutti i mendicanti sulle mura. Siete davvero divertenti voi filosofi, quando considerate tutti gli abitanti delle città come gli unici esseri umani verso cui i vostri doveri vi legano. È nella campagna che si impara ad amare e a servire l’umanità; nelle città, invece, si impara soltanto a disprezzarla.”
Ecco i singolari scrupoli su cui un uomo di spirito ebbe l’imprudenza di farmi considerare il mio allontanamento da Parigi come un vero crimine, sostenendo addirittura che, con il mio stesso esempio, si potesse dimostrare che vivere al di fuori della capitale significasse necessariamente essere persone malvagie. Oggi non riesco a capire come abbia avuto la stupidità di rispondergli e arrabbiarmi, invece di riderne apertamente. Tuttavia, le decisioni di Madame d’Épinay e le argomentazioni del circolo di Holbach avevano talmente influenzato gli animi a suo favore che, in generale, si riteneva che avessi torto in questa questione; persino Madame d’Houdetot, grande sostenitrice di Diderot, volle che andassi a trovarlo a Parigi e che facessi ogni tentativo per ristabilire i nostri rapporti. Sebbene le mie intenzioni fossero sincere e sincere, questi sforzi si rivelarono poco duraturi. L’argomento decisivo che lei utilizzò per convincermi fu che in quel momento Diderot era infelice: oltre alle critiche contro l’Enciclopedia, stava affrontando anche violente opposizioni riguardo alla sua opera teatrale, la quale, nonostante le piccole modifiche apportate da lui stesso, veniva accusata di essere interamente tratta da Goldoni. Diderot, ancora più sensibile alle critiche di Voltaire, ne era profondamente turbato. Madame de Graffigny aveva persino diffuso la voce che io avessi rotto i rapporti con lui a causa di questo. Ritenni quindi giusto e generoso dimostrare pubblicamente il contrario, così andai a passare due giorni non solo con lui, ma anche a casa sua. Questo fu il mio secondo viaggio a Parigi da quando mi ero stabilito all’Ermitage; il primo lo avevo fatto per recarmi dal povero Gauffecourt, che aveva avuto un attacco di apoplessia e non si era mai completamente ripreso.
Diderot mi accolse con grande gentilezza. Quanto possa cancellare un errore un abbraccio di un amico. Che tipo di risentimento può ancora rimanere nel cuore dopo questo? Non ebbero molte parole da scambiare; non ce n’è bisogno quando ci sono accuse reciproche. L’unica cosa da fare è dimenticarsene. Non ci furono alcun comportamento subdolo, almeno per quanto ne so io. Non era come con Madame d’Épinay. Mi mostrò il piano del “Père de famille”. “Ecco”, gli dissi, “la migliore difesa che si possa avere contro un figlio naturale. Mantenete il silenzio, lavorate attentamente su questa opera e poi presentatela improvvisamente ai vostri nemici come risposta a tutto.” Lo fece, e ne risultò molto soddisfatto. Erano passati quasi sei mesi da quando gli avevo inviato le prime due parti di “Julie” per chiedergli il suo parere. Non le aveva ancora lette. Le lessimo insieme; lui le trovò piene di parole, eccessive, secondo i suoi termini. Lo avevo già notato anch’io. Ma si trattava semplicemente del “chiacchiericcio” tipico della febbre creativa. Non sono mai riuscito a correggerlo. Le ultime parti, invece, non sono così. Soprattutto la quarta e la sesta: veri capolavori di stile letterario.
Il secondo giorno del mio arrivo, volle assolutamente portarmi a cena da Monsieur d’Holbach. Eravamo in disaccordo: io volevo persino rompere l’accordo relativo al manoscritto di chimica, di cui mi indignavo per essere costretta a collaborare con quell’uomo. Diderot prevalse su tutto. Mi giurò che Monsieur d’Holbach mi amava sinceramente; che bisognava perdonargli il tono che usava con tutti, e che i suoi amici ne soffrivano più di chiunque altro. Mi spiegò che rifiutare il contenuto di quel manoscritto, dopo averlo accettato due anni prima, sarebbe stato un affronto verso il donatore, che non se lo meritava; inoltre, tale rifiuto avrebbe potuto essere frainteso come un rimprovero segreto per aver atteso così a lungo prima di concludere l’accordo. “Vedo Monsieur d’Holbach tutti i giorni”, aggiunse; “conosco meglio di te lo stato della sua anima. Se non avessi motivi per essere soddisfatta, credi che il tuo amico sarebbe capace di consigliarti una bassezza? In breve, con la mia solita debolezza, mi lasciai convincere, e andammo a cena dal Barone, che mi accolse come al solito. Ma sua moglie mi ricevette freddamente, quasi in modo scortese. Non riconobbi più quella gentile Caroline che, da figlia, mostrava per me tanta affabilità. Avevo già intuito da tempo che, da quando Grimm frequentava la casa di Aine, non venivo più trattata con lo stesso favore.”
Mentre io mi trovavo a Parigi, Saint-Lambert arrivò in città dall’esercito. Poiché non ne ero a conoscenza, lo vidi solo al mio ritorno in campagna, prima alla Chevrette e poi all’Ermitage, dove venne con Madame d’Houdetot per invitarmi a cena. Si può immaginare quanto li accolsi con piacere. Ma fu ancora più bello constatare la loro reciproca affinità. Felice di non aver disturbato la loro felicità, ne ero anch’io felice; e posso giurare che, durante tutta la mia folle passione – soprattutto in quel momento in cui avrei potuto portarle via Madame d’Houdetot – non l’avrei mai voluto fare, né ne sarei stato tentato. La trovavo così affabile, così devota a Saint-Lambert, che faticavo a credere potesse essere altrettanto devota se mi avesse amato. E senza voler disturbare la loro unione, tutto ciò che desideravo veramente da lei era che si lasciasse amare. Infine, per quanto intensa fosse la mia passione per lei, trovavo altrettanto dolce essere il confidente che l’oggetto dei suoi affetti. E non ho mai considerato il suo amante come un rivale, ma sempre come un amico. Si potrebbe dire che questo non sia ancora amore. Va bene; ma allora è qualcosa di più.
Pour Saint-Lambert, il se conduisit en honnête homme et judicieux : comme j’étais le seul coupable, je fus aussi le seul puni, et même avec indulgence. Il me traita durement, mais amicalement, et je vis que j’avais perdu quelque chose dans son estime, mais rien dans son amitié. Je m’en consolai, sachant que l’une me serait bien plus facile à recouvrer que l’autre, et qu’il était trop sensé pour confondre une faiblesse involontaire et passagère avec un vice de caractère. S’il y avait de ma faute dans tout ce qui s’était passé, il y en avait bien peu. Était-ce moi qui avais recherché sa maîtresse ? N’était-ce pas lui qui me l’avait envoyée ? N’était-ce pas elle qui m’avait cherché ? Pouvais-je éviter de la recevoir ? Que pouvais-je faire ? Eux seuls avaient fait le mal, et c’était moi qui l’avais souffert. À ma place, il en eût fait autant que moi, peut-être pis : car enfin, quelque fidèle, quelque estimable que fût Mme d’Houdetot, elle était femme ; il était absent ; les occasions étaient fréquentes, les tentations étaient vives, et il lui eût été bien difficile de se défendre toujours avec le même succès contre un homme plus entreprenant. C’était assurément beaucoup pour elle et pour moi, dans une pareille situation, d’avoir pu poser des limites que nous ne nous soyons jamais permis de passer.
Quoique je me rendisse, au fond de mon cœur, un témoignage assez honorable, tant d’apparences étaient contre moi, que l’invincible honte qui me domina toujours me donnait devant lui tout l’air d’un coupable, et il en abusait pour m’humilier. Un seul trait peindra cette position réciproque. Je lui lisais, après le dîner, la lettre que j’avais écrite l’année précédente à Voltaire, et dont lui Saint-Lambert avait entendu parler. Il s’endormit durant la lecture, et moi, jadis si fier, aujourd’hui si sot, je n’osai jamais interrompre ma lecture, et continuai de lire tandis qu’il continuait de ronfler. Telles étaient mes indignités, et telles étaient ses vengeances ; mais sa générosité ne lui permit jamais de les exercer qu’entre nous trois.
Quand il fut reparti, je trouvai Mme d’Houdetot fort changée à mon égard. J’en fus surpris comme si je n’avais pas dû m’y attendre ; j’en fus touché plus que je n’aurais dû l’être, et cela me fit beaucoup de mal. Il semblait que tout ce dont j’attendais ma guérison ne fît qu’enfoncer dans mon cœur davantage le trait qu’enfin j’ai plutôt brisé qu’arraché.
J’étais déterminé tout à fait à me vaincre, et à ne rien épargner pour changer ma folle passion en une amitié pure et durable. J’avais fait pour cela les plus beaux projets du monde, pour l’exécution desquels j’avais besoin du concours de Mme d’Houdetot. Quand je voulus lui parler, je la trouvai distraite, embarrassée ; je sentis qu’elle avait cessé de se plaire avec moi, et je vis clairement qu’il s’était passé quelque chose qu’elle ne voulait pas me dire, et que je n’ai jamais su[218]. Ce changement, dont il me fut impossible d’obtenir l’explication, me navra. Elle me redemanda ses lettres ; je les lui rendis toutes avec une fidélité dont elle me fit l’injure de douter un moment. Ce doute fut encore un déchirement inattendu pour mon cœur, qu’elle devait si bien connaître. Elle me rendit justice, mais ce ne fut pas sur-le-champ ; je compris que l’examen du paquet que je lui avais rendu lui avait fait sentir son tort : je vis même qu’elle se le reprochait, et cela me fit regagner quelque chose. Elle ne pouvait retirer ses lettres sans me rendre les miennes. Elle me dit qu’elle les avait brûlées ; j’en osai douter à mon tour, et j’avoue que j’en doute encore. Non, l’on ne met point au feu de pareilles lettres. On a trouvé brûlantes celles de la Julie. Eh Dieu ! qu’aurait-on donc dit de celles-là ! Non, non, jamais celle qui peut inspirer une pareille passion n’aura le courage d’en brûler les preuves. Mais je ne crains pas non plus qu’elle en ait abusé : je ne l’en crois pas capable[219] ; et de plus, j’y avais mis bon ordre. La sotte mais vive crainte d’être persiflé m’avait fait commencer cette correspondance sur un ton qui mît mes lettres à l’abri des communications. Je portai jusqu’à la tutoyer la familiarité que j’y pris dans mon ivresse : mais quel tutoiement ! elle n’en devait sûrement pas être offensée. Cependant elle s’en plaignit plusieurs fois, mais sans succès : ses plaintes ne faisaient que réveiller mes craintes, et d’ailleurs je ne pouvais me résoudre à rétrograder. Si ces lettres sont encore en être, et qu’un jour elles soient vues, on connaîtra comment j’ai aimé[220].
La douleur que me causa le refroidissement de Mme d’Houdetot, et la certitude de ne l’avoir pas mérité, me firent prendre le singulier parti de m’en plaindre à Saint-Lambert même. En attendant l’effet de la lettre que je lui écrivis à ce sujet, je me jetai dans les distractions que j’aurais dû chercher plus tôt. Il y eut des fêtes à la Chevrette, pour lesquelles je fis de la musique. Le plaisir de me faire honneur auprès de Mme d’Houdetot d’un talent qu’elle aimait, excita ma verve, et un autre objet contribuait encore à l’animer, savoir : le désir de montrer que l’auteur du Devin du village savait la musique, car je m’apercevais depuis longtemps que quelqu’un travaillait en secret à rendre cela douteux, du moins quant à la composition. Mon début à Paris, les épreuves où j’y avais été mis à diverses fois, tant chez M. Dupin que chez M. de la Poplinière, quantité de musique que j’y avais composée pendant quatorze ans au milieu des plus célèbres artistes, et sous leurs yeux, enfin l’opéra des Muses galantes, celui même du Devin, un motet que j’avais fait pour Mlle Fel, et qu’elle avait chanté au Concert spirituel, tant de conférences que j’avais eues sur ce bel art avec les plus grands maîtres, tout semblait devoir prévenir ou dissiper un pareil doute. Il existait cependant, même à la Chevrette, et je voyais que M. d’Épinay n’en était pas exempt. Sans paraître m’apercevoir de cela, je me chargeai de lui composer un motet pour la dédicace de la chapelle de la Chevrette, et je le priai de me fournir des paroles de son choix. Il chargea de Linant, le gouverneur de son fils, de les faire. De Linant arrangea des paroles convenables au sujet, et huit jours après qu’elles m’eurent été données le motet fut achevé. Pour cette fois, le dépit fut mon Apollon, et jamais musique plus étoffée ne sortit de mes mains. Les paroles commencent par ces mots : Ecce sedes hic tonantis [221]. La pompe du début répond aux paroles, et toute la suite du motet est d’une beauté de chant qui frappa tout le monde[222]. J’avais travaillé en grand orchestre. D’Épinay rassembla les meilleurs symphonistes. Mme Bruna, chanteuse italienne, chanta le motet et fut bien accompagnée. Le motet eut un si grand succès qu’on l’a donné dans la suite au Concert spirituel, où, malgré les sourdes cabales et l’indigne exécution, il a eu deux fois les mêmes applaudissements. Je donnai pour la fête de M. d’Épinay l’idée d’une espèce de pièce, moitié drame, moitié pantomime, que Mme d’Épinay composa, et dont je fis encore la musique. Grimm, en arrivant, entendit parler de mes succès harmoniques. Une heure après, on n’en parla plus : mais du moins on ne mit plus en question, que je sache, si je savais la composition.
À peine Grimm fut-il à la Chevrette, où déjà je ne me plaisais pas trop, qu’il acheva de m’en rendre le séjour insupportable, par des airs que je ne vis jamais à personne, et dont je n’avais pas même l’idée. La veille de son arrivée on me délogea de la chambre de faveur que j’occupais, contiguë à celle de Mme d’Épinay ; on la prépara pour M. Grimm, et on m’en donna une autre plus éloignée. Voilà, dis-je en riant à Mme d’Épinay, comment les nouveaux venus déplacent les anciens. Elle parut embarrassée. J’en compris mieux la raison dès le même soir, en apprenant qu’il y avait entre sa chambre et celle que je quittais une porte masquée de communication, qu’elle avait jugé inutile de me montrer. Son commerce avec Grimm n’était ignoré de personne, ni chez elle, ni dans le public, pas même de son mari : cependant, loin d’en convenir avec moi, confident de secrets qui lui importaient beaucoup davantage, et dont elle était bien sûre, elle s’en défendit toujours très fortement. Je compris que cette réserve venait de Grimm, qui, dépositaire de tous mes secrets, ne voulut pas que je le fusse d’aucun des siens.
Regarding Saint-Lambert, he behaved in an honest and judicious manner: since I was the only one at fault, I was also the only one to be punished—and even with indulgence. He treated me harshly, but kindly; I could see that I had lost some of his respect, but not his friendship. I consoled myself by knowing that it would be much easier for me to regain his respect than his friendship, and that he was too sensible to confuse an involuntary and temporary weakness with a character flaw. If there was any fault on my part in what had happened, it was very minor. Was it I who sought out his mistress? Was it not he who sent her to me? Was it not she who sought my company? Could I have avoided receiving her? What could I have done? Only they had done the wrong; I was the one who suffered for it. In my place, he might have acted just as I did—or perhaps even worse. For after all, no matter how faithful and admirable Madame d’Houdetot was, she was still a woman; he was away; opportunities were frequent, temptations were strong—and it would have been very difficult for her to always resist such circumstances with the same success. Indeed, in such a situation, it was fortunate for both her and me that we had managed to set limits that we never dared to cross.
Although, in my heart of hearts, I gave him a rather honorable account of myself, so many appearances were against me that the invincible shame that always dominated me made me appear before him like a guilty person, and he took advantage of this to humiliate me. One single incident will illustrate this mutual situation. After dinner, I read to him the letter I had written to Voltaire the previous year, about which Monsieur de Saint-Lambert had heard. He fell asleep while I was reading, and I—once so proud, now so foolish—never dared to stop; I continued reading while he continued snoring. Such were my indignities, such were his vindictances. But his generosity never allowed him to inflict them except among the three of us.
When he left, I noticed that Madame d’Houdetot had changed considerably towards me. I was surprised, as if I shouldn’t have expected it; I was affected more deeply than I should have been, and this caused me a great deal of pain. It seemed that everything I had hoped for in order to recover only served to drive the wound deeper into my heart—until eventually, I managed to break it rather than pull it out entirely.
I was absolutely determined to overcome myself and to do whatever it took to transform my mad passion into a pure and lasting friendship. For this purpose, I had made the most elaborate plans, which required the cooperation of Madame d’Houdetot. When I tried to talk to her, I found her distracted and embarrassed; I sensed that she no longer enjoyed my company, and it was clear that something had happened that she was unwilling to tell me—something I never came to learn[218]. This change, for which I could obtain no explanation, devastated me. She asked for back her letters; I returned them all, with such fidelity that she even doubted it for a moment—a doubt that was another unexpected blow to my heart, something she should have understood so well. Eventually, she acknowledged my loyalty, but not immediately. I realized that examining the package I had given her had made her aware of her mistake; in fact, she seemed to reproach herself for it, which gave me some solace. She couldn’t take back her letters without also returning mine. She claimed to have burned them; I dared to doubt this, and I still doubt it today. No one would burn such letters—after all, the letters of Julie were found to be burned. Oh God! What would people say about these ones? No, no; someone who could inspire such passion would never have the courage to destroy its evidence. But I also don’t think she would have abused them; I simply don’t believe she would be capable of such a thing[219]. Moreover, I had taken careful precautions. Out of foolish but understandable fear of being mocked, I began this correspondence in a tone that ensured my letters could not fall into the wrong hands. In my fervor, I even addressed her as “you”; but what kind of address was that! Surely she couldn’t have been offended by it. Nevertheless, she complained about it several times, to no avail—her complaints only reinforced my fears, and I simply couldn’t bring myself to change my approach. If these letters still exist, and if they are ever seen, people will know how deeply I loved her[220].
The pain caused to me by Madame d’Houdetot’s coldness, and the certainty that I had not deserved it, led me to take the unusual step of complaining about it directly to Saint-Lambert. While waiting for the effect of the letter I wrote him on this matter, I devoted myself to those diversions that I should have sought out much earlier. There were festivals at La Chevrette, for which I composed music. The pleasure of pleasing Madame d’Houdetot with a talent she appreciated greatly inspired me, and another factor also contributed to my enthusiasm: the desire to prove that the author of “The Village Deity” indeed knew how to compose music. For I had long noticed that someone was secretly trying to cast doubt on this, at least regarding my compositional abilities. My beginnings in Paris, the various trials I faced there—both with Monsieur Dupin and Monsieur de la Poplinière—and the considerable amount of music I composed over fourteen years, amidst the most famous artists and right under their eyes—along with my opera “The Galant Muses” and the motet I wrote for Mademoiselle Fel, which she performed at the Concert Spirituel, as well as the numerous discussions I had on this beautiful art with the greatest masters—all these seemed to should preclude or dispel such doubts. Nevertheless, even at La Chevrette, I could see that Monsieur d’Épinay was not exempt from them. Without seeming to notice this, I composed a motet for the dedication of La Chevrette’s chapel and asked him to provide lyrics of his choosing. He entrusted his son’s tutor, De Linant, with this task. De Linant selected appropriate words for the subject, and eight days after they were given to me, the motet was completed. This time, my inspiration was truly divine; never before had I produced such rich and elaborate music. The lyrics begin with these words: “Ecce sedes hic tonantis.” The grandeur of the opening corresponds perfectly to the meaning of the text, and the entire remainder of the motet is so beautifully sung that it impressed everyone greatly. I had composed it for a large orchestra; Monsieur d’Épinay gathered the best symphonists. The Italian singer Madame Bruna performed the motet, accompanied excellently. It was such a success that it was performed again at the Concert Spirituel, where, despite some underhanded attempts to undermine it and a less than satisfactory performance, it received the same enthusiastic applause twice over. For Monsieur d’Épinay’s celebration, I suggested the idea of a piece that was half drama and half pantomime; Madame d’Épinay wrote the script, and I composed the music for it as well. When Grimm arrived, he heard about my musical successes. An hour later, no one was talking about anything else—but at least, to my knowledge, no one questioned whether I truly knew how to compose music anymore.
No sooner had Grimm arrived at the Chevrette—where I already didn’t feel particularly comfortable—than he made my stay there utterly unbearable with behaviors I had never seen anyone else exhibit, nor even imagined possible. The night before his arrival, I was removed from the favored room I was occupying, which was adjacent to Madame d’Épinay’s; it was prepared for Monsieur Grimm, and I was given another room farther away. “See how newcomers always displace those who were here first,” I said jokingly to Madame d’Épinay. She seemed embarrassed. That very evening, I understood the reason better when I learned that there was a hidden door connecting her room to the one I had just left—something she had deemed unnecessary to show me. Her dealings with Grimm were known to everyone, both at her home and in society, even to her husband. Yet, far from agreeing with me—a confidant of secrets that were far more important to her and about which she was absolutely certain—she always vehemently denied any such relationship. I realized that this reserve stemmed from Grimm himself; since he held all my secrets, he refused to allow me to know any of his own.
Per quanto riguarda Saint-Lambert, si comportò da uomo onesto e giudizioso: poiché ero l’unico colpevole, fui anche l’unico punito, anzi, con indulgenza. Mi trattò con durezza, ma in modo amichevole; capii che avevo perso un po’ del suo rispetto, ma non la sua amicizia. Mi consolai, sapendo che il primo sarebbe stato molto più facile da riconquistare del secondo, e che lui era troppo sensato per confondere una debolezza involontaria e passeggera con un vizio di carattere. Se c’era stata qualche mia colpa in tutto ciò che era accaduto, era davvero poca. Ero stato io ad andare a cercare la sua amante? Non era stato lui ad inviarmela? Non era stata lei stessa a cercarmi? Come avrei potuto evitare di riceverla? Cosa avrei potuto fare? Solo loro avevano commesso il male, e io ne ero stato vittima. Al mio posto, avrebbe fatto lo stesso, forse anche peggio: dopotutto, per quanto fedele ed estimabile fosse Madame d’Houdetot, era pur sempre una donna; lui era assente; le occasioni erano frequenti, le tentazioni forti, e sarebbe stato molto difficile per lei difendersi sempre con lo stesso successo contro un uomo più determinato. Senza dubbio, in una situazione del genere, il fatto che fossimo riusciti a stabilire dei limiti che nessuno di noi aveva mai osato superare rappresentava davvero molto, sia per lei che per me.
Sebbene nel profondo del mio cuore mi rendessi un giudizio abbastanza onorevole su di me stesso, così tante apparenze erano contro di me che l’invincibile vergogna che sempre mi dominava mi faceva apparire davanti a lui come un colpevole; e lui ne approfittava per umiliarmi. Un solo episodio può descrivere questa situazione reciproca: dopo cena gli lessi la lettera che avevo scritto l’anno precedente a Voltaire, di cui Saint-Lambert aveva sentito parlare. Lui si addormentò durante la lettura, e io, un tempo così orgoglioso, oggi così stupido, non osai mai interrompere; continuai a leggere mentre lui continuava a russare. Tali erano le mie umiliazioni, tali le sue vendette. Ma la sua generosità gli impedì mai di esercitarle se non tra noi tre.
Quando se ne andò, notai che la signora d’Houdetot era cambiata molto nei miei confronti. Ne fui sorpreso, come se non dovesse aspettarmelo; ne fui colpito più di quanto avrei dovuto esserlo, e questo mi causò grande dolore. Sembrava che tutto ciò di cui speravo per la mia guarigione non facesse altro che conficcare ancora di più nel mio cuore quella ferita che, alla fine, ho preferito spezzare piuttosto che strappare via.
Ero assolutamente deciso a vincere su me stesso e a fare di tutto per trasformare la mia folle passione in un’amicizia pura e duratura. Per questo avevo elaborato i progetti più ingegnosi del mondo, e per realizzarli avevo bisogno dell’aiuto della signora d’Houdetot. Quando cercai di parlarle, la trovai distratta e imbarazzata; capii che non le piaceva più stare con me e intuii chiaramente che era accaduto qualcosa di cui lei non voleva parlarmi, e di cui non ho mai saputo nulla[218]. Questo cambiamento, del quale non riuscii a ottenere alcuna spiegazione, mi distrusse. Lei mi chiese indietro le sue lettere; gliele restituii tutte con una fedeltà della quale lei, però, ebbe l’offesa di dubitare per un momento. Questo dubbio rappresentò un altro dolore inaspettato per il mio cuore, che lei doveva conoscere molto bene. Alla fine mi riconobbe i meriti, ma non subito; capii che l’esame del pacco che le avevo restituito le aveva fatto rendere conto del suo errore: vidi persino che se ne pentiva, e questo mi fece sentire un po’ sollevato. Lei non poteva riprendersi le sue lettere senza restituirmi le mie. Mi disse di averle bruciate; anch’io osai dubitarne, e devo ammettere che ancora oggi ne dubito. No, nessuno brucia lettere del genere. Si sono trovate lettere ardenti come quelle di Giulietta. Ma mio Dio, cosa si sarebbe detto delle mie! No, mai una persona capace di provare un sentimento così intenso avrebbe il coraggio di distruggere le prove della sua passione. Tuttavia non credo che abbia abusato di esse: non la ritengo capace di farlo[219]; inoltre, avevo preso tutte le precauzioni necessarie. La mia sciocca ma vivace paura di essere deriso mi spinse a iniziare questa corrispondenza con un tono che ne garantiva la segretezza. Arrivai persino a usarle un tono confidenziale, quasi affettuoso. Ma quale affetto! Lei sicuramente non se ne offese. Tuttavia si lamentò più volte, senza successo: le sue lamentele non facevano altro che rafforzare le mie paure. Inoltre, non riuscivo proprio a rinunciare a quel modo di scrivere. Se queste lettere esistono ancora, e un giorno vengono lette, tutti sapranno quanto io abbia amato[220].
Il dolore che mi causava il raffreddore di Madame d’Houdetot, e la certezza di non averlo meritato, mi spinsero a prendere la strana decisione di lamentarmene persino con Saint-Lambert. Nel frattempo, aspettavo l’effetto della lettera che gli avevo scritto sull’argomento, e mi dedicai alle distrazioni che avrei dovuto cercare molto prima. Ci furono delle feste alla Chevrette, per le quali composi musica. Il piacere di dimostrare a Madame d’Houdetot il mio talento, che lei amava, stimolò la mia creatività; inoltre, un altro fattore contribuì ad animarmi: il desiderio di dimostrare che l’autore del “Devin du village” conosceva davvero la musica. Da tempo mi ero reso conto che qualcuno cercava segretamente di mettere in dubbio questa mia capacità, almeno riguardo alla composizione musicale. Il mio debutto a Parigi, le prove a cui avevo partecipato più volte, sia da parte di Monsieur Dupin che di Monsieur de la Poplinière, la grande quantità di musica che avevo composto in quattordici anni tra i più famosi artisti e sotto i loro occhi, insomma, tutto sembrava dover dissipare quel dubbio. Tuttavia, anche alla Chevrette, notai che Monsieur d’Épinay non ne era esente. Senza darlo a vedere, composi per lui un motet per la dedicazione della cappella della Chevrette e gli chiesi di fornirmi le parole a sua scelta; lui incaricò il governatore di suo figlio, De Linant, di trovarle. De Linant preparò delle parole adatte all’occasione, e otto giorni dopo che me le furono consegnate, il motet fu completato. Questa volta, fu la rabbia a guidarmi nella composizione; mai musica più ricca ed elaborata uscì dalle mie mani. Le parole iniziano con queste parole: “Ecce sedes hic tonantis”. L’intero motet è di una bellezza cantabile che colpì tutti. Avevo lavorato con un grande orchestra; Monsieur d’Épinay radunò i migliori musicisti. Madame Bruna, cantante italiana, interpretò il motet e fu accompagnata magnificamente. Il successo fu tale che il motet fu eseguito nuovamente al Concert spirituel, dove, nonostante alcune cospirazioni e un’esecuzione poco soddisfacente, ricevette ancora due volte gli stessi applausi. Per l’occasione di festa di Monsieur d’Épinay, proposi l’idea di una sorta di opera mista tra dramma e pantomima; Madame d’Épinay ne scrisse la parte letteraria e io ne composi nuovamente la musica. Quando Grimm arrivò, sentì parlare dei miei successi musicali. Ma un’ora dopo, nessuno ne parlava più. Almeno, per quanto ne so, nessuno metteva più in dubbio che conoscessi davvero la composizione musicale.
Appena Grimm arrivò alla Chevrette – un luogo che già non mi piaceva molto – riuscì a rendere la mia permanenza lì insopportabile, con comportamenti che non avevo mai visto in nessuno e di cui nemmeno avevo idea. La sera prima del suo arrivo fui trasferita dalla camera preferenziale che occupavo, adiacente a quella di Madame d’Épinay; essa fu preparata per Grimm, mentre a me ne diedero un’altra più lontana. “Ecco come i nuovi arrivati spingono via gli antichi”, dissi ridendo a Madame d’Épinay. Lei sembrò imbarazzata. Comprendei meglio il motivo la stessa sera, quando scoprii che tra la sua camera e quella che avevo lasciato c’era una porta segreta di comunicazione, che lei aveva ritenuto inutile mostrarmi. Il suo rapporto con Grimm non era ignoto a nessuno, né in casa sua né nel pubblico, nemmeno a suo marito; tuttavia, invece di ammetterlo con me – che ero un confidente di segreti molto importanti per lei e di cui ella era assolutamente certa – si difese sempre con forza. Capii che questa reticenza proveniva da Grimm: essendo il detentore di tutti i miei segreti, non voleva che io ne conoscessi alcuno dei suoi.
Quelque prévention que mes anciens sentiments, qui n’étaient pas éteints, et le mérite réel de cet homme-là, me donnassent en sa faveur, elle ne put tenir contre les soins qu’il prit pour la détruire. Son abord fut celui du comte de Tuffière ; à peine daigna-t-il me rendre le salut ; il ne m’adressa pas une seule fois la parole, et me corrigea bientôt de la lui adresser, en ne me répondant point du tout. Il passait partout le premier, prenait partout la première place, sans jamais faire aucune attention à moi. Passe pour cela, s’il n’y eût pas mis une affectation choquante : mais on en jugera par un seul trait pris entre mille. Un soir Mme d’Épinay, se trouvant un peu incommodée, dit qu’on lui portât un morceau dans sa chambre, et monta pour souper au coin de son feu. Elle me proposa de monter avec elle ; je le fis. Grimm vint ensuite. La petite table était déjà mise ; il n’y avait que deux couverts. On sert : Mme d’Épinay prend sa place à l’un des coins du feu ; M. Grimm prend un fauteuil, s’établit à l’autre coin, tire la petite table entre eux deux, déplie sa serviette et se met en devoir de manger, sans me dire un seul mot. Mme d’Épinay rougit, et, pour l’engager à réparer sa grossièreté, m’offre sa propre place. Il ne dit rien, ne me regarda pas. Ne pouvant approcher du feu, je pris le parti de me promener par la chambre, en attendant qu’on m’apportât un couvert. Il me laissa souper au bout de la table, loin du feu, sans me faire la moindre honnêteté, à moi incommodé, son aîné, son ancien dans la maison, qui l’y avais introduit, et à qui même, comme favori de la dame, il eût dû faire les honneurs. Toutes ses manières avec moi répondaient fort bien à cet échantillon. Il ne me traitait pas précisément comme son inférieur ; il me regardait comme nul. J’avais peine à reconnaître là l’ancien cuistre qui, chez le prince de Saxe-Gotha, se tenait honoré de mes regards. J’en avais encore plus à concilier ce profond silence, et cette morgue insultante, avec la tendre amitié qu’il se vantait d’avoir pour moi, près de tous ceux qu’il savait en avoir eux-mêmes. Il est vrai qu’il ne la témoignait guère que pour me plaindre de ma fortune, dont je ne me plaignais point, pour compatir à mon triste sort, dont j’étais content, et pour se lamenter de me voir me refuser durement aux soins bienfaisants qu’il disait vouloir me rendre. C’était avec cet art qu’il faisait admirer sa tendre générosité, blâmer mon ingrate misanthropie, et qu’il accoutumait insensiblement tout le monde à n’imaginer entre un protecteur tel que lui, et un malheureux tel que moi, que des liaisons de bienfaits d’une part, et d’obligations de l’autre, sans y supposer, même dans les possibles, une amitié d’égal à égal. Pour moi, j’ai cherché vainement en quoi je pouvais être obligé à ce nouveau patron. Je lui avais prêté de l’argent, il ne m’en prêta jamais ; je l’avais gardé dans sa maladie, à peine me venait-il voir dans les miennes ; je lui avais donné tous mes amis, il ne m’en donna jamais aucun des siens ; je l’avais prôné de tout mon pouvoir. Il… s’il m’a prôné, c’est moins publiquement, et c’est d’une autre manière. Jamais il ne m’a rendu ni même offert aucun service d’aucune espèce. Comment était-il donc mon Mécène ? Comment étais-je son protégé ? Cela me passait, et me passe encore.
Il est vrai, que, du plus au moins, il était arrogant avec tout le monde, mais avec personne aussi brutalement qu’avec moi. Je me souviens qu’une fois Saint-Lambert faillit à lui jeter son assiette à la tête, sur une espèce de démenti qu’il lui donna en pleine table, en lui disant grossièrement : Cela n’est pas vrai. À son ton naturellement tranchant, il ajouta la suffisance d’un parvenu, et devint même ridicule à force d’être impertinent. Le commerce des grands l’avait séduit au point de se donner à lui-même des airs qu’on ne voit qu’aux moins sensés d’entre eux. Il n’appelait jamais son laquais que par Eh ! comme si, sur le nombre de ses gens, Monseigneur n’eût pas su lequel était de garde. Quand il lui donnait des commissions, il lui jetait l’argent par terre, au lieu de le lui donner dans la main. Enfin, oubliant tout à fait qu’il était homme, il le traitait avec un mépris si choquant, avec un dédain si dur en toute chose, que ce pauvre garçon, qui était un fort bon sujet, que Mme d’Épinay lui avait donné, quitta son service, sans autre grief que l’impossibilité d’endurer de pareils traitements : c’était le La Fleur de ce nouveau Glorieux.
Aussi fat qu’il était vain, avec ses gros yeux troubles et sa figure dégingandée[223], il avait des prétentions près des femmes, et depuis sa farce avec Mlle Fel, il passait auprès de plusieurs d’entre elles pour un homme à grands sentiments. Cela l’avait mis à la mode, et lui avait donné du goût pour la propreté de femme : il se mit à faire le beau ; sa toilette devint une grande affaire ; tout le monde sut qu’il mettait du blanc, et moi, qui n’en croyais rien, je commençai de le croire, non seulement par l’embellissement de son teint, et pour avoir trouvé des tasses de blanc sur sa toilette, mais sur ce qu’entrant un matin dans sa chambre je le trouvai brossant ses ongles avec une petite vergette faite exprès ; ouvrage qu’il continua fièrement devant moi. Je jugeai qu’un homme qui passe deux heures tous les matins à brosser ses ongles peut bien passer quelques instants à remplir de blanc les creux de sa peau. Le bon homme Gauffecourt, qui n’était pas sac-à-diable, l’avait assez plaisamment surnommé Tiran-le-Blanc.
Tout cela n’était que des ridicules, mais bien antipathiques à mon caractère. Ils achevèrent de me rendre suspect le sien. J’eus peine à croire qu’un homme à qui la tête tournait de cette façon pût conserver un cœur bien placé. Il ne se piquait de rien tant que de sensibilité d’âme et d’énergie de sentiment. Comment cela s’accordait-il avec des défauts qui sont propres aux petites âmes ? Comment les vifs et continuels élans que fait hors de lui-même un cœur sensible peuvent-ils le laisser s’occuper sans cesse de tant de petits soins pour sa petite personne ? Eh ! mon Dieu ! celui qui sent embraser son cœur de ce feu céleste cherche à l’exhaler, et veut montrer le dedans. Il voudrait mettre son cœur sur son visage ; il n’imaginera jamais d’autre fard.
Je me rappelai le sommaire de sa morale, que Mme d’Épinay m’avait dit, et qu’elle avait adopté. Ce sommaire consistait en un seul article ; savoir, que l’unique devoir de l’homme est de suivre en tout les penchants de son cœur. Cette morale, quand je l’appris, me donna terriblement à penser, quoique je ne la prisse alors que pour un jeu d’esprit. Mais je vis bientôt que ce principe était réellement la règle de sa conduite, et je n’en eus que trop, dans la suite, la preuve à mes dépens. C’est la doctrine intérieure dont Diderot m’a tant parlé, mais qu’il ne m’a jamais expliquée.
No matter how much my former feelings, which were not dead, and the actual merits of this man might have inclined me in his favor, it was impossible for anything to withstand the efforts he made to destroy those feelings. His behavior was that of Count de Tuffière; he barely deigned to greet me; he never spoke a word to me, and soon made it clear that he did not want me to speak either, by refusing to respond at all. He always took the lead everywhere, claiming the foremost position without ever paying any attention to me. If this behavior had not been deliberately offensive, one might have overlooked it; but one single incident among countless others speaks volumes. One evening, Madame d’Épinay, feeling a bit unwell, asked to have some food brought to her room and went up to sit by the fire for dinner. She offered me to come up with her, and I did so. Grimm arrived later. The small table was already set, but there were only two places. When the food was served, Madame d’Épinay took her place by one side of the fire; Monsieur Grimm sat in a chair on the other side, pulled the table between them, unfolded his napkin, and began to eat without saying a word to me. Madame d’Épinay blushed and, in an attempt to make him apologize for his rudeness, offered her own place to me. He said nothing and did not even look at me. Unable to get closer to the fire, I decided to walk around the room while waiting for someone to bring me a plate. He left me sitting at the end of the table, far from the heat, showing me no courtesy at all—especially since I was his senior, someone who had introduced him into this household, and even, as the lady’s favorite, someone to whom he should have shown respect. All his behavior toward me perfectly reflected this attitude. He did not treat me as his inferior; rather, he treated me as if I were worthless. It was hard for me to recognize in him the same man who, at the Prince of Saxony-Gotha’s court, had taken pride in my attention. Even more difficult was to reconcile this profound silence and this insulting indifference with the so-called tender friendship he claimed to have for me, especially considering how everyone else seemed to share that friendship with him. Indeed, he rarely showed any signs of it except when he would complain about my supposed misfortune (which I did not regard as such), express sympathy for my supposedly sad lot (of which I was quite content), or lament that I refused the generous help he claimed to want to offer me. It was in this way that he managed to make people admire his so-called “tender generosity,” condemn my supposed ingratitude and misanthropy, and gradually convince everyone that the relationship between a protector like him and a miserable person like me could only consist of one giving benefits and the other accepting them—without ever allowing anyone to even consider the possibility of a friendship based on equality. As for me, I tried in vain to find any reason why I might be indebted to this new “patron” of mine. I had lent him money, but he never lent me any in return; I took care of him during his illness, yet he hardly ever came to see me when I was ill; I gave him all my friends, but he never gave me any of his own; I supported him with all my strength. Yet, if he did support me at all, it was not in a public way, and not in the same manner. He never rendered me any service, nor even offered me one. So how could he have been my patron? How could I have been his protégé? I used to think so, and I still think so today.
It is true that, to a greater or lesser extent, he was arrogant with everyone, but with no one was he more brutal than with me. I remember once Saint-Lambert nearly threw his plate at him in response to some outrageous lie he uttered right in the middle of the table, saying rudely, “That’s not true.” To his naturally sharp tone, he added the arrogance of a upstart, and became downright ridiculous through his sheer impertinence. The influence of high society had corrupted him to such an extent that he began to behave in ways one would only expect from the least sensible among them. He never addressed his lackey except with a simple “Hey!”, as if he couldn’t even tell which of his servants was on duty. When giving him orders, he would throw the money on the ground instead of handing it to him. Finally, completely forgetting that he was human, he treated him with such shocking disdain and brutal indifference in every regard that this poor boy—a truly good servant whom Madame d’Épinay had given him—left his service, unable to bear such treatment any longer. He was the “La Fleur” of this new “Glorieux.”
As fat as he was, vain to the extreme, with his large, watery eyes and his drooping face[223], he still had the audacity to pursue women. After his prank with Miss Fel, several of them began to regard him as a man of deep feelings. This gave him popularity and also made him develop a keen interest in feminine vanity: he started to pay great attention to his appearance. His grooming became a serious matter; everyone knew that he applied white powder on his face. I, who had initially doubted it, began to believe it—not only because of the improvement in the color of his skin and because I found white powder on his dressing table, but also because one morning I caught him brushing his nails with a small brush specially made for the purpose; he even continued doing this in front of me without any shame. I concluded that a man who spent two hours every morning brushing his nails could very well take a few moments to apply white powder to the hollows of his skin. The kind-hearted Monsieur Gauffecourt, who wasn’t a bad sort at all, had rather humorously given him the nickname “Tiran-le-Blanc” (the White Tyrant).
All of this was nothing but ridicule—and yet it was utterly incompatible with my character. It made me begin to suspect their own nature as well. I could hardly believe that a man whose head turned in such ways could still possess a kind and benevolent heart. All he cared about was sensitivity of soul and intensity of emotion. How could this be reconciled with the shortcomings characteristic of petty, selfish people? How could the vigorous and constant impulses of a sensitive heart allow its owner to constantly dwell on such trivial matters concerning one’s own person? Oh, my God! Those whose hearts are filled with such divine fire seek to express it; they wish to reveal what lies within them. They would rather put their very heart upon their face than resort to any other form of “makeup.”
I remembered the summary of her philosophy that Madame d’Épinay had told me and which she had adopted herself. That summary consisted of a single principle: namely, that the only duty of man is to follow in all things the inclinations of his heart. When I learned this philosophy, it made me think deeply, although at first I regarded it merely as a playful idea. But soon I realized that this principle was indeed the rule that guided her behavior, and in the end, I suffered greatly as a result of it. It was the inner doctrine about which Diderot had spoken so much to me, yet he never explained it to me.
Qualunque fosse stata la predisposizione dei miei vecchi sentimenti, ancora non estinti, o il reale merito di quell’uomo, nulla avrebbe potuto contrastare con gli sforzi che fece per distruggerli. Il suo comportamento era proprio quello del conte di Tuffière: a malapena si degnò di salutarmi; non mi rivolse nemmeno una parola e, anzi, mi fece capire chiaramente che non desiderava essere interpellato. Era sempre il primo ad arrivare ovunque, occupava sempre il posto d’onore, senza mai prestarmi la minima attenzione. Se non fosse stato per un atteggiamento palesemente ostile, si potrebbe ancora cercare di giustificarlo. Ma basterà considerare un solo esempio tra mille per rendersene conto. Una sera, Madame d’Épinay, sentendosi un po’ a disagio, chiese che le portassero del cibo in camera e salì a cenare vicino al fuoco. Mi invitò ad accompagnarla; accettai l’invito. Poi arrivò Grimm: il piccolo tavolo era già preparato, ma c’erano solo due posti. Mentre veniva servita la cena, Madame d’Épinay si sedette in un angolo del camino; Grimm prese una sedia nell’angolo opposto, avvicinò il tavolino tra loro due, aprì il suo tovagliolo e iniziò a mangiare senza dire una parola. Madame d’Épinay arrossì e, nel tentativo di farlo rimediare alla sua scortesia, mi offrì il proprio posto. Lui non disse nulla, nemmeno mi guardò. Non potendo avvicinarmi al fuoco, decisi di passeggiare per la stanza in attesa che mi portassero un posto a tavola. Mi lasciò cenare all’estremità del tavolo, lontano dal fuoco, senza mostrarmi il minimo rispetto. Io, che ero il suo superiore, colui che lo aveva introdotto in quella casa e che, essendo il favorito di Madame d’Épinay, avrei dovuto ricevere da lui un trattamento più dignitoso. Tutti i suoi comportamenti nei miei confronti confermavano questa immagine. Non mi trattava esattamente come un suo subordinato, ma nemmeno come qualcuno di pari rango. A malapena si poteva riconoscere in lui l’uomo che, una volta, presso il principe di Sassonia-Gotha, si considerava fortunato ad essere notato da me. Ancora più difficile era conciliare quel silenzio ostile e quella condotta offensiva con l’amicizia affettuosa che sosteneva di provare per me. Di fronte a tutti coloro che sapevano che lui stesso aveva rapporti amichevoli con me. In realtà, quell’“affetto” si manifestava soltanto nel lamentarsi della mia situazione economica – di cui non mi lamentavo affatto – nel compatire il mio “triste destino” – del quale ero invece molto soddisfatto – e nel deplorare il fatto che rifiutassi con decisione i suoi tentativi di aiutarmi. Era proprio con queste strategie che cercava di far ammirare la sua presunta generosità, di criticare la mia presunta “misantropia ingrata”, e di abituare tutti a considerare il rapporto tra lui e me come uno di beneficenza da parte sua e di debito da parte mia. Senza mai permettere che si pensasse, nemmeno lontanamente, a un’amicizia basata sull’uguaglianza. Per quanto mi riguarda, non sono riuscito affatto a trovare alcun motivo per essere grato a questo nuovo “protettore”. Gli avevo prestato del denaro, ma lui non me ne prestò mai; lo avevo assistito durante la sua malattia, mentre lui veniva a trovarmi raramente quando ero malato io; gli avevo dato tutti i miei amici, ma lui non mi diede mai nessuno dei suoi. Lo avevo sostenuto con tutte le mie forze. Ma se lo fece, fu in modo meno aperto e in un altro modo. Non mi rese mai nemmeno un piccolo favore, né me ne offrì alcuno. Allora, come poteva essere il mio mecenate? E come potevo essere io il suo protetto? Mi veniva in mente questo, e ancora oggi mi viene in mente.
È vero che, in misura maggiore o minore, era arrogante con tutti, ma con nessuno quanto lo fosse con me. Ricordo che una volta Saint-Lambert rischiò di gettargli il piatto in testa per una sorta di assurdità che gli disse a tavola, dicendogli grossolanamente: “Questo non è vero”. Al suo tono naturalmente tagliente, aggiunse l’arroganza tipica di un arrivista, diventando persino ridicolo a causa della sua insolenza. L’influenza dei potenti lo aveva talmente corrotto da fargli assumere atteggiamenti che si riscontrano soltanto tra le persone meno sensate. Non chiamava mai il suo lacchè se non con un semplice “Eh!”, come se, tra tutte le sue persone, Monseigneur non sapesse quale fosse di guardia. Quando gli dava incarichi, gettava i soldi per terra invece di darli direttamente in mano al ragazzo. Infine, dimenticando completamente di essere un uomo, lo trattava con un disprezzo così offensivo e un’indifferenza così crudele in ogni cosa, che quel povero ragazzo – che era davvero una brava persona e che Mme d’Épinay gli aveva affidato – lasciò il suo servizio, senza alcun altro motivo se non la impossibilità di sopportare un trattamento del genere: era la “Fiora” di questo nuovo “Gloriooso”.
Nonostante fosse così insignificante, con i suoi grandi occhi torbidi e il suo aspetto goffo[223], aveva delle pretese riguardo alle donne; dopo la sua bravata con la signorina Fel, veniva considerato da molte di loro un uomo dal cuore profondo. Questo lo aveva reso popolare e gli aveva fatto sviluppare una certa cura per l’aspetto esteriore: iniziò a vestirsi con cura; il suo modo di vestire divenne oggetto di grande attenzione; tutti sapevano che si metteva il bianco sul viso. E io, che inizialmente non ci credevo, cominciai a crederci, non solo per il miglioramento del suo aspetto, ma anche perché trovavo tracce di bianco sulla sua toilette; un mattino, entrando nella sua stanza, lo trovai mentre si puliva le unghie con un piccolo spazzolino appositamente preparato. Continuò a farlo con orgoglio davanti ai miei occhi. Pensai che un uomo che dedica due ore ogni mattina a pulirsi le unghie potesse ben dedicare qualche minuto anche a riempire i “vuoti” della sua pelle con il bianco. Il buon signor Gauffecourt, che non era certo uno sciocco, lo aveva soprannominato scherzosamente “Tiran-le-Blanc”.
Tutto ciò non era altro che ridicolaggini, ma assai antipatici al mio carattere. Finirono per farmi sospettare anche il loro comportamento. Avevo difficoltà a credere che un uomo il cui cervello funzionava in quel modo potesse mantenere un cuore sincero e gentile. Si vantava soltanto di sensibilità d’animo ed energia emotiva. Come poteva tutto ciò conciliarsi con difetti tipici delle persone meschine? Come era possibile che gli impulsi vivaci e continui di un cuore sensibile lo lasciassero occupato costantemente da piccole preoccupazioni riguardanti la propria persona? Oh, mio Dio. Chi sente il proprio cuore infuocarsi da quel fuoco celeste cerca disperatamente di esprimerlo, vuole mostrare ciò che ha dentro. Vorrebbe mettere il proprio cuore in faccia agli altri; non immaginerà mai alcun altro “trucco” per nasconderlo.
Ricordai il riassunto della sua morale che Madame d’Épinay mi aveva raccontato e che lei stessa aveva adottato. Quel riassunto consisteva in un solo principio: l’unica responsabilità dell’uomo è seguire in tutto i desideri del proprio cuore. Quando appresi questa dottrina, riflettei molto su di essa, anche se all’inizio la considerai soltanto uno scherzo intellettuale. Tuttavia, presto capii che quel principio costituiva davvero la regola della sua condotta. E in seguito ne ebbi prove più che sufficienti, a mie spese. Si tratta della dottrina interiore di cui Diderot mi aveva parlato tanto, ma che non mi ha mai spiegato veramente.
Je me rappelai les fréquents avis qu’on m’avait donnés, il y avait plusieurs années, que cet homme était faux, qu’il jouait le sentiment, et surtout qu’il ne m’aimait pas. Je me souvins de plusieurs petites anecdotes que m’avaient là-dessus racontées M. de Francueil et Mme de Chenonceau, qui ne l’estimaient ni l’un ni l’autre, et qui devaient le connaître, puisque Mme de Chenonceau était fille de Mme de Rochechouart, intime amie du feu comte de Friese, et que M. de Francueil, très lié alors avec le vicomte de Polignac, avait beaucoup vécu au Palais-Royal, précisément quand Grimm commençait à s’y introduire. Tout Paris fut instruit de son désespoir après la mort du comte de Friese. Il s’agissait de soutenir la réputation qu’il s’était donnée[224] après les rigueurs de Mlle Fel, et dont j’aurais vu la forfanterie mieux que personne, si j’eusse alors été moins aveuglé. Il fallut l’entraîner à l’hôtel de Castries, où il joua dignement son rôle, livré à la plus mortelle affliction. Là tous les matins il allait dans le jardin pleurer à son aise, tenant sur ses yeux son mouchoir baigné de larmes, tant qu’il était en vue de l’hôtel ; mais, au détour d’une certaine allée, des gens auxquels il ne songeait pas le virent mettre à l’instant le mouchoir dans sa poche, et tirer un livre. Cette observation, qu’on répéta, fut bientôt publique dans tout Paris, et presque aussitôt oubliée. Je l’avais oubliée moi-même ; un fait qui me regardait servit à me la rappeler. J’étais à l’extrémité dans mon lit, rue de Grenelle : il était à la campagne ; il vint un matin me voir tout essoufflé, disant qu’il venait d’arriver à l’instant même ; je sus un moment après qu’il était arrivé de la veille, et qu’on l’avait vu au spectacle le même jour.
Il me revint mille faits de cette espèce ; mais une observation que je fus surpris de faire si tard me frappa plus que tout cela. J’avais donné à Grimm tous mes amis sans exception, ils étaient tous devenus les siens. Je pouvais si peu me séparer de lui, que j’aurais à peine voulu me conserver l’entrée d’une maison où il ne l’aurait pas eue. Il n’y eut que Mme de Créqui qui refusa de l’admettre, et qu’aussi je cessai presque de voir depuis ce temps-là. Grimm, de son côté, se fit d’autres amis, tant de son estoc que de celui du comte de Friese. De tous ces amis-là, jamais un seul n’est devenu le mien, jamais il ne m’a dit un mot pour m’engager de faire au moins leur connaissance, et de tous ceux que j’ai quelquefois rencontrés chez lui, jamais un seul ne m’a marqué la moindre bienveillance, pas même le comte de Friese, chez lequel il demeurait, et avec lequel il m’eût par conséquent été très agréable de former quelque liaison, ni le comte de Schomberg, son parent, avec lequel Grimm était encore plus familier.
Voici plus : mes propres amis, dont je fis les siens, et qui tous m’étaient tendrement attachés avant cette connaissance, changèrent sensiblement pour moi quand elle fut faite. Il ne m’a jamais donné aucun des siens ; je lui ai donné tous les miens, et il a fini par me les tous ôter. Si ce sont là des effets de l’amitié, quels seront donc ceux de la haine ?
Diderot même, au commencement, m’avertit plusieurs fois que Grimm, à qui je donnais tant de confiance, n’était pas mon ami. Dans la suite il changea de langage, quand lui-même eut cessé d’être le mien.
La manière dont j’avais disposé de mes enfants n’avait besoin du concours de personne. J’en instruisis cependant mes amis, uniquement pour les en instruire, pour ne pas paraître à leurs yeux meilleur que je n’étais. Ces amis étaient au nombre de trois : Diderot, Grimm, Mme d’Épinay ; Duclos, le plus digne de ma confidence, fut le seul à qui je ne la fis pas. Il la sut cependant ; par qui ? Je l’ignore. Il n’est guère probable que cette infidélité soit venue de Mme d’Épinay, qui savait qu’en l’imitant, si j’en eusse été capable, j’avais de quoi m’en venger cruellement. Restent Grimm et Diderot, alors si unis en tant de choses, surtout contre moi, qu’il est plus que probable que ce crime leur fut commun. Je parierais que Duclos, à qui je n’ai pas dit mon secret, et qui, par conséquent, en était le maître, est le seul qui me l’ait gardé.
Grimm et Diderot dans leur projet de m’ôter les Gouverneuses, avaient fait effort pour le faire entrer dans leurs vues : il s’y refusa toujours avec dédain. Ce ne fut que dans la suite que j’appris de lui tout ce qui s’était passé entre eux à cet égard ; mais j’en appris dès lors assez par Thérèse pour voir qu’il y avait à tout cela quelque dessein secret, et qu’on voulait disposer de moi, sinon contre mon gré, du moins à mon insu, ou bien qu’on voulait faire servir ces deux personnes d’instrument à quelque dessein caché. Tout cela n’était assurément pas de la droiture. L’opposition de Duclos le prouve sans réplique. Croira qui voudra que c’était de l’amitié.
Cette prétendue amitié m’était aussi fatale au dedans qu’au dehors. Les longs et fréquents entretiens avec Mme Le Vasseur depuis plusieurs années avaient changé sensiblement cette femme à mon égard, et ce changement ne m’était assurément pas favorable. De quoi traitaient-ils donc dans ces singuliers tête-à-tête ? Pourquoi ce profond mystère ? La conversation de cette vieille femme était-elle donc assez agréable pour la prendre ainsi en bonne fortune, et assez importante pour en faire un si grand secret ? Depuis trois ou quatre ans que ces colloques duraient, ils m’avaient paru risibles : en y repensant alors je commençai de m’en étonner. Cet étonnement eût été jusqu’à l’inquiétude, si j’avais su dès lors ce que cette femme me préparait.
Malgré le prétendu zèle pour moi dont Grimm se targuait au dehors, et difficile à concilier avec le ton qu’il prenait vis-à-vis de moi-même, il ne me revenait rien de lui, d’aucun côté, qui fût à mon avantage, et la commisération qu’il feignait[225] d’avoir pour moi tendait bien moins à me servir qu’à m’avilir. Il m’ôtait même, autant qu’il était en lui, la ressource du métier que je m’étais choisi, en me décriant comme un mauvais copiste, et je conviens qu’il disait en cela la vérité ; mais ce n’était pas à lui de la dire. Il prouvait que ce n’était pas plaisanterie, en se servant d’un autre copiste, et en ne me laissant aucune des pratiques qu’il pouvait m’ôter. On eût dit que son projet était de me faire dépendre de lui et de son crédit pour ma subsistance, et d’en tarir la source jusqu’à ce que j’en fusse réduit là.
Tout cela résumé, ma raison fit taire enfin mon ancienne prévention qui parlait encore : je jugeai son caractère au moins très suspect, et quant à son amitié, je la décidai fausse. Puis, résolu de ne le plus voir, j’en avertis Mme d’Épinay, appuyant ma résolution de plusieurs faits sans réplique, mais que j’ai maintenant oubliés.
I remembered the many warnings I had received years ago that this man was insincere, that he pretended to feel what he did not actually feel, and above all, that he did not love me. I recalled several small anecdotes related to this that M. de Francueil and Madame de Chenonceau had told me; they neither liked nor respected him, yet they must have known him well, since Madame de Chenonceau was the daughter of Madame de Rochechouart, a close friend of the late Count of Friese, and since M. de Francueil, who was at that time closely connected with the Vicomte de Polignac, had resided for many years at the Palais-Royal, precisely during the period when Grimm began to gain influence there. The entire city of Paris learned of his deep sorrow following the death of the Count of Friese. He was trying to maintain the reputation he had built for himself after the harsh treatment he had received from Mademoiselle Fel; I could have seen more clearly than anyone else how pretentious that reputation really was, if I had not been so blind at that time. He was forced to go to the Hôtel de Castries, where he played his role quite convincingly, overwhelmed by the deepest sorrow. Every morning, he would go into the garden to weep in privacy, holding a handkerchief soaked with his tears as long as he was still within sight of the hotel; but once he turned around a certain corner, some people who had not noticed him saw him immediately put the handkerchief in his pocket and take out a book. This observation, which was repeated by many, soon became known throughout Paris—only to be forgotten almost as quickly. I had myself forgotten it too, until an incident that involved me brought it back to my mind. I was lying in bed at the end of the rue de Grenelle; he was in the countryside when one morning he came to see me, out of breath, saying that he had just arrived; but soon after I learned that he had actually arrived the previous day and had been seen at the theater on the same day.
A thousand incidents of this kind came to my mind; but one observation, which surprised me for being made so late, struck me more deeply than anything else. I had given Grimm all my friends without exception, and they had all become his friends as well. I was so inseparable from him that I would hardly have wanted to keep the right to enter a house where he did not have access. Only Madame de Créqui refused to admit him, and since then I almost ceased to see her. On his part, Grimm made other friends, both among those of his own circle and among those of Count von Friese. Of all these friends, not one ever became mine; not a single one ever said a word to encourage me to at least get to know them. And of all those I occasionally met at his house, not one showed me the slightest kindness—even not Count von Friese, who lived there and with whom it would have been very pleasant for me to form a connection, nor Count von Schomberg, his relative with whom Grimm was even more on good terms.
Here is more: my own friends, whom I had made my own, and who all held me in deep affection before this encounter, changed significantly towards me after it took place. He never gave me any of his own; I gave him all of mine, and in the end, he took them all away from me. If these are the effects of friendship, then what will be the effects of hatred?
Even Diderot, at first, warned me several times that Grimm, whom I trusted so much, was not my friend. Later on, he changed his tone when he himself ceased to be mine.
The way in which I raised my children did not require the assistance of anyone. However, I shared this method with my friends—solely for the purpose of instructing them, and so as not to appear better than I actually was in their eyes. There were three such friends: Diderot, Grimm, and Madame d’Épinay. Among them, Duclos, who was most worthy of my trust, was the only one to whom I did not reveal this secret. Yet he came to know it; through whom? I have no idea. It is highly unlikely that Madame d’Épinay would have been responsible for such betrayal, since she knew that if I had ever attempted to imitate her methods, I would have had every reason to take cruel revenge on her. That leaves Grimm and Diderot—so closely united in many matters, especially against me—that it is far more likely they shared this secret together. I would bet that Duclos, who was not informed of my plan and thus held the key to its secrecy, is the only one who truly kept it to himself.
Grimm and Diderot, in their attempt to remove the “Governesses” from my life, had made every effort to bring him on board with their plans; he always refused with disdain. It was only later that I learned from him everything that had happened between them regarding this matter. However, what Thérèse told me was enough to realize that there must have been some secret scheme behind it—either they intended to manipulate me against my will, or at least without my knowledge, or perhaps they wanted to use these two people as tools for some concealed purpose. Clearly, none of this was fair. Duclos’ opposition proves it beyond any doubt. Those who wish may believe it was out of friendship.
This so-called friendship was fatal to me both internally and externally. The long and frequent conversations I had with Madame Le Vasseur over the course of several years had significantly changed her attitude towards me, and that change was certainly not in my favor. What exactly did they discuss during these peculiar private talks? Why such deep secrecy? Were their conversations really so pleasant that she regarded them as something so valuable to keep hidden? For three or four years, I had found these meetings ridiculous; but now, upon reflection, I began to find them strange. Had I known what this woman was planning for me at that time, that strangeness would have turned into worry.
Despite the so-called zeal he professed to have for me in public, a zeal that seemed difficult to reconcile with the tone he adopted towards me personally, nothing he did or said ever benefited me in any way. The pity he feigned to feel for me served far more to humiliate me than to help me. In fact, he went so far as to undermine the very profession I had chosen for myself by portraying me as a poor copyist—and I must admit that he was telling the truth in doing so; but it was not his place to do so. To prove that he was serious about this, he employed another copyist and refused to allow me any of the practices that he could have deprived me of. It seemed as if his intention was to make me dependent on him and his good will for my livelihood, gradually cutting off that source until I was left in dire straits.
In summary, my reason finally silenced my former reservations. I deemed his character at least highly suspicious, and as for his friendship, I concluded it to be false. Resolving never to see him again, I informed Madame d’Épinay of my decision, supporting it with several irrefutable facts—though I have now forgotten them all.
Ricordai tutti i consigli che mi erano stati dati anni prima: quell’uomo era falsario, fingeva sentimenti e soprattutto non mi amava. Ricordai anche alcune piccole aneddoti che mi avevano raccontato il signor de Francueil e la signora de Chenonceau, i quali non lo stimavano affatto e dovevano conoscerlo bene, visto che la signora de Chenonceau era figlia della signora de Rochechouart, intima amica del defunto conte di Friese, mentre il signor de Francueil, all’epoca molto legato al visconte de Polignac, aveva trascorso molto tempo al Palais-Royal, proprio quando Grimm iniziava a farsi strada lì. L’intero Parigi venne a conoscenza del suo disperio dopo la morte del conte di Friese. Si trattava di mantenere la reputazione che si era creato dopo le dure critiche ricevute da Mlle Fel; avrei potuto vedere più chiaramente tutta la sua falsità, se all’epoca non fossi stato così cieco. Fu necessario portarlo all’hôtel de Castries, dove recitò con dignità il suo ruolo, immerso nella più profonda angoscia. Lì, ogni mattina andava nel giardino a piangere in tranquillità, tenendo sugli occhi un fazzoletto bagnato di lacrime, finché non era fuori dalla vista dell’edificio; ma, all’angolo di un certo vialetto, alcune persone che non si aspettavano di vederlo lo sorpresero mentre metteva il fazzoletto in tasca e tirava fuori un libro. Questa osservazione, ripetuta più volte, divenne presto nota in tutto Parigi, ma quasi subito venne dimenticata. Anche io l’avevo dimenticata; fu un evento che mi riguardava personalmente a ricordarmela. Ero a letto, molto malato, in rue de Grenelle; lui si trovava in campagna. Una mattina venne a trovarmi, ansimante, dicendo di essere appena arrivato; poco dopo scoprii che era arrivato il giorno prima e che quella stessa giornata lo avevano visto al teatro.
Mi tornarono in mente migliaia di aneddoti riguardanti quest’uomo; ma un’osservazione che fui sorpreso di fare così tardi ebbe su di me un impatto ancora maggiore di tutto il resto. Avevo dato a Grimm tutti i miei amici, senza eccezione: tutti erano diventati suoi amici. Non riuscivo proprio a separarmi da lui; avrei quasi preferito non entrare in una casa dove lui non fosse stato accolto. Solo la signora de Créqui si rifiutò di accoglierlo, e per questo motivo smisi quasi del tutto di vederla da allora. Grimm, dal canto suo, fece altri amici, sia tra quelli del proprio ambiente che tra quelli del conte di Friese. Di tutti questi amici, nessuno divenne mai il mio; nessuno mi disse mai una parola per incoraggiarmi ad almeno conoscerli. E di tutte le persone che talvolta incontravo a casa sua, nessuna mostrò mai nei miei confronti la minima simpatia. Nemmeno il conte di Friese, dove Grimm viveva e con cui quindi avrei potuto facilmente instaurare una buona relazione, né il conte di Schomberg, suo parente e con cui Grimm aveva ancora più stretti legami.
Ecco ancora: i miei stessi amici, che avevo reso i miei e che tutti erano profondamente legati a me prima di quella conoscenza, cambiarono notevolmente nei loro rapporti con me dopo che essa ebbe avuto luogo. Lui non mi ha mai dato nulla dei suoi; io gli ho dato tutto ciò che avevo, e alla fine lui mi ha tolto tutto. Se questi sono gli effetti dell’amicizia, quali saranno allora quelli dell’odio?
Anche Diderot, all’inizio, mi avvertì più volte che Grimm, a cui affidavo tanta fiducia, non era mio amico. In seguito cambiò atteggiamento, quando anche lui stesso smise di esserlo.
Il modo in cui avevo organizzato la vita dei miei figli non richiedeva il contributo di nessuno. Tuttavia ne parlai ai miei amici, soltanto per informarli, affinché non sembrassi migliore di quanto fossi realmente ai loro occhi. Questi amici erano in tre: Diderot, Grimm e Madame d’Épinay; Duclos, il più degno della mia confidenza, fu l’unico a cui non la rivelai. Tuttavia, lui ne venne a conoscenza. Ma tramite chi? Non lo so. È poco probabile che questa “infedeltà” sia venuta da Madame d’Épinay, che sapeva bene che, se avessi voluto imitarla, avrei avuto tutti i mezzi per vendicarmi crudelmente. Restano quindi Grimm e Diderot. Così uniti in molte cose, soprattutto contro di me, è più che probabile che abbiano condiviso questo “crimine”. Scommetterei che Duclos, a cui non ho rivelato il mio segreto e che, pertanto, ne era il padrone, sia l’unico che lo abbia custodito.
Grimm e Diderot, nel loro progetto di privarmi delle “Gouverneuses”, avevano cercato di coinvolgerlo nelle loro intenzioni; lui si era sempre rifiutato con disprezzo. Fu solo in seguito che appresi da lui tutto ciò che era accaduto tra loro a questo proposito; ma già allora, grazie a Thérèse, capii abbastanza bene che c’era dietro tutto questo qualche piano segreto, e che si voleva disporre di me, se non contro la mia volontà, almeno a mia insaputa, oppure che si voleva utilizzare queste due persone come strumenti per realizzare qualche scopo nascosto. Tutto ciò, senza dubbio, non era affatto giusto. L’opposizione di Duclos ne è la prova inconfutabile. Chi vuole può credere che si trattasse di amicizia.
Questa presunta amicizia era altrettanto fatale per me, sia dentro che fuori. I lunghi e frequenti colloqui con la signora Le Vasseur, durati per diversi anni, avevano modificato notevolmente il suo atteggiamento nei miei confronti, e questo cambiamento di certo non era a mio favore. Di cosa parlavano in quegli strani incontri? Perché quel profondo mistero? La conversazione di quella vecchia donna era davvero così piacevole da meritare tanta attenzione e tanto segreto? Da tre o quattro anni che questi colloqui continuavano, mi erano sembrati ridicoli; ripensandoci ora, iniziai a meravigliarmene. Quel meravigliarsi sarebbe potuto trasformarsi in preoccupazione, se solo avessi saputo allora ciò che quella donna stava preparando per me.
Nonostante il presunto zelo che Grimm ostentava nei miei confronti in pubblico, e che risultasse difficile conciliare con il tono che adottava nei miei riguardi personalmente, non ricevevo da lui nulla, da nessun punto di vista, che potesse essermi vantaggioso. La compassione che fingeva di provare per me tendeva molto meno a aiutarmi che a umiliarmi. Mi privava addirittura, nella misura in cui ne era capace, della possibilità di svolgere la professione che avevo scelto, denigrandomi come un cattivo copista; devo ammettere che in questo diceva la verità, ma non spettava a lui dirla. Dimostrava concretamente che non si trattava di scherzi, utilizzando un altro copista e impedendomi di seguire le pratiche che avrebbe potuto togliermi. Si sarebbe detto che il suo vero scopo fosse quello di farmi dipendere da lui e dal suo credito per vivere, e di prosciugare quella fonte di sostentamento fino a ridurmi in condizioni estremamente difficili.
In sintesi, la mia ragione riuscì finalmente a far tacere quella vecchia diffidenza che ancora persisteva in me: giudicai il suo carattere almeno molto sospetto, e quanto alla sua amicizia, decisi che fosse falsa. Poi, deciso a non vederlo più, ne avvisai la signora d’Épinay, supportando la mia decisione con diversi fatti irrefutabili, ma che ora ho dimenticato.
Elle combattit fortement cette résolution, sans savoir trop que dire aux raisons sur lesquelles elle était fondée. Elle ne s’était pas encore concertée avec lui. Mais le lendemain, au lieu de s’expliquer verbalement avec moi, elle me remit une lettre très adroite, qu’ils avaient minutée ensemble, et par laquelle, sans entrer dans aucun détail des faits, elle le justifiait par son caractère concentré, et, me faisant un crime de l’avoir soupçonné de perfidie envers son ami, m’exhortait à me raccommoder avec lui. Cette lettre, qu’on trouvera dans la liasse A n° 48, m’ébranla. Dans une conversation que nous eûmes ensuite, et où je la trouvai mieux préparée qu’elle ne l’était la première fois, j’achevai de me laisser vaincre : j’en vins à croire que je pouvais avoir mal jugé, et qu’en ce cas j’avais réellement, envers un ami, des torts graves que je devais réparer. Bref comme j’avais déjà fait plusieurs fois avec Diderot, avec le baron d’Holbach, moitié gré, moitié faiblesse, je fis toutes les avances que j’avais droit d’exiger ; j’allai chez M. Grimm comme un autre George Dandin, lui faire excuse des offenses qu’il m’avait faites, toujours dans cette fausse persuasion qui m’a fait faire en ma vie mille bassesses auprès de mes feints amis, qu’il n’y a point de haine qu’on ne désarme à force de douceur et de bons procédés, au lieu qu’au contraire la haine des méchants ne fait que s’animer davantage par l’impossibilité de trouver sur quoi la fonder, et le sentiment de leur propre injustice n’est qu’un grief de plus contre celui qui en est l’objet. J’ai, sans sortir de ma propre histoire, une preuve bien forte de cette maxime dans Grimm et dans Tronchin, devenus mes deux plus implacables ennemis par goût, par plaisir, par fantaisie, sans pouvoir alléguer aucun tort d’aucune espèce que j’aie eu jamais avec aucun des deux[226], et dont la rage s’accroît de jour en jour, comme celle des tigres, par la facilité qu’ils trouvent à l’assouvir.
Je m’attendais que, confus de ma condescendance et de mes avances, Grimm me recevrait les bras ouverts, avec la plus tendre amitié. Il me reçut en empereur romain, avec une morgue que je n’avais jamais vue à personne. Je n’étais point du tout préparé à cet accueil. Quand, dans l’embarras d’un rôle si peu fait pour moi, j’eus rempli, en peu de mots, et d’un air timide, l’objet qui m’amenait près de lui, avant de me recevoir en grâce, il prononça, avec beaucoup de majesté, une longue harangue qu’il avait préparée, et qui contenait la nombreuse énumération de ses rares vertus, et surtout dans l’amitié. Il appuya longtemps sur une chose qui d’abord me frappa beaucoup ; c’est qu’on lui voyait toujours conserver les mêmes amis. Tandis qu’il parlait, je me disais tout bas qu’il serait bien cruel pour moi de faire seul exception à cette règle. Il y revint si souvent et avec tant d’affectation qu’il me fit penser que s’il ne suivait en cela que les sentiments de son cœur, il serait moins frappé de cette maxime, et qu’il s’en faisait un art utile à ses vues dans les moyens de parvenir. Jusqu’alors j’avais été dans le même cas, j’avais conservé toujours tous mes amis ; depuis ma plus tendre enfance je n’en avais pas perdu un seul, si ce n’est par la mort, et cependant je n’en avais pas fait jusqu’alors la réflexion ; ce n’était pas une maxime que je me fusse prescrite. Puisque c’était un avantage alors commun à l’un et à l’autre, pourquoi donc s’en targuait-il par préférence, si ce n’est qu’il songeait d’avance à me l’ôter ? Il s’attacha ensuite à m’humilier par les preuves de la préférence que nos amis communs lui donnaient sur moi. Je connaissais aussi bien que lui cette préférence ; la question était à quel titre il l’avait obtenue ; si c’était à force de mérite ou d’adresse, en s’élevant lui-même ou en cherchant à me rabaisser. Enfin, quand il eut mis, à son gré, entre lui et moi toute la distance qui pouvait donner du prix à la grâce qu’il m’allait faire, il m’accorda le baiser de paix dans un léger embrassement qui ressemblait à l’accolade que le roi donne aux nouveaux chevaliers. Je tombais des nues, j’étais ébahi, je ne savais que dire, je ne trouvais pas un mot. Toute cette scène eut l’air de la réprimande qu’un précepteur fait à son disciple, en lui faisant grâce du fouet. Je n’y pense jamais sans sentir combien sont trompeurs les jugements fondés sur l’apparence, auxquels le vulgaire donne tant de poids, et combien souvent l’audace et la fierté sont du côté du coupable, la honte et l’embarras du côté de l’innocent.
Nous étions réconciliés ; c’était toujours un soulagement pour mon cœur, que toute querelle jette dans des angoisses mortelles. On se doute bien qu’une pareille réconciliation ne changea pas ses manières ; elle m’ôta seulement le droit de m’en plaindre. Aussi pris-je le parti d’endurer tout, et de ne dire plus rien.
Tant de chagrins, coup sur coup, me jetèrent dans un accablement qui ne me laissait guère la force de reprendre l’empire de moi-même. Sans réponse de Saint-Lambert, négligé de Mme d’Houdetot, n’osant plus m’ouvrir à personne, je commençai de craindre qu’en faisant de l’amitié l’idole de mon cœur, je n’eusse employé ma vie à sacrifier à des chimères. Épreuve faite, il ne restait de toutes mes liaisons que deux hommes qui eussent conservé toute mon estime, et à qui mon cœur pût donner sa confiance : Duclos, que depuis ma retraite à l’Ermitage j’avais perdu de vue, et Saint-Lambert. Je crus ne pouvoir bien réparer mes torts envers ce dernier qu’en lui déchargeant mon cœur sans réserve, et je résolus de lui faire pleinement mes confessions en tout ce qui ne compromettait pas sa maîtresse. Je ne doute pas que ce choix ne fût encore un piège de ma passion, pour me tenir plus rapproché d’elle ; mais il est certain que je me serais jeté dans les bras de son amant sans réserve, que je me serais mis pleinement sous sa conduite et que j’aurais poussé la franchise aussi loin qu’elle pouvait aller. J’étais prêt à lui écrire une seconde lettre, à laquelle j’étais sûr qu’il aurait répondu, quand j’appris la triste cause de son silence sur la première. Il n’avait pu soutenir jusqu’au bout les fatigues de cette campagne. Mme d’Épinay m’apprit qu’il venait d’avoir une attaque de paralysie[227] ; et Mme d’Houdetot, que son affliction finit par rendre malade elle-même, et qui fut hors d’état de m’écrire sur-le-champ, me marqua deux ou trois jours après, de Paris où elle était alors, qu’il se faisait porter à Aix-la-Chapelle pour y prendre les bains. Je ne dis pas que cette triste nouvelle m’affligea comme elle ; mais je doute que le serrement de cœur qu’elle me donna fût moins pénible que sa douleur et ses larmes. Le chagrin de le savoir dans cet état, augmenté par la crainte que l’inquiétude n’eût contribué à l’y mettre, me toucha plus que tout ce qui m’était arrivé jusqu’alors, et je sentis cruellement qu’il me manquait, dans ma propre estime, la force dont j’avais besoin pour supporter tant de déplaisir. Heureusement, ce généreux ami ne me laissa pas longtemps dans cet accablement ; il ne m’oublia pas, malgré son attaque, et je ne tardai pas d’apprendre par lui-même que j’avais trop mal jugé de ses sentiments et de son état. Mais il est temps d’en venir à la grande révolution de ma destinée, à la catastrophe qui a partagé ma vie en deux parties si différentes, et qui d’une bien légère cause a tiré de si terribles effets.
She strongly opposed this decision, not knowing quite what to say about the reasons that underpinned it. She had not yet discussed it with him. But the next day, instead of explaining herself verbally to me, she gave me a very well-crafted letter that they had drafted together. In it, without going into any details about the facts, she justified his behavior on the grounds of his focused and determined character, and accused me of being wrong to suspect him of treachery toward his friend, urging me to reconcile with him. This letter, which can be found in file A, number 48, had a profound effect on me. In a conversation we later had, during which I found her much more prepared than before, I finally decided to give in. I began to believe that I might have judged wrongly and that, if so, I had indeed wronged a friend severely and needed to make amends. Just as I had done several times before with Diderot and the Baron of Holbach—partly out of gratitude, partly out of weakness—I made all the concessions that I felt entitled to demand. I went to see M. Grimm, acting like another George Dandin, to apologize for the offenses he had committed against me, still under the delusion that kindness and gentle behavior could always overcome hatred—even when it came from evil people. In fact, the hatred of such individuals only intensifies when they find no basis for their resentment; moreover, the realization of their own injustice only adds further fuel to their anger. To illustrate this point with my own experience, I have Grimm and Tronchin as examples—two of my most relentless enemies, driven by sheer spite, pleasure, and caprice. Yet I cannot recall having done them any wrong of any kind, and their rage only grows stronger day by day, just like that of tigers, fueled by the very ease with which they can vent it.
I had expected that Grimm, confused by my condescension and my advances, would receive me with open arms and the utmost kindness. Instead, he treated me like a Roman emperor, with an icy demeanor I had never seen in anyone before. I was entirely unprepared for such reception. As I awkwardly tried to explain the purpose of my visit in a few timid words, before he finally granted me his favor, he delivered a long prepared speech filled with an exaggerated list of his so-called rare virtues, especially those related to friendship. He emphasized repeatedly one particular point that struck me greatly: he always managed to keep the same friends. As he spoke, I silently thought that it would be cruel of me to be the exception to this rule. He brought it up so often and with such affectation that I began to suspect he was doing so not out of genuine feelings but as a means to achieve his own goals. Up until then, I had followed the same pattern—I had always kept all my friends; since my earliest childhood, I hadn’t lost a single one, except for those who had died. Yet I had never given it much thought; it wasn’t a rule I had consciously chosen to follow. Since it was something common to both of us, why did he boast about it so much, unless he was planning to take it away from me? He then went on to humiliate me by highlighting the preference our mutual friends showed him over me. I was fully aware of this preference; what I wondered was how he had earned it—through merit or cunning, by elevating himself or by trying to bring me down. Finally, after having created as much distance between us as possible, he granted me what he called “the kiss of peace,” a brief embrace that resembled the ceremony by which a king awards knighthood to someone new. I was utterly stunned; I didn’t know what to say or do. The whole scene felt like a teacher forgiving his student after sparing him a beating. Whenever I think back, I am reminded of how misleading appearances can be, and how often audacity and pride lie with the guilty, while shame and embarrassment fall upon the innocent.
We had reconciled; it was always a relief to my heart when any quarrel caused me such terrible anxiety. Of course, such a reconciliation did not change his behavior at all; it merely deprived me of the right to complain about it. So I decided to endure everything and say nothing more.
So many sorrows, coming one after another, plunged me into such despair that I hardly had the strength to regain control over myself. Without any response from Saint-Lambert, neglected by Madame d’Houdetot, and no longer daring to confide in anyone, I began to fear that by making friendship the idol of my heart, I might have wasted my life on mere illusions. After this ordeal, only two men remained among all my connections who had retained my respect and whom my heart could trust: Duclos, whom I had lost sight of since my retreat at the Hermitage, and Saint-Lambert. I believed that the only way to make amends for my wrongs toward him was to pour out my heart to him without reservation, and I resolved to confess everything to him—so long as it did not compromise his mistress’s interests. I had no doubt that this choice was yet another trick of my passion, designed to keep me closer to her; but I would have thrown myself into the arms of his lover without hesitation, I would have placed myself entirely under his guidance, and I would have gone so far in my frankness as it was possible. I was about to write him a second letter, certain that he would respond, when I learned the sad reason for his silence regarding the first one. He had not been able to endure the hardships of that campaign to the end. Madame d’Épinay told me that he had just suffered an attack of paralysis[227]; and Madame d’Houdetot, whose own distress eventually made her ill and prevented her from writing to me immediately, informed me a few days later, from Paris where she was at the time, that he had been taken to Aix-la-Chapelle for his baths. I would not say that this sad news affected me as deeply as it did; but I doubt that the anguish it caused me was any less intense than his pain and his tears. The thought of him in such a state, compounded by the fear that my own worries might have contributed to it, touched me more deeply than anything else that had happened before. I felt acutely that, in my own self-respect, I lacked the strength needed to endure all this suffering. Fortunately, this generous friend did not leave me in this despair for long; despite his illness, he did not forget about me, and it was not long before I learned from him himself that I had wrongfully judged his feelings and his condition. But now it is time to turn to the great upheaval in my destiny—the catastrophe that divided my life into two such vastly different parts, and that, for a seemingly trivial reason, brought about such terrible consequences.
Lottò con tutte le sue forze contro questa decisione, senza sapere bene cosa dire riguardo alle ragioni su cui essa si basava; non aveva ancora discusso della questione con lui. Ma il giorno dopo, invece di spiegarsi a parole con me, mi consegnò una lettera molto abilmente redatta, che avevano preparato insieme. In essa, senza entrare nei dettagli dei fatti, giustificava la sua decisione sottolineando il suo carattere riservato e concentrato, e mi rimproverava per averla sospettata di tradire il proprio amico, esortandomi a riconciliarmi con lui. Questa lettera, che si trova nella cartella A n° 48, ebbe su di me un grande effetto. In una conversazione successiva, durante la quale mi resi conto che era più preparata rispetto alla prima volta, decisi finalmente di arrendermi: iniziai a credere di aver potuto giudicare male le cose e che, in tal caso, avevo davvero commesso gravi errori nei confronti di un amico, errori che dovevo rimediare. Così, come avevo già fatto in precedenza con Diderot e il barone d’Holbach, per metà per buona volontà e per metà per debolezza, feci tutte le concessioni che ritenevo giuste; andai da M. Grimm come un altro George Dandin, chiedendogli scusa per le offese che mi aveva fatto, sempre convinto, nella mia falsa convinzione, che non esista odio che non possa essere placato con dolcezza e buone maniere. Al contrario, l’odio dei malvagi si intensifica soltanto quando non trovano nulla su cui basarlo; il senso della propria ingiustizia diventa semplicemente un altro motivo per odiare ancora di più la persona che ne è vittima. Ho una prova molto concreta di questa massima nel comportamento di Grimm e Tronchin, i quali sono diventati i miei due nemici più implacabili, per gusto, per divertimento, per capriccio, senza che io avessi mai commesso alcun torto nei loro confronti; la loro rabbia aumenta giorno dopo giorno, proprio come quella dei tigri, a causa della facilità con cui riescono a sfogarla.
Mi aspettavo che, confuso dalla mia condiscendenza e dalle mie avances, Grimm mi accogliesse a braccia aperte, con la più tenera amicizia. Invece mi accolse come un imperatore romano, con una freddezza che non avevo mai visto in nessuno. Non ero affatto preparato a un tale trattamento. Mentre, nel disagio di un ruolo del tutto inadatto a me, riuscivo a esprimere, in poche parole e con aria timida, lo scopo della mia visita, prima ancora di essere accolto con favore, egli pronunciò, con grande maestosità, un lungo discorso preparato in anticipo; nel discorso elencava numerose le sue rare virtù, soprattutto in campo amicale. Insisteva ripetutamente su un punto che all’inizio mi colpì molto: il fatto che mantenesse sempre gli stessi amici. Mentre parlava, pensavo tra me e me che sarebbe stato davvero crudele da parte mia fare un’eccezione a questa regola. Ne faceva menzione così spesso e con tale enfasi che mi sembrò che, se si fosse attenuto soltanto ai sentimenti del proprio cuore, non avrebbe dato tanta importanza a questo principio; probabilmente lo utilizzava come strumento per raggiungere i propri scopi. Anch’io avevo sempre mantenuto tutti i miei amici fin dall’infanzia; nessuno di loro era morto, eppure non ci avevo mai riflettuto. Non si trattava certo di una regola che mi fossi imposto. Poiché era un vantaggio comune a entrambi, perché allora egli ne faceva una questione di priorità, se non per dimostrarmi che intendeva togliermelo in futuro? In seguito cercò anche di umiliarmi, sottolineando quanto i nostri amici comuni lo preferissero a me. Conoscevo bene anch’io questa preferenza. La domanda era: su quale base l’aveva ottenuta? Per merito o abilità, elevandosi lui stesso o cercando di umiliarmi io? Alla fine, quando ebbe creato tra noi tutta la distanza necessaria per rendere “preziosa” la grazia che mi stava per concedere, mi diede il bacio della pace in un abbraccio appena accennato, simile all’accolada che un re riserva ai nuovi cavalieri. Rimasi sbalordito, senza sapere cosa dire. Tutta quella scena sembrava una sorta di rimprovero da parte di un insegnante nei confronti di uno studente a cui viene concesso il perdono dopo una punizione. Ogni volta che ci penso, mi rendo conto di quanto siano ingannevoli i giudizi basati sull’apparenza, di quanto spesso l’audacia e la fierezza appartengano al colpevole, mentre vergogna e imbarazzo sono il destino dell’innocente.
Eravamo riconciliati; per il mio cuore era sempre un sollievo che ogni lite mi risparmiasse angosie mortali. Ovviamente, una tale riconciliazione non cambiò affatto le sue abitudini; mi tolse soltanto il diritto di lamentarmene. Così decisi di sopportare tutto e di non dire più nulla.
Tanti dolori, uno dopo l’altro, mi gettarono in un abbattimento tale da non lasciarmi quasi più la forza di riprendere il controllo su me stesso. Senza risposta da parte di Saint-Lambert, trascurato da Madame d’Houdetot, senza osare più confidarmi con nessuno, cominciai a temere che, aver fatto dell’amicizia l’idolo del mio cuore significasse aver sprecato la mia vita in vani sforzi. Dopo aver affrontato questa prova, delle mie relazioni rimasero soltanto due uomini che avevano conservato tutta la mia stima e a cui il mio cuore poteva affidarsi: Duclos, di cui non avevo più notizie da quando mi ero ritirato all’Ermitage, e Saint-Lambert. Pensai che l’unica maniera per rimediare ai miei torti nei suoi confronti fosse confidargli tutto senza riserve, e decisi quindi di rivelargli completamente ciò che non avrebbe potuto compromettere la sua amante. Non dubito che questa scelta fosse in realtà un altro trucco della mia passione, per tenermi ancora più vicino a lei; ma è certo che sarei corso senza esitazione tra le sue braccia, mi sarei affidato completamente alla sua guida e avrei mostrato una franchezza estrema. Ero pronto a scrivergli un’altra lettera, di cui ero sicuro avrebbe risposto, quando appresi la triste causa del suo silenzio riguardo alla prima. Non era riuscito a sopportare fino in fondo le fatiche di quella campagna. Madame d’Épinay mi comunicò che aveva subito un attacco di paralisi; Madame d’Houdetot, a sua volta colpita dalla stessa malattia e impossibilitata a scrivermi immediatamente, mi disse alcuni giorni dopo, da Parigi, che Saint-Lambert si era recato ad Aix-la-Chapelle per fare i bagni termali. Questa triste notizia non mi colpì come avrebbe potuto; tuttavia, il dolore che provai fu altrettanto intenso quanto quello di lei. Il pensiero di vederlo in quelle condizioni, unito alla paura che l’ansia avesse contribuito a causarglielo, mi colpì più profondamente di qualsiasi altra cosa fosse accaduta fino ad allora. Sentii chiaramente di non avere la forza necessaria per sopportare tutto ciò. Fortunatamente, questo nobile amico non mi lasciò a lungo in questo stato di abbattimento; non mi dimenticò, nonostante la sua malattia. E presto appresi da lui stesso che avevo giudicato male i suoi sentimenti e la sua situazione. Ma è ora di parlare della grande rivoluzione nella mia vita. Di quella catastrofe che ha diviso la mia esistenza in due parti così diverse. Di quel evento che, per una causa apparentemente insignificante, ha avuto conseguenze terribili.
Un jour que je ne songeais à rien moins, Mme d’Épinay m’envoya chercher. En entrant, j’aperçus dans ses yeux et dans toute sa contenance un air de trouble dont je fus d’autant plus frappé, que cet air ne lui était point ordinaire, personne au monde ne sachant mieux qu’elle gouverner son visage et ses mouvements. Mon ami, me dit-elle, je pars pour Genève ; ma poitrine est en mauvais état, ma santé se délabre au point que, toute chose cessante, il faut que j’aille voir et consulter Tronchin. Cette résolution, si brusquement prise et à l’entrée de la mauvaise saison, m’étonna d’autant plus que je l’avais quittée trente-six heures auparavant sans qu’il en fût question. Je lui demandai qui elle emmènerait avec elle. Elle me dit qu’elle emmènerait son fils avec M. de Linant, et puis elle ajouta négligemment : Et vous, mon Ours, ne viendrez-vous pas aussi ? Comme je ne crus pas qu’elle parlât sérieusement, sachant que dans la saison où nous entrions j’étais à peine en état de sortir de ma chambre, je plaisantai sur l’utilité du cortège d’un malade pour un autre malade ; elle parut elle-même n’en avoir pas fait tout de bon la proposition, et il n’en fut plus question. Nous ne parlâmes plus que des préparatifs de son voyage, dont elle s’occupait avec beaucoup de vivacité, étant résolue à partir dans quinze jours.
Je n’avais pas besoin de beaucoup de pénétration pour comprendre qu’il y avait à ce voyage un motif secret qu’on me taisait. Ce secret, qui n’en était un dans toute la maison que pour moi, fut découvert dès le lendemain par Thérèse, à qui Teissier, le maître d’hôtel, qui le savait de la femme de chambre, le révéla. Quoique je ne doive pas ce secret à Mme d’Épinay, puisque je ne le tiens pas d’elle, il est trop lié avec ceux que j’en tiens pour que je puisse l’en séparer : ainsi je me tairai sur cet article. Mais ces secrets, qui jamais ne sont sortis, ni ne sortiront, de ma bouche ni de ma plume, ont été sus de trop de gens pour pouvoir être ignorés dans tous les entours de Mme d’Épinay[228].
Instruit du vrai motif de ce voyage, j’aurais reconnu la secrète impulsion d’une main ennemie, dans la tentative de m’y faire le chaperon de Mme d’Épinay ; mais elle avait si peu insisté, que je persistai à ne point regarder cette tentative comme sérieuse, et je ris seulement du beau personnage que j’aurais fait là, si j’eusse eu la sottise de m’en charger. Au reste, elle gagna beaucoup à mon refus, car elle vint à bout d’engager son mari même à l’accompagner.
Quelques jours après, je reçus de Diderot le billet que je vais transcrire. Ce billet seulement plié en deux, de manière que tout le dedans se lisait sans peine, me fut adressé chez Mme d’Épinay, et recommandé à M. de Linant, le gouverneur du fils et le confident de la mère.
Billet de Diderot.
(liasse A, n° 52.)
« Je suis fait pour vous aimer et pour vous donner du chagrin. J’apprends que Mme d’Épinay va à Genève, et je n’entends point dire que vous l’accompagniez. Mon ami, content de Mme d’Épinay, il faut partir avec elle ; mécontent, il faut partir beaucoup plus vite. Êtes-vous surchargé du poids des obligations que vous lui avez : voilà une occasion de vous acquitter en partie et de vous soulager. Trouverez-vous une autre occasion dans votre vie de lui témoigner votre reconnaissance ? Elle va dans un pays où elle sera comme tombée des nues. Elle est malade, elle aura besoin d’amusement et de distraction. L’hiver ! voyez, mon ami. L’objection de votre santé peut être beaucoup plus forte que je ne la crois. Mais êtes-vous plus mal aujourd’hui que vous ne l’étiez il y a un mois, et que vous ne le serez au commencement du printemps ? Ferez-vous dans trois mois d’ici le voyage plus commodément qu’aujourd’hui ? Pour moi, je vous avoue que si je ne pouvais supporter la chaise, je prendrais un bâton et je la suivrais. Et puis ne craignez-vous pas qu’on ne mésinterprète votre conduite ? On vous soupçonnera ou d’ingratitude, ou d’un autre motif secret. Je sais bien que, quoi que vous fassiez, vous aurez toujours pour vous le témoignage de votre conscience, mais ce témoignage suffit-il seul, et est-il permis de négliger jusqu’à certain point celui des autres hommes ? Au reste, mon ami, c’est pour m’acquitter avec vous et avec moi que je vous écris ce billet. S’il vous déplaît, jetez-le au feu, et qu’il n’en soit non plus question que s’il n’eût jamais été écrit. Je vous salue, vous aime, et vous embrasse. »
Le tremblement de colère, l’éblouissement qui me gagnaient en lisant ce billet, et qui me permirent à peine de l’achever, ne m’empêchèrent pas d’y remarquer l’adresse avec laquelle Diderot y affectait un ton plus doux, plus caressant, plus honnête que dans toutes ses autres lettres, dans lesquelles il me traitait tout au plus de mon cher, sans daigner m’y donner le nom d’ami. Je vis aisément le ricochet par lequel me venait ce billet, dont la suscription, la forme et la marche décelaient même assez maladroitement le détour : car nous nous écrivions ordinairement par la poste ou par le messager de Montmorency, et ce fut la première et l’unique fois qu’il se servit de cette voie-là.
Quand le premier transport de mon indignation me permit d’écrire, je lui traçai précipitamment la réponse suivante, que je portai sur-le-champ, de l’Ermitage où j’étais pour lors, à la Chevrette, pour la montrer à Mme d’Épinay, à qui, dans mon aveugle colère, je la voulus lire moi-même, ainsi que le billet de Diderot.
« Mon cher ami, vous ne pouvez savoir ni la force des obligations que je puis avoir à Mme d’Épinay, ni jusqu’à quel point elles me lient, ni si elle a réellement besoin de moi dans son voyage, ni si elle désire que je l’accompagne, ni s’il m’est possible de le faire, ni les raisons que je puis avoir de m’en abstenir. Je ne refuse pas de discuter avec vous tous ces points ; mais, en attendant, convenez que me prescrire si affirmativement ce que je dois faire, sans vous être mis en état d’en juger, c’est, mon cher philosophe, opiner en franc étourdi. Ce que je vois de pis à cela est que votre avis ne vient pas de vous. Outre que je suis peu d’humeur à me laisser mener sous votre nom par le tiers et le quart, je trouve à ces ricochets certains détours qui ne vont pas à votre franchise, et dont vous ferez bien, pour vous et pour moi, de vous abstenir désormais.
Vous craignez qu’on n’interprète mal ma conduite ; mais je défie un cœur comme le vôtre d oser mal penser du mien. D’autres, peut-être, parleraient mieux de moi si je leur ressemblais davantage. Que Dieu me préserve de me faire approuver d’eux ! Que les méchants m’épient et m’interprètent : Rousseau n’est pas fait pour les craindre, ni Diderot pour les écouter.
Si votre billet m’a déplu, vous voulez que je le jette au feu, et qu’il n’en soit plus question ! Pensez-vous qu’on oublie ainsi ce qui vient de vous ? Mon cher, vous faites aussi bon marché de mes larmes, dans les peines que vous me donnez, que de ma vie et ma santé dans les soins que vous m’exhortez à prendre. Si vous pouviez vous corriger de cela, votre amitié m’en serait plus douce, et j’en deviendrais moins à plaindre. »
En entrant dans la chambre de Mme d’Épinay, je trouvai Grimm avec elle, et j’en fus charmé. Je leur lus à haute et claire voix mes deux lettres avec une intrépidité dont je ne me serais pas cru capable, et j’y ajoutai, en finissant, quelques discours qui ne la démentaient pas. À cette audace inattendue dans un homme ordinairement si craintif, je les vis l’un et l’autre atterrés, abasourdis, ne répondant pas un mot ; je vis surtout cet homme arrogant baisser les yeux à terre, et n’oser soutenir les étincelles de mes regards ; mais dans le même instant, au fond de son cœur, il jurait ma perte, et je suis sûr qu’ils la concertèrent avant de se séparer.
Ce fut peu après dans ce temps-là que je reçus enfin par Mme d’Houdetot la réponse de Saint-Lambert (Liasse A n° 57), datée encore de Wolfenbuttel, peu de jours après son accident, à ma lettre qui avait tardé longtemps en route. Cette réponse m’apporta des consolations, dont j’avais grand besoin dans ce moment-là, par les témoignages d’estime et d’amitié dont elle était pleine, et qui me donnèrent le courage et la force de les mériter. Dès ce moment je fis mon devoir ; mais il est constant que si Saint-Lambert se fût trouvé moins sensé, moins généreux, moins honnête homme, j’étais perdu sans retour.
One day, when I was thinking of nothing in particular, Madame d’Épinay sent for me. Upon entering, I noticed in her eyes and throughout her demeanor an air of distress that struck me all the more because it was entirely out of character for her—after all, no one in the world knew better than she how to control her expression and movements. “My friend,” she said to me, “I am going to Geneva; my health is very poor, and it has deteriorated to such a degree that, given everything else aside, I must see Tronchin for advice.” This decision, taken so suddenly and at the beginning of the bad season, surprised me even more since I had left her thirty-six hours earlier with no mention of such plans. I asked her who she would take with her; she said she would bring her son along with Monsieur de Linant, and then added casually, “And you, my dear Ours, won’t you come too?” Since I didn’t think she was serious—given that in the season we were in I could barely leave my room—I made light of the idea of one sick person accompanying another. She seemed to realize herself that she had merely mentioned it in passing, and the subject was never brought up again. We then discussed only the preparations for her journey, which she attended to with great enthusiasm, determined to set off within fifteen days.
I did not need much insight to realize that there was some secret motive behind this trip that was being kept from me. This secret—which was a secret only to me in the entire household—was discovered the very next day by Thérèse, who learned of it from the maid. Although I did not obtain this secret from Madame d’Épinay, since I did not learn it from her, it is too closely connected to those secrets I do know that I cannot separate it from them; therefore, I will remain silent on this matter. However, these secrets—which have never been and will never be revealed from my mouth or in my writings—have been known by too many people for them to remain unknown within Madame d’Épinay’s circle of acquaintances[228].
Had I been aware of the true purpose behind this journey, I would have recognized the hidden motive of an enemy hand in her attempt to assign me as Mme d’Épinay’s chaperone; but since she had made so little insistence on it, I continued to regard this plan as frivolous and merely laughed at the ridiculous role I would have played if I had foolishly agreed to it. In any case, her refusal only served her well, for it ultimately led to her husband agreeing to accompany her himself.
A few days later, I received from Diderot the note that I am about to transcribe. This note, simply folded in half so that all its contents were easily readable, was addressed to me at Madame d’Épinay’s residence and was recommended to Mr. de Linant, the son’s governor and the mother’s confidant.
A letter from Diderot.
(Liasse A, No. 52.)
“I am destined to love you and to cause you sorrow. I have learned that Madame d’Épinay is going to Geneva, but I hear nothing of you accompanying her. My friend, if you are content with Madame d’Épinay, you should go with her; if you are not, you should leave even more quickly. Are you burdened by the obligations you have toward her? This is an opportunity to relieve that burden in part and bring yourself some solace. Will you find another chance in your life to express your gratitude to her? She is going to a place where she will be completely alone. She is ill; she will need entertainment and distraction. The winter, my friend, consider it carefully. The concern for your health might be greater than I imagine. But are you in worse health today than you were a month ago, or than you will be at the beginning of spring? Will you be able to make the journey more comfortably in three months than you can now? As for me, I must confess that if I couldn’t use a chair, I would take a stick and follow her. And aren’t you afraid that people might misinterpret your actions? They will suspect either ingratitude or some other secret motive. I know that whatever you do, you will always have the testimony of your conscience on your side, but is that testimony enough in itself? And is it permissible to ignore the opinions of other people to some extent? Anyway, my friend, I am writing this letter to be honest with both you and myself. If it displeases you, burn it; let it be as if it had never been written. I salute you, love you, and kiss you.”
The rage that shook me and the dizziness that overcame me as I read this letter—preventing me from finishing it even—did not stop me from noticing the tone Diderot used in it: a softer, more tender, more honest tone than in any of his other letters, where he at best referred to me as “my dear,” without ever deigning to call me his friend. I quickly understood the reason behind this letter; its address, its format, and its content all revealed rather clumsily that it had been sent through an indirect route. Normally, we communicated via mail or through Montmorency’s messenger, and this was the first and only time he used such a method.
When the first surge of my indignation allowed me to write, I hastily drafted the following reply and immediately took it from the Hermitage where I was at that time to Chevrette, in order to show it to Madame d’Épinay. In my blind fury, I even wanted to read it to her myself, along with Diderot’s letter.
“My dear friend, you cannot know the extent of my obligations toward Madame d’Épinay, nor to what degree they bind me; nor whether she truly needs my assistance on her journey, nor whether she wishes for my company, nor whether it is possible for me to accompany her, nor the reasons I might have for refraining from doing so. I am not opposed to discussing all these points with you; but in the meantime, please admit that to prescribe so categorically what I ought to do, without first forming your own judgment on the matter, is nothing short of sheer foolishness. What troubles me most about this is that your opinion does not come from yourself. Apart from my aversion to being led astray in your name by others, I also notice certain circuitous ways in your reasoning that are far from your usual frankness—and it would be best for both you and me if you refrained from such approaches in the future.”
You fear that my behavior may be misinterpreted; but I defy a heart like yours to dare to think ill of mine. Others might speak better of me if I resembled them more. May God prevent me from gaining their approval! Let the wicked watch me and interpret my actions as they please—Rousseau is not made to fear them, nor is Diderot meant to listen to them.
If your letter has displeased me, do you really want me to throw it into the fire and forget about it entirely? Do you think that in this way we can erase what you have just written? My dear, you treat my tears with such indifference, in the pain you cause me, just as you treat my life and my health with indifference when you urge me to take care of them. If only you could change this attitude; then your friendship would be even more precious to me, and I would be less in need of consolation.
Upon entering Madame d’Épinay’s room, I found Grimm there with her, and I was delighted by that. I read my two letters aloud to them in a boldness I never thought I would possess, and at the end, I added some remarks that did not diminish that boldness in the slightest. At this unexpected audacity on the part of a man usually so timid, both of them were terrified and stunned, unable to utter a word; in particular, I saw that arrogant man lower his eyes and dare not meet the intensity of my gaze. But at the same time, deep down in his heart, he swore my ruin—and I am certain they plotted it together before parting.
It was not long after that that I finally received from Madame d’Houdetot the reply from Saint-Lambert (Letter A, No. 57), which was still dated from Wolfenbuttel, just a few days after his accident, in response to my letter, which had taken a long time to reach him. This reply brought me much comfort at a time when I needed it greatly, through the expressions of esteem and friendship it contained, and it gave me the courage and strength to deserve such kindness. From that moment on, I did my duty; but it is undeniable that if Saint-Lambert had been less sensible, less generous, or less honest, I would have been lost forever.
Un giorno, mentre non pensavo affatto a nulla del genere, la signora d’Épinay mi mandò a chiamarla. Entrando, notai nei suoi occhi e nel suo comportamento un’aria di turbamento che mi colpì ancora di più, poiché tale espressione non le era affatto tipica: nessuno al mondo conosceva meglio di lei il modo di controllare il proprio volto e i propri gesti. “Mio caro”, mi disse, “parto per Ginevra; la mia salute è molto cagionevole e, a meno che non si intervenga immediatamente, devo andare da Tronchin per farmi visitare.” Questa decisione, presa così all’improvviso e proprio all’inizio della stagione invernale, mi sorprese ancora di più, visto che trentasei ore prima non se ne era parlato affatto. Le chiesi chi avrebbe portato con sé; mi rispose che avrebbe accompagnato suo figlio insieme al signor de Linant, e poi aggiunse, in tono casuale: “E tu, mio caro, non verrai anche tu?” Poiché non pensavo che parlasse seriamente – sapendo bene che in quella stagione ero a malapena in grado di lasciare la mia stanza – scherzai sull’utilità di un “corteo” formato da malati. Lei sembrò stessa non aver preso sul serio la sua proposta, e l’argomento fu lasciato cadere. Parlammo soltanto dei preparativi per il suo viaggio, di cui si occupava con grande entusiasmo, essendo decisa a partire entro quindici giorni.
Non mi ci volle molta perspicacia per capire che quel viaggio nascondeva un motivo segreto di cui a me non si diceva nulla. Questo segreto, che in tutta la casa era tale soltanto per me, fu scoperto il giorno seguente da Thérèse, a cui Teissier, il maggiordomo che ne era a conoscenza tramite la cameriera, lo rivelò. Anche se non devo questo segreto alla signora d’Épinay, poiché non l’ho appreso da lei, esso è troppo strettamente legato agli altri segreti che conosco per poterlo separare da loro; quindi rimarrà un mistero. Tuttavia, questi segreti, che mai sono usciti né usciranno dalla mia bocca né dalla mia penna, sono stati noti da troppe persone perché possano rimanere ignorati in tutti gli ambienti legati alla signora d’Épinay[228].
Avendo conosciuto il vero motivo di questo viaggio, avrei riconosciuto nella tentativa di farmi da accompagnatore di Madame d’Épinay l’influenza segreta di una mano nemica; ma poiché lei non aveva insistito molto, continuai a considerare tale tentativo privo di serietà e ridetti soltanto del ruolo ridicolo che avrei svolto se avessi avuto la stupidità di accettarlo. Del resto, il mio rifiuto le fu di grande aiuto, poiché riuscì persino a convincere suo marito ad accompagnarla.
Qualche giorno dopo, ricevetti da Diderot la lettera che ora trascriverò. Questa lettera, semplicemente piegata a metà in modo che tutto il contenuto fosse facilmente leggibile, mi fu inviata presso Madame d’Épinay e affidata a Monsieur de Linant, governatore del figlio e confidente della madre.
Biglietto di Diderot.
(lascio A, n. 52.)
“Sono destinato ad amarti e a causarti dolore. Ho appreso che la signora d’Épinay si reca a Ginevra, e non ho sentito dire che tu l’accompagni. Amico mio, se sei soddisfatto della signora d’Épinay, devi partire con lei; se no, devi partire ancora più in fretta. Se ti senti oppresso dai doveri che hai verso di lei, questa è un’occasione per liberarti in parte da quei doveri e per alleviare il tuo peso. Troverai forse un’altra occasione nella tua vita per dimostrarle la tua riconoscenza? Lei si reca in un paese dove sarà come se fosse appena arrivata dal nulla. È malata, avrà bisogno di divertimento e distrazione. L’inverno! Pensaci, amico mio. Il pretesto della tua salute potrebbe essere molto più valido di quanto creda. Ma sei forse più malato oggi di quanto lo eri un mese fa, o di quanto lo sarai all’inizio della primavera? Riuscirai a compiere questo viaggio tra tre mesi in modo più agevole di oggi? Per quanto mi riguarda, devo ammettere che se non potessi sopportare il viaggio in carrozza, prenderei un bastone e la seguirei. E poi, non temi forse che qualcuno possa fraintendere il tuo comportamento? Si potrebbe sospettare che tu sia ingrato, o che ci sia qualche altro motivo nascosto. So bene che, qualunque cosa tu faccia, avrai sempre la testimonianza della tua coscienza. Ma basta forse questa testimonianza da sola? E è lecito trascurare un po’ quella degli altri uomini? Comunque, amico mio, ti scrivo questa lettera soltanto per essere onesto con te e con me stesso. Se non ti piace, gettala nel fuoco, come se non fosse mai stata scritta. Ti saluto, ti amo e ti abbraccio.”
Il tremore di rabbia e lo stordimento che mi colpirono mentre leggevo quella lettera, impedendomi quasi di finirla, non mi impedirono tuttavia di notare l’atteggiamento con cui Diderot vi adottava un tono più dolce, più affettuoso, più sincero rispetto a tutte le altre sue lettere, nelle quali mi trattava al massimo come “mio caro”, senza mai degnarsi di chiamarmi amico. Riuscii facilmente a comprendere il motivo per cui mi aveva inviato quella lettera: l’indirizzo, la forma e lo stile stesso della missiva rivelavano in modo piuttosto goffo che si trattava di un messaggio indiretto. Di solito ci scrivevamo infatti tramite posta o tramite il messaggero di Montmorency, e quella fu la prima e unica volta che utilizzò questo canale per comunicare con me.
Quando il primo impulso della mia indignazione mi permise di scrivere, redigui rapidamente la seguente risposta e la portai immediatamente dall’Ermitage, dove mi trovavo in quel momento, alla Chevrette per mostrarla a Madame d’Épinay; nella mia furia cieca, volevo leggerla personalmente insieme al biglietto di Diderot.
“Mio caro amico, non potete conoscere né la forza degli obblighi che posso avere nei confronti di Madame d’Épinay, né in quale misura questi obblighi mi legano a lei, né se abbia davvero bisogno di me nel suo viaggio, né se desideri che io l’accompagni, né se sia possibile farlo, né le ragioni per cui potrei rifiutare. Non mi rifiuto di discutere con voi tutti questi punti; ma, intanto, concordate con me sul fatto che stabilire in modo così categorico ciò che devo fare, senza aver prima valutato la situazione, significa, mio caro filosofo, esprimersi in modo assolutamente sciocco. Ciò che trovo ancora peggio è che il vostro parere non proviene da voi stesso. Oltre al fatto che non ho alcuna voglia di essere guidato, in nome vostro, da terzi o da altre persone, noto anche che queste “riflessioni” contengono certi giri di parole che non sono tipici della vostra franchezza. E sarebbe meglio, sia per voi che per me, che vi asteneste da farle in futuro.”
Temete che la mia condotta possa essere fraintesa; ma sfido un cuore come il vostro ad osare pensare male di me. Altri, forse, parlerebbero meglio di me se fossi più simile a loro. Che Dio mi protegga dal cercare il loro consenso! Che i malvagi mi osservino e mi interpretino a modo loro: Rousseau non è fatto per temerli, né Diderot per ascoltarli.
Se il vostro biglietto mi ha dispiaciuto, volete che lo getti nel fuoco, in modo che non se ne parli più! Pensate davvero che così si possa dimenticare ciò che avete appena detto? Caro mio, trattate le mie lacrime con la stessa leggerezza con cui trattate la mia vita e la mia salute, quando mi esortate a prendermi cura di me stessa. Se poteste correggere questo comportamento, la vostra amicizia sarebbe ancora più dolce per me, e io sarei meno da compiangere.
Entrando nella stanza di Madame d’Épinay, trovai Grimm con lei e ne fui incantato. Leggemmo ad alta voce le mie due lettere con un coraggio di cui non mi sarei mai creduto capace, e alla fine aggiunsi alcuni discorsi che non lo smentivano affatto. Di fronte a tale audacia inaspettata da parte di un uomo solitamente così timido, vidi entrambi sbalorditi, senza riuscire a pronunciare una parola; soprattutto quell’uomo arrogante abbassò lo sguardo e non osò più incrociare il mio. Ma nel profondo del suo cuore, giurava la mia rovina. E sono certo che concordarono su questo prima di separarsi.
Poco dopo in quel periodo ricevetti finalmente dalla signora d’Houdetot la risposta di Saint-Lambert (Liasse A n° 57), ancora datata da Wolfenbuttel, pochi giorni dopo il suo incidente, alla mia lettera che aveva impiegato molto tempo ad arrivare. Questa risposta mi portò consolazioni, di cui avevo grande bisogno in quel momento; era piena di testimonianze di stima e amicizia, e mi diede il coraggio e la forza per meritarle. Da quel momento in poi feci il mio dovere; ma è certo che se Saint-Lambert fosse stato meno saggio, meno generoso, meno onesto, sarei stato irrimediabilmente perduto.
La saison devenait mauvaise, et l’on commençait à quitter la campagne. Mme d’Houdetot me marqua le jour où elle comptait venir faire ses adieux à la vallée, et me donna rendez-vous à Eaubonne. Ce jour se trouva par hasard le même où Mme d’Épinay quittait la Chevrette pour aller à Paris achever les préparatifs de son voyage. Heureusement elle partit le matin, et j’eus le temps encore, en la quittant, d’aller dîner avec sa belle-sœur. J’avais la lettre de Saint-Lambert dans ma poche ; je la relus plusieurs fois en marchant. Cette lettre me servit d’égide contre ma faiblesse. Je fis et tins la résolution de ne voir plus en Mme d’Houdetot que mon amie et la maîtresse de mon ami, et je passai tête-à-tête avec elle quatre ou cinq heures dans un calme délicieux, préférable infiniment, même quant à la jouissance, à ces accès de fièvre ardente que jusqu’alors j’avais eus auprès d’elle. Comme elle savait trop que mon cœur n’était pas changé, elle fut sensible aux efforts que j’avais faits pour me vaincre ; elle m’en estima davantage, et j’eus le plaisir de voir que son amitié pour moi n’était point éteinte. Elle m’annonça le prochain retour de Saint-Lambert, qui, quoique assez bien rétabli de son attaque, n’était plus en état de soutenir les fatigues de la guerre, et quittait le service pour venir vivre paisiblement auprès d’elle. Nous formâmes le projet charmant d’une étroite société entre nous trois, et nous pouvions espérer que l’exécution de ce projet serait durable, vu que tous les sentiments qui peuvent unir des cœurs sensibles et droits en faisaient la base, et que nous rassemblions à nous trois assez de talents et de connaissances pour nous suffire à nous-mêmes, et n’avoir besoin d’aucun supplément étranger. Hélas ! en me livrant à l’espoir d’une si douce vie, je ne songeais guère à celle qui m’attendait.
Nous parlâmes ensuite de ma situation présente avec Mme d’Épinay. Je lui montrai la lettre de Diderot, avec ma réponse : je lui détaillai tout ce qui s’était passé à ce sujet, et je lui déclarai la résolution où j’étais de quitter l’Ermitage. Elle s’y opposa vivement, et par des raisons toutes-puissantes sur mon cœur. Elle me témoigna combien elle aurait désiré que j’eusse fait le voyage de Genève, prévoyant qu’on ne manquerait pas de la compromettre dans mon refus : ce que la lettre de Diderot semblait annoncer d’avance. Cependant, comme elle savait mes raisons aussi bien que moi-même, elle n’insista pas sur cet article ; mais elle me conjura d’éviter tout éclat, à quelque prix que ce pût être, et de pallier mon refus de raisons assez plausibles pour éloigner l’injuste soupçon qu’elle pût y avoir part. Je lui dis qu’elle ne m’imposait pas une tâche aisée ; mais que résolu d’expier mes torts au prix même de ma réputation, je voulais donner la préférence à la sienne, en tout ce que l’honneur me permettait d’endurer. On connaîtra bientôt si j’ai su remplir cet engagement.
Je le puis jurer, loin que ma passion malheureuse eût rien perdu de sa force, je n’aimai jamais ma Sophie aussi vivement, aussi tendrement que je fis ce jour-là. Mais telle fut l’impression que firent sur moi la lettre de Saint-Lambert, le sentiment du devoir et l’horreur de la perfidie, que, durant toute cette entrevue, mes sens me laissèrent pleinement en paix auprès d’elle, et que je ne fus pas même tenté de lui baiser la main. En partant, elle m’embrassa devant ses gens. Ce baiser, si différent de ceux que je lui avais dérobés quelquefois sous les feuillages, me fut garant que j’avais repris l’empire de moi-même : je suis presque assuré que si mon cœur avait eu le temps de se raffermir dans le calme, il ne me fallait pas trois mois pour être guéri radicalement.
Ici finissent mes liaisons personnelles avec Mme d’Houdetot. Liaisons dont chacun a pu juger sur les apparences selon les dispositions de son propre cœur, mais dans lesquelles la passion que m’inspira cette aimable femme, passion la plus vive peut-être qu’aucun homme ait jamais sentie, s’honorera toujours, entre le ciel et nous, des rares et pénibles sacrifices faits par tous deux au devoir, à l’honneur, à l’amour et à l’amitié. Nous nous étions trop élevés aux yeux l’un de l’autre pour pouvoir nous avilir aisément. Il faudrait être indigne de toute estime pour se résoudre à en perdre une de si haut prix, et l’énergie même des sentiments qui pouvaient nous rendre coupables fut ce qui nous empêcha de le devenir.
C’est ainsi qu’après une si longue amitié pour l’une de ces deux femmes, et un si vif amour pour l’autre, je leur fis séparément mes adieux en un même jour : à l’une pour ne la revoir de ma vie, à l’autre pour ne la revoir que deux fois dans les occasions que je dirai ci-après.
Après leur départ, je me trouvai dans un grand embarras pour remplir tant de devoirs pressants et contradictoires, suite de mes imprudences. Si j’eusse été dans mon état naturel, après la proposition et le refus de ce voyage de Genève, je n’avais qu’à rester tranquille, et tout était dit. Mais j’en avais sottement fait une affaire qui ne pouvait rester dans l’état où elle était, et je ne pouvais me dispenser de toute ultérieure explication qu’en quittant l’Ermitage ; ce que je venais de promettre à Mme d’Houdetot de ne pas faire, au moins pour le moment présent. De plus, elle avait exigé que j’excusasse auprès de mes soi-disant amis le refus de ce voyage, afin qu’on ne lui imputât pas ce refus. Cependant je n’en pouvais alléguer la véritable cause sans outrager Mme d’Épinay, à qui je devais certainement de la reconnaissance, après tout ce qu’elle avait fait pour moi. Tout bien considéré, je me trouvai dans la dure, mais indispensable alternative de manquer à Mme d’Épinay, à Mme d’Houdetot, ou à moi-même, et je pris le dernier parti. Je le pris hautement, pleinement, sans tergiverser, et avec une générosité digne assurément de laver les fautes qui m’avaient réduit à cette extrémité. Ce sacrifice, dont mes ennemis ont su tirer parti, et qu’ils attendaient peut-être, a fait la ruine de ma réputation, et m’a ôté, par leurs soins, l’estime publique ; mais il m’a rendu la mienne, et m’a consolé dans mes malheurs. Ce n’est pas la dernière fois, comme on verra, que j’ai fait de pareils sacrifices, ni la dernière aussi qu’on s’en est prévalu pour m’accabler.
Grimm était le seul qui parût n’avoir pris aucune part dans cette affaire ; ce fut à lui que je résolus de m’adresser. Je lui écrivis une longue lettre dans laquelle j’exposai le ridicule de vouloir me faire un devoir de ce voyage de Genève, l’inutilité, l’embarras même dont j’y aurais été à Mme d’Épinay, et les inconvénients qu’il en aurait résulté pour moi-même. Je ne résistai pas, dans cette lettre, à la tentation de lui laisser voir que j’étais instruit, et qu’il me paraissait singulier qu’on prétendît que c’était à moi de faire ce voyage, tandis que lui-même s’en dispensait, et qu’on ne faisait pas mention de lui. Cette lettre, où, faute de pouvoir dire nettement mes raisons, je fus forcé de battre souvent la campagne, m’aurait donné dans le public l’apparence de bien des torts ; mais elle était un exemple de retenue et de discrétion pour les gens qui, comme Grimm, étaient au fait des choses que j’y taisais, et qui justifiaient pleinement ma conduite. Je ne craignis pas même de mettre un préjugé de plus contre moi, en prêtant l’avis de Diderot à mes autres amis, pour insinuer que Mme d’Houdetot avait pensé de même, comme il était vrai, et taisant que, sur mes raisons, elle avait changé d’avis. Je ne pouvais mieux la disculper du soupçon de conniver avec moi qu’en paraissant, sur ce point, mécontent d’elle.
Cette lettre finissait par un acte de confiance dont tout autre homme aurait été touché ; car en exhortant Grimm à peser mes raisons et à me marquer après cela son avis, je lui marquais que cet avis serait suivi, quel qu’il pût être, et c’était mon intention, eût-il même opiné pour mon départ ; car M. d’Épinay s’étant fait le conducteur de sa femme dans ce voyage, le mien prenait alors un coup d’œil tout différent : au lieu que c’était moi d’abord qu’on voulût charger de cet emploi, et qu’il ne fût question de lui qu’après mon refus.
La réponse de Grimm se fit attendre ; elle fut singulière. Je vais la transcrire ici. Voyez (Liasse A, n° 59) :
The season was turning bad, and people began to leave the countryside. Madame d’Houdetot told me the day she planned to come and say goodbye to the valley and arranged to meet me in Eaubonne. By chance, that day happened to be the same day as Madame d’Épinay left the Chevrette to go to Paris to complete the preparations for her journey. Fortunately, she departed in the morning, so I still had time, after saying goodbye to her, to have dinner with her sister-in-law. I had Saint-Lambert’s letter in my pocket; I read it several times as I walked. That letter served as a support for me against my own weakness. I made up my mind and resolved to regard Madame d’Houdetot only as my friend and my friend’s mistress. We spent four or five hours together in a peaceful and delightful atmosphere, which was infinitely more satisfying, even in terms of pleasure, than those intense moments of passion I had previously experienced with her. Since she knew too well that my feelings for her had not changed, she was aware of the efforts I was making to overcome my weakness; she appreciated it all the more, and I was glad to see that her friendship for me remained unshaken. She told me that Saint-Lambert would be returning soon. Although he had recovered fairly well from his illness, he was no longer able to endure the hardships of war, so he was leaving the military service to live peacefully with her. We made the lovely plan to form a close bond as three of us, and we had reason to hope that this plan would last, for it was based on all those sentiments that can unite kind and honest hearts. Moreover, we all possessed enough talents and knowledge to support ourselves without needing anything from outside. Alas! As I indulged in the hope of such a pleasant life, I had little idea of the one that awaited me.
We then discussed my current situation with Madame d’Épinay. I showed her Diderot’s letter along with my reply; I detailed everything that had happened in relation to this matter and informed her of my resolve to leave the Ermitage. She strongly opposed it, citing reasons that were deeply moving to me. She expressed how much she would have wished I had gone to Geneva, anticipating that my refusal might implicate her in some way—something that Diderot’s letter seemed to foreshadow. However, since she was as well aware of my reasons as I was myself, she did not insist on that point. Instead, she urged me to avoid any public scandal, at whatever cost it took, and to provide sufficient justification for my refusal in order to dispel any unjust suspicions she might have. I told her that the task she asked of me was not easy; but since I was determined to atone for my mistakes even at the expense of my reputation, I was willing to place hers above my own in everything that honor permitted me to endure. It will soon become clear whether I succeeded in keeping this promise.
I swear it to you—far from my unfortunate passion having lost any of its intensity, I never loved Sophie as passionately or tenderly as I did that day. Yet, the letter from Saint-Lambert, the sense of duty, and the horror of betrayal had such an effect on me that, throughout our entire encounter, my senses remained completely at peace in her presence; I was not even tempted to kiss her hand. When parting, she kissed me in front of her people. That kiss, so different from those I had sometimes stolen from her under the leaves, assured me that I had regained control over myself. I am almost certain that if my heart had had time to settle down in calmness, it would have taken me no more than three months to be completely healed.
Here end my personal ties with Madame d’Houdetot. Ties which everyone could judge by appearances, according to the dictates of their own hearts; yet in those ties, the passion that this kind woman inspired in me—perhaps the most intense passion any man has ever felt—will always be honored, between heaven and us, by the rare and difficult sacrifices made by both of us for duty, honor, love, and friendship. We had raised ourselves too high in each other’s eyes to stoop so easily. One would have to be utterly unworthy of respect to decide to lose such a precious possession; and it was precisely the strength of those very feelings that could have led us to sin that prevented us from doing so.
It was in this way that, after such a long friendship with one of these two women and such intense love for the other, I said goodbye to them on the same day: to one of them, never to see her again in my life; to the other, only twice more on the occasions I will mention below.
After their departure, I found myself in a great dilemma, faced with so many pressing and contradictory obligations resulting from my own imprudence. If I had remained in my normal state of mind, after accepting and then rejecting the offer to travel to Geneva, I would have simply had to stay calm, and that would have been the end of it. But foolishly, I had turned this matter into something that could not remain unresolved, and I could not avoid further explanations unless I left the Ermitage—something I had promised Madame d’Houdetot not to do, at least for the time being. Moreover, she had demanded that I apologize to my so-called friends for refusing the trip, so that they would not blame her for it. However, I could not reveal the true reason without offending Madame d’Épinay, to whom I was certainly indebted for all that she had done for me. After careful consideration, I found myself faced with the difficult but inevitable choice of offending either Madame d’Épinay, Madame d’Houdetot, or myself—and I chose the last option. I did so with dignity, decisiveness, and a generosity truly worthy of washing away the sins that had brought me to this extreme. This sacrifice, which my enemies took advantage of—and perhaps had even anticipated—led to the ruin of my reputation and deprived me of public respect at their hands; but it also restored my own self-respect and comforted me in my misfortunes. As one will see later, this was not the last time I made such sacrifices, nor was it the last time they were used against me to bring me down.
Grimm was the only one who seemed to have taken no part in this matter; it was to him that I decided to turn for help. I wrote him a long letter in which I explained how ridiculous it was to consider this trip to Geneva as my duty, how pointless and even embarrassing it would be for me at Madame d’Épinay’s house, and what disadvantages it would bring me personally. In that letter, I could not resist giving him to understand that I was aware of the circumstances, and that it seemed strange to claim that it was my responsibility to make this trip while he himself avoided it entirely without anyone mentioning him at all. This letter, in which I was forced to be vague rather than state my reasons clearly, might have given me the appearance of being in the wrong in the eyes of others; yet it was an example of restraint and discretion on my part—especially for those who, like Grimm, were aware of the facts that I chose to omit. I did not even hesitate to add another prejudice against myself by citing Diderot’s opinion alongside my own, in order to imply that Madame d’Houdetot had thought similarly, which was indeed true, while keeping silent about how her opinion changed after hearing my reasons. There was no better way to exonerate her from any suspicion of complicity with me than by appearing dissatisfied with her on this matter.
This letter ended with an expression of trust that any other man would have found touching; for by urging Grimm to consider my reasons and then to express his opinion, I was indicating that whatever that opinion might be, it would be respected—indeed, it was my intention even if he had advised me to leave. Since M. d’Épinay had taken on the role of guiding his wife on this journey, my own role assumed a completely different meaning: instead of being the one initially chosen for this task, I would only consider taking it up after my refusal.
Grimm’s reply took some time to come; it was rather unusual. I will transcribe it here. Please see (File A, No. 59):
La stagione stava diventando brutta, e iniziammo a lasciare la campagna. La signora d’Houdetot mi comunicò il giorno in cui aveva intenzione di venire ad addio alla valle e ci accordammo di incontrarci a Eaubonne. Quel giorno, per coincidenza, era lo stesso in cui la signora d’Épinay lasciava la Chevrette per recarsi a Parigi e completare i preparativi del suo viaggio. Fortunatamente lei partì la mattina, e io ebbi ancora il tempo, prima di congedarmi da lei, di andare a cena da sua cognata. Avevo la lettera di Saint-Lambert in tasca; la rilessi più volte mentre camminavo. Quella lettera mi servì come scudo contro la mia debolezza. Presi e mantenni la risoluzione di considerare la signora d’Houdetot soltanto come mia amica e la padrona di mio amico, e trascorsi con lei quattro o cinque ore in un tranquillo e delizioso dialogo, molto più piacevole, anche dal punto di vista emotivo, di quegli accessi di passione intensa che avevo avuto fino ad allora al suo fianco. Poiché sapeva bene che il mio cuore non era cambiato, fu commossa dai sforzi che avevo fatto per dominarmi; ne apprezzò ancora di più la determinazione, e fui felice di constatare che la sua amicizia per me non si era affatto spenta. Mi annunciò inoltre il prossimo ritorno di Saint-Lambert, il quale, sebbene ormai completamente guarito dall’attacco che aveva subito, non era più in grado di sopportare le fatiche della guerra e lasciava l’esercito per venire a vivere tranquillamente con lei. Formulammo insieme il progetto meraviglioso di trascorrere molto tempo insieme noi tre; potevamo sperare che tale progetto avrebbe avuto un futuro duraturo, poiché tutti i sentimenti sinceri e nobili che possono unire due persone sensibili e oneste ne costituivano la base, e inoltre possedevamo abbastanza talenti e conoscenze per bastare a noi stessi, senza aver bisogno di nulla dall’esterno. Ahimè, mentre mi abbandonavo alla speranza di una vita così dolce, non pensavo affatto a quella che mi aspettava.
Parlammo poi della mia situazione attuale con Madame d’Épinay. Le mostrai la lettera di Diderot e la mia risposta; le descrissi in dettaglio tutto ciò che era accaduto al riguardo e le dichiarai la mia decisione di lasciare l’Ermitage. Lei si oppose vivacemente, adducendo motivi molto persuasivi per il mio cuore. Mi espresse quanto avrebbe desiderato che io fossi partito per Ginevra, prevedendo che il mio rifiuto potesse comprometterla: ciò che sembrava essere già annunciato in anticipo dalla lettera di Diderot. Tuttavia, poiché conosceva le mie ragioni tanto quanto me stesso, non insistette su questo punto; ma mi esortò a evitare qualsiasi scandalo, a qualunque costo fosse, e a fornire motivazioni abbastanza convincenti per dissipare i sospetti ingiusti che potessero sorgere. Le dissi che non mi stava imponendo un compito facile; ma che, deciso a espiare i miei errori anche a scapito della mia reputazione, volevo dare la precedenza alla sua, in tutto ciò che l’onore mi permettesse di sopportare. Presto si saprà se sono riuscito a mantenere questa promessa.
Lo giuro: lungi dall’aver perso in alcun modo la sua forza, la mia sfortunata passione non fu mai così intensa e tenera come quel giorno. Tuttavia, l’influenza della lettera di Saint-Lambert, il senso del dovere e l’orrore della perfidia ebbero su di me un effetto tale che, per tutta la durata di quell’incontro, i miei sensi rimasero completamente tranquilli in sua presenza; non provai nemmeno il desiderio di baciarle la mano. Alla partenza, lei mi baciò davanti alle sue persone. Quel bacio, così diverso da quelli che le avevo rubato qualche volta tra gli alberi, fu per me una prova evidente del fatto che avevo riacquistato il controllo su me stesso: sono quasi certo che, se il mio cuore avesse avuto il tempo di riprendersi nella calma, non mi sarebbero serviti tre mesi per guarire completamente.
Qui terminano i miei rapporti personali con la signora d’Houdetot. Rapporti che ognuno ha potuto giudicare in base alle apparenze, secondo le disposizioni del proprio cuore; ma nei quali la passione che questa gentile donna suscitò in me – forse la più intensa che un uomo abbia mai provato – continuerà sempre a essere onorata, tra il cielo e noi, dai rari e difficili sacrifici che entrambi abbiamo compiuto per il dovere, l’onore, l’amore e l’amicizia. Ci eravamo elevati troppo l’uno rispetto all’altro per poterci abbassare facilmente. Sarebbe necessario essere indegni di ogni stima per decidere di perdere qualcosa di così prezioso; ed è stata proprio l’intensità dei sentimenti che avrebbero potuto renderci colpevoli a impedirci di farlo.
Ecco come, dopo una così lunga amicizia con una di queste due donne e un amore così profondo per l’altra, le salutai entrambe nello stesso giorno: alla prima, sapendo che non l’avrei più rivista in vita mia; all’altra, sapendo che l’avrei rivista soltanto due volte nelle occasioni di cui parlerò in seguito.
Dopo la loro partenza, mi trovai in una situazione molto difficile: dovevo affrontare molti doveri urgenti e contraddittori, tutti derivanti dalle mie imprudenze. Se fossi stato nel mio stato naturale, dopo aver ricevuto l’offerta e poi rifiutato quel viaggio a Ginevra, avrei dovuto semplicemente restare tranquillo, e tutto sarebbe finito lì. Ma avevo stupidamente trasformato la cosa in un problema che non poteva rimanere irrisolto; quindi non mi restava altra scelta se non quella di lasciare l’Ermitage, proprio ciò che avevo promesso a Madame d’Houdetot di non fare, almeno per il momento. Inoltre, lei aveva esigito che chiedessi scusa ai miei cosiddetti amici per aver rifiutato quel viaggio, affinché loro non ne fossero incolpati. Tuttavia, non potevo rivelare la vera ragione senza offendere Madame d’Épinay, a cui dovevo sicuramente essere grato per tutto ciò che aveva fatto per me. Alla fine, mi trovai di fronte all’alternativa difficile ma inevitabile: tradire Madame d’Épinay, Madame d’Houdetot, o me stesso. Scelsi l’ultima opzione, con decisione e generosità, sufficienti certamente a cancellare i peccati che mi avevano portato in quella situazione. Quel sacrificio, di cui i miei nemici approfittarono e forse lo aspettavano già, distrusse la mia reputazione e mi privò dell’ammirazione del pubblico, ma mi restituì la mia stima e mi consolò nei miei mali. Non sarà l’ultima volta, come si vedrà in seguito, che farò simili sacrifici, né sarà l’ultima volta che qualcuno ne approfitterà per accusarmi.
Grimm era l’unico che sembrava non aver avuto alcuna parte in questa faccenda; fu a lui che decisi di rivolgermi. Gli scrissi una lunga lettera nella quale esposi quanto fosse ridicolo considerare quel viaggio a Ginevra un dovere mio, l’inutilità e persino gli inconvenienti che ne sarebbero derivati sia per me che per Madame d’Épinay. Non resistetti nel fargli capire che ero a conoscenza di certe cose e che mi sembrava strano che si pretendesse fosse mio dovere intraprendere quel viaggio, mentre lui stesso se ne asteneva senza alcuna menzione al riguardo. Questa lettera, nella quale, non potendo esporre chiaramente le mie ragioni, fui costretto a essere vago e ambiguo, avrebbe potuto far credere al pubblico che avessi commesso molti errori; ma rappresentava invece un esempio di riservatezza e discrezione da parte mia, soprattutto per coloro che, come Grimm, erano a conoscenza delle cose che tacevo e che comprendevano pienamente le mie motivazioni. Non temetti nemmeno di creare ulteriori pregiudizi contro di me, facendo credere ai miei amici che anche Diderot avesse espresso lo stesso parere, per insinuare che Madame d’Houdetot avesse pensato allo stesso modo – il che era vero – senza però rivelare che, dopo aver conosciuto le mie ragioni, aveva cambiato idea. Non potevo scagionarla meglio dal sospetto di essere complice delle mie decisioni, se non facendo credere, su questo punto, di essere insoddisfatto di lei.
Questa lettera terminava con un atto di fiducia che qualsiasi altro uomo avrebbe trovato commovente; poiché, esortando Grimm a valutare le mie ragioni e successivamente a esprimere il suo parere, gli facevo capire che quel parere sarebbe stato rispettato, qualunque fosse stato, ed era proprio questa la mia intenzione, anche se avesse consigliato il mio allontanamento. Infatti, poiché Monsieur d’Épinay si era assunto il ruolo di guida per sua moglie in questo viaggio, il mio ruolo assumeva un significato completamente diverso: non ero io la prima scelta per tale incarico, ma esso veniva preso in considerazione soltanto dopo il mio rifiuto.
La risposta di Grimm si fece attendere; fu singolare. La trascriverò qui. Vedete (Mazzo A, n. 59):
« Le départ de Mme d’Épinay est reculé ; son fils est malade, il faut attendre qu’il soit rétabli. Je rêverai à votre lettre. Tenez-vous tranquille à votre Ermitage. Je vous ferai passer mon avis à temps. Comme elle ne partira sûrement pas de quelques jours, rien ne presse. En attendant, si vous le jugez à propos, vous pouvez lui faire vos offres, quoique cela me paraisse encore assez égal. Car, connaissant votre position aussi bien que vous-même, je ne doute point qu’elle ne réponde à vos offres comme elle doit, et tout ce que je vois à gagner à cela, c’est que vous pourrez dire à ceux qui vous pressent que si vous n’avez pas été, ce n’est pas faute de vous être offert. Au reste, je ne vois pas pourquoi vous voulez absolument que le Philosophe soit le porte-voix de tout le monde, et parce que son avis est que vous partiez, pourquoi vous imaginez que tous vos amis prétendent la même chose. Si vous écrivez à Mme d’Épinay, sa réponse peut vous servir de réplique à tous ces amis, puisqu’il vous tient tant au cœur de leur répliquer. Adieu : je salue Mme Le Vasseur et le Criminel[229].»
Frappé d’étonnement en lisant cette lettre, je cherchais avec inquiétude ce qu’elle pouvait signifier, et je ne trouvais rien. Comment ! au lieu de me répondre avec simplicité sur la mienne, il prend du temps pour y rêver, comme si celui qu’il avait déjà pris ne lui avait pas suffi. Il m’avertit même de la suspension dans laquelle il veut me tenir, comme s’il s’agissait d’un profond problème à résoudre, ou comme s’il importait à ses vues de m’ôter tout moyen de pénétrer son sentiment, jusqu’au moment qu’il voudrait me le déclarer. Que signifient donc ces précautions, ces retardements, ces mystères ? Est-ce ainsi qu’on répond à la confiance ? Cette allure est-elle celle de la droiture et de la bonne foi ? Je cherchais en vain quelque interprétation favorable à cette conduite, je n’en trouvais point. Quel que fût son dessein, s’il m’était contraire, sa position en facilitait l’exécution, sans que, par la mienne, il me fût possible d’y mettre obstacle. En faveur dans la maison d’un grand prince, répandu dans le monde, donnant le ton à nos communes sociétés, dont il était l’oracle, il pouvait, avec son adresse ordinaire, disposer à son aise toutes ses machines ; et moi, seul dans mon Ermitage, loin de tout, sans avis de personne, sans aucune communication, je n’avais d’autre parti que d’attendre et rester en paix. Seulement j’écrivis à Mme d’Épinay, sur la maladie de son fils, une lettre aussi honnête qu’elle pouvait l’être, mais où je ne donnais pas dans le piège de lui offrir de partir avec elle.
Après des siècles d’attente dans la cruelle incertitude où cet homme barbare m’avait plongé, j’appris au bout de huit ou dix jours que Mme d’Épinay était partie, et je reçus de lui une seconde lettre. Elle n’était que de sept à huit lignes, que je n’achevai pas de lire… c’était une rupture, mais dans des termes tels que la plus infernale haine les peut dicter, et qui même devenaient bêtes à force de vouloir être offensants. Il me défendait sa présence comme il m’aurait défendu ses États. Il ne manquait à sa lettre, pour faire rire, que d’être lue avec plus de sang-froid. Sans la transcrire, sans même en achever la lecture[230], je la lui renvoyai sur-le-champ avec celle-ci :
« Je me refusais à ma juste défiance ; j’achève trop tard de vous connaître.
Voilà donc la lettre que vous vous êtes donné le loisir de méditer. Je vous la renvoie, elle n’est pas pour moi. Vous pouvez montrer la mienne à toute la terre, et me haïr ouvertement ; ce sera de votre part une fausseté de moins. »
Ce que je lui disais, qu’il pouvait montrer ma précédente lettre, se rapportait à un article de la sienne sur lequel on pourra juger de la profonde adresse qu’il mit à toute cette affaire.
J’ai dit que pour gens qui n’étaient pas au fait, ma lettre pouvait donner sur moi bien des prises. Il le vit avec joie ; mais comment se prévaloir de cet avantage sans se compromettre ? En montrant cette lettre, il s’exposait au reproche d’abuser de la confiance de son ami.
Pour sortir de cet embarras, il imagina de rompre avec moi, de la façon la plus piquante qu’il fût possible, et de me faire valoir dans sa lettre la grâce qu’il me faisait de ne pas montrer la mienne. Il était bien sûr que, dans l’indignation de ma colère, je me refuserais à sa feinte discrétion, et lui permettrais de montrer ma lettre à tout le monde : c’était précisément ce qu’il voulait, et tout arriva comme il l’avait arrangé. Il fit courir ma lettre dans tout Paris, avec des commentaires de sa façon, qui pourtant n’eurent pas tout le succès qu’il s’en était promis. On ne trouva pas que la permission de montrer ma lettre, qu’il avait su m’extorquer, l’exemptât du blâme de m’avoir si légèrement pris au mot pour me nuire. On demandait toujours quels torts personnels j’avais avec lui, pour autoriser une si violente haine. Enfin l’on trouvait que, quand j’aurais eu de tels torts qui l’auraient obligé de rompre, l’amitié, même éteinte, avait encore des droits qu’il aurait dû respecter. Mais malheureusement Paris est frivole ; ces remarques du moment s’oublient, l’absent infortuné se néglige ; l’homme qui prospère en impose par sa présence ; le jeu de l’intrigue et de la méchanceté se soutient, se renouvelle, et bientôt son effet sans cesse renaissant efface tout ce qui l’a précédé.
Voilà comment, après m’avoir si longtemps trompé, cet homme enfin quitta pour moi son masque, persuadé que, dans l’état où il avait amené les choses, il cessait d’en avoir besoin. Soulagé de la crainte d’être injuste envers ce misérable, je l’abandonnai à son propre cœur, et cessai de penser à lui. Huit jours après avoir reçu cette lettre, je reçus de Mme d’Épinay sa réponse, datée de Genève, à ma précédente (Liasse B. n° 10). Je compris, au ton qu’elle y prenait pour la première fois de sa vie, que l’un et l’autre, comptant sur le succès de leurs mesures, agissaient de concert, et que, me regardant comme un homme perdu sans ressource, ils se livraient désormais sans risque au plaisir d’achever de m’écraser.
Mon état, en effet, était des plus déplorables. Je voyais s’éloigner de moi tous mes amis, sans qu’il me fût possible de savoir ni comment ni pourquoi. Diderot, qui se vantait de me rester, de me rester seul, et qui depuis trois mois me promettait une visite, ne venait point. L’hiver commençait à se faire sentir, et avec lui les atteintes de mes maux habituels. Mon tempérament, quoique vigoureux, n’avait pu soutenir les combats de tant de passions contraires. J’étais dans un épuisement qui ne me laissait ni force ni courage pour résister à rien. Quand mes engagements, quand les continuelles représentations de Diderot et de Mme d’Houdetot m’auraient permis en ce moment de quitter l’Ermitage, je ne savais ni où aller ni comment me traîner. Je restais immobile et stupide, sans pouvoir agir ni penser. La seule idée d’un pas à faire, d’une lettre à écrire, d’un mot à dire, me faisait frémir. Je ne pouvais cependant laisser la lettre de Mme d’Épinay sans réplique, à moins de m’avouer digne des traitements dont elle et son ami m’accablaient. Je pris le parti de lui notifier mes sentiments et mes résolutions, ne doutant pas un moment que, par humanité, par générosité, par bienséance, par les bons sentiments que j’avais cru voir en elle, malgré les mauvais, elle ne s’empressât d’y souscrire. Voici ma lettre :
À l’Ermitage, le 23 novembre 1757.
« Si l’on mourait de douleur, je ne serais pas en vie. Mais enfin j’ai pris mon parti. L’amitié est éteinte entre nous, Madame ; mais celle qui n’est plus garde encore des droits que je sais respecter. Je n’ai point oublié vos bontés pour moi et vous pouvez compter de ma part sur toute la reconnaissance qu’on peut avoir pour quelqu’un qu’on ne doit plus aimer. Toute autre explication serait inutile : j’ai pour moi ma conscience, et vous renvoie à la vôtre.
J’ai voulu quitter l’Ermitage, et je le devais. Mais on prétend qu’il faut que j’y reste jusqu’au printemps ; et puisque mes amis le veulent, j’y resterai jusqu’au printemps, si vous y consentez. »
Cette lettre écrite et partie, je ne pensai plus qu’à me tranquilliser à l’Ermitage, en y soignant ma santé, tâchant de recouvrer des forces, et de prendre des mesures pour en sortir au printemps, sans bruit et sans afficher une rupture. Mais ce n’était pas là le compte de M. Grimm et de Mme d’Épinay, comme on verra dans un moment.
“Madam d’Épinay’s departure has been postponed; her son is ill, and we must wait until he recovers. I will think about your letter. Stay calm in your retreat; I will let you know my opinion in due time. Since she certainly won’t leave in the next few days, there is no hurry. In the meantime, if you deem it appropriate, you may make your offers to her—though I still think it’s rather indifferent whether you do or not. Knowing your situation as well as you do, I have no doubt she will respond in the way that is proper. The only advantage for you would be that you could tell those who are pressuring you that you did not fail to make your offers. Besides, I don’t see why you insist that the Philosophe must speak on behalf of everyone, or why you assume that all your friends share the same opinion just because he thinks you should leave. If you write to Madame d’Épinay, her reply can serve as a response to all these people—since it seems so important to you to give them one. Adieu; I send my regards to Madame Le Vasseur and the Criminel[229].”
Filled with astonishment upon reading this letter, I anxiously tried to understand what it could mean, but found nothing. How! Instead of simply responding to my own letter, he took time to ponder over it, as if the time he had already spent on it were not enough. He even warned me about the “suspension” he intended to impose upon me, as if it were some profound problem that needed to be resolved, or as if it were essential for his purposes to prevent me from understanding his feelings until he chose to reveal them himself. What did all these precautions, delays, and mysteries mean? Was this how one responded to trust? Did such behavior truly reflect integrity and good faith? In vain I sought any interpretation that could justify such conduct; I found none. Whatever his intentions were, if they were against me, his position made it easy for him to carry them out, while my own circumstances left me with no means to prevent it. He, being in the favor of a great prince, well-known throughout the world, and influencing our common societies as their oracle, could effortlessly manipulate all the resources at his disposal with his usual skill; whereas I, alone in my hermitage, far from anyone, without advice or any means of communication, had no choice but to wait and remain calm. Nevertheless, I wrote to Madame d’Épinay regarding her son’s illness—a letter as honest as it could be—but in which I did not fall into the trap of offering to leave with her.
After centuries of waiting in the cruel uncertainty into which that barbarian man had plunged me, I learned, after eight or ten days, that Madame d’Épinay had left. I then received a second letter from him. It was only seven or eight lines long, and I did not finish reading it. It was a declaration of rupture, but in terms so filled with the most infernal hatred that they almost became meaningless in their attempt to be offensive. He defended his presence to me just as he would have defended his territories. What made the letter almost laughable was that it could only have been taken seriously if read with far more composure. Without transcribing it, without even finishing reading it[230], I sent it back to him immediately, along with this one:
“I refused to exercise my rightful defiance; I have come to know you far too late.”
Here, then, is the letter that you have taken the time to ponder over. I am returning it to you; it is not meant for me. You may show my letter to the whole world and hate me openly; at least that would be one less act of falsehood on your part.
What I told him—that he could show my previous letter—referred to an article in his own letter, and from that one one can judge the profound attention he paid to the entire matter.
I said that for those who were not in the know, my letter could be used against me in many ways. He saw this with pleasure; but how could he take advantage of this situation without compromising himself? By showing this letter, he would expose himself to the accusation of abusing his friend’s trust.
To extricate himself from this awkward situation, he devised the plan to break up with me in the most humiliating way possible, and in his letter, he pretended to be gracious in not revealing my own feelings. Of course, in my fury, I would refuse to accept such pretense and would allow him to show my letter to everyone—precisely what he wanted. And everything happened just as he had planned. He spread my letter throughout Paris, adding his own comments, but these did not achieve the success he had hoped for. People did not believe that his permission to show my letter, which he had managed to extort from me, exempted him from the blame for having so lightly taken my words seriously in order to harm me. People still wondered what personal grievances I might have held against him to justify such intense hatred. Finally, it was argued that even if I had indeed committed such offenses that would have warranted a break-up, friendship, even when extinguished, still carried certain rights that he should have respected. But unfortunately, Paris is a frivolous place; such remarks are soon forgotten, and the unfortunate absent one is neglected. Those who succeed in their schemes dominate through their presence, and the game of intrigue and malice continues, renewing itself constantly—until its ever-recurring effects erase everything that came before it.
In this way, after having deceived me for so long, this man finally removed his mask in my presence, convinced that, given the state things had been brought to, he no longer needed it. Relieved of the fear of being unjust toward this wretched individual, I left him to his own conscience and ceased to think about him. Eight days after receiving this letter, I got a reply from Madame d’Épinay, dated from Geneva, in response to my previous correspondence (Letter Bundle B, No. 10). From the tone she used—for the first time in her life—I realized that both of them, relying on the success of their plans, had acted in concert, and that, considering me a lost and helpless man, they now felt free to indulge in the pleasure of completely crushing me.
My condition was indeed most deplorable. I saw all my friends drifting away from me, without any way of knowing how or why it was happening. Diderot, who boasted that he would stay by my side, that he would remain my only companion, and who had promised to visit me three months ago, never came. Winter began to set in, and with it the onset of my usual ailments. My temperament, though strong, could no longer withstand the conflict of so many opposing passions. I was utterly exhausted, devoid of both strength and courage to resist anything. Even if Diderot’s constant reminders and those of Madame d’Houdetot had allowed me to leave the Ermitage at that moment, I would have had no idea where to go or how to get there. I lay motionless and in a daze, unable to act or think. The mere thought of taking a step, writing a letter, or saying a word filled me with dread. Yet I could not leave Madame d’Épinay’s letter unanswered—unless I were to admit that I deserved the cruel treatment she and her friend inflicted upon me. I decided to express my feelings and resolve to her, certain that, out of humanity, generosity, good manners, or perhaps even those positive qualities I had once believed to exist in her, despite her faults, she would immediately agree with them. Here is my letter:
At the Hermitage, on November 23, 1757.
“If one died of pain, I would not be alive at all. But finally, I have made up my mind. Friendship is dead between us, Madame; but that which no longer exists still retains rights that I know how to respect. I have not forgotten your kindness towards me, and you may count on my utmost gratitude toward someone whom I no longer love. Any other explanation would be unnecessary: I have my conscience to guide me, and I leave you to rely on yours.”
I wanted to leave the Hermitage, and I had to. But they claim that I must stay there until spring; and since my friends want me to, I will stay there until spring, if you agree.
Once this letter was written and sent off, my only thought was to settle down in the Hermitage, take care of my health there, try to regain my strength, and make arrangements to leave there by spring—quietly and without causing any fuss about my departure. But that was not what Monsieur Grimm and Madame d’Épinay had in mind, as we will see shortly.
“La partenza di Madame d’Épinay è stata rinviata; suo figlio è malato, bisogna aspettare che si riprenda. Penserò alla vostra lettera. Restate tranquillo nel vostro Ermitage; vi farò conoscere il mio parere in tempo. Poiché sicuramente non partirà nei prossimi giorni, non c’è alcuna urgenza. Nel frattempo, se lo ritenete opportuno, potete farle le vostre offerte, anche se a me sembrano ancora piuttosto indifferenti. Conoscendo la vostra situazione tanto bene quanto voi stesso, non dubito che lei risponderà alle vostre proposte nel modo dovuto; l’unica cosa che ne trarrete sarà la possibilità di dire a coloro che vi sollecitano che, se non siete partiti, non è stato per mancanza di offerte da parte vostra. Del resto, non capisco perché vogliate assolutamente che il ‘Filosofo’ sia il portavoce di tutti. E solo perché lui ritiene che dovreste partire, perché pensate che tutti i vostri amici la pensino allo stesso modo? Se scrivete a Madame d’Épinay, la sua risposta potrà servirvi da replica a tutti questi amici. Poiché vi interessa così tanto risponder loro. Addio: saluto Madame Le Vasseur e il ‘Criminel’[229].”
Colpito dall’indignazione mentre leggevo questa lettera, cercavo con ansia di capirne il significato, ma non riuscivo a trovarne alcuno. Come! Invece di rispondere semplicemente alla mia domanda, si prendeva del tempo per rifletterci sopra, come se il tempo già trascorso non fosse stato sufficiente. Mi avvertiva persino della “sospensione” che intendeva imporre, come se si trattasse di un problema grave da risolvere, o come se fosse importante per i suoi piani impedirmi in ogni modo di comprendere i suoi sentimenti, fino al momento in cui lui stesso avrebbe deciso di rivelarmeli. Che significato avevano quindi tutte queste precauzioni, questi ritardi, questi misteri? Era davvero così che si rispondeva alla fiducia che gli dimostravo? Questo comportamento corrispondeva davvero alla rettitudine e alla buona fede? Cercavo invano una spiegazione favorevole a tale condotta, ma non ne trovavo alcuna. Qualunque fosse il suo intento, se contrario al mio, la sua posizione gli permetteva di realizzarlo facilmente, senza che io potessi in alcun modo ostacolarlo con le mie azioni. Lui, nella casa di un grande principe, diffuso in tutto il mondo, che dettava le regole nelle nostre società comuni e ne era l’oracolo, poteva, con la sua abilità consueta, gestire facilmente tutte le situazioni; mentre io, solo nel mio eremo, lontano da tutto, senza consigli di nessuno, senza alcun contatto con il mondo esterno, non avevo altra scelta se non quella di aspettare e rimanere in pace. Scrissi comunque a Madame d’Épinay riguardo alla malattia di suo figlio: una lettera onesta, certo, ma nella quale non accettavo la sua proposta di partire con lei.
Dopo secoli di attesa in quell’atroce incertezza nella quale quell’uomo barbaro mi aveva gettato, dopo otto o dieci giorni appresi che Madame d’Épinay se n’era andata e ricevetti da lui una seconda lettera. Era lunga soltanto sette o otto righe; non riuscii nemmeno a leggerla tutta. Era una rottura, ma formulata in termini tali che solo l’odio più infernale potrebbe suggerirli, e che diventavano addirittura ridicoli nel tentativo di essere offensivi. Mi difendeva la sua presenza come se mi stesse difendendo i suoi possedimenti. A quella lettera mancava soltanto, il distacco necessario per poterla leggere con maggiore calma. Senza trascriverla, senza nemmeno finirla di leggere[230], la restituii immediatamente insieme a questa.
“Mi rifiutavo di esprimere la mia legittima diffidenza; vi conosco troppo tardi per farlo.”
Ecco dunque la lettera che vi siete preso il tempo di riflettere su. Ve la restituisco: non è destinata a me. Potete mostrare la mia a tutta la terra e odiarmi apertamente; in questo modo, commettereste una menzogna in meno.
Quello che gli dicevo, ovvero che poteva mostrarmi la mia precedente lettera, riguardava un articolo contenuto nella sua; da esso si potrà giudicare della profonda attenzione che dedicò a tutta questa questione.
Ho detto che, per coloro che non erano a conoscenza della situazione, la mia lettera poteva essere utilizzata contro di me in molti modi. Lui ne fu felice; ma come approfittare di questo vantaggio senza compromettersi? Mostrando quella lettera, si espose al rischio di essere accusato di abusare della fiducia del suo amico.
Per uscire da questa situazione imbarazzante, immaginò di rompere con me nel modo più provocatorio possibile e, nella sua lettera, mi fece credere che fosse un grande favore da parte sua non mostrare la mia lettera. Naturalmente, nell’indignazione della mia rabbia, avrei rifiutato questa sua presunta discrezione e gli avrei permesso di far vedere la mia lettera a tutti. Ed era proprio questo che voleva; andò tutto esattamente come aveva pianificato. Fece circolare la mia lettera in tutta Parigi, accompagnandola con i suoi commenti. Ma questi commenti non ebbero il successo che si aspettava. Nessuno ritenne che il permesso di far vedere la mia lettera, che era riuscito a estorcermi, lo scagionasse dal biasimo per aver preso così alla leggera le mie parole al fine di nuocermi. Si continuava a chiedere quali torti personali avessi commesso nei suoi confronti per meritare un’odio così violento. Alla fine, si concluse che, anche se avessi davvero commesso tali torti e questo lo avesse costretto a rompere con me, l’amicizia, anche quando è spenta, ha ancora dei diritti che dovrebbero essere rispettati. Ma purtroppo Parigi è una città frivola: questi commenti vengono dimenticati nel momento stesso in cui vengono fatti; l’assente sfortunato viene trascurato; l’uomo che ha successo si impone grazie alla sua presenza. Il gioco delle intrighi e della malvagità continua, si rinnova. E presto il suo effetto, sempre più potente, cancella tutto ciò che lo ha preceduto.
Ecco come, dopo essersi ingannato su di me per così tanto tempo, quell’uomo finalmente abbassò la maschera davanti a me, convinto che, in quella situazione in cui aveva portato le cose, non ne avesse più bisogno. Liberato dalla paura di essere ingiusto verso quel miserabile, lo lasciai al suo stesso cuore e smisi di pensare a lui. Otto giorni dopo aver ricevuto questa lettera, ricevetti da Madame d’Épinay la sua risposta, datata Ginevra, alla mia precedente missiva (Carteggio B, n. 10). Dal tono che lei adottava per la prima volta in vita sua, capii che entrambi, confidando nel successo delle loro azioni, agivano di concerto e che, considerandomi un uomo perso senza speranze, si abbandonavano ormai senza rischi al piacere di completare il loro compito: distruggermi completamente.
