Rousseau

Abstract

A comedy about a French officer held as a prisoner of war in Hungary, in love with Sophie, his host’s daughter. A minor theatrical work, without philosophical content.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Personnages

Scène Première

Scène II

Scène III

Scène IV

Scène V

Scène VI

Scène VII

Scène VIII

Scène IX

Scène X

Scène Dernière

Personnages

GOTERNITZ, gentilhomme hongrois.

MACKER, Hongrois.

DORANTE, officier français prisonnier de guerre.

SOPHIE, fille de Goternitz.

FRÉDÉRICH, officier hongrois, fils de Goternitz.

JACQUARD, Suisse, valet de Dorante.

Le Scène est en Hongrie.

Scène Première

Dorante, Jacquard

JACQUARD.

Par mon foy, monsir, moi ly comprendre rien à sti pays l’Ongri ; le fin l’être pon, et les omnes méchants : l’être pas naturel, cela.

DORANTE.

Si tu ne t’y trouves pas bien, rien ne t’oblige d’y demeurer. Tu es mon domestique, et non pas prisonnier de guerre comme moi ; tu peux t’en aller quand il te plaira…

JACQUARD.

Oh ! moi point quitter fous ; moi fouloir pas être plus libre que mon maître.

DORANTE.

Mon pauvre Jacquard, je suis sensible à ton attachement : il me consolerait dans ma captivité, si j’étais capable de consolation.

JACQUARD.

Moi point souffrir que fous l’affliche touchours, touchours : fous poire comme moi, fous consolir tout l’apord.

DORANTE.

Quelle consolation ! ô France, ô ma patrie ! que ce climat barbare me fait sentir ce que tu vaux ! quand reverrai-je ton heureux séjour ? quand finira cette honteuse inaction où je languis, tandis que mes glorieux compatriotes moissonnent des lauriers sur les traces de mon roi.

JACQUARD.

Oh ! fous l’afre été pris combattant pravement. Les ennemis que vous afre tués l’être encore pli malates que fous.

DORANTE.

Apprends que, dans le sang qui m’anime, la gloire acquise ne sert que d’aiguillon pour en rechercher davantage. Apprends que, quelque zèle qu’on ait à remplir son devoir pour lui-même, l’ardeur s’en augmente encore par le noble désir de mériter l’estime de son maître en combattant sous ses yeux. Ah ! quel n’est pas le bonheur de quiconque peut obtenir celle du mien ! et qui sait mieux que ce grand prince peut, sur sa propre expérience, juger du mérite et de la valeur ?

JACQUARD.

Pien, pien : fous l’être pientôt tiré te sti prisonnache, monsir votre père afre écrit qu’il traffaillir pour faire échange fous.

DORANTE.

Oui, mais le temps en est encore incertain ; et cependant le roi fait chaque jour de nouvelles conquêtes.

JACQUARD.

Pardi ! moi l’être pien content t’aller tant seulement à celles qu’il fera encore. Mais fous l’être plis amoureux, pisque fous vouloir tant partir.

DORANTE.

Amoureux ! de qui ?… (À part.) Aurait-il pénétré mes feux secrets ?

JACQUARD.

Là, te cette temoiselle Claire, te cette cholie fille de notre bourgeois, à qui fous faire tant de petits douceurs. (À part.) Oh ! chons pien d’autres doutances, mais il faut faire semplant te rien.

DORANTE.

Non Jacquard, l’amour que tu me supposes n’est point capable de ralentir mon empressement de retourner en France. Tous climats sont indifférents pour l’amour. Le monde est plein de belles dignes des services de mille amants, mais on n’a qu’une patrie à servir.

JACQUARD.

À propos te belles, savre-fous que l’être après timain que notre brital te Bourgeois épouse le fille de monsir Goternitz.

DORANTE.

Comment ! que dis-tu ?

JACQUARD.

Que la mariache de monsir Macker avec mamecelle Sophie, qui était différé chisque à l’arrivée ti frère te la temoicelle, doit se terminer dans teux jours, parce qu’il afre été échangé pli tôt qu’on n’avre cru et qu’il arriver aucherdi.

DORANTE.

Jacquard, que me dis-tu là ! comment le sais-tu ?

JACQUARD.

Par mon foy je l’afre appris toute l’heure en pivant pouteille avec in falet te la maison.

DORANTE, à part.

Cachons mon trouble,… (Haut) Je réfléchis que le messager doit être arrivé : va voir s’il n’y a point de nouvelles pour moi.

JACQUARD, à part.

Diaple ! l’y être in noufelle de trop, à ce que che fois ! (Revenant.) Monsir, che safre point où l’être la poutique re sti noufelle.

DORANTE.

Tu n’as qu’à parler à mademoiselle Claire, qui, pour éviter que mes lettres ne soient ouvertes à la poste, a bien voulu se charger de les recevoir sous une adresse convenue, et de me les remettre secrètement.

[Arv. ed]

Scène III

Macker, Dorante, Goternitz

MACKER.

Ah ! voici ce prisonnier que j’ai en garde. Il faut que je le prévienne sur la façon dont il doit se conduire avec ma future ; car ces Français qui, dit-on, se soucient si peu de leurs femmes, sont des plus accommodants avec celles d’autrui : mais je ne veux point chez moi de ce commerce là, et je prétends du moins que mes enfants soient de mon pays.

GOTERNITZ.

Vous avez là d’étranges opinions de ma fille.

MACKER.

Mon dieu ! pas si étranges. Je pense que la mienne la vaut bien ; et si…Brisons là-dessus… Seigneur Dorante !

DORANTE.

Monsieur ?

MACKER.

Savez-vous que je me marie ?

DORANTE.

Que m’importe ?

MACKER.

C’est qu’il m’importe à moi que vous appreniez que je ne suis pas d’avis que ma femme vive à la française.

DORANTE.

Tant pis pour elle.

MACKER.

Eh ! oui, mais tant mieux pour moi.

DORANTE.

Je n’en sais rien.

MACKER.

Oh ! nous ne demandons pas votre opinion là-dessus : je vous avertis seulement que je souhaite de ne vous trouver jamais avec elle, et que vous évitiez de me donner à cet égard des ombrages sur sa conduite.

DORANTE.

Cela est trop juste, et vous serez satisfait.

MACKER.

Ah ! le voilà complaisant une fois, quel miracle !

DORANTE.

Mais je compte que vous y contribuerez de votre côté autant qu’il sera nécessaire.

MACKER.

Oh ! sans doute, et j’aurai soin d’ordonner à ma femme de vous éviter en toute occasion.

DORANTE.

M’éviter ! gardez-vous en bien. Ce n’est pas ce que je veux dire.

MACKER.

Comment ?

DORANTE.

C’est vous, au contraire, qui devez éviter de vous apercevoir du temps que je passerai auprès d’elle. Je ne lui rendrai des soins que le plus directement qu’il me sera possible ; et vous, en mari prudent, vous n’en verrez que ce qu’il vous plaira.

MACKER.

Comment diable ! vous vous moquez ; et ce n’est pas là mon compte.

DORANTE.

C’est pourtant tout ce que je puis vous promettre, et c’est même tout ce que vous m’avez demandé.

MACKER.

Parbleu ! celui-là me passe ; il faut être bien endiablé après les femmes d’autrui pour tenir un tel langage à la barbe des maris.

GOTERNITZ.

En vérité, seigneur Macker, vos discours me font pitié, et votre colère me fait rire. Quelle réponse vouliez-vous que fît monsieur à une exhortation aussi ridicule que la vôtre ? la preuve de la pureté de ses intentions est le langage même qu’il vous tient : s’il voulait vous tromper, vous prendrait-il pour son confident ?

MACKER.

Je me moque de cela ; fou qui s’y fie. Je ne veux point qu’il fréquente ma femme, et j’y mettrai bon ordre.

DORANTE.

À la bonne heure ; mais comme je suis votre prisonnier, et non pas votre esclave, vous ne trouverez pas mauvais que je m’acquitte envers elle, en toute occasion, des devoirs de politesse que mon sexe doit au sien.

MACKER.

Et morbleu ! tant de politesses pour la femme ne tendent qu’à faire affront au mari. Cela me met dans des impatiences… Nous verrons…nous verrons… vous êtes méchant, monsieur le Français ; Oh ! parbleu ! je le serai plus que vous.

DORANTE.

À la maison, cela peut être ; mais j’ai peine à croire que vous le soyez fort à la guerre.

GOTERNITZ.

Tout doux, seigneur Dorante, il est d’une nation…

DORANTE.

Oui, quoique la vraie valeur soit inséparable de la générosité, je sais malgré la cruauté de la vôtre, en estimer la bravoure. Mais cela le met-il en droit d’insulter un soldat qui n’a cédé qu’au nombre, et qui, je pense, a montré assez de courage pour devoir être respecté, même dans sa disgrâce ?

GOTERNITZ.

Vous avez raison. Les lauriers ne sont pas moins le prix du courage que de la victoire. Nous-mêmes, depuis que nous cédons aux armes triomphantes de votre roi, nous ne nous en tenons pas moins glorieux, puisque la même valeur qu’il emploie à nous attaquer montre la nôtre à nous défendre. Mais voici Sophie.

Scène IV

Goternitz, Macker, Dorante, Sophie

GOTERNITZ.

Approchez, ma fille ; venez saluer votre époux. Ne l’acceptez-vous pas avez plaisir de ma main ?

SOPHIE.

Quand mon cœur en serait le maître, il ne le choisirait pas ailleurs qu’ici.

MACKER.

Fort bien belle mignonne ; mais… (À Dorante.) Quoi ! vous ne vous en allez pas ?

DORANTE.

Ne devez-vous pas être flatté que mon admiration confirme la bonté de votre choix ?

MACKER.

Comme je ne l’ai pas choisie pour vous, votre approbation me paraît ici peu nécessaire.

GOTERNITZ.

Il me semble que ceci commence à durer trop pour un badinage. Vous voyez, monsieur, que le seigneur Macker est inquiété de votre présence ; c’est un effet qu’un cavalier de votre figure peut produire naturellement sur l’époux le plus raisonnable.

Characters

Scene One

Scene II

Scene III

Scene IV

Scene V

Scene VI

Scene VII

Scene VIII

Scene IX

Scene X

Final Scene

Characters

GOTERNITZ, a Hungarian gentleman.

MACKER, a Hungarian.

DORANTE, a French officer who was a prisoner of war.

Sophie, daughter of Goternitz.

FREDERICH, a Hungarian officer, son of Goternitz.

JACQUARD, of Switzerland, servant to Dorante.

The scene takes place in Hungary.

Scene One

Dorante, Jacquard

Jacquard.

By my soul, sir, I truly don’t understand anything about this country of Hungary; the nobility are one thing, and all those villains, well, they’re not natural at all.

DORANTE.

If you don’t feel comfortable there, nothing forces you to stay. You are my servant, not a prisoner of war like me; you can leave whenever you wish.

Jacquard.

Oh! I refuse to leave you; I cannot be any freer than my master.

DORANTE.

My poor Jacquard, I am aware of your devotion; it would comfort me in my captivity, if I were capable of being consoled.

Jacquard.

I suffer no pain at all when you touch me, oh you who touch me: if only you were as poor as I am, then you would understand how much comfort that would bring me.

DORANTE.

What comfort! Oh France, oh my motherland! How this barbaric climate makes me realize how much you are worth! When will I once again see your happy state? When will this shameful inaction end, during which I suffer while my glorious compatriots reap laurels in the footsteps of my king?

Jacquard.

Oh! How foolishly I was caught engaged in battle. The enemies you killed were still far more sick than you were.

DORANTE.

Learn that, in the blood that flows through me, the glory already attained serves merely as a spur to seek even more. Learn that, no matter how earnest one’s efforts are to fulfill one’s duties for oneself, the zeal is further intensified by the noble desire to earn the respect of one’s master by fighting under his eyes. Ah! What happiness awaits anyone who can gain the respect of mine! And who better than this great prince can judge of merit and worthiness based on his own experience?

Jacquard.

Pien, pien: soon you’ll be dragged away into prison, my dear. Your father has written that he will try to exchange you for something else.

DORANTE.

Yes, but the timing is still uncertain; yet every day, the king makes new conquests.

Jacquard.

Oh dear! I would be more than happy if you just went to those events he will still organize. But since you’re so much in love, it’s understandable that you want to leave so quickly.

DORANTE.