Il mio stato, in effetti, era dei più deplorevoli. Vedevo tutti i miei amici allontanarsi da me, senza che fossi in grado di capire né come né perché. Diderot, che si vantava di rimanermi accanto, di restare con me da solo, e che da tre mesi mi prometteva una visita, non arrivava mai. L’inverno cominciava a farsi sentire, e con esso aumentavano anche i miei disturbi abituali. Il mio temperamento, sebbene robusto, non era in grado di resistere alle contraddizioni di tante passioni opposte. Ero completamente esaurito, senza forza né coraggio per affrontare nulla. Anche se gli impegni presi e le continue sollecitazioni di Diderot e di Madame d’Houdetot mi avessero permesso in quel momento di lasciare l’Ermitage, non sapevo dove andare né come procedere. Rimanevo immobile e stordito, incapace di agire o pensare. Solo l’idea di dover compiere un gesto qualsiasi, scrivere una lettera o pronunciare una parola mi faceva tremare. Tuttavia non potevo lasciare senza risposta la lettera di Madame d’Épinay, a meno di ammettere di meritare davvero i trattamenti crudeli che lei e il suo amico mi infliggevano. Decisi quindi di comunicarle i miei sentimenti e le mie intenzioni, convinto che, per umanità, generosità, buon senso o, forse, per quei buoni sentimenti che avevo creduto di scorgere in lei, nonostante quelli cattivi, si sarebbe prontamente ad accordarsi con me. Ecco la mia lettera:
All’Ermitage, il 23 novembre 1757.
“Se morissi di dolore, non sarei più in vita. Ma alla fine ho preso una decisione: l’amicizia tra noi è finita, signora; tuttavia, quella che è rimasta conserva ancora diritti che so rispettare. Non ho dimenticato le vostre gentilezze verso di me, e potete contare sulla mia riconoscenza, anche se non vi amo più. Qualsiasi altra spiegazione sarebbe inutile: ho la mia coscienza dalla mia parte, e lascio che sia la vostra a giudicare.”
Volevo lasciare l’Ermitage, e dovevo farlo. Ma si sostiene che debba rimanerci fino alla primavera; e poiché i miei amici lo desiderano, resterò lì fino alla primavera, se voi lo permettete.
Una volta che questa lettera fu scritta e inviata, non pensai più ad altro se non a rilassarmi all’Ermitage, prendendomi cura della mia salute, cercando di riprendermi le forze e preparandomi per uscire da lì in primavera, senza fare rumore e senza annunciare alcuna rottura. Ma questo non era affatto ciò che desideravano il signor Grimm e la signora d’Épinay, come vedremo presto.
Quelques jours après, j’eus enfin le plaisir de recevoir de Diderot cette visite si souvent promise et manquée. Elle ne pouvait venir plus à propos ; c’était mon plus ancien ami, c’était presque le seul qui me restât ; on peut juger du plaisir que j’eus à le voir dans ces circonstances. J’avais le cœur plein, je l’épanchai dans le sien. Je l’éclairai sur beaucoup de faits qu’on lui avait tus, déguisés ou supposés. Je lui appris, de tout ce qui s’était passé, ce qu’il m’était permis de lui dire. Je n’affectai point de lui faire ce qu’il ne savait que trop, qu’un amour aussi malheureux qu’insensé avait été l’instrument de ma perte ; mais je ne convins jamais que Mme d’Houdetot en fût instruite, ou du moins que je le lui eusse déclaré. Je lui parlai des indignes manœuvres de Mme d’Épinay pour surprendre les lettres très innocentes que sa belle-sœur m’écrivait. Je voulus qu’il apprît ces détails de la bouche même des personnes qu’elle avait tenté de séduire. Thérèse le lui fit exactement : mais que devins-je quand ce fut le tour de la mère, et que je l’entendis déclarer et soutenir que rien de cela n’était à sa connaissance. Ce furent ses termes, et jamais elle ne s’en départit. Il n’y avait pas quatre jours qu’elle m’en avait répété le récit à moi-même, et elle me dément en face, devant mon ami. Ce trait me parut décisif, et je sentis alors vivement mon imprudence d’avoir gardé si longtemps une pareille femme auprès de moi. Je ne m’étendis point en invectives contre elle ; à peine daignai-je lui dire quelques mots de mépris. Je sentis ce que je devais à la fille, dont l’inébranlable droiture contrastait avec l’indigne lâcheté de la mère. Mais dès lors mon parti fut pris sur le compte de la vieille, et je n’attendis que le moment de l’exécuter.
Ce moment vint plus tôt que je ne l’avais attendu. Le 10 décembre, je reçus de Mme d’Épinay réponse à ma précédente lettre. En voici le contenu :
À Genève, le 1er décembre 1757. (Liasse B, n° 11)
« Après vous avoir donné, pendant plusieurs années, toutes les marques possibles d’amitié et d’intérêt, il ne me reste qu’à vous plaindre. Vous êtes malheureux. Je désire que votre conscience soit aussi tranquille que la mienne. Cela pourrait être nécessaire au repos de votre vie.
Puisque vous vouliez quitter l’Ermitage, et que vous le deviez, je suis étonnée que vos amis vous aient retenu. Pour moi, je ne consulte point les miens sur mes devoirs, et je n’ai plus rien à vous dire sur les vôtres. »
Un congé si imprévu, mais si nettement prononcé, ne me laissa pas un instant à balancer. Il fallait sortir sur-le-champ, quelque temps qu’il fît, en quelque état que je fusse, dussé-je coucher dans les bois et sur la neige, dont la terre était alors couverte, et quoi que pût dire et faire Mme d’Houdetot ; car je voulais bien lui complaire en tout, mais non pas jusqu’à l’infamie.
Je me trouvai dans le plus terrible embarras où j’aie été de mes jours ; mais ma résolution était prise : je jurai, quoi qu’il arrivât, de ne pas coucher à l’Ermitage le huitième jour. Je me mis en devoir de sortir mes effets, déterminé à les laisser en plein champ plutôt que de ne pas rendre les clefs dans la huitaine ; car je voulais surtout que tout fût fait avant qu’on pût écrire à Genève et recevoir réponse. J’étais d’un courage que je ne m’étais jamais senti : toutes mes forces étaient revenues. L’honneur et l’indignation m’en rendirent sur lesquelles Mme d’Épinay n’avait pas compté. La fortune aida mon audace. M. Mathas, procureur fiscal de M. le prince de Condé, entendit parler de mon embarras. Il me fit offrir une petite maison qu’il avait à son jardin de Mont-Louis, à Montmorency. J’acceptai avec empressement et reconnaissance. Le marché fut bientôt fait ; je fis en hâte acheter quelques meubles, avec ceux que j’avais déjà, pour nous coucher, Thérèse et moi. Je fis charrier mes effets à grand-peine et à grands frais : malgré la glace et la neige, mon déménagement fut fait dans deux jours, et le quinze décembre je rendis les clefs de l’Ermitage, après avoir payé les gages du jardinier, ne pouvant payer mon loyer.
Quant à Mme Le Vasseur, je lui déclarai qu’il fallait nous séparer : sa fille voulut m’ébranler ; je fus inflexible. Je la fis partir pour Paris, dans la voiture du messager, avec tous les effets et meubles que sa fille et elle avaient en commun. Je lui donnai quelque argent, et je m’engageai à lui payer son loyer chez ses enfants ou ailleurs, à pourvoir à sa subsistance autant qu’il me serait possible, et à ne jamais la laisser manquer de pain, tant que j’en aurais moi-même.
Enfin, le surlendemain de mon arrivée à Mont-Louis j’écrivis à Mme d’Épinay la lettre suivante :
À Montmorency, le 17 décembre 1757.
« Rien n’est si simple et si nécessaire, Madame, que de déloger de votre maison quand vous n’approuvez pas que j’y reste. Sur votre refus de consentir que je passasse à l’Ermitage le reste de l’hiver, je l’ai donc quitté le quinze décembre. Ma destinée était d’y entrer malgré moi[231], et d’en sortir de même. Je vous remercie du séjour que vous m’avez engagé d’y faire, et je vous en remercierais davantage, si je l’avais payé moins cher. Au reste, vous avez raison de me croire malheureux ; personne au monde ne sait mieux que vous combien je dois l’être. Si c’est un malheur de se tromper sur le choix de ses amis, c’en est un autre non moins cruel de revenir d’une erreur si douce. »
Tel est le narré fidèle de ma demeure à l’Ermitage, et des raisons qui m’en ont fait sortir. Je n’ai pu couper ce récit, et il importait de le suivre avec la plus grande exactitude, cette époque de ma vie ayant eu sur la suite une influence qui s’étendra jusqu’à mon dernier jour.
FIN du LIVRE NEUVIÈME
Lire Dixième
1758 – 1760
La force extraordinaire qu’une effervescence passagère m’avait donnée pour quitter l’Ermitage m’abandonna sitôt que j’en fus dehors. À peine fus-je établi dans ma nouvelle demeure, que de vives et fréquentes attaques de mes rétentions se compliquèrent avec l’incommodité nouvelle d’une descente qui me tourmentait depuis quelque temps, sans que je susse que c’en était une. Je tombai bientôt dans les plus cruels accidents. Le médecin Thierry, mon ancien ami, vint me voir et m’éclaira sur mon ancien état. Les sondes, les bougies, les bandages, tout l’appareil des infirmités de l’âge rassemblé autour de moi, me fit durement sentir qu’on n’a plus le cœur jeune impunément quand le corps a cessé de l’être. La belle saison ne me rendit point mes forces, et je passai toute l’année 1758 dans un état de langueur qui me fit croire que je touchais à la fin de ma carrière. J’en voyais approcher le terme avec une sorte d’empressement. Revenu des chimères de l’amitié, détaché de tout ce qui m’avait fait aimer la vie, je n’y voyais plus rien qui pût me la rendre agréable : je n’y voyais plus que des maux et des misères qui m’empêchaient de jouir de moi. J’aspirais au moment d’être libre et d’échapper à mes ennemis. Mais reprenons le fil des événements.
Il paraît que ma retraite à Montmorency déconcerta Mme d’Épinay ; vraisemblablement elle ne s’y était pas attendue. Mon triste état, la rigueur de la saison, l’abandon général où je me trouvais, tout leur faisait croire, à Grimm et à elle, qu’en me poussant à la dernière extrémité, ils me réduiraient à crier merci, et à m’avilir aux dernières bassesses, pour être laissé dans l’asile dont l’honneur m’ordonnait de sortir. Je délogeai si brusquement qu’ils n’eurent pas le temps de prévenir le coup, et il ne leur resta plus que le choix de jouer à quitte ou double, et d’achever de me perdre ou de tâcher de me ramener. Grimm prit le premier parti, mais je crois que Mme d’Épinay eût préféré l’autre ; et j’en juge par sa réponse à ma dernière lettre, où elle radoucit beaucoup le ton qu’elle avait pris dans les précédentes, et où elle semblait ouvrir la porte à un raccommodement. Le long retard de cette réponse qu’elle me fit attendre un mois entier, indique assez l’embarras où elle se trouvait pour lui donner un tour convenable, et les délibérations dont elle la fit précéder. Elle ne pouvait s’avancer plus loin sans se commettre : mais après ses lettres précédentes, et après ma brusque sortie de sa maison, l’on ne peut qu’être frappé du soin qu’elle prend dans cette lettre de n’y pas laisser glisser un seul mot désobligeant. Je vais la transcrire en entier, afin qu’on en juge.
À Genève, le 17 janvier 1758 (Liasse B, n° 23.)
A few days later, I finally had the pleasure of receiving from Diderot that long-promised but ever-postponed visit. It could not have come at a more opportune time; he was my oldest friend, almost the only one left to me. One can imagine how delighted I was to see him under such circumstances. My heart was filled with emotions, and I poured them out into his. I enlightened him about many facts that had been concealed from him, either deliberately obscured or assumed to be unknown. I told him everything that it was permissible for me to reveal regarding what had happened. I made no attempt to conceal the fact that such a miserable and absurd love affair had been the cause of my downfall; however, I never let him believe that Madame d’Houdetot was aware of this, or that I had ever confessed it to her. I also spoke to him about the despicable schemes employed by Madame d’Épinay in an attempt to steal the very innocent letters that my sister-in-law sent me. I wanted him to hear these details directly from the people she had tried to seduce. Thérèse told him everything precisely; but what could I do when it was the mother’s turn to speak, and I heard her declare and insist that she knew nothing about any of this? Those were her exact words, and she never deviated from them. Just four days prior, she had repeated the same story to me personally—now she denied it outright in front of my friend. This behavior seemed conclusive to me, and I deeply regretted having kept such a woman around me for so long. I did not hurl any insults at her; I barely deigned to speak a few words of contempt. I remembered what I owed to the daughter, whose unshakable integrity stood in stark contrast to the mother’s despicable cowardice. But from that moment on, my decision was made regarding the old woman—I waited only for the right opportunity to carry it out.
That moment came sooner than I had expected. On December 10th, I received a reply from Madame d’Épinay to my previous letter. Here is its content:
In Geneva, on December 1, 1757. (File B, No. 11)
“After having shown you, for many years now, every possible sign of friendship and concern, all that remains for me is to express my sorrow for you. You are unhappy. I wish for your conscience to be as at peace as mine; this might be necessary for the tranquility of your life.”
Since you wanted to leave the Hermitage, and since it was your duty to do so, I am surprised that your friends prevented you from leaving. As for me, I do not consult my friends regarding my own duties, and I have nothing further to say to you about yours.
Such an unexpected, yet firmly stated leave did not give me a moment to hesitate. I had to leave immediately—no matter the weather, no matter my condition; even if it meant sleeping in the woods or on the snow that covered the ground at that time, and regardless of what Madame d’Houdetot might say or do. For while I was willing to please her in everything, I would not go so far as to commit infamy.
I found myself in the most terrible predicament of my life; but my resolve was firm: I swore that, whatever happened, I would not stay at the Ermitage on the eighth day. I set about packing my belongings, determined to leave them out in the open field rather than fail to return the keys within eight days—above all, I wanted everything to be done before anyone could send a letter to Geneva and receive a reply. I felt a courage I had never experienced before; all my strength had returned. Honor and indignation gave me the resolve that Madame d’Épinay had not counted on. Fortune also favored my audacity. Mr. Mathas, the fiscal prosecutor for Prince de Condé, heard about my difficulties and offered me a small house in his garden at Mont-Louis, in Montmorency. I accepted it eagerly and gratefully. The deal was quickly finalized; I hurriedly bought some furniture, along with what I already had, to provide a place for Thérèse and myself to live. I managed to have my belongings transported at great difficulty and expense—but despite the ice and snow, the move was completed in two days. On December 15th, I returned the keys of the Ermitage, having paid the gardener’s wages; I was unable to pay my rent, however.
As for Madame Le Vasseur, I told her that we must part ways: her daughter tried to persuade me to change my mind; I remained firm. I sent her off to Paris in the messenger’s carriage, along with all the belongings and furniture that she and her daughter shared. I gave her some money and promised to pay her rent wherever she lived with her children or elsewhere, to ensure her basic needs were met as much as possible, and to never let her go without food, so long as I had any myself.
Finally, on the day after my arrival in Mont-Louis, I wrote the following letter to Madame d’Épinay:
In Montmorency, on December 17, 1757.
“Nothing could be simpler or more necessary, Madame, than to leave your house when you do not approve of my staying there. Since you refused to allow me to spend the rest of the winter at the Ermitage, I left on December 15th. My fate was to enter there against my will[231], and to leave just as willingly. I thank you for the time you allowed me to stay there; indeed, I would be even more grateful if I had paid less for it. After all, you are right in thinking that I am unhappy; no one in the world knows better than you how unhappy I must be. If it is a misfortune to make wrong choices about friends, then it is an equally cruel misfortune to realize one’s error after such a pleasant experience.”
Such is the faithful account of my time at the Hermitage and of the reasons that led me to leave it. I could not omit this narrative; it was essential to present it with utmost accuracy, for that period of my life had an impact that lasted until my very last day.
End of Book Nine
Read “Tenth”.
1758 – 1760
The extraordinary strength that a fleeting excitement had given me to leave the Hermitage vanished the moment I stepped outside. No sooner had I settled in my new dwelling than intense and frequent attacks from my bodily ailments became compounded by the discomfort of a condition that had been tormenting me for some time, though I was unaware of its nature. Soon, I fell into the most severe misfortunes. Doctor Thierry, my old friend, came to see me and explained the truth about my previous state of health. The probes, candles, bandages—all the instruments associated with the ailments of old age that surrounded me—brought me a harsh realization: when the body ceases to be young, one can no longer afford to keep the heart young as well. The beautiful seasons did not restore my strength, and I spent the entire year of 1758 in a state of weakness that made me believe I was nearing the end of my life. I even looked forward to that end with a sort of eagerness. Having renounced the illusions of friendship and severed all ties that had once made life seem pleasant to me, I saw nothing in it but suffering and misery that prevented me from enjoying myself at all. I longed for the moment when I would be free and able to escape my enemies. But let us return to the sequence of events.
It seems that my retreat to Montmorency confused Madame d’Épinay; presumably, she had not anticipated it. My dire condition, the severity of the season, and the complete abandonment I found myself in led both Grimm and her to believe that if they pushed me to the ultimate limit, I would be forced to beg for mercy and stoop to the lowest indignities just to be allowed to remain in the asylum from which my honor demanded I flee. My departure was so sudden that they had no time to prepare for it, and they were left with no choice but to take a risky gamble: either to drive me further into ruin or to try to save me. Grimm chose the former course, but I believe Madame d’Épinay would have preferred the latter; this is what I infer from her response to my last letter, in which she softened considerably the tone she had used in previous communications and seemed to open the door to reconciliation. The fact that she delayed answering my letter for a full month indicates the difficulty she faced in finding an appropriate way to respond and the deliberations she undertook before doing so. She could not go any further without compromising herself; but given her previous letters and my abrupt departure from her house, one cannot help but be impressed by the care she took to ensure that not a single offensive word appeared in this letter. I will transcribe it in its entirety so that everyone may judge for themselves.
In Geneva, on January 17, 1758 (File B, No. 23).
Qualche giorno dopo, ebbi finalmente il piacere di ricevere da Diderot quella visita che tanto era stata promessa e poi rinviata. Non poteva arrivare in un momento più opportuno: si trattava del mio vecchio amico, quasi l’unico che mi fosse rimasto; si può immaginare quanto fossi felice di vederlo in quelle circostanze. Il mio cuore era pieno di sentimenti, e li condivisi con lui. Gli rivelai molti fatti che gli erano stati nascosti, mascherati o semplicemente supposti; gli raccontai tutto ciò che mi era stato permesso dirgli riguardo a quanto era accaduto. Non cercai in alcun modo di nascondergli la verità su un amore così infelice e insensato che aveva causato la mia rovina; tuttavia, non feci mai capire a Diderot che Madame d’Houdetot ne fosse a conoscenza, o almeno che glielo avessi detto. Gli parlai anche delle ignobili manovre di Madame d’Épinay, volte a intercettare le lettere assolutamente innocenti che sua cognata mi scriveva; volevo che sapesse questi dettagli direttamente dalle persone che lei aveva cercato di sedurre. Thérèse gli riferì tutto esattamente; ma cosa pensai quando fu il turno della madre, e la sentii affermare con fermezza che nulla di tutto ciò le era noto. Fu proprio così che si espresse, e non cambiò mai opinione. Solo quattro giorni prima mi aveva raccontato tutta quella storia; ora, davanti al mio amico, negava ogni cosa. Questo comportamento mi sembrò decisivo. E in quel momento compresi appieno quanto fosse stata imprudente da parte mia aver tenuto una donna del genere così a lungo accanto a me. Non mi soffermai sulle mie critiche nei suoi confronti; le dissi soltanto poche parole di disprezzo. Sentivo di dover rispettare la figlia, la cui integrità incondizionata contrastava con la vile codardia della madre. Da quel momento, presi una decisione riguardo a quella donna. E aspettai soltanto il momento giusto per attuarla.
Quel momento arrivò prima di quanto mi aspettassi. Il 10 dicembre ricevetti da Madame d’Épinay la risposta alla mia precedente lettera. Ecco il suo contenuto:
A Ginevra, il 1° dicembre 1757. (Cartella B, n. 11)
“Dopo avervi dimostrato, per molti anni, ogni possibile segno di amicizia e interesse, non mi resta che lamentarmi per voi. Siete infelici. Desidero che la vostra coscienza sia altrettanto serena della mia; questo potrebbe essere necessario per il vostro equilibrio interiore.”
Poiché volevate lasciare l’Ermitage e dovevate farlo, sono sorpresa che i vostri amici vi abbiano trattenuto. Per quanto mi riguarda, non consulto mai i miei amici riguardo ai miei doveri, e non ho più nulla da dirvi sui vostri.
Un congedo inaspettato, ma decisamente chiaro, non mi lasciò nemmeno un istante per esitare. Dovevo andarmene immediatamente, a qualunque ora fosse, in qualsiasi stato mi trovassi; anche se avessi dovuto dormire nei boschi e sulla neve, che all’epoca copriva la terra, e non importava cosa potesse dire o fare Madame d’Houdetot. Perché, anche se volevo compiacerla in tutto, non fino all’infamia.
Mi trovavo nel più terribile imbarazzo di tutta la mia vita; ma la mia decisione era già presa: giurai, a qualunque costo, di non dormire all’Ermitage l’ottavo giorno. Mi misi subito all’opera per portare via i miei effetti, deciso a lasciarli in mezzo al campo piuttosto che non restituire le chiavi entro l’ottava giornata; volevo assolutamente che tutto fosse sistemato prima che qualcuno potesse scrivere a Ginevra e ricevere una risposta. Ero più coraggioso di quanto mai lo fossi stato in precedenza: tutte le mie forze erano tornate. L’onore e l’indignazione mi diedero la forza di cui Mme d’Épinay non aveva tenuto conto. La fortuna, inoltre, aiutò la mia audacia. Il signor Mathas, procuratore fiscale del principe di Condé, venne a sapere del mio imbarazzo e mi offrì una piccola casa situata nel suo giardino di Mont-Louis, a Montmorency. Accettai con gratitudine e rapidità. L’accordo fu concluso in breve tempo; acquistai al volo alcuni mobili, insieme a quelli che già possedevo, per poter dormire io e Thérèse. Feci trasportare i miei effetti a grande fatica e a grandi spese: nonostante il ghiaccio e la neve, il mio trasloco fu completato in due giorni. Il quindici dicembre restituii le chiavi dell’Ermitage, dopo aver pagato gli affitti del giardiniere, ma non riuscii a pagare il mio affitto.
Per quanto riguarda Madame Le Vasseur, le dissi chiaramente che dovevamo separarci: sua figlia cercò di convincermi a cambiare idea, ma fui irremovibile. La feci partire per Parigi, con la carrozza del messaggero, insieme a tutti gli effetti personali e i mobili che lei e sua figlia condividevano. Le diedi del denaro e mi impegnai a pagarle l’affitto doveunque si trovasse, a provvedere al suo sostentamento nel modo migliore possibile, e a non farla mai mancare di cibo, finché ne avessi io stesso.
Infine, il giorno dopo il mio arrivo a Mont-Louis, scrissi a Madame d’Épinay la seguente lettera:
A Montmorency, il 17 dicembre 1757.
“Niente è più semplice e necessario, signora, che lasciare la vostra casa quando non approvate che io vi rimanga. Poiché avete rifiutato di permettermi di trascorrere il resto dell’inverno all’Ermitage, l’ho lasciato il quindici dicembre. Tuttavia, il mio destino era quello di entrarvi contro la mia volontà[231], e di uscirne allo stesso modo. Vi ringrazio per il periodo che mi avete permesso di trascorrere lì; vi sarei ancora più grato se ne fossi stato pagato a un prezzo inferiore. Del resto, avete ragione nel ritenere che io sia sfortunato. Nessuno al mondo sa meglio di voi quanto lo sia. Se è una sfortuna sbagliare nella scelta degli amici, ce n’è un’altra altrettanto crudele: ritrovarsi costretti a correggere un errore così dolce.”
Ecco il resoconto fedele della mia permanenza all’Ermitage e delle ragioni che mi hanno spinto a lasciarlo. Non ho potuto omettere alcun dettaglio di questa storia, poiché era fondamentale seguirne tutti i passaggi con la massima precisione: quel periodo della mia vita ha avuto un’influenza decisiva sul corso degli eventi successivi, che si è protratta fino al mio ultimo giorno.
Fine del nono libro.
Leggere “Dixième”.
1758 – 1760
La straordinaria forza che un’effervescenza passeggera mi aveva dato per lasciare l’Ermitage mi abbandonò non appena ne fui uscito. Appena mi stabilii nella mia nuova dimora, iniziarono attacchi violenti e frequenti da parte delle mie malattie, complicati dall’incomodità dovuta a una condizione fisica che da tempo mi tormentava, senza che io me ne rendessi conto. Presto finii per trovarmi nei peggiori stati di salute. Il dottor Thierry, mio vecchio amico, venne a visitarmi e mi spiegò la situazione della mia salute precedente. Le sonde, le candele, i bendaggi, tutto l’insieme delle cure necessarie per le malattie dell’età avanzata mi fece capire con dolore che, quando il corpo non è più giovane, nemmeno il cuore può continuare a essere libero da sofferenze. La bella stagione non mi restituì le forze; trascorsi l’intero anno 1758 in uno stato di debolezza tale da farmi credere che stessi per raggiungere la fine della mia vita. Vedevo avvicinarsi quel momento con una sorta di ansia. Tornato dalle illusioni dell’amicizia, separato da tutto ciò che un tempo mi aveva fatto amare la vita, non vi vedevo più nulla di piacevole: solo dolori e miserie che mi impedivano di godermi me stesso. Aspiravo soltanto al momento in cui sarei stato libero e avrei potuto sfuggire ai miei nemici. Ma riprendiamo il filo degli eventi.
Sembra che il mio ritiro a Montmorency abbia sconcertato Madame d’Épinay; probabilmente non se lo aspettava. Il mio stato di salute deplorevole, la rigore della stagione, l’abbandono totale in cui mi trovavo, tutto faceva credere a Grimm e a lei che, spingendomi fino all’estremo, sarei stato costretto a chiedere pietà e a compiere le più umiliazioni pur di poter rimanere nell’asilo da cui l’onore mi imponeva di uscire. Mi sono trasferito così improvvisamente che non hanno avuto il tempo di prepararsi a questa mia mossa; quindi non gli è rimasto altro che decidere se cercare di salvarmi o lasciarmi completamente perdere. Grimm ha scelto la prima opzione, ma credo che Madame d’Épinay avrebbe preferito l’altra. E ne ho una prova nella sua risposta alla mia ultima lettera: in essa ha notevolmente addolcito il tono delle precedenti e sembrava aprire la possibilità di un riconciliazione. Il lungo ritardo con cui mi ha risposto – un intero mese – indica chiaramente l’imbarazzo in cui si trovava nel trovare le parole giuste per farlo; inoltre, le riflessioni che deve aver preceduto la stesura della lettera dimostrano quanto fosse cauta nel non pronunciare una parola offensiva. Trascriverò integralmente questa lettera affinché tutti possano giudicarne il contenuto.
A Ginevra, il 17 gennaio 1758 (Fascicolo B, n. 23).
« Je n’ai reçu votre lettre du 17 décembre, Monsieur, qu’hier. On me l’a envoyée dans une caisse remplie de différentes choses, qui a été tout ce temps en chemin. Je ne répondrai qu’à l’apostille : quant à la lettre, je ne l’entends pas bien, et si nous étions dans le cas de nous expliquer, je voudrais bien mettre tout ce qui s’est passé sur le compte d’un malentendu. Je reviens à l’apostille. Vous pouvez vous rappeler, Monsieur, que nous étions convenus que les gages du jardinier de l’Ermitage passeraient par vos mains, pour lui mieux faire sentir qu’il dépendait de vous, et pour vous éviter des scènes aussi ridicules et indécentes qu’en avait fait son prédécesseur. La preuve en est que les premiers quartiers de ses gages vous ont été remis, et que j’étais convenue avec vous, peu de jours avant mon départ, de vous faire rembourser vos avances. Je sais que vous en fîtes d’abord difficulté ; mais ces avances, je vous avais prié de les faire ; il était simple de m’acquitter, et nous en convînmes. Cahouet m’a marqué que vous n’avez point voulu recevoir cet argent. Il y a assurément du quiproquo là-dedans. Je donne ordre qu’on vous le reporte, et je ne vois pas pourquoi vous voudriez payer mon jardinier, malgré nos conventions, et au-delà même du terme que vous avez habité l’Ermitage. Je compte donc, Monsieur, que vous rappelant tout ce que j’ai l’honneur de vous dire, vous ne refuserez pas d’être remboursé de l’avance que vous avez bien voulu faire pour moi. »
Après tout ce qui s’était passé, ne pouvant plus prendre de confiance en Mme d’Épinay, je ne voulus point renouer avec elle ; je ne répondis point à cette lettre, et notre correspondance finit là[232]. Voyant mon parti pris, elle prit le sien, et entrant alors dans toutes les vues de Grimm et de la coterie holbachique, elle unit ses efforts aux leurs pour me couler à fond. Tandis qu’ils travaillaient à Paris, elle travaillait à Genève. Grimm, qui dans la suite alla l’y joindre, acheva ce qu’elle avait commencé. Tronchin, qu’ils n’eurent pas de peine à gagner, les seconda puissamment et devint le plus furieux de mes persécuteurs, sans avoir jamais eu de moi, non plus que Grimm, le moindre sujet de plainte. Tous trois d’accord semèrent sourdement dans Genève le germe qu’on y vit éclore quatre ans après.
Ils eurent plus de peine à Paris, où j’étais plus connu, et où les cœurs, moins disposés à la haine, n’en reçurent pas si aisément les impressions. Pour porter leurs coups avec plus d’adresse, ils commencèrent par débiter que c’était moi qui les avais quittés. Voyez la lettre de Deleyre (Liasse B. n° 30). De là, feignant d’être toujours mes amis, ils semaient adroitement leurs accusations malignes, comme des plaintes de l’injustice de leur ami. Cela faisait que, moins en garde, on était plus porté à les écouter et à me blâmer. Les sourdes accusations de perfidie et d’ingratitude se débitaient avec plus de précaution, et par là même avec plus d’effet. Je sus qu’ils m’imputaient des noirceurs atroces, sans jamais pouvoir apprendre en quoi ils les faisaient consister. Tout ce que je pus déduire de la rumeur publique fut qu’elle se réduisait à ces quatre crimes capitaux : 1. Ma retraite à la campagne ; 2. Mon amour pour Mme d’Houdetot ; 3. Refus d’accompagner à Genève Mme d’Épinay ; 4. Sortie de l’Ermitage. S’ils y ajoutèrent d’autres griefs, ils prirent leurs mesures si justes, qu’il m’a été parfaitement impossible d’apprendre jamais quel en était le sujet.
C’est donc ici que je crois pouvoir fixer l’établissement d’un système adopté depuis par ceux qui disposent de moi avec un progrès et un succès si rapides, qu’il tiendrait du prodige pour qui ne saurait pas quelle facilité tout ce qui favorise la malignité des hommes trouve à s’établir. Il faut tâcher d’expliquer en peu de mots ce que cet obscur et profond système a de visible à mes yeux.
Avec un nom déjà célèbre et connu dans toute l’Europe, j’avais conservé la simplicité de mes premiers goûts. La mortelle aversion pour tout ce qui s’appelait parti, faction, cabale, m’avait maintenu libre, indépendant, sans autre chaîne que les attachements de mon cœur. Seul, étranger, isolé, sans appui, sans famille, ne tenant qu’à mes principes et à mes devoirs, je suivais avec intrépidité les routes de la droiture, ne flattant, ne ménageant jamais personne aux dépens de la justice et de la vérité. De plus, retiré depuis deux ans dans la solitude, sans correspondance de nouvelles, sans relation des affaires du monde, sans être instruit ni curieux de rien, je vivais à quatre lieues de Paris, aussi séparé de cette capitale par mon incurie, que je l’aurais été par les mers dans l’île de Tinian.
Grimm, Diderot, d’Holbach, au contraire, au centre du tourbillon, vivaient répandus dans le plus grand monde, et s’en partageaient presque entre eux toutes les sphères. Grands, beaux esprits, gens de lettres, gens de robe, femmes, ils pouvaient de concert se faire écouter partout. On doit voir déjà l’avantage que cette position donne à trois hommes bien unis contre un quatrième dans celle où je me trouvais. Il est vrai que Diderot et d’Holbach n’étaient pas (du moins je ne puis le croire) gens à tramer des complots bien noirs ; l’un n’en avait pas la méchanceté, ni l’autre l’habileté : mais c’était en cela même que la partie était mieux liée. Grimm seul formait son plan dans sa tête, et n’en montrait aux deux autres que ce qu’ils avaient besoin de voir pour concourir à l’exécution. L’ascendant qu’il avait pris sur eux rendait ce concours facile, et l’effet du tout répondait à la supériorité de son talent.
Ce fut avec ce talent supérieur que, sentant l’avantage qu’il pouvait tirer de nos positions respectives, il forma le projet de renverser ma réputation de fond en comble, et de m’en faire une toute opposée, sans se compromettre, en commençant par élever autour de moi un édifice de ténèbres qu’il me fût impossible de percer pour éclairer ses manœuvres et pour le démasquer.
Cette entreprise était difficile, en ce qu’il en fallait pallier l’iniquité aux yeux de ceux qui devaient y concourir.
Il fallait tromper les honnêtes gens ; il fallait écarter de moi tout le monde, ne pas me laisser un seul ami, ni petit ni grand. Que dis-je ! il ne fallait pas laisser percer un seul mot de vérité jusqu’à moi. Si un seul homme généreux me fût venu dire : « Vous faites le vertueux, cependant voilà comment on vous traite, et voilà sur quoi l’on vous juge : qu’avez-vous à dire ? » la vérité triomphait et Grimm était perdu. Il le savait, mais il a sondé son propre cœur, et n’a estimé les hommes que ce qu’ils valent. Je suis fâché, pour l’honneur de l’humanité, qu’il ait calculé si juste.
En marchant dans ces souterrains, ses pas, pour être sûrs, devaient être lents. Il y a douze ans qu’il suit son plan, et le plus difficile reste encore à faire : c’est d’abuser le public entier. Il y reste des yeux qui l’ont suivi de plus près qu’il ne pense. Il le craint, et n’ose encore exposer sa trame au grand jour[233]. Mais il a trouvé le peu difficile moyen d’y faire entrer la puissance, et cette puissance dispose de moi. Soutenu de cet appui, il avance avec moins de risque. Les satellites de la puissance se piquant peu de droiture pour l’ordinaire, et beaucoup moins de franchise, il n’a plus guère à craindre l’indiscrétion de quelque homme de bien ; car il a besoin surtout que je sois environné de ténèbres impénétrables, et que son complot me soit toujours caché, sachant bien qu’avec quelque art qu’il en ait ourdi la trame, elle ne soutiendrait jamais mes regards. Sa grande adresse est de paraître me ménager en me diffamant, et de donner encore à sa perfidie l’air de la générosité.
“Mr., I did not receive your letter dated December 17 until yesterday. It was sent to me along with a box filled with various items, and it has been in transit all this time. I will only respond regarding the apostille; as for the letter itself, I do not quite understand its contents. If we were to need to clarify anything, I would prefer to attribute whatever happened to a misunderstanding. Let us focus on the apostille. You may recall, Mr., that we had agreed that the gardener’s wages from the Ermitage would be paid through your hands, in order to make him more aware of his dependence on you and to avoid the ridiculous and indecent situations that had occurred with his predecessor. Proof of this is that the first payments were made to you, and I had also agreed with you, shortly before my departure, that you would reimburse me for the advances I had given you. I know you initially hesitated; but I had asked you to make these advances, and it was quite simple for you to do so. We had agreed on this. Cahouet informed me that you refused to accept the money. There must certainly be some misunderstanding here. I am instructing someone to return it to you. I fail to see why you would want to pay my gardener, despite our arrangements—and indeed, beyond the period during which you lived at the Ermitage. Therefore, Mr., I hope that, after considering everything I have had the honor of telling you, you will not refuse to be reimbursed for the advance you so kindly made on my behalf.”
After all that had happened, and no longer being able to trust Madame d’Épinay, I refused to renew our relationship with her; I did not reply to that letter, and our correspondence came to an end there[232]. Seeing that I had taken my decision, she did the same, and then, aligning herself entirely with Grimm and the Holbachian circle, she joined their efforts to bring me ruin. While they worked in Paris, she operated in Geneva. Grimm, who later went to join her there, completed what she had begun. Tronchin, whom it was not difficult for them to win over, gave them strong support and became one of my most relentless persecutors—yet neither he nor Grimm ever had any reason to complain about me. The three of them, working in concert, quietly sowed the seeds that would blossom four years later in Geneva.
They encountered greater difficulties in Paris, where I was better known, and where hearts, being less inclined to hatred, were not so readily influenced by their slander. In order to deliver their attacks more effectively, they began by claiming that it was I who had abandoned them. See Deleyre’s letter (Letter B, No. 30). Thereupon, pretending to still be my friends, they skillfully spread their malicious accusations, presenting them as complaints about the injustice of their “friend.” As a result, people, less on guard, were more inclined to listen to them and blame me. The vague and insinuating accusations of perfidy and ingratitude were delivered with greater subtlety—and thus with greater effect. I came to know that they were attributing to me terrible crimes, yet I was never able to discover in what those crimes consisted. All I could infer from the public rumors was that they centered around these four so-called “capital offenses”: 1. My retreat to the countryside; 2. My love for Madame d’Houdetot; 3. My refusal to accompany Madame d’Épinay to Geneva; 4. My departure from the Ermitage. If they added any other accusations, they did so in such a clever manner that it was absolutely impossible for me to ever find out what they were.
It is here, therefore, that I believe I can establish the nature of a system that has since been adopted by those who have power over me, with such rapid progress and success that it would seem almost miraculous to anyone unaware of the ease with which everything that fosters human malice manages to take root. It is necessary to try to explain in few words what this obscure and profound system has of visible or understandable aspects to my eyes.
With a name that was already famous and known throughout Europe, I had retained the simplicity of my early tastes. My mortal aversion toward everything that was called party, faction, or cabal kept me free and independent, bound only by the ties of my heart. Alone, an outsider, isolated, without support or family, relying solely on my principles and duties, I pursued with courage the paths of righteousness, never flattering or compromising anyone at the expense of justice and truth. Moreover, having withdrawn into solitude for two years, without any news or updates from the world, without being informed or curious about anything, I lived four miles away from Paris—separated from that capital by my indifference, just as if I had been separated by seas on the island of Tinian.
Grimm, Diderot, and d’Holbach, on the contrary, were at the very center of this turmoil; they lived in the highest circles of society and almost monopolized all spheres of influence among themselves. As great and brilliant minds, as men of letters, as officials, and as women, they could be heard everywhere whenever they chose to speak. One can already see the advantage such a position gave to these three closely united individuals against the fourth one in my situation. It is true that Diderot and d’Holbach were not (at least I cannot believe they were) people inclined to plot dark schemes; neither had the malice nor the cunning necessary for such things. But precisely because of this, their alliance was even stronger. Only Grimm devised his plans in secret, revealing only what was necessary for the others to participate in their execution. His dominance over them made such cooperation effortless, and the overall outcome was a direct reflection of the superiority of his talents.
It was with this superior talent that, realizing the advantage he could gain from our respective positions, he devised a plan to completely destroy my reputation and create one entirely opposite to it—without compromising himself in any way. He began by constructing a web of deceit around me, making it impossible for me to see through his maneuvers and expose him.
This undertaking was difficult, as it was necessary to compensate for the perceived injustice faced by those who would participate in it.
It was necessary to deceive honest people; it was necessary to keep everyone away from me, not to allow myself a single friend, neither young nor old. What more! Not a single word of truth was to reach me at all. If even one generous person had come to tell me: “You pretend to be virtuous, yet this is how you are treated, and this is how you are judged—what have you to say?” then the truth would have triumphed, and Grimm would have been lost. He knew this, but he examined his own heart and judged people only for what they truly were. I regret, for the sake of humanity’s honor, that his calculations were so accurate.
As he walked through these underground passages, his steps had to be slow, for certainty’s sake. It had been twelve years since he began following this plan, and the most difficult part remained: deceiving the entire public. There were still eyes watching him more closely than he realized. He feared this and dared not yet expose his scheme to the light of day[233]. But he had found a way—though rather indirect—to bring that power into play, and it was this very power that controlled him. With such support, he could proceed with less risk. Since those who wielded this power cared little for righteousness or honesty, he had little to fear from the indiscretion of any well-intentioned person; after all, what he needed most was for me to be surrounded by impenetrable darkness, so that his plot would always remain hidden from my eyes—for no matter how skillfully he had woven it, it could never withstand my scrutiny. His greatest tactic was to seem to treat me with respect while actually defaming me, giving his treachery the guise of generosity.
“Signore, ho ricevuto la sua lettera del 17 dicembre soltanto ieri. Mi è stata inviata in una scatola piena di diverse cose, e ha impiegato molto tempo ad arrivare. Risponderò soltanto riguardo all’apostille: per quanto riguarda la lettera stessa, non la capisco bene; e se dovessimo chiarire qualcosa, vorrei attribuire tutto ciò che è accaduto a un malinteso. Tornando all’apostille. Si ricorderà sicuramente, signore, che avevamo concordato che gli stipendi del giardiniere dell’Ermitage passassero per le sue mani, affinché lui capisse chiaramente di dipendere da lei e per evitare scene ridicole e indecenti come quelle causate dal suo predecessore. La prova è che i primi pagamenti degli stipendi gli sono stati effettivamente inviati, e pochi giorni prima della mia partenza avevamo concordato che le sue anticipazioni le sarebbero state restituite. So che all’inizio lei si è rifiutata di accettarle; ma quelle anticipazioni erano state richieste da me stesso; era semplice rimettermi i soldi, e ne avevamo convenuto. Cahouet mi ha detto che lei non ha voluto accettare quel denaro. C’è sicuramente un malinteso in tutto questo. Ordino quindi che le vengano restituiti; non capisco davvero perché lei voglia pagare il mio giardiniere, nonostante i nostri accordi e anche oltre il periodo in cui ha effettivamente vissuto nell’Ermitage. Pertanto, signore, spero che, ricordando tutto ciò che ho l’onore di dirle, lei non si rifiuterà di essere rimborsata dell’anticipo che ha gentilmente voluto concedermi.”
Dopo tutto ciò che era accaduto, non potendo più fidarmi di Madame d’Épinay, non volli riprendere i rapporti con lei; non risposi a quella lettera e così la nostra corrispondenza terminò[232]. Vedendo che avevo preso una decisione, anche lei ne prese un’altra e, aderendo completamente alle idee di Grimm e del gruppo holbachico, unì i suoi sforzi ai loro per rovinarmi completamente. Mentre loro lavoravano a Parigi, lei lo faceva a Ginevra; Grimm, che in seguito andò a raggiungerla lì, portò a termine ciò che lei aveva iniziato. Tronchin, che non ebbero difficoltà ad assicurarsi il suo sostegno, li aiutò con grande energia e divenne uno dei miei persecutori più accaniti, senza mai aver avuto, né lui né Grimm, alcun motivo di lamentarsi di me. I tre, concordi nel loro intento, seminarono silenziosamente a Ginevra i semi che, quattro anni dopo, germogliarono.
Riscontrarono maggiori difficoltà a Parigi, dove ero più conosciuto e dove i cuori, meno predisposti all’odio, non ricevevano così facilmente quelle loro calunnie. Per colpire con maggiore astuzia, iniziarono a sostenere che fosse stato io ad abbandonarli. Si veda la lettera di Deleyre (Liasse B, n. 30). Da lì, fingendo di essere ancora miei amici, diffusero abilmente le loro accuse malvagie, presentandole come lamentele riguardo all’ingiustizia da me commessa nei loro confronti. Questo fece sì che, meno guardinghi, fossimo più propensi ad ascoltarli e a incolparmi. Le insinuazioni velenose di tradimento e ingratitudine venivano espresse con maggiore cautela, e proprio per questo con maggiore efficacia. Scoprii che mi attribuivano atti orribili, senza mai riuscire a sapere in cosa consistessero esattamente. Tutto ciò che riuscii a dedurre dalle voci pubbliche fu che si riducevano a questi quattro “crimini capitali”: 1. La mia ritirata in campagna; 2. Il mio amore per Madame d’Houdetot; 3. Il mio rifiuto di accompagnare Madame d’Épinay a Ginevra; 4. La mia partenza dall’Ermitage. Se aggiunsero altri capi d’accusa, presero delle misure così abili che mi fu del tutto impossibile scoprirne il contenuto.
È quindi qui che credo di poter spiegare l’origine di un sistema che, da allora, è stato adottato da coloro che hanno avuto il controllo su di me, con progressi e successi così rapidi da sembrare davvero un miracolo. Per chi non ne comprendesse le ragioni, sarebbe difficile credere a quanto facilità tutto ciò che favorisce la malvagità umana abbia nel diffondersi. Dobbiamo cercare di spiegare, in poche parole, ciò che questo sistema oscuro e complesso ha di evidente ai miei occhi.
Con un nome già famoso e conosciuto in tutta Europa, avevo conservato la semplicità dei miei primi gusti. L’odio profondo per tutto ciò che veniva chiamato partito, fazione, cabala mi aveva mantenuto libero, indipendente, senza altre catene se non quelle legate ai sentimenti del mio cuore. Solo, estraneo, isolato, senza appoggi, senza famiglia, affidandomi soltanto ai miei principi e ai miei doveri, seguivo con coraggio la strada della rettitudine, senza mai lusingare o compiacere nessuno a scapito della giustizia e della verità. Inoltre, da due anni vivevo in solitudine, senza ricevere notizie dal mondo esterno, senza essere informato né curioso di nulla; abitavo a quattro leghe da Parigi, separato da quella capitale dalla mia stessa indifferenza, come se fossi stato isolato dalle onde nell’isola di Tinian.
Al contrario di Grimm, Diderot e d’Holbach, che si trovavano al centro di quel vortice, vivevano in mezzo al mondo più elevato e condividevano quasi tutte le sfere sociali tra loro. Grandi intellettuali, letterati, giuristi, donne, insieme potevano farsi ascoltare ovunque. Si può già intravedere il vantaggio che questa posizione offriva a tre uomini ben uniti contro uno solo, rispetto alla situazione in cui mi trovavo io. È vero che Diderot e d’Holbach non erano (almeno non lo credo) persone capaci di tramare complotti oscuri; l’uno non ne aveva la malvagità, l’altro l’abilità. Ma proprio per questo il loro gruppo era più coeso. Solo Grimm elaborava i suoi piani nella sua mente e ne rivelava agli altri soltanto ciò che era necessario per contribuire alla loro attuazione. L’influenza che esercitava su di loro rendeva tale collaborazione facile, e l’effetto complessivo rispecchiava la superiorità del suo talento.
Fu proprio con questo talento superiore che, avendo intuito il vantaggio che poteva trarre dalle nostre rispettive posizioni, concepì il progetto di sovvertire completamente la mia reputazione e di crearne una del tutto opposta, senza correre alcun rischio. Per farlo, iniziò a costruire intorno a me un “edificio di tenebre”, tale da rendermi impossibile comprendere le sue manovre e smascherarlo.
Quest’impresa presentava delle difficoltà, poiché era necessario compensare l’ingiustizia ai occhi di coloro che dovevano parteciparvi.
Era necessario ingannare le persone oneste; era necessario allontanare da me tutti, senza lasciarmi nemmeno un amico, né giovane né vecchio. Che dico! Non doveva nemmeno filtrare fino a me una sola parola di verità. Se solo un uomo generoso fosse venuto da me e mi avesse detto: «Fai finta di essere virtuoso, ma ecco come vi trattano e su cosa vi giudicano. Cosa hai da dire?», la verità avrebbe trionfato e Grimm sarebbe stato perduto. Lo sapeva, ma ha esaminato il proprio cuore e ha valutato gli uomini solo per quello che valevano realmente. Mi dispiace, per l’onore dell’umanità, che abbia calcolato con tale precisione.
Camminando in quei sotterranei, i suoi passi dovevano essere sicuramente lenti. Da dodici anni segue il suo piano, e la parte più difficile deve ancora essere affrontata: ingannare l’intero pubblico. Ci sono ancora persone che lo hanno seguito più da vicino di quanto lui pensi. Lo teme e non osa ancora rivelare completamente i suoi piani[233]. Tuttavia, ha trovato un modo per coinvolgere in tutto ciò il potere. E quel potere mi controlla. Sostenuto da tale forza, procede con meno rischi. Poiché coloro che rappresentano quel potere non si curano affatto della rettitudine o della franchezza, non ha più molto da temere riguardo alle indiscrezioni di persone oneste; soprattutto perché ha bisogno che io sia circondato da “tenebre impenetrabili” e che i suoi complotti mi rimangano sempre nascosti. Sa bene che, per quanto abile possa essere stato nel tessere la trama, essa non potrebbe mai resistere al mio sguardo. La sua grande astuzia consiste nel fingere di rispettarmi mentre in realtà mi diffama, e nel dare alla sua perfidia l’aspetto della generosità.
Je sentis les premiers effets de ce système par les sourdes accusations de la coterie holbachique, sans qu’il me fût possible de savoir ni de conjecturer même en quoi consistaient ces accusations. Deleyre me disait dans ses lettres qu’on m’imputait des noirceurs. Diderot me disait plus mystérieusement la même chose, et quand j’entrais en explication avec l’un et l’autre, tout se réduisait aux chefs d’accusation ci-devant notés. Je sentais un refroidissement graduel dans les lettres de Mme d’Houdetot. Je ne pouvais attribuer ce refroidissement à Saint-Lambert, qui continuait à m’écrire avec la même amitié, et qui me vint même voir après son retour. Je ne pouvais non plus m’en imputer la faute, puisque nous nous étions séparés très contents l’un de l’autre, et qu’il ne s’était rien passé de ma part, depuis ce temps-là, que mon départ de l’Ermitage, dont elle avait elle-même senti la nécessité. Ne sachant donc à quoi m’en prendre de ce refroidissement, dont elle ne convenait pas, mais sur lequel mon cœur ne prenait pas le change, j’étais inquiet de tout. Je savais qu’elle ménageait extrêmement sa belle-sœur et Grimm, à cause de leurs liaisons avec Saint-Lambert ; je craignais leurs œuvres. Cette agitation rouvrit mes plaies et rendit ma correspondance orageuse, au point de l’en dégoûter tout à fait. J’entrevoyais mille choses cruelles, sans rien voir distinctement. J’étais dans la position la plus insupportable pour un homme dont l’imagination s’allume aisément. Si j’eusse été tout à fait isolé, si je n’avais rien su du tout, je serais devenu plus tranquille ; mais mon cœur tenait encore à des attachements par lesquels mes ennemis avaient sur moi mille prises, et les faibles rayons qui perçaient dans mon asile ne servaient qu’à me laisser voir la noirceur des mystères qu’on me cachait.
J’aurais succombé, je n’en doute point, à ce tourment trop cruel, trop insupportable à mon naturel ouvert et franc qui, par l’impossibilité de cacher mes sentiments, me fait tout craindre de ceux qu’on me cache, si très heureusement il ne se fût présenté des objets assez intéressants à mon cœur pour faire une diversion salutaire à ceux qui m’occupaient malgré moi. Dans la dernière visite que Diderot m’avait faite à l’Ermitage, il m’avait parlé de l’article Genève, que d’Alembert avait mis dans l’Encyclopédie ; il m’avait appris que cet article, concerté avec des Genevois du haut étage, avait pour but l’établissement de la comédie à Genève ; qu’en conséquence les mesures étaient prises, et que cet établissement ne tarderait pas d’avoir lieu. Comme Diderot paraissait trouver tout cela fort bien, qu’il ne doutait pas du succès, et que j’avais avec lui trop d’autres débats pour disputer encore sur cet article, je ne lui dis rien ; mais indigné de tout ce manège de séduction dans ma patrie, j’attendais avec impatience le volume de l’Encyclopédie où était cet article, pour voir s’il n’y aurait pas moyen d’y faire quelque réponse qui pût parer ce malheureux coup. Je reçus le volume peu après mon établissement à Mont-Louis, et je trouvai l’article fait avec beaucoup d’adresse et d’art, et digne de la plume dont il était parti. Cela ne me détourna pourtant pas de vouloir y répondre, et malgré l’abattement où j’étais, malgré mes chagrins et mes maux, la rigueur de la saison et l’incommodité de ma nouvelle demeure, dans laquelle je n’avais pas encore eu le temps de m’arranger, je me mis à l’ouvrage avec un zèle qui surmonta tout.
Pendant un hiver assez rude, au mois de février, et dans l’état que j’ai décrit ci-devant, j’allai tous les jours passer deux heures le matin, et autant l’après-dîner, dans un donjon tout ouvert, que j’avais au bout du jardin où était mon habitation. Ce donjon, qui terminait une allée en terrasse, donnait sur la vallée et l’étang de Montmorency, et m’offrait, pour terme du point de vue, le simple, mais respectable château de Saint-Gratien, retraite du vertueux Catinat. Ce fut dans ce lieu, pour lors glacé, que, sans abri contre le vent et la neige, et sans autre feu que celui de mon cœur, je composai, dans l’espace de trois semaines, ma Lettre à d’Alembert sur les Spectacles. C’est ici (car la Julie n’était pas à moitié faite) le premier de mes écrits où j’aie trouvé des charmes dans le travail. Jusqu’alors l’indignation de la vertu m’avait tenu lieu d’Apollon ; la tendresse et la douceur d’âme m’en tinrent lieu cette fois. Les injustices dont je n’avais été que spectateur m’avaient irrité ; celles dont j’étais devenu l’objet m’attristèrent, et cette tristesse sans fiel n’était que celle d’un cœur trop aimant, trop tendre, qui, trompé par ceux qu’il avait crus de sa trempe, était forcé de se retirer au-dedans de lui. Plein de tout ce qui venait de m’arriver, encore ému de tant de violents mouvements, le mien mêlait le sentiment de ses peines aux idées que la méditation de mon sujet m’avait fait naître ; mon travail se sentit de ce mélange. Sans m’en apercevoir, j’y décrivis ma situation actuelle ; j’y peignis Grimm, Mme d’Épinay, Mme d’Houdetot, Saint-Lambert, moi-même. En l’écrivant, que je versai de délicieuses larmes ! Hélas ! on y sent trop que l’amour, cet amour fatal dont je m’efforçais de guérir, n’était pas encore sorti de mon cœur. À tout cela, se mêlait un certain attendrissement sur moi-même, qui me sentais mourant, et qui croyais faire au public mes derniers adieux. Loin de craindre la mort, je la voyais approcher avec joie ; mais j’avais regret de quitter mes semblables, sans qu’ils sentissent tout ce que je valais, sans qu’ils sussent combien j’aurais mérité d’être aimé d’eux, s’ils m’avaient connu davantage. Voilà les secrètes causes du ton singulier qui règne dans cet ouvrage, et qui tranche si prodigieusement avec celui du précédent[234].
Je retouchais et mettais au net cette lettre, et je me disposais à la faire imprimer, quand, après un long silence, j’en reçus une de Mme d’Houdetot, qui me plongea dans une affliction nouvelle, la plus sensible que j’eusse encore éprouvée. Elle m’apprenait dans cette lettre (Liasse B. n° 34° que ma passion pour elle était connue dans tout Paris ; que j’en avais parlé à des gens qui l’avaient rendue publique ; que ces bruits, parvenus à son amant, avaient failli lui coûter la vie ; qu’enfin il lui rendait justice, et que leur paix était faite ; mais qu’elle lui devait, ainsi qu’à elle-même et au soin de sa réputation, de rompre avec moi tout commerce : m’assurant, au reste, qu’ils ne cesseraient jamais l’un et l’autre de s’intéresser à moi, qu’ils me défendraient dans le public, et qu’elle enverrait de temps en temps savoir de mes nouvelles.
Et toi aussi, Diderot, m’écriai-je ? Indigne ami !… Je ne pus cependant me résoudre à le juger encore. Ma faiblesse était connue d’autres gens qui pouvaient l’avoir fait parler. Je voulus douter… mais bientôt je ne pus plus. Saint-Lambert fit peu après un acte digne de sa générosité. Il jugeait, connaissant assez mon âme, en quel état je devais être, trahi d’une partie de mes amis, et délaissé des autres. Il vint me voir. La première fois il avait peu de temps à me donner. Il revint. Malheureusement, ne l’attendant pas, je ne me trouvai pas chez moi. Thérèse, qui s’y trouva, eut avec lui un entretien de plus de deux heures, dans lequel ils se dirent mutuellement beaucoup de faits dont il m’importait que lui et moi fussions informés. La surprise avec laquelle j’appris par lui que personne ne doutait dans le monde que je n’eusse vécu avec Mme d’Épinay comme Grimm y vivait maintenant, ne peut être égalée que par celle qu’il eut lui-même, en apprenant combien ce bruit était faux. Saint-Lambert, au grand déplaisir de la dame, était dans le même cas que moi, et tous les éclaircissements qui résultèrent de cet entretien achevèrent d’éteindre en moi tout regret d’avoir rompu sans retour avec elle. Par rapport à Mme d’Houdetot, il détailla à Thérèse plusieurs circonstances qui n’étaient connues ni d’elle ni même de Mme d’Houdetot, que je savais seul, que je n’avais dites qu’au seul Diderot, sous le sceau de l’amitié, et c’était précisément Saint-Lambert qu’il avait choisi pour lui en faire la confidence. Ce dernier trait me décida, et, résolu de rompre avec Diderot pour jamais, je ne délibérai plus que sur la manière : car je m’étais aperçu que les ruptures secrètes tournaient à mon préjudice, en ce qu’elles laissaient le masque de l’amitié à mes plus cruels ennemis.
I began to perceive the first effects of this situation through the vague accusations made by the Holbachian circle; yet I was unable to understand or even conjecture what these accusations entailed. Deleyre told me in her letters that I was being accused of some dark deeds. Diderot expressed the same thing in more mysterious terms. Whenever I tried to clarify matters with either of them, the accusations always boiled down to those already mentioned. I noticed a gradual coolness in Madame d’Houdetot’s letters. I could not attribute this change to Saint-Lambert, who continued to write to me with the same friendliness and even came to see me after his return. Nor could I blame myself, since we had parted on good terms, and nothing had happened from my side since my departure from the Ermitage—something she herself had deemed necessary. Not knowing what to make of this coldness, which she herself did not admit but which my heart clearly sensed, I was filled with anxiety. I knew that she was extremely cautious in her dealings with her sister-in-law and Grimm, due to their connections with Saint-Lambert; I feared their influence. This state of turmoil reopened my wounds and made my correspondence increasingly bitter, to the point where it completely disgusted her. I imagined a thousand cruel things, yet nothing was clear or definite. I found myself in the most unbearable situation for a man whose imagination is easily stirred. If I had been completely isolated, if I had known nothing at all, I might have felt more at peace; but my heart was still tied to those bonds that gave my enemies so much control over me. The faint rays of light that managed to penetrate my “sanctuary” only served to reveal the darkness of the secrets being hidden from me.
I would have succumbed, without a doubt, to such cruel and unbearable torment—torment that, due to my open and straightforward nature, made me fear everything about those who concealed their feelings from me—if it had not been for the fact that some matters of great interest to my heart came along just in time to divert my thoughts from these troubling matters. During Diderot’s last visit to me at the Ermitage, he spoke to me about the article on Geneva that d’Alembert had contributed to the Encyclopédia. He told me that this article, in collaboration with certain individuals from Geneva, aimed to establish drama there; that steps were already being taken, and that such a theater would soon be established. Since Diderot seemed very confident about its success and I was engaged in other discussions with him, I did not bring up the subject again. However, outraged by all this scheming to manipulate me in my own country, I eagerly awaited the volume of the Encyclopédia that contained this article, hoping to find some way to respond to it effectively. I received the volume shortly after moving to Mont-Louis and found that the article was written with great skill and finesse, worthy indeed of the author’s reputation. Nevertheless, this did not deter me from attempting to reply to it. Despite my dejection, my sorrows, and the hardships of my new life—where I had yet to settle in—I set about working on it with such determination that nothing could stop me.
During a rather harsh winter, in February, and in the state I had described earlier, I spent two hours every morning and the same amount of time in the afternoon in an open tower located at the end of my garden where I lived. This tower, which ended a terraced path, offered a view of the valley and Montmorency Lake; in the distance lay the simple yet respectable castle of Saint-Gratien, the retreat of the virtuous Catinat. It was in this place, now frozen over, that, without any shelter from the wind and snow and with no other fire than the warmth of my own heart, I composed, within the span of three weeks, my Letter to d’Alembert on Theatrical Spectacles. This is the first of my writings in which I found true pleasure in the act of creation. Until then, the indignation inspired by virtue had served me as a substitute for Apollo; this time, it was the tenderness and gentleness of my nature that took its place. The injustices I had merely witnessed had angered me; those I myself became the target of saddened me—yet this grief, devoid of bitterness, was merely the sorrow of a heart too loving, too tender, which, deceived by those it had trusted, was forced to retreat into itself. Overwhelmed by all that had happened to me and still shaken by these intense emotions, my work reflected both the pain I endured and the thoughts inspired by my contemplation of the subject; this blend was evident throughout it. Unaware of it, I described my current situation in it; I portrayed Grimm, Madame d’Épinay, Madame d’Houdetot, Saint-Lambert—and myself as well. As I wrote, how many delightful tears did I shed! Alas, it is all too clear that the love—that fatal love from which I tried so hard to free myself—had not yet left my heart. Overlapping with these feelings was a certain tenderness toward myself, knowing that I was dying and believing I was bidding my readers farewell for the last time. Far from fearing death, I welcomed its approach with joy; yet I regretted leaving my fellow human beings without them ever knowing what I truly was worth, without realizing how much they would have loved me had they known me better. These are the hidden reasons behind the unique tone of this work—its stark contrast to the style of my previous writings[234].
I was finishing and refining this letter, ready to have it printed, when, after a long silence, I received one from Madame d’Houdetot that plunged me into a new and even more intense sorrow than any I had ever experienced before. In the letter, she informed me that my passion for her was known throughout Paris; that I had spoken about it to people who had made it public; that these rumors, reaching her lover, had almost cost him his life; and finally that he had vindicated her reputation, and that their relationship had been restored. However, she stated that, out of duty toward him, herself, and the preservation of her own reputation, she was forced to cut off all contact with me. She assured me, however, that both she and he would always continue to care for me, that they would defend me in public, and that she would occasionally send news of my well-being.
“And you too, Diderot,” I wrote to him. “Despicable friend!, ” Yet I could not bring myself to judge him again. My weakness was known to others who might have induced him to speak. I wanted to doubt, but soon I could no longer do so. Not long after, Saint-Lambert performed an act befitting his generosity. Knowing me well enough, he understood in what state I must have been—betrayed by some of my friends and abandoned by the rest. He came to see me. The first time, he had little time to spare. He returned later. Unfortunately, not expecting him, I was not at home. Thérèse, who was there, had a conversation with him that lasted over two hours; they exchanged many facts that it was important for both of us to know. The shock I felt when he told me that no one in the world doubted that I had lived with Madame d’Épinay just as Grimm was living with her now, was only equalled by the shock he himself experienced when he learned how false this rumor was. To the great displeasure of Madame d’Épinay, Saint-Lambert was in the same situation as me; all the clarifications that resulted from this conversation completely eliminated any regret I might have had for having severed ties with her forever. Regarding Madame d’Houdetot, he told Thérèse several details that neither she nor Madame d’Houdetot knew—details that only I was aware of, and which I had revealed only to Diderot, in the name of friendship. It was precisely Saint-Lambert that he chose to confide in. This last fact finally convinced me; resolved to break off all relations with Diderot forever, I then focused solely on deciding how to do so—for I had realized that secret ruptures always ended up harming me, since they allowed my most cruel enemies to continue wearing the mask of friendship.
Percepii i primi effetti di questo sistema attraverso le insinuazioni vane della cerchia di Holbach, senza che fossi in grado di capire o anche solo indovinare di cosa si trattasse esattamente. Deleyre mi scriveva nelle sue lettere che mi venivano attribuite azioni oscure; Diderot mi diceva la stessa cosa in modo ancora più enigmatico. Quando cercavo di chiarire la situazione con loro, tutto si riduceva alle stesse accuse menzionate prima. Notai anche un progressivo raffreddamento nelle lettere di Madame d’Houdetot. Non potevo attribuire questo cambiamento a Saint-Lambert, che continuava a scrivermi con la stessa amicizia e che addirittura venne a trovarmi dopo il suo ritorno; né potevo incolparmene io stesso, poiché ci eravamo separati entrambi molto soddisfatti l’uno dell’altro, e da allora non avevo fatto nulla se non lasciare l’Ermitage, decisione che lei stessa aveva ritenuto necessaria. Non sapendo quindi a cosa attribuire questo cambiamento, di cui lei non ammetteva la causa ma che il mio cuore percepiva chiaramente, ero estremamente preoccupato. Sapevo che lei trattava con grande riguardo sua cognata e Grimm, a causa dei loro legami con Saint-Lambert; temevo quindi le loro influenze negative. Questa agitazione riaprì le mie ferite e rese la mia corrispondenza estremamente turbolenta, al punto di farla perdere completamente interesse per me. Intravedevo mille cose terribili, senza riuscire a comprenderle chiaramente. Mi trovavo nella situazione più insopportabile possibile per un uomo il cui immaginario si accende facilmente. Se fossi stato completamente isolato, se non avessi saputo nulla, forse sarei diventato più tranquillo; ma il mio cuore era ancora legato a persone che i miei nemici utilizzavano per controllarmi, e quei deboli segnali che filtravano nella mia “tana” servivano soltanto ad evidenziare l’oscurità dei misteri che mi venivano nascosti.
Sarei certamente ceduto a questo tormento troppo crudele, insopportabile per la mia natura aperta e sincera, che, a causa dell’impossibilità di nascondere i miei sentimenti, mi fa temere tutto ciò che gli altri nascondono da me. Se non fosse stato per l’intervento di argomenti abbastanza interessanti per il mio cuore, capaci di distrarmi efficacemente da quelle preoccupazioni che, contro la mia volontà, continuavano ad assillarmi. Durante l’ultima visita che Diderot mi fece all’Ermitage, mi parlò dell’articolo su Ginevra scritto da d’Alembert per l’Enciclopedia; mi disse che tale articolo, concordato con alcuni ginevrini di alto rango, aveva lo scopo di promuovere lo sviluppo del teatro a Ginevra, e che i necessari passi erano già stati fatti affinché questa iniziativa avesse presto luogo. Poiché Diderot sembrava essere molto ottimista riguardo al successo di questo progetto, e poiché avevo con lui altri argomenti più importanti su cui discutere, non gli dissi nulla. Ma indignato da tutto questo intrigo mirato a influenzarmi nella mia patria, aspettavo con impazienza l’uscita del volume dell’Enciclopedia contenente quell’articolo, per vedere se ci fosse modo di rispondervi in qualche modo che potesse contrastare efficacemente quel tentativo malvagio. Ricevetti il volume poco dopo il mio arrivo a Mont-Louis, e constatai che l’articolo era stato scritto con grande abilità e maestria, degna certamente della penna di colui che lo aveva redatto. Questo però non mi impedì di voler rispondere; nonostante la mia depressione, i miei dolori e le difficoltà della nuova vita in cui non avevo ancora avuto il tempo di sistemarmi, mi misi all’opera con un impegno che superò ogni ostacolo.
Durante un inverno piuttosto rigido, a febbraio, e nello stato che ho descritto prima, trascorrevo ogni giorno due ore al mattino e altrettante nel pomeriggio in una torre completamente aperta, situata all’estremità del giardino dove abitavo. Questa torre, che terminava un vialetto a terrazze, si affacciava sulla valle e sul lago di Montmorency; dal suo punto più alto si poteva vedere il semplice ma rispettabile castello di Saint-Gratien, dimora del virtuoso Catinat. Fu in quel luogo, allora gelido e desolato, senza alcun riparo dal vento e dalla neve, e senza altro calore se non quello del mio cuore, che composi, nel giro di tre settimane, la mia Lettera a d’Alembert sui Spettacoli. Fu qui (poiché il “Julie” non era ancora stato completato) che per la prima volta trovai nel lavoro stesso un vero piacere; fino ad allora l’indignazione della virtù mi aveva sostituito Apollo come fonte di ispirazione; questa volta, invece, fu la tenerezza e la dolcezza del mio animo a guidarmi. Le ingiustizie di cui ero stato solo spettatore mi avevano irritato; quelle di cui ero diventato vittima mi addolorarono profondamente. E questa tristezza, priva di amarezza, era soltanto quella di un cuore troppo amorevole e troppo sensibile, che, tradito da coloro che aveva creduto fossero degni della sua stima, era costretto a ritirarsi in se stesso. Colmo di tutto ciò che mi era accaduto, ancora commosso da tali intensi sentimenti, descrissi nella mia opera la mia situazione attuale; vi raffigurai Grimm, Madame d’Épinay, Madame d’Houdetot, Saint-Lambert, e me stesso. Mentre la scrivevo, versai lacrime dolci e amare. Ahimè! In quell’opera si percepisce chiaramente che l’amore, quel amore fatale dal quale cercavo di liberarmi, non era ancora uscito dal mio cuore. A tutto ciò si mescolava anche un certo rimpianto per me stesso. Mi sentivo morire, e credevo di stessi salutando per l’ultima volta il pubblico. Lontano dall’avere paura della morte, la vedevo avvicinarsi con gioia. Ma mi dispiaceva lasciare i miei simili senza che sapessero quanto fossi realmente meritevole del loro amore, senza che comprendessero quanto avrei meritato di essere amato se mi avessero conosciuto meglio. Ecco le ragioni segrete che danno a quest’opera quel tono particolare, così profondamente diverso da quello del precedente[234].
Stavo modificando e sistemando questa lettera, pronto a farla stampare, quando, dopo un lungo silenzio, ne ricevetti una da Madame d’Houdetot che mi gettò in una nuova angoscia, la più profonda che avessi mai provato. In quella lettera (Carteggio B, n. 34) mi veniva detto che il mio amore per lei era noto in tutta Parigi; che ne avevo parlato con persone che ne avevano fatto circolare la notizia; che queste voci, giunte al suo amante, avevano rischiato di costargli la vita; che infine lui mi riconosceva i miei meriti e che i loro rapporti erano stati ripristinati; ma che lei, per il suo bene, per il proprio onore e per proteggere la propria reputazione, doveva interrompere ogni contatto con me. Tuttavia, mi assicurava che né lui né lei avrebbero mai smesso di interessarsi a me, che mi avrebbero difeso in pubblico e che di tanto in tanto mi avrebbe fatto sapere come stavo.
E tu anche, Diderot, mi dissi. Indigno amico! Tuttavia non riuscii a decidermi di giudicarti ancora. La mia debolezza era conosciuta da altre persone che avrebbero potuto farlo parlare. Volevo dubitare, ma presto non ne fui più in grado. Poco dopo, Saint-Lambert compì un atto degno della sua generosità: conoscendo abbastanza la mia anima, sapeva in quale stato dovevo trovarmi, tradito da alcuni dei miei amici e abbandonato dagli altri. Venne a vedermi. La prima volta non aveva molto tempo da dedicarmi; tornò. Purtroppo, non essendolo aspettata, non mi trovavo in casa. Thérèse, che c’era, ebbe con lui un colloquio di oltre due ore, durante il quale si scambiarono molte informazioni importanti per entrambi. La sorpresa che provai quando appresi da lui che nessuno al mondo dubitava che io avessi vissuto con la signora d’Épinay esattamente come Grimm viveva ora, fu paragonabile a quella che provò lui stesso quando scoprì quanto fosse falsa questa voce. Saint-Lambert, a grande dispiacere della signora in questione, si trovava nella stessa situazione mia; tutti i chiarimenti derivanti da quel colloquio eliminarono definitivamente in me ogni rimorso per aver rotto con lei per sempre. Riguardo alla signora d’Houdetot, raccontò a Thérèse diverse circostanze che né lei né la stessa signora d’Houdetot conoscevano, informazioni che conoscevo solo io e che avevo rivelato soltanto a Diderot, sotto il segno dell’amicizia. E fu proprio Saint-Lambert che scelse di confidargliele. Questo ultimo fatto mi decise definitivamente: deciso a rompere per sempre con Diderot, non pensai più se non al modo in cui farlo. Poiché avevo capito che le separazioni segrete finivano per danneggiarmi, lasciando ai miei nemici l’opportunità di nascondersi dietro il velo dell’amicizia.
Les règles de bienséance établies dans le monde sur cet article semblent dictées par l’esprit de mensonge et de trahison. Paraître encore l’ami d’un homme dont on a cessé de l’être, c’est se réserver des moyens de lui nuire, en surprenant les honnêtes gens. Je me rappelai que, quand l’illustre Montesquieu rompit avec le P. de Tournemine, il se hâta de le déclarer hautement, en disant à tout le monde : N’écoutez ni le P. de Tournemine, ni moi, parlant l’un de l’autre ; car nous avons cessé d’être amis. Cette conduite fut très applaudie, et tout le monde en loua la franchise et la générosité. Je résolus de suivre avec Diderot le même exemple ; mais comment de ma retraite publier cette rupture authentiquement, et pourtant sans scandale ? Je m’avisai d’insérer, par forme de note, dans mon ouvrage, un passage du livre de l’Ecclésiastique, qui déclarait cette rupture, et même le sujet, assez clairement pour quiconque était au fait, et ne signifiait rien pour le reste du monde ; m’attachant, au surplus, à ne désigner dans l’ouvrage, l’ami auquel je renonçais, qu’avec l’honneur qu’on doit toujours rendre à l’amitié même éteinte.
On peut voir tout cela dans l’ouvrage même.
Il n’y a qu’heur et malheur dans ce monde, et il semble que tout acte de courage soit un crime dans l’adversité. Le même trait qu’on avait admiré dans Montesquieu ne m’attira que blâme et reproche. Sitôt que mon ouvrage fut imprimé et que j’en eus des exemplaires, j’en envoyai un à Saint-Lambert, qui, la veille même, m’avait écrit, au nom de Mme d’Houdetot et au sien, un billet plein de la plus tendre amitié (Liasse B. n° 37). Voici la lettre qu’il m’écrivit en me renvoyant mon exemplaire :
Eaubonne, 10 octobre 1758. (Liasse B, n° 38.)
« En vérité, Monsieur, je ne puis accepter le présent que vous venez de me faire. À l’endroit de votre préface, où, à l’occasion de Diderot, vous citez un passage de l’Ecclésiaste (il se trompe, c’est de l’Ecclésiastique), le livre m’est tombé des mains. Après les conversations de cet été, vous m’avez paru convaincu que Diderot était innocent des prétendues indiscrétions que vous lui imputiez. Il peut avoir des torts avec vous : je l’ignore ; mais je sais bien qu’ils ne vous donnent pas le droit de lui faire une insulte publique. Vous n’ignorez pas les persécutions qu’il essuie, et vous allez mêler la voix d’un ancien ami aux cris de l’envie. Je ne puis vous dissimuler, Monsieur, combien cette atrocité me révolte. Je ne vis point avec Diderot, mais je l’honore, et je sens vivement le chagrin que vous donnez à un homme à qui, du moins vis-à-vis de moi, vous n’avez jamais reproché qu’un peu de faiblesse. Monsieur, nous différons trop de principes pour nous convenir jamais. Oubliez mon existence ; cela ne doit pas être difficile. Je n’ai jamais fait aux hommes ni le bien ni le mal dont on se souvient longtemps. Je vous promets, moi, Monsieur, d’oublier votre personne, et de ne me souvenir que de vos talents. »
Je ne me sentis pas moins déchiré qu’indigné de cette lettre, et dans l’excès de ma misère, retrouvant enfin ma fierté, je lui répondis par le billet suivant :
À Montmorency, le 11 octobre 1758.
« Monsieur, en lisant votre lettre, je vous ai fait l’honneur d’en être surpris, et j’ai eu la bêtise d’en être ému ; mais je l’ai trouvée indigne de réponse.
Je ne veux point continuer les copies de Mme d’Houdetot. S’il ne lui convient pas de garder ce qu’elle a, elle peut me le renvoyer, je lui rendrai son argent. Si elle le garde, il faut toujours qu’elle envoie chercher le reste de son papier et de son argent. Je la prie de me rendre en même temps le prospectus dont elle est dépositaire. Adieu, Monsieur. »
Le courage dans l’infortune irrite les cœurs lâches, mais il plaît aux cœurs généreux. Il paraît que ce billet fit rentrer Saint-Lambert en lui-même, et qu’il eut regret à ce qu’il avait fait ; mais trop fier à son tour pour en revenir ouvertement, il saisit, il prépara peut-être le moyen d’amortir le coup qu’il m’avait porté. Quinze jours après, je reçus de M. d’Épinay la lettre suivante :
Ce jeudi 26. (Liasse B, n° 10.)
J’ai reçu, monsieur, le livre que vous avez eu la bonté de m’envoyer ; je le lis avec le plus grand plaisir. C’est le sentiment que j’ai toujours éprouvé à la lecture de tous les ouvrages qui sont sortis de votre plume. Recevez-en tous mes remerciements. J’aurais été vous les faire moi-même, si mes affaires m’eussent permis de demeurer quelque temps dans votre voisinage ; mais j’ai bien peu habité la Chevrette cette année. Monsieur et madame Dupin viennent m’y demander à dîner dimanche prochain. Je compte que MM. de Saint-Lambert, de Francueil et madame d’Houdetot seront de la partie ; vous me feriez un vrai plaisir, monsieur, si vous vouliez être des nôtres. Toutes les personnes que j’aurai chez moi vous désirent, et seront charmées de partager avec moi le plaisir de passer avec vous une partie de la journée. J’ai l’honneur d’être avec la plus parfaite considération, etc.»
Cette lettre me donna d’horribles battements de cœur. Après avoir fait depuis un an la nouvelle de Paris, l’idée de m’aller donner en spectacle vis-à-vis de Mme d’Houdetot me faisait trembler, et j’avais peine à trouver assez de courage pour soutenir cette épreuve. Cependant, puisqu’elle et Saint-Lambert le voulaient bien, puisque d’Épinay parlait au nom de tous les conviés, et qu’il n’en nommait aucun que je ne fusse bien aise de voir, je ne crus point, après tout, me compromettre en acceptant un dîner où j’étais en quelque sorte invité par tout le monde. Je promis donc. Le dimanche il fit mauvais. M. d’Épinay m’envoya son carrosse, et j’allai.
Mon arrivée fit sensation. Je n’ai jamais reçu d’accueil plus caressant. On eût dit que toute la compagnie sentait combien j’avais besoin d’être rassuré. Il n’y a que les cœurs français qui connaissent ces sortes de délicatesses. Cependant, je trouvai plus de monde que je ne m’y étais attendu. Entre autres, le comte d’Houdetot, que je ne connaissais point du tout, et sa sœur, Mme de Blainville, dont je me serais bien passé. Elle était venue plusieurs fois l’année précédente à Eaubonne, et sa belle-sœur, dans nos promenades solitaires, l’avait souvent laissée s’ennuyer à garder le mulet. Elle en avait nourri contre moi un ressentiment qu’elle satisfit durant ce dîner tout à son aise ; car on sent que la présence du comte d’Houdetot et de Saint-Lambert ne mettait pas les rieurs de mon côté, et qu’un homme embarrassé dans les entretiens les plus faciles n’était pas fort brillant dans celui-là. Je n’ai jamais tant souffert, ni fait plus mauvaise contenance, ni reçu d’atteintes plus imprévues. Enfin, quand on fut sorti de table, je m’éloignai de cette mégère ; j’eus le plaisir de voir Saint-Lambert et Mme d’Houdetot s’approcher de moi, et nous causâmes ensemble une partie de l’après-midi, de choses indifférentes, à la vérité, mais avec la même familiarité qu’avant mon égarement. Ce procédé ne fut pas perdu dans mon cœur, et si Saint-Lambert y eût pu lire, il en eût sûrement été content. Je puis jurer que, quoique, en arrivant, la vue de Mme d’Houdetot m’eût donné des palpitations jusqu’à la défaillance, en m’en retournant je ne pensai presque pas à elle : je ne fus occupé que de Saint-Lambert.
Malgré les malins sarcasmes de Mme de Blainville, ce dîner me fit grand bien, et je me félicitai fort de ne m’y être pas refusé. J’y reconnus non seulement que les intrigues de Grimm et des Holbachiens n’avaient point détaché de moi mes anciennes connaissances[235] ; mais, ce qui me flatta davantage encore, que les sentiments de Mme d’Houdetot et de Saint-Lambert étaient moins changés que je n’avais cru ; et je compris enfin qu’il y avait plus de jalousie que de mésestime dans l’éloignement où il la tenait de moi. Cela me consola et me tranquillisa. Sûr de n’être pas un objet de mépris pour ceux qui l’étaient de mon estime, j’en travaillai sur mon propre cœur avec plus de courage et de succès. Si je ne vins pas à bout d’y éteindre entièrement une passion coupable et malheureuse, j’en réglai du moins si bien les restes, qu’ils ne m’ont pas fait faire une seule faute depuis ce temps-là. Les copies de Mme d’Houdetot, qu’elle m’engagea de reprendre, mes ouvrages que je continuai de lui envoyer quand ils paraissaient, m’attirèrent encore de sa part, de temps à autre, quelques messages et billets indifférents, mais obligeants. Elle fit même plus, comme on verra dans la suite, et la conduite réciproque de tous les trois, quand notre commerce eut cessé, peut servir d’exemple de la manière dont les honnêtes gens se séparent, quand il ne leur convient plus de se voir.
The rules of propriety established in the world regarding this matter seem to be guided by the spirit of lies and betrayal. To continue pretending to be a friend of someone whom one has ceased to be is nothing but to reserve means to harm that person by deceiving honest people. I remembered that when the illustrious Montesquieu broke off relations with Father de Tournemine, he promptly made it public, saying to everyone: “Do not listen to either Father de Tournemine or me speaking about each other; for we have ceased to be friends.” This behavior was highly praised, and everyone admired its frankness and generosity. I resolved to follow Montesquieu’s example with Diderot; but how could I publicly announce this separation without causing scandal? I then thought of including, in the form of a footnote, a passage from the Book of Ecclesiastes that clearly stated this break-up—and even the underlying reasons—for anyone who was aware of the situation, yet would mean nothing to the rest of the world. Moreover, I made sure to refer to the friend whom I was renouncing with all the respect due to friendship, even when it no longer existed.
One can see all of this within the work itself.
In this world, there is only happiness and misfortune; it seems that every act of courage constitutes a crime in times of adversity. The very same trait that I had admired in Montesquieu now drew only blame and reproach from me. As soon as my work was printed and I obtained copies of it, I sent one to Saint-Lambert, who, the very day before, had written to me, in the name of Madame d’Houdetot and his own, a letter filled with the utmost tenderness and friendship (Letter B, No. 37). Here is the letter he wrote to me when he returned my copy:
Eaubonne, October 10, 1758. (File B, No. 38.)
“Indeed, Monsieur, I cannot accept the gift you have just offered me. As for your preface, where you quote a passage from the Ecclesiastes in connection with Diderot—though he is mistaken; it actually comes from the Ecclesiastes itself—I simply dropped the book when I read it. After our conversations this summer, you seemed convinced that Diderot was innocent of the alleged indiscretions you attributed to him. He may have faults toward you—I do not know—but I am certain they do not give you the right to insult him publicly. You are well aware of the persecutions he is suffering; yet you intend to join the voices of those who envy him. Monsieur, I must tell you how horrified this atrocity fills me. I do not live with Diderot, but I hold him in high regard, and I deeply feel the pain you cause a man whom, at least in my eyes, you have never accused of anything other than some minor weaknesses. Monsieur, our principles are too different for us to ever agree. Please forget my existence; it should not be difficult for you. I have never done anyone any good or harm that would be remembered for a long time. I promise you, Monsieur, that I will forget who you are and remember only your talents.”
I felt no less torn than outraged by this letter, and in the midst of my extreme distress, having finally regained my pride, I replied to her with the following note:
In Montmorency, on October 11, 1758.
“Sir, upon reading your letter, I took the liberty of being surprised by it, and I even committed the foolishness of feeling moved; but I found it unworthy of a reply.”
I do not wish to continue making copies for Madame d’Houdetot. If it is not convenient for her to keep what she has, she may return it to me, and I will give her back her money. If she decides to keep it, she will still need to go and retrieve the rest of her papers and money. I beg her to also return to me the prospectus that she is in possession of. Goodbye, Monsieur.
Courage in adversity irritates weak hearts, but it pleases generous souls. It seems that this letter caused Saint-Lambert to reflect deeply on his actions and made him regret what he had done; yet, too proud to admit his mistake openly, he sought a way to mitigate the harm he had inflicted upon me. Fifteen days later, I received the following letter from Mr. d’Épinay:
This Thursday, the 26th. (File B, No. 10.)
Sir, I have received the book you had the kindness to send me; I am reading it with great pleasure. This is exactly the feeling I have always experienced whenever I read any of the works that come from your pen. Please accept my sincere thanks for them. I would have paid them to you in person if my affairs had permitted me to stay in your vicinity for a while; but I have spent very little time at Chevrette this year. Mr. and Mrs. Dupin will invite me to dinner there next Sunday. I expect that Messrs. de Saint-Lambert, de Francueil, and Madame d’Houdetot will also be present; it would be a great pleasure for me if you would join us. All the people who will be at my home hope to meet you and would be delighted to share with me the pleasure of spending some time with you. I have the honor to remain, with the highest regard, etc.
This letter caused my heart to beat terribly. Having been reporting news from Paris for a year, the idea of having to perform in front of Madame d’Houdetot filled me with dread; I could barely mustered the courage to face such a challenge. However, since she and Saint-Lambert wished it so, since d’Épinay spoke on behalf of all the guests and did not mention any whom I would be unwilling to see, I ultimately decided that accepting this dinner invitation, in which I was, in a way, invited by everyone, would not be compromising at all. So I agreed. On Sunday, the weather turned bad. Mr. d’Épinay sent his carriage for me, and I went.
My arrival caused a sensation; I had never received such an affectionate welcome before. It seemed as if everyone present could sense how much I needed reassurance. Only French hearts know such delicacies. However, there were more people there than I had expected. Among them was the Count of Houdetot, whom I did not know at all, and his sister, Madame de Blainville—whom I would have gladly done without. She had visited Eaubonne several times the previous year, and her sister-in-law often left her to keep watch over the mule during our solitary walks. This had led her to develop a certain resentment toward me, which she took every opportunity to express during that dinner. It was clear that the presence of the Count of Houdetot and Saint-Lambert did not help my situation at all; indeed, a man who struggled even in the simplest conversations would hardly perform well in such an awkward setting. I had never suffered so much before, nor made such a poor impression, nor endured such unexpected insults. Finally, after dinner, I distanced myself from that woman. To my delight, Saint-Lambert and Madame de Houdetot came over to me, and we spent part of the afternoon talking about various trivial matters—with the same familiarity as before my misfortune. This gesture did not go unremembered in my heart; if Saint-Lambert had known about it, he would surely have been pleased. I swear that, although seeing Madame de Houdetot upon my arrival had made my heart race with fear, by the time I left, I hardly thought of her at all—my only concern was Saint-Lambert.
Despite the clever sarcasm of Madame de Blainville, that dinner did me a great deal of good, and I was very glad that I had not refused to attend it. I realized there not only that the intrigues of Grimm and the Holbachiens had not severed my old connections with those people[235]; but what pleased me even more was that the feelings of Madame d’Houdetot and Saint-Lambert had not changed as much as I had feared. I finally understood that there was more jealousy than disdain in the distance she kept between us. This comforted and reassured me. Certain that I was not an object of contempt for those who held me in such low regard, I began to work on my own heart with greater courage and success. Although I was unable to completely extinguish a guilty and unhappy passion within me, I at least managed to control its remnants so well that it has not caused me to make a single mistake since then. The letters from Madame d’Houdetot, which she asked me to continue writing for her, and my works, which I continued to send her as they were published, occasionally brought me some indifferent but polite messages from her. She even did more, as we will see later on; and the way in which all three of us behaved after our correspondence ceased can serve as an example of how honest people can part ways when it is no longer appropriate for them to continue seeing each other.
Le regole di buone maniere stabilite nel mondo su questo argomento sembrano essere dettate dall’ spirito del mentire e della tradizione. Continuare a fingere di essere amici di una persona di cui si è cessato di esserlo significa in realtà conservare modi per nuocerle, ingannando le persone oneste. Ricordai che quando l’illustre Montesquieu interruppe la sua amicizia con il P. de Tournemine, si affrettò a dichiararlo apertamente, dicendo a tutti: “Non ascoltate né il P. de Tournemine né me quando parliamo l’uno dell’altro; perché abbiamo cessato di essere amici”. Questo comportamento fu molto apprezzato e tutti lodarono la sua franchezza e generosità. Decisi quindi di seguire lo stesso esempio con Diderot; ma come annunciare pubblicamente questa rottura senza causare scandali? Mi venne in mente l’idea di inserire, sotto forma di nota, nel mio libro un passaggio dell’Ecclesiastico che dichiarasse chiaramente tale rottura, e anche il motivo della stessa, in modo comprensibile per coloro che erano a conoscenza dei fatti, ma senza significato per il resto del mondo; inoltre, mi impegnai a non menzionare mai, nel libro, l’amico verso cui rinunciavo, rispettando sempre l’onore dovuto anche all’amicizia ormai terminata.
Tutto ciò può essere visto direttamente nell’opera stessa.
In questo mondo esistono solo gioie e dolori, e sembra che ogni atto di coraggio diventi un crimine nel momento dell’avversità. Lo stesso tratto che avevo ammirato in Montesquieu non suscitò in me altro che biasimo e rimproveri. Non appena il mio libro fu stampato e ne ottenni degli esemplari, ne inviai uno a Saint-Lambert, che il giorno prima mi aveva scritto, a nome di Madame d’Houdetot e proprio con la sua grafia, una lettera piena della più tenera amicizia (Liasse B. n° 37). Ecco la lettera che mi scrisse restituendomi il mio esemplare:
Eaubonne, 10 ottobre 1758. (Cartella B, n. 38.)
“In verità, signore, non posso accettare ciò che mi avete appena offerto. Quando, a proposito di Diderot, avete citato un passaggio dell’Ecclesiaste, vi siete sbagliato: si tratta in realtà del Libro della Sapienza. Dopo le conversazioni di quest’estate, mi è sembrato che foste convinto dell’innocenza di Diderot riguardo alle presunte indiscrezioni che gli attribuivate. Può aver commesso degli errori nei vostri confronti, non lo so; ma so certamente che questo non vi dà il diritto di insultarlo pubblicamente. Non ignorate le persecuzioni a cui è sottoposto, eppure intenderete unirvi alle voci dell’invidia. Non posso nascondervi, signore, quanto questa atrocità mi indigni. Non vivo con Diderot, ma lo rispetto profondamente; e provo una grande tristezza per l’uomo che, almeno nei miei confronti, non avete mai rimproverato se non per qualche debolezza. Signore, le nostre idee sono troppo diverse perché possiamo mai accordarci. Dimenticate la mia esistenza; non dovrebbe essere difficile. Non ho mai fatto agli uomini né del bene né del male di cui si possa ricordare a lungo. Vi prometto, signore, di dimenticare la vostra persona e di ricordarmi soltanto dei vostri talenti.”
Non mi sentii meno straziato che indignato da questa lettera; nell’estremo della mia disperazione, riscoprendo finalmente la mia dignità, le risposi con il seguente biglietto:
A Montmorency, l’11 ottobre 1758.
“Signore, leggendo la sua lettera, ho avuto l’onore di rimanerne sorpreso e, per mia stupidità, anche commosso; tuttavia, l’ho ritenuta indegna di una risposta.”
Non desidero più continuare a fare delle copie per Madame d’Houdetot. Se non le conviene tenersi ciò che possiede, può restituirmelo e le rimborserò i soldi. Se decide di tenerlo, dovrà comunque andare a ritirare il resto dei suoi documenti e del denaro. Le chiedo inoltre di restituirmi anche il prospectus che ha in suo possesso. Addio, Signore.
Il coraggio nella sfortuna offende i cuori deboli, ma piace a quelli generosi. Sembra che quel biglietto abbia fatto ritornare Saint-Lambert in se stesso e che egli abbia provato rimorso per ciò che aveva fatto; tuttavia, troppo orgoglioso per ammetterlo apertamente, cercò probabilmente un modo per attenuare il colpo che mi aveva inflitto. Quindici giorni dopo, ricevetti dalla signorina d’Épinay la seguente lettera:
Questo giovedì 26, (Fascicolo B, numero 10.)
Ho ricevuto, signore, il libro che avete avuto la gentilezza di inviarmi; lo leggo con grande piacere. È lo stesso sentimento che ho sempre provato leggendo tutti gli opere scritte da voi. Vi ringrazio sinceramente per questo. Avrei voluto farvelo personalmente, se le mie circostanze me lo avessero permesso di trascorrere un po’ di tempo nelle vostre vicinanze; ma quest’anno ho vissuto molto poco a La Chevrette. Il signor e la signora Dupin verranno a trovarmi a cena domenica prossima. Penso che anche i signori de Saint-Lambert, de Francueil e la signora d’Houdetot parteciperanno; vi farei davvero un grande piacere, se vorreste unirvi a noi. Tutte le persone che saranno a casa mia desiderano molto conoscervi e saranno felici di condividere con me il piacere di trascorrere del tempo insieme a voi. Ho l’onore di essere, con la più profonda stima, ecc.
Questa lettera mi causò terribili battiti di cuore. Dopo aver trasmesso per un anno le notizie da Parigi, l’idea di dovermi esibire davanti a Madame d’Houdetot mi faceva tremare; faticavo persino a trovare il coraggio necessario per affrontare questa prova. Tuttavia, poiché lei e Saint-Lambert lo desideravano, poiché d’Épinay parlava a nome di tutti gli invitati e non ne menzionava nessuno che io non fossi felice di vedere, alla fine decisi che accettare quell’invito non significasse compromettermi in alcun modo. Così promisi di andare. Domenica il tempo fu cattivo; M. d’Épinay mi inviò la sua carrozza e io ci andai.
Il mio arrivo fece sensazione; non avevo mai ricevuto un’accoglienza così affettuosa. Sembrava che tutta la compagnia avvertisse quanto avessi bisogno di essere rassicurato. Solo i cuori francesi conoscono queste delicatezze. Tuttavia, c’erano più persone del previsto; tra gli altri, il conte d’Houdetot, che non conoscevo affatto, e sua sorella, la signora de Blainville. Di cui avrei fatto volentieri a meno. L’anno precedente era stata diverse volte a Eaubonne, e sua cognata, durante le nostre passeggiate solitarie, l’aveva spesso lasciata annoiarsi mentre badava al mulo. Ne aveva nutrito verso di me un rancore che, durante quella cena, poté sfogare senza alcuna difficoltà. Poiché era evidente che la presenza del conte d’Houdetot e di Saint-Lambert non mi favoriva affatto. Un uomo imbarazzato nelle conversazioni più semplici non può certo essere brillante in quelle particolari. Non ho mai sofferto così tanto, né fatto una figura così ridicola, né ricevuto attacchi così inaspettati. Alla fine, quando ci alzammo da tavola, mi allontanai da quella donna odiosa. E fui felice di vedere Saint-Lambert e la signora d’Houdetot avvicinarsi a me. Parlammo insieme per un po’, di cose indifferenti, certo. Ma con la stessa familiarità di prima del mio “errore”. Quel comportamento non fu dimenticato nel mio cuore. E se Saint-Lambert avesse potuto leggerlo nel mio pensiero, ne sarebbe sicuramente stato contento. Posso giurare che, anche se, al mio arrivo, la vista della signora d’Houdetot mi aveva causato palpitazioni così forti da rischiare svenire. Tornando indietro, non pensavo quasi affatto a lei. Ero completamente occupato da Saint-Lambert.
Nonostante le sarcastiche battute di Madame de Blainville, quella cena mi fece molto bene, e fui molto contento di non essermi rifiutato di parteciparvi. Non solo constatai che le intrighi di Grimm e dei suoi complici non avevano allontanato da me le mie vecchie conoscenze[235]; ma ciò che mi lusingò ancora di più fu scoprire che i sentimenti di Madame d’Houdetot e di Saint-Lambert erano meno cambiati di quanto avessi creduto; capii infine che nel loro distacco da me c’era più gelosia che disprezzo. Questo mi consolò e mi tranquillizzò. Essendo certo di non essere oggetto di disprezzo da parte di coloro che lo erano della mia stima, lavorai con maggiore coraggio e successo sul mio cuore stesso. Anche se non riuscii a estinguere del tutto una passione colpevole e infelice, almeno ne regolai i resti in modo tale che da allora non ho commesso più alcun errore. Le copie delle lettere di Madame d’Houdetot che mi chiese di riscrivere, i miei lavori che continuai a inviarle non appena venivano pubblicati, attirarono ancora, di tanto in tanto, da parte sua alcuni messaggi e biglietti indifferenti, ma cortesi. Fece persino di più, come si vedrà in seguito; e il comportamento reciproco dei tre, quando la nostra corrispondenza cessò, può servire da esempio del modo in cui le persone oneste si separano quando non è più opportuno continuare a frequentarsi.
Un autre avantage que me procura ce dîner fut qu’on en parla dans Paris, et qu’il servit de réfutation sans réplique au bruit que répandaient partout mes ennemis, que j’étais brouillé mortellement avec tous ceux qui s’y trouvèrent, et surtout avec M. d’Épinay. En quittant l’Ermitage, je lui avais écrit une lettre de remerciement très honnête, à laquelle il répondit non moins honnêtement, et les attentions mutuelles ne cessèrent point, tant avec lui qu’avec M. de Lalive, son frère, qui même vint me voir à Montmorency, et m’envoya ses gravures. Hors les deux belles-sœurs de Mme d’Houdetot, je n’ai jamais été mal avec personne de sa famille.
Ma Lettre à d’Alembert eut un grand succès. Tous mes ouvrages en avaient eu ; mais celui-ci me fut plus favorable. Il apprit au public à se défier des insinuations de la coterie holbachique. Quand j’allai à l’Ermitage, elle prédit avec sa suffisance ordinaire que je n’y tiendrais pas trois mois. Quand elle vit que j’y en avais tenu vingt, et que, forcé d’en sortir, je fixais encore ma demeure à la campagne, elle soutint que c’était obstination pure ; que je m’ennuyais à la mort dans ma retraite, mais que, rongé d’orgueil, j’aimais mieux y périr victime de mon opiniâtreté, que de m’en dédire et de revenir à Paris. La Lettre à d’Alembert respirait une douceur d’âme qu’on sentit n’être point jouée. Si j’eusse été rongé d’humeur dans ma retraite, mon ton s’en serait senti. Il en régnait dans tous les écrits que j’avais faits à Paris ; il n’en régnait plus dans le premier que j’avais fait à la campagne. Pour ceux qui savent observer, cette remarque était décisive. On vit que j’étais rentré dans mon élément.
Cependant ce même ouvrage, tout plein de douceur qu’il était, me fit encore, par ma balourdise et par mon malheur ordinaire, un nouvel ennemi parmi les gens de lettres. J’avais fait connaissance avec Marmontel chez M. de la Poplinière, et cette connaissance s’était entretenue chez le Baron. Marmontel faisait alors le Mercure de France. Comme j’avais la fierté de ne point envoyer mes ouvrages aux auteurs périodiques, et que je voulais cependant lui envoyer celui-ci, sans qu’il crût que c’était à ce titre, ni pour qu’il en parlât dans le Mercure, j’écrivis sur son exemplaire que ce n’était point pour l’auteur du Mercure, mais pour M. Marmontel. Je crus lui faire un très beau compliment ; il crut y voir une cruelle offense, et devint mon irréconciliable ennemi. Il écrivit contre cette même lettre avec politesse, mais avec un fiel qui se sent aisément, et depuis lors il n’a manqué aucune occasion de me nuire dans la société, et de me maltraiter indirectement dans ses ouvrages : tant le très irritable amour-propre des gens de lettres est difficile à ménager, et tant on doit avoir soin de ne rien laisser, dans les compliments qu’on leur fait, qui puisse même avoir la moindre apparence d’équivoque[236].
(1759) — Devenu tranquille de tous les côtés, je profitai du loisir et de l’indépendance où je me trouvais pour reprendre mes travaux avec plus de suite. J’achevai cet hiver la Julie, et je l’envoyai à Rey, qui la fit imprimer l’année suivante. Ce travail fut cependant encore interrompu par une petite diversion, et même assez désagréable. J’appris qu’on préparait à l’Opéra une nouvelle remise du Devin du village. Outré de voir ces gens-là disposer arrogamment de mon bien, je repris le mémoire que j’avais envoyé à M. d’Argenson, et qui était demeuré sans réponse, et l’ayant retouché, je le fis remettre par M. Sellon, résident de Genève, avec une lettre dont il voulut bien se charger, à M. le comte de Saint-Florentin, qui avait remplacé M. d’Argenson dans le département de l’Opéra. M. de Saint-Florentin promit une réponse, et n’en fit aucune. Duclos, à qui j’écrivis ce que j’avais fait, en parla aux petits violons, qui offrirent de me rendre, non mon opéra, mais mes entrées, dont je ne pouvais plus profiter. Voyant que je n’avais d’aucun côté aucune justice à espérer, j’abandonnai cette affaire, et la direction de l’Opéra, sans répondre à mes raisons ni les écouter, a continué de disposer comme de son propre bien et de faire son profit du Devin du village, qui très incontestablement n’appartient qu’à moi seul[237].
Depuis que j’avais secoué le joug de mes tyrans, je menais une vie assez égale et paisible ; privé du charme des attachements trop vifs, j’étais libre aussi du poids de leurs chaînes. Dégoûté des amis protecteurs, qui voulaient absolument disposer de ma destinée et m’asservir à leurs prétendus bienfaits malgré moi, j’étais résolu de m’en tenir désormais aux liaisons de simple bienveillance, qui, sans gêner la liberté, font l’agrément de la vie, et dont une mise d’égalité fait le fondement. J’en avais de cette espèce autant qu’il m’en fallait pour goûter les douceurs de la liberté, sans en souffrir la dépendance, et, sitôt que j’eus essayé de ce genre de vie, je sentis que c’était celui qui me convenait à mon âge, pour finir mes jours dans le calme, loin de l’orage, des brouilleries et des tracasseries, où je venais d’être à demi submergé.
Durant mon séjour à l’Ermitage, et depuis mon établissement à Montmorency, j’avais fait à mon voisinage quelques connaissances qui m’étaient agréables, et qui ne m’assujettissaient à rien. À leur tête était le jeune Loyseau de Mauléon, qui débutant alors au barreau, ignorait quelle y serait sa place. Je n’eus pas comme lui ce doute. Je lui marquai bientôt la carrière illustre qu’on le voit fournir aujourd’hui. Je lui prédis que, s’il se rendait sévère sur le choix des causes, et qu’il ne fût jamais que le défenseur de la justice et de la vertu, son génie, élevé par ce sentiment sublime, égalerait celui des plus grands orateurs. Il a suivi mon conseil, et il en a senti l’effet. Sa défense de M. de Portes est digne de Démosthène[238]. Il venait tous les ans à un quart de lieue de l’Ermitage passer les vacances à Saint-Brice, dans le fief de Mauléon, appartenant à sa mère, et où jadis avait logé le grand Bossuet. Voilà un fief dont une succession de pareils maîtres rendrait la noblesse difficile à soutenir.
J’avais, au même village de Saint-Brice, le libraire Guérin, homme d’esprit, lettré, aimable, et de la haute volée dans son état. Il me fit faire aussi connaissance avec Jean Néaulme, libraire d’Amsterdam, son correspondant et son ami, qui dans la suite imprima l’Émile.
J’avais, plus près encore que Saint-Brice, M. Maltor, curé de Groslay, plus fait pour être homme d’État et ministre que curé de village, et à qui l’on eût donné tout au moins un diocèse à gouverner, si les talents décidaient des places. Il avait été secrétaire du comte Du Luc, et avait connu très particulièrement Jean-Baptiste Rousseau. Aussi plein d’estime pour la mémoire de cet illustre banni que d’horreur pour celle du fourbe Saurin, il savait sur l’un et sur l’autre beaucoup d’anecdotes curieuses, que Séguy n’avait pas mises dans la vie encore manuscrite du premier, et il m’assurait que le comte Du Luc, loin d’avoir eu jamais à s’en plaindre, avait conservé jusqu’à la fin de sa vie la plus ardente amitié[239] pour lui. M. Maltor, à qui M. de Vintimille avait donné cette retraite assez bonne, après la mort de son patron, avait été employé jadis dans beaucoup d’affaires dont il avait, quoique vieux, la mémoire encore présente, et dont il raisonnait très bien. Sa conversation, non moins instructive qu’amusante, ne sentait point son curé de village : il joignait le ton d’un homme du monde aux connaissances d’un homme de cabinet. Il était, de tous mes voisins permanents, celui dont la société m’était le plus agréable, et que j’ai eu le plus de regret de quitter.
Another advantage that dinner brought me was that it became the subject of conversation in Paris, and it effectively refuted without any counterarguments the rumors spread by my enemies—rumors claiming that I was on deadly bad terms with everyone involved, especially Mr. d’Épinay. Upon leaving the Ermitage, I had written him a very sincere letter of thanks, to which he replied in just as sincere fashion. Our mutual respect continued, both toward him and toward his brother, Mr. de Lalive, who even came to visit me in Montmorency and sent me his engravings. Apart from Mme d’Houdetot’s two sisters-in-law, I have never had any problems with anyone else in her family.
My Letter to d’Alembert was a great success. All my other works had been successful too; but this one brought me even greater recognition. It taught the public to beware of the insinuations of the Holbachian clique. When I went to the Hermitage, she predicted, in her usual arrogance, that I would not stay there for three months. But when she saw that I stayed for twenty and that, even after being forced to leave, I continued to live in the countryside, she claimed it was pure stubbornness—that I was dying of boredom in my retreat, but that, consumed by pride, I would rather perish there as a victim of my obstinacy than admit defeat and return to Paris. The Letter to d’Alembert exuded a kindness of spirit that was clearly genuine. If I had been gloomy or resentful during my seclusion, it would have shown in my tone. Such a tone had characterized all my writings while I was in Paris; but it was no longer present in the first one I wrote after moving to the countryside. For those who knew how to observe, this detail was decisive—it proved that I had finally returned to my natural environment.
However, this very work, despite being full of kindness, caused me to gain another enemy among the literati, due to my own clumsiness and my usual misfortunes. I had gotten to know Marmontel through Mr. de la Poplinière, and our acquaintance continued at the Baron’s house. At that time, Marmontel was serving as the editor of Le Mercure de France. Since I was proud enough not to send my works to periodical publishers, yet wanted to send this one to him without him thinking it was for that purpose, nor for him to mention it in Le Mercure, I wrote on his copy that it was not intended for the editor of the magazine but for Mr. Marmontel himself. I thought I was paying him a great compliment; he saw it as a cruel insult and thus became my irreconcilable enemy. He replied to my letter with politeness, but with such bitterness that it was easily detectable. Since then, he never missed any opportunity to harm me in social settings or to indirectly criticize me in his writings. Indeed, the highly sensitive self-esteem of literati is extremely difficult to handle, and one must be very careful not to include anything in the compliments one offers them that could even hint at ambiguity[236].
(1759) — Having settled down in every respect, I took advantage of the leisure and independence I now enjoyed to resume my work with renewed vigor. That winter, I completed Julie and sent it to Rey, who had it printed the following year. However, this work was once again interrupted by a rather unpleasant distraction. I learned that someone at the Opera was preparing a new production of The Village Deacon. Indignant at seeing these people arrogantly exploit my work, I took up again the manuscript I had sent to M. d’Argenson but had received no response. After making some revisions, I had it delivered through M. Sellon, the resident representative of Geneva, along with a letter that he kindly agreed to send to Count de Saint-Florentin, who had succeeded M. d’Argenson in overseeing the Opera. M. de Saint-Florentin promised a reply but never gave one. When I informed Duclos of my actions, he discussed it with the musicians, who offered to return not my opera itself, but the proceeds from its performances—something I could no longer benefit from. Seeing that I had no hope of obtaining justice on any front, I abandoned this matter. The management of the Opera, refusing both to acknowledge my reasons or listen to them, continued to treat The Village Deacon as if it were their own property and profited from it, when in fact it undoubtedly belongs solely to me[237].
Since I had shaken off the yoke of my tyrants, I had led a rather equal and peaceful life; deprived of the allure of too intense attachments, I was also free from the burden of their chains. Disgusted by those protective “friends” who insisted on controlling my destiny and enslaving me to their so-called benefits against my will, I resolved to rely only on relationships based on simple kindness—relationships that, without hindering freedom, add pleasure to life and are grounded in equality. I had enough of such friendships to enjoy the sweetness of liberty without suffering its burdens. And as soon as I began this way of living, I felt that it was indeed the one suited to my age, for spending my days in tranquility, far away from the storms, turmoil, and troubles that had nearly overwhelmed me.
During my stay at the Ermitage, and since settling in Montmorency, I had made some pleasant acquaintances among my neighbors, without any obligations arising from these relationships. Among them was the young Loyseau de Mauléon, who was then just beginning his legal career and had no idea what role he would play in it. I, however, did not share his uncertainty. I soon predicted to him the illustrious career he would ultimately pursue. I advised him to be strict in choosing the causes he would defend, to always stand for justice and virtue, and I assured him that his talent, nurtured by such noble sentiments, would equal that of the greatest orators. He followed my advice, and it proved effective. His defense of Monsieur de Portes is truly worthy of Démosthenes[238]. Every year, he would travel a quarter of a league from the Ermitage to spend his holidays at Saint-Brice, in the fief of Mauléon owned by his mother—where once the great Bossuet had resided. Such a fief, governed by people of such caliber, would make it exceedingly difficult for its nobility to maintain their status.
In the same village of Saint-Brice, I knew a bookseller named Guérin—a man of wit, erudite, pleasant in company, and of high standing in his profession. He also introduced me to Jean Néaulme, a bookseller from Amsterdam who was his correspondent and friend; it was Jean Néaulme who later published Émile.
Even closer to Saint-Brice than anyone else was Mr. Maltor, the curate of Groslay—a man far more suited to be a statesman or minister than a village curate. Had talent alone determined such positions, he would have been given at least a diocese to govern. He had served as secretary to Count Du Luc and had known Jean-Baptiste Rousseau quite well. Deeply respectful of the memory of this illustrious exiled man, yet filled with horror at the thought of the treacherous Saurin, he knew many interesting anecdotes about both of them. These anecdotes, which Séguy had not included in the still-unpublished biography of Rousseau, convinced me that Count Du Luc had never had any reason to regret his friendship with Mr. Maltor, and that he had maintained it with great warmth until the end of his life. After the death of his employer, Mr. de Vintimille provided Mr. Maltor with this rather comfortable retreat. In the past, Mr. Maltor had been involved in many affairs, and although he was now old, his memory remained sharp, and he could still analyze these matters very clearly. His conversation was as enlightening as it was entertaining, and bore no trace of the demeanor one might expect from a village curate—he combined the manner of a man of the world with the knowledge of a statesman or diplomat. Of all my permanent neighbors, he was the one whose company I enjoyed the most, and I regretted leaving him the most.
Un altro vantaggio che questo pranzo mi procurò fu che ne parlò tutta Parigi, e servì da confutazione inappellabile alle voci diffuse ovunque dai miei nemici, secondo cui fossi irreconciliabilmente diviso con tutte le persone presenti a quell’evento, soprattutto con il signor d’Épinay. Alla mia partenza dall’Ermitage, gli avevo scritto una lettera di ringraziamento molto sincera; lui rispose altrettanto sinceramente, e l’attenzione reciproca non cessò mai, né con lui né con il signor de Lalive, suo fratello, che addirittura venne a trovarmi a Montmorency e mi inviò le sue incisioni. Ad eccezione delle due cognate della signora d’Houdetot, non ho mai avuto alcun problema con nessuno della sua famiglia.
Ma “Lettera a d’Alembert” ebbe un grande successo. Tutti i miei scritti ne avevano avuti; ma questo fu particolarmente favorevole per me. Insegnò al pubblico a diffidare delle insinuazioni della setta di Holbach. Quando andai all’Ermitage, lei predisse, con la sua solita presunzione, che non vi sarei rimasto nemmeno tre mesi. Quando vide invece che vi ero rimasto venti mesi e che, costretto ad andarmene, avevo comunque scelto di stabilirmi in campagna, affermò che si trattasse pura ostinazione; che mi annoiassi terribilmente nella mia ritirata, ma che, divorato dall’orgoglio, preferissi morire vittima della mia testardaggine piuttosto che arrendermi e tornare a Parigi. “Lettera a d’Alembert” trasmetteva una dolcezza d’animo che si percepiva chiaramente non fosse affatto simulata. Se fossi stato di cattivo umore nella mia ritirata, questo si sarebbe riflettuto nel mio tono; tale tono caratterizzava tutti gli scritti che avevo pubblicato a Parigi; ma nel primo scritto che composi in campagna, quel tono era scomparso. Per coloro che sanno osservare attentamente, questa osservazione era decisiva: si capiva chiaramente che ero tornato nel mio ambiente naturale.
Tuttavia, quel medesimo lavoro, nonostante fosse pieno di dolcezza, mi fece ancora, a causa della mia goffaggine e della mia solita sfortuna, un nuovo nemico tra gli uomini di lettere. Avevo conosciuto Marmontel presso il signor de la Poplinière, e questa conoscenza si era continuata anche in casa del barone. All’epoca, Marmontel dirigeva “Le Mercure de France”. Poiché ero orgoglioso di non inviare i miei lavori agli autori delle pubblicazioni periodiche, ma volevo comunque fargli avere il mio libro, senza che lui pensasse che fosse per questo scopo né che ne parlasse su “Le Mercure”, scrissi sul suo esemplare che non era destinato all’autore di quella rivista, ma a Monsieur Marmontel stesso. Pensavo di fargli un complimento molto gentile; lui invece lo interpretò come un’offesa crudele e divenne il mio nemico irreconciliabile. Scrisse contro quella lettera in modo cortese, ma con un astio facilmente percepibile; da allora non ha mai perso l’occasione di nuocermi nella società o di insultarmi indirettamente nei suoi scritti: dimostra quanto sia difficile gestire il molto irritabile orgoglio degli uomini di lettere, e quanto si debba fare attenzione a non lasciare nel proprio modo di complimentarli nulla che possa anche solo sembrare ambiguo[236].
(1759) — Essendo ormai tranquillo sotto tutti i punti di vista, approfittai del tempo libero e dell’indipendenza che avevo per riprendere i miei lavori con maggiore impegno. Quell’inverno completai “Julie” e la inviai a Rey, il quale la fece stampare l’anno seguente. Tuttavia, questo lavoro fu nuovamente interrotto da una piccola ma piuttosto sgradevole distrazione: appresi che all’Opéra si stava preparando una nuova rappresentazione di “Il dio del villaggio”. Offeso dal fatto che quelle persone si permettessero di disporre arrogantemente dei miei lavori, ripresi il manoscritto che avevo inviato a Monsieur d’Argenson e, dopo averlo modificato, lo feci consegnare da Monsieur Sellon, residente di Ginevra, insieme a una lettera che egli si prese la briga di inviare a Monsieur il conte de Saint-Florentin, succeduto a Monsieur d’Argenson nella direzione dell’Opéra. Monsieur de Saint-Florentin promise di rispondere, ma non lo fece mai. Duclos, a cui raccontai quanto era accaduto, ne parlò con i musicisti dell’Opéra, i quali mi offrirono di restituirmi non l’opera stessa, ma le entrate che avevo guadagnato con essa, e delle quali ormai non potevo più disporre. Vedendo che da nessuna parte potevo sperare in giustizia, abbandonai questa questione e lasciai che la direzione dell’Opéra continuasse a disporre dei miei lavori come se fossero suoi, trarne profitto senza ascoltare le mie ragioni. “Il dio del villaggio”, che senza dubbio appartiene esclusivamente a me, rimase quindi nelle loro mani[237].
Da quando avevo spezzato il giogo dei miei tiranni, conducevo una vita abbastanza equilibrata e serena; privo del fascino degli affetti troppo intensi, ero anche libero dal peso delle loro catene. Disgustato da quegli amici protettori che volevano assolutamente imporre il proprio controllo sulla mia sorte e asservirmi ai loro presunti benefici contro la mia volontà, decisi di limitarmi a relazioni basate semplicemente sulla gentilezza reciproca: relazioni che, senza ostacolare la libertà, aggiungono piacere alla vita e le cui basi sono l’uguaglianza. Ne avevo abbastanza per godere delle dolcezze della libertà, senza subirne le conseguenze negative; non appena iniziai a vivere in questo modo, sentii che era proprio quello adatto alla mia età, per trascorrere i miei ultimi giorni in pace, lontano dalle tempeste, dalle incertezze e dai problemi in cui avevo appena rischiato di essere sommerso.
Durante il mio soggiorno all’Ermitage, e da quando mi sono stabilito a Montmorency, ho fatto alcune conoscenze nel mio quartiere che mi erano piacevoli e che non mi impegnavano in alcun modo. In testa a queste persone c’era il giovane Loyseau de Mauléon, che all’epoca stava appena iniziando la sua carriera legale e non sapeva ancora quale sarebbe stata la sua posizione in quel campo. Io, invece, non avevo alcun dubbio al riguardo; gli indicai presto la strada verso una brillante carriera, come poi effettivamente si è verificato. Gli predissi che, se avesse scelto con cura le cause da difendere e fosse sempre stato il difensore della giustizia e della virtù, il suo genio, elevato da questo sentimento sublime, avrebbe potuto eguagliare quello dei più grandi oratori. Lui seguì il mio consiglio e ne vide i risultati: la sua difesa di Monsieur de Portes è davvero degna di Demostene[238]. Ogni anno veniva a trascorrere le vacanze a Saint-Brice, situato a un quarto di miglio dall’Ermitage, nel feudo di Mauléon appartenente a sua madre, dove un tempo aveva soggiornato il grande Bossuet. Che feudo. Una successione di persone del genere avrebbe reso difficile mantenere la nobiltà in quel luogo.
Nello stesso villaggio di Saint-Brice, conoscevo il libraio Guérin: un uomo intelligente, colto, gentile e di alto rango nella sua professione. Lui mi fece anche conoscere Jean Néaulme, libraio di Amsterdam, suo corrispondente e amico; quest’ultimo, in seguito, pubblicò l’“Émile”.
Avevo, ancora più di Saint-Brice, il signor Maltor, parroco di Groslay: un uomo molto più adatto a essere statista e ministro che parroco di villaggio; a lui, almeno, si sarebbe potuto affidare una diocesi da governare, se i talenti determinassero effettivamente le posizioni sociali. Era stato segretario del conte Du Luc ed aveva conosciuto molto bene Jean-Baptiste Rousseau. Profondamente rispettoso della memoria di quel illustre esiliato e profondamente disgustato da quella del furfante Saurin, conosceva molte curiose aneddoti su entrambi; aneddoti che Séguy non aveva ancora incluso nella biografia manoscritta di Rousseau. Mi assicurava inoltre che il conte Du Luc, lontano dall’aver mai avuto motivo di lamentarsi di lui, aveva conservato fino alla fine della sua vita la più sincera amicizia per Maltor. Il signor Maltor, a cui il signor de Vintimille aveva concesso questa tranquilla dimora dopo la morte del suo protettore, era stato in passato coinvolto in molte questioni di cui, nonostante l’età avanzata, ricordava ancora tutti i dettagli e ne discuteva con grande chiarezza. La sua conversazione, altrettanto istruttiva che divertente, non aveva affatto l’aspetto tipico di quella di un parroco di villaggio: univa il tono di un uomo di mondo alle conoscenze di uno studioso di questioni politiche e amministrative. Tra tutti i miei vicini stabili, era sicuramente colui la cui compagnia mi riusciva più gradita; ne ho provato davvero molto rammarico quando ho dovuto lasciarlo.
J’avais à Montmorency les Oratoriens, et entre autres le P. Bertier, professeur de physique, auquel, malgré quelque léger vernis de pédanterie, je m’étais attaché par un certain air de bonhomie que je lui trouvais. J’avais cependant peine à concilier cette grande simplicité avec le désir et l’art qu’il avait de se fourrer partout, chez les grands, chez les femmes, chez les dévots, chez les philosophes ; il savait se faire tout à tous. Je me plaisais fort avec lui. J’en parlais à tout le monde. Apparemment ce que j’en disais lui revint. Il me remerciait un jour, en ricanant, de l’avoir trouvé bon homme. Je trouvai dans son sourire je ne sais quoi de sardonique qui changea totalement sa physionomie à mes yeux, et qui m’est souvent revenu depuis lors dans la mémoire. Je ne peux pas mieux comparer ce sourire qu’à celui de Panurge achetant les moutons de Dindenaut. Notre connaissance avait commencé peu de temps après mon arrivée à l’Ermitage, où il me venait voir très souvent. J’étais déjà établi à Montmorency, quand il en partit pour retourner demeurer à Paris. Il y voyait souvent Mme Le Vasseur. Un jour que je ne pensais à rien moins, il m’écrivit de la part de cette femme, pour m’informer que M. Grimm offrait de se charger de son entretien, et pour me demander la permission d’accepter cette offre. J’appris qu’elle consistait en une pension de trois cents livres, et que Mme Le Vasseur devait venir demeurer à Deuil, entre la Chevrette et Montmorency. Je ne dirai pas l’impression que fit sur moi cette nouvelle, qui aurait été moins surprenante si Grimm avait eu dix mille livres de rente ou quelque relation plus facile à comprendre avec cette femme, et qu’on ne m’eût pas fait un si grand crime de l’avoir amenée à la campagne, où cependant il lui plaisait maintenant de la ramener, comme si elle était rajeunie depuis ce temps-là. Je compris que la bonne vieille ne me demandait cette permission dont elle aurait bien pu se passer si je l’avais refusée, qu’afin de ne pas s’exposer à perdre ce que je lui donnais de mon côté. Quoique cette charité me parût très extraordinaire, elle ne me frappa pas alors autant qu’elle a fait dans la suite. Mais quand j’aurais su tout ce que j’ai pénétré depuis, je n’en aurais pas moins donné mon consentement comme je fis, et comme j’étais obligé de faire, à moins de renchérir sur l’offre de M. Grimm. Depuis lors le P. Bertier me guérit un peu de l’imputation de bonhomie, qui lui avait paru si plaisante, et dont je l’avais si étourdiment chargé.
Ce même P. Bertier avait la connaissance de deux hommes qui recherchèrent aussi la mienne, je ne sais pourquoi ; car il y avait assurément peu de rapport entre leurs goûts et les miens. C’étaient des enfants de Melchisédech, dont on ne connaissait ni le pays ni la famille, ni probablement le vrai nom. Ils étaient jansénistes, et passaient pour des prêtres déguisés, peut-être à cause de leur façon ridicule de porter les rapières auxquelles ils étaient attachés. Le mystère prodigieux qu’ils mettaient à toutes leurs allures leur donnait un air de chefs de parti et je n’ai jamais douté qu’ils ne fissent la Gazette ecclésiastique. L’un, grand, bénin, patelin, s’appelait M. Ferrand ; l’autre, petit, trapu, ricaneur, pointilleux, s’appelait M. Minard. Ils se traitaient de cousins. Ils logeaient à Paris avec d’Alembert, chez sa nourrice, appelée Mme Rousseau, et ils avaient pris à Montmorency un petit appartement pour y passer les étés. Ils faisaient leur ménage eux-mêmes, sans domestique et sans commissionnaire. Ils avaient alternativement chacun sa semaine pour aller aux provisions, faire la cuisine et balayer la maison. D’ailleurs ils se tenaient assez bien ; nous mangions quelquefois les uns chez les autres. Je ne sais pas pourquoi ils se souciaient de moi ; pour moi, je ne me souciais d’eux que parce qu’ils jouaient aux échecs ; et, pour obtenir une pauvre petite partie, j’endurais quatre heures d’ennui. Comme ils se fourraient partout et voulaient se mêler de tout, Thérèse les appelait les Commères, et ce nom leur est demeuré à Montmorency.
Telles étaient avec mon hôte, M. Mathas, qui était un bon homme, mes principales connaissances de campagne. Il m’en restait assez à Paris pour y vivre, quand je voudrais, avec agrément, hors de la sphère des gens de lettres, où je ne comptais que le seul Duclos pour ami : car Deleyre était encore trop jeune, et quoique, après avoir vu de près les manœuvres de la clique philosophique à mon égard, il s’en fût tout à fait détaché, du moins je le crus ainsi, je ne pouvais encore oublier la facilité qu’il avait eue à se faire auprès de moi le porte-voix de tous ces gens-là.
J’avais d’abord mon ancien et respectable ami M. Roguin. C’était un ami du bon temps, que je ne devais point à mes écrits, mais à moi-même, et que pour cette raison j’ai toujours conservé. J’avais le bon Lenieps, mon compatriote, et sa fille alors vivante, Mme Lambert. J’avais un jeune Genevois, appelé Coindet, bon garçon, ce me semblait, soigneux, officieux, zélé, mais ignorant, confiant, gourmand, avantageux, qui m’était venu voir dès le commencement de ma demeure à l’Ermitage, et, sans autre introducteur que lui-même, s’était bientôt établi chez moi, malgré moi. Il avait quelque goût pour le dessin, et connaissait les artistes. Il me fut utile pour les estampes de la Julie ; il se chargea de la direction des dessins et des planches, et s’acquitta bien de cette commission.
J’avais la maison de M. Dupin, qui, moins brillante que durant les beaux jours de Mme Dupin, ne laissait pas d’être encore, par le mérite des maîtres, et par le choix du monde qui s’y rassemblait, une des meilleures maisons de Paris. Comme je ne leur avais préféré personne, que je ne les avais quittés que pour vivre libre, ils n’avaient point cessé de me voir avec amitié, et j’étais sûr d’être en tout temps bien reçu de Mme Dupin. Je la pouvais même compter pour une de mes voisines de campagne, depuis qu’ils s’étaient fait un établissement à Clichy, où j’allais quelquefois passer un jour ou deux, et où j’aurais été davantage, si Mme Dupin et Mme de Chenonceau avaient vécu de meilleure intelligence. Mais la difficulté de se partager dans la même maison, entre deux femmes qui ne sympathisaient pas, me rendait Clichy trop gênant. Attaché à Mme de Chenonceau d’une amitié plus égale et plus familière, j’avais le plaisir de la voir plus à mon aise à Deuil, presque à ma porte, où elle avait loué une petite maison, et même chez moi, où elle me venait voir assez souvent.
J’avais Mme de Créqui, qui, s’étant jetée dans la haute dévotion, avait cessé de voir les d’Alembert, les Marmontel, et la plupart des gens de lettres, excepté, je crois, l’abbé Trublet, manière alors de demi-cafard, dont elle était même assez ennuyée. Pour moi, qu’elle avait recherché, je ne perdis ni sa bienveillance ni sa correspondance. Elle m’envoya des poulardes du Mans aux étrennes, et sa partie était faite pour venir me voir l’année suivante, quand un voyage de Mme de Luxembourg croisa le sien. Je lui dois ici une place à part ; elle en aura toujours une distinguée dans mes souvenirs.
J’avais un homme qu’excepté Roguin, j’aurais dû mettre le premier en compte : mon ancien confrère et ami de Carrio, ci-devant secrétaire titulaire de l’ambassade d’Espagne à Venise, puis en Suède, où il fut, par sa cour, chargé des affaires, et enfin nommé réellement secrétaire d’ambassade à Paris. Il me vint surprendre à Montmorency, lorsque je m’y attendais le moins. Il était décoré d’un ordre d’Espagne dont j’ai oublié le nom, avec une belle croix en pierreries. Il avait été obligé, dans ses preuves, d’ajouter une lettre à son nom de Carrio, et portait celui de chevalier de Carrion. Je le trouvai toujours le même, le même excellent cœur, l’esprit de jour en jour plus aimable. J’aurais repris avec lui la même intimité qu’auparavant, si Coindet, s’interposant entre nous à son ordinaire, n’eût profité de mon éloignement pour s’insinuer à ma place et en mon nom dans sa confiance, et me supplanter à force de zèle à me servir.
In Montmorency, I had the Oratoriens among my acquaintances, including Father Bertier, a physics professor. Despite his somewhat pedantic demeanor, I found myself drawn to him due to an air of kindness that he possessed. However, I found it difficult to reconcile this apparent simplicity with his eagerness and skill at gaining the favor of everyone—whether among the nobility, women, devout individuals, or philosophers; he seemed to manage to fit in well with all of them. I enjoyed his company greatly and talked about him to everyone. Apparently, what I said about him reached him, and one day he thanked me, with a laugh, for considering him a kind man. But there was something sardonic in his smile that completely changed the way I saw him—and that memory has often resurfaced since then. I can only compare that smile to that of Panurge buying Dindenaut’s sheep. Our acquaintance began not long after my arrival at the Ermitage, where he would visit me frequently. By the time I had settled in Montmorency, he left to return and live in Paris, where he often saw Madame Le Vasseur. One day, quite unexpectedly, he wrote to me on her behalf, informing me that Monsieur Grimm had offered to provide for her expenses and asking if I would allow him to accept this offer. I learned that the arrangement involved a pension of three hundred livres, and that Madame Le Vasseur was supposed to move to live in Deuil, between the Chevrette and Montmorency. The news shocked me greatly; it would have been less surprising if Grimm had possessed ten thousand livres in income or some other more understandable connection with this woman—yet the fact that she had been brought to the countryside seemed such a grave mistake. I realized that she was asking me for my permission merely to avoid losing what I was already giving her. Although this act of generosity seemed extraordinary, it did not strike me as deeply as it later did. But if I had known everything I have since learned, I would still have given my consent—because I had no choice but to do so, unless I wanted to offer Monsieur Grimm more money. Since then, Father Bertier’s supposed “kindness” no longer seemed so amusing to me; instead, it only served to highlight the irony of his behavior.
The same Mr. Bertier knew of two men who also sought to get in touch with me, for some unknown reason; their interests certainly had little in common with mine. They were descendants of Melchizedek—whose country, family, or even true name were unknown. They were Jansenists and were regarded as disguised priests, perhaps because of their ridiculous manner of carrying the swords they always carried with them. The mysterious air they exuded gave them the appearance of party leaders, and I never doubted that they were involved in producing the Gazette ecclésiastique. One of them, tall, gentle, and affable, was called Mr. Ferrand; the other, short, stocky, sarcastic, and nitpicky, was called Mr. Minard. They called each other cousins. They lived in Paris with d’Alembert, at his nurse’s house, which belonged to Madame Rousseau, and they had taken a small apartment in Montmorency where they spent the summers. They managed their own household without servants or agents. Each of them took turns for a week at a time going grocery shopping, cooking, and cleaning the house. In fact, they kept themselves quite well; we would sometimes eat together at each other’s places. I don’t know why they showed any interest in me; as for me, I only paid attention to them because they played chess—and just to get the chance to play a poor little game, I had to endure four hours of boredom. Since they meddling in everything and trying to get involved in all sorts of affairs, Thérèse called them the “Commères”; that name stuck with them even in Montmorency.
Such were the main people I knew in the countryside, apart from my host, Mr. Mathas, who was a good man. I still had enough acquaintances in Paris to live there comfortably, if I so wished, outside the circle of literary people—where I only counted Duclos as a friend; for Deleyre was still too young. Moreover, although he had thoroughly distanced himself from the maneuvers of that philosophical clique toward me, at least I believed so, I could not yet forget how easily he had managed to become their spokesman among me.
I first had my old and respected friend, Mr. Roguin. He was a companion for pleasant times—someone I owed not to my writings but to myself, and for that reason I always kept him by my side. I also had my good compatriot Lenieps, and his daughter, Mrs. Lambert, who was still alive at that time. There was also a young man from Geneva named Coindet—a nice fellow, in my opinion: careful, officious, diligent, but ignorant, trusting, gourmand, and somewhat opportunistic. He came to visit me as soon as I moved into my residence at the Ermitage, and without any other introduction than his own, he soon settled in with me, against my will. He had some interest in drawing and knew several artists. He was of great help to me with the engravings for “Julie”; he took charge of the designs and plates and did an excellent job at it.
I used to reside at Mr. Dupin’s house, which, though not as splendid as it had been in the days of Madame Dupin, was still one of the best houses in Paris, thanks to the quality of its inhabitants and the company that gathered there. Since I had never preferred anyone else to them and had only left them to live freely, they had always treated me with friendship, and I was certain of being welcome at Madame Dupin’s place at all times. In fact, I could consider her one of my country neighbors, since they had settled in Clichy, a place I would sometimes visit for a day or two. Had Madame Dupin and Madame de Chenonceau gotten along more harmoniously, I would have spent even more time there. However, the difficulty of having two women who did not get along living under the same roof made Clichy too inconvenient for me. Being bound to Madame de Chenonceau by a more equal and intimate friendship, I enjoyed seeing her in Deuil, which was quite close to my home; she had rented a small house there, and she would often visit me as well.
I had Madame de Créqui, who, having devoted herself to deep piety, had ceased to associate with people like d’Alembert, Marmontel, and most of the literati—except, I believe, Abbé Trublet. This semi-reclusive lifestyle seemed quite tedious to her. As for me, whom she had always sought out, she neither lost her kindness nor stopped corresponding with me. She sent me poulards from Le Mans during the New Year festivities, and it was arranged that she would come to visit me the following year, when Madame de Luxembourg’s travel plans coincided with hers. I owe her a special place here; she will always hold a distinguished position in my memories.
I had a man whom, apart from Roguin, I should have given top priority: my former colleague and friend from Carrio, who had first served as the regular secretary at the Spanish embassy in Venice, then in Sweden, where he was entrusted with diplomatic affairs due to his influence, and eventually appointed full-fledged ambassador to Paris. He came to surprise me in Montmorency at a time when I least expected it. He was decorated with an order from Spain whose name I have forgotten, along with a beautiful cross adorned with precious stones. In order to meet the requirements for the decoration, he had to add “de Carrion” after his surname “Carrio,” and thus bore the title of Knight of Carrion. I found him just as he always was: the same excellent heart, and a personality that became increasingly kind day by day. I would have resumed our former intimacy with him, if not for Coindet, who, as usual, intervened between us. Taking advantage of my absence, he managed to gain his trust and replace me in his favor, through his excessive zeal in serving me.
A Montmorency avevo gli Oratoriens, tra cui il padre Bertier, professore di fisica; nonostante una certa affettazione pedantesca, mi ero affezionato a lui per quel suo tono cordiale che gli era caratteristico. Tuttavia, faticavo a conciliare questa grande semplicità con il desiderio e l’abilità che aveva di mescolarsi ovunque: tra i nobili, le donne, i devoti e i filosofi; sapeva davvero come adattarsi a tutti. Mi piaceva molto stare in sua compagnia e ne parlavo spesso con tutti. A quanto pare, lui venne a sapere di queste mie conversazioni e un giorno, ridendo, mi ringraziò per averlo considerato una brava persona. Nel suo sorriso c’era qualcosa di sarcastico che cambiò completamente la mia impressione su di lui; quel ricordo mi è tornato spesso in mente da allora. Non posso paragonare quel sorriso se non a quello di Panurge quando comprava le pecore di Dindenaut. La nostra conoscenza era iniziata poco dopo il mio arrivo all’Ermitage, dove lui veniva spesso a trovarmi. Ormai ero stabilito a Montmorency quando lui decise di tornare a vivere a Parigi; lì frequentava spesso la signora Le Vasseur. Un giorno, ricevetti una sua lettera da parte di lei, nella quale mi comunicava che il signor Grimm si offriva di provvedere al suo sostentamento e mi chiedeva il permesso di accettare quell’offerta. Scoprii che consisteva in una pensione di trecento lire, e che la signora Le Vasseur avrebbe dovuto trasferirsi a Deuil, tra la Chevrette e Montmorency. Quella notizia mi colpì profondamente; sarebbe stata meno sorprendente se Grimm avesse avuto diecimila lire di rendita o qualche relazione più comprensibile con quella donna. Eppure, sembrava un vero crimine averla portata in campagna. Eppure ora lui desiderava riportarla lì, come se fosse ringiovanita da allora. Capii che lei mi chiedeva quel permesso soltanto per non rischiare di perdere ciò che le davo io. Anche se quella generosità mi sembrava straordinaria, in quel momento non mi colpì tanto quanto ha fatto in seguito. Ma se avessi saputo tutto ciò che ho scoperto dopo, avrei comunque dato il mio consenso, come fui costretto a fare. A meno di rifiutare l’offerta del signor Grimm. Da allora, quel padre Bertier mi aiutò un po’ a liberarmi dall’immagine di persona cordiale che gli era stata attribuita, e dalla quale ero stato così ingenuamente convinto.
Lo stesso P. Bertier conosceva due uomini che anch’essi cercavano di entrare in contatto con me, per qualche motivo che non so; infatti i loro gusti e i miei erano certamente molto diversi. Erano figli di Melchisedek; non si conosceva né il loro paese d’origine né la loro famiglia, né probabilmente il loro vero nome. Erano giansenisti e venivano considerati preti in incognito, forse a causa del modo ridicolo in cui portavano le spade a cui erano legati. Il mistero che circondava ogni loro azione dava loro l’aspetto di capi di fazione; non ho mai dubitato che fossero i responsabili della pubblicazione della “Gazette ecclésiastique”. Uno, alto, gentile e cordiale, si chiamava M. Ferrand; l’altro, piccolo, robusto, sarcastico e pignolo, si chiamava M. Minard. Si consideravano cugini. Vivevano a Parigi con d’Alembert, presso la sua nutrice, chiamata Madame Rousseau, e avevano preso in affitto un piccolo appartamento a Montmorency per trascorrervi le estati. Si occupavano da soli di tutte le faccende domestiche, senza domestici né commessi. Ognuno di loro aveva a turno la settimana in cui doveva andare a fare la spesa, cucinare e pulire la casa. In ogni caso si comportavano abbastanza bene; a volte mangiavamo insieme. Non so perché si interessassero a me; per quanto mi riguarda, non mi occupavo di loro se non perché giocavano a scacchi. E per poter partecipare a una povera partita, dovevo sopportare quattro ore di noia. Poiché si intromettevano in tutto e volevano essere coinvolti in ogni questione, Thérèse li chiamava i “Commères”; questo nome è rimasto loro anche a Montmorency.
Tali erano, insieme al mio ospite, il signor Mathas – un uomo buono –, le mie principali conoscenze in campagna. Ne avevo abbastanza a Parigi per vivere lì, quando lo desiderassi, in modo piacevole, al di fuori del mondo degli letterati, dove consideravo Duclos il mio unico amico: poiché Deleyre era ancora troppo giovane, e sebbene, dopo aver visto da vicino le manovre della fazione filosofica nei miei confronti, si fosse completamente allontanato da loro – almeno così credevo – non riuscivo ancora a dimenticare la facilità con cui era riuscito a diventare il portavoce di tutte quelle persone presso di me.
Inizialmente avevo il mio vecchio e rispettabile amico, il signor Roguin. Era un amico dei bei tempi, che non dovevo ai miei scritti, ma a me stesso, e per questo motivo l’ho sempre conservato. Avevo anche il buon Lenieps, mio connazionale, e sua figlia, all’epoca ancora viva, la signora Lambert. Inoltre, avevo un giovane di Ginevra di nome Coindet: un ragazzo gentile, premuroso, zelante, ma ignorante, fiducioso, goloso e opportunistico. Si era presentato da me fin dall’inizio del mio soggiorno all’Ermitage e, senza alcun intermediario, si era presto stabilito a casa mia, contro la mia volontà. Aveva un certo talento per il disegno e conosceva gli artisti; mi fu molto utile per le stampe relative a “Julie”: si occupò della direzione dei disegni e delle tavole di stampa, svolgendo il compito in modo eccellente.
Avevo la casa del signor Dupin, che, sebbene meno splendida rispetto ai tempi d’oro della signora Dupin, non perdeva comunque il suo rango tra le migliori case di Parigi, grazie alla qualità dei suoi ospiti e alla scelta dell’alta società che vi si riuniva. Poiché non avevo preferito nessun altro luogo e l’avevo lasciata soltanto per vivere liberamente, loro continuavano a trattarmi con affetto, e ero certo di essere sempre ben accolto dalla signora Dupin. Anzi, potevo considerarla una delle mie vicine di campagna, da quando si erano stabiliti a Clichy; andavo spesso a trovarli per un giorno o due, e avrei potuto frequentarli ancora di più se la signora Dupin e la signora de Chenonceau fossero state in migliori rapporti. Tuttavia, la difficoltà di convivere sotto lo stesso tetto due donne che non si stimavano rendeva Clichy un luogo troppo scomodo per me. Essendo legato alla signora de Chenonceau da un’amicizia più profonda e intima, avevo il piacere di vederla spesso a Deuil, quasi davanti alla mia porta, dove aveva affittato una piccola casa; talvolta veniva anche a trovarmi a casa mia.
Avevo la signora de Créqui, la quale, essendosi dedicata con grande fervore alla devozione, aveva smesso di frequentare i d’Alembert, i Marmontel e la maggior parte degli intellettuali dell’epoca, ad eccezione, credo, dell’abate Trublet. Una sorta di semi-reclusione che, a dire il vero, le causava anche notevole noia. Per quanto riguarda me, che lei aveva sempre cercato di avvicinare, non persi né la sua simpatia né la nostra corrispondenza. Mi inviò delle anatre del Mans per le feste natalizie, e aveva in programma di venire a trovarmi l’anno seguente, se non fosse stato per un viaggio della signora de Luxembourg che le impedì di farlo. Le devo qui un posto speciale; nei miei ricordi, avrà sempre una posizione privilegiata.
Avevo un uomo che, ad eccezione di Roguin, avrei dovuto prendere in considerazione per primo: il mio ex confratello e amico di Carrio, un tempo segretario titolare dell’ambasciata spagnola a Venezia, poi in Svezia, dove fu incaricato delle questioni diplomatiche presso la corte reale, e infine nominato effettivamente segretario d’ambasciata a Parigi. Mi venne a trovare a Montmorency, nel momento in cui meno me lo aspettavo. Era decorato con un ordine spagnolo di cui ho dimenticato il nome, accompagnato da una bella croce ornata di pietre preziose. Aveva dovuto aggiungere una lettera al proprio cognome “Carrio” per completare i documenti necessari, e ora si faceva chiamare “cavaliere de Carrion”. Lo trovai esattamente lo stesso di sempre: con lo stesso cuore eccezionale e uno spirito sempre più affabile. Avrei ripreso con lui la stessa intimità di un tempo, se Coindet, come al solito, non si fosse intromesso tra noi approfittando della mia lontananza per insinuarsi al mio posto e conquistare la sua fiducia in mio nome, riuscendo così a sostituirmi grazie alla sua zelosità nel servirmi.
La mémoire de Carrion me rappelle celle d’un de mes voisins de campagne, dont j’aurais d’autant plus de tort de ne pas parler, que j’en ai à confesser un bien inexcusable envers lui. C’était l’honnête M. Le Blond, qui m’avait rendu service à Venise, et qui, étant venu faire un voyage en France avec sa famille, avait loué une maison de campagne à La Briche, non loin de Montmorency. Sitôt que j’appris qu’il était mon voisin, j’en fus dans la joie de mon cœur, et me fis encore plus une fête qu’un devoir d’aller lui rendre visite. Je partis pour cela dès le lendemain. Je fus rencontré par des gens qui me venaient voir moi-même, et avec lesquels il fallut retourner. Deux jours après, je pars encore ; il avait dîné à Paris avec toute sa famille. Une troisième fois il était chez lui : j’entendis des voix de femmes, je vis à la porte un carrosse qui me fit peur. Je voulais du moins, pour la première fois, le voir à mon aise, et causer avec lui de nos anciennes liaisons. Enfin je remis si bien ma visite de jour à autre, que la honte de remplir si tard un pareil devoir fit que je ne le remplis point du tout : après avoir osé tant attendre, je n’osai plus me montrer. Cette négligence, dont M. Le Blond ne put qu’être justement indigné, donna vis-à-vis de lui l’air de l’ingratitude à ma paresse ; et cependant je sentais mon cœur si peu coupable, que si j’avais pu faire à M. Le Blond quelque vrai plaisir, même à son insu, je suis bien sûr qu’il ne m’eût pas trouvé paresseux. Mais l’indolence, la négligence, et les délais dans les petits devoirs à remplir, m’ont plus fait de tort que de grands vices. Mes pires fautes ont été d’omission : j’ai rarement fait ce qu’il ne fallait pas faire, et malheureusement j’ai plus rarement encore fait ce qu’il fallait.
Puisque me voilà revenu à mes connaissances de Venise, je n’en dois pas oublier une qui s’y rapporte et que je n’avais interrompue, ainsi que les autres, que depuis beaucoup moins de temps. C’est celle de M. de Jonville, qui avait continué, depuis son retour de Gênes, à me faire beaucoup d’amitiés. Il aimait fort à me voir et à causer avec moi des affaires d’Italie et des folies de M. de Montaigu, dont il savait, de son côté, bien des traits par les bureaux des affaires étrangères, dans lesquels il avait beaucoup de liaisons. J’eus le plaisir aussi de revoir chez lui mon ancien camarade Dupont, qui avait acheté une charge dans sa province, et dont les affaires le ramenaient quelquefois à Paris. M. de Jonville devint peu à peu si empressé de m’avoir qu’il en devint même gênant, et, quoique nous logeassions dans des quartiers fort éloignés, il y avait du bruit entre nous quand je passais une semaine entière sans aller dîner chez lui. Quand il allait à Jonville, il m’y voulait toujours emmener ; mais y étant une fois allé passer huit jours, qui me parurent fort longs, je n’y voulus plus retourner. M. de Jonville était assurément un honnête et galant homme, aimable même à certains égards ; mais il avait peu d’esprit, il était beau, tant soit peu Narcisse, et passablement ennuyeux. Il avait un recueil singulier, et peut-être unique au monde, dont il s’occupait beaucoup, et dont il occupait aussi ses hôtes, qui quelquefois s’en amusaient moins que lui. C’était une collection très complète de tous les vaudevilles de la cour et de Paris, depuis plus de cinquante ans, où l’on trouvait beaucoup d’anecdotes qu’on aurait inutilement cherchées ailleurs. Voilà des Mémoires pour l’histoire de France, dont on ne s’aviserait guère chez toute autre nation.
Un jour, au fort de notre meilleure intelligence, il me fit un accueil si froid, si glaçant, si peu dans son ton ordinaire, qu’après lui avoir donné occasion de s’expliquer, et même l’en avoir prié, je sortis de chez lui avec la résolution, que j’ai tenue, de n’y plus remettre les pieds ; car on ne me voit guère où j’ai été une fois mal reçu, et il n’y avait point ici de Diderot qui plaidât pour M. de Jonville. Je cherchai vainement dans ma tête quel tort je pouvais avoir avec lui : je ne trouvai rien. J’étais sûr de n’avoir jamais parlé de lui ni des siens que de la façon la plus honorable, car je lui étais sincèrement attaché, et outre que je n’en avais que du bien à dire, ma plus inviolable maxime a toujours été de ne parler qu’avec honneur des maisons que je fréquentais.
Enfin, à force de ruminer, voici ce que je conjecturai. La dernière fois que nous nous étions vus, il m’avait donné à souper chez des filles de sa connaissance, avec deux ou trois commis des affaires étrangères, gens très aimables, et qui n’avaient point du tout l’air ni le ton libertin, et je puis jurer que de mon côté la soirée se passa à méditer assez tristement sur le malheureux sort de ces créatures. Je ne payai pas mon écot, parce que M. de Jonville nous donnait à souper, et je ne donnai rien à ces filles, parce que je ne leur fis point gagner, comme à la Padoana, le paiement que j’aurais pu leur offrir. Nous sortîmes tous assez gais et de très bonne intelligence. Sans être retourné chez ces filles, j’allai trois ou quatre jours après dîner chez M. de Jonville, que je n’avais pas revu depuis lors, et qui me fit l’accueil que j’ai dit. N’en pouvant imaginer d’autre cause que quelque malentendu relatif à ce souper, et voyant qu’il ne voulait pas s’expliquer, je pris mon parti et cessai de le voir ; mais je continuai de lui envoyer mes ouvrages : il me fit faire souvent des compliments, et l’ayant un jour rencontré au chauffoir de la Comédie, il me fit, sur ce que je n’allais plus le voir, des reproches obligeants qui ne m’y ramenèrent pas. Ainsi cette affaire avait plus l’air d’une bouderie que d’une rupture. Toutefois ne l’ayant pas revu, et n’ayant plus ouï parler de lui depuis lors, il eût été trop tard pour y retourner au bout d’une interruption de plusieurs années. Voilà pourquoi M. de Jonville n’entre point ici dans ma liste, quoique j’eusse assez longtemps fréquenté sa maison.
Je n’enflerai point la même liste de beaucoup d’autres connaissances moins familières, ou qui, par mon absence, avaient cessé de l’être, et que je ne laissai pas de voir quelquefois en campagne, tant chez moi qu’à mon voisinage, telles, par exemple, que les abbés de Condillac, de Mably, MM. de Mairan, de Lalive, de Boisgelou, Watelet, Ancelet, et d’autres qu’il serait trop long de nommer. Je passerai légèrement aussi sur celle de M. de Margency, gentilhomme ordinaire du roi, ancien membre de la coterie holbachique, qu’il avait quittée ainsi que moi, et ancien ami de Mme d’Épinay, dont il s’était détaché ainsi que moi, ni sur celle de son ami Desmahis, auteur célèbre, mais éphémère, de la comédie de l’Impertinent. Le premier était mon voisin de campagne, sa terre de Margency étant près de Montmorency. Nous étions d’anciennes connaissances ; mais le voisinage et une certaine conformité d’expérience nous rapprochèrent davantage. Le second mourut peu après. Il avait du mérite et de l’esprit : mais il était un peu l’original de sa comédie, un peu fat auprès des femmes, et n’en fut pas extrêmement regretté.
Carrion’s memory reminds me of one of my country neighbors; I would be all the more in the wrong if I did not mention him, especially since I have something truly unforgivable to confess regarding him. It was the honest Mr. Le Blond, who had done me a favor in Venice. When he came to travel to France with his family, he rented a country house in La Briche, not far from Montmorency. As soon as I learned he was my neighbor, I was overjoyed and felt it was my duty to pay him a visit. So I set off the next day. However, on the way, I encountered people who were also coming to see me, and I had to return with them. Two days later, I tried again—but he had dined in Paris with his family. On the third attempt, when I arrived at his house, I heard women’s voices and saw a carriage at the door, which frightened me. For once, I wanted to meet him in private and talk with him about our past connections. But I kept postponing my visit until eventually, out of shame for delaying it so much, I never did it at all. Mr. Le Blond must have been deeply offended by this neglect; it gave me the appearance of ingratitude due to my laziness. Yet, in my heart, I felt entirely innocent. If I had been able to bring him some real joy, even without his knowledge, I am certain he would not have considered me lazy. But indulgence, negligence, and procrastination in even the smallest duties have done me far more harm than any serious vices. My greatest mistakes have always been those of omission: I rarely did what should not be done, and even more regrettable is that I even less often did what should be done.
Now that I have returned to my knowledge of Venice, I must not forget one particular individual related to it—someone I had only recently stopped corresponding with, just like with many others. It is about Mr. de Jonville, who, since his return from Genoa, had continued to be very friendly towards me. He enjoyed seeing me and discussing matters concerning Italy and the eccentricities of Mr. de Montaigu, about whom he knew quite a lot through his connections in the foreign affairs offices, where he had many acquaintances. I was also pleased to meet again my old companion Dupont, who had acquired an official position in his province and occasionally came to Paris on business. Mr. de Jonville became so eager to have me over that it became somewhat troublesome. Although we lived in very different neighborhoods, there would always be some commotion whenever I spent an entire week without dining at his place. Whenever he went to Jonville, he always tried to take me with him; but after spending eight rather long days there once, I decided not to go again. Mr. de Jonville was certainly an honest and charming man, even pleasant in certain respects; however, he lacked wit, was somewhat self-absorbed, and rather tedious. He owned a unique collection—perhaps one of its kind in the world—which he spent much time studying and which he also showed to his guests, though sometimes they found it less entertaining than he did. It was a very comprehensive collection of all the vaudevilles produced at the court and in Paris over the past fifty years, containing many anecdotes that one would otherwise struggle to find elsewhere. Such memoirs would be highly valuable for the history of France—but hardly anywhere else in the world would one think of compiling them in this way.
One day, at the height of our mutual understanding, he greeted me in such a cold, icy manner—so far removed from his usual tone—that, after giving him the chance to explain himself and even urging him to do so, I left his house resolved never to set foot there again. For one is rarely seen where they have been poorly received, and there was no Diderot here to plead for Mr. de Jonville. I racked my brain in vain, trying to recall any offense I might have committed toward him—but found none. I was certain that I had never spoken of him or his family in anything but the most honorable terms, for I truly felt deep affection for him. Moreover, since all I said about them was good, my unwavering principle had always been to speak only honorably of the houses I frequented.
Finally, after much reflection, this is what I concluded. The last time we met, he invited me to dinner at the home of some girls he knew, along with two or three diplomats—very pleasant people who in no way gave off the impression of being licentious. I can swear that I spent the evening pondering quite sadly over the unfortunate fate of those women. I didn’t pay my share of the expenses, since Monsieur de Jonville was covering the cost; nor did I give anything to those girls, because I didn’t manage to make them earn as much as I could have if I had given them money like I did with the woman from the Padoana. We all left quite happily and on good terms. Without returning to those girls’ home, I went to Monsieur de Jonville’s place a few days later; he hadn’t seen me since that time and welcomed me in the way I’ve already described. Unable to think of any other reason for his behavior except some misunderstanding regarding that dinner, and seeing that he refused to clarify things, I decided to end our relationship. However, I continued to send him my works; he often expressed his appreciation for them. One day, when I encountered him at the Comédie’s foyer, he gently reproached me for no longer visiting him, but these words did not persuade me to change my decision. Thus, this incident seemed more like a temporary disagreement than a true break-up. Nevertheless, since I never saw him again and heard nothing about him afterward, it would have been too late to reestablish contact after such a long interval of several years. That’s why Monsieur de Jonville is not included in my list of acquaintances, even though I did spend quite some time at his home.
I will not extend this list to include many other acquaintances who were less well-known, or whose friendship had faded due to my absence; nor will I mention those whom I occasionally encountered in the countryside, either at my own residence or among my neighbors—such as Abbés Condillac and Mably, Messieurs de Mairan, de Lalive, de Boisgelou, Watelet, Ancelet, and others too numerous to name here. I will also briefly gloss over the acquaintance of Monsieur de Margency, a gentleman of the king’s household, former member of the Holbachian circle (which he, like me, later left), and once a friend of Madame d’Épinay—though both he and I eventually distanced ourselves from her. Nor will I mention his friend Desmahis, the famous but short-lived author of the comedy L’Impertinent. Monsieur de Margency was my neighbor in the countryside; his estate of Margency was located near Montmorency. We had known each other for some time, but our proximity and similar life experiences brought us even closer. Monsieur Desmahis died not long after. He possessed both merit and wit; yet he somewhat embodied the character of his own comedy—being a bit too flatterer toward women—and thus was not greatly mourned by anyone.
La memoria di Carrion mi ricorda quella di uno dei miei vicini di campagna; avrei ancora più torto a non parlarne, visto che devo confessargli un errore davvero inescusabile nei suoi confronti. Si trattava dell’onesto signor Le Blond, che mi aveva reso un servizio a Venezia e che, venendo in viaggio in Francia con la sua famiglia, aveva affittato una casa di campagna a La Briche, non lontano da Montmorency. Non appena seppi che era diventato mio vicino, ne fui immensamente felice e decisi di andarlo a visitare non solo per dovere, ma anche con grande piacere. Partii il giorno seguente; però incontrai delle persone che venivano anch’esse a trovarmi e dovetti tornare indietro con loro. Due giorni dopo ripartii ancora: in quel momento lui era a cena a Parigi con tutta la sua famiglia. La terza volta che andai da lui, sentii delle voci di donne e vidi una carrozza alla porta. Questo mi spaventò. Volevo almeno, per la prima volta, incontrarlo in un ambiente tranquillo e parlare con lui delle nostre vecchie conoscenze. Alla fine, rinviata più volte la visita, la vergogna di adempiere così tardi a questo dovere fu tale che non lo feci affatto. Dopo aver osato aspettare così a lungo, non ebbi il coraggio di presentarmi. Questa negligenza, della quale il signor Le Blond poté solo indignarsi giustamente, fece sì che io apparissi davanti a lui come un ingrato. Eppure sentivo il mio cuore assolutamente innocente; se avessi potuto fargli davvero del bene, anche senza che se ne accorgesse, sono certo che non mi avrebbe considerato pigro. Ma l’indolenza, la negligenza e i ritardi nei piccoli doveri compiuti mi hanno fatto più male di grandi vizi. I miei peggiori errori sono stati quelli legati all’omissione: raramente ho fatto ciò che non si doveva fare. E, purtroppo, ancora più raramente ho fatto ciò che invece si doveva fare.
Poiché sono tornato alle mie conoscenze di Venezia, non devo dimenticare quella che vi riguarda e che, come le altre, avevo interrotto soltanto da poco tempo. Si tratta della persona di Monsieur de Jonville, il quale, dopo il suo ritorno da Genova, continuava a dimostrarmi grande affetto. Gli piaceva molto vedermi e parlare con me di questioni relative all’Italia e delle stravaganze di Monsieur de Montaigu, di cui conosceva bene molti aspetti grazie ai suoi contatti presso gli uffici per gli affari esteri. Ebbi anche il piacere di rivedere lì il mio vecchio compagno Dupont, che aveva acquistato una carica nella sua provincia e il cui lavoro lo portava talvolta a Parigi. Monsieur de Jonville divenne gradualmente così insistente nel volermi avere con sé da diventare quasi fastidioso; e sebbene abitassimo in quartieri molto lontani l’uno dall’altro, c’era sempre un certo trambusto quando passavo una settimana intera senza andare a cena da lui. Quando andava a Jonville, voleva sempre portarmi con sé; ma dopo essere stato lì per otto giorni, che mi parvero molto lunghi, non volli più tornarci. Monsieur de Jonville era sicuramente un uomo onesto e galante, anche piacevole in alcuni aspetti; tuttavia mancava di spirito, era bello, con una certa vanità, e abbastanza noioso. Possedeva una raccolta davvero singolare, forse unica al mondo, a cui dedicava molto tempo e che faceva anche divertire i suoi ospiti, sebbene a volte questi non la trovassero così interessante quanto lui. Si trattava di una collezione molto completa di tutti i vaudevilles della corte e di Parigi degli ultimi cinquant’anni, nella quale si trovavano molte aneddoti che altrimenti sarebbe stato inutile cercare altrove. Ecco dei “Memorie” per la storia della Francia, qualcosa che in nessun altro paese si troverebbe mai.
Un giorno, nel pieno della nostra migliore intelligenza, mi accolse in modo così freddo, così gelido, così diverso dal suo solito tono, che, dopo avergli dato l’opportunità di spiegarsi e persino averlo pregato di farlo, uscii da casa sua con la determinazione di non metterci più piede; infatti, difficilmente si va dove si è stati accolti male una volta, e qui non c’era nessuno come Diderot che potesse difendere il signor de Jonville. Cercai invano nella mia mente quale errore avessi potuto commettere nei suoi confronti: non ne trovai alcuno. Ero certo di non aver mai parlato di lui o dei suoi familiari se non nel modo più onorevole, poiché gli ero sinceramente affezionato e, inoltre, avevo sempre come massima inviolabile quella di parlare con onore delle case che frequentavo.
Infine, dopo molte riflessioni, ecco a cosa sono giunto: l’ultima volta che ci siamo visti, mi aveva invitato a cena da alcune ragazze che conosceva, insieme a due o tre funzionari del Ministero degli Affari Esteri; persone molto gentili, che assolutamente non avevano l’aspetto né il tono di individui libertini. Posso giurare che quella sera ho trascorso il tempo riflettendo con grande tristezza sul tragico destino di quelle donne. Non ho pagato la mia parte del conto, poiché era M. de Jonville a offrirci da mangiare; inoltre non ho dato nulla alle ragazze, perché non ho permesso loro di guadagnare quel denaro che avrei potuto offrirgli. Siamo usciti tutti abbastanza felici e in ottimi rapporti. Senza tornare da quelle donne, tre o quattro giorni dopo sono andato a cena da M. de Jonville, che non vedevo da allora; mi ha accolto con lo stesso affetto di sempre. Non riuscendo a immaginare alcuna altra ragione per quel comportamento, se non un qualche malinteso legato a quella cena, e vedendo che lui non voleva spiegarsi, ho deciso di interrompere i nostri rapporti; tuttavia ho continuato a inviargli i miei lavori. Mi faceva spesso dei complimenti, e un giorno, incontrandolo al foyer della Comédie, mi ha fatto degli elogi per il fatto che non lo andavo più a trovare, ma questo non mi ha indotto a riprendere i nostri rapporti. Quindi, questa situazione sembrava più una sorta di “burruffia” che una vera e propria rottura. Tuttavia, non essendolo più visto né sentito parlare di lui da allora, sarebbe stato troppo tardi per riprendere i rapporti dopo un’assenza di diversi anni. Ecco perché M. de Jonville non compare nella mia lista, anche se ho frequentato spesso la sua casa.
Non allungherò questa lista con molte altre conoscenze meno note, o che, a causa della mia assenza, avevano smesso di esserlo; tuttavia, talvolta le incontravo in campagna, sia presso di me che nei dintorni: tra queste vi erano, ad esempio, gli abati Condillac e Mably, i signori de Mairan, de Lalive, de Boisgelou, Watelet, Ancelet, e altri ancora, il cui nome sarebbe troppo lungo da menzionare tutti. Tratterò brevemente anche quella del signor de Margency, gentiluomo di corte del re, ex membro della setta di Holbach, che come me ne aveva abbandonato i ranghi, e ex amico di Madame d’Épinay, da cui, proprio come me, si era allontanato. Non parlerò nemmeno dell’amico di quest’ultimo, Desmahis, autore celebre ma effimero della commedia “L’Impertinent”. Il signor de Margency era mio vicino di campagna: la sua tenuta di Margency si trovava vicino a Montmorency. Eravamo conoscenti da tempo; tuttavia, il fatto di vivere nelle stesse zone e di condividere alcune esperienze ci avvicinò ulteriormente. Il signor Desmahis morì poco dopo. Aveva del merito e dell’intelligenza; tuttavia, era un po’ l’incarnazione della figura che aveva creato nella sua commedia: un po’ presuntuoso con le donne, e per questo non fu particolarmente rimpianto quando morì.
Mais je ne puis omettre une correspondance nouvelle de ce temps-là, qui a trop influé sur le reste de ma vie pour que je néglige d’en marquer le commencement. Il s’agit de M. de Lamoignon de Malesherbes, premier président de la cour des aides, chargé pour lors de la librairie, qu’il gouvernait avec autant de lumières que de douceur, et à la grande satisfaction des gens de lettres. Je ne l’avais pas été voir à Paris une seule fois ; cependant j’avais toujours éprouvé de sa part les facilités les plus obligeantes, quant à la censure, et je savais qu’en plus d’une occasion il avait fort malmené ceux qui écrivaient contre moi. J’eus de nouvelles preuves de ses bontés au sujet de l’impression de la Julie ; car les épreuves d’un si grand ouvrage étant fort coûteuses à faire venir d’Amsterdam par la poste, il permit, ayant ses ports francs, qu’elles lui fussent adressées, et il me les envoyait franches aussi, sous le contreseing de M. le Chancelier, son père. Quand l’ouvrage fut imprimé, il n’en permit le débit dans le royaume qu’ensuite d’une édition qu’il en fit faire à mon profit, malgré moi-même : comme ce profit eût été de ma part un vol fait à Rey, à qui j’avais vendu mon manuscrit, non seulement je ne voulus point accepter le présent qui m’était destiné pour cela sans son aveu, qu’il accorda très généreusement, mais je voulus partager avec lui les cent pistoles à quoi monta ce présent et dont il ne voulut rien. Pour ces cent pistoles, j’eus le désagrément, dont M. de Malesherbes ne m’avait pas prévenu, de voir horriblement mutiler mon ouvrage, et empêcher le débit de la bonne édition jusqu’à ce que la mauvaise fût écoulée.
J’ai toujours regardé M. de Malesherbes comme un homme d’une droiture à toute épreuve. Jamais rien de ce qui m’est arrivé ne m’a fait douter un moment de sa probité : mais aussi faible qu’honnête, il nuit quelquefois aux gens pour lesquels il s’intéresse, à force de les vouloir préserver. Non seulement il fit retrancher plus de cent pages dans l’édition de Paris, mais il fit un retranchement qui pouvait porter le nom d’infidélité dans l’exemplaire de la bonne édition qu’il envoya à Mme de Pompadour. Il est dit quelque part, dans cet ouvrage, que la femme d’un charbonnier est plus digne de respect que la maîtresse d’un prince. Cette phrase m’était venue dans la chaleur de la composition, sans aucune application, je le jure. En relisant l’ouvrage, je vis qu’on ferait cette application. Cependant, par la très imprudente maxime de ne rien ôter par égard aux applications qu’on pouvait faire, quand j’avais dans ma conscience le témoignage de ne les avoir pas faites en écrivant, je ne voulus point ôter cette phrase, et je me contentai de substituer le mot prince au mot roi, que j’avais d’abord mis. Cet adoucissement ne parut pas suffisant à M. de Malesherbes : il retrancha la phrase entière, dans un carton qu’il fit imprimer exprès, et coller aussi proprement qu’il fut possible dans l’exemplaire de Mme de Pompadour. Elle n’ignora pas ce tour de passe-passe. Il se trouva de bonnes âmes qui l’en instruisirent. Pour moi, je ne l’appris que longtemps après, lorsque je commençais d’en sentir les suites.
N’est-ce point encore ici la première origine de la haine couverte, mais implacable, d’une autre dame, qui était dans un cas pareil[240], sans que j’en susse rien, ni même que je la connusse, quand j’écrivis ce passage ? Quand le livre se publia, la connaissance était faite, et j’étais très inquiet. Je le dis au chevalier de Lorenzy, qui se moqua de moi, et m’assura que cette dame en était si peu offensée, qu’elle n’y avait pas même fait attention. Je le crus un peu légèrement peut-être, et je me tranquillisai fort mal à propos.
Je reçus, à l’entrée de l’hiver, une nouvelle marque des bontés de M. de Malesherbes, à laquelle je fus fort sensible, quoique je ne jugeasse pas à propos d’en profiter. Il y avait une place vacante dans le Journal des Savants. Margency m’écrivit pour me la proposer comme de lui-même. Mais il me fut aisé de comprendre, par le tour de sa lettre (Liasse C. n° 33), qu’il était instruit et autorisé, et lui-même me marqua dans la suite (Liasse C. n° 47) qu’il avait été chargé de me faire cette offre. Le travail de cette place était peu de chose. Il ne s’agissait que de deux extraits par mois, dont on m’apporterait les livres, sans être obligé jamais à aucun voyage de Paris, pas même pour faire au magistrat une visite de remerciement. J’entrais par là dans une société de gens de lettres du premier mérite, MM. de Mairan, Clairaut, de Guignes, et l’abbé Barthélemy, dont la connaissance était déjà faite avec les deux premiers, et très bonne à faire avec les deux autres. Enfin, pour un travail si peu pénible, et que je pouvais faire si commodément, il y avait un honoraire de huit cents francs attaché à cette place. Je délibérai quelques heures avant que de me déterminer, et je puis jurer que la seule chose qui me fit balancer fut la crainte de fâcher Margency et de déplaire à M. de Malesherbes. Mais enfin la gêne insupportable de ne pouvoir travailler à mon heure et d’être commandé par le temps ; bien plus encore la certitude de mal remplir les fonctions dont il fallait me charger, l’emportèrent sur tout, et me déterminèrent à refuser une place pour laquelle je n’étais pas propre. Je savais que tout mon talent ne venait que d’une certaine chaleur d’âme sur les matières que j’avais à traiter, et qu’il n’y avait que l’amour du grand, du vrai, du beau, qui pût animer mon génie. Et que m’auraient importé les sujets de la plupart des livres que j’aurais à extraire, et les livres mêmes ? Mon indifférence pour la chose eût glacé ma plume et abruti mon esprit. On s’imaginait que je pouvais écrire par métier, comme tous les autres gens de lettres, au lieu que je ne sus jamais écrire que par passion. Ce n’était assurément pas là ce qu’il fallait au Journal des Savants. J’écrivis donc à Margency une lettre de remerciement, tournée avec toute l’honnêteté possible, dans laquelle je lui fis si bien le détail de mes raisons, qu’il ne se peut pas que ni lui ni M. de Malesherbes aient cru qu’il entrât ni humeur ni orgueil dans mon refus. Aussi l’approuvèrent-ils l’un et l’autre, sans m’en faire moins bon visage, et le secret fut si bien gardé sur cette affaire que le public n’en a jamais eu le moindre vent.
But I cannot overlook a new correspondence from that time, which had such a profound influence on the rest of my life that I must not neglect to mark its beginning. It concerns Mr. de Lamoignon de Malesherbes, the first president of the Court of Aids and at that time in charge of the printing affairs, which he governed with both enlightenment and kindness, to the great satisfaction of the literary community. I had never visited him in Paris once; yet I had always received from him the greatest assistance regarding censorship, and I knew that on more than one occasion he had severely punished those who wrote against me. I received further evidence of his kindness regarding the publication of Julie. Since printing such a large work was extremely costly to transport from Amsterdam by mail, he, having free ports at his disposal, allowed the manuscripts to be sent directly to him and then forwarded them to me free of charge, bearing the official seal of Mr. le Chancelier, his father. When the book was finally printed, he did not permit it to be sold in the kingdom until he had had an edition prepared for my benefit—against my own wishes. Since such profit would have amounted to stealing from Rey, to whom I had sold my manuscript, I refused outright to accept this gift without his explicit consent, which he granted very generously. Moreover, I insisted on sharing with him the hundred pistoles that constituted this gift, but he refused to take any. Because of this, I suffered the great inconvenience of seeing my work severely altered and the distribution of the legitimate edition delayed until the defective copies were all sold out—something for which Mr. de Malesherbes had not warned me in advance.
I have always regarded Mr. de Malesherbes as a man of unwavering integrity. Nothing that happened to me ever caused me to doubt his honesty for a single moment; but though he was weak, he was honest, and sometimes, in his efforts to protect those he cared about, he would end up harming them. Not only did he have over a hundred pages removed from the Paris edition, but he also made such alterations that they could be considered disloyal in the copy of the proper edition he sent to Madame de Pompadour. It is said somewhere in this work that the wife of a coal miner deserves more respect than the mistress of a prince. This phrase came to me while I was writing, without any particular intention behind it; I swear it. However, upon rereading the work, I realized that such an interpretation could be made. Nevertheless, out of sheer imprudence—because I had a clear conscience that I had not intended such an interpretation when I wrote it—I chose not to remove the phrase and simply replaced the word “prince” with “king,” which I had originally used. This slight modification did not satisfy Mr. de Malesherbes; he had the entire phrase removed and had it specially printed and carefully inserted into Madame de Pompadour’s copy. She was certainly aware of this manipulation. Some kind-hearted people informed her about it. As for me, I did not learn of it until much later, when I began to feel the consequences of it.
Isn’t this also the very origin of that concealed yet implacable hatred on the part of another lady who was in a similar situation[240]—without my knowing anything about it, not even having met her at the time I wrote this passage? When the book was published, I learned of the matter, and I was very anxious. I told Sir de Lorenzy about it, but he laughed at me and assured me that this lady was not offended in the slightest and had not even paid any attention to it. Perhaps I believed him a bit too readily, and as a result, I felt far from relieved.
At the beginning of winter, I received another gesture of kindness from Monsieur de Malesherbes, for which I was deeply grateful, although I did not consider it appropriate to take advantage of it. There was an empty position available in the Journal des Savants. Margency wrote to me, offering it to me as if it were his own suggestion. However, it was easy for me to understand, from the tone of his letter (Letter C, No. 33), that he had been instructed and authorized to make this offer on my behalf. Later, he also confirmed to me (Letter C, No. 47) that he had indeed been tasked with presenting it to me. The work involved in this position was quite minor: I only needed to extract two passages per month, and the necessary books would be provided to me without any need for me to travel from Paris, not even to pay a visit of thanks to the magistrate in charge. In this way, I would join a company of truly distinguished literati—Monsieurs de Mairan, Clairaut, de Guignes, and Abbé Barthélemy—whose acquaintance I already had with the first two, and whose company I was very eager to gain with the latter two. Moreover, for such effortless work that could be carried out so conveniently, the position came with an honorarium of eight hundred francs. I deliberated for several hours before making a decision, and I can swear that the only reason I hesitated was the fear of offending Margency or displeasing Monsieur de Malesherbes. But ultimately, the unbearable inconvenience of not being able to work at my own pace and being constrained by time, coupled with the certainty that I would not be able to fulfill the responsibilities properly, outweighed everything else, and led me to decline a position for which I was not truly suited. I knew that all my talent stemmed from a particular passion for the subjects I dealt with; it was only my love for the great, the true, the beautiful that could inspire my creativity. What importance could the topics of most of the books I would have to extract, or the books themselves, have held for me? My indifference toward such matters would have frozen my pen and dulled my mind. People might have assumed that I could write as a profession, like all other literati, but in reality, I could only write out of passion—not at all what was required for the Journal des Savants. Therefore, I wrote to Margency a letter of thanks, expressing my reasons with utmost honesty. I detailed them so clearly that neither he nor Monsieur de Malesherbes could have thought that my refusal was motivated by any spite or pride. As a result, they both approved of it without any change in their attitude toward me, and the matter was kept so secret that the public never learned anything about it.
Ma non posso omettere una nuova corrispondenza di quel periodo, che ha avuto troppo peso sulla mia vita per poter trascurare di segnare il suo inizio. Si tratta del signor de Lamoignon de Malesherbes, primo presidente della corte delle aiuti e all’epoca incaricato della gestione della libreria reale; la amministrava con tanto buon senso e dolcezza da soddisfare appieno gli intellettuali del tempo. Non l’avevo mai incontrato personalmente a Parigi, ma avevo sempre ricevuto da lui grande collaborazione in materia di censura; sapevo anche che in più occasioni aveva severamente punito coloro che scrivevano contro di me. Ebbi altre prove delle sue gentilezze riguardo alla pubblicazione de “La Julie”: poiché la stampa di un’opera così importante risultava molto costosa, essendo necessario farla venire da Amsterdam per posta, lui, avendo i porti franchi a disposizione, permise che le bozze gli venissero inviate direttamente e me le inviò gratuitamente, con il sigillo del cancelliere suo padre. Quando l’opera fu stampata, egli consentì che venisse distribuita nel regno soltanto dopo averne fatto fare un’edizione a mio vantaggio, nonostante io mi opponesse: poiché tale profitto avrebbe significato derubare Rey, a cui avevo venduto il manoscritto, non solo rifiutai di accettare il dono destinatomi senza il suo consenso – che ottenni molto generosamente – ma volli anche condividerlo con lui delle cento pistole che esso costava; tuttavia lui non ne volle assolutamente nulla. A causa di queste cento pistole, ebbi l’infelicità di vedere il mio lavoro gravemente alterato e la distribuzione dell’edizione corretta ostacolata, fino a quando quella errata non fu completamente esaurita.
Ho sempre considerato il signor de Malesherbes un uomo di integrità indiscutibile. Niente di ciò che mi è accaduto ha mai fatto vacillare per un momento la mia fiducia nella sua onestà; tuttavia, sebbene fosse debole, era onesto, e a volte, nel suo desiderio di proteggere le persone a cui teneva, finiva per nuocer loro. Non solo fece eliminare più di cento pagine dall’edizione pubblicata a Parigi, ma anche nell’esemplare della buona edizione che inviò alla signora de Pompadour apportò modifiche che avrebbero potuto essere considerate infide. In questo stesso libro si afferma che la moglie di un carbonaio sia più degna di rispetto della amante di un principe. Questa frase mi era venuta in mente durante la stesura dell’opera, senza alcuna intenzione specifica; rileggendola, però, mi resi conto che poteva essere interpretata in quel senso. Tuttavia, seguendo l’imprudente principio di non modificare nulla per evitare possibili interpretazioni errate – quando avevo la certezza di non averle intenzionalmente incluse nella stesura originale – decisi di non eliminare quella frase, ma semplicemente sostituire la parola “principe” con “re”, che avevo inizialmente utilizzato. Questa modifica non sembrò comunque sufficiente al signor de Malesherbes: egli fece quindi rimuovere l’intera frase e fece stampare un foglio separato con quella modificazione, che venne poi inserito nell’esemplare destinato alla signora de Pompadour. Lei non ignorava questo stratagemma. Ci furono persone gentili che la informarono al riguardo. Per quanto mi riguarda, ne venni a conoscenza solo molto tempo dopo, quando iniziai ad avvertirne le conseguenze.
Non è forse anche in questo caso la prima origine di quell’odio nascosto ma implacabile da parte di un’altra signora, che si trovava nella stessa situazione[240], senza che io ne sapessi nulla, né nemmeno la conoscessi, quando scrissi quel passaggio? Quando il libro fu pubblicato, quella signora venne a conoscenza della cosa e io ne fui molto preoccupato. Ne parlai al cavaliere de Lorenzy, che si prese gioco di me e mi assicurò che lei non era affatto offesa e che nemmeno se n’era accorta. Forse lo credetti un po’ troppo alla leggera, e mi tranquillizzai in modo del tutto infondato.
All’inizio dell’inverno ricevetti un’altra dimostrazione della gentilezza di Monsieur de Malesherbes; ne fui molto grato, anche se non ritenni opportuno approfittarne. C’era una posizione vacante nel “Journal des Savants”. Margency mi scrisse per offrirmela come se fosse stata sua idea. Ma fu facile capire, dal tenore della sua lettera (Cartella C, n. 33), che era stato istruito e autorizzato a farlo; in seguito, egli stesso mi confermò (Cartella C, n. 47) di essere stato incaricato di presentarmi questa opportunità. Il lavoro richiesto per quella posizione era molto semplice: dovevo redigere soltanto due estratti al mese; mi avrebbero fornito i libri necessari senza che io dovessi mai recarmi a Parigi, nemmeno per ringraziare il funzionario incaricato. In questo modo entravo a far parte di un circolo di letterati di prim’ordine: Monsieur de Mairan, Clairaut, de Guignes e l’abate Barthélemy; con i primi due avevo già stretto buone relazioni, mentre con gli altri due avrei potuto stabilirne facilmente altre. Inoltre, per un lavoro così poco impegnativo e che potevo svolgere comodamente, il compenso offerto era di ottocento franchi. Riflettei per alcune ore prima di decidere. E posso giurare che l’unica ragione che mi fece esitare fu la paura di offendere Margency o di deludere Monsieur de Malesherbes. Ma alla fine, la difficoltà insopportabile di non poter lavorare secondo i miei tempi e di essere costretto a rispettare orari prestabiliti, unita alla certezza di non svolgere adeguatamente le mansioni richieste, prevalse su tutto. E decisi quindi di rifiutare un’opportunità per la quale non ero adatto. Sapevo che tutto il mio talento derivava da una particolare passione per gli argomenti che dovevo trattare; solo l’amore per ciò che è grande, vero e bello poteva ispirare il mio lavoro. Che importanza avrebbero avuto per me i contenuti dei libri da cui dovevo trarre gli estratti, o i libri stessi? La mia indifferenza verso tali argomenti avrebbe gelato la mia penna e intorpidito la mia mente. Si pensava che potessi scrivere per mestiere, come tutti gli altri letterati. Ma io non sapevo scrivere se non per passione. E questo, sicuramente, non era ciò di cui aveva bisogno il “Journal des Savants”. Scrissi quindi a Margency una lettera di ringraziamento, nella quale spiegai con la massima onestà le mie ragioni. Sono certo che né lui né Monsieur de Malesherbes potessero pensare che nel mio rifiuto ci fossero motivi legati all’orgoglio o all’umore. Così entrambi lo approvarono, senza smettere di trattarmi con gentilezza. E il segreto di questa faccenda fu così ben custodito che il pubblico non ne seppe mai nulla.
Cette proposition ne venait pas dans un moment favorable pour me la faire agréer. Car depuis quelque temps je formais le projet de quitter tout à fait la littérature, et surtout le métier d’auteur. Tout ce qui venait de m’arriver m’avait absolument dégoûté des gens de lettres, et j’avais éprouvé qu’il était impossible de courir la même carrière, sans avoir quelques liaisons avec eux. Je ne l’étais guère moins des gens du monde, et en général de la vie mixte que je venais de mener, moitié à moi-même, et moitié à des sociétés pour lesquelles je n’étais point fait. Je sentais plus que jamais, et par une constante expérience, que toute association inégale est toujours désavantageuse au parti faible. Vivant avec des gens opulents, et d’un autre état que celui que j’avais choisi, sans tenir maison comme eux, j’étais obligé de les imiter en bien des choses, et de menues dépenses, qui n’étaient rien pour eux, étaient pour moi non moins ruineuses qu’indispensables. Qu’un autre homme aille dans une maison de campagne, il est servi par son laquais, tant à table que dans sa chambre ; il l’envoie chercher tout ce dont il a besoin : n’ayant rien à faire directement avec les gens de la maison, ne les voyant même pas, il ne leur donne des étrennes que quand et comme il lui plaît ; mais moi, seul, sans domestique, j’étais à la merci de ceux de la maison, dont il fallait nécessairement capter les bonnes grâces, pour n’avoir pas beaucoup à souffrir, et, traité comme l’égal de leur maître, il en fallait aussi traiter les gens comme tel, et même faire pour eux plus qu’un autre, parce qu’en effet, j’en avais bien plus besoin. Passe encore quand il y a peu de domestiques ; mais, dans les maisons où j’allais il y en avait beaucoup, tous très rogues, très fripons, très alertes, j’entends pour leur intérêt, et les coquins savaient faire en sorte que j’avais successivement besoin de tous. Les femmes de Paris, qui ont tant d’esprit, n’ont aucune idée juste sur cet article, et à force de vouloir économiser ma bourse, elles me ruinaient. Si je soupais en ville un peu loin de chez moi, au lieu de souffrir que j’envoyasse chercher un fiacre, la dame de la maison faisait mettre des chevaux pour me ramener ; elle était fort aise de m’épargner les vingt-quatre sols du fiacre ; quant à l’écu que je donnais au laquais et au cocher, elle n’y songeait pas. Une femme m’écrivait-elle de Paris à l’Ermitage ou à Montmorency, ayant regret aux quatre sols de port que sa lettre m’aurait coûté, elle me l’envoyait par un de ses gens, qui arrivait à pied tout en nage, et à qui je donnais à dîner et un écu qu’il avait assurément bien gagné. Me proposait-elle d’aller passer huit ou quinze jours avec elle à sa campagne, elle se disait en elle-même : ce sera toujours une économie pour ce pauvre garçon ; pendant ce temps-là sa nourriture ne lui coûtera rien. Elle ne songeait pas qu’aussi, durant ce temps-là, je ne travaillais point ; que mon ménage, et mon loyer et mon linge et mes habits, n’en allaient pas moins ; que je payais mon barbier à double, et qu’il ne laissait pas de m’en coûter chez elle plus qu’il ne m’en aurait coûté chez moi. Quoique je bornasse mes petites largesses aux seules maisons où je vivais d’habitude, elles ne laissaient pas de m’être ruineuses. Je puis assurer que j’ai bien versé vingt-cinq écus chez Mme d’Houdetot, à Eaubonne, où je n’ai couché que quatre ou cinq fois, et plus de cent pistoles, tant à Épinay qu’à la Chevrette, pendant les cinq ou six ans que j’y fus le plus assidu. Ces dépenses sont inévitables pour un homme de mon humeur, qui ne sait se pourvoir de rien, ni s’ingénier sur rien, ni supporter l’aspect d’un valet qui grogne, et qui vous sert en rechignant. Chez Mme Dupin même, où j’étais de la maison, et où je rendais mille services aux domestiques, je n’ai jamais reçu les leurs qu’à la pointe de mon argent. Dans la suite, il a fallu renoncer tout à fait à ces petites libéralités que ma situation ne m’a plus permis de faire, et c’est alors qu’on m’a fait sentir[241] bien plus durement encore l’inconvénient de fréquenter des gens d’un autre état que le sien.
Encore si cette vie eût été de mon goût, je me serais consolé d’une dépense onéreuse, consacrée à mes plaisirs : mais se ruiner pour s’ennuyer était trop insupportable ; et j’avais si bien senti le poids de ce train de vie que, profitant de l’intervalle de liberté où je me trouvais pour lors, j’étais déterminé à le perpétuer, à renoncer totalement à la grande société, à la composition des livres, à tout commerce de littérature, et à me renfermer, pour le reste de mes jours, dans la sphère étroite et paisible pour laquelle je me sentais né.
Le produit de la Lettre à d’Alembert et de La Nouvelle Héloïse avait un peu remonté mes finances, qui s’étaient fort épuisées à l’Ermitage. Je me voyais environ mille écus devant moi. L’Émile, auquel je m’étais mis tout de bon, quand j’eus achevé l’Héloïse, était fort avancé, et son produit devait au moins doubler cette somme. Je formai le projet de placer ce fonds, de manière à me faire une petite rente viagère qui pût, avec ma copie, me faire subsister sans plus écrire. J’avais encore deux ouvrages sur le chantier. Le premier était mes Institutions politiques. J’examinai l’état de ce livre, et je trouvai qu’il demandait encore plusieurs années de travail. Je n’eus pas le courage de le poursuivre et d’attendre qu’il fût achevé pour exécuter ma résolution. Ainsi, renonçant à cet ouvrage, je résolus d’en tirer ce qui pouvait se détacher, puis de brûler tout le reste, et poussant ce travail avec zèle, sans interrompre celui de l’Émile, je mis, en moins de deux ans, la dernière main au Contrat social.
Restait le Dictionnaire de Musique. C’était un travail de manœuvre, qui pouvait se faire en tout temps, et qui n’avait pour objet qu’un produit pécuniaire. Je me réservai de l’abandonner, ou de l’achever à mon aise, selon que mes autres ressources rassemblées me rendraient celle-là nécessaire ou superflue. À l’égard de la Morale sensitive, dont l’entreprise était restée en esquisse, je l’abandonnai totalement.
Comme j’avais en dernier projet, si je pouvais me passer tout à fait de la copie, celui de m’éloigner de Paris, où l’affluence des survenants rendait ma subsistance coûteuse, et m’ôtait le temps d’y pourvoir, pour prévenir dans ma retraite l’ennui dans lequel on dit que tombe un auteur quand il a quitté la plume, je me réservais une occupation qui pût remplir le vide de ma solitude, sans me tenter de plus rien faire imprimer de mon vivant. Je ne sais par quelle fantaisie Rey me pressait depuis longtemps d’écrire les Mémoires de ma vie. Quoiqu’ils ne fussent pas jusqu’alors fort intéressants par les faits, je sentis qu’ils pouvaient le devenir par la franchise que j’étais capable d’y mettre, et je résolus d’en faire un ouvrage unique par une véracité sans exemple, afin qu’au moins une fois on pût voir un homme tel qu’il était en dedans. J’avais toujours ri de la fausse naïveté de Montaigne, qui, faisant semblant d’avouer ses défauts, a grand soin de ne s’en donner que d’aimables ; tandis que je sentais, moi qui me suis cru toujours, et qui me crois encore, à tout prendre, le meilleur des hommes, qu’il n’y a point d’intérieur humain, si pur qu’il puisse être, qui ne recèle quelque vice odieux. Je savais qu’on me peignait dans le public sous des traits si peu semblables aux miens, et quelquefois si difformes, que, malgré le mal dont je ne voulais rien taire, je ne pouvais que gagner encore à me montrer tel que j’étais. D’ailleurs, cela ne se pouvant faire sans laisser voir aussi d’autres gens tels qu’ils étaient, et par conséquent cet ouvrage ne pouvant paraître qu’après ma mort et celle de beaucoup d’autres, cela m’enhardissait davantage à faire mes confessions dont jamais je n’aurais à rougir devant personne. Je résolus donc de consacrer mes loisirs à bien exécuter cette entreprise, et je me mis à recueillir les lettres et papiers qui pouvaient guider ou réveiller ma mémoire, regrettant fort tout ce que j’avais déchiré, brûlé, perdu jusqu’alors.
Ce projet de retraite absolue, un des plus sensés que j’eusse jamais faits, était fortement empreint dans mon esprit, et déjà je travaillais à son exécution, quand le Ciel, qui me préparait une autre destinée, me jeta dans un nouveau tourbillon.
This proposal came at a particularly unfavorable time for me to accept it. For some time now, I had been considering completely abandoning literature—and especially the profession of an author. Everything that had just happened to me had utterly disgusted me with people in the literary world, and I realized that it was impossible to pursue the same career without maintaining some kind of connection with them. My relationship with those in the social world, as well as with the mixed society I had been living in—partly devoted to myself and partly involved with groups for which I was not suited at all—I felt more keenly than ever that any unequal association is always disadvantageous to the weaker party. Living among wealthy people of a different social status from my own, and without managing a household like they did, I was forced to imitate them in many aspects. Small expenses that meant nothing to them were for me equally devastating as indispensable. If another person went to a country house, their servant would attend to them both at the table and in their room; they would send the servant to fetch whatever they needed. Since they had no direct contact with the household staff and didn’t even see them, they only gave them attention when it suited them. But I, alone and without a servant, was at the mercy of those people in the house. To suffer as little as possible, I had to win their favor—and since I was treated as their equal, I also had to treat their staff as such, even going beyond what others would do, because in reality, I needed it far more. It might be tolerable when there are few servants; but in the houses I visited, there were many—all very cunning, dishonest, and opportunistic. They made sure that I constantly needed their services. The women of Paris, who are so clever, have no real understanding of these matters. In their attempt to save my money, they ended up ruining me. If I dined somewhere in the city not far from my home, instead of letting me send for a carriage, the hostess would arrange for horses to take me back. She was quite pleased with saving me the twenty-four sous of the carriage fare; as for the sou I gave to the servant and coachman, she didn’t even think about it. If a woman wrote to me from Paris, to the Ermitage or Montmorency, and regretted the four sols it would cost her to send the letter, she would have it delivered by one of her servants, who would travel on foot all the way. I would give that servant dinner and an écu, which he had certainly earned fairly. If she offered to invite me to spend eight or fifteen days with her in the country, she would think to herself: “That will be another saving for this poor boy; at least his food won’t cost him anything during that time.” She did not realize that, during all that time, I was not working at all; that my household expenses, rent, laundry, and clothing costs were still the same; that I had to pay twice as much to my barber, yet he still charged me no more than if I had gone to his own place. Even though I limited my small indulgences to the houses where I usually stayed, they still proved to be extremely costly for me. I can assure you that I spent twenty-five écus at Madame d’Houdetot’s in Eaubonne, where I only stayed four or five times; and over a hundred pistoles at Épinay and La Chevrette during the five or six years when I was most frequent there. Such expenses are inevitable for a man of my temperament—someone who cannot provide for himself, who cannot manage anything on his own, and who cannot tolerate the presence of a grumbling servant who performs his duties with reluctance. Even at Madame Dupin’s, where I was considered part of the family and did countless favors for the servants, I could only repay them at the very last penny I had. Later on, I was forced to completely give up those small indulgences, as my financial situation no longer allowed it. It was then that I truly realized the immense disadvantage of associating with people from a different social class than my own.
Even if such a life had suited my taste, I could have consoled myself at the thought of spending a great deal of money on my own pleasures; but to ruin oneself just in order to be bored was utterly unbearable. I had so keenly felt the burdens of that way of living that, taking advantage of the period of freedom I currently enjoyed, I was determined to continue it indefinitely—to renounce entirely high society, writing books, and any involvement in literary activities, and to confine myself for the rest of my days to the narrow and peaceful sphere for which I felt destined.
The proceeds from Letter to d’Alembert and La Nouvelle Héloïse had somewhat restored my finances, which had been greatly depleted while I was at the Hermitage. I found myself with approximately a thousand écus in hand. By the time I finished writing Héloïse, Émile’s work had also made considerable progress, and its proceeds were expected to double that amount at least. I planned to invest this money to generate a small annual income that, together with my earnings from Héloïse, would allow me to live without continuing to write. I still had two other works in progress: the first was My Political Institutions. I examined the state of that book and realized that it would require several more years of work. I did not have the courage to persevere and wait until it was completed before carrying out my plans. Therefore, giving up on that project, I decided to extract whatever useful material could be salvaged from it and then burn the rest. By working diligently on this task without interrupting my work on Émile, I managed to finalize The Social Contract in less than two years.
There was still the Dictionary of Music left. This was a project that could be undertaken at any time, and its sole purpose was to generate financial profit. I decided to either abandon it or complete it at my own pace, depending on whether my other resources would make it necessary or unnecessary. As for the work on Moral Sensibility, which had remained in the preliminary stages, I completely abandoned it.
In my last project, I considered how it would be possible for me to completely do without the need for printing anything—how I could leave Paris, where the sheer number of people made it so costly and time-consuming for me to sustain myself, thus avoiding the boredom that is said to afflict a writer once he stops writing. I resolved to find an occupation that would fill the void of my solitude, without attempting to produce anything else for publication during my lifetime. For some strange reason, Rey had long been urging me to write my Memoirs. Although they contained little of interest in terms of factual content, I felt that the sincerity I was willing to inject into them could make them meaningful. I decided to make this work a unique and unprecedented example of truthfulness, so that at least once people would get to see what kind of person I really was inside. I had always laughed at Montaigne’s false naivety—how he pretended to admit his flaws while only portraying himself in an attractive light. But I, who had always believed myself—and still believe myself—to be one of the best people around, knew that no human interior, no matter how pure, can be entirely free from some despicable vice. I was aware that the public image I presented was far removed from my true self, sometimes even grotesquely so; yet, despite the unpleasant truths I was willing to reveal, there was nothing but gain in showing people who I really was. Moreover, since this could only be done after my death and the deaths of many others, it gave me even more courage to make these confessions that I would never have any reason to regret before anyone. Therefore, I resolved to devote my leisure time to completing this project, and began collecting all the letters and documents that could help refresh or stimulate my memory, deeply regretting everything I had previously torn up, burned, or lost.
This plan for complete retreat, one of the most sensible things I had ever undertaken, was firmly engraved in my mind. I had already begun to work on its implementation when Heaven, which had other destinies in store for me, threw me into a new whirlwind.
Questa proposta non arrivò in un momento favorevole per essere accettata da me. Da qualche tempo infatti avevo deciso di abbandonare completamente la letteratura, e soprattutto la carriera di scrittore. Tutto ciò che mi era appena accaduto mi aveva completamente disgustato delle persone del mondo letterario; inoltre, mi rendevo conto che fosse impossibile proseguire nella stessa strada senza mantenere alcune relazioni con loro. Ero altrettanto lontano dalle persone del mondo e, in generale, dalla vita sociale che avevo condotto fino ad allora: metà del mio tempo lo trascorrevo da solo, l’altra metà in compagnie di persone per le quali non ero affatto adatto. Sentivo più che mai, attraverso esperienze continue, che qualsiasi rapporto diseguale è sempre svantaggioso per la parte più debole. Vivendo con persone ricche e di condizione sociale diversa dalla mia, senza mantenere una casa come loro, ero costretto ad imitarle in molte cose; spese insignificanti per loro diventavano invece per me estremamente onerose. Se un altro uomo andava in campagna, veniva servito dal proprio lacchè sia a tavola che in camera; gli bastava mandarlo a prendere ciò di cui aveva bisogno. Non avendo alcun rapporto diretto con la gente della casa e nemmeno incontrandoli, poteva concedersi loro solo quando e come voleva. Ma io, da solo e senza domestici, ero alla mercé di quelle persone; per non soffrire troppo, dovevo cercare di guadagnarmi il loro favore. E, trattandoli come uguali al loro padrone, dovevo anche trattare i loro servitori in modo particolare, perché avevo davvero bisogno di loro. Ancora peggio quando c’erano pochi domestici. Nelle case in cui andavo ce n’erano molti, tutti molto furbi e astuti; sapevano come far sì che avessi continuamente bisogno di loro. Le donne di Parigi, così intelligenti, non hanno alcuna idea precisa su queste cose. E cercando di risparmiarmi denaro, in realtà mi rovinavano. Se cenavo in città lontano da casa mia, invece di farmi prendere una vettura, la padrona di casa faceva preparare i cavalli per riportarmi indietro. Le sembrava un ottimo modo per risparmiarmi i ventiquattro soldi della vettura; quanto all’ecuo che davo al lacchè e al cocchiere, non ci pensava nemmeno. Se una donna mi scriveva da Parigi all’Ermitage o a Montmorency, preoccupata dei quattro soldi di spesa per la posta, mi inviava la lettera tramite uno dei suoi servitori. Il quale arrivava a piedi, ma senza dubbio guadagnava bene il proprio compenso. Se mi proponeva di andare a passare otto o quindici giorni con lei in campagna, pensava tra sé: “Almeno risparmierò qualcosa per questo povero ragazzo. Durante quel periodo, almeno non dovrà spendere nulla per il cibo”. Non pensava che, in quel periodo, io non lavorassi affatto; che la mia casa, l’affitto, i vestiti e tutto il resto continuassero comunque ad esistere; che pagassi il mio barbiere il doppio del normale, e che questo non mi costasse a lei di più che se lo avessi pagato da solo. Anche se limitavo le mie piccole spese soltanto alle case in cui abitavo abitualmente, queste spese risultavano comunque estremamente onerose per me. Posso assicurare di aver versato ben venticinque scudi a Madame d’Houdetot, a Eaubonne, dove ho dormito soltanto quattro o cinque volte; e più di cento pistole sia a Épinay che alla Chevrette, durante i cinque o sei anni in cui ci sono stato più spesso. Queste spese erano inevitabili per un uomo della mia indole: non sapevo come procurarmi nulla da solo, né come arrangiarmi in qualche modo, e sopportare l’aspetto di un servitore che si lamentava continuamente mentre mi serviva con riluttanza. Anche a Madame Dupin, dove ero considerato parte della famiglia e prestavo mille aiuti ai domestici, non ho mai ricevuto nulla in cambio se non il denaro che spendevo. In seguito, ho dovuto rinunciare completamente a queste piccole generosità; è stato allora che ho cominciato a percepire ancora più chiaramente gli svantaggi legati al fatto di frequentare persone di condizione sociale diversa dalla mia.
Anche se questa vita fosse stata di mio gusto, mi sarei consolato spendendo una somma considerevole per i miei piaceri; ma rovinarsi soltanto per annoiarsi era troppo insopportabile. Avevo così chiaramente percepito il peso di questo stile di vita che, approfittando del periodo di libertà in cui mi trovavo all’epoca, ero deciso a mantenerlo: avrei rinunciato completamente alla vita mondana, alla composizione di libri, a qualsiasi attività legata alla letteratura, e mi sarei ritirato, per il resto dei miei giorni, nella sfera ristretta e tranquilla per cui sentivo di essere nato.
Il guadagno derivante dalla Lettera a d’Alembert e da La Nuova Eloisa aveva un po’ ripristinato le mie finanze, che si erano notevolmente esaurite durante il mio soggiorno all’Ermitage. Avevo circa mille scudi davanti a me. L’Émile, al quale mi ero dedicato con impegno, aveva fatto grandi progressi nella stesura del suo lavoro, e il guadagno che ne avrebbe tratto avrebbe sicuramente raddoppiato quella somma. Decisi quindi di investire questi fondi in modo da ottenere un piccolo reddito che, unito alla mia copia dei lavori già completati, mi permettesse di vivere senza più dover scrivere. Avevo ancora due opere in corso: la prima era Le Istituzioni politiche. Esaminai lo stato di questo libro e constatai che richiedeva ancora diversi anni di lavoro. Non ebbi il coraggio di continuare a lavorarci sopra, aspettando di terminarlo per poi realizzare il mio piano iniziale. Così, abbandonando quest’opera, decisi di estrarne ciò che era già pronto e di bruciare il resto. Continuando con impegno entrambi i lavori, senza interrompermi, riuscii a completare il Contratto sociale in meno di due anni.
Restava il “Dizionario di Musica”. Si trattava di un lavoro che poteva essere intrapreso in qualsiasi momento e il cui unico scopo era ottenere un guadagno economico. Decisi di abbandonarlo, o di portarlo a termine con calma, a seconda che le altre risorse a mia disposizione lo rendessero necessario o superfluo. Per quanto riguarda la “Morale sensitiva”, il cui progetto era rimasto solo un abbozzo, decisi di abbandonarlo del tutto.
Come ultimo progetto, se solo fossi stato in grado di fare a meno completamente della necessità di stampare i miei scritti, avrei voluto allontanarmi da Parigi, dove l’afflusso di persone rendeva la mia sussistenza costosa e mi privava del tempo necessario per occuparmene. Avrei così cercato di evitare quella noia di cui si dice che colpisca un autore quando smette di scrivere. Mi ero riservato un’occupazione che potesse riempire il vuoto della mia solitudine, senza più tentare di pubblicare nulla in vita mia. Non so per quale fantasia Rey mi esortasse da tempo a scrivere i “Memorie della mia vita”. Anche se fino ad allora quei ricordi non erano particolarmente interessanti dal punto di vista dei fatti, sentivo che avrebbero potuto diventarlo grazie alla franchezza con cui ero in grado di esprimermi. Decisi quindi di rendere quel lavoro un’opera unica, caratterizzata da una veridicità senza precedenti, affinché almeno una volta si potesse conoscere l’uomo che ero realmente dentro di me. Ho sempre riso della falsa ingenuità di Montaigne, il quale, fingendo di ammettere i propri difetti, faceva attenzione a presentarli solo sotto un aspetto gradevole; mentre io, che mi sono sempre considerato – e ancora oggi lo ritengo – l’uomo migliore in assoluto, sapevo che non esiste alcun interno umano, per quanto puro possa essere, che non nasconda qualche vizio odioso. Sapevo che il pubblico mi rappresentava sotto tratti molto diversi dai miei, a volte addirittura distorti; quindi, nonostante i difetti di cui non volevo nascondere nulla, avrei guadagnato ancora di più a mostrarmi per quello che ero veramente. Inoltre, poiché questo non era possibile senza rivelare anche l’aspetto reale di altre persone, e quindi quel lavoro poteva apparire solo dopo la mia morte e quella di molti altri, questo mi incoraggiava ancora di più a fare le mie confessioni, di cui non avrei mai dovuto vergognarmi davanti a nessuno. Decisi quindi di dedicare i miei momenti liberi a realizzare questo progetto, e iniziai a raccogliere tutte le lettere e i documenti che potevano aiutarmi a ricordare o a rinfrescare la mia memoria, rimpiangendo profondamente tutto ciò che avevo distrutto, bruciato o perso fino ad allora.
Questo progetto di ritiro assoluto, uno dei più sensati che avessi mai concepito, era profondamente radicato nella mia mente; già lavoravo alla sua realizzazione quando il Cielo, che mi preparava un’altra destinazione, mi gettò in un nuovo vortice di eventi.
Montmorency, cet ancien et beau patrimoine de l’illustre maison de ce nom, ne lui appartient plus depuis la confiscation. Il a passé, par la sœur du duc Henri, dans la maison de Condé, qui a changé le nom de Montmorency en celui d’Enghien, et ce duché n’a d’autre château qu’une vieille tour, où l’on tient les archives, et où l’on reçoit les hommages des vassaux. Mais on voit à Montmorency ou Enghien une maison particulière, bâtie par Crozat, dit le pauvre, laquelle, ayant la magnificence des plus superbes châteaux, en mérite et en porte le nom. L’aspect imposant de ce bel édifice, la terrasse sur laquelle il est bâti, sa vue unique peut-être au monde, son vaste salon peint d’une excellente main, son jardin planté par le célèbre Le Nôtre, tout cela forme un tout dont la majesté frappante a pourtant je ne sais quoi de simple, qui soutient et nourrit l’admiration[242]. M. le Maréchal duc de Luxembourg, qui occupait alors cette maison, venait tous les ans dans ce pays, où jadis ses pères étaient les maîtres, passer en deux fois cinq ou six semaines, comme simple habitant, mais avec un éclat qui ne dégénérait point de l’ancienne splendeur de sa maison. Au premier voyage qu’il y fit depuis mon établissement à Montmorency, M. et Mme la Maréchale envoyèrent un valet de chambre me faire compliment de leur part, et m’inviter à souper chez eux toutes les fois que cela me ferait plaisir. À chaque fois qu’ils revinrent, ils me manquèrent point de réitérer le même compliment et la même invitation. Cela me rappelait Mme de Bezenval m’envoyant dîner à l’office. Les temps étaient changés ; mais j’étais demeuré le même. Je ne voulais point qu’on m’envoyât dîner à l’office, et je me souciais peu de la table des grands. J’aurais mieux aimé qu’ils me laissassent pour ce que j’étais, sans me fêter et sans m’avilir. Je répondis honnêtement et respectueusement aux politesses de M. et Mme de Luxembourg ; mais je n’acceptai pas leurs offres, et tant mes incommodités que mon humeur timide et mon embarras à parler me faisant frémir à la seule idée de me présenter dans une assemblée de gens de la cour, je n’allai pas même au château faire une visite de remerciement, quoique je comprisse assez que c’était ce qu’on cherchait, et que tout cet empressement était plutôt une affaire de curiosité que de bienveillance.
Cependant les avances continuèrent, et allèrent même en augmentant. Mme la comtesse de Boufflers, qui était fort liée avec Mme la Maréchale, étant venue à Montmorency envoya savoir de mes nouvelles, et me proposer de me venir voir. Je répondis comme je devais, mais je ne démarrai point. Au voyage de Pâques de l’année suivante 1759, le chevalier de Lorenzi, qui était de la cour de M. le prince de Conti et de la société de Mme de Luxembourg, vint me voir plusieurs fois : nous fîmes connaissance ; il me pressa d’aller au château : je n’en fis rien. Enfin, un après-midi que je ne songeais à rien moins, je vis arriver M. le Maréchal de Luxembourg, suivi de cinq ou six personnes. Pour lors il n’y eut plus moyen de m’en dédire, et je ne pus éviter, sous peine d’être un arrogant et un malappris, de lui rendre sa visite, et d’aller faire ma cour à Mme la Maréchale, de la part de laquelle il m’avait comblé des choses les plus obligeantes. Ainsi commencèrent, sous de funestes auspices, des liaisons dont je ne pus plus longtemps me défendre, mais qu’un pressentiment trop bien fondé me fit redouter jusqu’à ce que j’y fusse engagé.
Je craignais excessivement Mme de Luxembourg. Je savais qu’elle était aimable. Je l’avais vue plusieurs fois au spectacle, et chez Mme Dupin, il y avait dix ou douze ans, lorsqu’elle était duchesse de Boufflers et qu’elle brillait encore de sa première beauté. Mais elle passait pour méchante, et dans une aussi grande dame, cette réputation me faisait trembler. À peine l’eus-je vue que je fus subjugué. Je la trouvai charmante, de ce charme à l’épreuve du temps, le plus fait pour agir sur mon cœur. Je m’attendais à lui trouver un entretien mordant et plein d’épigrammes. Ce n’était point cela, c’était beaucoup mieux. La conversation de Mme de Luxembourg ne pétille pas d’esprit. Ce ne sont pas des saillies, et ce n’est pas même proprement de la finesse : mais c’est une délicatesse exquise, qui ne frappe jamais, et qui plaît toujours. Ses flatteries sont d’autant plus enivrantes qu’elles sont plus simples ; on dirait qu’elles lui échappent sans qu’elle y pense, et que c’est son cœur qui s’épanche, uniquement parce qu’il est trop rempli. Je crus m’apercevoir », dès la première visite, que, malgré mon air gauche et mes lourdes phrases, je ne lui déplaisais pas. Toutes les femmes de la cour savent vous persuader cela, quand elles veulent, vrai ou non ; mais toutes ne savent pas, comme Mme de Luxembourg, vous rendre cette persuasion si douce qu’on ne s’avise plus d’en vouloir douter. Dès le premier jour, ma confiance en elle eût été aussi entière qu’elle ne tarda pas à le devenir, si Mme la duchesse de Montmorency, sa belle-fille, jeune folle, assez maligne, et, je pense, un peu tracassière, ne se fût avisée de m’entreprendre, et, tout au travers de force éloges de sa maman, et de feintes agaceries pour son propre compte, ne m’eût mis en doute si je n’étais pas persiflé.
Je me serais peut-être difficilement rassuré sur cette crainte auprès des deux dames, si les extrêmes bontés de M. le Maréchal ne m’eussent confirmé que les leurs étaient sérieuses. Rien de plus surprenant, vu mon caractère timide, que la promptitude avec laquelle je le pris au mot, sur le pied d’égalité où il voulut se mettre avec moi, si ce n’est peut-être celle avec laquelle il me prit au mot lui-même, sur l’indépendance absolue dans laquelle je voulais vivre. Persuadés l’un et l’autre que j’avais raison d’être content de mon état et de n’en vouloir pas changer, ni lui ni Mme de Luxembourg n’ont paru vouloir s’occuper un instant de ma bourse ou de ma fortune ; quoique je ne pusse douter du tendre intérêt qu’ils prenaient à moi tous les deux, jamais ils ne m’ont proposé de place et ne m’ont offert leur crédit, si ce n’est une seule fois que Mme de Luxembourg parut désirer que je voulusse entrer à l’Académie française. J’alléguai ma religion : elle me dit que ce n’était pas un obstacle, ou qu’elle s’engageait à le lever. Je répondis que, quelque honneur que ce fût pour moi d’être membre d’un corps si illustre, ayant refusé à M. de Tressan, et en quelque sorte au Roi de Pologne, d’entrer dans l’Académie de Nancy, je ne pouvais plus honnêtement entrer dans aucune. Mme de Luxembourg n’insista pas, et il n’en fut plus reparlé. Cette simplicité de commerce avec de si grands seigneurs et qui pouvaient tout en ma faveur, M. de Luxembourg étant et méritant bien d’être l’ami particulier du Roi, contraste bien singulièrement avec les continuels soucis, non moins importuns qu’officieux, des amis protecteurs que je venais de quitter, et qui cherchaient moins à me servir qu’à m’avilir.
Quand M. le Maréchal m’était venu voir à Mont-Louis, je l’avais reçu avec peine, lui et sa suite, dans mon unique chambre, non parce que je fus obligé de le faire asseoir au milieu de mes assiettes sales et de mes pots cassés, mais parce que mon plancher pourri tombait en ruine, et que je craignais que le poids de sa suite ne l’effondrât tout à fait. Moins occupé de mon propre danger que de celui que l’affabilité de ce bon seigneur lui faisait courir, je me hâtai de le tirer de là, pour le mener, malgré le froid qu’il faisait encore, à mon Donjon, tout ouvert et sans cheminée. Quand il y fut, je lui dis la raison qui m’avait engagé à l’y conduire : il la redit à Mme la Maréchale, et l’un et l’autre me pressèrent, en attendant qu’on referait mon plancher, d’accepter un logement au château, ou, si je l’aimais mieux, dans un édifice isolé, qui était au milieu du parc, et qu’on appelait le petit Château. Cette demeure enchantée mérite qu’on en parle.
Montmorency, this once magnificent and splendid heritage of the illustrious house bearing that name, no longer belongs to it since its confiscation. Through the sister of Duke Henri, it came into the hands of the House of Condé, which changed the name from Montmorency to Enghien. This duchy now has for its only castle an old tower where the archives are kept and where vassals come to pay their respects. However, at Montmorency or Enghien, there is also a private residence built by Crozat, known as “le pauvre.” This house, with the magnificence of the most splendid castles, truly deserves and bears that name. The imposing appearance of this beautiful building, the terrace on which it is constructed, its perhaps unique view in the world, its spacious salon painted by an excellent hand, its garden designed by the famous Le Nôtre—all these elements combine to form a whole whose striking majesty yet carries an air of simplicity that only adds to its allure. Marshal Duke de Luxembourg, who at that time resided in this house, would come to this land, where his ancestors had once been masters, every year for five or six weeks at a time, living there as an ordinary resident, yet with an elegance that did not diminish from the former glory of his family. On his first visit since I had settled in Montmorency, the Marshal and his wife sent a servant to express their compliments to me and invite me to dine with them whenever it pleased me. Every time they returned, they repeated their compliments and invitations. This reminded me of how Madame de Bezenval used to send me to dinner at the servants’ quarters. Times had changed; but I remained the same. I did not wish to be treated as if I belonged to the servants’ class, nor did I care much about the dining habits of the nobility. I would have preferred them to accept me for what I was, without any pretense or humiliation. I replied honestly and respectfully to the kindnesses of the Marshal and his wife; but I did not accept their offers. Due to my discomforts, my shy nature, and my embarrassment at the thought of appearing in the company of courtiers, I even avoided going to the castle to express my gratitude, although I well understood that this was precisely what they intended—and that all this eagerness was more out of curiosity than genuine goodwill.
However, the advances continued and even intensified. Madame la Comtesse de Boufflers, who was closely connected with Madame la Maréchale, came to Montmorency to inquire about my well-being and offered to visit me. I responded as one should, but I took no immediate action. During the Easter trip of the following year, 1759, the Chevalier de Lorenzi, who was associated with the court of Monsieur le Prince de Conti and the society of Madame de Luxembourg, came to see me several times. We got to know each other; he urged me to visit the château, but I refused. Finally, one afternoon when I was completely unprepared, I saw Monsieur le Maréchal de Luxembourg arrive, accompanied by five or six people. At that point, there was no way to avoid it anymore, and I had no choice but to pay him my respects and visit Madame la Maréchale—especially since she had shown me such great kindness. Thus began, under unfortunate circumstances, a series of relationships from which I could no longer free myself, though a well-founded premonition made me fear them until I was already deeply involved in them.
I feared Madame de Luxembourg excessively. I knew she was kind-hearted; I had seen her several times at performances, and also at Madame Dupin’s house, about ten or twelve years ago, when she was the Duchess of Boufflers and still radiated the beauty of her youth. But she was reputed to be wicked, and such a reputation concerning a woman of her rank made me tremble. The moment I saw her, I was captivated. I found her charming—a kind of charm that has withstood the test of time and was particularly suited to touch my heart. I had expected her to engage in sharp, witty conversations filled with epigrams; but instead, it was far better than that. Madame de Luxembourg’s conversation did not sparkle with wit or clever remarks; it lacked both sharpness and true sophistication. Yet it was a delicate, subtle charm that never offended and always pleased. Her flatteries were all the more intoxicating because they were so unpretentious; one would think they came naturally to her, without any effort on her part, as if her heart was simply overflowing with them because it was too full. Already on our first meeting, I sensed that, despite my awkwardness and clumsy speech, I did not displease her. All the women at court know how to convince you of this when they wish to—whether it’s true or not. But not all of them can make such conviction seem so gentle that you never even think of doubting it. From the very first day, my trust in her would have been as complete as it soon became—but for Madame la Duchesse de Montmorency, her young and rather malicious daughter-in-law, who seemed to take a particular interest in unsettling me, I might have begun to doubt it all if it weren’t for her constant flattery of her mother and her pretended irritation toward herself.
I might have found it difficult to assuade myself regarding this concern concerning those two ladies, had it not been for the extreme kindness of Monsieur le Maréchal, who assured me that their intentions were sincere. Given my timid nature, it was hardly surprising that I readily accepted his offer of equality in our relationship—just as surprisingly perhaps was his own readiness to accommodate my desire for absolute independence. Both he and Madame de Luxembourg were convinced that I had every reason to be content with my current state of affairs and had no desire to change it; neither of them ever showed any interest in my finances or wealth. Although I was certain of their sincere concern for me, they never offered me any position or financial support—except once, when Madame de Luxembourg expressed a wish that I might join the Académie française. I mentioned my religious beliefs, but she assured me that that would not be an obstacle or that she would ensure it was not. I replied that, despite the honor it would bring me to be a member of such an illustrious institution, having previously refused Mr. de Tressan and, in a way, the King of Poland’s invitation to join the Académie of Nancy, I could not honestly accept any offer from them now. Madame de Luxembourg did not press the matter further, and it was never mentioned again. This straightforwardness in my dealings with such powerful and influential individuals—who could have done so much for me, given Monsieur de Luxembourg’s status as a close friend of the King—stands in stark contrast to the constant, intrusive, and often unwelcome interference of the protective friends I had just left behind, who seemed more interested in humiliating me than in truly helping me.
When Marshal Monsieur came to see me in Mont-Louis, I reluctantly received him and his entourage in my only room—not because I was forced to have them sit amidst my dirty dishes and broken pots, but because my rotten floor was on the verge of collapsing, and I feared that their weight might completely bring it down. More concerned about the danger they faced than about my own safety, I hurriedly led them away there, and despite the cold, showed them my dungeon—which was entirely open and without a chimney. Once inside, I explained to him the reason for bringing him there; he then repeated it to Madame la Maréchale. Both of them urged me, while waiting for my floor to be repaired, to accept accommodation in the castle—or, if I preferred, in a separate building located in the middle of the park, which was called the “Little Castle.” This enchanted dwelling truly deserves to be mentioned.
Montmorency, questo antico e magnifico patrimonio della nobile famiglia omonima, non appartiene più a essa da quando è stato confiscato. È passato, attraverso la sorella del duca Enrico, nella casa di Condé, che ha cambiato il nome Montmorency in quello di Enghien; questo ducato non possiede altro castello se non un vecchio torrione, dove si conservano gli archivi e si ricevono gli omaggi dei vassalli. Tuttavia, a Montmorency o Enghien si trova una residenza privata costruita da Crozat, detto il Povero; questa dimora, con la sua magnificenza paragonabile a quella dei più splendidi castelli, merita davvero di portare quel nome. L’aspetto imponente di questo bel edificio, la terrazza su cui è costruito, la vista unica che forse esiste al mondo, il suo vasto salone dipinto con maestria, il giardino piantato dal celebre Le Nôtre: tutto ciò forma un insieme la cui maestosità straordinaria possiede però qualcosa di semplice e naturale, che suscita davvero ammirazione. Il maresciallo duca di Lussemburgo, che all’epoca abitava in questa residenza, veniva ogni anno in questo paese, dove un tempo i suoi antenati erano stati signori assoluti; vi trascorreva due volte cinque o sei settimane, come semplice residente, ma con un prestigio che non tradiva affatto l’antica gloria della sua famiglia. La prima volta che venne a Montmorency dopo il mio arrivo lì, il maresciallo e sua moglie inviarono un servitore per ringraziarmi e invitarmi a cena da loro ogni volta che mi fosse piaciuto. Ogni volta che tornavano, ripetevano lo stesso invito con cortesia. Questo mi ricordava il modo in cui Madame de Bezenval mi invitava a cena nella sua residenza ufficiale. I tempi erano cambiati; ma io ero rimasto lo stesso. Non volevo che mi si invitasse a cenare nelle residenze ufficiali, e non mi interessava affatto la tavola dei nobili. Avrei preferito che mi lasciassero essere ciò che ero, senza cerimonie né umiliazioni. Risposi onestamente e rispettosamente alle cortesie del maresciallo e di sua moglie; ma non accettai le loro offerte. Le mie difficoltà, la mia timidezza e il mio imbarazzo nel parlare davanti a persone della corte mi impedivano persino di recarmi al castello per ringraziarli. Anche se capivo benissimo che tutto ciò era solo una forma di curiosità, piuttosto che di vera gentilezza.
Tuttavia, i progressi continuarono e anzi aumentarono. La contessa di Boufflers, che era molto legata alla marescialla, venne a Montmorency per chiedere notizie su di me e mi propose di farmi visita. Risposi come dovevo, ma non presi alcuna iniziativa. Durante il viaggio di Pasqua dell’anno seguente, il cavaliere de Lorenzi, che faceva parte della corte del principe di Conti e della società della signora di Luxembourg, venne a trovarmi più volte; ci conoscemmo meglio e mi esortò ad andare al castello. Ma non lo feci. Alla fine, un pomeriggio in cui non pensavo affatto a nulla del genere, vidi arrivare il maresciallo di Luxembourg, seguito da cinque o sei persone. A quel punto non ci fu più modo di rifiutare; dovetti andargli a fare visita e presentarmi alla marescialla, in risposta alle sue gentili attenzioni verso di me. Così iniziarono, sotto auspici funesti, delle relazioni dalle quali non potei più difendermi. Ma un presentimento troppo fondato mi fece temere le conseguenze, fino a quando non fui completamente coinvolto in esse.
Temevo eccessivamente la signora di Lussemburgo. Sapevo che fosse gentile; l’avevo vista più volte al teatro, e circa dieci o dodici anni prima, presso la signora Dupin, quando era ancora duchessa di Boufflers e brillava ancora della sua bellezza originale. Ma si diceva che fosse cattiva, e una tale reputazione, in una donna così nobile, mi faceva tremare. Appena l’ho vista, sono stato immediatamente conquistato. L’ho trovata incantevole, con quel fascino che resiste al tempo e che è particolarmente adatto a commuovere il mio cuore. Mi aspettavo di trovarla arguta e piena di epigrammi; invece non era così: era molto meglio. La conversazione della signora di Lussemburgo non sprigionava scintille d’intelligenza; non c’erano battute spiritose, né vera finezza. Ma c’era una delicatezza squisita, che non colpiva mai in modo aggressivo e che piaceva sempre. I suoi complimenti erano tanto più incantevoli quanto più semplici; sembrava che le sfuggissero senza che lei se ne rendesse conto, e che fosse il suo cuore stesso a esprimersi, semplicemente perché era troppo pieno di affetto. Già dalla prima visita, ho capito che, nonostante la mia goffaggine e le mie frasi pesanti, non le dispiacevo. Tutte le donne di corte sanno convincervi di questo, quando lo desiderano. Ma nessuna sa, come la signora di Lussemburgo, rendere questa convinzione così dolce da farvi dimenticare persino di dubitarne. Già dal primo giorno, la mia fiducia in lei sarebbe stata totale, se solo la duchessa di Montmorency, sua nuora – una giovane sciocca, piuttosto maliziosa e, credo, anche un po’ fastidiosa – non si fosse messa in testa di interferire con me. Nonostante i suoi continui elogi per sua madre e le sue finte irritazioni a proprio vantaggio, non avrebbe fatto altro che mettermi in dubbio, se non fossi stato già predisposto ad essere influenzato da lei.
Forse avrei faticato a tranquillizzarmi riguardo a questa mia paura se le estreme gentilezze di Monsignor il Maresciallo non mi avessero confermato che anche quelle delle due dame erano sincere. Niente di più sorprendente, data la mia natura timida, del fatto che io abbia accettato immediatamente le loro offerte, nel rispetto della parità che volevano stabilire con me; allo stesso modo, non è meno sorprendente il fatto che abbiano accolto con favore anche la mia volontà di vivere in totale indipendenza. Convinti entrambi che avessi tutte le ragioni per essere soddisfatto della mia situazione e di non volerla cambiare, né lui né Madame de Luxembourg mostrarono mai il minimo interesse per la mia borsa o la mia fortuna; sebbene non potessi dubitare del loro sincero affetto per me, nessuno dei due mi propose mai un lavoro né mi offrì il proprio credito, tranne una volta in cui Madame de Luxembourg sembrò desiderare che io entrassi nell’Accademia Francese. Feci riferimento alla mia religione; lei rispose che non costituiva un ostacolo o che si impegnava a eliminarlo. Risposi che, per quanto onorevole fosse essere membro di un corpo così illustre, avendo già rifiutato l’offerta di Monsignor de Tressan e, in un certo senso, anche quella del Re di Polonia di entrare nell’Accademia di Nancy, non potevo più onestamente accettare alcuna altra offerta. Madame de Luxembourg non insistette e la questione non fu più sollevata. Questa semplicità nel rapporto con persone così nobili e potenti, che avrebbero potuto fare tutto per me – soprattutto considerando che Monsignor de Luxembourg era davvero l’amico intimo del Re – contrasta in modo molto evidente con le continue preoccupazioni, altrettanto fastidiose che invadenti, dei protettori che avevo appena lasciato; persone che cercavano meno di servirmi che di umiliarmi.
Quando il Maresciallo venne a trovarmi a Mont-Louis, lo ricevetti con difficoltà, lui e la sua scorta, nella mia unica stanza. Non perché fossi costretto ad ospitarli tra piatti sporchi e vasi rotti, ma perché il mio pavimento marcio stava per crollare, e temevo che il peso della loro compagnia lo facesse completamente abbattere. Più preoccupato del pericolo che la gentilezza di quel nobile signore poteva comportargli che del pericolo che minacciava me stesso, mi affrettai a portarlo via da lì e, nonostante il freddo ancora intenso, lo condussi nel mio castello, completamente aperto e privo di camino. Una volta lì, gli spiegai il motivo per cui lo avevo portato lì; lui ne parlò poi alla Marchesa, e entrambi mi esortarono, mentre aspettavamo che il mio pavimento venisse riparato, ad accettare un alloggio nel castello, o, se preferivo, in una casa isolata situata nel parco, chiamata “il Piccolo Castello”. Quella meravigliosa dimora merita davvero di essere menzionata.
Le parc ou jardin de Montmorency n’est pas en plaine, comme celui de la Chevrette. Il est inégal, montueux, mêlé de collines et d’enfoncements, dont l’habile artiste a tiré parti pour varier les bosquets, les ornements, les eaux, les points de vue, et multiplier, pour ainsi dire, à force d’art et de génie, un espace en lui-même assez resserré. Ce parc est couronné dans le haut par la terrasse et le château ; dans le bas il forme une gorge qui s’ouvre et s’élargit vers la vallée, et dont l’angle est rempli par une grande pièce d’eau. Entre l’orangerie qui occupe cet élargissement, et cette pièce d’eau entourée de coteaux bien décorés de bosquets et d’arbres, est le petit Château dont j’ai parlé. Cet édifice et le terrain qui l’entoure appartenaient jadis au célèbre Le Brun, qui se plut à le bâtir et le décorer avec ce goût exquis d’ornements et d’architecture dont ce grand peintre s’était nourri. Ce château depuis lors a été rebâti, mais toujours sur le dessin du premier maître. Il est petit, simple, mais élégant. Comme il est dans un fond, entre le bassin de l’orangerie et la grande pièce d’eau, par conséquent sujet à l’humidité, on l’a percé dans son milieu d’un péristyle à jour entre deux étages de colonnes, par lequel l’air jouant dans tout l’édifice le maintient sec malgré sa situation. Quand on regarde ce bâtiment de la hauteur opposée qui lui fait perspective, il paraît absolument environné d’eau, et l’on croit voir une île enchantée, ou la plus jolie des trois îles Borromées, appelée Isola bella, dans le lac Majeur.
Ce fut dans cet édifice solitaire qu’on me donna le choix d’un des quatre appartements complets qu’il contient, outre le rez-de-chaussée, composé d’une salle de bal, d’une salle de billard, et d’une cuisine. Je pris le plus petit et le plus simple au-dessus de la cuisine que j’eus aussi. Il était d’une propreté charmante ; l’ameublement en était blanc et bleu. C’est dans cette profonde et délicieuse solitude qu’au milieu des bois et des eaux, aux concerts des oiseaux de toute espèce, au parfum de la fleur d’orange, je composai dans une continuelle extase le cinquième livre de l’Émile, dont je dus en grande partie le coloris assez frais à la vive impression du local où je l’écrivais.
Avec quel empressement je courais tous les matins au lever du soleil respirer un air embaumé sur le péristyle ! Quel bon café au lait j’y prenais tête-à-tête avec ma Thérèse ! Ma chatte et mon chien nous faisaient compagnie. Ce seul cortège m’eût suffi pour toute ma vie, sans éprouver jamais un moment d’ennui. J’étais là dans le Paradis terrestre ; j’y vivais avec autant d’innocence, et j’y goûtais le même bonheur.
Au voyage de juillet, M. et Mme de Luxembourg me marquèrent tant d’attention, et me firent tant de caresses, que, logé chez eux et comblé de leurs bontés, je ne pus moins faire que d’y répondre en les voyant assidûment. Je ne les quittais presque point : j’allais le matin faire ma cour à Mme la Maréchale ; j’y dînais ; j’allais l’après-midi me promener avec M. le Maréchal ; mais je n’y soupais pas, à cause du grand monde, et qu’on y soupait trop tard pour moi. Jusqu’alors tout était convenable, et il n’y avait point de mal encore, si j’avais su m’en tenir là. Mais je n’ai jamais su garder un milieu dans mes attachements, et remplir simplement des devoirs de société. J’ai toujours été tout, ou rien ; bientôt je fus tout ; et me voyant fêté, gâté par des personnes de cette considération, je passai les bornes, et me pris pour eux d’une amitié qu’il n’est permis d’avoir que pour ses égaux. J’en mis toute la familiarité dans mes manières, tandis qu’ils ne se relâchèrent jamais dans les leurs de la politesse à laquelle ils m’avaient accoutumé. Je n’ai pourtant jamais été très à mon aise avec Mme la Maréchale. Quoique je ne fusse pas parfaitement rassuré sur son caractère, je le redoutais moins que son esprit. C’était par là surtout qu’elle m’en imposait. Je savais qu’elle était difficile en conversations, et qu’elle avait le droit de l’être. Je savais que les femmes, et surtout les grandes dames, veulent absolument être amusées, qu’il vaudrait mieux les offenser que les ennuyer, et je jugeais, par ses commentaires sur ce qu’avaient dit les gens qui venaient de partir, de ce qu’elle devait penser de mes balourdises. Je m’avisai d’un supplément, pour me sauver auprès d’elle l’embarras de parler ; ce fut de lire. Elle avait ouï parler de la Julie ; elle savait qu’on l’imprimait ; elle marqua de l’empressement de voir cet ouvrage ; j’offris de le lui lire ; elle accepta. Tous les matins je me rendais chez elle sur les dix heures ; M. de Luxembourg y venait ; on fermait la porte. Je lisais à côté de son lit, et je compassai si bien mes lectures, qu’il y en aurait eu pour tout le voyage, quand même il n’aurait pas été interrompu. Le succès de cet expédient passa mon attente. Mme de Luxembourg s’engoua de la Julie et de son auteur ; elle ne parlait que de moi, ne s’occupait que de moi, me disait des douceurs toute la journée, m’embrassait dix fois le jour. Elle voulut que j’eusse toujours ma place à table à côté d’elle, et quand quelques seigneurs voulaient prendre cette place, elle leur disait que c’était la mienne, et les faisait mettre ailleurs. On peut juger de l’impression que ces manières charmantes faisaient sur moi, que les moindres marques d’affection subjuguent. Je m’attachais réellement à elle, à proportion de l’attachement qu’elle me témoignait. Toute ma crainte, en voyant cet engouement, et me sentant si peu d’agrément dans l’esprit pour le soutenir, était qu’il ne se changeât en dégoût, et malheureusement pour moi cette crainte ne fut que trop bien fondée.
Il fallait qu’il y eût une opposition naturelle entre son tour d’esprit et le mien, puisque, indépendamment des foules de balourdises qui m’échappaient à chaque instant dans la conversation, dans mes lettres mêmes, et lorsque j’étais le mieux avec elle, il se trouvait des choses qui lui déplaisaient sans que je puisse imaginer pourquoi. Je n’en citerai qu’un exemple, et j’en pourrais citer vingt. Elle sut que je faisais pour Mme d’Houdetot une copie de l’Héloïse à tant la page. Elle en voulut avoir une sur le même pied. Je la lui promis, et la mettant par là du nombre de mes pratiques, je lui écrivis quelque chose d’obligeant et d’honnête à ce sujet ; du moins telle était mon intention[243]. Voici sa réponse, qui me fit tomber des nues.
À Versailles, ce mardi. (Liasse C, n° 43.)
« Je suis ravie, je suis contente ; votre lettre m’a fait un plaisir infini, et je me presse pour vous le mander et pour vous en remercier.
« Voici les propres termes de votre lettre : Quoique vous soyez sûrement une très bonne pratique, je me fais quelque peine de prendre de votre argent : régulièrement, ce serait à moi de payer le plaisir que j’aurais de travailler pour vous. Je ne vous en dis pas davantage. Je me plains de ce que vous ne me parlez jamais de votre santé. Rien ne m’intéresse davantage. Je vous aime de tout mon cœur ; et c’est, je vous assure, bien tristement que je vous le mande, car j’aurais bien du plaisir à vous le dire moi-même. M. de Luxembourg vous aime et vous embrasse de tout son cœur. »
En recevant cette lettre, je me hâtai d’y répondre, en attendant plus ample examen, pour protester contre toute interprétation désobligeante[244] ; et après m’être occupé quelques jours à cet examen, avec l’inquiétude qu’on peut concevoir, et toujours sans y rien comprendre, voici quelle fut enfin ma dernière réponse à ce sujet :
À Montmorency, le 8 décembre 1759.
« Depuis ma dernière lettre, j’ai examiné cent et cent fois le passage en question. Je l’ai considéré par son sens propre et naturel ; je l’ai considéré par tous les sens qu’on peut lui donner, et je vous avoue, Mme la Maréchale, que je ne sais plus si c’est moi qui vous dois des excuses, ou si ce n’est point vous qui m’en devez. »
Il y a maintenant dix ans que ces lettres ont été écrites. J’y ai souvent repensé depuis ce temps-là, et telle est encore aujourd’hui ma stupidité sur cet article, que je n’ai pu parvenir à sentir ce qu’elle avait pu trouver dans ce passage, je ne dis pas d’offensant, mais même qui pût lui déplaire.
The Montmorency Park or Garden is not located in a flat area like the Chevrette Garden; it is uneven and hilly, with hills and depressions interspersed throughout. The ingenious designer took full advantage of these natural features to vary the layout of groves, ornamental elements, water features, and viewpoints, thereby multiplying, so to speak, the space available within what was originally a rather confined area. At the upper part of the park, there is a terrace and a château; at the lower section, it forms a gorge that opens and widens towards the valley, with a large body of water occupying one of the corners. Between the orangery located in this wider area and this water feature, surrounded by hills adorned with groves and trees, lies the small châtere about which I spoke earlier. This building and the surrounding land once belonged to the famous Le Brun, who took great pleasure in constructing and decorating it with that exquisite taste for ornamentation and architecture that was characteristic of this great painter. The château has since been rebuilt, but always following the original design of its creator. It is small and simple, yet elegant. Since it is situated in a low-lying area, surrounded by the orchard basin and the large body of water, and thus prone to humidity, an open colonnade has been constructed through its middle, between two rows of columns. The air circulating through this structure keeps the entire building dry, despite its location. When viewed from the opposite side at a distance, the building appears to be entirely surrounded by water, giving one the impression of seeing an enchanted island—or perhaps the most beautiful of the three Borromee Islands, called Isola Bella, in Lake Maggiore.
It was in this solitary building that I was given the choice to select one of the four complete apartments it contained, in addition to the ground floor, which consisted of a ballroom, a billiard room, and a kitchen. I chose the smallest and simplest apartment located above the kitchen, which also became my residence. It was charmingly clean; its furniture was white and blue. It was in this profound and delightful solitude, amidst the woods and waters, surrounded by the songs of birds of every kind and filled with the fragrance of orange blossoms, that I composed the fifth book of Emile in a state of continuous ecstasy. To a large extent, the fresh, vibrant tone of that work owes its existence to the vivid impressions elicited by the very setting in which it was written.
With what eagerness I would run every morning at sunrise to breathe the fragrant air in the peristyle! What delicious coffee with milk I would enjoy there, sitting alone with my Thérèse! My cat and my dog kept me company. Such a simple routine would have been enough for me throughout my life; I would never have felt a single moment of boredom. I was in a terrestrial paradise; I lived there with utter innocence and tasted the same happiness.
During the trip in July, Mr. and Mrs. de Luxembourg paid me so much attention and showed me so much kindness that, being accommodated in their home and overwhelmed by their generosity, I could not help but reciprocate their affection by spending all my time with them. I hardly ever left their side: in the morning, I would pay my respects to Madame la Maréchale; I dined with her; in the afternoon, I would walk around with Monsieur le Maréchal. However, I did not dine with them because of the large number of guests present and because dinner was served too late for me. Up until then, everything had been appropriate, and there would have been no problem if I had stopped there. But I never knew how to maintain a proper balance in my relationships or simply fulfill the duties expected of someone in society. I always either overdid things completely or did nothing at all; soon, I was doing too much. Seeing that such distinguished people were treating me with such favor and indulgence, I crossed the line and developed for them a friendship that should be reserved only for equals. I became very familiar with them in my mannerisms, yet they never failed to maintain the politeness they had accustomed me to. Nevertheless, I never felt entirely at ease with Madame la Maréchale. Although I was not completely sure about her character, I feared her intellect even less than her temperament. It was especially her intellect that impressed me the most. I knew she was demanding in conversation and that she had every right to be so. I understood that women, especially noblewomen, absolutely demanded to be entertained, and that offending them would be far worse than boring them. Judging by her comments on what people who had just left had said, I could tell what she thought of my foolishness. To avoid the embarrassment of having to talk with her, I resorted to reading. She had heard about “Julie” and knew it was being published; she showed great interest in reading it, so I offered to read it to her, and she accepted. Every morning at ten o’clock, I would go to her house; Monsieur de Luxembourg would also arrive, and then the door would be closed. I would read beside her bed, carefully selecting my passages so that there would be enough material for the entire journey, even if it had been uninterrupted. The success of this strategy exceeded my expectations. Madame de Luxembourg became fascinated by “Julie” and its author; she talked about me constantly, devoted all her time to me, showered me with kindnesses throughout the day, and kissed me dozens of times. She insisted that I always sit at the table next to her, and whenever some other gentlemen tried to take that seat, she would tell them it was mine and have them move elsewhere. One can easily imagine the effect such charming behavior had on me—after all, even the slightest signs of affection can be incredibly powerful. I truly grew fond of her, in direct proportion to the affection she showed me. All my fear, upon seeing such enthusiasm and feeling that I lacked the slightest inclination in my mind to support it, was that it might turn into disgust; unfortunately for me, this fear proved all too well-founded.
There had to be a natural opposition between his way of thinking and mine, for despite the countless foolish things I said in our conversations, even in my letters, and even when I was at my most amiable with her, there were still things that displeased her—things I couldn’t understand why they did. I’ll mention only one example, but I could cite twenty. She found out that I was writing a copy of Héloïse for Madame d’Houdetot, page by page. She demanded to have one written in the same manner for her. I promised her I would, and considering it part of my usual “practices,” I wrote her something polite and honest about it—at least that was my intention[243]. Here was her reply, which left me utterly stunned.
At Versailles, on this Tuesday. (File C, No. 43.)
“I am delighted, I am happy; your letter brought me immense pleasure, and I am rushing to send you my reply and express my gratitude.”
“Here are the exact words from your letter: ‘Although you must surely be a very good person, I feel somewhat reluctant to accept your money; in fact, it would be my duty to pay for the pleasure of working for you.’ I will say no more. I regret that you never mention your health to me; nothing interests me more than that. I love you with all my heart, and I assure you that it is with great sadness that I am writing this, for I would have enjoyed telling you myself.’ Mr. de Luxembourg loves you and kisses you with all his heart.”
Upon receiving this letter, I hurriedly replied to it, awaiting a more thorough examination in order to protest against any offensive interpretation[244]; after spending several days pondering it with the greatest concern, yet still failing to understand it fully, here was ultimately my final response on the matter:
In Montmorency, on December 8, 1759.
“Since my last letter, I have examined the passage in question hundreds of times. I have considered it in its literal and natural sense; I have also considered it from all possible perspectives. And I must confess to you, Madame la Maréchale, that I no longer know whether it is I who owe you an apology, or whether it is you who owes me one.”
It has been ten years since these letters were written. I have often thought about them since then, and to this day, my understanding of this matter remains utterly foolish. I have failed to grasp what she might have found in that passage—not necessarily something offensive, but perhaps something that could have displeased her.
Il parco o giardino di Montmorency non si trova in pianura, come quello della Chevrette; è irregolare e collinare, con valli e rilievi che l’abile architetto ha sfruttato al meglio per creare varietà di boschetti, ornamenti, specchi d’acqua e punti di vista, riuscendo così, grazie all’arte e al genio, a rendere più ampio uno spazio in sé piuttosto ristretto. In alto, il parco è delimitato da una terrazza e dal castello; in basso forma una gola che si apre e si allarga verso la valle, la cui estremità è occupata da un grande specchio d’acqua. Tra l’orangery che si trova in questa zona e questo laghetto circondato da colline ben adornate di boschetti e alberi, sorge il piccolo castello di cui ho parlato. Questo edificio e il terreno circostante appartenevano un tempo al celebre Le Brun, che si divertì a costruirlo e decorarlo con quel gusto raffinato per gli ornamenti e l’architettura che caratterizzava questo grande pittore. Da allora il castello è stato ricostruito, ma sempre seguendo i progetti originali del primo architetto. È piccolo, semplice, ma elegante; essendo situato in una zona umida, tra l’area dell’orangery e il grande laghetto, è stato dotato al centro di un peristilio aperto tra due piani di colonne: l’aria che vi circola mantiene l’interno asciutto nonostante la posizione. Guardando questo edificio da una certa distanza, sembra davvero essere completamente circondato d’acqua; si ha l’impressione di vedere un’isola incantata, o la più bella delle tre isole Borromee, chiamata Isola Bella, nel Lago Maggiore.
Fu in questo edificio solitario che mi fu offerta la possibilità di scegliere uno dei quattro appartamenti completi che esso conteneva, oltre al piano terra composto da una sala da ballo, una sala da biliardo e una cucina. Scelsi il più piccolo e semplice, situato sopra la cucina; era estremamente pulito e arredato in bianco e blu. Fu in questa profonda e deliziosa solitudine, tra boschi e acque, al canto degli uccelli di ogni specie e al profumo dei fiori d’arancio, che composi nella continua estasi il quinto libro de “L’Émile”; gran parte del colore vivace di quel libro deve essere attribuito all’impressione intensa che quel luogo mi suscitava mentre lo scrivevo.
Con quanta fretta correvo ogni mattina, all’alba, per respirare un’aria profumata sul portico! Quanto buon caffè al latte bevevo lì, in compagnia della mia Thérèse. La mia gatta e il mio cane ci facevano compagnia. Solo questo ambiente mi sarebbe stato sufficiente per tutta la vita, senza che mai provassi un momento di noia. Ero come in Paradiso terrestre: vivevo lì con tanta innocenza, e godevo dello stesso felicità.
Durante il viaggio di luglio, il signor e la signora di Lussemburgo mi dimostrarono un’attenzione così grande e mi fecero tanti complimenti che, essendo ospite in loro casa e colmato delle loro gentilezze, non potevo fare altro che ricambiare mostrando loro costante affetto. Non li lasciavo quasi mai: andavo al mattino a rendere omaggio alla signora marescialla; pranzavo lì; nel pomeriggio passeggiavo con il signor maresciallo, ma non cenavo con loro a causa della grande compagnia e perché la cena iniziava troppo tardi per me. Fino ad allora tutto andava bene, e non c’era nulla di male, se solo avessi saputo limitarmi a questo. Ma io non sono mai stato capace di mantenere un equilibrio nei miei rapporti con le persone e di adempiere semplicemente ai doveri della società. Sono sempre stato tutto o niente; presto divenni “tutto”, e vedendomi viziato e coccolato da persone di tale rango, superai i limiti e sviluppai per loro un’amicizia che si può avere soltanto con gli uguali. Mostravo loro una grande familiarità nel mio comportamento, mentre loro non mai smettevano di essere cortesi nei miei confronti, come erano abituati a farlo. Tuttavia, non mi sono mai sentito molto a mio agio con la signora marescialla. Anche se non ero del tutto sicuro del suo carattere, lo temevo meno che della sua intelligenza. Era proprio questo aspetto che mi impondeva il rispetto. Sapevo che era difficile da conversare e che aveva tutti i diritti di esserlo. Sapevo anche che le donne, soprattutto le grandi dame, vogliono assolutamente essere divertite; che sarebbe stato meglio offenderle piuttosto che annoiarle. E giudicando dai suoi commenti su ciò che avevano detto le persone appena partite, capivo cosa pensasse delle mie sciocchezze. Così decisi di prendere un altro approccio per evitare di dover parlare con lei: iniziai a leggere. Aveva sentito parlare de “La Giulia”; sapeva che stava per essere pubblicata; mostrò grande interesse ad averla letta. Le offrii di leggergliela io stesso; accettò. Ogni mattina andavo da lei alle dieci; il signor di Lussemburgo veniva anche lui. Si chiudeva la porta. Leggevo accanto al suo letto, e sceglievo i passaggi con tanta cura che avrebbero potuto bastare per tutto il viaggio, anche se non fosse stato interrotto. Il successo di questo metodo superò le mie aspettative: la signora di Lussemburgo si innamorò perdutamente de “La Giulia” e del suo autore; parlava solo di me, si occupava solo di me, mi diceva dolci parole tutto il giorno. Mi baciava dieci volte al giorno. Voleva che avessi sempre il mio posto a tavola accanto a lei. E quando alcuni signori cercavano di prendere quel posto, lei gli diceva che era il mio e li faceva sedersi altrove. Si può immaginare l’impressione che queste maniere affettuose ebbero su di me. Le piccole dimostrazioni di affetto hanno sempre il potere di soggiogarmi. Mi legai davvero a lei, in proporzione all’affetto che lei mi mostrava. Tutta la mia paura, di fronte a tale entusiasmo e sentendomi del tutto incapace di sostenerlo con il giusto spirito, era che si trasformasse in disgusto; purtroppo, questa paura si rivelò più che fondata.
Doveva esserci una naturale opposizione tra il suo modo di pensare e il mio: infatti, nonostante le innumerevoli sciocchezze che mi sfuggivano continuamente durante le conversazioni, persino nelle mie lettere, e anche quando ero nel miglior rapporto con lei, c’erano sempre cose che le dispiacevano, senza che io riuscissi a capire il motivo. Ne citerò solo un esempio, ma ne potrei citare venti. Lei scoprì che stavo facendo una copia di “L’Eloisa” per Madame d’Houdetot, pagina per pagina; volle quindi averne una anch’essa. Glielo promisi e, considerandola tra le mie “abitudini”, le scrissi qualcosa di gentile e onesto al riguardo. Almeno questa era la mia intenzione[243]. Ecco la sua risposta: mi lasciò completamente sbalordito.
A Versailles, questo martedì. (Cartella C, numero 43.)
“Sono felice, sono contenta; la vostra lettera mi ha procurato una grande gioia, e mi affretto a rispondervi per ringraziarvi.”
Ecco i termini esatti della vostra lettera: “Anche se sicuramente siete una persona molto perbene, mi dispiace un po’ accettare il vostro denaro; in realtà, sarebbe io a dover pagare per il piacere che provo nel lavorare per voi. Non vi dico altro. Mi lamento del fatto che non mi parlate mai della vostra salute. Niente mi interessa di più. Vi amo con tutto il mio cuore; e vi assicuro che vi scrivo con grande tristezza, perché mi piacerebbe molto dirvelo di persona. Il signor de Luxembourg vi ama e vi abbraccia con tutto il suo cuore.”
Ricevuta questa lettera, mi affrettai a rispondere, in attesa di un esame più approfondito, per protestare contro qualsiasi interpretazione offensiva[244]; dopo averci dedicato alcuni giorni, con l’ansia che si può immaginare, e senza comunque riuscire a comprenderne il significato, ecco finalmente la mia ultima risposta in merito.
A Montmorency, l’8 dicembre 1759.
“Dalla mia ultima lettera, ho esaminato centinaia di volte il passaggio in questione. L’ho analizzato nel suo significato proprio e naturale; l’ho considerato sotto tutti gli aspetti possibili, e devo ammettervi, signora la Marchesa, che non so più se sia io ad dovervi scuse, o se siete voi ad averne bisogno.”
Sono passati dieci anni da quando queste lettere furono scritte. Ci ho spesso ripensato in questi anni, e ancora oggi la mia stupidità riguardo a questo argomento è tale che non sono riuscito a comprendere cosa lei potesse aver trovato in quel passaggio. Non dico nulla di offensivo, ma qualcosa che forse le fosse dispiaciuto.
À propos de cet exemplaire manuscrit de l’Héloïse que voulut avoir Mme de Luxembourg, je dois dire ici ce que j’imaginai pour lui donner quelque avantage marqué qui le distinguât de tout autre. J’avais écrit à part Les aventures de Milord Édouard, et j’avais balancé longtemps à les insérer, soit en entier, soit par extrait, dans cet ouvrage, où elles me paraissaient manquer. Je me déterminai enfin à les retrancher tout à fait, parce que, n’étant pas du ton de tout le reste, elles en auraient gâté la touchante simplicité. J’eus une autre raison bien plus forte, quand je connus Mme de Luxembourg : c’est qu’il y avait dans ces aventures une marquise romaine d’un caractère très odieux, dont quelques traits, sans lui être applicables, auraient pu lui être appliqués par ceux qui ne la connaissaient que de réputation. Je me félicitai donc beaucoup du parti que j’avais pris, et m’y confirmai. Mais, dans l’ardent désir d’enrichir son exemplaire de quelque chose qui ne fût dans aucun autre, n’allai-je pas songer à ces malheureuses aventures, et former le projet d’en faire l’extrait pour l’y ajouter ? Projet insensé, dont on ne peut expliquer l’extravagance que par l’aveugle fatalité qui m’entraînait à ma perte !
Quos vult perdere Jupiter dementat[245].
J’eus la stupidité de faire cet extrait avec bien du soin, bien du travail, et de lui envoyer ce morceau comme la plus belle chose du monde, en la prévenant toutefois, comme il était vrai, que j’avais brûlé l’original, que l’extrait était pour elle seule, et ne serait jamais vu de personne, à moins qu’elle ne le montrât elle-même ; ce qui, loin de lui prouver ma prudence et ma discrétion, comme je croyais faire, n’était que l’avertir du jugement que je portais moi-même sur l’application des traits dont elle aurait pu s’offenser. Mon imbécillité fut telle, que je ne doutais pas qu’elle ne fût enchantée de mon procédé. Elle ne me fit pas là-dessus les grands compliments que j’en attendais, et jamais, à ma très grande surprise, elle ne me parla du cahier que je lui avais envoyé. Pour moi, toujours charmé de ma conduite dans cette affaire, ce ne fut que longtemps après que je jugeai, sur d’autres indices, de l’effet qu’elle avait produit[246].
J’eus encore, en faveur de son manuscrit, une autre idée plus raisonnable, mais qui, par des effets plus éloignés, ne m’a guère été moins nuisible ; tant tout concourt à l’œuvre de la destinée quand elle appelle un homme au malheur ! Je pensai d’orner ce manuscrit des dessins des estampes de la Julie, lesquels dessins se trouvèrent être du même format que le manuscrit. Je demandai à Coindet ses dessins, qui m’appartenaient à toutes sortes de titres, et d’autant plus que je lui avais abandonné le produit des planches, lesquelles eurent un grand débit. Coindet est aussi rusé que je le suis peu. À force de se faire demander ces dessins, il parvint à savoir ce que j’en voulais faire. Alors sous prétexte d’ajouter quelques ornements à ces dessins, il se les fit laisser, et finit par les présenter lui-même.
Ego versiculos feci, tulit alter honores[247].
Cela acheva de l’introduire à l’hôtel de Luxembourg sur un certain pied. Depuis mon établissement au petit Château, il m’y venait voir très souvent, et toujours dès le matin, surtout quand M. et Mme de Luxembourg étaient à Montmorency. Cela faisait que, pour passer avec lui la journée, je n’allais point au château. On me reprocha ces absences ; j’en dis la raison. On me pressa d’amener M. Coindet : je le fis. C’était ce que le drôle avait cherché. Ainsi, grâce aux bontés excessives qu’on avait pour moi, un commis de M. Thelluson, qui voulait bien lui donner quelquefois sa table quand il n’avait personne à dîner, se trouva tout d’un coup admis à celle d’un maréchal de France, avec les princes, les duchesses, et tout ce qu’il y avait de grand à la cour. Je n’oublierai jamais qu’un jour qu’il était obligé de retourner à Paris de bonne heure, M. le Maréchal dit après le dîner à la compagnie : Allons nous promener sur le chemin de Saint-Denis, nous accompagnerons M. Coindet. Le pauvre garçon n’y tint pas ; sa tête s’en alla tout à fait. Pour moi, j’avais le cœur si ému, que je ne pus dire un seul mot. Je suivais par-derrière, pleurant comme un enfant, et mourant d’envie de baiser les pas de ce bon Maréchal. Mais la suite de cette histoire de copie m’a fait anticiper ici sur les temps. Reprenons-les dans leur ordre, autant que ma mémoire me le permettra.
Sitôt que la petite maison de Mont-Louis fut prête, je la fis meubler proprement, simplement, et retournai m’y établir, ne pouvant renoncer à cette loi que je m’étais faite, en quittant l’Ermitage, d’avoir toujours mon logement à moi ; mais je ne pus me résoudre non plus à quitter mon appartement du petit Château. J’en gardai la clef, et, tenant beaucoup aux jolis déjeuners du péristyle, j’allais souvent y coucher, et j’y passais quelquefois deux ou trois jours comme à une maison de campagne. J’étais peut-être alors le particulier de l’Europe le mieux et le plus agréablement logé. Mon hôte, M. Mathas, qui était le meilleur homme du monde, m’avait absolument laissé la direction des réparations de Mont-Louis et voulut que je disposasse de ses ouvriers, sans même qu’il s’en mêlât. Je trouvai donc le moyen de me faire, d’une seule chambre au premier, un appartement complet, composé d’une chambre, d’une antichambre et d’une garde-robe. Au rez-de-chaussée étaient la cuisine et la chambre de Thérèse. Le Donjon me servait de cabinet, au moyen d’une bonne cloison vitrée et d’une cheminée qu’on y fit faire. Je m’amusai, quand j’y fus, à orner la terrasse qu’ombrageaient déjà deux rangs de jeunes tilleuls ; j’y en fis ajouter deux, pour faire un cabinet de verdure ; j’y fis poser une table et des bancs de pierre : je l’entourai de lilas, de seringa, de chèvrefeuille ; j’y fis faire une belle plate-bande de fleurs parallèle aux deux rangs d’arbres, et cette terrasse, plus élevée que celle du château, dont la vue était du moins aussi belle, et sur laquelle j’avais apprivoisé des multitudes d’oiseaux, me servait de salle de compagnie pour recevoir M. et Mme de Luxembourg, M. le duc de Villeroy, M. le prince de Tingry, M. le marquis d’Armentières, Mme la duchesse de Montmorency, Mme la duchesse de Boufflers, Mme la comtesse de Valentinois, Mme la comtesse de Boufflers, et d’autres personnes de ce rang, qui, du château, ne dédaignaient pas de faire, par une montée très fatigante, le pèlerinage de Mont-Louis. Je devais à la faveur de M. et Mme de Luxembourg toutes ces visites ; je le sentais, et mon cœur leur en faisait bien l’hommage. C’est dans un de ces transports d’attendrissement que je dis une fois à M. de Luxembourg en l’embrassant : Ah ! monsieur le Maréchal, je haïssais les grands avant que de vous connaître, et je les hais davantage encore depuis que vous me faites si bien sentir combien il leur serait aisé de se faire adorer.
Au reste, j’interpelle tous ceux qui m’ont vu durant cette époque, s’ils se sont jamais aperçus que cet éclat m’ait un instant ébloui, que la vapeur de cet encens m’ait porté à la tête ; s’ils m’ont vu moins uni dans mon maintien, moins simple dans mes manières, moins liant avec le peuple, moins familier avec mes voisins, moins prompt à rendre service à tout le monde, quand je l’ai pu, sans me rebuter jamais des importunités sans nombre, et souvent déraisonnables, dont j’étais sans cesse accablé. Si mon cœur m’attirait au château de Montmorency par mon sincère attachement pour les maîtres, il me ramenait de même à mon voisinage goûter les douceurs de cette vie égale et simple hors de laquelle il n’est point de bonheur pour moi. Thérèse avait fait amitié avec la fille d’un maçon, mon voisin, nommé Pilleu ; je la fis de même avec le père, et après avoir le matin dîné au château, non sans gêne, mais pour complaire à Mme la Maréchale, avec quel empressement je revenais le soir souper avec le bonhomme Pilleu et sa famille, tantôt chez lui, tantôt chez moi.
Outre ces deux logements, j’en eus bientôt un troisième à l’hôtel de Luxembourg, dont les maîtres me pressèrent si fort d’aller les y voir quelquefois, que j’y consentis, malgré mon aversion pour Paris, où je n’avais été, depuis ma retraite à l’Ermitage, que les deux seules fois dont j’ai parlé. Encore n’y allais-je que les jours convenus, uniquement pour souper et m’en retourner le lendemain matin. J’entrais et je sortais par le jardin qui donnait sur le boulevard ; de sorte que je pouvais dire, avec la plus exacte vérité, que je n’avais pas mis le pied sur le pavé de Paris.
Regarding this manuscript copy of Héloïse that Madame de Luxembourg desired to possess, I must here state what I imagined doing to give it some distinct advantage that would set it apart from all others. I had written The Adventures of Lord Edward separately and had long hesitated over whether to include it in its entirety or in excerpts within this work, where it seemed to be lacking. In the end, I decided to exclude it entirely, for its tone being different from the rest of the content would have ruined the work’s touching simplicity. However, when I got to know Madame de Luxembourg, I had another, even more compelling reason: these adventures contained the story of a Roman marchioness of extremely despicable character, and although some of her traits might not have applied to her, those who knew her only by reputation could have mistaken them for hers. I was therefore very pleased with the decision I had made and remained firm in it. But in my eager desire to enrich her copy with something unique, did I not then consider including these unfortunate adventures in the form of extracts? What an absurd idea—its extravagance can be explained only by the blind fate that led me toward my downfall!
“Those whom Jupiter wishes to destroy, he first drives mad.” [245]
I was foolish enough to spend a great deal of care and effort on preparing this extract, and to send it to her as if it were the most precious thing in the world. I did warn her, however, that I had burned the original copy and that this extract was meant for her alone, and would never be shown to anyone else unless she chose to do so herself. Far from proving my prudence and discretion, as I had thought, this only let her know what I personally thought about the content of that extract—which might have offended her. My stupidity was such that I truly believed she would be delighted by my approach. However, she did not offer me the high praise I had expected, and to my great surprise, she never mentioned the notebook I had sent her at all. For my part, still convinced of the wisdom of my actions, it was only much later that I was able to gauge the effect it had on her, based on other clues[246].
I had yet another, more reasonable idea in favor of his manuscript, but which, through effects that were even more indirect, proved just as detrimental to me; for when fate calls a man toward misfortune, everything seems to conspire against him! I thought of embellishing the manuscript with the illustrations from the “Julie” prints, which happened to be of the same size as the manuscript itself. I asked Coindet for his drawings, which I claimed in various ways as my own—especially since I had given him the plates used to create them, and those prints proved very popular. Coindet was just as cunning as I am rather lacking in such qualities. By repeatedly asking for these drawings, he managed to find out what I intended to do with them. Then, under the pretext of adding some additional decorations, he managed to get them into his possession and eventually presented them himself.
I composed these verses myself; another shall bear the honor thereof[247].
This situation effectively introduced him to the Luxembourg Hotel on a rather favorable footing. Since I had taken up my residence at the Petit Château, he would often come to see me there, always in the morning—especially when Monsieur and Madame de Luxembourg were in Montmorency. As a result, in order to spend the day with him, I no longer went to the château. People reproached me for these absences; I explained my reasons. They urged me to bring Monsieur Coindet along; I did so—and that was exactly what that man had been seeking. Thus, thanks to the excessive kindness shown toward me, a clerk of Monsieur Thelluson, who occasionally allowed him to share his table when he had no one else to dine with, suddenly found himself invited to dine at the table of a Marshal of France, alongside princes, duchesses, and all the nobility of the court. I will never forget that one day, when Monsieur Thelluson had to return to Paris early, the marshal said to the company after dinner: “Let’s take a walk along the road to Saint-Denis; we’ll accompany Monsieur Coindet.” The poor boy couldn’t bear it; he completely lost his composure. As for me, my heart was so filled with emotion that I wasn’t able to say a single word. I followed behind, crying like a child, dying of envy at the thought of kissing the footsteps of that kind-hearted marshal. But the continuation of this story will force me to jump ahead in time. Let’s resume it in its proper order, as far as my memory allows.
As soon as the little house in Mont-Louis was ready, I had it properly and simply furnished, and returned there to settle down, unable to give up the rule I had established for myself when leaving the Ermitage: to always have my own dwelling place. However, I also could not bring myself to leave my apartment in the small château. I kept its key, and since I cherished the pleasant breakfasts served in the peristyle, I often went there to stay, spending sometimes two or three days as if I were in a country house. At that time, I was perhaps the person in Europe who lived in the most comfortable and delightful manner. My host, Mr. Mathas, who was the best man in the world, completely left me in charge of the repairs at Mont-Louis and allowed me to use his workers without even interfering himself. Thus, I managed to transform a single room on the first floor into a complete apartment consisting of a bedroom, an antechamber, and a wardrobe. On the ground floor were the kitchen and Thérèse’s room. The donjon served as my office, thanks to a good glass partition and a fireplace that was installed there. When I moved in, I enjoyed decorating the terrace, which was already shaded by two rows of young tilleuls; I added two more rows to create a veranda, had a stone table and benches placed there, surrounded it with lilacs, seringas, and honeysuckles, and had a beautiful flowerbed laid out parallel to the rows of trees. This terrace, being higher than that of the château and offering at least as lovely a view, was also home to many birds I had tamed. It served as my reception area for guests such as Monsieur and Madame de Luxembourg, the Duke of Villeroy, the Prince of Tingry, the Marquis d’Armentières, the Duchess of Montmorency, the Duchess of Boufflers, the Countess of Valentinois, and other people of high rank who did not disdain making the rather strenuous climb to Mont-Louis. I owe all these visits to the kindness of Monsieur and Madame de Luxembourg; I was deeply grateful for it, and my heart truly honored them for it. It was during one of these moments of emotion that I once said to Monsieur de Luxembourg, as I embraced him: “Ah, Marshal! Before meeting you, I hated the nobility; since then, I hate them even more, for you have shown me so clearly how easy it would be for them to earn people’s love.”
Furthermore, I call upon all those who saw me during that time to reflect: did they ever notice that this brilliance once blinded me, that the fumes of that incense affected my senses? Did they observe that I appeared less composed in my demeanor, less straightforward in my manners, less approachable to the people, less friendly with my neighbors, or less willing to help everyone whenever possible—never complaining about the countless, often unreasonable demands that constantly overwhelmed me? If my heart drew me toward the Château of Montmorency out of sincere devotion to its masters, it also led me back to my neighbors, where I could enjoy the simple pleasures of a life of equality and tranquility—the only true happiness for me. Thérèse had become friends with the daughter of a carpenter, my neighbor named Pilleu; I did the same with his father. After having dinner at the château in the morning—though somewhat awkwardly, out of respect for Madame la Maréchale—I would eagerly return home in the evening to dine with Mr. Pilleu and his family, sometimes at their place, sometimes at mine.
In addition to these two residences, I soon acquired a third one at the Hôtel de Luxembourg. The owners insisted so strongly that I visit them occasionally that I agreed, despite my aversion toward Paris—where, since my retreat to the Ermitage, I had only been twice, about which I have already spoken. Nevertheless, I only went there on designated days, solely for dinner and then returned the next morning. I entered and left through the garden overlooking the boulevard; thus, I could say with absolute certainty that I had never set foot on Parisian streets.
A proposito di quel manoscritto delle Avventure di Milord Édouard che la signora di Lussemburgo desiderava possedere, devo raccontare qui ciò che ho immaginato per conferirgli un vantaggio evidente che lo distinguesse da ogni altro. Avevo scritto separatamente quelle avventure e avevo a lungo esitato se inserirle nell’opera nel loro complesso o solo in estratti, poiché mi sembrava che mancassero in essa. Alla fine decisi di eliminarle del tutto, poiché, non essendo in tono con il resto del testo, avrebbero rovinato la sua toccante semplicità. Ebbi poi un’altra ragione ancora più valida quando conobbi personalmente la signora di Lussemburgo: in quelle avventure c’era una marchesa romana dal carattere molto odioso; alcuni tratti di quel personaggio, sebbene non applicabili direttamente a lei, avrebbero potuto essere attribuiti a lei da coloro che la conoscevano solo per reputazione. Pertanto fui molto soddisfatto della decisione che avevo preso e vi rimasi fedele. Tuttavia, nel desiderio ardente di arricchire il suo esemplare di qualcosa che non si trovasse in nessun altro libro, non pensai forse a quelle sfortunate avventure e concepii l’idea di trarne degli estratti per aggiungerli? Un progetto assurdo. La cui follia si può spiegare solo con quell’oscura fatalità che mi condusse verso la mia rovina.
“Chi vuole essere perso da Giove, si renda pazzo.” [245]
Fui così stupido da preparare con grande cura e impegno quel frammento e inviarglielo come la cosa più preziosa del mondo, avvertendola però che avevo bruciato l’originale e che quel pezzo era destinato esclusivamente a lei, e che nessuno altro lo avrebbe mai visto, a meno che non lo mostrasse lei stessa; questo, invece di dimostrare la mia prudenza e discrezione, come credevo, non faceva altro che informarla del giudizio che avevo io stesso sulla natura dei contenuti di quel cahier, i quali avrebbero potuto offenderla. La mia stupidità fu tale che non dubitavo affatto che lei fosse rimasta incantata dal mio comportamento. Tuttavia, non ricevetti gli elogi che mi aspettavo, e, per mia grande sorpresa, lei non menzionò mai quel cahier che le avevo inviato. Per quanto riguarda me, continuai a ritenere di aver agito in modo impeccabile in quella situazione. Fu solo molto tempo dopo che, grazie ad altri indizi, riuscii a capire l’effetto che il mio gesto aveva avuto su di lei[246].
Ebbi ancora, a favore di quel manoscritto, un’altra idea più ragionevole; tuttavia, per effetti meno immediati, essa si rivelò altrettanto dannosa per me. Poiché, quando il destino chiama un uomo al dolore, tutto concorre a realizzare il suo disegno! Pensai di arricchire quel manoscritto con i disegni delle stampe della “Julie”, i quali risultarono avere lo stesso formato del manoscritto stesso. Chiesi a Coindet i suoi disegni, che mi appartenevano per diversi motivi. E soprattutto perché gli avevo ceduto il prodotto delle stampe, le quali ebbero un grande successo commerciale. Coindet, però, era altrettanto astuto quanto lo sono io di rado. Continuando a chiedermi quei disegni, riuscì a scoprire cosa ne volevo fare; allora, con l’scusa di aggiungere alcuni ornamenti, se li fece lasciare e alla fine li presentò lui stesso.
Io composi questi versi; altri ne attribuirono l’onore[247].
Questo lo introdusse definitivamente nell’hotel di Luxembourg in una posizione privilegiata. Da quando mi ero stabilito nel piccolo castello, veniva a trovarmi molto spesso, sempre al mattino, soprattutto quando il signor e la signora di Luxembourg si trovavano a Montmorency. Per passare la giornata con lui, non andavo quindi al castello stesso. Mi furono rimproverate queste assenze; ne spiegai il motivo. Mi fu chiesto insistentemente di portare con me il signor Coindet: lo feci. Era proprio ciò che quell’uomo cercava. Così, grazie alle eccessive gentilezze dimostrate nei miei confronti, un commesso del signor Thelluson – che talvolta gli offriva il proprio pasto quando non aveva nessuno con cui cenare – si trovò improvvisamente ammesso alla tavola di un maresciallo di Francia, insieme ai principi, alle duchesse e a tutta la nobiltà di corte. Non dimenticherò mai che un giorno, essendo costretto a tornare presto a Parigi, il maresciallo disse dopo cena alla compagnia: “Andiamo a fare una passeggiata lungo la strada per Saint-Denis; accompagneremo il signor Coindet”. Povero ragazzo. Non riuscì a reggere; gli girò completamente la testa. Per quanto mi riguarda, ero così commosso che non riuscii a dire una parola; seguivo loro da dietro, piangendo come un bambino, morendo d’invidia al pensiero di poter baciare le orme di quel buon maresciallo. Ma la continuazione di questa storia mi ha costretto ad anticipare i fatti nel racconto. Riprenderemo il filo degli eventi nell’ordine in cui si sono verificati, per quanto la mia memoria me lo permetta.
Non appena la piccola casa di Mont-Louis fu pronta, la feci arredare in modo semplice e appropriato, e vi tornai ad abitare, poiché non potevo rinunciare a quella regola che mi ero imposta lasciando l’Ermitage: avere sempre una mia dimora. Tuttavia, non riuscii nemmeno a decidere di lasciare il mio appartamento nel piccolo castello. Conservai la chiave e, poiché apprezzavo molto i deliziosi pranzi che si potevano gustare nel peristilio, spesso vi andavo a dormire, trascorrendovi anche due o tre giorni come in una casa di campagna. Forse all’epoca ero la persona in Europa con le condizioni abitative migliori e più piacevoli. Il mio ospite, il signor Mathas, che era l’uomo più gentile del mondo, mi lasciò completamente libera di gestire i lavori di riparazione di Mont-Louis e volle che potessi disporre dei suoi operai senza nemmeno intervenire personalmente. Riuscii così a trasformare una singola stanza al primo piano in un appartamento completo, composto da una camera da letto, un’anticamera e un armadio. Al pianterreno c’erano la cucina e la stanza di Thérèse. Il Donjon mi serviva da studio, grazie a una bella parete vetrata e a un camino che feci installare appositamente. Quando vi andai ad abitare, mi divertii ad adornare la terrazza, già ombreggiata da due file di giovani tigli; ne aggiunsi altre due per creare un piccolo giardino verde, posizionai una tavola e dei banchi di pietra, la circondai di lillà, seringhe e gelsomini, e feci installare una bella aiuola fiorita parallela alle due file di alberi. Questa terrazza, più elevata di quella del castello e con una vista altrettanto bella, su cui avevo allevato molti uccelli, mi serviva da sala da ricevimento per ospitare il signor e la signora de Luxembourg, il duca di Villeroy, il principe di Tingry, il marchese d’Armentières, la duchessa di Montmorency, la duchessa di Boufflers, la contessa di Valentinois e altre persone di alto rango che, dal castello, non disdegnavano di compiere una salita piuttosto faticosa per visitare Mont-Louis. Tutte queste visite dovevo le loro al signor e alla signora de Luxembourg; me ne rendevo conto, e il mio cuore gliene rendeva omaggio. Fu in uno di questi momenti di commozione che un giorno dissi al signor de Luxembourg abbracciandolo: “Ah! Maresciallo, odiavo i nobili prima di conoscervi, e ora li odio ancora di più, poiché mi fate capire quanto sia facile per loro essere amati”.
Del resto, invito tutti coloro che mi hanno visto in quel periodo a riflettere: si sono mai resi conto che quell’alone di gloria mi abbia per un istante accecato, che il fumo di quell’incenso abbia potuto confondermi? Si sono mai accorti che fossi meno composto nel mio comportamento, meno semplice nelle mie maniere, meno vicino al popolo, meno cordiale con i miei vicini, meno pronto ad aiutare chiunque ne avesse bisogno, senza mai lamentarmi delle innumerevoli e spesso irragionevoli richieste a cui ero costantemente sottoposto? Se il mio cuore mi attirava verso il castello di Montmorency per la mia sincera devozione nei confronti dei suoi padroni, allo stesso modo mi riportava nella mia semplice vita quotidiana, l’unica che potesse offrirmi vera felicità. Thérèse aveva fatto amicizia con la figlia di un muratore, mio vicino di casa di nome Pilleu; anch’io feci amicizia con il padre di lei. Dopo aver pranzato al castello, sebbene con qualche imbarazzo, per compiacere Madame la Maréchale, con quanta gioia tornavo la sera a cena da quel bravo uomo, Pilleu, e dalla sua famiglia, ora da lui, ora da me.
Oltre a questi due alloggi, ben presto ne ebbi un terzo all’hotel de Luxembourg; i proprietari mi sollecitarono così insistentemente ad andarci a trovarli di tanto in tanto che acconsentii, nonostante la mia avversione per Parigi, dove da quando mi ero ritirato all’Ermitage non ero mai stato se non in quelle due occasioni di cui ho parlato. Tuttavia ci andavo soltanto nei giorni stabiliti, esclusivamente per cenare e tornarmene il giorno seguente mattina. Entravo e uscivo dal giardino che dava sul boulevard; quindi potevo dire, con la massima sincerità, di non aver mai messo piede sui marciapiedi di Parigi.
Au sein de cette prospérité passagère se préparait de loin la catastrophe qui devait en marquer la fin. Peu de temps après mon retour à Mont-Louis, j’y fis, et bien malgré moi, comme à l’ordinaire, une nouvelle connaissance qui fait encore époque dans mon histoire. On jugera dans la suite si c’est en bien ou en mal. C’est Mme la marquise de Verdelin, ma voisine, dont le mari venait d’acheter une maison de campagne à Soisy, près de Montmorency. Mlle d’Ars, fille du comte d’Ars, homme de condition, mais pauvre, avait épousé M. de Verdelin, vieux, laid, sourd, dur, brutal, jaloux, balafré, borgne, au demeurant bon homme quand on savait le prendre et possesseur de quinze à vingt mille livres de rente, auxquelles on la maria. Ce mignon, jurant, criant, grondant, tempêtant, et faisant pleurer sa femme toute la journée, finissait par faire toujours ce qu’elle voulait, et cela pour la faire enrager, attendu qu’elle savait lui persuader que c’était lui qui le voulait, et que c’était elle qui ne le voulait pas. M. de Margency, dont j’ai parlé, était l’ami de madame, et devint celui de monsieur. Il y avait quelques années qu’il leur avait loué son château de Margency, près d’Eaubonne et d’Andilly, et ils y étaient précisément durant mes amours pour Mme d’Houdetot. Mme d’Houdetot et Mme de Verdelin se connaissaient par Mme d’Aubeterre, leur commune amie, et comme le jardin de Margency était sur le passage de Mme d’Houdetot pour aller au Mont-Olympe, sa promenade favorite, Mme de Verdelin lui donna une clef pour passer. A la faveur de cette clef, j’y passais souvent avec elle ; mais je n’aimais point les rencontres imprévues, et quand Mme de Verdelin se trouvait par hasard sur notre passage, je les laissais ensemble sans lui rien dire, et j’allais toujours devant. Ce procédé peu galant n’avait pas dû me mettre en bon prédicament auprès d’elle. Cependant, quand elle fut à Soisy, elle ne laissa pas de me rechercher. Elle me vint voir plusieurs fois à Mont-Louis, sans me trouver, et, voyant que je ne lui rendais pas sa visite, elle s’avisa, pour m’y forcer, de m’envoyer des pots de fleurs pour ma terrasse. Il fallut bien l’aller remercier : c’en fut assez. Nous voilà liés.
Cette liaison commença par être orageuse, comme toutes celles que je faisais malgré moi. Il n’y régna même jamais un vrai calme. Le tour d’esprit de Mme de Verdelin était par trop antipathique avec le mien. Les traits malins et les épigrammes partent chez elle avec tant de simplicité, qu’il faut une attention continuelle, et pour moi très fatigante, pour sentir quand on est persiflé. Une niaiserie, qui me revient, suffira pour en juger. Son frère venait d’avoir le commandement d’une frégate en course contre les Anglais. Je parlais de la manière d’armer cette frégate sans nuire à sa légèreté. Oui, dit-elle d’un ton tout uni, l’on ne prend de canons que ce qu’il en faut pour se battre. Je l’ai rarement ouï parler en bien de quelqu’un de ses amis absents, sans glisser quelque mot à leur charge. Ce qu’elle ne voyait pas en mal, elle le voyait en ridicule, et son ami Margency n’était pas excepté. Ce que je trouvais encore en elle d’insupportable était la gêne continuelle de ses petits envois, de ses petits cadeaux, de ses petits billets, auxquels il fallait me battre les flancs pour répondre, et toujours nouveaux embarras pour remercier ou pour refuser. Cependant, à force de la voir, je finis par m’attacher à elle. Elle avait ses chagrins, ainsi que moi. Les confidences réciproques nous rendirent intéressants nos tête-à-tête. Rien ne lie tant les cœurs que la douceur de pleurer ensemble. Nous nous cherchions pour nous consoler, et ce besoin m’a souvent fait passer sur beaucoup de choses. J’avais mis tant de dureté dans ma franchise avec elle, qu’après avoir montré quelquefois si peu d’estime pour son caractère, il fallait réellement en avoir beaucoup pour croire qu’elle pût sincèrement me pardonner. Voici un échantillon des lettres que je lui ai quelquefois écrites, et dont il est à noter que jamais, dans aucune de ses réponses, elle n’a paru piquée en aucune façon :
À Montmorency, le 5 novembre 1760.
« Vous me dites, Madame, que vous ne vous êtes pas bien expliquée, pour me faire entendre que je m’explique mal. Vous me parlez de votre prétendue bêtise pour me faire sentir la mienne. Vous vous vantez de n’être qu’une bonne femme, comme si vous aviez peur d’être prise au mot, et vous me faites des excuses pour m’apprendre que je vous en dois. Oui, Madame, je le sais bien, c’est moi qui suis une bête, un bon homme, et pis encore s’il est possible ; c’est moi qui choisis mal mes termes, au gré d’une belle dame française, qui fait autant d’attention aux paroles et qui parle aussi bien que vous. Mais considérez que je les prends dans le sens commun de la langue, sans être au fait ou en souci des honnêtes acceptions qu’on leur donne dans les vertueuses sociétés de Paris. Si quelquefois mes expressions sont équivoques, je tâche que ma conduite en détermine le sens », etc.
Le reste de la lettre est à peu près sur le même ton. Voyez-en la réponse Liasse D. n° 41, et jugez de l’incroyable modération d’un cœur de femme, qui peut n’avoir pas plus de ressentiment d’une pareille lettre que cette réponse n’en laisse paraître, et qu’elle ne m’en a jamais témoigné. Coindet, entreprenant, hardi jusqu’à l’effronterie, et qui se tenait à l’affût de tous mes amis, ne tarda pas à s’introduire en mon nom chez Mme de Verdelin, et y fut bientôt, à mon insu, plus familier que moi-même. C’était un singulier corps que ce Coindet. Il se présentait de ma part chez toutes mes connaissances, s’y établissait, y mangeait sans façon. Transporté de zèle pour mon service, il ne parlait jamais de moi que les larmes aux yeux : mais quand il me venait voir, il gardait le plus profond silence sur toutes ces liaisons, et sur tout ce qu’il savait devoir m’intéresser. Au lieu de me dire ce qu’il avait appris, ou dit, ou vu, qui m’intéressait, il m’écoutait, m’interrogeait même. Il ne savait jamais rien de Paris que ce que je lui en apprenais : enfin, quoique tout le monde me parlât de lui, jamais il ne me parlait de personne : il n’était secret et mystérieux qu’avec son ami. Mais laissons, quant à présent, Coindet et Mme de Verdelin. Nous y reviendrons dans la suite.
Quelque temps après mon retour à Mont-Louis, La Tour, le peintre, vint m’y voir, et m’apporta mon portrait en pastel, qu’il avait exposé au Salon il y avait quelques années. Il avait voulu me donner ce portrait, que je n’avais pas accepté. Mais Mme d’Épinay, qui m’avait donné le sien et qui voulait avoir celui-là, m’avait engagé à le lui redemander. Il avait pris du temps pour le retoucher. Dans cet intervalle vint ma rupture avec Mme d’Épinay ; je lui rendis son portrait, et n’étant plus question de lui donner le mien, je le mis dans ma chambre au petit Château. M. de Luxembourg l’y vit, et le trouva bien ; je le lui offris, il l’accepta ; je le lui envoyai. Ils comprirent, lui et Mme la Maréchale, que je serais bien aise d’avoir les leurs. Ils les firent faire en miniature, de très bonne main, les firent enchâsser dans une boîte à bonbons, de cristal de roche, montée en or, et m’en firent le cadeau d’une façon très galante, dont je fus enchanté. Mme de Luxembourg ne voulut jamais consentir que son portrait occupât le dessus de la boîte. Elle m’avait reproché plusieurs fois que j’aimais mieux M. de Luxembourg qu’elle, et je ne m’en étais point défendu, parce que cela était vrai. Elle me témoigna bien galamment, mais bien clairement, par cette façon de placer son portrait, qu’elle n’oubliait pas cette préférence.
Je fis, à peu près dans ce même temps, une sottise qui ne contribua pas à me conserver ses bonnes grâces. Quoique je ne connusse point du tout M. de Silhouette, et que je fusse peu porté à l’aimer, j’avais une grande opinion de son administration. Lorsqu’il commença d’appesantir sa main sur les financiers, je vis qu’il n’entamait pas son opération dans un temps favorable ; je n’en fis pas des vœux moins ardents pour son succès, et quand j’appris qu’il était déplacé, je lui écrivis dans mon intrépide étourderie la lettre suivante, qu’assurément je n’entreprends pas de justifier :
À Montmorency, le 2 décembre 1759.
Within this fleeting prosperity, the catastrophe that was to mark its end was already brewing. Not long after my return to Mont-Louis, I, against my will, made a new acquaintance there—someone who would later play an important role in my story. Whether for good or for ill, time will tell. It was Madame la Marquise de Verdelin, my neighbor whose husband had just purchased a country house in Soisy, near Montmorency. Mademoiselle d’Ars, daughter of a gentleman of modest means but poor herself, had married Monsieur de Verdelin—a man who was old, ugly, deaf, harsh, brutal, jealous, scarred, and one-eyed. Nevertheless, he was a good man when dealt with properly, and possessed an income of fifteen to twenty thousand livres per year, which was the reason she had married him. This unpleasant man, who would swear, shout, grumble, and make his wife cry all day long, ultimately always ended up doing what she wanted—just to infuriate her, since she knew how to convince him that it was actually his own desire, while it was she who refused to comply. Monsieur de Margency, whom I have mentioned before, was Madame de Verdelin’s friend and later became mine as well. A few years earlier, he had rented his castle in Margency, near Eaubonne and Andilly, to them, and they happened to be there during my affair with Madame d’Houdetot. Madame d’Houdetot and Madame de Verdelin knew each other through their common friend, Madame d’Aubeterre. Since the garden in Margency was on the route Madame d’Houdetot took when going to her favorite spot, Mont-Olympe, Madame de Verdelin gave her a key to use it. With this key, I often went there with her; however, I did not enjoy unexpected encounters. So when Madame de Verdelin happened to be on our way by chance, I would leave them together without saying anything and walk ahead. Such an ungentle approach surely did not make me very popular with her. Nevertheless, once she was in Soisy, she made every effort to seek my company. She came to visit me several times at Mont-Louis but never managed to find me. Seeing that I did not return her visits, she decided to force matters by sending me pots of flowers for my terrace. I had no choice but to go and thank her—and that was enough. And so, we became connected.
This relationship began in a stormy manner, just like all those I entered into against my will. There was never any real calmness between us. Madame de Verdelin’s way of thinking was too much at odds with mine. Her clever remarks and witty remarks came so naturally from her that one needed to be constantly on guard—and for me, that was extremely exhausting—to even realize when she was being sarcastic. A single foolish remark from her would be enough to give me an idea of her true nature. Her brother had just been given command of a frigate engaged in battles against the English. I discussed how to arm this frigate without compromising its lightness. “Yes,” she said in a monotonous tone, “one should only take as many cannons as are necessary for fighting.” I rarely heard her speak well of any of her absent friends without adding some critical remark about them. Whatever she did not see as negative, she regarded as ridiculous—and her friend Margency was no exception. What I found particularly unbearable about her was the constant stream of small gifts, notes, and presents; I had to go out of my way to respond to them, and it always caused new difficulties in finding ways to thank her or refuse them. However, after spending so much time with her, I gradually began to grow fond of her. She had her sorrows, just like I did. Our mutual confidences made our private moments more meaningful. Nothing bonds hearts more than the shared experience of sadness. We sought each other’s company for comfort, and this need often made me overlook many things. I had been so harsh in my frankness with her that, after showing her so little respect for her character at times, one really had to have a great deal of tolerance to believe she could truly forgive me. Here is an example of some letters I wrote to her; it is worth noting that in none of her replies did she ever seem offended in the slightest:
In Montmorency, on November 5, 1760.
“Madam, you tell me that you did not explain yourself clearly enough, in order to make me realize that I am explaining myself poorly. You mention your so-called foolishness in order to make me aware of my own. You boast about being merely a good woman, as if you were afraid of being held to your words, and you offer me excuses in order to tell me that I owe you ones. Yes, Madam, I know very well: it is I who am the fool, the good man—no, even worse than that, if such a thing were possible. It is I who choose my words poorly, at the whim of a beautiful Frenchwoman who pays so much attention to her speech and who speaks just as well as you. But please consider that I understand these words in their ordinary meaning, without being aware of or concerned about the proper interpretations given to them in the virtuous societies of Paris. If sometimes my expressions are ambiguous, I try to ensure that my behavior clarifies their true meaning.”
The rest of the letter is more or less in the same tone. Please refer to the reply Liasse D. No. 41 and judge for yourselves the incredible moderation of a woman’s heart—she might not have held any resentment toward such a letter as this one, just as her response does not reveal any; moreover, she never showed me any sign of it. Coindet, aggressive, bold to the point of audacity, and always keeping an eye on all my friends, did not hesitate to present himself in my name at Madame de Verdelin’s house, where he soon became, without my knowledge, even more familiar than I was myself. What a strange individual this Coindet was! He would represent me to all my acquaintances, settle in there, and eat without any restraint. Eager to serve me, he always spoke of me with tears in his eyes; but when he came to see me, he kept utter silence about all these connections and everything that could have interested me. Instead of telling me what he had learned, said, or seen that was relevant to me, he would listen to me and even ask me questions himself. He knew nothing about Paris except what I told him myself. In short, although everyone talked about him to me, he never mentioned anyone else—he was secretive and mysterious only with his friend. But let us leave Coindet and Madame de Verdelin for now; we will return to them later.
Some time after my return to Mont-Louis, the painter, La Tour, came to see me and brought me my pastel portrait, which he had exhibited at the Salon a few years earlier. He had wanted to give it to me, but I had refused. However, Madame d’Épinay, who had given me her portrait and now wanted mine, had urged me to ask for it back from him. He had taken some time to retouch it. In the meantime, my relationship with Madame d’Épinay ended; I returned her portrait, and since there was no longer any reason to give her mine, I put it in my room at the small château. Monsieur de Luxembourg saw it and liked it very much; I offered it to him, and he accepted it; I then sent it to him. Both he and Madame la Maréchale understood that I would be very pleased to have their portraits as well. They had them made in miniature by a highly skilled artist, encased in a crystal and rock candy box mounted in gold, and gave it to me in a very gracious manner, which delighted me greatly. Madame de Luxembourg never agreed to let her portrait occupy the top of the box. She had repeatedly reproached me for preferring Monsieur de Luxembourg to her, and I had never denied it, because it was true. Through this arrangement of her portrait, she clearly and graciously made it known that she had not forgotten this preference of mine.
At roughly the same time, I committed a foolish act that did nothing to earn his favor again. Although I knew Mr. de Silhouette entirely well and felt little inclination toward liking him, I held high regard for his administrative abilities. When he began to impose stricter controls on the financiers, I realized that he was not choosing the most favorable moment to undertake such measures; yet my wishes for his success were no less fervent. When I learned that he had been removed from his position, in my reckless imprudence, I wrote him the following letter—of which I certainly make no attempt to justify the contents:
In Montmorency, on December 2, 1759.
All’interno di questa prosperità effimera si preparava già la catastrofe che avrebbe segnato la sua fine. Poco dopo il mio ritorno a Mont-Louis, feci, e nonostante me ne dispiacesse, come al solito, una nuova conoscenza che ancora oggi occupa un posto importante nella mia storia. Si vedrà in seguito se questo sia stato per il meglio o per il peggio. Si trattava di Madame la Marchesa de Verdelin, mia vicina; suo marito aveva appena acquistato una casa di campagna a Soisy, vicino a Montmorency. Mademoiselle d’Ars, figlia del Conte d’Ars – un uomo di condizione sociale elevata ma povero – aveva sposato Monsieur de Verdelin: un uomo anziano, brutto, sordo, duro, brutale, geloso, con il viso segnato da cicatrici e un occhio solo. Tuttavia, era una brava persona, se si sapeva come trattarlo; inoltre possedeva un reddito annuo di quindici o ventimila lire, motivo per cui Mademoiselle d’Ars lo aveva sposato. Questo signore, che imprecava, gridava, ringhiava e faceva piangere sua moglie tutto il giorno, alla fine finiva sempre per fare ciò che lei voleva, ma solo per farla arrabbiare, poiché lei sapeva come convincerlo che era lui ad averne voglia, mentre in realtà era lei stessa a desiderarlo. Monsieur de Margency, di cui ho parlato in precedenza, era amico di Madame de Verdelin e divenne anche amico mio. Alcuni anni prima aveva affittato loro il suo castello di Margency, vicino a Eaubonne e Andilly. Ed erano proprio lì quando ero innamorato di Madame d’Houdetot. Madame d’Houdetot e Madame de Verdelin si conoscevano grazie a Madame d’Aubeterre, loro comune amica; poiché il giardino di Margency si trovava lungo la strada che Madame d’Houdetot percorreva per andare al Mont-Olympe – la sua passeggiata preferita – Madame de Verdelin le diede una chiave per poterci entrare. Grazie a questa chiave, ci andavo spesso con lei. Ma non amavo le incontri inaspettati; quindi, quando Madame de Verdelin capitava per caso sul nostro cammino, la lasciavo da sola senza dirle nulla e proseguivo sempre avanti. Questo comportamento poco galante non doveva certo avermi reso molto gradito ai suoi occhi. Tuttavia, quando si trovò a Soisy, non smise di cercarmi. Venne più volte a trovarmi a Mont-Louis, senza riuscire a incontrarmi; e vedendo che non le rendevo visite, decise, per costringermi ad farlo, di mandarmi dei vasi di fiori per il mio terrazzo. Fu necessario andare a ringraziarla. E questo fu sufficiente. Così, finimmo per legarci.
Questa relazione iniziò in modo turbolento, come tutte quelle che intrattenevo contro la mia volontà. Non vi fu mai un vero momento di tranquillità. Il modo di pensare della signora de Verdelin era troppo incompatibile con il mio. Le sue battute spiritose e le sue epigramme venivano espresse con tale naturalezza che richiedevano una costante attenzione da parte mia, cosa molto faticosa. Una semplice sciocchezza da parte sua bastava per capire quanto fosse difficile stare al suo fianco. Suo fratello aveva appena ricevuto il comando di una fregata impegnata in battaglie contro gli inglesi. Parlavamo del modo in cui quella nave potesse essere armata senza comprometterne la leggerezza. “Sì”, disse lei con tono monotono, “si prendono cannoni soltanto quanti sono necessari per combattere”. Raramente l’ho sentita parlare bene di qualcuno dei suoi amici assenti, senza aggiungere qualche commento negativo su di loro. Quello che non considerava negativo, lo trovava ridicolo, e il suo amico Margency non faceva eccezione. Un altro aspetto insopportabile di lei era la continua inviata di piccoli regali, biglietti e messaggi, a cui dovevo rispondere con grande impegno, creando sempre nuovi problemi per ringraziare o rifiutare. Tuttavia, col tempo, abituandomi a vederla, finii per affezionarmi a lei. Anche lei aveva i suoi dolori, proprio come me. Le confidenze reciproche resero più piacevoli i nostri incontri. Niente lega i cuori quanto la possibilità di piangere insieme. Ci cercavamo a vicenda per consolarci, e questo bisogno spesso mi fece ignorare molte cose. Avevo mostrato verso di lei una franchezza così dura che, dopo aver talvolta dimostrato così poco rispetto per il suo carattere, era davvero necessario avere molto affetto per credere che potesse perdonarmi sinceramente. Ecco un esempio delle lettere che le ho scritto a volte; è interessante notare che in nessuna delle sue risposte ha mai mostrato alcun segno di offesa.
A Montmorency, il 5 novembre 1760.
“Mi dite, signora, che non vi siete spiegata chiaramente, per farmi capire che io mi spiego male. Parlate della vostra presunta stupidità per farmi rendere conto della mia. Vi vantate di essere soltanto una brava donna, come se aveste paura di essere messe alla prova con le vostre parole, e mi scusate per dirmi che sono io ad avervi dei debiti. Sì, signora, lo so bene: sono io la bestia, il buon uomo, anzi, qualcosa di ancora peggiore se possibile; sono io a scegliere male le mie parole, secondo i canoni di una bella signora francese, che dà tanta importanza alle parole e parla altrettanto bene di voi. Ma considerate che io le interpreto nel senso comune della lingua, senza conoscere o curarmi delle accezioni oneste che vi si attribuiscono nelle virtuose società di Parigi. Se a volte le mie espressioni sono ambigue, cerco almeno che il mio comportamento ne chiarisca il significato, ” ecc.
Il resto della lettera è più o meno dello stesso tenore. Si veda la risposta in Liasse D. n° 41 e si giudichi l’incredibile moderazione di un cuore di donna: essa non sembra provare alcun risentimento per una lettera del genere, tanto quanto quella risposta ne lascia trasparire; inoltre, non mi ne ha mai fatto parola. Coindet, audace fino all’impertinenza e sempre attento a tutte le mie conoscenze, non tardò ad introdursi in casa di Madame de Verdelin in mio nome e, a mia insaputa, vi divenne molto più familiare di me stesso. Era davvero un individuo singolare: si presentava da parte mia presso tutte le persone che conoscevo, si stabiliva lì senza alcuna formalità e mangiava liberamente. Appassionato nel servirmi, parlava sempre di me con gli occhi pieni di lacrime; tuttavia, quando veniva a trovarmi, teneva il più profondo silenzio su tutte queste cose e su tutto ciò che sapeva potesse interessarmi. Invece di dirmi ciò che aveva appreso, detto o visto e che avrebbe potuto essermi utile, si limitava ad ascoltarmi e a pormi domande. Non sapeva nulla di Parigi se non ciò che gliene raccontavo io; insomma, sebbene tutti parlassero di lui, lui non parlava mai di nessuno. Era segreto e misterioso soltanto con il suo amico. Ma lasciamo ora da parte Coindet e Madame de Verdelin: ne parleremo in seguito.
Poco dopo il mio ritorno a Mont-Louis, il pittore La Tour venne a trovarmi e mi portò il mio ritratto in pastello, che aveva esposto al Salon alcuni anni prima. Voleva darmelo, ma io non l’avevo accettato. Tuttavia, Madame d’Épinay, che mi aveva dato il suo ritratto e desiderava possedere anche il mio, mi aveva esortato a restituirglielo. Lui aveva impiegato del tempo per rifinarlo. Nel frattempo, ebbe luogo la mia rottura con Madame d’Épinay; le restituii il suo ritratto e, poiché non c’era più motivo di darle il mio, lo misi nella mia stanza al piccolo castello. Monsieur de Luxembourg lo vide e lo trovò molto bello; glielo offrii e lui lo accettò; poi glielo inviai. Lui e Madame la Maréchale capirono che avrei voluto molto possedere i loro ritratti. Li fecero realizzare in miniatura, di ottima qualità, li incorniciarono in una scatola di cristallo montata in oro e me li regalarono in modo molto galante, il che mi rese molto felice. Madame de Luxembourg, però, si rifiutò sempre categoricamente di far posizionare il suo ritratto in cima alla scatola. Mi aveva rimproverato più volte di preferire Monsieur de Luxembourg a lei, e io non mi ero mai difeso, perché era la verità. Con quel modo di sistemare il suo ritratto, lei mi fece capire molto chiaramente che non aveva dimenticato quella preferenza.
Più o meno nello stesso periodo, commisi una sciocchezza che non contribuì affatto a mantenere le sue buone grazie nei miei confronti. Anche se non conoscevo affatto il signor de Silhouette e non ero particolarmente propenso ad amarlo, nutrivo grande stima della sua capacità di gestire gli affari pubblici. Quando iniziò a intervenire con maggiore rigore nei confronti dei banchieri, mi resi conto che non aveva scelto il momento più opportuno per intraprendere tali misure; nonostante ciò, non smisi di augurargli successo con tutto il mio impegno. Quando poi appresi che era stato destituito dal suo incarico, scrissi, nella mia spensierata imprudenza, la seguente lettera, che certamente non intendo giustificare in alcun modo.
A Montmorency, il 2 dicembre 1759.
« Daignez, Monsieur, recevoir l’hommage d’un solitaire qui n’est pas connu de vous, mais qui vous estime par vos talents, qui vous respecte par votre administration, et qui vous a fait l’honneur de croire qu’elle ne vous resterait pas longtemps. Ne pouvant sauver l’État qu’aux dépens de la Capitale qui l’a perdu, vous avez bravé les cris des gagneurs d’argent. En vous voyant écraser ces misérables, je vous enviais votre place ; en vous la voyant quitter sans vous être démenti, je vous admire. Soyez content de vous, monsieur, elle vous laisse un honneur dont vous jouirez longtemps sans concurrent. Les malédictions des fripons sont la gloire de l’homme juste.[248]»
(1760) — Mme de Luxembourg qui savait que j’avais écrit cette lettre, m’en parla au voyage de Pâques ; je la lui montrai ; elle en souhaita une copie, je la lui donnai ; mais j’ignorais, en la lui donnant, qu’elle était un de ces gagneurs d’argent qui s’intéressaient aux sous-fermes et qui avaient fait déplacer Silhouette. On eût dit, à toutes mes balourdises, que j’allais excitant à plaisir la haine d’une femme aimable et puissante, à laquelle, dans le vrai, je m’attachais davantage de jour en jour, et dont j’étais bien éloigné de vouloir m’attirer la disgrâce, quoique je fisse, à force de gaucheries, tout ce qu’il fallait pour cela. Je crois qu’il est assez superflu d’avertir que c’est à elle que se rapporte l’histoire de l’opiate de M. Tronchin, dont j’ai parlé dans ma première partie : l’autre dame était Mme de Mirepoix. Elles ne m’en ont jamais reparlé, ni fait le moindre semblant de s’en souvenir, ni l’une ni l’autre ; mais de présumer que Mme de Luxembourg ait pu l’oublier réellement, c’est ce qui me paraît bien difficile, quand même on ne saurait rien des événements subséquents. Pour moi, je m’étourdissais sur l’effet de mes bêtises, par le témoignage que je me rendais de n’en avoir fait aucune à dessein de l’offenser : comme si jamais femme en pouvait pardonner de pareilles, même avec la plus parfaite certitude que la volonté n’y a pas eu la moindre part.
Cependant, quoiqu’elle parût ne rien voir, ne rien sentir, et que je ne trouvasse encore ni diminution dans son empressement, ni changement dans ses manières, la continuation, l’augmentation même d’un pressentiment trop bien fondé, me faisait trembler sans cesse que l’ennui ne succédât bientôt à cet engouement. Pouvais-je attendre d’une si grande dame une constance à l’épreuve de mon peu d’adresse à la soutenir ? Je ne savais pas même lui cacher ce pressentiment sourd qui m’inquiétait, et ne me rendait que plus maussade. On en jugera par la lettre suivante, qui contient une bien singulière prédiction.
N. B. Cette lettre, sans date dans mon brouillon, est du mois d’octobre 1760, au plus tard.
« Que vos bontés sont cruelles ! Pourquoi troubler la paix d’un solitaire qui renonçait aux plaisirs de la vie pour n’en plus sentir les ennuis ? J’ai passé mes jours à chercher en vain des attachements solides. Je n’en ai pu former dans les conditions auxquelles je pouvais atteindre ; est-ce dans la vôtre que j’en dois chercher ? L’ambition ni l’intérêt ne me tentent pas ; je suis peu vain, peu craintif ; je puis résister à tout, hors aux caresses. Pourquoi m’attaquez-vous tous deux par un faible qu’il faut vaincre, puisque, dans la distance qui nous sépare, les épanchements des cœurs sensibles ne doivent pas rapprocher le mien de vous ? La reconnaissance suffira-t-elle pour un cœur qui ne connaît pas deux manières de se donner, et ne se sent capable que d’amitié ? D’amitié, Mme la Maréchale ! Ah ! voilà mon malheur ! Il est beau à vous, à M. le Maréchal, d’employer ce terme : mais je suis insensé de vous prendre au mot. Vous vous jouez, moi je m’attache, et la fin du jeu me prépare de nouveaux regrets. Que je hais tous vos titres, et que je vous plains de les porter ! Vous me semblez si dignes de goûter les charmes de la vie privée ! Que n’habitez-vous Clarens ! J’irais y chercher le bonheur de ma vie : mais le château de Montmorency, mais l’Hôtel de Luxembourg ! Est-ce là qu’on doit voir Jean-Jacques ? Est-ce là qu’un ami de l’égalité doit porter les affections d’un cœur sensible qui, payant ainsi l’estime qu’on lui témoigne, croit rendre autant qu’il reçoit ? Vous êtes bonne et sensible aussi, je le sais, je l’ai vu ; j’ai regret de n’avoir pu plus tôt le croire ; mais dans le rang où vous êtes, dans votre manière de vivre, rien ne peut faire une impression durable, et tant d’objets nouveaux s’effacent mutuellement qu’aucun ne demeure. Vous m’oublierez, Madame, après m’avoir mis hors d’état de vous imiter. Vous aurez beaucoup fait pour me rendre malheureux, et pour être inexcusable. »
Je lui joignais là M. de Luxembourg, afin de rendre le compliment moins dur pour elle ; car, au reste, je me sentais si sûr de lui, qu’il ne m’était pas même venu dans l’esprit une seule crainte sur la durée de son amitié. Rien de ce qui m’intimidait de la part de Mme la Maréchale ne s’est un moment étendu jusqu’à lui. Je n’ai jamais eu la moindre défiance sur son caractère, que je savais être faible, mais sûr. Je ne craignais pas plus de sa part un refroidissement que je n’en attendais un attachement héroïque. La simplicité, la familiarité de nos manières l’un avec l’autre, marquait combien nous comptions réciproquement sur nous. Nous avions raison tous deux : j’honorerai, je chérirai, tant que je vivrai, la mémoire de ce digne seigneur, et, quoi qu’on ait pu faire pour le détacher de moi, je suis aussi certain qu’il est mort mon ami, que si j’avais reçu son dernier soupir.
Au second voyage de Montmorency de l’année 1760, la lecture de la Julie étant finie, j’eus recours à celle de l’Émile, pour me soutenir auprès de Mme de Luxembourg ; mais cela ne réussit pas si bien, soit que la matière fût moins de son goût, soit que tant de lecture l’ennuyât à la fin. Cependant, comme elle me reprochait de me laisser duper par mes libraires, elle voulut que je lui laissasse le soin de faire imprimer cet ouvrage, afin d’en tirer un meilleur parti. J’y consentis, sous l’expresse condition qu’il ne s’imprimerait point en France, et c’est sur quoi nous eûmes une longue dispute, moi, prétendant que la permission tacite était impossible à obtenir, imprudente même à demander, et ne voulant point permettre autrement l’impression dans le royaume ; elle, soutenant que cela ne ferait pas même une difficulté à la censure, dans le système que le gouvernement avait adopté. Elle trouva le moyen de faire entrer dans ses vues M. de Malesherbes, qui m’écrivit à ce sujet une longue lettre, toute de sa main, pour me prouver que la profession de foi du Vicaire savoyard était précisément une pièce faite pour avoir partout l’approbation du genre humain, et celle de la Cour dans la circonstance. Je fus surpris de voir ce magistrat, toujours si craintif, devenir si coulant dans cette affaire. Comme l’impression d’un livre qu’il approuvait était par cela seul légitime, je n’avais plus d’objection à faire contre celle de cet ouvrage. Cependant, par un scrupule extraordinaire, j’exigeai toujours que l’ouvrage s’imprimerait en Hollande, et même par le libraire Néaulme que je ne me contentai pas d’indiquer, mais que j’en prévins ; consentant, au reste, que l’édition se fît au profit d’un libraire français, et que, quand elle serait faite, on la débitât, soit à Paris, soit où l’on voudrait, attendu que ce débit ne me regardait pas. Voilà exactement ce qui fut convenu entre Mme de Luxembourg et moi, après quoi je lui remis mon manuscrit.
“Please accept, sir, the homage of a solitary individual who is unknown to you, but who respects you for your talents, admires you for your administration, and has believed that your position would not last long. Since you could only save the state at the expense of the Capital that had caused its downfall, you braved the outcry of those who sought to profit. When I saw you crush these wretched people, I envied your place; but when I saw you leave it without compromising your principles, I admired you even more. Be content with yourself, sir—for you have been left an honor that you will enjoy for a long time, without any rivals. The curses of scoundrels are the glory of a righteous man.”[248]
(1760) — Madame de Luxembourg, who knew that I had written this letter, mentioned it to me during our journey after Easter; I showed it to her, and she asked for a copy, which I gave her. However, at the time I did so, I had no idea that she was one of those people interested in investments in small farms who had also played a role in Silhouette’s downfall. Given all my foolish actions, one might have thought that I was deliberately provoking the hatred of a kind and powerful woman whom, in truth, I liked more and more every day. Moreover, I was far from wishing to incur her displeasure, even though my clumsy behavior seemed to be doing just that. I believe it is hardly necessary to point out that the story involving M. Tronchin’s opium relates precisely to her; the other woman mentioned was Madame de Mirepoix. Neither of them ever brought this up again, nor did they show any sign of remembering it. But it seems highly unlikely that Madame de Luxembourg could have truly forgotten such an incident, especially since we know nothing about what happened afterward. As for me, I was deluding myself into thinking that my foolishness had no ill effects, since I convinced myself that I had not done any of it with the intention of offending her—as if any woman could ever forgive such things, even when she was absolutely certain that there was no malice behind them.
However, although it seemed as if she saw nothing, felt nothing, and I observed neither any decrease in her enthusiasm nor any change in her behavior, the persistence—even the intensification—of this well-founded premonition made me constantly fear that boredom would soon follow such fervor. How could I expect such a noble lady to remain steadfast in the face of my lack of skill at sustaining her interest? I didn’t even dare hide from her this lingering concern that only served to make me more gloomy. One can judge for themselves from the following letter, which contains a most peculiar prediction.
N.B. This letter, lacking a date in my draft, dates from no later than October 1760.
“How cruel your kindnesses are! Why disturb the peace of a solitary person who has renounced the pleasures of life in order to escape its troubles? I have spent my days in vain seeking solid attachments. I was unable to form any under the circumstances in which I lived; so should I seek them in yours? Neither ambition nor interest tempt me. I am neither vain nor fearful; I can endure everything but caresses. Why do you both attack me through something so fragile that it must be overcome? Since, at the distance that separates us, the expressions of tender feelings cannot bring my heart any closer to yours, will gratitude alone be enough for a heart that knows no other way to give itself but through friendship? Friendship, Madame la Maréchale! Ah, therein lies my misfortune! It is beautiful for you and for Monsieur le Maréchal to use such words; but I am foolish to take them at face value. You are playing a game, while I am becoming attached—only for the end of the game to bring me new regrets. How I hate all your titles, and how I pity you for bearing them! You seem so worthy of enjoying the pleasures of private life! Why don’t you live in Clarens? There, I would seek the happiness of my life. But the château of Montmorency, the Hôtel de Luxembourg! Is that where one should meet Jean-Jacques? Is that where a friend of equality should bear the affections of a sensitive heart that, by responding in this way to the respect others show it, believes it is giving as much as it receives? I know you are kind and sensitive too; I have seen it. I regret not having believed it sooner. But in your position, with your way of living, nothing can leave a lasting impression. So many new things come and go that none of them remains. Madame, you will forget me once I am no longer able to imitate you. You have done enough to make me unhappy—and thus become truly inexcusable.”
I included Mr. de Luxembourg in the group, in order to make the compliment less harsh for her; indeed, I was so confident in him that not a single moment did I worry about the durability of their friendship. Nothing of what frightened me regarding Madame la Maréchale ever extended to him. I never had the slightest doubt about his character—I knew it was weak, but steadfast. I feared no cooling of his feelings on my part, just as I did not expect any heroic devotion from him. The simplicity and familiarity in our interactions showed how much we relied on each other. We were both right: as long as I live, I will honor and cherish the memory of this worthy gentleman. And no matter what was done to separate us, I am as certain that he died my friend as if I had witnessed his last breath myself.
During Montmorency’s second voyage in the year 1760, after finishing reading Julie, I resorted to reading Émile in order to provide company for Madame de Luxembourg; however, this did not prove as successful. Either the content was not to her taste, or perhaps too much reading began to bore her. Nevertheless, since she reproached me for allowing my booksellers to deceive me, she insisted that I let her handle the printing of this work herself, in order to ensure it could be utilized more effectively. I agreed, on the explicit condition that it not be printed in France—a point over which we had a lengthy argument. I argued that such tacit permission was impossible to obtain and even imprudent to request, and refused to allow its publication within the kingdom; she, however, claimed that given the government’s current system, this would pose no difficulty for the censors. She managed to get M. de Malesherbes on her side in this matter, and he wrote me a lengthy letter, personally penned by him, to prove that the beliefs expressed in the Vicaire savoyard were precisely the kind of content that would gain universal approval wherever it were published, especially in such circumstances as these. I was surprised to see this usually cautious magistrate become so flexible on this issue. Since the publication of a book he approved of was thus legitimate, I had no further objections to its printing. Nevertheless, out of extreme scrupulousness, I insisted that it be printed in the Netherlands—and even specified the publisher, Néaulme, to whom I gave explicit instructions. I agreed, however, that the profits from the edition should go to a French bookseller, and that once it was published, it could be sold anywhere, since I had nothing to do with its distribution. This was precisely what was agreed upon between Madame de Luxembourg and me after which I handed over my manuscript to her.
“Permettetemi, signore, di rendervi omaggio da parte di uno solitario che non vi conosce, ma che vi stima per i vostri talenti, che vi rispetta per la vostra amministrazione e che ha avuto l’onore di credere che tale posizione non vi sarebbe rimasta a lungo. Non potendo salvare lo Stato se non a scapito della Capitale che lo aveva perso, avete affrontato con coraggio le proteste di coloro che cercavano solo il proprio guadagno. Vedendovi sopraffare quei miseri, vi invidiavo la vostra posizione; vedendovi abbandonarla senza mai pentirvene, vi ammiro. Siate soddisfatto di voi stesso, signore: vi lascia un onore dal quale potrete godere a lungo, senza concorrenti. Le maledizioni dei furfanti sono la gloria dell’uomo giusto.”[248]
(1760) — La signora di Lussemburgo, che sapeva che avevo scritto questa lettera, ne parlò con me durante il viaggio di Pasqua; gliela mostrai e lei ne chiese una copia, che le diedi. Tuttavia, ignoro completamente se, dandogliela, sapessi che si trattava di una di quelle persone interessate alle affari agricoli che avevano fatto trasferire Silhouette. A giudicare dalle mie azioni sciocche, si sarebbe potuto pensare che stessi deliberatamente suscitando l’odio di una donna gentile e potente. In realtà, però, mi legavo a lei sempre di più giorno dopo giorno, e non avevo affatto intenzione di attirarmi la sua sventura, nonostante facessi, con tutte le mie goffaggini, esattamente ciò che avrebbe potuto portarci a questo. Credo sia del tutto superfluo precisare che è proprio a lei che si riferisce la storia dell’oppio di Monsieur Tronchin di cui ho parlato nella prima parte di queste memorie: l’altra donna in questione era la signora di Mirepoix. Nessuna delle due mi ne ha mai più parlato, né ha mostrato il minimo segno di ricordarsene. Ma è davvero difficile credere che la signora di Lussemburgo possa averla dimenticata veramente, soprattutto considerando che non si conoscono gli eventi successivi. Per quanto mi riguarda, ero completamente all’oscuro degli effetti delle mie stupidaggini. Pensavo infatti di non averne commesse nessuna intenzionalmente per offenderla. Come se una donna potesse mai perdonare simili comportamenti, anche avendo la massima certezza che nella mia volontà non ci fosse alcun malizia.
Tuttavia, anche se sembrava non vedere nulla, non sentire nulla, e anche se non notavo alcun calo nella sua sollecitudine né alcun cambiamento nel suo comportamento, la continuazione, anzi l’aumento stesso di un presentimento così ben fondato, mi faceva tremare costantemente all’idea che presto quell’eccessivo entusiasmo potesse lasciare il posto alla noia. Come potevo aspettarmi da una signora del suo rango una tale costanza di fronte alle mie scarse capacità nel mantenerla? Non riuscivo nemmeno a nasconderle quel presentimento cupo che mi angosciava e che non faceva altro che rendermi ancora più malinconico. Si potrà giudicare da questa lettera successiva, che contiene una previsione davvero singolare.
Nota: Questa lettera, priva di data nel mio manoscritto, risale al mese di ottobre del 1760, al massimo.
“Che crudeli sono le vostre gentilezze! Perché disturbare la pace di un solitario che ha rinunciato ai piaceri della vita per non sentire più i suoi dispiaceri? Ho trascorso i miei giorni cercando invano legami solidi. Non ne ho potuto formare nessuno nelle condizioni in cui mi trovavo; dovrei forse cercarli nelle vostre? L’ambizione né l’interesse non mi tentano. Sono poco vanitoso, poco timido. Posso resistere a tutto, tranne che alle carezze. Perché vi attaccate entrambi a qualcosa di così fragile e debole da dover essere vinto? Dato il distacco che ci separa, gli slanci dei cuori sensibili non dovrebbero certo avvicinare il mio al vostro. La riconoscenza sarà sufficiente per un cuore che non conosce altre forme di donarsi, e che si sente capace soltanto di amicizia. Amicizia, signora la Marchesa! Ah. Questo è il mio dolore. È bello da parte vostra, da parte del marchese, usare questo termine. Ma io sono sciocco ad prendervelo alla lettera. Voi scherzate, io mi attacco. E la fine di questo “gioco” mi prepara a nuovi rimpianti. Odio tutti i vostri titoli. E vi compiango per doverli portare! Sembrate così degni di godere dei piaceri della vita privata. Perché non abitate a Clarens? Ci andrei a cercare la felicità della mia vita. Ma il castello di Montmorency. L’Hôtel de Luxembourg. È lì che si dovrebbe trovare Jean-Jacques. È lì che un amico dell’uguaglianza dovrebbe provare gli affetti di un cuore sensibile che, pagando così l’estima che gli viene dimostrata, crede di dare tanto quanto riceve. Anche voi siete buona e sensibile. Lo so. L’ho visto. Mi dispiace di non averlo creduto prima. Ma nel rango in cui vi trovate, nel modo in cui vivete. Niente può lasciare un’impressione duratura. E tanti oggetti nuovi si cancellano a vicenda. Così che nessuno rimane. Vi dimenticherete, signora. Dopo avermi reso incapace di imitarvi. Avrete fatto molto per rendermi infelice. E per essere inescusabili, ”
Glielo presentavo insieme al signor di Lussemburgo, affinché il complimento risultasse meno duro per lei; inoltre, mi sentivo così sicuro di lui che non mi era nemmeno passato per la mente alcun timore riguardo alla durata della sua amicizia. Nulla di ciò che mi spaventava riguardo alla marchesa si era mai esteso a lui. Non ho mai avuto il minimo dubbio sul suo carattere: sapevo che era debole, ma affidabile. Non temevo alcun distacco da parte sua, né mi aspettavo un legame particolarmente profondo. La semplicità e la familiarità delle nostre relazioni dimostravano quanto ci fidassimo a vicenda. Avevamo entrambi ragione: onorerò e amerò per tutta la vita il ricordo di questo nobile signore, e, nonostante tutto ciò che sia stato fatto per allontanarlo da me, sono altrettanto certo che il mio amico è morto, come se avessi ricevuto il suo ultimo respiro.