In love! With whom?, (To herself.) Could he have penetrated into my secret heart?

Jacquard.

There’s that young lady Claire, that lovely girl from our bourgeoisie, to whom you offer so many little treats, (In a lower voice.) Oh! We have plenty of other doubts, but for now, we must pretend nothing.

DORANTE.

No, Jacquard, the love you suppose I feel is not capable of slowing my eagerness to return to France. All climates are indifferent to love. The world is full of beautiful women worthy of the attentions of a thousand lovers, but one only has one motherland to serve.

Jacquard.

By the way, you clever ones, did you know that our British bourgeois has married the daughter of Monsieur Goternitz?

DORANTE.

How! What are you saying?

Jacquard.

The wedding of Monsieur Macker and Madame Sophie, which had been postponed several times upon arrival, must be concluded within the next few days, because it turned out to have been arranged earlier than expected and is now about to take place.

DORANTE.

Jacquard, what are you telling me! How do you know that?

Jacquard.

By my soul, I learned it all just now while moving bottles around the house in a careless manner.

DORANTE, to himself.

I hide my troubles, (Aloud) I’m thinking the messenger must have arrived; go see if there are any news for me.

“Jacquard,” he said to himself.

Diaple! To be there in such excessive abundance—how terrible! (Returning.) Sir, I do not know where to go; being there in such overwhelming amounts is simply unbearable.

DORANTE.

You just need to talk to Miss Claire; in order to prevent my letters from being opened at the post office, she has kindly agreed to receive them at a designated address and then secretly deliver them to me.

[Arv. ed]

Scene III

Macker, Dorante, Goternitz

MACKER.

Ah! Here is that prisoner whom I am keeping in custody. I must warn him about how he should behave towards my future wife; for those Frenchmen, who are said to care so little for their own women, are actually the most accommodating when it comes to other people’s wives. But I do not want such behavior in my home, and I insist at least that my children be from my own country.

GOTERNITZ.

You have some rather strange opinions about my daughter.

MACKER.

My god! Not so strange after all. I think mine is just as good; and if anything, let’s drop it. Oh, Lord Dorante!

DORANTE.

Sir?

MACKER.

Do you know that I am getting married?

DORANTE.

What does it matter to me?

MACKER.

It’s because I really want you to know that I don’t think it’s right for my wife to live in the French way.

DORANTE.

That’s just too bad for her.

MACKER.

Ah! Yes, but that’s even better for me.

DORANTE.

I have no idea.

MACKER.

Oh! We are not asking for your opinion on this matter; I am merely informing you that I would prefer never to find you in her company, and that you should avoid giving me any reason to worry about her behavior in this regard.

DORANTE.

This is far too accurate, and you will be satisfied with it.

MACKER.

Ah! Here he is being accommodating once again—what a miracle!

DORANTE.

But I expect you to contribute your part as much as it may be necessary.

MACKER.

Oh! Without a doubt, and I will make sure to instruct my wife to avoid you in every possible situation.

DORANTE.

Avoid me! Be careful—that’s not what I mean at all.

MACKER.

How?

DORANTE.

It is rather you who must avoid becoming aware of the time I will spend with her. I will provide for her care in the most direct manner possible; and you, as a prudent husband, will see only what it pleases you to see.

MACKER.

How in the world! You are mocking me; and that is not what I meant at all.

DORANTE.

Yet this is all I can promise you, and in fact, it is precisely what you asked of me.

MACKER.

Damn it! I can’t stand that guy; one really has to be utterly deranged to talk such things in front of other people’s husbands, especially about their wives.

GOTERNITZ.

In truth, sir Macker, your speeches fill me with pity, and your anger makes me laugh. What response do you expect a gentleman to make to an exhortation as ridiculous as yours? The very language he uses in addressing you is proof of the purity of his intentions: if he were trying to deceive you, would he choose you as his confidant?

MACKER.

I laugh at such things; anyone who takes them seriously is foolish. I do not want him to associate with my wife, and I will ensure that it does not happen.

DORANTE.

Just in time; but since I am your prisoner, and not your slave, you will surely not object if I fulfill, on every occasion, the duties of courtesy that my gender owes to yours.

MACKER.

And by heaven! All this politeness toward a woman only serves to insult her husband. It drives me mad with impatience. We’ll see, we’ll see. You’re mean, Monsieur le Français; oh! by heaven, I’ll be even meaner than you.

DORANTE.

At home, that might be possible; but I find it hard to believe that you are very skilled in battle.

GOTERNITZ.

Very gently, sir Dorante, he comes from a certain nation.

DORANTE.

Yes, although true valor is inseparable from generosity, I know how to appreciate its bravery, despite the cruelty of your actions. But does that give him the right to insult a soldier who yielded only to overwhelming numbers and who, in my opinion, showed enough courage to deserve respect—even in his disgrace?

GOTERNITZ.

You are right. Laurels are just as much a reward for courage as they are for victory. We ourselves, since we have surrendered to the triumphant arms of your king, still consider ourselves glorious, for the very same strength he uses to attack us proves the strength of our defense. But here comes Sophie.

Scene IV

Goternitz, Macker, Dorante, Sophie

GOTERNITZ.

Come closer, my daughter; come and greet your husband. Will you not accept him willingly from my hands?

SOPHIE.

If my heart were its own master, it would choose none other place but here.

MACKER.

Very pretty indeed, my dear; but, (to Dorante.) What! You aren’t leaving yet?

DORANTE.

Shouldn’t you be pleased that my admiration confirms the goodness of your choice?

MACKER.

Since I did not choose it for you, your approval seems somewhat unnecessary to me in this context.

GOTERNITZ.

It seems to me that this is lasting far too long for mere banter. You see, sir, that Lord Macker is troubled by your presence; such an effect is only natural for a gentleman of your stature to have on even the most rational of husbands.

Personaggi

Scena Prima

Scena II

Scena III

Scena IV

Scena V

Scena VI

Scena VII

Scena VIII

Scena IX

Scena X

Scena Ultima

Personaggi

GOTERNITZ, gentiluomo ungherese.

MACKER, un uomo ungherese.

DORANTE, ufficiale francese prigioniero di guerra.

SOFIA, figlia di Goternitz.

FREDERICH, ufficiale ungherese, figlio di Goternitz.

JACQUARD, della Svizzera, servitore di Dorante.

La scena si svolge in Ungheria.

Scena Prima

Dorante, Jacquard

Jacquard.

Per la mia fede, signore, io non capisco assolutamente nulla di questo paese, l’Ungheria: tutto è caotico e tutti sono malvagi. Non c’è nulla di naturale in tutto ciò.

DORANTE.

Se non ti trovi bene lì, nulla ti obbliga a rimanere. Sei il mio domestico, e non un prigioniero di guerra come me; puoi andartene quando vuoi.

Jacquard.

Oh! Io non intendo lasciare questi pazzi; non voglio essere più libero del mio padrone.

DORANTE.

Mio povero Jacquard, apprezzo molto il tuo affetto: mi conforterebbe nella mia prigionia, se fossi in grado di essere consolato.

Jacquard.

Io non soffro affatto che voi mi addoloriate; se foste come me, potreste consolarmi completamente.

DORANTE.

Che consolazione! Oh Francia, oh mia patria. Quanto questo clima “barbaro” mi fa comprendere quanto tu valga! Quando rivedrò il tuo felice destino? Quando finirà questa vergognosa inattività nella quale languisco, mentre i miei gloriosi connazionali raccolgono onori sulle orme del mio re?

Jacquard.

Oh! Che folle imprudenza da parte sua combattere in modo così avventato. Gli nemici che ha ucciso erano ancora più malvagi di lui.

DORANTE.

Apprende che, nel sangue che mi anima, la gloria già conquistata serve soltanto da stimolo per cercarne ancora di più. Apprende che, per quanto grande possa essere lo zelo con cui si compie il proprio dovere verso se stessi, tale ardore aumenta ulteriormente quando esiste il nobile desiderio di meritare la stima del proprio padrone combattendo sotto i suoi occhi. Ah! Quanto felice è colui che può ottenere la stima del mio padrone. E chi potrebbe conoscere meglio di lui, grazie alla propria esperienza, il merito e il valore delle persone?

Jacquard.

Pieno, pieno: presto sarai tirato via da questa prigione, mio signore. Tuo padre ha scritto che commercierà per poterti scambiare con qualcun altro.

DORANTE.

Sì, ma il momento esatto non è ancora noto; eppure il re continua ogni giorno a compiere nuove conquiste.

Jacquard.

Accidenti! Io sarei molto felice se tu andassi soltanto a quelle riunioni che lui organizzerà ancora. Ma sei troppo innamorato, per questo vuoi partire così tanto.

DORANTE.

Amorevole, di chi?, (Sottovoce.) Avrà forse scoperto i miei segreti più intimi?

Jacquard.

Ecco quella giovane Claire, quella cara ragazza del nostro borghese, a cui fai tante tenerezze, (A parte.) Oh! Abbiamo molte altre dubbi, ma bisogna fingere di niente.

DORANTE.

Non è certo il amore, Jacquard; l’amore che tu mi attribuisci non è in grado di rallentare la mia urgenza di tornare in Francia. Tutti i climi sono indifferenti all’amore. Il mondo è pieno di donne belle, degne delle attenzioni di mille amanti, ma si ha soltanto una patria da servire.

Jacquard.

A proposito di quelle belle donne, sapete forse che il nostro nobile borghese sposerà la figlia di Monsieur Goternitz?

DORANTE.

Come! Cosa dici?

Jacquard.

La marcia nuziale di monsieur Macker con madamigella Sophie, che era stata posticipata all’arrivo di tuo fratello, temo debba terminare entro pochi giorni, perché è stata anticipata rispetto a quanto previsto e arriverà mercoledì.

DORANTE.

Jacquard, cosa mi stai dicendo! Come fai a saperlo?

Jacquard.

Lo so per certo, l’ho imparato tutto il tempo mentre bevevo birra a casa con quel ragazzo.

DORANTE, tra sé.

Nascondo il mio turbamento, (Ad alta voce) Sto pensando che il messaggero debba essere già arrivato: vado a vedere se ci sono novità per me.

JACQUARD, tra sé.

Che disastro! Essere qui in modo così evidente. Che situazione imbarazzante! (Tornando indietro.) Signore, non so proprio dove possa essere nascosta questa statua.

DORANTE.

Basta che parli con la signorina Claire; lei, per evitare che le mie lettere vengano aperte all’ufficio postale, si è offerta gentilmente di riceverle presso un indirizzo concordato e di restituirmele in segreto.

[Edizione Arv.]

Scena III

Macker, Dorante, Goternitz

MACKER.

Ah! Ecco questo prigioniero che ho in custodia. Devo avvertirlo su come deve comportarsi con la mia futura moglie; perché questi francesi, che si dice non curino affatto delle loro donne, sono invece molto accomodanti con quelle degli altri. Ma io non voglio che ci siano rapporti del genere in casa mia. E pretendo almeno che i miei figli siano di mio paese.

Goternitz.

Avete delle opinioni molto strane riguardo a mia figlia.

MACKER.

Mio Dio! Non sono affatto così strani. Penso che il mio sia altrettanto degno; e se. Lasciamo perdere. Signor Dorante!

DORANTE.

Signore?

MACKER.

Lo sapevate che mi sposo?

DORANTE.

Che importanza ha per me?

MACKER.

Per me è importante che voi sappiate che non ritengo opportuno che mia moglie viva secondo le abitudini francesi.

DORANTE.

Peggio per lei.

MACKER.

Eh sì, ma tanto meglio per me.

DORANTE.

Non lo so.

MACKER.

Oh! Non chiediamo la vostra opinione in merito: vi avverto soltanto che non desidero mai trovarvi insieme a lei, e che vi prego di evitare di farmi nutrire dubbi sulla sua condotta in questo senso.

DORANTE.

È troppo giusto, e sarete soddisfatto.

MACKER.

Ah! Finalmente è compiacente, che miracolo.

DORANTE.

Ma conto che anche voi vi impegnerete al massimo, secondo quanto sarà necessario.

MACKER.

Oh! Senza dubbio, e mi assicurerò che mia moglie vi eviti in ogni occasione possibile.

DORANTE.

Evitatemi! Fate attenzione. Non è quello che intendo dire.

MACKER.

Come?

DORANTE.

Siete voi, invece, che dovete evitare di accorgervi del tempo che trascorrerò con lei. Le presterò cura nel modo più diretto possibile; e voi, da marito prudente, vedrete solo ciò che vorrete vedere.

MACKER.

Maledizione! State scherzando. E questo non è affatto ciò che intendevo dire.

DORANTE.

Eppure, questo è tutto ciò che posso promettervi, ed è anche esattamente ciò che mi avete chiesto.

MACKER.

Maledizione! Quell’uomo mi disgusta profondamente; bisogna essere davvero pazzi per parlare in quel modo di fronte ai mariti delle altre donne.

Goternitz.

In verità, signor Macker, i vostri discorsi mi suscitano pietà, mentre la vostra rabbia mi fa ridere. Quale risposta avreste voluto che dicesse il signore a un esortazione così ridicola come la vostra? La prova della purezza delle sue intenzioni è proprio il linguaggio che utilizza per parlarvi: se volesse ingannarvi, vi prenderebbe forse per il suo confidente?

MACKER.

Me ne frego; chi ci crede è pazzo. Non voglio che frequenti mia moglie e farò in modo che non succeda.

DORANTE.

Finalmente; ma poiché sono il vostro prigioniero, e non il vostro schiavo, non troverete nulla di male nel fatto che io adempia, in ogni occasione, ai doveri di cortesia che il mio sesso deve al vostro.

MACKER.

E perbacco! Tante cortesie verso la donna non fanno altro che umiliare il marito. Questo mi mette in uno stato di impazienza. Vedremo, vedremo. Siete cattivo, signor francese; oh! perbacco, sarò ancora più cattiva di voi.

DORANTE.

A casa, forse sì; ma fatico a credere che siate molto abili in guerra.

Goternitz.

Con calma, signor Dorante, appartiene a una nazione.

DORANTE.

Sì, anche se il vero valore è inseparabile dalla generosità, so apprezzare la sua coraggio nonostante la crudeltà della vostra azione. Ma questo gli dà forse il diritto di insultare un soldato che ha ceduto soltanto per motivi numerici e che, credo, abbia dimostrato abbastanza coraggio da meritare rispetto, anche nella sua sfortuna?

Goternitz.

Avete ragione. I lauri non sono certo un premio meno degno del coraggio che della vittoria. Anche noi, da quando ci arrendiamo alle armi trionfanti di vostro re, continuiamo a considerarci gloriosi, poiché lo stesso impegno che egli mette nell’attaccarci dimostra quale sia il nostro nel difenderci. Ma ecco Sophie.

Scena IV

Goternitz, Macker, Dorante, Sophie

Goternitz.

Avvicinati, mia figlia; vieni a salutare tuo marito. Non lo accetti con piacere dalla mia mano?

SOFIA.

Se il mio cuore ne fosse il padrone, non lo sceglierebbe da nessun altro posto se non qui.

MACKER.

Molto bella, davvero. Ma, (A Dorante.) Che cosa! Non ve ne andate?

DORANTE.

Non dovreste essere lusingati dal fatto che la mia ammirazione confermi la bontà della vostra scelta?

MACKER.

Poiché non l’ho scelta per voi, la vostra approvazione mi sembra qui del tutto superflua.

Goternitz.

Mi sembra che questa situazione stia durando troppo a lungo, per essere considerata solo uno scherzo. Vede, signore, che il signor Macker è preoccupato dalla sua presenza; è un effetto naturale che un cavaliere della sua reputazione può avere su un marito, per quanto razionale possa essere.

DORANTE.

Eh bien ! il faut donc le délivrer d’un spectateur incommode : aussi bien ne puis-je supporter le tableau d’une union aussi disproportionnée. Ah ! monsieur, comment pouvez-vous consentir vous-même que tant de perfections soient possédées par un homme si peu fait pour les connaître !

Scène V

Macker, Goternitz, Sophie

MACKER.

Parbleu ! voilà une nation bien extraordinaire, des prisonniers bien incommodes ! Le valet me boit mon vin, le maître caresse ma fille. (Sophie fait une mine.) Ils vivent chez moi comme s’ils étaient en pays de conquêtes.

GOTERNITZ.

C’est la vie la plus ordinaire aux Français ; ils y sont tout accoutumés.

MACKER.

Bonne excuse, ma foi ! ne faudra-t-il point encore, en faveur de la coutume, que j’approuve qu’il me fasse cocu ?

SOPHIE.

Ah ciel ! quel homme !

GOTERNITZ.

Je suis aussi scandalisé de votre langage que ma fille en est indignée. Apprenez qu’un mari qui ne montre à sa femme ni estime ni confiance, l’autorise, autant qu’il est en lui, à ne les pas mériter. Mais le jour s’avance, je vais monter à cheval pour aller au-devant de mon fils qui doit arriver ce soir.

MACKER.

Je ne vous quitte pas ; j’irai avec vous, s’il vous plaît.

GOTERNITZ.

Soit, j’ai même bien des choses à vous dire, dont nous nous entretiendrons en chemin.

MACKER.

Adieu, mignonne : il me tarde que nous soyons mariés, pour vous mener voir mes champs et mes bêtes à cornes ; j’en ai le plus beau parc de la Hongrie.

SOPHIE.

Monsieur, ces animaux là me font peur.

MACKER.

Va, va, poulette, tu y seras bientôt aguerrie avec moi.

Scène VII

Dorante, Sophie

DORANTE.

Il est donc vrai, madame, que ma ruine est conclue, et que je vais vous perdre sans retour ! J’en mourrais, sans doute, si la mort était la pire des douleurs. Je ne vivrai que pour vous porter dans mon coeur plus longtemps, et pour me tendre digne, par ma conduite et par ma constance, de votre estime et de vos regrets.

SOPHIE.

Se peut-il que la perfidie emprunte un langage aussi noble et aussi passionné ?

DORANTE.

Que dites-vous ? quel accueil ! est-ce là la juste pitié que méritent mes sentiments ?

SOPHIE.

Votre douleur est grande en effet, à en juger par le soin que vous avez pris de vous ménager des consolations.

DORANTE.

Moi, des consolations ! en est-il pour votre perte ?

SOPHIE.

C’est-à-dire en est-il besoin ?

DORANTE.

Quoi ! belle Sophie ? pouvez-vous ?…

SOPHIE.

Réservez, je vous en prie, la familiarité de ces expressions pour la belle Claire, et sachez que Sophie, telle qu’elle est, belle ou laide, se soucie d’autant moins de l’être à vos yeux, qu’elle vous croit aussi mauvais juge de la beauté que du mérite.

DORANTE.

Le rang que vous tenez dans mon estime et dans mon coeur est une preuve du contraire. Quoi ! vous m’avez cru amoureux de la fille de Macker ?

SOPHIE.

Non, en vérité. Je ne vous fais pas l’honneur de vous croire un coeur fait pour aimer. Vous êtes comme tous les jeunes gens de votre pays, un homme fort convaincu de ses perfections, qui se croit destiné à tromper les femmes, et jouant l’amour auprès d’elles, mais qui n’est pas capable d’en ressentir.

DORANTE.

Ah ! se peut-il que vous me confondiez dans cet ordre d’amants sans sentiments et sans délicatesse, pour quelques vains badinages qui prouvent eux-mêmes que mon coeur n’y a point de part, et qu’il était à vous tout entier ?

SOPHIE.

La preuve me paraît singulière. Je serais curieuse d’apprendre les légères subtilités de cette philosophie française.

DORANTE.

Oui, j’en appelle, en témoignage de la sincérité de mes feux, à cette conduite même que vous me reprochez. J’ai dit à d’autres de petites douceurs, il est vrai ; j’ai folâtré auprès d’elles : mais ce badinage et cet enjouement, sont-ils le langage de l’amour ? Est-ce sur ce ton que je me suis exprimé près de vous ? Cet abord timide, cette émotion, ce respect, ces tendres soupirs, ces douces larmes, ces transports que vous me faites éprouver, ont-ils quelque chose de commun avec cet air piquant et badin que la politesse et le ton du monde nous font prendre auprès des femmes indifférentes ? Non, Sophie, les ris[60] et la gaieté ne sont point le langage du sentiment. Le véritable amour n’est ni téméraire ni évaporé ; la crainte le rend circonspect ; il risque moins par la connaissance de ce qu’il peut perdre ; et comme il en veut au coeur encore plus qu’à la personne, il ne hasarde guère l’estime de la personne qu’il aime pour en acquérir la possession.

SOPHIE.

C’est-à-dire, en un mot, que, contents d’être tendres pour vos maîtresses, vous n’êtes que galants, badins et téméraires près des femmes que vous n’aimez point. Voilà une constance et des maximes d’un nouveau goût, fort commodes pour les cavaliers ; je ne sais si les belles de votre pays s’en contentent de même.

DORANTE.

Oui, madame, cela est réciproque, et elles ont bien autant d’intérêt que nous, pour le moins, à les établir.

SOPHIE.

Vous me faites trembler pour les femmes capables de donner leur coeur à des amants formés à une pareille école.

DORANTE.

Eh ! pourquoi ces craintes chimériques ? n’est-il pas convenu que ce commerce galant et poli qui jette tant d’agrément dans la société n’est point de l’amour ? il n’est que le supplément. Le nombre des coeurs vraiment faits pour aimer est si petit, et parmi ceux-là il y en a si peu qui se rencontrent, que tout languirait bientôt si l’esprit et la volupté ne tenaient quelquefois la place du coeur et du sentiment. Les femmes ne sont point les dupes des aimables folies que les hommes font autour d’elles. Nous en sommes de même par rapport à leur coquetterie, elles ne séduisent que nos sens. C’est un commerce fidèle où l’on ne se donne réciproquement que pour ce qu’on est. Mais il faut avouer, à la honte du cœur, que ces heureux badinages sont souvent mieux récompensés que les plus touchantes expressions d’une flamme ardente et sincère.

SOPHIE.

Nous voici précisément où j’en voulais venir. Vous m’aimez, dites-vous, uniquement et parfaitement ; tout le reste n’est que jeu d’esprit ; je le veux ; je le crois. Mais alors il me reste toujours à savoir quel genre de plaisir vous pouvez trouver à faire, dans un goût différent, la cour à d’autres femmes, et à rechercher pourtant auprès d’elles le prix du véritable amour.

DORANTE.

Ah ! madame, quel temps prenez-vous pour m’engager dans des dissertations ! Je vais vous perdre, hélas ! et vous voulez que mon esprit s’occupe d’autres choses que de sa douleur !

SOPHIE.

La réflexion ne pouvait venir plus mal à propos ; il fallait la faire plus tôt, ou ne la point faire du tout.

Scène VIII

Dorante, Sophie, Jacquard

JACQUARD.

St, st, monsir, monsir.

DORANTE.

Je crois qu’on m’appelle.

JACQUARD.

Oh ! moi fenir, puisque fous point aller.

DORANTE.

Eh bien ? qu’est-ce ?

JACQUARD.

Monsir, afec la permission te montame, l’être in piti l’écriture.

DORANTE.

Quoi ? une lettre ?

JACQUARD.

Chistement.

DORANTE.

Donne-la moi.

JACQUARD.

Tiantre ! non ; mamecelle Claire mafre chargé te ne la donne fous qu’en grand secrètement.

SOPHIE.

Monsieur Jacquard est exact, il veut suivre ses ordres.

DORANTE.

Donne toujours, butor ; tu fais le mystérieux fort à propos !

SOPHIE.

Cessez de vous inquiéter. Je ne suis point incommode, et je vais me retirer pour ne pas gêner votre empressement.

Scène IX

Sophie, Dorante

DORANTE, à part.

Cette lettre de mon père lui donne de nouveaux soupçons, et vient tout à propos pour les dissiper. (Haut.) Eh quoi ! madame, vous me fuyez !

SOPHIE, ironiquement.

Seriez-vous disposé à me mettre de moitié dans vos confidences ?

DORANTE.

Mes secrets ne vous intéressent pas assez pour vouloir y prendre part.

SOPHIE.

C’est au contraire qu’ils vous sont trop chers pour les prodiguer.

DORANTE.

Il me siérait mal d’en être plus avare que de mon propre coeur.

SOPHIE.

Aussi logez-vous tout au même lieu.

DORANTE.

Cela ne tient du moins qu’à votre complaisance.

SOPHIE.

Il y a dans ce sang-froid une méchanceté que je suis tentée de punir. Vous seriez bien embarrassé si, pour vous prendre au mot, je vous priais de me communiquer cette lettre.