Nel secondo viaggio di Montmorency del 1760, una volta terminata la lettura di “Julie”, ricorsi alla lettura di “Émile” per sostenermi durante la compagnia di Madame de Luxembourg; tuttavia questo non ebbe molto successo, forse perché l’argomento non le piaceva o forse perché leggere così tanto la stancava. Ciononostante, poiché mi rimproverava di lasciarmi ingannare dai miei librai, volle che fossi io a occuparmi dell’impressione di quest’opera affinché potesse trarne il massimo beneficio. Accettai, ma con la condizione esplicita che non venisse stampata in Francia; su questo punto ebbe luogo una lunga discussione: io sostenevo che fosse impossibile ottenere un permesso tacito, e che chiederlo fosse addirittura imprudente, rifiutandomi quindi di permettere la stampa nel regno; lei, invece, affermava che questo non avrebbe rappresentato alcuna difficoltà per la censura, data la politica adottata dal governo. Riuscì a coinvolgere anche Monsieur de Malesherbes in questa discussione; egli mi scrisse una lunga lettera, tutta di sua mano, per dimostrarmi che il testo del Vescovo savoiardo era esattamente ciò che avrebbe potuto ottenere l’approvazione di tutti, soprattutto in quella circostanza. Fui sorpreso nel vedere questo magistrato, solitamente così cauto, diventare così accomodante su questa questione. Poiché la stampa di un libro che lui stesso approvava era considerata legittima, non ebbi più obiezioni all’idea di far stampare anche quest’opera. Tuttavia, per scrupolo, insistetti affinché venisse pubblicata in Olanda, e precisamente presso il libraio Néaulme; acconsentii inoltre che l’edizione fosse a beneficio di un libraio francese e che, una volta stampata, potesse essere venduta sia a Parigi che ovunque si desiderasse, poiché questa vendita non mi riguardava direttamente. Questo fu esattamente ciò su cui concordammo io e Madame de Luxembourg, dopo di che le consegnai il mio manoscritto.
Elle avait amené à ce voyage sa petite-fille, Mlle de Boufflers, aujourd’hui Mme la duchesse de Lauzun. Elle s’appelait Amélie. C’était une charmante personne. Elle avait vraiment une figure, une douceur, une timidité virginale. Rien de plus aimable et de plus intéressant que sa figure, rien de plus tendre et de plus chaste que les sentiments qu’elle inspirait. D’ailleurs c’était une enfant ; elle n’avait pas onze ans. Mme la Maréchale, qui la trouvait trop timide, faisait ses efforts pour l’animer. Elle me permit plusieurs fois de lui donner un baiser ; ce que je fis avec ma maussaderie ordinaire. Au lieu des gentillesses qu’un autre eût dites à ma place, je restais là muet, interdit, et je ne sais lequel était le plus honteux, de la pauvre petite ou de moi. Un jour je la rencontrai seule dans l’escalier du petit château : elle venait de voir Thérèse, avec laquelle sa gouvernante était encore. Faute de savoir que lui dire, je lui proposai un baiser, que, dans l’innocence de son cœur, elle ne refusa pas, en ayant reçu un le matin même par l’ordre de sa grand’maman et en sa présence. Le lendemain, lisant l’Émile au chevet de Mme la Maréchale, je tombai précisément sur un passage où je censure, avec raison, ce que j’avais fait la veille. Elle trouva la réflexion très juste, et dit là-dessus quelque chose de fort sensé, qui me fit rougir. Que je maudis mon incroyable bêtise, qui m’a si souvent donné l’air vil et coupable, quand je n’étais que sot et embarrassé ! Bêtise qu’on prend même pour une fausse excuse dans un homme qu’on sait n’être pas sans esprit. Je puis jurer que dans ce baiser si répréhensible, ainsi que dans les autres, le cœur et les sens de Mlle Amélie n’étaient pas plus purs que les miens, et je puis jurer même que si, dans ce moment, j’avais pu éviter sa rencontre, je l’aurais fait ; non qu’elle ne me fît grand plaisir à voir, mais par l’embarras de trouver en passant quelque mot agréable à lui dire. Comment se peut-il qu’un enfant même intimide un homme que le pouvoir des rois n’a pas effrayé ? Quel parti prendre ? Comment se conduire, dénué de tout impromptu dans l’esprit ? Si je me force à parler aux gens que je rencontre, je dis une balourdise infailliblement : si je ne dis rien, je suis un misanthrope, un animal farouche, un ours. Une totale imbécillité m’eût été bien plus favorable : mais les talents dont j’ai manqué dans le monde ont fait les instruments de ma perte des talents que j’eus à part moi.
À la fin de ce même voyage, Mme de Luxembourg fit une bonne œuvre à laquelle j’eus quelque part. Diderot ayant très imprudemment offensé Mme la princesse de Robecq, fille de M. de Luxembourg, Palissot, qu’elle protégeait, la vengea par la comédie des Philosophes, dans laquelle je fus tourné en ridicule et Diderot extrêmement maltraité. L’auteur m’y ménagea davantage, moins, je pense, à cause de l’obligation qu’il m’avait, que de peur de déplaire au père de sa protectrice dont il savait que j’étais aimé. Le libraire Duchesne, qu’alors je ne connaissais point, m’envoya cette pièce quand elle fut imprimée, et je soupçonne que ce fut par l’ordre de Palissot, qui crut peut-être que je verrais avec plaisir déchirer un homme avec lequel j’avais rompu. Il se trompa fort. En rompant avec Diderot, que je croyais[249] moins méchant qu’indiscret et faible, j’ai toujours conservé dans l’âme de l’attachement pour lui, même de l’estime, et du respect pour notre ancienne amitié, que je sais avoir été longtemps aussi sincère de sa part que de la mienne. C’est tout autre chose avec Grimm, homme faux par caractère, qui ne m’aima jamais, qui n’est pas même capable d’aimer, et qui, de gaîté de cœur, sans aucun sujet de plainte, et seulement pour contenter sa noire jalousie, s’est fait, sous le masque, mon plus cruel calomniateur. Celui-ci n’est plus rien pour moi : l’autre sera toujours mon ancien ami. Mes entrailles s’émurent à la vue de cette odieuse pièce ; je n’en pus supporter la lecture, et, sans l’achever, je la renvoyai à Duchesne avec la lettre suivante :
À Montmorency, le 21 mai 1760.
« En parcourant, Monsieur, la pièce que vous m’avez envoyée, j’ai frémi de m’y voir loué. Je n’accepte point cet horrible présent. Je suis persuadé qu’en me l’envoyant vous n’avez point voulu me faire une injure ; mais vous ignorez ou vous avez oublié que j’ai eu l’honneur d’être l’ami d’un homme respectable, indignement noirci et calomnié dans ce libelle. »
Duchesne montra cette lettre. Diderot, qu’elle aurait dû toucher, s’en dépita. Son amour-propre ne put me pardonner la supériorité d’un procédé généreux, et je sus que sa femme se déchaînait partout contre moi, avec une aigreur qui m’affectait peu, sachant qu’elle était connue de tout le monde pour une harengère.
Diderot, à son tour, trouva un vengeur dans l’abbé Morellet, qui fit contre Palissot un petit écrit imité du Petit Prophète, et intitulé La Vision. Il offensa très imprudemment dans cet écrit Mme de Robecq, dont les amis le firent mettre à la Bastille ; car pour elle, naturellement peu vindicative, et pour lors mourante, je suis persuadé qu’elle ne s’en mêla pas.
D’Alembert, qui était fort lié avec l’abbé Morellet, m’écrivit pour m’engager à prier Mme de Luxembourg de solliciter sa liberté, lui promettant, en reconnaissance, des louanges dans l’Encyclopédie[250]. Voici ma réponse :
« Je n’ai pas attendu votre lettre, Monsieur, pour témoigner à Mme la Maréchale de Luxembourg la peine que me faisait la détention de l’abbé Morellet. Elle sait l’intérêt que j’y prends, elle saura celui que vous y prenez, et il lui suffirait, pour y prendre intérêt elle-même, de savoir que c’est un homme de mérite. Au surplus, quoique elle et M. le Maréchal m’honorent d’une bienveillance qui fait la consolation de ma vie, et que le nom de votre ami soit près d’eux une recommandation pour l’abbé Morellet, j’ignore jusqu’à quel point il leur convient d’employer en cette occasion le crédit attaché à leur rang et la considération due à leurs personnes. Je ne suis pas même persuadé que la vengeance en question regarde Mme la Princesse de Robecq autant que vous paraissez le croire, et quand cela serait, on ne doit pas s’attendre que le plaisir de la vengeance appartienne aux philosophes exclusivement, et que quand ils voudront être femmes, les femmes seront philosophes.
Je vous rendrai compte de ce que m’aura dit Mme de Luxembourg quand je lui aurai montré votre lettre. En attendant, je crois la connaître assez pour pouvoir vous assurer d’avance que, quand elle aurait le plaisir de contribuer à l’élargissement de l’abbé Morellet, elle n’accepterait point le tribut de reconnaissance que vous lui promettez dans l’Encyclopédie, quoiqu’elle s’en tînt honorée, parce qu’elle ne fait point le bien pour la louange, mais pour contenter son bon cœur. »
Je n’épargnai rien pour exciter le zèle et la commisération de Mme de Luxembourg en faveur du pauvre captif, et je réussis. Elle fit un voyage à Versailles exprès pour voir M. le comte de Saint-Florentin, et ce voyage abrégea celui de Montmorency, que M. le Maréchal fut obligé de quitter en même temps, pour se rendre à Rouen, où le Roi l’envoyait comme gouverneur de Normandie, au sujet de quelques mouvements du Parlement qu’on voulait contenir. Voici la lettre que m’écrivit Mme de Luxembourg, le surlendemain de son départ :
À Versailles, ce mercredi. (Liasse D, n° 23.)
« M. de Luxembourg est parti hier à six heures du matin. Je ne sais pas encore si j’irai. J’attends de ses nouvelles, parce qu’il ne sait pas lui-même combien de temps il y sera. J’ai vu M. de Saint-Florentin, qui est le mieux disposé pour l’abbé Morellet ; mais il y trouve des obstacles dont il espère cependant triompher à son premier travail avec le Roi, qui sera la semaine prochaine. J’ai demandé aussi en grâce qu’on ne l’exilât point, parce qu’il en était question ; on voulait l’envoyer à Nancy. Voilà, Monsieur, ce que j’ai pu obtenir ; mais je vous promets que je ne laisserai pas M. de Saint-Florentin en repos que l’affaire ne soit finie comme vous le désirez. Que je vous dise donc à présent le chagrin que j’ai eu de vous quitter si tôt ; mais je me flatte que vous n’en doutez pas. Je vous aime de tout mon cœur et pour toute ma vie. »
Quelques jours après je reçus ce billet de d’Alembert, qui me donna une véritable joie :
Ce 1er août. (Liasse D, n° 26).
« Grâce à vos soins, mon cher Philosophe, l’abbé est sorti de la Bastille, et sa détention n’aura point d’autres suites. Il part pour la campagne, et vous fait, ainsi que moi, mille remerciements et compliments. Vale, et me ama.»
She brought her granddaughter on this trip—Mademoiselle de Boufflers, who is now Madame la Duchesse de Lauzun. Her name was Amélie; she was a charming person. She truly had a lovely face, a gentle demeanor, and a virginly timidity. There was nothing more endearing or interesting about her appearance than there was something tender and chaste about the feelings she inspired in others. In fact, she was still just a child; she wasn’t even eleven years old. Madame la Maréchale, who thought she was too shy, made every effort to liven her up. She allowed me to kiss her several times; I did so with my usual awkwardness. Instead of saying the kind things that someone else might have said in my place, I just stood there silent and embarrassed—I don’t know which of us was more ashamed, the poor little girl or I. One day, I encountered her alone in the staircase of the small castle; she had just seen Thérèse, with whom her governess was still present. Not knowing what else to say, I offered her a kiss, and in the innocence of her heart, she accepted it—after all, she had received one that morning on her grandmother’s orders, right in front of her. The next day, while reading Émile beside Madame la Maréchale’s bed, I came across a passage in which I rightly criticized what I had done the previous day. She found my reflection very apt and said something quite sensible about it, which made me blush. How I curse my incredible foolishness—how often it has made me appear vile and guilty when all I was was silly and embarrassed! Such foolishness is even sometimes regarded as a lame excuse in a man who is not completely lacking in wit. I can swear that in that utterly reprehensible kiss, just like in others, the heart and senses of Mademoiselle Amélie were no less pure than mine—and I can also swear that if I had been able to avoid meeting her at that moment, I would have done so. Not that I didn’t enjoy seeing her, but because it was embarrassing to think of something pleasant to say to her as we passed by each other. How is it possible for a child even to intimidate a man whom the power of kings has never frightened? What should one do in such a situation? How can one behave when completely lacking in spontaneity and wit? If I force myself to talk to people I meet, I inevitably say something foolish; if I say nothing at all, I appear to be a misanthrope, a wild animal, an ogre. Perhaps complete stupidity would have been far more advantageous for me—but the talents that I lacked in the world turned out to be the very tools that led to my downfall.
At the end of that very journey, Madame de Luxembourg performed a good deed in which I had some involvement. Diderot had very imprudently offended Madame la Princesse de Robecq, daughter of Monsieur de Luxembourg and someone whom she protected. She took her revenge through the comedy Les Philosophes, in which I was made a laughingstock and Diderot was severely slandered. The author treated me more kindly in that play—perhaps less out of obligation than out of fear of displeasing the father of his protector, knowing that I was well-liked by him. The bookseller Duchesne, whom I did not know at that time, sent me this play when it was published; I suspect it was on Palissot’s orders, who perhaps thought I would take pleasure in seeing a man I had broken ties with brought into disrepute. He was greatly mistaken. By breaking off relations with Diderot—whom I considered less wicked than indiscreet and weak—I never lost my affection for him, nor did I cease to respect our former friendship, which I know had always been as sincere on his part as on mine. It is quite another matter with Grimm, a man by nature deceitful who never truly loved me, who was not even capable of loving at all. Out of sheer malice, without any real cause for complaint, and merely to satisfy his own bitter jealousy, he acted as my most cruel calumniator under the guise of friendship. That man means nothing to me anymore; the other will always remain my old friend. The sight of that abhorrent play filled me with indignation; I could not bear to read it to the end and, without finishing it, returned it to Duchesne along with the following letter:
In Montmorency, on May 21, 1760.
“While reading, sir, the document you sent to me, I was horrified at the praise contained within it. I cannot accept such an horrible gift. I am convinced that in sending it to me, you did not intend to insult me; but you either do not know or have forgotten that I have had the honor of being a friend of a respectable man who has been unjustly slandered and defamed in this libel.”
Duchesne showed this letter. Diderot, who it should have touched deeply, was instead offended by it. His self-esteem could not forgive the superiority of such a generous approach, and I knew that his wife was spreading slander about me everywhere with such bitterness that it hardly affected me, since everyone was aware of her reputation as a malicious gossipster.
In turn, Diderot found a vengeance in Abbé Morellet, who wrote a short work imitating the style of “Le Petit Prophète” and entitled it “La Vision.” In this work, Morellet very imprudently offended Madame de Robecq; as a result, her friends had him imprisoned in the Bastille. However, for her—being naturally little vengeful and at that time already dying—I am convinced she did not take any part in this matter.
D’Alembert, who was closely connected with Abbé Morellet, wrote to me asking me to persuade Madame de Luxembourg to seek his release, promising in return to include praise for him in the Encyclopédie[250]. Here is my reply:
“Sir, I did not wait for your letter to express to Madame la Maréchale de Luxembourg how distressed I was by the imprisonment of Abbé Morellet. She knows how much interest I take in this matter; she will also understand the importance you attach to it. For her own part, it would be sufficient for her to know that he is a man of merit in order to care about his fate. Moreover, although both she and Monsieur le Maréchal have shown me such kindness that it constitutes the greatest comfort in my life, and the name of your friend serves as a recommendation for Abbé Morellet in their eyes, I am not sure to what extent it would be appropriate for them to use the influence associated with their rank and the respect due to their person in this matter. In fact, I am not even convinced that the vengeance at issue concerns Madame la Princesse de Robecq as much as you seem to believe. And even if it did, one should not assume that the pleasure of vengeance is exclusive to philosophers—or that when philosophers wish to become women, those women will necessarily become philosophers as well.”
I will inform you of what Madame de Luxembourg has said to me once I have shown her your letter. In the meantime, I believe I know her well enough to assure you in advance that, should she have the pleasure of contributing to the work of Abbé Morellet, she would not accept the token of gratitude you promise her in the Encyclopédie—though she would consider it an honor. For she does good not in order to be praised, but out of pure kindness of heart.
I spared no effort to arouse Madame de Luxembourg’s zeal and compassion in favor of the poor captive, and I succeeded. She made a special trip to Versailles to meet with Count de Saint-Florentin, which shortened the journey that Montmorency had to make as well—since the Marshal was obliged to leave immediately to go to Rouen, where the King had sent him as governor of Normandy in order to curb some movements within the Parliament. Here is the letter Madame de Luxembourg wrote to me the day after her departure:
At Versailles, on this Wednesday. (File D, No. 23.)
“Mr. de Luxembourg left at six in the morning yesterday. I don’t know yet whether I will go; I am waiting for news from him, because he himself doesn’t know how long he will be away. I met Mr. de Saint-Florentin, who is very favorable toward Abbe Morellet; however, there are obstacles he hopes to overcome during his first meeting with the King next week. I also asked that he not be exiled, as such a possibility had been discussed; they wanted to send him to Nancy. This is what I was able to accomplish, but I promise you that I will not rest until this matter is resolved in the way you desire. Now, let me express how sorry I am to have left you so soon; but I hope you don’t doubt my feelings. I love you with all my heart and for all my life.”
A few days later, I received this letter from D’Alembert, which brought me great joy:
On this first day of August. (File D, No. 26).
“Thanks to your efforts, my dear Philosopher, the abbot has been released from the Bastille, and his detention will have no further consequences. He is heading to the countryside and sends you, as well as me, his greatest thanks and compliments. Farewell, and love me.”
Aveva portato con sé in questo viaggio sua nipote, la signorina de Boufflers, oggi duchessa di Lauzun. Si chiamava Amélie; era una persona incantevole. Aveva davvero un viso dolce, timido e virginale. Non c’era nulla di più affabile e interessante nel suo aspetto, nulla di più tenero e puro nei sentimenti che ispirava. Del resto, era ancora una bambina: non aveva nemmeno undici anni. La marchesa la trovava troppo timida e si sforzava di renderla più spensierata; mi permise più volte di darle un bacio. Lo feci con la solita mia goffaggine. Al posto delle gentilezze che un altro avrebbe detto al mio posto, rimasi lì in silenzio, imbarazzato. Non so quale dei due fosse più vergognoso: quella povera bambina o io stesso. Un giorno la incontrai da sola sulle scale del piccolo castello; era appena stata a trovare Thérèse, con cui la sua governante era ancora lì. Non sapendo cosa dirle, le proposi un bacio. Lei, nella innocenza del suo cuore, non lo rifiutò. Aveva già ricevuto un bacio quella mattina stesso, per ordine di sua nonna e in sua presenza. Il giorno dopo, leggendo “Émile” al capezzale della marchesa, mi imbattei proprio in un passaggio in cui criticavo, con ragione, ciò che avevo fatto il giorno prima. Lei trovò quel commento molto giusto e disse qualcosa di molto sensato. Mi fece arrossire. Maledico la mia incredibile stupidità. Quante volte mi ha fatto apparire vile e colpevole, quando in realtà ero solo sciocco ed imbarazzato! Una stupidità che, anzi, viene persino considerata una scusa plausibile per un uomo che non manca di spirito. Posso giurare che in quel bacio così riprovevole, come in tutti gli altri, il cuore e i sensi della signorina Amélie non erano meno puri dei miei. E posso anche giurare che, se in quel momento avessi potuto evitare di incontrarla, l’avrei fatto. Non perché non mi facesse piacere vederla, ma per l’imbarazzo di dover trovare qualcosa di gentile da dirle. Come può un bambino intimidire un uomo che nemmeno il potere dei re è riuscito a spaventare? Che cosa si deve fare? Come comportarsi, quando si è privi di qualsiasi capacità di improvvisazione. Se mi costringo a parlare con le persone che incontro, inevitabilmente dico qualcosa di stupido; se non dico nulla, sembro un misantropo, un animale selvaggio. Una totale stupidità sarebbe stata molto più vantaggiosa per me. Ma i talenti di cui sono stato privo nel mondo sono diventati gli strumenti della mia rovina.
Alla fine dello stesso viaggio, la signora di Lussemburgo compì un’opera di bene a cui presi parte anch’io. Diderot, avendo offeso in modo molto imprudente la principessa de Robecq, figlia del signor di Lussemburgo e protetta da Palissot, vendicò questa offesa attraverso la commedia “I Filosofi”, nella quale fui messo in ridicolo mentre Diderot veniva trattato con estrema durezza. L’autore si comportò con me in modo più gentile in quell’opera; credo che ciò fosse dovuto meno all’obbligo che aveva nei miei confronti che alla paura di offendere il padre della sua protettrice, di cui sapeva che ero amato. Il libraio Duchesne, che allora non conoscevo, mi inviò questa commedia non appena fu stampata; sospetto che ciò fosse per ordine di Palissot, il quale forse pensava che avrei trovato piacevole vedere umiliato un uomo con cui avevo rotto i rapporti. Si sbagliava di grosso: rompendo i rapporti con Diderot – che ritenevo meno malvagio che indiscreto e debole – ho sempre conservato nel mio cuore affetto, stima e rispetto per la nostra vecchia amicizia, della quale so che era stata altrettanto sincera da parte sua quanto da parte mia. La situazione è completamente diversa con Grimm: un uomo falso per natura, che non mi ha mai amato e che probabilmente non è nemmeno in grado di amare; per semplice capriccio, senza alcun motivo reale, e soltanto per soddisfare la sua gelosia malvagia, si è trasformato, sotto mentite spoglie, nel mio più crudele calunniatore. Quell’uomo ormai non significa nulla per me; l’altro, invece, rimarrà sempre il mio vecchio amico. Il solo pensiero di quella odiosa commedia mi fa rabbrividire; non ho potuto sopportarne la lettura e, senza finirla, l’ho restituita a Duchesne insieme alla seguente lettera:
A Montmorency, il 21 maggio 1760.
“Leggendo, signore, il testo che mi avete inviato, ho provato un brivido all’idea di essere lodato in esso. Non accetto questo orribile dono. Sono convinto che, inviandomelo, non abbiate voluto offendermi; ma ignorate o avete dimenticato che ho avuto l’onore di essere amico di un uomo rispettabile, ingiustamente diffamato e calunniato in quel libello.”
Duchesne mostrò questa lettera. Diderot, che avrebbe dovuto esserne commosso, ne fu offeso. Il suo orgoglio non gli permise di perdonare la superiorità di un metodo generoso; seppi inoltre che sua moglie si scagliava contro di me ovunque, con una rabbia che non mi colpiva affatto, poiché sapevo che era conosciuta da tutti come una donna meschina e velenosa.
A sua volta, Diderot trovò un vendicatore nell’abate Morellet, il quale scrisse contro Palissot un breve testo imitato dal “Petit Prophète” e intitolato “La Vision”. In quel testo, Morellet offese in modo molto imprudente Madame de Robecq; i suoi amici fecero quindi imprigionare Morellet alla Bastiglia. Poiché Madame de Robecq, naturalmente poco vendicativa e ormai prossima alla morte, sono convinto che non si sia affatto intromessa in questa faccenda.
D’Alembert, che era molto legato all’abate Morellet, mi scrisse chiedendomi di pregare Madame de Luxembourg di intercedere per la sua libertà, promettendomi in cambio l’inclusione di elogi a suo favore nell’Enciclopedia[250]. Ecco la mia risposta:
“Non ho atteso la vostra lettera, signore, per esprimere alla Marchesa di Lussemburgo quanto mi addolorasse la detenzione dell’abate Morellet. Lei conosce l’interesse che io viporto in questa questione; saprà anche quale sia il vostro interesse, e le basterà, per interessarsene a sua volta, conoscere che si tratta di un uomo meritevole. Inoltre, sebbene lei e il Marchese mi dimostrino una benevolenza che costituisce la consolazione della mia vita, e il nome del vostro amico rappresenti per loro una raccomandazione a favore dell’abate Morellet, non so fino a che punto sia opportuno, in questa circostanza, utilizzare il credito legato al loro rango e la considerazione dovuta alle loro persone. Non sono nemmeno convinto che la vendetta di cui si tratta riguardi tanto la Principessa de Robecq quanto sembrate crederlo voi; e anche se fosse così, non si può pensare che il piacere della vendetta appartenga esclusivamente ai filosofi. E che, quando questi vorranno comportarsi come donne, le donne diventino necessariamente filosofi.”
Vi farò conoscere ciò che mi dirà Madame de Luxembourg non appena le mostrerò la vostra lettera. Nel frattempo, credo di conoscerla abbastanza bene da potervi assicurare in anticipo che, se avesse l’onore di contribuire al lavoro dell’abate Morellet, non accetterebbe mai il riconoscimento che le promettete nell’Enciclopedia; anche se ne sarebbe onorata, infatti, lei compie buone azioni non per essere lodata, ma per soddisfare la bontà del suo cuore.
Non risparmiai nulla per suscitare l’entusiasmo e la compassione di Madame de Luxembourg a favore del povero prigioniero, e ci riuscii. Lei fece appositamente un viaggio a Versailles per incontrare il Conte di Saint-Florentin; questo viaggio abbreviò quello di Montmorency, che il Maresciallo fu costretto ad interrompere nello stesso momento per recarsi a Rouen, dove il Re lo aveva inviato come governatore della Normandia, a causa di alcuni movimenti del Parlamento che si volevano contenere. Ecco la lettera che Madame de Luxembourg mi scrisse il giorno dopo la sua partenza:
A Versailles, questo mercoledì. (Cartella D, numero 23.)
“Il signor di Lussemburgo è partito ieri alle sei del mattino. Non so ancora se andrò anch’io; aspetto sue notizie, perché nemmeno lui sa per quanto tempo rimarrà via. Ho incontrato il signor di Saint-Florentin, che è molto favorevole all’abate Morellet; tuttavia si trovano degli ostacoli, ma spera di superarli durante la sua prima riunione con il Re, che avverrà la prossima settimana. Ho anche chiesto che non venisse esiliato, poiché se ne parlava; volevano mandarlo a Nancy. Ecco, signore, tutto ciò che sono riuscito a ottenere; ma vi prometto che non lascerò il signor di Saint-Florentin in pace finché la questione non sarà risolta secondo i vostri desideri. Ora devo dirvi quanto mi sia dispiaciuto lasciarvi così presto. Ma spero che non ne dubitiate. Vi amo con tutto il mio cuore e per tutta la vita.”
Qualche giorno dopo ricevetti questa lettera di D’Alembert, che mi procurò una vera gioia:
Questo 1° agosto. (Cartella D, numero 26).
“Grazie alle vostre cure, mio caro Filosofo, l’abate è uscito dalla Bastiglia e la sua detenzione non avrà altre conseguenze. Parte per la campagna e vi ringrazia mille volte, così come me. Addio, e amatemi.”
L’abbé m’écrivit aussi, quelques jours après, une lettre de remerciement (Liasse D. n° 29), qui ne me parut pas respirer une certaine effusion de cœur, et dans laquelle il semblait exténuer en quelque sorte le service que je lui avais rendu ; et, à quelque temps de là, je trouvai que d’Alembert et lui m’avaient en quelque sorte je ne dirai pas supplanté, mais succédé auprès de Mme de Luxembourg, et que j’avais perdu près d’elle autant qu’ils avaient gagné. Cependant je suis bien éloigné de soupçonner l’abbé Morellet d’avoir contribué à ma disgrâce ; je l’estime trop pour cela. Quant à M. d’Alembert, je n’en dis rien ici : j’en reparlerai dans la suite.
J’eus dans le même temps une autre affaire, qui occasionna la dernière lettre que j’ai écrite à M. de Voltaire : lettre dont il a jeté les hauts cris, comme d’une insulte abominable, mais qu’il n’a jamais montrée à personne. Je suppléerai ici à ce qu’il n’a pas voulu faire.
L’abbé Trublet que je connaissais un peu, mais que j’avais très peu vu, m’écrivit, le 13 juin 1760 (Liasse D. n° 11), pour m’avertir que M. Formey, son ami et correspondant, avait imprimé dans son Journal ma lettre à M. de Voltaire sur le désastre de Lisbonne. L’abbé Trublet voulait savoir comment cette impression s’était pu faire, et dans son tour d’esprit finet et jésuitique, me demandait mon avis sur la réimpression de cette lettre, sans vouloir me dire le sien. Comme je hais souverainement les ruseurs de cette espèce, je lui fis les remerciements que je lui devais, mais j’y mis un ton dur qu’il sentit, et qui ne l’empêcha pas de me pateliner encore en deux ou trois lettres, jusqu’à ce qu’il sût tout ce qu’il avait voulu savoir.
Je compris bien, quoi qu’en pût dire Trublet, que Formey n’avait point trouvé cette lettre imprimée, et que la première impression en venait de lui. Je le connaissais pour un effronté pillard, qui, sans façon, se faisait un revenu des ouvrages des autres, quoiqu’il n’y eût pas mis encore l’impudence incroyable d’ôter d’un livre déjà publié le nom de l’auteur, d’y mettre le sien, et de le vendre à son profit[251]. Mais comment ce manuscrit lui était-il parvenu ? C’était là la question, qui n’était pas difficile à résoudre, mais dont j’eus la simplicité d’être embarrassé. Quoique Voltaire fût honoré par excès dans cette lettre, comme enfin, malgré ses procédés malhonnêtes, il eût été fondé à se plaindre, si je l’avais fait imprimer sans son aveu, je pris le parti de lui écrire à ce sujet. Voici cette seconde lettre, à laquelle il ne fit aucune réponse, et dont, pour mettre sa brutalité plus à l’aise, il fit semblant d’être irrité jusqu’à la fureur.
À Montmorency, le 17 juin 1760.
« Je ne pensais pas, Monsieur, me trouver jamais en correspondance avec vous. Mais apprenant que la lettre que je vous écrivis en 1756 a été imprimée à Berlin, je dois vous rendre compte de ma conduite à cet égard et je remplirai ce devoir avec vérité et simplicité.
« Cette lettre, vous ayant été réellement adressée, n’était point destinée à l’impression. Je la communiquai sous condition, à trois personnes à qui les droits de l’amitié ne me permettaient pas de rien refuser de semblable, et à qui les mêmes droits permettaient encore moins d’abuser de leur dépôt en violant leur promesse. Ces trois personnes sont Mme de Chenonceau, belle-fille de Mme Dupin, Mme la comtesse d’Houdetot, et un Allemand nommé M. Grimm. Mme de Chenonceau souhaitait que cette lettre fût imprimée, et me demanda mon consentement pour cela. Je lui dis qu’il dépendait du vôtre. Il vous fut demandé, vous le refusâtes, et il n’en fut plus question.
« Cependant M. l’abbé Trublet, avec qui je n’ai nulle espèce de liaison, vient de m’écrire, par une attention pleine d’honnêteté, qu’ayant reçu les feuilles d’un journal de M. Formey, il y avait lu cette même lettre, avec un avis dans lequel l’éditeur dit, sous la date du 23 octobre 1759, qu’il l’a trouvée, il y a quelques semaines, chez les libraires de Berlin, et que, comme c’est une de ces feuilles volantes qui disparaissent bientôt sans retour, il a cru lui devoir donner place dans son journal.
« Voilà, Monsieur, tout ce que j’en sais. Il est très sûr que jusqu’ici l’on n’avait pas même ouï parler à Paris de cette lettre. Il est très sûr que l’exemplaire, soit manuscrit, soit imprimé, tombé dans les mains de M. Formey n’a pu venir que de vous, ce qui n’est pas vraisemblable, ou d’une des trois personnes que je viens de nommer. Enfin il est très sûr que les deux dames sont incapables d’une pareille infidélité. Je n’en puis savoir davantage de ma retraite. Vous avez des correspondances au moyen desquelles il vous serait aisé, si la chose en valait la peine, de remonter à la source et de vérifier le fait.
« Dans la même lettre, M. l’abbé Trublet me marque qu’il tient la feuille en réserve, et ne la prêtera point sans mon consentement, qu’assurément je ne donnerai pas. Mais cet exemplaire peut n’être pas le seul à Paris. Je souhaite, Monsieur, que cette lettre n’y soit pas imprimée, et je ferai de mon mieux pour cela ; mais si je ne pouvais éviter qu’elle ne le fût, et qu’instruit à temps je pusse avoir la préférence, alors je n’hésiterais pas à la faire imprimer moi-même. Cela me paraît juste et naturel.
« Quant à votre réponse à la même lettre, elle n’a été communiquée à personne, et vous pouvez compter qu’elle ne sera point imprimée sans votre aveu[252], qu’assurément je n’aurai point l’indiscrétion de vous demander, sachant bien que ce qu’un homme écrit à un autre, il ne l’écrit pas au public. Mais si vous en vouliez faire une pour être publiée, et me l’adresser, je vous promets de la joindre fidèlement à ma lettre, et de n’y pas répliquer un seul mot.
Je ne vous aime point, Monsieur ; vous m’avez fait les maux qui pouvaient m’être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l’asile que vous y avez reçu ; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux : c’est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu’un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l’avez voulu ; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer si vous l’aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n’y reste que l’admiration qu’on ne peut refuser à votre beau génie, et l’amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n’est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû ni aux procédés que ce respect exige. Adieu, monsieur[253].»
Au milieu de toutes ces petites tracasseries littéraires, qui me confirmaient de plus en plus dans ma résolution, je reçus le plus grand honneur que les lettres m’aient attiré, et auquel j’ai été le plus sensible, dans la visite que M. le prince de Conti daigna me faire par deux fois, l’une au Petit Château, et l’autre à Mont-Louis. Il choisit même toutes les deux fois le temps que Mme de Luxembourg n’était pas à Montmorency, afin de rendre plus manifeste qu’il n’y venait que pour moi. Je n’ai jamais douté que je ne dusse les premières bontés de ce prince à Mme de Luxembourg et à Mme de Boufflers ; mais je ne doute pas non plus que je ne doive à ses propres sentiments et à moi-même celles dont il n’a cessé de m’honorer depuis lors.[254]
Comme mon appartement de Mont-Louis était très petit, et que la situation du Donjon était charmante, j’y conduisis le prince qui, pour comble de grâce, voulut que j’eusse l’honneur de faire sa partie aux échecs. Je savais qu’il gagnait le chevalier de Lorenzi, qui était plus fort que moi. Cependant, malgré les signes et les grimaces du chevalier et des assistants, que je ne fis pas semblant de voir, je gagnai les deux parties que nous jouâmes[255]. En finissant, je lui dis d’un ton respectueux, mais grave : Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse Sérénissime, pour ne la pas gagner toujours aux échecs[256]. Ce grand prince, plein d’esprit et de lumières, et si digne de n’être pas adulé, sentit en effet, du moins je le pense, qu’il n’y avait là que moi qui le traitasse en homme, et j’ai tout lieu de croire qu’il m’en a vraiment su bon gré.
A few days later, the abbe also wrote me a letter of thanks (Letter D. No. 29), which did not seem to emanate from any genuine sentiment; rather, it seemed to downplay the service I had rendered him. Some time later, I realized that both d’Alembert and he had, in some way, succeeded me in gaining the favor of Madame de Luxembourg—meaning that I had lost her regard just as much as they had gained it. However, I am far from suspecting that Abbe Morellet played any role in my downfall; I hold him in too high esteem for that. As for Monsieur d’Alembert, I say nothing about him here; I will address that matter later on.
At the same time, I had another matter to deal with, which led to the last letter I wrote to Mr. de Voltaire. He reacted with great indignation, treating it as an abominable insult, but he never showed it to anyone. Here, I will do what he refused to do.
Abbe Trublet, whom I knew somewhat but had hardly ever met, wrote to me on June 13, 1760 (Letter D, No. 11), informing me that his friend and correspondent, Mr. Formey, had published in his journal my letter to Mr. de Voltaire regarding the disaster of Lisbon. Abbe Trublet wanted to know how such publication had been possible and, with his keen and Jesuitical mind, asked me for my opinion on reprinting the letter, without himself expressing his own views. Since I detest such tricksters utterly, I expressed my gratitude to him in a rather stern tone—which he certainly perceived—but this did not prevent him from writing to me twice or three more times until he learned everything he wanted to know.
I understood quite well, whatever Trublet might say, that Formey had not found that printed letter; rather, it was Formey himself who had composed it. I knew him to be an audacious plunderer who unscrupulously made a living off the works of others—though he had not yet gone so far as to have the sheer audacity to remove the author’s name from a already published book, replace it with his own, and sell it for his own profit[251]. But how had this manuscript come into his hands? That was the question. It was not difficult to answer, but I found it rather embarrassing to do so. Although Voltaire was excessively flattered in that letter—and indeed, despite his dishonest methods, he would have had every right to complain if I had had it printed without his consent—I decided to write to him about this matter. Here is that second letter; he never replied to it. Moreover, to show off his brutality even further, he pretended to be furious at the very idea of it.
In Montmorency, on June 17, 1760.
“I never thought that I would ever have correspondence with you, Mr. [X]. But upon learning that the letter I wrote to you in 1756 was printed in Berlin, I feel it is my duty to inform you of my actions regarding that matter, and I will fulfill this duty with truth and sincerity.”
“Since this letter was actually addressed to you, it was not intended for publication. I shared it on the condition that it be communicated only to three people toward whom the rights of friendship prevented me from refusing anything of this kind, and who, moreover, were in a position where such friendship would never allow them to abuse their trust by violating their promise. These three people are Madame de Chenonceau, daughter-in-law of Madame Dupin, Countess d’Houdetot, and a German named Mr. Grimm. Madame de Chenonceau wished for this letter to be printed and asked me for my consent. I told her that it depended on yours. Your refusal meant that the matter was dropped entirely.”
“However, Mr. Abbé Trublet, with whom I have no kind of connection at all, has just written to me, out of pure honesty. He said that having received some pages from Mr. Formey’s newspaper, he came across this very letter within it. The editor also noted, dated October 23, 1759, that he had found it a few weeks earlier among the booksellers in Berlin, and since it was one of those ephemeral publications that soon disappear without a trace, he felt it his duty to include it in his newspaper.”
“Here is, Monsieur, all that I know. It is absolutely certain that until now, not even a mention of this letter has been heard in Paris. It is also certain that the copy, whether in manuscript or printed form, that fell into Mr. Formey’s hands could only have come from you—or, which is even less likely, from one of the three people I just mentioned. Lastly, it is absolutely certain that those two ladies are incapable of such infidelity. From my own position, I cannot learn anything more. You possess correspondence that would allow you, if it were worth it, to trace the source and verify the facts.”
“In the same letter, Mr. Abbé Trublet informs me that he is keeping this copy in reserve and will not lend it without my consent—which I certainly will not grant. However, this particular copy may not be the only one available in Paris. I hope, Monsieur, that this letter will not be printed there; I will do my utmost to prevent that from happening. But if I were unable to stop it and if I were informed in time so that I could get priority, then I would not hesitate to have it printed myself. I believe this to be just and natural.”
“As for your reply to that same letter, it has not been communicated to anyone, and you may be certain that it will not be printed without your consent[252]. I certainly would not have the indiscretion to ask you for it, knowing full well that what one man writes to another is not meant for the public. But if you wish to make it public and send it to me, I promise to attach it faithfully to my own letter and not add a single word to it.”
“I do not love you, sir; you have inflicted upon me the greatest harm that one could possibly inflict upon your disciple and enthusiastic admirer. You lost Geneva in exchange for the refuge it offered you; you alienated my fellow citizens in return for the applause I lavished upon you among them. It is you who have made my stay in my own country unbearable; it is you who will cause me to die in a foreign land, deprived of all the consolations that belong to the dying—and cast into ignominy, while all the honors that a man may hope for shall accompany you in my homeland. Finally, I hate you, since you have wished it so; but I hate you all the more as a man who would have been far more worthy of your love had you chosen to give it to me. Of all the feelings that once filled my heart for you, only admiration for your brilliant genius and love for your writings remain. If I can honor you in nothing but your talents, that is not my fault. I will never fail to show them the respect they deserve, nor to follow the proper manner in which such respect should be expressed. Adieu, sir.”
Amidst all these minor literary entanglements that only strengthened my resolve, I received the greatest honor that letters could bestow upon me—and one to which I was particularly sensitive. It came in the form of two visits paid to me by His Highness the Prince de Conti: once at the Petit Château and once at Mont-Louis. On both occasions, he chose times when Madame de Luxembourg was not at Montmorency, thereby making it clear that his visits were meant solely for me. I have never doubted that my initial kindnesses from this prince were due to Madame de Luxembourg and Madame de Boufflers; yet I am also certain that his subsequent kindnesses toward me stemmed from his own feelings and from my own worth.[254]
Since my apartment in Mont-Louis was very small, and the location of the Donjon was charming, I took the prince there. To add to my good fortune, he even wanted me to have the honor of playing chess with him. I knew that he would always win against the Knight of Lorenzi, who was stronger than me. However, despite the signs and gestures from the knight and his assistants—which I pretended not to notice—I won both games we played[255]. At the end, I said to him in a respectful but serious tone: “My Lord, I hold Your Serenity in such high regard that I would always win against you at chess[256].” This great prince, full of wit and enlightenment, and truly worthy of not being flattered, must have felt—and I believe so—that only I treated him as a man. And I have every reason to believe that he was truly grateful for this.
Anche l’abate mi scrisse, alcuni giorni dopo, una lettera di ringraziamento (Liasse D. n° 29), che non mi parve particolarmente affettuosa; in essa sembrava quasi minimizzare il servizio che gli avevo reso. Poco tempo dopo, scoprii che sia d’Alembert che lui avevano, in qualche modo, sostituito me presso la signora di Luxembourg, e che io avevo perso presso di lei tanto quanto loro avevano guadagnato. Tuttavia, sono lontano dal sospettare che l’abate Morellet abbia contribuito alla mia sfortuna; lo stimo troppo per farlo. Per quanto riguarda il signor d’Alembert, non dirò nulla ora: ne parlerò in seguito.
Nello stesso periodo ebbi un’altra questione che portò alla lettera ultima che scrissi a Monsieur de Voltaire: una lettera per la quale egli fece grandi scene, come se si trattasse di un’insulta abominabile, ma che non mostrò mai a nessuno. Qui farò ciò che lui stesso non volle fare.
L’abate Trublet, che conoscevo poco ma che avevo visto molto raramente, mi scrisse il 13 giugno 1760 (Carteggio D., n. 11) per avvertirmi che il signor Formey, suo amico e corrispondente, aveva pubblicato nel proprio giornale la mia lettera al signor de Voltaire sul disastro di Lisbona. L’abate Trublet voleva sapere come fosse stato possibile effettuare tale pubblicazione; con il suo modo di pensare fine e tipicamente gesuitico, mi chiese il mio parere sulla ristampa di quella lettera, senza però volermi dire il proprio. Poiché detesto profondamente gli individui astuti di questo genere, gli risposi ringraziandolo come dovevo, ma con un tono deciso che lui percepì chiaramente; ciò non lo impedì tuttavia di continuare a scrivermi ancora due o tre volte, fino a quando non seppe tutto ciò che voleva sapere.
Capii chiaramente, nonostante quanto potesse dire Trublet, che Formey non aveva trovato quella lettera già stampata, e che fosse stato lui stesso a farla stampare per la prima volta. Lo conoscevo come un individuo sfacciato e ladro, che approfittava senza alcun ritegno delle opere altrui; tuttavia, non aveva ancora osato arrivare all’impudenza di cancellare il nome dell’autore da un libro già pubblicato, sostituirlo con il proprio e venderlo a proprio vantaggio[251]. Ma come gli fosse arrivato quel manoscritto? Questa era la domanda. Non difficile da risolvere, ma che mi causò non poco imbarazzo. Anche se Voltaire veniva esageratamente lodato in quella lettera, e anche se, nonostante i suoi comportamenti disonesti, avrebbe avuto tutto il diritto di lamentarsi se l’avessi fatto stampare senza il suo consenso, decisi comunque di scrivergli al riguardo. Ecco questa seconda lettera. A cui non rispose affatto; anzi, per dimostrare ancora di più la sua brutalità, fece finta di essere furioso.
A Montmorency, il 17 giugno 1760.
“Non pensavo mai, signore, di entrare in corrispondenza con voi. Ma avendo appreso che la lettera che vi scrissi nel 1756 fu pubblicata a Berlino, devo rendervi conto del mio comportamento in questo ambito e adempirò a questo dovere con verità e semplicità.”
“Questa lettera, essendo stata effettivamente indirizzata a voi, non era destinata alla stampa. La condivisi su condizione, soltanto con tre persone per le quali i doveri dell’amicizia non mi permettevano di rifiutare nulla del genere, e per le quali lo stesso legame d’amicizia impediva loro di abusare della sua confidenza violando la promessa fatta. Queste tre persone sono Madame de Chenonceau, nuora di Madame Dupin, Madame la Contessa d’Houdetot e un tedesco di nome Monsieur Grimm. Madame de Chenonceau desiderava che questa lettera venisse stampata e mi chiese il mio consenso al riguardo. Le dissi che dipendeva dal vostro. Vi fu chiesto il permesso, voi lo rifiutaste, e la questione non fu più sollevata.”
“Tuttavia, il signor abate Trublet, con il quale non ho alcun tipo di legame, mi ha appena scritto, con grande sincerità, che avendo ricevuto le pagine di un giornale del signor Formey, vi aveva letto questa stessa lettera, insieme a un commento nel quale l’editore affermava, datato 23 ottobre 1759, di averla trovata alcune settimane prima presso i librai di Berlino; poiché si trattava di una di quelle pagine volanti che scompaiono rapidamente senza lasciare traccia, aveva ritenuto dover pubblicarla nel suo giornale.”
“Ecco, signore, tutto ciò che so. È certo che fino ad ora a Parigi non si era mai sentito parlare di questa lettera. È certo che l’esemplare, sia manoscritto che stampato, finito nelle mani del signor Formey può provenire soltanto da voi, il che è improbabile, oppure da una delle tre persone che ho appena menzionato. Infine, è certo che quelle due dame sono incapaci di una simile infedeltà. Non posso sapere di più dal mio ritiro. Avete delle corrispondenze grazie alle quali vi sarebbe facile, se ne valesse la pena, risalire alla fonte e verificare i fatti.”
Nella stessa lettera, il signor abate Trublet mi fa sapere che tiene quel foglio in riserva e non lo presterà senza il mio consenso, che certamente non darò. Tuttavia, questo esemplare potrebbe non essere l’unico disponibile a Parigi. Desidero, signore, che questa lettera non venga stampata a Parigi, e farò del mio meglio per evitarlo; ma se non riuscissi a impedirlo e se, venuto a saperlo in tempo, potessi avere la priorità nella sua pubblicazione, allora non esiterei a farla stampare personalmente. Mi sembra giusto e naturale.
“Per quanto riguarda la vostra risposta alla stessa lettera, essa non è stata comunicata a nessuno, e potete essere certi che non verrà pubblicata senza il vostro consenso[252]. Sicuramente non avrò l’indiscrezione di chiedervela, poiché so bene che ciò che un uomo scrive a un altro non è destinato al pubblico. Tuttavia, se desideraste farne una per la pubblicazione e inviarmela a me, vi prometto di allegarla fedelmente alla mia lettera senza aggiungere una parola.”
Non vi amo, signore; mi avete inflitto i mali più dolorosi che potessero essermi inflitti da voi, mio discepolo e mio entusiasta. Avete perso Ginevra in cambio dell’asilo che vi è stato offerto lì; avete allontanato dai miei concittadini me stesso in cambio degli applausi che vi ho rivolto tra di loro: siete voi a rendere insopportabile per me la vita nel mio paese; siete voi a far morire me in terra straniera, privo di tutte le consolazioni dei morenti, e gettato, senza alcun onore, in un luogo disprezzato, mentre tutti gli onori che un uomo possa desiderare vi accompagneranno nel mio paese. Vi odio, infine, poiché voi lo avete voluto; ma vi odio ancora di più come uomo che sarebbe stato degno di amarvi se voi lo aveste voluto. Di tutti i sentimenti che il mio cuore nutriva per voi, non rimangono che l’ammirazione che si deve al vostro straordinario genio e l’amore per le vostre opere. Se non posso onorarvi se non per i vostri talenti, questa non è colpa mia. Non mancherò mai di rispetto verso di essi né delle forme che tale rispetto richiede. Addio, signore[253].
In mezzo a tutte queste piccole preoccupazioni letterarie che rafforzavano sempre di più la mia determinazione, ricevetti l’onore più grande che le lettere potessero offrirmi: la visita che il principe di Conti si degnò di farmi due volte, una al Petit Château e l’altra a Mont-Louis. Entrambe le volte scelse il momento in cui Madame de Luxembourg non si trovava a Montmorency, per dimostrare chiaramente che veniva soltanto da me. Non ho mai dubitato che i primi favori di questo principe fossero dovuti a Madame de Luxembourg e a Madame de Boufflers; ma non dubito nemmeno che i favori successivi derivassero dai suoi propri sentimenti verso di me e dal mio stesso merito.[254]
Poiché il mio appartamento a Mont-Louis era molto piccolo e la posizione del Donjon era incantevole, vi portai il principe; per di più, lui stesso volle che avessi l’onore di giocare con lui a scacchi. Sapevo che avrebbe vinto contro il cavaliere de Lorenzi, che era più forte di me. Tuttavia, nonostante i segni e le smorfie del cavaliere e degli assistenti, che fingevo di non notare, vinsei entrambe le partite che giocammo[255]. Alla fine, gli dissi con tono rispettoso ma serio: “Mio Signore, onoro troppo Vostra Altezza Serenissima per non vincere sempre a scacchi contro di Voi[256]”. Questo grande principe, pieno di spirito e di illuminazione, e così degno di non essere adorato, sentì davvero, almeno penso, che ero l’unico a trattarlo come un uomo; ho tutte le ragioni per credere che ne fosse sinceramente grato.
Quand il m’en aurait su mauvais gré, je ne me reprocherais pas de n’avoir voulu le tromper en rien, et je n’ai pas assurément à me reprocher non plus d’avoir mal répondu dans mon cœur à ses bontés, mais bien d’y avoir répondu quelquefois de mauvaise grâce, tandis qu’il mettait lui-même une grâce infinie dans la manière de me les marquer. Peu de jours après, il me fit envoyer un panier de gibier, que je reçus comme je devais. A quelque temps de là, il m’en fit envoyer un autre, et l’un de ses officiers des chasses écrivit par ses ordres que c’était de la chasse de Son Altesse, et du gibier tiré de sa propre main. Je le reçus encore ; mais j’écrivis à Mme de Boufflers que je n’en recevrais plus. Cette lettre fut généralement blâmée, et méritait de l’être. Refuser des présents en gibier d’un prince du sang, qui de plus met tant d’honnêteté dans l’envoi, est moins la délicatesse d’un homme fier qui veut conserver son indépendance, que la rusticité d’un malappris qui se méconnaît. Je n’ai jamais relu cette lettre dans mon recueil sans en rougir, et sans me reprocher de l’avoir écrite. Mais enfin je n’ai pas entrepris mes confessions pour taire mes sottises, et celle-là me révolte trop moi-même, pour qu’il me soit permis de la dissimuler.
Si je ne fis pas celle de devenir son rival, il s’en fallut de peu : car alors Mme de Boufflers était encore sa maîtresse, et je n’en savais rien. Elle me venait voir assez souvent avec le chevalier de Lorenzi. Elle était belle et jeune encore ; elle affectait l’esprit romain, et moi, je l’eus toujours romanesque ; cela se tenait d’assez près. Je faillis me prendre ; je crois qu’elle le vit : le chevalier le vit aussi ; du moins il m’en parla, et de manière à ne pas me décourager. Mais pour le coup je fus sage, et il en était temps, à cinquante ans. Plein de la leçon que je venais de donner aux barbons dans ma Lettre à d’Alembert, j’eus honte d’en profiter si mal moi-même ; d’ailleurs, apprenant ce que j’avais ignoré, il aurait fallu que la tête m’eût tourné pour porter si haut mes concurrences. Enfin, mal guéri peut-être encore de ma passion pour Mme d’Houdetot, je sentis que plus rien ne la pouvait remplacer dans mon cœur, et je fis mes adieux à l’amour pour le reste de ma vie. Au moment où j’écris ceci, je viens d’avoir d’une jeune femme, qui avait ses vues, des agaceries[257] bien dangereuses, et avec des yeux bien inquiétants ; mais si elle a fait semblant d’oublier mes douze lustres, pour moi je m’en suis souvenu. Après m’être tiré de ce pas, je ne crains plus de chutes, et je réponds de moi pour le reste de mes jours.
Mme de Boufflers, s’étant aperçue de l’émotion qu’elle m’avait donnée, put s’apercevoir aussi que j’en avais triomphé. Je ne suis ni assez fou ni assez vain pour croire avoir pu lui inspirer du goût à mon âge ; mais, sur certains propos qu’elle tint à Thérèse, j’ai cru lui avoir inspiré de la curiosité ; si cela est, et qu’elle ne m’ait pas pardonné cette curiosité frustrée, il faut avouer que j’étais bien né pour être victime de mes faiblesses, puisque l’amour vainqueur me fut si funeste, et que l’amour vaincu me le fut encore plus.
Ici finit le recueil de lettres qui m’a servi de guide dans ces deux livres. Je ne vais plus marcher que sur la trace de mes souvenirs, mais ils sont tels dans cette cruelle époque, et la forte impression m’en est si bien restée, que, perdu dans la mer immense de mes malheurs, je ne puis oublier les détails de mon premier naufrage, quoique ses suites ne m’offrent plus que des souvenirs confus. Ainsi je puis marcher dans le livre suivant avec encore assez d’assurance. Si je vais plus loin, ce ne sera plus qu’en tâtonnant.
FIN du LIVRE DIXIÈME
Livre Onzième
1761 – 1762
Quoique la Julie, qui depuis longtemps était sous presse, ne parût point encore à la fin de 1760, elle commençait à faire grand bruit. Mme de Luxembourg en avait parlé à la cour, Mme d’Houdetot à Paris. Cette dernière avait même obtenu de moi, pour Saint-Lambert, la permission de la faire lire en manuscrit au Roi de Pologne, qui en avait été enchanté. Duclos, à qui je l’avais aussi fait lire, en avait parlé à l’Académie. Tout Paris était dans l’impatience de voir ce roman : les libraires de la rue Saint-Jacques et celui du Palais-Royal étaient assiégés de gens qui en demandaient des nouvelles. Il parut enfin, et son succès, contre l’ordinaire, répondit à l’empressement avec lequel il avait été attendu[258]. Mme la Dauphine, qui l’avait lu des premières, en parla à M. de Luxembourg comme d’un ouvrage ravissant. Les sentiments furent partagés chez les gens de lettres : mais, dans le monde, il n’y eut qu’un avis, et les femmes surtout s’enivrèrent et du livre et de l’auteur, au point qu’il y en avait peu, même dans les hauts rangs, dont je n’eusse fait la conquête, si je l’avais entrepris. J’ai de cela des preuves que je ne veux pas écrire, et qui, sans avoir eu besoin de l’expérience, autorisent mon opinion. Il est singulier que ce livre ait mieux réussi en France que dans le reste de l’Europe, quoique les Français, hommes et femmes, n’y soient pas fort bien traités. Tout au contraire de mon attente, son moindre succès fut en Suisse, et son plus grand à Paris. L’amitié, l’amour, la vertu, règnent-ils donc à Paris plus qu’ailleurs ? Non, sans doute ; mais il y règne encore ce sens exquis qui transporte le cœur à leur image, et qui nous fait chérir dans les autres les sentiments purs, tendres, honnêtes, que nous n’avons plus. La corruption désormais est partout la même : il n’existe plus ni mœurs, ni vertus en Europe, mais s’il existe encore quelque amour pour elles, c’est à Paris qu’on doit le chercher.[259]
Il faut, à travers tant de préjugés et de passions factices, savoir bien analyser le cœur humain pour y démêler les vrais sentiments de la nature. Il faut une délicatesse de tact, qui ne s’acquiert que dans l’éducation du grand monde, pour sentir, si j’ose ainsi dire, les finesses de cœur dont cet ouvrage est rempli. Je mets sans crainte sa quatrième partie à côté de la Princesse de Clèves, et je dis que si ces deux morceaux n’eussent été lus qu’en province, on n’aurait jamais senti tout leur prix. Il ne faut donc pas s’étonner si le plus grand succès de ce livre fut à la cour. Il abonde en traits vifs, mais voilés, qui doivent y plaire, parce qu’on est plus exercé à les pénétrer. Il faut pourtant ici distinguer encore. Cette lecture n’est assurément pas propre à cette sorte de gens d’esprit qui n’ont que de la ruse, qui ne sont fins que pour pénétrer le mal, et qui ne voient rien du tout où il n’y a que du bien à voir. Si, par exemple, la Julie eût été publiée en certain pays que je pense, je suis sûr que personne n’en eût achevé la lecture, et qu’elle serait morte en naissant.
J’ai rassemblé la plupart des lettres qui me furent écrites sur cet ouvrage dans une liasse qui est entre les mains de Mme de Nadaillac[260]. Si jamais ce recueil paraît, on y verra des choses bien singulières, et une opposition de jugement qui montre ce que c’est que d’avoir à faire au public. La chose qu’on y a le moins vue, et qui en fera toujours un ouvrage unique, est la simplicité du sujet et la chaîne de l’intérêt qui, concentré entre trois personnes, se soutient durant six volumes, sans épisode, sans aventure romanesque, sans méchanceté d’aucune espèce, ni dans les personnages, ni dans les actions. Diderot a fait de grands compliments à Richardson sur la prodigieuse variété de ses tableaux et sur la multitude de ses personnages. Richardson a, en effet, le mérite de les avoir tous bien caractérisés : mais, quant à leur nombre, il a cela de commun avec les plus insipides romanciers, qui suppléent à la stérilité de leurs idées à force de personnages et d’aventures. Il est aisé de réveiller l’attention, en présentant incessamment et des événements inouïs et de nouveaux visages, qui passent comme les figures de la lanterne magique : mais de soutenir toujours cette attention sur les mêmes objets, et sans aventures merveilleuses, cela certainement est plus difficile ; et si, toute chose égale, la simplicité du sujet ajoute à la beauté de l’ouvrage, les romans de Richardson, supérieurs en tant d’autres choses[261], ne sauraient, sur cet article, entrer en parallèle avec le mien. Il est mort cependant, je le sais, et j’en sais la cause ; mais il ressuscitera.
Even if he had taken offense at it, I would not have regretted having deceived him in any way; nor would I certainly have blamed myself for not responding with gratitude to his kindnesses—rather, I should have reproached myself for sometimes doing so begrudgingly, while he himself showed infinite generosity in the way he offered them to me. A few days later, he sent me a basket of game, which I received as it was deserved. Some time after that, he sent another one, and one of his hunting officers wrote on his orders that it came from His Highness’ own hunt and that the game had been shot by him personally. I accepted it again; but I wrote to Madame de Boufflers that I would no longer accept such gifts. This letter was generally condemned—and deservedly so. To refuse game presented by a prince of the blood, who goes to such lengths to ensure its honesty in delivery, is less a sign of the pride of a man determined to preserve his independence than it is an indication of a person’s ignorance and lack of good manners. I have never read this letter in my collection without feeling ashamed of it—and without regretting having written it. But after all, I did not begin these confessions with the intention of hiding my foolishnesses; and this particular one disgusts me so much that I cannot bear to conceal it.
If I had not nearly succeeded in becoming his rival, it would have happened: for at that time Madame de Boufflers was still his mistress, and I knew nothing about it. She came to see me quite often, along with the Knight de Lorenzi. She was beautiful and still young; she pretended to have a Roman spirit, and I myself had always been rather romantic; our tastes were quite similar. I nearly made a mistake; I think she saw it; the knight too noticed it; at any rate, he spoke to me about it in a way that did not discourage me. But this time I was wise—and it was timely, at fifty years of age. Remembering the lesson I had just taught those old farts in my Letter to d’Alembert, I felt ashamed to make such a poor use of it myself; besides, now that I knew what I had previously ignoranced, it would have taken me utter madness to pursue such a futile rivalry so aggressively. Finally, perhaps still not fully recovered from my passion for Madame d’Houdetot, I realized that nothing could ever take her place in my heart, and I said goodbye to love for the rest of my life. As I write this, I have just experienced some rather dangerous flirtatious behavior on part of a young woman who had certain intentions; her gaze was particularly unsettling. But even if she pretended to have forgotten about my age, I remembered it all too well. Having escaped that situation, I no longer fear any further setbacks and can assure you that I will remain steady for the rest of my days.
Madam de Boufflers, having noticed the effect she had on me, also realized that I had managed to overcome it. I am neither mad enough nor vain enough to believe that I could have inspired her interest at my age; but, from certain remarks she made to Thérèse, I thought I had aroused her curiosity. If this is true, and if she has not forgiven me for that unfulfilled curiosity, then it must be admitted that I was indeed born to be a victim of my own weaknesses—for the victorious love proved so fatal to me, and the defeated love even more so.
Here ends the collection of letters that served as my guide throughout these two books. From now on, I will only follow the traces of my memories. But in this cruel era, those memories remain so vivid and profound that, even lost in the vast sea of my misfortunes, I am unable to forget the details of my first “shipwreck”—though its aftermath now only brings me confused recollections. Thus, I can move forward in the next book with considerable confidence. Should I go any further, it will be nothing but a process of groping in the dark.
End of Book Eleven
Eleventh Book
1761 – 1762
Although Julie, which had been in preparation for a long time, still had not appeared by the end of 1760, it was already causing quite a stir. Madame de Luxembourg mentioned it at court, and Madame d’Houdetot discussed it in Paris. The latter even obtained my permission to let Saint-Lambert read the manuscript to the King of Poland, who was thoroughly delighted by it. Duclos, to whom I also showed it, discussed it at the Academy. The whole of Paris was eagerly awaiting the release of this novel: booksellers on the Rue Saint-Jacques and in the Palais-Royal were constantly approached by people asking for news of it. Finally, it was published, and its success, against all expectations, lived up to the high hopes it had inspired[258]. Madame la Dauphine, who read it among the first, praised it as an absolutely delightful work. Among the literati, opinions were divided; but in the general public, there was almost universal agreement—especially among women, who became utterly enamored of both the book and its author, to such an extent that few, even among the highest ranks, would not have been captivated by it if I had chosen to pursue that goal. I have evidence of this that I prefer not to mention here; however, these facts alone are sufficient to support my view. It is curious that this novel was more successful in France than elsewhere in Europe, despite the rather harsh treatment its characters receive there—both men and women. Contrary to what I expected, it met with little success in Switzerland but great popularity in Paris. Does friendship, love, and virtue truly prevail more in Paris than elsewhere? Not necessarily; yet there still exists that delicate sentiment which allows us to idealize these virtues in others and to cherish within ourselves those pure, tender, and honest sentiments that we no longer find in real life. Corruption is the same everywhere nowadays; Europe has lost both morals and virtues. But if any love for them remains at all, it can be found only in Paris[259].
One must, amidst so many prejudices and artificial passions, know how to analyze the human heart in order to discern therein the true sentiments inherent in nature. It requires a delicacy of tact—such as can only be acquired through the education of high society—to perceive, if I may so say, the subtleties of the heart that are abundantly present in this work. I dare to place its fourth part alongside “The Princess of Cleves” and claim that if these two works had been read solely in the provinces, their true value would never have been appreciated. Hence, it is not surprising that this book achieved its greatest success at court. It is filled with subtle yet vivid touches that must please those who are accustomed to discerning them. Yet, one must make another distinction here: such reading is certainly not suitable for those whose intellect consists merely of cunning—those who are adept only at uncovering evil and who fail to see anything good in anything at all. For instance, if “Julie” had been published in certain countries, I am sure no one would have bothered to finish reading it; it would have “died” before even being born.
I have gathered most of the letters written to me regarding this work into a bundle that is now in the hands of Madame de Nadaillac[260]. Should this collection ever be published, it will contain some truly remarkable elements and a striking contrast of opinions that will demonstrate what it actually means to address the general public. What makes this work unique, above all else, is the simplicity of its subject matter and the coherent thread of interest that runs through six volumes—without any episodes, romantic adventures, or malice of any kind, neither in the characters nor in the actions depicted. Diderot spoke highly of Richardson for the incredible variety of his scenes and the multitude of his characters. Indeed, Richardson deserves praise for having given each of them a distinct and well-defined character; yet, as far as their number is concerned, he shares this trait with the most dull of novelists, who compensate for the lack of original ideas by flooding their works with numerous characters and adventures. It is easy to capture people’s attention by constantly presenting them with unusual events and new characters, like the figures in a magic lantern show; but to maintain that interest over the long term, without any extraordinary twists or turns, is certainly far more difficult. And if, all other things being equal, the simplicity of the subject matter truly enhances the beauty of a work, then Richardson’s novels, though superior in many other respects[261], could not possibly match mine on this point. However, he has died—I know that, and I also know the reason—but he will rise again.
Anche se mi fosse stato imposto con la forza di accettare quei doni, non mi sarei rimproverato per aver cercato in ogni modo di ingannarlo; né certo dovrei rimproverarmi per aver risposto con freddezza alle sue gentilezze. Anzi, a volte l’ho fatto con riluttanza, mentre lui stesso dimostrava una infinita cortesia nel modo in cui me le offriva. Pochi giorni dopo, mi inviò un cesto di selvaggina, che accettai come si conveniva. In seguito ne ricevetti un altro; uno dei suoi ufficiali di caccia scrisse per suo ordine che si trattava di selvaggina proveniente dalle sue proprietà e cacciata con le sue stesse mani. La accettai ancora, ma scrissi a Madame de Boufflers che non ne avrei più ricevuti. Questa lettera fu generalmente criticata, e meritava davvero di esserlo. Rifiutare dei doni di selvaggina da parte di un principe del sangue, che inoltre dimostra tanta onestà nell’offrirli, non è certo il segno della delicatezza di una persona orgogliosa che vuole mantenere la propria indipendenza, ma piuttosto l’ignoranza di qualcuno che si sottovaluta. Non ho mai riletto questa lettera nel mio raccolto senza arrossire e rimproverarmi per averla scritta. Ma dopotutto, non ho iniziato queste confessioni per nascondere le mie sciocchezze. E quella in particolare mi offende troppo, per permettermi di nasconderla.
Se non fossi diventato il suo rivale, ci sarebbe mancato poco: infatti, a quel tempo la signora de Boufflers era ancora sua amante, e io non lo sapevo affatto. Mi veniva a trovare abbastanza spesso insieme al cavaliere de Lorenzi. Era bella e ancora giovane; ostentava un modo di fare tipico dei romani, e anch’io avevo sempre un temperamento piuttosto romantico. Ci trovavamo quindi in una situazione piuttosto pericolosa. Per poco non commisi un errore grave; credo che lei se ne accorgesse, e anche il cavaliere de Lorenzi. Almeno me ne parlò in modo da non scoraggiarmi. Ma questa volta fui saggio. E forse era proprio il momento giusto, a cinquant’anni. Ricordando la lezione che avevo appena dato ai “barboni” nella mia Lettera a d’Alembert, mi vergognai di approfittarne così male io stesso; inoltre, conoscendo ora ciò che prima ignoravo, sarebbe stato necessario che mi fosse completamente svanita la ragione per alzare così in alto le mie ambizioni. Alla fine, forse ancora non del tutto guarito dalla mia passione per la signora d’Houdetot, sentii che nulla avrebbe mai potuto sostituirla nel mio cuore. E mi congedai dall’amore per il resto della mia vita. Nel momento in cui scrivo queste parole, ho appena avuto a che fare con una giovane donna che aveva delle intenzioni poco lusinghiere. E i suoi sguardi erano davvero inquietanti. Ma se lei ha finto di dimenticare i miei cinquant’anni, per me io me ne sono ricordato. Dopo essere uscito da quella situazione pericolosa, non temo più cadute. E posso garantire di comportarmi correttamente per il resto dei miei giorni.
Madame de Boufflers, avendo notato l’emozione che aveva suscitato in me, poté anche rendersi conto che io ne ero riuscito a dominare gli effetti. Non sono né abbastanza pazzo né abbastanza vanitoso da credere di essere stato in grado di suscitare in lei un interesse per me, alla mia età; tuttavia, da alcune parole che ella pronunciò davanti a Thérèse, ho pensato di averle destato curiosità. Se così è, e se non mi ha perdonato questa curiosità delusa, devo ammettere di essere davvero nato per diventare vittima delle mie debolezze: l’amore vincente si rivelò per me estremamente funesto, mentre l’amore sconfitto lo fu ancora di più.
Qui termina la raccolta di lettere che mi ha servito da guida nella stesura di questi due libri. Da ora in poi camminerò soltanto lungo le tracce dei miei ricordi; ma essi sono così vividi in quell’epoca crudele, e l’impressione profonda che ne ho conservato è tale, che, perso nel mare immenso delle mie sfortune, non riesco a dimenticare i dettagli del mio primo “naufragio”, anche se le sue conseguenze mi offrono ormai soltanto ricordi confusi. Così, posso proseguire nella stesura del prossimo libro con ancora sufficiente fiducia. Ma andare oltre significherebbe procedere a tentoni.
Fine del decimo libro.
Libro Undicesimo
1761 – 1762
Sebbene “Julie”, che da tempo era in fase di pubblicazione, non fosse ancora apparsa alla fine del 1760, aveva già iniziato a suscitare grande interesse. La signora di Lussemburgo ne aveva parlato alla corte, mentre la signora d’Houdetot lo aveva menzionato a Parigi. Quest’ultima aveva persino ottenuto il mio permesso affinché “Julie” venisse letta in manoscritto al Re di Polonia, il quale ne era rimasto estasiato. Anche Duclos, a cui l’avevo fatta leggere anch’io, ne aveva parlato all’Accademia. L’intera Parigi attendeva con impazienza la pubblicazione di questo romanzo: i librai della rue Saint-Jacques e di Palais-Royal erano assediati da persone che chiedevano notizie in merito. Finalmente il libro uscì, e il suo successo, contrariamente alle aspettative, fu all’altezza dell’entusiasmo con cui era stato atteso[258]. La principessa ereditaria, che lo aveva letto per prima, ne parlò al signor di Lussemburgo come di un’opera incantevole. Tra gli intellettuali i pareri furono divisi; ma nel mondo profano prevalse un’unanime ammirazione, soprattutto tra le donne, che si innamorarono sia del libro che dell’autore al punto che poche persone, anche tra le classi elevate, non ne rimasero conquistate, se solo avessi deciso di tentare. Ho prove a sostegno di ciò, ma preferisco non scriverle; queste prove, però, senza bisogno di alcuna verifica, confermano la mia opinione. È strano che questo libro abbia avuto più successo in Francia che nel resto d’Europa, nonostante i francesi, uomini e donne, vengano trattati in modo tutt’altro che lusinghiero al suo interno. Contrariamente alle mie aspettative, il minore successo fu in Svizzera, mentre il maggiore a Parigi. Significa forse che ad Parigi l’amore, la virtù e i sentimenti puri abbiano ancora più valore che altrove? No, certamente no; ma vi regna comunque quel senso raffinato che ci fa amare in altri quei sentimenti che noi stessi non possediamo più. La corruzione, ormai, è la stessa ovunque: in Europa non esistono più né morale né virtù; tuttavia, se ancora esiste qualche affetto per queste cose, è a Parigi che bisogna cercarlo[259].
È necessario, attraverso tanti pregiudizi e passioni artificiali, saper analizzare con attenzione il cuore umano per distinguerne i veri sentimenti naturali. È richiesta una delicatezza di tatto, che si acquisisce soltanto nell’ambiente raffinato della società elegante, per poter percepire, se così posso dire, le sottilità del cuore di cui questo libro è pieno. Non esito a paragonare la sua quarta parte alla “Principessa di Clèves” e affermo che, se queste due opere fossero state lette soltanto nelle province, nessuno avrebbe mai apprezzato appieno il loro valore. Non sorprende quindi che il maggior successo di questo libro sia stato alla corte: è ricco di tratti vivaci, ma velati, che devono piacere a chi è abituato a comprenderli. Tuttavia, bisogna fare ancora una distinzione: questa lettura certamente non è adatta a quel tipo di persone intelligenti che possiedono soltanto astuzia, che sono acute solo nel individuare il male e che non vedono nulla di buono in ciò che non lo contiene. Se, per esempio, “Julie” fosse stata pubblicata in alcuni paesi che penso, sono certo che nessuno avrebbe mai completato la sua lettura, e che sarebbe “morta” ancor prima di essere stata letta.
Ho raccolto la maggior parte delle lettere che mi sono state scritte riguardo a quest’opera in un fascicolo che si trova nelle mani di Madame de Nadaillac[260]. Se mai questo raccolta dovesse essere pubblicato, vi si troveranno cose davvero straordinarie, nonché opinioni contrastanti che dimostrano quanto sia difficile affrontare il pubblico con opere del genere. Quello che in quest’opera manca di più, e che la rende davvero unica, è la semplicità dell’argomento e la coerenza degli eventi: questi ultimi, concentrati su tre personaggi principali, si sviluppano attraverso sei volumi, senza episodi straordinari, senza avventure romanzesche, né azioni malvagie, né nei personaggi né nelle vicende. Diderot ha espresso grandi lodi per la straordinaria varietà dei personaggi e delle situazioni descritte da Richardson; effettivamente, Richardson merita di essere lodato per aver ben caratterizzato tutti questi personaggi. Tuttavia, per quanto riguarda il loro numero, condivide questa caratteristica con i romanzi più banali, che cercano di compensare la povertà delle proprie idee attraverso un eccessivo numero di personaggi e avventure. È facile attirare l’attenzione presentando continuamente eventi inediti e nuovi personaggi, come le figure di una lanterna magica; ma mantenere costantemente questa attenzione su gli stessi argomenti, senza elementi straordinari, è sicuramente molto più difficile. E se, a parità di tutte le altre condizioni, la semplicità dell’argomento aumenta la bellezza di un’opera, i romanzi di Richardson, per quanto superiori in altri aspetti[261], non potrebbero certo competere con il mio in questo campo. Tuttavia, lui è morto, lo so, e conosco anche la causa della sua morte; ma risorgerà.
Toute ma crainte était qu’à force de simplicité ma marche ne fût ennuyeuse, et que je n’eusse pu nourrir assez l’intérêt pour le soutenir jusqu’au bout. Je fus rassuré par un fait qui seul m’a plus flatté que tous les compliments qu’a pu m’attirer cet ouvrage.
Il parut au commencement du carnaval. Le colporteur le porta à Mme la princesse de Talmont[262], un jour de bal de l’Opéra. Après souper, elle se fit habiller pour y aller, et, en attendant l’heure, elle se mit à lire le nouveau roman. À minuit, elle ordonna qu’on mît ses chevaux, et continua de lire. On vint lui dire que ses chevaux étaient mis ; elle ne répondit rien. Ses gens, voyant qu’elle s’oubliait, vinrent avertir qu’il était deux heures. Rien ne presse encore, dit-elle, en lisant toujours. Quelque temps après, sa montre étant arrêtée, elle sonna pour savoir quelle heure il était. On lui dit qu’il était quatre heures. Cela étant, dit-elle, il est trop tard pour aller au bal ; qu’on ôte mes chevaux. Elle se fit déshabiller, et passa le reste de la nuit à lire.
Depuis qu’on me raconta ce trait, j’ai toujours désiré de voir Mme de Talmont, non seulement pour savoir d’elle-même s’il est exactement vrai, mais aussi parce que j’ai toujours cru qu’on ne pouvait prendre un intérêt si vif à l’Héloïse sans avoir ce sixième sens, ce sens moral, dont si peu de cœurs sont doués, et sans lequel nul ne saurait entendre le mien.
Ce qui me rendit les femmes si favorables fut la persuasion où elles furent que j’avais écrit ma propre histoire, et que j’étais moi-même le héros de ce roman. Cette croyance était si bien établie, que Mme de Polignac écrivit à Mme de Verdelin pour la prier de m’engager à lui laisser voir le portrait de Julie. Tout le monde était persuadé qu’on ne pouvait exprimer si vivement des sentiments qu’on n’aurait point éprouvés, ni peindre ainsi les transports de l’amour que d’après son propre cœur. En cela l’on avait raison, et il est certain que j’écrivis ce roman dans les plus brûlantes extases : mais on se trompait en pensant qu’il avait fallu des objets réels pour les produire ; on était loin de concevoir à quel point je puis m’enflammer pour des êtres imaginaires. Sans quelques réminiscences de jeunesse et Mme d’Houdetot, les amours que j’ai sentis et décrits n’auraient été qu’avec des sylphides. Je ne voulus ni confirmer ni détruire une erreur qui m’était avantageuse. On peut voir dans la préface en dialogue que je fis imprimer à part comment je laissai là-dessus le public en suspens. Les rigoristes disent que j’aurais dû déclarer la vérité tout rondement. Pour moi, je ne vois pas ce qui m’y pouvait obliger, et je crois qu’il y aurait eu plus de bêtise que de franchise à cette déclaration faite sans nécessité.
À peu près dans le même temps parut la Paix perpétuelle, dont l’année précédente j’avais cédé le manuscrit à un certain M. de Bastide, auteur d’un journal appelé Le Monde, dans lequel il voulait, bon gré mal gré, fourrer tous mes manuscrits. Il était de la connaissance de M. Duclos et vint en son nom me presser de lui aider à remplir Le Monde. Il avait ouï parler de la Julie et voulait que je la misse dans son journal : il voulait que j’y misse l’Émile ; il aurait voulu que j’y misse le Contrat social, s’il en eût soupçonné l’existence. Enfin, excédé de ses importunités, je pris le parti de lui céder pour douze louis mon Extrait de la Paix perpétuelle. Notre accord était qu’il s’imprimerait dans son journal, mais, sitôt qu’il fut propriétaire de ce manuscrit, il jugea à propos de le faire imprimer à part avec quelques retranchements que le censeur exigea. Qu’eût-ce été si j’y avais joint mon jugement sur cet ouvrage, dont très heureusement je ne parlai point à M. de Bastide, et qui n’entra point dans notre marché ? Ce jugement est encore en manuscrit parmi mes papiers. Si jamais il voit le jour, on y verra combien les plaisanteries et le ton suffisant de Voltaire à ce sujet m’ont dû faire rire, moi qui voyais si bien la portée de ce pauvre homme dans les matières politiques dont il se mêlait de parler.
Au milieu de mes succès dans le public, et de la faveur des dames, je me sentais déchoir à l’hôtel de Luxembourg, non pas auprès de M. le Maréchal, qui semblait même redoubler chaque jour de bontés et d’amitiés pour moi, mais auprès de Mme la Maréchale. Depuis que je n’avais plus rien à lui lire, son appartement m’était moins ouvert, et durant les voyages de Montmorency, quoique je me présentasse assez exactement, je ne la voyais plus guère qu’à table. Ma place n’y était même plus aussi marquée à côté d’elle. Comme elle ne me l’offrait plus, qu’elle me parlait peu, et que je n’avais pas non plus grand-chose à lui dire, j’aimais autant prendre une autre place, où j’étais plus à mon aise, surtout le soir, car machinalement je prenais peu à peu l’habitude de me placer plus près de M. le Maréchal.
À propos du soir, je me souviens d’avoir dit que je ne soupais pas au château, et cela était vrai dans le commencement de la connaissance ; mais comme M. de Luxembourg ne dînait point et ne se mettait pas même à table, il arriva de là qu’au bout de plusieurs mois, et déjà très familier dans la maison, je n’avais encore jamais mangé avec lui. Il eut la bonté d’en faire la remarque. Cela me détermina d’y souper quelquefois, quand il y avait peu de monde, et je m’en trouvais très bien, vu qu’on dînait presque en l’air, et, comme on dit, sur le bout du banc : au lieu que le souper était très long, parce qu’on s’y reposait avec plaisir, au retour d’une longue promenade ; très bon, parce que M. de Luxembourg était gourmand, et très agréable parce que Mme de Luxembourg en faisait les honneurs à charmer. Sans cette explication l’on entendrait difficilement la fin d’une lettre de M. de Luxembourg (Liasse C. n° 36) où il me dit qu’il se rappelle avec délices nos promenades, surtout, ajoute-t-il, quand en rentrant les soirs dans la cour nous n’y trouvions point de traces de roues de carrosses ; c’est que, comme on passait tous les matins le râteau sur le sable de la cour pour effacer les ornières, je jugeais par le nombre de ces traces du monde qui était survenu dans l’après-midi.
My greatest fear was that, due to its simplicity, my presentation would become boring and that I wouldn’t be able to maintain enough interest to carry it through to the end. I was reassured by one fact—which pleased me more than all the compliments this work could have earned me.
He appeared at the beginning of the carnival. The peddler took it to Madame la Princesse de Talmont on a ball night at the Opera. After dinner, she had herself dressed to attend the event and, while waiting for the time to go, began reading the new novel. At midnight, she ordered her horses to be prepared but continued reading. When someone came to inform her that her horses were ready, she said nothing. Seeing that she was completely absorbed in her book, her servants came to remind her that it was already two o’clock. “There’s no need to hurry yet,” she replied, still engrossed in her reading. Some time later, when her watch stopped, she asked what time it was. It was four o’clock. “In that case,” she said, “it’s too late to go to the ball; remove my horses.” She had herself undressed and spent the rest of the night reading.
Ever since I was told this story about her, I have always desired to meet Madame de Talmont—not only to hear from her own mouth whether it is truly true, but also because I have always believed that one could not feel such intense interest in Heloise without possessing that sixth sense, that moral intuition, which so few people possess, and without which no one could ever understand what I feel.
What made women so favorable to me was the belief they held that I had written my own story and that I was the hero of that novel myself. This belief was so firmly established that Madame de Polignac wrote to Madame de Verdelin, asking her to persuade me to allow her to see the portrait of Julie. Everyone was convinced that one could only express feelings so vividly if those feelings had actually been experienced, and that one could only depict the tumults of love so accurately by drawing from one’s own heart. In this regard, they were right; it is certainly true that I wrote this novel in the midst of the most intense passions. But they were mistaken to think that real objects had been necessary to inspire such emotions; they had no idea how intensely I could be moved by imaginary beings. Without certain memories of my youth and without Madame d’Houdetot, the loves I described would have existed only within my imagination. I chose neither to confirm nor to refute a mistake that was actually to my advantage. One can see from the dialogue-like preface I had printed separately how I left the public in suspense on this matter. The rigorists claim that I should have stated the truth outright. But for me, I see no reason whatsoever for doing so; such an unnecessary declaration would have been more foolish than honest.
Around the same time, La Paix perpétuelle was published. The previous year, I had given its manuscript to a certain Mr. de Bastide, the author of a newspaper called Le Monde, who was determined to include all my manuscripts in it, whether I agreed or not. Mr. de Bastide knew Mr. Duclos and came on his behalf to urge me to help him fill Le Monde with content. He had heard about Julie and wanted me to include it in his newspaper; he also wanted me to add Émile, and even The Social Contract if he had any suspicion of its existence. Finally, exasperated by his persistence, I decided to sell him my extract from La Paix perpétuelle for twelve louis. Our agreement was that it would be published in his newspaper, but as soon as he acquired the manuscript, he decided to have it printed separately, with some deletions required by the censor. What would have happened if I had included my own judgment on this work—something I was very fortunate not to mention to Mr. de Bastide, and which therefore did not appear in our agreement? That judgment still exists in manuscript among my papers. If it ever sees the light of day, people will see how Voltaire’s jokes and his dismissive attitude toward this work must have made me laugh, especially considering how clearly I saw the limitations of that poor man when it came to political matters.
Amidst my successes among the public and the favor of ladies, I felt as if I were declining in status at the Hôtel de Luxembourg—not because of Monsieur le Maréchal, who seemed to grow even more kind and friendly towards me every day, but because of Madame la Maréchale. Since I no longer had anything to read for her, her apartment was less open to me, and during Montmorency’s absences, although I made myself present on time, I hardly ever saw her except at meals. My place beside her was no longer as reserved for me. Since she no longer offered it to me, spoke little to me, and I had little to say to her either, I preferred to take another seat where I felt more comfortable—especially in the evening, for gradually, out of habit, I began to sit closer to Monsieur le Maréchal.
Regarding that evening, I remember saying that I did not dine at the castle, and this was true at the beginning of our acquaintance; but since Mr. de Luxembourg neither dined nor even sat down at the table, it happened that after several months, by then having become quite familiar with the household, I had still never eaten with him. He had the kindness to mention this to me. This prompted me to dine there occasionally when there were few people around, and I found it very pleasant—since we dined almost outdoors, so to speak, at the edge of the bench. The dinners were not long, because we would rest comfortably after a long walk; they were delicious, since Mr. de Luxembourg was fond of good food; and they were delightful, because Madame de Luxembourg presided over them with great charm. Without this explanation, it would be difficult to understand the end of a letter from Mr. de Luxembourg (Letter C, No. 36), in which he says that he remembers our walks with great pleasure, especially when, in the evenings upon returning to the courtyard, we found no traces of carriages’ wheels there; this was because every morning a rake was used to smooth the sand in the courtyard, so as to erase any tracks left during the day.
Tutta la mia paura era che, a causa della mia semplicità, il mio modo di procedere risultasse noioso e che non fossi in grado di suscitare abbastanza interesse da mantenerlo fino alla fine. Sono stato rassicurato da un fatto che, più di tutti i complimenti che quell’opera mi ha potuto procurare, mi ha lusingato profondamente.
Apparve all’inizio del carnevale. Il messaggero lo portò alla principessa di Talmont[262], in un giorno di ballo all’Opéra. Dopo cena, si fece vestire per andarci e, mentre aspettava l’ora, iniziò a leggere il nuovo romanzo. A mezzanotte ordinò che le preparassero i cavalli e continuò a leggere. Le dissero che i cavalli erano pronti; lei non rispose nulla. I suoi servitori, vedendo che si era completamente dimenticata del tempo, andarono ad avvisarla che erano le due. “Non c’è ancora bisogno di nulla”, disse, continuando a leggere. Dopo un po’, essendosi fermata l’orologio, chiamò qualcuno per sapere che ora fosse; le dissero che erano le quattro. “Allora è troppo tardi per andare al ballo”, disse. Fece togliere i cavalli e passò il resto della notte a leggere.
Da quando mi è stato raccontato questo aneddoto, ho sempre desiderato incontrare la signora de Talmont: non solo per verificare personalmente se fosse davvero vero, ma anche perché ho sempre creduto che si possa provare un interesse così profondo per l’Héloïse soltanto possedendo quel sesto senso, quella coscienza morale di cui pochi sono dotati, e senza la quale nessuno potrebbe comprendere veramente i miei sentimenti.
Ciò che rese le donne così favorevoli nei miei confronti fu la convinzione che avevano di avermi visto scrivere la mia stessa storia e che io fossi il vero protagonista di quel romanzo. Questa credenza era talmente radicata che Madame de Polignac scrisse a Madame de Verdelin chiedendole di convincermi a farle vedere il ritratto di Julie. Tutti erano convinti che si potessero esprimere sentimenti così vividi solo se li si fossero realmente provati, e che si potessero descrivere con tanta precisione le emozioni dell’amore solo basandosi sul proprio cuore. In questo avevano ragione: è certo che scrissi quel romanzo nelle fasi più appassionate della mia vita emotiva; tuttavia, sbagliavano nel pensare che fossero necessari oggetti reali per suscitare tali sentimenti. Non si rendevano conto di quanto io fossi capace di infiammarmi per esseri immaginari. Senza alcune reminiscenze della mia giovinezza e senza l’influenza di Madame d’Houdetot, gli amori che descrissi sarebbero stati, be’, solo frutto della mia fantasia. Non volli né confermare né smentire un errore che, in fin dei conti, mi era vantaggioso. Si può vedere nella prefazione a forma di dialogo che feci stampare separatamente come lasciai il pubblico nel dubbio su questo punto. I rigoristi sostengono che avrei dovuto dichiarare la verità senza mezzi termini; per me, invece, non vedo alcun motivo per farlo. E credo che una tale dichiarazione, fatta senza necessità, sarebbe stata più sciocca che onesta.
Più o meno nello stesso periodo apparve “La Pace Perpetua”; l’anno precedente avevo ceduto il manoscritto a un certo signor de Bastide, autore di un giornale chiamato “Le Monde”, nel quale voleva, a tutti i costi, inserire tutti i miei manoscritti. Il signor de Bastide conosceva il signor Duclos e venne in suo nome a sollecitarmi ad aiutarlo a riempire il giornale “Le Monde”. Aveva sentito parlare di “Julie” e voleva che la includessi nel suo giornale; voleva anche che vi inserissi “Émile”; avrebbe voluto che vi includessi anche il “Contratto Sociale”, se ne fosse stato a conoscenza. Alla fine, esasperato dalle sue insistenze, decisi di cedergli il mio “Estratto da ‘La Pace Perpetua’” in cambio di dodici luigi. L’accordo prevedeva che venisse pubblicato nel suo giornale; tuttavia, non appena ne divenne proprietario, decise di farlo stampare separatamente, con alcune modifiche richieste dal censore. Che cosa sarebbe successo se avessi incluso nel manoscritto anche la mia opinione su quest’opera. Fortunatamente non ne parlai al signor de Bastide, e il testo non fu incluso nell’accordo. Quella mia opinione è ancora in forma di manoscritto tra i miei documenti. Se mai dovesse essere pubblicata, si vedrà quanto le battute e lo spirito ironico di Voltaire su questo argomento mi abbiano fatto ridere. Io, che comprendevo perfettamente la portata delle idee politiche di quell’uomo, quando si permetteva di parlarne.
Nonostante i miei successi presso il pubblico e l’affetto delle dame, mi sentivo decadere all’interno dell’hôtel di Luxembourg: non certo accanto al Marchese, che sembrava anzi aumentare ogni giorno la sua gentilezza e le sue attenzioni verso di me, ma piuttosto accanto alla Marchesa. Da quando non avevo più nulla da leggerle, il suo appartamento mi era diventato meno accessibile; inoltre, durante i viaggi di Montmorency, anche se mi presentavo puntualmente, la vedevo raramente, quasi solo a tavola. Il mio posto accanto a lei non era nemmeno più così evidente. Poiché lei non me lo offriva più, parlava poco con me e io non avevo molto da dirle, preferivo prendere un altro posto, dove mi sentivo più a mio agio, soprattutto la sera, poiché gradualmente avevo preso l’abitudine di sedermi più vicino al Marchese.
A proposito della serata, ricordo di aver detto che non cenavo al castello, e questo era vero all’inizio del nostro rapporto; ma poiché il signor de Luxembourg non pranzava nemmeno e non si sedeva a tavola, dopo diversi mesi, ormai molto a mio agio in quella casa, non avevo ancora mai mangiato con lui. Lui ebbe la gentilezza di farme notare questo. Questo mi spinse ad andarci a cena qualche volta, quando c’era poca gente; mi trovavo molto bene, perché cenavamo quasi all’aperto, e, come si suol dire, “sul bordo del banco”. La cena non durava molto, perché ci riposavamo volentieri dopo una lunga passeggiata; era molto buona, perché il signor de Luxembourg era goloso, e molto piacevole, perché la signora de Luxembourg si occupava personalmente di prepararla in modo delizioso. Senza questa spiegazione, sarebbe difficile comprendere la fine di una lettera del signor de Luxembourg (Liasse C. n° 36), nella quale mi dice che ricorda con piacere le nostre passeggiate, soprattutto quando, tornando la sera in cortile, non trovavamo traccia delle ruote dei carri; questo perché ogni mattina si passava la rastrelliera sul sabbia del cortile per cancellare le orme lasciate dai veicoli, e io potevo così capire quante persone fossero venute nel pomeriggio.
Cette année 1761 mit le comble aux pertes continuelles que fit ce bon seigneur, depuis que j’avais l’honneur[263] de le voir : comme si les maux que me préparait la destinée eussent dû commencer par l’homme pour qui j’avais le plus d’attachement et qui en était le plus digne. La première année il perdit sa sœur, Mme la duchesse de Villeroy ; la seconde, il perdit sa fille, Mme la princesse de Robecq ; la troisième, il perdit dans le duc de Montmorency, son fils unique, et dans le comte de Luxembourg, son petit-fils, les seuls et derniers soutiens de sa branche et de son nom. Il supporta toutes ces pertes avec un courage apparent ; mais son cœur ne cessa de saigner en dedans tout le reste de sa vie, et sa santé ne fit plus que décliner. La mort imprévue et tragique de son fils dut lui être d’autant plus sensible, qu’elle arriva précisément au moment où le Roi venait de lui accorder pour son fils, et de lui promettre pour son petit-fils, la survivance de sa charge de capitaine des Gardes du corps. Il eut la douleur de voir s’éteindre peu à peu ce dernier, enfant de la plus grande espérance, et cela par l’aveugle confiance de la mère au médecin, qui fit périr ce pauvre enfant d’inanition, avec des médecines pour toute nourriture. Hélas ! si j’en eusse été cru, le grand-père et le petit-fils seraient tous deux encore en vie. Que ne dis-je point, que n’écrivis-je point à M. le Maréchal, que de représentations ne fis-je point à Mme de Montmorency, sur le régime plus qu’austère que, sur la foi de son médecin, elle faisait observer à son fils ! Mme de Luxembourg, qui pensait comme moi, ne voulait point usurper l’autorité de la mère ; M. de Luxembourg, homme doux et faible, n’aimait point à contrarier. Mme de Montmorency avait dans Bordeu une foi dont son fils finit par être la victime. Que ce pauvre enfant était aise quand il pouvait obtenir la permission de venir à Mont-Louis avec Mme de Boufflers, demander à goûter à Thérèse, et mettre quelque aliment dans son estomac affamé ! Combien je déplorais en moi-même les misères de la grandeur, quand je voyais cet unique héritier d’un si grand bien, d’un si grand nom, de tant de titres et de dignités, dévorer avec l’avidité d’un mendiant un pauvre petit morceau de pain ! Enfin, j’eus beau dire et beau faire, le médecin triompha et l’enfant mourut de faim.
La même confiance aux charlatans qui fit périr le petit-fils creusa le tombeau du grand-père, et il s’y joignit de plus la pusillanimité de vouloir se dissimuler les infirmités de l’âge. M. de Luxembourg avait eu par intervalles quelque douleur au gros doigt de pied ; il en eut une atteinte à Montmorency, qui lui donna de l’insomnie et un peu de fièvre. J’osai prononcer le mot de goutte ; Mme de Luxembourg me tança. Le valet de chambre, chirurgien de M. le Maréchal, soutint que ce n’était pas la goutte, et se mit à panser la partie souffrante avec du baume tranquille. Malheureusement la douleur se calma, et quand elle revint, on ne manqua pas d’employer le même remède qui l’avait calmée ; la constitution s’altéra, les maux augmentèrent, et les remèdes en même raison. Mme de Luxembourg, qui vit bien enfin que c’était la goutte, s’opposa à cet insensé traitement. On se cacha d’elle, et M. de Luxembourg périt par sa faute au bout de quelques années, pour avoir voulu s’obstiner à guérir. Mais n’anticipons point de si loin sur les malheurs : combien j’en ai d’autres à narrer avant celui-là !
Il est singulier avec quelle fatalité tout ce que je pouvais dire et faire semblait fait pour déplaire à Mme de Luxembourg, lors même que j’avais le plus à cœur de conserver sa bienveillance. Les afflictions que M. de Luxembourg éprouvait coup sur coup ne faisaient que m’attacher à lui davantage, et par conséquent à Mme de Luxembourg : car ils m’ont toujours paru si sincèrement unis, que les sentiments qu’on avait pour l’un s’étendaient nécessairement à l’autre. M. le Maréchal vieillissait. Son assiduité à la cour, les soins qu’elle entraînait, les chasses continuelles, la fatigue surtout du service durant son quartier, auraient demandé la vigueur d’un jeune homme, et je ne voyais plus rien qui pût soutenir la sienne dans cette carrière. Puisque ses dignités devaient être dispersées, et son nom éteint après lui, peu lui importait de continuer une vie laborieuse, dont l’objet principal avait été de ménager la faveur du prince à ses enfants. Un jour que nous n’étions que nous trois, et qu’il se plaignait des fatigues de la cour en homme que ses pertes avaient découragé, j’osai lui parler de retraite, et lui donner le conseil que Cinéas donnait à Pyrrhus ; il soupira, et ne répondit pas décisivement. Mais au premier moment où Mme de Luxembourg me vit en particulier, elle me relança vivement sur ce conseil, qui me parut l’avoir alarmée. Elle ajouta une chose dont je sentis la justesse, et qui me fit renoncer à retoucher jamais la même corde : c’est que la longue habitude de vivre à la cour devenait un vrai besoin, que c’était même en ce moment une dissipation pour M. de Luxembourg, et que la retraite que je lui conseillais serait moins un repos pour lui qu’un exil, où l’oisiveté, l’ennui, la tristesse, achèveraient bientôt de le consumer. Quoiqu’elle dût voir qu’elle m’avait persuadé, quoiqu’elle dût compter sur la promesse que je lui fis et que je lui tins, elle ne parut jamais bien tranquillisée à cet égard, et je me suis rappelé que depuis lors mes tête-à-tête avec M. le Maréchal avaient été plus rares et presque toujours interrompus.
Tandis que ma balourdise et mon guignon me nuisaient ainsi de concert auprès d’elle, les gens qu’elle voyait et qu’elle aimait le plus ne m’y servaient pas. L’abbé de Boufflers surtout, jeune homme aussi brillant qu’il soit possible de l’être, ne me parut jamais bien disposé pour moi, et, non seulement il est le seul de la société de Mme la Maréchale qui ne m’ait jamais marqué la moindre attention, mais j’ai cru m’apercevoir qu’à tous les voyages qu’il fit à Montmorency je perdais quelque chose auprès d’elle, et il est vrai que, sans même qu’il le voulût, c’était assez de sa seule présence : tant la grâce et le sel de ses gentillesses appesantissaient encore mes lourds spropositi. Les deux premières années, il n’était presque pas venu à Montmorency, et, par l’indulgence de Mme la Maréchale, je m’étais passablement soutenu : mais sitôt qu’il parut un peu de suite, je fus écrasé sans retour. J’aurais voulu me réfugier sous son aile, et faire en sorte qu’il me prît en amitié ; mais la même maussaderie qui me faisait un besoin de lui plaire m’empêcha d’y réussir, et ce que je fis pour cela maladroitement acheva de me perdre auprès de Mme la Maréchale, sans m’être utile auprès de lui. Avec autant d’esprit, il eût pu réussir à tout ; mais l’impossibilité de s’appliquer et le goût de la dissipation ne lui ont permis d’acquérir que des demi-talents en tout genre. En revanche, il en a beaucoup, et c’est tout ce qu’il faut dans le grand monde où il veut briller. Il fait très bien de petits vers, écrit très bien de petites lettres, va jouaillant un peu du cistre et barbouillant un peu de peinture au pastel. Il s’avisa de vouloir faire le portrait de Mme de Luxembourg : ce portrait était horrible. Elle prétendait qu’il ne lui ressemblait point du tout, et cela était vrai. Le traître d’abbé me consulta, et moi, comme un sot et comme un menteur, je dis que le portrait ressemblait. Je voulais cajoler l’abbé ; mais je ne cajolais pas Mme la Maréchale, qui mit ce trait sur ses registres, et l’abbé, ayant fait son coup, se moqua de moi. J’appris, par ce succès de mon tardif coup d’essai, à ne plus me mêler de vouloir flagorner et flatter malgré Minerve.
Mon talent était de dire aux hommes des vérités utiles, mais dures, avec assez d’énergie et de courage ; il fallait m’y tenir. Je n’étais point né, je ne dis pas pour flatter, mais pour louer. La maladresse des louanges que j’ai voulu donner m’a fait plus de mal que l’âpreté de mes censures. J’en ai à citer ici un exemple si terrible, que ses suites ont non seulement fait ma destinée pour le reste de ma vie, mais décideront peut-être de ma réputation dans toute la postérité.
In the year 1761, these continuous losses inflicted upon this kind gentleman reached their pinnacle since I had the honor of knowing him—as if all the misfortunes that fate had in store for me were destined to begin with the man whom I held in the highest regard and who was most worthy of such suffering. In the first year, he lost his sister, Madame the Duchess of Villeroy; in the second, his daughter, Madame the Princess of Robecq; in the third, he lost his only son, the Duke of Montmorency, and his grandson, the Count of Luxembourg—these being the last remaining supports for his lineage and his name. He endured all these losses with apparent courage; yet, deep within his heart, the pain never ceased throughout the rest of his life, and his health steadily declined. The sudden and tragic death of his son was all the more heartbreaking for him, coming at exactly the moment when the King had just granted his son the right to inherit his position as Captain of the Guards of the Body, and promised his grandson the same privilege. He had the agony of watching this last descendant of such illustrious hopes slowly fade away—due to the mother’s blind trust in a doctor who caused the poor child’s death through starvation, using medicine as his only nourishment. Alas! If only my advice had been heeded, both grandfather and grandson would still be alive today. How many times did I not write to Marshal de Montmorency, how many appeals did I not make to Madame de Montmorency regarding the extremely harsh diet her son was forced to follow at the doctor’s insistence! Madame de Luxembourg, who shared my concerns, refused to override the mother’s authority; and Monsieur de Montmorency, a gentle and weak man, disliked to oppose her wishes. Madame de Montmorency’s faith in the doctor in Bordeaux ultimately proved fatal to her son. How pitiable it was to see this sole heir to such great wealth, fame, titles, and honors reduced to begging for a meager piece of bread! Despite all my efforts, the doctor prevailed, and the child died of starvation.
The same trust in charlatans that led to the death of the grandson also dug the grave for the grandfather; moreover, there was the added weakness of attempting to conceal the infirmities associated with old age. Mr. de Luxembourg occasionally experienced some pain in his big toe; this pain recurred at Montmorency, causing him insomnia and a slight fever. I dared to mention the possibility of gout, but Madame de Luxembourg reprimanded me. The valet de chambre, who was also the marshal’s surgeon, insisted that it was not gout and began treating the affected area with some soothing balm. Unfortunately, the pain did subside; when it returned, the same remedy was once again used—only for things to worsen further. Eventually, Madame de Luxembourg realized that it was indeed gout and opposed this foolish treatment. People concealed the truth from her, and Mr. de Luxembourg died as a result of their actions, having stubbornly insisted on curing himself. But let us not rush so far ahead in recounting these misfortunes: I have many more stories to tell before reaching that one!
It was peculiar how fate seemed to ensure that everything I said and did seemed destined to offend Madame de Luxembourg, even when my greatest desire was to win her favor. The successive misfortunes that Monsieur de Luxembourg endured only made me feel more bound to him—and consequently, more bound to Madame de Luxembourg as well; for I always believed they were truly united in their feelings, and that what one felt for one of them necessarily extended to the other. The Marshal was growing older. His constant attendance at court, the duties it entailed, the continuous hunting, and especially the exhausting responsibilities of his military service required the vigor of a young man; I saw no longer anything that could sustain him in such a career. Since his titles were about to be stripped away and his name would soon disappear after him, it mattered little whether he continued a life of hard work whose main purpose had always been to secure the favor of the prince for his children. One day, when we were alone and he complained about the hardships of court life in a manner that revealed how disheartened he was by his losses, I dared to suggest to him the idea of retiring and offered him the same advice that Cinéas had given Pyrrhus. He sighed but did not give a definite answer. However, as soon as Madame de Luxembourg saw me alone, she immediately brought up this subject again, and it seemed clear that her concern was genuine. She added something that I found entirely reasonable and made me decide never to mention retiring again: the long habit of living at court had become an actual necessity for Monsieur de Luxembourg; in fact, it was more like a source of distraction for him now. Retiring, as I suggested, would mean for him less rest than exile, where idleness, boredom, and sorrow would surely soon destroy him. Although she must have seen that I had convinced her, and although she could rely on the promise I made her—which I kept—she never seemed truly at ease about this matter. I remember that from then on, my private conversations with the Marshal became rarer and were almost always interrupted.
While my clumsiness and misfortune jointly caused her to treat me in such a way, the people she saw and loved the most were of no help to me. In particular, Abbé de Boufflers—a young man as brilliant as one could possibly be—never seemed to have any favorable opinion of me. Not only was he the only person in Madame la Maréchale’s circle who never showed me the slightest attention, but I also noticed that whenever he visited Montmorency, my influence over her seemed to diminish. Indeed, without even his intention, merely his presence was enough to undermine my efforts—such was the power of the charm and wit of his manners to weigh down my own ineptitude. In the first two years after his arrival at Montmorency, he hardly ever came there, and thanks to Madame la Maréchale’s indulgence, I managed to get by fairly well. But as soon as he began to visit more frequently, I was utterly overwhelmed. I would have wished to seek refuge under his protection and try to win his friendship, but the very same stubbornness that made me eager to please him prevented me from succeeding. My clumsy attempts only served to further alienate me from Madame la Maréchale, without bringing any benefit to him. With such intelligence as he possessed, he could have achieved anything if he had put in the effort; but his lack of diligence and his fondness for frivolous pursuits meant that he only acquired superficial talents in various fields. Nevertheless, he did possess many genuine abilities—and that was precisely what was needed in the high society where he sought to shine. He was quite skilled at writing short verses and letters, and he dabbled in playing the cistre and painting in pastel. He even tried to paint a portrait of Madame de Luxembourg, but the result was terrible. She claimed it bore no resemblance to her at all—and indeed it did not. The treacherous Abbé sought my opinion, and I, foolishly and deceitfully, said that the portrait was similar. I wanted to please the abbé, but I failed to win over Madame la Maréchale, who recorded this against me. Once his attempt had succeeded, he mocked me for it. This unfortunate experience taught me never again to try to flatter or impress her despite my efforts.
My talent lay in telling men useful but harsh truths, with enough energy and courage; I had to stick to it. I was not born for flattery—not that I mean to praise myself here—but to speak truthfully. However, the inept way in which I tried to offer my compliments did me more harm than the severity of my criticisms. Here is an example so terrible that its consequences not only shaped my fate for the rest of my life but may also determine my reputation throughout future generations.
Quell’anno, il 1761, rappresentò la massima delle perdite continue che quel nobile signore aveva subito da quando avevo l’onore di conoscerlo: sembrava che i mali che il destino mi riservava dovessero iniziare proprio dall’uomo per cui provavo il maggior affetto e che ne era il più degno. Nel primo anno perse sua sorella, la duchessa di Villeroy; nel secondo, sua figlia, la principessa di Robecq; nel terzo, perse nel duca di Montmorency suo unico figlio, e nel conte di Luxembourg suo nipote, gli ultimi sostegni della sua casata e del suo nome. Affrontò tutte queste perdite con apparente coraggio; ma il suo cuore continuò a sanguinare per il resto della sua vita, e la sua salute peggiorò sempre di più. La morte improvvisa e tragica di suo figlio dovette essere ancora più dolorosa per lui, poiché avvenne proprio nel momento in cui il Re gli aveva concesso per suo figlio, e promesso per suo nipote, la continuazione della carica di capitano delle Guardie del corpo. Fu costretto a assistere, impotente, alla lenta agonia di quel povero bambino, portatore di tante grandi speranze. Ma fu proprio la cieca fiducia della madre nel medico a causarne la morte: il piccolo morì di inedia, nutrito soltanto con medicine. Ahimè! Se solo mi fossero stati ascoltati i miei consigli. Il nonno e il nipote sarebbero ancora vivi oggi. Quante volte ho scritto al maresciallo, quante volte ho supplicato la signora di Montmorency di modificare quel regime estremamente rigido che seguiva le indicazioni del suo medico. La signora di Luxembourg, che la pensava come me, non voleva usurpare l’autorità della madre; il conte di Montmorency, uomo mite e debole, non amava contrariarla. Ma fu proprio quel regime estremo a causare la morte del povero bambino. Quanto mi addoloravo nel vedere come quell’unico erede di tanta ricchezza, di tanto prestigio, di tanti titoli e onori, fosse costretto a sopravvivere con pochissimo cibo. Alla fine, nonostante i miei sforzi, il medico prevalse e il bambino morì di fame.
La stessa fiducia nei ciarlatani che causò la morte del nipote scavò anche la tomba del nonno; inoltre, vi si aggiunse la pusillanimità di volersi nascondere le infermità legate all’età. Il signor di Lussemburgo aveva occasionalmente qualche dolore al dito grosso del piede; a Montmorency ebbe un attacco simile, che gli causò insonnia e una leggera febbre. Osai menzionare la parola “ gotta”; la signora di Lussemburgo mi rimproverò aspramente. Il cameriere personale del maresciallo, che era anche chirurgo, affermò che non si trattava di gotta e iniziò a curare la parte dolorante con un balsamo tranquillo. Sfortunatamente il dolore diminuì; quando tornò, si continuò ad utilizzare lo stesso rimedio; la salute del signor di Lussemburgo peggiorò, i sintomi aumentarono, e così fecero anche i trattamenti. Alla fine, la signora di Lussemburgo capì che si trattava davvero di gotta e si oppose a quel trattamento insensato. Si nascose le cose da lei, e il signor di Lussemburgo morì a causa sua, dopo alcuni anni, per essersi ostinato a voler guarire. Ma non anticipiamo troppo i disastri: ne ho ancora molti altri da raccontare prima di arrivare a questo!
È strano come, nonostante tutto ciò che potevo dire e fare sembrasse destinato a dispiacere alla signora di Lussemburgo, io avessi proprio il più grande desiderio di conservare la sua benevolenza. Le sofferenze che il signor di Lussemburgo subiva uno dopo l’altro non facevano altro che legarmi ancora di più a lui, e di conseguenza anche alla signora di Lussemburgo: poiché mi sembravano sempre sinceramente uniti, i sentimenti provati per l’uno dovevano necessariamente estendersi anche all’altro. Il maresciallo invecchiava; la sua assiduità alla corte, le cure che ciò comportava, le continue battute di caccia e soprattutto la fatica derivante dal servizio durante i suoi incarichi avrebbero richiesto la forza di un giovane. Non vedevo più nulla che potesse permettergli di continuare in quella carriera. Poiché le sue dignità stavano per essere disperse e il suo nome sarebbe scomparso dopo di lui, non gli importava più molto continuare una vita faticosa il cui scopo principale era sempre stato quello di mantenere la favore del principe nei confronti dei suoi figli. Un giorno, quando eravamo solo noi tre e lui si lamentava delle fatiche della corte come un uomo che le sue perdite avevano scoraggiato, osai parlargli di ritiro e gli diedi il consiglio che Cinéa aveva dato a Pirro. Sospirò, ma non rispose in modo deciso. Tuttavia, non appena la signora di Lussemburgo mi vide da sola, riprese immediatamente l’argomento, e sembrava davvero preoccupata per quel consiglio. Aggiunse anche qualcosa che riconobbi come giusto. E questo mi fece rinunciare per sempre all’idea di insistere su quell’argomento: la lunga abitudine di vivere alla corte era ormai diventata una vera necessità per il signor di Lussemburgo. Anzi, in quel momento rappresentava addirittura una fonte di distrazione per lui. Il ritiro che gli consigliavo sarebbe stato meno un riposo per lui che un esilio, dove l’ozio, la noia e la tristezza lo avrebbero presto consumato. Anche se dovette capire che ero riuscito a convincerla, anche se poteva contare sulla promessa che le feci e che mantenni, non sembrò mai davvero tranquilla al riguardo. E ricordo che da allora i nostri incontri in privato divennero sempre più rari, e quasi sempre interrotti.
Mentre la mia goffaggine e la mia sfortuna mi danneggiavano insieme ai suoi occhi, le persone che lei vedeva e amava di più non mi erano d’aiuto. In particolare l’abate de Boufflers, giovane quanto si possa essere brillanti, non sembrò mai avere una buona opinione di me; non solo fu l’unico nella compagnia della Marchesa a non prestarmi la minima attenzione, ma credetti anche di notare che, in tutte le volte in cui andava a Montmorency, perdevo un po’ del suo favore. È vero che, anche senza che lui lo volesse, la sola sua presenza era sufficiente: la grazia e il fascino delle sue maniere rendevano ancora più evidenti i miei errori e le mie goffaggini. Nei primi due anni, quasi non veniva a Montmorency; grazie alla tolleranza della Marchesa, riuscivo a cavarmela abbastanza bene. Ma non appena iniziò ad andarci di nuovo, fui completamente sopraffatto. Avrei voluto rifugiarmi sotto la sua protezione e cercare di guadagnarmi la sua amicizia; ma proprio quella stessa cattiva disposizione che mi spingeva a desiderare il suo favore mi impedì di riuscirci. E tutto ciò che cercai di fare in questo senso, in modo goffo e maldestro, finì solo per farmi perdere del tutto il suo rispetto, senza portarmi alcun vantaggio nei suoi confronti. Con tanto ingegno, avrebbe potuto riuscire in tutto. Ma l’incapacità di concentrarsi e la passione per le distrazioni gli impedirono di sviluppare veri talenti in qualsiasi campo. Tuttavia ne possiede molti. E questo è proprio ciò che serve nel grande mondo in cui vuole brillare. Sa scrivere versi piacevoli, lettere eleganti; suona un po’ il cistro e disegna con il pastello. Decise di tentare di dipingere il ritratto di Madame de Luxembourg. Ma il risultato fu orribile. Lei sosteneva che non le assomigliasse affatto. E aveva ragione. Quell’abate traditore mi consultò. E io, come uno sciocco e un bugiardo, dissi che il ritratto le assomigliava. Volevo compiacere l’abate. Ma non riuscii a compiacere la Marchesa, che registrò questa mia affermazione nei suoi “registri”. E l’abate, una volta ottenuto ciò che voleva, si prese gioco di me. Da quel fallimento nel mio tentativo tardivo, imparai a non cercare più di lodare o adulare nessuno, nonostante i miei sforzi.
Il mio talento consisteva nel dire agli uomini verità utili, ma dure, con sufficiente energia e coraggio; dovevo attenermi a questo compito. Non sono nato per lusingare, ma per lodare. L’inadeguatezza delle lodi che ho cercato di offrire mi ha causato più dolore dell’asprezza delle mie critiche. Qui posso citare un esempio così terribile che le sue conseguenze non solo hanno determinato il corso della mia vita, ma potrebbero anche influenzare la mia reputazione in tutta la posterità.
Durant les voyages de Montmorency, M. de Choiseul venait quelquefois souper au château. Il y vint un jour que j’en sortais. On parla de moi. M. de Luxembourg lui conta mon histoire de Venise avec M. de Montaigu. M. de Choiseul dit que c’était dommage que j’eusse abandonné cette carrière, et que si j’y voulais rentrer il ne demandait pas mieux que de m’occuper. M. de Luxembourg me redit cela ; j’y fus d’autant plus sensible, que je n’avais pas accoutumé d’être[264] gâté par les ministres ; et il n’est pas sûr que, malgré mes résolutions, si ma santé m’eût permis d’y songer, j’eusse évité d’en faire de nouveau la folie. L’ambition n’eut jamais chez moi que les courts intervalles où toute autre passion me laissait libre, mais un de ces intervalles eût suffi pour me rengager. Cette bonne intention de M. de Choiseul, m’affectionnant à lui, accrut l’estime que, sur quelques opérations de son ministère, j’avais conçue pour ses talents, et le Pacte de famille, en particulier, me parut annoncer un homme d’État du premier ordre. Il gagnait encore dans mon esprit au peu de cas que je faisais de ses prédécesseurs, sans excepter Mme de Pompadour, que je regardais comme une façon de premier ministre, et quand le bruit courut que, d’elle ou de lui, l’un des deux expulserait l’autre, je crus faire des vœux pour la gloire de la France en en faisant pour que M. de Choiseul triomphât. Je m’étais senti de tout temps pour Mme de Pompadour de l’antipathie, même quand, avant sa fortune, je l’avais vue chez Mme de la Poplinière, portant encore le nom de Mme d’Étioles. Depuis lors, j’avais été mécontent de son silence au sujet de Diderot, et de tous ses procédés par rapport à moi, tant au sujet des Fêtes de Ramire et des Muses galantes, qu’au sujet du Devin du village, qui ne m’avait valu, dans aucun genre de produit, des avantages proportionnés à ses succès, et, dans toutes les occasions, je l’avais toujours trouvée très peu disposée à m’obliger, ce qui n’empêcha pas le chevalier de Lorenzi de me proposer de faire quelque chose à la louange de cette dame, en m’insinuant que cela pourrait m’être utile. Cette proposition m’indigna d’autant plus, que je vis bien qu’il ne la faisait pas de son chef ; sachant que cet homme, nul par lui-même, ne pense et n’agit que par l’impulsion d’autrui. Je sais trop peu me contraindre pour avoir pu lui cacher mon dédain pour sa proposition, ni à personne mon peu de penchant pour la favorite ; elle le connaissait, j’en étais sûr, et tout cela mêlait mon intérêt propre à mon inclination naturelle, dans les vœux que je faisais pour M. de Choiseul. Prévenu d’estime pour ses talents, qui étaient tout ce que je connaissais de lui, plein de reconnaissance pour sa bonne volonté, ignorant d’ailleurs totalement dans ma retraite ses goûts et sa manière de vivre, je le regardais d’avance comme le vengeur du public et le mien, et mettant alors la dernière main au Contrat social, j’y marquai, dans un seul trait, ce que je pensais des précédents ministères, et de celui qui commençait à les éclipser. Je manquai, dans cette occasion, à ma plus constante maxime, et de plus, je ne songeai pas que, quand on veut louer ou blâmer fortement dans un même article, sans nommer les gens, il faut tellement approprier la louange à ceux qu’elle regarde, que le plus ombrageux amour-propre ne puisse y trouver de quiproquo. J’étais là-dessus dans une si folle sécurité qu’il ne me vint pas même à l’esprit que quelqu’un pût prendre le change. On verra bientôt si j’eus raison.
Une de mes chances était d’avoir toujours dans mes liaisons des femmes auteurs. Je croyais au moins, parmi les grands, éviter cette chance. Point du tout : elle m’y suivit encore. Mme de Luxembourg ne fut pourtant jamais, que je sache, atteinte de cette manie ; mais Mme la comtesse de Boufflers le fut. Elle fit une tragédie en prose, qui fut d’abord lue, promenée, et prônée dans la société de M. le prince de Conti, et sur laquelle, non contente de tant d’éloges, elle voulut aussi me consulter pour avoir le mien. Elle l’eut, mais modéré, tel que le méritait l’ouvrage. Elle eut, de plus, l’avertissement, que je crus lui devoir, que sa pièce, intitulée L’Esclave généreux, avait un très grand rapport à une pièce anglaise assez peu connue, mais pourtant traduite, intitulée Oroonoko. Mme de Boufflers me remercia de l’avis, en m’assurant toutefois que sa pièce ne ressemblait point du tout à l’autre. Je n’ai jamais parlé de ce plagiat à personne au monde qu’à elle seule, et cela pour remplir un devoir qu’elle m’avait imposé ; cela ne m’a pas empêché de me rappeler souvent depuis lors le sort de celui que remplit Gil Blas près de l’Évêque prédicateur.
Outre l’abbé de Boufflers, qui ne m’aimait pas, outre Mme de Boufflers, auprès de laquelle j’avais des torts que jamais les femmes ni les auteurs ne pardonnent, tous les autres amis de Mme la Maréchale m’ont toujours paru peu disposés à être des miens, entre autres M. le président Hénault, lequel, enrôlé parmi les auteurs, n’était pas exempt de leurs défauts ; entre autres aussi Mme du Deffand et Mlle de Lespinasse, toutes deux en grande liaison avec Voltaire, et intimes amies de d’Alembert, avec lequel la dernière a même fini par vivre, s’entend en tout bien et en tout honneur, et cela ne peut même s’entendre autrement. J’avais d’abord commencé par m’intéresser fort à Mme du Deffand, que la perte de ses yeux faisait aux miens un objet de commisération ; mais sa manière de vivre, si contraire à la mienne, que l’heure du lever de l’un était presque celle du coucher de l’autre ; sa passion sans bornes pour le petit bel esprit, l’importance qu’elle donnait, soit en bien, soit en mal, aux moindres torche-culs qui paraissaient ; le despotisme et l’emportement de ses oracles, son engouement outré pour ou contre toutes choses, qui ne lui permettait de parler de rien qu’avec des convulsions ; ses préjugés incroyables, son invincible obstination, l’enthousiasme de déraison où la portait l’opiniâtreté de ses jugements passionnés ; tout cela me rebuta bientôt des soins que je voulais lui rendre ; je la négligeai ; elle s’en aperçut : c’en fut assez pour la mettre en fureur, et quoique je sentisse assez combien une femme de ce caractère pouvait être à craindre, j’aimai mieux encore m’exposer au fléau de sa haine qu’à celui de son amitié.
During Montmorency’s travels, Monsieur de Choiseul would sometimes come to dine at the château. One day when I was leaving there, they talked about me. Monsieur de Luxembourg recounted my story in Venice involving Monsieur de Montaigu. Monsieur de Choiseul said it was a pity that I had given up that career, and that if I wished to return to it, he would be more than happy to assist me. Monsieur de Luxembourg repeated this to me, and I took it all the more seriously because I was not accustomed to being fawned over by ministers. Moreover, despite my resolve, I’m not sure that, if my health had permitted, I would have avoided embarking on such a course again. Ambition had never occupied much of my mind except during those brief periods when other passions allowed me some freedom; yet even one such interval might have been enough to lead me back into that path. Monsieur de Choiseul’s kind intentions, which made him fond of me, only deepened my respect for his abilities, especially in light of some of the policies he implemented as minister. In particular, the Family Pact seemed to indicate that he was a statesman of the first order. His reputation also benefited from my low opinion of his predecessors—except for Madame de Pompadour, whom I regarded merely as a form of prime minister. When rumors began circulating that either she or he would expel the other, I prayed for Monsieur de Choiseul’s success, seeing it as beneficial to France’s glory. I had always felt antipathy toward Madame de Pompadour; even before her rise to power, when I had seen her at Madame de la Poplinière’s house under the name of Madame d’Étioles, I had disapproved of her. Later, I was dissatisfied with her silence regarding Diderot and with all her dealings toward me—whether it involved the “Fêtes de Ramire” and “Muses galantes” or the “Devin du village.” None of these endeavors brought me any tangible benefits in return for her successes. On every occasion, I found her utterly unwilling to help me. Nevertheless, the Knight de Lorenzi suggested that I might write something in praise of this lady, implying that it could be useful to me. This proposal angered me all the more because I realized he was not making it out of his own initiative but at someone else’s instigation. Knowing how little I could restrain myself, I couldn’t hide my disdain for his suggestion, nor could I conceal my lack of interest in the favorite. She must have been aware of this, and all these factors combined—my personal interests, my natural inclination, and my support for Monsieur de Choiseul—to shape my feelings toward her. Having been informed of his talents—which were all I knew about him—and filled with gratitude for his good will, since I was entirely ignorant of his tastes and way of living in my retirement, I regarded him in advance as the avenger of the public and also of myself. As I was finalizing the Social Contract, I wrote down in a single passage what I thought of previous ministries—and of the one that was beginning to overshadow them all. On this occasion, I failed to adhere to my most constant principle. Moreover, I did not consider that when one wishes to express strong praise or criticism in the same article without naming specific individuals, it is essential to tailor the praise precisely to those to whom it refers, so as to prevent even the most sensitive self-esteem from misunderstanding it. I was so utterly confident in this regard that I never even thought anyone might misunderstand my intentions. We will soon see whether I was right.
One of my advantages was that I always had women writers among my acquaintances. At least, I thought, I could avoid this particular trouble among the more prominent figures. But not at all; it followed me even then. As far as I know, Madame de Luxembourg was never afflicted by this habit; but Countess de Boufflers was. She wrote a tragedy in prose which was first read, discussed, and praised in the society of Prince de Conti. Not content with all these praises, she also wanted my opinion on it. She got it—but a moderate one, appropriate to the work itself. Moreover, I gave her what I believed to be a useful warning: her play, titled L’Esclave généreux, bore a very strong resemblance to an English play that was rather little known but had nevertheless been translated, called Oroonoko. Madame de Boufflers thanked me for this advice, though she assured me that her play was in no way similar to the other. I never mentioned this plagiarism to anyone but her—only because I felt it was my duty to do so, a duty she had imposed upon me. Nevertheless, ever since, I often thought of the fate of that person who played the role of Gil Blas near the preaching Bishop.
Apart from Abbé de Boufflers, who did not like me, and apart from Madame de Boufflers, toward whom I had committed offenses that neither women nor writers ever forgive, all the other friends of Madame la Maréchale never seemed particularly inclined to befriend me. Among them was Mr. President Hénault, who, though included among the writers, was not exempt from their shortcomings; likewise, Madame du Deffand and Mademoiselle de Lespinasse—both in close association with Voltaire and intimate friends of d’Alembert (with whom the latter eventually came to live together)—also held views that were quite different from mine. At first, I took a great interest in Madame du Deffand, whose blindness inspired my sympathy; but her way of living was so utterly contrary to my own that the time when one of us would get up was almost the same time the other went to bed. Her boundless passion for frivolous wit, the importance she attached to the most trivial matters, whether good or bad, the despotic and arrogant manner in which she expressed her opinions, her extreme enthusiasm for or against everything, which often manifested itself in violent outbursts, and her incredible prejudices and unyielding obstinacy—all these factors soon made it impossible for me to continue maintaining my interest in her. I began to neglect her, and when she realized this, it enraged her. Although I was well aware of how dangerous a woman of such character could be, I would rather face the scourge of her hatred than the torment of her friendship.
Durante i viaggi di Montmorency, il signor de Choiseul veniva talvolta a cena al castello. Un giorno ci tornò mentre ne stavo uscendo. Si parlò di me; il signor de Luxembourg gli raccontò la mia storia a Venezia con il signor de Montaigu. Il signor de Choiseul disse che era un peccato che avessi abbandonato quella carriera e che, se volessi tornarvi, lui sarebbe stato più che felice di occuparsi di me. Il signor de Luxembourg mi riferì queste parole; ne fui ancora più sensibile, poiché non ero abituato ad essere viziato dai ministri. E non è certo che, nonostante le mie risoluzioni, se la mia salute me lo avesse permesso, avrei evitato di commettere nuovamente quell’errore. L’ambizione, in me, esisteva soltanto nei brevi momenti in cui nessun’altra passione mi assorbiva. Ma uno solo di quei momenti sarebbe stato sufficiente per farmi ricadere nella stessa follia. Quella buona intenzione del signor de Choiseul, che mi dimostrava affetto, aumentò ancora di più l’ammirazione che già provavo per i suoi talenti, nonostante alcune delle sue iniziative come ministro. In particolare, il “Patto di famiglia” sembrava preannunciare la nascita di un statista di prim’ordine. Il suo valore aumentava anche nel mio giudizio, considerando quanto poco apprezzassi i suoi predecessori. A parte Madame de Pompadour, che consideravo soltanto una sorta di primo ministro. Quando si diffuse la voce che uno dei due avrebbe espulso l’altro, sperai nella gloria della Francia se il signor de Choiseul avesse vinto. Fin da sempre provavo antipatia per Madame de Pompadour. Anche quando, prima della sua ascesa al potere, la vedevo a casa di Madame de la Poplinière, ancora con il nome di Madame d’Étioles. Da allora ero rimasto insoddisfatto del suo silenzio riguardo a Diderot, e di tutti i suoi comportamenti nei miei confronti. Sia per quanto riguardava le “Feste di Ramire” e le “Muse galanti”, sia per il “Devin du village”. Che non mi aveva mai portato benefici adeguati ai suoi successi. In tutte le occasioni, l’avevo sempre trovata molto poco disposta ad aiutarmi. Ma questo non impedì al cavaliere de Lorenzi di propormi di scrivere qualcosa in lode di quella signora, insinuando che ciò potesse essermi utile. Questa proposta mi indignò ancora di più. Poiché capii chiaramente che non veniva da lui stesso. Sapendo che quell’uomo, insignificante di per sé, pensava e agiva soltanto su istigazione altrui. Conoscevo troppo poco me stesso per riuscire a nascondere il mio disprezzo per quella proposta. E nessuno poteva ignorare quanto poco mi interessasse quella favorita. Lei lo sapeva, ne ero certo. E tutto ciò mescolava i miei interessi personali con la mia naturale inclinazione. Nei desideri che nutrivo per il signor de Choiseul. Avendo notizia dei suoi talenti, che erano tutto ciò che conoscevo di lui, e sentendomi profondamente grato per la sua buona volontà – essendo inoltre del tutto all’oscuro, nella mia ritirata, dei suoi gusti e del suo modo di vivere – lo consideravo già in anticipo come il vendicatore del pubblico e anche del mio. Così, mentre davo gli ultimi tocchi al Contratto sociale, vi scrissi, con un solo tratto, ciò che pensavo dei precedenti ministeri e di quello che stava per iniziarne a eclissare l’influenza. In quell’occasione, però, trasgredii alla mia massima costante; inoltre, non considerai che, quando si vuole lodare o criticare aspramente qualcuno in un unico testo senza menzionarne il nome, è necessario adattare perfettamente la lode a coloro a cui essa si riferisce, affinché nemmeno il più suscettibile orgoglio possa fraintenderla. Ero così sicuro di me stesso che non mi venne nemmeno in mente che qualcuno potesse fraintendere le mie parole. Vedremo presto se avevo ragione.
Una delle mie opportunità era quella di avere sempre, tra le persone che conoscevo, donne scrittrici. Almeno credevo di poter evitare questa opportunità tra le persone di rilievo. Niente affatto: mi ha seguito ancora una volta. La signora di Lussemburgo, però, che io sappia, non ebbe mai questa mania; ma la contessa di Boufflers sì. Scrisse una tragedia in prosa che fu prima letta, discussa e lodata nella società del principe di Conti. E, non contenta di tutti questi elogi, volle anche chiedere il mio parere. Lo ottenne, ma un parere moderato, tale da essere degno dell’opera stessa. Ricevette inoltre il consiglio, che ritenni doverle dare, che la sua pièce, intitolata “L’Esclave generoso”, aveva molte somiglianze con un’opera inglese poco conosciuta ma comunque tradotta, intitolata “Oroonoko”. La contessa di Boufflers mi ringraziò per questo consiglio, assicurandomi tuttavia che la sua pièce non assomigliasse affatto all’altra. Non ho mai parlato di questo plagio con nessuno al mondo, se non con lei sola. E lo feci soltanto per adempiere a un dovere che ella mi aveva imposto. Questo non mi ha impedito, però, di ricordare spesso, da allora in poi, il destino di colui che Gil Blas svolge vicino al vescovo predicante.
Oltre all’abate di Boufflers, che non mi amava, e oltre a Madame de Boufflers, verso la quale avevo commesso errori che né le donne né gli scrittori perdonano mai, tutti gli altri amici di Madame la Maréchale mi sono sempre sembrati poco disposti ad essere i miei. Tra questi c’era soprattutto il signor presidente Hénault, che, pur essendo considerato uno scrittore, non era esente dai difetti tipici degli scrittori; così come Madame du Deffand e Mademoiselle de Lespinasse, entrambe in stretti rapporti con Voltaire e amiche intime di d’Alembert, con la quale quest’ultima finì persino per convivere. Si comportavano sempre in modo onesto e rispettabile, e non poteva essere altrimenti. All’inizio mi ero molto interessata a Madame du Deffand, la cui cecità suscitava in me compassione; ma il suo stile di vita, così diverso dal mio – con orari di risveglio quasi opposti ai miei –, la sua passione smisurata per le cose frivole e banali, l’importanza che attribuiva, sia nel bene che nel male, alle più insignificanti sciocchezze; il suo dispotismo e la sua prepotenza nel dare giudizi, il suo eccessivo entusiasmo per qualsiasi argomento, che le impediva di parlare di altro se non con grande fervore; i suoi incredibili pregiudizi, la sua ostinazione invincibile. Tutto ciò mi fece presto perdere interesse per lei; iniziai a trascurarla, e lei se ne accorse. Questo fu sufficiente per farla infuriare; e anche se sapevo bene quanto potesse essere pericolosa una donna del genere, preferii correre il rischio della sua odio che quello della sua amicizia.
Ce n’était pas assez d’avoir si peu d’amis dans la société de Mme de Luxembourg, si je n’avais des ennemis dans sa famille. Je n’en eus qu’un, mais qui, par la position où je me trouve aujourd’hui, en vaut cent. Ce n’était assurément pas M. le duc de Villeroy, son frère ; car non seulement il m’était venu voir, mais il m’avait invité plusieurs fois d’aller à Villeroy, et comme j’avais répondu à cette invitation avec autant de respect et d’honnêteté qu’il m’avait été possible, partant de cette réponse vague comme d’un consentement, il avait arrangé avec M. et Mme de Luxembourg un voyage d’une quinzaine de jours dont je devais être, et qui me fut proposé. Comme les soins qu’exigeait ma santé ne me permettaient pas alors de me déplacer sans risque, je priai M. de Luxembourg de vouloir bien me dégager. On peut voir par sa réponse (Liasse D. n° 3) que cela se fit de la meilleure grâce du monde, et M. le duc de Villeroy ne m’en témoigna pas moins de bonté qu’auparavant. Son neveu et son héritier, le jeune marquis de Villeroy, ne participa pas à la bienveillance dont m’honorait son oncle, ni aussi, je l’avoue, au respect que j’avais pour lui. Ses airs éventés me le rendirent insupportable, et mon air froid m’attira son aversion. Il fit même un soir à table, une incartade dont je me tirai mal, parce que je suis bête, sans aucune présence d’esprit, et que la colère, au lieu d’aiguiser le peu que j’en ai, me l’ôte. J’avais un chien qu’on m’avait donné tout jeune, presque à mon arrivée à l’Ermitage, et que j’avais alors appelé Duc. Ce chien, non beau, mais rare en son espèce, duquel j’avais fait mon compagnon, mon ami, et qui certainement méritait mieux ce titre que la plupart de ceux qui l’ont pris, était devenu célèbre au château de Montmorency, par son naturel aimant, sensible, et par l’attachement que nous avions l’un pour l’autre ; mais par une pusillanimité fort sotte, j’avais changé son nom en celui de Turc, comme s’il n’y avait pas des multitudes de chiens qui s’appellent Marquis, sans qu’aucun marquis s’en fâche. Le marquis de Villeroy, qui sut ce changement de nom, me poussa tellement là-dessus, que je fus obligé de conter en pleine table ce que j’avais fait. Ce qu’il y avait d’offensant pour le nom de duc, dans cette histoire, n’était pas tant de le lui avoir donné que[265] de le lui avoir ôté. Le pis fut qu’il y avait là plusieurs ducs ; M. de Luxembourg l’était, son fils l’était. Le marquis de Villeroy, fait pour le devenir, et qui l’est aujourd’hui, jouit avec une cruelle joie de l’embarras où il m’avait mis, et de l’effet qu’avait produit cet embarras. On m’assura le lendemain que sa tante l’avait très vivement tancé là-dessus, et l’on peut juger si cette réprimande, en la supposant réelle, a dû beaucoup raccommoder mes affaires auprès de lui.
Je n’avais pour appui contre tout cela, tant à l’Hôtel de Luxembourg qu’au Temple, que le seul chevalier de Lorenzi, qui fit profession d’être mon ami ; mais il l’était encore plus de d’Alembert, à l’ombre duquel il passait chez les femmes pour un grand géomètre. Il était d’ailleurs le sigisbée, ou plutôt le complaisant de Mme la comtesse de Boufflers, très amie elle-même de d’Alembert, et le chevalier de Lorenzi n’avait d’existence et ne pensait que par elle. Ainsi, loin que j’eusse au dehors quelque contrepoids à mon ineptie pour me soutenir auprès de Mme de Luxembourg, tout ce qui l’approchait semblait concourir à me nuire dans son esprit. Cependant, outre l’Émile dont elle avait voulu se charger, elle me donna dans le même temps une autre marque d’intérêt et de bienveillance, qui me fit croire que, même en s’ennuyant de moi, elle me conservait et me conserverait toujours l’amitié qu’elle m’avait tant de fois promise pour toute la vie.
Sitôt que j’avais cru pouvoir compter sur ce sentiment de sa part, j’avais commencé par soulager mon cœur auprès d’elle de l’aveu de toutes mes fautes ; ayant pour maxime inviolable, avec mes amis, de me montrer à leurs yeux exactement tel que je suis, ni meilleur, ni pire. Je lui avais déclaré mes liaisons avec Thérèse, et tout ce qui en avait résulté, sans omettre de quelle façon j’avais disposé de mes enfants. Elle avait reçu mes confessions très bien, trop bien même, en m’épargnant les censures que je méritais, et, ce qui m’émut surtout vivement, fut de voir les bontés qu’elle prodiguait à Thérèse, lui faisant de petits cadeaux, l’envoyant chercher, l’exhortant à l’aller voir, la recevant avec cent caresses, et l’embrassant très souvent devant tout le monde. Cette pauvre tille était dans des transports de joie et de reconnaissance qu’assurément je partageais bien ; les amitiés dont M. et Mme de Luxembourg me comblaient en elle me touchant bien plus vivement encore que celles qu’ils me faisaient directement.
Pendant assez longtemps les choses en restèrent là ; mais enfin Mme la Maréchale poussa la bonté jusqu’à vouloir retirer un de mes enfants. Elle savait que j’avais fait mettre un chiffre dans les langes de l’aîné ; elle me demanda le double de ce chiffre, je le lui donnai. Elle employa pour cette recherche La Roche, son valet de chambre et son homme de confiance, qui fit de vaines perquisitions, et ne trouva rien, quoique au bout de douze ou quatorze ans seulement, si les registres des Enfants-Trouvés étaient bien en ordre, ou que la recherche eût été bien faite, ce chiffre n’eût pas dû être introuvable. Quoi qu’il en soit, je fus moins fâché de ce mauvais succès que je ne l’aurais été si j’avais suivi cet enfant dès sa naissance. Si à l’aide du renseignement on m’eût présenté quelque enfant pour le mien, le doute si ce l’était bien en effet, si on ne lui en substituait point un autre, m’eût resserré le cœur par l’incertitude, et je n’aurais point goûté dans tout son charme le vrai sentiment de la nature : il a besoin, pour se soutenir, au moins durant l’enfance, d’être appuyé sur l’habitude. Le long éloignement d’un enfant qu’on ne connaît pas encore affaiblit, anéantit enfin les sentiments paternels et maternels, et jamais on n’aimera celui qu’on a mis en nourrice comme celui qu’on a nourri sous ses yeux. La réflexion que je fais ici peut exténuer mes torts dans leurs effets, mais c’est en les aggravant dans leur source[266].
Il n’est peut-être pas inutile de remarquer que, par l’entremise de Thérèse, ce même La Roche fit connaissance avec Mme Le Vasseur, que Grimm continuait de tenir à Deuil, à la porte de la Chevrette, et tout près de Montmorency. Quand je fus parti, ce fut par M. La Roche que je continuai de faire remettre à cette femme l’argent que je n’ai point cessé de lui envoyer, et je crois qu’il lui portait aussi souvent des présents de la part de Mme la Maréchale ; ainsi elle n’était sûrement pas à plaindre, quoiqu’elle se plaignît toujours. À l’égard de Grimm, comme je n’aime point à parler de gens que je dois haïr, je n’en parlais jamais à Mme de Luxembourg que malgré moi : mais elle me mit plusieurs fois sur son chapitre, sans me dire ce qu’elle en pensait, et sans me laisser pénétrer jamais si cet homme était de sa connaissance ou non. Comme la réserve avec les gens qu’on aime, et qui n’en ont point avec nous, n’est pas de mon goût, surtout en ce qui les regarde, j’ai depuis lors pensé quelquefois à celle-là ; mais seulement quand d’autres événements ont rendu cette réflexion naturelle.
Après avoir demeuré longtemps sans entendre parler de l’Émile, depuis que je l’avais remis à Mme de Luxembourg, j’appris enfin que le marché en était conclu à Paris avec le libraire Duchesne, et par celui-ci avec le libraire Néaulme d’Amsterdam. Mme de Luxembourg m’envoya les deux doubles de mon traité avec Duchesne pour les signer. Je reconnus l’écriture pour être de la même main dont était celle des lettres de M. de Malesherbes qu’il ne m’écrivait pas de sa propre main. Cette certitude que mon traité se faisait de l’aveu et sous les yeux du magistrat me le fit signer avec confiance. Duchesne me donnait de ce manuscrit six mille francs, la moitié comptant, et, je crois, cent ou deux cents exemplaires. Après avoir signé les deux doubles, je les renvoyai tous deux à Mme de Luxembourg, qui l’avait ainsi désiré : elle en donna un à Duchesne ; elle garda l’autre au lieu de me le renvoyer et je ne l’ai jamais revu.
It was not enough to have so few friends in Madame de Luxembourg’s society; I also had enemies within her family. I only had one enemy, but given my current situation, that one enemy was worth a hundred. It certainly wasn’t Monsieur le Duc de Villeroy, his brother; for not only did he come to see me, but he also invited me several times to visit Villeroy. Since I responded to these invitations with all the respect and honesty I could muster, and since he took my vague responses as consent, he arranged a fifteen-day trip for me with Monsieur and Madame de Luxembourg. However, given the health concerns that prevented me from traveling without risk at that time, I asked Monsieur de Luxembourg to excuse me. His response (Letter D, No. 3) shows that he did so with great kindness, and Monsieur le Duc de Villeroy continued to treat me with the same generosity as before. His nephew and heir, the young Marquis de Villeroy, however, did not share his uncle’s goodwill toward me, nor did I, frankly, hold him in high regard. His pretentious behavior made him unbearable for me, and my cold demeanor only drew his aversion. One evening at dinner, he even made an offensive remark about which I fared poorly—because I am foolish and lack composure, and anger only serves to diminish what little I have of it. I had a dog that someone gave me when I first arrived at the Ermitage; I called him Duc. This dog, though not beautiful, was rare in its breed, and I had made it my companion and friend—it certainly deserved that title more than many others. It became famous at the Château de Montmorency for its affectionate nature and our deep bond. But out of some foolish timidity, I changed its name to Turc, as if there weren’t countless dogs named Marquis without any marquises being offended by it. When the Marquis de Villeroy learned about this name change, he pressured me so much that I was forced to explain what I had done in front of everyone at the table. What was offensive about calling it Duc in that situation wasn’t so much giving it that title as taking it away. Worse still, there were several dukes present—Monsieur de Luxembourg was one, and so was his son. The Marquis de Villeroy, who was destined to become a duke himself and indeed is one today, took cruel pleasure in the embarrassment I faced and in the effect of that embarrassment. The next day, I was told that his aunt had severely reprimanded him for it—so one can imagine how little such a scolding did to improve my relationship with him.
All that I had to rely on against all these difficulties, both at the Hôtel de Luxembourg and at the Temple, was the presence of the only knight of Lorenzi who professed to be my friend; but he was even more closely connected with d’Alembert, and in his presence, among women, he was regarded as a great mathematician. In fact, he was the devoted companion, or rather the obedient attendant, of Madame la Comtesse de Boufflers, who herself was very fond of d’Alembert. And the knight of Lorenzi existed and thought only through her. Thus, far from having any counterweight to my own ineptitude that could help me gain favor with Madame de Luxembourg, everything that brought her closer to me seemed instead to work against me in her mind. Nevertheless, besides taking care of Émile, she also showed me another sign of her interest and kindness, which made me believe that, even if she grew tired of me, she still kept—and would always keep—the friendship she had promised me so many times for life.
The moment I had believed I could rely on such feelings on her part, I began to confide in her all my faults, assuring myself that with my friends it was my unwavering principle to present myself to them exactly as I was—neither better nor worse. I told her about my relationship with Thérèse and everything that had resulted from it, without omitting how I had disposed of my children. She received my confessions very well, indeed too well, since she spared me the reprimands I deserved. What touched me most was to see the kindnesses she showed toward Thérèse—giving her small gifts, sending for her, encouraging her to visit, receiving her with a hundred caresses, and often kissing her in front of everyone. That poor girl was filled with joy and gratitude, and I certainly shared in those feelings; the friendships that Monsieur and Madame de Luxembourg bestowed upon her through her touched me even more deeply than those they offered me directly.
For quite some time, things remained as they were; but eventually, the Marquise went so far as to show kindness by wishing to adopt one of my children. She knew that I had had a particular number written on the blanket of my eldest child; she asked me for twice that number, and I gave it to her. She sent La Roche, her valet de chambre and trusted servant, to carry out this search, but he made vain attempts and found nothing—although, in just twelve or fourteen years, if the records of the Foundling Home were kept properly or the search had been conducted thoroughly, that number should not have been impossible to locate. Anyway, I was less disappointed by this unsuccessful attempt than I would have been if I had followed that child from the moment of its birth. If someone had presented me with a child on the basis of this information and claimed it was mine, the doubt whether it really was or whether another child had been substituted would have filled me with uncertainty, and I would never have experienced the true joy of having a child in my own way: after all, at least during childhood, such feelings need to be supported by routine and habit. Keeping a child away for a long time, especially when one does not yet know it well, eventually weakens or even destroys parental affection; one can never love a child that has been placed in foster care in the same way as one loves a child raised in one’s own home. The reflection I make here may lessen the impact of my mistakes, but it only serves to exacerbate their root causes[266].
It may not be unnecessary to note that, through Thérèse, the same La Roche came to know Madame Le Vasseur—whom Grimm continued to maintain in Deuil, at the door of la Chevrette, not far from Montmorency. After I left, it was through Mr. La Roche that I continued to have the money sent to this woman, which I had never stopped sending her; and I believe he also often brought her gifts from Madame la Maréchale. Thus, she was certainly not in a poor situation, despite her constant complaints. As for Grimm, since I dislike speaking about people whom I ought to hate, I never mentioned him to Madame de Luxembourg except against my will. However, she several times brought him up herself, without telling me what she thought of him or whether she knew him at all. Since I do not approve of keeping secrets with those we love—and who, in turn, keep no secrets from us—I have sometimes reflected on this matter since then; but only when other events made such reflection seem natural.
After a long period of not hearing anything about Émile since I had entrusted him to Madame de Luxembourg, I finally learned that the deal had been concluded in Paris with the bookseller Duchesne, and from him further with the bookseller Néaulme in Amsterdam. Madame de Luxembourg sent me both copies of my treaty with Duchesne for me to sign. I recognized the handwriting as being that of the same person who had written the letters from Monsieur de Malesherbes—though he himself never wrote to me directly. Knowing that my treaty was being negotiated with the full knowledge and approval of the relevant authorities, I signed it without hesitation. Duchesne offered me six thousand francs for this manuscript, half of which was paid upfront, along with, I believe, one or two hundred copies. After signing both copies, I returned them both to Madame de Luxembourg as she had requested. She gave one copy to Duchesne and kept the other for herself; I never saw it again.
Non era sufficiente avere così pochi amici nella società di Madame de Luxembourg; se non avessi anche avuto nemici nella sua famiglia. Ne avevo uno solo, ma che, considerando la mia situazione attuale, ne valeva cento. Quell’unico nemico non era certamente il Duca di Villeroy, suo fratello: non solo mi era venuto a trovare, ma mi aveva anche invitato più volte ad andare a Villeroy. Poiché avevo risposto a queste inviti con tutto il rispetto e l’onestà possibili, lui, interpretando quella risposta come un consenso, aveva organizzato per me un viaggio di circa quindici giorni. Ma le condizioni della mia salute non mi permettevano allora di spostarmi senza rischi, quindi pregai Monsieur de Luxembourg di liberarmi da quell’impegno. Dalla sua risposta (Liasse D. n° 3) si può vedere che ciò avvenne con la massima gentilezza; anche il Duca di Villeroy continuò a dimostrarmi la stessa cortesia di prima. Tuttavia suo nipote e erede, il giovane Marchese di Villeroy, non condivise affatto la benevolenza che suo zio aveva verso di me. Devo ammettere che nemmeno io provavo rispetto per lui: il suo comportamento presuntuoso lo rendeva insopportabile, e il mio atteggiamento freddo suscitò in lui avversione. Una sera, a tavola, fece addirittura un commento offensivo. Da stupido quale sono, non riuscii a reagire con prontezza; la rabbia, invece di aumentare il poco spirito che ho, me lo tolse del tutto. Avevo un cane che mi era stato dato quando ero appena arrivato all’Ermitage. Lo chiamavo “Duc”; non era bello, ma raro nella sua razza. Era diventato il mio compagno, il mio amico. Meritava certamente quel nome più di molti altri. Ma per una stupidaggine, cambiai il suo nome in “Turco”. Il Marchese di Villeroy, venendo a sapere di questo cambiamento, insistette tanto che fui costretto a raccontare tutto a tavola. Quello che era offensivo nel nome “Duc”, in quella situazione, non era tanto il fatto che glielo avessi dato, quanto il fatto che glielo avevo tolto. Il peggio è che c’erano molti duchi intorno a noi: Monsieur de Luxembourg ne era uno, suo figlio ne era un altro. Il Marchese di Villeroy, destinato a diventare duca e oggi lo è davvero, si divertì molto nel vedere l’imbarazzo in cui mi aveva messo. Il giorno dopo mi dissero che sua zia lo aveva rimproverato aspramente per questo. Si può immaginare quanto quel rimprovero, anche se vero, abbia potuto migliorare le mie relazioni con lui.
Non avevo alcun sostegno contro tutto ciò, né all’Hôtel de Luxembourg né al Temple, se non il solo cavaliere de Lorenzi, che si dichiarava mio amico; ma lui lo era ancora di più di d’Alembert, sotto l’ombra del quale passava presso le donne come un grande geometra. Inoltre, era il “sigisbeo”, o meglio il compagno di piacere, della contessa de Boufflers, che a sua volta era molto amica di d’Alembert; il cavaliere de Lorenzi, quindi, non aveva alcuna esistenza e non pensava a nulla se non attraverso lei. Così, lontano dall’avere qualche contrappeso alla mia inettitudine per potermi sostenere presso la contessa de Luxembourg, tutto ciò che la avvicinava a me sembrava invece contribuire a nuocermi nella sua opinione su di me. Tuttavia, oltre ad Émile di cui aveva voluto prendersi cura, mi diede nello stesso tempo un’altra dimostrazione di interesse e benevolenza, che mi fece credere che, anche se si stancava di me, mi conservasse e mi avrebbe sempre conservato l’amicizia che mi aveva promesso molte volte per tutta la vita.
Non appena ebbi creduto di poter contare su quel sentimento da parte sua, iniziai subito a confidarle tutte le mie colpe, per alleviare il peso nel mio cuore; avevo infatti come principio inviolabile, con i miei amici, quello di mostrarmi esattamente tale quale sono, né migliore né peggiore. Le raccontai delle mie relazioni con Thérèse e di tutto ciò che ne era derivato, senza omettere nemmeno il modo in cui avevo gestito i miei figli. Lei accolse le mie confidenze molto bene, anzi, troppo bene: mi risparmiò le rimproveri che meritavo. Ciò che mi commosse particolarmente fu vedere tutte le gentilezze che riservava a Thérèse: le faceva piccoli regali, la mandava a cercare, l’esortava ad andarla a trovare, la riceveva con mille carezze e la baciava spesso davanti a tutti. Quella povera ragazza era in preda a un’estrema gioia e riconoscenza, sentimenti che, senza dubbio, condividevo appieno anch’io; le amicizie che il signore e la signora di Luxembourg mi dimostravano attraverso di lei mi toccavano ancora più profondamente di quelle che ricevevo direttamente da loro.
Per un periodo abbastanza lungo le cose rimasero così; ma infine la Marchesa si spese in tanta gentilezza da voler prendere con sé uno dei miei figli. Sapeva che avevo fatto inserire un numero nei pannolini del maggiore; mi chiese il doppio di quel numero, e io glielo diedi. Per questa ricerca utilizzò La Roche, il suo cameriere personale e il suo uomo di fiducia, ma le ricerche risultarono vane: non trovarono nulla, anche se, a distanza di dodici o quattordici anni soltanto, se i registri degli “Bambini Smarriti” fossero stati ben tenuti in ordine, o se la ricerca fosse stata condotta con attenzione, quel numero non avrebbe dovuto risultare impossibile da trovare. Comunque sia, non fui così deluso da questo insuccesso come sarei stato se avessi seguito quell’infante fin dalla sua nascita. Se, grazie a quell’informazione, mi fosse stato presentato qualche altro bambino per sostituirlo, il dubbio che si trattasse davvero del mio figlio, o che non ne venisse sostituito un altro al suo posto, avrebbe rafforzato la mia incertezza e io non avrei mai potuto provare quel vero sentimento naturale che nasce dall’aver cresciuto un bambino con i propri occhi. Il lungo distacco da un figlio che non si conosce ancora indebolisce, anzi distrugge, i sentimenti paterni e materni; e mai si amerà davvero colui che è stato affidato alle cure di altre persone. La riflessione che faccio qui potrebbe attenuare gli effetti negativi delle mie azioni, ma in realtà ne aggrava la natura stessa[266].
Forse non è inutile notare che, attraverso Thérèse, lo stesso La Roche fece conoscenza con Madame Le Vasseur, che Grimm continuava a mantenere a Deuil, alla porta della Chevrette, e molto vicino a Montmorency. Dopo la mia partenza, fu tramite il signor La Roche che continuai a far consegnare a quella donna i soldi che non ho mai smesso di inviarle; credo inoltre che lui le portasse spesso anche regali da parte di Madame la Maréchale. Quindi, sicuramente, lei non aveva motivi per lamentarsi, anche se lo faceva sempre. Per quanto riguarda Grimm, poiché non mi piace parlare di persone che dovrei odiare, non ne parlavo mai con Madame de Luxembourg, sebbene lo facessi contro la mia volontà; tuttavia lei mi ha più volte sollevato l’argomento senza dirmi cosa ne pensasse, e senza mai lasciarmi capire se quell’uomo fosse o meno a conoscenza sua. Poiché la riservatezza verso le persone che ci amano, ma che non ricambiano il nostro affetto, non è certo nel mio stile, soprattutto quando si tratta di loro, da allora ho talvolta riflettuto su questo aspetto, ma solo quando altri eventi hanno reso tale riflessione naturale.
Dopo essere rimasto a lungo senza notizie dell’Émile, da quando lo avevo affidato a Madame de Luxembourg, finalmente appresi che l’accordo era stato concluso a Parigi con il libraio Duchesne, e da questi con il libraio Néaulme di Amsterdam. Madame de Luxembourg mi inviò entrambi i duplicati del mio trattato per farli firmare. Riconobbi la scrittura: apparteneva alla stessa mano di quelle delle lettere di Monsieur de Malesherbes, che non mi scriveva personalmente. Questa certezza, che il mio trattato venisse redatto con il consenso e sotto gli occhi del magistrato incaricato della questione, mi fece firmarlo con fiducia. Duchesne mi offrì per quel manoscritto seimila franchi, metà in contanti, e, credo, cento o duecento copie. Dopo aver firmato entrambi i duplicati, li restituii entrambi a Madame de Luxembourg, come lei aveva desiderato; ne diede uno a Duchesne e tenne per sé l’altro, senza restituirmelo mai più, e io non lo rividi mai più.
La connaissance de M. et de Mme de Luxembourg, en faisant quelque diversion à mon projet de retraite, ne m’y avait pas fait renoncer. Même au temps de ma plus grande faveur auprès de Mme la Maréchale, j’avais toujours senti qu’il n’y avait que mon sincère attachement pour M. le Maréchal et pour elle qui pût me rendre leurs entours supportables, et tout mon embarras était de concilier ce même attachement avec un genre de vie plus conforme à mon goût et moins contraire à ma santé, que cette gêne et ces soupers tenaient dans une altération continuelle, malgré tous les soins qu’on apportait à ne pas m’exposer à la déranger ; car sur ce point, comme sur tout autre, les attentions furent poussées aussi loin qu’il était possible, et, par exemple, tous les soirs après souper, M. le Maréchal, qui s’allait coucher de bonne heure, ne manquait jamais de m’emmener bon gré mal gré pour m’aller coucher aussi. Ce ne fut que quelque temps avant ma catastrophe qu’il cessa, je ne sais pourquoi, d’avoir cette attention.
Avant même d’apercevoir le refroidissement de Mme la Maréchale, je désirais, pour ne m’y pas exposer, d’exécuter mon ancien projet ; mais les moyens me manquant pour cela, je fus obligé d’attendre la conclusion du traité de l’Émile, et, en attendant, je mis la dernière main au Contrat social, et l’envoyai à Rey, fixant le prix de ce manuscrit à mille francs, qu’il me donna. Je ne dois peut-être pas omettre un petit fait qui regarde ledit manuscrit. Je le remis bien cacheté à Duvoisin, ministre du pays de Vaud, et chapelain de l’hôtel de Hollande, qui me venait voir quelquefois, et qui se chargea de l’envoyer à Rey, avec lequel il était en liaison. Ce manuscrit, écrit en menu caractère, était fort petit, et ne remplissait pas sa poche. Cependant, en passant la barrière, son paquet tomba, je ne sais comment, entre les mains des commis, qui l’ouvrirent, l’examinèrent, et le lui rendirent ensuite, quand il l’eut réclamé au nom de l’Ambassadeur ; ce qui le mit à portée de le lire lui-même, comme il me marqua naïvement avoir fait, avec force éloges de l’ouvrage, et pas un mot de critique ni de censure, se réservant sans doute d’être le vengeur du Christianisme lorsque l’ouvrage aurait paru. Il recacheta le manuscrit, et l’envoya à Rey. Tel fut en substance le narré qu’il me fit dans la lettre où il me rendit compte de cette affaire, et c’est tout ce que j’en ai su.