DORANTE.

J’en serais seulement fort surpris ; vous vous plaisez trop à nourrir d’injustes sentiments sur mon compte, pour chercher à les détruire.

SOPHIE.

Vous vous fiez fort à ma discrétion… je vois qu’il faut lire la lettre pour confondre votre témérité.

DORANTE.

Lisez-la pour vous convaincre de votre injustice.

SOPHIE.

Non ; commencez par me la lire vous-même ; j’en jouirai mieux de votre confusion.

DORANTE.

Nous allons voir. (Il lit.) « Que de joie, mon cher Dorante… »

SOPHIE.

Mon cher Dorante ! l’expression est galante, vraiment.

DORANTE.

DORANTE.

Well! Then we must free him from an annoying observer—after all, I cannot bear to see such a disproportionate union depicted. Ah, sir, how can you yourself accept that so much perfection should be possessed by a man who is so unfit to appreciate it!

Scene V

Macker, Goternitz, Sophie

MACKER.

By heaven! What an extraordinary nation these are—what inconvenient prisoners they must be! The servant drinks my wine, and the master caresses my daughter. (Sophie makes a face.) They live in my house as if they were in a conquered territory.

GOTERNITZ.

This is the most ordinary kind of life for the French; they are utterly accustomed to it.

MACKER.

What a good excuse, indeed! Will it not be necessary, once again, out of respect for custom, that I allow him to make me a cuckold?

SOPHIE.

Oh heavens! What a man!

GOTERNITZ.

I am just as scandalized by your language as my daughter is outraged by it. Learn that a husband who shows neither respect nor trust toward his wife is, in effect, allowing her not to deserve them at all. But day is breaking; I must mount my horse and go meet my son, who is due to arrive this evening.

MACKER.

I won’t leave you; I will go with you, please.

GOTERNITZ.

Indeed, I have quite a few things to tell you, and we will discuss them on the way.

MACKER.

Goodbye, my dear; I look forward to getting married so that I can take you to see my fields and my horned animals. I have the most beautiful ones in all of Hungary.

SOPHIE.

Sir, those animals scare me.

MACKER.

Come on, come on, little chick; you’ll soon get used to it with me.

Scene VII

Dorante, Sophie

DORANTE.

It is therefore true, madam, that my ruin is inevitable, and that I shall lose you forever! I would surely die if death were the greatest of all pains. I will live only to keep you in my heart for as long as possible, and to earn your respect and your regret through my behavior and my steadfastness.

SOPHIE.

Is it possible for treachery to employ such a noble and passionate language?

DORANTE.

What do you say? Such a warm welcome! Is this the kind of compassion that my feelings deserve?

SOPHIE.

Your pain must indeed be great, judging by the care you have taken to seek solace for yourself.

DORANTE.

For me, there are consolations! But what about for your loss?

SOPHIE.

In other words, is there a need for it at all?

DORANTE.

What! Beautiful Sophie, can you really,?

SOPHIE.

Please reserve such familiar expressions for the lovely Claire; remember that Sophie, as she is—beauty or ugliness aside—cares even less about how she appears in your eyes, and she believes you to be just as poor at judging beauty as at assessing merit.

DORANTE.

The place you hold in my esteem and in my heart is proof of the contrary. How! Did you really think I was in love with Macker’s daughter?

SOPHIE.

No, in truth. I do not have the honor of believing you possess a heart destined for love. You are like all the young men in your country—a strong man convinced of his own perfection, who believes he is meant to deceive women, and who pretends to feel love for them, but is actually incapable of truly experiencing it.

DORANTE.

Ah! Could it be that you confuse me with those heartless, insensitive lovers, because of some trivial flirtations that only prove that my heart has nothing to do with such matters, and that it belongs entirely to you?

SOPHIE.

The evidence seems rather peculiar to me. I would be curious to learn about the subtle nuances of this French philosophy.

DORANTE.

Yes, I call upon you to bear witness to the sincerity of my feelings by acknowledging precisely that very behavior which you reproach me for. It is true that I have spoken tender words to others and played the fool around with them; but is such banter and frivolity really the language of love? Was it in such a tone that I ever addressed you? This timid approach, this emotion, this respect, these gentle sighs, these tender tears, these outbursts of feeling that you provoke in me—do they have anything in common with that sharp, playful demeanor that courtesy and social convention force us to adopt towards indifferent women? No, Sophie; laughter and merriment are not the language of true affection. True love is neither rash nor fleeting; fear makes it cautious; it risks less because it is aware of what it might lose. And since it seeks the heart as much as the person, it would never dare to risk the esteem of the one it loves in order to gain possession of her.

SOPHIE.

In other words, in a word, you are merely polite, playful, and bold towards women whom you do not love, simply because you are pleased to be tender toward your mistresses. Such consistency and principles represent a new trend, quite convenient for gentlemen; I wonder whether the ladies of your country are equally satisfied with it.

DORANTE.

Yes, madam; it is reciprocal, and they have just as much interest as we do, if not more, in establishing these relationships.

SOPHIE.

You make me worry for women who are capable of giving their hearts to lovers who have been trained in such an environment.

DORANTE.

Ah! Why such fanciful fears? Hasn’t it been agreed that this polite and gallant behavior, which brings so much pleasure to society, is not actually love? It is merely a supplement to it. The number of hearts truly destined to love is so small, and among them so few ever meet, that everything would soon come to an end if the intellect and sensual pleasures did not sometimes take the place of true feelings. Women are not the victims of those charming follies that men engage in around them. We are in the same situation regarding their coquetry; it merely seduces our senses. It is a sincere exchange, where one gives only what one truly is. But we must admit, to the shame of our hearts, that these joyful flirtations are often better rewarded than the most heartfelt and earnest expressions of passion.

SOPHIE.

This is precisely where I wanted to get to. You tell me that you love me solely and utterly; everything else is merely a game of the mind. I want to believe that; I believe it. But then, what kind of pleasure can you possibly derive from courting other women in a different manner, while still seeking from them the proof of true love?

DORANTE.

Ah! Madam, how much time you take to engage me in such discussions! Alas, I will lose you, and yet you want my mind to be occupied with other things rather than its own pain!

SOPHIE.

This reflection could not have come at a worse time; it should have been done earlier, or perhaps not done at all.

Scene VIII

Dorante, Sophie, Jacquard

Jacquard.

St, st, sir, sir.

DORANTE.

I think someone is calling me.

Jacquard.

Oh! To die, since I have no way of going.

DORANTE.

Well? What is it?

Jacquard.

Sir, with your permission, we present to you this pitiable creation of writing.

DORANTE.

What? A letter?

Jacquard.

Honesty.

DORANTE.

Give it to me.

Jacquard.

Heavens! No; little Madame Claire only gives it to you in the strictest secrecy.

SOPHIE.

Mr. Jacquard is right; he wants to follow his orders.

DORANTE.

Always giving, butor; you really like to keep things mysterious!

SOPHIE.

Cease to worry. I am not causing any inconvenience, and I will withdraw so as not to hinder your haste.

Scene IX

Sophie, Dorante

DORANTE, to himself.

This letter from my father gives him new suspicions, and it arrives just in time to dispel them. (Alas.) What! Madam, you are avoiding me!

“Sophie,” said he, with irony.

Would you be willing to include me in your confidences?

DORANTE.

My secrets are not of enough interest to you to want to get involved in them.

SOPHIE.

On the contrary, they are too precious to you to be wasted on such things.

DORANTE.

It would be unworthy of me to be stingier with that than I am with my own heart.

SOPHIE.

Therefore, you still reside in the very same place.

DORANTE.

At least it depends solely on your willingness.

SOPHIE.

There is a malice in this calmness that tempts me to punish it. You would be quite embarrassed if, taking your words at face value, I asked you to hand over this letter to me.

DORANTE.

I would be merely greatly surprised; you take too much pleasure in harboring unjust feelings towards me to go so far as to try to destroy them.

SOPHIE.

You place a great deal of trust in my discretion. It seems that one must read the letter in order to understand the extent of your audacity.

DORANTE.

Read it to convince yourself of your own injustice.

SOPHIE.

No; start by reading it out yourself first; I will enjoy your confusion even more that way.

DORANTE.

We’ll see. (He reads.) “What joy, my dear Dorante, ”

SOPHIE.

My dear Dorante! That expression is truly gallant.

DORANTE.

DORANTE.

Ebbene! Dobbiamo quindi liberarlo da uno spettatore scomodo. Non riesco proprio a sopportare l’immagine di un’unione così squilibrata. Ah, signore, come può lei stesso accettare che tante perfezioni siano possedute da un uomo così poco adatto a comprenderle!

Scena V

Macker, Goternitz, Sophie

MACKER.

Maledizione! Che nazione davvero straordinaria, e che prigionieri così scomodi da avere intorno! Il servitore mi beve il vino, il padrone accarezza mia figlia, (Sophie fa una faccia.) Vivono a casa mia come se fossero in un paese conquistato.

Goternitz.

Questa è la vita più ordinaria per i francesi; ne sono completamente abituati.

MACKER.

Che scusa valida. Ma davvero, non dovrò forse ancora, per rispetto alla consuetudine, accettare che mi tradisca?

SOFIA.

Ah, cielo, quell’uomo!

Goternitz.

Sono altrettanto scandalizzato dal vostro linguaggio quanto mia figlia è indignata. Imparate che un marito che non dimostra né rispetto né fiducia verso sua moglie, in realtà le permette, nella misura in cui ne ha la capacità, di non meritarli. Ma il giorno sta per arrivare: salirò a cavallo per andare incontro a mio figlio, che dovrebbe arrivare stasera.

MACKER.

Non vi lascio; verrò con voi, per favore.

Goternitz.

Va bene, anzi ho molte cose da dirvi, di cui parleremo durante il viaggio.

MACKER.

Addio, mia cara: non vedo l’ora che ci sposiamo, così potrò portarti a vedere i miei campi e le mie bestie a corna; ne possiedo il parco più bello dell’Ungheria.

SOFIA.

Signore, quegli animali mi fanno paura.

MACKER.

Vai, vai, piccola. Presto sarai abbastanza forte per stare con me.

Scena VII

Dorante, Sophie

DORANTE.

È quindi vero, signora, che la mia rovina è ormai inevitabile e che vi perderò per sempre! Morirei di certo, se la morte fosse la peggiore delle sofferenze. Vivrò soltanto per portarvi ancora a lungo nel mio cuore e per meritare, con il mio comportamento e la mia fedeltà, il vostro rispetto e i vostri rimpianti.

SOFIA.

È possibile che la perfidia utilizzi un linguaggio così nobile e appassionato?

DORANTE.

Che cosa ne pensate? Che accoglienza. È davvero questa la giusta compassione che i miei sentimenti meritano?

SOFIA.

Il vostro dolore è davvero grande, a giudicare da tutto l’impegno che avete messo nel cercare conforto.

DORANTE.

Io, delle consolazioni! E per la vostra perdita, invece?

SOFIA.

In altre parole, è davvero necessario?

DORANTE.

Che cosa! Bella Sophie, puoi davvero farlo?.

SOFIA.

Per favore, riservate queste espressioni affettuose alla bella Claire; sappiate che Sophie, così com’è, bella o brutta che sia, si preoccupa ancora meno di essere considerata tale ai vostri occhi, poiché ritiene che voi siate un giudice altrettanto incompetente nella valutazione della bellezza quanto del merito.

DORANTE.

Il posto che occupate nella mia stima e nel mio cuore è proprio la prova del contrario. Come! Avete pensato che fossi innamorato della figlia di Macker?

SOFIA.

No, in verità. Non ho l’onore di credere che voi abbiate un cuore fatto per amare. Siete come tutti i giovani del vostro paese: uomini convinti delle proprie perfezioni, che si credono destinati a ingannare le donne e fingono di provare amore per loro, ma in realtà non sono capaci di provarlo davvero.

DORANTE.

Ah! Come potreste confondermi in questa schiera di amanti senza sentimenti e senza delicatezza, per qualche futile scherzo che dimostra chiaramente che il mio cuore non ha alcuna parte in tutto ciò, e che appartiene interamente a voi?

SOFIA.

La prova mi sembra davvero insolita. Sarei curiosa di conoscere le sottili sfumature di questa filosofia francese.

DORANTE.

Sì, invoco proprio quel comportamento che mi rimproverate come testimonianza della sincerità dei miei sentimenti. È vero, ho detto altre cose dolci e affettuose ad altre donne, ho scherzato con loro; ma quei scherzi e quella leggerezza sono davvero il linguaggio dell’amore? Mi sono espresso con voi in quel modo? Quel tono timido, quell’emozione, quel rispetto, quei sospiri teneri, quelle lacrime dolci, quegli slanci d affetto che mi fate provare, hanno qualcosa in comune con quell’atteggiamento scherzoso e superficiale che la cortesia e le convenzioni sociali ci impongono di assumere con donne indifferenti? No, Sophie: le risate e la gioia non sono certo il linguaggio del vero amore. L’amore autentico non è né audace né effimero; la paura lo rende cauto; si rischia meno, conoscendo bene ciò che si potrebbe perdere; e poiché ama di più il cuore che la persona stessa, difficilmente osa mettere a rischio l’affetto della persona amata pur di ottenerne la possesso.

SOFIA.

In altre parole, in breve, se siete disposti ad essere gentili e premurosi con le vostre amanti, allora siete soltanto galanti, scherzosi e audaci con le donne che non amate. Questa è davvero una costanza, e delle massime di un nuovo stile, molto comode per i cavalieri; non so se anche le belle del vostro paese si accontentino dello stesso comportamento.

DORANTE.

Sì, signora, è reciproco; loro hanno altrettanto interesse di noi, se non di più, nel farle funzionare correttamente.

SOFIA.

Mi fate temere per le donne capaci di donare il proprio cuore ad amanti formati in una simile scuola.

DORANTE.

Eh! Perché queste paure chimere? Non è forse convenuto che questo commercio galante e cortese, che aggiunge tanto piacere nella società, non sia altro che un supplemento all’amore vero? Il numero delle persone veramente destinate ad amare è così esiguo, e tra queste poche quante si incontrano, se lo spirito e la voluttà non prendessero talvolta il posto del cuore e dei sentimenti autentici, tutto andrebbe presto perduto. Le donne non sono vittime delle sciocchezze affascinanti che gli uomini compiono intorno a loro; lo stesso vale per le loro moinezze: esse seducono soltanto i nostri sensi. Si tratta di un rapporto sincero, in cui ci si dona l’uno all’altro esclusivamente per ciò che si è veramente. Ma bisogna ammetterlo, a vergogna del cuore, che questi felici scherzi sono spesso più ricompensati delle espressioni più commoventi di un amore ardente e sincero.

SOFIA.

Ecco esattamente dove volevo arrivare. Dite che mi amate in modo unico e assoluto; tutto il resto non è che uno scherzo di mente. Lo voglio, ci credo. Ma allora mi resta ancora da sapere quale tipo di piacere possiate provare nel corteggiare altre donne, con un approccio diverso, pur cercando in loro il prezzo dell’amore vero.

DORANTE.

Ah! Signora, quanto tempo dedicate a intrattenermi in queste discussioni. Purtroppo vi perderò, e voi volete che la mia mente si occupi di altre cose invece che della mia sofferenza!

SOFIA.

Quella riflessione non poteva essere più inopportuna; avrebbe dovuto essere fatta prima, o non fatta affatto.

Scena VIII

Dorante, Sophie, Jacquard

Jacquard.

Sta, sta, signore, signore.

DORANTE.

Credo che mi stiano chiamando.

Jacquard.

Oh! Morire io, visto che non posso andare via.

DORANTE.

Beh? Che cos’è?

Jacquard.

Signore, permettetemi di salire; provo compassione per queste scritture.

DORANTE.

Cosa? Una lettera?

Jacquard.

In silenzio.

DORANTE.

Dammela.

Jacquard.

Mio Dio! No; la piccola Claire, carina e gentile, me lo dà in gran segreto.

SOFIA.

Il signor Jacquard è puntuale; vuole seguire i suoi ordini.

DORANTE.

Dai sempre, stupido; fai proprio la parte del misterioso nel momento giusto.

SOFIA.

Smettete di preoccuparvi. Non causo alcun disturbo e mi ritirerò per non intralciare la vostra fretta.

Scena IX

Sophie, Dorante

DORANTE, tra sé.

Questa lettera di mio padre suscita in lui nuovi sospetti, e arriva proprio al momento giusto per dissiparli. (Alto.) Ehi! Signora, mi state sfuggendo.

“SOPHIE”, in tono ironico.

Sareste disposto a condividere con me metà delle vostre confidenze?

DORANTE.

I miei segreti non vi interessano abbastanza da spingervi a volerne far parte.

SOFIA.

Al contrario, sono troppo preziosi per voi per poterli sprecare.

DORANTE.

Sarebbe immorale da parte mia essere più avaro del mio stesso cuore.

SOFIA.

Pertanto, soggiornate sempre nello stesso luogo.

DORANTE.

Almeno dipende solo dalla vostra volontà di acconsentire.

SOFIA.

In questa freddezza c’è una malvagità che sono tentata di punire. Sareste davvero imbarazzato se, prendendovi alla lettera, vi chiedessi di comunicarmi quella lettera.

DORANTE.

Sarei solo molto sorpreso; vi piace troppo nutrire sentimenti ingiusti nei miei confronti, per cercare di distruggerli.

SOFIA.

Vi fidate molto della mia discrezione, vedo che è necessario leggere la lettera per comprendere fino a che punto sia grande la vostra temerarietà.

DORANTE.

Leggetela per convincervi della vostra ingiustizia.

SOFIA.

No; iniziate voi stesso a leggerlo ad alta voce; così potrò godermi ancora di più la vostra confusione.

DORANTE.

Vedremo. (Si sdraia sul letto.) “Che gioia, mio caro Dorante, ”

SOFIA.

Mio caro Dorante! Questa espressione è davvero gentile.

DORANTE.

« Que j’ai de joie, mon cher Dorante, de pouvoir terminer vos peines !… »

SOPHIE.

Oh ! je n’en doute pas, vous avez tant d’humanité !

DORANTE.

« Vous voilà délivré des fers où vous languissiez… »

SOPHIE.

Je ne languirai pas dans les vôtres.

DORANTE.

« Hâtez-vous de venir me rejoindre… »

SOPHIE.

Cela s’appelle être pressée.

DORANTE.

« Je brûle de vous embrasser… »

SOPHIE.

Rien n’est si commode que de déclarer franchement ses besoins.

DORANTE.

« Vous êtes échangé contre un jeune officier qui s’en retourne actuellement où vous êtes… »

SOPHIE.

Mais je n’y comprends plus rien.

DORANTE.

« Blessé dangereusement, il fut fait prisonnier dans une affaire où je me trouvai… »

SOPHIE.

Une affaire où se trouva Mlle. Claire !

DORANTE.

Qui vous parle de Mlle. Claire ?

SOPHIE.

Quoi ! cette lettre n’est pas d’elle ?

DORANTE.

Non, vraiment, elle est de mon père, et mademoiselle Claire n’a servi que de moyen pour me la faire parvenir ; voyez la date et le seing.

SOPHIE.

Ah ! je respire.

DORANTE.

Ecoutez le reste. (Il lit.) « À force de secours et de soins, j’ai eu le bonheur de lui sauver la vie ; je lui ai trouvé tant de reconnaissance, que je ne puis trop me féliciter des services que je lui ai rendus. J’espère qu’en le voyant vous partagerez mon amitié pour lui, et que vous le lui témoignerez. »

SOPHIE, à part.

L’histoire de ce jeune officier a tant de rapport avec… Ah ! si c’était lui ! …tous mes doutes seront éclaircis ce soir.

DORANTE.

Belle Sophie, vous voyez votre erreur. Mais de quoi me sert que vous connaissiez l’injustice de vos soupçons ? en serai-je mieux récompensé de ma fidélité ?

SOPHIE.

Je voudrais inutilement vous déguiser encore le secret de mon coeur ; il a trop éclaté avec mon dépit : vous voyez combien je vous aime, et vous devez mesurer le prix de cet aveu sur les peines qu’il m’a coûtées.

DORANTE.

Aveu charmant ! pourquoi faut-il que des moments si doux soient mêlés d’alarmes, et que le jour où vous partagez mes feux soit celui qui les rend le plus à plaindre ?

SOPHIE.

Ils peuvent encore l’être moins que vous ne pensez. L’amour perd-il si tôt courage ? et quand on aime assez pour tout entreprendre, manque-t-on de ressources pour être heureux ?

DORANTE.

Adorable Sophie ! quels transports vous me causez ! Quoi, vos bontés !… je pourrais… Ah ! cruelle ! vous promettez plus que vous ne voulez tenir !

SOPHIE.

Moi, je ne promets rien. Quelle est la vivacité de votre imagination ! J’ai peur que nous ne nous entendions pas.

DORANTE.

Comment ?

SOPHIE.

Le triste hymen que je crains n’est point tellement conclu que je ne puisse me flatter d’obtenir du moins un délai de mon père ; prolongez votre séjour ici jusqu’à ce que la paix, ou des circonstances plus favorables aient dissipé les préjugés qui vous le rendent contraire.

DORANTE.

Vous voyez l’empressement avec lequel on me rappelle : puis-je trop me hâter d’aller réparer l’oisiveté de mon esclavage ? Ah ! s’il faut que l’amour me fasse négliger le soin de ma réputation, doit-ce être sur des espérances aussi douteuses que celles dont vous me flattez ? Que la certitude de mon bonheur serve du moins à rendre ma faute excusable. Consentez que des noeuds secrets…

SOPHIE.

Qu’osez-vous me proposer ! Un coeur bien amoureux ménage-t-il si peu la gloire de ce qu’il aime ? Vous m’offensez vivement.

DORANTE.

J’ai prévu votre réponse, et vous avez dicté la mienne. Forcé d’être malheureux ou coupable, c’est l’excès de mon amour qui me fait sacrifier mon bonheur à mon devoir, puisque ce n’est qu’en vous perdant que je puis me rendre digne de vous posséder.

SOPHIE.

Ah ! qu’il est aisé d’étaler de belles maximes quand le coeur les combat faiblement ! Parmi tant de devoirs à remplir, ceux de l’amour sont-ils donc comptés pour rien ? et n’est-ce que la vanité de me coûter des regrets qui vous a fait désirer tendresse ?

DORANTE.

J’attendais de la pitié, et je reçois des reproches ; vous n’avez, hélas ! que trop de pouvoir sur ma vertu, il faut fuir pour ne pas succomber. Aimable Sophie, trop digne d’un plus beau climat, daignez recevoir les adieux d’un amant qui ne vivrait qu’à vos pieds s’il pouvait conserver votre estime en immolant la gloire à l’amour. (Il l’embrasse.)

SOPHIE.

Ah ! que faites-vous ?

Scène X

Macker, Frédérich, Goternitz, Dorante, Sophie

MACKER.

Oh ! oh ! notre future, tubleu ! comme vous y allez ! c’est donc avec monsieur que vous accordez pour la noce ! Je lui suis obligé, ma foi. Eh bien ! beau-père, que dites-vous de votre progéniture ? Oh ! je voudrais, parbleu ! que nous en eussions vu quatre fois davantage, seulement pour lui apprendre à n’être pas si confiant.

GOTERNITZ.

Sophie, pourriez-vous m’expliquer ce que veulent dire ces étranges façons ?

DORANTE.

L’explication est toute simple ; je viens de recevoir avis que je suis échangé, et là-dessus je prenais congé de mademoiselle, qui, aussi bien que vous, monsieur, a eu pendant mon séjour ici beaucoup de bontés pour moi.

MACKER.

Oui, des bontés ! oh ! cela s’entend.

GOTERNITZ.

Ma foi ! seigneur Macker, je ne vois pas qu’il y ait tant à se récrier pour une simple cérémonie de compliment.

MACKER.

Je n’aime point tous ces compliments à la française.

FRÉDÉRICH.

Soit : mais comme ma soeur n’est point encore votre femme, il me semble que les vôtres ne sont guère propres à lui donner envie de le devenir.

MACKER.

Eh ! corbleu ! monsieur, si votre séjour de France vous a appris à applaudir à toutes les sottises des femmes, apprenez que les flatteries de Jean Mathias Macker ne nourriront jamais leur orgueil.

FRÉDÉRICH.

Pour cela je le crois.

DORANTE.