Outre ces deux livres et mon Dictionnaire de Musique, auquel je travaillais toujours de temps en temps, j’avais quelques autres écrits de moindre importance, tous en état de paraître, et que je me proposais de donner encore, soit séparément, soit avec mon recueil général si je l’entreprenais jamais. Le principal de ces écrits, dont la plupart sont encore en manuscrit dans les mains de Du Peyrou, était un Essai sur l’origine des langues, que je fis lire à M. de Malesherbes et au chevalier de Lorenzi, qui m’en dit du bien. Je comptais que toutes ces productions rassemblées me vaudraient au moins, tous frais faits, un capital de huit à dix mille francs, que je voulais placer en rente viagère, tant sur ma tête que sur celle de Thérèse ; après quoi nous irions, comme je l’ai dit, vivre ensemble au fond de quelque province, sans plus occuper le public de moi, et sans plus m’occuper moi-même d’autre chose que d’achever paisiblement ma carrière en continuant de faire autour de moi tout le bien qu’il m’était possible, et d’écrire à loisir les mémoires que je méditais.
Tel était mon projet, dont une générosité de Rey, que je ne dois pas taire, vint faciliter encore l’exécution. Ce libraire, dont on me disait tant de mal à Paris, est cependant, de tous ceux avec qui j’ai eu à faire, le seul dont j’aie eu toujours à me louer[267]. Nous étions, à la vérité, souvent en querelle sur l’exécution de mes ouvrages ; il était étourdi, j’étais emporté. Mais en matière d’intérêt et de procédés qui s’y rapportent, quoique je n’aie jamais fait avec lui de traité en forme, je l’ai toujours trouvé plein d’exactitude et de probité. Il est même aussi le seul qui m’ait avoué franchement qu’il faisait bien ses affaires avec moi, et souvent il m’a dit qu’il me devait sa fortune, en offrant de m’en faire part. Ne pouvant exercer directement avec moi sa gratitude, il voulut me la témoigner au moins dans ma gouvernante, à laquelle il fit une pension viagère de trois cents francs, exprimant dans l’acte que c’était en reconnaissance des avantages que je lui avais procurés. Il fit cela de lui à moi, sans ostentation, sans prétention, sans bruit, et, si je n’en avais parlé le premier à tout le monde, personne n’en aurait rien su. Je fus si touché de ce procédé, que depuis lors je me suis attaché à Rey d’une amitié véritable. Quelque temps après il me désira pour parrain d’un de ses enfants ; j’y consentis, et l’un de mes regrets dans la situation où l’on m’a réduit est qu’on m’ait ôté tout moyen de rendre désormais mon attachement utile à ma filleule et à ses parents. Pourquoi, si sensible à la modeste générosité de ce libraire, le suis-je si peu aux bruyants empressements de tant de gens haut huppés, qui remplissent pompeusement l’univers du bien qu’ils disent m’avoir voulu faire, et dont je n’ai jamais rien senti ? Est-ce leur faute, est-ce la mienne ? Ne sont-ils que vains, ne suis-je qu’ingrat ? Lecteur sensé, pesez, décidez ; pour moi, je me tais.
Cette pension fut une grande ressource pour l’entretien de Thérèse, et un grand soulagement pour moi. Mais au reste j’étais bien éloigné d’en tirer un profit direct pour moi-même, non plus que de tous les cadeaux qu’on lui faisait. Elle a toujours disposé de tout elle-même. Quand je gardais son argent, je lui en tenais un fidèle compte, sans jamais en mettre un liard à notre commune dépense, même quand elle était plus riche que moi. Ce qui est à moi est à nous, lui disais-je, et ce qui est à toi est à toi. Je n’ai jamais cessé de me conduire avec elle selon cette maxime, que je lui ai souvent répétée. Ceux qui ont eu la bassesse de m’accuser de recevoir par ses mains ce que je refusais dans les miennes jugeaient sans doute de mon cœur par les leurs, et me connaissaient bien mal. Je mangerais volontiers avec elle le pain qu’elle aurait gagné, jamais celui qu’elle aurait reçu. J’en appelle sur ce point à son témoignage, et dès à présent, et lorsque selon le cours de nature elle m’aura survécu. Malheureusement elle est peu entendue en économie à tous égards, peu soigneuse et fort dépensière, non par vanité ni par gourmandise, mais par négligence uniquement. Nul n’est parfait ici-bas, et, puisqu’il faut que ses excellentes qualités soient rachetées, j’aime mieux qu’elle ait des défauts que des vices, quoique ces défauts nous fassent peut-être encore plus de mal à tous deux. Les soins que j’ai pris pour elle, comme jadis pour Maman, de lui accumuler quelque avance qui pût un jour lui servir de ressource, sont inimaginables : mais ce furent toujours des soins perdus. Jamais elles n’ont compté ni l’une ni l’autre avec elles-mêmes, et, malgré tous mes efforts, tout est toujours parti à mesure qu’il est venu. Quelque simplement que Thérèse se mette, jamais la pension de Rey ne lui a suffi pour se nipper, que je n’y aie encore suppléé du mien chaque année. Nous ne sommes pas faits, elle ni moi, pour être jamais riches, et je ne compte assurément pas cela parmi nos malheurs.
My acquaintance with Mr. and Mrs. de Luxembourg, although it somewhat diverted me from my plans for retirement, did not cause me to abandon them. Even during the period when I held the greatest favor with Madame la Maréchale, I always felt that only my sincere attachment to both Monsieur le Maréchal and her could make their company tolerable for me. My main difficulty was how to reconcile this attachment with a lifestyle that would better suit my tastes and be less harmful to my health—since the constant interruptions and formal dinners constantly undermined my well-being, despite all the efforts made to avoid disturbing me. In this regard, as in everything else, every care was taken to ensure my comfort; for instance, every evening after dinner, Monsieur le Maréchale, who went to bed early, would always take me along, whether I wanted it or not. It was only some time before my misfortune that he, for some unknown reason, stopped showing this consideration towards me.
Even before noticing the coldness displayed by Madame la Maréchale, I wished to carry out my original plan in order to avoid exposing myself to it; but lacking the necessary means to do so, I was forced to wait for the conclusion of the treaty concerning Émile. In the meantime, I finished drafting the Social Contract and sent it to Rey, setting the price of this manuscript at one thousand francs, which he paid me. I perhaps ought not to overlook a small detail related to this manuscript. I gave it to Duvoisin, the minister of the state of Vaud and chaplain of the Hôtel de Hollande, who occasionally visited me and took care of sending it to Rey, with whom he was in contact. This manuscript, written in very small font, was quite compact and didn’t even fill his pocket. However, when passing through a checkpoint, its package somehow fell into the hands of the officials, who opened it, examined its contents, and then returned it to him after he claimed it on behalf of the Ambassador. This allowed Rey to read it himself; he naïvely told me that he had done so and expressed great praise for the work, without mentioning any criticism or censure at all. He undoubtedly intended to become the defender of Christianity once the book was published. After that, he resealed the manuscript and sent it to Rey. Such was, in essence, the account he gave me in the letter in which he reported this incident to me; and that is all I know about it.
Apart from these two books and my Dictionary of Music, on which I still occasionally worked, I had some other writings of lesser importance, all ready for publication. I intended to release them separately or together with my comprehensive collection, should I ever decide to undertake such a project. The main among these works, most of which are still in manuscript form in the hands of Du Peyrou, was an Essay on the Origin of Languages. I read it to Mr. de Malesherbes and the Knight de Lorenzi, who spoke highly of it. I hoped that all these writings, when compiled together, would at least earn me a capital of eight to ten thousand francs, after covering all expenses. I planned to invest this money in annuities, both for myself and Thérèse; thereafter, we would go live together in some remote province, no longer troubling the public with my presence, nor engaging in anything other than quietly completing my work by continuing to do as much good as possible around me, and writing in my leisure the memoirs I had in mind.
Such was my plan, and the generosity of Rey, which I must not conceal, further facilitated its execution. This bookseller, about whom so much was said negatively in Paris, was, however, among all those with whom I dealt, the only one for whom I have always had high regard[267]. Indeed, we often disagreed over the manner in which my works were published; he was impetuous, and I was hot-tempered. But when it came to matters of business and related procedures, although I had never entered into any formal agreement with him, I found him always meticulous and honest. He was also the only one who openly admitted that his dealings with me had been profitable for him, and he often told me that his success was thanks to me, offering to share it with me. Unable to express his gratitude directly to me, he chose to do so through my governess, providing her with a monthly allowance of three hundred francs, stating in the document that this was in recognition of the benefits I had brought him. He did this without any ostentation, without pretension, and quietly. If I had not mentioned it myself, no one would have known. I was so moved by this gesture that from then on I developed a true friendship with Rey. Some time later, he asked me to be the godfather of one of his children; I agreed, and one of my regrets in the difficult circumstances I now find myself in is that I am no longer able to help my goddaughter and her parents in any way. Why, then, while I was so appreciative of this bookseller’s modest generosity, do I feel so indifferent to the ostentatious efforts of so many people from high society, who claim to have done me so much good, yet of whom I have never received anything in return? Is it their fault, or is it mine? Are they merely vain, or am I simply ungrateful? Wise reader, weigh these matters carefully and decide for yourself; as for me, I remain silent.
This pension was a great source of support for Thérèse’s needs and also brought me considerable relief. However, I was far from reaping any direct benefit from it myself, nor from all the gifts that were given to her. She always managed to take care of herself entirely. When I kept her money, I kept strict accounts of it, never spending a single penny on our joint expenses, even when she was richer than me. “What is mine is ours,” I would say to her, “and what is yours is yours.” I never failed to act according to this principle, which I often repeated to her. Those who had the baseness to accuse me of accepting things from her hands that I refused to take from my own surely judged my character by their own standards and knew me very poorly indeed. I would gladly share with her any money she earned, but never any money that was given to her. On this point, I rely on her testimony—not only now, but also in the future, should she outlive me according to the natural order of things. Unfortunately, she lacks common sense when it comes to financial matters; she is careless and quite extravagant, not out of vanity or gluttony, but simply due to negligence. No one is perfect in this world, and since her excellent qualities must somehow be compensated for, I would rather she had flaws than vices, even if these flaws cause us both additional suffering. The efforts I made to accumulate some savings for her, just as I had done for my mother before her, were countless; yet all those efforts were in vain. Neither she nor I were ever able to make use of those savings, and despite all my attempts, everything was always spent as it came in. No matter how frugally Thérèse lived, the pension from Rey was never enough for her needs; every year, I had to supplement it with my own money. Neither she nor I were destined to ever be wealthy, and I certainly do not consider that a misfortune.
La conoscenza di Monsieur e Madame de Luxembourg, sebbene rappresentasse una sorta di distrazione dal mio progetto di ritiro, non mi spinse mai a rinunciarvi. Anche nei periodi in cui godevo della massima stima da parte di Madame la Maréchale, ero sempre consapevole che solo il mio sincero affetto per Monsieur le Maréchal e per lei poteva rendere tollerabili le loro compagnie. Il mio unico problema era come conciliare tale affetto con uno stile di vita più in linea con i miei gusti e meno dannoso per la mia salute, dato che quelle continue restrizioni e quei banchetti notturni continuavano ad alterarla nonostante tutti gli sforzi fatti per evitarmi di essere disturbato. In questo senso, come in ogni altro, le attenzioni verso di me furono portate al massimo grado possibile: ad esempio, ogni sera, dopo cena, Monsieur le Maréchale, che andava a letto presto, non mancava mai di accompagnarmi anche contro la mia volontà. Fu solo poco prima della mia tragedia che smise, per qualche motivo sconosciuto, di mostrarmi tale attenzione.
Anche prima di notare il cambiamento d’atteggiamento della Marchesa, desideravo, per non espormi a eventuali conseguenze negative, portare a termine il mio vecchio progetto; ma poiché mi mancavano i mezzi necessari, fui costretto ad attendere la conclusione del trattato con l’Emile. Nel frattempo, completai il Contratto sociale e lo inviai a Rey, fissando il prezzo di quel manoscritto a mille franchi, cifra che egli mi pagò effettivamente. Forse non dovrei tralasciare un piccolo dettaglio riguardante questo manoscritto: lo consegnai ben sigillato a Duvoisin, ministro del Vaud e cappellano dell’hôtel de Hollande, che talvolta veniva a trovarmi e si occupò di inviarlo a Rey, con il quale era in contatto. Il manoscritto, scritto in caratteri molto piccoli, era davvero molto piccolo e non riempiva nemmeno tutta la tasca in cui era contenuto. Tuttavia, mentre superavamo una barriera, il pacco cadde, chissà come, nelle mani dei funzionari, i quali lo aprirono, lo esaminarono e me lo restituirono quando Rey lo richiese in nome dell’Ambasciatore; questo gli permise di leggerlo personalmente, e mi disse ingenuamente di averlo fatto, esprimendo grandi lodi per l’opera, senza alcuna critica o rimprovero. Probabilmente si riservò il diritto di vendicare il Cristianesimo non appena l’opera fosse stata pubblicata. Ripose quindi il manoscritto e lo inviò a Rey. Questo è sostanzialmente ciò che mi raccontò nella lettera in cui mi informava su questa faccenda, ed è tutto ciò che ne so.
Oltre a questi due libri e al mio Dizionario di Musica, su cui lavoravo ancora di tanto in tanto, avevo alcuni altri scritti di minore importanza, tutti pronti per la pubblicazione; intendevo darli fuori sia separatamente che insieme alla mia raccolta generale, qualora mai decidessi di intraprenderla. Il principale di questi scritti, la maggior parte dei quali è ancora in manoscritto nelle mani di Du Peyrou, era un Saggio sull’origine delle lingue, che lessi a Monsieur de Malesherbes e al Cavaliere de Lorenzi, i quali ne parlarono molto bene. Speravo che tutte queste opere, una volta pubblicate, mi avrebbero fruttato, a tutti i costi sostenuti, un capitale di otto o diecimila franchi; intendevo investirlo in rendite vitalizie, sia per me che per Thérèse; dopodiché saremmo andati, come avevo detto, a vivere insieme in qualche provincia remota, senza più interessare il pubblico con le mie opere e senza occuparmi io stesso di nulla altro se non di portare a termine serenamente la mia carriera, continuando a fare tutto il bene che mi fosse possibile intorno a me e scrivendo, quando ne avessi l’occasione, i ricordi che avevo in mente.
Ecco il mio progetto; una generosità da parte di Rey, che non devo nascondere, facilitò ancora di più la sua realizzazione. Questo libraio, di cui si diceva tanto male a Parigi, è tuttavia l’unico tra tutti quelli con cui ho avuto a che fare di cui io abbia sempre potuto parlare bene[267]. In verità, spesso discutevamo sulla realizzazione dei miei lavori: lui era impulsivo, io ero appassionato. Ma in materia di interessi e di procedure relative ad essi, anche se non avevo mai stretto con lui alcun accordo scritto, ho sempre trovato in lui precisione e onestà. È persino l’unico che mi ha ammesso apertamente di trarre vantaggio dalle nostre collaborazioni, dicendomi spesso che la sua fortuna doveva molto a me e offrendosi di condividerla con me. Non potendo esprimere direttamente la sua gratitudine nei miei confronti, volle farlo almeno attraverso la mia governante, alla quale assegnò una pensione mensile di trecento franchi, specificando nell’atto che si trattava di un ringraziamento per i benefici che gli avevo fornito. Fece tutto questo in modo discreto, senza ostentazione, senza pretese, e se non ne avessi parlato io per primo, nessuno lo avrebbe mai saputo. Sono stato così commosso da questo gesto che da allora ho legato a Rey un vero affetto. Poco dopo, mi chiese di fare da padrino a uno dei suoi figli; accettai, e uno dei miei rimpianti nella situazione in cui mi trovo ora è che mi sia stato tolto ogni mezzo per continuare ad essere d’aiuto alla mia nipote e ai suoi genitori. Perché, se sono così sensibile alla modesta generosità di quel libraio, sono così poco colpito dalle ostentate attenzioni di tante persone dell’alta società, che con grande pompa dichiarano di volermi fare del bene, ma di cui non ho mai percepito nulla? È colpa loro o mia? Sono forse solo vanitose, sono forse io ingrato? Lettore sensato, rifletti, decidi; per quanto mi riguarda, io taccio.
Questo stipendio rappresentava una grande risorsa per il mantenimento di Teresa e un grande sollievo per me. Tuttavia, non ho mai tratto alcun beneficio diretto da esso, né tantomeno da tutti i regali che le venivano fatti; lei ha sempre avuto tutto ciò di cui aveva bisogno. Quando custodivo i suoi soldi, ne tenevo un conto fedele, senza mai spenderne nemmeno un centesimo per le nostre spese comuni, anche quando lei era più ricca di me. “Ciò che è mio è nostro”, le dicevo, “e ciò che è tuo è tuo”. Non ho mai smesso di comportarmi con lei secondo questo principio, che le ripetevo spesso. Coloro che hanno avuto la bassezza di accusarmi di ricevere da lei ciò che rifiutavo di prendere io stesso, probabilmente giudicavano il mio cuore in base al loro, e mi conoscevano molto male. Avrei mangiato volentieri con lei il pane che avesse guadagnato, ma mai quello che le veniva dato gratuitamente. A questo proposito chiedo il suo testimone, sia ora che in futuro, quando, secondo la natura delle cose, lei mi sopravviverà. Purtroppo, lei è del tutto negligente in materia economica: non è meticolosa né spendacciona per vanità o gola, ma semplicemente per negligenza. Nessuno è perfetto in questo mondo, e poiché le sue eccellenti qualità devono essere compensate da alcuni difetti, preferisco che abbia dei difetti piuttosto che vizi, anche se questi difetti potrebbero causarci entrambi ancora più dolore. Gli sforzi che ho fatto per lei, proprio come avevo fatto in passato per mia madre, per accumularle un po’ di risorse che un giorno potessero esserle utili, sono stati innumerevoli, ma tutti vani. Nessuna delle due ha mai tenuto conto di ciò che possedeva, e nonostante i miei sforzi, tutto è sempre andato perso non appena arrivava. Per quanto semplice fosse la vita di Teresa, lo stipendio ricevuto da Rey non le bastava mai; ogni anno dovevo integrarlo con i miei soldi. Non siamo destinati a diventare ricchi, e questo certamente non considero una sfortuna.
Le Contrat social s’imprimait assez rapidement. Il n’en était pas de même de l’Émile, dont j’attendais la publication pour exécuter la retraite que je méditais. Duchesne m’envoyait de temps à autre des modèles d’impression pour choisir ; quand j’avais choisi, au lieu de commencer, il m’en envoyait encore d’autres. Quand enfin nous fûmes bien déterminés sur le format, sur le caractère, et qu’il avait déjà plusieurs feuilles d’imprimées, sur quelque léger changement que je fis à une épreuve, il recommença tout, et au bout de six mois nous nous trouvâmes moins avancés que le premier jour. Durant tous ces essais, je vis bien[268] que l’ouvrage s’imprimait en France, ainsi qu’en Hollande, et qu’il s’en faisait à la fois deux éditions. Que pouvais-je faire ? Je n’étais plus maître de mon manuscrit. Loin d’avoir trempé dans l’édition de France, je m’y étais toujours opposé ; mais enfin, puisque cette édition se faisait bon gré malgré moi, et puisqu’elle servait de modèle à l’autre, il fallait bien y jeter les yeux et voir les épreuves, pour ne pas laisser estropier et défigurer mon livre. D’ailleurs l’ouvrage s’imprimait tellement de l’aveu du magistrat, que c’était lui qui dirigeait en quelque sorte l’entreprise, qu’il m’écrivait très souvent, et qu’il me vint voir même à ce sujet, dans une occasion dont je vais parler à l’instant.
Tandis que Duchesne avançait à pas de tortue, Néaulme, qu’il retenait, avançait encore plus lentement. On ne lui envoyait pas fidèlement les feuilles à mesure qu’elles s’imprimaient. Il crut apercevoir de la mauvaise foi dans la manœuvre de Duchesne, c’est-à-dire de Guy qui faisait pour lui, et voyant qu’on n’exécutait pas le traité il m’écrivit lettres sur lettres pleines de doléances et de griefs, auxquels je pouvais encore moins remédier qu’à ceux que j’avais pour mon compte. Son ami Guérin, qui me voyait alors fort souvent, me parlait incessamment de ce livre, mais toujours avec la plus grande réserve. Il savait et ne savait pas qu’on l’imprimait en France ; il savait et ne savait pas que le Magistrat s’en mêlât : en me plaignant des embarras qu’allait me donner ce livre, il semblait m’accuser d’imprudence, sans vouloir jamais dire en quoi elle consistait ; il biaisait et tergiversait sans cesse ; il semblait ne parler que pour me faire parler. Ma sécurité, pour lors, était si complète, que je riais du ton circonspect et mystérieux qu’il mettait à cette affaire, comme d’un tic contracté chez les ministres et les magistrats, dont il fréquentait assez les bureaux. Sûr d’être en règle à tous égards sur cet ouvrage, fortement persuadé qu’il avait non seulement l’agrément et la protection du Magistrat, mais même qu’il méritait et qu’il avait de même la faveur du ministère, je me félicitais de mon courage à bien faire, et je riais de mes pusillanimes amis, qui paraissaient s’inquiéter pour moi. Duclos fut de ce nombre, et j’avoue que ma confiance en sa droiture et en ses lumières eût pu m’alarmer à son exemple, si j’en avais eu moins dans l’utilité de l’ouvrage et dans la probité de ses patrons. Il me vint voir de chez M. Baille, tandis que l’Émile était sous presse ; il m’en parla : je lui lus la Profession de foi du Vicaire savoyard. Il l’écouta très paisiblement, et, ce me sembla, avec grand plaisir. Il me dit quand j’eus fini : Quoi, Citoyen ? cela fait partie d’un livre qu’on imprime à Paris ? Oui, lui dis-je, et l’on devrait l’imprimer au Louvre, par ordre du Roi. J’en conviens, me dit-il ; mais faites-moi le plaisir de ne dire à personne que vous m’ayez lu ce morceau. Cette frappante manière de s’exprimer me surprit sans m’effrayer. Je savais que Duclos voyait beaucoup M. de Malesherbes. J’eus peine à concevoir comment il pensait si différemment que lui sur le même objet.
Je vivais à Montmorency depuis plus de quatre ans, sans y avoir eu un seul jour de bonne santé. Quoique l’air y soit excellent, les eaux y sont mauvaises, et cela peut très bien être une des causes qui contribuaient à empirer mes maux habituels. Sur la fin de l’automne 1761, je tombai tout à fait malade, et je passai l’hiver entier dans des souffrances presque sans relâche. Le mal physique, augmenté par mille inquiétudes, me les rendit aussi plus sensibles. Depuis quelque temps, de sourds et tristes pressentiments me troublaient, sans que je susse à propos de quoi. Je recevais des lettres anonymes assez singulières, et même des lettres signées qui ne l’étaient guère moins. J’en reçus une d’un Conseiller au Parlement de Paris, qui, mécontent de la présente constitution des choses, et n’augurant pas bien des suites, me consultait sur le choix d’un asile, à Genève ou en Suisse, pour s’y retirer avec sa famille. J’en reçus une de M. de…, Président à Mortier au Parlement de…, lequel me proposait de rédiger pour ce Parlement, qui pour lors était mal avec la cour, des mémoires et remontrances, offrant de me fournir tous les documents et matériaux dont j’aurais besoin pour cela. Quand je souffre, je suis sujet à l’humeur. J’en avais en recevant ces lettres, j’en mis dans les réponses que j’y fis, refusant tout à plat ce qu’on me demandait : ce refus n’est assurément pas ce que je me reproche, puisque ces lettres pouvaient être des pièges de mes ennemis[269], et ce qu’on me demandait était contraire à des principes dont je voulais moins me départir que jamais ; mais pouvant refuser avec aménité, je refusai avec dureté ; et voilà en quoi j’eus tort.
On trouvera parmi mes papiers les deux lettres dont je viens de parler. Celle du Conseiller ne me surprit pas absolument, parce que je pensais comme lui, et comme beaucoup d’autres, que la constitution déclinante menaçait la France d’un prochain délabrement. Les désastres d’une guerre malheureuse[270], qui tous venaient de la faute du Gouvernement ; l’incroyable désordre des finances, les tiraillements continuels de l’administration, partagée jusqu’alors entre deux ou trois ministres, en guerre ouverte l’un avec l’autre, et qui, pour se nuire mutuellement, abîmaient le royaume[271] ; le mécontentement général du peuple et de tous les ordres de l’État ; l’entêtement d’une femme obstinée qui, sacrifiant toujours à ses goûts ses lumières, si tant est qu’elle en eût, écartait presque toujours des emplois les plus capables pour placer ceux qui lui plaisaient le plus : tout concourait à justifier la prévoyance du Conseiller, et celle du public et la mienne. Cette prévoyance me mit même plusieurs fois en balance si je ne chercherais pas moi-même un asile hors du royaume, avant les troubles qui semblaient le menacer ; mais, rassuré par ma petitesse et par mon humeur paisible, je crus que, dans la solitude où je voulais vivre, nul orage ne pouvait pénétrer jusqu’à moi ; fâché seulement que, dans cet état de choses, M. de Luxembourg se prêtât à des commissions qui devaient le faire moins bien vouloir dans son Gouvernement, j’aurais voulu qu’il s’y ménageât, à tout événement, une retraite, s’il arrivait que la grande machine vînt à crouler, comme cela paraissait à craindre dans l’état actuel des choses, et il me paraît encore à présent indubitable que si toutes les rênes du Gouvernement ne fussent enfin tombées dans une seule main[272], la Monarchie française serait maintenant aux abois.
The social contract was being printed quite quickly. The same could not be said of Émile; I was waiting for its publication before carrying out the retirement plan I had in mind. From time to time, Duchesne sent me samples for printing so that I could make my choice; but once I had made a decision, instead of starting the printing process, he would send me more samples. Finally, when we had firmly decided on the format and typeface, and he had already prepared several printed pages, whenever I made even the slightest change to one of the proofs, he would have to start all over again. After six months, we were actually less advanced than on the first day. Throughout all these attempts, I learned that the book was being printed in both France and the Netherlands, and that two editions were being produced simultaneously. What could I do? I no longer had control over my manuscript. Far from being involved in the French edition, I had always opposed it; but since it was being published regardless of my wishes and since it served as a model for the other edition, I had to take a look at the proofs and make sure that my book was not distorted or altered. Moreover, it was clear that the magistrate himself was overseeing the publication process in some way, as he wrote to me quite frequently and even came to see me about this matter on one particular occasion, which I will mention shortly.
As Duchesne moved forward at a sluggish pace, Néaulme, who was being held back by him, progressed even more slowly. The pages were not being sent to him promptly as they were printed out. He began to suspect that there was some malice in Duchesne’s – or rather, Guy’s – actions on his behalf, and seeing that the terms of the agreement were not being fulfilled, he wrote to me one letter after another filled with complaints and grievances, which I was even less able to address than those concerning my own affairs. His friend Guérin, who saw me quite often at that time, kept talking to me about this book, but always with the greatest restraint. He seemed to know, yet not to know, whether it was being printed in France; he seemed to be aware, yet unaware, of the Magistrate’s involvement in the matter: by complaining about the troubles this book would cause me, he appeared to be accusing me of imprudence, without ever specifying what that imprudence entailed; he kept dodging and hesitating, as if his purpose was merely to provoke me into speaking. At that time, my confidence was so absolute that I laughed at the cautious and mysterious way in which he handled this matter, regarding it merely as a habit common among ministers and magistrates, people whose offices he frequented quite often. Certain that I had done everything correctly in regard to this publication, and firmly believing that it not only enjoyed the Magistrate’s approval and protection but also deserved and had indeed received the favor of the ministry, I was pleased with my own courage and laughed at my timid friends who seemed so worried about me. Duclos was among them; I must admit that if I had not been so confident in the usefulness of this work and in the integrity of its supporters, my trust in his honesty and knowledge might have made me wary at his example. He came to see me while Émile was still in the process of being printed; he talked about it with me, and I read to him the “Profession of Faith” by the Savoyard Vicar. He listened very calmly, and to my surprise, with great pleasure. When I finished reading, he said, “Really, Citizen? This is part of a book that is being printed in Paris?” “Yes,” I replied, “and it should actually be printed in the Louvre, by order of the King.” “I agree,” he said, “but please do me the favor of not telling anyone that you read this passage to me.” This peculiar way of expressing himself surprised me without frightening me. I knew that Duclos had frequent dealings with M. de Malesherbes; I found it hard to understand how he could hold such different opinions on the same matter as him.
I had been living in Montmorency for over four years, without experiencing a single day of good health there. Although the air was excellent, the water was poor, and this could very well have been one of the reasons contributing to the worsening of my chronic ailments. At the end of the autumn of 1761, I fell seriously ill and spent the entire winter in almost unrelenting suffering. The physical illness, compounded by a thousand worries, made me even more sensitive to them. For some time, I had been troubled by vague and sad premonitions, without knowing exactly what they concerned. I received several rather strange anonymous letters, as well as some signed letters that were just as questionable. One of them was from a Counselor at the Parlement of Paris who, dissatisfied with the current state of affairs and not expecting anything good to come of it, asked me for advice on choosing a place of retreat—Geneva or Switzerland—for himself and his family. I also received a letter from Mr. de,, President at Mortier in another Parlement, who suggested that I draft memorials and complaints for that Parlement, which at that time was in conflict with the court, and offered to provide me with all the documents and materials I might need for that purpose. When I am suffering, I tend to be moody. I became angry upon receiving these letters and expressed my outright refusal in my replies; certainly, this refusal is not something I regret, since those letters could have been traps set by my enemies[269], and what was asked of me went against principles that I was determined to uphold more than ever. However, whereas I could have refused politely, I did so harshly—and therein lies my mistake.
Among my papers, one will find the two letters of which I have just spoken. The letter from the Counselor did not surprise me at all, because I thought, like him and many others, that the declining state of the constitution threatened France with further ruin. The disasters of a unfortunate war[270], all of which were due to the faults of the Government; the incredible disorder in finance; the constant strife within the administration, which had until then been divided among two or three ministers, each of them openly at war with the others, and which, in their mutual destruction, harmed the entire kingdom[271]; the widespread discontent among the people and all levels of society; the stubbornness of a woman who, always sacrificing her own judgment—if any she possessed—to satisfy her personal preferences, almost always excluded the most capable individuals from important positions in order to promote those who pleased her the most: all these factors justified the Counselor’s caution, as well as that of the public and myself. In fact, this foresight even led me to consider whether I should not seek refuge outside the kingdom before the troubles that seemed imminent; but, reassured by my own insignificance and peaceful disposition, I believed that in the solitude I sought, no disaster could reach me. I was only disappointed that, under such circumstances, Monsieur de Luxembourg agreed to undertake tasks that would likely diminish his influence within the Government. I wished he would have reserved for himself a safe retreat in case the entire administrative structure collapsed, as seemed increasingly likely given the current situation. And it still seems to me undeniable that if all the reins of government had not ultimately fallen into one person’s hands[272], the French Monarchy would now be in grave peril.
Il Contratto sociale veniva stampato abbastanza rapidamente. Non lo stesso valeva per l’“Émile”: aspettavo la sua pubblicazione per poter avviare il progetto di ritiro che avevo in mente. Di tanto in tanto Duchesne mi inviava dei modelli da utilizzare per la stampa; una volta fatta la scelta, invece di iniziare subito la stampa, ne mandava altri ancora. Quando finalmente decidemmo con certezza il formato e il carattere tipografico, e lui aveva già preparato diverse pagine pronte per la stampa, anche il minimo cambiamento che apportai a una delle prove fece sì che tutto dovesse ricominciare da capo. Dopo sei mesi, eravamo ancora meno avanti di quando avevamo iniziato. Durante tutti questi tentativi, scoprii che l’opera veniva stampata sia in Francia che in Olanda, e che ne venivano pubblicate due edizioni contemporaneamente. Cosa potevo fare? Non ero più padrone del mio manoscritto. Lontano dall’essere coinvolto nella pubblicazione francese, mi ero sempre opposto a essa; ma poiché questa edizione continuava comunque ad essere realizzata nonostante le mie obiezioni, e poiché fungeva da modello per l’altra edizione, era necessario almeno dare un’occhiata alle prove stampate, per evitare che il mio libro venisse alterato o rovinato. Inoltre, la pubblicazione dell’opera avveniva sotto la supervisione diretta di un funzionario ufficiale: era lui stesso a guidare in qualche modo l’intero processo editoriale. Mi scriveva spesso e, in un’occasione specifica di cui parlerò tra poco, venne persino a trovarmi per discuterne personalmente.
Mentre Duchesne procedeva a passi lenti, Néaulme, che egli teneva sotto controllo, avanzava ancora più lentamente. Non gli venivano inviate regolarmente le pagine non appena venivano stampate. Néaulme credette di scorgere in tale comportamento da parte di Duchesne – ovvero di Guy, che agiva per suo conto – delle intenzioni disoneste; vedendo che il trattato non veniva rispettato, mi scrisse lettere su lettere piene di lamentele e rimproveri, ai quali io potevo ancora meno rimediare di quanto potessi farlo per i miei problemi personali. Il suo amico Guérin, che all’epoca mi vedeva spesso, parlava costantemente di questo libro, ma sempre con la massima cautela. Sapeva, ma non sapeva con certezza se venisse stampato in Francia; sapeva, ma non sapeva se il Magistrato vi fosse coinvolto: lamentandosi degli ostacoli che questo libro avrebbe potuto causarmi, sembrava accusarmi di imprudenza, senza mai voler specificare in cosa consistesse tale imprudenza; evitava sempre di essere chiaro e tergiversava continuamente, come se parlasse soltanto per indurmi a dire qualcosa. A quel tempo, la mia fiducia era così totale che ridevo del tono cauto e misterioso con cui lui affrontava questa questione, considerandolo semplicemente un atteggiamento tipico dei funzionari e dei magistrati che frequentava abitualmente. Essendo sicuro di essere in regola sotto ogni aspetto riguardo a quest’opera, convinto che non solo avesse l’approvazione e la protezione del Magistrato, ma anche che meritasse e ricevesse il favore del ministero, ero felice della mia decisione di agire con coraggio e ridevo dei miei amici timidi, che sembravano preoccuparsi per me. Duclos faceva parte di questi; devo ammettere che se non avessi avuto tanta fiducia nell’utilità dell’opera e nella onestà dei suoi promotori, la sua condotta avrebbe potuto allarmarmi. Venne a trovarmi a casa di M. Baille, mentre l’Émile era in fase di stampa; ne parlò con me e gli lessi il “Testamento del Vescovo Savoiardo”. Lo ascoltò con grande calma, e credo anche con piacere. Quando finii di leggere, mi disse: “Davvero? Questo fa parte di un libro che viene stampato a Parigi?” “Sì,” risposi, “e dovrebbe essere stampato al Louvre, per ordine del Re.” “Lo ammetto,” disse lui, “ma per favore non dite a nessuno che mi avete letto questo passaggio.” Questo modo così strano di esprimersi mi sorprese, ma non mi spaventò. Sapevo che Duclos aveva molte relazioni con M. de Malesherbes. Non riuscivo proprio a capire come potesse avere un’opinione così diversa dalla mia su questa stessa questione.
Vivevo a Montmorency da più di quattro anni, senza aver trascorso nemmeno un giorno in buona salute. Sebbene l’aria fosse eccellente, le acque erano cattive, e questo poteva certamente essere uno dei motivi che contribuivano ad aggravare i miei problemi di salute. Alla fine dell’autunno del 1761 mi ammalai gravemente e trascorsi l’inverno intero in sofferenze quasi continue. Il male fisico, acuito da mille preoccupazioni, ne rese le conseguenze ancora più insopportabili. Da qualche tempo provavo strani e cupi presentimenti, senza riuscire a capirne la causa. Ricevevo lettere anonime piuttosto insolite, così come lettere firmate che però non erano molto meno sospette. Ne ricevetti una da un consigliere del Parlamento di Parigi: insoddisfatto della situazione attuale e preoccupato per le conseguenze future, mi chiedeva quale fosse il luogo più adatto, a Ginevra o in Svizzera, dove potesse ritirarsi con la sua famiglia. Ricevetti anche una lettera da M. de,, presidente del Parlamento di,, che mi proponeva di redigere per quel parlamento, allora in disaccordo con la corte, dei memoriali e delle osservazioni, offrendomi di fornirmi tutti i documenti necessari. Quando soffro, divento facilmente irritabile; ricevendo queste lettere, reagii con durezza alle loro richieste, rifiutandole categoricamente. Questo rifiuto certamente non è qualcosa di cui mi pento, poiché quelle lettere potevano essere trappole ordite dai miei nemici, e ciò che mi veniva chiesto andava contro principi ai quali non intendevo assolutamente rinunciare; tuttavia, avrei potuto rifiutare in modo più gentile. E forse è proprio questo il mio errore.
Tra i miei documenti si troveranno le due lettere di cui ho appena parlato. Quella del Consigliere non mi sorprese affatto, perché pensavo come lui, e come molti altri, che la costituzione in declino minacciava la Francia di un prossimo declino. I disastri di una guerra sfortunata[270], tutti causati dall’errore del Governo; il terribile disordine finanziario; i continui conflitti all’interno dell’amministrazione, divisa fino ad allora tra due o tre ministri in costante lite tra loro, e che, nel tentativo di danneggiarsi a vicenda, distruggevano il regno[271]; la generale insoddisfazione del popolo e di tutti gli strati della società; l’ostinazione di una donna caparbia che, sacrificando sempre i propri principi razionali ai propri desideri personali, escludeva quasi sempre le persone più capaci dalle cariche pubbliche per assumere quelle che le piacevano di più: tutto ciò contribuiva a giustificare la previdenza del Consigliere, nonché quella del pubblico e della mia stessa. Questa previdenza mi spinse persino, in più occasioni, a considerare l’idea di cercare rifugio all’estero prima che i disordini minacciassero il regno; tuttavia, fiducioso nella mia modestia e nel mio carattere pacifico, credevo che, nella solitudine in cui desideravo vivere, nessun pericolo potesse raggiungermi. Mi dispiaceva solo che, in quelle circostanze, il signor di Lussemburgo si impegnasse in compiti che avrebbero potuto indebolire la sua posizione nel governo; avrei voluto che si preparasse, per ogni evenienza, un rifugio sicuro, nel caso in cui l’intera struttura del governo dovesse crollare, come sembrava probabile considerando la situazione attuale. Oggi ritengo ancora indubbiamente che, se tutte le redini del governo non fossero finite finalmente nelle mani di una sola persona[272], la Monarchia francese si troverebbe oggi in grave pericolo.
Tandis que mon état empirait, l’impression de l’Émile se ralentissait, et fut enfin tout à fait suspendue, sans que je pusse en apprendre la raison, sans que Guy daignât plus m’écrire ni me répondre, sans que je pusse avoir des nouvelles de personne, ni rien savoir de ce qui se passait, M. de Malesherbes étant pour lors à la campagne. Jamais un malheur, quel qu’il soit, ne me trouble et ne m’abat, pourvu que je sache en quoi il consiste ; mais mon penchant naturel est d’avoir peur des ténèbres : je redoute et je hais leur air noir ; le mystère m’inquiète toujours ; il est par trop antipathique avec mon naturel ouvert jusqu’à l’imprudence. L’aspect du monstre le plus hideux m’effrayerait peu, ce me semble ; mais si j’entrevois de nuit une figure sous un drap blanc, j’aurai peur. Voilà donc mon imagination, qu’allumait ce long silence, occupée à me tracer des fantômes. Plus j’avais à cœur la publication de mon dernier et meilleur ouvrage, plus je me tourmentais à chercher ce qui pouvait l’accrocher, et toujours portant tout à l’extrême, dans la suspension de l’impression du livre j’en croyais voir la suppression. Cependant, n’en pouvant imaginer ni la cause ni la manière, je restais dans l’incertitude du monde la plus cruelle. J’écrivais lettres sur lettres à Guy, à M. de Malesherbes, à Mme de Luxembourg, et les réponses ne venant point, ou ne venant pas quand je les attendais, je me troublais entièrement, je délirais. Malheureusement j’appris, dans le même temps, que le P. Griffet, jésuite, avait parlé de l’Émile, et en avait rapporté des passages. À l’instant mon imagination part comme un éclair, et me dévoile tout le mystère d’iniquité : j’en vis la marche aussi clairement, aussi sûrement que si elle m’eût été révélée. Je me figurai que les Jésuites, furieux du ton méprisant sur lequel j’avais parlé des collèges, s’étaient emparés de mon ouvrage ; que c’étaient eux qui en accrochaient l’édition ; qu’instruits par Guérin, leur ami, de mon état présent, et prévoyant ma mort prochaine, dont je ne doutais pas, ils voulaient retarder l’impression jusqu’alors, dans le dessein de tronquer, d’altérer mon ouvrage, et de me prêter, pour remplir leurs vues, des sentiments différents des miens. Il est étonnant quelle foule de faits et de circonstances vint dans mon esprit se calquer sur cette folie et lui donner un air de vraisemblance, que dis-je ! m’y montrer l’évidence et la démonstration. Guérin était totalement livré aux Jésuites, je le savais. Je leur attribuai toutes les avances d’amitié qu’il m’avait faites, je me persuadai que c’était par leur impulsion qu’il m’avait pressé de traiter avec Néaulme ; que par ledit Néaulme ils avaient eu les premières feuilles de mon ouvrage ; qu’ils avaient ensuite trouvé le moyen d’en arrêter l’impression chez Duchesne, et peut-être de s’emparer de mon manuscrit, pour y travailler à leur aise, jusqu’à ce que ma mort les laissât libres de le publier travesti à leur mode. J’avais toujours senti, malgré le patelinage du P. Berthier, que les Jésuites ne m’aimaient pas, non seulement comme Encyclopédiste, mais parce que tous mes principes étaient encore plus opposés à leurs maximes et à leur crédit que l’incrédulité de mes confrères, puisque le fanatisme athée et le fanatisme dévot, se touchant par leur commune intolérance, peuvent même se réunir, comme ils ont fait à la Chine, et comme ils font contre moi ; au lieu que la religion raisonnable et morale, ôtant tout pouvoir humain sur les consciences, ne laisse plus de ressource aux arbitres de ce pouvoir. Je savais que M. le Chancelier était aussi fort ami des Jésuites ; je craignais que le fils, intimidé par le père, ne se vît forcé de leur abandonner l’ouvrage qu’il avait protégé. Je croyais même voir l’effet de cet abandon dans les chicanes que l’on commençait à me susciter sur les deux premiers volumes, où l’on exigeait des cartons pour des riens ; tandis que les deux autres volumes étaient, comme on ne l’ignorait pas, remplis de choses si fortes, qu’il eût fallu les refondre en entier, en les censurant comme les deux premiers. Je savais de plus, et M. de Malesherbes me le dit lui-même, que l’abbé de Grave, qu’il avait chargé de l’inspection de cette édition, était encore un autre partisan des Jésuites. Je ne voyais partout que Jésuites, sans songer qu’à la veille d’être anéantis, et tout occupés de leur propre défense, ils avaient autre chose à faire que d’aller tracasser sur l’impression d’un livre où il ne s’agissait pas d’eux. J’ai tort de dire sans songer, car j’y songeais très bien, et c’est même une objection que M. de Malesherbes eut soin de me faire sitôt qu’il fut instruit de ma vision ; mais, par un autre de ces travers d’un homme qui du fond de sa retraite veut juger du secret des grandes affaires, dont il ne sait rien, je ne voulus jamais croire que les Jésuites fussent en danger, et je regardais le bruit qui s’en répandait comme un leurre de leur part pour endormir leurs adversaires. Leurs succès passés, qui ne s’étaient jamais démentis, me donnaient une si terrible idée de leur puissance, que je déplorais déjà l’avilissement du Parlement. Je savais que M. de Choiseul avait étudié chez les Jésuites, que Mme de Pompadour n’était point mal avec eux, et que leur ligue avec les favoris et les ministres avait toujours paru avantageuse aux uns et aux autres contre leurs ennemis communs. La cour paraissait ne se mêler de rien, et, persuadé que si la Société[273] recevait un jour quelque rude échec, ce ne serait jamais le Parlement qui serait assez fort pour le lui porter, je tirais de cette inaction de la cour le fondement de leur confiance et l’augure de leur triomphe. Enfin, ne voyant dans tous les bruits du jour qu’une feinte et des pièges de leur part, et leur croyant, dans leur sécurité, du temps pour vaquer à tout, je ne doutais pas qu’ils n’écrasassent dans peu le Jansénisme, et le Parlement, et les Encyclopédistes, et tout ce qui n’aurait pas porté leur joug, et qu’enfin s’ils laissaient paraître mon livre, ce ne fût qu’après l’avoir transformé au point de s’en faire une arme, en se prévalant de mon nom pour surprendre mes lecteurs.
Je me sentais mourant ; j’ai peine à comprendre comment cette extravagance ne m’acheva pas[274], tant l’idée de ma mémoire déshonorée après moi dans mon plus digne et meilleur livre, m’était effroyable. Jamais je n’ai tant craint de mourir, et je crois que si j’étais mort dans ces circonstances, je serais mort désespéré. Aujourd’hui même, que je vois marcher sans obstacle à son exécution le plus noir, le plus affreux complot qui jamais ait été tramé contre la mémoire d’un homme, je mourrai beaucoup plus tranquille, certain de laisser dans mes écrits un témoignage de moi qui triomphera tôt ou tard des complots des hommes.
As my condition worsened, Émile’s progress in publishing the work slowed down, and eventually came to a complete halt. I was unable to discover the reason for this; Guy refused to write to me or respond to my messages, and I received no news from anyone, nor did I know what was happening, since M. de Malesherbes was away in the countryside at that time. No misfortune, no matter how severe, ever disturbs or overwhelms me as long as I understand what it consists of; however, my natural inclination is to fear the dark—I dread and hate its gloomy atmosphere. Mystery always fills me with anxiety; it is utterly incompatible with my open-mindedness, which sometimes borders on imprudence. The sight of the most grotesque monster might not frighten me much, but if I were to see a figure covered in white cloth at night, I would be terrified. Thus, my imagination, kindled by this prolonged silence, began to conjure up all sorts of phantoms for me. The more I cherished the publication of my latest and best work, the more I agonized over what might prevent it from seeing print. Taking things to extremes, I believed that the delay in its release meant it would never be published at all. Unable to fathom the cause or mechanism behind this, I was plunged into utter uncertainty. I wrote letter after letter to Guy, M. de Malesherbes, and Madame de Luxembourg, but none of them responded, or their replies came when I least expected them. This left me utterly distressed and delirious. Unfortunately, at the same time, I learned that Father Griffet, a Jesuit, had spoken about Émile and quoted passages from it. Instantly, my imagination exploded like a flash of lightning, and I saw through the entire scheme of injustice. It became clear to me as if it had been revealed to me personally. I assumed that the Jesuits, angered by the contemptuous tone in which I had criticized their colleges, had seized my work and were delaying its publication in order to alter or distort it at will. They must have obtained a copy of my manuscript through their friend Guérin, who was well-informed about my current situation and probably anticipated my imminent death. Their goal was to prevent the book from being published until after I died, so that they could publish a distorted version tailored to their own purposes. It is astonishing how many facts and circumstances seemed to corroborate this delusion, giving it an air of authenticity—even more so, they seemed to provide irrefutable evidence for it. I knew that Guérin was completely under the influence of the Jesuits; I attributed all the kindness he had shown me to their prompting. I believed that it was they who had urged me to negotiate with Néaulme, that through him they had obtained early copies of my work, and that they had then managed to stop its publication at Duchesne’s printing house—perhaps even seizing my manuscript to manipulate it at their convenience until my death freed them to publish it in their own distorted form. I had always felt, despite the flattery of Monsieur Berthier, that the Jesuits did not like me—not only as an Encyclopedist, but because all my principles were even more opposed to their doctrines and their influence than those of my fellow Encyclopedists; for atheistic fanaticism and religious fanaticism, being both characterized by intolerance, could even unite, as they had done in China—and indeed, as they were doing against me. On the contrary, rational and moral religion, by stripping human authority over conscience, left no room for such arbiters. I knew that Monsieur le Chancelier was also a strong supporter of the Jesuits; I feared that their son, intimidated by his father, might be forced to abandon the cause he had once defended. I even believed that this abandonment was already having an effect on the difficulties being created for me regarding the first two volumes of my work—where people were demanding unnecessary certifications for trivial matters—while the other two volumes, as everyone knew, contained such strong arguments that they would have had to be completely revised and censored, just like the first two. Moreover, Monsieur de Malesherbes himself told me that Abbé de Grave, whom he had appointed to oversee this edition, was also a pro-Jesuit. Everywhere I looked, I seemed to see Jesuits—without realizing that, on the eve of their own downfall, they were too preoccupied with defending themselves to bother with harassing the publication of a book that had nothing to do with them. I say “seemed” because, in truth, I was well aware of this; indeed, Monsieur de Malesherbes immediately raised this objection when he learned of my concerns. But, due to another of those peculiarities of a man who, from his isolated position, tries to judge the secrets of major affairs of which he knows nothing, I refused to believe that the Jesuits were in danger at all. I regarded the rumors circulating about their downfall as nothing more than a ruse intended to lull their opponents. Their past successes, which had never been reversed, gave me such a terrifying impression of their power that I already began to lament the decline of Parliament. I knew that Monsieur de Choiseul had studied under the Jesuits, that Madame de Pompadour had good relations with them, and that their alliance with court favorites and ministers had always seemed beneficial to both sides in their common struggle against their enemies. The court itself seemed to take no part in these matters; and convinced that if the Society of Jesus ever suffered a severe setback, it would certainly not be Parliament that was strong enough to bring it about, I interpreted this inaction as proof of their confidence and a sign of their impending victory. Finally, since I saw in all the noises of that time nothing but deceit and traps on their part, and believing that they, in their security, had enough time to deal with everything, I had no doubt that they would soon crush Jansenism, Parliament, the Encyclopedists, and anything that did not submit to their rule. And I thought that if they ever allowed my book to be published, it would only be after having altered it completely to turn it into a weapon, using my name to surprise my readers.
I felt as if I were dying; I can hardly understand how such extravagance did not bring me ruin[274], for the thought of my memory being dishonored after my death in my most honorable and finest work was utterly terrifying to me. I had never feared death so much before, and I believe that if I had died under such circumstances, I would have died in despair. Even today, as I see the darkest, most horrible plot ever conceived against the memory of a man being carried out without any obstacle, I die much more peacefully, certain that I have left behind in my writings a testimony to myself that will, sooner or later, triumph over the schemes of men.
Mentre il mio stato peggiorava, l’impressione dell’opera “Émile” rallentava progressivamente fino a fermarsi del tutto; non riuscivo a capirne il motivo, Guy non si degnava più di scrivere o rispondere alle mie lettere, nessuno mi dava notizie e non sapevo nulla di ciò che stava accadendo, poiché in quel periodo M. de Malesherbes si trovava in campagna. Nessun disastro, per quanto grave, può turbarmi o abbattermi, purché io sappia di cosa si tratta; tuttavia, la mia natura mi spinge a temere l’oscurità: ho paura e odio il suo aspetto cupo; il mistero mi inquieta sempre, poiché è profondamente in contrasto con la mia indole aperta e spesso imprudente. L’aspetto del mostro più orribile probabilmente non mi spaventerebbe molto; ma se, di notte, vedessi una figura avvolta in un panno bianco, ne avrei paura. Ecco quindi la mia immaginazione, alimentata da quel lungo silenzio, che iniziava a creare per me fantasmi e paure. Più tenevo a far pubblicare il mio ultimo e migliore lavoro, più mi tormentavo nel cercare ciò che potesse ostacolare tale realizzazione; portando tutto all’estremo, pensavo che l’interrompimento dell’impressione del libro significasse la sua cancellazione. Tuttavia, non riuscendo a immaginare né la causa né il modo in cui ciò fosse possibile, rimanevo nella più terribile incertezza. Scrivevo lettere su lettere a Guy, a M. de Malesherbes, a Madame de Luxembourg, ma le risposte non arrivavano, o arrivavano quando non me l’aspettavo; così mi sentivo completamente turbata e in preda al delirio. Purtroppo, nello stesso periodo, appresi che il Padre Griffet, un gesuita, aveva parlato dell’“Émile” e ne aveva riportato alcuni passaggi. In quell’istante, la mia immaginazione si scatenò come un fulmine e mi rivelò tutto il mistero dietro a questa ingiustizia: vidi chiaramente, con certezza assoluta, come i gesuiti, offesi dal tono sprezzante con cui avevo parlato dei collegi, si fossero impadroniti del mio lavoro; che erano loro a ritardare la sua pubblicazione; che, informati da Guérin, il loro amico, della mia situazione attuale e prevedendo la mia morte imminente, volevano impedire la stampa dell’opera fino ad allora, con l’intento di alterarla a loro piacimento e far credere che i miei sentimenti fossero diversi da quelli reali. È sorprendente quanta quantità di fatti e circostanze sia venuta alla mia mente, adattandosi a questa follia e dandole l’aspetto della verosimiglianza, anzi, dell’evidenza stessa! Sapevo che Guérin era completamente sotto il controllo dei gesuiti; attribuii loro tutte le manifestazioni di affetto che mi aveva dimostrato, convinta che fossero stati loro a spingerlo ad incoraggiarmi a trattare con Néaulme; che attraverso di lui avessero ottenuto le prime pagine del mio lavoro; che poi avessero trovato il modo di fermarne la stampa presso Duchesne, e forse addirittura di impossessarsi del manoscritto per poterlo modificare a loro piacimento, fino a quando la mia morte non li avesse liberati di pubblicarlo in un’edizione alterata. Sentivo sempre, nonostante le lusinghe del P. Berthier, che i Gesuiti non mi amavano, non solo in quanto Enciclopedista, ma perché tutti i miei principi erano ancora più opposti alle loro massime e al loro credito di quanto lo fosse l’indifferenza dei miei colleghi; infatti, il fanatismo ateo e il fanatismo devoto, essendo entrambi caratterizzati dall’intolleranza, potevano persino unirsi, come era avvenuto in Cina, e come stavano facendo contro di me. Al contrario, la religione razionale e morale, eliminando ogni potere umano sulle coscienze, non lasciava più alcuna via ai detentori di tale potere. Sapevo che anche il cancelliere era un grande amico dei Gesuiti; temevo che il figlio, intimidito dal padre, fosse costretto ad abbandonare l’opera che aveva protetto. Credevo persino di vedere gli effetti di questo abbandono nelle difficoltà che iniziavano a presentarsi riguardo ai primi due volumi dell’opera, dove si richiedevano documentazioni per questioni insignificanti; mentre i due volumi successivi erano, come tutti sapevano, pieni di contenuti così forti da richiedere una revisione completa, simile a quella dei primi due. Sapevo inoltre, e me lo disse personalmente il signor de Malesherbes, che l’abate de Grave, incaricato di controllare questa edizione, era anch’egli un sostenitore dei Gesuiti. Vedevo dappertutto i Gesuiti, senza considerare che, alla vigilia della loro distruzione e impegnati solo nella propria difesa, non avevano certo il tempo di occuparsi dell’impressione di un libro che non li riguardava affatto. Ho torto a dire “senza pensarci”, perché in realtà ci pensavo molto; anzi, il signor de Malesherbes si premurò subito di farmi notare questo aspetto non appena ne fu informato. Tuttavia, per un altro dei miei pregiudizi tipici di una persona che, da lontano, cerca di giudicare questioni importanti di cui non sa nulla, rifiutavo assolutamente di credere che i Gesuiti fossero in pericolo; consideravo invece tutto quel clamore come un trucco da loro utilizzato per ingannare i loro avversari. I loro successi passati, che mai si erano verificati, mi davano un’idea terribile della loro potenza; già allora deploravo l’umiliazione del Parlamento. Sapevo che il signor de Choiseul aveva studiato presso i Gesuiti, che la signora de Pompadour aveva buoni rapporti con loro, e che la loro alleanza con i favoriti e i ministri risultava sempre vantaggiosa per entrambi contro i loro nemici comuni. La corte sembrava non interessarsi affatto a queste questioni; convinto che, se un giorno la Società dei Gesuiti avesse subito una sconfitta decisiva, il Parlamento non sarebbe stato abbastanza forte per infliggergliela, traeva da questa inazione della corte la prova della loro fiducia in sé stessi e l’indizio del loro futuro trionfo. Infine, vedendo in tutti i rumori di quel tempo soltanto inganni e trappole da parte loro, e credendo che, nella loro sicurezza, avessero tutto il tempo necessario per agire, non dubitavo affatto che presto schiacciassero il Giansenesimo, il Parlamento, gli Enciclopedisti, e tutto ciò che non fosse sottomesso al loro dominio; inoltre, pensavo che, se avessero deciso di pubblicare il mio libro, l’avrebbero fatto soltanto dopo averlo modificato a tal punto da trasformarlo in un’arma, utilizzando il mio nome per sorprendere i miei lettori.
Mi sentivo morire; faticavo a capire come quell’eccesso non mi uccidesse[274], poiché l’idea che la mia memoria venisse disonorata dopo la mia morte nel mio libro più nobile e migliore era terribile per me. Non ho mai temuto di morire così tanto; credo che, se fossi morto in quelle circostanze, sarei morto disperato. Anche oggi, vedendo come il complotto più oscuro e orribile mai concepito contro la memoria di un uomo proceda senza ostacoli verso la sua attuazione, morirò molto più serenamente, certo che nei miei scritti lascerò una testimonianza di me stesso che, prima o poi, trionferà sui complotti degli uomini.
(1762.) — M. de Malesherbes, témoin et confident de mes agitations, se donna pour les calmer des soins qui prouvent son inépuisable bonté de cœur. Mme de Luxembourg concourut à cette bonne œuvre, et fut plusieurs fois chez Duchesne, pour savoir à quoi en était cette édition. Enfin l’impression fut reprise et marcha plus rondement, sans que jamais j’aie pu savoir pourquoi elle avait été suspendue. M. de Malesherbes prit la peine de venir à Montmorency pour me tranquilliser : il en vint à bout, et ma parfaite confiance en sa droiture l’ayant emporté sur l’égarement de ma pauvre tête, rendit efficace tout ce qu’il fit pour m’en ramener. Après ce qu’il avait vu de mes angoisses et de mon délire, il était naturel qu’il me trouvât très à plaindre. Aussi fit-il. Les propos incessamment rebattus de la cabale philosophique qui l’entourait lui revinrent à l’esprit. Quand j’allai vivre à l’Ermitage, ils publièrent, comme je l’ai déjà dit, que je n’y tiendrais pas longtemps. Quand ils virent que je persévérais, ils dirent que c’était par obstination, par orgueil, par honte de m’en dédire, mais que je m’y ennuyais à périr, et que j’y vivais très malheureux. M. de Malesherbes le crut et me l’écrivit. Sensible à cette erreur dans un homme pour qui j’avais tant d’estime, je lui écrivis quatre lettres consécutives où, lui exposant les vrais motifs de ma conduite, je lui décrivis fidèlement mes goûts, mes penchants, mon caractère, et tout ce qui se passait dans mon cœur. Ces quatre lettres, faites sans brouillon, rapidement, à trait de plume, et sans même avoir été relues, sont peut-être la seule chose que j’aie écrite avec facilité dans toute ma vie, ce qui est bien étonnant au milieu de mes souffrances et de l’extrême abattement où j’étais. Je gémissais, en me sentant défaillir, de penser que je laissais dans l’esprit des honnêtes gens une opinion de moi si peu juste, et par l’esquisse tracée à la hâte dans ces quatre lettres, je tâchais de suppléer en quelque sorte aux Mémoires que j’avais projetés. Ces lettres, qui plurent à M. de Malesherbes, et qu’il montra dans Paris, sont en quelque façon le sommaire de ce que j’expose ici plus en détail, et méritent, à ce titre, d’être conservées. On trouvera parmi mes papiers la copie qu’il en fit faire à ma prière, et qu’il m’envoya quelques années après.
La seule chose qui m’affligeait désormais dans l’opinion de ma mort prochaine était de n’avoir aucun homme lettré de confiance, entre les mains duquel je pusse déposer mes papiers, pour en faire après moi le triage. Depuis mon voyage de Genève, je m’étais lié d’amitié avec Moultou ; j’avais de l’inclination pour ce jeune homme, et j’aurais désiré qu’il vînt me fermer les yeux ; je lui marquai ce désir, et je crois qu’il aurait fait avec plaisir cet acte d’humanité, si ses affaires et sa famille le lui eussent permis. Privé de cette consolation, je voulus du moins lui marquer ma confiance, en lui envoyant la Profession de foi du Vicaire avant la publication. Il en fut content ; mais il ne me parut pas dans sa réponse partager la sécurité avec laquelle j’en attendais pour lors l’effet. Il désira d’avoir de moi quelque morceau que n’eût personne autre. Je lui envoyai une Oraison funèbre du feu duc d’Orléans, que j’avais faite pour l’abbé Darty[275], et qui ne fut pas prononcée, parce que, contre son attente, ce ne fut pas lui qui en fut chargé.
L’impression, après avoir été reprise, se continua, s’acheva même assez tranquillement, et j’y remarquai ceci de singulier, qu’après les cartons qu’on avait sévèrement exigés pour les deux premiers volumes, on passa les deux derniers sans rien dire, et sans que leur contenu fît aucun obstacle à sa publication. J’eus pourtant encore quelque inquiétude que je ne dois pas passer sous silence. Après avoir eu peur des Jésuites, j’eus peur des jansénistes et des philosophes. Ennemi de tout ce qui s’appelle parti, faction, cabale, je n’ai jamais rien attendu de bon des gens qui en sont. Les Commères avaient, depuis un temps, quitté leur ancienne demeure, et s’étaient établis tout à côté de moi, en sorte que de leur chambre on entendait tout ce qui se disait dans la mienne et sur ma terrasse, et que de leur jardin on pouvait très aisément escalader le petit mur qui le séparait de mon Donjon. J’avais fait de ce Donjon mon cabinet de travail, en sorte que j’y avais une table couverte d’épreuves et de feuilles de l’Émile et du Contrat social, et brochant ces feuilles à mesure qu’on me les envoyait, j’avais là tous mes volumes longtemps avant qu’on les publiât. Mon étourderie, ma négligence, ma confiance en M. Mathas, dans le jardin duquel j’étais clos, faisaient que souvent, oubliant de fermer le soir mon Donjon, je le trouvais le matin tout ouvert, ce qui ne m’eût guère inquiété, si je n’avais cru remarquer du dérangement dans mes papiers. Après avoir fait plusieurs fois cette remarque, je devins plus soigneux de fermer le Donjon. La serrure était mauvaise, la clef ne fermait qu’à demi-tour. Devenu plus attentif, je trouvai un plus grand dérangement encore que quand je laissais tout ouvert. Enfin, un de mes volumes se trouva éclipsé pendant un jour et deux nuits, sans qu’il me fût possible de savoir ce qu’il était devenu jusqu’au matin du troisième jour, que je le retrouvai sur ma table. Je n’eus ni n’ai jamais eu de soupçons sur M. Mathas, ni sur son neveu, M. Dumoulin, sachant qu’ils m’aimaient l’un et l’autre, et prenant en eux toute confiance. Je commençais d’en avoir moins dans les Commères. Je savais que, quoique jansénistes, ils avaient quelque liaison avec d’Alembert, et logeaient dans la même maison.
Cela me donna quelque inquiétude, et me rendit plus attentif. Je retirai mes papiers dans ma chambre, et je cessai tout à fait de voir ces gens-là, ayant su d’ailleurs qu’ils avaient fait parade, dans plusieurs maisons, du premier volume de l’Émile que j’avais eu l’imprudence de leur prêter. Quoiqu’ils continuassent d’être mes voisins jusqu’à mon départ, je n’ai plus eu de communication avec eux depuis lors.
Le Contrat social parut un mois ou deux avant l’Émile. Rey, dont j’avais toujours exigé qu’il n’introduirait jamais furtivement en France aucun de mes livres, s’adressa au magistrat pour obtenir la permission de faire entrer celui-ci par Rouen, où il fit par mer son envoi. Rey n’eut aucune réponse : ses ballots restèrent à Rouen plusieurs mois, au bout desquels on les lui renvoya, après avoir tenté de les confisquer ; mais il fit tant de bruit qu’on les lui rendit. Des curieux en tirèrent d’Amsterdam quelques exemplaires qui circulèrent avec peu de bruit. Mauléon, qui en avait ouï parler, et qui même en avait vu quelque chose, m’en parla d’un ton mystérieux qui me surprit, et qui m’eût inquiété même, si certain d’être en règle à tous égards et d’avoir nul reproche à me faire, je ne m’étais tranquillisé par ma grande maxime. Je ne doutais pas même que M. de Choiseul, déjà bien disposé pour moi, et sensible à l’éloge que mon estime pour lui m’en avait fait faire dans cet ouvrage, ne me soutînt en cette occasion contre la malveillance de Mme de Pompadour.
(1762.) — Mr. de Malesherbes, who was witness to and confidant in my troubles, went to great lengths to calm them down, demonstrating his inexhaustible kindness of heart. Madame de Luxembourg also contributed to this good cause and visited Duchesne on several occasions to inquire about the progress of this publishing project. Eventually, the printing resumed and proceeded more smoothly, though I never learned why it had been suspended in the first place. Mr. de Malesherbes even took the trouble to come to Montmorency to reassure me; he succeeded in doing so, and my complete trust in his integrity helped overcome the confusion in my poor mind, making all his efforts to help me recover effective. Given what he had witnessed of my anguish and delirium, it was only natural that he thought I deserved great sympathy—and indeed, he did. The incessant slanderous remarks of the philosophical clique surrounding him came back to his mind. When I moved to live at the Ermitage, they claimed, as I have already mentioned, that I would not stay there long. When they saw that I persisted, they said it was out of obstinacy, pride, or shame at having to retract those claims—but that I was suffering greatly and living in extreme unhappiness. Mr. de Malesherbes believed them and wrote me about it. Sensible of this misunderstanding on the part of a man whom I held in such high esteem, I wrote him four consecutive letters in which I explained the true reasons behind my actions and faithfully described my tastes, inclinations, character, and everything going on in my heart. These four letters, written quickly and without any drafts or revisions, are perhaps the only things I ever wrote with ease in my life—which is quite remarkable given the suffering and utter despondency I was in. As I felt myself collapsing from exhaustion, the thought of leaving such an unfair impression of me on the minds of honest people filled me with grief; through these hastily written letters, I tried in some way to make amends for the Memoirs I had intended to write. These letters pleased Mr. de Malesherbes, and he showed them around Paris. In a sense, they are a summary of what I am describing more in detail here, and therefore deserve to be preserved. Among my papers, one can find a copy he had made for me at my request and which he sent to me some years later.
The only thing that now troubled me regarding my impending death was the fact that I had no trustworthy learned man to whom I could confide my papers and entrust their sorting after my death. Since my trip from Geneva, I had formed a friendship with Moultou; I felt a certain affection for this young man, and I would have wished he could come to perform the ceremony of closing my eyes. I expressed this wish to him, and I believe he would have gladly carried out such an act of kindness if his own affairs and family circumstances had permitted it. Lacking this consolation, I at least wanted to assure him of my trust by sending him the “Profession de foi” of the Vicar before its publication. He was pleased with it; however, his reply did not seem to reflect the same confidence that I had hoped for at that time. He expressed a desire to have some piece of mine that no one else would possess. I sent him a funeral oration written by me for Abbe Darty[275], but it was never delivered, because, contrary to his expectations, he was not the one chosen to deliver it.
The impression, once renewed, continued quite peacefully, and I noticed something rather peculiar: after the strict demands made for the first two volumes, the publication of the last two went forward without any obstacles whatsoever. Yet I still had some concerns that I must not ignore. After fearing the Jesuits, I began to fear the Jansenists and philosophers as well. An enemy of all forms of factions, cliques, and conspiracies, I never expected anything good from people involved in such things. For some time, the Commères had left their former residence and moved right next to me; from their room, they could hear everything that was said in my room and on my terrace, and it was quite easy for them to climb over the small wall separating their garden from my donjon. I had made this donjon my office, where I kept a table covered with drafts of “Émile” and “The Social Contract.” As these manuscripts were sent to me, I would attach them there, so that I always had all my volumes long before they were officially published. My carelessness, my trust in M. Mathas—and the fact that I was locked inside the garden—often led to my forgetting to close the donjon at night. One morning, I found it completely open, but only after noticing some disorder among my papers did I become suspicious. After several such incidents, I became more careful about locking it. However, the lock was poor, and the key would only fit halfway into the slot. When I paid closer attention, I discovered even greater confusion than before. Eventually, one of my volumes disappeared for a full day and two nights; I had no idea where it had gone until the third morning, when I found it back on my table. I never suspected M. Mathas or his nephew, M. Dumoulin—since I knew they both liked me and trusted them completely. However, my trust in the Commères began to waver. I knew that, despite being Jansenists, they had some connections with d’Alembert and lived in the same house.
This caused me some concern and made me more vigilant. I took my papers back to my room and completely stopped seeing those people, since I learned that they had paraded around in several houses with the first volume of Emile that I had foolishly lent them. Although they continued to be my neighbors until my departure, I never had any further contact with them afterward.
“The Social Contract” was published about a month or two before “Émile.” Rey, whom I had always insisted never to secretly introduce any of my books into France, approached the authorities to obtain permission to send this work in through Rouen, where it was then shipped by sea. However, Rey received no response; his parcels remained in Rouen for several months before being returned to him after attempts to confiscate them were made. But he caused such a fuss that they were ultimately released to him. Curious individuals obtained some copies from Amsterdam, and these circulated rather quietly. Mauléon, who had heard about it and even seen some copies, mentioned it to me in a mysterious tone that surprised me. It would have worried me too, had I not been absolutely certain of my own integrity and of having done nothing wrong in any regard. I did not doubt for a moment that Monsieur de Choiseul, who was already quite favorable toward me and sensitive to the praise I had expressed for him in this work, would support me against Madame de Pompadour’s malice.
(1762.) Il signor de Malesherbes, testimone e confidente delle mie angosie, si adoperò con ogni cura per calmarle, dimostrando così la sua inesauribile bontà d’animo. La signora di Lussemburgo contribuì anch’essa a questa buona azione, recandosi più volte da Duchesne per informarsi su come procedesse la pubblicazione del mio lavoro. Alla fine, le operazioni di stampa furono riprese e proseguirono senza intoppi; tuttavia non ho mai saputo il motivo per cui erano state interrotte. Il signor de Malesherbes si prese la briga di venire a Montmorency per tranquillizzarmi: riuscì nel suo intento, e la mia totale fiducia nella sua onestà ebbe la meglio sull’illusione della mia povera mente, rendendo efficaci tutti i suoi sforzi per riportarmi alla ragione. Dopo aver visto le mie angosie e il mio delirio, era naturale che mi trovasse in una condizione molto triste; così fece davvero. I continui discorsi della setta filosofica che lo circondava gli tornarono in mente. Quando andai ad abitare all’Ermitage, essi pubblicarono, come ho già detto, che non vi sarei rimasto a lungo; quando videro che perseveravo, dissero che lo facevo per ostinazione, orgoglio o vergogna di ritrattarmi, ma che mi annoiavo terribilmente e vivevo in condizioni molto miserevoli. Il signor de Malesherbes ci credette e me lo scrisse. Sensibile a questo errore da parte di un uomo per il quale provavo tanto rispetto, gli scrissi quattro lettere consecutive in cui esposei chiaramente i veri motivi della mia condotta, descrivendo con sincerità i miei gusti, le mie inclinazioni, il mio carattere e tutto ciò che accadeva nel mio cuore. Queste quattro lettere, scritte senza alcun abbozzo, in fretta e senza nemmeno essere rilette, sono forse l’unica cosa che abbia mai scritto con facilità in tutta la mia vita, il che è davvero sorprendente, considerando le mie sofferenze e lo stato di estrema depressione in cui mi trovavo. Gemendo al pensiero di lasciare nell’opinione delle persone oneste un’immagine di me così ingiusta, cercai in qualche modo di compensare con queste lettere i “Memori” che avevo progettato di scrivere. Queste lettere, piaciute al signor de Malesherbes e da lui mostrate a Parigi, rappresentano in qualche modo un riassunto di ciò che qui espongo più dettagliatamente; meritano quindi di essere conservate. Tra i miei documenti si troverà la copia che egli fece fare su mia richiesta e mi inviò alcuni anni dopo.
L’unica cosa che ora mi addolorava riguardo alla prossima mia morte era il fatto di non avere alcun uomo colto e di fiducia a cui poter affidare i miei documenti affinché li sistemasse dopo la mia scomparsa. Dopo il mio viaggio a Ginevra, avevo stretto amicizia con Moultou; provavo simpatia per questo giovane e avrei desiderato che fosse lui ad assistermi nell’ultimo momento; gli espressi questo desiderio, e credo che sarebbe stato felice di compiere questo atto di umanità, se le sue circostanze personali e familiari lo avessero permesso. Privato di questa consolazione, volli almeno dimostrargli la mia fiducia inviandogli la “Professione di fede” del Vescovo prima della sua pubblicazione. Ne fu contento; tuttavia, nella sua risposta, non sembrava condividere la sicurezza che io avevo all’epoca riguardo agli effetti positivi di tale azione. Desiderava ricevere da me qualcosa che nessun altro avesse. Gli inviai quindi un’Orazione funebre del defunto Duca d’Orléans, che avevo scritto per l’Abate Darty[275], ma che non fu mai pronunciata, poiché, contro ogni sua aspettativa, non fu lui ad essere incaricato di farlo.
L’impression, dopo essere stata ripresa, continuò e si concluse persino in modo abbastanza tranquillo; notai però qualcosa di strano: dopo i severi requisiti imposti per i primi due volumi, gli ultimi due furono pubblicati senza alcuna obiezione, e il loro contenuto non rappresentò alcun ostacolo alla loro uscita. Tuttavia, provai ancora un certo timore che non debba essere taciuto. Dopo aver temuto i Gesuiti, iniziai a temere anche i giansenisti e i filosofi. Nemico di tutto ciò che si può definire partito, fazione o cospirazione, non ho mai atteso nulla di buono dalle persone che appartengono a queste categorie. Le Commères avevano da tempo lasciato la loro vecchia residenza e si erano stabilite proprio accanto a me; dalla loro stanza si poteva sentire tutto ciò che veniva detto nella mia camera e sulla mia terrazza, e dal loro giardino era facile scalare il piccolo muro che lo separava dal mio Donjon. Avevo trasformato quel Donjon nel mio studio di lavoro: lì avevo una scrivania piena di bozze e pagine dei “Emile” e del “Contratto sociale”; man mano che queste pagine mi venivano inviate, le incollavo, così che avevo tutti i volumi pronti molto prima della loro pubblicazione. La mia distrazione, la mia negligenza, la mia fiducia in M. Mathas, spesso dimenticavo di chiudere il Donjon la sera; al mattino lo trovavo aperto, il che non mi avrebbe preoccupato molto, se non avessi notato che i miei documenti erano scomparsi. Dopo aver osservato questo fenomeno più volte, iniziai a prestare maggiore attenzione nel chiudere il Donjon. La serratura era difettosa, la chiave si bloccava solo a metà giro. Diventando più attento, notai che il disordine nei miei documenti aumentava sempre di più. Alla fine, uno dei miei volumi scomparve per un giorno e due notti; non riuscii a scoprire cosa ne fosse stato fino al mattino del terzo giorno, quando lo ritrovai sulla mia scrivania. Non ho mai avuto alcun sospetto su M. Mathas né sul suo nipote, M. Dumoulin, sapevo che mi volevano bene entrambi e avevo piena fiducia in loro. Invece, iniziai a dubitare delle Commères. Sapevo che, pur essendo gianseniste, avevano qualche legame con d’Alembert e vivevano nella stessa casa.
Questo mi causò qualche preoccupazione e mi rese ancora più attento. Tolsi i miei documenti nella mia stanza e smisi completamente di frequentare quelle persone, avendo inoltre appreso che avevano mostrato, in diverse case, il primo volume di “Émile” che avevo avuto l’imprudenza di prestargli. Anche se rimasero miei vicini fino alla mia partenza, da allora non ebbi più alcun contatto con loro.
Il “Contratto sociale” fu pubblicato un mese o due prima di “Emile”. Rey, a cui avevo sempre imposto di non introdurre mai di nascosto in Francia nessuno dei miei libri, si rivolse a un magistrato per ottenere il permesso di farne arrivare una copia da Rouen, dove venne inviato via mare. Rey non ricevette alcuna risposta: i suoi pacchi rimasero a Rouen per diversi mesi, dopodiché gli furono restituiti dopo che qualcuno aveva tentato di sequestrarli; tuttavia fece tanto rumore che alla fine gli vennero restituiti. Alcuni curiosi ne presero degli esemplari da Amsterdam e questi iniziarono a circolare senza troppo clamore. Mauléon, che ne aveva sentito parlare e addirittura ne aveva visto alcune copie, ne parlò con me in tono misterioso, il che mi sorprese; avrebbe anche potuto preoccuparmi, se non fossi stato così certo di essere in regola sotto ogni aspetto e di non avere nulla da rimproverarmi. Mi tranquillizzai comunque, affidandomi alla mia grande massima. Non dubitavo nemmeno che il signor de Choiseul, già molto favorevole nei miei confronti e sensibile alle lodi che in questo libro gli avevo rivolto, mi avrebbe sostenuto in questa circostanza contro la malvolenza di Madame de Pompadour.
J’avais assurément lieu de compter alors, autant que jamais, sur les bontés de M. de Luxembourg et sur son appui dans le besoin ; car jamais il ne me donna de marques d’amitié ni plus fréquentes, ni plus touchantes. Au voyage de Pâques, mon triste état ne me permettant pas d’aller au Château, il ne manqua pas un seul jour de me venir voir, et enfin, me voyant souffrir sans relâche, il fit tant qu’il me détermina à voir le frère Côme, l’envoya chercher, me l’amena lui-même, et eut le courage, rare certes et méritoire dans un grand seigneur, de rester chez moi durant l’opération, qui fut cruelle et longue. Il n’était pourtant question que d’être sondé ; mais je n’avais jamais pu l’être, même par Morand, qui s’y prit à plusieurs fois, et toujours sans succès. Le frère Côme, qui avait la main d’une adresse et d’une légèreté sans égale, vint à bout enfin d’introduire une très petite algalie, après m’avoir beaucoup fait souffrir pendant plus de deux heures, durant lesquelles je m’efforçai de retenir les plaintes, pour ne pas déchirer le cœur sensible du bon Maréchal. Au premier examen, le frère Côme crut trouver une grosse pierre, et me le dit ; au second, il ne la trouva plus. Après avoir recommencé une seconde et une troisième fois, avec un soin et une exactitude qui me firent trouver le temps fort long, il déclara qu’il n’y avait point de pierre, mais que la prostate était squirreuse et d’une grosseur surnaturelle ; il trouva la vessie grande et en bon état, et finit par me déclarer que je souffrirais beaucoup, et que je vivrais longtemps. Si la seconde prédiction s’accomplit aussi bien que la première, mes maux ne sont pas prêts à finir.
C’est ainsi qu’après avoir été traité successivement, pendant tant d’années, de vingt maux que je n’avais pas, je finis par savoir que ma maladie, incurable sans être mortelle, durerait autant que moi. Mon imagination, réprimée par cette connaissance, ne me fit plus voir en perspective une mort cruelle dans les douleurs du calcul. Je cessai de craindre qu’un bout de bougie, qui s’était rompu dans l’urètre il y avait longtemps, n’eût fait le noyau d’une pierre. Délivré des maux imaginaires, plus cruels pour moi que les maux réels, j’endurai plus paisiblement ces derniers. Il est constant que depuis ce temps j’ai beaucoup moins souffert de ma maladie que je n’avais fait jusqu’alors, et je ne me rappelle jamais que je dois ce soulagement à M. de Luxembourg, sans m’attendrir de nouveau sur sa mémoire.
Revenu pour ainsi dire à la vie et plus occupé que jamais du plan sur lequel j’en voulais passer le reste, je n’attendais, pour l’exécuter, que la publication de l’Émile. Je songeais à la Touraine, où j’avais déjà été, et qui me plaisait beaucoup, tant pour la douceur du climat que pour celle des habitants :
La terra molle lietta e dilettosa,
Simili a se gli abitator produce[276].
J’avais déjà parlé de mon projet à M. de Luxembourg qui m’en avait voulu détourner ; je lui en reparlai derechef comme d’une chose résolue. Alors il me proposa le château de Merlou, à quinze lieues de Paris, comme un asile qui pouvait me convenir, et dans lequel ils se feraient l’un et l’autre un plaisir de m’établir. Cette proposition me toucha et ne me déplut pas. Avant toute chose, il fallait voir le lieu ; nous convînmes du jour où M. le Maréchal enverrait son valet de chambre avec une voiture, pour m’y conduire. Je me trouvai ce jour-là fort incommodé ; il fallut remettre la partie et les contretemps qui survinrent m’empêchèrent de l’exécuter. Ayant appris depuis que la terre de Merlou n’était pas à M. le Maréchal, mais à Madame, je m’en consolai plus aisément de n’y être pas allé.
L’Émile parut enfin, sans que j’entendisse plus parler de cartons ni d’aucune difficulté. Avant sa publication, M. le Maréchal me redemanda toutes les lettres de M. de Malesherbes qui se rapportaient à cet ouvrage. Ma grande confiance en tous les deux, ma profonde sécurité, m’empêchèrent de réfléchir à ce qu’il[277] y avait d’extraordinaire et même d’inquiétant dans cette demande. Je rendis les lettres, hors une ou deux, qui par mégarde avaient resté dans des livres. Quelque temps auparavant, M. de Malesherbes m’avait marqué qu’il retirerait les lettres que j’avais écrites à Duchesne durant mes alarmes au sujet des Jésuites, et il faut avouer que ces lettres ne faisaient pas grand honneur à ma raison. Mais je lui marquai qu’en nulle chose je ne voulais passer pour meilleur que je n’étais, et qu’il pouvait lui laisser les lettres. J’ignore ce qu’il a fait.
La publication de ce livre ne se fit point avec cet éclat d’applaudissements qui suivait celle de tous mes écrits. Jamais ouvrage n’eut de si grands éloges particuliers, ni si peu d’approbation publique. Ce que m’en dirent, ce que m’en écrivirent les gens les plus capables d’en juger, me confirma que c’était là le meilleur de mes écrits, ainsi que le plus important. Mais tout cela fut dit avec les précautions les plus bizarres, comme s’il eût importé de garder le secret du bien que l’on en pensait. Mme de Boufflers, qui me marqua que l’auteur de ce livre méritait des statues et les hommages de tous les humains, me pria sans façon, à la fin de son billet, de le lui renvoyer. D’Alembert, qui m’écrivit que cet ouvrage décidait de ma supériorité, et devait me mettre à la tête de tous les gens de lettres, ne signa point sa lettre, quoiqu’il eût signé toutes celles qu’il m’avait écrites jusqu’alors. Duclos, ami sûr, homme vrai, mais circonspect, et qui faisait cas de ce livre, évita de m’en parler par écrit ; La Condamine se jeta sur la Profession de foi et battit la campagne ; Clairaut se borna, dans sa lettre, au même morceau, mais il ne craignit pas d’exprimer l’émotion que sa lecture lui avait donnée, et il me marqua, en propres termes, que cette lecture avait réchauffé sa vieille âme : de tous ceux à qui j’avais envoyé mon livre, il fut le seul qui dit hautement et librement à tout le monde tout le bien qu’il en pensait.
Mathas, à qui j’en avais aussi donné un exemplaire avant qu’il fût en vente, le prêta à M. de Blair, conseiller au Parlement, père de l’intendant de Strasbourg. M. de Blair avait une maison de campagne à Saint-Gratien, et Mathas, son ancienne connaissance, l’y allait voir quelquefois quand il pouvait aller. Il lui fit lire l’Émile avant qu’il fût publié. En le lui rendant, M. de Blair lui dit ces propres mots, qui me furent rendus le même jour : « M. Mathas, voilà un fort beau livre, mais dont il sera parlé dans peu plus qu’il ne serait à désirer pour l’auteur. » Quand il me rapporta ce propos, je ne fis qu’en rire, et je n’y vis que l’importance d’un homme de robe, qui met du mystère à tout. Tous les propos inquiétants qui me revinrent ne me firent pas plus d’impression, et, loin de prévoir en aucune sorte la catastrophe à laquelle je touchais, certain de l’utilité, de la beauté de mon ouvrage, certain d’être en règle à tous égards, certain, comme je croyais l’être, de tout le crédit de Mme de Luxembourg et de la faveur du ministère, je m’applaudissais du parti que j’avais pris de me retirer au milieu de mes triomphes, et lorsque je venais d’écraser tous mes envieux.
Une seule chose m’alarmait dans la publication de ce livre, et cela, moins pour ma sûreté que pour l’acquit de mon cœur. À l’Ermitage, à Montmorency, j’avais vu de près et avec indignation les vexations qu’un soin jaloux des plaisirs des princes fait exercer sur les malheureux paysans forcés de souffrir le dégât que le gibier fait dans leurs champs, sans oser se défendre qu’à force de bruit, et forcés de passer les nuits dans leurs fèves et leurs pois, avec des chaudrons, des tambours, des sonnettes, pour écarter les sangliers. Témoin de la dureté barbare avec laquelle M. le comte de Charolais faisait traiter ces pauvres gens, j’avais fait, vers la fin de l’Émile, une sortie sur cette cruauté. Autre infraction à mes maximes, qui n’est pas restée impunie. J’appris que les officiers de M. le prince de Conti n’en usaient guère moins durement sur ses terres ; je tremblais que ce prince, pour lequel j’étais pénétré de respect et de reconnaissance, ne prît pour lui ce que l’humanité révoltée m’avait fait dire pour son oncle, et ne s’en tînt offensé. Cependant, comme ma conscience me rassurait pleinement sur cet article, je me tranquillisai sur son témoignage, et je fis bien. Du moins, je n’ai jamais appris que ce grand prince ait fait la moindre attention à ce passage, écrit longtemps avant que j’eusse l’honneur d’être connu de lui.
I certainly had every reason to rely more than ever on the kindnesses of Monsieur de Luxembourg and his support in times of need; for he never showed me any signs of friendship—neither more frequent nor more touching. During the Easter journey, my poor health prevented me from going to the Château, but he did not miss a single day in coming to see me. Finally, seeing me suffer relentlessly, he managed to persuade me to see Frère Côme; he sent for him, brought him to me himself, and had the courage—rare indeed, and truly commendable in a great lord—to stay with me throughout the painful and lengthy procedure. Although it was merely a simple examination, I had never been able to undergo such a procedure before, not even by Morand, who tried several times without success. Frère Côme, whose hands were unparalleled in skill and delicacy, finally managed after causing me great suffering for over two hours—to insert a very small instrument. During that time, I struggled to hold back my complaints, so as not to break the kind heart of the good Marshal. At first examination, Frère Côme thought he had found a large stone and told me so; on the second attempt, it was no longer there. After repeating the procedure several times with great care and precision, he concluded that there was no stone at all, but that my prostate was enlarged and abnormally thick; he also found my bladder to be large and in good condition. In the end, he told me that I would suffer greatly, but that I would live a long life. If his second prediction proves just as accurate as the first one, my troubles are far from over.
In this way, after having been subjected for so many years to a series of false diagnoses that alleged I suffered from twenty ailments which I did not actually have, I eventually came to realize that my illness—though incurable, was not fatal, and would therefore last as long as I did. My imagination, restrained by this understanding, no longer depicted for me the cruel prospect of dying in agony from kidney stones. I ceased to fear that a piece of candlewax that had broken off inside my urethra years ago might have formed the core of a stone. Freed from these imaginary ailments, which were far more tormenting for me than any real ones, I endured the physical suffering much more peacefully. Since then, I have indeed suffered considerably less from my illness than before, and I never forget that I owe this relief to Mr. de Luxembourg—without once again feeling sorrow for his memory.
Having in a sense returned to life and being more occupied than ever with the plan I intended to pursue from then on, I was waiting only for the publication of Émile to begin implementing it. I thought of Touraine, where I had already been and which I greatly enjoyed, both for its mild climate and the kindness of its inhabitants.
The soft, gentle earth brought them joy and delight.
In the same way that their inhabitants are produced.
I had already mentioned my project to Mr. de Luxembourg, who had tried to dissuade me from it; I brought it up to him again, this time as something that was firmly decided upon. He then suggested the château of Merlou, located fifteen miles from Paris, as a place that might suit me well, and where both he and his wife would be pleased to have me settle there. This proposal touched me and did not displease me at all. Before anything else, it was necessary to see the place; we agreed on a day when Mr. the Marshal would send his valet de chambre with a carriage to take me there. However, I found myself very uncomfortable on that day; we had to postpone the visit, and various setbacks that occurred subsequently prevented me from going. Later, I learned that the land of Merlou did not belong to Mr. the Marshal but to his wife, which made it easier for me to accept that I had not been able to go there after all.
Émile finally appeared, and I heard no more mention of any problems or difficulties. Before its publication, Monsieur le Maréchal asked me to return all the letters from Monsieur de Malesherbes that were related to this work. My great trust in both of them, along with my utter confidence, prevented me from considering what there was extraordinary—or even troubling—about this request. I returned all the letters, except for one or two that had accidentally remained inside some books. Some time earlier, Monsieur de Malesherbes had told me that he would take back the letters I had written to Duchesne during my concerns regarding the Jesuits; I must admit that these letters did not do much to reflect well on my judgment. However, I assured him that I never intended to present myself as better than I actually was, and that he could keep them. I have no idea what he did with them.
The publication of this book did not receive the same enthusiastic acclaim as all my other writings. No other work ever received such high praise or so little public approval. What those best qualified to judge told me, and what they wrote to me, confirmed that this was indeed my finest and most important work. Yet all these remarks were made with the utmost restraint, as if it were necessary to keep secret the positive opinion they held of it. Madame de Boufflers, who remarked that the author of this book deserved statues and the homage of all mankind, politely asked me at the end of her letter to send it to her. D’Alembert, who wrote to me that this work determined my superiority and would place me at the head of all men of letters, did not sign his letter, despite having signed all those he had written to me before. Duclos, a loyal and honest friend but also cautious, and someone who valued this book greatly, avoided mentioning it in writing. La Condamine focused entirely on the “Profession de foi”; Clairaut, in his letter, also referred only to that passage, but he did not hesitate to express the deep emotion it stirred in him, stating outright that reading it had warmed his old heart. Of all those to whom I sent my book, he was the only one who openly and freely shared with everyone the high regard he held for it.
Mathas, to whom I had also given a copy before it went on sale, lent it to Mr. de Blair, a counselor in Parliament and the father of the intendant of Strasbourg. Mr. de Blair owned a country house in Saint-Gratien, and Mathas, having known him previously, would sometimes visit him there when he had the opportunity. Mathas read Émile to him before it was published. When he returned it, Mr. de Blair said these very words to him, which were relayed to me on the same day: “Mr. Mathas, this is a most excellent book, but it will attract more attention than would be desirable for its author.” When Mathas told me about this remark, I simply laughed at it, seeing in it nothing but the usual importance attached by a man of law to such matters. All the disturbing comments I heard afterward left no lasting impression on me. Far from anticipating the catastrophe that awaited me, I was confident in the usefulness and quality of my work, certain that I had complied with all requirements in every respect, and believing that I enjoyed the full support of Madame de Luxembourg as well as the favor of the ministry. I even rejoiced at having chosen to withdraw into seclusion amidst my own successes, just when I had seemingly crushed all my rivals.
There was only one thing that alarmed me regarding the publication of this book, and it was less concerning my own safety than the peace of my conscience. At the Ermitage, in Montmorency, I had witnessed firsthand, with indignation, the humiliations inflicted upon those poor peasants—forced to endure the damage caused by hunting on their fields, without daring to defend themselves except through loud noises, and forced to spend nights in their bean and pea fields, surrounded by pots, drums, and bells, just to drive away the wild boars. Having witnessed firsthand the brutal treatment meted out to these poor people by Count de Charolais, I had expressed my outrage against such cruelty toward the end of Émile. This was another violation of my principles, one that did not go unpunished. I learned that the officers of Prince de Conti treated his lands no less harshly; I feared that this prince, whom I held in deep respect and gratitude, might take offense at what humanity had indignantly made me say about his uncle. However, since my conscience assured me entirely that I had done nothing wrong in that regard, I felt reassured and continued on my path. At least, I never heard of that great prince giving any attention to that passage—written long before I ever had the honor of being known to him.
A quel tempo, avevo certamente tutte le ragioni di contare, più che mai, sulla gentilezza e sul sostegno del signor di Lussemburgo nei momenti di bisogno; infatti, egli non mi dimostrò mai un affetto più frequente o più commovente. Durante il viaggio di Pasqua, a causa del mio triste stato di salute, non fui in grado di recarmi al castello, ma lui non mancò mai un giorno nel venire a trovarmi. Vedendomi soffrire senza sosta, riuscì a convincermi ad andare dal fratello Côme; lo mandò a chiamarlo e me lo portò personalmente con sé, dimostrando un coraggio davvero raro e meritevole da parte di un grande signore: rimase infatti con me durante l’intervento, che fu crudele e lungo. Si trattava semplicemente di effettuare un esame medico; tuttavia, io non ero mai stato sottoposto a tale procedura, nemmeno da Morand, che ci aveva provato più volte senza successo. Il fratello Côme, con grande abilità e delicatezza, riuscì finalmente ad introdurre un piccolo strumento medico dopo avermi fatto soffrire per oltre due ore; durante quel tempo cercai in tutti i modi di trattenere le mie lamentele, per non addolorare il cuore sensibile del gentile maresciallo. Al primo esame, il fratello Côme credette di trovare un grosso ostacolo all’interno del mio organismo; al secondo tentativo, non lo trovò più. Dopo aver riprovato ancora una volta con grande attenzione e precisione, concluse che non c’era alcun ostacolo, ma che la prostata era di dimensioni insolite e rigida; inoltre, constatò che la vescica era di buona salute. Alla fine mi disse che avrei sofferto molto, ma che avrei vissuto a lungo. Se anche questa seconda previsione si avvererà come la prima, i miei dolori non sembrano destinati a finire mai.
Ecco come, dopo essere stato trattato per tanti anni consecutivi con venti cure che in realtà non mi erano necessarie, finii per capire che la mia malattia, incurabile ma non mortale, sarebbe durata tanto quanto me stesso. La mia immaginazione, repressa da questa consapevolezza, smise di farmi prevedere una morte crudele e piena di sofferenze. Smisi anche di temere che un pezzetto di candela, rotto molto tempo prima nell’uretere, potesse trasformarsi in un ostacolo pericoloso. Liberato da quei mali immaginari, che per me erano più terribili dei mali reali, riuscii a sopportare con maggiore serenità anche quelli veri. Da allora ho sofferto molto meno a causa della mia malattia e non ricordo mai di aver dovuto questo sollievo a Monsieur de Luxembourg, senza che il mio ricordo di lui si intenerisse nuovamente.
Ritornato, per così dire, alla vita e più impegnato che mai nel piano con cui intendevo trascorrere il resto della mia esistenza, aspettavo soltanto la pubblicazione de “L’Émile” per metterlo in atto. Pensavo alla Touraine, dove avevo già viaggiato e che mi piaceva molto, sia per la dolcezza del clima che per quella delle sue abitanti.
La terra morbida, piacevole e deliziosa.
Gli abitanti lo producono in modo simile a loro stessi[276].
Avevo già parlato del mio progetto a Monsieur de Luxembourg, il quale aveva cercato di dissuadermi; ne parlai nuovamente con lui, come di una decisione irrevocabile. Allora mi propose il castello di Merlou, situato a quindici miglia da Parigi, come un rifugio che potesse essermi adatto, e nel quale entrambi avremmo trovato piacere nell’aiutarmi a stabilirmi lì. Questa proposta mi commosse e non mi dispiacque affatto. Prima di tutto, era necessario visitare il luogo; concordammo sul giorno in cui Monsieur le Maréchal avrebbe inviato il suo valletto di camera con una carrozza per portarmici. Quel giorno, tuttavia, mi trovai in condizioni molto scomode; fu quindi necessario rimandare l’impresa, e i contrattempi che si verificarono mi impedirono di realizzarla. In seguito, appresi che la proprietà di Merlou non apparteneva a Monsieur le Maréchal, ma a sua moglie; per questo motivo, riuscii più facilmente ad accettare il fatto di non esserci andato.
Finalmente apparve Émile, e non si parlò più né di cartoni né di alcuna difficoltà. Prima della sua pubblicazione, il Marchese mi chiese indietro tutte le lettere di M. de Malesherbes relative a quell’opera. La mia grande fiducia in entrambi, la mia profonda sicurezza, mi impedirono di riflettere su ciò che c’era di straordinario, anzi di inquietante, in questa richiesta. Restituii tutte le lettere, tranne una o due che per errore erano rimaste dentro alcuni libri. Qualche tempo prima, M. de Malesherbes mi aveva detto che avrebbe ritirato le lettere che avevo scritto a Duchesne durante le mie preoccupazioni riguardo ai Gesuiti; devo ammettere che queste lettere non facevano certo onore alla mia ragione. Gli dissi però che in nulla volevo far credere di essere migliore di quanto fossi realmente, e che poteva tenersi quelle lettere. Non so cosa ne abbia fatto.
La pubblicazione di questo libro non fu accompagnata da quel clamore di applausi che caratterizzava sempre la uscita di tutti i miei scritti. Nessun’altra opera ricevette mai lodi così entusiastiche né ottenne un’accoglienza pubblica così tiepida. Quello che mi dissero, quello che mi scrissero le persone più capaci di giudicarlo, mi confermarono che si trattava del mio miglior e più importante lavoro. Tuttavia, tutto ciò veniva espresso con estrema cautela, come se fosse necessario mantenere il segreto delle loro opinioni positive. Madame de Boufflers, che sottolineò come l’autore di questo libro meritasse statue e gli onori di tutti gli esseri umani, mi chiese alla fine della sua lettera di restituirglielo. D’Alembert, che scrisse che quest’opera dimostrava la mia superiorità e avrebbe dovuto mettermi al vertice di tutti i letterati, non firmò la sua lettera, nonostante avesse sempre firmato tutte quelle che mi aveva inviato fino ad allora. Duclos, un amico sincero e prudente che apprezzava molto questo libro, evitò di parlarne per iscritto; La Condamine si concentrò soprattutto sulla “Profession de foi”; Clairaut, nella sua lettera, si limitò allo stesso passaggio del libro, ma non esitò a esprimere l’emozione che quella lettura gli aveva suscitato, dichiarando apertamente che essa aveva riscaldato la sua vecchia anima. Di tutti coloro a cui avevo inviato il mio libro, fu l’unico ad esprimere pubblicamente e liberamente tutto il bene che ne pensava.
Mathas, a cui avevo anche dato un esemplare prima che venisse messo in vendita, lo prestò al signor de Blair, consigliere al Parlamento e padre dell’intendente di Strasburgo. Il signor de Blair possedeva una casa di campagna a Saint-Gratien, e Mathas, essendo un suo vecchio conoscente, vi andava a trovarlo di tanto in tanto quando ne aveva l’opportunità. Gli fece leggere “Émile” prima che venisse pubblicato. Restituendogli il libro, il signor de Blair gli disse queste parole, che mi furono riferite lo stesso giorno: “Signor Mathas, questo è un libro davvero bellissimo, ma ne parleranno in modo poco lusinghiero per l’autore.” Quando Mathas mi raccontò questa conversazione, non feci altro che ridere, considerandola semplicemente l’espressione dell’importanza di un uomo di legge, abituato a mettere mistero attorno a tutto. Tutte le parole inquietanti che sentii in seguito non ebbero alcun effetto su di me; anzi, lontano dall’immaginare la catastrofe che mi attendeva, convinto dell’utilità e della bellezza del mio lavoro, sicuro di essere in regola sotto ogni aspetto, e fiducioso nel credito di Madame de Luxembourg e nell’appoggio del ministero, ero orgoglioso della decisione che avevo preso di ritirarmi proprio nel momento dei miei trionfi, proprio quando stavo per sconfiggere tutti i miei nemici.
C’era una sola cosa che mi preoccupava riguardo alla pubblicazione di questo libro, e non tanto per la mia sicurezza quanto per la tranquillità della mia coscienza. All’Ermitage, a Montmorency, avevo visto da vicino e con indignazione le angherie che una gelosa attenzione ai piaceri dei principi infliggeva ai poveri contadini costretti a sopportare i danni causati dai cacciatori nei loro campi, senza osare difendersi se non con il rumore; inoltre, questi contadini erano costretti a trascorrere le notti nelle loro stalle, tra pentole, tamburi e campane, per scacciare i cinghiali. Essendo stato testimone della crudeltà barbara con cui il conte di Charolais trattava queste persone povere, avevo espresso pubblicamente la mia indignazione riguardo a tale comportamento alla fine del libro “Émile”. Un’altra violazione delle mie convinzioni, che però non è rimasta impunita. Scoprii inoltre che anche gli ufficiali del principe di Conti trattavano i suoi sudditi con altrettanta durezza; temevo che questo principe, verso il quale provavo profondo rispetto e riconoscenza, potesse considerare le mie parole come un insulto diretto a lui. Ma poiché la mia coscienza mi assicurava della correttezza delle mie azioni, mi tranquillizzai riguardo a questa possibilità. E infatti, non ho mai saputo che quel grande principe avesse prestato la minima attenzione a quel passaggio, scritto molto tempo prima che avessi l’onore di essere conosciuto da lui.
Peu de jours avant ou après la publication de mon livre, car je ne me rappelle pas bien exactement le temps, parut un autre ouvrage sur le même sujet, tiré mot à mot de mon premier volume, hors quelques platises dont on avait entremêlé cet extrait. Ce livre portait le nom d’un Genevois appelé Balexert ; et il était dit dans le titre qu’il avait remporté le prix à l’académie de Harlem. Je compris aisément que cette académie et ce prix étaient d’une création toute nouvelle, pour déguiser le plagiat aux yeux du public ; mais je vis aussi qu’il y avait à cela quelque intrigue antérieure, à laquelle je ne comprenais rien ; soit par la communication de mon manuscrit, sans quoi ce vol n’aurait pu se faire ; soit pour bâtir l’histoire de ce prétendu prix, à laquelle il avait bien fallu donner quelque fondement. Ce n’est que bien des années après que, sur un mot échappé à d’Ivernois, j’ai pénétré le mystère et entrevu ceux qui avaient mis en jeu le sieur Balexert.
Les sourds mugissements qui précèdent l’orage commençaient à se faire entendre, et tous les gens un peu pénétrants virent bien qu’il se couvait, au sujet de mon livre et de moi, quelque complot qui ne tarderait pas d’éclater. Pour moi, ma sécurité, ma stupidité fut telle, que, loin de prévoir mon malheur, je n’en soupçonnai pas même la cause, après en avoir ressenti l’effet. On commença par répandre avec assez d’adresse qu’en sévissant contre les Jésuites on ne pouvait marquer une indulgence partiale pour les livres et les auteurs qui attaquaient la religion. On me reprochait d’avoir mis mon nom à l’Émile, comme si je ne l’avais pas mis à tous mes autres écrits, auxquels on n’avait rien dit. Il semblait qu’on craignît de se voir forcé à quelques démarches qu’on ferait à regret, mais que les circonstances rendaient nécessaires, et auxquelles mon imprudence avait donné lieu. Ces bruits me parvinrent et ne m’inquiétèrent guère : il ne me vint pas même à l’esprit qu’il pût y avoir dans toute cette affaire la moindre chose qui me regardât personnellement, moi qui me sentais si parfaitement irréprochable, si bien appuyé, si bien en règle à tous égards, et qui ne craignais pas que Mme de Luxembourg me laissât dans l’embarras, pour un tort qui, s’il existait, était tout entier à elle seule. Mais sachant en pareil cas comme les choses se passent, et que l’usage est de sévir contre les libraires, en ménageant les auteurs, je n’étais pas sans inquiétude pour le pauvre Duchesne, si M. de Malesherbes venait à l’abandonner.
Je restai tranquille. Les bruits augmentèrent, et changèrent bientôt de ton. Le public, et surtout le Parlement, semblait s’irriter par ma tranquillité. Au bout de quelques jours la fermentation devint terrible, et les menaces changeant d’objet s’adressèrent directement à moi. On entendait dire tout ouvertement aux parlementaires qu’on n’avançait rien à brûler les livres, et qu’il fallait brûler les auteurs[278]. Pour les libraires, on n’en parlait point. La première fois que ces propos, plus dignes d’un inquisiteur de Goa que d’un sénateur me revinrent, je ne doutai point que ce ne fût une invention des Holbachiens pour tâcher de m’effrayer et de m’exciter à fuir. Je ris de cette puérile ruse, et je me disais, en me moquant d’eux, que, s’ils avaient su la vérité des choses, ils auraient cherché quelque autre moyen de me faire peur ; mais la rumeur enfin devint telle, qu’il fut clair que c’était tout de bon. M. et Mme de Luxembourg avaient cette année avancé leur second voyage de Montmorency, de sorte qu’ils y étaient au commencement de juin. J’y entendis très peu parler de mes nouveaux livres, malgré le bruit qu’ils faisaient à Paris, et les maîtres de la maison ne m’en parlaient point du tout. Un matin cependant, que j’étais seul avec M. de Luxembourg, il me dit : Avez-vous parlé mal de M. de Choiseul dans le Contrat social ? Moi ? lui dis-je, en reculant de surprise, non, je vous jure ; mais j’en ai fait en revanche, et d’une plume qui n’est pas louangeuse, le plus bel éloge que jamais ministre ait reçu. Et tout de suite je lui rapportai le passage. Et dans l’Émile ? reprit-il. Pas un mot, répondis-je ; il n’y a pas un seul mot qui le regarde. Ah ! dit-il, avec plus de vivacité qu’il n’en avait d’ordinaire, il fallait faire la même chose dans l’autre livre, ou être plus clair ! J’ai cru l’être, ajoutai-je ; je l’estimais assez pour cela. Il allait reprendre la parole ; je le vis prêt à s’ouvrir ; il se retint et se tut. Malheureuse politique de courtisan, qui dans les meilleurs cœurs domine l’amitié même !
Cette conversation, quoique courte, m’éclaira sur ma situation, du moins à certain égard, et me fit comprendre que c’était bien à moi qu’on en voulait. Je déplorai cette inouïe fatalité qui tournait à mon préjudice tout ce que je disais et faisais de bien. Cependant, me sentant pour plastron dans cette affaire Mme de Luxembourg et M. de Malesherbes, je ne voyais pas comment on pouvait s’y prendre pour les écarter et venir jusqu’à moi : car d’ailleurs je sentis bien dès lors qu’il ne serait plus question d’équité ni de justice, et qu’on ne s’embarrasserait pas d’examiner si j’avais réellement tort ou non. L’orage cependant grondait de plus en plus. Il n’y avait pas jusqu’à Néaulme qui, dans la diffusion de son bavardage, ne me montrât du regret de s’être mêlé de cet ouvrage, et la certitude où il paraissait être du sort qui menaçait le livre et l’auteur. Une chose pourtant me rassurait toujours : je voyais Mme de Luxembourg si tranquille, si contente, si riante même, qu’il fallait bien qu’elle fût sûre de son fait, pour n’avoir pas la moindre inquiétude à mon sujet, pour ne pas me dire un seul mot de commisération ni d’excuse, pour voir le tour que prendrait cette affaire avec autant de sang-froid que si elle ne s’en fût point mêlée, et qu’elle n’eût pas pris à moi le moindre intérêt. Ce qui me surprenait était qu’elle ne me disait rien du tout ; il me semblait qu’elle aurait dû me dire quelque chose. Mme de Boufflers paraissait moins tranquille. Elle allait et venait avec un air d’agitation, se donnant beaucoup de mouvement, et m’assurant que M. le prince de Conti s’en donnait beaucoup aussi pour parer le coup qui m’était préparé, et qu’elle attribuait toujours aux circonstances présentes, dans lesquelles il importait au Parlement de ne pas se laisser accuser par les Jésuites d’indifférence sur la religion. Elle paraissait cependant peu compter sur le succès des démarches du prince et des siennes. Ses conversations, plus alarmantes que rassurantes, tendaient toutes à m’engager à la retraite, et elle me conseillait toujours l’Angleterre où elle m’offrait beaucoup d’amis, entre autres le célèbre Hume, qui était le sien depuis longtemps. Voyant que je persistais à rester tranquille, elle prit un tour plus capable de m’ébranler. Elle me fit entendre que si j’étais arrêté et interrogé, je me mettais dans la nécessité de nommer Mme de Luxembourg, et que son amitié pour moi méritait bien que je ne m’exposasse pas à la compromettre. Je répondis qu’en pareil cas elle pouvait rester tranquille, et que je ne la compromettrais point. Elle répliqua que cette résolution était plus facile à prendre qu’à exécuter, et en cela elle avait raison, surtout pour moi, bien déterminé à ne jamais me parjurer ni mentir devant les juges, quelque risque qu’il pût y avoir à dire la vérité.
Voyant que cette réflexion m’avait fait quelque impression, sans cependant que je pusse me résoudre à fuir, elle me parla de la Bastille pour quelques semaines, comme d’un moyen de me soustraire à la juridiction du Parlement, qui ne se mêle pas des prisonniers d’État. Je n’objectai rien contre cette singulière grâce, pourvu qu’elle ne fût pas sollicitée en mon nom. Comme elle ne m’en parla plus, j’ai jugé dans la suite qu’elle n’avait proposé cette idée que pour me sonder, et qu’on n’avait pas voulu d’un expédient qui finissait tout.
A few days before or after the publication of my book—since I cannot remember exactly when—it appeared another work on the same subject, word for word copied from my first volume, with the exception of a few passages that had been interspersed. This book bore the name of a Genevan named Balexert; and its title claimed that it had won a prize at the Academy of Harlem. I quickly realized that this academy and this prize were entirely new inventions, created merely to disguise the plagiarism in the eyes of the public. However, I also sensed that there was some prior intrigue involved—either through the circulation of my manuscript, without which such theft would have been impossible, or in order to concoct a plausible story for this so-called prize, which surely required some sort of foundation. It was only many years later, upon hearing an accidental remark by d’Ivernois, that I finally unraveled the mystery and caught a glimpse of those who had used Mr. Balexert as their tool.
The dull, ominous murmurs that precede a storm began to be heard, and everyone with a keen eye could see that some plot was being hatched against my book and me. As for me, I was so oblivious to my own danger, so utterly foolish, that I not only failed to foresee what was about to happen but also had no idea what the cause of it was, even after experiencing its effects. People began to spread the word skillfully, claiming that in punishing the Jesuits, one could not possibly show any leniency toward books or authors who attacked religion. They accused me of putting my name on Émile, as if I hadn’t done the same with all my other writings, which had gone entirely unnoticed. It seemed they were afraid that they might be forced to take actions they regretted but that the circumstances made necessary—and whose occurrence my own imprudence had facilitated. When I heard these rumors, they didn’t worry me at all. I never even thought that any of it could have anything to do with me personally; I felt perfectly innocent, well-supported in every respect, and had no reason to fear that Madame de Luxembourg would expose me to trouble over a fault that, if it existed at all, was entirely her own. But knowing how such things usually unfolded—and that it was customary to punish booksellers while protecting their authors—I was somewhat concerned for the poor Duchesne, in case M. de Malesherbes should abandon him.
I remained calm. The noises grew louder and soon changed in tone. The public, and especially the Parliament, seemed to be irritated by my composure. After a few days, the situation became increasingly tense, and the threats, which had initially been vague, began to direct themselves explicitly at me. It was openly stated among the legislators that burning books was of no use; what was really needed was to burn their authors[278]. As for the bookellers, they were not mentioned at all. The first time I heard such statements—more suited to the inquisitors of Goa than to a senator—I had no doubt that they were invented by the Holbachiens in an attempt to frighten me and urge me to flee. I laughed at this childish trick and thought to myself, mocking them, that if they had known the truth, they would have found some other way to intimidate me. But eventually, the rumors became so persistent that it was clear they were genuine. That year, Monsieur and Madame de Luxembourg had postponed their second trip from Montmorency, so they had not arrived there until early June. I heard very little about my new books, despite all the fuss they caused in Paris, and the hosts of the house never mentioned them to me at all. One morning, however, when I was alone with Monsieur de Luxembourg, he asked me: “Have you spoken ill of Monsieur de Choiseul in The Social Contract?” “Me?” I replied in surprise. “No, I swear not—but on the contrary, I have praised him in the most generous terms any minister has ever received.” I immediately recounted the relevant passage to him. “And in Émile?” he asked. “Not a single word,” I said. “There isn’t a single line referring to him at all.” “Ah!” he exclaimed, more eagerly than usual. “You should have done the same in the other book—or at least been clearer! I thought I had been clear enough,” I added. He was about to say something again; I could see that he wanted to speak—but he held back and remained silent. What a unfortunate strategy for a courtier, to overshadow even friendship in the best of hearts!
This conversation, though brief, clarified my situation in certain respects and made me understand that it was indeed I who was the target of their actions. I lamented this unprecedented fate that turned everything good I said or did against me. However, feeling that Madame de Luxembourg and Monsieur de Malesherbes were my shields in this matter, I saw no way to get rid of them and reach out to me directly; for I soon realized that there would be no talk of fairness or justice anymore, and that they wouldn’t bother to consider whether I was truly in the wrong or not. Yet the storm was growing louder and more intense. Even Néaulme, in his endless chatter, expressed regret for getting involved in this matter and seemed certain about the fate that awaited both the book and its author. One thing, however, always reassured me: Madame de Luxembourg appeared so calm, so content, even so cheerful, that she must have been confident in her own actions. She showed no concern for me, offered me no words of sympathy or excuse, and seemed to regard the development of events with such indifference as if she had nothing to do with it at all. What surprised me was that she said absolutely nothing to me; I felt she should have said something. Madame de Boufflers, on the other hand, appeared less calm. She moved around restlessly, appearing very agitated, and assured me that Monsieur le Prince de Conti was also doing his utmost to counter the threat against me, attributing this to the current circumstances in which it was important for Parliament not to be accused by the Jesuits of indifference toward religion. However, she seemed little hopeful about the success of their efforts. Her conversations, more alarming than reassuring, all tended to urge me to flee and advised me to go to England, where she offered me many friends, including the famous Hume, who had long been her associate. Seeing that I insisted on staying put, she took a more direct approach to try to shake me. She warned me that if I were arrested and questioned, I would be forced to name Madame de Luxembourg, and that her friendship with me meant I couldn’t risk compromising her. I replied that in such a case, she could rest assured; I would not expose her. She countered that such a decision was easier made than carried out, and in that she was right—especially for someone like me, determined never to swear falsely or lie in front of judges, no matter what the consequences.
Seeing that this idea had made some impression on me, yet unable to bring myself to flee, she spoke of the Bastille for several weeks as a means of escaping the jurisdiction of Parliament, which does not interfere with the affairs of state prisoners. I raised no objection to this peculiar offer, provided it was not made in my name. Since she never mentioned it again, I later concluded that she had merely proposed it as a way to test me, and that no one had actually intended to pursue such a solution.
Pochi giorni prima o dopo la pubblicazione del mio libro – poiché non ricordo con esattezza quando – apparve un altro’opera sullo stesso argomento, tratta parola per parola dal mio primo volume, ad eccezione di alcune parti che erano state messe insieme in modo casuale. Questo libro portava il nome di un genevese di nome Balexert; nel titolo si affermava che avesse vinto un premio all’Accademia di Harlem. Capii facilmente che quest’accademia e questo premio fossero stati creati apposta per nascondere il plagio agli occhi del pubblico; tuttavia notai anche che ci doveva essere qualche intrigo precedente, di cui non comprendevo i dettagli: forse legato alla divulgazione della mia bozza manoscritta, senza la quale quel furto non sarebbe stato possibile; oppure allo sviluppo della storia di questo presunto premio, che necessariamente richiedeva qualche fondamento plausibile. Fu solo molti anni dopo che, grazie a una frase casualmente pronunciata da d’Ivernois, riuscii a scoprire il mistero e ad intravedere chi aveva utilizzato il nome di Balexert per i propri scopi.
I cupi muggiti che preannunciano la tempesta cominciavano a farsi sentire, e tutti coloro che erano un po’ perspicaci capirono chiaramente che si stava preparando qualche complotto contro il mio libro e contro di me. Per quanto mi riguarda, la mia sicurezza, o meglio la mia stupidità, era tale che, lontano dal prevedere il mio disastro, non sospettavo nemmeno della sua causa, dopo averne percepito gli effetti. Si iniziò a diffondere abilmente l’idea che, nel reprimere i Gesuiti, non si potesse mostrare alcuna indulgenza nei confronti dei libri e degli autori che attaccavano la religione. Mi si rimproverava di aver messo il mio nome all’“Émile”, come se non lo avessi fatto anche per tutti gli altri miei scritti, sui quali nessuno aveva mai sollevato obiezioni. Sembrava che si temesse di dover intraprendere alcune misure che ci sarebbe dispiaciuto prendere, ma che le circostanze rendevano necessarie, e alle quali la mia imprudenza aveva dato origine. Questi pettegolezzi mi raggiunsero, ma non mi preoccuparono affatto: non mi venne nemmeno in mente che tutta questa faccenda potesse riguardarmi personalmente. Io mi sentivo così completamente irreprensibile, così protetto, così in regola sotto ogni aspetto, e non temevo affatto che Madame de Luxembourg mi mettesse in imbarazzo per un torto che, se mai esisteva, era interamente suo. Ma conoscendo come si svolgono queste cose, e sapendo che di solito si puniscono i librai pur risparmiando gli autori, non ero del tutto senza preoccupazioni per il povero Duchesne, nel caso in cui Monsieur de Malesherbes lo abbandonasse.
Rimasi tranquillo. I rumori aumentarono e presto cambiarono tono; il pubblico, e soprattutto il Parlamento, sembravano irritarsi dalla mia calma. Dopo alcuni giorni, la situazione divenne terribile: le minacce, cambiando oggetto, si rivolsero direttamente a me. Si diceva apertamente ai parlamentari che bruciare i libri non portava a nulla, e che bisognava bruciare gli autori stessi[278]. Per quanto riguarda i librai, di loro non si parlava affatto. La prima volta che sentii queste parole, più degne di un inquisitore di Goa che di un senatore, non dubitai che fossero un’invenzione dei Holbachi per cercare di spaventarmi e convincermi a fuggire. Risi di questa sciocca astuzia e pensai, deridendoli, che se avessero conosciuto la verità, avrebbero cercato altri modi per spaventarmi; ma alla fine il clamore divenne così intenso che fu chiaro che si trattava di cose serie. Quell’anno, il signor e la signora di Luxembourg avevano anticipato il loro secondo viaggio da Montmorency, quindi erano lì all’inizio di giugno. Sentii parlare molto poco dei miei nuovi libri, nonostante il clamore che avevano suscitato a Parigi; i padroni di casa non ne parlarono affatto con me. Un mattino, però, mentre ero solo con il signor di Luxembourg, mi disse: “Avete parlato male del signor de Choiseul nel ‘Contratto sociale’?” “Io?”, risposi sorpreso, “no, vi giuro; anzi, ne ho fatto l’elogio più bello che un ministro abbia mai ricevuto.” Gli raccontai immediatamente il passaggio in questione. “E nell‘Emile’?”, chiese lui. “Nemmeno una parola; non c’è nulla che lo riguardi.” “Ah!”, esclamò con maggiore vivacità del solito, “avreste dovuto fare lo stesso anche nell’altro libro, o essere più chiaro. Pensavo di esserlo stato abbastanza.” Stava per continuare; lo vidi pronto a parlare, ma si trattenne e tacque. Che sfortunata politica da cortigiano, quella che nelle migliori intenzioni domina persino l’amicizia stessa!
Questa conversazione, sebbene breve, mi chiarì la mia situazione, almeno in alcuni aspetti, e mi fece capire che era proprio a me che si voleva fare del male. Mi dispiacque questa strana fatalità che trasformava in mio svantaggio tutto ciò che dicevo e facevo di buono. Tuttavia, sentendomi protetto da Madame de Luxembourg e da Monsieur de Malesherbes in questa faccenda, non riuscivo a capire come si potesse fare per allontanarli e raggiungere me: infatti, compresi subito che non ci sarebbe stata più alcuna questione di equità o giustizia, e che nessuno si sarebbe preoccupato di verificare se avessi davvero torto o meno. L’“tempesta”, però, continuava ad intensificarsi. Nemmeno Néaulme, nel corso dei suoi discorsi, mancava di esprimere rammarico per essersi immischiato in questa faccenda e sembrava essere assolutamente certo del destino che minacciava il libro e l’autore. C’era tuttavia una cosa che continuava a rassicurarmi: vedevo Madame de Luxembourg così tranquilla, felice, persino allegra. Doveva quindi essere sicura di aver fatto la cosa giusta, altrimenti non avrebbe mostrato alcuna preoccupazione per me, né mi avrebbe detto una parola di compassione o scusa. Eppure non mi diceva assolutamente nulla. Mi sembrava che avrebbe dovuto dirmi qualcosa. Madame de Boufflers, invece, appariva meno tranquilla: andava avanti e indietro con aria agitata, si muoveva molto in fretta e mi assicurava che anche Monsieur le Prince de Conti stesse facendo del suo meglio per contrastare i piani contro di me. Diceva che tutto ciò fosse dovuto alle circostanze attuali, in cui era importante che il Parlamento non venisse accusato dai Gesuiti di indifferenza verso la religione. Tuttavia sembrava poco fiduciosa nel successo delle loro azioni. Le sue conversazioni, più allarmanti che rassicuranti, tendevano tutte a convincermi ad andarmene. Mi consigliava sempre l’Inghilterra, dove mi offriva molti amici, tra cui il famoso Hume, che era da tempo suo amico. Vedendo che insistevo nel rimanere tranquillo, prese un tono ancora più inquietante. Mi fece capire che, se fossi stato arrestato e interrogato, avrei dovuto nominare Madame de Luxembourg. E che la sua amicizia per me richiedeva che non mi esponessi al rischio di comprometterla. Risposi che, in tal caso, lei poteva stare tranquilla. Non l’avrei certo messa in pericolo. Lei replicò che questa decisione era più facile da prendere che da attuare. E in questo aveva ragione. Soprattutto per me, che ero deciso a non mentire né giurare davanti ai giudici, per quanto rischioso potesse essere dire la verità.
Vedendo che questa riflessione aveva avuto su di me un certo effetto, senza però che fossi disposto a fuggire, lei mi parlò della Bastiglia come di un mezzo per sottrarmi alla giurisdizione del Parlamento, il quale non si occupa dei prigionieri di Stato. Non obiettai nulla contro questa singolare proposta, purché non venisse chiesta a mio nome. Poiché non ne parlò più, in seguito conclusi che aveva soltanto suggerito quell’idea per sondarmi, e che nessuno desiderava un rimedio che avrebbe portato a una fine definitiva della situazione.
Peu de jours après, M. le Maréchal reçut du curé de Deuil, ami de Grimm et de Mme d’Épinay, une lettre portant l’avis, qu’il disait avoir eu de bonne part, que le Parlement devait procéder contre moi avec la dernière sévérité, et que tel jour, qu’il marqua, je serais décrété de prise de corps. Je jugeai cet avis de fabrique holbachienne ; je savais que le Parlement était très attentif aux formes, et que c’était toutes les enfreindre que de commencer en cette occasion par un décret de prise de corps, avant de savoir juridiquement si j’avouais le livre, et si réellement j’en étais l’auteur. Il n’y a, disais-je à Mme de Boufflers, que les crimes qui portent atteinte à la sûreté publique dont, sur le simple indice, on décrète les accusés de prise de corps, de peur qu’ils n’échappent au châtiment. Mais quand on veut punir un délit tel que le mien, qui mérite des honneurs et des récompenses, on procède contre le livre, et l’on évite autant qu’on peut de s’en prendre à l’auteur. Elle me fit à cela une distinction subtile, que j’ai oubliée, pour me prouver que c’était par faveur qu’on me décrétait de prise de corps, au lieu de m’assigner pour être ouï. Le lendemain je reçus une lettre de Guy, qui me marquait que, s’étant trouvé le même jour chez M. le Procureur général, il avait vu sur son bureau le brouillon d’un réquisitoire contre l’Émile et son auteur. Notez que ledit Guy était l’associé de Duchesne, qui avait imprimé l’ouvrage, lequel, fort tranquille pour son propre compte, donnait par charité cet avis à l’auteur. On peut juger combien tout cela me parut croyable ! Il était si simple, si naturel qu’un libraire admis à l’audience du Procureur général lût tranquillement les manuscrits et brouillons épars sur le bureau de ce magistrat ! Mme de Boufflers et d’autres me confirmèrent la même chose. Sur les absurdités dont on me rebattait incessamment les oreilles, j’étais tenté de croire que tout le monde était devenu fou.
Sentant bien qu’il y avait sous tout cela quelque mystère qu’on ne voulait pas me dire, j’attendais tranquillement l’événement, me reposant sur ma droiture et mon innocence en toute cette affaire, et trop heureux, quelque persécution qui dût m’attendre, d’être appelé à l’honneur de souffrir pour la vérité. Loin de craindre et de me tenir caché, j’allais tous les jours au château, et je faisais les après-midi ma promenade ordinaire. Le 8 juin, veille du décret, je la fis avec deux professeurs oratoriens, le P. Alamanni et le P. Mandard. Nous portâmes aux Champeaux un petit goûter que nous mangeâmes de grand appétit. Nous avions oublié des verres : nous y suppléâmes par des chalumeaux de seigle, avec lesquels nous aspirions le vin dans la bouteille, nous piquant de choisir des tuyaux bien larges, pour pomper à qui mieux mieux. Je n’ai de ma vie été si gai.
J’ai conté comment je perdis le sommeil dans ma jeunesse. Depuis lors j’avais pris l’habitude de lire tous les soirs dans mon lit jusqu’à ce que je sentisse mes yeux s’appesantir. Alors j’éteignais ma bougie, et je tâchais de m’assoupir quelques instants qui ne duraient guère. Ma lecture ordinaire du soir était la Bible, et je l’ai lue entière au moins cinq ou six fois de suite de cette façon. Ce soir-là me trouvant plus éveillé qu’à l’ordinaire, je prolongeai plus longtemps ma lecture, et je lus tout entier le livre qui finit par le Lévite[279] d’Éphraïm, et qui, si je ne me trompe, est le livre des Juges ; car je ne l’ai pas revu depuis ce temps-là. Cette histoire m’affecta beaucoup, et j’en étais occupé dans une espèce de rêve, quand tout à coup j’en fus tiré par du bruit et de la lumière. Thérèse, qui la portait, éclairait M. La Roche, qui, me voyant lever brusquement sur mon séant, me dit : Ne vous alarmez pas ; c’est de la part de Mme la Maréchale, qui vous écrit et vous envoie une lettre de M. le prince de Conti. En effet, dans la lettre de Mme de Luxembourg, je trouvai celle qu’un exprès de ce prince venait de lui apporter, portant avis que, malgré tous ses efforts, on était déterminé à procéder contre moi à toute rigueur. La fermentation, lui marquait-il, est extrême ; rien ne peut parer le coup ; la cour l’exige, le Parlement le veut ; à sept heures du matin il sera décrété de prise de corps, et l’on enverra sur-le-champ le saisir ; j’ai obtenu qu’on ne le poursuivra pas s’il s’éloigne ; mais s’il persiste à vouloir se laisser prendre, il sera pris. La Roche me conjura, de la part de Mme la Maréchale, de me lever et d’aller conférer avec elle. Il était deux heures ; elle venait de se coucher. Elle vous attend, ajouta-t-il, et ne veut pas s’endormir sans vous avoir vu. Je m’habillai à la hâte, et j’y courus.
Elle me parut agitée. C’était la première fois. Son trouble me toucha. Dans ce moment de surprise, au milieu de la nuit, je n’étais pas moi-même exempt d’émotion : mais en la voyant je m’oubliai moi-même pour ne penser qu’à elle et au triste rôle qu’elle allait jouer, si je me laissais prendre : car, me sentant assez de courage pour ne dire jamais que la vérité, dût-elle me nuire et me perdre, je ne me sentais ni assez de présence d’esprit, ni assez d’adresse, ni peut-être assez de fermeté pour éviter de la compromettre[280], si j’étais vivement pressé. Cela me décida à sacrifier ma gloire à sa tranquillité, à faire pour elle, en cette occasion, ce que rien ne m’eût fait faire pour moi. Dans l’instant que ma résolution fut prise, je la lui déclarai, ne voulant point gâter le prix de mon sacrifice en le lui faisant acheter. Je suis certain qu’elle ne put se tromper sur mon motif ; cependant elle ne me dit pas un mot qui marquât qu’elle y fût sensible. Je fus choqué de cette indifférence, au point de balancer à me rétracter : mais M. le Maréchal survint ; Mme de Boufflers arriva de Paris quelques moments après. Ils firent ce qu’aurait dû faire Mme de Luxembourg. Je me laissai flatter ; j’eus honte de me dédire, et il ne fut plus question que du lieu de ma retraite et du temps de mon départ. M. de Luxembourg me proposa de rester chez lui quelques jours incognito, pour délibérer et prendre mes mesures plus à loisir ; je n’y consentis point, non plus qu’à la proposition d’aller secrètement au Temple. Je m’obstinai à vouloir partir dès le même jour, plutôt que de rester caché où que ce pût être.
Sentant que j’avais des ennemis secrets et puissants dans le royaume, je jugeai que, malgré mon attachement pour la France, j’en devais sortir pour assurer ma tranquillité. Mon premier mouvement fut de me retirer à Genève ; mais un instant de réflexion suffit pour me dissuader de faire cette sottise. Je savais que le ministère de France, encore plus puissant à Genève qu’à Paris, ne me laisserait pas plus en paix dans une de ces villes que dans l’autre, s’il avait résolu de me tourmenter. Je savais que le Discours sur l’Inégalité avait excité contre moi, dans le Conseil, une haine d’autant plus dangereuse qu’il n’osait la manifester. Je savais qu’en dernier lieu, quand la Nouvelle Héloïse parut, il s’était pressé de la défendre, à la sollicitation du docteur Tronchin ; mais voyant que personne ne l’imitait, pas même à Paris, il eut honte de cette étourderie, et retira la défense. Je ne doutais pas que, trouvant ici l’occasion plus favorable, il n’eût grand soin d’en profiter. Je savais que, malgré tous les beaux semblants, il régnait contre moi, dans tous les cœurs genevois, une secrète jalousie, qui n’attendait que l’occasion de s’assouvir. Néanmoins l’amour de la patrie me rappelait dans la mienne, et si j’avais pu me flatter d’y vivre en paix, je n’aurais pas balancé : mais l’honneur ni la raison ne me permettant pas de m’y réfugier comme un fugitif, je pris le parti de m’en rapprocher seulement, et d’aller attendre en Suisse celui qu’on prendrait à Genève à mon égard.
On verra bientôt que cette incertitude ne dura pas longtemps.
Mme de Boufflers désapprouva beaucoup cette résolution, et fit de nouveaux efforts pour m’engager à passer en Angleterre. Elle ne m’ébranla pas. Je n’ai jamais aimé l’Angleterre ni les Anglais, et toute l’éloquence de Mme de Boufflers, loin de vaincre ma répugnance, semblait l’augmenter, sans que je susse pourquoi.
A few days later, Marshal Monsieur received a letter from the curate of Deuil, who was a friend of Grimm and Madame d’Épinay. The letter contained what he claimed to be reliable information: that the Parliament was bound to take the most severe action against me, and that on a specific day mentioned in the letter, an order for my arrest would be issued. I dismissed this advice as something fabricated along the lines of Holbach’s philosophy. I knew that the Parliament paid great attention to legal formalities, and that initiating proceedings with an arrest order without first establishing whether I had actually authored the book or if it truly belonged to me would be a clear violation of procedure. I told Madame de Boufflers that such orders were only issued in cases where crimes posed a threat to public safety, and that suspects were arrested on mere suspicion to prevent them from escaping punishment. But when dealing with a crime like mine—one that deserved honor rather than punishment—one should first address the issue concerning the book itself and try to avoid targeting its author. She made a subtle distinction to me, though I have since forgotten what it was, to prove that my arrest order was more of a favor than a legal requirement. The next day, I received a letter from Guy, who told me that he had happened to be in the office of the Attorney General on the same day and had seen a draft indictment against Émile and its author on his desk. Note that this Guy was Duchesne’s associate, who had published the book; being personally uninvolved, he had kindly provided this information to me. One can imagine how unbelievable all of this seemed to me! It was so obvious, so plausible, that a bookseller could simply read through the manuscripts and drafts lying on a prosecutor’s desk without anyone raising any objections. Madame de Boufflers and others confirmed this for me as well. Faced with such absurdities being constantly thrown at me, I began to wonder if everyone had gone mad.
Realizing that there must be some mystery behind all this that people were unwilling to reveal to me, I waited calmly for what was to happen, relying on my own integrity and innocence in the whole matter. I was even delighted at the prospect of any persecution that might await me, for it would mean being honored to suffer for the truth. Far from fearing or hiding, I went to the castle every day and took my usual walks in the afternoons. On June 8th, the day before the decree was issued, I went on such a walk with two oratory professors, Father Alamanni and Father Mandard. We brought some light food to the Champeaux and ate it with great relish. We had forgotten to bring glasses, so we used straw tubes to drink the wine from the bottles—carefully choosing the widest tubes possible for an even better flow. I have never been so happy in my life.
I have described how I lost my sleep in my youth. Since then, I had developed the habit of reading every evening in bed until I felt my eyes growing heavy. Then I would blow out my candle and try to fall asleep for a few brief moments. My usual evening reading was the Bible, and I read it through at least five or six times in this manner. That night, feeling more awake than usual, I continued reading for longer; I finished the entire book that ended with the story of the Levite from Ephraim—which, if I am not mistaken, is also the Book of Judges. This story affected me deeply, and as I was lost in its contemplation, I was suddenly interrupted by noise and light. Thérèse, who was carrying it, was lighting up M. La Roche when she saw me rise abruptly from my bed. “Do not be alarmed,” he said, “it is from Madame la Maréchale; she has written to you and sent you a letter from Monsieur le Prince de Conti.” Indeed, in Madame de Luxembourg’s letter, I found one that had just been delivered by an express messenger from the prince, informing her that, despite all her efforts, it was determined to take drastic action against me. The situation was extremely volatile; nothing could prevent the execution of the order. The court demanded it, and the Parliament agreed; at seven in the morning, a warrant for my arrest would be issued, and I would be seized immediately. I had managed to secure that no further actions would be taken against me if I fled—but if I persisted in staying, I would surely be captured. M. La Roche urged me, on behalf of Madame la Maréchale, to get up and meet with her. It was already two in the morning; she had just gone to bed. “She is waiting for you,” he added, “and refuses to sleep until she sees you.” I hurriedly got dressed and rushed off.
She seemed agitated to me. It was the first time such a thing had happened. Her distress touched me deeply. In that moment of surprise, in the middle of the night, I was not myself free from emotion; but upon seeing her, I forgot about myself entirely and thought only of her and of the tragic role she was about to play if I allowed it to happen. For, although I felt sufficiently brave to tell only the truth, even if it meant harm or loss for me, I lacked both the composure, the skill, and perhaps the firmness needed to prevent her from being compromised, especially if I were under intense pressure. This decision led me to sacrifice my own honor for her peace of mind, to do for her in that moment what I would never have done for myself. The moment my resolve was made, I told her about it, not wishing to diminish the value of my sacrifice by making her pay a price for it. I am certain she understood my motives; yet she did not say a word that indicated she was aware of them. This indifference shocked me so much that I even considered backing out of my decision. But then Marshal de Boufflers arrived, and shortly after, Madame de Boufflers came from Paris. They did what Madame de Luxembourg should have done. I allowed myself to be flattered; I felt ashamed to go back on my word, and soon all that was discussed were the details of where I would retire and when I would leave. Monsieur de Luxembourg offered for me to stay with him for a few days incognito, so that I could think things over more carefully and make my plans in peace. But I refused both his offer and the suggestion of going secretly to the Temple. I insisted on leaving right away, rather than staying hidden anywhere.
Realizing that I had powerful and secret enemies within the kingdom, I concluded that, despite my loyalty to France, I must leave it to ensure my own safety. My first thought was to retire to Geneva; but after a moment’s reflection, I dismissed this foolish idea. I knew that the French ministry, even more influential in Geneva than in Paris, would not let me live in peace in either city if it had resolved to torment me. I was aware that my “Discourse on Inequality” had aroused against me in the Council a hatred all the more dangerous because it dared not be openly expressed. Moreover, when “The New Heloise” appeared, he had hurriedly defended it at the request of Dr. Tronchin; but seeing that no one else followed his example—even not in Paris—he felt ashamed of this rashness and withdrew his support. I had no doubt that, finding more favorable circumstances here, he would seize every opportunity to exploit them against me. I knew that, beneath all their polite appearances, a secret envy toward me existed in the hearts of everyone in Geneva, waiting only for an opportunity to be unleashed. Nevertheless, my love for my country drove me back to it; and if I had believed I could live there in peace, I would have done so without hesitation. But since neither honor nor reason allowed me to seek refuge there like a fugitive, I chose instead to move closer and wait in Switzerland for whatever fate awaited me in Geneva.
It will soon be seen that this uncertainty did not last long.
Madam de Boufflers strongly disapproved of this decision and made every effort once again to persuade me to go to England. But she could not shake my resolve. I had never liked England or the English, and all of Madam de Boufflers’ eloquence, far from overcoming my aversion, seemed only to intensify it—though I did not understand why.
Pochi giorni dopo, il Maresciallo ricevette una lettera dal curato di Deuil, amico di Grimm e di Madame d’Épinay; in essa si affermava, secondo quanto egli stesso dichiarò aver appreso da fonte attendibile, che il Parlamento avrebbe dovuto procedere contro di me con la massima severità e che, in un determinato giorno indicato nella lettera, sarei stato emesso un decreto di arresto. Ritenni che tale informazione fosse frutto delle teorie filosofiche di Holbach; sapevo infatti che il Parlamento prestava grande attenzione alle formalità legali, e che iniziare con un decreto di arresto senza prima stabilire legalmente se io avessi ammesso di essere l’autore dell’opera o se davvero lo fossi, sarebbe stato una palese violazione delle procedure. Dissi a Madame de Boufflers che soltanto i crimini che minacciavano la sicurezza pubblica potevano giustificare un decreto di arresto su semplice indizio, al fine di impedire agli imputati di sfuggire alla punizione; ma quando si voleva punire un reato come il mio, che meritava onori e ricompense, si procedeva prima contro l’opera stessa, evitando il più possibile di colpire direttamente l’autore. Lei fece allora una distinzione molto sottile, che ho dimenticato, per dimostrarmi che il decreto di arresto era emesso a mio favore e non per convocarmi davanti al tribunale. Il giorno seguente ricevetti una lettera da Guy, nel quale mi diceva di aver visto lo stesso giorno nell’ufficio del Procuratore Generale il bozzetto di un atto d’accusa contro “L’Émile” e il suo autore. Si noti che Guy era l’associato di Duchesne, che aveva stampato l’opera; essendo lui stesso al sicuro da eventuali conseguenze legali, forniva questa informazione per gentilezza verso di me. Si può immaginare quanto tutto ciò mi sembrasse incredibile. Era così semplice, così naturale che un libraio potesse tranquillamente leggere i manoscritti e i bozzetti sparsi sull’ufficio di un magistrato! Anche Madame de Boufflers e altre persone mi confermarono la stessa cosa. Di fronte a tutte queste assurdità che continuavano ad essere ripetute senza sosta, ero tentato di credere che tutti fossero impazziti.
Sentendo chiaramente che c’era qualche mistero dietro tutto ciò e che nessuno voleva rivelarmelo, aspettavo tranquillamente l’evento successivo, fidandomi della mia rettitudine e della mia innocenza in tutta questa faccenda. Ero così felice, qualunque persecuzione mi attendesse, all’idea di poter essere chiamato ad affrontarla per la verità. Lontano dal temere o dal nascondermi, andavo ogni giorno al castello e facevo la mia solita passeggiata pomeridiana. L’8 giugno, alla vigilia dell’emanazione del decreto, la feci insieme a due professori di retorica: il P. Alamanni e il P. Mandard. Portammo ai Champeaux un piccolo pranzo che mangiammo con grande appetito. Avevamo dimenticato i bicchieri; li sostituimmo con cannucce di segale, con cui bevemmo il vino direttamente dalla bottiglia, scegliendo con cura cannucce abbastanza larghe per poter bere il più velocemente possibile. Non sono mai stato così felice in tutta la mia vita.
Ho raccontato come abbia perso il sonno nella mia giovinezza. Da allora avevo preso l’abitudine di leggere ogni sera a letto fino a quando non sentivo gli occhi diventare pesanti; allora spegnevo la candela e cercavo di addormentarmi per qualche istante, che tuttavia duravano poco. La mia lettura serale abituale era la Bibbia, e l’ho letta intera almeno cinque o sei volte di seguito in questo modo. Quella sera, essendo più sveglio del solito, ho prolungato la lettura fino alla fine del libro che riguarda il Levita d’Efraim; se non mi sbaglio, si tratta del libro dei Giudici, poiché da allora non l’ho più riletto. Questa storia mi ha profondamente colpito, e mentre ne ero immerso in una sorta di sogno, sono stato improvvisamente distolto dal rumore e dalla luce. Teresa, che lo portava, stava illuminando il signor La Roche; vedendomi alzare bruscamente, mi disse: “Non allarmatevi; è una lettera della marchesa de la Maréchale, che vi scrive e vi manda anche una missiva del principe di Conti”. Infatti, nella lettera della signora di Lussemburgo trovai quella che un messaggero speciale del principe le aveva appena portato: in essa si annunciava che, nonostante tutti i suoi sforzi, si era deciso di procedere contro di me con ogni rigore. La situazione era estremamente tesa; nulla poteva impedire che venisse attuata la decisione presa dalla corte e dal Parlamento: alle sette del mattino sarebbe stato emesso un decreto di arresto, e io sarei stato immediatamente catturato. Avevo ottenuto che non mi si inseguisse se me ne andavo; ma se avessi insistito nel voler essere preso, sarei stato comunque catturato. La Roche mi esortò, per conto della marchesa de la Maréchale, a alzarmi e ad andare da lei a parlare. Erano le due di notte; lei si era appena addormentata. “Vi aspetta”, aggiunse, “e non vuole dormire senza avervi visto”. Mi vestii in fretta e corsi da lei.
Mi sembrava agitata. Era la prima volta che accadeva. Il suo turbamento mi commosse. In quel momento di sorpresa, nel bel mezzo della notte, anch’io non ero del tutto immune alle emozioni; ma vedendola, dimenticai completamente me stesso e pensai soltanto a lei e al triste ruolo che avrebbe dovuto svolgere se fossi stato costretto a cederle. Poiché sentivo di avere abbastanza coraggio da dire sempre la verità, anche a costo di nuocermi e perdermi, non ero però sicuro di avere abbastanza presenza di spirito, abilità o fermezza per evitare che lei venisse compromessa, qualora fossi stato pressato con insistenza. Questo mi spinse a sacrificare la mia gloria per la sua tranquillità, a fare per lei in quella circostanza ciò che nulla avrebbe mai spinto me a fare per me stesso. Non appena presi questa decisione, gliela comunicai subito, senza voler rovinare il valore del mio sacrificio facendolo apparire un compromesso. Sono certo che non poté fraintendere le mie motivazioni; tuttavia non disse una parola che indicasse di esserne consapevole. Questa indifferenza mi sorprese a tal punto da farmi considerare l’idea di ritrattarmi. Ma arrivò il Maresciallo; poco dopo arrivò anche la signora de Boufflers da Parigi. Loro fecero ciò che avrebbe dovuto fare la signora de Luxembourg. Mi lasciai lusingare. Mi vergognai di cambiare idea. E non si parlò più se non del luogo in cui sarei andato a nascondermi e del momento del mio ritiro. Il signor de Luxembourg mi propose di restare da lui per alcuni giorni, sotto falso nome, per poter riflettere con calma e prendere le mie decisioni; rifiutai sia questa proposta che quella di andare segretamente al Tempio. Insistetti nel voler partire immediatamente, piuttosto che rimanere nascosto ovunque.
Sentendo di avere nemici segreti e potenti nel regno, giudicai che, nonostante il mio attaccamento alla Francia, dovevo lasciarla per garantirmi la tranquillità. Il mio primo pensiero fu quello di ritirarmi a Ginevra; ma un momento di riflessione mi convinse a non commettere tale errore. Sapevo che il ministero francese, ancora più potente a Ginevra che a Parigi, non mi avrebbe lasciato in pace in nessuna delle due città, se avesse deciso di tormentarmi. Ero anche a conoscenza del fatto che il “Discorso sull’Ineguaglianza” aveva suscitato contro di me nel Consiglio un odio tanto più pericoloso quanto non osava manifestarlo apertamente. Infine, quando uscì la “Nouvelle Héloïse”, si affrettò a difenderla su esortazione del dottor Tronchin; ma vedendo che nessuno lo imitava, nemmeno a Parigi, provò vergogna di tale comportamento e ritirò la sua difesa. Non dubitavo che, trovando qui un’occasione più favorevole, non avrebbe esitato a approfittarne. Sapevo che, nonostante tutti gli atteggiamenti apparentemente amichevoli, nel cuore di tutti i ginevrini regnava una gelosia segreta che aspettava solo l’occasione per manifestarsi. Tuttavia, l’amore per la patria mi spingeva a tornarvi; e se avessi potuto sperare di vivere in pace lì, non avrei esitato. Ma poiché né l’onore né la ragione mi permettevano di rifugiarmici come un fuggitivo, decisi semplicemente di avvicinarmi ancora di più e di andare in Svizzera ad aspettare ciò che sarebbe accaduto a Ginevra riguardo a me.
Si vedrà presto che questa incertezza non durerà a lungo.
La signora de Boufflers disapprovò molto questa decisione e fece nuovi sforzi per convincermi a recarmi in Inghilterra. Ma non riuscì a influenzarmi. Non ho mai amato l’Inghilterra né gli inglesi, e tutta l’eloquenza della signora de Boufflers, invece di attenuare la mia avversione, sembrava addirittura intensificarla, senza che io capissi il motivo.
Décidé à partir le même jour, je fus dès le matin parti pour tout le monde, et La Roche, par qui j’envoyai chercher mes papiers, ne voulut pas dire à Thérèse elle-même si je l’étais ou ne l’étais pas. Depuis que j’avais résolu d’écrire un jour mes mémoires, j’avais accumulé beaucoup de lettres et autres papiers, de sorte qu’il fallut plusieurs voyages. Une partie de ces papiers déjà triés furent mis à part, et je m’occupai le reste de la matinée à trier les autres, afin de n’emporter que ce qui pouvait m’être utile, et brûler le reste. M. de Luxembourg voulut bien m’aider à ce travail, qui se trouva si long que nous ne pûmes achever dans la matinée, et je n’eus le temps de rien brûler. M. le Maréchal m’offrit de se charger du reste de ce triage, de brûler le rebut lui-même, sans s’en rapporter à qui que ce fût, et de m’envoyer tout ce qui aurait été mis à part. J’acceptai l’offre, fort aise d’être délivré de ce soin, pour pouvoir passer le peu d’heures qui me restaient avec des personnes si chères, que j’allais quitter pour jamais. Il prit la clef de la chambre où je laissais ces papiers, et, à mon instante prière, il envoya chercher ma pauvre tante qui se consumait dans la perplexité mortelle de ce que j’étais devenu, et de ce qu’elle allait devenir, et attendant à chaque instant les huissiers, sans savoir comment se conduire et que leur répondre. La Roche l’amena au château, sans lui rien dire ; elle me croyait déjà bien loin : en m’apercevant, elle perça l’air de ses cris, et se précipita dans mes bras. O amitié, rapport des cœurs, habitude, intimité ! Dans ce doux et cruel moment se rassemblèrent tant de jours de bonheur, de tendresse et de paix passés ensemble, pour me faire mieux sentir le déchirement d’une première séparation, après nous être à peine perdus de vue un seul jour pendant près de dix-sept ans. Le Maréchal, témoin de cet embrassement, ne put retenir ses larmes. Il nous laissa. Thérèse ne voulait plus me quitter. Je lui fis sentir l’inconvénient qu’elle me suivît en ce moment, et la nécessité qu’elle restât pour liquider mes effets et recueillir mon argent. Quand on décrète un homme de prise de corps, l’usage est de saisir ses papiers, de mettre le scellé sur ses effets, ou d’en faire l’inventaire, et d’y nommer un gardien. Il fallait bien qu’elle restât pour veiller à ce qui se passerait, et tirer de tout le meilleur parti possible. Je lui promis qu’elle me rejoindrait dans peu : M. le Maréchal confirma ma promesse ; mais je ne voulus jamais lui dire où j’allais, afin qu’interrogée par ceux qui viendraient me saisir, elle pût protester avec vérité de son ignorance sur cet article. En l’embrassant au moment de nous quitter, je sentis en moi-même un mouvement très extraordinaire, et je lui dis dans un transport, hélas, trop prophétique : mon enfant, il faut t’armer de courage. Tu as partagé la prospérité de mes beaux jours ; il te reste, puisque tu le veux, à partager mes misères. N’attends plus qu’affronts et calamités à ma suite : le sort que ce triste jour commence pour moi me poursuivra jusqu’à ma dernière heure.
Il ne me restait plus qu’à songer au départ. Les huissiers avaient dû venir à dix heures. Il en était quatre après-midi quand je partis, et ils n’étaient pas encore arrivés. Il avait été décidé que je prendrais la poste. Je n’avais point de chaise, M. le Maréchal me fit présent d’un cabriolet, et me prêta des chevaux et un postillon jusqu’à la première poste, où, par les mesures qu’il avait prises, on ne fit aucune difficulté de me fournir des chevaux.
Comme je n’avais point dîné à table, et ne m’étais pas montré dans le château, les dames vinrent me dire adieu dans l’entresol, où j’avais passé la journée. Mme la Maréchale m’embrassa plusieurs fois d’un air assez triste ; mais je ne sentis plus dans ces embrassements les étreintes de ceux qu’elle m’avait prodigués il y avait deux ou trois ans. Mme de Boufflers m’embrassa aussi, et me dit de fort belles choses. Un embrassement qui me surprit davantage fut celui de Mme de Mirepoix, car elle était aussi là. Mme la Maréchale de Mirepoix est une personne extrêmement froide, décente et réservée, et ne me paraît pas tout à fait exempte de la hauteur naturelle à la maison de Lorraine. Elle ne m’avait jamais témoigné beaucoup d’attention. Soit que, flatté d’un honneur auquel je ne m’attendais pas, je cherchasse à m’en augmenter le prix, soit qu’en effet elle eût mis dans cet embrassement un peu de cette commisération naturelle aux cœurs généreux, je trouvai dans son mouvement et dans son regard, je ne sais quoi d’énergique qui me pénétra. Souvent, en y repensant, j’ai soupçonné dans la suite que, n’ignorant pas à quel sort j’étais condamné, elle n’avait pu se défendre d’un moment d’attendrissement sur ma destinée.
M. le Maréchal n’ouvrait pas la bouche ; il était pâle comme un mort. Il voulut absolument m’accompagner jusqu’à ma chaise qui m’attendait à l’abreuvoir. Nous traversâmes tout le jardin sans dire un seul mot. J’avais une clef du parc, dont je me servis pour ouvrir la porte ; après quoi, au lieu de remettre la clef dans ma poche, je la lui tendis sans mot dire. Il la prit avec une vivacité surprenante, à laquelle je n’ai pu m’empêcher de penser souvent depuis ce temps-là. Je n’ai guère eu dans ma vie d’instant plus amer que celui de cette séparation. L’embrassement fut long et muet : nous sentîmes l’un et l’autre que cet embrassement était un dernier adieu.
Entre la Barre et Montmorency, je rencontrai dans un carrosse de remise quatre hommes en noir, qui me saluèrent en souriant. Sur ce que Thérèse m’a rapporté dans la suite de la figure des huissiers, de l’heure de leur arrivée, et de la façon dont ils se comportèrent, je n’ai point douté que ce ne fussent eux ; surtout ayant appris dans la suite qu’au lieu d’être décrété à sept heures, comme on me l’avait annoncé, je ne l’avais été qu’à midi. Il fallut traverser tout Paris. On n’est pas fort caché dans un cabriolet tout ouvert. Je vis dans les rues plusieurs personnes qui me saluèrent d’un air de connaissance, mais je n’en reconnus aucune. Le même soir je me détournai pour passer à Villeroy. À Lyon, les courriers doivent être menés au commandant. Cela pouvait être embarrassant pour un homme qui ne voulait ni mentir ni changer de nom. J’allai, avec une lettre de Mme de Luxembourg, prier M. de Villeroy de faire en sorte que je fusse exempté de cette corvée. M. de Villeroy me donna une lettre dont je ne fis point usage, parce que je ne passai pas à Lyon. Cette lettre est restée encore cachetée parmi mes papiers. M. le duc me pressa beaucoup de coucher à Villeroy ; mais j’aimai mieux reprendre la grande route, et je fis encore deux postes le même jour.
Ma chaise était rude, et j’étais trop incommodé pour pouvoir marcher à grandes journées. D’ailleurs je n’avais pas l’air assez imposant pour me faire bien servir, et l’on sait qu’en France les chevaux de poste ne sentent la gaule que sur les épaules du postillon. En payant grassement les guides, je crus suppléer à la mine et au propos ; ce fut encore pis. Ils me prirent pour un pied-plat, qui marchait par commission, et qui courait la poste pour la première fois de sa vie. Dès lors, je n’eus plus que des rosses, et je devins le jouet des postillons. Je finis, comme j’aurais dû commencer, par prendre patience, ne rien dire et aller comme il leur plut.
Having resolved to leave on the same day, I set off early in the morning. La Roche, whom I sent to fetch my documents, refused to tell Thérèse directly whether I had indeed left or not. Since I had decided one day to write my memoirs, I had accumulated many letters and other papers, so several trips were necessary. A portion of these already sorted documents was set aside, and I spent the rest of the morning organizing the rest, in order to take only what might be useful to me and burn the rest. Mr. de Luxembourg kindly helped me with this task, but it took so long that we could not finish it in one morning, and I did not have time to burn anything. The Marshal offered to complete the sorting himself, to burn whatever was deemed unnecessary without consulting anyone else, and to send me everything that had been set aside. I accepted his offer, glad to be relieved of this responsibility so that I could spend the remaining hours with those dear people whom I was about to leave forever. He took the key to the room where I kept these documents, and at my request, he went to fetch my poor aunt, who was in utter despair over what had become of me and what her own fate would be; she was waiting for the officers at any moment, not knowing how to behave or what to say. La Roche brought her to the castle without telling her anything; she thought I had already gone far away. When she saw me, she let out a cry of joy and rushed into my arms. Oh, friendship, the bond that unites hearts, the habit of being together, the intimacy that develops over time! In that sweet yet painful moment, so many days of happiness, tenderness, and peace we had shared came back to mind, making the pain of our first separation all the more intense—after having barely been apart for a single day in nearly seventeen years. The Marshal, witnessing our embrace, could not hold back his tears; he left us alone. Thérèse refused to let me go. I explained to her how inconvenient it would be for her to follow me at that moment and how necessary it was for her to stay behind to take care of my belongings and collect my money. When a person is declared subject to arrest, it is customary to seize their documents, seal their possessions, or make an inventory of them and appoint a guardian. She had to stay to ensure that everything was handled properly. I promised her that she would join me soon; the Marshal confirmed my promise. But I never told her where I was going, so that if anyone came to arrest me, she could truthfully claim not to know anything about it. As we embraced before parting, I felt an extraordinary emotion within me and said to her, in a prophetic moment, alas too prophetic: “My child, you must summon up courage. You have shared the happiness of my best days; now, if you wish, you must share my misfortunes as well.” Nothing but insults and calamities await me now; the fate that began for me on this sad day will pursue me until my last hour.
All that was left for me to do was think about leaving. The bailiffs were supposed to arrive at ten o’clock. It was already four in the afternoon when I set off, and they had not yet arrived. It had been decided that I would take the post road. Since I didn’t have a chair, Mr. the Marshal offered me a carriage and lent me horses and a postboy until the first post station, where, thanks to the arrangements he had made, there was no difficulty in providing me with new horses.
Since I had not dined at the table and had not appeared in the castle, the ladies came to say goodbye to me on the ground floor, where I had spent the entire day. Madame la Maréchale kissed me several times, with a rather sad expression; but I no longer felt in those kisses the same affectionate warmth as those she had shown me two or three years earlier. Madame de Boufflers also kissed me and said very kind things to me. What surprised me even more was the kiss from Madame de Mirepoix, since she was also there. Madame la Maréchale de Mirepoix is a person extremely cold, dignified, and reserved; she does not seem entirely free from the haughtiness inherent in the House of Lorraine. She had never shown me much attention. Either because I, flattered by an honor I did not expect, was trying to exaggerate its significance for myself, or because she truly felt some natural compassion toward a generous heart like mine, I sensed something intense in her gesture and her gaze that deeply moved me. Often, as I thought back to that moment, I suspected that, knowing the fate that awaited me, she had been unable to resist feeling sorry for my plight.
Mr. the Marshal did not say a word; he was as pale as a dead man. He insisted on accompanying me all the way to my chair, which was waiting for me by the watering trough. We crossed the entire garden without exchanging a single word. I had a key to the park, which I used to open the door; afterwards, instead of putting the key back in my pocket, I handed it to him without saying anything. He took it with such unexpected haste that I could not help but think about it many times since then. There was hardly any more bitter moment in my life than that one of separation. The embrace was long and silent; both of us felt that it was a final goodbye.