Je vous avouerai, monsieur, qu’également épris des charmes et du mérite de votre adorable fille, j’aurais fait ma félicité suprême d’unir mon sort au sien, si les cruels préjugés qui vous ont été inspirés contre ma nation n’eussent mis un obstacle invincible au bonheur de ma vie.

FRÉDÉRICH.

Mon père, c’est-là sans doute un de vos prisonniers ?

GOTERNITZ.

C’est cet officier pour lequel vous avez été échangé.

FRÉDÉRICH.

Quoi ! Dorante ?

GOTERNITZ.

Lui-même.

FRÉDÉRICH.

Ah ! quelle joie pour moi de pouvoir embrasser le fils de mon bienfaiteur !

SOPHIE, joyeuse.

C’était mon frère, et je l’ai deviné.

FRÉDÉRICH.

Oui, monsieur, redevable de la vie à monsieur votre père, qu’il me serait doux de vous marquer ma reconnaissance et mon attachement par quelque preuve digne des services que j’ai reçus de lui !

DORANTE.

Si mon père a été assez heureux pour s’acquitter envers un cavalier de votre mérite des devoirs de l’humanité, il doit plus s’en féliciter que vous-même. Cependant, monsieur, vous connaissez mes sentiments pour mademoiselle votre soeur, si vous daignez protéger mes feux, vous acquitterez au-delà de vos obligations : rendre un honnête homme heureux, c’est plus que lui sauver la vie.

FRÉDÉRICH.

Mon père partage mes obligations, et j’espère bien que, partageant aussi ma reconnaissance, il ne sera pas moins ardent que moi à vous la témoigner.

MACKER.

Mais il me semble que je joue ici un assez joli personnage.

GOTERNITZ.

J’avoue, mon fils, que j’avais cru voir en monsieur quelque inclination pour votre soeur ; mais pour prévenir la déclaration qu’il m’en aurait pu faire, j’ai si bien manifesté en toute occasion l’antipathie et l’éloignement qui séparait notre nation de la sienne, qu’il s’était épargné jusqu’ici des démarches inutiles de la part d’un ennemi avec qui, quelque obligation que je lui aie d’ailleurs, je ne puis ni ne dois établir aucune liaison.

MACKER.

Sans doute, et c’est un crime de lèse-majesté à mademoiselle de vouloir aussi s’approprier ainsi les prisonniers de la reine.

GOTERNITZ.

Enfin je tiens que c’est une nation avec laquelle il est mieux de toute façon de n’avoir aucun commerce ; trop orgueilleux amis, trop redoutables ennemis, heureux qui, n’a rien à démêler avec eux !

FRÉDÉRICH.

“How joyful I am, my dear Dorante, to be able to end your troubles!”

SOPHIE.

Oh! I don’t doubt it at all; you have so much humanity within you!

DORANTE.

“You have now been freed from the shackles in which you suffered, ”

SOPHIE.

I shall not languish within yours.

DORANTE.

“Hurry and come join me, ”

SOPHIE.

That’s what it means to be in a hurry.

DORANTE.

“I am burning with the desire to kiss you, ”

SOPHIE.

There is nothing more convenient than to openly state one’s needs.

DORANTE.

“You have been exchanged for a young officer who is currently returning to where you are, ”

SOPHIE.

But I can no longer understand any of it.

DORANTE.

“Seriously wounded, he was captured in an incident in which I happened to be involved, ”

SOPHIE.

A case that involved Miss Claire!

DORANTE.

Who is talking about Miss Claire?

SOPHIE.

What! This letter isn’t from her?

DORANTE.

No, really, it belongs to my father; Miss Claire merely acted as a means to help me get it in my hands; look at the date and the signature.

SOPHIE.

Ah! I can breathe again.

DORANTE.

Listen to the rest. (He reads.) “Through all my efforts in helping and caring for him, I was fortunate enough to save his life; he showed me such gratitude that I cannot thank myself enough for the services I rendered him. I hope that upon seeing him, you will share my friendship toward him and express it to him as well.”

SOPHIE, in a separate voice.

The story of this young officer is so closely related to. Ah! If it were him. Then all my doubts will be clarified tonight.

DORANTE.

Dear Sophie, you see your own mistake. But what good is it to you that you recognize the injustice of your suspicions? Will it reward my loyalty in any way?

SOPHIE.

I would futilely attempt to hide from you the secret of my heart once more; it has been revealed too clearly through my disappointment. You see how much I love you, and you must realize the price I have paid for this confession.

DORANTE.

How charming! Why must such tender moments be mixed with signs of alarm, and why must the very day you share my warmth be the one that makes them most worthy of pity?

SOPHIE.

They might be even less so than you think. Does love lose its courage so early on? And when one loves enough to be willing to do anything, does that mean one lacks the resources needed to be happy?

DORANTE.

Adorable Sophie! What emotions you arouse in me! Oh, your kindnesses. I could. Ah! Cruel one! You promise more than you are willing to keep!

SOPHIE.

I don’t make any promises. What a vivid imagination you have! I’m afraid we might not get along well.

DORANTE.

How?

SOPHIE.

The unfortunate marriage that I fear is not yet finalized; I therefore hope to at least gain some time from my father. Please extend your stay here until peace, or more favorable circumstances, have dispelled the prejudices that prevent him from agreeing to it.

DORANTE.

You can see how eagerly people remind me of this: am I really going too fast in trying to make amends for the idleness of my “slavery”? Ah! If love forces me to neglect the care of my reputation, must it be because of such doubtful hopes as those you flatter me with? May at least the certainty of my happiness make my mistake understandable. Allow me to use these secret.

SOPHIE.

How dare you propose such a thing to me! A truly loving heart would cherish the glory of what it loves so greatly, wouldn’t it? You have deeply offended me.

DORANTE.

I anticipated your reply; you yourself dictated mine. Forced to be unhappy or guilty, it is the excess of my love that makes me sacrifice my happiness for my duty—for only by losing you can I become worthy of possessing you.

SOPHIE.

Ah! How easy it is to utter beautiful maxims when one’s heart struggles weakly against them. Among so many duties that must be fulfilled, are those of love truly considered insignificant? And wasn’t it merely my own vanity that led me to regret these words, causing you to desire tenderness from me?

DORANTE.

I expected pity, but instead I receive reproaches; alas, you hold too much power over my virtue—I must flee if I am not to succumb. Lovely Sophie, so worthy of a far more splendid fate, please accept the farewell of a lover who would gladly live at your feet if only he could preserve your esteem by sacrificing his own glory for love. (He kisses her.)

SOPHIE.

Ah! What are you doing?

Scene X

Macker, Frédérich, Goternitz, Dorante, Sophie

MACKER.

Oh! Oh! Our future, indeed! How boldly you proceed—so you have chosen him for your husband! I really owe him one, must say. Well, father-in-law, what do you think of your offspring? Oh! If only we had four times as many of them—just to teach them not to be so overly confident.

GOTERNITZ.

Sophie, could you please explain to me what these strange gestures mean?

DORANTE.

The explanation is quite simple; I have just received news that I am being exchanged, and on this account I am taking my leave of Miss, who, just like you, sir, has shown me great kindness during my stay here.

MACKER.

Yes, kind acts! Oh, that makes sense.

GOTERNITZ.

Good heavens! Sir Macker, I don’t see what there is to make such a fuss over a mere ceremony of praise.

MACKER.

I don’t particularly like all these French-style compliments.

FREDERICH.

In other words: but since my sister is not yet your wife, I think your family is hardly in a position to make her want to become one.

MACKER.

Oh! By the devil, sir, if your stay in France has taught you to applaud at every foolishness of women, then learn this: the flattery of Jean Mathias Macker will never feed their pride.

FREDERICH.

For that reason, I believe it.

DORANTE.

I must confess to you, sir, that had I also been captivated by the charms and merits of your adorable daughter, I would have found supreme joy in uniting my fate with hers, were it not for the cruel prejudices that have been instilled against my nation, which have erected an insurmountable obstacle to the happiness of my life.

FREDERICH.

My father, he must be one of your prisoners, right?

GOTERNITZ.

It is this officer for whom you were exchanged.

FREDERICH.

What! Dorante?

GOTERNITZ.

Himself.

FREDERICH.

Ah! What joy it is for me to be able to kiss the son of my benefactor!

Sophie, happy.

It was my brother, and I realized it right away.

FREDERICH.

Yes, sir. Since I owe my life to your father, it would be a great pleasure for me to express my gratitude and loyalty to you in some way worthy of the kindness he has shown me.

DORANTE.

If my father has been fortunate enough to fulfill the duties of humanity towards a knight of your merit, he should be even more pleased than you are. However, sir, you know my feelings for your sister. If you would deign to grant me your favor, you would go beyond your obligations: to make an honest man happy is far more than merely saving his life.

FREDERICH.

My father shares my responsibilities, and I sincerely hope that, by sharing my gratitude as well, he will be just as eager as I am to express it to you.

MACKER.

But it seems to me that I am playing a rather interesting character here.

GOTERNITZ.

I must admit, my son, that I had thought to notice some inclination on his part toward your sister; but in order to prevent him from making any declaration regarding this matter, I made it clear at every opportunity how much our nation despises and distances itself from his own. As a result, he has so far avoided taking any unnecessary steps on the part of an enemy—someone with whom, despite whatever obligations I may have toward him, I cannot and shall not establish any kind of connection.

MACKER.

Undoubtedly, and it is an act of treason for Mademoiselle to attempt to seize the queen’s prisoners in such a manner.

GOTERNITZ.

After all, I believe it is a nation with which it is far better in any case to have no trade at all; too proud as friends, too formidable as enemies. Happy those who have nothing to do with them!

FREDERICH.

“Che gioia provo, mio caro Dorante, nel poter porre fine alle vostre sofferenze!”

SOFIA.

Oh! Non ne dubito affatto, avete così tanta umanità.

DORANTE.

“Ecco che siete liberati dalle catene in cui soffrivate, ”

SOFIA.

Non soffrirò nelle vostre prigioni.

DORANTE.

“Affrettati a venire da me, ”

SOFIA.

Questo si chiama essere sotto pressione.

DORANTE.

“Ho una voglia disperata di baciarti, ”

SOFIA.

Niente è più semplice che esprimere apertamente le proprie necessità.

DORANTE.

“Sei stato scambiato con un giovane ufficiale che in questo momento sta tornando nel luogo dove ti trovi, ”

SOFIA.

Ma ormai non capisco più nulla.

DORANTE.

“Gravemente ferito, fu fatto prigioniero in un’operazione nella quale anch’io fui coinvolto, ”

SOFIA.

Un caso in cui era coinvolta la signorina Claire!

DORANTE.

Chi vi parla di Mademoiselle Claire?

SOFIA.

Ma che cosa! Questa lettera non è sua?

DORANTE.

No, davvero, appartiene a mio padre, e la signorina Claire ha semplicemente servito da mezzo per farla arrivare a me; guardate la data e il sigillo.

SOFIA.

Ah! Finalmente respiro liberamente.

DORANTE.

Ascoltate il resto. (Legge.) “Grazie a continui soccorsi e cure, ho avuto la fortuna di salvargli la vita; ha dimostrato tanta riconoscenza che non posso fare a meno di ringraziarmi profondamente per i servizi che gli ho reso. Spero che, vedendolo, condividerete anche voi la mia amicizia per lui e che la dimostrerete a sua volta.”

SOPHIE, tra sé.

La storia di questo giovane ufficiale è strettamente legata a. Ah! Se fosse lui. Tutti i miei dubbi saranno chiariti stasera.

DORANTE.

Bella Sophie, vedete ora il vostro errore. Ma a cosa mi serve che comprendiate l’ingiustizia delle vostre accuse? Questo mi renderà forse più ricompensato per la mia fedeltà?

SOFIA.

Vorrei inutilmente nascondervi ancora il segreto del mio cuore; esso è stato troppo evidente attraverso la mia rabbia. Vedete quanto vi amo, e dovete comprendere quale prezzo abbia pagato per ammetterlo.

DORANTE.

Che momento incantevole! Perché proprio momenti così dolci devono essere intrecciati con preoccupazioni, e perché proprio il giorno in cui condividi il mio calore è quello che li rende più tristi?

SOFIA.

Può ancora accadere più di quanto pensiate. L’amore perde davvero il coraggio così presto? E quando si ama abbastanza da essere disposti a fare qualsiasi cosa, ci mancano forse le risorse necessarie per essere felici?

DORANTE.

Adorabile Sophie! Che emozioni mi suscitateste. Ma quali gentilezze. Ah! Crudele. Promettete più di quanto siate disposta a mantenere.

SOFIA.

Io non prometto nulla. Che vivacità nella vostra immaginazione! Temo che non riusciremmo a capirci a vicenda.

DORANTE.

Come?

SOFIA.

Quel triste matrimonio temo non sia così irrevocabile da impedirmi di sperare almeno di ottenere un rinvio da parte di mio padre; prolungate il vostro soggiorno qui fino a quando la pace, o circostanze più favorevoli, non abbiano dissipato i pregiudizi che lo rendono contrario a questa idea.

DORANTE.

Vedete con quanta fretta mi si ricorda di dover rimediare alla pigrizia della mia condizione di schiavo. Ah! Se l’amore dovesse farmi trascurare la cura della mia reputazione, deve forse accadere per delle speranze così incerte come quelle che voi mi lusingate con parole dolci? Che almeno la certezza del mio felicità possa rendere scusabile il mio errore. Permettetemi dunque di utilizzare questi legami segreti.

SOFIA.

Come osate propormi una cosa del genere! Un cuore profondamente innamorato cura così poco della gloria di ciò che ama. Mi offendete gravemente.

DORANTE.

Avevo previsto la vostra risposta; in realtà siete stati voi a “dictarmi” la mia. Costretto ad essere infelice o colpevole, è proprio l’eccesso del mio amore che mi spinge a sacrificare la mia felicità per il mio dovere, poiché solo perdendovi posso diventare degno di possedervi.

SOFIA.

Ah! Quanto è facile enunciare belle massime quando il cuore le combat debolmente. Tra tanti doveri da compiere, quelli dell’amore vengono forse considerati insignificanti? E non è forse solo la vanità a spingermi a provare rimpianti, facendovi desiderare tenerezza da me?

DORANTE.

Aspettavo pietà, e invece ricevo rimproveri; ahimè, voi avete troppo potere sulla mia virtù. Devo fuggire per non soccombere. Amabile Sophie, troppo degna di un ambiente più nobile, vi prego di accettare gli addii di un amante che vivrebbe soltanto ai vostri piedi, se solo potesse conservare la vostra stima sacrificando la gloria per l’amore, (La bacia.)

SOFIA.

Ah! Cosa state facendo?

Scena X

Macker, Frédérich, Goternitz, Dorante, Sophie

MACKER.

Oh! Oh! Il nostro futuro, come vi state comportando! Quindi avete deciso di sposarvi proprio con lui! Devo dirlo, gli sono grato. Beh, suocero, che ne pensate della vostra “progenie”? Ah, vorrei davvero che ne avessimo avuti quattro volte di più, solo per insegnargli a non essere così fiducioso.

Goternitz.

Sophie, potresti spiegarmi cosa significano queste strane forme?

DORANTE.

La spiegazione è molto semplice: ho appena ricevuto la notizia che sono stato scambiato, e per questo motivo mi congedo da mademoiselle, la quale, proprio come voi, signore, ha dimostrato verso di me molta gentilezza durante il mio soggiorno qui.

MACKER.

Sì, delle gentilezze. Oh, si capisce bene.

Goternitz.

Davvero! Signor Macker, non vedo che ci sia motivo di tanto clamore per una semplice cerimonia di ringraziamento.

MACKER.

Non mi piacciono affatto tutti questi complimenti alla francese.

FRÉDÉRICH.

Ecco: ma poiché mia sorella non è ancora tua moglie, mi sembra che le tue condizioni attuali non siano certo quelle adatte a farle desiderare di diventarlo.

MACKER.

Ehi! Perbacco, signore: se il vostro soggiorno in Francia vi ha insegnato ad applaudire a tutte le sciocchezze delle donne, imparate che le lusinghe di Jean Mathias Macker non nutriranno mai il loro orgoglio.

FRÉDÉRICH.

Per questo motivo, lo credo.

DORANTE.

Vi confesserò, signore, che anch’io, affascinato dai pregi e dalle qualità della vostra adorabile figlia, avrei considerato la mia massima felicità unire il mio destino al suo, se gli orribili pregiudizi che vi sono stati instillati contro la mia nazione non avessero posto un ostacolo insormontabile al mio benessere.

FRÉDÉRICH.

Mio padre, deve essere uno dei vostri prigionieri, vero?

Goternitz.

È per questo ufficiale che siete stato scambiato.

FRÉDÉRICH.

Che cosa! Dorante?

Goternitz.

Lui stesso.

FRÉDÉRICH.

Ah! Che gioia per me poter abbracciare il figlio del mio benefattore!

SOPHIE, felice.

Era mio fratello, e l’ho capito subito.

FRÉDÉRICH.

Sì, signore: essendo in debito della vita a vostro padre, mi sarebbe dolce dimostrare la mia gratitudine e il mio affetto con un gesto degno dei servizi che ho ricevuto da lui!

DORANTE.

Se mio padre è stato abbastanza fortunato da adempiere nei confronti di un cavaliere del vostro merito ai doveri dell’umanità, dovrebbe esserne più grato di voi stesso. Tuttavia, signore, conoscete i miei sentimenti per vostra sorella. Se vorrete proteggere il mio amore, farete molto di più che adempiere alle vostre obbligazioni: rendere felice un uomo onesto significa molto di più che salvargli la vita.

FRÉDÉRICH.

Mio padre condivide le mie responsabilità, e spero davvero che, condividendo anche la mia gratitudine, non sia meno fervente di me nel manifestarvela.

MACKER.

Ma mi sembra di interpretare in questo contesto un ruolo piuttosto interessante.

Goternitz.

Amico mio, devo confessarti che ho creduto di notare in quell’uomo qualche interesse per tua sorella; ma per evitare che mi facesse una dichiarazione in tal senso, ho sempre manifestato in ogni occasione l’antipatia e il distacco che separano la nostra nazione dalla sua. Per questo motivo, lui stesso si è risparmiato qualsiasi iniziativa inutile da parte di un nemico con cui, per quanto io possa essere in debito con lui, non posso né devo stabilire alcun legame.

MACKER.

Senza dubbio, e questo rappresenta un crimine di lesa maestà: è un vero oltraggio che mademoiselle intenda appropriarsi anche dei prigionieri della regina.

Goternitz.

Infine, ritengo che si tratti di una nazione con la quale è comunque meglio non avere alcun tipo di commercio: amici troppo orgogliosi, nemici troppo temibili. Fortunati coloro che non hanno nulla a che fare con loro!

FRÉDÉRICH.

Ah ! quittez, mon père, ces injustes préjugés. Que n’avez-vous connu cet aimable peuple que vous haïssez, et qui n’aurait peut-être aucun défaut s’il avait moins de vertus ! Je l’ai vue de près cette heureuse et brillante nation, je l’ai vue paisible au milieu de la guerre, cultivant les sciences et les beaux-arts, et livrée à cette charmante douceur de caractère qui en tout temps lui fait recevoir également bien tous les peuples du monde, et rend la France en quelque manière la patrie commune du genre-humain. Tous les hommes sont les frères des Français. La guerre anime leur valeur sans exciter leur colère. Une brutale fureur ne leur fait point haïr leurs ennemis, un sot orgueil ne les leur fait point mépriser. Ils les combattent noblement, sans calomnier leur conduite, sans outrager leur gloire ; et tandis que nous leur faisons la guerre en furieux, ils se contentent de nous la faire en héros.

GOTERNITZ.

Pour cela on ne saurait nier qu’ils ne se montrent plus humains et plus généreux que nous.

FRÉDÉRICH.

Eh ! comment ne le seraient-ils pas sous un maître dont la bonté égale le courage ? Si ses triomphes le font craindre, ses vertus doivent-elles moins le faire admirer ? Conquérant redoutable, il semble à la tête de ses armées un père tendre au milieu de sa famille ; et forcé de dompter l’orgueil de ses ennemis, il ne les soumet que pour augmenter le nombre de ses enfants.

GOTERNITZ.

Oui, mais, avec toute sa bravoure, non content de subjuguer les ennemis par la force, ce prince croit-il qu’il soit bien beau d’employer encore l’artifice et de séduire, comme il fait, les coeurs des étrangers et de ses prisonniers de guerre ?

MACKER.

Fi ! que cela est laid de débaucher ainsi les sujets d’autrui ! Oh bien, puisqu’il s’y prend comme cela, je suis d’avis qu’on punisse sévèrement tous ceux des nôtres qui s’avisent d’en dire du bien.

FRÉDÉRICH.

Il faudra donc châtier tous vos guerriers qui tomberont dans ses fers ; et je prévois que ce ne sera pas une petite tâche.

DORANTE.

Oh ! mon prince, qu’il m’est doux d’entendre les louanges que ta vertu arrache de la bouche de tes ennemis ! voilà les seuls éloges dignes de toi.

GOTERNITZ.

Non, le titre d’ennemis ne doit point nous empêcher de rendre justice au mérite. J’avoue même que le commerce de nos prisonniers m’a bien fait changer d’opinion sur le compte de leur nation : mais considérez, mon fils, que ma parole est engagée, que je me ferais une méchante affaire de consentir à une alliance contraire à nos usages et à nos préjugés, et que, pour tout dire enfin, une femme n’est jamais assez en droit de compter sur le coeur d’un Français, pour que nous puissions nous assurer du bonheur de votre soeur en l’unissant à Dorante.

DORANTE.

Je crois, monsieur, que vous voulez bien que je triomphe, puisque vous m’attaquez par le côté le plus fort. Ce n’est point en moi-même que j’ai besoin de chercher des motifs pour rassurer l’aimable Sophie sur mon inconstance, ce sont ses charmes et son mérite qui seuls me les fournissent ; qu’importe en quels climats elle vive ? son règne sera toujours partout où l’on a des yeux et des coeurs.

FRÉDÉRICH.

Entends-tu, ma sœur ? cela veut dire que si jamais il devient infidèle tu trouveras dans son pays tout ce qu’il faut pour t’en dédommager.

SOPHIE.

Votre temps sera mieux employé à plaider sa cause auprès de mon père, qu’à m’interpréter ses sentiments.

GOTERNITZ.

Vous voyez, seigneur Macker, qu’ils sont tous réunis contre nous ; nous aurons à faire à trop forte partie : ne ferions-nous pas mieux de céder de bonne grâce ?

MACKER.

Qu’est-ce que cela veut dire ? manque-t-on ainsi de parole à un homme comme moi ?

FRÉDÉRICH.

Oui, cela se peut faire par préférence.

GOTERNITZ.

Obtenez le consentement de ma fille, je ne rétracte point le mien ; mais je ne vous ai pas promis de la contraindre. D’ailleurs, à vous parler vrai, je ne vois plus pour vous ni pour elle les mêmes agréments dans ce mariage : vous avez conçu sur le compte de Dorante des ombrages qui pourraient devenir entre elle et vous une source d’aigreurs réciproques. Il est trop difficile de vivre paisiblement avec une femme dont on soupçonne le coeur d’être engagé ailleurs.

MACKER.

Ouais ![61] vous le prenez sur ce ton ? Oh ! têtebleue je vous ferai voir qu’on ne se moque pas ainsi des gens. Je m’en vais tout-à-l’heure porter ma plainte contre qui et contre vous : nous apprendrons un peu à ces beaux messieurs à venir nous enlever nos maîtresses dans notre propre pays ; et si je ne puis me venger autrement, j’aurai du moins le plaisir de dire partout pis que pendre de vous et des Français.

Scène Dernière

Goternitz, Dorante, Frédérich, Sophie

GOTERNITZ.

Laissons-le s’exhaler en vains murmures ; en unissant Sophie à Dorante je satisfais en même temps à la tendresse paternelle et à la reconnaissance : avec des sentiments si légitimes je ne crains la critique de personne.

DORANTE.

Ah ! monsieur, quels transports !…

FRÉDÉRICH.

Mon père, il nous reste encore le plus fort à faire. Il s’agit d’obtenir le consentement de ma soeur, et je vois là de grandes difficultés ; épouser Dorante, et aller en France ! Sophie ne s’y résoudra jamais.

GOTERNITZ.

Comment donc ! Dorante ne serait-il pas de son goût ? en ce cas, je la soupçonnerais fort d’en avoir changé.

FRÉDÉRICH.

Ne voyez-vous pas les menaces qu’elle me fait pour lui avoir enlevé le seigneur Jean Mathias Macker ?