Between the Barre and Montmorency, I encountered four men in black in a carriage; they greeted me with smiles. Based on what Thérèse later told me about their arrival time and their behavior, I had no doubt it was them—especially after learning that my arrest order had been issued not at seven o’clock, as I had been informed, but at noon. We had to travel through the entire city, and in an open carriage, one is hardly concealed. In the streets, several people greeted me as if they knew me, but I didn’t recognize any of them. That same evening, I changed my route and headed for Villeroy. In Lyon, messengers are supposed to be taken to the commander; this could have been troublesome for someone who neither wanted to lie nor change their name. Accompanied by a letter from Madame de Luxembourg, I went to ask Monsieur de Villeroy to exempt me from this duty. He gave me a letter that I never used, since I did not pass through Lyon. That letter remains sealed among my papers to this day. The Duke urged me strongly to stay at Villeroy, but I preferred to continue on my journey and made two more stops that same day.
My chair was uncomfortable, and I was too distressed to be able to travel long distances on foot. Moreover, I didn’t have an imposing appearance that would ensure good service; as one knows, in France, the post horses only respond to the postboy’s voice. By paying generously to the guides, I thought I could compensate for my lack of presence and speech; but it turned out even worse. They took me for some incompetent fool who was being sent on a post mission for the first time in his life. From then on, I was only given poor horses, and I became the plaything of the postboys. In the end, as I should have done from the beginning, I learned to be patient, say nothing, and let them do as they pleased.
Deciso di partire nello stesso giorno, mi recai subito da tutti; La Roche, a cui avevo incaricato di recuperare i miei documenti, rifiutò di dire a Thérèse se fossi davvero lì o meno. Da quando avevo deciso di scrivere un giorno le mie memorie, avevo accumulato molte lettere e altri documenti, quindi furono necessari diversi viaggi per recuperarli tutti. Una parte di questi documenti, già ordinati, fu messa da parte; io passai il resto della mattinata a sistemare il resto, in modo da portare con me solo ciò che mi sarebbe stato utile e bruciare il resto. Il signor de Luxembourg si offrì gentilmente di aiutarmi in questo compito, ma esso risultò così lungo che non riuscimmo a terminarlo nel corso della mattinata; quindi non ebbi il tempo di bruciare nulla. Il maresciallo mi propose di occuparmi personalmente del resto della selezione dei documenti, di bruciare ciò che non avesse valore e di inviarmi tutto ciò che fosse stato messo da parte. Accettai l’offerta, felice di essere liberato da questo compito, così da poter trascorrere gli ultimi momenti con le persone tanto care che stavo per lasciare per sempre. Lui prese la chiave della stanza in cui avevo riposto quei documenti e, su mia richiesta, andò a cercare mia povera zia, che soffriva terribilmente nell’incertezza riguardo a ciò che fosse accaduto a me e a cosa mi aspettasse in futuro; lei attendeva costantemente l’arrivo degli ufficiali giudiziari, senza sapere come comportarsi o cosa rispondere loro. La Roche la portò al castello, senza dirle nulla; mia zia pensava che fossi già lontano. Quando mi vide, scoppiò in lacrime e si gettò tra le mie braccia. Oh, amicizia, legame profondo tra i cuori, abitudine, intimità. In quel momento dolce ma terribile si riunirono tutti i giorni di felicità, tenerezza e pace trascorsi insieme; questo mi fece sentire ancora più intensamente il dolore di una prima separazione, dopo essere stati lontani l’uno dall’altro per quasi diciassette anni. Il maresciallo, testimone di quel momento, non riuscì a trattenere le lacrime e ci lasciò soli. Thérèse non voleva più lasciarmi; le spiegai che in quel momento non era opportuno che mi seguisse e che doveva rimanere per occuparsi dei miei effetti personali e raccogliere il mio denaro. Quando si emette un ordine di arresto contro qualcuno, di solito si confiscano i suoi documenti, si sigillano i suoi beni o se ne fa l’inventario, e si nomina un custode. Lei doveva quindi rimanere per assicurarsi che tutto venisse gestito nel modo migliore possibile. Le promisi che mi avrebbe raggiunto presto; il maresciallo confermò la mia promessa. Ma non volli mai dirle dove stavo andando, così che, se qualcuno fosse venuto ad arrestarmi, lei avrebbe potuto affermare con sincerità di non saperne nulla. Mentre ci salutavamo, provai un sentimento straordinario. E le dissi, in un impeto che purtroppo si rivelò profetico: “Mia cara, devi farti forza. Hai condiviso la mia fortuna nei giorni migliori della mia vita; ora, se lo desideri, dovrai condividere anche le mie difficoltà”. Dopo di me non ci saranno che sfide e calamità: il destino che questo triste giorno ha iniziato per me mi perseguirà fino all’ultimo mio istante.
Non mi restava altro da fare se non pensare al mio viaggio di partenza. Gli uscieri avrebbero dovuto arrivare alle dieci; erano le quattro del pomeriggio quando partii, e loro non erano ancora arrivati. Era stato deciso che avrei utilizzato il servizio postale. Non avevo una carrozza; il Maresciallo mi offrì un calesino e mi prestò cavalli e un cocchiere fino alla prima stazione di posta, dove, grazie alle misure prese da lui, non ebbero alcuna difficoltà a fornirmi altri cavalli.
Poiché non avevo pranzato a tavola e non mi ero fatto vedere nel castello, le dame vennero a salutarmi nell’entresol, dove avevo trascorso la giornata. La Marchesa mi baciò più volte con un’espressione piuttosto triste; tuttavia, in quei baci non percepii più quella stessa affetto che lei mi aveva dimostrato due o tre anni prima. Anche Madame de Boufflers mi abbracciò e mi disse cose molto belle. Un abbraccio che mi sorprese ancora di più fu quello di Madame de Mirepoix, poiché anche lei era lì. La Marchesa de Mirepoix è una persona estremamente fredda, dignitosa e riservata; non mi sembra del tutto priva della superiorità naturale tipica della famiglia di Lorena. Non mi aveva mai dimostrato molta attenzione. Forse, lusingato da un onore a cui non mi aspettavo, cercai di aumentarne il valore; oppure forse lei, effettivamente, mise in quell’abbraccio un po’ di quella compassione naturale che caratterizza i cuori generosi. Comunque sia, nel suo gesto e nel suo sguardo percepii qualcosa di profondo che mi colpì profondamente. Spesso, ripensandoci in seguito, ho sospettato che, essendo a conoscenza del destino a cui ero condannato, lei non fosse riuscita a trattenersi dal provare un momento di commozione per la mia sorte.
Il Maresciallo non apriva bocca; era pallido come un morto. Volle assolutamente accompagnarmi fino alla mia sedia, che mi aspettava all’abbeveratoio. Attraversammo l’intero giardino senza dire una parola. Avevo una chiave del parco, che utilizzai per aprire la porta; dopo averla usata, invece di rimetterla in tasca, gliela porsi senza dire nulla. La prese con una vivacità sorprendente. Di quel momento in poi, non ho potuto fare a meno di pensarci spesso. Nella mia vita, non ho mai vissuto un istante più amaro di quello della nostra separazione. Il bacio fu lungo e silenzioso; entrambi sentimmo che quel bacio rappresentava un addio definitivo.
Tra la Barre e Montmorency, incontrai in una carrozza di servizio quattro uomini in nero, che mi salutarono sorridendo. Da quanto Thérèse mi raccontò in seguito riguardo all’aspetto di quegli uomini, all’ora del loro arrivo e al modo in cui si comportarono, non ebbi alcun dubbio che fossero proprio loro; soprattutto dopo aver appreso che, invece di essere convocato alle sette come mi era stato detto, la convocazione era stata fissata solo a mezzogiorno. Fu necessario attraversare l’intera Parigi. In una carrozza completamente aperta non si è certo molto protetti. Vidi diverse persone per strada che mi salutarono con un’aria di conoscenza, ma nessuna la riconobbi. Lo stesso sera decisi di deviare e passare da Villeroy. A Lione, i corrieri devono essere consegnati al comandante militare. Questo poteva rivelarsi imbarazzante per un uomo che non voleva né mentire né cambiare nome. Portai con me una lettera di Madame de Luxembourg e andai a chiedere a Monsieur de Villeroy di far sì che fossi esentato da questa incombenza. Monsieur de Villeroy mi diede una lettera, ma non la utilizzai, perché non passai per Lione; quella lettera è rimasta ancora sigillata tra i miei documenti. Il Duca mi sollecitò molto ad alloggiare a Villeroy, ma preferii riprendere il viaggio lungo la strada principale. Quel giorno feci addirittura due tappe consecutive.
La mia sedia era scomoda, e mi trovavo in condizioni troppo disagiate per poter viaggiare per lunghe distanze. Inoltre, non avevo un aspetto abbastanza imponente da farmi servire con cura; si sa infatti che in Francia i cavalli di posta rispondono soltanto al postiglione. Pagando generosamente i miei accompagnatori, pensai di compensare la mia mancanza di prestigio e l’aspetto poco imponente; ma andò ancora peggio. Mi presero per uno sciocco che viaggiava su commissione, e che faceva il suo primo viaggio in posta. Da quel momento in poi, ricevetti soltanto cavalli di scarsa qualità, e diventai un giocattolo tra le mani dei postiglioni. Alla fine, come avrei dovuto fare fin dall’inizio, imparai ad avere pazienza, a non dire nulla e a lasciare che fossero loro a decidere tutto per me.
J’avais de quoi ne pas m’ennuyer en route, en me livrant aux réflexions qui se présentaient sur tout ce qui venait de m’arriver ; mais ce n’était là ni mon tour d’esprit ni la pente de mon cœur. Il est étonnant avec quelle facilité j’oublie le mal passé, quelque récent qu’il puisse être. Autant sa prévoyance m’effraie et me trouble, tant que je le vois dans l’avenir, autant son souvenir me revient faiblement et s’éteint sans peine aussitôt qu’il est arrivé. Ma cruelle imagination, qui se tourmente sans cesse à prévenir les maux qui ne sont point encore, fait diversion à ma mémoire, et m’empêche de me rappeler ceux qui ne sont plus. Contre ce qui est fait, il n’y a plus de précautions à prendre, et il est inutile de s’en occuper. J’épuise en quelque façon mon malheur d’avance ; plus j’ai souffert à le prévoir, plus j’ai de facilité à l’oublier ; tandis qu’au contraire, sans cesse occupé de mon bonheur passé, je le rappelle et le rumine, pour ainsi dire, au point d’en jouir derechef quand je veux. C’est à cette heureuse disposition, je le sens, que je dois de n’avoir jamais connu cette humeur rancunière qui fermente dans un cœur vindicatif, par le souvenir continuel des offenses reçues, et qui le tourmente lui-même de tout le mal qu’il voudrait faire[281] à son ennemi.
Naturellement emporté, j’ai senti la colère, la fureur même dans les premiers mouvements ; mais jamais un désir de vengeance ne prit racine au-dedans de moi. Je m’occupe trop peu de l’offense, pour m’occuper beaucoup de l’offenseur. Je ne pense au mal que j’en ai reçu qu’à cause de celui que j’en peux recevoir encore, et, si j’étais sûr qu’il ne m’en fît plus, celui qu’il m’a fait serait à l’instant oubli.
On nous prêche beaucoup le pardon des offenses : c’est une fort belle vertu sans doute, mais qui n’est pas à mon usage. J’ignore si mon cœur saurait dominer sa haine, car il n’en a jamais senti, et je pense trop peu à mes ennemis pour avoir le mérite de leur pardonner. Je ne dirai pas à quel point, pour me tourmenter, ils se tourmentent eux-mêmes. Je suis à leur merci, ils ont tout pouvoir, ils en usent. Il n’y a qu’une seule chose au-dessus de leur puissance, et dont je les défie : c’est, en se tourmentant de moi, de me forcer à me tourmenter d’eux.
Dès le lendemain de mon départ, j’oubliai si parfaitement tout ce qui venait de se passer, et le Parlement, et Mme de Pompadour, et M. de Choiseul, et Grimm, et d’Alembert, et leurs complots, et leurs complices, que je n’y aurais pas même repensé de tout mon voyage, sans les précautions dont j’étais obligé d’user. Un souvenir qui me vint au lieu de tout cela fut celui de ma dernière lecture, la veille de mon départ. Je me rappelai aussi les Idylles de Gessner, que son traducteur Huber m’avait envoyées il y avait quelque temps. Ces deux idées me revinrent si bien, et se mêlèrent de telle sorte dans mon esprit, que je voulus essayer de les réunir, en traitant à la manière de Gessner le sujet du Lévite d’Ephraïm. Ce style champêtre et naïf ne paraissait guère propre à un sujet si atroce, et il n’était guère à présumer que ma situation présente me fournît des idées bien riantes pour l’égayer. Je tentai toutefois la chose, uniquement pour m’amuser dans ma chaise et sans aucun espoir de succès. À peine eus-je essayé, que je fus étonné de l’aménité de mes idées, et de la facilité que j’éprouvais à les rendre. Je fis en trois jours les trois premiers chants de ce petit poème, que j’achevai dans la suite à Môtiers, et je suis sûr de n’avoir rien fait en ma vie où règne une douceur de mœurs plus attendrissante, un coloris plus frais, des peintures plus naïves, un costume plus exact, une plus antique simplicité en toute chose, et tout cela, malgré l’horreur du sujet, qui dans le fond est abominable ; de sorte qu’outre tout le reste, j’eus encore le mérite de la difficulté vaincue. Le Lévite d’Ephraïm, s’il n’est pas le meilleur de mes ouvrages, en sera toujours le plus chéri. Jamais je ne l’ai relu, jamais je ne le relirai, sans sentir en dedans l’applaudissement d’un cœur sans fiel, qui loin de s’aigrir par ses malheurs, s’en console avec lui-même, et trouve en soi de quoi s’en dédommager. Qu’on rassemble tous ces grands philosophes, si supérieurs dans leurs livres à l’adversité qu’ils n’éprouvèrent jamais ; qu’on les mette dans une position pareille à la mienne, et que, dans la première indignation de l’honneur outragé, on leur donne un pareil ouvrage à faire : on verra comment ils s’en tireront.
En partant de Montmorency pour la Suisse, j’avais pris la résolution d’aller m’arrêter à Yverdon, chez mon bon vieil ami M. Roguin, qui s’y était retiré depuis quelques années, et qui m’avait même invité à l’y aller voir. J’appris en route que Lyon faisait un détour ; cela m’évita d’y passer. Mais en revanche, il fallait passer par Besançon, place de guerre, et par conséquent sujette au même inconvénient. Je m’avisai de gauchir, et de passer par Salins, sous prétexte d’aller voir M. de Miran, neveu de M. Dupin, qui avait un emploi à la saline, et qui m’avait fait jadis force invitations de l’y aller voir. L’expédient me réussit ; je ne trouvai point M. de Miran : fort aise d’être dispensé de m’arrêter, je continuai ma route sans que personne me dît un mot.
En entrant sur le territoire de Berne, je fis arrêter ; je descendis, je me prosternai, j’embrassai, je baisai la terre, et m’écriai dans mon transport : Ciel ! protecteur de la vertu, je te loue, je touche une terre de liberté ! C’est ainsi qu’aveugle et confiant dans mes espérances, je me suis toujours passionné pour ce qui devait faire mon malheur. Mon postillon, surpris, me crut fou ; je remontai dans ma chaise, et peu d’heures après j’eus la joie aussi pure que vive de me sentir pressé dans les bras du respectable Roguin. Ah ! respirons quelques instants chez ce digne hôte ! J’ai besoin d’y reprendre du courage et des forces ; je trouverai bientôt à les employer.
[Arv. ed]
Ce n’est pas sans raison que je me suis étendu, dans le récit que je viens de faire, sur toutes les circonstances que j’ai pu me rappeler. Quoiqu’elles ne paraissent pas fort lumineuses, quand on tient une fois le fil de la trame, elles peuvent jeter du jour sur sa marche, et par exemple, sans donner la première idée du problème que je vais proposer, elles aident beaucoup à le résoudre.
Supposons que, pour l’exécution du complot dont j’étais l’objet, mon éloignement fût absolument nécessaire, tout devait, pour l’opérer, se passer à peu près comme il se passa ; mais si, sans me laisser épouvanter par l’ambassade nocturne de Mme de Luxembourg et troubler par ses alarmes, j’avais continué de tenir ferme comme j’avais commencé, et qu’au lieu de rester au château je m’en fusse retourné dans mon lit dormir tranquillement la fraîche matinée, aurais-je également été décrété ? Grande question, d’où dépend la solution de beaucoup d’autres, et pour l’examen de laquelle l’heure du décret comminatoire et celle du décret réel ne sont pas inutiles à remarquer. Exemple grossier, mais sensible, de l’importance des moindres détails dans l’exposé des faits dont on cherche les causes secrètes, pour les découvrir par induction.
FIN du LIVRE ONZIÈME
Livre Douzième
1762 – 1764
I had plenty to keep me occupied on the way, lost in thought about all that had just happened to me; but such was neither my state of mind nor the inclination of my heart at that time. It’s astonishing how easily I forget past wrongs, no matter how recent they may be. Just as its foresight frightens and disturbs me when I envision it in the future, so its memory returns to me weakly and fades away instantly once it has actually occurred. My cruel imagination, which constantly frets over anticipating evils that have not yet happened, distracts my memory and prevents me from recalling those that are already gone. Once something is done, there is no need for further precautions; it’s useless to dwell on it. In some way, I exhaust my own suffering in advance—if I suffer more in anticipating it, the easier it is for me to forget it afterward. On the contrary, when I constantly dwell on my past happiness, I recall it and ruminate over it, so that I can even relish it again at will. It is this fortunate disposition of mind, I feel, that prevents me from ever experiencing that bitter resentment that festers in a vengeful heart, fueled by constant memories of past offenses—and that tormentes such a person with all the harm they wish to inflict on their enemies[281].
Being naturally impulsive, I felt anger—even fury—in my initial reactions; but never did the desire for vengeance take root within me. I pay too little attention to the offense itself to dwell much on the offender. I only think about the harm I have suffered because of it in relation to the further harm that might be inflicted upon me. And if I were certain that he would never cause me any more harm, then whatever he had done to me would be instantly forgotten.
We are often exhorted to forgive others’ offenses; it is undoubtedly a very noble virtue, but one that is not suited to my nature. I doubt whether my heart would be able to overcome its hatred—for it has never known such feelings—and I think too little of my enemies to even consider forgiving them. I will not say to what extent they torment themselves in order to torment me. I am at their mercy; they hold all power, and they use it. There is only one thing that lies beyond their control, and against which I defy them: by tormenting themselves because of me, they cannot force me to torment them in return.
The very day after my departure, I completely forgot everything that had happened—the Parliament, Madame de Pompadour, Monsieur de Choiseul, Grimm, d’Alembert, their plots, and their accomplices. Had it not been for the precautions I was forced to take, I would never have thought of any of it throughout my entire journey. What remained in my memory instead was my last reading before leaving, as well as Gessner’s Idylls, which had been sent to me some time ago by their translator, Huber. These two ideas came back to me so vividly and intertwined so deeply in my mind that I decided to attempt to combine them by treating the subject of “The Levite of Ephraim” in the same style as Gessner. That rustic and naive approach seemed utterly unsuitable for such a grim subject, and it was highly unlikely that my current circumstances would provide me with any cheerful ideas to lighten it. Nevertheless, I tried it merely for my own amusement, without any hope of success. As soon as I began, I was surprised by the clarity of my thoughts and the ease with which they flowed. In just three days, I completed the first three chapters of this little poem; I finished it later in Môtiers. I am certain that nothing else I have ever written possesses such a tender and moving style, such fresh and vivid imagery, such naive and accurate descriptions, or such an antique simplicity in all its aspects—especially considering the terrible subject at its core. Thus, beyond everything else, I also achieved the remarkable feat of overcoming such great difficulty. “The Levite of Ephraim” may not be my best work, but it will always be my most cherished. I have never read it again, and I never will; yet whenever I do, I feel within me the approval of a heart that, far from being hardened by misfortune, finds comfort in itself and derives satisfaction from what it has created. Let all those great philosophers, so superior to adversity in their writings that they never experienced it themselves, be placed in my situation—and given such a task in the first moments of outrage at an insult to their honor: we would see how they would fare.
On leaving Montmorency for Switzerland, I had made up my mind to stop in Yverdon at the home of my good old friend Mr. Roguin, who had retired there a few years earlier and had even invited me to visit him. On the way, I learned that Lyon required a detour, which spared me the necessity of passing through it. However, I would have to go through Besançon—a place involved in military operations and therefore subject to the same inconveniences. I then decided to change my route and pass through Salins, under the pretext of visiting Mr. de Miran, nephew of Mr. Dupin, who had a job at the saltworks and had often invited me there in the past. This plan succeeded; I did not find Mr. de Miran. Very glad to be spared the obligation to stop there, I continued on my way without anyone saying a word to me.
Upon entering the territory of Bern, I ordered my carriage to stop; I got down, prostrated myself, kissed the ground, and exclaimed in my ecstasy: “Heaven! Protector of virtue, I praise you—I have set foot on soil of freedom!” Thus, blinded by hope and full of confidence, I had always been devoted to what was ultimately to bring me misfortune. My postillion, taken aback, thought me insane; I got back into my carriage, and shortly thereafter, I experienced the purest and most intense joy of being embraced by the respectable Roguin. Ah! Let us rest for a moment in the company of this worthy host—I need to gather courage and strength again; soon, I will find an opportunity to put them to use.
[Arv. ed]
It is not without reason that I have elaborated in the account I have just given on all the circumstances that I was able to recall. Although they may not seem particularly illuminating at first glance, once one follows the thread of the narrative, they can help to clarify its development. For example, without even providing any preliminary indication of the problem I am about to raise, they already contribute significantly to its resolution.
Suppose that, for the execution of the plot against me, my departure was absolutely necessary; then everything would have had to happen more or less as it actually did. But if, without being frightened by Madame de Luxembourg’s nocturnal visit or disturbed by her warnings, I had remained resolute from the beginning and gone back to bed to sleep peacefully on that fresh morning, would I still have been condemned? A profound question—one whose answer determines many other outcomes. In examining this issue, it is useful to consider both the time when the threatening decree was issued and the actual moment it took effect. This is a crude but illustrative example of how even the smallest details can be crucial in uncovering the hidden causes behind events, through the process of induction.
End of Book Eleven
Twelfth Book
1762 – 1764
Avevo abbastanza materiale su cui riflettere durante il viaggio, considerando tutto ciò che mi era appena accaduto; ma quel non era né lo stato d’animo né l’orientamento del mio cuore in quel momento. È sorprendente con quanta facilità riesca a dimenticare il male passato, per quanto recente possa essere. Quanto più la sua presenza mi spaventa e mi turba quando la immagino nel futuro, tanto più il suo ricordo ritorna debole e si spegne immediatamente non appena è avvenuto. La mia crudele immaginazione, che si tormenta costantemente nel prevedere mali ancora futuri, distoglie la mia attenzione dal passato e mi impedisce di ricordare ciò che ormai è finito. Di fronte a ciò che è già accaduto, non c’è più nulla da temere o da cui prendersi cura; in un certo senso, esaurisco in anticipo il mio dolore. Più ho sofferto nel prevederlo, più mi è facile dimenticarlo; al contrario, se fossi costantemente occupato a ricordare il mio passato felice, lo rievocerei e ci rimuginerei sopra fino al punto di poterne godere nuovamente ogni volta che lo desidero. È proprio questa felice disposizione d’animo, ne sono certo, a impedirmi di provare mai quella rancorevolezza che fermenta in un cuore vendicativo, alimentata dal continuo ricordo delle offese subite, e che tormenta chi la prova con tutto il male che vorrebbe infliggere al proprio nemico[281].
Trascinato naturalmente dalla situazione, ho provato rabbia, persino furia nei primi momenti; ma mai in me è nata la volontà di vendetta. Mi occupo troppo poco dell’offesa per preoccuparmi molto dell’offensore. Penso al male che ho subito soltanto perché potrei subirne ancora; e se fossi certo che non ne subirei più, quello che mi ha fatto verrebbe immediatamente dimenticato.
Ci viene spesso predicato il perdono delle offese: è senza dubbio una virtù molto bella, ma non fa al caso mio. Non so se il mio cuore riuscirebbe a dominare l’odio che non ha mai provato, e penso troppo poco ai miei nemici per avere il merito di perdonarli. Non dirò fino a che punto, nel tormentarmi, si tormentino loro stessi. Sono alla loro mercé: hanno tutto il potere e lo usano. C’è solo una cosa al di sopra del loro potere, e contro la quale li sfido: è il fatto che, tormentandosi a causa mia, non riescano a costringermi a tormentarmi a causa loro.
Il giorno dopo la mia partenza, dimenticai completamente tutto ciò che era appena accaduto: il Parlamento, Madame de Pompadour, Monsieur de Choiseul, Grimm, d’Alembert, i loro complotti e i loro complici. Non ci avrei mai più pensato per tutta la durata del mio viaggio, se non fosse stato per le precauzioni che ero costretto ad adottare. L’unica cosa che mi tornò in mente fu il libro che avevo letto l’ultima sera prima di partire, così come le Idilli di Gessner che il loro traduttore, Huber, mi aveva inviato qualche tempo prima. Queste due idee ritornarono nella mia mente con tanta chiarezza e si mescolarono in modo così naturale che decisi di provare a unirle, trattando l’argomento del “Levita di Efraim” nello stesso stile pastorale e ingenuo di Gessner. Quel genere di scrittura, apparentemente poco adatto a un argomento così tragico, e considerando la mia situazione attuale, non sembrava offrire alcuna ispirazione particolarmente allegra. Tuttavia decisi comunque di provarci, solo per divertirmi durante il viaggio, senza alcuna speranza di successo. Appena iniziai, fui sorpreso dalla facilità con cui riuscivo a formulare le mie idee e dalla dolcezza del tono che ne risultava. In tre giorni completai i primi tre canti di quel piccolo poema, che in seguito portai a termine a Môtiers. Sono certo di non aver mai scritto nulla nella mia vita in cui prevalessero una tale dolcezza nei modi, un colore così fresco nelle descrizioni, immagini così ingenuhe, un linguaggio così accurato e una semplicità così antica in ogni dettaglio. Nonostante l’orrore dell’argomento stesso. Il “Levita di Efraim”, anche se non è il mio lavoro migliore, rimarrà sempre il mio preferito. Non l’ho mai riletto, e non lo rileggerò mai, senza sentire dentro di me l’approvazione di un cuore sereno che, lontano dall’amareggiarsi per le proprie sfortune, si consola da solo e trova in sé stesso la forza di superarle. Chiamiamo tutti questi grandi filosofi, così superiori nei loro scritti all’adversità che non ne hanno mai conosciuta alcuna; mettiamoli nella mia stessa situazione e diamo loro un compito simile: vedremo come se la caveranno.
Partendo da Montmorency per la Svizzera, avevo deciso di fermarmi a Yverdon, da mio buon vecchio amico il signor Roguin, che si era ritirato lì alcuni anni prima e mi aveva persino invitato a fargli visita. Lungo la strada appresi che Lyon rappresentava un percorso più lungo; questo mi evitò di dovervi passare. Tuttavia, dovevo comunque attraversare Besançon, una città militare e quindi soggetta agli stessi inconvenienti del precedente itinerario. Decisi allora di deviare e di passare per Salins, con il pretesto di andare a trovare il signor de Miran, nipote del signor Dupin che lavorava nella salina e che in passato mi aveva più volte invitato a farvi visita. Il mio piano riuscì: non trovai il signor de Miran; felice di poter evitare la sosta, proseguii per la mia strada senza che nessuno mi dicesse una parola.
Entrando nel territorio di Berna, fui fatto fermare; scesi dalla carrozza, mi prostrai a terra, la baciai e esclamai, in preda all’emozione: “Cielo, protettore della virtù, ti lodo! Sto calpestando terra di libertà!” Così, cieco e fiducioso nelle mie speranze, mi sono sempre appassionato per ciò che avrebbe dovuto causarmi sventura. Il mio cocchiere, sorpreso, pensò che fossi pazzo; risalii in carrozza e poche ore dopo ebbi la gioia pura e intensa di trovarmi tra le braccia del rispettabile Roguin. Ah! Respiriamo per un momento in questa casa ospitale. Ho bisogno di raccogliere coraggio e forze; presto ne troverò l’occasione per usarle.
[Edizione Arv.]
Non è senza motivo che, nel racconto che ho appena fatto, ho descritto tutte le circostanze di cui mi sono ricordato. Anche se queste non sembrano molto significative, una volta individuata la trama principale, possono aiutare a chiarire il suo sviluppo. Ad esempio, senza fornire alcuna indicazione preliminare sul problema che intendo sollevare, esse contribuiscono comunque in modo importante alla sua risoluzione.
Supponiamo che, per l’esecuzione del complotto di cui ero l’obiettivo, la mia lontananza fosse assolutamente necessaria: tutto avrebbe dovuto svolgersi più o meno come in realtà accadde. Ma se, senza lasciarmi spaventare dall’incontro notturno della signora di Lussemburgo e senza essere turbato dalle sue allarmi, fossi rimasto fermo nella mia decisione e, invece di restare nel castello, fossi tornato a letto per dormire tranquillamente in quella fresca mattina, sarei stato ugualmente condannato? Una grande domanda, dalla quale dipende la soluzione di molte altre questioni. Per esaminarla, è utile considerare sia l’ora della sentenza minacciosa che quella effettiva. Un esempio semplice, ma significativo, dell’importanza dei dettagli più insignificanti nell’esposizione dei fatti, al fine di scoprirne le cause nascoste attraverso il metodo dell’induzione.
Fine del dodicesimo libro.
Libro Dodicesimo
1762 – 1764
Ici commence l’œuvre de ténèbres dans lequel, depuis huit ans, je me trouve enseveli, sans que, de quelque façon que je m’y sois pu prendre[282], il m’ait été possible d’en percer l’effrayante obscurité. Dans l’abîme des maux où je suis submergé, je sens les atteintes des coups qui me sont portés, j’en aperçois l’instrument immédiat ; mais je ne puis voir ni la main qui le dirige, ni les moyens qu’elle met en œuvre. L’opprobre et les malheurs tombent sur moi comme d’eux-mêmes, et sans qu’il y paraisse. Quand mon cœur déchiré laisse échapper des gémissements, j’ai l’air d’un homme qui se plaint sans sujet, et les auteurs de ma ruine ont trouvé l’art inconcevable de rendre le public complice de leur complot, sans qu’il s’en doute lui-même, et sans qu’il en aperçoive l’effet. En narrant donc les événements qui me regardent, les traitements que j’ai soufferts, et tout ce qui m’est arrivé, je suis hors d’état de remonter à la main motrice, et d’assigner les causes en disant les faits. Ces causes primitives sont toutes marquées dans les trois précédents livres ; tous les intérêts relatifs à moi, tous les motifs secrets y sont exposés. Mais dire en quoi ces diverses causes se combinent pour opérer les étranges événements de ma vie, voilà ce qu’il m’est impossible d’expliquer, même par conjecture. Si parmi mes lecteurs il s’en trouve d’assez généreux pour vouloir approfondir ces mystères et découvrir la vérité, qu’ils relisent avec soin les trois précédents livres ; qu’ensuite à chaque fait qu’ils liront dans les suivants ils prennent les informations qui seront à leur portée, qu’ils remontent d’intrigue en intrigue et d’agent en agent jusqu’aux premiers moteurs de tout, je sais certainement à quel terme aboutiront leurs recherches ; mais je me perds dans la route obscure et tortueuse des souterrains qui les y conduiront.
Durant mon séjour à Yverdon, j’y fis connaissance avec toute la famille de M. Roguin, et entre autres avec sa nièce Mme Boy de la Tour et ses filles, dont, comme je crois l’avoir dit, j’avais autrefois connu le père à Lyon. Elle était venue à Yverdon voir son oncle et ses sœurs ; sa fille aînée, âgée d’environ quinze ans, m’enchanta par son grand sens et son excellent caractère. Je m’attachai de l’amitié la plus tendre à la mère et à la fille. Cette dernière était destinée par M. Roguin au colonel, son neveu, déjà d’un certain âge, et qui me témoignait aussi la plus grande affection ; mais, quoique l’oncle fût passionné pour ce mariage, que le neveu le désirât fort aussi, et que je prisse un intérêt très vif à la satisfaction de l’un et de l’autre, la grande disproportion d’âge et l’extrême répugnance de la jeune personne me firent concourir avec la mère à détourner ce mariage, qui ne se fit point. Le colonel épousa depuis Mlle d’Illens, sa parente, d’un caractère et d’une beauté bien selon mon cœur, et qui l’a rendu le plus heureux des maris et des pères. Malgré cela, M. Roguin n’a pu oublier que j’aie en cette occasion contrarié ses désirs. Je m’en suis consolé par la certitude d’avoir rempli, tant envers lui qu’envers sa famille, le devoir de la plus sainte amitié, qui n’est pas de se rendre toujours agréable, mais de conseiller toujours pour le mieux.
Je ne fus pas longtemps en doute sur l’accueil qui m’attendait à Genève, au cas que j’eusse envie d’y retourner. Mon livre y fut brûlé, et j’y fus décrété le 10 juin, c’est-à-dire neuf jours après l’avoir été à Paris. Tant d’incroyables absurdités étaient cumulées dans ce second décret, et l’Édit ecclésiastique y était si formellement violé, que je refusai d’ajouter foi aux premières nouvelles qui m’en vinrent, et que, quand elles furent bien confirmées, je tremblai qu’une si manifeste et criante infraction de toutes les lois, à commencer par celle du bon sens, ne mît Genève sens dessus dessous. J’eus de quoi me rassurer ; tout resta tranquille. S’il s’émut quelque rumeur dans la populace, elle ne fut que contre moi, et je fus traité publiquement par toutes les caillettes et par tous les cuistres comme un écolier qu’on menacerait du fouet pour n’avoir pas bien dit son catéchisme.
Ces deux décrets furent le signal du cri de malédiction qui s’éleva contre moi dans toute l’Europe, avec une fureur qui n’eut jamais d’exemple. Toutes les gazettes, tous les journaux, toutes les brochures sonnèrent le plus terrible tocsin. Les Français surtout, ce peuple si doux, si poli, si généreux, qui se pique si fort de bienséance et d’égards pour les malheureux, oubliant tout d’un coup ses vertus favorites, se signala par le nombre et la violence des outrages dont il m’accablait à l’envi. J’étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bête féroce, un loup. Le continuateur du Journal de Trévoux fit sur ma prétendue lycanthropie un écart qui montrait assez bien la sienne. Enfin vous eussiez dit qu’on craignait à Paris de se faire une affaire avec la police, si, publiant un écrit sur quelque sujet que ce pût être, on manquait d’y larder quelque insulte contre moi. En cherchant vainement la cause de cette unanime animosité, je fus prêt à croire que tout le monde était devenu fou. Quoi ! le rédacteur de la Paix perpétuelle souffle la discorde ; l’éditeur du Vicaire savoyard est un impie ; l’auteur de la Nouvelle Héloïse est un loup ; celui de l’Émile est un enragé ! Eh ! mon Dieu, qu’aurais-je donc été, si j’avais publié le livre de l’Esprit, ou quelque autre ouvrage semblable ? Et pourtant, dans l’orage qui s’éleva contre l’auteur de ce livre, le public, loin de joindre sa voix à celle de ses persécuteurs, le vengea d’eux par ses éloges. Que l’on compare son livre et les miens, l’accueil différent qu’ils ont reçu, les traitements faits aux deux auteurs dans les divers États de l’Europe ; qu’on trouve à ces différences des causes qui puissent contenter un homme sensé : voilà tout ce que je demande, et je me tais.
Je me trouvais si bien du séjour d’Yverdon, que je pris la résolution d’y rester, à la vive sollicitation de M. Roguin et de toute sa famille. M. de Moiry de Gingins, baillif de cette ville, m’encourageait aussi par ses bontés à rester dans son gouvernement. Le colonel me pressa si fort d’accepter l’habitation d’un petit pavillon qu’il avait dans sa maison, entre cour et jardin, que j’y consentis, et aussitôt il s’empressa de le meubler et garnir de tout ce qui était nécessaire pour mon petit ménage. Le banneret Roguin, des plus empressés autour de moi, ne me quittait pas de la journée. J’étais toujours très sensible à tant de caresses, mais j’en étais quelquefois bien importuné. Le jour de mon emménagement était déjà marqué, et j’avais écrit à Thérèse de me venir joindre, quand tout à coup j’appris qu’il s’élevait à Berne un orage contre moi, qu’on attribuait aux dévots, et dont je n’ai jamais pu pénétrer la première cause. Le Sénat excité, sans qu’on sût par qui, paraissait ne vouloir pas me laisser tranquille dans ma retraite. Au premier avis qu’eut M. le Baillif de cette fermentation, il écrivit en ma faveur à plusieurs membres du gouvernement, leur reprochant leur aveugle intolérance, et leur faisant honte de vouloir refuser à un homme de mérite opprimé l’asile que tant de bandits trouvaient dans leurs États. Des gens sensés ont présumé que la chaleur de ses reproches avait plus aigri qu’adouci les esprits. Quoi qu’il en soit, son crédit ni son éloquence ne purent parer le coup. Prévenu de l’ordre qu’il devait me signifier, il m’en avertit d’avance, et, pour ne pas attendre cet ordre, je résolus de partir dès le lendemain. La difficulté était de savoir où aller, voyant que Genève et la France m’étaient fermées, et prévoyant bien que, dans cette affaire, chacun s’empresserait d’imiter son voisin.
Mme Boy de la Tour me proposa d’aller m’établir dans une maison vide, mais toute meublée, qui appartenait à son fils, au village de Môtiers, dans le Val-de-Travers, comté de Neuchâtel. Il n’y avait qu’une montagne à traverser pour m’y rendre. L’offre venait d’autant plus à propos, que dans les États du Roi de Prusse je devais naturellement être à l’abri des persécutions, et qu’au moins la religion n’y pouvait guère servir de prétexte. Mais une secrète difficulté qu’il ne me convenait pas de dire, avait bien de quoi me faire hésiter. Cet amour inné de la justice, qui dévora toujours mon cœur, joint à mon penchant secret pour la France, m’avait inspiré de l’aversion pour le Roi de Prusse qui me paraissait, par ses maximes et par sa conduite, fouler aux pieds tout respect pour la loi naturelle et pour tous les devoirs humains. Parmi les estampes encadrées dont j’avais orné mon Donjon à Montmorency, était un portrait de ce prince, au-dessous duquel était un distique[283] qui finissait ainsi :
Here begins the work of darkness into which I have been buried for eight years, and in which, no matter what efforts I have made[282], it has been impossible for me to penetrate its terrifying obscurity. In the abyss of suffering into which I am submerged, I feel the effects of the blows inflicted upon me; I can see the immediate instruments used to deliver them, but I am unable to discern either the hand that directs them or the means employed. Infamy and misfortune fall upon me as if by some invisible force. When my heart, torn apart, emits cries of anguish, I seem like a man complaining without cause; yet the authors of my ruin have managed the incredible feat of making the public complicit in their scheme, without the public even realizing it or perceiving its effects. By recounting the events that have befallen me, the injustices I have suffered, and everything that has happened to me, I am unable to trace back to the ultimate causes or assign responsibilities by simply describing the facts. These fundamental causes are all outlined in the first three books; all the interests involved, all the hidden motives, are exposed there. But to explain how these various causes combine to bring about the strange events of my life is something beyond my ability to elucidate, even through speculation. If among my readers there are those who are willing to delve deeper into these mysteries and uncover the truth, I urge them to carefully re-read the first three books. Then, for each event described in the subsequent volumes, they should seek out the relevant information available to them, tracing the chain of events and the agents involved all the way back to the very origins of it all. I am certain that their research will lead them to some conclusion; but I myself lose my way on the dark and winding paths that lead there.
During my stay in Yverdon, I got to know the entire family of Mr. Roguin, including his niece, Madame Boy de la Tour, and her daughters. As I believe I have mentioned before, I had previously known their father in Lyon. She had come to Yverdon to visit her uncle and sisters; her eldest daughter, around fifteen years old, impressed me greatly with her intelligence and excellent character. I formed very tender friendships with both the mother and the daughter. Mr. Roguin had intended this daughter for his nephew, the colonel, who was already of an age and also showed me great affection. However, despite the uncle’s strong desire for this marriage, the nephew’s eagerness, and my own keen interest in seeing both parties happy, the huge age difference and the young woman’s clear aversion prevented it from taking place. The colonel later married Mademoiselle d’Illens, a relative of his who had the character and beauty that suited my taste, and she made him one of the happiest husbands and fathers. Nevertheless, Mr. Roguin could never forget that I had thwarted his wishes on this occasion. I consoled myself with the knowledge that I had fulfilled, both towards him and his family, the duty of true friendship—which does not always involve pleasing others, but rather always advising what is best.
I did not doubt for long what kind of reception awaited me in Geneva, in case I ever wished to return there. My book was burned there, and on June 10th—I that very day, nine days after it had been burned in Paris—I was declared an outlaw there as well. So many incredible absurdities were accumulated in this second decree, and the ecclesiastical edicts were so blatantly violated, that I refused to believe the initial reports I received about it. And when those reports were finally confirmed, I feared that such a blatant and flagrant violation of all laws, starting with common sense itself, would plunge Geneva into chaos. Fortunately, everything remained calm. If any rumors arose among the populace, they were all directed against me; in public, I was treated by all sorts of fools and idiots like a schoolboy who might be punished with a flogging for not reciting his catechism properly.
These two decrees were the signal for a wave of curses to rise against me throughout Europe, with a fury never seen before. All newspapers, journals, and pamphlets spread the most terrible slander. Especially the French—such a gentle, polite, generous people, who place so much emphasis on decency and respect for the unfortunate—suddenly forgot all their usual virtues and overwhelmed me with an overwhelming number of insults and indignities. I was called an impious man, an atheist, a madman, a ferocious beast, even a wolf. The successor to the Journal de Trévoux went so far as to mock my alleged lycanthropy, which clearly revealed his own ignorance. One might have thought that people in Paris would be afraid to get into trouble with the police if they published anything, no matter what the subject, without including insults against me. Failing to find any reason for this universal hostility, I was almost forced to conclude that everyone had gone mad. How could it be otherwise? The editor of La Paix perpétuelle sowed discord; the publisher of Le Vicaire savoyard was called an impious man; the author of Nouvelle Héloïse was labeled a wolf; and the author of Émile was considered a madman! My God, what would people have said about me if I had published The Book of the Spirit or any other similar work? Yet, in the storm that arose against the author of that book, the public, far from joining in the persecution, actually defended him with their praise. Compare his works with mine, the different reception they received, and the ways in which both authors were treated throughout Europe—find reasons for these differences that can satisfy a reasonable person, and that will be all I ask; then I will remain silent.
I found myself so pleased with my stay in Yverdon that I resolved to remain there, at the earnest solicitation of Mr. Roguin and his entire family. Mr. de Moiry de Gingins, the bailiff of that town, also encouraged me to stay by showing me great kindness. The colonel insisted so strongly that I accept a small pavilion he had in his house, located between the courtyard and the garden, that I agreed to it. He immediately set about furnishing it with everything necessary for my modest household. Mr. Roguin, one of those who were most eager to assist me, never left my side throughout the day. I was always deeply grateful for such kindness, but sometimes it became somewhat troublesome. The day of my move had already been set, and I had written to Thérèse asking her to come join me when, suddenly, I learned that an outcry against me had arisen in Berne—caused, it was said, by devout people—and I never managed to discover the true reasons behind it. The Senate, stirred up by someone unknown, seemed determined not to let me enjoy peace in my retreat. As soon as Mr. the Bailiff became aware of this agitation, he wrote to several members of the government in my defense, condemning their blind intolerance and shamelessly denying a deserving person persecuted by villains the refuge that so many criminals found within their borders. Some sensible people believed that his vehement protests only served to inflame rather than calm things down. In any case, neither his reputation nor his eloquence were able to mitigate the consequences. Having been informed in advance of the order that was about to be issued against me, he warned me, and since I did not wish to wait for it, I decided to leave the next day. The difficulty lay in knowing where to go—since both Geneva and France had closed their doors to me—and I fully anticipated that everyone would rush to follow suit in this matter.
Madam Boy de la Tour offered to let me settle in an empty house, but one that was fully furnished and belonged to her son, located in the village of Môtiers, in the Val-de-Travers, county of Neuchâtel. All I had to do was cross a mountain to get there. This offer came at just the right time, especially since in the realms of the King of Prussia I would naturally be safe from persecution, and at least religion could hardly serve as a pretext for such actions. However, a secret difficulty that I felt it was not appropriate to mention gave me cause to hesitate. This innate love of justice, which always occupied my heart, combined with my hidden affection for France, had made me detest the King of Prussia—whose principles and behavior seemed to trample underfoot all respect for natural law and human duties. Among the framed prints that adorned my residence in Montmorency was a portrait of this prince, beneath which was a couplet that ended thus:
Qui inizia l’opera di tenebre nella quale, da otto anni, mi trovo sepolto, senza che, per quanto abbia cercato, sia stato possibile penetrare nell’orrenda oscurità che la avvolge. Nell’abisso dei mali in cui sono sommerso, percepisco gli effetti dei colpi che mi sono stati inflitti; vedo l’strumento immediatamente utilizzato per compierli, ma non riesco a scorgere né la mano che lo dirige né i mezzi impiegati. L’infamia e il dolore cadono su di me come se provenissero da soli, senza alcun apparente motivo. Quando il mio cuore straziato emette gemiti, sembro un uomo che si lamenta senza ragione; coloro che hanno causato la mia rovina hanno trovato l’arte inimmaginabile di rendere il pubblico complice del loro complotto, senza che esso se ne accorga nemmeno e senza che possa percepire gli effetti di tale complotto. Quindi, raccontando gli eventi che mi riguardano, i trattamenti subiti e tutto ciò che mi è accaduto, non sono in grado di individuare la causa principale di questi avvenimenti né di spiegarne le motivazioni. Queste cause fondamentali sono tutte descritte nei tre libri precedenti; tutti gli interessi legati a me, tutti i motivi nascosti vengono esposti lì. Ma spiegare in che modo questi diversi fattori si combinino per generare gli strani eventi della mia vita, questo è qualcosa che mi è impossibile chiarire, nemmeno attraverso congetture. Se tra i miei lettori ci sono persone abbastanza generose da voler approfondire questi misteri e scoprire la verità, che rileggano attentamente i tre libri precedenti; che, successivamente, per ogni evento descritto nei libri seguenti, raccolgano le informazioni a loro disponibili, che seguano passo dopo passo tutte le connessioni e tutti gli agenti coinvolti, so con certezza a quale conclusione arriveranno le loro ricerche. Ma io stesso mi perdo nel sentiero oscuro e tortuoso dei “sotterranei” che li condurranno lì.
Durante il mio soggiorno a Yverdon, ebbi modo di conoscere tutta la famiglia del signor Roguin, in particolare sua nipote, la signora Boy de la Tour, e sue figlie; della cui madre, credo di averlo già detto, avevo conosciuto il padre a Lione. La signora Boy de la Tour era venuta a Yverdon per visitare suo zio e le sue sorelle; sua figlia maggiore, all’età di circa quindici anni, mi colpì profondamente per il suo grande intelletto e il suo eccellente carattere. Strinsi con la madre e con la figlia un legame d’amicizia molto affettuoso. Quest’ultima era destinata dal signor Roguin a suo nipote, il colonnello, che già allora aveva una certa età e mi dimostrava anch’egli la massima stima; tuttavia, nonostante lo zio fosse molto desideroso di questo matrimonio, così come il nipote, e nonostante io fossi molto interessato a realizzarlo, la grande differenza d’età e l’estrema avversione della giovane donna mi spinsero, insieme alla madre, a sconsigliare questo matrimonio, che infine non ebbe luogo. In seguito il colonnello sposò la signorina d’Illens, sua parente, di carattere e bellezza davvero adatte ai miei gusti, e lei lo rese uno degli uomini e dei padri più felici. Nonostante ciò, il signor Roguin non riuscì mai a dimenticare che in quell’occasione avevo contrastato i suoi desideri. Mi consolai pensando di aver adempiuto, sia verso di lui che verso tutta la sua famiglia, al dovere della più sincera amicizia, il cui scopo non è sempre quello di essere graditi, ma di consigliare sempre per il meglio.
Non ebbi dubbi a lungo riguardo all’accoglienza che mi aspettava a Ginevra, nel caso avessi voluto tornarvi. Il mio libro fu bruciato lì, e il 10 giugno fui dichiarato “prosciolto”, cioè nove giorni dopo essere stato dichiarato tale a Parigi. In quel secondo decreto si accumulavano così tante assurdità incredibili, e l’Editto ecclesiastico veniva violato in modo così palese, che rifiutai di credere alle prime notizie che ne ricevetti; e quando queste furono confermate con certezza, temetti che una simile violazione evidente e clamorosa di tutte le leggi, a cominciare da quella del buon senso, potesse gettare Ginevra nel caos. Fortunatamente, tutto rimase tranquillo. Se qualcuna voce si diffuse tra la gente, riguardava soltanto me; fui trattato pubblicamente da tutti come un ragazzo a cui si minaccerebbe di frustate se non recitasse bene il suo catechismo.
Questi due decreti furono il segnale dell’invocazione di maledizioni che si levò contro di me in tutta Europa, con una furia senza precedenti. Tutti i giornali, tutte le pubblicazioni diffusero le più terribili calunnie su di me. Soprattutto i francesi, quel popolo così gentile, educato e generoso, che tiene tanto alla buona educazione e al rispetto per i malcapitati, dimenticarono all’improvviso tutte le loro virtù preferite, dimostrando con la quantità e la violenza delle offese che mi rivolgevano quanto fossero diventati ostili nei miei confronti. Io ero considerato un empio, un ateo, un pazzo furioso, una bestia feroce. Il successore del “Journal de Trévoux” si scostò con decisione dalla mia presunta licantropia, dimostrando così quanto fosse lui stesso pieno di pregiudizi. Si sarebbe potuto dire che a Parigi ci si temesse di avere problemi con la polizia se, pubblicando qualsiasi testo, non vi si inserissero insulti contro di me. Cercando invano la causa di questa unanime ostilità, fui quasi portato a credere che tutti fossero impazziti. Come! Il redattore del “Paix perpétuelle” incitava alla discordia; l’editore del “Vicaire savoyard” era considerato un empio; l’autore della “Nouvelle Héloïse” un lupo. E quello de “L’Émile”, un pazzo furioso! Oh mio Dio, che cosa sarei stato io se avessi pubblicato il libro dell’“Esprit” o qualche altro lavoro simile? Eppure, nell’uragano scatenatosi contro l’autore di quel libro, il pubblico, invece di unirsi alle persecuzioni, lo difese con i suoi elogi. Confrontate il suo libro con i miei, il diverso trattamento che hanno ricevuto, le reazioni opposte del pubblico nei vari paesi d’Europa. Troverete sicuramente ragioni plausibili per spiegare queste differenze; questo è tutto ciò che chiedo, e mi taccio.
Mi trovavo così bene durante il mio soggiorno a Yverdon che presi la decisione di rimanervi, su calda insistenza del signor Roguin e di tutta la sua famiglia. Anche il signor de Moiry de Gingins, balivo di quella città, mi incoraggiava con le sue gentilezze a restare nel suo territorio amministrativo. Il colonnello mi sollecitò così insistentemente ad accettare l’abitazione di una piccola villetta che possedeva nella sua casa, tra cortile e giardino, che acconsentii; immediatamente si affrettò a arredarla e fornirla di tutto ciò che era necessario per il mio piccolo nucleo familiare. Il signor Roguin, tra coloro che erano più premurosi nei miei confronti, non mi lasciava mai per tutta la giornata. Ero sempre molto grata per tante attenzioni, ma a volte ne ero anche molto infastidita. Il giorno del mio trasloco era già stato fissato e avevo scritto a Thérèse di venire a raggiungermi, quando all’improvviso appresi che a Berna si stava levando un’ondata di ostilità contro di me, attribuita ai devoti; non sono mai riuscita a scoprire la vera causa di tutto ciò. Il Senato, eccitato chissà da chi, sembrava deciso a non lasciarmi in pace nella mia ritirata. Non appena il balivo venne a conoscenza di questa situazione, scrisse a favore mio a diversi membri del governo, rimproverandoli per la loro intolleranza cieca e facendogli vergognare di voler negare a un uomo meritevole e oppresso l’asilo che tanti individui disonesti trovavano nei loro territori. Alcuni persone sensate ipotizzarono che la fermezza dei suoi rimproveri avesse aggravato piuttosto che alleviare le tensioni. Comunque fosse, né il suo prestigio né la sua eloquenza riuscirono a contrastare questa situazione negativa. Avvertito in anticipo dell’ordine che mi sarebbe stato comunicato, me ne informò in tempo; per non doverlo aspettare, decisi di partire il giorno seguente. Il problema principale era capire dove andare, visto che sia Ginevra che la Francia mi erano chiuse; inoltre, prevedevo che in questa situazione tutti si affrettassero a imitare le azioni altrui.
La signora Boy de la Tour mi proposeva di stabilirmi in una casa vuota ma completamente arredata, che apparteneva a suo figlio e si trovava nel villaggio di Môtiers, nel Val-de-Travers, nella contea di Neuchâtel. Per raggiungerla bastava attraversare una sola montagna. L’offerta era particolarmente opportuna, poiché negli Stati del Re di Prussia avrei dovuto naturalmente essere al riparo dalle persecuzioni, e almeno la religione non poteva costituire un pretesto per esse. Tuttavia, una difficoltà segreta che non mi conveniva rivelare mi faceva esitare. Quell’innato amore per la giustizia, che sempre dominava il mio cuore, unito al mio segreto attaccamento alla Francia, mi avevano indotto ad avvertire un profondo disgusto per il Re di Prussia, che, secondo le sue idee e il suo comportamento, calpestava ogni rispetto per la legge naturale e per tutti i doveri umani. Tra le stampe incorniciate che avevo decorato il mio castello a Montmorency c’era un ritratto di quel principe; sotto di esso era riportato un distico che terminava così:
Il pense en philosophe, et se conduit en Roi.
Ce vers, qui sous toute autre plume, eût fait un assez bel éloge, avait sous la mienne un sens qui n’était pas équivoque, et qu’expliquait d’ailleurs trop clairement le vers précédent[284]. Ce distique avait été vu de tous ceux qui venaient me voir, et qui n’étaient pas en petit nombre. Le chevalier de Lorenzi l’avait même écrit pour le donner à d’Alembert, et je ne doutais pas que d’Alembert n’eût pris le soin d’en faire ma cour à ce prince. J’avais encore aggravé ce premier tort par un passage de l’Émile, où, sous le nom d’Adraste, roi des Dauniens, on voyait assez qui j’avais eu en vue, et la remarque n’avait pas échappé aux épilogueurs, puisque Mme de Boufflers m’avait mis plusieurs fois sur cet article. Ainsi j’étais bien sûr d’être inscrit en encre rouge sur les registres du Roi de Prusse, et, supposant d’ailleurs qu’il eût les principes que j’avais osé lui attribuer, mes écrits et leur auteur ne pouvaient par cela seul que lui déplaire : car on sait que les méchants et les tyrans m’ont toujours pris dans la plus mortelle haine, même sans me connaître, et sur la seule lecture de mes écrits.
J’osai pourtant me mettre à sa merci, et je crus courir peu de risque. Je savais que les passions basses ne subjuguent que les hommes faibles, et ont peu de prise sur les âmes d’une forte trempe, telles que j’avais toujours reconnu la sienne. Je jugeais que dans son art de régner, il entrait de se montrer magnanime en pareille occasion, et qu’il n’était pas au-dessus de son caractère de l’être en effet. Je jugeai qu’une vile et facile vengeance ne balancerait pas un moment en lui l’amour de la gloire, et, me mettant à sa place, je ne crus pas impossible qu’il se prévalût de la circonstance pour accabler du poids de sa générosité l’homme qui avait osé mal penser de lui. J’allai donc m’établir à Môtiers, avec une confiance dont je le crus fait pour sentir le prix, et je me dis : Quand Jean-Jacques s’élève à côté de Coriolan, Frédéric sera-t-il au-dessous du général des Volsques ?
Le colonel Roguin voulut absolument passer avec moi la montagne, et venir m’installer à Môtiers. Une belle-sœur de Mme Boy de la Tour, appelée Mme Girardier, à qui la maison que j’allais occuper était très commode, ne me vit pas arriver avec un certain plaisir ; cependant elle me mit de bonne grâce en possession de mon logement, et je mangeai chez elle en attendant que Thérèse fût venue, et que mon petit ménage fût établi.
Depuis mon départ de Montmorency, sentant bien que je serais désormais fugitif sur la terre, j’hésitais à permettre qu’elle vînt me joindre, et partager la vie errante à laquelle je me voyais condamné. Je sentais que, par cette catastrophe, nos relations allaient changer, et que ce qui jusqu’alors avait été faveur et bienfait de ma part le serait désormais de la sienne. Si son attachement restait à l’épreuve de mes malheurs, elle en serait déchirée, et sa douleur ajouterait à mes maux. Si ma disgrâce attiédissait son cœur, elle me ferait valoir sa constance comme un sacrifice, et, au lieu de sentir le plaisir que j’avais à partager avec elle mon dernier morceau de pain, elle ne sentirait que le mérite qu’elle aurait de vouloir bien me suivre partout où le sort me forçait d’aller.
Il faut dire tout : je n’ai dissimulé ni les vices de ma pauvre Maman, ni les miens ; je ne dois pas faire plus de grâce à Thérèse, et, quelque plaisir que je prenne à rendre honneur à une personne qui m’est si chère, je ne veux pas non plus déguiser ses torts, si tant est même qu’un changement involontaire dans les affections du cœur soit un vrai tort. Depuis longtemps je m’apercevais de l’attiédissement du sien. Je sentais qu’elle n’était plus pour moi ce qu’elle fut dans nos belles années, et je le sentais d’autant mieux que j’étais le même pour elle toujours. Je retombai dans le même inconvénient dont j’avais senti l’effet auprès de Maman, et cet effet fut le même auprès de Thérèse : n’allons pas chercher des perfections hors de la nature ; il serait le même auprès de quelque femme que ce fût. Le parti que j’avais pris à l’égard de mes enfants, quelque bien raisonné qu’il m’eût paru, ne m’avait pas toujours laissé le cœur tranquille. En méditant mon Traité de l’Éducation, je sentis que j’avais négligé des devoirs dont rien ne pouvait me dispenser. Le remords enfin devint si vif, qu’il m’arracha presque l’aveu public de ma faute au commencement de l’Émile, et le trait même est si clair, qu’après un tel passage il est surprenant qu’on ait eu le courage de me la reprocher[285]. Ma situation cependant était alors la même, et pire encore par l’animosité de mes ennemis, qui ne cherchaient qu’à me prendre en faute. Je craignis la récidive, et, n’en voulant pas courir le risque, j’aimai mieux me condamner à l’abstinence que d’exposer Thérèse à se voir derechef dans le même cas. J’avais d’ailleurs remarqué que l’habitation des femmes empirait sensiblement mon état[286] : cette double raison m’avait fait former des résolutions que j’avais quelquefois assez mal tenues, mais dans lesquelles je persistais avec plus de constance depuis trois ou quatre ans ; c’était aussi depuis cette époque que j’avais remarqué du refroidissement dans Thérèse : elle avait pour moi le même attachement par devoir, mais elle n’en avait plus par amour. Cela jetait nécessairement moins d’agrément dans notre commerce, et j’imaginai que, sûre de la continuation de mes soins, où qu’elle pût être, elle aimerait peut-être mieux rester à Paris que d’errer avec moi. Cependant elle avait marqué tant de douleur à notre séparation, elle avait exigé de moi des promesses si positives de nous rejoindre, elle en exprimait si vivement le désir depuis mon départ, tant à M. le prince de Conti qu’à M. de Luxembourg, que, loin d’avoir le courage de lui parler de séparation, j’eus à peine celui d’y penser moi-même, et, après avoir senti dans mon cœur combien il m’était impossible de me passer d’elle, je ne songeai plus qu’à la rappeler incessamment. Je lui écrivis donc de partir, elle vint. À peine y avait-il deux moi que je l’avais quittée ; mais c’était, depuis tant d’années, notre première séparation. Nous l’avions sentie bien cruellement l’un et l’autre. Quel saisissement en nous embrassant ! O que les larmes de tendresse et de joie sont douces ! Comme mon cœur s’en abreuve ! Pourquoi m’a-t-on fait verser si peu de celles-là ?
En arrivant à Môtiers, j’avais écrit à Milord Keith, maréchal d’Écosse, gouverneur de Neuchâtel, pour lui donner avis de ma retraite dans les États de Sa Majesté, et pour lui demander sa protection. Il me répondit avec la générosité qu’on lui connaît et que j’attendais de lui. Il m’invita à l’aller voir. J’y fus avec M. Martinet, châtelain du Val-de-Travers, qui était en grande faveur auprès de Son Excellence. L’aspect vénérable de cet illustre et vertueux Écossais m’émut puissamment le cœur, et dès l’instant même commença entre lui et moi ce vif attachement qui de ma part est toujours demeuré le même, et qui le serait toujours de la sienne, si les traîtres qui m’ont ôté toutes les consolations de la vie n’eussent profité de mon éloignement pour abuser sa vieillesse et me défigurer à ses yeux.
George Keith, maréchal héréditaire d’Écosse, et frère du célèbre général Keith, qui vécut glorieusement et mourut au lit d’honneur, avait quitté son pays dans sa jeunesse, et y fut proscrit pour s’être attaché à la maison Stuart, dont il se dégoûta bientôt, par l’esprit injuste et tyrannique qu’il y remarqua, et qui en fit toujours le caractère dominant. Il demeura longtemps en Espagne, dont le climat lui plaisait beaucoup, et finit par s’attacher, ainsi que son frère, au Roi de Prusse, qui se connaissait en hommes, et les accueillit comme ils le méritaient. Il fut bien payé de cet accueil par les grands services que lui rendit le maréchal Keith, et par une chose bien plus précieuse encore, la sincère amitié de Milord Maréchal. La grande âme de ce digne homme, toute républicaine et fière, ne pouvait se plier que sous le joug de l’amitié ; mais elle s’y pliait si parfaitement, qu’avec des maximes bien différentes il ne vit plus que Frédéric, du moment qu’il lui fut attaché. Le Roi le chargea d’affaires importantes, l’envoya à Paris, en Espagne, et enfin le voyant, déjà vieux, avoir besoin de repos, lui donna pour retraite le gouvernement de Neuchâtel, avec la délicieuse occupation d’y passer le reste de sa vie à rendre ce petit peuple heureux.
He thinks like a philosopher and acts like a King.
This verse, which in the hands of any other writer might have constituted a rather handsome compliment, carried in mine a meaning that was far from ambiguous—and which, moreover, was clearly explained by the verse preceding it[284]. This couplet had been seen by all those who came to see me, and there were quite a number of them. The Knight de Lorenzi had even written it down for d’Alembert, and I had no doubt that d’Alembert would have taken the trouble to present it to that prince. I had further compounded this initial offense with a passage from Émile, in which, under the name of Adraste, king of the Daunians, it was quite clear whom I had in mind; and this remark had not gone unnoticed by those who read my works, especially since Madame de Boufflers had repeatedly brought it up to me. Thus, I was certain that my name would be recorded in red on the registers of the King of Prussia—and, assuming that he possessed the principles which I had dared attribute to him, my writings and their author could only please him less: for it is well known that villains and tyrants have always hated me with utmost intensity, even without knowing me at all, and merely on the basis of reading my works.
Yet I dared to place myself at his mercy, believing that I ran little risk. I knew that base passions could subjugate only weak men and had little effect on the souls of those of firm character, such as I had always perceived his to be. I reasoned that in his art of governing, it would be within his nature to show generosity on such an occasion, and that he was certainly capable of doing so. I believed that a vile and easy revenge would not for a moment overshadow in him his love for glory; and, putting myself in his place, I did not think it impossible that he might take this opportunity to overwhelm with his generosity the man who had dared to speak ill of him. Therefore, I went to settle in Môtiers, with such confidence that I believed he would appreciate its value. And I thought to myself: When Jean-Jacques stands alongside Coriolan, will Frederick be any less than the general of the Volscians?
Colonel Roguin insisted on accompanying me over the mountain and coming to settle with me in Môtiers. A sister-in-law of Madame Boy de la Tour, named Madame Girardier, whose house I was going to occupy was very convenient for my needs; she was not particularly pleased to see me arrive, but nonetheless readily provided me with a place to live. I dined at her home until Thérèse arrived and my small household was established.
Since my departure from Montmorency, I knew full well that I would now be a fugitive on this earth, and therefore hesitated to allow her to join me and share the wandering life to which I seemed doomed. I felt that this tragedy would change our relationship, and that what had until then been my kindness and generosity would now become hers. If her devotion were put to the test by my misfortunes, she would be devastated, and her pain would only add to mine. If my disgrace cooled her feelings for me, she might regard my steadfastness as a sacrifice on her part. Instead of feeling the joy of sharing with her even the last bit of my resources, she would only see it as an obligation imposed upon her by fate.
It is necessary to say everything: I did not conceal either the faults of my poor mother nor my own; I owe no favor to Thérèse, and, as much as I enjoy honoring someone so dear to me, I am also unwilling to disguise her mistakes, even if an involuntary change in one’s feelings could be considered a mistake at all. For a long time, I had noticed the diminishing affection she held for me. I felt that she was no longer what she had been during our happy years together, and I was all the more aware of this because I remained the same towards her. I faced the same difficulties that I had experienced with my mother; the effect was exactly the same with Thérèse. Let us not seek perfection beyond nature; it would be the same with any woman. The choices I made regarding my children, as reasonable as they seemed to me, did not always bring peace to my heart. As I reflected on my “Treatise on Education,” I realized that I had neglected certain duties from which nothing could exempt me. Eventually, remorse became so intense that it nearly forced me to publicly admit my fault at the beginning of “Émile”; moreover, the arguments I presented in that work are so clear that it is astonishing anyone would have the courage to reproach me for it[285]. However, my situation was still the same at that time, and even worse due to the hostility of my enemies who were always looking for ways to expose me. Fearing a recurrence of such difficulties, I preferred to condemn myself to abstinence than to risk putting Thérèse in the same predicament again. I had also noticed that living with women significantly worsened my condition[286]; these two reasons led me to make resolutions that, although sometimes difficult to maintain, I have stuck to with increasing determination over the past three or four years. It was also around this time that I observed a cooling of Thérèse’s feelings towards me: she continued to care for me out of duty, but no longer out of love. This naturally reduced the pleasure in our relationship, and I assumed that, knowing I would continue to care for her wherever she was, she might prefer to stay in Paris rather than travel with me. Nevertheless, she had shown such distress at our separation, had made such explicit promises about joining me again, and had expressed such strong desire for it since my departure—both to Monsieur le Prince de Conti and to Monsieur de Luxembourg—that I simply did not have the courage to even consider separating from her. After realizing how impossible it was for me to live without her, all I could think about was trying to bring her back. So I wrote to her, asking her to come; she did. But barely had we been together for two months when I left her again—yet this was our first separation in so many years. Both of us suffered greatly from it. What a shock it was when we embraced each other again! How sweet are the tears of tenderness and joy! How my heart rejoices at their presence! Why have I been allowed to shed so few of them?
Upon arriving in Môtiers, I wrote to Lord Keith, Marshal of Scotland and Governor of Neuchâtel, informing him of my retreat into the realms of His Majesty and requesting his protection. He replied with the generosity for which he was known and which I had expected from him. He invited me to visit him. I went there accompanied by Mr. Martinet, the lord of Val-de-Travers, who held great influence with His Excellency. The venerable appearance of this illustrious and virtuous Scotsman deeply moved my heart. From that very moment, a strong bond was established between us—a bond that has remained unaltered on my part, and would have remained unaltered on his had it not been for the traitors who, taking advantage of my absence, abused his old age and tarnished his view of me.
George Keith, Hereditary Marshal of Scotland and brother of the renowned General Keith—who lived a glorious life and died on his honor’s bed—had left his country in his youth and was exiled for supporting the House of Stuart. However, he soon grew disillusioned with their unjust and tyrannical nature, which always characterized that house. He spent many years in Spain, where the climate pleased him greatly, and eventually, along with his brother, he came to support the King of Prussia, who knew how to appreciate capable men and treated them accordingly. His loyalty was amply rewarded: General Keith rendered him great services, and even more precious was the sincere friendship of Lord Marshal himself. That noble man’s republican spirit and pride could yield only to the bonds of true friendship; yet he embraced it so wholeheartedly that, from that moment on, he saw nothing but Frederick in his lord. The King entrusted him with important missions, sending him to Paris and Spain, and when he saw Keith growing old and in need of rest, he granted him the governorship of Neuchâtel—allowing him the delightful task of spending the rest of his life making that small people happy.
Pensa da filosofo e si comporta da Re.
Questo verso, che sotto qualsiasi altra penna avrebbe potuto costituire un elogio piuttosto bello, sotto la mia aveva un significato assolutamente chiaro e inequivoco, che del resto spiegava in modo molto evidente il verso precedente[284]. Questo distico era stato visto da tutti coloro che venivano a trovarmi, e non erano certo pochi. Anche il cavaliere de Lorenzi lo aveva scritto per darlo a d’Alembert, e non dubitavo affatto che d’Alembert si fosse preso la briga di presentarmelo a quel principe. Avevo inoltre aggravato questo primo errore con un passaggio dell’“Émile”, nel quale, sotto il nome di Adraste, re dei Dauni, era abbastanza chiaro ciò che avevo inteso; questa osservazione non era certo sfuggita agli epilogatori, visto che la signora de Boufflers mi aveva più volte fatto riferimento su questo argomento. Così ero assolutamente sicuro di essere “iscritto in inchiostro rosso” nei registri del Re di Prussia. E, supponendo inoltre che egli condividesse i principi che avevo osato attribuirgli, i miei scritti e il loro autore non potevano certo non dispiacergli: si sa infatti che i malvagi e i tiranni mi hanno sempre odiato profondamente, anche senza conoscermi, e semplicemente leggendo i miei scritti.
Tuttavia, osai mettermi alla sua mercé, ritenendo di correre pochi rischi. Sapevo che le passioni vili soggiogliano soltanto gli uomini deboli e hanno poco potere sulle anime forti e coraggiose, come quella che avevo sempre riconosciuto in lui. Pensavo che, nel suo modo di governare, fosse naturale da parte sua mostrarsi magnanimo in una simile circostanza, e che non fosse al di sopra delle sue possibilità farlo davvero. Ritenevo inoltre che una vendetta vile e facile non avrebbe mai potuto prevalere, in lui, sull’amore per la gloria; mettendomi al suo posto, non credevo impossibile che approfittasse dell’occasione per dimostrare la sua generosità verso colui che aveva osato pensare male di lui. Così mi recai a Môtiers, con una fiducia che ritenevo fosse tale da fargli apprezzare il mio gesto, e mi dissi: “Quando Jean-Jacques si erge al fianco di Coriolano, Frédéric potrà forse essere considerato inferiore a quel generale dei Volsci?”
Il colonnello Roguin insistette molto per accompagnarmi nella traversata della montagna e per venire ad aiutarmi a stabilirmi a Môtiers. Una cugina di Madame Boy de la Tour, di nome Madame Girardier, alla quale la casa che avrei occupato era molto adatta, fu piuttosto contenta del mio arrivo; tuttavia mi mise volentieri a disposizione il mio alloggio e io mangiavo da lei in attesa che Thérèse arrivasse e che potessi sistemare la mia piccola casa.
Dall’istante della mia partenza da Montmorency, sapendo bene che da quel momento in poi sarei stato un fuggitivo su questa terra, esitavo a permetterle di raggiungermi e di condividere con me quella vita errante a cui mi sentivo condannato. Sapevo che, a causa di questa tragedia, le nostre relazioni avrebbero cambiato: ciò che fino ad allora era stato affetto e benevolenza da parte mia sarebbe diventato lo stesso da parte sua. Se il suo attaccamento fosse rimasto alla prova dei miei mali, ne sarebbe stata distrutta, e il suo dolore avrebbe aggiunto solo sofferenza alle mie. Se la mia sfortuna avesse raffreddato il suo cuore, lei avrebbe considerato la sua fedeltà come un sacrificio. E invece di provare la gioia di condividere con lei l’ultimo pezzo del mio pane, lei avrebbe visto in quel gesto soltanto il dovere che aveva di seguirmi ovunque il destino mi costringesse ad andare.
È necessario dire tutto: non ho mai nascosto né i vizi di mia povera madre né i miei; non devo certo essere più indulgente con Thérèse, e per quanto mi piaccia onorare una persona così cara per me, non intendo nemmeno nascondere i suoi errori. Anzi, se un cambiamento involontario nei sentimenti del cuore può davvero essere considerato un errore. Da tempo mi ero reso conto che il suo affetto verso di me si era raffreddato; sentivo chiaramente che non era più la stessa per me rispetto ai bei tempi passati, e questo lo percepevo ancora più chiaramente perché io, per lei, restavo sempre lo stesso. Ripiombai nello stesso problema che avevo già sperimentato con mia madre. E l’effetto fu identico: non cerchiamo la perfezione al di fuori della natura. Sarebbe stato lo stesso con qualsiasi donna. La decisione che avevo preso riguardo ai miei figli, per quanto razionale mi fosse sembrata, non mi lasciava mai completamente in pace. Riflettendo sul mio “Trattato sull’Educazione”, mi resi conto di aver trascurato dei doveri dai quali nulla avrebbe potuto scusarmi. Alla fine, il rimorso divenne così intenso che quasi mi spinse a confessare pubblicamente il mio errore all’inizio del “Emile”. E quel passaggio è così chiaro. Che è sorprendente che qualcuno abbia avuto il coraggio di rimproverarmi per questo. Tuttavia, la mia situazione era ancora la stessa. Anzi, peggiorata a causa dell’animosità dei miei nemici, che cercavano solo di incastrarmi. Temevo una ricaduta. E, non volendo correre quel rischio, preferii condannarmi all’astinenza piuttosto che esporre Thérèse a ritrovarsi nuovamente nella stessa situazione. Inoltre, avevo notato che la convivenza con le donne peggiorava sensibilmente il mio stato di salute. Queste due ragioni mi avevano spinto a prendere delle decisioni. Decisioni che a volte non rispettavo del tutto. Ma negli ultimi tre o quattro anni vi ero rimasto fedele con maggiore costanza. Era anche da quel momento che avevo notato un raffreddamento nei sentimenti di Thérèse: lei mi era ancora legata per dovere, ma non più per amore. Questo rendeva inevitabilmente meno piacevole la nostra convivenza. E immaginai che, essendo sicura della continuità delle mie attenzioni, ovunque si trovasse, forse avrebbe preferito restare a Parigi piuttosto che viaggiare con me. Tuttavia, aveva espresso tanto dolore alla nostra separazione. Mi aveva fatto promettere con tanta fermezza di raggiungerla. E da quando ero partito esprimeva così vivamente il desiderio di rivedermi. Sia con il principe di Conti che con il duca di Lussemburgo. Che io non avessi il coraggio di parlarle di separazione. È sorprendente. Dopo aver capito quanto fosse impossibile per me vivere senza di lei, pensai solo a riportarla da me. Le scrissi quindi di venire. Venne. Ma appena eravamo insieme, la lasciai di nuovo. Ma era la nostra prima separazione dopo tanti anni. Entrambi la sentimmo molto dolorosa. Che emozione quando ci abbracciammo di nuovo! Quanto sono dolci le lacrime di tenerezza e di gioia! Come il mio cuore ne trae beneficio. Perché mi è stato permesso di versarne così poche?
Arrivato a Môtiers, scrissi a Milord Keith, maresciallo d’Ecoscia e governatore di Neuchâtel, per informarlo della mia ritirata negli Stati di Sua Maestà e chiedergli la sua protezione. Mi rispose con la generosità che tutti gli attribuiscono e che io mi aspettavo da lui. Mi invitò a fargli visita; ci andai insieme a Monsieur Martinet, castellano del Val-de-Travers, che godeva di grande influenza presso Sua Eccellenza. L’aspetto venerabile di questo illustre e virtuoso scozzese commosse profondamente il mio cuore; da quel momento iniziò tra noi un legame sincero e duraturo, che da parte mia è sempre rimasto immutato, e che lo sarebbe stato anche da parte sua, se i traditori che mi hanno privato di tutte le consolazioni della vita non avessero approfittato della mia lontananza per abusare della sua vecchiaia e rovinarmi agli occhi suoi.
George Keith, maresciallo ereditario di Scozia e fratello del celebre generale Keith, che visse una vita gloriosa e morì nel suo letto d’onore, aveva lasciato il proprio paese in giovane età ed era stato bandito per essersi schierato a favore della casa Stuart; tuttavia presto ne perdette ogni interesse a causa dello spirito ingiusto e tirannico che vi osservò, caratteristica distintiva di quella dinastia. Visse a lungo in Spagna, dove il clima gli piaceva molto, e alla fine, insieme a suo fratello, si legò al Re di Prussia, un sovrano che sapeva apprezzare le qualità umane e li accolse come meritavano. Fu ampiamente ricompensato per questa ospitalità grazie ai grandi servizi resi dal maresciallo Keith, nonché per l’amicizia sincera di Milord Maréchal stesso. L’anima nobile di quest’uomo, profondamente repubblicana e orgogliosa, poteva piegarsi soltanto sotto il giogo dell’amicizia; ma lo faceva con tale perfezione che, nonostante le sue idee radicali, vide in Federico l’unica persona a cui potesse dedicare la propria vita. Il Re gli affidò importanti incarichi, lo inviò a Parigi e in Spagna, e quando lo vide ormai anziano e bisognoso di riposo, gli concesse il governo di Neuchâtel, permettendogli così di trascorrere il resto dei suoi giorni rendendo felice quel piccolo popolo.
Les Neuchâtelois, qui n’aiment que la pretintaille et le clinquant, qui ne se connaissent point en véritable étoffe, et mettent l’esprit dans les longues phrases, voyant un homme froid et sans façon, prirent sa simplicité pour de la hauteur, sa franchise pour de la rusticité, son laconisme pour de la bêtise, se cabrèrent contre ses soins bienfaisants, parce que, voulant être utile et non cajoleur, il ne savait point flatter les gens qu’il n’estimait pas. Dans la ridicule affaire du ministre Petitpierre, qui fut chassé par ses confrères, pour n’avoir pas voulu qu’ils fussent damnés éternellement, Milord s’étant opposé aux usurpations des ministres, vit soulever contre lui tout le pays dont il prenait le parti, et quand j’y arrivai, ce stupide murmure n’était pas éteint encore. Il passait au moins pour un homme qui se laissait prévenir, et de toutes les imputations dont il fut chargé, c’était peut-être la moins injuste. Mon premier mouvement, en voyant ce vénérable vieillard, fut de m’attendrir sur la maigreur de son corps, déjà décharné par les ans ; mais en levant les yeux sur sa physionomie animée, ouverte et noble, je me sentis saisi d’un respect mêlé de confiance, qui l’emporta sur tout autre sentiment. Au compliment très court que je lui fis en l’abordant, il répondit en parlant d’autre chose, comme si j’eusse été là depuis huit jours. Il ne nous dit pas même de nous asseoir. L’empesé châtelain resta debout. Pour moi, je vis dans l’œil perçant et fin de Milord je ne sais quoi de si caressant, que, me sentant d’abord à mon aise, j’allai sans façon partager son sofa, et m’asseoir à côté de lui. Au ton familier qu’il prit à l’instant, je sentis que cette liberté lui faisait plaisir, et qu’il se disait en lui-même : celui-ci n’est pas un Neuchâtelois.
Effet singulier de la grande convenance des caractères ! Dans un âge où le cœur a déjà perdu sa chaleur naturelle, celui de ce bon vieillard se réchauffa pour moi d’une façon qui surprit tout le monde. Il vint me voir à Môtiers, sous prétexte de tirer des cailles, et y passa deux jours sans toucher un fusil. Il s’établit entre nous une telle amitié, car c’est le mot, que nous ne pouvions nous passer l’un de l’autre. Le château de Colombier, qu’il habitait l’été, était à six lieues de Môtiers : j’allais tous les quinze jours au plus tard y passer vingt-quatre heures, puis je revenais de même en pèlerin, le cœur toujours plein de lui. L’émotion que j’éprouvais jadis dans mes courses de l’Ermitage à Eaubonne était bien différente assurément ; mais elle n’était pas plus douce que celle avec laquelle j’approchais de Colombier. Que de larmes d’attendrissement j’ai souvent versées dans ma route, en pensant aux bontés paternelles, aux vertus aimables, à la douce philosophie de ce respectable vieillard ! Je l’appelais mon père, il m’appelait son enfant. Ces doux noms rendent en partie l’idée de l’attachement qui nous unissait, mais ils ne rendent pas encore celle du besoin que nous avions l’un de l’autre, et du désir continuel de nous rapprocher. Il voulait absolument me loger au château de Colombier, et me pressa longtemps d’y prendre à demeure l’appartement que j’occupais. Je lui dis enfin que j’étais plus libre chez moi, et que j’aimais mieux passer ma vie à le venir voir. Il approuva cette franchise, et ne m’en parla plus. O bon Milord ! ô mon digne père ! que mon cœur s’émeut encore en pensant à vous ! Ah ! les barbares ! quel coup ils m’ont porté en vous détachant de moi ! Mais non, non, grand homme, vous êtes et serez toujours le même pour moi, qui suis le même toujours. Ils vous ont trompé, mais ils ne vous ont pas changé[287].
Milord Maréchal n’est pas sans défaut ; c’est un sage, mais c’est un homme. Avec l’esprit le plus pénétrant, avec le tact le plus fin qu’il soit possible d’avoir, avec la plus profonde connaissance des hommes, il se laisse abuser quelquefois, et n’en revient pas. Il a l’humeur singulière, quelque chose de bizarre et d’étranger dans son tour d’esprit. Il paraît oublier les gens qu’il voit tous les jours, et se souvient d’eux au moment qu’ils y pensent le moins : ses attentions paraissent hors de propos ; ses cadeaux sont de fantaisie, et non de convenance. Il donne ou envoie à l’instant ce qui lui passe par la tête, de grand prix ou de nulle valeur indifféremment. Un jeune Genevois, désirant entrer au service du Roi de Prusse, se présente à lui : Milord lui donne, au lieu de lettre, un petit sachet plein de pois, qu’il le charge de remettre au Roi. En recevant cette singulière recommandation, le Roi place à l’instant celui qui la porte. Ces génies élevés ont entre eux un langage que les esprits vulgaires n’entendront jamais. Ces petites bizarreries, semblables aux caprices d’une jolie femme, ne me rendaient Milord Maréchal que plus intéressant. J’étais bien sûr, et j’ai bien éprouvé dans la suite, qu’elles n’influaient pas sur les sentiments, ni sur les soins que lui prescrit l’amitié dans les occasions sérieuses. Mais il est vrai que dans sa façon d’obliger, il met encore la même singularité que dans ses manières. Je n’en citerai qu’un seul trait sur une bagatelle. Comme la journée de Môtiers à Colombier était trop forte pour moi, je la partageais d’ordinaire, en partant après dîner et couchant à Brot, à moitié chemin. L’hôte, appelé Sandoz, ayant à solliciter à Berlin une grâce qui lui importait extrêmement, me pria de demander à Son Excellence de la demander pour lui : volontiers. Je le mène avec moi, je le laisse dans l’antichambre, et je parle de son affaire à Milord, qui ne me répond rien. La matinée se passe ; en traversant la salle pour aller dîner, je vois le pauvre Sandoz qui se morfondait d’attendre. Croyant que Milord l’avait oublié, je lui en reparle avant de nous mettre à table ; mot, comme auparavant. Je trouvai cette manière de me faire sentir combien je l’importunais, un peu dure, et je me tus en plaignant tout bas le pauvre Sandoz. En m’en retournant le lendemain, je fus bien surpris du remerciement qu’il me fit du bon accueil et du bon dîner qu’il avait eus chez Son Excellence, qui de plus avait reçu son papier. Trois semaines après Milord lui envoya le rescrit qu’il avait demandé, expédié par le ministre et signé du Roi, et cela, sans m’avoir jamais voulu dire ni répondre un seul mot, ni à lui non plus, sur cette affaire, dont je crus qu’il ne voulait pas se charger.
Je voudrais ne pas cesser de parler de George Keith : c’est de lui que me viennent mes derniers souvenirs heureux ; tout le reste de ma vie n’a plus été qu’afflictions et serrements de cœur. La mémoire en est si triste, et m’en vient si confusément, qu’il ne m’est pas possible de mettre aucun ordre dans mes récits : je serai forcé désormais de les arranger au hasard et comme ils se présenteront.
The people of Neuchâtel, who only admire superficiality and ostentation, who have no real understanding of true worth, and who place too much emphasis on long-winded phrases, took a man’s coldness and lack of affectation as signs of arrogance, his frankness as rudeness, and his laconicism as stupidity. They resented his well-intentioned efforts to help them because, in his desire to be useful rather than flattering, he did not know how to flatter those whom he did not respect. In the ridiculous affair of Minister Petitpierre, who was dismissed by his colleagues for refusing to allow them to be condemned to eternal damnation—because Milord had opposed their usurpations—they saw the entire country rise up against him simply because he took their side. When I arrived, that foolish outcry had not yet subsided. He was at least regarded as a man who could be easily influenced, and of all the accusations made against him, this was perhaps the least unjust. Upon seeing this venerable old man, my first reaction was pity for his frail and aged body; but when I looked into his lively, open, and noble face, I felt a sense of respect mixed with trust that overcame all other feelings. To my brief compliment as I greeted him, he replied by talking about something else, as if I had been there for eight days already. He didn’t even offer us to sit down; the stiff and formal lord remained standing. For my part, I saw in Milord’s piercing and discerning eyes something so kind that, feeling at ease immediately, I took the liberty of joining him on his sofa and sitting beside him. The familiar tone he adopted then made me realize that such freedom pleased him, and he must have thought to himself: “This one is not a Neuchâtelois.”
What a singular effect the great kindness of this man had upon me! In an age when the heart has already lost its natural warmth, the heart of this good old man warmed mine in a way that surprised everyone. He came to see me at Môtiers, under the pretext of going hunting for pheasants, and spent two days there without even picking up a gun. A friendship was established between us—such a friendship, indeed—that we could not live without each other. The castle of Colombier, where he lived in the summer, was six miles away from Môtiers; I would go there at least once every fifteen days to spend twenty-four hours there, and then return home just as quickly, my heart always filled with thoughts of him. The emotion I felt when making those trips between the Ermitage and Eaubonne was certainly different, but it was no less tender than the feeling I experienced whenever I approached Colombier. How many tears of gratitude have I shed on that journey, thinking of the fatherly kindnesses, the lovely virtues, and the gentle philosophy of this respected old man! I called him my father; he called me his child. These dear names partly convey the depth of the bond that united us, but they still fail to express the extent of our mutual dependence and the constant desire we had to be together. He insisted on having me live in the castle of Colombier and urged me repeatedly to take up residence there permanently. I finally told him that I was more at ease in my own home and preferred to spend my life coming to visit him. He approved of this honesty and never mentioned it again. Oh, good Lord! Oh, my dear father! How my heart still stirs with emotion when I think of you! Ah! Those barbarians—what a terrible blow they dealt me by separating you from me! But no, no, great man, you will always remain the same to me, just as I will always remain the same to you. They may have deceived you, but they have not changed you in the slightest[287].
Lord Marshal was not without flaws; he was a sage, but he was still a man. Despite possessing the most penetrating intellect, the finest tact imaginable, and an profound understanding of human nature, he sometimes allowed himself to be deceived without realizing it. His temperament was peculiar; there was something bizarre and alien about his way of thinking. He seemed to forget people he saw every day yet would remember them at the very moment they least expected it; his attentions often seemed out of place, and his gifts were whimsical rather than appropriate. He would give or send whatever came to mind, regardless of its value. A young Genevan who wished to serve King Prussia approached him. Instead of a letter, Lord Marshal gave him a small bag full of peas and instructed him to present it to the King. Upon receiving this peculiar recommendation, the King immediately appointed the man. These elevated individuals had a language that ordinary people could never understand. Such whimsicalities, akin to the caprices of a beautiful woman, only added to my fascination with Lord Marshal. Of course, I later realized that they in no way affected the respect or care he commanded from friends in serious matters. Yet it was true that even in his ways of showing kindness, he retained that same uniqueness. I will mention just one such incident involving a trivial matter. Since the journey between Môtiers and Colombier was too long for me in one day, I would usually split it, leaving after dinner to spend the night at Brot halfway there. The host, named Sandoz, needed to seek a very important favor in Berlin and asked me to request it on his behalf. I agreed gladly and took him with me, leaving him in the antechamber while I discussed his matter with Lord Marshal—who said nothing to me. The morning passed, and as I was about to head to dinner, I saw poor Sandoz waiting anxiously. Thinking Lord Marshal had forgotten him, I brought it up again before sitting down to eat—but once again, he remained silent. I found this way of making me aware of how much I was bothering him rather harsh, and I silently sympathized with poor Sandoz. The next day, to my surprise, Sandoz thanked me for the kind reception and the excellent dinner he had at Lord Marshal’s residence—where his request had also been granted. Three weeks later, Lord Marshal sent him the official decree he had requested, issued by the minister and signed by the King. And all this, without ever saying a word to me—or to Sandoz—about this matter, which I had assumed he did not wish to handle at all.
I would like to keep speaking about George Keith: it is from him that I derive my last happy memories; everything else in my life has since been nothing but suffering and heartache. The memory of him is so sad, and comes to me so vaguely, that it is impossible for me to arrange my stories in any coherent order; I will therefore be forced to present them in whatever order they come to mind.
I cittadini di Neuchâtel, che amano soltanto le apparenze e lo sfarzo, che non conoscono nulla di ciò che è veramente prezioso, e che attribuiscono importanza solo alle frasi lunghe e complesse, vedendo in quell’uomo una freddezza e una semplicità apparenti, scambiarono queste qualità per arroganza, franchezza per rozzezza e laconicità per stupidità. Si ribellarono contro le sue azioni benevole, perché, volendo essere utile piuttosto che lusinghiero, non sapeva come adular coloro che non stimava. Nella ridicola vicenda del ministro Petitpierre, che fu cacciato dai suoi colleghi per essersi rifiutato di farli condannare all’eterna dannazione, Milord, opponendosi alle usurpazioni dei ministri, suscitò l’ostilità di tutta la popolazione a cui si era schierato; quando arrivai io, quel stupido clamore non era ancora cessato. Si diceva comunque che fosse un uomo facile da influenzare, e tra tutte le accuse rivolte contro di lui, forse questa era la meno ingiusta. Il mio primo impulso, vedendo quell’onorevole anziano, fu di provare compassione per la magrezza del suo corpo, ormai consumato dagli anni; ma alzando lo sguardo sul suo volto animato, aperto e nobile, provai un rispetto misto a fiducia che prevalse su ogni altro sentimento. Alla breve frase di complimento che gli rivolsi all’inizio, rispose parlando di altro, come se fossi stato lì da otto giorni. Non ci invitò nemmeno a sederci; il rigido signore del castello rimase in piedi. Io, invece, nel penetrante sguardo di Milord percepii qualcosa di così affettuoso che, sentendomi subito a mio agio, mi avvicinai senza esitazione e mi sedetti accanto a lui. Dal tono familiare con cui si comportò immediatamente capii che quella libertà gli piaceva. E pensai tra me: “Quest’uomo non è certo uno di Neuchâtel”.
Effetto singolare della grande affinità tra queste persone! In un’epoca in cui il cuore ha già perso la sua naturale calidezza, quello di questo buon vecchio si riscaldò per me in modo che sorprese tutti. Venne a trovarmi a Môtiers, con l’scusa di andare a cacciare le anatre, e vi trascorse due giorni senza nemmeno toccare un fucile. Tra noi nacque un’amicizia tale che non potevamo più fare a meno l’uno dell’altro. Il castello di Colombier, dove abitava in estate, distava sei leghe da Môtiers: andavo lì ogni quindici giorni per trascorrervi almeno ventiquattro ore, poi tornavo indietro come un pellegrino, il cuore sempre pieno di lui. L’emozione che provavo una volta durante i miei viaggi dall’Ermitage a Eaubonne era certamente diversa; ma non meno intensa di quella che provavo avvicinandomi a Colombier. Quante lacrime di commozione ho versato spesso lungo la strada, pensando alle sue gentilezze, alle sue virtù amabili, alla sua dolce filosofia! Lo chiamavo mio padre, e lui mi chiamava suo figlio. Questi dolci nomi riescono in parte a descrivere l’affetto che ci univa; ma non bastano ancora a esprimere il bisogno reciproco che avevamo l’uno dell’altro, né il desiderio costante di stare insieme. Voleva assolutamente che io abitassi nel castello di Colombier e mi sollecitò a lungo ad occupare l’appartamento che vi avevo. Alla fine gli dissi che ero più libero a casa mia e preferivo trascorrere la mia vita venendo a trovarlo. Approvò questa franchezza e non ne parlò più. Oh, buon signore! Oh, mio nobile padre! Il mio cuore si commuove ancora al pensiero di voi. Ah, quei barbari! Quanto dolore mi hanno causato allontanandovi da me. Ma no, no: grande uomo, voi siete e sarete sempre lo stesso per me, così come io sono sempre lo stesso per voi. Vi hanno ingannato, ma non vi hanno cambiato[287].
Milord Maréchal non è privo di difetti; è un saggio, ma è pur sempre un uomo. Nonostante possieda uno spirito profondo e un tatto estremamente raffinato, nonché una conoscenza approfondita degli esseri umani, a volte si lascia ingannare senza rendersene conto. Ha un carattere particolare: nel suo modo di pensare c’è qualcosa di bizzarro ed estraneo. Sembra dimenticare le persone che vede ogni giorno, e invece se ne ricorda proprio quando loro meno se lo aspettano; i suoi gesti sembrano spesso fuori luogo, i suoi regali sono fantasiosi e non sempre appropriati. Dà o manda ciò che gli viene in mente, senza curarsi del valore delle cose. Un giovane di Ginevra, desideroso di entrare al servizio del Re di Prussia, si presentò a lui: Milord, invece di una lettera di raccomandazione, gli diede un piccolo sacchetto pieno di piselli, incaricandolo di consegnarlo personalmente al Re. Ricevendo questa strana raccomandazione, il Re accolse immediatamente il giovane. Questi “geni elevati” hanno tra loro un linguaggio che gli spiriti comuni non possono comprendere. Queste piccole bizzarrie, simili ai capricci di una donna affascinante, rendevano Milord Maréchal ancora più interessante ai miei occhi. Ero certo, e in seguito ne ebbi la conferma, che queste peculiarità non influenzavano affatto i suoi sentimenti né le attenzioni che l’amicizia gli imponeva nelle occasioni serie. Tuttavia, è vero che anche nel modo in cui dimostrava la sua gratitudine manteneva lo stesso carattere eccentrico delle sue abitudini. Ne citerò solo un esempio: poiché il viaggio da Môtiers a Colombier era troppo faticoso per me, di solito lo dividevo in due parti, partendo dopo cena e dormendo a Brot lungo la strada. L’ospite, di nome Sandoz, che aveva bisogno di chiedere un favore molto importante a Berlino, mi pregò di intercedere presso Milord per lui. Volentieri lo accompagnai con me, lo lasciai nell’anticamera e parlai della sua questione con Milord, ma non ricevetti alcuna risposta. La mattina passò; mentre attraversavo la sala per andare a pranzo, vidi il povero Sandoz che aspettava ansiosamente. Pensando che Milord lo avesse dimenticato, ne parlai di nuovo prima di sederci a tavola. Ma ancora una volta non ricevetti alcuna risposta. Trovai questo modo di farmi sentire quanto fossi un fastidio per lui piuttosto duro, e me ne astenni dal commentare, mentre mi lamentavo in silenzio per il povero Sandoz. Il giorno dopo, fui molto sorpreso dai ringraziamenti che ricevetti da lui per l’ottimo trattamento e il buon pranzo che aveva avuto presso Milord, il quale inoltre aveva accolto la sua richiesta. Tre settimane dopo, Milord inviò a Sandoz l’atto di concessione che aveva chiesto, spedito dal ministro e firmato dal Re. E tutto questo senza mai aver voluto parlarmene o rispondermi, né a me né a lui, su quella questione, della quale pensavo che non volesse occuparsi.
Vorrei non smettere mai di parlare di George Keith: sono i suoi ricordi a darmi le ultime gioie; il resto della mia vita è stato solo sofferenza e angoscia. I ricordi sono così tristi e confusi che non riesco a mettere ordine nelle mie storie; dovrò quindi raccontarle in modo casuale, così come mi vengono in mente.
Je ne tardai pas d’être tiré d’inquiétude sur mon asile par la réponse du Roi à Milord Maréchal, en qui, comme on peut croire, j’avais trouvé un bon avocat. Non seulement Sa Majesté approuva ce qu’il avait fait, mais elle le chargea, car il faut tout dire, de me donner douze louis. Le bon Milord, embarrassé d’une pareille commission, et ne sachant comment s’en acquitter honnêtement, tâcha d’en exténuer l’insulte, en transformant cet argent en nature de provisions, et me marquant qu’il avait ordre de me fournir du bois et du charbon pour commencer mon petit ménage ; il ajouta même, et peut-être de son chef, que le Roi me ferait volontiers bâtir une petite maison à ma fantaisie, si j’en voulais choisir l’emplacement. Cette dernière offre me toucha fort, et me fit oublier la mesquinerie de l’autre. Sans accepter aucune des deux, je regardai Frédéric comme mon bienfaiteur et mon protecteur, et je m’attachai si sincèrement à lui, que je pris dès lors autant d’intérêt à sa gloire que j’avais trouvé jusqu’alors d’injustice à ses succès. À la paix qu’il fit peu de temps après, je témoignai ma joie par une illumination de très bon goût : c’était un cordon de guirlandes, dont j’ornai la maison que j’habitais, et où j’eus, il est vrai, la fierté vindicative de dépenser presque autant d’argent qu’il m’en avait voulu donner. La paix conclue, je crus que, sa gloire militaire et politique étant au comble, il allait s’en donner une d’une autre espèce, en revivifiant ses États, en y faisant régner le commerce, l’agriculture, en y créant un nouveau sol, en le couvrant d’un nouveau peuple, en maintenant la paix chez tous ses voisins, en se faisant l’arbitre de l’Europe, après en avoir été la terreur. Il pouvait sans risque poser l’épée, bien sûr qu’on ne l’obligerait pas à la reprendre. Voyant qu’il ne désarmait pas je craignis qu’il ne profitât mal de ses avantages, et qu’il ne fût grand qu’à demi. J’osai lui écrire à ce sujet[288], et, prenant le ton familier, fait pour plaire aux hommes de sa trempe, porter jusqu’à lui cette sainte voix de la vérité, que si peu de rois sont faits pour entendre. Ce ne fut qu’en secret et de moi à lui que je pris cette liberté. Je n’en fis pas même participant Milord Maréchal, et je lui envoyai ma lettre au roi toute cachetée. Milord envoya la lettre sans s’informer de son contenu. Le Roi n’y fit aucune réponse, et quelque temps après, Milord Maréchal étant allé à Berlin, il lui dit seulement que je l’avais bien grondé. Je compris par là que ma lettre avait été mal reçue, et que la franchise de mon zèle avait passé pour la rusticité d’un pédant. Dans le fond, cela pouvait très bien être ; peut-être ne dis-je pas ce qu’il fallait dire, et ne pris-je pas le ton qu’il fallait prendre. Je ne puis répondre que du sentiment qui m’avait mis la plume à la main.
Peu de temps après mon établissement à Môtiers-Travers, ayant toutes les assurances possibles qu’on m’y laisserait tranquille, je pris l’habit arménien. Ce n’était pas une idée nouvelle. Elle m’était venue diverses fois dans le cours de ma vie, et elle me revint souvent à Montmorency, où le fréquent usage des sondes, me condamnant à rester souvent dans ma chambre, me fit mieux sentir tous les avantages de l’habit long. La commodité d’un tailleur arménien, qui venait souvent voir un parent qu’il avait à Montmorency, me tenta d’en profiter pour prendre ce nouvel équipage, au risque du qu’en dira-t-on, dont je me souciais très peu. Cependant, avant d’adopter cette nouvelle parure, je voulus avoir l’avis de Mme de Luxembourg, qui me conseilla fort de la prendre. Je me fis donc une petite garde-robe arménienne ; mais l’orage excité contre moi m’en fit remettre l’usage à des temps plus tranquilles, et ce ne fut que quelques mois après que, forcé par de nouvelles attaques de recourir aux sondes, je crus pouvoir, sans aucun risque, prendre ce nouvel habillement à Môtiers, surtout après avoir consulté le pasteur du lieu, qui me dit que je pouvais le porter au temple même sans scandale. Je pris donc la veste, le cafetan, le bonnet fourré, la ceinture, et après avoir assisté dans cet équipage au service divin, je ne vis point d’inconvénient à le porter chez Milord Maréchal. Son Excellence, me voyant ainsi vêtu, me dit pour tout compliment Salamaleki, après quoi tout fut fini, et je ne portai plus d’autre habit.
Ayant quitté tout à fait la littérature, je ne songeai plus qu’à mener une vie tranquille et douce, autant qu’il dépendrait de moi. Seul je n’ai jamais connu l’ennui, même dans le plus parfait désœuvrement : mon imagination, remplissant tous les vides, suffit seule pour m’occuper. Il n’y a que le bavardage inactif de chambre, assis les uns vis-à-vis des autres à ne mouvoir que la langue, que jamais je n’ai pu supporter. Quand on marche, qu’on se promène, encore passe ; les pieds et les yeux font au moins quelque chose ; mais rester là, les bras croisés, à parler du temps qu’il fait et des mouches qui volent, ou, qui pis est, à s’entre-faire des compliments, cela m’est un supplice insupportable. Je m’avisai, pour ne pas vivre en sauvage, d’apprendre à faire des lacets. Je portais mon coussin dans mes visites, ou j’allais comme les femmes travailler à ma porte et causer avec les passants. Cela me faisait supporter l’inanité du babillage, et passer mon temps sans ennui chez mes voisines, dont plusieurs étaient assez aimables, et ne manquaient pas d’esprit. Une, entre autres, appelée Isabelle d’Ivernois, fille du Procureur général de Neuchâtel, me parut assez estimable pour me lier avec elle d’une amitié particulière dont elle ne s’est pas mal trouvée par les conseils utiles que je lui ai donnés, et par les soins que je lui ai rendus dans des occasions essentielles ; de sorte que maintenant, digne et vertueuse mère de famille, elle me doit peut-être sa raison, son mari, sa vie, et son bonheur. De mon côté, je lui dois des consolations très douces, et surtout durant un bien triste hiver, où, dans le fort de mes maux et de mes peines, elle venait passer avec Thérèse et moi de longues soirées qu’elle savait nous rendre bien courtes par l’agrément de son esprit, et par les mutuels épanchements de nos cœurs. Elle m’appelait son papa, je l’appelais ma fille, et ces noms que nous nous donnons encore ne cesseront point, je l’espère, de lui être aussi chers qu’à moi. Pour rendre mes lacets bons à quelque chose, j’en faisais présent à mes jeunes amies à leur mariage, à condition qu’elles nourriraient leurs enfants. Sa sœur aînée en eut un à ce titre, et l’a mérité ; Isabelle en eut un de même, et ne l’a pas moins mérité par l’intention ; mais elle n’a pas eu le bonheur de pouvoir faire sa volonté. En leur envoyant ces lacets, j’écrivis à l’une et à l’autre des lettres dont la première a couru le monde ; mais tant d’éclat n’allait pas à la seconde : l’amitié ne marche pas avec si grand bruit.
Parmi les liaisons que je fis à mon voisinage, et dans le détail desquelles je. n’entrerai pas, je dois noter celle du colonel Pury, qui avait une maison sur la montagne, où il venait passer les étés. Je n’étais pas empressé de sa connaissance, parce que je savais qu’il était très mal à la cour et auprès de Milord Maréchal, qu’il ne voyait point. Cependant, comme il me vint voir et me fit beaucoup d’honnêtetés, il fallut l’aller voir à mon tour ; cela continua, et nous mangions quelquefois l’un chez l’autre. Je fis chez lui connaissance avec M. du Peyrou, et ensuite une amitié trop intime pour que je puisse me dispenser de parler de lui.
I was soon relieved of my concerns regarding my shelter, thanks to the King’s response to Lord Marshal—whom I had, one might say, entrusted with the task of representing my interests. Not only did His Majesty approve of what he had done, but he also instructed him, quite frankly, to give me twelve louis. The kind-hearted Lord, embarrassed by such a commission and unsure how to fulfill it honorably, tried to mitigate its perceived insult by presenting the money in the form of provisions, explaining that he had been ordered to provide me with wood and coal to start my modest household. He even added, perhaps on his own initiative, that the King would be happy to build me a small house according to my preferences, if I chose a site. This final offer touched me deeply and made me forget about the earlier ingratitude. Without accepting either proposal, I regarded Frederick as my benefactor and protector, and I became so devoted to him that I began to take just as much pleasure in his glory as I had previously resented his successes. When peace was finally concluded not long after, I expressed my joy by decorating my home with a very tasteful arrangement of garlands—though, it must be said, I spent almost as much money on this as he had intended to give me. After the peace treaty was signed, I assumed that, now that his military and political achievements had reached their pinnacle, he would seek glory in other areas by revitalizing his realms, promoting commerce and agriculture, settling new populations there, maintaining peace with all his neighbors, and becoming the arbiter of Europe—after having previously been its terror. I believed he could safely put down his sword, since no one would force him to take it up again. Seeing that he did not disarm, I feared he might misuse his advantages and remain only half-so-great. I dared write to him about this matter[288], adopting a familiar tone suited to someone of his character, in order to convey this sacred voice of truth—though few kings are willing to listen to it. I did so in secret, directly addressing him without involving Lord Marshal, and sent my letter to the king completely sealed. Lord Marshal forwarded it without inquiring about its contents. The King gave no response, and some time later, when Lord Marshal went to Berlin, he was merely told that I had reprimanded him severely. From this, I understood that my letter had not been well received, and that the frankness of my concern had been mistaken for the pedantry of a pedant. Perhaps I had indeed failed to say what needed to be said or adopt the right tone. All I can say is that my actions were driven by the feelings that inspired me to write.
Not long after settling in Môtiers-Travers and having every assurance that I would be left alone there, I decided to adopt the Armenian costume. This was not a new idea; it had occurred to me several times in my life, and it often came back to mind when I was in Montmorency. There, since I was frequently confined to my room due to the use of sondes, I began to appreciate all the advantages of the long Armenian garment. The convenience of having an Armenian tailor who often visited a relative in Montmorency tempted me to take advantage of this opportunity and adopt this new attire, regardless of what others might say—something I cared very little about. However, before adopting it, I wanted to seek the advice of Madame de Luxembourg, who strongly advised me to do so. So I prepared a small collection of Armenian garments for myself; but the outcry against me caused me to put off wearing them until times were more peaceful. It was only a few months later, when I was forced to rely on sondes again due to new attacks, that I felt it would be safe to wear this new attire in Môtiers—especially after consulting the local pastor, who told me that I could wear it at the temple without causing any scandal. So I put on the jacket, the cafetan, the fur-lined hat, and the belt. After attending divine service in this attire, I saw no reason why I couldn’t wear it when visiting Lord Maréchal. Upon seeing me dressed in this way, His Excellency simply said “Salamaleki” as a compliment, and that was the end of it; from then on, I never wore any other clothing.
Having completely abandoned literature, I devoted myself solely to living a quiet and peaceful life, as much as it was in my power to do so. Alone, I never experienced boredom, even in the most complete idleness; my imagination, filling every void, was more than enough to keep me occupied. Only the idle chatter of sitting in a room, moving one’s tongue without doing anything else, was something I could never endure. Walking or strolling around was still tolerable; at least the feet and eyes were engaged in some activity. But staying there, with arms crossed, talking about the weather or the flies flying around, or even worse, complimenting each other, was an unbearable torment for me. To avoid living like a savage, I decided to learn how to tie my own shoelaces. When I went visiting, I would bring my cushion with me, or, like women do, I would sit outside my door and chat with passersby. This helped me endure the emptiness of such idle talk and allowed me to spend time without boredom among my neighbors, several of whom were quite pleasant and intelligent. One in particular, named Isabelle d’Ivernois, daughter of the Attorney General of Neuchâtel, seemed worthy of a special friendship with me. She benefited greatly from the useful advice I gave her and the support I provided in critical moments; indeed, she is now a dignified and virtuous mother, and perhaps her reason, her husband, her life, and her happiness are all thanks to me. On my part, I owe her much comfort, especially during a very sad winter when, at the height of my suffering, she would spend long evenings with Thérèse and me, making those times much more pleasant with her witty conversation and our heartfelt exchanges. She called me “papa,” and I called her “my daughter”; I hope these names will always be as dear to her as they are to me. To make sure my shoelaces were of some use, I gave them to my young friends on their weddings, on the condition that they would feed their children with them. Her older sister received one in this manner and truly deserved it; Isabelle also received one, and she deserved it just as much in intention—but unfortunately, she never had the chance to put it to use. When sending these shoelaces to them, I wrote letters to both of them; the first one became widely known, but such fame did not suit the second: friendship does not necessarily require such fanfare.
Among the connections I made in my neighborhood, and into which I will not go into detail, I must mention that of Colonel Pury, who owned a house in the mountains where he would spend his summers. I was not particularly eager to get to know him, because I knew he held a very poor position at court and that he did not have any influence with Lord Marshal. However, since he came to visit me and treated me with great kindness, I felt obliged to return the favor and visit him in turn; this continued, and we would sometimes dine at each other’s homes. There, I got to know Mr. du Peyrou, and eventually our friendship became so close that I could not avoid mentioning him in my accounts.
Non passò molto che fui sollevato dalle mie preoccupazioni riguardo al mio rifugio, grazie alla risposta del Re a Milord Maréchal, in lui avevo infatti riposto grandi speranze come buon difensore delle mie ragioni. Non solo Sua Maestà approvò ciò che aveva fatto, ma lo incaricò anche – e bisogna dirlo – di darmi dodici luigi. Il gentile Milord, imbarazzato da tale incarico e non sapendo come adempirvi onestamente, cercò di attenuarne l’offensività, trasformando quei soldi in provviste, e mi fece notare che aveva ricevuto l’ordine di fornirmi legna e carbone per avviare la mia piccola casa; aggiunse anche, forse di sua iniziativa, che il Re sarebbe stato felice di costruirmi una piccola casa secondo i miei desideri, se avessi voluto sceglierne il sito. Quest’ultima offerta mi commosse molto e mi fece dimenticare la meschinità dell’altra. Senza accettare nessuna delle due proposte, considerai Frédéric come mio benefattore e protettore, e mi legai a lui con tale sincerità che iniziai ad interessarmi alla sua gloria tanto quanto prima avevo trovato ingiustizie nei suoi successi. Alla pace che fu firmata poco dopo, espressi la mia gioia con un’illuminazione di molto buon gusto: si trattava di un nastro di ghirlande che adornai la casa in cui abitavo, e devo ammettere che provai una sorta di vendetta nel spendere quasi altrettanti soldi quelli che lui aveva voluto darmi. Dopo la firma della pace, pensai che, poiché la sua gloria militare e politica era al culmine, avrebbe cercato di conquistare un altro tipo di fama, rivitalizzando i suoi stati, promuovendo il commercio e l’agricoltura, creando nuove risorse, popolando quei territori, mantenendo la pace con tutti i vicini e diventando l’arbitro dell’Europa, dopo essere stato per lungo la sua minaccia. Poteva senza rischi riporre la spada, anche se probabilmente nessuno lo avrebbe costretto a rialzarla. Vedendo che non si disarmava, temetti che potesse approfittare male dei suoi vantaggi e che la sua grandezza fosse solo parziale. Osai scrivergli al riguardo[288], utilizzando un tono familiare, adatto a piacere a uomini del suo stampo, per portargli questa sacra voce della verità, che così pochi re sono disposti ad ascoltare. Lo feci in segreto, senza coinvolgere Milord Maréchal, e inviai la mia lettera al Re sigillata completamente. Milord la spedì senza conoscerne il contenuto; il Re non rispose affatto. E poco dopo, quando Milord Maréchal andò a Berlino, gli disse soltanto che lo avevo rimproverato aspramente. Capii così che la mia lettera era stata male accolta, e che la franchezza del mio zelo era stata scambiata per la rozzezza di un pedante. In fondo, poteva anche essere vero. Forse non dicevo ciò che dovevo dire, o non utilizzavo il tono giusto. Posso rispondere solo dei sentimenti che mi hanno spinto a scrivere.
Poco dopo il mio arrivo a Môtiers-Travers, avendo tutte le garanzie possibili che mi si sarebbe lasciato in pace, indossai l’abito armeno. Non era un’idea nuova: mi era venuta più volte nella vita, e mi tornò spesso in mente a Montmorency, dove l’uso frequente delle sonde, che mi costringeva ad trascorrere molto tempo in camera mia, mi fece apprezzare ancora di più i vantaggi dell’abito lungo. La comodità di un sarto armeno, che spesso veniva a trovare un parente a Montmorency, mi spinse a approfittarne per indossare questo nuovo abbigliamento, noncurante delle eventuali critiche, di cui non mi preoccupavo affatto. Tuttavia, prima di adottarlo, volli chiedere il parere di Madame de Luxembourg, che mi consigliò vivamente di farlo. Così mi preparai una piccola collezione di abiti armeni; ma l’ostilità suscitata contro di me mi fece rimandare il loro uso a tempi più tranquilli. Solo alcuni mesi dopo, costretto nuovamente ad utilizzare le sonde, ritenni di poter indossare questo nuovo abbigliamento senza alcun rischio, soprattutto dopo aver consultato il pastore del luogo, che mi assicurò che potevo portarlo anche in chiesa senza causare scandali. Così presi la giacca, il cafetan, il cappello foderato e la cintura; dopo aver partecipato ai riti religiosi con questo abbigliamento, non vidi alcun inconveniente nel indossarlo anche a casa di Milord Maréchal. Quando Sua Eccellenza mi vide così vestito, il suo unico commento fu “Salamaleki”; dopodiché tutto finì, e non indossai più altro abbigliamento.
Avendo completamente abbandonato la letteratura, non pensavo più ad altro che a condurre una vita tranquilla e serena, per quanto fosse in mio potere. Da solo, non ho mai conosciuto la noia, nemmeno nel più totale ozio: la mia immaginazione, che riempiva ogni vuoto, era sufficiente a tenermi occupato. Solo il chiacchiericcio inutile, seduti uno di fronte all’altro senza fare altro che muovere la lingua, è qualcosa che non ho mai potuto sopportare. Camminare, passeggiare, almeno i piedi e gli occhi fanno qualcosa; ma restare lì, con le braccia incrociate, a parlare del tempo o delle mosche che volano, o peggio ancora, a scambiarci complimenti, questo è per me un supplizio insopportabile. Per non vivere come una selvaggia, decisi di imparare a fare i lacci. Portavo con me il mio cuscino quando andavo a far visita alle persone, oppure, come fanno le donne, lavoravo davanti alla mia porta chiacchierando con i passanti. Questo mi aiutava a sopportare la banalità di quei discorsi inutili e a trascorrere il tempo senza noia dalle mie vicine, molte delle quali erano piuttosto gentili e non mancavano di spirito. Una in particolare, chiamata Isabelle d’Ivernois, figlia del Procuratore Generale di Neuchâtel, mi sembrava abbastanza stimabile da legarmi con lei in un’amicizia particolare; essa ne ha tratto grande beneficio grazie ai consigli utili che le ho dato e alle attenzioni che le ho prestato in occasioni importanti. Oggi, essendo diventata una madre rispettabile e virtuosa, probabilmente mi deve la sua ragione, il suo marito, la sua vita, e la sua felicità. Da parte mia, le ho dato grandi consolazioni, soprattutto durante un inverno molto triste; in quel periodo, nel pieno dei miei mali e delle mie sofferenze, lei veniva a passare con Thérèse e me lunghe serate che sapeva rendere molto piacevoli grazie al fascino del suo spirito e ai nostri reciproci sentimenti. Lei mi chiamava “papà”, io la chiamavo “mia figlia”; questi nomi, che ancora oggi ci usiamo, spero non smetteranno mai di essere cari sia per lei che per me. Per rendere i miei lacci utili a qualcosa, li regalavo alle mie giovani amiche al momento del loro matrimonio, con la condizione che allevassero i loro figli. Sua sorella maggiore ne ricevette uno in questo modo, e se lo meritò davvero; Isabelle ne ricevette uno allo stesso modo, e non meno meritatamente, ma non ebbe la fortuna di poter realizzare il suo desiderio. Inviando loro questi lacci, scrissi loro delle lettere. La prima di queste divenne molto nota in giro; ma tanta notorietà non era adatta alla seconda. L’amicizia, infatti, non procede sempre con tanto clamore.
Tra le conoscenze che ebbi nel mio quartiere, di cui non entrerò nei dettagli, devo menzionare quella con il colonnello Pury, che possedeva una casa in montagna dove trascorreva l’estate. Non ero particolarmente desideroso di conoscerlo, poiché sapevo che aveva molto poco successo alla corte e presso Lord Marshall, e che non lo vedeva affatto. Tuttavia, poiché venne a trovarmi e mi dimostrò grande gentilezza, fui costretto a ricambiare la visita; questa frequentazione continuò, e talvolta pranzavamo l’uno da casa dell’altro. Lì conobbi il signor du Peyrou, e in seguito sviluppammo un’amicizia così stretta che non potevo più evitare di parlare di lui.
M. du Peyrou était américain, fils d’un commandant de Surinam, dont le successeur, M. Le Chambrier, de Neuchâtel, épousa la veuve. Devenue veuve une seconde fois, elle vint avec son fils s’établir dans le pays de son second mari. Du Peyrou, fils unique, fort riche, et tendrement aimé de sa mère, avait été élevé avec assez de soin, et son éducation lui avait profité. Il avait acquis beaucoup de demi-connaissances, quelque goût pour les arts, et il se piquait d’avoir surtout cultivé sa raison : son air hollandais, froid et philosophe, son teint basané, son humeur silencieuse et cachée, favorisaient beaucoup cette opinion. Il était sourd et goutteux, quoique jeune encore. Cela rendait tous ses mouvements fort posés, fort graves, et, quoiqu’il aimât à disputer, quelquefois même un peu longuement, généralement il parlait peu, parce qu’il n’entendait pas. Tout cet extérieur m’en imposa. Je me dis : Voici un penseur, un homme sage, tel qu’on serait heureux d’avoir un ami. Pour achever de me prendre, il m’adressait souvent la parole sans jamais me faire aucun compliment. Il me parlait peu de moi, peu de mes livres, très peu de lui ; il n’était pas dépourvu d’idées, et tout ce qu’il disait était assez juste. Cette justesse et cette égalité m’attirèrent. Il n’avait dans l’esprit, ni l’élévation, ni la finesse de Milord Maréchal, mais il en avait la simplicité : c’était toujours le représenter en quelque chose. Je ne m’engouai pas, mais je m’attachai par l’estime, et peu à peu cette estime amena l’amitié. J’oubliai totalement avec lui l’objection que j’avais faite au baron d’Holbach, qu’il était trop riche, et je crois que j’eus tort[289]. J’ai appris à douter qu’un homme jouissant d’une grande fortune, quel qu’il puisse être, puisse aimer sincèrement mes principes et leur auteur.
Pendant assez longtemps je vis peu Du Peyrou, parce que je n’allais point à Neuchâtel, et qu’il ne venait qu’une fois l’année à la montagne du colonel Pury. Pourquoi n’allais-je point à Neuchâtel ? C’est un enfantillage qu’il ne faut pas taire.
Quoique protégé par le Roi de Prusse et par Milord Maréchal, si j’évitai d’abord la persécution dans mon asile, je n’évitai pas du moins les murmures du public, des magistrats municipaux, des ministres. Après le branle donné par la France, il n’était pas du bon air de ne pas me faire au moins quelque insulte : on aurait eu peur de paraître improuver mes persécuteurs en ne les imitant pas. La Classe de Neuchâtel, c’est-à-dire la compagnie des ministres de cette ville, donna le branle, en tentant d’émouvoir contre moi le Conseil d’État. Cette tentative n’ayant pas réussi, les ministres s’adressèrent au magistrat municipal, qui fit aussitôt défendre mon livre, et me traitant en toute occasion peu honnêtement, faisait comprendre et disait même que, si j’avais voulu m’établir dans la ville, on ne m’y aurait pas souffert. Ils remplirent leur Mercure d’inepties et du plus plat cafardage, qui, tout en faisant rire les gens sensés, ne laissaient pas d’échauffer le peuple et de l’animer contre moi. Tout cela n’empêchait pas qu’à les entendre je ne dusse être très reconnaissant de l’extrême grâce qu’ils me faisaient de me laisser vivre à Môtiers, où ils n’avaient aucune autorité ; ils m’auraient volontiers mesuré l’air à la pinte, à condition que je l’eusse payé bien cher. Ils voulaient que je leur fusse obligé de la protection que le Roi m’accordait malgré eux, et qu’ils travaillaient sans relâche à m’ôter. Enfin, n’y pouvant réussir, après m’avoir fait tout le tort qu’ils purent et m’avoir décrié de tout leur pouvoir, ils se firent un mérite de leur impuissance, en me faisant valoir la bonté qu’ils avaient de me souffrir dans leur pays. J’aurais dû leur rire au nez pour toute réponse : je fus assez bête pour me piquer, et j’eus l’ineptie de ne vouloir point aller à Neuchâtel, résolution que je tins près de deux ans, comme si ce n’était pas trop honorer de pareilles espèces que de faire attention à leurs procédés, qui, bons ou mauvais, ne peuvent leur être imputés, puisqu’ils n’agissent jamais que par impulsion. D’ailleurs des esprits sans culture et sans lumières, qui ne connaissent d’autre objet de leur estime que le crédit, la puissance et l’argent, sont bien éloignés même de soupçonner qu’on doive quelque égard aux talents, et qu’il y ait du déshonneur à les outrager. Un certain maire de village, qui pour ses malversations avait été cassé, disait au lieutenant du Val-de-Travers, mari de mon Isabelle : On dit que ce Rousseau a tant d’esprit, amenez-le-moi, que je voie si cela est vrai. Assurément les mécontentements d’un homme qui prend un pareil ton doivent peu fâcher ceux qui les éprouvent.
Sur la façon dont on me traitait à Paris, à Genève, à Berne, à Neuchâtel même, je ne m’attendais pas à plus de ménagement de la part du pasteur du lieu. Je lui avais cependant été recommandé par Mme Boy de la Tour, et il m’avait fait beaucoup d’accueil ; mais dans ce pays, où l’on flatte également tout le monde, les caresses ne signifient rien. Cependant, après ma réunion solennelle à l’Église réformée, vivant en pays : réformé, je ne pouvais, sans manquer à mes engagements et à mon devoir de citoyen, négliger la profession publique du culte où j’étais rentré : j’assistais donc au service divin. D’un autre côté, je craignais, en me présentant à la table sacrée, de m’exposer à l’affront d’un refus, et il n’était nullement probable qu’après le vacarme fait à Genève par le Conseil, et à Neuchâtel par la Classe, il voulût m’administrer tranquillement la Cène dans son église. Voyant donc approcher le temps de la communion, je pris le parti d’écrire à M. de Montmollin, c’était le nom du ministre, pour faire acte de bonne volonté, et lui déclarer que j’étais toujours uni de cœur à l’Église protestante ; je lui dis en même temps, pour éviter des chicanes sur les articles de foi, que je ne voulais aucune explication particulière sur le dogme. M’étant ainsi mis en règle de ce côté, je restai tranquille, ne doutant pas que M. de Montmollin ne refusât de m’admettre sans la discussion préliminaire, dont je ne voulais point, et qu’ainsi tout ne fût fini sans qu’il y eût de ma faute. Point du tout. Au moment où je m’y attendais le moins, M. de Montmollin vint me déclarer non seulement qu’il m’admettait à la communion sous la clause que j’y avais mise, mais de plus que lui et ses anciens se faisaient un grand honneur de m’avoir dans son troupeau. Je n’eus de mes jours pareille surprise, ni plus consolante. Toujours vivre isolé sur la terre me paraissait un destin bien triste, surtout dans l’adversité. Au milieu de tant de proscriptions et de persécutions, je trouvais une douceur extrême à pouvoir[290] me dire : au moins je suis parmi mes frères, et j’allai communier avec une émotion de cœur et des larmes d’attendrissement, qui étaient peut-être la préparation la plus agréable à Dieu qu’on y pût porter.
Quelque temps après, Milord m’envoya une lettre de Mme de Boufflers, venue, du moins je le présumai, par la voie de d’Alembert, qui connaissait Milord Maréchal. Dans cette lettre, la première que cette dame m’eût écrite depuis mon départ de Montmorency, elle me tançait vivement de celle que j’avais écrite à M. de Montmollin, et surtout d’avoir communié. Je compris d’autant moins à qui elle en avait avec sa mercuriale, que depuis mon voyage de Genève je m’étais toujours déclaré hautement protestant, et que j’avais été très publiquement à l’Hôtel de Hollande, sans que personne au monde l’eût trouvé mauvais. Il me paraissait plaisant que Mme la comtesse de Boufflers voulût se mêler de diriger ma conscience en fait de religion. Toutefois, comme je ne doutais pas que son intention, quoique je n’y comprisse rien, ne fût la meilleure du monde, je ne m’offensai point de cette singulière sortie, et je lui répondis sans colère, en lui disant mes raisons.
Mr. du Peyrou was American, the son of a commander from Surinam; his successor, Mr. Le Chambrier from Neuchâtel, married the widow. Having become widowed a second time, she came with her son to settle in the country of her second husband. Du Peyrou, being the only child and extremely wealthy, was dearly loved by his mother. He had been raised with great care, and his education had benefited him greatly. He possessed a wide range of superficial knowledge, some appreciation for the arts, and he took particular pride in having cultivated his reason. His Dutch-like demeanor—cold, philosophical, with a brownish complexion, and a quiet, reserved personality—only reinforced this impression. Although still young, he was deaf and had a tendency to stutter, which made all his movements appear very deliberate and serious. Though he liked to debate, sometimes at some length, he usually spoke little because he couldn’t hear well. All these aspects of his character impressed me greatly. I thought to myself: “Here is a thinker, a wise man—such a friend would be delightful to have.” To make matters even more appealing, he often addressed me without ever offering any compliments. He talked little about himself, little about my books, and very little about himself; yet he was not lacking in ideas, and everything he said was fairly reasonable. This fairness and humility attracted me. He may not have possessed the nobility or refinement of Lord Maréchal, but he had his own simplicity—in some ways, he represented that very quality. I didn’t become overly enamored of him at first, but my respect for him gradually grew into friendship. With him, I completely forgot the objection I had raised against Baron d’Holbach—that he was too wealthy—and I believe I was wrong[289]. I came to doubt whether a man who enjoys such great wealth could truly and sincerely embrace my principles and their author.
For quite some time, I saw Du Peyrou very little, because I did not go to Neuchâtel, and he only came to the mountain where Colonel Pury lived once a year. Why didn’t I go to Neuchâtel? It’s a childish reason that shouldn’t be concealed.
Although protected by the King of Prussia and by Lord Marshal, I was able to avoid persecution in my refuge, yet I could not escape the murmurs of the public, the municipal magistrates, and the ministers. After France had stirred things up, it would have been considered improper not to hurl at least some insults against me; one might have feared appearing to condone my persecutors by not imitating their behavior. The “Class of Neuchâtel,” that is, the group of ministers from that city, took the lead in attempting to incite the State Council against me. When this attempt failed, they turned to the municipal magistrate, who immediately ordered my book to be prohibited and treated me with utmost disrespect in every conceivable way, even implying that if I had chosen to settle in the city, I would not have been tolerated there at all. They filled their newspaper with nonsense and baseless slander—stuff that, while amusing sensible people, only served to enrage the populace against me. Nevertheless, hearing all this, I should have been grateful for the extreme “kindness” they showed me by allowing me to live in Môtiers, a place where they had no authority at all; they would have gladly deprived me of even that if I had paid dearly for it. They wanted me to be indebted to them for the protection the King extended to me against their will, and they worked tirelessly to strip me of it. Finally, failing in their efforts and having done me every possible harm while using all their power to slander me, they took pride in their own incompetence by praising the “kindness” they showed me in allowing me to remain in their country. I should have laughed in their faces as my only response—yet I was foolish enough to take it to heart and had the ineptitude to refuse to go to Neuchâtel. I held this decision for nearly two years, as if it were some honor to pay attention to such people and their actions, whether good or bad, since they never act except out of impulse. Moreover, ignorant and unenlightened individuals, whose only measure of worth is credit, power, and money, are far too distant from even considering that talents deserve respect or that insulting them is a disgraceful thing to do. A certain village mayor, who had been dismissed for his misdeeds, once said to the lieutenant of Val-de-Travers, my Isabelle’s husband: “They say this Rousseau is very clever—bring him to me so I can see if it’s true.” Surely the grievances of a man who speaks in such a tone must hardly bother those who share his frustrations.
As for the way I was treated in Paris, Geneva, Bern, and even in Neuchâtel, I did not expect the local pastor to show me any more consideration than was customary. However, I had been recommended to him by Madame Boy de la Tour, and he had welcomed me very warmly; but in this country, where everyone is flattered alike, such gestures mean nothing. Nevertheless, after my solemn initiation into the Reformed Church and living in a region predominantly Reformed, I could not, without failing in my commitments and duties as a citizen, neglect the public practice of my faith. Therefore, I continued to attend divine services. On the other hand, I feared that if I approached the altar, I might be refused admission; and it was highly unlikely that, after all the uproar caused by the Council in Geneva and the Class in Neuchâtel, they would still wish to administer the Eucharist to me in their church. As the time for communion drew near, I decided to write to Monsieur de Montmollin—this was the name of the minister—to express my good intentions and to declare that I remained wholeheartedly attached to the Protestant Church. At the same time, to avoid any misunderstandings regarding matters of faith, I made it clear that I did not seek any particular explanations on theological doctrines. Having settled this matter, I waited calmly, certain that Monsieur de Montmollin would refuse to admit me without the preliminary discussion I had refused to engage in—thus ensuring that nothing would go wrong due to my actions. Far from it. At a time when I least expected it, Monsieur de Montmollin came to tell me not only that he would allow me to receive communion on the terms I had specified but also that he and his congregation regarded it as a great honor to have me among them. I had never experienced such surprise—or such comfort—in my life. Living in isolation on this earth always seemed to me a sad fate, especially in times of adversity. Amidst so much persecution and exclusion, the knowledge that I was finally among my brethren filled me with immense joy. I went to receive communion with feelings of deep emotion and tears of gratitude—perhaps the most appropriate preparation one could make before encountering God.
Some time later, Milord sent me a letter from Madame de Boufflers, which I assumed had been delivered through d’Alembert, who knew Milord Maréchal. In this letter, the first one she had written to me since my departure from Montmorency, she severely reprimanded me for the one I had sent to Monsieur de Montmollin, and especially for having shared it with others. I found it all the more incomprehensible since, since my trip to Geneva, I had always openly declared myself a Protestant and had frequently attended public services at the Hôtel de Hollande without anyone finding that inappropriate in the slightest. It seemed amusing to me that Madame la Comtesse de Boufflers should attempt to dictate how I should conduct my religious affairs. However, since I had no doubt that her intentions, though obscure to me, were undoubtedly good, I did not take offense at this peculiar approach and replied to her calmly, explaining my reasons.
Il signor du Peyrou era americano, figlio di un comandante del Suriname; il successore di quest’ultimo, il signor Le Chambrier di Neuchâtel, sposò la vedova. Divenuta vedova una seconda volta, ella si trasferì con suo figlio nel paese del suo secondo marito. Du Peyrou, figlio unico, molto ricco e amato teneramente dalla madre, era stato educato con grande cura; questa educazione gli fu di grande beneficio. Aveva acquisito molte conoscenze superficiali, un certo gusto per le arti, e si vantava soprattutto di aver coltivato la propria ragione: il suo aspetto olandese, freddo e filosofico, la sua pelle scura, il suo carattere silenzioso e riservato contribuivano molto a questa impressione. Era sordo e affetto da gotta, nonostante fosse ancora giovane; questo rendeva i suoi movimenti molto composti e seri. Anche se amava discutere, a volte per lunghi periodi, di solito parlava poco, perché non riusciva a sentire bene. Tutto questo aspetto esteriore mi colpì profondamente; pensai: “Ecco un pensatore, un uomo saggio. Che felicità avere un amico del genere”. Per completare la mia impressione positiva, spesso mi parlava senza mai farmi alcun complimento. Parlava poco di me, dei miei libri, e ancora meno di sé stesso; non era privo di idee, e tutto ciò che diceva era abbastanza giusto. Questa giustezza e questa equanimità mi attrassero. Non aveva l’elevatezza né la raffinatezza del marchese de Maréchal, ma possedeva la sua semplicità. Era come se rappresentasse in qualche modo quel carattere. Non mi innamorai subito di lui, ma iniziai ad apprezzarlo, e gradualmente quell’apprezzamento si trasformò in amicizia. Con lui dimenticai completamente l’obiezione che avevo espresso riguardo al barone d’Holbach, ovvero che fosse troppo ricco. E credo di aver commesso un errore[289]. Ho imparato a dubitare che un uomo molto ricco possa davvero amare sinceramente i miei principi e il loro autore.
Per un periodo abbastanza lungo vidi poco Du Peyrou, perché non andavo a Neuchâtel e lui veniva in montagna una volta all’anno, da parte del colonnello Pury. Perché non andavo a Neuchâtel? È una sciocchezza che non si dovrebbe nascondere.
Sebbene protetto dal Re di Prussia e da Milord Maresciallo, sebbene all’inizio fossi riuscito a sfuggire alle persecuzioni nel mio rifugio, non ho potuto evitare i mormori del pubblico, dei magistrati comunali e dei ministri. Dopo che la Francia aveva iniziato ad agire contro di me, non era considerato opportuno non insultarmi almeno un po’: si temeva che non si dimostrasse sufficiente solidarietà con i miei persecutori se non si imitavano le loro azioni. La Classe di Neuchâtel, ovvero il gruppo dei ministri di quella città, iniziò a muoversi contro di me, cercando di suscitare l’ostilità del Consiglio di Stato nei miei confronti. Poiché questo tentativo fallì, i ministri si rivolsero al magistrato comunale, il quale immediatamente ordinò la diffusione della mia opera e mi trattava in modo assai scortese, facendo capire – e addirittura dichiarando apertamente – che se avessi voluto stabilirmi nella città, non sarei stato tollerato. Riempirono il loro “Mercure” di sciocchezze e calunnie meschine; queste, pur divertendo le persone sensate, non facevano altro che infiammare il popolo contro di me. Tutto ciò, tuttavia, non impediva che io fossi estremamente grato per la “grazia” che mi concedevano nel permettermi di vivere a Môtiers, dove non avevano alcun potere su di me; probabilmente avrebbero voluto trattarmi con ancora maggiore durezza, se solo ne avessi dato loro l’opportunità. Volevano che fossi loro grato per la protezione che il Re mi concedeva nonostante loro, e lavoravano instancabilmente per privarmene. Alla fine, non riuscendo nel loro intento, dopo avermi causato ogni possibile danno e aver diffamato me in tutti i modi possibili, si compiacquero della propria impotenza, sottolineando la “bontà” che avevano nel permettermi di vivere nel loro paese. Avrei dovuto ridergli in faccia come risposta a tutto ciò; invece fui abbastanza stupido da offendersi, e commisi l’errore di rifiutarmi di andare a Neuchâtel. Una decisione che mantenni per quasi due anni, come se non fosse un grande onore trattare con persone del genere, le cui azioni, buone o cattive che siano, non possono essere attribuite a loro stessi, poiché agiscono sempre spinti dall’impulso. Inoltre, persone prive di cultura e di “lumi”, le quali considerano unico valore il credito, il potere e il denaro, sono ben lontane dal sospettare che si debba prestare attenzione ai talenti. E che insultarli possa rappresentare una forma di disonore. Un certo sindaco di villaggio, destituito a causa delle sue malversazioni, disse al tenente del Val-de-Travers, marito di mia figlia Isabelle: “Si dice che questo Rousseau abbia molto spirito. Portatemelo qui, così vedrò se è vero”. Certamente, le lamentele di una persona che si comporta in questo modo non devono certo rassicurare coloro che ne soffrono gli effetti.
Riguardo al modo in cui venivo trattato a Parigi, a Ginevra, a Berna, persino a Neuchâtel, non mi aspettavo alcun particolare riguardo da parte del pastore del luogo. Tuttavia, ero stato raccomandato a lui dalla signora Boy de la Tour, e mi aveva accolto molto bene; ma in questo paese, dove tutti vengono lusingati allo stesso modo, queste cortesie non significano nulla. Ciononostante, dopo il mio ingresso solenne nella Chiesa riformata, vivendo in un ambiente prevalentemente riformato, non potevo, senza mancare ai miei impegni e al mio dovere di cittadino, trascurare la pratica pubblica del culto: quindi partecipavo alle funzioni religiose. D’altra parte, temevo che presentandomi all’altare sacro potessi incorrere in un rifiuto; inoltre, non era affatto probabile che, dopo tutto il clamore suscitato a Ginevra dal Consiglio e a Neuchâtel dalla Classe, il pastore fosse disposto ad amministrarmi la Cena nella sua chiesa. Così, quando si avvicinò il momento della comunione, decisi di scrivere al signor de Montmollin, per manifestargli la mia buona volontà e dichiarargli che rimanevo sempre fedele alla Chiesa protestante; gli dissi anche, per evitare discussioni sui punti della fede, che non desideravo alcuna spiegazione particolare riguardo ai dogmi. Una volta chiarito questo aspetto, rimasi tranquillo, convinto che il signor de Montmollin avrebbe rifiutato di ammettermi senza una discussione preliminare, cosa che io stesso non volevo; così, tutto si sarebbe risolto senza colpa mia. Invece, proprio quando meno me lo aspettavo, il signor de Montmollin venne a dirmi non solo che mi ammetteva alla comunione sotto le condizioni da me stabilite, ma anche che lui e i suoi fedeli si consideravano onorati di avermi nella loro comunità. Non ho mai provato una sorpresa così grande e così consolante in tutta la mia vita. Vivere sempre isolato su questa terra mi sembrava un destino davvero triste, soprattutto nei momenti di difficoltà; ma, tra tante proscrizioni e persecuzioni, trovavo una grande dolcezza nel potermi dire: “Almeno sono tra i miei fratelli”. Andai quindi a partecipare alla comunione con un’emozione profonda e con lacrime di commozione. Forse questa era la preparazione più appropriata che si potesse offrire a Dio.
Dopo qualche tempo, Milord mi inviò una lettera di Madame de Boufflers, che, almeno così supposi, era arrivata tramite d’Alembert, il quale conosceva bene Milord Maréchal. In quella lettera, la prima che quella signora mi scrivesse da quando ero partito da Montmorency, mi rimproverava aspramente per quella che avevo inviato a Monsieur de Montmollin, e soprattutto per aver condiviso i miei pensieri con lui. Non riuscivo affatto a capire con chi avesse dei problemi riguardo a questa questione, visto che da quando ero stato a Ginevra mi ero sempre dichiarato apertamente protestante e avevo frequentato pubblicamente l’Hôtel de Hollande, senza che nessuno al mondo se ne lamentasse. Mi sembrava divertente che Madame la Contessa de Boufflers volesse mettersi a dirigere la mia coscienza in materia religiosa. Tuttavia, poiché non dubitavo affatto che le sue intenzioni, anche se per me incomprensibili, fossero le migliori del mondo, non mi offesi per questa sua strana reazione e le risposi senza arrabbiarmi, spiegandole le mie ragioni.
Cependant les injures imprimées allaient leur train, et leurs bénins auteurs reprochaient aux puissances de me traiter trop doucement. Ce concours d’aboiements, dont les moteurs continuaient d’agir sous le voile, avait quelque chose de sinistre et d’effrayant. Pour moi, je laissai dire sans m’émouvoir. On m’assura qu’il y avait une censure de la Sorbonne ; je n’en crus rien. De quoi pouvait se mêler la Sorbonne dans cette affaire ? Voulait-elle assurer que je n’étais pas catholique ? Tout le monde le savait. Voulait-elle prouver que je n’étais pas bon calviniste ? Que lui importait ? C’était prendre un soin bien singulier ; c’était se faire les substituts de nos ministres. Avant que d’avoir vu cet écrit, j’ai cru qu’on le faisait courir sous le nom de la Sorbonne, pour se moquer d’elle ; je le crus bien plus encore après l’avoir lu. Enfin, quand je ne pus plus douter de son authenticité, tout ce que je me réduisis à croire fut qu’il fallait mettre la Sorbonne aux Petites-Maisons.
(1763.) — Un autre écrit m’affecta davantage, parce qu’il venait d’un homme pour qui j’eus toujours de l’estime, et dont j’admirais la constance en plaignant son aveuglement. Je parle du mandement de l’Archevêque de Paris contre moi. Je crus que je me devais d’y répondre. Je le pouvais sans m’avilir ; c’était un cas à peu près semblable à celui du Roi de Pologne. Je n’ai jamais aimé les disputes brutales, à la Voltaire. Je ne sais me battre qu’avec dignité, et je veux que celui qui m’attaque ne déshonore pas mes coups, pour que je daigne me défendre. Je ne doutais point que ce mandement ne fût de la façon des Jésuites, et, quoiqu’ils fussent alors malheureux eux-mêmes, j’y reconnaissais toujours leur ancienne maxime d’écraser les malheureux. Je pouvais donc aussi suivre mon ancienne maxime d’honorer l’auteur titulaire, et de foudroyer l’ouvrage : et c’est ce que je crois avoir fait avec assez de succès.
Je trouvai le séjour de Môtiers fort agréable, et, pour me déterminer à y finir mes jours, il ne me manquait qu’une subsistance assurée : mais on y vit assez chèrement, et j’avais vu renverser tous mes anciens projets par la dissolution de mon ménage, par l’établissement d’un nouveau, par la vente ou dissipation de tous mes meubles, et par les dépenses qu’il m’avait fallu faire depuis mon départ de Montmorency. Je voyais diminuer journellement le petit capital que j’avais devant moi. Deux ou trois ans suffisaient pour en consumer le reste, sans que je visse aucun moyen de le renouveler, à moins de recommencer à faire des livres ; métier funeste auquel j’avais déjà renoncé.
Persuadé que tout changerait bientôt à mon égard, et que le public, revenu de sa frénésie, en ferait rougir les puissances, je ne cherchais qu’à prolonger mes ressources jusqu’à cet heureux changement, qui me laisserait plus en état de choisir parmi celles qui pourraient s’offrir. Pour cela, je repris mon Dictionnaire de Musique, que dix ans de travail avaient déjà fort avancé, et auquel il ne manquait que la dernière main, et d’être mis au net. Mes livres, qui m’avaient été envoyés depuis peu, me fournirent les moyens d’achever cet ouvrage : mes papiers, qui me furent envoyés en même temps, me mirent en état de commencer l’entreprise de mes mémoires, dont je voulais uniquement m’occuper désormais. Je commençai par transcrire des lettres dans un recueil qui pût guider ma mémoire dans l’ordre des faits et des temps. J’avais déjà fait le triage de celles que je voulais conserver pour cet effet, et la suite depuis près de dix ans n’en était point interrompue. Cependant, en les arrangeant pour les transcrire, j’y trouvai une lacune qui me surprit. Cette lacune était de près de six mois, depuis octobre 1756 jusqu’au mois de mars suivant. Je me souvenais parfaitement d’avoir mis dans mon triage nombre de lettres de Diderot, de Deleyre, de Mme d’Épinay, de Mme de Chenonceau, etc., qui remplissaient cette lacune, et qui ne se trouvèrent plus. Qu’étaient-elles devenues ? Quelqu’un avait-il mis la main sur mes papiers, pendant quelques mois qu’ils étaient restés à l’Hôtel de Luxembourg ? Cela n’était pas concevable, et j’avais vu M. le Maréchal prendre la clef de la chambre où je les avais déposés. Comme plusieurs lettres de femmes et toutes celles de Diderot étaient sans date, et que j’avais été forcé de remplir ces dates de mémoire, et en tâtonnant, pour ranger ces lettres dans leur ordre, je crus d’abord avoir fait des erreurs de date, et je passai en revue toutes les lettres qui n’en avaient point, ou auxquelles je l’avais suppléée, pour voir si je n’y trouverais point celles qui devaient remplir ce vide. Cet essai ne réussit point ; je vis que le vide était bien réel, et que les lettres avaient bien certainement été enlevées. Par qui et pourquoi ? Voilà ce qui me passait. Ces lettres, antérieures à mes grandes querelles, et du temps de ma première ivresse de la Julie, ne pouvaient intéresser personne. C’était tout au plus quelques tracasseries de Diderot, quelques persiflages de Deleyre, des témoignages d’amitié de Mme de Chenonceau, et même de Mme d’Épinay, avec laquelle j’étais alors le mieux du monde. A qui pouvaient importer ces lettres ? Qu’en voulait-on faire ? Ce n’est que sept ans après que j’ai soupçonné l’affreux objet de ce vol.
Ce déficit bien avéré me fit chercher parmi mes brouillons si j’en découvrirais quelque autre. J’en trouvai quelques-uns qui, vu mon défaut de mémoire, m’en firent supposer d’autres dans la multitude de mes papiers. Ceux que je remarquai furent le brouillon de la Morale sensitive, et celui de l’extrait des Aventures de Milord Édouard. Ce dernier, je l’avoue, me donna des soupçons sur Mme de Luxembourg. C’était La Roche, son valet de chambre, qui m’avait expédié ces papiers, et je n’imaginai qu’elle au monde qui pût prendre intérêt à ce chiffon ; mais quel intérêt pouvait-elle prendre à l’autre, et aux lettres enlevées, dont, même avec de mauvais desseins, on ne pouvait faire aucun usage qui pût me nuire, à moins de les falsifier ? Pour M. le Maréchal, dont je connaissais la droiture invariable et la vérité de son amitié pour moi, je ne pus le soupçonner un moment. Je ne pus même arrêter ce soupçon sur Mme la Maréchale. Tout ce qui me vint de plus raisonnable à l’esprit, après m’être fatigué longtemps à chercher l’auteur de ce vol, fut de l’imputer à d’Alembert, qui, déjà faufilé chez Mme de Luxembourg, avait pu trouver le moyen de fureter ces papiers et d’en enlever ce qui lui avait plu, tant en manuscrits qu’en lettres, soit pour chercher à me susciter quelque tracasserie, soit pour s’approprier ce qui lui pouvait convenir. Je supposai qu’abusé par le titre de la Morale sensitive, il avait cru trouver le plan d’un vrai traité de matérialisme, dont il aurait tiré contre moi le parti qu’on peut bien s’imaginer. Sûr qu’il serait bientôt détrompé par l’examen du brouillon, et déterminé à quitter tout à fait la littérature, je m’inquiétai peu de ces larcins qui n’étaient pas les premiers de la même main que j’avais endurés sans m’en plaindre[291]. Bientôt je ne songeai pas plus à cette infidélité que si l’on ne m’en eût fait aucune, et je me mis à rassembler les matériaux qu’on m’avait laissés, pour travailler à mes confessions.
J’avais longtemps cru qu’à Genève la compagnie des ministres, ou du moins les citoyens et bourgeois, réclameraient contre l’infraction de l’édit dans le décret porté contre moi. Tout resta tranquille, du moins à l’extérieur ; car il y avait un mécontentement général, qui n’attendait qu’une occasion pour se manifester. Mes amis, ou soi-disant tels, m’écrivaient lettres sur lettres pour m’exhorter à venir me mettre à leur tête, m’assurant d’une réparation publique de la part du Conseil. La crainte du désordre et des troubles que ma présence pouvait causer m’empêcha d’acquiescer à leurs instances, et, fidèle au serment que j’avais fait autrefois, de ne jamais tremper dans aucune dissension civile dans mon pays, j’aimai mieux laisser subsister l’offense, et me bannir pour jamais de ma patrie, que d’y rentrer par des moyens violents et dangereux. Il est vrai que je m’étais attendu, de la part de la bourgeoisie, à des représentations légales et paisibles contre une infraction qui l’intéressait extrêmement. Il n’y en eut point. Ceux qui la conduisaient cherchaient moins le vrai redressement des griefs que l’occasion de se rendre nécessaires. On cabalait, mais on gardait le silence, et on laissait clabauder les caillettes et les cafards, ou soi-disant tels, que le Conseil mettait en avant pour me rendre odieux à la populace, et faire attribuer son incartade au zèle de la religion.
However, the printed insults continued to circulate, and their seemingly harmless authors complained to the authorities that they were treating me too leniently. This exchange of verbal attacks, with its hidden motives still at work behind the veil of public debate, had something sinister and frightening about it. As for me, I remained unmoved by all this. People assured me that there was some sort of censorship by the Sorbonne; but I didn’t believe it. What business could the Sorbonne have in this matter? Did they want to prove that I wasn’t a Catholic? Everyone already knew that. Or did they intend to show that I wasn’t a proper Calvinist? What did it matter to them? It was taking on a rather peculiar role—they were practically acting as substitutes for our ministers. Before even seeing this document, I had assumed it was being circulated in the name of the Sorbonne simply to mock it; but after reading it, I became even more convinced of that. Finally, when I could no longer doubt its authenticity, all I could conclude was that the Sorbonne deserved to be associated with such despicable actions.
(1763.) — Another piece of writing affected me even more, because it came from a man whom I had always held in high esteem and whose perseverance I admired, despite lamenting his blindness. I am referring to the decree issued by the Archbishop of Paris against me. I felt it was my duty to respond to it. I could do so without compromising my dignity; it was a case somewhat similar to that of the King of Poland. I have never liked brutal arguments, in the Voltaire style. I know how to fight with dignity only, and I want those who attack me not to tarnish the respectability of my actions, so that I would be willing to defend myself. I had no doubt that this decree was typical of the Jesuits’ tactics; and although they were themselves in dire straits at that time, I still recognized their old maxim of crushing the unfortunate. Therefore, I could also follow my own principle of respecting the rightful author while condemning the work itself—and I believe I did so with considerable success.
I found Môtiers to be a very pleasant place to reside, and all that was needed for me to decide to spend the rest of my days there was a secure source of income. However, living expenses were quite high there, and I had seen all my previous plans ruined due to the dissolution of my former household, the establishment of a new one, the sale or disposal of all my furniture, as well as the additional expenses incurred since leaving Montmorency. I could see the small amount of capital I had gradually dwindling away. In just two or three years, it would be completely exhausted, and I saw no way to replenish it—unless I resorted to writing books again, a career I had already given up.
Convinced that everything would soon change in my favor, and that the public, having regained its sanity, would make those in power blush with shame, I was merely trying to stretch my resources until that happy moment arrived, when I would be in a better position to choose from all that might become available to me. For this purpose, I resumed working on my Dictionary of Music, which ten years of effort had already greatly advanced; it needed only final touches and polishing to be completed. My books, which had recently been sent to me, provided me with the means to finish this work, and the documents that were sent at the same time enabled me to begin writing my memoirs, which was now my sole focus. I started by transcribing letters into a collection that would help me organize my memories in chronological order. I had already sorted out those letters I wanted to keep for this purpose, and the sequence continued without interruption for nearly ten years. However, when arranging them for transcription, I discovered a gap of nearly six months, from October 1756 to March of the following year. I remembered clearly having included many letters from Diderot, Deleyre, Madame d’Épinay, Madame de Chenonceau, and others, which should have filled this gap—yet they were nowhere to be found. What had happened to them? Had someone come across my documents while they were left in the Hôtel de Luxembourg for a few months? That was impossible; I had seen Marshal M, take the key to the room where I kept them. Since several letters from women and all of Diderot’s letters lacked dates, and I had had to fill these in retrospectively, I initially thought I had made mistakes in dating them. I reviewed every letter that did not have a date or for which I had provided one, hoping to find those that could fill the gap. But this attempt was unsuccessful; it became clear that the letters had indeed been stolen. By whom and for what reason? That was what puzzled me. These letters, dating from before my major conflicts and from the time of my initial infatuation with Julie, could not be of any interest to anyone. At most, they contained some trivial matters involving Diderot, some playful remarks by Deleyre, and expressions of friendship from Madame de Chenonceau—and even from Madame d’Épinay, with whom I was then on very good terms. Who could possibly want these letters? What purpose could they serve? It was not until seven years later that I began to suspect the terrible motive behind this theft.
This clearly established deficit led me to search through my drafts to see if I could find any others. I found a few, and given my poor memory, they made me suspect that there were many more scattered among my papers. The ones that caught my attention were the draft of “The Moral Sense” and the extract from “The Adventures of Lord Edward.” Admittedly, the latter gave me cause to suspect Madame de Luxembourg. It was her valet de chambre, La Roche, who had sent me these documents, and I could think of no one else in the world who might have an interest in such trivial matters. But what interest could she have in the other documents and the stolen letters—especially since, even if they were used with malicious intent, they could not possibly harm me, unless someone falsified them? As for Marshal [the person’s name is missing in the original text], whose unwavering integrity and genuine friendship for me I knew full well, I couldn’t suspect him for a moment. Nor could I even consider Madame la Maréchale as the culprit. After much thought and futile attempts to identify the thief, the only reasonable conclusion I reached was that d’Alembert must have been behind it. Having already managed to gain access to Madame de Luxembourg’s residence, he had probably found a way to rummage through my papers and take whatever he wanted—whether manuscripts or letters—to either cause me trouble or appropriate what suited him. I assumed that, misled by the title of “The Moral Sense,” he had thought he had discovered the outline of a genuine treatise on materialism, which he could use against me in any way he saw fit. Certain that he would soon realize his mistake and decide to abandon all involvement with literature, I paid little attention to these thefts—after all, they were not the first time such things had happened to me without my complaint[291]. Before long, I forgot about this betrayal entirely, as if it had never taken place, and began to gather the materials that had been left to me in order to continue working on my confessions.
For a long time, I believed that in Geneva, the ministers, or at least the citizens and burghers, would protest against the violation of the edict contained in the decree issued against me. Yet everything remained quiet—at least on the surface; for there was widespread dissatisfaction that was just waiting for an opportunity to manifest itself. My so-called friends wrote to me one letter after another, urging me to come and lead them, assuring me of public redress on the part of the Council. However, the fear of disorder and unrest that my presence might cause prevented me from yielding to their pleas. True to the oath I had taken long ago never to become involved in any civil strife in my country, I would rather let the offense stand unredressed and ban myself forever than return through violent and dangerous means. Indeed, I had expected the bourgeoisie to lodge legal and peaceful protests against an infringement that affected them so greatly. But such protests never came. Those who led them were less interested in truly resolving their grievances than in finding an excuse to make themselves indispensable. There was much scheming, but silence was maintained; instead, it was the gossips and slanderers—those whom the Council employed to make me unpopular among the people and to attribute their own misdeeds to religious zeal—that were allowed to spread their lies.
Tuttavia, quelle offese pubblicate continuavano ad essere diffuse, e i loro autori innocenti rimproveravano alle autorità di trattarmi troppo con indulgenza. Quel susseguirsi di attacchi, la cui origine rimaneva sconosciuta, aveva qualcosa di sinistro e spaventoso. Io, però, lasciai che tutto ciò avvenisse senza farmi commuovere. Mi dissero che esisteva una censura da parte della Sorbona; non ci credetti affatto. Di cosa poteva occuparsi la Sorbona in questa faccenda? Voleva forse dimostrare che non ero cattolico? Tutti lo sapevano già. O voleva provare che non ero un buon calvinista? A lei importava davvero? Era una cura davvero singolare. Equivaleva a farsi carico del ruolo dei nostri ministri. Prima ancora di leggere quel testo, pensavo che venisse diffuso in nome della Sorbona soltanto per prenderla in giro; dopo averlo letto, ne fui ancora più convinto. Infine, quando non ebbi più dubbi sulla sua autenticità, l’unica conclusione a cui arrivai fu che la Sorbona meritava davvero di essere messa alle “Petite-Maisons”.
(1763.) Un altro scritto mi colpì ancora di più, poiché proveniva da un uomo che ho sempre stimato molto e il cui coraggio e costanza ammiravo, nonostante deplorassi la sua cecità. Intendo parlare del mandato dell’Arcivescovo di Parigi contro di me. Risiinsi che dovesse rispondervi; potevo farlo senza umiliarmi, poiché si trattava di una situazione più o meno simile a quella del Re di Polonia. Non ho mai amato le dispute violente, nel modo volteriano: so difendermi soltanto con dignità, e voglio che chi mi attacca non disonori i miei colpi, affinché io sia disposto a difendermi. Non dubitavo affatto che quel mandato fosse stato redatto secondo gli schemi dei Gesuiti; e, anche se in quel momento essi stessi erano sfortunati, vi riconoscevo comunque la loro vecchia massima: schiacciare i malheureux. Pertanto potevo seguire anch’io la mia vecchia regola: onorare l’autore “titolare” dell’opera e distruggere l’opera stessa. E credo di averlo fatto con notevole successo.
Ritenni che la permanenza a Môtiers fosse molto piacevole; per decidere di trascorrervi il resto dei miei giorni, mi mancava soltanto una sussistenza sicura. Tuttavia, la vita lì è abbastanza costosa. Inoltre, tutti i miei vecchi progetti erano andati in fumo a causa della dissoluzione del mio precedente nucleo familiare, dell’instaurazione di un nuovo rapporto coniugale, della vendita o della dispersione di tutti i miei mobili, nonché delle spese che avevo dovuto sostenere da quando ero partito da Montmorency. Vedevo ogni giorno diminuire il piccolo capitale che mi rimaneva. Due o tre anni sarebbero stati sufficienti per consumarlo del tutto, senza che io trovassi alcun modo per rinnovarlo. A meno di riprendere a scrivere libri. Un mestiere funesto, al quale avevo già rinunciato.
Ero convinto che presto tutto sarebbe cambiato per me, e che il pubblico, tornato in sé dalla sua frenesia, avrebbe fatto arrossire le autorità di fronte a tale cambiamento; quindi cercavo soltanto di prolungare i miei sforzi fino a quel momento felice, che mi avrebbe permesso di scegliere tra quelle opzioni che si sarebbero potute presentare. A questo scopo ripresi il mio “Dizionario di Musica”, che dieci anni di lavoro avevano già notevolmente avanzato; mancava soltanto la fase finale di revisione e sistemazione dei contenuti. I miei libri, appena ricevuti, mi fornirono i mezzi necessari per completare quest’opera; i documenti che mi furono inviati nello stesso periodo mi permisero di iniziare a lavorare alle mie memorie, di cui volevo dedicarmi esclusivamente da quel momento in poi. Cominciai col trascrivere delle lettere in un raccolto che potesse aiutarmi a ricordare gli eventi nel giusto ordine temporale. Avevo già selezionato quelle che desideravo conservare per questo scopo, e la sequenza dei documenti non era stata interrotta negli ultimi dieci anni; tuttavia, durante la fase di organizzazione per la trascrizione, notai una lacuna: mancavano circa sei mesi di lettere, dal ottobre 1756 al marzo successivo. Ricordavo chiaramente di aver incluse in quella selezione molte lettere di Diderot, Deleyre, Madame d’Épinay, Madame de Chenonceau, ecc., che avrebbero dovuto colmare questa lacuna. Ma dove erano finite? Qualcuno aveva forse preso i miei documenti mentre questi si trovavano all’Hôtel de Luxembourg? Era impossibile. Avevo visto personalmente il Maresciallo prendere la chiave della stanza in cui li avevo riposti. Poiché molte lettere, soprattutto quelle delle donne e tutte quelle di Diderot, non erano datate, e io stesso avevo dovuto inserire tali date a memoria, pensai inizialmente di aver commesso degli errori. Esaminai quindi tutte le lettere che non ne possedevano una o per cui avevo fornito una data fittizia, nella speranza di trovarvi quelle mancanti. Ma questo tentativo fallì: la lacuna era effettivamente reale, e le lettere erano state sicuramente rubate. Da chi, e perché? Questo è ciò che mi accadeva. Queste lettere, risalenti al periodo precedente alle mie grandi controversie e ai tempi della mia prima “follia” legata a Julie, non potevano interessare nessuno. Al massimo contenevano qualche battibecco di Diderot, qualche scherzo di Deleyre, alcuni segni di amicizia da parte di Madame de Chenonceau, o persino di Madame d’Épinay, con cui all’epoca andavo molto d’accordo. A chi potevano servire queste lettere? Che intenzioni aveva chi le aveva rubate? Solo sette anni dopo iniziai a sospettare lo scopo orribile di questo furto.
Questo deficit, ben accertato, mi spinse a cercare tra i miei appunti se ne trovassi altri. Ne scoprii alcuni che, data la mia scarsa memoria, mi fecero supporre l’esistenza di altri nella moltitudine dei miei documenti. Quelli che notai furono l’appunto della “Morale sensitiva” e quello dell’estrazione dalle “Avventure di Milord Édouard”. Quest’ultimo, devo ammetterlo, suscitò in me sospetti riguardo a Madame de Luxembourg. Era stato La Roche, il suo cameriere personale, ad inviarmi questi documenti; non riuscivo a immaginare nessun altro al mondo che potesse interessarsi a quel mucchio di carte. Ma quale interesse avrebbe potuto avere per l’altro documento, e per le lettere sottratte, le quali, anche con intenzioni malvagie, non avrebbero potuto nuocermi in alcun modo, a meno che non venissero falsificate? Per quanto riguarda il Marchese, di cui conoscevo l’incorruzione e la sincerità della sua amicizia per me, non potei nemmeno porre in dubbio la sua lealtà. Non ebbi nemmeno il minimo sospetto riguardo a Madame la Maréchale. L’unica ipotesi ragionevole che mi venne in mente, dopo aver cercato a lungo l’autore di questo furto, fu quella che fosse stato d’Alembert: essendo già entrato in contatto con Madame de Luxembourg, doveva essere riuscito a trovare il modo di frugare tra quei documenti e di prendere ciò che gli interessava, sia nei manoscritti che nelle lettere. Forse voleva causarmi dei problemi, o semplicemente appropriarsi di ciò che gli poteva essere utile. Supposi che, ingannato dal titolo della “Morale sensitiva”, avesse creduto di aver trovato il progetto di un vero trattato di materialismo, da utilizzare contro di me. Ero certo che sarebbe stato presto disilluso dall’esame di quegli appunti e che avrebbe deciso di abbandonare del tutto la letteratura. Quindi non mi preoccupai affatto di questi furti: non erano certo i primi che avevo subito da parte della stessa persona, senza mai lamentarmene[291]. Presto smisi completamente di pensarci, come se nessuno mi avesse tradito. E iniziai a raccogliere i materiali che mi erano stati lasciati, per proseguire con il lavoro alle mie “confessioni”.
Avevo a lungo creduto che a Ginevra i ministri, o almeno i cittadini e i borghesi, si sarebbero opposti alla violazione dell’editto emanato contro di me. Tutto rimase tranquillo, almeno all’esterno; poiché esisteva un malcontento generale che aspettava soltanto l’occasione per manifestarsi. I miei amici, o quantomeno coloro che si proclamavano tali, mi scrivevano lettera dopo lettera esortandomi a unirmi a loro e assicurandomi una riparazione pubblica da parte del Consiglio. Tuttavia, la paura di disordini e turbolenze che la mia presenza avrebbe potuto causare mi impedì di acconsentire alle loro sollecitazioni. Fedele al giuramento che avevo fatto in passato di non coinvolgermi mai in alcuna dissensione civile nel mio paese, preferii lasciare persistere l’offesa e esiliarmi per sempre dalla mia patria, piuttosto che rientrarvi con mezzi violenti e pericolosi. È vero che mi aspettavo che la borghesia presentasse rappresentanze legali e pacifiche contro una violazione che la interessava profondamente. Ma non ne fu fatto nulla. Coloro che la guidavano cercavano meno di ottenere un vero risarcimento per i loro diritti che di trovare l’occasione per rendersi indispensabili. Si complottava, ma si teneva il silenzio; e si lasciava che fossero le voci calunniose e diffamatorie, messe in giro dal Consiglio, a rendere me odioso al popolo e a far attribuire le loro azioni al zelo della religione.
Après avoir attendu vainement plus d’un an que quelqu’un réclamât contre une procédure illégale, je pris enfin mon parti, et, me voyant abandonné de mes concitoyens, je me déterminai à renoncer à mon ingrate patrie, où je n’avais jamais vécu, dont je n’avais reçu ni bien ni service, et dont, pour prix de l’honneur que j’avais tâché de lui rendre, je me voyais si indignement traité d’un consentement unanime, puisque ceux qui devaient parler n’avaient rien dit. J’écrivis donc au premier syndic de cette année-là, qui, je crois, était M. Favre, une lettre[292] par laquelle j’abdiquais solennellement mon droit de bourgeoisie, et dans laquelle, au reste, j’observai la décence et la modération que j’ai toujours mises aux actes de fierté que la cruauté de mes ennemis m’a souvent arrachés dans mes malheurs.
Cette démarche ouvrit enfin les yeux aux citoyens : sentant qu’ils avaient eu tort pour leur propre intérêt d’abandonner ma défense, ils la prirent quand il n’était plus temps. Ils avaient d’autres griefs qu’ils joignirent à celui-là, et ils en firent la matière de plusieurs représentations très bien raisonnées, qu’ils étendirent et renforcèrent à mesure que les durs et rebutants refus du Conseil, qui se sentait soutenu par le ministère de France, leur firent mieux sentir le projet formé de les asservir. Ces altercations produisirent diverses brochures qui ne décidaient rien, jusqu’à ce que parurent tout d’un coup les Lettres écrites de la Campagne, ouvrage écrit en faveur du Conseil, avec un art infini, et par lequel le parti représentant, réduit au silence, fut pour un temps écrasé. Cette pièce, monument durable des rares talents de son auteur, était du Procureur général Tronchin[293], homme d’esprit, homme éclairé, très versé dans les lois et le gouvernement de la République. Siluit terra.
(1764.) — Les représentants, revenus de leur premier abattement, entreprirent une réponse, et s’en tirèrent passablement avec le temps. Mais tous jetèrent les yeux sur moi, comme sur le seul qui pût entrer en lice contre un tel adversaire, avec espoir de le terrasser. J’avoue que je pensai de même, et, poussé par mes anciens concitoyens, qui me faisaient un devoir de les aider de ma plume dans un embarras dont j’avais été l’occasion, j’entrepris la réfutation des Lettres écrites de la Campagne, et j’en parodiai le titre par celui de Lettres écrites de la Montagne, que je mis aux miennes. Je fis et j’exécutai cette entreprise si secrètement, que, dans un rendez-vous que j’eus à Thonon avec les chefs des Représentants, pour parler de leurs affaires, et où ils me montrèrent l’esquisse de leur réponse, je ne leur dis pas un mot de la mienne, qui était déjà faite, craignant qu’il ne survînt quelque obstacle à l’impression, s’il en parvenait le moindre vent soit aux magistrats, soit à mes ennemis particuliers. Je n’évitai pourtant pas que cet ouvrage ne fût connu en France avant la publication ; mais on aima mieux le laisser paraître que de me faire trop comprendre comment on avait découvert mon secret. Je dirai là-dessus ce que j’ai su, qui se borne à très peu de chose ; je me tairai sur ce que j’ai conjecturé.
J’avais à Môtiers presque autant de visites que j’en avais eu à l’Ermitage et à Montmorency ; mais elles étaient la plupart d’une espèce fort différente. Ceux qui m’étaient venus voir jusqu’alors étaient des gens qui, ayant avec moi des rapports de talents, de goûts, de maximes, les alléguaient pour cause de leurs visites, et me mettaient d’abord sur des matières dont je pouvais m’entretenir avec eux. À Môtiers, ce n’était plus cela, surtout du côté de France. C’étaient des officiers ou d’autres gens qui n’avaient aucun goût pour la littérature, qui même, pour la plupart, n’avaient jamais lu mes écrits, et qui ne laissaient pas, à ce qu’ils disaient, d’avoir fait trente, quarante, soixante, cent lieues pour venir voir et admirer l’homme illustre, célèbre, très célèbre, le grand homme, etc. Car dès lors on n’a cessé de me jeter grossièrement à la face les plus impudentes flagorneries, dont l’estime de ceux qui m’abordaient m’avait garanti jusqu’alors. Comme la plupart de ces survenants ne daignaient ni se nommer, ni me dire leur état, que leurs connaissances et les miennes ne tombaient pas sur les mêmes objets, et qu’ils n’avaient ni lu ni parcouru mes ouvrages, je ne savais de quoi leur parler : j’attendais qu’ils parlassent eux-mêmes, puisque c’était à eux à savoir et à me dire pourquoi ils me venaient voir. On sent que cela ne faisait pas pour moi des conversations bien intéressantes, quoiqu’elles pussent l’être pour eux, selon ce qu’ils voulaient savoir : car, comme j’étais sans défiance, je m’exprimais sans réserve sur toutes les questions qu’ils jugeaient à propos de me faire, et ils s’en retournaient, pour l’ordinaire, aussi savants que moi sur tous les détails de ma situation.
J’eus, par exemple, de cette façon, M. de Fains, écuyer de la Reine et capitaine de cavalerie dans le régiment de la Reine, lequel eut la constance de passer plusieurs jours à Môtiers, et même de me suivre pédestrement jusqu’à La Ferrière, menant son cheval par la bride, sans avoir avec moi d’autre point de réunion, sinon que nous connaissions tous deux Mlle Fel, et que nous jouions l’un et l’autre au bilboquet. J’eus avant et après M. de Fains, une autre visite bien plus extraordinaire. Deux hommes arrivent à pied, conduisant chacun un mulet chargé de son petit bagage, logent à l’auberge, pansent leurs mulets eux-mêmes et demandent à me venir voir. À l’équipage de ces muletiers, on les prit pour des contrebandiers, et la nouvelle courut aussitôt que des contrebandiers venaient me rendre visite. Leur seule façon de m’aborder m’apprit que c’étaient des gens d’une autre étoffe ; mais, sans être des contrebandiers, ce pouvaient être des aventuriers, et ce doute me tint quelque temps en garde. Ils ne tardèrent pas à me tranquilliser. L’un était M. de Montauban, appelé le comte de la Tour-du-Pin, gentilhomme du Dauphiné ; l’autre était M. Dastier, de Carpentras, ancien militaire, qui avait mis sa croix de Saint-Louis dans sa poche, ne pouvant pas l’étaler[294]. Ces messieurs, tous deux très aimables, avaient tous deux beaucoup d’esprit ; leur conversation était agréable et intéressante : leur manière de voyager, si bien dans mon goût, et si peu dans celui des gentilshommes français, me donna pour eux une sorte d’attachement que leur commerce ne pouvait qu’affermir. Cette connaissance même ne finit pas là, puisqu’elle dure encore, et qu’ils me sont revenus voir diverses fois, non plus à pied cependant, cela était bon pour le début : mais plus j’ai vu ces messieurs, moins j’ai trouvé de rapports entre leurs goûts et les miens, moins j’ai senti que leurs maximes fussent les miennes, que mes écrits leur fussent familiers, qu’il y eût aucune véritable sympathie entre eux et moi. Que me voulaient-ils donc ? Pourquoi me venir voir dans cet équipage ? Pourquoi rester plusieurs jours ? Pourquoi revenir plusieurs fois ? Pourquoi désirer si fort de m’avoir pour hôte ? Je ne m’avisai pas alors de me faire ces questions. Je me les suis faites quelquefois depuis ce temps-là.
Touché de leurs avances, mon cœur se livrait sans raisonner, surtout à M. Dastier, dont l’air plus ouvert me plaisait davantage. Je demeurai même en correspondance avec lui, et quand je voulus faire imprimer les Lettres de la Montagne, je songeai à m’adresser à lui pour donner le change à ceux qui attendaient mon paquet sur la route de Hollande. Il m’avait parlé beaucoup, et peut-être à dessein, de la liberté de la presse à Avignon ; il m’avait offert ses soins, si j’avais quelque chose à y faire imprimer : je me prévalus de cette offre, et je lui adressai successivement, par la poste, mes premiers cahiers. Après les avoir gardés assez longtemps, il me les renvoya en me marquant qu’aucun libraire n’avait osé s’en charger, et je fus contraint de revenir à Rey, prenant soin de n’envoyer mes cahiers que l’un après l’autre, et de ne lâcher les suivants qu’après avoir eu avis de la réception des premiers. Avant la publication de l’ouvrage, je sus qu’il avait été vu dans les bureaux des ministres, et d’Escherny, de Neuchâtel, me parla d’un livre de l’Homme de la Montagne, que d’Holbach lui avait dit être de moi. Je l’assurai, comme il était vrai, n’avoir jamais fait de livre qui eût ce titre. Quand les Lettres parurent, il était furieux et m’accusa de mensonge, quoique je ne lui eusse dit que la vérité. Voilà comment j’eus l’assurance que mon manuscrit était connu. Sûr de la fidélité de Rey, je fus forcé de porter ailleurs mes conjonctures, et celle à laquelle j’aimai le mieux m’arrêter fut que mes paquets avaient été ouverts à la poste.
After waiting in vain for more than a year for someone to protest against such an illegal procedure, I finally decided to take action myself. Seeing that my fellow citizens had abandoned me, I resolved to renounce my ungrateful motherland—where I had never lived, where I had received neither kindness nor assistance, and where, for the honor I had tried to uphold, I was treated with such indignity, since those who should have spoken out had remained silent. I therefore wrote to the first syndic of that year, who I believe was Mr. Favre, a letter in which I solemnly renounced my rights as a citizen. Moreover, I exercised the dignity and moderation that I always maintained in acts of defiance, even when faced with the cruelty of my enemies during my misfortunes.
This approach finally opened the eyes of the citizens: realizing that they had been wrong in abandoning my defense for their own interests, they resorted to it when it was already too late. They added other grievances to this one and used them as the basis for several well-reasoned petitions, which they continued to expand and strengthen as the stubborn and unyielding refusals of the Council, backed by the French Ministry, made them more aware of the Council’s deliberate plan to enslave them. These debates resulted in various pamphlets that achieved nothing until, suddenly, the “Letters from the Campagne” appeared—a work written in defense of the Council, executed with great skill. This piece, a lasting testament to the rare talents of its author, was penned by Prosecutor General Tronchin[293], a man of wit and insight, thoroughly knowledgeable in the laws and governance of the Republic. Siluit terra.
(1764.) — Having recovered from their initial discouragement, the representatives began to prepare a response and, over time, managed to do so rather satisfactorily. However, all of them turned their attention toward me, as if I were the only one capable of confronting such an adversary with any hope of defeating him. I must admit that I thought the same. Driven on by my former fellow citizens, who regarded it as my duty to assist them with my pen in a difficult situation for which I had myself been the cause, I undertook to refute those “Letters Written from the Campagne” and even parodied their title, calling my own work “Letters Written from the Mountain.” I carried out this endeavor so discreetly that, during a meeting in Thonon with the leaders of the representatives to discuss their affairs, where they showed me a draft of their response, I did not mention my own work at all—already completed—I was afraid that any obstacle might arise to its publication, whether it came from the authorities or my personal enemies. Nevertheless, the book became known in France before it was officially released; but people preferred to let it appear than to reveal how they had discovered my secret. I will only share what I know about this matter, which is very little; as for what I have conjectured, I will remain silent.
In Môtiers, I received nearly as many visits as at the Ermitage and in Montmorency; but most of them were of a very different nature. Those who had come to see me before were people who, because they shared some common interests with me in terms of talents, tastes, and principles, would bring up those topics during their visits and engage me in discussions on them. In Môtiers, however, the situation was quite different, especially among the people from France. They were mostly officers or other individuals who had no interest in literature; in fact, most of them had never even read my works. And they claimed that they had traveled thirty, forty, sixty, or even a hundred miles just to come and admire this “illustrious,” “famous,” “very famous” man—this great individual, and so on. Yet from the very beginning, they began to hurl at me the most outrageous flatteries, despite the fact that their previous behavior had led me to believe they held me in high regard. Since most of these visitors neither bothered to introduce themselves nor told me anything about themselves, and since our interests and knowledge did not overlap at all, and they had never read or even glanced at my works, I simply had nothing to talk about with them. I waited for them to take the initiative to speak—after all, it was their duty to tell me why they had come to see me. Needless to say, such conversations were hardly interesting for me, although perhaps they provided them with what they wanted to know. Since I was completely unsuspecting, I spoke freely on any subject they chose to bring up; and as a result, they usually left just as ignorant about the details of my situation as they had come.
For instance, in this way, I met Mr. de Fains, the Queen’s equerry and captain of the cavalry in the Queen’s regiment. He was kind enough to spend several days with me in Môtiers and even followed me on foot all the way to La Ferrière, leading his horse by the bridle. The only connection we had was that both of us knew Mademoiselle Fel and played the game of bilboquet together. Before and after Mr. de Fains, I had another encounter, even more extraordinary. Two men arrived on foot, each carrying a mule loaded with their belongings. They stayed at an inn, tended to their mules themselves, and then asked to meet with me. At first, people thought they were smugglers, and the news quickly spread that some smugglers had come to visit me. However, their manner of speaking soon revealed that they were not what they seemed. Although not smugglers, they might have been adventurers, and this doubt kept me on guard for a while. But they soon dispelled my concerns. One of them was Mr. de Montauban, also known as the Count of la Tour-du-Pin, a gentleman from Dauphiné; the other was Mr. Dastier, from Carpentras, a former soldier who had kept his Saint-Louis cross in his pocket, unable to display it openly. Both gentlemen were very pleasant and intelligent; their conversation was enjoyable and informative. Their way of traveling suited my tastes greatly, but it was quite different from the habits of French noblemen. This encounter led to a growing affection for them, which only deepened over time as they visited me several more times. However, the more I got to know them, the less I found any similarity between their interests and mine, or any true connection between us. What did they want from me? Why come to see me in such a strange company? Why stay for several days? Why return so often? Why were they so eager to have me as their host? At that time, I didn’t ask myself these questions. But later on, I did consider them.
Touched by their advances, my heart surrendered without reason, especially towards Mr. Dastier, whose more open manner pleased me even more. I even continued to correspond with him, and when I wanted to have the Letters from the Mountain printed, I thought of turning to him in order to mislead those who were waiting for my package on the road to Holland. He had spoken a lot about the freedom of the press in Avignon—perhaps intentionally—and had offered his help if I needed anything printed. I took advantage of this offer and successively sent him my first notebooks by mail. After keeping them for some time, he returned them to me, stating that no bookseller had dared to take them on; I was thus forced to return to Rey and made sure to send my notebooks one at a time, only releasing the next ones after confirming receipt of the previous ones. Before the publication of the work, I learned that it had been seen in the offices of various ministers. D’Escherny and Neuchâtel mentioned a book by “The Man from the Mountain” that d’Holbach claimed was mine; I assured them, truthfully, that I had never written such a book. When the Letters were published, he was furious and accused me of lying, even though I had told him only the truth. Thus, I learned that my manuscript was indeed known. Trusting Rey’s loyalty, I had no choice but to seek other possibilities. The most likely explanation seemed to be that my packages had been opened at the post office.
Dopo aver atteso invano per più di un anno che qualcuno si opponesse a una procedura illegale, decisi finalmente di prendere posizione. Vedendomi abbandonato dai miei concittadini, mi resi conto che dovevo rinunciare a questa patria ingrata: non vi avevo mai vissuto, non ne avevo ricevuto né benefici né aiuti, e in cambio dell’onore che avevo cercato di renderle, venivo trattato con tale indignità, poiché coloro che avrebbero dovuto parlare non avevano detto nulla. Scrissi quindi al primo sindaco di quell’anno, che credo fosse il signor Favre, una lettera nella quale rinunciavo solennemente al mio diritto di cittadinanza borghese; nel testo osservai, come sempre, la decenza e la moderazione che ho sempre dimostrato nei momenti di orgoglio, nonostante la crudeltà dei miei nemici mi avesse spesso costretto a compiere atti di ribellione nei miei momenti di sventura.
Questo approccio finalmente aprì gli occhi ai cittadini: rendendosi conto di aver commesso un errore nel rinunciare alla mia difesa per il proprio interesse, decisero di riprenderla quando ormai era troppo tardi. Avevano altri motivi di lamentela che aggiunsero a quello principale e ne fecero oggetto di diverse rappresentanze molto ben argomentate; queste vennero ulteriormente ampliate e rafforzate man mano che i rigidi e ostili rifiuti del Consiglio, sostenuto dal ministero di Francia, facevano loro comprendere sempre più chiaramente l’intento reale di asservirli. Questi dibattiti portarono alla pubblicazione di diverse brochure, ma nessuna di esse riuscì a giungere a una decisione concreta, fino a quando improvvisamente apparvero le “Lettere scritte dalla Campagna”, un’opera scritta a favore del Consiglio, redatta con grande abilità; grazie ad essa, il partito che rappresentava i cittadini fu costretto al silenzio e per un certo periodo venne sopraffatto. Quest’opera, monumento duraturo ai rari talenti del suo autore, fu scritta dal Procuratore generale Tronchin[293], uomo di spirito, colto e profondamente versato nelle leggi e nel governo della Repubblica. Siluit terra.
(1764.) — Dopo il primo momento di scoraggiamento, i rappresentanti iniziarono a preparare una risposta e, col tempo, riuscirono a gestire la situazione abbastanza bene. Tuttavia, tutti rivolsero lo sguardo verso di me, considerandomi l’unico che potesse affrontare un avversario del genere con qualche speranza di vincerlo. Devo ammettere che anch’io la pensavo allo stesso modo; spinto dai miei vecchi concittadini, i quali ritenevano fosse mio dovere aiutarli con la mia penna in una situazione difficile nella quale io stesso avevo avuto un ruolo, decisi di confutare quelle “Lettere scritte dalla Campagna” e ne parodiai il titolo, chiamandole “Lettere scritte dalla Montagna”. Portai a termine questo progetto in modo così segreto che, durante un incontro a Thonon con i capi dei rappresentanti per discutere delle loro questioni, e dove mi mostrarono la bozza della loro risposta, non dissi loro una parola riguardo alla mia, che ormai era già pronta, temendo che potessero sorgere ostacoli alla sua pubblicazione, sia da parte dei magistrati che dei miei nemici personali. Tuttavia, non riuscii a impedire che quest’opera venisse conosciuta in Francia prima della sua vera uscita; ma preferirono lasciarla pubblicare piuttosto che far capire troppo chiaramente come fossero riusciti a scoprire il mio segreto. Dirò qui ciò che so, il quale si limita a pochissime cose; per quanto riguarda le congetture che ho fatto, preferisco tacere.
A Môtiers ho ricevuto quasi altrettante visite qu’all’Ermitage e a Montmorency; tuttavia, la maggior parte di queste visite era di natura molto diversa. Le persone che venivano a trovarmi in precedenza erano individui i quali, avendo con me punti in comune riguardo a talenti, gusti e opinioni, li utilizzavano come pretesto per le loro visite, permettendomi così di discutere argomenti di cui potevamo parlare insieme. A Môtiers, invece, la situazione era diversa, soprattutto da parte della gente del posto. Si trattava di ufficiali o altre persone che non avevano alcun interesse per la letteratura; anzi, la maggior parte di loro non aveva mai letto le mie opere. Nonostante ciò, affermavano di aver percorso trenta, quaranta, sessanta, cento miglia soltanto per venire a vedere e ammirare quell’uomo illustre, famoso, addirittura molto famoso. Un “grande uomo”, insomma. Da quel momento in poi, non ho fatto che ricevere le più audaci lusinghe da parte di queste persone; un comportamento del tutto contrario a quello che, fino ad allora, la stima che nutrivano per me avrebbe potuto far loro presupporre. Poiché la maggior parte di questi visitatori non si degnava nemmeno di presentarsi o di dirmi quale fosse la loro condizione sociale, poiché le nostre conoscenze non riguardavano gli stessi argomenti e poiché non avevano mai letto né studiato le mie opere, non sapevo di cosa parlare con loro. Aspettavo che fossero loro a iniziare la conversazione, dato che erano loro ad avere il diritto di sapere e di dirmi il motivo per cui venivano da me. Si può facilmente immaginare che queste conversazioni non fossero affatto interessanti per me, anche se forse lo erano per loro, in base a ciò che desideravano conoscere. Poiché ero privo di diffidenza, esprimevo senza riserve tutte le opinioni su qualsiasi argomento mi venisse posto; e loro, di solito, se ne andavano convinti che conoscessero tanto quanto me tutti i dettagli della mia situazione.
Ad esempio, in questo modo ebbi a che fare con il signor de Fains, scudiero della Regina e capitano di cavalleria nel reggimento della Regina; egli ebbe la gentilezza di trascorrere diversi giorni a Môtiers e persino di seguirmi a piedi fino a La Ferrière, conducendo il suo cavallo per la briglia, senza che avessimo altro punto di incontro se non il fatto che entrambi conoscevamo la signorina Fel e che giocavamo entrambi al gioco del bilboquet. Prima e dopo il signor de Fains, ebbi un’altra visita ancora più straordinaria: due uomini arrivarono a piedi, ciascuno con un mulo carico dei propri piccoli bagagli; si fermarono in una locanda, curarono personalmente i loro muli e chiesero di incontrarmi. Il personale della locanda li scambiò per contrabbandieri, e la notizia si diffuse immediatamente: “I contrabbandieri sono venuti a trovare me”. Tuttavia, il modo in cui mi avvicinarono mi fece capire che non erano contrabbandieri; ma, anche se non lo erano, potevano essere avventurieri. E questo dubbio mi tenne per un po’ in allerta. Presto mi rassicurarono: uno di loro era il signor de Montauban, chiamato conte della Tour-du-Pin, gentiluomo del Delfinato; l’altro era il signor Dastier, di Carpentras, ex militare che aveva messo la sua croce di San Luigi in tasca, non potendola esporre apertamente. Questi due signori, entrambi molto gentili e intelligenti, avevano una conversazione piacevole e interessante; il loro modo di viaggiare, così adatto ai miei gusti e così diverso da quello dei gentiluomini francesi, suscitò in me un certo affetto per loro, che il loro rapporto continuò a rafforzare nel tempo. Questa conoscenza non finì lì: continuarono a venirmi a trovare più volte. Ma più li incontravo, meno trovavo somiglianze tra i loro gusti e i miei, meno mi sembrava che le loro idee fossero le stesse delle mie, che i miei scritti fossero loro familiari. Non capivo davvero cosa volessero da me. Perché venivano a trovarmi in quel modo? Perché rimanevano per diversi giorni? Perché tornavano più volte? Perché desideravano così ardentemente ospitarmi? All’epoca non mi posi queste domande. Solo in seguito ho iniziato a rifletterci su.
Toccato dalle loro avances, il mio cuore si arrendeva senza riflettere, soprattutto per quanto riguardava il signor Dastier, il cui atteggiamento più aperto mi piaceva molto di più. Continuai persino a mantenere una corrispondenza con lui; quando decisi di far stampare le “Lettere della Montagna”, pensai di rivolgermi a lui per confondere coloro che aspettavano il mio pacco lungo la strada dell’Olanda. Mi aveva parlato molto, e forse intenzionalmente, della libertà di stampa ad Avignone; mi aveva offerto il suo aiuto qualora avessi avuto bisogno di far stampare qualcosa: approfittai di questa offerta e gli inviai successivamente per posta i primi miei manoscritti. Dopo averli conservati per un certo periodo, me li rimandò, indicando che nessun libraio aveva osato occuparsene; fui quindi costretto a tornare da Rey, facendo attenzione a inviare i miei manoscritti uno dopo l’altro e ad aspettare di ricevere conferma della ricezione del precedente prima di inviarne il successivo. Prima della pubblicazione dell’opera, seppi che era stata vista negli uffici dei ministri; d’Escherny e Neuchâtel mi parlarono di un libro intitolato “L’Uomo della Montagna”, che d’Holbach aveva detto essere mio. Gli assicurai, come era vero, di non aver mai scritto nessun libro con quel titolo. Quando le “Lettere” furono pubblicate, lui fu furioso e mi accusò di mentire, anche se gli avevo detto solo la verità. Fu così che seppi che il mio manoscritto era stato noto. Essendo certo della fedeltà di Rey, fui costretto a cercare altre spiegazioni; quella che preferii considerare fu che i miei pacchi fossero stati aperti alla posta.
Une autre connaissance à peu près du même temps, mais qui se fit d’abord seulement par lettres, fut celle d’un M. Laliaud, de Nîmes, lequel m’écrivit de Paris, pour me prier de lui envoyer mon profil à la silhouette, dont il avait, disait-il, besoin pour mon buste en marbre qu’il faisait faire par Le Moyne, pour le placer dans sa bibliothèque. Si c’était une cajolerie inventée pour m’apprivoiser, elle réussit pleinement. Je jugeai qu’un homme qui voulait avoir mon buste en marbre dans sa bibliothèque était plein de mes ouvrages, par conséquent de mes principes, et qu’il m’aimait parce que son âme était au ton de la mienne. Il était difficile que cette idée ne me séduisît pas. J’ai vu M. Laliaud dans la suite. Je l’ai trouvé très zélé pour me rendre beaucoup de petits services, pour s’entremêler beaucoup dans mes petites affaires. Mais, au reste, je doute qu’aucun de mes écrits ait été du petit nombre des livres qu’il a lus en sa vie. J’ignore s’il a une bibliothèque, et si c’est un meuble à son usage, et quant au buste, il s’est borné à une mauvaise esquisse en terre, faite par Le Moyne, sur laquelle il a fait graver un portrait hideux qui ne laisse pas de courir sous mon nom, comme s’il avait avec moi quelque ressemblance.
Le seul Français qui parut me venir voir par goût pour mes sentiments et pour mes ouvrages fut un jeune officier du régiment de Limousin, appelé M. Séguier de Saint-Brisson, qu’on a vu et qu’on voit peut-être encore briller à Paris et dans le monde par des talents assez aimables et par des prétentions au bel esprit. Il m’était venu voir à Montmorency l’hiver qui précéda ma catastrophe. Je lui trouvai une vivacité de sentiment qui me plut. Il m’écrivit dans la suite à Môtiers, et soit qu’il voulût me cajoler, ou que réellement la tête lui tournât de l’Émile, il m’apprit qu’il quittait le service pour vivre indépendant, et qu’il apprenait le métier de menuisier. Il avait un frère aîné, capitaine dans le même régiment, pour lequel était toute la prédilection de la mère, qui, dévote outrée, et dirigée par je ne sais quel abbé tartufe, en usait très mal avec le cadet, qu’elle accusait d’irréligion, et même du crime irrémissible d’avoir des liaisons avec moi. Voilà les griefs sur lesquels il voulut rompre avec sa mère, et prendre le parti dont je viens de parler, le tout pour faire le petit Émile.
Alarmé de cette pétulance, je me hâtai de lui écrire pour le faire changer de résolution, et je mis à mes exhortations toute la force dont j’étais capable : elles furent écoutées. Il rentra dans son devoir vis-à-vis de sa mère, et il retira des mains de son colonel sa démission, qu’il lui avait donnée, et dont celui-ci avait eu la prudence de ne faire aucun usage, pour lui laisser le temps d’y mieux réfléchir. Saint-Brisson, revenu de ses folies, en fit une un peu moins choquante, mais qui n’était guère plus de mon goût ; ce fut de se faire auteur. Il donna coup sur coup deux ou trois brochures, qui n’annonçaient pas un homme sans talent, mais sur lesquelles je n’aurai pas à me reprocher de lui avoir donné des éloges bien encourageants pour poursuivre cette carrière.
Quelque temps après, il me vint voir, et nous fîmes ensemble le pèlerinage de l’île de Saint-Pierre. Je le trouvai dans ce voyage différent de ce que je l’avais vu à Montmorency. Il avait je ne sais quoi d’affecté, qui d’abord ne me choqua pas beaucoup, mais qui m’est revenu souvent en mémoire depuis ce temps-là. Il me vint voir encore une fois à l’hôtel de Saint-Simon, à mon passage à Paris pour aller en Angleterre. J’appris là, ce qu’il ne m’avait pas dit, qu’il vivait dans les grandes sociétés, et qu’il voyait assez souvent Mme de Luxembourg. Il ne me donna aucun signe de vie à Trye et ne me fit rien dire par sa parente, Mlle Séguier, qui était ma voisine, et qui ne m’a jamais paru bien favorablement disposée pour moi. En un mot, l’engouement de M. de Saint-Brisson finit tout d’un coup, comme la liaison de M. de Fains ; mais celui-ci ne me devait rien, et l’autre me devait quelque chose, à moins que les sottises que je l’avais empêché de faire n’eussent été qu’un jeu de sa part : ce qui, dans le fond, pourrait très bien être.
J’eus aussi des visites de Genève tant et plus. Les De Luc père et fils me choisirent successivement pour leur garde-malade : le père tomba malade en route ; le fils l’était en partant de Genève ; tous deux vinrent se rétablir chez moi. Des ministres, des parents, des cagots, des quidams de toute espèce, venaient de Genève et de Suisse, non pas comme ceux de France, pour m’admirer et me persifler, mais pour me tancer et catéchiser. Le seul qui me fit plaisir fut Moultou, qui vint passer trois ou quatre jours avec moi, et que j’y aurais bien voulu retenir davantage. Le plus constant de tous, celui qui s’opiniâtra le plus, et qui me subjugua à force d’importunités, fut un M. d’Ivernois, commerçant de Genève, Français réfugié et parent du Procureur général de Neuchâtel. Ce M. d’Ivernois de Genève passait à Môtiers deux fois l’an, tout exprès pour m’y venir voir, restait chez moi du matin au soir plusieurs jours de suite, se mettait de mes promenades, m’apportait mille sortes de petits cadeaux, s’insinuait malgré moi dans ma confidence, se mêlait de toutes mes affaires, sans qu’il y eût entre lui et moi aucune communion d’idées, ni d’inclinations, ni de sentiments, ni de connaissances. Je doute qu’il ait lu dans toute sa vie un livre entier d’aucune espèce, et qu’il sache même de quoi traitent les miens. Quand je commençai d’herboriser, il me suivit dans mes courses de botanique, sans goût pour cet amusement, et sans avoir rien à me dire, ni moi à lui. Il eut même le courage de passer avec moi trois jours entiers tête-à-tête dans un cabaret à Goumoens, d’où j’avais cru le chasser à force de l’ennuyer et de lui faire sentir combien il m’ennuyait, et tout cela sans qu’il m’ait été possible jamais de rebuter son incroyable constance, ni d’en pénétrer le motif.
Parmi toutes ces liaisons, que je ne fis et n’entretins que par force, je ne dois pas omettre la seule qui m’ait été agréable, et à laquelle j’aie mis un véritable intérêt de cœur : c’est celle d’un jeune Hongrois qui vint se fixer à Neuchâtel, et de là à Môtiers, quelques mois après que j’y fus établi moi-même. On l’appelait dans le pays le baron de Sauttern, nom sous lequel il y avait été recommandé de Zurich. Il était grand et bien fait, d’une figure agréable, d’une société liante et douce. Il dit à tout le monde, et me fit entendre à moi-même, qu’il n’était venu à Neuchâtel qu’à cause de moi, et pour former sa jeunesse à la vertu par mon commerce. Sa physionomie, son ton, ses manières, me parurent d’accord avec ses discours, et j’aurais cru manquer à l’un des plus grands devoirs en éconduisant un jeune homme en qui je ne voyais rien que d’aimable et qui me recherchait par un si respectable motif. Mon cœur ne sait point se livrer à demi. Bientôt il eut toute mon amitié, toute ma confiance ; nous devînmes inséparables. Il était de toutes mes courses pédestres ; il y prenait goût. Je le menai chez Milord Maréchal, qui lui fit mille caresses. Comme il ne pouvait encore s’exprimer en français, il ne me parlait et ne m’écrivait qu’en latin : je lui répondais en français, et ce mélange des deux langues ne rendait nos entretiens ni moins coulants, ni moins vifs à tous égards. Il me parla de sa famille, de ses affaires, de ses aventures, de la cour de Vienne, dont il paraissait bien connaître les détails domestiques. Enfin, pendant près de deux ans que nous passâmes dans la plus grande intimité, je ne lui trouvai qu’une douceur de caractère à toute épreuve, des mœurs non seulement honnêtes, mais élégantes, une grande propreté sur sa personne, une décence extrême dans tous ses discours, enfin toutes les marques d’un homme bien né, qui me le rendirent trop estimable pour ne pas me le rendre cher.
Dans le fort de mes liaisons avec lui, d’Ivernois de Genève m’écrivit que je prisse garde au jeune Hongrois qui était venu s’établir près de moi, qu’on l’avait assuré que c’était un espion que le ministère de France avait mis auprès de moi. Cet avis pouvait paraître d’autant plus inquiétant, que dans le pays où j’étais, tout le monde m’avertissait de me tenir sur mes gardes, qu’on me guettait, et qu’on cherchait à m’attirer sur le territoire de France, pour m’y faire un mauvais parti.
Another acquaintance I made around the same time, but initially only through correspondence, was Mr. Laliaud from Nîmes. He wrote to me from Paris, asking me to send him my profile in silhouette, as he needed it for the marble bust of me that he was having made by Le Moyne, in order to display it in his library. If this was some flattery intended to win me over, it was completely successful. I concluded that a man who wanted to have my marble bust in his library must be very interested in my works—and therefore in my principles—and that he loved me because his soul resonated with mine. It was impossible not to be attracted by such an idea. Later on, I met Mr. Laliaud in person; he seemed very eager to do me many small favors and get involved in my personal affairs. However, I doubt that any of my writings were among the few books he ever read in his life. I have no idea whether he even has a library, or whether it is merely an object for his use. As for the bust, all that was done was a crude sketch in clay by Le Moyne, onto which a grotesque portrait was engraved—portraying someone who bears no resemblance to me at all.
The only Frenchman who seemed to visit me out of genuine interest in my feelings and my works was a young officer from the Limousin regiment, named Monsieur Séguier de Saint-Brisson. He had, and perhaps still has, a reputation in Paris and among society for his pleasant talents and his pretensions to intellectual distinction. He came to see me at Montmorency in the winter before my misfortune. I found him to be very enthusiastic and expressive, which pleased me greatly. Later, he wrote to me from Môtiers. Whether he intended to flatter me or if he truly was infatuated with Émile, he told me that he was leaving the military service to live independently and that he was learning the craft of carpentry. He had an older brother, a captain in the same regiment, who was the object of his mother’s entire favor. Being an extremely pious woman, and influenced by some hypocritical abbot or priest, she treated her younger son very harshly, accusing him of irreligion—and even of the unforgivable crime of having connections with me. It was for these reasons that he decided to break away from his mother and choose the path I have just mentioned—all in order to support little Émile.
Alarmed by this behavior, I hurriedly wrote to him to change his mind and poured all the earnestness I could into my exhortations—they were heeded. He resumed his duties toward his mother and withdrew the resignation he had given to his colonel, who had wisely refrained from acting on it, giving him time to reconsider his decision. Saint-Brisson, having come back from his wild behavior, resorted to a less shocking but still far from pleasing approach: he decided to become a writer. He published two or three pamphlets in quick succession, which showed that he was not without talent, but I would have no reason to regret having given him words of encouragement to pursue this career.
Some time later, he came to see me, and we made the pilgrimage together to the island of Saint-Pierre. I found him during this trip quite different from how I had seen him in Montmorency. He had an affected manner about him that, at first, did not disturb me much, but which has often come back to my mind since then. He came to see me again at the Hôtel de Saint-Simon when I was passing through Paris on my way to England. There I learned something he had not told me: that he frequented high-society circles and that he met Madame de Luxembourg quite often. He gave me no news of his life in Trye, nor did he ask me to convey any messages from his relative, Mademoiselle Séguier, who was my neighbor and who never seemed particularly fond of me. In short, Mr. de Saint-Brisson’s interest in me suddenly ended, just like Mr. de Fains’ relationship with me; but the latter owed me nothing, while the former owed me something—unless all those foolish things I had prevented him from doing were merely a game on his part: which, after all, is quite possible.
I also began to receive increasingly frequent visits from Geneva. The De Lucs, father and son, chose me successively as their nurse: the father fell ill on his way; the son was already ill when he left Geneva; both of them came to recover at my place. Ministers, relatives, people from all walks of life—some even considered odd or eccentric—came from Geneva and Switzerland, not like those in France who would come to admire me and mock me, but rather to reprimand me and lecture me. The only one who truly pleased me was Moultou, who spent three or four days with me; I would have been glad to keep him longer. The most persistent of all, the one who insisted the most and ultimately overwhelmed me with his incessant demands, was a Mr. d’Ivernois—a Geneva merchant, a French refugee, and a relative of the Attorney General of Neuchâtel. This Mr. d’Ivernois would visit Môtiers twice a year just to see me; he would stay with me from morning till night for several days at a time, accompany me on my walks, bring me all sorts of small gifts, and insist on being involved in every aspect of my life, despite the fact that there was no common ground between us in terms of ideas, interests, feelings, or knowledge. I doubt he had ever read a single book in his life, nor did he seem to have any idea what my own books were about. When I began collecting plants, he followed me on my botanical excursions—yet he showed no interest in this activity and had nothing to say to me; indeed, he even had the audacity to spend three whole days with me alone in a tavern in Goumoens, despite my efforts to annoy him and make him realize how much of a nuisance he was. Yet I was never able to shake off his incredible persistence, nor could I understand the reason behind it.
Among all these connections that I entered into and maintained only out of necessity, I must not overlook the only one that brought me genuine pleasure and for which I felt a sincere interest: it was that with a young Hungarian who came to settle in Neuchâtel, and later in Môtiers, a few months after I myself had established myself there. In the local community, he was known as Baron de Sauttern, the name under which he had been recommended to us from Zurich. He was tall and well-built, with an attractive face, a pleasant and gentle demeanor. He told everyone, and especially made me aware of it himself, that he had come to Neuchâtel solely because of me, in order to cultivate his virtues through our association. His appearance, tone of voice, and manners seemed entirely in line with what he said; I felt that it would be a grave neglect of one of my greatest duties to turn away such a young man—someone who appeared to possess only lovely qualities and who sought my company for such a respectable reason. My heart is not capable of half-hearted commitment; soon, he won all my friendship and trust, and we became inseparable. He joined me on all my walks and even took a keen interest in them. I introduced him to Lord Maréchal, who treated him with great kindness. Since he was not yet able to speak French, he communicated with me and wrote to me in Latin; I replied in French, and this mixture of the two languages made our conversations neither less fluid nor less lively in any way. He told me about his family, his affairs, his adventures, and the details of life at the Viennese court, which he seemed to know very well. In short, during the nearly two years that we spent in the closest friendship, I found in him a gentle character that remained unshaken under all circumstances, manners that were not only honest but also elegant, great personal cleanliness, and extreme decorum in all his speech—in short, all the signs of a man of good birth. These qualities made him so admirable to me that he soon became someone I cherished deeply.
During the period of my close relations with him, someone from Ivernois in Geneva wrote to me, advising me to be wary of the young Hungarian who had come to settle near me, as it was claimed that he was a spy sent by the French ministry to monitor my activities. This warning might have seemed all the more concerning given that, in the country where I found myself, everyone advised me to be on guard, stating that I was being watched and that attempts were being made to lure me into French territory in order to do me harm.
Un’altra conoscenza, avvenuta più o meno nello stesso periodo ma inizialmente solo attraverso lettere, fu quella con un certo signor Laliaud di Nîmes, il quale mi scrisse da Parigi chiedendomi di inviargli il mio profilo in silhouette, che gli sarebbe stato necessario per realizzare il mio busto in marmo commissionato a Le Moyne, al fine di collocarlo nella sua biblioteca. Se si trattava di una scusa inventata per avvicinarmi a lui, ebbe pieno successo: giudicai che un uomo desideroso di possedere il mio busto in marmo nella propria biblioteca dovesse essere molto interessato ai miei scritti, e quindi anche ai miei principi; dedussi quindi che mi amasse perché la sua anima fosse in sintonia con la mia. Era difficile che un’idea del genere non mi attirasse. In seguito ho incontrato il signor Laliaud: mi è sembrato molto premuroso nel fornirmi piccoli aiuti e nell’intervenire spesso nelle mie faccende personali. Tuttavia, dubito che alcuno dei miei scritti sia mai fatto parte della ristretta collezione di libri che ha letto in vita sua. Non so nemmeno se possieda davvero una biblioteca, né se essa costituisca per lui un vero e proprio oggetto di uso quotidiano. Per quanto riguarda il busto, si è limitato a realizzare una brutta bozza in terracotta, su cui Le Moyne ha inciso un ritratto orribile che porta il mio nome, come se io fossi davvero simile a quella figura.
L’unico francese che venne a trovarmi, spinto dal piacere per i miei sentimenti e i miei scritti, fu un giovane ufficiale del reggimento di Limousin di nome Monsieur Séguier de Saint-Brisson; lo si è visto, e forse si vede ancora oggi, brillare a Parigi e nel mondo grazie a talenti piuttosto gradevoli e a una certa pretesa di essere colto. Mi venne a trovare a Montmorency nell’inverno precedente alla mia rovina. Notai in lui una vivacità di sentimenti che mi piacque molto. In seguito mi scrisse da Môtiers; forse voleva lusingarmi, o forse davvero era influenzato negativamente da Émile. Mi comunicò che lasciava il servizio militare per vivere in modo indipendente e che stava imparando il mestiere di falegname. Aveva un fratello maggiore, capitano nello stesso reggimento; tutta la preferenza della madre andava a lui. Questa donna, estremamente devota e guidata da chissà quale abate ipocrita, trattava molto male il figlio minore, accusandolo di irreligiosità, e persino del crimine irreparabile di aver avuto rapporti con me. Fu su queste accuse che decise di rompere i legami con sua madre e di prendere la posizione di cui ho appena parlato. Tutto questo, naturalmente, per sostenere Émile.
Allarmato da questa sua impulsività, mi affrettai a scrivergli per farlo cambiare idea, e dedicai alle mie esortazioni tutta la forza di cui ero capace: furono ascoltate. Tornò ad adempiere ai suoi doveri verso sua madre e ritirò dalla mano del suo colonnello la lettera di dimissioni che gli aveva inviato; quest’ultimo, saggiamente, non l’aveva utilizzata, lasciandogli il tempo di rifletterci meglio. Saint-Brisson, tornato in sé dalle sue follie, scelse una strada un po’ meno scioccante, ma che comunque non mi piaceva affatto: decise di diventare uno scrittore. Pubblicò una serie di brochures, le quali dimostravano che non era privo di talento, ma su cui non dovrei rimproverarmi per avergli dato incoraggiamenti sufficienti a proseguire in quella carriera.
Dopo un po’ di tempo, venne a trovarmi e insieme facemmo il pellegrinaggio sull’isola di Saint-Pierre. Lo trovai diverso da come lo avevo visto a Montmorency: aveva qualcosa di affettato nel comportamento che all’inizio non mi colpì molto, ma che da allora è spesso tornato nella mia memoria. Mi venne ancora a trovare una volta all’hotel de Saint-Simon, durante il mio passaggio per Parigi in direzione dell’Inghilterra. Lì appresi ciò che non mi aveva detto: viveva nelle grandi società e vedeva abbastanza spesso la signora di Luxembourg. Non mi diede alcun segno di vita a Trye, né mi fece chiedere nulla attraverso sua cugina, la signorina Séguier, che era mia vicina e che non mi è mai sembrata particolarmente favorevole nei miei confronti. In breve, l’entusiasmo di Monsieur de Saint-Brisson finì all’improvviso, proprio come quella relazione con Monsieur de Fains; ma quest’ultimo non mi doveva nulla, mentre l’altro mi doveva qualcosa, a meno che le sciocchezze che gli avevo impedito di commettere non fossero state soltanto un gioco da parte sua: il che, in fondo, potrebbe ben essere vero.
Fui anche visitato sempre più spesso da persone provenienti da Ginevra. I signori De Luc, padre e figlio, mi scelsero uno dopo l’altro come loro infermiere: il padre si ammalò durante il viaggio; il figlio lo seguì nella malattia al momento della partenza da Ginevra; entrambi vennero a riprendersi a casa mia. Ministri, parenti, persone di ogni sorta provenivano da Ginevra e dalla Svizzera, non per ammirarmi o deridermi, ma per rimproverarmi e “catechizzarmi”. L’unico che mi fece piacere fu Moultou, che trascorse con me tre o quattro giorni e che avrei voluto tenere con me ancora a lungo. Il più insistente di tutti, colui che si ostinò di più e che riuscì a sottomettermi con la sua insistenza, fu un certo signor d’Ivernois, commerciante di Ginevra, francese rifugiato e parente del Procuratore Generale di Neuchâtel. Questo signor d’Ivernois veniva a Môtiers due volte all’anno apposta per vedermi, rimaneva a casa mia dal mattino alla sera per diversi giorni consecutivi, mi accompagnava nelle mie escursioni botaniche, mi portava mille piccoli regali, cercava in tutti i modi di entrare nella mia confidenza e si intrometteva in tutte le mie faccende, senza che tra noi esistesse alcuna affinità di idee, inclinazioni, sentimenti o conoscenze. Dubito che abbia mai letto in tutta la sua vita un libro intero, né che sappia nemmeno di cosa trattano i miei libri. Quando iniziai a collezionare piante, mi seguì nelle mie escursioni botaniche, senza alcun interesse per questo passatempo e senza avere nulla da dirmi, né io a lui. Ebbe persino il coraggio di trascorrere tre giorni interi con me in un cabaret a Goumoens; credevo di essere riuscito a scacciarlo a forza di annoiarlo e fargli capire quanto mi fosse fastidioso, ma non riuscii mai a scoraggiare la sua incredibile insistenza, né a comprendere il motivo della sua perseveranza.
Tra tutte queste relazioni, che intrattenni soltanto per necessità, non devo tralasciare quella unica che mi fu piacevole e alla quale dedicai davvero tutto il mio interesse: si trattava di un giovane ungherese che venne a stabilirsi a Neuchâtel, e successivamente anche a Môtiers, pochi mesi dopo il mio arrivo lì. Nel paese lo chiamavano “barone di Sauttern”, nome con cui era stato raccomandato da Zurigo. Era alto e ben fatto, dal viso attraente, e aveva un modo di comportarsi affabile e gentile. Diceva a tutti, e me lo fece capire anche lui stesso, che era venuto a Neuchâtel soltanto per causa mia, con l’intento di educare la sua giovinezza alla virtù attraverso la nostra frequentazione. Il suo aspetto, il tono della sua voce e i suoi modi sembravano in armonia con quanto diceva; avrei ritenuto di mancare a uno dei doveri più importanti se avessi allontanato un giovane che non presentava altro difetto se non una grande dolcezza, e che mi cercava per motivi così rispettabili. Il mio cuore non sapeva come resistere. Presto ottenne tutta la mia amicizia e la mia fiducia; diventammo inseparabili. Partecipava a tutte le mie escursioni a piedi, prendendovi grande piacere. Lo portai da Lord Maréchal, che gli dimostrò grande affetto. Poiché non sapeva ancora parlare francese, mi scriveva e mi parlava soltanto in latino; io rispondevo in francese, e questo miscuglio delle due lingue rendeva i nostri dialoghi né meno fluidi né meno vivaci sotto ogni aspetto. Mi raccontò della sua famiglia, delle sue faccende, delle sue avventure, e della corte di Vienna, di cui sembrava conoscere molto bene i dettagli interni. Infine, durante quasi due anni trascorsi nella massima intimità, non trovai in lui altro che una dolcezza di carattere davvero incantevole, modi non solo onesti ma anche eleganti, grande cura del proprio aspetto, estrema decoro nelle parole. Insomma, tutte le caratteristiche di un uomo nobile e perbene, che lo resero così prezioso da farmelo apparire davvero caro.
Nonostante i miei stretti legami con lui, d’Ivernois de Genève mi scrisse di stare attento al giovane ungherese che si era stabilito vicino a me, dicendomi che gli era stato riferito che si trattasse di uno spia inviato dal ministero francese per tenermi sotto controllo. Questo avvertimento poteva sembrare ancora più preoccupante, soprattutto nel paese in cui mi trovavo: tutti mi consigliavano di stare in guardia, dicendo che qualcuno mi stesse tenendo d’occhio e cercasse di attirarmi sul territorio francese per farmi del male.
Pour fermer la bouche une fois pour toutes à ces ineptes donneurs d’avis, je proposai à Sauttern, sans le prévenir de rien, une promenade pédestre à Pontarlier ; il y consentit. Quand nous fûmes arrivés à Pontarlier, je lui donnai à lire la lettre de d’Ivernois, et puis l’embrassant avec ardeur, je lui dis : Sauttern n’a pas besoin que je lui prouve ma confiance, mais le public a besoin que je lui prouve que je la sais bien placer. Cet embrassement fut bien doux ; ce fut un de ces plaisirs de l’âme que les persécuteurs ne sauraient connaître, ni les ôter aux opprimés.
Je ne croirai jamais que Sauttern fût un espion, ni qu’il m’ait trahi ; mais il m’a trompé. Quand j’épanchais avec lui mon cœur sans réserve, il eut le courage de me fermer constamment le sien, et de m’abuser par des mensonges. Il me controuva je ne sais quelle histoire qui me fit juger que sa présence était nécessaire dans son pays. Je l’exhortai de partir au plus vite : il partit, et quand je le croyais déjà en Hongrie, j’appris qu’il était à Strasbourg. Ce n’était pas la première fois qu’il y avait été. Il y avait jeté du désordre dans un ménage : le mari, sachant que je le voyais, m’avait écrit. Je n’avais omis aucun soin pour ramener la jeune femme à la vertu, et Sauttern à son devoir[295]. Quand je les croyais parfaitement détachés l’un de l’autre, ils s’étaient rapprochés, et le mari même eut la complaisance de reprendre le jeune homme dans sa maison ; dès lors je n’eus plus rien à dire. J’appris que le prétendu baron m’en avait imposé par un tas de mensonges. Il ne s’appelait point Sauttern, il s’appelait Sauttersheim. À l’égard du titre de baron, qu’on lui donnait en Suisse, je ne pouvais le lui reprocher, parce qu’il ne l’avait jamais pris : mais je ne doute pas qu’il ne fût bien gentilhomme, et Milord Maréchal, qui se connaissait en hommes, et qui avait été dans son pays, l’a toujours regardé et traité comme tel.
Sitôt qu’il fut parti, la servante de l’auberge où il mangeait à Môtiers se déclara grosse de son fait. C’était une si vilaine salope, et Sauttern, généralement estimé et considéré dans tout le pays par sa conduite et ses mœurs honnêtes, se piquait si fort de propreté, que cette impudence choqua tout le monde. Les plus aimables personnes du pays, qui lui avaient inutilement prodigué leurs agaceries, étaient furieuses ; j’étais outré d’indignation. Je fis tous mes efforts pour faire arrêter cette effrontée, offrant de payer tous les frais et de cautionner Sauttersheim. Je lui écrivis, dans la forte persuasion non seulement que cette grossesse n’était pas de son fait, mais qu’elle était feinte, et que tout cela n’était qu’un jeu joué par ses ennemis et les miens : je voulais qu’il revînt dans le pays confondre cette coquine et ceux qui la faisaient parler. Je fus surpris de la mollesse de sa réponse. Il écrivit au pasteur, dont la salope était paroissienne, et fit en sorte d’assoupir l’affaire ; ce que voyant, je cessai de m’en mêler, fort étonné qu’un homme aussi crapuleux eût pu être assez maître de lui-même pour m’en imposer par sa réserve dans la plus intime familiarité.
De Strasbourg, Sauttersheim fut à Paris chercher fortune, et n’y trouva que de la misère. Il m’écrivit en disant son peccavi. Mes entrailles s’émurent au souvenir de notre ancienne amitié ; je lui envoyai quelque argent. L’année suivante, à mon passage à Paris, je le revis à peu près dans le même état, mais grand ami de M. Laliaud, sans que j’aie pu savoir d’où lui venait cette connaissance, et si elle était ancienne ou nouvelle. Deux ans après, Sauttersheim retourna à Strasbourg d’où il m’écrivit, et où il est mort. Voilà l’histoire abrégée de nos liaisons, et ce que je sais de ses aventures : mais, en déplorant le sort de ce malheureux jeune homme, je ne cesserai jamais de croire qu’il était bien né, et que tout le désordre de sa conduite fut l’effet des situations où il s’est trouvé.
Telles furent les acquisitions que je fis à Môtiers, en fait de liaisons et de connaissances. Qu’il en aurait fallu de pareilles pour compenser les cruelles pertes que je fis dans le même temps !
La première fut celle de M. de Luxembourg, qui, après avoir été tourmenté longtemps par les médecins, fut enfin leur victime, traité de la goutte, qu’ils ne voulurent point reconnaître, comme d’un mal qu’ils pouvaient guérir : si l’on doit s’en rapporter là-dessus à la relation que m’en écrivit La Roche, l’homme de confiance de Mme la Maréchale, c’est bien par cet exemple, aussi cruel que mémorable, qu’il faut déplorer les misères de la grandeur.
La perte de ce bon seigneur me fut d’autant plus sensible, que c’était le seul ami vrai que j’eusse en France, et la douceur de son caractère était telle, qu’elle m’avait fait oublier tout à fait son rang, pour m’attacher à lui comme à mon égal. Nos liaisons ne cessèrent point par ma retraite, et il continua de m’écrire comme auparavant. Je crus pourtant remarquer que l’absence, ou mon malheur, avait attiédi son affection. Il est bien difficile qu’un courtisan garde le même attachement pour quelqu’un qu’il sait être dans la disgrâce des puissances. J’ai jugé d’ailleurs que le grand ascendant qu’avait sur lui Mme de Luxembourg ne m’avait pas été favorable, et qu’elle avait profité de mon éloignement pour me nuire dans son esprit. Pour elle, malgré quelques démonstrations affectées et toujours plus rares, elle cacha moins, de jour en jour, son changement à mon égard. Elle m’écrivit quatre ou cinq fois en Suisse, de temps à autre, après quoi elle ne m’écrivit plus du tout, et il fallait toute la prévention, toute la confiance, tout l’aveuglement où j’étais encore, pour ne pas voir en elle plus que du refroidissement envers moi.
Le libraire Guy, associé de Duchesne, qui depuis moi fréquentait beaucoup l’Hôtel de Luxembourg, m’écrivit que j’étais sur le testament de M. le Maréchal. Il n’y avait rien là que de très naturel et de très croyable ; ainsi je n’en doutai pas. Cela me fit délibérer en moi-même comment je me comporterais sur ce legs. Tout bien pesé, je résolus de l’accepter, quel qu’il pût être, et de rendre cet honneur à un honnête homme qui, dans un rang où l’amitié ne pénètre guère, en avait eu une véritable pour moi. J’ai été dispensé de ce devoir, n’ayant plus entendu parler de ce legs vrai ou faux ; et en vérité j’aurais été peiné de blesser une des grandes maximes de ma morale, en profitant de quelque chose à la mort de quelqu’un qui m’avait été cher. Durant la dernière maladie de notre ami Mussard, Lenieps me proposa de profiter de la sensibilité qu’il marquait à nos soins, pour lui insinuer quelques dispositions en notre faveur. Ah ! cher Lenieps, lui dis-je, ne souillons pas par des idées d’intérêt les tristes, mais sacrés devoirs, que nous rendons à notre ami mourant. J’espère n’être jamais dans le testament de personne, et jamais du moins dans celui d’aucun de mes amis. Ce fut à peu près dans ce même temps-ci que Milord Maréchal me parla du sien, de ce qu’il avait dessein d’y faire pour moi, et que je lui fis la réponse dont j’ai parlé dans ma première partie[296].
Ma seconde perte, plus sensible encore, et bien plus irréparable, fut celle de la meilleure des femmes et des mères, qui déjà chargée d’ans et surchargée d’infirmités et de misères, quitta cette Vallée de larmes pour passer dans le séjour des bons, où l’aimable souvenir du bien que l’on a fait ici-bas en fait l’éternelle récompense. Allez, âme douce et bienfaisante, auprès des Fénelon, des Bernex, des Catinat, et de ceux qui, dans un état plus humble, ont ouvert comme eux leurs cœurs à la charité véritable ; allez goûter le fruit de la vôtre, et préparer à votre élève la place qu’il espère un jour occuper près de vous ! Heureuse, dans vos infortunes, que le Ciel en les terminant, vous ait épargné le cruel spectacle des siennes ! Craignant de contrister son cœur par le récit de mes premiers désastres, je ne lui avais point écrit depuis mon arrivée en Suisse ; mais j’écrivis à M. de Conzié pour m’informer d’elle, et ce fut lui qui m’apprit qu’elle avait cessé de soulager ceux qui souffraient, et de souffrir elle-même. Bientôt je cesserai de souffrir aussi ; mais si je croyais ne la pas revoir dans l’autre vie, ma faible imagination se refuserait à l’idée du bonheur parfait que je m’y promets.
To shut the mouths of those inept so-called advisors once and for all, I proposed to Sauttern, without informing him in advance, a walk in Pontarlier; he agreed. When we arrived there, I read him the letter from d’Ivernois, and then, embracing him warmly, I said: “Sauttern doesn’t need me to prove my trust in him, but the public needs to see that I know how to place it.” That embrace was truly tender; it was one of those pleasures of the soul that persecutors could never understand, nor could they take away from those who are oppressed.
I will never believe that Sauttern was a spy, nor that he betrayed me; but he deceived me. When I opened my heart to him without reservation, he had the audacity to always keep his own closed and to deceive me with lies. He concocted some story that made me believe his presence was necessary in his country. I urged him to leave as soon as possible; he did so, but when I thought he was already in Hungary, I learned that he was actually in Strasbourg. It was not the first time he had been there—he had caused trouble in a particular household; the husband, knowing that I knew about it, had written to me. I had done everything in my power to restore the young woman to virtue and Sauttern to his duties[295]. But just when I thought they were completely separated, they got back together again, and the husband even went so far as to welcome the young man back into his home. At that point, there was nothing more I could say. I later discovered that this so-called baron had deceived me with a bunch of lies. His name was not Sauttern; it was Sauttersheim. As for the title of baron that people gave him in Switzerland, I couldn’t blame him for that, since he had never claimed it himself; but I have no doubt that he was indeed a gentleman. And Lord Maréchal, who knew how to judge people and had been in his country, always treated him as such.
As soon as he left, the maid at the inn where he dined in Môtiers claimed that she was pregnant by him. She was such a vile wretch, and Sauttern—generally respected throughout the region for his honest conduct and morals—was so particular about cleanliness that such audacity shocked everyone. The kind-hearted people of the town, who had needlessly annoyed him, were furious; I was outraged. I did everything in my power to have that shameless woman arrested, offering to cover all expenses and guarantee Sautternheim’s safety. I wrote to him, firmly convinced not only that she was not pregnant by him but that the whole thing was a pretense, a scheme orchestrated by his enemies and mine—I wanted him to return home and expose that wicked woman and those who were using her against him. I was surprised by the lukewarmness of his response. He wrote to the pastor, whose parishioner that woman was, and managed to have the matter dropped; seeing this, I stopped intervening, deeply astonished that such a despicable person could maintain enough self-control as to keep me at bay even in the most intimate settings.
From Strasbourg, Sauttersheim went to Paris in search of fortune but found only misery there. He wrote to me, expressing his remorse. The memory of our old friendship moved me deeply, and I sent him some money. The following year, when I passed through Paris again, I saw him in much the same state, but now a close friend of Mr. Laliaud—though I never learned where they had met or whether their friendship was old or new. Two years later, Sauttersheim returned to Strasbourg, where he wrote to me one last time before passing away. This is the brief account of our relationship and what I know about his adventures. Yet, even as I lament the fate of this unfortunate young man, I will never cease to believe that he was born with good qualities, and that all the turmoil in his behavior was merely the result of the difficult circumstances he found himself in.
Such were the connections and acquaintances I made in Môtiers. How many more of such would have been needed to compensate for the terrible losses I suffered at the same time!
The first case was that of Mr. de Luxembourg, who, after suffering greatly at the hands of doctors for a long time, ultimately became their victim. He was treated for gout—a disease they refused to acknowledge as one that could be cured. If we are to rely on the account La Roche, the trusted companion of Madame la Maréchale, wrote to me about this matter, it is indeed through such a cruel and memorable example that we must lament the miseries inherent in greatness.
The loss of this kind and generous lord was all the more painful to me because he was the only true friend I had in France. His gentle nature was such that it made me forget entirely his high rank and regard him as my equal. Our friendship did not cease even after my departure, and he continued to write to me just as before. However, I began to notice that his affection seemed to have faded due to my absence or perhaps because of some misfortune that had befallen me. It is indeed very difficult for a courtier to maintain the same loyalty toward someone whom they know to be in disfavor with those in power. Moreover, I felt that Madame de Luxembourg’s great influence over him was not to my advantage; she must have taken advantage of my distance to harm my reputation in his eyes. As for her, despite some superficial and increasingly infrequent expressions of affection, she gradually showed less and less warmth toward me. She wrote to me four or five times while I was in Switzerland, but after that, she stopped completely. It took all my naivety, trust, and blindness to fail to recognize the coldness she now displayed toward me.
The bookseller Guy, a partner of Duchesne’s and someone who had often visited the Hôtel de Luxembourg since my time there, wrote to me saying that I was mentioned in Marshal’s will. There was nothing in it that could be considered unusual or unbelievable; therefore, I did not doubt it for a moment. This made me consider how I should act regarding this inheritance. After careful consideration, I decided to accept it whatever it might be and to honor such an honest man who, in a position where friendship rarely penetrates, had truly shown me kindness. However, I was later relieved of this obligation, as I never heard anything further about this will, whether real or fake. In truth, I would have felt ashamed to violate one of the fundamental principles of my morality by taking advantage of someone who had been dear to me in their final moments. During our friend Mussard’s last illness, Lenieps suggested that we take advantage of his sensitivity toward our care and make some arrangements in our favor. “Ah, dear Lenieps,” I said to him, “let us not tarnish the sad but sacred duties we owe to a dying friend with thoughts of self-interest. I hope I will never be mentioned in anyone’s will, and certainly not in that of any of my friends.” It was around this same time that Lord Marshal spoke to me about his own will and what he intended to include for my benefit; I gave him the reply I mentioned in the first part of this narrative[296].
My second loss, even more profound and far more irreparable, was that of the finest woman and mother. Already aged and burdened with illness and hardship, she left this Valley of Tears to dwell in the abode of the good, where the pleasant recollection of the good one has done here makes eternal reward possible. Go, gentle and kind-hearted soul, join those such as Fénelon, Bernex, Catinat, and others who, in humbler stations, opened their hearts to true charity like they did; go and taste the fruits of your own kindness, and prepare for your disciple the place he hopes to occupy by your side one day! Blessed indeed are you in your misfortunes, that Heaven, in ending them, has spared you the cruel sight of her own suffering! Fearful of grieving her heart with the tale of my initial disasters, I had not written to her since arriving in Switzerland; but I wrote to Mr. de Conzié to inquire about her, and it was he who told me that she had ceased to aid those in pain and had herself ceased to suffer. Soon, I too will cease to suffer; but if I believed I would never see her again in the next life, my feeble imagination could not embrace the idea of the perfect happiness I look forward to there.
Per chiudere una volta per tutte la bocca a questi inutili consiglieri, proposi a Sauttern, senza avvertirlo di nulla, una passeggiata a Pontarlier; acconsentì. Quando arrivammo a Pontarlier, gli lessi la lettera di d’Ivernois e poi, abbracciandolo con passione, gli dissi: “A Sauttern non occorre che io gli dimostri la mia fiducia, ma al pubblico è necessario che io mostri di saperla mettere a buon uso”. Quell’abbraccio fu davvero dolce; fu uno di quei piaceri dell’anima che i persecutori non potrebbero mai comprendere, né togliere ai oppressi.
Non crederò mai che Sauttern fosse uno spia, né che mi abbia tradito; ma mi ha ingannato. Quando gli confidavo apertamente i miei pensieri, lui aveva il coraggio di chiudermi costantemente il suo cuore e di ingannarmi con menzogne. Mi raccontò una storia che mi fece credere necessaria la sua presenza nel suo paese; lo esortai a partire al più presto: se ne andò, ma quando pensavo fosse già in Ungheria, appresi che si trovava a Strasburgo. Non era la prima volta che vi era stato: aveva causato disordini in una famiglia; il marito, sapendo che lo incontravo, mi aveva scritto. Non avevo tralasciato alcuno sforzo per ricondurre la giovane donna alla virtù e Sauttern al suo dovere[295]. Quando pensavo che fossero completamente separati l’uno dall’altro, si erano riavvicinati; anzi, il marito aveva persino avuto la compiacenza di riaccolpire il giovane in casa sua. Da quel momento non ebbi più nulla da dire. Scoprii che quel presunto barone mi aveva ingannato con un mucchio di menzogne: il suo vero nome non era Sauttern, ma Sauttersheim. Per quanto riguarda il titolo di barone che gli veniva dato in Svizzera, non potevo rimproverarglielo, poiché non se l’era mai attribuito; tuttavia non dubito affatto che fosse un vero gentiluomo. E Milord Maréchal, che conosceva bene gli uomini e aveva viaggiato nel suo paese, lo considerava sempre tale e lo trattava di conseguenza.
Non appena se ne andò, la serva dell’ostello dove mangiava a Môtiers dichiarò di essere incinta a causa sua. Era una vera e propria sgualdrina; Sauttern, generalmente stimato in tutto il paese per il suo comportamento onesto e le sue buone maniere, teneva così tanto alla pulizia che tale audacia scandalizzò tutti. Le persone più gentili della zona, che avevano inutilmente cercato di aiutarlo, erano furiose; anch’io ero indignato. Feci di tutto per far arrestare quella sfacciata, offrendomi di pagare tutte le spese e di garantire Sauttersheim. Gli scrissi, convinto non solo che quella gravidanza non fosse sua, ma anche che fosse falsa, e che tutto ciò non fosse altro che un trucco ordito dai suoi nemici e dai miei: volevo che tornasse nel paese per smascherare quella donna malvagia e coloro che la incitavano a parlare così. Fui sorpreso dalla sua risposta tiepida. Scrisse al pastore, di cui quella sgualdrina era parrocchiana, e riuscì a far tacere tutta la questione; vedendo ciò, smisi di occuparmene, molto stupito che un uomo così disonesto potesse essere abbastanza padrone di sé da impormi il rispetto anche nella situazione più intima.
Da Strasburgo, Sauttersheim andò a Parigi nella speranza di trovare fortuna, ma vi trovò solo miseria. Mi scrisse raccontandomi i suoi mali. Il ricordo della nostra antica amicizia mi commosse profondamente; gli inviai del denaro. L’anno seguente, quando passai nuovamente per Parigi, lo rividi più o meno nello stesso stato, ma ormai grande amico di Monsieur Laliaud, senza che riuscissi a capire da dove derivasse questa conoscenza, né se fosse antica o recente. Due anni dopo, Sauttersheim tornò a Strasburgo, da dove mi scrisse ancora una volta; lì morì. Ecco, in breve, la storia delle nostre relazioni e ciò che so delle sue avventure. Ma, pur lamentando il destino di questo sfortunato giovane, non smetterò mai di credere che fosse nato bene e che tutto il disordine nella sua condotta sia stato dovuto alle situazioni in cui si trovava.
Ecco quali furono i contatti e le conoscenze che acquisii a Môtiers. Ne sarebbero serviti molti di simili per compensare le terribili perdite che subii nello stesso periodo.
La prima fu quella di Monsignor di Lussemburgo, il quale, dopo essere stato a lungo tormentato dai medici, divenne infine loro vittima: venne curato per l’ gotta, ma essi rifiutarono di ammettere che si trattasse di una malattia che potevano guarire. Se ci si deve basare sul resoconto che me ne scrisse La Roche, il confidente di Madame la Maréchale, è proprio attraverso questo esempio, crudele e memorabile allo stesso tempo, che bisogna deplorare le miserie legate alla grandezza.
La perdita di quel nobile signore mi fu tanto più dolorosa, poiché era l’unico vero amico che avessi in Francia; inoltre, la dolcezza del suo carattere era tale da farmi dimenticare completamente il suo rango, affezionandomi a lui come se fossimo uguali. I nostri rapporti non cessarono nemmeno dopo il mio ritiro, e continuò a scrivermi come prima. Tuttavia, credetti di notare che la mia assenza o la mia sfortuna avevano indebolito il suo affetto per me. È davvero difficile che un cortigiano mantenga lo stesso attaccamento verso qualcuno di cui sa che si trova in disgrazia presso le autorità. Inoltre, ritenni che l’enorme influenza esercitata su di lui da Madame de Luxembourg non fosse favorevole a me; probabilmente aveva approfittato della mia lontananza per nuocermi nella sua considerazione. Per quanto riguarda lei, nonostante alcune dimostrazioni affettuose, sempre più rare, giorno dopo giorno nascondeva sempre meno il suo cambiamento nei miei confronti. Mi scrisse quattro o cinque volte in Svizzera, poi smise del tutto di farlo; e fu necessaria tutta la mia ingenuità, tutta la mia fiducia, tutta la mia cecità per non riconoscere in quel comportamento altro che un chiaro segno di distacco da parte sua.
Il libraio Guy, socio di Duchesne e che da allora frequentava spesso l’Hôtel de Luxembourg, mi scrisse che ero menzionato nel testamento del Maresciallo. Non c’era nulla in questo che potesse sembrare strano o incredibile; quindi non ne dubitai affatto. Questo mi spinse a riflettere su come avrei dovuto comportarmi riguardo a questa eredità. Dopo averci ben pensato, decisi di accettarla, qualunque fosse la sua entità, e di rendere questo onore a un uomo onesto che, in un ambiente dove l’amicizia difficilmente ha spazio, aveva dimostrato per me una vera e sincera affetto. Tuttavia, non ho mai più avuto notizie di questa eredità, vera o falsa che fosse; in realtà, mi sarebbe dispiaciuto molto violare uno dei principi fondamentali della mia morale approfittando della morte di qualcuno che mi era stato caro. Durante l’ultima malattia del nostro amico Mussard, Lenieps mi propose di sfruttare la sua sensibilità nei nostri confronti per suggerirgli alcune disposizioni a nostro favore. “Ah! Caro Lenieps”, gli dissi, “non contaminiamo con pensieri d’interesse i doveri tristi ma sacri che abbiamo verso un amico morente”. Spero di non trovarmi mai menzionato nel testamento di nessuno, e certamente non in quello di alcuno dei miei amici. Fu più o meno in questo periodo che il Maresciallo mi parlò del suo testamento, di ciò che aveva intenzione di farci, e io gli risposi come ho già detto nella prima parte di queste memorie[296].
La mia seconda perdita, ancora più dolorosa e irrimediabile, fu quella della migliore delle donne e delle madri: già anziana, afflitta da malattie e miserie, lasciò questa “Vallata delle lacrime” per entrare nella dimora dei buoni, dove il ricordo gentile delle buone azioni compiute in questo mondo costituisce la vera ricompensa eterna. Vai, anima dolce e benevola, presso i Fénelon, i Bernex, i Catinat, e coloro che, in condizioni più umili, hanno aperto anch’essi i loro cuori alla vera carità; vai a gustare il frutto delle tue azioni e prepara per il tuo discepolo il posto che un giorno spera di occupare al tuo fianco! Fortunata, nelle tue sfortune, che il Cielo, ponendo fine ad esse, ti abbia risparmiato lo spettacolo crudele delle sue. Temendo di addolorarla raccontandole dei miei primi disastri, non le avevo scritto da quando ero arrivata in Svizzera; ma scrissi a Monsieur de Conzié per informarmi di lei, e fu lui a dirmi che aveva smesso di aiutare coloro che soffrivano e di soffrire lei stessa. Presto anch’io smetterò di soffrire. Ma se credessi di non rivederla nell’altra vita, la mia debole immaginazione si rifiuterebbe di concepire la felicità perfetta che mi prometto lì.
Ma troisième perte et la dernière, car depuis lors il ne m’est plus resté d’amis à perdre, fut celle de Milord Maréchal. Il ne mourut pas ; mais, las de servir des ingrats, il quitta Neuchâtel, et depuis lors je ne l’ai pas revu. Il vit et me survivra, je l’espère : il vit, et, grâce à lui, tous mes attachements ne sont pas rompus sur la terre ; il y reste encore un homme digne de mon amitié, car son vrai prix est encore plus dans celle qu’on sent que dans celle qu’on inspire ; mais j’ai perdu les douceurs que la sienne me prodiguait, et je ne peux plus le mettre qu’au rang de ceux que j’aime encore, mais avec qui je n’ai plus de liaison. Il allait en Angleterre recevoir sa grâce du Roi, et racheter ses biens jadis confisqués. Nous ne nous séparâmes point sans des projets de réunion qui paraissaient presque aussi doux pour lui que pour moi. Il voulait se fixer à son château de Keith-Hall, près d’Aberdeen, et je devais m’y rendre auprès de lui ; mais ce projet me flattait trop pour que j’en pusse espérer le succès. Il ne resta point en Écosse. Les tendres sollicitations du Roi de Prusse le rappelèrent à Berlin, et l’on verra bientôt comment je fus empêché de l’y aller joindre.
Avant son départ, prévoyant l’orage qu’on commençait à susciter contre moi, il m’envoya de son propre mouvement des lettres de naturalité qui semblaient être une précaution très sûre pour qu’on ne pût pas me chasser du pays. La communauté de Couvet, dans le Val-de-Travers, imita l’exemple du gouverneur, et me donna des lettres de communier gratuites, comme les premières. Ainsi, devenu de tout point citoyen du pays, j’étais à l’abri de toute expulsion légale, même de la part du Prince : mais ce n’a jamais été par des voies légitimes qu’on a pu persécuter celui de tous les hommes qui a toujours le plus respecté les lois.
Je ne crois pas devoir compter au nombre des pertes que je fis en ce même temps celle de l’abbé de Mably. Ayant demeuré chez son frère, j’avais eu quelques liaisons avec lui, mais jamais bien intimes, et j’ai quelque lieu de croire que ses sentiments à mon égard avaient changé de nature depuis que j’avais acquis plus de célébrité que lui. Mais ce fut à la publication des Lettres de la Montagne que j’eus le premier signe de sa mauvaise volonté pour moi. On fit courir dans Genève une lettre à Mme Saladin, qui lui était attribuée, et dans laquelle il parlait de cet ouvrage comme des clameurs séditieuses d’un démagogue effréné. L’estime que j’avais pour l’abbé de Mably, et le cas que je faisais de ses lumières, ne me permirent pas un instant de croire que cette extravagante lettre fût de lui. Je pris là-dessus le parti que m’inspira ma franchise. Je lui envoyai une copie de la lettre, en l’avertissant qu’on la lui attribuait. Il ne me fit aucune réponse. Ce silence me surprit : mais qu’on juge de ma surprise, quand Mme de Chenonceau me manda que la lettre était réellement de l’abbé, et que la mienne l’avait fort embarrassé. Car enfin, quand il aurait eu raison, comment pouvait-il excuser une démarche éclatante et publique, faite de gaieté de cœur, sans obligations, sans nécessité, à l’unique fin d’accabler au plus fort de ses malheurs un homme auquel il avait toujours marqué de la bienveillance, et qui n’avait jamais démérité de lui ? Quelque temps après parurent les Dialogues de Phocion, où je ne vis qu’une compilation de mes écrits, faite sans retenue et sans honte. Je sentis, à la lecture de ce livre, que l’auteur avait pris son parti à mon égard, et que je n’aurais point désormais de pire ennemi. Je crois qu’il ne m’a pardonné ni le Contrat social, trop au-dessus de ses forces, ni la Paix perpétuelle, et qu’il n’avait paru désirer que je fisse un extrait de l’abbé de Saint-Pierre qu’en supposant que je ne m’en tirerais pas si bien.
Plus j’avance dans mes récits, moins j’y puis mettre d’ordre et de suite. L’agitation du reste de ma vie n’a pas laissé aux événements le temps de s’arranger dans ma tête. Ils ont été trop nombreux, trop mêlés, trop désagréables, pour pouvoir être narrés sans confusion. La seule impression forte qu’ils m’ont laissée est celle de l’horrible mystère qui couvre leur cause, et de l’état déplorable où ils m’ont réduit. Mon récit ne peut plus marcher qu’à l’aventure, et selon que les idées me reviendront dans l’esprit. Je me rappelle que dans le temps dont je parle, tout occupé de mes Confessions, j’en parlais très imprudemment à tout le monde, n’imaginant pas même que personne eût intérêt, ni volonté, ni pouvoir de mettre obstacle à cette entreprise : et quand je l’aurais cru, je n’en aurais guère été plus discret, par l’impossibilité totale où je suis par mon naturel de tenir caché rien de ce que je sens et de ce que je pense. Cette entreprise connue fut, autant que j’en puis juger, la véritable cause de l’orage qu’on excita pour m’expulser de la Suisse, et me livrer entre des mains qui m’empêchassent de l’exécuter.
J’en avais une autre qui n’était guère vue de meilleur œil par ceux qui craignaient la première : c’était celle d’une édition générale de mes écrits. Cette édition me paraissait nécessaire pour constater ceux des livres portant mon nom qui étaient véritablement de moi, et mettre le public en état de les distinguer de ces écrits pseudonymes que mes ennemis me prêtaient pour me décréditer et m’avilir. Outre cela, cette édition était un moyen simple et honnête de m’assurer du pain, et c’était le seul, puisque, ayant renoncé à faire des livres, mes Mémoires ne pouvant paraître de mon vivant, ne gagnant pas un sol d’aucune autre manière et dépensant toujours, je voyais la fin de mes ressources dans celle du produit de mes derniers écrits. Cette raison m’avait pressé de donner mon Dictionnaire de Musique, encore informe. Il m’avait valu cent louis comptant et cent écus de rente viagère, mais encore devait-on voir bientôt la fin de cent louis quand on en dépensait annuellement plus de soixante, et cent écus de rente étaient comme rien pour un homme sur qui les quidams et les gueux venaient incessamment fondre comme des étourneaux.
Il se présenta une compagnie de négociants de Neuchâtel pour l’entreprise de mon édition générale, et un imprimeur ou libraire de Lyon, appelé Reguillat, vint, je ne sais comment, se fourrer parmi eux pour la diriger. L’accord se fit sur un pied raisonnable et suffisant pour bien remplir mon objet. J’avais, tant en ouvrages imprimés qu’en pièces encore manuscrites, de quoi fournir six volumes in-quarto ; je m’engageai de plus à veiller sur l’édition : au moyen de quoi ils devaient me faire une pension viagère de seize cents livres de France et un présent de mille écus une fois payés.
(1765.) — Le traité était conclu, non encore signé, quand les Lettres écrites de la Montagne parurent. La terrible explosion qui se fit contre cet infernal ouvrage et contre son abominable auteur, épouvanta la compagnie, et l’entreprise s’évanouit. Je comparerais l’effet de ce dernier ouvrage à celui de la Lettre sur la Musique française, si cette lettre, en m’attirant la haine et m’exposant au péril, ne m’eût laissé du moins la considération et l’estime. Mais, après ce dernier ouvrage, on parut s’étonner à Genève et à Versailles qu’on laissât respirer un monstre tel que moi. Le petit Conseil, excité par le Résident de France, et dirigé par le Procureur général, donna une déclaration sur mon ouvrage, par laquelle, avec les qualifications les plus atroces, il le déclare indigne d’être brûlé par le bourreau, et ajoute avec une adresse qui tient du burlesque qu’on ne peut, sans se déshonorer, y répondre ni même en faire aucune mention. Je voudrais pouvoir transcrire ici cette curieuse pièce ; mais malheureusement je ne l’ai pas et ne m’en souviens pas d’un seul mot. Je désire ardemment que quelqu’un de mes lecteurs, animé du zèle de la vérité et de l’équité, veuille relire en entier les Lettres écrites de la Montagne ; il sentira, j’ose le dire, la stoïque modération qui règne dans cet ouvrage, après les sensibles et cruels outrages dont on venait à l’envi d’accabler l’auteur. Mais, ne pouvant répondre aux injures, parce qu’il n’y en avait point, ni aux raisons, parce qu’elles étaient sans réponse, ils prirent le parti de paraître trop courroucés pour vouloir répondre, et il est vrai que s’ils prenaient les arguments invincibles pour des injures ils devaient se tenir fort injuriés.
My third and final loss—for since then, I had no more friends left to lose—was that of Lord Marshal. He did not die; but, weary of serving ungrateful people, he left Neuchâtel, and I have not seen him since. I hope he is still alive and will outlive me: he is alive, and thanks to him, all my ties on this earth are not completely severed; there is still a man worthy of my friendship, for his true worth lies more in the affection he inspires than in that he receives. But I have lost the kindnesses he used to bestow upon me, and now I can only regard him among those I still love but with whom I no longer maintain any connection. He was going to England to receive forgiveness from the King and to regain his once-confiscated property. We parted without making plans for future reunions that seemed almost as pleasing to him as to me. He intended to settle in his castle of Keith-Hall, near Aberdeen, and I was supposed to join him there; but this plan pleased me too much to hope it would succeed. He did not stay in Scotland. The kind entreaties of the King of Prussia called him back to Berlin, and soon we will see how I was prevented from going to join him there.
Before his departure, anticipating the storm that was beginning to be raised against me, he took the initiative to send me letters of citizenship, which seemed to be a very sure precaution to prevent my expulsion from the country. The community of Couvet, in the Val-de-Travers, followed the example of the governor and also granted me free access to religious services, just as they had done initially. In this way, having become a full citizen of the country, I was protected from any legal expulsion, even by the Prince himself. Yet it was never through legitimate means that anyone could persecute someone who had always shown the greatest respect for the laws.
I do not believe that the loss of Abbe de Mably should be counted among the losses I suffered at that time. Having stayed with his brother, I had maintained some contact with him, but never on a particularly intimate basis. I have reason to believe that his feelings toward me had changed since I had gained more fame than he had. However, it was after the publication of Letters from the Mountain that I received my first sign of his hostility toward me. A letter supposedly written by him was circulated in Geneva and addressed to Madame Saladin; in it, he referred to this work as the seditious rhetoric of a fanatical demagogue. My respect for Abbe de Mably and the high regard I held for his wisdom prevented me from believing for a moment that such an outrageous letter could be his. In response, I acted in accordance with my principles of honesty: I sent him a copy of the letter, informing him that it was attributed to him. He did not respond at all. This silence surprised me greatly; but imagine my astonishment when Madame de Chenonceau informed me that the letter was indeed his own, and that mine had caused him great embarrassment. After all, even if he had been in the right, how could he justify such a public and outrageous act—done out of sheer malice, without any obligation or necessity, solely with the aim of inflicting additional suffering on a man to whom he had always shown kindness and who had never deserved it? Some time later, Dialogues of Phocion was published; in it, I found nothing but a haphazard and shameless compilation of my own writings. Upon reading this book, I realized that the author had taken my side and that I now faced an even more formidable enemy. I believe he never forgave me for either The Social Contract—which was far beyond his comprehension—or for Perpetual Peace. It seems he only hoped that I would publish an excerpt from Abbe de Saint-Pierre, in the knowledge that I would not succeed in doing so.
The further I progress in my narratives, the less order and coherence I can impose upon them. The turmoil of the rest of my life has not allowed these events to be arranged neatly in my mind. They have been too numerous, too intertwined, too distressing, to be recounted without confusion. The only strong impression they leave on me is that of the terrible mystery surrounding their origins, and of the dire state into which they have reduced me. My account can now proceed only at random, depending on what ideas come back to my mind. I recall that during the time I am referring to, preoccupied as I was with writing my Confessions, I spoke about them very imprudently to everyone, never imagining that anyone would have any interest, desire, or ability to prevent me from carrying out this project. And even if I had suspected it, I doubt I would have been more discreet—given my nature, it is utterly impossible for me to conceal anything I feel or think. This publicized undertaking was, as far as I can tell, the real cause of the outcry that led to my expulsion from Switzerland and my placement in hands that would prevent me from carrying it out.
I had another project that was not viewed with much favor by those who feared the first one: it was the idea of publishing a comprehensive edition of my writings. I felt this edition was necessary in order to distinguish those books bearing my name that were truly my own from those pseudonymous works that my enemies attributed to me in order to discredit and humiliate me. Moreover, such an edition represented a simple and honest means for me to secure my livelihood—since I had given up writing books, my Memoirs could not be published during my lifetime, and I gained no money in any other way while constantly spending. I saw my resources coming to an end with the publication of my latest works. This was the reason that prompted me to publish my still-incomplete Dictionary of Music. It brought me one hundred louis in cash and one hundred pounds per year in income, but one hundred louis could easily be spent within a year when more than sixty were being used annually, and one hundred pounds in income meant little for a man who was constantly assailed by creditors and beggars like swarms of starlings.
A company of merchants from Neuchâtel approached me for the publication of my comprehensive works, and a printer-librarian from Lyon named Reguillat somehow managed to get involved in order to oversee the project. The agreement was reached on reasonable terms that were sufficient to achieve my objectives. I had both printed materials and manuscripts enough to produce six volumes in quarto format; in addition, I agreed to take charge of the publishing process itself. In return, they promised to provide me with an annual pension of six hundred livres of France and a one-time gift of one thousand écus once all expenses were covered.
(1765.) — The treaty had been concluded but not yet signed when “Letters Written from the Mountain” appeared. The terrible backlash against this infernal work and its abominable author terrified everyone involved, and the entire enterprise was abandoned. I would compare the impact of this latter work to that of “Letter on French Music”—had that letter not drawn me hatred and exposed me to danger, it might at least have earned me some respect and admiration. But after the publication of this latest work, people in Geneva and Versailles were astonished that someone like me was allowed to continue living. The Little Council, incited by the Resident of France and led by the Prosecutor General, issued a declaration regarding my work, in which it characterized it with the most atrocious terms as unworthy of being burned by the executioner, and added, in a manner bordering on absurdity, that it would be shameful to respond to it or even mention it. I wish I could transcribe this curious document here; unfortunately, I neither have it nor remember a single word of it. I earnestly hope that some of my readers, driven by a passion for truth and fairness, will take the time to read “Letters Written from the Mountain” in its entirety. They will surely recognize the stoic moderation displayed in this work, despite the harsh and cruel insults directed at its author. But since there were no real insults to respond to, and no arguments that could be refuted, they chose to pretend to be too angered to respond at all. Indeed, if they had regarded those supposedly irrefutable arguments as insults, they would have been in the right to consider themselves deeply offended.
La mia terza e ultima perdita – poiché da allora non mi rimasero più amici da perdere – fu quella di Milord Maréchal. Non morì; ma, stanco di servire degli ingrati, lasciò Neuchâtel e da allora non l’ho più rivisto. Spero che viva ancora e che sopravviva a me: vive ancora, e grazie a lui tutti i miei legami con il passato non sono completamente spezzati; esiste ancora un uomo degno della mia amicizia, poiché il suo vero valore risiede più nella stima che suscita che in quella che dona. Tuttavia ho perso le dolcezze che la sua compagnia mi procurava, e ora posso considerarlo soltanto tra coloro che amo ancora, ma con i quali non ho più alcun legame diretto. Si recò in Inghilterra per ricevere la grazia del Re e recuperare i suoi beni un tempo confiscati. Non ci separammo senza progetti di riunirci, progetti che sembravano altrettanto dolci per lui quanto per me. Voleva stabilirsi nel suo castello di Keith-Hall, vicino ad Aberdeen, e io dovevo recarmi da lui; ma quel progetto mi piaceva troppo per poter sperare nella sua realizzazione. Non rimase in Scozia: le gentili sollecitazioni del Re di Prussia lo richiamarono a Berlino. E presto vedremo come fui impedito di raggiungerlo lì.
Prima della sua partenza, prevendo la tempesta che si stava sollevando contro di me, mi inviò spontaneamente delle lettere di cittadinanza che sembravano rappresentare una precauzione assolutamente efficace per impedirmi di essere espulso dal paese. La comunità di Couvet, nel Val-de-Travers, imitò l’esempio del governatore e mi concesse delle lettere che mi permettevano di partecipare gratuitamente alle funzioni religiose, proprio come quelle ricevute inizialmente. Così, diventato a tutti gli effetti cittadino di quel paese, ero al riparo da qualsiasi espulsione legale, anche da parte del Principe; tuttavia, nessuno riuscì mai a perseguitare colui che aveva sempre rispettato più di ogni altro le leggi.
Non credo di dover considerare la perdita dell’abate de Mably tra quelle che subii in quel periodo. Essendo rimasto a casa di suo fratello, avevo avuto con lui alcuni contatti, ma mai molto intimi; ho motivo di ritenere che i suoi sentimenti verso di me fossero cambiati da quando io avevo acquisito più fama di lui. Tuttavia, fu con la pubblicazione delle “Lettere della Montagna” che ricevetti per la prima volta segni della sua ostilità nei miei confronti. A Ginevra circolò una lettera attribuita a Madame Saladin, nella quale si parlava di quell’opera come di grida sediziose provenienti da un demagogo folle. L’alta stima che nutrivo per l’abate de Mably, nonché il rispetto che provavo per le sue idee, non mi permisero nemmeno per un istante di credere che quella lettera fosse davvero sua. Decisi quindi di agire con franchezza: inviargli una copia della lettera, avvertendolo che gli veniva attribuita. Lui non rispose affatto. Questo silenzio mi sorprese; ma quale possa essere la mia sorpresa quando Madame de Chenonceau mi comunicò che quella lettera era davvero sua e che la mia aveva messo in grande imbarazzo lui stesso. Infatti, anche se avesse avuto ragione, come poteva giustificare un comportamento così clamoroso e pubblico, compiuto soltanto con l’intento di aggravare ulteriormente le sofferenze di un uomo verso il quale aveva sempre dimostrato benevolenza e che non gli aveva mai fatto nulla di male? Poco dopo apparvero i “Dialoghi di Focione”, nei quali vidi soltanto una raccolta dei miei scritti, realizzata senza alcuna ritegno o vergogna. Leggendo quel libro, capii che l’autore si era schierato contro di me e che da quel momento in poi non avrei più avuto un nemico peggiore. Credo che non mi abbia mai perdonato né il “Contratto sociale”, troppo al di sopra delle sue capacità, né la “Pace perpetua”; sembrava anzi desiderare che io pubblicassi estratti dalle opere dell’abate de Saint-Pierre, solo supponendo che non ne fossi riuscito a farne una buona versione.
Più avanzo nella narrazione dei miei eventi, meno riesco a dar loro ordine e coerenza. L’agitazione della mia vita non ha lasciato alle vicende il tempo di sistemarsi nella mia mente: sono state troppo numerose, troppo confuse, troppo spiacevoli per poter essere raccontate senza confusione. L’unica impressione forte che mi hanno lasciato è quella del terribile mistero che avvolge la loro origine, e dello stato disastroso in cui mi hanno ridotto. La mia narrazione può procedere soltanto a caso, in base alle idee che mi tornano in mente. Ricordo che, all’epoca di cui parlo, essendo completamente assorbito dalle mie “Confessioni”, ne parlavo con grande imprudenza con chiunque, senza nemmeno immaginare che qualcuno potesse avere interesse, volontà o capacità di ostacolare questo progetto. E anche se l’avessi pensato, non sarei stato certo più discreto: la mia natura mi impedisce infatti di nascondere nulla di ciò che sento e penso. Questo progetto, una volta diventato noto, fu, per quanto posso giudicare, la vera causa dell’ostilità suscitata contro di me al fine di espellermi dalla Svizzera e consegnarmi a persone che mi avrebbero impedito di portarlo a termine.
Ne avevo un’altra che non veniva affatto ben vista da coloro che temevano la prima: si trattava di un’edizione completa delle mie opere. Questa edizione mi sembrava necessaria per individuare quali dei libri che portavano il mio nome fossero davvero miei, e per permettere al pubblico di distinguerli da quegli scritti pseudonimi che i miei nemici mi attribuivano allo scopo di diffamarmi e umiliarmi. Inoltre, questa edizione rappresentava un mezzo semplice ed onesto per garantirmi il sostentamento; era l’unico modo possibile, poiché, avendo rinunciato a scrivere nuovi libri e non potendo pubblicare i miei Memorie durante la mia vita, non guadagnavo nulla in altro modo e spendevo sempre più di quanto ricevessi. Proprio per questa ragione mi ero deciso a pubblicare il mio Dizionario di Musica, ancora incompleto. Quell’impresa mi aveva fruttato cento luigi in contanti e cento scudi di rendita annuale; tuttavia, era evidente che quei cento luigi sarebbero finiti molto presto, dato che ne spendevo più di sessanta all’anno, mentre cento scudi di rendita rappresentavano ben poco per un uomo su cui persone di ogni sorta e mendicanti si abbattevano incessantemente come stormi di corvi.
Si presentò una compagnia di commercianti di Neuchâtel per l’impresa della mia edizione generale; inoltre, un tipografo o libraio di Lione, di nome Reguillat, si intromise in qualche modo tra di loro per dirigere l’operazione. L’accordo venne raggiunto su basi ragionevoli e sufficienti per realizzare pienamente il mio obiettivo. Avevo a disposizione, sia opere già stampate che manoscritti ancora in corso di redazione, materiale sufficiente per comporre sei volumi in quarto; inoltre mi impegnai a occuparmi personalmente della pubblicazione: in cambio, essi mi avrebbero versato una pensione viaggiante di seicento lire francesi e un dono di mille scudi una volta completati i lavori.
(1765.) Il trattato era stato concluso, ma non ancora firmato, quando apparvero le “Lettere scritte dalla Montagna”. L’orribile reazione suscitata da quest’opera infernale e dal suo autore abominevole spaventò tutti; l’iniziativa venne quindi abbandonata. Paragonerei l’effetto di quest’ultima opera a quello della “Lettera sulla musica francese”, se solo quella lettera, pur attirandomi l’odio e esponendomi al pericolo, non mi avesse almeno lasciato la considerazione e il rispetto degli altri. Ma dopo la pubblicazione di quest’ultima opera, a Ginevra e a Versailles si meravigliò che si permettesse a un mostro come me di esprimersi liberamente. Il piccolo Consiglio, eccitato dal Rettore della Francia e guidato dal Procuratore generale, emise una dichiarazione contro la mia opera, nella quale, con le qualifiche più atroci, la definiva indegna di essere bruciata dal boia; aggiungeva inoltre che non si poteva rispondere a tali accuse senza perdere onore, né nemmeno menzionarle. Vorrei poter trascrivere qui questa curiosa dichiarazione; purtroppo non la possiedo e non ne ricordo una parola. Desidero ardentemente che qualche mio lettore, mosso dal desiderio di verità ed equità, rilegga integralmente le “Lettere scritte dalla Montagna”; sono certo che scoprirà, oserei dire, la moderazione stoica che caratterizza quest’opera, nonostante gli insulti sensibili e crudeli che alcuni erano pronti ad attribuirne all’autore. Ma poiché non c’erano vere offese da replicare, né argomentazioni valide contro di esse, decisero semplicemente di mostrarsi troppo arrabbiati per rispondere. E in effetti, se avessero considerato quegli “argomenti” come vere offese, allora sarebbero stati davvero offesi.
Les Représentants, loin de faire aucune plainte sur cette odieuse déclaration, suivirent la route qu’elle leur traçait, et au lieu de faire trophée des Lettres de la Montagne, qu’ils voilèrent pour s’en faire un bouclier, ils eurent la lâcheté de ne rendre ni honneur ni justice à cet écrit fait pour leur défense et à leur sollicitation, ni le citer ni le nommer, quoiqu’ils en tirassent tacitement tous leurs arguments, et que l’exactitude avec laquelle ils ont suivi le conseil par lequel finit cet ouvrage ait été la seule cause de leur salut et de leur victoire. Ils m’avaient imposé ce devoir ; je l’avais rempli ; j’avais jusqu’au bout servi la patrie et leur cause. Je les priai d’abandonner la mienne et de ne songer qu’à eux dans leurs démêlés. Ils me prirent au mot et je ne me suis plus mêlé de leurs affaires que pour les exhorter sans cesse à la paix, ne doutant pas que, s’ils s’obstinaient, ils ne fussent écrasés par la France. Cela n’est pas arrivé : j’en comprends la raison, mais ce n’est pas ici le lieu de la dire.
L’effet des Lettres de la Montagne à Neuchâtel fut d’abord très paisible. J’en envoyai un exemplaire à M. de Montmollin ; il le reçut bien, et le lut sans objection. Il était malade, aussi bien que moi ; il me vint voir amicalement quand il fut rétabli, et ne me parla de rien. Cependant la rumeur commençait ; on brûla le livre je ne sais où[297]. De Genève, de Berne, et de Versailles peut-être, le foyer d’effervescence passa bientôt à Neuchâtel, et surtout dans le Val-de-Travers, où, avant même que la Classe eût fait aucun mouvement apparent, on avait commencé d’ameuter le peuple par des pratiques souterraines. Je devais, j’ose le dire, être aimé du peuple dans ce pays-là, comme je l’ai été dans tous ceux où j’ai vécu, versant les aumônes à pleines mains, ne laissant sans assistance aucun indigent autour de moi, ne refusant à personne aucun service que je pusse rendre et qui fût dans la justice, me familiarisant trop peut-être avec tout le monde, et me dérobant de tout mon pouvoir à toute distinction qui pût exciter la jalousie. Tout cela n’empêcha pas que la populace, soulevée secrètement je ne sais par qui, ne s’animât contre moi par degrés, jusqu’à la fureur, qu’elle ne m’insultât publiquement en plein jour, non seulement dans la campagne et dans les chemins, mais en pleine rue. Ceux à qui j’avais fait le plus de bien étaient les plus acharnés, et des gens même à qui je continuais d’en faire, n’osant se montrer, excitaient les autres, et semblaient vouloir se venger ainsi de l’humiliation de m’être obligés. Montmollin paraissait ne rien voir, et ne se montrait pas encore. Mais, comme on approchait d’un temps de communion, il vint chez moi pour me conseiller de m’abstenir de m’y présenter, m’assurant que du reste il ne m’en voulait point, et qu’il me laisserait tranquille. Je trouvai le compliment bizarre ; il me rappelait la lettre de Mme de Boufflers et je ne pouvais concevoir à qui donc il importait si fort que je communiasse ou non. Comme je regardais cette condescendance de ma part comme un acte de lâcheté, et que d’ailleurs je ne voulais pas donner au peuple ce nouveau prétexte de crier à l’impie, je refusai net le ministre, et il s’en retourna mécontent, me faisant entendre que je m’en repentirais.
Il ne pouvait pas m’interdire la communion de sa seule autorité : il fallait celle du Consistoire qui m’avait admis, et tant que le Consistoire n’avait rien dit, je pouvais me présenter hardiment, sans crainte de refus. Montmollin se fit donner par la Classe la commission de me citer au Consistoire pour y rendre compte de ma foi, et de m’excommunier en cas de refus. Cette excommunication ne pouvait non plus se faire que par le Consistoire et à la pluralité des voix. Mais les paysans qui, sous le nom d’anciens, composaient cette assemblée, présidés et, comme on comprend bien, gouvernés par leur ministre, ne devaient pas naturellement être d’un autre avis que le sien, principalement sur des matières théologiques, qu’ils entendaient encore moins que lui. Je fus donc cité, et je résolus de comparaître.
Quelle circonstance heureuse, et quel triomphe pour moi, si j’avais su parler, et que j’eusse eu, pour ainsi dire, ma plume dans ma bouche ! Avec quelle supériorité, avec quelle facilité j’aurais terrassé ce pauvre ministre au milieu de ses six paysans ! L’avidité de dominer ayant fait oublier au clergé protestant tous les principes de la réformation, je n’avais, pour l’y rappeler et le réduire au silence, qu’à commenter mes premières Lettres de la Montagne, sur lesquelles ils avaient la bêtise de m’épiloguer. Mon texte était tout fait, je n’avais qu’à l’étendre, et mon homme était confondu. Je n’aurais pas été assez sot pour me tenir sur la défensive ; il m’était aisé de devenir agresseur sans même qu’il s’en aperçût, ou qu’il pût s’en garantir. Les prestolets de la Classe, non moins étourdis qu’ignorants, m’avaient mis eux-mêmes dans la position la plus heureuse que j’aurais pu désirer pour les écraser à plaisir. Mais quoi ! il fallait parler et parler sur-le-champ, trouver les idées, les tours, les mots au moment du besoin, avoir toujours l’esprit présent, être toujours de sang-froid, ne jamais me troubler un moment. Que pouvais-je espérer de moi, qui sentais si bien mon inaptitude à m’exprimer impromptu ? J’avais été réduit au silence le plus humiliant à Genève devant une assemblée toute en ma faveur, et déjà résolue à tout approuver. Ici, c’était tout le contraire : j’avais affaire à un tracassier, qui mettait l’astuce à la place du savoir, qui me tendrait cent pièges avant que j’en aperçusse un, et tout déterminé à me prendre en faute, à quelque prix que ce fût. Plus j’examinai cette position, plus elle me parut périlleuse, et, sentant l’impossibilité de m’en tirer avec succès, j’imaginai un autre expédient. Je méditai un discours à prononcer devant le Consistoire, pour le récuser et me dispenser de répondre ; la chose était très facile. J’écrivis ce discours, et je me mis à l’étudier par cœur avec une ardeur sans égale. Thérèse se moquait de moi, en m’entendant marmotter et répéter incessamment les mêmes phrases, pour tâcher de les fourrer dans ma tête. J’espérais tenir enfin mon discours ; je savais que le Châtelain, comme officier du Prince, assisterait au Consistoire, que, malgré les manœuvres et les bouteilles de Montmollin, la plupart des anciens étaient bien disposés pour moi ; j’avais en ma faveur la raison, la vérité, la justice, la protection du Roi, l’autorité du Conseil d’État, les vœux de tous les bons patriotes qu’intéressait l’établissement de cette inquisition ; tout contribuait à m’encourager.
La veille du jour marqué, je savais mon discours par cœur ; je le récitai sans faute. Je le remémorai toute la nuit dans ma tête : le matin je ne le savais plus ; j’hésite à chaque mot, je me crois déjà dans l’illustre assemblée, je me trouble, je balbutie, ma tête se perd ; enfin, presque au moment d’aller, le courage me manque totalement ; je reste chez moi, et je prends le parti d’écrire au Consistoire[298], en disant mes raisons à la hâte, et prétextant mes incommodités, qui véritablement, dans l’état où j’étais alors, m’auraient difficilement laissé soutenir la séance entière.
Le ministre, embarrassé de ma lettre, remit l’affaire à une autre séance. Dans l’intervalle, il se donna par lui-même et par ses créatures mille mouvements pour séduire ceux des anciens qui, suivant les inspirations de leur conscience plutôt que les siennes, n’opinaient pas au gré de la Classe et au sien. Quelque puissants que ses arguments tirés de sa cave dussent être sur ces sortes de gens, il n’en put gagner aucun autre que les deux ou trois qui lui étaient déjà dévoués, et qu’on appelait ses âmes damnées. L’officier du Prince et le colonel Pury, qui se porta dans cette affaire avec beaucoup de zèle, maintinrent les autres dans leur devoir, et quand ce Montmollin voulut procéder à l’excommunication, son Consistoire, à la pluralité des voix, le refusa tout à plat. Réduit alors au dernier expédient d’ameuter la populace, il se mit avec ses confrères et d’autres gens à y travailler ouvertement, et avec un tel succès, que malgré les forts et fréquents rescrits du Roi, malgré tous les ordres du Conseil d’État, je fus enfin forcé de quitter le pays, pour ne pas exposer l’officier du Prince à s’y faire assassiner lui-même en me défendant.
The Representatives, far from lodging any complaints about this abhorrent declaration, followed the path it laid out for them. Instead of taking the Letters of the Mountain as trophies and using them as a shield, they showed such cowardice as to render neither honor nor justice to this document that was intended for their defense and their behalf—they neither cited it nor mentioned its name, despite drawing all their arguments from it. Moreover, the very accuracy with which they followed the advice contained at the end of this work was the sole reason for their salvation and victory. They had imposed this duty upon me; I had fulfilled it; I had served my country and their cause to the very end. I asked them to abandon mine and focus solely on their own affairs in their conflicts. They took my words seriously, and from then on I ceased to interfere in their matters except to urge them relentlessly toward peace, certain that if they persisted, they would be crushed by France. That did not happen; I understand the reasons for that, but this is not the place to discuss them.
The effect of The Letters from the Mountain in Neuchâtel was initially very peaceful. I sent a copy to Mr. de Montmollin; he received it well and read it without any objection. He was ill, just like me; when he recovered, he came to see me friendliness, but did not mention anything related to the book. However, rumors began to spread; someone burned the book somewhere[297]. From Geneva, Bern, and perhaps Versailles, the center of agitation soon moved to Neuchâtel, especially in the Val-de-Travers, where, even before the religious group had taken any overt action, people were already inciting the populace through underhanded means. I must say that I was loved by the people in that region, just as I had been in all the places where I lived—giving alms generously, never leaving a poor person in need without helping them, refusing to refuse anyone any service that was just and within my power, and trying too closely to integrate with everyone, avoiding any distinction that might arouse jealousy. Nevertheless, the populace, secretly stirred up by someone I do not know, gradually grew hostile towards me, reaching a point where they publicly insulted me in broad daylight, not only in the countryside and on roads but also in the streets. Those to whom I had done the most good were the most determined in their hostility; even some to whom I was still helping dared not show themselves openly but instead incited others, seemingly seeking revenge for the humiliation of having to depend on me. Montmollin seemed to turn a blind eye and did not appear yet. But as the time for communion approached, he came to see me and advised me to refrain from attending, assuring me that he held no grudges against me and would leave me alone. I found this advice strange; it reminded me of Madame de Boufflers’ letter, and I could not understand why it was so important to certain people whether I attended communion or not. Since I regarded such submission on my part as an act of cowardice and did not want to give the people another pretext to accuse me of impiety, I firmly refused his suggestion, and he left dissatisfied, threatening that I would regret it.
He could not prohibit me from receiving communion merely by his authority alone; the authority of the Consistoire, which had admitted me, was necessary. As long as the Consistoire had said nothing, I could present myself without fear of rejection. Montmollin obtained from the assembly the authorization to summon me before the Consistoire to explain my beliefs and to excommunicate me if I refused. Such an excommunication could also only be carried out by the Consistoire and with the consent of a majority of its members. However, the peasants who composed this assembly—referred to as “the elders”—were presided over and, as one can easily understand, governed by their minister; therefore, it was hardly possible that they would hold different opinions from him, especially on theological matters, which they understood even less than he did. I was thus summoned, and I resolved to appear before them.
What a fortunate circumstance, and what a triumph for me, if only I had been able to speak—if only I had had my “pen” in my mouth! With what superiority, with what ease, I could have overwhelmed that poor minister right in the midst of his six peasants! Since the greed for power had made the Protestant clergy forget all the principles of the Reformation, all I needed to remind them of these principles and bring them to silence was to comment on my first “Letters from the Mountain”—on which they had the audacity to write their own epilogues. My text was already ready; all I had to do was expand upon it, and my opponent would be defeated. I wouldn’t have been so foolish as to stick to a defensive stance; it would have been easy enough for me to take the offensive without him even realizing it, or being able to prevent it. The clergymen of that faction, just as confused as ignorant, had put me in the most advantageous position possible for me to crush them at will. But no—I had to speak, and speak immediately; I had to come up with ideas, arguments, and words on the spot, keep my mind sharp at all times, remain calm under any circumstances, and never lose my composure for a moment. What could I possibly expect from myself, given how poorly I felt equipped to express myself spontaneously? In Geneva, I had been forced into the most humiliating silence in front of an assembly that was entirely in my favor and already resolved to approve everything I said. Here, however, the situation was exactly the opposite: I was dealing with a petty troublemaker who relied on cunning rather than knowledge, who would lay hundreds of traps for me before I even noticed them, and who was determined to catch me in some mistake, at any cost. The more I considered this situation, the more perilous it seemed to me. Realizing that I stood no chance of succeeding, I came up with another plan. I decided to prepare a speech to deliver before the Consistory, in order to reject their accusations and avoid having to respond at all—something that should have been quite easy. I wrote the speech and began studying it by heart with unparalleled fervor. Thérèse laughed at me as I muttered and repeatedly rehearsed those same phrases, trying desperately to memorize them. I hoped that I would finally be able to deliver my speech successfully; I knew that the Châtelain, as an officer of the Prince, would attend the Consistory, and that, despite all the maneuvers and schemes, most of the old clergy were still favorably inclined toward me. On my side were reason, truth, justice, the King’s protection, the authority of the State Council, and the wishes of all true patriots who cared about the establishment of this “inquisition”—all these factors gave me confidence.
The night before the appointed day, I had memorized my speech; I recited it without a single mistake. I kept reviewing it in my mind all night long—but by morning, I had forgotten it entirely. At every word, I hesitated; I seemed to be already in that illustrious assembly, yet I stumbled and stammered, completely at a loss. Finally, just as it was time to go, I lost all courage. I stayed home and decided to write to the Consistory[298], hastily explaining my reasons and citing my physical discomforts—as indeed, in my state at that time, it would have been nearly impossible for me to endure the entire meeting.
The minister, embarrassed by my letter, deferred the matter to another meeting. In the meantime, he and his followers took every possible step to win over those among the old faction who, guided by the dictates of their conscience rather than his own, did not agree with the decisions of the Court or his own will. No matter how persuasive his arguments might have been, he was unable to win over anyone except for those two or three who were already devoted to him—and whom people called his “lost souls.” The Prince’s officer and Colonel Pury, who took great zeal in this matter, managed to keep the rest of the faction loyal to their duty. When Montmollin tried to proceed with the excommunication process, his council unanimously refused to do so. Left with no other option but to incite the populace, he joined forces with his accomplices and others to openly stir up unrest—and with such success that, despite the King’s strong and frequent edicts and all the orders of the Council of State, I was ultimately forced to leave the country in order to prevent the Prince’s officer from being killed in my defense.
I Rappresentanti, lontani dal fare alcuna lamentela su questa odiosa dichiarazione, seguirono la strada che essa loro indicava; invece di considerare quelle Lettere della Montagna come un tesoro da utilizzare a proprio vantaggio, ebbero la viltà di non rendere né onore né giustizia a quel documento scritto per la loro difesa e in loro favore. Non lo citarono mai, né ne menzionarono il nome, sebbene ne traessero tacitamente tutti gli argomenti necessari alle loro decisioni. L’accuratezza con cui seguirono i consigli contenuti in quell’opera fu l’unica causa del loro salvataggio e della loro vittoria. Mi avevano imposto questo dovere; l’avevo adempiuto; avevo servito fino alla fine la patria e la loro causa. Li pregai di abbandonare la mia e di pensare soltanto a se stessi nei loro conflitti. Mi presero sul serio e da allora non mi intromisi più nelle loro faccende, se non per esortarli costantemente alla pace, senza dubitare che, se avessero insistito nella loro ostinazione, sarebbero stati schiacciati dalla Francia. Questo non è accaduto; comprendo la ragione, ma questo non è il luogo adatto per parlarne.
L’effetto delle “Lettere della Montagna” a Neuchâtel fu inizialmente molto pacifico. Ne inviai un esemplare a Monsieur de Montmollin; lo ricevette bene e lo lesse senza obiezioni. Era malato, proprio come me; quando si riprese, venne a trovarmi amichevolmente, ma non mi parlò di nulla. Tuttavia, la voce iniziò a diffondersi; il libro fu bruciato chissà dove[297]. Da Ginevra, da Berna e forse anche da Versailles, l’agitazione si propagò presto a Neuchâtel, soprattutto nel Val-de-Travers, dove, ancora prima che la “Classe” avesse compiuto alcun movimento aperto, si era già iniziato a incitare il popolo con pratiche segrete. Devo dire, con orgoglio, di essere stato amato dal popolo in quel paese, proprio come lo sono stato in tutti quelli dove ho vissuto: distribuendo generosamente l’elemosina, non lasciando indigenti senza aiuto intorno a me, rifiutando a nessuno il servizio che potevo prestare e che fosse giusto, familiarizzandomi troppo forse con tutti, e rinunciando a ogni distinzione che potesse suscitare invidia. Tutto ciò non impedì tuttavia alla plebe, sollevata segretamente da chissà chi, di iniziare gradualmente ad agitarsi contro di me, fino al punto della furia; mi insultavano pubblicamente, sia nelle campagne che per le strade, anche a giorno fermo. Coloro a cui avevo fatto più del bene erano i più ostili; persino alcune persone a cui continuavo ad aiutare, non osando mostrarsi apertamente, incitavano gli altri, come se volessero vendicarsi dell’umiliazione di dovermi ringraziare. Montmollin sembrava non vedere nulla e non si faceva ancora vedere. Ma, poiché ci avvicinavamo al periodo della comunione, venne da me per consigliarmi di astenermi dal parteciparvi, assicurandomi che comunque non mi serbava rancore e che mi avrebbe lasciato in pace. Trovai questo consiglio strano; mi ricordava la lettera di Madame de Boufflers e non riuscivo a capire perché fosse così importante per qualcuno che io partecipassi o meno alla comunione. Poiché consideravo questa “condiscendenza” da parte mia un atto di codardia, e inoltre non volevo dare al popolo un altro pretesto per gridare all’eresia, rifiutai decisamente il consiglio del ministro, che se ne andò insoddisfatto, lasciandomi intendere che me ne sarei pentito.
Non poteva vietarmi la comunione con la sua sola autorità: era necessaria l’autorizzazione del Consiglio che mi aveva ammesso, e finché il Consiglio non avesse emesso alcuna decisione, potevo presentarmi senza timore di essere rifiutato. Montmollin ottenne dall’assemblea l’incarico di convocarmi davanti al Consiglio per rendere conto della mia fede e, in caso di rifiuto, di scomunicarmi. Anche questa scomunica poteva essere pronunciata soltanto dal Consiglio e con il voto della maggioranza dei suoi membri. Tuttavia, i contadini che componevano quest’assemblea, guidati e governati dal loro ministro, non potevano naturalmente avere un parere diverso da quello del loro leader, soprattutto su questioni teologiche di cui capivano ancora meno di lui. Fui quindi convocato e decisi di presentarmi.
Che circostanza fortunata, e che trionfo per me, se solo avessi saputo parlare. Se solo avessi avuto, per così dire, la “penna” nella bocca! Con quale superiorità, con quale facilità avrei potuto sconfiggere quel povero ministro in mezzo ai suoi sei contadini! L’avidità di dominare aveva fatto dimenticare al clero protestante tutti i principi della Riforma; per ricordarglieli e farlo tacere, bastava semplicemente commentare le mie prime “Lettere dalla Montagna”, su cui quegli stessi avevano avuto la stupidità di scrivere degli epiloghi. Il mio discorso era già pronto: mi mancava solo l’occasione per pronunciarlo. Ma dovevo parlare subito, trovare le idee, i modi giusti, le parole appropriate nel momento del bisogno. Dovevo mantenere la calma, non lasciarmi mai prendere dal panico. Cosa potevo sperare da me stesso, che sentivo così chiaramente la mia incapacità di esprimermi in modo spontaneo? A Ginevra ero stato costretto al silenzio davanti a un’assemblea completamente dalla mia parte, pronta ad approvare qualsiasi cosa dicessi. Qui, invece, tutto era diverso: avevo a che fare con uno che utilizzava l’astuzia al posto della conoscenza, che mi tendeva centinaia di trappole senza che io me ne accorgessi. Eppure, più esaminavo la situazione, più mi sembrava pericolosa. Sentendo che non avrei potuto uscirne vittorioso, immaginai un altro piano: decisi di preparare un discorso da pronunciare davanti al Consiglio, per rifiutare qualsiasi domanda e evitare così di rispondere. Era una soluzione molto semplice. Scrissi il discorso e iniziai a memorizzarlo con grande impegno. Thérèse si prendeva gioco di me, mentre ripetevo incessantemente le stesse frasi. Speravo davvero di riuscire a pronunciarlo. Sapevo che il Châtelain, in qualità di ufficiale del Principe, avrebbe partecipato al Consiglio; sapevo anche che, nonostante le manovre e le insidie di Montmollin, la maggior parte degli anziani era dalla mia parte. Avevo dalla mia parte la ragione, la verità, la giustizia. La protezione del Re, l’autorità del Consiglio di Stato. E i desideri di tutti quei buoni patrioti che erano interessati al successo di questa inquisizione. Tutto ciò mi incoraggiava.
La vigilia della data fissata, conoscevo a memoria il mio discorso; lo recitai senza alcun errore. Lo ripassai nella mia mente per tutta la notte. Ma al mattino non me ne ricordavo più: esitavo ad ogni parola, mi sentivo già in quell’illustre assemblea. Mi confondevo, balbettavo. Alla fine, quasi nel momento di andare, mi mancò completamente il coraggio; rimasi a casa e decisi di scrivere al Consiglio[298], esponendo rapidamente le mie ragioni e adducendo come scusa le mie difficoltà. Le quali, in realtà, nello stato in cui mi trovavo all’epoca, mi avrebbero certamente impedito di sostenere l’intera seduta.
Il ministro, imbarazzato dalla mia lettera, rinviò la questione a un’altra seduta. Nel frattempo, egli stesso e i suoi seguaci fecero di tutto per convincere coloro che, seguendo le ispirazioni della propria coscienza piuttosto che quelle del ministro stesso, non erano d’accordo con le decisioni prese dalla Classe e da lui. Per quanto potessero essere persuasivi gli argomenti addotti, egli riuscì a conquistare soltanto quei due o tre individui che già gli erano devoti, quelli che venivano chiamati le sue “anime dannate”. L’ufficiale del Principe e il colonnello Pury, impegnati con grande zelo in questa questione, riuscirono a mantenere gli altri fedeli al loro dovere. Quando Montmollin cercò di procedere all’escomunica, il suo Consiglio, con maggioranza dei voti, la rifiutò categoricamente. Ridotto quindi all’ultima risorsa, ovvero sollevare la popolazione contro di lui, egli iniziò apertamente a mobilitarla insieme ai suoi complici; ottenne tale successo che, nonostante gli ordini severi e frequenti del Re e quelli del Consiglio di Stato, fui costretto ad abbandonare il paese per evitare che l’ufficiale del Principe venisse assassinato mentre mi difendeva.
Je n’ai qu’un souvenir si confus de toute cette affaire, qu’il m’est impossible de mettre aucun ordre, aucune liaison dans les idées qui m’en reviennent, et que je ne les puis rendre qu’éparses et isolées, comme elles se présentent à mon esprit. Je me rappelle qu’il y avait eu, avec la Classe, quelque espèce de négociation, dont Montmollin avait été l’entremetteur. Il avait feint qu’on craignait que par mes écrits je ne troublasse le repos du pays, à qui l’on s’en prendrait de ma liberté d’écrire. Il m’avait fait entendre que, si je m’engageais à quitter la plume, on serait coulant sur le passé. J’avais déjà pris cet engagement avec moi-même ; je ne balançai point à le prendre avec la Classe, mais conditionnel, et seulement quant aux matières de religion. Il trouva le moyen d’avoir cet écrit à double, sur quelque changement qu’il exigea : la condition ayant été rejetée par la Classe, je redemandai mon écrit ; il me rendit un des doubles et garda l’autre, prétextant qu’il l’avait égaré. Après cela le peuple, ouvertement excité par les ministres, se moqua des rescrits du Roi, des ordres du Conseil d’État, et ne connut plus de frein. Je fus prêché en chaire, nommé l’Antéchrist, et poursuivi dans la campagne comme un loup-garou. Mon habit d’Arménien servait de renseignement à la populace : j’en sentais cruellement l’inconvénient ; mais le quitter dans ces circonstances me semblait une lâcheté. Je ne pus m’y résoudre, et je me promenais tranquillement dans le pays avec mon cafetan et mon bonnet fourré, entouré des huées de la canaille et quelquefois de ses cailloux. Plusieurs fois en passant devant des maisons, j’entendais dire à ceux qui les habitaient : apportez-moi mon fusil, que je lui tire dessus. Je n’en allais pas plus vite : ils n’en étaient que plus furieux ; mais ils s’en tinrent toujours aux menaces, du moins pour l’article des armes à feu.
Durant toute cette fermentation, je ne laissai pas d’avoir deux fort grands plaisirs auxquels je fus bien sensible. Le premier fut de pouvoir faire un acte de reconnaissance par le canal de Milord Maréchal. Tous les honnêtes gens de Neuchâtel, indignés des traitements que j’essuyais et des manœuvres dont j’étais la victime, avaient les ministres en exécration, sentant bien qu’ils suivaient des impulsions étrangères, et qu’ils n’étaient que les satellites d’autres gens qui se cachaient en les faisant agir, et craignant que mon exemple ne tirât à conséquence pour l’établissement d’une véritable inquisition. Les magistrats, et surtout Meuron, qui avait succédé à M. d’Ivernois, dans la charge de Procureur général, faisaient tous leurs efforts pour me défendre. Le colonel Pury, quoique simple particulier, en fit davantage et réussit mieux. Ce fut lui qui trouva le moyen de faire bouquer Montmollin dans son Consistoire, en retenant les anciens dans leur devoir. Comme il avait du crédit, il l’employa tant qu’il put pour arrêter la sédition ; mais il n’avait que l’autorité des lois, de la justice et de la raison à opposer à celle de l’argent et du vin. La partie n’était pas égale, et dans ce point Montmollin triompha de lui. Cependant sensible à ses soins et à son zèle, j’aurais voulu pouvoir lui rendre bon office pour bon office, et pouvoir m’acquitter avec lui de quelque façon. Je savais qu’il convoitait fort une place de conseiller d’État ; mais, s’étant mal conduit au gré de la cour dans l’affaire du ministre Petitpierre, il était en disgrâce auprès du Prince et du Gouverneur. Je risquai pourtant d’écrire en sa faveur à Milord Maréchal ; j’osai même parler de l’emploi qu’il désirait, et si heureusement, que, contre l’attente de tout le monde, il lui fut presque aussitôt conféré par le Roi. C’est ainsi que le sort, qui m’a toujours mis en même temps trop haut et trop bas, continuait à me ballotter d’une extrémité à l’autre, et tandis que la populace me couvrait de fange, je faisais un conseiller d’État.
Mon autre grand plaisir fut une visite que vint me faire Mme de Verdelin avec sa fille qu’elle avait menée aux bains de Bourbonne, d’où elle poussa jusqu’à Môtiers, et logea chez moi deux ou trois jours. À force d’attentions et de soins, elle avait enfin surmonté ma longue répugnance, et mon cœur, vaincu par ses caresses, lui rendait toute l’amitié qu’elle m’avait si longtemps témoignée. Je fus touché de ce voyage, surtout dans la circonstance où je me trouvais, et où j’avais grand besoin, pour soutenir mon courage, des consolations de l’amitié. Je craignais qu’elle ne s’affectât des insultes que je recevais de la populace, et j’aurais voulu lui en dérober le spectacle pour ne pas contrister son cœur : mais cela ne me fut pas possible, et quoique sa présence contînt un peu les insolents dans nos promenades, elle en vit assez pour juger de ce qui se passait dans les autres temps. Ce fut même durant son séjour chez moi que je commençai d’être attaqué de nuit dans ma propre habitation. Sa femme de chambre trouva ma fenêtre couverte un matin des pierres qu’on y avait jetées pendant la nuit. Un banc très massif, qui était dans la rue à côté de ma porte et fortement attaché, fut détaché, enlevé, et posé debout contre la porte, de sorte que, si l’on ne s’en fût aperçu, le premier qui, pour sortir, aurait ouvert la porte d’entrée, devait naturellement être assommé. Mme de Verdelin n’ignorait rien de ce qui se passait ; car, outre ce qu’elle voyait elle-même, son domestique, homme de confiance, était très répandu dans le village, y accostait tout le monde, et on le vit même en conférence avec Montmollin. Cependant elle ne parut faire aucune attention à rien de ce qui m’arrivait, ne me parla ni de Montmollin ni de personne, et répondit peu de chose à ce que je lui en dis quelquefois. Seulement, paraissant persuadée que le séjour de l’Angleterre me convenait plus qu’aucun autre, elle me parla beaucoup de M. Hume qui était alors à Paris, de son amitié pour moi, du désir qu’il avait de m’être utile dans son pays. Il est temps de dire quelque chose de ce M. Hume.
Il s’était acquis une grande réputation en France, et surtout parmi les Encyclopédistes, par ses traités de commerce et de politique, et en dernier lieu par son Histoire de la maison Stuart, le seul de ses écrits dont j’avais lu quelque chose dans la traduction de l’abbé Prévost. Faute d’avoir lu ses autres ouvrages, j’étais persuadé, sur ce qu’on m’avait dit de lui, que M. Hume associait une âme très républicaine aux paradoxes anglais en faveur du luxe. Sur cette opinion, je regardais toute son apologie de Charles Ier comme un prodige d’impartialité, et j’avais une aussi grande idée de sa vertu que de son génie. Le désir de connaître cet homme rare et d’obtenir son amitié avait beaucoup augmenté les tentations de passer en Angleterre que me donnaient les sollicitations de Mme de Boufflers, intime amie de M. Hume. Arrivé en Suisse, j’y reçus de lui, par la voie de cette dame, une lettre extrêmement flatteuse, dans laquelle, aux plus grandes louanges sur mon génie, il joignait la pressante invitation de passer en Angleterre, et l’offre de tout son crédit et de tous ses amis pour m’en rendre le séjour agréable. Je trouvai sur les lieux Milord Maréchal, le compatriote et l’ami de M. Hume, qui me confirma tout le bien que j’en pensais, et qui m’apprit même à son sujet une anecdote littéraire qui l’avait beaucoup frappé, et qui me frappa de même. Wallace, qui avait écrit contre Hume au sujet de la population des anciens, était absent tandis qu’on imprimait son ouvrage. Hume se chargea de revoir les épreuves et de veiller à l’édition. Cette conduite était dans mon tour d’esprit. C’est ainsi que j’avais débité des copies à six sols pièce, d’une chanson qu’on avait faite contre moi. J’avais donc toutes sortes de préjugés en faveur de Hume, quand Mme de Verdelin vint me parler vivement de l’amitié qu’il disait avoir pour moi, et de son empressement à me faire les honneurs de l’Angleterre ; car c’est ainsi qu’elle s’exprimait. Elle me pressa beaucoup de profiter de ce zèle, et d’écrire à M. Hume. Comme je n’avais pas naturellement de penchant pour l’Angleterre, et que je ne voulais prendre ce parti qu’à l’extrémité, je refusai d’écrire et de promettre ; mais je la laissai la maîtresse de faire tout ce qu’elle jugerait à propos pour maintenir Hume dans ses bonnes dispositions. En quittant Môtiers, elle me laissa persuadé, par tout ce qu’elle m’avait dit de cet homme illustre, qu’il était de mes amis, et qu’elle était encore plus de ses amies.
My recollection of all this affair is so confused that it is impossible for me to arrange or connect the various ideas that come back to my mind; I can only present them in a scattered and isolated manner, as they appear before me. I remember that there was some sort of negotiation involving the Class, with Montmollin acting as intermediary. He pretended that people were concerned that my writings might disturb the peace of the country and that my freedom to write would be threatened. He suggested to me that if I agreed to stop writing, they would let bygones be bygones. I had already made this commitment to myself; I did not hesitate to make it also with the Class, but on conditional terms—and only regarding matters of religion. He found a way to obtain a duplicate of my written statement, and whenever he demanded changes, I refused. When the Class rejected his conditions, I asked for my original document back; he gave me one of the duplicates and kept the other, claiming that he had lost it. After that, the people, openly incited by the ministers, began to mock the King’s edicts and the orders of the Council of State, and there was no longer any restraint on their behavior. I was condemned in public sermons, called the Antichrist, and hunted in the countryside like a werewolf. My Armenian clothing served as a clue for the mob; I suffered greatly from its use, but giving it up under those circumstances would have seemed cowardly to me. I could not bring myself to do so and continued to travel around freely, dressed in my plain clothes and fur hat, surrounded by the insults of the rabble and sometimes even their stones. On several occasions, as I passed by houses, I heard people inside saying to each other: “Bring me my gun; I’ll shoot him.” I didn’t speed up; they only grew angrier—but at least they remained content with threats, when it came to firearms.
Throughout this entire period of turmoil, I experienced two great pleasures that touched me deeply. The first was the opportunity to express my gratitude through Lord Marshal. All the honest people of Neuchâtel, outraged by the treatment I endured and the schemes against me, loathed those ministers who acted under foreign influences, knowing full well that they were merely tools in the hands of unseen forces. They feared that my case might lead to the establishment of a true inquisition. The magistrates, especially Meuron, who had succeeded M. d’Ivernois as Attorney General, did their utmost to defend me. Colonel Pury, though a private individual, went even further and achieved greater success—he managed to have Montmollin confined within his own Consistory by ensuring that the old officials fulfilled their duties. Having considerable influence, he used it to curb the rebellion; however, he could only rely on the authority of law, justice, and reason to counter the power of money and wine. The odds were not equal, and in this regard, Montmollin proved victorious. Yet, grateful for his efforts and dedication, I wished I could repay him in kind and settle our accounts somehow. I knew he greatly desired a position as State Counselor; but having misbehaved in the court’s eyes regarding Minister Petitpierre, he had fallen out of favor with both the Prince and the Governor. Nevertheless, I took the risk of writing to Lord Marshal in his support. I even mentioned the position he sought—and to everyone’s surprise, it was granted to him almost immediately by the King. Thus, fate, which had always thrown me between extreme highs and lows, continued to toss me back and forth. While the common people cast me into disgrace, I became a State Counselor.
Another great pleasure I had was the visit of Madame de Verdelin and her daughter, who had gone to the baths of Bourbonne and then continued on to Môtiers, where they stayed with me for two or three days. Through much care and attention, she finally managed to overcome my initial aversion; my heart, conquered by her tenderness, returned to her all the friendship she had so long shown me. I was deeply moved by this visit, especially given my circumstances at the time—when I greatly needed the comfort of friendship to sustain my courage. I feared that she might be affected by the insults I received from the populace, and I wished I could shield her from such sights; but that was impossible. Although her presence somewhat deterred the insolents during our walks, she saw enough to understand what was happening at other times. In fact, it was during her stay with me that I began to experience nighttime attacks in my own home. One morning, my maid found my window covered with stones thrown there during the night. A very heavy bench, which stood outside my door and was firmly secured, had been untied, removed, and placed upright against the door—such that anyone who opened it to leave would surely be struck unconscious. Madame de Verdelin was fully aware of what was happening; besides what she saw herself, her trusted servant was well-connected in the village, interacting with everyone there, and was even seen discussing matters with Montmollin. Nevertheless, she seemed to pay no attention to what happened to me, never mentioned Montmollin or anything else, and rarely responded when I spoke of these matters. However, she seemed convinced that living in England was more suitable for me than anywhere else, and she often talked about Mr. Hume, who was then in Paris, expressing his friendship toward me and his desire to be of help to me in his country. It is now time to say something about this Mr. Hume.
He had gained a great reputation in France, especially among the Encyclopædists, through his treatises on commerce and politics, and ultimately through his History of the House of Stuart—the only one of his works that I had read in the translation by Abbé Prévost. Having not read his other works, I was convinced, based on what I had been told about him, that Mr. Hume combined a very republican spirit with those English paradoxes that advocated for luxury. With this opinion, I regarded all of his defenses of Charles I as a marvel of impartiality, and I held him in high regard both for his virtue and his genius. The desire to get to know this rare individual and to win his friendship greatly increased my inclination to travel to England, especially since Madame de Boufflers, a close friend of Mr. Hume’s, kept urging me to do so. Upon arriving in Switzerland, I received from him, through this lady, a highly flattering letter in which, amidst great praise for my genius, he earnestly invited me to visit England and offered the support of all his influence and friends to make my stay there pleasant. In Switzerland, I met Lord Maréchal, Hume’s compatriot and friend, who confirmed everything I had heard about him and even told me an interesting literary anecdote that had deeply impressed both him and me. At that time, Wallace, who had written against Hume regarding the population of ancient times, was away while his work was being printed; Hume took care to review the proofs and oversee the publication process. Such conduct was in line with my own principles. It was precisely for this reason that I had previously distributed copies of a song written against me for six sous each. Therefore, I held all sorts of favorable preconceptions toward Hume when Madame de Verdelin came to speak to me enthusiastically about the friendship he claimed to have for me and his eagerness to honor me by inviting me to England—such was her way of expressing it. She strongly urged me to take advantage of this offer and write to Mr. Hume. Since I naturally had no particular fondness for England and was only willing to consider such a move as a last resort, I refused to write or make any promises; but I allowed her to do whatever she deemed appropriate to keep Hume in a good disposition toward me. When I left Môtiers, she had convinced me, through all she had told me about this illustrious man, that he was indeed one of my friends—and that she herself was even his closest friend.
Ho solo ricordi confusi di tutta questa faccenda; mi è impossibile dare un ordine, stabilire una connessione tra le idee che mi vengono in mente, e posso rappresentarle soltanto come frammenti isolati e disordinati. Ricordo che c’era stata qualche sorta di negoziazione con la Classe, nella quale Montmollin aveva agito da intermediario. Aveva finto che si temesse che i miei scritti potessero disturbare la tranquillità del paese e che per questo mi si sarebbe revocata la libertà di scrivere. Mi aveva fatto capire che, se avessi accettato di smettere di scrivere, si sarebbe ignorato il passato. Io stesso avevo già preso questa decisione; non esitai a farlo anche con la Classe, ma su condizioni, e soltanto riguardo ai temi religiosi. Montmollin trovò il modo di ottenere una copia del mio scritto, modificandolo secondo le sue richieste; poiché la Classe rifiutò quelle condizioni, chiesi indietro il mio documento originale; mi restituì una delle copie e tenne l’altra, sostenendo di averla persa. In seguito, il popolo, chiaramente incitato dai ministri, iniziò a deridere gli editti del Re e gli ordini del Consiglio di Stato, perdendo completamente ogni freno. Fu predicato contro di me nelle chiese, fui definito l’Anticristo e perseguitato nelle campagne come un lupo mannaro. Il mio abito da armeno serviva da indicazione per la plebaglia; ne soffrivo terribilmente, ma lasciarlo in quelle circostanze mi sarebbe sembrato una codardia. Non riuscii a decidermi e continuai a viaggiare tranquillamente per il paese con il mio caffetano e il mio cappello foderato, circondato dalle grida della gente e talvolta dai loro sassi. Molte volte, passando davanti alle case, sentivo le persone dire: “Portatemi il mio fucile, così lo sparo su di lui”. Non acceleravo il passo; anzi, loro diventavano ancora più furiosi. Ma si limitavano a minacciare, almeno riguardo alle armi da fuoco.
Durante tutta questa fase di “fermentazione”, provai due grandi gioie che mi resero molto felice. La prima fu quella di poter esprimere la mia gratitudine attraverso il canale del Milord Maréchal. Tutti gli onesti cittadini di Neuchâtel, indignati dai trattamenti che subivo e dalle manovre di cui ero vittima, odiavano profondamente quei ministri; erano consapevoli che agivano su impulsi estranei e che in realtà erano solo strumenti nelle mani di altre persone nascoste dietro di loro. Temevano anche che il mio esempio potesse avere conseguenze negative per l’istituzione di un’autentica istituzione d’inquisizione. I magistrati, e soprattutto Meuron, che aveva sostituito il signor d’Ivernois nella carica di Procuratore Generale, fecero del loro meglio per difendermi; il colonnello Pury, sebbene fosse solo un privato cittadino, fece ancora di più e riuscì nel suo intento. Fu lui a trovare il modo di costringere Montmollin ad astenersi da qualsiasi azione sediziosa, facendo sì che gli anziani rimanessero fedeli ai loro doveri. Poiché godeva di credito, ne fece uso al massimo per fermare la rivolta; tuttavia, aveva a disposizione solo l’autorità delle leggi, della giustizia e della ragione per contrastare quella del denaro e del potere. Le forze in campo non erano uguali, e in questo Montmollin ebbe la meglio su di lui. Tuttavia, grato per i suoi sforzi e il suo impegno, avrei voluto potergli ricambiare in qualche modo; sapevo che desiderava ardentemente ottenere una carica di consigliere di Stato; ma poiché si era comportato male presso la corte nell’affare del ministro Petitpierre, era caduto in disgrazia presso il Principe e il Governatore. Nonostante ciò, osai scrivere a suo favore al Milord Maréchal; osai persino menzionare la carica che desiderava, e con mia grande sorpresa, contro ogni aspettativa, essa gli fu quasi immediatamente concessa dal Re. Così il destino, che fin da sempre mi aveva messo troppo in alto e poi troppo in basso, continuò a farmi oscillare da un’estremità all’altra: mentre la gente comune mi copriva di disprezzo, io diventavo un consigliere di Stato.
Un altro grande piacere per me fu la visita che mi fece la signora de Verdelin con sua figlia, che aveva portato ai bagni di Bourbonne; da lì proseguirono fino a Môtiers e soggiornarono da me per due o tre giorni. Grazie alle sue attenzioni e cure, riuscì finalmente a superare la mia lunga avversione, e il mio cuore, vinto dalle sue carezze, le restituì tutta l’amicizia che lei mi aveva dimostrato per tanto tempo. Fui commosso da questo suo viaggio, soprattutto in quelle circostanze in cui mi trovavo e dove avevo un grande bisogno, per sostenere il mio coraggio, delle consolazioni dell’amicizia. Temevo che potesse essere turbata dalle offese che ricevevo dalla gente comune, e avrei voluto nasconderle quella situazione per non addolorarla; ma questo non fu possibile. Anche se la sua presenza riusciva a contenere un po’ gli insolenti durante le nostre passeggiate, lei ne vide abbastanza per capire ciò che accadeva in altri momenti. Fu proprio durante il suo soggiorno da me che iniziai ad essere assalito di notte nella mia stessa abitazione: una mattina, la sua cameriera trovò la mia finestra coperta dalle pietre che qualcuno aveva gettato durante la notte. Un banco molto massiccio, che si trovava in strada accanto alla mia porta e era saldamente fissato, fu staccato, portato via e posizionato di fronte alla porta; se nessuno se ne fosse accorto, la prima persona che avesse cercato di uscire sarebbe stata sicuramente colpita. La signora de Verdelin era a conoscenza di tutto ciò che mi accadeva; oltre a ciò che vedeva personalmente, il suo domestico, una persona di fiducia, aveva molte relazioni nel villaggio e incontrava tutti; fu persino visto in conversazione con Montmollin. Tuttavia, lei non sembrò prestare alcuna attenzione a quanto mi succedeva, non parlò mai né di Montmollin né di altre persone, e rispondeva poco alle mie domande al riguardo. Solo, sembrava convinta che il soggiorno in Inghilterra fosse più adatto a me di qualsiasi altro luogo; per questo mi parlò molto di Mr. Hume, che all’epoca si trovava a Parigi, della sua amicizia per me e del desiderio che aveva di essermi d’aiuto nel suo paese. È ora di parlare un po’ di questo Mr. Hume.
Si era guadagnato una grande reputazione in Francia, soprattutto tra gli Enciclopedisti, grazie ai suoi trattati di commercio e politica, e infine per la sua “Storia della casa Stuart”, l’unico dei suoi scritti che avessi letto nella traduzione dell’abate Prévost. Non avendo letto le sue altre opere, ero convinto, sulla base di ciò che mi era stato detto di lui, che il signor Hume unisse un’anima profondamente repubblicana ai paradossi inglesi a favore del lusso. Con questa opinione, consideravo tutta la sua difesa di Carlo I come un esempio straordinario di imparzialità, e avevo una grande stima sia della sua virtù che del suo genio. Il desiderio di conoscere quest’uomo raro e di ottenere la sua amicizia aumentò notevolmente le tentazioni di recarmi in Inghilterra, sollecitate anche dalle insistenze di Madame de Boufflers, intima amica del signor Hume. Arrivato in Svizzera, ricevetti da lui, tramite questa signora, una lettera estremamente lusinghiera nella quale, oltre ad elogiare molto il mio genio, mi invitava con insistenza a recarmi in Inghilterra e mi offriva tutto il suo credito e l’aiuto dei suoi amici per rendere il mio soggiorno piacevole. A Ginevra incontrai Lord Maréchal, compatriota e amico del signor Hume, che confermò tutte le buone impressioni che avevo di lui e mi raccontò anche un aneddoto letterario che lo aveva molto colpito, e che colpì altrettanto me. Wallace, che aveva scritto contro Hume riguardo alla popolazione degli antichi, era assente quando il suo libro veniva stampato; fu Hume stesso a occuparsi di revisionare le bozze e di supervisionare l’edizione. Questo comportamento era in linea con i miei principi: era così che avevo distribuito gratuitamente delle copie di una canzone scritta contro di me, pagandone soltanto sei soldi ciascuna. Avevo quindi ogni sorta di pregiudizio a favore di Hume quando Madame de Verdelin venne a parlarmi con entusiasmo dell’amicizia che lui diceva di avere per me e della sua disponibilità ad accogliermi in Inghilterra, o, per usare le sue parole, ad “onorarmi” con la sua ospitalità. Mi esortò vivamente a cogliere questa opportunità e a scrivere al signor Hume. Poiché non avevo naturalmente una particolare inclinazione verso l’Inghilterra, e volevo prendere questa decisione solo in caso estremo, rifiutai di scrivere o di promettere nulla; ma le lasciai libertà di fare tutto ciò che riteneva opportuno per mantenere Hume nelle sue buone disposizioni. Quando lasciai Môtiers, ero convinto, da tutto ciò che mi aveva detto su quell’uomo illustre, che fosse davvero mio amico, e che lei lo fosse ancora di più.
Après son départ, Montmollin poussa ses manœuvres, et la populace ne connut plus de frein[299]. Je continuais cependant à me promener tranquillement au milieu des huées, et le goût de la botanique, que j’avais commencé de prendre auprès du docteur d’Ivernois, donnant un nouvel intérêt à mes promenades, me faisait parcourir le pays en herborisant, sans m’émouvoir des clameurs de toute cette canaille, dont ce sang-froid ne faisait qu’irriter la fureur. Une des choses qui m’affectèrent le plus fut de voir les familles de mes amis[300], ou des gens qui portaient ce nom, entrer assez ouvertement dans la ligue de mes persécuteurs, comme les d’Ivernois, sans en excepter même le père et le frère de mon Isabelle, Boy de la Tour, parent de l’amie chez qui j’étais logé, et Mme Girardier, sa belle-sœur. Ce Pierre Boy était si butor, si bête, et se comporta si brutalement, que, pour ne pas me mettre en colère, je me permis de le plaisanter, et je fis, dans le goût du Petit Prophète, une petite brochure de quelques pages, intitulée La Vision de Pierre de la Montagne, dit le Voyant, dans laquelle je trouvai le moyen de tirer assez plaisamment sur les miracles qui faisaient alors le grand prétexte de ma persécution. Du Peyrou fit imprimer à Genève ce chiffon, qui n’eut dans le pays qu’un succès médiocre ; les Neuchâtelois, avec tout leur esprit, ne sentent guère le sel attique ni la plaisanterie, sitôt qu’elle est un peu fine.
Je mis un peu plus de soin à un autre écrit du même temps, dont on trouvera le manuscrit parmi mes papiers, et dont il faut dire ici le sujet.
Dans la plus grande fureur des décrets et de la persécution, les Genevois s’étaient particulièrement signalés en criant haro de toute leur force, et mon ami Vernes, entre autres, avec une générosité vraiment théologique, choisit précisément ce temps-là pour publier contre moi des lettres où il prétendait prouver que je n’étais pas chrétien. Ces lettres, écrites avec un ton de suffisance, n’en étaient pas meilleures, quoiqu’on assurât que le naturaliste Bonnet y avait mis la main : car ledit Bonnet, quoique matérialiste, ne laisse pas d’être d’une orthodoxie très intolérante, sitôt qu’il s’agit de moi. Je ne fus assurément pas tenté de répondre à cet ouvrage ; mais l’occasion s’étant présentée d’en dire un mot dans les Lettres de la Montagne, j’y insérai une petite note assez dédaigneuse, qui mit Vernes en fureur. Il remplit Genève des cris de sa rage, et d’Ivernois me marqua qu’il ne se possédait pas. Quelque temps après parut une feuille anonyme, qui semblait écrite, au lieu d’encre, avec l’eau du Phlégéton. On m’accusait, dans cette lettre, d’avoir exposé mes enfants dans les rues, de traîner après moi une coureuse de corps de garde, d’être usé de débauche, pourri de vérole, et d’autres gentillesses semblables. Il ne me fut pas difficile de reconnaître mon homme. Ma première idée, à la lecture de ce libelle, fut de mettre à son vrai prix tout ce qu’on appelle renommée et réputation parmi les hommes, en voyant traiter de coureur de bordels un homme qui n’y fut de sa vie, et dont le plus grand défaut fut toujours d’être timide et honteux comme une vierge, et en me voyant passer pour être pourri de vérole, moi qui non seulement n’eus de mes jours la moindre atteinte d’aucun mal de cette espèce, mais que des gens de l’art ont même cru conformé de manière à n’en pouvoir contracter. Tout bien pesé, je crus ne pouvoir mieux réfuter ce libelle qu’en le faisant imprimer dans la ville où j’avais le plus vécu, et je l’envoyai à Duchesne pour le faire imprimer tel qu’il était, avec un avertissement où je nommais M. Vernes, et quelques courtes notes pour l’éclaircissement des faits. Non content d’avoir fait imprimer cette feuille, je l’envoyai à plusieurs personnes, et entre autres à M. le prince Louis de Wurtemberg, qui m’avait fait des avances très honnêtes, et avec lequel j’étais alors en correspondance. Ce prince, Du Peyrou et d’autres, parurent douter que Vernes fût l’auteur du libelle[301], et me blâmèrent de l’avoir nommé trop légèrement. Sur leurs représentations, le scrupule me prit, et j’écrivis à Duchesne de supprimer cette feuille. Guy m’écrivit l’avoir supprimée ; je ne sais pas s’il l’a fait ; je l’ai trouvé menteur en tant d’occasions, que celle-là de plus ne serait pas une merveille ; et dès lors j’étais enveloppé de ces profondes ténèbres à travers lesquelles il m’est impossible de pénétrer aucune sorte de vérité.
M. Vernes supporta cette imputation avec une modération plus qu’étonnante dans un homme qui ne l’aurait pas méritée, après la fureur qu’il avait montrée auparavant. Il m’écrivit deux ou trois lettres très mesurées, dont le but me parut être de tâcher de pénétrer, par mes réponses, à quel point j’étais instruit, et si j’avais quelque preuve contre lui. Je lui fis deux réponses courtes, sèches, dures dans le sens, mais sans malhonnêteté dans les termes, et dont il ne se fâcha point. À sa troisième lettre, voyant qu’il voulait lier une espèce de correspondance, je ne répondis plus : il me fit parler par d’Ivernois. Mme Cramer écrivit à Du Peyrou qu’elle était sûre que le libelle n’était pas de Vernes. Tout cela n’ébranla point ma persuasion ; mais comme enfin je pouvais me tromper, et qu’en ce cas je devais à Vernes une réparation authentique, je lui fis dire par d’Ivernois que je la lui ferais telle qu’il en serait content, s’il pouvait m’indiquer le véritable auteur du libelle, ou me prouver du moins qu’il ne l’était pas. Je fis plus : sentant bien qu’après tout, s’il n’était pas coupable, je n’avais pas droit d’exiger qu’il me prouvât rien, je pris le parti d’écrire, dans un mémoire assez ample, les raisons de ma persuasion, et de les soumettre au jugement d’un arbitre que Vernes ne pût récuser. On ne devinerait pas quel fut cet arbitre que je choisis. Le Conseil de Genève. Je déclarai à la fin du Mémoire que si, après l’avoir examiné et fait les perquisitions qu’il jugerait nécessaires, et qu’il était bien à portée de faire avec succès, le Conseil prononçait que M. Vernes n’était pas l’auteur du mémoire, dès l’instant je cesserais sincèrement de croire qu’il l’est, je partirais pour m’aller jeter à ses pieds, et lui demander pardon jusqu’à ce que je l’eusse obtenu. J’ose le dire, jamais mon zèle ardent pour l’équité, jamais la droiture, la générosité de mon âme, jamais ma confiance dans cet amour de la justice, inné dans tous les cœurs, ne se montrèrent plus pleinement, plus sensiblement que dans ce sage et touchant mémoire, où je prenais sans hésiter mes plus implacables ennemis pour arbitres entre le calomniateur et moi. Je lus cet écrit à Du Peyrou : il fut d’avis de le supprimer, et je le supprimai. Il me conseilla d’attendre les preuves que Vernes promettait ; je les attendis, et je les attends encore : il me conseilla de me taire en attendant ; je me tus, et me tairai le reste de ma vie, blâmé d’avoir chargé Vernes d’une imputation grave, fausse et sans preuve, quoique je reste intérieurement persuadé, convaincu, comme de ma propre existence, qu’il est l’auteur du libelle. Mon mémoire est entre les mains de M. Du Peyrou. Si jamais il voit le jour, on y trouvera mes raisons, et l’on y connaîtra, je l’espère, l’âme de J.-J., que mes contemporains ont si peu voulu connaître[302].
Il est temps d’en venir à ma catastrophe de Môtiers, et à mon départ du Val-de-Travers, après deux ans et demi de séjour, et huit mois d’une constance inébranlable à souffrir les plus indignes traitements. Il m’est impossible de me rappeler nettement les détails de cette désagréable époque ; mais on les trouvera dans la relation qu’en publia Du Peyrou, et dont j’aurai à parler dans la suite.
Depuis le départ de Mme de Verdelin, la fermentation devenait plus vive, et malgré les rescrits réitérés du Roi, malgré les ordres fréquents du Conseil d’État, malgré les soins du Châtelain et des magistrats du lieu, le peuple, me regardant tout de bon comme l’Antéchrist, et voyant toutes ses clameurs inutiles, parut enfin vouloir en venir aux voies de fait ; déjà dans les chemins les cailloux commençaient à rouler après moi, lancés cependant encore d’un peu trop loin pour pouvoir m’atteindre. Enfin la nuit de la foire de Môtiers, qui est au commencement de septembre, je fus attaqué dans ma demeure, de manière à mettre en danger la vie de ceux qui l’habitaient.
After his departure, Montmollin continued with his maneuvers, and the populace was no longer held in check[299]. Nevertheless, I continued to stroll about calmly amidst the insults; my growing interest in botany, which I had begun to develop under the guidance of Dr. d’Ivernois, gave new meaning to my walks. It led me to travel throughout the region collecting plants, completely unfazed by the shouts of that rabble—whose fury such calmness only seemed to provoke further. What affected me most was seeing the families of my friends[300], or people bearing those names, openly join the league of my persecutors, including even the father and brother of my Isabelle, Boy de la Tour—a relative of the woman who hosted me—and Mme Girardier, her sister-in-law. This Pierre Boy was so crude, so foolish, and behaved so brutally that, in order not to lose my temper, I allowed myself to tease him. In the spirit of the “Little Prophet,” I wrote a short pamphlet of a few pages titled The Vision of Pierre de la Montagne, called the Seer, in which I took the liberty of mocking the miracles that were then used as the main pretext for my persecution. Du Peyrou had it printed in Geneva, but it met with only mediocre success in the region; the people of Neuchâtel, despite their wit, seem to have little appreciation for subtle humor or clever jesting.
I paid a little more attention to another piece of writing from the same period; its manuscript can be found among my papers, and it is necessary to mention its subject here.