GOTERNITZ.

Elle n’ignore pas combien les Français sont aimables.

FRÉDÉRICH.

Non ; mais elle sait que les Françaises le sont encore plus, et voilà ce qui l’épouvante.

SOPHIE.

Point du tout : car je tâcherai de le devenir avec elles ; et tant que je plairai à Dorante je m’estimerai la plus glorieuse de toutes les femmes.

DORANTE.

Ah ! vous le serez éternellement, belle Sophie ! Vous êtes pour moi le prix de ce qu’il y a de plus estimable parmi les hommes. C’est à la vertu de mon père, au mérite de ma nation et à la gloire de mon roi que je dois le bonheur dont je vais jouir avec vous ; on ne peut être heureux sous de plus beaux auspices.

FIN des PRISONNIERS DE GUERRE

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Ah! Abandon, my father, these unjust prejudices. How little you know about this kind and gentle people whom you hate—people who might perhaps have no faults at all if they possessed fewer virtues! I have seen up close this happy and splendid nation; I have seen it at peace amidst war, cultivating the sciences and the arts, and characterized by that charming mildness of temperament which always enables it to receive all peoples of the world with equal kindness, making France, in a way, the common homeland of mankind. All men are brothers of the French. War inspires their courage without arousing their anger; brutal fury does not make them hate their enemies, and foolish pride does not cause them to despise them. They fight nobly, without slandering their conduct or insulting their glory. While we wage war against them in a furious manner, they merely fight us as heroes.

GOTERNITZ.

For this reason, it cannot be denied that they behave in a more human and generous manner than we do.

FREDERICH.

Ah! How could they not be so under a master whose kindness is equal to his courage? If his victories inspire fear in them, should not his virtues arouse even greater admiration? A formidable conqueror, he appears before his armies like a tender father within his family; and though compelled to subdue the pride of his enemies, he does so only to increase the number of his “children.”

GOTERNITZ.

Yes, but despite all his bravery—and not content with subjugating enemies by force—does this prince truly believe that it is noble or honorable to resort to cunning and seduction in order to win over the hearts of strangers and his own prisoners of war?

MACKER.

Alas! How vile it is to debauch the subjects of others in such a manner! Well, since he is taking such measures, I am in favor of punishing severely all those among us who dare to speak well of it.

FREDERICH.

Therefore, it will be necessary to punish all your warriors who fall into his grasp; and I foresee that this will not be a minor task.

DORANTE.

Oh, my prince! How sweet it is to hear the praises that your virtue draws from the lips of your enemies—these are the only compliments worthy of you.

GOTERNITZ.

No, the title of enemy should not prevent us from recognizing merit where it exists. I must even admit that dealing with our prisoners has greatly changed my opinion of their nation; but consider, my son, that my word is now bound by this commitment. It would be highly improper for me to agree to an alliance that goes against our customs and prejudices. And, to put it bluntly, a woman can never have sufficient claim to the heart of a Frenchman for us to guarantee your sister’s happiness by marrying her to Dorante.

DORANTE.

I believe, sir, that you wish for my success, since you attack me on my strongest point. It is not within myself that I need to seek reasons to reassure the kind Sophie about my fickleness; it is her charms and her merits alone that provide me with such reasons. What matters where she lives? Her influence will always prevail wherever there are eyes and hearts.

FREDERICH.

Do you understand, my sister? It means that if he ever becomes unfaithful, you will find in his country everything needed to compensate for it.

SOPHIE.

Your time would be better spent persuading my father in her behalf than trying to explain her feelings to me.

GOTERNITZ.

You see, Lord Macker, they are all united against us; we are facing a far too strong opposition. Wouldn’t it be better for us to surrender willingly?

MACKER.

What does that mean? Is it because of such reasons that a man like me is deprived of his right to speak?

FREDERICH.

Yes, it is possible to do so by preference.

GOTERNITZ.

Obtain my daughter’s consent—I do not withdraw mine; but I did not promise to force her. To be honest with you, I no longer see the same advantages in this marriage for either of you. You have harbored suspicions about Dorante that could lead to mutual resentment between her and you. It is far too difficult to live peacefully with a woman whose heart one suspects may belong to someone else.

MACKER.

Yeah! [61] Are you really going to talk to me like that? Oh! If you don’t know what you’re doing, I’ll show you that you can’t laugh at people like that. I’m going to file a complaint against you and everyone else right away—let’s teach those gentlemen a lesson for coming and taking our women away in our own country. And if I can’t get revenge any other way, at least I’ll have the pleasure of speaking very badly about you and all the French everywhere I go.

Final Scene

Goternitz, Dorante, Friedrich, Sophie

GOTERNITZ.

Let him express himself in vain murmurs; by uniting Sophie with Dorante, I fulfill both paternal tenderness and a sense of gratitude—with such legitimate feelings, I fear no criticism from anyone.

DORANTE.

Ah! sir, what emotions!.

FREDERICH.

Dad, there is still the most difficult part left to do. We need to get my sister’s consent, and I see that as posing great difficulties—marrying Dorante and going to France! Sophie will never agree to it.

GOTERNITZ.

How could that be! Wouldn’t Dorante be to her taste? In that case, I would strongly suspect that she had changed her mind about him.

FREDERICH.

Don’t you see the threats she poses to him for having taken Lord Jean Mathias Macker away from him?

GOTERNITZ.

She is well aware of how kind the French people are.

FREDERICH.

No; but she knows that French women are even more so, and that is what terrifies her.

SOPHIE.

Not at all; for I will strive to become such with them, and as long as I please Dorante, I shall consider myself the most glorious of all women.

DORANTE.

Ah! You will be so forever, beautiful Sophie! To me, you represent everything that is most admirable in human beings. It is thanks to my father’s virtue, the merits of my nation, and the glory of my king that I am able to enjoy this happiness with you; one could not wish for more splendid auspices for their happiness.

End of Prisoners of War.

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Ah! Lasciate, mio padre, questi ingiusti pregiudizi. Perché non avete conosciuto questo amabile popolo che odiate, e che forse non avrebbe alcun difetto se possedesse meno virtù? L’ho visto da vicino questa nazione felice e splendente: l’ho vista pacifica nel mezzo della guerra, impegnata nella coltivazione delle scienze e delle arti belle, caratterizzata da quella incantevole dolcezza che le permette di accogliere con uguale affetto tutti i popoli del mondo, rendendo così la Francia, in qualche modo, la patria comune dell’umanità. Tutti gli uomini sono fratelli dei francesi: la guerra esalta il loro coraggio senza suscitare la loro rabbia; una furia brutale non li spinge ad odiare i loro nemici, un orgoglio sciocco non li induce a disprezzarli. Lottano nobilmente contro di loro, senza diffamare il loro comportamento, senza insultare la loro gloria. Mentre noi li combattiamo con furia, loro si limitano a farlo da eroi.

Goternitz.

Per questo motivo, non si può negare che si comportino in modo più umano e più generoso di noi.

FRÉDÉRICH.

Eh! Come potrebbero non esserlo sotto un maestro la cui bontà è pari al suo coraggio? Se i suoi trionfi lo fanno temere, le sue virtù non dovrebbero forse renderlo ancora più ammirabile? Conquistatore terribile, appare alla testa delle sue armate come un padre gentile al centro della sua famiglia; e costretto a domare l’orgoglio dei suoi nemici, li sottomette soltanto per aumentare il numero dei suoi “figli”.

Goternitz.

Sì, ma, nonostante tutta la sua coraggiozza, oltre a sottomettere gli nemici con la forza, crede davvero che sia bello utilizzare anche l’inganno e sedurre, come fa lui, i cuori degli stranieri e dei suoi prigionieri di guerra?

MACKER.

Che orrore! È davvero spregevole corrompere in questo modo gli uomini altrui. Beh, dato che si comporta in questo modo, sono dell’opinione che tutti coloro tra i nostri che osano lodarlo debbano essere puniti severamente.

FRÉDÉRICH.

Pertanto, sarà necessario punire tutti i vostri guerrieri che cadranno nelle sue mani; e prevedo che non sarà un compito facile.

DORANTE.

Oh, mio principe, quanto è dolce ascoltare le lodi che la tua virtù strappa dalle bocche dei tuoi nemici! Queste sono le uniche lodi degne di te.

Goternitz.

No, il titolo di nemici non deve impedirci di riconoscere i meriti altrui. Ammetto persino che il trattamento riservato ai nostri prigionieri mi abbia fatto cambiare opinione riguardo alla loro nazione; ma considera, figlio mio, che la mia parola è impegnativa, che commetterei un grave errore se acconsentissi a un’alleanza contraria alle nostre usanze e ai nostri pregiudizi. E, in definitiva, una donna non ha mai abbastanza diritti sul cuore di un francese, per permetterci di essere certi del felicità di tua sorella se la unissimo a Dorante.

DORANTE.

Credo, signore, che desideriate proprio che io trionfi, poiché mi attaccate nel mio punto più debole. Non ho bisogno di cercare motivi dentro di me stesso per rassicurare la cara Sophie riguardo alla mia incostanza: sono i suoi fascini e il suo merito a fornirmeli; che importa in quali climi viva? Il suo “regno” sarà ovunque ci siano occhi e cuori.

FRÉDÉRICH.

Capisci, sorella? Ciò significa che, se mai dovesse diventare infedele, troveresti nel suo paese tutto ciò di cui hai bisogno per farti compensare.

SOFIA.

Il vostro tempo verrebbe impiegato meglio nel sostenere la sua causa davanti a mio padre, piuttosto che nell’interpretare i suoi sentimenti per me.

Goternitz.

Vedete, signor Macker, che sono tutti uniti contro di noi; dovremo affrontare un numero troppo grande di nemici: non sarebbe meglio arrenderci di buon grado?

MACKER.

Cosa significa? Mancano davvero le parole per una persona come me?

FRÉDÉRICH.

Sì, è possibile farlo per preferenza.

Goternitz.

Ottenete il consenso di mia figlia: io non ritiro il mio; ma non vi ho promesso di costringerla. A dire la verità, non vedo più nei vostri confronti, né per voi né per lei, gli stessi vantaggi in questo matrimonio. Avete concepito riguardo a Dorante dei sospetti che potrebbero diventare una fonte di reciproche amarezze tra voi due. È troppo difficile vivere serenamente con una donna di cui si sospetta che il cuore appartenga a qualcun altro.

MACKER.

Sì! [61] Parli davvero in questo modo? Oh, testa di legno, ti farò vedere che non si scherza così con la gente. Tra poco andrò a presentare una denuncia contro di voi e contro tutti quanti: impareremo bene a questi signori a venire a portarci via le nostre donne nel nostro stesso paese. E se non riesco a vendicarmi in altro modo, almeno avrò il piacere di dire dappertutto cose molto negative su di voi e sui francesi.

Scena Ultima

Goternitz, Dorante, Frédéric, Sophie

Goternitz.

Lasciamo che esprima i suoi pensieri attraverso mormori vani; unendo Sophie a Dorante, soddisfo al contempo sia il mio sentimento di tenerezza paterna che il mio bisogno di riconoscenza: con sentimenti così legittimi, non temo la critica di nessuno.

DORANTE.

Ah! Signore, che emozioni intense.

FRÉDÉRICH.

Mio padre, ci resta ancora la cosa più difficile da fare: ottenere il consenso di mia sorella. E vedo grandi difficoltà in questo; sposare Dorante e andare in Francia. Sophie non si deciderà mai a farlo.

Goternitz.

Come mai no! Non sarebbe forse di suo gusto Dorante? In tal caso, sospetterei molto che lo abbia cambiato.

FRÉDÉRICH.

Non vedete le minacce che rappresenta per lui, avendogli portato via il signor Jean Mathias Macker?

Goternitz.

Non ignora affatto quanto i francesi siano gentili.

FRÉDÉRICH.

No; ma sa che le francesi lo sono ancora di più, ed è proprio questo che la spaventa.

SOFIA.

Assolutamente no: perché cercherò di diventare come loro; e finché piacerò a Dorante, mi considererò la più gloriosa di tutte le donne.

DORANTE.

Ah! Lo sarete per sempre, bella Sophie! Voi rappresentate per me ciò che è più prezioso tra gli uomini. È alla virtù di mio padre, al merito della mia nazione e alla gloria del mio re che devo il felicità di cui godrò con voi; non si può essere felici sotto auspici più belli.

Fine dei prigionieri di guerra.

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