In the midst of the greatest fury of decrees and persecution, the people of Geneva had particularly distinguished themselves by shouting their indignation with all their might; and my friend Vernes, among others, with a generosity truly theological in nature, chose precisely this time to publish letters against me in which he claimed to prove that I was not a Christian. These letters, written in a tone of arrogance, were no better in quality, despite claims that the naturalist Bonnet had had a hand in their composition; for although Bonnet was a materialist, he was none the less extremely intolerant when it came to my person. I was certainly not inclined to respond to such writings; but when the opportunity arose to mention them in “Letters from the Mountains,” I included a rather scornful note, which enraged Vernes. He filled Geneva with the cries of his rage, and an individual named Ivernois made it clear that he could no longer contain himself. Some time later, an anonymous pamphlet appeared, seemingly written not with ink but with the waters of the River Phlegeton itself. In this letter, I was accused of exposing my children in the streets, of trailing after me a group of guards, of being consumed by debauchery, riddled with syphilis, and various other similar accusations. It was not difficult for me to identify the author of this slander. Upon reading it, my first thought was to dismiss entirely what people call reputation and fame, when someone who had never set foot in a brothel was labeled as such, and when I was portrayed as being riddled with syphilis—when in fact I had never suffered from any such illness in my life, and even medical experts had assured me that my physique made it impossible for me to contract it. After careful consideration, I decided the best way to refute this libel was to have it printed in the very city where I had spent most of my time. I sent it to Duchesne to be published as it was, along with a warning in which I named M. Vernes and included some brief notes to clarify the facts. Not content with having this pamphlet printed, I sent copies to several people, including Prince Louis of Württemberg, who had shown me great kindness and with whom I was corresponding at the time. This prince, along with Du Peyrou and others, seemed skeptical that Vernes could be the author of the libel and criticized me for mentioning him so lightly. At their urging, out of scrupulousness, I wrote to Duchesne asking him to remove the pamphlet from circulation. Guy told me it had been deleted; I have no way of knowing whether he kept his word. Having known him to be deceitful on many occasions, I had little reason to believe him this time either; and thus I found myself surrounded by deep darkness from which it is impossible for any truth to emerge.
Mr. Vernes responded to this accusation with a degree of moderation that was quite astonishing for a man who, given his previous fury, would not have deserved such restraint. He wrote me two or three very measured letters, whose purpose seemed to be to ascertain, through my replies, how much I knew and whether I possessed any evidence against him. I replied to him in two brief, dry, and direct letters—harsh in tone but free from any dishonesty in language—and he was not offended by them. In his third letter, seeing that he wished to establish some sort of correspondence with me, I ceased to respond; he then had someone send messages through d’Ivernois. Madame Cramer wrote to Du Peyrou, stating that she was certain the libel was not written by Vernes. All this did not shake my conviction; but since I could still be mistaken, and in that case I owed Vernes a genuine apology, I had d’Ivernois inform him that I would give him such an apology as he would find satisfactory, provided he could identify the true author of the libel or at least prove that it was not his. I even went further: realizing that, after all, if he were innocent, I had no right to demand proof from him, I decided to write a detailed account of my reasons in a memorial and submit it to the judgment of an arbitrator whom Vernes could not reject. One might never guess who this arbitrator was that I chose—it was the Council of Geneva. At the end of my memorial, I declared that if, after examining it and conducting any investigations it deemed necessary—and assuming it was within its power to do so successfully—the Council concluded that Mr. Vernes was not the author of the document, I would immediately cease believing in his guilt, go to his feet, and beg his forgiveness until I had received it. I dare say that my fervent commitment to justice, the integrity and generosity of my character, and my unwavering belief in the inherent love for fairness that exists in everyone’s heart were never more fully or dramatically demonstrated than in this wise and moving memorial, where I unhesitatingly chose my most ardent enemies as arbiters between the calumniator and me. I read this document to Du Peyrou; he advised me to destroy it, so I did. He suggested that I wait for the evidence Vernes promised to provide; I waited—and I am still waiting. He advised me to remain silent in the meantime; I kept my silence, and will do so for the rest of my life, though I am condemned for having falsely and without proof accused Vernes of a grave offense. Yet, deep down inside me, I remain convinced, as certain as I am of my own existence, that he is indeed the author of the libel. My memorial is in Mr. Du Peyrou’s hands. If it ever sees the light of day, people will find my reasons there—and, I hope, they will also gain an understanding of the true nature of J.-J., a man whose character my contemporaries were so unwilling to recognize[302].
It is time to address my own catastrophe in Môtiers, and my departure from the Val-de-Travers after two and a half years of residence—and eight months of enduring the most indignitable treatments with unwavering perseverance. I am unable to recall the details of that unpleasant period clearly; but they can be found in the account published by Du Peyrou, about which I will speak later on.
Since the departure of Madame de Verdelin, the fermentations had grown increasingly intense. Despite the repeated edicts of the King, despite the frequent orders of the Council of State, and despite the efforts of the Châtelain and local magistrates, the people—who regarded me as nothing short of the Antichrist—and seeing that all their protests were futile, finally seemed determined to resort to force. Already on the roads, stones began to be thrown at me from a distance too great to be effective. Finally, on the night of the Môtiers fair in early September, I was attacked in my residence, putting the lives of those living there in danger.
Dopo la sua partenza, Montmollin proseguì con le sue manovre, e la folla non ebbe più alcun freno[299]. Tuttavia, continuavo a passeggiare tranquillamente tra gli insulti; l’amore per la botanica, che avevo iniziato a coltivare sotto la guida del dottor d’Ivernois, dava nuovo significato alle mie escursioni. Così, mentre raccoglievo erbe, attraversavo il paese senza curarmi delle grida di tutta quella canaglia, la cui furia sembrava essere soltanto alimentata dal mio sangue freddo. Una delle cose che mi colpirono di più fu vedere le famiglie dei miei amici[300], o persone che portavano quel nome, unirsi apertamente alla lega dei miei persecutori, proprio come i d’Ivernois; tra questi non mancavano nemmeno il padre e il fratello di Isabelle, Boy de la Tour, parente dell’amica presso cui soggiornavo, e Madame Girardier, sua cognata. Quel Pierre Boy era così rozzo, così stupido, e si comportava in modo così brutale che, per non arrabbiarmi, mi permisi di prenderlo in giro. Così, seguendo lo stile del “Piccolo Profeta”, scrissi una piccola brochure di poche pagine intitolata “La Visione di Pierre de la Montagne, detto il Veggente”, nella quale trovai il modo di mettere in ridicolo quei miracoli che all’epoca costituivano il principale pretesto per la mia persecuzione. Du Peyrou fece stampare questo scritto a Ginevra, ma ebbe un successo modesto nel paese; i Neuchâtelois, nonostante tutto il loro spirito, non apprezzano molto le battute spiritose quando sono troppo raffinate.
Dedicai un po’ più di cura a un altro scritto dello stesso periodo; il manoscritto si trova tra i miei documenti, e è necessario menzionarne qui l’argomento.
Nella più intensa furia di decreti e persecuzioni, i genovesi si erano particolarmente distinti gridando “haro” con tutte le loro forze; mio amico Vernes, tra gli altri, con una generosità davvero “teologica”, scelse proprio quel momento per pubblicare contro di me delle lettere nelle quali pretendeva di dimostrare che non fossi cristiano. Queste lettere, scritte con tono di sufficienza, non erano affatto migliori delle altre; si diceva addirittura che il naturalista Bonnet vi avesse messo mano. Ma quel Bonnet, pur essendo un materialista, non era certo meno intollerante quando si trattava di me. Non ebbi certo l’impulso di rispondere a quell’opera; tuttavia, quando ne ebbe l’occasione, ne parlai nelle “Lettere della Montagna”, inserendo una breve nota piuttosto sprezzante che fece infuriare Vernes. Lui riempì Genova dei suoi gridi di rabbia, e l’Ivernois mi fece capire chiaramente che non si controllava più. Poco dopo apparve un foglio anonimo, apparentemente scritto con “acqua del Phlégéton” invece che inchiostro; in quella lettera mi si accusava di aver esposto i miei figli per le strade, di trascinarmi dietro una banda di guardie, di essere un uomo corrotto e decadente. Non fu difficile per me riconoscere l’autore di quelle calunnie. La mia prima reazione, dopo aver letto quel libello, fu quella di mettere in chiaro quale fosse il vero valore di ciò che gli uomini chiamano “reputazione”, visto che si accusava un uomo che non aveva mai frequentato bordelli di essere tale. E considerando anche come mi si descriveva come un individuo corrotto e malato. Non ebbe difficoltà a capire che l’autore doveva essere Vernes. Decisi quindi di far stampare quel libello nella città in cui avevo vissuto più a lungo, e lo inviai a Duchesne affinché lo pubblicasse così com’era, accompagnandolo con un avvertimento in cui nominavo esplicitamente M. Vernes e aggiungevo alcune note per chiarire i fatti. Non contento di averlo fatto stampare, ne inviai copie a diverse persone, tra cui il principe Luigi di Württemberg, che mi aveva fatto delle offerte molto oneste e con il quale all’epoca ero in corrispondenza. Quel principe, insieme ad altri, sembrò dubitare che Vernes fosse davvero l’autore del libello; mi rimproverarono anche per averlo menzionato troppo superficialmente. A seguito delle loro osservazioni, presi in considerazione i loro timori e scrissi a Duchesne di cancellare quel foglio. Guy mi scrisse che l’aveva fatto; non so se sia davvero così. Ho sempre trovato Guy bugiardo in molte occasioni. E da allora fui avvolto da quelle profonde tenebre attraverso le quali è impossibile percepire alcuna verità.
Il signor Vernes accolse questa accusa con una moderazione davvero sorprendente, considerando la furia che aveva dimostrato in precedenza. Mi scrisse due o tre lettere molto misurate; il loro scopo, a mio parere, era quello di cercare di capire, attraverso le mie risposte, fino a che punto fossi informato e se possedessi qualche prova contro di lui. Gli risposi con due brevi, secche e dure lettere, ma senza alcuna ingiustizia nei termini; non si arrabbiò affatto. Alla sua terza lettera, vedendo che voleva stabilire una sorta di corrispondenza, smisi di rispondergli: fu lui a far parlare per me attraverso d’Ivernois. La signora Cramer scrisse a Du Peyrou dicendo di essere certa che il libello non fosse stato scritto da Vernes. Tutto ciò non scosse affatto la mia convinzione; tuttavia, poiché potevo anche sbagliarmi e, in tal caso, dovevo dare a Vernes una giustificazione autentica, feci dire a d’Ivernois che gliel’avrei data nel modo che lui stesso avrebbe ritenuto soddisfacente, se solo fosse stato in grado di indicarmi l’autore vero del libello o di dimostrarmi almeno che non lo era. Feci anche di più: rendendomi conto che, dopotutto, se non era colpevole, non avevo il diritto di chiedergli alcuna prova, decisi di scrivere un memoriale piuttosto dettagliato in cui esprimevo le ragioni della mia convinzione e lo presentavo all’arbitrato di una persona che Vernes non avrebbe potuto rifiutare. Non si può immaginare chi fosse questo arbitro che scelsi. Il Consiglio di Ginevra. Alla fine del memoriale dichiarai che, se, dopo averlo esaminato e condotto le indagini ritenute necessarie, il Consiglio avesse stabilito che il signor Vernes non era l’autore del memoriale, allora avrei immediatamente smesso di crederci sinceramente, sarei andato da lui per chiedergli scusa fino a quando non me le avesse concesse. Oso dirlo: mai il mio zelo ardente per la giustizia, mai la rettitudine e la generosità della mia anima, mai la mia fiducia in quell’amore per la giustizia che è innato in tutti i cuori, si sono manifestati più pienamente e sensibilmente di quanto non lo siano stati in quel saggio e commovente memoriale, nel quale senza esitazione prendevo i miei più accaniti nemici come arbitri tra il calunniatore e me. Lessi questo scritto a Du Peyrou; egli suggerì di eliminarlo, e lo eliminai. Mi consigliò di aspettare le prove che Vernes prometteva; le aspettai, e le aspetto ancora. Mi consigliò di tacere in attesa; tenni il silenzio, e lo manterrò per tutta la vita, rimproverandomi di aver accusato Vernes di un’accusa grave, falsa e priva di prove, anche se rimango interiormente convinto, certissimo, come della mia stessa esistenza, che egli sia l’autore del libello. Il mio memoriale è nelle mani del signor Du Peyrou. Se mai dovesse essere reso pubblico, vi si troveranno le mie ragioni, e, spero, si conoscerà anche l’anima di J.-J., che i miei contemporanei hanno così poco voluto conoscere[302].
È giunto il momento di parlare della mia catastrofe a Môtiers e del mio lascio del Val-de-Travers, dopo due anni e mezzo trascorsi lì e otto mesi durante i quali ho sopportato con inalterabile costanza i trattamenti più indigni. È impossibile per me ricordare chiaramente tutti i dettagli di quel periodo sgradevole; ma si potranno trovare nella relazione pubblicata da Du Peyrou, di cui parlerò in seguito.
Dall’uscita di Madame de Verdelin, la situazione iniziava a degenerare sempre di più; nonostante gli editti ripetuti del Re, nonostante gli ordini frequenti del Consiglio di Stato, nonostante le cure del Castellano e dei magistrati locali, il popolo, che mi considerava ormai l’Anticristo e vedeva che tutte le sue proteste erano inutili, sembrò finalmente deciso ad agire con la forza. Già lungo le strade i sassi iniziavano a essere lanciati contro di me, anche se da una distanza ancora troppo grande per potermi colpire realmente. Infine, nella notte della fiera di Môtiers, all’inizio di settembre, fui attaccato nella mia dimora, in modo tale da mettere in pericolo la vita di coloro che vi abitavano.
À minuit, j’entendis un grand bruit dans la galerie qui régnait sur le derrière de la maison. Une grêle de cailloux, lancés contre la fenêtre et la porte qui donnaient sur cette galerie, y tombèrent avec tant de fracas, que mon chien, qui couchait dans la galerie, et qui avait commencé par aboyer, se tut de frayeur, et se sauva dans un coin, rongeant et grattant les planches pour tâcher de fuir. Je me lève au bruit ; j’allais sortir de ma chambre pour passer dans la cuisine, quand un caillou lancé d’une main vigoureuse traversa la cuisine, après en avoir cassé la fenêtre, vint ouvrir la porte de ma chambre et tomber au pied de mon lit ; de sorte que, si je m’étais pressé d’une seconde, j’avais le caillou dans l’estomac. Je jugeai que le bruit avait été fait pour m’attirer, et le caillou lancé pour m’accueillir à ma sortie. Je saute dans la cuisine. Je trouve Thérèse, qui s’était aussi levée, et qui toute tremblante accourait à moi. Nous nous rangeons contre un mur, hors de la direction de la fenêtre pour éviter l’atteinte des pierres et délibérer sur ce que nous avions à faire ; car sortir pour appeler du secours était le moyen de nous faire assommer. Heureusement, la servante d’un vieux bonhomme qui logeait au-dessous de moi se leva au bruit, et courut appeler M. le Châtelain, dont nous étions porte à porte. Il saute de son lit, prend sa robe de chambre à la hâte, et vient à l’instant avec la garde, qui, à cause de la foire, faisait la ronde cette nuit-là, et se trouva tout à portée. Le Châtelain vit le dégât avec un tel effroi, qu’il en pâlit, et à la vue des cailloux dont la galerie était pleine, il s’écria : Mon Dieu ! c’est une carrière ! En visitant le bas, on trouva que la porte d’une petite cour avait été forcée, et qu’on avait tenté de pénétrer dans la maison par la galerie. En recherchant pourquoi la garde n’avait point aperçu ou empêché le désordre, il se trouva que ceux de Môtiers s’étaient obstinés à vouloir faire cette garde hors de leur rang, quoique ce fût le tour d’un autre village. Le lendemain le Châtelain envoya son rapport au Conseil d’État, qui deux jours après lui envoya l’ordre d’informer sur cette affaire, de promettre une récompense et le secret à ceux qui dénonceraient les coupables, et de mettre en attendant, aux frais du Prince, des gardes à ma maison et à celle du Châtelain qui la touchait. Le lendemain, le colonel Pury, le procureur général Meuron, le châtelain Martinet, le receveur Guyenet, le trésorier d’Ivernois et son père, en un mot, tout ce qu’il y avait de gens distingués dans le pays, vinrent me voir, et réunirent leurs sollicitations pour m’engager à céder à l’orage, et à sortir au moins pour un temps d’une paroisse où je ne pouvais plus vivre en sûreté, ni avec honneur. Je m’aperçus même que le Châtelain, effrayé des fureurs de ce peuple forcené, et craignant qu’elles ne s’étendissent jusqu’à lui, aurait été bien aise de m’en voir partir au plus vite, pour n’avoir plus l’embarras de m’y protéger, et pouvoir la quitter lui-même, comme il fit après mon départ. Je cédai donc, et même avec peu de peine ; car le spectacle de la haine du peuple me causait un déchirement de cœur que je ne pouvais plus supporter[303].
J’avais plus d’une retraite à choisir. Depuis le retour de Mme de Verdelin à Paris, elle m’avait parlé dans plusieurs lettres d’un M. Walpole qu’elle appelait Milord, lequel, pris d’un grand zèle en ma faveur, me proposait, dans une de ses terres, un asile dont elle me faisait les descriptions les plus agréables, entrant, par rapport au logement et à la subsistance, dans des détails qui marquaient à quel point ledit Milord Walpole s’occupait avec elle de ce projet. Milord Maréchal m’avait toujours conseillé l’Angleterre ou l’Écosse, et m’y offrait aussi un asile dans ses terres ; mais il m’en offrait un qui me tentait beaucoup davantage à Potsdam, auprès de lui. Il venait de me faire part d’un propos que le Roi lui avait tenu à mon sujet, et qui était une espèce d’invitation de m’y rendre, et Mme la duchesse de Saxe-Gotha comptait si bien sur ce voyage, qu’elle m’écrivit pour me presser d’aller la voir en passant, et de m’arrêter quelque temps auprès d’elle ; mais j’avais un tel attachement pour la Suisse, que je ne pouvais me résoudre à la quitter, tant qu’il me serait possible d’y vivre, et je pris ce temps pour exécuter un projet dont j’étais occupé depuis quelques mois, et dont je n’ai pu parler encore pour ne pas couper le fil de mon récit.
Ce projet consistait à m’aller établir dans l’île de Saint-Pierre, domaine de l’hôpital de Berne, au milieu du lac de Bienne. Dans un pèlerinage pédestre que j’avais fait l’été précédent avec Du Peyrou, nous avions visité cette île, et j’en avais été tellement enchanté, que je n’avais cessé depuis ce temps-là de songer aux moyens d’y faire ma demeure. Le plus grand obstacle était que l’île appartenait aux Bernois, qui trois ans auparavant m’avaient vilainement chassé de chez eux, et outre que ma fierté pâtissait à retourner chez des gens qui m’avaient si mal reçu, j’avais lieu de craindre qu’ils ne me laissassent pas plus en repos dans cette île qu’ils n’avaient fait à Yverdon. J’avais consulté là-dessus Milord Maréchal qui, pensant comme moi que les Bernois seraient bien aises de me voir relégué dans cette île et de m’y tenir en otage pour les écrits que je pourrais être tenté de faire, avait fait sonder là-dessus leurs dispositions par un M. Sturler, son ancien voisin de Colombier. M. Sturler s’adressa à des chefs de l’État, et, sur leur réponse, assura Milord Maréchal que les Bernois, honteux de leur conduite passée, ne demandaient pas mieux que de me voir domicilié dans l’île de Saint-Pierre, et de m’y laisser tranquille. Pour surcroît de précaution, avant de risquer d’y aller résider, je fis prendre de nouvelles informations par le colonel Chaillet, qui me confirma les mêmes choses ; et le Receveur de l’île ayant reçu de ses maîtres la permission de m’y loger, je crus ne rien risquer d’aller m’établir chez lui, avec l’agrément tacite, tant du souverain que des propriétaires ; car je ne pouvais espérer que MM. de Berne reconnussent ouvertement l’injustice qu’ils m’avaient faite et péchassent ainsi contre la plus inviolable maxime de tous les souverains.
L’île de Saint-Pierre, appelée à Neuchâtel l’île de la Motte, au milieu du lac de Bienne, a environ une demi-lieue de tour ; mais dans ce petit espace elle fournit toutes les principales productions nécessaires à la vie. Elle a des champs, des prés, des vergers, des bois, des vignes, et le tout, à la faveur d’un terrain varié et montagneux, forme une distribution d’autant plus agréable, que ses parties, ne se découvrant pas toutes ensemble, se font valoir mutuellement, et font juger l’île plus grande qu’elle n’est en effet. Une terrasse fort élevée en forme la partie occidentale qui regarde Gléresse et la Bonneville. On a planté cette terrasse d’une longue allée qu’on a coupée dans son milieu par un grand salon, où durant les vendanges on se rassemble les dimanches, de tous les rivages voisins, pour danser et se réjouir. Il n’y a dans l’île qu’une seule maison, mais vaste et commode, où loge le Receveur, et située dans un enfoncement qui la tient à l’abri des vents.
A cinq ou six cents pas de l’île est du côté du sud une autre île beaucoup plus petite, inculte et déserte, qui paraît avoir été détachée autrefois de la grande par les orages, et ne produit parmi ses graviers que des saules et des persicaires, mais où est cependant un tertre élevé, bien gazonné et très agréable. La forme de ce lac est un ovale presque régulier. Ses rives, moins riches que celles des lacs de Genève et de Neuchâtel, ne laissent pas de former une assez belle décoration, surtout dans la partie occidentale, qui est très peuplée, et bordée de vignes au pied d’une chaîne de montagnes, à peu près comme à Côte-Rotie, mais qui ne donnent pas d’aussi bon vin. On y trouve, en allant du sud au nord, le bailliage de Saint-Jean, la Bonneville, Bienne et Nidau à l’extrémité du lac ; le tout entremêlé de villages très agréables.
At midnight, I heard a loud noise coming from the gallery located at the back of the house. A hail of stones was thrown against the windows and door leading to that gallery, with such force that my dog, which was sleeping there and had begun to bark, became terrified and fled to a corner, chewing and scratching at the planks in an attempt to escape. I got up at the sound; just as I was about to leave my room and go to the kitchen, a stone thrown with great strength smashed through the kitchen window, opened the door to my room, and landed at the foot of my bed. Had I moved just a second sooner, the stone would have hit me. I realized that the noise had been intended to attract me, and the stone thrown to greet me as I emerged. I rushed into the kitchen and found Thérèse, who had also gotten up and was trembling as she ran towards me. We took cover against a wall, away from the window, to avoid being hit by the stones, and discussed what we should do next—since going outside to call for help would only have put us in danger. Fortunately, the servant of an old man living below us heard the noise and went to wake up the Lord of the Château, whose house was right next door to ours. He got up in a hurry, put on his robe, and immediately came with the guards, who were patrolling that night due to the fair being held nearby. The Lord of the Château saw the damage and turned pale; upon seeing the stones scattered throughout the gallery, he exclaimed, “My God! This is an attempted invasion!” Upon checking the lower levels, it was found that the door to a small courtyard had been forced open, and someone had tried to enter the house through the gallery. When it was discovered why the guards had not noticed or prevented the attack, it turned out that some people from Môtiers had insisted on taking turns on guard outside their assigned shifts. The next day, the Lord of the Château reported the incident to the State Council, which two days later ordered him to investigate further, promise a reward and keep the matter secret if anyone could identify the culprits. In the meantime, guards were stationed at my house and that of the Lord of the Château at the Prince’s expense. The next day, important people from the region—including Colonel Pury, Prosecutor General Meuron, Lord Martinet, Receiver Guyenet, and the treasurer of Ivernois—came to see me and urged me to yield to the pressure and temporarily leave a parish where I could no longer live in safety or with dignity. I even realized that the Châtelain, terrified by the fury of this desperate people and fearing that it might extend to him as well, would have been very glad if I had left as soon as possible, so that he would no longer have to bother protecting me and could himself leave that place, just as he did after my departure. So I agreed to go, and in fact without much difficulty; for the sight of the people’s hatred caused me such heartache that I could no longer bear it[303].
I had more than one retreat to choose from. Since Madame de Verdelin’s return to Paris, she had mentioned in several letters a Mr. Walpole—whom she referred to as “Milord”—who, out of great enthusiasm on my behalf, offered me refuge in one of his estates, describing it in the most favorable terms regarding lodging and provisions. These details clearly showed how much Milord Walpole was invested in this plan for me. Milord Maréchal had always advised me to go to England or Scotland and also offered me refuge there; however, the offer he made in Potsdam, near him, was far more tempting to me. He had just informed me of a remark the King had made about me, which could be regarded as an invitation for me to visit him there. Moreover, Madame la Duchesse de Saxe-Gotha relied so much on this trip that she wrote to urge me to stop by and stay with her on my way. But I was so attached to Switzerland that I could not bring myself to leave it as long as it was possible for me to live there. I took this time to pursue a project I had been working on for several months—and which I have not yet mentioned in order not to interrupt the flow of my narrative.
This project involved moving to settle on the island of Saint-Pierre, which belonged to the hospital of Bern and was located in the middle of Lake Bienne. During a hiking trip I had taken with Du Peyrou the previous summer, we had visited this island, and I had been so enchanted by it that ever since I had been constantly thinking about ways to make it my home. The biggest obstacle was that the island belonged to the Bernese, who had cruelly expelled me from their territory three years earlier. Not only did my pride suffer at the thought of returning to people who had treated me so badly, but I also feared that they would treat me just as harshly on this island as they had in Yverdon. I consulted Milord Maréchal on this matter, and he, agreeing with me that the Bernese would likely be pleased to see me confined to this island and held there as a hostage for any writings I might be tempted to produce, had his former neighbor from Colombier, Mr. Sturler, investigate their intentions. Mr. Sturler approached the leaders of the state, and based on their response, he assured Milord Maréchal that the Bernese, ashamed of their past behavior, would be more than happy to allow me to live on the island of Saint-Pierre and leave me in peace there. As a further precaution, before risking moving there permanently, I had Colonel Chaillet gather additional information, which confirmed the same findings. When the island’s administrator received permission from his masters to let me reside there, I felt that there was no danger in settling with him, given the implicit consent of both the sovereign and the landowners. After all, I could not expect the de Berne family to openly admit the injustice they had committed against me—such an action would go against the most fundamental principles of sovereignty.
The island of Saint-Pierre, called in Neuchâtel “l’île de la Motte,” lies in the middle of Lake Bienne and is approximately half a mile in circumference; yet within this small area, it produces all the essential goods necessary for life. It has fields, meadows, orchards, forests, and vineyards. Thanks to its varied and mountainous terrain, these resources are distributed in such a way as to create an especially pleasant landscape. Since different parts of the island do not come into view at once, they complement each other, giving the illusion that the island is much larger than it actually is. A highly elevated terrace forms the western part of the island, facing Gléresse and Bonneville. This terrace is lined with a long avenue, interrupted in the middle by a large gazebo where, on Sundays during the harvest season, people from nearby shores gather to dance and celebrate. There is only one house on the island, but it is spacious and comfortable, and serves as the residence of the tax collector. It is located in a sheltered spot, protected from the winds.
About five or six hundred paces south of the main island lies another much smaller, uncultivated, and deserted islet. It seems to have been separated from the larger one by storms in the past, and its shores are covered only with willows and thistles. However, there is a raised area on this islet, well-mown and very pleasant to inhabit. The shape of this lake is nearly regular oval. Its shores, though less picturesque than those of Lake Geneva or Lake Neuchâtel, still create a quite beautiful landscape, especially in the western portion, which is densely populated and bordered by vineyards at the foot of a mountain range—much like in the Côte-Rotie region—but these vineyards do not produce such fine wine. Moving from south to north along the lake’s shore, one finds the jurisdictions of Saint-Jean, Bonneville, Bienne, and Nidau; all these areas are interspersed with very pleasant villages.
Alle dodici di notte sentii un gran rumore nel corridoio che si trovava sul retro della casa. Una pioggia di pietre, lanciate contro la finestra e la porta che davano su quel corridoio, caddero con tale fragore che il mio cane, che dormiva nel corridoio e aveva iniziato ad abbaiare, si zittì per paura e si nascose in un angolo, mordendo e graffiando le assi nel tentativo di fuggire. Mi alzai al rumore; stavo per uscire dalla mia stanza per andare in cucina quando una pietra lanciata con forza attraversò la cucina, dopo aver rotto la sua finestra, aprì la porta della mia stanza e cadde ai piedi del mio letto; quindi, se mi fossi affrettato anche solo di un secondo, quella pietra sarebbe finita nel mio stomaco. Pensai che quel rumore fosse stato fatto apposta per attirarmi, e che quella pietra fosse stata lanciata proprio per accogliermi non appena fossi uscito. Corsi in cucina; trovai Thérèse, che si era alzata anche lei, e che, tremante, correva verso di me. Ci rifugiammo contro un muro, lontani dalla finestra per evitare le pietre, e decidemmo cosa fare; uscire per chiedere aiuto avrebbe significato rischiare di essere colpiti. Fortunatamente, la serva di un vecchio che abitava al piano di sotto si alzò al rumore e corse ad chiamare il signor Châtelain, che abitava proprio accanto a noi. Lui saltò giù dal letto, indossò in fretta la vestaglia e arrivò subito con la guardia, che quella notte faceva il giro della zona a causa della fiera e si trovava proprio lì vicino. Il Châtelain vide il danno con grande orrore; vedendo tutte le pietre sparse nel corridoio, esclamò: “Mio Dio! È una vera e propria minaccia!” Esaminando la parte inferiore della casa, scoprirono che la porta di un piccolo cortile era stata forzata e che qualcuno aveva tentato di entrare nella casa attraverso il corridoio. Quando chiesero perché la guardia non avesse visto o impedito quel gesto, scoprirono che alcune persone del villaggio di Môtiers si erano rifiutate di fare il loro dovere, nonostante fosse il turno di un altro villaggio. Il giorno dopo il Châtelain inviò un rapporto al Consiglio di Stato, che due giorni dopo gli ordinò di indagare sull’incidente, promettendo una ricompensa e il segreto a chi avesse denunciato i colpevoli, e di mettere temporaneamente, a spese del Principe, delle guardie sia nella mia casa che in quella del Châtelain. Il giorno seguente, il colonnello Pury, il procuratore generale Meuron, il châtelain Martinet, il ricevevole Guyenet, il tesoriere d’Ivernois e suo padre, insomma tutte le persone più importanti della zona, vennero a trovarmi per convincermi ad arrendermi alle pressioni e ad andarmene almeno temporaneamente da un luogo in cui non potevo più vivere in sicurezza né con onore. Mi resi conto anche che il Signore del Castello, spaventato dalle furie di quel popolo indomabile e temendo che esse potessero estendersi anche a lui, avrebbe voluto molto che me ne andassi al più presto, per non doversi più preoccupare di proteggermi e per poter lasciare lui stesso quel luogo, come fece dopo la mia partenza. Così acconsentii, anzi senza alcuna difficoltà; perché lo spettacolo dell’odio del popolo mi causava un dolore così profondo che non riuscivo più a sopportarlo[303].
Avevo più di una possibilità di ritiro tra cui scegliere. Dalla ritornata a Parigi di Madame de Verdelin, lei mi aveva parlato in diverse lettere di un certo signor Walpole che chiamava “Milord”; quest’ultimo, animato da grande zelo a mio favore, mi offriva una dimora nelle sue proprietà, descrivendomela in termini molto attraenti, con particolari riguardanti l’alloggio e i mezzi di sussistenza che evidenziavano quanto il suddetto Milord Walpole si fosse impegnato a realizzare questo progetto insieme a lei. Anche il Marchese di Maréchal mi aveva sempre consigliato l’Inghilterra o la Scozia, offrendomi anch’egli un rifugio nelle sue proprietà; tuttavia, quello che lui mi proponeva a Potsdam era molto più allettante. Mi aveva appena comunicato di una conversazione avuta con il Re a mio riguardo, che in sostanza costituiva un invito a recarmi lì; inoltre, la Duchessa di Sassonia-Gotha contava così tanto su questo viaggio che mi scrisse per esortarmi ad andare a trovarla durante il tragitto e a trascorrere qualche tempo da lei. Tuttavia, avevo un tale attaccamento alla Svizzera che non riuscivo a decidermi a lasciarla, finché fosse stato possibile viverci; così approfittai di questo periodo per portare a termine un progetto su cui lavoravo da alcuni mesi, e del quale non ho potuto parlare fino ad ora per non interrompere il filo della mia narrazione.
Questo progetto consisteva nel stabilirmi sull’isola di Saint-Pierre, territorio dell’ospedale di Berna, situata nel mezzo del lago di Bienne. Durante un pellegrinaggio a piedi che avevo fatto l’estate precedente con Du Peyrou, avevamo visitato quell’isola e ne ero rimasto così incantato che da allora non smettevo di pensare ai modi per stabilirmici. L’ostacolo principale era rappresentato dal fatto che l’isola apparteneva ai Bernesi, che tre anni prima mi avevano cacciato in modo crudele dalla loro terra; inoltre, la mia orgoglio non avrebbe potuto sopportare il ritorno presso persone che mi avevano trattato così male. Avevo anche motivo di temere che non mi lasciassero vivere tranquillamente sull’isola, proprio come avevano fatto a Yverdon. Per informarmi meglio, avevo consultato Milord Maréchal, il quale, concorde con me nel ritenere che i Bernesi sarebbero stati felici di vedermi relegato in quell’isola e di tenermi lì come ostaggio per gli scritti che avrei potuto essere tentato di scrivere, aveva incaricato il suo ex vicino di Colombier, il signor Sturler, di indagare sulle loro intenzioni. Il signor Sturler si era rivolto ai capi dello stato e, in base alle loro risposte, aveva assicurato a Milord Maréchal che i Bernesi, vergognosi del proprio comportamento passato, non avrebbero desiderato nulla di meglio che vedermi stabilirmi sull’isola di Saint-Pierre e lasciarmi in pace. Per maggiore sicurezza, prima di rischiare di andarci a vivere, avevo fatto raccogliere ulteriori informazioni dal colonnello Chaillet, il quale mi confermò le stesse cose; inoltre, il custode dell’isola, avendo ricevuto l’autorizzazione dai suoi padroni per ospitarmi, mi fece credere di non correre alcun rischio andando a stabilirmi da lui, con il tacito consenso sia del sovrano che dei proprietari. Infatti, non potevo sperare che i signori de Berne riconoscessero apertamente l’ingiustizia che mi avevano fatto e agissero contro la più sacra delle massime di ogni sovrano.
L’isola di Saint-Pierre, chiamata a Neuchâtel “l’isola della Motte”, si trova nel mezzo del lago di Bienne; ha una circonferenza di circa mezza lega, ma in questo piccolo spazio produce tutte le risorse essenziali per la vita umana. Vi sono campi, prati, frutteti, boschi e vigne; il terreno, vario e montuoso, conferisce all’isola una distribuzione degli elementi naturali particolarmente gradevole. Le sue diverse zone, infatti, non si aprono tutte contemporaneamente alla vista, ma si completano a vicenda, facendo sembrare l’isola più grande di quanto in realtà sia. La parte occidentale dell’isola, rivolta verso Gléresse e la Bonneville, è caratterizzata da una terrazza piuttosto elevata; su questa terrazza è stata piantata una lunga ala, interrotta al centro da un grande salone dove, durante le vendemmie, la domenica si riuniscono persone provenienti dai dintorni per ballare e festeggiare. Sull’isola c’è soltanto una casa, ma ampia e comoda, nella quale risiede il funzionario incaricato delle tasse; questa casa è situata in un punto riparato dai venti.
A cinque o seicento passi a est dell’isola, sul lato sud, si trova un’altra isola molto più piccola, incolta e deserta; sembra che in passato sia stata separata dalla grande da tempeste violente. Su quel suolo roccioso crescono soltanto salici e piante del genere persicaria, ma vi si trova anche un’altura ben erbosa e molto piacevole da soggiornare. La forma di questo lago è quasi regolare; le sue rive, meno rigogliose di quelle dei laghi di Ginevra e Neuchâtel, non offrono comunque una vista particolarmente bella, soprattutto nella parte occidentale, densamente popolata e bordata da vigne ai piedi di una catena montuosa, simile a quella della regione della Côte-Rotie, anche se queste vigne non producono vini altrettanto pregiati. Lungo il lago, da sud a nord, si trovano i territori dei bailli di Saint-Jean, la Bonneville, Bienne e Nidau; tutto ciò è intervallato da villaggi molto piacevoli da visitare.
Tel était l’asile que je m’étais ménagé, et où je résolus d’aller m’établir en quittant le Val-de-Travers[304]. Ce choix était si conforme à mon goût pacifique, à mon humeur solitaire et paresseuse, que je le compte parmi les douces rêveries dont je me suis le plus vivement passionné. Il me semblait que dans cette île je serais plus séparé des hommes, plus à l’abri de leurs outrages, plus oublié d’eux, plus livré, en un mot, aux douceurs du désœuvrement et de la vie contemplative. J’aurais voulu être tellement confiné dans cette île, que je n’eusse plus de commerce avec les mortels, et il est certain que je pris toutes les mesures imaginables pour me soustraire à la nécessité d’en entretenir.
Il s’agissait de subsister, et, tant par la cherté des denrées que par la difficulté des transports, la subsistance est chère dans cette île, où d’ailleurs on est à la discrétion du Receveur. Cette difficulté fut levée par un arrangement que Du Peyrou voulut bien prendre avec moi, en se substituant à la place de la compagnie qui avait entrepris et abandonné mon édition générale. Je lui remis tous les matériaux de cette édition. J’en fis l’arrangement et la distribution. J’y joignis l’engagement de lui remettre les mémoires de ma vie, et je le fis dépositaire généralement de tous mes papiers, avec la condition expresse de n’en faire usage qu’après ma mort, ayant à cœur d’achever tranquillement ma carrière, sans plus faire souvenir le public de moi. Au moyen de cela, la pension viagère qu’il se chargeait de me payer suffisait pour ma subsistance. Milord Maréchal, ayant recouvré tous ses biens, m’en avait offert une de douze cents francs, que je n’avais acceptée qu’en la réduisant à la moitié. Il m’en voulut envoyer le capital, que je refusai, par l’embarras de le placer. Il fit passer ce capital à du Peyrou, entre les mains de qui il est resté, et qui m’en paye la rente viagère sur le pied convenu avec le constituant. Joignant donc mon traité avec du Peyrou, la pension de Milord Maréchal, dont les deux tiers étaient réversibles à Thérèse après ma mort, et la rente de trois cents francs que j’avais sur Duchesne, je pouvais compter sur une subsistance honnête, et pour moi, et après moi pour Thérèse, à qui je laissais sept cents francs de rente, tant de la pension de Rey que de celle de Milord Maréchal : ainsi je n’avais plus à craindre que le pain lui manquât, non plus qu’à moi. Mais il était écrit que l’honneur me forcerait de repousser toutes les ressources que la fortune et mon travail mettraient à ma portée, et que je mourrais aussi pauvre que j’ai vécu. On jugera si, à moins d’être le dernier des infâmes, j’ai pu tenir des arrangements qu’on a toujours pris soin de me rendre ignominieux, en m’ôtant avec soin toute autre ressource, pour me forcer de consentir à mon déshonneur. Comment se seraient-ils doutés du parti que je prendrais dans cette alternative ? ils ont toujours jugé de mon cœur par les leurs.
En repos du côté de la subsistance, j’étais sans souci de tout autre. Quoique j’abandonnasse dans le monde le champ libre à mes ennemis, je laissais dans le noble enthousiasme qui avait dicté mes écrits, et dans la constante uniformité de mes principes, un témoignage de mon âme qui répondait à celui que toute ma conduite rendait de mon naturel. Je n’avais pas besoin d’une autre défense contre mes calomniateurs. Ils pouvaient peindre sous mon nom un autre homme ; mais ils ne pouvaient tromper que ceux qui voulaient être trompés. Je pouvais leur donner ma vie à épiloguer d’un bout à l’autre : j’étais sûr qu’à travers mes fautes et mes faiblesses, à travers mon inaptitude à supporter aucun joug, on trouverait toujours un homme juste, bon, sans fiel, sans haine, sans jalousie, prompt à reconnaître ses propres torts, plus prompt à oublier ceux d’autrui, cherchant toute sa félicité dans les passions aimantes et douces, et portant en toute chose la sincérité jusqu’à l’imprudence, jusqu’au plus incroyable désintéressement.
Je prenais donc en quelque sorte congé de mon siècle et de mes contemporains, et je faisais mes adieux au monde en me confinant dans cette île pour le reste de mes jours ; car telle était ma résolution, et c’était là que je comptais exécuter enfin le grand projet de cette vie oiseuse, auquel j’avais inutilement consacré jusqu’alors tout le peu d’activité que le Ciel m’avait départie. Cette île allait devenir pour moi celle de Papimanie, ce bienheureux pays où l’on dort :
On y fait plus, on n’y fait nulle chose[305].
Ce plus était tout pour moi, car j’ai toujours peu regretté le sommeil ; l’oisiveté me suffit, et, pourvu que je ne fasse rien, j’aime encore mieux rêver éveillé qu’en songe. L’âge des projets romanesques étant passé, et la fumée de la gloriole m’ayant plus étourdi que flatté, il ne me restait pour dernière espérance, que celle de vivre sans gêne, dans un loisir éternel. C’est la vie des bienheureux dans l’autre monde, et j’en faisais désormais mon bonheur suprême dans celui-ci.
Ceux qui me reprochent tant de contradictions ne manqueront pas ici de m’en reprocher encore une. J’ai dit que l’oisiveté des cercles me les rendait insupportables, et me voilà recherchant la solitude uniquement pour m’y livrer à l’oisiveté. C’est pourtant ainsi que je suis ; s’il y a là de la contradiction, elle est du fait de la nature et non pas du mien : mais il y en a si peu, que c’est par là précisément que je suis toujours moi. L’oisiveté des cercles est tuante, parce qu’elle est de nécessité. Celle de la solitude est charmante, parce qu’elle est libre et de volonté. Dans une compagnie, il m’est cruel de ne rien faire, parce que j’y suis forcé. Il faut que je reste là cloué sur une chaise ou debout, planté comme un piquet, sans remuer ni pied ni patte, n’osant courir, ni sauter, ni chanter, ni crier, ni gesticuler quand j’en ai envie, n’osant pas même rêver, ayant à la fois tout l’ennui de l’oisiveté et tout le tourment de la contrainte ; obligé d’être attentif à toutes les sottises qui se disent, et à tous les compliments qui se font, et de fatiguer incessamment ma minerve, pour ne pas manquer de placer à mon tour mon rébus et mon mensonge[306]. Et vous appelez cela de l’oisiveté ! C’est un travail de forçat.
L’oisiveté que j’aime n’est pas celle d’un fainéant qui reste là les bras croisés dans une inaction totale, et ne pense pas plus qu’il n’agit. C’est à la fois celle d’un enfant qui est sans cesse en mouvement pour ne rien faire, et celle d’un radoteur qui bat la campagne, tandis que[307] ses bras sont en repos. J’aime à m’occuper à faire des riens, à commencer cent choses et n’en achever aucune, à aller et venir comme la tête me chante, à changer à chaque instant de projet, à suivre une mouche dans toutes ses allures, à vouloir déraciner un rocher pour voir ce qui est dessous, à entreprendre avec ardeur un travail de dix ans, et à l’abandonner sans regret au bout de dix minutes, à muser enfin toute la journée sans ordre et sans suite, et à ne suivre en toute chose que le caprice du moment.
Such was the retreat I had chosen for myself, and to which I resolved to go upon leaving the Val-de-Travers[304]. This choice accorded so perfectly with my peaceful disposition, my solitary and lazy nature, that I consider it among those sweet dreams of seclusion which I cherished most passionately. It seemed to me that on this island I would be further separated from mankind, better protected from their insults, more forgotten by them—in short, entirely devoted to the pleasures of idleness and contemplative life. I wished so intensely to be confined to this island that I had no contact with mortals at all; indeed, I took every conceivable measure to avoid the necessity of interacting with them.
It was a matter of simply surviving, and given both the high cost of goods and the difficulties of transportation, sustaining oneself was extremely expensive on this island—where, moreover, one was at the mercy of the tax collector. This difficulty was alleviated by an arrangement that Du Peyrou was kind enough to make with me, taking over in place of the company that had undertaken but then abandoned my project of publishing a complete edition of my works. I handed over all the materials related to this edition to him; he arranged and distributed them. I also agreed to give him my life’s memoirs and entrusted him with all my papers, on the explicit condition that he use them only after my death—so that I could peacefully conclude my career without further drawing public attention to myself. With this arrangement, the regular income he provided me was sufficient for our needs. After recovering all his property, Lord Maréchal offered me a pension of twelve hundred francs, which I accepted only after reducing it by half. He tried to send me the capital amount, but I refused, unable to find a way to invest it safely. He then transferred this money to Du Peyrou, who has retained it and continues to pay me the agreed-upon annual income. Together with my arrangement with Du Peyrou, Lord Maréchal’s pension—two-thirds of which would go to Thérèse after my death—and the three hundred francs I received from Duchesne, I had a decent means of support for myself and, after my death, for Thérèse, to whom I left a yearly income of seven hundred francs, coming both from Lord Maréchal’s pension and my own earnings. Thus, I no longer had to worry about either of us lacking food. Yet it seemed fate destined that honor would force me to reject every resource that fortune and my own efforts could provide, and that I would die just as poor as I had lived. One might wonder whether, were it not for being one of the lowest and most despicable people, I could have accepted such humiliating arrangements—arrangements that were deliberately designed to strip me of all other means of support, forcing me into disgrace. How could they have anticipated the choice I would make in such a situation? They always judged my character by their own standards.
Free from concerns regarding my basic sustenance, I had no worries of any other kind. Even if I left the world open to my enemies, the noble enthusiasm that inspired my writings and the consistent uniformity of my principles would serve as evidence of my character—evidence that matched perfectly with the image my conduct presented of my nature. I needed no other defense against those who slandered me. They might portray another man in my name; but they could deceive only those who were willing to be deceived. I was willing to offer them my life for them to examine from beginning to end: I was certain that, despite my mistakes and weaknesses, despite my inability to endure any form of oppression, one would still find within me a man who was just, kind, without malice, without hatred, without jealousy—someone who was quick to acknowledge his own faults and even quicker to forget those of others, who sought his happiness in loving and gentle passions, and who pursued sincerity in everything, even to the point of imprudence or utter selflessness.
In a sense, I was taking leave of my century and my contemporaries; I was bidding farewell to the world by retreating to this island for the rest of my days. For that was my resolve—here, I intended to finally carry out the great project of this idle life, to which I had until then wasted all the little energy that Heaven had granted me. This island would become for me what Papimania is for others: that blessed land where one sleeps.
One does more there; one doesn’t do anything at all[305].
This additional advantage was all I needed, for I have never truly regretted sleeping; idleness suffices me, and as long as I do nothing at all, I prefer to dream awake than to dream in slumber. Now that the age of grand romantic ambitions had passed, and the glories of fame had only left me dizzy rather than pleased, my last hope was to live without any troubles, in eternal leisure. Such is the life of the blessed in the other world, and I now regarded it as my supreme happiness in this one.
Those who reproach me so much for my contradictions will surely find another one here to criticize. I said that the idleness of social gatherings made them unbearable for me, and yet now I seek solitude precisely in order to indulge in such idleness. Yet this is simply who I am; if there is any contradiction here, it arises from nature itself, not from my own will. But such contradictions are so few that it is precisely because of them that I remain true to myself at all times. The idleness of social gatherings is deadly, for it is forced upon one. The idleness of solitude, on the other hand, is delightful, for it is voluntary and free. In the company of others, it is cruel to do nothing, for I am forced to stay there—clamped to a chair or standing still like a post, unable to move, run, jump, sing, shout, or gesture as I wish; I am not even allowed to dream. I endure both the boredom of idleness and the torment of restraint, forced to listen to all the foolish talk and empty compliments, constantly straining my wits in order to come up with my own riddles and lies[306]. And you call this idleness! It is nothing but hard labor.
The kind of idleness that I enjoy is not the idle laziness of someone who sits around with their arms crossed, doing nothing at all—someone who neither thinks nor acts. It is rather the activity of a child who is constantly moving about yet accomplishing nothing, or that of a chatterbox who talks on and on while their arms remain at rest. I like to engage in meaningless activities: to start a hundred projects and complete none of them; to move around wherever my mood takes me; to change my plans every moment; to follow a fly wherever it flies; to try to uproot a rock just to see what’s underneath; to enthusiastically embark on a task that would normally take ten years and then give it up without regret after just ten minutes; and finally, to spend the whole day doing whatever comes to mind, without any order or coherence.
Ecco l’asilo che mi ero preparato e dove decisi di stabilirmi dopo aver lasciato il Val-de-Travers[304]. Questa scelta era così in linea con i miei gusti pacifici, con il mio temperamento solitario e pigro, che la considero tra le dolci fantasie per cui ho provato la più viva passione. Mi sembrava che in quell’isola fossi più lontano dagli uomini, più al sicuro dai loro oltraggi, più dimenticato da loro. In breve, completamente dedicato alle delizie dell’ozio e della vita contemplativa. Avrei voluto essere così isolato in quell’isola da non avere più alcun contatto con i mortali; e sono certo di aver preso tutte le misure possibili per evitare la necessità di mantenerlo.
Si trattava di sopravvivere, e, a causa dell’alto costo delle merci e delle difficoltà nei trasporti, la sussistenza in quell’isola era estremamente costosa; inoltre, si trovavano completamente alla discrezione del funzionario incaricato delle tasse. Queste difficoltà furono risolte grazie a un accordo che du Peyrou fu disposto a stabilire con me, sostituendosi alla compagnia che aveva avviato ma poi abbandonato la pubblicazione della mia opera generale. Gli consegnai tutti i materiali necessari per quella pubblicazione; io ne curai l’organizzazione e la distribuzione, aggiungendo anche l’impegno di fargli avere i ricordi della mia vita, e lo nominai depositario generale di tutti i miei documenti, con la condizione esplicita di utilizzarli soltanto dopo la mia morte, desiderando concludere tranquillamente la mia carriera senza più attirare l’attenzione del pubblico su di me. Grazie a questo accordo, la pensione che du Peyrou si assumeva il compito di pagarmi era sufficiente per garantirmi la sussistenza. Milord Maréchal, avendo recuperato tutti i suoi beni, mi aveva offerto una pensione di duecento franchi, che accettai soltanto riducendola a cento. Volle inviarmi il capitale della pensione, ma rifiutai, a causa delle difficoltà legate al suo investimento. Così il denaro passò nelle mani di du Peyrou, che continua a pagarne l’interesse per me, secondo gli accordi presi con il donatore. In questo modo, combinando la mia intesa con du Peyrou, la pensione di Milord Maréchal – la cui metà sarebbe passata a Thérèse dopo la mia morte – e l’interesse di trecento franchi che ricevevo da Duchesne, potevo garantirmi una sussistenza dignitosa, sia per me che, dopo la mia morte, per Thérèse, a cui lasciavo settecento franchi di rendita, provenienti sia dalla pensione di Rey che da quella di Milord Maréchal. Così non dovevo più temere che a lei mancasse il pane, né a me. Tuttavia, era destino che l’onore mi costringesse a rifiutare qualsiasi risorsa la fortuna e il mio lavoro potessero offrirmi, e che morissi povero proprio come avevo vissuto. Si potrà giudicare se, a meno di essere considerato l’ultimo degli infami, io abbia potuto accettare accordi che venivano sempre fatti in modo da renderli ignominiosi, privandomi deliberatamente di qualsiasi altra possibilità per costringermi ad accettare la mia disonore. Come avrebbero potuto immaginare quale decisione avrei preso in quella situazione? Hanno sempre giudicato il mio cuore secondo il loro.
Essendo libero da preoccupazioni legate alla sussistenza, non avevo alcun motivo di temere nulla altro. Anche se avessi lasciato il mondo ai miei nemici, nel nobile entusiasmo che aveva ispirato le mie scritture e nella costante coerenza dei miei principi, rimaneva comunque una testimonianza della mia anima, in linea con ciò che tutta la mia condotta rivelava del mio carattere. Non avevo bisogno di alcuna altra difesa contro i miei calunniatori: potevano forse rappresentarmi come un altro uomo sotto il mio nome, ma avrebbero ingannato soltanto coloro che erano disposti ad essere ingannati. Avrei potuto offrire loro tutta la mia vita per dimostrare chi ero veramente: ero certo che, nonostante i miei errori e le mie debolezze, nonostante la mia incapacità di sopportare alcun giogo, si sarebbe sempre potuto riconoscere in me un uomo giusto, buono, senza rancore, senza odio, senza gelosia, pronto a riconoscere i propri torti e ancora più pronto a dimenticarne quelli altrui; un uomo che cercava la propria felicità nelle passioni amorevoli e dolci, e che portava in tutto ciò che faceva la sincerità, anche fino all’imprudenza, fino al più incredibile disinteresse.
Quindi, in un certo senso, mi prendevo una pausa dal mio secolo e dai miei contemporanei, e mi congedavo dal mondo ritirandomi su quest’isola per il resto dei miei giorni; perché tale era la mia decisione, ed era lì che intendevo finalmente realizzare quel grande progetto della mia vita, a cui avevo inutilmente dedicato fino ad allora tutta la scarsa attività che il Cielo mi aveva concesso. Quest’isola sarebbe diventata per me quella di Papimania, quel felice paese dove si dorme.
Si fa di più, o si non fa assolutamente nulla[305].
Questo “di più” era tutto ciò di cui avevo bisogno, poiché ho sempre poco rimpianto il sonno; la pigrazia mi basta, e, purché non faccia nulla, preferisco ancora sognare a occhi aperti che nel sonno. Essendo passata l’età dei progetti romantici, e essendo stata la vanità ad acceccarmi più che ad lusingarmi, non mi rimaneva altra speranza se non quella di vivere senza preoccupazioni, in un eterno ozio. Questa è la vita dei beati nell’altro mondo, ed era questa che ora consideravo il mio massimo bene in questo.
Coloro che mi rimproverano così tanto per le mie contraddizioni non mancheranno certo di rimproverarmene ancora una in questo contesto. Ho detto che l’ozio dei circoli sociali me li rendeva insopportabili, e ora eccomi a cercare la solitudine proprio per potermi dedicare all’ozio. Eppure è proprio così che sono; se c’è qualche contraddizione in tutto ciò, essa deriva dalla natura stessa, non da me. Ma tali contraddizioni sono così poche, che è proprio grazie a esse che riesco sempre a rimanere me stesso. L’ozio dei circoli sociali è soffocante, perché è imposto dalle circostanze; l’ozio nella solitudine, invece, è incantevole, perché è frutto della libertà e della volontà. In compagnia, mi è insopportabile non fare nulla, perché sono costretto a farlo. Devo restare seduto su una sedia o in piedi, immobile come un palo, senza potermi muovere né correre né saltare né cantare né gridare né gesticolare quando ne ho voglia; non posso nemmeno sognare. Soffro sia dell’ozio che della costrizione. Devo ascoltare tutte le sciocchezze che vengono dette e tutti i complimenti che mi vengono fatti, devo impegnarmi costantemente per poter a mia volta dire qualcosa di intelligente o mentire. E voi chiamate questo “ozio”. È in realtà un lavoro estenuante, simile a quello di un prigioniero.
L’ozio che amo non è quello di uno scansafatiche che se ne sta con le braccia incrociate in totale inattività, senza pensare né agire. È piuttosto l’ozio di un bambino che è costantemente in movimento pur senza fare nulla, o quello di una persona che parla a vanvera mentre le sue mani sono ferme. Mi piace occuparmi di cose insignificanti, iniziare cento progetti senza mai portarli a termine, muovermi avanti e indietro secondo i miei capricci, cambiare idea all’istante, seguire una mosca in tutte le sue direzioni, voler sradicare una roccia per scoprire cosa c’è sotto, intraprendere con entusiasmo un lavoro che richiederebbe dieci anni e abbandonarlo senza rimpianti dopo soltanto dieci minuti. E infine, mi piace passare l’intera giornata a fare cose senza ordine né logica, seguendo soltanto il capriccio del momento.
La botanique, telle que je l’ai toujours considérée, et telle qu’elle commençait à devenir passion pour moi, était précisément une étude oiseuse, propre à remplir tout le vide de mes loisirs sans y laisser place au délire de l’imagination, ni à l’ennui d’un désœuvrement total. Errer nonchalamment dans les bois et dans la campagne, prendre machinalement çà et là tantôt une fleur, tantôt un rameau, brouter mon foin presque au hasard, observer mille et mille fois les mêmes choses, et toujours avec le même intérêt, parce que je les oubliais toujours, était de quoi passer l’éternité sans pouvoir m’ennuyer un moment. Quelque élégante, quelque admirable, quelque diverse que soit la structure des végétaux, elle ne frappe pas assez un œil ignorant pour l’intéresser. Cette constante analogie, et pourtant cette variété prodigieuse qui règne dans leur organisation, ne transporte que ceux qui ont déjà quelque idée du système végétal. Les autres n’ont, à l’aspect de tous ces trésors de la nature, qu’une admiration stupide et monotone. Ils ne voient rien en détail, parce qu’ils ne savent pas même ce qu’il faut regarder, et ils ne voient pas non plus l’ensemble, parce qu’ils n’ont aucune idée de cette chaîne de rapports et de combinaisons qui accable de ses merveilles l’esprit de l’observateur. J’étais et mon défaut de mémoire me devait tenir toujours dans cet heureux point d’en savoir assez peu pour que tout me fût nouveau et assez pour que tout me fût sensible. Les divers sols dans lesquels l’île, quoique petite, était partagée, m’offraient une suffisante variété de plantes pour l’étude et pour l’amusement de toute ma vie. Je n’y voulais pas laisser un poil d’herbe sans analyse, et je m’arrangeais déjà pour faire, avec un recueil immense d’observations curieuses, la Flora Petrinsularis.
Je fis venir Thérèse avec mes livres et mes effets. Nous nous mîmes en pension chez le Receveur de l’île. Sa femme avait à Nidau ses sœurs, qui la venaient voir tour à tour et qui faisaient à Thérèse une compagnie. Je fis là l’essai d’une douce vie dans laquelle j’aurais voulu passer la mienne, et dont le goût que j’y pris ne servit qu’à me faire mieux sentir l’amertume de celle qui devait si promptement y succéder.
J’ai toujours aimé l’eau passionnément, et sa vue me jette dans une rêverie délicieuse, quoique souvent sans objet déterminé. Je ne manquais point à mon lever, lorsqu’il faisait beau, de courir sur la terrasse humer l’air salubre et frais du matin, et planer des yeux sur l’horizon de ce beau lac, dont les rives et les montagnes qui le bordent enchantaient ma vue. Je ne trouve point de plus digne hommage à la Divinité que cette admiration muette qu’excite la contemplation de ses œuvres, et qui ne s’exprime point par des actes développés. Je comprends comment les habitants des villes, qui ne voient que des murs, des rues, et des crimes, ont peu de foi ; mais je ne puis comprendre comment des campagnards, et surtout des solitaires, peuvent n’en point avoir. Comment leur âme ne s’élève-t-elle pas cent fois le jour avec extase à l’auteur des merveilles qui les frappent ? Pour moi, c’est surtout à mon lever, affaissé par mes insomnies, qu’une longue habitude me porte à ces élévations de cœur qui n’imposent point la fatigue de penser. Mais il faut pour cela que mes yeux soient frappes du ravissant spectacle de la nature. Dans ma chambre, je prie plus rarement et plus sèchement : mais à l’aspect d’un beau paysage, je me sens ému sans pouvoir dire de quoi. J’ai lu qu’un sage évêque, dans la visite de son diocèse, trouva une vieille femme qui, pour toute prière, ne savait dire que O ! Il lui dit : Bonne mère, continuez de prier toujours ainsi ; votre prière vaut mieux que les nôtres. Cette meilleure prière est aussi la mienne.
Après le déjeuner, je me hâtais d’écrire en rechignant quelques malheureuses lettres, aspirant avec ardeur à l’heureux moment de n’en plus écrire du tout. Je tracassais quelques instants autour de mes livres et papiers pour les déballer et arranger, plutôt que pour les lire, et cet arrangement, qui devenait pour moi l’œuvre de Pénélope, me donnait le plaisir de muser quelques moments ; après quoi je m’en ennuyais et le quittais, pour passer les trois ou quatre heures qui me restaient de la matinée à l’étude de la botanique, et surtout du système de Linné, pour lequel je pris une passion dont je n’ai pu bien me guérir, même après en avoir senti le vide. Ce grand observateur est à mon gré le seul, avec Ludwig, qui ait vu jusqu’ici la botanique en naturaliste et en philosophe ; mais il l’a trop étudiée dans des herbiers et dans des jardins, et pas assez dans la nature elle-même. Pour moi, qui prenais pour jardin l’île entière, sitôt que j’avais besoin de faire ou vérifier quelque observation, je courais dans les bois ou dans les prés, mon livre sous le bras : là, je me couchais par terre auprès de la plante en question, pour l’examiner sur pied tout à mon aise. Cette méthode m’a beaucoup servi pour connaître les végétaux dans leur état naturel, avant qu’ils aient été cultivés et dénaturés par la main des hommes. On dit que Fagon, premier médecin de Louis XIV, qui nommait et connaissait parfaitement toutes les plantes du Jardin Royal, était d’une telle ignorance dans la campagne, qu’il n’y connaissait plus rien. Je suis précisément le contraire : je connais quelque chose à l’ouvrage de la nature, mais rien à celui du jardinier.
Pour les après-dînées, je les livrais totalement à mon humeur oiseuse et nonchalante, et à suivre sans règle l’impulsion du moment. Souvent, quand l’air était calme, j’allais immédiatement en sortant de table me jeter seul dans un petit bateau, que le Receveur m’avait appris à mener avec une seule rame ; je m’avançais en pleine eau. Le moment où je dérivais me donnait une joie qui allait jusqu’au tressaillement, et dont il m’est impossible de dire ni de bien comprendre la cause, si ce n’était peut-être une félicitation secrète d’être en cet état hors de l’atteinte des méchants. J’errais ensuite seul dans ce lac, approchant quelquefois du rivage, mais n’y abordant jamais. Souvent, laissant aller mon bateau à la merci de l’air et de l’eau, je me livrais à des rêveries sans objet, et qui, pour être stupides, n’en étaient pas moins douces. Je m’écriais parfois avec attendrissement : O nature ! ô ma mère ! me voici sous ta seule garde ; il n’y a point ici d’homme adroit et fourbe qui s’interpose entre toi et moi. Je m’éloignais ainsi jusqu’à demi-lieue de terre : j’aurais voulu que ce lac eût été l’Océan. Cependant, pour complaire à mon pauvre chien, qui n’aimait pas autant que moi de si longues stations sur l’eau, je suivais d’ordinaire un but de promenade ; c’était d’aller débarquer à la petite île, de m’y promener une heure ou deux, ou de m’étendre au sommet du tertre sur le gazon, pour m’assouvir du plaisir d’admirer ce lac et ses environs, pour examiner et disséquer toutes les herbes qui se trouvaient à ma portée, et pour me bâtir, comme un autre Robinson, une demeure imaginaire dans cette petite île. Je m’affectionnai fortement à cette butte. Quand j’y pouvais mener promener Thérèse avec la Receveuse et ses sœurs, comme j’étais fier d’être leur pilote et leur guide ! Nous y portâmes en pompe des lapins pour la peupler ; autre fête pour Jean-Jacques. Cette peuplade me rendit la petite île encore plus intéressante. J’y allais plus souvent et avec plus de plaisir depuis ce temps-là, pour rechercher des traces du progrès des nouveaux habitants.
À ces amusements, j’en joignais un qui me rappelait la douce vie des Charmettes, et auquel la saison m’invitait particulièrement. C’était un détail de soins rustiques pour la récolte des légumes et des fruits, et que nous nous faisions un plaisir, Thérèse et moi, de partager avec la Receveuse et sa famille. Je me souviens qu’un Bernois, nommé M. Kirchberger, m’étant venu voir, me trouva perché sur un grand arbre, un sac attaché autour de ma ceinture, et déjà si plein de pommes, que je ne pouvais plus me remuer. Je ne fus pas fâché de cette rencontre et de quelques autres pareilles. J’espérais que les Bernois, témoins de l’emploi de mes loisirs, ne songeraient plus à en troubler la tranquillité, et me laisseraient en paix dans ma solitude. J’aurais bien mieux aimé y être confiné par leur volonté que par la mienne : j’aurais été plus assuré de n’y point voir troubler mon repos.
Botany, as I had always viewed it—and as it began to become a passion for me—was precisely the kind of pursuit that could fill the void of my leisure time without giving room either to the delirium of imagination or to the boredom of complete idleness. To wander carelessly through woods and fields, to casually pick up a flower here and a branch there, to graze on my hay almost at random, to observe the same things over and over again with the same interest—because I would always forget them shortly after seeing them—was enough to pass an eternity without ever feeling bored for a single moment. No matter how elegant, admirable, or diverse the structure of plants may be, it does not strike an ignorant eye enough to arouse genuine interest. This constant similarity, yet this astonishing variety in their organization, can only captivate those who already have some understanding of the vegetable system. For others, the sight of all these natural treasures merely evokes a stupid and monotonous admiration. They fail to notice any details because they do not even know what it is worth observing; nor can they grasp the whole picture because they have no idea of the intricate web of relationships and combinations that fills the observer’s mind with awe at these wonders. My poor memory ensured that I would always remain in this ideal state: knowing just enough to find everything new and fascinating. The various soils of the island, though small, provided me with a sufficient variety of plants for study and enjoyment throughout my life. I was determined not to leave a single blade of grass unexamined, and I began to compile what would become the Flora Petrinsularis, a vast collection of curious observations.
I brought Thérèse with me, along with my books and belongings. We took up residence with the Island’s Receiver General. His wife had her sisters living in Nidau, who came to visit her one after another and kept Thérèse company. There, I tried out a gentle way of life that I wished to spend my entire existence; however, the taste for such a life only made me more acutely aware of the bitterness of the one that was soon to replace it.
I have always loved water with great passion; its sight fills me with a delightful reverie, though it often lacks a specific object of contemplation. Whenever the weather was fine, I would not fail to rush onto the terrace upon waking up to breathe in the fresh, healthy morning air and gaze at the horizon of that beautiful lake, whose shores and surrounding mountains delighted my eyes. I find no more worthy tribute to God than this silent admiration inspired by the contemplation of His creations—an admiration that does not require any outward expressions. I understand how people living in cities, who see only walls, streets, and crime, may have little faith; but I cannot comprehend how country folks, especially those who live in solitude, could be without it. How can their souls not rise in ecstasy hundreds of times a day at the sight of these wonders around them? For me, it is especially upon waking up, weakened by insomnia, that this long-held habit leads me to such elevations of spirit without the burden of deliberate thought. But for that, my eyes must be filled with the breathtaking beauty of nature. In my room, I pray less often and more superficially; but in the face of a beautiful landscape, I am moved beyond words. I have read that a wise bishop, during his inspection of his diocese, encountered an old woman who could say nothing but “O!” as her only prayer. He told her, “Good woman, continue to pray in this way forever; your prayer is better than ours.” This better prayer is also mine.
After lunch, I would reluctantly hurry to write a few unfortunate letters, eagerly longing for the moment when I would no longer have to write at all. For a while, I would fiddle with my books and papers, unfolding and arranging them rather than reading them; this task, which became for me something akin to Penélope’s endless weaving, gave me some brief pleasure before I grew bored of it and moved on to spend the remaining three or four hours of the morning studying botany—and especially Linnaeus’ system. I developed such a passion for it that I was unable to shake it off, even after realizing its limitations. In my opinion, this great observer is, along with Ludwig, one of the few who have truly viewed botany from the perspectives of both a naturalist and a philosopher; yet he studied it too much in herbaria and gardens, rather than in nature itself. For me, whose entire island served as my garden, whenever I needed to make an observation or verify something, I would rush into the woods or fields, my book under my arm. There, I would lie down beside the plant in question and examine it at my leisure. This method proved extremely useful for understanding plants in their natural state, before they were altered by human cultivation. It is said that Fagon, Louis XIV’s chief physician who knew every plant in the Royal Garden by name, was utterly ignorant of plants in the wild; I, on the other hand, know something about nature itself—but nothing about what gardeners do to it.
On these afternoons, I entirely surrendered myself to my idle and carefree mood, allowing myself to follow the impulses of the moment without any rules. Often, when the air was calm, I would immediately get into a small boat that the keeper had taught me how to steer with just one oar, and set out alone into the water. The very act of drifting gave me a joy so intense that it made my whole body tremble; I am unable to explain or fully understand the cause of this joy, except perhaps that it was some secret satisfaction at being in a state beyond the reach of evil. I would then wander alone across the lake, sometimes approaching the shore but never landing there. Often, I would let the boat be carried by the wind and the water, lost in aimless reverie—reveries that, despite their foolishness, were none the less pleasant. Sometimes I would exclaim with emotion: “O nature! O my mother! Here I am, under your sole protection; there is no cunning or deceitful man to intervene between you and me.” I would drift away until I was half a mile from land, wishing that this lake were the entire ocean. However, in order to please my poor dog, who did not enjoy staying in the water for such long periods as I did, I usually had a specific destination in mind: I would go to the small island, walk around there for an hour or two, or lie on the grass at the top of the hill, basking in the pleasure of admiring the lake and its surroundings. I would examine and study every plant within reach, and, like another Robinson Crusoe, build an imaginary home on that little island. I grew to have a deep affection for this hillock. When Thérèse, the keeper, and her sisters could join me there for walks, how proud I was to be their guide! We would bring rabbits there to populate the island; for Jean-Jacques, this was another source of joy. This little community made the island even more fascinating to me. From that time on, I visited it more often and with even greater pleasure, in search of any signs of the new inhabitants’ progress.
To these amusements, I added one that reminded me of the peaceful life at Charmettes, and one that the season particularly encouraged me to engage in. It involved some simple rural tasks related to harvesting vegetables and fruits, and Thérèse and I took great pleasure in sharing them with the landlady and her family. I remember a man from Bern named M. Kirchberger came to see me; he found me perched on a large tree, with a sack tied around my waist—already filled to capacity with apples, so that I couldn’t move at all. I wasn’t annoyed by this encounter or a few others like it. I hoped that the Bernese, having witnessed how I spent my leisure time, would no longer disturb its tranquility and leave me alone in my solitude. In fact, I would have preferred to be confined there by their will rather than by my own: I would have been more certain that my peace wouldn’t be disturbed.
La botanica, così come l’ho sempre considerata e così cominciava a diventare una passione per me, era proprio uno studio tranquillo, adatto a riempire tutto il vuoto dei miei momenti liberi, senza lasciare spazio né al delirio dell’immaginazione né alla noia di un ozio totale. Vagabondare con noncuranza nei boschi e nelle campagne, raccogliere casualmente una fiore o un ramo qua e là, masticare il mio fieno quasi a caso, osservare migliaia e migliaia di volte le stesse cose, sempre con lo stesso interesse, perché le dimenticavo subito dopo, era sufficiente per trascorrere l’eternità senza mai annoiarmi un istante. Per quanto elegante, meravigliosa o varia possa essere la struttura dei vegetali, essa non colpisce abbastanza l’occhio di chi non ne ha alcuna conoscenza per suscitare il suo interesse. Questa costante analogia, eppure questa prodigiosa varietà che regna nella loro organizzazione, interessano soltanto coloro che hanno già qualche idea del sistema vegetale; gli altri, di fronte a tutti questi tesori della natura, provano solo un’ammirazione stupida e monotona. Non vedono nulla nei dettagli, perché non sanno nemmeno cosa sia necessario osservare; né riescono a comprendere l’insieme, perché non hanno alcuna idea di quella catena di relazioni e combinazioni che riempie di meraviglie lo spirito dell’osservatore. Io ero proprio in questa condizione ideale: il mio difetto di memoria mi costringeva sempre a sapere abbastanza poco, così da rendere tutto nuovo e significativo per me. I diversi tipi di terreno presenti sull’isola, anche se piccola, offrivano una varietà sufficiente di piante per studiarle e divertirmici per tutta la vita. Non volevo lasciare nemmeno un filo d’erba senza analizzarlo; già mi stavo preparando a compilare, grazie a un enorme insieme di osservazioni curiose, la “Flora Petrinsularis”.
Chiamai Thérèse con i miei libri e le mie cose. Ci stabilimmo in pensione presso il Segretario dell’isola. Sua moglie aveva a Nidau le sue sorelle, che venivano a trovarla una dopo l’altra e facevano compagnia a Thérèse. Lì provai una vita dolce, quella che avrei voluto condurre per tutta la mia esistenza; ma il piacere che ne trassi servì soltanto ad accorgermi ancora di più dell’amarezza di quella vita che doveva subentrarle così rapidamente.
Ho sempre amato l’acqua con passione; il suo spettacolo mi immerge in una dolce meditazione, sebbene spesso priva di un oggetto specifico. Ogni mattina, quando faceva bel tempo, non mancavo mai di correre sul terrazzo per respirare l’aria fresca e salutare del mattino e di contemplare l’orizzonte di quel bellissimo lago, le cui rive e le montagne che lo circondavano incantavano la mia vista. Non trovo omaggio più degno della Divinità di questa ammirazione silenziosa che suscita la contemplazione delle sue opere e che non si esprime attraverso atti concreti. Capisco come gli abitanti delle città, che vedono solo muri, strade e crimini, abbiano poca fede; ma non riesco a comprendere come i contadini, soprattutto quelli solitari, possano non averne affatto. Come mai la loro anima non si eleva centinaia di volte al giorno, con estasi, verso l’autore delle meraviglie che li circondano? Per me, è soprattutto al risveglio, oppresso dagli insonni, che una lunga abitudine mi spinge a queste elevate riflessioni senza che richiedano lo sforzo di pensare. Ma per questo è necessario che i miei occhi siano colpiti dallo splendido spettacolo della natura. Nella mia stanza prego raramente e in modo più formale; ma di fronte a un bel paesaggio mi sento commosso, senza riuscire a esprimere esattamente ciò che provo. Ho letto che un saggio vescovo, durante una visita nel suo diocesi, incontrò una vecchia donna che, per tutta la sua preghiera, sapeva dire soltanto “O!”. Le disse: “Buona madre, continui sempre a pregare in questo modo; la tua preghiera vale più delle nostre”. Questa “preghiera migliore” è anche la mia.
Dopo pranzo, mi affrettavo a scrivere con riluttanza alcune lettere sfortunate, anelando ardentemente al momento felice in cui non avrei più dovuto scrivere affatto. Passavo alcuni minuti a sistemare i miei libri e documenti, piuttosto che leggerli; quel compito, che per me assomigliava all’opera di Penelope, mi dava il piacere di occuparmene per un po’, ma poi mi annoiavo e lo abbandonavo per dedicare le tre o quattro ore rimanenti della mattinata allo studio della botanica, soprattutto del sistema di Linneo, per il quale provai una passione dalla quale non riuscii a liberarmi nemmeno dopo averne compreso la vacuità. Questo grande osservatore è, a mio parere, l’unico, insieme a Ludwig, che abbia visto la botanica sia come naturalista che come filosofo; tuttavia l’ha studiata troppo nei giardini botanici e negli herbari, e non abbastanza nella natura stessa. Per me, che consideravo l’intera isola come un giardino, non appena avevo bisogno di effettuare o verificare qualche osservazione, correvo nei boschi o nei prati, con il mio libro sottobraccio: lì mi sdraiavo a terra accanto alla pianta in questione e la esaminavo comodamente. Questo metodo mi è stato di grande aiuto per conoscere i vegetali nel loro stato naturale, prima che venissero coltivati e alterati dall’uomo. Si dice che Fagon, il primo medico di Luigi XIV, che conosceva perfettamente tutte le piante del Giardino Reale, fosse così ignorante in campagna da non riconoscere più nulla. Io sono esattamente l’opposto: so qualcosa sull’operato della natura, ma nulla su quello dell’orticoltore.
Nei pomeriggi, li lasciavo completamente alla mia indolenza e alla mia disposizione spensierata, permettendo loro di seguire senza regole l’impulso del momento. Spesso, quando l’aria era tranquilla, appena finito di mangiare mi imbarcavo da solo in una piccola barca che il Receveur mi aveva insegnato a guidare con un’unica pagaia; mi allontanavo verso il centro del lago. Il momento in cui galleggiavo senza meta mi procurava una gioia tale da farmi tremare, e non riesco a spiegare né a comprendere appieno la sua causa. Forse era semplicemente la felicità segreta di trovarmi in quel luogo, al sicuro dalle malvagità degli uomini. Poi vagavo da solo su quel lago, a volte avvicinandomi alla riva senza mai sbarcarvi. Spesso lasciavo che la barca fosse guidata soltanto dal vento e dall’acqua, immerso in riflessioni senza oggetto. Riflessioni stupide, forse, ma non meno dolci. A volte esclamavo con commozione: “O natura! Oh mia madre. Mi trovo sotto la tua sola protezione; qui non c’è alcun uomo astuto e malvagio che possa interferire tra te e me”. Mi allontanavo così per quasi un miglio dalla riva. Avrei voluto che quel lago fosse l’Oceano. Tuttavia, per compiacere il mio povero cane, che non amava quanto me trascorrere troppo tempo sull’acqua, di solito seguivo uno scopo preciso: andavo a sbarcare sull’isola piccola, vi passeggiavo un’ora o due, oppure mi sdraiavo sulla sommità del tumulo, tra l’erba, per godermi il piacere di ammirare quel lago e i suoi dintorni. Esaminavo e analizzavo tutte le erbe che avevo a portata di mano, e costruivo, come un altro Robinson Crusoe, una “dimora immaginaria” su quell’isola. Mi affezionai molto a quel piccolo promontorio. Quando potevo portarci Thérèse insieme al Receveur e alle sue sorelle, quanto ero orgoglioso di essere il loro pilota e guida! Portavamo lì dei conigli per “popolare” l’isola. Un’altra festa per Jean-Jacques. Quella “popolazione” rendeva quell’isola ancora più interessante. Da quel momento in poi ci andavo più spesso e con maggiore piacere, alla ricerca di tracce del progresso di quei nuovi abitanti.
A questi divertimenti ne aggiungevo uno che mi ricordava la dolce vita delle Charmettes, e al quale la stagione mi invitava particolarmente: si trattava di piccoli compiti legati alle attività agricole relative alla raccolta di verdure e frutti, e che io e Thérèse ci divertivamo a condividere con la Receveuse e la sua famiglia. Ricordo che un bernese di nome M. Kirchberger venne a trovarmi; mi trovò appeso a un grande albero, con un sacco legato intorno alla vita già pieno di mele, tanto da non riuscire più a muovermi. Non fui affatto dispiaciuto di quell’incontro e di altri simili: speravo che i bernesi, avendo visto come impiegavo il mio tempo libero, non pensassero più a disturbarne la tranquillità e mi lasciassero in pace nella mia solitudine. Avrei preferito essere confinato lì per loro volontà piuttosto che per la mia: così sarei stato sicuro che nessuno avrebbe disturbato il mio riposo.
Voici encore un de ces aveux sur lesquels je suis sûr d’avance de l’incrédulité des lecteurs, obstinés à juger toujours de moi par eux-mêmes, quoiqu’ils aient été forcés de voir dans tout le cours de ma vie mille affections internes qui ne ressemblaient point aux leurs. Ce qu’il y a de plus bizarre est qu’en me refusant tous les sentiments bons ou indifférents qu’ils n’ont pas, ils sont toujours prêts à m’en prêter de si mauvais, qu’ils ne sauraient même entrer dans un cœur d’homme ; ils trouvent alors tout simple de me mettre en contradiction avec la nature, et de faire de moi un monstre tel qu’il n’en peut même exister. Rien d’absurde ne leur paraît incroyable dès qu’il tend à me noircir ; rien d’extraordinaire ne leur paraît possible dès qu’il tend à m’honorer.
Mais, quoi qu’ils en puissent croire ou dire, je n’en continuerai pas moins d’exposer fidèlement ce que fut, fit et pensa J. -J. Rousseau, sans expliquer ni justifier la singularité de ses sentiments et de ses idées, ni rechercher si d’autres ont pensé comme lui. Je pris tant de goût à l’île de Saint-Pierre, et son séjour me convenait si fort, qu’à force d’inscrire tous mes désirs dans cette île, je formai celui de n’en point sortir. Les visites que j’avais à rendre au voisinage, les courses qu’il me faudrait faire à Neuchâtel, à Bienne, à Yverdon, à Nidau, fatiguaient déjà mon imagination. Un jour à passer hors de l’île me paraissait retranché de mon bonheur, et sortir de l’enceinte de ce lac était pour moi sortir de mon élément. D’ailleurs l’expérience du passé m’avait rendu craintif. Il suffisait que quelque bien flattât mon cœur pour que je dusse m’attendre à le perdre, et l’ardent désir de finir mes jours dans cette île était inséparable de la crainte d’être forcé d’en sortir. J’avais pris l’habitude d’aller les soirs m’asseoir sur la grève, surtout quand le lac était agité. Je sentais un plaisir singulier à voir les flots se briser à mes pieds. Je m’en faisais l’image du tumulte du monde, et de la paix de mon habitation ; et je m’attendrissais quelquefois à cette douce idée, jusqu’à sentir des larmes couler de mes yeux. Ce repos, dont je jouissais avec passion, n’était troublé que par l’inquiétude de le perdre ; mais cette inquiétude allait au point d’en altérer la douceur. Je sentais ma situation si précaire, que je n’osais y compter. Ah ! que je changerais volontiers, me disais-je, la liberté de sortir d’ici, dont je ne me soucie point, avec l’assurance d’y pouvoir rester toujours ! Au lieu d’y être souffert par grâce, que n’y suis-je détenu de force ! Ceux qui ne font que m’y souffrir peuvent à chaque instant m’en chasser, et puis-je espérer que mes persécuteurs, m’y voyant heureux, m’y laissent continuer de l’être ? Ah ! c’est peu qu’on me permette d’y vivre, je voudrais qu’on m’y condamnât, et je voudrais être contraint d’y rester, pour ne l’être pas d’en sortir. Je jetais un œil d’envie sur l’heureux Micheli Du Crest, qui, tranquille au château d’Arberg, n’avait eu qu’à vouloir être heureux pour l’être[308]. Enfin, à force de me livrer à ces réflexions et aux pressentiments inquiétants des nouveaux orages toujours prêts à fondre sur moi, j’en vins à désirer, mais avec une ardeur incroyable, qu’au lieu de tolérer seulement mon habitation dans cette île, on me la donnât pour prison perpétuelle, et je puis jurer que s’il n’eût tenu qu’à moi de m’y faire condamner, je l’aurais fait avec la plus grande joie, préférant mille fois la nécessité d’y passer le reste de ma vie au danger d’en être expulsé[309].
Cette crainte ne demeura pas longtemps vaine. Au moment où je m’y attendais le moins, je reçus une lettre de M. le Baillif de Nidau, dans le gouvernement duquel était l’île de Saint-Pierre ; par cette lettre, il m’intimait de la part de Leurs Excellences l’ordre de sortir de l’île et de leurs États. Je crus rêver en la lisant. Rien de moins naturel, de moins raisonnable, de moins prévu qu’un pareil ordre : car j’avais plutôt regardé mes pressentiments comme les inquiétudes d’un homme effarouché par ses malheurs, que comme une prévoyance qui pût avoir le moindre fondement. Les mesures que j’avais prises pour m’assurer de l’agrément tacite du souverain, la tranquillité avec laquelle on m’avait laissé faire mon établissement, les visites de plusieurs Bernois et du Baillif lui-même, qui m’avait comblé d’amitiés et de prévenances, la rigueur de la saison dans laquelle il était barbare d’expulser un homme infirme, tout me fit croire avec beaucoup de gens qu’il y avait quelque malentendu dans cet ordre, et que les malintentionnés avaient pris exprès le temps des vendanges et de l’infréquence du Sénat pour me porter brusquement ce coup.
Si j’avais écouté ma première indignation, je serais parti sur-le-champ. Mais où aller ? Que devenir à l’entrée de l’hiver, sans but, sans préparatif, sans conducteur, sans voiture ? À moins de laisser tout à l’abandon, mes papiers, mes effets, toutes mes affaires, il me fallait du temps pour y pourvoir, et il n’était pas dit dans l’ordre si on m’en laissait ou non. La continuité des malheurs commençait d’affaisser mon courage. Pour la première fois, je sentis ma fierté naturelle fléchir sous le joug de la nécessité et, malgré les murmures de mon cœur, il fallut m’abaisser à demander un délai. C’était à M. de Graffenried, qui m’avait envoyé l’ordre, que je m’adressai pour le faire interpréter. Sa lettre portait une très vive improbation de ce même ordre, qu’il ne m’intimait qu’avec le plus grand regret, et les témoignages de douleur et d’estime dont elle était remplie me semblaient autant d’invitations bien douces de lui parler à cœur ouvert ; je le fis. Je ne doutais pas même que ma lettre ne fît ouvrir les yeux à ces hommes iniques sur leur barbarie, et que si l’on ne révoquait pas un ordre si cruel, on ne m’accordât du moins un délai raisonnable, et peut-être l’hiver entier, pour me préparer à la retraite, et pour en choisir le lieu.
En attendant la réponse, je me mis à réfléchir sur ma situation, et à délibérer sur le parti que j’avais à prendre. Je vis tant de difficultés de toutes parts, le chagrin m’avait si fort affecté, et ma santé en ce moment était si mauvaise, que je me laissai tout à fait abattre, et que l’effet de mon découragement fut de m’ôter le peu de ressources qui pouvaient me rester dans l’esprit pour tirer le meilleur parti possible de ma triste situation. En quelque asile que je voulusse me réfugier, il était clair que je ne pouvais m’y soustraire à aucune des deux manières qu’on avait prises de m’expulser. L’une, en soulevant contre moi la populace par des manœuvres souterraines ; l’autre, en me chassant à force ouverte, sans en dire aucune raison. Je ne pouvais donc compter sur aucune retraite assurée, à moins de l’aller chercher plus loin que mes forces et la saison ne semblaient me le permettre. Tout cela me ramenant aux idées dont je venais de m’occuper, j’osai désirer et proposer qu’on voulût plutôt disposer de moi dans une captivité perpétuelle, que de me faire errer incessamment sur la terre, en m’expulsant successivement de tous les asiles que j’aurais choisis. Deux jours après ma première lettre, j’en écrivis une seconde à M. de Graffenried, pour le prier d’en faire la proposition à Leurs Excellences. La réponse de Berne à l’une et à l’autre fut un ordre conçu dans les termes les plus formels et les plus durs de sortir de l’île et de tout le territoire médiat et immédiats de la République, dans l’espace de vingt-quatre heures et de n’y rentrer jamais, sous les plus grièves peines.
Ce moment fut affreux. Je me suis trouvé depuis dans de pires angoisses, jamais dans un plus grand embarras. Mais ce qui m’affligea le plus fut d’être forcé de renoncer au projet qui m’avait fait désirer de passer l’hiver dans l’île. Il est temps de rapporter l’anecdote fatale qui a mis le comble à mes désastres, et qui a entraîné dans ma ruine un peuple infortuné, dont les naissantes vertus promettaient déjà d’égaler un jour celles de Sparte et de Rome.
J’avais parlé des Corses dans le Contrat social[310], comme d’un peuple neuf, le seul de l’Europe qui ne fût pas usé pour la législation, et j’avais marqué la grande espérance qu’on devait avoir d’un tel peuple, s’il avait le bonheur de trouver un sage instituteur. Mon ouvrage fut lu par quelques Corses, qui furent sensibles à la manière honorable dont je parlais d’eux, et le cas où ils se trouvaient de travailler à l’établissement de leur République fit penser à leurs chefs de me demander[311] mes idées sur cet important ouvrage.
Here is yet another of these confessions about which I am certain in advance that readers will remain incredulous, obstinately judging me solely by their own standards, even though they have been forced to observe throughout my life a thousand inner sentiments that bear no resemblance to theirs. What is most bizarre is that, by denying me all those good or neutral feelings that they lack themselves, they are always ready to attribute to me such vile qualities that they themselves would never admit to possess; they then find it entirely reasonable to present me as being in contradiction with human nature, and to turn me into a monster that simply cannot exist. Nothing they consider absurd seems unbelievable whenever it serves to portray me in a negative light; nothing they regard as extraordinary seems possible whenever it tends to honor me.
But no matter what they might believe or say, I would continue to faithfully describe what J.-J. Rousseau was, did, and thought, without explaining or justifying the uniqueness of his feelings and ideas, nor attempting to determine whether others had ever thought in the same way. I had grown so fond of the island of Saint-Pierre that its very presence suited me so well that, by constantly dwelling on my desires there, I came to wish never to leave it. The visits I had to make to neighboring places, the trips I needed to take to Neuchâtel, Bienne, Yverdon, Nidau—these all began to tire my imagination. Even a single day spent away from the island seemed like a betrayal of my happiness, and leaving the confines of that lake meant leaving my natural environment. Moreover, past experiences had made me fearful. Whenever some good thing pleased me, I feared losing it; thus, my intense desire to spend the rest of my life on this island was inseparable from my fear of being forced to leave it. I had grown accustomed to sitting on the shore at night, especially when the lake was rough. There was a peculiar pleasure in watching the waves crash beneath my feet—it symbolized the turmoil of the world and the tranquility of my refuge. Sometimes this thought would move me to tears. This peace, which I enjoyed so passionately, was only disturbed by the fear of losing it; yet that very fear often made its sweetness seem less sweet. I felt my situation was so precarious that I dared not rely on it. Ah! How I would gladly trade the freedom to leave this place—something I hardly cared about—for the certainty of never having to leave it! Instead of being allowed to stay here out of kindness, why couldn’t I be forced to remain? Those who caused me suffering here could expel me at any moment—how could I hope they would let me continue living here once they saw how happy I was? Ah! It was not enough for them to allow me to live here; I wished they would condemn me to it, and I would gladly accept such a fate, preferring the certainty of never leaving to the risk of being forced away. I envied the fortunate Micheli Du Crest, who, living in peace at the castle of Arberg, had only needed to wish for happiness to find it[308]. Finally, as these thoughts and unsettling premonitions of more storms looming over me continued to haunt me, I began to fervently desire that my stay on this island not be merely tolerated but made permanent—a prison from which I could never escape. I swear that if it had been up to me to sentence myself to this place, I would have done so with the greatest joy, preferring the certainty of spending the rest of my life there to the fear of being forced away[309].
This fear did not remain unfounded for long. At the very moment when I least expected it, I received a letter from Mr. the Bailiff of Nidau, in whose jurisdiction the island of Saint-Pierre fell; in this letter, he instructed me on behalf of Their Excellencies to leave the island and their realms. I thought I was dreaming when I read it. Nothing could be less natural, less reasonable, or less anticipated than such an order—after all, I had rather regarded my own suspicions as the anxieties of a man terrified by his misfortunes than as any sort of well-founded anticipation. The steps I had taken to ensure the sovereign’s tacit approval, the calmness with which I was allowed to establish myself there, the visits from several Bernese officials and even the Bailiff himself, who had shown me great friendliness and courtesy, and the harshness of the season—during which it would have been utterly inhumane to expel a sick man—all these factors led me, along with many others, to believe that there must be some misunderstanding behind this order, and that those who had issued it had deliberately chosen the harvest season and the time when the Senate was not in session to strike me so suddenly.
If I had heeded my initial indignation, I would have left immediately. But where to go? What was I supposed to do at the onset of winter, with no purpose in mind, without any preparations, without a guide, without a car? Unless I abandoned everything—my papers, my belongings, all my affairs—I needed time to arrange for them, and it was uncertain whether I would even be allowed to do so. The continuous string of misfortunes began to weaken my courage. For the first time, I felt my natural pride faltering under the weight of necessity, and despite the murmurs within me, I had to humble myself enough to ask for a delay. I turned to Mr. de Graffenried, who had sent me the order, in order to request that it be reconsidered. His letter contained a strong objection to that very order; he expressed it with great regret, and the expressions of sorrow and respect it contained seemed like gentle invitations for me to speak candidly with him. I did so. I even believed that my letter might make those unjust men realize the cruelty of their actions, and that if they were not to revoke such a cruel order, they would at least grant me a reasonable amount of time—perhaps the entire winter—to prepare for my retreat and to choose a place to go.
While awaiting a response, I began to reflect on my situation and deliberate over the course of action I should take. I faced numerous difficulties everywhere; grief had deeply affected me, and my health was at its worst at that time. I felt utterly disheartened, and this discouragement deprived me of the little strength left in my mind to make the best use of my unfortunate circumstances. No matter where I sought refuge, it was clear that I could not escape either of the methods they had employed to expel me—one involving subverting the public against me through underhanded means; the other consisting of outright expulsion without any explanation. Therefore, I saw no certain refuge ahead, unless I sought it in places beyond my current strength and the limitations of the season. All these considerations led me to dare to propose that it would be better for them to decide upon some form of permanent imprisonment for me, rather than allowing me to wander endlessly across the land, being expelled from every shelter I might choose. Two days after my first letter, I wrote a second one to Mr. de Graffenried, requesting him to put this suggestion forward to Their Excellencies. The response from Bern for both letters was an order, worded in the most formal and severe terms: I was ordered to leave the island and all territory within the Republic’s immediate vicinity within twenty-four hours, and never to return, under the threat of severe punishment.
That moment was terrible. I have since found myself in far worse anguishes and never in greater embarrassment. But what afflicted me most was the fact that I was forced to abandon the project that had made me desire to spend the winter on that island. It is time to recount that fateful incident that brought my misfortunes to their climax, and that led to the ruin of a unfortunate people whose budding virtues promised to one day rival those of Sparta and Rome.
I had spoken about the Corsicans in the Social Contract[310], describing them as a new people, the only one in Europe that had not yet been corrupted by legislative processes. I expressed the great hope that such a people could hold if they were fortunate enough to find a wise guide. My work was read by some Corsicans who appreciated the honorable way in which I spoke of them. Given their current efforts to establish their Republic, their leaders decided to ask me[311] for my thoughts on this important matter.
Ecco ancora uno di quei confessionali nei quali sono sicuro in anticipo dell’incredulità dei lettori, ostinati nel giudicarmi sempre secondo i loro pregiudizi, nonostante siano stati costretti a osservare, nel corso della mia vita, mille sentimenti interiori che non assomigliavano affatto ai loro. La cosa più strana è che, rifiutandomi tutti quei sentimenti buoni o indifferenti che loro stessi non possiedono, sono sempre pronti ad attribuirmi sentimenti così cattivi da non poter nemmeno esistere in un cuore umano; trovano quindi del tutto naturale mettermi in contraddizione con la natura stessa e trasformarmi in un mostro che non può assolutamente esistere. Niente di assurdo sembra loro incredibile, purché possa servire a diffamarmi; niente di straordinario sembra loro possibile, purché possa servire ad onorarmi.
Ma, qualunque cosa possano credere o dire, continuerò comunque a descrivere fedelmente ciò che J.-J. Rousseau fu, fece e pensò, senza spiegare né giustificare la singolarità dei suoi sentimenti e delle sue idee, né cercare di capire se altri abbiano mai pensato come lui. Ho preso un tale gusto all’isola di Saint-Pierre che il suo ambiente mi si adattava perfettamente; a tal punto che, concentrando tutti i miei desideri su quell’isola, ho iniziato a sperare di non doverla mai lasciare. Le visite che dovevo fare nei dintorni, i viaggi che mi toccava intraprendere a Neuchâtel, Bienne, Yverdon, Nidau, tutto ciò cominciava ad affaticare la mia immaginazione. Passare anche solo un giorno al di fuori dell’isola mi sembrava una perdita della mia felicità; uscire dai confini di quel lago significava per me lasciare il mio ambiente naturale. Inoltre, le esperienze passate avevano reso me timido: bastava che qualcosa mi rendesse felice perché temessi immediatamente di perderlo. Il desiderio ardente di trascorrere il resto della mia vita in quell’isola era inscindibile dalla paura di doverne essere scacciato. Avevo preso l’abitudine di sedermi sulla riva al tramonto, soprattutto quando il lago era agitato; provavo un piacere straordinario nel vedere le onde infrangersi ai miei piedi. Quel tumulto rappresentava per me il caos del mondo e la tranquillità della mia dimora. A volte quella dolce immagine mi commuoveva fino alle lacrime. Quel riposo, di cui godevo con passione, veniva turbato soltanto dall’angoscia di perderlo. Ma proprio quell’angoscia rendeva quel piacere ancora più intenso. Sentivo la mia situazione così precaria che non osavo contarci troppo. Ah! Quanto vorrei scambiare la libertà di poter lasciare quest’isola, di cui non mi curo affatto, con l’assicurazione di poterci rimanere per sempre. Invece di essere lì solo per grazia altrui, perché non vengo tenuto prigioniero con la forza? Coloro che mi fanno soffrire possono scacciarmi da un momento all’altro. E posso davvero sperare che i miei persecutori, vedendomi felice, mi lascino continuare a esserlo? Ah! Non basta che mi permettano di vivere qui. Vorrei che mi condannassero a rimanerci per sempre. Preferirei mille volte questa certezza al rischio di essere cacciato. Guardavo con invidia quel felice Micheli Du Crest, che, tranquillo nel castello di Arberg, aveva semplicemente bisogno di desiderare di essere felice per esserlo davvero. Alla fine, lasciandomi trasportare da queste riflessioni e da quei timori incessanti di nuovi disastri imminenti, arrivai a desiderare con una passione incontrollabile che mi venisse data quell’isola come prigione permanente. E posso giurare che, se fosse stato solo nelle mie mani decidere del mio destino, l’avrei fatto con la massima gioia. Preferirei mille volte la certezza di trascorrervi il resto della mia vita al rischio di essere cacciato.
Questo timore non rimase a lungo vano. Proprio nel momento in cui meno me lo aspettavo, ricevetti una lettera dal Signor Baillif di Nidau, nel governo del quale si trovava l’isola di Saint-Pierre; in essa mi veniva intimato, da parte delle loro Eccellenze, l’ordine di lasciare l’isola e i loro territori. Quando la lessi, pensai di sognare. Niente era meno naturale, meno ragionevole, meno previsto di un ordine del genere: infatti avevo considerato le mie intuizioni più come le preoccupazioni di un uomo spaventato dai propri mali che come una previsione che potesse avere qualche fondamento. Le misure che avevo preso per assicurarmi il favore tacito del sovrano, la tranquillità con cui mi era stato permesso stabilirmi lì, le visite di diversi bernesi e dello stesso Baillif, che mi avevano dimostrato grande amicizia e attenzione, la rigidezza della stagione in cui sarebbe stato barbaro espellere un uomo malato. Tutto questo, insieme ad altri fattori, mi fece credere, come a molti altri, che ci fosse qualche malinteso dietro quell’ordine, e che coloro che lo avevano emesso avessero scelto apposta il periodo delle vendite e la ridotta attività del Senato per colpirmi in modo così improvviso.
Se avessi ascoltato il mio primo impulso di indignazione, sarei partito immediatamente. Ma dove andare? Cosa fare all’inizio dell’inverno, senza scopo, senza preparativi, senza un mezzo di trasporto, senza una macchina? A meno di abbandonare tutto – i miei documenti, le mie cose, tutte le mie proprietà – mi serviva del tempo per occuparmene, e non era certo detto se mi si avrebbe permesso di farlo o meno. La continuità di questi sfortuni iniziava a minare il mio coraggio. Per la prima volta sentii la mia fierezza naturale indebolirsi sotto il peso della necessità; nonostante i miei dubbi, dovetti chiedere un rinvio. Mi rivolsi a Monsieur de Graffenried, che mi aveva inviato quell’ordine, per farlo interpretare. La sua lettera esprimeva un forte dissenso riguardo a tale ordine; me lo comunicava con grande rammarico, e i sentimenti di dolore e stima che vi erano contenuti sembravano quasi delle dolci inviti ad aprirmi sinceramente con lui. Così feci. Non dubitavo nemmeno che la mia lettera potesse far comprendere a quegli uomini ingiusti la loro barbarie; e che, se non si revocava un ordine così crudele, almeno mi si concedesse un lasso di tempo ragionevole. Forse addirittura l’intero inverno, per prepararmi alla ritirata e scegliere il luogo adatto.
In attesa di una risposta, iniziai a riflettere sulla mia situazione e a ponderare quale decisione prendere. Vedevo difficoltà ovunque; il dolore mi aveva profondamente colpito e la mia salute in quel momento era molto cattiva, tanto che mi lasciai completamente abbattere. L’effetto di questo scoraggiamento fu quello di privarmi delle poche risorse mentali che ancora possedevo per cercare di far fronte alla mia triste situazione nel modo migliore possibile. Qualunque rifugio scegliessi, era evidente che non avrei potuto sfuggire a nessuna delle due modalità con cui si cercava di espellermi: da un lato, attuando manovre segrete per suscitare l’ostilità della popolazione contro di me; dall’altro, cacciandomi apertamente senza fornire alcuna spiegazione. Non potevo quindi contare su nessun rifugio sicuro, a meno che non decidessi di andare in luoghi al di là delle mie forze e delle possibilità offerte dalla stagione. Tutto ciò mi riportò alle considerazioni che avevo appena fatto, e osai proporre che si preferisse disporre di me in una prigionia permanente, piuttosto che farmi vagabondare senza sosta per la terra, espellendomi continuamente da tutti i rifugi che avrei potuto scegliere. Due giorni dopo la mia prima lettera, ne scrissi un’altra a Monsieur de Graffenried, chiedendogli di presentare questa proposta alle loro Eccellenze. La risposta di Berna, sia alla prima che alla seconda lettera, fu un ordine formulato nei termini più formali e duri: dovevo lasciare l’isola e tutto il territorio della Repubblica entro ventiquattro ore e non tornarvi mai più, sotto pena delle sanzioni più severe.
Quel momento fu terribile. Da allora sono stato travolto da angosie ancora più profonde, mai mi sono trovato in una situazione più imbarazzante. Ma ciò che mi addolorò di più fu dover rinunciare al progetto che aveva suscitato in me il desiderio di trascorrere l’inverno sull’isola. È giunto il momento di raccontare quell’aneddoto fatale che ha completato la mia rovina e che ha portato alla distruzione un popolo sfortunato, le cui promettenti qualità avrebbero un giorno potuto eguagliare quelle di Sparta e Roma.
Avevo parlato dei Corsi nel Contratto sociale[310], come di un popolo nuovo, l’unico in Europa che non fosse ancora stato “usato” per scopi legislativi, e avevo sottolineato la grande speranza che si potesse nutrire riguardo a tale popolo, se avesse avuto la fortuna di trovare un saggio istitutore. Il mio libro fu letto da alcuni Corsi, i quali apprezzarono molto il modo onorevole in cui parlavo di loro; considerando la situazione in cui si trovavano, nel tentativo di stabilire la loro Repubblica, decisero di chiedermi[311] le mie idee su questo argomento così importante.
Un M. Buttafuoco, d’une des premières familles du pays, et capitaine en France dans le Royal-Italien, m’écrivit à ce sujet, et me fournit plusieurs pièces que je lui avais demandées pour me mettre au fait de l’histoire de la nation et de l’état du pays. M. Paoli m’écrivit aussi plusieurs fois, et quoique je sentisse une pareille entreprise au-dessus de mes forces, je crus ne pouvoir les refuser, pour concourir à une si grande et belle œuvre, lorsque j’aurais pris toutes les instructions dont j’avais besoin pour cela. Ce fut dans ce sens que je répondis à l’un et à l’autre, et cette correspondance continua jusqu’à mon départ.
Précisément dans le même temps, j’appris que la France envoyait des troupes en Corse, et qu’elle avait fait un traité avec les Génois. Ce traité, cet envoi de troupes m’inquiétèrent, et sans m’imaginer encore avoir aucun rapport à tout cela, je jugeais impossible et ridicule de travailler à un ouvrage qui demande un aussi profond repos que l’institution d’un peuple, au moment où il allait peut-être être subjugué. Je ne cachai pas mes inquiétudes à M. Buttafuoco, qui me rassura par la certitude que s’il y avait dans ce traité des choses contraires à la liberté de sa nation, un aussi bon citoyen que lui ne resterait pas, comme il faisait, au service de France. En effet, son zèle pour la législation des Corses, et ses étroites liaisons avec M. Paoli, ne pouvaient me laisser aucun soupçon sur son compte, et quand j’appris qu’il faisait de fréquents voyages à Versailles et à Fontainebleau, et qu’il avait des relations avec M. de Choiseul, je n’en conclus autre chose, sinon qu’il avait sur les véritables intentions de la cour de France des sûretés qu’il me laissait entendre, mais sur lesquelles il ne voulait pas s’expliquer ouvertement par lettres.
Tout cela me rassurait en partie. Cependant, ne comprenant rien à cet envoi de troupes françaises, ne pouvant raisonnablement penser qu’elles fussent là pour protéger la liberté des Corses, qu’ils étaient très en état de défendre seuls contre les Génois, je ne pouvais me tranquilliser parfaitement, ni me mêler tout de bon de la législation proposée, jusqu’à ce que j’eusse des preuves solides que tout cela n’était pas un jeu pour me persifler. J’aurais extrêmement désiré une entrevue avec M. Buttafuoco ; c’était le vrai moyen d’en tirer les éclaircissements dont j’avais besoin. Il me la fit espérer et je l’attendais avec la plus grande impatience. Pour lui, je ne sais s’il en avait véritablement le projet ; mais quand il l’aurait eu, mes désastres m’auraient empêché d’en profiter.
Plus je méditais sur l’entreprise proposée, plus j’avançais dans l’examen des pièces que j’avais entre les mains, et plus je sentais la nécessité d’étudier de près et le peuple à instituer, et le sol qu’il habitait, et tous les rapports par lesquels il lui fallait approprier cette institution. Je comprenais chaque jour davantage qu’il m’était impossible d’acquérir de loin toutes les lumières nécessaires pour me guider. Je l’écrivis à Buttafuoco : il le sentit lui-même, et si je ne formai pas précisément la résolution de passer en Corse, je m’occupai beaucoup des moyens de faire ce voyage. J’en parlai à M. Dastier, qui, ayant autrefois servi dans cette île, sous M. de Maillebois, devait la connaître. Il n’épargna rien pour me détourner de ce dessein, et j’avoue que la peinture affreuse qu’il me fit des Corses et de leur pays refroidit beaucoup le désir que j’avais d’aller vivre au milieu d’eux.
Mais quand les persécutions de Môtiers me firent songer à quitter la Suisse, ce désir se ranima par l’espoir de trouver enfin chez ces insulaires ce repos qu’on ne voulait me laisser nulle part. Une chose seulement m’effarouchait sur ce voyage ; c’était l’inaptitude et l’aversion que j’eus toujours pour la vie active à laquelle j’allais être condamné. Fait pour méditer à loisir dans la solitude, je ne l’étais point pour parler, agir, traiter d’affaires parmi les hommes. La nature, qui m’avait donné le premier talent, m’avait refusé l’autre. Cependant je sentais que, sans prendre part directement aux affaires publiques, je serais nécessité, sitôt que je serais en Corse, de me livrer à l’empressement du peuple, et de conférer très souvent avec les chefs. L’objet même de mon voyage exigeait qu’au lieu de chercher la retraite, je cherchasse, au sein de la nation, les lumières dont j’avais besoin. Il était clair que je ne pourrais plus disposer de moi-même, et qu’entraîné malgré moi dans un tourbillon pour lequel je n’étais point né, j’y mènerais une vie toute contraire à mon goût, et ne m’y montrerais qu’à mon désavantage. Je prévoyais que soutenant mal par ma présence l’opinion de capacité qu’avaient pu leur donner mes livres, je me décréditerais chez les Corses, et perdrais, autant à leur préjudice qu’au mien, la confiance qu’ils m’avaient donnée, et sans laquelle je ne pouvais faire avec succès l’œuvre qu’ils attendaient de moi. J’étais sûr qu’en sortant ainsi de ma sphère, je leur deviendrais inutile et me rendrais malheureux.
Tourmenté, battu d’orages de toute espèce, fatigué de voyages et de persécutions depuis plusieurs années, je sentais vivement le besoin du repos, dont mes barbares ennemis se faisaient un jeu de me priver ; je soupirais plus que jamais après cette aimable oisiveté, après cette douce quiétude d’esprit et de corps que j’avais tant convoitée et à laquelle, revenu des chimères de l’amour et de l’amitié, mon cœur bornait sa félicité suprême. Je n’envisageais qu’avec effroi les travaux que j’allais entreprendre, la vie tumultueuse à laquelle j’allais me livrer ; et si la grandeur, la beauté, l’utilité de l’objet, animaient mon courage, l’impossibilité de payer de ma personne avec succès me l’ôtait absolument. Vingt ans de méditation profonde, à part moi, m’auraient moins coûté que six mois d’une vie active, au milieu des hommes et des affaires, et certain d’y mal réussir.
Je m’avisai d’un expédient qui me parut propre à tout concilier. Poursuivi dans tous mes refuges par les menées souterraines de mes secrets persécuteurs, et ne voyant plus que la Corse où je pusse espérer pour mes vieux jours le repos qu’ils ne voulaient me laisser nulle part, je résolus de m’y rendre avec les directions de Buttafuoco aussitôt que j’en aurais la possibilité ; mais, pour y vivre tranquille, de renoncer, du moins en apparence, au travail de la législation, et de me borner, pour payer en quelque sorte à mes hôtes leur hospitalité, à écrire sur les lieux leur histoire, sauf à prendre sans bruit les instructions nécessaires pour leur devenir plus utile[312], si je voyais jour à y réussir. En commençant ainsi par ne m’engager à rien, j’espérais être en état de méditer en secret, et plus à mon aise, un plan qui pût leur convenir, et cela sans renoncer beaucoup à ma chère solitude, ni me soumettre à un genre de vie qui m’était insupportable, et dont je n’avais pas le talent.
Mais ce voyage, dans ma situation, n’était pas une chose aisée à exécuter. À la manière dont M. Dastier m’avait parlé de la Corse, je n’y devais trouver, des plus simples commodités de la vie, que celles que j’y porterais : linge, habits, vaisselle, batterie de cuisine, papier, livres, il fallait tout porter avec soi. Pour m’y transplanter avec ma gouvernante, il fallait franchir les Alpes, et dans un trajet de deux cents lieues traîner à ma suite tout un bagage ; il fallait passer à travers les états de plusieurs souverains, et, sur le ton donné par toute l’Europe, je devais naturellement m’attendre, après mes malheurs, à trouver partout des obstacles et à voir chacun se faire un honneur de m’accabler de quelque nouvelle disgrâce, et violer avec moi tous les droits des gens et de l’humanité. Les frais immenses, les fatigues, les risques d’un pareil voyage, m’obligeaient d’en prévoir d’avance et d’en bien peser toutes les difficultés. L’idée de me trouver enfin seul, sans ressource à mon âge, et loin de toutes mes connaissances, à la merci de ce peuple barbare et féroce[313], tel que me le peignait M. Dastier, était bien propre à me faire rêver sur une pareille résolution avant de l’exécuter. Je désirais passionnément l’entrevue que Buttafuoco m’avait fait espérer, et j’en attendais l’effet pour prendre tout à fait mon parti.
A Mr. Buttafuoco, from one of the oldest families in the country and a captain in the Royal-Italien regiment in France, wrote to me on this subject and provided me with several documents I had requested in order to gain an understanding of the nation’s history and the current state of the country. Mr. Paoli also wrote to me several times. Although I felt that such an undertaking was beyond my abilities, I believed I could not refuse it, as it would contribute to a so great and noble endeavor—especially since I had already obtained all the information I needed for it. It was in this spirit that I replied to both of them, and our correspondence continued until my departure.
At exactly the same time, I learned that France was sending troops to Corsica and that it had concluded a treaty with the Genoese. This treaty and these troop deployments worried me. Without yet realizing that I might be in any way involved in these events, I found it impossible and ridiculous to work on a project that required such profound dedication—especially at a time when Corsica might soon fall under foreign domination. I did not hide my concerns from Mr. Buttafuoco, who reassured me, stating that if the treaty contained anything that would undermine the freedom of his nation, a man as committed to his country as he was would certainly cease serving France. Indeed, his enthusiasm for Corsica’s legislative affairs and his close ties with Mr. Paoli left me with no doubt about his loyalty. When I learned that he frequently traveled to Versailles and Fontainebleau and maintained contacts with M. de Choiseul, I concluded that he must possess valuable information regarding the true intentions of the French court—information that he was unwilling to share openly in letters.
All of this somewhat reassured me. However, since I understood nothing about the dispatch of these French troops, and could not reasonably assume that they were there to protect the freedom of the Corsicans or that they were in a position to defend themselves against the Genoese, I could not feel completely at ease, nor could I fully engage in the proposed legislation, until I had solid evidence that all this was not some sort of trick intended to mock me. I would have greatly desired an interview with Mr. Buttafuoco; that would have been the true way to obtain the clarifications I needed. He gave me reason to hope for such an interview, and I awaited it with great impatience. As for him, I do not know whether he truly had such intentions; but even if he had, my own misfortunes would have prevented me from taking advantage of it.
The more I contemplated the enterprise proposed, the more I examined the documents in my hands, and the more I realized the necessity of studying in detail the people who were to establish this institution, the land they inhabited, and all the factors that would affect its implementation. Day by day, I became convinced that it was impossible for me to acquire from a distance all the necessary knowledge to guide me in this endeavor. I wrote about this to Buttafuoco; he himself felt the same way. Even if I did not specifically resolve to go to Corsica, I devoted considerable effort to planning the means by which I could make the journey. I discussed it with Mr. Dastier, who had previously served on that island under M. de Maillebois and must therefore have known it well. He did everything in his power to dissuade me from this plan, and I must admit that the grim descriptions he gave of the Corsicans and their land greatly diminished my desire to live among them.
But when the persecutions inflicted upon me by Môtiers made me consider leaving Switzerland, this desire was renewed by the hope of finally finding among those islanders the peace and tranquility that no one seemed willing to grant me elsewhere. There was only one thing that filled me with dread regarding this journey: my utter inability and aversion toward active life, to which I was now doomed. Created for solitary contemplation in solitude, I was far from suited for speaking, acting, or dealing with people. Nature had bestowed upon me the first of these talents but denied me the second. Nevertheless, I realized that, even if I did not directly participate in public affairs, once I arrived in Corsica, I would inevitably be drawn into the hustle and bustle of the people and frequently have to consult with their leaders. The very purpose of my journey demanded that, rather than seeking seclusion, I should seek within the nation the knowledge and understanding I needed. It was clear that I would no longer be able to control my own destiny; forced into a situation for which I was not destined, I would lead a life utterly contrary to my inclinations and only bring myself harm. I feared that by my presence, I might undermine the belief in my abilities that my books had perhaps fostered among the Corsicans, thereby losing both their trust and the opportunity to fulfill the role they expected of me. I was certain that such an departure from my true nature would render me useless to them and bring me great unhappiness.
Tormented by storms of every kind, exhausted after years of travel and persecution, I felt an intense need for rest—something that my barbaric enemies took great pleasure in denying me. More than ever, I longed for that pleasant idleness, for that gentle tranquility of mind and body which I had so eagerly sought, and to which, now that I had renounced the delusions of love and friendship, I attributed my ultimate happiness. The very thought of the tasks ahead, of the tumultuous life awaiting me, filled me with dread. Though the greatness, beauty, and usefulness of the goal in question might have inspired my courage, the sheer impossibility of achieving it successfully deprived me of all motivation. Twenty years of intense contemplation, spent alone, would have cost me less than six months of an active life amidst people and affairs—only to end in certain failure.
I came up with a scheme that seemed to me capable of reconciling everything. Persecuted everywhere by the hidden machinations of those who sought my ruin, and seeing no other place but Corsica where I might hope to find peace in my old age—a peace they refused to grant me elsewhere—I resolved to go there as soon as possible, guided by Buttafuoco’s instructions. However, in order to live there in tranquility, I decided to renounce, at least on the surface, my work in legislation. Instead, I would devote myself to writing the history of that place, unless it became necessary for me to take discreet steps to become even more useful to its people[312]. By starting in this way, without committing myself to anything specific, I hoped to be able to quietly and more freely devise a plan that would suit them, without sacrificing too much of my cherished solitude or submitting to a way of life that was unbearable to me and for which I lacked the necessary talents.
But such a journey, in my circumstances, was by no means an easy undertaking. From what Mr. Dastier had told me about Corsica, I realized that I would have to bring with me all the basic necessities of life: bedding, clothes, dishes, cooking utensils, paper, books—everything had to be carried along. To move there with my governess, we would have to cross the Alps, and over a distance of two hundred miles, we would have to drag all that luggage behind us. We would also have to pass through the territories of several sovereigns, and given the attitude prevalent throughout Europe at that time, I naturally expected that, after all my misfortunes, I would encounter obstacles everywhere and that everyone would take great pleasure in inflicting upon me some new disgrace, violating every right of man and humanity in the process. The immense costs, the hardships, and the risks involved in such a journey forced me to consider all these difficulties carefully in advance. The thought of finding myself alone, without any resources at my age, far away from all my acquaintances, at the mercy of that barbaric and ferocious people—just as Mr. Dastier had described it—to be sure enough something that made me hesitate before undertaking such a decision. I ardently desired the outcome that Buttafuoco had promised me, and I hoped it would give me the courage to proceed.
Un certo signor Buttafuoco, appartenente a una delle prime famiglie del paese e capitano nel reggimento Royal-Italien in Francia, mi scrisse sull’argomento e mi fornì diverse informazioni che gli avevo chiesto per comprendere meglio la storia della nazione e lo stato del paese. Anche il signor Paoli mi scrisse più volte; e sebbene sentissi che un simile progetto fosse al di sopra delle mie forze, ritenni di non poter rifiutarlo, poiché avrei contribuito in questo modo a realizzare un’opera così importante e nobile, soprattutto avendo ricevuto tutte le informazioni necessarie. Fu in questo senso che risposi sia a lui che all’altro, e questa corrispondenza continuò fino alla mia partenza.
Esattamente nello stesso momento, appresi che la Francia stava inviando truppe in Corsica e che aveva firmato un trattato con i Genovesi. Quel trattato, quell’inviamento di truppe mi preoccuparono; senza ancora immaginare di avere alcun legame con tutto ciò, ritenevo impossibile e ridicolo dedicarsi a un’opera che richiedeva un riposo così profondo come quello necessario per istituire una nazione, in un momento in cui essa rischiava di essere sottomessa. Non nascosi le mie preoccupazioni a Monsieur Buttafuoco, il quale mi rassicurò, garantendomi che se quel trattato contenesse qualcosa che fosse contrario alla libertà della sua nazione, un cittadino così devoto come lui non avrebbe continuato a servire la Francia. Infatti, il suo impegno per la legislazione corsa e i suoi stretti legami con Monsieur Paoli non mi lasciavano alcun dubbio su di lui; quando inoltre appresi che viaggiava spesso a Versailles e a Fontainebleau e che aveva rapporti con Monsieur de Choiseul, ne dedussi soltanto che possedeva informazioni precise sulle vere intenzioni della corte francese, ma non voleva divulgarle apertamente per lettera.
Tutto ciò mi rassicurava in parte. Tuttavia, non comprendendo assolutamente lo scopo di quell’inviamento di truppe francesi, e non potendo ragionevolmente pensare che fossero lì per proteggere la libertà dei Corsi o che fossero in grado di difendersi da soli contro i Genovesi, non riuscivo a tranquillizzarmi del tutto, né potevo davvero impegnarmi attivamente nella discussione sulla legislazione proposta, finché non avessi avuto prove concrete che tutto ciò non fosse un modo per prendersi gioco di me. Avrei desiderato ardentemente un incontro con il signor Buttafuoco: era l’unico modo per ottenere le spiegazioni di cui avevo bisogno. Lui mi fece sperare in tale possibilità, e io la aspettavo con grande impazienza. Per quanto riguarda lui, non so se avesse davvero intenzione di farlo; ma anche se l’avesse avuta, i miei problemi mi avrebbero impedito di approfittarne.
Più riflettevo sull’impresa proposta, più esaminavo attentamente i documenti che avevo a disposizione, e più mi rendevo conto della necessità di studiare da vicino il popolo che doveva essere istituito, il suolo in cui avrebbe vissuto e tutti i fattori legati al modo in cui avrebbe dovuto adattarsi a questa nuova realtà. Ogni giorno capivo sempre meglio che era impossibile acquisire da lontano tutte le informazioni necessarie per guidarmi nella mia decisione. Ne scrissi a Buttafuoco: anche lui ne fu convinto, e se non presi esattamente la risoluzione di recarmi in Corsica, mi dedicai comunque con grande impegno ai mezzi per realizzare questo viaggio. Ne parlai con il signor Dastier, che in passato aveva servito su quell’isola sotto il comando del signor de Maillebois e quindi doveva conoscerla bene. Lui non risparmiò nulla nel tentativo di dissuadermi da questo progetto, e devo ammettere che la descrizione spaventosa che mi fece della Corsica e dei suoi abitanti attenuò molto il mio desiderio di andare a vivere laggiù.
Ma quando le persecuzioni di Môtiers mi fecero pensare di lasciare la Svizzera, questo desiderio si riaccese nella speranza di trovare finalmente, tra quegli isolani, quel riposo che a nessun altro luogo mi veniva concesso. Una sola cosa mi spaventava riguardo a questo viaggio: l’inadattabilità e l’avversione che avevo sempre provato per la vita attiva alla quale sarei stato costretto ad abbandonarmi. Creato per meditare in solitudine, non lo ero affatto per parlare, agire o occuparmi di affari tra gli uomini. La natura, che mi aveva donato il primo talento, mi aveva negato l’altro. Tuttavia sentivo che, senza partecipare direttamente agli affari pubblici, non appena fossi arrivato in Corsica, sarei stato costretto a unirmi alle attività del popolo e a consultarmi spesso con i suoi capi. Lo stesso scopo del mio viaggio richiedeva che, invece di cercare la solitudine, cercassi all’interno della nazione le conoscenze di cui avevo bisogno. Era evidente che non avrei più potuto disporre liberamente di me stesso; trascinato contro la mia volontà in un vortice per il quale non ero stato creato, avrei condotto una vita del tutto contraria ai miei desideri e ciò mi sarebbe stato solo dannoso. Prevedevo che, con la mia presenza, non sarei riuscito a sostenere l’immagine di capacità che i miei libri avevano potuto suscitare nei corsi; avrei perso la loro fiducia, e questo mi avrebbe reso inutile per loro e mi avrebbe causato grande infelicità.
Tormentato da ogni sorta di tempeste, stanco per i viaggi e le persecuzioni che avevo subito negli ultimi anni, sentivo un bisogno disperato di riposo, di quella tranquillità e di quel dolce equilibrio tra mente e corpo che i miei nemici barbari si divertivano a privarmi; anelavo più che mai a quell’idilliaca quiete, alla serenità che avevo tanto desiderato. E ora, ritornato dalle illusioni dell’amore e dell’amicizia, il mio cuore fissava lì la sua massima felicità. Pensavo con orrore ai compiti che avrei dovuto intraprendere, a quella vita tumultuosa nella quale mi sarei immerso. E se la grandezza, la bellezza e l’utilità dell’obiettivo stesso non avessero alimentato il mio coraggio, l’impossibilità di riuscire nel mio intento me lo avrebbe completamente tolto. Venti anni di profonda meditazione, da solo, mi sarebbero costati meno di sei mesi di una vita attiva, tra uomini e impegni. Eppure ero certo che in quel caso non avrei ottenuto alcun successo.
Mi venne in mente un espediente che mi sembrava adatto a conciliare tutto. Inseguito ovunque nei miei rifugi dalle macchinazioni segrete dei miei persecutori, e non vedendo più che la Corsica come luogo dove poter sperare di trovare, per i miei ultimi anni, il riposo che altrove mi veniva negato, decisi di recarmici non appena ne avessi l’opportunità, seguendo le indicazioni di Buttafuoco; ma, per vivere in pace lì, dovevo rinunciare, almeno in apparenza, al lavoro legislativo e limitarmi, in qualche modo, a ricambiare l’ospitalità dei miei ospiti scrivendo sulla storia del luogo stesso, salvo nel caso in cui si presentasse l’occasione di fornire loro aiuti più concreti. Iniziando così senza assumere impegni precisi, speravo di poter riflettere in segreto e con maggiore tranquillità su un piano che fosse adatto a loro, senza rinunciare troppo alla mia amata solitudine né sottomettermi a uno stile di vita che mi risultava insopportabile e per il quale non possedevo le capacità necessarie.
Ma quel viaggio, nella mia situazione, non era affatto facile da realizzare. Da quanto mi aveva descritto il signor Dastier della Corsica, lì non avrei trovato altro che le cose di base necessarie per la vita: biancheria, abiti, stoviglie, attrezzature da cucina, carta, libri. Dovevo portare con me tutto. Per trasferirmi lì insieme alla mia governante, avrei dovuto attraversare gli Alpi e, in un viaggio di duecento miglia, trascinarmi dietro tutto il mio bagaglio; avrei dovuto passare attraverso i territori di diversi sovrani. E, considerando l’atteggiamento dell’intera Europa nei miei confronti, dopo tutti i miei mali, mi aspettavo naturalmente di incontrare ovunque ostacoli e di vedere tutti impegnati a infliggermi nuove disgrazie, violando così ogni diritto umano. I costi enormi, le fatiche e i rischi di un viaggio del genere mi obbligavano ad analizzare con attenzione tutte le difficoltà che avrei incontrato. L’idea di trovarmi finalmente solo, senza risorse a quell’età, lontano da tutte le mie conoscenze, alla mercé di quel popolo barbaro e feroce, così come me lo descriveva il signor Dastier. Questa idea era davvero sufficiente per farmi esitare prima di prendere una decisione del genere. Desideravo ardentemente quell’incontro che Buttafuoco mi aveva fatto sperare e aspettavo l’effetto che avrebbe avuto su di me per decidere definitivamente cosa fare.
Tandis que je balançais ainsi, vinrent les persécutions de Môtiers, qui me forcèrent à la retraite. Je n’étais pas prêt pour un long voyage, et surtout pour celui de Corse. J’attendais des nouvelles de Buttafuoco ; je me réfugiai dans l’île de Saint-Pierre, d’où je fus chassé à l’entrée de l’hiver, comme j’ai dit ci-devant. Les Alpes couvertes de neige rendaient alors pour moi cette émigration impraticable, surtout avec la précipitation qu’on me prescrivait. Il est vrai que l’extravagance d’un pareil ordre le rendait impossible à exécuter : car du milieu de cette solitude enfermée au milieu des eaux, n’ayant que vingt-quatre heures depuis l’intimation de l’ordre pour me préparer au départ, pour trouver bateaux et voitures pour sortir de l’île et de tout le territoire ; quand j’aurais eu des ailes, j’aurais eu peine à pouvoir obéir. Je l’écrivis à M. le Baillif de Nidau, en répondant à sa lettre, et je m’empressai de sortir de ce pays d’iniquité. Voilà comment il fallut renoncer à mon projet chéri, et comment, n’ayant pu dans mon découragement obtenir qu’on disposât de moi, je me déterminai, sur l’invitation de Milord Maréchal, au voyage de Berlin, laissant Thérèse hiverner à l’île de Saint-Pierre, avec mes effets et mes livres, et déposant mes papiers dans les mains de Du Peyrou. Je fis une telle diligence, que dès le lendemain matin je partis de l’île et me rendis à Bienne encore avant midi. Peu s’en fallut que je n’y terminasse mon voyage, par un incident dont le récit ne doit pas être omis.
Sitôt que le bruit s’était répandu que j’avais ordre de quitter mon asile, j’eus une affluence de visites du voisinage, et surtout de Bernois qui venaient avec la plus détestable fausseté me flagorner, m’adoucir, et me protester qu’on avait pris le moment des vacances et de l’infréquence du Sénat pour minuter et m’intimer cet ordre, contre lequel, disaient-ils, tout le Deux-Cents était indigné. Parmi ce tas de consolateurs, il en vint quelques-uns de la ville de Bienne, petit état libre enclavé dans celui de Berne, et entre autres un jeune homme appelé Wildermet, dont la famille tenait le premier rang, et avait le principal crédit dans cette petite ville. Wildermet me conjura vivement, au nom de ses concitoyens, de choisir ma retraite au milieu d’eux, m’assurant qu’ils désiraient avec empressement de m’y recevoir ; qu’ils se feraient une gloire et un devoir de m’y faire oublier les persécutions que j’avais souffertes ; que je n’avais à craindre chez eux aucune influence des Bernois ; que Bienne était une ville libre qui ne recevait des lois de personne, et que tous les citoyens étaient unanimement déterminés à n’écouter aucune sollicitation qui me fût contraire.
Wildermet, voyant qu’il ne m’ébranlait pas se fit appuyer de plusieurs autres personnes, tant de Bienne et des environs que de Berne même, et entre autres du même Kirchberger dont j’ai parlé, qui m’avait recherché depuis ma retraite en Suisse, et que ses talents et ses principes me rendaient intéressant. Mais des sollicitations moins prévues et plus pondérantes furent celles de M. Barthès, secrétaire d’ambassade de France, qui vint me voir avec Wildermet, m’exhorta fort de me rendre à son invitation, et m’étonna par l’intérêt vif et tendre qu’il paraissait prendre à moi. Je ne connaissais point du tout M. Barthès ; cependant je le voyais mettre à ses discours la chaleur, le zèle de l’amitié, et je voyais qu’il lui tenait véritablement au cœur de me persuader de m’établir à Bienne. Il me fit l’éloge le plus pompeux de cette ville et de ses habitants, avec lesquels il se montrait si intimement lié, qu’il les appela plusieurs fois devant moi ses patrons et ses pères.
Cette démarche de Barthès me dérouta dans toutes mes conjectures. J’avais toujours soupçonné M. de Choiseul d’être l’auteur caché de toutes les persécutions que j’éprouvais en Suisse. La conduite du Résident de France à Genève, celle de l’Ambassadeur à Soleure, ne confirmaient que trop ces soupçons ; je voyais la France influer en secret sur tout ce qui m’arrivait à Berne, à Genève, à Neuchâtel, et je ne croyais avoir en France aucun ennemi puissant que le seul duc de Choiseul. Que pouvais-je donc penser de la visite de Barthès, et du tendre intérêt qu’il paraissait prendre à mon sort ? Mes malheurs n’avaient pas encore détruit cette confiance naturelle à mon cœur, et l’expérience ne m’avait pas encore appris à voir partout des embûches sous les caresses. Je cherchais avec surprise la raison de cette bienveillance de Barthès ; je n’étais pas assez sot pour croire qu’il fît cette démarche de son chef ; j’y voyais une publicité et même une affectation qui marquait une intention cachée, et j’étais bien éloigné d’avoir jamais trouvé dans ces petits agents subalternes cette intrépidité généreuse qui, dans un poste semblable, avait souvent fait bouillonner mon cœur.
J’avais autrefois un peu connu le chevalier de Beauteville[314] chez M. de Luxembourg ; il m’avait témoigné quelque bienveillance ; depuis son ambassade, il m’avait encore donné quelques signes de souvenir, et m’avait même fait inviter à l’aller voir à Soleure : invitation dont, sans m’y rendre, j’avais été touché, n’ayant pas accoutumé d’être traité si honnêtement par les gens en place. Je présumai donc que M. de Beauteville, forcé de suivre ses instructions, en ce qui regardait les affaires de Genève, me plaignant cependant dans mes malheurs, m’avait ménagé, par des soins particuliers, cet asile de Bienne pour y pouvoir vivre tranquille sous ses auspices. Je fus sensible à cette attention, mais sans en vouloir profiter, et, déterminé tout à fait au voyage de Berlin, j’aspirais avec ardeur au moment de rejoindre Milord Maréchal, persuadé que ce n’était plus qu’auprès de lui que je trouverais un vrai repos et un bonheur durable.
À mon départ de l’île, Kirchberger m’accompagna jusqu’à Bienne. J’y trouvai Wildermet et quelques autres Biennois qui m’attendaient à la descente du bateau. Nous dinâmes tous ensemble à l’auberge, et en y arrivant, mon premier soin fut de faire chercher une chaise, voulant partir dès le lendemain matin. Pendant le dîner, ces messieurs reprirent leurs instances pour me retenir parmi eux, et cela avec tant de chaleur et des protestations si touchantes que, malgré toutes mes résolutions, mon cœur, qui n’a jamais su résister aux caresses, se laissa émouvoir aux leurs ; sitôt qu’ils me virent ébranlé, ils redoublèrent si bien leurs efforts, qu’enfin je me laissai vaincre, et consentis de rester à Bienne, au moins jusqu’au printemps prochain.
Aussitôt Wildermet se pressa de me pourvoir d’un logement, et me vanta comme une trouvaille une vilaine petite chambre sur un derrière, au troisième étage, donnant sur une cour, où j’avais pour régal l’étalage des peaux puantes d’un chamoiseur. Mon hôte était un petit homme de basse mine et passablement fripon, que j’appris le lendemain être débauché, joueur, et en fort mauvais prédicament dans le quartier ; il n’avait ni femme, ni enfants, ni domestiques, et tristement reclus dans ma chambre solitaire, j’étais, dans le plus riant pays du monde, logé de manière à périr de mélancolie en peu de jours. Ce qui m’affecta le plus, malgré tout ce qu’on m’avait dit de l’empressement des habitants à me recevoir, fut de n’apercevoir, en passant dans les rues, rien d’honnête envers moi dans leurs manières ni d’obligeant dans leurs regards. J’étais pourtant tout déterminé à rester là, quand j’appris, vis et sentis même dès le jour suivant qu’il y avait dans la ville une fermentation terrible à mon égard ; plusieurs empressés vinrent obligeamment m’avertir qu’on devait dès le lendemain me signifier, le plus durement qu’on pourrait, un ordre de sortir sur-le-champ de l’État, c’est-à-dire de la ville. Je n’avais personne à qui me confier ; tous ceux qui m’avaient retenu s’étaient éparpillés, Wildermet avait disparu, je n’entendis plus parler de Barthès, et il ne parut pas que sa recommandation m’eût mis en grande faveur auprès des patrons et des pères qu’il s’était donnés devant moi. Un M. de Vautravers, Bernois, qui avait une jolie maison proche la ville, m’y offrit cependant un asile, espérant, me dit-il, que j’y pourrais éviter d’être lapidé. L’avantage ne me parut pas assez flatteur pour me tenter de prolonger mon séjour chez ce peuple hospitalier.
While I was in this situation, the persecutions orchestrated by Môtiers forced me to take refuge. I was not prepared for a long journey, especially not one to Corsica. I was waiting for news from Buttafuoco; I took refuge on the island of Saint-Pierre, but was expelled there at the onset of winter, as I have mentioned earlier. The snow-covered Alps made such an escape impractical for me, especially with the haste that was demanded of me. Indeed, the absurdity of such orders made them utterly impossible to carry out: surrounded by solitude and water, with only twenty-four hours from the time the order was given to prepare for departure, to find ships and vehicles to leave the island and the entire region—even if I had wings, it would have been difficult to comply. I wrote about this to Mr. le Baillif de Nidau in reply to his letter, and I hurriedly left this land of injustice. Thus, my cherished plan was forced to be abandoned; unable to persuade anyone to arrange anything for me in my despair, I decided, at the invitation of Lord Marshal, to embark on a journey to Berlin, leaving Thérèse to spend the winter on the island of Saint-Pierre with my belongings and books, and entrusting my papers to Du Peyrou. I moved with such haste that the next morning I had already left the island and arrived in Bienne before noon. I nearly completed my journey there, but an incident whose details must not be omitted happened along the way.
As soon as the news spread that I had been ordered to leave my refuge, I received a flood of visits from neighbors, especially from people from Bern who came with the most detestable hypocrisy to mock me, try to soothe me, and protest that this order had been issued at a time when the Senate was not in session, thus minimizing its significance. They claimed that the entire population of Bienne was outraged by it. Among these so-called comforters, there were some from the city of Bienne itself—a small independent state enclosed within Bern’s territory. Among them was a young man named Wildermet, whose family held prominent positions and enjoyed great influence in that town. Wildermet earnestly begged me, on behalf of his fellow citizens, to choose to take refuge among them, assuring me that they would be delighted to welcome me there; that it would be their honor and duty to help me forget the persecutions I had suffered; that I need not fear any influence from Bern in their town; and that Bienne was a free city that obeyed no one’s laws, and all its citizens were unanimously determined not to listen to any request that might be against my interests.
Wildermet, seeing that he could not shake my resolve, enlisted the support of several other people—both from Bienne and its surroundings as well as from Bern itself. Among them was precisely that same Kirchberger whom I had mentioned earlier; he had been seeking me out since my retreat to Switzerland, and his talents and principles made him someone worth considering. However, even more unexpected and compelling were the overtures made by Mr. Barthès, the French ambassador’s secretary. He came to see me alongside Wildermet, earnestly urging me to accept his invitation and astonishing me with the keen and sincere interest he seemed to have in me. I knew Mr. Barthès entirely well; yet I could see that he spoke of Bienne and its inhabitants with such warmth and enthusiasm as one would display for true friends, and on several occasions he even referred to them before me as his mentors and fathers.
Barthès’s actions completely confused me in all my conjectures. I had always suspected that Monsieur de Choiseul was the hidden author of all the persecutions I endured in Switzerland. The behavior of the Resident General of France in Geneva, as well as that of the Ambassador in Soleure, only confirmed these suspicions; I saw France secretly influencing everything that happened to me in Bern, Geneva, and Neuchâtel, and I believed that in France I had no powerful enemies except for Duke de Choiseul himself. What could I therefore think of Barthès’s visit, and of the apparent concern he seemed to have for my fate? My misfortunes had not yet destroyed that natural trust in my heart, nor had experience taught me to see hidden traps beneath every gesture of kindness. I was puzzled by this benevolence on Barthès’s part; I was not foolish enough to believe that he was acting on his own initiative. Instead, I saw it as a form of public display, even an affectation, that concealed some ulterior motive. And far from it, I had never encountered in such minor officials the kind of generous courage that, in similar situations, had often filled my heart with hope.
I had once known the Knight of Beauteville[314] somewhat at Mr. de Luxembourg’s house; he had shown me some kindness. After his appointment as ambassador, he even gave me further signs of his remembrance and invited me to visit him in Soleure. Although I did not go, I was touched by this invitation, for I was not accustomed to being treated so honorably by those in power. Therefore, I assumed that Mr. de Beauteville, compelled to follow the instructions regarding Geneva’s affairs, had nevertheless taken special care to provide me with this refuge in Bienne, so that I could live there in peace under his protection. I was grateful for this consideration, but I did not intend to take advantage of it. Resolutely determined to travel to Berlin, I eagerly awaited the moment when I would join Lord Marshal, convinced that only beside him could I find true rest and lasting happiness.
When I left the island, Kirchberger accompanied me all the way to Bienne. There, I found Wildermet and a few other people from Bienne waiting for me at the boat landing. We all dined together at an inn, and as soon as I arrived, my first concern was to have a chair brought for me, as I intended to leave the next morning. During dinner, these gentlemen resumed their efforts to persuade me to stay with them, doing so with such warmth and touching sincerity that, despite all my resolve, my heart—which has never been able to resist such kindness—was moved by their pleas. The moment they saw that I was wavering, they redoubled their efforts, and in the end, I gave in and agreed to stay in Bienne at least until next spring.
Immediately, Wildermet hurried to provide me with a place to stay and proudly presented me with a small, unpleasant room on the third floor, overlooking a courtyard, where I was forced to endure the stench of a furrier’s skins. My host was a small, rather shabby man who proved to be licentious, gambling, and in considerable trouble in the neighborhood; he had no wife, children, or servants. Trapped in that lonely room, I found myself in what might be considered the most cheerful place in the world, yet doomed to die of melancholy within a few days. What affected me most, despite all the claims about the locals’ eagerness to welcome me, was the fact that I saw nothing in their behavior or looks that indicated any kindness or respect toward me. Yet I was determined to stay there when, already the very next day, I learned—through personal experience—that a terrible outcry against me had arisen in the city. Several people came to warn me urgently that I would be ordered, as soon as possible, to leave the town immediately. Having no one to turn to and with all those who had once offered me shelter now gone, Wildermet vanished, and there was no sign that Barthès’ recommendations had done me any good among the people he claimed to represent. Nevertheless, a Mr. de Vautravers, a Bernese man who owned a nice house near the city, offered me refuge there, saying he hoped I could avoid being killed on the spot. But such an offer didn’t seem tempting enough for me to consider staying in this so-called “hostile” community any longer.
Mentre mi trovavo in questa situazione, iniziarono le persecuzioni da parte di Môtiers, che mi costrinsero a ritirarmi. Non ero preparato per un lungo viaggio, soprattutto non per quello verso la Corsica. Aspettavo notizie da Buttafuoco; mi rifugiai quindi sull’isola di Saint-Pierre, ma fui cacciato all’inizio dell’inverno, come ho già detto in precedenza. Le Alpi coperte di neve rendevano allora quel viaggio impossibile da compiere, soprattutto con la fretta che mi veniva imposta. È vero che l’eccessività di tale ordine lo rendeva praticamente irrealizzabile: essendo rinchiuso in quella solitudine, circondato dall’acqua, e avendo solo ventiquattro ore dall’ ricevimento dell’ordine per prepararmi al viaggio, trovare imbarcazioni e veicoli per lasciare l’isola e tutto il territorio. Anche se avessi avuto le ali, avrei faticato a obbedire. Scrissi di questo al Signor Baillif di Nidau in risposta alla sua lettera, e mi affrettai a lasciare quel paese d’iniquità. Fu così che dovetti rinunciare al mio amato progetto; non riuscendo, nel mio scoraggiamento, a ottenere che qualcuno si occupasse di me, decisi, su invito del Milord Maréchal, di partire per Berlino, lasciando Thérèse ad invernare sull’isola di Saint-Pierre con i miei effetti e i miei libri, e affidando i miei documenti alle cure di Du Peyrou. Fui così diligente che il giorno seguente partii dall’isola e arrivai a Bienne prima di mezzogiorno. Per poco non terminavo il mio viaggio a causa di un incidente la cui descrizione non può essere tralasciata.
Non appena si diffuse la notizia che mi era stato ordinato di lasciare il mio rifugio, ricevetti un gran numero di visite da parte dei vicini, soprattutto da persone di Berna, le quali venivano con la più odiosa falsità a umiliarmi, ad addolcirmi e a protestare contro quell’ordine, sostenendo che fosse stato emesso proprio durante le vacanze e in un periodo in cui il Senato non si riuniva. Dicevano inoltre che l’intera città di Bienne fosse indignata da tale decisione. Tra questi “consolatori”, ce ne furono alcuni provenienti dalla città di Bienne, uno stato libero incastonato nel territorio di Berna; tra questi, un giovane di nome Wildermet, la cui famiglia occupava una posizione di primo piano e godeva della massima stima in quella piccola città. Wildermet mi supplicò vivamente, a nome dei suoi concittadini, di scegliere di ritirarmi tra loro, assicurandomi che erano tutti desiderosi di accogliermi e che si sarebbero considerati onorati e in dovere nel far sì che dimenticassi le persecuzioni subite. Mi garantì inoltre che a Bienne non esisteva alcuna influenza da parte dei bernesi, che la città era libera e non obbediva ad alcuna legge esterna, e che tutti i cittadini erano unanimemente decisi a non ascoltare alcuna richiesta contraria ai miei interessi.
Wildermet, vedendo che non riusciva a convincermi, si fece aiutare da altre persone, sia di Bienne e delle zone circostanti che di Berna stessa; tra queste c’era anche Kirchberger, di cui avevo parlato, che mi aveva cercato sin dal mio ritiro in Svizzera e il cui talento e i suoi principi mi rendevano particolarmente interessante per lui. Tuttavia, le sollecitazioni più inaspettate e più pressanti furono quelle del signor Barthès, segretario d’ambasciata di Francia, che venne a trovarmi insieme a Wildermet, mi esortò vivamente ad accettare la sua invitazione e mi sorprese per l’interesse sincero e profondo che sembrava provare per me. Non conoscevo affatto il signor Barthès; tuttavia notai che nei suoi discorsi metteva tutta la calore e lo zelo dell’amicizia, e capii chiaramente che desiderava davvero convincermi a stabilirmi a Bienne. Mi fece un elogio estremamente lusinghiero di quella città e dei suoi abitanti, con i quali si mostrava così strettamente legato da chiamarli più volte, davanti a me, i suoi “padroni” e i suoi “padri”.
Questa mossa di Barthès mi confuse completamente in tutte le mie congetture. Avevo sempre sospettato che il signor de Choiseul fosse l’autore nascosto di tutte le persecuzioni che subivo in Svizzera. Il comportamento del Résident di Francia a Ginevra, quello dell’Ambasciatore a Soletta, confermavano troppo queste sospette; vedevo la Francia influenzare segretamente tutto ciò che mi accadeva a Berna, Ginevra, Neuchâtel. E non credevo di avere in Francia alcun nemico potente, se non il duca de Choiseul stesso. Che cosa potevo quindi pensare della visita di Barthès, e dell’interesse apparentemente sincero che mostrava per la mia sorte? I miei mali non avevano ancora distrutto quella fiducia naturale nel mio cuore, e l’esperienza non mi aveva ancora insegnato a vedere insidie dappertutto, anche sotto le apparenze più gentili. Cercai con sorpresa il motivo di questa benevolenza da parte di Barthès; non ero certo così ingenuo da credere che agisse di sua iniziativa; vedevo in quel comportamento una sorta di pubblicità, persino un’affettazione che nascondeva intenzioni segrete. E distavo molto dall’immaginare che quei piccoli agenti subalterni potessero possedere quella generosità intraprendente che, in posizioni simili, spesso aveva suscitato in me sentimenti di gratitudine e ammirazione.
In passato avevo conosciuto un po’ il cavaliere de Beauteville a casa del signor di Luxembourg; mi aveva dimostrato una certa gentilezza; dopo la sua ambasciata, mi aveva ancora inviato alcuni segni di ricordo e addirittura mi aveva invitato a andarlo a trovare a Soleure: un invito che, pur non avendolo accettato, mi aveva commosso, poiché non ero abituato ad essere trattato con tanta onestà dalle persone in carica. Presumetti quindi che il signor de Beauteville, costretto a seguire le istruzioni ricevute riguardo agli affari di Ginevra, mi avesse riservato, con particolare cura, questo rifugio a Bienne affinché potessi vivere in pace sotto la sua protezione. Fui grato per questa attenzione, ma non intendevo approfittarne; deciso ormai a partire per Berlino, anelavo con fervore al momento di raggiungere Milord Maréchal, convinto che solo presso di lui avrei potuto trovare un vero riposo e una felicità duratura.
Al mio lasciare l’isola, Kirchberger mi accompagnò fino a Bienne. Lì trovai Wildermet e alcuni altri abitanti di Bienne che mi aspettavano alla discesa dalla barca. Mangiammo tutti insieme in una locanda; non appena arrivato, la mia prima preoccupazione fu quella di far cercare una sedia, poiché volevo partire il giorno seguente mattina. Durante la cena, questi signori ripresero le loro insistenze per trattenermi con loro, e lo fecero con tale calore e con proteste così commoventi che, nonostante tutte le mie risoluzioni, il mio cuore, che non ha mai saputo resistere alle tenerezze altrui, si lasciò commuovere dalle loro. Non appena videro che ero indeciso, raddoppiarono i loro sforzi fino a quando, alla fine, mi arresi e acconsentii a rimanere a Bienne, almeno fino alla prossima primavera.
Non appena Wildermet se ne occupò di procurarmi un alloggio, iniziò a vantarmi come una scoperta straordinaria una piccola camera situata al terzo piano, sul retro dell’edificio e affacciata su un cortile; lì, per mia sfortuna, mi trovavo costretto ad assistere alla esposizione di pelli puzzolenti provenienti da un conciaio di camosci. Il mio ospite era un uomo di aspetto insignificante e piuttosto disonesto; il giorno seguente scoprii che era dissoluto, giocatore d’azzardo e in gravi difficoltà finanziarie nel quartiere in cui viveva. Non aveva moglie, figli né domestici; rinchiuso nella mia solitaria stanza, mi trovavo, nel paese più allegro del mondo, in condizioni tali da rischiare di morire di malinconia in pochi giorni. Quello che mi colpì di più, nonostante quanto mi fossero stati detti riguardo all’entusiasmo degli abitanti nel ricevermi, fu il fatto di non notare, passando per le strade, alcun segno di gentilezza o cordialità nei loro comportamenti verso di me. Ero comunque deciso a rimanere lì, quando il giorno seguente appresi che nella città era in corso una vera e propria “fermentazione” contro di me: diversa gente venne ad avvertirmi che il giorno dopo mi sarebbe stato ordinato, con la massima severità possibile, di lasciare immediatamente la città. Non avevo nessuno a cui confidarmi; tutti coloro che mi avevano accolto si erano dispersi, Wildermet era scomparso, e non se ne parlava più nemmeno di Barthès. Sembrava proprio che la sua raccomandazione non avesse avuto alcun effetto sui “padroni” o “protettori” che si era preso il diritto di nominare. Tuttavia, un certo M. de Vautravers, un bernese che possedeva una bella casa vicino alla città, mi offrì rifugio, sperando che lì potessi evitare di essere lapidato. Ma questo vantaggio non mi sembrava abbastanza allettante da convincermi a prolungare il mio soggiorno in quel luogo.
Cependant, ayant perdu trois jours à ce retard, j’avais déjà passé de beaucoup les vingt-quatre heures que les Bernois m’avaient données pour sortir de tous leurs États, et je ne laissais pas, connaissant leur dureté, d’être en quelque peine sur la manière dont ils me les laisseraient traverser, quand M. le Baillif de Nidau vint tout à propos me tirer d’embarras. Comme il avait hautement improuvé le violent procédé de Leurs Excellences, il crut, dans sa générosité, me devoir un témoignage public qu’il n’y prenait aucune part, et ne craignit pas de sortir de son bailliage pour venir me faire une visite à Bienne. Il vint la veille de mon départ ; et, loin de venir incognito, il affecta même du cérémonial, vint in fiocchi dans son carrosse avec son secrétaire, et m’apporta un passeport en son nom, pour traverser l’État de Berne à mon aise, et sans crainte d’être inquiété. La visite me toucha plus que le passeport. Je n’y aurais guère été moins sensible, quand elle aurait eu pour objet un autre que moi.
Je ne connais rien de si puissant sur mon cœur qu’un acte de courage fait à propos, en faveur du faible injustement opprimé.
Enfin, après m’être avec peine procuré une chaise, je partis le lendemain matin de cette terre homicide, avant l’arrivée de la députation dont on devait m’honorer, avant même d’avoir pu revoir Thérèse, à qui j’avais marqué de me venir joindre, quand j’avais cru m’arrêter à Bienne, et que j’eus à peine le temps de contremander par un mot de lettre, en lui marquant mon nouveau désastre.
On verra dans ma troisième partie, si jamais j’ai la force de l’écrire, comment, croyant partir pour Berlin, je partis en effet pour l’Angleterre, et comment les deux dames qui voulaient disposer de moi, après m’avoir à force d’intrigues, chassé de la Suisse où je n’étais pas assez en leur pouvoir, parvinrent à me livrer à leur ami.
J’ajoutai ce qui suit dans la lecture que je fis de cet écrit à M. et Mme la comtesse d’Egmont, à M. le prince Pignatelli, à Mme la marquise de Mesme, et à M. le marquis de Juigné :
J’ai dit la vérité. Si quelqu’un sait des choses contraires à ce que je viens d’exposer, fussent-elles mille fois prouvées, il sait des mensonges et des impostures, et s’il refuse de les approfondir et de les éclaircir avec moi tandis que je suis en vie il n’aime ni la justice ni la vérité. Pour moi je le déclare hautement et sans crainte : quiconque, même sans avoir lu mes écrits, examinera par ses propres yeux mon naturel, mon caractère, mes mœurs, mes penchants, mes plaisirs, mes habitudes, et pourra me croire un malhonnête homme, est lui-même un homme à étouffer.
J’achevai ainsi ma lecture et tout le monde se tut. Mme d’Egmont fut la seule qui me parut émue[315] : elle tressaillit visiblement, mais elle se remit bien vite et garda le silence, ainsi que toute la compagnie. Tel fut le fruit que je tirai de cette lecture et de ma déclaration.
FIN DES CONFESSIONS
Table des matières du titre
Liste des Mémoires
Liste générale des titres
However, having lost three days due to this delay, I had already far exceeded the twenty-four hours that the Bernese authorities had granted me to leave their territory. Knowing their severity, I was fully aware of the difficulties I might face in crossing their borders when, fortunately, Mr. the Bailiff of Nidau came to my rescue just in time. Having strongly condemned the violent measures taken by Their Excellencies, he felt, out of generosity, that he owed me a public declaration that he had nothing to do with these actions, and did not hesitate to leave his jurisdiction to pay me a visit in Bienne. He arrived the day before my departure; far from coming incognito, he even went through all the formalities, arriving in his carriage accompanied by his secretary, and brought me a passport issued in his name, allowing me to cross the territory of Bern without any trouble or fear of being harassed. This visit touched me more deeply than the passport itself. I would have been equally moved if it had been directed at someone other than me.
I know of nothing more powerful within me than the act of courage performed in defense of the weak and those who are unjustly oppressed.
Finally, after struggling to obtain a chair, I left that deadly place the next morning, before the arrival of the delegation that was supposed to honor me, and even before I had the chance to see Thérèse again—whom I had asked to join me when I thought I would stop in Bienne. I barely had time to send her a letter, informing her of my new misfortune.
In my third part, if I ever have the strength to write it, I will explain how, believing that I was going to Berlin, I actually ended up in England; and how those two ladies who wanted to control me managed, through various intrigues, to drive me out of Switzerland—where they did not have enough power over me—and then succeeded in handing me over to their friend.
I included the following in my reading of this text to Mr. and Mrs. the Countess of Egmont, to Mr. Prince Pignatelli, to Madame the Marquise of Mesme, and to Mr. the Marquis of Juigné:
I have spoken the truth. If anyone knows of things that contradict what I have just stated, even if those claims were proven a thousand times over, then they know nothing but lies and deceit. And if they refuse to investigate and clarify these matters with me while I am still alive, it means they neither love justice nor truth. For my part, I declare this openly and without fear: anyone who, even without having read my writings, examines my nature, character, manners, inclinations, pleasures, and habits, and still concludes that I am a dishonest man, is himself a person worthy of being condemned.
In this way, I finished my reading, and everyone fell silent. Only Madame d’Egmont seemed moved[315]; she visibly trembled, but quickly regained her composure and remained silent, just like the rest of the company. Such was the outcome of my reading and my statement.
END OF CONFESSIONS
Table of Contents for the title
List of Memoirs
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Tuttavia, avendo perso tre giorni a causa di questo ritardo, avevo già superato di molto le ventiquattro ore concesse dai bernesi per lasciare il loro territorio; inoltre, conoscendo la loro durezza, temevo che non mi permettessero di attraversarlo facilmente. Proprio in quel momento, il signor Bailif di Nidau venne in mio aiuto. Avendo fortemente criticato l’atteggiamento violento delle loro Eccellenze, decise, nella sua generosità, di darmi un segno pubblico del fatto che non prendeva parte a tali comportamenti, e non esitò ad uscire dal suo territorio per venirmi a trovare a Bienne. Arrivò la vigilia della mia partenza; anzi, invece di presentarsi in incognito, si comportò con grande formalità, arrivando in carrozza insieme al suo segretario, e mi portò un passaporto a suo nome, che mi permetteva di attraversare lo stato di Berna senza problemi e senza rischi. Quella visita mi commosse molto più del passaporto stesso. E probabilmente avrei provato la stessa emozione anche se l’oggetto della sua visita fosse stato qualcun altro, non io.
Non conosco nulla di più potente nel mio cuore di un atto di coraggio compiuto al momento giusto, a favore di chi è debole e ingiustamente oppresso.
Infine, dopo essermi a malapena procurato una sedia, partii il giorno seguente mattina da quella terra assassina, prima dell’arrivo della delegazione che avrebbe dovuto onorarmi, prima ancora di poter rivedere Thérèse, a cui avevo chiesto di raggiungermi quando credevo di fermarmi a Bienne; e non ebbi nemmeno il tempo di comunicarglielo per iscritto, informandola del mio nuovo disastro.
Nella mia terza parte, se mai avrò la forza di scriverla, spiegherò come, credendo di partire per Berlino, in realtà partii per l’Inghilterra, e come quelle due signore che volevano disporre di me, dopo avermi cacciato con mille intrighi dalla Svizzera dove non avevano abbastanza potere su di me, riuscirono a consegnarmi al loro amico.
Aggiunsi quanto segue nella lettura che feci di questo scritto per il signor e la signora contessa d’Egmont, per il signor principe Pignatelli, per la signora marchesa de Mesme e per il signor marchese de Juigné.
Ho detto la verità. Se qualcuno conosce cose contrarie a quanto ho appena esposto, anche se queste fossero mille volte provate, allora sa soltanto menzogne e inganni; e se rifiuta di approfondirle e chiarirle con me mentre sono ancora in vita, significa che non ama né la giustizia né la verità. Io lo dichiaro apertamente e senza paura: chiunque, anche senza aver letto le mie opere, esaminando con i propri occhi il mio carattere, le mie abitudini, i miei gusti e le mie inclinazioni, possa ritenere che io sia una persona disonesta, quell’uomo stesso merita di essere distrutto.
Così terminai la mia lettura e tutti rimasero in silenzio. Solo la signora d’Egmont sembrava commossa[315]: tremò visibilmente, ma si riprese subito e mantenne il silenzio, così come tutta l’assemblea. Questo fu il risultato che ottenni da quella lettura e dalla mia dichiarazione.
Fine delle confessioni.
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